|
|
| MACCHIA | (Peinture, Sculpture) terme italien, qui signifie une premiere ébauche faite par un peintre, un sculpteur, pour un ouvrage qu'il projette d'exécuter ; où rien cependant n'est encore digéré, & qui paroît comme un ouvrage informe, comme un assemblage de taches irrégulieres à ceux qui n'ont aucune connoissance des arts. Ce sont de legeres esquisses, dans lesquelles l'artiste se livre au feu de son imagination, & se contente de quelques coups de crayon, de plume, de ciseau, pour marquer ses intentions, l'ordre & le caractere qu'il veut donner à son dessein. Ces esquisses que nous nommons en françois premieres pensées, lorsqu'elles partent du génie des grands maîtres, sont précieuses aux yeux d'un connoisseur, parce qu'elles contiennent ordinairement une franchise, une liberté, un feu, une hardiesse, enfin un certain caractere qu'on ne trouve point dans des desseins plus finis. (D.J.)
|
| MACCLESFIELD | (Géogr.) petite ville à marché d'Angleterre, avec titre de comté, en Cheshire, à 40 lieues N. O. de Londres. (D.J.)
|
| MACCURAE | (Géog. anc.) peuples de la Mauritanie Césarienne, suivant Ptolémée, liv. IV. c. ij. qui les place au pié des monts Garaphi. (D.J.)
|
| MACE-MUTINE | S. f. (Hist. mod.) monnoie d'or. Pierre II. roi d'Aragon, étant venu en personne à Rome, en 1204, se faire couronner par le pape Innocent III. mit sur l'autel une lettre patente, par laquelle il offroit son royaume au saint-siége, & le lui rendoit tributaire, s'obligeant stupidement à payer tous les ans deux cent cinquante mace-mutines. La mace-mutine étoit une monnoie d'or venue des Arabes ; on l'apelloit autrement mahoze-mutine. Fleuri, Hist. ecclés.
|
| MACÉDOINE | EMPIRE DE (Hist. anc.) Ce n'est point ici le lieu de suivre les révolutions de cet empire ; je dirai seulement que cette monarchie sous Alexandre, s'étendoit dans l'Europe, l'Asie, & l'Afrique. Il conquit en Europe la Grece, la partie de l'Illyrie où étoient les Thraces, les Triballiens & les Daces. Il soumit dans l'Asie, la presqu'île de l'Asie mineure, l'île de Chypre, l'Assyrie, une partie de l'Arabie, & l'empire des Perses qui comprenoit la Médie, la Bactriane, la Perse proprement dite, &c. Il joignit encore à toutes ces conquêtes une partie de l'Inde en-deçà du Gange. Enfin, en Afrique il possédoit la Lybie & l'Egypte. Après sa mort, cette vaste monarchie fut divisée en plusieurs royaumes qui tomberent sous la puissance des Romains. Aujourd'hui cette prodigieuse étendue de pays renferme une grande partie de l'empire des Turcs, une partie de l'empire du Mogol, quelque chose de la grande Tartarie, & tout le royaume de la Perse moderne. (D.J.)
MACEDOINE, (Géog. anc. & mod.) royaume entre la Grece & l'ancienne Thrace. Tite-Live, liv. XL. c. iij. dit qu'on la nomma premierement Paeonie, à cause sans doute des peuples Paeons qui habitoient vers Rhodope ; elle fut ensuite appellée Aemathie, & enfin Macédoine, d'un certain Macedo, dont l'origine & l'histoire sont fort obscures.
Elle étoit bornée au midi par les montagnes de Thessalie, à l'orient par la Béotie & par la Pierie, au couchant par les Lyncestes, au septentrion par la Migdonie & par la Pélagonie : cependant ses limites n'ont pas toujours été les mêmes, & quelquefois la Macédoine est confondue avec la Thessalie.
C'étoit un royaume héréditaire, mais si peu considérable dans les commencemens, que ses premiers rois ne dédaignoient pas de vivre sous la protection tantôt d'Athènes & tantôt de Thèbes. Il y avoit eu neuf rois de Macédoine avant Philippe, qui prétendoient descendre d'Hercule par Caranus, & être originaires d'Argos ; ensorte que comme tels, ils étoient admis parmi les autres Grecs aux jeux olympiques.
Lorsque Philippe eut conquis une partie de la Thrace & de l'Illyrie, le royaume de Macédoine commença à devenir célebre dans l'histoire. Il s'étendit depuis la mer Adriatique jusqu'au fleuve Strymon, & pour dire plus, commanda dans la Grece ; enfin, il étoit reservé à Alexandre d'ajoûter à la Macédoine, non-seulement la Grece entiere, mais encore toute l'Asie, & une partie considérable de l'Afrique. Ainsi, par les mains de ce conquérant, s'éleva l'empire de Macédoine sous un tas immense de royaumes & de républiques grecques ; & le débris de leur gloire fit un nom singulier à des barbares qui avoient été long-tems tributaires des seuls Athéniens.
Aujourd'hui la Macédoine est une province de la Turquie européenne qui a des limites extrêmement étroites. Elle est bornée au septentrion par la Servie, & par la Bulgarie, à l'orient par la Romanie proprement dite, & par l'Archipel, au midi par la Livadie, & à l'occident par l'Albanie.
Les Turcs appellent cette province Magdonia. Saloniki en est la capitale : c'étoit autre fois Pella où nâquirent Philippe & Alexandre.
Mais la Macédoine a eu l'avantage d'être un des pays où S. Paul annonça l'évangile en personne. Il y fonda les églises de Thessalonique & de Philippe, & eut la consolation de les voir florissantes & nombreuses. (D.J.)
|
| MACÉDONIEN | adj. (Jurisprud.) ou senatus-consulte-macédonien, étoit un decret du sénat, qui fut ainsi nommé du nom de Macédo fameux usurier à l'occasion duquel il fut rendu.
Ce particulier vint à Rome du tems de Vespasien ; & profitant du goût de débauche dans lequel étoit la jeunesse romaine, il prêtoit de l'argent aux fils de famille qui étoient sous la puissance paternelle, en leur faisant reconnoître le double de ce qu'il leur avoit prêté ; desorte que quand ils devenoient usans de leurs droits, la plus grande partie de leur bien se trouvoit absorbée par les usures énormes de ce Macédo. C'est pourquoi l'empereur fit rendre ce sénatus-consulte appellé macédonien, qui déclare toutes les obligations faites par les fils de familles nulles, même après la mort de leur pere.
La disposition du sénatus-consulte macédonien se trouve rappellée dans les capitulaires de Charlemagne.
Elle est observée dans tous les pays de droit écrit du ressort du parlement de Paris ; mais elle n'a pas lieu dans les pays coutumiers : les défenses qui y ont été faites en divers tems de prêter aux enfans de famille, ne concernent que les mineurs, attendu que les enfans majeurs ne sont plus en la puissance de leurs pere, mere, ni autres tuteurs ou curateurs. Voyez au digeste le titre ad senatus-consult. macédon. & le recueil de questions de M. Bretonnier, au mot fils de famille. (A)
|
| MACÉDONIENS | S. m. plur. (Hist. ecclés.) hérétiques du iv. siecle qui nioient la divinité du S. Esprit, & qui furent ainsi nommés de Macedonius leur chef.
Cet hérésiarque qui étoit d'abord du parti des Ariens, fut élu par leurs intrigues patriarche de Constantinople en 342 ; mais ses violences & quelques actions qui déplurent à l'empereur Constance, engagerent Eudoxe & Acace prélats de son parti, qu'il avoit d'ailleurs offensés, à le faire déposer dans un concile tenu à Constantinople en 359. Macedonius piqué de cet affront devint aussi chef de parti : car s'étant déclaré contre Eudoxe & les autres vrais ariens, il soutint toujours le fils semblable en substance ou même consubstantiel au pere selon quelques auteurs ; mais il continua de nier la divinité du S. Esprit comme les purs ariens, soutenant que ce n'étoit qu'une créature semblable aux anges, mais d'un rang plus élevé. Tous les évêques qui avoient été déposés avec lui au concile de Constantinople, embrasserent la même erreur ; & quelques catholiques mêmes y tomberent, c'est-à-dire que n'ayant aucune erreur sur le fils, ils tenoient le Saint-Esprit pour une simple créature. Les Grecs les nommerent , c'est-à-dire ennemis du Saint-Esprit. Cette hérésie fut condamnée dans le onzieme concile général tenu à Constantinople, l'an de J. C. 381. Théodoret, liv. II. c. vj. Socrate, liv. II. c. xlv. Sozom. liv. IV. c. xxvij. Fleury, Hist. eccles. tom. III. liv. XIV. n. 30.
|
| MACELLA | ou MACALLA. (Géog. anc.) Tite-Live & Polybe placent cette ville dans la Sicile. Bari en fait une ville de la Calabre, & prétend que c'est aujourd'hui Strongili à trois milles de la mer. (D.J.)
|
| MACELLUM | S. m. (Antiq. rom.) Le macellum de Rome n'étoit point une boucherie, mais un marché couvert situé près de la boucherie, & où l'on vendoit non-seulement de la viande, mais aussi du poisson & autres victuailles. Térence nous la peint à merveille, quand il fait dire par Gnathon, dans l'Eunuque, act. II. scène iij.
Intereà loci ad macellum ubì advenimus,
Concurrunt laeti mi obviam cupedinarii omnes,
Cetarii, lanii, coqui, fartores, piscatores, aucupes.
" Nous arrivons au marché : aussi-tôt viennent au-devant de moi, avec de grands témoignages de satisfaction, tous les confiseurs, les vendeurs de marée, les bouchers, les traiteurs, les rôtisseurs, les pêcheurs, les chasseurs, &c. "
On peut voir la forme du macellum, dans une médaille de Néron, au revers de laquelle, sous un édifice magnifique on lit : mac. Aug. c'est-à-dire, Macellum Augusti.
Erizzo, dans ses dichiaraz. di medagl. ant. p. 117. est le premier qui ait publié cette médaille ; elle est de moyen bronze, & représente d'un côté la tête de Néron encore jeune, avec la légende Nero. Claud. Caesar. Aug. Ger. P. M. Tr. P. Imp. P. P. Au revers un édifice orné d'un double rang de colonnes, & terminé par un dôme. Dans le milieu on voit une porte à laquelle on monte sur quelques degrés qui forment un perron : en-dedans de cette porte est une statue de Néron debout ; la légende de ce revers est mac. Aug. dans le champ S. C. Erizzo a lû macellum Augusti, fondé sur un passage de Dion, qui dit expressément que Néron fit la dédicace d'un marché destiné à vendre toutes les choses nécessaires à la vie, obsoniorum mercatum macellum nuncupatum dedicavit.
L'explication d'Erizzo a été suivie par tous les antiquaires, jusqu'au P. Hardouin qui entreprit de la combattre, & qui a expliqué cette médaille, mausoleum Caesaris Augusti ; mais outre que les argumens du P. Hardouin contre l'explication commune, ne sont rien moins que convainquans, celle qu'il a donnée n'est pas heureuse. 1°. On ne voit pas pourquoi mausoleum seroit désigné par deux lettres, tandis que Caesaris est exprimé par une lettre seule. 2°. Les trois premieres lettres Mac. sont jointes ensemble, tout comme les trois dernieres Aug. le point est entre deux ; pourquoi donc les trois premieres formeront-elles deux mots, & les dernieres un seul ? 3°. L'édifice que nous voyons sur la médaille de Néron, ne ressemble point au mausolée d'Auguste. Voyez MAUSOLEE. (D.J.)
|
| MACÉNITES | Macoenitae, (Géog. anc.) dans Ptolémée, peuples de la Mauritanie Tingitane, sur le bord de la mer. Le mont Atlas étoit dans le Macénitide. (D.J.)
|
| MACER | S. m. (Hist. nat. des drog.) écorce médicinale d'un arbre des Indes orientales, dont il est fait mention dans les écrits de Dioscoride, de Pline, de Galien, & des Arabes ; mais ils ne s'accordent ni les uns ni les autres sur l'arbre qui produit cette écorce, sur la partie de l'arbre d'où elle se tire, sur la qualité de son odeur & de sa saveur ; c'est à la variété de leurs relations sur ce point, & à l'ignorance des commentateurs qui confondoient le macer avec le macis, qu'il paroît qu'on peut sur-tout attribuer la cause de l'oubli dans lequel a été chez nous cette drogue depuis Galien ; car pour ce qui est des Indes orientales d'où Pline, Sérapion, & Averroès conviennent qu'on la faisoit venir ; Garcias-ab-Horto, Acosta, & Jean Mocquet qui dans le pénultieme siecle y avoient voyagé, assurent qu'alors ce remede y étoit usité dans les hôpitaux, & qu'à Bengale il s'en faisoit un commerce assez considérable.
Dioscoride donne à cette écorce le nom & . Il dit qu'elle est de couleur jaunâtre, assez épaisse, fort astringente, & qu'on l'apportoit de Barbarie. C'est ainsi qu'on appelloit alors les pays orientaux les plus reculés. On faisoit de cette écorce une boisson pour remédier aux hémorragies, aux dyssenteries, & aux dévoiemens. Pline appelle des mêmes noms dont s'est servi Dioscoride, l'écorce d'un arbre qui étoit apporté des Indes à Rome, & qu'il dit être rougeâtre. Galien qui dans les descriptions qu'il en fait, & sur les vertus qu'il lui attribue, s'accorde avec ces deux auteurs, ajoute seulement qu'elle est aromatique ; il n'est pas étonnant qu'Averroès & d'autres médecins arabes connussent le macer, puisque l'arbre dont il est l'écorce, croissoit dans les pays orientaux.
Les relations de quelques-uns de nos voyageurs aux Indes orientales, c'est-à-dire à la côte de Malabar & à l'île sainte-Croix, parlent d'une écorce grisâtre qui étant desséchée, devient à ce qu'ils assurent, jaunâtre, fort astringente, & douée des mêmes vertus que le macer des anciens.
Christophe Acosta, l'un des premiers historiens des drogues simples qu'on apporte des Indes, & qui y étoit médecin du viceroi, dit que l'arbre qui porte cette écorce, étoit appellé arbore de las camaras, arbore sancto par les Portugais, c'est-à-dire, arbre pour les dyssenteries, & par excellence, arbre saint ; arbore de sancto Thome, arbre de saint Thomas par les chrétiens ; macruyre par les gens du pays, & macre par les médecins brachmans, ce qui est conforme avec l'ancien mot macer. Ce même historien qui est le seul qui nous ait donné la figure de cet arbre, le compare à un de nos ormes, & attribue des vertus admirables à l'usage de son écorce.
Enfin M. de Jussieu croit avoir retrouvé le macer des Indes orientales, dans le Simarouba d'Amérique ; mais il ne faut donner cette opinion que comme une légere conjecture ; car malgré la conformité qui se trouve dans les vertus entre le macer des anciens, le macre des Indiens orientaux, & le simarouba des occidentaux, il seroit bien étonnant que ce fût la même plante. Il est vrai pourtant que l'Asie & l'Amérique ont d'autres plantes qui leur sont communes, à l'exclusion de l'Europe. Le ginzing en est un bel exemple. Voyez GINZING. (D.J.)
|
| MACERATA | (Géog.) ville d'Italie dans l'état de l'Eglise, dans la marche d'Ancone, avec un évêché suffragant de Fermo, & une petite université. Elle est sur une montagne, proche de Chiento, à 5 lieues S. O. de Lorette, 8 S. O. d'Ancone. Long. 31. 12. lat. 43. 5.
Macerata est la patrie de Lorenzo Abstemius, & d'Angelo Galucci, jésuites. Le premier se fit connoître en répandant dans ses fables des traits satyriques contre le clergé. Le second est auteur d'une histoire latine de la guerre des Pays-bas, depuis 1593 jusqu'à 1609. Cet ouvrage parut à Rome en 1671, in-folio, & en Allemagne en 1677, in-4°. (D.J.)
|
| MACÉRATION | (Morale, Gramm.) C'est une douleur corporelle qu'on se procure dans l'intention de plaire à la divinité. Les hommes ont par-tout des peines, & ils ont très-naturellement conclu que les douleurs des êtres sensibles donnoient un spectacle agréable à Dieu. Cette triste superstition a été répandue & l'est encore dans beaucoup de pays du monde.
Si l'esprit de macération est presque toûjours un effet de la crainte & de l'ignorance des vrais attributs de la divinité, il a d'autres causes, sur-tout dans ceux qui cherchent à le répandre. La plûpart sont des charlatans qui veulent en imposer au peuple par de l'extraordinaire.
Le bonze, le talapoin, le marabou, le derviche, le faquir, pour la plûpart se livrent à différentes sortes de supplices par vanité & par ambition. Ils ont encore d'autres motifs. Le jeune faquir se tient debout, les bras en croix, se poudre de fiente de vache, & va tout nud ; mais les femmes vont lui faire dévotement des caresses indécentes. Plus d'une femme à Rome, en voyant la procession du jubilé monter à genoux la scala santa, a remarqué que certain flagellant étoit bien fait, & avoit la peau belle.
Les moyens de se macérer les plus ordinaires dans quelques religions, sont le jeûne, les étrivieres, & la mal-propreté.
Le caractere de la macération est par-tout cruel, petit, pusillanime.
La mortification consiste plus dans la privation des plaisirs ; la macération s'impose des peines. On mortifie ses sens, par ce qu'on leur refuse ; on macere son corps, parce qu'on le déchire ; on mortifie son esprit, on macere son corps ; il y a cependant la ma cération de l'ame ; elle consiste à se détacher des affections qu'inspirent la nature & l'état de l'homme dans la société.
MACERATION, (Chimie). C'est ainsi qu'on appelle en Chimie la digestion & l'infusion à froid. La macération ne differe de ces dernieres opérations, que pour le degré de chaleur qui anime le menstrue employé ; car l'état des menstrues désigné dans le langage ordinaire de l'art, par le nom de froid, est une chaleur très-réelle, quoique communément cachée aux sens. Voyez FROID & FEU (Chimie), INFUSION, DIGESTION, NSTRUETRUE. (b)
MACERATION des mines, (Métallurg.) quelques auteurs ont regardé comme avantageux de mettre les mines en macération, c'est-à-dire de les faire séjourner dans des eaux chargées d'alcali fixe, de chaux vive, de matieres absorbantes, de fer, de cuivre, & même d'urine & de fiente d'animaux, avant que de les faire fondre. On prétend que cette méthode est sur-tout profitable pour les mines des métaux précieux, quand elles sont chargées de parties arsenicales, sulfureuses & antimoniales, qui peuvent contribuer à les volatiliser, & à les dissiper, dans un grillage trop violent.
Orschall a fait un traité de la macération des mines, dans lequel il prouve par un grand nombre d'exemples & de calculs, que les mines de cuivre qu'il a ainsi traitées, lui ont donné des produits beaucoup plus considérables que celles qu'il n'avoit point mises en macération. Voyez l'article de la fonderie d'Orschall.
Becker approuve cette pratique ; il en donne plusieurs procédés dans sa concordance chimique, part. XII. Il dit qu'il est avantageux de se servir de la macération pour les mines d'or qui sont mêlées avec des pyrites sulfureuses & arsenicales ; il conseille de commencer par les griller, de les pulvériser ensuite, & d'en mêler une partie contre quinze parties de chaux vive & de terre fusible ou d'argille, arrosée de vingt-cinq parties de lessive tirée de cendres, & d'y joindre quatre parties de vitriol, & autant de sel marin : pour les mines d'argent on mettra de l'alun au lieu du vitriol, & du nitre au lieu de sel marin : on mêlera bien toutes ces matieres, & on les laissera quelque tems en digestion ; après quoi on mettra le tout dans un fourneau, l'on donnera pendant vingt-quatre heures un feu de charbons très-violent, au point de faire rougir parfaitement le mêlange. Becker pense que par cette opération la mine est fixée, maturée, & même améliorée. Voy. CONCORDANCE CHIMIQUE.
|
| MACERON | S. m. smyrnium, (Hist. nat. Bot.) genre de plante à fleur en rose, en ombelle & composé de plusieurs pétales disposés en rond, & soutenus par un calice qui devient quand la fleur est passée, un fruit presque rond composé de deux semences un peu épaisses, & quelquefois faites en forme de croissant, relevées en bosse striées d'un côté, & plattes de l'autre. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE.
Le maceron est appellé smyrnium semine nigro par Bauhin, J. B. III. 126. Smyrnium Dioscoridis, par C. B. P. 154. Smyrnium Matthioli, par Tournefort, I. R. H. 316. Hipposelinum, par Ray, Hist. 437.
Sa racine est moyennement longue, grosse, blanche, empreinte d'un suc âcre & amer, qui a l'odeur & le goût approchant en quelque maniere de la myrrhe : elle pousse des tiges à la hauteur de trois piés, rameuses, cannelées, un peu rougeâtres. Ses feuilles sont semblables à celles de l'ache, mais plus amples, découpées en segmens plus arrondis, d'un verd brun, d'une odeur aromatique, & d'un goût approchant de celui du persil. Les tiges & leurs rameaux sont terminés par des ombelles ou parasols qui soutiennent de petites fleurs blanchâtres composées chacune de cinq feuilles disposées en rose, avec autant d'étamines par le milieu. Lorsque ces fleurs sont passées, il leur succede des semences jointes deux-à-deux, grosses, presque rondes ; ou taillées en croissant, cannelées sur le dos, noires, d'un goût amer.
Cette plante croît aux lieux sombres, marécageux, & sur les rochers près de la mer. On la cultive aussi dans les jardins : elle fleurit au premier printems, & sa semence est mûre en Juillet. C'est une plante bis-annuelle, qui se multiplie aisément de graine, & qui reste verte tout l'hiver. La premiere année elle ne produit point de tige, & elle périt la seconde année, après avoir poussé sa tige, & amené sa graine à maturité : sa racine tirée de terre en automne, & conservée dans le sable pendant l'hiver, devient plus tendre & plus propre pour les salades. On mangeoit autrefois ses jeunes pousses comme le céleri ; mais ce dernier a pris le dessus, & l'a chassé de nos jardins potagers. Sa graine est de quelque usage en pharmacie, dans de vieilles & mauvaises compositions galéniques. (D.J.)
MACERON, (Mat. méd.) gros persil de Macédoine. On emploie quelquefois ses semences comme succédanées de celles du vrai persil de Macédoine. Voyez PERSIL DE MACEDOINE. (b)
|
| MACHA-MONA | S. f. (Botan. exot.) calebasse de Guinée, ou calebasse d'Afrique ; c'est, dit Biron, un fruit de l'Amérique qui a la figure de nos calebasses. Il est long d'environ un pié, & de six pouces de diametre : son écorce est ligneuse & dure. On en pourroit fabriquer des tasses & d'autres ustensiles, comme on fait avec le coco. Quand le fruit est mûr, sa chair a un goût aigrelet, un peu styptique. On en prépare dans le pays une liqueur qu'on boit pour se rafraîchir, & dont on donne aux malades dans les cours de ventre. Ses semences sont grosses comme des petits pignons, & renferment une amande douce, agréable & bonne à manger. (D.J.)
|
| MACHAERA | S. f. (Hist. anc.) machere, arme offensive des anciens. C'étoit l'épée espagnole que l'infanterie légionnaire des Romains portoit, & qui la rendit si redoutable, quand il falloit combattre de près ; c'étoit une espece de sabre court & renforcé, qui frappoit d'estoc & de taille, & faisoit de terribles exécutions. Tite-Live raconte que les Macédoniens, peuples d'ailleurs si aguerris, ne purent voir sans une extrême surprise, les blessures énormes que les Romains faisoient avec cette arme. Ce n'étoient rien moins que des bras & des têtes coupées d'un seul coup de tranchant ; des têtes à demi-fendues, & des hommes éventrés d'un coup de pointe. Les meilleures armes offensives n'y résistoient pas ; elles coupoient & perçoient les casques & les cuirasses à l'épreuve : on ne doit point après cela s'étonner si les batailles des anciens étoient si sanglantes. (G)
|
| MACHAMALA | (Géog.) montagne d'Afrique dans le Royaume de Serra-lione, près des îles de Bannanes. Voyez Dapper, description de l'Afrique.
|
| MACHAN | S. m. (Hist. nat.) animal très-remarquable, qui se trouve dans l'île de Java. On le regarde comme une espece de lion ; cependant sa peau est marquetée de blanc, de rouge & de noir, à peu près comme celle des tigres. On dit que le machan est la plus terrible des bêtes féroces ; il est si agile qu'il s'élance à plus de dix-huit piés sur sa proie, & il fait tant de ravage que les princes du pays sont obligés de mettre des troupes en campagne pour le détruire. Cette chasse se fait avec plus de succès la nuit que le jour, parce que le machan ne distingue aucun objet dans l'obscurité, au lieu qu'on le remarque très-bien à ses yeux enflammés comme ceux des chats. Voyez l'hist. génér. des voyages.
|
| MACHAO | S. m. (Hist. nat. Ornitholog.) oiseau du Brésil, d'un plumage noir, mêlangé de verd, qui le rend très-éclatant au soleil. Il a les piés jaunes ; le bec & les yeux rougeâtres ; il habite le milieu du pays, on le trouve rarement vers les rivages.
|
| MACHARI | S. m. (Comm.) sorte d'étoffe, dont il se fait négoce en Hollande. Les pieces simples portent 12 aunes ; les doubles qu'on nomme machari à deux fils, en portent 24.
|
| MACHASOR | S. m. (Théol.) mot qui signifie cycle, est le nom d'un livre de prieres fort en usage chez les Juifs, dans leurs plus grandes fêtes. Il est très-difficile à entendre, parce que ces prieres sont en vers & d'un style concis. Buxtorf remarque qu'il y en a eu un grand nombre d'éditions, tant en Italie qu'en Allemagne & en Pologne ; & qu'on a corrigé dans ceux qui sont imprimés à Venise, quantité de choses qui sont contre les Chrétiens. Les exemplaires manuscrits n'en sont pas fort communs chez les Juifs ; cependant il y a un assez grand nombre de manuscrits dans la bibliotheque de Sorbonne à Paris. Buxtorf, in biblioth. rabbin. (G)
|
| MACHE | S. f. (Hist. nat. Bot.) valerianella, genre de plante à fleur monopétale, en forme d'entonnoir, profondément découpée & soutenue par un calice qui devient dans la suite un fruit qui ne contient qu'une seule semence, mais dont la figure varie dans différentes especes. Quelquefois il ressemble au fer d'une lance, & il est composé de deux parties, dont l'une ou l'autre contient une semence ; d'autres fois il est ovoïde, il a un ombilic & trois pointes, ou la semence de ce fruit a un ombilic en forme de bassin, ou ce fruit est allongé de substance fongeuse. Il a la forme d'un croissant, & il renferme une semence à peu près cylindrique ; ou enfin ce fruit est terminé par trois crochets, & il contient une semence courbe. Tournefort, inst. rei herb. Voyez PLANTE.
C'est une des dix especes du genre de plante que les Botanistes nomment valérianelle. Voyez VALERIANELLE.
La mâche est la valerianella arvensis, praecox, humilis, semine compresso de Tournefort, I. R. H. 132. Valerianella campestris, inodora, major de C. B. P. 165. Raii hist. 392.
Sa racine est menue, fibreuse, blanche, annuelle, d'un goût un peu doux & presque insipide. Elle pousse une tige à la hauteur d'environ un demi-pié, foible, ronde, courbée souvent vers la terre, cannelée, creuse, nouée, rameuse, se subdivisant ordinairement en deux branches à chaque noeud, & ces dernieres en plusieurs rameaux. Ses feuilles sont oblongues, assez épaisses, molles, tendres, délicates, conjuguées ou opposées deux à deux, de couleur herbeuse, ou d'un verd pâle, les unes entieres, sans queue, & les autres crenelées, d'un goût douçâtre.
Ses fleurs sont ramassées en bouquets, ou en maniere de parasol, formées en tuyau évasé, & découpé en cinq parties ; elles sont assez jolies, mais sans odeur. Lorsque ces fleurs sont tombées, il leur succede des fruits arrondis, un peu applatis, ridés, blanchâtres, lesquels tombent avant la parfaite maturité. Cette plante croît presque par-tout dans les champs, parmi les blés. On la cultive dans les jardins pour en manger les jeunes feuilles en salade. (D.J.)
MACHE, (Diete & Mat. méd.) poule grasse, doucette, salade de chanoine. La mâche est communément regardée comme fort analogue à la laitue. Elle en differe pourtant en ce que son parenchyme est plus serré & plus ferme, lors même qu'il est aussi renflé & aussi ramolli qu'il est possible, par la culture & par l'arrosement ; cette différence est essentielle dans l'usage le plus ordinaire de l'une & de l'autre plante, c'est-à-dire lorsqu'on les mange en salade. La texture plus solide de la mâche, la rend moins facile à digérer ; & dans le fait la mâche ainsi mangée, est indigeste pour beaucoup de sujets.
L'extrait de ces deux plantes, c'est-à-dire la partie qu'elles fournissent aux décoctions, peut être beaucoup plus identique, & on peut les employer ensemble, ou l'une pour l'autre, dans les bouillons de veau & de poulet que l'on veut rendre plus adoucissans, plus tempérans, plus rafraîchissans par l'addition des plantes douées de ces vertus, & entre lesquelles la mâche doit être placée. Voyez RAFRAICHISSANS. (b)
|
| MACHÉCHOU | ou MACHÉCOL, (Géog.) petite ville de France en Bretagne, diocèse & recette de Nantes, chef-lieu du duché de Retz, sur la petite riviere de Tenu, à 8 lieues de Nantes. Long. 15. 48. lat. 47. 2. (D.J.)
|
| MACHECOIN | ou IRIAQUE, s. f. (Econ. rust.) machine à broyer le chanvre. Voyez l'article CHANVRE.
|
| MACHEFER | S. m. (Arts) c'est ainsi qu'on nomme une substance demi-vitrifiée, ou même une espece de scorie, qui se forme sur la forge des Maréchaux, des Serruriers & de tous les Ouvriers qui travaillent le fer. Cette substance est d'une forme irréguliere, elle est dure, légere & spongieuse. Les Chimistes n'ont point encore examiné la nature du mâche-fer, cependant il y a lieu de présumer que c'est une masse produite par une fusion, occasionnée par la combinaison qui se fait dans le feu, des cendres du charbon avec une portion de fer, qui contribue à leur donner de la fusibilité.
Ce n'est pas seulement dans les forges des ouvriers en fer qu'il se produit du mâche-fer. Il s'en forme aussi dans les endroits des forêts où l'on fait du charbon de bois. Ce mâche-fer doit sa formation à la vitrification qui se fait des cendres avec une portion de sable, & avec la portion de fer contenue, comme on sait, dans toutes les cendres des végétaux.
MACHE-FER, (Méd.) en latin scoria ferri, & recrementum ferri. On en conseille l'usage en Médecine pour les pâles-couleurs, après l'avoir pulvérisé subtilement, lavé plusieurs fois, & finalement fait sécher. Mais il est inutile de prendre tant de peines, car la simple rouille du fer est infiniment préférable au mâche-fer, qu'il est si difficile de purifier après bien des soins, que le meilleur parti est d'en abandonner l'usage aux Taillandiers. (D.J.)
|
| MACHELIERES | adj. en Anatomie, se dit des dents molaires. Voyez MOLAIRE.
|
| MACHEMOURE | S. f. (Marine) On donne ce nom aux plus petits morceaux qui viennent du biscuit écrasé ou égrené. Lorsque les morceaux de biscuit sont de la grosseur d'une noisette, ils ne sont pas réputés machemoure, & les équipages doivent le recevoir comme faisant partie de leur ration, suivant l'ordonnance de 1689. liv. X. tit. III. art. 15. (Z)
|
| MACHER | v. act. (Gram.) c'est briser & moudre un tems convenable les alimens sous les dents. Plus les alimens sont mâchés, moins ils donnent de travail à l'estomac. On ne peut trop recommander de mâcher, c'est un moyen sûr de prévenir plusieurs maladies, mais difficile à pratiquer. Il n'y a peut-être aucune habitude plus forte que celle de manger vîte. Mâcher se dit au figuré. Je lui ai donné sa besogne toute mâchée. Il y a des peuples septentrionaux qui tuent leurs peres quand ils n'ont plus de dents. Un habitant de ces contrées demandoit à un des nôtres ce que nous faisions de nos vieillards quand ils ne mâchoient plus. Il auroit pû lui répondre, nous mâchons pour eux. Il ne faut quelquefois qu'un mot frappant qui reveille dans un souverain le sentiment de l'humanité, pour lui faire reconnoître & abolir des usages barbares.
MACHER SON MORS, (Maréchal.) se dit d'un cheval qui remue son mors dans sa bouche, comme s'il vouloit le mâcher. Cette action attire du cerveau une écume blanche & liée, qui témoigne qu'il a de la vigueur & de la santé, & qui lui humecte & rafraîchit continuellement la bouche.
|
| MACHERA | (Hist. nat.) pierre fabuleuse dont parle Plutarque dans son traité des fleuves, il dit qu'elle se trouvoit en Phrygie sur le mont Berecinthus ; qu'elle ressembloit à du fer, & que celui qui la trouvoit au tems de la célébration des mysteres de la mere des dieux, devenoit fou & furieux. Voyez Boetius de Boot, de lapidib.
|
| MACHEROPSON | S. m. (Hist. anc.) voyez MACHAERA.
|
| MACHETTE | (Ornith.) voyez HULOTE.
|
| MACHIAN | (Géog.) l'une des îles Molucques, dans l'Océan oriental : elle a environ 7 lieues de tour. Long. 144. 50. lat. 16. (D.J.)
|
| MACHIAVELISME | S. m. (Hist. de la Philos.) espece de politique détestable qu'on peut rendre en deux mots, par l'art de tyranniser, dont Machiavel le florentin a répandu les principes dans ses ouvrages.
Machiavel fut un homme d'un génie profond & d'une érudition très-variée. Il sut les langues anciennes & modernes. Il posséda l'histoire. Il s'occupa de la morale & de la politique. Il ne négligea pas les lettres. Il écrivit quelques comédies qui ne sont pas sans mérite. On prétend qu'il apprit à regner à César Borgia. Ce qu'il y a de certain, c'est que la puissance despotique de la maison des Médicis lui fut odieuse, & que cette haine, qu'il étoit si bien dans ses principes de dissimuler, l'exposa à de longues & cruelles persécutions. On le soupçonna d'être entré dans la conjuration de Soderini. Il fut pris & mis en prison ; mais le courage avec lequel il résista aux tourmens de la question qu'il subit, lui sauva la vie. Les Médicis qui ne purent le perdre dans cette occasion, le protégerent, & l'engagerent par leurs bienfaits à écrire l'histoire. Il le fit ; l'expérience du passé ne le rendit pas plus circonspect. Il trempa encore dans le projet que quelques citoyens formerent d'assassiner le cardinal Jules de Médicis, qui fut dans la suite élevé au souverain pontificat sous le nom de Clément VII. On ne put lui opposer que les éloges continuels qu'il avoit fait de Brutus & Cassius. S'il n'y en avoit pas assez pour le condamner à mort, il y en avoit autant & plus qu'il n'en falloit pour le châtier par la perte de ses pensions : ce qui lui arriva. Ce nouvel échec le précipita dans la misere, qu'il supporta pendant quelque tems. Il mourut à l'âge de 48 ans, l'an 1527, d'un médicament qu'il s'administra lui-même comme un préservatif contre la maladie. Il laissa un fils appellé Luc Machiavel. Ses derniers discours, s'il est permis d'y ajoûter foi, furent de la derniere impiété. Il disoit qu'il aimoit mieux être dans l'enfer avec Socrate, Alcibiade, César, Pompée, & les autres grands hommes de l'antiquité, que dans le ciel avec les fondateurs du christianisme.
Nous avons de lui huit livres de l'histoire de Florence, sept livres de l'art de la guerre, quatre de la république, trois de discours sur Tite-Live, la vie de Castruccio, deux comédies, & les traités du prince & du sénateur.
Il y a peu d'ouvrages qui aient fait autant de bruit que le traité du prince : c'est-là qu'il enseigne aux souverains à fouler aux piés la religion, les regles de la justice, la sainteté des pacts & tout ce qu'il y a de sacré, lorsque l'intérêt l'exigera. On pourroit intituler les quinzieme & vingt-cinquieme chapitres, des circonstances où il convient au prince d'être un scélérat.
Comment expliquer qu'un des plus ardens défenseurs de la monarchie soit devenu tout-à-coup un infâme apologiste de la tyrannie ? le voici. Au reste, je n'expose ici mon sentiment que comme une idée qui n'est pas tout-à-fait destituée de vraisemblance. Lorsque Machiavel écrivit son traité du prince, c'est comme s'il eût dit à ses concitoyens, lisez bien cet ouvrage. Si vous acceptez jamais un maître, il sera tel que je vous le peins : voilà la bête féroce à laquelle vous vous abandonnerez. Ainsi ce fut la faute de ses contemporains, s'ils méconnurent son but : ils prirent une satyre pour un éloge. Bacon le chancelier ne s'y est pas trompé, lui, lorsqu'il a dit : cet homme n'apprend rien aux tyrans, ils ne savent que trop bien ce qu'ils ont à faire, mais il instruit les peuples de ce qu'ils ont à redouter. Est quod gratias agamus Machiavello & hujus modi scriptoribus, qui apertè & indissimulanter proferunt quod homines facere soleant, non quod debeant. Quoi qu'il en soit, on ne peut guère douter qu'au moins Machiavel n'ait pressenti que tôt ou tard il s'éleveroit un cri général contre son ouvrage, & que ses adversaires ne réussiroient jamais à démontrer que son prince n'étoit pas une image fidele de la plûpart de ceux qui ont commandé aux hommes avec le plus d'éclat.
J'ai ouï dire qu'un philosophe interrogé par un grand prince sur une réfutation qu'il venoit de publier du machiavelisme, lui avoit répondu : " sire, je pense que la premiere leçon que Machiavel eût donné à son disciple, c'eût été de réfuter son ouvrage ".
|
| MACHIAVELISTE | S. m. (Gramm. & Moral.) homme qui suit dans sa conduite les principes de Machiavel, qui consistent à tendre à ses avantages particuliers par quelques voies que ce soit. Il y a des Machiavelistes dans tous les états.
|
| MACHICATOIRE | S. m. (Gramm. & Méd.) toute substance médicamenteuse qu'on ordonne à un malade de tenir dans sa bouche, & de mâcher, soit qu'il en doive avaler, soit qu'il en doive rejetter le suc. Le tabac est un machicatoire.
|
| MACHICORE | (Géog.) grand pays de l'île de Madagascar : sa longueur peut avoir, selon Flacourt, 70 lieues de l'est à l'ouest, & autant du nord au sud ; il a environ 50 lieues de large ; mais tout ce pays des Machicores a été ruiné par les guerres, sans qu'on l'ait cultivé depuis. Les habitans vivent dans les bois, & se nourrissent de racines, & des boeufs sauvages qu'ils peuvent attraper. (D.J.)
|
| MACHICOT | S. m. (Hist. ecclés.) c'est, dit le dictionnaire de Trévoux, un officier de l'église de Notre-Dame de Paris, qui est moins que les bénéficiers, & plus que les chantres à gage. Ils portent chape aux fêtes semi-doubles, & tiennent choeur. De machicot on a fait le verbe machicoter, qui signifie altérer le chant, soit en le rendant plus léger, soit en le rendant plus simple ou plus composé, soit en prenant les notes de l'accord, en un mot en ajoutant de l'agrément à la mélodie & à l'harmonie.
|
| MACHICOULI | ou MASSICOULIS, s. m. sont en termes de Fortification, des murs dont la partie extérieure avance d'environ 8 ou 10 pouces sur l'inférieure ; elle est soûtenue par des especes de suports de pierre de taille, disposés de maniere qu'entre leurs intervalles on peut découvrir le pié du mur sans être découvert par l'ennemi. Ces machicoulis étoient fort en usage dans l'ancienne fortification. Dans la nouvelle on s'en sert quelquefois aux redoutes de maçonnerie, placées dans des endroits éloignés des places : comme ces sortes d'ouvrages ne sont pas flanqués, l'ennemi pourroit les détruire aisément par la mine, si l'accès du pié du mur lui étoit permis ; c'est un inconvénient auquel on remédie par les machicoulis. Voyez REDOUTES A MACHICOULIS. On n'employe pas cet ouvrage dans les lieux destinés à resister au canon, mais dans les forts qu'on veut conserver & mettre à l'abri des partis.
|
| MACHINAL | adj. (Gram.) ce que la machine exécute d'elle-même, sans aucune participation de notre volonté : deux exemples suffiront pour faire distinguer le mouvement machinal, du mouvement qu'on appelle libre ou volontaire. Lorsque je fais un faux pas, & que je vais tomber du côté droit, je jette en avant & du côté opposé mon bras gauche, & je le jette avec la plus grande vîtesse que je peux ; qu'en arrive-t-il ? C'est que par ce moyen non réfléchi je diminue d'autant la force de ma chûte. Je pense que cet artifice est la suite d'une infinité d'expériences faites dès la premiere jeunesse, que nous apprenons sans presque nous en appercevoir, à tomber le moins rudement qu'il est possible dès nos premiers ans, & que ne sachant plus comment cette habitude s'est formée, nous croyons, dans un âge plus avancé, que c'est une qualité innée de la machine ; c'est une chimere que cette idée. Il y a sans doute actuellement quelque femme dans la société, déterminée à s'aller jetter ce soir entre les bras de son amant, & qui n'y manquera pas. Si je suppose cent mille femmes tout-à-fait semblables à cette premiere femme, de même âge, de même état, ayant des amans tous semblables, le même tempérament, la même vie antérieure, dans un espace conditionné de la même maniere ; il est certain qu'un être élevé au-dessus de ces cent mille femmes les verroit toutes agir de la même maniere, toutes se porter entre les bras de leurs amans, à la même heure, au même moment, de la même maniere : une armée qui fait l'exercice & qui est commandée dans ses mouvemens ; des capucins de carte qui tombent tous les uns à la file des autres, ne se ressembleroient pas davantage ; le moment où nous agissons paroissant si parfaitement dépendre du moment qui l'a précédé, & celui-ci du précédent encore ; cependant toutes ces femmes sont libres, & il ne faut pas confondre leurs actions quand elles se rendent à leurs amans, avec leur action, quand elles se secourent machinalement dans une chûte. Si l'on ne faisoit aucune distinction réelle entre ces deux cas, il s'ensuivroit que notre vie n'est qu'une suite d'instans nécessairement tels, & nécessairement enchaînés les uns aux autres ; que notre volonté n'est qu'un acquiescement nécessaire à être ce que nous sommes nécessairement dans chacun de ces instans, & que notre liberté est un mot vuide de sens : mais en examinant les choses en nous-mêmes, quand nous parlons de nos actions & de celles des autres, quand nous les louons ou que nous les blamons, nous ne sommes certainement pas de cet avis.
|
| MACHINATION | (Droit françois). La machination est une action par laquelle on dresse une embuche à quelqu'un, pour le surprendre par adresse, ou par artifice ; l'attentat est un outrage & violence qu'on fait à quelqu'un. Suivant l'ordonnance de Blois, il faut pour établir la peine de l'assassinat, réunir la machination & l'attentat ; " nous voulons, dit l'ordonnance, la seule machination & attentat, être punis de peine de mort, " la conjonction &, est copulative : mais selon l'ordonnance criminelle, pour être puni de la peine de l'assassinat, la machination seule suffit, encore qu'il n'y ait eû que la seule machination, ou le seul attentat ; ou, est une conjonction disjonctive & alternative.
Suivant donc la jurisprudence de France, il n'est pas nécessaire que l'assassin ait attenté immédiatement à la vie de celui qui est l'objet de son dessein criminel, il suffit qu'il ait machiné l'assassinat. En conséquence, par arrêt du parlement, un riche juif ayant engagé son valet à donner des coups de bâton à un joueur d'instrumens, amant de sa maîtresse, ils furent tous deux condamnés à être roués, ce qui fut exécuté réellement à l'égard du valet, & en effigie à l'égard du maître : on punit donc alors la machination, qui n'avoit été suivie d'aucun attentat. M. de Montesquieu fait voir que cette loi est trop dure. (D.J.)
|
| MACHINE | S. f. (Hydraul.) Dans un sens général signifie ce qui sert à augmenter & à regler les forces mouvantes, ou quelque instrument destiné à produire du mouvement de façon à épargner ou du tems dans l'exécution de cet effet, ou de la force dans la cause. Voyez MOUVEMENT & FORCE.
Ce mot vient du grec , machine, invention, art. Ainsi une machine consiste encore plutôt dans l'art & dans l'invention que dans la force & dans la solidité des matériaux.
Les machines se divisent en simples & composées ; il y a six machines simples auxquelles toutes les autres machines peuvent se réduire, la balance & le levier, dont on ne fait qu'une seule espece, le treuil, la poulie, le plan incliné, le coin & la vis. Voyez BALANCE, LEVIER, &c. On pourroit même réduire ces six machines à trois, le levier, le plan incliné & le coin ; car le treuil & la poulie se rapportent au levier, & la vis au plan incliné & au levier. Quoi qu'il en soit, à ces machines simples M. Varignon en ajoute une septieme qu'il appelle machine funiculaire, voyez FUNICULAIRE.
Machine composée, c'est celle qui est en effet composée de plusieurs machines simples combinées ensemble.
Le nombre des machines composées est à-présent presqu'infini, & cependant les anciens semblent en quelque maniere avoir surpassé de beaucoup les modernes à cet égard ; car leurs machines de guerre, d'architecture, &c. telles qu'elles nous sont décrites, paroissent supérieures aux nôtres.
Il est vrai que par rapport aux machines de guerre, elles ont cessé d'être si nécessaires depuis l'invention de la poudre, par le moyen de laquelle on a fait en un moment ce que les beliers des anciens & leurs autres machines avoient bien de la peine à faire en plusieurs jours.
Les machines dont Archimede se servit pendant le siége de Syracuse, ont été fameuses dans l'antiquité ; cependant on révoque en doute aujourd'hui la plus grande partie de ce qu'on en raconte. Nous avons de très-grands recueils de machines anciennes & modernes, & parmi ces recueils, un des principaux est celui des machines approuvées par l'académie des Sciences, imprimé en 6 volumes in-4°. On peut aussi consulter les recueils de Ramelli, de Leopold, & celui des machines de Zabaglia, homme sans lettres, qui par son seul génie a excellé dans cette partie.
Machine architectonique est un assemblage de pieces de bois tellement disposées, qu'au moyen de cordes & de poulies un petit nombre d'hommes peut élever de grands fardeaux & les mettre en place, telles sont les grues, les crics, &c. Voyez GRUE, CRIC, &c.
On a de la peine à concevoir de quelles machines les anciens peuvent s'être servis pour avoir élevé des pierres aussi immenses que celles qu'on trouve dans quelques bâtimens anciens.
Lorsque les Espagnols firent la conquête du Pérou, ils furent surpris qu'un peuple qu'ils croyoient sauvage & ignorant, fût parvenu à élever des masses énormes, à bâtir des murailles dont les pierres n'étoient pas moindres que de dix piés en quarré, sans avoir d'autres moyens de charrier qu'à force de bras, en traînant leur charge, & sans avoir seulement l'art d'échafauder ; pour y parvenir, ils n'avoient point d'autre méthode que de hausser la terre contre leur bâtiment à mesure qu'il s'élevoit, pour l'ôter après.
Machine hydraulique ou machine à eau, signifie ou bien une simple machine pour servir à conduire ou élever l'eau, telle qu'une écluse, une pompe, &c. ou bien un assemblage de plusieurs machines simples qui concourent ensemble à produire quelques effets hydrauliques, comme la machine de Marly. Dans cette machine le premier mobile est un bras de la riviere de Seine, lequel par son courant fait tourner plusieurs grandes roues qui menent des manivelles, & celles-ci des pistons qui élevent l'eau dans les pompes ; d'autres pistons la forcent à monter dans des canaux le long d'une montagne jusqu'à un réservoir pratiqué dans une tour de pierre fort élevée au-dessus du niveau de la riviere, & l'eau de ce réservoir est conduite à Versailles par le moyen d'un aqueduc. M. Weidler, professeur en Astronomie à Wirtemberg, a fait un traité des machines hydrauliques, dans lequel il calcule les forces qui font mouvoir la machine de Marly ; il les évalue à 1000594 livres, & il ajoute que cette machine éleve tous les jours 11700000 livres d'eau à la hauteur de 500 piés. M. Daniel Bernoulli, dans son hydrodynamique, section 9. a publié différentes remarques sur les machines hydrauliques, & sur le dernier degré de perfection qu'on leur peut donner.
Les pompes de la Samaritaine & du pont Notre-Dame à Paris, sont aussi des machines hydrauliques. La premiere a été construite pour fournir de l'eau au jardin des Tuileries, & la seconde en fournit aux différens quartiers de la ville. On trouve dans l'ouvrage de M. Belidor, intitulé, architecture hydraulique, le calcul de la force de plusieurs machines de cette espece. Voyez la description de plusieurs de ces machines, au mot HYDRAULIQUE.
Les machines militaires des anciens étoient de trois especes : les premieres servoient à lancer des fleches, comme le scorpion ; des pierres ou des javelines, comme la catapulte ; des traits ou des boulets, comme la baliste ; des dards enflammés, comme le pyrobole : les secondes servoient à battre des murailles, comme le bélier : les troisiemes enfin, à couvrir ceux qui approchoient des murailles des ennemis, comme les tours de bois, &c. Voyez SCORPION, CATAPULTE, &c.
Pour calculer l'effet d'une machine, on la considere dans l'état d'équilibre, c'est-à-dire dans l'état où la puissance qui doit mouvoir le poids ou surmonter la résistance, est en équilibre avec le poids ou la résistance. On a donné pour cela des méthodes aux mots ÉQUILIBRE & FORCES MOUVANTES, & nous ne les répéterons point ici ; mais nous ne devons pas oublier de remarquer qu'après le calcul du cas de l'équilibre, on n'a encore qu'une idée très-imparfaite de l'effet de la machine : car comme toute machine est destinée à mouvoir, on doit la considérer dans l'état de mouvement, & alors il faut avoir égard, 1°. à la masse de la machine, qui s'ajoute à la résistance qu'on doit vaincre, & qui doit augmenter par conséquent la puissance ; 2°. au frottement qui augmente prodigieusement la résistance, comme on le peut voir aux mots FROTTEMENT & CORDE, où l'on trouvera quelques essais de calcul à ce sujet. C'est principalement ce frottement & les lois de la résistance des solides, si différens pour les grands & pour les petits corps (voyez RESISTANCE) ; ce sont, dis-je, ces deux causes qui font souvent qu'on ne sauroit conclure de l'effet d'une machine en petit à celui d'une autre machine semblable en grand, parce que les résistances n'y sont pas proportionnelles aux dimensions des machines. Sur les machines particulieres, voyez les différens articles de ce dictionnaire, LEVIER, POULIE, &c. (O)
MACHINE DE BOYLE, est le nom qu'on donne quelquefois à la machine pneumatique, parce qu'on regarde ce physicien comme le premier inventeur de cette machine. Cependant il n'a fait réellement que la perfectionner, elle étoit inventée avant lui : c'est à Othon de Guericke, Bourguemestre de Magdebourg, que l'on en doit la premiere idée. Voyez MACHINE PNEUMATIQUE, au mot PNEUMATIQUE. (O)
MACHINES MILITAIRES, ce sont en général toutes les machines qui servent à la guerre de campagne & à celle des siéges. Ainsi les machines militaires des anciens étoient le bélier, la catapulte, la baliste, &c. celles des modernes sont le canon, le mortier, &c. Voyez chacun de ces mots à leur article.
Il n'est pas rare de trouver des gens qui proposent de nouvelles machines ou de nouvelles inventions pour la guerre. Le chevalier de Ville rapporte dans son traité de Fortification, " qu'au siége de Saint-Jean d'Angely il y eut un personnage qui fit bâtir un pont grand à merveille, soutenu sur quatre roues, tout de bois, avec lequel il prétendoit traverser le fossé, & depuis la contrescarpe jusque sur le parapet des remparts, faire passer par-dessus icelui 15 ou 20 soldats à couvert. Il fit faire la machine, qui coûta douze ou quinze mille écus ; & lorsqu'il fut question de la faire marcher avec 50 chevaux qu'on avoit attelés, soudain qu'elle fut ébranlée, elle se rompit en mille pieces avec un bruit effroyable. La même chose arriva d'une autre à Lunel qui coûtoit moins que celle-là, & réussit ainsi que l'autre.
J'en ai vu, continue le même auteur, qui promettoient pouvoir jetter avec une machine 50 hommes tout-à-la-fois depuis la contrescarpe jusque dans le bastion, armés à l'épreuve du mousquet ; d'autres de réduire en cendre les villes entieres, voire les murailles mêmes, sans que ceux de dedans y pussent donner remede, quand bien leurs maisons seroient terrassées. Enfin on ne voit aucun effet de ces promesses, & le plus souvent ou c'est folie ou malice pour attraper l'argent du prince qui les croit ". Le chevalier de Ville prétend & avec raison, qu'il ne faut pas se livrer aisément à ces faiseurs de miracles qui proposent des choses extraordinaires, à moins qu'ils n'en fassent premierement l'expérience à leurs dépens. Ce n'est pas, dit-il, que je blâme toutes sortes de machines : on en a fait, & on en invente tous les jours de très-utiles ; mais je parle de ces extraordinaires qu'on juge par raison de pouvoir être mises en oeuvre & faire les effets qu'on propose. Il ne faut jamais sur une chose si douteuse fonder totalement un grand dessein ; on doit en faire l'épreuve à loisir lorsqu'on n'en a pas besoin, afin d'être assuré de leur effet au besoin. (Q)
MACHINE INFERNALE, (Art milit.) c'est un bâtiment à trois ponts chargé au premier de poudre, au second de bombes & de carcasses, & au troisieme de barrils cerclés de fer pleins d'artifices, son tillac aussi comblé de vieux canons & de mitraille, dont on s'est quelquefois servi pour essayer de ruiner des villes & différens ouvrages.
Les Anglois ont essayé de bombarder ou ruiner plusieurs des villes maritimes de France, & notamment Saint Malo, avec des machines de cette espece, mais sans aucun succès.
Celui qui les mit le premier en usage, fut un ingénieur italien, nommé Frédéric Jambelli. Durant le siége qu'Alexandre de Parme avoit mis devant Anvers, où les Hollandois se défendirent long-tems avec beaucoup de constance & de bravoure ; l'Escaut est extraordinairement large au-dessus & au-dessous d'Anvers, parce qu'il approche-là de son embouchure ; Alexandre de Parme, malgré cela, entreprit de faire un pont de 2400 piés de long au-dessous de cette place pour empêcher les secours qui pourroient venir de Zélande. Il en vint à bout, & il ne s'étoit point fait jusqu'alors d'ouvrage en ce genre comparable à celui-là. Ce fut contre ce pont que Jambelli destina ses machines infernales. Strada dans cet endroit de son histoire, une des mieux écrites de ces derniers tems, fait une belle description de ces machines & de la maniere dont on s'en servoit. Je vais le traduire ici.
" Ceux qui défendoient Anvers, dit cet auteur, ayant achevé l'ouvrage qu'ils préparoient depuis long-tems pour la ruine du pont, donnerent avis de cela à la flotte qui étoit au-delà du pont du côté de la Zélande, que le quatrieme d'Avril leurs vaisseaux sortiroient du port d'Anvers sur le soir ; qu'ainsi ils se tinssent prêts pour passer avec le convoi des munitions par la breche qu'on feroit infailliblement au pont. Je vais, continue l'historien, décrire la structure des bateaux d'Anvers & leurs effets, parce qu'on n'a rien vu dans les siecles passés de plus prodigieux en cette matiere, & je tirerai ce que je vais en dire des lettres d'Alexandre de Parme au roi d'Espagne Philippe II. & de la relation du capitaine Tuc.
Frédéric Jambelli ayant passé d'Italie en Espagne pour offrir son service au roi, sans pouvoir obtenir audience, se retira piqué du mépris que l'on faisoit de sa personne, dit en partant que les Espagnols entendroient un jour parler de lui d'une maniere à se repentir d'avoir méprisé ses offres. Il se jetta dans Anvers, & il y trouva l'occasion qu'il cherchoit de mettre ses menaces à exécution. Il construisit quatre bateaux plats, mais très-hauts de bords, & d'un bois très-fort & très-épais, & imagina le moyen de faire des mines sur l'eau de la maniere suivante. Il fit dans le fond des bateaux & dans toute leur longueur une maçonnerie de brique & de chaux, de la hauteur d'un pié & de largeur de cinq. Il éleva tout à l'entour & aux côtés de petites murailles, & fit la chambre de sa mine haute & large de trois piés ; il la remplit d'une poudre très-fine qu'il avoit fait lui-même, & la couvrit avec des tombes, des meules de moulin, & d'autres pierres d'une extraordinaire grosseur : il mit par-dessus des boulets, des monceaux de marbre, des crocs, des clous & d'autre ferraille, & bâtit sur tout cela comme un toît de grosses pierres. Ce toît n'étoit pas plat, mais en dos d'âne, afin que la mine venant à crever l'effet ne s'en fit pas seulement en-haut, mais de tous côtés. L'espace qui étoit entre les murailles de la mine & les côtés des bateaux, fut rempli de pierres de taille maçonnées & de poutres liées avec les pierres par des crampons de fer. Il fit sur toute la largeur des bateaux un plancher de grosses planches, qu'il couvrit encore d'une couche de brique, & sur le milieu il éleva un bucher de bois poissé pour l'allumer, quand les bateaux démareroient, afin que les ennemis les voyant aller vers le pont, crussent que ce n'étoient que des bateaux ordinaires qu'on envoyoit pour mettre le feu au pont. Pour que le feu ne manquât pas de prendre à la mine, il se servit de deux moyens. Le premier fut une meche ensoufrée d'une certaine longueur proportionnée au tems qu'il falloit pour arriver au pont, quand ceux qui les conduiroient les auroient abandonnés & mis dans le courant. L'autre moyen dont il se servit pour donner le feu à la poudre étoit un de ces petits horloges à réveils-matin, qui en se détendant après un certain tems battent le fusil. Celui-ci faisant feu devoit donner sur une traînée de poudre qui aboutissoit à la mine.
Ces quatre bateaux ainsi préparés devoient être accompagnés de treize autres où il n'y avoit point de mine, mais qui étoient de simples brûlots. On avoit su dans le camp des Espagnols qu'on préparoit des brûlots dans le port d'Anvers ; mais on n'y avoit nul soupçon de l'artifice des quatre bateaux, & Alexandre de Parme crut que le dessein des ennemis étoit seulement d'attaquer le pont en même tems au-dessus du côté d'Anvers, & au-dessous du côté de la Zélande. C'est pourquoi il renforça les troupes qu'il avoit dans les forts des digues voisines, & sur-tout le pont, & y distribua ses meilleurs officiers, qu'il exposoit d'autant plus au malheur qui les menaçoit, qu'il sembloit prendre de meilleures mesures pour l'éviter. On vit sortir d'abord trois brûlots du port d'Anvers, & puis trois autres, & le reste dans le même ordre. On sonna l'allarme, & tous les soldats coururent à leurs postes sur le pont. Ces vaisseaux voguoient en belle ordonnance, parce qu'ils étoient conduits chacun par leurs pilotes. Le feu y étoit si vivement allumé qu'il sembloit que les vaisseaux mêmes brûloient, ce qui donnoit un spectacle qui eut fait plaisir aux spectateurs qui n'en n'eussent eu rien à craindre : car les Espagnols de leur côté avoient allumé un grand nombre de feux sur leurs digues & dans leurs forts. Les soldats étoient rangés en bataille sur les deux bords de la riviere & sur le pont, enseignes déployées, avec les officiers à leur tête ; & les armes brilloient encore plus à la flamme qu'elles n'auroient fait au plus beau soleil.
Les matelots ayant conduit leurs vaisseaux jusqu'à deux mille pas du pont, firent prendre, surtout aux quatre où étoient les mines, le courant de l'eau, & se retirerent dans leurs esquifs ; car pour ce qui est des autres ils ne se mirent pas si fort en peine de si bien diriger leur route ; ceux ci pour la plûpart échouerent contre l'estaccade & aux deux bords de la riviere. Un des quatre destinés à rompre le pont, fit eau & coula bas au milieu de la riviere ; on en vit sortir une épaisse fumée sans autre effet. Deux autres furent poussés par un vent qui s'éleva, & portés par le courant vers Calloo au rivage du côté de la Flandre ; il y eut pendant quelque tems sujet de croire que la même chose arriveroit au quatrieme, parce qu'il paroissoit aussi tourner du côté de la rive de Flandre ; les soldats voyant tout cela, & que le feu paroissoit s'éteindre sur la plûpart des bateaux, commencerent à se moquer de ce grand appareil qui n'aboutissoit à rien ; il y en eut même d'assez hardis pour entrer dans un des deux qui avoient échoué au bord, & ils y enfonçoient leurs piques sur le plancher pour découvrir ce qu'il y avoit dessous ; mais dans ce moment, ce quatrieme vaisseau, qui étoit beaucoup plus fort que les autres : ayant brisé l'estaccade, continua sa route vers le pont. Alors les soldats espagnols que l'inquiétude reprit, jetterent un grand cri. Le duc de Parme qui étoit aussi attentif à la flotte hollandoise qui étoit au-dessous du pont du côté de Lillo, qu'aux brûlots qui venoient d'Anvers, accourut à ce cri. Il commanda aussi-tôt des soldats & des matelots ; les uns pour détourner le vaisseau avec des crocs ; les autres pour sauter dedans, & y éteindre le feu, & se mit dans une espece de château de bois, bâti sur pilotis à la rive de Flandre, & auquel étoient attachés les premiers bateaux du pont. Il avoit avec lui les seigneurs de Roubais, Caëtan, Billi, Duguast, & les officiers du corps-de-garde de ce château.
Il y avoit parmi eux un vieux enseigne, domestique du prince de Parme, à qui ce prince fut en cette occasion redevable de la vie. Cet homme qui savoit quelque chose du métier d'ingénieur, soit qu'il fût instruit de l'habileté de Jambelli & du chagrin qu'on lui avoit fait en Espagne, soit par une inspiration de Dieu qui avoit voulu qu'Anvers fût pris par Alexandre de Parme, s'approcha de ce prince, & le conjura de se retirer puisqu'il avoit donné tous les ordres nécessaires. Il le fit jusqu'à trois fois, sans que ce prince voulût suivre son conseil ; mais l'enseigne ne se rebuta pas : & au nom de Dieu, dit-il à ce prince, en se jettant à ses piés, croyez seulement pour cette fois le plus affectionné de vos serviteurs. Je vous assure que votre vie est ici en danger ; & puis se relevant, il le tira après lui. Alexandre aussi surpris de la liberté de cet homme que du ton, en quelque façon inspiré, dont il lui parloit, le suivit, accompagné de Caëtan & Duguast.
A peine étoient-ils arrivés au fort de Sainte-Marie, sur le bord de la riviere du côté de Flandre, que le vaisseau creva avec un fracas épouvantable. On vit en l'air une nuée de pierres, de poutres, de chaînes, de boulets ; le château de bois, auprès duquel la mine avoit joué, une partie des bateaux du pont, les canons qui étoient dessus, les soldats furent enlevés & jettés de tous côtés. On vit l'Escaut s'enfoncer en abyme, & l'eau poussée d'une telle violence qu'elle passa sur toutes les digues, & un pié au-dessus du fort de Sainte-Marie ; on sentit la terre trembler à près de quatre lieues de-là ; on trouva de ces grosses tombes dont la mine avoit été couverte à mille pas de l'Escaut. "
Un des autres bateaux qui avoit échoué contre le rivage de Flandre, fit encore un grand effet ; il périt huit cent hommes de différent genre de mort ; une infinité furent estropiés, & quelques-uns échapperent par des hazards surprenans.
Le vicomte de Bruxelle, dit l'historien, fut transporté fort loin, & tomba dans un navire sans se faire aucun mal. Le capitaine Tuc, auteur d'une relation de cette avanture, après avoir été quelque tems suspendu en l'air tomba dans la riviere ; & comme il savoit nager, & que dans le mouvement du tourbillon qui l'emporta, sa cuirasse s'étoit détachée de son corps, il regagna le bord en nageant ; enfin, un des gardes du prince de Parme fut porté de l'endroit du pont qui touchoit à la Flandre, à l'autre rivage du côté du Brabant, & ne se blessa qu'un peu à l'épaule en tombant. Pour ce qui est du prince de Parme, on le crut mort ; car comme il étoit prêt d'entrer dans Sainte-Marie, il fut terrassé par le mouvement de l'air, & frappé en même tems entre les épaules & le casque d'une poutre ; on le trouva évanoui & sans connoissance : mais il revint à lui un peu après ; & la premiere chose qu'il fit fut de faire amener promtement quelques vaisseaux, non pas pour réparer la breche du pont, car il falloit beaucoup de tems pour cela, mais seulement pour boucher l'espace que la mine avoit ruiné, afin que le matin il ne parût point à la flotte hollandoise, qu'il y eût de passage ouvert ; cela lui réussit. Les Hollandois voyant des soldats dans toute la longueur du pont qui n'avoit point été ruinée, & dans les bateaux dont on avoit bouché la breche, & entendant sonner de tous côtés les tambours & les trompettes, n'oserent tenter de forcer le passage. Cela donna le loisir aux Espagnols de réparer leur pont ; & quelque tems après, Anvers fut contraint de capituler.
Voilà donc l'époque des machines infernales & de ces mines sur l'eau dont on a tant parlé dans les dernieres guerres, & qui ont fait plus de bruit que de mal ; car nulle n'a eu un si bon succès à beaucoup près que celui que Jambelli eut au pont d'Anvers, quoiqu'à ces dernieres l'on eût ajouté des bombes & des carcasses dont on n'avoit point encore l'usage dans le tems du siege de cette ville. Histoire de la milice françoise.
Pour donner une idée de la machine infernale échouée devant Saint-Malo, on en donne fig. 6. Pl. XI. de fortification, la coupe ou le profil.
B. C'est le fond de calle de cette machine, rempli de sable.
C. Premier pont rempli de vingt milliers de poudre, avec un pié de maçonnerie au-dessus.
D. Second pont garni de six cent bombes à feu & carcassieres, & de deux piés de maçonnerie audessus.
E. Troisieme pont au-dessus du gaillard, garni de cinquante barrils à cercle de fer, remplis de toutes sortes d'artifices.
F. Canal pour conduire le feu aux poudres & aux amorces.
Le tillac, comme on le voit en A, étoit garni de vieux canons & d'autres vieilles pieces d'artillerie de différentes especes.
" Si l'on avoit été persuadé en France que ces sortes d'inventions eussent pû avoir une réussite infaillible, il est sans difficulté que l'on s'en seroit servi dans toutes les expéditions maritimes, que l'on a terminées si glorieusement sans ce secours ; mais cette incertitude, & la prodigieuse dépense que l'on est obligé d'y faire, ont été cause que l'on a négligé cette maniere de bombe d'une construction extraordinaire, que l'on a vûe long-tems dans le port de Toulon, & qui avoit été coulée & préparée pour un pareil usage ; ce fut en 1688, & voici comme elle étoit faite, suivant ce qu'en écrivit en ce tems-là un officier de Marine.
La bombe qui est embarquée sur la Flûte le Chameau, est de la figure d'un oeuf ; elle est remplie de sept à huit milliers de poudre ; on peut de-là juger de sa grosseur ; on l'a placée au fond de ce bâtiment dans cette situation. Outre plusieurs grosses poutres qui la maintiennent de tous côtés, elle est encore appuyée de neuf gros canons de fer de 18 livres de balle, quatre de chaque côté, & un sur le derriere qui ne sont point chargés, ayant la bouche en bas. Par dessus on a mis encore dix pieces de moindre grosseur, avec plusieurs petites bombes & plusieurs éclats de canon, & l'on a fait une maçonnerie à chaux & à ciment qui couvre & environne le tout, où il est entré trente milliers de brique ; ce qui compose comme une espece de rocher au milieu de ce vaisseau, qui est d'ailleurs armé de plusieurs pieces de canon chargées à crever, de bombes, carcasses & pots à feu, pour en défendre l'approche. Les officiers devant se retirer après que l'ingénieur aura mis le feu à l'amorce qui durera une heure, cette flûte doit éclater avec sa bombe, pour porter de toutes parts les éclats des bombes & des carcasses, & causer par ce moyen l'embrasement de tout le port de la ville qui sera attaquée. Voilà l'effet qu'on s'en promet : on dit que cela coutera au roi quatre-vingt mille livres. "
Suivant M. Deschiens de Ressons " cette bombe fut faite dans la vûe d'une machine infernale pour Alger ; & celles que les ennemis ont exécutées à Saint-Malo & à Dunkerque, ont été faites à l'instar de celle-ci. Mais toutes ces machines ne valent rien, parce qu'un bâtiment étant à flot, la poudre ne fait pas la centieme partie de l'effort qu'elle feroit sur un terrein ferme ; la raison de cela est, que la partie la plus foible du bâtiment cédant lors de l'effet, cette bombe se trouvant surchargée de vieux canons, de bombes, carcasses & autres, tout l'effort se fait par-dessous dans l'eau, ou dans le vase ou le sable ; desorte qu'il n'en peut provenir d'autre incommodité que quelques débris qui ne vont pas loin, & une fraction de vitres, tuiles, portes & autres bagatelles, par la grande compression de l'air causée par l'agitation extraordinaire ; c'est pourquoi on l'a refondue, la regardant comme inutile.
Celle-ci contenoit huit milliers de poudre ; elle avoit neuf piés de longueur, & cinq de diametre en dehors, six pouces d'épaisseur ; mais quand je l'ai fait rompre, j'ai trouvé que le noyau avoit tourné dans le moule, & que toute l'épaisseur étoit presque d'un côté, & peu de choses de l'autre ; ce qui ne se peut guere éviter, parce que la fonte coulant dans le moule, rougit le chapelet de fer qui soutient le noyau, dont le grand poids fait plier le chapelet.
Il se rapportoit dessus un chapiteau, dans lequel étoit ajustée la fusée, qui s'arrêtoit avec deux barres de fer qui passoient dans les anses.
La fusée étoit un canon de mousquet rempli de composition bien battue ; ce qui ne valoit rien, par la raison que la crasse du salpêtre bouchoit le canon lorsque la fusée étoit brûlée à demi, ce qui faisoit éteindre la fusée. Ainsi les Anglois ont été obligés de mettre le feu au bâtiment de leur machine, pour qu'il parvînt ensuite à la poudre ". Mémoires d'Artillerie, par M. de Saint-Remy.
MACHINE A MATER, (Marine) c'est celle qui sert à élever & poser les mâts dans un vaisseau ; elle est faite à peu près comme une grue ou un engin que l'on place sur un ponton. Quelquefois on ne se sert que d'un ponton avec un mât, un vindas avec un cabestan & des seps de drisse. (Z)
MACHINE, en Architecture, est un assemblage de pieces de bois, disposées de maniere qu'avec le secours de poulies, mouffles & cordages, un petit nombre d'hommes peuvent enlever de gros fardeaux, & le poser en place, comme sont le vindas, l'engin, la grue, le grueau, le treuil, &c. qui se montent & démontent selon le besoin qu'on en a. Voyez nos Pl. de Charp.
MACHINE PYRIQUE, (Artificier) c'est un assemblage de pieces d'artifice, rangées sur une carcasse de tringles de bois ou de fer, disposées pour les recevoir & diriger la communication de leurs feux, comme sont celles qui paroissent depuis quelques années sur le théâtre italien à Paris.
MACHINE, (Peinture) terme dont on se sert en Peinture, pour indiquer qu'il y a une belle intelligence de lumiere dans un tableau. On dit voilà une belle machine ; ce peintre entend bien la machine. Et lorsqu'on dit une grande machine, il signifie non-seulement belle intelligence de lumieres, mais encore grande ordonnance, grande composition.
MACHINE A FORER, voyez l'article FORER. Cette machine soulage l'ouvrier, lorsque les pieces qu'il a à percer ne peuvent l'être à la poitrine. L'ouvrier fore à la poitrine, lorsqu'il pose la palette à forer contre sa poitrine, qu'il appuie du bout rond le foret contre la palette, & qu'en poussant & faisant tourner le foret avec l'archet, il fait entrer le bout aigu du foret dans la piece à percer. La machine qui le dispense de cette fatigue, est composée de trois pieces, la palette, la vis & l'écrou à queue. La palette est toute de fer ; le bout de sa queue est recourbé en crochet : ce crochet ou cette queue recourbée se place dans l'épaisseur de l'établi. Au-dessous de la palette il y a un oeil qui correspond à la boîte de l'étau, pour recevoir la vis de la machine à forer. A un des bouts de la vis il y a un crochet en rond, qui sert à accrocher cette vis sur la boîte, & la partie taraudée passe par l'oeil de la queue de la palette. C'est à la partie qui excede l'oeil, que se met l'écrou à queue, desorte que le compagnon qui a posé le crochet de la palette à une distance convenable de l'étau, suivant la longueur du foret, en tournant l'écrou, force la palette sur laquelle est posé le foret, à le presser contre la piece qu'il veut percer, & qui est entre les mâchoires de l'étau. Au moyen de la vis & des autres parties de cette machine, l'ouvrier a toute sa force, & réussit en très-peu de tems à forer une piece dont il ne viendroit peut-être jamais à bout.
MACHINE POUR LA TIRE, instrument du métier d'étoffe de soie. Ce qu'on appelle machine pour servir au métier des étoffes de soie est d'une si grande utilité, qu'avant qu'elle eut été inventée par le sieur Garon de Lyon, il falloit le plus souvent deux filles à chaque métier d'étoffes riches pour tirer ; depuis qu'elle est en usage, il n'en faut qu'une, ce qui n'est pas une petite économie, outre qu'au moyen de cette machine l'étoffe se fait infiniment plus nette.
Le corps de cette machine est simple ; c'est aussi sa simplicité qui en fait la beauté : c'est un bois de trois pouces en quarré qui descend de l'estave du métier au côté droit de la tireuse, qui va & vient librement. De ce bois quarré, il se présente à côté du temple deux fourches rondes, & une troisieme qui est aussi ronde qui tient les deux autres ; elle monte directement à côté du premier bois dont il est ci-dessus parlé. La fille pour se servir de cette machine, tire à elle son lacs, passe la main derriere, & entrelace ses cordes de semple entre les deux fourches qui sont à côté, & après les avoir enfilées, elle prend la fourche qui monte en haut, & à mesure qu'elle la descend en la tirant, elle fait faire en même tems un jeu aux deux fourches qui embrassent les cordes. Par ce mouvement elle tire net, & facilite l'ouvrier à passer sa navette sans endommager l'étoffe. Après que le coup est passé, elle laisse partir sa machine qui s'en retourne d'elle-même sans poids ni contrepoids pour la renvoyer ; la main seule de la tireuse suffit. Voyez cette machine dans nos Pl. de Soierie.
MACHINE, (Littérat.) en poëme dramatique se dit de l'artifice par lequel le poëte introduit sur la scene quelque divinité, génie, ou autre être surnaturel, pour faire réussir quelque dessein important, ou surmonter quelque difficulté supérieure au pouvoir des hommes.
Ces machines, parmi les anciens, étoient les dieux, les génies bons ou malfaisans, les ombres, &c. Shakespear, & nos modernes françois avant Corneille, employoient encore la derniere de ces ressources. Elles ont tiré ce nom des machines ou inventions qu'on a mis en usage pour les faire apparoître sur la scene, & les en retirer d'une maniere qui imite le merveilleux.
Quoique cette même raison ne subsiste pas pour le poëme épique, on est cependant convenu d'y donner le nom de machines aux êtres surnaturels qu'on y introduit. Ce mot marque & dans le dramatique & dans l'épopée l'intervention ou le ministere de quelque divinité ; mais comme les occasions qui peuvent dans l'une & l'autre amener les machines, ou les rendre nécessaires ne sont pas les mêmes, les regles qu'on y doit suivre sont aussi différentes.
Les anciens poëtes dramatiques n'admettoient jamais aucune machine sur le théâtre, que la présence du dieu ne fût absolument nécessaire, & ils étoient siflés lorsque par leur faute ils étoient réduits à cette nécessité, suivant ce principe fondé dans la nature, que le dénouement d'une piece doit naître du fond même de la fable, & non d'une machine étrangere, que le génie le plus stérile peut amener pour se tirer tout-à-coup d'embarras, comme dans Médée qui se dérobe à la vengeance de Créon, en fendant les airs sur un char traîné par des dragons aîlés. Horace paroît un peu moins sévere, & se contente de dire que les dieux ne doivent jamais paroître sur la scène à moins que le noeud ne soit digne de leur présence.
Nec deus intersit, nisi dignus vindice nodus
Inciderit. Art poet.
Mais au fonds, le mot dignus emporte une nécessité absolue. Voyez INTRIGUE. Outre les dieux, les anciens introduisoient des ombres, comme dans les Perses d'Eschyle, où l'ombre de Darius paroît. A leur imitation Shakespear en a mis dans hamlet & dans macbet : on en trouve aussi dans les pieces de Hardy ; la statue du festin de Pierre, le Mercure & le Jupiter dans l'Amphitrion de Moliere sont aussi des machines, & comme des restes de l'ancien goût dont on ne s'accommoderoit pas aujourd'hui. Aussi Racine dans son Iphigénie, a-t-il imaginé l'épisode d'Eriphile, pour ne pas souiller la scène par le meurtre d'une personne aussi aimable & aussi vertueuse qu'il falloit représenter Iphigénie, & encore parce qu'il ne pouvoit dénouer sa tragédie par le secours d'une déesse & d'une métamorphose, qui auroit bien pû trouver créance dans l'antiquité, mais qui seroit trop incroyable & trop absurde parmi nous. On a relégué les machines à l'Opéra, & c'est bien là leur place.
Il en est tout autrement dans l'épopée ; les machines y sont nécessaires à tout moment & par-tout. Homere & Virgile ne marchent, pour ainsi dire, qu'appuyés sur elles, Pétrone, avec son feu ordinaire, soutient que le poëte doit être plus avec les dieux qu'avec les hommes, & laisser par-tout des marques de la verve prophétique, & du divin enthousiasme qui l'échauffe & l'inspire ; que ses pensées doivent être remplies de fables, c'est-à-dire d'allégories & de figures. Enfin il veut que le poëme se distingue en tout point de l'Histoire, mais sur-tout moins par la mesure des vers, que par ce feu poétique qui ne s'exprime que par allégories, & qui ne fait rien que par machines, ou par l'intervention des dieux.
Il faut, par exemple, qu'un poëte laisse à l'historien raconter qu'une flotte a été dispersée par la tempête, & jettée sur des côtes étrangeres ; mais pour lui il doit dire avec Virgile, que Junon s'adresse à Eole, que ce tyran des mers déchaîne & souleve les vents contre les Troïens, & faire intervenir Neptune pour les préserver du naufrage. Un historien dira qu'un jeune prince s'est comporté dans toutes les occasions avec beaucoup de prudence & de discrétion ; le poëte doit dire avec Homere que Minerve conduisoit son héros par la main. Qu'il laisse raconter à l'historien, qu'Agamemnon dans sa querelle avec Achille, voulut faire entendre à ce prince, quoiqu'avec peu de fondement, qu'il pouvoit prendre Troie sans son secours ; le poëte doit représenter Thétis, irritée de l'affront qu'a reçu son fils, volant aux cieux pour demander vengeance à Jupiter, & dire que ce dieu pour la satisfaire envoie à Agamemnon un songe trompeur, qui lui persuade que ce même jour-là il se rendra maître de Troie.
C'est ainsi que les poëtes épiques se servent de machines dans toutes les parties de leurs ouvrages. Qu'on parcoure l'Iliade, l'Odyssée, l'Enéïde, on trouvera que l'exposition fait mention de ces machines, c'est-à-dire de ces dieux ; que c'est à eux que s'adresse l'invocation ; que la narration en est remplie, qu'ils causent les actions, forment les noeuds, & les démêlent à la fin du poëme ; c'est ce qu'Aristote a condamné dans ses regles du drame, mais ce qu'ont observé Homere & Virgile dans l'épopée. Ainsi Minerve accompagne & dirige Ulysse dans tous les périls ; elle combat pour lui contre tous les amans de Pénélope ; elle aide à cette princesse à s'en défaire, & au dernier moment, elle conclut elle-même la paix entre Ulysse & ses sujets, ce qui termine l'Odyssée. De même dans l'Enéïde, Vénus protege son fils, & le fait à la fin triompher de tous les obstacles que lui opposoit la haine invétérée de Junon.
L'usage des machines dans le poëme épique, est, à quelques égards, entierement opposé à ce qu'Horace prescrit pour le dramatique. Ici elles ne doivent être admises que dans une nécessité extrême & absolue ; là il semble qu'on s'en serve à tout propos, même lorsqu'on pourroit s'en passer, bien loin que l'action les exige nécessairement. Combien de dieux & de machines Virgile n'emploie-t-il pas pour susciter cette tempête qui jette Enée sur les côtes de Carthage, quoique cet évenement eût pû facilement arriver dans le cours ordinaire de la nature ? Les machines dans l'épopée ne sont donc point un artifice du poëte pour le relever lorsqu'il a fait un faux pas, ni pour se retirer de certaines difficultés particulieres à certains endroits de son poëme ; c'est seulement la présence d'une divinité, ou quelqu'action surnaturelle & extraordinaire que le poëte insere dans la plûpart de son ouvrage, pour le rendre plus majestueux & plus admirable, ou en même tems pour inspirer à ses lecteurs des idées de respect pour la divinité ou des sentimens de vertu. Or il faut employer ce mélange de maniere que les machines puissent se retrancher sans que l'action y perde rien.
Quant à la maniere de les mettre en oeuvre & de les faire agir, il faut observer que dans la Mythologie on distinguoit des dieux bons, des dieux malfaisans, & d'autres indifférens, & qu'on peut faire de chacune de nos passions autant de divinités allégoriques, ensorte que tout ce qui se passe de vertueux ou de criminel dans un poëme, peut être attribué à ces machines, ou comme cause, ou comme occasion, & se faire par leur ministere. Elles ne doivent cependant pas toutes, ni toûjours agir d'une même maniere ; tantôt elles agiront sans paroître, & par de simples inspirations, qui n'auront en elles-mêmes rien de miraculeux ni d'extraordinaire, comme quand nous disons que le démon suggere telle pensée, tantôt d'une maniere tout-à-fait miraculeuse, comme lorsqu'une divinité se rend visible aux hommes, & s'en laisse connoître, ou lorsque sans se découvrir à eux, elle se déguise sous une forme humaine. Enfin le poëte peut se servir tout à la fois de chacune de ces deux manieres d'introduire une machine, comme lorsqu'il suppose des oracles, des songes, & des inspirations extraordinaires, ce que le P. le Bossu appelle des demi-machines. Dans toutes ces manieres, il faut se garder avec soin de s'écarter de la vraisemblance ; car quoique la vraisemblance s'étende fort loin lorsqu'il est question de machines, parce qu'alors elle est fondée sur la puissance divine, elle a toujours néanmoins ses bornes. Voyez VRAISEMBLANCE.
Horace propose trois sortes de machines à introduire sur le théâtre : la premiere est un dieu visiblement présent devant les acteurs ; & c'est de celle-là qu'il donne la regle dont nous avons déja parlé. La seconde espece comprend les machines plus incroyables & plus extraordinaires, comme la métamorphose de Progné en hirondelle, celle de Cadmus en serpent. Il ne les exclut, ni les condamne absolument, mais il veut qu'on les mette en récit & non pas en action. La troisieme espece est absolument absurde, & il la rejette totalement ; l'exemple qu'il en donne, c'est un enfant qu'on retireroit tout vivant du ventre d'un monstre qui l'auroit dévoré. Les deux premiers genres sont reçus indifféremment dans l'épopée, & dans la distinction d'Horace, qui ne regarde que le théâtre. La différence entre ce qui se passe sur la scène, & à la vûe des spectateurs, d'avec ce qu'on suppose s'achever derriere le rideau, n'ayant lieu que dans le poëme dramatique.
On convient que les anciens poëtes ont pu faire intervenir les divinités dans l'épopée ; mais les modernes ont-ils le même privilége ? C'est une question qu'on trouvera examinée au mot merveilleux. Voyez MERVEILLEUX.
MACHINES DE THEATRE, chez les anciens. Ils en avoient de plusieurs sortes dans leurs théâtres, tant celles qui étoient placées dans l'espace ménagé derriere la scène, & qu'on appelloit , que celles qui étoient sous les portes de retour pour introduire d'un côté les dieux des bois & des campagnes, & de l'autre les divinités de la mer. Il y en avoit aussi d'autres au-dessus de la scène pour les dieux célestes, & enfin d'autres sous le théâtre pour les ombres, les furies, & les autres divinités infernales : ces dernieres étoient à-peu-près semblables à celles dont nous nous servons pour ce sujet. Pollux l. IV. nous apprend que c'étoient des especes de trapes qui élevoient les acteurs au niveau de la scène, & qui redescendoient ensuite sous le théâtre par le relâchement des forces qui les avoient fait monter. Ces forces consistoient comme celles de nos théâtres, en des cordes, des roues, des contrepoids ; c'est pour cela que les Grecs nommoient ces machines : pour celles qu'ils appelloient , & qui étoient sur les portes de retour, c'étoient des machines tournantes sur elles-mêmes, qui avoient trois faces différentes, & qui se tournoient d'un & d'autre côté, selon les dieux à qui elles servoient. Mais de toutes ces machines, il n'y en avoit point dont l'usage fût plus ordinaire que celles qui descendoient du ciel dans les dénouemens, & dans lesquelles les dieux venoient, pour ainsi dire, au secours du poëte, d'où vint le proverbe de . Ces machines avoient même assez de rapport avec celles de nos cintres ; car, au mouvement près, les usages en étoient les mêmes, & les anciens en avoient comme nous de trois sortes en général ; les unes qui ne descendoient point jusqu'en bas, & qui ne faisoient que traverser le théâtre, d'autres dans lesquelles les dieux descendoient jusques sur la scène, & de troisiemes qui servoient à élever ou à soutenir en l'air les personnes qui sembloient voler. Comme ces dernieres étoient toutes semblables à celles de nos vols, elles étoient sujettes aux mêmes accidens : car nous voyons dans Suétone, qu'un acteur qui jouoit le rôle d'Icare, & dont la machine eut malheureusement le même sort, alla tomber près de l'endroit où étoit placé Néron, & couvrit de sang ceux qui étoient autour de lui. Suétone, in Nerone, c. xij. Mais quoique ces machines eussent assez de rapport avec celles de nos cintres, comme le théâtre des anciens qui avoit toute son étendue en largeur, & que d'ailleurs il n'étoit point couvert, les mouvemens en étoient fort différens. Car au lieu d'être emportés comme les nôtres par des chassis courans dans des charpentes en plafond, elles étoient guindées à une espece de grue, dont le col passoit par dessus la scene, & qui tournant sur elle-même pendant que les contrepoids faisoient monter ou descendre ces machines, leur faisoit décrire des courbes composées de son mouvement circulaire & de leur direction verticale, c'est-à-dire une ligne en forme de vis de bas en haut, ou de haut em-bas, à celles qui ne faisoient que monter ou descendre d'un côté du théâtre à l'autre, & différentes demi-ellipses à celles, qui après être descendues d'un côté jusqu'au milieu du théâtre, remontoient de l'autre jusqu'au dessus de la scène, d'où elles étoient toutes rappellées dans un endroit du postscenium, où leurs mouvemens étoient placés. Diss. de M. Boindin, sur les théâtres des anciens. Mém. de l'acad. des Belles-Lettres, tome I. pag. 148. & suiv. (G)
|
| MACHINISTE | S. m. (Art méchan.) est un homme qui par le moyen de l'étude de la Méchanique, invente des machines pour augmenter les forces mouvantes, pour les décorations de théâtre, l'Horlogerie, l'Hydraulique & autres. (K)
|
| MACHINOIR | S. m. (Cordonnerie) petit outil de buis qui sert aux Cordonniers à ranger & décrasser les points de derriere du soulier. Il est fort pointu, long de quatre à cinq pouces, arrondi par les deux bouts, dentelé à l'un, le milieu est un peu excavé en arc, afin que l'ouvrier le tienne plus commodément. Ce sont des marchands de crépin qui vendent des machinoirs.
|
| MACHLIS | S. m. (Hist. nat. Zoolog.) c'est un animal dont il est parlé dans Pline ; il est, dit-il, commun en Scandinavie. Il a les jambes toutes d'une venue, sans jointures, ainsi il ne se couche point ; il dort appuyé contre un arbre. Pour le prendre on scie l'arbre en partie ; l'animal s'appuyant, l'arbre tombe & l'animal aussi, qui ne peut se relever. Il est si vîte, qu'on ne pourroit le prendre autrement. Il ressemble à l'alcé. Il a la levre de dessus fort grande ; desorte qu'il est obligé d'aller à reculons pour paître.
|
| MACHLYES | (Géog. anc.) en grec , ancien peuple d'Afrique aux environs des Syrtes, & dans le voisinage des Lotophages, selon Hérodote. (D.J.)
|
| MACHO | S. m. (Commerce) on appelle en Espagne quintal-macho, un poids de cent cinquante livres, c'est-à-dire de cinquante livres plus fort que le quintal commun, qui n'est que de cent livres. Il faut six arobes pour le quintal macho, l'arobe de vingt-cinq livres, la livre de seize onces, & l'once de seize adarmes ou demi-gros ; le tout néanmoins un peu plus foible que le poids de Paris ; ensorte que les cent cinquante livres du macho ne rendent que cent trente-neuf livres & demi, un peu plus, un peu moins de cette derniere ville. Dict. de comm. (G)
|
| MACHOIRE | S. f. en Anatomie ; c'est une partie d'un animal où les dents sont placées, & qui sert à mâcher les alimens. Voyez MASTICATION & DENT.
Les mâchoires sont au nombre de deux, appellées à causes de leur situation, l'une supérieure & l'autre inferieure.
La mâchoire supérieure est immobile dans l'homme & dans tous les animaux que nous connoissons, excepté dans le perroquet, le crocodile & le poisson appellé acus vulgaris. Voyez Ray, Synops. pisc. p. 109.
Elle est composée de treize os, joints les uns aux autres par harmonie, six de chaque côté & un au milieu. Leurs noms sont le zygomatique ou os de la pommette, l'os maxillaire, l'os unguis, l'os du nez, l'os du palais, le cornet inférieur du nez, & le vomer. Voyez ZYGOMATIQUE, &c. Il y a dans cette mâchoire des alveoles pour seize dents. Voyez nos Pl. d'Anat. & leur explic.
La mâchoire inférieure n'est composée que de deux os, qui d'abord sont unis au milieu du menton par le moyen d'un cartilage qui se durcit à mesure que l'enfant croît, & qui vers l'âge de sept ans, devenant osseux, unit tellement les deux os, qu'ils n'en forment plus qu'un seul de la figure de l' grec. Voyez nos Pl.
Cette mâchoire est composée de deux tables, entre lesquelles se trouve une substance spongieuse, qui est médullaire dans les enfans. La partie antérieure est mince, & garnie ordinairement de seize alvéoles pour autant de dents. Voyez ALVEOLE.
On distingue dans la mâchoire inférieure une arcade antérieure, qu'on appelle le corps, laquelle se termine sur les parties latérales en deux branches.
On remarque au bord supérieur de l'arcade, les alvéoles qui reçoivent les dents. On divise le bord inférieur en deux levres, une externe & l'autre interne. La face antérieure externe est convexe, plus ou moins inégale vers sa partie moyenne, que l'on appelle le menton, aux parties latérales duquel sont placés les trous mentonniers antérieurs, ou les orifices antérieurs des conduits qui traversent depuis ce trou jusqu'à la face postérieure des branches.
La face postérieure est concave ; on y voit vers la partie moyenne & inférieure une aspérité plus ou moins sensible, deux petites bosses sur les parties latérales de cette aspérité.
Chaque branche a 1°. deux faces, une latérale externe, & une latérale interne, concave, à la partie moyenne de laquelle se voit le trou mentonnier postérieur, ou l'orifice postérieur du conduit mentonnier. 2°. Deux apophyses à la partie supérieure, une antérieure nommée coronoïde, à la partie antérieure de laquelle se trouve une petite cavité oblongue ; une postérieure appellée condyloïde, entre ces deux apophyses, une échancrure. 3°. A la partie inférieure, un angle.
La structure de la mâchoire de quelques animaux n'est pas indigne de la curiosité des Physiciens ; mais on y a rarement porté les yeux.
Il faut pourtant remarquer en général que les animaux qui vivent d'autres animaux, qu'ils prennent & qu'ils étranglent, ont une force considérable aux mâchoires, à cause de la grandeur des muscles destinés aux mouvemens de cette partie ; ensorte que pour loger ces grands muscles, leur crâne a une figure particuliere, par le moyen d'une crête qui s'éleve sur le sommet. Cette crête est très-remarquable dans les lions, les tigres, les ours, les loups, les chiens & les renards. La structure & l'usage de cette crête est pareille à ce qui se voit dans le bréchet des oiseaux.
Comme le crocodile ouvre la gueule & ses mâchoires plus grandes qu'aucun animal, c'est peut-être ce qui a fait croire qu'il a la mâchoire supérieure mobile, quoiqu'en réalité il n'y ait rien de si immobile que cette mâchoire, dont les os sont joints avec les autres os du crâne aussi exactement qu'il est possible ; ainsi que M. Perrault l'a remarqué le premier contre l'opinion des anciens naturalistes. Mais la structure de la mâchoire inférieure du crocodile a quelque chose de fort particulier dans ce qui regarde le méchanique que la nature y a employée pour la faire ouvrir plus facilement ; ce méchanisme consiste en ce que cette mâchoire a comme une queue au-delà de l'endroit où elle est articulée ; car étant appuyée dans cet endroit contre l'os des tempes, lorsque la queue vient à être tirée en haut, par un muscle attaché à cette queue, l'extrêmité opposée de la machoire qui compose le menton descend en bas, & fait ouvrir la gueule.
La mâchoire des poissons ne seroit pas moins digne d'examen. Il y a par exemple, un poisson qui se pêche en Canada, dont les deux mâchoires, la supérieure & l'inférieure, sont également applaties, & font l'office de meule de moulin ; elles sont comme pavées de dents plates, serrées les unes contre les autres, & aussi dures que les cailloux : ce poisson s'en sert pour briser les coquilles des moules dont il vit.
A l'égard des hommes, il arrive quelquefois que la mâchoire inférieure s'ossifie tellement d'un côté, qu'elle ne peut avoir aucun mouvement. Eustachi, Columbus, Volcher, Coiter, Palfin & autres anatomistes, ont vû des crânes dans lesquels se rencontroit cette ossification.
Il me semble qu'on n'a pas eu raison de nommer la grande cavité de la mâchoire supérieure, l'antre d'Highmor, antrum Highmorianum, puisque cet anatomiste n'est pas le premier qui en ait fait la description, & que Cassérius en avoit parlé long-tems avant lui sous le nom d'antrum genae. (D.J.)
MACHOIRE DE BROCHET, (Mat. méd.) quoique les Pharmacologistes aient accordé plusieurs vertus particulieres à la mâchoire du brochet, on peut assurer cependant qu'elle ne possede en effet que la qualité absorbante, & qu'elle doit être rangée avec les écailles d'huitres, les perles, les coquilles d'oeufs, les yeux d'écrevisses, &c. du moins dans l'usage & la préparation ordinaire, car il est vraisemblable que si on rapoit cette substance osseuse, qu'on en prît une quantité considérable, & qu'on la traitât par une décoction convenable, on pourroit en tirer une matiere gélatineuse ; mais encore un coup, on ne s'en sert point à ce titre, & l'on fait bien, puisqu'on a mieux fait dans la corne de cerf. On ne l'emploie qu'en petite quantité, & réduite en poudre subtile, & encore rarement, parce qu'on a commodément & abondamment les yeux d'écrevisses, l'écaille d'huitres, &c. qui valent davantage. (b)
MACHOIRE, (Art méchan.) c'est dans presque toutes les machines destinées à serrer quelque chose, comme l'étau, les pinces, les mordaches, &c. les extrêmités qui embrassent la chose & qui la tiennent ferme.
|
| MACHRONTICHOS | (Géogr. anc.) c'est-à-dire longue muraille ; aussi ce mot désigne les grandes murailles qui joignoient la ville d'Athènes au Pirée ; ce fut par la même raison, qu'on nomma du nom de machronticos, la grande muraille de la Thrace, bâtie par Justinien, avec des moles aux deux bouts, une galerie voûtée, & une garnison pour garantir l'isthme des incursions des ennemis.
|
| MACHROPOGONES | (Géogr. anc.) peuples de la Sarmatie asiatique, aux environs du Pont-Euxin, ainsi nommés parce qu'ils laissoient croître leur barbe. (D.J.)
|
| MACIGNO | (Hist. nat.) nom donné par Ferrante Imperato, à une espece de grais d'une couleur grise, verdâtre, d'un grain fort égal, & qui a de la ressemblance avec l'émeril, & est mêlangé de particules de mica. On dit qu'elle est propre à être sculptée. On s'en sert pour polir le marbre, & pour faire des meules à repasser les couteaux.
|
| MACIS | S. f. (Bot. exot.) improprement dit fleur de muscade, car c'en est l'enveloppe réticulaire. On lui conserve en latin le même nom indien de macis. Sérapion l'appelle bisbese ; Avicenne besbahe, & Pison bongopala moluccensibus.
C'est une feuille, une enveloppe, qui couvre en maniere de réseau ou de laniere, la noix muscade, & qui est placée sous la premiere écorce. Elle est épaisse, huileuse, membraneuse & comme cartilagineuse, d'une couleur rougeâtre d'abord, & fort belle ; mais qui dans l'exposition à l'air, devient jaunâtre, d'une odeur aromatique, suave, d'un goût gracieux, aromatique, âcre & un peu amer.
La compagnie hollandoise fait transporter en Europe, des Indes orientales, le macis séparé des noix muscades, & lorsqu'il est séché. On estime celui qui est récent, flexible, odorant, huileux, & d'une couleur saffranée. Il a les mêmes vertus que la muscade, excepté qu'il est moins astringent ; mais si l'on en abuse, il dispose les membranes de l'estomac à l'inflammation, par ses parties actives, volatiles & huileuses.
En effet le macis donne encore plus d'huile essentielle & subtile par la distillation, que la muscade.
Celle qui paroît d'abord, est transparente & coulante comme l'eau, d'un goût & d'une odeur admirable ; celle qui vient ensuite est jaunâtre, & la troisieme est roussâtre, lorsqu'on presse fortement le feu. Toutes ces huiles sont en même tems si volatiles, que pour en éviter l'évaporation, il faut les garder dans des vaisseaux bouchés hermétiquement. On tire encore du macis par expression, une huile plus épaisse, approchante de la consistance de la graisse, plus subtile néanmoins que l'huile de noix muscade, & plus chere. Voyez la maniere dont on tire ces sortes d'huiles au mot MUSCADE.
Les Hollandois font un très-grand commerce du macis, & l'estiment plus que la noix. A la vente de la compagnie hollandoise des Indes orientales, chaque cavelin ou lot de macis, est ordinairement d'un boucaut, du poids environ de six cent livres. Son prix est depuis vingt sols jusqu'à vingt & demi sols de gros la livre. (D.J.)
MACIS, ou FLEUR DE MUSCADE, (Pharmac. & Mat. méd.) la drogue connue sous ce nom dans les boutiques est une certaine enveloppe réticulaire, ou plutôt partagée en plusieurs lanieres, épaisse & comme cartilagineuse, huileuse, qui couvre la coque ligneuse de la noix muscade, & qui est placée sous sa premiere écorce. Le macis a une odeur aromatique fort agréable ; un goût gracieux, aromatique, âcre & un peu amer. On nous l'apporte séparé des noix muscades, & lorsqu'il est séché. On estime celui qui est récent, flexible, huileux, très-odorant, & d'une couleur qui approche du safran. Geoffroy, Mat. méd.
Le macis possede à peu près les mêmes propriétés médicinales que la muscade ; & la Chimie en sépare par l'analyse, des substances très-analogues à celles de ce fruit. Le macis fournit par exemple, comme la muscade, une huile essentielle & une huile par expression. Voyez MUSCADE.
Il entre dans le plus grand nombre des compositions officinales, alexipharmaques, stomachiques, antispasmodiques, cordiales. Il est employé comme correctif dans les anciens électuaires purgatifs, tels que l'hiéra picra, &c. Voyez CORRECTIF. (b)
|
| MACLE | S. f. (Hist. nat. Minér.) nom d'une pierre ou substance minérale que l'on trouve en Bretagne à trois lieues de Rennes ; sa forme est celle d'un prisme quadrangulaire, renfermé dans une ardoise ou pierre feuilletée d'un gris bleuâtre, qui en est pour ainsi dire entierement lardée en tout sens. Il y en a de plusieurs especes ; celles qui viennent du canton de la Bretagne, qu'on appelle les salles de Rohan, sont des prismes quadrangulaires plus ou moins longs, mais exactement quarrés dans toute leur longueur, qui est quelquefois de deux pouces à deux pouces & demi, sur environ un quart de pouce de diametre. Ces prismes ont des surfaces unies, & entierement couvertes d'une substance luisante, semblable au talc ou au mica. Sur leur extrêmité, c'est-à-dire sur la tranche, ces prismes présentent la figure d'une croix enfermée dans un quarré ou losange. Cette croix qui a la figure d'un X ou d'une croix de saint André, est formée par deux petites lignes bleuâtres ou noirâtres, qui partant de chaque angle de la pierre, se coupent à son centre ; & forment un noyau bleuâtre plus ou moins large, qui conserve toujours une forme quarrée ou de losange dans toute la longueur du prisme. Ces pierres se rompent & se partagent aisément en travers, & elles paroissent composées d'une matiere d'un blanc jaunâtre, striée, dont les stries sont paralleles & vont se diriger vers le centre du prisme, qui est du même tissu que l'ardoise qui leur sert d'enveloppe. Le centre de quelques-unes de ces macles ou prismes est quelquefois rempli d'ochre, ou d'une matiere ferrugineuse, qui semble avoir rempli leur intérieur, lorsque l'ardoise qui leur sert d'enveloppe est venu les couvrir. On trouve souvent dans ces ardoises deux ou même trois de ces macles, & plus, qui s'unissent, se croisent & se confondent ensemble. M. le président de Robien, qui a le premier donné une description exacte de ces pierres, les regarde comme une espece de crystallisation pyriteuse, formée par la combinaison du sel marin avec du soufre, du fer & du vitriol ; ces conjectures ne paroissent point assez constatées, cependant ces substances singulieres mériteroient bien d'être examinées & analysées.
Il y a encore une autre espece de macle qui se trouve dans les paroisses de Baud & de Quadry ; on les nomme pierres de croix, parce qu'elles sont formées de deux macles ou prismes, qui se coupent, & forment une croix ; elles sont revêtues d'une matiere talqueuse, mais on les trouve détachées, sans être enveloppées dans de l'ardoise comme les précédentes.
Les pierres qui viennent d'être décrites ressemblent beaucoup à la pierre de croix ou lapis crucifer de Compostelle en Galice, qui paroît être une crystallisation du même genre, excepté que celles de Galice ont la figure d'une croix à leur intérieur, au lieu que celles de Bretagne ont la forme de croix à l'extérieur & en relief. Voyez le livre qui a pour titre, nouvelles idées sur la formation des fossiles, imprimé à Paris, chez David l'aîné en 1751.
MACLES, ou MACQUES s. f. (Marine) ce sont des cordes qui traversent, & qui étant ridées en losange, font une figure de mailles.
MACLE, terme de Blason, espece de petite figure faite comme une maille de cuirasse, & percée en losange. La macle a la même dimension que le losange, auquel elle est tout-à-fait semblable, excepté qu'elle est aussi percée au milieu en forme de losange ; en quoi elle differe des rustres qui sont percées en rond. Voyez nos Pl. de Blason.
|
| MACLER | (Verrerie) lorsque le verre est devenu cordeli, on prend le fer à macler, on le chauffe, & l'on travaille à mêler le verre dur avec celui qui est plus mol ; & cette manoeuvre s'appelle macler.
MACLER, (Verrerie) fer à macler. Quand le four est un peu refroidi, le verre devient dans le pot quelquefois cordeli : alors on prend le fer à macler, on le fait rougir dans le four, & l'on en presse le bout au fond du pot au-travers du verre ou de la matiere, & on l'éleve de bas en haut pendant quelque tems en la remuant avec le fer à macler.
|
| MACOCK | S. m. (Botan. exot.) sorte de courge étrangere ; le macock de Virginie, pepo virginianus, C. B. est un fruit de Virginie rond ou ovale, ressemblant à une courge ou à un melon. Son écorce est dure, polie, de couleur brune ou rougeâtre en-dehors, noirâtre en-dedans. Il contient une pulpe noire, acide, dans laquelle sont enveloppés plusieurs grains rouges-bruns, faits en forme d'un coeur, & remplis d'une moëlle blanche. Le macocquer de Clusius est le macock de Virginie, décrit par Ray, dans son histoire des plantes.
|
| MACOCO | (Géog.) Voyez ANSICO ; c'est le même nom d'une grande contrée d'Afrique, au nord de la riviere de Zaire. Son roi s'appelle le grand Macoco, & les habitans Mouzoles : Dapper nous les donne pour antropophages, décrit leur pays & leurs boucheries publiques d'hommes, comme s'il les eût vûes.
|
| MACODAMA | (Géog. anc.) ville maritime de l'Afrique propre, sur la petite Syrte, l. IV. c. iij. c'est peut-être aujourd'hui la bourgade de Mahomette.
|
| MACOLICUM | (Géog.) ville de l'Hibernie dans les terres, selon Ptolémée, l. II. c. ij. Est-ce Malek de nos cartes modernes ? nous n'en savons rien.
|
| MACON | (Géog.) ancienne ville de France, en Bourgogne, capitale du Mâconnois, avec un évêché suffragant de Lyon. César en parle dans ses commentaires, l. VII. & l'appelle Matisco. Les tables de Peutinger en parlent aussi ; mais Strabon & Ptolémée n'en disent rien. Il y a cinq à six cent ans, que par une transposition assez ordinaire, on changea Matisco en Mastico ; & c'est de-là, qu'est venu la vicieuse orthographe qui écrit Mascon.
Cette ville appartenoit anciennement aux Eduéens, Aedui ; on ne sait pas précisément le tems où elle en a été séparée ; mais elle étoit érigée en cité, lorsque les Bourguignons s'en rendirent les maîtres.
L'évêché de Mâcon vaut environ vingt mille livres de rente, & n'est composé que de deux cent paroisses. On ignore le tems de cet établissement ; on sait seulement que le premier de ses évêques, dont on trouve le nom, est Placidus, qui assista au troisieme concile d'Orléans.
Cette petite ville où l'on ne compte qu'environ huit mille ames, se sentit cruellement des desordres que les guerres sacrées causerent en France dans le xvj. siecle ; siecle abominable, auprès duquel la génération présente, toute éloignée de la vertu qu'elle est, peut passer pour un siecle d'or, au-moins par son esprit de tolérance en matiere de religion ! Il n'est pas possible d'abolir la mémoire des jours d'aveuglement, de sang, & de rage, qui nous ont précédés. Quelque fâcheux qu'en soit le récit pour l'honneur du nom françois & du nom chrétien, les seules sauteries de Mâcon, exécutées par Saint-Point, sont mieux immortalisées, que celles que Tibere mit en usage dans l'île de Caprée, quoiqu'un célebre historien, traduit dans toutes les langues, & cent fois imprimé, les ait insérées dans la vie de cet empereur odieux.
Mâcon est situé sur le penchant d'un côteau, proche de la Saône, à quatre lieues S. de Tournus, quatre E. de Cluny, 15 N. de Lyon, 90 S. de Paris. Long. 22. 23. lat. 46. 20. (D.J.)
|
| MAÇON | S. f. (Architect.) artisan employé ordinairement sous la direction d'un architecte à élever un bâtiment. Il y a des auteurs qui le dérivent du mot latin barbare machio, machiniste, parce que les Maçons sont obligés de se servir de machines pour élever les murailles. Ducange fait venir ce mot de maceria, nom qu'on donnoit à une longue clôture de mur pour fermer les vignes, à quoi on imagine que les Maçons ont été d'abord employés ; maçon est maceriarum constructor : M. Huet le dérive de mas, vieux mot qui signifie maison ; ainsi maçon est une personne qui fait des mas ou des maisons : dans la basse latinité on appelloit un maçon magister, comacinus, ce que Lindenbroeck fait venir de comacina. C'est dans la Romagne où se trouvoient les meilleurs architectes du tems des Lombards.
Le principal ouvrage du maçon est de préparer le mortier, d'élever les murailles depuis le fondement jusqu'à la cime, avec les retraites & les à-plombs nécessaires, de former les voûtes, & d'employer les pierres qu'on lui donne.
Lorsque les pierres sont grosses, c'est aux Tailleurs de pierres (que l'on confond souvent avec les Maçons) à les tailler, ou à les couper ; les ornemens de sculpture se font par les Sculpteurs en pierres ; les outils dont se servent les Maçons sont la ligne, la regle, le compas, la toise & le pié, le niveau, l'équerre, le plomb, la hachette, le marteau, le décintroir, la pince, le ciseau, le riflar, la truelle, la truelle brétée, l'auge, le sceau, le balai, la pelle, le tamis, le panier, le rabot, l'oiseau, la brouette, le bar, la pioche & le pic. Voyez ces différens noms, & nos Pl. de Maçon.
Outre les instrumens nécessaires pour la main, ils ont aussi des machines pour lever de grands fardeaux ; ce sont la grue, le gruau ou engin, le quindal, la chevre, le treuil, les mouffles, le levier. Pour conduire de grosses pierres, ce sont le chariot, le bar, les madriers, les rouleaux. Voyez nos Pl.
|
| MAÇONNÉ | en termes de Blason, se dit des traits, des tours, pans de murs, châteaux, & autres bâtimens.
Pontevez en Provence, de gueules au pont de deux arches d'or, maçonné de sable.
|
| MAÇONNERIE | sub. fém. (Arts méchaniques).
De la Maçonnerie en général. Sous le nom de Maçonnerie, l'on entend non-seulement l'usage & la maniere d'employer la pierre de différente qualité, mais encore celle de se servir de libaye, de moilon, de plâtre, de chaux, de sable, de glaise, de roc, &c. ainsi que celle d'excaver les terres pour la fouille des fondations (a) des bâtimens, pour la construction des terrasses, des taluds, & de tout autre ouvrage de cette espece.
Ce mot vient de maçon ; & celui-ci, selon Isidore, du latin machio, un machiniste, à cause des machines qu'il emploie pour la construction des édifices & de l'intelligence qu'il lui faut pour s'en servir ; & selon M. Ducange, de maceria, muraille, qui est l'ouvrage propre du maçon.
Origine de la Maçonnerie. La Maçonnerie tient aujourd'hui le premier rang entre les arts méchaniques qui servent à la construction des édifices. Le bois avoit d'abord paru plus commode pour bâtir, avant que l'on eût connu l'usage de tous les autres matériaux servant aujourd'hui à la construction.
Anciennement les hommes habitoient les bois & les cavernes, comme les bêtes sauvages, Mais, au rapport de Vitruve, un vent impétueux ayant un jour par hasard poussé & agité vivement des arbres fort près les uns des autres, ils s'entrechoquerent avec une si grande violence, que le feu s'y mit. La flamme étonna d'abord ces habitans : mais s'étant approchés peu-à-peu, & s'étant apperçu que la température de ce feu leur pouvoit devenir commode, ils l'entretinrent avec d'autres bois, en firent connoître la commodité à leurs voisins, & y trouverent par la suite de l'utilité.
Ces hommes s'étant ainsi assemblés, poussoient de leurs bouches des sons, dont ils formerent par la suite des paroles de différentes especes, qu'ils appliquerent chacune à chaque chose, & commencerent à parler ensemble, & à faire société. Les uns se firent des huttes (b) avec des feuillages, ou des loges qu'ils creuserent dans les montagnes. Les autres imitoient les hirondelles, en faisant des lieux couverts de branches d'arbres, & de terre grasse. Chacun se glorifiant de ses inventions, perfectionnoit la maniere de faire des cabanes, par les remarques qu'il faisoit sur celles de ses voisins, & bâtissoit toûjours de plus en plus commodément.
Ils planterent ensuite des fourches entrelacées de branches d'arbre, qu'ils remplissoient & enduisoient de terre grasse pour faire les murailles.
Ils en bâtirent d'autres avec des morceaux de terre grasse desséchés, élevés les uns sur les autres, sur lesquels ils portoient des pieces de bois en travers qu'ils couvroient de feuilles d'arbres, pour s'y mettre à l'abri du soleil & de la pluie ; mais ces couvertures n'étant pas suffisantes pour se défendre contre les mauvais tems de l'hiver, ils imaginerent des especes de combles inclinées qu'ils enduisirent de terre grasse pour faire écouler les eaux.
(a) On distingue ce mot d'avec fondement, en ce que le premier est l'excavation ou la fouille faite dans la terre pour recevoir un massif capable de supporter l'édifice que l'on veut construire, & le second est le massif même : cependant on confond quelquefois ces deux mots dans la pratique ; mais ce que l'on en dit les fait bientôt distinguer.
(b) Espece de baraque ou cabane.
Nous avons encore en Espagne, en Portugal, en Aquitaine & même en France, des maisons couvertes de chaume ou de bardeau. (c)
Au royaume de Pont dans la Colchide, on étend de part & d'autre sur le terrein des arbres ; sur chacune de leurs extrêmités on y en place d'autres, de maniere qu'ils enferment un espace quarré de toute leur longueur. Sur ces arbres placés horisontalement, on y en éleve d'autres perpendiculairement pour former des murailles que l'on garnit d'échalas & de terre grasse : on lie ensuite les extrêmités de ces murailles par des pieces de bois qui vont d'angle en angle, & qui se croisent au milieu pour en retenir les quatre extrêmités ; & pour former la couverture de ces especes de cabanes, on attache aux quatre coins, par une extrêmité, quatre pieces de bois qui vont se joindre ensemble par l'autre vers le milieu, & qui sont assez longues pour former un toît en croupe, imitant une pyramide à quatre faces, que l'on enduit aussi de terre grasse.
Il y a chez ces peuples de deux especes de toîts en croupe ; celui-ci, que Vitruve appelle testudinatum, parce que l'eau s'écoule des quatre côtés à-la-fois ; l'autre, qu'il appelle displuviatum, est lorsque le faîtage allant d'un pignon (d) à l'autre, l'eau s'écoule des deux côtés.
Les Phrygiens, qui occupent des campagnes où il n'y a point de bois, creusent des fossés circulaires ou petits tertres naturellement élevés qu'ils font les plus grands qu'ils peuvent, auprès desquels ils font un chemin pour y arriver. Autour de ces creux ils élevent des perches qu'ils lient par en haut en forme de pointe ou de cône, qu'ils couvrent de chaume, & sur cela ils amassent de la terre & du gason pour rendre leurs demeures chaudes en hiver & fraîches en été.
En d'autres lieux on couvre les cabanes avec des herbes prises dans les étangs.
A Marseille les maisons sont couvertes de terre grasse paîtrie avec de la paille. On fait voir encore maintenant à Athènes, comme une chose curieuse par son antiquité, les toîts de l'aréopage faits de terre grasse, & dans le temple du capitole, la cabane de Romulus couverte de chaume.
Au Pérou, les maisons sont encore aujourd'hui de roseaux & de cannes entrelacées, semblables aux premieres habitations des Egyptiens & des peuples de la Palestine. Celles des Grecs dans leur origine n'étoient non plus construites que d'argille qu'ils n'avoient pas l'art de durcir par le secours du feu. En Irlande, les maisons ne sont construites qu'avec des menues pierres ou du roc mis dans de la terre détrempée, & de la mousse. Les Abyssins logent dans des cabanes faites de torchis. (e)
Au Monomotapa les maisons sont toutes construites de bois. On voit encore maintenant des peuples se construire, faute de matériaux & d'une certaine intelligence, des cabanes avec des peaux & des os de quadrupedes & de monstres marins.
Cependant on peut conjecturer que l'ambition de perfectionner ces cabanes & d'autres bâtimens élevés par la suite, leur fit trouver les moyens d'allier avec quelques autres fossiles l'argile & la terre grasse, que
(c) C'est un petit ais de mairain en forme de tuile ou de latte, de dix ou douze pouces de long, sur six à sept de large, dont on se sert encore à-présent pour couvrir des hangards, appentis, moulins, &c.
(d) Pignon est, à la face d'un mur élevé d'à-plomb, le triangle formé par la base & les deux côtés obliques d'un toît dont les eaux s'écoulent de part & d'autre.
(e) Torchis, espece de mortier fait de terre grasse détrempée, mêlée de foin & de paille coupée & bien corroyée, dont on se sert à-présent faute de meilleure liaison : il est ainsi appellé à cause des bâtons en forme de torche, au bout desquels on le tortille pour l'employer.
leur offroient d'abord les surfaces des terreins où ils établissoient leurs demeures, qui peu-à-peu leur donnerent l'idée de chercher plus avant dans le sein de la terre non-seulement la pierre, mais encore les différentes substances qui dans la suite les pussent mettre à portée de préférer la solidité de la maçonnerie à l'emploi des végétaux, dont ils ne tarderent pas à connoître le peu de durée. Mais malgré cette conjecture, on considere les Egyptiens comme les premiers peuples qui aient fait usage de la maçonnerie ; ce qui nous paroît d'autant plus vraisemblable, que quelques-uns de leurs édifices sont encore sur pié : témoins ces pyramides célebres, les murs de Babylone construits de brique & de bitume ; le temple de Salomon, le phare de Ptolomée, les palais de Cléopatre & de César, & tant d'autres monumens dont il est fait mention dans l'Histoire.
Aux édifices des Egyptiens, des Assyriens & des Hébreux, succéderent dans ce genre les ouvrages des Grecs, qui ne se contenterent pas seulement de la pierre qu'ils avoient chez eux en abondance, mais qui firent usage des marbres des provinces d'Egypte, qu'ils employerent avec profusion dans la construction de leurs bâtimens ; bâtimens qui par la solidité immuable seroient encore sur pié, sans l'irruption des barbares & des siecles d'ignorance qui sont survenus. Ces peuples, par leurs découvertes, exciterent les autres nations à les imiter. Ils firent naître aux Romains, possédés de l'ambition de devenir les maîtres du monde, l'envie de les surpasser par l'incroyable solidité qu'ils donnerent à leurs édifices ; en joignant aux découvertes des Egyptiens & des Grecs l'art de la main-d'oeuvre, & l'excellente qualité des matieres que leurs climats leur procuroient : ensorte que l'on voit aujourd'hui avec étonnement plusieurs vestiges intéressans de l'ancienne Rome.
A ces superbes monumens succéderent les ouvrages des Goths ; monumens dont la legereté surprenante nous retrace moins les belles proportions de l'Architecture, qu'une élégance & une pratique inconnue jusqu'alors, & qui nous assurent par leurs aspects que leurs constructeurs s'étoient moins attachés à la solidité qu'au goût de l'Architecture & à la convenance de leurs édifices.
Sous le regne de François I. l'on chercha la solidité de ces édifices dans ceux qu'il fit construire ; & ce fut alors que l'Architecture sortit du cahos où elle avoit été plongée depuis plusieurs siecles. Mais ce fut principalement sous celui de Louis XIV. que l'on joignit l'art de bâtir au bon goût de l'Architecture, & où l'on rassembla la qualité des matieres, la beauté des formes, la convenance des bâtimens, les découvertes sur l'art du trait, la beauté de l'appareil, & tous les arts libéraux & méchaniques.
De la maçonnerie en particulier. Il y a de deux sortes de maçonnerie, l'ancienne, employée autrefois par les Egyptiens, les Grecs & les Romains, & la moderne, employée de nos jours.
Vitruve nous apprend que la maçonnerie ancienne se divisoit en deux classes ; l'une qu'on appelloit ancienne qui se faisoit en liaison, & dont les joints étoient horisontaux & verticaux ; la seconde, qu'on appelloit maillée, étoit celle dont les joints étoient inclinés selon l'angle de 45 degrés, mais cette derniere étoit très-défectueuse, comme nous le verrons ci-après.
Il y avoit anciennement trois genres de maçonnerie ; le premier de pierres taillées & polies, le second de pierres brutes, & le troisieme de ces deux especes de pierres.
La maçonnerie de pierres taillées & polies étoit de deux especes ; savoir la maillée, fig. premiere, appellée par Vitruve reticulatum, dont les joints des pierres étoient inclinés selon l'angle de 45 degrés, & dont les angles étoient faits de maçonnerie en liaison, pour retenir la poussée de ces pierres inclinées, qui ne laissoit pas d'être fort considérable ; mais cette espece de maçonnerie étoit beaucoup moins solide ; parce que le poids de ces pierres qui portoient sur leurs angles les faisoit éclater ou égrainer, ou dumoins ouvrir par leurs joints, ce qui détruisoit le mur. Mais les anciens n'avoient d'autres raisons d'employer cette maniere que parce qu'elle leur paroissoit plus agréable à la vûe. La maniere de bâtir en échiquier selon les anciens, que rapporte Palladio dans son I. liv. (Voyez la fig. 9.), étoit moins défectueuse, parce que ces pierres, dont les joints étoient inclinés, étoient non-seulement retenues par les angles du mur, faits de maçonnerie de brique en liaison, mais encore par des traverses de pareille maçonnerie, tant dans l'intérieur du mur qu'à l'extérieur.
La seconde espece étoit celle en liaison (fig. 2. & 3.), appellée insertum, & dont les joints étoient horisontaux & verticaux : c'étoit la plus solide, parce que ses joints verticaux se croisoient, ensorte qu'un ou deux joints se trouvoient au milieu d'une pierre, ce qui s'appelloit & s'appelle encore maintenant maçonnerie en liaison. Cette derniere se subdivise en deux, dont l'une étoit appellée simplement insertum, fig. 2, qui avoit toutes les pierres égales par leurs paremens ; l'autre, fig. 3, étoit la structure des Grecs, dans laquelle se trouve l'une & l'autre ; mais les paremens des pierres étoient inégaux : en sorte que deux joints perpendiculaires se rencontroient au milieu d'une pierre.
Le second genre étoit celui de pierre brute, fig. 4. 5. & 6 ; il y en avoit de deux especes, dont l'une étoit appellée, comme la derniere, la structure des Grecs (fig. 4. & 5.), mais qui différoit en ce que les pierres n'en étoient point taillées, à cause de leur dureté, que les liaisons n'étoient pas régulieres, & qu'elles n'avoient point de grandeur reglée. Cette espece se subdivisoit encore en deux, l'une que l'on appelloit isodomum (fig. 4.), parce que les assises étoient d'égale hauteur ; l'autre pseudisodomum (fig. 5.), parce que les assises étoient d'inégale hauteur. L'autre espece, faite de pierres brutes, étoit appellée amplecton (fig. 6.), dans laquelle les assises n'étoient point déterminées par l'épaisseur des pierres ; mais la hauteur de chaque assise étoit faite de plusieurs si le cas y échéoit, & l'espace d'un parement (f) à l'autre étoit rempli de pierres jettées à l'aventure, sur lesquelles on versoit du mortier que l'on enduisoit uniment ; & quand cette assise étoit achevée ; on en recommençoit une autre par dessus : c'est ce que les Limousins appelloient des arrases, & que Vitruve nomme erecta coria.
Le troisieme genre appellé revinctum (fig. 7.) étoient composé de pierres taillées posées en liaison & cramponées ; ensorte que chaque joint vertical se trouvoit au milieu d'une pierre, tant dessus que dessous, entre lesquelles on mettoit des cailloux & d'autres pierres jettées à l'aventure mêlées de mortier.
Table des manieres anciennes de bâtir, présentées sous un même aspect.
Il y avoit encore deux manieres anciennes de bâtir ; la premiere étoit de poser les pierres les unes sur les autres sans aucune liaison ; mais alors il falloit que leurs surfaces fussent bien unies & bien planes. La seconde étoit de poser ces mêmes pierres les unes sur les autres, & de placer entre chacune d'elles une lame de plomb d'environ une ligne d'épaisseur.
Ces deux manieres étoient fort solides, à cause du poids de la charge d'un grand nombre de ces pierres, qui leur donnoit assez de force pour se soûtenir ; mais les pierres étoient sujettes par ce même poids à s'éclater & à se rompre dans leurs angles, quoiqu'il y ait, selon Vitruve, des bâtimens fort anciens où de très-grandes pierres avoient été posées horisontalement, sans mortier ni plomb, & dont les joints n'étoient point éclatés, mais étoient demeurés presque invisibles par la jonction des pierres, qui avoient été taillées si juste & se touchoient en un si grand nombre de parties, qu'elles s'étoient conservées entieres ; ce qui peut très-bien arriver, lorsque les pierres sont démaigries, c'est-à-dire plus creuses au milieu que vers les bords, tel que le fait voir la figure 8, parce que lorsque le mortier se seche, les pierres se rapprochent, & ne portent ensuite que sur l'extrêmité du joint ; & ce joint n'étant pas assez fort pour le fardeau, ne manque pas de s'éclater. Mais les mâçons qui ont travaillé au louvre ont imaginé de fendre les joints des pierres avec la scie, à mesure que le mortier se séchoit, & de remplir lorsque le mortier avoit fait son effet. On doit remarquer que par là un mur de cette espece a d'autant moins de solidité que l'espace est grand depuis le démaigrissement jusqu'au parement de devant, parce que ce mortier mis après coup n'étant compté pour rien, ce même espace est un moins dans l'épaisseur du mur, mais le charge d'autant plus.
Palladio rapporte dans son premier livre, qu'il y avoit anciennement six manieres de faire les murailles ; la premiere en échiquier, la seconde de terre cuite ou de brique, la troisieme de ciment fait de cailloux de riviere ou de montagne, la quatrieme de pierres incertaines ou rustiques, la cinquieme de pierres de taille, & la sixieme de remplage.
Nous avons expliqué ci-dessus la maniere de bâtir en échiquier rapportée par Palladio, fig. 9.
La deuxieme maniere étoit de bâtir en liaison, avec des carreaux de brique ou de terre cuite grands ou petits. La plus grande partie des édifices de Rome connue, la rotonde, les thermes de Dioclétien & beaucoup d'autres édifices, sont bâtis de cette maniere.
La troisieme maniere (fig. 10.) étoit de faire les
(f) Parement d'une pierre est sa partie extérieure ; elle peut en avoir plusieurs selon qu'elle est placée dans l'angle saillant ou rentrant d'un bâtiment.
deux faces du mur de carreaux du pierre ou de briques en liaison ; le milieu, de ciment ou de cailloux de riviere paîtris avec du mortier ; & de placer de trois piés en trois piés de hauteur, trois rangs de brique en liaison ; c'est-à-dire le premier rang vû sur le petit côté, le second vû sur le grand côté, & le troisieme vû aussi sur le petit côté. Les murailles de la ville de Turin sont bâties de cette maniere ; mais les garnis sont faits de gros cailloux de riviere cassés par le milieu, mêlés de mortier, dont la face unie est placée du côté du mur de face. Les murs des arenes à Vérone sont aussi construits de cette maniere avec un garni de ciment, ainsi que ceux de plusieurs autres bâtimens antiques.
La quatrieme maniere étoit celle appellée incertaine ou rustique (fig. 11.) Les angles de ces murailles étoient faits de carreaux de pierre de taille en liaison ; le milieu de pierres de toutes sortes de forme, ajustées chacune dans leur place. Aussi se falloit-il servir pour cet effet d'un instrument (fig. 70.) appellé sauterelle ; ce qui donnoit beaucoup de sujétion, sans procurer pour cela plus d'avantage. Il y a à Preneste des murailles, ainsi que les pavés des grands chemins faits de cette maniere.
La cinquieme maniere (fig. 12.), étoit en pierres de taille ; & c'est ce que Vitruve appelle la structure des Grecs. Voyez la fig. 3. Le temple d'Auguste a été bâti ainsi ; on le voit encore par ce qui en reste.
La sixieme maniere étoit les murs de remplage (fig. 13.) ; on construisoit pour cet effet des especes de caisses de la hauteur qu'on vouloit les lits, avec des madriers retenus par des arcs-boutans, qu'on remplissoit de mortier, de ciment, & de toutes sortes de pierres de différentes formes & grandeurs. On bâtissoit ainsi de lit en lit : il y a encore à Sirmion, sur le lac de Garda, des murs bâtis de cette maniere.
Il y avoit encore une autre maniere ancienne de faire les murailles (fig. 14.), qui étoit de faire deux murs de quatre piés d'épaisseur, de six piés distans l'un de l'autre, liés ensemble par des murs distans aussi de six piés, qui les traversoient, pour former des especes de coffres de six piés en quarré, que l'on remplissoit ensuite de terre & de pierre.
Les anciens pavoient les grands chemins en pierre de taille, ou en ciment mêlé de sable & de terre glaise.
Le milieu des rues des anciennes villes se pavoit en grais & les côtés avec une pierre plus épaisse & moins large, que les carreaux. Cette maniere de paver leur paroissoit plus commode pour marcher.
La derniere maniere de bâtir, & celle dont on bâtit de nos jours, se divise en cinq especes.
La premiere (fig. 15.) se construit de carreaux (g) & boutisse (h) de pierres dures ou tendres bien posées en recouvrement les unes sur les autres. Cette maniere est appellée communément maçonnerie en liaison, où la différente épaisseur des murs détermine les différentes liaisons à raison de la grandeur des pierres que l'on veut employer : la fig. 2 est de cette espece.
Il faut observer, pour que cette construction soit bonne, d'éviter toute espece de garni & remplissage, & pour faire une meilleure liaison, de piquer les paremens intérieurs au marteau ; afin que par ce moyen les agens que l'on met entre deux pierres puissent les consolider. Il faut aussi bien équarrir les pierres, & n'y souffrir aucun tendre ni bouzin (i), parce que l'un & l'autre émousseroit les parties de la chaux & du mortier.
La seconde est celle de brique, appellée en latin lateritium, espece de pierre rougeâtre faite de terre grasse, qui après avoir été moulée d'environ huit pouces de longueur sur quatre de largeur & deux d'épaisseur, est mise à sécher pendant quelque tems au soleil & ensuite cuite au four. Cette construction se fait en liaison, comme la précédente. Il se trouve à Athènes un mur qui regarde le mont Hymette, les murailles du temple de Jupiter, & les chapelles du temple d'Hercule faites de brique, quoique les architraves & les colonnes soient de pierre. Dans la ville d'Arezzo en Italie, on voit un ancien mur aussi en brique très-bien bâti, ainsi que la maison des rois attaliques à Sparte ; on a levé de dessus un mur de brique anciennement bâti, des peintures pour les encadrer. On voit encore la maison de Crésus aussi bâtie en brique, ainsi que le palais du roi Mausole en la ville d'Halicarnasse, dont les murailles de brique sont encore toutes entieres.
On peut remarquer ici que ce ne fut pas par économie que ce roi & d'autres après lui, presque aussi riches, ont préféré la brique, puisque la pierre & le marbre étoient chez eux très-communs.
Si l'on défendit autrefois à Rome de faire des murs en brique, ce ne fut que lorsque les habitans se trouvant en grand nombre, on eut besoin de ménager le terrein & de multiplier les surfaces ; ce qu'on ne pouvoit faire avec des murs de brique, qui avoient besoin d'une grande épaisseur pour être solides : c'est pourquoi on substitua à la brique la pierre & le marbre ; & par-là on put non-seulement diminuer l'épaisseur des murs & procurer plus de surface, mais encore élever plusieurs étages les uns sur les autres ; ce qui fit alors que l'on fixa l'épaisseur des murs à dix-huit pouces.
Les tuiles qui ont été long-tems sur les toîts, & qui y ont éprouvé toute la rigueur des saisons, sont, dit Vitruve, très-propres à la maçonnerie.
La troisieme est de moilon, en latin caementitium ; ce n'est autre chose que des éclats de la pierre, dont il faut retrancher le bouzin & toutes les inégalités, qu'on réduit à une même hauteur, bien équarris, & posés exactement de niveau en liaison, comme ci-dessus. Le parement extérieur de ces moilons peut être piqué (l) ou rustiqué (m), lorsqu'ils sont apparens & destinés à la construction des soûterreins, des murs de cloture, des caves, mitoyens, &c.
La quatrieme est celle de limousinage, que Vitruve appelle amplecton, (fig. 6.) ; elle se fait aussi de moilons posés sur leurs lits & en liaison, mais sans être dressés ni équarris, étant destinés pour les murs que l'on enduit de mortier ou de plâtre.
Il est cependant beaucoup mieux de dégrossir ces moilons pour les rendre plus gissans & en ôter toute espece de tendre, qui, comme nous l'avons dit précédemment, absorberoit ou amortiroit la qualité de la chaux qui compose le mortier. D'ailleurs si on ne les équarrissoit pas au-moins avec la hachette (fig. 106), les interstices de différentes grandeurs produiroient une inégalité dans l'emploi du mortier, & un tassement inégal dans la construction du mur.
La cinquieme se fait de blocage, en latin structura ruderaria, c'est-à-dire de menues pierres qui s'emploient avec du mortier dans les fondations, & avec
(g) Carreau, pierre qui ne traverse point l'épaisseur du mur, & qui n'a qu'un ou deux paremens au plus.
(h) Boutisse, pierre qui traverse l'épaisseur du mur, & qui fait parement des deux côtés. On l'appelle encore pamieresse, pierre parpeigne, de parpein, ou faisant parpein.
(i) Bouzin, est la partie extérieure de la pierre abreuvée de l'humidité de la carriere, & qui n'a pas eu le tems de sécher, après en être sortie.
(l) Piqué, c'est-à-dire dont les paremens sont piqués avec la pointe du marteau.
(m) Rustiqué, c'est-à-dire dont les paremens, après avoir été équarris & hachés, sont grossierement piqués avec la pointe du marteau.
du plâtre dans les ouvrages hors de terre. C'est-là, selon Vitruve, une très-bonne maniere de bâtir, parce que, selon lui, plus il y a de mortier, plus les pierres en sont abreuvées, & plus les murs sont solides quand ils sont secs. Mais il faut remarquer aussi que plus il y a de mortier, plus le bâtiment est sujet à tasser à mesure qu'il se seche ; trop heureux s'il tasse également, ce qui est douteux. Cependant on ne laisse pas que de bâtir souvent de cette maniere en Italie, où la pozzolane est d'un grand secours pour cette construction.
Des murs en général. La qualité du terrein, les différens pays où l'on se trouve, les matériaux que l'on a, & d'autres circonstances que l'on ne sauroit prévoir, doivent décider de la maniere que l'on doit bâtir : celle où l'on employe la pierre est sans doute la meilleure ; mais comme il y a des endroits où elle est fort chere, d'autres où elle est très-rare, & d'autres encore où il ne s'en trouve point du tout, on est obligé alors d'employer ce que l'on trouve, en observant cependant de pratiquer dans l'épaisseur des murs, sous les retombées des voûtes, sous les poutres, dans les angles des bâtimens & dans les endroits qui ont besoin de solidité, des chaînes de pierre ou de grais si on en peut avoir, ou d'avoir recours à d'autres moyens pour donner aux murs une fermeté suffisante.
Il faut observer plusieurs choses en bâtissant : premierement, que les premieres assises au rez-de-chaussée soient en pierre dure, même jusqu'à une certaine hauteur, si l'édifice est très-élevé : secondement, que celles qui sont sur un même rang d'assises soient de même qualité, afin que le poids supérieur, chargeant également dans toute la surface, trouve aussi une résistance égale sur la partie supérieure : troisiemement, que toutes les pierres, moilons, briques & autres matériaux, soient bien unis ensemble & posés bien de niveau. Quatriemement, lorsqu'on emploie le plâtre, de laisser une distance entre les arrachemens A, fig. 16. & 17, & les chaînes des pierres B, afin de procurer à la maçonnerie le moyen de faire son effet, le plâtre étant sujet à se renfler & à pousser les premiers jours qu'il est employé ; & lors du ravalement général, on remplit ces interstices. Cinquiemement enfin, lorsque l'on craint que les murs ayant beaucoup de charge, soit par leur très-grande hauteur, soit par la multiplicité des planchers, des voûtes &c. qu'ils portent, ne deviennent trop foibles & n'en affaissent la partie inférieure, de faire ce qu'on a fait au Louvre, qui est de pratiquer dans leur épaisseur (fig. 16. & 17.) des arcades ou décharges C, appuyées sur des chaînes de pierres ou jambes sous poutres B, qui en soutiennent la pesanteur. Les anciens, au lieu d'arcades, se servoient de longues pieces de bois d'olivier (fig. 17.) qu'ils posoient sur toute la longueur des murs, ce bois ayant seul la vertu de s'unir avec le mortier ou le plâtre sans se pourrir.
Des murs de faces & de refend. Lorsque l'on construit des murs de face, il est beaucoup mieux de faire ensorte que toutes les assises soient d'une égale hauteur, ce qui s'appelle bâtir à assise égale ; que les joints des paremens soient le plus serrés qu'il est possible. C'est à quoi les anciens apportoient beaucoup d'attention ; car, comme nous l'avons vu, ils appareilloient leurs pierres & les posoient les unes sur les autres sans mortier, avec une si grande justesse, que les joints devenoient presqu'imperceptibles, & que leur propre poids suffisoit seul pour les rendre fermes. Quelques-uns croient qu'ils laissoient sur tous les paremens de leurs pierres environ un pouce de plus, qu'ils retondoient lors du ravalement total, ce qui paroît destitué de toute vraisemblance, par la description des anciens ouvrages dont l'Histoire fait mention. D'ailleurs l'appareil étant une partie très essentielle dans la construction, il est dangereux de laisser des joints trop larges, non-seulement parce qu'ils sont désagréables à la vûe, mais encore parce qu'ils contribuent beaucoup au défaut de solidité, soit parce qu'en liant des pierres tendres ensemble, il se fait d'autant plus de cellules dans leurs pores, que le mortier dont on se sert est d'une nature plus dure ; soit parce que le bâtiment est sujet à tasser davantage, & par conséquent à s'ébranler ; soit encore parce qu'en employant du plâtre, qui est d'une consistance beaucoup plus molle & pour cette raison plus tôt pulvérisée par le poids de l'édifice, les arêtes des pierres s'éclatent à mesure qu'elles viennent à se toucher. C'est pour cela que dans les bâtimens de peu d'importance, où il s'agit d'aller vîte, on les calle avec des lattes D, fig. 18, entre lesquelles on fait couler du mortier, & on les jointoie, ainsi qu'on peut le remarquer dans presque tous les édifices modernes. Dans ceux qui méritent quelqu'attention, on se sert au contraire de lames de plomb E, fig. 19, ainsi qu'on l'a pratiqué au péristile du Louvre, aux châteaux de Clagny, de Maisons & autres.
Quoique l'épaisseur des murs de face doive différer selon leur hauteur, cependant on leur donne communément deux piés d'épaisseur, sur dix toises de hauteur, ayant soin de leur donner six lignes par toise de talut ou de retraite en dehors A, fig. 20, & de les faire à plomb par le dedans B. Si on observe aussi des retraites en dedans B, fig. 21, il faut faire ensorte que l'axe C D du mur se trouve dans le milieu des fondemens.
La hauteur des murs n'est pas la seule raison qui doit déterminer leur épaisseur ; les différens poids qu'ils ont à porter doivent y entrer pour beaucoup, tels que celui des planchers, des combles, la poussée des arcades, des portes & des croisées ; les scellemens des poutres, des solives, sablieres, corbeaux, &c. raison pour laquelle on doit donner des épaisseurs différentes aux murs de même espece.
Les angles d'un bâtiment doivent être non-seulement élevés en pierre dure, comme nous l'avons vû, mais aussi doivent avoir une plus grande épaisseur, à cause de la poussée des voûtes, des planchers, des croupes & des combles ; irrégularité qui se corrige aisément à l'extérieur par des avant-corps qui font partie de l'ordonnance du bâtiment, & dans l'intérieur par des revétissemens de lambris.
L'épaisseur des murs de refend doit aussi différer selon la longueur & la grosseur des pieces de bois qu'ils doivent porter, sur-tout lorsqu'ils séparent des grandes pieces d'appartement, lorsqu'ils servent de cage à des escaliers, où les voûtes & le mouvement continuel des rampes exigent une épaisseur relative à leurs poussées, ou enfin lorsqu'ils contiennent dans leur épaisseur plusieurs tuyaux de cheminées qui montent de fond, seulement séparés par des languettes de trois ou quatre pouces d'épaisseur.
Tous ces murs se payent à la toise superficielle, selon leur épaisseur.
Les murs en pierre dure se payent depuis 3 liv. jusqu'à 4 liv. le pouce d'épaisseur. Lorsqu'il n'y a qu'un parement, il se paye depuis 12 liv. jusqu'à 16 livres ; lorsqu'il y en a deux, le premier se paye depuis 12 jusqu'à 16 livres, & le second depuis 10 livres jusqu'à 12 livres.
Les murs en pierre tendre se payent depuis 2 liv. 10 sols jusqu'à 3 liv. 10 sols le pouce d'épaisseur. Lorsqu'il n'y a qu'un parement, il se paye depuis 3 liv. 10 sols jusqu'à 4 liv. 10 sols. Lorsqu'il y en a deux, le premier se paye depuis 3 liv. 10 sols jusqu'à 4 liv. 10 sols ; & le second depuis 3 liv. jusqu'à 3 liv. 10 sols.
Les murs en moilon blanc se payent depuis 18 fols jusqu'à 22 sols le pouce ; & chaque parement, qui est un enduit de plâtre ou de chaux, se paye depuis 1 liv. 10 sols jusqu'à 1. liv. 16 sols.
Tous ces prix different selon le lieu où l'on bâtit, selon les qualités des matériaux que l'on emploie, & selon les bonnes ou mauvaises façons des ouvrages ; c'est pourquoi on fait toujours des devis & marchés avant que de mettre la main à l'oeuvre.
Des murs de terrasse. Les murs de terrasse different des précédens en ce que non-seulement ils n'ont qu'un parement, mais encore parce qu'ils sont faits pour retenir les terres contre lesquelles ils sont appuyés. On en fait de deux manieres : les uns (fig. 22.) ont beaucoup d'épaisseur, & coutent beaucoup ; les autres (fig. 23.) fortifiées par des éperons ou contreforts E, coutent beaucoup moins. Vitruve dit que ces murs doivent être d'autant plus solides que les terres poussent davantage dans l'hiver que dans d'autres tems ; parce qu'alors elles sont humectées des pluies, des neiges & autres intempéries de cette saison : c'est pourquoi il ne se contente pas seulement de placer d'un côté des contreforts A (fig. 24. & 25), mais il en met encore d'autres en-dedans, disposés diagonalement en forme de scie B (fig. 24.) ou en portion de cercle C (fig. 25.), étant par-là moins sujets à la poussée des terres.
Il faut observer de les élever perpendiculairement du côté des terres, & inclinés de l'autre. Si cependant on jugeoit à-propos de les faire perpendiculaires à l'extérieur, il faudroit alors leur donner plus d'épaisseur, & placer en-dedans les contreforts que l'on auroit dû mettre en-dehors.
Quelques-uns donnent à leur sommet la sixieme partie de leur hauteur, & de talut la septieme partie : d'autres ne donnent à ce talut que la huitieme partie. Vitruve dit que l'épaisseur de ces murs doit être relative à la poussée des terres, & que les contreforts que l'on y ajoute sont faits pour le fortifier & l'empêcher de se détruire ; il donne à ces contreforts, pour épaisseur, pour saillie, & pour intervalle de l'un à l'autre, l'épaisseur du mur, c'est-à-dire qu'ils doivent être quarrés par leur sommet, & la distance de l'un à l'autre aussi quarrée ; leur empatement, ajoute-t-il, doit avoir la hauteur du mur.
Lorsque l'on veut construire un mur de terrasse, on commence d'abord par l'élever jusqu'au rez-de-chaussée, en lui donnant une épaisseur & un talut convenables à la poussée des terres qu'il doit soutenir : pendant ce tems-là, on fait plusieurs tas des terres qui doivent servir à remplir le fossé, selon leurs qualités : ensuite on en fait apporter près du mur & à quelques piés de largeur, environ un pié d'épaisseur, en commençant par celles qui ont le plus de poussée, réservant pour le haut celles qui en ont moins. Précaution qu'il faut nécessairement prendre, & sans laquelle il arriveroit que d'un côté le mur ne se trouveroit pas assez fort pour retenir la poussée des terres, tandis que de l'autre il se trouveroit plus fort qu'il ne seroit nécessaire. Ces terres ainsi apportées, on en fait un lit de même qualité que l'on pose bien de niveau, & que l'on incline du côté du terrein pour les empêcher de s'ébouler, & que l'on affermit ensuite en les battant, & les arrosant à mesure : car si on remettoit à les battre après la construction du mur, non-seulement elles en seroient moins fermes, parce qu'on ne pourroit battre que la superficie, mais encore il seroit à craindre qu'on n'ébranlât la solidité du mur. Ce lit fait, on en recommence un autre, & ainsi de suite, jusqu'à ce que l'on soit arrivé au rez-de-chaussée.
De la pierre en général. De tous les matériaux compris sous le nom de maçonnerie, la pierre tient aujourd'hui le premier rang ; c'est pourquoi nous expliquerons ses différentes especes, ses qualités, ses défauts, ses façons & ses usages ; après avoir dit un mot des carrieres dont on la tire, & cité les auteurs qui ont écrit de l'art de les réunir ensemble, pour parvenir à une construction solide, soit en enseignant les développemens de leur coupe, de leurs joints & de leurs lits relativement à la pratique, soit en démontrant géométriquement la rencontre des lignes, la nature des courbes, les sections des solides, & les connoissances qui demandent une étude particuliere.
On distingue deux choses également intéressantes dans la coupe des pierres, l'ouvrage & le raisonnement, dit Vitruve ; l'un convient à l'artisan, & l'autre à l'artiste. Nous pouvons regarder Philibert Delorme, en 1567, comme le premier auteur qui ait traité méthodiquement de cet art. En 1642, Mathurin Jousse y ajouta quelques découvertes, qu'il intitula, le secret de l'Architecture. Un an après, le P.Deraut fit paroître un ouvrage encore plus profond sur cet art, mais plus relatif aux besoins de l'ouvrier. La même année, Abraham Bosse mit au jour le système de Desargue. En 1728, M. de la Rue renouvella le traité du P.Deraut, le commenta, & y fit plusieurs augmentations curieuses ; ensorte que l'on peut regarder son ouvrage comme le résultat de tous ceux qui l'avoient précédé sur l'art du trait. Enfin, en 1737, M. Fraizier, ingénieur en chef des fortifications de Sa Majesté, en a démontré la théorie d'une maniere capable d'illustrer cette partie de l'Architecture, & la mémoire de ce savant.
Il faut savoir qu'avant que la géométrie & la méchanique fussent devenues la base de l'art du trait pour la coupe des pierres, on ne pouvoit s'assurer précisément de l'équilibre & de l'effort de la poussée des voutes, non plus que de la résistance des piés droits, des murs, des contreforts, &c. de maniere que l'on rencontroit lors de l'exécution des difficultés que l'on n'avoit pu prévoir, & qu'on ne pouvoit résoudre qu'en démolissant ou retondant en place les parties défectueuses jusqu'à ce que l'oeil fût moins mécontent ; d'où il résultoit que ces ouvrages coutoient souvent beaucoup, & duroient peu, sans satisfaire les hommes intelligens. C'est donc à la théorie qu'on est maintenant redevable de la légéreté qu'on donne aux voutes de différentes especes, ainsi qu'aux voussures, aux trompes, &c. & de ce qu'on est parvenu insensiblement à abandonner la maniere de bâtir des derniers siecles, trop difficile par l'immensité des poids qu'il falloit transporter & d'un travail beaucoup plus lent. C'est même ce qui a donné lieu à ne plus employer la méthode des anciens, qui étoit de faire des colonnes & des architraves d'un seul morceau, & de préférer l'assemblage de plusieurs pierres bien plus faciles à mettre en oeuvre. C'est par le secours de cette théorie que l'on est parvenu à soutenir des plates-bandes, & à donner à l'architecture ce caractere de vraisemblance & de légéreté inconnue à nos prédécesseurs. Il est vrai que les architectes gothiques ont poussé très-loin la témérité dans la coupe des pierres, n'ayant, pour ainsi dire, d'autre but dans leurs ouvrages que de s'attirer de l'admiration. Malgré nos découvertes, nous sommes devenus plus modérés ; & bien-loin de vouloir imiter leur trop grande hardiesse, nous ne nous servons de la facilité de l'art du trait que pour des cas indispensables relatifs à l'économie, ou à la sujétion qu'exige certain genre de construction : les préceptes n'enseignant pas une singularité présomptueuse, & la vraisemblance devant toujours être préférée, sur-tout dans les arts qui ne tendent qu'à la solidité.
On distingue ordinairement de deux especes de pierres : l'une dure, & l'autre tendre. La premiere est, sans contredit, la meilleure : il arrive quelquefois que cette derniere résiste mieux à la gelée que l'autre ; mais cela n'est pas ordinaire, parce que les parties de la pierre dure ayant leurs pores plus condensés que celles de la tendre, doivent résister davantage aux injures des tems, ainsi qu'aux courans des eaux dans les édifices aquatiques. Cependant, pour bien connoître la nature de la pierre, il faut examiner pourquoi ces deux especes sont sujettes à la gelée, qui les fend & les détruit.
Dans l'assemblage des parties qui composent la pierre, il s'y trouve des pores imperceptibles remplis d'eau & d'humidité, qui, venant à s'enfler pendant la gelée, fait effort dans ses pores, pour occuper un plus grand espace que celui où elle est resserrée ; & la pierre ne pouvant résister à cet effort, se fend & tombe par éclat. Ainsi plus la pierre est composée de parties argilleuses & grasses, plus elle doit participer d'humidité, & par conséquent être sujette à la gelée. Quelques-uns croient que la pierre ne se détruit pas seulement à la gelée, mais qu'elle se mouline (n) encore à la lune : ce qui peut arriver à de certaines especes de pierres, dont les rayons de la lune peuvent dissoudre les parties les moins compactes. Mais il s'ensuivroit de-là que ses rayons seroient humides, & que venant à s'introduire dans les pores de la pierre, ils seroient cause de la séparation de ses parties qui tombant insensiblement en parcelles, la feroit paroître moulinée.
Des carrieres & des pierres qu'on en tire. On appelle communément carriere des lieux creusés sous terre A (fig. 26.), où la pierre prend naissance. C'est de-là qu'on tire celle dont on se sert pour bâtir, & cela par des ouvertures B en forme de puits, comme on en voit aux environs de Paris, ou de plain-pié, comme à S. Leu, Trocy, Maillet, & ailleurs ; ce qui s'appelle encore carriere découverte.
La pierre se trouve ordinairement dans la carriere disposée par banc, dont l'épaisseur change selon les lieux & la nature de la pierre. Les ouvriers qui la tirent, se nomment carriers.
Il faut avoir pour principe dans les bâtimens, de poser les pierres sur leurs lits, c'est-à-dire dans la même situation qu'elles se sont trouvé placées dans la carriere, parce que, selon cette situation, elles sont capables de résister à de plus grands fardeaux ; au lieu que posées sur un autre sens, elles sont très-sujettes à s'éclater, & n'ont pas à beaucoup près tant de force. Les bons ouvriers connoissent du premier coup-d'oeil le lit d'une pierre ; mais si l'on n'y prend garde, ils ne s'assujettissent pas toujours à la poser comme il faut.
La pierre dure supportant mieux que toute autre un poids considérable, ainsi que les mauvais tems, l'humidité, la gelée, &c. il faut prendre la précaution de les placer de préférence dans les endroits exposés à l'air, réservant celles que l'on aura reconnu moins bonnes pour les fondations & autres lieux à couvert. C'est de la premiere que l'on emploie le plus communément dans les grands édifices, surtout jusqu'à une certaine hauteur. La meilleure est la plus pleine, serrée, la moins coquilleuse, la moins remplie de moye (o), veine (p) ou moliere (q), d'un grain fin & uni, & lorsque les éclats sont sonores & se coupent net.
La pierre dure & tendre se tire des carrieres par gros quartiers que l'on débite sur l'attelier, suivant le besoin que l'on en a. Les plus petits morceaux servent de libage ou de moilon, à l'usage des murs de fondation, de refends, mitoyens, &c. on les unit les unes aux autres par le secours du mortier, fait de ciment ou de sable broyé avec de la chaux, ou bien encore avec du plâtre, selon le lieu où l'on bâtit. Il faut avoir grand soin d'en ôter tout le bouzin, qui n'étant pas encore bien consolidé avec le reste de la pierre, est sujet à se dissoudre par la pluie ou l'humidité, de maniere que les pierres dures ou tendres, dont on n'a pas pris soin d'ôter cette partie défectueuse, tombent au bout de quelque tems en poussiere, & leurs arêtes s'égrainent par le poids de l'édifice. D'ailleurs ce bouzin beaucoup moins compacte que le reste de la pierre, & s'abreuvant facilement des esprits de la chaux, en exige une très-grande quantité, & par conséquent beaucoup de tems pour la sécher : de plus l'humidité du mortier le dissout, & la liaison ne ressemble plus alors qu'à de la pierre tendre réduite en poussiere, posée sur du mortier, ce qui ne peut faire qu'une très-mauvaise construction.
Mais comme chaque pays a ses carrieres & ses différentes especes de pierres, auxquelles on s'assujettit pour la construction des bâtimens, & que le premier soin de celui qui veut bâtir est, avant même que de projetter, de visiter exactement toutes celles des environs du lieu où il doit bâtir, d'examiner soigneusement ses bonnes & mauvaises qualités, soit en consultant les gens du pays, soit en en exposant une certaine quantité pendant quelque tems à la gelée & sur une terre humide, soit en les éprouvant encore par d'autres manieres ; nous n'entreprendrons pas de faire un dénombrement exact & général de toutes les carrieres dont on tire la pierre. Nous nous contenterons seulement de dire quelque chose de celles qui se trouvent en Italie, pour avoir occasion de rapporter le sentiment de Vitruve sur la qualité des pierres qu'on en tire, avant que de parler de celles dont on se sert à Paris & dans les environs.
Les carrieres dont parle Vitruve, & qui sont aux environs de Rome, sont celles de Pallienne, de Fidenne, d'Albe, & autres, dont les pierres sont rouges & très-tendres. On s'en sert cependant à Rome en prenant la précaution de les tirer de la carriere en été, & de les exposer à l'air deux ans avant que de les employer, afin que, dit aussi Palladio, celles qui ont résisté aux mauvais tems sans se gâter, puissent servir aux ouvrages hors de terre, & les autres dans les fondations. Les carrieres de Rora, d'Amiterne, & de Tivoli fournissent des pierres moyennement dures. Celles de Tivoli résistent fort bien à la charge & aux rigueurs des saisons, mais non au feu qui les fait éclater, pour le peu qu'il les approche ; parce qu'étant naturellement composées d'eau & de terre, ces deux élémens ne sauroient lutter contre l'air & le feu qui s'insinuent aisément dans ses porosités. Il s'en trouve plusieurs d'où l'on tire des pierres aussi dures que le caillou. D'autres encore dans la terre de Labour, d'où l'on en tire que l'on appelle tuf rouge & noir. Dans l'Ombrie, le Pisantin, & proche de Venise, on tire aussi un tuf blanc qui se coupe à la scie comme le bois. Il y a chez les Tarquiniens des carrieres appellées avitiennes, dont les pierres sont rouges comme celles d'Albe, & s'amassent près du lac de Balsenne & dans le gouvernement Statonique : elles résistent très-bien à la gelée & au feu, parce qu'elles sont composées de très-peu d'air, de fer, & d'humidité,
(n) Une pierre est moulinée, lorsqu'elle s'écrase sous le pouce, & qu'elle se réduit en poussiere.
(o) Moye est une partie tendre qui se trouve au milieu de la pierre, & qui suit son lit de carriere.
(p) Veine, défaut d'une pierre à l'endroit où la partie tendre se joint à la partie dure.
(q) Moliere, partie de la pierre remplie de trous ; ce qui est un défaut de propreté dans les paremens extérieurs.
mais de beaucoup de terrestre ; ce qui les rend plus fermes, telles qu'il s'en voit à ce qui reste des anciens ouvrages près de la ville de Ferente où il se trouve encore de grandes figures, de petits bas-reliefs, & des ornemens délicats, de roses, de feuilles d'acanthe, &c. faits de cette pierre, qui sont encore entiers malgré leur vieillesse. Les Fondeurs des environs la trouvent très-propre à faire des moules ; cependant on en emploie fort peu à Rome à cause de leur éloignement.
Des différentes pierres dures. De toutes les pierres dures, la plus belle & la plus fine est celle de liais, qui porte ordinairement depuis sept jusqu'à dix pouces de hauteur de banc (r).
Il y en a de quatre sortes. La premiere qu'on appelle liais franc, la seconde liais ferault, la troisieme liais rose, & la quatrieme franc liais de S. Leu.
La premiere qui se tire de quelques carrieres derriere les Chartreux fauxbourg S. Jacques à Paris, s'emploie ordinairement aux revêtissemens du dedans des pieces où l'on veut éviter la dépense du marbre, recevant facilement la taille de toutes sortes de membres d'architecture & de sculpture : considération pour laquelle on en fait communément des chambranles de cheminées, pavés d'anti-chambres & de salles à manger, ballustres, entrelas, appuis, tablettes, rampes, échiffres d'escaliers, &c. La seconde qui se tire des mêmes carrieres, est beaucoup plus dure, & s'emploie par préférence pour des corniches, bazes, chapiteaux de colonnes, & autres ouvrages qui se font avec soin dans les façades extérieures des bâtimens de quelqu'importance. La troisieme qui se tire des carrieres proche S. Cloud, est plus blanche & plus pleine que les autres, & reçoit un très-beau poli. La quatrieme se tire le long des côtes de la montagne près S. Leu.
La seconde pierre dure & la plus en usage dans toutes les especes de bâtimens, est celle d'Arcueil, qui porte depuis douze jusqu'à quinze pouces de hauteur de banc, & qui se tiroit autrefois des carrieres d'Arcueil près Paris ; elle étoit très-recherchée alors, à cause des qualités qu'elle avoit d'être presqu'aussi ferme dans ses joints que dans son coeur, de résister au fardeau, de s'entretenir dans l'eau, ne point craindre les injures des tems : aussi la préféroit-on dans les fondemens des édifices, & pour les premieres assises. Mais maintenant les bancs de cette pierre ne se suivant plus comme autrefois, les Carriers se sont jettés du côté de Bagneux près d'Arcueil, & du côté de Montrouge, où ils trouvent des masses moins profondes dont les bancs se continuent plus loin. La pierre qu'on en tire est celle dont on se sert à-présent, à laquelle on donne le nom d'Arcueil. Elle se divise en haut & bas appareil : le premier porte depuis dix-huit pouces jusqu'à deux piés & demi de hauteur de banc ; & le second depuis un pié jusqu'à dix-huit pouces. Celui-ci sert à faire des marches, seuils, appuis, tablettes, cimaises de corniches, &c. Elle a les mêmes qualités que celle d'Arcueil, mais plus remplie de moye, plus sujette à la gelée, & moins capable de résister au fardeau.
La pierre de cliquart qui se tire des mêmes carrieres, est un bas appareil de six à sept pouces de hauteur de banc, plus blanche que la derniere, ressemblante au liais, & servant aussi aux mêmes usages. Elle se divise en deux especes, l'une plus dure que l'autre : cette pierre un peu grasse est sujette à la gelée : c'est pourquoi on a soin de la tirer de la carriere, & de l'employer en été.
La pierre de bellehache se tire d'une carriere près d'Arcueil, nommée la carriere royale, & porte depuis dix-huit jusqu'à dix-neuf pouces de hauteur de banc. Elle est beaucoup moins parfaite que le liais ferault, mais de toutes les pierres la plus dure, à cause d'une grande quantité de cailloux dont elle est composée : aussi s'en sert-on fort rarement.
La pierre de souchet se tire des carrieres du fauxbourg S. Jacques, & porte depuis douze pouces jusqu'à vingt un pouces de hauteur de banc. Cette pierre qui ressemble à celle d'Arcueil, est grise, trouée & poreuse. Elle n'est bonne ni dans l'eau ni sous le fardeau : aussi ne s'en sert-on que dans les bâtimens de peu d'importance. Il se tire encore une pierre de souchet des carrieres du fauxbourg S. Germain, & de Vaugirard, qui porte depuis dixhuit jusqu'à vingt pouces de hauteur de banc. Elle est grise, dure, poreuse, grasse, pleine de fils, sujette à la gelée, & se moulinant à la lune. On s'en sert dans les fondemens des grands édifices & aux premieres assises, voussoirs, soupiraux de caves, jambages de portes, & croisées des maisons de peu d'importance.
La pierre de bonbave se tire des mêmes carrieres, & se prend au-dessus de cette derniere. Elle porte depuis quinze jusqu'à vingt-quatre pouces de hauteur de banc, fort blanche, pleine & très-fine : mais elle se mouline à la lune, résiste peu au fardeau, & ne sauroit subsister dans les dehors ni à l'humidité : on s'en sert pour cela dans l'intérieur des bâtimens, pour des appuis, rampes, échiffres d'escaliers, &c. on l'a quelquefois employée à découvert où elle n'a pas gelé, mais cela est fort douteux. On en tire des colonnes de deux piés de diametre ; la meilleure est la plus blanche, dont le lit est coquilleux, & a quelques molieres.
Il se trouve encore au fauxbourg S. Jacques un bas appareil depuis six jusqu'à neuf pouces de hauteur de banc, qui n'est pas si beau que l'arcueil, mais qui sert à faire des petites marches, des appuis, des tablettes. &c.
Après la pierre d'Arcueil, celle de S. Cloud est la meilleure de toutes. Elle porte de hauteur de banc depuis dix-huit pouces jusqu'à deux piés, & se tire des carrieres de S. Cloud près Paris. Elle est un peu coquilleuse, ayant quelques molieres ; mais elle est blanche, bonne dans l'eau, résiste au fardeau, & se délite facilement. Elle sert aux façades des bâtimens, & se pose sur celle d'Arcueil. On en tire des colonnes d'une piece, de deux piés de diametre ; on en fait aussi des bassins & des auges.
La pierre de Meudon se tire des carrieres de ce nom, & porte depuis quatorze jusqu'à dix-huit pouces de hauteur de banc. Il y en a de deux especes. La premiere qu'on appelle pierre de Meudon, a les mêmes qualités que celles d'Arcueil, mais pleine de trous, & incapable de résister aux mauvais tems. On s'en sert pour des premieres assises, des marches, tablettes, &c. Il s'en trouve des morceaux d'une grandeur extraordinaire. Les deux cimaises des corniches rampantes du fronton du Louvre sont de cette pierre, chacune d'un seul morceau. La seconde qu'on appelle rustique de Meudon, est plus dure, rougeâtre & coquilleuse, & n'est propre qu'aux libages & garnis des fondations de piles de ponts, quais & angles de bâtimens.
La pierre de S. Nom, qui porte depuis dix-huit jusqu'à vingt-deux pouces de hauteur de banc, se tire au bout du parc de Versailles, & est presque de même qualité que celle d'Arcueil, mais grise & coquilleuse : on s'en sert pour les premieres assises.
La pierre de la chaussée, qui se tire des carrieres près Bougival, à côté de S. Germain en Laye, & qui porte depuis quinze jusqu'à vingt pouces de hauteur de banc, approche beaucoup de celle de
(r) La hauteur d'un banc est l'épaisseur de la pierre dans la carriere ; il y en a plusieurs dans chacune.
liais, & en a le même grain. Mais il est nécessaire de moyer cette pierre de quatre pouces d'épaisseur par-dessus, à cause de l'inégalité de sa dureté : ce qui la réduit à quinze ou seize pouces, nette & taillée.
La pierre de montesson se tire des carrieres proche Nanterre, & porte neuf à dix pouces de hauteur de banc. Cette pierre est fort blanche, & d'un très-beau grain. On en fait des vases, balustres, entrelas, & autres ouvrages des plus délicats.
La pierre de Fécamp se tire des carrieres de la vallée de ce nom, & porte depuis quinze jusqu'à dix-huit pouces de hauteur de banc. Cette pierre qui est très-dure, se fend & se feuillette à la gelée, lorsqu'elle n'a pas encore jetté toute son eau de carriere. C'est pourquoi on ne l'emploie que depuis le mois de Mars jusqu'au mois de Septembre, après avoir long-tems séché sur la carriere : celle que l'on tiroit autrefois étoit beaucoup meilleure.
La pierre dure de saint-Leu se tire sur les côtes de la montagne d'Arcueil.
La pierre de lambourde, ou seulement la lambourde, se tire près d'Arcueil, & porte depuis dixhuit pouces jusqu'à cinq piés de hauteur de banc. Cette pierre se délite (s), parce qu'on ne l'emploie pas de cette hauteur. La meilleure est la plus blanche, & celle qui résiste au fardeau autant que le Saint-Leu.
On tire encore des carrieres du fauxbourg saint Jacques & de celles de Bagneux, de la lambourde depuis dix-huit pouces jusqu'à deux piés de hauteur de banc. Il y en a de deux especes : l'une est graveleuse & se mouline à la lune ; l'autre est verte, se feuillette, & ne peut résister à la gelée.
La pierre de Saint-Maur qui se tire des carrieres du village de ce nom, est fort dure, résiste très-bien au fardeau & aux injures des tems. Mais le banc de cette pierre est fort inégal, & les quartiers ne sont pas si grands que ceux d'Arcueil : cependant on en a tiré autrefois beaucoup, & le château en est bâti.
La pierre de Vitry qui se tire des carrieres de ce nom, est de même espece.
La pierre de Passy dont on tiroit autrefois beaucoup des carrieres de ce nom, est fort inégale en qualité & en hauteur de banc. Ces pierres sont beaucoup plus propres à faire du moilon & des libages que de la pierre de taille.
La pierre que l'on tire des carrieres du fauxbourg Saint Marceau, n'est pas si bonne que celle des carrieres de Vaugirard.
Toutes les pierres dont nous venons de parler se vendent au pié-cube, depuis 10 sols jusqu'à 50, quelquefois 3 livres ; & augmentent ou diminuent de prix, selon la quantité des édifices que l'on bâtit.
La pierre de Senlis se tire des carrieres de S. Nicolas, près Senlis, à dix lieues de Paris, & porte depuis douze jusqu'à seize pouces de hauteur de banc ; cette pierre est aussi appellée liais. Elle est très-blanche, dure & pleine, très-propre aux plus beaux ouvrages d'Architecture & de Sculpture. Elle arrive à Paris par la riviere d'Oise, qui se décharge dans la Seine.
La pierre de Vernon à douze lieues de Paris, en Normandie, qui porte depuis deux piés jusqu'à trois piés de hauteur de banc, est aussi dure & aussi blanche que celle de S. Cloud. Elle est un peu difficile à tailler, à cause des cailloux dont elle est composée ; on en fait cependant plusieurs usages, mais principalement pour des figures.
La pierre de Tonnerre à trente lieues de Paris, en Champagne, qui porte depuis seize jusqu'à dix-huit pouces de hauteur de banc, est plus tendre, plus blanche, & aussi pleine que le liais ; on ne s'en sert à cause de sa cherté, que pour des vases, termes, figures, colonnes, retables d'autels, tombeaux & autres ouvrages de cette espece. Toute la fontaine de Grenelle, ainsi que les ornemens, les statues du choeur de S. Sulpice, & beaucoup d'autres ouvrages de cette nature, sont faits de cette pierre.
La pierre de meuliere ainsi appellée, parce qu'elle est de même espece à peu près, que celles dont on fait des meules de moulins, est une pierre grise, fort dure & poreuse, à laquelle le mortier s'attache beaucoup mieux qu'à toutes autres pierres pleines, étant composée d'un grand nombre de cavités. C'est de toutes les maçonneries la meilleure que l'on puisse jamais faire, sur-tout lorsque le mortier est bon, & qu'on lui donne le tems nécessaire pour sécher, à cause de la grande quantité qui entre dans les pores de cette pierre : raison pour laquelle les murs qui en sont faits sont sujets à tasser beaucoup plus que d'autres. On s'en sert aux environs de Paris, comme à Versailles, & ailleurs.
La pierre fusiliere est une pierre dure & seche, qui tient de la nature du caillou : une partie du pont Notre-Dame en est bâti. Il y en a d'autre qui est grise ; d'autre encore plus petite que l'on nomme pierre à fusil, elle est noire, & sert à paver les terrasses & les bassins de fontaines ; on s'en sert en Normandie pour la construction des bâtimens.
Le grais est une espece de pierre ou roche qui se trouve en beaucoup d'endroits, & qui n'ayant point de lit, se débite sur tous sens & par carreaux, de telle grandeur & grosseur que l'ouvrage le demande. Mais les plus ordinaires sont de deux piés de long, sur un pié de hauteur & d'épaisseur. Il y en a de deux especes ; l'une tendre, & l'autre dure. La premiere sert à la construction des bâtimens, & sur-tout des ouvrages rustiques, comme cascades, grottes, fontaines, reservoirs, aqueducs, &c. tel qu'il s'en voit à Vaux-le-vicomte & ailleurs. Le plus beau & le meilleur est le plus blanc, sans fil, d'une dureté & d'une couleur égale. Quoiqu'il soit d'un grand poids, & que les membres d'architecture & de sculpture s'y taillent difficilement, malgré les ouvrages que l'on en voit, qui sont faits avec beaucoup d'adresse ; cependant la nécessité contraint quelquefois de s'en servir pour la construction des grands édifices, comme à Fontainebleau, & fort loin aux environs ; ses paremens doivent être piqués, ne pouvant être lissés proprement, qu'avec beaucoup de tems.
Le grais dans son principe, étant composé de grains de sable unis ensemble & attachés successivement les uns aux autres, pour se former par la suite des tems un bloc ; il est évident que sa constitution aride exige, lors de la construction, un mortier composé de chaux & de ciment, & non de sable ; parce qu'alors les différentes parties anguleuses du ciment, s'insinuant dans le grais avec une forte adhérence, unissent si bien par le secours de la chaux, toutes les parties de ce fossile, qu'ils ne font pour ainsi dire qu'un tout : ce qui rend cette construction indissoluble, & très-capable de résister aux injures des tems. Le pont de Ponts-sur-Yonne en est une preuve ; les arches ont soixante-douze piés de largeur, l'arc est surbaissé, & les voussoirs de plus de quatre piés de long chacun, ont été enduits de chaux & de ciment, & non de sable : il faut cependant avoir soin de former des cavités en zigzag dans les lits de cette pierre, afin que le ciment puisse y entrer en plus grande quantité, & n'être pas sujet à se sécher trop promptement par
(s) Déliter une pierre, c'est la moyer ou la fendre par sa moye, ou par des parties tendres qui suivent le lit de la pierre.
la nature du grais, qui s'abreuve volontiers des esprits de la chaux ; parce que le ciment se trouvant alors dépourvû de cet agent, n'auroit pas seul le pouvoir de s'accrocher & de s'incorporer dans le grais, qui a besoin de tous ces secours, pour faire une liaison solide.
Une des causes principales de la dureté du grais, vient de ce qu'il se trouve presque toujours à découvert, & qu'alors l'air le durcit extrêmement ; ce qui doit nous instruire qu'en général, toutes les pierres qui se trouvent dans la terre sans beaucoup creuser, sont plus propres aux bâtimens que celles que l'on tire du fond des carrieres ; c'est à quoi les anciens apportoient beaucoup d'attention : car pour rendre leurs édifices d'une plus longue durée, ils ne se servoient que du premier banc des carrieres, précautions que nous ne pouvons prendre en France, la plûpart de nos carrieres étant presque usées dans leur superficie.
Il est bon d'observer que la taille du grais est fort dangereuse aux ouvriers novices, par la subtilité de là vapeur qui en sort, & qu'un ouvrier instruit évite, en travaillant en plein air & à contrevent. Cette vapeur est si subtile, qu'elle traverse les pores du verre ; expérience faite, à ce qu'on dit, avec une bouteille remplie d'eau, & bien bouchée, placée près de l'ouvrage d'un tailleur de grais, dont le fond s'est trouvé quelques jours après, couvert d'une poussiere très-fine.
Il faut encore prendre garde lorsque l'on pose des dalles, seuils, canivaux & autres ouvrages en grais de cette espece, de les bien caler & garnir par-dessous pour les empêcher de se gauchir ; car on ne pourroit y remédier qu'en les retaillant.
Il y a plusieurs raisons qui empêchent d'employer le grais à Paris ; la premiere est, que la pierre étant assez abondante, on le relegue pour en faire du pavé. Le seconde est, que sa liaison avec le mortier n'est pas si bonne, & ne dure pas si long-tems que celle de la pierre, beaucoup moins encore avec le plâtre. La troisieme est, que cette espece de pierre couteroit trop, tant pour la matiere, que pour la main-d'oeuvre.
La seconde espece de grais qui est la plus dure, ne sert qu'à faire du pavé, & pour cet effet se taille de trois différentes grandeurs. La premiere, de huit à neuf pouces cubes, sert à paver les rues, places publiques, grands chemins, &c. & se pose à sec sur du sable de riviere. La seconde, de six à sept pouces cubes, sert à paver les cours, basses-cours, perrons, trotoirs, &c. & se pose aussi à sec sur du sable de riviere, comme le premier, ou avec du mortier de chaux & de ciment. La troisieme, de quatre à cinq pouces cubes, sert à paver les écuries, cuisines, lavoirs, communs, &c. & se pose avec du mortier de chaux & ciment.
La pierre de Caën, qui se tire des carrieres de ce nom, en Normandie, & qui tient de l'ardoise, est fort noire, dure, & reçoit très-bien le poli ; on en fait des compartimens de pavé dans les vestibules, salles à manger, sallons, &c.
Toutes ces especes de pavés se payent à la toise superficielle.
Il se trouve dans la province d'Anjou, aux environs de la ville d'Angers, beaucoup de carrieres très-abondantes en pierre noire & assez dure, dont on fait maintenant de l'ardoise pour les couvertures des bâtimens. Les anciens ne connoissant pas l'usage qu'on en pouvoit faire, s'en servoient dans la construction des bâtimens, tel qu'il s'en voit encore dans la plûpart de ceux de cette ville, qui sont faits de cette pierre. On s'en sert quelquefois dans les compartimens de pavé, en place de celle de Caën.
Des différentes pierres tendres. Les pierres tendres ont l'avantage de se tailler plus facilement que les autres, & de se durcir à l'air. Lorsqu'elles ne sont pas bien choisies, cette dureté ne se trouve qu'aux paremens extérieurs qui se forment en croute, & l'intérieur se mouline : la nature de ces pierres doit faire éviter de les employer dans des lieux humides ; c'est pourquoi on s'en sert dans les étages supérieurs, autant pour diminuer le poids des pierres plus dures & plus serrées, que pour les décharger d'un fardeau considérable qu'elles sont incapables de soutenir, comme on vient de faire au second ordre du portail de S. Sulpice, & au troisieme de l'intérieur du Louvre.
La pierre de Saint-Leu qui se tire des carrieres, près Saint-Leu-sur-Oise, & qui porte depuis deux, jusqu'à quatre piés de hauteur de banc, se divise en plusieurs especes. La premiere qu'on appelle, pierre de Saint-Leu, & qui se tire d'une carriere de ce nom, est tendre, douce, & d'une blancheur tirant un peu sur le jaune. La seconde qu'on appelle de Maillet, qui se tire d'une carriere appellée ainsi, est plus ferme, plus pleine & plus blanche, & ne se délite point : elle est très-propre aux ornemens de sculpture & à la décoration des façades. La troisieme qu'on appelle de Trocy, est de même espece que cette derniere ; mais de toutes les pierres, celle dont le lit est le plus difficile à trouver ; on ne le découvre que par des petits trous. La quatrieme s'appelle pierre de Vergelée : il y en a de trois sortes. La premiere qui se tire d'un des bancs des carrieres de Saint-Leu, est fort dure, rustique, & remplie de petits trous. Elle résiste très-bien au fardeau, & est fort propre aux bâtimens aquatiques ; on s'en sert pour faire des voûtes de ponts, de caves, d'écuries & autres lieux humides. La seconde sorte de vergelée qui est beaucoup meilleure, se tire des carrieres de Villiers, près Saint-Leu. La troisieme qui se prend à Carriere-sous-le-bois, est plus tendre, plus grise & plus remplie de veines que le Saint-Leu, & ne sauroit résister au fardeau.
La pierre de tuf, du latin tophus, pierre rustique, tendre & trouée, est une pierre pleine de trous, à-peu-près semblable à celle de meuliere, mais beaucoup plus tendre. On s'en sert en quelques endroits en France & en Italie, pour la construction des bâtimens.
La pierre de craye est une pierre très-blanche & fort tendre, qui porte depuis huit pouces jusqu'à quinze pouces de hauteur de banc, avec laquelle on bâtit en Champagne, & dans une partie de la Flandres. On s'en sert encore pour tracer au cordeau, & pour dessiner.
Il se trouve encore à Belleville, Montmartre, & dans plusieurs autres endroits, aux environs de Paris, des carrieres qui fournissent des pierres que l'on nomme pierres à plâtre, & qui ne sont pas bonnes à autre chose. On en emploie quelquefois hors de Paris, pour la construction des murs de clôture, baraques, cabanes, & autres ouvrages de cette espece. Mais il est défendu sous de séveres peines aux entrepreneurs, & même aux particuliers, d'en employer à Paris, cette pierre étant d'une très-mauvaise qualité, se moulinant & se pourrissant à l'humidité.
De la pierre selon ses qualités. Les qualités de la pierre dure ou tendre, sont d'être vive, fiere, franche, pleine, trouée, poreuse, choqueuse, gelisse, verte ou de couleur.
On appelle pierre vive celle qui se durcit autant dans la carriere que dehors, comme les marbres de liais, &c.
Pierre fiere, celle qui est difficile à tailler, à cause de sa grande sécheresse, & qui résiste au ciseau, comme la belle hache, le lais ferault, & la plûpart des pierres dures.
Pierre franche, celle qui est la plus parfaite que l'on puisse tirer de la carriere, & qui ne tient ni de la dureté du ciel de la carriere, ni de la qualité de celles qui sont dans le fond.
Pierre pleine, toute pierre dure qui n'a ni cailloux, ni coquillages, ni trous, ni moye, ni molieres, comme sont les plus beaux liais, la pierre de tonnerre, &c.
Pierre entiere, celle qui n'est ni cassée ni fêlée, dans laquelle il ne se trouve ni fil, ni veine courante ou traversante ; on la connoît facilement par le son qu'elle rend en la frappant avec le marteau.
Pierre trouée, poreuse, ou choqueuse, celle qui étant taillée ou remplie de trous dans ses paremens, tel que le rustic de Meudon, le tuf, la meuliere, &c.
Pierre gelisse ou verte, celle qui est nouvellement tirée de la carriere, & qui ne s'est pas encore dépouillée de son humidité naturelle.
Pierre de couleur, celle qui tirant sur quelques couleurs, cause une variété quelquefois agréable dans les bâtimens.
De la pierre selon ses défauts. Il n'y a point de pierre qui n'ait des défauts capables de la faire rebuter, soit par rapport à elle-même, soit par la négligence ou mal-façon des ouvriers qui la mettent en oeuvre, c'est pourquoi il faut éviter d'employer celles que l'on appelle ainsi.
Des défauts de la pierre par rapport à elle-même. Pierre de ciel, celle que l'on tire du premier banc des carrieres ; elle est le plus souvent défectueuse ou composée de parties très-tendres & très-dures indifféremment, selon le lieu de la carriere où elle s'est trouvée.
Pierre coquilleuse ou coquilliere, celle dont les paremens taillés sont remplis de trous ou de coquillages, comme la pierre S. Nom, à Versailles.
Pierre de soupré, celle du fond de la carriere de S. Leu, qui est trouée, poreuse, & dont on ne peut se servir à cause de ses mauvaises qualités.
Pierre de souchet, en quelques endroits, celle du fond de la carriere, qui n'étant pas formée plus que le bouzin, est de nulle valeur.
Pierre humide, celle qui n'ayant pas encore eu le tems de sécher, est sujette à se feuilleter ou à se geler.
Pierre grasse, celle qui étant humide, est par conséquent sujette à la gelée, comme la pierre de cliquart.
Pierre feuilletée, celle qui étant exposée à la gelée, se délite par feuillet, & tombe par écaille, comme la lambourde.
Pierre délitée, celle qui après s'être fendue par un fil de son lit, ne peut être taillée sans déchet, & ne peut servir après cela que pour des arrases.
Pierre moulinée, celle qui est graveleuse, & s'égraine à l'humidité, comme la lambourde qui a particulierement ce défaut.
Pierre félée, celle qui se trouve cassée par une veine ou un fil qui court ou qui traverse.
Pierre moyée, celle dont le lit n'étant pas également dur, dont on ôte la moye & le tendre, qui diminue son épaisseur, ce qui arrive souvent à la pierre de la chaussée.
Des défauts de la pierre, par rapport à la main-d'oeuvre. On appelle pierre gauche, celle qui au sortir de la main de l'ouvrier, n'a pas ses paremens opposés paralleles, lorsqu'ils doivent l'être suivant l'épure (t), ou dont les surfaces ne se bornoyent point, & qu'on ne sauroit retailler sans déchet.
Pierre coupée, celle qui ayant été mal taillée, & par conséquent gâtée, ne peut servir pour l'endroit où elle avoit été destinée.
Pierre en délit, ou délit en joint, celle qui dans un cours d'assises, n'est pas posée sur son lit de la même maniere qu'elle a été trouvée dans la carriere, mais au contraire sur un de ses paremens. On distingue pierre en délit de délit en joint, en ce que l'un est lorsque la pierre étant posée, le parement de lit fait parement de face, & l'autre lorsque ce même parement de lit fait parement de joint.
De la pierre selon ses façons. On entend par façons la premiere forme que reçoit la pierre, lorsqu'elle sort de la carriere pour arriver au chantier, ainsi que celle qu'on lui donne par le secours de l'appareil, selon la place qu'elle doit occuper dans le bâtiment ; c'est pourquoi on appelle.
Pierre au binard, celle qui est en un si gros volume, & d'un si grand poids, qu'elle ne peut être transportée sur l'attelier, par les charrois ordinaires, & qu'on est obligé pour cet effet de transporter sur un binard, espece de chariot tiré par plusieurs chevaux attelés deux à deux, ainsi qu'on l'a pratiqué au Louvre, pour des pierres de S. Leu, qui pesoient depuis douze jusqu'à vingt-deux & vingt-trois milliers ; dont on a fait une partie des frontons.
Pierre d'échantillon, celle qui est assujettie à une mesure envoyée par l'appareilleur aux carrieres, & à laquelle le carrier est obligé de se conformer avant que de la livrer à l'entrepreneur ; au lieu que toutes les autres sans aucune mesure constatée, se livrent à la voie, & ont un prix courant.
Pierre en debord, celle que les carrieres envoient à l'attelier, sans être commandée.
Pierre velue, celle qui est brute, telle qu'on l'a amenée de sa carriere au chantier, & à laquelle on n'a point encore travaillé.
Pierre bien faite, celle où il se trouve fort peu de déchet en l'équarissant.
Pierre ébouzinée, celle dont on a ôté tout le tendre & le bouzin.
Pierre tranchée, celle où l'on a fait une tranchée avec le marteau, fig. 89. dans toute sa hauteur, à dessein d'en couper.
Pierre débitée, celle qui est sciée. La pierre dure & la pierre tendre ne se débitent point de la même maniere. L'une se débite à la scie sans dent, fig. 143. avec de l'eau & du grais comme le liais, la pierre d'Arcueil, &c. & l'autre à la scie à dent, fig. 145. comme le S. Leu, le tuf, la craie, &c.
Pierre de haut & bas appareil, celle qui porte plus ou moins de hauteur de banc, après avoir été atteinte jusqu'au vif.
Pierre en chantier, celle qui se trouve callée par le tailleur de pierre, & disposée pour être taillée.
Pierre esmillée, celle qui est équarrie & taillée grossierement avec la pointe du marteau, pour être employée dans les fondations, gros murs, &c. ainsi qu'on l'a pratiqué aux cinq premieres assises des fondemens de la nouvelle église de Sainte Génevieve, & à ceux des bâtimens de la place de Louis XV.
Pierre hachée, celle dont les paremens sont dressés avec la hache A du marteau bretelé fig. 93. pour être ensuite layée ou rustiquée.
Pierre layée, celle dont les paremens sont travaillés au marteau bretelé, fig. 91.
Pierre rustiquée, celle qui ayant été équarrie & hachée, est piquée grossierement avec la pointe du marteau, fig. 89.
Pierre piquée, celle dont les paremens sont piqués avec la pointe du marteau, fig. 91.
Pierre ragrée au fer, ou riflée, celle qui a été passée au riflard, fig. 114 & 115.
(t) Une épure est un dessein ou développement géométrique des lignes droites & courbes des voûtes.
Pierre traversée, celle qui après avoir été bretelée, les trans des bretelures se croisent.
Pierre polie, celle qui étant dure ; a reçu le poli au grais, ensorte qu'il ne paroît plus aucunes marques de l'outil avec lequel on l'a travaillée.
Pierre taillée, celle qui ayant été coupée, est taillée de nouveau avec déchet : on appelle encore de ce nom celle qui provenant d'une démolition, a été taillée une seconde fois, pour être derechef mise en oeuvre.
Pierre faite, celle qui est entierement taillée, & prête à être enlevée, pour être mise en place par le poseur.
Pierre nette, celle qui est équarrie & atteinte jusqu'au vif.
Pierre retournée, celle dont les paremens opposés sont d'équerre & paralleles entr'eux.
Pierre louvée, celle qui a un trou méplat pour recevoir la louve, fig. 163.
Pierre d'encoignure, celle qui ayant deux paremens d'équerre l'un à l'autre se trouve placée dans l'angle de quelques avants ou arrieres corps.
Pierre parpeigne, de parpein, ou faisant parpein, celle qui traverse l'épaisseur du mur, & fait parement des deux côtés ; on l'appelle encore pamieresse.
Pierre fusible, celle qui change de nature, & devient transparente par le moyen du feu.
Pierre statuaire, celle qui étant d'échantillon, est propre & destinée pour faire une statue.
Pierre fichée, celle dont l'intérieur du joint est rempli de mortier clair ou de coulis.
Pierres jointoyées, celles dont l'extérieur des joints est bouché, & ragréé de mortier serré, ou de plâtre.
Pierres feintes, celles qui pour faire l'ornement d'un mur de face, ou de terrasse, sont séparées & comparties en maniere de bossage en liaison, soit en relief ou seulement marquées sur le mur par les enduits ou crepis.
Pierres à bossages, ou de refend, celles qui étant posées, représentent la hauteur égale des assises, dont les joints sont refendus de différentes manieres.
Pierres artificielles, toutes especes de briques, tuiles, carreaux, &c. pétries & moulées, cuites ou crues.
De la pierre selon ses usages. On appelle premiere pierre, celle qui avant que d'élever un mur de fondation d'un édifice, est destinée à renfermer dans une cavité d'une certaine profondeur, quelques médailles d'or ou d'argent, frappées relativement à la destination du monument, & une table de bronze, sur laquelle sont gravées les armes de celui par les ordres duquel on construit l'édifice. Cette cérémonie qui se fait avec plus ou moins de magnificence, selon la dignité de la personne, ne s'observe cependant que dans les édifices royaux & publics, & non dans les bâtimens particuliers. Cet usage existoit du tems des Grecs, & c'est par ce moyen qu'on a pu apprendre les époques de l'édification de leurs monumens, qui sans cette précaution seroit tombée dans l'oubli, par la destruction de leurs bâtimens, dans les différentes révolutions qui sont survenues.
Derniere pierre, celle qui se place sur l'une des faces d'un édifice, & sur laquelle on grave des inscriptions, qui apprennent à la postérité le motif de son édification, ainsi qu'on l'a pratiqué aux piédestaux des places Royales, des Victoires, de Vendôme à Paris, & aux fontaines publiques, portes S. Martin, saint Denis, saint Antoine, &c.
Pierre percée, celle qui est faite en dale (u), & qui se pose sur le pavé d'une cour, remise ou écurie, ou qui s'encastre dans un chassis aussi de pierre, soit pour donner de l'air ou du jour à une cave, ou sur un puisard pour donner passage aux eaux pluviales d'une ou de plusieurs cours.
Pierre à chassis, celle qui a une couverture circulaire, quarrée, ou rectangulaire, de quelque grandeur que ce soit, avec feuillure ou sans feuillure, pour recevoir une grille de fer maillée ou non maillée, percée ou non percée, & servir de fermeture à un regard, fosse d'aisance, &c.
Pierre à évier, du latin emissarium, celle qui est creuse, & que l'on place à rez-de-chaussée, ou à hauteur d'appui, dans un lavoir ou une cuisine, pour faire écouler les eaux dans les dehors. On appelle encore de ce nom une espece de canal long & étoit, qui sert d'égout dans une cour ou allée de maison.
Pierre à laver, celle qui forme une espece d'auge plate, & qui sert dans une cuisine pour laver la vaisselle.
Pierre perdue, celle que l'on jette dans quelques fleuves, rivieres, lacs, ou dans la mer, pour sonder, & que l'on met pour cela dans des caissons, lorsque la profondeur ou la qualité du terrein ne permet pas d'y enfoncer des pieux ; on appelle aussi de ce nom celles qui sont jettées à baies de mortier dans la maçonnerie de blocage.
Pierres incertaines, ou irrégulieres, celles que l'on emploie au sortir de la carriere, & dont les angles & les pans sont inégaux : les anciens s'en servoient pour paver ; les ouvriers la nomment de pratique, parce qu'ils la font servir sans y travailler.
Pierres jectices, celles qui se peuvent poser à la main dans toute sorte de construction, & pour le transport desquelles on n'est pas obligé de se servir de machines.
Pierres d'attente, celles que l'on a laissé en bossage, pour y recevoir des ornemens, ou inscriptions taillées, ou gravées en place. On appelle encore de ce nom celles qui lors de la construction ont été laissées en harpes (x), ou arrachement (y), pour attendre celle du mur voisin.
Pierres de rapport, celles qui étant de différentes couleurs, servent pour les compartimens de pavés mosaïques (z), & autres ouvrages de cette espece.
Pierres précieuses, toutes pierres rares, comme l'agate, le lapis, l'aventurine, & autres, dont on enrichit les ouvrages en marbre & en marqueterie, tels qu'on en voit dans l'église des carmelites de la ville de Lyon, où le tabernacle est composé de marbre & de pierres précieuses, & dont les ornemens sont de bronze.
Pierre spéculaire, celle qui chez les anciens étoit transparente comme le talc, qui se débitoit par feuillet, & qui leur servoit de vîtres ; la meilleure, selon Pline, venoit d'Espagne : Martial en fait mention dans ses épigrammes, livre II.
Pierres milliaires ; celles qui en forme de socle, ou de borne, chez les Romains, étoient placées sur les grands chemins, & espacées de mille en mille, pour marquer la distance des villes de l'empire, & se comptoient depuis la milliaire dorée de Rome, tel que nous l'ont appris les historiens par les mots de primus, secundus, tertius, &c. ab urbe lapis ; cet usage existe encore maintenant dans toute la Chine.
Pierres noires, celles dont se servent les ouvriers dans le bâtiment pour tracer sur la pierre : la plus tendre sert pour dessiner sur le papier. On appelle
(u) Dale est une pierre platte & très-mince.
(x) Harpes, pierres qu'on a laissées à l'épaisseur d'un mur alternativement en saillie, pour faire liaison avec un mur voisin qu'on doit élever par la suite.
(y) Arrachemens sont des pierres ou moilons aussi en saillie, qui attendent l'édification du mur voisin.
(z) Mosaïque, ouvrage composé de verres de toutes sortes de couleurs, taillés & ajustés quarrément sur un fond de stuc, qui imitent très-bien les diverses couleurs de la peinture, & avec lesquels on exécute différens sujets.
encore pierre blanche ou craye, celle qui est employée aux mêmes usages : la meilleure vient de Champagne.
Pierre d'appui, ou seulement appui, celle qui étant placée dans le tableau inférieur d'une croisée, sert à s'appuyer.
Auge, du latin lavatrina, une pierre placée dans des basses-cours, pour servir d'abreuvoir aux animaux domestiques.
Seuil, du latin limen, celle qui est posée au rez-de-chaussée, dont la longueur traverse la porte, & qui formant une espece de feuillure, sert de battement à la traverse inférieure du chassis de la porte de menuiserie.
Borne, celle qui a ordinairement la forme d'un cône de deux ou trois piés de hauteur, tronqué dans son sommet, & qui se place dans l'angle d'un pavillon, d'un avant-corps, ou dans celui d'un piédroit de porte cochere, ou de remise, ou le long d'un mur, pour en éloigner les voitures, & empêcher que les moyeux ne les écorchent & ne les fassent éclater.
Banc, celle qui est placée dans des cours, basses-cours, ou à la principale partie des grands hôtels, pour servir de siege aux domestiques, ou dans un jardin, à ceux qui s'y promenent.
Des libages. Les libages sont de gros moilons ou quartiers de pierre rustique & malfaite, de quatre, cinq, six & quelquefois sept à la voie, qui ne peuvent être fournis à la toise par le carrier, & que l'on ne peut équarrir que grossierement, à cause de leur dureté, provenant le plus souvent du ciel des carrieres, ou d'un banc trop mince. La qualité des libages est proportionnée à celle de la pierre des différentes carrieres d'où on les tire : on ne s'en sert que pour les garnis, fondations, & autres ouvrages de cette espece. On emploie encore en libage les pierres de taille qui ont été coupées, ainsi que celles qui proviennent des démolitions, & qui ne peuvent plus servir.
On appelle quartier de pierre, lorsqu'il n'y en a qu'un à la voie.
Carreaux de pierre, lorsqu'il y en a deux ou trois.
Libage, lorsqu'il y en a quatre, cinq, six, & quelquefois sept à la voie.
Du moilon. Le moilon, du latin mollis, que Vitruve appelle caementum, n'étant autre chose que l'éclat de la pierre, en est par conséquent la partie la plus tendre ; il provient aussi quelquefois d'un banc trop mince. Sa qualité principale est d'être bien équarri & bien gisant, parce qu'alors il a plus de lit, & consomme moins de mortier ou de plâtre.
Le meilleur est celui que l'on tire des carrieres d'Arcueil. La qualité des autres est proportionnée à la pierre des carrieres dont on le tire, ainsi que celui du faubourg saint Jacques, du faubourg saint Marceau, de Vaugirard & autres.
On l'emploie de quatre manieres différentes ; la premiere qu'on appelle en moilon de plat, est de le poser horisontalement sur son lit, & en liaison dans la construction des murs mitoyens, de refend & autres de cette espece élevés d'à-plomb. La seconde qu'on appelle en moilon d'appareil, & dont le parement est apparent, exige qu'il soit bien équarri, à vives arêtes, comme la pierre, piqué proprement, de hauteur, & de largeur égale, & bien posé de niveau, & en liaison dans la construction des murs de face, de terrasse, &c. La troisieme qu'on appelle en moilon de coupe, est de le poser sur son champ (&) dans la construction des voûtes. La quatrieme qu'on appelle en moilon piqué, est après l'avoir équarri & ébouriné, de le piquer sur son parement avec la pointe du marteau, fig. 91, pour la construction des voûtes des caves, murs de basses-cours, de clôture, de puits, &c.
Du moilon selon ses façons. On appelle moilon blanc, chez les ouvriers, un platras, & non un moilon ; ce qui est un défaut dans la construction.
Moilon esmillé, celui qui est grossierement équarri & ébouziné avec la hachette, fig. 106, à l'usage des murs de parcs de jardin, & autres de peu d'importance.
Moilon bourru ou de blocage, celui qui est trop mal-fait & trop dur pour être équarri, & que l'on emploie dans les fondations, ou dans l'intérieur des murs, tel qu'il est sorti de la carriere.
Le moilon de roche, dit de meuliere, est de cette derniere espece.
Toutes ces especes de moilons se livrent à l'entrepreneur à la voie ou à la toise, & dans ce dernier cas l'entrepreneur se charge du toisé.
Du marbre en général. le marbre, du latin marmor, dérivé du grec , reluire, à cause du poli qu'il reçoit, est une espece de pierre de roche extrêmement dure, qui porte le nom des différentes provinces où sont les carrieres dont on le tire. Il s'en trouve de plusieurs couleurs ; les uns sont blancs ou noirs, d'autres sont variés ou mêlés de taches, veines, mouches, ondes & nuages, différemment colorés ; les uns & les autres sont opaques, le blanc seul est transparent, lorsqu'il est débité par tranches minces. Aussi M. Félibien rapporte-t-il que les anciens s'en servoient au lieu de verres pour les croisées des bains, étuves & autres lieux qu'on vouloit garantir du froid ; & qu'à Florence, il y avoit une église très-bien éclairée, dont les croisées en étoient garnies.
Le marbre se divise en deux especes ; l'une qu'on appelle antique, & l'autre moderne : par marbre antique, l'on comprend ceux dont les carrieres sont épuisées, perdues ou inaccessibles, & que nous ne connoissons que par les ouvrages des anciens : par marbres modernes, l'on comprend ceux dont on se sert actuellement dans les bâtimens, & dont les carrieres sont encore existantes. On ne l'emploie le plus communément, à cause de sa cherté, que pour revêtissement ou incrustation, étant rare que l'on en fasse usage en bloc, à l'exception des vases, figures, colonnes & autres ouvrages de cette espece. Il se trouve d'assez beaux exemples de l'emploi de cette matiere dans la décoration intérieure & extérieure des châteaux de Versailles, Trianon, Marly, Sceaux, &c. ainsi que dans les différens bosquets de leurs jardins.
Quoique la diversité des marbres soit infinie, on les réduit cependant à deux especes ; l'une que l'on nomme veiné, & l'autre breche ; celui-ci n'étant autre chose qu'un amas de petits cailloux de différente couleur fortement unis ensemble, de maniere que lorsqu'il se casse, il s'en forme autant de breches qui lui ont fait donner ce nom.
Des marbres antiques. Le marbre antique, dont les carrieres étoient dans la Grece, & dont on voit encore de si belles statues en Italie, est absolument inconnu aujourd'hui ; à son défaut on se sert de celui de Carrare.
Le lapis est estimé le plus beau de tous les marbres antiques ; sa couleur est d'un bleu foncé, moucheté d'un autre bleu plus clair, tirant sur le céleste, & entremêlé de quelques veines d'or. On ne s'en sert, à cause de sa rareté que par incrustation, tel qu'on en voit quelques pieces de rapport à plusieurs tables dans les appartemens de Trianon & de Marly.
Le porphyre, du grec , pourpre, passe pour le plus dur de tous les marbres antiques, &, après le lapis, pour un des plus beaux ; il se tiroit
(&) Le champ d'une pierre platte, est la surface la plus mince & la plus petite.
autrefois de la Numidie en Afrique, raison pour laquelle les anciens l'appelloient lapis Numidicus ; il s'en trouve de rouge, de verd & de gris. Le porphyre rouge est fort dur ; sa couleur est d'un rouge foncé, couleur de lie de vin, semé de petites taches blanches, & reçoit très-bien le poli. Les plus grands morceaux que l'on en voye à présent, sont le tombeau de Bacchus dans l'église de sainte Constance, près celle de Sainte Agnès hors les murs de Rome ; celui de Patricius & de sa femme dans l'église de sainte Marie majeure ; celui qui est sous le porche de la Rotonde, & dans l'intérieur une partie du pavé ; une frise corinthienne, plusieurs tables dans les compartimens du lambris ; huit colonnes aux petits autels, ainsi que plusieurs autres colonnes, tombeaux & vases que l'on conserve à Rome. Les plus grands morceaux que l'on voye en France, sont la cuve du roi Dagobert, dans l'église de saint Denis en France, & quelques bustes, tables ou vases dans les magasins du Roi. Le plus beau est celui dont le rouge est le plus vif, & les taches les plus blanches & les plus petites. Le porphyre verd, qui est beaucoup plus rare, a la même dureté que le précédent. & est entremêlé de petites taches vertes & de petits points gris. On en voit encore quelques tables, & quelques vases. Le porphyre gris est tacheté de noir & est beaucoup plus tendre.
Le serpentin, appellé par les anciens ophites, du grec , serpent, à cause de sa couleur qui imite celle de la peau d'un serpent, se tiroit anciennement des carrieres d'Egypte. Ce marbre tient beaucoup de la dureté du porphyre ; sa couleur est d'un verd brun, mêlé de quelques taches quarrées & rondes, ainsi que de quelques veines jaunes, & d'un verd pâle couleur de ciboule. Sa rareté fait qu'on ne l'emploie que par incrustation. Les plus grands morceaux que l'on en voit, sont deux colonnes dans l'église de S. Laurent, in lucina, à Rome, & quelques tables dans les compartimens de pavés, ou de lambris de plusieurs édifices antiques, tel que dans l'intérieur du panthéon, quelques petites colonnes corinthiennes au tabernacle de l'église des Carmélites, de la ville de Lyon, & quelques tables dans les appartemens & dans les magasins du roi.
L'albâtre, du grec , est un marbre blanc & transparent, ou varié de plusieurs couleurs, qui se tire des Alpes & des Pyrénées ; il est fort tendre au sortir de la carriere, & se durcit beaucoup à l'air. Il y en a de plusieurs especes, le blanc, le varié, le moutahuto, le violet & le roquebrue. L'albâtre blanc sert à faire des vases, figures & autres ornemens de moyenne grandeur. Le varié se divise en trois especes ; la premiere se nomme oriental ; la seconde le fleuri, & la troisieme l'agatato. L'oriental se divise encore en deux, dont l'une, en forme d'agate, est mêlée de veines roses, jaunes, bleues, & de blanc pâle ; on voit dans la galerie de Versailles plusieurs vases de ce marbre, de moyenne grandeur. L'autre est ondé & mêlé de veines grises & rousses par longues bandes. Il se trouve dans le bosquet de l'étoile à Versailles, une colonne ionique de cette espece de marbre, qui porte un buste d'Alexandre. L'albâtre fleuri est de deux especes ; l'une est tachetée de toutes sortes de couleurs, comme des fleurs d'où il tire son nom ; l'autre, veiné en forme d'agate, est glacé & transparent ; il se trouve encore dans ce genre d'albâtre qu'on appelle en Italie à pecores, parce que ses taches ressemblent en quelque sorte à des moutons que l'on peint dans les paysages. L'albâtre agatato est de même que l'albâtre oriental ; mais dont les couleurs sont plus pâles. L'albâtre de moutahuto est fort tendre ; mais cependant plus dur que les agathes d'Allemagne, auxquelles il ressemble. Sa couleur est d'un fond brun, mêlée de veine grise qui semble imiter des figures de cartes géographiques ; il s'en trouve une table de cette espece dans le sallon qui précede la galerie de Trianon. L'albâtre violet est ondé & transparent. L'albâtre de Roquebrue, qui se tire du pays de ce nom en Languedoc, est beaucoup plus dur que les précédens ; sa couleur est d'un gris foncé & d'un rouge brun par grandes taches ; il y a de toutes ces especes de marbres dans les appartemens du roi, soit en tables, figures, vases, &c.
Le granit, ainsi appellé, parce qu'il est marqué de petites taches formées de plusieurs grains de sables condensés, est très-dur & reçoit mal le poli ; il est évident qu'il n'y a point de marbre dont les anciens ayent tiré de si grands morceaux, & en si grande quantité ; puisque la plûpart des édifices de Rome, jusqu'aux maisons des particuliers, en étoient décorés. Ce marbre étoit sans doute très-commun, par la quantité des troncs de colonnes qui servent encore aujourd'hui de bornes dans tous les quartiers de la ville. Il en est de plusieurs especes ; celui d'Egypte, d'Italie & de Dauphiné ; le verd & le violet. Le granit d'Egypte, connu sous le nom de Thebaïcum marmor, & qui se tiroit de la Thébaïde, est d'un fond blanc sale, mêlé de petites taches grises & verdâtres, & presque aussi dur que le porphyre. De ce marbre sont les colonnes de sainte Sophie à Constantinople, qui passent 40 piés de hauteur. Le granit d'Italie qui, selon M. Félibien, se tiroit des carrieres de l'île d'Elbe, a des petites taches un peu verdâtres, & est moins dur que celui d'Egypte. De ce marbre sont les seize colonnes corinthiennes du porche du Panthéon ; ainsi que plusieurs cuves de bains servant aujourd'hui à Rome de bassins de fontaines. Le granit de Dauphiné qui se tire des côtes du Rhône, près de l'embouchure de l'Isere, est très-ancien, comme il paroît par plusieurs colonnes qui sont en Provence. Le granit verd est une espece de serpentin ou verd antique, mêlé de petites taches blanches & vertes ; on voit à Rome plusieurs colonnes de cette espece de marbre. Le granit violet qui se tire des carrieres d'Egypte, est mêlé de blanc, & de violet par petites taches. De ce marbre sont la plûpart des obélisques antiques de Rome, tels que ceux de saint Pierre du Vatican, de saint Jean de Latran, de la porte du Peuple, & autres.
Le marbre de jaspe, du grec , verd, est de couleur verdâtre, mêlé de petites taches rouges. Il y a encore un jaspe antique noir & blanc par petites taches, mais qui est très-rare.
Le marbre de Paros se tiroit autrefois d'une île de l'Archipel, nommée ainsi, & qu'on appelle aujourd'hui Peris ou Parissa. Varron lui avoit donné le nom de marbre lychnites, du grec , une lampe, parce qu'on le tailloit dans les carrieres à la lumiere des lampes. Sa couleur est d'un blanc un peu jaune & transparent, plus tendre que celui dont nous nous servons maintenant, approchant de l'albâtre, mais pas si blanc ; la plûpart des statues antiques sont de ce marbre.
Le marbre verd antique, dont les carrieres sont perdues, est très-rare. Sa couleur est mêlée d'un verd de gazon, & d'un verd noir par taches d'inégales formes & grandeur ; il n'en reste que quelques chambranles dans le vieux château de Meudon.
Le marbre blanc & noir, dont les carrieres sont perdues, est mêlé par plaques de blanc très-pur, & de noir très-noir. De ce marbre sont deux petites colonnes corinthiennes dans la chapelle de S. Roch aux Mathurins, deux autres composites dans celle de Rostaing aux Feuillans rue S. Honoré, une belle table au tombeau de Louis de la Trémouille aux Célestins, ainsi que les piés d'estaux & le parement d'autel de la chapelle de S. Benoît dans l'église de S. Denys en France, qui en sont incrustés.
Le marbre de petit antique est de cette derniere espece, c'est-à-dire blanc & noir, mais plus brouillé ; & par petites veines, ressemblant au marbre de Barbançon. On en voit deux petites colonnes ïoniques dans le petit appartement des bains à Versailles.
Le marbre de brocatelle se tiroit autrefois près d'Andrinople en Grece : sa couleur est mêlée de petites nuances grises, rouges, pâles, jaunes, & isabelles : les dix petites colonnes corinthiennes du tabernacle des Mathurins, ainsi que les huit composites de celui de sainte Génevieve, sont de ce marbre. On en voit encore quelques chambranles de cheminées dans les appartemens de Trianon, & quelques tables de moyenne grandeur dans les magasins du roi.
Le marbre africain est tacheté de rouge brun, mêlé de quelques veines de blanc sale, & de couleur de chair, avec quelques filets d'un verd foncé. Il se trouve quatre consoles de ce marbre en maniere de cartouche, au tombeau du marquis de Gesvres dans l'église des peres Célestins à Paris. Scamozzi parle d'un autre marbre africain très-dur, recevant un très-beau poli, d'un fond blanc, mêlé de couleur de chair, & quelquefois couleur de sang, avec des veines brunes & noires fort déliées, & ondées.
Le marbre noir antique étoit de deux especes ; l'un qui se nommoit marmor luculleum, & qui se tiroit de Grece, étoit fort tendre. C'est de ce marbre que Marcus Scaurus fit tailler des colonnes de trente-huit piés de hauteur, dont il orna son palais ; l'autre appellé par les Grecs , pierre de touche, & par les Italiens, pietra di paragone, pierre de comparaison, que Vitruve nomme index ; parce qu'il sert à éprouver les métaux, se tiroit de l'Ethiopie, & étoit plus estimé que le premier : ce marbre étoit d'un noir gris tirant sur le fer. Vespasien en sit faire la figure du Nil, accompagnée de celle des petits enfans, qui signifioient les crues & recrues de ce fleuve, & qui de son tems fut posée dans le temple de la paix. De ce marbre sont encore à Rome deux sphynx au bas du Capitole ; dans le vestibule de l'orangerie de Versailles une figure de reine d'Egypte ; dans l'église des peres Jacobins rue S. Jaques à Paris, quelques anciens tombeaux, ainsi que quelques vases dans les Jardins de Meudon.
Le marbre de cipolin, de l'italien cipolino, que Scamozzi croit être celui que les anciens appelloient augustum ou tiberium marmor, parce qu'il fut découvert en Egypte du tems d'Auguste & Tibere, est formé de grandes ondes ou de nuances de blanc, & de verd pâle couleur d'eau de mer ou de ciboule, d'où il tire son nom. On ne l'employoit anciennement que pour des colonnes ou pilastres. Celles que le roi fit apporter de Lebeda autrefois Leptis, près de Tripoli, sur les côtes de Barbarie, ainsi que les dix corinthiennes du temple d'Antonin & de Faustine, semblent être de ce marbre. On en voit encore plusieurs pilastres dans la chapelle de l'hôtel de Conti, près le collége Mazarin, du dessein de François Mansard.
Le marbre jaune est de deux especes ; l'une appellée jaune de sienne, est d'un jaune isabelle, sans veine, & est très-rare : aussi ne l'emploie-t-on que par incrustation dans les compartimens. On voit de ce marbre dans le sallon des bains de la reine au Louvre, des scabellons de bustes, qui sans doute sont très-précieux. L'autre appellé dorée, plus jaune que le précédent, est celui à qui Pausanias a donné le nom de marmor croceum, à cause de sa couleur de safran : il se tiroit près de la Macédoine ; les bains publics de cette ville en étoient construits. Il se trouve encore à Rome dans la chapelle du mont de piété, quatre niches incrustées de ce marbre.
Le marbre de bigionero, dont les carrieres sont perdues, est très-rare. Il y en a quelques morceaux dans les magazins du roi.
Le marbre de lumachello, appellé ainsi, parce que sa couleur est mêlée de taches blanches, noires & grises, formées en coquilles de limaçon, d'où il tire son nom, est très-rare, les carrieres en étant perdues : on en voit cependant quelques tables dans les appartemens du roi.
Le marbre de picciniseo, dont les carrieres sont aussi perdues, est veiné blanc, & d'une couleur approchante de l'isabelle : les quatorze colonnes corinthiennes des chapelles de l'église de la Rotonde à Rome, sont de ce marbre.
Le marbre de breche antique, dont les carrieres sont perdues, est mêlé par taches rondes de différente grandeur, de blanc, de noir, de rouge de bleu & de gris. Les deux corps d'architecture qui portent l'entablement où sont nichées les deux colonnes de la sépulture de Jacques de Rouvré, grand-prieur de France, dans l'église de S. Jean de Latran à Paris, sont de ce marbre.
Le marbre de breche antique d'Italie, dont les carrieres sont encore perdues, est blanc, noir, & gris : le parement d'autel de la chapelle de S. Denys à Montmartre, est de ce marbre.
Des marbres modernes. Le marbre blanc qui se tire maintenant de Carrare, vers les côtes de Gènes, est dur & fort blanc, & très-propre aux ouvrages de sculpture. On en tire des blocs de telle grandeur que l'on veut ; il s'y rencontre quelquefois des crystallins durs. La plûpart des figures modernes du petit parc de Versailles sont de ce marbre.
Le marbre de Carrare, que l'on nomme marbre vierge, est blanc, & se tire des Pyrénées du côté de Bayonne. Il a le grain moins fin que le dernier, reluit comme une espece de sel, & ressemble au marbre blanc antique, dont toutes les statues de la Grece ont été faites ; mais il est plus tendre, pas si beau, sujet à jaunir & à se tacher : on s'en sert pour des ouvrages de sculpture.
Le marbre noir moderne est pur & sans tache, comme l'antique ; mais beaucoup plus dur.
Le marbre de Dinant, qui se tire près de la ville de ce nom dans le pays de Liége, est fort commun & d'un noir très-pur & très-beau : on s'en sert pour les tombeaux & sépultures. Il y a quatre colonnes corinthiennes au maître autel de l'église de S.Martin-des-Champs, du dessein de François Mansard ; six colonnes de même ordre au grand autel de S. Louis des peres Jésuites, rue S. Antoine, quatre autres de même ordre dans l'église des peres Carmes déchaussés ; & quatre autres composites à l'autel de sainte Thérese de la même église, sont de ce marbre. Les plus belles colonnes qui en sont faites, sont les six corinthiennes du maître autel des Minimes de la Place royale à Paris.
Le marbre de Namur est aussi fort commun, & aussi noir que celui de Dinant, mais pas si parfait, tirant un peu sur le bleuâtre, & étant traversé de quelques filets gris : on en fait un grand commerce de carreau en Hollande.
Le marbre de Thée qui se tire du pays de Liege du côté de Namur, est d'un noir pur, tendre, & facile à tailler ; recevant un plus beau poli que celui de Namur & de Dinant. Il est par conséquent très-propre aux ouvrages de sculpture. On en voit quelques chapiteaux corinthiens dans les églises de Flandres, & plusieurs têtes & bustes à Paris.
Le marbre blanc veiné qui vient de Carrare, est d'un bleu foncé sur un fond blanc, mêlé de taches grises & de grandes veines. Ce marbre est sujet à jaunir & à se tacher. On en fait des piédestaux, entablemens, & autres ouvrages d'Architecture ; de ce marbre est la plus grande partie du tombeau de M. le Chancelier le Tellier, dans l'église de S. Gervais à Paris.
Le marbre de Margorre qui se tire du Milanez, est fort dur & assez commun. Sa couleur est d'un fond bleu, mêlé de quelques veines brunes, couleur de fer ; une partie du dôme de Milan en a été bâti.
Le marbre noir & blanc qui se tire de l'abbaye Leff près de Dinant, a le fond d'un noir très-pur avec quelques veines fort blanches. De ce marbre sont les quatre colonnes corinthiennes du maître-autel de l'Eglise des Carmélites du faubourg S. Jacques.
Le marbre de Barbançon qui se tire du pays de Hainaut, est un marbre noir veiné de blanc qui est assez commun. Les six colonnes torses composites du baldaquin du Val-de-Grace, l'architrave de corniche corinthienne de l'autel de la chapelle de Créqui aux Capucines, sont de ce marbre. Le plus beau est celui dont le noir est le plus noir, & dont les veines sont les plus blanches & déliées.
Le marbre de Givet se tire près de Charlemont, sur les frontieres de Luxembourg. Sa couleur est d'un noir veiné de blanc, mais moins brouillé que le Barbançon. Les marches du baldaquin du Val-de-Grace sont de ce marbre.
Le marbre de Portor se tire du pié des Alpes, aux environs de Carrare. Il en est de deux sortes ; l'un qui a le fond très-noir mêlé de quelques taches & veines jaunes dorées, est le plus beau ; l'autre dont les veines sont blanchâtres est moins estimé. On voit de ce marbre deux colonnes ioniques au tombeau de Jacques de Valois duc d'Angoulême, dans l'église des Minimes de la Place royale ; deux autres de même ordre dans la chapelle de Rostaing de l'église des Feuillans rue S. Honoré ; plusieurs autres dans l'appartement des bains à Versailles, & plusieurs tables, chambranles de cheminées, foyers, &c. au même château, à Marly & à Trianon.
Le marbre de S. Maximin est une espece de portor, dont le noir & le jaune sont très-vifs : on en voit quelques échantillons dans les magasins du roi.
Le marbre de serpentin moderne vient d'Allemagne, & sert plutôt pour des vases & autres ornemens de cette espece, que pour des ouvrages d'Architecture.
Le marbre verd moderne est de deux especes ; l'une que l'on nomme improprement verd d'Egypte, se tire près de Carrare sur les côtes de Gènes. Sa couleur est d'un verd foncé, mêlé de quelques taches de blanc & de gris-de-lin. Les deux cuves rectangulaires des fontaines de la Gloire, & de la Victoire dans le bosquet de l'arc de triomphe à Versailles, la cheminée du cabinet des bijoux, & celle du cabinet de monseigneur le dauphin à S. Germain en Laye, sont de ce marbre ; l'autre qu'on nomme verd de mer, se tire des environs. Sa couleur est d'un verd plus clair, mêlé de veines blanches. On en voit quatre colonnes ioniques dans l'église des Carmélites du faubourg saint Jacques à Paris.
Le marbre jaspé est celui qui approche du jaspe antique ; le plus beau est celui qui en approche le plus.
Le marbre de Lumachello moderne vient d'Italie, & est presque semblable à l'antique ; mais les taches n'en sont pas si bien marquées.
Le marbre de Breme qui vient d'Italie, est d'un fond jaune mêlé de taches blanches.
Le marbre occhio di pavone, oeil de paon, vient aussi d'Italie, & est mêlé de taches blanches, bleuâtres, & rouges, ressemblantes en quelque sorte aux especes d'yeux qui sont au bout des plumes de la queue des paons ; ce qui lui a fait donner ce nom.
Le marbre porta sancta ou serena, de la porte sainte ou seraine, est un marbre mêlé de grandes taches & de veines grises, jaunes & rougeâtres : on en voit quelques échantillons dans les magasins du roi.
Le marbre fior di persica, ou fleur de pêcher, qui vient d'Italie, est mêlé de taches blanches, rouges & un peu jaunes : on voit de ce marbre dans les magasins du roi.
Le marbre di Vescovo, ou de l'évêque, qui vient aussi d'Italie, est mêlé de veines verdâtres, traversées de bandes blanches, allongées, arrondies & transparentes.
Le marbre de brocatelle, appellé brocatelle d'Espagne, & qui se tire d'une carriere antique de Tortose en Andalousie, est très-rare. Sa couleur est mêlée de petites nuances de couleurs jaune, rouge, grise, pâle & isabelle. Les quatre colonnes du maître-autel des Mathurins à Paris sont de ce marbre ; ainsi que quelques chambranles de cheminées à Trianon, & quelques petits blocs dans les magasins du roi.
Le marbre de Boulogne est une espece de brocatelle qui vient de Picardie, mais dont les taches sont plus grandes, & mêlées de quelques filets rouges. Le jubé de l'église métropolitaine de Paris en est construit.
Le marbre de Champagne qui tient de la brocatelle, est mêlé de bleu par taches rondes comme des yeux de perdrix ; il s'en trouve encore d'autres mêlés par nuances de blanc & de jaune pâle.
Le marbre de Sainte Baume se tire du pays de ce nom en Provence. Sa couleur est d'un fond blanc & rouge, mêlé de jaune approchant de la brocatelle. Ce marbre est fort rare, & a valu jusqu'à 60 livres le pié cube. Il s'en voit deux colonnes corinthiennes à une chapelle à côté du maître-autel de l'église du Calvaire au Marais.
Le marbre de Tray qui se tire près Sainte Baume en Provence, ressemble assez au précédent. Sa couleur est un fond jaunâtre, tacheté d'un peu de rouge, de blanc & de gris mêlé. Les pilastres ioniques du sallon du château de Seaux, quelques chambranles de cheminées au même château, quelques autres à Trianon, sont de ce marbre.
Le marbre de Languedoc est de deux especes ; l'une qui se tire près de la ville de Cosne en Languedoc, est très-commun. Sa couleur est d'un fond rouge, de vermillon sale, entremêlé de grandes veines & taches blanches. On l'emploie pour la décoration des principales cours, vestibules, péristiles, &c. Les retraites de la nef de S. Sulpice, l'autel de Notre-Dame de Savonne dans l'église des Augustins déchaussés à Paris, ainsi que les quatorze colonnes ioniques de la cour du château de Trianon, sont de ce marbre ; l'autre qui vient de Narbonne, & qui est de couleur blanche, grise & bleuâtre, est beaucoup plus estimé.
Le marbre de Roquebrue qui se tire à sept lieues de Narbonne, est à-peu-près semblable à celui du Languedoc, & ne différe qu'en ce que ses taches blanches sont toutes en forme de pommes rondes : il s'en trouve plusieurs blocs dans les magasins du roi.
Le marbre de Caen en Normandie, est presque semblable à celui de Languedoc, mais plus brouillé, & moins vif en couleur. Il se trouve de ce marbre à Valery en Bourgogne, au tombeau de Henri de Bourbon prince de Condé.
Le marbre de griotte, ainsi appellé, parce que sa couleur approche beaucoup des griottes ou cerises, se tire près de Cosne en Languedoc, & est d'un rouge foncé, mêlé de blanc sale ; le chambranle de la cheminée du grand appartement du roi à Trianon, est de ce marbre.
Le marbre de bleu turquin vient des côtes de Gènes. Sa couleur est mêlée de blanc sale, sujette à jaunir & à se tacher. De ce marbre sont l'embassement du piédestal de la statue équestre de Henri IV. sur le pont-neuf, & les huit colonnes respectivement opposées dans la colonnade de Versailles.
Le marbre Serancolin se tire d'un endroit appellé le Val d'or, ou la vallée d'or, près Serancolin & des Pyrénées en Gascogne. Sa couleur est d'un rouge couleur de sang, mêlé de gris, de jaune, & de quelques endroits transparens comme l'agate ; le plus beau est très-rare, la carriere en étant épuisée. Il se trouve dans le palais des tuileries quelques chambranles de cheminées de ce marbre. Les corniches & bases des piédestaux de la galerie de Versailles, le pié du tombeau de M. le Brun dans l'église de S. Nicolas du Chardonnet, sont aussi de ce marbre : on en voit dans les magasins du roi des blocs de douze piés, sur dix-huit pouces de grosseur.
Le marbre de Balvacaire se tire au bas de Saint-Bertrand, près Comminges en Gascogne. Sa couleur est d'un fond verdâtre, mêlée de quelques taches rouges, & fort peu de blanches : il s'en trouve dans les magasins du roi.
Le marbre de campan se tire des carrieres près Tarbes en Gascogne, & se nomme de la couleur qui y domine le plus : il y en a de blanc, de rouge, de verd & d'isabelle, mêlé par taches & par veines. Celui que l'on nomme verd de campan est d'un verd très-vif, mêlé seulement de blanc, & est fort commun. On en fait des chambranles, tables, foyers, &c. Les plus grands morceaux que l'on en ait, sont les huit colonnes ioniques du château de Trianon.
Le marbre de siguan qui est d'un verd brun mêlé de taches rouges, qui sont quelquefois de couleur de chair mêlée de gris, & de quelques filets verds dans un même morceau ; il ressemble assez au moindre campan verd. Le piédestal extraordinaire de la colonne funéraire d'Anne de Montmorency, Connétable de France, aux Célestins ; les piédestaux, socles & appuis de l'autel des Minimes de la Place royale, & les quatre pilastres corinthiens de la chapelle de la Vierge dans l'église des Carmes déchaussés à Paris, sont de ce marbre.
Le marbre de Savoie qui se tire du pays de ce nom, est d'un fond rouge, mêlé de plusieurs autres couleurs, qui semblent être mastiquées. De ce marbre sont les deux colonnes ioniques de la porte de l'hôtel-de-ville de Lyon.
Le marbre de gauchenet qui se tire près de Dinant, est d'un fond rouge brun, tacheté & mêlé de quelques veines blanches. On voit de ce marbre quatre colonnes au tombeau du cardinal de Birague, dans l'église de la Couture sainte Catherine ; quatre aux autels de saint Ignace & de saint François Xavier, dans l'église de Saint Louis des peres Jésuites, rue saint Antoine ; six au maître-autel de l'église de saint Eustache ; quatre à celui de l'église des Cordeliers, & quatre au maître-autel de l'église des Filles-Dieu, rue saint Denis, toutes d'ordre corinthien.
Le marbre de Leff, abbaye près de Dinant, est d'un rouge pâle, avec de grandes plaques & quelques veines blanches. Le chapiteau du sanctuaire derriere le baldaquin du Val-de-grace à Paris, est de ce marbre.
Le marbre de rance qui se tire du pays de Hainaut, & qui est très-commun, est aussi de différente beauté. Sa couleur est d'un fond rouge sale, mêlé de taches, & de veines bleues & blanches. Les plus grands morceaux que l'on en ait à Paris, sont les six colonnes corinthiennes du maître-autel de l'église de la Sorbonne. On en voit à la chapelle de la Vierge de la même église, quatre autres de même ordre & de moyenne grandeur ; & huit plus petites aux quatre autres petits autels. Les huit colonnes ioniques de la clôture de saint Martin des champs, les huit composites aux autels de sainte Marguerite, & de saint Casimir dans l'église de saint Germain des Prés, sont de ce marbre. Les plus beaux morceaux que l'on en voit, sont les quatre colonnes & les quatre pilastres françois de la galerie de Versailles, les vingt-quatre doriques du balcon du milieu du château ; ainsi que les deux colonnes corinthiennes de la chapelle de Créqui aux Capucines.
Le marbre de Bazalto a le fond d'un brun clair & sans tache, avec quelques filets gris seulement, mais si déliés, qu'ils ressemblent à des cheveux qui commencent à grisonner : on en voit quelques tables dans les appartemens du Roi.
Le marbre d'Auvergne, qui se tire de cette province, est d'un fond couleur de rose, mêlé de violet, de jaune & de verd ; il se trouve dans la piece entre la salle des ambassadeurs & le sallon de la grande galerie à Versailles, un chambranle de cheminée de ce marbre.
Le marbre de Bourbon, qui se tire du pays de ce nom, est d'un gris bleuâtre & d'un rouge sale, mêlé de veines de jaune sale. On en fait communément des compartimens de pavé de sallons, vestibules, péristiles, &c. Le chambranle de la cheminée de la salle du bal à Versailles, & la moitié du pavé au premier étage de la galerie du nord, de plein-pié à la chapelle, sont de ce marbre.
Le marbre de Hon, qui vient de Liege, est de couleur grisâtre & blanche, mêlé d'un rouge couleur de sang. Les piédestaux, architraves & corniches du maître autel de l'église de S. Lambert à Liege, sont de ce marbre.
Le marbre de Sicile est de deux especes ; l'un que l'on nomme ancien, & l'autre moderne. Le premier est d'un rouge brun, blanc & isabelle, & par taches quarrées & longues, semblables à du taffetas rayé ; ses couleurs sont très-vives. Les vingt-quatre petites colonnes corinthiennes du tabernacle des PP. de l'Oratoire rue saint Honoré, ainsi que quelques morceaux de dix à douze piés de long dans les magasins du Roi, sont de ce marbre. Le second, qui ressemble à l'ancien, est une espece de breche de Vérone ; voyez ci-après. On en voit quelques chambranles & attiques de cheminée dans le château de Meudon.
Le marbre de Suisse est d'un fond bleu d'ardoise, mêlé par nuance de blanc pâle.
Des marbres de breches modernes. La breche blanche est mêlée de brun, de gris, de violet, & de grandes taches blanches.
La breche noire ou petite breche est d'un fond gris, brun, mêlé de taches noires & quelques petits points blancs. Le socle & le fond de l'autel de Notre-Dame de Savonne, dans l'église des PP. Augustins déchaussés à Paris, sont de ce marbre.
La breche dorée est mêlée de taches jaunes & blanches. Il s'en trouve des morceaux dans les magasins du Roi.
La breche coraline ou serancoline a quelques taches de couleur de corail. Le chambranle de la principale piece du grand appartement de l'hôtel de Saint-Pouange à Paris, est de ce marbre.
La breche violette ou d'Italie moderne a le fond brun, rougeâtre, avec de longues veines ou taches violettes mêlées de blanc. Ce marbre est très-beau pour les appartemens d'été ; mais si on le néglige & qu'on n'ait pas soin de l'entretenir, il passe, se jaunit, & est sujet à se tacher par la graisse, la cire, la peinture, l'huile, &c.
La breche isabelle est mêlée de taches blanches, violettes & pâles, avec de grandes plaques de couleur isabelle. Les quatre colonnes doriques isolées dans le vestibule de l'appartement des bains à Versailles, sont de ce marbre.
La breche des Pyrénées est d'un fond brun, mêlé de gris & de plusieurs autres couleurs. De ce marbre sont deux belles colonnes corinthiennes au fond du maître autel de Saint Nicolas des Champs à Paris.
La breche grosse ou grosse breche, ainsi appellée parce qu'elle a toutes les couleurs des autres breches, est mêlée de taches rouges, grises, jaunes, bleues, blanches & noires. Des quatre colonnes qui portent la châsse de Sainte Génevieve dans l'église de ce nom à Paris, les deux de devant sont de ce marbre.
La breche de Vérone est entremêlée de bleu, de rouge pâle & cramoisi. Il s'en trouve un chambranle de cheminée dans la derniere piece de Trianon, sous le bois du côté des sources.
La breche sauveterre est mêlée de taches noires, grises & jaunes. Le tombeau de la mere de M. Lebrun premier peintre du Roi, qui est dans sa chapelle à Saint Nicolas du chardonnet, est de ce marbre.
La breche saraveche a le fond brun & violet, mêlé de grandes taches blanches & isabelles. Les huit colonnes corinthiennes du maître autel des grands Augustins, sont de ce marbre.
La breche saraveche petite, ou petite breche saraveche n'est appellée ainsi que parce que les taches en sont plus petites.
La breche sette bazi ou de sept bases, a le fond brun, mêlé de petites taches rondes de bleu sale. Il s'en trouve dans les magasins du Roi.
Il se trouve encore à Paris plusieurs autres marbres, comme celui d'Antin, de Laval, de Cerfontaine de Bergoopzom, de Montbart, de Malplaquet, de Merlemont, de Saint-Remy & le royal, ainsi que quelques breches, comme celle de Florence, de Florieres, d'Alet, &c.
Les marbres antiques s'emploient par corvée, & se payent à proportion de leur rareté ; les marbres modernes se payent depuis douze livres jusqu'à cent livres le pié cube, façon à part, à proportion de leur beauté & de leur rareté.
Des défauts du marbre. Le marbre, ainsi que la pierre, a des défauts qui peuvent le faire rebuter : ainsi on appelle.
Marbre fier celui qui, à cause de sa trop grande dureté, est difficile à travailler, & sujet à s'éclater comme tous les marbres durs.
Marbre pouf, celui qui est de la nature du grais, & qui étant travaillé ne peut retenir ses arêtes vives, tel est le marbre blanc des Grecs, celui des Pyrénées & plusieurs autres.
Marbre terrasseux, celui qui porte avec lui des parties tendres appellées terrasses, qu'on est souvent obligé de remplir de mastic, tel que le marbre du Languedoc, celui de Hon, & la plûpart des breches.
Marbre filardeux, celui qui a des fils qui le traversent, comme celui de Sainte-Baume, le serancolin, le rance, & presque tous les marbres de couleur.
Marbre camelotté, celui qui étant de même couleur après avoir été poli, paroît tabisé, comme le marbre de Namur & quelques autres.
Du marbre selon ses façons. On appelle marbre brut celui qui étant sorti de la carriere en bloc d'échantillon ou par quartier, n'a pas encore été travaillé.
Marbre dégrossi, celui qui est débité dans le chantier à la scie, ou seulement équarri au marteau, selon la disposition d'un vase, d'une figure, d'un profil, ou autre ouvrage de cette espece.
Marbre ébauché, celui qui ayant déjà reçu quelques membres de sculpture ou d'architecture, est travaillé à la double pointe (fig. 89.) pour l'un, & approché avec le ciseau pour l'autre.
Marbre piqué, celui qui est travaillé avec la pointe du marteau (fig. 91.) pour détacher les avant-corps des arriere-corps dans l'extérieur des ouvrages rustiques.
Marbre matte, celui qui est frotté avec de la prêle (a) ou de la peau de chien de mer (b), pour détacher des membres d'architecture ou de sculpture de dessus un fond poli.
Marbre poli, celui qui ayant été frotté avec le grais & le rabot (c) & ensuite repassé avec la pierre de ponce, est poli à force de bras avec un tampon de linge, & de la potée d'émeril pour les marbres de couleur, & de la potée d'étain pour les marbres blancs, celle d'émeril les roussissant. Il est mieux de se servir, ainsi qu'on le pratique en Italie, d'un morceau de plomb au lieu de linge, pour donner au marbre un plus beau poli & de plus longue durée ; mais il en coûte beaucoup plus de tems & de peine. Le marbre sale, terne ou taché, se repolit de la même maniere. Les taches d'huile, particulierement sur le blanc, ne peuvent s'effacer, parce qu'elles pénétrent.
Marbre fini, celui qui ayant reçu toutes les opérations de la main-d'oeuvre, est prêt à être posé en place.
Marbre artificiel, celui qui est fait d'une composition de gypse en maniere de stuc, dans laquelle on met diverses couleurs pour imiter le marbre. Cette composition est d'une consistance assez dure & reçoit le poli, mais sujette à s'écailler. On fait encore d'autres marbres artificiels avec des teintures corrosives sur du marbre blanc, qui imitent les différentes couleurs des autres marbres, en pénétrant de plus de quatre lignes dans l'épaisseur du marbre : ce qui fait que l'on peut peindre dessus des figures & des ornemens de toute espece : ensorte que si l'on pouvoit débiter ce marbre par feuilles très-minces, on en auroit autant de tableaux de même façon. Cette invention est de M. le comte de Cailus.
Marbre feint, peinture qui imite la diversité des couleurs, veines & accidens des marbres, à laquelle on donne une apparence de poli sur le bois ou sur la pierre, par le vernis que l'on pose dessus.
De la brique en général. La brique est une espece de pierre artificielle, dont l'usage est très-nécessaire dans la construction des bâtimens. Non-seulement on s'en sert avantageusement au lieu de pierre, de moilon ou de plâtre, mais encore il est de certains genres de construction qui exigent de l'employer préférablement à tous les autres matériaux, comme pour des voûtes legeres, qui exigent des murs d'une moindre épaisseur pour en retenir la poussée ; pour des languettes (d) de cheminées, des contre-coeurs, des foyers, &c. nous avons vu ci-devant que cette pierre étoit rougeâtre & qu'elle se jettoit en moule ; nous allons voir maintenant de quelle maniere elle se fabrique, connoissance d'autant plus nécessaire, que dans de certains pays il ne s'y trouve souvent point de carrieres à pierre ni à plâtre, & que par-là on est forcé de faire usage de brique, de chaux & de sable.
De la terre propre à faire de la brique. La terre la plus propre à faire de la brique est communément appellée terre glaise ; la meilleure doit être de couleur grise ou blanchâtre, grasse, sans graviers ni cailloux, étant plus facile à corroyer. Ce soin étoit fort recommandé par Vitruve, en parlant de celles dont les anciens se servoient pour les cloisons, murs, planchers, &c. qui étoient mêlées de foin & de paille hachée, & point cuites, mais seulement séchées au soleil pendant quatre ou cinq ans, parce
(a) Prêle, espece de plante aquatique très-rude.
(e) Chien de mer, sorte de poisson de mer dont la peau d'une certaine rudesse est très-bonne pour cet usage.
(b) Rabot, est un morceau de bois dur avec lequel on frotte le marbre.
(d) Espece de cloison qui sépare plusieurs tuyaux de cheminée dans une souche.
que, disoit-il, elles se fendent & se détrempent lorsqu'elles sont mouillées à la pluie.
La terre qui est rougeâtre est beaucoup moins estimée pour cet usage, les briques qui en sont faites étant plus sujettes à se feuilleter & à se réduire en poudre à la gelée.
Vitruve prétend qu'il y a trois sortes de terre propres à faire de la brique ; la premiere, qui est aussi blanche que de la craie ; la seconde, qui est rouge ; & la troisieme, qu'il appelle sablon mâle. Au rapport de Perrault, les interpretes de Vitruve n'ont jamais pu décider quel étoit ce sablon mâle dont il parle, & que Pline prétend avoir été employé de son tems pour faire de la brique. Philander pense que c'est une terre solide & sablonneuse ; Barbaro dit que c'est un sable de riviere gras que l'on trouve en pelotons, comme l'encens mâle : & Baldus rapporte qu'il a été appellé mâle, parce qu'il étoit moins aride que l'autre sable. Au reste, sans prendre garde scrupuleusement à la couleur, on reconnoîtra qu'une terre est propre à faire de bonnes briques, si après une petite pluie on s'apperçoit qu'en marchant dessus elle s'attache aux piés & s'y amasse en grande quantité, sans pouvoir la détacher facilement, ou si en la paîtrissant dans les mains on ne peut la diviser sans peine.
De la maniere de faire la brique. Après avoir choisi un espace de terre convenable, & l'ayant reconnu également bonne par-tout, il faut l'amasser par monceaux & l'exposer à la gelée à plusieurs reprises, ensuite la corroyer avec la houe (fig. 118.) ou le rabot (fig. 117.), & la laisser reposer alternativement jusqu'à quatre ou cinq fois. L'hiver est d'autant plus propre pour cette préparation, que la gelée contribue beaucoup à la bien corroyer.
On y mêle quelquefois de la bourre & du poil de boeuf pour la mieux lier, ainsi que du sablon pour la rendre plus dure & plus capable de resister au fardeau lorsqu'elle est cuite. Cette pâte faite, on la jette par motte dans des moules faits de cadres de bois de la même dimension qu'on veut donner à la brique ; & lorsqu'elle est à demi seche, on lui donne avec le couteau la forme que l'on juge à-propos.
Le tems le plus propre à la faire sécher, selon Vitruve, est le printems & l'automne, ne pouvant sécher en hiver, & la grande chaleur de l'été la séchant trop promtement à l'extérieur, ce qui la fait fendre, tandis que l'intérieur reste humide. Il est aussi nécessaire, selon lui, en parlant des briques crues, de les laisser sécher pendant deux ans, parce qu'étant employées nouvellement faites, elles se resserrent & se séparent à mesure qu'elles se sechent : d'ailleurs l'enduit qui les retient ne pouvant plus se soutenir, se détache & tombe ; & la muraille s'affaissant de part & d'autre inégalement, fait périr l'édifice.
Le même auteur rapporte encore que de son tems dans la ville d'Utique il n'étoit pas permis de se servir de brique pour bâtir qu'elle n'eût été visitée par le magistrat, & qu'on eût été sûr qu'elle avoit séché pendant cinq ans. On se sert encore maintenant de briques crues, mais ce n'est que pour les fours à chaux (fig. 29.), à tuile ou à brique (fig. 27.)
La meilleure brique est celle qui est d'un rouge pâle tirant sur le jaune, d'un grain serré & compacte, & qui lorsqu'on la frappe rend un son clair & net. Il arrive quelquefois que les briques faites de même terre & préparées de même, sont plus ou moins rouges les unes que les autres, lorsqu'elles sont cuites, & par conséquent de différente qualité : ce qui vient des endroits où elles ont été placées dans le four, & où le feu a eu plus ou moins de force pour les cuire. Mais la preuve la plus certaine pour connoître la meilleure, sur-tout pour des édifices de quelque importance, est de l'exposer à l'humidité & à la gelée pendant l'hiver, parce que celles qui y auront résisté sans se feuilleter, & auxquelles il ne sera arrivé aucun inconvénient considérable, pourront être mises en oeuvre en toute sûreté.
Autrefois on se servoit à Rome de trois sortes de briques ; la premiere qu'on appelloit didodoron, qui avoit deux palmes en quarré ; la seconde, tetradoron, qui en avoit quatre ; & la troisieme, pentadoron, qui en avoit cinq : ces deux dernieres manieres ont été long-tems employées par les Grecs. On faisoit encore à Rome des demi-briques & des quarts de briques, pour placer dans les angles des murs & les achever. La brique que l'on faisoit autrefois, au rapport de Vitruve, à Calente en Espagne, à Marseille en France, & à Pitence en Asie, nageoit sur l'eau comme la pierre-ponce, parce que la terre dont on la faisoit étoit très-spongieuse, & que ses pores externes étoient tellement serrés lorsqu'elle étoit seche, que l'eau n'y pouvoit entrer, & par conséquent la faisoit surnager. La grandeur des briques dont on se sert à Paris & aux environs, est ordinairement de huit pouces de longueur, sur quatre de largeur & deux d'épaisseur, & se vend depuis 30 jusqu'à 40 livres le millier.
Il faut éviter de les faire d'une grandeur & d'une épaisseur trop considérable, à moins qu'on ne leur donne pour sécher un tems proportionné à leur grosseur ; parce que sans cela la chaleur du feu s'y communique inégalement, & le coeur étant moins atteint que la superficie, elles se gersent & se fendent en cuisant.
La tuile pour les couvertures des bâtimens, le carreau pour le sol des appartemens, les tuyaux de grais pour la conduite des eaux, les boisseaux pour les chausses d'aisance, & généralement toutes les autres poteries de cette espece, se font avec la même terre, se préparent & se cuisent exactement de la même maniere. Ainsi ce que nous avons dit de la brique, peut nous instruire pour tout ce que l'on peut faire en pareille terre.
Du plâtre en général. Le plâtre du grec propre à être formé, est d'une propriété très-importante dans le bâtiment. Sa cuisson fait sa vertu principale. C'est sans doute par le feu qu'il acquiert la qualité qu'il a, non-seulement de s'attacher lui-même, mais encore d'attacher ensemble les corps solides. Comme la plus essentielle est la promtitude de son action, & qu'il se suffit à lui-même pour faire un corps solide, lorsqu'il a reçu toutes les préparations dont il a besoin, il n'y a point de matiere dont on puisse se servir avec plus d'utilité dans la construction.
De la pierre propre à faire le plâtre. La pierre propre à faire du plâtre se trouve dans le sein de la terre, comme les autres pierres. On n'en trouve des carrieres qu'aux environs de Paris, comme à Montmartre, Belleville, Meudon, & quelques autres endroits. Il y en a de deux especes : l'une dure, & l'autre tendre. La premiere est blanche & remplie de petits grains luisans : la seconde est grisâtre, & sert, comme nous l'avons dit ci-devant, à la construction des bicoques & murs de clôtures dans les campagnes. L'une & l'autre se calcinent au feu, se blanchissent & se réduisent en poudre après la cuisson. Mais les ouvriers préferent la derniere, étant moins dure à cuire.
De la maniere de faire cuire le plâtre. La maniere de faire cuire le plâtre consiste à donner un degré de chaleur capable de dessecher peu-à-peu l'humidité qu'il renferme, de faire évaporer les parties qui le lient, & de disposer aussi le feu de maniere que la chaleur agisse toujours également sur lui. Il faut encore arranger dans le four les pierres qui doivent être calcinées, ensorte qu'elles soient toutes également embrasées par le feu, & prendre garde que le plâtre ne soit trop cuit ; car alors il devient aride & sans liaison, & perd la qualité que les ouvriers appellent l'amour du plâtre ; la même chose peut arriver encore à celui qui auroit conservé trop d'humidité, pour s'être trouvé pendant la cuisson à une des extrêmités du four.
Le plâtre bien cuit se connoît lorsqu'en le maniant on sent une espece d'onctuosité ou graisse, qui s'attache aux doigts ; ce qui fait qu'en l'employant il prend promtement, se durcit de même, & fait une bonne liaison ; ce qui n'arrive point lorsqu'il a été mal cuit.
Il doit être employé le plus tôt qu'il est possible, en sortant du four, si cela se peut : car étant cuit, il devient une espece de chaux, dont les esprits ne peuvent jamais être trop-tôt fixés : du-moins si on ne peut l'employer sur le champ, faut-il le tenir à couvert dans les lieux secs & à l'abri du soleil ; car l'humidité en diminue la force, l'air dissipe ses esprits & l'évente, & le soleil l'échauffe & le fait fermenter : ressemblant en quelque sorte, suivant M. Belidor, à une liqueur exquise qui n'a de saveur qu'autant qu'on a eu soin d'empêcher ses esprits de s'évaporer. Cependant lorsque dans un pays où il est cher, on est obligé de le conserver, il faut alors avoir soin de le serrer dans des tonneaux bien fermés de toute part, le placer dans un lieu bien sec, & le garder le moins de tems qu'il est possible.
Si l'on avoit quelque ouvrage de conséquence à faire, & qu'il fallût pour cela du plâtre cuit à propos, il faudroit alors envoyer à la carriere, prendre celui qui se trouve au milieu du four, étant ordinairement plus tôt cuit que celui des extrêmités. Je dis au milieu du four, parce que les ouvriers ont bien soin de ne jamais le laisser trop cuire, étant de leur intérêt de consommer moins de bois. Sans cette précaution, on est sûr d'avoir toujours de mauvais plâtre : car, après la cuisson, ils le mêlent tout ensemble ; & quand il est en poudre, celui des extrêmités du four & celui du milieu sont confondus. Ce dernier qui eût été excellent, s'il avoit été employé à part, est altéré par le mêlange que l'on en fait, & ne vaut pas à beaucoup près ce qu'il valoit auparavant.
Il faut aussi éviter soigneusement de l'employer pendant l'hiver ou à la fin de l'automne, parce que le froid glaçant l'humidité de l'eau avec laquelle il a été gaché (e), & l'esprit du plâtre étant amorti, il ne peut plus faire corps ; & les ouvrages qui en sont faits tombent par éclats, & ne peuvent durer long-tems.
Le plâtre cuit se vend 10 à 11 livres le muid, contenant 36 sacs, ou 72 boisseaux, mesure de Paris, qui valent 24 piés cubes.
Du plâtre selon ses qualités. On appelle plâtre cru la pierre propre à faire le plâtre, qui n'a pas encore été cuite au four, & qui sert quelquefois de moilons après l'avoir exposé long-tems à l'air.
Plâtre blanc, celui qui a été rablé, c'est-à-dire dont on a ôté tout le charbon provenant de la cuisson ; précaution qu'il faut prendre pour les ouvrages de sujétion.
Plâtre gris, celui qui n'a pas été rablé, étant destiné pour les gros ouvrages de maçonnerie.
Plâtre gras, celui qui, comme nous l'avons dit, étant cuit à-propos, est doux & facile à employer.
Plâtre vert, celui qui ayant été mal cuit, se dissout en l'employant, ne fait pas corps, & est sujet à se gerser, à se fendre & à tomber par morceau à la moindre gelée.
Plâtre mouillé, celui qui ayant été exposé à l'humidité ou à la pluie, a perdu par-là la plus grande partie de ses esprits, & est de nulle valeur.
Plâtre éventé, celui qui ayant été exposé trop long-tems à l'air, après avoir été pulvérisé, a de la peine à prendre, & fait infailliblement une mauvaise construction.
Du plâtre selon ses façons. On appelle gros plâtre celui qui ayant été concassé grossierement à la carriere, est destiné pour la construction des fondations, ou des gros murs bâtis en moilon ou libage, ou pour hourdir (f) les cloisons, bâtis de charpente, ou tout autre ouvrage de cette espece. On appelle encore de ce nom les gravois criblés ou rebattus, pour les renformis (g), hourdis ou gobetayes. (h)
Plâtre au panier, celui qui est passé dans un manequin d'osier clair (fig. 139.), & qui sert pour les crépis (i), renformis, &c.
Plâtre au sas, celui qui est fin, passé au sas (k), & qui sert pour les enduits (l) des membres d'architecture & de sculpture.
Toutes ces manieres d'employer le plâtre exigent aussi de le gacher serré, clair ou liquide.
On appelle plâtre gaché-serré celui qui est le moins abreuvé d'eau, & qui sert pour les gros ouvrages, comme enduits, scellement, &c.
Plâtre gaché clair, celui qui est un peu plus abreuvé d'eau, & qui sert à traîner au calibre des membres d'architectures, comme des chambranles, corniches, cimaises, &c.
Plâtre gaché liquide, celui qui est le plus abreuvé d'eau, & qui sert pour couler, caler, ficher & jointoyer les pierres, ainsi que pour les enduits des cloisons, plafonds, &c.
De la chaux en général. La chaux, du latin calx, est une pierre calcinée, & cuite au four, qui se détrempe avec de l'eau, comme le plâtre : mais qui ne pouvant agir seule comme lui pour lier les pierres ensemble, a besoin d'autres agens, tels que le sable, le ciment ou la pozzolane, pour la faire valoir. Si l'on piloit, dit Vitruve, des pierres avant que de les cuire, on ne pourroit en rien faire de bon : mais si on les cuit assez pour leur faire perdre leur premiere solidité & l'humidité qu'elles contiennent naturellement, elles deviennent poreuses & remplies d'une chaleur intérieure, qui fait qu'en les plongeant dans l'eau avant que cette chaleur soit dissipée, elles acquierent une nouvelle force, & s'échauffent par l'humidité qui, en les refroidissant, pousse la chaleur au-dehors. C'est ce qui fait que quoique de même grosseur, elles pesent un tiers de moins après la cuisson.
De la pierre propre à faire de la chaux. Toutes les pierres sur lesquelles l'eau-forte agit & bouillonne, sont propres à faire de la chaux ; mais les plus dures & les plus pesantes sont les meilleures. Le marbre même, lorsqu'on se trouve dans un pays où il est commun, est préférable à toute autre espece de pierre. Les coquilles d'huitres sont encore très-propres pour cet usage : mais en général celle qui est tirée fraîchement d'une carriere humide & à l'ombre, est très-bonne. Palladio rapporte que dans les montagnes de Padoue, il se trouve une espece de pierre écaillée, dont la chaux est excellente pour les ouvrages exposés à l'air, & ceux qui sont dans l'eau, parce qu'elle prend promtement & dure très-long-tems.
(e) Gâcher du plâtre, c'est le mêler avec de l'eau.
(f) Hourdir, est maçonner grossierement avec du mortier ou du plâtre ; c'est aussi faire l'aire d'un plancher sur des lattes.
(g) Renformis, est la réparation des vieux murs.
(h) Gobeter, c'est jetter du plâtre avec la truelle, & le faire entrer avec la main dans les joints des murs.
(i) Crépis, plâtre ou mortier employé avec un balai, sans passer la main ni la truelle par-dessus.
(k) Sas, est une espece de tamis, fig. 140.
(l) Enduit, est une couche de plâtre ou de mortier sur un mur de moilon, ou sur une cloison de charpente.
Vitruve nous assûre que la chaux faite avec des cailloux qui se rencontrent sur les montagnes, dans les rivieres, les torrens & ravins, est très-propre à la maçonnerie ; & que celle qui est faite avec des pierres spongieuses & dures, & que l'on trouve dans les campagnes, est meilleure pour les enduits & crépis. Le même auteur ajoute que plus une pierre est poreuse, plus la chaux qui en est faite est tendre ; plus elle est humide, plus la chaux est tenace ; plus elle est terreuse, plus la chaux est dure ; & plus elle a de feu, plus la chaux est fragile.
Philibert Delorme conseille de faire la chaux avec les mêmes pierres avec lesquelles on bâtit, parce que, dit-il, les sels volatils dont la chaux est dépourvue après sa cuisson, lui sont plus facilement rendus par des pierres qui en contiennent de semblables.
De la maniere à faire cuire la chaux. On se sert pour cuire la chaux de bois ou de charbon de terre, mais ce dernier est préférable, & vaut beaucoup mieux ; parce que non-seulement il rend la chaux beaucoup plus grasse & plus onctueuse, mais elle est bien plutôt cuite. La meilleure chaux, selon cet auteur, est blanche, grasse, sonore, point éventée ; en la mouillant, rend une fumée abondante ; & lorsqu'on la détrempe, elle se lie fortement au rabot, fig. 117. On peut encore juger de sa bonté après la cuisson, si en mêlant un peu de pulvérisée avec de l'eau que l'on bat un certain tems, on s'apperçoit qu'elle s'unit comme de la colle.
Il est bon de savoir que plus la chaux est vive, plus elle foisonne en l'éteignant, plus elle est grasse & onctueuse, & plus elle porte de sable.
Si la qualité de la pierre peut contribuer beaucoup à la bonté de la chaux, aussi la maniere de l'éteindre avant que de l'unir avec le sable ou le ciment, peut réparer les vices de la pierre, qui ne se rencontre pas également bonne par-tout où l'on veut bâtir.
De la maniere d'éteindre la chaux. L'usage ordinaire d'éteindre la chaux en France, est d'avoir deux bassins A & B, fig. 30 & 31. L'un A tout-à-fait hors de terre, & à environ deux piés & demi d'élévation, est destiné à éteindre la chaux : l'autre B creusé dans la terre à environ six piés plus ou moins de profondeur, est destiné à la recevoir lorsqu'elle est éteinte. Le premier sert à retenir les corps étrangers, qui auroient pu se rencontrer dans la chaux vive, & à ne laisser passer dans le second que ce qui doit y être reçu. Pour cet effet, on a soin de pratiquer non-seulement dans le passage C qui communique de l'un à l'autre, une grille pour retenir toutes les parties grossieres, mais encore de tenir le fond de ce bassin plus élevé du côté du passage C ; afin que ces corps étrangers demeurent dans l'endroit le plus bas, & ne puissent couler dans le second bassin. Ces précautions une fois prises, on nettoyera bien le premier qu'on fermera hermétiquement dans sa circonférence, & que l'on emplira d'eau & de chaux en même tems. Il faut prendre garde de mettre trop ou trop peu d'eau ; car le trop la noye & en diminue la force, & le trop peu la brûle, dissout ses parties & la réduit en cendre : ceci fait, on la tourmentera à force de bras avec le rabot (fig. 117.) pendant quelque tems, & à diverses reprises ; après quoi on la laissera couler d'elle-même dans le second bassin, en ouvrant la communication C de l'un à l'autre, & la tourmentant toujours jusqu'à ce que le bassin A soit vuidé. Ensuite on refermera le passage C, & on recommencera l'opération jusqu'à ce que le second bassin soit plein.
La chaux ainsi éteinte, on la laissera refroidir quelques jours, après lesquels on pourra l'employer. Quelques-uns prétendent que c'est-là le moment de l'employer, parce que ses sels n'ayant pas eu le tems de s'évaporer, elle en est par conséquent meilleure.
Mais si on vouloit la conserver, il faudroit avoir soin de la couvrir de bon sable, d'environ un pié ou deux d'épaisseur. Alors elle pourroit se garder deux ou trois ans sans perdre sa qualité.
Il arrive quelquefois que l'on trouve dans la chaux éteinte des parties dures & pierreuses, qu'on appelle biscuits ou recuits, qui ne sont d'aucun usage, & qui pour cela sont mis à part pour en tenir compte au marchand. Ces biscuits ne sont autre chose que des pierres qui ont été mal cuites, le feu n'ayant pas été entretenu également dans le fourneau ; c'est pour cela que Vitruve & Palladio prétendent que la chaux qui a demeuré deux ou trois ans dans le bassin, est beaucoup meilleure ; & leur raison est que s'il se rencontre des morceaux qui ayent été moins cuits que les autres, ils ont eu le tems de s'éteindre & de se détremper comme les autres. Mais Palladio en excepte celle de Padoue, qu'il faut, dit-il, employer aussi-tôt après sa fusion : car si on la garde, elle se brûle & se consomme de maniere qu'elle devient entierement inutile.
La maniere que les anciens pratiquoient pour éteindre la chaux, étoit de faire usage seulement d'un bassin creusé dans la terre, comme seroit celui B de la figure 30, qu'ils remplissoient de chaux, & qu'ils couvroient ensuite de sable, jusqu'à deux piés d'épaisseur : ils l'aspergeoient ensuite d'eau, & l'entretenoient toujours abreuvée, de maniere que la chaux qui étoit dessous pouvoit se dissoudre sans se brûler ; ce qui auroit très-bien pû arriver, sans cette précaution. La chaux ainsi éteinte, ils la laissoient, comme nous l'avons dit, deux ou trois ans dans la terre, avant que de l'employer ; & au bout de ce tems cette matiere devenoit très-blanche, & se convertissoit en une masse à-peu-près comme de la glaise, mais si grasse & si glutineuse, qu'on n'en pouvoit tirer le rabot qu'avec beaucoup de peine, & faisoit un mortier d'un excellent usage pour les enduits ou pour les ouvrages en stucs. Si pendant l'espace de ce tems on s'appercevoit que le sable se fendoit dans sa superficie, & ouvroit un passage à la fumée, on avoit soin aussi-tôt de refermer les fentes avec d'autre sable.
Les endroits qui fournissent le plus communément de la chaux à Paris & aux environs, sont Boulogne, Senlis, Corbeil, Melun, la Chaussée près Marly, & quelques autres. Celle de Boulogne qui est faite d'une pierre un peu jaunâtre, est excellente & la meilleure. On emploie à Mets & aux environs une chaux excellente qui ne se fuse point. Des gens qui n'en connoissoient pas la qualité s'aviserent d'en fuser dans des trous bien couverts de sable. L'année suivante, ils la trouverent si dure, qu'il fallut la casser avec des coins de fer, & l'employer comme du moilon. Pour bien éteindre cette chaux, dit M. Belidor, il la faut couvrir de tout le sable qui doit entrer dans le mortier, l'asperger ensuite d'eau à différente reprise. Cette chaux s'éteint ainsi sans qu'il sorte de fumée au dehors, & fait de si bon mortier, que dans ces pays-là toutes les caves en sont faites sans aucun autre mêlange que de gros gravier de riviere, & se change en un mastic si dur, que lorsqu'il a fait corps, les meilleurs outils ne peuvent l'entamer.
Comme il n'est point douteux que ce ne peut être que l'abondance des sels que contiennent de certaines pierres, qui les rendent plus propres que d'autres à faire de bonne chaux ; il est donc possible par ce moyen d'en faire d'excellente dans les pays où elle a coutume d'être mauvaise, comme on le va voir.
Il faut d'abord commencer, comme nous l'avons dit ci-dessus, par avoir deux bassins A & B, fig. 31 ; l'un A plus élevé que l'autre, mais tous deux bien pavés, & revêtus de maçonnerie bien enduite dans leur circonférence. On remplira ensuite le bassin supérieur A de chaux que l'on éteindra, & que l'on fera couler dans l'autre B comme à l'ordinaire. Lorsque tout y sera passé, on jettera dessus autant d'eau qu'on en a employé pour l'éteindre, qu'on broyera bien avec le rabot, & qu'on laissera ensuite reposer pendant vingt-quatre heures, ce qui lui donnera le tems de se rasseoir, après lequel on la trouvera couverte d'une quantité d'eau verdâtre qui contiendra presque tous ses sels, & qu'on aura soin de mettre dans des tonneaux ; puis on ôtera la chaux qui se trouvera au fond du bassin B, & qui ne sera plus bonne à rien : ensuite on éteindra de la nouvelle chaux dans le bassin supérieur A, & au lieu de se servir d'eau ordinaire, on prendra celle que l'on avoit versée dans les tonneaux, & on fera couler à l'ordinaire la chaux dans l'autre bassin B. Cette préparation la rend sans doute beaucoup meilleure, puisqu'elle contient alors deux fois plus de sel qu'auparavant. S'il s'agissoit d'un ouvrage de quelqu'importance fait dans l'eau, on pourroit la rendre encore meilleure, en recommençant l'opération une seconde fois, & une troisieme s'il étoit nécessaire. Mais la chaux qui resteroit dans le bassin B cette seconde & cette troisieme fois, ne seroit pas si dépourvue de sels, qu'elle ne pût encore servir dans les fondations, dans le massif des gros murs, ou à quelqu'autre ouvrage de peu d'importance. A la vérité il en coûtera pour cela beaucoup plus de tems & de peine ; mais il ne doit point être question d'économie lorsqu'il s'agit de certains ouvrages qui ont besoin d'être faits avec beaucoup de précaution. Ainsi, comme dit M. Bélidor, faut-il que parce que l'on est dans un pays où les matériaux sont mauvais, on ne puisse jamais faire de bonne maçonnerie, puisque l'art peut corriger la nature par une infinité de moyens ?
Il faut encore remarquer que toutes les eaux ne sont pas propres à éteindre la chaux ; celles de riviere & de source sont les plus convenables : celle de puits peut cependant être d'un bon usage, mais il ne faut pas s'en servir sans l'avoir laissée séjourner pendant quelque tems à l'air, pour lui ôter sa premiere fraîcheur qui ne manqueroit pas sans cela de resserrer les pores de la chaux, & de lui ôter son activité. Il faut sur-tout éviter de se servir d'eau bourbeuse & croupie, étant composée d'une infinité de corps étrangers capables de diminuer beaucoup les qualités de la chaux. Quelques-uns prétendent que l'eau de la mer n'est pas propre à éteindre la chaux, ou l'est très-peu, parce qu'étant salée, le mortier fait de cette chaux seroit difficile à sécher. D'autres au contraire prétendent qu'elle contribue à faire de bonne chaux, pourvû que cette derniere soit forte & grasse, parce que les sels dont elle est composée, quoique de différente nature, concourent à la coagulation du mortier ; au lieu qu'étant foible, ses sels détruisent ceux de la chaux comme leur étant inférieurs.
De la chaux selon ses façons. On appelle chaux vive celle qui bout dans le bassin lorsqu'on la détrempe.
Chaux éteinte ou fusée, celle qui est détrempée, & que l'on conserve dans le bassin. On appelle encore chaux fusée, celle qui n'ayant point été éteinte, est restée trop long-tems exposée à l'air, & dont les sels & les esprits se sont évaporés, & qui par conséquent n'est plus d'aucun usage.
Lait de chaux, ou laitance, celle qui a été détrempée claire, qui ressemble à du lait, & qui sert à blanchir les murs & plafonds.
La chaux se vend à Paris, au muid contenant douze septiers, le septier deux mines, & la mine deux minots, dont chacun contient un pié cube. On la mesure encore par futailles, dont chacune contient quatre piés cubes : il en faut douze pour un muid dont six sont mesurés combles, & les autres rases.
Du sable. Le sable, du latin sabulum, est une matiere qui differe des pierres & des cailloux ; c'est une espece de gravier de différente grosseur, âpre, raboteux & sonore. Il est encore diaphane ou opaque, selon ses différentes qualités, les sels dont il est formé, & les différens terreins où il se trouve : il y en a de quatre especes ; celui de terrein ou de cave, celui de riviere, celui de ravin, & celui de mer. Le sable de cave est ainsi appellé, parce qu'il se tire de la fouille des terres, lorsque l'on construit des fondations de bâtiment. Sa couleur est d'un brun noir. Jean Martin, dans sa traduction de Vitruve, l'appelle sable de fossé. Philibert de Lorme l'appelle sable de terrein. Perrault n'a point voulu lui donner ce nom, de peur qu'on ne l'eût confondu avec terreux, qui est le plus mauvais dont on puisse jamais se servir. Les ouvriers l'appellent sable de cave, qui est l'arena di cava des Italiens. Ce sable est très-bon lorsqu'il a été séché quelque tems à l'air. Vitruve prétend qu'il est meilleur pour les enduits & crépis des murailles & des plafonds, lorsqu'on l'emploie nouvellement tiré de la terre ; car si on le garde, le soleil & la lune l'alterent, la pluie le dissout, & le convertit en terre. Il ajoute encore qu'il vaut beaucoup mieux pour la maçonnerie que pour les enduits, parce qu'il est si gras & se seche si promtement, que le mortier se gerse ; c'est pourquoi, dit Palladio, on l'emploie préférablement dans les murs & les voutes continues.
Ce sable se divise en deux especes ; l'une que l'on nomme sable mâle, & l'autre sable femelle. Le premier est d'une couleur foncée & égale dans son même lit ; l'autre est plus pâle & inégale.
Le sable de riviere est jaune, rouge, ou blanc, & se tire du fond des rivieres ou des fleuves, avec des dragues, fig. 119. faites pour cet usage ; ce qu'on appelle draguer. Celui qui est près du rivage est plus aisé à tirer ; mais n'est pas le meilleur, étant sujet à être mêlé & couvert de vase ; espece de limon qui s'attache dessus dans le tems des grandes eaux & des débordemens. Alberti & Scamozzi prétendent qu'il est très-bon lorsqu'on a ôté cette superficie qui n'est qu'une croute de mauvaise terre. Ce sable est le plus estimé pour faire de bon mortier, ayant été battu par l'eau, & se trouvant par-là dégorgé de toutes les parties terrestres dont il tire son origine : il est facile de comprendre que plus il est graveleux, pourvû qu'il ne le soit pas trop, plus il est propre par ses cavités & la vertu de la chaux à s'agraffer dans la pierre, ou au moilon à qui le mortier sert de liaison. Mais si au contraire, on ne choisit pas un sable dépouillé de toutes ses parties terreuses, qu'il soit plus doux & plus humide, il est capable par-là de diminuer & d'émousser les esprits de la chaux, & empêcher le mortier fait de ce sable de s'incorporer aux pierres qu'il doit unir ensemble, & rendre indissolubles.
Le sable de riviere est un gravier, qui selon Scamozzi & Alberti, n'a que le dessus de bon, le dessous étant des petits cailloux trop gros pour pouvoir s'incorporer avec la chaux & faire une bonne liaison. Cependant on ne laisse pas que de s'en servir dans la construction des fondemens, gros murs, &c. après avoir été passé à la claye. (m)
Le sable de mer est une espece de sablon fin, que l'on prend sur les bords de la mer & aux environs,
(m) Une claie est une espece de grille d'osier qui sert à tamiser le sable.
qui n'est pas si bon que les autres. Ce sable joint à la chaux, dit Vitruve, est très-long à sécher. Les murs qui en sont faits ne peuvent pas soutenir un grand poids, à moins qu'on ne les bâtisse à différente reprise. Il ne peut encore servir pour les enduits & crépis, parce qu'il suinte toujours par le sel qui se dissout, & qui fait tout fondre. Alberti prétend qu'au pays de Salerne, le sable du rivage de la mer est aussi bon que celui de cave, pourvû qu'il ne soit point pris du côté du midi. On trouve encore, dit M. Bélidor, une espece de sablon excellent dans les marais, qui se connoît lorsqu'en marchant dessus, on s'apperçoit qu'il en sort de l'eau ; ce qui lui a fait donner le nom de sable bouillant.
En général, le meilleur sable est celui qui est net, & point terreux ; ce qui se connoît de plusieurs manieres. La premiere, lorsqu'en le frottant dans les mains, on sent une rudesse qui fait du bruit, & qu'il n'en reste aucune partie terreuse dans les doigts. La seconde lorsqu'après en avoir jetté un peu dans un vase plein d'eau claire & l'avoir brouillé ; si l'eau en est peu troublée, c'est une marque de sa bonté. On le connoît encore, lorsqu'après en avoir étendu sur de l'étoffe blanche, ou sur du linge, on s'apperçoit qu'après l'avoir secoué, il ne reste aucune partie terreuse attachée dessus.
Du ciment. Le ciment n'est autre chose, dit Vitruve, que de la brique ou de la tuile concassée ; mais cette derniere est plus dure & préférable. A son défaut, on se sert de la premiere, qui étant moins cuite, plus tendre & plus terreuse, est beaucoup moins capable de résister au fardeau.
Le ciment ayant retenu après sa cuisson la causticité des sels de la glaise, dont il tire son origine, est bien plus propre à faire de bon mortier, que le sable. Sa dureté le rend aussi capable de résister aux plus grands fardeaux, ayant reçu différentes formes par sa pulvérisation. La multiplicité de ses angles fait qu'il peut mieux s'encastrer dans les inégalités des pierres qu'il doit lier, étant joint avec la chaux dont il soutient l'action par ses sels ; & qui l'ayant environné, lui communique les siens ; de façon que les uns & les autres s'animant par leur onctuosité mutuelle, s'insinuent dans les pores de la pierre, & s'y incorporent si intimement qu'ils cooperent de concert à recueillir, & à exciter les sels des différens minéraux auxquels ils sont joints : de maniere qu'un mortier fait de l'un & de l'autre est capable, même dans l'eau, de rendre la construction immuable.
De la pozzolane, & des différentes poudres qui servent aux mêmes usages. La pozzolane, qui tire son nom de la ville de Pouzzoles, en Italie, si fameuse par ses grottes & ses eaux minérales, se trouve dans le territoire de cette ville, au pays de Bayes, & aux environs du Mont-Vésuve ; c'est une espece de poudre rougeâtre, admirable par sa vertu. Lorsqu'on la mêle avec la chaux, elle joint si fortement les pierres ensemble, fait corps, & s'endurcit tellement au fond même de la mer, qu'il est impossible de les désunir. Ceux qui en ont cherché la raison, dit Vitruve, ont remarqué que dans ces montagnes & dans tous ces environs, il s'y trouve une quantité de fontaines bouillantes, qu'on a cru ne pouvoir venir que d'un feu souterrain, de soufre, de bitume & d'alun, & que la vapeur de ce feu traversant les veines de la terre, la rend non-seulement plus légere, mais encore lui donne une aridité capable d'attirer l'humidité. C'est pourquoi lorsque l'on joint par le moyen de l'eau ces trois choses qui sont engendrées par le feu, elles s'endurcissent si promtement & font un corps si ferme, que rien ne peut le rompre ni dissoudre.
La comparaison qu'en donne M. Bélidor, est que la tuile étant une composition de terre, qui n'a de vertu pour agir avec la chaux, qu'après sa cuisson & après avoir été concassée & réduite en poudre : de même aussi la terre bitumineuse qui se trouve aux environs de Naples, étant brûlée par les feux souterrains, les petites parties qui en résultent & que l'on peut considérer comme une cendre, composent la poudre de pozzolane, qui doit par conséquent participer des propriétés du ciment. D'ailleurs la nature du terrein & les effets du feu peuvent y avoir aussi beaucoup de part.
Vitruve remarque que dans la Toscane & sur le territoire du Mont-Appenin, il n'y a presque point de sable de cave ; qu'en Achaïe vers la mer Adriatique, il ne s'en trouve point du tout ; & qu'en Asie au-delà de la mer, on n'en a jamais entendu parler. Desorte que dans les lieux où il y a de ces fontaines bouillantes, il est très-rare qu'il ne s'y fasse de cette poudre, d'une maniere ou d'une autre ; car dans les endroits où il n'y a que des montagnes & des rochers, le feu ne laisse pas que de les pénétrer, d'en consumer le plus tendre, & de n'y laisser que l'âpreté. C'est pour cette raison, que la terre brûlée aux environs de Naples, se change en cette poudre. Celle de Toscane se change en une autre à-peu-près semblable, que Vitruve appelle carbunculus, & l'une & l'autre sont excellentes pour la maçonnerie ; mais la premiere est préférée pour les ouvrages qui se font dans l'eau, & l'autre plus tendre que le tuf, & plus dure que le sable ordinaire, est reservée pour les édifices hors de l'eau.
On voit aux environs de Cologne, & près du bas-Rhin, en Allemagne, une espece de poudre grise, que l'on nomme terrasse de Hollande, faite d'une terre qui se cuit comme le plâtre, que l'on écrase & que l'on réduit en poudre avec des meules de moulin. Il est assez rare qu'elle soit pure & point falsifiée ; mais quand on en peut avoir, elle est excellente pour les ouvrages qui sont dans l'eau ; résiste également à l'humidité, à la sécheresse, & à toutes les rigueurs des différentes saisons : elle unit si fortement les pierres ensemble, qu'on l'emploie en France & aux Pays-Bas, pour la construction des édifices aquatiques, au défaut de pozzolane, par la difficulté que l'on a d'en avoir à juste prix.
On se sert encore dans le même pays au lieu de terrasse de Hollande, d'une poudre nommée cendrée de Tournay, que l'on trouve aux environs de cette ville. Cette poudre n'est autre chose qu'un composé de petites parcelles d'une pierre bleue, & très-dure, qui tombe lorsqu'on la fait cuire, & qui fait d'excellente chaux. Ces petites parcelles en tombant sous la grille du fourneau, se mélent avec la cendre du charbon de terre, & ce mélange compose la cendrée de Tournay, que les marchands débitent telle qu'elle sort du fourneau.
On fait assez souvent usage d'une poudre artificielle, que l'on nomme ciment de fontainier ou ciment perpétuel, composé de pots & de vases de grais cassés & pilés, de morceaux de machefer, provenant du charbon de terre brûlé dans les forges, aussi réduit en poudre, mêlé d'une pareille quantité de ciment, de pierre de meule de moulin & de chaux, dont on compose un mortier excellent, qui résiste parfaitement dans l'eau.
On amasse encore quelquefois des cailloux ou galets, que l'on trouve dans les campagnes ou sur le bord des rivieres, que l'on fait rougir, & que l'on réduit ensuite en poudre ; ce qui fait une espece de terrasse de Hollande, très-bonne pour la construction.
Du mortier. Le mortier, du latin mortarium, qui, selon Vitruve, signifie plutôt le bassin où on le fait, que le mortier même, est l'union de la chaux avec le sable, le ciment ou autres poudres ; c'est de cet alliage que dépend toute la bonté de la construction. Il ne suffit pas de faire de bonne chaux, de la bien éteindre, & de la mêler avec de bon sable, il faut encore proportionner la quantité de l'un & de l'autre à leurs qualités, les bien broyer ensemble, lorsqu'on est sur le point de les employer ; & s'il se peut n'y point mettre de nouvelle eau, parce qu'elle surcharge & amortit les esprits de la chaux. Perrault, dans ses commentaires sur Vitruve, croit que plus la chaux a été corroyée avec le rabot, plus elle devient dure.
La principale qualité du mortier étant de lier les pierres les unes avec les autres, & de se durcir quelque tems après pour ne plus faire qu'un corps solide ; cette propriété venant plutôt de la chaux que des autres matériaux, il sera bon de savoir pourquoi la pierre, qui dans le four a perdu sa dureté, la reprend étant mêlée avec l'eau & le sable.
Le sentiment des Chimistes étant que la dureté des corps vient des sels qui y sont répandus, & qui servent à lier leurs parties ; desorte que selon eux, la destruction des corps les plus durs qui se fait à la longueur des tems, vient de la perte continuelle de leurs sels qui s'évaporent par la transpiration ; & que s'il arrive que l'on rende à un corps les sels qu'il a perdus, il reprend son ancienne dureté par la jonction de ses parties.
Lorsque le feu échauffe & brûle la pierre, il emporte avec lui la plus grande partie de ses sels volatils & sulfurés qui lioient toutes ses parties ; ce qui la rend plus poreuse & plus légere. Cette chaux cuite & bien éteinte, étant mêlée avec le sable, il se fait dans ce mêlange une fermentation causée par les parties salines & sulfurées qui restent encore dans la chaux, & qui faisant sortir du sable une grande quantité des sels volatils, se mêlent avec la chaux, & en remplissent les pores ; & c'est la plus ou moins grande quantité de sels qui se rencontrent dans de certains sables, qui fait la différence de leurs qualités. De-là vient que plus la chaux & le sable sont broyés ensemble, plus le mortier s'endurcit quand il est employé, parce que les frottemens réitérés font sortir du sable une plus grande quantité de sels. C'est pour cela que le mortier employé aussitôt, n'est pas si bon qu'au bout de quelques jours, parce qu'il faut donner le tems aux sels volatils du sable de passer dans la chaux, afin de faire une union indissoluble ; l'expérience fait encore voir que le mortier qui a demeuré long-tems sans être employé, & par conséquent dont les sels se sont évaporés, se desseche, ne fait plus bonne liaison, & n'est plus qu'une matiere seche & sans onctuosité ; ce qui n'arrive pas étant employé à propos, faisant sortir de la pierre d'autres sels, qui passent dans les pores de la chaux, lorsqu'elle-même s'insinue dans ceux de la pierre ; car quoiqu'il semble qu'il n'y ait plus de fermentation dans le mortier lorsqu'on l'emploie, elle ne laisse pas cependant que de subsister encore fort long-tems après son emploi, par l'expérience que l'on a d'en voir qui acquierent de plus en plus la dureté par les sels volatils qui passent de la pierre dans le mortier, & par la transpiration que sa chaleur y entretient ; ce que l'on remarque tous les jours dans la démolition des anciens édifices, où l'on a quelquefois moins de peine à rompre les pierres qu'à les désunir, sur-tout lorsque ce sont des pierres spongieuses, dans lesquelles le mortier s'est mieux insinué.
Plusieurs pensent que la chaux a la vertu de brûler certains corps, puisqu'elle les détruit. Il faut se garder de croire que ce soit par sa chaleur : cela vient plutôt de l'évaporation des sels qui lioient leurs parties ensemble, occasionnée par la chaux, & qui sont passés en elle, & qui n'étant plus entretenus se détruisent, & causent aussi une destruction dans ces corps.
La dose du sable avec la chaux est ordinairement de moitié ; mais lorsque le mortier est bon, on y peut mettre trois cinquiemes de sable sur deux de chaux, & quelquefois deux tiers de sable sur un de chaux, selon qu'elle foisonne plus ou moins ; car lorsqu'elle est bien grasse & faite de bons cailloux, on y peut mettre jusqu'à trois quarts de sable sur un de chaux ; mais cela est extraordinaire, car il est fort rare de trouver de la chaux qui puisse porter tant de sable. Vitruve prétend que le meilleur mortier est celui où il y a trois parties de sable de cave, ou deux de sable de riviere ou de mer, contre une de chaux, qui, ajoute-t-il, sera encore meilleur, si à ce dernier on ajoute une partie de tuileau pilé, qui n'est autre chose que du ciment.
Le mortier fait de chaux & de ciment se fait de la même maniere que le dernier ; les doses sont les mêmes plus ou moins, selon que la chaux foisonne. On fait quelquefois aussi un mortier composé de ciment & de sable, à l'usage des bâtimens de quelque importance.
Le mortier fait avec de la pozzolane se fait aussi à-peu-près comme celui de sable. Il est, comme nous l'avons dit ci-devant, excellent pour les édifices aquatiques.
Le mortier fait de chaux & de terrasse de Hollande se fait en choisissant d'abord de la meilleure chaux non éteinte, & autant que l'on peut en employer pendant une semaine ; on en étend un pié d'épaisseur dans une espece de bassin, que l'on arrose pour l'éteindre ; ensuite on le couvre d'un autre lit de terrasse de Hollande, aussi d'environ un pié d'épaisseur ; cette préparation faite, on la laisse reposer pendant deux ou trois jours, afin de donner à la chaux le tems de s'éteindre, après quoi on la brouille & on la mêle bien ensemble avec des houes (fig. 118.), & des rabots (fig. 117.), & on en fait un tas qu'on laisse reposer pendant deux jours, après quoi on en remue de nouveau ce que l'on veut en employer dans l'espace d'un jour ou deux, la mouillant de tems en tems jusqu'à ce qu'on s'apperçoive que le mortier ne perd point de sa qualité.
En plusieurs provinces le mortier ordinaire se prépare ainsi, cette maniere ne pouvant que contribuer beaucoup à sa bonté.
Comme l'expérience fait voir que la pierre dure fait toujours de bonne chaux, & qu'un mortier de cette chaux mêlé avec de la poudre provenant du charbon ou mâche-fer que l'on tire des forges, est une excellente liaison pour les ouvrages qui sont dans l'eau ; il n'est pas étonnant que la cendrée de Tournay soit aussi excellente pour cet usage ; participant en même tems de la qualité de ces deux matieres ; car il n'est pas douteux que les parties de charbon qui se trouvent mêlées avec la cendrée, ne contribuent beaucoup à l'endurcir dans l'eau.
Pour faire de bon mortier avec la cendrée de Tournay, il faut d'abord bien nettoyer le fond d'un bassin B fig. 31, qu'on appelle batterie, qui doit être pavé de pierres plates & unies, & construit de la même maniere dans sa circonférence, dans lequel on jettera cette cendrée. On éteindra ensuite dans un autre bassin A, à côté de la chaux, avec une quantité d'eau suffisante pour la dissoudre, après quoi on la laissera couler dans le bassin B, où est la cendrée, à travers une claie C, faite de fil d'archal ; tout ce qui ne pourra passer au travers de cette claie sera rebuté. Enfin on battra le tout ensemble dans cette batterie pendant dix à douze jours consécutifs, & à différente reprise, avec une damoiselle, fig. 147, espece de cylindre de bois ferré par-dessous, du poids d'environ trente livres, jusqu'à ce qu'elle fasse une pâte bien grasse & bien fine. Ainsi faite, on peut l'employer sur le champ, ou la conserver pendant plusieurs mois de suite sans qu'elle perde de sa qualité, pourvû que l'on ait soin de la couvrir & de la mettre à l'abri de la poussiere, du soleil & de la pluie.
Il faut encore prendre garde quand on la rebat pour s'en servir de ne mettre que très-peu d'eau, & même point du tout s'il se peut, car à force de bras, elle devient assez grasse & assez liquide ; c'est pourquoi ce sera plutôt la paresse des ouvriers, & non la nécessité, qui les obligera d'en remettre pour la rebattre ; ce qui pourroit très-bien, si l'on n'y prenoit garde, la dégraisser, & diminuer beaucoup de sa bonté.
Ce mortier doit être employé depuis le mois d'Avril jusqu'au mois de Juillet, parce qu'alors il n'éclate jamais, ce qui est une de ses propriétés remarquables, la plûpart des cimens étant sujets à se gerser.
Il arrive quelquefois qu'on la mêle avec un sixieme de tuileau pilé ; M. Belidor souhaiteroit qu'on la mêlât plutôt avec de la terrasse de Hollande ; ce qui seroit, dit-il, un ciment le plus excellent qu'il fût possible d'imaginer, pour la construction des ouvrages aquatiques.
Dans les provinces où la bonne chaux est rare, on en emploie quelquefois de deux especes en même tems ; l'une faite de bonne pierre dure, qui est sans contredit la meilleure, & qu'on appelle bon mortier, sert aux ouvrages de conséquence ; & l'autre faite de pierre commune, qui n'a pas une bonne qualité, & qu'on appelle pour cela mortier blanc, s'emploie dans les fondations & dans les gros ouvrages. On se sert encore d'un mortier qu'on appelle bâtard, & qui est fait de bonne & mauvaise chaux, qu'on emploie aussi dans les gros murs, & qu'on se garde bien d'employer dans les édifices aquatiques.
Quelques-uns prétendent que l'urine dans laquelle on a détrempé de la suie de cheminée, mêlée avec l'eau dont on se sert pour corroyer le mortier, le fait prendre promtement ; mais ce qu'il y a de vrai, c'est que le sel armoniac dissout dans l'eau de riviere, qui sert à corroyer le mortier, le fait prendre aussi promtement que le plâtre ; ce qui peut être d'un bon usage dans les pays où il est très-rare ; mais si au lieu de sable on pulvérisoit de la même pierre avec laquelle on a fait la chaux, & qu'on s'en servît au lieu de plâtre, ce mortier seroit sans-doute beaucoup meilleur.
Le mortier, dit Vitruve, ne sauroit se lier avec lui-même, ni faire une bonne liaison avec les pierres, s'il ne reste longtems humide ; car lorsqu'il est trop tôt sec, l'air qui s'y introduit dissipe les esprits volatils du sable & de la pierre à mesure que la chaux les attire à elle, & les empêche d'y pénétrer pour lui donner la dureté nécessaire ; ce qui n'arrive point lorsque le mortier est longtems humide ; ces sels ayant alors le tems de pénétrer dans la chaux. C'est pourquoi dans les ouvrages qui sont dans la terre, on met moins de chaux dans le mortier, parce que la terre étant naturellement humide, il n'a pas tant besoin de chaux pour conserver son humidité ; ainsi une plus grande quantité de chaux ne fait pas plus d'effet pendant peu de tems, qu'une moindre pendant un long tems. C'est par cette raison-là que les anciens faisoient leurs murs d'une très-grande épaisseur, persuadés qu'ils étoient qu'il leur falloit à la vérité beaucoup de tems pour sécher, mais aussi qu'ils en devenoient beaucoup plus solides.
Des excavations des terres, & de leurs transports. On entend par excavation, non-seulement la fouille des terres pour la construction des murs de fondation, mais encore celles qu'il est nécessaire de faire pour dresser & applanir des terreins de cours, avant-cours, basse-cours, terrasses, &c. ainsi que les jardins de ville ou de campagne ; car il n'est guere possible qu'un terrein que l'on choisit pour bâtir, n'ait des inégalités qu'il ne faille redresser pour en rendre l'usage plus agréable & plus commode.
Il y a deux manieres de dresser le terrein, l'une qu'on appelle de niveau, & l'autre selon sa pente naturelle ; dans la premiere on fait usage d'un instrument appellé niveau d'eau, qui facilite le moyen de dresser sa surface dans toute son étendue avec beaucoup de précision ; dans la seconde on n'a besoin que de raser les butes, & remplir les cavités avec les terres qui en proviennent. Il se trouve une infinité d'auteurs qui ont traité de cette partie de la Géométrie pratique assez amplement, pour qu'il ne soit pas besoin d'entrer dans un trop long détail.
L'excavation des terres, & leur transport, étant des objets très-considérables dans la construction, on peut dire avec vérité que rien ne demande plus d'attention ; si on n'a pas une grande expérience à ce sujet, bien loin de veiller à l'économie, on multiplie la dépense sans s'en appercevoir ; ici parce qu'on est obligé de rapporter des terres par de longs circuits, pour n'en avoir pas assez amassé avant que d'élever des murs de maçonnerie ou de terrasse ; là, parce qu'il s'en trouve une trop grande quantité, qu'on est obligé de transporter ailleurs, quelquefois même auprès de l'endroit d'où on les avoit tirés : de maniere que ces terres au-lieu de n'avoir été remuées qu'une fois, le sont deux, trois, & quelquefois plus, ce qui augmente beaucoup la dépense ; & il arrive souvent que si on n'a pas bien pris ses précautions, lorsque les fouilles & les fondations sont faites, on a dépensé la somme que l'on s'étoit proposée pour l'ouvrage entier.
La qualité du terrein que l'on fouille, l'éloignement du transport des terres, la vigilance des inspecteurs & des ouvriers qui y sont employés, la connoissance du prix de leurs journées, la provision suffisante d'outils qu'ils ont besoin, leur entretien, les relais, le soin d'appliquer la force, ou la diligence des hommes aux ouvrages plus ou moins pénibles, & la saison où l'on fait ces sortes d'ouvrages, sont autant de considérations qui exigent une intelligence consommée, pour remédier à toutes les difficultés qui peuvent se rencontrer dans l'exécution. C'est-là ordinairement ce qui fait la science & le bon ordre de cette partie, ce qui détermine la dépense d'un bâtiment, & le tems qu'il faut pour l'élever. Par la négligence de ces différentes observations & le desir d'aller plus vîte, il résulte souvent plusieurs inconvéniens. On commence d'abord par fouiller une partie du terrein, sur laquelle on construit ; alors l'attelier se trouve surchargé d'équipages, & d'ouvriers de différente espece, qui exigent chacun un ordre particulier. D'ailleurs ces ouvriers, quelquefois en grand nombre, appartenant à plusieurs entrepreneurs, dont les intérêts sont différens, se nuisent les uns aux autres, & par conséquent aussi à l'accélération des ouvrages. Un autre inconvénient est, que les fouilles & les fondations étant faites en des tems & des saisons différentes, il arrive que toutes les parties d'un bâtiment où l'on a préféré la diligence à la solidité ayant été bâtis à diverses reprises, s'affaissent inégalement, & engendrent des surplombs, lézardes (n), &c.
Le moyen d'user d'économie à l'égard du transport des terres, est non-seulement de les transporter le moins loin qu'il est possible, mais encore d'user des charrois les plus convenables ; ce qui doit en décider, est la rareté des hommes, des bêtes de somme ou de voitures, le prix des fourrages, la situation des lieux, & d'autres circonstances encore
(n) Especes de crevasses.
que l'on ne sauroit prévoir ; car lorsqu'il y a trop loin, les hottes, fig. 134. brouettes, fig. 135. bauveaux, fig. 136. ne peuvent servir. Lorsque l'on bâtit sur une demi-côte, les tombereaux ne peuvent être mis en usage, à moins que, lorsqu'il s'agit d'un bâtiment de quelque importance, on ne pratique des chemins en zigzague pour adoucir les pentes.
Cependant la meilleure maniere, lorsqu'il y a loin, est de se servir de tombereaux qui contiennent environ dix à douze piés cubes de terre chacun, ce qui coûte beaucoup moins, & est beaucoup plus promt que si l'on employoit dix ou douze hommes avec des hottes ou brouettes, qui ne contiennent guère chacune qu'un pié cube.
Il faut observer de payer les ouvriers préférablement à la toise, tant pour éviter les détails embarrassans que parce qu'ils vont beaucoup plus vîte, les ouvrages traînent moins en longueur, & les fouilles peuvent se trouver faites de maniere à pouvoir élever des fondemens hors de terre avant l'hiver.
Lorsque l'on aura beaucoup de terre à remuer, il faudra obliger les entrepreneurs à laisser des témoins (o) sur le tas jusqu'à la fin des travaux, afin qu'ils puissent servir à toiser les surcharges & vuidanges des terres que l'on aura été obligé d'apporter ou d'enlever, selon les circonstances.
Les fouilles pour les fondations des bâtimens se font de deux manieres : l'une dans toute leur étendue, c'est-à-dire dans l'intérieur de leurs murs de face : lorsqu'on a dessein de faire des caves souterraines, acqueducs, &c. on fait enlever généralement toutes les terres jusqu'au bon terrein : l'autre seulement par partie, lorsque n'ayant besoin ni de l'un ni de l'autre, on fait seulement des tranchées, de l'épaisseur des murs qu'il s'agit de fonder, que l'on trace au cordeau sur le terrein, & que l'on marque avec des repaires.
Des différentes especes de terreins. Quoique la diversité des terreins soit très-grande, on peut néanmoins la réduire à trois especes principales ; la premiere est celle de tuf ou de roc, que l'on connoît facilement par la dureté, & pour lesquels on est obligé d'employer le pic, fig. 128. l'aiguille, fig. 116. le coin, fig. 78. la masse, fig. 79. & quelquefois la mine : c'est une pierre dont il faut prendre garde à la qualité. Lorsqu'on emploie la mine pour la tirer, on se sert d'abord d'une aiguille, fig. 116. qu'on appelle ordinairement trépan, bien acéré par un bout, & de six à sept piés de longueur, manoeuvré par deux hommes, avec lequel on fait un trou de quatre ou cinq piés de profondeur, capable de contenir une certaine quantité de poudre. Cette mine chargée on bouche le trou d'un tampon chassé à force, pour faire faire plus d'effet à la poudre ; on y met ensuite le feu par le moyen d'un morceau d'amadou, afin de donner le tems aux ouvriers de s'éloigner ; la mine ayant ébranlé & écarté les pierres, on en fait le déblai, & on recommence l'opération toutes les fois qu'il est nécessaire.
La seconde est celle de rocaille, ou de sable, pour lesquels on n'a besoin que du pic, fig. 128. & de la pioche, fig. 130. l'une, dit M. Bélidor, n'est autre chose qu'une pierre morte mêlée de terre, qu'il est beaucoup plus difficile de fouiller que les autres ; aussi le prix en est-il à peu près du double. L'autre se divise en deux especes ; l'une qu'on appelle sable ferme, sur lequel on peut fonder solidement ; l'autre sable mouvant, sur lequel on ne peut fonder qu'en prenant des précautions contre les accidens qui pourroient arriver. On les distingue ordinairement par la terre que l'on retire d'une sonde de fer, fig. 155. dont le bout est fait en tariere, & avec laquelle on a percé le terrein. Si la sonde resiste & a de la peine à entrer, c'est une marque que le sable est dur ; si au contraire elle entre facilement, c'est une marque que le sable est mouvant. Il ne faut pas confondre ce dernier avec le sable bouillant, appellé ainsi parce qu'il en sort de l'eau lorsque l'on marche dessus, puisqu'il arrive souvent que l'on peut fonder dessus très-solidement, comme on le verra dans la suite.
La troisieme est de terres franches, qui se divise en deux especes ; les unes que l'on appelle terres hors d'eau, se tirent & se transportent sans difficultés ; les autres qu'on appelle terres dans l'eau, coûtent souvent beaucoup, par les peines que l'on a de détourner les sources, ou par les épuisemens que l'on est obligé de faire. Il y en a de quatre sortes, la terre ordinaire, la terre grasse, la terre glaise, & la terre de tourbe. La premiere se trouve dans tous les lieux secs & élevés ; la seconde que l'on tire des lieux bas & profonds, est le plus souvent composée de vase & de limon, qui n'ont aucune solidité ; la troisieme qui se tire indifféremment des lieux bas & élevés, peut recevoir des fondemens solides, surtout lorsqu'elle est ferme, que son banc a beaucoup d'épaisseur, & qu'elle est par-tout d'une égale consistance ; la quatrieme est une terre grasse, noire, & bitumineuse, qui se tire des lieux aquatiques & marécageux, & qui étant séche se consume au feu. On ne peut fonder solidement sur un pareil terrein, sans le secours de l'art & sans des précautions que l'on connoîtra par la suite. Une chose très-essentielle, lorsque l'on voudra connoître parfaitement un terrein, est de consulter les gens du pays : l'usage & le travail continuel qu'ils ont fait depuis long-tems dans les mêmes endroits, leur ont fait faire des remarques & des observations dont il est bon de prendre connoissance.
La solidité d'un terrein, dit Vitruve, se connoît par les environs, soit par les herbes qui en naissent, soit par des puits, citernes, ou par des trous de sonde.
Une autre preuve encore de sa solidité, est lorsque laissant tomber de fort haut un corps très-pesant, on s'apperçoit qu'il ne raisonne ni ne tremble, ce que l'on peut juger par un tambour placé près de l'endroit où doit tomber ce corps, ou un vase plein d'eau dont le calme n'en est pas troublé.
Mais avant que d'entrer dans des détails circonstanciés sur la maniere de fonder dans les différens terreins, nous dirons quelque chose de la maniere de planter les bâtimens.
De la maniere de planter les bâtimens. L'expérience & la connoissance de la géométrie sont des choses également nécessaires pour cet objet, c'est par le moyen de cette derniere que l'on peut tracer sur le terrein les tranchées des fondations d'un bâtiment, qu'on aura soin de placer d'alignement aux principaux points de vûe qui en embellissent l'aspect : cette observation est si essentielle, qu'il y a des occasions où il seroit mieux de préférer les alignemens directs des principales issues, à l'obliquité de la situation du bâtiment.
Il faut observer de donner des desseins aux traits, les coter bien exactement, marquer l'ouverture des angles, supprimer les saillies au-dessus des fondations, exprimer les empatemens nécessaires pour le retour des corps saillans ou rentrans, intérieurs ou extérieurs, & prendre garde que les mesures particulieres s'accordent avec les mesures générales.
Alors pour faciliter les opérations sur le terrein, on place à quelque distance des murs de face, des
(o) Des Témoins sont des mottes de terre de la hauteur du terrein, qu'on laisse de distance à autre, pour pouvoir le toiser après le déblais ou remblais.
pieces de bois bien équarries, que l'on enfonce assez avant dans la terre, & qui servent à recevoir des cordeaux bien tendus, pour marquer l'épaisseur des murs, & la hauteur des assises. On aura soin de les entretenir par des especes d'entretoises, non-seulement pour les rendre plus fermes, mais afin qu'ils puissent aussi entretenir les cordeaux à demeure tels qu'on les a placés, selon les cotes du plan.
Il ne sera pas inutile encore, lorsque les fondations seront hors de terre, de recommencer les opérations d'alignement, afin que les dernieres puissent servir de preuves aux premieres, & par-là s'assurer de ne s'être pas trompé.
Des fondemens en général. Les fondemens exigent beaucoup d'attention pour parvenir à leur donner une solidité convenable. C'est ordinairement de-là que dépend tout le succès de la construction : car, dit Palladio, les fondemens étant la base & le pié du bâtiment, ils sont difficiles à réparer ; & lorsqu'ils se détruisent, le reste du mur ne peut plus subsister. Avant que de sonder, il faut considérer si le terrein est solide : s'il ne l'est pas, il faudra peut-être fouiller un peu dans le sable ou dans la glaise, & suppléer ensuite au défaut de la nature par le secours de l'art. Mais, dit Vitruve, il faut fouiller autant qu'il est nécessaire jusqu'au bon terrein, afin de soutenir la pesanteur des murs, bâtir ensuite le plus solidement qu'il sera possible, & avec la pierre la plus dure ; mais avec plus de largeur qu'au rez-de-chaussée. Si ces murs ont des voutes sous terre, il leur faudra donner encore plus d'épaisseur.
Il faut avoir soin, dit encore Palladio, que le plan de la tranchée soit de niveau, que le milieu du mur soit au milieu de la fondation, & bien perpendiculaire ; & observer cette méthode jusqu'au faîte du bâtiment ; lorsqu'il y a des caves ou souterrains, qu'il n'y ait aucune partie du mur ou colonne qui porte à faux ; que le plein porte toûjours sur le plein, & jamais sur le vuide ; & cela afin que le bâtiment puisse tasser bien également. Cependant, dit-il, si on vouloit les faire à plomb, ce ne pourroit être que d'un côté, & dans l'intérieur du bâtiment, étant entretenues par les murs de refend & par les planchers.
L'empatement d'un mur que Vitruve appelle stéréobatte, doit, selon lui, avoir la moitié de son épaisseur. Palladio donne aux murs de fondation le double de leur épaisseur supérieure ; & lorsqu'il n'y a point de cave, la sixieme partie de leur hauteur : Scamozzi leur donne le quart au plus, & le sixieme au moins ; quoiqu'aux fondations des tours, il leur ait donné trois fois l'épaisseur des murs supérieurs. Philibert de Lorme, qui semble être fondé sur le sentiment de Vitruve, leur donne aussi la moitié ; les Mansards aux Invalides & à Maisons, leur ont donné la moitié ; Bruaut à l'hôtel de Belle-Isle, leur a donné les deux tiers. En général, l'épaisseur des fondemens doit se regler, comme dit Palladio, sur leur profondeur, la hauteur des murs, la qualité du terrein, & celle des matériaux que l'on y employe ; c'est pourquoi n'étant pas possible d'en regler au juste l'épaisseur, c'est, ajoute cet auteur, à un habile architecte qu'il convient d'en juger.
Lorsque l'on veut, dit-il ailleurs, ménager la dépense des excavations & des fondemens, on pratique des piles A, fig. 32. & 33. que l'on pose sur le bon fond B, & sur lesquelles on bande des arcs C ; il faut faire attention alors de faire celle des extrêmités plus fortes que celles du milieu, parce que tous ces arcs C, appuyés les uns contre les autres, tendent à pousser les plus éloignés ; & c'est ce que Philibert de Lorme a pratiqué au château de Saint-Maur, lorsqu'en fouillant pour poser les fondations de ce château, il trouva des terres rapportées de plus de quarante piés de profondeur. Il se contenta alors de faire des fouilles d'un diametre convenable à l'épaisseur des murs, & fit élever sur le bon terrein des piles éloignées les unes des autres d'environ douze piés, sur lesquelles il fit bander des arcs en plein ceintre, & ensuite bâtir dessus comme à l'ordinaire.
Léon Baptiste Alberti, Scamozzi, & plusieurs autres, proposent de fonder de cette maniere dans les édifices où il y a beaucoup de colonnes, afin d'éviter la dépense des fondemens & des fouilles audessous des entrecolonnemens ; mais ils conseillent en même tems de renverser les arcs C, fig. 33. de maniere que leurs extrados soient posés sur le terrein, ou sur d'autres arcs bandés en sens contraire, parce que, disent-ils, le terrein où l'on fonde pouvant se trouver d'inégale consistance, il est à craindre que dans la suite quelque pile venant à s'affaisser, ne causât une rupture considérable aux arcades, & par conséquent aux murs élevés dessus. Ainsi par ce moyen, si une des piles devient moins assurée que les autres, elle se trouve alors arcboutée par des arcades voisines, qui ne peuvent céder étant appuyées sur les terres qui sont dessous.
Il faut encore observer, dit Palladio, de donner de l'air aux fondations des bâtimens par des ouvertures qui se communiquent ; d'en fortifier tous les angles, d'éviter de placer trop près d'eux des portes & des croisées, étant autant de vuides qui en diminuent la solidité.
Il arrive souvent, dit M. Belidor, que lorsque l'on vient à fonder, on rencontre des sources qui nuisent souvent beaucoup aux travaux. Quelques-uns prétendent les éteindre en jettant dessus de la chaux vive mêlée de cendre ; d'autres remplissent, disent-ils, de vif argent les trous par où elles sortent ; afin que son poids les oblige à prendre un autre cours. Ces expédiens étant fort douteux, il vaut beaucoup mieux prendre le parti de faire un puits au-delà de la tranchée, & d'y conduire les eaux par des rigoles de bois ou de brique couvertes de pierres plates, & les élever ensuite avec des machines : par ce moyen on pourra travailler à sec. Néanmoins pour empêcher que les sources ne nuisent dans la suite aux fondemens, il est bon de pratiquer dans la maçonnerie des especes de petits aqueducs, qui leur donnent un libre cours.
Des fondemens sur un bon terrein. Lorsque l'on veut fonder sur un terrein solide, il ne se trouve pas alors beaucoup de difficultés à surmonter ; on commence d'abord par préparer le terrein, comme nous l'avons vû précédemment, en faisant des tranchées de la profondeur & de la largeur que l'on veut faire les fondations. On passe ensuite dessus une assise de gros libages, ou quartiers de pierres plates à bain de mortier ; quoique beaucoup de gens les posent à sec, ne garnissant de mortier que leurs joints. Sur cette premiere assise, on en éleve d'autres en liaison à carreau & boutisse alternativement. Le milieu du mur se remplit de moilon mêlé de mortier : lorsque ce moilon est brut, on en garnit les interstices avec d'autres plus petits que l'on enfonce bien avant dans les joints, & avec lesquels on arrose les lits. On continue de même pour les autres assises, observant de conduire l'ouvrage toûjours de niveau dans toute sa longueur ; & des retraites ; on talude en diminuant jusqu'à l'épaisseur du mur au rez-de-chaussée.
Quoique le bon terrein se trouve le plus souvent dans les lieux élevés, il arrive cependant qu'il s'en trouve d'excellens dans les lieux aquatiques & profonds, & sur lesquels on peut fonder solidement, & avec confiance ; tels que ceux de gravier, de marne, de glaise, & quelquefois même sur le sable bouillant, en s'y conduisant cependant avec beaucoup de prudence & d'adresse.
Des fondemens sur le roc. Quoique les fondemens sur le roc paroissent les plus faciles à faire par la solidité du fonds, il n'en faut pas pour cela prendre moins de précautions. C'est, dit Vitruve, de tous les fondemens les plus solides, parce qu'ils sont déjà fondés par le roc même. Ceux qui se font sur le tuf & la seareute (p), ne le sont pas moins, dit Palladio, parce que ces terreins sont naturellement fondés eux-mêmes.
Avant que de commencer à fonder sur le roc A, fig. 34. & 35. il faut avec le secours de la sonde, fig. 155. s'assurer de la solidité ; & s'il ne se trouvoit dessous aucune cavité, qui par le peu d'épaisseur qu'elle laisseroit au roc, ne permettroit pas d'élever dessus un poids considérable de maçonnerie, alors il faudroit placer dans ces cavités des piliers de distances à autres, & bander des arcs pour soutenir le fardeau que l'on veut élever, & par-là éviter ce qui est arrivé en bâtissant le Val-de-Grace, où, lorsqu'on eut trouvé le roc, on crut y asseoir solidement les fondations ; mais le poids fit fléchir le ciel d'une carriere qui anciennement avoit été fouillée dans cet endroit ; desorte que l'on fut obligé de percer ce roc, & d'établir par-dessous oeuvre dans la carriere des piliers pour soutenir l'édifice.
Il est arrivé une chose à-peu-près semblable à Abbeville, lorsque l'on eut élevé les fondemens de la manufacture de Vanrobais. Ce fait est rapporté par M. Briseux, dans son traité des maisons de campagne, & par M. Blondel, dans son Architecture françoise. Ce bâtiment étant fondé dans sa totalité, il s'enfonça également d'environ six piés en terre : ce fait parut surprenant, & donna occasion de chercher le sujet d'un événement si subit & si général. L'on découvrit enfin, que le même jour on avoit achevé de percer un puits aux environs, & que cette ouverture ayant donné de l'air aux sources, avoit donné lieu au bâtiment de s'affaisser. Alors on se détermina à le combler ; ce que l'on ne put faire malgré la quantité de matériaux que l'on y jetta ; de maniere que l'on fut obligé d'y enfoncer un rouet de charpente de la largeur du puits, & qui n'étoit point percé à jour. Lorsqu'il fut descendu jusqu'au fond, on jetta dessus de nouveaux matériaux jusqu'à ce qu'il fût comblé : mais en le remplissant, on s'apperçut qu'il y en étoit entré une bien plus grande quantité qu'il ne sembloit pouvoir en contenir. Cependant lorsque cette opération fut finie, on continua le bâtiment avec succès, & il subsiste encore aujourd'hui.
Jean-Baptiste Alberti, & Philibert de Lorme, rapportent qu'ils se sont trouvés en pareil cas dans d'autres circonstances.
Lorsque l'on sera assuré de la solidité du roc A, fig. 34 & que l'on voudra bâtir dessus, il faudra y pratiquer des assises C, par ressauts en montant ou descendant, selon la forme du roc, leur donnant le plus d'assiette qu'il est possible. Si le roc est trop uni, & qu'il soit à craindre que le mortier ne puisse pas s'agraffer, & faire bonne liaison, on aura soin d'en piquer les lits avec le têtu, fig. 87. ainsi que celui des pierres qu'on posera dessus ; afin que cet agent entrant en plus grande quantité dans ces cavités, puisse consolider cette nouvelle construction.
Lorsque l'on y adossera de la maçonnerie B, fig. 35. on pourra réduire les murs à une moindre épaisseur, en pratiquant toûjours des arrachemens piqués dans leurs lits, pour recevoir les harpes C des pierres.
Lorsque la surface du roc est très-inégale, on peut s'éviter la peine de le tailler, en employant toutes les menues pierres qui embarrassent l'attelier, & qui avec le mortier remplissent très-bien les inégalités du roc. Cette construction étoit très-estimée des anciens, & souvent préférée dans la plûpart des bâtimens. M. Belidor en fait beaucoup de cas, & prétend que lorsqu'elle s'est une fois endurcie, elle forme une masse plus solide & plus dure que le marbre ; & que par conséquent elle ne peut jamais s'affaisser, malgré les poids inégaux dont elle peut être chargée, ou les parties de terreins plus ou moins solides sur lesquels elle est posée.
Ces sortes de fondemens sont appellés pierrées, & se font de cette maniere.
Après avoir creusé le roc A, fig. 36. d'environ sept à huit pouces, on borde les alignemens des deux côtés B & C, de l'épaisseur des fondemens, avec des cloisons de charpente, ensorte qu'elles composent des coffres dont les bords supérieurs B & C, doivent être posés le plus horisontalement qu'il est possible ; les bords inférieurs D, suivant les inégalités du roc. On amasse ensuite une grande quantité de menues pierres, en y mêlant si l'on veut les décombres du roc, lorsqu'ils sont de bonne qualité, que l'on corroie avec du mortier, & dont on fait plusieurs tas. Le lendemain ou le surlendemain au plus, les uns le posent immédiatement sur le roc, & en remplissent les coffres sans interruption dans toute leur étendue, tandis que les autres le battent également par-tout avec la damoiselle, fig. 147. à mesure que la maçonnerie s'éleve ; mais sur-tout dans le commencement, afin que le mortier & les pierres s'insinuent plus facilement dans les sinuosités du roc. Lorsqu'elle est suffisamment seche, & qu'elle a déja une certaine solidité, on détache les cloisons pour s'en servir ailleurs. Cependant lorsque l'on est obligé de faire des ressauts en montant ou en descendant, on soutient la maçonnerie par les côtés avec d'autres cloisons E ; & de cette maniere, on surmonte le roc jusqu'à environ trois ou quatre piés de hauteur, selon le besoin ; ensuite on pose d'autres fondemens à assises égales, sur lesquels on éleve des murs à l'ordinaire.
Lorsque le roc est fort escarpé A, fig. 37. & que l'on veut éviter les remblais derriere les fondemens B, on se contente quelquefois d'établir une seule cloison sur le devant C, pour soutenir la maçonnerie D, & on remplit ensuite cet intervalle de pierrée comme auparavant.
La hauteur des fondemens étant établie, & arasée convenablement dans toute l'étendue que l'on a embrassée ; on continue la même chose en prolongeant, observant toûjours de faire obliques les extrêmités de la maçonnerie déja faite, jetter de l'eau dessus, & bien battre la nouvelle, afin de les mieux lier ensemble. Une pareille maçonnerie faite avec de bonne chaux, dit M. Bélidor, est la plus excellente & la plus commode que l'on puisse faire.
Lorsque l'on est dans un pays où la pierre dure est rare, on peut, ajoûte le même auteur, faire les soubassemens des gros murs de cette maniere, avec de bonne chaux s'il est possible, qui, à la vérité renchérit l'ouvrage par la quantité qu'il en faut ; mais l'économie, dit-il encore, ne doit pas avoir lieu lorsqu'il s'agit d'un ouvrage de quelque importance. Cependant, tout bien considéré, cette maçonnerie coute moins qu'en pierre de taille ; ses paremens ne sont pas agréables à la vûe à cause de leurs inégalités ; mais il est facile d'y remédier, comme nous allons le voir.
Avant que de construire on fait de deux especes de mortier ; l'un mêlé de gravier, & l'autre, comme nous l'avons dit, de menues pierres. Si on se trouvoit dans un pays où il y eût de deux especes de
(p) La seareute est une espece de pierre très-suffisante pour supporter les grands bâtimens, tant dans l'eau que dehors.
chaux, la meilleure serviroit pour celui de gravier, & l'autre pour celui des menues pierres. On commence par jetter un lit de mortier fin dans le fond du coffre, s'agraffant mieux que l'autre sur le roc ; ensuite d'une quantité d'ouvriers employée à cela, les uns jettent le mortier fin de part & d'autre sur les bords intérieurs du coffre qui soutiennent les paremens ; d'autres remplissent le milieu de pierrée, tandis que d'autres encore le battent. Si cette opération est faite avec soin, le mortier fin se liant avec celui du milieu, formera un parement uni qui, en se durcissant, deviendra avec le tems plus dur que la pierre, & fera le même effet : on pourra même quelque tems après, si on juge à propos, y figurer des joints.
Il est cependant beaucoup mieux, disent quelques-uns, d'employer la pierre, ou le libage, s'il est possible, sur-tout pour les murs de face, de refend ou de pignons ; & faire, si l'on veut, les remplissages en moilon à bain de mortier, lorsque le roc est d'inégale hauteur dans toute l'étendue du bâtiment.
On peut encore par économie, ou autrement, lorsque les fondations ont beaucoup de hauteur, pratiquer des arcades B, fig. 28, dont une retombée pose quelquefois d'un côté sur le roc A, & de l'autre sur un pié droit ou massif C, posé sur un bon terrein battu & affermi, ou sur lequel on a placé des plates formes. Mais alors il faut que ces pierres qui composent ce massif, soient posées sans mortier, & que leurs surfaces ayent été frottées les unes sur les autres avec l'eau & le grais, jusqu'à ce qu'elles se touchent dans toutes leurs parties ; & cela jusqu'à la hauteur D du roc ; & si on emploie le mortier pour les joindre ensemble, il faut lui donner le tems nécessaire pour sécher ; afin que d'un côté ce massif ne soit pas sujet à tasser, tandis que du côté du roc il ne tassera pas. Il ne faut pas cependant négliger de remplir de mortier les joints que forment les extrémités des pierres ensemble, & avec le roc, parce qu'ils ne sont pas sujets au tassement, & que c'est la seule liaison qui puisse les entretenir.
Des fondemens sur la glaise. Quoique la glaise ait l'avantage de retenir les sources au-dessus & au-dessous d'elle, de sorte qu'on n'en est point incommodé pendant la bâtisse, cependant elle est sujette à de très-grands inconvéniens. Il faut éviter, autant qu'il est possible, de fonder dessus, & prendre le parti de l'enlever, à moins que son banc ne se trouvât d'une épaisseur si considérable, qu'il ne fût pas possible de l'enlever sans beaucoup de dépense ; & qu'il ne se trouvât dessous un terrein encore plus mauvais, qui obligeroit d'employer des pieux d'une longueur trop considérable pour atteindre le bon fonds ; alors il faut tourmenter la glaise le moins qu'il est possible, raison pour laquelle on ne peut se servir de pilotis ; (q) l'expérience ayant appris qu'en enfonçant un pilot, fig. 43, à une des extrêmités de la fondation, où l'on se croyoit assuré d'avoir trouvé de bon fonds, on s'appercevoit qu'en en enfonçant un autre à l'autre extrêmité, le premier s'élançoit en l'air avec violence. La glaise étant très-visqueuse, & n'ayant pas la force d'agraffer les parties du pilot, le défichoit à mesure qu'on l'enfonçoit ; ce qui fait qu'on prend le parti de creuser le moins qu'il est possible, & de niveau dans l'épaisseur de la glaise, on y pose ensuite un grillage de charpente A, fig. 39, d'un pié ou deux plus large que les fondemens, pour lui donner plus d'empatement, assemblé avec des longrines B, & des traversines C, de neuf ou dix pouces de grosseur, qui se croisent, & qui laissent des intervalles ou cellules que l'on remplit ensuite de brique, de moilon ou de cailloux à bain de mortier, sur lequel on pose des madriers, bien attachés dessus avec des chevilles de fer à têtes perdues ; ensuite on éleve la maçonnerie à assises égales dans toute l'étendue du bâtiment, afin que le terrein s'affaisse également partout.
Lorsqu'il s'agit d'un bâtiment de peu d'importance, on se contente quelquefois de poser les premieres assises sur un terrein ferme, & lié par des racines & des herbes qui en occupent la totalité, & qui se trouvent ordinairement de trois ou quatre piés d'épaisseur posés sur la glaise.
Des fondemens sur le sable. Le sable se divise en deux especes ; l'une qu'on appelle sable ferme, est sans difficulté le meilleur, & celui sur lequel on peut fonder solidement & avec facilité ; l'autre qu'on appelle sable bouillant, est celui sur lequel on ne peut fonder sans prendre les précautions suivantes.
On commence d'abord par tracer les alignemens sur le terrein, amasser près de l'endroit où l'on veut bâtir, les matériaux nécessaires à la construction, & ne fouiller de terre que pour ce que l'on peut faire de maçonnerie pendant un jour ; poser ensuite sur le fond, le plus diligemment qu'il est possible, une assise de gros libages, ou de pierres plates, sur laquelle on en pose une autre en liaison, & à joint recouvert avec de bon mortier ; sur cette derniere on en pose une troisieme de la même maniere, & ainsi de suite, le plus promtement que l'on peut, afin d'empêcher les sources d'inonder le travail, comme cela arrive ordinairement. Si l'on voyoit quelquefois les premieres assises flotter, & paroître ne pas prendre une bonne consistance, il ne faudroit pas s'épouvanter, ni craindre pour la solidité de la maçonnerie, mais au contraire continuer sans s'inquiéter de ce qui arrivera ; & quelque tems après on s'appercevra que la maçonnerie s'affermira comme si elle avoit été placée sur un terrein bien solide. On peut ensuite élever les murs, sans craindre jamais que les fondemens s'affaissent davantage. Il faut sur-tout faire attention de ne pas creuser autour de la maçonnerie, de peur de donner de l'air à quelques sources, & d'y attirer l'eau, qui pourroit faire beaucoup de tort aux fondemens. Cette maniere de fonder est d'un grand usage en Flandre, principalement pour les fortifications.
Il se trouve à Bethune, à Arras, & en quelques autres endroits aux environs, un terrein tourbeux, qu'il est nécessaire de connoître pour y fonder solidement. Dès que l'on creuse un peu dans ce terrein, il en sort une quantité d'eau si prodigieuse, qu'il est impossible d'y fonder sans qu'il en coute beaucoup pour les épuisemens. Après avoir employé une infinité de moyens, on a enfin trouvé que le plus court & le meilleur étoit de creuser le moins qu'il est possible, & de poser hardiment les fondations, employant les meilleurs matériaux que l'on peut trouver. Cette maçonnerie ainsi faite, s'affermit de plus en plus, sans être sujette à aucun danger. Lorsque l'on se trouve dans de semblables terreins que l'on ne connoît pas, il faut les sonder un peu éloignés de l'endroit où l'on veut bâtir, afin que si l'on venoit à sonder trop avant, & qu'il en sortit une source d'eau, elle ne pût incommoder pendant les ouvrages. Si quelquefois on employe la maçonnerie de pierrée, dit M. Belidor, ce devroit être principalement dans ce cas ; car étant d'une promte exécution, & toutes ses parties faisant une bonne liaison, sur-tout lorsqu'elle est faite avec de la pozzolane, de la cendrée de Tournay, ou de la terrasse de Hollande, elle fait un massif, ou une espece de banc, qui ayant reçu deux piés ou deux piés & demi d'épaisseur, est si solide, que l'on peut fonder dessus avec confiance. Cependant, lorsque l'on est obligé d'en faire usage, il faut donner plus d'empatement à la fondation, afin que comprenant plus de
(q) Pilotis est un assemblage de pilots fichés près-à-près dans la terre.
terrein, elle en ait aussi plus de solidité.
On peut encore fonder d'une maniere différente de ces dernieres, & qu'on appelle par coffre, fig. 40 : on l'emploie dans les terreins peu solides, & où il est nécessaire de se garantir des éboulemens & des sources. On commence d'abord par faire une tranchée A, d'environ quatre ou cinq piés de long, & qui ait de largeur l'épaisseur des murs. On applique sur le bord des terres, pour les soutenir, des madriers B, d'environ deux pouces d'épaisseur, soutenus à leur tour de distance en distance par des pieces de bois C en travers, qui servent d'étrésillons. Ces coffres étant faits, on les remplit de bonne maçonnerie, & on ôte les étrésillons C, à mesure que les madriers B se trouvent appuyés par la maçonnerie ; ensuite on en fait d'autres semblables à côté, dont l'abondance plus ou moins grande des sources, doit déterminer les dimensions, pour n'en être pas incommodé. Cependant s'il arrivoit, comme cela se peut, que les sources eussent assez de force pour pousser sans qu'on pût les en empêcher, malgré toutes les précautions que l'on auroit pu prendre, il faut selon quelques-uns, avoir recours à de la chaux vive, & sortant du four, que l'on jette promtement dessus, avec du moilon ou libage, mêlé ensuite de mortier, & par ce moyen on bouche la source, & on l'oblige de prendre un autre cours, sans quoi on se trouveroit inondé de toutes parts, & on ne pourroit alors fonder sans épuisement. Lorsque l'on a fait trois ou quatre coffres, & que la maçonnerie des premiers est un peu ferme, on peut ôter les madriers qui servoient à la soutenir, pour s'en servir ailleurs ; mais si on ne pouvoit les retirer sans donner jour à quelques sources, il seroit mieux alors de les abandonner.
Lorsque l'on veut fonder dans l'eau, & qu'on ne peut faire des épuisemens, comme dans de grands lacs, bras de mer, &c. si c'est dans le fond de la mer, on profite du tems que la marée est basse, pour unir le terrein, planter les repaires, & faire les alignemens nécessaires. On doit comprendre pour cela non-seulement le terrein de la grandeur du bâtiment, mais encore beaucoup au-delà, afin qu'il y ait autour des murailles, une berme assez grande pour en assurer davantage le pié ; on emplit ensuite une certaine quantité de bateaux, des matériaux nécessaires, & ayant choisi le tems le plus commode, on commence par jetter un lit de cailloux, de pierres, ou de moilons, tels qu'ils sortent de la carriere, sur lesquels on fait un autre lit de chaux, mêlé de pozzolane, de cendrée de Tournay, ou de terrasse de Hollande. Il faut avoir soin de placer les plus grosses pierres sur les bords, & leur donner un talut de deux fois leur hauteur ; ensuite on fait un second lit de moilon ou de cailloux que l'on couvre encore de chaux & de pozzolane comme auparavant, & alternativement un lit de l'un & un lit de l'autre. Par la propriété de ces différentes poudres, il se forme aussi-tôt un mastic, qui rend cette maçonnerie indissoluble, & aussi solide que si elle avoit été faite avec beaucoup de précaution ; car quoique la grandeur des eaux & les crues de la mer empêchent qu'on ne puisse travailler de suite, cependant on peut continuer par reprises, sans que cela fasse aucun tort aux ouvrages. Lorsque l'on aura élevé cette maçonnerie au-dessus des eaux, ou au rez-de-chaussée, on peut la laisser pendant quelques années à l'épreuve des inconvéniens de la mer, en la chargeant de tous les matériaux nécessaires à la construction de l'édifice, afin qu'en lui donnant tout le poids qu'elle pourra jamais porter, elle s'affaisse également & suffisamment par-tout. Lorsqu'au bout d'un tems on s'apperçoit qu'il n'est arrivé aucun accident considérable à ce massif, on peut placer un grillage de charpente, comme nous l'avons déjà vu fig. 39, & bâtir ensuite dessus avec solidité, sans craindre de faire une mauvaise construction. Il seroit encore mieux, si l'on pouvoit, de battre des pilots autour de la maçonnerie, & former un bon empatement, qui garantiroit le pié des dégradations qui pourroient arriver dans la suite.
On peut encore fonder dans l'eau d'une autre maniere (fig. 41.) en se servant de caissons A, qui ne sont autre chose qu'un assemblage de charpente & madriers bien calfatés, dans l'intérieur desquels l'eau ne sauroit entrer, & dont la hauteur est proportionnée à la profondeur de l'eau où ils doivent être posés, en observant de les faire un peu plus hauts, afin que les ouvriers ne soient point incommodés des eaux. On commence par les placer & les arranger d'alignement dans l'endroit où l'on veut fonder ; on les attache avec des cables qui passent dans des anneaux de fer attachés dessus ; quand ils sont ainsi préparés on les remplit de bonne maçonnerie. A mesure que les ouvrages avancent, leur propre poids les fait enfoncer jusqu'au fond de l'eau ; & lorsque la profondeur est considérable, on augmente leur hauteur avec des hausses, à mesure qu'elles approchent du fond : cette maniere est très-en usage, d'une grande utilité, & très-solide.
Des fondemens sur pilotis. Il arrive quelquefois qu'un terrein ne se trouvant pas assez bon pour fonder solidement, & que voulant creuser davantage, on le trouve au contraire encore plus mauvais : alors il est mieux de creuser le moins que l'on pourra, & poser dessus un grillage de charpente A, fig. 42, assemblé comme nous l'avons vu précédemment, sur lequel on pose quelquefois aussi un plancher de madriers, mais ce plancher B ne paroissant pas toujours nécessaire, on se contente quelquefois d'élever la maçonnerie sur ce grillage, observant d'en faire les paremens en pierre jusqu'au rez-de-chaussée, & plus haut, si l'ouvrage étoit de quelque importance. Il est bon de faire regner autour des fondations sur le bord des grillages des heurtoirs C ou especes de pilots, enfoncés dans la terre au refus du mouton (fig. 153.) pour empêcher le pié de la fondation de glisser, principalement lorsqu'il est posé sur un plancher de madriers ; & par-là prévenir ce qui est arrivé un jour à Bergue-Saint-Vinox, où le terrein s'étant trouvé très-mauvais, une partie considérable du revêtement de la face d'une demi-lune s'est détachée & a glissé tout d'une piece jusque dans le milieu du fossé.
Mais lorsqu'il s'agit de donner encore plus de solidité au terrein, on enfonce diagonalement dans chacun des intervalles du grillage, un ou deux pilots D de remplage ou de compression sur toute l'étendue des fondations ; & sur les bords du grillage, des pilots de cordage ou de garde E près-à-près, le long desquels on pose des palplanches pour empêcher le courant des eaux, s'il s'en trouvoit, de dégrader la maçonnerie. Palladio recommande expressément, lorsque l'on enfonce des pilots, de les frapper à petits coups redoublés, parce que, dit-il, en les chassant avec violence, ils pourroient ébranler le fond. On acheve ensuite de remplir de charbon, comme dit Vitruve, ou, ce qui vaut encore mieux, de cailloux ou de moilons à bain de mortier, les vuides que la tête des pilots a laissés : on arase bien le tout, & on éleve dessus les fondemens.
Pour connoître la longueur des pilots, que Vitruve conseille de faire en bois d'aune, d'olivier ou de chêne, & que Palladio recommande sur-tout de faire en chêne, il faut observer, avant que de piloter, jusqu'à quelle profondeur le terrein fait une assez grande résistance, & s'oppose fortement à la pointe d'un pilot que l'on enfonce exprès. Ainsi sachant de combien il s'est enfoncé, on pourra déterminer la longueur des autres en les faisant un peu plus longs, se pouvant rencontrer des endroits où le terrein résiste moins & ne les empêche point d'entrer plus avant. Palladio conseille de leur donner de longueur la huitieme partie de la hauteur des murs qui doivent être élevés dessus ; lorsque la longueur est déterminée, on en peut proportionner la grosseur en leur donnant, suivant le même auteur, environ la douzieme partie de leur longueur, lorsqu'ils ne passent pas douze piés, mais seulement douze ou quatorze lorsqu'ils vont jusqu'à dix-huit ou vingt piés ; & cela pour éviter une dépense inutile de pieces de bois d'un gros calibre.
Comme ces pilots ont ordinairement une de leurs extrêmités faite en pointe de diamant, dont la longueur doit être depuis une fois & demie de leur diametre jusqu'à deux fois, il faut avoir soin de ne pas leur donner plus ni moins ; car lorsqu'elles ont plus, elles deviennent trop foibles & s'émoussent lorsqu'elles trouvent des parties dures ; & lorsqu'elles sont trop courtes, il est très-difficile de les faire entrer. Quand le terrein dans lequel on les enfonce ne résiste pas beaucoup, on se contente seulement, selon Palladio, de brûler la pointe pour la durcir, & quelquefois aussi la tête, afin que les coups du mouton ne l'éclatent point ; mais s'il se trouve dans le terrein des pierres, cailloux ou autres choses qui résistent & qui en émoussent la pointe, on la garnit alors d'un sabot ou lardoir A, fig. 43, espece d'armature de fer (fig. 44.) faisant la pointe, retenue & attachée au pilot par trois ou quatre branches. L'on peut encore en armer la tête B d'une virole de fer qu'on appelle frette, pour l'empêcher de s'éclater, & l'on proportionne la distance des pilots à la quantité que l'on croit avoir besoin pour rendre les fondemens solides. Mais il ne faut pas les approcher l'un de l'autre, ajoute encore Palladio, de plus d'un diametre, afin qu'il puisse rester assez de terre pour les entretenir.
Lorsque l'on veut placer des pilots de bordage ou de garde A, fig. 45, entrelacés de palplanches B le long des fondemens, on fait à chacun d'eux, après les avoir équarris, deux rainures C opposées l'une à l'autre de deux pouces de profondeur sur toute leur longueur, pour y enfoncer entre deux des palplanches B qui s'y introduisent à coulisse, & dont l'épaisseur differe selon la longueur : par exemple, si elles ont six piés, elles doivent avoir trois pouces d'épaisseur ; si elles en ont douze, qui est la plus grande longueur qu'elles puissent avoir, on leur donne quatre pouces d'épaisseur, & cette épaisseur doit déterminer la largeur des rainures C sur les pilots, en observant de leur donner jusqu'aux environs d'un pouce de jeu, afin qu'elles y puissent entrer plus facilement.
Pour joindre les palplanches avec les pilots, on enfonce d'abord deux pilots perpendiculairement dans la terre, distant l'un de l'autre de la largeur des palplanches, qui est ordinairement de douze à quinze pouces, en les plaçant de maniere que deux rainures se trouvent l'une vis-à-vis de l'autre. Après cela on enfonce au refus du mouton une palplanche entre les deux, & on la fait entrer à force entre les deux rainures ; ensuite on pose à la même distance un pilot, & on enfonce comme auparavant une autre palplanche, & on continue ainsi de suite à battre alternativement un pilot & une palplanche. Si le terrein résistoit à leur pointe, on pourroit les armer comme les pilots, d'un sabot de fer par un bout, & d'une frette par l'autre.
On peut encore fonder sur pilotis, en commençant d'abord par enfoncer le long des fondemens, au refus du mouton, des rangées de pilots (fig. 46.) éloignés les uns des autres d'environ un pié ou deux, plus ou moins, disposés en échiquier ; en observant toujours de placer les plus forts & les plus longs dans les angles, ayant beaucoup plus besoin de solidité qu'ailleurs pour retenir la maçonnerie : ensuite on récépera tous les pilots au même niveau, sur lesquels on posera un grillage de charpente A, comme ci-devant, de maniere qu'il se trouve un pilot sous chaque croisée, pour l'arrêter dessus avec une cheville à tête perdue (fig. 47.), après quoi on pourra enfoncer des pilots de remplage & élever ensuite les fondemens à l'ordinaire : cette maniere est très-bonne & très-solide.
Quoiqu'il arrive très-souvent que l'on emploie les pilots pour affermir un mauvais terrein, cependant il se trouve des circonstances où on ne peut les employer, sans courir un risque évident. Si l'on fondoit, par exemple, dans un terrein aquatique, sur un sable mouvant, &c. alors les pilots seroient nonseulement très-nuisibles, mais encore éventeroient les sources, & fourniroient une quantité prodigieuse d'eau qui rendroit alors le terrein beaucoup plus mauvais qu'auparavant : d'ailleurs on voit tous les jours que ces pilots ayant été enfoncés au refus du mouton avec autant de difficulté que dans un bon terrein, sortent de terre quelques heures après, ou le lendemain, l'eau des sources les ayant repoussés, en faisant effort pour sortir ; de maniere que l'on a renoncé à les employer à cet usage.
Si l'on entreprenoit de rapporter toutes les manieres de fonder, toutes les différentes qualités de terreins, & toutes les différentes circonstances où l'on se trouve, on ne finiroit jamais. Ce que l'on vient de voir est presque suffisant pour que l'on puisse de soi-même, avec un peu d'intelligence & de pratique, faire un choix judicieux des différens moyens dont on peut se servir, & suppléer aux inconvéniens qui surviennent ordinairement dans le cours des ouvrages.
Des outils dont se servent les carriers pour tirer la pierre des carrieres. La fig. 48 est une pince de fer quarré, arrondi par un bout A, & aminci par l'autre B, d'environ six à sept piés de long, sur deux pouces & demi de grosseur, servant de levier.
La fig. 49 est une semblable pince, mais de deux pouces de grosseur sur quatre à cinq piés de long, employée aux mêmes usages.
La fig. 50 est un rouleau qui se place dessous les pierres ou toute espece de fardeau, pour les transporter, & que l'on fait rouler avec des leviers, fig. 158 & 159, dont les bouts A entrent dans les trous B du rouleau, fig. 50, ne pouvant rouler d'eux-mêmes, à cause du grand fardeau qui pese dessus.
La fig. 51 est aussi un rouleau de bois, mais sans trous, & qui pouvant rouler seul en poussant le fardeau, n'a pas besoin d'être tourné avec des leviers, comme le précédent.
Les fig. 52 & 53 sont des instrumens de fer, appellés esses, qui ont depuis dix jusqu'à treize & quatorze pouces de long, sur quinze à vingt lignes de grosseur, ayant par chaque bout une pointe camuse aciérée ; le manche a depuis quatre jusqu'à huit piés de long. Ces esses servent à souchever entre les lits des pierres pour les dégrader.
La fig. 54 est la même esse vûe du côté de l'oeil.
Les fig. 55 & 57 sont des masses de fer quarrées, appellées mails, qui ont depuis trois jusqu'à quatre pouces & demi de grosseur, sur neuf à quatorze pouces de long, avec un manche d'environ deux piés à deux piés & demi de longueur, fort menu & élastique, pour donner plus de coup à la masse. Ils servent à enfoncer les coins, fig. 62 & 63, dans les filieres (r) des pierres, ou les entailles que l'on y a
(r) Des filieres sont des espèces de joints qui se trouvent naturellement entre les pierres dans les carrieres.
faites avec le marteau, fig. 61, pour le rompre.
Les fig. 56 & 58 sont les mêmes mails vûs du côté de l'oeil.
La fig. 59 est un instrument appellé tire-terre, fait à-peu-près comme une pioche, dont le manche differe, comme celui des esses, fig. 52 & 53. Il sert à tirer la terre que l'on a souchevée avec ces mêmes esses entre les lits des pierres ; ce qui lui a donné le nom.
La fig. 60 est le même tire-terre vû du côté de l'oeil.
Les fig. 62 & 63 sont deux coins de fer, depuis vingt lignes jusqu'à trois pouces de grosseur, & depuis neuf pouces jusqu'à un pié de long, amincis par un bout pour placer dans des filieres ou entailles faites dans les pierres pour les séparer.
La fig. 64 est un cric composé d'une barre de fer plat, enfermé dans l'intérieur d'un morceau de bois, ayant des dents sur sa longueur, & mû en montant & en descendant, par un pignon arrêté à demeure sur la manivelle A ; ce qui fait qu'en tournant cette manivelle, & qu'en posant le croc B du cric sous un fardeau, on peut l'élever à la hauteur que l'on juge à propos.
La fig. 65 est une espece de plateau appellé baquet, suspendu sur des cordages A, & ensuite à l'esse B, qui répond au treuil du singe, fig. 26, qui sert à monter les moilons que l'on arrange dessus.
Des outils dont se servent les maçons & tailleurs de pierre dans les bâtimens. La fig. 66 est une regle de bois plate, de six piés de long, qui sert aux maçons pour tirer des lignes sur des planchers, murs, &c. Il s'en trouve de cette espece jusqu'à douze piés de long.
La fig. 67 est aussi une regle de bois de six piés de long, mais quarrée, qui se place dans les embrasures (s) des portes & croisées, pour en former la feuilleure.
La fig. 68 est une regle de bois de quatre piés de long, quarrée comme la derniere, & servant aux mêmes usages. Ces trois especes de regles se posent souvent & indifféremment à des surfaces sur lesquelles on pose les deux piés A du niveau, fig. 75, afin d'embrasser un plus long espace, & par-là prendre un niveau plus juste.
La fig. 69 est une équerre de fer mince, depuis dix-huit pouces jusqu'à trois piés de longueur chaque branche, à l'usage des tailleurs de pierre.
La fig. 70 est un instrument de bois appellé fausse-équerre, sauterelle ou beuveau droit, fait pour prendre des ouvertures d'angle.
La fig. 71 est un instrument aussi de bois, appellé beuveau concave, fait pour prendre des angles mixtes.
La fig. 72 est encore un instrument appellé beuveau convexe, fait aussi pour prendre des angles mixtes. Ces trois instrumens se font depuis un pié jusqu'à deux piés de longueur chaque branche, & la longueur à proportion. Ils peuvent s'ouvrir & se fermer tout-à-fait par le moyen des charnieres A & des doubles branches B.
La fig. 73 est une fausse-équerre ou grand compas, qui sert à prendre des ouvertures d'angles & des espaces, & que les appareilleurs portent souvent avec eux pour appareiller les pierres.
La fig. 74 est un petit compas à l'usage des tailleurs de pierre.
La fig. 75 est un instrument appellé niveau, qui avec le secours d'une grande regle, pour opérer plus juste, sert à poser les pierres de niveau, à mesure que les murs s'élevent.
La fig. 76 est aussi un niveau, mais d'une autre espece.
La fig. 77 est une regle d'appareilleur, ordinairement de quatre piés de long, sur laquelle les piés & les pouces sont marqués, & que les appareilleurs portent toujours avec eux dans les bâtimens.
La fig. 78 est un coin de fer d'environ deux ou trois pouces de grosseur, & depuis huit jusqu'à douze pouces de long, pour fendre les pierres, & les débiter.
La fig. 79 est une masse de fer appellée grosse masse, d'environ deux à trois pouces de grosseur, sur dix à quatorze pouces de long, & qui avec le secours du coin, comme nous l'avons vû ci-devant, sert à fendre & débiter les pierres.
La fig. 80 est le même mail vû du côté de l'oeil.
La fig. 81 est une autre masse de fer plus petite que la précédente, appellée petite masse, d'environ dixhuit lignes ou deux pouces de grosseur, sur six à huit pouces de long, qui avec la pointe ou poinçon, fig. 110, sert à faire des trous dans la pierre.
La fig. 82 est la même masse vûe du côté de l'oeil.
La fig. 83 & 85 sont des marteaux appellés têtus, à l'usage des tailleurs de pierre, lorsqu'ils ont des masses de pierre à rompre. Ces especes de marteaux ont depuis deux jusqu'à trois pouces de gros, & depuis neuf pouces jusqu'à un pié de long, & les deux bouts en sont creusés en forme d'un V.
La fig. 84 & 86 sont les mêmes têtus vûs du côté de l'oeil.
La fig. 87 est aussi un têtu, mais plus petit & plus long, & dont un côté est fait en pointe, à l'usage des maçons pour démolir.
La fig. 88 est le même vu du côté de l'oeil.
La fig. 89 est un marteau à deux pointes, dont se servent les tailleurs de pierre pour dégrossir les pierres dures, les piquer & les rustiquer.
La fig. 90 est le même marteau vu du côté de l'oeil.
La fig. 91 est un marteau à pointe du côté A, servant aux mêmes usages que le précédent, & de l'autre B, aminci en forme de coin, avec un tranchant taillé de dents qu'on appelle bretelures ; ce côté sert pour brételer les pierres dures ou tendres lorsqu'elles ont été dégrossies avec la pointe A du même marteau, ou celle A du marteau fig. 95.
La fig. 92 est le même vu du côté de l'oeil.
La fig. 93 est un marteau dont le côté brételé B sert aux mêmes usages que le précédent, & l'autre côté appellé hache, sert pour hacher les pierres & les finir lorsqu'elles ont été brételées. Ce côté A est fait comme le côté B, excepté qu'il n'y a point de brételures.
La fig. 94 est le même vu du côté de l'oeil.
La fig. 95 est un marteau dont le côté B sans brételure est appellé hache, & l'autre aussi appellé hache, mais plus petite, est fait pour dégrossir les pierres tendres.
La fig. 96 est le même vu du côté de l'oeil.
La fig. 97 est un marteau dont les deux côtés sont faits pour tailler & dégrossir la pierre tendre.
La fig. 98 est le même vu du côté de l'oeil.
La fig. 99 est un ciseau large, mince & aciéré par un bout, qui avec le secours du maillet, fig. 111, sert à tailler les pierres & à les équarrir.
La fig. 100 est un marteau à l'usage des maçons, dont un côté est quarré & l'autre est fait en hache, pour démolir les cloisons ou murs faits en plâtre.
La fig. 101 est le même vu du côté de l'oeil.
La fig. 102 est un marteau à deux pointes aussi à l'usage des maçons, pour démolir toutes especes de murs en plâtre, moilon ou pierre.
La fig. 103 est le même vu du côté de l'oeil.
(s) Une embrasure est l'intervalle d'une porte ou d'une croisée, entre la superficie extérieure du mur & la superficie intérieure.
La fig. 104 est un marteau quarré d'un côté & à pointe de l'autre, ainsi que le précédent, aussi à l'usage des maçons pour démolir.
La fig. 105 est le même vu du côté de l'oeil.
La fig. 106 est un marteau plus petit que les autres ; & appellé pour cela hachette, à cause de la petite hache A qu'il a d'un côté ; l'autre B est quarré.
La fig. 107 est le même vu du côté de l'oeil.
La fig. 108 est un marteau appellé décintroir ; les deux côtés sont faits en hache, mais l'une est tournée d'un sens & l'autre de l'autre. Il sert aussi aux maçons pour démolir les murs & cloisons en plâtre.
La fig. 109 est le même décintroir vu du côté de l'oeil.
La fig. 110 est un poinçon qui, avec la masse fig. 81, & le maillet, fig. 111, sert à percer des trous dans la pierre.
La fig. 111 est une espece de marteau de bois appellé maillet, moins pesant que la masse, & par conséquent plus commode pour tailler la pierre avec le ciseau fig. 99, ou le poinçon fig. 110.
La fig. 112 est un ciseau à main à l'usage des maçons, pour tailler les moulures plates des angles des corniches en plâtre : il y en a de plusieurs largeurs selon les moulures.
La fig. 113 est une gouge, espece de ciseau arrondi fait pour tailler les moulures rondes des mêmes angles de corniche en plâtre : il y en a aussi de plusieurs grosseurs, selon les moulures, & plus ou moins cintrées, selon les courbes.
La fig. 114 est un instrument appellé riflard sans brételure, à l'usage des maçons & tailleurs de pierre, pour rifler & unir la pierre, ou les murs en plâtre lorsqu'ils sont faits.
La fig. 115 est un semblable riflard, mais avec brételures, servant aux mêmes usages que le précédent.
La fig. 116 est une aiguille ou trépan aciéré par le bout A, pour percer la pierre ou le marbre avec le secours d'un levier à deux branches, comme celui A de la sonde, fig. 155, sur-tout lorsque l'on veut faire jouer la mine.
La fig. 117 est un rabot tout de bois, dont le manche a environ depuis six jusqu'à huit piés de longueur, qui sert aux Limousins dans les bâtimens pour corroyer le mortier, éteindre la chaux, &c.
La fig. 118 est un instrument de fer appellé houe, emmanché sur un bâton à-peu-près de même longueur que le précédent, servant aux mêmes usages, surtout en Allemagne.
La fig. 119 est un instrument de fer appellé drague, très-mince, & percé de plusieurs trous du côté A, le côté B ayant une douille sur laquelle s'emmanche une perche depuis sept jusqu'à dix & douze piés de longueur, avec laquelle on tire le sable du fond des rivieres.
La fig. 120 est un petit morceau de bois A sur lequel on enveloppe un cordeau ou une ligne, espece de ficelle qu'on appelle fouet, au bout de laquelle pend un petit cylindre B de cuivre, de plomb ou de fer, appellé plomb, qui sert à prendre des à-plombs, niveaux & alignemens. La piece C est une petite plaque aussi de fer ou de cuivre, mince & quarrée, du même diametre que le plomb, & que l'on appuie le long d'un mur pour former, avec l'espace B C & la ligne du mur, deux paralleles qui font juger si le mur est d'à-plomb.
La fig. 121 est un instrument de fer appellé rondelle, large, mince & coudé par un bout A, & appointé par l'autre B, enfoncé dans un manche de bois C, pour rifler la pierre & sur-tout le plâtre dans des parties circulaires.
La fig. 122 est un pareil instrument de fer appellé crochet sans brételure, fait aussi pour rifler la pierre ou le plâtre dans des parties plates & unies.
La fig. 123 est un semblable instrument de fer, mais avec des brételures, servant aussi aux mêmes usages.
La fig. 124 est un instrument de fer appellé aussi riflard, composé d'une plaque de tôle forte, aminci de deux côtés B & C, avec des brételures d'un côté B, & sans brételure de l'autre C, attaché au bout d'une tige de fer à deux branches d'un côté C & à pointe de l'autre D, entrant dans un manche de bois, à l'usage des maçons, pour rifler les murs en plâtre lorsqu'ils sont faits.
La fig. 125 est un instrument de cuivre appellé truelle, ayant par un bout A une plaque large, mince, arrondie & coudée, & par l'autre B, une pointe coudée, enfoncée dans un manche de bois, dont les Maçons se servent pour employer le plâtre. Cet instrument est plutôt de cuivre que de fer, parce que le fer se rouillant par l'humidité, laisseroit souvent des taches jaunes sur les murs en plâtre.
La fig. 126 est une autre truelle de fer, plate, large, mince & pointue par un bout A, & a une pointe coudée de l'autre B, emmanchée dans un manche de bois, pour employer le mortier ; elle est plutôt de fer que de cuivre, parce que les sels de la chaux & du sable la rongeroient, & feroient qu'elle ne seroit jamais unie ni lisse.
La fig. 127, est une semblable truelle, mais avec des bretelures, pour faire des enduits de chaux sur les murs.
La fig. 128 est un instrument appellé pic d'environ douze à quinze pouces de long, à pointe d'un côté A, & à douille par l'autre B ; emmanché sur un bâton d'environ trois ou quatre piés de long, à l'usage des Terrassiers.
La fig. 129 est le même pic, vu du côté de la douille.
La fig. 130 est un instrument appellé pioche, d'environ douze à quinze pouces de long, dont un bout A est aminci en forme de coin, & l'autre B, à douille, emmanché aussi sur un bâton de trois ou quatre piés de long.
La fig. 131 est la même pioche vue du côté de la douille.
La fig. 132, est une pelle de bois, trop connue pour en faire la description ; elle sert aux Terrassiers & aux Limousins dans les bâtimens.
La fig. 133 est un bâton rond, appellé batte, plus gros par un bout que par l'autre, fait pour battre le plâtre, en le prenant par le plus petit bout.
La fig. 134 est une hotte contenant environ un pié cube de terre, qui sert aux Terrassiers & aux Limousins dans les bâtimens, pour transporter les terres.
La fig. 135 est une brouette, traînée par un seul homme ; elle contient environ un pié cube de terre, & sert aussi aux Terrassiers & aux Limousins pour transporter des terres, de la chaux, du mortier, &c.
La fig. 136 est un banneau, traîné par deux hommes ; il contient environ cinq à six piés cubes de terre, & sert aux mêmes usages que les brouettes.
La fig. 137 est un instrument de bois, appellé oiseau, à l'usage des Limousins pour transporter le mortier sur les épaules.
La fig. 138 est une auge de bois à l'usage des Maçons, dans laquelle on gache le plâtre pour l'employer.
La fig. 139 est un panier d'osier clair, d'environ deux piés à deux piés & demi de diametre, à l'usage des Maçons pour passer le plâtre propre à faire des crépis.
La fig. 140 est une espece de tamis, appellé sas fait aussi pour tamiser le plâtre ; mais plus fin que le précédent, & propre à faire des enduits.
La fig. 141 est un instrument de bois, appellé bar, d'environ six à sept piés de long sur deux piés de large, avec des traverses A, porté par deux ou plusieurs hommes, fait pour transporter des pierres d'un moyen poids dans les bâtimens ; les trous B sont faits pour y passer, en cas de besoin, un boulon de fer claveté pour rendre le bar plus solide.
La fig. 142 est un instrument aussi de bois, appellé civiere, avec des traverses comme le précédent, servant aussi aux mêmes usages.
La fig. 143 est une scie sans dent pour débiter la pierre dure ; elle est manoeuvrée par un ou deux hommes, lorsque les pierres sont fort longues.
La fig. 144 est une espece de cuilliere de fer, emmanchée sur un petit bâton, depuis six jusqu'à dix piés de long, à l'usage des scieurs de pierres, pour arroser avec de l'eau & du grais les pierres qu'ils débitent à la scie sans dent.
La fig. 145 est une scie avec dent pour débiter la pierre tendre, manoeuvrée par deux ou quatre hommes, selon la grosseur de la pierre.
La fig. 146, est une scie à main avec dent, faite pour scier les joints des pierres tendres, & par-là, livrer passage au mortier ou au plâtre, & faire liaison.
La fig. 147, est un instrument appellé demoiselle, dont on se sert en Allemagne pour corroyer le mortier ; c'est une espece de cône tronqué dans son sommet, dont la partie inférieure A est armée d'une masse de fer, & la partie supérieure d'une tige de bois en forme de T, pour pouvoir être manoeuvrée par plusieurs hommes.
La fig. 148 est une scie à main sans dent, faite pour scier les joints des pierres dures, & faire passage au mortier ou au plâtre, pour former liaison.
La fig. 149 est une lame de fer plate, d'environ trois piés de long, appellée fiche, faite pour ficher le mortier dans les joints des pierres.
La fig. 150 est un assemblage de charpente, appellé brancard, d'environ cinq à six piés de long, sur deux ou trois piés de large & de hauteur, fait avec le secours du gruau, fig. 160, ou de la grue, fig. 162, pour monter sur le bâtiment des pierres de sujétions ou des moilons.
La fig. 151 est un instrument appellé bouriquet, avec lequel, par le secours du gruau, fig. 160, ou de la grue, fig. 162, on monte des moilons sur le bâtiment ; les cordages A s'appellent brayer du bouriquet ; & B, l'esse du même bouriquet.
La fig. 152 est un chassis de bois, appellé manivelle, de deux ou trois piés de hauteur, sur environ dix-huit pouces de large, percé de plusieurs trous pour y placer un boulon A à la hauteur que l'on juge à propos, à l'usage des Maçons & Tailleurs de pierre, pour servir avec le secours du levier, fig. 158, à lever les pierres ou toute espece de fardeau.
La fig. 153 est un assemblage de charpente, appellé mouton, d'environ quinze à vingt piés d'élévation, dont on se sert pour planter des pilotis A. Cet assemblage est composé de plusieurs pieces, dont la premiere marquée B, est un gros billot de bois, appellé mouton, fretté par les deux bouts, attaché au bout des deux cordages C, tiré & lâché alternativement par des hommes ; ce cordage roule sur des poulies D ; & c'est ce qu'on appelle sonnettes. E, est le sol ; F, la fourchette ; G, les moutons ; H, les bras ou liens ; I, le ranche garni de chevilles ; K, la jambette.
La fig. 154 est un échafaud adossé à un mur A, dont se servent les Maçons dans les bâtimens ; il est composé de perches B, de boulins C, attachés dessus avec des cordages, & des planches ou madriers D posés dessus, & sur lesquels les Maçons travaillent à la surface des murs.
La fig. 155 est une seconde composée de plusieurs tringles de fer B, selon la profondeur du terrein que l'on veut sonder, chacune de six à sept piés de long, sur quinze à dix-huit lignes de grosseur en quarré, portant par le bout d'en haut une vis C, & par l'autre une douille D, creusée, & à écrou qui se visse sur le bout C ; E, est une espece de cuillere en forme de vrille pour percer le terrein ; F, est une fraise pour percer le roc ; A, est le manche ou levier avec lequel on manoeuvre la sonde.
La fig. 156 est une chevre faite pour lever des fardeaux d'une moyenne pesanteur, composée d'un treuil A, d'un cordage B, de deux leviers C, d'une poulie D, de deux bras E, & de deux traverses F.
La fig. 157 est un cabestan appellé dans les bâtimens vindas, qui sert à transporter des fardeaux, en faisant tourner par des hommes les leviers A, qui entrent dans les trous du treuil B, & qui en tournant, enfile d'un côté C le cordage D ; & de l'autre E, le défile.
Les fig. 158 & 159 sont des leviers ou boulins de différente longueur à l'usage des bâtimens.
La fig. 160 est un gruau d'environ trente à quarante piés de hauteur, fait pour enlever les pierres, les grosses pieces de charpente, & toute espece de fardeau fort lourd, pour les poser ensuite sur le bâtiment ; il est composé de leviers A, d'un treuil B, d'un cordage C, de deux ou trois poulies D, d'un poids quelconque E. F, est le sol du gruau ; G, la fourchette ; H, les bras ; I, la jambette ; K, le ranche garni de chevilles ; L, la sellette ; M, le poinçon ; N, le lien ; & O, les moises, retenues de distances en distances par des boulons clavetés.
La fig. 161 est la partie supérieure d'un gruau d'une autre espece ; A, en est le poinçon ; B, la sellette ; C, le fauconneau ou estourneau ; D, les liens ; E, le cordage ; & F, les poulies.
La fig. 162, est une grue d'environ cinquante à soixante piés de hauteur, servant aussi à enlever de grands fardeaux, & est composée d'une roue A, fermée dans sa circonférence, & dans laquelle des hommes marchent, & en marchant font tourner le treuil B, qui enveloppe la corde ou chable C, attaché de l'autre côté à un grand poids D ; au lieu de cette roue, on y en place quelquefois une autre, comme celle de la fig. 26. E, est l'empatement de la grue ; F, l'arbre ; G, les bras ou liens en contrefiches ; H, le poinçon ; I, le ranche garni de chevilles ; K, les liens ; L, les petites moises ; M, la grande moise ; N, la soupente ; O, le mamelon du treuil ; & P, la lumiere du même treuil.
La fig. 163, est un instrument appellé louve, qui s'engage jusqu'à l'oeil A dans la pierre que l'on doit enlever & poser sur le bâtiment, afin d'éviter par-là d'écorner ses arêtes, en y attachant des cordages, & en même tems afin que les pierres soient mieux posées, plus tôt, & plus facilement ; ce qui produit de l'accélération nécessaire dans la bâtisse. B, est la louve ; C, sont les louveteaux, espece de coins qui retiennent la louve dans l'entaille faite dans la pierre ; D en est l'esse.
La fig. 164 est un ciseau à louver, d'environ dixhuit pouces de long. M. LUCOTTE.
|
| MACONNOIS | (Géog.) pays de France en Bourgogne, que Louis XI. conquit & réunit à la couronne en 1476 : il est situé entre le Beaujolois & le Châlonnois, & est séparé vers l'orient de la Bresse par la riviere de Saône. On sait qu'il est fertile en bons vins, & qu'il a ses états particuliers, dont Piganiol de la Force vous instruira.
J'ajoute seulement que Mrs. du Ryer & S. Julien, connus par leurs ouvrages, sont de cette province, & que Guichenon & Sénécé ont eu Mâcon pour partie.
André du Ryer, sieur de Malézair, différent de Pierre du Ryer, l'un des quarante de l'Académie françoise, apprit, pendant son long séjour à Constantinople & en Egypte, les langues turque & arabe ; ce qui nous a valu non-seulement la traduction de l'alcoran dont je ne ferai point l'éloge, mais celle du Gulistan, ou de l'empire des Roses de Saadi, que j'aime beaucoup.
M. de S. Julien, surnommé de Balleure, premier chanoine séculier de Mâcon en 1557, mort en 1593, étudia beaucoup l'histoire particuliere de son pays ; ses mêlanges historiques & ses antiquités de Tournus sont pleines de recherches utiles.
Guichenon (Samuel) s'est fait honneur par son histoire de Bresse & du Bugey, en 3 vol. in-folio, auxquels il faut joindre son recueil des actes & des titres de cette province. Il fut comblé de biens par le duc de Savoie, pour récompense de son histoire généalogique de la maison de ce prince, en 2 vol. in-fol. Il mourut en 1604, à 57 ans.
Sénécé (Antoine Bauderon), né à Mâcon en 1643, mort en 1737, poëte d'une imagination singuliere, a mis des beautés neuves dans ses travaux d'Apollon. Ses mémoires sur le cardinal de Retz amusent sans intéresser. Son conte de Kaïmac, au jugement de M. de Voltaire, est, à quelques endroits près, un ouvrage distingué. Je crois l'épithete trop forte. Quoi qu'il en soit, Sénécé conserva jusqu'à la sin de ses jours une gaieté pure, qu'il appelloit avec raison le baume de la vie. (D.J.)
|
| MACOQUER | S. m. (Hist. nat. Bot.) fruit commun aux îles de l'Amérique, & dans la plus grande partie du continent. Il a la forme de nos courges, & il est d'un goût agréable. Cependant sa figure & sa grosseur varient. Son écorce est dure, ligneuse, polie, brune ou rougeâtre en-dehors, noire en-dedans. Il contient une pulpe qui de blanche devient violette en mûrissant. Dans cette pulpe sont parsemés plusieurs grains plats & durs. Les chasseurs mangent le macoquer ; ils lui trouvent le goût du vin cuit ; il étanche la soif, mais il resserre un peu le ventre. Les Indiens en font une espece de tambour, en le vuidant par une ouverture, & le remplissant ensuite de petits cailloux. Dutertre appelle le macoquer, calebassier, d'autres cohyne ou hyguero.
|
| MACORIS | (Géog.) riviere poissonneuse & navigable de l'île Hispaniola, qui se décharge dans la mer à la côte du sud, à environ 7 lieues de san Domingo. (D.J.)
|
| MACOUBA | TABAC DU, s. m. (Botan.) c'est un excellent tabac d'une couleur foncée, ayant naturellement l'odeur de la rose ; il tire son nom d'un canton situé dans la partie du nord de la Martinique, où quelques habitans en cultivent, sans toutefois en faire le principal objet de leur commerce ; c'est pourquoi ce tabac est fort rare en Europe. Les sieurs J. Bapt. le Verrier & Josué Michel en ont toujours fabriqué d'une qualité supérieure à celui qu'on recueille dans le reste du canton. M. LE ROMAIN.
|
| MACOUTE | S. f. (Com.) espece de monnoie de compte, en usage parmi les Négres, dans quelques endroits des côtes de l'Afrique, particulierement à Loango. Compter par macoutes ou par dix, c'est la même chose.
|
| MACPHÉLA | (Géog. sacrée) c'est le lieu Cham, dont il est parlé dans la Genese, chap. xvij. vers. 23. & qu'on traduit ordinairement par caverne Macphéla. On pourroit traduire la caverne fermée. En arabe Macphéla signifie fermé, muré. La caverne Macphéla, achetée par Abraham pour y enterrer Sara sa femme, étoit apparemment son tombeau creusé dans le roc, & fermé exactement ou muré, de peur qu'on n'y entrât. On voit encore dans l'Orient des tombeaux fermés & murés. (D.J.)
|
| MACQUE | S. m. (Econ. rustiq.) instrument de bois dont on se sert pour briser le chanvre, & le réduire en filasse. Voyez l'article CHANVRE.
|
| MACRA | (Géog. anc.) c'est 1°. une riviere d'Italie, aujourd'hui le Magra, qui séparoit l'Etrurie de la Ligurie. 2°. Une île du Pont-Euxin, dans le golfe de Carcine, selon Pline, l. IV. c. xiij. 3°. Une ville de Macédoine, aussi nommée Orthagoria, & plus anciennement Stagira. Voyez STAGIRA. (D.J.)
|
| MACRE | S. f. tribuloides, (Hist. nat. Bot.) genre de plante à fleur en rose, composée de plusieurs pétales disposés en rond. Il s'élève du calice un pistil, qui devient dans la suite avec le calice un fruit arrondi pointu, qui n'a qu'une capsule, & qui renferme une seule semence semblable à une châtaigne : les pointes du fruit sont formées par les feuilles du calice. Tournefort, Inst. rei herb. appendix. Voyez PLANTE.
|
| MACRÉNI | (Géog. anc.) peuple de l'île de Corse, dans la partie septentrionale, selon Ptolémée, l. III. c. ij.
|
| MACREUSE | S. f. anas niger, Ald. (Hist. nat. Ornith.) oiseau qui est plus gros que le canard domestique, il a le bec large, court, & terminé par un angle rouge ; le milieu du bec est noir, & tout le reste jaunâtre : la tête & la partie supérieure du cou sont d'un noir verdâtre ; tout le reste du corps est noir, à l'exception d'une bande blanche, transversale, & de la largeur d'un pouce, qui se trouve sur le milieu des ailes ; il y a aussi de chaque côté derriere l'oeil une tache blanche. Les pattes & les piés ont la face extérieure rouge, & la face intérieure jaune. La membrane qui tient les doigts unis ensemble & les ongles sont très-noirs. Raii, Synop. meth. Voyez OISEAU.
MACREUSE, (Diete & Cuisine) cet oiseau qui est regardé comme aliment maigre, est ordinairement dur, coriace, & sent le poisson ou le marécage. M. Bruhier conclut très-raisonnablement de cette observation, dans ses additions au traité des alimens de Louis Lemery, qu'il ne faut pas nous reprocher l'indulgence de l'Eglise, qui nous en permet l'usage pendant le carême. Le même auteur nous apprend que la meilleure maniere d'apprêter la macreuse, pour la rendre supportable au goût, est de la faire cuire à demi à la broche, & de la mettre en salmi, avec le vin, le sel & le poivre. Par cette méthode, on dépouille la macreuse d'une partie de son huile, d'où vient en bonne partie son goût desagréable ; mais il en reste encore assez pour nager sur le ragoût, & il faut avoir soin de l'enlever avec une cuillere. Cette préparation de la macreuse la rend aussi plus saine. (b)
Les macreuses de la riviere de la Plata, fulica menilopos, ne different de quelques-unes de nos macreuses européennes que par la tête. Leur grosseur égale celle de nos poules domestiques : leurs piés sont composés de trois serres fort longues sur le devant, & d'une petite sur le derriere, armées d'ongles durs, noirs & pointus. Les trois serres du devant sont bordées d'un cartilage qui leur sert de nageoire : ce cartilage est taillé à triple de bordure, & toujours étranglé à l'endroit des articulations des phalanges, dont trois composent la serre du milieu. (D.J.)
MACREUSE, (Pêche) voici la maniere dont cela se fait dans les bayes de Mesquet & de Pennif, ressort de l'amirauté de Vannes. Le fond y est garni de moules. C'est-là que se tendent les filets. Les mailles en ont trois ou quatre pouces en quarré. On choisit le tems des grandes marées. Les pieces du rets ont sept à huit brasses en quarré : elles sont montées & garnies à l'entour d'une petite corde, & de flottes de liége qui les soutiennent. On les tend de basse mer sur les rochers ou moulieres : les macreuses viennent paître de ces coquillages. On remarque leur présence par le dépouillement des rochers. On arrête les quatre coins du filet avec des pierres, de maniere cependant qu'il puisse s'élever de haute mer sur la mouliere d'environ deux piés. Les macreuses plongent pour tomber sur les fonds, ou remontent des fonds où elles ont plongé, & tirent alors le filet & s'y prennent par les ailes ou le col dans les mailles, à-travers lesquelles leur corps ne peut passer. Si elles se noyent, le pêcheur ne peut les retirer que de basse eau. Le rets est teint, afin que l'oiseau ne puisse le distinguer du gouesmont ou du rocher. La pêche se fait depuis le commencement de Novembre jusqu'à la fin de Mars, mais seulement pendant les six jours de la nouvelle lune, & les six autres jours de la pleine lune. On tend aussi le rets aux macreuses sur des piquets. Les pêcheurs bas-normands l'appellent alors courtine à macreuse. Voyez nos Planches de Pêche. Outre le rets, dont nous venons de parler, il y a l'agrès qui se tend de plat, pierré & flotté ; c'est une sorte de cibaudiere. Il y a les petits pieux, les crayers, les demi-folles, les ravoirs ou raviers, les macrolieres, les berces, &c. ceux de mer se tendent de plat, flottés & pierrés ; les autres, de plat aussi, mais montés sur des piquets comme les folles, &c. Lorsque les agrès sont tendus de plat sans piquet, ils ressemblent à une nappe flottée tout autour. Pour les arrêter, on se sert des alingues ou cordages faits d'une double ligne, au bout desquelles le pêcheur frappe une petite cabliere ou gros galet, laissant au filet la liberté de s'élever seulement de 18 à 20 pouces, comme on le pratique aux mêmes filets établis en piquets, berces, berceaux, courtines ou chariots.
On ne tend les agrès qu'en hiver, lorsque le grand froid amene les oiseaux marins de haute mer à la côte.
|
| MACRI | (Géog.) village de la Turquie en Europe, dans la Romanie, sur le détroit des Dardanelles, auprès de Rodosto. C'étoit anciennement une ville, appellée Machronteichos, parce qu'elle étoit à l'extrêmité de la longue muraille, bâtie par les empereurs de Constantinople, depuis la Propontide jusqu'à la mer Noire, afin de garantir la capitale des insultes des Barbares qui venoient souvent jusqu'aux portes. Mais que servent des murailles aux états qui tombent en ruine ?
|
| MACRIS | (Géog. anc.) nom commun 1°. à une île de la mer de Pamphylie ; 2°. à une île de la mer de Rhodes ; 3°. à une île de la mer Ionienne. (D.J.)
|
| MACROCÉPHALE | S. m. (Médecine) marque une personne qui a la tête plus large ou plus longue qu'on ne l'a naturellement. Ce mot est composé des mots grecs , long, large, & , tête.
|
| MACROCÉPHALI | (Géog. anc.) peuples d'Asie voisins de la Colchide ; ils étoient ainsi nommés à cause de la longueur de leur tête. (D.J.)
|
| MACROCOLUM | S. m. (Littér.) sorte de grand papier des anciens, que Catulle appelle regia charta ; c'est un terme qui se trouve dans les lettres de Cicéron à Atticus. Ce mot vient du grec, & est dérivé de long, & de je colle. On colloit ensemble chez les anciens les feuillets des livres ; & lorsqu'on en faisoit faire une derniere copie au net, pour les mettre dans sa bibliotheque, ou l'écrivoit ordinairement sur de grandes feuilles. Macrocollum est donc la même chose qu'un écrit, un livre, un ouvrage en grand papier. Voyez Pline lib. III. cap. xij. Cette sorte de grand papier avoit au moins seize pouces de long, & communément vingt-quatre. (D.J.)
|
| MACROCOSME | S. m. (Cosmogr.) signifie le monde entier, c'est-à-dire l'univers. Ce mot qui ne se trouve que dans quelques ouvrages anciens, & qui n'est plus aujourd'hui en usage, est composé des mots grecs grand, & monde. Dans ce sens, il est opposé à microcosme. Voyez MICROCOSME. Chamb.
|
| MACRONE | (Géog. anc.) peuples du Pont sur les bords du fleuve Absarus & dans le voisinage du fleuve Sydenus, selon Pline l. VI. c. iv. (D.J.)
|
| MACRONISI | (Géog.) île de Grece dans l'Archipel ; elle est abandonnée, mais fameuse, & de plus admirable pour herboriser. Pline prétend qu'elle avoit été séparée de l'île Eubée par les violentes secousses de la mer. Elle n'a pas plus de trois milles de large, sur sept ou huit de longueur : ce qui lui a valu le nom de Macris ou d'île longue. Les Italiens l'appellent encore isola longa. Strabon assure qu'elle se nommoit autrefois Crané, raboteuse & rude ; mais qu'elle reçut le nom d'Helene après que Pâris y eut conduit cette belle lacédémonienne qu'il venoit d'enlever. Cette île selon M. de Tournefort est encore dans le même état que Strabon l'a décrite, c'est-à-dire que c'est un rocher sans habitans ; & suivant les apparences, ajoûte notre illustre voyageur, la belle Hélene n'y fut pas trop bien logée ; mais elle étoit avec son amant, & n'avoit pas reçu l'éducation délicate d'une sybarite. Macronisi n'a présentement qu'une mauvaise cale dont l'entrée regarde l'est. M. de Tournefort coucha dans une caverne près de cette cale, & eut belle peur pendant la nuit, des cris épouvantables de quelques veaux marins qui s'étoient retirés dans une caverne voisine pour y faire l'amour à leur aise. (D.J.)
|
| MACROPHYSOCÉPHALE | S. m. terme de Chirurgie, peu usité. Il signifie la tuméfaction de la tête d'un foetus, qui seroit produite par des ventosités. Le dictionnaire de Trévoux rapporte ce terme d'après le dictionnaire de James, & l'applique à celui dont la tête est distendue au-delà de sa longueur naturelle par quelque affection flatulente. Ambroise Paré s'est servi de ce terme dans son livre de la génération. " Si, dit-il, la femme ne peut accoucher à raison du volume excessif de la tête de l'enfant qui se présente la premiere, soit qu'elle soit remplie de ventosités que les Grecs appellent macrophysocéphale, ou d'aquosités qu'ils nomment hydrocéphale ; si la femme est en un extrême travail & qu'on connoisse l'enfant être mort, il faut ouvrir la tête de l'enfant, &c. " Voyez HYDROCEPHALE, CROCHET, COUTEAU A CROCHET. Le mot de cet article vient de long, de flatulence, & de tête. (Y)
|
| MACROPOGONES | (Géog. anc.) comme qui diroit longues barbes ; peuples de la Sarmatie asiatique, aux environs du pont Euxin, selon Strabon liv. XI. pag. 492. (D.J.)
|
| MACROSTICHE | adj. (Hist. ecclés.) écrite à longues lignes. Ce fut ainsi qu'on appella dans le quatrieme siecle, la cinquieme formule de foi que composerent les Eusébiens au concile qu'ils tinrent à Antioche l'an 345. Elle ne contient rien qu'on puisse absolument condamner. Elle prit son nom de macrostiche, de la maniere dont elle étoit écrite.
|
| MACROULE | S. f. (Hist. nat. Ornit.) diable de mer, fulica major Bellonii. Oiseau qui est entierement noir : il ressemble parfaitement à la poule d'eau, dont il ne differe qu'en ce qu'il a la tache blanche de la tête plus large, & en ce qu'il est un peu plus gros. Cet oiseau cherche toujours les eaux douces. Willughby. Voyez OISEAU.
|
| MACSARA | ou MACZARAT, s. m. (Hist. mod.) habitation où les Negres se retirent pour se mettre à couvert des incursions de leurs ennemis. Le macsarat est grand, spacieux, & fortifié à la maniere de ces nations.
|
| MACSURAH | S. m. (Hist. mod.) lieu séparé dans les mosquées, & fermé de rideaux : c'est-là que se placent les princes. Le macsurah ressemble à la courtine des Espagnols, espece de tour de lit qui dérobe les rois & princes à la vûe des peuples, pendant le service divin.
|
| MACTIERNE | S. m. & f. (Hist. mod.) ancien nom de dignité, d'usage en Bretagne. Il signifie proprement fils de prince. L'autorité des princes, tyrans, comtes ou mactiernes, tous noms synonymes, étoit grande : il ne se faisoit rien dans leur district, qu'ils n'eussent autorisé. Les Evêques se sont fait quelquefois appeller mactiernes, soit des terres de leur patrimoine, soit des fiefs & seigneuries de leurs églises. Ce titre n'étoit pas tellement affecté aux hommes, que les femmes n'en fussent aussi quelquefois décorées par les souverains : alors elles en faisoient les fonctions. Il y avoit peu de mactiernes au douzieme siecle : ils étoient déjà remplacés par les comtes, vicomtes, barons, vicaires & prévôts.
|
| MACTORIUM | (Géog. anc.) ville ancienne de Sicile, au-dessus de celle de Gela. Il est fort douteux que ce soit la petite ville de Mazarino. (D.J.)
|
| MACUCAQUA | S. f. (Ornith.) grande poule sauvage du Brésil. Elle est grosse, puissante, sans queue ; son bec est fort, noir, & un peu crochu au bout ; sa tête & son col sont tachetés de noir & de jaune ; son jabot est blanc ; son dos, son ventre, & sa poitrine sont cendrés-brun ; ses aîles olivâtres & diaprées de noir, mais ses longues pennes sont toutes noires ; ses oeufs sont plus gros que ceux de la poule ordinaire ; leur couleur est d'un bleu-verdâtre. Cet oiseau vit de fruits qui tombent des arbres ; il court fort vîte ; mais il ne peut voler ni haut ni loin ; il est excellent à manger. Marggrave Histor. brasil. (D.J.)
|
| MACULATURE | S. f. (Imprimerie) Les Imprimeurs appellent maculatures les feuilles de papier grises ou demi-blanches, & très-épaisses qui servent d'enveloppe aux rames. Ils s'en servent pour conserver le papier blanc, qu'ils posent toujours sur une de ces feuilles, à fur & à mesure qu'ils le trempent ou qu'ils l'impriment. Les Imprimeurs, ainsi que les Libraires entendent aussi par maculatures, les feuilles qui se trouvent mal imprimées, pochées, peu lisibles, & entierement défectueuses.
MACULATURE, (Graveurs en bois) feuilles de papier servant aux Graveurs en bois. Ce sont les papiers de tapisseries & de contr'épreuves à mettre entre les épreuves & les feuilles blanches qu'ils contr'épreuvent entre les rouleaux de la presse en taille-douce. Ces maculatures sont plus grandes d'un pouce tout-autour que les épreuves & que les feuilles contr'éprouvées, elles servent à empêcher que par l'envers l'impression ne macule, & ne tache les unes & les autres en passant sous la presse : ce qui pourroit même salir & embrouiller le côté de l'impression. Aucun Dictionnaire n'a parlé de ces maculatures à l'usage des contr'épreuves de la gravure en bois. A force de servir, elles deviennent fort noires dans le carré où elles reçoivent les épreuves & les feuilles que ces dernieres contr'épreuvent : on en change, & l'on en fait d'autres de tems en tems. Voyez CONTR'EPREUVES & PASSEE.
MACULATURE, terme de Papeterie, qui signifie une sorte de gros papier grisâtre dont on se sert pour empaqueter les rames de papier. On le nomme aussi trace. Voyez PAPIER.
|
| MACULE | terme de l'économie animale. Ce sont des taches du sang sur le foetus faites par la force de l'imagination de la mere enceinte, en desirant quelque chose, qu'elle croit ne pouvoir obtenir, ou qu'elle n'ose demander. On prétend que dans ce cas le foetus se trouve marqué sur la partie du corps qui répond à celui de la mere où elle s'est grattée ou frottée. Voyez ci-après un plus grand détail sous l'article MONSTRE ; Voyez aussi FOETUS & IMAGINATION.
|
| MACULER | v. act. (Imprim.) Feuilles d'impression maculées ou qui maculent, sont des feuilles qui, ayant été battues par le relieur, en sortant pour ainsi dire de la presse, & avant d'être bien seches, sont peu lisibles, les lignes paroissant se doubler les unes dans les autres ; ce qui arrive quand l'encre qui soutiendroit par elle-même le battement considérable du marteau, ne peut plus le soutenir, parce que l'humidité du papier l'excite à s'épancher & à sortir des bornes de l'oeil de la lettre ; effet que l'on évitera presque toujours si le papier & l'encre ont eu un tems raisonnable pour sécher.
|
| MACYNIA | (Géograp. anc.) ville de l'Etolie, selon Strabon & selon Pline. Macynium est une montagne de la même contrée.
|
| MACZARA | ou MACSARAT, (Géog.) nom des cases ou habitations des negres dans l'intérieur de l'Afrique sur le Niger ou Nil occidental. C'est une maison grande, spacieuse & forte, à la maniere du pays, où les negres se retirent pour se garantir des incursions de leurs ennemis.
|
| MADAGASCAR | (Géogr.) île immense sur les côtes orientales d'Afrique. Sa longit. selon Harris, commence à 62d 1' 15''. Sa latit. méridionale tient depuis 12d 12' jusqu'à 25d 10', ce qui fait 336 lieues françoises de longueur. Elle a 120 lieues dans sa plus grande largeur, & elle est située nord-nord-est & sud-sud-ouest. Sa pointe au sud s'élargit vers le cap de Bonne-Espérance ; mais celle du nord, beaucoup plus étroite, se courbe vers la mer des Indes. Son circuit peut aller à 800 lieues, ensorte que c'est la plus grande île des mers que nous connoissions.
Elle a été visitée de tous les peuples de l'Europe qui navigent au-delà de la ligne, & particulierement des Portugais, des Anglois, des Hollandois & des François. Les premiers l'appellerent l'île de Saint-Laurent, parce qu'ils la découvrirent le jour de la fête de ce saint en 1492. Les autres nations l'ont nommée Madagascar, nom peu différent de celui des naturels du pays, qui l'appellent Madécasse.
Les anciens Géographes l'ont aussi connue, quoique plus imparfaitement que nous. la Cerné de Pline est la Menuthias de Ptolémée, qu'il place au 12d 30' de latit. sud, à l'orient d'été du cap Prassum. C'est aussi la situation que nos cartes donnent à la pointe septentrionale de Madagascar. D'ailleurs, la description que l'auteur du Périple fait de sa Ménuthias, convient fort à Madagascar.
Les François ont eu à Madagascar plusieurs habitations, qu'ils ont été obligés d'abandonner. Flacourt nous fait l'histoire naturelle de cette île qu'il n'a jamais pu connoître, & Rennefort en a forgé le Roman.
Tout ce que nous en savons se réduit à juger qu'elle se divise en plusieurs provinces & régions, gouvernées par diverses nations, qui sont de différentes couleurs, de différentes moeurs, & toutes plongées dans l'idolatrie ou dans les superstitions du mahométisme.
Cette île n'est point peuplée à proportion de son étendue. Tous les habitans sont noirs à un petit nombre près, descendans des Arabes qui s'emparerent d'une partie de ce pays au commencement du quinzieme siecle. Les hommes y éprouvent toutes les influences du climat ; l'amour de la paresse & de la sensualité. Les femmes qui s'abandonnent publiquement n'en sont point deshonorées. Les gens du peuple vont presque tout nuds ; les plus riches n'ont que des caleçons ou des jupons de soie. Ils n'ont aucunes commodités dans leurs maisons, couchent sur des nattes, se nourrissent de lait, de riz, de racines & de viande presque crue. Ils ne mangent point de pain qu'ils ne connoissent pas, & boivent du vin de miel.
Leurs richesses consistent en troupeaux & en pâturages, car cette île est arrosée de cent rivieres qui la fertilisent. La quantité de bétail qu'elle produit est prodigieuse. Leurs moutons ont une queue qui traîne de demi-pié par terre. La mer, les rivieres & les étangs fourmillent de poisson.
On voit à Madagascar presque tous les animaux que nous avons en Europe, & un grand nombre qui nous sont inconnus. On y cueille des citrons, des orangés, des grenades, des ananas admirables ; le miel y est en abondance, ainsi que la gomme de tacamahaca, l'encens & le benjoin. On y trouve du talc, des mines de charbon, de salpètre, de fer ; des minéraux de pierreries, comme crystaux, topases, améthystes, grenats, girasoles & aigues-marines. Enfin, on n'a point encore assez pénétré dans ce vaste pays, ni fait des tentatives suffisantes pour le connoître & pour le décrire.
|
| MADAIN | (Géog.) ville d'Asie en Perse, dans l'Iraque babilonienne en Chaldée, sur le Tygre, à 9 lieues de Bagdat, avec un palais bâti par Khosroès surnommé Nurshivan. Les tables arabiques donnent à Madain 79 degrés de long. & 33. 10. de latit. septentrionale.
|
| MADAMS | S. m. pl. (terme de relation) on appelle ainsi dans les Indes orientales, du moins dans le royaume de Maduré, un bâtiment dressé sur les grands chemins pour la commodité des passans ; ce bâtiment supplée aux hôtelleries, dont on ignore l'usage. Dans certains madams on donne à manger aux brames, mais communément on n'y trouve que de l'eau & du feu, il faut porter tout le reste.
|
| MADAROSE | S. f. madarosis, (Medec.) chûte des poils des paupieres. Milphosis est cette chûte des cils dans laquelle le bord des paupieres est rouge ; & ptilosis, en latin desquammatio, est cet état dans lequel le bord des paupieres est épais, dur & calleux. Nos auteurs ont eu grand soin de donner des noms grecs aux moindres maladies des paupieres comme aux plus grandes ; mais leurs cils tombés, ne renaissent par aucuns remedes, quand leurs racines sont consommées, ou quand les pores de la peau, dans lesquels ils étoient implantés, sont détruits.
|
| MADASUMMA | (Géog.) ville de l'Afrique propre, à 18 mille pas de Suses. Dans la notice épiscopale d'Afrique, on trouve entre les évêques de la Byzacène le siege de Madasumma, qui étoit alors vacant.
|
| MADAURE | (Géog. anc.) en latin Madaura, & Medaura, ancienne ville d'Afrique proprement dite, ou de la Numidie ; elle n'étoit pas éloignée de Tagaste, patrie de S. Augustin : cette ville avoit anciennement appartenu à Siphax. Les Romains la donnerent ensuite à Masinisse, & avec le tems elle devint une colonie très-florissante, parce que des soldats vétérans s'y établirent. Personne n'ignore que c'étoit la patrie d'Apulée, célebre philosophe qui vivoit l'an 160 de J. C. sous Antonin & Marc-Aurele. Ses ouvrages ont été publiés à Paris en 1688, en 2 vol. in-4°. & c'est, je crois, la meilleure édition qu'on en cite. J'ajoute que Martianus-Mineus-Felix-Capella étoit aussi de Madaure ; il fleurissoit à Rome au milieu du cinquieme siecle, sous Léon de Thrace. Il est fort connu par son ouvrage de littérature, moitié vers, moitié prose, intitulé de Nuptiis Philologiae & Mercurii. Grotius en a donné la bonne édition, réimprimé à Leyde, Lugd. Batav. 1734, in-8°. (D.J.)
|
| MADÉFACTION | S. f. (Pharmacie) action d'humecter ; c'est la même chose que humectation. On entend par madéfactibles, toutes les substances capables d'admettre au-dedans d'elles-mêmes une humidité accidentelle, telles que la laine & l'éponge. Cette préparation se fait souvent en Chimie & en Pharmacie, pour attendrir & ramollir les parties que l'on veut préparer.
|
| MADELEINE | riviere de la, (Géog.) Il y a plusieurs grandes rivieres de ce nom. 1°. Celle de la Guadeloupe en Amérique. 2°. Celle de la Louisiane, qui se dégorge dans le golfe du Mexique, après un cours de 60 lieues dans de belles prairies. 3°. La Madeleine est encore une grande riviere de l'Amérique septentrionale, qui prend sa source dans le nouveau royaume de Grenade, s'appelle ensuite Riogrande, & se jette dans la mer du nord. (D.J.)
|
| MADERE | ou MADERA, (Géog.) île de l'Océan atlantique, située à environ 13 lieues de Portosanto, à 60 des Canaries, entr'elles & le détroit de Gibraltar, par les 32 degrés 27 minutes de latitude septentrionale, & à 18 de longitude, à l'ouest du méridien de Londres.
Elle fut découverte en 1420 par Juan Gonzalès & Tristan Vaz, Portugais. Ils la nommerent Madeira, c'est-à-dire bois ou forêt, parce qu'elle étoit hérissée de bois lorsqu'ils la découvrirent. On dit même qu'ils mirent le feu à une de ces forêts pour leurs besoins ; que ce feu s'étendit beaucoup plus qu'ils n'avoient prétendu, & que les cendres qui resterent après l'incendie, rendirent la terre si fertile, qu'elle produisit dans les commencemens soixante pour un ; desorte que les vignes qu'on y planta, donnoient plus de grappes que de feuilles.
Madere a, suivant Sanut, 6 lieues de largeur, 15 de longueur de l'orient à l'occident, & environ 40 de circuit. Elle forme comme une longue montagne qui court de l'est à l'ouest sous un climat des plus agréables & des plus tempérés. La partie méridionale est la plus cultivée, & on y respire toujours un air pur & serein.
Cette île fut divisée par les Portugais en quatre quartiers, dont le plus considérable est celui de Funchal. On comptoit déjà dans Madere en 1625 jusqu'à quatre mille maisons, & ce nombre a beaucoup augmenté. Elle est arrosée par sept ou huit rivieres & plusieurs ruisseaux qui descendent des montagnes.
La grande richesse du lieu sont les vignobles qui donnent un vin exquis ; le plan en a été apporté de Candie. On recueille environ 28 mille pieces de vin de Madere de différentes qualités ; on en boit le quart dans le pays ; le reste se transporte ailleurs, sur-tout aux Indes occidentales & aux Barbades. Un des meilleurs vignobles de l'île appartient aux jésuites, qui en tirent un revenu considérable.
Tous les fruits de l'Europe réussissent merveilleusement à Madere. Les citrons en particulier, dont on fait d'excellentes confitures, y croissent en abondance ; mais les habitans font encore plus de cas des bananes. Cette île abonde aussi en sangliers, en animaux domestiques, & en toutes sortes de gibier. Elle retire du bled des Açores, parce qu'elle n'en recueille pas assez pour la nourriture des insulaires.
Ils sont bigots, superstitieux au point de refuser la sépulture à ceux qu'ils nomment hérétiques ; en même tems ils sont très-débauchés, d'une lubricité effrénée, jaloux à l'excès, punissant le moindre soupçon de l'assassinat, pour lequel ils trouvent un asyle assuré dans les églises. Ce contraste de dévotion & de vices prouve que les préjugés ont la force de concilier dans l'esprit des hommes les oppositions les plus étranges ; ils les dominent au point, qu'il & rare d'en triompher, & souvent dangereux de les combattre.
MADERE, la, (Géog.) ou rio da Madeira ; c'est-à-dire riviere du Bois, ainsi nommée par les Portugais peut-être à cause de la quantité d'arbres déracinés qu'elle charrie dans le tems de ses débordemens ; c'est une vaste riviere de l'Amérique méridionale, & l'une des plus grandes du monde. On lui donne un cours de six à sept cent lieues, & sa grande embouchure dans le fleuve des Amazones. Il seroit long & inutile d'indiquer les principales nations qu'elle arrose, c'est assez pour présenter une idée de l'étendue de son cours, de dire que les Portugais qui la fréquentent beaucoup, l'ont remontée en 1741, jusqu'aux environs de Santa-Crux de la Sierra, ville épiscopale du haut Pérou, située par 17. de latitude australe. Cette riviere porte le nom de Marmora dans sa partie supérieure, où sont les missions des Moxes ; mais parmi les différentes sources qui la forment, la plus éloignée est voisine du Potosi. (D.J.)
MADERE, (Géog.) vaste riviere de l'Amérique méridionale, elle est autrement nommée riviere de la Plate, & les Indiens l'appellent Cuyati. (D.J.)
|
| MADIA | (Géog.) autrement MAGIA, & par les Allemands Meyn, riviere de Suisse, au bailliage de Locarno en Italie. Elle a sa source au mont Saint-Gothard, & baigne la vallée, qui en prend le nom de Val-Madia. (D.J.)
|
| MADIA VAL | (Géog.) ou MAGIA, & par les Allemands Meynthal, pays de la Suisse, aux confins du Milanès ; c'est le quatrieme & dernier bailliage des douze cantons en Lombardie. Ce n'est qu'une longue vallée étroite, serrée entre de hautes montagnes, & arrosée dans toute sa longueur par une riviere qui lui donne son nom. Le principal endroit de ce bailliage, est la ville ou bourg de Magia. Les baillifs qui y sont envoyés tous les deux ans par les cantons, y ont une autorité absolue pour le civil & pour le criminel. Lat. du bourg de Magia, 45. 56. (D.J.)
|
| MADIAN | (Hist. nat. Bot.) suc semblable à l'opium, que les habitans de l'Indostan & des autres parties des Indes orientales prennent pour s'enivrer.
|
| MADIANITES | Les, (Géog. sacrée) Madianitae, peuples d'Arabie, où ils habitoient deux pays très-différens, l'un sur la mer Morte, l'autre sur la mer Rouge, vers la pointe qui sépare les deux golfes de cette mer. Chacun de ces peuples avoit pour capitale, & peut-être pour unique place, une ville du nom de Madian. Josephe nomme Madiéné, Masin'un, celle de la mer Rouge. (D.J.)
|
| MADIERS | S. m. pl. (Marine) grosses planches, épaisses de cinq à six pouces. (Q)
|
| MADONIA | (Geog.) Madoniae montes, anciennement Néebrodes, montagnes de Sicile. Elles sont dans la vallée de Démona, & s'étendent au long entre Traina à l'orient, & Termine à l'occident. (D.J.)
|
| MADRA | (Géog.) royaume d'Afrique, dans la Nigritie. Sa capitale est à 45. 10. de long. & à 11. 20. de latitude. (D.J.)
|
| MADRACHUS | S. m. (Mythol.) surnom que les Syriens donnerent à Jupiter, lorsqu'ils eurent adopté son culte. M. Huet tire l'origine de ce mot des langues orientales, & croit qu'il signifie présent par-tout. (D.J.)
|
| MADRAGUES | S. f. pl. (Pêch.) ce sont des pêcheries faites de cables & de filets pour prendre des thons : elles occupent plus d'un mille en quarré. Les Madragues sont différentes des pazes, en ce qu'elles sont sur le bord de la mer, & que les pazes ne sont que sur le sable.
|
| MADRAS | ou MADRASPAEAO, (Géographie) grande ville des Indes orientales, sur la côte de Coromandel, avec un fort, nommé le fort Saint Georges. Elle appartient aux Anglois, & est pour la compagnie d'Angleterre, ce que Pondichéry est pour celle de France. On doit la regarder comme la métropole des établissemens de la nation angloise en orient, au-delà de la côte de la Pescherie.
Cette ville s'est considérablement augmentée depuis la ruine de Saint-Thomé, des débris de laquelle elle s'est accrue. On y compte 80 à 100 mille ames. Les impôts que la compagnie d'Angleterre y levoit avant la guerre de 1745, montoient à 50000 pagodes ; la pagode vaut environ 8 schillings, ou 8 livres 10 sols de notre argent.
M. de la Bourdonnaye se rendit maître de Madras en 1746, & en tira une rançon de 5 à 6 millions de France. C'est ce même homme, qu'on traita depuis en criminel, & qui après avoir langui plus de trois ans à la Bastille, eut l'avantage de trouver dans M. de Gennes, célebre avocat, un zélé défenseur de sa conduite ; desorte qu'il fut déclaré innocent par la commission que le roi nomma pour le juger.
Madras est situé au bord de la mer, dans un terrein très-fertile, à une lieue de Saint-Thomé, 25 de Pondichery. Long. 98. 8. lat. selon le P. Munnaos, 13. 20. (D.J.)
|
| MADRE LE | (Géog.) riviere de Turquie en Asie, dans la Natolie ; elle n'est pas large, mais assez profonde, c'est le Méandre des anciens ; mot qu'il faut toujours employer dans la traduction de leurs ouvrages, tandis que dans les relations modernes il convient de dire le Madre. (D.J.)
|
| MADRENAGUE | S. f. (Com.) espece de toile, dont la chaîne est de coton, & la trame de fil de palmier. Il s'en fabrique beaucoup aux îles Philippines, c'est un des meilleurs commerces que ces insulaires, soit soumis, soit barbares, fassent avec les étrangers.
|
| MADRÉPORES | S. m. madrepora, (Hist. nat.) ce sont des corps marins, qui ont la consistance & la dureté d'une pierre, & qui ont la forme d'un arbrisseau ou d'un buisson, étant ordinairement composés de rameaux qui partent d'un centre commun ou d'une espece de tronc. La surface de ces corps est tantôt parsemée de trous circulaires, tantôt de trous sillonnés qui ont la forme d'une étoile & qui varient à l'infini. Quelques madrépores ont une surface lisse, parsemée de trous ou de tuyaux ; d'autres ont des sillons ou des tubercules plus ou moins marqués, qui leur ont fait souvent donner une infinité de noms différens, qui ne servent qu'à jetter de la confusion dans l'étude de l'Histoire naturelle. C'est ainsi qu'on a nommé millepores, ceux à la surface desquels on remarquoit un grand nombre d'ouvertures ou de trous très-petits : on les a aussi nommés tubulaires, à cause des trous qui s'y trouvent. Quelques auteurs regardent les coraux comme des madrépores, d'autres croyent qu'il faut les distinguer, & ne donner le nom de madrépores qu'aux lytophites ou corps marins semblables à des arbres qui ont des pores, c'est-à-dire qui sont d'un tissu spongieux & rempli de trous, soit simples, soit étoilés.
Quoi qu'il en soit de ces différens sentimens, les madrépores sont très-aisés à reconnoître par leur forme, par leur consistance qui est celle d'une pierre calcaire sur laquelle les acides agissent, ce qui indique sa nature calcaire. Les Naturalistes conviennent aujourd'hui que ces corps sont des loges qui servent de retraite à des polypes, & autres insectes marins, qui se bâtissent eux-mêmes la demeure où ils habitent. Les madrépores varient avec les différentes mers où on les trouve.
On appelle madréporites les madrépores que l'on rencontre, soit altérés, soit non altérés dans le sein de la terre ; quelques-uns sont changés en cailloux, d'autres sont dans leur état naturel : ces corps ont été portés dans l'intérieur des couches de la terre, par les mêmes causes qui font que l'on y trouve les coquilles, & tous les autres corps marins fossiles. Voyez FOSSILES.
On a souvent confondu les madréporites ou madrepores fossiles avec le bois pétrifié, ce qui a donné lieu à quelques gens de douter s'il existoit réellement du bois pétrifié, mais les madréporites se distinguent par un tissu qu'un oeil attentif ne peut point confondre avec du bois.
MADREPORE, (Mat. méd.) on trouve souvent dans les boutiques, sous le nom de corail blanc, une espece de madrepore blanche, & divisée en rameaux, qui ne differe du corail blanc qu'en ce qu'elle est percée de trous, qu'elle est creuse en-dedans, & qu'elle croît sans être recouverte, de ce qu'on appelle écorce dans les coraux. Cette espece de madrepore s'appelle madrepora vulgaris, I. H. R. 573 ; corallium album oculatum, off. J. B. 3. 705.
Geoffroi dit de cette substance que quelques-uns lui attribuent les mêmes vertus qu'au corail blanc. Il faut dire aujourd'hui qu'elle a absolument la même vertu, c'est-à-dire qu'elle est terreuse, absorbante, & rien de plus. Voyez CORAIL, & remedes terreux, au mot TERRE. (b)
|
| MADRID | (Géog.) ville d'Espagne dans la nouvelle Castille, & la résidence ordinaire des rois. On croit communément que c'est la Mantua Carpetanorum des anciens, ou plutôt qu'elle s'est formée des ruines de villae-Manta.
En 1085, sous le regne d'Alphonse VI. après la capitulation de Tolède, qu'occupoient les Mahométans, toute la Castille neuve se rendit à Rodrigue, surnommé le Cid, le même qui épousa depuis Chimene, dont il avoit tué le pere. Alors Madrid, petite place qui devoit un jour être la capitale de l'Espagne, tomba pour la premiere fois au pouvoir des Chrétiens.
Cette bourgade fut ensuite donnée en propre aux archevêques de Tolède, mais depuis Charle V. les rois d'Espagne l'ayant choisie pour tenir leur cour, elle est devenue la premiere ville de cette vaste monarchie.
Elle est grande, peuplée, ornée du palais du roi, de places, d'autres édifices publics, de quantité d'églises, & d'une academie fondée par Philippe IV. mais les rues y sont mal propres & très-mal pavées. On y voit plusieurs maisons sans vitres, parce que c'est la coutume que les locataires font mettre le vitrage à leurs dépens, & lorsqu'ils délogent, ils ont soin de l'emporter ; le locataire qui succede s'en passe, s'il n'est pas assez riche pour remettre des vitres.
Un autre usage singulier, c'est que dans la bâtisse des maisons, le premier étage qu'on éleve appartient au roi, duquel le propriétaire l'achete ordinairement. C'est une sorte d'impôt très-bizarre, & très-mal imaginé.
Philippe IV. a fondé dans cette capitale une maison pour les enfans trouvés ; on peut prendre des administrateurs un certificat qui coute deux patagons ; ce certificat sert pour retirer l'enfant quand on veut. Tous ces enfans sont censés bourgeois de Madrid, & même ils sont réputés à certains égards gentilshommes, c'est-à-dire qu'ils peuvent entrer dans un ordre de chevalerie, qu'on appelle habito.
Madrid jouit d'un air très-pur, très-subtil, & froid dans certains tems, à cause du voisinage des montagnes. Elle est située dans un terrein fertile, sur une hauteur, bordée de collines d'un côté, à six lieues S. O. d'Alcala, sept de l'Escurial, neuf de Puerto de Guadaréma, cent six N. E. de Lisbonne, environ deux cent de Paris, & trois cent de Rome. Long. selon Cassini, 13d. 45'. 45''. lat. 40. 26. (D.J.)
|
| MADRIERS | S. m. (Hydr.) ce sont des planches fort épaisses de bois de chêne, qui servent à soutenir les terres ou à former des plate-formes pour asseoir la maçonnerie des puits, des citernes, & des bassins.
MADRIERS, (Art. milit.) sont des planches fort épaisses qui servent à bien des choses dans l'artillerie & la guerre des siéges. Les madriers qu'on emploie pour la plate-forme des batteries de canon & de mortier, ont depuis neuf jusqu'à douze ou quinze piés de long, sur un pié de largeur, & au moins deux pouces & demi d'épaisseur.
MADRIERS, (Architect.) on appelle ainsi les plus gros ais qui sont en maniere de plate-forme, & qu'on attache sur des racinaux ou pieux, pour asseoir sur de la glaise les murs de maçonnerie lorsque le terrein paroît de foible consistance.
Madriers, on appelle de ce nom de fortes planches de sapin qui servent pour les échafauts, & pour conduire dessus avec des rouleaux de grosses pierres toutes taillées, ou prêtes à être posées.
MADRIGAL, s. m. (Littér.) dans la poésie moderne italienne, espagnole, françoise, signifie une petite piece ingénieuse & galante, écrite en vers libres, & qui n'est assujettie ni à la scrupuleuse régularité du sonnet, ni à la subtilité de l'épigramme, mais qui consiste seulement en quelques pensées tendres exprimées avec délicatesse & précision.
Menage fait venir ce mot de mandra, qui en latin & en grec signifie une bergerie, parce qu'il pense que ç'a été originairement d'une chanson pastorale que les Italiens ont formé leur mandrigal, & nous à leur imitation. D'autres tirent ce mot de l'espagnol madrug, se lever matin, parce que les amans avoient coutume de chanter des madrigaux dans les sérénades qu'ils donnoient de grand matin sous les fenêtres de leurs maîtresses. Voyez SERENADE.
Le madrigal, selon M. le Brun, n'a à la fin ou dans sa chûte rien de trop vif ni de trop spirituel, roule sur la galanterie, mais d'une maniere également bienséante, simple, & cependant noble. Il est plus simple & plus précis de dire avec un auteur moderne, que l'épigramme peut être polie, douce, mordante, maligne, &c. pourvû qu'elle soit vive, c'est assez. Le madrigal au contraire, a une pointe toujours douce, gracieuse, & qui n'a de piquant que ce qu'il lui en faut pour n'être pas fade. Cours de belles Lettres, tome II. pag. 268.
Les anciens n'avoient pas le nom de madrigal, mais on peut le donner à plusieurs de leurs pieces, à quelques odes d'Anacréon, à certains morceaux de Tibulle & de Catulle. Rien en effet ne ressemble plus à nos madrigaux que cette épigramme du dernier.
Odi & amo, quare id faciam fortasse requiris :
Nescio ; sed fieri sentio & excrucior.
L'auteur du cours des belles Lettres, que nous avons déjà cité, rapporte en exemple ce madrigal de Pradon, qui réussissoit mieux en ce genre là qu'en tragédies. C'est une réponse à une personne qui lui avoit écrit avec beaucoup d'esprit.
Vous n'écrivez que pour écrire,
C'est pour vous un amusement,
Moi qui vous aime tendrement,
Je n'écris que pour vous le dire.
On regarde le madrigal comme le plus court de tous les petits poëmes. Il peut avoir moins de vers que le sonnet & le rondeau ; le mêlange des rimes & des mesures dépend absolument du goût du poëte. Cependant la briéveté extrême du madrigal interdit absolument toute licence, soit pour la rime ou la mesure, soit pour la pureté de l'expression. M. Despreaux en a tracé le caractere dans ces deux vers :
Le madrigal plus simple & plus noble en son tour,
Respire la douceur, la tendresse & l'amour.
Art poét. c. 2. (G)
MADRIGAL, (Géogr.) Madrigal, petite ville d'Espagne dans la vieille Castille, abondante en blé & en excellent vin, à quatre lieues de Medina-del-Campo. Long. 13. 36. lat. 41. 25.
Madrigal est célebre en Espagne par la naissance d'Alphonse Tostat, évêque d'Avila, qui fleurissoit dans le quinzieme siecle ; il mourut en 1454 à l'âge de quarante ans, & cependant il avoit déja composé des commentaires sur l'Ecriture-sainte, qui ont vû le jour en vingt-sept tomes in-folio. Il est vrai aussi qu'on ne les lit plus, & qu'on songe encore moins à les réimprimer. (D.J.)
|
| MADRINIER | S. m. (Gramm. franç.) vieux mot de notre langue ; c'est le nom d'un officier qui avoit soin autrefois dans les palais de nos rois & les maisons des grands, des pots, des verres, & des vases précieux qui n'étoient que d'une seule pierre. Il en est parlé dans les comptes du quatorzieme siecle pour la dépense du roi. Ce mot est formé de madre, qui signifioit un vaisseau à boire, un vaisseau où l'on mettoit du vin pour boire. (D.J.)
|
| MADROGAN | ou BANAMALAPA, (Géog.) grande ville d'Afrique, capitale du Monomotapa, à vingt milles de Sofala. L'Empereur y réside dans un grand palais bâti de bois ou de torchis, & se fait servir à genoux, dit Dapper ; en ce cas, il n'a pas choisi la meilleure posture pour être servi commodément. Long. 47. 15. lat. mérid. 18.
|
| MADURE | ou MADURA, (Géogr.) île de la mer des Indes, entre celles de Java & de Borneo. Elle est très-fertile en ris, & inaccessible aux grands bâtimens, à cause des fonds dont elle est environnée ; ses habitans ont à peu près les mêmes moeurs que ceux de Java.
|
| MADURÉ | (Géogr.) royaume des Indes orientales, au milieu des terres, dans la grande péninsule qui est en-deçà du Gange ; ce royaume est aussi grand que le Portugal ; il est gouverné par soixante-dix vicerois, qui sont absolus dans leurs districts, en payant seulement une taxe au roi de Maduré. Comme les missionnaires ont établi plusieurs missions dans cette contrée, on peut lire la description qu'ils en ont faite dans les lettres édifiantes. Je dirai seulement que c'est le pays du monde où l'on voit peut-être le plus de malheureux, dont l'indigence est telle, qu'ils sont contraints de vendre leurs enfans, & de se vendre eux-mêmes pour pouvoir subsister. Tout le peuple y est partagé en castes, c'est-à-dire en classes de personnes qui sont de même rang, & qui ont leurs usages & leurs coutumes particulieres. Les femmes y sont les esclaves de leurs maris. Le millet & le ris sont la nourriture ordinaire des habitans, & l'eau pure fait leur boisson.
MADURE, (Géogr.) ville fortifiée des Indes orientales, qui étoit la capitale du pays de même nom. Le pagode où on tient l'idole que les habitans adorent, est au milieu de la forteresse ; mais cette ville a perdu toute sa splendeur depuis que les Massuriens se sont emparés du royaume, & qu'ils ont transporté leur cour à Trichirapali. Long. de Maduré est 98. 32. lat. 10. 20.
|
| MADUS | (Géog. anc.) ancienne ville de l'île de la grande Bretagne, que Cambden explique par Maidstown.
|
| MAEATAE | (Géog. anc.) anciens peuples de l'île de la grande Bretagne ; ils étoient auprès du mur qui coupoit l'île en deux parties. Cambden ne doute point que ce soit le Northumberland.
|
| MAELSTRAND | (Géog.) place forte de Norwége, avec un château du gouvernement de Bahus ; Elle est sur un rocher à l'embouchure du Wener. Elle appartenoit autrefois aux Danois qui l'avoient bâtie, & qui la céderent aux Suédois en 1658 ; long. 28. 56. lat. 57. 58. (D.J.).
|
| MAELSTROM | (Géog.) espece de gouffre de l'Océan septentrional sur la côte de Norwege ; quelques-uns le nomment en latin umbilicus maris. Il est entre la petite île de Wéro au midi, & la partie méridionale de l'île de Loffouren au nord, par les 68, 10 à 15 minutes de latitude, & le 28e degré de longitude. Ce gouffre, que plusieurs voyageurs nous peignent des couleurs les plus effrayantes, n'est qu'un courant de mer, qui fait grand bruit en montant tous les jours durant six heures, après lesquelles il est plus calme pendant le même espace de tems ; tant que ce calme dure, les petites barques peuvent aller d'une île à l'autre sans danger. Le bruit que fait ce courant est vraisemblablement causé par de petites îles ou rochers, qui repoussent les vagues tantôt au septentrion, tantôt au midi ; de maniere que ces vagues paroissent tourner en rond. (D J.)
|
| MAEMACTE | S. m. (Mythol.) surnom donné par les Grecs à Jupiter, en l'honneur de qui les Athéniens célébroient les fêtes Maemactéries. Toutes les étymologies qu'on rapporte de ce surnom Maemacte, sont aussi peu certaines les unes que les autres. Festus nous apprend seulement, que dans la célébration des Maemactéries on prioit ce Dieu d'accorder un hiver doux & favorable aux navigateurs. (D.J.)
|
| MAEMACTERIES | S. f. pl. (Litt. grecq.) ; fête que les Athéniens faisoient à Jupiter dans le mois Maemacterion, pour obtenir de lui, comme maître des saisons, un hiver qui leur fût heureux. (D.J.)
|
| MAEMACTERION | (Littér. grecq.) , le quatrieme mois de l'année des Athéniens, qui faisoit le premier mois de leur hiver. Il avoit 29 jours, & concouroit, selon le P. Pétau ; avec le mois de Novembre & de Décembre, & selon M. Potter, qui a bien approfondi ce sujet, avec la fin du mois de Septembre, & le commencement d'Octobre. Les Béotiens l'appelloient alalcoménius. Voyez Pott. archaeol. graec. l. II. c. xx. tom. I. p. 413. (D.J.)
|
| MAENALUS | (Géog. anc.) montagne du Péloponnèse dans l'Arcadie, dont Pline, Strabon & Virgile font mention. Cette montagne avoit plusieurs bourgs, & leurs habitans furent rassemblés dans la ville de Mégalopolis. Entre ces bourgs, il y en avoit un nommé Maenalum oppidum, mais on n'en voyoit plus que les ruines du tems de Pausanias. (D.J.)
|
| MAENOBA | (Géog. anc.) ou MANOBA, ancienne ville d'Espagne dans la Bétique, avec une riviere du même nom, selon Pline, l. III. c. j. & Strabon, l. III. c. xliij. le P. Hardouin dit, que cette riviere s'appelle présentement Rio-Frio, & la ville TORRES, au royaume de Grenade. (D.J.)
|
| MAEONIA | (Géog. anc.) ville de l'Asie mineure dans la province de Méonie, avec laquelle il ne faut pas la confondre ; la ville étoit située, selon Pline, au pié du Tmolus : du côté opposé à celui où Sardes étoit. Les Maeonii sont les habitans de la Lydie. (D.J.)
|
| MAERGÉTES | adj. m. (Mythol) ce surnom donné à Jupiter, signifie le conducteur des parques, parce qu'on croyoit que ces divinités ne faisoient rien que par l'ordre du souverain des Dieux. (D.J.)
|
| MAESECK | (Géog. Masacum), ville de l'évêché de Liége, sur la Meuse, à 5 lieues de Mastricht, 3 S. O. de Ruremonde, à 12 N. E. de Liége ; long. 23. 25. lat. 51. 5. (D.J.)
|
| MAESTRAL | adj. (Mar.) on donne ce nom dans la mer Méditerranée au vent qui souffle, entre l'occident & le septentrion, qu'on appelle dans les autres mers nord-ouest. (Q)
|
| MAESTRALISER | v. n. (Mar.) c'est quand le bout de l'aiguille aimantée, au lieu de se porter directement au nord, se dirige un peu vers le nord-ouest, ce qu'on appelle variation nord-ouest ; mais dans la Méditerranée on dit ma boussolle maestralise, à cause que le rumb de vent qui est entre le septentrion & l'occident, est nommé maestral, & par les Italiens maestro. (Q)
|
| MAETONIUM | (Géog. anc.) ancienne ville de la Sarmatie en Europe, selon Ptolémée, l. III. c. v. (D.J.)
|
| MAFORTE | S. f. (Hist. eccl.) espece de manteau autrefois à l'usage des moines d'Egypte ; il se mettoit sur la tunique, & couvroit le col & les épaules ; il étoit de lin comme la tunique, il y avoit par-dessus une milote ou peau de mouton.
|
| MAFORTIUM | MAFORIUM, MAVORTE, MAVORTIUM, (Hist. anc.) habillement de tête des mariées chez les Romains ; il s'appella dans des tems plus reculés ricinum. Les moines les prirent ensuite, il leur couvroit les épaules & le col.
|
| MAFOUTRA | (Hist. nat. Bot.) arbre de l'île de Madagascar, qui jette une résine semblable au sang de dragon ; son fruit a la forme d'une petite poire renversée, c'est-à-dire, dont la partie la plus grosse est du côté de la queue. Ce fruit renferme un noyau, qui contient une amande de la couleur & de l'odeur d'une noix de muscade. Les habitans en tirent une huile, que l'on dit être un remede souverain contre les maladies de la peau.
|
| MAFRACH | S. m. (Hist. mod.) grosse valise à l'usage des Persans opulens ; ils s'en servent en voyage, elle contient leurs habits, leur linge & leur lit de campagne. Le dedans est de feutre, & le dehors d'un gros canevas de laine de diverses couleurs, deux mafrachs avec le valet font la charge d'un cheval.
|
| MAGADA | (Mythol.) nom sous lequel Vénus étoit connue & adorée dans la basse-Saxe, où cette déesse avoit un temple fameux, qui fut respecté par les Huns & les Wendes ou Vandales, lorsqu'ils ravagerent le pays. On dit que ce temple subsista même jusqu'au tems de Charlemagne, qui le renversa. (D.J.)
|
| MAGADE | S. f. (Musiq. anc.) magadis ; instrument de musique à 20 cordes, qui étant mises deux à deux, & accordées à l'unisson ou à l'octave, ne faisoient que dix sons, lorsqu'elles étoient pincées ensemble. De-là vint le mot , qui signifioit chanter ou jouer à l'unisson ou à l'octave ; c'est la plus grande étendue de modulation, que les anciens Grecs & & Romains ayent connue jusqu'au siecle d'Auguste, comme on le voit par Vitruve, qui renferme tout le système de la musique dans l'étendue de cinq tétracordes, lesquels ne contiennent que vingt cordes. (D.J.)
|
| MAGADOXO | (Géog.) royaume d'Afrique, sur la côte orientale ; il est borné au nord, par le royaume d'Adel ; à l'orient, par la côte déserte ; au midi, par les terres de Brava, & à l'occident, par le royaume de Machidas. (D.J.)
MAGADOXO, (Géog.) ville d'Afrique, capitale du royaume de même nom à l'embouchure de la riviere de Magadoxo ; elle est habitée par des Mahométans : long. 62. 50. lat. 3. 28. (D.J.)
|
| MAGALAISE | (Hist. nat.) substance minérale. Voyez MANGANESE.
|
| MAGARAVA | (Géog.) montagne d'Afrique dans le royaume de Trémeçen ; elle est habitée par des Béréberes de la tribu des Zénetes. (D.J.)
|
| MAGARSOS | (Géog. anc.) ville d'Asie dans la Cilicie, selon Pline, l. V. c. xxvij. qui la place auprès de Mallos & de Tharse. (D.J.)
|
| MAGASIN | S. m. (Comm.) lieu où l'on serre des marchandises, soit pour les vendre par piéces, ou comme on dit balles sous cordes, ainsi que font les Marchands en gros, soit pour les y conserver jusqu'à ce qu'il se présente occasion de les porter à la boutique, comme font les détailleurs ; ces derniers nomment aussi magasins, une arriere-boutique où l'on met les meilleures marchandises, & celles dont on ne veut pas faire de montre. Diction. de Comm.
On appelle marchand en magasin, celui qui ne tient point de boutique ouverte sur la rue, & qui vend en gros ses étoffes & marchandises.
Garçon de magasin, est la même chose qu'un garçon de boutique. Voyez GARÇON.
Garde-magasin, est celui qui a soin des marchandises enfermées dans un magasin, soit pour les délivrer sur les ordres du maître, soit pour recevoir les nouvelles qui arrivent.
Garde-magasin, se dit aussi des marchandises qui sont hors de mode, & qui n'ont plus de débit. C'est dans le commerce en gros ce qu'on appelle dans le commerce en détail, un garde-boutique. Voyez BOUTIQUE. Dict. de Comm.
Magasin se dit encore de certains grands paniers d'osier, que l'on met ordinairement au-devant & au derriere des carosses, coches, carrioles & autres voitures publiques, pour y mettre des caisses, malles, ballots, &c. soit des personnes qui voyagent par ces voitures, soit d'autres qui envoyent des paquets d'un lieu à un autre, en faisant charger le registre ou la feuille du commis, desdites hardes, caisses, &c. Diction. du Comm.
Magasin d'entrepôt, c'est un magasin établi dans certains bureaux des cinq grosses fermes, pour y recevoir les marchandises destinées pour les pays étrangers, & où celles qui ont été entreposées ne doivent & ne payent aucun droit d'entrée & de sortie, pourvu qu'elles soient transportées hors du royaume par les mêmes lieux par où elles y sont entrées dans les six mois, après quoi elles sont sujettes aux droits d'entrée. Voyez ENTREE. Dict. de Comm.
MAGASIN, en terme de Guerre, est un lieu dans une place fortifiée, où sont toutes les munitions, & où travaillent pour l'ordinaire les charpentiers, les charrons, les forgerons, pour les besoins de la place & le service l'Artillerie. Voyez ARSENAL & GARDE-MAGASIN. Chambers. Ce sont aussi des différens amas de vivres & de fourrages que l'on fait pour la subsistance des armées en campagne.
Une armée ne sauroit s'avancer fort au-delà des frontieres de l'état sans magasins. Il faut qu'elle en ait à portée des lieux qu'elle occupe. On les place sur les derrieres de l'armée, & non avant, afin qu'ils soient moins exposés à être pris ou brûlés par l'ennemi. Les magasins doivent être distribués en plusieurs lieux, les plus à portée de l'armée qu'il est possible, pour en voiturer sûrement & commodément les provisions au camp. Il est très-important, dans les lieux où l'on a de grands magasins, de veiller soigneusement à leur conservation, & d'empêcher les espions ou gens mal intentionnés d'y mettre le feu. Il seroit bien à souhaiter que le général eût toujours des états bien exacts de ce qui se trouve dans chacun des magasins de l'armée, on éviteroit par-là, dans des circonstances malheureuses où l'on se trouve obligé de les dissiper & de les abandonner, l'inconvénient de s'en rapporter pour leur estimation à la bonne foi de ceux qui en sont chargés. D'ailleurs le général seroit par-là en état de juger si les entrepreneurs des vivres remplissent exactement les conditions de leurs marchés pour la quantité des munitions qu'ils doivent fournir. M. de Santacrux prétend qu'il est à propos que le général ait des gens affidés qui visitent les magasins, & qui lui rendent un compte exact de l'état des provisions pour s'assurer si elles sont conformes aux mémoires que les entrepreneurs en donnent. " Parce que ces sortes de gens, dit cet auteur, sont dans l'habitude de différer l'exécution des engagemens auxquels ils sont obligés, dans l'espérance de trouver quelque conjoncture favorable d'acheter à bon marché, & de pouvoir faire passer pour bon ce qui est gâté, ou de manquer à leur traité par malice ou par nonchalance, en disant toujours que tout est prêt ; ce qui peut, continue toujours le même auteur, être cause de la perte d'une armée, qui, sur cette croyance se sera mise en campagne ". Réfl. milit. de M. le marquis de Santacrux.
MAGASINS A POUDRE, (Art milit.) sont dans l'Art militaire des édifices construits pour serrer la poudre, & la mettre à l'abri de tous accidens.
On ne faisoit point autrefois de magasins à poudre, comme on le pratique actuellement dans notre Fortification moderne. On la serroit dans des tours attachées au corps de la place, ce qui étoit sujet à de grands accidens ; car quand le feu venoit à y prendre, soit par hasard ou par trahison, il se formoit une breche dont l'ennemi pouvoit se prévaloir, pour se procurer la prise de la place.
Les magasins à poudre, suivant le modele de M. le Maréchal de Vauban, ont ordinairement dix toises de longueur dans oeuvre sur 25 piés de largeur. Les fondemens des longs côtés ont neuf ou dix piés d'épaisseur. Sur ces fondemens on éleve des piés-droits de neuf piés d'épaisseur, lorsque la maçonnerie n'est pas des meilleures, & de huit piés seulement lorsqu'elle se trouve composée de bons matériaux. On leur donne huit piés de hauteur au-dessus de la retraite, desorte que quand le plancher du magasin est élevé au-dessus du rez-de-chaussée, autant qu'il est nécessaire pour le mettre à l'abri de l'humidité, il reste à-peu-près six piés depuis l'aire du plancher jusqu'à la naissance de la voûte. Cette voûte qui est à plein cintre, a trois piés d'épaisseur au milieu des reins ; elle est composée de quatre voûtes de briques répétées l'une sur l'autre ; l'extrados de la derniere est terminée en pente, dont la direction se détermine en donnant huit piés d'épaisseur au-dessus de la clef, ce qui rend l'angle du faîte un peu plus ouvert qu'un droit.
Les pignons se font chacun de quatre piés d'épaisseur, élevés jusqu'aux pentes du toit, & même un peu au-dessus. Les piés droits ou longs côtés se soutiennent par quatre contreforts de six piés d'épaisseur & de quatre de longueur, espacés de douze piés les uns des autres.
Dans le milieu de l'intervalle d'un contrefort à l'autre, on pratique des évents pour donner de l'air aux magasins ; les dez de ces évents ont ordinairement un pié & demi en tout sens, & l'espace vuide pratiqué autour, se fait de trois pouces de largeur, contourné de maniere qu'ils aboutissent au parement extérieur & intérieur en forme de creneaux. Ces dés servent à empêcher que des gens mal intentionnés ne puissent jetter quelque feu d'artifice pour faire sauter le magasin. Pour prévenir ce malheur, il est encore à propos de fermer les fentes des évents par plusieurs plaques de fer percées, parce qu'autrement on pourroit attacher à la queue de quelque petit animal une meche ou quelqu'autre artifice, pour lui faire porter le feu dans les magasins ; ce qui ne seroit pas difficile, puisqu'on a trouvé plusieurs fois dans les magasins à poudre des coquilles d'oeufs & des volailles que les fouines y avoient portées. Science des Ingénieurs par M. Belidor.
Les magasins à poudre ainsi construits, sont voûtés à l'épreuve de la bombe. Il ne leur est arrivé aucun accident à cet égard dans les villes qui ont le plus souffert des bombes ; il en est tombé plus de 80 sur un des magasins de Landau, sans qu'il en ait été endommagé. La même chose est arrivée dans les sieges de plusieurs autres villes, notamment au siege de Tournay de 1709 ; les alliés jetterent plus de 45000 bombes dans la citadelle, dont le plus grand nombre tomba sur deux magasins qui n'en furent point ébranlés.
Les magasins à poudre se placent ordinairement dans le milieu des bastions vuides : ils sont les plus isolés de la place en cas d'accidens, & ils sont entierement cachés à l'ennemi par la hauteur du rempart. Il y a cependant des ingénieurs qui les font aussi construire le long des courtines, afin de se conserver tout l'espace du bastion, pour y former différons retranchemens en cas de besoin.
Pour empêcher qu'on n'approche des magasins, on leur fait un mur de cloture à douze piés de distance tout autour. On lui donne un pié & demi d'épaisseur, & neuf ou dix de hauteur.
La poudre, qui est en barril, s'arrange dans le magasin sur des especes de chantiers, à-peu-près comme on arrange des pieces de vin dans une cave.
MAGASIN GENERAL D'UN ARSENAL DE MARINE, (Marine) est en France celui où se mettent & se distribuent les choses nécessaires pour les armemens des vaisseaux du roi.
Magasin particulier, c'est celui qui renferme les agrès & apparaux d'un vaisseau particulier. Voyez Pl. VII. (Marine) le plan d'un arsenal de Marine, avec ses parties de détail, où sont les magasins généraux & particuliers.
|
| MAGASINER | v. act. (Commerce) mettre des marchandises en magasin. Voyez MAGASIN.
|
| MAGASINIER | subst. m. (Commerce) garçon ou commis qui est chargé du détail d'un magasin. C'est la même chose que garde-magasin. Ce terme est moins usité dans le commerce que parmi les munitionnaires & entrepreneurs des vivres pour les armées & dans les arsenaux du roi. Diction. de comm. tom. III. pag. 223.
|
| MAGDALA | (Géograp.) Magdala, magdalum, magdolum ou migdole, sont autant de termes qui signifient une tour. Il se trouve quelquefois seul, & quelquefois joint à un autre nom propre. Ainsi Magdalel signifie la tour de Dieu ; Magdal-gad, la tour de Gad. (D.J.)
MAGDALA, (Géog. sacrée) ville de la Palestine, proche de Tibériade & de Chammatha, à une journée de Gadara. Il est dit dans S. Matthieu, ch. xiij. v. 39. que Jesus se rendit aux confins de Magdala, & quelques manuscrits portent Magédan. (D.J.)
|
| MAGDALENA | (Géog.) c'est-à-dire en françois baie de la Magdeleine, baie de l'Amérique septentrionale au midi de la Californie, à l'orient de la baie de S. Martin, vers les 263 degrés de longitude, & les 25 degrés de latitude nord. (D.J.)
|
| MAGDALEON | S. m. (Pharmacie) petit rouleau ou cylindre, sous la forme duquel on garde les emplâtres dans les boutiques. Pour mettre un emplâtre en magdaleon, on prend la masse presque refroidie, & on la roule par parties avec le plat de la main sur un marbre légerement frotté d'huile. On donne à tous les rouleaux un diametre à-peu-près égal, une longueur aussi à-peu-près pareille, & un poids déterminé, ce poids est d'une once le plus communément. On recouvre chacun de ces magdaleons d'un papier blanc qui y adhere suffisamment, & qu'on arrête d'ailleurs en l'enfonçant par des petites coches faites avec la lame des ciseaux dans un des bouts du magdaleon, de façon que le milieu de l'aire du cylindre reste à nud pour pouvoir reconnoître facilement l'espece d'emplâtre ; & en fixant l'autre extrêmité du papier en le pliant & le redoublant sur lui-même de la même maniere qu'on ferme les paquets chez les apoticaires & chez les épiciers. (b)
|
| MAGDEBOURG | LE DUCHE DE, (Géog.) pays d'Allemagne au cercle de la basse Saxe. C'étoit autrefois le diocèse & l'état souverain de l'archevêque de Magdebourg ; c'est à présent un duché, depuis qu'il a été sécularisé par les traités de paix de Westphalie, en faveur de l'électeur de Brandebourg, roi de Prusse, qui en jouit. La confession d'Augsbourg s'y est introduite sous la régence de ses ayeux. La capitale de ce beau duché est Magdebourg. Voyez-en l'article. (D.J.)
MAGDEBOURG, Magdeburgum, (Géog.) ancienne, forte, belle & commerçante ville d'Allemagne, capitale du cercle de la basse Saxe & du duché de même nom, autrefois impériale & anséatique, avec un archevêché dont l'archevêque étoit souverain, & prenoit la qualité de primat de Germanie ; mais en 1666 cet archevêché a été sécularisé par le traité de Westphalie, & cédé au roi de Prusse, outre que la ville avoit déjà embrassé la confession d'Augsbourg.
Quelques auteurs prennent cette ville pour le Mesovium de Ptolémée. Bertius est même fondé à tirer son étymologie de Magd, vierge, & de Burg ; car Othon en fit un présent de nôces à Edithe sa femme, l'entoura de murs, lui donna des privileges, & obtint du pape que son évêché seroit érigé en siége archiépiscopal ; ce qui fut fait en 968.
On ne sauroit dire combien cette ville a souffert par les guerres & autres accidens, non-seulement avant le regne d'Othon, mais depuis même qu'elle eut monté par les soins de ce monarque, à un haut degré de splendeur. Avant lui, Charlemagne avoit pris plaisir à l'embellir ; mais les Wendes la ravagerent à diverses reprises. En 1013 elle fut ruinée par Boleslas, roi de Pologne ; réduite en cendres par un incendie en 1180 ; ravagée en 1214 par l'empereur Othon IV. assiégée en 1547 & 1549 ; saccagée en 1631 par les Impériaux qui la prirent d'assaut, y commirent tous les desordres imaginables, & finirent par la brûler.
Elle est sur l'Elbe, à 9 milles d'Halberstad, 11 de Brandebourg, 12 N. E. de Wittemberg, 35. S. O. d'Hambourg, & 98 N. E. de Vienne. Long. selon Bertius, 83. 50. lat. 62. 18.
Magdebourg est la patrie d'Othon de Guérike & de Georges-Adam Struve. Guérike devint Bourguemestre de cette ville, lui rendit de grands services par ses négociations, & se fit un nom célebre par son invention de la pompe pneumatique. Il décéda en 1686, âgé de 84 ans. Struve est connu des jurisconsultes par des ouvrages estimés, & en particulier par son Syntagma Juris civilis. Il mourut en 1692, âgé de 73 ans.
|
| MAGDELAINE | (Hist. eccl.) religieuses de la Magdelaine. Il y a plusieurs sortes de religieuses qui portent le nom de Sainte Magdelaine, qu'en bien des endroits le peuple appelle Magdelonnettes.
Telles sont celles de Mets établies en 1452 ; celles de Paris, qui ne le furent qu'en 1492 ; & celles de Naples fondées en 1324, & dotées par la reine Sanche d'Aragon, pour servir de retraite aux pécheresses, & celles de Rouen & de Bordeaux, qui prirent naissance à Paris en 1618.
Il y a trois sortes de personnes & de congrégations dans ces monasteres. La premiere est de celles qui sont admises à faire des voeux : elles portent le nom de la Magdelaine. La congrégation de Sainte Marthe est la seconde, composée de celles qui ne peuvent être admises, & qu'on ne juge pas à-propos d'admettre aux voeux. La congrégation du Lazare, est de celles qui sont dans ces maisons par force.
Les religieuses de la Magdelaine à Rome, dites les converties, furent établies par Léon X. Clément VIII. assigna pour celles qui y seroient renfermées, cinquante écus d'aumône par mois, & ordonna que tous les biens des femmes publiques qui mourroient sans tester, appartiendroient à ce monastere, & que le testament de celles qui en feroient, seroit nul, si elles ne lui laissoient au moins le cinquieme de leurs biens. Voyez le Dict. de Trévoux.
|
| MAGDOLOS | (Géog. anc.) ville d'Egypte dont parlent Jérémie, c. xlvj, Hérodote & Etienne le géographe. L'itinéraire d'Antonin semble la placer aux environs du Delta, à douze milles de Péluse. (D.J.)
|
| MAGÉDAN | (Géog. sacrée) lieu de la Palestine, dans le canton de Dalmanutha. Saint Marc, c. viij. x. dit que Jesus-Christ s'étant embarqué sur la mer de Tibériade avec ses disciples, vint à Dalmanutha (saint Matthieu dit Magedan, & dans le grec Magdala.) Il est assez vrai-semblable que Médan, Magedam, Delmana, & Delmanutha sont un même lieu près de la source du Jourdain nommé Dan, au pié du mont Liban. (D.J.)
|
| MAGELLAN | Détroit de (Géog.) celebre dans l'Amérique septentrionale.
Ce fut en 1519, dans le commencement des conquêtes espagnoles en Amérique, & au milieu des grands succès des Portugais en Asie & en Afrique, que Ferdinand Magalhaens, que nous nommons Magellan, découvrit pour l'Espagne le fameux détroit qui porte son nom ; qu'il entra le premier dans la mer du Sud, & qu'en voguant de l'occident à l'orient, il trouva les îles qu'on nomme depuis Marianes, & une des Philippines, où il perdit la vie. Magellan étoit un portugais auquel on avoit refusé une augmentation de paye de six écus. Ce refus le détermina à servir l'Espagne, & à chercher par l'Amérique un passage, pour aller partager les possessions des Portugais en Asie.
Le détroit de Magellan est selon Acosta, sur 42 degrés ou environ de la ligne vers le sud. Il a de longueur 80 ou 100 lieues d'une mer à l'autre, & une lieue de large dans l'endroit où il est le plus étroit.
Nous avons plusieurs cartes estimées du détroit de Magellan ; mais la meilleure au jugement de milord Anson, est celle qui a été dressée par le chevalier Narborough. Elle est plus exacte dans ce qu'elle contient, & est à quelques égards supérieure à celle du docteur Halley, particulierement dans ce qui regarde la longitude de ce détroit & celle de ses différentes parties.
Les Espagnols, les Anglois, & les Hollandois ont souvent entrepris de passer ce détroit malgré tous les dangers. Le chevalier François Drake étant entré dans la mer du Sud, y éprouva une si furieuse tempête pendant cinquante jours, qu'il se vit emporté jusques sur la hauteur de cinquante-sept degrés d'élévation du pole antarctique, & fut contraint par la violence des vents de regagner la haute mer.
Les difficultés que tous les Navigateurs conviennent avoir éprouvées à passer ce détroit, ont ensuite engagé quelques marins à essayer si vers le midi ils ne trouveroient point un passage moins long & moins dangereux. Brant hollandois prit sa route plus au sud, & donna son nom au passage qui est à l'orient de la petite île des états.
Enfin, depuis ce tems là on a découvert la nouvelle mer du Sud au midi de la terre de Feu, où le passage de la mer du Nord dans l'ancienne mer du Sud est très-libre, puisqu'on y est toujours en pleine mer. C'est ce qui a fait négliger le détroit de Magellan, comme sujet à trop de périls & de contre-tems. Néanmoins ce détroit est important à la Géographie, parce que sa position sert à d'autres déterminations avantageuses aux navigateurs. Voyez donc dans les Mém. de l'acad. des Scienc. année 1716, les observations de M. Delisle sur la longitude du détroit de Magellan, que M. Halley suppose être dans sa partie orientale, de 75 degrés plus occidentale que Londres ; & M. Delisle pense que M. Halley se trompe de 10 degrés. (D.J.)
|
| MAGELLANIQUE | MAGELLANIQUE
|
| MAGELLI | (Géog. anc.) ancien peuple d'Italie dans la Ligurie, selon Pline, l. III. c. v. (D.J.)
|
| MAGES | SECTE DES, (Hist. de l'Idol. orient.) Secte de l'Orient, diamétralement opposée à celle des Sabéens. Toute l'idolâtrie du monde a été longtems partagée entre ces deux sectes. Voyez SABEENS, Secte des.
Les Mages, ennemis de tout simulacre que les Sabéens adoroient, révéroient dans le feu qui donne la vie à la nature, l'emblême de la Divinité. Ils reconnoissoient deux principes, l'un bon, l'autre mauvais ; ils appelloient le bon yardan ou ormuzd, & le mauvais, ahraman.
Tels étoient les dogmes de leur religion, lorsque Smerdis, qui la professoit, ayant usurpé la couronne après la mort de Cambyse, fut assassiné par sept seigneurs de la premiere noblesse de Perse ; & le massacre s'étendit sur tous ses sectateurs.
Depuis cet incident, ceux qui suivoient le magianisme, furent nommés Mages par dérision ; car mige-gush en langue persane, signifie un homme qui a les oreilles coupées ; & c'est à cette marque que leur roi Smerdis avoit été reconnu.
Après la catastrophe dont nous venons de parler, la secte des Mages sembloit éteinte, & ne jettoit plus qu'une foible lumiere parmi le peuple, lorsque Zoroastre parut dans le monde. Ce grand homme, né pour donner par la force de son génie un culte à l'univers, comprit sans peine qu'il pourroit faire revivre une religion qui pendant tant de siecles avoit été la religion dominante des Medes & des Perses.
Ce fut en Médie, dans la ville de Xiz, disent quelques-uns, & à Ecbatane, selon d'autres, qu'il entreprit vers l'an 36 du regne de Darius, successeur de Smerdis, de ressusciter le magianisme en le réformant.
Pour mieux réussir dans son projet, il enseigna qu'il y avoit un principe supérieur aux deux autres que les Mages adoptoient ; sçavoir, un Dieu suprème, auteur de la lumiere & des ténebres. Il fit élever des temples pour célebrer le culte de cet être suprème, & pour conserver le feu sacré à l'abri de la pluie, des vents & des orages. Il confirma ses sectateurs dans la persuasion que le feu étoit le symbole de la présence divine. Il établit que le soleil étant le feu le plus parfait, Dieu y résidoit d'une maniere plus glorieuse que par-tout ailleurs, & qu'après le soleil on devoit regarder le feu élémentaire comme la plus vive représentation de la divinité.
Voulant encore rendre les feux sacrés des temples qu'il avoit érigés, plus vénérables aux peuples, il feignit d'en avoir apporté du ciel ; & l'ayant mis de ses propres mains sur l'autel du premier temple qu'il fit bâtir, ce même feu fut répandu dans tous les autres temples de sa religion. Les prêtres eurent ordre de veiller jour & nuit à l'entretenir sans cesse avec du bois sans écorce, & cet usage fut rigoureusement observé jusqu'à la mort d'Yazdejerde, dernier roi des Perses de la religion des Mages, c'est-à-dire pendant environ 1150 ans.
Il ne s'agissoit plus que de fixer les rites religieux & la célébration du culte divin ; le réformateur du magianisme y pourvut par une liturgie qu'il composa, qu'il publia, & qui fut ponctuellement suivie. Toutes les prieres publiques se font encore dans l'ancienne langue de Perse, dans laquelle Zoroastre les a écrites il y a 2245 ans, & par conséquent le peuple n'en entend pas un seul mot.
Zoroastre ayant établi solidement sa religion en Médie, passa dans la Bactriane, province la plus orientale de la Perse, où se trouvant appuyé de la protection d'Hystaspe, pere de Darius, il éprouva le même succès. Alors tranquille sur l'avenir, il fit un voyage aux Indes, pour s'instruire à fond des sciences des Brachmanes. Ayant appris d'eux tout ce qu'il desiroit savoir de Métaphysique, de Physique, & de Mathématique, il revint en Perse, & fonda des écoles pour y enseigner ces mêmes sciences aux prêtres de sa religion ; ensorte qu'en peu de tems savant & mage devinrent des termes synonymes.
Comme les prêtres mages étoient tous d'une même tribu, & que nul autre qu'un fils de prêtre, ne pouvoit prétendre à l'honneur du sacerdoce, ils réserverent pour eux leurs connoissances, & ne les communiquerent qu'à ceux de la famille royale qu'ils étoient obligés d'instruire pour les mieux former au gouvernement. Aussi voyons-nous toujours quelques-uns de ces prêtres dans le palais des rois, auxquels ils servoient de précepteurs & de chapelains tout ensemble. Tant que cette secte prévalut en Perse, la famille royale fut censée appartenir à la tribu sacerdotale, soit que les prêtres espérassent s'attirer par ce moyen plus de crédit, soit que les rois crussent par-là rendre leur personne plus sacrée, soit enfin par l'un & l'autre de ces motifs.
Le sacerdoce se divisoit en trois ordres, qui avoient au-dessus d'eux un archimage, chef de la religion, comme le grand sacrificateur l'étoit parmi les Juifs. Il habitoit le temple de Balck, où Zoroastre lui-même résida long-tems en qualité d'archimage ; mais après que les Arabes eurent ravagé la Perse dans le septieme siecle, l'archimage fut obligé de se retirer dans le Kerman, province de Perse ; & c'est-là que jusqu'ici ses successeurs ont fait leur résidence. Le temple de Kerman n'est pas moins respecté de nos jours de ceux de cette secte, que celui de Baseh l'étoit anciennement.
Il ne manquoit plus au triomphe de Zoroastre, que d'établir la réforme dans la capitale de Perse. Ayant bien médité ce projet épineux, il se rendit à Suze auprès de Darius, & lui proposa sa doctrine avec tant d'art, de force & d'adresse, qu'il le gagna, & en fit son prosélite le plus sincere & le plus zélé. Alors à l'exemple du prince, les courtisans, la noblesse, & tout ce qu'il y avoit de personnes de distinction dans le royaume, embrasserent le Magianisme. On comptoit parmi les nations qui le professoient, les Perses, les Parthes, les Bactriens, les Chowaresmiens, les Saces, les Medes, & plusieurs autres peuples barbares qui tomberent sous la puissance des Arabes dans le septieme siecle.
Mahomet tenant le sceptre d'une main & le glaive de l'autre, établit dans tous ces pays-là le Musulmanisme. Il n'y eut que les prêtres mages & une poignée de dévots, qui ne voulurent point abandonner une religion qu'ils regardoient comme la plus ancienne & la plus pure, pour celle d'une secte ennemie, qui ne faisoit que de naître. Ils se retirerent aux extrêmités de la Perse & de l'Inde. " C'est-là qu'ils vivent aujourd'hui sous le nom de Gaures ou de Guebres, ne se mariant qu'entr'eux, entretenant le feu sacré, fideles à ce qu'ils connoissent de leur ancien culte, mais ignorans, méprisés, & à leur pauvreté près, semblables aux Juifs, si long-tems dispersés sans s'allier aux autres nations ; & plus encore aux Banians, qui ne sont établis & dispersés que dans l'Inde ".
Le livre qui contient la religion de Zoroastre, & qu'il composa dans une retraite, subsiste toujours ; on l'appella zenda vesta, & par contraction zend. Ce mot signifie originairement, allume-feu ; Zoroastre par ce titre expressif, & qui peut nous sembler bizarre, a voulu insinuer que ceux qui liroient son ouvrage, sentiroient allumer dans leur coeur le feu de l'amour de Dieu, & du culte qu'il lui faut rendre. On allume le feu dans l'Orient, en frottant deux tiges de roseaux l'une contre l'autre, jusqu'à ce que l'une s'enflamme ; & c'est ce que Zoroastre espéroit que son livre feroit sur les coeurs. Ce livre renferme la liturgie & les rites du Magianisme. Zoroastre feignit l'avoir reçu du Ciel, & on en trouve encore des exemplaires en vieux caracteres persans. M. Hyde qui entendoit le vieux persan comme le moderne, avoit offert de publier cet ouvrage avec une version latine, pourvû qu'on l'aidât à soutenir les frais de l'impression. Faute de ce secours, qui ne lui manqueroit pas aujourd'hui dans sa patrie, ce projet a échoué au grand préjudice de la république des lettres, qui tireroit de la traduction d'un livre de cette antiquité, des lumieres précieuses sur cent choses dont nous n'avons aucune connoissance. Il suffit pour s'en convaincre, de lire sur les Mages & le Magianisme, le bel ouvrage de ce savant anglois, de religione veterum Persarum, & celui de Pocock sur le même sujet. Zoroastre finit ses jours à Balk, où il régna par rapport au spirituel sur tout l'empire, avec la même autorité que le roi de Perse par rapport au temporel. Les prodiges qu'il a opérés en matiere de religion, par la sublimité de son génie, orné de toutes les connoissances humaines, sont des merveilles sans exemple. (D.J.)
MAGES, (Théologie) des quatre Evangélistes, saint Matthieu est le seul qui fasse mention de l'adoration des mages qui vinrent exprès d'Orient, de la fuite de Joseph en Egypte avec sa famille, & du massacre des Innocens qui se fit dans Bethléem & ses environs par les ordres cruels d'Hérode l'ancien, roi de Judée. Quoique cette autorité suffise pour établir la croyance de ce fait dans l'esprit d'un chrétien, & que l'histoire nous peigne Hérode comme un prince soupçonneux & sans cesse agité de la crainte que son sceptre ne lui fût enlevé, & qui sacrifiant tout à cette jalousie outrée de puissance & d'autorité, ne balança pas à tremper ses mains dans le sang de ses propres enfans : cependant il y a des difficultés qu'on ne sauroit se dissimuler, tel est le silence des trois autres évangélistes, celui de l'historien Josephe sur un évenement aussi extraordinaire, & la peine qu'on a d'accorder le récit de saint Luc avec celui de saint Matthieu.
Saint Matthieu dit que Jesus étant né à Bethléem de Juda, les Mages vinrent d'Orient à Jérusalem pour s'informer du lieu de sa naissance, le nommant roi des Juifs : ubi est qui natus est rex Judaeorum ? qu'Hérode & toute la ville en furent allarmés ; mais que ce prince prenant le parti de dissimuler, fit assembler les principaux d'entre les prêtres, pour savoir d'eux où devoit naître le Christ ; que les prêtres lui répondirent que c'étoit à Bethléem de Juda ; qu'Hérode laissa partir les Mages pour aller adorer le Messie nouveau né ; qu'il se contenta de leur demander avec instance de s'informer avec soin de tout ce qui concernoit cet enfant, afin qu'étant lui-même instruit, il pût, disoit-il, lui rendre aussi ses hommages ; mais que son dessein secret étoit de profiter de ce qu'il apprendroit, pour lui ôter plus sûrement la vie ; que les Mages, après avoir adoré Jesus-Christ, & lui avoir offert leurs présens, avertis par Dieu même, prirent pour s'en retourner une route différente de celle par laquelle ils étoient venus, évitant ainsi de reparoître à la cour d'Hérode ; que Joseph reçut par un ange l'ordre de se soustraire à la colere de ce prince en fuyant en Egypte avec sa famille ; qu'Hérode voyant enfin que les Mages lui avoient manqué de parole, fit tuer tous les enfans de Bethléem & des environs depuis l'âge de deux ans & au-dessous, selon le tems de l'apparition de l'étoile ; qu'après la mort de ce prince, Joseph eut ordre de retourner avec l'enfant & sa mere dans la terre d'Israël ; mais qu'ayant appris qu'Archelaüs fils d'Hérode, régnoit dans la Judée, il craignit, & n'osa y aller demeurer ; desorte que sur un songe qu'il eut la nuit, il résolut de se retirer en Galilée, & d'établir son séjour à Nazareth, afin que ce que les Prophetes avoient dit fût accompli, que Jesus seroit nommé Nazaréen : & venit in terram Israel, audiens autem quod Archelaus regnaret in Judaeâ pro Herode patre suo, timens illò ire, & admonitus somnis, secessit in partes Galileae & veniens habitavit in civitate quae vocatur Nazareth, ut adimpleretur quod dictum est per Prophetas, quoniam Nazareus vocabitur.
L'évangéliste distingue là Bethléem par le territoire où elle étoit située, afin qu'on ne la confondit pas avec une autre ville de même nom, située dans la Galilée, & dans la tribu de Zabulon.
Saint Luc commence son évangile par nous assurer qu'il a fait une recherche exacte & particuliere de tout ce qui regardoit notre sauveur, assecuto à principio omnia diligenter. En effet, il est le seul qui nous ait raconté quelque chose de l'enfant Jesus. Après ce prélude sur son exactitude historique, il dit que l'ange Gabriel fut envoyé de Dieu dans une ville de Galilée, nommée Nazareth, à une vierge nommée Marie, épouse de Joseph, de la famille de David ; que César ayant ensuite ordonné par un édit que chacun se feroit inscrire, selon sa famille, dans les registres publics dressés à cet effet : Joseph & Marie monterent en Judée, & allerent à Bethléem se faire inscrire, parce que c'étoit dans cette ville que se tenoient les registres de ceux de la famille de David ; que le tems des couches de Marie arriva précisément dans cette circonstance ; que les bergers de la contrée furent avertis par un ange de la naissance du Sauveur ; qu'ils vinrent aussi-tôt l'adorer ; que huit jours après on circoncit l'enfant, qui fut nommé Jesus ; qu'après le tems de la purification marqué par la loi de Moïse, c'est-à-dire sept jours immondes & trente-trois d'attente, on porta l'enfant à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, & faire l'offrande accoûtumée pour les aînés ; que ce précepte de la loi accompli, Joseph & Marie revinrent en Galilée avec leur fils, dans la ville de Nazareth leur demeure, in civitatem suam Nazareth ; que l'enfant y fut élevé croissant en âge & en sagesse ; que ses parens ne manquoient point d'aller tous les ans une fois à Jérusalem ; qu'ils l'y perdirent lorsqu'il n'avoit que douze ans ; & qu'après l'avoir cherché avec beaucoup d'inquiétude, ils le trouverent dans le temple disputant au milieu des docteurs, & ut perfecerunt omnia secundum legem Domini, reversi sunt in Galileam in civitatem suam Nazareth. Puer autem crescebat & confortabatur plenus sapientiâ, & gratia Dei erat in illo, & ibant parentes ejus per omnes annos in Jerusalem, in die solemni paschae.
Tels sont les récits différens des deux évangélistes. Examinons-les maintenant en détail. 1°. S. Matthieu ne dit rien de l'adoration des bergers, mais il n'oublie ni celle des Mages, ni la cruauté d'Hérode, deux événemens qui mirent Jérusalem dans le mouvement & le trouble. S. Luc qui se pique d'être minutieux, comme il le dit lui-même, multi quidem conati sunt ordinare narrationem quae in nobis completae sunt rerum ; visum est & mihi assecuto omnia à principio diligenter, ex ordine tibi scribere, optime Theophile, ut cognoscas eorum verborum de quibus eruditus es veritatem ; cependant il se tait & de l'adoration des Mages & de la fuite de Joseph en Egypte, & du massacre des innocens. Pouvoit-il ignorer des faits si publics, si marqués, si singuliers, s'ils sont véritablement arrivés ? & s'il n'a pu les ignorer, quelle apparence que lui, qui affecte plus d'exactitude que les autres, les ait obmis ? n'est-ce pas là un préjugé contre saint Matthieu ?
2°. S. Matthieu dit qu'après le départ des Mages de Bethléem, Joseph alla en Egypte avec l'enfant & Marie, & qu'il y demeura jusqu'à la mort d'Hérode. Saint Luc dit qu'ils demeurerent à Bethléem jusqu'à ce que le tems marqué pour la purification de la femme accouchée fût accompli ; qu'alors on porta l'enfant à Jérusalem pour l'offrir à Dieu dans le temple, où Siméon & la prophétesse Anne eurent le bonheur de le voir ; que de-là ils retournerent à Nazareth, où Jesus fut élevé au milieu de sa famille ; & que ses parens ne manquoient pas d'aller chaque année à Jérusalem, dans le tems de la pâque, avec leur fils, à qui il arriva de se dérober une fois de leur compagnie pour aller disputer dans les écoles des docteurs, quoiqu'il n'eût encore que douze ans. Quand est-il donc allé en Egypte ? quand est-ce que les Mages l'ont adoré ? Ce dernier fait s'est passé à Bethléem, à ce que dit S. Matthieu ; il faut donc que ce soit pendant les quarante jours que Joseph & Marie y séjournerent en attendant le tems de la purification. Pour le voyage d'Egypte, si Joseph en reçut l'ordre immédiatement après l'adoration des Mages, ensorte qu'en même tems que ceux-ci évitoient la rencontre d'Hérode par un chemin, celui-ci en évitoit la colere en fuyant en Egypte : comment ce voyage d'Egypte s'arrangera-t-il avec le voyage de Bethléem à Jérusalem, entrepris quarante jours après la naissance de Jesus, avec le retour à Nazareth, & les voyages faits tous les ans à la capitale, expressément annoncés dans S. Luc ? Pour placer la fuite en Egypte immédiatement après l'adoration des Mages, reculera-t-on celle-ci jusqu'après la purification, lorsque Jesus ni sa famille n'étoient plus à Bethléem ? Ce seroit nier le fond de l'histoire pour en défendre une circonstance. Reculera-t-on la fuite de Joseph en Egypte jusqu'à un tems plus commode, & les promenera-t-on à Jérusalem & de-là à Nazareth, comme le dit S. Luc ? Mais combien de préjugés contre cette supposition ? Le premier, c'est que le récit de S. Matthieu semble marquer précisément que Joseph alla de Bethléem en Egypte immédiatement après l'adoration des Mages, & peu de tems après la naissance de Jesus. Le second, qu'il ne falloit pas un long tems pour qu'Hérode fût informé du départ des Mages, Bethléem n'étant pas fort éloignée de Jérusalem, & la jalousie d'Hérode le tenant très-attentif ; aussi ne tarda-t-il guère à exercer sa cruauté ; son ordre inhumain d'égorger les enfans fut expédié aussi-tôt qu'il connut que les Mages l'avoient trompé, videns quod illusus esset à Magis, misit, &c. On ne peut donc laisser à Joseph le tems d'aller à Jérusalem & de-là à Nazareth, avant que d'avoir prévenu par sa fuite les mauvais desseins d'Hérode. Le troisieme, c'est que le commandement fait à Joseph pressoit, puisqu'il partit dès la nuit, qui consurgens accepit puerum & matrem ejus nocte, & secessit in Egyptum. Et comment dans la nécessité pressante d'échapper à Hérode lui auroit-il été enjoint d'aller de Nazareth en Egypte, c'est-à-dire de retourner à Jérusalem où étoit Hérode, & de passer du côté de Bethléem où ce prince devoit chercher sa proie, afin de traverser toute la terre d'Israël & le royaume de Juda, pour chercher l'Egypte à l'autre bout ; car on sait que c'est là le chemin. Etant à Nazareth, il étoit bien plus simple de fuir du côté de Syrie, & il y a toute apparence que S. Matthieu n'envoye Jesus en Egypte que parce que cette contrée étoit bien plus voisine du lieu où Joseph séjournoit alors ; c'est-à-dire que cet évangéliste suppose manifestement par son récit que le départ de la sainte famille fut de Bethléem & non de Nazareth. Le quatrieme, c'est qu'Hérode devoit chercher à Bethléem & non à Nazareth ; que ce fut sur cette premiere ville & non sur l'autre que tomba la fureur du tyran, & que par conséquent Joseph ne devoit fuir avec son dépôt que de Bethléem & non de Nazareth, où il étoit en sureté. Le cinquieme, c'est que S. Luc nous fait entendre que Jesus, après son retour à Nazareth, n'en sortit plus que pour aller tous les ans à Jérusalem avec ses parens, & que c'est là que se passerent les premiers années de son enfance, & non en Egypte.
3°. Il semble que S. Matthieu ait ignoré que Nazareth étoit le séjour ordinaire de Joseph & de Marie, & que la naissance de Jesus à Bethléem n'a été qu'un effet du hasard ou de la Providence, une suite de la description des familles ordonnée par César. Car après avoir dit simplement que Jesus vint au monde dans la ville de Bethléem, y avoir conduit les Mages & l'avoir fait sauver devant la persécution d'Hérode ; quand après la mort de ce prince, il se propose de le ramener dans son pays, il ne le conduit pas directement à Nazareth en Galilée, mais dans la Judée où Bethléem est située, & ce n'est qu'à l'occasion de la crainte que le fils d'Hérode n'eût hérité de la cruauté de son pere, que S. Matthieu résout Joseph à se retirer à Nazareth en Galilée, & non dans son ancienne demeure, afin que les prophéties qui disoient que Jesus seroit nommé Nazaréen fussent accomplies. Desorte que la demeure du Sauveur dans Nazareth n'a été, selon S. Matthieu, qu'un évenement fortuit, ou la suite de l'ordre de Dieu à l'occasion de la crainte de Joseph, pour l'accomplissement des prophéties. Au lieu que dans S. Luc, c'est la naissance du Sauveur à Bethléem qui devient un évenement fortuit, ou arrangé pour l'accomplissement des prophéties à l'occasion de l'édit de César ; & son séjour à Nazareth n'a rien de singulier, c'est une chose naturelle ; Nazareth est le lieu où demeuroit Joseph & Marie, où l'ange fit l'annonciation, d'où ils partirent pour aller à Bethléem se faire inscrire, & où ils retournerent, après l'accomplissement du précepte pour la purification des femmes accouchées & l'offrande des ainés.
Voilà les difficultés qu'ont fait naître, de la part des antichrétiens, la diversité des évangiles sur l'adoration des Mages, l'apparition de l'étoile, la fuite de Joseph en Egypte, & le massacre des innocens. Que s'ensuit-il ? rien ; rien ni sur la vérité de la religion, ni sur la sincérité des historiens sacrés.
Il y a bien de la différence entre la vérité de la religion & la vérité de l'histoire, entre la certitude d'un fait, & la sincérité de celui qui le raconte.
La foi & la morale, c'est-à-dire le culte que nous devons à Dieu par la soumission du coeur & de l'esprit, sont l'unique & le principal objet de la révélation, &, autant qu'il est possible & raisonnable, les faits & les circonstances historiques qui en accompagnent le récit.
C'est en ce qui regarde ce culte divin & spirituel que Dieu a inspiré les écrivains sacrés, & conduit leur plume d'une maniere particuliere & infaillible. Pour ce qui est du tissu de l'histoire & des faits qui y sont mêlés, il les a laissé écrire naturellement, comme d'honnêtes gens écrivent, dans la bonne foi & selon leurs lumieres, d'après les mémoires qu'ils ont trouvés & crus véritables.
Ainsi les faits n'ont qu'une certitude morale plus ou moins forte, selon la nature des preuves & les regles d'une critique sage & éclairée ; mais la religion a une certitude infaillible, appuyée non-seulement sur la vérité des faits qui ont connexion, mais encore sur l'infaillibilité de la révélation & l'évidence de la raison.
Le doigt de Dieu se trouve marqué dans tout ce qui est de lui. Le Créateur a gravé lui-même dans sa créature ce qu'il inspiroit aux prophetes & aux apôtres, & la raison est le premier rayon de sa lumiere éternelle, une étincelle de sa science. C'est delà que la religion tient sa certitude, & non des faits que M. l'abbé d'Houteville, ni Abadie, ni aucun autre docteur ne pourra jamais mettre hors de toute atteinte, lorsque les difficultés seront proposées dans toute leur force.
MAGES étoile des, (Ecrit. sac.) Il y a différens sentimens sur la nature de l'étoile qui apparut aux Mages. Beaucoup de savans ont pensé que cette étoile étoit quelque phenomene en forme d'astre, qui ayant été remarqué par les Mages avec des circonstances extraordinaires, leur parut être l'étoile prédite par Balaam, & conséquemment ils se déterminerent à la suivre pour chercher le roi dont elle annonçoit la venue ; mais l'opinion particuliere de M. Benoist, illustre théologien, né à Paris dans le dernier siecle, & mort en Hollande en 1728, m'a paru d'un goût si singulier, & remplie d'idées si neuves, que je crois faire plaisir à bien des personnes, au lieu de l'exposer ici dans toute son étendue, de les renvoyer à ce qu'en a dit M. Chaufepié dans son dictionnaire.
MAGE, (Jurisprud.) Juge-mage, quasi major judex, est le titre que l'on donne en quelques villes de Languedoc, comme à Toulouse au lieutenant du Sénéchal. (A)
|
| MAGHIAN | (Géog.) ville d'Arabie Heureuse en Asie, située dans une plaine, à six stations de Sanan, & à trois de Zabid. Long. 61. 50. lat. 16. 3. (D.J.)
|
| MAGICIEN | on donne ce nom à un enchanteur, qui fait réellement ou qui paroît faire des actions surnaturelles ; il signifie aussi un devin, un diseur de bonne avanture : ce fut dans les siecles de barbarie ou d'ignorance un assez bon métier, mais la Philosophie & sur-tout la Physique expérimentale, plus cultivées & mieux connues, ont fait perdre à cet art merveilleux son crédit & sa vogue ; le nom de magicien se trouve souvent dans l'écriture sainte, ce qui justifieroit une ancienne remarque, c'est qu'il n'y a eu parmi les auteurs sacrés que peu ou point de philosophes.
Moïse, par exemple, défend de consulter ces sortes de gens, sous peine de mort ; Lévit. xix. 31. Ne vous détournez point après ceux qui ont l'esprit de Python, n'y après les devins, &c. Lévitiq. xx. 6. Quant à la personne qui se détournera après ceux qui ont l'esprit de Python & après les devins, en paillardant après eux, je mettrai ma face contre cette personne là ; & je la retrancherai du milieu de son peuple. ç'eût été manquer contre les lois d'une saine politique dans le plan de la théocratie hébraïque, de ne pas sévir contre ceux qui dérogeoient au culte du seul Dieu de vérité, en allant consulter les ministres de l'esprit tentateur ou du pere du mensonge ; d'ailleurs Moïse qui avoit été à la cour de Pharaon aux prises avec les magiciens privilégiés de ce prince, savoit par sa propre expérience dequoi ils étoient capables, & que pour leur résister, il ne falloit pas moins qu'un pouvoir divin & surnaturel ; par-là même il vouloit par une défense si sage, prévenir le danger & les funestes illusions, dans lesquelles tombent nécessairement ceux qui ont la foiblesse de courir après les ministres de l'erreur.
Nous lisons dans l'Exode, ch. vij. v. 10. 11. que Pharaon frappé de voir que la verge qu'Aaron avoit jettée devant lui & ses serviteurs, s'étoit métamorphosée en un dragon, fit aussi venir les sages, les enchanteurs & les magiciens d'Egypte, qui par leur enchantement, firent la même chose ; ils jetterent donc chacun leurs verges, & elles devinrent des dragons ; mais la verge d'Aaron engloutit leurs verges.
Nous connoissons peu la signification des termes de l'original ; la vulgate n'en traduit que deux, les envisageant sans doute comme des synonymes inutiles ; chacamien signifie des sages, mais de cette sagesse qu'on peut prendre en bonne & mauvaise part, ou pour une vraie sagesse, ou pour cette sagesse dissimulée, maligne, dangereuse & fausse par-là même ; ainsi dans tous les tems, il y a eu des hommes assez politiques & habiles pour faire servir l'apparence de la Philosophie à leurs intérêts temporels, souvent même à leurs passions.
Mécasphim vient du mot caschaph, qui marque toujours dans l'écrit, une divination, ou une explication des choses cachées ; ainsi ce sont des devins, tireurs d'horoscopes, interprêtes de songes, ou diseurs de bonne avanture, : Les carthumiens sont des magiciens, enchanteurs, ou gens qui par leur art & leur habileté fascinent les yeux, & semblent opérer des changemens phantastiques ou véritables, dans les objets ou dans les sens ; tels furent les gens que Pharaon opposa à Moïse & Aaron, & ils firent la même chose par leurs enchantemens. Les termes de l'original expriment le grimoire, ces paroles cachées que prononçoient sourdement & en marmottant les magiciens, ou ceux qui vouloient passer pour l'être ; c'est en effet l'être à demi que de persuader aux simples que des mots vuides de sens prononcés d'une voix rauque, peuvent produire des miracles ; combien d'auteurs se sont fait une réputation à la faveur de leur obscurité ? cette espece de magie est la seule qui se pratique aujourd'hui avec succès.
Il seroit très-difficile, pour ne pas dire impossible, de décider si le miracle de la métamorphose des verges en serpens fut bien réel & constaté de la part des magiciens de Pharaon ; le pour & le contre sont également plausibles & peuvent se soutenir ; mais les rabbins dans la vie de Moïse, présentent cet évenement d'une maniere encore plus glorieuse pour ce chef des Hébreux : vie de Moïse, publiée par M. Gaulmin, l'an 1629 ; ils disent que Balaam voyant que la verge de Moïse convertie en dragon, avoit dévoré les leurs aussi changées en serpens, soutint qu'en cela il n'y avoit point de miracle, puisque le dragon est un animal vorace & carnassier, mais qu'il falloit voir si la verge de bois restant verge mangeroit aussi les leurs ; Moïse accepta le défi, on jetta les verges à terre, celle de Moïse sans changer de forme consuma celles des magiciens.
Les chefs des magiciens de Pharaon ne sont point nommés dans l'exode, mais S. Paul nous a conservé leurs noms ; il les appelle Jamnès & Mambrès : ces mêmes noms se trouvent dans les paraphrases chaldéennes, dans le Talmud, la Gemare & d'autres livres hébreux ; les rabbins veulent qu'ils ayent été fils du faux prophete Balaam, qu'ils accompagnoient leur pere lorsqu'il vint vers Balac, roi de Moab. Les Orientaux les nomment Sabour & Gadour ; ils les croient venus de la Thébaïde, & disent que leur pere étant mort depuis long-tems, leur mere leur avoit conseillé, avant que de se rendre à la cour, d'aller consulter les manes de leur pere sur le succès de leur voyage ; ils l'évoquerent en l'appellant par son nom ; il ouit leur voix & leur répondit, & après avoir appris d'eux le sujet qui les amenoit à son tombeau, il leur dit ; prenez garde si la verge de Moïse & d'Aaron se transformoit en serpent pendant le sommeil de ces deux grands magiciens, car les enchantemens qu'un magicien peut faire, n'ont nul effet pendant qu'il dort ; & sachez, ajoute le mort, que s'il arrive autrement à ceux-ci, nulle créature n'est capable de leur résister. Arrivés à Memphis, Sabour & Gadour apprirent, qu'en effet la verge de Moïse & d'Aaron se changeoit en dragon qui veilloit à leur garde, dès qu'ils commençoient à dormir, & ne laissoit approcher qui que ce fût de leurs personnes ; étonnés de ce prodige, ils ne laisserent pas de se présenter devant le roi avec tous les autres magiciens du pays, qui s'y étoient rendus de toutes parts, & que quelques-uns font monter au nombre de soixante-dix mille ; car Giath & Mossa célebres magiciens, se présenterent aussi devant Pharaon avec une suite des plus nombreuses ; Siméon, chef des magiciens & souverain pontife des Egyptiens, y vint aussi suivi d'un très-grand cortege.
Tous ces magiciens ayant vû que la verge de Moïse s'étoit changée en serpent, jetterent aussi par terre les cordes & baguettes qu'ils avoient remplies de vif argent ; dès que ces baguettes furent échauffées par les rayons du soleil, elles commencerent à se mouvoir ; mais la verge miraculeuse de Moïse se jetta sur elles & les dévora en leur présence. Les Orientaux ajoutent, si l'on en croit M. Herbelot, que Sabour & Gadour se convertirent, & renoncerent à leur vaine profession en se déclarant pour Moïse ; Pharaon les regardant comme gagnés par les Israëlites pour favoriser les deux freres hébreux, leur fit couper les piés & les mains, & fit attacher leurs corps à un gibet.
Les Persans enseignent que Moïse fut instruit dans toutes les sciences des Egyptiens, par Jamnès & Mambrès, voulant réduire tout le miracle à un fait assez ordinaire ; c'est que les disciples vont souvent plus loin que leur maître ; Chardin, voyage de Perse, tom. III. pag. 207.
Pline parle d'une sorte de grands magiciens, qui ont pour chef Moïse, Jannès & Jotapel, ou Jocabel, juifs ; il y a toute apparence que par ce dernier il veut désigner Joseph, que les Egyptiens ont toujours regardé comme un de leurs sages les plus célebres.
Daniel parle aussi des magiciens & des devins de Chaldée sous Nabucodonosor : il en nomme de quatre sortes ; Chartumins, des enchanteurs ; Asaphins, des devins interpretes de songes, ou tireurs d'horoscopes ; Mecasphins, des magiciens, des sorciers ou gens qui usoient d'herbes, de drogues particulieres, du sang des victimes & des os des morts pour leurs opérations superstitieuses ; Casdins, des Chaldéens, c'est-à-dire, des astrologues qui prétendoient lire dans l'avenir par l'inspection des astres, la science des augures, & qui se mêloient aussi d'expliquer les songes & d'interpréter les oracles. Tous ces honnêtes gens étoient en grand nombre, & avoient dans les cours des plus grands rois de la terre un crédit étonnant ; on ne décidoit rien sans eux ; ils formoient le conseil dont les décisions étoient d'autant plus respectables, qu'étant pour l'ordinaire les ministres de la religion, ils savoient les étayer de son autorité, & qu'ils avoient l'art de persuader à des rois crédules, qui ne connoissoient pas les premiers élémens de la Philosophie, à des peuples si ignorans, qu'à peine se trouvoit-il parmi eux un esprit assez ami du vrai pour oser douter ; qu'ils avoient, dis-je, l'art de persuader à de tels juges, qu'ils étoient les premiers confidens de leurs dieux : on auroit sans doute peine à croire un renversement d'esprit si incompréhensible, s'il ne nous étoit rapporté par des auteurs dignes de foi, puisqu'on les regarde comme divinement inspirés.
Le peuple juif étoit trop grossier pour s'affranchir de ce joug de la superstition ; il semble au contraire, que la grace que l'Eternel lui faisoit de lui envoyer fréquemment des prophetes pour l'instruire de sa volonté, lui ait tourné en piége à cet égard ; l'autorité de ces prophetes, leurs miracles, le libre accès qu'ils avoient auprès des rois, leur influence dans les délibérations & les affaires publiques, les faisoit considérer par la multitude, & excitoit parlà même l'envie toute naturelle d'avoir part à ces distinctions & de s'arroger pour cela le don de prophétie ; ensorte que si l'on a dit de l'Egypte, que tout y étoit Dieu, il fut un tems qu'on pouvoit dire de la Palestine que tout y étoit prophete ; parmi ce nombre prodigieux de voyans, il y en eut sans doute plus de faux que de vrais ; les premiers voulurent s'accréditer par des miracles, & cette pieuse obscurité dans les discours qui a toujours fait merveille pour en imposer au peuple, il fallut pour cela avoir recours aux Sciences & aux Arts occultes : la magie fut mise en oeuvre, on en vint même à élever autel contre autel ; pour soutenir la gloire des divers objets d'un culte souvent idolâtre, rarement raisonnable & presque toujours assez superstitieux pour fournir bien des ressources à ceux qui aspiroient à passer pour magiciens.
Ainsi, quoique les lois divines & humaines sévissent contre cet art illusoire, il fut pratiqué dans presque tous les tems par un grand nombre d'imposteurs ; si les tems évangéliques furent féconds en démoniaques, ils ne furent pas stériles en magiciens & devins, il paroît même que ceux qui professoient ces peu philosophiques métiers, ne faisoient pas mal leurs affaires, témoins les reproches amers du maître de cette pauvre servante, délivrée d'un esprit de Python, sur la perte considérable que lui causoit cette guérison, vû que son domestique lui valoit beaucoup par ses divinations ; & Simon, ce riche magicien de Samarie, qui par ses enchantemens avoit sçu renverser l'esprit de tout le peuple, se disant être un grand personnage, auquel grands & petits étoient attachés, au point de l'appeller la grande vertu de Dieu. Act. apost. chap. viij. . 9. & suiv. Au reste, il n'est personne qui n'ait ses apologistes, Judas a eu les siens comme instrument dans la main de Dieu pour le salut de l'humanité ; Simon en a trouvé un qui le présente comme un suppôt de satan, sincerement converti, & qui vouloit par l'acquisition d'un pouvoir divin, rompre un pacte qu'il avoit avec le diable, & s'attacher à détruire autant son empire qu'il avoit travaillé à l'établir par ses sortiléges ; mais S. Pierre n'a pas fourni les matériaux de cette apologie ; & le négoce du magicien Simon est si fort décrié dans l'église, qu'il faudroit une éloquence plus que magique pour rétablir aujourd'hui sa réputation des plus délabrée ; l'auteur des actes des Apôtres ne s'explique point sur les choses curieuses qui renfermoient les livres que brûlerent dévotement les Ephésiens, nouveaux convertis à la foi chrétienne, il se contente de dire que le prix de ces livres supputés fut trouvé monter à cinquante mille pieces d'argent ; si ces choses curieuses étoient de la magie, comme il y a tout lieu de le croire, assurément les adorateurs de la grande Diane étoient de très-petits philosophes, qui avoient de l'argent de reste & payoient cherement de mauvaises drogues.
Je reviens aux magiciens de Pharaon : on agite une grande question au sujet des miracles qu'ils ont opérés & que rapporte Moïse ; bien des interpretes veulent que ces prestiges n'ayent été qu'apparens, qu'ils sont dûs uniquement à leur industrie, à la souplesse de leurs doigts ; ensorte que s'ils en imposerent à leurs spectateurs, cela ne vint que de la précipitation du jugement de ceux-ci, & non de l'évidence du miracle, à laquelle seule ils auroient dû donner leur consentement.
D'autres veulent que ces miracles ayent été bien réels, & les attribuent aux secrets de l'art magique & à l'action du démon ; lequel de ces deux partis est le plus conforme à la raison & à l'analogie de la foi, c'est ce qu'il est également difficile & dangereux de décider, & il faudroit être bien hardi pour s'ériger en juge dans un procès si célebre.
L'illusion des tours de passe-passe, l'habileté des joueurs de gobelets, tout ce que la méchanique peut avoir de plus étonnant & de plus propre à surprendre, & à faire tomber dans l'erreur ; les admirables secrets de la chimie, les prodiges sans nombre qu'ont opéré l'étendue de la nature, & les belles expériences qui l'ont dévoilée jusques dans les plus secrettes opérations, tout cela nous est connu aujourd'hui jusqu'à un certain point ; mais il faut en convenir, nous ne connoissons que peu ou point du tout le démon, & les puissances infernales qui dépendent de lui ; il semble même que grace au goût de la Philosophie, qui gagne & prend insensiblement le dessus, l'empire du démon va tous les jours en déclinant.
Quoi qu'il en soit, Moïse nous dit que les magiciens de Pharaon ont opéré des miracles, vrais ou faux, & que lui-même soutenu du pouvoir divin, en a fait de beaucoup plus considérables, & a griévement affligé l'Egypte, parce que le coeur de son roi étoit endurci ; nous devons le croire religieusement, & nous applaudir de n'en avoir pas été les spectateurs.
Nous renvoyons ce qu'il nous reste à dire sur cette matiere à l'article MAGIE.
|
| MAGIE | science ou art occulte qui apprend à faire des choses qui paroissent au-dessus du pouvoir humain.
La magie, considérée comme la science des premiers mages, ne fut autre chose que l'étude de la sagesse : pour lors elle se prenoit en bonne part, mais il est rare que l'homme se renferme dans les bornes du vrai, il est trop simple pour lui. Il est presqu'impossible qu'un petit nombre de gens instruits, dans un siecle & dans un pays en proie à une crasse ignorance, ne succombent bien-tôt à la tentation de passer pour extraordinaires & plus qu'humains : ainsi les mages de Chaldée & de tout l'orient, ou plutôt leurs disciples (car c'est de ceux-ci que vient d'ordinaire la dépravation dans les idées), les mages, dis-je, s'attacherent à l'astrologie, aux divinations, aux enchantemens, aux maléfices ; & bientôt le terme de magie devint odieux, & ne servit plus dans la suite qu'à désigner une science également illusoire & méprisable : fille de l'ignorance & de l'orgueil, cette science a dû être des plus anciennes ; il seroit difficile de déterminer le tems de son origine, ayant pour objet d'alleger les peines de l'humanité, elle a pris naissance avec nos miseres. Comme c'est une science ténébreuse, elle est sur son trône dans les pays où regnent la barbarie & la grossiereté. Les Lapons, & en général les peuples sauvages cultivent la magie, & en font grand cas.
Pour faire un traité complet de magie, à la considérer dans le sens le plus étendu, c'est-à-dire dans tout ce qu'elle peut avoir de bon & de mauvais ; on devroit la distinguer en magie divine, magie naturelle & magie surnaturelle.
1°. La magie divine n'est autre chose que cette connoissance particuliere des plans, des vûes de la souveraine sagesse, que Dieu dans sa grace revele aux saints hommes animés de son esprit, ce pouvoir surnaturel qu'il leur accorde de prédire l'avenir, de faire des miracles, & de lire, pour ainsi dire, dans le coeur de ceux à qui ils ont à faire. Il fut de tels dons, nous devons le croire ; si même la Philosophie ne s'en fait aucune idée juste, éclairée par la foi, elle les revere dans le silence. Mais en est-il encore ? je ne sai, & je croi qu'il est permis d'en douter. Il ne dépend pas de nous d'acquérir cette desirable magie ; elle ne vient ni du courant ni du voulant ; c'est un don de Dieu.
2°. Par la magie naturelle, on entend l'étude un peu approfondie de la nature, les admirables secrets qu'on y découvre ; les avantages inestimables que cette étude a apportés à l'humanité dans presque tous les arts & toutes les sciences ; Physique, Astronomie, Médecine, Agriculture, Navigation, Méchanique, je dirai même Eloquence ; car c'est à la connoissance de la nature & de l'esprit humain en particulier & des ressorts qui le remuent, que les grands maîtres sont redevables de l'impression qu'ils font sur leurs auditeurs, des passions qu'ils excitent chez eux, des larmes qu'ils leur arrachent, &c. &c. &c.
Cette magie très-louable en elle-même, fut poussée assez loin dans l'antiquité : il paroît même par le feu grégeois, & quelques autres découvertes dont les auteurs nous parlent, qu'à divers égards les anciens nous ont surpassés dans cette espece de magie ; mais les invasions des peuples du Nord lui firent éprouver les plus funestes révolutions, & la replongerent dans cet affreux cahos dont les sciences & les beaux arts avoient eu tant de peine à sortir dans notre Europe.
Ainsi, bien des siecles après la sphere de verre d'Archimede, la colombe de bois volante d'Architras, les oiseaux d'or de l'empereur Léon qui chantoient, les oiseaux d'airain de Boëce qui chantoient & qui voloient, les serpens de même matiere qui siffloient, &c. il fut un pays en Europe (mais ce n'étoit ni le siecle ni la patrie de Vaucanson) il fut, dis-je, un pays dans lequel on fut sur le point de bruler Brioché & ses marionnettes. Un cavalier françois qui promenoit & faisoit voir dans les foires une jument qu'il avoit eu l'habileté de dresser à répondre exactement à ses signes, comme nous en avons tant vûs dans la suite, eut la douleur en Espagne de voir mettre à l'inquisition un animal qui faisoit toute sa ressource, & eut assez de peine à se tirer lui-même d'affaire. On pourroit multiplier sans nombre les exemples de choses toutes naturelles, que l'ignorance a voulu criminaliser & faire passer pour les actes d'une magie noire & diabolique : à quoi ne furent pas exposés ceux qui les premiers oserent parler d'antipodes & d'un nouveau monde ?
Mais nous reprenons insensiblement le dessus, & l'on peut dire qu'aux yeux mêmes de la multitude, les bornes de cette prétendue magie naturelle se rétrécissent tous les jours ; parce qu'éclairés du flambeau de la Philosophie, nous faisons tous les jours d'heureuses découvertes dans les secrets de la nature, & que de bons systèmes soutenus par une multitude de belles expériences annoncent à l'humanité de quoi elle peut être capable par elle-même & sans magie. Ainsi la boussole, les télescopes, les microscopes, &c. & de nos jours, les polypes, l'électricité ; dans la Chimie, dans la Méchanique & la Statique, les découvertes les plus belles & les plus utiles, vont immortaliser notre siecle ; & si l'Europe retomboit jamais dans la barbarie dont elle est enfin sortie, nous passerons chez de barbares successeurs pour autant de magiciens.
3°. La magie surnaturelle est la magie proprement dite, cette magie noire qui se prend toujours en mauvaise part, que produisent l'orgueil, l'ignorance & le manque de Philosophie : c'est elle qu'Agrippa comprend sous les noms de caelestialis & ceremonialis ; elle n'a de science que le nom, & n'est autre chose que l'amas confus de principes obscurs, incertains & non démontrés, de pratiques la plûpart arbitraires, puériles, & dont l'inéfficace se prouve par la nature des choses.
Agrippa aussi peu philosophe que magicien, entend par la magie qu'il appelle caelestialis, l'astrologie judiciaire qui attribue à des esprits une certaine domination sur les planetes, & aux planetes sur les hommes, & qui prétend que les diverses constellations influent sur les inclinations, le sort, la bonne ou mauvaise fortune des humains ; & sur ces foibles fondemens bâtit un système ridicule, mais qui n'ose paroître aujourd'hui que dans l'almanach de Liege & autres livres semblables ; tristes dépôts des matériaux qui servent à nourrir des préjugés & des erreurs populaires.
La magie ceremonialis, suivant Agrippa, est bien sans contredit ce qu'il y a de plus odieux dans ces vaines sciences : elle consiste dans l'invocation des démons, & s'arroge ensuite d'un pacte exprès ou tacite fait avec les puissances infernales, le prétendu pouvoir de nuire à leurs ennemis, de produire des effets mauvais & pernicieux, que ne sauroient éviter les malheureuses victimes de leur fureur.
Elle se partage en plusieurs branches, suivant ses divers objets & opérations ; la cabale, le sortilege, l'enchantement, l'évocation des morts ou des malins esprits ; la découverte des trésors cachés, des plus grands secrets ; la divination, le don de prophétie, celui de guérir par des pratiques mystérieuses les maladies les plus opiniâtres ; la fréquentation du sabbat, &c. De quels travers n'est pas capable l'esprit humain ! On a donné dans toutes ces réveries ; c'est le dernier effort de la Philosophie d'avoir enfin desabusé l'humanité de ces humiliantes chimeres ; elle a eu à combattre la superstition, & même la Théologie qui ne fait que trop souvent cause commune avec elle. Mais enfin dans les pays où l'on sait penser, réfléchir & douter, le démon fait un petit rôle, & la magie diabolique reste sans estime & sans crédit.
Mais ne tirons pas vanité de notre façon de penser : nous y sommes venus un peu tard ; ouvrez les registres de la plus petite cour de Justice, vous y trouverez d'immenses cahiers de procédures contre les sorciers, les magiciens & les enchanteurs. Les seigneurs de jurisdictions se sont enrichis de leurs dépouilles, & la confiscation des biens appartenans aux prétendus sorciers a peut-être allumé plus d'un bucher ; du moins est-il vrai que souvent la passion a su tirer un grand parti de la crédulité du peuple, & faire regarder comme un sorcier & docteur en magie celui qu'elle vouloit perdre, dans le tems même que suivant la judicieuse remarque d'Apulée accusé autrefois de magie ; ce crime, dit-il, n'est pas même cru par ceux qui en accusent les autres ; car si un homme étoit bien persuadé qu'un autre homme pût le faire mourir par magie, il appréhenderoit de l'irriter en l'accusant de ce crime abominable.
Le fameux maréchal d'Ancre, Léonora Galigaï son épouse, sont des exemples mémorables de ce que peut la funeste accusation d'un crime chimérique, fomentée par une passion secrette & poussée par la dangereuse intrigue de cour. Mais il est peu d'exemples dans ce genre mieux constatés que celui du célebre Urbain Grandier curé & chanoine de Loudun, brûlé vif comme magicien l'an 629. Qu'un philosophe ou seulement un ami de l'humanité souffre avec peine l'idée d'un malheureux immolé à la simplicité des uns & à la barbarie des autres ! Comment le voir de sang-froid condamné comme magicien à périr par les flammes, jugé sur la déposition d'Astaroth diable de l'ordre des séraphins ; d'Easas, de Celsus, d'Acaos, de Cédon, d'Asmodée, diables de l'ordre des trônes ; d'Alex, de Zabulon, Nephtalim, de Cham, d'Uriel, d'Ahaz, de l'ordre des principautés ? comment voir ce malheureux chanoine jugé impitoyablement sur la déposition de quelques religieuses qui disoient qu'il les avoit livrées à ces légions d'esprits infernaux ? comment n'est-on pas mal à son aise, lorsqu'on le voit brûlé tout vif, avec des caracteres prétendus magiques, poursuivi & noirci comme magicien jusques sur le bucher même où une mouche noirâtre de l'ordre de celles qu'on appelle des bourdons, & qui rodoit autour de la tête de Grandier, fut prise par un moine qui sans doute avoit lû dans le concile de Quieres, que les diables se trouvoient toujours à la mort des hommes pour les tenter, fut prise, dis-je, pour Béelzebut prince des mouches, qui voloit autour de Grandier pour emporter son ame en enfer ? Observation puérile, mais qui dans la bouche de ce moine fut peut-être l'un des moins mauvais argumens qu'une barbare politique sut mettre en usage pour justifier ses excès, & en imposer par des contes absurdes à la funeste crédulité des simples. Que d'horreurs ! & où ne se porte pas l'esprit humain lorsqu'il est aveuglé par les malheureuses passions de l'envie & de l'esprit de vengeance ? L'on doit sans doute tenir compte à Gabriel Naudé, d'avoir pris généreusement la défense des grands hommes accusés de magie ; mais je pense qu'ils ont plus d'obligations à ce goût de Philosophie qui a fait sentir toute la vanité de cette accusation, qu'au zele de leur avocat qui a peut-être marqué plus de courage dans son entreprise que d'habileté dans l'exécution & de forces dans les raisonnemens qu'il emploie. Si Naudé a pu justifier bien des grands hommes d'une imputation qui aux yeux du bon sens & de la raison se détruit d'elle-même : malgré tout son zele il eût sans doute échoué, s'il eût entrepris d'innocenter entierement à cet égard les sages de l'antiquité, puisque toute leur philosophie n'a pu les mettre à l'abri de cette grossiere superstition, que la magie tient par la main. Je n'en citerai d'autre exemple que Caton. Il étoit dans l'idée qu'on peut guérir les maladies les plus sérieuses par des paroles enchantées : voici les paroles barbares, au moyen desquelles suivant lui on a une recette très-assurée pour remettre les membres démis : Incipe cantare in alto S : F. motas danata dardaries astotaries, dic una parite usque dum coeant, &c. C'est l'édition d'Alde Manuce que je lis ; car celle d'Henri Estienne, revûe & corrigée par Victorius, a été fort changée sur un point où la grande obscurité du texte ouvre un vaste champ à la manie des critiques.
Chacun sait que les anciens avoient attaché les plus grandes vertus au mot magique abracadabra. Q. Serenus, célebre Médecin, prétend que ce mot vuide de sens écrit sur du papier & pendu au cou, étoit un sûr remede pour guérir la fievre quarte ; sans doute qu'avec de tels principes la superstition étoit toute sa pharmacie, & la foi du patient sa meilleure ressource.
C'est à cette foi qu'on peut & qu'on doit rapporter ces guérisons si extraordinaires dans le récit, qu'elles semblent tenir de la magie, mais qui approfondies, sont presque toujours des fraudes pieuses, ou les suites de cette superstition qui n'a que trop souvent triomphé du bon sens, de la raison & même de la Philosophie. Nos préjugés, nos erreurs & nos folies se tiennent toutes par la main. La crainte est fille de l'ignorance ; celle-ci a produit la superstition, qui est à son tour la mere du fanatisme, source féconde d'erreurs, d'illusions, de phantômes, d'une imagination échauffée qui change en lutins, en loups-garoux, en revenans, en démons même tout ce qui le heurte ; comment dans cette disposition d'esprit ne pas croire à tous les rêves de la magie ? si le fanatisme est pieux & dévot, (& c'est presque toujours ce ton sur lequel il est monté) il se croira magicien pour la gloire de Dieu ; du-moins s'attribuera-t-il l'important privilege de sauver & damner sans appel : il n'est pire magie que celle des faux dévots. Je finis par cette remarque ; c'est qu'on pourroit appeller le sabath l'empire des amazones souterraines ; du-moins il y a toujours eu beaucoup plus de sorcieres que de sorciers : nous l'attribuons bonnement à la foiblesse d'esprit ou à la trop grande curiosité des femmes ; filles d'Eve, elles veulent se perdre comme elle pour tout savoir. Mais un anonyme (Voyez Alector ou le Coq, lib. II. des adeptes) qui voudroit persuader au public qu'il est un des premiers confidens de satan, prête aux démons un esprit de galanterie qui justifie leur prédilection pour le sexe, & les faveurs dont ils l'honorent : par-là même le juste retour de cette moitié du genre humain avec laquelle pour l'ordinaire on gagne plus qu'on ne perd.
|
| MAGIOTAN | (Hist. nat.) nom que l'on donne en Provence & dans d'autres provinces du royaume, à une substance pierreuse ou à une espece de concrétion ou de tuf qui s'amasse à l'embouchure des rivieres : on dit qu'elle est tendre & spongieuse, & paroît formée par le limon que déposent les eaux & qui a pris de la consistance.
|
| MAGIOVINTUM | (Géog. anc.) ancien lieu de l'île de la Grande-Bretagne entre Lactodorum & Durocobriva, à dix-sept mille pas de la premiere, & à douze mille de la seconde, selon l'itineraire d'Antonin. Cambden croit que c'est Ashwell, bourgade aux confins d'Hertfordshire, en tirant vers Cambridge. M. Gale panche à croire que c'est Dunstable, parce que la distance entre Lactodorum & Dunstable convient beaucoup mieux au nombre de mille déterminé par Antonin, quoiqu'elle ne s'y accorde pas tout-à-fait. (D.J.)
|
| MAGIQUE | (Médecine). Voyez ENCHANTEMENT, (Médecine).
MAGIQUE, Baguette, verge ou bâton dont se servent les magiciens pour tracer les cercles dans leurs opérations & leurs enchantemens.
Voici la description qu'en donne M. Blanchard : " Elle doit être de coudrier, de la poussée de l'année. Il faut la couper le premier mercredi de la lune, entre onze & douze heures de nuit ; en la coupant, il faut prononcer certaines paroles, il faut que le couteau soit neuf, & le retirer en haut en coupant la baguette. Il faut la bénir, & écrire au gros bout le mot agla, au milieu , & le tetragrammaton au petit bout, avec une croix à chaque mot, & dire : Conjuro te citò mihi obedire. Venias per Deum vivum, & faire une croix ; per Deum verum, une seconde croix ; per Deum sanctum, une troisieme croix ". Mém. de l'acad. des Inscrip. tome XII. page 56. (G)
|
| MAGISTER | S. m. (Hist. mod.) maître ; titre qu'on trouve souvent dans les anciens écrivains, & qui marque que la personne qui le portoit, étoit parvenue à quelque degré d'éminence, in scientiâ aliquâ praesertim litterariâ. Anciennement on nommoit magistri ceux que nous appellons maintenant docteurs. Voyez DOCTEURS, DEGRE & MAITRE.
C'est un usage encore subsistant dans l'université de Paris, de nommer maîtres tous les aspirans au doctorat, qui font le cours de la licence ; & dans les examens, les thèses, les assemblées, & autres actes publics de la faculté de Théologie, les docteurs sont nommés S. M. N. Sapientissimi Magistri Nostri. Charles IX. appelloit ordinairement & d'amitié son précepteur Amyot, mon maître.
MAGISTER equitum, (Littérat.) il n'y a point de mot françois qui puisse exprimer ce que c'étoit que cette charge ; & en le rendant par général de la cavalerie, comme font tous nos traducteurs, on n'en donne qu'une idée très-imparfaite ; il suffit de dire que c'étoit la premiere place après le dictateur, tant en paix qu'en guerre.
MAGISTER scrinii dispositionum, (Antiq. rom.) c'étoit celui qui faisoit le rapport au prince des sentences & des jugemens rendus par les juges des lieux, & qui les examinoit, pour voir s'ils avoient bien jugé ou non, & envoyoit sur cela la réponse du prince. Il y avoit des couriers établis pour porter ces réponses nommés agentes ad responsum, & un fonds pour les payer, appellé aurum ad responsum.
MAGISTER scrinii epistolarum, (Antiq. rom.) secrétaire qui écrivoit les lettres du prince. Auguste écrivoit les siennes lui-même, & puis les donnoit à Mécénas & à Agrippa pour les corriger, dit Dion. Les autres empereurs les dictoient ordinairement, ou disoient à leur secrétaire leurs intentions, se contentant de les souscrire de ce mot vale. Ce secrétaire avoit sous lui trente-quatre commis, qu'on appelloit epistolares.
MAGISTER scrinii libellorum, (Antiq. rom.) maître des requêtes, qui rapportoit au prince les requêtes & les placets des particuliers, & recevoit sa réponse qui étoit rédigée par écrit par ses commis au nombre de trente-quatre, nommés libellenses. Nous voyons cela en la notice de l'empereur : cognitiones & preces magister libellorum tractabat, & acta libellenses scribebant. Nous avons une formule de requête qui fut présentée à l'empereur Antonin le Pieux, dont voici les termes.
Cùm ante hos dies conjugem & filium amiserim, & pressus necessitate corpora corum fictili sarcophago commendaverim, donec quietis locus quem emeram aedificaretur, viâ flaminiâ, inter milliare secundum & tertium euntibus ab urbe, parte laevâ, custodia monumenti Flam. Thymel. Amelo. M. Signii Orgilii, rogo, domine, permittas mihi in eodem loco, in marmoreo sarcophago quem mihi modò comparavi, eadem corpora colligere, ut quando & ego esse desiero, pariter cum iis ponar. Voilà la requête que présentoit Arius Alphius, affranchi d'Arria Fadilla, mere de l'empereur, tendante à ce qu'il lui fût permis de ramasser les os de sa femme & de son fils en un cercueil de marbre, qu'il n'avoit mis que dans un de terre, en attendant que le lieu qu'il avoit acheté pour y faire bâtir un monument fût construit ; à quoi il fut répondu ce qui suit : decretum fieri placet, Jubentius Celsus, promagister subscripsi. III. non. Novembris.
MAGISTER scrinii memoriae, (Antiquit. Rom.) secrétaire & officier de l'empire, à qui le prince donnoit la ceinture dorée en le créant. Sa charge étoit de mettre en un mot les réponses que faisoit l'empereur aux requêtes & placets qu'on lui présentoit, & de les étendre ensuite dans les patentes ou brevets. Il avoit sous lui les commis qu'on nommoit scriniarii memoriae ou memoriales. On croit que cette charge fut instituée par Auguste, & qu'il la faisoit exercer par des chevaliers romains. (D.J.)
MAGISTER scripturae, (Littér.) receveur d'un département de Rome. Scriptura étoit ce que l'on payoit en Asie aux fermiers de la république, pour les pâturages. Ceux qui levoient ce droit étoient appellés scriptuarii, & le bétail pecus inscriptum. (D.J.)
|
| MAGISTERE | S. m. (Chimie) on donne ce nom à quelques précipités de toutes les especes, & par conséquent fort arbitrairement, sans que les précipités qu'on désigne par ce nom ayent aucun caractere distinctif. Voyez PRECIPITE. Il y a un magistere de bismuth, un magistere d'antimoine, un magistere de saturne, un magistere d'étain, un magistere de corail, un magistere de perle, un magistere de soufre, &c. Voyez BISMUTH, MATIERE PERLEE, qui est un autre nom du magistere d'antimoine, ETAIN, CORAIL, &c.
Magistere est aussi un des noms de la pierre philosophale. Plusieurs alchimistes l'ont appellée le grand magistere, le magistere, notre magistere. Voyez PIERRE PHILOSOPHALE. (b)
|
| MAGISTRAL | MAGISTRAL
Nous avons exposé au mot FORMULE les regles sur lesquelles le médecin doit se diriger dans la prescription des remedes magistraux. Voyez cet article. (b)
MAGISTRAL, sirop, (Pharmacie & Mat. méd.) Il y a en pharmacie deux sirops très-connus qui portent ce nom : le sirop magistral purgatif & le sirop magistral astringent ou dyssentérique. Le premier est composé d'un grand nombre de purgatifs des plus forts ; aussi est-il un puissant hydragogue : mais ce n'est pas la peine d'entasser douze ou quinze drogues pour purger efficacement, lorsqu'on peut obtenir le même effet avec une seule. Le sirop de nerprun purge aussi-bien & plus sûrement que ce sirop très-composé.
Le sirop magistral astringent se prépare de la maniere suivante, selon la pharmacopée de Paris. Prenez de rhubarbe concassée une once & demie, de santal citrin & de cannelle de chacun un gros, de mirobolans citrins une once ; faites-les macérer dans un vaisseau fermé au bain-marie pendant douze heures dans trois livres d'eau de plantain, passez & prenez d'autre part de roses rouges seches deux onces, de balaustes une once, de sucs d'épine-vinette & de groseille de chacun quatre onces ; faites macérer pendant douze heures au bain-marie dans un vaisseau fermé dans huit onces d'eau-rose, passez avec expression ; mêlez les deux colatures, laissez-les se clarifier par le repos ; & faites-les cuire au bain-marie selon l'art en consistance de sirop, avec une livre & demie de sucre.
Ce sirop est préparé contre les regles de l'art, en ce que le bain-marie est employé dans l'espoir très-frivole de retenir le principe aromatique du santal, de la cannelle, des roses rouges, de l'eau-rose & peut-être de l'eau de plantain ; car il est très-démontré qu'en dissipant comme il faut le faire ici, pour obtenir la consistance de sirop, environ trois livres & un quart d'eau, il est impossible de retenir une quantité sensible de ce principe aromatique, quelque légere que soit la chaleur par laquelle on exécute cette prodigieuse évaporation : il faut donc ou négliger ce principe aromatique, qui ne paroît pas être un ingrédient fort essentiel d'un sirop astringent, & dans ce cas retrancher les ingrédiens de cette composition, qui ne peuvent donner que du parfum ; ou charger quatre ou cinq fois davantage les infusions, & employer à-peu-près huit livres de sucre, au lieu d'une livre & demie ; & alors le faire fondre au bain-marie dans un vaisseau fermé, si l'on ne préfere encore le moyen plus exact de la distillation. Voyez SIROP.
Le sirop magistral astringent est recommandé pour remplir l'indication de resserrer le ventre & de fortifier l'estomac & les intestins, après avoir évacué doucement. On le conseille aussi contre les pertes de sang. La dose en est depuis une once jusqu'à trois pris le matin à jeun, pendant plusieurs jours de suite (b).
|
| MAGISTRAT | S. m. (Politique) ce nom présente une grande idée ; il convient à tous ceux qui par l'exercice d'une autorité légitime, sont les défenseurs & les garants du bonheur public ; & dans ce sens, il se donne même aux rois.
Le premier homme en qui une société naissante eut assez de confiance pour remettre entre ses mains le pouvoir de la gouverner, de faire les lois qu'il jugeroit convenables au bien commun, & d'assurer leur exécution, de reprimer les entreprises capables de troubler l'ordre public, enfin de protéger l'innocence contre la violence & l'injustice, fut le premier magistrat. La vertu fut le fondement de cette autorité : un homme se distingua-t-il par cet amour du bien qui caractérise les hommes vraiment grands ; avoit-il sur ses concitoyens cet empire volontaire & flatteur, fruit du mérite & de la confiance que donne quelquefois la supériorité du génie, & toûjours celle de la vertu ? ce fut sans doute cet homme qui fut choisi pour gouverner les autres. Quand des raisons que nous laissons discuter à la Philosophie, détruisirent l'état de nature, il fut nécessaire d'établir un pouvoir supérieur, maître des forces de tout le corps, à la faveur duquel celui qui en étoit revêtu fut en état de réprimer la témérité de ceux qui pourroient former quelque entreprise contre l'utilité commune & la sûreté publique, ou qui refuseroient de se conformer à ce que le desir de les maintenir auroit fait imaginer ; les hommes renoncerent au nom de liberté pour en conserver la réalité. Ils firent plus : le droit de vie & de mort fut réuni à ce pouvoir suprême, droit terrible que la nature méconnut, & que la nécessité arracha. Ce chef de la société reçut différentes dénominations, suivant les tems, les moeurs, & les différentes formes des gouvernemens ; il fut appellé empereur, consul, dictateur, roi, titres tous contenus sous celui de magistrat, pris dans ce sens.
Mais ce nom ne signifie proprement dans notre langue que ceux sur qui le souverain se repose pour rendre la justice en son nom, conserver le dépôt sacré des lois, leur donner par l'enregistrement la notoriété nécessaire, & les faire exécuter ; fonctions augustes & saintes, qui exigent de celui qui en est chargé, les plus grandes qualités. Obligé seulement comme citoyen de n'avoir aucun intérêt si cher qui ne cede au bien public, il contracte par sa charge & son état un nouvel engagement plus étroit encore ; il se dévoue à son roi & à sa patrie, & devient l'homme de l'état : passions, intérêts, préjugés, tout doit être sacrifié. L'intérêt général, ressemble à ces courans rapides, qui reçoivent à la vérité dans leur sein les eaux de différens ruisseaux ; mais ces eaux s'y perdent & s'y confondent, & forment en se réunissant un fleuve qu'elles grossissent sans en interrompre le cours.
Si l'on me demandoit quelles vertus sont nécessaires au magistrat, je ferois l'énumération de toutes : mais il en est d'essentielles à son état, & qui, pour ainsi dire, le caractérisent. Telles, par exemple, cet amour de la patrie, passion des grandes ames, ce desir d'être utile à ses semblables & de faire le bien, source intarissable des seuls plaisirs du coeur qui soient purs & exempts d'orages, desir dont la satisfaction fait goûter à un mortel une partie du bonheur de la divinité dont le pouvoir de faire des heureux est sans doute le plus bel apanage.
Il est un temple, & c'est celui de mémoire, que la nature éleva de ses mains dans le coeur de tous les hommes ; la reconnoissance y retrace d'âge en âge les grandes actions que l'amour de la patrie fit faire dans tous les tems. Vous y verrez le consul Brutus offrir à sa patrie d'une main encore fumante le sang de ses enfans versé par son ordre. Quelle est donc la force de cette vertu, qui pour soutenir les lois d'un état, a bien pu faire violer celles de la nature, & donner à la postérité un spectacle qu'elle admire en frémissant ? Vous y verrez aussi Larcher, Brisson, Tardif, victimes de la cause publique & de leur amour pour leur roi légitime, dans ces tems malheureux de séditions & d'horreurs, où le fanatisme déchaîné contre l'état, se baignoit dans les slots du sang qu'il faisoit répandre, garder jusqu'au dernier moment de leur vie la fidélité dûe à leur souverain, & préférer la mort à la honte de trahir leurs sermens. Mânes illustres, je n'entreprendrai pas ici votre éloge ; votre mémoire sera pour moi au nombre de ces choses sacrées auxquelles le respect empêche de porter une main profane.
MAGISTRAT, (Jurisprud.) signifioit anciennement tout officier qui étoit revêtu de quelque portion de la puissance publique ; mais présentement par ce terme, on n'entend que les officiers qui tiennent un rang distingué dans l'administration de la justice.
Les premiers magistrats établis chez les Hébreux, furent ceux que Moïse choisit par le conseil de Jéthro son beau-pere, auquel ayant exposé qu'il ne pouvoit soutenir seul tout le poids des affaires, Jéthro lui dit de choisir dans tout le peuple des hommes sages & craignans Dieu, d'une probité connue, & sur-tout ennemis du mensonge & de l'avarice, pour leur confier une partie de son autorité ; de prendre parmi eux des tribuns, des centeniers, des cinquanteniers & dixainiers, ainsi qu'il est dit au xviij. chap. de l'Exode : ceci donne une idée des qualités que doit avoir le magistrat.
Pour faire cet établissement, Moïse assembla tout le peuple ; & ayant choisi ceux qu'il crut les plus propres à gouverner, il leur ordonna d'agir toûjours équitablement, sans nulle faveur ou affection de personnes, & qu'ils lui refuseroient les choses difficiles, afin qu'il pût les regler sur leur rapport.
Comme les Israëlites n'avoient alors aucun territoire fixe, il partagea tout le peuple en différentes tribus de mille familles chacune, & subdivisa chaque tribut en d'autres portions de cent, de cinquante, ou de dix familles.
Ces divisions faites, il établit un préfet ou intendant sur chaque tribu, & d'autres officiers d'un moindre rang sur les subdivisions de cent, de cinquante, & de dix.
Moïse choisit encore par l'ordre de Dieu même, avant la fin de l'année, 70 autres officiers plus avancés en âge, dont il se forma un conseil, & ceux-ci furent nommés seniores & magistri populi ; d'où est sans doute venu dans la suite le terme de magistrats.
Tous ces officiers établis par Moïse dans le désert, subsisterent de même dans la Palestine. Le sanhédrin ou grand conseil des 70, établit son siége à Jérusalem : ce tribunal souverain, auquel présidoit le grand-prêtre, connoissoit seul de toutes les affaires qui avoient rapport à la religion & à l'observation des lois, des crimes qui méritoient le dernier supplice ou du moins effusion de sang, & de l'appel des autres juges.
Il y eut aussi alors à Jérusalem deux autres tribunaux & un dans les autres villes ; pour connoître en premiere instance de toutes les affaires civiles, & de tous les délits autres que ceux dont on a parlé.
Les centeniers, cinquanteniers, dixainiers, eurent chacun l'intendance d'un certain quartier de la capitale.
Les Grecs qui ont paru immédiatement après les Hébreux, & qui avoient été long-tems leurs contemporains, eurent communément pour maxime de partager l'autorité du gouvernement & de la magistrature entre plusieurs personnes.
Les républiques prenoient de plus la précaution de changer souvent de magistrats, dans la crainte que s'ils restoient trop long-tems en place, ils ne se rendissent trop puissans & n'entreprissent sur la liberté publique.
Les Athéniens qui ont les premiers usé de cette politique, choisissoient tous les ans 500 de leurs principaux citoyens, dont ils formoient le sénat qui devoit gouverner la république pendant l'année.
Ces 500 sénateurs étoient distribués en dix classes de 50 chacune, que l'on appelloit prytanes ; chaque prytane gouvernoit l'état pendant 35 jours.
Des 50 qui gouvernoient pendant ce tems, on en tiroit toutes les semaines dix, qui étoient qualifiés de présidens ; & de ces dix on en choisissoit sept qui partageoient entr'eux les jours de la semaine, & tout cela se tiroit au sort. Celui qui étoit de jour, se nommoit archi, prince ou premier ; les autres formoient son conseil.
Ils suivoient à-peu-près le même ordre pour l'administration de la justice : au commencement de chaque mois, lorsqu'on avoit choisi la cinquantaine qui devoit gouverner la république, on choisissoit ensuite un magistrat dans chaque autre cinquantaine. De ces neuf magistrats appellés archontes, trois étoient tirés au sort pour administrer la justice pendant le mois ; l'un qu'on appelloit préfet, ou gouverneur de la ville, présidoit aux affaires des particuliers, & à l'exécution des lois pour la police & le bien public ; l'autre nommé , roi, avoit l'intendance & la jurisdiction sur tout ce qui avoit rapport à la religion ; le troisieme appellé polemarchus, connoissoit des affaires militaires & de celles qui survenoient entre les citoyens & les étrangers ; les six autres archontes servoient de conseil aux trois premiers.
Il y avoit encore quelques autres tribunaux inférieurs pour différentes matieres civiles & criminelles ; ils changeoient aussi de juges les uns tous les mois, les autres tous les ans.
Tous ces tribunaux n'étoient chargés de la police que pour l'exécution ; la connoissance principale en étoit réservée au sénat de l'Aréopage, qui étoit le seul tribunal composé de juges fixes & perpétuels ; on les choisissoit entre les principaux citoyens qui avoient exercé avec le plus d'applaudissement l'une des trois magistratures dont on vient de parler.
Pour ce qui est des Romains, lorsque Romulus eut fondé cet empire, il rendoit lui-même la justice avec ceux des principaux citoyens qu'il s'étoit choisi pour conseil, & qu'il nomma sénateurs. Il distingua le peuple en deux classes ; les patriciens ou nobles, furent les seuls auxquels il permit d'aspirer aux charges de la magistrature ; il accorda aux Plébéïens le droit de choisir eux-mêmes leurs magistrats dans l'ordre des patriciens.
Lorsque les rois furent chassés de Rome, la puissance du sénat s'accrut beaucoup ; la république fut gouvernée par deux consuls qui étoient les chefs du sénat ; ils l'étoient encore du tems d'Auguste, & néanmoins le sénat leur commandoit sur-tout dans la guerre ; on leur donna pour collegue le censeur, dont la charge étoit de faire le dénombrement des citoyens, & d'imposer chacun aux subsides selon ses facultés ; & comme les consuls étoient quelquefois obligés de commander dans les provinces, on nommoit dans les tems de trouble un souverain magistrat, qu'on appella dictateur.
Le préfet de la ville, qui avoit été institué dès le tems de Romulus pour commander en son absence, devint sous Justinien le chef du sénat ; après lui les patrices, les consuls, ensuite les autres officiers, tels que ceux que l'on appelloit préfets & mestres-de-camp ; enfin les sénateurs & les chevaliers, les tribuns du peuple, lesquels avoient été institués par Romulus, & dont le pouvoir augmenta beaucoup sous la république ; les édiles, le questeur & autres officiers.
On créa aussi des tribuns des soldats, des édiles curules, des préteurs, les préfets du prétoire, un maître général de la cavalerie, un maître des offices, un préfet de l'épargne, comes sacrarum largitionum ; un préfet particulier du domaine du prince, comes rerum privatarum ; le grand pouvoir, comes sacri patrimonii ; un maître de la milice, des proconsuls & des légats ; un préfet d'Orient, un préfet d'Auguste, un préfet des provisions, praefectus annonae ; un préfet des gardes de nuit, praefectus vigilum.
Il y eut aussi des vicaires ou lieutenans donnés à divers magistrats, des assesseurs ou conseillers, des défenseurs des cités, des décurions, des decemvirs, & plusieurs autres officiers.
La fonction de tous ces magistrats n'étoit point érigée en office ; ce n'étoient que des commissions annales qui étoient données par le sénat, ou par le peuple, ou en dernier lieu par les empereurs.
Aucune magistrature n'étoit vénale ; mais comme il se glisse par-tout de l'abus, on fut obligé de défendre à ceux qui briguoient les charges, de venir aux assemblées avec une double robe sous laquelle ils pussent cacher de l'argent, comme ils avoient coutume de faire pour acheter le suffrage du peuple.
Tous ceux qui exerçoient quelque partie de la puissance publique, étoient appellés magistrats, soit qu'ils fussent simplement officiers de judicature, soit qu'ils eussent aussi le gouvernement civil & militaire, ou même qu'ils fussent simplement officiers militaires. Il y avoit des magistrats ordinaires, comme les consuls, les préteurs, &c. & d'autres extraordinaires, comme les dictateurs, le préfet des vivres, &c.
On distinguoit aussi les magistrats en deux classes, savoir en grands & petits magistrats, majores & minores magistratus.
En France on ne donne le nom de magistrats qu'à ceux qui tiennent un certain rang dans l'administration de la justice tels que le chancelier, qui est le chef de la magistrature, les conseillers d'état & maîtres des requêtes, les présidens & conseillers de cour souveraine, les avocats & procureurs généraux.
Nous avons aussi pourtant des magistrats d'épée, tels que les pairs de France, les conseillers d'état d'épée, les chevaliers d'honneur, les baillis d'épée, les lieutenans criminels de robe courte, les prevôts des maréchaux.
Les juges des présidiaux, bailliages & sénéchaussées royales, sont aussi regardés comme magistrats ; ils en prennent même ordinairement le titre dans leurs jugemens.
Les prevôts des marchands, maires & échevins, & autres juges municipaux qui reçoivent divers noms en quelques provinces, sont aussi magistrats.
Il ne suffit pas à un magistrat de remplir exactement les devoirs de son état, il doit aussi se comporter dans toutes ses actions avec une certaine dignité & bienséance pour faire respecter en lui l'autorité qui lui est confiée, & pour l'honneur de la magistrature en général.
Sur les fonctions & devoirs des magistrats, voyez au digeste le titre de origine juris & omnium magistratuum, & au code le titre de dignitatibus. Loyseau, traité des offices. (A)
|
| MAGISTRATURE | (Politique) ce mot signifie l'exercice d'une des plus nobles fonctions de l'humanité : rendre la justice à ses semblables, & maintenir ses lois, le fondement & le lien de la société, c'est sans doute un état dont rien n'égale l'importance, si ce n'est l'exactitude scrupuleuse avec laquelle on en doit remplir les obligations.
On peut aussi entendre par ce mot magistrature, le corps des magistrats d'un état ; il signifiera en France cette partie des citoyens, qui divisée en différens tribunaux, veille au dépôt des lois & à leur exécution, semblables à ces mages dont les fonctions étoient de garder & d'entretenir le feu sacré dans la Perse.
Si l'on peut dire avec assûrance, qu'un état n'est heureux qu'autant que par sa constitution toutes les parties qui le composent tendent au bien général comme à un centre commun, il s'ensuit que le bonheur de celui dans lequel différens tribunaux sont dépositaires de la volonté du prince, dépend de l'harmonie & du parfait accord de tous ces tribunaux, sans lequel l'ordre politique ne pourroit subsister. Il en est des différens corps de magistrature dans un état, comme des astres dans le système du monde, qui par le rapport qu'ils ont entr'eux & une attraction mutuelle, se contiennent l'un l'autre dans la place qui leur a été assignée par le Créateur, & qui suivent, quoique renfermés chacun dans un tourbillon différent, le mouvement d'impulsion générale de toute la machine céleste. Voyez l'article MAGISTRAT.
|
| MAGISTRIENS | S. m. pl. (Hist. anc.) satellites du magister. Or comme il y avoit différens magisters, les magistriens avoient aussi différentes fonctions.
|
| MAGLIANO | Manliana, (Géogr.) petite ville d'Italie dans la Sabine ; elle est située sur la cime d'une montagne, près du Tibre, à 12 lieues S. O. de Spolete, 8 N. E. de Rome. Long. 30. 10. lat. 42. 20. (D.J.)
|
| MAGMA | S. m. (Pharmac.) liniment épais dans lequel il n'entre qu'une très-petite quantité de liquide, pour l'empêcher de s'étendre & de couler ; strictement c'est la partie récrementicielle d'un onguent, ou les feces qui restent après l'expression des parties les plus fluides. Galien restraint l'acception de ce terme aux feces des mirobolans, liv. VIII. D. C. M. P. G.
|
| MAGNA CHARTA | (Jurispr.) Voyez au mot CHARTRE l'article CHARTRE, la grande.
|
| MAGNANIME | adj. (Morale) c'est celui qu'élevent au-dessus des objets & des passions qui conduisent les hommes, une passion plus noble, un objet plus grand ; qui sacrifie le moment au tems, son bien-être à l'avantage des autres, la considération, l'estime même à la gloire ou à la patrie : c'est Fabius qui s'expose au mépris de Rome pour sauver Rome.
La magnanimité n'est que la grandeur d'ame devenue instinct, enthousiasme, plus noble & plus pure par son objet & par le choix de ses moyens, & qui met dans ses sacrifices je ne sais quoi de plus fort & de plus facile.
|
| MAGNANIMIT | (Médecine) ce mot est un euphemisme dans le langage médicinal ; il signifie exactement vigueur dans l'acte vénérien. Au reste, c'est expliquer un euphémisme par un autre, mais le dernier nous paroît beaucoup plus intelligible que le premier ; & il ne seroit pas honnête de se rendre plus clair. (b)
|
| MAGNES AERIS | (Chimie) nom donné par le célebre Hoffman à une préparation faite avec de la craie & de l'esprit-de-vin.
|
| MAGNES | MAGNES
|
| MAGNES CARNEUS | (Hist. nat.) nom donné par Cardan à une espece de terre blanche qui se trouve en Italie ; elle est blanche, a une certaine consistance semblable à celle de l'ostéocolle, elle est mouchetée de taches noires ; elle s'attache fortement à la langue qu'elle semble attirer. Le même Cardan prétend avoir vu qu'une blessure faite dans la chair avec une épée dont la lame avoit été frottée de cette terre, se referma sur le champ. Cette substance, que quelques-uns ont appellée calamita alba, se trouve, dit-on, dans l'île d'Elbe, près des côtes de la Toscane. Voyez Boëtius de Boot, de lapid. & gemmis.
|
| MAGNÉSI | ou MAGNESE, (Hist. anc.) substance minérale. Voyez MANGANESE.
MAGNESIE BLANCHE, (Chimie & Mat. médic.) c'est le nom le plus usité aujourd'hui d'une poudre terreuse blanche, & qui a été connue aussi auparavant sous les noms de panacée solutive, de panacée angloise, de fécule alkaline, de panacée anti-hypocondriaque, de poudre du comte de palma, de poudre de sentinelli. Voici la préparation qu'en donne M. Baron dans ses additions au cours de Chimie de Lémery.
Mettez la quantité qu'il vous plaira d'eau-mere des salpétriers dans une terrine de grais ; versez dessus parties égales d'huile de tartre par défaillance ou de dissolution de cendres gravelées, peu de tems après le mêlange se troublera ; mais il reprendra sa limpidité aussi-tôt qu'il aura déposé un sédiment blanchâtre qui le rendoit laiteux : décantez alors la liqueur qui surnage le précipité, lavez-le à plusieurs reprises, & mettez-le égoutter sur un filtre ; faites-le sécher ensuite jusqu'à ce qu'il soit réduit en une poudre blanche.
Il y a deux autres procédés pour préparer la magnésie, l'un & l'autre plus anciens que le précédent. Le premier consiste à évaporer jusqu'à siccité de l'eau-mere de salpêtre, à calciner le produit de cette dessiccation, jusqu'à ce qu'il ne donne plus de vapeurs acides, à l'édulcorer ensuite par des lotions répétées avec l'eau bouillante, & enfin à le faire égoutter & sécher selon l'art. La magnésie préparée ainsi est peut-être moins subtile, moins divisée que celle qu'on obtient par la précipitation, ce qui suffit pour rendre cette derniere préférable dans l'usage medicinal ; mais d'ailleurs les produits de ces deux procédés sont parfaitement semblables. L'eau-mere du nitre étant composée du mêlange de nitre à base terreuse & de sel marin à base terreuse (Voyez NITRE), qui sont l'un & l'autre des sels neutres éminemment solubles par l'eau, il est clair que la portion de ces sels, qui pourroient avoir été épargnés dans la calcination, est infailliblement enlevée par les lotions réitérées.
L'autre procédé consiste à précipiter l'eau-mere du nitre par l'acide vitriolique : celui-ci est absolument défectueux ; ce n'est qu'un faux précipité qu'on obtient par ce moyen (voyez PRECIPITATION) ; c'est un sel seleniteux produit par l'union de l'acide vitriolique à une partie de la terre qui sert de base aux sels neutres contenus dans l'eau-mere du salpêtre, & dont nous avons déja fait mention. Je dis une portion, car ce n'est pas une seule espece de terre qui fournit la base de ces sels. Une portion seulement est calcaire & produit le faux précipité avec l'acide vitriolique ; l'autre portion est analogue à la base du sel de seidlitz & d'ébsham, & elle constitue, avec l'acide vitriolique un sel neutre soluble, & qui reste suspendu par conséquent dans la liqueur. Voyez SEL MARIN, SEL DE SEIDLITZ, SEL D'EBSHAM, sous l'article général SEL.
C'est évidemment à cette terre que j'appelle seidlitienne que la magnésie doit la propriété que Hoffman y a remarquée de fournir une dissolution saline amere & salée, lorsqu'on la dissout dans de l'esprit de vitriol, tandis que les terres purement calcaires ne donnent avec le même acide qu'une liqueur très-peu chargée de sel qui n'est ni amere ni salée, & qui est même presqu'absolument insipide.
La magnésie est donc à mon avis une terre absorbante mélangée d'une portion de terre calcaire & d'une portion de terre analogue à la base du sel de seidlitz.
La comparaison que fait Hoffman de l'eau-mere des salpétriers & de la liqueur saline appellée huile de chaux, provenant de la décomposition du sel ammoniac par la chaux, relativement à la propriété de produire la magnésie blanche ; cette comparaison, disje, n'est point exacte.
Le D. Black, médecin à Edimbourg, qui a pris comme une matiere absolument semblable à la magnésie blanche, la terre qui sert de base au sel d'ebsham (voyez recueil de médecine de Paris, vol. VIII.), a donné dans une erreur opposée. Le précipité de l'huile de chaux est entierement calcaire, & celui du sel d'ebsham est entierement seidlitien ; ni l'un ni l'autre n'est par conséquent la magnésie blanche, quoique leurs vertus medicinales soient peut-être les mêmes, ce qui est cependant fort douteux & qui reste à éprouver.
La magnésie blanche ordinaire, c'est-à-dire le précipité de l'eau-mere de nitre, purge très-bien presque tous les sujets à la dose d'une drachme ou de deux, ou même de demi-once pour les adultes, & à proportion pour les enfans. Il arrive quelquefois, mais rarement, qu'étant prise à la même dose, elle ne donne que des envies inutiles d'aller, & ne purge point du tout. Hoffman attribue cette diversité d'action à la présence ou à l'absence des acides dans les premieres voies. Si cette terre, purement absorbante & dépourvue, dit-il, de tout principe purgatif, rencontre des acides dans les premieres voies, elle s'unit avec ces acides, & se change par-là en un sel neutre, âcre & stimulant : ce qu'il trouve évident par l'analogie qu'il admet entre ce sel formé dans les premieres voies, & celui qui résulte de l'union de cette terre à l'acide vitriolique. Cette explication n'est que du jargon tout pur, qu'une franche théorie à prendre ce terme dans son acception la plus défavorable ; car, 1°. elle suppose tacitement que la présence des acides dans les premieres voies est le cas le plus fréquent, puisqu'en effet la magnésie purge le plus grand nombre de sujets ; or cette supposition est démentie par l'expérience : 2°. elle indique l'inadvertance la plus puérile sur le degré d'acidité réelle des sucs acides contenus quelquefois dans les premieres voies : car il est de fait que même dans le degré extrême d'acidité de ces sucs concourant avec leur plus grande abondance, il n'y a jamais eu dans les premieres voies de quoi saturer dix grains de magnésie ; & quand même on pourroit supposer qu'il s'y en trouvât quelquefois de quoi en saturer deux gros, cette quantité devroit être la dose extrême, & tout ce qu'on pourroit en donner au-delà seroit inutile. Or il est cependant prouvé par l'expérience, que dans tous les cas l'activité de la magnésie est proportionnelle à sa dose : une once purge plus que demi-once. 3°. C'est gratuitement au-moins qu'on estime la nature du sel neutre formé dans les premieres voies par celles de celui qui résulte de la combinaison de l'acide vitriolique avec la même base. 4°. Enfin la diversité d'action reconnue même par Hoffman entre la magnésie blanche & les autres absorbans, prouve sans doute qu'il n'est point permis de considérer la magnésie comme un simple absorbant. On a presque regret au tems qu'on emploie à réfuter de pareilles spéculations ; mais comme ce sont principalement les théories arbitraires & frivoles dont la Medecine est inondée, qui deshonorent l'art aux yeux des bons juges, & que celle que nous venons de discuter est défendue par l'appareil des principes chimiques exacts & lumineux en soi, & par une simplicité apparente qui séduit toujours les demi-savans, & dont les vrais connoisseurs se méfient toujours au contraire ; pour toutes ces considérations, dis-je, on s'est permis d'attaquer ce préjugé plus sérieusement & avec plus de chaleur qu'il n'en mérite dans le fond.
Quant à l'utilité absolue de la magnésie, il est sûr que l'usage fréquent qu'elle a chez nous depuis quelque tems, a été principalement une affaire de mode, & qu'il a été soutenu principalement par l'avantage d'être un remede moins dégoûtant que les autres purgatifs. On doit pourtant convenir qu'on l'emploie avec assez de succès pour purger dans les affections hypocondriaques, & toutes les fois qu'on a à remplir la double indication d'absorber & de purger, comme dans la toux stomachale & l'asthme humide, & quelque cas même d'asthme convulsif. Elle est très-utile aussi dans la constipation qu'occasionne quelquefois le lait, voyez LAIT. Hoffman remarque, & l'observation journaliere confirme, que cette poudre est sujette à causer des ventosités & de l'irritation dans les intestins, si on en fait un trop fréquent usage.
On la donne dans de l'eau, du bouillon, des infusions ou décoctions de plantes laxatives, dans des sucs de plantes émollientes, dans une émulsion, &c. (b)
MAGNESIE OPALINE, (Chimie) ou RUBINE D'ANTIMOINE. Ce n'est autre chose qu'une espece de foie d'antimoine qui ne differe du foie d'antimoine ordinaire (voyez foie d'antimoine au mot ANTIMOINE) qu'en ce qu'on a fait entrer dans sa préparation au lieu des deux ingrédiens ordinaires, savoir l'antimoine crud & le nitre employés à parties égales, l'antimoine crud, le nitre & le sel marin employés aussi à parties égales.
Le nom de magnésie opaline lui vient de sa couleur ; elle prouve par sa différence d'avec celle du foie d'antimoine ordinaire, que le sel marin a influé réellement sur le changement que le régule d'antimoine a subi dans cette opération : car d'ailleurs on ignore encore parfaitement la théorie de l'action du sel marin dans cette préparation & dans celle des régules medicinaux préparés avec ce sel. Voyez régule d'antimoine medicinal au mot ANTIMOINE.
La magnésie opaline est regardée comme moins émétique que le foie d'antimoine ordinaire, mais cela ne dépend point de la différence reconnue de l'action du nitre sur le régule dans l'une & dans l'autre opération ; car il n'est pas connu que le sel marin affoiblisse cette action du nitre qui est employé en même proportion dans les deux opérations. (b)
MAGNESIE, (Géog. anc.) province de la Macédoine, annexée à la Thessalie ; elle s'étendoit entre le golfe de Thermée & le golfe Pélasgique, depuis le mont Ossa jusqu'à l'embouchure de l'Amphrise. Sa ville capitale portoit le nom de la province, ainsi que son principal promontoire, qu'on appelle à présent Cabo S. Gregorio. Les monts Olympe, Ossa, & Pélion, sont connus des gens les moins lettrés. Aujourd'hui cette province de Magnésie est une presqu'île de la Janna, entre les golfes de Salonique & de Volo. (D.J.)
MAGNESIE, (Géog. anc.) ville de la Macédoine, dans la province de Magnésie. Pline l'a nommée Pegaza, Pégase, parce qu'elle s'accrut des ruines de cet endroit. Elle étoit située au pié du mont Pélée. Pausanias la met au nombre des trois villes qu'on appelloit les trois clés de la Grece. Philippe s'en empara, en assurant qu'il la rendroit, & se promettant bien de la garder. Le Duc d'Albe disoit à un autre Philippe, que les princes ne se gouvernoient point par des scrupules ; & cet autre Philippe prouva, par sa conduite, que cette maxime lui plaisoit. (D.J.)
MAGNESIE sur le Méandre, (Géog. anc.) ville de l'Asie mineure, dans l'Ionie ; son surnom ad Maeandrum, la distinguoit de Magnésie, ville de Lydie, au pié du mont Sipyle : cependant on l'appelloit aussi Magnésie tout court, parce qu'elle étoit beaucoup plus considérable que Magnésie ad Sipylum, qui avoit besoin de ce surnom. C'est de cette maniere qu'on en a usé dans les médailles qui appartiennent à ces deux villes. Strabon, liv. XIV. pag. 647. nous apprend que la Magnésie d'Ionie n'étoit pas précisément sur le Méandre, & que la riviere Léthée en étoit plus près que ce fleuve, vicinior urbi amnis Lethaeus. Scylax donne à Magnésie Ionienne, le titre de ville grecque. Paterculus l'estime une colonie de Lacédémoniens ; & Pline la regarde comme colonie des Magnésiens de Thessalie. Elle a été épiscopale sous la métropole d'Ephese : on la nomme à présent Gusetlissar. (D.J.)
MAGNESIE ad Sipylum, (Géog. anc.) autrement dite Manachie (on l'appelloit encore Héraclée, selon Dionysius dans Eustathe) ville de l'Asie mineure en Lydie, au pié du mont Sipyle, dans un pays assez plat, terminé par une grande plaine, qui mérite un article à part. La victoire que les Romains y remporterent sur Antiochus, rendit célebre cette plaine & la ville, & la montagne au bas de laquelle elle est située. Sous l'empereur Tibere, & du tems de Strabon, la ville fut ruinée par des tremblemens de terre, & rétablie à chaque fois. Elle avoit déjà été pillée antérieurement par Gygès, roi de Lydie, & par les Scythes, qui traiterent les habitans avec la derniere inhumanité : voici la suite de ses autres vicissitudes.
Après la prise de Constantinople par le comte de Flandres, Jean Ducas Vatatze, successeur de Théodore Lascaris, regna dans Magnésie pendant trente-trois ans. Les Turcs s'en rendirent maîtres sous Bajazet ; mais Tamerlan qui le fit prisonnier à la fameuse bataille d'Angora, vint à Magnésie, & y transporta toutes les richesses des villes de Lydie.
Roger de Flor, vice-roi de Sicile, assiégéa cette place sans succès : Amurat y passa à la fin de ses jours. Mahomet II. son fils, forma des environs de Magnésie une petite province, & le grand Soliman II. y résida jusqu'à la mort de son pere. C'est un monsselin & un sardar qui commandent à présent dans Magnésie. Elle n'est pas plus grande que la moitié de la Prusse ; il n'y a ni belles églises, ni beaux caravansérais ; on n'y trafique qu'en coton. La plûpart de ses habitans sont Mahométans, les autres sont des Grecs, des Arméniens, & des Juifs, qui y ont trois synagogues. Le serrail y tombe en ruine, & n'a pour tout ornement que quelques vieux cyprès. (D.J.)
MAGNESIE plaine de, (Géog. anc. histor.) plaine à jamais célebre, aux environs de la ville de même nom, au pié du mont Sipyle.
Quoique cette plaine soit d'une beauté surprenante, dit M. de Tournefort, elle est cependant presque toute couverte de tamaris, & n'est bien cultivée que du côté du levant : la fertilité en est marquée par une médaille du cabinet du roi : d'un côté c'est la tête de Domitia, femme de Domitien ; de l'autre est un fleuve couché, lequel de la main droite tient un rameau, de la gauche une corne d'abondance. Du haut du mont Sipyle la plaine paroît admirable, & l'on découvre avec plaisir tout le cours de l'Hermus.
C'est dans cette plaine que les grandes armées d'Agésilaüs & de Tisapherne, & celles de Scipion & d'Antiochus, se sont disputées l'empire de l'Asie. Le roi de Lacédémone, étant descendu du mont Sipyle, attaqua les Perses le long du Pactole, & les mit en déroute.
La bataille de Scipion & d'Antiochus se donna entre Magnésie & la riviere Hermus, que Tite-Live & Appien appellent le fleuve de Phrigie. Antiochus étoit campé avantageusement autour de la ville ; des élephans d'une grandeur extraordinaire brilloient par l'or, l'argent, l'ivoire & la pourpre dont ils étoient couverts. Scipion ayant fait passer la riviere à son armée, obligea les ennemis de combattre, & cette bataille, qui fut la premiere que les Romains gagnerent en Asie, leur assura la possession du pays, jusqu'aux guerres de Mithridate. (D.J.)
|
| MAGNÉTIQUE | adj. (Phys.) se dit de tout ce qui a rapport à l'aimant ; ainsi on dit fluide magnétique, vertu magnétique, pôle magnétique, &c. V. MAGNETIQUE, AIMANT, AIGUILLE, BOUSSOLE, &c.
MAGNETIQUE emplâtre, (Pharmacie & matiere médicale externe) c'est du magnes arsenicalis, ou aimant arsénical. Voy. AIMANT ARSENICAL, que cette emplâtre qui est fort peu utile tire son nom. Son auteur Angelus Sala prétend qu'il guérit les charbons pestilentiels, par une vertu attractive ou magnétique. S'il opere en effet quelque chose dans ce cas, c'est par la vertu légerement caustique de l'aimant arsénical : c'est par cette même vertu qu'il peut être utilement employé dans le traitement des ulceres rebelles. (b)
MAGNETISME, s. m. (Phys.) c'est le nom général qu'on donne aux différentes propriétés de l'aimant ; ces propriétés, comme l'on sait, sont au nombre de trois principales ; l'attraction ou la vertu par laquelle l'aimant attire le fer ; la direction ou la vertu par laquelle l'aimant se tourne vers les poles du monde, avec plus ou moins de déclinaison, selon le lieu de la terre où il est placé ; enfin l'inclinaison ou la vertu par laquelle une aiguille aimantée suspendue sur des pivots, s'incline vers l'horison en se tournant vers le pole : ses différentes propriétés ont été détaillées aux articles AIMANT, AIGUILLE, BOUSSOLE, & nous y renvoyons le lecteur, ainsi qu'aux mots DECLINAISON, VARIATION, COMPAS, &c. Il s'agit maintenant de la cause de ces différens phénomenes, dont nous avons promis au mot AIMANT, de parler dans cet article. Les Philosophes ont fait là-dessus bien des systèmes, mais jusqu'ici ils n'ont pu parvenir à rien donner de satisfaisant : ceux de nos lecteurs qui voudront connoître ce qu'on a dit sur ce sujet de plus plausible, pourront lire les trois dissertations de Mrs. Euler, Dufour, & Bernoulli, qui ont remporté le prix de l'académie en 1746 ; ils y trouveront des hypotheses ingénieuses, & dans celles de M. Dufour plusieurs expériences curieuses. Nous nous contenterons de dire ici que chacun de ces auteurs, ainsi que tous les Physiciens qui les ont précédés, attribuent les effets de l'aimant à une matiere qu'ils appellent magnétique. Il est difficile en effet, quand on a examiné les phénomenes, & sur-tout la disposition de la limaille d'acier autour de l'aimant, de se refuser à l'existence & à l'action de cette matiere : cependant cette existence & cette action a souffert plusieurs difficultés : on peut en voir quelques-unes dans l'histoire de l'académie des Sciences de l'année 1733 ; on peut en voir aussi beaucoup d'autres dans l'Essai de physique de M. Musschenbroeck, §. 587. & suiv. contre les écoulemens qu'on attribue à la matiere magnétique ; nous renvoyons le lecteur à ces différens ouvrages, pour ne point trop grossir cet article, & aussi pour ne point paroître favoriser une des deux opinions préférablement à l'autre, car nous avouons franchement que nous ne voyons rien d'assez établi sur ce sujet pour nous décider.
Au défaut de la connoissance de la cause qui produit les propriétés de l'aimant, ce seroit beaucoup pour nous que de pouvoir au-moins trouver la liaison & l'analogie des différentes propriétés de cette pierre, de savoir comment sa direction est liée à son atraction, & son inclinaison à l'une & à l'autre de ces propriétés. Mais quoique ces trois propriétés soient vraisemblablement liées par une seule & même cause, elles paroissent avoir si peu de rapport entre elles, que jusqu'à présent on n'a pû en découvrir l'analogie. Ce qu'il y a de mieux à faire jusqu'à présent, est d'amasser des faits, & de laisser les systèmes à faire à notre postérité, qui vraisemblablement les laissera de même à la sienne.
M. Halley, pour expliquer la déclinaison de la boussole, a imaginé un gros aimant au centre de la terre, un second globe contenu au-dedans d'elle comme dans un noyau, & qui par la rotation sur un axe qui lui est propre, entretienne la déclinaison de l'aiguille dans une variation continuelle. M. Halley employoit encore ce globe d'aimant à l'explication de l'aurore boréale ; il supposoit que l'espace compris entre la terre & le noyau étoit rempli d'une vapeur légere & lumineuse, qui venant à s'échapper en certain tems par les poles du globe terrestre, produit toutes les apparences de ce phénomene ; mais outre que toutes ces suppositions sont purement hypothétiques, on ne verroit pas encore comment ce gros aimant produiroit l'attraction du fer, ni comment il agiroit sur les petits aimants qui se trouvent sur ce globe, & dont il est si éloigné.
Le résultat de cet article est que les phénomenes de l'aimant sont vraisemblablement produits par une matiere subtile, différente de l'air ; nous disons différente de l'air, parce que ces phénomenes ont également lieu dans le vuide ; mais nous ignorons absolument la maniere dont cette machine agit. C'est encore une question non moins difficile que de savoir s'il y a quelque rapport entre la cause du magnétisme & celle de l'électricité, car on ne connoît guère mieux l'une que l'autre. Voyez ELECTRICITE, CONDUCTEUR, COUP FOUDROYANT, FEU ELECTRIQUE, &c. (O)
|
| MAGNETTES | S. f. (Com.) toiles qui se fabriquent en Hollande, & quelques provinces voisines ; elles sont plissées à plat ou roulées : le taux les apprécie à 20 florins la piece.
|
| MAGNEY | voyez l'article KARATA.
|
| MAGNI-SIAH | (Géog.) ville d'Asie, dans la province de Serhan, au pié d'une montagne ; c'est la même ville, selon les apparences, que la Magnésie du mont Sipyle. Les orientaux lui donnent 60d. de long. & 40d. de lat. (D.J.)
|
| MAGNIC | ou MAGNICA, (Géog.) fleuve d'Afrique, dont l'embouchure est à 27d. 40'. de lat. mérid. On dit qu'il prend sa source du lac Gayane. Il se divise en deux bras, dont l'un traverse les terres du Monomotapa, & se décharge dans la mer par sept embouchures. (D.J.)
|
| MAGNIFICENCE | (Morale) dépense des choses qui sont de grande utilité au public. Je suis ici de près les traces d'Aristote, qui distingue deux vertus, dont l'office concerne l'usage des richesses ; l'une est la simple libéralité, ; l'autre la magnificence, . La premiere, selon ce fameux philosophe, regarde l'usage des petites dépenses ; l'autre regle les dépenses que l'on fait pour de grandes & belles choses, comme sont les présens offerts aux dieux, la construction d'un temple, ce que l'on donne pour le service de l'état, pour les festins publics, & autres choses de cette nature. Aristote oppose à cette vertu, comme les deux extrêmités vicieuses, une somptuosité ridicule & mal entendue, & une sordide mesquinerie. (D.J.)
|
| MAGNIFIQUE | adj. (Gram.) il se dit au simple & au figuré des personnes & des choses, & il désigne tout ce qui donne une idée de grandeur & d'opulence. Un homme est magnifique, lorsqu'il nous offre en lui-même, & dans tout ce qui l'intéresse, un spectacle de dépense, de libéralité & de richesse, que sa figure & ses actions ne déparent point ; une entrée est magnifique, lorsqu'on a pourvû à tout ce qui peut lui donner un grand éclat par le choix des chevaux, des voitures, des vêtemens, & de tout ce qui tient au cortege ; un éloge est magnifique, lorsqu'il nous donne de la personne qui l'a fait, & de celle à qui il est adressé, une très-haute idée. Le luxe va quelquefois sans la magnificence, mais la magnificence est inséparable du luxe ; c'est par cette raison qu'elle éblouit souvent & qu'elle ne touche jamais.
|
| MAGNISSA | (Hist. nat. minéral.) nom donné par quelques auteurs anciens ; à une substance minérale que l'on croit être la pyrite blanche, ou pyrite arsenicale, que l'on nommoit aussi leucolithos & argyrolithos, à cause de sa ressemblance avec l'argent. Voyez PYRITE.
|
| MAGNOAC | (Géog.) petit pays sur les confins du pays d'Astarac, & qui fait aujourd'hui partie de celui d'Armagnac. Voyez Longuerue, descript. de la France, part. I. pag. 201. (D.J.)
|
| MAGNOLE | magnolia, s. f. (Hist. nat. Botan.) plante à fleur en rose, composée de plusieurs pétales disposés en rond. Le pistil s'éleve du fond du calice, & devient dans la suite un fruit dur, tuberculeux, dans lequel on trouve de petits noyaux, oblongs, qui renferment une amande de la même forme. Plumier, nova plant. amer. gen. Voyez PLANTE.
Ce genre de plante a été ainsi nommée en l'honneur de M. Magnole, botaniste. Sa fleur est en rose, composé de plusieurs pétales, placées circulairement. Du calice de la fleur s'éleve un pistil, qui dégénere en un fruit conique, garni d'un grand nombre de tubes contenant chacun une noix dure, laquelle venant à sortir, demeure suspendue par un long fil.
Comme c'est un très-beau genre de plante, M. Linnaeus a pris plaisir d'entrer encore dans de plus grands détails de ses caracteres. Le calice particulier de sa fleur, nous dit-il, est formé de trois feuilles ovales & creuses ; qu'on prendroit pour des pétales, & qui tombent avec la fleur. Sa fleur consiste en neuf pétales, d'une forme oblongue, cavés en gouttiere, étroits à la base, & s'élargissant à la pointe, qui est obtuse. Les étamines sont des filets nombreux, courts & pointus. Le pistil placé sous le germe, est d'une figure comprimée. Les bossettes des étamines sont oblongues, fines & déliées. Le fruit est en cône écailleux, à capsules comprimées, arrondies, composées de deux valvules qui forment une seule loge. Cette loge ne renferme qu'une graine, pendante dans sa parfaite maturité par un fil qui procede de la capsule du fruit. Voyez aussi Dillenius, Hort. Eltham. pag. 168. (D.J.)
|
| MAGNUS | A, UM, (Géogr. anc.) Il faut remarquer ici sur ce mot latin, que les anciens appelloient magnum promontorium le cap d'Afrique nommé Deyrat-Lincyn par les Africains ; & qu'ils ont donné le même nom au cap de Lisbonne. Ils appelloient magnum ostium, la grande embouchure, l'une des bouches du Gange. Ils donnoient le nom de magni campi à des plaines d'Afrique, au voisinage d'Utique ; ils nommerent magnus portus, un port de la Grande Bretagne, vis-à-vis l'île de Wight, & magnus sinus, le grand golfe, une partie de l'Océan oriental, &c. (D.J.)
|
| MAGNY | (Géog.) petite ville de France, au Vexin françois, sur la route de Paris à Rouen, à 14 lieues de ces deux villes, & dans un terrein fertile en blé : le P. Briet croit que c'est le Petromantalum des anciens. Long. 19. 22. lat. 49. 8.
C'est la patrie de Jean-Baptiste Santerre, un de nos peintres qui a excellé dans les sujets de fantaisie. Il a fait encore des tableaux de chevalet d'une grande beauté, entr'autres celui d'Adam & d'Eve. Voyez l'article de cet illustre maître, au mot ÉCOLE FRANÇOISE. (D.J.)
|
| MAGO | (Géogr. anc.) ville de la petite île Baléare, selon Pline, liv. III. chap. v. & Pomponius Mela, liv. II. chap. vij. C'est présentement Port-Mahon dans l'île de Minorque.
|
| MAGODES | (Litter. Théat. des Grecs) , Athénée, liv. XIV. pag. 261, nous définit ainsi les magodes ; ceux qu'on appelle magodes, dit-il, usent des tymbales, s'habillent en femme, en jouent les rôles, aussi bien que celui de débauché & d'homme ivre, & font toutes sortes de gestes lascifs & deshonnêtes. Suivant Hésychius, ces magodes étoient des especes de pantomimes, qui sans parler, exécutoient différens rôles par des danses seules.
Le spectacle d'une comédie noble qui s'étoit fixé dans la Grece un peu avant le regne d'Alexandre, & qui étoit si propre à divertir les honnêtes gens, ne put suffire au peuple, il lui fallut toujours des bouffons. Aristote nous dit que de son tems, la coutume de chanter des vers phalliques subsistoit encore dans plusieurs villes. On conserva aussi des farces dans l'ancien goût, qui furent appellées dicélistes, magodes, & les baladins de ces farces furent nommés dicélistes, magodes, mimographes. Voyez DICELISTES, MIME, FARCE, COMEDIE. (D.J.)
|
| MAGODUS | S. m. (Littérature) personnage des spectacles anciens. Il paroissoit habillé en femme ; cependant son rôle est d'homme. Il correspondoit à nos magiciens.
|
| MAGOPHONIE | S. f. (Antiq. de Perse) fête célébrée chez les anciens Perses, en mémoire du massacre des Mages, & particulierement de Smerdis, qui avoit envahi le trône après la mort de Cambyse. Darius fils d'Hystaspe, ayant été élu roi à la place de cet usurpateur, voulut perpétuer le souvenir du bonheur qu'on avoit eu d'en être délivré, en instituant une grande fête annuelle, qui fut nommée magophonie, c'est-à-dire le massacre des Mages. (D.J.)
|
| MAGOT | (Hist. nat.) Voyez SINGE.
MAGOT, s. m. (Grammaire) figures en terre, en plâtre, en cuivre, en porcelaine, ramassées, contrefaites, bisarres, que nous regardons comme représentant des Chinois ou des Indiens. Nos appartemens en sont décorés. Ce sont des colifichets précieux dont la nation s'est entêtée ; ils ont chassé de nos appartemens des ornemens d'un goût beaucoup meilleur. Ce regne est celui des magots.
|
| MAGRA | LA VALLEE DE (Géogr.) en latin vallis Macrae ; vallée d'Italie dans la Toscane, d'environ onze lieues de long sur six de large. Elle appartient presque toute au grand-duc. Pontremoli en est la capitale.
MAGRA, la (Géogr.) en italien Macra, riviere d'Italie. Elle a sa source dans les montagnes de l'Apennin, coule dans la ville de son nom, & va se perdre dans la mer, auprès du cap del Corvo.
|
| MAGRAN | (Géograph.) montagne d'Afrique au royaume de Maroc dans la province de Tedla. Ses habitans logent dans des huttes d'écorces d'arbres, & vivent de leurs bestiaux. Ils ont à redouter les lions dont cette montagne est pleine, & le froid qui est très-grand, sur-tout au sommet.
|
| MAGUELONE | ou MAGALO, MAGALONA, MAGALONE, en latin civitas Magalonensis, ville ruinée dans le bas Languedoc. Elle étoit située au midi de Montpellier dans une île ou péninsule de l'étang de Maguelone, sur la côte méridionale de cet étang, qui est à l'orient de celui de Thau, insula Magalo. On a sans doute dit dans la suite Magalona, d'où l'on a fait le nom vulgaire Maguelone.
Il n'est point parlé de Maguelone dans les anciens géographes, ni dans aucun écrit antérieur à la domination des Wisigoths ; c'est pourquoi nous pouvons leur attribuer l'origine de cette ville & de son évêché.
Maguelone qui tomba sous le pouvoir des Sarrasins, après la ruine de la monarchie des Wisigoths, fut prise & détruite par Charles Martel, l'an 737 ; alors l'évêque, son clergé, & la plûpart des habitans se retirerent en terre ferme, à une petite ville ou bourgade nommée Sustantion, qui est marquée dans la carte de Peutinger. Ce lieu appellé Sustantion, qui avoit ses comtes particuliers, a été entierement détruit.
Maguelone au contraire fut rebâtie vers l'an 1060, au lieu où elle avoit été précédemment dans l'île, & les évêques y eurent leur siege ainsi que leur cathédrale, jusqu'à l'an 1536, que le pape Paul III. transféra ce siége dans la ville de Montpellier ; la raison de cette translation est qu'on ne pouvoit plus être en sûreté à Maguelone, à cause des incursions des pirates maures & sarrasins, qui y faisoient souvent des descentes. Si vous êtres curieux de plus grands détails, voyez Catel, mém. de Languedoc, & Longuerue, descript. de la France.
J'ajoute seulement que cette ville a été la patrie de Bernard de Tréviez, chanoine de son église cathédrale, & qui vivoit en 1178. Il est l'auteur du roman intitulé, histoire des deux vrais & parfaits amans, Pierre de Provence & la belle Maguelone, fille du roi de Naples. Ce roman fut imprimé pour la premiere fois à Avignon en 1524, in-8°.
|
| MAGUIL | (Géogr.) petite ville d'Afrique en Barbarie, au royaume de Fez. Les Romains l'ont fondée. Elle est bâtie sur la pointe de la montagne de Zarbon, & jouit au bas d'une belle plaine qui rapporte beaucoup de blé, de chanvre, de carvi, de moutarde, &c. mais les murailles de la ville sont tombées en ruine.
|
| MAGULABA | (Géogr. anc.) ville de l'Arabie heureuse selon Ptolémée, liv. VI. chap. vij. qui la place entre Jula & Sylecum.
|
| MAGUSANUS | (Littérat.) épithete donnée à Hercule, & dont l'origine est inconnue ; mais on a trouvé au temple d'Hercule à l'embouchure de l'Escaut, Magusaei Herculis fanum. Il en est fait mention dans une ancienne inscription qu'on découvrit en 1514 à Berteappel en Zélande. La voici, telle que la rapporte Ortelius, qui déclare l'avoir bien examinée. Herculi Magutano. M. Primilius. Tertius. V. S. L. M. Le nom & la figure de cet Hercule, surnommée Magutanus, se trouve sur une médaille de Posthume en bronze. Trébellius Pollion nous apprend que cet empereur commanda sur la frontiere du Rhin, & fut fait président de la Gaule, par l'empereur Valérien.
|
| MAGWIBA | ou RIO-NOVO, (Géogr.) grande riviere d'Afrique en Guinée, au royaume de Quoja. En été cette riviere est moins grosse qu'en hiver, l'eau qui y remonte est salée jusqu'à deux lieues audessus de la côte.
|
| MAHA | (Géogr.) peuple errant de l'Amérique septentrionale, dans la Louisiane, au nord du Missouri & des habitations les plus septentrionales des Padoucas, par les quarante-cinquieme de lat. septentrionale, & à deux cent lieues de l'embouchure du Missouri dans le Mississipi.
|
| MAHA-OMMARAT | (Hist. mod.) c'est le nom que l'on donne dans le royaume de Siam au seigneur le plus distingué de l'état, qui est le chef de la noblesse, & qui dans l'absence du roi & à la guerre, fait les fonctions du monarque & le représente.
|
| MAHAGEN | (Géogr.) ville de l'Arabie heureuse, où elle sépare les deux provinces nommées Jémamah & Témamah. Elle est située dans une plaine fertile, à deux journées de Zébid.
|
| MAHAL | ou MAHL, (Histoire mod.) c'est ainsi qu'on nomme le palais du grand mogol, où ce prince a ses appartemens & ceux de ses femmes & concubines. L'entrée de ce lieu est interdite même aux ministres de l'empire. Le médecin Bernier y est entré plusieurs fois pour voir une sultane malade, mais il avoit la tête couverte d'un voile, & il étoit conduit par des eunuques. Le maal du grand mogol est la même chose que le serrail du grand seigneur & le haram des rois de Perse ; celui de Dehli passe pour être d'une très-grande magnificence. Il est rempli par les reines ou femmes du mogol, par les princesses du sang, par les beautés asiatiques destinées aux plaisirs du souverain, par les femmes qui veillent à leur conduite, par celles qui les servent, enfin par des eunuques. Les enfans mâles du mogol y restent aussi jusqu'à ce qu'ils soient mariés ; leur éducation est confiée à des eunuques, qui leur inspirent des sentimens très-opposés à ceux qui sont nécessaires pour gouverner un grand empire ; quand ces princes sont mariés, on leur donne un gouvernement ou une vice-royauté dans quelque province éloignée.
Les femmes chargées de veiller sur la conduite des princesses & sultanes sont d'un âge mûr ; elles influent beaucoup sur le gouvernement de l'empire. Le souverain leur donne des offices ou dignités qui correspondent à ceux des grands officiers de l'état ; ces derniers sont sous les ordres de ces femmes, qui ayant l'oreille du monarque, disposent souverainement de leur sort. L'une d'elles fait les fonctions de premier ministre ; une autre celle de secrétaire d'état, &c. Les ministres du dehors reçoivent leurs ordres par lettres, & mettent leur unique étude à leur plaire ; d'où l'on peut juger de la rigueur des mesures & de la profondeur des vues de ce gouvernement ridicule.
Le grand-mogol n'est servi que par des femmes, dans l'intérieur de son palais ; il est même gardé par une compagnie de cent femmes tartares, armées d'arcs, de poignards & de sabres. La femme qui les commande a le rang & les appointemens d'un omrah de guerre, ou général d'armée.
|
| MAHALEB | (Botan.) le mahaleb, ou bois de Sainte-Lucie, se doit rapporter au genre de cerisiers. Il est nommé cerasus sylvestris amara, mahaleb putata, par Tourn. I. R. H. J. B. 1. 227. Ray, hist. 2. 1549. Ceraso affinis, C. B. P. 451.
Le mahaleb est une espece de cerisier sauvage, ou un petit arbre assez semblable au cerisier commun ; son bois est gris, rougeâtre, agréable à la vue, compact, assez pesant, odorant, couvert d'une écorce brune, ou d'un noir tirant sur le bleu ; ses feuilles ressemblent à celles du bouleau, ou à celles du peuplier noir ; mais elles sont petites, un peu moins larges que longues, crenelées aux bords, veineuses, d'une couleur verte ; ses fleurs sont semblables à celles du cerisier ordinaire, mais plus petites, blanches, composées chacune de cinq pétales disposés en rose, de bonne odeur, attachées par des pédicules courts, qui sortent plusieurs d'un autre pédicule plus grand & rameux. Quand ces fleurs sont tombées, il leur succede de petits fruits ronds, noirs, ayant la figure de nos cerises, amers, teignant les mains quand on les écrase, peu charnus, contenant un noyau, dans lequel on trouve une amande amere. Quelques-uns appellent ce petit fruit vaccinium, & ils prétendent que c'est de lui dont Virgile parle dans ce vers :
Alba ligustra cadunt, vaccinia nigra leguntur.
La racine de l'arbre est longue, grosse, branchue & étendue, il croît aux lieux aquatiques, aux bords des rivieres. Son fruit contient beaucoup d'huile & de sel volatil.
On nous apporte d'Angleterre & de plusieurs autres endroits, l'amande du noyau de ce fruit seche, parce que les parfumeurs en emploient dans leurs savonettes. On appelle cette amande du nom de l'arbre, mahaleb, ou magaleb. Elle doit être grosse comme l'amande du noyau de cerise, récente, nette ; elle a ordinairement une odeur fort desagréable, & approchante de celle de la punaise.
Le bois de Sainte-Lucie qui nous est apporté de Lorraine, & dont les Ebénistes se servent pour leurs beaux ouvrages, est tiré du tronc de l'arbre mahaleb. Il doit être dur, compact, médiocrement pesant, sans noeuds ni aubier, de couleur grise, tirant sur le rougeâtre, couvert d'une écorce mince & brune, semblable à celle du cerisier, d'une odeur agréable, qui augmente à mesure que le bois vieillit.
|
| MAHALEU | (Géog.) considérable ville d'Egypte, capitale de la Garbie, l'une des deux provinces du Delta. Il s'y fait un grand commerce de toiles de lin, de toiles de coton, & de sel ammoniac. Il y a des fours à faire éclorre des poulets par la chaleur, à la façon des anciens Egyptiens. Elle est près de la mer. Long. 49. 56. lat. 31. 4. (D.J.)
|
| MAHATTAM | (Géogr.) île de l'Amérique septentrionale sur la côte de la nouvelle Yorck, à l'embouchure de la riviere de Hudson, ainsi nommée par ce fameux navigateur anglois, qui la découvrit en 1600.
|
| MAHLSTROM | ou MOSKOESTROM, (Géog.) c'est ainsi qu'on nomme un gouffre fameux placé près des côtes de Norwege, à environ quarante milles au nord de la ville de Drontheim. En cet endroit de la mer on rencontre une suite de cinq îles, que l'on nomme le district de Lofoden, quoique chacune de ces îles ait un nom particulier. Entre chacune de ces îles le passage n'a jamais plus d'un quart de mille de largeur ; mais au sud-ouest du district de Lofoden, il se trouve encore deux îles habitées, que l'on nomme Woeron & Roeston, qui sont séparées de Lofoden, & les unes des autres par des passages ou détroits assez larges. Entre cette rangée d'îles & le Helgeland, qui est une portion du continent de la Norwege, la mer forme un golfe. C'est entre le promontoire de Lofoden & l'île de Waron, que passe le courant qu'on nomme Mahlstrom. Sa largeur du nord au sud est d'environ deux milles ; sa longueur de l'est à l'ouest est d'environ cinq milles. Il y a aussi un courant entre l'île de Woeron & celle de Roeston, mais il est moins fort que le Mahlstrom. Au milieu du détroit qui sépare Lofoden & Woeron, mais un peu plus du côté du sud, se trouve le rocher appellé Moskoe, qui forme une île qui peut avoir un tiers de mille de longueur, & quelque chose de moins en largeur ; cette île n'est point habitée, mais comme elle a de bons pâturages, les habitans des îles voisines y laissent paître des brebis l'hiver & l'été. C'est entre cette île de Moskoe & la pointe de Lofoden, que le courant est le plus violent ; il devient moins sensible à mesure qu'il approche des îles de Woeron, & de Roeston.
On trouve dans plusieurs relations des descriptions étonnantes de ce gouffre & de ce courant ; mais la plûpart de ces circonstances ne sont fondées que sur des bruits populaires ; on dit que ce gouffre fait un bruit horrible, & qu'il attire à une très-grande distance les baleines, les arbres, les barques & les vaisseaux qui ont le malheur de s'en approcher ; qu'après les avoir attirés, il les réduit en pieces contre les rochers pointus qui sont au fond du gouffre. C'est de cette prétendue propriété qu'est venu le nom de Mahlstrom, qui signifie courant qui moud. L'on ajoute qu'au bout de quelques heures, il rejette les débris de ce qu'il avoit englouti. Cela dément le sentiment du pere Kircher, qui a prétendu qu'il y avoit en cet endroit un trou ou un abîme qui alloit au centre de la terre, & qui communiquoit avec le golfe de Bothnie. Quelques auteurs ont assuré que ce courant, ainsi que le tournoyement qui l'accompagne, n'étoit jamais tranquille ; mais on a publié en 1750, dans le tome XII. des mém. de l'académie royale des Sciences de Suede, une description du Mahlstrom, qui ne laisse plus rien à désirer aux Physiciens, & qui en faisant disparoître tout le merveilleux, réduit tous ces phénomenes à la simple vérité. Voici comme on nous les décrit.
Le courant a sa direction pendant six heures du nord au sud, & pendant six autres heures du sud au nord ; il suit constamment cette marche. Ce courant ne suit point le mouvement de la marée, mais il en a un tout contraire, en effet dans le tems que la marée monte & va du sud au nord, le Mahlstrom va du nord au sud, &c. Lorsque ce courant est le plus violent, il forme de grands tourbillons ou tournoyemens qui ont la forme d'un cône creux renversé, qui peut avoir environ deux famnars, c'est-à-dire douze piés de profondeur ; mais loin d'engloutir & de briser tout ce qui s'y trouve, c'est dans le tems que le courant est le plus fort, que l'on y pêche avec le plus de succès ; & même en y jettant un morceau de bois, il diminue la violence du tournoyement. C'est dans le tems que la marée est la plus haute & qu'elle est la plus basse, que le gouffre est le plus tranquille ; mais il est très-dangereux dans le tems des tempêtes & des vents orageux, qui sont très-communs dans ces mers, alors les navires s'en éloignent avec soin, & le Mahlstrom fait un bruit terrible. Il n'y a point de trous ni d'abîme en ce lieu, & les pêcheurs ont trouvé avec la sonde, que le fond du gouffre étoit composé de rochers & d'un sable blanc qui se trouve à vingt brasses dans la plus grande profondeur. M. Schelderup, conseiller d'état en Norwege, à qui cette description est dûe, dit que tous ces phénomenes viennent de la disposition dans laquelle se trouve cette rangée d'îles, entre lesquelles il n'y a que des passages étroits qui font que les eaux de la pleine mer ne peuvent y passer librement, & par-là s'amassent & demeurent en quelque façon suspendues lorsque la marée hausse ; d'un autre côté lorsque la marée se retire, les eaux qui se trouvent dans le golfe qui sépare ces îles du continent, ne peuvent point s'écouler promtement au-travers de ces mêmes passages étroits. Voyez les mém. de l'académie royale de Suede, année 1760, tome XII.
Les marins donnent en général le nom de Mahlstrom à tous les tournans d'eau qui se trouvent dans la mer. Les voyageurs rapportent qu'il y en a un très-considérable dans l'Océan, entre l'Afrique & l'Amérique ; les navigateurs l'évitent avec grand soin. Les gouffres de Sylla & de Charybde sont aussi des especes de mahlstroms. (-)
|
| MAHO | (Hist. nat.) fruit qui croît dans les îles Philippines. Il est un peu plus gros qu'une pêche, mais cotonneux ; il a la couleur d'une orange ; l'arbre qui le produit est de la hauteur d'un poirier ; ses feuilles ressemblent à celles du laurier ; son bois est presque aussi beau que l'ébene.
|
| MAHOMÉTISME | S. m. (Hist. des religions du monde) religion de Mahomet. L'historien philosophe de nos jours en a peint le tableau si parfaitement, que ce seroit s'y mal connoître que d'en présenter un autre aux lecteurs.
Pour se faire, dit-il, une idée du Mahométisme, qui a donné une nouvelle forme à tant d'empires, il faut d'abord se rappeller que ce fut sur la fin du sixieme siecle, en 570, que naquit Mahomet à la Mecque dans l'Arabie Pétrée. Son pays défendoit alors sa liberté contre les Perses, & contre ces princes de Constantinople qui retenoient toujours le nom d'empereurs romains.
Les enfans du grand Noushirvan, indignes d'un tel pere, désoloient la Perse par des guerres civiles & par des parricides. Les successeurs de Justinien avilissoient le nom de l'empire ; Maurice venoit d'être détrôné par les armes de Phocas & par les intrigues du patriarche syriaque & de quelques évêques, que Phocas punit ensuite de l'avoir servi. Le sang de Maurice & de ses cinq fils avoit coulé sous la main du bourreau, & le pape Grégoire le grand, ennemi des patriarches de Constantinople, tâchoit d'attirer le tyran Phocas dans son parti, en lui prodiguant des louanges & en condamnant la mémoire de Maurice qu'il avoit loué pendant sa vie.
L'empire de Rome en occident étoit anéanti ; un déluge de barbares, Goths, Hérules, Huns, Vandales, inondoient l'Europe, Quand Mahomet jettoit dans les déserts de l'Arabie les fondemens de la religion & de la puissance musulmane.
On sait que Mahomet étoit le cadet d'une famille pauvre ; qu'il fut long-tems au service d'une femme de la Mecque, nommée Cadischée, laquelle exerçoit le négoce ; qu'il l'épousa & qu'il vécut obscur jusqu'à l'âge de quarante ans. Il ne déploya qu'à cet âge les talens qui le rendoient supérieur à ses compatriotes. Il avoit une éloquence vive & forte, dépouillée d'art & de méthode, telle qu'il la falloit à des Arabes ; un air d'autorité & d'insinuation, animé par des yeux perçans & par une heureuse physionomie ; l'intrépidité d'Alexandre, la libéralité, & la sobriété dont Alexandre auroit eu besoin pour être grand homme en tout.
L'amour qu'un tempérament ardent lui rendoit nécessaire, & qui lui donna tant de femmes & de concubines, n'affoiblit ni son courage, ni son application, ni sa santé. C'est ainsi qu'en parlent les Arabes contemporains, & ce portrait est justifié par ses actions.
Après avoir connu le caractere de ses concitoyens, leur ignorance, leur crédulité, & leur disposition à l'enthousiasme, il vit qu'il pouvoit s'ériger en prophete, il feignit des révélations, il parla : il se fit croire d'abord dans sa maison, ce qui étoit probablement le plus difficile. En trois ans, il eut quarante-deux disciples persuadés ; Omar, son persécuteur, devint son apôtre ; au bout de cinq ans, il en eut cent quatorze.
Il enseignoit aux Arabes, adorateurs des étoiles, qu'il ne falloit adorer que le Dieu qui les a faites : que les livres des Juifs & des Chrétiens s'étant corrompus & falsifiés, on devoit les avoir en horreur : qu'on étoit obligé sous peine de châtiment éternel de prier cinq fois le jour, de donner l'aumône, & sur-tout, en ne reconnoissant qu'un seul Dieu, de croire en Mahomet son dernier prophete ; enfin de hasarder sa vie pour sa foi.
Il défendit l'usage du vin parce que l'abus en est dangereux. Il conserva la circoncision pratiquée par les Arabes, ainsi que par les anciens Egyptiens, instituée probablement pour prévenir ces abus de la premiere puberté, qui énervent souvent la jeunesse. Il permit aux hommes la pluralité des femmes, usage immémorial de tout l'orient. Il n'altéra en rien la morale qui a toujours été la même dans le fond chez tous les hommes, & qu'aucun législateur n'a jamais corrompue. Sa religion étoit d'ailleurs plus assujettissante qu'aucune autre, par les cérémonies légales, par le nombre & la forme des prieres & des ablutions, rien n'étant plus gênant pour la nature humaine, que des pratiques qu'elle ne demande pas & qu'il faut renouveller tous les jours.
Il proposoit pour récompense une vie éternelle, où l'ame seroit enivrée de tous les plaisirs spirituels, & où le corps ressuscité avec ses sens, goûteroit par ses sens mêmes toutes les voluptés qui lui sont propres.
Cette religion s'appella l'islamisme, qui signifie résignation à la volonté de Dieu. Le livre qui la contient s'appella coran, c'est-à-dire, le livre, ou l'écriture, ou la lecture par excellence.
Tous les interpretes de ce livre conviennent que sa morale est contenue dans ces paroles : " recherchez qui vous chasse, donnez à qui vous ôte, pardonnez à qui vous offense, faites du bien à tous, ne contestez point avec les ignorans ". Il auroit dû également recommander de ne point disputer avec les savans. Mais, dans cette partie du monde, on ne se doutoit pas qu'il y eût ailleurs de la science & des lumieres.
Parmi les déclamations incohérentes dont ce livre est rempli, selon le goût oriental, on ne laisse pas de trouver des morceaux qui peuvent paroître sublimes. Mahomet ; par exemple, en parlant de la cessation du déluge, s'exprime ainsi : " Dieu dit : terre, engloutis tes eaux : ciel, puise les eaux que tu a versées : le ciel & la terre obéirent ".
Sa définition de Dieu est d'un genre plus véritablement sublime. On lui demandoit quel étoit cet Alla qu'il annonçoit : " c'est celui, répondit-il, qui tient l'être de soi-même & de qui les autres le tiennent, qui n'engendre point & qui n'est point engendré, & à qui rien n'est semblable dans toute l'étendue des êtres ".
Il est vrai que les contradictions, les absurdités, les anachronismes, sont répandus en foule dans ce livre. On y voit sur-tout une ignorance profonde de la Physique la plus simple & la plus connue. C'est-là la pierre de touche des livres que les fausses religions prétendent écrits par la Divinité ; car Dieu n'est ni absurde, ni ignorant : mais le vulgaire qui ne voit point ces fautes, les adore, & les Imans emploient un déluge de paroles pour les pallier.
Mahomet ayant été persécuté à la Mecque, sa fuite, qu'on nomme égire, fut l'époque de sa gloire & de la fondation de son empire. De fugitif il devint conquérant. Réfugié à Médine, il y persuada le peuple & l'asservit. Il battit d'abord avec cent treize hommes les Mecquois qui étoient venus fondre sur lui au nombre de mille. Cette victoire qui fut un miracle aux yeux de ses sectateurs, les persuada que Dieu combattoit pour eux comme eux pour lui. Dès-lors ils espérerent la conquête du monde. Mahomet prit la Mecque, vit ses persécuteurs à ses piés, conquit en neuf ans, par la parole & par les armes, toute l'Arabie, pays aussi grand que la Perse, & que les Perses ni les Romains n'avoient pu soumettre.
Dans ces premiers succès, il avoit écrit au roi de Perses Cosroès II. à l'empereur Héraclius, au prince des Coptes gouverneur d'Egypte, au roi des Abissins, & à un roi nommé Mandar qui regnoit dans une province près du golfe persique.
Il osa leur proposer d'embrasser sa religion ; & ce qui est étrange, c'est que de ces princes il y en eut deux qui se firent mahométans. Ce furent le roi d'Abissinie & ce Mandar. Cosroès déchira la lettre de Mahomet avec indignation. Héraclius répondit par des présens. Le prince des Coptes lui envoya une fille qui passoit pour un chef-d'oeuvre de la nature, & qu'on appelloit la belle Marie.
Mahomet au bout de neuf ans se croyant assez fort pour étendre ses conquêtes & sa religion chez les Grecs & chez les Perses, commença par attaquer la Syrie, soumise alors à Héraclius, & lui prit quelques villes. Cet empereur entêté de disputes métaphysiques de religion, & qui avoit embrassé le parti des Monothélites, essuya en peu de tems deux propositions bien singulieres ; l'une de la part de Cosroès II. qu'il avoit long-tems vaincu, & l'autre de la part de Mahomet. Cosroès vouloit qu'Héraclius embrassât la religion des Mages, & Mahomet qu'il se fit musulman.
Le nouveau prophete donnoit le choix à ceux qu'il vouloit subjuguer, d'embrasser sa secte ou de payer un tribut. Ce tribut étoit réglé par l'alcoran à treize drachmes d'argent par an pour chaque chef de famille. Une taxe si modique est une preuve que les peuples qu'il soumit étoient très-pauvres. Le tribut a augmenté depuis. De tous les législateurs qui ont fondé des religions, il est le seul qui ait étendu la sienne par les conquêtes. D'autres peuples ont porté leur culte avec le fer & le feu chez des nations étrangeres, mais nul fondateur de secte n'avoit été conquérant. Ce privilege unique est aux yeux des musulmans l'argument le plus fort, que la Divinité prit soin elle-même de seconder leur prophete.
Enfin Mahomet maître de l'Arabie & redoutable à tous ses voisins, attaqué d'une maladie mortelle à Médine, à l'âge de soixante-trois ans & demi, voulut que ses derniers momens parussent ceux d'un héros & d'un juste : " que celui à qui j'ai fait violence & injustice paroisse, s'écria-t-il, & je suis prêt de lui faire réparation ". Un homme se leva qui lui demanda quelque argent ; Mahomet le lui fit donner & expira quelque tems après, regardé comme un grand homme par ceux-même qui savoient qu'il étoit un imposteur, & révéré comme un prophete par tout le reste.
Les Arabes contemporains écrivirent sa vie dans le plus grand détail. Tout y ressent la simplicité barbare des tems qu'on nomme héroïques. Son contrat de mariage avec sa premiere femme Cadischée, est exprimé en ces mots : " attendu que Cadischée est amoureuse de Mahomet, & Mahomet pareillement amoureux d'elle ". On voit quels repas apprêtoient ses femmes, & on apprend le nom de ses épées & de ses chevaux. On peut remarquer surtout dans son peuple des moeurs conformes à celles des anciens Hébreux (je ne parle que des moeurs), la même ardeur à courir au combat au nom de la Divinité, la même soif du butin, le même partage des dépouilles, & tout se rapportant à cet objet.
Mais en ne considérant ici que les choses humaines, & en faisant toujours abstraction des jugemens de Dieu & de ses voies inconnues, pourquoi Mahomet & ses successeurs qui commencerent leurs conquêtes précisément comme les Juifs, firent-ils de si grandes choses, & les Juifs de si petites ? Ne seroit-ce point parce que les Musulmans eurent le plus grand soin de soumettre les vaincus à leur religion, tantôt par la force, tantôt par la persuasion ? Les Hébreux au contraire n'associerent guere les étrangers à leur culte ; les Musulmans arabes incorporerent à eux les autres nations ; les Hébreux s'en tinrent toujours séparés. Il paroît enfin que les Arabes eurent un enthousiasme plus courageux, une politique plus généreuse & plus hardie. Le peuple hébreux avoit en horreur les autres nations, & craignoit toujours d'être asservi. Le peuple arabe au contraire voulut attirer tout à lui, & se crut fait pour dominer.
La derniere volonté de Mahomet ne fut point exécutée. Il avoit nommé Aly son gendre & Fatime sa fille pour les héritiers de son empire : mais l'ambition qui l'emporte sur le fanatisme même, engagea les chefs de son armée à déclarer Calife, c'est-à-dire, vicaire du prophete, le vieux Abubéker son beau-pere, dans l'espérance qu'ils pourroient bientôt eux-mêmes partager la succession : Aly resta dans l'Arabie, attendant le tems de se signaler.
Abubéker rassembla d'abord en un corps les feuilles éparses de l'alcoran. On lut en présence de tous les chefs les chapitres de ce livre, & on établit son authenticité invariable.
Bien-tôt Abubéker mena ses Musulmans en Palestine, & y défit le frere d'Héraclius. Il mourut peu-après avec la réputation du plus généreux de tous les hommes, n'ayant jamais pris pour lui qu'environ quarante sols de notre monnoie par jour de tout le butin qu'on partageoit, & ayant fait voir combien le mépris des petits intérêts peut s'accorder avec l'ambition que les grands intérêts inspirent.
Abubéker passe chez les Mahométans pour un grand homme & pour un Musulman fidele. C'est un des saints de l'alcoran. Les Arabes rapportent son testament conçu en ces termes : " au nom de Dieu très-miséricordieux, voici le testament d'Abubéker fait dans le tems qu'il alloit passer de ce monde à l'autre, dans le tems où les infideles croient, où les impies cessent de douter, & où les menteurs disent la vérité ". Ce début semble être d'un homme persuadé ; cependant Abubéker, beau-pere de Mahomet, avoit vû ce prophete de bien près. Il faut qu'il ait été trompé lui-même par le prophete, ou qu'il ait été le complice d'une imposture illustre qu'il regardoit comme nécessaire. Sa place lui ordonnoit d'en imposer aux hommes pendant sa vie & à sa mort.
Omar, élu après lui, fut un des plus rapides conquérans qui ait désolé la terre. Il prend d'abord Damas, célebre par la fertilité de son territoire, par les ouvrages d'acier, les meilleurs de l'Univers, ces étoffes de soie qui portent encore son nom. Il chasse de la Syrie & de la Phénicie les Grecs qu'on appelloit Romains. Il reçoit à composition, après un long siége, la ville de Jérusalem, presque toute occupée par des étrangers qui se succéderent les uns aux autres, depuis que David l'eut enlevée à ses anciens citoyens.
Dans le même tems, les lieutenans d'Omar s'avançoient en Perse. Le dernier des rois Persans, que nous appellons Hormidas IV. livre bataille aux Arabes, à quelques lieues de Madain, devenue la capitale de cet empire ; il perd la bataille & la vie. Les perses passent sous la domination d'Omar plus facilement qu'il n'avoit subi le joug d'Alexandre. Alors tomba cette ancienne religion des Mages que le vainqueur de Darius avoit respectée ; car il ne toucha jamais au culte des peuples vaincus.
Tandis qu'un lieutenant d'Omar subjugue la Perse, un autre enleve l'Egypte entiere aux Romains, & une grande partie de la Lybie. C'est dans cette conquête qu'est brûlée la fameuse bibliotheque d'Alexandrie, monument des connoissances & des erreurs des hommes, commencée par Ptolomée Philadelphe, & augmentée par tant de rois. Alors les Sarrasins ne vouloient de science que l'alcoran ; mais ils faisoient déjà voir que leur génie pouvoit s'étendre à tout. L'entreprise de renouveller en Egypte l'ancien canal creusé par les rois, & rétabli ensuite par Trajan, & de rejoindre ainsi le Nil à la mer Rouge, est digne des siecles les plus éclairés. Un gouverneur d'Egypte entreprend ce grand travail sous le califat d'Omar, & en vint à bout. Quelle différence entre le génie des Arabes & celui des Turcs ! ceux-ci ont laissé périr un ouvrage, dont la conservation valoit mieux que la possession d'une grande province.
Les succès de ce peuple conquérant semblent dûs plutôt à l'enthousiasme qui les animoit & à l'esprit de la nation, qu'à ses conducteurs : car Omar est assassiné par un esclave Perse en 603. Otman, son successeur, l'est en 655 dans une émeute. Aly, ce fameux gendre de Mahomet, n'est élu & ne gouverne qu'au milieu des troubles ; il meurt assassiné au bout de cinq ans comme ses prédécesseurs, & cependant les armes musulmanes sont toujours victorieuses. Cet Aly que les Persans réverent aujourd'hui, & dont ils suivent les principes en opposition de ceux d'Omar, obtint enfin le califat, & transféra le siege des califes de la ville de Medine où Mahomet est enseveli, dans la ville de Couffa, sur les bords de l'Euphrate : à peine en reste-t-il aujourd'hui des ruines ! C'est le sort de Babylone, de Séleucie, & de toutes les anciennes villes de la Chaldée, qui n'étoient bâties que de briques.
Il est évident que le génie du peuple arabe, mis en mouvement par Mahomet, fit tout de lui-même pendant près de trois siecles, & ressembla en cela au génie des anciens Romains. C'est en effet sous Valid, le moins guerrier des califes, que se font les plus grandes conquêtes. Un de ses généraux étend son empire jusqu'à Samarkande en 707. Un autre attaque en même tems l'empire des Grecs vers la mer Noire. Un autre en 711, passe d'Egypte en Espagne, soumise aisément tour-à-tour par les Carthaginois, par les Romains, par les Goths & Vandales, & enfin par ces Arabes qu'on nomme Maures. Ils y établirent d'abord le royaume de Cordoue. Le sultan d'Egypte secoue à la vérité le joug du grand calife de Bagdat, & Abdérame, gouverneur de l'Espagne conquise, ne reconnoît plus le sultan d'Egypte : cependant tout plie encore sous les armes musulmanes.
Cet Abdérame, petit-fils du calife Hésham, prend les royaumes de Castille, de Navarre, de Portugal, d'Aragon. Il s'établit en Languedoc ; il s'empare de la Guienne & du Poitou ; & sans Charles Martel qui lui ôta la victoire & la vie, la France étoit une province mahométane.
Après le regne de dix-neuf califes de la maison des Ommiades, commence la dynastie des califes abassides vers l'an 752 de notre ere. Abougiafar Almanzor, second calife abasside, fixa le siege de ce grand empire à Bagdat, au-delà de l'Euphrate, dans la Chaldée. Les Turcs disent qu'il en jetta les fondemens. Les Persans assurent qu'elle étoit très-ancienne, & qu'il ne fit que la réparer. C'est cette ville qu'on appelle quelquefois Babylone, & qui a été le sujet de tant de guerres entre la Perse & la Turquie.
La domination des califes dura 655 ans : despotiques dans la religion, comme dans le gouvernement, ils n'étoient point adorés ainsi que le grand-lama, mais ils avoient une autorité plus réelle ; & dans les tems même de leur décadence, ils furent respectés des princes qui les persécutoient. Tous ces sultans turcs, arabes, tartares, reçurent l'investiture des califes, avec bien moins de contestation que plusieurs princes chrétiens n'en ont reçu des papes. On ne baisoit point les piés du calife, mais on se prosternoit sur le seuil de son palais.
Si jamais puissance a menacé toute la terre, c'est celle de ces califes ; car ils avoient le droit du trône & de l'autel, du glaive & de l'enthousiasme. Leurs ordres étoient autant d'oracles, & leurs soldats autant de fanatiques.
Dès l'an 671, ils assiégerent Constantinople qui devoit un jour devenir mahométane ; les divisions, presque inévitables parmi tant de chefs féroces, n'arrêterent pas leurs conquêtes. Ils ressemblerent en ce point aux anciens Romains, qui, parmi leurs guerres civiles, avoient subjugué l'Asie mineure.
A mesure que les Mahométans devinrent puissans, ils se polirent. Ces califes, toujours reconnus pour souverains de la religion, & en apparence de l'Empire, par ceux qui ne reçoivent plus leurs ordres de si loin, tranquilles dans leur nouvelle Babylone, y font bien-tôt renaître les arts. Aaron Rachild, contemporain de Charlemagne, plus respecté que ses prédécesseurs, & qui sut se faire obéir jusqu'en Espagne & aux Indes, ranima les sciences, fit fleurir les arts agréables & utiles, attira les gens de lettres, composa des vers, & fit succéder dans ses états la politesse à la barbarie. Sous lui les Arabes, qui adoptoient déjà les chiffres indiens, les apporterent en Europe. Nous ne connumes en Allemagne & en France le cours des astres, que par le moyen de ces mêmes Arabes. Le seul mot d'almanach en est encore un témoignage.
L'almageste de Ptolomée fut alors traduit du grec en Arabe par l'astronome Benhonaïn. Le calife Almamon fit mesurer géométriquement un degré du méridien pour déterminer la grandeur de la terre : opération qui n'a été faite en France que plus de 900 ans après sous Louis XIV. Ce même astronome Benhonaïn poussa ses observations assez loin, reconnut, ou que Ptolomée avoit fixé la plus grande déclinaison du soleil trop au septentrion, ou que l'obliquité de l'écliptique avoit changé. Il vit même que la période de trente-six mille ans, qu'on avoit assignée au mouvement prétendu des étoiles fixes d'occident en orient, devoit être beaucoup raccourcie.
La Chimie & la Médecine étoient cultivées par les Arabes. La Chimie, perfectionnée aujourd'hui chez nous, ne nous fut connue que par eux. Nous leur devons de nouveaux remedes, qu'on nomme les minoratifs, plus doux & plus salutaires que ceux qui étoient auparavant en usage dans l'école d'Hippocrate & de Galien. Enfin, dès le second siecle de Mahomet, il fallut que les Chrétiens d'occident s'instruisissent chez les Musulmans.
Une preuve infaillible de la supériorité d'une nation dans les arts de l'esprit, c'est la culture perfectionnée de la Poésie. Il ne s'agit pas de cette poésie enflée & gigantesque, de ce ramas de lieux communs insipides sur le soleil, la lune & les étoiles, les montagnes & les mers : mais de cette poésie sage & hardie, telle qu'elle fleurit du tems d'Auguste, telle qu'on l'a vu renaître sous Louis XIV. Cette poésie d'image & de sentiment fut connue du tems d'Aaron Rachild. En voici un exemple, entre plusieurs autres, qui a frappé M. de Voltaire, & qu'il rapporte parce qu'il est court. Il s'agit de la célebre disgrace de Giafar le Barmécide :
Mortel, foible mortel, à qui le sort prospere
Fait gouter de ses dons les charmes dangereux,
Connois quel est des rois la faveur passagere ;
Contemple Barmécide, & tremble d'être heureux.
Ce dernier vers est d'une grande beauté. La langue arabe avoit l'avantage d'être perfectionnée depuis long-tems ; elle étoit fixée avant Mahomet, & ne s'est point altérée depuis. Aucun des jargons qu'on parloit alors en Europe, n'a pas seulement laissé la moindre trace. De quelque côté que nous nous tournions, il faut avouer que nous n'existons que d'hier. Nous allons plus loin que les autres peuples en plus d'un genre, & c'est peut-être parce que nous sommes venus les derniers.
Si l'on envisage à présent la religion musulmane, on la voit embrassée par toutes les Indes, & par les côtes orientales de l'Afrique où ils trafiquoient. Si on regarde leurs conquêtes, d'abord le calife Aaron Rachild impose un tribut de soixante-dix mille écus d'or par an à l'impératrice Irene. L'empereur Nicephore ayant ensuite refusé de payer le tribut, Aaron prend l'île de Chypre, & vient ravager la Grèce. Almamon son petit-fils, prince d'ailleurs si recommandable par son amour pour les sciences & par son savoir, s'empare par ses lieutenans de l'île de Crête en 826. Les Musulmans bâtirent Candie qu'ils ont reprise de nos jours.
En 828, les mêmes Africains qui avoient subjugué l'Espagne, & fait des incursions en Sicile, reviennent encore désoler cette île fertile, encouragés par un Sicilien nommé Ephémius, qui ayant, à l'exemple de son empereur Michel, épousé une religieuse, poursuivi par les lois que l'empereur s'étoit rendues favorables, fit à-peu-près en Sicile ce que le comte Julien avoit fait en Espagne.
Ni les empereurs grecs, ni ceux d'occident, ne purent alors chasser de Sicile les Musulmans, tant l'orient & l'occident étoient mal gouvernés ! Ces conquérans alloient se rendre maîtres de l'Italie, s'ils avoient été unis ; mais leurs fautes sauverent Rome, comme celles des Carthaginois la sauverent autrefois. Ils partent de Sicile en 846 avec une flotte nombreuse. Ils entrent par l'embouchure du Tibre ; & ne trouvant qu'un pays presque désert, ils vont assiéger Rome. Ils prirent les dehors ; & ayant pillé la riche église de S. Pierre hors les murs, ils leverent le siege pour aller combattre une armée de François qui venoit secourir Rome, sous un général de l'empereur Lothaire. L'armée françoise fut battue ; mais la ville rafraîchie fut manquée, & cette expédition, qui devoit être une conquête, ne devint par leur mésintelligence qu'une incursion de barbares.
Ils revinrent bien-tôt avec une armée formidable, qui sembloit devoir détruire l'Italie, & faire une bourgade mahométane de la capitale du Christianisme. Le Pape Leon IV. prenant dans ce danger une autorité que les généraux de l'empereur Lothaire sembloient abandonner, se montra digne, en défendant Rome, d'y commander en souverain.
Il avoit employé les richesses de l'Eglise à réparer les murailles, à élever des tours, à tendre des chaînes sur le Tibre. Il arma les milices à ses dépens, engagea les habitans de Naples & de Gayette à venir défendre les côtes & le port d'Ostie, sans manquer à la sage précaution de prendre d'eux des ôtages, sachant bien que ceux qui sont assez puissans pour nous secourir, le sont assez pour nous nuire. Il visita lui même tous les postes, & reçut les Sarrasins à leur descente, non pas en équipage de guerrier, ainsi qu'en avoit usé Goslin évêque de Paris, dans une occasion encore plus pressante, mais comme un pontife qui exhortoit un peuple chrétien, & comme un roi qui veilloit à la sûreté de ses sujets.
Il étoit né romain ; le courage des premiers âges de la république revivoit en lui dans un tems de lâcheté & de corruption, tel qu'un des beaux monumens de l'ancienne Rome, qu'on trouve quelquefois dans les ruines de la nouvelle. Son courage & ses soins furent secondés. On reçut vaillamment les Sarrasins à leur descente ; & la tempête ayant dissipé la moitié de leurs vaisseaux, une partie de ces conquérans, échappés au naufrage, fut mise à la chaîne.
Le pape rendit sa victoire utile, en faisant travailler aux fortifications de Rome, & à ses embellissemens, les mêmes mains qui devoient les détruire. Les mahométans resterent cependant maîtres du Garillan, entre Capoue & Gayette ; mais plutôt comme une colonie de corsaires indépendans, que comme des conquérans disciplinés.
Voilà donc au neuvieme siecle, les Musulmans à la fois à Rome & à Constantinople, maîtres de la Perse, de la Syrie, de l'Arabie, de toutes les côtes d'Afrique jusqu'au Mont-Atlas, & des trois quarts de l'Espagne : mais ces conquérans ne formerent pas une nation comme les Romains, qui étendus presque autant qu'eux, n'avoient fait qu'un seul peuple.
Sous le fameux calife Almamon vers l'an 815, un peu après la mort de Charlemagne, l'Egypte étoit indépendante, & le grand Caire fut la résidence d'un autre calife. Le prince de la Mauritanie Tingitane, sous le titre de miramolin étoit maître absolu de l'empire de Maroc. La Nubie & la Lybie obéissoient à un autre calife. Les Abdérames qui avoient fondé le royaume de Cordoue, ne purent empêcher d'autres Mahométans de fonder celui de Tolède. Toutes ces nouvelles dynastiques révéroient dans le calife, le successeur de leur prophete. Ainsi que les chrétiens alloient en foule en pélerinage à Rome, les Mahométans de toutes les parties du monde, alloient à la Mecque, gouvernée par un chérif que nommoit le calife ; & c'étoit principalement par ce pélerinage, que le calife, maître de la Mecque, étoit vénérable à tous les princes de sa croyance ; mais ces princes distinguant la religion de leurs intérêts, dépouilloient le calife en lui rendant hommage.
Cependant les arts fleurissoient à Cordoue ; les plaisirs recherchés, la magnificence, la galanterie regnoient à la cour des rois maures. Les tournois, les combats à la barriere, sont peut-être de l'invention de ces Arabes. Ils avoient des spectacles, des théâtres, qui tout grossiers qu'ils étoient, montroient encore que les autres peuples étoient moins polis que ces Mahométans : Cordoue étoit le seul pays de l'occident, où la Géométrie, l'Astronomie, la Chimie, la Médecine, fussent cultivées. Sanche le gros, roi de Léon, fut obligé de s'aller mettre à Cordoue en 956, entre les mains d'un médecin arabe, qui, invité par le roi, voulut que le roi vînt à lui.
Cordoue est un pays de délices, arrosé par le Guadalquivir, où des forêts de citronniers, d'orangers, de grenadiers, parfument l'air, & où tout invite à la mollesse. Le luxe & le plaisir corrompirent enfin les rois musulmans ; leur domination fut au dixieme siecle comme celle de presque tous les princes chrétiens, partagée en petits états. Tolède, Murcie, Valence, Huesca même eurent leurs rois ; c'étoit le tems d'accabler cette puissance divisée, mais ce tems n'arriva qu'au bout d'un siecle ; d'abord en 1085 les Maures perdirent Tolède, & toute la Castille neuve se rendit au Cid. Alphonse, dit le batailleur, prit sur eux Saragoce en 1114 ; Alphonse de Portugal leur ravit Lisbonne en 1147 ; Ferdinand III. leur enleva la ville délicieuse de Cordoue en 1236, & les chassa de Murcie & de Séville : Jacques, roi d'Aragon, les expulsa de Valence en 1238 ; Ferdinand IV. leur ôta Gibraltar en 1303 ; Ferdinand V. surnommé le catholique, conquit finalement sur eux le royaume de Grenade, & les chassa d'Espagne en 1462.
Revenons aux Arabes d'orient ; le Mahométisme florissoit, & cependant l'empire des califes étoit détruit par la nation des Turcomans. On se fatigue à rechercher l'origine de ces Turcs : ils ont tous été d'abord des sauvages, vivant de rapines, habitant autrefois au-delà du Taurus & de l'Imaüs ; ils se répandirent vers le onzieme siecle du côté de la Moscovie ; ils inonderent les bords de la mer Noire, & ceux de la mer Caspienne.
Les Arabes sous les premiers successeurs de Mahomet, avoient soumis presque toute l'Asie mineure, la Syrie, & la Perse : Les Turcomans à leur tour soumirent les Arabes, & dépouillerent tout ensemble les califes fatimites & les califes abassides.
Togrul-Beg de qui on fait descendre la race des Ottomans, entra dans Bagdat, à-peu-près comme tant d'empereurs sont entrés dans Rome. Il se rendit maître de la ville & du calife, en se prosternant à ses piés. il conduisit le calife à son palais en tenant la bride de sa mule ; mais plus habile & plus heureux que les empereurs allemands ne l'ont été à Rome, il établit sa puissance, ne laissa au calife que le soin de commencer le vendredi les prieres à la Mosquée, & l'honneur d'investir de leurs états tous les tyrans mahométans qui se feroient souverains.
Il faut se souvenir, que comme ces Turcomans imitoient les Francs, les Normands & les Goths, dans leurs irruptions, ils les imiterent aussi en se soumettant aux lois, aux moeurs & à la religion des vaincus ; c'est ainsi que d'autres tartares en ont usé avec les Chinois, & c'est l'avantage que tout peuple policé, quoique le plus foible, doit avoir sur le barbare, quoique le plus fort.
Au milieu des croisades entreprises si follement par les chrétiens s'éleva le grand Saladin, qu'il faut mettre au rang des capitaines qui s'emparerent des terres des califes, & aucun ne fut aussi puissant que lui. Il conquit en peu de tems l'Egypte, la Syrie, l'Arabie, la Perse, la Mésopotamie & Jérusalem, où après avoir établi des écoles musulmanes, il mourut à Damas en 1193, admiré des chrétiens mêmes.
Il est vrai que dans la suite des tems, Tamerlan conquit sur les Turcs, la Syrie & l'Asie mineure ; mais les successeurs de Bajazet rétablirent bien-tôt leur empire, reprirent l'Asie mineure, & conserverent tout ce qu'ils avoient en Europe sous Amurat. Mahomet II. son fils, prit Constantinople, Trébizonde, Caffa, Scutari, Céphalonie, & pour le dire en un mot, marcha pendant trente-un ans de regne, de conquêtes en conquêtes, se flattant de prendre Rome comme Constantinople. Une colique en délivra le monde en 1481, à l'âge de cinquante-un ans ; mais les Ottomans n'ont pas moins conservé en Europe, un pays plus beau & plus grand que l'Italie.
Jusqu'à présent leur empire n'a pas redouté d'invasions étrangeres. Les Persans ont rarement entamé les frontieres des Turcs, on a vu au contraire le Sultan Amurat IV. prendre Bagdat d'assaut sur les Persans en 1638, demeurer toujours le maître de la Mésopotamie, envoyer d'un côté des troupes au grand Mogol contre la Perse, & de l'autre menacer Venise. Les Allemands ne se sont jamais présentés aux portes de Constantinople, comme les Turcs à celles de Vienne. Les Russes ne sont devenus redoutables à la Turquie, que depuis Pierre le grand. Enfin, la force a établi l'empire Ottoman, & les divisions des chrétiens l'ont maintenu. Cet empire en augmentant sa puissance, s'est conservé long-tems dans ses usages féroces, qui commencent à s'adoucir.
Voilà l'histoire de Mahomet, du mahométisme, des Maures d'Occident & finalement des Arabes, vaincus par les Turcs, qui devenus musulmans dès l'an 1055, ont persévéré dans la même religion jusqu'à ce jour. C'est en cinq pages sur cet objet, l'histoire de onze siecles(D.J.)
|
| MAHON | S. m. (Monnoie) c'est un vieux mot françois. On nommoit ainsi en quelques lieux, les gros sols de cuivre, ou pieces de douze deniers. Ménage dans ses étymologies, remarque qu'on appelle en Normandie les médailles anciennes des mahons : or nos mahons sont de la grosseur des médailles de grand bronze, & les demi ressemblent aux moyennes ; si l'on y joint des liards fabriqués en même-tems, & qui ont une marque toute semblable, on aura les trois grandeurs. (D.J.)
MAHON, (Géog.) voyez PORT-MAHON. (D.J.)
|
| MAHONNE | S. f. (Marine) sorte de galeasse dont les Turcs se servent & qui ne differe des galeasses de Venise, qu'en ce qu'elle est plus petite & moins forte. Voyez GALEASSE.
|
| MAHOTS | S. m. (Botan.) c'est ainsi que les habitans de l'Amérique nomment différens arbres qui croissent sur le continent & dans les îles situées entre les tropiques.
Le mahot des Antilles est encore connu sous le nom de mangle blanc ; on en trouve beaucoup sur le bord des rivieres & aux environs de la mer, son bois est blanchâtre, léger, creux dans son milieu, rempli de moëlle, & ne paroît pas propre à être mis en oeuvre ; ses branches s'étendent beaucoup en se recourbant vers la terre, où elles reprennent racine & continuent de se multiplier de la même façon que le mangle noir ou paletuvier, dont on parlera en son lieu ; ces branches sont garnies d'assez grandes feuilles presque rondes, douces à toucher, flexibles, d'un verd foncé, & entremêlées dans la saison de grosses fleurs jaunes à plusieurs pétales, disposées en forme de vases.
Plus on coupe les branches du mahot, plus il en repousse de nouvelles, leur écorce ou plutôt la peau qui les couvre est liante, souple, coriace & s'en sépare avec peu d'effort ; on l'enleve par grandes lanieres d'environ un pouce de large, que l'on refend s'il en est besoin, pour en former de grosses cordes tressées ou cordées, selon l'usage qu'on en veut faire ; la pellicule qui se trouve sous cette écorce s'emploie aussi à faire des cordelettes propres à construire des filets de pêcheurs, & les sauvages de l'Orenoque en fabriquent des hamacs en forme de rézeau, très-commodes dans les grandes chaleurs.
Les terrains occupés par des mahots s'appellent mahotieres, ce sont des retraites assurées pour les rats & les serpens. M. LE ROMAIN.
MAHOT, COTON ou COTONNIER BLANC, très-grand arbre, dont le bois est plus solide que celui du précédent ; il produit une fleur jaune à laquelle succede une gousse, qui venant à s'ouvrir en mûrissant, laisse échapper un duvet fin & léger que le vent emporte facilement ; on en fait peu d'usage.
MAHOT A GRANDES FEUILLES, autrement dit, MAPOU ou BOIS DE FLOT ; quelques-uns le nomment liége, à cause de son extrême légereté ; il est de moyenne grandeur, ses branches sont assez droites, garnies de grandes feuilles souples, veloutées comme celles de la mauve, d'un verd foncé en-dessus & beaucoup plus pâle en-dessous ; ses fleurs de blanches qu'elles sont au commencement deviennent jaunes ensuite ; elles sont composées de cinq grandes pétales, disposées en forme de clochette, au fond de laquelle est un pistil qui se change en une grande silique ronde, de 12 à 14 lignes de diametre, longue d'environ un pié, cannelée dans sa longueur, un peu veloutée & s'ouvrant d'elle-même quand elle est mûre ; cette silique renferme une houate fort courte, de couleur tannée, un peu cendrée, luisante, & plus fine que de la soie, voyez l'article COTON de MAHOT. Le bois de cet arbre est blanchâtre, extrêmement mou, & presque aussi léger que du liége ; il est percé dans le coeur & rempli d'une moëlle blanche, séche, très-légere, qui s'étend & se prolonge de la grosseur du doigt dans toute la longueur du tronc & des branches ; les pêcheurs coupent ces branches par tronçons, de 5 à 6 pouces de longueur, & après en avoir enlevé la moëlle avec une broche de bois, ils les enfilent dans une corde, & s'en servent au lieu de liége, pour soutenir la partie supérieure de leurs filets au-dessus de la surface de l'eau. M. LE ROMAIN.
MAHOT COUZIN, s. m. (Botan.) plante rameuse très-commune aux îles Antilles, croissant parmi les brossailles qu'elle enlace de ses branches. Ses feuilles sont de moyenne grandeur, assez larges, dentelées sur les bords, flexibles & douces au toucher. Elle porte des petites fleurs jaunes à cinq pétales, renfermant un petit grain rond de la grosseur d'un pois, tout couvert de petites pointes crochues au moyen desquelles il s'attache facilement au poil des animaux & aux habits des passans. La racine de cette plante est assez forte, longue, blanche, charnue extérieurement & coriace dans son milieu : elle est estimée des gens du pays, comme un excellent remede contre le flux de sang. La façon de s'en servir est d'en raper la partie la plus tendre, & de la mettre bouillir légerement dans du lait, dont on fait usage trois fois le jour jusqu'à parfaite guérison.
|
| MAHOUTS | S. m. pl. (Drap) il s'en fabrique en France & en Angleterre ; ce sont des draps de laine destinés pour les échelles du Levant.
|
| MAHOUZA | (Géog.) ville d'Asie dans l'Iraque arabique, située près de Bagdat. Cosroës, fils de Nouschirvan, y établit une colonie des habitans d'Antioche qu'il avoit conquise.
|
| MAHURAH | (Géog.) ou MAHOURAT, ville d'Asie dans l'Indoustan, à peu de distance de celle de Cambaye. C'est peut-être la même ville que Massourat, qu'on appelle par abréviation Sourat. (D.J.)
|
| MAHUTES | S. f. (Fauconn.) ce sont les hauts des aîles pris du corps de l'oiseau.
|
| MAI | S. m. Maius, (Chronol.) le cinquieme mois de l'année à compter depuis Janvier, & le troisieme à compter le commencement de l'année du mois de Mars, comme faisoient anciennement les Romains. Voyez MOIS & AN, & l'article suivant.
Il fut nommé Maius par Romulus, en l'honneur des sénateurs & nobles de la ville qui se nommoient majores, comme le mois suivant fut nommé Junius, en l'honneur de la jeunesse de Rome, in honorem juniorum ; c'est-à-dire de la jeunesse qui servoit à la guerre, d'autres prétendent que le mois de Mai a tiré son nom de Maya, mere de Mercure, à laquelle on offroit les sacrifices dans ce mois.
C'est dans ce mois que le soleil entre dans le signe des gémeaux, & que les plantes fleurissent.
Le mois de Mai étoit sous la protection d'Apollon ; c'étoit aussi dans ce mois que l'on faisoit les fêtes de la bonne déesse, celles des spectres appellés muria, & la cérémonie du regi-fugium ou de l'expulsion des rois.
Les anciens ont regardé ce mois comme malheureux pour le mariage : cette superstition vient peut-être de ce qu'on célébroit la fête des esprits malins au mois de Mai, & c'est à propos de cette fête qu'Ovide dit au cinquieme livre de ses fastes,
Nec viduae taedis eadem, nec virginis apta
Tempora, quae nupsit, non diuturna fuit
Hâc quoque de causâ, si te proverbia tangunt,
Mense malas Maïo nubere vulgus ait.
Chambers.
MAI, (Antiq. rom.) le troisieme mois de l'année selon le calendrier de Romulus, qui le nomma Maïus en considération des sénateurs & des personnes distinguées dans la ville, qu'on appelloit majores. Ainsi le mois suivant fut appellé Junius, en l'honneur des plus jeunes, in honorem juniorum. D'autres veulent que Mai ait pris son nom de Maïa, mere de Mercure : ce mois étoit sous la protection d'Apollon.
Le premier jour on solemnisoit la mémoire de la dédicace d'un autel dressé par les Sabins aux dieux Lares. Les dames romaines faisoient ce même jour un sacrifice à la bonne déesse dans la maison du grand pontife, où il n'étoit pas permis aux hommes de se trouver : on voiloit même tous les tableaux & les statues du sexe masculin. Le neuvieme on célébroit la fête des lémuries ou rémuries. Le 12 arrivoit celle de Mars, surnommé ultor, le vengeur, auquel Auguste dédia un temple. Le 15, jour des ides, se faisoit la cérémonie des Argiens, où les Vestales jettoient trente figures de jonc dans le Tibre par-dessus le pont Sublicien. Le même jour étoit la fête des marchands, qu'ils célébroient en l'honneur de Mercure. Le 21 arrivoient les agonales. Le 24 étoit une autre cérémonie appellée regifugium, la fuite des rois, en mémoire de ce que Tarquin le superbe avoit été chassé de Rome & la monarchie abolie.
Le peuple romain se faisoit un scrupule de se marier dans le cours de Mai, à cause des fêtes lémuriennes dont nous avons parlé, & cette ancienne superstition subsiste encore aujourd'hui dans quelques endroits.
Ce mois étoit personnifié sous la figure d'un homme entre deux âges, vêtu d'une robe ample à grandes manches, & portant une corbeille de fleurs sur sa tête avec le paon à ses piés, symbole du tems où tout fleurit dans la nature.
C'est ce mois, dit Ausone, qu'Uranie aime sur tout autre ; il orne nos vergers, nos campagnes, & nous fournit les délices du printems ; mais la peinture qu'en donne Dryden est encore plus riante.
For thee, sweat month, the groves green liv'ries wear,
If not the first, the fairest of the year.
For thee the graces lead the dancing hours,
And nature's readi pencil paints the flow'rs.
Each gentle breast with kindly warmth thou moves,
Inspires new flammes, revives extinguish'd loves.
When thy short reign is past, the fev'rish sun
The sultry tropicks fears and goes more slowly on.
(D.J.)
MAI, s. m. (Marine) c'est une espece de plancher de bois fait en grillage, sur lequel on met égoutter le cordage lorsqu'il est nouvellement sorti du goudron. Voyez Pl. II. Marine, la vûe d'une étuve & de ses travaux. (Z)
MAI, (Hist. mod.) gros arbre ou rameau qu'on plante par honneur devant la maison de certaines personnes considérées. Les clercs de la bazoche plantent tous les ans un mai dans la cour du palais. Cette cérémonie se pratique encore dans nos villages & dans quelques-unes de nos villes de province.
MAI, (Economie rustique) c'est le fond d'un pressoir, la table sur laquelle on place les choses qu'on veut rouler pour en exprimer le suc.
MAI, (Economie domestique) espece de coffre où l'on paîtrit la pâte qui fait le pain quand elle est cuite. Voyez l'article PAIN.
|
| MAIDA | (Géog.) petite ville d'Italie au royaume de Naples, dans la Calabre ultérieure, au pié du mont Appennin, & à 8 milles de Nicastro ; c'est peut-être le Malanius d'Etienne le géographe.
|
| MAIDSTONE | (Géog.) en latin Madus & Vagniacum, ville à marché d'Angleterre au pays de Kent, sur Medway. Elle est assez considérable, bien peuplée ; elle envoie deux députés au parlement, & est à 9 lieues E. S. de Londres. Long. 18. 20. lat. 51. 21.
|
| MAIED | (Géog.) île d'Asie dans l'Océan oriental, sur la côte de la Chine, à trois journées de navigation de l'île Dhalah. Les Chinois y font un grand trafic.
|
| MAIENNE | LA, (Géog.) riviere de France. Voy. MAINE, le, (Géog.)
MAIENNE, (Géograph.) ville de France. Voyez MAYENNE. (D.J.)
|
| MAIGRE | MAIGREUR, (Gram.) La maigreur est l'état opposé à l'embonpoint. Il consiste dans le défaut de graisse, & dans l'affaissement des parties charnues. Il se remarque à l'extérieur par la saillie de toutes les éminences des parties osseuses ; ce n'est ni un symptome de santé, ni un signe de maladie. La vieillesse amene nécessairement la maigreur. On ne fait aucun excès sans perdre de l'embonpoint ; c'est une suite de la maladie & de la longue diete.
MAIGRE, Voyez OMBRE.
MAIGRE, (Coupe des pierres) par analogie à la maigreur des animaux, se dit des pierres dont les angles sont plus aigus qu'ils ne doivent être, desorte qu'elles n'occupent pas entierement la place à laquelle elles étoient destinées.
MAIGRE, (Ecriture) se dit dans l'écriture d'un caractere dont les traits frappés avec timidité, ou trop légerement ou trop obliquement, présentent des pleins foibles & délicats, des liaisons & des déliés de plusieurs pieces.
MAIGRE, (Jardinage) se dit d'une terre usée qui demande à se reposer & à être amandée.
MAIGRE, (Maréchal) étamper maigre. Voyez ÉTAMPER.
MAIGRE ou EXTENUE, (Maréchal.) On dit qu'un cheval est exténué, quand son ventre, au lieu de pousser en-dehors, se contracte ou rentre du côté de ses flancs.
MAIGRE, on dit en Fauconnerie voler bas & maigre.
|
| MAIL | S. m. (Jeu). Au jeu de ce nom c'est un instrument en forme de maillet, dont le manche va toujours en diminuant de haut en bas, & dont la tête d'un bois très-dur, est garnie à chacune de ses extrémités d'une virole ou cercle de fer pour empêcher qu'elles ne s'émoussent. Il faut que le poids & la hauteur du mail soient proportionnés à la force & à la grandeur du joueur ; car s'il est trop long ou trop pesant, on prend la terre, & s'il est trop court ou trop léger, on prend la boule, comme on dit, par les cheveux.
Ce jeu est sans contredit de tous les jeux d'exercice le plus agréable, le moins gênant, & le meilleur pour la santé. Il n'est point violent : on peut en même tems jouer, causer & se promener en bonne compagnie. On y a plus de mouvement qu'à une promenade ordinaire. L'agitation qu'on se donne fait un merveilleux effet pour la transpiration des humeurs, & il n'y a point de rhumatismes ou d'autres maux semblables, qu'on ne puisse prévenir par ce jeu, à le prendre avec modération, quand le beau tems & la commodité le permettent. Il est propre à tous les âges depuis l'enfance jusqu'à la vieillesse. Sa beauté ne consiste pas à jouer de grands coups, mais à jouer juste, avec propreté, sans trop de façons ; quand à cela l'on peut ajouter la sûreté & la force qui font la longue étendue du coup, on est un joueur parfait. Pour parvenir à ce degré de perfection, il faut chercher la meilleure maniere de jouer, se conformer à celle des grands joueurs, se mettre aisément sur sa boule, ni trop près ni trop loin, n'avoir pas un pié guere plus avancé que l'autre ; les genoux ne doivent être ni trop mols ni trop roides, mais d'une fermeté bien assurée pour donner un bon coup ; les mains ne doivent être ni serrées ni trop éloignées l'une de l'autre ; les bras ni trop roides ni trop allongés, mais faciles afin que le coup soit libre & aisé : il faut encore se bien assurer sur ses piés, se mettre dans une posture aisée ; que la boule soit vis-à-vis le talon gauche, ne pas trop reculer le talon droit en arriere, ni baisser le corps, ni plier le genouil quand on frappe, parce que c'est ce qui met le joueur hors de mesure, & qui le fait souvent manquer.
|
| MAIL-ÉLOU | S. m. (Botan. exot.) grand arbre du Malabar, qui est toujours verd, qui porte fleurs & fruits en même tems, & même deux fois l'année. Commelin, dans l'Hort. malab. caractérise cet arbre en botaniste, arbor baccifera, trifolia, malabarica, simplici ossiculo, cum plurimis nucleis, lusitanis carilla. On fait de ses feuilles bouillies dans une infusion de riz, qu'on passe ensuite, une boisson pour expulser l'arriere-faix, & faciliter les vuidanges. (D.J.)
|
| MAIL-ELOU-RATOU | S. m. (Botan. exot.) arbre de Malabar, qui croît dans ses contrées montagneuses, & qui est encore plus grand que le mail-elou. Il est toûjours vert, porte fleurs & fruits à-la-fois, & vit environ 200 ans : il est nommé arbor baccifera malabarica, folio pinnato, floribus umbellatis, simplici ossiculo, cum pluribus nucleis. H. M. (D.J.)
|
| MAIL-OMBI | S. m. (Bot. exot.) arbre de la grosseur d'un pommier ordinaire, qui croît en plusieurs lieux du Malabar. Il est toujours verd, & porte du fruit deux fois l'année. Il est nommé arbor baccifera indica, racemosa, fructu umbilicato, rotundo, monopyreno, H. M. (D.J.)
|
| MAILLE | (Jurisprud.) terme usité en quelques coûtumes dans le même sens que vendition. Voyez VENDITION.
MAILLE ou OBOLE, s. f. (Monnoie) monnoie de billon, qui avoit cours en France pendant la troisieme race. Maille ou obole, dit M. le Blanc, ne sont qu'une même chose, & ne valent que la moitié du denier ; c'est pourquoi il y avoit des mailles parisis & des mailles tournois. On trouve plusieurs monnoies d'argent de la seconde race, qui pesent justement la moitié du denier de ce tems-là, & qui par conséquent ne peuvent être que l'obole. Dans une ordonnance de Louis VIII. pour le payement des ouvriers de la monnoie, il est fait mention d'oboles. On continua sous les regnes suivans de fabriquer de cette monnoie. La maille ou l'obole n'étoit pas, comme on le croit, la plus petite de nos monnoies ; il y avoit encore une espece qui ne valoit que demi-maille, & par conséquent la quatrieme partie du denier. (D.J.)
MAILLE NOIRE, (Jurisprud.) en Angleterre, étoit une certaine quantité d'argent, de grains, ou de bestiaux, ou autre chose que payoient les habitans de Westmorland, Cumberland, Northumberland & Durham, à différentes personnes qui les avoisinoient, & étoient à la vérité gens d'un rang distingué, ou bien alliés, mais grands voleurs, ne respirant que le pillage, & taxant ainsi le peuple, sous prétexte de protection. Cette sorte d'extorsion a été défendue & abolie par la reine Elisabeth.
MAILLE, (Bas au métier) il se dit de chaques petits entrelacemens du fil, qui forment par leur continuité l'ouvrage qu'on exécute sur le métier. Il y a des mailles fermées, des mailles tombées, des mailles mêlées, des mailles doubles, des mailles mordues, portées, retournées, &c. Voyez l'article BAS AU METIER, & METIER A BAS.
MAILLE, (Marine) c'est un menu cordage ou ligne, qui fait plusieurs boucles au haut d'une bonnette, & qui sert à la joindre à la voile.
Maille se dit des distances qu'il y a entre les membres d'un vaisseau.
MAILLE, (Aiguilletier) est une ouverture en forme de losange, qui étant plusieurs fois répétée, forme des treillis de fil de fer ou de laiton. Ce sont les Epingliers qui font les treillis à mailles ; ils les vendent au pié quarré plus ou moins, selon que les mailles sont larges ou étroites, & le fil plus ou moins gros.
MAILLE, voyez l'article DRAPERIE, ou MANUFACTURE EN LAINE.
MAILLE, MAILLER, (Jardinage) ce sont des réseaux que l'on fait dans les treillages de huit à neuf pouces en quarré. Il se dit encore des quarreaux faits sur le papier, ainsi que sur le lieu pour tracer un parterre. Voyez PARTERRE.
Mailler s'emploie pour signifier le noeud où se forme le fruit dans les melons, les concombres, & le raisin. On dit le raisin blanc maille bien plus droit que le noir.
MAILLE, terme d'Orfévre, petit poids qui vaut deux felins, & qui est la quatrieme partie d'une once. Voyez FELIN.
MAILLE, (Rubanerie) on entend par ce mot, des tours de fil ou de ficelle qui composent les lisses, hautes lisses ou lissettes, quoiqu'à proprement parler, on ne dût donner ce nom qu'à l'endroit où se fait la jonction des deux parties qui composent la maille, & que l'on a toûjours jusqu'ici nommée bouclette. L'usage de la maille ainsi entendue, est de recevoir la trame si ce sont des hautes lisses, ou les soies de la chaîne, si ce sont des lisses ou lissettes. Voyez HAUTES-LISSES, LISSES, SSETTESTTES.
MAILLE DE CORPS, instrument du métier d'étoffe de soie.
La maille de corps est un fil passé dans le maillon de verre, dont les deux bouts sont attachés à la hauteur d'un pié à l'arcade. Voyez MAILLONS, voyez ARCADES.
MAILLE, (Chasse) c'est l'ouverture qui demeure entre les ouvrages de fil, comme on le voit dans les filets à pêcheurs ou à chasseurs. Il y a les mailles à losanges, qui sont celles qui ont la pointe ou le coin des mailles en haut, lorsque le filet est tendu ; les mailles quarrées sont celles qui paroissent toutes rangées comme les quarrés d'un damier ; il y a encore les mailles doubles.
Mailler, on dit mailler un filet ; c'est le terme dont se servent ceux qui font des filets.
Mailler se dit aussi des perdreaux ; ce perdreau commence à mailler, c'est-à-dire, à se couvrir de mouchetures ou de madrieres : les perdreaux ne sont bons que quand ils sont maillés.
|
| MAILLÉ | adj. terme de Fourreur, se dit d'une chose marquetée, pleine de petites taches, comme les plumes des faucons, des perdrix, ou les fourrures des différentes bêtes fauves.
|
| MAILLEAU | S. m. (Tondeur de drap) petit instrument de bois qui sert à ces ouvriers à faire mouvoir le côté des forces à tondre, qu'on appelle le mâle. Voyez FORCES. Quand le mailleau n'a point de manche, on l'appelle cureau.
|
| MAILLER | v. act. (Art milit.) c'est couvrir d'un tissu de mailles. (Chas.) c'est se moucheter à l'estomac & aux aîles ; il se dit des perdreaux : ils se maillent. (Mâçonnerie) c'est construire en échiquier & à joints obliques : ce mur est maillé. (Jardinage) c'est bourgeonner : c'est aussi espacer des échalas montans, traversant par intervalles égaux, formant des carrés ou des losanges en treilles : c'est encore former un parterre d'après un dessein. (Blanchissage des toiles) c'est battre la toile de baptiste sur un marbre avec un maillet de bois bien uni, pour en abattre le grain & lui donner un oeil plus fin.
|
| MAILLET | S. m. (Gram. arts méchaniq.) marteau de bois, à l'usage d'un grand nombre d'ouvriers. Voyez les articles suivans.
|
| MAILLEZAIS | Malliacum Pictonum, (Géogr.) ville de France en Poitou ; son évêché fut transféré à la Rochelle en 1648. Elle est dans une île formée par la Seure & l'Autise, entre dans des marais à huit lieues N. E. de la Rochelle, vingt S. O. de Poitiers, quatre-vingt-onze S. O. de Paris. Long. 16d. 55'. 22''. lat. 46d. 22'. 16''. (D.J.)
|
| MAILLOCHE | S. f. (Art méchan.) petit maillet de bois. En blason la mailloche est de fer.
|
| MAILLON | S. m. (Chaînetier) c'est chaque petite portion du tissu qui forme une chaîne flexible sur toute sa longueur ; comme celle d'une montre, ou autre. C'est par l'assemblage des maillons que se forme la chaîne. En ce sens maillon est synonyme à chainon.
MAILLON, s. m. (Gazier) espece de petit anneau d'émail, qui dans le métier des Gaziers sert à attacher les lissettes aux plombs. Voyez GAZE.
MAILLON, (Rubanier) c'est un très-petit morceau de cuivre jaune, plat & percé de trous dans sa longueur ; il est arrondi par les deux bouts pour faciliter les montées & descentes continuelles qu'il est obligé de faire lors du travail ; il fait l'effet de la maille dont on a parlé à l'article MAILLE, au sujet des lisses & lissettes : car il ne peut servir aux hautes lisses pour le passage des rames, attendu qu'il faut que les rames soient libres dans les mailles des hautes lisses pour pouvoir n'être levées qu'au besoin & lorsqu'il faut qu'elles travaillent. Les deux trous des extrêmités du maillon servent à passer les deux ficelles qui le suspendent, & celui du milieu pour le passage des soies de la chaîne. On fait des maillons d'émail, mais qui ne sont pas si bons pour l'usage ; il s'y trouve souvent de petites inégalités tranchantes qui coupent les soies, ce qui, joint à leur extrême fragilité, rend le maillon de cuivre bien plus utile. Voyez LISSES.
MAILLON, instrument du métier d'étoffe de soie. Le maillon est un anneau de verre de la longueur d'un pouce environ ; il a trois trous, un à chaque bout, qui sont ronds, & dans lesquels passent d'un côté la maille de corps pour suspendre le maillon, & à l'autre un fil un peu gros pour tenir l'aiguille de plomb qui tient le tout en raison. Ces deux trous sont séparés par un autre de la longueur d'un demi-pouce environ, au-travers duquel l'on passe un nombre de fils de la chaîne proportionné au genre d'étoffe.
|
| MAILLOT | S. m. (Economie domestique) couches & langes dont on enveloppe un enfant nouveau-né à sa naissance & pendant sa premiere année.
|
| MAILLOTIN | S. m. (Art méchan. & Hist. mod.) espece de masse ou mailloche de bois ou fer dont on enfonçoit les casques & cuirasses. Il y a eu en France une faction appellée maillotins, de cette arme.
|
| MAILLURE | S. f. (Chasse) taches, mouchetures, diversité de couleurs qui surviennent aux plumes d'un oiseau. On dit qu'un perdreau est maillé lorsqu'on apperçoit sous ses aîles aux deux côtés de son estomac des plumes rougeâtres : alors il est bon à être chassé & tué. Le même mot se dit aussi en fauconnerie des oiseaux de proie dont les plumes prennent des taches en forme de mailles. Les taches de devant s'appellent paremens.
|
| MAIL | ou MAILLETS, (Art milit.) espece de long marteau dont on se servoit autrefois dans les combats. " Jean V. duc de Bretagne, dans un mandement pour convoquer les communes de son duché, leur marque, entr'autres armes dont les soldats pourroient être armés, un mail de plomb.
En 1351, dans la bataille des trente, si fameuse dans les histoires de Bretagne, & qui fut ainsi nommée du nombre des combattans, qui étoient trente de chaque côté, les uns du parti de Charles de Blois & du roi de France, & les autres du parti du comte de Montfort & du roi d'Angleterre ; dans cette bataille, dis-je, ou plutôt ce combat, il est marqué que Billefort, du parti des Anglois, frappoit d'un maillet pesant vingt-cinq livres ; que Jean Rousselet, chevalier, & Tristan de Pestivien, écuyer, tous deux du parti françois, furent abattus d'un coup de mail, & Tristan de Pestivien, autre écuyer du même parti, blessé d'un coup de marteau.
Une autre preuve de l'usage des maillets pour les soldats, est ce qu'on rapporte de la sédition des Parisiens au commencement du regne de Charles VI. où la populace, au sujet des nouveaux impôts, força l'arsenal & en tira quantité de maillets pour s'armer & assommer les commis des douannes, ce qui fit donner à ces séditieux le nom de maillotins ". Hist. de la milice françoise. (Q)
|
| MAIN | S. f. (Anatom.) partie du corps de l'homme qui est à l'extrêmité du bras, & dont le méchanisme la rend capable de toutes sortes d'arts & de manufactures.
La main est un tissu de nerfs & d'osselets enchâssés les uns dans les autres, qui ont toute la force & toute la souplesse convenables pour tâter les corps voisins, pour les saisir, pour s'y accrocher, pour les lancer, pour les tirer, pour les repousser, &c.
Anaxagore soutenoit que l'homme est redevable à l'usage de ses mains de la sagesse, des connoissances & de la supériorité qu'il a sur les autres animaux. Galien exprime la même pensée d'une maniere différente : suivant lui, l'homme n'est point la créature la plus raisonnable, parce qu'il a des mains, mais celles-ci ne lui ont été données qu'à cause qu'il est le plus raisonnable de tous les animaux : car ce ne sont point les mains de qui nous tenons les arts, mais de la raison, dont les mains ne sont que l'organe. De usu part. lib. I. cap. iij.
La main, en terme de Médecine, s'étend depuis l'épaule jusqu'à l'extrêmité des doigts, & se divise en trois parties ; la premiere s'étend depuis l'épaule jusqu'au coude, & s'appelle proprement bras, brachium, voyez BRAS ; la seconde depuis le coude jusqu'au poignet, & s'appelle l'avant-bras ; & la troisieme la main proprement dite. Celle-ci se divise encore en trois parties, le carpe, qui est le poignet, le métacarpe, qui est la paume de la main ; enfin les cinq doigts. Ces mots sont expliqués selon leur ordre. Voyez CARPE, METACARPE & DOIGTS.
Les mains sont si commodes & les ministres de tant d'arts, comme dit Ciceron, qu'on ne peut trop en admirer la structure : cependant cette partie du corps humain, qui est composée du carpe, du métacarpe & des doigts, n'est point exempte des jeux de conformation. Je n'en citerai pour preuve qu'un seul fait tiré de l'histoire de l'académie des Sciences, année 1733.
M. Petit a montré à cette académie en 1727, un enfant dont les bras étoient difformes : la main étoit jointe à la partie latérale antérieure de l'extrêmité de l'avant-bras, & renversée de maniere qu'elle formoit avec l'avant-bras un angle aigu ; elle avoit un mouvement manifeste, mais de peu d'étendue. Cette main n'avoit que quatre doigts d'une conformation naturelle dans leur longueur, leur grosseur & leur articulation ; il n'y avoit point de pouce ; les doigts étoient dans le creux de la main ; l'annulaire & le petit doigt étoient par dessus & se croisoient avec eux. Cette main avoit 12 à 14 lignes de largeur & 28 de longueur en étendant les doigts & en comprenant le carpe.
La main est le sujet de la chiromancie, qui s'occupe à considérer les différentes lignes & éminences qui paroissent sur la paume de la main, & à en donner l'explication. Voyez CHIROMANCIE.
Chez les Egyptiens la main est le symbole de la force ; chez les Romains c'est le symbole de la foi ; & elle lui fut consacrée par Numa avec beaucoup de solemnité.
MAINS, on appelle en Botanique les mains des plantes, ce que les Latins ont nommé capreoli, claviculi, claviculae ; ces mains sont des filets qui s'entortillent contre les plantes voisines & les embrassent fortement, ainsi que l'on voit en la vigne, en la couleuvrée, & en la plûpart des légumes. On les nomme aussi des vrilles, voyez VRILLES, Botanique. (D.J.)
MAIN DE MER, (Insectol.) fucus manum referens, Tourn. production d'insectes de mer. Sa substance est fongueuse & de la nature des agarics ; elle est couverte de quantité de petites bossettes. " Lorsqu'on les regarde attentivement dans l'eau de mer, on voit qu'il s'en éleve insensiblement de petits corps cylindriques & mobiles d'une substance blanche & transparente, hauts d'environ trois lignes & demie, & larges d'une ligne ; ils disparoissent dès qu'ils ne baignent plus dans l'eau de mer. Les mains de mer varient beaucoup dans leurs figures, cependant la plûpart ont une base cylindrique plus ou moins évasée, chargée de plusieurs petits corps cylindriques longs d'environ un pouce & demi, représentant autant de doigts blancs, rouges, ou d'un jaune orangé : toute la superficie de ce corps est chagrinée par les mamelons dont toute son écorce est couverte ; mamelons de différente grandeur dont le diametre dans les plus grands est d'une ligne. Ils sont chacun étoilés par la disposition de huit rayons qui ont leurs pointes dirigées vers le centre. Les mamelons étoilés de ce corps s'ouvrent lorsqu'il est plongé dans l'eau de la mer ; & chacun des rayons qui forment ces especes d'étoiles se relevant alors, donne passage à une espece de cylindre creux, membraneux, blanc & transparent, qui parvenu à la hauteur de trois lignes & demie, représente une petite tour terminée par huit petites découpures en forme de crénaux aigus. Toutes ces découpures sont elles-mêmes chargées à leur extrêmité de petites éminences en maniere de cornes, & de chacune de ces découpures nait un filet délié, jaunâtre, aboutissant à la base de cette espece de petite tour, & qui paroît sur la membrane transparente dont elle est formée. Sa base est tellement environnée de ces huits rayons, qu'elle fait corps avec eux. Entre ces manieres de crénaux on voit un plancher concave percé dans son milieu, audessous duquel est placée dans l'intérieur de cette tour une espece de vessie allongée, jaunâtre, qui à sa base est garnie de cinq filets déliés, extérieurement courbés en arc près de leur origine, & ensuite perpendiculaires & plus gros à leur extrêmité.
Telle est l'apparence de ce qui sort de chacun des mamelons de la main de mer tant qu'elle est dans l'eau de la mer ; & ce qui ne laisse aucun doute que ce soit des animaux, c'est que pour peu qu'on en touche quelques-uns, on voit leurs cornes, que nous avons comparées à des crénaux, se recourber & se retirer vers le centre du plancher qui est au sommet de ces sortes de tours, & ne représenter plus qu'autant de cylindres dont l'extrêmité est arrondie, lesquels, si l'on continue à les toucher, rentrent insensiblement dans la cavité d'où ils étoient sortis, & reparoissent peu de tems après sous leur premiere forme, ce qui arrive de même lorsqu'on leur ôte ou qu'on leur donne l'eau de mer.
Le corps de la main de mer considérée intérieurement est de substance fongueuse, plus molle que celle de son extérieur qui est coriace ; & par la quantité des tuyaux dont il est percé, aboutissant aux mamelons extérieurs, ressemble aux loges d'un gâteau d'une ruche, chacune desquelles contient le petit polype que j'ai décrit, & un peu d'eau roussâtre ". Mem. de l'acad. royale des Scienc. année 1740, par M. de Jussieu.
MAINS, (Critique sacrée) manus selon la vulgate. Ce mot dans l'Ecriture sainte se prend quelquefois pour l'étendue : hoc mare magnum & spaciosum manibus, Job xxviij. 8. Il se prend aussi pour la puissance du saint-Esprit, qui se fait sentir sur un prophete : Facta est super eum manus Domini. Ezech. iij. 22. Dieu parle à son peuple par la main des prophetes, c'est-à-dire par leur bouche. La main élevée marque la force, l'autorité. Ainsi il est dit que Dieu a tiré son peuple de l'Egypte la main haute & élevée. Cette expression marque aussi l'insolence du pécheur qui s'éleve contre Dieu, peccare elatâ manu. La main exprime encore la vengeance que Dieu exerce contre quelqu'un : la main du Seigneur s'appesantit sur les Philistins ; il se met pour fois. Daniel & ses compagnons se trouverent dix mains plus sages que tous les magiciens & les devins du pays. Jetter de l'eau sur les mains de quelqu'un, c'est le servir : ainsi Elisée jettoit de l'eau sur les mains d'Elie, c'est-à-dire qu'il étoit son serviteur. Laver ses mains dans le sang des pécheurs, c'est approuver la vengeance que Dieu tire de leur iniquité. Le juste lave ses mains parmi les innocens, c'est-à-dire est lié d'amitié avec eux. Pilate lave ses mains pour marquer qu'il est innocent de la mort de Jesus-Christ. Baiser la main est un acte d'adoration. Si j'ai vu le soleil dans son éclat, & si j'ai baisé ma main, dit Job. Remplir ses mains, signifie entrer en possession d'une dignité sacerdotale, parce que dans cette cérémonie on mettoit dans les mains du nouveau prêtre les parties de la victime qu'il devoit offrir. Donner les mains signifie faire alliance, jurer amitié. Les Juifs disent qu'ils ont été obligés de donner les mains aux Egyptiens pour avoir du pain, c'est-à-dire de se rendre à eux. (D.J.)
MAINS, (Antiq. rom.) Le grand nombre de mains chargées quelquefois de symboles de diverses divinités qui se trouvent parmi les anciens monumens, désignent des accomplissemens de voeux. Elles étoient appendues dans les temples des dieux à qui elles étoient vouées, en reconnoissance de quelque faveur signalée reçue, ou de quelque miraculeuse guérison. S. Athanase a cru que ces mains & toutes les autres parties du corps prises séparément, étoient honorées par les gentils comme des divinités. On peut reprocher aux payens tant d'objets réels d'idolâtrie, qu'il ne faut pas leur en attribuer de faux. (D.J.)
MAIN, (Littérat.) L'inégalité que la coutume, l'éducation & les préjugés ont mis entre la main droite & la main gauche, est également contraire à la nature & au bon sens. La nature a dispensé ses graces avec une proportion égale à toutes les parties des corps régulierement organisés. L'oreille droite n'entend pas mieux que la gauche ; l'oeil gauche voit également comme l'oeil droit ; & l'on ne marche pas plus aisément d'un pié que de l'autre. L'anatomie la plus délicate ne remarque aucune différence sensible entre les nerfs, les muscles & les vaisseaux des parties doubles des enfans bien conformés. Si telle observation n'a pas lieu dans les corps plus avancés en âge, c'est une suite de l'usage abusif qui nous assujettit à tout faire de la main droite & à laisser la gauche dans une inaction presque continuelle : d'où il résulte un écoulement beaucoup plus considérable des sucs nourriciers dans la main qui est toujours en action, que dans celle qui se repose. Il seroit donc à souhaiter qu'au lieu de corriger les enfans qui usent indifféremment de l'une ou l'autre main, on les accoutumât de bonne heure à se servir de leur ambi-dextérité naturelle, dont ils tireroient de grands avantages dans le cours de la vie. Platon le pensoit ainsi, & désapprouvoit extrêmement la préférence dont on honoroit déja de son tems la main droite au préjudice de la gauche ; il soutenoit avec raison qu'en cela les hommes n'entendoient pas leurs vrais intérêts, & que, sous le prétexte ridicule du bon air & de la bonne grace, ils se privoient eux-mêmes de l'utilité qu'ils pouvoient retirer en mille rencontres de l'usage des deux mains. Il est étonnant que dans ces derniers siecles on ne se soit pas avisé de renouveller dans l'art militaire l'exercice ambi-dextre, qui donne une grande supériorité à ceux qui y sont dressés. Henri IV. fit sortir de ses gendarmes cinq bons sujets, par la seule raison qu'ils étoient gauchers, tant les préjugés de la mode & de la coutume ont de force sur l'esprit des hommes ! (D.J.)
MAINS-JOINTES. (Art numismat.) Le type de deux mains-jointes est fréquent sur les médailles latines & égyptiennes ; il a pour légende ordinaire concordia exercituum. En effet, Tacite nous apprend que du tems de Galba, c'étoit une coûtume déja ancienne, que les villes voisines des quartiers des légions leur envoyassent deux mains-jointes en signe d'hospitalité : miserat civitas Lingonum, vetere instituo, dona legionibus, dextras hospitii insigne. Et pendant la guerre civile d'Othon & de Vitellius, Sisenna, centurion, porte de Syrie à Rome aux prétoriens des figures de main droite pour gage de la concorde que vouloit entretenir avec eux l'armée de Syrie : centurionem, Sisenna dextras, concordiae insignia, syriaci exercitûs nomine ad praetorianos ferentem. Ces symboles étoient représentés en bas-relief sur l'airain & sur le marbre, qui devenoient dignes de l'attention des princes, quand ces monumens avoient pour objet les affaires publiques ; les particuliers mêmes ornoient de ces figures les monumens de famille. Sur un marbre trouvé dans l'ancien pays des Marses, se voyent deux mains-jointes pour symbole de la foi conjugale, & au-dessus une inscription donnée par M. Muratori : D. M. S. Q. Ninnio, Q. F. strenuo Seviro aug. titecia januaria conjugi B. M. F. & sibi. (D.J.)
MAIN HARMONIQUE, (Musique) est, en musique, le nom que donna l'Arétin à une figure, par laquelle il expliquoit le rapport de ses hexacordes, de ses sept lettres, & de ses six syllabes aux cinq tetracordes des Grecs. Cette figure représentoit une main gauche, sur les doigts de laquelle étoient marqués tous les sons de la gamme avec leurs lettres correspondantes, & les diverses syllabes dont on les devoit nommer selon la regle des muances, en chantant par béquarre ou par bémol. Voyez GAMME, MUANCES, SOLFIER, &c. (S)
MAIN (Marine) sorte de petite fourche de fer, dont on se sert à tenir le fil de caret dans l'auge quand on le gaudronne.
MAIN, (Jurisprud.) Ce terme a dans cette matiere plusieurs significations différentes. Il signifie souvent puissance, autorité, garde, conservation, &c.
Mettre en sa main, c'est saisir féodalement ; mettre sous la main de justice, c'est saisir & arrêter, saisir-exécuter, ou saisir réellement.
Le vassal doit à son seigneur la bouche & les mains, c'est-à-dire, qu'il doit joindre ses mains en celles de son seigneur en lui faisant la foi & hommage, & que le seigneur le baise en la bouche en signe de protection.
Les autres significations du terme main vont être expliquées dans les divisions suivantes, où ce terme se trouve joint avec un autre (A)
MAIN-ASSISE ou MAIN-MISE, est une des trois voies usitées dans certaines coûtumes, telles qu'Amiens & Artois, autres coûtumes de Picardie & de Champagne, qu'on appelle coûtumes de nantissement. Pour acquérir droit réel d'hypotheque sur un héritage, on fait une espece de tradition feinte de l'héritage par dessaisie, ou par main-assise, ou par mise de fait.
Pour acquérir droit réel par main-assise, le créancier auquel le débiteur a accordé le pouvoir d'user de cette voie, c'est-à-dire, de faire asseoir la main de justice sur l'héritage pour sûreté de sa créance, obtient une commission du juge immédiat ; ou, si les héritages sont situés sous différentes justices immédiates, il obtient une commission du juge supérieur ; en vertu de cette commission, l'huissier ou sergent qui exploite déclare par son procès-verbal qu'il asseoit la main de justice sur l'héritage, &, en cas de contestation, il assigne le débiteur & le seigneur de l'héritage pour consentir ou débattre la main-assise & voir ordonner qu'elle tiendra, surquoi le créancier obtient sentence qui prononce la main-assise, s'il y échet.
On ne peut procéder par main-assise qu'en vertu de lettres authentiques, & néanmoins il faut une commission pour assigner ceux qui s'opposent à la main-assise. Voyez les notes sur Artois, art. 1, & de Heu sur Amiens, art. 247 & suivans. (A)
BASSE MAIN. Gens de basse main étoient les roturiers, & singulierement le menu peuple. On distinguoit les bourgeois des gens de basse main. Voyez les assises de Jérusalem, chap. ij. (A)
MAIN AU BATON ou A LA VERGE. Mettre la main au bâton, &c. c'est se désaisir d'un héritage pardevant le seigneur féodal ou censuel dont il est tenu, ou pardevant ses officiers. Cette expression vient de ce qu'anciennement le vest & devest, la saisine & la dessaisine se faisoient par la tradition d'un petit bâton. Amiens, art. 33 ; Laon, art. 126 ; Rheims, 165 ; Chauny, 30 ; Lille, 80. Voyez Lauriere en son glossaire au mot main. (A)
MAIN-BOURNIE, (Jurispr.) signifie garde, tutele, administration, & quelquefois aussi puissance paternelle, protection. Il en est parlé dans les lois ripuariennes, tit. de tabulariis, art 14. la reine, ses enfans qui sont en sa main-bournie, c'est-à-dire, en sa garde.
MAIN BREVE ou ABREGEE, brevis manus, signifie en droit une fiction par laquelle, pour éviter un circuit inutile, on fait une compensation de la tradition qui devoit être faite de part & d'autre de quelque chose, comme dans la vente d'une chose que l'on tenoit déja à titre de prêt.
On fait de même par main breve un payement, lorsque le débiteur au lieu de le faire directement à son créancier, le fait au créancier de son créancier. Voyez MAIN LONGUE. (A)
CONFORTE-MAIN, voyez CONFORTEMENT.
MAIN-FERME, manu firmitas, signifioit autrefois un bail à rente de quelques héritages ou terres roturieres. Quelquefois par main-ferme on entendoit tous les héritages qui n'étoient point fiefs, on les appelloit ainsi eò quòd manu donatorum firmabantur. On en trouve des exemples fort anciens, entr'autres un dans le cartulaire de Vendôme de l'an 1002. Boutillier qui vivoit en 1460, en parle dans sa somme rurale, & dit que tenir en main-ferme, c'est tenir une terre en coterie ; que c'est un fief qui n'est tenu que ruralement. Voyez FIEF-RURAL.
La main-ferme étoit en quelque chose différente du bail à cens. Voyez M. de Lauriere en son glossaire au mot MAIN-FERME. Voyez FIEF-FERME. (A)
MAIN-FORTE, (Jurispr.) est le secours que l'on prête à la justice, afin que la force lui demeure & que ses ordres soient exécutés.
Quand les huissiers & sergens, chargés de mettre quelque jugement à exécution, éprouvent de la résistance, ils prennent main-forte, soit des records armés, soit quelque détachement de la garde établie pour empêcher le désordre.
La maréchaussée est obligée de prêter main-forte pour l'exécution des jugemens tant des juges ordinaires, que de ceux d'attribution & de privilege.
Les juges d'église ne peuvent pas employer main-forte pour l'exécution de leurs jugemens, ils ne peuvent qu'implorer l'aide du bras séculier. Voyez BRAS SECULIER.
Main-forte se dit aussi des personnes puissantes qui possedent quelque chose. (A)
MAIN-GARNIE ; (Jurisprud.) signifie la possession de la chose contestée. Quand on fait une saisie de meubles, on dit qu'il faut garnir la main du roi ou de la justice, pour dire qu'il faut trouver un gardien qui s'en charge.
Le seigneur plaide contre son vassal main-garnie, c'est-à-dire, qu'ayant saisi le fief mouvant de lui, il fait les fruits siens pendant le procès, jusqu'à ce que le vassal ait fait son devoir.
On dit aussi que le roi plaide toujours main-garnie, ce qui n'a lieu néanmoins qu'en trois cas :
Le premier, est lorsqu'il a saisi féodalement, &, dans ce cas, ce privilege lui est commun avec tous les seigneurs de fief.
Le second cas, est lorsqu'il s'agit de quelque bien ou droit notoirement domanial, comme justice, péage, tabellionage.
Le troisieme, est lorsque le roi est en possession du bien contesté ; car comme il n'y a jamais de complainte contre le roi, il jouit par provision pendant le procès.
Mais, hors les cas que l'on vient d'expliquer, le roi ne peut pas durant le procès déposséder le possesseur d'un héritage ; ainsi il n'est pas vrai indistinctement qu'il plaide toujours main-garnie. Voyez Bacquet en son tit. du droit d'aubaine, ch. xxxvj, art. 2, & tit. des droits de justice : Dumoulin, sur Paris, art. LII. n. 27 & suivans.
On appelle aussi main-garnie la saisie & arrêt que le créancier, fondé en cédule ou promesse, peut faire sur son débiteur en vertu d'ordonnance de justice. Cela s'appelle main-garnie, parce que l'ordonnance qui permet de saisir, s'obtient sur simple requête avant que le créancier ait obtenu une condamnation contre son débiteur. (A)
GRANDE-MAIN, (Jurisprud.) c'est la main du roi en matiere féodale, relativement aux autres seigneurs ; lorsqu'il y a combat de fief entre deux seigneurs, le vassal se fait recevoir en foi par main souveraine, parce que le roi a la grande-main, c'est-à-dire que tous les fiefs relevent de lui médiatement ou immédiatement, & que tout est présumé relever de lui directement, s'il n'y a titre ou possession au contraire. (A)
MAIN DE JUSTICE, (Jurisprud.) on entend par ce terme l'autorité de la justice & la jouissance qu'elle a de mettre à effet ce qu'elle ordonne en contraignant les personnes & procédant sur leurs biens. Cette puissance qui émane du prince, de même que le pouvoir de juger, est représentée par une main d'ivoire qui est au-dessus d'une verge. On représente ordinairement les princes souverains & la justice personnifiée sous la figure d'une femme tenant un sceptre d'une main & de l'autre la main de justice, laquelle est une marque de puissance, comme le sceptre, la couronne & l'épée.
Les huissiers & sergens qui sont les ministres de la justice & chargés d'exécuter ses ordres, sont pour cet effet dépositaires d'une partie de son autorité qui est le pouvoir de faire des commandemens, de saisir toutes sortes de biens, de vendre les meubles saisis, d'emprisonner les personnes quand le cas y échet ; c'est pourquoi lorsque l'on fait la montre du prevôt de Paris, les huissiers & sergens y portent entr'autres attributs la main de justice.
Mettre des biens sous la main de justice, c'est les saisir, les mettre en sequestre ou à bail judiciaire.
Cependant mettre en sequestre ou à bail judiciaire est plus que mettre simplement sous la main de justice ; car le sequestre désaisit, au lieu qu'une saisie qui met simplement les biens sous la main de justice, ne désaisit pas.
Lorsque la justice met simplement la main sur quelque chose, c'est un acte conservatoire qui ne préjudicie à personne, comme dit Loisel en ses Inst. liv. V. tit. 4. regle 30. (A)
MAIN-LEVEE, (Jurisprud.) est un acte qui leve l'empêchement résultant d'une saisie ou d'une opposition. On l'appelle main-levée, parce que l'effet de cet acte est communément d'ôter la main de la justice de l'autorité de laquelle avoit été formé l'empêchement ; on donne cependant aussi main-levée d'une opposition sans ordonnance de justice ni titre paré.
On donne main-levée d'une saisie & arrêt, d'une saisie & exécution, d'une saisie réelle, & d'une saisie féodale.
En fait de saisie réelle, la main-levée donnée par le poursuivant, ne préjudicie point aux opposans, parce que tout opposant est saisissant.
Lorsqu'on statue sur l'opposition formée à une sentence, ce n'est pas par forme de main-levée ; on déclare non-recevable dans l'opposition ou bien l'on en déboute ; & si c'est l'opposant qui abandonne son opposition, il se sert du terme de désistement.
Les oppositions que l'on efface par le moyen de la main-levée sont des oppositions extrajudiciaires, telles qu'une opposition à une publication de bans, à la célébration d'un mariage, à une saisie réelle, ou entre les mains de quelqu'un pour empêcher qu'il ne paye ce qu'il doit au débiteur de l'opposant.
La main-levée peut être ordonnée par un jugement, ou consentie par le saisissant ou opposant, soit en jugement ou dehors.
On distingue plusieurs sortes de main-levées, savoir :
Main-levée pure & simple, c'est-à-dire, celle qui est ordonnée ou consentie sans aucune restriction ni condition.
Main-levée en donnant caution ; celle-ci s'ordonne en trois manieres différentes ; savoir ; en donnant caution simplement, ce qui s'entend d'une caution resseante & solvable ; ou à la caution des fonds, ou bien à la caution juratoire.
Main-levée provisoire, est celle qui est ordonnée ou consentie par provision seulement, & pour avoir son effet en attendant que les parties soient réglées sur le fond.
Main-levée définitive, est celle qui est accordée sans aucune restriction ni retour ; lorsqu'il y a eu d'abord une main-levée provisoire, on ordonne, s'il y a lieu, qu'elle demeurera définitive.
Main-levée en payant, c'est lorsque les saisies sont valables, le juge ordonne que le débiteur en aura main-levée en payant. Voyez EMPECHEMENT, OPPOSITION, SAISIE. (A)
MAIN-LIEE, (Jurisprud.) signifie l'état de celui qui est dans un empêchement de faire quelque chose ; on a les mains liées par une saisie ou opposition, ou par un jugement qui défend de faire quelque chose. Voyez MAIN-LEVEE. (A)
MAIN-LONGUE, fictio longua manus, en droit est une tradition feinte qui se fait en donnant la faculté d'appréhender une chose que l'on montre à quelqu'un ; on use de cette fiction dans la tradition des biens immeubles & dans celle des choses mobiliaires d'un poids considérable, & que l'on ne peut mettre dans la main.
On entend aussi quelquefois par main-longue le pouvoir du prince ou de quelqu'autre personne puissante : on dit en ce sens que les rois & les ministres ont les mains longues, pour dire qu'ils savent bien trouver les gens quelque part qu'ils soient. (A)
MAIN-METTRE, (Jurisprud.) du latin manu-mittere, signifie affranchir quelqu'un de la condition servile.
On dit aussi sans main mettre, pour dire sans user de main-mise. Voyez MAIN-MISE ; ou bien pour signifier sans frais ni dépense, comme quand on dit que les dixmes, champart & droits seigneuriaux viennent sans main mettre, c'est-à-dire sans frais de culture. (A)
MAIN-MIS, manu-missus, signifie celui qui est affranchi de servitude. Coutume de la Rue-d'indre, art. 19. Voyez AFFRANCHISSEMENT, MAIN-MORTE, SERF. (A)
MAIN-MISE, (Jurisprud.) en général signifie toute saisie ; elle est ainsi appellée parce que la justice met en sa main les choses saisies de son autorité.
On entend ordinairement par main-mise la saisie féodale, qui dans quelques coutumes est appellée main-mise féodale. Berry, tit. V. article 10, 13, 14, 24, 55, & tit. IX. article 82.
Le terme de main-mise se prend aussi quelquefois pour certaines voies de fait employées contre la personne de quelqu'un en le frappant & le maltraitant ; & l'on dit en ce sens qu'il n'est pas permis d'user de main-mise. Voyez MAIN-ASSISE.
On appelloit aussi autrefois main-mise du latin manu-missio, l'affranchissement que les seigneurs faisoient de leurs serfs. Voyez ci-devant MAIN-MIS, & ci-après MAIN-MORTABLE, MAIN-MORTE, SERF. (A)
MAIN-MORTABLE, (Jurisprud.) est celui qui est de condition servile, & sujet aux droits de mainmorte.
On appelle aussi biens main-mortables, ceux qui appartiennent aux serfs & gens de main-morte ou de morte main. Voyez MAIN-MORTE. (A)
MAIN-MORTE, signifie puissance morte, ou l'état de quelqu'un qui est sans pouvoir à certains égards, de même que s'il étoit mort. Ainsi on appelle gens de main-morte ou main-mortables, les serfs & gens de condition servile qui sont dans un état d'incapacité qui tient de la mort civile.
On appelle aussi les corps & communautés gens de main-morte, soit parce que les héritages qu'ils acquierent tombent en main-morte & ne changent plus de main, ou plutôt parce qu'ils ne peuvent pas disposer de leurs biens non plus que les serfs sur lesquels le seigneur a droit de main-morte. On distingue néanmoins les main-mortables des gens qui sont simplement de main-morte.
Les main-mortables sont des serfs ou personnes de condition servile : on les appelle aussi vilains, gens de corps & de pot, gens de main-morte & de morte-main.
Il n'y a de ces main-mortes que dans un petit nombre de coutumes les plus voisines des pays de droit écrit, comme dans les deux Bourgognes, Nivernois, Bourbonnois, Auvergne, &c.
L'origine de ces main-mortes coutumieres vient des Gaulois & des Germains ; César en fait mention dans ses Commentaires, lib. IV. Plebs poenè servorum habetur loco, quae per se nihil laudet & nulli adhibetur consilio, plerique cum aut aere alieno, aut magnitudine tributorum, aut injuriâ potentiorum premuntur, sese in servitutem dicant nobilibus ; in hos eadem omnia sunt jura quae dominis in servos.
Le terme de main-morte vient de ce qu'après la mort d'un chef de famille serf, le seigneur a droit dans plusieurs coutumes de prendre le meilleur meuble du défunt, qui est ce que l'on appelle droit de meilleur catel.
Anciennement lorsque le seigneur de main-mortable ne trouvoit point de meuble dans la maison du décédé, on coupoit la main droite du défunt, & on la présentoit au seigneur pour marquer qu'il ne le serviroit plus. On lit dans les chroniques de Flandres qu'un évêque de Liege nommé Albero ou Adalbero, mort en 1142, abolit cette coutume qui étoit ancienne dans le pays de Liege.
La main-morte ou servitude personnelle est appellée dans quelques provinces condition serve, comme en Nivernois & Bourbonnois ; en d'autres taillabilité, comme en Dauphiné & en Savoie, dans les deux Bourgognes & en Auvergne, on dit mainmorte.
Il est assez évident que la main-morte tire son origine de l'esclavage qui avoit lieu chez les Romains, & dont ils avoient étendu l'usage dans les Gaules ; en effet la main-morte a pris naissance aussi-tôt que l'esclavage a cessé ; elle est devenue aussi commune. Les mains-mortables sont occupés à la campagne au même travail dont on chargeoit les esclaves, & il n'est pas à croire que l'on ait affranchi purement & simplement tant d'esclaves dont on tiroit de l'utilité, sans se reserver sur eux quelque droit.
Enfin l'on voit que les droits des seigneurs sur les main-mortables, sont à-peu-près les mêmes que les maîtres ou patrons avoient sur leurs esclaves ou sur leurs affranchis. Les esclaves qui servoient à la campagne, étoient glebae adscriptitii, c'est-à-dire qu'ils furent déclarés faire partie du fond, lequel ne pouvoit être aliéné sans eux, ni eux sans lui.
Il y avoit aussi chez les Romains des personnes libres qui devenoient serves par convention, & s'obligeant à cultiver un fonds.
En France, la main-morte ou condition serve se contracte en trois manieres ; savoir, par la naissance, par une convention expresse, ou par une convention tacite, lorsqu'une personne libre vient habiter dans un lieu mortaillable.
Quant à la naissance, l'enfant né depuis que le pere est mortaillable, suit la condition du pere ; secus, des enfans nés avant la convention par laquelle le pere se seroit rendu serf.
Ceux qui sont serfs par la naissance sont appellés gens de poursuite, c'est-à-dire, qu'ils peuvent être poursuivis pour le payement de la taille qu'ils lui doivent, en quelque lieu qu'ils aillent demeurer.
Pour devenir mortaillable par convention expresse, il faut qu'il y ait un prix ou une cause légitime, mais la plûpart des mains mortes sont si anciennes que rarement on en voit le titre.
Un homme libre devient mortaillable par convention tacite, lorsqu'il vient demeurer dans un lieu de main-morte, & qu'il y prend un meix ou tenement servile ; car c'est par-là qu'il se rend homme du seigneur.
L'homme franc qui va demeurer dans le meix main-mortable de sa femme, peut le quitter quand bon lui semble, soit du vivant de sa femme ou après son décès dans l'an & jour, en laissant au seigneur tous les biens étant en la main-morte, moyennant quoi il demeure libre ; mais s'il meurt demeurant en la main-morte, il est reputé main-mortable, lui & sa postérité.
Quand au contraire une femme franche se marie à un homme de main-morte, pendant la vie de son mari elle est reputée comme lui de main-morte ; après le décès de son mari, elle peut dans l'an & jour quitter le lieu de main-morte, & aller demeurer en un lieu franc, moyennant quoi elle redevient libre, pourvû qu'elle quitte tous les biens main-mortables que tenoit son mari, mais si elle y demeure plus d'an & jour, elle reste de condition mortaillable.
Suivant la coutume du comté de Bourgogne, l'homme franc affranchit sa femme main-mortable, au regard seulement des acquêts & biens-meubles faits en lieu franc, & des biens qui lui adviendront en lieu de franchise ; & si elle trépasse sans hoirs de son corps demeurant en communion avec lui, & sans avoir été séparés, le seigneur de la main-morte dont elle est née emporte la dot & mariage qu'elle a apporté, & le trousseau & biens-meubles.
Les main-mortables vivent ordinairement ensemble en communion, qui est une espece de société nonseulement entre les différentes personnes qui composent une même famille, mais aussi quelquefois entre plusieurs familles, pourvû qu'il y ait parenté entr'elles. Il y en a ordinairement un entr'eux qui est le chef de la communion ou communauté, & qui administre les affaires communes ; les autres sont ses communiers ou co-personniers.
La communion en main-morte n'est pas une société spéciale & particuliere, & n'est pas non plus une société pure & simple de tous biens ; car chacun des communiers conserve la propriété de ceux qu'il a ou qui lui sont donnés dans la suite, & auxquels il succede suivant le droit & la coutume, pour la prélever lorsque la communion cessera. Cette société est générale de tous biens, mais les associés n'y conferent que le revenu, leur travail & leur industrie ; elle est contractée pour vivre & travailler ensemble, & pour faire un profit commun.
Chaque communier supporte sur ses biens personnels les charges qui leur sont propres, comme de marier ses filles, faire le patrimoine de ses garçons.
Les main-mortables, pour conserver le droit de succéder les uns aux autres, doivent vivre ensemble, c'est-à-dire au même feu & au même pain, en un mot sous même toît & à frais communs.
Ils peuvent disposer à leur gré entre-vifs de leurs meubles & biens francs ; mais ils ne peuvent disposer de leurs biens par des actes de derniere volonté, même de leurs meubles & biens francs qu'en faveur de leurs parens qui sont en communion avec eux au tems de leur décès. S'ils n'en ont pas disposé par des actes de cette espece, leurs communiers seuls leur succedent ; & s'ils n'ont point de communiers, quoiqu'ils ayent d'autres parens avec lesquels ils ne sont pas en communion, le seigneur leur succede par droit de chûte main-mortable.
La communion passe aux héritiers & même aux enfans mineurs d'un communier.
Elle se dissout par le partage de la maison que les communiers habitoient ensemble.
L'émancipation ne rompt pas la communion, car on peut obliger l'émancipé de rapporter à la masse ce qu'il a acquis.
Le fils qui s'est affranchi ne cesse pas non plus d'être communier de son pere, & ne perd pas pour cela le droit de lui succéder ; autrement ce seroit lui ôter la faculté de recouvrer sa liberté.
La communion étant une fois rompue, ne peut être retablie que du consentement de tous les communiers que l'on y veut faire rentrer ; il faut aussi le consentement du seigneur.
Quoique l'habitation séparée rompe ordinairement la communion à l'égard de celui qui rétablit son domicile à part ; dans le comté de Bourgogne, la fille qui se marie, & qui sort de la maison de ses pere & mere, peut continuer la communion en faisant le reprêt, qui est un acte de fait ou de paroles, par lequel elle témoigne que son attention est de continuer la communion, pourvû qu'elle retourne coucher la premiere nuit de ses noces dans son meix & héritage.
Dans le duché de Bourgogne, le parent proche qui est communier, peut rappeller à la succession ceux qui sont en égal degré, quoiqu'ils aient rompu la communion.
Il peut aussi y avoir communions entre des personnes franches qui possedent des héritages mortaillables ; & sans cette communion, ils ne succedent pas les uns aux autres à ces sortes de biens, si ce n'est les enfans à leurs ascendans de franche condition.
Les successions ab intestat des main-mortables se reglent comme les autres, par la proximité du degré de parenté ; mais il faut être communier pour succéder, si ce n'est pour les héritages de main-morte délaissés par un homme franc, auxquels ses descendans succedent quoiqu'ils ne soient pas communiers.
Quelques coutumes n'admettent à la succession des serfs que leurs enfans ; d'autres y admettent tous les parens du serf qui sont en communauté avec lui.
Les autres charges de la main-morte consistent pour l'ordinaire,
1°. A payer une taille au seigneur suivant les facultés de chacun, à dire de prud'hommes, ou une certaine somme à laquelle les seigneurs ont composé ce qu'on appelle taille abonnée.
2°. Les mortaillables ne peuvent se marier à des personnes d'une autre condition, c'est-à-dire francs, ou même à des serfs d'un autre seigneur ; s'ils le font, cela s'appelle for-mariage ; le seigneur en ce cas prend le tiers des meubles & des immeubles situés au-dedans de la seigneurie ; & en outre, quand le mainmortable n'a pas demandé congé à son seigneur pour se formarier, il lui doit une amende.
3°. Ils ne peuvent aliéner le tenement servile à d'autres qu'à des serfs du même seigneur, autrement le seigneur peut faire un commandement à l'acquéreur de remettre l'héritage entre les mains d'un homme de la condition requise ; & s'il ne le fait dans l'an & jour, l'héritage vendu est acquis au seigneur.
La main-morte finit par l'affranchissement du serf. Cet affranchissement se fait par convention ou par desaveu : par convention, quand le seigneur affranchit volontairement son serf ; par desaveu, lorsque le serf quitte tous les biens mortaillables, & déclare qu'il entend être libre, mais quelques coutumes veulent qu'il laisse aussi une partie de ses meubles au seigneur.
Le sacerdoce, ni les dignités civiles n'affranchissent pas des charges de la main-morte, mais exemptent seulement de subir en personne celles qui aviliroient le caractere dont le mainmortable est revêtu. Le roi peut néanmoins affranchir un serf de mainmorte, soit en l'ennoblissant directement, on en lui conférant un office qui donne la noblesse ; car le titre de noblesse efface la servitude avec laquelle il est incompatible : le seigneur du serf ainsi affranchi peut seulement demander une indemnité.
La liberté contre la main-morte personnelle se prescrit comme les autres droits, par un espace de tems plus ou moins long selon les coutumes ; quelques-unes veulent qu'il y ait titre.
Les main-mortes réelles ne se prescrivent point, étant des droits seigneuriaux qui sont de leur nature imprescriptibles. Voyez Coquille, des servit. personnelles, le traité de la main-morte par Dunod. (A)
MAIN AU PECT, ou SUR LA POITRINE, se disoit anciennement par abréviation du latin ad pectus, & par corruption on disoit la main au pis. Les ecclésiastiques qui sont dans les ordres sacrés, font serment en maintenant la main ad pectus, au lieu que les laïcs levent la main. Voyez AFFIRMATION & SERMENT. (A)
MAIN-MORTE, Statut de, (Hist. d'Angl.) statut remarquable fait sous Edouard I. en 1278, par lequel statut il étoit défendu à toutes personnes sans exception, de disposer directement ni indirectement de leurs terres, immuables, ou autres bien-fonds, en faveur des sociétés qui ne meurent point.
Il est vrai que dans la grande charte donnée par le roi Jean, il avoit été déjà défendu aux sujets d'aliéner leurs terres en faveur de l'église. Mais cet article, ainsi que plusieurs autres, ayant été fort mal observé, les plaintes sur ce sujet se renouvellerent avec vivacité au commencement du regne d'Edouard. On fit voir à ce prince qu'avec le tems toutes les terres passeroient entre les mains du clergé, si l'on continuoit à souffrir que les particuliers disposassent de leurs biens en faveur de l'église. En effet, ce corps ne mourant point, acquérant toûjours & n'aliénant jamais, il devoit arriver qu'il posséderoit à la fin toutes les terres du royaume. Edouard & le parlement remédierent à cet abus par le fameux statut connu sous le nom de main-morte. Ce statut d'Angleterre fut ainsi nommé parce qu'il tendoit à empêcher que les terres ne tombassent en main-morte, c'est-à-dire en mains inutiles au service du roi & du public, sans espérance qu'elles dussent jamais changer de maîtres.
Ce n'est pas que les biens qui appartiennent aux gens de main-morte soient absolument perdus pour le public, puisque leurs terres sont cultivées, & qu'ils en dépensent le produit dans le royaume ; mais l'état y perd en général prodigieusement, en ce que ces terres ne contribuent pas dans la proportion des autres, & en ce que n'entrant plus dans le partage des familles, ce sont autant de moyens de moins pour accroître ou conserver la population. On ne sçauroit donc veiller trop attentivement à ce que la masse de ces biens ne s'accroisse pas, comme fit l'Angleterre dans le tems qu'elle étoit toute catholique. (D.J.)
MAIN-SOUVERAINE, (Jurisprud.) en matiere féodale signifie main du roi, c'est-à-dire son autorité à laquelle un vassal a recours pour se faire recevoir en foi & hommage par les officiers du bailliage ou sénéchaussée, dans le district desquels est le fief ; lorsque son seigneur dominant refuse sans cause légitime de le recevoir en foi, ou qu'il y a combat de fief entre plusieurs seigneurs ; ou enfin lorsqu'un seigneur prétend que l'héritage est tenu de lui en fief, & qu'un autre soutient qu'il est tenu de lui en roture.
Cette reception en foi par main-souveraine, ne peut être faite que par les baillis & sénéchaux, & non par aucun autre juge royal ou seigneurial.
Pour y parvenir, il faut obtenir en chancellerie des lettres de main souveraine adressantes aux baillifs & sénéchaux.
Il faut assigner le seigneur qui refuse la foi par-devant les officiers du bailliage, pour voir ordonner l'entérinement des lettres de main-souveraine.
S'il y a combat de fief, il faut assigner les seigneurs contendans à ce qu'ils aient à se concerter entr'eux.
Mais il ne suffit pas de se faire recevoir en foi par le juge, il faut faire des offres réelles des droits qui peuvent être dûs, & les consigner.
Quand le combat de fief est entre le roi & un autre seigneur, il faut par provision faire la foi & hommage au roi, ce qui opere l'effet de la reception par main-souveraine, sans qu'il soit besoin dans ce cas d'obtenir des lettres de chancellerie.
Le vassal en se faisant recevoir en foi par main-souveraine, doit interjetter appel des saisies féodales, s'il y en a, au moyen dequoi il en obtient la main-levée en consignant les droits. Voyez les commentateurs de la coutume de Paris sur l'article 60 ; Duplessis, chap. vj. de la saisie féodale.
On a aussi recours à la main-souveraine lorsqu'il y a conflit entre deux juges de seigneurs, ou deux juges royaux indépendans l'un de l'autre ; on s'adresse en ces cas au juge supérieur, qui ordonne par provision ce qui paroît convenable. (A)
MAIN DU ROI, est la même chose que main de justice. Mettre & asseoir la main du roi sur un héritage, c'est le saisir. Voyez la coutume de Berry, tit. V. art. 7. Ponthieu, article 120.
MAIN-TIERCE, (Jurisprud.) signifie une personne entre les mains de laquelle on dépose un écrit, une somme d'argent ou autre chose, pour la remettre à celui auquel elle appartiendra.
Un débiteur qui est en même tems créancier pour quelqu'autre objet de son créancier, fait lui-même une saisie entre ses mains, comme en main-tierce, c'est-à-dire comme s'il saisissoit entre les mains d'un tiers. Voyez TIERS SAISI. (A)
MAIN-AVANT, (Marine) c'est une espece de commandement pour faire passer alternativement les mains des travailleurs l'une devant l'autre, en tirant une longue corde, ce qui avance le travail.
MAIN-AVANT, (Marine) monter main-avant, c'est monter sans échelle, c'est monter aux hunes le long des manoeuvres sans enfléchures, mais seulement par adresse des mains & des jambes.
MAIN, (Com.) parmi les artisans se prend figurément en divers sens.
Acheter la viande à la main, c'est l'acheter sans la peser.
Lâcher la main sur une marchandise, signifie diminuer du prix qu'on en a d'abord demandé à l'acheteur, en faire meilleur marché, la donner quelquefois à perte.
Acheter une chose de la premiere main, c'est l'acheter de celui qui l'a fabriquée ou recueillie, sans qu'elle ait passé par les mains des revendeurs : l'acheter de la seconde main, c'est l'avoir de celui qui l'a achetée d'un autre pour la revendre. On dit dans le même sens, troisieme & quatrieme main. Rien n'est plus avantageux dans le commerce que d'avoir les marchandises de la premiere main. Dictionn. de Com. tom. II. (G)
Vendre hors la main, terme usité à Amsterdam pour exprimer les ventes particulieres, c'est-à-dire celles où tout se passe entre l'acheteur & le vendeur, ou tout au plus avec l'entremise des courtiers, sans qu'il y intervienne aucune autorité publique, ce qui les distingue des ventes au bassin, qui se font par ordre du bourguemestre, & où préside un vendumestre ou commissaire nommé par le magistrat. Dictionn. de Comm.
MAIN, (Comm.) poids des Indes orientales, qui ne sert guère qu'à peser les denrées qui se consomment pour l'usage de la vie : on l'appelle plus ordinairement mas. Voyez MAS, Dictionn. de comm.
MAIN, instrument de cuivre ou de fer-blanc, qui sert aux marchands banquiers, commis, caissiers, qui reçoivent beaucoup d'argent blanc, à le ramasser sur leur comptoir ou bureau après qu'ils l'ont compté, pour le remettre plus facilement dans des sacs. Cet instrument appellé main, à cause de son usage, est long d'environ dix pouces, large de cinq à six, de figure quarrée, avec une espece de poignée par en haut. Il a des bords de trois côtés, celui par où l'on ramasse les especes n'en ayant point. Dict. de comm.
MAIN, en terme de Blanchisserie, c'est une planche de sapin, longue de cinq piés sur un de large, dont les cornes sont bien abattues. Elle est posée à l'une de ses extrémités en ovale, & garnie d'un morceau de bois rond qui lui sert de poignée ; c'est avec cet instrument qu'on retourne la cire. Voyez les fig. des Pl. de la Blanchisserie des cires, & l'art. BLANCHIR.
MAIN, outil du Cirier, avec lequel ils prennent la chaudiere pour l'ôter de dessus le cagnard, & éviter de se brûler lorsqu'elle est chaude, ou de se remplir les mains de cire fondue. Voyez les fig. des Pl. du Cirier. La premiere réprésente la main seule, & la seconde, la main qui embrasse la chaudiere, & qui lui fait une espece de manche.
MAIN A L'EPEE, L'EPEE A LA MAIN, (Gramm.) Il y a de la différence entre mettre la main à l'épée, & mettre l'épée à la main. La premiere expression, signifie qu'on se met seulement en état de tirer l'épée, ou qu'on ne la tire qu'à demi ; la seconde marque qu'on tire l'épée tout-à-fait hors du fourreau. Il en est de même des termes, mettre la main au chapeau, ou mettre le chapeau à la main, & autres ; on dit toujours, mettre la main à la plume, & jamais mettre la plume à la main. (D.J.)
MAIN, (Horlogerie) piece de la cadrature d'une montre ou pendule à répétition : on ne s'en sert presque plus aujourd'hui ; elle faisoit la fonction de la piece des quarts dans les anciennes répétitions à la françoise. Voyez les figures de nos Planches de l'Horlogerie. Voyez PIECE DES QUARTS, REPETITION, &c. C'est encore un instrument représenté dans les mêmes Pl. de l'Horlogerie, dont les Horlogers se servent pour remonter les montres & pour y travailler, lorsqu'elles sont finies, sans les toucher avec les doigts : on en voit le plan, fig. 79. p. Les parties 9, 9, 9, sont mobiles sur les centres t, t, t, & portent des especes de griffes 9, 9, figure 80. c, entre lesquelles on serre une des platines par le moyen des vis v v, même fig.
MAIN, (Imprimerie) est un signe figuré comme une main naturelle, en usage dans l'Imprimerie pour marquer une note ou une observation : exemple .
MAIN, (Maréchall.) terme qui s'emploie dans les expressions suivantes par rapport au cheval. Avant-main, arriere-main. Voyez ces termes à la lettre A. Un cheval est beau ou mal fait de la main en avant, ou de la main en arriere, lorsqu'il a l'avant-main ou l'arriere-main beau ou vilain. Cheval de main, est un cheval de selle, qu'un palefrenier mene en main, c'est-à-dire sans être monté dessus, pour servir de monture à son maître quand il en est besoin. Cheval à deux mains, signifie un cheval qui peut servir à tirer une voiture & à monter dessus. Un cheval entier à une ou aux deux mains. Voyez ENTIER. Le cheval qui est sous la main à un carrosse, est celui qui est attelé à la droite du timon, du côté droit du cocher qui tient le fouet ; celui qui est hors la main, est celui qui est attelé à gauche du timon. Aller aux deux mains, se dit d'un cheval de carrosse, qui n'est pas plus gêné à droite qu'à gauche du timon. Léger à la main. Voyez LEGER. Etre bien dans la main, se dit d'un cheval dressé, & qui obéit avec grace à la main du cavalier. Peser à la main, voyez PESER. Obéir, répondre à la main. Battre, tirer à la main. Forcer la main. Appui à pleine main. Voyez tous ces termes à leurs lettres. Tourner à toutes mains, se dit d'un cheval qui tourne aussi aisément à droite qu'à gauche. Le terme de main s'emploie aussi par rapport au cavalier. La main de dedans, la main de dehors. Voyez DEDANS, DEHORS. La main de la bride, est la main gauche du cavalier. La main de la gauche, de la lame de l'épée, c'est la droite. L'effet de la main, est la même chose que l'effet de la bride. Voyez BRIDE. La main haute, est la main gauche du cavalier, lorsque tenant la bride il tient sa main fort élevée au-dessus du pommeau. La main basse est la main de la bride fort près du pommeau. Avoir la main légere, c'est conduire la main de la bride de façon qu'on entretienne la sensibilité de la bouche de son cheval. N'avoir point de main, c'est ne savoir pas conduire la main de la bride, & échauffer la bouche du cheval, ou en ôter la sensibilité. Ces deux expressions se disent aussi à l'égard de la main des cochers. Partir de la main, faire une partie de main, faire partir son cheval de la main, ou laisser échapper de la main, tout cela signifie faire aller tout-à-coup son cheval au galop. On appelle prestesse de main, l'action vive & promte de la main du cavalier, quand il s'agit de se servir de la bride. Faire courir en main. Voyez COURIR. Affermir son cheval dans la main, soutenir son cheval de la main, tenir soumis son cheval dans la main, rendre la main, changer de main, promener, mener un cheval en main, séparer ses rênes dans la main, travailler de la main, à la main. Voyez tous ces termes à leurs lettres.
MAIN, en terme d'Orfevre, est une tenaille de fer plus ou moins grosse, dont les branches sont recourbées, & s'enclavent dans l'anneau triangulaire qui est au bout de la sangle, laquelle est attachée au noyau du moulinet du banc à tirer ; les mâchoires de cette main, taillées à dents plus ou moins fines, hapent le bout du fil qui sort de la filiere, & le moulinet mis en action ferme les branches & les mâchoires, & fait passer à force le fil par le trou de la filiere.
MAIN DE PAPIER, (Comm.) c'est un paquet de papier plié en deux, qui contient vingt-cinq feuilles. Vingt mains de papier composent ce qu'on appelle une rame de papier. Voyez PAPIER.
MAIN, s. f. se dit encore en plusieurs arts méchaniques. On dit une main de carrosse, ce sont des morceaux de fer attachés au montant & au bas du corps du carrosse, où l'on passe les souspentes pour le soutenir. Le carrosse verse, si la main vient à manquer. Les cordons ou gros tissus de soie qu'on attache en dedans d'une voiture, à côté des portieres, pour appuyer celui qui se fait voiturer, & le garantir d'être balloté dans les carrosses, s'appellent aussi mains. Ce qui embrasse une poulie, le morceau de fer entre les branches duquel elle se met, s'appelle main ou chape. La main d'un pressoir est ce qui sert à relever le marc. La piece de fer à ressort & crochet qui est attachée à l'extrêmité d'une corde de puits, & qui sert à pendre l'anse d'un sceau, quand on le descend & qu'on le retire, a la même dénomination. La main d'oeuvre se dit en général du travail pur & simple de l'ouvrier, sans avoir égard à la matiere qu'il emploie ; ainsi en Orfévrerie même, quelquefois le prix de la main d'oeuvre surpasse celui de la matiere. On donne encore le nom de main à une espece de rateau avec lequel on ramasse l'argent épars sur les tables de jeu, bureaux de finance, comptoirs, &c. Une main au jeu de cartes, ou une levée des cartes du coup joué, c'est la même chose. Avoir la main se dit au piquet, & à d'autres jeux donner la main ; celui qui reçoit les cartes & qui joue le premier a la main ; celui qui mêle & qui distribue les cartes, la donne. La main d'un coffre, c'est son anse : en général la main dans un meuble, c'est l'anse qui sert à le poser, &c.
La main des puits se fait d'une barre de fer plat, au bout de laquelle on forme un crocher d'environ six pouces ; l'autre partie est repliée en double de la longueur de douze à quinze, observant de pratiquer un oeil pour passer un anneau ; le reste de la barre vient joindre le crochet, l'un chevauchant sur l'autre d'environ deux pouces, observant que la branche de la main qui se rend au crochet soit en dedans, de maniere que gênant cette branche, elle s'écarte du crochet, & donne la facilité à l'anse du sceau d'entrer & de se placer.
MAIN DE SOIE, (Soierie) ce sont quatre pantimes tordues ensemble. Voyez l'article PANTIME.
MAIN, terme de Fauconnerie, on dit, ce faucon a la main habile, fine, déliée, forte, bien onglée.
MAIN DE CHRIST, (Pharmacie) on appelle ainsi certains trochisques faits de sucre de roses avec une addition de perles, & alors on les appelle manus christi perlatae ; ou sans perles, & on les appelle manus christi simplices.
MAIN DE DIEU, (Pharmac.) nom d'un emplâtre vulnéraire, résolutif & fortifiant.
Prenez huile d'olive, deux livres ; litharge de plomb, une livre ; cire vierge, une livre quatre onces ; verd-de-gris, une once ; gomme ammoniaque, trois onces & trois gros ; galbanum, opopanax, de chaque une once ; sagapenum, deux onces ; mastic, une once ; myrrhe, une once & deux gros ; oliban, bdellium, de chaque deux onces ; aristoloche ronde, une once ; pierre calaminaire, deux onces.
Commencez par mettre votre litharge avec votre huile dans une grande bassine de cuivre, ensuite agitez-les ensemble : ajoutez-y trois livres d'eau commune, & faites-les cuire selon l'art ; faites-y fondre la cire : après quoi, retirant votre bassine du feu, ajoûtez les gommes, le galbanum, la gomme ammoniaque, l'opopanax, & le sagapenum, que vous aurez dissous dans le vinaigre, passés & épaissis ; & enfin, vous y mêlerez le mastic, la myrrhe, l'oliban, le bdellium, la pierre calaminaire, le verd-de-gris & l'aristoloche, réduits en poudre. Ce mêlange fait, l'emplâtre sera parfait. Il est maturatif, digestif, détersif, & enfin incarnatif.
|
| MAINA BRAZZODI | (Géog.) contrée de Grece dans la Morée, où elle occupe la partie méridionale du fameux pays de Lacédémone.
Le Brazzo di Maina est renfermé entre deux chaînes de montagnes qui s'avancent dans la mer, pour former le cap de Matapan, nommé par les anciens, le promontoire de Ténare. Ce cap fait à l'ouest le golfe de Coron, autrefois golfe de Messene, & à l'est le golfe Laconique.
Les habitans de Brazzo di Maina sont nommés Mainotes ou Magnotes, & ne sont gueres qu'au nombre de vingt-cinq mille ames.
On parle bien diversement de ce peuple : quelques-uns les regardant comme des perfides & des brigands ; d'autres au contraire trouvent encore dans les Magnotes des traces de ces grecs magnanimes qui préféroient leur liberté à leur propre vie, & qui par mille actions héroïques, ont donné de la terreur & du respect aux autres nations.
Il est vrai que de tous les peuples de la Grece, il ne s'est trouvé que les Epirotes, aujourd'hui les Albanois & les Magnotes, déplorables restes des Lacédémoniens qui ayent pu chicaner le terrein aux Musulmans. Les Albanois succomberent en 1469, que mourut Scanderberg leur général ; & depuis la prise de Candie en 1669, la plûpart des Magnotes ont cherché d'autres habitations.
Ceux qui sont demeurés dans le pays, vivent de brigandage autant qu'ils peuvent, & ont pour directeurs des calogers, especes de moines de l'ordre de S. Basile, qui leur montrent l'exemple. Ils font des captifs par-tout, enlevent des chrétiens qu'ils vendent aux Turcs, & prennent des Turcs qu'ils vendent aux Chrétiens.
Aussi les Turcs ont fortifié plusieurs postes dans le Brazzo, pour tenir les Magnotes en respect, & chaque poste est gardé par un aga, qui commande quelques janissaires.
|
| MAINE LE | Pagus Cenomanensis, (Géog.) province de France ; il est borné au levant par le Perche, au nord par la Normandie, au couchant par l'Anjou & la Bretagne, au midi par la Touraine & le Vendomois. Sa longueur du levant au couchant est de 35 lieues ; sa largeur du midi au nord de 20 ou environ, & son circuit de 90.
Le nom du Maine, aussi-bien que celui du Mans sa capitale, vient des peuples celtiques, Cenomani, nommés aussi Aulerci, nom qui leur étoit commun avec quelques autres peuples d'entre les Celtes.
Les Francs se rendirent maîtres de ce pays, peu après leur arrivée dans les Gaules : il fut souvent désolé sous la seconde race par les Normands ; & dans le x. siecle, sous le regne de Louis d'Outremer, il vint au pouvoir du comte Hugues, qui laissa ce comté héréditaire à sa postérité.
Philippe Auguste conquit le Maine sur Jean-sans-Terre ; S. Louis le donna en partage avec l'Anjou, à son frere Charles, qui fut depuis roi de Sicile, & comte de Provence ; enfin, il échut par succession à Louis XI. & depuis lors, le Maine est demeuré uni à la couronne.
C'est une bonne province, où l'on trouve des terres labourables, des côteaux ornés de quelques vignobles, de jolies collines, des prairies, des forêts, & des étangs. Ses principales rivieres sont la Mayenne, l'Huisne, la Sarte, & le Loir.
Il y a dans le Maine des mines de fer, deux carrieres de marbre, & plusieurs verreries. Laval a une ancienne manufacture de toiles fines & blanchies.
Cette province se divise en haut & bas Maine ; elle a sa coutûme particuliere, & est du ressort du parlement de Paris.
Entre les gens de lettres qu'elle a produits ; c'est assez de nommer ici Belon, de la Chambre, la Croix du Maine, Lami, Mersenne & Poupart.
Belon (Pierre), a publié les observations qu'il avoit faites dans ses courses en Grece, en Egypte, en Arabie, &c. & d'autres écrits sur l'histoire naturelle, qui sont rares aujourd'hui. Il fut tué près de Paris par un de ses ennemis, à l'âge d'environ 46 ans.
M. de la Chambre, (Marin Cureau), l'un des premiers des 40 de l'académie françoise, & ensuite de l'académie des Sciences, se fit beaucoup de réputation par des ouvrages qu'on ne lit plus. Il décéda en 1669, à 25 ans.
La Croix du Maine, (François Gradé de) est uniquement connu par sa bibliotheque françoise, qu'il mit au jour en 1584. Il fut assassiné à Tours en 1592 à la fleur de son âge.
Lami, (Bernard) de l'Oratoire, savant en plus d'un genre, composa ses élémens de mathématiques, dans un voyage qu'il fit à pié de Grenoble à Paris. Il est mort en 1715, à 70 ans.
Mersenne (Marie) minime, ami de Descartes, philosophe doux & tranquille, fut un des savans hommes en plus d'un genre du xvij. siecle ; il préféra l'étude & les connoissances à toute autre chose ; ses questions sur la Genèse, & ses traités de l'harmonie & des sons, sont de beaux ouvrages. Il mourut sexagenaire en 1748. Le P. Hilarion de Coste a donné sa vie.
Poupart (François), de l'académie des Sciences, où il a donné quelques mémoires, cultiva beaucoup l'histoire naturelle, qui est peut-être la seule Physique à notre portée. Il vécut pauvre, & mourut tel, ayant toûjours mieux aimé étudier, que de chercher à se procurer les commodités de la vie.
MAINE LE, ou LA MAYENNE, en latin Meduana, (Géog.) riviere de France ; elle a sa source à Limieres, aux confins du Maine & de la Normandie, parcourt la seule généralité de Tours, & se jette dans la boire, à deux lieues au-dessous du pont de Cé en Anjou. Il seroit aisé de rendre cette riviere navigable jusqu'à Mayenne ; & ce seroit une chose très-utile, non-seulement par tout le pays, mais encore pour les provinces de Normandie & de Bretagne.
|
| MAINLAND | Minlandia, (Géog.) île au nord de l'Ecosse, entre celles de Schetland. Elle a environ 20 lieues de long sur cinq de large ; elle est fertile, & bien peuplée sur les côtes. Ses lieux les plus considérables sont Lerwich & Scallowai : cette île est à la couronne britannique. (D.J.)
|
| MAINOTES | (Hist. mod.) peuples de la Morée ; ce sont les descendans des anciens Lacédémoniens, & ils conservent encore aujourd'hui l'esprit de bravoure qui donnoit à leurs ancêtres la supériorité sur les autres Grecs. Ils ne sont guere que 10 à 12 mille hommes, qui ont constamment résisté aux Turcs, & n'ont point encore été réduits à leur payer tribut. Le canton qu'ils habitent est défendu par les montagnes qui l'environnent. Voyez Cantemir, histoire ottomane.
|
| MAINTENIR | v. act. (Gramm.) c'est en général appuyer & défendre ; il a ce sens au simple & au figuré ; on maintient la vérité de son sentiment ; on se maintient dans sa religion ; les anciens bâtimens se sont maintenus en tout ou en partie contre le tems.
MAINTENIR & GARDER LE CHANGE, (Vénerie) il se dit des chiens, lorsqu'ils chassent toûjours la bête qui leur a été donnée, & la maintiennent dans le change.
MAINTENIR son cheval au galop, (Manege) c'est la même chose qu'entretenir. Voyez ENTRETENIR.
|
| MAINTENON | (Géog.) gros bourg de France dans la Beauce, sur la riviere d'Eure, à quatre lieues de Chartres. Il y a une collégiale & un château : ce fut près de ce bourg, que Louis XIV. entreprit en 1684, de conduire une partie des eaux de la riviere d'Eure à Versailles. Les travaux furent abandonnés en 1688, & sont restés inutiles. En 1679, le même prince érigea la terre de Maintenon en Marquisat, & en fit présent à Françoise d'Aubigné, qui prit le titre de marquise de Maintenon, sous lequel elle devint si célebre par sa faveur auprès du monarque dont elle conserva la confiance, tant qu'il vécut, quoiqu'elle fût plus âgée que lui. Long. de ce bourg. 19. 15. lat. 48. 33. (D.J.)
|
| MAINTENUE | S. f. (Jurisprud.) est un jugement qui conserve à quelqu'un la possession d'un héritage ou d'un bénéfice.
Ces sortes de jugemens interviennent sur le possessoire ; le juge maintient & garde en possession celui qui a le droit le plus apparent.
Lorsque la possession n'est adjugée que provisoirement, & pendant le procès, cette simple maintenue s'appelle récréance.
Mais lorsque la possession est adjugée définitivement à celui qui a le meilleur droit, cela s'appelle la pleine maintenue.
Avant de procéder sur la pleine maintenue, le jugement de récréance doit être entierement exécuté.
L'appel d'une sentence de pleine maintenue, n'en suspend pas l'exécution.
En matiere bénéficiale, quand le juge royal a adjugé la pleine maintenue d'un bénéfice sur le vû des titres, on ne peut plus aller devant le juge d'église pour le pétitoire. Voyez l'ordonnance de 1667. titre XV. (A.)
|
| MAINTIEN | S. m. (Gramm. & Morale) il se dit de toute l'habitude du corps en repos. Le maintien séant marque de l'éducation & même du jugement ; il décele quelquefois des vices : il ne faut pas trop compter sur les vertus qu'il semble annoncer ; il prouve plus en mal qu'en bien. Maintien se prend dans un sens tout-à-fait différent pour les précautions que l'on emploie, afin de conserver une chose dans son état d'intégrité, ainsi les juges s'occupent constamment au maintien des lois, les Prêtres au maintien de la religion, le juge de police au maintien du bon ordre & de la tranquillité publique.
|
| MAINUNGEN | ou MEINUNGEN, (Géog.) ville d'Allemagne en Franconie, sur la Were, chef-lieu d'un petit état dont jouit une branche de la maison de Saxe-Gotha. Elle est à trois lieues N. E. d'Henneberg. Long. 28. 10. lat. 50. 36. (D.J.)
|
| MAIORQUE | LE ROYAUME DE (Géogr.) petit royaume qui comprenoit les îles de Maïorque, de Minorque, d'Iviça, & quelques annexes, tantôt plus, tantôt moins. Les Maures s'étant établis en Espagne assujettirent ces îles, & fonderent un royaume ; mais Jacques, le premier des rois d'Aragon, leur enleva ce royaume en 1229 & 1230 ; enfin cent cinquante ans après, il fut réuni par dom Pedre, à l'Aragon, à la Castille, & aux autres parties qui composent la monarchie d'Espagne.
MAÏORQUE, île de (Géogr.) Balearis major, île considérable de la Méditerranée, & l'une de celles que les anciens ont connues sous le nom de Baléares. Elle est entre l'île d'Iviça au couchant, & celle de Minorque au levant. On lui donne environ trente-cinq lieues de circuit.
Il semble que la nature se soit jouée agréablement dans la charmante perspective qu'elle offre à la vue. Les sommets de ses montagnes sont entr'ouverts, pour laisser sortir de leurs ouvertures des forêts d'oliviers sauvages. Les habitans industrieux ont pris soin de les cultiver, & ont si bien choisi les greffes, qu'il n'y a guere de meilleures olives que celles qui en proviennent, ni de meilleure huile que celle qu'on en tire. Au bas des montagnes sont de belles collines où regne un vignoble qui fournit en abondance d'excellens vins, ce vignoble commence une vaste plaine, qui produit d'aussi bon froment que celui de la Sicile. Une si belle décoration de terrein a fait appliquer ingénieusement aux Maïorquois ce passage du pseaume à fructu frumenti & olei sui, multiplicati sunt. Le ciel y est sérain, le paysage diversifié de tous côtés ; un grand nombre de fontaines & de puits dont l'eau est excellente, réparent le manque de rivieres.
Cette île, qu'Alphonse I. roi d'Aragon, a conquise sur les Maures en 1229, n'est séparée de Minorque que par un détroit. Maïorque sa capitale, dont nous parlerons, & Alcudia, en sont les principaux lieux. C'est là qu'on fabrique la plûpart des réales & doubles réales, qui ont cours dans le commerce.
Les Maïorquois sont robustes, & d'un esprit subtil. Leur pays a produit des gens singuliers dans les arts & les sciences. Raimond Lulle y prit naissance en 1225. Ses ouvrages de Chimie & d'Alchimie sont en manuscrits dans la bibliotheque de Leyde. Il parcourut toute l'Europe, & se rendit auprès de Geber en Mauritanie, dans l'espérance d'apprendre de lui quelque remede pour guerir un cancer de sa maîtresse. Enfin il finit ses jours par être lapidé en Afrique, où il alla prêcher le christianisme aux infideles.
MAÏORQUE, (Géogr.) les Latins l'ont connue sous le nom de Palma ; c'est une belle & riche ville, capitale de l'île de même nom, avec un évêché suffragant de Valence. On y compte huit à dix mille habitans, & on loue beaucoup la beauté des places publiques, de la cathédrale, du palais royal, & de la maison de contractation, où se traitent les affaires du commerce. Il y a dans cette ville un capitaine général qui commande à toute l'île, & une garnison contre l'incursion des Maures. Les Anglois prirent Maïorque en 1706, mais elle fut reprise en 1715, & depuis ce tems elle est restée aux Espagnols. Elle est au S. O. de l'île, avec un bon havre, à 29 lieues N. E. d'Iviça, 48 S. E. de Barcelone, 57 E. de Valence. Long. selon Cassini, 20. 0. 4. lat. 39. 35. (D.J.)
|
| MAIRE | S. m. (Jurisprud.) signifie chef ou premier d'un tribunal ou autre corps politique ; les uns dérivent ce titre de l'allemand meyer, qui signifie chef ou surintendant, d'autres du latin major. Il y a plusieurs sortes de maires, sçavoir :
MAIRE EN CHARGE, s'entend ou d'un maire de ville érigé en titre d'office, ou d'un maire électif qui est actuellement en exercice. Voyez MAIRE PERPETUEL, MAIRE DE VILLE.
MAIRE DU PALAIS, quasi magister palatii seu major domus regiae, étoit anciennement la premiere dignité du royaume. Cet office répondoit assez à celui qu'on appelloit chez les Romains préfet du prétoire. Les maires du palais portoient aussi le titre de princes ou ducs du palais, & de ducs de France. L'histoire ne fait point mention de l'institution de cet office, qui est aussi ancien que la monarchie ; il est vrai qu'il n'en est point fait mention sous Clovis I. ni sous ses enfans ; mais quand Grégoire de Tours & Fredegaire en parlent sous le regne des petits-fils de ce prince, ils en parlent comme d'une dignité déjà établie. Ils n'étoient d'abord établis que pour un tems, puis à vie, & enfin devinrent héréditaires. Leur institution n'étoit que pour commander dans le palais, mais leur puissance s'accrut grandement, ils devinrent bientôt ministres, & l'on vit ces ministres sous le regne de Clotaire II. à la tête des armées. Le maire étoit tout-à-la-fois le ministre & le général né de l'état ; ils étoient tuteurs des rois en bas âge ; on vit cependant un maire encore enfant exercer cet office sous la tutele de sa mere : ce fut Théodebalde, petit-fils de Pepin, qui fut maire du palais sous Dagobert III. en 714.
L'usurpation que firent les maires d'un pouvoir sans bornes ne devint sensible qu'en 660, par la tyrannie du maire Ebroin ; ils déposoient souvent les rois, & en mettoient d'autres en leur place.
Lorsque le royaume fut divisé en différentes monarchies de France, Austrasie, Bourgogne & Aquitaine, il y eut des maires du palais dans chacun de ces royaumes.
Pepin, fils de Charles Martel, lequel fut après son pere, maire du palais, étant parvenu à la couronne en 752, mit fin au gouvernement des maires du palais. Ceux qui les ont remplacés ont été appellés grands sénéchaux, & ensuite grands-maîtres de France, ou grands maîtres de la maison du Roi. Voyez dans Moréry & dans M. le président Henault, la suite des maires du palais ; Gregoire de Tours, Pasquier, Favin, Ducange, & l'auteur du livre des maires de la maison royale.
MAIRE PERPETUEL, est un maire de ville érigé en titre d'office. Voyez ci-après MAIRE DE VILLE.
MAIRE DE RELIGIEUX, major, on appelloit ainsi dans quelques monasteres celui qui étoit le premier entre les religieux, qu'on appelle à présent prieur. La fondation faite à saint Martin-des-Champs, par Philippe de Morvilliers, porte que le maire des religieux de ce couvent présentera deux bonnets, & au premier huissier des gants & une écritoire. Voyez Ducange au mot Major, & l'éloge du parlement par de la Baune.
MAIRE ROYAL, est le juge d'une jurisdiction royale qui a titre de mairie ou prevôté.
MAIRE DE VILLE, est le premier officier municipal d'une ville, bourg ou communauté. Le maire est à la tête des échevins ou des consuls, comme à Paris & dans quelques autres grandes villes, le prevôt des marchands ; dans quelques provinces, on l'appelle maïeur.
Les maire & échevins tiennent parmi nous la place des officiers que les Romains appelloient defensores civitatum. Ce fut vers le regne de Louis VII. que les villes acheterent des seigneurs, le droit de s'élire des maire & échevins.
Dans toutes les villes un peu importantes, les maires même électifs doivent être confirmés par le roi.
Il y a des villes qui ont droit de mairie par chartes, c'est-à-dire le privilege de s'élire un maire. Les villes de Chaumont, Pontoise, Meulan, Mantes, Eu, & autres, ont des chartes de Philippe Auguste, des années 1182 & 1188, qui leur donnent le droit de mairie.
On trouve aussi un mandement de ce prince adressé au maire de Sens & autres maires & communes, parce que dans ce tems-là la justice temporelle étoit exercée dans les villes par les communes, dont les maires étoient les chefs ; en quelques endroits ils ont retenu l'administration de la justice, en d'autres ils n'ont que la justice fonciere ou basse-justice.
S. Louis fit deux ordonnances en 1256, touchant les maires.
Il régla par la premiere que l'élection des maires seroit faite le lendemain de la saint Simon saint Jude ; que les nouveaux maires & les anciens, & quatre des prud'hommes de la ville viendroient à Paris aux octaves de la saint Martin, pour rendre compte de leur recette & dépense, & qu'il n'y auroit que le maire, ou celui qui tient sa place, qui pourroit aller en cour ou ailleurs pour les affaires de la ville, & qu'il ne pourroit avoir avec lui que deux personnes avec le clerc & le greffier, & celui qui porteroit la parole.
L'autre ordonnance qui concerne l'élection des maires dans les bonnes villes de Normandie, ne differe de la précédente, qu'en ce qu'elle porte que le lendemain de la saint Simon, celui qui aura été maire, & les notables de la ville, choisiront trois prud'hommes qu'ils présenteront au Roi à Paris, aux octaves de la saint Martin, dont le roi choisira un pour être maire.
Les maires ont été électifs, & leur fonction pour un tems seulement, jusqu'à l'édit du mois d'Août 1692, par lequel le Roi créa des maires perpétuels en titre d'office dans chaque ville & communauté du royaume, avec le titre de conseiller du Roi, à l'exception de la ville de Paris & de celle de Lyon, pour lesquelles on confirma l'usage de nommer un prevôt des marchands.
Il fut ordonné que ces maires en titre jouiroient des mêmes honneurs, droits, émolumens, privileges, prérogatives, rang & séance, dont jouissoient auparavant les maires électifs ou autres premiers officiers municipaux, tant ès hôtels de ville, assemblées & cérémonies publiques ou autres lieux.
Il fut aussi ordonné que ces maires convoqueroient les assemblées générales & particulieres ès hôtels-de-ville, où il s'agiroit de l'utilité publique, du bien du service du Roi, & des affaires de la communauté ; qu'ils recevroient le serment des échevins ou autres officiers de ville, pour celles où il n'y a point de parlement.
L'édit leur donne droit de présider à l'examen, audition & clôture des comptes des deniers patrimoniaux, & autres appartenans aux villes & communautés.
Le secrétaire des maisons-de-ville ne doit signer aucun mandement ou ordre concernant le payement des dettes & charges de villes & communauté, qu'il n'ait été signé d'abord par le maire.
Les officiers de ville ne peuvent faire l'ouverture des lettres & ordres qui leur sont adressés, sinon en présence du maire, lorsqu'il est sur les lieux.
Le maire a une clé des archives de la ville. C'est lui qui allume les feux de joie.
Il a droit de porter la robe & autres ornemens accoutumés, même la robe rouge, dans les villes où les présidiaux ont droit de la porter.
Dans les pays d'états, il a entrée & séance aux états, comme député né de la communauté.
Le privilege de noblesse fut attribué aux maires en titre d'office dans les villes où il avoit été rétabli & confirmé, comme à Poitiers.
On leur accorda aussi l'exemption de tutele & curatelle, de la taille personnelle dans les villes taillables, de guet & de garde dans toutes les villes, du service du ban & arriere-ban, du logement des gens de guerre, & autres charges & contributions, même des droits de tarif qui se levent dans les villes abonnées, & des octrois dans toutes les villes pour les denrées de leurs provisions.
On leur donna la connoissance avec les échevins de l'exécution du réglement de 1669 concernant les manufactures, & toutes les autres matieres dont les maire & échevins avoient connu jusqu'alors.
Il fut aussi créé en même tems des offices d'assesseurs des maires, & par édit du mois de Mai 1702, on leur donna des lieutenans, & par un autre édit du mois de Décembre 1706, il fut créé des maires & lieutenans alternatifs & triennaux.
Dans plusieurs endroits tous ces offices furent levés par les provinces, villes & communautés, & réunis aux corps de ville.
Il fut même permis aux seigneurs de les acquérir, soit pour les réunir, ou pour les faire exercer.
Tous ces offices furent dans la suite supprimés.
On commença par supprimer en 1708 les lieutenans de maires alternatifs & triennaux ; & en 1714 on supprima tous les offices de maire & de lieutenant qui restoient à vendre.
En 1717 on supprima tous les offices de maire, lieutenant & assesseur, à l'exception des provinces où ces offices étoient unis aux états, & il fut ordonné qu'à l'avenir les élections des maires & autres officiers municipaux, se feroient en la même forme qu'elles se faisoient avant la création des offices supprimés.
Ces offices de maire en titre furent rétablis en 1722, & supprimés une seconde fois en 1724, à l'exception de quelques lieux où ils furent conservés ; mais depuis, par édit de 1733, ces offices ont encore été rétablis dans toutes les villes, & réunis au corps des villes, lesquelles élisent un maire, comme elles faisoient avant ces créations d'offices.
Sur la jurisdiction des maire & échevins, voyez Pasquier, Loyseau, & aux mots ECHEVIN & ECHEVINAGE. (A)
MAIRE de Londres, (Hist. d'Angl.) premier magistrat de la ville de Londres, & qui en a le gouvernement civil. Sa charge est fort considérable. Il est choisi tous les ans du corps des vingt-six aldermans par les citoyens le 29 de Septembre ; & il entre dans l'exercice de son emploi le 29 Octobre suivant.
Son autorité s'étend non-seulement sur la cité & partie des faubourgs, mais aussi sur la Tamise, dont il fut déclaré le conservateur par Henri VII. Sa jurisdiction sur cette riviere commence depuis le pont de Stones jusqu'à l'embouchure de Medway. Il est le premier juge de Londres, & a le pouvoir de citer & d'emprisonner. Il a sous lui de grands & de petits officiers. On lui donne pour sa table mille livres sterling par an ; pour ses plaisirs, une meute de chiens entretenue, & le privilege de chasser dans les trois provinces de Middlesex, Sussex & Surrey. Le jour du couronnement du roi, il fait l'office de grand échanson. Une chose remarquable, c'est que lorsque Jacques I. fut invité à venir prendre possession de la couronne, le lord-maire signa le premier acte qui en fut fait, avant les pairs du royaume. Enfin, le lord-maire est commandant en chef des milices de la ville de Londres, le tuteur des orphelins, & a une cour pour maintenir les lois, privileges & franchises de la ville. Je l'appelle toujours lord-maire, quoiqu'il ne soit point pair du royaume ; mais on lui donne ce titre par politesse. C'est par la grande chartre que la ville de Londres a le droit d'élire un maire : il est vrai que Charles II. & Jacques II. révoquerent ce privilege ; mais il a été rétabli par le roi Guillaume, & confirmé par un acte du parlement. (D.J.)
MAIRE, détroit de, (Géog.) détroit qui est au-delà de la terre del Fuego, entre laquelle est le continent de l'Amérique, & le détroit de Magellan au sud. Ce détroit est ainsi nommé de Jacques le Maire, fameux pilote Hollandois, qui le découvrit le premier l'an 1615. Nous avons la rélation de son expédition dans le recueil des voyages de l'Amérique, imprimé à Amsterdam en 1622 in-folio ; mais les détroits de le Maire & de Magellan sont devenus inutiles aux navigateurs ; car depuis qu'on sait que la terre de Feu, del Fuego, est entre ces deux détroits & la mer, on fait le tour pour éviter les longueurs & les dangers du vent contraire, des courans & du voisinage des terres. (D.J.)
|
| MAIRIE | (Jurispr.) signifie la dignité ou fonction de maire.
Mairie fonciere, c'est la basse-justice qui appartient aux maire & échevins.
Mairie de France, c'étoit la dignité de maire du palais.
Mairie perpétuelle, c'est la fonction d'un maire en titre d'office.
Mairie royale, est le titre que l'on donne à plusieurs jurisdictions royales ; mairie & prévôté paroissent synonimes, on se sert de l'un ou de l'autre, suivant l'usage du lieu.
Mairie seigneuriale, est une justice de seigneur qui a titre de mairie ou prévôté. Voyez ci-devant MAIRE. (A)
|
| MAIRRAIN | S. m. (Tonnelier & autres arts méch.) bois de chêne refendu en petites planches, ordinairement plus longues que larges. Il y a deux sortes de mairrain : l'un qui est propre aux ouvrages de menuiserie ; on l'appelle mairrain à panneaux : l'autre qui est propre à faire des douves & des fonds pour la construction des futailles ; on l'appelle mairrain à futailles.
Le mairrain à futailles est différent, suivant les lieux & les différens tonneaux auxquels on le destine. Celui qu'on destine pour les pipes doit avoir quatre piés, celui pour les muids trois piés, & celui des barriques ou demi-queues, deux piés & demi de longueur ; il doit avoir depuis quatre jusqu'à sept pouces de largeur, & neuf lignes d'épaisseur. Toutes les pieces qui sont au-dessous sont réputées mairrain de rebut.
Le mairrain destiné pour faire des fonds de tonneaux doit avoir deux piés de long, six pouces de large au moins, & neuf lignes d'épaisseur ; celui qui n'a pas ces dimensions, est réputé pareillement effautage ou rebut.
|
| MAIS | (Botan.) & plus communément en françois blé de Turquie, parce qu'une bonne partie de la Turquie s'en nourrit. Voyez BLE DE TURQUIE.
C'est le frumentum turcicum, frumentum indicum, triticum indicum de nos Botanistes. Maïs, maiz, mays, comme on voudra l'écrire, est le nom qu'on donne en Amérique à ce genre de plante, si utile & si curieuse.
Ses racines sont nombreuses, dures, fibreuses, blanches & menues. Sa tige est comme celle d'un roseau, roide, solide, remplie d'une moëlle fongueuse, blanche, succulente, d'une saveur douce & sucrée quand elle est verte, fort noueuse, haute de cinq ou six piés, de la grosseur d'un pouce, quelquefois de couleur de pourpre, plus épaisse à sa partie inférieure qu'à sa partie supérieure.
Ses feuilles sont semblables à celles d'un roseau, longues d'une coudée & plus, larges de trois ou quatre pouces, veinées, un peu rudes en leurs bords. Elles portent des pannicules au sommet de la tige, longues de neuf pouces, grêles, éparses, souvent en grand nombre, quelquefois partagées en quinze, vingt, ou même trente épis panchés, portant des fleurs stériles & séparées de la graine ou du fruit.
Les fleurs sont semblables à celles du seigle, sans pétales, composées de quelques étamines, chargées de sommets chancelans & renfermées dans un calice : tantôt elles sont blanches, tantôt jaunes, quelquefois purpurines, selon que le fruit ou les épis qui portent les graines, sont colorés ; mais elles ne laissent point de fruits après elles.
Les fruits sont séparés des fleurs, & naissent en forme d'épis des noeuds de la tige ; chaque tige en porte trois ou quatre, placés alternativement, longs, gros, cylindriques, enveloppés étroitement de plusieurs feuillets ou tuniques membraneuses, qui servent comme de graines. De leur sommet il sort de longs filets, qui sont attachés chacun à un embryon de graine, & dont ils ont la couleur.
Les graines sont nombreuses, grosses comme un pois, nues, sans être enveloppées dans une follicule, lisses, arrondies à leur superficie, anguleuses du côté qu'elles sont attachées au poinçon dans lequel elles sont enchâssées. On trouve dans les Indes jusques à quatre ou cinq cent grains sur un même épi, très-serrés, rangés sur huit ou dix rangs, & quelquefois sur douze ; ces grains sont de différentes couleurs, tantôt blancs, tantôt jaunes, tantôt purpurins, tantôt bruns ou rouges, remplis cependant d'une moëlle farineuse, blanche, & d'une saveur plus agréable & plus douce que celle des autres grains.
Cette plante qui vient naturellement dans l'Amérique, se trouve dans presque toutes les contrées de cette partie du monde, d'où elle a été transportée en Afrique, en Asie & en Europe ; mais c'est au Chili que regnoient autrefois dans le jardin des Incas les plus beaux maïs du monde. Quand cette plante y manquoit, on en substituoit à sa place qui étoient formés d'or & d'argent, que l'art avoit parfaitement bien imités, ce qui marquoit la grandeur & la magnificence de ces souverains. Leurs champs remplis de maïs dont les tiges, les fleurs, les épis, & les pointes étoient d'or, & le reste d'argent, le tout artistement soudé ensemble, présenteroient autant de merveilles que les siecles à venir ne verront jamais. (D.J.)
MAÏS, (Agricult.) C'est de toutes les plantes celle dont la culture intéresse le plus de monde, puisque toute l'Amérique, une partie de l'Asie, de l'Afrique & de la Turquie, ne vivent que de maïs. On en seme beaucoup dans quelques pays chauds de l'Europe, comme en Espagne, & on devroit le cultiver en France plus qu'on ne fait.
L'épi de maïs donne une plus grande quantité de grains qu'aucun épi de blé. Il y a communément huit rangées de grains sur un épi, & davantage si le terroir est favorable. Chaque rangée contient au moins trente grains, & chacun d'eux donne plus de farine qu'aucun de nos grains de froment.
Cependant le maïs quoiqu'essentiellement nécessaire à la vie de tant de peuples, est sujet à des accidens. Il ne mûrit dans plusieurs lieues de l'Amérique que vers la fin de septembre, desorte que souvent les pluies qui viennent alors le pourrissent sur tige, & les oiseaux le mangent quand il est tendre. Il est vrai que la nature l'a revêtu d'une peau épaisse qui le garantit long-tems contre la pluie ; mais les oiseaux dont il est difficile de se parer, en dévorent une grande quantité à-travers cette peau.
On connoît en Amérique trois ou quatre sortes de maïs : celui de Virginie pousse ses tiges à la hauteur de sept ou huit piés ; celui de la nouvelle Angleterre s'éleve moins ; il y en a encore de plus bas en avançant dans le pays.
Les Américains plantent le maïs depuis Mars jusqu'en Juin. Les Indiens sauvages qui ne connoissent rien de notre division d'année par mois, se guident pour la semaille de cette plante sur le tems où certains arbres de leur contrée commencent à bourgeonner, ou sur la venue de certains poissons dans leurs rivieres.
La maniere de planter le blé d'Inde, pratiquée par les Anglois en Amérique, est de former des sillons égaux dans toute l'étendue d'un champ à environ cinq ou six piés de distance, de labourer en-travers d'autres sillons à la même distance, & de semer la graine dans les endroits où les sillons se croisent & se rencontrent. Ils couvrent de terre la semaille avec la bêche, ou bien en formant avec la charrue un autre sillon par-derriere, qui renverse la terre par-dessus. Quand les mauvaises herbes commencent à faire du tort au blé d'Inde, ils labourent de nouveau le terrein où elles se trouvent, les coupent, les détruisent, & favorisent puissamment la végétation par ces divers labours.
C'est, pour le dire en passant, cette belle méthode du labourage du maïs, employée depuis longtems par les Anglois d'Amérique, que M. Tull a adoptée, & a appliquée de nos jours avec tant de succès à la culture du blé.
D'abord que la tige du maïs a acquis quelque force, les cultivateurs la soutiennent par de la terre qu'ils amoncellent tout autour, & continuent de l'étayer ainsi jusqu'à ce qu'elle ait poussé des épis ; alors ils augmentent le petit côteau & l'élevent davantage, ensuite ils n'y touchent plus jusqu'à la récolte. Les Indiens, pour animer ces mottes de terre sous lesquelles le maïs est semé, y mettent deux ou trois poissons du genre qu'ils appellent aloof ; ce poisson échauffe, engraisse & fertilise ce petit tertre au point de lui faire produire le double. Les Anglois ont goûté cette pratique des Indiens dans leurs établissemens où le poisson ne coûte que le transport. Ils y emploient, avec un succès admirable, des têtes & des tripes de merlus.
Les espaces qui ont été labourés à dessein de détruire les mauvaises herbes, ne sont pas perdus. On y cultive des féverolles qui, croissant avec le maïs, s'attachent à ses tiges & y trouvent un appui. Dans le milieu qui est vuide, on y met des pompions qui viennent à merveille, ou bien après le dernier labour, on y seme des graines de navet qu'on recueille en abondance pour l'hiver quand la moisson du blé d'Inde est faite.
Lorsque le maïs est mûr, il s'agit d'en profiter. Les uns dépouillent sur le champ la tige de son grain ; les autres mettent les épis en bottes, & les pendent dans quelques endroits pour les conserver tout l'hiver : mais une des meilleures méthodes est de les coucher sur la terre, qu'on couvre de mottes, de gazon, & de terreau par-dessus. Les Indiens avisés ont cette pratique, & s'en trouvent fort bien.
Le principal usage du maïs est de le réduire en farine pour les besoins : voici comme les Indiens qui ne connoissent pas notre art de moudre s'y prennent. Ils mettent leur maïs sur une plaque chaude, sans néanmoins le brûler. Après l'avoir ainsi grillé, ils le pilent dans leurs mortiers & le sassent. Ils tiennent cette farine dans des sacs pour leurs provisions, & l'emportent quand ils voyagent pour la manger en route & en faire des gâteaux.
Le maïs bien moulu donne une farine qui séparée du son est très-blanche, & fait du très-bon pain, de bonne bouillie avec du lait, & de bons puddings.
Les médecins du Mexique composent avec le blé d'Inde des tisanes à leurs malades, & cette idée n'est point mauvaise, car ce grain a beaucoup de rapport avec l'orge.
On sait que ce blé est très-agréable aux bestiaux & à la volaille, & qu'il sert merveilleusement à l'engraisser. On en fait aussi une liqueur vineuse, & on en distille un esprit ardent. Les Américains ne tirent pas seulement parti du grain, mais encore de toute la plante : ils fendent les tiges quand elles sont seches, les taillent en plusieurs filamens, dont ils font des papiers & des corbeilles de différentes formes & grandeurs. De plus, cette tige dans sa fraîcheur, est pleine d'un suc dont on fait un sirop aussi doux que celui du sucre même : on n'a point encore essayé si ce sucre se crystalliseroit, mais toutes les apparences s'y trouvent. Enfin le maïs sert aux Indiens à plusieurs autres usages, dont les curieux trouveront le détail dans l'histoire des Incas de Garcilasso de la Véga, l. VIII. c. ix, & dans la description des Indes occidentales de Jean de Laet. l. VII. c. iij. (D.J.)
MAÏS, (Diete & Mat. méd.) voyez BLE DE TURQUIE, & l'article FARINE & FARINEUX.
|
| MAISON | S. f. (Architecture) du latin mansio, demeure ; c'est un bâtiment destiné pour l'habitation des hommes, & consiste en un ou plusieurs corps-de-logis.
MAISON ROYALE, tout château avec ses dépendances, appartenant au Roi, comme celui de Versailles, Marli, Saint-Germain-en-Laye, Fontainebleau, Choisi, Chambor, Compiegne & autres.
MAISON-DE-VILLE, voyez HOTEL-DE-VILLE.
MAISON DE PLAISANCE, est un bâtiment à la campagne, qui est plutôt destiné au plaisir qu'au profit de celui qui le possede. On l'appelle en quelques endroits de France cassine, en Provence bastide, en Italie vigna, en Espagne & en Portugal quinta. C'est ce que les Latins nomment villa, & Vitruve aedes pseudo-urbanae.
MAISON RUSTIQUE. On appelle ainsi tous les bâtimens qui composent une ferme ou une métairie.
MAISON, (Hist. mod.) se dit des personnes & des domestiques qui composent la maison d'un prince ou d'un particulier. Voyez FAMILLE, DOMESTIQUE.
MAISON-DE-VILLE, est un lieu où s'assemblent les officiers & les magistrats d'une ville, pour y délibérer des affaires qui concernent les lois & la police. Voyez SALLE & HOTEL-DE-VILLE.
MAISON, se dit aussi d'un couvent, d'un monastere. Voyez COUVENT.
Ce chef d'ordre étant de maisons dépendantes de sa filiation ; on a ordonné la réforme de plusieurs maisons religieuses.
MAISON, se dit encore d'une race noble, d'une suite de personnes illustres venues de la même souche. Voyez GENEALOGIE.
MAISON, en terme d'Astrologie, est une douzieme partie du ciel. Voyez DODECATEMORIE.
MAISONS de l'ancienne Rome, (Antiq. rom.) en latin domus ; mot qui se prend d'ordinaire pour toutes sortes de maisons, magnifiques ou non, mais qui signifie le plus souvent un hôtel de grand seigneur & le palais des princes ; tant en dehors qu'en dedans : c'est, par exemple, le nom que donne Virgile au palais de Didon.
At domus interior regali splendida luxu.
La ville de Rome ne fut qu'un amas de cabanes & de chaumieres, sans en excepter le palais même de Romulus, jusqu'au tems qu'elle fut brûlée par les Gaulois. Ce désastre lui devint avantageux, en ce qu'elle fut rebâtie d'une maniere un peu plus solide, quoique fort irréguliere. Il paroît même que jusqu'à l'arrivée de Pyrrhus en Italie, les maisons de cette ville ne furent couvertes que de planches ou de bardeaux ; les Romains ne connoissoient point le plâtre, dont on ne se sert pas encore à présent dans la plus grande partie de l'Italie. Ils employoient plus communément dans leurs édifices la brique que la pierre, & pour les liaisons & les enduits, la chaux avec le sable, ou avec une certaine terre rouge qui est toujours d'usage dans ce pays-là ; mais ils avoient le secret de faire un mortier qui devenoit plus dûr que la pierre même, comme il paroît par les fouilles des ruines de leurs édifices.
Ce fut du tems de Marius & de Sylla, qu'on commença d'embellir Rome de magnifiques bâtimens ; jusques-là, les Romains s'en étoient peu soucié, s'appliquant à des choses plus grandes & plus nécessaires ; ce ne fut même que vers l'an 580 de la fondation de cette ville, que les censeurs Flaccus & Albinus commencerent de faire paver les rues. Lucius-Crassus l'orateur fut le premier qui décora le frontispice de sa maison de douze colonnes de marbre grec. Peu de tems après M. Scaurus, gendre de Sylla, en fit venir une prodigieuse quantité qu'il employa à la construction de sa superbe maison qu'il bâtit sur le mont-Palatin. Si ce qu'Auguste dit est vrai, qu'il avoit trouvé Rome bâtie de briques, & qu'il la laissoit revêtue de marbre, on pourroit juger par ce propos de la magnificence des maisons & des édifices qu'on éleva sous son regne.
Il est du moins certain que sous les premiers empereurs, les marbres furent employés aux maisons plus communément qu'on n'avoit encore employé les pierres ; & qu'on se servit pour les orner, de tout ce qu'il y avoit de plus rare & de plus précieux ; les dorures, les peintures, les sculptures, l'ivoire, les bois de cédre, les pierres précieuses, rien de toutes ces magnificences ne fut épargné. Le pavé des appartemens bas n'étoit que des mosaïques, ou des morceaux de marbre rapportés avec symmétrie ; cependant cette ville ne fut jamais plus magnifique, qu'après que Néron y eut fait mettre le feu, qui en consuma les deux tiers. On prétend, que lorsqu'elle fut rebâtie, on y comptoit quarante-huit mille maisons isolées, & dont l'élévation avoit été fixée par l'empereur ; c'est Tacite qui nous apprend cette particularité. Nous savons aussi par Strabon, qu'il y avoit déjà eu une ordonnance d'Auguste qui défendoit de donner aux édifices plus de soixante-dix piés de hauteur ; il voulut par cette loi remédier aux accidens fréquens qui arrivoient par la trop grande élévation des maisons, lesquelles succombant sous la charge, tomboient en ruine au moment qu'on s'y attendoit le moins. Ce vice de construction s'étoit introduit à Rome à la fin de la derniere guerre punique ; cette ville étant alors devenue extrêmement peuplée par l'affluence des étrangers qui s'y rendoient de toutes parts, on éleva extraordinairement les maisons pour avoir plus de logement. Enfin, Trajan fixa cette hauteur à soixante piés.
Dans la splendeur de la république, les maisons ou hôtels des personnes distinguées, étoient construites avec autant de magnificence que d'étendue. Elles contenoient plusieurs cours, avant-cours, appartemens d'hiver & d'été, corps-de-logis, cabinets, bains, étuves & salles, soit pour manger, soit pour y conférer des matieres d'état.
La porte formoit en dehors une espece de portique, soutenue par des colonnes, & destinée à mettre à l'abri des injures du tems, les cliens qui venoient dès le matin faire leur cour à leur patron. La cour étoit ordinairement entourée de plusieurs corps-de-logis, avec des portiques au rez-de-chaussée. On appelloit cette seconde partie de la maison cavum aedium ou cavedium. Ensuite on trouvoit une grande salle nommée atrium interius, & le portier de cet atrium s'appelloit servus atriensis. Cette galerie étoit ornée de tableaux, de statues & de trophées de la famille ; on y voyoit des batailles, peintes ou gravées, des haches, des faisceaux & autres marques de magistrature, que le maître de la maison ou ses ancêtres avoient exercée. On y voyoit les statues de la famille en bas relief, de cire, d'argent, de bronze, ou de marbre, mises dans des niches d'un bois précieux ; c'est dans cet endroit que les gens d'un certain ordre s'assembloient, en attendant que le maître du logis fût visible, ou de retour.
Polybe rapporte que c'étoit au haut de la maison qu'étoient placées les statues de la famille, qu'on découvroit, & qu'on paroit de festons & de guirlandes, dans certains jours de fêtes & de solemnités publiques. Lorsque quelque homme de considération de la famille venoit à mourir, on faisoit porter les mêmes figures à ses funérailles, & on y ajoutoit le reste du corps, afin de leur donner plus de ressemblance ; on les habilloit selon les dignités qu'avoient possédées ceux qu'elles représentoient ; de la robe consulaire, s'ils avoient été consuls ; de la robe triomphale, s'ils avoient eu les honneurs du triomphe, & ainsi du reste. Voilà, dit Pline, comment il arrivoit que tous les morts d'une famille illustre assistoient aux funérailles, depuis le premier jusqu'au dernier.
On peut aisément concilier la difference des récits qu'on trouve dans les autres auteurs, avec ce passage de Polybe, en faisant attention que ces autres auteurs lui sont postérieurs ; que de son tems le faste & le luxe n'avoient pas fait autant de progrès que sous les empereurs ; qu'alors les Romains ne mettant plus de bornes à leur magnificence, eurent des salles basses ou des vestibules dans leur maison, pour placer de grandes statues de marbre, ou de quelqu'autre matiere précieuse, & que cela n'empêchoit pas qu'ils ne conservassent dans un appartement du haut les bustes de ces mêmes ancêtres, pour s'en servir dans les cérémonies funébres, comme étant plus commodes à transporter que des statues de marbre.
On voyoit dans ces maisons, diverses galeries soutenues par des colonnes, de grandes salles, des cabinets de conservation, des cabinets de peinture, & des basiliques. Les salles étoient ou corinthiennes ou égyptiennes, les premieres n'avoient qu'un rang de colonnes posées sur un piédestal, ou même en bas sur le pavé, & ne soutenoient que leur architrave & leurs corniches de menuiserie ou de stuc, sur quoi étoit le plancher en voûte surbaissée : mais les dernieres avoient des architraves sur des colonnes, & sur les architraves des planchers d'assemblage, qui faisoient une terrasse découverte tournant tout au tour.
Ces hôtels, principalement depuis les réglemens qui en fixoient la hauteur, n'avoient ordinairement que deux étages au-dessus de l'entre sol. Au premier étoient les chambres à coucher, qu'on appelloit dormitoria ; au second étoient les appartemens des femmes, & les salles à manger qu'on nommoit triclinia.
Les Romains n'avoient point de cheminées faites comme les nôtres dans leurs appartemens, parce qu'ils n'imaginerent pas de tuyaux pour laisser passer la fumée. On faisoit le feu au milieu d'une salle basse, sur laquelle il y avoit une ouverture pratiquée au milieu du toît, par où sortoit la fumée ; cette sorte de salle servoit dans les commencemens de la république à faire la cuisine, c'étoit encore le lieu où l'on mangeoit ; mais dès que le luxe se fut glissé dans Rome, les salles basses furent seulement destinées pour les cuisines.
On mettoit dans les appartemens des fourneaux portatifs ou des brasiers, dans lesquels on brûloit un certain bois, qui étant frotté avec du marc d'huile, ne fumoit point. Séneque dit, que de son tems, on inventa des tuyaux, qui passant dans les murailles, échauffoient également toutes les chambres, jusqu'au haut de la maison, par le moyen du feu qu'on faisoit dans les fourneaux placés le long du bas des murs. On rendoit aussi les appartemens d'été plus frais, en se servant pareillement de tuyaux qui s'élevoient des caves ; d'où ils tiroient la fraîcheur qu'ils répandoient en passant dans les appartemens.
On ignore ce qui servoit à leurs fenêtres pour laisser entrer le jour dans leurs appartemens, & pour se garantir des injures de l'air. C'étoit peut-être de la toile, de la gaze, de la mousseline ; car on est bien assuré, que quoique le verre ne leur fût pas inconnu, puisqu'ils en faisoient des vases à boire, ils ne l'employoient point comme nous à des vitres. Néron se servit d'une certaine pierre transparente comme l'albâtre, coupée par tables, au travers de laquelle le jour paroissoit.
L'historien Josephe nous parle encore d'une autre matiere qu'on employoit pour cet usage, mais sans s'expliquer clairement. Il rapporte que l'empereur Caligula donnant audience à Philon, ambassadeur des juifs d'Alexandrie, dans une galerie d'un de ses palais proche Rome, fit fermer les fenêtres à cause du vent qui l'incommodoit ; ensuite il ajoute que ce qui fermoit ces fenêtres, empêchant le vent d'entrer, & laissant seulement passer la lumiere, étoit si clair, & si éclatant, qu'on l'auroit pris pour du crystal de roche. Il n'auroit pas eu besoin de faire une description aussi vague, s'il s'agissoit du verre, connu par les vases qu'on en faisoit ; c'étoit peut-être du talc que Pline nomme une espece de pierre qui se fendoit en feuilles déliées comme l'ardoise, & aussi transparentes que le verre ; il y a bien des choses dans l'antiquité dont nous n'avons que des connoissances imparfaites.
Il n'en est pas de même des cîternes ; on est certain qu'il y en avoit de publiques & de particulieres dans les grandes maisons. La cour intérieure qu'on nommoit impluvium, étoit pratiquée de maniere qu'elle recevoit les eaux de pluie de tout le bâtiment, qui alloient se rassembler dans la cîterne.
Dans le tems de la grandeur de Rome, les maisons de gens de considération, avoient toujours des appartemens de réserve pour les étrangers avec lesquels ils étoient unis par les liens d'hospitalité. Enfin, on trouvoit dans plusieurs maisons des personnes aisées, des bibliotheques nombreuses & ornées ; & dans toutes les maisons des personnes riches, il y avoit des bains qu'on plaçoit toujours près des salles à manger, parce qu'on étoit dans l'habitude de se baigner avant que se mettre à table(D.J.)
MAISONS de plaisance des Romains, (Antiq. rom.) Les maisons de plaisance des Romains étoient des maisons de campagne, situées dans des endroits choisis, qu'ils prenoient plaisir d'orner & d'embellir, pour aller s'y divertir ou s'y reposer du soin des affaires. Horace les appelle tantôt nitidae villae, à cause de leur propreté, & tantôt villae candentes, parce qu'elles étoient ordinairement bâties de marbre blanc qui jettoit le plus grand éclat.
Le mot de villa chez les premiers Romains, signifioit une maison de campagne qui avoit un revenu ; mais dans la suite, ce même nom fut donné aux maisons de plaisance, soit qu'elles eussent du revenu, ou qu'elles n'en eussent point.
Ce fut bien autre chose sur la fin de la république, lorsque les Romains se furent enrichis des dépouilles de tant de nations vaincues ; chaque grand seigneur ne songea plus qu'à employer dans l'Italie, en tout genre de luxe, ce qu'il avoit amassé de bien par toutes sortes de brigandages dans les provinces ; alors ils firent bâtir de grandes maisons de plaisance, accompagnées de tout ce qui pouvoit les rendre plus magnifiques & plus délicieuses. Dans cette vûe, ils choisirent les endroits les plus commodes, les plus sains & les plus agréables.
Les côtes de la Campanie le long de la mer de Toscane, & en particulier les bords du golfe de Bayes, eurent la préférence dans la comparaison. Les historiens & les poëtes parlent si souvent des délices de ce pays, qu'il faut nous y arrêter avec M. l'abbé Couture, pour connoître les plus belles maisons de plaisance des Romains. Toute la côte voisine du golfe étoit poissonneuse, & la campagne aussi belle que fertile en grains & en vins. Il y avoit dans les environs une multitude de fontaines minérales, également propres pour le plaisir & pour la santé. Les promenades y étoient charmantes & en très-grand nombre, les unes sur l'eau, les autres dans des prairies, que le plus affreux hiver sembloit toujours respecter.
Cette image du golfe de Bayes, & de toute cette contrée de la Campanie, n'est qu'un léger crayon du tableau qu'en sont Pline & Strabon. Le dernier de ces auteurs qui vivoit sous Auguste, ajoute que les riches qui aimoient la vie luxurieuse, soit qu'ils fussent las des affaires, soit qu'ils fussent rebutés par la difficulté de parvenir aux grands emplois, ou que leur propre inclination les entraînât du côté des plaisirs, chercherent à s'établir dans un lieu délicieux, qui n'étoit qu'à une distance raisonnable de Rome, & où l'on pouvoit impunément vivre à sa fantaisie. Pompée, César, Védius Pollion, Hortensius, Pison, Servilius Vatia, Pollius, y firent élever de superbes maisons de plaisance. Cicéron en avoit au-moins trois le long de la mer de Toscane, & Lucullus autant.
D'abord on fut un peu retenu par la pudeur des moeurs antiques, à laquelle la vie qu'on menoit à Bayes étoit directement opposée ; il falloit au-moins une ordonnance de médecin pour passeport. Scipion l'Africain fatigué des bruits injurieux que les tribuns du peuple répandoient tous les jours contre lui, choisit Literne pour le lieu de son exil & de sa mort, préférablement à Bayes, de peur de deshonorer les derniers jours de sa vie, par une retraite si peu convenable à ses commencemens.
Marius, Pompée, & Jules César ne furent pas tout-à-fait si réservés que Scipion, ils firent bâtir dans le voisinage, mais ils bâtirent leurs maisons sur la croupe de quelques collines, pour leur donner un air de châteaux & de places de guerre, plutôt que de maisons de plaisance. Illi quidem ad quos primos fortuna populi romani publicas opes transtulit, C. Marius, & Cn. Pompeius & Caesar extruxerunt quidem villas in regione Baïanâ ; sed illas imposuerunt summis jugis montium : videbatur hoc magis militare, ex edito speculari longè latèque subjecta : scias non villas fuisse sed castra. Croyez-vous, dit Sénéque, car c'est de lui qu'on a tiré ces exemples, croyez-vous que Caton eût pu se résoudre à habiter dans un lieu aussi contraire à la bonne discipline, que l'est aujourd'hui Bayes ? Et qu'y auroit-il fait ? Quoi ? Compter les femmes galantes qui auroient passé tous les jours sous ses fenêtres dans des gondoles de toutes sortes de couleurs, &c. Putas tu habitaturum fuisse in mica Catonem ? (Mica étoit un salon sur le bord du golfe) ut praeter-navigantes adulteras dinumeraret, & adipisceret tot genera cymbarum, & fluitantem toto lacu rosam, & audiret canentium nocturna convicia. Voilà une peinture de la vie licencieuse de Bayes.
Cicéron en avoit parlé avant Séneque dans des termes moins étudiés, mais pas moins significatifs, dans son oraison pour Caelius. Ce jeune homme avoit fait à Bayes divers voyages avec des personnes d'une réputation assez équivoque, & s'y étoit comporté avec une liberté que la présence des censeurs auroit pu gêner dans Rome : ses accusateurs en prirent occasion de le décrier comme un débauché, & par conséquent capable du crime pour lequel ils le poursuivoient. Cicéron qui parle pour lui, convient de ce qu'il ne sauroit nier, que Bayes étoit un lieu dangereux. Il dit seulement que tous ceux qui y vont, ne se perdent pas pour cela ; que d'ailleurs il ne faut pas tenir les jeunes gens en brassieres, mais leur permettre quelques plaisirs, pourvu que ces plaisirs ne portent préjudice à personne, &c. mais ceux qui se piquoient de régularité, avoient beau déclamer contre la dissolution qui regnoit à Bayes & dans les environs, le goût nouveau l'emportoit dans le coeur des Romains ; & ce qui dans ces commencemens ne s'étoit fait qu'avec quelque retenue, se pratiqua publiquement dans la suite.
Quand une fois on a passé les premieres barrieres de la pudeur, la dépravation va tous les jours en augmentant. Bayes devint le lieu de l'Italie le plus fréquenté & le plus peuplé. Les Romains s'y rendoient en foule du tems d'Horace, & y élevoient des bâtimens superbes à l'envi des uns des autres, ensorte qu'il s'y forma en peu de tems au rapport de Strabon, une ville aussi grande que Pouzzole, quoique celle-ci fût alors le port le plus considérable de toute l'Italie, & l'abord de toutes les nations.
Mais comme le terrein étoit fort serré d'un côté par la mer, & de l'autre par plusieurs montagnes, rien ne leur coûta pour vaincre ces deux obstacles. Ils raserent les coteaux qui les incommodoient, & comblerent la plus grande partie du golfe, pour trouver des emplacemens que la diligence des premiers venus avoit enlevé aux paresseux. C'est précisément ce que dans Salluste, Catilina entend par ces mots de la harangue qu'il fait à ses conjurés pour allumer leur rage contre les grands de Rome, leurs ennemis communs. Quis ferat illis superare divitias quas profundant in extruendo mari, coaequandisque montibus ? Nobis larem familiarem deesse ? Qui est l'homme de coeur qui puisse souffrir que des gens qui ne sont pas d'une autre condition que nous, ayent plus de bien qu'il ne leur en faut pour applanir des montagnes, & bâtir des palais dans la mer, pendant que nous manquons du nécessaire ?
C'est à quoi l'on doit rapporter ces vers de l'Enéide, dans lesquels Virgile, pour mieux représenter la chûte du géant Bitias, la compare à ces masses de pierre qu'on jette dans le golfe de Bayes pour servir de fondations.
Qualis in Euboico Baiarum littore quondam, &c.
Aenéid. l. IX. v. 708.
Qu'un de nos Romains ou Horace se mette en tête qu'il n'y a pas au monde une plus belle situation que celle de Bayes, aussi-tôt le lac Lucrin & la mer de Toscane sentent l'empressement de ce nouveau maître pour y bâtir.
Nullus in orbe sinus Bajis praelucet amaenis,
Si dixit dives, lacus & mare sentit amorem
Festinantis heri.
Ep. j. liv. I. v. 83.
Un grand seigneur, observe ailleurs le même poëte, dédaignant la terre ferme, veut étendre ses maisons de plaisance sur la mer ; il borde les rivages d'une foule d'entrepreneurs & de manoeuvres ; il y roule des masses énormes de pierre ; il comble les abîmes d'une prodigieuse quantité de matériaux. Les poissons surpris se trouvent à l'étroit dans ce vaste élément.
Contracta pisces aequora sentiunt
Jactis in altum molibus.
Ode j. liv. III.
Mais ce ne furent pas les seuls poissons de Toscane qui souffrirent de ce luxe ; les laboureurs, les cultivateurs de tous les beaux endroits de l'Italie virent avec douleur leurs coteaux changés en maisons de plaisance, leurs champs en parterres, & leurs prairies en promenades. L'étendue de la campagne depuis Rome jusqu'à Naples, étoit couverte de palais de gens riches. On peut bien le croire, puisque Cicéron pour sa part en avoit dix-huit dans cet espace de terrein, outre plusieurs maisons de repos sur la route. Il parle souvent avec complaisance de celle du rivage de Bayes, qu'il nomme son puteolum. Elle tomba peu de tems après sa mort entre les mains d'Antistius Verus, & devint ensuite le palais de l'empereur Hadrien qui y finit ses jours, & y fut enterré. C'est-là qu'on suppose qu'il a fait son dernier adieu si célebre par les vers suivans :
Animula, vagula, blandula,
Hospes, comesque corporis,
Quae nunc abibis in loca
Pallidula, rigida, nudula,
Nec, ut soles, dabis jocos.
(D.J.)
MAISONS DES GRECS, (Architec. gréq.) Les maisons des Grecs dont nous voulons parler, c'est-à-dire les palais des grands & des gens riches, brilloient par le goût de l'architecture, les statues, & les peintures dont ils étoient ornés. Ces maisons n'avoient point de vestibules comme celles des Romains, mais de la premiere porte on traversoit un passage où d'un côté étoient les écuries, & de l'autre la loge du portier, avec quelques logemens de domestiques. Ce passage conduisoit à une grande porte, d'où l'on entroit dans une galerie soutenue par des colonnes avec des portiques. Cette galerie menoit à des appartemens où les meres de famille travailloient en broderie, en tapisserie, & autres ouvrages, avec leurs femmes ou leurs amies. Le principal de ces appartemens se nommoit thalamus, & l'autre qui lui étoit opposé, anti-thalamus. Autour des portiques il y avoit d'autres chambres & des gardes-robes destinés aux usages domestiques.
A cette partie de la maison étoit jointe une autre partie plus grande, & décorée de galeries spacieuses, dont les quatre portiques étoient d'égale hauteur. Cette partie de la maison avoit de grandes salles quarrées, si vastes qu'elles pouvoient contenir, sans être embarrassées, quatre lits de table à trois siéges, avec la place suffisante pour le service, la musique & les jeux. C'étoit dans ces salles que se faisoient les festins où l'on sait que les femmes n'étoient point admises à table avec les hommes.
A droite & à gauche étoient d'autres petits bâtimens dégagés, contenant des chambres ornées & commodes, uniquement destinées pour recevoir les étrangers avec lesquels on entretenoit les droits d'hospitalité. Les étrangers pouvoient vivre dans cette partie de la maison en particulier & en liberté. Les pavés de tous les appartemens étoient de mosaïque ou de marqueterie. Telles étoient les maisons des Grecs, que les Romains imiterent, & qu'ils porterent au plus haut point de magnificence. Voyez MAISONS de l'ancienne Rome. (D.J.)
MAISON DOREE, la, (Antiq. rom.) C'est ainsi qu'on nommoit par excellence le palais de Néron. Il suffira pour en donner une idée, de dire que c'étoit un édifice décoré de trois galeries, chacune de demi-lieue de longueur, dorées d'un bout à l'autre. Les salles, les chambres & les murailles étoient enrichies d'or, de pierres précieuses, & de nacre de perles par compartimens, avec des planchers mobiles & tournoyans, incrustés d'or & d'ivoire, qui pouvoient changer de plusieurs faces, & verser des fleurs & des parfums sur les convives. Néron appella lui-même ce palais domum auream, cujus tanta laxitas, ut porticus triplices milliarias haberet. In caeteris partibus cuncta auro lita, distincta gemmis unionumque conchis ; erant caenationes laqueatae tabulis eburneis versatilibus, ut flores, fistulatis, & unguenta desuper spargerentur.
Domitien ne voulut rien céder à Néron dans ses folles dépenses : du-moins Plutarque ayant décrit la dorure somptueuse du capitole, ajoute qu'on sera bien autrement surpris si on vient à considérer les galeries, les basiliques, les bains, ou les serrails des concubines de Domitien. En effet c'étoit une chose bien étonnante, qu'un temple si superbe & si richement orné que celui du capitole, ne parût rien en comparaison d'une partie du palais d'un seul empereur. (D.J.)
MAISON MILITAIRE DU ROI, c'est en France les compagnies des gardes-du-corps, les gendarmes de la garde, les chevaux-légers, & les mousquetaires. On y ajoute aussi ordinairement les grenadiers à cheval, qui campent en campagne à-côté des gardes-du-corps ; mais ils ne sont pas du corps de la maison du roi. Les compagnies forment la cavalerie de la maison du roi. Elle a pour infanterie le régiment des gardes françoises, & celui des gardes suisses. Voyez GARDES-DU-CORPS, GENDARMES, CHEVAUX-LEGERS, MOUSQUETAIRES, &c.
MAISON, (Comm.) lieu de correspondance que les gros négocians établissent quelquefois dans diverses villes de grand commerce, pour la facilité & sûreté de leur négoce. On dit en ce sens qu'un marchand ou banquier résidant dans une ville, tient maison dans une autre, lorsqu'il a dans cette derniere une maison louée en son nom, où il tient un facteur ou associé pour accepter & payer les lettres-de-change qu'il tire sur eux, vendre, acheter en son nom des marchandises, &c. Plusieurs gros banquiers ou négocians de Lyon, Bordeaux, &c. tiennent de ces maisons dans les principales villes du royaume, & même chez l'étranger qui à son tour en a parmi nous. Dictionnaire de comm. (G)
|
| MAISONNAGE | S. m. (Jurisprud.) terme usité dans quelques coutumes, pour exprimer les bois de futaie que l'on coupe pour construire des bâtimens. Voyez la coutume d'Anjou, art. 497. (A)
|
| MAITABIROTINE | LA, (Géog.) riviere de l'Amérique septentrionale, dans le Canada. Plusieurs nations sauvages voisines de la baye de Hudson, descendent cette riviere, & apportent les plus belles pelletteries du Canada. (D.J.)
|
| MAITRE | (Hist. mod.) titre que l'on donne à plusieurs officiers qui ont quelque commandement, quelque pouvoir d'ordonner, & premierement aux chefs des ordres de chevaleries, qu'on appelle grands-maîtres. Ainsi nous disons grand-maître de Malthe, de S. Lazare, de la toison d'or, des Francs-maçons.
Maître, chez les Romains ; ils ont donné ce nom à plusieurs offices. Le maître du peuple magister populi, c'étoit le dictateur. Le maître de la cavalerie, magister equitum, c'étoit le colonel général de la cavalerie : dans les armées il étoit le premier officier après le dictateur. Sous les derniers empereurs il y eut des maîtres d'infanterie, magistri peditum ; maître du cens, magister censûs, officier qui n'avoit rien des fonctions du censeur ou subcenseur, comme le nom semble l'indiquer, mais qui étoit la même chose que le praepositus frumentariorum. Maître de la milice étoit un officier dans le bas empire, créé à ce que l'on prétend par Diocletien ; il avoit l'inspection & le gouvernement de toutes les forces de terre, avec une autorité semblable à-peu-près à celle qu'ont eu les connétables en France. On créa d'abord deux de ces officiers, l'un pour l'infanterie, & l'autre pour la cavalerie. Mais Constantin réunit ces deux offices en un seul. Ce nom devint ensuite commun à tous les généraux en chef, dont le nombre s'augmenta à proportion des provinces ou gouvernemens où ils commandoient. On en créa un pour le Pont, un pour la Thrace, un pour le Levant, & un pour l'Illyrie ; on les appella ensuite comites, comtes, & clarissimi. Leur autorité n'étoit qu'une branche de celle du préfet du prétoire, qui par-là devint un officier purement chargé du civil.
Maître des armes dans l'empire grec, magister armorum, étoit un officier ou un contrôleur subordonné au maître de la milice.
Maître des offices, magister officiorum ; il avoit l'intendance de tous les offices de la cour. On l'appelloit magister officii palatini, ou simplement magister ; sa charge s'appelloit magisteria. Ce maître des offices étoit à la cour des empereurs d'Occident le même que le curo-palate à la cour des empereurs d'Orient.
Maître des armoiries ; c'étoit un officier qui avoit le soin ou l'inspection des armes ou armoiries de sa majesté. Voyez ARMES & ARMOIRIES.
Maître ès arts, celui qui a pris le premier degré dans la plûpart des universités, ou le second dans celles d'Angleterre, les aspirans n'étant admis aux grades en Angleterre qu'après sept ans d'études. Autrefois, dans l'université de Paris, le degré de maître ès arts étoit donné par le recteur, à la suite d'une thèse de Philosophie que le candidat soutenoit au bout de son cours. Cet ordre est maintenant changé ; les candidats qui aspirent au degré de maître ès arts, après leurs deux ans de Philosophie, doivent subir deux examens ; un devant leur nation, l'autre devant quatre examinateurs tirés des quatre nations, & le chancelier ou sous-chancelier de Notre-Dame, ou celui de Sainte-Genevieve. S'ils sont trouvés capables, le chancelier ou sous-chancelier leur donne le bonnet de maître ès arts, & l'université leur en fait expédier des lettres. Voyez BACHELIER, DOCTEUR.
Maître de cérémonie en Angleterre, est un officier qui fut institué par le roi Jacques premier, pour faire une reception plus solemnelle & plus honorable aux ambassadeurs & aux étrangers de qualité, qu'il présente à sa majesté. La marque de sa charge est une chaîne d'or, avec une médaille qui porte d'un côté l'emblême de la paix avec la devise du roi Jacques, & aux revers l'emblème de la guerre, avec ces mots Dieu est mon droit. Cet office doit être rempli par une personne capable, & qui possede les langues. Il est toujours de service à la cour, & il a sous lui un maître-assistant ou député qui remplit sa place sous le bon plaisir du roi. Il y a aussi un troisieme officier appellé maréchal de cérémonie, dont les fonctions sont de recevoir & de porter les ordres du maître des cérémonies ou de son député pour ce qui concerne leurs fonctions, mais qui ne peut rien faire sans leur commandement. Cette charge est à la nomination du roi. Voyez MARECHAL.
Maîtres de la chancellerie en Angleterre : on les choisit ordinairement parmi les avocats ou licenciés en droit civil, & ils ont seance à la chancellerie ou au greffe ou bureau des rôles & registres, comme assistans du lord chancelier ou maître des rôles. On leur renvoie des rapports interlocutoires, les réglemens ou arrêts des comptes, les taxations des frais, &c. & on leur donne quelquefois par voie de reféré le pouvoir de terminer entierement les affaires. Ils ont eu de tems immémorial l'honneur de s'asseoir dans la chambre des lords, quoiqu'ils n'ayent aucun papier ou lettres patentes qui leur en donnent droit, mais seulement en qualité d'assistans du lord chancelier & du maître des rôles. Ils étoient autrefois chargés de l'inspection sur tous les écrits, sommations, assignations : ce que fait maintenant le clerc du petit sceau. Lorsque les lords envoient quelque message aux communes, ce sont les maîtres de chancellerie qui les portent. C'est devant eux qu'on fait les déclarations par serment, & qu'on reconnoit les actes publics. Outre ceux qu'on peut appeller maîtres ordinaires de chancellerie qui sont au nombre de douze, & dont le maître des rôles est regardé comme le chef, il y a aussi des maîtres de chancellerie extraordinaires, dont les fonctions sont de recevoir les déclarations par serment & les reconnoissances dans les provinces d'Angleterre, à 10 milles de Londres & par-delà, pour la commodité des plaideurs.
Maître de la cour des gardes & saisines en étoit le principal officier, il en tenoit le sceau & étoit nommé par le roi ; mais cette cour & tous ses officiers, ses membres, son autorité & ses appartenances ont été abolis par un statut de la seconde année du regne de Charles II. ch. xxiv. Voyez GARDES.
Maitre des facultés en Angleterre ; officier sous l'archevêque de Cantorbéry, qui donne les licences & les dispenses : il en est fait mention dans les statuts XXII. XXIII. de Charles II.
Maître Canonnier. Voyez CANONNIER, & ci-après.
Maître de cavalerie en Angleterre, grand officier de la couronne, qui est chargé de tout ce qui regarde les écuries & les haras du roi, & qui avoit autrefois les postes d'Angleterre. Il commande aux écuries & à tous les officiers ou maquignons employés dans les écuries, en faisant apparoître au contrôleur qu'ils ont prêté le serment de fidélité, &c. pour justifier à leur décharge qu'ils ont rempli leur devoir. Il a le privilege particulier de se servir des chevaux, des pages, & des valets de pié de l'écurie, desorte que ses carrosses, ses chevaux, & ses domestiques sont tous au roi, & en portent les armes & les livrées.
Maître de la maison ; c'est un officier sous le lord steward de la maison, & à la nomination du roi : ses fonctions sont de contrôler les comptes de la maison. Voyez MAISON. Anciennement le lord steward s'appelloit grand maître de la maison.
Maître des joyaux ; c'est un officier de la maison du roi, qui est chargé de toute la vaisselle d'or & d'argent de la maison du roi & de celle des officiers de la cour, de celle qui est déposée à la tour de Londres, comme aussi des chaînes & menus joyaux qui ne sont pas montés ou attachés aux ornemens royaux.
Maître de la monnoie, étoit anciennement le titre de celui qu'on nomme aujourd'hui garde de la monnoie, dont les fonctions sont de recevoir l'argent & les lingots qui viennent pour être frappés, ou d'en prendre soin. Voyez MONNOIE.
Maître d'artillerie, grand officier à qui on confie tout le soin de l'artillerie du roi. Voyez ARTILLERIE.
Maître des menus plaisirs du roi, grand officier qui a l'intendance sur tout ce qui regarde les spectacles, comédie, bals, mascarades, &c. à la cour. Il avoit aussi d'abord le pouvoir de donner des permissions à tous les comédiens forains & à ceux qui montrent les marionnettes, &c. & on ne pouvoit même jouer aucune piece aux deux salles de spectacles de Londres, qu'il ne l'eût lue & approuvée ; mais cette autorité a été fort réduite, pour ne pas dire absolument abolie par le dernier réglement qui a été fait sur les spectacles.
Maître de la garde-robe. Voyez GARDE-ROBE.
Maître des comptes, officier par patentes & à vie, qui a la garde des comptes & patentes qui passent au grand sceau & des actes de chancellerie. Voyez CHANCELLERIE. Il siége aussi comme juge à la chancellerie en l'absence du chancelier & du garde, & M. édouard Cok l'appelle assistant. Voyez CHANCELIER. Il entendoit autrefois les causes dans la chapelle des rôles ; il y rendoit des sentences ; il est aussi le premier des maîtres de chancellerie & il en est assisté aux rôles, mais on peut appeller de toutes ses sentences au lord chancelier ; & il a aussi séance au parlement, & y siége auprès du lord chancelier sur le second tabouret de laine. Il est gardien des rôles du parlement, & occupe la maison des rôles, & a la garde de toutes les chartes, patentes, commissions, actes, reconnoissances, qui étant faites en rôles de parchemin, ont donné le nom à sa place. On l'appelloit autrefois clerc des rôles. Les six clercs en chancellerie, les examinateurs, les trois clercs du petit sac, & les six gardes de la chapelle des rôles ou gardes des rôles sont à sa nomination. Voyez CLERC & ROLE.
Maître d'un vaisseau, celui à qui l'on confie la direction d'un vaisseau marchand, qui commande en chef & qui est chargé des marchandises qui sont à bord. Dans la Méditerranée le maître s'appelle souvent patron, & dans les voyages de long cours capitaine de navire. Voyez CAPITAINE. C'est le propriétaire du vaisseau qui choisit le maître, & c'est le maître qui fait l'équipage & qui leve les pilotes & les matelots, &c. Le maître est obligé de garder un registre des hommes qui servent dans son vaisseau, des termes de leur engagement, de leurs reçus & payemens, & en général de tout ce qui regarde le commandement de ce navire.
Maître du Temple ; le fondateur de l'ordre du Temple & tous ses successeurs ont été nommés magni Templi magistri ; & même depuis l'abolition de l'ordre, le directeur spirituel de la maison est encore appellé de ce nom. Voyez TEMPLE & TEMPLIER.
MAITRES, (Hist. mod.) magistri, nom qu'on a donné par honneur & comme par excellence à tous ceux qui enseignoient publiquement les Sciences, & aux recteurs ou prefets des écoles publiques.
Dans la suite ce nom est devenu un titre d'honneur pour ceux qui excelloient dans les Sciences, & est enfin demeuré particulierement affecté aux docteurs en Théologie dont le degré a été nommé magisterium ou magisterii gradus ; eux-mêmes ont été appellés magistri, & l'on trouve dans plusieurs écrivains les docteurs de la faculté de Théologie de Paris désignés par le titre de magistri parisienses.
Dans les premiers tems on plaçoit quelquefois la qualité de maître avant le nom propre, comme maître Robert, ainsi que Joinville appelle Robert de Sorbonne ou Sorbon maître Nicolas Oresme de la maison de Navarre : quelquefois on ne mettoit cette qualification qu'après le nom propre, comme dans Florus magister, archidiacre de Lyon & plusieurs autres.
Quelques-uns ont joint au titre de maître des dénominations particulieres tirées des Sciences auxquelles ils s'étoient appliqués & des différentes matieres qu'ils avoient traitées. Ainsi l'on a surnommé Pierre Lombard le maître des sentences, Pierre Comestor ou le mangeur le maître de l'Histoire scholastique ou savante, & Gratien le maître des canons ou des decrets.
Ce titre de maître est encore d'un usage fréquent & journalier dans la faculté de Paris, pour désigner les docteurs dans les actes & les discours publics : les candidats ne les nomment que nos très-sages maîtres, en leur adressant la parole : le syndic de la faculté ne les désigne point par d'autres titres dans les assemblées & sur les registres. Et on marque cette qualité dans les manuscrits ou imprimés par cette abréviation, pour le singulier, S. M. N. c'est-à-dire sapientissimus magister noster, & pour le pluriel, par celle-ci, SS. MM. NN. sapientissimi magistri nostri, parce que la Théologie est regardée comme l'étude de la sagesse.
MAITRE OECUMENIQUE, (Hist. mod.) nom qu'on donnoit dans l'empire grec au directeur d'un fameux college fondé par Constantin dans la ville de Constantinople. On lui donna ce titre qui signifie universel, ou parce qu'on ne confioit cette place qu'à un homme d'un rare mérite, & dont les connoissances en tout genre étoient très-étendues, ou parce que son autorité s'étendoit universellement sur tout ce qui concernoit l'administration de ce college. Il avoit inspection sur douze autres maîtres ou docteurs qui instruisoient la jeunesse dans toutes les sciences divines & humaines. Les empereurs honoroient ce maître oecuménique & les professeurs d'une grande considération, & les consultoient même dans les affaires importantes. Leur college étoit riche, & sur-tout orné d'une bibliotheque de six cent mille volumes. L'empereur Léon l'isaurien irrité de ce que le maître oecuménique & ces docteurs soutenoient le culte des images, les fit enfermer dans leur college, & y ayant fait mettre le feu pendant la nuit, livra aux flammes la bibliotheque & le college & les savans, exerçant ainsi sa rage contre les lettres aussi bien que contre la religion. Cet incendie arriva l'an 726. Cedren. Theoh. Zonaras.
MAITRE DU SACRE PALAIS, (Hist. mod.) officier du palais du pape, dont la fonction est d'examiner, corriger, approuver ou rejetter tout ce qui doit s'imprimer à Rome. On est obligé de lui en laisser une copie, & après qu'on a obtenu une permission du vice-gérent pour imprimer sous le bon plaisir du maître du sacré palais, cet officier ou un de ses compagnons (car il a sous lui deux religieux pour l'aider) en donne la permission ; & quand l'ouvrage est imprimé & trouvé conforme à la copie qui lui est restée entre les mains, il en permet la publication & la lecture : c'est ce qu'on appelle le publicetur. Tous les Libraires & Imprimeurs sont sous sa jurisdiction. Il doit voir & approuver les images, gravures, sculptures, &c. avant qu'on puisse les vendre ou les exposer en public. On ne peut prêcher un sermon devant le pape, que le maître du sacré palais ne l'ait examiné. Il a rang & entrée dans la congrégation de l'Indice, & séance quand le pape tient chapelle, immédiatement après le doyen de la rote. Cet office a toujours été rempli par des religieux dominicains qui sont logés au vatican, ont bouche à la cour, un carrosse, & des domestiques entretenus aux dépens du pape.
MAITRE DE LA GARDE-ROBE, (Hist. mod.) vestiarius ; dans l'antiquité, & sous l'empire des Grecs, étoit un officier qui avoit le soin & la direction des ornemens, robes & habits de l'empereur. Voyez GARDE-ROBE.
Le grand maître de la garde-robe proto-vestiarius, étoit le chef de ces officiers ; mais parmi les Romains, vestiarius n'étoit qu'un simple fripier ou tailleur.
MAITRE DES COMPTES (Jurisprud.) Voyez au mot COMPTES, à l'article de la chambre des comptes.
MAITRE DES BAUX ET FORETS, (Jurisprudence) est un officier royal qui a inspection & jurisdiction sur les eaux & forêts du roi, des communautés laïques & ecclésiastiques, & de tous les autres sujets du Roi, pour la police & conservation de ces sortes de biens.
Ces officiers sont de deux sortes, les uns qu'on appelle grands-maîtres, les autres maîtres particuliers.
Quelques seigneurs ont conservé à leurs juges des eaux & forêts le titre de maître particulier ; mais quand ces officiers se présentent pour être reçus à la table de marbre, ils ne prêtent serment que comme gruyers, & n'ont point séance à la table de marbre comme les maîtres particuliers royaux. Voyez les deux articles suivans. (A)
GRANDS-MAITRES DES EAUX ET FORETS, sont ceux qui ont l'inspection & jurisdiction en chef sur les eaux & forêts ; les maîtres particuliers exercent la même jurisdiction chacun dans leur district.
Pour bien développer l'origine de ces sortes d'officiers, il faut observer que tous les peuples policés ont toujours eu des officiers pour la conservation des forêts. Les Romains apprirent cet ordre des Grecs ; ils tenoient cette fonction à grand honneur, puisque l'on en chargeoit le plus souvent les nouveaux consuls, comme l'on fit à l'égard de Bibulus & de Jules-César : ces magistrats avoient sous eux d'autres officiers pour la garde des forêts.
En France, un des premiers soins de nos rois fut aussi d'établir des officiers qui eussent l'inspection sur les eaux & forêts ; c'étoit principalement pour la conservation de la chasse & de la pêche, plutôt que pour la conservation du bois ; lequel étoit alors si commun en France, que l'on s'attachoit plutôt à en défricher qu'à en planter ou à le conserver.
Sous la premiere & la seconde race de nos rois on les appelloit forestiers, forestarii, non pas qu'ils n'eussent inspection que sur les forêts seulement, ils l'avoient également sur les eaux ; le terme de forêt qui vient de l'allemand, signifioit dans son origine défends, garde, ou reserve, ce qui convenoit aux fleuves, rivieres, étangs, & autres eaux que l'on tenoit en défense, aussi-bien qu'aux bois que l'on vouloit conserver : ainsi forestier signifioit gouverneur & gardien des forêts & des eaux.
Grégoire de Tours, liv. X. chap. x. rapporte que la quinzieme année du regne de Childebert, roi de France, vers l'an 729, ce prince chassant dans la forêt de Vosac, ayant découvert la trace d'un bufle qui avoit été tué, il contraignit le forestier de lui déclarer celui qui avoit été si hardi de commettre un tel acte, ce qui occasionna un duel entre le forestier & un nommé Chandon, soupçonné d'avoir tué le bufle.
Il est aussi parlé des forestiers dans un capitulaire de Charlemagne de l'an 823, art. xviij. de forestis, où il est dit que les forestiers, forestarii, doivent bien défendre les forêts, & conserver soigneusement les poissons.
On donna aussi le nom de forestiers aux gouverneurs de Flandres, ce qui vient peut-être de ce que ce pays étoit alors presqu'entierement couvert de la forêt Charboniere, & que la conservation de cette forêt étoit le principal objet des soins du gouverneur, ou plutôt parce que le terme de forestier signifioit gardien & gouverneur, comme on l'a déjà remarqué. Quelques Historiens tiennent que le premier de ces forestiers de Flandres fut Lideric I. fils unique de Salvart, prince de Dijon, que Clotaire II. éleva à cette dignité vers l'an 621 ; qu'il y eut consécutivement six gouverneurs appellés forestiers, jusqu'à Baudouin, surnommé Bras-de-fer, en faveur duquel Charles-le-Chauve érigea la Flandres en comté.
Nos rois avoient cependant toujours leur forestier, que l'on appelloit le forestier du roi ; forestarius regis, ou regius, lequel faisoit alors la même fonction que fait aujourd'hui le grand-véneur, & avoit en même tems inspection sur toutes les eaux & forêts du roi.
Le moine Aymoin, en son Histoire des gestes des François, liv. V. chap. xlvij. rapporte que du tems du roi Robert, l'an 1004, Thibaut, surnommé file-étoupe, son forestier, fortifia Montlhéry.
Il ne faut pas confondre ces forestiers du roi, ou grands-forestiers avec les simples juges forestiers, ni avec les gardes-bois, tels que ceux que nous avons encore, que l'on appelle sergens-forestiers.
Il paroît que le titre de grand-forestier du roi fut depuis changé en celui de maître véneur du roi, quasi magister venatorum, appellé depuis grand-véneur.
Le maître véneur du roi avoit, de même que le grand-forestier, l'intendance des eaux & forêts, pour la chasse & la pêche.
Il étoit aussi ordinairement maître des eaux & forêts du roi, pour la police & conservation de cette partie du domaine, qui étoit autrefois une des plus considérables.
Jean Leveneur, chevalier, qui étoit maître véneur du roi dès l'an 1289, étoit aussi maitre des eaux & forêts ; il alla deux fois, en 1298, pour faire des informations sur les forêts de Normandie, & au mois de Juin 1300, sur celles du bailliage de Coutances : il mourut en 1302.
Robert Leveneur son fils, chevalier, étoit veneur dès 1308, & le fut jusqu'en 1312, qu'il se démit de cette charge en faveur de son frere, il prit possession de la charge de maîtres des eaux & forêts du roi le 4 Février 1312, au-lieu d'Etienne Bienfait, & exerçoit encore cette charge en 1330, il est qualifié de maître enquêteur des eaux & forêts du roi, dans un mandement du 11 Avril 1326 ; c'est la premiere fois que l'on trouve la qualité d'enquêteur donnée aux maîtres des eaux & forêts. Il y en avoit alors plusieurs, puisque par une déclaration de 1317 le nombre en fut réduit à deux.
Jean Leveneur, frere de Robert, & veneur depuis 1312, fut aussi maître enquêteur des eaux & forêts ès années 1303, 1313, 1328, & 1329 ; il paroît parlà qu'il fit cette fonction dans le même tems que Robert Leveneur son frere.
Henri de Meudon, reçu maître de la vénerie du roi en 1321, fut institué maître des eaux & forêts de France le 24 Septembre 1335, & reçut en cette qualité une gratification sur le domaine de Rouen, en considération de ses services, il est qualifié maître enquêteur des eaux & forêts du roi par tout son royaume, & de celles du duc de Normandie dans un ordre daté de Saint-Germain-en-Laye le premier Août 1339, adressé au receveur de Domfront, auquel il mande de payer la dépense que Huart Picart avoit fait en apportant des éperviers au roi.
Après la mort d'Henri de Meudon, arrivée en 1344, Renaud de Giry fut maître de la vénerie du roi, maître des eaux & forêts, & de celles des ducs du Normandie & d'Orléans en 1347 ; il étoit aussi en même tems verdier de la forêt de Breteuil, & exerça ces charges jusqu'à sa mort, arrivée en 1355.
Il eut pour successeur dans ces deux charges de maître de la vénerie du roi & de maître des eaux & forêts Jean de Meudon, fils d'Henri, dont on a parlé ci-devant ; l'histoire des grands officiers de la couronne le qualifie de maître des eaux & forêts, & dans un autre endroit, premier maître des eaux & forêts, ce qui suppose qu'il y en avoit alors plusieurs, & qu'il avoit la primauté.
Jean de Corguilleray, qui étoit maître véneur du duc de Normandie, régent du royaume, & maître enquêteur des eaux & forêts du même prince, fut aussi maître enquêteur des eaux & forêts du roi.
Jean de Thubeauville, maître de la vénerie du roi, fut aussi maître enquêteur des eaux & forêts du roi en 1372, il l'étoit encore en 1377 & en 1379 : de son tems fut faite une ordonnance, le 22 Août 1375, qui réduisoit les maîtres des eaux & forêts au nombre de six, y compris le maître de la vénerie, qui par le droit de cette charge devoit être aussi maître des eaux & forêts.
Philippes de Corguilleray, qui étoit maître de la vénerie du roi dès 1377, succéda à Jean de Thubeauville en l'office de maître enquêteur des eaux & forêts du roi, qu'il exerça jusqu'au 22 Août 1399 qu'il en fut déchargé.
Ce fut Robert de Franconville qui lui succéda dans ces deux offices. Il se démit en 1410 de l'office de maître de la vénerie en faveur de Guillaume de Gamaches.
Celui-ci en fut deux fois desapointé ; & en 1424 Charles VII. pour le dédommager des pertes qu'il avoit souffert, lui donna la charge de grand-maître & souverain réformateur des eaux & forêts du royaume, qu'il exerçoit encore en 1428.
Depuis ce tems on ne voit pas qu'aucun grand-véneur ait été grand-maître général de toutes les eaux & forêts de France, on en trouve seulement quelques-uns qui furent grands-maîtres des eaux & forêts d'une province ou deux ; tel fut Yves Dufon, lequel dans une quittance du 16 Novembre 1478, prend la qualité de général réformateur des eaux & forets.
Tel fut aussi Louis, seigneur de Rouville, que François I. institua grand maître enquêteur & réformateur des eaux & forêts de Normandie & de Picardie en 1519.
Louis de Brezé, grand-véneur, dans une quittance du 9 Novembre 1490, est qualifié réformateur général du pays & duché de Normandie, mais il n'est pas dit que ce fût singulierement pour les eaux & forêts.
Le grand-véneur étoit donc anciennement, par le droit de sa charge, seul maître des eaux & forêts du roi : & depuis, lorsqu'on eut multiplié le nombre des maîtres des eaux & forêts, il étoit ordinairement de ce nombre, & même le premier ; on a même vû que quelques-uns des grands-véneurs avoient le titre de grand-maître & souverain réformateur des eaux & forêts du royaume ; mais cette fonction n'étoit pas alors un office permanent, ce n'étoit qu'une commission momentanée que le roi donnoit au grand-véneur, & aussi à d'autres personnes.
Les maîtres des eaux & forêts, autres que les grands veneurs, sont nommés magistri forestarum & aquarum : dans une ordonnance de Philippe-le-Bel, de l'an 1291, ils sont nommés avant les gruyers & les forestiers ; ils avoient pourtant aussi des supérieurs, car cette ordonnance dit qu'ils prêteront serment entre les mains de leur supérieur : c'étoit apparemment le grand-véneur qui avoit alors seul l'inspection en chef sur les autres maîtres des eaux & forêts.
Quelque tems après on lui donna des collegues pour les eaux & forêts : le nombre en fut reglé différemment en divers tems.
Le plus ancien maître ordinaire des eaux & forêts qui soit connu entre ceux qui n'étoient pas grands-véneurs, est Etienne Bienfait, chevalier, qui étoit maître des eaux & forêts en l'année 1294, & exerça cet office jusqu'en 1312. Jean Leveneur, maître de la vénerie du roi exerçoit aussi dans le même tems l'office de maître des eaux & forêts.
Jean Leveneur, second du nom, maître de la vénerie du roi, avoit pour collegue en la charge de maître des eaux & forêts, Philippe de Villepreux, dit Leconvers, clerc du roi, chanoine de l'église de Tournay, puis de celle de Paris, & archidiacre de Brie en l'église de Meaux. Celui-ci exerça la fonction de maître des eaux & forêts du roi en plusieurs occasions, & fut député commissaire avec Jean Leveneur, sur le fait des forêts de Normandie au mois de Décembre 1300. Le roi le commit aussi en 1310, pour regler aux habitans de Gaillefontaine leur droit d'usage aux bois de la Cauchie & autres ; & en 1314 pour vendre certains bois, tant pour les religieuses de Poissy, que pour les bâtimens que le roi y avoit ordonnés.
Le grand-véneur n'étoit donc plus, comme auparavant, seul maître des eaux & forêts ; il paroît même qu'il n'avoit pas plusieurs collegues pour cette fonction.
En effet, suivant un mandement de Philippe V. du 12 Avril 1317, adressé aux gens des comptes, il est dit, qu'il avoit ordonné par délibération de son conseil, que dorénavant il n'auroit que deux maîtres de ses forêts & de ses eaux, savoir Robert Leveneur, chevalier, & Oudart de Cros, Doucreux, ou du Cros, & que tous les autres étoient ôtés de leur office, non pas pour nul méfait, car il pensoit, disoit-il, à les pourvoir d'une autre maniere, & en conséquence il mande à ses gens des comptes, que pour cause de l'office de maître de ses eaux & forêts, ils ne comptent gages à nul autre qu'aux deux susnommés, & que nul autre ne s'entremette des enquêtes desdites forêts.
Le nombre en fut depuis augmenté ; car suivant une ordonnance de Philippe de Valois du 29 Mai 1346, il y en avoit alors dix qui étoient tous égaux en pouvoirs, savoir deux en Normandie, un pour la vicomté de Paris, deux en Yveline, Senlis, Valois, Vermandois, Amiénois ; deux pour l'Orléanois, Sens, Champagne & Mâcon, & trois en Touraine, Anjou, Maine, Xaintonge, Berry, Auvergne : tous les autres maîtres & gruyers furent ôtés. La suite de cette ordonnance fait connoître que les autres maîtres qui furent supprimés, étoient des maîtres particuliers. Il y en eut pourtant de rétablis peu de tems après, car dans les lettres du roi Jean du 2 Octobre 1354, il est parlé des maîtres des eaux & forêts de la sénéchaussée de Toulouse ; & dans d'autres lettres de Jean, comte d'Armagnac, du 9 Février 1355, il est parlé des maîtres des forêts du roi, de la sénéchaussée de Carcassonne & de Beziers.
Les dix maîtres enquêteurs des eaux & forêts qui étoient au-dessus de ces maîtres particuliers, étoient égaux en pouvoirs comme sont aujourd'hui les grands-maîtres. En 1356 un nommé Encirus Dol, ou Even de Dol, fut pourvû de l'office de maître général enquêteur des eaux & forêts dans tout le royaume, & sur sa requisition donnée dans la même année, Robert de Coetelez fut pourvû du même office, mais nonobstant le titre d'enquêteur général qui leur est donné, il ne paroît pas qu'ils eussent aucune supériorité sur les autres ni qu'ils fussent seuls ; car Charles, régent du royaume, ordonne qu'ils auront les mêmes gages que les autres maîtres enquêteurs des eaux & forêts, il paroît que depuis ce tems ils prirent tous le titre de maître enquêteur général.
Pendant la prison du roi Jean, Charles V. qui étoit alors régent du royaume, fit en cette qualité une ordonnance le 27 Janvier 1359, portant entre autres choses, qu'en l'office de la maîtrise des eaux & forêts, il y en auroit dorénavant quatre pour le Languedouil (ou pays coûtumier) & un pour le Languedoc (ou pays de droit écrit) tant seulement : ainsi par cette ordonnance ils furent réduits à moitié de ce qu'ils étoient auparavant.
Jean de Melun, comte de Tancarville, fut institué souverain maître & réformateur des eaux & forêts de France, par des lettres du premier Décembre 1360, & exerça cette charge jusqu'au premier Novembre 1362.
Néanmoins dans le même tems qu'il exerçoit cet office, le roi Jean envoya en 1461 dans le bailliage de Mâcon & dans les sénéchaussées de Toulouse, Beaucaire & Carcassonne, trois réformateurs généraux ; savoir l'évêque de Meaux, le comte de la Marche, & Pierre Scatisse, trésorier du roi, pour réformer tous les abus qui pouvoient avoir été commis de la part des officiers, & nommément des maîtres des eaux & forêts, gruyers & autres.
Robert, comte de Roucy, succéda en 1362 à Jean de Melun en l'office de souverain maître & réformateur des eaux & forêts, qu'il exerça jusqu'à son décès arrivé deux années après.
Cet office fut ensuite donné à Gaucher de Châtillon, qui l'exerça jusqu'à sa mort arrivée en 1377.
Le souverain maître & réformateur des eaux & forêts étoit le supérieur des autres maîtres généraux des eaux & forêts, qui avoient sous eux les maîtres particuliers, gruyers, verdiers.
Charles V. ordonna le dernier Février 1378, que pour le gouvernement de ses eaux & forêts il y auroit pour le tout six maîtres seulement, dont quatre seroient ordonnés maîtres des forêts, qui visiteroient par-tout le royaume, tant en Languedoc qu'ailleurs, & que les deux autres seroient maîtres des eaux.
Il ne paroît point qu'il y eût alors de souverain maître réformateur général au-dessus des autres maîtres des eaux & forêts ; mais en 1384 Charles VI. établit Charles de Châtillon souverain & réformateur général des eaux & forêts de France par des lettres du 4 Juillet. Il en fit le serment le 15 du même mois, & donna quittance sur les gages de cet office le 24 Mai 1387. Il mourut en 1401 ; mais il paroît que depuis 1387 il n'exerçoit plus l'office de souverain & réformateur général des eaux & forêts. C'est ce que l'on voit par des lettres du 9 Février de ladite année, où Charles VI. réglant le nombre des maîtres des eaux forêts & garennes, ordonne que le sire de Châtillon sera sur le fait de ses garennes seulement ; que pour les forêts de Champagne, Brie, France & Picardie, il y auroit deux maîtres : qu'il nomme deux autres pour la Normandie, deux pour l'Orléanois & la Touraine, & un pour les terres que le roi de Navarre avoit coutume de tenir en France & en Normandie.
Guillaume IV. du nom, vicomte de Melun, comte de Tancarville, fut institué souverain maître & général réformateur des eaux & forêts de France, par lettres du premier Juillet 1394, ce qui n'étoit probablement qu'une commission passagere, ayant encore obtenu de semblables lettres le 23 Janvier 1395, suivant un compte du trésor.
Valeran de Luxembourg III. du nom, comte de Saint Pol & de Ligny, fut institué au même titre en l'année 1402 ; il l'étoit encore en 1410, suivant des lettres du 24 Juillet de ladite année, qui lui sont adressées en cette qualité.
Cependant le comte de Tancarville qui avoit déja eu cet office en 1394 & 1395, l'exerçoit encore en 1407, suivant une ordonnance du 7 Janvier de ladite année, par laquelle on voit que le nombre des maîtres des eaux & forêts étoit toujours le même. Charles VI. ordonne que le nombre des maîtres des eaux & forêts dont le comte de Tancarville est souverain maître, demeure ainsi qu'il étoit auparavant, savoir en Picardie & Normandie trois ; en France, Champagne, Brie & Touraine deux, & un en Xaintonge.
On tient aussi que Guillaume d'Estouteville fut grand-maître & général réformateur des eaux & forêts de France ; il est nommé dans deux arrêts du parlement, des années 1406 & 1408.
Pierre des Essarts, qui fut prevôt de Paris, fut institué souverain maître & réformateur des eaux & forêts de France le 5 Mars 1411.
Sur la résignation de celui-ci, cet office fut donné par lettres du 19 Septembre 1412, à Charles Baron d'Yvry, lequel en fut destitué peu de tems après & sa place donnée d'abord à Robert d'Aunoy, par lettres du 12 Mai 1413, & ensuite à Georges sire de la Trémoille, par d'autres lettres du 18 du même mois. La charge fut même supprimée par les nouvelles ordonnances, nonobstant lesquelles Charles Baron d'Yvry y fut rétabli le 17 Août 1413, & donna quittance sur ces gages de cet office le 7 Avril 1415. Après Pâques il eut procès au parlement au sujet de cet office avec le comte de Tancarville & le sieur de Graville, les 19 Novembre & 4 Janvier 1415, 18 Mai & 14 Août 1416. Du Tillet rapporte que le procureur général soutint que ce n'étoit point un office, & qu'il n'en falloit point.
Cependant Charles VII. n'étant encore que régent du royaume, institua Guillaume de Chaumont maître enquêteur & général réformateur des eaux & forêts de France, par lettres du 20 Septembre 1418 ; il paroît qu'il tint cet office jusqu'en 1424.
Dans la même année Guillaume de Gamaches, fut institué grand maître & souverain réformateur des eaux & forêts de France : c'est la premiere fois que l'on trouve le titre de grand maître des eaux & forêts ; on disoit auparavant maître général ou souverain maître. Il exerçoit encore cette fonction en 1428.
Charles de la Riviere fut nommé au lieu & place de Guillaume de Gamaches par lettres-patentes du 21 Mai 1428, sous le titre de grand maître & général réformateur des eaux & forêts ; il n'en fit pas long-tems les fonctions, étant mort l'année suivante.
Christophe & Guillaume de Harcour, qui tinrent ensuite successivement cet office, prenoient le titre de souverain maître & général réformateur des eaux & forêts.
Leurs successeurs prirent celui de grand maître, enquêteur & général réformateur des eaux & forêts de France.
Cet office, qui étoit unique, subsista ainsi jusqu'au tems d'Henri Clausse, qui en fut pourvu en 1567 ; il l'exerçoit encore en 1570. Depuis cet office fut supprimé en 1575 ; Henri Clausse y fut pourtant rétabli en 1668, & en prenoit encore la qualité en 1609.
Lorsque l'office unique de grand maître des eaux & forêts fut supprimé en 1575, on en créa six, mais leur établissement ne fut bien assuré qu'en 1609.
En 1667 toutes les charges de grands-maîtres furent supprimées, ou pour mieux dire suspendues jusqu'en 1670 qu'ils furent ensuite rétablis dans leurs fonctions sur le pié de l'édit de 1575.
L'édit du mois de Février 1589 créa 16 départemens de grands-maîtres ; il a encore été créé depuis une 17e charge pour le département d'Alençon, par édit du mois de Mars 1703.
Présentement ils sont au nombre de 18, qui ont chacun leur département dans les provinces & généralités ; savoir Paris, Soissons, Picardie, Artois, & Flandres ; Hainault, Châlons en Champagne, Metz, duché & comté de Bourgogne & Alsace ; Lyonnois, Dauphiné, Provence & Riom ; Toulouse & Montpellier ; Bordeaux, Auch, Béarn, Navarre & Montauban ; Poitou, Aunis, Limoges, la Rochelle & Moulins ; Touraine, Anjou & Maine ; Bretagne, Rouen, Caen, Alençon, Berry & Blaisois, & Orléans.
Dans cette derniere généralité il y a deux grands-maîtres, l'un ancien, l'autre alternatif.
Il a été créé en divers tems de semblables offices de grands-maîtres alternatifs & triennaux pour les différens départemens, mais ces offices ont été réunis aux anciens.
Les grands-maîtres ont deux sortes de jurisdictions ; l'une, qu'ils exercent seuls & sans le concours de la table de marbre, l'autre qu'ils exercent à la tête de ce siége.
Par rapport à leur jurisdiction personnelle, ils ne la peuvent exercer contentieusement qu'en réformation, c'est-à-dire en cours de visite dans leurs départemens ; ils font alors des actes de justice & rendent seuls des ordonnances dont l'appel est porté directement au parlement ou au conseil, si le grand-maître agit en vertu de quelque commission particuliere du conseil.
Les grands-maîtres étant en cours de visite, peuvent, quand ils le jugent à-propos, tenir le siége des maîtrises, & alors les officiers des maîtrises deviennent leurs assistans. Il n'y a pourtant point de loi qui oblige les grands-maîtres de les appeller pour juger avec eux ; mais quand ils le font, l'appel des jugemens qu'ils rendent ainsi en matiere civile ne peut être porté à la table de marbre, ni même devant les juges en dernier ressort ; il est porté directement au conseil ou au parlement, de même que s'ils avoient jugé seuls, parce qu'en ce cas le siége des maîtrises devient le leur, ce qui fait disparoître l'infériorité ordinaire des maîtrises à l'égard de la table de marbre.
L'habillement des grands-maîtres est le manteau & le rabat plissé ; ils siégent l'épée au côté, & se couvrent d'un chapeau garni de plumes.
Ils prêtent serment au parlement, & sont ensuite installés à la table de marbre par un conseiller au parlement ; ils peuvent ensuite y venir siéger lorsqu'ils le jugent à-propos, & prennent toujours leur place au-dessus de leur lieutenant général, ont voix délibérative ; mais c'est toujours le lieutenant général, ou autre officier qui préside en son absence, qui prononce.
Les grands-maîtres ont aussi voix délibérative à l'audience & chambre du conseil des juges en dernier ressort, & dans ce tribunal ils ont droit de prendre leur séance à main gauche après le doyen de la chambre.
L'ordonnance des eaux & forêts leur attribue la connoissance en premiere instance, à la charge de l'appel de toutes actions qui sont intentées devant eux en procédant aux visites, ventes & réformations d'eaux & forêts.
Ils ont l'exécution des lettres-patentes, ordres & mandemens du roi sur le fait des eaux & forêts.
En procédant à leurs visites ils peuvent faire toutes sortes de réformations & juger de tous les délits, abus & malversations qu'ils trouveront avoir été commis dans leur département sur le fait des eaux & forêts.
Ils peuvent faire le procès aux officiers qui sont en faute, les decréter, emprisonner & subdéléguer pour l'instruction, & les juger définitivement, ou renvoyer le procès en état à la table de marbre.
A l'égard des bucherons, chartiers, pâtres, garde-bêtes & autres ouvriers, ils peuvent les juger en dernier ressort au présidial du lieu du délit, au nombre de sept juges au-moins, mais ils ne peuvent juger les autres personnes qu'à la charge de l'appel.
Ils doivent faire tous les ans une visite générale en toutes les maîtrises & gruries de leur département.
En faisant la visite des ventes à adjuger, ils désignent aux officiers des maîtrises le canton où l'on doit asseoir les ventes de l'année suivante.
Ils font marquer de leur marteau les piés corniers des ventes & arbres de reserve lorsqu'il convient de le faire.
Les ventes & adjudications des bois du roi doivent être faites par eux avant le premier Janvier de chaque année.
Ils doivent faire les récolemens par réformation le plus souvent qu'il est possible, pour voir si les officiers des maîtrises font leur devoir.
Quand ils trouvent des places vagues dans les bois du roi, ils peuvent les faire planter.
Les bois où le roi a droit de grurie, grairie, tiers & danger ; ceux tenus en apanage ou par engagement, ceux des ecclésiastiques, communautés & gens de main-morte, sont sujets à la visite des grands-maîtres.
Ils reglent les partages & triages des seigneurs avec les habitans.
Enfin ils font aussi la visite des rivieres navigables & flotables, ensemble des pécheries & moulins du roi, pour empêcher les abus & malversations.
Les prevôts des maréchaux & autres officiers de justice, sont tenus de prêter main-forte à l'exécution de leurs jugemens & mandemens.
Voyez le recueil des eaux & forêts de Saint-Yon, & les lois forestieres de Pecquet. (A)
MAITRE PARTICULIER DES EAUX ET FORETS est le premier officier d'une jurisdiction royale appellée maîtrise, qui connoît en premiere instance des matieres d'eaux & forêts.
L'établissement de ces officiers est fort ancien ; ils ont succédé à ces officiers qui sous la seconde race de nos rois avoient l'administration des forêts du roi sous le nom de juges ou de forestiers ; ils sont nommés dans les capitulaires judices, & quelquefois judices villarum regiarum, c'est-à-dire des domaines ou métairies du roi ; & ailleurs forestarii seu justitiarii forestarum.
Ces juges n'étoient proprement que de simples administrateurs de ces domaines, dont le principal objet étoit les forêts du roi, forestae, ce qui comprenoit les bois & les eaux. Ils étoient obligés de bien garder les bêtes & les poissons, d'avoir soin de vendre le poisson & de repeupler les viviers.
Dans la suite on établit dans certains districts des especes de lieutenans des juges sous le nom de vicarii, auxquels succéderent d'autres officiers sous le titre de baillivi ; ces baillis connoissoient de certains faits d'eaux & forêts, comme on le voit par des actes de 1283 ; mais à mesure que la jurisdiction particuliere des eaux & forêts s'est formée, la connoissance de ces matieres a été ôtée aux baillis & attribuée aux maîtres des eaux & forêts.
Ces officiers étoient dans l'origine ce que sont aujourd'hui les grands-maîtres des eaux & forêts ; il y en avoit dès l'an 1318, dont la fonction étoit distinguée de celle des maîtres généraux des eaux & forêts ; & dès l'an 1364 on les qualifioit de maîtres particuliers, comme on voit dans des lettres de Charles V. de ladite année.
Il n'y avoit au commencement qu'un seul maître particulier dans chaque bailliage ou sénéchaussée ; mais dans la suite le nombre en fut beaucoup multiplié, au moyen de ce que les maîtrises furent démembrées, & que d'une on en fit jusqu'à quatre ou cinq.
Ces maîtres particuliers n'étoient que par commissions qui étoient données par le grand-maître des eaux & forêts de tout le royaume ; ces places n'étoient remplies que par des gens de condition & d'officiers qui étoient à la suite des rois, comme on le peut voir par la liste qu'en donne Saint-Yon ; mais par édit du mois de Février 1554, tous les officiers des maîtrises furent créés en titre d'office. Présentement ces charges de maîtres particuliers peuvent être remplies par des roturiers ; elles ne laissent pas néanmoins d'être toujours honorables.
Pour posséder ces offices il faut être âgé au-moins de 25 ans, être pourvu par le roi, reçu à la table de marbre du département sur une information de vie, moeurs & capacité, faite sur l'attache du grand-maître par le lieutenant général.
Les maîtres particuliers & leurs lieutenans ont séance en la table de marbre après leur réception ; & peuvent assister quand bon leur semble aux audiences, sans néanmoins qu'ils y ayent voix délibérative.
Les maîtres particuliers peuvent être reçus sans être gradués ; ceux qui ne sont pas gradués siégent l'épée au côté, ceux qui sont gradués siégent en robe.
Quand le maître particulier n'est pas gradué, il peut siéger avec l'uniforme qui s'établit depuis quelque tems dans presque tous les départemens des grands maîtres. Cet uniforme est un habit bleu de roi brodé en argent ; la broderie est différente selon le département. Cet uniforme a été introduit principalement pour les visites que les officiers des maîtrises sont obligés de faire dans les bois & forêts de leur district ; ils doivent tous porter cet habit quand ils sont à cheval pour leurs visites & descentes ; & tous ceux qui ne sont pas gradués doivent siéger avec cet uniforme.
Le maître particulier a sous lui un lieutenant de robe longue, un garde marteau ; il a aussi un procureur du roi, un greffier des huissiers.
Il doit avoir une clé du coffre dans lequel on enferme le marteau de la maîtrise.
Le maître particulier ou son lieutenant connoît en premiere instance, à la charge de l'appel, de toutes les matieres d'eaux & forêts.
Lorsqu'il n'est pas gradué, son lieutenant fait l'instruction & le rapport : le maître cependant a toujours voix délibérative & la prononciation ; mais quand il est gradué, le lieutenant n'a que le rapport & son suffrage : l'instruction, le jugement & la prononciation suivant la pluralité des voix, demeurent au maître, tant en l'audience qu'en la chambre du conseil.
Les maîtres particuliers doivent donner audience au moins une fois la semaine au lieu accoûtumé.
Ils doivent coter & parapher les registres du procureur du roi, du garde-marteau & des gruyers, greffiers, sergens & gardes des forêts & bois du roi, & des bois tenus en grurie, grairie, tiers & danger, possedés en apanage, engagement & par usufruit.
Tous les 6 mois ils doivent faire une visite générale dans ces mêmes bois, & des rivieres navigables & flottables de leur maîtrise, assistés du garde-marteau & des sergens, sans en exclure le lieutenant & le procureur du roi s'ils veulent y assister. S'ils manquent à faire cette visite, ils encourent une amende de 500 livres, & la suspension de leurs charges, même plus grande peine en cas de récidive.
Le procès-verbal de visite doit être signé du maître particulier, & autres officiers présens. Il doit contenir les ventes ordinaires, extraordinaires, soit de futaye, ou de taillis faites dans l'année, l'état, âge & qualité du bois de chaque garde & triage, le nombre & l'essence des arbres chablis, l'état des fossés, chemins royaux, bornes & séparations pour y mettre ordre le plus promtement qu'il sera possible.
Ces visites générales ne les dispensent pas d'en faire souvent des particulieres, dont ils doivent aussi dresser des procès-verbaux.
Ils doivent représenter tous ces procès-verbaux aux grands-maîtres, pour les instruire de la conduite des riverains, gardes & sergens des forêts, marchands ventiers, leurs commis, bucherons, ouvriers, & voituriers, & généralement de toutes choses concernant la police & conservation des eaux & forêts du roi.
Les amendes des délits contenus dans leurs procès-verbaux de visite, doivent être jugées par eux dans la quinzaine, à peine d'en répondre en leur propre & privé nom.
Il leur est aussi ordonné d'arrêter & signer en présence du procureur du roi, quinzaine après, chaque quartier échu, le rôle des amendes, restitutions & confiscations qui ont été jugées en la maîtrise, & de les faire délivrer au sergent collecteur, à peine d'en demeurer responsables.
Ils doivent pareillement faire le recolement des ventes usées dans les bois du roi, six semaines après le tems de la coupe & vuidange expiré.
Ce sont eux aussi qui font les adjudications des bois taillis qui sont en grurie, grairie, tiers & danger, par indivis, apanage, engagement & usufruit, chablis, arbres de délit, menus marchés, panages & glandées.
Ils sont obligés tous les ans avant le premier Décembre, de dresser un état des surmesures & outrepasses qu'ils ont trouvées lors du récolement des ventes des bois du roi, & des taillis en grurie, & autres bois dont on a parlé ci-devant, & des arbres, panage & glandée qu'ils ont adjugé dans le cours de l'année. Cet état doit contenir les sommes à recouvrer, & pour cet effet être remis au receveur des bois, s'il y en a un, ou au receveur du domaine ; ils doivent remettre un double de cet état au grand maître, le tout à peine d'interdiction & d'amende arbitraire.
Enfin ils peuvent visiter étant assistés comme on l'a déja dit, toutes les fois qu'ils le jugent nécessaire, ou qu'il leur est ordonné par le grand maître, les bois & forêts situés dans leur maîtrise, appartenans aux prélats & autres ecclésiastiques, commandeurs, communautés régulieres & séculieres, aux maladreries, hôpitaux & gens de main-morte, & en dresser leurs procès-verbaux en la même forme, & sous les mêmes peines que l'on a expliqué par rapport aux bois du roi. Sur les maîtres particuliers, voyez Saint-Yon, Miraulmont, l'ordonnance des eaux & forêts, tit. 2 & 3 ; la conférence des eaux & forêts. (A)
MAITRE DES REQUETES, ou MAITRE DES REQUETES DE L'HOTEL DU ROI, (Jurisprud.) libellorum supplicium magister, & anciennement requestarum magister, est un magistrat ainsi appellé parce qu'il rapporte au conseil du roi les requêtes qui y sont présentées.
Les magistrats prennent le titre de maîtres des requêtes ordinaires, parce qu'on en a créé en certains tems quelques-uns extraordinaires qui n'avoient point de gages : quelquefois ceux-ci y remplaçoient un ordinaire à sa mort ; quelquefois ils étoient sans fonctions.
Il est difficile de fixer l'époque de l'établissement des maîtres des requêtes ; leur origine se perd dans l'antiquité de la monarchie. Quelques auteurs les font remonter jusqu'au regne de Charlemagne, & l'on cite des capitulaires de ce prince, où se trouvent les termes de missi dominici ; dénomination qui ne peut s'appliquer qu'aux magistrats connus depuis sous le nom de maîtres des requêtes. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'ils existoient long-tems avant que les parlemens fussent devenus sédentaires, & qu'ils étoient chargés des rois, des fonctions les plus augustes & les plus importantes.
Ces magistrats portoient autrefois le nom de poursuivans ou de missi dominici, noms qui leur avoient été donnés par rapport à l'une de leurs principales fonctions.
En effet plusieurs d'entr'eux étoient chargés de parcourir les provinces pour y écouter les plaintes des peuples, veiller à la conservation des domaines, à la perception & répartition des impôts ; avoir inspection sur les juges ordinaires, recevoir les requêtes qui leur étoient présentées ; les expédier sur le champ, quand elles ne portoient que sur des objets de peu de conséquence, & les renvoyer au roi lorsque l'importance de la matiere l'exigeoit.
D'autres maîtres des requêtes, dans le même tems suivoient toujours la cour ; partie d'entr'eux servoit en parlement, tandis que les parlemens étoient assemblés ; & dans l'intervalle d'un parlement à l'autre, expédioient les affaires qui requéroient célérité : partie répondoit les requêtes à la porte du palais, & c'est pour cela qu'on les a souvent appellés juges de la porte, ou des plaids de la porte. En effet, dans ces tems reculés, les rois étoient dans l'usage d'envoyer quelques personnes de leur conseil, recevoir & expédier les requêtes à la porte de leur palais ; souvent même ils s'y rendoient avec eux pour rendre justice à leurs sujets. On voit dans Joinville que cette coutume étoit en vigueur du tems de S. Louis, & que ce prince ne dédaignoit pas d'exercer lui-même cette auguste fonction de la royauté : Souventes fois, dit cet auteur, le roi nous envoyoit les sieurs de Nesle, de Soissons & moi, ouir les plaids de la porte, & puis il nous envoyoit querir, & nous demandoit comme tout se portoit ; & s'il y avoit aucuns qu'on ne pût dépêcher sans lui, plusieurs fois, suivant notre rapport, il envoyoit querir les plaidoians, & les contentoit les mettant en raison & en droiture. On voit dans ce passage que Joinville lui-même étoit juge de la porte, ou du moins qu'il en faisoit les fonctions, fonctions qui étant souvent honorées de la présence du prince, n'étoient point au-dessous de la dignité des noms les plus respectables.
Enfin, sous Philippe de Valois, le nom de maîtres des requêtes leur est seul demeuré, tant parce qu'ils connoissoient spécialement des causes des domestiques & commensaux de la maison du roi, que parce que c'étoit dans le palais même qu'ils exerçoient leur jurisdiction. Le premier monument où on les trouve ainsi qualifiés, est une ordonnance de 1345.
Le nombre des maîtres des requêtes a fort varié. Il paroît par une ordonnance de 1285, qu'ils n'étoient pour lors que trois.
Philippe le Bel, par une ordonnance de 1289, porta leur nombre jusqu'à six, dont deux seulement devoient suivre la cour, & les quatre autres servir en parlement. Au commencement du regne de François I. ils n'étoient que huit, & ce prince eut bien de la peine à en faire recevoir un neuvieme en 1522 ; mais dès l'année suivante il créa trois charges nouvelles. Ce n'a plus été depuis qu'une suite continuelle de créations & de suppressions, dont il seroit inutile de suivre ici le détail. Il suffit de savoir que, malgré les représentations du corps, & les remontrances des parlemens qui se sont toujours opposés aux nouvelles créations, les charges de maître des requêtes s'étoient multipliées jusqu'à quatre-vingt-huit, & que par la derniere suppression de 1751, elles ont été réduites à quatre-vingt.
Il paroît que l'état des maîtres des requêtes étoit de la plus grande distinction, & qu'étant attachés à la cour, on les regardoit autant comme des courtisans, que comme des magistrats ; il y a même lieu de penser qu'ils n'ont pas toujours été de robe longue.
Indépendamment des grands noms que l'on trouve dans le passage de Joinville, ci-dessus rapporté, ainsi que dans l'ordonnance de 1289, & plusieurs autres monumens, les registres du parlement en fournissent des preuves plus récentes. On y voit qu'en 1406, un maître des requêtes fut baillif de Rouen ; deux autres furent prévôts de Paris en 1321 & en 1512 : or il est certain que la charge de prévôt de Paris, & celles de baillifs & sénéchaux, ne se donnoient pour lors qu'à la plus haute noblesse, & qu'il falloit avoir servi pour les remplir. D'ailleurs le titre de sieur ou de messire, qui leur est donné dans les anciennes ordonnances, & notamment dans celle de 1289, ne s'accordoit qu'aux personnes les plus qualifiées. C'est par un reste de cette ancienne splendeur que les maîtres des requêtes ont conservé le privilege de se présenter devant le roi & la famille royale dans les cérémonies, non pas par députés, ni en corps de compagnie, comme les cours souveraines, mais séparément comme les autres courtisans.
Les prérogatives des maîtres des requêtes étoient proportionnées à la considération attachée à leur état. Du tems de François I. & de Henri II. ils avoient leur entrée au lever du roi, en même tems que le grand-aumônier. Ils ont toujours été regardés comme commensaux de la maison du roi, & c'est en cette qualité, qu'aux obseques des rois, ils ont une place marquée sur le même banc que les évêques ; ils en ont encore un aux représentations des pieces de théâtre.
Nous avons déjà remarqué que dès les tems les plus reculés, ils avoient seuls le privilege de recevoir les placets présentés au roi, & de lui en rendre compte. M. le duc d'Orléans les en avoit remis en possession au commencement de sa régence, mais comme il falloit les remettre aux secrétaires d'état, l'usage s'est rétabli de les donner au capitaine des gardes, qui les met sur un banc dans l'anti-chambre du roi, sur lequel les secrétaires du roi les prennent ; de sorte que les maîtres des requêtes ne jouissent actuellement que du droit de suivre le roi à sa messe & d'y assister & le reconduire jusqu'à son cabinet, comme ils le faisoient lorsqu'il leur remettoit les placets. Il y en a toujours deux nommés par semaine pour cette fonction, qu'ils ne remplissent plus que les dimanches & fêtes. Ils sont en robe lorsque le roi entend la messe en cérémonie à son prie-dieu, & leur place est auprès du garde de la manche, du côté du fauteuil du roi, & sur le bord de son tapis. Lorsqu'il entend la messe en sa tribune, ils sont en manteau court, & se placent auprès du fauteuil : ils ont la même fonction lorsque le roi va à des Te Deum, ou à d'autres cérémonies dans les églises.
L'établissement des intendans a succédé à l'usage d'envoyer les maîtres des requêtes dans les provinces. L'objet de leur mission y est toujours à-peu-près le même, à cette différence qu'ils sont aujourd'hui attachés d'une maniere fixe à une province particuliere ; au lieu qu'autrefois leur commission embrassoit tout le royaume, & n'étoit que passagere.
Les fonctions des maîtres des requêtes se rapportent à trois objets principaux ; le service du conseil, celui des requêtes de l'hôtel, & les commissions extraordinaires du conseil.
Ils forment avec les conseillers d'état, le conseil privé de S. M. que tient M. le chancelier. Ils y sont chargés de l'instruction & du rapport de toutes les affaires qui y sont portées ; ils y assistent & y rapportent debout, à l'exception du doyen seul qui est assis & qui rapporte couvert.
Ils sont au contraire tous assis à la direction des finances ; la raison de cette différence vient de ce que le roi est reputé présent au conseil, & non à la direction. Ils entrent aussi au conseil des dépêches & à celui des finances, lorsqu'ils se trouvent chargés d'affaires de nature à être rapportées devant le roi, & ils y rapportent debout à côté du roi.
Le service des maîtres des requêtes au conseil, étoit divisé par trimestres, mais depuis le réglement de 1671, ils y servent également toute l'année ; mais à l'exception des requêtes en cassation & des redistributions, ils n'ont part à la distribution des instances que pendant leur quartier. Cette distinction de quartiers s'est conservée aux requêtes de l'hôtel. Ce tribunal composé de maîtres des requêtes, connoît en dernier ressort de l'exécution des arrêts du conseil, & jugemens émanés de commissions du conseil, des taxes de dépens du conseil, du faux incident, & autres poursuites criminelles incidentes aux instances pendantes au conseil ou dans les commissions, & à charge d'appel au parlement des affaires que ceux qui ont droit de committimus au grand sceau peuvent y porter. Il y a un avocat & un procureur général dans cette jurisdiction.
Ils servent aussi dans lesdites commissions qu'il plaît au roi d'établir à la suite de son conseil, & ce sont eux qui y instruisent & rapportent les affaires.
L'assistance au sceau fait encore partie des fonctions des maîtres des requêtes. Il y en a toujours deux qui y sont de service pendant leur quartier aux requêtes de l'hôtel ; mais quand S. M. le tient en personne, elle en nomme six au commencement de chaque quartier pour y tenir pendant ce quartier conjointement avec les six conseillers qui forment avec eux un conseil pour le sceau. Ils y assistent en robe, debout aux deux côtés du fauteuil du roi ; & ils sont pareillement de l'assemblée qui se tient alors chez l'ancien des conseillers d'état, pour l'examen des lettres de graces & autres expéditions qui doivent être présentées au sceau.
La garde des sceaux de toutes les chancelleries de France leur appartient de droit. Celui de la chancellerie de Paris est tenu aux requêtes de l'hôtel par le doyen des maîtres des requêtes, le premier mois de chaque quartier, & le reste de l'année par les doyens des quartiers, chacun pendant les deux derniers mois de son trimestre.
Les maîtres des requêtes sont membres du parlement, & ils y sont reçus ; c'est en cette qualité qu'ils ont le droit de ne pouvoir être jugés que par les chambres assemblées, & ils ne peuvent l'être, ni même decrétés par autre parlement que celui de Paris. En 1517 le parlement de Rouen ayant decrété un maître des requêtes, l'arrêt fut cassé & lacéré, & le premier président decrété. Autrefois les maîtres des requêtes siégeoient au parlement sans limitation de nombre ; mais depuis, les charges s'étant fort multipliées, le parlement demanda que le nombre de ceux qui pourroient y avoir entrée à la fois fût fixé. Ces remontrances eurent leur effet vers 1600 ; il fut réglé qu'il ne pourroit y avoir que quatre maîtres des requêtes à la fois au parlement ; & cet usage a toujours été observé depuis.
Ils ont pareillement séance dans les autres parlemens du royaume ; leur place est au-dessus du doyen de la compagnie ; depuis l'établissement des présidiaux, les maîtres des requêtes, les présidens, ont le droit de les précéder.
Les maîtres des requêtes sont pareillement membres du grand-conseil & présidens nés de cette compagnie. Ce droit dont l'exercice avoit été suspendu quelque tems, leur a été rendu en 1738 par la suppression des charges de présidens en titre d'office. Depuis cette année ils en font les fonctions par commission au nombre de huit, quatre par semestre : ces commissions se renouvellent de 4 ans en 4 ans.
Dans les cérémonies publiques, telles que les Te Deum, les maîtres des requêtes n'assistent point en corps de cour, mais quatre d'entr'eux y vont avec le parlement, & deux y sont à côté du prie-dieu du roi, lorsqu'il y vient ; d'autres enfin y accompagnent le chancelier & le garde des sceaux, suivant qu'ils y sont invités par eux, & ordinairement au nombre de huit ; ils y prennent place après les conseillers d'état.
Le doyen des maîtres des requêtes est conseiller d'état ordinaire né, il en a les appointemens, & siege en cette qualité au conseil toute l'année ; les doyens des quartiers jouissent de la même prérogative, mais pendant leur trimestre seulement.
Les maîtres des requêtes, en qualité de membres du parlement, ont le droit d'indult. De tout tems nos rois leur ont accordé les privileges & les immunités les plus étendues. Ils jouissent notamment de l'exemption de tous droits féodaux, lorsqu'ils acquierent des biens dans la mouvance du roi.
Leur habit de cérémonie est une robe de soie, avec le rabat plissé ; à la cour ils portent un petit manteau, ou le grand lorsque le roi reçoit des révérences de la cour, pour les pertes qui lui sont arrivées. Ils ne prennent la robe que pour entrer au conseil, ou pour le service des requêtes de l'hôtel ou du palais. Voyez le célebre Budée qui avoit été maître des requêtes, dans sa lettre à Erasme, où il déclare les prééminences de l'office de maître des requêtes. Voyez aussi Miraulmont, Fontanon, Boucheul, La Rocheflavin, Joly, & le mot INTENDANT. (A)
MAITRES DES REQUETES DE L'HOTEL DES ENFANS DU ROI, sont des officiers établis pour rapporter les requêtes au conseil des enfans de France ; il en est parlé dans une ordonnance de Philippe de Valois du 15 Février 1345, par laquelle il semble qu'ils connoissoient des causes personnelles des gens du roi ; ce qui ne subsiste plus, ils jouissent des privileges des commensaux.
MAITRES DES REQUETES DE L'HOTEL DE LA REINE, sont des officiers établis pour faire le rapport des requêtes & mémoires qui sont présentés au conseil de la reine ; il en est parlé dans une ordonnance de Philippe de Valois du 15 Février 1345, suivant laquelle il paroît qu'ils connoissoient des causes personnelles des gens de l'hôtel du roi. Présentement ces sortes d'offices sont presque sans fonction. Ils sont au nombre de quatre ; ils jouissent de tous les privileges des commensaux. (A)
MAITRE EN CHIRURGIE, c'est le titre qu'on donne à ceux qui ont acquis le droit d'exercer la Chirurgie par leur reception au corps des Chirurgiens, après les épreuves nécessaires qui justifient de leur capacité. C'est aux Chirurgiens seuls & exclusivement qu'il appartient d'apprécier le mérite & le savoir de ceux qui se destinent à l'exercice d'un art si important & si difficile. Les lois ont pris les plus sages précautions, & les mesures les plus justes, afin que les études, les travaux & les actes nécessaires, pour obtenir le grade de maître en Chirurgie, fussent suivis dans le meilleur ordre, relativement à l'utilité publique. Nous allons indiquer en quoi consistent ces différens exercices.
Par la déclaration du roi du 23 Avril 1743, les Chirurgiens de Paris sont tenus, pour parvenir à la maîtrise, de rapporter des lettres de maître-ès-arts en bonne forme, avec le certificat du tems d'études. On y reconnoît qu'il est important que dans la capitale les Chirurgiens, par l'étude des lettres, puissent acquérir une connoissance plus parfaite des regles d'un art si nécessaire au genre humain ; & cette loi regrette que les circonstances des tems ne permettent pas de l'établir de même dans les principales villes du royaume.
Une déclaration si favorable au progrès de la Chirurgie, & qui sera un monument éternel de l'amour du roi pour ses sujets, a trouvé des contradicteurs, & a été la source de disputes longues & vives, dont nous avons parlé au mot CHIRURGIEN. Les vûes du bien public ont enfin prévalu, & les parlemens de Guyenne, de Normandie & de Bretagne, sans égard aux contestations qui se sont élevées à Paris, ont enregistré des statuts pour les principales villes de leur ressort, par lesquels les fraix de réception à la maîtrise en Chirurgie sont moindres en faveur de ceux qui y aspireront, avec le grade de maître-ès-arts. La plûpart des cours souveraines du royaume, en enregistrant les lettres-patentes du 10 Août 1756 : qui donnent aux Chirurgiens de provinces, exerçans purement & simplement la Chirurgie, les privileges de citoyens notables, ont restreint la jouissance des honneurs & des prérogatives attachées à cette qualité aux seuls Chirurgiens gradués, & qui présenteront des lettres de maître-ès-arts en bonne forme.
Un arrêt du conseil d'état du roi du 4 Juillet 1750, qui fixe entr'autres choses l'ordre qui doit être observé dans les cours de Chirurgie à Paris, établis par les bienfaits du roi en vertu des lettres-patentes du mois de Septembre 1724, ordonne que les éleves en Chirurgie seront tenus de prendre des inscriptions aux écoles de saint Côme, & de rapporter des certificats en bonne forme, comme ils ont fait le cours complet de trois années sous les professeurs royaux qui y enseignent pendant l'été ; la premiere année, la Physiologie & l'Hygiene ; la seconde année, la Pathologie générale & particuliere, qui comprend le traité des tumeurs, des plaies, des ulceres, des luxations & des fractures ; & la troisieme, la Therapeutique ou la méthode curative des maladies chirurgicales ; l'on traite spécialement dans ces leçons de la matiere médicale externe, des saignées, des ventouses, des cauteres, des eaux minérales, considérées comme remedes extérieurs, &c. Pendant l'hiver de ces trois années d'études, les éleves doivent fréquenter assiduement l'école pratique : elle est tenue par les professeurs & démonstrateurs royaux d'anatomie & des opérations, qui tirent des hôpitaux ou de la basse-geole les cadavres dont ils ont besoin pour l'instruction publique. Il y a en outre un professeur & démonstrateur pour les accouchemens, fondé par feu M. de la Peyronie, premier chirurgien du roi, pour enseigner chaque année les principes de cette partie de la Chirurgie aux éleves séparément du pareil cours, qui suivant la même fondation, se fait en faveur des sages-femmes & de leurs apprentisses.
Les professeurs des écoles de Chirurgie sont brevetés du roi, & nommés par Sa Majesté sur la présentation de son premier chirurgien. Ils sont permanens, & occupés par état & par honneur à mériter la confiance des éleves, & l'applaudissement de leurs collegues. Cet avantage ne se trouveroit point, si l'emploi de professeur étoit passager comme dans d'autres écoles, où cette charge est donnée par le sort & pour un seul cours ; ce qui fait qu'une des plus importantes fonctions peut tomber par le hasard sur ceux qui sont le moins capables de s'en bien acquiter.
Outre les cours publics, il y a des écoles d'Anatomie & de Chirurgie dans tous les hôpitaux, & des maîtres qui, dévoués par goût à l'instruction des éleves, leur font dissequer des sujets, & enseignent dans leurs maisons particulieres l'anatomie, & font pratiquer les opérations chirurgicales.
Il ne suffit pas que l'éleve en chirurgie soit préparé par l'étude des humanités & de la philosophie qui ont dû l'occuper jusqu'à environ dix-huit ans, âge avant lequel on n'a pas ordinairement l'esprit assez formé pour une étude bien sérieuse ; & que depuis il ait fait le cours complet de trois années dans les écoles de chirurgie, on exige que les jeunes Chirurgiens ayent demeuré en qualité d'éleves durant six ans consécutifs chez un maître de l'art, ou chez plusieurs pendant sept années. Dans d'autres écoles qui ont, comme celle de Chirurgie, la conservation & le rétablissement de la santé pour objet, on parvient à la maîtrise en l'art, où, pour parler le langage reçu, l'on est promu au doctorat après les seuls exercices scholastiques pendant le tems prescrit par les statuts. Mais en Chirurgie, on demande des éleves une application assidue à la pratique sous les yeux d'un ou de plusieurs maîtres pendant un tems assez long.
On a reproché aux jeunes Chirurgiens, dans des disputes de corps, cette obligation de domicile, qu'on traitoit de servitude, ainsi que la dépendance où ils sont de leurs chefs dans les hôpitaux, employés aux fonctions ministérielles de leur art pour le service des malades. Mais le bien public est l'objet de cette obligation, & les éleves n'y trouvent pas moins d'utilité pour leur instruction, que pour leur avancement particulier. L'attachement à un maître, est un moyen d'être exercé à tout ce qui concerne l'art, & par degrés depuis ce qu'il y a de moindre, jusqu'aux opérations les plus délicates & les plus importantes. Tout le monde convient que, dans tous les arts, ce n'est qu'en pratiquant qu'on devient habile : l'éleve, en travaillant sous des maîtres, profite de leur habileté & de leur expérience ; il en reçoit journellement des instructions de détail, dont l'application est déterminée ; il ne néglige rien de ce qu'il faut savoir ; il demande des éclaircissemens sur les choses qui passent la partie actuelle de ses lumieres ; enfin il voit habituellement des malades. Quand on a passé ainsi quelques années à leur service sous la direction des maîtres de l'art, & qu'on est parvenu au même grade, on est moins exposé à l'inconvénient, fâcheux à plus d'un égard, de se trouver long-tems après sa réception, ancien maître & jeune praticien, comme on en voit des exemples ailleurs.
Dans un art aussi important & qui ne demande pas moins de pratique que de théorie, ce seroit un grand défaut dans la constitution des choses, qu'un homme pût s'élever à la qualité de maître, sans avoir été l'éleve de personne en particulier. Les leçons publiques peuvent être excellentes, mais elles ne peuvent être ni assez détaillées, ni assez soutenues, ni avoir le mérite des instructions pratiques, personnelles, variables, suivant les différentes circonstances qui les exigent. Avant l'établissement des universités, la Medecine, de même que la Chirurgie, s'apprenoit sous des maîtres particuliers, dont les éleves étoient les enfans adoptifs. Le serment d'Hippocrate nous rappelle, à ce sujet, une disposition bien digne d'être proposée comme modele. " Je regarderai toujours comme mon pere celui qui m'a enseigné cet art ; je lui aiderai à vivre, & lui donnerai toutes les choses dont il aura besoin. Je tiendrai lieu de frere à ses enfans, & s'ils veulent se donner à la medecine, je la leur enseignerai sans leur demander ni argent, ni promesse. Je les instruirai par des préceptes abrégés & par des explications étendues, & autrement avec tout le soin possible. J'instruirai de même mes enfans, & les disciples qu'on aura mis sous ma conduite, qui auront été immatriculés, & qui auront fait le serment ordinaire, & je ne communiquerai cette science à nul autre qu'à ceux-là. "
On pourroit objecter contre l'obligation du domicile, qu'un jeune homme trouve des ressources pour son instruction dans les leçons publiques, dans la fréquentation des hôpitaux, & qu'il se fera par l'étude l'éleve d'Hippocrate, d'Ambroise Paré, de Fabrice de Hildan & d'Aquapendente, comme les Médecins le sont d'Hippocrate, de Galien, de Sydenham & de Boerhaave. Mais ces grands maîtres ne sont plus, & ne peuvent par conséquent nous répondre de la capacité de leurs disciples. Il est de l'intérêt public qu'avant de se présenter sur les bancs, un candidat ait été attaché pendant plusieurs années à quelque praticien qui l'ait formé dans son art, introduit chez les malades, entretenu d'observations bien suivies sur les maladies, dans leurs différens états, dans leurs diverses complications, & dans leurs différentes terminaisons. Le grand fruit de l'assujettissement des éleves sous des maîtres n'est pas seulement relatif à l'instruction, les Chirurgiens y trouvent même un moyen d'avancement & de fortune. Menés dans les maisons, ils sont connus du public pour les éleves des maîtres en qui l'on a confiance ; ils sont à portée de la mériter à un certain degré par leur application & leur bonne conduite. Ceux qui n'ont pas eu cet avantage, percent plus difficilement : c'est ce qu'on voit dans la Médecine, où ordinairement il faut veiller avant que d'atteindre à une certaine réputation qui procure une grande pratique. Il est rare que des circonstances heureuses favorisent un homme de mérite. C'est la mort ou la retraite des anciens médecins, comme celle des anciens avocats, qui poussent le plus chez les malades & au barreau. De cette maniere, on doit à son âge, plus encore qu'à ses talens, l'avantage d'être fort employé sur la fin de ses jours. Delà peut-être est né ce proverbe si commun, jeune chirurgien, vieux médecin, dont on peut faire de si fausses applications. Si les Chirurgiens sont plus tôt formés, ils le doivent au grand exercice de leur art ; & ceux même qu'on regarderoit comme médiocres, sont capables de rendre au public des services essentiels & très-utiles, par l'opération de la saignée & le traitement d'un grand nombre de maladies, qui n'exigent pas des lumieres supérieures, ni des opérations considérables, quoique l'art d'opérer, considéré du côté manuel, ne soit pas la partie la plus difficile de la Chirurgie, comme nous l'avons prouvé aux mots Chirurgie & Opération. Voyez CHIRURGIE & OPERATION.
L'éleve qui a toutes les qualités requises ne peut se mettre sur les bancs pour parvenir à la maîtrise que pendant le mois de Mars, & il subit le premier Lundi du mois d'Avril, dans une assemblée générale, un examen sommaire sur les principes de la Chirurgie : les quatre prevôts sont les seuls interrogateurs ; & si le candidat est jugé suffisant & capable, il est immatriculé sur les registres. L'acte de tentative ne peut être différé plus de trois mois après l'immatricule. Dans cet exercice, l'aspirant est interrogé au moins par treize maîtres, à commencer par le dernier reçu ; les douze autres examinateurs sont tirés au sort par le lieutenant du premier chirurgien du roi, immédiatement avant l'examen & en présence de l'assemblée. En tentative, on interroge ordinairement sur les principes de la Chirurgie, & principalement sur des points physiologiques. Le troisieme acte, nommé premier examen, a pour objet la Pathologie, tant générale que particuliere. Le candidat est interrogé par neuf maîtres, au choix du premier chirurgien du roi ou de son lieutenant : si le candidat est approuvé après cet acte, il entre en semaine. Il y en a quatre dans le cours de la licence : dans la premiere, nommée d'ostéologie, le candidat doit soutenir deux actes en deux jours séparés, dont l'un est sur la démonstration du squelete, & l'autre sur toutes les opérations nécessaires pour guérir les maladies des os. Après la semaine d'ostéologie vient celle d'anatomie, pour laquelle on ne peut se présenter que depuis le premier jour de Novembre, jusqu'au dernier jour de Mars, ou au plus jusqu'à la fin d'Avril, si la saison le permet.
La semaine d'anatomie se fait sur un cadavre humain : elle est composée de treize actes. L'aspirant devant travailler & répondre pendant six jours & demi consécutifs, soir & matin ; savoir, le matin pour les opérations de la Chirurgie ; & le soir, sur toutes les parties de l'Anatomie.
La troisieme semaine est celle des saignées. L'aspirant y soutient deux actes à deux différens jours, l'un sur la théorie, & l'autre sur la pratique des saignées.
La quatrieme & derniere semaine est appellée des médicamens, pendant laquelle le candidat est obligé de soutenir encore deux actes à deux différens jours : le premier, sur les médicamens simples : le second, sur les médicamens composés. Les quatre prevôts sont les seuls interrogateurs dans les actes des quatre semaines, & c'est le lieutenant du premier chirurgien du roi qui recueille les voix de l'assemblée sur l'admission ou le refus de l'aspirant.
Après les quatre semaines, il y a un dernier examen, nommé de rigueur, qui a pour objet les méthodes curatives des différentes maladies chirurgicales, & l'explication raisonnée de faits de pratique. Dans cet acte, le candidat doit avoir au-moins douze interrogateurs, tirés au sort par le lieutenant du premier chirurgien du roi, en présence de l'assemblée.
Les candidats doivent ensuite soutenir une thèse ou acte public en latin. La faculté de Médecine y est invitée par le répondant ; elle y députe avec son doyen deux autres docteurs, qui occupent trois fauteuils au côté droit du bureau du lieutenant du premier chirurgien du roi & des prevôts. Cet acte doit durer au moins quatre heures : pendant la premiere, les médecins députés proposent les difficultés qu'ils jugent à-propos sur les matieres de l'acte : les maîtres en Chirurgie argumentent pendant les trois autres heures ; après quoi, si l'aspirant a été trouvé capable par la voie du scrutin au suffrage des seuls maîtres de l'art, on procede à sa reception dans une salle séparée. Le lieutenant propose au candidat une question, sur laquelle il demande son rapport par écrit ; il faut y satisfaire sur le champ, & faire lecture publique de ce rapport ; ensuite de quoi, le candidat prête le serment accoûtumé, & signe sur les registres sa reception à la maîtrise en l'art & science de la Chirurgie.
Ceux qui ont rendu pendant six années des services gratuits dans les hôpitaux de Paris, avec la qualité de gagnant-maîtrise, après un examen suffisant, sont dispensés des actes de la licence, & sont reçus au nombre des maîtres en l'art & science de la Chirurgie en soutenant l'acte public. Il y a six places de gagnant-maîtrise ; deux à l'Hôtel-Dieu, dont une par le privilege de l'hôpital des Incurables ; une à l'hôpital de la Charité ; deux à l'hôpital général, l'une pour la maison de la Salpétriere, l'autre pour la maison de Bicètre ; enfin une place de gagnant-maîtrise en Chirurgie à l'hôtel royal des Invalides : ensorte que, par la voie des hôpitaux, il y a chaque année l'une dans l'autre un maître en Chirurgie.
Ceux qui ont acheté des charges dans la maison du roi ou des princes, auxquelles le droit d'aggrégation est attaché, sont aussi admis, sans autre examen que le dernier, à la maîtrise en Chirurgie, de laquelle ils sont déchus, s'ils viennent à vendre leurs charges avant que d'avoir acquis la vétérance par vingt-cinq années de possession.
Les Chirurgiens qui ont pratiqué avec réputation dans une ville du royaume où il y a archevêché & parlement, après vingt années de reception dans leur communauté, peuvent se faire aggréger au college des Chirurgiens de Paris, où ils ne prennent rang que du jour de leur aggrégation.
Les examens que doivent subir les candidats en Chirurgie, paroissent bien plus utiles pour eux & bien plus propres à prouver leur capacité, que le vain appareil des thèses qu'on feroit soutenir successivement ; parce que les thèses sont toujours sur une matiere au choix du candidat ou du président ; qu'on n'expose sur le programme la question que sous le point de vûe qu'on juge à-propos ; que le sujet est prémédité, & suppose une étude bornée & circonscrite, qui ne demande qu'une application déterminée à un objet particulier & exclusif de tout ce qui n'y a pas un rapport immédiat. Il n'y a personne qu'on ne puisse mettre en état de soutenir assez passablement une thèse, pour peu qu'il ait les premieres notions de la science. Il y a long-tems qu'on a dit que la distinction avec laquelle un répondant soutenoit un acte public, prouvoit moins son habileté que l'artifice du maître. M. Baillet a dit à ce sujet, qu'on pouvoit paroître avec applaudissement sur le théâtre des écoles par le secours de machines qu'on monte pour une seule représentation, & dont on ne conserve souvent plus rien après qu'elles ont fait leur effet. On peut lire avec satisfaction & avec fruit une dissertation contre l'usage de soutenir des thèses en Médecine, par M. le François, docteur en Médecine de la faculté de Paris, publiée en 1720, & qui se trouve chez Cavelier, libraire, rue S. Jaques, au lys-d'or. Il y a du même auteur des réflexions critiques sur la Médecine, en deux volumes in-12. qui sont un ouvrage très-estimable & trop peu connu.
La réception n'est pas le terme des épreuves auxquelles les Chirurgiens sont assujettis, pour mériter la confiance du public. L'arrêt déja cité du conseil d'état du Roi du 4 Juillet 1750, portant réglement entre la faculté de Médecine de Paris & les maîtres en l'art & science de la Chirurgie, a ordonné, sur les représentations de M. de la Martiniere, premier chirurgien de sa Majesté, pour la plus grande perfection de la Chirurgie, que les maîtres nouveaux reçus seront tenus d'assister assidument, pendant deux ans au moins, aux grandes opérations qui se feront dans les hôpitaux, en tel nombre qu'il sera jugé convenable par les chirurgiens majors desdits hôpitaux, ensorte qu'ils puissent y être tous admis successivement. Par un autre article de ce réglement, lesdits nouveaux maîtres sont tenus d'appeller pendant le même tems deux de leurs confreres, ayant au moins douze années de réception, aux opérations difficiles qu'ils entreprendront, sa Majesté leur défendant d'en faire aucune durant ledit tems qu'en présence & par le conseil desdits maîtres à ce appellés. Cette disposition de la loi est une preuve de la bonté vigilante du prince pour ses sujets, & fait l'éloge du chef de la Chirurgie qui l'a sollicité.
Les chirurgiens des grandes villes de province, telles que Bordeaux, Lyon, Montpellier, Nantes, Orléans, Rouen, ont des statuts particuliers qui prescrivent des actes probatoires aussi multipliés qu'à Paris ; &, suivant les statuts généraux pour toutes les villes qui n'ont point de réglemens particuliers, les épreuves pour la réception sont assez rigoureuses, pour mériter la confiance du public, si les interrogateurs s'acquitent de leur devoir avec la capacité & le zele convenables.
Les aspirans doivent avoir fait un apprentissage de deux ans au moins, puis avoir travaillé trois ans sous des maîtres particuliers, ou deux ans dans les hôpitaux des villes frontieres, ou au moins une année dans les hôpitaux de Paris, à l'Hôtel-Dieu, à la Charité ou aux Invalides.
L'immatricule se fait après un examen sommaire ou tentative, dans lequel acte l'aspirant est interrogé par le lieutenant du premier chirurgien du Roi & par les deux prevôts, ou par le prevôt, s'il n'y en a qu'un, & par le doyen de la communauté.
Deux mois après au plus tard, il faut soutenir le premier examen, où le lieutenant, les deux prevôts, le doyen & quatre maîtres tirés au sort, interrogent l'aspirant, chacun pendant une demi-heure au moins, sur les principes de la Chirurgie, & le général des tumeurs, des plaies & des ulceres. S'il est jugé incapable, faute de suffisante application, il est renvoyé à trois mois pour le même examen ; sinon il est admis à faire sa semaine d'Ostéologie deux mois après.
La semaine d'Ostéologie a deux jours d'exercice. Le premier jour, l'aspirant est interrogé par le lieutenant, les prevôts & deux maîtres tirés au sort, sur les os du corps humain ; &, après deux jours d'intervalle, le second acte de cette semaine est sur les fractures & luxations, & sur les bandages & appareils.
On n'entre en semaine d'Anatomie que depuis le premier de Novembre jusqu'au dernier jour d'Avril. Cette semaine a deux actes. Le premier jour, on examine sur l'Anatomie, & l'aspirant fait les opérations sur un sujet humain ; à son défaut, sur les parties des animaux convenables. Le second jour, l'examen a pour objet les opérations chirurgicales, telles que la cure des tumeurs, des plaies, l'amputation, la taille, le trépan, le cancer, l'empyeme, les hernies, les ponctions, les fistules, l'ouverture des abscès, &c.
La troisieme semaine, l'aspirant soutient deux actes : le premier, sur la théorie & la pratique de la saignée, sur les accidens de cette operation, & les moyens d'y remédier. Le second, sur les médicamens simples & composés, sur leurs vertus & effets.
Dans le dernier examen, l'aspirant est interrogé sur des faits de pratique par le lieutenant, les prevôts, & six maîtres tirés au sort. S'il est jugé capable, on procede à sa réception, & il prete serment dans une autre séance entre les mains du lieutenant du premier chirurgien du Roi, en présence du médecin royal, qui a dû être invité à l'acte appellé tentative, & au premier & dernier examen seulement. Sa présence à ces actes de théorie est purement honorifique, c'est-à-dire, qu'il ne peut interroger le récipiendaire, & qu'il n'a point de droit de suffrage pour l'admettre ou le refuser.
Pour les bourgs & villages, il n'y a qu'un seul examen de trois heures sur les principes de la Chirurgie, sur les saignées, les tumeurs, les plaies & les médicamens, devant le lieutenant du premier chirurgien du Roi, les prevôts, ou le prevôt & le doyen de la communauté. (Y)
MAITRE CANONNIER, (Hist. mod.) est en Angleterre un officier commis pour enseigner l'art de tirer le canon à tous ceux qui veulent l'apprendre, en leur faisant prêter un serment qui, indépendamment de la fidélité qu'ils doivent au roi, leur fait promettre de ne servir aucun prince ou état étranger sans permission, & de ne point enseigner cet art à d'autres que ceux qui auront prêté le même serment. Le maître canonnier donne aussi des certificats de capacité à ceux que l'on présente pour être canonniers du roi.
M. Moor observe qu'un canonnier doit connoître ses pieces d'artillerie, leurs noms qui dépendent de la hauteur du calibre, & les noms des différentes parties d'un canon ; comme aussi la maniere de les calibrer, &c. Voyez ARTILLERIE. Chambers.
Il n'y a point en France de maître canonnier ; les soldats de royal-Artillerie sont instruits dans les écoles de tout ce qui concerne le service du canonnier. Voyez ÉCOLES D'ARTILLERIE.
MAITRE, (Marine) Ce mot dans la marine se donne à plusieurs officiers chargés de différens détails. Sur les vaisseaux du roi, le maître est le premier officier marinier : c'est lui qui est chargé de faire exécuter les commandemens que lui donne le capitaine ou l'officier de quart pour la manoeuvre. Dans un jour de combat, sa place est à côté du capitaine. Cet officier est chargé de beaucoup de détails : il observe le travail des matelots afin d'instruire ceux qui manquent par ignorance, & châtier ceux qui ne font pas leur devoir.
Le maître doit assister à la carene, prendre soin de l'arrimage & assiette du vaisseau, être présent au magasin pour prendre leur premiere garniture & pour recevoir le rechange, dont ils doivent donner un inventaire signé de leur main au capitaine.
Il doit avoir soin du vaisseau & de tout ce qui est dedans, le faire nettoyer, laver, suifer, brayer & goudronner ; avoir l'oeil sur tous les agrès, & faire mettre chaque chose en sa place.
Il est défendu aux officiers des siéges de l'amirauté, de recevoir aucuns maîtres qu'ils ne soient âgés de vingt-cinq ans, & qu'ils n'aient fait deux campagnes de trois mois chacune au moins sur les vaisseaux du roi, outre les cinq années de navigation qu'ils doivent avoir faites précédemment.
L'ordonnance de Louis XIV. pour les armées navales & arsenaux de marine du 15 Avril 1689, regle & détaille toutes fonctions particulieres du maître dans lesquelles il seroit trop long d'entrer.
MAITRE DE VAISSEAU ou CAPITAINE MARCHAND, (Marine) appellé sur la Méditerranée patron. Il appartient au maître d'un vaisseau marchand de choisir les pilotes, contre-maître, matelots & compagnons ; ce qu'il doit néanmoins faire de concert avec les propriétaires lorsqu'il est dans le lieu de leur demeure.
Pour être reçu capitaine, maître ou patron de navire marchand, il faut avoir navigué pendant cinq ans, & avoir été examiné publiquement sur le fait de la navigation, & trouvé capable par deux anciens maîtres, en présence des officiers de l'amirauté & du professeur d'Hydrographie, s'il y en a.
Le maître ou capitaine marchand est responsable de toutes les marchandises chargées dans son bâtiment, dont il est tenu de rendre compte sur le pié des connoissemens. Il est tenu d'être en personne dans son bâtiment lorsqu'il sort de quelque port, havre ou riviere. Il peut, par l'avis du pilote & contre-maître, faire donner la cale, mettre à la boucle, & punir d'autres semblables peines les matelots mutins, ivrognes & désobéissans. Il ne peut abandonner son bâtiment pendant le cours du voyage pour quelque danger que ce soit, sans l'avis des principaux officiers & matelots ; &, en ce cas, il est tenu de sauver avec lui l'argent & ce qu'il peut des marchandises plus précieuses de son chargement. Si le maître fait fausse route, commet quelque larcin, souffre qu'il en soit fait dans son bord, ou donne frauduleusement lieu à l'altération ou confiscation des marchandises ou du vaisseau, il doit être puni corporellement. Voyez l'ordonnance de 1681, l. II. tit. 1.
MAITRE D'EQUIPAGE ou MAITRE ENTRETENU DANS LE PORT, (Marine) c'est un officier marinier choisi entre les plus expérimentés, & établi dans chaque arsenal, afin d'avoir soin de toutes les choses qui regardent l'équipement, l'armement & le désarmement des vaisseaux, tant pour les agréer, garnir & armer, que pour les mettre à l'eau, les caréner, & pour ce qui sert à les amarrer & tenir en sûreté dans le port. Il fait disposer les cabestans & manoeuvres nécessaires pour mettre les vaisseaux à l'eau, & est chargé du soin de préparer les amarres & de les faire amarrer dans le port. Voyez l'ordonnance de 1689 citée ci-dessus.
MAITRE DE QUAI, (Marine) officier qui fait les fonctions du capitaine de port dans un havre. Il est chargé de veiller à tout ce qui concerne la police des quais, ports & havres ; d'empêcher que de nuit on ne fasse du feu dans les navires, barques & bateaux ; d'indiquer les lieux propres pour chauffer les bâtimens, gaudronner les cordages, travailler aux radoubs & calfats, & pour lester & délester les vaisseaux ; de faire passer & entretenir les fanaux, les balises, tonnes & boules, aux endroits nécessaires ; de visiter une fois le mois, & toutes les fois qu'il y a eu tempête, les passages ordinaires des vaisseaux, pour reconnoître si les fonds n'ont point changé ; enfin de couper, en cas de nécessité, les amarres que les maîtres de navire refuseroient de larguer.
MAITRE DE PORTS, (Marine) c'est un inspecteur qui a soin des ports, des estacades, & qui y fait ranger les vaisseaux, afin qu'ils ne se puissent causer aucuns dommages les uns aux autres.
L'ordonnance de la marine de 1689 le charge de veiller au travail des gardiens & matelots, distribués par escouade pour le service du port.
On appelle aussi maître de ports un commis chargé de lever les impositions & traites foraines dans les ports de mer.
MAITRE DE HACHE, (Marine) c'est le maître charpentier du vaisseau.
MAITRE CANONNIER, (Marine) c'est un des principaux officiers mariniers qui commande sur toute l'artillerie, & qui a soin des armes.
Le second maître canonnier a les mêmes fonctions en son absence.
MAITRE DE CHALOUPE, (Marine) c'est un officier marinier qui est chargé de conduire la chaloupe, & qui a en sa garde tous ses agrès. Il la fait embarquer, débarquer & appareiller, & il empêche que les matelots ne s'en écartent lorsqu'ils vont à terre.
MAITRE MATEUR, (Marine) Il assiste à la visite & recette des mâts, a soin de leur conservation, qu'ils soient toûjours assujettis sous l'eau dans les fosses, & qu'ils ne demeurent pas exposés à la pluie & au soleil. Il fait servir les arbres du Nord aux beauprés & mâts de hune, & autres mâtures d'une seule piece. Il fait faire les hunes, barres & chouquets, des grandeurs & proportions qu'ils doivent être, &c.
MAITRE VALET, (Marine) c'est un homme de l'équipage qui a soin de distribuer les provisions de bouche, & qui met les vivres entre les mains du cuisinier selon l'ordre qu'il en reçoit du capitaine. Son poste est à l'écoutille, entre le grand mât & l'artimon. Il a un aide ou assistant qu'on appelle maître valet d'eau, qui fait une partie de ses fonctions lorsqu'il ne peut tout faire, & qui est chargé de la distribution de l'eau douce.
MAITRE EN FAIT D'ARMES, (Escrime) celui qui enseigne l'art de l'Escrime, & qui, pour cet effet, tient sale ouverte où s'assemblent ses écoliers.
Les maîtres en fait d'armes composent une des cinq ou six communautés de Paris qui n'ont aucun rapport au commerce : elle a ses statuts comme les autres.
MAITRES ECRIVAINS, (Art méch.) la communauté des maîtres experts jurés écrivains, expéditionnaires & arithméticiens, teneurs de livres de comptes, établis pour la vérification des écritures, signatures, comptes & calculs contestés en justice, doit son établissement à Charles IX. roi de France en 1570. Avant cette érection, la profession d'enseigner l'art d'écrire étoit libre, comme elle est encore en Italie & en Angleterre. Il y avoit pourtant quelques maîtres autorisés par l'université, mais ils n'empêchoient point la liberté des autres. Ce droit de l'université subsiste encore ; il vient de ce qu'elle avoit anciennement enseigné cet art, qui faisoit alors une partie de la Grammaire. Pour instruire clairement sur l'origine d'un corps dont les talens sont nécessaires au public, il faut remonter un peu haut & parler des faussaires.
Dans tous les tems, il s'est trouvé des hommes qui se sont attachés à contrefaire les écritures & à fabriquer de faux titres. Suivant l'histoire des contestations sur la diplomatique, pag. 99, il y en avoit dans tous les états, parmi les moines & les clercs, parmi les séculiers, les notaires, les écrivains & les maîtres d'écoles. Les femmes mêmes se sont mêlées de cet exercice honteux. Les siecles qui paroissent en avoir le plus produit, sont les sixieme, neuvieme & onzieme. Dans le seizieme, il s'en trouva un assez hardi pour contrefaire la signature du roi Charles IX. Les dangers auxquels un talent si funeste exposoit l'état, firent réfléchir plus sérieusement qu'on n'avoit fait jusqu'alors sur les moyens d'en arrêter les progrès. On remit en vigueur les ordonnances qui portoient des peines contre les faussaires, & pour qu'on pût les reconnoître, on forma d'habiles vérificateurs : Adam Charles, secrétaire ordinaire du roi Charles IX. & qui lui avoit enseigné l'art d'écrire, fut chargé par ce prince de faire le choix des sujets les plus propres à ce genre de connoissances. Il répondit aux vûes de son prince en homme habile & profond dans son art, & choisit parmi les maîtres qui le professoient ceux qui avoient le plus d'expérience. Ils se trouverent au nombre de huit, qui sur la requête qu'ils présenterent au roi, obtinrent des lettres patentes d'érection au mois de Novembre 1570, lesquelles furent enregistrées au parlement le 31 Janvier 1576.
Ces lettres patentes sont écrites sur parchemin en lettres gothiques modernes, très-bien travaillées ; la premiere ligne qui est en or a conservé toute sa fraîcheur ; elles peuvent passer en fait d'écriture, pour une curiosité du seizieme siecle. Ces lettres établissent les maîtres écrivains privativement à tous autres, pour faire la vérification des écritures & signatures contestées dans tous les tribunaux, & enseigner l'écriture & l'arithmétique à Paris & par tout le royaume.
Telle est l'origine de l'établissement des maîtres écrivains, dont l'idée est dûe à un monarque françois ; il convient à présent de s'étendre plus particulierement sur cette compagnie.
Cet établissement fut à peine formé, qu'Adam Charles qui en étoit le protecteur, qui visoit au grand, & qui par son mérite s'étoit élevé à une place éminente à la cour, sentit que pour donner un relief à cet état naissant, il lui falloit un titre qui le distinguât aux yeux du public, & qui lui attirât son estime & sa confiance. Il supplia le roi d'accorder à chacun des maîtres de la nouvelle compagnie, dont il étoit le premier, la qualité de secrétaire ordinaire de sa chambre, dont sa majesté l'avoit décoré. Comme cette qualité engageoit à des fonctions, Charles IX. ne la donna qu'a deux des maîtres écrivains, qui étoient obligés de se trouver à la suite du roi, l'un après l'autre par quartier.
Les maîtres écrivains vérificateurs, ou du moins les deux qui étoient secrétaires de la chambre de sa majesté, ont été attachés à la cour jusqu'en 1633 ; voici le motif qui fit cesser leurs fonctions à cet égard. Rien de plus évident que l'établissement des maîtres écrivains avoit procuré aux écritures une correction sensible ; il avoit même déja paru sur l'art d'écrire quelques ouvrages gravés avec des préceptes. Cependant malgré ces secours, il régnoit encore en général un mauvais gout, un reste de gothique qu'il étoit dangereux de laisser subsister. Il consistoit en traits superflus, en plusieurs lettres quoique différentes qui se rapprochoient beaucoup pour la figure ; enfin en abréviations multipliées dont la forme toujours arbitraire, exigeoit une étude particuliere de la part de ceux qui en cherchoient la signification. On peut sentir que le concours de tous ces vices, rendoit les écritures cursives aussi difficiles à lire que fatigantes aux yeux. Pour bannir absolument ces défauts, le parlement de Paris qui n'apportoit pas moins d'attention que le roi aux progrès de cet art, ordonna aux maîtres écrivains de s'assembler & de travailler à la correction des écritures, & d'en fixer les principes. Après plusieurs conférences tenues à ce sujet par la société des maîtres écrivains, Louis Barbedor qui étoit alors secrétaire de la chambre du roi & syndic, exécuta un exemplaire de lettres françoises ou rondes, & le Bé un autre sur les lettres italiennes ou bâtardes ; ces deux artistes avoient un mérite supérieur. Le premier, homme renommé dans son art, étoit savant dans la construction des caracteres pour les langues orientales. Le second, qui ne lui cédoit en rien dans l'écriture, avoit eu l'honneur d'enseigner à écrire au roi Louis XIV. Ces deux écrivains présenterent au parlement les pieces qu'ils avoient exécutées : cette cour après en avoir fait l'examen, décida par un arrêt du 26 Février 1633 ; qu'à l'avenir on ne suivroit point d'autres alphabets, caracteres, lettres & forme d'écrire, que ceux qui étoient figurés & expliqués dans les deux exemplaires. Que ces exemplaires seroient gravés, burinés & imprimés au nom de la communauté des maîtres écrivains vérificateurs. Enfin, que ces exemplaires resteroient à perpétuité au greffe de la cour, & que les pieces qui se tireroient des gravures seroient distribuées par tout le royaume, pour servir sans doute de modele aux particuliers, & de regle aux maîtres pour enseigner la jeunesse. Il est aisé de sentir que le but de cet arrêt étoit de simplifier l'écriture & empêcher toute innovation dans la forme des caracteres & dans leurs principes.
Les deux secrétaires de la chambre du roi, dont les fonctions consistoient à écrire & à lire les ouvrages d'écritures adressés aux rois, devenant inutiles par le réglement dicté par cet arrêt du parlement, on jugea à-propos de les supprimer. Mais, quoique les maîtres écrivains n'eussent plus l'honneur d'être de la suite du roi, ils ne perdirent pas pour cela le droit d'avoir toujours dans leur compagnie deux secrétaires de sa majesté. Parmi ceux qui ont joui de ce titre, on remarque Gabriel Alexandre en 1658, Nicolas Duval en 1677, Nicolas Lesgret en 1694, & Robert Jacquesson en 1727.
Après avoir parlé d'un titre honorable qui fit autrefois distinguer les maîtres écrivains, je laisserois quelque chose à desirer, si je négligeois d'instruire des priviléges qui leur ont été accordés par les rois successeurs de Charles IX. Cette espece d'instruction est importante ; elle fera connoître que les souverains n'ont pas oublié un corps, qui depuis son institution a perfectionné l'écriture, abregé le développement des principes, simplifié les opérations de l'arithmétique, découvert les trompeuses manoeuvres des faussaires, & cherché continuellement à être utile à leurs concitoyens, dont l'ingratitude va aujourd'hui jusqu'à le méconnoître.
Henri IV. dont la bonté pour ses peuples ne s'effacera jamais, leur a donné des lettres patentes qui sont datées de Folembrai de 22 Décembre 1595, par lesquelles ils sont dispensés de toutes commissions abjectes & de toutes charges viles, à l'exemple de tous les régens & maîtres-ès-arts de l'université de Paris. C'est sur ce sujet que le 13 Octobre 1657, le châtelet a rendu un jugement où cette jurisdiction s'exprime en termes bien honorables pour l'état de maître écrivain. Il y est dit, que l'excellence de l'art d'écrire mérite cette exemption ; & plus bas, que les charges viles & abjectes de police sont incompatibles avec la pureté & la noblesse de leur art, reconnu sans contredit pour le pere & le principe des sciences.
Louis XIII. ne perdit point de vûe les maîtres écrivains. Dans des lettres patentes qu'il donna en leur faveur le 30 Mars 1616, il déclare qu'il n'a point entendu comprendre en l'édit de création de deux maîtres en chacun métier, ladite maîtrise d 'écrivain juré, qu'elle auroit exceptée & reservée, déclarant nulles toutes lettres & provisions qui en pourroient avoir été ou être expédiées.
Louis XIV. par un arrêt de son conseil privé du 10 Novembre 1672, ordonne que la communauté des maîtres écrivains seroit exceptée de la création de deux lettres de maîtrise de tous arts & métiers, créées par son édit du mois de Juin 1660. en faveur de M. le duc de Choiseul. C'est par ce dernier titre que les maîtres écrivains ont fait évanouir depuis peu toutes les espérances d'un particulier qui étoit revétu d'un privilége de monseigneur le duc de Bourgogne, pour enseigner l'art d'écrire & tenir classe ouverte.
Louis XV. aujourd'hui régnant n'a pas été moins favorable aux maîtres écrivains, que ses prédécesseurs, dans une occasion d'où dépendoit toute leur fortune. Les maîtres des petites écoles avoient obtenu un arrêt du conseil du 9 Mai 1719, qui leur donnoit le droit d'enseigner l'écriture, l'orthographe, l'arithmétique & tout ce qui en est émané, comme les comptes à parties doubles & simples & les changes étrangers. Un arrêt de cette conséquence, à qui l'autorité suprème donnoit un poids qu'il n'étoit pas possible de renverser, étoit un coup de foudre pour les maîtres écrivains ; en effet, il les dépouilloit du plus solide de leurs avantages. J'ignore les moyens dont se servirent les maîtres des petites écoles pour surprendre la cour & parvenir à le posséder ; mais il est certain que le roi ayant été fidelement instruit de l'injustice de cet arrêt, l'annulla & le cassa par un autre du 4 Avril 1724.
Je ne m'étendrai pas davantage sur les titres & priviléges des maîtres écrivains ; mais avant d'entrer dans un détail sommaire de leurs statuts, qu'il me soit permis de parler des grands maîtres qui ont illustré cette compagnie.
Les Grecs & les Romains élevoient des statues aux grands hommes, qui s'étoient distingués dans les arts & dans les sciences. Cet usage n'a point lieu parmi nous, mais on consacre leurs noms dans l'histoire ; jusqu'à présent aucun ouvrage n'a parlé de ceux qui se sont fait admirer par la beauté de leur écriture, & par leur talent à former de belles mains pour le service de l'état, comme si les grands maîtres dans ce genre ne pouvoient pas parvenir au même degré de célébrité que ces fameux artistes dont les noms sont immortels. Un auteur dans le journal de Verdun en a dit la raison ; c'est que le fracas est nécessaire pour remuer l'imagination du plus grand nombre des hommes, & qu'un bien réel qui s'opere sans bruit ne touche que les gens sensés.
Je pourrois passer sous silence le tems qui s'est écoulé depuis l'établissement des maîtres écrivains vérificateurs, jusqu'à l'arrêt du parlement de 1633, dont j'ai parlé plus haut. Mais dans cet intervalle il a paru des écrivains respectables que les amateurs seront bien aises de reconnoître. Les laisser dans l'oubli, ce seroit une injustice & même une ingratitude : les voici.
Jean de Beauchêne se fit de la réputation par une methode sur l'art d'écrire qui parut en 1580.
Jean de Beaugrand, reçu professeur en 1594, étoit un habile homme, écrivain du roi & de ses bibliotheques, & secrétaire ordinaire de sa chambre. Il fut choisi pour enseigner à écrire au roi Louis XIII. lorsqu'il étoit dauphin, & pour lequel il a fait un livre gravé par Firens, où l'on trouve des cadeaux, sur-tout aux deux premieres pieces, ingénieusement composés & d'un seul trait.
Guillaume le Gangneur, natif d'Angers, & secrétaire ordinaire de la chambre du roi, fut un artiste célebre dans son tems. Ses oeuvres sur l'écriture parurent en 1599, ils sont gravés savamment par Frisius, qui étoit pour-lors le plus expert graveur en lettres, & contiennent les écritures françoise, italienne & greque. Chaque morceau traite des dimensions qui conviennent à chaque lettre & à chaque écriture, avec démonstrations. M. l'abbé Joly, grand chantre de l'église de Paris, en fait l'éloge dans son Traité des écoles épiscopales pag. 466, il dit que les caracteres grecs de cet écrivain surpassent ceux du nouveau Testament grec imprimé par Robert Etienne l'art 1550. Cet artiste qui avoit une réputation étonnante, & que tous les Poëtes de son siecle ont chanté, mourut vers l'an 1624.
Nicolas Quittrée, reçu professeur en 1598, étoit éleve de Gangneur, & fut comme lui un très-habile homme. Il n'a point fait graver, & j'ai entre mes mains quelques morceaux de ses ouvrages, qui prouvent son génie & son adresse dans l'art.
De Beaulieu, gentilhomme de Montpellier, a été fort connu, & a fait un livre sur l'écriture en 1624, gravé par Matthieu Greuter, allemand.
Desperrois, en 1628, donna au public un ouvrage sur l'art d'écrire, qui fut goûté.
Ces maîtres ont vécu dans les premiers tems de l'établissement de la communauté des maîtres Ecrivains jurés. Je vais parcourir un champ plus vaste, c'est-à-dire depuis la correction arrivée aux caracteres en 1633 jusqu'à ce jour. Je passerai rapidement sur une partie, & m'arrêterai davantage sur les artistes en écriture qui paroissent plus le mériter.
Entre ceux qui se sont distingués dans cet espace, on peut citer le Bé & Barbedor dont j'ai déjà parlé, auxquels il faut ajoûter Robert Vignon, Moreau, Pétré, Philippe Limosin, Raveneau, Nicolas Duval, Etienne de Blégny, de Héman, Leroy, & Baillet ; tous, excepté les trois derniers qui n'ont donné que des ouvrages seulement à la main, ont produit de bons livres gravés en l'art d'écrire. Il en est encore d'autres dont la réputation & le talent semblent l'emporter.
Le premier est Senault, qui étoit un homme habile, non-seulement dans l'écriture, mais encore dans l'art de les graver. Il a donné au public beaucoup d'ouvrages où la fécondité du génie & l'adresse de la main paroissoient avec éclat. C'étoit un travailleur infatigable, & qui dès l'âge de 24 ans étonna par les productions qui sortoient de sa plume & de son burin. M. Colbert à qui il a présenté plusieurs de ses livres l'estimoit beaucoup. Cet artiste habile en deux genres, & qui étoit secrétaire ordinaire de la chambre du roi, fut reçu professeur en 1675.
Le second est Laurent Fontaine ; il mit au jour en 1677 son Art d'écrire expliqué en trois tables, & gravé par Senault. Le génie particulier de ce maître étoit la simplicité ; tout dans son ouvrage respire le naturel, le clair, le précis & l'instructif.
Le troisieme est Jean-Baptiste Allais de Beaulieu, qui en 1680 fit paroître un livre sur l'écriture, gravé par Senault, qui eut un succès étonnant. Il médita sur son art en homme profond & qui veut percer, aussi son ouvrage est un des meilleurs sur cette matiere : tout s'y trouve détaillé sans confusion ni superfluité ; ses démonstrations ont pour base la vérité & la justesse. Ce grand maître ne s'étoit point destiné d'abord pour l'art d'écrire, mais pour le barreau. Il étoit avocat, lorsque son pere, habile maître écrivain de la ville de Rennes, mourut à Paris des chagrins que lui causerent des envieux de son mérite & de son talent. Cette mort changea ses desseins ; il se vit forcé vers l'an 1648, à travailler à un art qui ne lui avoit servi jusqu'alors qu'à écrire des plaidoyers ; mais comme il vouloit se faire connoître par une capacité supérieure, il resta pour ainsi dire enseveli dans le travail pendant douze années, & jusqu'au moment où il se fit recevoir professeur, ce qui fut en 1661. Cet habile écrivain jouissoit d'une si grande réputation & étoit si recherché pour son écriture, que M. le marquis de Louvois lui offrit une place de dix mille livres qu'il refusa, parce que sa classe composée de tout ce qu'il y avoit de mieux à Paris, lui rapportoit le double. L'éloge le plus flatteur que l'on puisse faire de ce célebre écrivain, c'est qu'il étoit avec justice le plus grand maître en écriture du xvij. siecle.
Le quatrieme est Nicolas Lesgret, natif de Rheims. Il se distingua de bonne heure dans l'art d'écrire, & j'ai des pieces de ce maître faites à l'âge de vingtquatre ans, où il y a de très-belles choses. La cour fut le théâtre où il brilla le plus, étant secrétaire ordinaire de la chambre du roi, & toujours à sa suite ; il fut préféré à tout autre pour enseigner aux jeunes seigneurs. Cet expert écrivain reçu professeur en 1659, donna en 1694 un ouvrage au public, gravé par Berey, où le corps d'écriture est bon & correct, & les traits d'une riche composition.
Le siecle où nous vivons a produit, ainsi que le précédent, de très-habiles écrivains. Je ne parlerai seulement que d'Olivier Sauvage, Alexandre, Rossignol, Michel, Bergerat, & de Rouen.
Olivier Sauvage, reçu professeur en 1693, étoit de Rennes, & neveu du célebre Allais. Il se forma sous les yeux de son oncle ; il possedoit le beau de l'art, & avoit un feu dans l'exécution qui le distinguera toujours. Cet artiste qui a eu une grande réputation & une infinité de bons éleves, est mort le 14 Octobre 1737, âgé d'environ 72 ans.
Alexandre avoit une main des plus brillantes. Il avoit possédé de beaux emplois avant d'enseigner l'art d'écrire. Dans l'une & l'autre fonction il a fait des ouvrages qui méritent d'être conservés. Ce qu'on pourroit pourtant lui reprocher, c'est d'avoir mis quelquefois trop de confusion ; mais quel est l'artiste exempt de défauts ? Cet écrivain a fait de bons éleves, & est mort au mois de Juillet 1738.
Louis Rossignol, natif de cette ville, éleve de Sauvage, a été le peintre de l'écriture. Cet artiste étoit né avec un goût décidé pour cet art, aussi l'a-t-il exécuté avec la plus grande perfection sans sortir de la belle simplicité. Il a su, en suivant le principe d'Allais, éviter ses défauts, & donner à tout ce qu'il traçoit une grace frappante. Dès l'âge de 15 ans il commença à acquérir une réputation qui s'est beaucoup accrue par les progrès rapides qu'il a faits dans son art. Sa classe étoit des plus brillantes & des plus nombreuses ; il la conduisoit avec un ordre & une régularité unique. Son habileté lui a mérité l'honneur d'être choisi pour enseigner à écrire à M. le duc d'Orléans, actuellement vivant. Je m'estimerai toujours heureux d'avoir été un de ses disciples, & je conserve avec soin les corrections qu'il m'a faites en 1733, & beaucoup de ses pieces ; elles sont d'une beauté & d'une justesse de principes dont rien n'approche. On peut dire de cet habile maître, reçu professeur en 1719, & qui mourut en 1739, dans la 45e année de son âge, ce que M. Lépicié dit de Raphaël, fameux peintre, (Catalog. raisonn. des tab. du roi, tom. I. pag. 72.) " que son nom seul emporte avec lui l'idée de la perfection ".
Michel étoit un savant maître, & peut-être celui qui a le mieux connu l'effet de la plume ; aussi passoit-il avec raison pour un grand démonstrateur. Reçu professeur en 1698, il mourut il y a quelques années.
Bergerat, reçu professeur en 1739, écrivoit d'une maniere distinguée. Il excelloit dans la composition des traits, qu'il touchoit avec beaucoup de goût & de délicatesse. Il réussissoit aussi dans l'exécution des états, qu'il rangeoit dans un ordre & dans une élégance admirable. Ce maître qui mourut le 14 Août 1755, n'avoit pas un grand feu de main, mais beaucoup d'ordre, de sagesse & de raisonnement.
Pierre Adrien de Rouen, fut un homme aussi patient dans ses ouvrages, que vif dans ses autres actions. Ce maître qui a été habile dans l'art d'écrire, ne l'a pas été autant dans la démonstration & dans l'art d'enseigner. Son goût le portoit à faire des traits artistement travaillés, & à écrire extrêmement fin, dans le genre de ceux dont il est parlé dans ce dictionnaire à l'article Ecrivain, fait par M(D.J.) Tout Paris a vû avec surprise de ses ouvrages, sur-tout les portraits du roi & de la reine ressemblans. A l'aspect de ces deux tableaux on croyoit voir une belle gravure ; mais examinés de plus près, ce qu'on avoit cru l'effet du burin, n'étoit autre chose que de l'écriture d'une finesse surprenante. Cette écriture exprimoit tous les passages de l'Ecriture-sainte, qui avoient rapport à la soumission & au respect que l'on doit aux souverains. J'ai quelques ouvrages de cet artiste, sur-tout une grande piece sur parchemin, représentant un morceau d'architecture en traits, formant un autel avec deux croix, dont l'une est composée du Miserere, & l'autre du Vexilla regis, &c. Ce chef-d'oeuvre (car on peut l'appeller ainsi) est étonnant & fait voir une patience inconcevable. Cet écrivain adroit présenta un livre curieux, qu'il avoit écrit, à madame la chanceliere, qui pour le récompenser le fit recevoir professeur en 1734. Le long espace de tems qu'exigeoient des ouvrages de cette nature, & le peu de gain qu'il en retiroit, le réduisirent dans un état de misere à laquelle M. l'abbé d'Hermam de Clery, amateur de l'écriture, & qui possede beaucoup de ses ouvrages, apporta quelque adoucissement, par un emploi qu'il a conservé jusqu'à sa mort, arrivée en 1757, âgé seulement de 48 ans.
Je me suis un peu étendu sur les plus grands artistes que la communauté des maîtres Ecrivains a produits. J'ai cru ce détail nécessaire pour encourager les jeunes gens, & leur faire comprendre que par le travail & l'application on peut parvenir à tous les arts.
Il s'agit à présent de faire l'analyse des statuts, par laquelle je terminerai cet article.
Les statuts actuels des maîtres Ecrivains sont de 1727. Ils ont été confirmés par lettres-patentes du roi données au mois de Décembre de la même année, & enregistrées en parlement le 3 Septembre 1728. Ce ne sont pas les premiers statuts qu'ils aient eus, ils en avoient auparavant de 1658, & ces derniers avoient succédé à de plus anciens, qui servoient depuis l'érection de la communauté.
Ces statuts contiennent trente articles.
Le premier veut qu'avec de la capacité l'on soit de la religion catholique, apostolique & romaine, & de bonnes vie & moeurs.
Le second, que l'on ait au moins 20 ans pour être reçû, & que l'on subisse trois examens dans trois jours différens, sur tout ce qui concerne l'Ecriture, l'Orthographe, l'Arithmétique universelle, les comptes à parties simples & doubles, & les changes étrangers.
Le troisieme, défend à tout autre qu'à un maître reçu, de tenir classe & d'enseigner en ville, à peine de 500 livres d'amende.
La quatrieme, que chaque maître ait le droit d'écrire pour le public, & de signer tous les ouvrages qu'il fera à cette fin.
Le cinquieme fait défense à toutes personnes de prendre le titre d'écrivain, à moins qu'elles ne soient membres de la communauté.
Il est dit dans le sixieme, que les fils de maître nés dans la maîtrise de leur pere, seront reçus à 18 ans accomplis, sans examen, mais seulement feront une legere expérience par écrit de leur capacité.
Et dans le septieme, qu'ils seront reçus gratis, en payant les deux tiers du droit royal, le coût de la lettre de maîtrise, & autres petits droits.
Le huitieme, après avoir expliqué ce que l'on doit payer pour la maîtrise, ajoute que les aspirans seront reçus par les syndic, greffier, doyen, & vingt-quatre anciens, qui étant partagés en deux bandes, recevront alternativement les aspirans, qui feront ensuite serment pardevant monsieur le lieutenant général de police.
Le neuvieme, porte que les doyen & vingt-quatre anciens, présenteront alternativement les aspirans à la maîtrise, selon leur ordre de réception. A l'égard des fils de maîtres, ils seront présentés par leur pere ou par le doyen.
Le dixieme, que les fils de maîtres nés avant la réception de leur pere, ainsi que ceux qui épouseront des filles de maîtres, subiront les examens ordinaires, & payeront la moitié des droits, les deux tiers du droit royal, le coût de la lettre de maîtrise & autres.
Le onzieme, qu'aucuns maîtres en général ne pourront assister à la vérification, qu'ils n'ayent atteint l'âge de 25 ans accomplis.
Le douzieme, que chaque maître pourra mettre au-devant de sa maison un ou deux tableaux ornés de plumes d'or, traits, cadeaux, & autres ornemens, dans lesquels il s'indiquera par rapport aux fonctions générales ou particulieres attachées à la qualité de maître Ecrivain, desquelles il voudra faire usage. Qu'aucun ne pourra encore faire apposer affiches ès-lieux publics, sans un privilége du roi, ni même envoyer & faire distribuer par les maisons & sur les places publiques, aucuns billets, mémoires imprimés ou écrits à la main, pour indiquer sa demeure & sa profession : le tout à peine de 500 livres d'amende.
Le treizieme, que les veuves de maîtres auront la liberté pendant leur viduité, de tenir classe d'écritures & d'arithmétique pour la faire exercer par quelqu'un capable, qui à la réquisition de la veuve, se fera avouer par les syndic, greffier en charge, le doyen & les vingt-quatre anciens.
Le quatorzieme, que si une veuve de maître vouloit se marier en secondes noces à un particulier qui voulût être de la profession de son défunt mari, elle jouira du privilége attribué aux filles nées dans la maîtrise de leur pere.
Le quinzieme, que si quelqu'un des maîtres étoit obligé d'agir en justice contre un ou plusieurs de ses confreres pour quelque cas qui concernât la maîtrise, il ne pourra se pourvoir que par devant M. le lieutenant général de police, comme juge naturel de sa communauté.
Le seizieme, que l'on fera célebrer le service divin en l'honneur de Dieu & de saint Jean l'Evangéliste deux fois l'année, le six Mai & 27 Décembre, & que le lendemain du six Mai, il y aura un service pour les maîtres défunts.
Le dix-septieme, que tous les deux ans il sera élu un syndic & un greffier, pour gérer les affaires de la communauté, lesquels seront nommés à la pluralité des voix de toute la communauté généralement convoquée en l'hôtel, & par-devant M. le lieutenant général de police, en présence de M. le procureur du roi du châtelet.
Le dix-huitieme, que le syndic aura la conduite & le maniement des affaires conjointement avec le greffier, lequel syndic ne pourra cependant rien entreprendre sans en avoir conféré avec les vingtquatre anciens, qui doivent être naturellement regardés comme ses adjoints ; & quand le cas le requerra, avec tous les maîtres généralement convoqués.
Le dix-neuvieme, que toutes les assemblées générales seront faites au bureau, & que tous les maîtres convoqués qui ne s'y trouveront pas, payeront trois livres d'amende.
Le vingtieme, que quand la communauté sera plus nombreuse, & pour éviter la confusion, on fera des assemblées seulement composées du doyen, des vingt-quatre anciens, de douze modernes & douze jeunes ; ensorte qu'elles ne formeront que 49 maîtres, non compris le syndic & le greffier, lesquels seront tenus de s'y trouver.
Le vingt-unieme concerne l'ordre des assemblées, tant générales que particulieres, & de quelle maniere on doit se conduire pour les délibérations.
Le vingt-deuxieme, que les modernes & jeunes, auront la liberté de venir aux examens des récipiendaires pour y voir leur chef-d'oeuvre, à condition qu'ils auront soin de n'en pas abuser, & qu'ils se tiendront dans le respect & le silence.
Le vingt-troisieme, qu'aucun maître ne pourra entrer aux assemblées avec l'épée au côté.
Le vingt-quatrieme, qu'il sera communiqué aux récipiendaires un formulaire par demandes & réponses sur l'art d'écrire, l'Orthographe, l'Arithmétique, les vérifications, &c. quinze jours avant son premier examen, afin qu'il puisse répondre sur tout ce qui lui sera demandé.
Le vingt-cinquieme, que les doyen & vingt-quatre anciens en ordre de liste, seront tenus de se trouver aux examens, à peine de perdre leurs droits de vacations, qui tourneront au profit de la communauté.
Le vingt-sixieme, qu'aux affaires qui regarderont la communauté, le syndic ne pourra mettre son nom seul, mais seulement sa qualité, en y employant ces mots, les syndic & communauté. Que dans les tableaux d'icelle, qui se placent tant aux greffes des cours souveraines, du Châtelet, qu'autres jurisdictions, les noms des syndic & greffier en charge n'y seront mis que dans leur ordre de réception, & non en lieu plus éminent que les autres maîtres.
Le vingt-septieme, que l'armoire de la communauté où sont les titres & papiers, aura trois clefs distribuées ; savoir la premiere au doyen, la seconde au syndic, & la troisieme au greffier.
Le vingt-huitieme, qu'attendu la conséquence de toutes les fonctions attachées à la qualité de maître Ecrivain, il sera tenu une académie tous les jeudis de chaque semaine, lorsqu'il n'y aura point de fête, au bureau de la communauté, pour perfectionner de plus en plus les parties de cet art, & instruire les jeunes maîtres particulierement de la vérification des écritures.
Le vingt-neuvieme, que sur les fonds oisifs de la communauté, il sera distribué aux pauvres maîtres une somme jugée convenable pour leur pressant besoin & pour les relever, s'il est possible.
Le trentieme & dernier article, enjoint le syndic à observer les statuts & à les faire observer.
Voilà ce qu'il y a de plus intéressant sur une communauté qui a été florissante dans son commencement & dans le siecle passé. Aujourd'hui elle est ignorée, & les maîtres qui la composent sont confondus avec des gens qui n'ayant aucune qualité & souvent aucun mérite, s'ingerent d'enseigner en ville & quelquefois chez eux, l'art d'écrire & l'Arithmétique : on appelle ces sortes de prétendus maîtres buissonniers. L'origine de ce mot vient de ce que du tems de Henri II. les Luthériens tenoient leurs écoles dans la campagne derriere les buissons, par la crainte d'être découverts par le chantre de l'église de Paris. Rien de plus véritable que les buissonniers sont ceux qui par leur grand nombre, font aux maîtres Ecrivains un dommage qu'on ne peut exprimer. Encore s'ils étoient réellement habiles, & qu'ils eussent le talent d'enseigner, le mal seroit moins grand, parce que la jeunesse confiée à leurs soins seroit mieux instruite. Mais on sait à n'en pas douter, que quoique le nombre en soit prodigieux aujourd'hui, il en est très-peu qui ayent quelque teinture de l'art. Ce qui est de plus fâcheux pour les maîtres Ecrivains, c'est que ces usurpateurs se font passer par-tout pour des experts jurés ; & comme leur incapacité se reconnoît par leur travail & par les mauvais principes qu'ils sement, on regarde les véritables maîtres du même oeil, & l'on se prévient sans raison contre leurs talens & leur conduite.
Si le public vouloit pourtant se prêter, tous ces prétendus maîtres disparoîtroient bien-tôt ; ils n'abuseroient pas de sa crédulité, & l'on ne verroit pas les mauvais principes se multiplier si fort. Pour cet effet, il faudroit que lorsqu'on veut donner à un jeune homme la connoissance d'un art quelconque, ou se donnât soi-même la peine d'examiner si celui que l'on se propose est bien instruit de ce qu'il doit enseigner. Combien s'en trouveroit-il qui seroient obligés d'embrasser un autre genre de travail, pour lequel ils auroient plus d'aptitude, & qui fourniroit plus légitimement au besoin qui les presse ? Ils ne sont pas répréhensibles, il est vrai, de chercher les moyens de subsister ; mais ils le sont par la témérité qu'ils ont de vouloir instruire les autres de ce que la nature & l'étude ne leur ont pas donné. Les buissonniers font un tort qu'il est presqu'impossible de réparer ; ils corrompent les meilleures dispositions ; ils font perdre à la jeunesse un tems qui lui est précieux ; ils reçoivent des peres & meres un salaire qui ne leur est pas dû ; ils ôtent à toute une communauté les droits qui lui appartiennent, sans partager avec elle les charges que le gouvernement lui impose. Il est donc autant de l'intérêt des particuliers de ne point confier une des parties les plus essentielles de l'éducation à des gens qui les trompent, qu'il l'est du corps des maîtres Ecrivains de sévir contr'eux. Je me flatte que les parens & les maîtres, me sauront gré de cet avis qui leur est également salutaire ; je le dois en qualité de confrere, & plus encore en qualité de concitoyen. Cet article est de M. PAILLASSON, expert écrivain-juré.
MAITRE A DANSER, ou CALIBRE A PRENDRE LES HAUTEURS, outil d'Horlogerie, représenté dans nos Planches de l'Horlogerie. Voici comme on se sert de cet instrument.
On prend avec les jambes J J, la hauteur d'une cage, ou celle qui est comprise entre la platine de dessus, & quelque creusure de la platine des piliers ; & comme les parties C E, C E, sont de même longueur positivement que les jambes E J, E J, en serrant la vis V, on a une ouverture propre à donner aux arbres ou tiges des roues la hauteur requise pour qu'elles ayent leur jeu dans la cage & dans leurs creusures.
MAITRE, ancien terme de Monnoyage, nom que l'on donnoit autrefois au directeur d'un hôtel de monnoie. Voyez DIRECTEUR.
MAITRES DES PONTS, terme de riviere, sont ceux qui sont obligés de fournir des hommes ou compagnons de riviere pour passer les bateaux sans danger. Ils répondent du dommage, & reçoivent un certain droit.
MAITRE VALET DE CHIENS, (Vénerie) c'est celui qui donne l'ordre aux autres valets de chiens.
MAITRES, petits, (Gravure) on appelle ainsi plusieurs anciens Graveurs, la plûpart allemands, qui ne se sont guere attachés qu'à graver de petits morceaux, mais qui tous ont gravé avec beaucoup de propreté. On met de ce nombre Aldegraf, Hirbius, Krispin, Madeleine, Barbedepas, &c. (D.J.)
MAITRE (petit), selon les jésuites, auteurs du dictionnaire de Trévoux, on appelle petits-maîtres, ceux qui se mettent au-dessus des autres, qui se mêlent de tout, qui décident de tout souverainement, qui se prétendent les arbitres du bon goût, &c.
On entend aujourd'hui par ce mot, qui commence à n'être plus du bel usage, les jeunes gens qui cherchent à se distinguer par les travers à la mode. Ceux du commencement de ce siecle affectoient le libertinage ; ceux qui les ont suivis ensuite, vouloient paroitre des hommes à bonnes fortunes. Ceux de ce moment, en conservant quelques vices de leurs prédécesseurs, se distinguent par un ton dogmatique, par une insupportable capacité.
|
| MAITRESSE | MAITRESSE
MAITRESSE PIECE, (Tonnelier) c'est la principale piece du faux fond de la cuve, celle du milieu sur laquelle la clé est posée.
|
| MAITRISE | S. f. (Gram. & Hist.) terme de ceux qui sont parvenus à la qualité de maîtres dans la fabrique d'étoffe. On appelle maître, l'ouvrier qui, après avoir fait cinq années d'apprentissage & cinq années de compagnonage, & avoir fait son chef-d'oeuvre, s'est fait enregistrer au bureau de la communauté sur le livre tenu à cet effet.
Les fils de maître ne sont point tenus à cet apprentissage ni au compagnonage ; ils sont enregistrés sur le livre de la communauté, dès qu'ils sont parvenus à l'âge de vingt-un ans, en faisant toûjours un chef-d'oeuvre pour prouver qu'ils savent travailler, & sont en état de diriger des métiers, soit en qualité de maître, soit en qualité de marchand.
On appelle marchand, celui qui, après s'être fait enregistrer maître de la maniere qu'il est prescrit ci-dessus, prend une lettre de marchand en la qualité de fabriquant, & a payé pour cet effet la somme de 300 livres, au moyen de quoi il peut donner de l'ouvrage à tout autant de maîtres, qu'on appelle communément ouvriers, qu'il en peut employer ; les maîtres au contraire ne peuvent point travailler pour leur compte, mais uniquement pour le compte des marchands en qualités.
|
| MAITRISES | (Arts, Commerce, Politique.) Les maîtrises & receptions sont censées établies pour constater la capacité requise dans ceux qui exercent le négoce & les arts, & encore plus pour entretenir parmi eux l'émulation, l'ordre & l'équité ; mais au vrai, ce ne sont que des raffinemens de monopole vraiment nuisibles à l'intérêt national, & qui n'ont du reste aucun rapport nécessaire avec les sages dispositions qui doivent diriger le commerce d'un grand peuple. Nous montrerons même que rien ne contribue davantage à fomenter l'ignorance, la mauvaise foi, la paresse dans les différentes professions.
Les Egyptiens, les Grecs, les Romains, les Gaulois, conservoient beaucoup d'ordre dans toutes les parties de leur gouvernement ; cependant on ne voit pas qu'ils ayent adopté comme nous les maîtrises, ou la profession exclusive des arts & du commerce. Il étoit permis chez eux à tous les citoyens d'exercer un art ou négoce ; & à peine dans toute l'histoire ancienne trouve-t-on quelque trace de ces droits privatifs qui font aujourd'hui le principal réglement des corps & communautés mercantilles.
Il est encore de nos jours bien des peuples qui n'assujettissent point les ouvriers & les négocians aux maîtrises & réceptions. Car sans parler des orientaux, chez qui elles sont inconnues, on assure qu'il n'y en a presque point en Angleterre, en Hollande, en Portugal, en Espagne. Il n'y en a point du tout dans nos colonies, non plus que dans quelques-unes de nos villes modernes, telles que l'Orient, S. Germain, Versailles & autres. Nous avons même des lieux privilégiés à Paris où bien des gens travaillent & trafiquent sans qualité légale, le tout à la satisfaction du public. D'ailleurs combien de professions qui sont encore tout-à-fait libres, & que l'on voit subsister néanmoins à l'avantage de tous les sujets ? D'où je conclus que les maîtrises ne sont point nécessaires, puisqu'on s'en est passé long-tems, & qu'on s'en passe tous les jours sans inconvénient.
Personne n'ignore que les maîtrises n'ayent bien dégénéré de leur premiere institution. Elles consistoient plus dans les commencemens à maintenir le bon ordre parmi les ouvriers & les marchands, qu'à leur tirer des sommes considérables ; mais depuis qu'on les a tournées en tribut, ce n'est plus, comme dit Furetiere, que cabale, ivrognerie & monopole, les plus riches ou les plus forts viennent communément à bout d'exclure les plus foibles, & d'attirer ainsi tout à eux ; abus constans que l'on ne pourra jamais déraciner qu'en introduisant la concurrence & la liberté dans chaque profession : Has perniciosas pestes ejicite, refrenate coemptiones istas divitum, ac velut monopolii exercendi licentiam. Lib. I. Eutopiae Mori.
Je crois pouvoir ajouter là-dessus ce que Colbert disoit à Louis XIV. " La rigueur qu'on tient dans la plûpart des grandes villes de votre royaume pour recevoir un marchand, est un abus que votre majesté a intérêt de corriger ; car il empêche que beaucoup de gens ne se jettent dans le commerce, où ils réussiroient mieux bien souvent que ceux qui y sont. Quelle nécessité y a-t-il qu'un homme fasse apprentissage ? cela ne sauroit être bon tout au plus que pour les ouvriers, afin qu'ils n'entreprennent pas un métier qu'ils ne savent point ; mais les autres, pourquoi leur faire perdre le tems ? Pourquoi empêcher que des gens qui en ont quelquefois plus appris dans les pays étrangers qu'il n'en faut pour s'établir, ne le fassent pas, parce qu'il leur manque un brevet d'apprentissage ? Est-il juste, s'ils ont l'industrie de gagner leur vie, qu'on les en empêche sous le nom de votre majesté, elle qui est le pere commun de ses sujets, & qui est obligée de les prendre en sa protection ? Je crois donc que quand elle feroit une ordonnance par laquelle elle supprimeroit tous les réglemens faits jusqu'ici à cet égard, elle n'en feroit pas plus mal ". Testam. polit. ch. xv.
Personne ne se plaint des foires franches établies en plusieurs endroits du royaume, & qui sont en quelque sorte des dérogeances aux maîtrises. On ne se plaint pas non plus à Paris de ce qu'il est permis d'y apporter des vivres deux fois la semaine. Enfin ce n'est pas aux maîtrises ni aux droits privatifs qu'on a dû tant d'heureux génies qui ont excellé parmi nous en tous genres de littérature & de science.
Il ne faut donc pas confondre ce qu'on appelle maîtrise & police : ces idées sont bien différentes, & l'une n'amene peut-être jamais l'autre. Aussi ne doit-on pas rapporter l'origine des maîtrises ni à un perfectionnement de police, ni même aux besoins de l'état, mais uniquement à l'esprit de monopole qui regne d'ordinaire parmi les ouvriers & les marchands. On sait en effet que les maîtrises étoient inconnues il y a quatre à cinq siecles. J'ai vu des reglemens de police de ces tems-là qui commencent par annoncer une franchise parfaite en ce qui concerne les Arts & le Commerce : Il est permis à cil qui voudra, &c.
L'esprit de monopole aveugla dans la suite les ouvriers & les négocians ; ils crurent mal-à-propos que la liberté générale du négoce & des arts leur étoit préjudiciable : dans cette persuasion ils comploterent ensemble pour se faire donner certains réglemens qui leur fussent favorables à l'avenir, & qui fussent un obstacle aux nouveaux venus. Ils obtinrent donc premierement une entiere franchise pour tous ceux qui étoient actuellement établis dans telle & telle profession ; en même tems ils prirent des mesures pour assujettir les aspirans à des examens & à des droits de réception qui n'étoient pas considérables d'abord, mais qui sous divers prétextes se sont accrus prodigieusement. Sur quoi je dois faire ici une observation qui me paroît importante, c'est que les premiers auteurs de ces établissemens ruineux pour le public, travaillerent sans y penser contre leur postérité même. Ils devoient concevoir en effet, pour peu qu'ils eussent réfléchi sur les vicissitudes des familles, que leurs descendans ne pouvant pas embrasser tous la même profession, alloient être asservis durant des siecles à toute la gêne des maîtrises ; & c'est une réflexion que devroient faire encore aujourd'hui ceux qui en sont les plus entêtés & qui les croient utiles à leur négoce, tandis qu'elles sont vraiment dommageables à la nation. J'en appelle à l'expérience de nos voisins, qui s'enrichissent par de meilleures voies, en ouvrant à tout le monde la carriere des Arts & du Commerce.
Les corps & communautés ne voient qu'avec jalousie le grand nombre des aspirans, & ils font en conséquence tout leur possible pour le diminuer ; c'est pour cela qu'ils enflent perpétuellement les droits de réception, du-moins pour ceux qui ne sont pas fils de maîtres. D'un autre côté, lorsque le ministere en certains cas annonce des maîtrises de nouvelle création & d'un prix modique, ces corps, toûjours conduits par l'esprit de monopole, aiment mieux les acquérir pour eux-mêmes sous des noms empruntés, & par ce moyen les éteindre à leur avantage, que de les voir passer à de bons sujets qui travailleroient en concurrence avec eux.
Mais ce que je trouve de plus étrange & de plus inique, c'est l'usage où sont plusieurs communautés à Paris de priver une veuve de tout son droit, & de lui faire quitter sa fabrique & son commerce lorsqu'elle épouse un homme qui n'est pas dans le cas de la maîtrise : car enfin sur quoi fondé lui causer à elle & à ses enfans un dommage si considérable, & qui ne doit être que la peine de quelque grand délit. Tout le crime qu'on lui reproche & pour lequel on la punit avec tant de rigueur, c'est qu'elle prend, comme on dit, un mari sans qualité. Mais quelle police ou quelle loi, quelle puissance même sur la terre peut gêner ainsi les inclinations des personnes libres, & empêcher des mariages d'ailleurs honnêtes & légitimes ? De plus, où est la justice de punir les enfans d'un premier lit & qui sont fils de maître, où est, dis-je, la justice de les punir pour les secondes nôces de leur mere ?
Si l'on prétendoit simplement qu'en épousant une veuve de maître l'homme sans qualité n'acquiert aucun droit pour lui-même, & qu'avenant la mort de sa femme il doit cesser un négoce auquel il n'est pas admis par la communauté, à la bonne heure, j'y trouverois moins à redire ; mais qu'une veuve qui a par elle-même la liberté du commerce tant qu'elle reste en viduité, que cette veuve remariée vienne à perdre son droit & en quelque sorte celui de ses enfans, par la raison seule que les statuts donnent l'exclusion à son mari, c'est, je le dis hautement, l'injustice la plus criante. Rien de plus opposé à ce que Dieu prescrit dans l'Exode xxij. 22. viduae & pupillo non nocebitis. Il est visible en effet qu'un usage si déraisonnable, si contraire au droit naturel, tend à l'oppression de la veuve & de l'orphelin ; & l'on sentira, si l'on y refléchit, qu'il n'a pu s'établir qu'à la sourdine, sans avoir jamais été bien discuté ni bien approfondi.
Voilà donc sur les maîtrises une législature arbitraire, d'où il émane de prétendus réglemens favorables à quelques-uns & nuisibles au grand nombre ; mais convient-il à des particuliers sans autorité, sans lumieres & sans lettres, d'imposer un joug à leurs concitoyens, d'établir pour leur utilité propre des lois onéreuses à la société ? Et notre magistrature enfin peut-elle approuver de tels attentats contre la liberté publique ?
On parle beaucoup depuis quelques années de favoriser la population, & sans doute que c'est l'intention du ministere ; mais sur cela malheureusement nous sommes en contradiction avec nous-mêmes, puisqu'il n'est rien en général de plus contraire au mariage que d'assujettir les citoyens aux embarras des maîtrises, & de gêner les veuves sur cet article au point de leur ôter en certains cas toutes les ressources de leur négoce. Cette mauvaise politique réduit bien des gens au célibat ; elle occasionne le vice & le désordre, & elle diminue nos véritables richesses.
En effet, comme il est difficile de passer maître & qu'il n'est guere possible sans cela de soutenir une femme & des enfans, bien des gens qui sentent & qui craignent cet embarras, renoncent pour toûjours au mariage, & s'abandonnent ensuite à la paresse & à la débauche : d'autres effrayés des mêmes difficultés, pensent à chercher au loin de meilleures positions ; & persuadés sur le bruit commun que les pays étrangers sont plus favorables, ils y portent comme à l'envi leur courage & leurs talens. Du reste, ce ne sont pas les disgraciés de la nature, les foibles ni les imbécilles qui songent à s'expatrier ; ce sont toûjours les plus vigoureux & les plus entreprenans qui vont tenter fortune chez l'étranger, & qui vont quelquefois dans la même vûe jusqu'aux extrêmités de la terre. Ces émigrations si deshonorantes pour notre police, & que différentes causes occasionnent tous les jours, ne peuvent qu'affoiblir sensiblement la puissance nationale ; & c'est pourquoi il est important de travailler à les prévenir. Un moyen pour cela des plus efficaces, ce seroit d'attribuer des avantages solides à la société conjugale, de rendre, en un mot, les maîtrises gratuites ou peu coûteuses aux gens mariés, tandis qu'on les vendroit fort cher aux célibataires, si l'on n'aimoit encore mieux leur donner l'entiere exclusion.
Quoi qu'il en soit, les maîtrises, je le répete, ne sont point une suite nécessaire d'une police exacte ; elles ne servent proprement qu'à fomenter parmi nous la division & le monopole ; & il est aisé sans ces pratiques d'établir l'ordre & l'équité dans le commerce.
On peut former dans nos bonnes villes une chambre municipale, composée de cinq ou six échevins ayant un magistrat à leur tête, pour régler gratuitement tout ce qui concerne la police des arts & du négoce, de maniere que ceux qui voudront fabriquer ou vendre quelque marchandise ou quelqu'ouvrage, n'auront qu'à se présenter à cette chambre, déclarant à quoi ils veulent s'attacher, & donnant leur nom & leur demeure pour que l'on puisse veiller sur eux par des visites juridiques dont on fixera le nombre & la rétribution à l'avantage des surveillans.
A l'égard de la capacité requise pour exercer chaque profession en qualité de maître, il me semble qu'on devroit l'estimer en bloc sans chicane & sans partialité, par le nombre des années d'exercice ; je veux dire que quiconque prouveroit, par exemple, huit ou dix ans de travail chez les maîtres, seroit censé pour lors ipso facto, sans brevet d'apprentissage, sans chef-d'oeuvre & sans examen, raisonnablement au fait de son art ou négoce, & digne enfin de parvenir à la maîtrise aux conditions prescrites par sa majesté.
Qu'est-il nécessaire en effet d'assujettir les simples compagnons à de prétendus chefs-d'oeuvre, & à mille autres formalités gênantes auxquelles on n'assujettit point les fils de maître ? On s'imagine sans doute que ceux-ci sont plus habiles, & cela devroit être naturellement ; cependant l'expérience fait assez voir le contraire.
Un simple compagnon a toujours de grandes difficultés à vaincre pour s'établir dans une profession ; il est communément moins riche & moins protégé, moins à portée de s'arranger & de se faire connoître ; cependant il est autant qu'un autre membre de la république, & il doit ressentir également la protection des lois. Il n'est donc pas juste d'aggraver le malheur de sa condition, ni de rendre son établissement plus difficile & plus coûteux, en un mot d'assujettir un sujet foible & sans défense à des cérémonies ruineuses dont on exempte ceux qui ont plus de facultés & de protection.
D'ailleurs est-il bien constant que les chefs-d'oeuvre soient nécessaires pour la perfection des Arts ? pour moi je ne le crois en aucune sorte ; il ne faut communément que de l'exactitude & de la probité pour bien faire, & heureusement ces bonnes qualités sont à la portée des plus médiocres sujets. J'ajoute qu'un homme passablement au fait de sa profession peut travailler avec fruit pour le public & pour sa famille, sans être en état de faire des prodiges de l'art. Vaut-il mieux dans ce cas-là qu'il demeure sans occupation ? A Dieu ne plaise ! il travaillera utilement pour les petits & les médiocres, & pour lors son ouvrage ne sera payé que sa juste valeur ; au lieu que ce même ouvrage devient souvent fort cher entre les mains des maîtres. Le grand ouvrier, l'homme de goût & de génie sera bientôt connu par ses talens, & il les employera pour les riches, les curieux & les délicats. Ainsi, quelque facilité qu'on ait à recevoir des maîtres d'une capacité médiocre, on ne doit pas appréhender de manquer au besoin d'excellens artistes. Ce n'est point la gêne des maîtrises qui les forme, c'est le goût de la nation & le prix qu'on peut mettre aux beaux ouvrages.
On peut inférer de ces réflexions que tous les sujets étant également chers, également soumis au roi, sa majesté pourroit avec justice établir un réglement uniforme pour la réception des ouvriers & des commerçans. Et qu'on ne dise pas que les maîtrises sont nécessaires pour asseoir & pour faire payer la capitation, puisqu'enfin tout cela se fait également bien dans les villes où il n'y a que peu ou point de maîtrises : d'ailleurs on conserveroit toujours les corps & communautés, tant pour y maintenir l'ordre & la police, que pour asseoir les impositions publiques.
Mais je soutiens d'un autre côté que les maîtrises, & réceptions sur le pié qu'elles sont aujourd'hui, font éluder la capitation à bien des sujets qui la payeroient en tout autre cas. En effet, la difficulté de devenir maître forçant bien des gens dans le Commerce & dans les Arts à vieillir garçons de boutique, courtiers, compagnons, &c. ces gens-là presque toujours isolés, errans & peu connus, esquivent assez facilement les impositions personnelles : au lieu que si les maîtrises étoient plus accessibles, il y auroit en conséquence beaucoup plus de maîtres, gens établis pour les Arts & pour le Commerce, qui tous payeroient la capitation à l'avantage du public & du roi.
Un autre avantage qu'on pourroit trouver dans les corps que le lien des maîtrises réunit de nos jours, c'est qu'au lieu d'imposer aux aspirans des taxes considérables qui fondent presque toujours entre les mains des chefs & qui sont infructueuses au général, on pourroit, par des dispositions plus sages, procurer des ressources à tous les membres contre le desastre des faillites ; je m'explique.
Un jeune marchand dépense communément pour sa réception, circonstances & dépendances, environ 2000 francs, & cela, comme nous l'avons dit, en pure perte. Je voudrois qu'à la place, après l'examen de capacité que nous avons marqué ou autre qu'on croiroit préférable, on fît compter par les candidats la somme de 10000 livres, pour lui conférer le droit & le crédit de négociant ; somme dont on lui payeroit l'intérêt à quatre pour cent tant qu'il voudroit faire le commerce. Cet argent seroit aussi-tôt placé à cinq ou six pour cent chez des gens solvables & bien cautionnés d'ailleurs. Au moyen des 10000 liv. avancées par tous marchands, chacun auroit dans son corps un crédit de 40000 francs à la caisse ou au bureau général : ensorte que ceux qui lui fourniroient des marchandises ou de l'argent pourroient toujours assurer leur créance jusqu'à ladite somme de 40000 livres.
Au lieu qu'on marche aujourd'hui à tâtons & en tremblant dans les crédits du commerce, le nouveau réglement augmenteroit la confiance & par conséquent la circulation ; il préviendroit encore la plûpart des faillites, par la raison principale qu'on verroit beaucoup moins d'avanturiers s'introduire en des négoces pour lesquels il faudroit alors du comptant, ce qui seroit au reste un exclusif plus efficace, plus favorable aux anciennes familles & aux anciens installés, que l'exigence actuelle des maîtrises, qui n'operent d'autre effet dans le commerce que d'en arrêter les progrès.
Avec le surplus d'intérêt qu'auroit la caisse, quand elle ne placeroit qu'à cinq pour cent, elle remplaceroit les vuides & les pertes qu'elle essuyeroit encore quelquefois, mais qui seroient pourtant assez rares, parce que le commerce, comme on l'a vu, ne se feroit plus guère que par des gens qui auroient un fonds & des ressources connues. Si cependant la caisse faisoit quelque perte au-delà de ses produits, ce qui est difficile à croire, cette perte seroit supportée alors par le corps entier, suivant la taxe de capitation imposée à chacun des membres. Cette contribution, qui n'auroit peut-être pas lieu en vingt ans, deviendroit presqu'imperceptible aux particuliers, & elle empêcheroit la ruine de tant d'honnêtes gens qu'une seule banqueroute écrase souvent aujourd'hui. Quand un homme voudroit quitter le commerce, on lui rendroit ses 10000 liv. pourvu qu'il eût satisfait les créanciers qui auroient assuré à la caisse.
Au surplus, ce qu'on dit ici sommairement en faveur des marchands, se pourroit pratiquer à proportion pour les ouvriers ; on pourroit employer à-peu-près les mêmes dispositions pour augmenter le crédit des notaires & la sécurité du public à leur égard.
Quoi qu'il en soit, comme il est naturel d'employer les recompenses & les punitions pour intéresser chacun dans son état à se rendre utile au public, ceux qui se seront distingués pendant quelques années par leur vigilance, leur droiture & leur habileté, pourront être gratifiés d'une sorte d'enseigne, que la police leur accordera comme un témoignage authentique de leur exactitude & de leur probité. Au contraire, si quelqu'un commet des malversations ou des friponneries avérées, il sera condamné à l'amende, & obligé de souffrir pendant quelque tems à sa porte une enseigne de répréhension & d'infamie ; pratique beaucoup plus sage que de murer sa boutique.
En un mot, on peut prendre toute sorte de précautions, pour que chacun remplisse les devoirs de son état ; mais il faut laisser à tous la liberté de bien faire : & loin de fixer le nombre des sujets qu'il doit y avoir dans les professions utiles, ce qui est absolument déraisonnable, à moins qu'on ne fixe en même tems le nombre des enfans qui doivent naître ; il faut procurer des ressources à tous les citoyens, pour employer à propos leurs facultés & leurs talens.
Il est à présumer qu'avec de tels réglemens chacun voudra se piquer d'honneur, & que la police sera mieux observée que jamais, sans qu'il faille recourir à des moyens embarrassans, & qui sont une source de divisions & de procès entre les différens corps des arts & du commerce. Il résulte encore une autre utilité des précautions qu'on a marquées, c'est que l'on connoîtroit aisément les gens sûrs & capables à qui l'on pourroit s'adresser ; connoissance qui ne s'acquiert aujourd'hui qu'après bien des épreuves que l'on fait d'ordinaire à ses dépens.
Pour répondre à ce que l'on dit souvent contre la liberté des arts & du commerce ; savoir qu'il y auroit trop de monde en chaque profession ; il est visible que l'on ne raisonneroit pas de la sorte, si l'on vouloit examiner la chose de près : car enfin la liberté du commerce feroit-elle quitter à chacun son premier état pour en prendre un nouveau ? Non, sans doute : chacun demeureroit à sa place, & aucune profession ne seroit surchargée, parce que toutes seroient également libres. A la vérité, bien des gens à présent trop misérables pour aspirer aux maîtrises, se verroient tout-à-coup tirés de servitude, & pourroient travailler pour leur compte, en quoi il y auroit à gagner pour le public.
Mais, dit-on, ne sentez-vous pas qu'une infinité de sujets qui n'ont aucun état fixe, voyant la porte des arts & du négoce ouverte à tout le monde, s'y jetteroient bientôt en foule, & troubleroient ainsi l'harmonie qu'on y voit regner ?
Plaisante objection ! si l'entrée des arts & du commerce devenoit plus facile & plus libre, trop de gens, dit-on, profiteroient de la franchise. Hé, ne seroit-ce pas le plus grand bien que l'on pût desirer ? Si ce n'est qu'on croie peut-être qu'il vaut mieux subsister par quelque industrie vicieuse, ou croupir dans l'oisiveté, que de s'appliquer à quelque honnête travail. En un mot, je ne comprens pas qu'on puisse hésiter pour ouvrir à tous les sujets la carriere du négoce & des arts ; puisqu'enfin il n'y a pas à délibérer, & qu'il est plus avantageux d'avoir bien des travailleurs & des commerçans, dût-il s'en trouver quelques-uns de mal-habiles, que de rendre l'oisiveté presque inévitable, & de former ainsi des fainéans, des voleurs & des filous.
Que le sort des hommes est à plaindre ! Ils n'ont pas la plûpart en naissant un point où reposer la tête, pas le moindre espace dans l'immensité qui appartienne à leurs parens, & dont il ne faille payer la location. Mais c'étoit trop peu que les riches & les grands eussent envahi les fonds, les terres, les maisons ; il falloit encore établir les maîtrises, il falloit interdire aux foibles, aux indéfendus l'usage si naturel de leur industrie & de leurs bras.
L'arrangement que j'indique ici produiroit bientôt dans le royaume un commerce plus vif & plus étendu ; les manufacturiers & les autres négocians s'y multiplieroient de toutes parts, & seroient plus en état qu'aujourd'hui de donner leurs marchandises à un prix favorable, sur-tout si, pour complément de réforme, on supprimoit au-moins les trois quarts de nos fêtes, & qu'on rejettât sur la capitation générale le produit des entrées & des sorties qu'on fait payer aux marchandises & denrées, au-moins celles qui se perçoivent dans l'intérieur du royaume, & de province à province.
On est quelquefois surpris que certaines nations donnent presque tout à meilleur marché que les François ; mais ce n'est point un secret qu'elles ayent privativement à nous. La véritable raison de ce phénomene moral & politique, c'est que le commerce est regardé chez elles comme la principale affaire de l'état, & qu'il y est plus protégé que parmi nous. Une autre raison qui fait beaucoup ici, c'est que leurs douannes sont moins embarrassantes & moins ruineuses pour le commerce, au moins pour tout ce qui est de leur fabrique & de leur cru. D'ailleurs ces peuples commerçans ne connoissent presque point l'exclusif des maîtrises ou des compagnies ; ils connoissent encore moins nos fêtes, & c'est en quoi ils ont bien de l'avantage sur nous. Tout cela joint au bas intérêt de leur argent, à beaucoup d'économie & de simplicité dans leur maniere de vivre & de s'habiller, les met en état de vendre à un prix modique, & de conserver chez eux la supériorité du commerce. Rien n'empêche que nous ne profitions de leur exemple, & que nous ne travaillions à les imiter, pour-lors nous irons bientôt de pair avec eux. Rentrons dans notre sujet.
On soutient que la franchise générale des arts & du négoce nuiroit à ceux qui sont dejà maîtres, puisque tout homme pourroit alors travailler, fabriquer & vendre.
Sur cela il faut considérer sans prévention, qu'il n'y auroit pas tant de nouveaux maîtres qu'on s'imagine. En effet, il y a mille difficultés pour commencer ; on n'a pas d'abord des connoissances & des pratiques, & sur-tout on n'a pas, à point nommé, des fonds suffisans pour se loger commodément, pour s'arranger, risquer, faire des avances, &c. Cependant tout cela est nécessaire, & c'est ce qui rendra ces établissemens toûjours trop difficiles ; ainsi les anciens maîtres profiteroient encore long-tems de l'avantage qu'ils ont sur tous les nouveaux-venus. Et au pis aller, la nation jouissant dans la suite, & jouissant également de la liberté du commerce, elle se verroit à-peu-près, à cet égard, au point qu'elle étoit il y a quelques siecles, au point que sont encore nos colonies, & la plûpart même des étrangers, à qui la franchise des arts & du négoce procure, comme on sait, l'abondance & les richesses.
Au surplus, on peut concilier les intérêts des anciens & des nouveaux maîtres, sans que personne ait sujet de se plaindre. Voici donc le tempérament que l'on pourroit prendre ; c'est que pour laisser aux anciens maîtres le tems de faire valoir leurs droits privatifs, on n'accorderoit la franchise des arts & du commerce qu'à condition de payer pour les maîtrises & réceptions la moitié de ce que l'on débourse aujourd'hui, ce qui continueroit ainsi pendant le cours de vingt ans ; après quoi, on ne payeroit plus à perpétuité que le quart de ce qu'il en coûte, c'est-à-dire qu'une maîtrise ou réception qui revient à 1200. liv. seroit modifiée d'abord à 600 liv. & au bout de vingt ans, fixée pour toûjours à 300. liv. le tout sans repas & sans autres cérémonies. Les sommes payables par les nouveaux maîtres, pendant l'espace de vingt ans, seroient employées au profit des anciens, tant pour acquiter les dettes de leur communauté, que pour leur capitation particuliere, & cela pour les dédommager d'autant, mais dans la suite, les sommes qui viendroient des nouvelles réceptions, & qui seroient payées également par tous les sujets, fils de maîtres & autres, seroient converties en octrois à l'avantage des habitans, & non-dissipées, comme aujourd'hui, en Te Deum, en pains benis, en repas, en frairies, &c.
Au reste, je crois qu'en attendant la franchise dont il s'agit, on pourroit établir dès-à-présent un marché franc dans les grandes villes, marché qui se tiendroit quatre ou cinq fois par an, avec une entiere liberté d'y apporter toutes marchandises non-prohibées ; mais avec cette précaution essentielle, de ne point assujettir les marchands à se mettre dans certains bâtimens, certains enclos, où l'étalage & les loyers sont trop chers.
Outre l'inconvénient qu'ont les maîtrises de nuire à la population, comme on l'a montré ci-devant, elles en ont un autre qui n'est guere moins considérable, elles font que le public est beaucoup plus mal servi. Les maîtrises, en effet, pouvant s'obtenir par faveur & par argent, & ne supposant essentiellement ni capacité, ni droiture dans ceux qui les obtiennent ; elles sont moins propres à distinguer le mérite, ou à établir la justice & l'ordre parmi les ouvriers & les négocians, qu'à perpétuer dans le commerce l'ignorance & le monopole : en ce qu'elles autorisent de mauvais sujets qui nous font payer ensuite, je ne dis pas seulement les frais de leur réception, mais encore leurs négligences & leurs fautes.
D'ailleurs la plûpart des maîtres employant nombre d'ouvriers, & n'ayant sur eux qu'une inspection générale & vague, leurs ouvrages sont rarement aussi parfaits qu'ils devroient l'être ; suite d'autant plus nécessaire que ces ouvriers subalternes sont payés maigrement, & qu'ils ne sont pas fort intéressés à ménager des pratiques pour les maîtres ; ne visant communément qu'à passer la journée, ou bien à expédier beaucoup d'ouvrages, s'ils sont, comme l'on dit, à leurs pieces ; au lieu que s'il étoit permis de bien faire à quiconque en a le vouloir, plusieurs de ceux qui travaillent chez les maîtres, travailleroient bientôt pour leur compte ; & comme chaque artisan pour-lors seroit moins chargé d'ouvrage, & qu'il voudroit s'assûrer des pratiques, il arriveroit infailliblement que tel qui se néglige aujourd'hui en travaillant pour les autres, deviendroit plus soigneux & plus attaché dès qu'il travailleroit pour lui-même.
Enfin le plus terrible inconvénient des maîtrises, c'est qu'elles sont la cause ordinaire du grand nombre de fainéans, de bandits, de voleurs, que l'on voit de toutes parts ; en ce qu'elles rendent l'entrée des arts & du négoce si difficile & si pénible, que bien des gens, rebutés par ces premiers obstacles, s'éloignent pour toûjours des professions utiles, & ne subsistent ordinairement dans la suite que par la mendicité, la fausse monnoie, la contrebande, par les filouteries, les vols & les autres crimes. En effet, la plûpart des malfaiteurs que l'on condamne aux galères, ou que l'on punit du dernier supplice, sont originairement de pauvres orphelins, des soldats licenciés, des domestiques hors de place, ou tels autres sujets isolés, qui n'ayant pas été mis à des métiers solides, & qui trouvant des obstacles perpétuels à tout le bien qu'ils pourroient faire, se voient par-là comme entraînés dans une suite affreuse de crimes & de malheurs.
Combien d'autres gens d'especes différentes, hermites, souffleurs, charlatans, &c. combien d'aspirans à des professions inutiles ou nuisibles, qui n'ont d'autre vocation que la difficulté des arts & du commerce, & dont plusieurs sans bien & sans emploi ne sont que trop souvent réduits à chercher, dans leur désespoir, des ressources qu'ils ne trouvent point par-tout ailleurs ?
Qu'on favorise le commerce, l'agriculture & tous les arts nécessaires, qu'on permette à tous les sujets de faire valoir leurs biens & leurs talens, qu'on apprenne des métiers à tous les soldats, qu'on occupe & qu'on instruise les enfans des pauvres, qu'on fasse regner dans les hôpitaux l'ordre, le travail & l'aisance, qu'on reçoive tous ceux qui s'y présenteront, enfin qu'on renferme & qu'on corrige tous les mendians valides, bientôt au lieu de vagabonds & de voleurs si communs de nos jours, on ne verra plus que des hommes laborieux ; parce que les peuples trouvant à gagner leur vie, & pouvant éviter la misere par le travail, ne seront jamais réduits à des extrêmités fâcheuses ou funestes.
Pauciores alantur otio, reddatur agricolatio, lanificium instauretur, ut sit honestum negotium quo se utiliter exerceat otiosa ista turba, vel quos hactenùs inopia fures facit, vel qui nunc errones aut otiosi sunt ministri, fures nimirum utrique futuri. Lib. I. Eutopiae. Article de M. FAIGUET DE VILLENEUVE.
|
| MAIXENT | SAINT, Maxentium, (Géogr.) ville de France dans le Poitou, chef-lieu d'une élection, avec une abbaye. Elle est sur la Sevre, à 12 lieues S. O. de Poitiers, 86 S. O. de Paris. Long. 17. 18. lat. 46. 25.
Saint-Maixent est la patrie d'André Rivet, fameux ministre calviniste, qui devint professeur en Théologie à Leyde. Il mourut à Breda en 1651, âgé de 78 ans. Ses oeuvres théologiques ont été recueillies en 3 volumes in-fol. (D.J.)
|
| MAJESQUE | (Jurisprud.) terme usité dans le Béarn pour exprimer le droit que quelqu'un a de vendre seul son vin pendant tout le mois de Mai à l'exclusion de toutes autres personnes. Ce droit a pris sa dénomination du mois de Mai, pendant lequel se fait cette vente. Il est nommé dans les anciens titres maïade, majeneque & majesque : c'est la même chose que ce qu'on appelle ailleurs droit de banvin.
Centule, comte de Béarn, se réserva le droit de vendre ses vins & ses pommades ou cidres, provenans de ses rentes ou devoirs pendant tout le mois. Ce droit est domanial, il appartient au souverain dans les terres de son domaine, & aux seigneurs particuliers dans leurs villages ; mais présentement ce droit n'est presque plus usité, attendu que les seigneurs en ont traité avec les communautés moyennant une petite redevance en argent que l'on appelle maïade. On a aussi donné le nom de majesque au contrat que les communautés de vin passent avec un fermier pour en faire le fournissement nécessaire, aux conditions qui sont arrêtées entr'eux ; & comme ces sortes de monopoles sont défendus, ces contrats de majesque ne sont valables qu'autant que le parlement en accorde la permission. Voyez M. de Marca, hist. de Béarn, liv. IV. ch. xvij. & le glossaire de Lauriere, au mot MAÏADE. (A)
|
| MAJESTÉ | S. f. (Hist.) titre qu'on donne aux rois vivans, & qui leur sert souvent de nom pour les distinguer. Louis XI. fut le premier roi de France qui prit le titre de majesté, que l'empereur seul portoit, & que la chancellerie allemande n'a jamais donné à aucun roi jusqu'à nos derniers tems. Dans le xij. siecle les rois de Hongrie & de Pologne étoient qualifiés d'excellence ; dans le xv. siecle, les rois d'Aragon, de Castille & de Portugal avoient encore les titres d'altesse. On disoit à celui d'Angleterre votre grace, ou auroit pu dire à Louis XI. votre despotisme. Le titre même de majesté s'établit fort lentement ; il y a plusieurs lettres du sire de Bourdeille dans lesquelles on appelle Henri III. votre altesse ; & quand les états accorderent à Catherine de Médicis l'administration du royaume, ils ne l'honorerent point du titre de majesté.
Sous la république romaine le titre de majesté appartenoit à tout le corps du peuple & au sénat réuni : d'où vient que majestatem minuere, diminuer, blesser la majesté, c'étoit manquer de respect pour l'état. La puissance étant passée dans la main d'un seul, la flatterie transporta le titre de majesté à ce seul maître & à la famille impériale, majestas augusti, majestas divinae domus.
Enfin le mot de majesté s'employa figurément dans la langue latine, pour peindre la grandeur des choses qui attirent de l'admiration, l'éclat que les grandes actions répandent sur le visage des héros, & qui inspirent du respect & de la crainte au plus hardi. Silius Italicus a employé ce mot merveilleusement en ce dernier sens, dans la description d'une conspiration formée par quelques jeunes gens de Capouë. Il fait parler ainsi un des conjurés : " Tu te trompes si tu crois trouver Annibal désarmé à table : la majesté qu'il s'est acquise par tant de batailles, ne le quitte jamais ; & si tu l'approche, tu verras autour de lui les journées de Cannes, de Trébie & de Trasymène, avec l'ombre du grand Paulus ".
Fallit te mensas inter quod credis inermem,
Tot bellis quaesita viro, tot caedibus armat
Majestas aeterna ducem : si admoveris ora,
Cannas & Trebiam ante oculos, Trasimenaque busta,
Et Pauli stare ingentem miraberis umbram.
(D.J.)
MAJESTE, (Jurispr.) crime de lese majesté. Voyez l'article LESE-MAJESTE.
|
| MAJEUR | (Jurispr.) est celui qui a atteint l'âge de majorité, auquel la loi permet de faire certains actes.
Comme il y a plusieurs sortes de majorités, il y a aussi plusieurs sortes de majeurs, savoir ;
Majeur d'ans, c'est-à-dire celui qui a atteint le nombre d'années auquel la majorité est parfaite.
Majeur coutumier est celui qui a atteint la majorité coutumiere, ce qui n'empêche pas qu'il ne soit encore mineur de droit. Voyez l'article suivant & les notes sur Artois, p. 414.
Majeur de majorité coutumiere est celui qui a atteint l'âge auquel les coutumes permettent d'administrer ses biens. Cet âge est réglé différemment par les coutumes : dans quelques-unes c'est à 20 ans, dans d'autres à 18 ou à 15.
Majeur de majorité féodale est celle qui a atteint l'age auquel les coutumes permettent de porter la foi pour les fiefs. Voyez ci-après MAJORITE FEODALE.
Majeur de majorité parfaite. Voyez ci-après MAJORITE PARFAITE.
Majeur de vingt-cinq ans est celui qui ayant atteint l'âge de 25 ans accomplis, a acquis par ce moyen la faculté de faire tous les actes dont les majeurs sont capables, comme de s'obliger, tester, ester en jugement, &c. Voyez MAJORITE, MINEUR & MINORITE. (A)
MAJEUR, (Comm.) dans le négoce des échelles du Levant, signifie un marchand qui fait le commerce pour lui-même, ce qui le distingue des commissionnaires, facteurs, coagis & courtiers. Ceux-ci appellent quelquefois leurs commettans leurs majeurs. Voyez FACTEUR, COAGI, &c. Dictionnaire de Commerce. (G)
MAJEUR, adj. (Musique) est le nom qu'on donne en musique à certains intervalles, quand ils sont aussi grands qu'ils peuvent l'être sans devenir faux. Il faut expliquer cette idée.
Il y a des intervalles qui ne sont sujets à aucune variation, & qui à cause de cela s'appellent justes ou parfaits, voyez INTERVALLES. D'autres, sans changer de nom, sont susceptibles de quelque différence par laquelle ils deviennent majeurs ou mineurs, selon qu'on la pose ou qu'on la retranche. Ces intervalles variables sont au nombre de cinq ; savoir le semi-ton, le ton, la tierce, la sixte & la septieme. A l'égard du ton & du semi-ton, leur différence du majeur au mineur ne sauroit s'exprimer en notes, mais en nombre seulement ; le semi-ton mineur est l'intervalle d'une note à son dièse ou à son bémol, dont le rapport est de 24 à 25. Le semi-ton majeur est l'intervalle d'une seconde mineure, comme d'ut à si ou de mi à fa, & son rapport est de 15 à 16. La différence de ces deux semi-tons forme un intervalle que quelques-uns appellent dièse majeur, & qui s'exprime par les nombres 125. 128.
Le ton majeur est la différence de la quarte à la quinte, & son rapport est de 8 à 9. Le ton mineur est la différence de la quinte à la sixte majeure, en rapport de 9 à 10. La différence de ces deux tons, qui est en rapport de 80 à 81, s'appelle comma, voyez COMMA. On voit ainsi que la différence du ton majeur au ton mineur est moindre que celle du semi-ton mineur au semi-ton majeur.
Les trois autres intervalles, savoir la tierce, la sixte & la septieme, different toujours d'un semi-ton du majeur au mineur, & ces différences peuvent se noter. Ainsi la tierce mineure a un ton & demi, & la tierce majeure deux tons, &c.
Il y a quelques autres plus petits intervalles, comme le dièse & le comma, qu'on distingue en moindres, mineurs, moyens, majeurs & maximes ; mais comme ces intervalles ne peuvent s'exprimer qu'en nombre, toutes ces distinctions sont assez inutiles. Voyez DIESE & COMMA. (S)
MAJEUR, (Mode). Voyez MODE.
|
| MAJOLICA | (Arts) c'est le nom qu'on donne en Italie à une espece de poterie de terre ou de fayence fort belle qui se fabrique à Faenza. On dit que ce nom lui vient de Majolo son inventeur. Voyez FAYENCE.
|
| MAJOR | S. m. (Art milit.) dans l'art de la guerre, est un nom donné à plusieurs officiers qui ont différentes qualités & fonctions.
MAJOR GENERAL, c'est un des principaux officiers de l'armée, sur lequel roulent tous les détails du service de l'infanterie. C'est lui qui donne l'ordre qu'il a reçu de l'officier général à tous les majors des brigades ; il ordonne les détachemens, & il les voit partir ; il assigne aux troupes les postes qu'elles doivent occuper. Il doit tenir un registre exact de ce que chaque brigade doit fournir de troupes, & commander les colonels & lieutenans colonels selon leur rang. Il doit aussi avoir grande attention que le pain soit bon, & qu'il ne manque rien aux soldats.
Le major général va au campement avec le maréchal-de-camp de jour : il distribue aux majors des brigades le terrein que leurs brigades doivent occuper.
Le jour d'une bataille, le major général reçoit du général le plan de son armée, pour avoir la distribution de l'infanterie. Ses fonctions dans un siége sont fort étendues ; il avertit les troupes qui montent la tranchée, les détachemens, & les travailleurs ; il commande le nombre de fascines & de gabions qui convient chaque jour, & il a soin de faire fournir généralement tout ce qui est nécessaire à la tranchée. Cet emploi demande un officier actif, diligent, expérimenté, & bien entendu en toutes choses. On lui paye six cent livres par mois de 45 jours sans le pain de munition. Il a pour le soulager deux aides majors généraux, & plusieurs autres aides ; les aides majors généraux sont d'anciens officiers qu'on prend dans l'infanterie ; ils ont cent écus par mois de campagne ou de 45 jours.
Chaque brigade d'infanterie est obligée d'envoyer un sergent d'ordonnance chez le major général : Il s'en sert pour faire porter aux brigades les ordres qu'il a à leur donner.
Cette charge est de la création de Louis XIV. elle ne donne point rang parmi les officiers généraux ; mais le major général a toujours quelque grade, soit de brigadier, de maréchal-de-camp, ou de lieutenant général.
Quand le major général visite les gardes ordinaires, & autres détachemens postés autour de l'armée ou ailleurs, elles doivent le recevoir étant sous les armes, mais le tambour ne bat pas.
Major de brigade de cavalerie ou d'infanterie, est un officier qui prend l'ordre des majors généraux & qui le donne aux majors particuliers des régimens. C'est à lui à tenir la main que les détachemens qu'on commande de sa brigade soient complets : il doit les mener au rendez-vous, soit pour les gardes, soit pour les détachemens ; c'est lui qui porte l'ordre au brigadier. Il doit assister aux distributions des vivres qu'on fait aux troupes de sa brigade ; c'est lui qui fait faire l'exercice aux troupes dont elle est composée.
MAJOR dans un régiment, est un officier qui fait à-peu-près dans le régiment les mêmes fonctions que le major général fait dans toute l'infanterie. Il est chargé de faire les logemens, de poser & de relever les gardes, de faire les détachemens, d'aller prendre l'ordre du major, de le porter au commandant, & de le donner aux maréchaux des logis de la cavalerie.
Tout major, soit d'infanterie, de cavalerie, ou de dragons, tient du jour de la date de la commission de capitaine, rang avec ceux de son régiment, & commande à tous les capitaines reçus après lui.
Les majors doivent tenir la main à l'exécution des ordonnances concernant la police & la discipline.
Ils peuvent visiter les régimens & compagnies, soit dans les villes, ou dans le plat pays, aussi souvent qu'ils le jugent à propos ; ils assistent aux revûes que les inspecteurs ou commissaires en font.
Un major de cavalerie peut se mettre à la tête de l'escadron de son régiment, & le commander toutes & quantes fois il le desire, lorsque son rang lui en donne le commandement.
Les majors doivent en campagne tenir un état des travailleurs, ainsi que des fascines & gabions que leur régiment fournit, suivant le nombre que le major général en demande à la brigade, afin que lorsqu'ils reçoivent le payement, ils puissent faire exactement à chacun le compte de ce qui lui revient.
Ils doivent de plus tenir un contrôle bien exact des officiers qui marchent aux travailleurs pendant un siége, afin que dans un autre on continue le tour ; les différens mouvemens que les régimens font, n'y doivent apporter aucun changement.
Ils doivent aussi conserver le contrôle des officiers qui sont du conseil de guerre, afin qu'aucun capitaine n'en soit deux fois, qu'après que tous les autres en auront été une fois chacun, à mesure qu'ils se trouveront au corps.
Les majors & aides-majors des régimens vont à l'ordre chez le major de brigade, qui le leur dicte avec les détails concernans le service de leur régiment & ceux que le brigadier a recommandés ; ils vont ensuite porter le mot à leur colonel ; chaque aide-major va le porter au commandant de son bataillon, & lui fait lecture de l'ordre ; le major ne porte point le mot au lieutenant-colonel, lorsque le colonel est présent.
Les majors marchent avec leur colonel ; lorsqu'ils sont majors de brigade, le colonel n'a avec lui qu'un aide-major.
Le major, & en son absence l'officier chargé du détail, tient un contrôle des officiers du régiment avec la date de leur commission depuis le colonel jusqu'aux sous-lieutenans, le jour de leur réception, les charges vacantes, depuis quand & pourquoi, sans y comprendre ceux qui n'ont pas été reçus à leur charge, le nom des officiers absens, le tems de leur départ, le lieu de leur demeure ; s'ils ont congé ou non, pour quel tems, & les raisons ; il doit donner une copie de ce contrôle au commissaire des guerres, lors de la premiere revue & à chaque changement de garnison, & une autre copie mois par mois des changemens arrivés depuis la précédente revûe.
L'officier chargé du détail, doit écrire compagnie par compagnie, dans les colonnes marquées sur les registres que la cour envoie à cet effet, les noms propres de famille & de guerre des sergens & soldats, le lieu de leur naissance, la paroisse, la province, la jurisdiction, leur âge, leur taille, les marques qui peuvent servir à les faire reconnoître, leur mêtier, la date de leur arrivée, & le terme de leur enrôlement, en les plaçant sur le registre suivant leur rang d'ancienneté dans la compagnie : la même chose doit être observée pour les cavaliers, les dragons, & les troupes étrangeres.
Il lui est défendu, sous peine d'être cassé & d'un an de prison, d'employer aucun nom de soldat supposé.
Il marque sur ce registre, régulierement & à côté de chaque article, la date précise des changemens à mesure qu'ils arrivent, soit par la mort, les congés absolus ou la désertion des soldats ; il envoie tous les mois à la cour l'état & le signalement des soldats de recrues arrivés pendant le mois précédent.
Il tient un contrôle des engagemens limités de chaque compagnie : il y fait mention des sommes qu'il vérifie avoir été données ou promises pour ses engagemens.
Il doit enregistrer & motiver tous les congés des soldats, sous peine de perdre ses appointemens pendant un mois pour chaque omission.
Il doit aussi tenir un état exact du tems & des motifs des congés limités de ceux qui ne sont engagés que pour un tems, & en donner copie au commissaire des guerres pour y avoir recours en cas de besoin.
Les majors de cavalerie doivent tenir un contrôle signalé des chevaux de leur régiment ; ils en sont responsables, & payent 300 livres pour chacun de ceux qui sont détournés.
Les majors d'infanterie sont seuls chargés des deniers & des masses, ils en répondent ; ils peuvent se servir d'un aide-major dont ils sont garans ; ils doivent donner tous les mois un bordereau signé d'eux à chaque capitaine du compte de sa compagnie ; le même compte doit être sur leurs livres, & signé par le capitaine.
Ceux qui sont pourvus des charges de major ou aide-major, n'en peuvent point posséder d'autres en même tems. Art militaire par M. d'Héricourt.
Les jours de bataille, les majors doivent être à cheval pour se porter par-tout où il est besoin pour faire exécuter les ordres du commandant.
MAJOR, dans une place de guerre, est un officier qui doit y commander en l'absence du gouverneur & du lieutenant de roi, & veiller à ce que le service militaire s'y fasse avec exactitude.
Tous les majors des places n'avoient pas anciennement le pouvoir de commander en l'absence du gouverneur & du lieutenant de roi : mais sous le ministere de M. de Louvois, il fut réglé que ce pouvoir seroit énoncé dans toutes les commissions des majors, ce qui a été depuis observé à l'exception de quelques villes ; telles que Peronne, Abbeville, Toulon, & quelques autres où les magistrats sont en droit, par des privileges particuliers, de commander en l'absence du gouverneur ou commandant naturel. Code milit. de Briquet.
Les majors doivent être fort entendus dans le service de l'infanterie. Ils sont chargés des gardes, des rondes, &c. Ils doivent aussi être habiles dans la fortification & dans la défense des places.
MAJOR, (Marine) c'est un officier qui a soin dans le port de faire assembler à l'heure accoutumée les soldats gardiens pour monter la garde ; & il doit être toujours présent, lorsqu'elle est relevée, pour indiquer les postes. Il doit visiter une fois le jour les corps-de-garde, & rendre compte de tout au commandant de la marine. Les fonctions du major de la marine & de l'aide-major sont réglées & détaillées dans l'ordonnance de 1689. Liv. I. tit. viij. (Z)
|
| MAJORAT | S. m. (Jurisprud.) est un fidei-commis graduel, successif, perpétuel, indivisible, fait par le testateur, dans la vûe de conserver le nom, les armes & la splendeur de sa maison, & destiné à toujours pour l'aîné de la famille du testateur.
Il est appellé majorat, parce que sa destination est pour ceux qui sont natu majores.
L'origine des majorats vient d'Espagne ; elle se tire de quelques lois faites à ce sujet du tems de la reine Jeanne en 1505, dans une assemblée des états qui fut tenue à Toro, ville située au royaume de Léon.
Au défaut de ces lois, on a recours à celles que le roi Alphonse fit en 1521 pour régler la succession de la couronne qui est un majorat.
Le testateur peut déroger à ces lois, comme le décident celles qui furent faites à Toro.
Pour faire un majorat, il n'est pas nécessaire d'y être autorisé par le prince, si ce n'est pour ériger un majorat de dignité.
Ce n'est pas seulement en Espagne que l'on voit des majorats, il y en a aussi en Italie & dans d'autres pays. Il y en a quelques-uns dans la Franche-comté, laquelle en passant de la domination d'Espagne sous celle de la France, a conservé tous ses privileges & ses usages.
Les majorats sont de leur nature perpétuels, à moins que celui qui en est l'auteur n'en ait disposé autrement.
La disposition de la novelle 159, qui restraint à quatre générations la prohibition d'aliéner les biens grévés de fidei-commis, n'a pas lieu pour les majorats.
Les descendans, & même les collatéraux descendans d'une souche commune, soit de l'agnation ou de la cognation du testateur, sont appellés à l'infini chacun en leur rang, pour recueillir le majorat sans aucune préférence des mâles au préjudice des femelles, à moins que le testateur ne l'eût ordonné nommément.
La vocation de certaines personnes, à l'effet de recueillir le majorat, n'est pas limitative ; elle donne seulement la préférence à ceux qui sont nommés sur ceux qui ne le sont pas, de maniere que ces derniers viennent en leur rang après ceux qui sont appellés nommément.
Quand le testateur ne s'est point expliqué sur la maniere dont le majorat doit être dévolu, on y suit l'ordre de succéder ab intestat.
La représentation a lieu dans les majorats, tant en ligne directe que collatérale, au lieu que dans les fidei commis ordinaires elle n'a lieu qu'en directe.
Voyez le Traité de Molina sur l'origine des majorats d'Espagne, où les principes de cette matiere sont parfaitement développés. (A)
|
| MAJORDOME | S. m. (Hist. mod.) terme italien qui est en usage pour marquer un maître-d'hôtel. Voyez MAITRE-D'HOTEL ou INTENDANT. Le titre de majordome s'est donné d'abord dans les cours des princes à trois différentes sortes d'officiers, à celui qui prenoit soin de ce qui regardoit la table & le manger du prince, & qu'on nommoit autrefois Eleata, praefectus mensae, architriclinus dapifer, princeps coquorum. 2°. Majordome se disoit aussi d'un grand-maître de la maison d'un prince ; ce titre est encore aujourd'hui fort en usage en Italie, pour le surintendant de la maison du pape ; en Espagne, pour désigner le grand-maître de la maison du roi & de la reine ; & nous avons vû en France le premier officier de la maison de la reine douairiere du roi Louis I. fils de Philippe V. qualifié du titre de majordome. 3°. On donnoit encore le titre de majordome au premier ministre, ou à celui que le prince chargeoit de l'administration de ses affaires, tant de paix que de guerre, tant étrangeres que domestiques. Les histoires de France, d'Angleterre & de Normandie fournissent de fréquens exemples de majordomes. Dans ces deux premiers sens, Voyez MAITRE D'HOTEL, ou GRAND-MAITRE & MAIRE.
MAJORDOME, (Marine) terme dont on se sert sur les galeres pour désigner celui qui a la charge des vivres.
|
| MAJORITÉ | S. f. (Jurisprud.) est un certain âge fixé par la loi, auquel on acquiert la capacité de faire certains actes. On distingue plusieurs sortes de majorités, sçavoir :
MAJORITE COUTUMIERE ou LEGALE, est une espece d'émancipation légale que l'on acquiert de plein droit à un certain âge, à l'effet d'administrer ses biens, disposer de ses meubles, & d'ester en jugement.
Elle donne bien aussi le pouvoir d'aliéner les immeubles, & de les hypothéquer, mais à cet égard elle n'exclut pas le bénéfice de restitution au cas qu'il y ait lésion.
Elle ne suffit pas pour posséder un office sans dispense, ni pour contracter mariage sans le consentement des pere & mere ; il faut avoir acquis la majorité parfaite ou de vingt-cinq ans.
Les coûtumes de Rheims, Châlons, Amiens, Peronne, Normandie, Anjou & Maine, réputent les personnes majeures à vingt ans ; ce qui s'entend seulement de la majorité coutumiere ; celles de Ponthieu & de Boulenois déclarent les mâles majeurs à quinze ans, & les filles encore plus tôt.
Cette majorité se regle par la coutume du lieu de la naissance, & s'acquiert de plein droit sans avis de parens & sans aucun ministere de justice ; néanmoins en Normandie il est d'usage de prendre du juge un acte de passé-âge pour rendre la majorité notoire ; ce que le juge n'accorde qu'après qu'il lui est apparu par une preuve valable de la naissance & de l'âge de vingt ans accomplis.
Voyez Dumoulin en ses notes sur l'article 154 de la coutume d'Artois, sur les trente-septieme de celle de Lille, & le cent quarante-deuxieme d'Amiens. Le Prêtre, cent. 3. chap. xlvij. Peleus, liv. IV. de ses actions forenses, ch. xxix. Soevre, tome I. cent. 2 ch. lxxxj.
MAJORITE FEODALE, est l'âge auquel les coutumes permettent au vassal de porter la foi & hommage à son seigneur.
La coutume de Paris, art. 32, porte que tout homme tenant fief, est réputé âgé à vingt ans, & la fille à quinze ans accomplis, quant à la foi & hommage & charge de fief.
Dans d'autres coutumes cette majorité est fixée à dix-huit ans pour les mâles, & quelques-unes l'avancent encore davantage, & celle des femelles à proportion.
MAJORITE GRANDE, est la même chose que majorité parfaite, ou majorité de vingt-cinq ans. Voyez ci-après MAJORITE PARFAITE.
MAJORITE LEGALE, est la même chose que majorité coutumiere. Voyez ci-devant MAJORITE COUTUMIERE.
MAJORITE PARFAITE, est celle qui donne la capacité de faire tous les actes nécessaires tant pour l'administration & la disposition des biens, que pour ester en jugement, & généralement pour contracter toutes sortes d'engagemens valables. Par l'ancien usage de la France, elle étoit fixée à quatorze ans.
La majorité coutumiere, la majorité féodale, & l'âge auquel finissent les gardes noble & bourgeoise, sont des restes de cet ancien droit, que les coutumes ont réformé comme étant préjudiciables aux mineurs. Présentement la majorité parfaite ne s'acquiert que par l'âge de vingt-cinq ans accomplis, tems auquel toute personne soit mâle ou femelle, est capable de contracter, de vendre, engager & hypothéquer tous ses biens, meubles & immeubles, sans aucune espérance de restitution, si ce n'est par les moyens accordés au majeur.
Le tems de cette majorité se regle par la loi du lieu de la naissance, non pas néanmoins d'un lieu où quelqu'un seroit né par hasard, mais par la loi du lieu du domicile au tems de la naissance.
Suivant le droit commun, la majorité parfaite ne s'acquiert qu'à vingt-cinq ans ; cependant en Normandie elle s'acquiert à vingt ans, & ce n'est pas simplement une majorité coutumiere, elle a tous les mêmes effets que la majorité de vingt-cinq ans, si ce n'est que pour les actes passés en minorité, ceux qui sont majeurs de vingt ans en Normandie ont quinze ans pour se faire restituer, au lieu que les majeurs de vingt-cinq ans n'ont que dix années. Voyez MAJEUR & RESTITUTION EN ENTIER.
MAJORITE PLEINE, voyez ci-devant MAJORITE PARFAITE.
MAJORITE DU ROI, est fixée en France à quatorze ans commencés. Jusqu'au regne de Charles V. il n'y avoit rien de certain sur le tems auquel les rois devenoient majeurs, les uns l'avoient été reconnus plus tôt, d'autres plus tard.
Charles V. dit le Sage, sentant les inconvéniens qui pourroient résulter de cette incertitude, par rapport à son fils & à ses successeurs, donna un édit à Vincennes au mois d'Août 1374, par lequel il déclara qu'à l'avenir les rois de France ayant atteint l'âge de quatorze ans, prendroient en main le gouvernement du royaume, recevroient la foi & hommage de leurs sujets, & des archevêques & évêques ; enfin qu'ils seroient réputés majeurs comme s'ils avoient vingt-cinq ans.
Cet édit fut vérifié en parlement le 20 Mai suivant. Il y a eu depuis en conséquence plusieurs édits donnés par nos rois pour publier leur majorité, ce qui se fait dans un lit de justice. Cette publication n'est pourtant pas absolument nécessaire, la majorité du Roi étant notoire de même que le tems de sa naissance.
Voyez le traité de la majorité des rois, par M. Dupuy ; le code de Louis XIII. avec des commentaires sur l'ordonnance de Charles V. M. de Lauriere sur Loisel, liv. I. tit. 1. regle 34 ; Dolive, actions forenses, part. I. act. 1. & les notes.
MAJORITE DE VINGT-CINQ ANS, voyez MAJORITE PARFAITE.
|
| MAJORITES | S. m. (Hist. eccl.) hérétiques ainsi appellés de George Major, un des disciples de Luther, qui soutenoit que personne ne pouvoit être bienheureux, sans le mérite des bonnes oeuvres, pas même les enfans.
|
| MAJUMA | (Littérat.) ce mot désigne les jeux ou fêtes que les peuples des côtes de la Palestine célébroient, & que les Grecs & les Romains adopterent dans la suite. Les jurisconsultes ont eu tort de dériver ce mot du mois de Mai ; il tire son origine d'une des portes de la ville de Gaza, appellée majuma, du mot phénicien maim, qui signifie les eaux. La fête n'étoit d'abord qu'un divertissement sur l'eau que donnoient les pêcheurs & les bateliers, qui tâchoient, par cent tours d'adresse, de se faire tomber les uns les autres dans l'eau, afin d'amuser les spectateurs. Dans la suite, ce divertissement devint un spectacle régulier, que les magistrats donnoient au peuple dans certains jours. Ces spectacles ayant dégénéré en fêtes licencieuses, parce qu'on faisoit paroître des femmes toutes nues sur le théâtre, les empereurs chrétiens les défendirent, sans pouvoir néanmoins les abolir entiérement, & les peuples du Nord les continuerent. Le maicamp des Francs, célébré en présence de Charlemagne, & le campus roncaliae proche de Plaisance où les rois d'Italie se rendoient avec leurs vassaux, conserverent pendant plusieurs siecles la plus grande partie des usages du majuma. (D.J.)
|
| MAJUME | (Mythol.) fête que les Romains célébroient le premier jour de Mai en l'honneur de Maïa ou de Flore. L'empereur Claude l'institua, ou plutôt purgea sous son nom l'indécence qui régnoit dans les florales. Mais comme la majume se solemnisoit avec beaucoup de somptuosité, soit en festins, soit en offrandes, au rapport de Julien ; elle dégénéra bientôt des regles de son institution, & jamais il ne fut possible d'en arrêter les abus.
Les historiens prétendent que la fête majume duroit sept jours, qu'elle se célébroit originairement à Ostie sur le bord du Tibre & de la mer, & qu'elle se répandit au troisieme siecle dans toutes les provinces de l'empire. Bouche dit dans son histoire de Provence que la fête de la Maïe, qui se fait dans plusieurs villes de cette province, n'est qu'un reste de l'ancienne majume. (D.J.)
MAJUME, ou MAJUMA, ou la petite GAZA, (Géog.) c'étoit proprement le port de la ville de Gaza. Il étoit ordinaire aux villes trafiquantes, situées à quelque distance de la mer, d'avoir un port pour le magasinage & le commerce, tel étoit Majuma pour Gaza. Mais Constantin en fit une ville séparée, indépendante, lui donna le droit de cité, & l'appella Constantia. L'empereur Julien la dépouilla de ses privileges, lui rendit son ancien nom, & la remit sous la dépendance de Gaza quant au temporel. A l'égard du spirituel, Majume conserva son évêque, son clergé & son diocèse. Il faut donc distinguer l'ancienne ville de Gaza & la nouvelle, surnommée Majuma ou Constantia. Cette derniere étoit au bord de la mer, & la premiere à environ 2 milles de la mer. On ne voit plus des deux Gaza que des ruines, des mosquées, & un vieux château dont un bacha avoit fait son serrail dans le dernier siecle, au rapport de Thevenot. (D.J.)
|
| MAJUSCULE | ou MAJEURES, (Ecriture) se dit dans l'écriture des lettres capitales & initiales, dont le volume est beaucoup plus considérable que les autres. Voyez les Planches à la table de l'écriture, & leur explic.
MAJUSCULES, (Imprimerie) est un terme peu usité dans l'Imprimerie, & qui tient plus de l'art de l'écriture ; mais comme l'art de l'imprimerie est une imitation parfaite de l'écriture, l'on peut dire, sans blesser les termes d'art, que les capitales sont les majuscules, & les petites capitales les minuscules de l'impression. Voyez LETTRES, CAPITALES.
|
| MAKAQUE | S. m. (Hist. nat. Médecine) c'est ainsi que les habitans de Cayenne nomment une espece de ver, qui se produit assez communément dans la chair de ceux qui demeurent dans cette partie d'Amérique. Il est de la grosseur d'un tuyau de plume ; sa couleur est d'un brun foncé, & il a la forme d'une chenille. Il naît ordinairement sous la peau des jambes, des cuisses, & surtout près des genoux & des articulations. Sa présence s'annonce par une démangeaison suivie d'une tumeur. Lorsqu'on la perce, on trouve ce ver nâgeant dans le sang. On le retire en pressant la peau, & en la pinçant avec un morceau de bois fendu. Pour mûrir la tumeur, on la frotte avec l'espece d'huile qui se forme dans les pipes à fumer du tabac.
|
| MAKAREKAU | S. m. (Hist. nat. Botan.) grand & bel arbre des Indes orientales, remarquable par son utilité. Ses feuilles ont trois à quatre piés de longueur sur huit ou dix pouces de largeur ; elles se partagent & servent à écrire, comme le papier ou le parchemin. Son bois est poreux, & n'est point d'une grande utilité. Son fruit est rond, & de la grosseur d'une citrouille ; il est couvert d'une peau dure, divisée par quarrés, qui vont jusqu'au centre du fruit ; sa couleur est d'un rouge incarnat. La chair de ce fruit ne se mange point ; mais il est rempli de pignons qui sont d'un goût très-agréable. Les racines de cet arbre sont hors de la terre, à laquelle elles ne tiennent que très-foiblement, & qui forment comme des arcades.
|
| MAKELAER | S. m. (Commerce) l'on nomme ainsi en Hollande, & particulierement à Amsterdam, cette espece d'entremetteurs, soit pour la banque, soit pour la vente des marchandises, qu'on nommoit autrefois à Paris Courtiers, & depuis quelque tems, Agens de banque & de change. Voyez AGENT DE CHANGE. Voyez aussi COURTIERS, Dictionn. de Commerce, tom. III. pag. 236.
|
| MAKI | S. m. prosimia, (Hist. nat.) animal quadrupede, qui ressemble beaucoup au singe par la forme du corps, des jambes & des piés, mais qui en differe par celle de sa face ; car il a le museau fort allongé, comme celui du renard. M. Brisson distingue quatre especes de maki.
1°. Le maki simplement, dit-il, a onze pouces de longueur, depuis le sommet de la tête jusqu'à l'origine de la queue, qui est longue de quatre pouces & demi ; les oreilles sont courtes & presque cachées dans le poil, qui est doux, laineux & brun sur tout le corps, à l'exception du nez, de la gorge & du ventre, qui sont d'un blanc sale.
2°. Le maki aux piés blancs. Il ne differe guere du précédent, qu'en ce que les quatre piés sont blancs.
3°. Le maki aux piés fauves. Il est un peu plus grand que les précédens ; il en differe aussi en ce que le poil est d'un blanc sale & jaunâtre par-dessous le corps & à la partie intérieure des jambes, & que la face & le museau sont noirs.
4°. Le maki à queue annelée. Il a depuis le sommet de la tête jusqu'à l'origine de la queue, un pié de longueur ; celle de la queue est d'un pié & demi ; son museau est blanchâtre ; le poil du dessus du corps, des piés de devant & de l'extérieur des quatre jambes est roux près de l'origine, & gris à la pointe : on ne voit que cette derniere couleur, lorsque les poils sont serrés les uns contre les autres. Le dessous du corps, les piés de derriere & l'intérieur des quatre jambes sont blancs. La queue a des anneaux alternativement noirs & blancs. Voyez le Regne animal, divisé en neuf classes, pag. 221. Voyez QUADRUPEDE.
|
| MAKKREA | (Physique & Hist. nat.) c'est ainsi que l'on nomme dans le royaume de Pégu, aux Indes orientales, une lame d'eau formée par le reflux de la mer, qui se porte avec une violence extraordinaire vers l'embouchure de la riviere de Pégu. Cette masse d'eau, appellée makkrea par les habitans du pays, a communément douze piés de hauteur ; elle occupe un espace très-considérable, qui remplit toute la baie, depuis la ville de Negraïs jusqu'à la riviere de Pégu. Elle fait un bruit si effrayant, qu'on l'entend à une distance de plusieurs lieues ; elle est d'une force si grande, qu'il n'y a point de navire qui n'en soit renversé. Cette masse d'eau est portée contre la terre avec une rapidité & une violence, qui fait qu'il est impossible de l'éviter.
|
| MAL | LE, s. m. (Métaphysiq.) C'est tout ce qui est opposé au bien physique ou moral. Personne n'a mieux traité ce sujet important que le docteur Guillaume King, dont l'ouvrage écrit originairement en latin, a paru à Londres en anglois, en 1732, en 2 vol. in-8 °. avec d'excellentes notes de M. Edmond Law ; mais comme il n'a point été traduit en françois, nous croyons obliger les lecteurs en le leur faisant connoître avec un peu d'étendue, & nous n'aurons cependant d'autre peine que de puiser dans le beau dictionnaire de M. de Chaufepié. Voici l'idée générale du systême de l'illustre archevêque de Dublin.
1°. Toutes les créatures sont nécessairement imparfaites, & toûjours infiniment éloignées de la perfection de Dieu ; si l'on admettoit un principe négatif, tel que la privation des Péripatéticiens, on pourroit dire que chaque être créé est composé d'existence & de non-existence ; c'est un rien tant par rapport aux perfections qui lui manquent, qu'à l'égard de celles que les autres êtres possédent : ce défaut, ou comme on peut l'appeller, ce mélange de non-entité, dans la constitution des êtres créés, est le principe nécessaire de tous les maux naturels, & rend le mal-moral possible, comme il paroîtra par la suite.
2°. L'égalité de perfection dans les créatures est impossible ; & l'on peut ajouter qu'il ne seroit pas même convenable de les rendre toutes également parfaites.
3°. Il est conforme à la sagesse & à la bonté divine d'avoir créé non-seulement les créatures les plus parfaites, mais encore les moins parfaites, comme la matiere : attendu qu'elles sont préférables au néant, & qu'elles ne nuisent point aux plus parfaites.
4°. En supposant de la matiere & du mouvement, il faut nécessairement qu'il y ait des compositions & des dissolutions de corps ; ou, ce qui est la même chose, des générations & des corruptions, que quelques-uns regarderont peut-être comme des imperfections dans l'ouvrage de Dieu ; il n'est pourtant pas contraire à sa sagesse & à sa bonté de créer des êtres qui soient nécessairement sujets à ces maux. Il est donc évident que quoique Dieu soit infiniment bon, puissant & sage, certains maux, tels que la génération & la corruption, avec leurs suites nécessaires, peuvent avoir lieu parmi ses oeuvres ; & si un seul mal peut y naître sans supposer un mauvais principe, pourquoi pas plusieurs ? L'on peut présumer que si nous connoissions la nature de toutes choses & tout ce qui y a du rapport, aussi bien que nous connoissons la matiere & le mouvement, nous pourrions en rendre raison sans donner la moindre atteinte aux attributs de Dieu.
5°. Il n'est pas incompatible avec les perfections de l'Etre suprême d'avoir créé des esprits ou des substances pensantes, qui dépendent de la matiere & du mouvement dans leurs opérations, & qui étant unies à la matiere, peuvent mouvoir leurs corps & être susceptibles de certaines sensations par ces mouvemens du corps, & qui ont besoin d'une certaine disposition des organes pour faire usage de leur faculté de penser ; en supposant que les esprits qui n'ont absolument rien de commun avec la matiere, sont aussi parfaits que le systême de tout l'univers le peut permettre, & que ceux d'un ordre inférieur ne font aucun tort à ceux d'un ordre supérieur.
6°. On ne peut nier que quelques-unes des sensations excitées par la matiere & par le mouvement, doivent être désagréables, tout comme il y en a d'autres qui doivent être agréables : car il est impossible, & même peu convenable, que l'ame puisse sentir qu'elle perd sa faculté de penser, qui seule la peut rendre heureuse, sans en être affectée. Or toute sensation désagréable doit être mise au rang des maux naturels ; & elle ne peut cependant être évitée, à moins que de bannir un tel être de la nature des choses. Que si l'on demande pourquoi une pareille loi d'union a été établie ? la réponse est parce qu'il ne pouvoit pas y en avoir de meilleure. Cette sorte de nécessité découle de la nature même de l'union des choses qui ne pouvoient exister ni ne pouvoient être gouvernées par des lois plus convenables. Ces maux ne répugnent point aux perfections divines, pourvû que les créatures qui y sont sujettes jouissent d'ailleurs d'autres biens qui contrebalancent ces maux. Il faut encore remarquer que ces maux ne viennent pas proprement de l'existence que Dieu a donnée aux créatures, mais de ce qu'elles n'ont pas reçu plus d'existence, ce que leur état & le rang qu'elles occupent dans le vaste systême de l'univers ne pouvoient permettre. Ce mélange de non-existence tient donc la place du mauvais principe par rapport à l'origine du mal, comme on l'a dit ci-dessus.
7°. Le bonheur de chaque être naît du légitime usage des facultés que Dieu lui a données ; & plus un être a de facultés, plus le bonheur dont il est susceptible est grand.
8°. Moins un agent dépend des objets hors de lui, plus il se suffit à lui-même ; plus il a en lui le principe de ses actions, & plus cet agent est parfait. Puis donc que nous pouvons concevoir deux sortes d'agens, les uns qui n'agissent qu'autant qu'ils sont poussés par une force extérieure, les autres qui ont le principe de leur activité en eux-mêmes ; il est évident que ces derniers sont beaucoup plus parfaits que les premiers. On ne peut nier que Dieu ne puisse créer un agent revêtu de la puissance d'agir par lui-même, sans la détermination d'aucune cause extérieure, tant que Dieu conserve par son concours général à cet agent son existence & ses facultés.
9°. Un tel agent peut se proposer une fin, y tendre par des moyens propres à y conduire, & se complaire dans la recherche de cette fin, quoiqu'elle pût lui être parfaitement indifférente avant qu'il se la fût proposée, & qu'elle ne soit pas plus agréable que toute autre fin de la même espece ou d'une espece différente, si l'agent s'étoit déterminé à la poursuivre : car puisque tout plaisir ou bonheur dont nous jouissons consiste dans le légitime usage de nos facultés, tout ce qui offre à nos facultés un sujet sur lequel elles puissent s'exercer d'une maniere également commode, nous procurera le même plaisir. Ainsi la raison qui fait qu'une chose nous plaît plus qu'une autre, est fondée dans l'action de l'agent même, savoir le choix. C'est ce qui est expliqué avec beaucoup d'étendue dans l'ouvrage dont nous parlons.
10°. Il est impossible que toutes choses conviennent à tous les êtres, ou ce qui revient au même, qu'elles soient bonnes : car puisque les choses sont distinctes & différentes les unes des autres, & qu'elles ont des appétits finis, distincts & différens, il s'ensuit nécessairement que cette diversité doit produire les relations de convenance & de disconvenance ; il s'ensuit au moins que la possibilité du mal est un apanage nécessaire de toutes les créatures, & qu'il n'y a aucune puissance, sagesse ou bonté, qui les en puisse affranchir. Car lorsqu'une chose est appliquée à un être auquel elle n'est point appropriée, comme elle ne lui est point agréable & ne lui convient point, elle lui cause nécessairement un sentiment de peine ; & il n'étoit pas possible que toutes choses fussent appropriées à chaque être, là où les choses mêmes & les appétits varient & different nécessairement.
11°. Puisqu'il y a des agens qui sont maîtres de leurs actions, comme on l'a dit, & qui peuvent trouver du plaisir dans le choix des choses qui donnent de l'exercice à leurs facultés ; & puisqu'il y a des manieres de les exercer qui peuvent leur être préjudiciables, il est évident qu'ils peuvent choisir mal, & exercer leurs facultés à leur préjudice ou à celui des autres. Or comme dans une si grande variété d'objets il est impossible qu'un être intelligent, borné & imparfait par sa nature, puisse toûjours distinguer ceux qui sont utiles & ceux qui sont nuisibles, il étoit convenable à la sagesse & à la bonté de Dieu de donner aux agens des directions, pour les instruire de ce qui peut leur être utile ou nuisible, c'est-à-dire, de ce qui est bon ou mauvais, afin qu'ils puissent choisir l'un & éviter l'autre.
12°. Puisqu'il est impossible que toutes les créatures soient également parfaites, & même qu'il ne seroit pas à propos qu'elles fussent placées dans un même état de perfection, il s'ensuit qu'il y a divers ordres parmi les êtres intelligens ; & comme quelques-uns de ceux d'un rang inférieur sont capables de jouir des avantages de leur ordre, il s'ensuit qu'ils doivent être contens d'une moindre portion de bonheur dont leur nature les rend susceptibles, & qu'ils ne peuvent aspirer à un rang plus élevé, qu'au détriment des êtres supérieurs qui l'occupent. En effet, il faut que ceux-ci quittent leur place avant qu'un autre puisse y monter ; or il paroît incompatible avec la nature de Dieu de dégrader un être supérieur, tant qu'il n'a rien fait qui le mérite. Mais si un être supérieur choisit librement des choses qui le rendent digne d'être dégradé, Dieu sembleroit être injuste vers ceux d'un ordre inférieur, qui par un bon usage de leur liberté sont propres à un état plus élevé, s'il leur refusoit le libre usage de leur choix.
C'est ici que la sagesse & la bonté divine semblent s'être déployées de la maniere la plus glorieuse ; l'arrangement des choses paroît l'effet de la plus profonde prudence. Par-là Dieu a montré la plus complete équité envers ses créatures ; desorte qu'il n'y a personne qui soit en droit de se récrier, ou de se glorifier de son partage. Celui qui est dans une situation moins avantageuse, n'a aucun sujet de se plaindre, puisqu'il est doué de facultés dont il a le pouvoir de se servir d'une maniere propre à s'en procurer une meilleure ; & il est obligé d'avouer que c'est sa propre faute s'il en demeure privé : d'un autre côté, celui qui est dans un rang supérieur doit apprendre à craindre, de peur qu'il n'en déchée par un usage illégitime de ses facultés. Ainsi le plus élevé a un sujet de terreur qui peut en quelque façon diminuer sa félicité, & celui qui occupe un rang inférieur peut augmenter la sienne ; par-là ils approchent de plus près de l'égalité, & ils ont en même-tems un puissant aiguillon qui les excite à faire un usage avantageux de leurs facultés. Ce conflit contribue au bien de l'univers, & y contribue infiniment plus que si toutes choses étoient fixées par un destin nécessaire.
13°. Si tout ce qu'on vient d'établir est vrai, il est évident que toutes sortes de maux, le mal d'imperfection, le mal naturel ou physique, & le mal moral, peuvent avoir lieu dans un monde créé par un être infiniment sage, bon & puissant, & qu'on peut rendre raison de leur origine, sans avoir recours à un mauvais principe.
14°. Il est évident que nous sommes attachés à cette terre ; que nous y sommes confinés comme dans une prison, & que nos connoissances ne s'étendent pas au-delà des idées qui nous viennent par les sens ; mais puisque tout l'assemblage des élémens n'est qu'un point par rapport à l'univers entier, est-il surprenant que nous nous trompions, lorsque sur la vue de cette petite partie, nous jugeons, ou pour mieux dire, nous formons des conjectures touchant la beauté, l'ordre & la bonté du tout ? Notre terre est peut-être la basse-fosse de l'univers, un hôpital de foux, ou une maison de correction pour des malfaiteurs ; & néanmoins telle qu'elle est, il y a plus de bien naturel & moral que de mal.
Voilà, dit M. Law, jusqu'où la question de l'origine du mal est traitée dans l'ouvrage de l'auteur, parce que tout ce qu'on vient de dire, ou y est contenu en termes exprès, ou peut être déduit facilement des principes qui y sont établis. Ajoutons-y un beau morceau inséré dans les notes de la traduction de M. Law, sur ce qu'on prétend que le mal moral l'emporte dans le monde sur le bien.
M. King déclare qu'il est d'un sentiment différent.
Il est fermement persuadé qu'il y a plus de bien moral dans le monde, & même sur la terre, que de mal. Il convient qu'il peut y avoir plus d'hommes méchans que de bons, parce qu'une seule mauvaise action suffit pour qualifier un homme de méchant. Mais d'un autre côté, ceux qu'on appelle méchans font souvent dans leur vie dix bonnes actions pour une mauvaise. M. King ne connoît point l'auteur de l'objection, & il ignore à qui il a à faire ; mais il déclare que parmi ceux qu'il connoît, il croit qu'il y en a des centaines qui sont disposés à lui faire du bien, pour un seul qui voudroit lui faire du mal, & qu'il a reçu mille bons offices pour un mauvais.
Il n'a jamais pu adopter la doctrine de Hobbes, que tous les hommes sont des ours, des loups, & des tigres ennemis les uns des autres ; ensorte qu'ils sont tous naturellement faux & perfides, & que tout le bien qu'ils font provient uniquement de la crainte ; mais si l'on examinoit les hommes un par un, peut-être n'en trouveroit-on pas deux entre mille, calqués sur le portrait de loups & de tigres. Ceux-là même qui avancent un tel paradoxe ne se conduisent pas sur ce pié-là envers ceux avec qui ils sont en relation. S'ils le faisoient, peu de gens voudroient les avouer. Cela vient, direz-vous, de la coutume & de l'éducation : eh bien, supposons que cela soit, il faut que le genre humain n'ait pas tellement dégénéré, que la plus grande partie des hommes n'exerce encore la bienfaisance ; & la vertu n'est pas tellement bannie, qu'elle ne soit appuyée par un consentement général & par les suffrages du public.
Effectivement on trouve peu d'hommes, à moins qu'ils ne soient provoqués pas des passions violentes, qui aient le coeur assez dur pour être inaccessibles à quelque pitié, & qui ne soient disposés à témoigner de la bienveillance à leurs amis & à leurs enfans. On citeroit peu de Caligula, de Commode, de Caracalla, ces monstres portés à toutes sortes de crimes, & qui peut-être encore ont fait quelques bonnes actions dans le cours de leur vie.
Il faut remarquer en second lieu, qu'on parle beaucoup d'un grand crime comme d'un meurtre, qu'on le publie davantage, & que l'on en conserve plus long-tems la mémoire, que de cent bonnes actions qui ne font point de bruit dans le monde ; & cela même prouve que les premieres sont beaucoup plus rares que les dernieres, qui sans cela n'exciteroient pas tant de surprise & d'horreur.
Il faut observer en troisieme lieu, que bien des choses paroissent très-criminelles à ceux qui ignorent les vues de celui qui agit. Néron tua un homme qui étoit innocent ; mais qui sait s'il le fit par une malice préméditée ! peut-être que quelque courtisan flatteur, auquel il étoit obligé de se fier, lui dit que cet innocent conspiroit contre la vie de l'empereur, & insista sur la nécessité de le prévenir. Peut-être l'accusateur lui-même fut-il trompé. Il est évident que de pareilles circonstances diminuent l'atrocité du forfait, si Néron change de conduite. Au surplus il est vraisemblable que si l'on pesoit impartialement les fautes des humains, il se présenteroit bien des choses qui iroient à leur décharge.
En quatrieme lieu, plusieurs actions blâmables se font sans que ceux qui les commettent sachent qu'elles sont telles. C'est ainsi que saint Paul persécuta l'Eglise, & lui-même avoue qu'il s'étoit conduit par ignorance. Combien de choses de cette nature se pratiquent tous les jours par ceux qui professent des religions différentes ? Ce sont, je l'avoue, des péchés, mais des péchés qui ne procedent pas d'une volonté corrompue. Tout homme qui use de violence contre un autre, par amour pour la vertu, par haine contre le vice, ou par zele pour la gloire de Dieu, fait mal sans contredit ; mais l'ignorance & un coeur honnête servent beaucoup à l'excuser. Cette considération suffit pour diminuer le nombre des méchans de coeur ; les préjugés de parti doivent aussi être pesés, & quoiqu'il n'y ait pas d'erreur plus fatale au genre humain, cependant elle vient d'une ame remplie de droiture. La méprise consiste en ce que les hommes qui s'y laissent entrainer, oublient qu'on doit défendre l'état par des voies justes, & non aux dépens de l'humanité.
En cinquieme lieu, de petits soupçons font souvent regarder comme criminels des gens qui ne le sont point. Le commerce innocent entre un homme & une femme, fournit au méchant un sujet de les calomnier. Sur une circonstance qui accompagne ordinairement une action criminelle, on déclare coupable du fait même, la personne soupçonnée. Une mauvaise action suffit pour deshonorer toute la vie d'un homme.
Sixiemement, nous devons distinguer (& la loi même le fait) entre les actions qui viennent d'une malice préméditée, & celles auxquelles quelque violente passion ou quelque desordre dans l'esprit portent l'homme. Lorsque l'offenseur est provoqué, & qu'un transport subit le met hors de lui, il est certain que cet état diminue sa faute aux yeux de l'Eternel qui nous jugera miséricordieusement.
Enfin la conservation & l'accroissement du genre humain est une preuve assurée qu'il y a plus de bien que de mal dans le monde ; car une ou deux actions peuvent avoir une influence funeste sur plusieurs personnes. De plus, toutes les actions vicieuses tendent à la destruction du genre humain, du-moins à son desavantage & à sa diminution ; au lieu qu'il faut nécessairement le concours d'un grand nombre de bonnes actions pour la conservation de chaque individu. Si donc le nombre des mauvaises actions surpassoit celui des bonnes, le genre humain devroit finir. On en voit une preuve sensible dans les pays où les vices se multiplient, car le nombre des hommes y diminue tous les jours ; si la vertu s'y rétablit, les habitans y reviennent à sa suite. Le genre humain ne pourroit subsister, si jamais le vice étoit dominant, puisqu'il faut le concours de plusieurs bonnes actions pour réparer les dommages causés par une seule mauvaise ; qu'un seul crime suffit pour ôter la vie à un homme ou à plusieurs : mais combien d'actes de bonté doivent concourir pour conserver chaque particulier ?
De tout ce qu'on vient de dire, il résulte qu'il y a plus de bien que de mal parmi les hommes, & que le monde peut être l'ouvrage d'un Dieu bon, malgré l'argument qu'on fonde sur la supposition que le mal l'emporte sur le bien. Tout cela cependant n'est pas nécessaire, puisqu'il peut y avoir dix mille fois plus de bien que de mal dans tout l'univers, quand même il n'y auroit absolument aucun bien sur cette terre que nous habitons. Elle est trop peu de chose pour avoir quelque proportion avec le systême entier ; & nous ne pouvons que porter un jugement très-imparfait du tout sur cette partie. Elle peut être l'hôpital de l'univers ; & peut-on juger de la bonté & de la pureté de l'air du climat, sur la vue d'un hôpital où il n'y a que des malades ? de la sagesse d'un gouvernement, sur la vue d'une maison destinée pour y héberger des fols ? ou de la vertu d'une nation, sur la vue d'une seule prison qui renferme des malfaiteurs ? Non que la terre soit effectivement telle ; mais il est permis de le supposer, & toute supposition qui montre que la chose peut être, renverse l'argument manichéen, fondé sur l'impossibilité d'en rendre raison. Cependant loin de l'imaginer, regardons plutôt la terre comme un séjour rempli de douceurs ; " Au moins, dit M. King, j'avoue avec la plus vive reconnoissance pour Dieu, que j'ai passé mes jours de cette maniere ; je suis persuadé que mes parens, mes amis, & mes domestiques en ont fait autant, & je ne crois pas qu'il y ait de mal dans la vie qui ne soit supportable, sur-tout pour ceux qui ont des espérances d'un bonheur à venir. "
Au reste, indépendamment des preuves de l'illustre archevêque de Dublin, qui établissent que le bien, tant naturel que moral, l'emporte dans le monde sur le mal, le lecteur peut encore consulter Sherlock, traité de la Providence ; Hutcheson, On the Nature and conduct of the passions ; London, 1728 ; Leibnitz, essais de Théodicée ; Chubb's, supplement to the vindication of God's Moral Character, &c. & Lucas, Enquiry aster Happiness.
Bayle a combattu le systême du docteur King, dans sa réponse aux questions d'un provincial ; mais outre que l'archevêque de Dublin a répondu aux remarques du savant de Roterdam, il est bon d'observer que Bayle a eu tort d'avoir réfuté l'ouvrage sans l'avoir lû autrement que dans les extraits de M. Bernard & des journalistes de Léipsig. On peut encore lui reprocher en général d'avoir mêlé dans ses raisonnemens, plusieurs citations qui ne sont que des fleurs oratoires, & qui par conséquent ne prouvent rien ; la méthode de raisonner sur des autorités est très-peu philosophique dans des matieres de Métaphysique. (D.J.)
MAL, (Médecine) On emploie souvent ce mot dans le langage médicinal & on lui attache différentes idées ; quelquefois on s'en sert comme d'un synonyme à douleur, comme quand on dit mal de tête, mal aux dents, au ventre, pour dire douleur de tête, de dents, de ventre ; d'autres fois il n'exprime qu'un certain malaise, un sentiment qui n'est point douleur, mais toûjours un état contre nature, qu'il est plus facile de sentir que d'énoncer : c'est le cas de la plûpart des maux d'estomac, du mal au coeur, &c. Il est aussi d'usage pour désigner une affection quelconque indéterminée d'une partie malade. Ainsi on dit communément, j'ai mal aux yeux, à la jambe, &c. sans spécifier quel est le genre ou l'espece de maladie dont on est attaqué. Enfin on substitue dans bien des cas le mot mal à maladie, & on l'emploie dans la même signification. C'est ainsi qu'on appelle l'épilepsie mal caduc, une espece de lepre ou de galle mal-mort. On dit de même indifféremment maladie ou mal pédiculaire, maladie ou mal de Siam, &c. Toutes les autres maladies étant traitées à leur article particulier, à l'exception des deux dernieres, nous nous bornerons uniquement ici à ce qui les regarde.
MAL PEDICULAIRE. Ce nom est dérivé du latin pediculus qui signifie poux. Le caractere univoque de cette maladie est une prodigieuse quantité de poux qui occupent principalement les parties couvertes de poils, sur-tout la tête ; quelquefois aussi ils infectent tout le corps. Les Grecs appellent cette maladie , du mot qui veut dire poux, que Galien prétend être tiré radicalement de , corrompre ; faisant entendre par-là que les poux sont un effet de la corruption. On a vu quelques malades tellement chargés de ces animaux, que leurs bras & leurs jambes en étoient recouverts ; bien plus, ils sembloient sortir de dessous la peau, lorsque le malade en se grattant soulevoit quelque portion d'épiderme, ce qui confirmeroit l'opinion de Galien & d'Avenzoar qui pensent que les poux s'engendrent entre la peau & la chair. Outre le désagrément & l'espece de honte pour l'ordinaire bien fondée, qui sont attachés à cette maladie, elle entraîne à sa suite un symptome bien incommode, c'est l'extrême demangeaison occasionnée par ces poux. C'est cette même incommodité, que Serenus croyant bonnement qu'il n'y a rien de pernicieux ou même d'inutile, regarde comme un grand avantage que la nature tire de la présence de ces vilains animaux. Voici comme il s'exprime :
Noxia corporibus quaedam de corpore nostro
Progenuit natura, volens abrumpere somnos
Sensibus admonitis vigilesque inducere curas.
Lib. de medic.
Mercuriel refute très-sérieusement cette idée & assure que cette précaution de la nature pourroit être très-bonne pour des forçats de galeres, mais qu'elle seroit très-déplacée vis-à-vis des enfans, qui sont cependant les plus ordinairement infectés de poux & sujets à cette maladie.
On pourroit établir autant d'especes de mal pédiculaire, qu'il y a de sortes de poux ; mais ces sortes de divisions toujours minutieuses, n'ont aucune utilité pour la pratique. Il y en a une qui mérite seulement quelqu'attention, c'est celle qui est occasionnée par une espece de petits poux qu'on a peine à distinguer à la vue simple. Ils sont assez semblables à des lentes, leur principal effet est de couper, de déchirer les cheveux qui tombent alors par petits morceaux. On pourroit aussi rapporter à la maladie que nous traitons, les cirons qui s'attachent aux mains, & les pénétrent, de même que les morpions, espece de poux opiniâtres, qui se cramponnent fortement à la peau qui est recouverte de poils aux environs des parties de la génération. Voyez CIRONS & MORPIONS.
Parmi les causes qui concourent à la maladie pédiculaire, quelques-autres comptent le changement d'eau, l'interruption de quelqu'exercice habituel. Avicenne place le coit chez des personnes mal-propres ; Galien l'usage de la chair de vipere dans ceux qui ont des sucs vicieux : cet auteur assure aussi que rien ne contribue plus à cette maladie que certains alimens. Les figues passent communément pour avoir cette propriété. Mais il n'y en a aucune cause plus fréquente que la mal-propreté : on peut regarder cette affection comme une juste punition des crasseux qui négligent de se peigner, d'emporter par-là la crasse qui s'accumule sur la tête & qui gêne la transpiration, & de changer de linge, ce qui fait qu'elle est souvent un apanage de la misere. On la contracte facilement en couchant avec les personnes qui en sont atteints. Rarement elle est principale ; on l'observe quelquefois comme symptome dans la lepre, dans la phthisie, dans les fievres lentes, hectiques, &c. La plûpart des anciens auteurs ont cru que la corruption des humeurs étoit une disposition nécessaire & antécédente pour cette maladie : ils étoient dans l'idée comme leurs physiciens contemporains, que les insectes s'engendroient de la corruption ; la fausseté de cette opinion est démontrée par les expériences incontestables que les physiciens modernes ont faites ; nous pouvons cependant avancer comme certain, fondés sur des faits, que la corruption ou plutôt la dégénération des humeurs favorise la génération des poux. Sans doute qu'alors ils trouvent dans le corps des matrices plus propres à faire éclorre leurs oeufs. Dès qu'ils ont commencé à s'emparer d'un corps disposé, ils se multiplient à l'infini dans un très-court espace de tems ; leur nombre augmente dans un jour d'une maniere inconcevable. En général, les especes les plus viles, les plus abjectes, celles dont l'organisation est la plus simple, sont celles qui multiplient le plus abondamment & le plus vîte.
Cette maladie est plutôt honteuse, desagréable, incommode que dangereuse. Il y a cependant des observations par lesquelles il conste que quelques personnes qui avoient tout le corps couvert de poux en sont mortes. Aristote rapporte ce fait d'un syrien nommé Phérecide & du poëte Alcmane. Il y a pourtant lieu de présumer que c'est moins aux poux qu'à quelqu'autre maladie dont ils étoient symptome, que la mort dans ces cas doit être attribuée. Apollonius nous a transmis une remarque d'Aristote, que dans cette maladie, lorsque le malade étoit prêt à mourir, les poux se détachoient de la tête & couroient sur le lit, les habits du moribond : on a depuis vérifié cette remarque.
Lorsque la maladie est essentielle & qu'elle est bornée à la tête, on la guérit souvent par la simple attention de la tenir bien propre, bien peignée : quelquefois l'on est obligé de couper les cheveux ; &, si malgré cela, le mal pédiculaire subsiste & qu'il s'étende à tout le corps, il y a tout lieu de soupçonner qu'il est produit, entretenu, favorisé par quelque disposition interne, par quelqu'altération dans les humeurs qu'il faut connoître, & combattre par les remedes appropriés. Les stomachiques amers sont ceux dont on use plus familierement & qui réussissent le mieux, pris intérieurement ou employés à l'extérieur. Galien vante beaucoup les pilules qui reçoivent l'aloës dans leur composition ; mais le staphisaigre est de tous ces remedes celui qu'une longue expérience a fait choisir spécialement. On l'a surnommé à cause de cette vertu particuliere herbe pédiculaire. On fait prendre intérieurement la décoction de cette plante, & on lave la tête & les différentes parties du corps infectées par les poux ; ou on fait entrer la pulpe dans la plupart des onguens destinés au même usage. La cévadille découverte depuis, a paru préférable à plusieurs médecins. Je pense que tous ces médicamens doivent ceder au mercure dont on peut faire user intérieurement & qu'on peut appliquer à l'extérieur sous forme d'onguent. L'action de ce remede est promte, assurée & exempte de tout inconvénient. Que quelques médecins timides n'en redoutent point l'application à la tête, & dans les ensans : on est parvenu à mitiger ce remede, de façon qu'on peut sans le moindre inconvénient l'appliquer à toutes les parties, & s'en servir dans tous les âges.
MAL DE DENTS, est une maladie commune que les chirurgiens appellent odontalgie. Voyez ODONTALGIE.
Le mal de dent vient ordinairement d'une carie qui pourrit l'os & le ronge au-dedans. Quant aux causes de cette carie, &c. Voyez DENT.
Quelquefois il vient d'une humeur âcre qui se jette sur les gencives. Une pâte faite de pain tendre & de graine de stramonium, & mise sur la dent affectée, appaise le mal de dent. Si la dent est creuse, & la douleur violente, une composition de parties égales d'opium, de myrrhe & de camphre réduites en pâte avec de l'eau-de-vie ou de l'esprit de vin, dont on met environ un grain ou deux dans le creux de la dent, arrête la carie, émousse la violence de la douleur, & par ce moyen soulage souvent dans le moment.
Les huiles chimiques, comme celles d'origan, de girofle, de tabac, &c. sont aussi utiles, en détruisant par leur nature chaude & caustique le tissu des vaisseaux sensibles de la partie affectée : néanmoins un trop grand usage de ces sortes d'huiles cause souvent des fluxions d'humeurs, & des abcès.
Un vesicatoire appliqué derriere une oreille ou derriere toutes deux, manque rarement de guérir le mal de dent, sur-tout lorsqu'il est accompagné d'une fluxion d'humeurs chaudes, d'un gonflement des gencives, du visage, &c. Les linimens faits avec l'onguent de guimauve, de sureau, &c. mêlé avec l'eau de vie ou l'esprit de vin camphré, sont bons extérieurement pour appaiser la douleur.
M. Cheselden parle d'un homme qui fut guéri d'un mal de dent par l'application d'un petit cautere actuel sur l'anthelix de l'oreille, après que la saignée, la purgation, la salivation par l'usage des masticatoires, les setons, &c. avoient été inutiles. Une chose fort singuliere dans ce mal de dent, c'est que dès que la douleur devenoit violente, ou que le malade essayoit de parler, il survenoit une convulsion de tout le côté du visage où étoit la douleur.
Scoockius dans son traité du beurre, prétend que rien n'est meilleur pour conserver les dents belles & saines, que de les frotter avec du beurre : ce qui suivant M. Chambers qui apparemment n'aimoit pas le beurre, n'est guere moins dégoûtant que l'urine avec laquelle les Espagnols se rincent les dents tous les matins.
Pour prévenir & guérir le scorbut des gencives, on recommande de se laver tous les matins la bouche avec de l'eau salée. Et pour empêcher les dents de se gâter ou carrier, quelques-uns emploient seulement la poudre de corne de cerf dont ils se frottent les dents, & les rincent ensuite avec de l'eau froide. On prétend que cela est préférable aux dentifrices qui par la dureté de leurs parties emportent l'émail qui couvre les dents, & les garantit des mauvais effets de l'air, des alimens, des liqueurs, &c. lesquelles occasionnent des douleurs de dents, lorsqu'elles sont usées.
Les dentifrices sont ordinairement composés de poudres de corne de cerf, de corail rouge, d'os de seche, d'alun brûlé, de myrrhe, de sang-dragon, &c. Quelques-uns recommandent la poudre de brique, comme suffisante pour remplir toutes les intentions d'un bon dentifrice. Voyez DENTIFRICE.
La douleur de dent qui vient de la carie, se guérit en desséchant le nerf & plombant la dent : si ce moyen ne réussit pas, il faut faire le sacrifice de la dent.
MAL DES ARDENS, (Hist. de France) vieux mot qu'on trouve dans nos anciens historiens, & qui désigne un feu brûlant. On nomma mal des ardens dans le tems de notre barbarie, une fiévre ardente, érésipélateuse, épidémique, qui courut en France en 1130 & 1374, & qui fit de grands ravages dans le royaume : voyez-en les détails dans Mézerai & autres historiens. (D.J.)
MAL CADUC. Voyez EPILEPSIE.
M. Turberville rapporte dans les transactions philosophiques, l'histoire d'un malade qui étoit attaqué du mal caduc. Il observa dans son urine un grand nombre de vers courts qui avoient beaucoup de jambes, & semblables aux vers à mille piés. Tant que les vers furent vivans & eurent du mouvement, les accès revenoient tous les jours ; mais aussi-tôt qu'il lui eut fait prendre une demi-once d'oximel avec de l'ellebore dans de l'eau de tanaisie, les vers moururent, & la maladie cessa.
MAL DE MER, (Marine) c'est un soulevement de l'estomac, qui cause de fréquens vomissemens & un mal-être général par tout le corps, dont sont affectés ceux qui ne sont pas accoutumés à la mer, & qui pour l'ordinaire cesse au bout de quelques jours. On prétend que le mouvement du vaisseau en est une des principales causes.
MAL DE CERF, (Maréchal) rhumatisme général par tout le corps du cheval.
MAL TEINT, (Maréchal) variété du poil noir. Voyez NOIR.
MAL DE OJO, (Hist. mod.) Cela signifie mal de l'oeil en espagnol. Les Portugais & les Espagnols sont dans l'idée que certaines personnes ont quelque chose de nuisible dans les yeux, & que cette mauvaise qualité peut se communiquer par les regards, sur-tout aux enfans & aux chevaux. Les Portugais appellent ce mal quebranto ; il paroît que cette opinion ridicule vient à ces deux nations des Maures ou Sarrasins : en effet les habitans du royaume de Maroc sont dans le même préjugé.
|
| MAL FAÇON | S. f. (Art méchan.) se dit de tout défaut de matiere & de construction, causé par ignorance, négligence de travail, ou épargne. Par exemple, les jurés-experts sont obligés par leurs statuts & réglemens, de visiter les bâtimens que l'on construit, pour réformer les mal-façons & autres abus qui se commettent dans l'art de bâtir.
|
| MAL-ADROIT | MAL-ADRESSE, (Gram.) ils se disent du peu d'aptitude aux exercices du corps, aux affaires. Il y a cette différence entre la maladresse & la mal-habileté, que celle-ci ne se dit que du manque d'aptitude aux fonctions de l'esprit. Un joueur de billard est mal-adroit, un négociateur est mal-adroit ; ce second est aussi mal-habile, ce qu'on ne dira pas du premier.
|
| MAL-FAISANT | adj. (Gram. & Morale) qui nuit, qui fait du mal. Si l'homme est libre, c'est-à-dire, si l'ame a une activité qui lui soit propre, & en vertu de laquelle elle puisse se déterminer à faire ou ne pas faire une action, quelles que soient ses habitudes ou celles du corps, ses idées, ses passions, le tempérament, l'âge, les préjugés, &c. il y a certainement des hommes vertueux & des hommes vicieux ; s'il n'y a point de liberté, il n'y a plus que des hommes bien-faisans & des hommes mal-faisans ; mais les hommes n'en sont pas moins modéfiables en bien & en mal ; les bons exemples, les bons discours, les châtimens, les récompenses, le blâme, la louange, les lois ont toujours leur effet : l'homme mal-faisant est malheureusement né.
|
| MAL-FAISANTE | (Insect.) Voyez MILLE-PIES.
|
| MAL-INTENTIONNÉ | (Gramm. & Morale) qui a le dessein de nuire. Votre juge est mal intentionné. Il y a des mécontens dans les tems de troubles. Il y a en tous tems des mal-intentionnés. Le mécontentement & la mauvaise intention peuvent être bien ou mal fondés. Le mécontentement ne se prend pas toujours en mauvaise part. Il est rare que la mauvaise intention soit excusable ; elle n'est presque jamais sans la dissimulation & l'hypocrisie. Si l'on est mal intentionné, il faut du-moins l'être à visage découvert. Il est malhonnête de donner de belles espérances lorsque nous avons au fond de notre coeur le dessein formé de desservir.
|
| MAL-MORT | malum mortuum, (Médec.) espece de lepre, que les Médecins appellerent de ce nom, dans le tems qu'elle regnoit en Europe, parce qu'elle rendoit le corps livide, &, pour ainsi dire, mortifié par des ulceres noirs, sordides, croûteux, sans sentiment, sans douleur & sans pus, se formant spécialement aux hanches & aux jambes, & provenant d'une dépravation excessive du sang & des sucs nourriciers. (D.J.)
|
| MAL-PROPRE | MAL-PROPRÉTé. (Gram.) Ce sont les contraires de propre & de proprété. Voyez ces articles.
|
| MAL-SAIN | adj. (Gram.) C'est l'opposé de sain. Voyez l'article SAIN.
MAL-SAIN, (Marine) se dit d'un fond, ou d'un rivage où il se trouve des roches qui en rendent l'approche ou le mouillage peu sûr pour les vaisseaux. On dit, une côte mal-saine.
|
| MAL-SERRÉ | (Véner.) C'est quand le nombre des andouillers est non-pair aux têtes de cerfs, daims & chevreuils.
|
| MAL-SUBTIL | (Véner.) espece de phthisie ou de catarre qui tombe dans la mulette des oiseaux, & qui empêchant la digestion, les fait mourir de langueur.
|
| MALA-ELENGI | (Botan. exot.) arbre du Malabar, d'environ vingt piés de haut, toûjours verd, & qui porte du fruit une fois par an. L'auteur du jardin de Malabar appelle cet arbre arbor baccifera, indica, flore composito. Les habitans du pays font de ses fleurs, bouillies avec du poivre & du calamus aromatique dans de l'huile de Sésame, un liniment pour les affections céphaliques. (D.J.)
|
| MALABAR | LA COTE DE, (Géogr.) Quelques-uns comprennent sous ce nom toute la partie occidentale de la presqu'île de l'Inde en-deçà du Gange, depuis le royaume de Beylana au nord, jusqu'au cap Comorin au midi ; d'autres prennent seulement cette côte à l'extrêmité septentrionale du royaume de Canare, & la terminent, comme les premiers, au cap Comorin.
Le Malabar peut passer pour le plus beau pays des Indes au-deçà du Gange : outre les villes qu'on y voit de tous côtés, les campagnes de riz, les touffes de bois de palmiers, de cocotiers, & autres arbres toûjours verds ou chargés de fruits, les ruisseaux & les torrens qui arrosent les prairies & les paturages, rendent toutes les plaines également belles & riantes. La mer & les rivieres fournissent d'excellens poissons ; & sur la terre, outre la plûpart des animaux connus en Europe, il y en a beaucoup d'autres qui sont particuliers au pays. Le riz blanc & noir, le cardamome, les ananas, le poivre, le tamarin, s'y recueillent en abondance. Il suffit de savoir qu'on a mis au jour en Europe 12 tomes de plantes de Malabar, pour juger combien le pays est riche en ce genre.
Les Malabares de la côte sont noirs, ont les cheveux noirs, lisses & fort longs. Ils portent quantité de bracelets d'or, d'argent, d'ivoire, de cuivre ou d'autre métal ; les bouts de leurs oreilles descendent fort bas : ils y font plusieurs trous & y pendent toutes sortes d'ornemens. Les hommes, les femmes & les filles se baignent ensemble dans des bassins publiquement au milieu des villes. On marie les filles dès l'âge de huit ans. (M. MENURET. )
L'ordre de succession, soit pour la couronne, soit pour les particuliers, se fait en ligne féminine : on ne connoît les enfans que du côté de la mere, parce que les femmes sont en quelque maniere communes, & que les peres sont incertains.
Les Malabares sont divisés en deux ordres ou castes, savoir les nairos, qui sont les nobles, & les poliars, qui sont artisans, paysans ou pêcheurs. Les nairos seuls peuvent porter les armes & commercent avec les femmes des poliars tant qu'il leur plaît : c'est un honneur pour ces derniers. La langue du pays est une langue particuliere.
La religion des peuples qui l'habitent n'est qu'un assemblage de superstitions & d'idolâtrie ; ils représentent leurs dieux supérieurs & inférieurs sous de monstrueuses figures, & mettent sur leurs têtes des couronnes d'argille, de métal, ou de quelqu'autre matiere. Les pagodes où ils tiennent ces dieux ont des murailles épaisses bâties de grosses pierres brutes ou de briques. Les prêtres de ces idoles laissent croître leurs cheveux sans les attacher ; ils sont nuds depuis la ceinture jusqu'aux genoux : les uns vivent du service des idoles, d'autres exercent la medecine, & d'autres sont courtiers.
Il est vrai qu'il y a eu des chrétiens jettés de bonne heure sur les côtes de Malabar, & au milieu de ces idolâtres. Un marchand de Syrie nommé Marc-Thomas, s'étant établi sur cette côte avec sa famille & ses facteurs au vj. siecle, y laissa sa religion, qui étoit le Nestorianisme. Ces sectaires orientaux s'étant multipliés, se nommerent les chrétiens de S. Thomas, & vécurent paisiblement parmi les idolâtres (D.J.)
|
| MALABARES | PHILOSOPHIE DES, (Hist. de la Philosophie.) Les premieres notions que nous avons eues de la religion & de la morale de ces peuples, étoient conformes à l'inattention, à l'inexactitude & à l'ignorance de ceux qui nous les avoient transmises. C'étoient des commerçans qui ne connoissoient guère des opinions des hommes que celles qu'ils ont de la poudre d'or, & qui ne s'étoient pas éloignés de leurs contrées pour savoir ce que des peuples du Gange, de la côte de Coromandel & du Malabar pensoient de la nature & de l'être suprême. Ceux qui ont entrepris les mêmes voyages par le zele de porter le nom de Jesus-Christ, & d'élever des croix dans les mêmes pays, étoient plus instruits. Pour se faire entendre des peuples, ils ont été forcés d'en apprendre la langue, de connoître leurs préjugés pour les combattre, de conférer avec leurs prêtres ; & c'est de ces missionnaires que nous tenons le peu de lumieres sur lesquelles nous puissions compter : trop heureux si l'enthousiasme dont ils étoient possédés n'a pas altéré, tantôt en bien, tantôt en mal, des choses dont les hommes en général ne s'expliquent qu'avec l'emphase & le mystere.
Les peuples du Malabare sont distribués en tribus ou familles ; ces tribus ou familles forment autant de sectes. Ces sectes animées de l'aversion la plus forte les unes contre les autres, ne se mêlent point. Il y en a quatre principales divisées en 98 familles, parmi lesquelles celle des bramines est la plus considérée. Les bramines se prétendent issus d'un dieu qu'ils appellent Brama, Birama ou Biruma ; le privilege de leur origine c'est d'être regardés par les autres comme plus saints, & de se croire eux-mêmes les prêtres, les philosophes, les docteurs & les sages nés de la nation ; ils étudient & enseignent les sciences naturelles & divines ; ils sont théologiens & medecins. Les idées qu'ils ont de l'homme philosophe ne sont pas trop inexactes, ainsi qu'il paroît par la réponse que fit un d'entr'eux à qui l'on demandoit ce que c'est qu'un sage. Ses vrais caracteres, dit le barbare, sont de mépriser les fausses & vaines joies de la vie ; de s'affranchir de tout ce qui séduit & enchaine le commun ; de manger quand la faim le presse, sans aucun choix recherché des mets ; de faire de l'être suprême l'objet de sa pensée & de son amour ; de s'en entretenir sans cesse, & de rejetter, comme au-dessous de son application, tout autre sujet, ensorte que sa vie devient une pratique continuelle de la vertu & une seule priere. Si l'on compare ce discours avec ce que nous avons dit des anciens Brachmanes, on en conclura qu'il reste encore parmi ces peuples quelques traces de leur premiere sagesse.
Les Bramines ne sont point habillés, & ne vivent point comme les autres hommes ; ils sont liés d'une corde qui tourne sur le col, qui passe de leur épaule gauche au côté droit de leur corps, & qui les ceint au-dessus de reins. On donne cette corde aux enfans avec cérémonie. Quant à leur vie, voici comme les Indiens s'en expliquent : ils se levent deux heures avant le soleil, ils se baignent dans des eaux sacrées ; ils font une priere : après ces exercices ils passent à d'autres qui ont pour objet la purgation de l'ame ; ils se couvrent de cendres ; ils vaquent à leurs fonctions de théologiens & de ministres des dieux ; ils parent les idoles, ils craignent de toucher à des choses impures ; ils évitent la rencontre d'un autre homme, dont l'approche les souilleroit ; ils s'abstiennent de la chair ; ils ne mangent de rien qui ait eu vie : leurs mets & leurs boissons sont purs ; ils veillent rigoureusement sur leurs actions & sur leurs discours. La moitié de leur journée est employée à des occupations saintes, ils donnent le reste à l'instruction des hommes ; ils ne travaillent point des mains : c'est la bienfaisance des peuples & des rois qui les nourrit. Leur fonction principale est de rendre les hommes meilleurs, en les encourageant à l'amour de la religion & à la pratique de la vertu, par leur exemple & leurs exhortations. Le lecteur attentif appercevra une grande conformité entre cette institution & celle des Thérapeutes ; il ne pourra guere s'empêcher, à l'examen des cérémonies égyptiennes & indiennes, de leur soupçonner une même origine ; & s'il se rappelle ce que nous avons dit de Xéxia, de son origine & de ses dogmes, ses conjectures se tourneront presque en certitude ; & reconnoissant dans la langue du malabare une multitude d'expressions grecques, il verra la sagesse parcourir successivement l'Archipel, l'Egypte, l'Afrique, les Indes & toutes les contrées adjacentes.
On peut considérer les Bramines sous deux aspects différens ; l'un relatif au gouvernement civil, l'autre au gouvernement ecclésiastique, comme législateurs ou comme prêtres.
Ce qui concerne la religion est renfermé dans un livre qu'ils appellent le veda, qui n'est qu'entre leurs mains & sur lequel il n'y a qu'un bramine qui puisse sans crime porter l'oeil ou lire. C'est ainsi que cette famille d'imposteurs habiles s'est conservée une grande autorité dans l'état, & un empire absolu sur les consciences. Ce secret est plus ancien.
Il est traité dans le veda de la matiere premiere, des anges, des hommes, de l'ame, des châtimens préparés aux méchans, des récompenses qui attendent les bons, du vice, de la vertu, des moeurs, de la création, de la génération, de la corruption, des crimes, de leur expiation, de la souveraineté, des temples, des dieux, des cérémonies & des sacrifices.
Ce sont les bramines qui sacrifient aux dieux pour le peuple sur lequel on leve un tribut pour l'entretien de ces ministres, à qui les souverains ont encore accordé d'autres privileges.
Des deux sectes principales de religion, l'une s'appelle tchiva samciam, l'autre wistna samciam : chacune a ses divisions, ses sous-divisions, ses tribus & ses familles, & chaque famille ses bramines particuliers.
Il y a encore dans le Malabare deux especes d'hommes qu'on peut ranger parmi les Philosophes ; ce sont les jogigueles & guanigueles : les premiers ne se mêlent ni des cérémonies ni des rits ; ils vivent dans la solitude ; ils contemplent, ils se macerent, ils ont abandonné leurs femmes & leurs enfans ; ils regardent ce monde comme une illusion, le rien comme l'état de perfection ; ils y tendent de toute leur force ; ils travaillent du matin au soir à s'abrutir, à ne rien desirer, ne rien haïr, ne rien penser, ne rien sentir ; & lorsqu'ils ont atteint cet état de stupidité complete où le présent, le passé & l'avenir s'est anéanti pour eux ; où il ne leur reste ni peine, ni plaisir, ni crainte, ni espérance ; où ils sont absorbés dans un engourdissement d'ame & de corps profond, où ils ont perdu tout sentiment, tout mouvement, toute idée, alors ils se tiennent pour sages, pour parfaits, pour heureux, pour égaux à Foé, pour voisins de la condition de Dieu.
Ce quiétisme absurde a eu ses sectateurs dans l'Afrique & dans l'Asie ; & il n'est presqu'aucune contrée, aucun peuple religieux où l'on n'en rencontre des vestiges. Par-tout où l'homme sortant de son état se proposera l'être éternel immobile, impassible, inaltérable pour modele, il faudra qu'il descende au-dessous de la bête. Puisque la nature t'a fait homme, sois homme & non dieu.
La sagesse des guanigueles est mieux entendue ; ils ont en aversion l'idolâtrie ; ils méprisent l'ineptie des jogigueles ; ils s'occupent de la méditation des attributs divins, & c'est à cette spéculation qu'ils passent leur vie.
Au reste, la philosophie des bramines est diversifiée à l'infini ; ils ont parmi eux des stoïciens, des épicuriens : il y en a qui nient l'immortalité, les châtimens & les récompenses à venir, pour qui l'estime des hommes & la leur est l'unique récompense de la vertu ; qui traitent le veda comme une vieille fable ; qui ne recommandent aux autres & ne songent eux-mêmes qu'à jouir de la vie, & qui se moquent du dogme fondamental, le retour périodique des êtres.
Ces impies professent leurs sentimens en secret. Les sectes sont au Malabare aussi intolérantes qu'ailleurs ; & l'indiscrétion a coûté plusieurs fois la vie aux bramines épicuriens.
L'athéisme a aussi ses partisans dans le Malabare : on y lit un poëme où l'auteur s'est proposé de démontrer qu'il n'y a point de Dieu, que les raisons de son existence sont vaines ; qu'il n'y a aucunes vérités absolues ; que la courte limite de la vie circonscrit le mal & le bien ; que c'est une folie de laisser à ses piés le bonheur réel pour courir après une félicité chimérique qui ne se conçoit point.
Il n'est pas étonnant qu'il y ait des athées par-tout où il y a des superstitieux : c'est un sophisme qu'on fera par-tout où l'on racontera de la divinité des choses absurdes. Au lieu de dire Dieu n'est pas tel qu'on me le peint, on dira il n'y a point de Dieu.
Les bramines avadontes sont des especes de gymnosophistes.
Ils ont tous quelques notions de Medecine, d'Astrologie & de Mathématiques : leur medecine n'est qu'un empyrisme. Ils placent la terre au centre du monde, & ils ne conçoivent pas qu'elle pût se mouvoir autour du soleil, sans que les eaux des mers déplacées ne se répandissent sur toute sa surface. Ils ont des observations célestes, mais très-imparfaites ; ils prédisent les éclipses, mais les causes qu'ils donnent de ce phénomene sont absurdes. Il y a tant de rapport entre les noms qu'ils ont imposés aux signes du zodiaque, qu'on ne peut douter qu'ils ne les aient empruntés des Grecs ou des Latins. Voici l'abrégé de leur théologie.
Théologie des peuples du Malabare. La substance suprême est l'essence par excellence, l'essence des essences & de tout ; elle est infinie, elle est l'être des êtres. Le veda l'appelle vastou : cet être est invisible ; il n'a point de figure ; il ne peut se mouvoir, on ne peut le comprendre.
Personne ne l'a vu ; il n'est point limité ni par l'espace ni par les tems.
Tout est plein de lui ; c'est lui qui a donné naissance aux choses.
Il est la source de la sagesse, de la science, de la sainteté, de la vérité.
Il est infiniment juste, bon & miséricordieux.
Il a créé tout ce qui est. Il est le conservateur du monde ; il aime à converser parmi les hommes ; il les conduit au bonheur.
On est heureux si on l'aime & si on l'honore.
Il a des noms qui lui sont propres & qui ne peuvent convenir qu'à lui.
Il n'y a ni idole ni image qui puisse le représenter ; on peut seulement figurer ses attributs par des symboles ou emblêmes.
Comment l'adorera-t-on, puisqu'il est incompréhensible ?
Le veda n'ordonne l'adoration que des dieux subalternes.
Il prend part à l'adoration de ces dieux, comme si elle lui étoit adressée, & il la récompense.
Ce n'est point un germe, quoiqu'il soit le germe de tout. Sa sagesse est infinie ; il est sans tache ; il a un oeil au front ; il est juste ; il est immobile ; il est immuable ; il prend une infinité de formes diverses.
Il n'y a point d'acception devant lui ; sa justice est la même sur-tout. Il s'annonce de différentes manieres, mais il est toujours difficile à deviner.
Nulle science humaine n'atteint à la profondeur de son essence.
Il a tout créé, il conserve tout ; il ordonne le passé, le présent & l'avenir, quoiqu'il soit hors des tems.
C'est le souverain pontife. Il préside en tout & par-tout ; il remplit l'éternité ; il est lui seul éternel.
Il est abîmé dans un océan profond & obscur qui le dérobe. On n'approche du lieu qu'il habite que par le repos. Il faut que les sens de l'homme qui le cherche se concentrent en un seul.
Mais il ne se montre jamais plus clairement que dans sa loi & dans les miracles qu'il opere sans cesse à nos yeux.
Celui qui ne le reconnoît ni dans la création ni dans la conservation, néglige l'usage de sa raison & ne le verra point ailleurs.
Avant que de s'occuper de l'ordination générale des choses, il prit une forme matérielle ; car l'esprit n'a aucun rapport avec le corps & pour agir sur le corps il faut que l'esprit s'en revêtisse.
Source de tout, germe de tout, principe de tout, il a donc en lui l'essence, la nature, les propriétés, la vertu des deux sexes.
Lorsqu'il eut produit les choses, il sépara les qualités masculines des féminines, qui confondues seroient restées stériles. Voilà les moyens de propagation & de génération dont il se servit.
C'est de la séparation des qualités masculines & féminines, de la génération & de la propagation qu'il a permis que nous fissions trois idoles ou symboles intelligibles qui fussent l'objet de notre adoration.
Nous l'adorons principalement dans nos temples sous la forme des parties de la génération des deux sexes qui s'approchent, & cette image est sacrée.
Il est émané de lui deux autres dieux puissans, le tschiven, qui est mâle : c'est le pere de tous les dieux subalternes ; le tschaidi, c'est la mere de toutes les divinités subalternes.
Le tschiven a cinq têtes, entre lesquelles il y en a trois principales, brama, isuren & wistnou.
L'être à cinq têtes est inéfable & incompréhensible ; il s'est manifesté sous ce symbole par condescendance pour notre foiblesse : chacune de ses faces est un symbole de ses attributs relatifs à l'ordination & au gouvernement du monde.
L'être à cinq têtes est le dieu gubernateur ; c'est de lui qu'émane tout le systême théologique.
Les choses qu'il a ordonnées retourneront un jour à lui : il est l'abîme qui engloutira tout.
Celui qui adore les cinq têtes adore l'être suprême ; elles sont toutes en tout.
Chaque dieu subalterne est mâle, & la déesse subalterne est femelle.
Outre les premiers dieux subalternes, il y en a audessous d'eux trois cent trente millions d'autres ; & au-dessous de ceux-ci quarante mille. Ce sont des prophetes que ces derniers, & l'être souverain les a créés prophetes.
Il y a quatorze mondes, sept mondes supérieurs & sept mondes inférieurs.
Ils sont tous infinis en étendue, & ils ont chacun leurs habitans particuliers.
Le padalalogue, ou le monde appellé de ce nom, est le séjour du dieu de la mort, d'émen, c'est l'enfer.
Dans le monde palogue il y a des hommes : ce lieu est un quarré oblong.
Le magaloque est la cour de Wistnou.
Les mondes ont une infinité de périodes finies ; la premiere & la plus ancienne que nous appellons ananden, a duré cent quarante millions d'années ; les autres ont suivi celle-là.
Ces révolutions se succedent & se succéderont pendant des millions innombrables de tems & d'années, d'un dieu à un autre, l'un de ces dieux naissant quand un autre périt.
Toutes ces périodes finies, le tems de l'isuren ou de l'incréé reviendra.
Il y a lune & soleil dans le cinquieme monde, anges tutélaires dans le sixieme monde ; anges du premier ordre, formateur des nuées dans le septieme & le huitieme.
Le monde actuel est le pere de tous ; tout ce qui y est, est mal.
Le monde est éclos d'un oeuf.
Il finira par être embrasé ; ce sera l'effet des rayons du soleil.
Il y a de bons & de mauvais esprits issus des hommes.
L'essence & la nature de l'ame humaine ne sont pas différentes de la nature & de l'essence de l'ame des brutes.
Les corps sont les prisons des ames ; elles s'en échappent pour passer en d'autres corps ou prisons.
Les ames émanerent de Dieu : elles existoient en lui ; elles en ont été chassées pour quelque faute qu'elles expient dans les corps.
Un homme après sa mort peut devenir, par des transmigrations successives, animal, pierre ou même diable.
C'est dans d'autres mondes, c'est dans les vieux que l'ame de l'homme sera heureuse après sa mort.
Ce bonheur à venir s'acquérera par la pratique des bonnes oeuvres & l'expiation des mauvaises.
Les mauvaises actions s'expient par les pélerinages, les fêtes, les ablutions & les sacrifices.
L'enfer sera le lieu du châtiment des fautes inexpiées : là les méchans seront tourmentés ; mais il y en a peu dont le tourment soit éternel.
Les ames des mortels étant répandues dans toutes les substances vivantes, il ne faut ni tuer un être vivant ni s'en nourrir, sur-tout la vache qui est sainte entre toutes : ses excrémens sont sacrés.
Physique des peuples du Malabare. Il y a cinq élémens ; l'air, l'eau, le feu, la terre & l'agachum, ou l'espace qui est entre notre athmosphere & le ciel.
Il y a trois principes de mort & de corruption, anoubum, maguei & ramium ; ils naissent tous trois de l'union de l'ame & du corps ; anoubum est l'enveloppe de l'ame, ramium la passion, maguei l'imagination.
Les êtres vivans peuvent se ranger sous cinq classes, les végétans, ceux qui vivent, ceux qui veulent, les sages & les heureux.
Il y a trois tempéramens ; le mélancholique, le sanguin, le phlegmatique.
Le mélancholique fait les hommes ou sages, ou modestes, ou durs, ou bons.
Le sanguin fait les hommes ou pénitens, ou tempérans, ou vertueux.
Le phlegmatique fait les hommes ou impurs, ou fourbes, ou méchans, ou menteurs, ou paresseux, ou tristes.
C'est le mouvement du soleil autour d'une grande montagne qui est la cause du jour & de la nuit.
La transmutation des métaux en or est possible.
Il y a des jours heureux & des jours malheureux ; il faut les connoître pour ne rien entreprendre sous de mauvais présages.
Morale des peuples du Malabare. Ce que nous allons en exposer est extrait d'un ouvrage attribué à un bramine célebre appellé Barthrouherri. On dit de ce philosophe que, né d'un pere bramine, il épousa, contre la loi de sa secte, des femmes de toute espece ; que son pere au lit de la mort jettant sur lui des regards pleins d'amertume, lui reprocha que par cette conduite irréguliere il s'étoit exclu du ciel tant que ses femmes & les enfans qu'il avoit eus d'elles, & les enfans qu'ils auroient existeroient dans le monde ; que Barthrouherri touché renvoya ses femmes, prit un habit de réforme, étudia, fit des pélerinages, & s'acquit la plus grande considération. Il disoit :
La vie de l'homme est une bulle, cependant l'homme s'abaisse devant les grands ; il se corrompt dans leurs cours ; il loue leurs forfaits, il les perd, il se perd lui-même.
Tandis que l'homme pervers vieillit & décroît, sa perversité se renouvelle & s'accroît.
Quelque durée qu'on accorde aux choses de ce monde, elles finiront, elles nous échapperont, & laisseront notre ame pleine de douleur & d'amertume ; il faut y renoncer de bonne heure. Si elles étoient éternelles en soi-même, on pourroit s'y attacher, sans exposer son repos.
Il n'y a que ceux que le ciel a daigné éclairer, qui s'élevent vraiment au-dessus des passions & des richesses.
Les dieux ont dédommagé les sages des horreurs de la prison où ils les retiennent, en leur accordant les biens de cette vie ; mais ils y sont peu attachés.
Les craintes attaquent l'homme de toutes parts ; il n'y a de repos & de sécurité que pour celui qui marche dans les voies de Dieu.
Tout finit. Nous voyons la fin de tout ; & nous vivons comme si rien ne devoit nous manquer.
Le desir est un fil ; souffre qu'il se rompe ; mets ta confiance en Dieu, & tu seras sauvé.
Soumets-toi avec respect à la loi du tems qui n'épargne rien. Pourquoi poursuivre ces choses dont la possession est si incertaine ?
Si tu te laisses captiver par les biens qui t'environnent, tu seras tourmenté. Cherche Dieu ; tu n'auras pas approché de lui, que tu mépriseras le reste.
Ame de l'homme, Dieu est en toi, & tu cours après autre chose !
Il faut s'assurer du vrai bonheur avant la vieillesse & la maladie. Différer, c'est imiter celui qui creuseroit un puits, pour en tirer de l'eau, lorsque le feu consumeroit le toit de la maison.
Laisse-là toutes ces pensées vaines qui t'attachent à la terre ; méprise toute cette science qui t'éleve à tes yeux & aux yeux des autres ; quelle ressource y trouveras-tu au dernier moment ?
La terre est le lit du sage ; le ciel le couvre ; le vent le rafraîchit ; le soleil l'éclaire ; celle qu'il aime est dans son coeur ; que le souverain, le plus puissant du monde a-t-il de préférable ?
On ne fait entendre la raison ni à l'imbécille ni à l'homme irrité.
L'homme qui sait peu se taira, s'il est assis parmi les sages ; son silence dérobera son ineptitude, & on le prendra pour un d'entr'eux.
La richesse de l'ame est à l'abri des voleurs. Plus on la communique, plus on l'augmente.
Rien ne pare tant un homme, qu'un discours sage.
Il ne faut point de cuirasse à celui qui sait supporter une injure. L'homme qui s'irrite n'a pas besoin d'un autre ennemi.
Celui qui conversera avec les hommes, en deviendra meilleur.
Le prince imitera les femmes de mauvaise vie ; il simulera beaucoup ; il dira la vérité aux bons ; il mentira aux méchans ; il se montrera tantôt humain, tantôt féroce ; il fera le bien dans un moment, le mal dans un autre ; alternativement économe & dissipateur.
Il n'arrive à l'homme que ce qui lui est envoyé de Birama.
Le méchant interprête mal tout.
Celui qui se lie avec les méchans, loue les enfans d'iniquité, manque à ses devoirs, court après la fortune, perd sa candeur, méprise la vertu, n'a jamais le repos.
L'homme de bien conforme sa conduite à la droite raison, ne consent point au mal, se montre grand dans l'adversité, & se plaît à vivre, quel que soit son destin.
Dormez dans un desert, au milieu des flots, entre les traits des ennemis, au fond d'une vallée, au sommet d'une montagne, dans l'ombre d'une forêt, exposé dans une plaine, si vous êtes un homme de bien, il n'y a point de péril pour vous.
|
| MALABATHRUM | (Botan. exot.) ou feuille indienne ; car nos Botanistes l'appellent indifféremment malabathrum folium, ou folium indicum. Elle est nommée sadegi par Avicenne, & tamolapatra par les naturels du pays.
C'est une feuille des Indes Orientales, semblable à celle du cannelier de Ceylan, dont elle ne differe presque que par l'odeur & le goût. Elle est oblongue, pointue, compacte, luisante, distinguée par trois nervures ou côtes qui s'étendent de la queue jusqu'à la pointe. Son odeur est aromatique, agréable, & approche un peu de celle du clou de gérofle.
On recommande de choisir celle qui est récente, compacte, épaisse, grande, entiere, & qui ne se casse pas facilement en petits morceaux ; mais aucune des feuilles indiennes qui nous parviennent, ne possede ces qualités, desorte qu'on n'en fait point d'usage, & on a pris sagement le parti de leur substituer le macis, dans la thériaque & le mithridate.
Il est assez difficile de décider si notre feuille indienne est la même que celle des anciens ; nous savons seulement que quand Dioscoride nous dit que le malabathrum nage sur l'eau comme la lentille de marais, sans être soutenu d'aucune racine, cet auteur nous débite une fable, ou bien son malabathrum nous est inconnu ; cependant quand l'on considere que les Indiens appellent notre feuille indienne tamalapatra, on croit s'appercevoir que le mot grec en a été anciennement dérivé.
De plus, les anciens préparoient du malabathrum mêlé avec d'autres aromates, des essences précieuses. Un passage d'Horace en est la preuve. Il dit, ode vij. liv. II.
Coronatus nitentes
Malabathro syrio capillos.
Couronné de fleurs, & parfumé d'essence de Syrie, mot-à-mot, du malabathrum de Syrie. Il semble donc qu'il s'agit ici de notre feuille indienne qui croissoit comme aujourd'hui dans le pays de Malabar, en-deçà du Gange. Cette feuille est appellée syrienne, parce qu'avant 707 où la navigation des Indes fut réglée par Aelius Gallus gouverneur d'Egypte, les marchands de Rome envoyoient chercher le malabathrum en Syrie, qui est une contrée au fond de la Méditerranée, entre l'Asie mineure, l'Arménie, la Mésopotamie, l'Arabie & la Phénicie. C'est là l'origine de son nom Syrium. Et quoique Pline ait écrit, l. XII. c. xxvj. que le malabathrum croissoit en Syrie, dat & malabathrum Syria ; il n'a pas été bien informé ; mais parmi les modernes M. Dacier se montre encore moins instruit que Pline, quand il nous dit que le malabathrum d'Horace est la feuille de bêtre.
L'arbre qui porte la feuille indienne, est appellé canella sylvestris malabarica, par Ray, Pist. 1562. Katou-karua, Hort. Malab. part. 5. 105. tamalapatrum sive folium, dans C. B. P. 409.
Cet arbre qui est un des enneandria monogynia de Linnaeus, ou du genre des arbres, fructu calyculato de Ray, ressemble assez pour l'odeur au cannelier de Ceylan, mais il est plus gros & plus haut. Ses feuilles parvenues à leur cru ont dix à douze pouces de long, sur six ou huit de large ; elles sont ovalaires, sillonnées par trois nervures qui regnent tout-du-long, & traversées par plusieurs veines. De petites fleurs disposées en ombelles, naissent à l'extrêmité des rameaux. Elles sont sans odeur, d'un verd jaune, garnies de petits sommets. A ces fleurs succedent de petites bayes qui ressemblent à nos groseilles rouges. Cet arbre croît dans les montagnes de Malabar, & au royaume de Camboge. Il fleurit en Juin & Juillet ; & ses fruits sont mûrs en Décembre ou Janvier, au rapport de Garciaz. (D.J.)
|
| MALABOBNARZA | (Hist. nat.) c'est ainsi que les habitans de la Carniole nomment un canal ou une caverne souterreine, qui se trouve aux environs du lac de Czirkniz, qui lorsqu'il tonne rend un son semblable à celui d'un tambour. Il y a deux grottes ou cavernes de cette espece ; l'autre s'appelle velkabobnarza. Ces deux mots signifient le grand tambour & le petit tambour.
|
| MALABRIGO | (Géogr.) port de l'Amérique Méridionale, au Pérou, dans l'audience de Lima.
Son nom qui signifie mauvais abri, montre assez qu'on n'y est pas à couvert des vents. Il y a de ce port à celui de Guanchaco qui est sous le huitieme degré de latitude méridionale, environ quatorze lieues. (D.J.)
|
| MALACA | (Géog. anc.) ville d'Espagne dans la Bétique, sur la Méditerranée. Pline, l. III. c. j. dit qu'elle appartenoit aux alliés du peuple romain. Strabon remarque que c'étoit une colonie des Carthaginois, & une ville de grand commerce, où l'on saloit beaucoup de vivres pour les habitans de la côte opposite. La riviere qui l'arrose s'appelloit de même que la ville ; son nom moderne est guadalmedina, & celui de la ville est malaga, au royaume de Grenade. Voyez MALAGA. (D.J.)
|
| MALACASSA | (Hist. nat. Minéral.) Quelques voyageurs nous apprennent que l'on donne ce nom à une espece d'or qui se trouve dans l'île de Madagascar, & qui selon eux differe de ce métal tel que nous le connoissons en Europe. On dit qu'il est d'une couleur fort pâle, & qu'il entre en fusion aussi aisément que du plomb ; cet or, dit-on, se trouve dans toutes les parties de l'île, & sur-tout dans les mines de la province d'Anossi. On en distingue de trois sortes : le premier s'appelle liteharonga, il est très-fin ; le second se nomme voulamenefoutchi, il est moins fin que le premier ; le troisieme tient le milieu entre les deux especes qui précedent, & s'appelle ahetslavau. Il seroit à souhaiter que les voyageurs à qui l'on doit ces détails, eussent examiné de quelle nature sont les substances avec lesquelles ces différens ors sont mêlés, & ce qui peut contribuer à leur fusibilité.
|
| MALACHBELUS | (Myth.) nom d'une fausse Divinité qu'on trouve parmi les dieux des Palmyréniens, sujets de la fameuse Zénobie. Il paroît que cette partie de la Syrie adoroit entre ses dieux, Aglibelus & Malachbelus ; c'est du moins ce qu'on peut conclure d'une grande table qui fut enlevée du temple du Soleil, lorsqu' Aurelien prit la ville de Palmyre, & sur laquelle se lisoient ces deux noms. Il y avoit autrefois à Rome, dans les jardins qu'on appelloit Horti carpenses, & qui sont aujourd'hui ceux des princes Justiniani, près de S. Jean-de-Latran, un beau monument, qui avoit été apporté de Palmyre à Rome. M. Spon a publié en 1685 ce bas-relief, avec l'inscription qui l'accompagne. Elle est en langue palmyrénienne, qui n'est plus connue, & en grec, qui contient apparemment la même chose. On trouvoit déja dans le trésor des antiquités de Gruterus l'inscription toute entiere, mais sans les figures. Le R. P. dom Bernard de Montfaucon s'en est procuré une copie beaucoup plus exacte, & mieux dessinée, que celle qui avoit paru dans d'autres recueils d'antiquités ; c'est celle que nous avons sous les yeux ; elle differe un peu de celle de Spon : en voici une traduction très-fidele. " Titus Aurelius Heliodorus Adrianus, palmyrénien, fils d'Antiochus, a offert & consacré, à ses dépens, à Aglibelus & à Malachbelus, dieux de la patrie, ce marbre, & un signe ou petite statue d'argent, pour sa conservation, & pour celle de sa femme & de ses enfans, en l'année cinq cent quarante-sept, au mois Peritius ".
Le bas-relief est ce qu'on appelle un ex voto. Il représente le frontispice d'un temple, soutenu de deux colonnes. On y voit deux figures de jeunes personnes, au milieu desquelles est un arbre que quelques antiquaires ont pris mal-à-propos pour un pin, mais qui est sûrement un palmier, ce qui caractérise la ville de Palmyre, qui s'appelloit aussi Tadmor, ou Tamor, ce qui est la même chose ; car thamar en hébreu signifie palme. Au côté droit de cet arbre, est le dieu Aglibelus, sous la figure d'un jeune homme, vêtu d'une tunique relevée par la ceinture, en sorte qu'elle ne descend que jusques au-dessus du genou, & qui a par-dessus une espece de manteau ; tenant, de la main gauche, un petit bâton fait en forme de rouleau ; le bras droit, dont peut-être il tenoit quelque chose, est cassé. A l'autre côté est le dieu Malachbelus, qui représente aussi un jeune homme, vêtu d'un habillement militaire, avec le manteau sur les épaules, une couronne radiale à la tête, & ayant derriere lui un croissant, dont les deux cornes débordent des deux côtés.
Le savant & judicieux M. l'Abbé Banier, dans son excellent ouvrage de la Mythologie & des fables expliquées par l'histoire, tom. III. chap. vij. p. 107. n'est pas satisfaisant sur cet article ; il s'en rapporte à l'idée de M. Spon, dont l'opinion, dit-il, n'a point été contredite : mais assurément il ne s'ensuit pas de-là qu'elle ne puisse l'être. Quelques auteurs, dit M. Spon, prétendent que ces deux figures représentent le soleil d'hiver & d'été ; mais comme l'un des deux a derriere lui un croissant, il vaut mieux croire que c'est le soleil & la lune. Chacun sait, comme le remarque Spartien, & d'autres auteurs, que les Payens avoient leur dieu Lunus ; & parmi les médailles de Seguin, il y en a une qui représente ce dieu Lunus avec un bonnet arménien.
Pour Aglibelus, ajoute M. Banier, il n'est pas douteux que ce ne soit le Soleil, ou Bélus ; car les Syriens peuvent fort bien avoir prononcé ainsi ce nom, que d'autres appelloient Baal, Belenus, Bel ou Belus. Le changement de l'e en o est peu de chose dans les différens dialectes d'une langue ; mais le mot agli sera inintelligible, à moins qu'on n'admette la conjecture du savant Malaval, qui prétend que ce nom signifie la lumiere qu'envoie le soleil, fondé sur l'autorité d'Hesichius, qui met parmi les épithetes du soleil, celle d' ; or il n'est pas étonnant que les Grecs ayent prononcé Aglibelus, au lieu d'Egletes Belos. Il appuie ce sentiment sur le culte particulier qu'on sait que les Palmyréniens rendoient au soleil.
Pour ce qui est de Malachbelus, ce mot est composé de deux autres ; savoir, malach, qui veut dire roi, & baal, seigneur. Ce dieu étant représenté avec un croissant & une couronne, il est certain, prétend M. Spon, que c'est la Lune, ou le dieu Lunus, l'Ecriture-sainte désignant souvent la lune par l'épithete de reine du ciel ; ainsi le prophete Jérémie, condamnant l'usage d'offrir des gâteaux à cette déesse, s'exprime ainsi : Placentas offert reginae coeli.
M. Jurieu pense que Aglibelus signifie l'oracle de Bel, dérivant agli du mot hébreu revelavit. Une attention plus particuliere au mot Aglibelus & aux divers attributs des deux figures du monument, auroit donné à ces savans une idée plus juste, & les eût conduit à trouver dans ces deux figures les deux points du jour, le matin & le midi ; l'une signifie gutta, ou uligo, humor quae fit ex rore liquefacto ; ce mot se trouve dans ce beau passage du livre de Job, chap. xxxviij. v. 28. La pluie n'a-t-elle point de pere ? ou qui produit les gouttes de la rosée ? Aglibelus est donc le dominateur des gouttes, le seigneur de la rosée, qui est dans la nature un des plus grands principes de végétation & de fécondité ; le rouleau qu'il tient à la main, sont les cieux de nuit, éclairés & embellis par une multitude d'astres, que le point du jour fait disparoître, & qu'il roule, suivant l'expression du psalmiste, figure très-belle, empruntée dans l'énergie du style oriental ; & si le bras droit d'Aglibelus ne manquoit pas, on verroit, sans doute, qu'il tenoit une coupe, ou qu'il exprimoit une espece d'éponge, ou de nue, dont il faisoit distiller la rosée ; peut-être même avoit-il dans la main droite l'étoile du matin, conjectures que justifient un grand nombre d'autres figures analogues, qu'on trouve dans des recueils d'antiquités. La tunique relevée par la ceinture, & qui ne descend que jusqu'au genou, sert encore à confirmer notre explication, puisque c'est la précaution que prenoient sans doute les anciens, habillés de longues robes, & que prennent encore nos femmes de la campagne, lorsqu'elles vont à l'ouvrage, avant que la rosée soit dissipée.
Quant à Malachbelus, l'on ne peut assez s'étonner que M. Spon, & M. l'Abbé Banier, après lui, ayent pu, malgré son nom, qui semble l'élever au-dessus de toutes les autres divinités, & les divers attributs qui lui sont donnés dans le monument de Palmyre, & qui soutiennent ses prérogatives ; que ces MM. dis-je, ayent pu le postposer en quelque sorte à Aglibelus ; faire de celui-ci le soleil, & de Malachbelus la lune. Malachbelus est composé de deux mots : malac, moloch ou molech, suivant les divers dialectes, signifie roi, belus, ou bahal vient de dominer, être maître : ainsi Malachbelus est un roi dominateur & maître ; ce qui nous donne l'idée d'un être suprême, du plus grand des dieux : aussi il paroît dans le monument palmyrénien, avec un éclat & une distinction particuliere, vêtu d'un habillement militaire, le manteau royal sur les épaules, la tête couronnée ; cette couronne radiale marque l'éclat du soleil dans son midi ; & s'il a derriere lui un croissant, dont les deux cornes débordent des deux côtés, c'est pour marquer l'empire que le soleil a sur la lune, qu'il fait disparoître par sa présence.
Au reste, Aglibelus occupant la droite dans ce monument, nommé avant Malachbelus dans l'inscription, justifie encore notre opinion, parce que le point du jour précede le midi. Le pin, ou plutôt le palmier qui est entre les deux figures, nous fait connoître que le dévot palmyrénien vivoit à la campagne, ou du moins s'intéressoit à l'agriculture, & qu'implorant le secours des dieux pour sa conservation, & celle de sa famille, il s'adressoit à ceux qui influoient le plus sur la fertilité de la terre.
C'est à ces divinités syriennes que nous devons rapporter le surnom du dernier empereur romain de la famille des Antonins ; il s'appelloit Marc-Aurele Antoninus Varius, surnommé Elagabale, parce qu'il avoit été sacrificateur de ce dieu, dont les divers auteurs écrivent le nom avec quelques petites différences ; les uns, comme Herodianus, Alagabalus ; d'autres, comme Capitolinus, Elagabalus ; quelques-uns, comme Lampridius, Helaeogabalus ; mais les Grecs & les Latins, pour l'ordinaire, Heliogabalus.
Le mot de Bahal paroissant dans ces divers noms, c'est de l'intelligence de ce mot que dépend la connoissance de ces divinités, & de Malachbelus en particulier. Il n'y a pas de faux dieu plus célebre dans l'Ecriture-sainte que Bahal ; c'est qu'il étoit, sans doute, l'un des principaux objets de la religion des peuples qu'avoient dépossédés les Hébreux, ou des Hordes qui avoisinoient la Palestine. C'est sur-tout dans l'histoire de Gédéon qu'il est extrêmement parlé de Bahal. Juges, 5. v. 25. Gédéon démolit son autel, & coupa le bocage qui étoit auprès ; les gens du lieu s'en mirent fort en colere, & voulurent le faire mourir ; mais Joas, pere de Gédéon, le défendit ; & plus philosophe qu'on ne l'étoit dans ce tems-là, & qu'on ne l'a été depuis, il dit fort judicieusement : Si Bahal est un dieu, qu'il prenne la cause pour lui-même, de ce qu'on a démoli son autel. Et il l'appella du nom de son fils, Jetabbahal, qui signifie, que Bahal prenne querelle, ou qu'il plaide & dispute ; & c'est sans doute là le Jerombahal duquel le fameux Sanchoniaton dit avoir emprunté une partie des choses qu'il rapporte, , ou selon Porphire, . Jézabel, femme de l'impie Achab, roi d'Israël, & fille d'Ethbahal, roi des Sydoniens, apporta avec elle à Samarie, le culte de Bahal, & sut persuader à son époux de le préférer à celui de l'Eternel, (I. liv. des Rois, chap. xviij. v. 4.) dont tous les prophetes furent exterminés, à la réserve d'Elie, & de cent autres, qu'à l'insçu même de ce grand prophete, qui se croyoit seul en Israël, le pieux Abdias (v. 22.) avoit cachés dans deux cavernes, & qui échapperent ainsi à la fureur d'Achab & de Jézabel. Au reste, ce couple impie détruisoit d'un côté pour édifier de l'autre ; car ils consacrerent plus de 450 prophetes au service du nouveau Dieu, & 400 à celui de ces bocages & hauts lieux qu'avoit fait planter Jézabel. Dans un état aussi petit que Samarie, & dans un tems où l'esprit humain emporté à tous vents de doctrine, se livroit à toute sorte de culte, c'est sans doute consacrer beaucoup trop de ministres aux solemnités & aux mysteres du culte d'un seul Dieu ; mais il faut croire qu'alors ceux qui servoient aux autels, n'étoient pas, comme parmi nous, en pure perte pour la société civile, & que du moins on pouvoit être prophete, & donner des sujets à l'état. Quoi qu'il en soit, ce peuple de prophetes, & la cruelle Jézabel, leur protectrice, furent étrangement humiliés dans le fameux procès qu'ils eurent à soutenir avec Elie, pour savoir qui étoit le vrai Dieu, l'Eternel ou Bahal. Elie demande qu'on assemble (I. liv. des Rois, chap. xviij. v. 19.) les 850 prophetes de Bahal & des bocages, qui mangeoient à la table de Jézabel ; il leur propose de sacrifier des victimes sans feu, (v. 23.) lui, sur un autel qu'il bâtiroit à son Dieu ; eux, sur l'autel de Bahal ; & que celui qui feroit brûler ses victimes, en faisant tomber le feu du ciel pour les consumer, seroit estimé le véritable Dieu. La proposition fut acceptée ; l'enthousiasme s'en mêloit sans doute ; il est rare que le don de prophétie en soit exempt.
I. Rois, xviij. v. 26. Ils prirent donc une jeune génisse qu'on leur donna, & l'apprêterent, & invoquerent le nom de Bahal, depuis le matin jusqu'à midi, disant : Bahal, exauce-nous ; mais il n'y avoit ni voix, ni réponse, & ils sautoient d'outre en outre par-dessus l'autel qu'on avoit fait, &c. &c. Ils crioient donc à haute voix, & se faisoient des incisions avec des couteaux & des lancettes, selon leur coutume, tant que le sang couloit. v. 27. Elie, de son côté, se mocquoit d'eux, & disoit : Criez à haute voix, car il est dieu ; mais il pense à quelque chose, ou il est occupé à quelque affaire, ou il est en voyage ; peut-être qu'il dort, & il se réveillera.
v. 30. & seq. L'Eternel soutint sa cause, & fit glorieusement triompher son prophete, qui avoit imploré avec ardeur son puissant secours. A peine Elie eut-il élevé son autel, qu'après plusieurs ablutions & aspersions réiterées, tant sur la victime, que sur le bois qui devoit lui servir de bûcher, au point que les eaux alloient à l'entour de l'autel, & qu'Elie remplit même le conduit d'eau, le feu de l'Eternel, un feu miraculeux descendit, consuma l'holocauste, le bois, les pierres & la poudre, réduisit tout en cendres, & huma toute l'eau qui étoit au conduit.
Dans une sécheresse des plus extraordinaires, & telle, que (O tempora ! O mores !) le roi Achab, pour ne pas laisser dépeupler son pays de bêtes, I. Rois, xviij. v. 3. 5. 6. parcouroit ses états à la tête de ses chevaux, ânes & mulets, pour chercher vers les fontaines d'eaux & torrens, de l'herbe pour leur sauver la vie ; son favori, son premier ministre Abdias faisant la même chose de son côté ; dans de telles circonstances, dis-je, l'eau qu'Elie prodiguoit dans ce sacrifice extraordinaire, ne fut sans doute pas ce que les spectateurs regretterent le moins. Il est vrai que le peuple s'étant prosterné, & ayant reconnu, après le sacrifice, l'Eternel pour le seul vrai Dieu, les prophetes de Bahal tous égorgés par l'ordre d'Elie, ce grand prophete obtint de la bonté du Très-Haut une pluie abondante.
II. Rois, chap. xj. v. 17. 18. La malheureuse Athalie, mere de Joas, avoit établi dans Jérusalem le culte du même dieu Bahal ; mais Joas, sous la conduite & par l'ordre du souverain sacrificateur Jehojada, détruisit cette idole, & tout le peuple du pays entra dans la maison de Bahal, & ils la démolirent, ensemble ses autels, & briserent entierement les images ; ils tuerent aussi Mathan, sacrificateur de Bahal, devant ses autels.
Au reste, Bal, Baal, Bahal, Behel, Bel, Belus, sont une seule & même divinité, dont le nom est varié par les divers dialectes dans lesquels il est employé. Connu des Carthaginois, le nom de ce faux dieu, suivant l'usage des anciens, se remarque dans les noms de leurs princes, ou généraux ; ainsi, en langue punique, Annibal signifie exaucé ou favorisé par Bahal ; Asdrubal, recherché par Bal, Adherbal, aidé par le Dieu Bahal.
J'observe que l'Ecriture-sainte parle souvent de ce faux dieu au pluriel, les Bahals ou Bahalins, je serois donc assez porté à croire que cela est dans le génie des langues orientales ; car quelque soin que prenne l'Etre suprême de rappeller sans cesse les hommes à l'unité de son essence adorable, très-souvent les auteurs sacrés le nomment au pluriel ; peut-être aussi qu'il est parlé des Bahals ou Bahalins, suivant les diverses statues ou idoles qui avoient accrédité sa dévotion ; c'est ainsi que Jupiter reçoit les différens noms de Olympien, Dodonéen, Hammon, Feretrien, &c. Et sans aller plus loin, n'avons-nous pas la même Notre-Dame qui s'appelle en un lieu de Montferrat, ici de Liesse, là de Lorette, ailleurs des Ardilleres, d'Einsiedeln, &c. suivant les images miraculeuses qui lui ont fait élever des autels, ou consacrer des dévotions particulieres. Mais ce qui est digne de remarque, c'est que très-souvent les 70 Interpretes désignent ce dieu Bahal, comme une déesse, aussi bien que comme un dieu, & construisent ce mot avec des articles féminins, comme S. Jean, vij. 4. , ils détruisirent les Bahalines. Jer. ij. 18. xj. 13. xix. 5. xxxij. 33.
Au reste pour peu qu'on soit au fait de la Mythologie, on sait que les Payens croyoient honorer leurs dieux, en leur attribuant les deux sexes, & les faisant hermaphrodites, pour exprimer la vertu générative & féconde de la divinité. Aussi Arnobe remarque que dans leurs invocations, ils avoient accoutumé de dire, soit que tu sois dieu, soit que tu sois déesse ; nam consuetis in precibus dicere, sive tu deus, sive tu dea, quae dubitationis exceptio dare vos diis sexum, disjunctione ex ipsa declarat. Arnob. contra Gent. lib. III.
Vid. Aul. Gel. lib. II. 23. Dans les hymnes attribuées à Orphée, parlant à Minerve, il dit : , tu es mâle & femelle. Chacun sait la pensée de Plutarque dans son traité d'Isis & d'Osiris : , or Dieu qui est une intelligence mâle & femelle, étant la vie & la lumiere, a enfanté un autre verbe qui est l'intelligence créatrice du monde.
Vénus même, la belle Vénus a été faite mâle & femelle. Macrobe, saturn. III. dit qu'un poëte nommé Coelius, l'avoit appellée pollentemque deum Venerem, non deam, & que dans l'île de Chypre, on la peignoit avec de la barbe : sic poësis ut pictura, &c.
Comme les Peintres & les Poëtes donnent toujours à leurs héroïnes les traits & la ressemblance de leurs maîtresses, sans doute que le premier peintre Cypriot, qui s'avisa de peindre Vénus barbue, aimoit une belle au menton cotonné & velu, telles qu'on en voit qui ne laissent pas d'être appétissantes & très-aimables. Nous connoîtrons plus particulierement ce que les Orientaux adoroient sous le nom de Bahals, si nous nous rappellons que Moyse, dans l'histoire de la création, dit que Dieu fit les deux grandes lumieres, le soleil & la lune, pour dominer sur le jour & la nuit ; & c'est pour cela sans doute, que ces deux astres ont été appellés Bahalins, les dominateurs ; que Malachbelus soit le soleil, c'est ce dont on conviendra sans peine, si considérant que les luminaires, les astres en général, les planetes en particulier ayant été les premiers objets de l'idolâtrie des anciens peuples, le soleil a dû être regardé comme le roi de ces prétendues divinités ; & certes, tant de raisons parlent en sa faveur, que l'on conçoit sans peine, j'ai presque dit, que l'on excuse le culte qu'ont pu lui rendre les peuples privés de la révélation.
Unique & brillant soleil, s'écrie Zaphy (manuscript. Lugd. in Batavis, Zaphy), poëte arabe, unique & brillant soleil, source de vie, de chaleur & de lumiere, je n'adorerois que toi dans l'univers, si je ne te considérois comme l'esclave d'un maître plus grand que toi, qui a su t'assujettir à une route de laquelle tu n'oses t'écarter ; mais tu es & seras toujours le miroir dans lequel je vois & connois ce maître invisible & incompréhensible. Nous trouvons dans Sanchoniaton, le théologien des anciens Phéniciens, une preuve sans réplique que Malachbelus étoit le soleil. Les Phéniciens, dit-il, c'est-à-dire ceux de Tyr, de Sidon & de la côte, regardoient le soleil comme l'unique modérateur du ciel ; ils l'appelloient Beelsamein ou Baal-samen, qui signifie, seigneur des cieux. Sur quoi j'observe que l'Ecriture ne parle presque jamais de l'idole Bahal, qu'elle n'y joigne Astoreth, & toute l'armée des cieux ; c'est ainsi qu'il est dit de Josias, II. Rois, xxiij. 5. qu'il abolit aussi ceux qui faisoient des encensemens à Bahal, à la lune, aux astres, & à toute l'armée des cieux, c'est-à-dire au soleil, à la lune & aux étoiles.
Servius, sur le premier livre de l'Enéide, dit que le Bahal des Assyriens est le soleil : Linguâ punicâ deus dicitur Bal, apud Assyrios autem Bel dicitur, quadam sacrorum ratione & saturnus & sol.
La ville de Tyr étoit consacrée à Hercule, c'étoit la grande divinité de cette ville célebre dans l'antiquité. Or, si on consulte Hérodote, & si l'on doit & peut l'en croire, on ne peut raisonnablement douter que cet Hercule tyrien ne soit le Bahal des Orientaux, c'est-à-dire le soleil même. Hérod. liv. II. pag. 120. Hérodote dit s'être transporté à Tyr tout exprès pour connoître cet Hercule ; qu'il y avoit trouvé son temple d'une grande magnificence, & rempli des plus riches dons, entr'autres une colonne d'émeraudes qui brilloit de nuit, & jettoit une grande lumiere. Si le fait est vrai, ne seroit-ce point parce que les sacrificateurs avoient ménagé dans le milieu de la colonne, un vuide pour y placer un flambeau ? Quoi qu'il en soit, cela étoit visiblement destiné à représenter la lumiere du soleil, qui brille en tout tems. Hérodote ajoute que par les entretiens qu'il eut avec les sacrificateurs, il fut persuadé que cet Hercule tyrien étoit infiniment plus ancien que l'Hercule des Grecs ; que le premier étoit un des grands dieux, que l'Hercule grec n'étoit qu'un héros, ou demi-dieu.
Le nom même d'Hercule prouveroit que c'est le soleil ; ce mot est pur Phénicien. Heir-coul signifie, dans cette langue, illuminat omnia. Je ne voudrois cependant pas décider que jamais le soleil ait porté à Tyr ou Carthage, le nom d'Hercule ; je pense même que non, & qu'on l'appelloit Baal ou Moloch, ou, à l'imitation de ceux de Tadmor, Malachbelus ; mais je ne doute point que parmi les éloges ou attributs de Bahal, on ait mis celui de Heir-coul, c'est-à-dire, illuminant toutes choses.
Les Romains, fort portés à adopter tous les dieux étrangers, avec lesquels ils faisoient connoissance, voyant que les Carthaginois donnoient à leur Baal le titre & l'éloge de Heir-coul, en ont fait leur exclamation, me Hercle ! & me Hercule ! & même leur Hercule ; & de-là est venu que celui que les Tyriens, & leurs enfans les Carthaginois, appelloient Bahal, les Latins l'ont appellé Hercules.
Saturn. lib. I. cap. xx. Macrobe paroît être dans l'idée qu'Hercule étoit le soleil, lorsque faisant uniquement attention à l'étymologie grecque, il dit : & revera Herculem solem esse, vel res nomine claret ; Hercules enim quid aliud est nisi heras, id est, aeris cleos, id est gloria. Il ajoute plusieurs raisons très-fortes pour prouver la même these, c'est qu'Hercule est le soleil. Les douze travaux d'Hercule n'auroient-ils point été inventés sur les douze constellations du zodiaque, que le soleil parcourt tous les ans ? Le célebre Vossius a mis dans le plus grand jour ce systême, qu'Hercule est le soleil, vraisemblablement adoré à Palmyre sous le nom de Malachbelus ; le soleil y avoit un temple très-fameux. Guillaume Hallifax, gentilhomme anglois, a examiné avec soin les ruines superbes de ce somptueux édifice : on peut voir la description magnifique qu'il en a faite dans les Transactions philosophiques en l'année 1695. Deux gentilshommes de la même nation, ayant avec eux un peintre fort habile, ont entrepris le voyage de Palmyre, & ont donné au public, depuis quelques années, les planches gravées de ce qui reste du superbe temple du soleil ; ce qui annonce un bâtiment plus grand, plus magnifique, qu'on n'auroit dû l'attendre du siecle dans lequel il fut élevé, & mieux entendu qu'on ne pouvoit l'espérer des mains barbares qui y travaillerent.
|
| MALACHE | (Médecine) remede propre à relâcher le ventre, ou à mûrir les tumeurs. (Blanchard)
|
| MALACHITE | MALACHITES, ou MOLOCHITES, s. f. (Hist. nat. Min.) substance minérale, opaque, dure, compacte, & d'un beau verd. Pline donne le nom de malachites à un jaspe de couleur verte ; mais Wallerius met la malachite au rang des crysocolles, il l'appelle aerugo nativa solida, ou lapidea. Quoi qu'il en soit, M. Pott a observé que la malachite devient phosphorique à une chaleur médiocre, ce qui n'arrive point au jaspe à la plus grande chaleur. Il regarde la malachite comme un spath qui tient de la nature du quartz, & qui a été pénétré & coloré par du cuivre, mis en dissolution & réduit en verd-de-gris dans le sein de la terre. Voyez la Lithogéognosie de M. Pott, tom. II. pag. 249.
Boëtius de Boot regarde la malachite comme une espece de jaspe ; il dit que son nom lui vient de sa couleur, qui est d'un verd semblable à celui des feuilles de mauve, que les grecs nomment . Il en distingue quatre especes ; la premiere est, selon lui, exactement du verd des feuilles de mauve ; la seconde a des veines blanches & des taches noires ; la troisieme est mêlée de bleu ; la quatrieme approche de la couleur de la turquoise, c'est celle qu'il estime le plus. Il dit qu'on en trouve des morceaux assez grands pour pouvoir en former des petits vaisseaux. On trouve de la malachite en Misnie, en Bohème, en Tirol, en Hongrie, & dans l'île de Chypre. Voyez Lapidum & Gemmarum hist.
M. de Justi, dans son plan du regne minéral, dit que la malachite est une pierre verte & transparente qui n'a point une grande dureté ; il prétend que l'on a tort de la regarder comme une crysocolle qui croît en mamelons, dont elle differe considérablement ; il dit que la malachite est d'une forme ovale & hemisphérique, & qu'elle est remplie à la surface de taches noires & rondes. Il ajoûte que la malachite fait effervescence avec les acides.
On voit par-là que les Naturalistes ne sont guère d'accord sur la substance à laquelle ils ont donné le nom de malachite, & qu'ils ont appellé de ce nom des substances très-différentes au fond. Au reste, il s'en trouve dans beaucoup de mines de cuivre, & la malachite doit elle-même être regardée comme une terre imprégnée de cuivre, qui a été dissout & changé en verd-de gris, & par conséquent comme une vraie mine de cuivre qui ne differe du verd de montagne que parce qu'elle est solide & susceptible de prendre le poli.
Quelques auteurs ont vanté l'usage de la malachite dans la médecine, mais le cuivre qui y abonde ne peut que la rendre très-dangereuse ; quant aux autres vertus fabuleuses qu'on lui attribue, elles ne méritent pas qu'on en parle. (-)
|
| MALACIE | S. f. (Médecine) , maladie qui consiste dans un appétit dépravé, & où le malade souhaite avec une passion extraordinaire certains alimens particuliers, & en mange avec excès. Voyez APPETIT.
Le mot a été formé de , mal ; car le relâchement des fibres de l'estomac est ordinairement la cause des indigestions & des appétits singuliers.
Plusieurs auteurs confondent cette maladie avec une autre appellée Pica, qui est une dépravation d'appétit, où le malade souhaite des choses absurdes & contre nature, comme de la chaux, du charbon, &c. Voyez PICA.
La malacie paroît venir d'une mauvaise disposition de la liqueur gastrique, ou de quelque dérangement de l'imagination, qui la détermine à une chose plutôt qu'à une autre.
Ces deux maladies sont très-ordinaires aux filles qui ont les pâles-couleurs, de même qu'aux femmes qui sont nouvellement enceintes ; il est aisé d'appercevoir que la cause éloignée de ces symptômes est l'épaississement du sang qui obstrue les rameaux de la coeliaque, & empêche par conséquent la secrétion aisée de la liqueur stomacale qui doit exciter l'appétit & opérer la digestion. Le meilleur remede à ce mal, est d'emporter la cause par les médicamens qui lui sont propres. Voyez PALES COULEURS, GROSSESSE.
|
| MALACODERME | adj. m. & f. (Hist. nat.) épithete qu'on donne aux animaux qui ont la peau molle, pour les distinguer des ostracodermes, , ou des animaux testacés, qui ont la peau dure. Malacoderme est formé des mots grecs, mou, & peau. (D.J.)
|
| MALACOIDE | (Botan.) Tournefort ne connoît que deux especes de ce genre de plante : la grande & la petite malacoïde, à fleur de bétoine ; ni l'une ni l'autre n'ont besoin d'être décrites. Malacoïde vient de mauve, & de apparence, comme qui diroit ressemblant à la mauve. La malacoïde en a aussi les propriétés. (D.J.)
|
| MALACOSTRACA | (Hist. nat.) nom donné par quelques Naturalistes à des animaux crustacés pétrifiés, ou à leurs empreintes dans des pierres.
|
| MALACTIQUES | adj. (Médecine) il se dit des choses qui adoucissent les parties par une chaleur tempérée & par l'humidité, en dissolvant les unes & dissipant les autres. Blanchard.
|
| MALACUBI | (Hist. nat.) c'est ainsi que les Siciliens nomment des endroits de la terre dans le voisinage d'Agrigente, qui sont agités d'un mouvement perpétuel, & dans lesquels il se fait, par l'éboulement & l'écoulement des terres, des trous fort considérables, d'où il s'échappe un vent si impétueux, que les bâtons & les perches que l'on y jette sont repoussés en l'air avec une force prodigieuse. Ce terrein est raboteux, & ressemble à une mer agitée. Boccone dit qu'il y a en Italie plusieurs endroits qui sont pareillement agités, ce qui vient des feux souterreins qui sont continuellement allumés dans l'intérieur de ce pays, & qui dégagent avec violence l'air qui est renfermé dans le sein de la terre, & qui obligé de sortir par des conduits étroits, en acquiert beaucoup plus de force. Voy. Boccone, Museo di fisica & di esperienze. (-)
|
| MALADIE | S. f. (Médec.) , morbus, c'est en général l'état de l'animal vivant, qui ne jouit pas de la santé ; c'est la vie physique dans un état d'imperfection.
Mais pour déterminer avec plus de précision la signification de ce terme, qui d'ailleurs est mieux entendu ou mieux senti de tout le monde qu'il n'est aisé d'en donner une définition bien claire & bien exacte, il convient d'établir ce que c'est que la vie, ce que c'est que la santé.
Quiconque paroît être en santé, est censé posséder toutes les conditions requises pour jouir actuellement, non-seulement de la vie, mais encore de l'état de vie dans la perfection plus ou moins complete , dont elle est susceptible.
Mais comme la vie, par elle-même, consiste essentiellement dans l'exercice continuel des fonctions particulieres, sans lesquelles l'animal seroit dans un état de mort décidé ; il suffit donc que l'exercice de ses fonctions subsiste, ou du moins qu'il ne soit suspendu que de maniere à pouvoir encore être rétabli pour qu'on puisse dire que la vie existe : toutes les autres fonctions peuvent cesser ou être suspendues, ou être abolies sans qu'elle cesse.
Ainsi la vie est proprement cette disposition de l'économie animale, dans laquelle subsiste le mouvement des organes nécessaires pour la circulation du sang & pour la respiration, ou même seulement le mouvement du coeur, quelque imparfaitement qu'il se fasse.
La mort est la cessation entiere & constante de ce mouvement, par conséquent de toutes les fonctions du corps animal ; la santé ou la vie saine qui est l'état absolument opposé, consiste donc dans la disposition de toutes ses parties, telle qu'elle soit propre à l'exécution de toutes les fonctions dont il est susceptible, relativement à toutes ses facultés & à l'âge, au sexe, au tempérament de l'individu : ensorte que toutes ces fonctions soient actuellement en exercice, les unes ou les autres, selon les différens besoins de l'économie animale ; non toutes ensemble, ce qui seroit un desordre dans cette économie, parce qu'elle exige à l'égard de la plûpart d'entr'elles, la succession d'exercice des unes par rapport aux autres ; mais il suffit qu'il y ait faculté toûjours subsistante, par laquelle elles puissent, lorsqu'il est nécessaire, être mises en action sans aucun empêchement considérable. V. VIE, SANTE, MORT.
La maladie peut être regardée comme un état moyen entre la vie & la mort : dans le premier de ces deux états, il y a toûjours quelqu'une des fonctions qui subsiste, quelque imparfait que puisse en être l'exercice ; au-moins la principale des fonctions auxquelles est attachée la vie, ce qui distingue toûjours l'état de maladie de l'état de mort, tant que cet exercice est sensible ou qu'il reste susceptible de le devenir.
Mais comme celui de toutes les différentes fonctions ne se fait pas sans empêchement dans la maladie ; qu'il est plus ou moins considérablement altéré par excès ou par défaut, & qu'il cesse même de pouvoir se faire à l'égard de quelqu'une ou de plusieurs ensemble, c'est ce qui distingue l'état de maladie de celui de santé.
On peut, par conséquent, définir la maladie une disposition vicieuse, un empêchement du corps ou de quelqu'un de ses organes, qui cause une lésion plus ou moins sensible, dans l'exercice d'une ou de plusieurs fonctions de la vie saine, ou même qui en fait cesser absolument quelqu'une, toutes même, excepté le mouvement du coeur.
Comme le corps humain n'est sujet à la maladie que parce qu'il est susceptible de plusieurs changemens qui alterent l'état de santé ; quelques auteurs ont défini la maladie, un changement de l'état naturel en un état contre nature : mais cette définition n'est, à proprement parler, qu'une explication du nom, & ne rend point raison de ce en quoi consiste ce changement, d'autant que l'on ne peut en avoir une idée distincte, que l'on ne soit d'accord sur ce que l'on entend par le terme de nature & contre nature, sur la signification desquels on convient très-peu, parmi les Médecins : ainsi cette définition est tout au-moins obscure, & n'établit aucune idée distincte de la maladie.
Il en est ainsi de plusieurs définitions rapportées par les anciens, telles que celle de Galien ; savoir, que la maladie est une affection, une disposition, une constitution contre nature. On ne tire pas plus de lumieres de quelques autres proposées par des modernes ; telles sont celles qui présentent la maladie, comme un effort, une tendance vers la mort, un concours de symptomes ; tandis qu'il est bien reconnu qu'il y a des maladies salutaires, & que l'expérience apprend qu'un seul symptome peut faire une maladie. Voy. MORT, SYMPTOME, NATURE.
La définition que donne Sydenham n'est pas non plus sans défaut ; elle consiste à établir que la maladie est un effort salutaire de la nature, un mouvement extraordinaire qu'elle opere pour emporter les obstacles qui se forment à l'exercice des fonctions, pour séparer, pour porter hors du corps ce qui nuit à l'économie animale.
Cette idée de la maladie peche d'abord par la mention qu'elle fait de la nature sur laquelle on n'est pas encore bien convenu : ensuite elle suppose toûjours un excès de mouvement dans l'état de maladie, tandis qu'il dépend souvent d'un défaut de mouvement, d'une diminution ou cessation d'action dans les parties affectées : ainsi la définition ne renferme pas tout ce qui en doit faire l'objet. D'ailleurs, en admettant que les efforts extraordinaires de la nature constituent la maladie, on ne peut pas toujours les regarder comme salutaires, puisqu'ils sont souvent plus nuisibles par eux-mêmes que la cause morbifique qu'ils attaquent ; que souvent même ils sont cause de la mort ou du changement d'une maladie en une autre, qui est d'une nature plus funeste. Ainsi la définition de Sydenham ne peut convenir qu'à certaines circonstances que l'on observe dans la plûpart des maladies, sur-tout dans celles qui sont aiguës ; telles sont la coction, la crise. Voy. EFFORT, COCTION, CRISE, EXSPECTATION.
Le célebre Hoffman, après avoir établi de bonnes raisons pour rejetter les définitions de la maladie les plus connues, se détermine à en donner une très-détaillée, qu'il croit, comme cela se pratique, préférable à toute autre. Selon lui, la maladie doit être regardée comme un changement considérable, un trouble sensible dans la proportion & l'ordre des mouvemens qui doivent se faire dans les parties solides & fluides du corps humain, lorsqu'ils sont trop accélérés ou retardés dans quelques-unes de ses parties ou dans toutes ; ce qui est suivi d'une lésion importante, dans les sécrétions, dans les excrétions, & dans les autres fonctions qui composent l'économie animale ; ensorte que ce desordre tende ou à opérer une guérison, ou à causer la mort, ou à établir la disposition à une maladie différente & souvent plus pernicieuse à l'économie animale.
Mais cette définition est plutôt une exposition raisonnée de ce en quoi consiste la maladie, de ses causes & de ses effets qu'une idée simple de sa nature, qui doit être présentée en peu de mots. Mais cette exposition paroît très-conforme à la physique du corps humain, & n'a rien de contraire à ce qui vient d'être ci-devant établi, que toute lésion de fonction considérable & plus ou moins constante, présente l'idée de la maladie, qui la distingue suffisamment de ce que l'on doit entendre par affection, qui n'est qu'une indisposition légere de peu de durée ou peu importante, que les Grecs appellent , passio. Telle est une petite douleur instantanée, ou que l'on supporte sans en être presque incommodé ; une déjection de la nature de la diarrhée, mais qui ne se répéte pas souvent & qui est sans conséquence, une verrue, une tache sur la peau, une égratignure ou toute autre plaie peu considérable, qui ne cause aucune lésion essentielle de fonction. On peut éprouver souvent de pareilles indispositions sans être jamais malade.
L'homme ne jouit cependant jamais d'une santé parfaite, à cause des différentes choses dont il a besoin de faire usage, ou qui l'affectent inévitablement, comme les alimens, l'air & ses différentes influences, &c. mais il n'est pas aussi disposé qu'on pourroit se l'imaginer à ce qui peut causer des troubles dans l'économie animale, qui tendent à rompre l'équilibre nécessaire entre les solides & les fluides du corps humain, à augmenter ou à diminuer essentiellement l'irritabilité & la sensibilité, qui, dans la proportion convenable, déterminent & reglent l'action, le jeu de tous les organes, puisqu'il est des gens qui passent leur vie sans aucune maladie proprement dite. Voy. EQUILIBRE, IRRITABILITE, SENSIBILITE, SANTE, PHYSIOLOGIE.
Ainsi, connoître la nature de la maladie, c'est savoir qu'il existe un défaut dans l'exercice des fonctions, & quel est l'empêchement présent, ou quelles sont les conditions qui manquent ; d'où s'ensuit que telle ou telle fonction ne peut pas avoir lieu convenablement. Par conséquent, pour avoir une connoissance suffisante de ce qu'il y a de défectueux dans la fonction lésée, il faut connoître parfaitement toutes les fonctions dont l'exercice peut se faire dans quelque partie que ce soit & les conditions requises pour cet exercice. Il faut donc aussi avoir une connoissance parfaite, autant que les sens le comportent, de la structure des parties qui sont les instrumens des fonctions quelconques. Car, comme dit Boerhaave (comm. in instit. med. pathol. §. 698.), il faut, par exemple, le concours & l'intégrité de mille conditions physiques pour que la vision se fasse bien, que toutes les fonctions de l'oeil puissent s'exercer convenablement, ayez une connoissance parfaite de toutes ces conditions, par conséquent de la disposition qui les établit, & vous saurez parfaitement en quoi consiste la fonction de la vision & toutes ses circonstances. Mais si de ces mille conditions il en manque une seule, vous comprendrez d'abord que cette fonction ne peut plus se faire entierement, & qu'il y a un défaut par rapport à cette millieme partie lésée, pendant que les autres 999 conditions physiques connues, avec les effets qui s'ensuivent restent telles qu'il faut, pour que les fonctions des parties nécessaires à la vision puissent être continuées.
La connoissance de la maladie dépend donc de la connoissance des actions, dont le vice est une maladie : il ne suffit pas d'en savoir le nom, il faut en connoître la cause prochaine : il est aisé de s'appercevoir qu'une personne est aveugle pour peu qu'on la considere ; mais que s'ensuit-il de-là pour sa guérison si elle est possible ? Il faut, à cet égard, savoir ce qui l'a privée de la vue, si la cause est externe ou interne, examiner si le vice est dans les enveloppes des organes de l'oeil, ou s'il est dans les humeurs & les corps naturellement transparens qui sont renfermés dans ces enveloppes, ou si c'est dans les nerfs de cette partie. Vous pourrez procurer la guérison de cette maladie, si par hasard les conditions qui manquent pour l'exercice de la fonction vous sont connues : mais vous serez absolument aveugle vous-même sur le choix des moyens de guérir la cécité dont il s'agit, si le vice qui constitue la maladie se trouve dans le manque de la condition requise qui est l'unique que vous ignorez entre mille. Si au contraire vous connoissez toutes les causes qui constituent la fonction dans son état de perfection, vous ne pouvez manquer d'avoir l'idée de la maladie qui se présente à traiter.
La Pathologie, qui a pour objet la considération des maladies en général, & de tout ce qui est contraire à l'économie animale dans l'état de santé, est la partie théorique de l'art dans laquelle on trouve l'exposition de tout ce qui a rapport à la nature de la maladie, à ses différences, à ses causes & à ses effets, voy. PATHOLOGIE ; ce qui vient d'être dit pouvant suffire pour connoître ce qu'on entend par maladie proprement dite, il suffit d'ébaucher l'idée que l'on doit avoir de ce qui la produit.
On appelle cause de la maladie, dans les écoles, tout ce qui peut, de quelque maniere que ce soit, changer, altérer l'état sain des solides & des fluides du corps humain, conséquemment donner lieu à la lésion des fonctions, & disposer le corps à ce dérangement, soit par des moyens directs, immédiats, prochains, soit par des moyens indirects, éloignés, en établissant un empêchement à l'exercice des fonctions, ou en portant atteinte aux conditions nécessaires pour cet exercice.
On distingue plusieurs sortes de causes morbifiques, dont la recherche fait l'objet de la partie de la Pathologie, qu'on appelle aitiologie. Il suffit de dire ici en général, comme il a déja été pressenti, que tout ce qui peut porter atteinte, de quelque maniere que ce soit, à l'équilibre nécessaire entre les parties solides & fluides dans l'économie animale, & à l'irritabilité, à la sensibilité des organes qui en sont susceptibles, renferme l'idée de toutes les différentes causes des maladies que l'on peut adapter à tous les différens systêmes à cet égard, pour expliquer ce que l'on y a trouvé de plus occulte jusqu'à présent, par exemple les qualités, les intempéries des galénistes, le resserrement & le relâchement des méthodistes, les vices de la circulation des hydrauliques, l'excès ou le défaut d'irritation & d'action des organiques-méchaniciens, le principe actif, la nature des autocratiques, des sthaaliens, &c. Voy. PATHOLOGIE, AITHIOLOGIE, IRRITABILITE, SENSIBILITE, GALENISME, &c.
Toute dépravation, dans l'économie animale, qui survient à quelque lésion de fonctions déja établie, est ce qu'on appelle symptome, qui est une addition à la maladie de laquelle il provient comme de sa cause physique. Dans la pleurésie, par exemple, la respiration génée est une addition à l'inflammation de la plêvre, c'est un effet qui en provient, quoique l'inflammation n'affecte pas toute la poitrine : le symptome est une maladie même, entant qu'il est une nouvelle lésion de fonction : mais c'est toujours une dépendance de la lésion qui a existé la premiere, d'où il découle comme de son principe.
La considération de tout ce qui concerne en général les symptomes de la maladie, leur nature, leur différence, est l'objet de la troisieme partie de la Pathologie, qu'on appelle dans les écoles symptomatologie. Voy. PATHOLOGIE, SYMPTOMATOLOGIE.
Ce sont les différens symptomes qui font toute la différence des maladies qui ne se manifestent que par leur existence sensible, par leur concours plus ou moins considérable. C'est pour déterminer le caractere propre à chaque genre de maladies, d'où on puisse dériver les especes, & fixer en quelque sorte leur variété infinie, que quelques auteurs sentant que la science des Médecins sera en défaut tant qu'il manquera une histoire générale des maladies, ont entrepris de tirer du recueil immense d'observations sur toutes sortes de maladies, qui jusqu'à présent a resté sans ordre, une méthode qui indique la maniere d'en distinguer les différens caracteres, tant généraux que particuliers.
On a proposé plusieurs moyens d'établir cette méthode ; on en connoit trois principaux, savoir l'ordre alphabétique, l'aithiologique & l'anatomique. Le premier, tel qu'est celui qu'ont adopté Burnet, Manget, consiste à ranger les maladies suivant les lettres initiales de leurs noms grecs, latins ou autres, par conséquent à en former un dictionnaire : mais ces noms étant des signes arbitraires & variables, ne présentent aucune idée qui puisse fixer celle qu'il s'agit d'établir, de la nature, du caractere de chaque maladie.
L'ordre des causes prochaines ou éloignées de chaque maladie, suivi par Juncker, Boerhaave & d'autres, est sujet à de grands inconvéniens & suppose la connoissance du systême de l'auteur : ainsi un moyen aussi hypothétique ne paroît pas propre à fixer la maniere de connoître les maladies.
La plus suivie de toutes est l'ordre anatomique, qui range les maladies, suivant les différens siéges qu'elles ont dans le corps humain : tel est l'ordre suivi par Pison, par Sennert, Riviere, &c. dans lequel on trouve l'exposition des maladies, tant externes qu'internes, telles qu'elles peuvent affecter en particulier les différentes parties du corps, comme les inflammations, les douleurs de la tête, du cou, de la poitrine, du bas-ventre, des extrêmités, & ensuite celles qui sont communes à toutes les parties ensemble, telles que la fiévre, & la vérole, le scorbut, &c. mais cette méthode ne paroît pas mieux fondée que les autres, & ne souffre pas moins d'inconvéniens, eu égard sur-tout à la difficulté qu'il y a dans bien des maladies, de fixer le siége principal de la cause morbifique, dont les effets s'étendent à plusieurs parties en même-tems, comme la migraine, qui semble affecter autant l'estomac, que la tête ; le flux hépatique dans lequel il est très-douteux si le foie est affecté, & qui, selon bien des auteurs, paroît plutôt être une maladie des intestins. Voy. MIGRAINE, FLUX HEPATIQUE.
Il reste donc à donner la préférence à l'ordre symptomatique, qui est celui dans lequel on range les maladies, suivant leurs effets, leurs phénomenes essentiels, caractéristiques, les plus évidens & les plus constans ; en formant des classes de tous les genres de maladies, dont les signes pathognomoniques ont un caractere commun entr'eux, & dont les différences qui les accompagnent constituent les différentes especes rangées sous chacun des genres, avec lequel elles ont le plus de rapport.
Suivant cette méthode, on doit distinguer en général les maladies en internes ou médicinales, & en externes ou chirurgicales ; les médicinales sont ainsi désignées, parce qu'elles intéressent essentiellement l'oeconomie animale, dont la connoissance appartient spécialement au médecin proprement dit ; c'est-à-dire, à celui qui ayant fait une étude particuliere de la Physique du corps humain, a acquis les connoissances nécessaires pour prescrire les moyens propres à procurer la conservation de la santé, & la guérison des maladies. Voyez MEDECIN. Les maladies chirurgicales sont celles, qui pour le traitement dont elles sont susceptibles, exigent principalement les secours de la main ; par conséquent les soins du chirurgien pour faire des opérations, ou des applications de remedes. Voyez CHIRURGIEN.
Les maladies sont dites internes, lorsque la cause morbifique occupe un siége, qui ne tombe pas sous les sens, par opposition aux maladies externes, dont les symptomes caractéristiques sont immédiatement sensibles à celui qui en recherche la nature : c'est ainsi, par exemple, que l'érésipele au visage se manifeste par la rougeur & la tension douloureuse que l'on y apperçoit ; au lieu que la même affection inflammatoire qui a son siége dans la poitrine, ne se fait connoître que par la douleur vive de la partie, accompagnée de fiévre ardente, de toux séche, &c. qui sont des symptomes, dont la cause immédiate est placée dans l'intérieur de la poitrine.
Les maladies ont plusieurs rapports avec les plantes ; c'est par cette considération, que Sydenham avec plusieurs autres auteurs célebres, désiroit une méthode pour la distribution des maladies, qui fût dirigée à l'imitation de celle que les botanistes employent pour les plantes : c'est ce qu'on se propose, en établissant l'ordre symptomatique, dans lequel la différence des symptomes qui peuvent être comparés aux différentes parties des plantes, d'où se tirent les différens caracteres de leurs familles, de leurs genres & de leurs especes, établit aussi les différences des classes, des genres & des especes des maladies.
Mais avant que de faire l'exposition de la méthode symptomatique, il est à propos de faire connoître les distinctions générales des maladies, telles qu'on les présente communément dans les écoles & dans les traités ordinaires de pathologie.
Les différences principales des maladies sont essentielles, ou accidentelles : commençons par celles-ci, qui n'ont rien de relatif à notre méthode en particulier, & dont on peut faire l'application à toute sorte de maladies dans quelqu'ordre que l'on les distribue : les différences essentielles dont il sera traité ensuite, nous rameneront à celui que nous adopterons ici.
Les différences, qui ne dépendent que des circonstances accidentelles des maladies, quoiqu'elles ne puissent point servir à en faire connoître la nature, ne laissent pas d'être utiles à savoir dans la pratique de la Médecine, pour diriger dans le jugement qu'il convient d'en porter & dans la recherche des indications qui se présentent à remplir pour leur traitement.
Comme les circonstances accidentelles des maladies sont fort variées & sont en grand nombre, elles donnent lieu à ce que leurs différences soient variées & multipliées à proportion ; on peut cependant, d'après M. Astruc, dans sa pathologie, cap. ij. de accidentalib. morbor. different. les réduire à huit sortes ; savoir, par rapport au mouvement, à la durée, à l'intensité, au caractere, à l'événement, au sujet, à la cause & au lieu.
1°. On appelle mouvement de la maladie, la maniere dont elle parcourt ses différens tems, qui font le principe ou commencement, lorsque les symptomes s'établissent ; l'accroissement, lorsqu'ils augmentent en nombre & en intensité ; l'état, lorsqu'ils sont fixés ; le déclin, lorsque leur nombre & leur intensité diminuent ; & la fin, lorsqu'ils cessent ; ce qui peut arriver dans tous les tems de la maladie, lorsque c'est par la mort. Voy. TEMS, PRINCIPE, &c.
2°. La durée de la maladie est différente par rapport à l'étendue, ou à la continuité. Ainsi, on distingue des maladies longues, chroniques, dont le mouvement se fait lentement, comme l'hydropisie ; d'autres courtes, sans danger, comme la fiévre éphemere, ou avec danger, comme l'angine, l'apopléxie : celles-ci sont appellées aiguës, dont il n'a pas été fait mention dans l'ordre alphabétique de ce dictionnaire ; elles sont encore de différente espece : celles qui font les progrès les plus promts & les plus violens, avec le plus grand danger, morbi peracuti, se terminent le plus souvent par la mort dans l'espace de quatre jours, quelquefois dans un jour, ou même ne durent que quelques heures, ou qu'une heure ; ou tuent sur le champ, comme il arrive quelquefois à l'égard de l'apopléxie, & comme on l'a vû à l'égard de certaines pestes, qui faisoient cesser tout à coup le mouvement du coeur. Il y a d'autres maladies fort aiguës qui ne passent pas sept jours, morbi peracuti. D'autres encore qui sont moins courtes, qu'on appelle simplement aiguës. Morbi acuti qui durent quatorze jours, & s'étendent même quelquefois jusqu'à vingt ; telles sont les fiévres inflammatoires, les fiévres putrides, malignes. En général, plus le progrès de la maladie est rapide & excessif, plus elle est funeste & plus il y a à craindre qu'elle ne devienne mortelle ; une partie de la durée de la maladie est souvent retranchée par la mort. A l'égard de la continuité des maladies, il y en a qui, lorsqu'elles ont commencé, affectent sans intervalle, pendant toute leur durée : ce sont les continues, proprement dites, comme la fiévre ardente. D'autres, dont les symptomes cessent & reviennent par intervalles ; ce sont les maladies intermittentes que l'on appelle périodiques, lorsque leur retour est reglé comme la fiévre tierce, quarte ; & erratiques, lorsque leur retour ne suit aucun ordre, comme l'asthme, l'épilepsie : le retour des périodiques continues se nomme redoublement, & dans les intermittentes, accès ; le relâche dans les premieres est connu sous le nom de rémission ; & dans les autres sous celui d'intermission. L'ordre des redoublemens ou des accès est appellé le type de la maladie. Voyez INTERMITTENTE.
3°. L'intensité des maladies est déterminée, suivant que les lésions des fonctions qui les constituent, sont plus ou moins considérables ; ce qui établit les maladies grandes ou petites, violentes ou foibles, comme on le dit de la douleur, d'une attaque de goutte, &c.
4°. Le caractere des maladies se tire de la différente maniere dont les fonctions sont lésées : si les lésions ne portent pas grande atteinte au principe de la vie, que les forces ne soient pas fort abattues, que les coctions & les crises s'operent librement ; elles forment des maladies bénignes. Si la disposition manque à la coction, aux crises par le trop grand abattement, par l'oppression des forces ; les maladies sont dites malignes. Voyez MALIGNITE. Les maladies malignes sont aussi distinguées en vénéneuses, en pestilentielles & en contagieuses. Voyez VENIN, PESTE, CONTACT, CONTAGIEUX.
5°. Les maladies ne différent pas peu par l'événement ; car les unes se terminent, non-seulement sans avoir causé aucun danger, mais encore de maniere à avoir corrigé de mauvaises dispositions, ce qui les fait regarder comme salutaires ; telles sont pour la plûpart les fiévres éphémeres qui guérissent des rhumes, & même quelques fiévres quartes, qui ont fait cesser des épilepsies habituelles. Les autres sont toujours mortelles, telles que la phthisie, la fiévre hectique confirmée. D'autres sont de nature à être toujours regardées comme dangereuses, & par conséquent douteuses, pour la maniere dont elles peuvent se terminer ; telles sont la pleurésie, la fiévre maligne, &c. Voyez SALUTAIRE, MORTEL, DANGEREUX. Les maladies se terminent en général, par le retour de la santé ou par la mort, ou par quelqu'autre maladie, de trois manieres, ou par solution lente, ou par crise, ou par métastase ; ce qui établit encore la distinction des maladies guérissables, comme la fiévre tierce, & des incurables, comme la plûpart des paralysies. Voyez TERMINAISON, SOLUTION, CRISE, METASTASE, MORT.
6°. Les différences des maladies qui se tirent du sujet ou de l'individu qui en est affecté, consistent, en ce qu'elles l'intéressent tout entier, ou seulement quelques-unes de ses parties, ce qui les fait appeller universelles ou particulieres ; qu'elles ont leur siége au-dehors ou au-dedans du corps, ce qui les fait distinguer, comme on l'a déja dit, en externes & internes ; qu'elles sont idiopathiques ou sympathiques, protopathiques ou déutéropathiques ; lorsque la cause de la maladie réside primitivement dans la partie affectée, ou lorsque cette cause a son siége ailleurs que dans la partie affectée, ou lorsque la maladie ne dépend d'aucune autre qui ait précédé, ou lorsqu'elle est l'effet d'un vice qui avoit produit une premiere maladie. Voyez la plûpart de ces différens mots en leur lieu.
7°. Les maladies différent par rapport à leur cause, en ce que les unes sont simples, qui ne dépendent que d'une cause de lésion de fonctions ; les autres composées qui dépendent de plusieurs, les unes sont produites par un vice antérieur à la génération du sujet, & qui en a infecté les principes, morbi congeniti ; les autres sont contractées après la conception, pendant l'incubation utérine & avant la naissance, morbi connati ; les unes & les autres sont établies lors de la naissance, comme la claudication, la gibbosité, qui viennent des parens ou de quelques accidens arrivés dans le sein maternel : les premieres sont héréditaires, les autres sont acquises ou adventices, telles que sont aussi toutes celles qui surviennent dans le cours de la vie. On distingue encore respectivement à la cause des maladies, les unes en vraies ou légitimes, qui sont celles qui ont réellement leur siége dans la partie qui paroît affectée ; telle est la douleur de côté, qui provenant en effet d'une inflammation de la pleure, est appellée pleurésie ; les autres en fausses ou bâtardes ; telle est la douleur rhumatismale des muscles intercostaux externes, qui forme la fausse pleurésie avec bien des apparences de la vraie.
8°. Les maladies différent enfin par rapport au lieu où elles paroissent, lorsqu'elles affectent un grand nombre de sujets en même tems, se répandent & dominent avec le même caractere dans un pays plutôt que dans un autre, avec un regne limité ; elles sont appellées maladies épidemiques, c'est-à-dire populaires ; telles sont la petite verole, la rougeole, la dyssenterie, les fievres pestilentielles, &c. Lorsqu'elles affectent sans discontinuer un grand nombre de personnes dans un même pays, d'une maniere à-peu-près semblable, elles sont appellées endémiques ; telles sont les écrouelles en Espagne, la peste dans le Levant, &c. Lorsqu'elles ne sont que vaguement répandues en petit nombre, & sans avoir rien de commun entr'elles, au-moins pour la plûpart, c'est ce qu'on appelle maladies sporadiques ; telles sont la pleurésie, la fiévre continue, la phthysie, l'hydropisie, la rage, qui peuvent se trouver en même tems dans un même espace de pays. Voyez EPIDEMIQUE, ENDEMIQUE, SPORADIQUE.
On peut ajoûter à toutes ces différences accidentelles des maladies, celles qui sont tirées des différentes saisons, où certaines maladies s'établissent, paroissent régner plutôt que d'autres ; telles sont les fiévres intermittentes, dont les unes sont vernales, comme les tierces ; les autres automnales, comme les quartes ; distinction qui renferme toute l'année d'un solstice à l'autre, & qui est importante pour le prognostic & la curation. On ne laisse cependant pas de remarquer dans quelque cas, sur-tout par rapport aux maladies aiguës, les maladies d'été & celles d'hiver.
Il y en a de propres aux différens âges, comme la dentition à l'égard des enfans, les croissans aux garçons de l'âge de puberté, les pâles-couleurs aux filles du même âge ; les hémorrhoïdes aux personnes de l'âge de consistance ; la dysurie aux vieillards. Il y en a de particulieres aux différens sexes, aux différens tempéramens, comme l'hystéricité aux femmes, la manie aux personnes sanguines & bilieuses. Il y en a d'affectées à différentes professions, comme la colique aux plombiers ; d'autres au pays qu'on habite, comme la fiévre quarte dans les contrées marécageuses, &c.
Enfin on distingue encore les maladies, selon les Stahliens (qui sont aussi appellés animistes, naturistes), en actives & en passives. Les premieres sont celles dont les symptomes dépendent de la nature, c'est-à-dire de la puissance motrice, de la force vitale, de l'action des organes, comme l'hémophthisie, qui survient à la pléthore, & toutes les évacuations critiques. Voyez NATURE, CRISE. Les dernieres sont celles que produisent des causes externes, contre la disposition de la nature, sans concours de la puissance qui régit l'économie animale ; comme l'hémorrhagie à la suite d'une blessure, l'apoplexie, par l'effet de la fracture du crâne ; la paralysie, par la compression que fait une tumeur sur les nerfs : la diarrhée, la sueur colliquative par l'effet de quelque venin dissolvant, ou d'une fonte symptomatique des humeurs.
On voit par tout ce qui vient d'être dit des différences accidentelles des maladies, qu'elles ont plusieurs choses communes avec les plantes, parce qu'elles prennent comme elles leur accroissement, plus ou moins vîte ou doucement ; que les unes finissent en peu de jours, tandis que d'autres subsistent plusieurs mois, plusieurs années ; il y a des maladies qui, comme les plantes, semblent avoir cessé d'exister, mais qui sont vivaces, & dont les causes, comme des racines cachées qui poussent de tems en tems des tiges, des branches, des feuilles, produisent aussi différens symptomes ; telles sont les maladies récidivantes. De plus, comme il est des plantes parasites, il est des maladies secondaires entretenues par d'autres, avec lesquelles elles sont compliquées. Comme il est des plantes qui sont propres à certaines saisons, à certains climats, à certains pays, & y sont communes ; d'autres que l'on voit par-tout repandues ça & là, sans affecter aucun terrein particulier ; d'autres qui sont susceptibles d'être portées d'une contrée dans une autre, de les peupler de leur espece, & d'en disparoître ensuite ; il en est aussi de même, comme il a été dit ci-devant, de plusieurs sortes de maladies.
Telle est en abrégé l'exposition des différences accidentelles des maladies : nous ne dirons qu'un mot des différences essentielles, qui seront suffisamment établies par la distribution méthodique des maladies mêmes qui nous restent à exposer.
Comme la maladie est une lésion des fonctions des parties, il s'ensuit que l'on a cru pouvoir distinguer les maladies en autant de genres différens, qu'il y en a de parties qui entrent dans la composition du corps humain, dont les vices constituent les maladies. Ainsi comme il est composé en général de parties solides & de parties fluides ; il est assez généralement reçu dans les écoles, & admis dans les traités de Pathologie qui leur sont destinés, de tirer de la considération des vices de ces parties principales ou fondamentales, les différences essentielles des maladies. On en établit donc de deux sortes ; les unes qui regardent les vices des solides, les autres ceux des fluides en général ; sans avoir égard aux sentimens des anciens, qui n'admettoient point de vices dans les humeurs, & n'attribuoient toutes les maladies qu'aux vices des solides, aux différentes intempéries. Voyez INTEMPERIE.
On distingue les maladies des solides, selon la plûpart des modernes, en admettant des maladies des parties simples ou similaires, & des maladies des parties composées, organiques ou instrumentales.
Quant aux fluides, on leur attribue différentes maladies, selon la différence de leur quantité ou de leur qualité vicieuse.
Enfin on considere encore les maladies qui affectent en même tems les parties solides & les parties fluides.
Mais comme il est assez difficile de concevoir les deux premieres distinctions, en tant qu'elles ont pour objet les vices des solides, distingués de ceux des fluides, & qu'il ne paroît pas qu'il puisse y avoir réellement de pareille différence, parce que le vice d'un de ces genres de parties principales, ne peut pas exister sans être la cause ou l'effet du vice de l'autre ; il s'ensuit qu'il est bien plus raisonnable & bien plus utile de considérer les maladies telles qu'elles se présentent, sous les sens que l'on peut les observer, que de subtiliser d'après l'imagination & par abstraction, en supposant des genres de maladies, tels que l'économie animale ne les comporte jamais chacun séparément.
Ainsi, d'après ce qui a été remarqué précédemment, par rapport aux inconvéniens que présentent les méthodes que l'on a suivies pour l'exposition des maladies, & eu égard aux avantages que l'on est porté conséquemment à rechercher dans une méthode qui soit plus propre que celles qui sont le plus usitées à former le plan de l'histoire des maladies ; il paroît que la connoissance des maladies tirée des signes ou symptomes évidens, & non pas de certaines causes hypothétiques, purement pathologiques, doit avoir la préférence à tous égards. Il suffira vraisemblablement de présenter la méthode symptomatique déja annoncée, pour justifier la préférence que l'on croit qu'elle peut mériter, à ne la considérer même que comme la moins imparfaite de toutes celles qui ont été proposées jusqu'à présent.
Elle consiste donc à former dix classes de toutes les maladies, dont les signes pathognomoniques, les effets essentiels ont quelque chose de commun entr'eux bien sensiblement, & ne different que par les symptomes accidentels, qui servent à diviser chaque classe en différens genres, & ces genres en différentes especes.
Dans la méthode dont il s'agit, toutes les maladies étant distinguées, comme il a été dit, en internes & en externes, en aiguës & en chroniques, on les distingue encore en universelles & en particulieres. Les maladies ordinairement aiguës forment la premiere partie de la distribution ; les maladies ordinairement chroniques forment la seconde, & les maladies chirurgicales forment la troisieme.
I. Classe. Maladies fébriles simples. Caractere. La fréquence du poulx, avec lésion remarquable & constante de différentes fonctions, selon les différens genres & les différentes especes de fiévres. Voyez FIEVRE. On pourroit encore rendre ce caractere plus distinctif, tel qu'il peut-être plus généralement observé dans toutes les maladies fébriles, en établissant qu'il consiste dans l'excès ou l'augmentation des forces vitales, absolue ou respective sur les forces musculaires soumises à la volonté. Consultez à ce sujet les savantes notes de M. de Sauvages, dans sa traduction de l'haemastatique de M. Halles ; la dissertation de M. de la Mure, professeur célebre de la faculté de Montpellier, intitulée nova theoria febris, Montpellier 1738 ; & la question septieme parmi les douze thèses qu'il a soutenues pour la dispute de sa chaire, Montpellier 1749.
Les maladies de cette classe sont divisées en trois sections. La premiere est formée des fiévres intermittentes, dont les principaux genres sont la fiévre quotidienne, la tierce, la quarte, l'erratique (les bornes d'un dictionnaire ne permettent pas de détailler ici les especes). La seconde section est celle des fievres continues, égales, dont les genres sont la fievre éphémere, la synoche simple, la fievre putride, la fievre lente. La troisieme section est celle des fievres avec redoublement, dont les genres sont la fievre amphimérine ou quotidienne continue, la tritée ou tierce continue, la tritaeophie ou fievre ardente, l'hémitritée, les fievres irrégulieres, colliquatives, les irrégulieres, protéiformes.
II. Classe. Maladies fébriles composées ou inflammatoires. Caractere. La fievre avec redoublemens irréguliers, accompagnée d'inflammation interne ou externe, marquée dans le premier cas par la douleur de la partie affectée, avec différens symptomes relatifs à la disposition de cette partie ; dans le second cas, par la tumeur, la rougeur, la chaleur, qui sont le plus souvent sensibles dans la partie enflammée, & par d'autres symptomes absolus & relatifs, comme à l'égard de l'inflammation interne. Voyez INFLAMMATION.
Les maladies fébriles ou inflammatoires sont divisées en trois sections ; savoir, 1°. les inflammations des visceres parenchymateux, comme le cerveau, les poumons, le foie. Les genres différens sont le sphacélisme ou l'inflammation du cerveau dans sa substance ; la péripneumonie, l'hépatite ou l'inflammation du foie, celle de la rate, des reins, de la matrice. 2°. Les inflammations des visceres membraneux, comme les meninges, la plevre, le diaphragme, l'estomac, les intestins, la vessie, &c. Les genres sont l'esquinancie, la pleurésie, la paraphrénésie, la gastrite ou l'inflammation du ventricule, l'entérite ou l'inflammation des intestins, celles de la vessie. 3°. Les inflammations cutanées ou exanthemateuses, dont les genres sont la rougeole, la petite-vérole, la fievre miliaire, la fievre pourprée, la scarlatine, l'érésipelateuse, la fievre pestilentielle.
III. Classe. Maladies convulsives ou spasmodiques. Caractere. La contraction musculaire, irréguliere, constante, ou par intervalle, par secousses ou vibrations : le mouvement, la rigidité d'une partie indépendamment de la volonté à l'égard des organes qui y sont soumis. Voyez CONVULSION, SPASME, NERF, NERVEUSES (maladies.) &c.
Ces maladies sont distinguées en trois sections. 1°. Les maladies toniques, qui consistent dans une contraction, qui se soutient constamment, avec roideur, dans une partie musculeuse, ou dans tous les muscles du corps en même tems. Les genres de cette section sont, le spasme, auquel se rapportent le strabisme, le priapisme, &c. la contracture qui est la rigidité qui se fait insensiblement dans une partie, le tétane qui est la roideur convulsive, auquel se rapportent l'épisthotône, l'emprostotône, &c. le catoche, qui est la roideur spasmodique. 2°. Les maladies convulsives proprement dites, que l'on peut appeller cloniques, avec quelques praticiens, parce qu'elles consistent dans une irrégularité de vibrations musculaires de mouvemens involontaires, de tremblement dans les organes, qui en sont susceptibles, indépendamment d'aucune fievre inflammatoire. Les genres sont la convulsion proprement dite, qui est le mouvement convulsif d'une partie, sans perte de connoissance, le frisson, la convulsion hystérique, ou les vapeurs, l'hieranosos, ou la convulsion générale sans perte de sentiment, l'épilepsie, le tremblement sans agitation considérable des parties affectées, le scelotyrbe ou la danse de S. Wit, le bériberi des indiens, la palpitation. 3°. Les maladies dyspnoïques, c'est-à-dire, avec gêne, spasme, ou mouvement convulsif dans les organes de la respiration. Les genres sont l'éphialte ou cochemar, l'angine spasmodique ou convulsive, la courte haleine, la suffocation, l'asthme, la fausse pleurésie nerveuse, la fausse péripneumonie spasmodique, le hocquet, le bâillement, la pandiculation : les efforts convulsifs tendans à procurer quelqu'évacuation le plus souvent sans effet, tels que l'éternument, la toux, la nausée, le ténesme, la dysurie, la dystocie.
IV. Classe. Maladies paralytiques. Caractere. La privation du mouvement & du sentiment, ou au-moins de l'un des deux.
Cette classe est partagée en trois sections, qui renferment les différens genres de maladies paralytiques. 1°. Les syncopales, qui consistent dans l'abattement, la privation des forces indépendamment de la fievre, &c. Les genres sont la syncope, proprement dite, la léypothymie ou défaillance, l'asphyxie, l'asthémie. 2°. Les affections soporeuses, qui sont celles où il y a une abolition ou diminution très-considérable du sentiment & du mouvement dans tout le corps, avec une espece de sommeil profond & constant, sans cessation de l'exercice des mouvemens vitaux. Les genres sont l'apoplexie, le carus ou assoupissement contre nature, le cataphora ou subeth, qui est le coma somnolentum, la léthargie, la typhomanie, ou le sommeil simulé, involontaire, la catalepsie. 3°. Les paralysies externes ou des organes du mouvement & des sens. Les genres sont l'hémiplégie, la paraplégie, la paralysie d'un membre, la cataracte, la goutte sereine, la vûe trouble, la surdité, la perte de l'odorat, la mutité, le dégoût, l'inappétence, l'adipsie ou l'abolition de la sensation de la soif, l'atechnie ou l'impuissance.
V. Classe. Maladies dolorifiques. Caractere. La douleur plus ou moins considérable par son intensité, par son étendue, & par sa durée, sans aucune agitation convulsive, évidente, sans fievre inflammatoire, & sans évacuation de conséquence ; ensorte que le sentiment douloureux est le symptome dominant. Voyez DOULEUR.
On distingue ces maladies entr'elles par les douleurs vagues & par les douleurs fixes ou topiques ; ce qui forme deux sections principales. 1°. Les différens genres de douleur, qui affectent différentes parties successivement, ou plusieurs en même tems ; telles sont la goutte & toutes les affections arthritiques, le rhumatisme, le catarre, la démangeaison douloureuse des parties externes, appellée prurit, l'anxiété à laquelle se rapportent la jectigation, la lassitude douloureuse. 2°. Les genres différens de douleurs fixes, topiques, telles que la céphalalgie ou le mal de tête sans tension, la céphalée ou le mal de tête avec tension, la migraine, le clou, qui est très-souvent un symptome d'hystéricité, l'ophtalgie ou la douleur aux yeux, l'odontalgie ou le mal aux dents, la douleur à l'oreille, le soda, vulgairement cremoison, la gastrique ou douleur d'estomac, la douleur au foie (voyez HEPATITE, ICTERE), à la rate, la colique proprement dite, qui est la douleur aux intestins (voyez COLIQUE), la passion iliaque ou miserere, l'hypochondrialgie, qui est la douleur à la région du foie, de la rate, l'hystéralgie, mal de mere, ou douleur de matrice, la néphrétique, à laquelle se rapportent le calcul comme cause, la courbature, la sciatique, la douleur des parties génitales.
VI. Classe. Maladies qui affectent l'esprit, qu'on peut appeller avec les anciens maladies paraphroniques. Caractere. L'altération ou l'aliénation de l'esprit, la dépravation considérable de la faculté de penser, en tant que l'exercice de cette faculté, sans cesser de s'en faire, souvent même rendu plus actif, n'est pas conforme à la droite raison, & peut en général être regardé comme un état de délire, sans fievre, qui consiste dans une production d'idées, qui ont du rapport à celles des rêves, quoiqu'il n'y ait point de sommeil dans le cas dont il s'agit ; ensorte que les idées ne sont point conformes aux objets qui doivent affecter, mais sont relatives aux dispositions viciées du cerveau. Voyez ALIENATION, ESPRIT, DELIRE, MELANCHOLIE, MANIE, FOLIE.
L'aliénation de l'esprit est susceptible de beaucoup de variété, soit pour son intensité, soit pour sa durée, soit pour ses objets ; c'est ce qui fournit la division de cette classe en trois sections. 1°. Les maladies mélancholiques qui dépendent d'un exercice excessif & dépravé de la pensée, du jugement & de la raison. Les genres sont la démence, la folie, la mélancholie, proprement dite, la démonomanie, à laquelle se rapportent le délire des sorciers, celui des fanatiques, celui des wampires, des loups garoux, &c. la passion hypochondriaque, l'hystérique, le somnambulisme, la terreur panique. 2°. Les maladies de l'imagination affoiblie, dont l'exercice est comme engourdi. Les genres sont la perte de la mémoire, la stupidité, le vertige. 3°. Les maladies de l'esprit, qui sont une dépravation de la volonté, un déreglement des desirs par excès ou par défaut, effet du vice des organes de l'imagination ou de ceux des sens. Les genres sont la nostralgie ou maladie du pays, l'érotomanie, le satyriasis, la fureur utérine, la rage, les envies, c'est-à-dire les appétits déréglés, à l'égard des alimens, de la boisson, & autres choses extraordinaires, la faim canine, la soif excessive, le tarantisme, qui consiste dans un desir insurmontable de sauter, de danser hors de propos, l'antipathie, l'hydrophobie.
VII. Classe. Maladies évacuatoires. Caractere. Pour symptome principal, une évacuation extraordinaire, primitive, constante, & considérable par sa quantité ou par les efforts violens qu'elle occasionne. Voyez EVACUATION. Cette évacuation, le plus souvent, est de courte durée, & forme une maladie aiguë.
Cette classe est composée de trois sections, qui comprennent, 1°. les maladies évacuatoires, dont les écoulemens sont sanglans ou rougeâtres. Genres. L'hémorrhagie, le stomacace ou saignement des gencives, l'hémoptysie, le vomissement de sang, la dyssenterie sanglante, le flux hépatique, le pissement de sang, le flux hémorrhoïdal, la perte de sang, la sueur sanglante. 2°. Les maladies évacuatoires à écoulement séreux on blanchâtre, dont la matiere est ou la lymphe, ou l'urine, ou la sueur, ou la salive, le chyle, la semence, le lait utérin, &c. Genres. L'épiphora, ou l'écoulement des larmes contre nature, le flux des oreilles, le flux des narines, que Juncker désigne sous le nom de phlegmatorrhagie, le coryza, le ptyalisme ou la salivation, la vomique, l'anacatharse, ou expectoration extraordinaire, le diabête, l'incontinence d'urine, les fleurs blanches, les lochies laiteuses ou séreuses, immodérées, la gonorrhée. 3°. Les maladies dans lesquelles la matiere des évacuations est de diverse couleur & consistance. Genres. Le vomissement, la diarrhée, la lienterie, la coeliaque, le cholera-morbus, les ventosités.
VIII. Classe. Maladies cachectiques. Caractere. La cachexie, c'est-à-dire la dépravation générale ou fort étendue de l'habitude du corps, qui consiste dans le changement contre nature de ses qualités extérieures ; savoir, dans la figure, le volume, la couleur, & tout ce qui est susceptible d'affecter les sens, par l'effet d'un vice dépendant ordinairement de celui de la masse des humeurs. Voyez CACHEXIE.
Cette classe est divisée en quatre sections, qui renferment 1°. les cachexies, avec diminution excessive du volume du corps. Genres. La consomption, l'éthisie, la phthisie, l'atrophie, le marasme. 2°. Les cachexies, avec augmentation outre mesure du volume du corps, ou de quelqu'une de ses parties. Genres. La corpulence ou l'embonpoint excessif, la bouffissure, la leucophlegmatie, l'hydropisie générale ou particuliere ; comme l'hydrocéphale, l'hydropisie de poitrine, du péricarde, l'ascite, l'hydropisie enkistée, l'hydromphale, l'hydrocele, l'hydropisie de matrice, l'emphysème, le météorisme, la tympanite, la grossesse vicieuse, comme la tuboce, la molaire, le rachitis ou la chartre, les obstructions skirrheuses, chancreuses, scrophuleuses, l'éléphantiase. 3°. Les cachexies, avec éruptions cutanées, lépreuses, contagieuses & irrégulieres. Genres. La verole, le scorbut, la gale, la lepre, la ladrerie, les dracuncules, l'alopécie, le plica, le phtiriasis ou la maladie pédiculaire, la teigne, la rache, la dartre. 4°. Les maladies cachectiques, avec changement dans la couleur de la peau. Genres. La pâleur, la cachexie proprement dite, la chlorose ou les pâles couleurs, la jaunisse, l'ictere noir, la gangrene & les sphaceles. On peut rapporter à cette classe la cataracte, le glaucome, & toutes les maladies des yeux non inflammatoires, sans écoulement, qui proviennent d'obstruction.
IX. Classe. Affections superficielles, la premiere des deux classes des maladies chirurgicales. Caracteres. Ce sont toutes les mauvaises dispositions topiques, simples de la surface du corps, qui blessent l'intégrité, la beauté, ou la bonne conformation des parties externes par le vice de la couleur, du volume, ou de la figure ou de la situation, sans causer directement aucune autre lésion importante de fonctions ; ce qui distingue ces maladies des fievres inflammatoires & exanthémateuses, & des affections cachectiques. Voyez CHIRURGIE.
Cette classe est divisée en deux sections, qui comprennent 1°. les affections externes sans prominence, ou toûjours sans fievre primitive & ordinairement dans la plûpart sans élévation considérable, comme les taches & les efflorescences. Genres. Le leucome, la lepre des Juifs, le hâle, les rousseurs, les bourgeons, le feu volage, les marques qu'on appelle envies, l'échimose, la meurtrissure, l'ébullition de sang, les élevûres, les boutons, les pustules, les phlyctenes. 2°. Les affections des parties externes, avec prominence considérable. Genres. Les enflûres circonscrites, humorales, dolentes, telles que les tumeurs phlegmoneuses, érésypélateuses, chancreuses, osseuses, les bubons, les parotides, les furoncles, le panaris, le charbon, le cancer, les aphthes sans fievre. 2°. Les enflûres circonscrites, indolentes. Genres. Les excroissances dans les parties molles, telles que le sarcome, le polype, les verrues, les condylomes, les tumeurs enkistées, comme l'anévrysme, la varice, l'hydatide, le staphylome, l'abscès ou apostème, les loupes, l'athérome, le stéatome, le méliceris, le bronchocele ou gouetre, les tumeurs dans les parties dures, comme l'exostose, le spina ventosa, la gibbosité, les tumeurs, les difformités rachitiques.
X. Classe. Maladies dialitiques, c'est la seconde classe des maladies chirurgicales. Caractere. La séparation contre nature accidentelle des parties du corps entr'elles, avec solution de continuité ou de contiguité. Voyez SOLUTION, &c.
Cette classe est divisée en deux sections, qui comprennent 1°. les maladies de séparation avec déperdition de substance. Genres. La plaie, avec enlevement de quelque partie du corps, l'ulcere, la carie. 2°. Les maladies de séparation, sans déperdition de substance. Genres. La plaie simple, la fracture, les luxations, tant des parties molles, que des parties dures, c'est-à-dire le déplacement de ces différentes parties, comme des os (ce qui forme la luxation proprement dite), des tendons, des muscles, & de tous autres organes ; ainsi, dans ce genre de lésion, toutes les différentes sortes de hernies se trouvent comprises, telles que l'exophthalmie, l'omphalocele, l'hystérocele, l'entérocele, le bubonocele & la hernie proprement dite.
Tel est le plan d'une méthode générale, d'après laquelle on peut entreprendre, avec ordre, l'histoire des maladies, qui est susceptible de presqu'autant de précision, que la botanique. En effet, après avoir déterminé, comme on le fait pour les plantes, ce que les maladies ont de commun entr'elles, comme l'est la végétation à l'égard de celles-là, on recherche ce qui les distingue en général à raison ou de leur nature, pour en former des classes différentes, qui rassemblent les maladies qui ont le plus de rapport entr'elles, c'est-à-dire que chaque classe est formée des maladies en plus ou moins grand nombre, dont les symptomes principaux ont beaucoup de ressemblance. Mais comme il en est entr'eux de susceptibles d'être encore distingués plus en détail, & d'une maniere plus caractéristique de ressemblance ; des maladies susceptibles de cette différence, il en a résulté la formation des genres ; & ensuite, par la description des symptomes particuliers à chaque différente maladie du même genre, s'est établie la différence des especes, qui dépend de la variété des circonstances sensibles qui accompagnent le caractere de chaque genre de maladies.
La péripneumonie seche, par exemple, qui dépend d'une inflammation érésipélateuse, est bien différente par ses effets, & conséquemment par rapport au prognostic & à sa curation, de la péripneumonie phlegmoneuse, humide ou catarreuse. De même, l'asthme qui est produit par une goutte remontée, c'est-à-dire qui survient lorsque l'humeur de la goutte change de siege & se porte par métastase dans la substance des poumons ; cet asthme donc a des symptomes spécifiques bien différens de ceux des autres sortes d'asthmes : on doit aussi se comporter bien différemment dans le jugement & le traitement de cette maladie : ainsi ce sont là des maladies qui, sous le même nom générique, ne laissent pas d'être distinguées d'une maniere bien marquée les unes des autres, ce qui forme la différence des espèces sous un même genre ; comme sous le nom générique de chardon se trouve compris un grand nombre de plantes bien différentes entr'elles, qui forment autant d'especes de chardons, parce qu'elles ont toutes quelque chose de particulier, comme elles ont aussi quelque chose d'essentiellement commun entr'elles, c'est-à-dire un caractere dominant, un grand nombre de rapports, ce qui fait qu'on les range toutes sous un même genre.
Cette maniere de faire l'exposition des maladies, de les distribuer par classes, genres & especes, comme on le pratique pour les plantes, si différente de celle des Arabes, qui a dominé dans les écoles & dans les livres de Pathologie, a été présentée, désirée, proposée, approuvée par la plûpart des plus grands maîtres de l'art parmi les modernes, tels que Planter, Sydenham, Marggrave, Baglivi, Nenter, Boerhaave, comme la plus propre à former le plan d'une histoire des maladies. Cependant cette méthode sans doute, parce qu'elle demande trop de travail, n'a encore été employée & même seulement ébauchée que par M. de Sauvages, célebre professeur de Montpellier, grand botaniste, dans son livre des nouvelles classes des maladies, édition d'Avignon 1731, qu'il a retracée dans sa Pathologie, Pathologia methodica, &c. Amstelod. 1752, & dont il fait espérer une nouvelle édition aussi complete qu'elle en est susceptible, qui ne pourra être qu'un excellent ouvrage qui manque jusqu'à présent à la Médecine, & dont Boerhaave agréa si fort le projet, lorsque l'auteur dans le tems le soumit à son jugement, qu'il lui écrivit en conséquence, pour le lui témoigner & l'exciter à l'exécution d'une entreprise aussi grande & aussi utile. C'est ce qu'on voit dans la lettre du célebre professeur de Leyde, mise à la tête du livre dont on vient de parler, qui est devenu fort rare.
Il contient le dénombrement des classes des maladies, de leurs genres, avec leurs caracteres particuliers & leurs especes indiquées par des qualifications distinctives, ce qu'on appelle des phrases à l'imitation de celles qui sont employées par les botanistes ; ensorte que ces especes sont ainsi sommairement désignées telles qu'elles ont été observées en détail par les auteurs cités à la suite de ces qualifications.
C'est d'après cet essai de M. de Sauvages que vient d'être exposée ici en abrégé la méthode symptomatique de distribution des maladies par classes & par genres, à quoi il auroit été trop long d'ajouter les especes, comme a fait cet auteur, que l'on peut consulter, selon lui, dans la préface du livre dont il vient d'être fait mention : le nombre des especes des maladies est actuellement porté à environ trois mille bien caractérisées par des signes, qui paroissent constamment toutes les fois que la même cause est subsistante dans les mêmes circonstances, qui produit toujours les mêmes effets essentiels ; ensorte qu'en général la marche de la nature est essentiellement la même chose dans le cours de chaque espece des maladies, malgré la différence d'âge, de sexe, de tempérament du sujet ; malgré la différence du climat, de la saison, de la position par rapport au lieu d'habitation.
Toutes ces différentes circonstances peuvent bien contribuer à procurer quelques différences dans les symptomes accidentels de la maladie spécifique ; mais elles ne changent presque jamais les symptomes caractéristiques, tels, par exemple, que, dans le genre de fievres exanthémateuses, qu'on appelle petite-vérole, l'éruption inflammatoire, la suppuration, qui, dans cette maladie lorsqu'elle parcourt ses tems, arrivent constamment à des jours marqués, selon la différence de sa nature particuliere, qui peut aussi produire des accidens bien différens qui sont réguliers, pour distinguer la petite-vérole discrette de la confluente ou irréguliere, qui établissent une différence entre la petite-vérole bénigne & la maligne, la simple & la compliquée, ce qui forme les différentes modifications de ce genre de maladie.
Mais quoique le caractere connu de chaque genre & de chaque espece de maladie ne soit point susceptible de changer originairement & essentiellement, cependant une fois établi, il arrive quelquefois qu'il change par substitution ou par addition, ce qui est, selon les Grecs, par métaptose & par épigenese.
La métaptose ou substitution est le changement qui se fait, de maniere que tous les symptomes de la maladie sont remplacés par d'autres tous différens. On distingue deux sortes de métaptose, le diadoche & la métaptose : la premiere, lorsque la cause morbifique change entiérement de siege, est transportée d'une partie à une autre, sans effort critique, qui opere ce changement, & comme par voie de sécrétion de mouvemens naturels : c'est ainsi que le diabete survient à l'ascite, ou que le flux hémorrhoïdal fait cesser l'asthme pléthorique : la seconde espece de métaptose, lorsque, par un effort de la nature, il se fait un transport de la matiere morbifique d'une partie à une autre ; comme lorsque les parotides surviennent dans la fievre maligne, que l'asthme survient à la goutte. Voyez NATURE, EFFORT, METAPTOSE.
L'épigenese ou addition est le changement qui se fait dans une maladie, entant qu'il paroît de nouveaux symptomes, sans aucune cessation de ceux qui subsistoient auparavant ; par conséquent c'est un état qui est toujours plus fâcheux pour le malade : c'est ainsi que ce ténesme, qui survient à la diarrhée dans la grossesse, est souvent cause de l'avortement ; que le spasme, qui est une suite de la superpurgation, est souvent mortel. Ces symptomes ajoûtés à la maladie, sont appellés épiphénomenes ; ils font tout le sujet du septieme livre des aphorismes d'Hippocrate. Voyez SYMPTOME, éPIPHENOMENE.
Ce seroit ici le lieu de faire mention en général de tout ce qui a rapport aux symptomes, aux signes diagnostics & prognostics, & au traitement des maladies ; mais, pour se conformer aux bornes prescrites dans un dictionnaire, & pour éviter les répétitions, voyez PATHOLOGIE, SYMPTOME, SEMEIOTIQUE, SIGNE, THERAPEUTIQUE, CURE, TRAITEMENT ; & pour trouver, en ce genre, plus de lumieres réunies, consultez les ouvrages des auteurs célebres, tels sur-tout que les Traités de la Médecine raisonnée d'Hoffman, contenant les vrais fondemens de la méthode pour connoître & traiter les maladies, la Pathologie & la Thérapeutique de M. Astruc ; les aphorismes de Boerhaave, de cognoscendis & curandis morbis ; le Commentaire de cet ouvrage, par M. Vanswieten, &c. la Pathologie & la Thérapeutique de Boerhaave, avec son propre Commentaire.
MALADIE DES COMICES, comitialis morbus, (Médecine) c'est un mot dont on se servoit anciennement pour signifier l'épilepsie, ou le mal caduc : elle avoit ce nom à cause que si quelqu'un en étoit attaqué dans les comices des Romains, l'assemblée se rompoit ou se séparoit immédiatement, cet accident étant regardé comme un très-mauvais présage ; ou plutôt à cause que ceux qui y étoient sujets en avoient principalement des attaques dans les comices ou dans les grandes assemblées. Voyez éPILEPSIE.
MALADIE HERCULEENNE, herculeus morbus, (Médecine) est le nom que l'on donne en Médecine à l'épilepsie, à cause de la frayeur qu'elle cause, & de la difficulté avec laquelle on la guérit. Voyez éPILEPSIE.
MALADIE HONGROISE, (Médecine) c'est le nom d'une maladie qui est du genre des fievres malignes, & en quelque façon endémique & contagieuse. On l'appelle autrement fievre hongroise : son signe distinctif & caractéristique est qu'outre tous les symptomes généraux de fievres continues & remittentes, le malade souffre une douleur intolérable à l'orifice inférieur de l'estomac, qui est enflé & douloureux au moindre attouchement.
Cette maladie paroît d'ordinaire en automne, après une saison pluvieuse, dans les lieux humides, marécageux, où les habitans ont manqué de bonne eau & de bonne nourriture. La fievre de cette espece est en conséquence contagieuse & fréquente dans les camps & les armées. Voyez le traité du Dr. Pringle sur cette matiere intitulé : Observations on the diseases of the army, qui a été traduit en françois.
Les causes pathognomoniques de la maladie hongroise hors de la contagion, autant qu'on en peut juger, semblent être une matiere bilieuse, âcre, putride, qui s'est en partie rassemblée à l'orifice de l'estomac, & en partie mêlée avec les autres humeurs dans la circulation.
Cette matiere bilieuse, âcre, putride, adhérente au ventricule, cause la cardialgie, le mal de tête par la communication des nerfs, une chaleur & une ardeur mordicante, l'anoréxie, l'anxiété, les nausées, une soif continuelle & violente, & autres maux de l'estomac & du bas-ventre, accompagnés d'une fievre continue ou remittente qui redouble sur le soir.
Cette maladie se guérit par des vomissemens naturels, ou par un cours-de-ventre bilieux ; la guérison n'est qu'incomplete par les urines ou par des sueurs. Si la matiere morbifique reste dans le corps, elle prolonge la maladie au-delà du cours des maladies aiguës, produit la sécheresse ou la saleté de la langue, des anxiétés, la difficulté de respirer, l'esquinancie, la surdité, l'assoupissement, le délire, la phrénésie, & quelquefois une hémorrhagie symptomatique. Rarement cette maladie se termine par un abscès ou des parotides, mais elle amene des pétéchies, ou dégénere en sphacele sur les extrêmités.
La méthode curative, lorsque la cause procede d'une mauvaise nourriture, est d'abord un vomitif diluent. Si les maux de tête & du bas-ventre s'y trouvent joints, les purgatifs doux, antiphlogistiques, sont préférables aux vomitifs ; quand la maladie provient de contagion sans aucun signe de dépravation d'humeurs, il faut employer dans la cure les acides & les antiputrides, en tenant le ventre libre. La saignée & les échauffans doivent être évités comme contraires aux principes de l'art.
Cette maladie est quelquefois si cruelle dans des tems de contagion, que Schuckius, qui en a fait un traité, la nomme lues pannoniae, & en allemand, ungarische pest. (D.J.)
MALADIE JAUNE, (Médecine) voyez JAUNISSE.
MALADIE IMAGINAIRE, (Médecine) cette maladie concerne une personne qui, attaquée de mélancholie, ou trop éprise du soin d'elle-même, & s'écoutant sans cesse, gouverne sa santé par poids & par mesure. Au lieu de suivre le desir naturel de manger, de boire, de dormir, ou de se promener à l'exemple des gens sages, elle se regle sur des ordonnances de son cerveau, pour se priver des besoins & des plaisirs que demande la nature, par la crainte chimérique d'altérer sa santé, qu'il se croit des plus délicates.
Cette triste folie répand dans l'ame des inquiétudes perpétuelles, détruit insensiblement la force des organes du corps, & ne tend qu'à affoiblir la machine, & en hâter la destruction. C'est bien pis, si cet homme effrayé se jette dans les drogues de la pharmacie, & s'il est assez heureux au bout de quelque tems, pour qu'on puisse lui adresser le propos que Béralde tient à Argan dans Moliere : " Une preuve que vous n'avez pas besoin des remedes d'apothicaire, c'est que vous avez encore un bon tempérament, & que vous n'êtes pas crevé de toutes les médecines que vous avez prises ". (D.J.)
MALADIE NOIRE, (Médecine) . Cette maladie tire son nom & son principal caractere de la couleur des matieres que les personnes qui en sont attaquées rendent par les selles, ou par les vomissemens. Hippocrate, le premier & le plus exact des observateurs, nous a donné une description fort détaillée de cette maladie (lib. II. de morb. sect. v.), qu'on a quelquefois appellée pour cette raison maladie noire d'Hippocrate. Voici ses termes simplement traduits du grec : le malade, dit-il, vomit de la bile noire qui quelquefois ressemble aux excrémens, quelquefois à du sang extravasé, d'autres fois à du vin pressuré. Dans quelques malades, on la prendroit pour le suc noir du polype, voyez POLYPE, boisson, hist. nat. dans d'autres, elle a l'âcreté du vinaigre : il y a aussi des malades qui ne rendent qu'une espece de pituite tenue, une salive aqueuse, une bile verdâtre. Lorsque les matieres rejettées sont noires, sanguinolentes, elles exhalent une odeur détestable qu'on pourroit comparer à celle qu'on sent dans les boucheries ; elles fermentent avec la terre sur laquelle elles tombent, elles enflamment la bouche & le gosier, & agacent les dents. Cette évacuation dissipe pour quelques instans le mal-aise du malade qui sent alors renaître son appétit, il a même besoin de manger, & s'il contient son appétit, s'il reste à jeun, ses entrailles murmurent, il sent des borborigmes, & la salive inonde sa bouche ; si au contraire voulant éviter ces accidens, il prend quelque nourriture, il tombe dans d'autres inconvéniens, son estomac ne peut supporter les alimens, il éprouve après avoir mangé un poids, une oppression dans tous les visceres, les côtés lui font mal, & il lui semble qu'on lui enfonce des aiguilles dans le dos & dans la poitrine, il survient un léger mouvement de fievre avec douleur de tête, les yeux sont privés de la lumiere, les jambes s'engourdissent, la couleur naturelle de la peau s'efface & prend une teinte noirâtre. A ces symptomes exposés par Hippocrate, on peut ajouter les déjections par les selles, noirâtres, cadavéreuses, un amaigrissement subit, foiblesse extrême, cardialgie, syncopes fréquentes, douleur & gonflement dans les hypochondres, coliques, &c.
La maladie noire qui est assez rare, attaque principalement les hystériques, hypochondriaques, ceux qui ont des embarras dans les visceres du bas-ventre, sur-tout dans les vaisseaux qui aboutissent à la veine porte, dans les voies hémorrhoïdales ; les personnes dans qui les excrétions menstruelles & hémorrhoïdales sont supprimées y sont les plus sujettes. On ne connoît point de cause évidente qui produise particulierement cette maladie, on sait seulement que les peines d'esprit, les soucis, les chagrins y disposent, & il y a lieu de présumer qu'elle se prépare de loin, & qu'elle n'est qu'un dernier période de l'hypocondriacité & de la mélancholie : voyez ces mots. Les matieres qu'on rend par les selles & le vomissement ne sont point un sang pourri, comme quelques médecins modernes peu exacts ont pensé, confondant ensemble deux maladies très-différentes ; la couleur variée qu'on y apperçoit, leur goût, l'impression qu'elles font sur le gosier, sur les dents, la fermentation qui s'excite lorsqu'elles tombent à terre, & tout en un mot nous porte à croire que c'est véritablement la bile noire, des anciens, qui n'est peut-être autre chose que de la bile ordinaire qui a croupi long-tems, & qui est fort saoulée d'acides ; les causes qui disposent à cette maladie favorisent encore cette assertion. On sait en outre que les mélancholiques, hypochondriaques, abondent communément en acides, & que c'est une des causes les plus ordinaires des coliques & des spasmes auxquels ils sont si sujets. Les observations anatomiques nous font voir beaucoup de désordre & de délabrement dans le bas-ventre & sur-tout dans l'épigastre, partie qui joue un grand rôle dans l'économie animale, voy. ce mot, & qui est le siége d'une infinité de maladies. Riolan dit avoir observé dans le cadavre d'un illustre sénateur qui étoit mort d'un vomissement de sang noirâtre (c'est ainsi qu'il l'appelle), les vaisseaux courts qui vont de la rate à l'estomac dilatés au point d'égaler le diamêtre du petit doigt, & ouverts dans l'estomac (Anthropolog. lib. II. cap. xvij.). Columbus assure avoir trouvé la même chose dans le cadavre du cardinal Cibo, mort de la maladie noire (rerum anatomic. lib. XV. pag. 492.). Wedelius rapporte aussi une observation parfaitement semblable. Felix Plater raconte que dans la même maladie il a vû la rate principalement affectée, son tissu étoit entiérement détruit, son volume diminué, ce qui restoit paroissoit n'être qu'un sang coagulé (observ. lib. II.). Théophile Bonet a observé la rate noirâtre à demi rongée par un ulcere carcinomateux, dans un sénateur qui étoit attaqué d'un vomissement périodique de matiere noirâtre (Medic. septentr. lib. III. sect. v. cap. 4.) Tous ces faits réunis & comparés aux raisons exposées ci-dessus, nous prouvent clairement combien les opinions des anciens sur l'existence de l'atrabile, sur la part que la rate a à son excrétion, approchent de la vérité, & combien peu elles méritent le ridicule dont les théoriciens modernes ont voulu les couvrir : le siecle de l'observation renaissant, toutes ces idées, vraiment pratiques que les anciens nous ont transmises, sont sur le point de reprendre leur crédit.
La maladie noire d'Hippocrate dont il est ici question, a été défigurée, mal interprétée, ou confondue avec une autre maladie dans un petit mémoire qu'on trouve inséré dans le journal de Médecine (mois de Février 1757, tom. VI. pag. 83.). L'auteur rapporte quelques observations de malades qu'il prétend attaqués de la maladie noire d'Hippocrate ; il dit que les matieres rendues par les selles étoient un sang corrompu, gangrené, qu'on ne pouvoit méconnoître à la couleur & à l'odeur cadavéreuse, & que les acides lui ont presque toujours réussi dans la guérison de cette maladie qu'il croit produite par le fameux & imaginaire alkali spontané de Boerhaave : il tâche d'ailleurs de distinguer avec soin cette maladie de celle qu'on observe chez les hypochondriaques, & qui est marquée par l'excrétion des excrémens noirâtres, semblables à la poix par leur consistance & leur couleur, & qui est cependant la vraie dans le sens d'Hippocrate, de Caelius Aurelianus, de Fréderic Hoffman, &c. Ce qui prouve encore ce que j'ai avancé plus haut que ce que ces malades vomissoient n'étoit que de la bile altérée, dégénérée, c'est qu'elle a différentes couleurs plus ou moins foncées, tantôt exactement noire, d'autrefois brune, quelquefois verte, &c. & lorsque la maladie prend une bonne tournure, la couleur des excrémens s'éclaircit par nuances jusqu'à ce qu'ils deviennent jaunâtres, comme cet auteur dit l'avoir lui-même observé, les selles prirent une nuance plus claire ; & comme le prouve une autre observation rapportée dans le même journal (Juin 1758, tome VIII. pag. 517.), où il est dit qu'après quelques remedes ce que le malade rendoit n'étoit plus noir, mais d'un jaune verdâtre. Il peut bien arriver que dans quelques sujets scorbutiques, dans des gangrenes internes, dans une hémorrhagie des intestins, on rende par les selles un sang noirâtre, sur-tout si dans le dernier cas il a croupi long-tems avant d'être évacué ; mais ce sera une maladie particuliere tout-à-fait différente de celle dont il est ici question. L'auteur de ce journal M. de Vandermonde, médecin de Paris, a aussi fort improprement caractérisé du titre de maladie noire, une fievre maligne accompagnée d'exanthèmes noirs & de déjections de la même couleur. (Mai 1757, tome VI. pag. 336.)
Le pronostic de cette maladie est presque toûjours très-fâcheux. Hippocrate a décidé que les déjections noires, l'excrétion de l'atrabile, ayant lieu sans fievre ou avec fievre, au commencement ou à la fin d'une maladie, étoient très-dangereuses (lib. IV. aphor. 21. & 22.) ; & que si on l'observoit dans des personnes exténuées, épuisées par des débauches, des blessures, des maladies antérieures, on pouvoit pronostiquer la mort pour le lendemain (aphor. 23.). Lorsque la mort ne termine pas promtement cette maladie, elle donne naissance à l'hydropisie ascite, qui est alors déterminée par les embarras du bas-ventre, qui augmentent & prennent un caractere skirrheux ; Marcellus Donatus, Dodonée & quelques autres rapportent des exemples de cette terminaison. On a vû quelquefois aussi, quoique très-rarement, ces déjections noires devenir critiques, mettre fin à des dérangemens dans l'action du foie, des visceres abdominaux, dissiper les maladies qui en dépendoient : Hippocrate a vû guérir par-là une fiévre aiguë, & disparoître une tumeur considérable à la rate. (Epidem. lib. III. sect. vij.) Heurnius a aussi observé ces déjections salutaires dans une fievre aiguë. (Comment. in aphor. 21, lib. IV.) Foësius, sur la fin d'un ictere très-long, &c. Il arrive aussi quelquefois que la mélancholie se guérit par cette voie. Voyez MELANCHOLIE.
Il est rare qu'on puisse administrer efficacement des remedes dans cette maladie ; ceux cependant qui paroissent devoir être les moins infructueux, soit pour soulager, ou même pour guérir tout-à-fait, s'il est encore tems, sont les anti-spasmodiques, les calmans, les terreux, les fondans aloétiques, les savonneux, les martiaux, &c. Ces différens remedes, prudemment administrés & habilement variés suivant les cas, remplissent toutes les indications qu'on peut se proposer. Ainsi le camphre, le nitre, le castor, pourront être employés avec succès lorsque les spasmes sont fréquens, les coliques vives, les douleurs aiguës ; & lorsque les matieres, rejettées par le vomissement ou les selles, manifestent leur acidité par le sentiment d'adstriction qu'elles impriment à la bouche, par l'agacement des dents, par le goût, &c. c'est le cas de faire usage des absorbans terreux. Les autres remedes fondans, savonneux, l'aloës, le tartre vitriolé, le savon, la rhubarbe, les préparations de Mars & sur-tout les eaux minérales & ferrugineuses, sont plus appropriés au fond de la maladie ; leur action consiste à corriger la bile, à en rendre le cours libre & facile, & à emporter les embarras du bas-ventre. Il faut seconder leurs effets par des purgatifs convenables, mélanagogues, qu'il faut, suivant le conseil d'Hippocrate, réitérer souvent. On doit bannir du traitement toutes les compositions huileuses, fades, sucrées, grasses, & sur-tout les acides qui ne feroient qu'aigrir la maladie, ou du moins seroient inutiles, comme l'ont éprouvé ceux qui ont voulu les employer (voyez l'observ. citée journal de Médec. Juin 1758.), animés par leurs merveilleux succès dans les prétendues maladies noires dont on donne l'histoire. (Ibid. Février 1757, pag. 83.) M. MENURET.
MALADIE DE VIERGE ou DE FILLE, (Médec.) virgineus morbus. Ce sont les pâles-couleurs, ou ce que l'on appelle autrement chlorosis. Voyez CHLOROSIS & PALES-COULEURS.
|
| MALADRERIE | S. f. (Police) hôpital public de malades, & particulierement de lépreux :
A sad, noizom place, wherein are laid
Numbers of all diseas'd of all maladies !
Dire is the tossing, deep the groans ; despair
Tends the sick, busy from couch to couch ;
And over them, triumphant death his dart
Shakes, but delays to strike, thó oft invok'd
With vows, as theirs chief good, and final hope.
C'est la peinture qu'en fait le célebre Milton, voyez INFIRMERIE, LEPROSERIE. (D.J.)
|
| MALAGA | (Géog.) en latin Malaca ; ancienne, belle, riche & forte ville d'Espagne, au royaume de Grenade, avec deux châteaux, un évêché de vingt mille ducats de revenu, suffragant de Grenade, & un bon port qui la rend très-commerçante. Les Anglois & les Hollandois y vont charger des fruits exquis, & des vins délicieux que son terrein produit en abondance. Elle est sur le rivage de la mer, au pié d'une montagne escarpée, à vingt-deux lieues de Gibraltar, 34 S. de Cordoue, 25 S. O. de Madrid. Long. 13. 40. lat. 36. 45. (D.J.)
|
| MALAGME | S. m. (Pharmacie) est ordinairement synonyme au cataplasme émollient. C'est un médicament topique & peu différent de l'emplâtre ; on ne donna ce nom dans le commencement qu'aux cataplasmes émolliens, mais on l'étendit dans la suite aux astringens. Le malagme est composé principalement de gommes, d'aromates, & d'autres ingrédiens stimulans, tels que les sels & d'autres substances semblables. Le cataplasme, le malagme & l'emplâtre, sont trois compositions dans lesquelles il entre peu de graisse, d'huile & de cire : on pulvérise d'abord les ingrédiens solides, ensuite on les humecte de quelque liqueur, & on les applique sur les parties affectées.
Malagme de l'Arabe, pour les tumeurs scrophuleuses & pour les tubercules. Prenez myrrhe, sel ammoniac, encens, résine seche & liquide, crocomagma, cire, de chaque un gros. Celse, lib. V. cap. xxviij. Le malagme d'Aristogene, pour les nerfs & les os, se trouve dans le même auteur.
|
| MALAGOS | S. m. (Hist. nat.) oiseau aquatique du cap de Bonne-Espérance, qui est de la grandeur d'une oie, mais dont le bec est plus court que celui d'un canard, il est garni de dents courtes & pointues. Ses plumes sont mêlées de blanc, de gris & de noir. Ses jambes sont fort courtes & proches du croupion, ce qui le fait marcher désagréablement. Il se nourrit de poisson.
|
| MALAGUETTE | LA COTE DE, (Géogr.) ou la côte de Maniguette, grand pays d'Afrique dans la Guinée, le long de la mer. On borne ordinairement ce pays depuis Rio-Sanguin jusqu'au cap de Palmes. Cette côte est partagée en plusieurs souverainetés, dont la principale est le royaume de Sanguin. Elle est arrosée de quantité de rivieres. Les negres du pays sont grands, forts & vigoureux. Les hommes & les femmes y vont plus nuds qu'en aucuns autres lieux de la Guinée. Ils ne portent au plus qu'un fort petit chiffon sur ce qui distingue un sexe de l'autre. Leur pays qui est bas, uni, gras, arrosé de rivieres & de ruisseaux, est extrêmement fertile, & propre à produire tout ce qu'on y semeroit. On en tire de l'ivoire, des esclaves, de l'or en poudre, & surtout de la maniguette ou malaguette, qui donne la nom au pays ; c'est une graine rondelette, de la grosseur du chénevi, d'un goût piquant, & approchant de celui du poivre, d'où vient qu'on l'appelle aussi poivre de Guinée. (D.J.)
|
| MALAISE | (Anatomie) nom d'une apophyse de l'os de la pommette, qu'on appelle aussi os malaise, & d'une apophyse de l'os maxillaire qui s'articule avec cet os. Voyez POMMETTE.
MALAISE, s. m. MALAISE, adj. (Gramm.) manque des choses nécessaires aux besoins de la vie. On dit dans ce sens, il est dans le malaise. Cet homme est pauvre & malaisé.
Mais l'adjectif malaisé a une acception que n'a point le substantif malaise ; il est synonyme à difficile. Cette affaire est malaisée. De l'adjectif malaisé pris en ce sens, on a fait l'adverbe malaisément, & l'on a dit, une ame sensible s'accommode malaisément de la société des hommes ; elle y trouve une infinité de petites peines qui l'en dégoutent.
|
| MALANDRE | (Maréchal.) maladie des chevaux, qui a pris ce nom du mot italien malandare, aller mal.
Elle se manifeste par certaines crevasses ulcéreuses dans l'intérieur de la jambe de devant, précisément au pli du genoux, qui rendent une humeur rouge, âcre & piquante.
MALANDRES, (Charp.) endroits gâtés & pourris dans les pieces de bois, qui en restreignent l'emploi à un plus petit nombre d'usages.
|
| MALANDRIN | S. m. (Hist. moderne) nom qu'on donna dans les croisades aux voleurs arabes & égyptiens. Ce fut aussi celui de quelques brigands qui firent beaucoup de dégats sous Charles V. Ils parurent deux fois en France ; l'une pendant le regne du roi Jean, l'autre pendant le regne de Charles son fils. C'étoit des soldats licenciés. Sous la fin du regne du roi Jean, lorsqu'on les nommoit les tards-venus, ils s'étoient pour ainsi dire accoutumés à l'impunité. Ils avoient des chefs. Ils s'étoient presque disciplinés. Ils s'appelloient entr'eux les grandes compagnies. Ils n'épargnoient dans leurs pillages, ni les maisons royales ni les églises. Ils étoient conduits par le chevalier Vert, frere du comte d'Auxerre, Hugues de Caurelac, Matthieu de Gournac, Hugues de Varennes, Gautier Huet, Robert l'Escot, tous chevaliers. Bertrand du Guesclin en délivra le royaume en les menant en Espagne contre Pierre le Cruel, sous prétexte de les employer contre les Maures.
|
| MALAQUE | PIERRE DE (Hist. nat.) nom que l'on donne quelquefois au bezoard de porc, ou une pierre qui se trouve dans la vessie des cochons de malaque. On lui attribue un grand nombre de vertus, en la faisant infuser pendant quelques minutes dans une liqueur quelconque. Voyez BEZOARD & HYSTRICITES.
|
| MALARMAT | lyra altera, Rond. (Hist. natur.) poisson de mer dont tout le corps est couvert d'écailles dures, larges & épaisses. Il y a sur le milieu de chacune de ces écailles une espece de crochet dont l'extrêmité est dirigée en arriere. Ces crochets forment des rangs de pointes qui divisent le corps en huit faces dans toute sa longueur. La tête paroit comme entierement osseuse, & se termine en avant par deux prolongemens larges en forme de cornes, ce qui a fait donner à ce poisson le nom de cornuta. Ces prolongemens ont quelquefois jusqu'à un demi-pié de longueur. La bouche manque de dents ; il y a au-devant de la mâchoire supérieure deux barbillons mols & charnus. Ce poisson ressemble au rouget par le nombre & la position des nageoires & des piquans. Il a tout le corps rouge quand il est vivant ; mais cette couleur se perd dès qu'il est mort ; il est très-peu charnu, & sa chair est dure & seche. Rondelet, hist. des poiss. premiere partie, liv. X. chap. ix. Voyez POISSON.
|
| MALAT | (Géogr.) montagne de l'Amérique septentrionale au Méxique, dans la province de Seiton ; c'est un des grands volcans des Indes, qui vomit de tems en tems par plusieurs bouches, la fumée, le feu & des pierres ardentes.
|
| MALATHIA | (Géogr.) ville d'Asie sur l'Euphrate, à 72 degrés de long. & à 37 de lat. Elle dépend de la Syrie, & en est frontiere.
|
| MALATHIAH | (Géogr.) ville d'Asie en Turquie dans l'Aladulie, sur la riviere d'Arzu. C'est la Mélitene des anciens. Elle est située à 61 degrés de long. & à 39. 8. de latitude.
|
| MALATOUR | (Géogr.) anciennement Mars-la-tour, en latin Martis turris, chef-lieu d'un petit territoire de France au pays Messin, sur lequel on peut lire Longuerue, descript. de la France, II. partie, pag. 202. (D.J.)
|
| MALAVISÉ | adj. (Gramm.) qui a reçu un mauvais avis, ou qui s'est donné à lui-même un mauvais conseil. On dit, je fus bien malavisé lorsque je m'embarquai dans une entreprise qui devoit avoir de si facheuses suites.
|
| MALAXÉ | (Pharmacie) du mot grec qui signifie ramollir. Cette expression est sur-tout usitée en parlant des emplâtres, soit qu'on les ramollisse en les maniant, & les pressant successivement dans les différentes parties de leur masse, ou bien qu'on les batte dans le mortier, soit seuls, soit en ajoutant un peu d'huile, ou enfin & plus communément, soit qu'on mêle ensemble plusieurs emplâtres par l'une ou l'autre de ces manoeuvres. (b)
|
| MALAYE | (Géogr.) ville d'Asie, dans l'île de Ternate, une des Molucques. Les Hollandois à qui elle appartient, l'ont fortifiée.
|
| MALBOROUGH | (Géogr.) c'est le Cunetio des anciens, petite ville à marché d'Angleterre en Wiltshire, avec titre de duché, qu'elle a donné à un des plus grands héros du dernier siecle. Elle envoie deux députés au parlement, & est sur le Kennet, à 60 milles S. O. de Londres. Long. 16. 10. lat. 51. 24. (D.J.)
|
| MALCHIN | (Géogr.) prononcé Malkin, petite ville d'Allemagne en basse Saxe, au duché de Meckelbourg dans la Vandalie, à l'entrée de la riviere de la Pène, dans le lac de Cummerow. Long. 30. 18. lat. 53. 58. (D.J.)
|
| MALCONTENT | adj. (Gramm.) il ne se dit plus guere. C'est mécontent qui est d'usage.
Ce fut le nom d'une faction qu'on appella aussi celle des politiques. Elle se forma en 1573 sous Charles IX. C'étoit des frondeurs qui se plaignoient de l'administration & de l'inobservation des édits ; ils demandoient l'assemblée des états. Ils avoient à leur tête le duc d'Alençon, frere du roi, Henri de Montmorency, & Guillaume de la Tour vicomte de Turenne.
|
| MALCROUDA | (Hist. nat.) oiseau de l'île de Ceylan de la grosseur d'un merle, & noir comme lui ; on dit qu'il apprend à parler très-facilement.
|
| MALDEN | ou plutôt MALDON, (Géogr.) ville à marché d'Angleterre, dans la province d'Essex, sur le Chelmer, à dix milles de Colchester, à douze de la mer, & à trente N. E. de Londres. Elle envoie deux députés au parlement. Long. 18. 10. lat. 51. 42.
Plusieurs savans ont prétendu que Malden est le Camulodunum des Trinobantes. Le pere Porcheron, le pere Hardouin, & autres, dont l'autorité peut prévenir en faveur d'une opinion, ont embrassé ce sentiment d'après Cambden ; mais les raisons du contraire, données par le seul M. Gale, sont triomphantes. Le Camulodunum désigne une colline sur la riviere Cam, dont la source est aux frontieres du côté d'Essex. De ces deux noms, Cam & Dunum, les Romains ont fait leur Camulodunum, qui étoit la Waldemburgh des Saxons ; cette colline s'appelle à présent Sterburg-Hill. On y a trouvé une médaille d'or de Claudius César, une coupe d'argent d'un ouvrage, d'un poids & d'une figure qui en justifient l'antiquité ; & ce sont des découvertes qui conviennent à ce que dit Tacite, qu'on avoit érigé dans cet endroit, un temple au divin Claudius ; mais M. Gale apporte un concours d'autres preuves, qu'il seroit trop long de suivre, & qui persuadent toutes que cette célebre colonie romaine dont parlent les auteurs, étoit dans cet endroit là. (D.J.)
|
| MALDER | ou MULDER, s. m. (Commerce) mesure de continence pour les grains dont on se sert en quelques lieux d'Allemagne. Trois malders font deux septiers de Paris. Voyez SEPTIER, Dictionn. de comm.
|
| MALDIVES | (Géogr.) îles des Indes orientales en-deçà du Gange, dans la grande mer des Indes. Elles commencent à huit degrés de la ligne équinoxiale du côté du nord, & finissent à quatre degrés du côté du sud. Leur longueur est ainsi de 200 lieues, mais elles n'ont que 30 à 35 lieues de largeur. Elles sont éloignées de la terre ferme, & à 50 lieues du cap Comorin.
Ce fut en 1506 que dom Laurent d'Almeyda, portugais, fils du viceroi des Indes, fit la découverte des Maldives ; ensuite les Portugais les ont divisées en treize provinces, qu'ils nomment atollons. La division est naturelle, selon la situation des lieux. Chaque atollon est séparé des autres, & contient une grande multitude de petites îles.
Ptolémée, liv. VII. c. iv. en parlant de ces îles, qu'il met devant celle de Taprobane, dit que de son tems, on vouloit qu'elles fussent au nombre de 1378. Il est certain que le nombre en est grand, quoiqu'il diminue tous les jours par les courans & les grandes marées. Le tout même semble n'avoir autrefois formé qu'une seule île, qui a été partagée en plusieurs. La mer y est pacifique, & a peu de profondeur.
Entre ces îles, il y en a beaucoup d'inhabitées, & qui ne sont couvertes que de gros crabes, & d'oiseaux qu'on nomme pinguy.
Par la position de toutes ces îles, on doit juger que la chaleur y est excessive ; les jours en tout tems y sont égaux aux nuits ; mais les nuits y amenent une rosée abondante, qui les rafraîchissent, & qui font qu'on supporte plus aisément la chaleur du jour. L'hiver, qui dure six mois, consiste en pluies perpétuelles, qui fertilisent la terre. Le miel, le riz, & plusieurs sortes de racines croissent aux Maldives en abondance. Le coco y est plus commun qu'en aucun lieu du monde, & la banane y est délicieuse.
La religion des Maldivois est celle de Mahomet ; le gouvernement y est monarchique & absolu ; mais il y regne une bonne coutume bien différente de celle de la Perse, du Japon, & autres états despotiques ; c'est que lorsqu'un seigneur est disgracié, il peut aller tous les jours faire sa cour au roi, jusqu'à ce qu'il rentre en grace ; sa présence désarme le courroux du prince.
On trouve dans ces îles une assez grande police ; les peres y marient leurs filles à dix ans, & la loi permet de reprendre la femme qui a été répudiée. Pyrard vous indiquera leurs autres usages.
On croit que les Maldives ont été autrefois peuplées par les Chingulois ; c'est le nom que l'on donne aux habitans de l'île de Ceylan. Cependant ils ne leur ressemblent guere, car les Chingulois sont noirs & mal-faits, au lieu que les Maldivois sont bien formés & proportionnés, & qu'ils ne different presque des Européens que par la couleur qui est olivâtre. C'est vraisemblablement un peuple mêlé de diverses nations, qui s'y sont établies après y avoir fait naufrage. Il est vrai que toutes les femmes & les hommes y ont les cheveux noirs, mais l'art y contribue pour beaucoup, parce que c'est une idée de beauté du pays. L'oisiveté & la lasciveté y sont les vices du climat. Le sexe s'y met fort modestement, & s'abandonne aux hommes avec la plus grande ardeur & le moins de retenue. (D.J.)
|
| MALE | S. m. (Gram.) il désigne dans toutes les especes des animaux, le sexe de l'homme dans l'espece humaine. Son opposé ou corrélatif est femelle : ainsi le bélier est le mâle, la brebis est la femelle. La génération se fait par l'approche du mâle de la femelle. La loi salique ne permet qu'aux mâles de succéder à la couronne. Il y a des plantes mâles & des plantes femelles ; tel est le chanvre. Le mâle dans les especes animales ayant plus de courage & de force que la femelle, on a transporté ce terme aux choses intellectuelles, & l'on a dit, un esprit mâle, un style mâle, une pensée mâle.
MALE, (Marine) il se dit des pentures & gonds, ou des charnieres qui s'assemblent pour tenir le gouvernail suspendu à l'étambord, & sur lesquelles il se meut.
MALE, (Ecriture) s'emploie dans l'écriture, pour exprimer un caractere dont tous les plains sont touchés avec vivacité, & se trouvent dans leur force.
MALE, (Géog.) petite île des Indes, qui est la principale & la plus fertile des Maldives, quoique mal-saine & toute couverte de fourmis, qui y sont fort incommodes. Le roi des Maldives réside dans cette île, & y a un palais, dont Pyrard a fait la description. Long. 92. lat. 4. 30. (D.J.)
|
| MALE-GOUVERNE | S. f. (Hist. ecclés.) nom que l'on donne en certains monasteres, aux bâtimens qui sont accessibles aux personnes de dehors, & où la regle ne s'observe pas.
|
| MALEA | (Géog. anc.) cap de l'île de Lesbos, vis-à-vis de Mitylène, selon Thucydide ; c'est aussi, selon Ptolomée, une montagne de la Taprobane. (D.J.)
|
| MALEBESSE | S. f. (Marine) espece de hache à marteau, dont on se sert pour pousser l'étoupe dans les grandes coutures.
|
| MALEBRANCHISME | S. m. ou PHILOSOPHIE DE MALEBRANCHE, (Hist. de la Phil.) Nicolas Malebranche naquit à Paris le 6 Août 1638, d'un secrétaire du roi & d'une femme titrée : il fut le dernier de six enfans. Il apporta en naissant une complexion délicate & un vice de conformation. Il avoit l'épine du dos tortueuse & le sternum très-enfoncé. Son éducation se fit à la maison paternelle. Il n'en sortit que pour étudier la philosophie au college de la Marche, & la théologie en Sorbonne. Il se montra sur les bancs homme d'esprit, mais non génie supérieur. Il entra dans la congrégation de l'Oratoire en 1660. Il s'appliqua d'abord à l'histoire sainte, mais les faits ne se lioient point dans sa tête, & le peu de progrès produisit en lui le dégoût. Il abandonna par la même raison l'étude de l'hébreu & de la critique sacrée. Mais le traité de l'homme de Descartes que le hasard lui présenta, lui apprit tout-d'un-coup à quelle science il étoit appellé. Il se livra tout entier au cartésianisme, au grand scandale de ses confreres. Il avoit à peine trente-six ans lorsqu'il publia sa Recherche de la vérité. Cet ouvrage, quoique fondé sur des principes connus, parut original. On y remarqua l'art d'exposer nettement des idées abstraites, & de les lier ; du style, de l'imagination, & plusieurs qualités très-estimables, que le propriétaire ingrat s'occupoit lui-même à décrier ; la Recherche de la vérité fut attaquée & défendue dans un grand nombre d'écrits. Selon Malebranche, Dieu est le seul agent ; toute action est de lui ; les causes secondes ne sont que des occasions qui déterminent l'action de Dieu. En 1677 cet auteur tenta l'accord difficile de son systême avec la religion dans ses Conversations chrétiennes. Le fond de toute sa doctrine, c'est que le corps ne peut être mu physiquement par l'ame, ni l'ame affectée par le corps ; ni un corps par un autre corps, c'est Dieu qui fait tout en tout par une volonté générale. Ces vûes lui en inspirerent d'autres sur la grace. Il imagina que l'ame humaine de Jesus-Christ étoit la cause occasionnelle de la distribution de la grace, par le choix qu'elle fait de certaines personnes pour demander à Dieu qu'il la leur envoye ; & que comme cette ame, toute parfaite qu'elle est, est finie, il ne se peut que l'ordre de la grace n'ait ses défectuosités ainsi que l'ordre de la nature. Il en conféra avec Arnauld. Il n'y avoit guere d'apparence que ces deux hommes, l'un philosophe très-subtil, l'autre théologien très-opiniâtre, pussent s'entendre. Aussi n'en fut-il rien. Malebranche publia son Traité de la nature & de la grace, & aussi-tôt Arnauld se disposa à l'attaquer.
Dans cet intervalle le pere Malebranche composa ses Méditations chrétiennes & métaphysiques ; elles parurent en 1683 : c'est un dialogue entre le Verbe & lui. Il s'efforce à y démontrer que le Verbe est la raison universelle ; que tout ce que voyent les esprits créés, ils le voyent dans cette substance incréée, même les idées des corps ; que le Verbe est donc la seule lumiere qui nous éclaire & le seul maître qui nous instruit. La même année, Arnauld publia son ouvrage des vraies & fausses Idées. Ce fut le premier acte d'hostilité. La proposition que l'on voit toutes choses en Dieu y fut attaquée. Il ne falloit à Arnauld ni tout le talent, ni toute la considération dont il jouissoit, pour avoir l'avantage sur Malebranche. A plus forte raison étoit-il inutile d'embarrasser la question de plusieurs autres, & d'accuser son adversaire d'admettre une étendue matérielle en Dieu, & d'accréditer des dogmes capables de corrompre la pureté du christianisme. Au reste, il n'arriva à Malebranche que ce qui arrivera à tout philosophe qui se mettra imprudemment aux prises avec un théologien. Celui-ci rapportant tout à la révélation, & celui-là tout à la raison ; il y a cent à parier que l'un finira par être très-peu orthodoxe, l'autre assez mince raisonneur, & que la religion aura reçu quelque blessure profonde. Pendant cette vive contestation, en 1684, Malebranche donna le Traité de la morale, ouvrage où cet auteur tire nos devoirs de principes qui lui étoient particuliers. Ce pas me paroît bien hardi, pour ne rien dire de pis. Je ne conçois pas comment on ose faire dépendre la conduite des hommes de la vérité d'un système métaphysique.
Les Réflexions philosophiques & théologiques sur le Traité de la nature & de la grace parurent en 1685. Là Arnauld prétend que la doctrine de Malebranche n'est ni nouvelle ni sienne ; il restitue le philosophique à Descartes, & le théologique à S. Augustin. Malebranche las de disputer, au-lieu de répondre, s'occupa à remettre ses idées sous un unique point de vûe, & ce fut ce qu'il exécuta en 1688 dans les Entretiens sur la métaphysique & la religion.
Il avoit eu auparavant une contestation avec Régis sur la grandeur apparente de la lune, & en général sur celle des objets. Cette contestation fut jugée, par quatre des plus grands Géometres, en faveur de notre philosophe.
Régis renouvella la dispute des idées & attaqua le pere Malebranche sur ce qu'il avoit avancé, que le plaisir rend heureux : ce fut alors qu'on vit un chrétien austere, apologiste de la volupté.
Le livre de la connoissance de soi même, où le pere François Lami, bénédictin, avoit appuyé de l'autorité de Malebranche son opinion de l'amour de Dieu, donna lieu à ce dernier d'écrire en 1697, l'Ouvrage de l'amour de Dieu. Il montra que cet amour étoit toujours intéressé, & il se vit exposé en même tems à deux accusations bien opposées ; l'une de favoriser le sentiment d'Epicure sur le plaisir ; & l'autre, de subtiliser tellement l'amour de Dieu qu'il en excluoit toute délectation.
Arnauld mourut en 1694. On publia deux lettres posthumes de ce docteur sur les Idées & sur le Plaisir. Malebranche y répondit, & joignit à sa réponse un Traité contre la prévention. Ce n'est point, comme le titre le feroit penser, un écrit de morale contre une des maladies les plus générales de l'esprit humain, mais une plaisanterie où l'on se propose de démontrer géométriquement qu'Arnauld n'a fait aucun des livres qui ont paru sous son nom, contre le pere Malebranche. On part de la supposition qu'Arnauld a dit vrai, lorsqu'il a protesté devant Dieu, qu'il avoit toujours un desir sincere de bien prendre les sentimens de ceux qu'il combattoit, & qu'il s'étoit toujours fort éloigné d'employer des artifices pour donner de fausses idées de ses auteurs & de ses livres : puis sur des passages tronqués, des sens mal entendus à dessein, des artifices trop marqués pour être involontaires, on conclut que celui qui a fait le serment n'a pas fait les livres.
Tandis que Malebranche souffroit tant de contradictions dans son pays, on lui persuada que sa philosophie réussissoit à merveille à la Chine, & pour répondre à la politesse des Chinois, il fit en 1708 un petit ouvrage intitulé, Entretien d'un philosophe chrétien & d'un philosophe chinois sur la nature de Dieu. Le chinois prétend que la matiere est éternelle, infinie, incréée, & que le ly, espece de forme de la matiere, est l'intelligence & la sagesse souveraine, quoiqu'il ne soit pas un être intelligent & sage, distinct de la matiere & indépendant d'elle. Les Journalistes de Trévoux prétendirent que le philosophe européen avoit calomnié les lettrés de la Chine, par l'athéisme qu'il leur attribuoit.
Les Réflexions sur la prémotion physique, en réponse à un ouvrage intitulé, de l'action de Dieu sur les créatures, furent la derniere production de Malebranche. Il parut à notre philosophe que le système de l'action de Dieu, en conservant le nom de la liberté, anéantissoit la chose, & il s'attache à expliquer comment son système la conservoit toute entiere. Il représente la prémotion physique par une comparaison, aussi concluante peut-être, & certainement plus touchante que toutes les subtilités métaphysiques, il dit : un ouvrier a fait une statue qui se peut mouvoir par une charniere, & s'incline respectueusement devant lui, pourvû qu'il tire un cordon. Toutes les fois qu'il tire le cordon, il est fort content des hommages de sa statue ; mais un jour qu'il ne le tire point, la statue ne le salue point, & il la brise de dépit. Malebranche n'a pas de peine à conclure que ce statuaire bizarre n'a ni bonté ni justice. Il s'occupe ensuite à exposer un sentiment où l'idée de Dieu est soulagée de la fausse rigueur que quelques théologiens y attachent, justifiée de la véritable rigueur que la religion y découvre, & de l'indolence que la philosophie y suppose.
Malebranche n'étoit pas seulement métaphysicien, il étoit aussi géometre & physicien, & ce fut en considération de ces deux dernieres qualités que l'académie des Sciences lui accorda, en 1699, le titre d'honoraire. Il donna dans la derniere édition de la Recherche de la vérité, qui parut en 1712, une théorie des lois du mouvement, un essai sur le système général de l'univers, la dureté des corps, leur ressort, la pesanteur, la lumiere, sa propagation instantanée, sa réflexion, sa réfraction, la génération du feu & les couleurs. Descartes avoit inventé les tourbillons qui composent cet univers. Malebranche inventa les tourbillons dans lesquels chaque grand tourbillon étoit distribué. Les tourbillons de Malebranche sont infiniment petits ; la vîtesse en est fort grande, la force centrifuge presque infinie ; son expression est le quarré de la vîtesse divisé par le diametre. Lorsque des particules grossieres sont en repos les unes auprès des autres, & se touchent immédiatement, elles sont comprimées en tous sens par les forces centrifuges des petits tourbillons qui les environnent ; de-là la dureté. Si on les presse de façon que les petits tourbillons contenus dans les interstices ne puissent plus s'y mouvoir comme auparavant, ils tendent par leurs forces centrifuges à rétablir ces corps dans leur premier état, de-là le ressort, &c. Il mourut le 13 Octobre 1715, âgé de 77 ans. Ce fut un rêveur des plus profonds & des plus sublimes. Une page de Locke contient plus de vérités que tous les volumes de Malebranche ; mais une ligne de celui-ci montre plus de subtilités, d'imagination, de finesse, & de génie peut-être, que tout le gros livre de Locke ; Poëte, il méprisoit la poésie. Ses sentimens ne firent pas grande fortune, ni en Allemagne, où Léibnitz dominoit, ni en Angleterre, où Newton avoit tourné les esprits vers des objets plus solides.
|
| MALÉDICTION | (Gram.) imprécation qu'on prononce contre quelque objet mal-faisant. Un pere irrité maudit son enfant ; un homme violent maudit la pierre qui l'a blessé ; le peuple maudit le souverain qui le vexe ; le philosophe qui admet la nécessité dans les évenemens, s'y soumet & ne maudit personne ; Dieu a maudit le méchant de toute éternité. On croit que la malédiction assise sur un être est une espece de caractere ; un ouvrier croit que la matiere qui ne se prête pas à ses vûes est maudite ; un joueur que l'argent qui ne lui profite pas est maudit ; ce penchant à rapporter à des causes inconnues & surnaturelles les effets dont la raison nous échappe, est la source premiere des préjugés les plus généraux.
MALEDICTION, (Jurisprudence) ce terme signifie les imprécations qu'on inséroit autrefois, & qu'on insere encore en quelques endroits dans les actes de donation en faveur des églises ou des maisons religieuses, contre quiconque en empêche l'effet : cet usage de faire des imprécations n'est point du style de nos notaires de France.
|
| MALÉE CAP | (Géog. anc.) , & en latin Malea, promontoire du Péloponnèse, dans la Laconie, où il fait l'angle qui unit la côte méridionale avec la côte orientale. Tous les auteurs grecs & latins en parlent comme d'un cap où la mer est fort orageuse ; c'est ce qui fait dire à Malherbe :
Il faut dans la plaine salée
Avoir lutté contre Malée,
Et près du naufrage dernier,
S'être vû dessous les Pleyades
Eloigné des ports & des rades,
Pour être cru bon marinier.
Son nom moderne est Cabo Malio, & quelquefois par les matelots françois, les aîles de S. Michel : le golfe de Malée, Maleus sinus, étoit sans doute près du cap Malée. (D.J.)
|
| MALÉFICE | S. m. (Divinat.) sorte de magie ou sorcellerie. Voyez MAGIE & SORCELLERIE.
Ce qu'on appelle maléfice ou fascination n'est pas sans fondement. Il y a sur cette matiere une infinité d'exemples & d'histoires qu'on ne doit pas rejetter précisément, parce qu'elles ne s'accordent pas avec notre philosophie ; il semble même qu'on pourroit trouver dans la Philosophie de quoi les appuyer. Voyez FASCINATION.
Tous les êtres vivans que nous connoissons, envoient des écoulemens, soit par la respiration, soit par les pores de la peau. Ainsi tous les corps qui se trouvent dans la sphere de ces écoulemens, peuvent en être affectés, & cela d'une maniere ou d'une autre suivant la qualité de la matiere qui s'exhale, & à tel ou tel degré suivant la disposition des parties qui envoient les écoulemens, & de celles qui les reçoivent. Voyez ÉCOULEMENT.
Cela est incontestable ; & il n'est pas besoin pour le prouver, d'alleguer ici des exemples d'animaux qui exhalent de bonnes ou de mauvaises odeurs, ou des exemples de maladies contagieuses communiquées par ces sortes d'écoulemens, &c. Or de toutes les parties d'un corps animal, l'oeil paroît être celle qui a le plus de vivacité. Il se meut en effet avec la plus grande légereté & en toutes sortes de directions. D'ailleurs ses membranes & ses humeurs sont aussi perméables qu'aucune autre partie du corps, témoin les rayons du soleil qu'il reçoit en si grande abondance. Ainsi il ne faut pas douter que l'oeil n'envoie des écoulemens de même que les autres parties. Les humeurs subtilisées de cet organe doivent s'en exhaler continuellement ; la chaleur des rayons qui les pénetrent, les atténue & les rarefie ; ce qui étant joint au liquide subtil ou aux esprits du nerf optique voisin, que la proximité du cerveau fournit abondamment, doit faire un fonds de matiere volatile que l'oeil distribuera, & pour ainsi dire déterminera. Nous avons donc ici le trait à la main pour le lancer ; ce trait a toute la force & la violence, & la main toute la vîtesse & l'activité nécessaires : il n'est donc pas étonnant si leurs effets sont promts & grands.
Concevons l'oeil comme une fronde capable des mouvemens & des vibrations les plus promtes & les plus rapides, & outre cela comme ayant communication avec la source d'une matiere telle que le suc nerveux qui se travaille dans le cerveau ; matiere si subtile & si pénétrante, qu'on croit qu'elle coule en un instant à-travers les filets solides des nerfs, & en même tems si active & si puissante, qu'elle distend spasmodiquement les nerfs, fait tordre les membres, & altere toute l'habitude du corps, en donnant du mouvement & de l'action à une masse de matiere naturellement lourde & sans activité.
Un trait de cette espece lancé par une machine telle que l'oeil, doit avoir son effet par-tout où il frappe ; & l'effet sera plus ou moins grand suivant la distance, l'impétuosité de l'oeil, la qualité, la subtilité, l'acrimonie des sens, la délicatesse ou la grossiereté de l'objet qui est frappé.
Par cette théorie on peut, à mon avis, rendre raison de quelques-uns des phénomenes du maléfice, & particulierement de celui qu'on nomme fascination. Il est certain que l'oeil a toujours été regardé comme le siége principal ou plutôt l'organe du maléfice, quoique la plûpart de ceux qui en ont écrit ou parlé, ne sussent pas pourquoi. On attribuoit le maléfice à l'oeil, mais on n'imaginoit pas comment il opéroit cet effet. Ainsi selon quelques-uns, avoir mauvais oeil, est la même chose qu'être adonné aux maléfices : de-là cette expression d'un berger dans Virgile :
Nescio quis teneros oculus mihi fascinat agnos.
De plus, les personnes âgées & bilieuses sont celles que l'on croit ordinairement avoir la vertu du maléfice, parce que le suc nerveux est dépravé dans ces personnes par le vice des humeurs, qui en l'irritant, le rendent plus pénétrant & d'une nature maligne. C'est pourquoi les jeunes gens & sur-tout les enfans en sont plutôt affectés, par la raison que leurs pores sont plus ouverts, leurs sucs sans cohérence, leurs fibres délicates & très-sensibles : aussi le maléfice dont parle Virgile n'a d'effet que sur les tendres agneaux.
Enfin le maléfice ne s'envoie que par une personne fâchée, provoquée, irritée, &c. car il faut un effort extraordinaire & une vive émotion d'esprit pour lancer une suffisante quantité d'écoulemens, avec une impétuosité capable de produire son effet à une certaine distance. C'est une chose incontestable que les yeux ont un pouvoir extraordinaire. Les anciens Naturalistes assurent que le basilic & l'opoblepa tuent les autres animaux par leur seul regard. On en croira ce qu'on voudra, mais un auteur moderne assure avoir vu une souris qui tournoit autour d'un gros crapaud lequel étoit occupé à la regarder attentivement la gueule béante ; la souris faisoit toujours des cercles de plus petits en plus petits autour du crapaud, & crioit pendant ce tems-là comme si elle eût été poussée de force à s'approcher de plus en plus du côté du reptile. Enfin nonobstant la grande résistance qu'elle paroissoit faire, elle entra dans la gueule béante du crapaud & fut aussitôt avalée. Telle est encore l'action de la couleuvre à l'égard du crapaud qu'elle attend la gueule béante, & le crapaud va de lui-même s'y précipiter. On peut rapporter à la même cause ce que raconte un physicien. Il avoit mis sous un récipient un gros crapaud, pour voir combien il y vivroit sans aucune nourriture, & il l'observoit tous les jours : un jour entr'autres, qu'il avoit les yeux fixés sur cet animal, le crapaud en s'enflant dirigea les siens sur ceux de l'observateur, dont insensiblement la vue se troubla, & qui tomba enfin en syncope. Qui est-ce qui n'a pas observé un chien-couchant & les effets de son oeil sur la perdrix, dès qu'une fois les yeux du pauvre oiseau rencontrent ceux du chien, la perdrix s'arrête, paroît toute troublée, ne pense plus à sa conservation & se laisse prendre facilement. Je me souviens d'avoir lu qu'un chien en regardant fixément des écureuils qui étoient sur des arbres, les avoit arrêtés, stupéfiés, & fait tomber dans sa gueule.
Il est aisé d'observer que l'homme n'est pas à couvert de semblables impressions. Il y a peu de gens qui n'ayent quelquefois éprouvé les effets d'un oeil colere, fier, imposant, dédaigneux, lascif, suppliant, &c. Ces sortes d'effets ne peuvent certainement venir que des differentes éjaculations de l'oeil, & sont un degré de maléfice. Voilà tout ce qu'une mauvaise philosophie peut dire de moins pitoyable.
Les Démonographes entendent par maléfice une espece de magie par laquelle une personne par le moyen du démon, cause du mal à une autre. Outre la fascination dont nous venons de parler, ils en comptent plusieurs autres especes, comme les philtres, les ligatures, ceux qu'on donne dans un breuvage ou dans un mêts, ceux qui se font par l'haleine, &c. dont la plûpart peuvent être rapportées au poison ; desorte que quand les juges séculiers connoissent de cette espece de crime & condamnent à quelque peine afflictive ceux qui en sont convaincus, le dispositif de la sentence porte toujours que c'est pour cause d'empoisonnement & de maléfice. Voyez LIGATURE, PHILTRE, &c.
|
| MALEMBA | (Géog.) royaume dans la basse-éthiopie, au midi du royaume de Metamba. La Coanza, dont la source est inconnue, le coupe d'orient en occident. (D.J.)
|
| MALEMUCK | S. m. (Hist. nat.) oiseau qui est commun sur les côtes de Spitzberg. Ils s'attroupent comme des moucherons, pour manger la graisse des baleines, qui nage à la surface des eaux ; ils en prennent avec tant d'excès qu'ils sont obligés de la rejetter, après quoi ils en prennent de nouveau. Lorsqu'une baleine a été frappée avec le harpon, ils sont fort avides de s'abreuver de son sang : en un mot, il n'est point d'animal plus vorace. Cet oiseau a comme deux becs, l'un au-dessus de l'autre. Il a trois ongles liés par une peau grise ; sa queue est large & ses aîles longues ; la couleur de ses plumes varie, mais en géneral il est gris & blanc sous le ventre. Il ne plonge point sous l'eau, mais il se soutient à sa surface ; l'odeur de ces animaux est d'une puanteur révoltante.
|
| MALETTE | MALETTE
|
| MALEUS SINUS | (Géog. anc.) le golfe de Malée qui étoit sans doute près du cap Malée. Florus en parle lib. III. cap. vj. (D.J.)
|
| MALHERBE | S. f. (Teinture) plante d'une odeur forte, qui croît dans le Languedoc & dans la Provence, qui sert aux Teinturiers.
|
| MALHEUR | (Morale) infortune, désastre, accident dommageable & fâcheux.
Les malheurs sont tout l'apanage de l'humanité. Il y en a pour tous les états de la vie ; personne ne peut s'y soustraire, ni se flatter de s'en mettre à l'abri ; il est peut-être même plus sage de préparer son ame à l'adversité que de s'occuper à la prévenir. On voit des gens des plus estimables sur la liste de ces noms sacrés que l'envie a persécutés, que leur mérite a perdus, & qui ont laissé aux remords de leurs persécuteurs le soin de leur propre vengeance. Les malheurs développent souvent en nous des sentimens, des lumieres, des forces que nous ne connoissions pas, faute d'en avoir eu besoin. Ergotele chanté par Pindare, n'eût point triomphé sans l'injuste exil qui l'éloigna de sa patrie ; sa gloire se seroit flétrie dans la maison de son pere, comme une fleur sur sa tige. L'infortune fait sur les grandes ames ce que la rosée fait sur les fleurs, si je puis me servir de cette comparaison ; elle anime leurs parfums ; elle tire de leur sein les odeurs qui embaument l'air. Socrate se disoit l'accoucheur des pensées : je crois que le malheur l'est des vertus. Ce sage a été lui-même un bel exemple de l'injustice des hommes, à condamner celui qu'ils devoient le plus respecter. Après cela, qui peut répondre de sa destinée ? Il ne tiendroit quelquefois qu'à cinq ou six coquins de faire pendre le plus honnête homme, en attestant qu'il a fait un vol, auquel il n'a pu penser. Enfin nous n'avons à nous que notre courage, qui forcé de céder à des obstacles insurmontables, peut plier sans être vaincu. Cette pensée poétique de Sénéque est fort belle : " La vraie grandeur est d'avoir en même-tems la foiblesse de l'homme, & la force de Dieu ". Les Poëtes nous disent que lorsqu'Hercule fut détacher Prométhée (qui représente la nature humaine), il traversa l'Océan dans un vase de terre : c'est donner une vive idée du courage, qui dans la chair fragile surmonte les tempêtes de ce monde. (D.J.)
|
| MALHEUREUX | MISÉRABLE. (Gramm.) On dit indifféremment une vie malheureuse, une vie misérable ; c'est un malheureux ; c'est un homme misérable. Mais il y a des endroits où l'un de ces deux mots est bon, & l'autre ne vaut rien. On est malheureux au jeu, on n'y est pas misérable ; mais on devient misérable, en perdant beaucoup au jeu. Misérable semble marquer un état fâcheux, soit que l'on y soit né, soit que l'on y soit tombé. Malheureux semble marquer un accident qui arrive tout-à-coup, & qui ruine une fortune naissante ou établie. On plaint proprement les malheureux ; on assiste les misérables. Voici deux vers de Racine qui expriment fort bien la différence de ces deux mots :
Haï, craint, envié, souvent plus misérable
Que tous les malheureux que mon pouvoir accable.
De plus, misérable a d'autres sens que malheureux n'a pas ; car on dit d'un méchant auteur & d'un méchant ouvrage, c'est un auteur misérable, cela est misérable. On dit encore à-peu-près dans le même sens : Vous me traitez comme un misérable ; c'est-à-dire, vous n'avez nulle considération, nul égard pour moi. On dit encore : c'est un misérable, en parlant d'un homme méprisable par sa bassesse & par ses vices. Enfin misérable s'applique aux choses inanimées, aux tems, aux saisons. (D.J.)
|
| MALHONNÊTE | adj. (Gram.) c'est l'opposé d'honnête. Voyez l'article HONNETE. Il se dit des choses & des personnes. Il y a des actions malhonnêtes, & il y a des hommes malhonnêtes. Tout ce qui est contraire à la probité rigoureuse, a le caractere de la malhonnêteté.
|
| MALIAQUE | GOLFE, en latin Maliacus sinus, (Géog.) ancien nom d'un golfe de Grece dans l'Archipel. Polybe l'appelle Melicus sinus, & Pausanias Lamiacus sinus. Son nom moderne est golfe de Zeiton, & non pas golfe de Volo, car ce golfe de Volo est le sinus Pelasgicus des anciens. (D.J.)
|
| MALICE | S. f. (Mor. Gramm.) C'est une disposition à nuire, mais avec plus de finesse que de force.
Il y a dans la malice de la facilité & de la ruse, peu d'audace, point d'atrocité. Le malicieux veut faire de petites peines, & non causer de grands malheurs. Quelquefois il veut seulement se donner une sorte de supériorité sur ceux qu'il tourmente. Il s'estime de pouvoir le mal, plus qu'il n'a de plaisir à en faire. La malice n'est habitude que dans les ames petites, foibles & dures.
|
| MALICORIUM | S. m. (Hist. nat.) c'est ainsi qu'on appelle quelquefois l'écorce de la grenade ; c'est comme qui diroit écorce de grenade.
|
| MALICUT | (Géog.) petite île des Indes sur la côte de Malabar, & à 35 lieues N. des Maldives. Elle est entourée de bancs dangereux, mais l'air y est tempéré, & le terroir abondant en toutes sortes de fruits. (D.J.)
|
| MALIGNE | FIEVRE, (Medec.) fievre accompagnée d'affections morbifiques très-dangereuses, & dont la cause est difficile à dompter par la coction, ou à expulser par les excrétoires naturels, ou à se déposer par éruption.
Ainsi les fievres que les Medecins appellent malignes, sont celles dont la cause, les complications, les accidens, s'opposent aux effets salubres que le méchanisme propre de la fievre produiroit, si la cause de la maladie n'avoit pas des qualités pernicieuses qui la rendent funeste, ou du-moins indomptable ; ou si les complications, les accidens, les symptômes étrangers à la fievre, ou le mauvais traitement du medecin, ne troubloient pas les opérations par lesquelles ce méchanisme pourroit procurer la guérison de la maladie.
Ce n'est donc pas à la fievre même qu'on doit imputer la malignité, ou les mauvais effets de la maladie, puisque ce desordre n'en dépend pas ; qu'il lui est entierement étranger, & qu'il la dérange & la trouble. Quelquefois même cette malignité ne paroît pas accompagnée de fievre, car elle y est d'abord fort peu remarquable. Ainsi, lorsque selon le langage ordinaire, nous nous servons de l'expression de fievre maligne, nous entendons une fievre qui n'est pas salutaire, parce qu'elle ne peut pas vaincre la cause de la maladie : alors cette cause & ses effets sont fort redoutables, sur-tout dans les fievres continues, épidémiques, où l'art ne peut suppléer à la nature, pour expulser une cause pernicieuse qui n'a pas d'affinité avec les excrétoires ; c'est pourquoi on peut regarder dans ce cas une maladie comme maligne, par la seule raison que la nature ne peut pas se délivrer de cette cause par la fievre, ou par des éruptions extérieures, avant qu'elle fasse périr le malade.
Les fievres malignes sont caractérisées par les signes fâcheux que l'on tire des symptomes qui les accompagnent, & par les signes privatifs de coction. Le medecin doit toujours envisager ensemble ces deux classes de signes, pour reconnoître une fievre maligne, & pour établir son pronostic sur l'événement. Encore faut-il qu'il prenne garde si les symptomes redoutables de ces fievres ne dépendent point, comme il arrive souvent, du spasme excité dans les premieres voies, par des matieres vicieuses retenues dans l'estomac ou dans les intestins ; car alors les mauvais présages peuvent disparoître en peu de tems par l'évacuation de ces matieres. Mais quand les desordres dépendent d'une cause pernicieuse qui a passé dans les voies de la circulation ; & qu'il n'y a à l'égard de la coction ou de la dépuration des humeurs, aucun signe favorable, on peut prévoir les suites funestes de la maladie.
Les symptomes des fievres caractérisées malignes, sont le spasme, les angoisses, la prostration des forces, les colliquations, la dissolution putride, des évacuations excessives, les assoupissemens léthargiques, les inflammations, le délire & les gangrenes ; la fievre est ici le mal qui doit le moins occuper le medecin ; elle est même souvent ce qu'il y a de plus favorable dans cet état. Les accidens dont nous venons de parler, présentent seuls la conduite qu'il faut remplir dans le traitement de ces maladies compliquées. En général, le meilleur parti est de corriger le vice des humeurs suivant leur caractere d'acrimonie, de putridité, de colliquation ; les évacuer doucement par des remedes convenables, & soutenir les forces accablées de la nature. Consultez le livre du docteur Pringle, on the diseases of the army, & le traité des fievres de M. Quesnay. (D.J.)
MALIGNITE, s. f. (Gram.) malice secrette & profonde, Voyez l'article MALICE. Il se dit des choses & des personnes. Sentez-vous toute la malignité de ce propos ? Il y a dans le coeur de l'homme une malignité qui lui fait adopter le blâme presque sans examen. Telles sont la malignité & l'injustice, que jamais l'apologie la plus nette, la plus authentique, ne fait autant de sensation dans la société que l'accusation la plus ridicule & la plus mal-fondée. On dit avec chaleur ; savez-vous l'horreur dont on l'accuse, & froidement il s'est fort bien défendu. Qu'un homme pervers fasse une satyre abominable des plus honnêtes gens, la malignité naturelle la fera lire, rechercher & citer. Les hommes rejettent leur mauvaise conduite sur la malignité des astres qui ont présidé à leur naissance. Le substantif malignité a une toute autre force que son adjectif malin. On permet aux enfans d'être malins. On ne leur passe la malignité en quoi que ce soit, parce que c'est l'état d'une ame qui a perdu l'instinct de la bienveillance, qui desire le malheur de ses semblables, & souvent en jouit. Il y a dans la malignité plus de suite, plus de profondeur, plus de dissimulation, plus d'activité que dans la malice. Aucun homme n'est né avec ce caractere, mais plusieurs y sont conduits par l'envie, par la cupidité mécontente, par la vengeance, par le sentiment de l'injustice des hommes. La malignité n'est pas aussi dure & aussi atroce que la méchanceté ; elle fait verser des larmes, mais elle s'attendriroit peut-être si elle les voyoit couler.
MALIGNITE, s. f. (Médecine) se dit dans les maladies, lorsqu'elles ont quelque chose de singulier & d'extraordinaire, soit dans les symptomes, soit dans leur opiniâtreté à résister aux remedes ; sur quoi il faut remarquer que bien des gens, faute d'expérience, trouvent de la malignité où il n'y en a point. On ne peut pas donner de regles sûres de pratique dans ces sortes de maladies ; car souvent les remedes rafraîchissans y conviennent, tandis que d'autres fois ils sont très-contraires, & qu'il est besoin d'employer des remedes stimulans. On voit cela dans la pratique ordinaire, où les fievres malignes se combattent tantôt par les rafraîchissans, tantôt par les évacuans, tantôt par les diaphorétiques ; d'autres fois par les apéritifs & les vésicatoires, & cependant avec un succès égal selon les cas.
Cependant il faut avouer que la malignité est inconnue aux praticiens, & que ses causes sont impénétrables.
|
| MALIN | adj. (Gram.) Voyez MALICE, MALIGNITE & MECHANCETE.
|
| MALINE | S. f. (Marine) c'est le tems d'une grande marée ; ce qui arrive toujours à la pleine lune & à son déclin. Grande maline, c'est le tems des nouvelles & pleines lunes des mois de Mars & de Septembre.
MALINE, LA, (Géog.) riviere de l'Amérique septentrionale, qui se perd dans le golfe du Mexique. Les Espagnols la nomment riviere de sainte Thérese.
|
| MALINES | (Géog.) ville des Pays-bas dans le Brabant autrichien, capitale de la seigneurie du même nom, avec un archevêché érigé par Paul IV. en 1559, dont l'archevêque prend le titre de primat des Pays-bas, & un conseil que Charles IV. duc de Bourgogne, y établit en 1474. Il s'est tenu à Malines trois conciles provinciaux.
Cette ville est appellée Mechelen par les Flamands, & Machel par les Allemands. Le nom latin Mechlinia qu'on lui donne, ne differe guere de celui que lui donnoient les anciens écrivains.
Elle est sur la Dendre près du confluent de la Dyle & de l'Escaut, au milieu du Brabant, à 4 lieues N. O. de Louvain, autant N. E. de Bruxelles, & à pareille distance S. E. d'Anvers, 10 S. E. de Gand. Long. 22. 5. lat. 51. 2.
Malines a perdu son ancien éclat ; elle ne cherche qu'à subsister de son commerce de grains, de fil & de dentelles. Autrefois on la nommoit Malines la magnifique, Malines la belliqueuse ; & elle produisoit encore de tems à autre des hommes de lettres, dont à présent ni elle, ni les autres villes des Pays-bas autrichiens, ne renouvellent plus ses noms.
Rembert Dodoné, Christophe Longueuil, Van den Zipe, naquirent à Malines. Le premier est connu des Botanistes par ses ouvrages. Le second mort à Padoue en 1522 à 32 ans, est un écrivain élégant du xvj. siecle. Van den Zipe, en latin Zipaeus, est un célebre canoniste, dont on a recueilli les oeuvres en 1675, en 2 vol. in-fol. Il mourut en 1650, à 71 ans. (D.J.)
|
| MALJUGÉ | S. m. (Jurispr.) signifie un jugement rendu contre le droit ou l'équité.
Le mal jugé donne lieu à l'appel ; & lorsque le juge d'appel n'est pas une cour souveraine, il ne doit prononcer que par bien ou mal jugé. Il ne peut pas mettre l'appellation ni la sentence au néant. (A)
|
| MALLE | S. f. (Coffretier) espece de coffre de bois rond & long, mais plat par-dessous & par les deux bouts, couvert de cuir, dont on se sert pour mettre des hardes que l'on veut porter en campagne. Voyez COFFRE & les Pl. de Coffretier.
Suivant les statuts des maîtres Coffretiers Malletiers, les malles doivent être de bois de hêtre neuf & sans ourdissure, dont les joints soient au-moins éloignés d'un pouce, bien cuirées par-tout d'une bonne toile trempée en bonne & suffisante colle. Le cuir qui les couvre doit être de pourceau ou de veau passé dans l'alun & tout d'une piece ; elles doivent être ferrées de bon fer blanc ou noir, avec plus ou moins de bandes, suivant leur grandeur. Les couplets & serrures doivent être pareillement bien conditionnés & de forme requise. Voyez COFFRETIER.
MALLE, s. m. (Hist. de France) Dans la basse latinité mallus, malle est un vieux mot qui signifie assemblée. M. de Vertot s'en est servi dans une dissertation sur les sermens usités parmi les Francs. On voyoit, dit-il, au milieu du malle ou de l'assemblée une hache d'armes & un bouclier.
Les Francs s'étant jettés dans les Gaules, & n'ayant pas encore de lieu fixe pour leur demeure, campoient dans les champs & s'y assembloient en certains tems de l'année pour regler leurs différends & traiter des affaires importantes. Ils appellerent cette assemblée mallum, du mot mallen, qui signifioit parler, d'où ils avoient fait maal, un discours ; & ensuite on dit mallare ou admallare, pour ajourner quelqu'un à l'assemblée générale. Voyez M. Ducange. (D.J.)
|
| MALLE-MOLLE | S. f. (Commerce) mousseline ou toile de coton blanche, claire & fine, qui nous vient des Indes orientales.
|
| MALLÉABLE | adj. (Art méchaniq.) ce qui est dur & ductile, qui se peut battre, forger & étendre sous le marteau, & ce qui peut souffrir le marteau sans se briser. Voyez DUCTILITE.
Tous les métaux sont malléables : le vif argent ne l'est point. Les Chimistes cherchent la fixation du mercure pour le rendre malléable. C'est une erreur populaire de croire qu'on ait trouvé le secret de rendre le verre malléable : sa nature y répugne ; car s'il étoit ductile, ses pores ne seroient plus vis-à-vis l'un de l'autre, & par conséquent il ne seroit plus transparent & il perdroit ainsi sa principale qualité. Voyez VERRE & TRANSPARENCE.
Une matiere transparente qui seroit malléable, ne seroit point du verre ; il est impossible que le verre soit malléable, parce qu'il est impossible que ce qui est fragile soit malléable : & il est de la nature essentielle du verre d'être fragile, parce que ce qui constitue essentiellement le verre, c'est l'union de sels avec terres ou sables fondus ensemble, & qui étant refroidis font ensemble un corps composé de parties différentes & qui est fragile.
|
| MALLEAMOTHE | (Botan. exot.) arbrisseau de Malabar qui s'éleve jusqu'à 8 ou 9 piés : c'est le pavate de Parkinson, le pavate arbor, foliis mali aureae de J. B. arbor Malabarensium, fructu lentisci de C. B. On fait grand usage des diverses parties de cet arbre ; le plus avantageux est celui de ses feuilles pour fumer les terres. (D.J.)
|
| MALLEOLE | S. f. (Anatomie) est une apophyse à la partie inférieure de la jambe, immédiatement au-dessus du pié. Voyez APOPHYSE, PIE, &c.
Il y a une malléole interne & une externe.
La malléole interne est une éminence du tibia, voyez TIBIA. L'externe est une éminence du peroné, voyez PERONE, &c. Les deux ensemble forment la cheville du pié. Voyez nos Planches anatomiques.
|
| MALLIENS | LES, (Géog. anc.) en latin Malli ; anciens peuples des Indes, voisins des Oxydraques, vers la source de l'Indus. C'est chez ce peuple que Alexandre risqua d'être tué, dit Strabon, en assiégeant une place. Quinte-Curce prétend que c'étoit chez les Oxydraques mêmes. (D J.)
|
| MALLIER | S. m. (Maréchall.) on appelle ainsi un cheval de poste destiné à porter la malle des lettres ou celle de celui qui court la poste ; c'est proprement le cheval que monte le postillon. Les malliers sont sujets à être écorchés, si on n'a soin de leur donner de bons coussinets.
|
| MALLOEA | (Géog. anc.) ancienne place de la Perrhébie, selon Tite-Live. Elle fut prise par les Etoliens dans la guerre contre Philippe, reprise par ce prince, & enfin par les Romains qui la mirent au pillage. (D.J.)
|
| MALLOPHORE | adj. (Mythol.) épithete que les Mégariens donnoient à Cérès, parce qu'elle leur apprit, dit-on, à nourrir les troupeaux & à profiter de leur laine ; mais Rhodiginus est mieux fondé à penser que les premiers Grecs qui tinrent des troupeaux nommerent ainsi cette déesse. Quoi qu'il en soit, le mot est formé de , laine, & , je porte. (D.J.)
|
| MALLUS | (Géog. anc.) ville d'Asie en Cilicie, & dans les terres assez près du fleuve Pyram, que l'on remontoit pour y arriver par eau quand on venoit de la côte. Elle avoit été bâtie par Amphiloque & par Mopsus, fils d'Apollon & de la nymphe Manto, c'est pourquoi l'oracle de Mallus est nommé l'oracle d'Amphiloque par Dion Cassius, dans la vie de Commode.
Mallus de Cilicie étoit la patrie du fameux grammairien Cratès, contemporain d'Aristarque, & que le roi Attalus députa vers le sénat. Il mit le premier à Rome l'étude de la grammaire en honneur, & fut aussi goûté que suivi dans les leçons qu'il en donna pendant le cours de son ambassade. Strabon le surnomme le Mallotès.
|
| MALMÉDI | (Géog.) en latin moderne Malmundarium ; petite ville d'Allemagne vers la frontiere des pays de Liége & de Luxembourg, avec une abbaye de Bénédictins. Malmédi est sur la riviere de Recht, à 21 lieues N. de Luxembourg. Long. 23. 40. lat. 50. 28.
|
| MALMESBURY | (Géogr.) en latin Maldunum ; petite ville à marché d'Angleterre en Wiltshire. Elle envoie deux députés au parlement, & est située sur l'Aven, à 72 milles O. de Londres. Long. 15. 36. lat. 51. 36.
Ce lieu est remarquable par les ruines de sa célebre abbaye fondée en 660, & pour avoir donné la naissance non-seulement à Guillaume de Malmesbury, mais au fameux Hobbes.
Le moine bénédictin qui porte le nom de cette abbaye détruite, florissoit dans le xij. siecle. Il est auteur d'une histoire ecclésiastique d'Angleterre, & d'autres ouvrages qu'Henri Savile fit imprimer à Londres en 1596.
Hobbes (Thomas), l'un des plus grands esprits du dernier siecle & qui en abusa, homme étonnant par la profondeur de ses méditations, naquit en 1588, & mourut en 1679 à 91 ans ; cependant sa mere, saisie de frayeur à l'approche de l'armée navale d'Espagne, étoit accouchée de lui avant terme. Tout le monde connoît les dangereux principes qu'il établit dans son traité du citoyen & son léviathan ; il désigne le corps politique sous le nom de cette bête. Les inconvéniens du système de cet auteur ingénieux sont immenses, & les beaux génies d'Angleterre les ont trop bien mis au jour pour qu'on puisse jamais les déguiser à soi-même ou aux autres. Voyez l'art. HOBBISME. (D.J.)
|
| MALMIGNATTO | S. m. (Insect.) nom que les habitans de l'île de Corse donnent à un gros insecte, qu'on a pris mal-à-propos pour la tarentule de la Pouille. L'île de Corse n'a d'autres animaux venimeux, que le malmignatto, dont on distingue deux especes ; l'une ronde, & l'autre oblongue, semblable à notre grosse espece de fourmi à six jambes ; mais monstrueuse en grosseur, & très-venimeuse. Ces deux especes occasionnent, par leur morsure, de grandes douleurs, avec une sensation de froid, de la lividité sur la plaie, & des convulsions par tout le corps. Le meilleur remede est de cautériser la blessure, de la panser avec de la thériaque de Venise, & de prendre de cette même thériaque dissoute dans du vin. (D.J.)
|
| MALMISTRA | (Géogr.) ville en Caramanie, située sur une riviere de même nom, entre les ruines de Tarse & d'Adena. Cette ville est encore le siege d'un évêque grec. (D.J.)
|
| MALMOÉ | ou MALMUYEN, en latin, Malmogita, (Géogr.) petite ville de Suede, dans la Scanie. Elle fut cédée aux Suédois par les Danois en 1658. Les Flamands l'appellent Ellemogen, c'est-à-dire coude, parce qu'elle fait une maniere de recoin. Elle est sur le Sund, à 4 lieues S. O. de Lunden, capitale, 6 S. E. de Copenhague. Long. 30. 54. lat. 53. 5. (D.J.)
|
| MALMOULU | adj. (Véner.) On dit, fumées malmoulues, ou mal digérées, en parlant des fumées des jeunes cerfs.
|
| MALO | SAINT, en latin moderne Macloviopolis, (Géogr.) ville de France en Bretagne, avec un évéché suffragant de Tours, qui vaut aujourd'hui 36 mille livres de rente. Elle a pris le nom qu'elle porte de Saint-Malo son premier évêque, en 1149. Son port est célebre, & très-fréquenté ; cependant il est d'un difficile accès, à cause des rochers qui l'environnent. Les gros bâtimens vont décharger à Saint-Sorvand, qui est plus avant dans la baie au midi.
Saint-Malo est défendu par un château, qui est à l'entrée de la chaussée, & par plusieurs forts. C'est une des villes du royaume où se fait le plus grand & le plus avantageux commerce, sur-tout avec l'Espagne pour l'Amérique, & en terre ferme, pour la pêche de la morue.
Elle a formé d'illustres pilotes, entr'autres Jacques Cartier, célebre navigateur, & qui découvrit le Canada en 1534. On sait qu'elle est la patrie de M. du Guay du Trouin, un des grands hommes de mer de notre siecle. On a de lui des mémoires curieux, imprimés à Paris en 1740, in-4. où l'on peut voir le détail de ses expéditions.
Saint-Malo est situé dans une île, jointe à la terre ferme par une chaussée ou jettée très-solide, à 7. lieues N. O. de Dol, 17. N. O. de Rennes, 38. N. O. de Nantes, 82. S. O. de Paris. Long. selon Cassini, 15. d. 21'. 30''. lat. 49. d 16'. 12. Mém. de l'ac. 1732. (D.J.)
|
| MALPIGHI | (corps réticulaire de), Anat. docteur en Médecine de l'université de Boulogne, sa patrie. Il a publié différentes observations anatomiques sur le poumon, la langue, la peau, &c. Il y a entre la peau & l'épiderme un corps, que tantôt on appelle corps réticulaire de Malpighi, comme dans la langue ; tantôt corps muqueux de Malpighi, & il s'observe dans différentes parties. On dit aussi, le système de Malpighi sur les glandes. Voyez GLANDE. Ses ouvrages sont, Marc. Malpighi Opera, Londres, 1686. infol. Amstelodami, in-4. Marc. Malpighii Opera posthuma, Londres, 1697, in fol.
|
| MALPIGHIE | malpighia, (Botan.) genre de plante à fleur en rose, composée de plusieurs petales disposés en rond. Le pistil sort du fond du calice, & devient dans la suite un fruit charnu, mou, presque rond, qui n'a qu'une seule capsule. Ce fruit contient ordinairement trois noyaux aîlés, qui ont chacun une amande oblongue. Plumier, nova plant. Amer. gen. Voyez PLANTE.
Les Anglois appellent cet arbre barbadoes-cherry, cérisier des Barbades, malpighia, mali punici facie. Plum. nov. gen. plant.
La Botanique devoit à Malpighi l'hommage de donner son nom à un des premiers genres de plantes dignes de lui, qu'on viendroit à découvrir un jour. Tout le monde a trouvé ce procédé si juste, qu'on s'est empressé, par déférence, à caractériser à l'envi la malpighia.
Son calice, disent Boerhaave & Miller, est petit, d'une seule piece, divisé en cinq parties, & en deux segmens. Sa fleur est en rose, pentapétale & à étamine, qui croissant à côté les unes des autres, forment un tube. Son ovaire est placé au fond du calice. Il dégénere en un fruit charnu, sphérique, monocapsulaire, & contient trois noyaux aîlés, qui ont chacun une amande.
Voici maintenant comme la malpighia est caractérisée par le P. Plumier, rar. plant. hist. p. 36. & par Linnaeus, gen. plant. p. 194.
Le calice particulier de la fleur est petit, creux, permanent, composé d'une seule feuille divisée en cinq segmens, dans chacun desquels se trouve une glande mellifere. La fleur est à cinq grands pétales, taillés en rein, à onglets longs & étroits. Les étamines, au nombre de dix, sont des filets larges, droits, qui croissent en forme de cylindre. Les bossettes des étamines sont simples, l'embryon du pistil est court & arrondi. Les stiles sont au nombre de trois, à couronne obtuse. Le fruit est une grosse baie, ronde, renfermant trois noyaux osseux, oblongs, obtus, dont chacun contient une amande de même forme.
L'arbre dont on vient de lire les caracteres, s'éleve dans les Indes occidentales, à la hauteur de quinze & seize piés, & est soigneusement cultivé dans les jardins, à cause de l'abondance & de la bonté de son fruit. En Europe, on ne le considere que pour la variété & la curiosité. Il se multiplie des graines qu'on reçoit d'Amérique. On lui donne les mêmes soins qu'aux autres plantes étrangeres & des climats chauds. On le tient toujours dans des pots, ou des caisses remplies de tan ; & de cette maniere on est parvenu à lui faire porter du fruit. (D.J.)
|
| MALT | S. m. (Brasserie) Nous avons emprunté le mot de malt des Anglois, pour signifier du grain germé, comme orge, froment, avoine, & autres propres à faire de la biere.
On macere pendant deux ou trois jours le grain qu'on a choisi, (qui est plus communément de l'orge ou du froment, ou tous les deux ensemble) dans une grande cuve, jusqu'à ce qu'il commence à s'amollir & à se gonfler : on laisse écouler l'eau pardessous : on retire le grain, & on le seche sur des planches étendues sur terre, pour dissiper la trop grande humidité. Comme il reste encore un peu humide, on en fait des monceaux de la hauteur d'environ deux piés, afin qu'il fermente, qu'il germe, & pousse quelques filets ou racines fibreuses. Quand le grain est bien germé, la substance du malt en est plus poreuse & plus propre à l'infusion & à l'extraction. Dans le tems qu'il germe, on retourne & on remue tous les jours, deux ou trois fois le grain, afin qu'il germe également, & pour empêcher qu'il ne pourrisse par trop de chaleur. D'un autre côté, pour éviter que le malt ne perde sa force par une trop grande germination, on l'expose, en forme de sillons, à l'air, & on le seche peu-à-peu ; ou bien on le met sur une espece de plancher, sous lequel on fait du feu ; on le remue souvent, de peur qu'il ne se brûle : car si la torréfaction est trop forte, la biere a une saveur désagréable.
On réduit ce malt mou en une espece de crême, par le moyen de la meule ; ensuite on le verse dans une cuve pleine d'eau très-chaude, & on en met une quantité suffisante, pour que le mêlange d'eau & de malt paroisse comme de la bouillie. Alors des hommes robustes le remuent de tems en tems avec des instrumens de bois applatis, jusqu'à ce qu'il paroisse de l'écume, qui est la marque d'une extraction suffisante. Si cette macération dure trop long-tems, la biere devient mucilagineuse, & a bien de la peine à fermenter. Ensuite, par le moyen d'un couloir de bois, placé dans la cuve, on passe la liqueur impregnée de la crême du malt ; on la transporte tout de suite dans une chaudiere, dans laquelle on la fait encore bouillir une ou deux heures, afin qu'elle se conserve mieux. Bientôt après, on verse cette liqueur dans des cuves, pour qu'elle s'y réfroidisse. Enfin, on verse une livre ou une livre & demie de levain de biere, sur huit ou dix livres de la décoction susdite, placée dans un lieu tiede ; on la couvre avec des couvertures, & on y verse peu-à-peu le reste de la liqueur, afin qu'elle fermente plus commodément. Quand tout cela est achevé, on passe la liqueur fermentée, on en remplit des tonneaux ; & quand la fermentation est entierement finie, on les bondonne exactement. Voilà une idée grossiere de la fermentation & de la germination du malt. Mais il ne s'agissoit pas ici d'entrer dans les détails, parce que le lecteur les trouvera complets au mot BRASSERIE.
Le négoce du malt est en Angleterre d'une étendue considérable. En effet, sans parler de la quantité qui s'emploie pour la petite biere, dont on fait usage aux repas journellement, & de la quantité qui se brasse dans les maisons particulieres, quantité qui monte à dix millions de boisseaux, il s'en consomme en Angleterre trente millions de boisseaux, tant pour la biere double, que pour la distillation. On ne comprend point dans cette quantité celle qui sert pour la biere & les liqueurs qu'on envoye au-delà de la mer. Ce calcul est fait d'après le produit de l'impôt appellé le malt-tax, à l'aide duquel on a remonté jusqu'au total du malt qui se vend en Angleterre. La distillation en emporte un million 600 mille boisseaux. On estime que l'excise levé sur la biere double, tant dans la Grande Bretagne qu'en Irlande, rapporte au gouvernement 800 mille livres sterlings par an : à la vérité, il reste à déduire les frais de la régie. Mais le produit de cet impôt ne laisse pas cependant d'étonner, quand on se rappelle que l'Angleterre, qui en paye la majeure partie, ne contient pas au-delà de huit millions d'habitans. On dit qu'il y a des brasseurs à Londres, qui brassent mille barrils par semaine. (D.J.)
|
| MALTAILLÉ | adj. en termes de Blason, se dit d'une manche d'habit bizarre. Il n'y en a des exemples qu'en Angleterre. Hastinghs, en Angleterre, d'or à une manche mal taillée de gueules.
|
| MALTER | S. m. (Comm.) qu'on prononce plus ordinairement malder, & en françois maldre, est une mesure de continence pour les grains, dont on se sert à Luxembourg. Voyez MALDER, Dict. de Commerce.
|
| MALTHA | , (Architect.) dans l'antiquité, marque un ciment, ou corps glutineux, qui avoit la faculté de lier les choses les unes aux autres. Voyez CIMENT, LUT, GLU.
Les anciens font mention de deux sortes de cimens, le naturel, & le factice ; l'un de ces derniers, qui étoit fort en usage, étoit composé de poix, de cire, de plâtre & de graisse ; une autre espece, dont les Romains se servoient pour plâtrer & blanchir les murs intérieurs de leurs aqueducs, étoit fait de chaux éteinte dans du vin, & incorporée avec de la poix fondue & des figues fraîches.
Le maltha naturel est une espece de bitume avec lequel les Asiatiques plâtrent leurs murailles. Lorsqu'il a une fois pris feu, l'eau ne peut plus l'éteindre, & elle ne sert au contraire qu'à le faire brûler avec plus d'ardeur.
|
| MALTHACODE | S. m. (Pharm.) est un médicament amolli avec de la cire, ou de l'huile. Blanchard.
|
| MALTHE | (Géog.) en grec , en latin Melita, île de la mer Méditerranée, entre les côtes d'Afrique, & celle de l'île de Sicile, qui n'en est éloignée que de quinze lieues au septentrion.
Elle a à l'orient la mer Méditerranée qui regarde l'île de Candie, au midi la ville de Tripoli en Barbarie, & à l'occident les îles de Pantalavée, de Linose, & de Lampadouze. Elle peut avoir six ou sept lieues de longueur, sur trois de large, & environ vingt de circuit.
Cluvier croyoit que cette île étoit l'ancienne Ogygie, où la nymphe Calypso demeuroit, & où elle reçut Ulisse avec tant d'humanité, après le naufrage qui lui arriva sur ses côtes. Mais outre qu'Homere nous en fait une description si riante, qu'il est impossible d'y reconnoître Malthe, il ne faut chercher en aucun climat une île fictive, habitée par une déesse imaginaire.
Ptolémée a mis l'isle de Malthe entre celles d'Afrique, soit faute de lumieres, soit qu'il se fondât sur le langage qu'on y parloit de son tems, & que les natifs du pays y parlent encore aujourd'hui ; c'est un jargon qui tient de l'arabe corrompu.
Malthe est en elle-même un rocher stérile, où le travail avoit autrefois forcé la terre à être féconde, quand ce pays étoit entre les mains des Carthaginois ; car lorsque les chevaliers de S. Jean de Jérusalem en furent possesseurs, ils y trouverent des débris de colonnes, & de grands édifices de marbre, avec des inscriptions en langue punique. Ces restes de grandeur étoient des témoignages que le pays avoit été florissant. Les Romains l'usurperent sur les Carthaginois, & y établirent un préfet, , comme il est nommé dans les actes des Apôtres, c. xxviij. v. 7. & comme le prouve une ancienne inscription qui porte ; ce préfet étoit sous la dépendance du préteur de Sicile.
Les Arabes s'emparerent de l'isle de Malthe vers le neuvieme siecle, & le Normand Roger, comte de Sicile, en fit la conquête sur les Barbares, vers l'an 1190. Depuis lors, elle demeura annexée au royaume de Sicile, dont elle suivit toujours la fortune.
Après que Soliman eut chassé les chevaliers de Malthe de l'isle de Rhodes en 1523, le grand maître Villiers-Lisle-Adam se trouvoit errant avec ses religieux & les Rhodiens attachés à eux sans demeure fixe & sans ports pour retirer sa flotte. Il jetta les yeux sur l'isle de Malthe, & se rendit à Madrid, pour demander à l'empereur qu'il lui plût par une inféodation libre & franche de tout assujettissement, remettre aux chevaliers cette isle, sans lesquelles graces la religion alloit être ruinée.
L'envie de devenir le restaurateur & comme le second fondateur d'un ordre qui depuis plusieurs siecles s'étoit consacré à la défense des chrétiens, & l'espérance de mettre à couvert des incursions des infideles les isles de Sicile & de Sardaigne, le royaume de Naples, & les côtes d'Italie déterminerent Charles-Quint en 1525, à faire présent aux chevaliers de Jérusalem, des isles de Malthe & de Goze, aussi bien que de Tripoli, avec tous les droits honorifiques & utiles. Le pape confirma le don en 1530 ; mais Tripoli fut bien-tôt enlevé à la religion par les amiraux de Soliman.
Les chevaliers de Jérusalem, après leur établissement à Malthe, la fortifierent de toutes parts ; & même quelques-unes de ses fortifications se firent des deniers du grand-maître. Cependant Soliman indigné de voir tous les jours ses vaisseaux exposés aux courses des ennemis qu'il avoit cru détruits, se proposa en 1565 de prendre Malthe, comme il avoit pris Rhodes. Il envoya 30 mille hommes devant la ville, qu'on appelloit alors le bourg de Malthe : elle fut défendue par 700 chevaliers, & environ 8000 soldats étrangers. Le grand-maître Jean de la Valette, âgé de 71 ans, soutint quatre mois le siege ; les Turcs monterent à l'assaut en plusieurs endroits différens ; on les repoussoit avec une machine d'une nouvelle invention ; c'étoient de grands cercles de bois couverts de laine enduite d'eau-de-vie, d'huile, de salpètre, & de poudre à canon ; & on jettoit ces cercles enflammés sur les assaillans. Enfin, environ six mille hommes de secours étant arrivés de Sicile, les Turcs leverent le siége.
Le bourg de Malthe qui avoit soutenu le plus d'assauts, fut appellé la cité victorieuse, nom qu'il conserve encore aujourd'hui. Pierre de Monté grand-maître de l'ordre, acheva la construction de la nouvelle ville, qui fut nommée la cité de la Valette. Le grand maître Alof de Vignacourt, fit faire en 1616 un magnifique aqueduc pour conduire de l'eau dans cette nouvelle cité. Il fortifia plusieurs autres endroits de l'isle ; & le grand-maître Nicolas Cotoner y joignit encore de nouveaux ouvrages qui rendent Malthe imprenable.
Depuis ce tems-là, cette petite isle brave toute la puissance ottomane ; mais l'ordre n'a jamais été assez riche pour tenter de grandes conquêtes, ni pour équiper des flottes nombreuses. Ce monastere d'illustres guerriers ne subsiste guere que des redevances des bénéfices qu'il possede dans les états catholiques, & il a sait bien moins de mal aux Turcs, que les corsaires d'Alger & de Tripoli n'en ont fait aux chrétiens.
L'isle de Malthe tire ses provisions de la Sicile. La terre y est cultivée autant que la qualité du terroir peut le permettre. On y recueille du miel, du coton, du cumin, & un peu de blé. On comptoit dans cette isle & dans celle de Goze, en 1662, environ 50 mille habitans.
La distance de Malthe à Alexandrie est estimée à 283 lieues de 20 au degré, en cinglant à l'est-sud-est. La distance de Malthe à Tripoli de Barbarie, peut-être de 53 lieues en tirant au sud, un quart à l'ouest.
Dapper a situé Malthe à 49d. de longitude, & à 35d. 10 de latitude. Cette situation n'est ni vraie ni conforme à celle qui a été exactement déterminée par les observations du P. Feuillée, suivant lesquelles la longitude de cette isle est de 33d. 40'. 0''. & sa latitude de 35d. 54'. 33''. (D.J.)
MALTHE, (Géog.) autrement dite la cité notable, la ville notable, capitale de l'isle de Malthe, & l'ancienne résidence de son évêque. Elle est située dans le fond des terres, & au milieu de l'isle, éloignée d'environ six milles du bourg & du grand port. Les anciens l'ont nommée Melita, Malite, du nom commun à toute l'isle, dont elle étoit à proprement parler, là seule place importante, oppidum ; c'est maintenant une ville considérable, que les Catholiques ont pour ainsi dire en commun, & qu'on peut regarder comme le triste centre d'une guerre perpétuelle contre les ennemis du nom chrétien. On l'a si bien fortifiée, qu'elle passe pour imprenable ; son hôpital est aussi beau que nécessaire à l'ordre de Malthe.
Une ancienne tradition veut que les Carthaginois soient les fondateurs de cette ville. Il est au-moins certain qu'ils l'ont possédée, que les Romains après avoir détruit Carthage, chasserent ces Africains de l'isle, & que les Arabes mahométans s'en emparerent à leur tour, & lui donnerent le nom de Medina.
Diodore de Sicile, l. V. c. xij. après avoir loué la bonté des ports de l'isle de Malthe, fait mention de sa capitale. Il dit qu'elle étoit bien bâtie, qu'il y avoit toutes sortes d'artisans, & principalement des ouvriers qui faisoient des étoffes extrêmement fines, ce qu'ils avoient appris des Phéniciens qui avoient peuplé l'isle. Cicéron raconte à-peu-près la même chose : il reproche à Verrès de n'être jamais entré dans Malthe, quoique pendant trois ans il y eût occupé lui seul un métier à faire une robe de femme. Il parle ensuite d'un temple consacré à Junon, qui n'étoit pas loin de cette vile, & qui avoit été pillé par les gens de Verrès ; tel maître, tels valets. Long. de cette ville 33. 40. lat. 35. 54. (D.J.)
ORDRE DE MALTHE, (Hist. mod.) c'est le nom d'un ordre religieux militaire, qui a eu plusieurs autres noms, les hospitaliers de S. Jean de Jérusalem, ou les chevaliers de S. Jean de Jérusalem, les chevaliers de Rhodes, l'ordre de Malthe, la religion de Malthe, ou les chevaliers de Malthe ; & c'est le nom qu'on leur donne toujours dans l'usage ordinaire en France.
Des marchands d'Amalfi au royaume de Naples, environ l'an 1048, bâtirent à Jérusalem une église du rit latin, qui fut appellée Sainte-Marie la latine ; & ils y fonderent aussi un monastere de religieux de l'ordre de S. Benoît, pour recevoir les pélerins, & ensuite un hôpital auprès de ce monastere, pour y avoir soin des malades, hommes & femmes, sous la direction d'un maître ou recteur qui devoit être à la nomination de l'abbé de Sainte-Marie la latine. On y fonda de plus une chapelle en l'honneur de S. Jean-Baptiste, dont Gerard Tung, provençal de l'île de Martigue, fut le premier directeur. En 1099 Godefroi de Bouillon ayant pris Jérusalem, enrichit cet hôpital de quelques domaines qu'il avoit en France. D'autres imiterent encore cette libéralité ; & les revenus de l'hôpital ayant augmenté considérablement, Gerard, de concert avec les hospitaliers, resolut de se séparer de l'abbé & des religieux de Sainte-Marie la latine, & de faire une congrégation à part, sous le nom & la protection de S. Jean-Baptiste ; ce qui fut cause qu'on les appella hospitaliers, ou freres de l'hôpital de S. Jean de Jérusalem. Paschal II. par une bulle de l'an 1113. confirma les donations faites à cet hôpital, qu'il mit sous la protection du saint siége, ordonnant qu'après la mort de Gerard, les recteurs seroient élus par les hospitaliers. Raymond du Puy, successeur de Gerard, fut le premier qui prit la qualité de maître ; il donna une regle aux hospitaliers ; elle fut approuvée par Calixte II l'an 1120.
Tel fur le premier état de l'ordre de Malthe. Ce premier grand-maître voyant que les revenus de l'hôpital surpassoient de beaucoup ce qui étoit nécessaire à l'entretien des pauvres pélerins & des malades, crut devoir employer le surplus à la guerre contre les infideles. Il s'offrit donc dans cette vûe au roi de Jérusalem ; il sépara ses hospitaliers en trois classes : les nobles qu'il destina à la profession des armes pour la défense de la foi & la protection des pélerins ; les prêtres ou chapelains pour faire l'office ; & les freres servans qui n'étoient pas nobles, furent aussi destinés à la guerre. Il régla la maniere de recevoir les chevaliers ; & tout cela fut confirmé l'an 1130 par Innocent II. qui ordonna que l'étendard de ces chevaliers seroit une croix blanche pleine, en champ de gueules, laquelle fait encore les armes de cet ordre.
Après la perte de Jérusalem, ils se retirerent d'abord à Margat, ensuite à Acre qu'ils défendirent avec beaucoup de valeur l'an 1290, après la perte entiere de la Terre-sainte. L'an 1291 les hospitaliers avec Jean de Villiers, leur grand-maître, se retirerent dans l'île de Chypre, où le roi Gui de Lusignan qu'ils y avoient suivi, leur donna la ville de Limisson ; ils y demeurerent environ dix-huit ans. En 1308 ils prirent l'île de Rhodes sur les Sarrasins, & s'y établirent ; ce n'est qu'alors qu'on commença à leur donner le nom de chevaliers, on les appella chevaliers de Rhodes, equites Rhodii. Andronic, empereur de Constantinople, accorda au grand-maître Foulque de Villaret l'investiture de cette île. L'année suivante, secourus par Amedée IV. comte de Savoie, ils se défendirent contre une armée de Sarrasins, & se maintinrent dans leur île. En 1480 le grand-maître d'Aubusson la défendit encore contre Mahomet II. & la conserva, malgré une armée formidable de Turcs, qui l'assiégea pendant trois mois ; mais Soliman l'attaqua l'an 1522 avec une armée de trois cent mille combattans, & la prit le 24 Décembre, après que l'ordre l'eut possédée 213 ans. Après cette perte, le grand-maître & les chevaliers allerent d'abord en l'île de Candie, puis le pape Adrien VI. & son successeur Clément VII. leur donnerent Viterbe, enfin Charles-Quint leur donna l'île de Malthe qu'ils ont encore ; c'est de-là qu'ils ont pris le nom de chevaliers de Malthe ; mais leur véritable nom c'est celui de chevaliers de l'ordre de saint Jean de Jérusalem, & le grand-maître dans ses titres prend encore celui de maître de l'hôpital de saint Jean de Jérusalem, & gardien des pauvres de notre Seigneur Jesus-Christ. Les chevaliers lui donnent le titre d'éminence, & les sujets celui d'altesse.
L'ordre de Malthe ne possede plus en souveraineté que l'île de Malthe, & quelques autres petits endroits aux environs, dont les principaux sont Gose & Comnio. Le gouvernement est monarchique & aristocratique ; monarchique sur les habitans de Malthe & des îles voisines, & sur les chevaliers, en tout ce qui regarde la regle & les statuts de la religion ; aristocratique dans la décision des affaires importantes, qui ne se fait que par le grand-maître & le chapitre. Il y a deux conseils ; l'un ordinaire, qui est composé du grand-maître, comme chef des grands-croix ; l'autre complet, qui est composé de grand-croix, & des deux plus anciens chevaliers de chaque langue.
Par les langues de Malthe, on entend les différentes nations de l'ordre ; il y en a huit : Provence, Auvergne, France, Italie, Aragon, Allemagne, Castille & Angleterre. Le pilier (comme on dit) de la langue de Provence est grand-commandeur ; celui de la langue d'Auvergne est grand-maréchal ; celui de France est grand hospitalier ; celui d'Italie est grand-amiral ; celui d'Aragon grand-conservateur, ou drapiers, comme on disoit autrefois. Le pilier de la langue d'Allemagne est grand-bailli ; celui de Castille grand-chancellier. La langue d'Angleterre, qui ne subsiste plus depuis le schisme d'Henri VIII. avoit pour chef le turcopolier ou colonel de cavalerie. La langue de Provence est la premiere, parce que Raymond du Puy, premier grand-maître & fondateur de l'ordre, étoit provençal.
Dans chaque langue il y a plusieurs grands prieurés & bailliages capitulaires. L'hôtel de chaque langue s'appelle auberge, à cause que les chevaliers de ces langues y vont manger & s'y assemblent d'ordinaire. Chaque grand-prieuré a un nombre de commanderies : les commanderies sont ou magistrales, ou de justice, ou de grace. Les magistrales sont celles qui sont annexées à la grande-maîtrise ; il y en a une en chaque grand-prieuré. Voyez MAGISTRAT. Leurs commanderies de justice sont celles qu'on a par droit d'ancienneté, ou par améliorissement. L'ancienneté se compte du jour de la réception, mais il faut avoir demeuré cinq ans à Malthe, & avoir fait quatre caravanes ou courses contre les Turcs & les corsaires. Les commanderies de grace sont celles que le grand-maître ou les grands-prieurs ont droit de conserver ; ils en conservent une tous les cinq ans, & la donnent à qui il leur plaît. On compte en France deux cent quarante commanderies de Malthe.
Les chevaliers nobles sont appellés chevaliers de justice, & il n'y a qu'eux qui puissent être baillis, grands-prieurs & grands maîtres. Les chevaliers de grace sont ceux qui n'étant point nobles, ont obtenu, par quelques services importans ou quelque belle action, la faveur d'être mis au rang des nobles. Les freres servans sont de deux sortes : 1°. les freres servans d'armes dont les fonctions sont les mêmes que celles des chevaliers ; & les freres servans d'église, dont toute l'occupation est de chanter les louanges de Dieu dans l'église conventuelle, & d'aller chacun à son tour servir d'aumônier sur les vaisseaux & sur les galeres de la religion. Les freres d'obédience sont des prêtres, qui, sans être obligés d'aller à Malthe, prennent l'habit de l'ordre, en font les voeux, & s'attachent au service de quelqu'une des églises de l'ordre sous l'autorité d'un grand-prieur ou d'un commandeur auquel ils sont soumis. Les chevaliers de majorité sont ceux qui, suivant les statuts, sont reçus à 16 ans accomplis. Les chevaliers de minorité sont ceux qui sont reçus dès leur naissance ; ce qui ne se peut faire sans dispense du pape. Les chapelains ne peuvent être reçus que depuis dix ans jusqu'à quinze : après quinze ans, il faut un bref du pape ; jusqu'à quinze ans, il ne faut qu'une lettre du grand-maître, on les nomme diaco ; ils font preuves qu'ils sont d'honnête famille, ils payent à leur réception une somme qu'on nomme droit de passage, & qui est de cent écus d'or.
Pour les preuves de noblesse dans le prieuré d'Allemagne, il faut 16 quartiers. Dans les autres, il suffit de remonter jusqu'au bisayeul paternel ou maternel.
Tous les chevaliers sont obligés, après leur profession, de porter sur le manteau ou sur le juste-au-corps, du côté gauche, la croix de toile blanche à huit pointes, c'est la véritable marque de l'ordre.
Les chevaliers de Malthe sont reçus dans l'ordre de S. Jean de Jerusalem en faisant toutes les preuves de noblesse requises par les statuts ou avec quelque dispense. La dispense s'obtient du pape par un bref, ou du chapitre général de l'ordre, & est ensuite entérinée au sacré conseil. Les dispenses ordinairement se donnent pour quelques quartiers où la noblesse manque principalement du côté maternel. Les chevaliers sont reçus ou d'âge ou de minorité ou pages du grand-maître. L'âge requis par les statuts est de seize ans complets pour entrer au noviciat à dix-sept ans, & faire profession à dix-huit.
Celui qui souhaite d'être reçu dans l'ordre, doit se présenter en personne au chapitre ou à l'assemblée du grand-prieuré dans l'étendue duquel il est né. Le chapitre du grand-prieuré de France se tient tous les ans au temple à Paris, le lendemain de la S. Barnabé, c'est-à-dire le 12 de Juin, & dure huit jours, & l'assemblée se fait à la S. Martin d'hiver. Le présenté doit apporter son extrait baptistaire en forme authentique ; le mémorial de ses preuves, contenant les extraits des titres qui justifient sa légitimation & sa noblesse, ainsi que celle des quatre familles du côté paternel & maternel. Il doit joindre à ces pieces le blason & les armes de sa famille peint avec ses émaux & couleurs sur du velin. Lorsqu'il est admis, la commission pour faire ses preuves lui est délivrée par le chancelier du grand-prieuré. Si le pere ou la mere ou quelqu'un des ayeux est né dans un autre grand-prieuré, le chapitre donne une commission rogatoire pour y faire les preuves nécessaires.
Ces preuves de noblesse se font par titres & contrats, par témoins & épitaphes, titres, & autres monumens. Les commissaires font aussi une enquête, si les parens du présenté n'ont point dérogé à leur noblesse par marchandise, trafic ou banque ; & il y a à cet égard une exception pour les gentilshommes des villes de Florence, de Sienne & de Lucques, qui ne dérogent point en exerçant la marchandise en gros. Après que les preuves sont faites, les commissaires les rapportent au chapitre ou à l'assemblée ; & si elles y sont admises, on les envoie à Malthe, sous le sceau du grand prieur. Le présenté étant arrivé à Malthe, ses preuves sont examinées dans l'assemblée de la langue de laquelle est le grand-prieuré où il s'est présenté ; & si elles sont approuvées, il est reçu chevalier, & son ancienneté court de ce jour, pourvu qu'il paye le droit de passage qui est de deux cent cinquante écus d'or, & qu'il fasse profession aussi-tôt après le noviciat, autrement il ne compte son ancienneté que du jour de sa profession, si l'on suit à la lettre les statuts & les reglemens ; mais l'usage est que le retardement de profession ne nuit point à l'ancienneté. On ne peut néanmoins obtenir aucune commanderie sans l'avoir faite. On paye ordinairement le passage au receveur de l'ordre dans le grand prieuré. Les preuves sont quelquefois rejettées à Malthe ; & en ce cas, on rendoit autrefois la somme qui avoit été payée, mais depuis il a été ordonné, par de nouveaux decrets, qu'elle demeureroit acquise au trésor. Outre cette somme, le nouveau chevalier paye aussi le droit de la langue, qui est réglé suivant l'état & le rang où le présenté est reçu.
La réception des chevaliers de minorité qui, en vertu d'une bulle du grand-maître, sont ordinairement reçus à six ans, & par grace spéciale à cinq ans & au-dessous, exige d'autres formalités. Leur ancienneté court du jour porté par leur bulle de minorité, pourvû que leur passage soit payé un an après. On obtient d'abord le bref du pape à Rome, puis on poursuit l'expédition de la bulle à Malthe, le tout coûte environ 15 pistoles d'or. Le passage est de 1000 écus d'or pour le trésor, avec 50 écus d'or pour la langue, ce qui fait près de 4000 livres ; on ne les rend point, soit que les preuves soient refusées, soit que le présenté change de résolution, ou meure avant sa réception. Le privilege du présenté de minorité est qu'il peut demander une assemblée extraordinaire pour y obtenir une commission afin de faire ses preuves, ou pour les présenter, sans attendre le chapitre ou l'assemblée provinciale. Il peut aller à Malthe dès l'âge de quinze ans y commencer son noviciat & faire profession à seize ; mais il n'est obligé d'y être qu'à vingt-cinq ans pour faire profession à vingt-six au plus tard, à faute de quoi il perd son ancienneté, & ne la commence que du jour de sa profession. Dès que ses preuves sont reçues, il peut porter la croix d'or, que les autres ne doivent porter qu'après avoir fait leurs voeux.
A l'égard des chevaliers-pages, le grand-maître en a seize qui le servent depuis douze ans jusqu'à quinze ; & à mesure qu'il en sort, d'autres les remplacent. Après avoir obtenu de son éminence leur lettre de page, ils doivent se présenter au chapitre ou à l'assemblée provinciale, pour obtenir commission de faire leurs preuves à l'âge d'onze ans. Lorsqu'elles sont admises, ils vont à Malthe faire leur service ; à quinze ans ils commencent leur noviciat, & font profession à seize. Leur passage est de deux cent cinquante écus d'or, & on ne le rend point si leurs preuves sont rejettées. Leur ancienneté court du jour qu'ils entrent en service.
Les chapelains, diacos & freres servans peuvent être gentilshommes ou nobles de nouvelle création ; mais ce n'est pas une condition essentielle ; il suffit qu'ils soient d'une famille honnête. Il y a aussi des servans d'office employés à Malthe au service de l'hôpital, & à de semblables fonctions ; des donnés ou demi-croix qui sont mariés, & qui portent une croix d'or à trois branches ; celle des chevaliers en a quatre, aussi-bien que celle des chapelains & des servans d'armes ; mais ceux-ci ne la portent que par permission du grand-maître.
Outre la croix octogone de toile, qui est la marque de l'ordre, lorsque les chevaliers tant novices que profès, vont combattre contre les infideles, ils portent sur leur habit une soubreveste rouge, chargée devant & derriere d'une grande croix blanche sans pointes. L'habit ordinaire du grand-maître est une sorte de soutane de tapis ou de drap, ouverte par le devant, & liée d'une ceinture d'où pend une grosse bourse, pour marquer la charité envers les pauvres, suivant l'institution de l'ordre. Par-dessus ce vêtement il porte une robe de velours, ou plus communément un manteau à bec. Au-devant de la soutane, & sur la robe, vers la manche gauche, est une croix à huit pointes.
Depuis que la confession d'Augsbourg s'est introduite en Allemagne, les princes qui en embrassant cette religion, se sont appropriés les revenus ecclésiastiques, se sont aussi arrogé le droit de conférer les commanderies qui se trouvoient dans leurs pays, & de conférer l'ordre de S. Jean de Jérusalem à des hommes mariés qui portent la croix de Malthe ; mais l'ordre ne les reconnoît point pour ses membres. Bruzen de la Martin. addit. à l'Introduct. de l'histoire de l'univers par Puffendorf, tom. II.
Il y a aussi des religieuses hospitalieres de l'ordre de S. Jean de Jérusalem, aussi anciennes que les chevaliers, établies à Jérusalem en même tems qu'eux, pour avoir soin des femmes pélerines dans un hôpital différent de celui des hommes qui étoient reçus & soignés par les anciens hospitaliers, aujourd'hui chevaliers de Malthe.
MALTHE, terre de, (Hist. nat. Miner.) on compte deux especes de terre, à qui on donne le nom de terra melitensis ou de terre de Malthe ; l'une est une terre bolaire fort dense & fort pesante ; elle est très-blanche lorsqu'elle a été fraîchement tirée, mais en se séchant elle jaunit un peu. Elle est unie & lisse à sa surface, s'attache fortement à la langue, & se dissout comme du beurre dans la bouche ; elle ne fait point effervescence avec les acides, & l'action du feu ne change point sa couleur. On la regarde comme cordiale & sudorifique.
La seconde espece de terre de Malthe est calcaire, elle est fort legere & se réduit en poudre à l'air. Etant sechée, elle devient grisâtre & rude au toucher & friable ; elle fait effervescence avec les acides, & doit être regardée comme une espece de craie ou de marne. Le préjugé la fait regarder comme un grand remede contre la morsure des animaux venimeux. Ces deux especes de terre se trouvent dans l'île de Malthe qui leur a donné leur nom. Voyez Hill, hist. nat. des fossiles. (-)
|
| MALTHON | (Géog.) petite ville à marché d'Angleterre en Yorckshire : elle envoie ses députés au parlement. (D.J.)
|
| MALTOTE | LA, s. f. (Finances) se disoit des partisans qui recueillent les impositions. Quoiqu'il faille distinguer les maltotiers qui perçoivent des tributs qui ne sont pas dûs, de ceux qui ont pris en parti des contributions imposées par une autorité légitime ; cependant on est encore dans le préjugé que ces sortes de gens en général, ont par état le coeur dur ; parce qu'ils augmentent leur fortune aux dépens du peuple, dont la misere devient la source de leur abondance. D'abord ce furent des hommes qui s'assemblerent sans se connoître, qui se lierent étroitement par le même intérêt ; qui la plûpart sans éducation, se distinguerent par leur faste, & qui apporterent dans l'administration de leur emploi une honteuse & sordide avidité, avec la bassesse des vûes que donne ordinairement une extraction vile, lorsque la vertu, l'étude, la philosophie, l'amour du bien public, n'a point annobli la naissance. (D.J.)
|
| MALTRAITER | TRAITER MAL, (Grammaire) maltraiter dit quelque chose de pire que traiter mal ; il signifie outrager quelqu'un, soit de parole, soit de coups de mains ; il désigne à ces deux égards des traitemens violens ; & quand on marque la maniere du traitement violent, on se sert du mot maltraiter. Un brave homme ne se laisse point maltraiter par des injures. Des assassins l'ont si maltraité qu'on craint pour sa vie. Maltraiter dans le sens de faire mauvaise chere, ne se dit qu'au passif : comme, on est fort mal traité dans cette auberge ; nous allâmes dîner hier chez un gentilhomme, où nous fûmes fort mal traités. Traiter mal se dit figurément du jeu, de la fortune, &c. Le cavagnol me traite mal depuis huit jours. Ces remarques sont pour les étrangers, à qui notre langue n'est pas encore familiere.
|
| MALUA | (Géog.) M. Baudrand écrit Malvay, royaume d'Asie dans l'Indostan, où il fait partie des états du Mogol. Ce royaume est divisé en onze sarcars ou provinces, & en 250 petits parganas ou gouvernemens, qui rendent 99 lacks, & 6250 roupies de revenu au souverain. Le pays est fertile en grains, & commerce en toiles blanches & en toiles de couleurs. Ratipor en est la capitale. Le pere Catrou la nomme Malua, de même que le royaume. Il en établit la long. à 103. 50. & la lat. à 26.
|
| MALUM | (Anatomie) os malum, voyez POMMETTE.
|
| MALVA | (Géog. anc.) & dans Pline, Malvana, riviere de la Mauritanie tingitane, qui selon Antonin, séparoit les deux Mauritanies, la tingitane & la césariense. Marmol nomme cette riviere Maluya ; Casteld l'appelle Malulo ; M. Delisle écrit Meluya, & d'autres écrivent Molochat.
|
| MALVAZIA | ou MALVESIA, & par les François, MALVOISIE, (Géog.) petite île de la Grece, sur la côte orientale de la Morée. Elle n'est éloignée de la terre ferme que d'une portée de pistolet. On passoit dans le dernier siecle de l'une à l'autre sur un pont de pierre.
Le territoire de cette île n'a en tout que trois milles de circuit. Il ne peut donc contenir que la plus petite partie de ces vignes célebres, qui rapportent les vins clairets que nous nommons vins de Malvoisie. Mais ces plants fameux regnent & s'étendent à quelques lieues de-là, sur la côte opposée depuis la bourgade Agios Paulos, jusqu'à Porto della Botte.
On accouroit autrefois de tous les endroits de la Grece dans cette petite île, pour y adorer le dieu Esculape. Ce culte qui la rendoit si fameuse, y avoit été apporté par ceux d'Epidaure. Ils partirent du territoire d'Argos, pour venir fonder une colonie en ce lieu, & ils lui donnerent le nom de leur ancienne habitation.
Les Latins s'étant emparés de Constantinople, accorderent l'île de Malvoisie ou l'Epidaure, à un seigneur françois nommé Guillaume. Peu de tems après, Michel Paléologue s'en empara ; les Vénitiens la ravirent à Paléologue ; Soliman la reprit sur les Vénitiens en 1540, mais ils s'en rendirent de nouveau maîtres en 1690. La capitale de cette île se nomme aussi Malvasia, voyez-en l'article.
MALVAZIA, (Géog.) ville capitale située dans l'île de ce nom. Elle est sur la mer au pié d'un rocher escarpé, au sommet duquel est une forteresse. Il ne faut pas confondre cette ville avec Epidaurus, Limera, qu'on appelle aujourd'hui Malvasia la vieille, & dont les ruines subsistent à une lieue de-là. Parmi les ruines de cette ancienne ville, on voit encore les débris du temple d'Esculape, où l'on venoit autrefois de toute la terre pour obtenir la guérison des maladies les plus désespérées.
Le port de la nouvelle Malvazia n'est pas si bon que celui de l'ancienne, & ne mérite pas comme elle le surnom de Limera, néanmoins cette ville est assez peuplée. Les Grecs y ont un archevêque.
Le savant Arsenius, ami particulier du pape Paul III. & qui fit sa soumission à l'église romaine, a été le plus illustre dans cette place, à ce que disent les Latins ; mais sa mémoire est odieuse aux Grecs, qui prétendent qu'après sa mort, il devint broncolakas, c'est-à-dire que le démon anima son cadavre, & le fit errer dans tous les endroits où il avoit vécu. La nouvelle Malvazia est à 20 lieues S. E. de Misistra, & 30 S. O. d'Athènes. Soliman II. la prit sur les Vénitiens en 1540. Long. 41. 18. lat. 36. 59.
|
| MALVEILLANCE | & MALVEILLANT, (Gram.) qui a la volonté de faire du mal, ou plus exactement peut-être, qui veut mal à quelqu'un, par le ressentiment du mal qu'il a fait. D'où il paroît que la malveillance est toujours fondée, au lieu qu'il n'en est pas ainsi de la mauvaise intention. Il est facile aux ministres de tomber dans la malveillance du peuple, sur-tout lorsque les tems sont difficiles.
|
| MALVERSATION | S. f. (Jurisprudence) signifie toute faute grave commise en l'exercice d'une charge, commission, ou maniement de deniers. (A)
|
| MALVOISIE | (Botan.) la malvoisie est un raisin de Grece d'une espece particuliere, dont on faisoit le vin clairet, auquel il a donné son nom. On cueilloit les grappes avec soin, on ne prenoit que celles qui étoient parfaitement mûres pour les porter au pressoir. Quand le vin avoit suffisamment fermenté, on le tiroit en futailles, & l'on y jettoit de la chaux vive, afin qu'il se conservât pour le transporter dans tous les climats du monde.
L'ancien vin de malvoisie croissoit à Malvasia, petite île de Grece dans la mer qui baigne la partie orientale de la Morée. Il étoit encore un des plus célebres dans le siecle passé. On sait qu'Edouard IV. roi d'Angleterre, ayant condamné son frere Georges, duc de Clarence, à la mort, & lui ayant permis de choisir celle qui lui sembleroit la plus douce, ce prince demanda d'être plongé dans un tonneau de malvoisie, & finit ainsi ses jours. Ce vin de malvoisie ne venoit pas seulement à Malvasia & sur la côte opposée, on en recueilloit encore sous ce nom en Candie, à Lesbos, & en plusieurs autres îles de l'Archipel. Aujourd'hui nous ne le goutons plus, la mode en est passée. Ce que nous nommons vin de malvoisie n'est point un vin de Grece, c'est un vin qui se recueille dans le royaume de Naples, ou une espece de vin muscat de Provence, qu'on cuit jusqu'à l'évaporation du tiers, & dont on fait peu de consommation.
Le vin de malvoisie des anciens Grecs n'est point celui que les Latins appelloient Arvisium vinum, comme le dit le dictionnaire de Trévoux ; c'est le vin d'Arvis, montagne de l'île de Scio, qui portoit ce nom. (D.J.)
MALVOISIE, vinum malvaticum, (Diete & Mat. med.) espece de vin de liqueur souvent demandé dans les pharmacopées pour certaines compositions officinales, & que les Medecins prescrivent aussi spécialement quelquefois comme remede magistral.
Ce vin ne possede d'autre qualité réelle que les vertus communes des vins de liqueur. Voyez l'article VIN, Diete & Mat. med. (b)
|
| MAMACUNAS | (Hist. mod. culte) c'est le nom que les Péruviens, sous le gouvernement des Incas, donnoient aux plus âgées des vierges consacrées au soleil ; elles étoient chargées de gouverner les vierges les plus jeunes. Ces filles étoient consacrées au soleil dès l'âge de huit ans ; on les renfermoit dans des cloitres, dont l'entrée étoit interdite aux hommes ; il n'étoit point permis à ces vierges d'entrer dans les temples du soleil, leur fonction étoit de recevoir les offrandes du peuple. Dans la seule ville de Cusco on comptoit mille de ces vierges. Tous les vases qui leur servoient étoient d'or ou d'argent. Dans les intervalles que leur laissoient les exercices de la religion, elles s'occupoient à filer & à faire des ouvrages pour le roi & la reine. Le souverain choisissoit ordinairement ses concubines parmi ces vierges consacrées ; elles sortoient de leur couvent lorsqu'il les faisoit appeller ; celles qui avoient servi à ses plaisirs ne rentroient plus dans leur cloitre, elles passoient au service de la reine, & jamais elles ne pouvoient épouser personne ; celles qui se laissoient corrompre étoient enterrées vives, & l'on condamnoit au feu ceux qui les avoient débauchées.
|
| MAMADEBAD | ou MAMED-ABAD, (Géog.) petite ville d'Asie dans l'Indostan, à cinq lieues de Nariad. Ses habitans sont Banians, & font un grand trafic en fil & coton. (D.J.)
|
| MAMANGA | S. m. (Bot. exot.) arbrisseau fort commun au Brésil, décrit par Pison dans son histoire naturelle du pays. Sa feuille approche de celle du citronnier, mais elle est plus molle & un peu plus longue ; ses fleurs sont jaunes, attachées à des queues, & pendantes. Il leur succede des siliques oblongues, vertes d'abord, noires ensuite, qui se pourrissent aisément. Elles sont remplies de semences. Ses fleurs passent pour être détersives & vulnéraires. On tire de ses gousses un suc huileux, propre à amollir & à faire résoudre les abscès. (D.J.)
|
| MAMBR | ou MAMRé, (Hist. eccles.) c'est le nom d'une vallée très-fertile & fort agréable dans la Palestine, au voisinage d'Hébron, & à 31 milles environ de Jérusalem. M. Moréry, je ne sais sur quel fondement, en fait une ville : à la vérité, l'épithete de ville fertile prouve que c'est ou une faute d'impression, ou d'inadvertance de sa part ; ce lieu est célebre dans l'Ecriture sainte, par le séjour que le patriarche Abraham y fit sous des tentes, après s'être séparé de son neveu Loth, & plus encore par la visite qu'il y reçut des trois anges ou messagers célestes, qui vinrent lui annoncer la miraculeuse naissance d'Isaac.
Le chêne, ou plutôt (comme le prétendent presque tous les commentateurs, on ne sait trop pourquoi) le térébinthe, sous lequel le patriarche reçut les anges, a été en grande vénération dans l'antiquité chez les Hébreux ; S. Jérôme assûre qu'on voyoit encore de son tems, c'est-à-dire sous l'empire de Constance le jeune, cet arbre respectable ; &, si l'on en croit quelques voyageurs ou pélerins, quoique le térébinthe ait été détruit, il en a repoussé d'autres de sa souche qu'on montre, pour marquer l'endroit où il étoit. Les rabbins qui ont l'art, comme on le sait, de répandre du merveilleux sur tout ce qui a quelque rapport avec l'histoire de leur nation, & sur-tout à celle de leurs peres, ont prétendu que le térébinthe de Mambré étoit aussi ancien que le monde. Josephe de Bello, lib. V. cap. vij. Et bientôt après par un nouveau miracle, qui difficilement peut s'accorder avec ce prodige, les judicieux rabbins disent que cet arbre étoit le bâton d'un des trois anges, qui ayant été planté en terre, y prit racine & devint un grand arbre. Eustach. ab Allatio edit. Honoré de la présence des anges & du Verbe éternel, il devoit participer à la gloire du buisson ardent d'Horeb. Jul. Afric. apud Syncell. Aussi les rabbins n'ont point manqué de dire que quand on mettoit le feu à ce térébinthe, tout-d'un-coup il paroissoit enflammé ; mais qu'après avoir éteint le feu, l'arbre restoit sain & entier comme auparavant. Sanute (in sacret. fid. crucis, p. 228.) fait au térébinthe de Mamré le même honneur qu'au bois de la vraie croix, & assûre qu'on montroit de son tems le tronc de cet arbre, dont on arrachoit des morceaux, auxquels on attribuoit les plus grandes vertus. Au reste, Josephe, saint Jérôme, Eusebe, Sozomene, qui parlent tous de ce vénérable térébinthe, comme existant encore de leurs jours, le placent à des distances toutes différentes de la ville d'Hébron.
Mais ce qui est digne d'observation, c'est que le respect particulier qu'on avoit, soit pour le térébinthe, soit pour le lieu où il étoit, y attira un si grand concours du peuple, que les Juifs naturellement fort portés au commerce & trafic, en prirent occasion d'y établir une foire qui devint très-fameuse dans la suite. Et saint Jérôme (Hier. in Jerem. XXXI. & in Zach. X.) assûre qu'après la guerre qu'Adrien fit aux Juifs, on vendit à la foire de Mambré grand nombre de captifs juifs, qu'on y donna à un prix très-vil ; & ceux qui ne furent point vendus, furent transportés en Egypte, ou, pour la plûpart, ils périrent de maux & de misere.
Le juif, partagé entre la superstition & l'agiotage, sut accréditer les foires de Mambré, en y intéressant la dévotion, & les convertissant, en quelque sorte, en des fêtes religieuses, ce qui y attira nonseulement les marchands & les dévots du pays, mais aussi ceux de Phénicie, d'Arabie, & des provinces voisines. La diversité de religion ne fut point un obstacle à la fréquentation d'un lieu où l'on pouvoit satisfaire tout-à-la-fois, sa piété, son goût pour les plaisirs, son amour pour le gain. La fête de Mambré se célébrant en été, le térébinthe d'Abraham devint le rendez-vous des Juifs, des Chrétiens, & même des Payens.
Les Juifs venoient y vénérer la mémoire de leur grand patriarche Abraham : les chrétiens orientaux persuadés que celui des trois anges qui avoit porté la parole, étoit le Verbe éternel, y alloient avec ce respect religieux qu'ils ont pour ce divin chef & consommateur de leur foi. Quant aux Payens, dont toute la Mythologie consistoit en des apparitions de divinités ou venues de Dieu sur la terre, pleins de vénération pour ces messagers célestes qu'ils regardoient comme des dieux ou des démons favorables, ils leur éleverent des autels, & leur consacrerent des idoles ; ils les invoquoient, suivant leurs coutumes, au milieu des libations de vin, avec des danses, des chants d'allégresse & de triomphe, leur offroient de l'encens, &c. Quelques-uns immoloient à leur honneur un boeuf, un bouc ; d'autres un mouton, un coq même, chacun suivant ses facultés, le caractere de sa dévotion & l'esprit de ses prieres. Sozomene, qui détaille dans le liv. II. chap. iv. de son histoire ce qui concerne la fête de Mambré, n'est point clair ; & sur ces diverses pratiques religieuses & sur l'intention de ceux qui les remplissoient, il se contente de dire que ce lieu étoit chez les anciens dans la plus grande vénération ; que tous ceux qui le fréquentoient étoient dans une appréhension religieuse de s'exposer à la vengeance divine en le profanant, qu'ils n'osoient y commettre aucune espece d'impureté, ni avoir de commerce avec les femmes ; que celles-ci fréquentoient ces foires avec la plus grande liberté, mieux parées qu'elles ne l'étoient d'ordinaire dans les autres occasions publiques, où leur honneur n'avoit pas les mêmes sauvegardes que sous le sacré térébinthe.
Mais ces beaux témoignages que ces deux divers auteurs rendent à la prétendue sainteté des fêtes de Mambré, sont contredits, par ce qu'ils ajoutent que les dévots qui les fréquentoient nourrissoient avec soin pendant toute l'année ce qu'ils avoient de meilleur pour s'en régaler avec leurs amis, & faire le festin de térébinthe ; comment, au milieu de la joie de ces repas en quelque sorte publics, puisque les deux sexes y étoient admis ; comment, dans un simple campement, sans aucun édifice, & où les hommes & les femmes campoient pêle-mêle, puisqu'il n'y avoit d'autres maisons que celle où l'on prétendoit qu'Abraham avoit logé ; comment, dis-je, au milieu de ces plaisirs bruyans, & dans ces circonstances ceux qui assistoient à ces fêtes pouvoient-ils garder la décence ou la retenue qu'exigeoit la sainteté du lieu ? C'est ce qui paroît peu croyable, surtout si l'on considere le concours de dévots de diverses religions ; & que, comme le dit un auteur, (Sozom. suprà citat.) personne ne puisoit pendant la fête de l'eau du puits de Mambré, parce que les Payens en gâtoient l'eau, en y jettant, par superstition, du vin, des gâteaux, des pieces de monnoie, des parfums secs & liquides, & tenant, par dévotion, un grand nombre de lampes allumées sur ses bords.
Mais ce qui détruit entierement l'idée de sainteté de la fête de Mambré, ou qui prouve que du moins du tems de Constantin les choses avoient extrêmement dégénéré ; c'est ce que rapportent plusieurs auteurs (Socrat. liv. I. c. xviij. Eusebe de vita Constant. l. III. c. lij. Soz. &c.) qu'Eutropia, syrienne de nation, mere de l'impératrice Fausta, s'étant rendue en Judée pour accomplir un voeu, & ayant passé par Mambré, témoin oculaire de toutes les superstitions de la fête, & de toutes les horreurs qui s'y passoient, en écrivit à l'empereur Constantin son gendre, qui ordonna tout de suite au comte Acace de faire brûler les idoles, de renverser les autels, & de châtier, selon l'exigence du cas, ceux qui, après sa défense, seroient assez hardis pour commettre encore sous le térébinthe quelques abominations ou impiétés ; il ordonna même, ajoutent ces auteurs, qu'on y bâtît une église très-belle, & que les évêques veillassent de près à ce que toutes choses s'y passassent dans l'ordre. Eusebe (de vita Constantini, lib. III. cap. lij.) prétend que c'est à lui que la lettre de l'empereur fut adressée, que ce fut lui qui fut chargé du soin de faire exécuter ses ordres.
|
| MAM | ou MAMELOS, (Hist. nat. Bot.) arbrisseau du Japon, dont les branches sont longues & droites, le bois dur, mais léger, jaunâtre, & plein de moëlle ; ses feuilles ressemblent à celles du cerisier ; ses fleurs sont blanches, pendantes, sans pédicules, ordinairement à huit pétales, qui sont joints en forme de cloche & de longueur inégale.
|
| MAMEI | (Botan.) genre de plante à fleur en rose, composée de plusieurs pétales disposés en rond. Il s'éleve du fond du calice un pistil, qui devient dans la suite un fruit presque sphérique, pointu, charnu, & qui contient une ou plusieurs semences calleuses. Plumier, nova plant. amer. gen. Voyez PLANTE.
|
| MAMELON | S. m. (Anatom.) en anglois nipple. On appelle mamelon le tubercule ou bouton qui s'éleve du centre de l'aréole de la mamelle ; son volume est différent selon l'âge & le tempérament en général, & selon les différens états du sexe en particulier. Dans les femmes enceintes & dans celles qui alaitent, il est d'un volume assez considérable, ordinairement plus en hauteur ou longueur qu'en largeur ou épaisseur. Il y en a qui l'ont très-court, ce qui est très-incommode à l'enfant qui tette.
Le tissu du mamelon est caverneux, élastique, & sujet à des changemens de consistance, en fermeté & en flaccidité. Il paroît composé de plusieurs faisceaux ligamenteux, dont les extrémités forment la base & la sommité du mamelon ; ces faisceaux paroissent être légerement plissés dans toute la longueur de leurs fibres : de sorte qu'en le tirant & l'allongeant on en efface les plissures, qui reviennent aussi-tôt qu'on cesse de tirer.
Entre les faisceaux élastiques sont placés, par de petits intervalles & dans la même direction, sept ou huit tuyaux particuliers, qui du côté de la base du mamelon aboutissent à un confluent irrégulierement circulaire des conduits laiteux ; & du côté de la sommité du même mamelon s'ouvrent par autant de petits trous presque imperceptibles. Ces tuyaux étant étroitement liés avec les faisceaux élastiques, se plissent de même.
Le corps du mamelon est enveloppé d'une production cutanée extrêmement mince, & de l'épiderme ; la surface externe du mamelon est fort inégale, par quantité de petites éminences & rugosités irrégulieres dont celles du contour & de la circonférence du mamelon se trouvent en quelques sujets avoir un arrangement transversal ou annulaire, quoique très-interrompu & comme entrecoupé.
Cette direction paroît dépendre de la plissure élastique des faisceaux dont je viens de parler, & on peut par cette simple structure expliquer comment les enfans en suçant le mamelon, & les paysannes en tirant les pis de la vache, font sortir le lait ; car les tuyaux excrétoires étant ridés conformément aux plis des faisceaux, ces rides, comme autant de valvules, s'opposent à la sortie du lait, dont les conduits laiteux sont remplis : au lieu que le mamelon étant tiré & allongé, ces tuyaux perdent leurs plis & présentent un passage tout droit. Ajoûtez ici que si l'on tire avec quelque violence, on allonge en même tems le corps de la mamelle, d'où résulte un retrécissement latéral qui presse le lait vers les tuyaux ouverts. On peut encore, en comprimant seulement le corps de la mamelle, presser le lait vers le mamelon, & forcer le passage par les tuyaux.
Comme la substance du mamelon est caverneuse, de même que celle du pénil, c'est pour cette raison qu'il grossit & se releve quand on le manie, que les impressions de l'amour agissent, & que les enfans tetent ; outre que cette partie est composée de vaisseaux sanguins très-nombreux, de tuyaux lactés, & d'une épiderme sensible qui le couvre, les trous & les orifices des tuyaux lactés sont au nombre de sept, huit, dix, & paroissent bien dans les nourrices : l'aréole qui est parsemée de glandes est d'un rouge vif dans les jeunes filles ; il devient d'une couleur plus obscure dans les femmes mariées, & livide dans les vieilles. Hollier a vu un double mamelon dans une seule mamelle, & le lait découloit de chacun de ces deux mamelons.
Quand le mamelon dans une jeune femme nouvellement accouchée est si petit & si enfoncé dans le corps de la mamelle, que l'enfant ne peut s'en saisir pour teter, il faut alors se servir d'un enfant plus âgé, plus fort, d'un adulte, d'un instrument de verre à teter, de la partie supérieure d'une pipe à fumer, &c.
Les femmes en couches qui nourrissent leurs enfans sont assez fréquemment affligées de gerçures & d'ulcérations douloureuses au mamelon : on le frottera du mucilage de semence de coings, d'huile de myrrhe par défaillance, ou l'on fera tomber dessus le mamelon à-travers une mousseline, un peu de poudre fine de gomme adraganth : on tâchera d'empêcher le mamelon de s'attacher au linge ; c'est pourquoi lorsque l'enfant aura tetté, on lavera le mamelon avec une solution d'un peu de sucre de saturne dans de l'eau de plantain, & on appliquera dessus un couvercle d'ivoire ou de cire blanche fait exprès. (D.J.)
MAMELONS de la langue, (Anat.) sont des petites éminences de la langue, qu'on appelle ainsi parce qu'elles ressemblent au petit bout des mamelles. Voyez LANGUE.
De la tunique papillaire de la langue s'élevent quantité de mamelons nerveux qui, pénétrant les substances visqueuses qui sont au-dessus, se terminent à la surface de la langue. Voyez PAPILLAIRE.
C'est par le moyen de ces mamelons que la langue est supposée avoir la faculté du goût. Voyez GOUT.
MAMELONS, (Hist. nat. Minéral.) c'est ainsi que l'on nomme des concrétions pierreuses & minérales, dont les surfaces présentent des especes de tubercules ou d'excrescences, assez semblables au bout d'un téton. Plusieurs pierres & incrustations prennent cette forme ; on la remarque pareillement dans plusieurs mines métalliques, sur-tout dans l'hématite, dans quelques pyrites qui ont la forme d'une grappe de raisin, &c. (-)
MAMELON, s. m. (Conchyliol.) Ce mot se dit, en Conchyliologie, de toutes sortes de tubercules qui se trouvent sur les coquillages, & en particulier de la partie ronde & élevée qui se voit sur la robe des oursins, de laquelle le petit bout s'engrene dans les pointes ou piquans dont la coquille de cet animal est revêtue. (D.J.)
MAMELON, (Jardinage) c'est le bouton d'un fruit.
MAMELON, (Art méchaniq.) c'est l'extrémité arrondie de quelques pieces de fer ou de bois. Le mamelon se place & se meut dans la lumiere. La lumiere est la cavité où il est reçu. Ainsi le mamelon d'un gond est la partie qui entre dans l'oeil de la pentiere ; le mamelon d'un treuil est l'extrémité aiguë de l'arbre, sur laquelle il tourne.
|
| MAMERCUS | (Mythol.) surnom que les Sabins donnoient à Mars, & qui passa dans la suite des tems à la famille Emilia.
|
| MAMERS | Mamerciae, (Géog.) ancienne petite ville de France, dans le Maine, sur la Dive. Long. 18. 1. latit. 48. 20.
|
| MAMERTINS | LES, (Géog. anc.) en latin Mamertini, ancien peuple d'Italie dans la Campanie. Ils passerent en Sicile sous Agathocle, & s'établirent à Messine, dont ils se rendirent maîtres ; & comme ce pays est fertile en excellent vin, ce vin s'appelloit chez les Romains Mamertinum vinum ; c'est encore à cause d'eux qu'on nommoit le Fare de Messine, Mamertinum fretum.
|
| MAMERTIUM | (Géog. anc.) Strabon écrit ainsi, Mamertium, ancienne ville de la grande Grèce dans les terres, au pays des Brutiens. On l'appelle aujourd'hui Martorano. (D.J.)
|
| MAMIRA | (Pharmac.) nom d'un ingrédient de l'antidote, que Myrepse & quelques autres anciens appellent, antidote du prophete Esdras.
|
| MAMITOUS | S. f. (Hist. mod. superstition) c'est le nom que les Algonquins, peuple sauvage de l'Amérique septentrionale, donnent à des génies ou esprits subordonnés au Dieu de l'univers. Suivant eux, il y en a de bons & de mauvais ; chaque homme a un de ces bons génies qui veille à sa défense & à sa sûreté ; c'est à lui qu'il a recours dans les entreprises difficiles & dans les périls pressans. On n'acquiert en naissant aucun droit à ses faveurs, il faut pour cela savoir manier l'arc & la fleche ; & il faut que chaque sauvage passe par une espece d'initiation, avant que de pouvoir mériter les soins de l'un des manitous. On commence par noircir la tête du jeune sauvage, ensuite on le fait jeûner rigoureusement pendant huit jours, afin que le génie qui doit le prendre sous sa protection se montre à lui par des songes, ce qui peut aisément arriver à un jeune homme sain dont l'estomac demeure vuide ; mais on se contente des symboles, qui sont ou une pierre, ou un morceau de bois, ou un animal, &c. parce que, selon les sauvages, il n'est rien dans la nature qui n'ait un génie particulier. Quand le jeune sauvage a connu ce qu'il doit regarder comme son génie tutélaire, on lui apprend l'hommage qu'il doit lui rendre. La cérémonie se termine par un festin, & il se pique sur quelque partie du corps la figure du manitou qu'il a choisi. Les femmes ont aussi leurs manitous. On leur fait des offrandes & des sacrifices, qui consistent à jetter dans les rivieres des oiseaux égorgés, du tabac, &c. on brûle les offrandes destinées au soleil ; quelquefois on fait des libations accompagnées de paroles mystérieuses. On trouve aussi des colliers de verre, du tabac, du maïz, des peaux, des animaux & sur-tout des chiens, attachés à des arbres & à des rochers escarpés, pour servir d'offrandes aux manitous qui président à ces lieux. Quant aux esprits malfaisans, ou leur rend les mêmes hommages, dans la vûe de détourner les maux qu'ils pourroient faire. Les Hurons désignent ces génies sous le nom d'okkisik.
|
| MAMMAIRE | adj. en Anatomie, se dit des parties relatives aux mammelles. Voyez MAMMELLES.
L'artere mammaire interne vient de la partie anterieure de la souclaviere, descend le long de la partie latérale interne du sternum, & va se perdre dans le muscle droit du bas-ventre ; elle communique avec la mammaire externe, avec les arteres intercostales & l'artere épigastrique. Voyez EPIGASTRIQUE, &c.
L'artere mammaire externe. Voyez THORACHIQUE.
|
| MAMMELLE | ou MAMELLE, s. f. (Anat. & Physiol.) en latin mamma, partie du corps humain plus ou moins élevée, charnue, glanduleuse, posée extérieurement vers les deux côtés de la poitrine.
On donne le nom de mammelles à deux éminences plus ou moins rondes, situées à la partie antérieure & un peu latérale de la poitrine, de maniere que leur centre est à-peu-près vis-à-vis l'extrémité osseuse de la sixieme des vraies côtes de chaque côté. Elles varient en volume & en forme, selon l'âge & le sexe.
Dans les enfans de l'un & de l'autre sexe, & dans les hommes de tout âge, elles ne sont pour l'ordinaire que des tubercules cutanés, comme des verrues mollasses, plus ou moins rougeâtres, qu'on appelle mamelons, & qui sont environnés chacun d'un petit cercle ou disque médiocrement large, très-mince, d'une couleur plus ou moins tirant sur le brun, & d'une surface inégale. On l'appelle aréole.
Dans les femmes, à l'âge d'adolescence, plûtôt ou plus tard, il se joint à ces deux parties une troisieme, comme une grosseur ou protubérance plus ou moins convexe & arrondie, dont la largeur va jusqu'à cinq ou six travers de doigts, & qui porte à-peu-près au milieu de sa convexité le mamelon & l'aréole. C'est ce qui est proprement appellé mammelle, & que l'on peut nommer aussi le corps de la mammelle, par rapport à ses deux autres parties. Ce corps augmente avec l'âge, acquiert beaucoup de volume dans les femmes grosses, & dans celles qui nourrissent. Il diminue aussi dans la vieillesse, qui lui fait perdre de même sa fermeté & sa consistance naturelles.
Le corps de la mammelle est en partie glanduleux & en partie graisseux. C'est un corps glanduleux entremêlé de portions de la membrane adipeuse, dont les pellicules cellulaires soutiennent un grand nombre de vaisseaux sanguins, de vaisseaux lymphatiques, de conduits séreux & laiteux, avec plusieurs petites grappes glanduleuses qui en dépendent, le tout fermement arrêté entre deux membranes qui sont la continuation des pellicules.
La plus interne de ces deux membranes & qui fait le fond du corps de la mammelle, est épaisse, presque plate, & attachée au muscle du grand pectoral. L'autre membrane ou l'externe est plus fine, & forme au corps de la mammelle une espece de tégument particulier, plus ou moins convexe, & elle est fortement adhérente à la peau.
Le corps graisseux ou adipeux de la mammelle en particulier est un peloton spongieux, entrelardé plus ou moins de graisse. C'est un amas de pellicules membraneuses, qui forment ensemble, par l'arrangement de leurs faces externes, comme une membrane particuliere en maniere de sac, dans lequel tout le reste du corps graisseux est renfermé. La portion externe de ce sac, c'est-à-dire celle qui touche la peau est fort mince, au lieu que l'autre qui est contre le muscle grand pectoral est fort épaisse.
Le corps glanduleux renferme une masse blanche, qui n'est qu'un amas de conduits membraneux étroits en leur origine, larges dans le milieu, qui accompagnent principalement la masse blanche & se retrécissent derechef en allant au mamelon, vers lequel ils font une espece de cercle de communication ; on les appelle conduits laiteux.
Le disque ou cercle coloré est formé par la peau, dont la surface interne soutient quantité de petits corps glanduleux de cette espece, que M. Morgagny appelle glandes sébacées. Ils paroissent assez visiblement dans toute l'aréole, même en-dehors, où ils font de petites éminences plates qui s'élevent d'espace en espace comme des monticules tout autour, dans l'étendue du cercle ou du disque.
Ces monticules ou tubercules sont percés d'un petit trou, par lequel on peut faire sortir une matiere sébacée. Quelquefois on en exprime une liqueur séreuse, d'autrefois une sérosité laiteuse, ou même du lait tout pur, sur-tout dans les nourrices.
Ce fait donne à penser que ces tubercules communiquent avec les conduits laiteux, & qu'on pourroit les regarder comme de petits mamelons auxiliaires qui suppléent un peu aux vrais mamelons. Les matieres ou liqueurs différentes qu'on peut exprimer successivement d'un même corps glanduleux, donnent encore lieu de croire que le fond de ces petits trous est commun à plusieurs autres plus petits.
On voit par ce détail que la substance des mammelles est composée de plusieurs choses différentes. 1°. On trouve les tégumens communs qui sont l'épiderme, une peau tendre & une quantité considérable de graisse. 2°. On trouve une substance particuliere, blanche, qui paroît être glanduleuse, & qui n'est pas différente de la substance qui compose la plus grande partie des mammelles des animaux ; elle occupe sur-tout le milieu de la mammelle, & elle est environnée d'une grande quantité de graisse, qui forme une partie considérable des mammelles.... Les corps glanduleux qui ont été décrits comme des glandes par Nuck, mais sur-tout par Verheyen, & par d'autres qui ont suivi ces anatomistes : ces corps, dis-je, ne sont pas des glandes, ils ne sont que de la graisse. On trouve 3°. les tuyaux qui portent le lait, qui marchent à-travers la substance glanduleuse, & qui se joignent par des anastomoses ; ils ramassent & retiennent le lait qui est séparé dans les filtres. Toutes ces choses sont fort sensibles dans les mammelles gonflées qui sont grandes, & sur-tout dans les nourrices ; mais à peine peut-on les voir dans les filles qui n'ont pas encore l'âge de puberté, dans les femmes âgées, dans celles qui sont extrèmement maigres, ou qui ont les mammelles desséchées. 4°. Quant aux vaisseaux des mammelles, on sait que les arteres & les veines qui s'y distribuent, se nomment mammaires internes & externes, & qu'elles communiquent avec les épigastriques. Warthon a décrit les vaisseaux lymphatiques. Les nerfs mammaires viennent principalement des nerfs costaux, & par leur moyen communiquent avec les grands nerfs lymphatiques.
Les mammelles bien conditionnées sont le principal ornement du beau sexe, & ce qu'il y a de plus aimable & de plus propre à faire naître l'amour, si l'on en croit les Poëtes. L'un d'eux en a fait le reproche dans les termes suivans à une de ses maîtresses coquette.
Num quid lacteolum sinum, & ipsas
Prae te fers sine linteo papillas ?
Hoc est dicere, posce, posce, trado ;
Hoc est ad venerem vocare amantes.
Mais les mammelles sont sur-tout destinées par la nature à cribler le lait & à le contenir, jusqu'à ce que l'enfant le suce ; delà vient que les femmes dont les mammelles sont en forme de poire, passent pour les meilleures nourrices, parce que l'enfant peut alors prendre dans la bouche le mamelon, conjointement avec une partie de l'extrémité de la mammelle.
Cet avantage est fort au-dessus de la beauté réelle des mammelles, qui consiste à être rondes, fermes, bien placées sur la poitrine, & à une certaine distance l'une de l'autre ; car suivant la régle de proportion mise en oeuvre par nos statuaires, il faut qu'il y ait autant d'espace de l'un des mamelons à l'autre, qu'il y en a depuis le mamelon jusqu'au milieu de la fossette des clavicules ; ensorte que ces trois points fassent un triangle équilatéral ; mais laissons ces choses accessoires pour nous occuper de faits plus intéressans.
La premiere question qui se présente, c'est si le tissu des mammelles n'est pas celluleux aussi-bien que glanduleux. Il paroît qu'il s'y trouve des cellules ou des organes, dans lesquels le lait filtré se verse. De-là naissent sans doute les tuyaux lactés qui sont longs, grossissent dans leurs progrès, & en approchant du mamelon forment des tuyaux plus étroits ; ces canaux sont accompagnés d'un tissu spongieux dans lequel le sang se répand, & cet assemblage va se terminer de deux façons ; car les tuyaux lactés retrécis vont aboutir à une espece de tuyau circulaire qui forme un confluent ; & le tissu spongieux va former le corps du mamelon, & finit par un amas de méches & de faisceaux plissés. Cet amas est un tissu qui peut prendre divers degrés de fermeté, qui s'allonge & se raccourcit, & qui est extrèmement sensible à cause des houpes nerveuses que M. Ruysch y a observées.
Du confluent dont nous avons parlé, partent plusieurs tuyaux, lesquels vont s'ouvrir à la surface du bout du mamelon, & qui sont réserrés & raccourcis par le pli des méches du mamelon.
Autour de la base du mamelon, on voit un plan circulaire parsemé de petites glandes dont les ouvertures excrétoires sont assez visibles ; il est certain que par les ouvertures qui sont répandues sur la surface de ce plan circulaire, il sort une matiere sébacée & une matiere laiteuse ; c'est Morgagny qui a fait cette découverte.
On demande, 2°. quelle est la nature du lait qui sort des mammelles des femmes. Je réponds qu'il est de la nature même du lait des animaux : ce lait a quelque rapport avec le chyle, tel qu'il est dans les intestins, mais il en differe par plusieurs de ses propriétés ; car 1°. le lait a moins de sérosité, parce que la sérosité qui se trouve dans le chyle, se partage à toute la masse du sang ; il ne doit donc y en avoir qu'une partie dans le lait. 2°. Le lait a été plus trituré, puisqu'il a passé par le coeur & par les vaisseaux. 3°. On en peut faire du fromage, ce qu'on ne peut faire du chyle, parce que l'huile n'est pas assez séparée du phlegme, & mêlée avec la matiere gélatineuse & terreuse qui est mêlée avec le sang. 4°. Le lait ne se coagule pas comme la sérosité du sang, parce que la sérosité du sang a plus souvent passé par les filieres ; dans ce passage la partie la plus aqueuse, coule dans les filtres & dans les vaisseaux lymphatiques ; alors la partie huileuse se ramasse davantage, ensuite elle ne se mêle plus si bien avec l'eau. 5°. Le lait devient âcre & tend à s'alkaliser dans les fiévres, il change de couleur ; on l'a vû quelquefois devenir jaune du soir au lendemain ; on donne cette couleur au lait en le faisant bouillir avec des alkalis ; la chaleur qui s'excite dans le sang par la fiévre, produit le même effet, aussi les nourrices qui ont la fiévre ou qui jeûnent, donnent un lait jaunâtre & très-nuisible aux enfans ; on voit par-là que les matieres animales sont moins propres à former de bon lait que les matieres végétales, car les parties des animaux sont plus disposées à la pourriture.
La troisieme question qu'on propose, c'est si le lait vient du sang dans les mammelles, ou si le chyle peut y être porté par des vaisseaux sanguins. Nous répondons, 1°. qu'on a des exemples qui prouvent que le lait peut sortir par plusieurs endroits du corps humain, comme par la cuisse, &c. or dans ces parties, il n'y a pas lieu de douter, que ce ne soit le sang qui y porte le suc laiteux. 2°. Les injections démontrent, qu'il y a un chemin continu des artères aux tuyaux laiteux ; or cette continuation de canaux ne peut être que pour décharger les artères. On objectera que le sang pourroit changer le chyle ; mais il faut remarquer que le chyle mêlé au sang ne quitte pas d'abord la blancheur, & qu'il circule au contraire assez long-tems avec le sang, sans se dépouiller de sa couleur ; si on ouvre la veine d'un animal quatre ou cinq heures après qu'il a beaucoup mangé, on verra une grande quantité de chyle semblable au lait qui nage avec le sang coagulé. Lower a observé qu'un homme qui avoit perdu beaucoup de sang par une longue hémorrhagie, rendoit le chyle tout pur par le nez.
On demande comment le lait se filtre, & comment il est sucé par l'enfant. Voici le méchanique de cette filtration. Le sang rempli de chyle, étant porté dans les artères mammaires, se trouve trop grossier pour passer par les filtres, tandis que le lait dont les molécules sont plus déliées s'y insinue ; parmi les organes qui séparent le lait, il y a des vaisseaux lymphatiques ; la partie aqueuse passe dans ces vaisseaux, ce lait porté dans les fossicules & dans les tuyaux, est poussé par le sang qui se trouve dans le tissu spongieux dont les canaux laiteux sont environnés, & dont le mamelon est formé. Les tuyaux qui reçoivent le lait filtré, s'élargissent vers leur partie moyenne, & par-là peuvent contenir une grande quantité de lait qui coulera de lui-même, lorsque la détension de ces vaisseaux surmontera le resserrement du mamelon ; pour ce qui regarde l'action de l'enfant qui suce. Voyez -en la méchanique, au mot SUCTION ou au mot TETER.
La cinquieme question qu'on fait ici, c'est pourquoi les hommes ont des mamelles ? On peut répondre qu'on en ignore l'usage, & que peut-être les mamelles n'en ont aucun dans les hommes. La nature a d'abord formé les parties qui étoient nécessaires à la conservation de l'espece ; mais quoique ces parties soient inutiles dans un sexe, elle ne les retranche pas, à moins que ce retranchement ne soit une suite nécessaire de la structure qui différencie les sexes. Il est certain que les mamelles sont les mêmes dans les hommes & dans les femmes ; car dans les deux sexes elles filtrent quelquefois de vrai lait, de sorte que les menstrues & la matrice ne sont que des causes occasionnelles qui déterminent l'écoulement du suc laiteux. Les enfans des deux sexes qui ont souvent du lait suintant de leurs mamelles, en sont une nouvelle preuve.
Mais, dira-t-on, pourquoi les hommes en général n'ont-ils pas du lait comme les femmes, & pourquoi leurs mamelles sont-elles plûtôt seches ? Tâchons d'expliquer ce phénomene. 1°. Dans les enfans de l'un & de l'autre sexe, les mamelles sont fort gonflées, & contiennent ordinairement du lait ; cela doit être ainsi, puisque les organes sont les mêmes, & qu'il n'y a pas plus de transpiration d'un côté que d'un autre, durant que le foetus est dans le sein de la mere, & durant l'enfance. 2°. Dès que les filles sont venues à un certain âge, & que la plénitude arrive dans l'utérus, alors les mamelles se gonflent, le sang dilate les vaisseaux artériels, qui sont encore fort flexibles à cet âge, où coulent les menstrues pour la premiere fois ; le gonflement dont nous venons de parler, arrive à proportion que les filles approchent de l'âge de treize ou quatorze ans ; mais il se fait sur-tout sentir quelques jours avant que les menstrues coulent ; & il est si vrai qu'il se fait sentir d'avance, que si l'on examine attentivement le pouls, on trouvera qu'il s'éleve cinq ou six jours avant l'écoulement des menstrues ; le sang qui remplit extraordinairement les vaisseaux utérins, empêche celui qui vient après d'y entrer ; ce sang qui vient après entre en plus grande quantité dans les artères, qui de l'abdomen vont communiquer avec les mammaires ; par là les mamelles se gonflent, dès que les tuyaux excrétoires de l'utérus viennent à s'ouvrir, le sang ne passe plus en aussi grande quantité par les artères communiquantes avec les mammaires : & alors le sang qui gonfloit les mamelles, s'écoule peu-à-peu ; voilà donc deux causes qui produisent le gonflement des mamelles ; la premiere est la préparation de la nature au flux menstruel, & cette préparation dure assez long-tems : ainsi on ne doit pas être surpris, si les mamelles se gonflent longtems avant cet écoulement : 3°. le gonflement est encore causé par les efforts que fait la nature dans les premiers écoulemens.
Ajoûtez à tout cela les aiguillons de l'amour, qui souvent ne sont pas tardifs dans les filles ; les impressions de cette passion s'attachent à trois organes qui agissent toûjours de concert, la tête, les parties de la génération & les mamelles ; le feu de la passion se porte de l'une à l'autre ; alors les mamelles se gonflent, le sang fait des efforts contre les couloirs qui doivent filtrer du lait, & les dispose par-là à le recevoir un jour ; or ce que nous venons de dire au sujet de l'accord de ces trois parties, quand elles sont agitées par les impressions de l'amour, doit nous rappeller une troisieme cause qui agit dans le gonflement des mamelles, c'est l'action des nerfs sympatiques ; quand l'utérus se prépare à l'écoulement menstruel, il est agité par les efforts du sang ; cette agitation met en jeu les nerfs sympathiques, qui agissent d'abord sur les mamelles ; ces nerfs par leur action, rétrécissent les vaisseaux qui rapportent le sang des mamelles, il est donc obligé de séjourner dans leur tissu spongieux, & de le gonfler ; tous ces mouvemens dilatent les couloirs des mamelles & favorisent l'usage auquel la nature les a destinées. On voit par-là, que la raison qui montre qu'il ne doit pas y avoir un écoulement reglé dans les hommes, nous apprend que le lait ne doit pas se filtrer dans leurs mamelles ; comme ils n'éprouvent pas de plénitude ainsi que les femmes, les vaisseaux mammaires qui ne sont jamais gonflés, ne se dilatent point ; au contraire, comme ils se fortifient & se durcissent, les fossicules & tuyaux laiteux acquierent de la dureté, parce qu'ils sont membraneux ; ainsi le sang a de la peine à y séparer le lait, quand même il arriveroit dans la suite quelque plénitude, comme on le voit souvent par les écoulemens périodiques qui se font par les vaisseaux hémorrhoïdaux. Il peut cependant se trouver des hommes en qui la plénitude, les canaux élargis dans les mamelles, la pression ou le sucement produiront du lait ; tout cela dépend de la dilatation des canaux.
La sixieme question qu'on peut former, c'est pourquoi le lait vient aux femmes après qu'elles ont accouché. Pour bien répondre à cette question & comprendre clairement la cause qui pousse le lait dans les mamelles après l'accouchement, il faut se rappeller, 1°. que le lait vient du chyle, 2°. que les vaisseaux de l'utérus sont extrèmement dilatés durant la grossesse, 3°. que l'utérus se retrécit d'abord après l'accouchement, 4°. qu'il passoit une grande quantité de chyle ou de matiere laiteuse dans le foetus.
De la troisieme proposition, 1°. il s'ensuit que le sang ne pouvant plus entrer en si grande quantité dans les arteres ascendantes, par conséquent les arteres qui viennent des souclavieres & des axillaires dans les mamelles, seront plus gonflées ; 2°. il s'ensuit de cette même proposition que le sang qui entre dans l'aorte descendante ne pouvant plus s'insinuer en si grande quantité dans l'utérus, remplira davantage les arteres épigastriques qui communiquent avec les mammaires. Voilà donc les mamelles plus gonflées de deux côtés après l'accouchement. 3°. De la quatrieme proposition il s'ensuit que le chyle superflu à la nourriture de la mere, lequel passoit dans le foetus, doit se partager aux autres vaisseaux & se porter aux mamelles. A la premiere circulation qui se fera, il en viendra une partie ; à la seconde il en viendra une autre, &c. & comme cinq ou six heures après le repas le chyle n'est pas encore changé en sang, les circulations nombreuses qui se feront durant tout ce tems y porteront une grande partie de ce chyle, qui auroit passé dans le foetus s'il eût été encore dans le sein de la mere.
Dans le tems que le chyle est ainsi porté au mamelles, les fossicules se remplissent extraordinairement, les tuyaux gonflés se pressent beaucoup ; & à l'endroit où ils s'anastomosent, cette pression empêche que le lait ne s'écoule. Les tuyaux extérieurs qui n'ont pas encore été ouverts, contribuent aussi par leur cavité étroite à empêcher cet écoulement ; mais dès qu'on a sucé les mamelles une fois, 1°. les tuyaux externes se dilatent, 2°. les cylindres de lait qui sont dans les tuyaux internes sont continus avec les cylindres qui sont entrés dans les externes : alors le lait qui ne couloit point auparavant rejaillira après qu'on aura sucé une fois ces tuyaux, dont l'ouverture étoit fermée au lait, par la même raison que l'uretre est quelquefois fermée à l'urine par la trop grande dilatation de la vessie, laquelle étant trop gonflée, fait rentrer son col dans sa cavité.
On peut ajouter une autre cause qui ne contribue pas moins que celles dont nous venons de parler, à faire entrer le lait en grande partie dans les mamelles après l'accouchement, il faut se rappeller le grand volume qu'occupe l'utérus pendant la grossesse ; après l'accouchement ; l'utérus revient dans peu de tems à son premier volume : durant les premiers jours la révolution y est extraordinaire, c'est-à-dire que la construction des fibres, l'expulsion du sang y causent des mouvemens surprenans & pour ainsi dire subits. Or, par l'action des nerfs sympathiques, le mouvement se porte avec la même violence dans les mamelles ; elles se gonflent par ces mouvemens, leurs couloirs s'ouvrent, & le lait se filtre & s'écoule. Le lait entre dans les filtres par la même raison que si les vaisseaux de la matrice étoient mis en jeu par les mouvemens des nerfs, le sang ou une matiere blanche pourroient s'écouler.
Par cette méchanique qui fait que le lait se filtre dans les mamelles des femmes accouchées, il peut se filtrer dans les filles dont les regles sont supprimées ; car le sang ne pouvant ni circuler librement ni se faire jour par la matrice, se jettera dans les mamelles, ce qui n'est pas rare. On voit aussi par-là que cela peut arriver à quelques femmes qui n'ont plus le flux menstruel ; cependant comme les fibres se durcissent par l'âge, ce cas ne se rencontrera point ou très-rarement dans les femmes âgées, dont les parties seront desséchées.
Les filles qui sont fort lascives pourront avoir du lait par une raison approchante de celle que je viens de donner ; car les convulsions qui s'exciteront dans leurs parties génitales feront monter une plus grande quantité de sang dans les arteres épigastriques, parce que les convulsions retrécissent la cavité des vaisseaux dans la matrice, le vagin, &c. cet effet arrivera surtout dans les filles qui auront les regles supprimées ; & le sang étant retardé dans l'utérus, ira toûjours remplir les arteres épigastriques, jusqu'à ce que les mouvemens qui agissent sur la matrice ayant cessé, le sang trouve un passage plus libre. Il faut sur-tout ajoûter à cette cause l'action des nerfs sympathiques, qui sont ici les principaux agens.
Le même effet peut arriver si les femmes manient souvent leurs tétons. 1°. Les houpes nerveuses qui se trouvent au mamelon étant chatouillées, tiraillent le tissu spongieux & les vaisseaux sanguins ; ce tiraillement joint à l'action du sang de ce tissu, exprime le lait des vaisseaux sanguins & le fait couler. De plus, le chatouillement des mamelles produit des sensations voluptueuses, met en jeu les parties de la génération, lesquelles à leur tour réagissent sur les mamelles. On a vu des hommes qui en se maniant les mamelles se sont fait venir du lait par la même raison.
Il ne sera pas difficile d'expliquer pourquoi les vuidanges diminuent par l'écoulement du lait, & vice versâ, & pourquoi elles augmentent par la suppression du lait ; le sang qui se décharge par une ouverture doit se décharger moins par une autre.
De tout ce que nous venons de dire, il s'ensuit encore que le soir durant la grossesse, la douleur, la tension, la dureté de la mamelle doivent augmenter. 1°. Les mouvemens que les femmes se donnent pendant le jour, font que le sang se porte en plus grande quantité vers les mamelles ; 2°. la chaleur diminue le soir, la pesanteur de l'air augmente, les pores se trouvent moins ouverts, la surface du corps se trouve plus comprimée : tout cela peut faire que le sang regorge vers les mamelles ; on ne doit pas être surpris si alors il en découle une liqueur séreuse, surtout dans les pays septentrionaux.
Voilà la réponse aux principaux phénomenes qui regardent les mamelles : la nature n'a pas exempté cette partie de ses jeux. Ordinairement les femmes n'ont que deux mamelles ; cependant Blasius, Walocus & Borrichius en ont remarqué trois. Thomas Bartholin parle d'une femme qui en avoit quatre. Jean Faber Lyneoeus a fait la même remarque d'une femme de Rome, & toutes quatre étoient pleines de lait. Lamy, sur les observations duquel on peut compter, assure qu'il a vu quatre mamelles à une femme accouchée à l'hôtel-dieu, qui toutes rendoient du lait. Il y en avoit deux à la place ordinaire d'une grosseur médiocre, & deux autres immédiatement au-dessous beaucoup plus petites.
On lit dans un recueil de faits mémorables, composé par un moine de Corbie, & dont il est parlé dans la république des lettres Septembre 1686, qu'une paysanne qui vivoit en 1164 avoit quatre mamelles, deux devant & deux derriere, vis-à-vis les unes des autres, également pleines de lait ; & cette femme, ajoute-t-il, avoit eu déjà trois fois des jumeaux qui l'avoient tetté de part & d'autre : mais un fait unique si singulier rapporté par un amateur du merveilleux & dans un siecle de barbarie, ne mérite aucune croyance.
Pour ce qui regarde la grosseur & la grandeur des mamelles, elle est monstrueuse dans quelques personnes & dans quelques pays. Au cap de Bonne-Espérance & en Groenland, il y a des femmes qui les ont si grandes, qu'elles donnent à teter à leurs enfans par-dessus l'épaule. Les mamelles des femmes de la terre des Papous & de la nouvelle Guinée sont semblablement si longues, qu'elles leur tombent sur le nombril, à ce que dit Lemaire dans sa description de ces deux contrées. Cada Mosto, qui le premier nous a certifié que les pays voisins de la ligne étoient couverts d'habitans, rapporte que les femmes des deserts de Zara font consister la beauté dans la longueur de leurs mamelles. Dans cette idée, à peine ont-elles douze ans qu'elles se serrent les mamelles avec des cordons, pour les faire descendre le plus bas qu'il est possible.
Outre les jeux que la nature exerce sur les mamelles, elle les a encore exposées à des maux terribles, dont il ne s'agit pas de parler ici, c'est la triste besogne de la Medecine & de la Chirurgie.
Finissons cette physiologie des mamelles par quelques observations particulieres qui s'y rapportent directement.
Premiere observation. Pour bien voir exactement la structure des mamelles, outre le choix de la mamelle bien conditionnée, médiocrement ferme, d'un volume assez considérable dans une nourrice ou femme morte en couche, ou peu de tems après l'accouchement, il faut diviser le corps de la mamelle en deux parties par une section verticale qui doit se continuer sur le mamelon, pour le partager aussi suivant sa longueur, comme l'enseigne Morgagny, l'auteur à qui l'on doit le plus de recherches sur cette matiere.
Seconde observation. Le tems où les mamelles se gonflent est à l'âge où les filles commencent à devenir nubiles, à 12 ans, 14 ans, 16 ans, suivant les pays, & plûtôt ou plûtard dans les unes que dans les autres ; ce gonflement s'exprime en latin par ces termes, mammae sororiantur, & par d'autres qu'Ovide & Catulle connoissoient mieux que moi. Le tems où les mamelles diminuent, varie semblablement, sans qu'il y ait d'âge fixe qui décide de leur diminution.
Troisieme observation. Le lait dans une femme n'est point une preuve certaine de grossesse ; elle peut être vierge & nourrice tout-à-la-fois : nous en avons dit les raisons. Ainsi Bodin a pu assurer sans mensonge qu'il y avoit dans la ville de Ham en Picardie un petit enfant qui s'amusant après la mort de sa mere à sucer le téton de sa grand'mere, lui fit venir du lait & s'en nourrit. On trouve dans Bonnet d'autres exemples semblables, attestés par la célebre Louise Bourgeois, accoucheuse de l'hôtel-dieu. Enfin on peut lire à ce sujet la dissertation de Francus, intitulée, satyra medica lac virginis.
On cite aussi plusieurs exemples d'hommes dont les mamelles ont fourni du lait ; & l'on peut voir sur ce fait le sepulchretum. On peut consulter en particulier Florentini (Francisci Mariae), de genuino puerorum lacte, & de mamillarum in viro lactifero structurâ, disquisitio, Lucae 1653. Mais comme personne ne doute aujourd'hui de cette vérité, il est inutile de s'y arrêter davantage.
Quatrieme observation. Nous avons dit ci-dessus que le lait pouvoit sortir par plusieurs endroits du corps humain, comme par la cuisse : voici un fait très-curieux qui servira de preuve, sur le témoignage de M. Bourdon, connu par ses tables anatomiques in-folio, disposées dans un goût fort commode. Il assure avoir vu une fille de 20 ans rendant une aussi grande quantité de lait par de petites pustules qui lui venoient à la partie supérieure de la cuisse gauche sur le pubis, qu'une nourrice en pourroit rendre de ses mamelles. Ce lait laissoit une crême, du fromage & du serum, comme celui de vache, dont il ne différoit que par un peu d'acrimonie qui piquoit la langue. La cuisse d'où ce lait découloit étoit tuméfiée d'un oedème qui diminuoit à proportion de la quantité de lait qui en sortoit ; cette quantité étoit considérable, & affoiblissoit beaucoup cette fille. Quand ce lait parut, elle cessa d'être réglée, & d'ailleurs se portoit bien à l'affoiblissement près dont on vient de parler. Voyez le journal des Savans, du 5 Juin 1684.
Cinquieme observation. Si le physicien, après avoir considéré tout ce qui concerne les mamelles humaines, jette finalement les yeux sur l'appareil de cette partie du corps dans les bêtes, il le trouvera également curieux & digne de son admiration, soit qu'il examine la structure glanduleuse de leurs tettines, de leurs rayons, les arteres, les veines, les nerfs, les tuyaux lactés qui s'y distribuent ; soit qu'il considere le nombre convenable de leurs pis proportionné aux diverses circonstances de l'animal, & placé dans l'endroit le plus commode du corps de chaque espece pour dispenser le lait à ses petits.
Les animaux qui ont les piés solides, qui ruminent, & ceux qui portent des cornes, comme la cavalle, l'ânesse, la vache, &c. ont les mamelles placées entre les cuisses, parce que les petits se tiennent sur leurs piés dès le moment de leur naissance, & que les meres ne se couchent point pour les alaiter. Les animaux qui ont des doigts aux piés & qui font d'une seule portée plusieurs petits, ont une double rangée de mamelles placées le long du ventre, c'est-à-dire depuis l'aîne jusqu'à la poitrine ; dans le lapin cette rangée s'étend jusqu'à la gorge : ceux-ci se couchent pour donner le tettin à leurs petits, comme cela se voit dans l'ourse, dans la lionne, &c.
Si ces animaux portoient leurs mamelles uniquement aux aînes, en se couchant leurs cuisses empêcheroient les petits d'approcher des mamelles. Dans l'éléphant les trayons sont près de la poitrine, parce que la mere est obligée de sucer son lait elle-même par le moyen de sa trompe, & de le conduire ensuite dans la bouche du petit. Voyez les Transactions philosophiques n°. 336, l'anatomie comparée de Blasius & autres écrivains. Ils fourniront au lecteur plusieurs détails sur ce sujet que je supprime ; & il s'en faut bien que les recherches des Physiciens aient épuisé la matiere. " Une chose qui montre, dit Cicéron, que ce sont-là les ouvrages d'une nature habile & prévoyante, c'est que les femelles qui comme les truies & les chiennes font d'une portée beaucoup de petits, ont beaucoup de mamelles, au lieu que celles-là en ont peu, qui font peu de petits à-la-fois. Lorsque l'animal se nourrit de lait, presque tous les alimens de sa mere se convertissent en lait ; & par le seul instinct l'animal qui vient de naître va chercher les mamelles de sa mere, & se rassasie du lait qu'il y trouve. " Liv. II. ch. xlj. de nat. deorum. (D.J.)
|
| MAMMELUC | S. m. (Hist. d'Egypte) milice composée d'abord d'étrangers, & ensuite de conquérans ; c'étoit des hommes ramassés de la Circassie & des côtes septentrionales de la mer Noire. On les enrôloit dans la milice au Grand-Caire, & là on les exerçoit dans les fonctions militaires. Salah Nugiumeddin institua cette milice des mammelucs qui devinrent si puissans, que selon quelques auteurs arabes, ils éleverent en 1255 un d'entr'eux sur le trône. Il s'appelloit Abousaid Berkouk, nom que son maître lui avoit donné pour désigner son courage.
Sélim I. après s'être emparé de la Syrie & de la Mésopotamie, entreprit de soumettre l'Egypte. C'eut été une entreprise aisée s'il n'avoit eu que les Egyptiens à combattre ; mais l'Egypte étoit alors gouvernée & défendue par la milice formidable d'étrangers dont nous venons de parler, semblable à celle des janissaires qui seroient sur le trône. Leur nom de mammeluc signifie en syriaque homme de guerre à la solde, & en arabe esclave : soit qu'en effet le premier soudant d'Egypte qui les employa, les eût achetés comme esclaves ; soit plûtôt que ce fût un nom qui les attachât de plus près à la personne du souverain, ce qui est bien plus vraisemblable. En effet, la maniere figurée dont on s'exprime en Orient, y a toûjours introduit chez les princes les titres les plus ridiculement pompeux, & chez leurs serviteurs les noms les plus humbles. Les bachas du grand-seigneur s'intitulent ses esclaves ; & Thamas Kouli-Kan, qui de nos jours a fait crever les yeux à Thamas son maître, ne s'appelloit que son esclave, comme ce mot même de Kouli le témoigne.
Ces mammelucs étoient les maîtres de l'Egypte depuis nos dernieres croisades. Ils avoient vaincu & pris saint Louis. Ils établirent depuis ce tems un gouvernement qui n'est pas différent de celui d'Alger. Un roi & vingt-quatre gouverneurs de provinces étoient choisis entre ces soldats. La mollesse du climat n'affoiblit point cette race guerriere, qui d'ailleurs se renouvelloit tous les ans par l'affluence des autres Circasses, appellés sans cesse pour remplir ce corps toûjours subsistant de vainqueurs. L'Egypte fut ainsi gouvernée pendant environ deux cent soixante ans. Toman-Bey fut le dernier roi mammeluc ; il n'est célebre que par cette époque, & par le malheur qu'il eut de tomber entre les mains de Sélim. Mais il mérita d'être connu par une singularité qui nous paroît étrange, & qui ne l'étoit pas chez les Orientaux, c'est que le vainqueur lui confia le gouvernement de l'Egypte dont il lui avoit ôté la couronne. Toman-Bey de roi devenu bacha, eut le sort des bachas, il fut étranglé après quelques mois de gouvernement. Ainsi finit la derniere dynastie qui ait régné en Egypte. Ce pays devint par la conquête de Sélim en 1517 une province de l'empire turc, comme il l'est encore. (D.J.)
|
| MAMMEY | (Botan. exot.) ou mamey, en latin mammea par le P. Plumier, genre de plante que Linnaeus caractérise ainsi. Le calice particulier de la fleur est formé de deux feuilles ovales qui tombent. La fleur est composée de quatre pétales concaves, arrondis, & plus larges que le calice. Les étamines sont des filets nombreux, de moitié moins longs que la fleur. Leurs bossettes ainsi que le germe du pistil sont arrondis. Le stile est en forme de cône. Le fruit est une baie très-grosse, charnue, rondelette & pointue à l'extrémité. Les graines sont ovales, quelquefois renfermées au nombre de quatre dans une simple loge.
Le P. Plumier ayant eu occasion de voir des mammey en plusieurs endroits des Indes occidentales, n'a pas oublié de décrire cette plante avec toute l'exactitude d'un botaniste consommé.
C'est, dit-il, un fort bel arbre & un des plus agréables qu'on puisse voir, mais moins encore par sa grandeur remarquable, que par la bonté de son fruit & la beauté du feuillage dont il est couvert en tout tems. Ses feuilles sont attachées deux à deux, vis-à-vis l'une de l'autre, & soutenues par une grosse nervure, & par plusieurs petites côtes traversieres.
Les fleurs sont composées de quatre pétales argentins, un peu charnus, disposés en rose, ovales, creux, & deux fois plus larges que l'ongle. Leur calice est d'une seule piece rougeâtre & fendue en deux quartiers, en façon de deux petites cuillieres ; il pousse un pistil entouré d'une belle touffe d'étamines très-blanches, surmontées chacune d'un petit sommet doré.
Lorsque la fleur est tombée, le pistil devient un fruit à-peu-près semblable à nos pavies, mais souvent aussi gros que la tête d'un enfant. Il est pourtant terminé par une pointe conique, son écorce est épaisse comme du cuir, de couleur grisâtre, & toute couverte de tubercules qui la rendent raboteuse. Elle est fort adhérente à une chair jaunâtre, un peu plus ferme que celle de nos pavies, mais de même odeur & de même goût. Le milieu du fruit est occupé par deux, trois, & souvent quatre noyaux, assez durs, filasseux, couleur de chataigne, & un peu plus gros qu'un oeuf de pigeon.
Cet arbre fleurit en Février ou Mars, & ses fruits ne sont mûrs que dans les mois de Juillet ou d'Août. On voit des mammey en plusieurs endroits des îles de l'Amérique, mais plus particulierement dans l'île Saint-Domingue, où on les appelle abricots de S. Domingue.
Ray dit qu'il sort en abondance des incisions qu'on fait à cet arbre, une liqueur transparente, que les naturels du pays reçoivent dans des gourdes, & que cette liqueur est extrèmement diurétique. (D.J.)
|
| MAMMIFORME | adj. (Anatomie) est un nom que l'on donne à deux apophyses de l'os occipital, parce qu'elles ressemblent à une mamelle. Voyez MASTOÏDE.
|
| MAMMILLAIRE | adj. (Anatomie) est un nom que l'on donne à deux petites éminences qui se trouvent sous les ventricules antérieurs du cerveau, & qui ressemblent un peu au bout d'une mamelle. On les regarde comme les organes de l'odorat. Voyez nos Pl. d'Anatomie & leur explication. Voyez aussi l'article ODEUR.
MAMMILLAIRES, s. m. plur. (Théolog.) secte des Anabatistes, qui s'est formée à Harlem ; on ne sait pas en quel tems. Elle doit son origine à la liberté qu'un jeune homme se donna de mettre la main sur le sein d'une fille qu'il aimoit & qu'il vouloit épouser. Cette action ayant été déférée au tribunal de l'église des Anabatistes, les uns soutinrent qu'il devoit être excommunié ; & les autres dirent que sa faute méritoit grace, & ne voulurent jamais consentir à son excommunication. Cela causa une division entr'eux, & ceux qui s'étoient déclarés pour ce jeune homme, furent appellés du nom odieux de mammillaires. M. Miralius, syntagm. histor. ecclés. pag. 1012, édit. 1679. Bayle, dictionn. critiq. 2 édit. 1702.
|
| MAMMINIZZA | (Géog.) bourg de Grece dans la Morée, sur la côte occidentale, à dix ou douze milles de Patras, des deux côtés d'une riviere, & à trois milles de la mer. M. Spon croit que ce lieu étoit la ville d'Olénus, & la riviere celle de Piras. (D.J.)
|
| MAMMONA | (Critiq. sacrée) ce nom est proprement syriaque, & signifie les richesses. Jesus-Christ dit qu'on ne peut servir à la fois Dieu & les richesses : non potestis servire Deo & mammonae. Matthieu, vj. 24. Dans saint Luc, xvj. 9. les richesses sont appellées injustes, , soit parce qu'elles sont souvent une occasion d'injustice, soit parce qu'elles s'acquierent ordinairement par des voies injustes ; cependant Beze a, ce me semble, fort bien traduit ces paroles du 11, , par richesses trompeuses ; parce que Jesus-Christ les oppose aux véritables richesses, .
On peut appuyer cette interprétation par les remarques de Graevius sur un passage d'Hésiode, oper. & dier. v. 280, où le poëte s'est servi du mot , juste, à la place de , vrai. Aussi cet habile critique l'a-t-il traduit de cette derniere façon. Ce terme, dit-il, ne signifie pas ici juste, comme on le croit communément ; mais vrai, comme il paroît par l'opposition que le poëte fait.
Il seroit superflu, ajoûte Graevius, de m'étendre à faire voir que dans l'une & l'autre langue ces termes se confondent souvent, & se prennent fréquemment l'un pour l'autre ; & les Grecs & nous, dit Priscien, employons fréquemment le terme de juste pour celui de vrai, & celui de vrai pour celui de juste. Hésiode lui-même s'est servi plus bas du terme de vérité, , à la place de celui de justice.
Il en est de même dans les écrivains sacrés. & , les richesses iniques, sont des richesses qui ne méritent pas ce nom, qui n'ont rien de solide, qui sont caduques & périssables. Aussi sont-elles opposées à , aux vraies richesses, c'est-à-dire, à celles que Dieu dispense. Le savant Louis de Dieu a fait voir que les Hébreux, les Syriens & les Arabes, n'avoient qu'un seul mot pour exprimer les idées de justice & de vérité. Toutes ces remarques sont bonnes, mais la parabole qui précede, fait voir qu'il s'agit pourtant de richesses iniques ; c'est un intendant infidele.
MM. Simon & le Clerc ne sont point d'accord sur l'origine du mot mammona. Le premier le tire du verbe aman, croire, se confier ; mais cette étymologie est moins vraisemblable que celle qui dérive ce terme de manah, nombrer ; voyez, si vous voulez, le grand dictionnaire de Buxtorf. (D.J.)
|
| MAMMOTH | OS DE, (Hist. nat. Minéral.) nom que l'on donne en Russie & en Sibérie à des ossemens d'une grandeur très-considérable, que l'on trouve en grande quantité dans la Sibérie, sur les bords des rivieres de Lena & de Jenisei, & que quelques-uns ont regardé comme des ossemens d'éléphans. M. Gmelin les regarde comme des restes d'une espece de taureau, & dit qu'il faut les distinguer des os des éléphans que l'on trouve aussi dans ce même pays. Voyez l'art. IVOIRE FOSSILE, où cette question a été suffisamment discutée. Les Russiens appellent ces ossemens mammotovakost.
|
| MAMOÉRA | S. m. (Hist. nat. Bot.) arbre du Brésil dont il y a deux especes. L'un est mâle, il ne donne point de fruit, mais il porte des fleurs suspendues à des longues tiges, & formant des grappes qui ressemblent à celles du sureau, & qui sont inodores & d'une couleur jaunâtre. La femelle ne porte que du fruit sans aucune fleur, mais pour que cet arbre produise il faut que la femelle soit voisine du mâle. Le tronc est ordinairement de deux piés de diametre & s'éleve de neuf piés ; le fruit est rond & semblable à un melon ; sa chair est jaunâtre, elle renferme des grains noirs & luisans. Ses feuilles ressemblent à celles de l'érable, elles n'ont aucune différence dans les deux sexes.
|
| MAMORE | LA, (Géog.) c'étoit une ville d'Afrique au royaume de Maroc, à quatre lieues E. de Salé ; on n'en connoît plus que les ruines. L'an 1515, les Portugais y perdirent plus de cent bâtimens dans une bataille contre les Maures, qui sont présentement les maîtres de cette côte. (D.J.)
|
| MAMOTBANI | S. m. (Com.) toile de coton, blanche, fine, rayée, qui vient des Indes orientales, les plus belles de Bengale. Les pieces ont huit aunes de long, sur trois quarts, à cinq, six de large. Dictionnaire de Commerce.
|
| MAMOUDI | S. m. (Com.) monnoie d'argent qui a cours en Perse. Un mamoudi vaut neuf sols, trois deniers, argent de France ; deux mamoudis font un abassi ; six mamoudis & un chayer, équivalent à l'écu ou nos soixante sols.
|
| MAN | S. m. (Mythol.) divinité des anciens Germains. Ils célébroient par des chansons, entr'autres le dieu Tuiston, & son fils appellé Man, qu'ils reconnoissoient pour les auteurs de la nation, & les fondateurs de l'état. Ils ne les représentoient point comme des hommes, & ne les enfermoient point dans les temples ; les bois & les forêts leur étoient consacrés, & cette horreur secrette qu'inspire le silence & l'obscurité de la nuit, servoit à ces peuples d'une divinité inconnue. (D.J.)
MAN ou MEM, (Com.) poids dont on se sert aux Indes orientales, particulierement dans les états du grand Mogol. Il y a de deux sortes de mans, l'un qui est appellé man de roi, ou poids de roi, & l'autre que l'on nomme simplement man. Le man de roi sert à peser les denrées & choses nécessaires à la vie, même les charges des voitures. Il est composé de 40 serres, chaque serre valant juste une livre de Paris, de sorte que 40 livres de Paris sont égales à un man de roi. Le sieur Tavernier, dans ses observations sur le commerce des Indes orientales, ne semble pas convenir de ce rapport du man avec les poids de Paris. Selon lui, le man de Surate ne revient qu'à 34 livres de Paris, & est composé de 40, & quelquefois 41 serres ; mais la serre est d'un septieme moins forte que la livre de Paris. Il parle aussi d'un man qui est en usage à Agra capitale des états du Mogol, qui est la moitié plus fort que celui de Surate, & qui sur le pié de 60 serres dont il est composé, fait 51 à 52 livres, poids de Paris.
Le second man, dont l'usage est pour peser les marchandises de négoce, est aussi composé de 40 serres ; mais chaque de ses serres n'est estimée que douze onces, ou les trois quarts d'une livre de Paris ; de maniere que ce deuxieme man ne pese que 30 livres de Paris, ce qui est un quart moins que le man de roi.
On se sert encore dans les Indes orientales d'une troisieme sorte de poids, que l'on appelle aussi man, lequel est fort en usage à Goa ville capitale du royaume de Decan, possédée par les Portugais. Cette troisieme espece de man est de 24 rotolis, chaque rotoli faisant une livre & demie de Venise, ou 13 onces un gros de Paris ; ensorte que le man de Goa pese trente-six livres de Venise, & dix-neuf livres onze onces de Paris. Le man pese à Mocha, ville célebre d'Arabie, un peu moins de trois livres ; 10 mans font un trassel, dont les 15 font un bahart, & le bahart est de 40 livres.
MAN, (Com.) c'est pareillement un poids dont on se sert à Cambaye dans l'île de Java, principalement à Bantam, & dans quelques îles voisines.
MAN, (Com.) qu'on nomme plus ordinairement BATMAN, est aussi un poids dont on se sert en Perse ; il y en a deux, le man de petit poids, & le man de grand poids. On les appelle aussi man de roi, & man de Tauris. Voyez BATMAN.
MAN, (Com.) c'est encore un des poids de Bandaar-Ameron, dans le sein persique ; il est de six livres ; les autres poids sont le man cha qui pese douze livres, & le man-furats qui en pese trente.
Il faut remarquer que les proportions qui se rencontrent entre les mans des Indes & le poids de Paris, doivent être regardées de même à l'égard des poids d'Amsterdam, de Strasbourg, de Besançon, &c. où la livre est égale à celle de Paris. Dictionnaire de Commerce.
MAN, île de, (Géog.) île du royaume d'Angleterre dans la mer d'Irlande, avec un évêché, qui est à la nomination du comte de Derby, & non pas à la nomination du roi, comme les autres évêques du royaume. Aussi n'a-t-il point séance au parlement dans la chambre haute : il est présenté à l'archevêque d'Yorck, qui le sacre.
L'île de Man a environ 30 milles en longueur, 15 dans sa plus grande largeur, & huit dans la moindre. Elle contient cinq gros bourgs ; Douglas & Rushin en sont les lieux principaux ; le terroir y est fertile en avoine, bétail, & gibier ; le poisson y abonde. Voyez sur cette île la description curieuse qu'en a faite M. King, Kings description of the isle of Man. Sa Long. est 12. 36. 55. latit. 54. 35.
L'île de Man est nommée par les anciens auteurs Menavia & Menapia dans Pline. Elle est plus septentrionale que l'île d'Anglesey, & beaucoup plus éloignée de la côte. L'île Mona de Tacite, n'est point l'île de Man, c'est l'île d'Anglesey, située au couchant du pays de Galles, & les Gallois la nomment encore l'île de Man.
|
| MAN-SURATS | S. m. (Commerce) poids dont on se sert à Bandaar ou Bander-Gameron, ville située dans le golfe persique. Il est de trente livres. Voyez MAN, à la fin de l'article. Dictionnaire de Commerce. (G)
|
| MANA | S. f. (Mythol.) divinité romaine qui présidoit particulierement à la naissance des enfans, office que les Grecs donnoient à Hécate ; c'est la même que Genita-Mana. Voyez ce mot.
|
| MANACA | S. m. (Botan. exot.) arbrisseau du Brésil, décrit par Pison ; l'écorce en est grise, le bois dur & facile à rompre ; ses feuilles approchent de celles du poirier. Ses fleurs sont dans de longs calices, découpées comme en cinq pétales de couleurs différentes ; car sur le même arbrisseau on en trouve de bleues, de purpurines, & de blanches, toutes d'une odeur de violette si forte, qu'elles embaument des bois entiers. Il succede à ces fleurs des baies semblables à celles du genievre, enveloppées d'une écorce grise, tendues par-dessus en étoile, renfermant chacune trois grains gros comme des lentilles ; cet arbrisseau croît dans les bois & autres lieux ombrageux : sa racine qui est grande, solide, & blanche, étant mondée de son écorce, est un violent purgatif par haut & par bas, comme les racines d'ésule. On s'en sert pour l'hydropisie, mais on ne l'ordonne qu'aux personnes très-robustes avec des correctifs, & dans une dose raisonnable ; elle a un peu d'amertume & d'aigreur.
|
| MANACHIE | (Géog.) nom moderne de l'ancienne Magnésie du mont Sipyle. C'est à présent une ville de la Turquie asiatique dans la Natolie, située au pié d'une haute montagne près du Sarabat, qui est l'Hermus des anciens. Lucas dit que Manachie est grande, peuplée, qu'on y voit de très-beaux basars ; enfin, que le pays est abondant, & fournit tout ce qui est nécessaire à la vie. Long. 45. 14. lat. 38. 44. (D.J.)
|
| MANAH | (Hist. ancienne) idole adorée par les anciens arabes idolâtres : c'étoit une grosse pierre, à qui l'on offroit des sacrifices. On croit que c'est la même chose que Meni, dont parle le prophete Isaïe ; d'autres croyent que c'étoit une constellation.
|
| MANALE | PIERRE, manalis lapis, (Antiq. rom.) & dans Varron, manalis petra : c'étoit une pierre à laquelle le peuple avoit grande confiance, & qu'on rouloit par les rues de Rome dans un tems de sécheresse pour avoir de la pluie. Elle étoit placée proche du temple de Mars ; on lui donna peut-être ce nom, parce que manalis fons ; signifioit une fontaine dont l'eau coule toûjours.
|
| MANAMBOULE | (Géog.) grand pays très-cultivé dans l'île de Madagascar. Flacourt dit qu'il est montueux, fertile en riz, sucre, ignames, légumes, & pâturages.
|
| MANAPIA | (Géog. anc.) ville d'Hibernie dont parle Ptolomée. Ses interpretes croient que c'est présentement Waterford en Irlande.
|
| MANAR | (Géog.) île des Indes, sur la côte occidentale de Ceylan, dont elle est une dépendance, n'en étant séparée que par un canal assez étroit. Les Portugais s'emparerent de cette île en 1560 ; mais les Hollandois la leur enleverent en 1658. Long. 98. 20. lat. 9. (D.J.)
|
| MANATI LAPIS | (Hist. nat.) c'est une pierre, ou plûtôt un os qui se trouve dans la tête de la vache marine ou du phoca, qui calcinée, réduite en poudre, & prise dans du vin blanc, a dit-on, de grandes vertus pour la guérison de la pierre. Il semble que tout os calciné ou réduit en chaux, doit produire les mêmes effets ; peut-être même que l'eau de chaux, que quelques auteurs regardent comme un puissant litontriptique, feroit un meilleur effet, quoique plus simple & moins rare. (-)
|
| MANBOTTE | S. f. (Jurisprud.) vieux mot dérivé de manbotta, terme de la basse latinité qui signifioit l'amende ou intérêt civil que l'on payoit à la partie intéressée pour le meurtre de quelqu'un. Voyez le Glossaire de Ducange, au mot MANBOTTA. (A)
|
| MANCA | S. f. (Hist. mod.) étoit autrefois une piece quarrée d'or, estimée communément à 30 sols ; mancusa étoit autant qu'un marc d'argent. Voyez les lois de Canut ; on l'appelloit mancusa, comme manu cusa.
|
| MANÇANARÈS | LE, (Géog.) je l'appellerai pour un moment petite riviere d'Espagne, dans l'Algaria. Elle a sa source dans la Sierra Gadarama, auprès de la petite ville de Mançanarès, passe au sud-ouest de Madrid, & va se jetter dans le Xarama, autre riviere qui se dégorge dans le Tage audessous d'Aranjuez.
Le Mançanarès, à proprement parler, n'est ni un ruisseau ni une riviere ; mais tantôt il devient riviere, & tantôt il devient ruisseau, selon que les neiges des montagnes voisines sont plus ou moins fondues par les chaleurs ; pour s'y baigner en été, il faut y creuser une fosse. C'est cependant sur cette espece de riviere, que Philippe II. fit bâtir un pont, peu inférieur à celui du pont-neuf sur la Seine à Paris ; on l'appelle puente de Segovia, pont de Ségovie. Apparemment que Philippe ne le fit pas seulement bâtir pour servir à traverser le ruisseau du Mançanarès, mais sur-tout afin qu'on pût passer plus commodément le fond de la vallée, & dans le cas des débordemens du Mançanarès, qui au reste n'entre point dans Madrid, mais passe à côté, vis-à-vis du palais royal.
MANÇANARES, (Géog.) petite ville d'Espagne dans la nouvelle Castille, au pié des montagnes de Gadarama, qui partagent les deux Castilles. C'est le chef-lieu d'un petit pays de son nom, à la source du ruisseau de Mançanarès, & à huit lieues de Madrid. (D.J.)
|
| MANCANILLA | (Bot.) genre de plante à fleur en chaton, formée de plusieurs sommets serrés les uns contre les autres, & attachés à un axe. Les embryons naissent sur le même arbre, mais séparés des fleurs, & deviennent dans la suite un fruit rond, charnu, qui contient une amande ligneuse, ridée & de même forme que le fruit. Plumier, nova plant. amer. gen. Voyez PLANTE.
|
| MANCENILLIER | S. m. (Botan.) grand arbre très-commun sur les bords de la mer, le long des côtes de la terre-ferme & des îles de l'Amérique situées entre les tropiques.
Les feuilles de cet arbre ont du rapport à celles du poirier ; il porte un fruit rond, peu charnu, rempli d'une substance osseuse & coriace ; ce fruit jaunit un peu en mûrissant, & ressemble beaucoup, à la couleur près, aux pommes d'api. L'odeur en est si suave & si appétissante, qu'on est vivement tenté d'en manger. C'est un des plus violens poisons de la nature ; sa causticité est telle, qu'elle occasionne en peu de tems des inflammations & des douleurs si vives, qu'il est impossible d'y résister.
Le remede le plus efficace pour ceux qui ont eu le malheur d'en manger, est de leur faire avaler beaucoup d'huile chaude, pour les exciter à vomir. On leur fait prendre ensuite des choses adoucissantes, comme du lait ; mais quelques soins que l'on apporte, l'impression reste long-tems dans le corps, & le malade traîne une vie languissante.
L'écorce & les feuilles du mancenillier renferment un suc laiteux, extrèmement blanc & fort épais ; il s'écoule à la moindre incision ; & s'il tombe sur la chair, il y produit l'effet de l'huile bouillante. L'eau qui séjourne pendant quelques minutes sur les feuilles du mancenillier, contracte une qualité si malfaisante, que ceux qui ont l'imprudence de se réfugier sous ces arbres, lorsqu'il pleut, sont bientôt couverts de boussoles très-douloureuses, qui laissent des taches livides sur tous les endroits de la peau qui ont reçu des gouttes d'eau. Il est même dangereux de s'endormir à l'ombre des mancenilliers ; leur atmosphere est si venimeuse, qu'elle cause des maux de tête, des inflammations aux yeux, & des cuissons sur les levres.
Le mancenillier sert à construire de très-beaux meubles ; c'est un des plus beaux bois de l'Amérique : il est dur, compacte, pesant, incorruptible, prenant très-bien le poli lorsqu'il est travaillé. Sa couleur est d'un gris clair, un peu jaunâtre, ondé & varié de nuances couleur d'olive tirant sur le noir. Ce bois est fort difficile à employer, non-seulement par le danger auquel s'exposent ceux qui abattent les arbres, mais encore par la poussiere dangereuse que peuvent respirer les ouvriers qui le scient & le mettent en oeuvre, sur-tout lorsqu'il n'est pas bien sec.
Quand on veut abattre un mancenillier, on commence par allumer autour du pié un grand feu de bois sec : il faut en éviter la fumée, crainte d'en être incommodé ; & quand on juge que l'humidité est consumée, on peut y mettre la hache : malgré cette précaution, on a bien de la peine à se garantir des accidens. Plus de vingt travailleurs que j'employai à couper un grand nombre de ces arbres sur les côtes de l'île de la Grenade, à quelque distance du port, revinrent tous si maltraités de ce travail, que plusieurs d'entr'eux ne voyoient plus à se conduire, ayant les yeux couverts de croûtes aussi épaisses que le doigt. Cette incommodité subsista plus de quinze jours, malgré les soins que l'on prit de les frotter avec des linimens adoucissans & dessicatifs.
On prétend que le lait de femme tout chaud, sortant des mamelles, est un souverain remede contre les inflammations des yeux causées par le suc du mancenillier. Ce suc sert aux sauvages pour empoisonner leurs fleches, dont les blessures deviennent presqu'incurables, si l'on n'est promtement secouru.
Le mancenillier, ou l'arbre de mancenilles, a été ainsi nommé par les Espagnols de la nouvelle Espagne, en latin mancanilla. Arbor toxica & lactea, fructu suavi pomi-formi, quo Indiani sagittas inficiunt. Voyez Surian.
Le pere Plumier, minime, dans son livre des plantes d'Amérique, distingue trois especes de mancenilliers ; mancanilla piri-facie, mancanilla aqui folii foliis, & mancanilla lauri foliis oblongis. M. LE ROMAIN.
|
| MANCHE | S. m. (Gram.) c'est dans un marteau, par exemple, le morceau de bois que l'on fixe dans l'oeil, & qu'on prend à la main pour s'en servir. Ainsi en général un manche ou une poignée que l'on adapte à quelqu'instrument, c'est la même chose. Les limes sont emmanchées, les couteaux, les canifs, presque tous les instrumens de la Chirurgie, les rasoirs, les bistouris, les lancettes, tous les outils tranchans de la menuiserie, &c.
MANCHE DE COUTEAU, (Conchyliol.) (Plan. XIX. fig. 4.) coutelier, solene. Coquillage de mer, auquel on a donné le nom de manche de couteau, par rapport à la grande ressemblance qu'il a avec le manche d'un vrai couteau. Ce coquillage est composé de deux pieces, allongé, ouvert par les deux extrémités, souvent un peu courbe, & quelquefois droit. Les manches de couteau ne restent pas sur le fond de la mer, comme la plûpart des autres coquillages. Ils se font un trou dans le sable, qui a quelquefois jusqu'à deux piés de profondeur ; ils sont posés verticalement dans ce trou, relativement à leur longueur ; de tems en tems ils remontent jusqu'au dessus du sable, & ils redescendent bientôt après au fond de leur trou. Quand la mer se retire, on trouve beaucoup de ces trous dans le sable. On fait monter l'animal jusqu'à la surface, en y jettant un peu de sel. Il y a plusieurs especes de manches de couteau, qui different entr'elles par la longueur & par les couleurs. Voyez COQUILLAGE & COQUILLE.
MANCHE DE COUTEAU, (Conchyliol.) Les manches de couteau, appellés en latin solenes, composent une des six familles de coquilles bivalves ; leur figure, qui ressemble à un manche de couteau, est toujours la même, & très-aisée à reconnoître. On appelle ce coquillage dans le pays d'Aunis, coutelier. Voyez COUTELIER.
Le poisson de ce coquillage s'enfonce jusqu'à deux piés en terre, & revient perpendiculairement à sa surface. Lorsqu'il est entierement dégagé de son trou, & qu'on l'abandonne à lui-même, il s'allonge, recourbe la partie la plus longue de son corps, & creuse promtement un nouveau trou où il se cache. On peut dessiner les manches de couteau sur le rivage, en jettant un peu de sel sur le trou où ils sont placés, ce qui les fait sortir aussitôt.
Il faut avoir grand soin de changer l'eau de la mer tous les jours, & de laisser un peu à sec les animaux, environ pendant vingt-quatre heures, ensuite on les asperge legerement avec les barbes d'une plume. Le poisson, qui a été privé d'eau pendant quelques heures, revient à lui, sort de sa coquille, & s'épanouit peu-à-peu pour chercher l'eau de la mer.
Quand ces animaux sont rebelles à la volonté de l'observateur, jusqu'à refuser d'allonger leurs bras ou quelqu'autre membre, on entr'ouvre la coquille, & on la perce avec un fer pointu du côté opposé à la bouche de l'animal, ou à la partie qu'on souhaite de faire sortir. Pour lors on fait entrer par cette petite ouverture, plusieurs grains d'un sel noir & piquant, qu'on nomme à la Rochelle sel de chaudiere ; l'effet de cet acide est si violent, qu'on voit aussi-tôt l'animal revenir de sa léthargie, & céder à cet effort, en ouvrant sa coquille, ou allongeant quelques-uns de ses membres. C'est ainsi qu'on peut venir à bout de ces animaux, pour avoir le tems de les examiner, & de terminer ses desseins.
Il faut encore observer que comme ces animaux ne restent pas long-tems dans la même situation, on peut recommencer à leur donner du nouveau sel, pourvu qu'entre les deux observations, il y ait un certain intervalle de tems.
La lumiere leur est très-contraire, & ils se retirent à son éclat ; c'est donc la nuit qui est le tems le plus favorable pour les examiner : une petite lampe sourde réussit à merveille pour les suivre, & profiter de ce qu'ils nous découvrent. On doit avoir grand soin de les rafraîchir le soir avec de l'eau nouvelle, ou de changer le soir & le matin l'herbe dans laquelle ils doivent être enveloppés. On les trouve souvent qui rampent la nuit sur cette herbe, & cherchent les insectes qui y sont contenus.
Cette herbe qui ne se trouve que sur les bords de la mer, se nomme sar à la Rochelle, & s'appelle varec ou goémon dans d'autres endroits. Outre l'avantage qu'elle a d'être remplie d'une multitude de petits insectes très-propres à la nourriture du coquillage, son goût marin le trompe ; & quoique placé dans un grand vase, il se croit proche des côtes de la mer. Hist. nat. éclairée, tom. I. & II. (D.J.)
MANCHE FAUX A TREMPER, (Coutelier) c'est une barre de fer terminée par une espece de douille où l'extrémité des pieces qu'on a à tremper est reçue.
MANCHE A EMOUDRE, c'est un manche de bois sur lequel on place les pieces à émoudre, pour les tenir plus commodément.
MANCHE A POLIR, c'est un manche de bois sur lequel on place les pieces à polir, pour les travailler plus commodément.
Une piece trempée, émoulue ou polie, le faux manche sert tout de suite à une autre qui est prête à être ou polie, ou émoulue, ou trempée.
MANCHE, (Art méchaniq.) c'est dans tout vêtement moderne, la partie qui couvre depuis le haut du bras jusqu'au poignet. La manche est difficile à bien tailler. La chemise a des manches, la veste, l'habit, la soutane, le surplis, &c.
MANCHE, (Pharmac.) manche d'Hippocrate, manica Hippocratis. Voyez CHAUSSE, Pharmac.
MANCHES du bataillon, (Art milit.) c'est ainsi qu'on appelle différentes divisions du bataillon. Voyez DIVISIONS.
MANCHE A EAU, ou MANCHE POUR L'EAU, (Marine) c'est un long tuyau de cuir fait en maniere de manche ouverte par les deux bouts. On s'en sert à conduire l'eau que l'on embarque, du haut d'un vaisseau jusqu'aux futailles qui sont rangées dans le fond de cale, pour faire passer l'eau d'une futaille dans l'autre. On applique pour cela une des ouvertures de la manche sur la futaille vuide, & l'autre ouverture sur celle qui est pleine, & où l'on a mis une pompe pour faire monter l'eau. On se sert de ce moyen pour conserver l'arrimage & l'assiete, ou l'estive d'un vaisseau, en remplissant les futailles vuides du côté où il faut que le vaisseau soit plus chargé.
Manche de pompe, c'est une longue manche de toile goudronnée, qui étant clouée à la pompe, reçoit l'eau qu'on en fait sortir, & la porte jusques hors le vaisseau.
MANCHE, LA MANCHE, (Marine) se dit d'une espece de mer de figure oblongue qui est renfermée entre deux terres. Il s'applique plus particulierement à quelques endroits.
MANCHES, terme de Pêche, usité dans le ressort de l'amirauté de Marennes, sorte de rets. Ce sont les véritables guideaux à hauts étaliers, à la différence qu'au lieu d'être aussi solidement établis que les guideaux de cette espece, qui sont sur les côtes de la haute Normandie, au lieu d'être montés sur des pieux, ils ne sont tendus que sur des perches, qui ont à la vérité quatre, cinq, jusqu'à six brasses de hauteur. Le sac qui forme le guideau a environ quatre à cinq brasses de long, & presqu'autant d'ouverture, à chaque coin du manche, tant du haut que du bas de l'entrée du guideau, il y a une raque ou annelet de bois, qui sert de couet ou oeil pour arrêter le sac ; on passe ces raques dans les deux perches qui tiennent le sac du guideau, dont l'ouverture est tenue ouverte par une traverse de corde, comme aux autres guideaux. Les pêcheurs ont besoin d'un bateau pour tendre leurs rets ; & pour faire couler les raques le long des perches & descendre le guideau autant qu'ils le jugent à propos, ils se servent d'une petite perche croisée par le bout, pour abaisser & arrêter les raques ; souvent même la tête du guideau reste à un pié ou deux au-dessus de la surface de l'eau.
Les manches pêchent de la même maniere que les guideaux, c'est-à-dire, tant de marée montante que de jussant. Il faut du beau tems pour faire cette pêche avec succès : les grosses mers & les tempêtes, ainsi que les molles eaux y sont contraires. On prend dans les guideaux des chevrettes, des salicots ou de la santé, & généralement toutes sortes de poissons que la marée y peut conduire.
Cette pêche a le même abus de celles des guideaux. Les manches ont les mailles très-larges à l'ouverture ; mais elles diminuent, de maniere que vers le fond, ou à la queue du sac, à peine ont-elles deux à trois lignes au plus en quarré. Deux perches suffisent pour chaque guideau, qui s'étendent la plûpart séparément & non en rang & contigus, comme sont les rangs d'étaliers des côtes de Caux & du pays d'Auge.
Les mailles des manches ont à l'entrée dix-huit lignes ; elles diminuent vers le milieu, où elles ont environ neuf lignes, & vers le fond du sac, à peine ont-elles trois lignes en quarré. Voyez la figure dans nos Pl. de Pêche.
MANCHES, MANIOLLES ou SANET. Voy. MANIOLLE. Cet instrument est une espece de bouteux, ou bout-de-quievre.
Les pêcheurs qui font la pêche avec cet instrument, montent dans leur chalan : c'est un petit bateau semblable en toutes manieres aux pirogues de la Martinique. Plusieurs sont faits comme d'un seul tronc d'arbre. Ceux qui sont construits avec du pordage, n'ont que deux ou trois plates petites varangues assez foibles ; cette sorte de bateau ressemble à une navette de tisserand, dont les deux bouts sont un peu relevés ; le dessous est plat, l'avant pointu, & l'arriere un peu quarré en dessous. Un chalan de dix-neuf piés de longueur, a deux piés un quart de hauteur dans le milieu, & deux piés neuf pouces de largeur. Deux hommes suffisent pour faire la pêche, l'un tend le rets, & l'autre rame, de la même maniere que nous l'avons ci-devant expliqué des pêcheurs de la riviere d'entre le pont & la barre de Bayonne. Quand ces bateaux portent voile, elle est placée sur un petit mât à l'avant, & faite comme celle des tillolles, & la voile leur sert aussi de teux.
Quand les chalans pêchent à la manche, ils suivent le bord de la levée de la riviere, en tenant leur manche de la même maniere qu'on tient une écumette, avec quoi ils prennent généralement tout ce qui range le bord de l'eau ; l'usage alors en est aussi pernicieux, que celui du bouteux ou bout-de-quievre sur les sables durant les chaleurs. Les pêcheurs ne se servent ordinairement de ces manches, que durant les lavasses & débordemens provenant de la fonte des neiges des Pyrénées, qui arrivent toujours dans les mois de Juillet & d'Août.
MANCHE, en termes de Potier de terre, est une espece de poignée arrondie, par laquelle on prend une piece quelle qu'elle soit.
MANCHE, en termes de Blason, est la représentation d'une manche de pourpoint à l'antique, telle qu'on en voit dans quelques armoiries.
MANCHE, la (Géog.) contrée d'Espagne dans la nouvelle Castille, dont elle est la partie méridionale, le long de la Guadiana qui la traverse. Elle est bornée au couchant par l'Estramadure, au midi par le royaume de Grenade & par l'Andalousie ; au levant par la Sierra, & par le royaume de Valence & de Murcie, & au nord par le Tage, qui la sépare de l'Algarve. La Guadarména qui se perd dans le Guadalquivir, & la Ségura qui arrose le royaume de Murcie, ont leurs sources dans la Manche. Cieudad-Real, Orgaz & Calatrava, sont les principaux lieux de cette contrée, mais elle n'est vraiment fameuse, que depuis qu'il a plu à Miguel Cervantes d'y faire naître Dom Quixote, & d'y placer la scène de son ingénieux roman. Le seul village du Toboso est immortalisé par l'imagination de cet aimable auteur, qui l'a choisi pour y loger la dulcinée de son chevalier errant. (D.J.)
MANCHE, la (Géog.) nom que l'on donne à cette partie de la mer qui se trouve resserrée entre l'Angleterre au nord, & la France à l'orient, & au midi ; ce qui est au nord-est est le détroit, & s'appelle le pas de Calais. Horace voulant faire sa cour à Auguste, lui dit dans une de ses odes :
Te belluosus qui remotis
Obstrepit Oceanus Britannis
Audit.
" Vous voyez couler sous vos lois l'Océan, qui nourrit dans son sein une infinité de monstres, & bat de ses flots bruyans les côtes britanniques ". Obstrepit est un terme propre à cette mer, dont les flots sont d'ordinaire dans une grande agitation, à cause des terres qui les resserrent, & du refoulement continuel qui s'y fait par l'Océan, & par la mer du nord. Mais on nomme aujourd'hui la Manche, Oceanus britannicus, & l'on peut avancer qu'elle coule sous les lois de la Grande Bretagne, tant en vertu de ses forces maritimes, que parce qu'elle possede les îles de Jersey & de Guernesey du côté de la France. (D.J.)
MANCHE de Bristol, la, (Géog.) bras de la mer d'Irlande, sur la côte occidentale de l'Angleterre, entre la côte méridionale du pays de Galles, & les provinces de l'ouest, à l'embouchure de la Severne, auprès de Bristol. (D.J.)
MANCHE de Danemark, la, (Géogr.) partie de l'Océan, entre le Danemark, la Suede & la Norwege. Ceux du pays l'appellent le Schager-Rach ; les Flamands & les Hollandois la nomment Cattegat. (D.J.)
MANCHE de S. Georges, la, (Géogr.) c'est la partie méridionale de la mer d'Irlande ; elle comprend la Manche de la Severne ou de Bristol. (D.J.)
|
| MANCHESTER | (Géog.) c'est, selon M. Gale, le Mancunium des anciens, ville à marché & à poste d'Angleterre, en Lancashire, avec titre de duché ; elle est belle, riche, bien peuplée, & très-florissante par ses manufactures de laine & de coton ; elle est à 46 lieues N. O. de Londres, sur le Spelden. Long. 15. 12. lat. 53. 29. Long. selon Strect. 15. 11. 15. lat. 53. 24. (D.J.)
|
| MANCHETTE | S. f. (Gram.) garniture ou d'une toile plus fine, ou d'une broderie, ou de dentelle, qui s'attache au bout des manches d'une chemise, & qui couvre le bras aux femmes, & une partie de la main aux hommes. Il y a des manchettes d'hommes & des manchettes de femmes.
MANCHETTE, terme de marchand de modes. Les marchands de modes ne font que des manchettes de gase, bordées tout-au-tour par en bas de blonde, & par en haut elles sont fort plissées sur un petit ruban de fil fort étroit, de façon que l'on y peut passer le bras ; elles forment l'éventail par en bas ; elles en font à un, deux & trois rangs qui sont plus courts les uns que les autres, c'est-à-dire celui de dessus est le plus court, le second un peu plus long, & le troisieme aussi un peu plus long : les dessus de bras sont aussi plus longs que le dedans.
Les femmes s'en servent pour garnir leurs bras, & les attachent au bout des manches de leurs chemises.
Les marchands de modes font aussi des manchettes de robes de cour qui sont toutes rondes, pas plus larges par en haut que par en bas, & qui sont de dentelle ou de blondes ; ces manchettes s'attachent sur les manches du corps de robe, & ont quelquefois six rangs.
MANCHETTE, (Impr.) les Imprimeurs appellent un ouvrage à manchettes un manuscrit dont les marges sont chargées d'additions. Voyez ADDITION.
|
| MANCHON | S. m. (Pelletterie) est une fourrure qu'on porte en hiver pour garantir les mains du froid : c'est une espece de sac fourré en dedans & dehors, & percé par les deux bouts, qu'on attache à la ceinture, & dans lequel on met les mains pour en conserver la chaleur pendant le tems froid. On fait des manchons avec toutes les sortes de peaux qui entrent dans le commerce de la pelletterie, comme martres, tigres, ours, loups-cerviers, renards, &c. Ce sont les marchands Pelletiers qui les font & les vendent.
On fait encore des manchons de plumes, d'étoffes, &c. mais ceux-là font partie du commerce des marchands merciers.
|
| MANCIPIUM | ou MANCUPIUM, (Antiq. rom.) droit de propriété d'acquisition qu'avoient les seuls citoyens romains sur tous les fonds d'Italie, & sur leurs appartenances, comme les esclaves & le bétail.
Ces fonds, ainsi que leurs dépendances, ne pouvoient être possédés que par les Romains, & ils en faisoient l'acquisition avec de certaines cérémonies, en présence de cinq témoins, & d'un porte-balance, cette maniere de vente s'appelloit nexum, ou nexus, & les choses ainsi achetées, jure nexi empta, ou per aes & libram. On appelloit ces fonds, res mancipii, ou res juris civilis, c'est-à-dire romani, une chose possédée par droit de propriété. (D.J.)
|
| MAND | (Hist. mod. Comm.) espece de poids usité dans l'Indostan, & qui varie dans les différentes provinces. A Bengale le mand est de 76 livres, à Surate il est de 37 livres 1/2 ; en Perse le mand n'est que de 6 livres.
|
| MANDAR | (Géog.) province de l'île de Célèbes, dans la mer des Indes, au royaume de Macassar, dont elle occupe la partie septentrionale : la capitale porte le même nom que la province, & est à sept journées de chemin de la ville de Macassar : sa long. est à 137. lat. mérid. 7d. 5'. (D.J.)
|
| MANDARIN | S. m. (Hist. mod.) nom que les Portugais donnent à la noblesse & aux magistrats, & particulierement à ceux de la Chine. Le mot mandarin est inconnu en ce sens parmi les Chinois, qui au-lieu de cela appellent leurs grands & leurs magistrats quan, ou quan-fu, ce qui signifie serviteur ou ministre d'un prince. Il y a à la Chine neuf sortes de mandarins ou degrés de noblesse qui ont pour marque divers animaux. Le premier a une grue, pour marque de son rang ; le second a un lion ; & le troisieme a un aigle ; le quatrieme a un paon, &c. Il y a en tout 32 ou 33 mille mandarins ; il y a des mandarins de lettres & des mandarins d'armes. Les uns & les autres subissent plusieurs examens ; il y a outre cela des mandarins civils ou de justice. Depuis que les Tartares se sont rendus maîtres de la Chine, la plûpart des tribunaux sont mi-partis, c'est-à-dire aulieu d'un président on en a établi deux, l'un tartare & l'autre chinois. Ceux de la secte de Confucius ont ordinairement grande part à cette distinction. Dans les gouvernemens qu'on leur confie, & qui sont toujours éloignés du lieu de leur naissance, pour éviter les injustices que l'amitié, la proximité du sang pourroient leur faire commettre, ils ont un vaste & riche palais ; dans la principale salle est un lieu élevé où est placée la statue du roi, devant laquelle le mandarin s'agenouille avant que de s'asseoir sur son tribunal. On a un si grand respect pour les mandarins qu'on ne leur parle qu'à genoux ; les voyageurs vantent fort leur intelligence & leur équité. Le mandarinat n'est pas héréditaire, & l'on n'y éleve que des gens habiles. Voyez LETTRES.
MANDARIN, (Littérat.) est aussi le nom que les Chinois donnent à la langue savante du pays. Voyez LANGUE. Outre le langage propre & particulier de chaque nation & de chaque province, il y en a un commun à tous les savans de l'empire, qui est ce qu'on appelle le mandarin, c'est la langue de la cour : les officiers publics, comme les notaires ou greffiers, les jurisconsultes, les juges, les magistrats écrivent & parlent le mandarin. Voyez CHINOIS.
|
| MANDARU | (Botan. exot.) arbre de Malabar, qui porte des siliques & des feuilles divisées en deux ; arbor siliquosa, malabarica, foliis bifidis, foliis purpurâ striatis, de Syen. Il est décrit dans l'histoire des plantes de Zanoni, sous le nom d'assitra, ou arbor sancti Thomae, parce que ses feuilles sont tachetées de rouge. Ray en compte quatre especes, dont on peut voir la description dans son Histoire des plantes. (D.J.)
|
| MANDA | ou PROCURATION, (Jurisp.) mandatum, c'est un contrat par lequel quelqu'un se charge gratuitement de faire quelque chose pour une autre personne.
Ce contrat appellé mandatum chez les Romains, étoit mis au nombre des contrats nommés de bonne foi & synallagmatiques qui sont parfaits par le seul consentement.
Parmi nous on se sert plutôt du terme de mandement, & encore plus de celui de procuration. Le mandat differe néanmoins de la procuration, en ce que celle-ci suppose un pouvoir par écrit, au-lieu que le mandat peut n'être que verbal ; néanmoins le terme de mandat est plus général, & comprend tout pouvoir donné à un tiers, soit verbalement ou par écrit. Voy. PROCURATION.
Le mandat produit une double action que les Romains appelloient directe & contraire.
La premiere appartient au mandant contre son mandataire, pour lui demander compte de sa mission ; le mandataire est tenu, non-seulement de son dol, mais aussi de sa faute & de sa négligence ; il ne doit point excéder les bornes du mandat.
L'action contraire appartient au mandataire pour répéter les frais qu'il a faits de bonne foi.
Le mandat peut être contracté en diverses manieres, savoir en faveur du mandant seul, ou du mandant & du mandataire, ou en faveur d'un tiers, ou bien en faveur du mandant & d'un tiers, enfin en faveur du mandataire & d'un tiers.
Le mandat finit, 1°. par la mort du mandant, à-moins que le mandataire, ignorant cette mort, n'ait achevé de bonne foi de remplir sa commission.
2°. Il finit aussi par la mort du mandataire, les choses étant encore entieres.
3°. Il peut être révoqué pourvû que ce soit à tems.
4°. Le mandataire peut renoncer au mandat pourvû que le mandant puisse y suppléer, soit par lui-même ou par un autre. Voyez au Digeste le titre mandati vel contra, & au Code de mandato, & aux Institutes, liv. III. tit. vij. (A)
MANDAT APOSTOLIQUE, (Jurisprud.) est un rescrit ou une lettre du pape, par lequel il enjoint à un collateur ordinaire de conférer le premier bénéfice qui vaquera à sa collation, à l'ecclésiastique qui est dénommé dans le mandat.
Tous les interpretes du droit canon sont d'accord que cette façon de conférer les bénéfices n'a point été en usage dans les onze premiers siecles de l'Eglise ; & en effet il ne s'en trouve aucun exemple dans le decret de Gratien qui fut publié l'an 1151.
On tient communément que ce fut Adrien IV. lequel monta sur le saint siege en 1154, qui introduisit l'usage de ces sortes de mandats, en demandant que l'on conférât des prébendes aux personnes qu'il désignoit. Il y a une lettre de ce pape qui prie l'évêque de Paris, en vertu du respect qu'il doit au successeur du chef des apôtres, de conférer au chancelier de France la premiere dignité ou la premiere prébende qui vaqueroit dans l'église de Paris.
Les successeurs d'Adrien regarderent ce droit comme attaché à leur dignité, & ils en parlent dans leurs decrétales comme d'un droit qui ne peut leur être contesté.
Au commencement, l'usage de ces mandats étoit peu fréquent ; ce n'étoient d'abord que de simples prieres que les papes adressoient aux collateurs ordinaires, lesquels se faisoient honneur d'y déferer volontairement ; dans la suite, ces requisitions devenant plus fréquentes, & les collateurs ordinaires se trouvant gênés par-là, il y eut des évêques qui ne voulurent point y avoir égard. C'est pourquoi le pape accompagna la priere qu'il leur faisoit d'une injonction & d'un mandement. Et comme il y avoit des évêques qui refusoient encore d'exécuter ces mandats, les papes nommerent des exécuteurs pour conférer les bénéfices aux mandataires, au cas que les collateurs négligeassent d'en disposer en leur faveur. Etienne de Tournay fut nommé exécuteur des mandats adressés par le pape au chapitre de S. Agnan, & déclara nulles les provisions que ce chapitre avoit accordées, au préjudice des mandats apostoliques.
La pragmatique attribuée à S. Louis, abolit indirectement les mandats, en maintenant le droit des collateurs & patrons ; mais on n'est pas d'accord sur l'authenticité de cette piece ; ce qui est de certain, c'est qu'on se plaignit en France des mandats. Peu de tems après S. Louis, le celébre Durand évêque de Mendes, les mit au rang des choses qu'il falloit faire réformer par le concile général : cependant le concile de Vienne ne changea rien à cet égard.
Dans le XV. siecle, tems auquel le schisme d'occident duroit encore, les François s'étant soustraits à l'autorité des papes de l'une & l'autre obédience, firent des réglemens contre les mandats ; mais cela n'eut lieu que pendant cette séparation : le concile de Basle & la pragmatique-sanction conserverent au pape le droit d'accorder des mandats.
Cependant le concile de Basle en modera l'usage, en ordonnant que le pape ne pourroit accorder qu'une fois en sa vie, un mandat sur les collateurs qui ont plus de dix bénéfices à leur disposition & moins de cinquante, & deux mandats sur les collateurs qui conferent cinquante bénéfices ou plus.
Le concordat passé entre Léon X. & François I. renouvella ces réglemens : on y inséra même la forme des mandats.
Enfin le concile de Trente a aboli les mandats ; & les papes s'étant soumis à cette loi, les collateurs ordinaires de France & des autres pays catholiques ont depuis ce tems cessé d'être sujets aux mandats apostoliques.
Les mandats apostoliques étoient de plusieurs sortes, ce que nous allons expliquer dans les subdivisions suivantes :
Mandat de conferendo, n'étoit autre chose qu'un mandat apostolique ordinaire, par lequel le pape prioit un collateur ordinaire de conférer à un tel le premier bénéfice qui vaqueroit. Voyez CASTEL.
Mandat exécutoire, étoit celui par lequel le pape donnoit pouvoir à l'exécuteur par lui délégué de conférer le bénéfice, en cas de refus de la part du collateur.
Mandat in forma dignum, est un simple mandat de providendo ; ce sont de véritables provisions, mais conditionnelles, & la condition est de justifier à l'ordinaire de sa capacité.
Mandat in forma gratiosa, n'étoit pas adressé à l'ordinaire ; le pourvû n'étoit pas tenu de se présenter devant lui, parce qu'il avoit justifié de sa capacité avant la provision de Rome.
Mandat général, est celui qui n'est point limité à un tel bénéfice, mais pour le premier bénéfice qui vaquera.
Mandat monitoire, étoit celui qui ne contenoit de la part du pape qu'un simple conseil ou priere de conférer, tels qu'étoient d'abord tous les mandats.
Mandat préceptoire, étoit celui par lequel le pape ne se contentoit pas de prier le collateur, mais lui enjoignoit de conférer.
Mandat de providendo, est celui qui n'a de force & d'effet que par le visa de l'évêque ; lequel visa a un effet rétroactif à ce mandat.
Mandat ad vacatura. On entend par-là que le mandat devoit être donné pour les bénéfices qui vaqueroient dans la suite, & non pour un bénéfice déjà vacant.
Sur les mandats en général, voyez les définitions canoniques, & la bibliotheque canonique, les lois ecclésiastiques. Ferret, le traité de l'usage & pratique de cour de Rome.
|
| MANDATAIRE | S. m. (Jurisprud.) est celui qui est chargé d'un mandat ou procuration pour agir au nom d'un autre. Voyez ci-devant MANDAT, & PROCURATION & PROCUREUR.
MANDATAIRE, (Jurisprud.) est aussi celui qui a un mandat ou rescrit de cour de Rome, adressé à quelque collateur à l'effet d'obliger ce collateur de donner au mandataire le premier bénéfice qui vaquera à la nomination de ce collateur. Voyez ci-devant MANDAT APOSTOLIQUE. (A)
|
| MANDELE | (Géog. anc.) Mandela, hameau, village d'Italie dans la Sabine, arrosée par la diligence. Horace y avoit sa maison de campagne, épit. XVIII. l. I. vers. civ. On croit que ce village est présentement Poggio mirteto. (D.J.)
|
| MANDEMENT | (Géog.) en latin, madamentum. Ce mot, dans les chartulaires & dans les actes du moyen âge, qui regardent le Dauphiné, la Provence, la Bresse, le Lyonnois, & autres cantons, signifie la même chose que district, territoire, jurisdiction. C'est ce qu'on nommeroit ailleurs bailliage. (D.J.)
MANDEMENT, s. m. (Théolog.) écrit qui se publie de la part d'un évêque dans l'étendue de son diocèse ; par lequel l'évêque enjoint aux fideles quelques précautions relatives aux moeurs ou à la religion.
Les mandemens des évêques ne sont point soumis à l'examen des censeurs ; cependant l'expérience a montré plus d'une fois que cette attention du gouvernement n'auroit pas été superflue. L'objet d'un mandement est communément important. Un évêque est censé avoir beaucoup d'autorité sur l'esprit des peuples ; les peuples soumis à l'instruction des évêques, doivent l'être aussi à l'autorité du souverain. Il ne peut donc pas être indifférent au souverain de connoître d'avance ce que l'évêque qui peut être par hasard un fanatique, un mauvais esprit, un factieux, enjoindra à ses sujets dans un ouvrage qu'il va publier : cela est d'autant plus raisonnable que tout ouvrage de religion, composé ou par un curé, ou même par un docteur de Sorbonne, ne s'imprime point sans la permission du chancelier & l'approbation du censeur royal.
MANDEMENT, (Jurisprud.) signifie quelquefois la même chose que mandat ou procuration ; quelquefois on entend par ce terme un ordre ou commission de faire quelque chose, ou une injonction de venir ; comme quand on donne à un officier un veniat, ou qu'un accusé est mandé par le juge, soit pour être blâmé ou pour être admonesté. Voyez MANDAT, MANDATAIRE, PROCURATION & VENIAT. (A)
|
| MANDIBULE | (Anat.) Voyez MACHOIRE.
|
| MANDIL | S. m. (Hist. mod.) nom d'une espece de bonnet ou turban que portent les Perses. Voyez BONNET ou TURBAN. Le mandil se forme premierement en roulant autour de la tête une piece de toile blanche, fine, de cinq à six aunes de long, en tournant ensuite sur cela & de la même maniere, une piece de soie ou écharpe de la même longueur, qui souvent est de grand prix. Il faut, pour avoir bonne grace, que l'écharpe soit roulée de telle sorte que ses diverses couleurs, en se rencontrant dans les différens plis, fassent des ondes, comme nous voyons sur le papier marbré. Cet habillement de tête est fort majestueux, mais très-pesant ; il met la tête à couvert du grand froid & de l'ardeur excessive du soleil. Les coutelas ne peuvent entamer un mandil : la pluie le gâteroit, si les Perses n'avoient une espece de capuchon de gros drap rouge dont ils couvrent leur mandil dans le mauvais tems. La mode du mandil a un peu changé depuis quelque tems : pendant le regne de Scha-Abba II. le mandil étoit rond par le haut ; du tems de Schà Soliman, on faisoit sortir du milieu du mandil & par-dessus la tête un bout de l'écharpe ; & récemment sous le regne de Scha-hussein, au lieu d'être ramassé, comme auparavant, on l'a porté plissé en rose, les Persans ont trouvé que cette nouvelle forme avoit meilleure grace : & c'est ainsi qu'ils le portent encore.
|
| MANDINGOS | (Hist. mod. Géog.) peuple indépendant de brigands qui habitent le royaume des Faulis en Afrique. Ils ne vivent que de pillage, ne sont point soumis au siratick, & se dispensent de payer aucune imposition ou de contribuer aux charges de l'état. On dit que ce peuple ressemble beaucoup aux Arabes vagabonds qui infestent l'Asie : ils ont un langage particulier.
|
| MANDINGUES | LES (Géog.) peuple d'Afrique dans la Nigritie, à 180 milles de la côte occidentale, sur la riviere de Gambie, au sud du royaume de Bambouc. Leur contrée est appellée par les Espagnols Mandinenza. Leur principale habitation est Songo. Les Negres de cette contrée sont mieux faits que ceux de Guinée, plus laborieux, plus fins, & zélés mahométans ; mais ils admettent les femmes dans le paradis, & pour leur en donner des assurances, ils les font circoncire d'une maniere convenable à leur sexe. Voyez ce qu'en disent de la Croix & Labat. (D.J.)
|
| MANDOA | (Géog.) ville de l'Indoustan, dans la province de Malva, au midi de Ratipor. lat. 22. (D.J.)
|
| MANDORE | S. f. (Musique anc. & mod.) instrument de musique à cordes.
La mandore des modernes est une espece de luth, composé pour l'ordinaire de quatre cordes ; sa longueur ordinaire est d'un pié & demi : la premiere corde est la plus déliée, & se nomme chanterelle ; les autres qui la suivent vont toujours en augmentant de grosseur. Son accord est de quinte en quarte, c'est-à-dire que la quatrieme corde est à la quinte de la troisieme, la troisieme à la quarte de la seconde ; & la seconde à la quinte de la chanterelle. On abaisse quelquefois la chanterelle d'un ton, afin qu'elle fasse la quarte avec la troisieme corde, & ce qu'on appelle accorder à corde avalée ; souvent aussi l'on abaisse la chanterelle & la troisieme corde d'une tierce : enfin cet instrument peut encore être monté à l'unisson ; il étoit autrefois à la mode, & n'y est plus aujourd'hui.
La mandore n'est pas de l'invention des modernes, elle étoit fort d'usage chez les anciens, qui l'appelloient . Il en est parlé dans Athénée, dans Polluxe, dans Hesychius, dans Nicomaque, dans Lampride, & quelqu'autres.
Suivant la description que nous donne de la mandore ancienne le savant Perrault, elle étoit montée de quatre cordes, dont la chanterelle servant à jouer le sujet, étoit pincée par le doigt index armé d'une plume, faisant l'effet du plectrum. Pendant qu'on la pinçoit ainsi, les trois autres cordes, qui faisoient l'octave remplie de sa quinte, étoient frappées l'une après l'autre successivement par le pouce. On tâchoit de faire ensorte que ces trois cordes, qui tenoient lieu d'autant de bourdons, s'accordassent avec les tons du sujet, qui devoit être néanmoins dans le mode, sur lequel étoit accordé le bourdon ; c'est-à-dire que la chanterelle devoit être accordée, de maniere que les cadences principales & les dominantes tombassent sur les bourdons que le pouce frappoit, suivant la cadence propre à l'air que l'on jouoit. On voit par-là que les anciens formoient une espece de symphonie, où entroient trois consonnances ; mais ils n'en demeurerent pas là, ils allerent jusqu'à faire usage de quelques dissonnances dans le concert, & de ce nombre ont été certainement la tierce & la sixte. (D.J.)
|
| MANDOUAVATTE | S. m. (Hist. nat. Botan.) arbrisseau de l'île de Madagascar, qui porte un fruit semblable à l'aveline.
|
| MANDOUTS | S. m. (Hist. nat.) C'est une espece de serpent de l'île de Madagascar, qui est gros comme le bras ou comme la jambe d'un homme. On dit qu'il n'est point venimeux, & qu'il se nourrit de chauvesouris & de petits oiseaux.
|
| MANDRAGORE | mandragora, s. f. (Bot.) genre de plante à fleur monopétale en forme de cloche & profondément découpée. Il sort du calice un pistil qui pénétre jusqu'au-bas de la fleur ; ce pistil devient dans la suite un fruit mou, ordinairement rond, & dans lequel on trouve des semences qui ont le plus souvent la figure d'un rein. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE.
On pourroit presque reconnoître les mandragores, même avant qu'elles soient en fleurs, à la grosseur de leurs racines, & à la grandeur de leurs feuilles rondes & puantes.
Les deux principales especes de ce genre de plante sont la mandragore blanche ou mâle, & la mandragore noire ou femelle, car il plaît aux Botanistes de parler ainsi.
La mandragore mâle, nommée par Bauhin, Tournefort, Ray, mandragora fructu rotundo, C. B. P. 169. J. R. H. 76. Ray hist. 668. n'a point de tige. Sa racine est épaisse, longue, quelquefois simple & unique, souvent partagée en deux, trois ou quatre parties. Elle est blanchâtre en-dehors, ou d'une couleur cendrée, ferrugineuse, pâle en-dedans. Il sort du sommet de sa racine, des feuilles longues d'environ une coudée, presque larges d'une palme & demie, pointues des deux côtés, d'un verd foncé, fétides. On voit naître d'entre les feuilles plusieurs pédicules longs de deux, trois ou quatre pouces. Ces pédicules portent chacun une fleur d'une seule piece, en cloche, divisée en cinq parties, légérement velue, blanchâtre, un peu purpurine & fétide. Le calice est velu, verd, partagé en cinq lanieres. Le pistil perce la partie inférieure de la fleur, se change en un fruit de la figure & de la grosseur d'une petite pomme, verd d'abord, ensuite jaunâtre, charnu, mol, d'une odeur forte & puante. Sa pulpe contient des graines blanches, arrondies, applaties, & presque de la figure d'un rein.
La mandragore femelle, par Tournefort, J. R. H. 76. mandragora flore sub caeruleo, purpurascente, a les feuilles semblables à celles de la mandragore mâle, mais plus étroites & plus noires. Ses fleurs sont de couleur purpurine, tirant sur le bleu : ses fruits sont plus pâles, plus petits, de la figure de ceux du sorbier ou du poirier, mais d'une odeur aussi forte que ceux de la mandragore mâle. Ses graines sont plus petites & plus noires : sa racine est longue, plus noirâtre en-dehors, blanchâtre en-dedans. L'une & l'autre mandragore viennent naturellement dans les pays chauds, en Italie, en Espagne, dans les forêts, à l'ombre & sur le bord des fleuves.
On les trouve dans les jardins de médecine, où on les seme de graine, & leurs racines se conservent saines, fortes & vigoureuses pendant plus de cinquante ans : les feuilles & l'écorce des racines de cette plante sont de quelque usage rare. (D.J.)
MANDRAGORE, (Pharmac. & Mat. médic.) les feuilles & les racines de mandragore répandent une odeur puante, nauséabonde, & qui porte à la tête. On ne doit point les prescrire intérieurement, quoique les auteurs de matiere médicale ne soient pas absolument d'accord sur leur qualité vénéneuse ; car le soupçon seul qu'on peut en avoir suffit pour les faire rejetter de l'ordre des remedes intérieurs, puisque d'un autre côté la vertu narcotique fébrifuge & utérine qu'on lui a attribuée n'est pas évidente, & que nous ne manquons pas de remedes éprouvés qui possedent ces diverses vertus. La propriété de purger par haut & par bas avec violence, quoique plus constatée, sur-tout dans les racines, n'est pas un meilleur titre, puisque rien n'est si commun que les remedes qui ont ces qualités.
Les feuilles & l'écorce de la racine de mandragore appliquées extérieurement passent pour émollientes, discussives & éminemment stupéfiantes, elles sont recommandées par divers auteurs, pour résoudre les tumeurs dures & skirrheuses, & pour appaiser la douleur des tumeurs inflammatoires, sur-tout de l'érésipele : dans ce dernier cas, on les fait ordinairement bouillir avec du lait ; mais les Médecins prudens craignent l'application des remedes qui calment trop efficacement & trop soudainement la douleur, & qui peuvent opérer des résolutions précipitées. Voyez REPERCUSSIF, STUPEFIANT, TOPIQUE & INFLAMMATION.
L'application extérieure des feuilles, des racines & du suc de mandragore sous forme de cataplasme & de fomentation, ou mêlés avec d'autres substances plus ou moins analogues, telles que la ciguë, le tabac, &c. dans des onguens ou des emplâtres ; leur application, dis-je, sous toutes ces formes est fort recommandée contre les obstructions des visceres, & sur-tout contre les tumeurs dures de la rate.
On prépare aussi une huile de mandragore par infusion & par décoction, à laquelle on a attribué les mêmes vertus.
Le fruit de mandragore, dont on ne fait aucun usage, a été regardé aussi comme ayant la vertu d'assoupir & d'engourdir, soit par sa pulpe, soit par ses graines. Mais il a été démontré par des expériences, qu'on pouvoit manger des fruits de mandragore avec leur graine, sans en éprouver le moindre assoupissement, ni aucune autre incommodité.
La mandragore entre dans les compositions suivantes de la pharmacopée de Paris ; savoir, ses feuilles dans le baume tranquille, dans l'onguent populeum, & l'écorce de sa racine dans le requies de Nicolas Mirepse.
Les fables que les anciens ont débitées sur la mandragore, se sont dès long-tems répandues chez le peuple ; il sait que la racine de mandragore produit des effets surprenans par sa prétendue figure humaine, qu'elle procure sur-tout la fécondité aux femmes ; que les plus excellentes de ces racines sont celles qui sont arrosées de l'urine d'un pendu ; qu'on ne peut les arracher sans mourir ; que, pour éviter ce malheur, on creuse la terre tout autour de cette racine ; qu'on y fixe une corde qui est attachée par son autre extrémité au cou d'un chien ; que ce chien étant ensuite chassé, arrache la racine en s'enfuyant ; qu'il succombe à cette opération, & que l'heureux mortel qui ramasse alors cette racine, ne court plus le moindre danger, mais qu'il possede au contraire en elle un trésor inestimable, un rempart invincible contre les maléfices, une source éternelle de bonheur, &c. On ne meurt point en arrachant la racine de mandragore ; cette prétention seule a paru digne d'être examinée, & elle l'a été ; les autres sont trop misérables, pour qu'elles méritent de faire naître le moindre doute.
|
| MANDRALAE | (Géog. anc.) peuple de l'Inde en-deçà du Gange, & qui s'étendoient jusqu'à ce fleuve. Ptolomée leur donne pour capitale Palibothra.
|
| MANDRE | S. f. Mandra, (Hist. ecclés. grecq.) les savans conviennent du sens de ce mot qui, dans les écrivains ecclésiastiques sur-tout de l'Eglise d'Orient, signifie un couvent, un monastere. Les Grecs modernes l'emploient dans cette signification, & on a formé de ce terme celui de mandrite, pour dire un moine. Dans la langue grecque, les glossaires appellent une caverne, une grotte, . Les solitaires d'Orient ont anciennement logé dans les grottes. Le Carmel, le mont Liban, le mont Sinaï & la haute Egypte sont pleines de grottes, qui ont servi de retraite à des solitaires. Ainsi le mot mandre, dans le sens de monastere, convient assez à cette origine, & c'est vraisemblablement la véritable.
|
| MANDRERIE | S. f. (Vannier) les Vanniers se servent de ce terme pour désigner tous les ouvrages pleins, & d'osier seulement, sans lattes ou cerceaux
|
| MANDRIA | (Géog.) petite île de l'Archipel, près de la côte de la Natolie. Elle est déserte, & toute entourée de rochers en l'île de Samos au septentrion & celle de Calamo au midi, à 15 milles de celle de Palmoso, anciennement Pathmos. (D.J.)
|
| MANDRIN | S. m. (Art méchaniq.) instrument à l'usage d'un grand nombre d'artisans. Voyez les articles suivans, presque par-tout il fait la fonction de moule ou modele, & a la forme d'une autre piece.
MANDRIN de porte-mouchette, en terme d'Argenteur, est un cercle de fer un peu ovale, soutenu sur trois piés, traversé en long par deux barres immobiles, & percé de plusieurs trous pour recevoir deux autres traverses qui s'approchent & s'éloignent autant qu'on veut, selon la longueur de la piece : ces traverses y sont attachées par d'autres petites parties qui y sont vissées ; & deux especes de petites machines aussi retenues par des vis, arrêtent le porte-mouchette entr'elles & les traverses. Il faut que tout mandrin d'argenteur soit toujours également chaud, sans quoi l'argent ne prendroit pas. Voyez Planche de l'Argenteur.
MANDRIN à éguiere, (Argenteur) est une espece d'étau creux dans son intérieur, dont les Argenteurs se servent pour argenter les éguieres.
MANDRIN, terme d'Artillerie, espece de moule ou de petit cylindre de bois, dont on se sert pour former les cartouches propres au fusil. Les mandrins y doivent être parfaitement cylindriques, & avoir 7 à 8 pouces de longueur, & 6 lignes 3 quarts de diametre, suivant une ordonnance sur les cartouches, donnée en 1738. Ils doivent être creusés dans les deux bouts en cavité sphérique, ensorte que de quelque côté que l'on s'en serve, cette cavité puisse recevoir & embrasser environ un tiers de la balle. (Q)
MANDRIN, en terme de Chauderonnier, c'est un long bâton de fer qui diminue proportionnellement, & sur lequel on forme le tuyau d'un cor-de-chasse. Voyez les Pl. du Chauderonnier.
MANDRIN, en terme de Doreur, sont des plateaux de bois de plusieurs grandeurs, sur lesquels on travaille les plus grandes pieces. Il n'est guere possible de leur donner une forme qui serve de modele. Ils la doivent au caprice, comme les pieces auxquelles ils servent. Voy. dans nos Planches du Doreur les figures qui représentent les mandrins nécessaires pour tenir toutes les pieces d'une épée.
Il y a le mandrin de plaque ; le coin pour faire serrer le mandrin.
Le poinçeau monté sur son mandrin.
La plaque d'épée montée sur son mandrin.
Le coin dudit mandrin.
Le mandrin de corps, sur lequel est monté un corps d'épée.
Le coin dudit mandrin.
MANDRIN à boutons, (Doreur en feuilles) sont des formes de boutons de cuivre montés sur une branche de fer, sur lesquelles on brunit les boutons. Il faut avoir soin de faire chauffer ces mandrins à chaque bouton que l'on brunit. Voyez BRUNIR.
MANDRIN, (Fourbisseur) les Fourbisseurs appellent ainsi un outil qui leur sert à soutenir, entr'ouvrir & travailler plusieurs pieces de la garde de leurs épées & des fourreaux. Ils en ont de cinq sortes, qui sont le mandrin de plaque, le mandrin de garde, le mandrin de corps, le mandrin de branche & le mandrin de bout. Ce dernier sert pour le bout du fourreau, & les quatre autres aux manoeuvres. Tous ces outils sont de fer. Voyez bloc de corps, bloc de plaque & mandrin de bout, Planche du Fourbisseur & du Cizeleur-Damasquineur.
MANDRIN de bout, (Fourbisseur) les Fourbisseurs se servent de deux morceaux de fer forgés, ressemblant à des limes, mais qui sont unis, qui sont plus larges au milieu, & finissent un peu en diminuant, pour relever les bosses des bouts des fourreaux d'épées & les viroles d'en-haut, & aussi pour passer sur les fourreaux quand ils ont peine à entrer sur les lames ; cela se fait en tenant ces deux morceaux de fer des deux mains, & mettant entre les deux la lame dans son fourreau, & faisant glisser ces deux morceaux de fer de bas en-haut, cela presse le fourreau, & l'élargit tant soit peu. Voyez la fig. Pl. du Fourbisseur.
MANDRIN de chapes, en terme de Fourbisseur, est un fer triangulaire, dont les pans sont arrondis, sur lequel on dore ou l'on argente des chapes d'épées. Voyez CHAPES. Voyez les fig. dans les Planches du Fourbisseur.
MANDRIN de corps, en terme de Fourbisseur, est un morceau de fer quarré, recourbé & percé pour recevoir le bout de la branche qu'on dore ou qu'on argente dessus. Voyez Planche du Doreur.
MANDRIN, par les Horlogers signifie un outil dont ils se servent pour tourner certaines pieces ; cet outil est monté sur un arbre, tantôt on fait entrer la piece que l'on veut tourner sur sa circonférence, tantôt on l'appuie contre son plan : dans le premier cas, le mandrin doit être tourné parfaitement rond, & dans le second parfaitement droit du côté où la piece s'appuie. Voyez Pl. d'Horlog.
MANDRINS, ce sont, en terme d'Orfevre en tabatieres, des masses de cuivre jaune de bois ou de fer, contournées différemment, sur lesquelles on emboutit les tabatieres, en leur imprimant le contour & les moulures qui sont modelées sur ces mandrins. Voyez les Pl. d'Orfev.
MANDRIN, outil de Potier d'étain, c'est un morceau de fer ordinairement quarré, dont la moitié entre dans l'arbre du tour, s'il est creux ; & cette partie de mandrin est percée, ainsi que l'arbre, pour y pouvoir passer une clavette de fer qui tient le mandrin attaché à l'arbre, comme si c'étoit une seule piece. L'autre bout du mandrin qui sort de l'arbre, sert à faire les gaines des empreintes ou calibres, & c'est sur ce bout qu'on les monte lorsqu'on veut tourner. Voyez TOURNER L'ETAIN.
A l'égard de la longueur & grosseur du mandrin, il n'y a rien de déterminé pour cela, parce que la différence & la grosseur des arbres de tour en fait la regle ; mais communément il doit avoir environ sept à huit lignes sur chaque face en diminuant peu-à-peu jusqu'aux bouts, & cinq à six pouces de longueur en tout. Voyez les Pl. de Potier d'étain.
MANDRIN, (Serrurerie & Taillanderie) piece de fer ou d'acier un peu plus renflé dans son milieu qu'à ses extrémités, ce qui lui donne la facilité d'entrer & de sortir plus facilement, & en même tems de former un trou plus égal à celui qu'on demande. Ainsi ce mandrin est une espece de pointe ou d'instrument à percer ou à froid ou à chaud. Il y en a de différentes formes, selon le trou à percer. On se sert du mandrin chaud, lorsqu'il est question d'ouvrir plusieurs trous sur la longueur d'une barre, comme aux traverses des grilles où les barreaux sont compris dans l'épaisseur des traverses. Il faut que le mandrin soit de la grosseur des barreaux. On se sert aussi de mandrin à froid : celui-ci doit être d'acier trempé. On le chasse à force dans les trous faits à la lime, & il marque les endroits qu'il faut diminuer. On commence l'ouvrage ou l'ouverture au poinçon, & on l'acheve au mandrin. Le poinçon perce, le mandrin dirige en perfectionnant. V. Pl. de Serrurerie.
MANDRIN, (Tailland.) espece de poinçon rond ou quarré, qu'on passe dans un trou qu'on a percé dans une espece de fer, lorsqu'il s'agit de finir ce trou, & de lui donner sa grandeur juste, & la forme convenable ; c'est ainsi qu'on forme l'oeil d'un marteau, d'une coignée, la douille d'une bèche. Voyez Pl. de Taillandier.
MANDRIN, en terme de Tabletier-Cornetier, est un rouleau de bois uni & égal dans sa circonférence, que l'on enfonce à force dans les cornets pour les redresser. Voyez REDRESSER. V. Pl. du Tabl. Corn.
MANDRIN, (Tourneur) est un morceau de bois de hêtre ou de poirier, ou autre qui puisse se couper net, qui sert à monter sur le tour. Voyez TOUR A LUNETTE.
|
| MANDRISE | (Hist. nat. Bot.) arbre de l'île de Madagascar, dont le bois est fort beau, il est marbré & violet dans le coeur ; ses feuilles sont aussi petites que celles de l'ébénier.
|
| MANDSJADI | S. m. (Botan. exot.) arbre indien de Malabar, qui porte des siliques dont la fleur est pentapétale & en épi ; ses siliques contiennent des féves noueuses & de couleur d'écarlate : cet arbre est un des plus grands des Indes ; il ne donne du fruit qu'au bout de 20 ans, & subsiste 200 ans. On emploie son bois à plusieurs ouvrages domestiques, & l'on mange ses féves bouillies, ou reduites en farine. Voyez Ray. (D.J.)
|
| MANDUBIENS | LES, (Géog. anc.) Mandubii, dans César de Bello gall. lib. VII. cap. 68. ancien peuple de la Gaule ; Alésia étoit une de leurs villes. On sait qu'Alésia est Alise en Bourgogne, dans le Duesmois, quartier qui est tout engagé dans le diocèse de Langres, & qui dépend néanmoins du diocèse d'Autun. (D.J.)
|
| MANDUCATION | S. f. (Gram.) c'est l'action de manger : il est de peu d'usage. Voyez MANGER.
|
| MANDUCUS | (Littérat.) espece de marionette hideuse ; les Romains appellerent manducus certaines figures ou certains personnages qu'ils produisoient à la comédie, ou dans d'autres jeux publics, pour faire rire les uns, & faire peur aux autres. L'origine du nom manducus vient de ce qu'on donnoit au personnage qui jouoit ce rôle, de grandes joues, une grande bouche ouverte, des dents longues & pointues, qu'il faisoit craqueter à merveille. Les enfans, au rapport de Suétone, en étoient fort effrayés, & les meres leur en faisoient un épouvantail. Les hommes n'ont jamais su se conduire eux-mêmes, ni conduire les autres par les lumieres de la raison, qui devroient seules être employées. (D.J.)
|
| MANDURIA | (Géog. anc.) ville de la grande Grece, au pays des Salentins. Pline liv. II. ch. ciij. dit qu'il y avoit près de cette ville, un lac qui ne décroissoit ni n'augmentoit par les eaux qui y tomboient, ou qui en sortoient. Ce lac est encore reconnoissable à son ancien nom, on l'appelle Andoria ; le nom moderne de Manduria est Casal-Nuovo, selon Léandre. (D.J.)
|
| MANÉAGE | S. m. (Com. Mar.) sorte de travail de main des matelots, dont ils ne peuvent demander aucun salaire au marchand ; tel est celui qui consiste à charger des planches, du mairrein & du poisson, tant verd que salé.
|
| MANÉGE | S. m. (Maréchall.) art de dompter, de discipliner, & de travailler les chevaux. Voyez CHEVAL.
Le manége, pris dans toute son étendue, embrasse tout ce qui concerne la figure, la couleur, l'âge, les tempéramens & les qualités des chevaux, leur pays respectif & leurs climats, la maniere de les nourrir & d'en multiplier l'espece, &c. les usages auxquels ils sont propres, soit la guerre, les haras, la selle ou le labour, & les moyens de les rendre propres à tous ces usages. Il embrasse aussi la connoissance des défauts & des maladies des chevaux, des remedes qui leur conviennent, avec les diverses opérations qui y ont rapport, comme écouer, châtrer, ferrer, ce qui est du ressort du maréchal. Voy. MARECHAL, ECOUER, CHATRER, FERRER, &c.
Ce mot se dit de l'art de monter à cheval, ou de manier un cheval avec avantage, non-seulement dans les mouvemens ordinaires, mais particulierement dans les dosses, airs, &c. Voyez MANIER, DOSSES, AIRS, &c.
Manége par haut. C'est la façon de faire travailler les sauteurs qui s'élevant plus haut que le terre-à-terre, manient à courbettes, à croupades, à ballotades. Voyez COURBETTES, CROUPADES, BALLOTADES.
Manége de guerre, est le galop inégal, tantôt plus écouté, tantôt plus étendu, dans lequel le cheval change aisément de main dans les occasions où on en a besoin.
|
| MANEQUIN | S. m. (Comm.) ancienne mesure dont on se servoit autrefois en Angleterre ; elle contenoit huit balles ou deux cuves, autres mesures angloises. Ces mesures étoient des especes de paniers d'osier : on ne sait pas leurs réductions aux mesures modernes. Dictionn. de commerce. (G)
MANEQUIN ou MANNE, (Jardinage) est une espece de panier de gros osier, fait à claire voie ; ce peut être encore des paniers qui entourent les racines d'ifs, d'ormes, de tilleuls, & d'arbres à fruit, reservés pour regarnir les places vuides d'un jardin.
La Quintinie veut que les arbres destinés aux espaliers soient un peu cachés dans les manequins, afin qu'ils suivent l'inclination que l'on donne aux autres plantes en espalier, & qu'ils approchent plus facilement de la muraille. Quant aux arbres de haute tige ou en buisson, ils seront plantés droits dans les manequins.
Ils doivent être ronds, faits d'un osier très-verd, leur profondeur & grandeur seront proportionnés à la force des arbres.
MANEQUIN, en Peinture, statue ou modele de cire ou de bois, dont les parties sont jointes de façon qu'on peut la mettre dans toutes les situations qu'on veut. Son principal usage est de jetter & ajuster des draperies : il y a des manequins de grandeur naturelle & au-dessous. Voyez dans nos Pl. de Dessein un manequin détaillé.
|
| MANES | S. m. (Mythologie) divinités domestiques des anciens payens, & dont il paroît par leur mythologie qu'ils n'avoient pas des idées bien fixes, ce qu'on peut en recueillir de plus constaté, c'est que souvent ils les prenoient pour les ames séparées des corps, d'autres fois pour les dieux infernaux, ou simplement comme les dieux ou les génies tutélaires des défunts.
Quelques anciens, au rapport de Servius, ont prétendu que les grands dieux célestes étoient les dieux des vivans ; mais que les dieux du second ordre, les manes en particulier, étoient les dieux des morts ; qu'ils n'exerçoient leur empire que dans les ténebres de la nuit, auxquelles ils présidoient, ce qui, suivant eux, a donné lieu d'appeller le matin mane.
Le mot de manes a aussi été pris quelquefois pour les enfers en général, c'est-à-dire pour les lieux souterreins, où se devoient rendre les ames des hommes après leur mort, & d'où les bonnes étoient envoyées aux champs Eliséens, & les méchantes au lieu des supplices appellé le Tartare.
C'est ainsi que Virgile dit :
Haec manes veniet mihi fama sub imos.
On a donné au mot de manes diverses étymologies : les uns le font venir du mot latin manare, sortir, découler, parce, disent-ils, qu'ils occupent l'air qui est entre la terre & le cercle lunaire, d'où ils descendent pour venir tourmenter les hommes ; mais si ce mot vient de manare, ne seroit-ce point plutôt parce que les payens croyoient que c'étoit par le canal des manes que découlent particulierement les biens ou les maux de la vie privée : d'autres le tirent du vieux mot latin manus, qui signifie bon, & suivant cette idée ils ne les considerent que comme des divinités bienfaisantes qui s'intéressent au bonheur des humains, avec lesquels elles ont soutenu pendant leur vie des relations particulieres, comme leurs proches ou leurs amis. Un auteur allemand, prévenu en faveur de sa langue, tire manes du vieux mot mann, homme, qu'il prétend être un mot des plus anciens, & qui vient de la langue étrusque. Or il dit que manes signifie des hommes par excellence, parce qu'il n'y a que les ames véritablement vertueuses qui puissent espérer de devenir, après la mort de leurs corps, des especes de divinités, capables de faire du bien aux amis de la vertu : mais la véritable étymologie du mot manes se trouve dans les langues orientales, & vient sans doute de l'ancienne racine moun, d'où se sont formés les mots chaldaïque & arabe, moan, man, hébreux, figura, similitudo, imago, phantasma, idea, species intelligibilis, forma imaginis cujusdam, dicitur enim de rebus, tam corporalibus quam spiritualibus, presertim de Deo. Vide Robert. Thes. ling. sanctae. Ce sont là tout autant de significations analogues aux idées qu'on se formoit des manes, & aux diverses opérations qu'on leur attribuoit.
De tous les anciens, Apulée est celui qui, dans son livre de Deo Socratis, nous parle le plus clairement de la doctrine des manes. " L'esprit de l'homme, dit-il, après être sorti du corps, devient une espece de démon, que les anciens Latins appelloient lemures ; ceux d'entre les défunts qui étoient bons, & prenoient soin de leurs descendans, s'appelloient lares familiares ; mais ceux qui étoient inquiets, turbulens & malfaisans, qui épouvantoient les hommes par des apparitions nocturnes, s'appelloient larvae, & lorsqu'il étoit incertain ce qu'étoit devenue l'ame d'un défunt, si elle avoit été faite lar ou larva, on l'appelloit mane ", & quoiqu'ils ne déïfiassent pas tous les morts, cependant ils établissoient que toutes les ames des honnêtes gens devenoient autant d'especes de dieux, c'est pourquoi on lisoit sur les tombeaux ces trois lettres capitales D. M. S. qui signifioient diis manibus sacrum. Je ne sais où les compilateurs du célebre dictionnaire de Trévoux ont appris qu'à Rome il étoit défendu d'invoquer les manes ; s'ils avoient consulté Festus, il leur auroit appris que les augures même du peuple romain étoient chargés du soin de les invoquer, parce qu'on les regardoit comme des êtres bienfaisans & les protecteurs des humains ; il paroît même que ceux qui avoient de la dévotion pour les manes, & qui vouloient soutenir avec eux quelque commerce particulier, s'endormoient auprès des tombeaux des morts, afin d'avoir des songes prophétiques & des révélations par l'entremise des manes, ou des ames des défunts.
C'est ainsi qu'Hérodote, dans Melpomene, dit que les Nasamons, peuples d'Afrique, " juroient par ceux qui avoient été justes & honnêtes gens, qu'ils devinoient en touchant leurs tombeaux, & qu'en s'approchant de leurs sépulcres, après avoir fait quelques prieres ils s'endormoient, & étoient instruits en songe de ce qu'ils vouloient savoir ".
Nous verrons dans l'article de l'ob des Hébreux, ce qui regarde l'évocation des morts & leur prétendue apparition.
Au reste, il paroît clairement par une multitude d'auteurs, que les payens attribuoient aux ames des défunts, des especes de corps très subtils de la nature de l'air, mais cependant organisés, & capables des diverses fonctions de la vie humaine, comme voir, parler, entendre, se communiquer, passer d'un lieu à un autre, &c. il semble même que sans cette supposition nous ayons de la peine à nous tirer des grandes difficultés que l'on fait tous les jours contre les dogmes fondamentaux & consolans de l'immortalité de l'ame, & de la resurection des corps.
Chacun sait que l'idée de corps, ou du-moins de figures particulieres unies aux intelligences célestes, à la divinité même, a été adoptée par ceux des chrétiens qu'on appelloit Antropomorphytes, parce qu'ils représentoient Dieu sous la figure humaine.
Nous sommes redevables à cette erreur de je ne sais combien de belles peintures du Pere-éternel, qui ont immortalisé le pinceau qui les a faites, décorent aujourd'hui plusieurs autels, & servent à soutenir la foi & la piété des fideles, qui souvent ont besoin de ce secours.
|
| MANET | ou APPLETS, terme de pêche. Voyez MAQUEREAUX.
|
| MANFALU | (Géog.) les voyageurs écrivent ce mot diversement, les uns Monfalu, d'autres Maufelou, d'autres Monfelout, d'autres Momfallot, &c. Le sieur Lucas dit que c'est une ville de conséquence de la haute Egypte, située près du Nil à l'ouest ; qu'elle est fermée de murs, que tous les basars sont couverts, c'est-à-dire toutes les rues ; & que la plûpart des habitans y travaillent en toiles. On la donne pour être la capitale d'un des vingt-quatre gouvernemens de l'Egypte, & la résidence d'un bey. Le grand seigneur y tient des janissaires & des spahis en garnison, pour empêcher les incursions des Arabes. Elle est à cinq lieues au-dessous de Siouth. Long. 49, 27, lat. 26, 50. (D.J.)
|
| MANFREDONIA | (Géog.) petite ville d'Italie, au royaume de Naples, dans la Capitanate, au pié du mont Saint-Ange, avec un archevêché. Elle a été bâtie en 1256 par Mainfroi, bâtard de l'empereur Fréderic II. & s'est accrue des ruines de l'ancienne Siponte qui en étoit à un mille. Les Turcs la prirent en 1620, & l'abandonnerent après y avoir mis le feu. Elle est sur le golfe de même nom, connu des Latins sous le nom de sipontinus sinus, à 15 lieues N. de Cirenza, 20 N. O. de Bari, 40 N. E. de Naples. Long. 33, 35, lat. 41, 30. (D.J.)
|
| MANGABA | S. m. (Hist. nat. Bot.) grand arbre du Bresil, qui ne se trouve qu'aux environs de la baie de tous les Saints. Il a l'écorce du hêtre & la feuille du frêne. Ses feuilles sont toûjours vertes, & il ne s'en dépouille jamais. Il porte du fruit deux fois par année ; ses boutons sont bons à manger, quand ils s'ouvrent il en sort une fleur semblable au jasmin, & qui ne lui cede point pour l'odeur. Le fruit est jaune & tacheté de noir, il renferme des pepins qui se mangent avec l'écorce ; le goût en est charmant, & ce fruit est d'une facile digestion. Les Brasiliens en font une liqueur semblable à du vin. Ses feuilles & son fruit, avant d'être mûr, donnent une liqueur laiteuse, amere & visqueuse.
|
| MANGAIBA | S. m. (Botan. exot.) arbre du Bresil, prunifere, à fruit de figure arrondie, contenant un grand nombre de graines. Cet arbre très-beau fleurit au mois d'Août, & est chargé de fruits pendant neuf mois de l'année. Il se multiplie tellement qu'il remplit des forêts. Il est grand comme un de nos pruniers, & se cultive dans les terres grasses. Ses feuilles sont petites, oblongues, dures, rangées l'une vis-à-vis de l'autre, sur une branche qui en porte plusieurs. Elles sont d'un beau verd, marquées dans leur longueur de plusieurs sillons paralleles, très-menus. Ses fleurs sont petites, blanches, fort odorantes, & en étoile, comme celles du jasmin. Son fruit est rond, ressemblant à un abricot, de couleur dorée, mélangée de taches rouges. Il est couvert d'une peau fine, & contient une pulpe moëlleuse, succulente, fondant dans la bouche, d'un goût délicieux, contenant cinq ou six petites graines jaunes. Il acheve sa maturité après être tombé de l'arbre. Si on le cueille avant le tems, il a un goût styptique, amer, & est astringent ; mais quand il est mûr, il humecte, appaise l'ardeur de la fiévre, & lâche le ventre ; voyez Pison, Marcgrave & Ray. (D.J.)
|
| MANGALIS | S. m. (Comm.) petit poids des Indes orientales qui pese environ cinq grains. On ne s'en sert que pour peser les diamans, les émeraudes & les autres pierreries se pesant par catis de trois grains chacun. Le mangalis est différent du mangelin. Voyez ci-après MANGELIN. Dictionn. de Comm. (G)
|
| MANGALO | ou MANGUELOR, (Géog.) ville de l'Inde sur la côte de Malabar, appartenant au roi de Banguel. Long. 92, 45, lat. 13, 6, selon les PP. Thomas & Clava, jésuites. (D.J.)
|
| MANGANESE | MAGALAISE, MAGNÉSIE, MAGNÉSE, s. f. (Hist. nat. Minéralogie) magnesia, substance minérale assez semblable à l'aimant ; elle est d'un gris noirâtre, composée à l'intérieur de stries comme l'antimoine, sans que la masse totale ait une figure réguliere & déterminée. Wallerius en compte quatre especes ; savoir, 1°. la manganese ou magnésie compacte ou solide, la manganese striée, la manganese par écailles, & la manganese dont les parties sont cubiques. Quelques gens ont distingué la manganese en mâle & en femelle, mais la différence étoit uniquement fondée sur le plus ou le moins de longueur des stries dont elle étoit composée.
Cette substance se trouve en Piémont ; il s'en rencontre aussi en Styrie, en Misnie, en Bohème, en Silésie, en Norwege & en Angleterre, &c. Quelques auteurs françois semblent avoir confondu la manganese avec le périgueux qui est une pierre noire ; d'autres l'ont confondue avec le cobalt ou le saffre. Henckel & Wallerius ont cru que la manganese étoit une mine de fer qui en contenoit très-peu à la vérité ; mais M. Pott a fait voir dans les miscellanea berolinensia, année 1740, que cette substance pure ne contient pas le moindre atôme de fer, & lorsqu'il s'y en trouve ce n'est qu'accidentellement, & ce métal n'est point essentiel à sa composition. Voyez la Lithogéognosie, tome II. p. 251.
Le plus grand usage de la manganese ou magnésie est dans les verreries ; on s'en sert pour nettoyer le verre, & le dégager de la couleur verte qui lui est très-ordinaire, voilà pourquoi on l'a quelquefois appellée le savon du verre. Mais pour que la manganese produise cet effet, il faut avoir grand soin de prendre un juste milieu, & de n'en mêler ni trop, ni trop peu, à la fritte, c'est-à-dire, à la composition du verre ; en effet, en en mettant trop, le verre deviendroit d'une couleur brune & enfumée, en en mettant trop peu, il seroit trop blanc ; c'est de-là, suivant M. Henckel, que vient la différence qui se trouve entre le verre de Venise, qui est ordinairement noirâtre parce qu'on y fait entrer trop de manganese, & le verre de Bohème qui est blanc comme du crystal. Il faut aussi observer de laisser le verre assez long-tems en fusion, pour que la manganese ait le tems de le nettoyer & de le débarrasser parfaitement de sa verdeur. Avant que d'employer cette substance à cet usage on aura soin de la calciner, ou de la griller parfaitement pour la dégager des matieres étrangeres qui pourroient nuire à la couleur du verre. En mêlant une certaine quantité de cette manganese grillée avec du verre, on pourra lui donner une couleur d'un très-beau rouge. Les potiers se servent aussi de la manganese pour donner un vernis ou une couverte noire à leurs poteries.
Les Alchimistes, accoutumés à pervertir toutes les dénominations, ont donné le nom latin de magnesia à plusieurs substances qui n'ont aucun rapport avec celle que l'on vient de décrire. C'est ainsi que Rulandus dit que la magnésie est la même chose que la marcassite, qui se combine avec le mercure & qui forme avec lui une masse blanche & cassante ; dans un autre endroit il dit que c'est la matiere de la pierre philosophale, enfin il la confond avec le bismuth. D'autres auteurs ont entendu par-là le mercure tant véritable que celui des métaux ; d'autres ont désigné sous ce nom le cobalt & la pyrite. Voyez la Pyrithologie, ch. ij.
Il ne faut point confondre la substance dont il s'agit ici avec celle que les Chimistes appellent magnesia ou magnésie blanche, qui est un produit de l'art. Voyez MAGNESIE. (-)
|
| MANGARZAHOC | S. m. (Hist. nat.) grand animal quadrupede de l'île de Madagascar, que l'on regarde comme un onagre ou âne sauvage, & qui sait braire comme lui.
|
| MANGAS | S. m. (Hist. nat. Bot.) fruit des Indes orientales, qui est très-commun dans l'île de Java. Son goût surpasse celui de nos meilleures pêches ; l'arbre qui le produit ressemble à un noyer, mais dont les branches sont peu touffues & chargées de feuilles. Ce fruit est oblong, d'un verd jaunâtre, tirant quelquefois sur le rouge ; il renferme un noyau très-amer, mais qui rôti sur les charbons, ou confit dans du sucre perd son amertume ; on vante sa vertu contre le flux de sang & contre les vers. Il y a encore une espece de mangas, que l'on regarde comme un poison très-subtil.
|
| MANGASEJA | (Géog.) Le Brun écrit Mungaseja ; ville de l'empire russien dans la partie septentrionale de la Sibérie, dans la province de Jeniscéa, sur la droite de la riviere de Jeniscéa vers le cercle polaire, au 105 degré de longitude. (D.J.)
|
| MANGELIN | S. m. (Commerce) poids dont on se sert pour peser les diamans aux mines de Raolconda & de Gani, autrement Coulours. Le mangelin de ces deux mines pese un carat ou trois quarts de carat, c'est-à-dire, sept grains. Il y a aussi dans les royaumes de Golconda & de Visapour des mangelins qui pesent un carat & trois huitiemes de carat. Les mangelins de Goa dont se servent les Portugais, ne pesent que cinq grains. On les nomme plus ordinairement mangalis. Voyez MANGALIS. Dictionnaire de Commerce. (G)
|
| MANGEOIR | ou CRÊCHE, s. f. (Maréchallerie) auge des chevaux qui est appliquée sous le ratelier, où l'on met l'avoine, le son, ou autre chose qu'on leur donne à manger. On met des anneaux de fer de distance en distance au-devant ou à la devanture de la mangeoire en-dehors, dont les uns servent à attacher les longes du licou de chaque cheval, & les autres à arrêter les cordes d'un bout des barres qui séparent les chevaux les uns des autres. Devanture de mangeoire, c'est l'élévation ou bord de la mangeoire du côté du poitrail des chevaux. Enfonçure de la mangeoire, est le creux ou le canal de la mangeoire, dans lequel on met le son, l'avoine, &c.
|
| MANGER | verbe ou s. m. (Méd. Diete) se dit de l'action de prendre des alimens solides pour se nourrir : cette action se fait par l'intrusion dans la bouche, suivie de la mastication, de la déglutition & de la digestion.
On ne peut pas dire que ce soit manger, que de prendre par la bouche & d'avaler même des matieres qui ne sont pas susceptibles d'être digérées : ainsi ce n'est qu'improprement qu'on peut dire de quelqu'un, qu'il mange de la terre, de la craie, des pierres, du charbon, &c. parce que ces différentes matieres ne peuvent être prises comme aliment : il n'y a que celles qui sont alibiles, qui soient la matiere du manger, comme les fluides convenables sont celle du boire : quoiqu'on dise aussi très-improprement que l'on boit du sang, de l'urine, &c. c'est, dans l'un & l'autre cas, pour exprimer que l'on prend ces différentes choses par la bouche, & que l'on les avale par le même méchanisme qui sert à manger & à boire. Voyez ALIMENT, NOURRITURE, MASTICATION, DEGLUTITION, DIGESTION.
Le manger & le boire sont une des six choses qu'on appelle, dans les écoles, non-naturelles. Voyez NON-NATURELLES, choses, HYGIENE, REGIME.
MANGER. (Marine) Ce terme n'est en usage qu'au passif. On dit être mangé par la mer, pour dire que la mer étant extrèmement agitée entre par les hauts du vaisseaux, sans qu'on puisse s'en garantir.
Manger du sable : avoir mangé du sable. Cela se dit du timonnier qui, étant au gouvernail, a secoué le sable de l'horloge pour le faire passer plus promtement, ou qui a tourné le sablier trop-tôt & avant que tout le sable soit passé.
|
| MANGERA | (Géog.) petite île de la mer du Sud, entre les terres basses du golfe d'Anapalla & la pointe de Caswina ; on lui donne environ deux lieues de circuit ; elle n'a qu'un bourg habité par des Indiens. (D.J.)
|
| MANGEUR | MANGEUR
MANGEUR DE FEU, (Hist. mod.) Nous avons une grande quantité de charlatans qui ont excité l'attention & l'étonnement du public en mangeant du feu, en marchant dans le feu, en se lavant les mains avec du plomb fondu, &c.
Le plus célebre est un anglois nommé Richardson, dont la réputation s'est étendue au loin. Son secret, qui est rapporté dans le journal des Savans de l'année 1680, consistoit en un peu d'esprit de soufre pur dont il se frottoit les mains & les parties qui étoient destinées à toucher le feu ; cet esprit de soufre brûlant l'épiderme, endurcissoit la peau & la rendoit capable de résister à l'action du feu.
A la vérité ce secret n'est pas nouveau. Ambroise Paré nous assure qu'il a éprouvé par lui-même qu'après s'être lavé les mains dans sa propre urine ou avec de l'onguent d'or, on peut en sureté les laver avec du plomb fondu.
Il ajoute qu'en se lavant les mains avec le jus d'oignon, on peut porter dessus une pelle rouge, tandis qu'elle fait distiller du lard.
|
| MANGEURES | S. f. (Vénerie) ce sont les pâtures des loups & sangliers.
|
| MANGI | (Géog.) contrée de l'Asie à l'extrémité orientale du continent. Marco Polo, vénitien, nous donne une idée charmante de ses habitans. Le Mangi est la partie méridionale de la Chine, comme le Cathai est la partie septentrionale. (D.J.)
|
| MANGLE | S. m. (Botan.) genre de plante à fleur monopétale en forme d'entonnoir, tubulée & profondement découpée, de même que le calice, duquel sort le pistil qui est attaché à la partie inférieure de la fleur comme un clou, & qui devient dans la suite un fruit charnu en forme de poire renversée, d'où il sort une semence ressemblant à un fuseau. La tête de cette semence est renfermée dans le fruit & couverte d'une coëffe charnue. Plumier, nova plant. amer. gen. Voyez PLANTE.
C'est un arbre très-commun sur les rivages de la mer située sous la zone torride, principalement le long des côtes de la nouvelle Espagne en Amérique & aux îles Antilles. On en compte de trois sortes ; savoir le blanc, le rouge & le noir, qu'on nomme aussi palétuvier ; c'est de ce dernier dont on parlera, les deux autres pouvant être regardés comme des especes différentes, tant par la figure que par la qualité de leur bois, & même par leurs propriétés. Voyez les articles MAHOTS & RAISINIER.
Le mangle ou palétuvier ne croît jamais que dans les marécages du bord de la mer, & presque toujours vers l'embouchure des rivieres. Ses feuilles sont oblongues, fort unies, lisses & d'un verd gai ; son bois est dur, pesant, assez liant, ayant les fibres longues & serrées : il est rare de le trouver roulé ou vicié. Sa couleur est d'un brun un peu rougeâtre : le grain en est fin & fort égal. Cet arbre ne s'éleve guère au-dessus de 25 piés, & son diametre n'excede pas ordinairement 15 à 20 pouces ; il est couvert d'une peau médiocrement épaisse, très-unie, souple & d'une couleur grise tirant sur le brun ; ses branches sont flexibles ; elles s'étendent autour de l'arbre & poussent une multitude de jets assez droits, se dirigeant vers le bas en continuant de croître jusqu'à ce qu'ils aient atteint le fond de la mer ou du marais, où ils produisent un grand nombre de grosses racines qui s'élevent de plusieurs piés au-dessus de la surface de l'eau s'entremêlent les unes dans les autres, se recourbent en arc vers le fond, & poussent de nouvelles tiges & de nouveaux jets qui par succession de tems continuent ainsi à se provigner de telle sorte, qu'un seul arbre forme une espece de forêt fort épaisse qui s'étend quelquefois à cinq & six cent pas dans la mer : ces endroits sont toujours remplis d'une prodigieuse quantité de bigailles, c'est ainsi que les habitans du pays nomment en général toutes les différentes especes de petites mouches parasites qui rendent le voisinage des manglards & des mahotieres presqu'inhabitable. Voyez MARINGOIN, VARREUX & MOUSTIQUES.
Les racines & les branches qui baignent dans la mer sont chargées d'une multitude innombrable de petites huîtres vertes qui n'excedent guère la grandeur des moules ordinaires : leurs écailles sont baroques, inégales, difficiles à ouvrir, mais l'intérieur est très-délicat & d'un goût exquis.
Quoique le mangle ne vienne jamais bien gros, son bois pourroit cependant être employé à différens ouvrages ; il est franc, sans noeuds ni gerçures ; il se travaille très-bien sans s'éclater, & il se conserve dans l'eau. On en fait quelquefois des courbes & des membrures pour des petites barques & des canots. M. LE ROMAIN.
|
| MANGONNEAU | S. m. (Art milit.) vieux mot qui se disoit autrefois des traits & des pierres qui se jettoient dans les villes assiégées par le moyen des balistes & des catapultes, avant l'invention de la poudre. Ce mot s'appliquoit tant à la machine qu'aux pierres qui étoient lancées par son moyen.
" On voit, dit le P. Daniel, dans l'histoire de la milice françoise, les mangonneaux mis en usage sur la fin du regne de Charles V. cinquante ans après qu'on eut commencé à se servir du canon en France. On les voit encore bien avant dans le regne de Charles VI. où avec les bombardes ou canons, il est fait mention de ces autres machines sous le nom d'engins. Les engins & bombardes, dit Jean Juvenal des Ursins en parlant du siege de Ham que le sire Bernard d'Albret défendoit contre Jean duc de Bourgogne, furent assis & tiroient bien chaudement. On jettoit, dit-il plus bas, dans la ville de Bourges, par le moyen des engins, grosses pierres qui faisoient beaucoup de mal aux habitans ".
|
| MANGOREIRA | S. m. (Hist. nat. Bot.) arbrisseau des Indes orientales qui ne se trouve que dans l'Indoustan. C'est une espece de jassemin dont les fleurs sont blanches, on les nomme mangorins : leur odeur est plus douce que celle du jassemin, qui d'ailleurs n'a que six feuilles, tandis que les mangorins en ont plus de cinquante.
|
| MANGOUSTAN | S. m. (Bot. exot.) arbre pommifere des îles Moluques, mais qu'on a transporté dans celle de Java, & dont on cultive aussi quelques piés à Malaca, à Siam, aux Manilles & ailleurs. Il a la touffe si belle, si réguliere, si égale, qu'on le regarde actuellement à Batavia comme le plus propre à décorer un jardin. Il est vraisemblable que s'il pouvoit vivre dans nos climats, il ne tarderoit pas à y paroître & à y détrôner les maronniers d'inde : son succès seroit presqu'assuré par la seule bonté de son fruit, qui est agréable, sain, humectant & rafraîchissant ; enfin son écorce a les mêmes vertus que celle de la grenade : elle est très-resserrante, & l'on pourroit l'employer à tanner les cuirs. Tout concourt donc à rendre ici quelques honneurs à cet arbre étranger, en le décrivant de notre mieux.
C'est un arbre grand, gros, touffu & branchu ; ses feuilles sont longues de six à sept pouces, larges de deux, d'un beau verd ; elles sont coupées par diverses nervures, dont les unes font un double rang, qui partant de la queue vont par les bords se réunir à la pointe, tandis que d'autres se rendent du milieu aux extrémités.
La fleur est composée de quatre petits pétales verds assez épais, & arrondis par l'extrémité : ils ne tombent point ; mais quand ils viennent à s'ouvrir, ils découvrent les premiers rudimens du fruit qui commence à se former, lui restent toujours attachés par le bas, & lui servent comme de soutien.
Ce fruit s'appelle mangoustan ainsi que l'arbre, & même les voyageurs qui ne sont pas botanistes n'entendent que le fruit sous ce nom. Il est parfaitement rond & gros comme une orange ; son écorce est grise & quelquefois d'un verd obscur semblable à celle de la grenade, un peu amere, épaisse d'une ligne, rouge en-dedans, jaspée & sillonnée de filets jaunes. Elle est couronnée de petits rayons qui viennent se rencontrer ensemble & se terminer en pointe.
La chair ou pulpe du fruit est blanche, tendre, assez semblable à celle de l'orange, d'un goût doux fort agréable, & approchant de celui des framboises. Elle est composée de plusieurs lobes qu'on peut séparer les uns des autres comme ceux des oranges, quoiqu'ils ne soient pas enveloppés de pellicules. Il y a autant de lobes que de rayons à la couronne, ordinairement six ou sept.
On trouve dans les gros mangoustans parfaitement mûrs, une amande verte en-dehors & blanche en-dedans, assez insipide, ce qui fait qu'on la jette ordinairement sans la manger ; mais dans les petits mangoustans qui ne sont pas bien mûrs, cette amande n'est qu'un germe fort tendre qui se mange avec le reste.
Ce fruit est très-estimé, parce qu'il est délicat, agréable au goût, plein de suc, & qu'il rafraîchit. Les européens qui ne sont pas faits à l'odeur du durion, donnent au mangoustan le premier rang parmi les fruits des Indes. On fait de la décoction de son écorce une tisane astringente qu'on prescrit pour arrêter le cours de ventre.
Il y a une espece de mangoustan sauvage d'Amérique que les Portugais appellent mato, moins beau que le vrai mangoustan, & dont le fruit n'est pas bon à manger. (D.J.)
|
| MANGOUSTE | ichneumon, s. f. (Hist. nat.) animal quadrupede qui a, depuis le bout du museau jusqu'à l'origine de la queue, un pié neuf pouces de longueur, celle de la queue est d'un pié & demi. La mangouste a les jambes de derriere un peu plus longues que celles de devant, les oreilles très-courtes, larges & arrondies, la queue grosse à son origine & terminée en pointe. Le ventre est d'un roux jaunâtre, tout le reste du corps a des poils variés de noirâtre & de blanchâtre. On trouve cet animal en Egypte. Voyez le regne animal de M. Brisson. La mangouste est fort agile & si courageuse, qu'elle ne craint pas de se battre contre un grand chien ; elle a le museau si effilé, qu'elle ne peut pas mordre les corps un peu gros. Elle se nourrit de limaces, de lézards, de cameléons, de serpens, de grenouilles, de rats, &c. & elle recherche par préférence les poules & les poussins. On l'apprivoise & on la garde dans les maisons comme un chat. Les Egyptiens lui donnent le nom de rat de Pharaon. Rai. synop. anim. quadr. Voyez QUADRUPEDE.
|
| MANGRESIA | (Géog.) ville de Turquie en Natolie, dans l'Aidia-ili, sur le Madre, au pié des montagnes, à 70 milles de Smyrne. C'est la Magnésie du Méandre des anciens. (D.J.)
|
| MANGUE | S. m. (Bot. exot.) arbre étranger nommé mangas, sive amba par J. B. 173. arbor mangifera de Bontius 95. Jous. dendre 72. mar, sive mau H. M. 4. 1. tab. 1. 2. manga indica, fructu magno, retiformi Ray, H. 2. 1550. Commel flor. mal. 1. 170.
On distingue le mangue cultivé & le sauvage.
Le mangue cultivé est un grand arbre de 40 piés de haut, & de 18 ou 20 piés de diametre, étendant ses branches au loin à la ronde, toûjours verd, & portant du fruit deux fois par an, depuis six ou sept ans jusqu'à cent. On le multiplie, soit en greffant, soit en le semant, dans le Malabar, à Goa, à Bengale, à Pégu, & dans plusieurs autres contrées des Indes orientales. Son fruit est d'une figure ronde, oblongue, plate, tant soit peu recourbé ou creusé par les côtés, fait en forme de rein, plus gros qu'un oeuf d'oie, poli, luisant, d'abord verd, marqueté de blanc, tirant ensuite sur le jaune, enfin d'une couleur d'or. Sa pulpe est jaunâtre & succulente, assez semblable à celle de la pêche ou plûtôt de la prune, d'abord acide, ensuite aigre-douce & agréable au goût. Elle contient un noyau oblong, comprimé, lanugineux, dur, ténace quoique mince, & renfermant une amande calleuse, oblongue, assez semblable au fruit qui porte parmi nous le même nom, de la même grosseur, & d'un goût tant soit peu amer & assez agréable.
Il y a différentes sortes de ce fruit, comme nous avons différentes pommes & poires ; il se diversifie selon les contrées d'où il vient. L'espece qui est sans noyau & qui est très-agréable au palais, passe pour un caprice de la nature ou pour un fruit qui dégénere. On le coupe par morceaux, & on le mange crud ou macéré dans du vin : on le conserve aussi confit. Les Indiens l'ouvrent quelquefois avec un couteau & le remplissent de gingembre nouveau, d'ail, de moutarde & de sel, pour le manger avec du riz ou comme des olives dans leur saumure.
Le mangue sauvage est plus petit que le domestique : ses feuilles sont plus courtes & plus épaisses ; son fruit est gros comme un coing, de couleur verte & resplendissante, peu charnu, empreint d'un suc laiteux & venimeux. Son noyau est fort gros & dur. Les Portugais appellent ce fruit mangas bravas. (D.J.)
|
| MANGUERA | S. m. (Hist. nat. Bot.) arbre des Indes orientales qui est de la hauteur d'un grand poirier, mais ses feuilles sont plus grandes & plus minces. Son fruit est verd à l'extérieur, sa chair est d'un blanc jaunâtre ; il est fort pesant & suspendu par une queue très-longue : on l'appelle mangue ou mangoué. Tous les voyageurs disent que son goût est délicieux. Le tems de sa maturité est dans le mois d'Avril, de Mai & de Juin. On le cueille verd pour le laisser mûrir dans les maisons. On le confit, soit dans du sucre, soit dans du vinaigre ; on fait, avec celui qui a été confit de la derniere façon, des salades que l'on nomme achar.
|
| MANHARTZBERG | (Géog.) contrée d'Allemagne entre la haute Autriche, la Bohème, la Hongrie & le Danube. C'est la partie septentrionale de la basse Autriche.
|
| MANHATAM | (Géog.) les François disent Manhate ; île de l'Amérique septentrionale, sur la côte de la nouvelle Yorck, entre l'île Longue & le continent, à l'embouchure de la riviere Hudson, qui a pris son nom de Hudson, navigateur anglois, qui la découvrit en 1609.
|
| MANHEIM | (Géog.) en latin moderne Manhemium, ville d'Allemagne dans le bas Palatinat, avec une citadelle & un palais où l'électeur Palatin fait souvent sa résidence. Les François la prirent en 1688 & en démolirent les fortifications, mais on les a relevées. Manheim est au confluent du Necker & du Rhin, à 4 lieues N. E. de Spire, 3. O. d'Heidelberg. Long. 26. 8. lat. 49. 25. (D.J.)
|
| MANI | S. m. (Hist. mod.) titre qu'on donne dans le royaume de Loango en Afrique à tous les grands officiers, aux gouverneurs & aux ministres du roi. Le mani-bomma est le grand amiral ; le mani-mambo est le général en chef & gouverneur d'une province ; le mani-beloor est le chef ou le surintendant des sorciers & devins ; le mani-bellulo est une espece de souverain indépendant ; le mani-canga est le chef des prêtres ; le mani-matta est le capitaine des gardes du roi, &c.
MANI, (Géog.) ce mot dans la basse Guinée veut dire le seigneur, le roi de Congo. Quelques auteurs, faute de savoir la signification du mot mani, ont fait du Congo & du Manicongo deux états de la basse Guinée différens l'un de l'autre. (D.J.)
|
| MANIA | S. f. (Mythol.) divinité romaine. Elle passoit pour la mere des dieux lares, qui présidoient aux carrefours, lares compitalitii. On lui offroit le jour de sa fête, qui étoit le même que celui de ses enfans, des figures de laine, en pareil nombre qu'il y avoit de personnes dans chaque famille ; on la prioit de s'en contenter, & d'épargner les personnes qui lui rendoient cet hommage. (D.J.)
MANIA, (Géog. anc.) ville de la Parthie, selon Pline. Le P. Hardouin croit que ce peut être la Zania de Ptolomée ou la Genonia d'Ammien Marcellin.
|
| MANIABLE | adj. (Gram. & art méchan.) qui se manie facilement, ou qui se prête facilement à l'action de la main. On dit d'un drap qu'il est doux, & maniable ; d'un cuir ou d'une peau bien travaillée, qu'elle est maniable ; d'un fer, lorsqu'il est refroidi, qu'il est maniable : alors maniable a une acception différente ; il désigne qu'on peut toucher sans se blesser. Maniable se prend aussi au moral, & l'on dit d'un homme d'une humeur difficile, qu'il n'est pas maniable.
|
| MANIAQUE | S. m. (Gram.) qui est attaqué de manie. Voyez l'article MANIE.
|
| MANIBELOUR | (Hist. mod.) c'est le nom qu'on donne dans le royaume de Loango en Afrique au premier ministre du royaume, qui exerce un pouvoir absolu, & que les peuples ont droit d'élire sans le consentement du roi.
|
| MANICA | (Géog.) contrée d'Afrique dans la Cafrerie. Il y a royaume, riviere, ville & mines de ce nom. La riviere est la même que celle de Laurent Marquez. Elle a sa source dans les montagnes de Lupara, vers les 42. 30. de longit. & par le 20. de lat. méridionale ; elle se perd dans un petit golfe, qui forme l'île d'Inhaqua. Le royaume s'étend à l'orient & au nord de cette riviere. Le roi du pays s'appelle Chicanga. Manica ou Magnica est sa ville capitale, & la seule qu'on connoît. Au midi de cette ville sont des mines d'or, connues sous le nom de mines de Manica. (D.J.)
|
| MANICABO | (Géog.) ville des Indes, sur la côte occidentale de l'île de Sumatra, entre Priaman au nord, & Indrapoura au midi. Il croît aux environs beaucoup de poivre. Latit. méridion. 2. (D.J.)
|
| MANICHÉISME | S. m. (Hist. ecclés. Métaph.) Le Manichéisme est une secte d'hérétiques, fondée par un certain Manès, perse de nation, & de fort basse naissance. Il puisa la plûpart de ses dogmes dans les livres d'un arabe nommé Scythion. Cette secte commença au troisieme siecle, s'établit en plusieurs provinces, & subsista fort long-tems. Son foible ne consistoit pas tant dans le dogme des deux principes, l'un bon & l'autre méchant, que dans les explications particulieres qu'elle en donnoit, & dans les conséquences pratiques qu'elle en tiroit. Vous pourrez le voir dans l'histoire ecclésiastique de M. l'abbé Fleuri, & dans le dictionnaire de Bayle, l'article des Manichéens, & dans l'histoire des variations de M. de Meaux.
Le dogme des deux principes est beaucoup plus ancien que Manès. Les Gnostiques, les Cerdoniens, les Marcionites & plusieurs autres sectaires le firent entrer dans le Christianisme, avant que Manès fît parler de lui. Ils n'en furent pas même les premiers auteurs ; il faut remonter dans la plus haute antiquité du paganisme, pour en découvrir l'origine. Si l'on s'en rapporte à Plutarque, ce dogme étoit très-ancien. Il se communiqua bientôt à toutes les nations du monde, & s'imprima dans les coeurs si profondément, que rien ne put l'en détacher. Prieres, sacrifices, cérémonies, détails publics & secrets de religion, tout fut marqué à ce coin parmi les barbares & les grecs. Il paroît que Plutarque lui donne trop d'étendue. Il est bien vrai que les payens ont reconnu & honoré des dieux malfaisans, mais ils enseignoient aussi que le même dieu qui répandoit quelquefois ses biens sur un peuple, l'affligeoit quelque tems après, pour se vanger de quelque offense. Pour peu qu'on lise les auteurs grecs, on connoît cela manifestement. Disons la même chose de Rome. Lisez T. Live, Cicéron, & les autres écrivains latins, vous comprendrez clairement que le même Jupiter, à qui l'on offroit des sacrifices pour une victoire gagnée, étoit honoré en d'autres rencontres, afin qu'il cessât d'affliger le peuple romain. Tous les poëtes ne nous le représentent-ils pas armé de la foudre & tonnant du haut des cieux, pour intimider les foibles mortels ? Plutarque se trompe aussi, lorsqu'il veut que les philosophes & les poétes se soient accordés dans la doctrine des deux principes. Ne se souvenoit-il pas d'Homere, le prince des poëtes, leur modele & leur source commune ; d'Homere, dis-je, qui n'a proposé qu'un dieu avec deux tonneaux du bien & du mal ? Ce pere des poëtes suppose que devant le palais de Jupiter sont deux tonneaux, où ce dieu puise continuellement & les biens & les maux qu'il verse sur le genre humain. Voilà son principal emploi. Encore s'il y puisoit également, & qu'il ne se méprît jamais, nous nous plaindrions moins de notre sort.
Zoroastre, que les Perses & les Chaldéens reconnoissent pour leur instituteur, n'avoit pas manqué de leur enseigner cette doctrine. Le principe bienfaisant, il le nommoit Oromase, & le malfaisant, Arimanius. Selon lui, le premier ressembloit à la lumiere, & le second aux ténebres.
Tous les partisans du système des deux principes, les croyoient incréés, contemporains, indépendans l'un de l'autre, avec une égale force & une égale puissance. Cependant quelques perses, au rapport de M. Hyde, qui l'a pris dans Plutarque, soutenoient que le mauvais principe avoit été produit par le bon, puisqu'un jour il devoit être anéanti. Les premiers ennemis du Christianisme, comme Celse, Cresconius, Porphire, se vantoient d'avoir découvert quelques traces de ce système dans l'Ecriture-sainte, laquelle parle du démon & des embuches qu'il dressa au Fils de Dieu, & du soin qu'il prend de troubler son empire. Mais on répondit aisément à de tels reproches. On fit taire des hommes vains, qui pour décréditer ce qu'ils n'entendirent jamais, prenoient au pié de la lettre beaucoup de choses allégoriques.
Quelque terrein qu'ait occupé ce systême des deux principes, il ne paroît pas, comme je l'ai observé, que les Grecs & les Romains se le soient approprié. Leur Pluton ne peut être regardé comme le mauvais principe. Il n'avoit point dans leur théologie d'autre emploi, que celui de présider à l'assemblée des morts, sans autorité sur ceux qui vivent. Les autres divinités infernales, malfaisantes, tristes, jalouses de notre repos, n'avoient rien aussi de commun avec le mauvais principe, puisque toutes ces divinités subordonnées à Jupiter, ne pouvoient faire de mal aux hommes, que celui qu'il leur permettoit de faire. Elles étoient dans le paganisme ce que sont nos démons dans le Christianisme.
Ce qui a donné naissance au dogme des deux principes, c'est la difficulté d'expliquer l'origine du mal moral & du mal physique. Il faut l'avouer, de toutes les questions qui se présentent à l'esprit, c'est la plus dure & la plus épineuse. On n'en sauroit trouver le dénouement que dans la foi qui nous apprend la chute volontaire du premier homme, d'où s'ensuivirent & sa perte, & celle de toute sa postérité. Mais les payens manquoient de secours surnaturel ; ils se trouvoient par conséquent dans un passage très-étroit & très-gênant. Il falloit accorder la bonté & la sainteté de Dieu avec le péché & les différentes miseres de l'homme, il falloit justifier celui qui peut tout, de ce que pouvant empêcher le mal, il l'a préféré au bien même, & de ce qu'étant infiniment équitable, il punit des créatures qui semblent ne l'avoir point mérité, & qui voyent le jour plusieurs siecles après que leur condamnation a été prononcée. Pour sortir de ce labyrinthe, où leur raison ne faisoit que s'égarer, les philosophes grecs eurent recours à des hypothèses particulieres. Les uns supposerent la préexistence des ames, & soutinrent qu'elles ne venoient animer les corps que pour expier des fautes commises pendant le cours d'une autre vie. Platon attribue l'origine de cette hypothèse à Orphée, qui l'avoit lui-même puisée chez les Egyptiens. Les autres ravissoient à Dieu toute connoissance des affaires sublunaires, persuadés qu'elles sont trop mal assorties pour avoir été réglées par une main bienfaisante De-là ils tiroient cette conclusion, qu'il faut renoncer à l'idée d'un être juste, pur, saint, ou convenir qu'il ne prend aucune part à tout ce qui se passe dans le monde. Les autres établissoient une succession d'événemens, une chaine de biens & de maux que rien ne peut altérer ni rompre. Que sert de se plaindre, disoient-ils, que sert de murmurer ? le destin entraîne tout, le destin manie tout en aveugle & sans retour. Le mal moral n'est pas moins indispensable que le physique ; tous deux entrent de droit dans le plan de la nature. D'autres enfin ne goûtant point toutes ces diverses explications de l'origine du mal moral & du mal physique, en chercherent le dénouement dans le systeme des deux principes. Quand il est question d'expliquer les divers phénomenes de la nature corrompue, il a d'abord quelque chose de plausible ; mais si on le considere en lui-même, rien n'est plus monstrueux. En effet, il porte sur une supposition qui répugne à nos idées les plus claires, au lieu que le système des Chrétiens est appuyé sur ces notions-là. Par cette seule remarque la supériorité des Chrétiens sur les Manichéens est décidée ; car tous ceux qui se connoissent en raisonnemens, demeurent d'accord qu'un système est beaucoup plus imparfait, lorsqu'il manque de conformité avec les premiers principes, que lorsqu'il ne sauroit rendre raison des phénomenes de la nature. Si l'on bâtit sur une supposition absurde, embarrassée, peu vraisemblable, cela ne se répare point par l'explication heureuse des phénomenes ; mais s'il ne les explique pas tous heureusement, cela est compensé par la netteté, par la vraisemblance & par la conformité qu'on lui trouve aux lois & aux idées de l'ordre ; & ceux qui l'ont embrassé, à cause de cette perfection, n'ont pas coutume de se rebuter, sous prétexte qu'ils ne peuvent rendre raison de toutes les expériences. Ils imputent ce défaut aux bornes de leur esprit. On objectoit à Copernic, quand il proposa son système, que Mars & Vénus devroient en un tems paroître beaucoup plus grands parce qu'ils s'approchoient de la terre de plusieurs diametres. La conséquence étoit nécessaire, & cependant on ne voyoit rien de cela. Quoiqu'il ne sût que répondre, il ne crut pas pour cela devoir l'abandonner. Il disoit seulement que le tems le feroit connoître. L'on prenoit cette raison pour une défaite ; & l'on avoit, ce semble, raison : mais les lunettes ayant été trouvées depuis, on a vu que cela même qu'on lui opposoit, comme une grande objection, étoit la confirmation de son système, & le renversement de celui de Ptolomée.
Voici quelques-unes des raisons qu'on peut proposer contre le Manichéisme. Je les tirerai de M. Bayle lui-même, qu'on sait avoir employé toute la force de son esprit pour donner à cette malheureuse hypothèse une couleur de vraisemblance.
1°. Cette opinion est tout-à-fait injurieuse au dieu qu'ils appellent bon ; elle lui ôte pour le moins la moitié de sa puissance, & elle le fait timide, injuste, imprudent & ignorant. La crainte qu'il eut d'une irruption de son ennemi, disoient-ils, l'obligea à lui abandonner une partie des ames, afin de sauver le reste. Les ames étoient des portions & des membres de sa substance, & n'avoient commis aucun péché. Il y eut donc de sa part de l'injustice à les traiter de la sorte, vu principalement qu'elles devoient être tourmentées, & qu'en cas qu'elles contractassent quelques souillures, elles devoient demeurer éternellement au pouvoir du mal. Ainsi le bon principe n'avoit su ménager ses intérêts, il s'étoit exposé à une éternelle & irréparable mutilation. Joint à cela que sa crainte avoit été mal fondée ; car, puisque de toute éternité, les états du mal étoient séparés des états du bien, il n'y avoit nul sujet de craindre que le mal fît une irruption sur les terres de son ennemi. D'ailleurs ils donnent moins de prévoyance & moins de puissance au bon principe qu'au mauvais. Le bon principe n'avoit point prévu l'infortune des détachemens qu'il exposoit aux assauts de l'ennemi, mais le mauvais principe avoit fort bien su quels seroient les détachemens que l'on enverroit contre lui, & il avoit préparé les machines nécessaires pour les enlever. Le bon principe fut assez simple pour aimer mieux se mutiler, que de recevoir sur ses terres les détachemens de l'ennemi, qui par ce moyen eût perdu une partie de ses membres. Le mauvais principe avoit toujours été supérieur, il n'avoit rien perdu, & il avoit fait des conquêtes qu'il avoit gardées ; mais le bon principe avoit cédé volontairement beaucoup de choses par timidité, par injustice & par imprudence. Ainsi, en refusant de connoître que Dieu soit l'auteur du mal, on le fait mauvais en toutes manieres.
2°. Le dogme des Manichéens est l'éponge de toutes les religions, puisqu'en raisonnant conséquemment, ils ne peuvent rien attendre de leurs prieres, ni rien craindre de leur impiété. Ils doivent être persuadés que quoi qu'ils fassent, le dieu bon leur sera toujours propice, & que le dieu mauvais leur sera toujours contraire. Ce sont deux dieux, dont l'un ne peut faire que du bien, & l'autre ne peut faire que du mal ; ils sont déterminés à cela par leur naturel, & ils suivent, selon toute l'étendue de leurs forces, cette détermination.
3°. Si nous consultons les idées de l'ordre, nous verrons fort clairement que l'unité, le pouvoir infini & le bonheur appartiennent à l'auteur du monde. La nécessité de la nature a porté qu'il y eût des causes de tous les effets. Il a donc fallu nécessairement qu'il existât une force suffisante à la production du monde. Or, il est bien plus selon l'ordre, que cette puissance soit réunie dans un seul sujet, que si elle étoit partagée à deux ou trois, ou à cent mille. Concluons donc qu'elle n'a pas été partagée, & qu'elle réside toute entiere dans une seule nature, & qu'ainsi il n'y a pas deux premiers principes, mais un seul. Il y auroit autant de raison d'en admettre une infinité, comme ont fait quelques-uns, que de n'en admettre que deux. S'il est contre l'ordre que la puissance de la nature soit partagée à deux sujets, combien seroit-il plus étrange que ces deux sujets fussent ennemis. Il ne pourroit naître de-là que toute sorte de confusion. Ce que l'un voudroit faire, l'autre voudroit le défaire, & ainsi rien ne se feroit ; ou s'il se faisoit quelque chose, ce seroit un ouvrage de bisarrerie, & bien éloigné de la justesse de cet univers. Si le Manichéisme eût admis deux principes qui agissent de concert, il eût été exposé à de moindres inconvéniens ; il auroit néanmoins choqué l'idée de l'ordre par rapport à la maxime, qu'il ne faut point multiplier les êtres sans nécessité : car, s'il y a deux premiers principes, ils ont chacun toute la force nécessaire pour la production de l'univers, ou ils ne l'ont pas ; s'ils l'ont, l'un d'eux est superflu ; s'ils ne l'ont pas, cette force a été partagée inutilement, & il eût bien mieux valu la réunir en un seul sujet, elle eût été plus active. Outre qu'il n'est pas aisé de comprendre qu'une cause qui existe par elle-même, n'ait qu'une portion de force. Qu'est-ce qui l'auroit bornée à tant ou à tant de degrés ? Elle ne dépend de rien, elle tire tout de son fond. Mais sans trop insister sur cette raison, qui passe pour solide dans les écoles, je demande si le pouvoir de faire tout ce que l'on veut, n'est pas essentiellement renfermé dans l'idée de Dieu ? La raison m'apprend que l'idée de Dieu ne renferme aucun attribut avec plus de netteté & d'évidence, que le pouvoir de faire ce que l'on veut. C'est en quoi consiste la béatitude. Or, dans l'opinion des Manichéens, Dieu n'auroit pas la puissance de faire ce qu'il desire le plus fortement ; donc il ne seroit pas heureux. La nature du bon principe, disent-ils, est telle qu'il ne peut produire que du bien, & qu'il s'oppose de toutes ses forces à l'introduction du mal. Il veut donc, & il souhaite avec la plus grande ardeur qu'il n'y ait point de mal ; il a fait tout ce qu'il a pu pour empêcher ce désordre. S'il a donc manqué de la puissance nécessaire à l'empêcher, ses volontés les plus ardentes ont été frustrées, & par conséquent son bonheur a été troublé & inquietté ; il n'a donc point la puissance qu'il doit avoir selon la constitution de son être. Or, que peut-on dire de plus absurde que cela ? N'est-ce pas un dogme qui implique contradiction ? Les deux principes des Manichéens seroient les plus malheureux de tous les êtres. Le bon principe ne pourroit jetter les yeux sur le monde, que ses regards ne fussent blessés par une infinité de crimes & de désordres, de peines & de douleurs qui couvrent la face de la terre. Le mauvais principe ne seroit pas moins affligé par le spectacle des vertus & des biens. Dans leur douleur, ils devroient se trouver malheureux d'être immortels.
4°. Enfin, je demande aux Manichéens, l'ame qui fait une bonne action, a-t-elle été créée par le bon principe, ou par le mauvais ? Si elle a été créée par le mauvais principe, il s'ensuit que le bien peut naître de la source de tout mal. Si c'est par le bon principe, le mal, par la même raison, peut naître de la source de tout bien ; car cette même ame en d'autres rencontres commet des crimes. Vous voilà donc réduits à renverser vos propres raisonnemens, & à soutenir, contre le sentiment intérieur, que jamais l'ame qui fait une bonne action, n'est la même que celle qui péche. Pour se tirer de cette difficulté, ils auroient besoin de supposer trois premiers principes ; un essentiellement bon, & la cause de tout bien ; un essentiellement mauvais, & la cause de tout mal ; un essentiellement susceptible du bien & du mal, & purement passif. Après quoi il faudroit dire que l'ame de l'homme est formée de ce troisieme principe, & qu'elle fait tantôt une bonne action, & tantôt une mauvaise, selon qu'elle reçoit l'influence ou du bon principe, ou du mauvais. Rien n'est donc plus absurde ni plus ridicule, que les deux principes des Manichéens.
Je néglige ici plusieurs autres raisons, par lesquelles je pourrois attaquer les endroits foibles de ce système extravagant. Je ne veux point me prévaloir des absurdités palpables que les Manichéens débitoient, quand ils descendoient dans le détail des explications de leur dogme. Elles sont si pitoyables, que c'est les réfuter suffisamment, que d'en faire un simple rapport. Par les fragmens de leur système, qu'on rencontre çà & là dans les peres, il paroît que cette secte n'étoit point heureuse en hypothèses. Leur premiere supposition étoit fausse, comme nous venons de le prouver ; mais elle empiroit entre leurs mains, par le peu d'adresse & d'esprit philosophique qu'ils employoient à l'expliquer. Ils n'ont pas assez connu, selon M. Bayle, leurs avantages, ni su faire jouer leur principale machine, qui étoit la difficulté sur l'origine du mal. Il s'imagine qu'un habile homme de leur parti, un Descartes, par exemple, auroit bien embarrassé les orthodoxes, & il semble que lui-même, faute d'un autre, ait voulu se charger d'un soin si peu nécessaire, au jugement de bien des gens. Toutes les hypothèses, dit-il, que les Chrétiens ont établies, parent mal les coups qu'on leur porte ; elles triomphent toutes quand elles agissent offensivement ; mais elles perdent tout leur avantage, quand il faut qu'elles soutiennent l'attaque. Il avoue que les dualistes, ainsi que les appelle M. Hyde, auroient été mis en fuite par des raisons à priori, prises de la nature de Dieu ; mais il s'imagine qu'ils triomphent à leur tour, quand on vient aux raisons à posteriori, prises de l'existence du mal. Il faut l'avouer, M. Bayle, en écartant du Manichéisme les erreurs grossieres de ses premiers défenseurs, en a fabriqué un systême, lequel, entre ses mains, paroît armé d'une force nouvelle qu'il n'avoit pas autrefois. Les objections qu'il a semées dans divers endroits de ses ouvrages, lui ont paru si fortes & si triomphantes, qu'il ne craint pas de dire, que la raison succombera sous leur poids, toutes les fois qu'elle entreprendra d'y répondre. La raison, selon lui, est un principe de destruction, & non pas d'édification : elle n'est propre qu'à former des doutes, à éterniser les disputes, & à faire connoître à l'homme ses ténebres, son impuissance, & la nécessité d'une révélation, & cette révélation est celle de l'Ecriture. C'est-là que nous trouvons de quoi réfuter invinciblement l'hypothese des deux principes, & toutes les objections des Manichéens ; nous y trouvons l'unité de Dieu & ses perfections infinies, la chute du premier homme, & ses suites funestes.
Comme M. Bayle n'est pas un antagoniste du commun, les plus savantes plumes de l'Europe se sont essayées à le réfuter. Parmi ce grand nombre d'auteurs, on peut compter M. Jaquelot, M. le Clerc, & M. Leibnitz : commençons par M. Jaquelot, & voyons si dans cette dispute il a eu de l'avantage.
M. Jaquelot suppose pour principe que la liberté de l'homme peut résoudre toutes les difficultés de M. Bayle. Dieu ayant formé cet univers pour sa gloire, c'est-à-dire pour recevoir des créatures l'adoration & l'obéissance qui lui est dûe : l'être libre étoit seul capable de contribuer à ce dessein du créateur. Les adorations d'une créature qui ne seroit pas libre, ne contribueroient pas davantage à la gloire du créateur que ne feroit une machine de figure humaine, qui se prosterneroit par la vertu de ses ressorts. Dieu aime la sainteté ; mais quelle vertu y auroit-il, si l'homme étoit déterminé nécessairement par sa nature à suivre le bien, comme le feu est déterminé à brûler ? Il ne pourroit donc y avoir qu'une créature libre qui pût exécuter le dessein de Dieu. Ainsi, quoiqu'une créature libre pût abuser de son franc arbitre, néanmoins un être libre étoit quelque chose de si relevé & de si auguste, que son excellence & son prix l'emportoient de beaucoup sur toutes les suites les plus fâcheuses que pourroit produire l'abus qu'il en feroit. Un monde rempli de vertus, mais sans liberté, est beaucoup plus imparfait que celui où regne cette liberté, quoiqu'elle entraîne à sa suite bien des désordres. M. Bayle renverse tout cet argument par cette seule considération, que si l'une des plus sublimes perfections de Dieu, est d'être si déterminé à l'amour du bien, qu'il implique contradiction, qu'il puisse ne pas l'aimer : une créature déterminée au bien seroit plus conforme à la nature de Dieu, & par conséquent plus parfaite qu'une créature qui a un pouvoir égal d'aimer le crime & de le haïr. Jamais on n'est plus libre que lorsqu'on est fixé dans le bien. Ce n'est pas être libre que de pouvoir pécher. Cette malheureuse puissance en est l'abus & non la perfection. Plus la liberté est un don excellent de Dieu, plus elle doit porter les caracteres de sa bonté. C'est donc mal-à-propos, conclut M. Bayle, qu'on cite ici la liberté pour expliquer l'origine du mal. On pouvoit lui répondre que Dieu n'est pas obligé de nous douer d'une liberté qui ne se porte jamais vers le mal ; qu'il ne peut la retenir constamment dans le devoir, qu'en lui accordant de ces graces congrues, dont le souffle salutaire nous conduit au port du salut. J'avoue, disoit M. Bayle, qu'il ne nous devoit pas une liberté si parfaite ; mais il se devoit à lui-même d'empêcher tous les désordres qu'enfante l'abus de la liberté ; sa bonté, sa sagesse, & plus encore sa sainteté, lui en faisoient une loi. Or, cela posé, comment donc concilier avec tous ces attributs la chute du premier homme ? Par quelle étrange fatalité cette liberté si précieuse, gage de l'amour divin, a-t-elle produit, dès son premier coup d'essai, & le crime & la misere qui les suit, & cela sous les yeux d'un Dieu infiniment bon, infiniment saint & infiniment puissant ? Cette liberté qui pouvoit être dirigée constamment & invariablement au bien, sans perdre de sa nature, avoit-elle donc été donnée pour cela ?
M. Jaquelot ne s'arrête pas à la seule liberté, pour expliquer l'origine du mal ; il en cherche aussi le dénouement dans les intérêts & de la sagesse & de la gloire de Dieu. Sa sagesse & sa gloire l'ayant déterminé à former des créatures libres, cette puissante raison a dû l'emporter sur les fâcheuses suites que pouvoit avoir cette liberté qu'il donnoit aux hommes. Tous les inconvéniens de la liberté n'étoient pas capables de contre-balancer les raisons tirées de sa sagesse, de sa puissance & de sa gloire. Dieu a créé des êtres libres pour sa gloire. Comme donc les desseins de Dieu ne tendent qu'à sa propre gloire, & qu'il y a d'ailleurs une plus ample moisson de gloire dans la direction des agens libres qui abusent de leur liberté que dans la direction du genre humain toûjours vertueux, la permission du péché & les suites du péché sont une chose très-conforme à la sagesse divine. Cette raison de la gloire paroît à M. Jaquelot un bouclier impénétrable pour parer tous les coups du Manichéisme. Il la trouve plus forte que toutes les difficultés qu'on oppose, parce qu'elle est tirée immédiatement de la gloire du créateur. M. Bayle ne peut digérer cette expression, que Dieu ne travaille que pour sa gloire. Il ne peut comprendre que l'être infini, qui trouve dans ses propres perfections une gloire & une béatitude aussi incapables de diminution que d'augmentation, puisse avoir pour but, en produisant des créatures, quelqu'acquisition de gloire. En effet, Dieu est au-dessus de tout ce qu'on nomme desir de louanges, desir de réputation. Il paroît donc qu'il ne peut y avoir en lui d'autre motif de créer le monde que sa bonté. Mais enfin, dit M. Bayle, si des motifs de gloire l'y déterminoient, il semble qu'il choisiroit plûtôt la gloire de maintenir parmi les hommes la vertu & le bonheur, que la gloire de montrer que par une adresse & une habileté infinie il vient à bout de conserver la société humaine, en dépit des confusions & des désordres, des crimes & des miseres dont elle est remplie ; qu'à la vérité un grand monarque se peut estimer heureux, lorsque contre son intention & mal-à-propos, la rebellion de ses sujets & le caprice de ses voisins lui ont attiré des guerres civiles & des guerres étrangeres, qui lui ont fourni des occasions de faire briller sa valeur & sa prudence ; qu'en dissipant toutes ses tempêtes, il s'acquiert un plus grand nom, & se fait plus admirer dans le monde que par un regne pacifique. Mais, si de crainte que son courage & les grands talens de sa politique ne demeurassent inconnus, faute d'occasions, il ménageoit adroitement un concours de circonstances, dans lesquelles il seroit persuadé que ses sujets se révolteroient, & que ses voisins dévorés de jalousie se ligueroient contre lui, il aspireroit à une gloire indigne d'un honnête homme, & il n'auroit pas de goût pour la véritable gloire ; car elle consiste beaucoup plus à faire regner la paix, l'abondance & les bonnes moeurs, qu'à faire connoître au public qu'on a l'adresse de réfréner les séditions, ou qu'à repousser & dissiper de puissantes & de formidables ligues que l'on aura fomentées sous main. En un mot, il semble que si Dieu gouvernoit le monde par un principe d'amour pour la créature qu'il a faite à son image, il ne manqueroit point d'occasions aussi favorables que celles que l'on allegue, de manifester ses perfections infinies ; vû que sa science & sa puissance n'ayant point de bornes, les moyens également bons de parvenir à ses fins ne peuvent être limités à un petit nombre. Mais il semble à de certaines gens, observe M. Bayle, que le genre humain innocent n'eût pas été assez mal-aisé à conduire, pour mériter que Dieu s'en mêlât. La scene eût été si unie, si simple, si peu intriguée, que ce n'eût pas été la peine d'y faire intervenir la providence. Un printems éternel, une terre fertile sans culture, la paix & la concorde des animaux & des élémens, & tout le reste de la description de l'âge d'or, n'étoient pas des choses où l'art divin pût trouver un assez noble exercice : ce n'est que dans les tempêtes & au milieu des écueils que paroît l'habileté du pilote.
M. Leibnitz est allé chercher le dénouement de toutes ces difficultés dans le système du monde le plus beau, le plus réglé, le meilleur enfin, & le plus digne de la grandeur & de la sagesse de l'être suprême. Mais pour le bien comprendre, il faut observer que le meilleur consiste non dans la perfection d'une partie du tout, mais dans le meilleur tout pris dans sa généralité. Un tableau, par exemple, est merveilleux pour le naturel des carnations : Ce mérite particulier fait honneur à la main dont il sort ; mais le tableau dans tout le reste n'a point d'ordonnance, point d'attitudes régulieres, point de feu, point de douceur. Il n'a rien de vivant ni de passionné ; on le voit sans émotion, sans intérêt ; l'ouvrage ne sera tout au plus que médiocre. Un autre tableau a de légeres imperfections. On y voit dans le lointain quelque personnage épisodique dont la main ne se trouve pas régulierement prononcée ; mais le reste y est fini, tout y parle, tout y est animé, tout y respire, le dessein y est correct, l'action y est soutenue, tous les traits y sont élégans, Hésite-t-on sur la préférence ? non, sans doute. Le premier peintre n'est qu'un éleve à qui le génie manque ; l'autre est un maître hardi dont la main savante court à la perfection du tout, aux dépens d'une irrégularité dont la correction retarderoit l'enthousiasme qui l'emporte.
Toute proportion gardée, il en est de la sorte à l'égard de Dieu dans le choix des mondes possibles. Quelques-uns se seroient trouvés exemts des défectuosités semblables dans le nôtre ; mais le nôtre avec ses défauts, est plus parfait que les autres qui dans leur constitution comportoient de plus grandes irrégularités jointes à de moindres beautés. L'être infiniment sage, à qui le meilleur est une loi, devoit donc préférer la production admirable qui tient à quelques vices, à la production dégagée de crimes, mais moins heureuse, moins féconde, moins riche, moins belle dans son tout. Car comme le moindre mal est une espece de bien ; de même un moindre bien est une espece de mal, s'il fait obstacle à un plus grand bien ; & il y auroit quelque chose à corriger dans les actions de Dieu, s'il y avoit un moyen de mieux faire.
On dira peut-être que le monde auroit pu être sans le péché & sans les souffrances, mais alors il n'auroit pas été le meilleur. La bonté de Dieu auroit eu plus d'éclat dans un tel monde, mais sa sagesse auroit été blessée ; & comme l'un de ses attributs ne doit point être sacrifié à l'autre, il étoit convenable que la bonté de Dieu pour les hommes fût tempérée par sa sagesse. Si quelqu'un allegue l'expérience pour prouver que Dieu auroit pû mieux faire, il s'érige en censeur ridicule de ses ouvrages. Quoi, peut-on lui répondre, vous ne connoissez le monde que depuis trois jours, & vous y trouvez à redire ! Attendez à le connoître davantage, & considérez-y sur-tout les parties qui présentent un tout complet, tels que sont les corps organiques, & vous y trouverez un artifice & une beauté bien supérieure à votre imagination. Le défaut est dans quelque partie du tout, je n'en disconviens pas : mais pour juger d'un ouvrage, n'est-ce pas le tout qu'il faut envisager ? Il y a dans l'iliade quelques vers imparfaits & informes, en est-elle moins un chef-d'oeuvre de l'art ? C'est la totalité, c'est l'ensemble, pour ainsi dire, qui décide de la perfection ou de l'imperfection. Or l'univers considéré dans cette généralité vaste, est de tous les possibles le plus régulier. Cette totalité dont je parle, n'est pas un effet, comme on pourroit se l'imaginer ; c'est l'amas seul des êtres & des révolutions que renferme le globe qui me porte : l'univers n'est pas restreint à de si courtes limites. Dès qu'on veut s'en former une notion philosophique, il faut porter ses regards plus haut & plus loin ; mes sens ne voient distinctement qu'une foible portion de la terre ; & la terre elle-même n'est qu'une des planetes de notre soleil, qui à son tour n'est que le centre d'un tourbillon particulier, chaque étoile fixe ayant le même avantage que lui. Quiconque envisage l'univers sous une image plus retrécie, ne connoît rien à l'oeuvre de Dieu ; il est comme un enfant qui croit tout renfermé dans le petit berceau où ses yeux commencent à s'ouvrir. L'homme qui pense met sa raison à la place de ses yeux ; où ses regards ne pénetrent pas, son esprit y est. Il se promene dans cette étendue immense, pour revenir après avec humiliation & surprise sur son propre néant, & pour admirer l'auteur dont l'inépuisable fécondité a enfanté cet univers, & a varié la pompe des ornemens que la nature y étale.
Quelqu'un dira peut-être qu'il est impossible de produire le meilleur, parce qu'il n'y a point de créature, pour si parfaite qu'on la suppose, qu'on ne puisse toûjours en produire une qui le soit davantage. Je réponds que ce qui peut se dire d'une créature ou d'une substance particuliere qui peut toûjours être surpassée par une autre, ne doit pas être appliqué à l'univers, lequel se devant étendre dans toute l'éternité future, est en quelque façon infini. Il ne s'agit donc pas d'une créature, mais de l'univers entier ; & l'adversaire sera obligé de soutenir qu'un univers possible peut être meilleur que l'autre à l'infini : mais c'est ce qu'il ne pourra jamais prouver. Si cette opinion étoit véritable, Dieu n'en auroit produit aucun, car il est incapable d'agir sans raison, & ce seroit même agir contre la raison. C'est comme si l'on s'imaginoit que Dieu eût imaginé de faire une sphere matérielle, sans qu'il y eût aucune raison de la faire d'une telle grandeur. Ce decret seroit inutile ; il porteroit avec lui ce qui en empêcheroit l'effet.
Mais si Dieu produit toûjours le meilleur, il produira d'autres dieux ; autrement chaque substance qu'il produiroit ne seroit point la meilleure ni la plus parfaite. Mais on se trompe faute de considérer l'ordre & la liaison des choses. Si chaque substance prise à part étoit parfaite, elles seroient toutes semblables : ce qui n'est point convenable ni possible. Si c'étoit des dieux, il n'auroit pas été possible de les produire. Le meilleur système des choses ne contiendra donc point de dieux ; il sera toûjours un système de corps, c'est-à-dire de choses rangées selon les lieux & les tems, & d'ames qui les régissent & les gouvernent. Il est aisé de concevoir qu'une structure de l'univers peut être la meilleure de toutes, sans qu'il devienne un dieu. La liaison & l'ordre des choses fait que le corps de tout animal & de toute plante vient d'autres animaux & d'autres plantes. Un corps sert à l'autre ; ainsi leur perfection ne sauroit être égale. Tout le monde conviendra sans doute qu'un monde qui rassemble le matériel & le spirituel tout ensemble, est beaucoup plus parfait que s'il ne renfermoit que des esprits dégagés de toute matiere. L'un n'empêche point l'autre : c'est une perfection de plus. Or voudroit-on, pour la perfection de ce monde, que tous les corps y fussent d'une égale beauté ? Le monde peut être comparé à un bâtiment d'une structure admirable. Or dans un bâtiment, il faut non-seulement qu'il y ait des appartemens, des salles, des galeries, des jardins, mais encore la cuisine, la cave, la basse-cour, des écuries, des égouts, &c. Ainsi il n'auroit pas été à-propos de ne faire que des soleils dans le monde, ou de faire une terre toute d'or & de diamans, mais qui n'auroit point été habitable. Si l'homme avoit été tout oeil ou tout oreille, il n'auroit pas été propre à se nourrir. Si Dieu l'avoit fait sans passion, il l'auroit fait stupide ; & s'il l'avoit voulu faire sans erreur, il auroit fallu le priver des sens, ou le faire sentir autrement que par les organes, c'est-à-dire, qu'il n'y auroit point eu d'homme.
Je vous accorde, dira-t-on, qu'entre tous les mondes possibles, il y en a un qui est le meilleur de tous ; mais comment me prouverez-vous que Dieu lui a donné la préférence sur tous les autres qui comme lui prétendoient à l'existence ? Je vous le prouverai par la raison de l'ordre qui veut que le meilleur soit préféré à ce qui est moins bon. Faire moins de bien qu'on ne peut, c'est manquer contre la sagesse ou contre la bonté. Ainsi demander si Dieu a pu faire les choses plus accomplies qu'il ne les a faites, c'est mettre en question si les actions de Dieu sont conformes à la plus parfaite sagesse & à la plus grande bonté. Qui peut en douter ? Mais en admettant ce principe, voilà les deux conséquences qui en résultent. La premiere est que Dieu n'a point été libre dans la création de l'univers ; que le choix de celui-ci parmi tous les possibles a été l'effet d'une insurmontable nécessité ; qu'enfin ce qui est fait est produit par l'impulsion d'une fatalité supérieure à la divinité même. La seconde conséquence est que tous les effets sont nécessaires & inévitables ; & que dans la nature telle qu'elle est, rien ne peut y être que ce qui y est & comme il y est ; que l'univers une fois choisi, va de lui-même, sans se laisser fléchir à nos justes plaintes ni à la triste voix de nos larmes.
J'avoue que c'est-là l'endroit foible du système Leibnitzien. En paroissant se tirer du mauvais pas où son système l'a conduit, ce philosophe ne fait que s'y enfoncer de plus en plus. La liberté qu'il donne à Dieu, & qui lui paroît très-compatible avec le plan du meilleur monde, est une véritable nécessité, malgré les adoucissemens & les correctifs par lesquels il tâche de tempérer l'austérité de son hypothèse. Le P. Malebranche, qui n'est pas moins partisan de l'optimisme que M. Leibnitz, a sû éviter l'écueil où ce dernier s'est brisé. Persuadé que l'essence de la liberté consiste dans l'indifférence, il prétend que Dieu a été indifférent à poser le decret de la création du monde ; ensorte que la nécessité de créer le monde le plus parfait, auroit été une véritable nécessité ; &, par conséquent, auroit détruit la liberté, si elle n'avoit point été précédée par un decret émané de l'indifférence même, & qui l'a rendue hypothétique. " Il faut prendre garde, dit-il, dans son traité de la Nature & de la Grace, que bien que Dieu suive les regles que sa sagesse lui prescrit, il ne fait pas néanmoins nécessairement ce qui est le mieux, parce qu'il peut ne rien faire. Agir & ne pas suivre exactement les regles de la sagesse, c'est un défaut. Ainsi supposé que Dieu agisse, il agit nécessairement de la maniere la plus sage qui puisse se concevoir. Mais être libre dans la production du monde, c'est une marque d'abondance, de plénitude, de suffisance à soi-même. Il est mieux que le monde soit, que de n'être pas. L'incarnation de J. C. rend l'ouvrage digne de son auteur ; mais comme Dieu est essentiellement heureux & parfait, comme il n'y a que lui qui soit bien à son égard, ou la cause de sa perfection & de son bonheur, il n'aime invinciblement que sa propre substance ; & tout ce qui est hors de Dieu, doit être produit par une action éternelle, & immuable à la vérité ; mais qui ne tire sa nécessité que de la supposition des décrets divins ".
Il y en a qui vont plus loin que le P. Malebranche, & qui donnent plus d'étendue à la liberté de Dieu. Ils veulent non-seulement que Dieu ait pû ne point produire le monde ; mais encore qu'il ait choisi librement, entre les degrés de bien & de perfection possibles, le degré qu'il lui a plû ; qu'il ait jugé à propos d'arrêter là l'exercice de son pouvoir infini, en tirant du néant tel nombre précis de créatures douées d'un tel degré de perfection, & capables d'une telle mesure de bonheur. Quelque système qu'on adopte, soit que l'on dise que la sagesse de Dieu lui a fait une loi de créer le monde le plus parfait, & qu'elle a seulement enchaîné sa liberté, supposé qu'il se déterminât une fois à créer, soit que l'on soutienne que sa souveraine liberté a mis aux choses créées les bornes qu'il a voulu, on peut résoudre les difficultés que l'on fait sur l'origine du mal. Dites-vous que Dieu a été parfaitement libre dans les limites qu'il a données aux perfections de ses créatures ? Donc il a pû leur donner une liberté flexible pour le bien & pour le mal. De-là l'origine du mal moral, du mal physique, & du mal métaphysique. Le mal métaphysique prendra sa source dans la limitation originale des créatures ; le mal moral, dans l'abus de la liberté ; & le mal physique, dans les peines & les douleurs qui seront ou un effet de la punition du péché, ou une suite de la constitution naturelle des corps. Vous en tenez-vous au meilleur de tous les mondes possibles ? alors vous concevez que tous les maux qui paroissent défigurer l'univers, étant liés avec le plan du meilleur monde, Dieu ne doit point en avoir choisi un moins parfait, à cause des inconvéniens qu'en ressentiroient certaines créatures. Ces inconvéniens sont les ingrédiens du monde le plus parfait. Ils sont une suite nécessaire des regles de convenance, de proportion, de liaison, qu'une sagesse infinie ne manque jamais de suivre, pour arriver au but que la bonté se propose, savoir le plus grand bien total de cet assemblage de créatures qu'elle a produites. Vouloir que tout mal fût exclu de la nature, c'est prétendre que la bonté de Dieu devoit exclure toute régularité, tout ordre, toute proportion dans son ouvrage, ou, ce qui revient au même, que Dieu ne sauroit être infiniment bon, sans se dépouiller de sa sagesse. Supposer un monde composé des mêmes êtres que nous voyons, & dont toutes les parties seroient liées d'une maniere avantageuse au tout, sans aucun mélange du mal, c'est supposer une chimere.
M. Bayle se trompe assurément, quand il prétend que cette bonté, qui fait le caractere de la divinité, doit agir à l'infini pour prévenir tout mal & produire tout bien. Un être qui est bon, & qui n'est que cela, un être qui n'agit que par ce seul attribut, c'est un être contradictoire, bien loin que ce soit l'être parfait. L'être parfait comprend toutes les perfections dans son essence ; il est infini par l'assemblage de toutes ensemble, comme il l'est par le degré où il possede chacune d'elles. S'il est infiniment bon, il est aussi infiniment sage, infiniment libre.
Les maux métaphysiques sont injurieux à la sagesse & à la puissance de Dieu : les maux physiques blessent sa bonté : les maux moraux ternissent l'éclat de sa sainteté. C'est là, en partie, où se réduisent tous les raisonnemens de M. Bayle ; assurément il outre les choses. On accorde que quelques vices ont été liés avec le meilleur plan de l'univers ; mais on ne lui accorde pas qu'ils soient contraires à ses divins attributs. Cette objection auroit lieu s'il n'y avoit point de vertu, si le vice tenoit sa place partout. Il dira, sans doute, qu'il suffit que le vice regne, & que la vertu est peu de chose en comparaison. Mais je n'ai garde de lui accorder cela ; & je crois qu'effectivement, à le bien prendre, il y a incomparablement plus de bien moral, que de mal moral dans les créatures raisonnables, dont nous ne connoissons qu'un très-petit nombre. Ce mal n'est pas même si grand dans les hommes qu'on le débite. Il n'y a que les gens d'un naturel malin, ou des gens devenus un peu sombres & misantropes par les malheurs, comme le Timon de Lucien, qui trouvent de la méchanceté par-tout, qui empoisonnent les meilleures actions par les interprétations sinistres qu'ils leur donnent, & dont la bile amere répand sur la vertu la plus pure les couleurs odieuses du vice. Il y a des personnes qui s'appliquent à nous faire appercevoir des crimes, où nous ne découvrons que des vertus ; & cela pour montrer la pénétration de leur esprit. On a critiqué cela dans Tacite, dans M. de la Rochefoucauld, & dans le livre de l'abbé Esprit, touchant la fausseté des vertus humaines. Mais supposons que le vice surpasse la vertu dans le genre-humain, comme l'on suppose que le nombre des reprouvés surpasse celui des élus ; il ne s'ensuit nullement que le vice & la misere surpassent la vertu & la félicité dans l'univers. Il faut plûtôt juger tout le contraire, parce que la cité de Dieu doit être le plus parfait de tous les états possibles, puisqu'il a été formé, & qu'il est toûjours gouverné par le plus grand & le meilleur de tous les monarques. L'univers n'est pas contenu dans la seule planete de la terre. Que dis-je ? cette terre que nous habitons, comparée avec l'univers, se perd & s'évanouit presque dans le néant. Quand même la révélation ne m'apprendroit pas déjà qu'il y a des intelligences créées, aussi différentes entr'elles, par leur nature, qu'elles le sont de moi, ma raison ne me conduiroit-elle pas à croire que la région des substances pesantes est, peut-être, aussi variée dans ses especes, que la matiere l'est dans ses parties ? Quoi ! cette matiere, vile & morte par elle-même, reçoit un million de beautés diverses, qui font presque méconnoître son unité parmi tant de différences ; & je voudrois penser que dans l'ordre des esprits il n'y a pas de différences pareilles ? Je voudrois croire que tous ces esprits sont enchaînés dans la même sphére de perfection. Or, dès que je puis & que je dois supposer des esprits d'un autre ordre que n'est le mien, me voilà conduit à des nouvelles conséquences, me voilà forcé de reconnoître qu'il peut y avoir, qu'il y a même beaucoup plus de bien moral, que de mal moral dans l'univers. Eh bien, me direz-vous, quand je vous accorderois tout cela, il seroit toûjours vrai de dire, que l'amour de Dieu pour la vertu n'est pas sans bornes, puisqu'il tolere le vice que sa puissance pourroit supprimer ou prévenir. Mais cette objection n'est établie que sur une équivoque trompeuse. Effectivement, il n'est pas véritable que la haine de Dieu pour le vice, & son amour pour la vertu soient infinis dans leur exercice. Quoique chacune de ses perfections soit en lui sans bornes, elle n'est pourtant exercée qu'avec restriction, & proportionnellement à son objet extérieur. La vertu est le plus noble état de l'être créé : qui en doute ? mais la vertu n'est pas un objet infini ; elle n'est que l'être fini, pensant & voulant dans l'ordre avec des degrés finis. Au-dessus de la vertu sont d'autres perfections plus grandes dans le tout de l'univers, qui s'attirent la complaisance de Dieu. Cet amour du meilleur dans le tout, l'emporte en Dieu sur les autres amours particuliers. De-là le vice permis ; il faut qu'il soit, parce qu'il se trouve nécessairement lié au meilleur plan, qui n'auroit pas été le meilleur de tous les possibles, si la vertu intelligente eût été invariablement vertueuse. Au reste, l'amour de la vertu, & la haine du vice, qui tendent à procurer l'existence de la vertu, & à empêcher celle du vice, ne sont que des volontés antécédentes de Dieu prises ensemble, dont le résultat fait la volonté conséquente, ou le decret de créer le meilleur ; & c'est de ce decret que l'amour de la vertu & de la félicité des créatures raisonnables, qui est indéfini de soi, & va aussi loin qu'il se peut, reçoit quelques petites limitations, à cause de l'égard qu'il faut avoir au bien en général. C'est ainsi qu'il faut entendre que Dieu aime souverainement la vertu, & hait souverainement le vice ; & que néanmoins quelque vice doit être permis.
Après avoir disculpé la providence de Dieu sur les maux moraux, qui sont les péchés, il faut maintenant la justifier sur les maux métaphysiques, & sur les maux physiques. Commençons par les maux métaphysiques, qui consistent dans les imperfections des créatures. Les anciens attribuoient la cause du mal à la matiere qu'ils croyoient incréée & indépendante de Dieu. Il n'y avoit tant de maux, que parce que Dieu, en travaillant sur la matiere, avoit trouvé un sujet rébelle, indocile, & incapable de se plier à ses volontés bienfaisantes : mais nous qui dérivons tout de Dieu, où trouverons-nous la source du mal ? La réponse est, qu'elle doit être cherchée dans la nature idéale de la créature, entant que cette créature est renfermée dans les vérités éternelles, qui sont dans l'entendement divin. Car il faut considérer qu'il y a une imperfection originale dans les créatures avant le péché, parce que les créatures sont limitées essentiellement. Platon a dit, dans son Timée, que le monde avoit son origine de l'entendement joint à la nécessité. D'autres ont joint Dieu & la nature. On y peut donner un bon sens. Dieu sera l'entendement & la nécessité, c'est-à-dire, la nature essentielle des choses sera l'objet de l'entendement, entant qu'il consiste dans les vérités éternelles. Mais cet objet est interne, & se trouve dans l'entendement divin. C'est la région des vérités éternelles qu'il faut mettre à la place de la matiere, quand il s'agit de chercher la source des choses. Cette région est la cause idéale du mal & du bien. Les limitations & les imperfections naissent dans les créatures de leur propre nature, qui borne la production de Dieu ; mais les vices & les crimes y naissent du consentement libre de leur volonté.
Chrysippe dit quelque chose d'approchant. Pour répondre à la question qu'on lui faisoit touchant l'origine du mal, il soutient que le mal vient de la premiere constitution des ames, que celles qui sont bien faites naturellement résistent mieux aux impressions des causes externes ; mais que celles dont les défauts naturels n'avoient pas été corrigés par la discipline, se laissoient pervertir. Pour expliquer sa pensée, il se sert de la comparaison d'un cylindre, dont la volubilité & la vitesse, ou la facilité dans le mouvement vient principalement de sa figure, ou bien, qu'il seroit retardé s'il étoit raboteux. Cependant il a besoin d'être poussé, comme l'ame a besoin d'être sollicitée par les objets des sens, & reçoit cette impression selon la constitution où elle se trouve. Chrysippe a raison de dire que le vice vient de la constitution originaire de quelques esprits. Lorsqu'on lui objectoit que Dieu les a formés, il repliquoit, par l'imperfection de la matiere, qui ne permettoit pas à Dieu de mieux faire. Mais cette replique ne vaut rien ; car la matiere est elle-même indifférente pour toutes les formes, & Dieu l'a faite. Le mal vient plûtôt des formes mêmes, mais abstraites ; c'est-à-dire, des idées que Dieu n'a point produites par un acte de sa volonté, non-plus que les nombres & les figures, que toutes les essences possibles, qui sont éternelles & nécessaires ; car elles se trouvent dans la région idéale des possibles, c'est-à-dire, dans l'entendement divin. Dieu n'est donc point auteur des essences entant qu'elles ne sont que des possibilités ? mais il n'y a rien d'actuel à quoi il n'ait donné l'existence. Il a permis le mal, parce qu'il est enveloppé dans le meilleur plan qui se trouve dans la région des possibles, que la sagesse suprème ne pouvoit pas manquer de choisir. Cette notion satisfait en même tems à la sagesse, à la puissance, à la bonté de Dieu, & ne laisse pas de donner lieu à l'entrée du mal. Dieu donne de la perfection aux créatures autant que l'univers en peut recevoir. On pousse le cylindre ; mais ce qu'il y a de raboteux dans la figure, donne des bornes à la promtitude de son mouvement.
L'être suprême, en créant un monde accompagné de défauts, tel qu'est l'univers actuel, n'est donc point comptable des irrégularités qui s'y trouvent ? Elles n'y sont qu'à cause de l'infirmité naturelle, fonciere, insurmontable, & originale de la créature ; ainsi, Dieu est pleinement & philosophiquement justifié. Mais, dira quelque censeur audacieux des ouvrages de Dieu, pourquoi ne s'est-il point abstenu de la production des choses, plûtôt que d'en faire d'imparfaites ? Je réponds que l'abondance de la bonté de Dieu en est la cause. Il a voulu se communiquer aux dépens d'une délicatesse, que nous imaginons en Dieu, en nous figurant que les imperfections le choquent. Ainsi, il a mieux aimé qu'il y eût un monde imparfait, que s'il n'y avoit rien. Au reste, cet imparfait est pourtant le plus parfait qui se pouvoit, & Dieu a dû en être pleinement content, les imperfections des parties servant à une plus grande perfection dans le tout. Il est vrai qu'il y a certaines choses qui auroient pû être mieux faites, mais non pas sans d'autres incommodités encore plus grandes.
Venons au mal physique, & voyons s'il prête au Manichéisme des armes plus fortes que le mal métaphysique & le mal moral, dont nous venons de parler.
L'auteur de nos biens l'est-il aussi de nos maux ? Quelques philosophes effarouchés d'un tel dogme ont mieux aimé nier l'existence de Dieu, que d'en reconnoître un qui se fasse un plaisir barbare de tourmenter les créatures, ou plûtôt ils l'ont dégradé du titre d'intelligent, & l'ont relégué parmi les causes aveugles. M. Bayle a pris occasion des différens maux dont la vie est traversée, de relever le système des deux principes, système écroulé depuis tant de siecles. Il ne s'est apparemment servi de ses ruines que comme on se sert à la guerre d'une masure dont on essaye de se couvrir pour quelques momens. Il étoit trop philosophe pour être tenté de croire en deux divinités, qu'il a lui-même si bien combattues, comme on a pu voir dans cet article. Son grand but, du moins à ce qui paroît, étoit d'humilier la raison, de lui faire sentir son impuissance, de la captiver sous le joug de la foi. Quoi qu'il en soit de son intention qui paroît suspecte à bien des personnes, voici le précis de sa doctrine. Si c'étoit Dieu qui eût établi les lois du sentiment, ce n'auroit certainement été que pour combler toutes ses créatures de tout le bonheur dont elles sont susceptibles, il auroit donc entierement banni de l'univers tous les sentimens douloureux, & sur-tout ceux qui nous sont inutiles. A quoi servent les douleurs d'un homme dont les maux sont incurables, ou les douleurs d'une femme qui accouche dans les déserts ? Telle est la fameuse objection que M. Bayle a étendue & répétée dans ses écrits en cent façons différentes ; quoiqu'elle fut presque aussi ancienne que la douleur l'est au monde ; il a su l'armer de tant de comparaisons éblouissantes, que les Philosophes & les Théologiens en ont été effrayés comme d'un monstre nouveau. Les uns ont appellé la métaphysique à leur secours, d'autres se sont sauvés dans l'immensité des cieux ; & pour nous consoler de nos maux, nous ont montré une infinité de mondes peuplés d'habitans heureux. L'auteur de la théorie des sentimens agréables a répondu parfaitement bien à cette objection. C'est d'elle qu'il tire les principales raisons dont il la combat. Interrogeons, dit-il, la nature par nos observations, & sur ses réponses fixons nos idées. On peut former sur l'auteur des lois du sentiment deux questions totalement différentes, est-il intelligent ? est-il bienfaisant ? Examinons séparément ces deux questions, & commençons par l'éclaircissement de la premiere. L'expérience nous apprend qu'il y a des causes aveugles, & qu'il en est d'intelligentes, on les discerne par la nature de leurs productions, & l'unité du dessein est comme le sceau qu'une cause intelligente appose à son ouvrage. Or, dans les lois du sentiment brille une parfaite unité de dessein. La douleur & le plaisir se rapportent également à notre conservation. Si le plaisir nous indique ce qui nous convient, la douleur nous instruit de ce qui nous est nuisible. C'est une impression agréable qui caractérise les alimens qui sont de nature à se changer en notre propre substance ; mais c'est la faim & la soif qui nous avertissent que la transpiration & le mouvement nous ont enlevé une partie de nous-mêmes, & qu'il seroit dangereux de différer plus long-tems à réparer cette perte. Des nerfs répandus dans toute l'étendue du corps nous informent des dérangemens qui y surviennent, & le même sentiment douloureux est proportionné à la force qui le déchire, afin qu'à proportion que le mal est plus grand, on se hâte davantage d'en repousser la cause ou d'en chercher le remede.
Il arrive quelquefois que la douleur semble nous avertir de nos maux en pure perte. Rien de ce qui est autour de nous ne peut les soulager ; c'est qu'il en est des lois du sentiment comme de celles du mouvement. Les lois du mouvement reglent la succession des changemens qui arrivent dans les corps, & portent quelquefois la pluie sur les rochers ou sur des terres stériles. Les lois du sentiment reglent de même la succession des changemens qui arrivent dans les êtres animés, & des douleurs qui nous paroissent inutiles, en sont quelquefois une suite nécessaire par les circonstances de notre situation. Mais l'inutilité apparente de ces différentes lois, dans quelques cas particuliers, est un bien moindre inconvénient que n'eût été leur mutabilité continuelle, qui n'eût laissé subsister aucun principe fixe, capable de diriger les démarches des hommes & des animaux. Celles du mouvement sont d'ailleurs si parfaitement assorties à la structure des corps, que dans toute l'étendue des lieux & des tems, elles préservent d'altération les élémens, la lumiere & le soleil, & fournissent aux animaux & aux plantes ce qui leur est nécessaire ou utile. Celles du sentiment sont de même si parfaitement assorties à l'organisation de tous les animaux, que dans toute l'étendue des tems & des lieux elles leur indiquent ce qui leur est convenable, & les invitent à en faire la recherche, elles les instruisent de ce qui leur est contraire, & les forcent de s'en éloigner ou de les repousser. Quelle profondeur d'intelligence dans l'auteur de la nature, qui, par des ressorts si uniformes, si simples, si féconds, varie à chaque instant la scene de l'univers, & la conserve toûjours la même !
Non seulement les lois du sentiment se joignent à tout l'univers, pour déposer en faveur d'une cause intelligente ; je dis plus, elles annoncent un législateur bienfaisant. Si, pour ranimer une main engourdie par le froid, je l'approche trop près du feu, une douleur vive la repousse, & tous les jours je dois à de pareils avertissemens la conservation tantôt d'une partie de moi-même, tantôt d'une autre ; mais si je n'approche du feu qu'à une distance convenable, je sens alors une chaleur douce, & c'est ainsi qu'aussi-tôt que les impressions des objets, ou les mouvemens du corps, de l'esprit ou du coeur sont, tant-soit-peu, de nature à favoriser la durée de notre être ou sa perfection, notre auteur y a libéralement attaché du plaisir. J'appelle à témoin de cette profusion de sentimens agréables, dont Dieu nous prévient, la peinture, la sculpture, l'architecture, tous les objets de la vûe, la musique, la danse, la poésie, l'éloquence, l'histoire, toutes les sciences, toutes les occupations, l'amitié, la tendresse, enfin tous les mouvemens du corps, de l'esprit & du coeur.
M. Bayle & quelques autres philosophes, attendris sur les maux du genre humain, ne s'en croient pas suffisamment dédommagés par tous ces biens, & ils voudroient presque nous faire regretter que ce ne soient pas eux qui ayent été chargés de dicter les lois du sentiment. Supposons pour un moment que la nature se soit reposée sur eux de ce soin, & essayons de deviner quel eût été le plan de leur administration. Ils auroient apparemment commencé par fermer l'entrée de l'univers à tout sentiment douloureux, nous n'eussions vécu que pour le plaisir, mais notre vie auroit eu alors le sort de ces fleurs, qu'un même jour voit naître & mourir. La faim, la soif, le dégoût, le froid, le chaud, la lassitude, aucune douleur enfin ne nous auroit avertis des maux présens ou à venir, aucun frein ne nous auroit modérés dans l'usage des plaisirs, & la douleur n'eût été anéantie dans l'univers que pour faire place à la mort, qui, pour détruire toutes les especes d'animaux, se fût également armée contr'eux de leurs maux & de leurs biens.
Ces prétendus législateurs, pour prévenir cette destruction universelle, auroient apparemment rappellé les sentimens douloureux, & se seroient contentés d'en affoiblir l'impression. Ce n'eût été que des douleurs sourdes qui nous eussent averti, au lieu de nous affliger. Mais tous les inconvéniens du premier plan se seroient retrouvés dans le second. Ces avertissemens respectueux auroient été une voix trop foible pour être entendue dans la jouissance des plaisirs. Combien d'hommes ont peine à entendre les menaces des douleurs les plus vives ! Nous eussions encore bientôt trouvé la mort dans l'usage même des biens destinés à assûrer notre durée. Pour nous dédommager de la douleur, on auroit peut-être ajouté une nouvelle vivacité au plaisir des sens. Mais ceux de l'esprit & du coeur fussent alors devenus insipides, & ce sont pourtant ceux qui sont le plus de nature à remplir le vuide de la vie. L'ivresse de quelques momens eût alors empoisonné tout le reste du tems par l'ennui. Eût-ce été par l'augmentation des plaisirs de l'ame qu'on nous eût consolé de nos douleurs ? ils eussent fait oublier le soin du corps. Enfin auroit-on redoublé dans une même proportion tous les plaisirs, ceux des sens, de l'esprit & du coeur ? Mais il eût fallu aussi ajouter dans la même proportion une nouvelle vivacité aux sentimens douloureux. Il ne seroit pas moins pernicieux pour le genre humain, d'accroître le sentiment du plaisir sans accroître celui de la douleur, qu'il le seroit d'affoiblir le sentiment de la douleur sans affoiblir celui du plaisir. Ces deux différentes réformes produiroient le même effet, en affoiblissant le frein qui nous empêche de nous livrer à de mortels excès.
Les mêmes législateurs eussent sans doute caractérisé par l'agrément tous les biens nécessaires à notre conservation, mais eussions-nous pu espérer d'eux qu'ils eussent été aussi ingénieux que l'est la nature, à ouvrir en faveur de la vûe, de l'ouïe & de l'esprit, des sources toûjours fécondes de sentimens agréables dans la variété des objets, dans leur symmétrie, leur proportion & leur ressemblance avec des objets communs ? Auroient-ils songé à marquer par une impression de plaisirs ces rapports secrets qui font les charmes de la musique, les graces du corps & de l'esprit, le spectacle enchanteur de la beauté dans les plantes, dans les animaux, dans l'homme, dans les pensées, dans les sentimens ? Ne regrettons donc point la réforme que M. Bayle auroit voulu introduire dans les lois du sentiment. Reconnoissons plûtôt que la bonté de Dieu est telle, qu'il semble avoir prodigué toutes les sortes de plaisirs & d'agrémens, qui ont pû être marqués du sceau de sa sagesse. Concluons donc, que puisque la distribution du plaisir & celle de la douleur entre également dans la même unité de dessein, elles n'annoncent point deux intelligences essentiellement ennemies.
Je sens qu'on peut m'objecter que Dieu auroit pu nous rendre heureux ; il n'est donc pas l'Etre infiniment bon. Cette objection suppose que le bonheur des créatures raisonnables est le but unique de Dieu. Je conviens que si Dieu n'avoit regardé que l'homme dans le choix qu'il a fait d'un des mondes possibles, il auroit choisi une suite de possibles, d'où tous ces maux seroient exclus. Mais l'Etre infiniment sage se seroit manqué à lui-même, & il n'auroit pas suivi en rigueur le plus grand résultat de toutes ses tendances au bien. Le bonheur de l'homme a bien été une de ses vûes, mais il n'a pas été l'unique & le dernier terme de sa sagesse. Le reste de l'univers a mérité ses regards. Les peines qui arrivent à l'homme sont une suite de son assujettissement aux lois universelles, d'où sort une foule de biens dont nous n'avons qu'une connoissance imparfaite. Il est indubitable que Dieu ne peut faire souffrir sa créature pour la faire souffrir. Cette volonté impitoyable & barbare ne sauroit être dans celui qui n'est pas moins la bonté que la puissance. Mais quand le mal de l'humanité est la dépendance nécessaire du plus grand bien dans le tout, il faut que Dieu se laisse déterminer pour ce plus grand bien. Ne détachons point ce qui est lié par un noeud indissoluble. La puissance de Dieu est infinie, aussi-bien que sa bonté, mais l'une & l'autre est tempérée par sa sagesse, qui n'est pas moins infinie, & qui tend toûjours au plus grand bien. S'il y a du mal dans son ouvrage, ce n'est qu'à titre de condition, il n'y est même qu'à titre de nécessité qui le lie avec le plus parfait, il n'y est qu'en vertu de la limitation originale de la créature. Un monde où notre bonheur n'eût jamais été altéré, & où la nature entiere auroit servi à nos plaisirs sans mélange de disgraces, étoit assûrément très-possible, mais il auroit entraîné mille désordres plus grands que n'est le mélange des peines qui troublent nos plaisirs.
Mais Dieu ne pouvoit-il pas se dispenser de nous assujettir à des corps, & nous soustraire par-là aux douleurs qui suivent cette union ? Il ne le devoit pas parce que des créatures faites comme nous, entroient nécessairement dans le plan du meilleur monde. Il est vrai qu'un monde où il n'y auroit eu que des intelligences, étoit possible, de même qu'un monde où il n'y auroit eu que des êtres corporels. Un troisieme monde, où les corps existant avec les esprits, ces substances diverses auroient été sans rapport entr'elles, étoit également possible. Mais tous ces mondes sont moins parfaits que le nôtre, qui, outre les purs esprits du premier, les êtres corporels du second, les esprits & les corps du troisieme, contient une liaison, un concert entre les deux especes de substances créables. Un monde où il n'y auroit eu que des esprits, auroit été trop simple, trop uniforme. La sagesse doit varier davantage ses ouvrages : multiplier uniquement la même chose, quelque noble qu'elle puisse être, ce seroit une superfluité. Avoir mille Virgiles bien reliés dans sa bibliotheque, chanter toûjours les mêmes airs d'un opéra, n'avoir que des boutons de diamans, ne manger que des faisans, ne boire que du vin de Champagne, appelleroit-on cela raison ? Le second monde, je veux dire celui qui auroit été purement matériel, étant de sa nature insensible & inanimé, ne se seroit pas connu & auroit été incapable de rendre à Dieu les actions de graces qui lui sont dûes. Le troisieme monde auroit été comme un édifice imparfait, ou comme un palais où auroit regné la solitude, comme un état sans chef, sans roi, ou comme un temple sans sacrificateur. Mais, dans un monde où l'esprit est uni à la matiere, l'homme devient le centre de tout, il fait remonter jusqu'à Dieu tous les êtres corporels, dont il est le lien nécessaire. Il est l'ame de tout ce qui est inanimé, l'intelligence de tout ce qui en est privé, l'interprete de tout ce qui n'a pas reçu la parole, le prêtre & le pontife de toute la nature. Qui ne voit qu'un tel monde, est beaucoup plus parfait que les autres ?
Mais revenons au système des deux principes. M. Bayle convient lui-même que les idées les plus sûres & les plus claires de l'ordre nous apprennent qu'un être qui existe par lui-même, qui est nécessaire, qui est éternel, doit être unique, infini, toutpuissant, & doué de toutes sortes de perfections ; qu'à consulter ces idées, on ne trouve rien de plus absurde que l'hypothese de deux principes éternels & indépendans l'un de l'autre. Cet aveu de M. Bayle me suffit, & je n'ai pas besoin de le suivre dans tous ses raisonnemens. Mais un système, pour être bon, dit-il, a besoin de ces deux choses ; l'une, que les idées en soient distinctes ; l'autre, qu'il puisse rendre raison des phénomenes. J'en conviens : mais si les idées vous manquent pour expliquer les phénomenes, qui vous oblige de faire un système, qui explique toutes les contradictions que vous vous imaginez voir dans l'univers. Pour exécuter un si noble dessein, il vous manque des idées intermédiaires que Dieu n'a pas jugé à propos de vous donner : aussi-bien quelle nécessité pour la vérité du système que Dieu s'est prescrit, que vous le puissiez comprendre ? Concluons qu'en supposant que le système de l'unité de principe ne suffit pas pour l'explication des phénomenes, vous n'êtes pas en droit d'admettre comme vrai celui des Manichéens. Il lui manque une condition essentielle, c'est de n'être pas fondé, comme vous en convenez, sur des idées claires & sûres, mais plûtôt sur des idées absurdes. Si donc il rend raison des phénomenes, il ne faut pas lui en tenir compte, il ne peut devoir cet avantage qu'à ce qu'il a de défectueux dans ses principes. Vous ne frappez donc pas au but, en étalant ici tous vos raisonnemens en faveur du Manichéisme. Sachez qu'une supposition n'est mauvaise quand elle ne peut rendre raison des phénomenes, que lorsque cette incapacité vient du fond de la supposition même, mais si son incapacité vient des bornes de notre esprit, & de ce que nous n'avons pas encore assez acquis de connoissances pour la faire servir, il est faux qu'elle soit mauvaise. Bayle a bâti son système touchant l'origine du mal, sur les principes de la bonté, de la sainteté & de la toute-puissance de Dieu. Malebranche préfere ceux de l'ordre, de la sagesse. Leibnitz croit qu'il ne faut que sa raison suffisante pour expliquer tout. Les Théologiens emploient les principes de la liberté, de la providence générale & de la chûte d'Adam. Les Sociniens nient la prescience divine ; les Origénistes, l'éternité des peines ; Spinosa n'admet qu'une aveugle & fatale nécessité ; les Philosophes payens ont eu recours à la métempsycose. Les principes, dont Bayle, Malebranche, Leibnitz, & les Théologiens se servent, sont autant de vérités. C'est l'avantage qu'ils ont sur ceux des Sociniens, des Origénistes, des Spinosistes & des Philosophes payens. Mais aucune de ces vérités n'est assez féconde pour nous donner la raison de tout. Bayle ne se trompe point, lorsqu'il dit que Dieu est saint, bon, toutpuissant : il se trompe sur ce qu'en croyant ces données là suffisantes, il veut faire un système. J'en dis autant des autres. Le petit nombre de vérités que notre raison peut découvrir, & celles qui nous sont révélées, font partie d'un système propre à résoudre tous les problèmes possibles, mais elles ne sont pas destinées à nous le faire connoître. Dieu n'a tiré qu'un pan du voile, qui nous cache ce grand mystere de l'origine du mal. On peut juger par-là si les objections de Bayle, quelle que soit la force & l'adresse avec laquelle il les a maniées, & avec quelque air de triomphe que ces gens les fassent valoir, étoient dignes de toute la terreur qu'elles ont répandue dans les esprits.
|
| MANICHOIRE | S. m. (Cordonnerie) est un morceau de buis plat & mince en rondache par les deux bouts, un bout plus large que l'autre ; il sert à ranger les points de derriere les souliers. Voyez nos Planches de Cordonnier-Bottier.
|
| MANICORD | ou CLARICORDE, s. m. (Lutherie) instrument de musique en forme d'épinette. Voyez éPINETTE.
Il y a 49 ou 50 touches ou marches, & 70 cordes qui portent sur 5 chevalets, dont le premier est le plus haut ; les autres vont en diminuant. Il a quelques rangs de cordes à l'unisson, parce qu'il y en a plus que de touches.
On y pratique plusieurs petites mortaises, pour faire passer les sauteraux armés de petits crampons d'airain qui touchent & haussent les cordes, au lieu de la plume de corbeau qu'ont ceux des clavessins & des épinettes. Mais ce qui le distingue encore plus, c'est que ses cordes sont couvertes depuis le clavier jusqu'aux mortaises, de morceaux de drap qui rendent le son plus doux, & l'étouffent tellement qu'on ne le peut entendre de loin.
Quelques personnes l'appellent par cette raison, épinette sourde ; & c'est ce qui fait qu'il est particulierement en usage dans les couvens de religieuses, où on s'en sert par préférence pour apprendre à jouer du clavessin dans la crainte de troubler le silence du dortoir.
Le claricorde est plus ancien que le clavessin & l'épinette, comme le témoigne Scaliger, qui ne lui donne au reste que 35 cordes. Voyez CLAVESSIN.
|
| MANICORDION | S. m. terme de Luth, c'est une sorte de fil de fer ou de léton très-fin & très-délié, dont on fait les cordes des manicordions, épinettes, clavessins, psalterions & autres instrumens de musique semblables.
|
| MANICOU | S. m. (Hist. nat.) quadrupede gros à-peu-près comme un lievre ; il est couvert d'un poil assez rude, de couleur grise tirant sur le roussâtre ; sa tête approche de celle du renard, mais plus allongée, ayant le museau pointu, les oreilles droites, les yeux ronds paroissant sortir de la tête, la gueule très-fendue & garnie de dents fort aiguës ; ses pattes sont armées d'ongles assez forts ; sa queue est extrèmement longue, fort souple, & pelée comme celle d'un rat ; ce n'est pas la partie la moins utile à l'animal ; il s'en sert non-seulement pour s'accrocher aux branches des arbres, mais encore pour épouvanter & saisir les volailles dont il est extrèmement avide. Il a sous le ventre entre les deux cuisses une espece de poche ouverte en longueur comme le jabot d'une chemise, dans laquelle la femelle retire ses petits, soit pour les alaiter ou les transporter plus commodément d'un lieu en un autre, & par ce moyen les soustraire à la poursuite des chiens & des chasseurs. Cet animal est si stupide, qu'étant surpris il n'ose s'enfuir & se laisse tuer à coups de bâton ; sa chair peut s'accommoder à différentes sauces, mais il faut avoir faim pour en manger ; car elle exhale une odeur qui répugne ; les seuls negres en font usage. Le manicou se trouve très-communément dans les îles de la Grenade, des Grenadins, de Tabago, & autres îles qui avoisinent le continent de l'Amérique. On le nomme quelquefois opossum, coriguayra, maritacaca, & filander, selon les différens pays où il se rencontre. M. LE ROMAIN.
|
| MANIE | S. f. (Medecine) , vient du mot grec , qui signifie je suis en fureur. On appelle de ce nom un délire universel sans fievre, du moins essentielle : assez souvent ce délire est furieux, avec audace, colere, & alors il mérite plus rigoureusement le nom de manie ; s'il est doux, tranquille, simplement ridicule, on doit plûtôt l'appeller folie, imbécillité. Voyez ces mots. Comme ces différens états ne sont que des degrés, des especes de manie, tous dépendans de la même cause, nous comprendrons en général dans cet article toutes ces maladies longues dans lesquelles les malades nonseulement déraisonnent, mais n'apperçoivent pas comme il faut, & font des actions qui sont ou paroissent être sans motifs, extraordinaires & ridicules. Si les malades n'avoient qu'un ou deux objets déterminés de délire, & que dans les autres sujets ils se comportassent en personnes sensées, c'est-à-dire comme la plûpart des hommes, ils seroient censés mélancoliques & non pas maniaques, &c. Voyez l'article MELANCHOLIE.
La manie est ordinairement annoncée par quelques signes qui en sont les avant-coureurs ; tels sont la mélancholie, des douleurs violentes dans la tête, des veilles opiniâtres, des sommeils legers, inquiets, troublés par des songes effrayans, des soucis, des tristesses qu'on ne sauroit dissiper, des terreurs, des coleres excitées par les causes les plus legeres. Lorsque la manie est sur le point de se décider, les yeux sont frappés, éblouis de tems en tems par des traits de lumieres, des especes d'éclairs ; les oreilles sont fatiguées par des bruits, des bourdonnemens presque continuels ; l'appétit vénérien devient immodéré, les pollutions nocturnes plus fréquentes ; les malades fondent en pleurs, ou rient demesurément contre leur coutume & sans raison apparente ; ils parlent beaucoup à-tort & à-travers, ou gardent un silence profond, paroissant ensevelis dans quelque grande méditation ; les yeux deviennent fixes, appliqués à un seul objet, ou furieux, menaçans & hagards, le pouls est dur ; il se fait, suivant l'observation d'Hippocrate, appercevoir au coude ; les urines sont rouges sans sédiment, mais avec quelque leger nuage. Lorsque la manie est déclarée, ils s'emportent le plus souvent contre les assistans, contre eux-mêmes ; ils mordent, déchirent, frappent tout ce qui les environne, mettent leurs habits en pieces, se découvrent indécemment tout le corps ; ils marchent ainsi pendant les froids les plus aigus sans en ressentir les atteintes ; ils ne sont pas plus sensibles à la faim, à la soif, au besoin de dormir. Il y en a qui, au rapport de Fernel, ont passé jusqu'à quatorze mois sans dormir ; leur corps s'endurcit, devient robuste ; leur tempérament se fortifie. On observe qu'ils sont d'une force étonnante, qu'ils vivent assez long-tems, que les causes ordinaires de maladie ne font point ou que très-peu d'impression sur eux ; il est rare de les voir malades, même dans les constitutions épidémiques les plus meurtrieres. Il y en a qui ne cessent de chanter, de parler, de rire, ou de pleurer ; ils changent de propos à chaque instant, parlent à bâtons rompus, oublient ce qu'ils viennent de dire & le répetent sans cesse. Il y en a de téméraires, d'audacieux, qui ne connoissent aucuns dangers, les affrontent hardiment, méprisent & bravent tout le monde : d'autres au contraire, sont timides, craintifs, & quelquefois le délire est continuel ; d'autres fois il est périodique : les malades semblent pendant un tems jouir de toute leur raison ; ils étonnent par leur sagesse ceux qui les traitent de fous ; mais après quelques heures, quelques jours, quelquefois aussi des mois entiers, ils retombent de nouveau dans leur folie. Des auteurs dignes de foi, rapportent avoir vû des fous, qui dans le plus fort de leurs accès, parloient des langues étrangeres, faisoient des vers, & raisonnoient supérieurement sur des matieres qui ne leur étoient pas connues ; quelques-uns même prédisoient l'avenir ; ce qui pourroit faire présumer que les devins, sibylles, & ceux qui rendoient des oracles chez les idolâtres anciens, n'étoient que des fous qui étoient dans quelqu'accès de fureur. Les portraits qu'on nous a laissés de ces enthousiasmes prophétiques qui précédoient leurs oracles, s'accordent assez bien à cette idée. Peut-être pour lire dans l'avenir ne faut-il qu'une tension extraordinaire & un mouvement impétueux dans les fibres du cerveau. Parmi les causes qui produisent cette maladie, les passions d'ame, les contensions d'esprit, les études forcées, les méditations profondes, la colere, la tristesse, la crainte, les chagrins longs & cuisans, l'amour méprisé, &c. sont celles qu'une observation constante nous a appris concourir le plus fréquemment à cet effet ; les excrétions supprimées ou augmentées, en sont aussi des causes assez ordinaires. Hippocrate, & après lui Forestus, Bonningerus, ont observé que la manie étoit quelquefois une suite de la suppression des regles, des lochies. Elle est pour lors annoncée par l'amas du sang dans les mamelles. Aphor. 40. liv. V. Hippocrate remarque encore que la cessation d'un ulcere, d'une varice, la disposition des tumeurs qui sont dans les ulceres, sont souvent suivies de manie : les observations de Schenkius confirment cette assertion.
Zacutus Lusitanus assure que le même effet est produit par la suppression du flux hémorrhoïdal ; une évacuation trop abondante de semence a été le principe de la manie dans un vieillard dont parle Henri de Heers, & dans un jeune homme dont Forestus fait mention, qui ayant épousé une jolie femme dans l'été, devint maniaque par le commerce excessif qu'il eut avec elle. Les fievres aiguës, inflammatoires, ardentes, la petite vérole, ainsi que l'ont observé Fabrice, Hildan, & Christian Ewincler, & le plus souvent la phrénésie, laissent après elles la manie. Sydenham en compte une espece assez fréquente parmi les accidens qui succedent aux fievres intermittentes mal traitées par les saignées & les purgatifs réitérés. Opusc. med. cap. v. Il n'y a point de causes qui agissent plus subitement que certaines plantes vénéneuses ; telles sont le stramonium, la jusquiame, les baies du solanum, la dulcamare, les semences de pomme épineuse : l'opium même ordonné inconsiderément dans les délires fébriles, loin de les calmer les fait dégénérer en manie. Pour que ces causes agissent plus sûrement, il faut qu'elles soient aidées par une disposition, une foiblesse du cerveau acquise, naturelle, ou héréditaire. Les personnes pesantes, stupides, celles qui sont au contraires douces, d'un esprit vif, pénétrant, les Poëtes, les Philosophes, les Mathématiciens, ceux qui se livrent avec passion aux analyses algébriques, sont les plus sujets à cette maladie.
Toutes ces causes sont constatées par un grand nombre d'observations ; mais l'on n'a pas encore pû découvrir quel est le vice, le dérangement intérieur qui est l'origine & la cause immédiate des symptomes qui constituent cette maladie. En général l'étiologie de toutes les maladies de la tête, & sur-tout de celles où les opérations de l'esprit se trouvent compliquées, est extrèmement obscure ; les observations anatomiques ne répandent aucun jour sur cette matiere ; le cerveau de plusieurs maniaques ouvert n'a offert aux recherches les plus scrupuleuses aucun vice apparent : dans d'autres, il a paru inondé d'une sérosité jaunâtre. Baillou a vu dans quelques-uns les vaisseaux du cerveau dilatés, variqueux ; ils étoient de même dans un maniaque dans lequel on trouva le plexus choroïde prodigieusement élargi, embrassant presque toute la surface interne des ventricules, & parsemé de vaisseaux rouges, dilatés & engorgés. Miscellan. nat. curios. decad. 2. ann. 6. L'état le plus ordinaire du cerveau des personnes mortes maniaques, est la sécheresse, la dureté, & la friabilité de la substance corticale. Voyez à ce sujet Henri de Heers, observ. 3. le lettere mediche del signor Martino Ghisi, pag. 26. le sepulchretum de Bonet, lib. & tom. I. sect. viij. pag. 205. les observations de Littre, insérées dans les mémoires de l'acad. royale des Scienc. ann. 1705. pag. 47. Antoine de Pozzis raconte qu'un maniaque fut guéri de sa maladie en rendant dans un violent éternument une chenille par le nez. Fernel dit avoir trouvé deux gros vers velus dans le nez d'une personne qui étoit tombée dans une manie mortelle à la suite de la suppression d'un écoulement fétide par le nez ; & Riolan assure avoir vu un vers dans le cerveau d'un cheval devenu fou. Tous ces faits, comme l'on voit, ne contribuent en rien à éclaircir cette théorie ; ainsi ne pouvant rien donner de certain, ou au moins de probable, nous ne nous y arrêterons pas ; nous nous contenterons d'observer qu'il y a nécessairement un vice dans le cerveau idiopathique ou sympathique ; les symptomes essentiels de la manie viennent de ce que les objets ne se présentent pas aux malades tels qu'ils sont en effet ; on a attaché aux mouvemens particuliers & déterminés des fibres du cerveau, la formation des idées, la perception. Lorsque ces motitations sont excitées par les objets extérieurs, les idées y sont conformes ; les raisonnemens déduits en conséquence sont justes ; mais si le sang raréfié, les pulsations rapides ou desordonnées des arteres, ou quelqu'autre dérangement que ce soit, impriment le même mouvement aux fibres, elles représenteront comme présens des objets qui ne le sont pas, comme vrais ceux qui sont chimériques ; & ainsi les fous ne me paroissent pécher que dans l'apperception ; la fausseté apparente de leur raisonnement doit être attribuée à la non conformité de leurs idées avec les objets extérieurs. Ils sont furieux, emportés contre les assistans, parce qu'ils croient voir en eux autant d'ennemis prêts à les maltraiter. Leur insensibilité au froid, au chaud, à la faim, au sommeil, vient sans doute de ce que ces impressions ne parviennent pas jusqu'à l'ame ; c'est pour cela qu'Hippocrate a dit que si quelque partie est affectée de quelque cause de douleur sans que le malade la ressente, c'est signe de folie.
On peut en examinant les signes que nous avons détaillés au commencement de cet article, non-seulement s'assurer de la présence de la manie, mais même la prédire lorsqu'elle est prochaine ; elle ne sauroit être confondue avec la phrénésie, qui est une maladie aiguë toûjours accompagnée d'une fievre inflammatoire. On la distingue de la mélancholie par l'universalité du délire, par la fureur, l'audace, &c. Voyez MELANCHOLIE. On peut en consultant les parens, les assistans, connoître les causes qui l'ont excitée.
La manie est une maladie longue, chronique, qui n'entraîne pour l'ordinaire aucun danger de la vie : au contraire ceux qui en sont attaqués, sont à l'abri des autres maladies ; ils sont forts, robustes, à leur état près, bien portans ; ils vivent assez long-tems ; les convulsions & l'atrophie survenues dans la manie, sont des symptomes très-fâcheux. Un signe aussi très-mauvais, & qui annonce l'accroissement & l'état desespéré de manie, c'est lorsque les malades passant d'un profond sommeil à un délire continuel, sont insensibles à la violence du froid, & à l'action des purgatifs les plus énergiques. La mort est prochaine si les forces sont épuisées par l'abstinence ou par les veilles, & que le malade tombe dans l'épilepsie ou dans quelqu'autre affection soporeuse. Quoique la manie ne soit pas dangereuse, elle est extrèmement difficile à guérir, sur-tout lorsqu'elle est invétérée : elle est incurable lorsqu'elle est héréditaire ; on peut avoir quelque espérance si les paroxismes sont legers, si la manie est récente, & sur-tout si alors le malade observe exactement & sans peine les remedes qu'on lui prescrit ; car ce qui rend encore la guérison des maniaques plus difficile, c'est qu'ils prennent en aversion leur medecin, regardent comme des poisons les remedes qu'il leur ordonne. Lorsque la manie succede aux fievres intermittentes mal traitées, à quelque écoulement supprimé, à des ulceres fermés mal-à-propos, à des poisons narcotiques, on peut davantage se flatter de la guérison, parce que le rétablissement des excrétions arrêtées, la formation de nouveaux ulceres, l'évacuation promte des plantes vénéneuses, sont quelquefois suivies d'une parfaite santé. Hippocrate nous apprend que les varices ou les hémorrhoïdes survenues à un maniaque, le guérissent. lib. VI. aphor. 21. que la dyssenterie, l'hydropisie, & une simple aliénation d'esprit dans la manie, étoient d'un très-bon augure ; lib. VII. aphor. 5. que lorsqu'il y avoit des tumeurs dans les ulceres, les malades ne risquoient pas d'être maniaques ; Aph. 56. liv. V. Il y a dans Forestus, Observ. 24. lib. X. une observation d'une fille folle, qui guérit de cette maladie par des ulceres qui se formerent à ses jambes. Les fievres intermittentes, fievres quartes, sont aussi, suivant Hippocrate, des puissans remedes pour opérer la guérison de la manie. Ceux qui guérissent de cette maladie restent pendant long-tems tristes, abattus & languissans ; ils conservent un fonds de mélancholie invincible, que le souvenir humiliant de leur état précédent entretient.
La manie est une de ces maladies où les plus habiles medecins échouent ordinairement, tandis que les charlatans, les gens à secret, réussiront très-souvent. La guérison qui s'opere par la nature, est la plus simple & la plus sûre ; la Medecine n'offre aucun secours propre à corriger le vice du cerveau qui constitue la manie, ou du moins qui produit constamment cet effet : bien plus, tel remede qui a guéri un maniaque, augmente le délire d'un autre. L'opium, par exemple, que de grands praticiens défendent absolument dans la manie, instruits par leurs observations de ses mauvais effets : l'opium, dis-je, a guéri plusieurs maniaques, pris à des doses considérables. Nous lisons dans le journal des Savans du mois de Juillet, ann. 1701. page 314, qu'une jeune fille fut parfaitement guérie de la manie, après avoir avalé un onguent dans lequel il y avoit un scrupule d'opium ; quelques medecins l'ont donné en assez grande quantité avec succès. Wepfer, histor. apoplect. pag. 687. Aëtius, Sydenham, n'en desapprouvent pas l'usage ; la terreur, affection de l'ame, très-propre à produire la manie, en a quelquefois été l'antidote ; Samuel Formius, Observat. 32. rapporte qu'un jeune maniaque cessa de l'être après avoir été châtré ; des chûtes avec fracture du crâne, le trépan, le cautere, ont été suivis de quelques heureux succès : on a même vu la transfusion dissiper totalement la manie ; quelquefois cette opération n'a fait qu'en diminuer les symptomes ; ses effets pernicieux ne sont rien moins que solidement constatés. Voyez là-dessus Dionis, cours d'opérations de Chirurgie, démonstr. viij. pag. 498. & la bibliothèque medico-pratique de Manget, tom. III. lib. XI. pag. 344. & sequent. Il me paroît que pour la guérison de la manie, il faut troubler violemment & subitement tout le corps, & opérer par-là quelque changement considérable ; c'est pourquoi les remedes qui ont beaucoup d'activité, donnés par des empyriques aussi hardis qu'ignorans, ont quelquefois réussi. Lorsque la manie dépend de quelque excrétion supprimée, il faut tenter tous les secours pour la rappeller ; rouvrir les ulceres fermés, exciter des diarrhées, des dysenteries artificielles ; tâcher en un mot, dans l'administration des remedes, d'imiter la nature & de suivre ses traces. Dans les manies furieuses, les saignées sont assez convenables ; il est souvent nécessaire ou utile de les réitérer ; l'artériotomie peut être employée avec succès. Fabrice Seldan rapporte plusieurs observations qui en constatent l'efficacité. Efficac. medic. part. II. pag. 45. & seq. On ne doit pas négliger l'application des sang-sues aux tempes, aux vaisseaux hémorrhoïdaux, ni les ventouses ; quant aux vésicatoires, leur usage peut être très-pernicieux ; les seules saignées copieuses ont quelquefois guéri la manie. Felix Plater raconte avoir vu un empyrique qui guérissoit tous les maniaques en les saignant jusqu'à soixante & dix fois dans une semaine. Observ. lib. I. pag. 86. Une foule de praticiens célebres assurent qu'ils ne connoissent pas dans la manie de remede plus efficace. Les purgatifs émétiques & cathartiques sont aussi généralement approuvés. Les anciens faisoient beaucoup d'usage de l'hellébore purgatif violent ; Horace conseille aux fous de voyager à Anticyre, île fertile en hellébore. Quelques modernes croient qu'il ne faut pas user des purgatifs drastiques ; ils pensent que l'hellébore des anciens étoit châtré & adouci par quelque correctif approprié ; il faut cependant remarquer que ces malades étant moins sensibles, moins impressionables aux irritations, ont besoin d'être plus violemment secoués, & exigent par-là qu'on leur donne des remedes plus forts & à plus haute dose. Non-seulement l'évacuation opérée par l'émétique est utile, mais en outre la secousse générale qui en résulte, l'ébranlement de tout le corps, les efforts qui en sont la suite, rendent leur usage très-avantageux. Les bains chauds étoient fort usités chez les anciens dans le traitement de la manie. Galien, Aretée, Alexandre de Tralles, Prosper Alpin, &c. en vantent les heureux succès ; on ne se sert plus aujourd'hui dans cette maladie que des bains froids ; c'est Van-Helmont qui nous a fait connoître l'utilité de ce remede ; le hasard la lui avoit apprise : on transportoit sur un chariot un artisan maniaque, qui ayant pu se débarrasser des chaînes dont il étoit garroté, se jetta dans un lac profond. On l'en retira le croyant mort ; mais peu de tems après, il donna des signes de vie & de santé ; il vécut ensuite assez long-tems sans éprouver aucune atteinte de folie ; Van-Helmont animé par cet exemple, essaya depuis ce remede sur plusieurs maniaques, & presque toûjours avec un succès complet, excepté, dit-il, lorsque craignant pour la vie du maniaque, on ne le laissoit pas assez longtems dans l'eau. L'immersion dans la mer ou dans la riviere est indifférente ; la seule attention qu'on doive avoir, c'est de plonger subitement & à l'improviste, les malades dans l'eau, & de les y soutenir très-long-tems ; il n'y a rien à craindre pour leur vie. L'eau froide ou glacée appliquée ou versée de fort haut sur la tête, a produit le même effet ; lorsqu'elle réussit, cette application est suivie d'un sommeil profond. J'ai connu une personne maniaque, qui s'échappant d'une prison où elle étoit retenue, fit plusieurs lieues avec une pluie violente sans chapeau & presque sans habits, & qui recouvra par ce moyen une santé parfaite. Voyez les mémoires de l'acad. roy. des Scienc. ann. 1734. histoir. pag. 56. Psychrolousia, ou the history of cold Bathings, &c. pag. 452. Quelques auteurs emploient dans ce cas-ci avec succès les essences aromatiques violentes, les spiritueux à haute dose, le musc, l'ambre, le camphre, &c. D'autres assurent que les humectans, rafraîchissans, calmans, les nitreux, &c. sont les remedes sur lesquels on peut le plus compter : mais ce ne sont pas des remedes curatifs ; ils ne sont propres qu'à diminuer la violence des fureurs, propriété que possede éminemment le sucre de Saturne, donné depuis deux grains jusqu'à huit ; ils sont préférables à l'opium dont ils ont les avantages sans les inconvéniens. La manie qui succede aux fievres intermittentes, demande un traitement particulier. Sydenham, le seul qui en ait parlé, remarque que les saignées & les purgatifs l'aigrissent & l'opiniâtrent ; que les remedes les plus appropriés sont une diete analeptique, restaurante ; des legers cordiaux comme la thériaque, la poudre de la comtesse, &c. Il assûre avoir guéri par cette méthode plusieurs manies, qui devoient leur origine à cette cause. M. MENURET.
|
| MANIEMENT | S. m. (Gramm.) l'action de toucher avec attention. Il y a plusieurs substances naturelles ou artificielles, dont la bonne ou mauvaise qualité se reconnoît au maniement.
MANIEMENT, s. m. (Hist. mod.) terme dont les Anglois se servent en parlant de leur combat de coq : il signifie l'action de mesurer la grosseur de cet animal, en prenant son corps entre les mains & les doigts.
MANIEMENT, (Commerce) en termes de finances & de banque, signifie l'argent que les caissiers & autres employés dans les fermes du roi, dans le commerce & dans les affaires des particuliers, reçoivent, & dont ils sont comptables. On dit qu'un caissier, un receveur a un grand maniement, quand il a en caisse des sommes considérables. Dictionn. de commerce.
MANIEMENT d'épée, en fait d'escrime. On dit d'un escrimeur qu'il manie bien l'épée, lorsqu'il la tient de façon qu'il puisse faire tous les mouvemens de l'escrime sans être gêné, & sans que l'épée change de place dans sa main.
Pour bien tenir l'épée, il faut ; 1°. placer le pommeau à la naissance de la main, entre le ténar & l'hypoténar ; 2°. allonger le pouce & les muscles ténar sur le plat de la poignée, ou ce qui est le même, alignés sur le plat de la lame ; 3°. mettre le milieu de l'index dessous l'extrémité de la poignée, qui est du côté de la garde ; 4°. placer les bouts du petit doigt & du doigt annulaire, sur le côté & à l'extrémité de la poignée qui est du côté du pommeau ; 5°. presser avec ces deux doigts l'extrémité de la poignée, contre le ténar ; 6°. observer de laisser un intervalle d'un travers de doigt au moins, entre la garde & l'extrémité du pouce, & qu'il ne faut serrer la poignée avec les doigts collatéraux, que dans l'instant d'une action, parce que les muscles ténar sont d'abord engourdis, & que le petit doigt & l'annulaire ne s'engourdissent jamais.
L'épée ainsi placée dans la main, elle ne doit jamais y changer de position ; & lorsqu'on est obligé de faire un mouvement, soit pour attaquer ou pour se défendre, la main doit tourner & mettre l'épée où elle doit être.
|
| MANIER | v. act. (Gramm.) c'est ou toucher de la main, ou donner de la souplesse à une chose, en la faisant passer & repasser entre les mains, ou en éprouver la qualité par le toucher, ou toucher souvent, ou savoir faire un usage adroit, ou diriger. Voici différens exemples de ces acceptions : il n'appartient qu'au prêtre de manier les vases sacrés ; il faut manier les peaux jusqu'à ce qu'elles soient tout-à-fait souples & douces ; on connoît la qualité d'un chapeau en le maniant ; les gens d'affaires manient beaucoup d'argent ; l'expérience a appris aux supérieurs de communauté à manier les esprits. Cet homme sait bien manier un cheval, un fleuret, une épée, &c.
MANIER A BOUT, (Architect.) c'est relever la tuile ou ardoise d'une couverture, & y ajouter du lattis neuf avec les tuiles qui y manquent, faisant resservir les vieilles ; c'est aussi asseoir du vieux pavé sur une forme neuve, & en remettre de nouveau à la place de celui qui est cassé.
MANIER, (Maréch.) se dit du cheval de manége quand il fait son exercice avec grace & légereté. Un cheval peut manier bien ou mal. Manier de ferme à ferme, se dit du cheval que le cavalier fait manier sans sortir de sa place.
MANIER, (Peinture). On dit, ce peintre manie le pinceau, manie la couleur comme il lui plaît, c'est-à-dire, qu'on lui reconnoît une main sûre. Manier la couleur, maniement des couleurs, manier le pinceau, maniement du pinceau.
MANIER, (Vergettier). Voyez APPRETER.
|
| MANIERE | S. f. (Gramm. Pol. Moral.) dans le sens le plus généralement reçu, sont des usages établis pour rendre plus doux le commerce que les hommes doivent avoir entr'eux. Elles sont l'expression des moeurs, ou seulement l'effet de la soumission aux usages. Elles sont par rapport aux moeurs, ce que le culte est par rapport à la religion ; elles les manifestent, les conservent, ou en tiennent lieu, & par conséquent elles sont dans les sociétés d'une plus grande importance que les moralistes ne l'ont pensé.
On ne sait pas assez combien l'habitude machinale nous fait faire d'actions dont nous n'avons plus en nous le principe moral, & combien elle contribue à conserver ce principe. Lorsque certaines actions, certains mouvemens se sont liés dans notre esprits avec les idées de certaines vertus, de certains sentimens ; ces actions, ces mouvemens rappellent en nous ces sentimens, ces vertus. Voyez LIAISON DES IDEES.
A la Chine les enfans rendent d'extrèmes honneurs à leurs parens ; ils leur donnent sans cesse des marques extérieures de respect & d'amour : il est vraisemblable que dans ces marques extérieures, il y a plus de démonstration que de réalité ; mais le respect & l'amour pour les parens sont plus vifs & plus continus à la Chine, qu'ils ne le sont dans les pays où les mêmes sentimens sont ordonnés, sans que les lois prescrivent la maniere de les manifester. Il s'en manque bien en France, que le peuple respecte tous les grands qu'il salue ; mais les grands y sont plus respectés, que dans les pays où les manieres établies n'imposent pas pour eux des marques de respect.
Chez les Germains, & depuis parmi nous dans les siécles de chevalerie, on honoroit les femmes comme des dieux. La galanterie étoit un culte, & dans ce culte comme dans tous les autres, il y avoit des tiédes & des hypocrites ; mais ils honoroient encore les femmes, & certainement ils les aimoient & les respectoient davantage que le caffre qui les fait travailler, tandis qu'il se repose, & que l'asiatique qui les enchaîne & les caresse, comme des animaux destinés à ses plaisirs.
L'habitude de certaines actions, de certains gestes, de certains mouvemens, de certains signes extérieurs maintiennent plus en nous les mêmes sentimens, que tous les dogmes & toute la Métaphysique du monde.
J'ai dit que l'habitude machinale nous faisoit faire les actions dont nous n'avions plus en nous le principe moral ; j'ai dit qu'elle conservoit en nous le principe, elle fait plus, elle l'augmente ou le fait naître.
Il n'y a aucune passion de notre ame, aucune affection, aucun sentiment, aucune émotion qui n'ait son effet sur le corps, qui n'éleve, n'affaisse, ne relâche ou ne tende quelques muscles, & n'ait du plus au moins en variant notre extérieur, une expression particuliere. Les peines & les plaisirs, les desirs & la crainte, l'amour ou l'aversion, quelque morale qu'en soit la cause, ont plus ou moins en nous des effets physiques qui se manifestent par des signes, plus ou moins sensibles. Toutes les affections se marquent sur le visage, y donnent une certaine expression, font ce qu'on appelle la physionomie, changent l'habitude du corps, donnent & ôtent la contenance, font faire certains gestes, certains mouvemens. Cela est d'une vérité qu'on ne conteste pas.
Mais il n'est pas moins vrai, que les mouvemens des muscles & des nerfs qui sont d'ordinaire les effets d'une certaine passion, étant excités, répetés en nous sans le secours de cette passion, s'y reproduisent jusqu'à un certain point.
Les effets de la musique sur nous sont une preuve sensible de cette vérité : l'impression du corps sonore sur nos nerfs y excite différens mouvemens, dont plusieurs sont du genre des mouvemens qu'y exciteroit une certaine passion ; & bien-tôt si ces mouvemens se succédent, si le musicien continue de donner la même sorte d'ébranlement au genre nerveux ; il fait passer dans l'ame telle ou telle passion, la joie, la tristesse, l'inquiétude, &c. Il s'ensuit de cette observation, dont tout homme doué de quelque délicatesse d'organe, peut constater en soi la vérité, que si certaines passions donnent au corps certains mouvemens, ces mouvemens ramenent l'ame à ces passions ; or les manieres consistant pour la plûpart en gestes, habitudes de corps, démarches, actions, qui sont les signes, l'expression, les effets de certains sentimens, elles doivent donc non-seulement manifester, conserver ces sentimens, mais quelquefois les faire naître.
Les anciens ont fait plus d'attention que nous à l'influence des manieres sur les moeurs, & aux rapports des habitudes du corps à celles de l'ame. Platon distingue deux sortes de danse, l'une qui est un art d'imitation, & à proprement parler, la pantomime, la danse & la seule danse propre au théâtre ; l'autre, l'art d'accoutumer le corps aux attitudes décentes, à faire avec bienséance les mouvemens ordinaires ; cette danse s'est conservée chez les modernes, & nos maîtres à danser sont professeurs des manieres. Le maître à danser de Moliere n'avoit pas tant de tort qu'on le pense, sinon de se préférer, du moins de se comparer au maître de Philosophie.
Les manieres doivent exprimer le respect & la soumission des inférieurs à l'égard des supérieurs, les témoignages d'humanité & de condescendance des supérieurs envers les inférieurs, les sentimens de bienveillance & d'estime entre les égaux. Elles réglent le maintien, elles le prescrivent aux différens ordres, aux citoyens des différens états.
On voit que les manieres, ainsi que les moeurs, doivent changer, selon les différentes formes de gouvernement. Dans les pays de despotisme, les marques de soumission sont extrèmes de la part des inférieurs ; devant leurs rois les satrapes de Perse se prosternoient dans la poussiere, & le peuple devant les satrapes se prosternoit de même ; l'Asie n'est point changée.
Dans les pays de despotisme, les témoignages d'humanité & de condescendance de la part des supérieurs, se réduisent à fort peu de chose. Il y a trop d'intervalle entre ce qui est homme & ce qui est homme en place, pour qu'ils puissent jamais se rapprocher ; là les supérieurs ne marquent aux inférieurs que du dédain, & quelquefois une insultante pitié.
Les égaux esclaves d'un commun maître, n'ayant ni pour eux-mêmes, ni pour leurs semblables, aucune estime, ne s'en témoignent point dans leurs manieres ; ils ont foiblement l'un pour l'autre, les sentimens de bienveillance ; ils attendent peu l'un de l'autre, & les esclaves élevés dans la servitude ne savent point aimer ; ils sont plus volontiers occupés à rejetter l'un sur l'autre le poids de leurs fers, qu'à s'aider à les supporter ; ils ont plus l'air d'implorer la pitié, que d'exprimer de la bienséance.
Dans les démocraties, dans les gouvernemens où la puissance législative réside dans le corps de la nation, les manieres marquent foiblement les rapports de dépendance, & en tout genre même ; il y a moins de manieres & d'usages établis, que d'expressions de la nature ; la liberté se manifeste dans les attitudes, les traits & les actions de chaque citoyen.
Dans les aristocratiques, & dans les pays où la liberté publique n'est plus, mais où l'on jouit de la liberté civile ; dans les pays où le petit nombre fait les lois, & sur-tout dans ceux où un seul regne, mais par les lois, il y a beaucoup de manieres & d'usages de convention. Dans ces pays plaire est un avantage, déplaire est un malheur. On plait par des agrémens & même par des vertus, & les manieres y sont d'ordinaire nobles & agréables. Les citoyens ont besoin les uns des autres pour se conserver, se secourir, s'élever ou jouir. Ils craignent d'éloigner d'eux leurs concitoyens en laissant voir leurs défauts. On voit par-tout l'hiérarchie & les égards, le respect & la liberté, l'envie de plaire & la franchise.
D'ordinaire dans ces pays on remarque au premier coup d'oeil une certaine uniformité, les caracteres paroissent se ressembler, parce que leur différence est cachée par les manieres, & même on y voit beaucoup plus rarement que dans les républiques, de ces caracteres originaux qui semblent ne rien devoir qu'à la nature, & cela non-seulement parce que les manieres gênent la nature, mais qu'elles la changent.
Dans les pays où regne peu de luxe, où le peuple est occupé du commerce & de la culture des terres, où les hommes se voyent par intérêt de premiere nécessité, plus que par des raisons d'ambition ou par goût du plaisir, les dehors sont simples & honnêtes, & les manieres sont plus sages qu'affectueuses. Il n'est pas là question de trouver des agrémens & d'en montrer ; on ne promet & on ne demande que de la justice. En général dans tous les pays où la nature n'est pas agitée par des mouvemens imprimés par le gouvernement, où le naturel est rarement forcé de se montrer, & connoît peu le besoin de se contraindre, les manieres sont comptées pour rien, il y en a peu, à moins que les lois n'en ayent institué.
Le président de Montesquieu reproche aux législateurs de la Chine d'avoir confondu la religion, les moeurs, les lois & les manieres ; mais n'est-ce pas pour éterniser la législation qu'ils vouloient donner, que ces génies sublimes ont lié entr'elles des choses, qui dans plusieurs gouvernemens sont indépendantes, & quelquefois même opposées ? C'est en appuyant le moral du physique, le politique du religieux, qu'ils ont rendu la constitution de l'état éternelle, & les moeurs immuables. S'il y a des circonstances, si les siecles amenent des momens où il seroit bon qu'une nation changeât son caractere, les législateurs de la Chine ont eu tort.
Je remarque que les nations qui ont conservé le plus long-tems leur esprit national, sont celles où le législateur a établi le plus de rapport entre la constitution de l'état, la religion, les moeurs, & les manieres, & sur-tout celles où les manieres ont été instituées par les lois.
Les Egyptiens sont le peuple de l'antiquité qui a changé le plus lentement, & ce peuple étoit conduit par des rites, par des manieres. Sous l'empire des Perses & des Grecs on reconnut les sujets de Psammétique & d'Apriès, on les reconnoit sous les Romains & sous les Mammelucs : on voit même encore aujourd'hui parmi les Egyptiens modernes des vestiges de leurs anciens usages, tant est puissante la force de l'habitude.
Après les Egyptiens, les Spartiates sont le peuple qui a conservé le plus long-tems son caractere. Ils avoient un gouvernement où les moeurs, les manieres, les lois & la religion s'unissoient, se fortifioient, étoient faites l'une pour l'autre. Leurs manieres étoient instituées, les sujets & la forme de la conversation, le maintien des citoyens, la maniere dont ils s'abordoient, leur conduite dans leurs repas, les détails de bienséance, de décence, de l'extérieur enfin, avoient occupé le génie de Lycurgue, comme les devoirs essentiels & la vertu. Aussi sous le regne de Nerva les Lacédémoniens subjugués depuis long-tems, les Lacédémoniens qui n'étoient plus un peuple libre, étoient encore un peuple vertueux. Néron allant à Athènes pour se purifier après le meurtre de sa mere, n'osoit passer à Lacédémone ; il craignoit les regards de ses citoyens, & il n'y avoit pas là des prêtres qui expiassent des parricides.
Je crois que les François sont le peuple de l'Europe moderne dont le caractere est le plus marqué, & qui a éprouvé le moins d'altération. Ils sont, dit M. Duclos, ce qu'ils étoient du tems des croisades, une nation vive, gaie, généreuse, brave, sincere, présomptueuse, inconstante, avantageuse, inconsidérée. Elle change de modes & non de moeurs. Les manieres ont fait autrefois, pour ainsi dire, partie de ses lois. Le code de la chevalerie, les usages des anciens preux, les regles de l'ancienne courtoisie ont eu pour objet les manieres. Elles sont encore en France, plus que dans le reste de l'Europe, un des objets de cette seconde éducation qu'on reçoit en entrant dans le monde, & qui par malheur s'accorde trop peu avec la premiere.
Les manieres doivent donc être un des objets de l'éducation, & peuvent être établies même par des lois, aussi souvent pour le moins que par des exemples. Les moeurs sont l'intérieur de l'homme, les manieres en sont l'extérieur. Etablir les manieres par des lois, ce n'est que donner un culte à la vertu.
Un des effets principaux des manieres, c'est de gêner en nous les premiers mouvemens : elles ôtent l'essor & l'énergie à la nature ; mais aussi en nous donnant le tems de la réflexion, elles nous empêchent de sacrifier la vertu à un plaisir présent, c'est-à-dire le bonheur de la vie à l'intérêt d'un moment.
Il ne faut point trop en tenir compte dans les arts d'imitation. Le poëte & le peintre doivent donner à la nature toute sa liberté ; mais le citoyen doit souvent la contraindre. Il est bien rare que celui qui pour des légers intérêts se met au-dessus des manieres, pour un grand intérêt ne se mette au-dessus des moeurs.
Dans un pays où les manieres sont un objet important, elles survivent aux moeurs, & il faut même que les moeurs soient prodigieusement altérées pour qu'on apperçoive du changement dans les manieres. Les hommes se montrent encore ce qu'ils doivent être quand ils ne le sont plus. L'intérêt des femmes a conservé long-tems en Europe les dehors de la galanterie, elles donnent même encore aujourd'hui un prix extrème aux manieres polies, aussi elles n'éprouvent jamais de mauvais procédés, & reçoivent des hommages, & on leur rend encore avec empressement des services inutiles.
Les manieres sont corporelles, parlent aux sens, à l'imagination, enfin sont sensibles, & voilà pourquoi elles survivent aux moeurs, voilà pourquoi elles les conservent plus que les préceptes & les lois ; c'est par la même raison que chez tous les peuples il reste d'anciens usages, quoique les motifs qui les ont établis ne se conservent plus.
Dans la partie de la Morée, qui étoit autrefois la Laconie, les peuples s'assemblent encore certains jours de l'année & font des repas publics, quoique l'esprit qui les fit instituer par Lycurgue soit bien parfaitement éteint en Morée. Les chats ont eu des temples en Egypte ; on ignoreroit pourquoi ils y ont aujourd'hui des hôpitaux s'ils n'y avoient pas eu des temples.
S'il y a eu des peuples policés avant l'invention de l'écriture, je suis persuadé qu'ils ont conservé longtems leurs moeurs telles que le gouvernement les avoit instituées, parce que n'ayant point le secours des lettres, ils étoient obligés de perpétuer les principes des moeurs par les manieres, par la tradition, par les hiéroglyphes, par des tableaux, enfin par des signes sensibles, qui gravent plus fortement dans le coeur que l'écriture, les livres, & les définitions : les prêtres Egyptiens prêchoient rarement & peignoient beaucoup.
MANIERES, FAÇONS, (Synon.) les manieres sont l'expression des moeurs de la nation, les façons sont une charge des manieres, ou des manieres plus recherchées dans quelques individus. Les manieres deviennent façons quand elles sont affectées. Les façons sont des manieres qui ne sont point générales, & qui sont propres à un certain caractere particulier, d'ordinaire petit & vain.
MANIERE grandeur de, (Architecture) la grandeur dans les ouvrages d'architecture peut s'envisager de deux façons ; elle se rapporte à la masse & au corps de l'édifice, ou à la maniere dont il est bâti.
A l'égard du premier point, les anciens monumens d'architecture, sur-tout ceux des pays orientaux l'emportoient de beaucoup sur les modernes. Que pouvoit-on voir de plus étonnant que les murailles de Babylone, que ses jardins bâtis sur des voûtes, & que son temple dédié à Jupiter-Bélus, qui s'élevoit à la hauteur d'un mille, où il y avoit huit différens étages, chacun haut d'un stade (125 pas géométriques), & au sommet l'observatoire babylonien ? Que dirons-nous de ce prodigieux bassin, de ce réservoir artificiel qui contenoit l'Euphrate, jusqu'à ce qu'on lui eût dressé un nouveau canal, & de tous les fossés à travers lesquels on le fit couler ? Il ne faut point traiter de fables ces merveilles de l'art, parce que nous n'avons plus aujourd'hui de pareils ouvrages. Tous les Historiens qui les décrivoient n'étoient ni fourbes ni menteurs. La muraille de la Chine est un de ces édifices orientaux qui figurent dans la mappemonde, & dont la description paroîtroit fabuleuse, si la muraille elle-même ne subsistoit aujourd'hui.
Pour ce qui regarde la grandeur de maniere, dans les ouvrages d'architecture, nous sommes bien éloignés d'égaler celle des Grecs & des Romains. La vûe du seul Panthéon de Rome suffiroit pour désabuser ceux qui penseroient le contraire. Je n'ai pas trouvé de juges qui aient vû ce superbe temple, sans reconnoître qu'ils avoient été frappés de sa noblesse & de sa majesté.
Cette grandeur de maniere, en architecture, a tant de force sur l'imagination, qu'un petit bâtiment où elle regne, donne de plus nobles idées à l'esprit, qu'un autre bâtiment vingt fois plus étendu à l'égard de la masse, où cette maniere est commune. C'est ainsi peut-être qu'on auroit été plus surpris de l'air majestueux qui paroissoit dans une statue d'Alexandre faite par la main de Lisippe, quoiqu'elle ne fût pas plus grande que le naturel, qu'on ne l'auroit été à la vûe du mont Athos, si, comme Dinocrate le proposoit, on l'eût taillé pour représenter ce conquérant, avec une riviere sur l'une de ses mains, & une ville sur l'autre.
M. de Chambray dans son parallele de l'architecture ancienne avec la moderne, recherche le principe de la différence des manieres, & d'où vient qu'en une pareille quantité de superficie, l'une semble grande & magnifique, & l'autre paroît petite & mesquine : la raison qu'il en donne est fort simple ; il dit que pour introduire dans l'architecture cette grandeur de maniere, il faut faire que la division des principaux membres des ordres ait peu de parties, & qu'elles soient toutes grandes & de grands reliefs, afin que l'oeil n'y voyant rien de petit, l'imagination en soit fortement touchée. Dans une corniche, par exemple, si la doucine du couronnement, le larmier, les modillons ou les denticules viennent à faire une belle montre avec de grandes saillies, & qu'on n'y remarque point cette confusion ordinaire de petits cavets, de quarts de ronds, d'astragales, & je ne sais quelles autres particularités entremêlées, qui loin de faire un bon effet dans les grands ouvrages, occupent une place inutilement & aux dépens des principaux membres, il est très-certain que la maniere en paroîtra fiere & grande ; tout au-contraire, elle deviendra petite & chetive, par la quantité de ces mêmes ornemens qui partagent l'angle de la vûe en tant de rayons si pressés, que tout lui semble confus.
En un mot, sans entrer dans de plus grands détails qui nous meneroient trop loin, il suffit d'observer qu'il n'y a rien dans l'Architecture, la Peinture, la Sculpture, & tous les beaux-arts, qui plaise davantage que la grandeur de maniere : tout ce qui est majestueux frappe, imprime du respect, & sympatise avec la grandeur naturelle de l'ame. (D.J.)
MANIERE, en Peinture, est une façon particuliere que chaque peintre se fait de dessiner, de composer, d'exprimer, de colorier, selon que cette maniere approche plus ou moins de la nature, ou de ce qui est décidé beau, on l'appelle bonne ou mauvaise maniere.
Le même peintre a successivement trois manieres & quelquefois davantage ; la premiere vient de l'habitude dans laquelle il est d'imiter celle de son maître : ainsi l'on reconnoît par les ouvrages de tel, qu'il sort de l'école de tel ou tel maître ; la seconde se forme par la découverte qu'il fait des beautés de la nature, & alors il change bien avantageusement ; mais souvent au-lieu de substituer la nature à la maniere qu'il a prise de son maître, il adopte par préférence la maniere de quelqu'autre qu'il croit meilleure ; enfin de quelques vices qu'ayent été entachées ses différentes manieres, ils sont toujours plus outrés dans la troisieme que prend un peintre, & sa derniere maniere est toujours la plus mauvaise. De même qu'on reconnoît le style d'un auteur ou l'écriture d'une personne qui nous écrit souvent, on reconnoît les ouvrages d'un peintre dont on a vu souvent des tableaux, & l'on appelle cela connoître la maniere. Il y a des personnes qui pour avoir vû beaucoup de tableaux, connoissent les différentes manieres, & savent le nom de leurs auteurs, même beaucoup mieux que les Peintres, sans que pour cela ils soient en état de juger de la beauté de l'ouvrage. Les Peintres sont si maniérés dans leurs ouvrages, que quoique ce soit à la maniere qu'on les reconnoisse, les ouvrages de celui qui n'auroit point de maniere feroient le plus facilement reconnoître leur auteur.
|
| MANIES | S. f. (Myth.) déesses que Pausanias croit être les mêmes que les Furies ; elles avoient un temple sous ce nom dans l'Arcadie, près du fleuve Alphée, au même endroit où Oreste perdit l'esprit, après avoir tué sa mere. (D.J.)
|
| MANIETTE | S. f. (Imprimeur en toile) petit morceau de feutre dont on se sert pour frotter les bords du chassis.
|
| MANIEURS | S. m. pl. (Comm.) ce sont des gagne-deniers établis sur les ports de Paris, & qui y subsistent en remuant avec des pelles les blés qui y restent quelque tems. Ils ne font pas de corps, comme plusieurs autres petits officiers de la ville. Diction. de commerce.
|
| MANIFESTAIRES | S. m. (Théolog.) hérétiques de Prusse, qui suivoient les impiétés des Anabatistes, & croyoient que c'étoit un crime de nier leur doctrine, lorsqu'ils étoient interrogés. Prateole. Voyez Manifeste. Gantier Cron. sac. l. XVII. c. lxxvij.
|
| MANIFESTE | S. m. (Droit polit.) déclaration que font les Princes, & autres puissances, par un écrit public, des raisons & moyens sur lesquels ils fondent leurs droits & leurs prétentions, en commençant quelque guerre, ou autre entreprise ; c'est en deux mots l'apologie de leur conduite.
Les anciens avoient une cérémonie auguste & solemnelle, par laquelle ils faisoient intervenir dans la déclaration de guerre, la majesté divine, comme témoin & vangeresse de l'injustice de ceux qui soutiendroient une telle guerre injustement. Peut-être aussi que les ambassadeurs étaloient les raisons de la guerre dans des harangues expresses, qui précédoient la dénonciation des hérauts d'armes : dumoins nous trouvons de telles harangues dans presque tous les Historiens, en particulier dans Polybe, dans Tite-Live, dans Thucydide, & ces sortes de pieces sont d'un grand ornement à l'histoire. Que ces harangues soient de leur propre génie ou non, il est très-probable que le fond en est vrai, & que les raisons justificatives, ou seulement persuasives, ont été publiées & alléguées des deux côtés. Sans doute que les Romains employoient toute leur force de plume pour colorer leurs guerres, & sur cet article, jamais peuple n'eut plus besoin des supercheries de l'éloquence que celui-là.
Les puissances modernes étalent à leur tour, dans leurs écrits publics, tous les artifices de la rhétorique, & tout ce qu'elle a d'adresse, pour exposer la justice des causes qui leur font prendre les armes, & les torts qu'ils prétendent avoir reçus.
Un motif politique a rendu nécessaires ces manifestes, dans la situation où sont à l'égard les uns des autres les princes de l'Europe, liés ensemble par la religion, par le sang, par des alliances, par des ligues offensives & défensives. Il est de la prudence du prince qui déclare la guerre à un autre, de ne pas s'attirer en même tems sur les bras tous les alliés de celui qu'il attaque : c'est en partie pour détourner cet inconvénient qu'on fait aujourd'hui des manifestes, qui renferment quelquefois la raison qui a déterminé le prince à commencer la guerre sans la déclarer.
Ce n'est pas cependant sur ces sortes de pieces qu'ils fondent le plus le succès de leurs armes, c'est sur leurs préparatifs, leurs forces, leurs alliances & leurs négociations. Ils pourroient tous s'exprimer comme fit un préteur latin dans une assemblée où l'on délibéroit ce qu'on répondroit aux Romains, qui sur des soupçons de révolte, avoient mandé les magistrats du Latium. " Messieurs, dit-il, il me semble que dans la conjoncture présente nous devons moins nous embarrasser de ce que nous avons à dire que de ce que nous avons à faire ; car quand nous aurons bien pris notre parti, & bien concerté nos mesures, il ne sera pas difficile d'y ajuster des paroles ". (D.J.)
MANIFESTE, s. m. (Comm.) est le nom que les François, Anglois, Hollandois donnent, dans les échelles du Levant, à ce que nous nommons autrement une déclaration.
Les reglemens de la nation angloise portent que les écrivains des vaisseaux seront tenus de remettre des manifestes fideles de leurs chargemens, à peine d'être punis comme contrebandiers, & chassés du service. Ceux de la nation hollandoise ordonnent aux capitaines, pilotes, & écrivains de remettre leurs manifestes au trésorier, tant à leur arrivée qu'avant leur départ, & d'assurer par serment qu'ils sont fideles, à peine de mille écus d'amande, & d'être privés de leur emploi.
Ces manifestes sont envoyés tous les ans par le trésorier des échelles, aux directeurs du Levant établis à Amsterdam, pour servir à l'examen de son compte. Dict. de commerce. (G)
|
| MANIGUETT | ou MELEGUETTE, s. m. (Hist. nat. des Epiceries) graine étrangere nommée maniguetta ou meleguetta dans les boutiques ; par Cordus cardamomum piperatum, & par Geoffroy cardamomum majus, semine piperato.
Le maniguette est une graine luisante, anguleuse, plus petite que le poivre, rousse ou brune à sa superficie, blanche en-dedans, âcre, brûlante comme le poivre & le gingembre, dont elle a semblablement l'odeur. On nous en apporte en grande quantité & on s'en sert à la place du poivre pour assaisonner les mets. Quelquefois on substitue cette graine au cardamome dans les compositions pharmaceutiques. Elle naît dans l'Afrique, dans l'île de Madagascar & dans les Indes orientales, d'où les Hollandois nous l'apportent ; mais personne jusqu'à ce jour n'a pris la peine de nous décrire la plante. On est avide de gagner de l'argent, & fort peu de l'avancement de la Botanique.
Je sais bien que Mathiole prétend que la meleguette ou maniguette est la graine du grand cardamome ; mais, premierement, le goût du grand cardamome est doux, très-agréable, & ne brûle pas la langue ; secondement, quand cela seroit, nous n'en serions pas plus avancés, car nous ignorons quelle est la plante qui produit le grand cardamome : on en connoît le fruit & rien de plus. (D.J.)
|
| MANILLE | S. f. terme de jeu. Au jeu de quadrille c'est la seconde & la plus haute carte après espadille : c'est le deux en couleur noire, & le sept en couleur rouge.
Manille à la comete, neuf de carreau que l'on fait valoir pour telle carte qu'on veut, pour roi, pour dame, valet & dix, & ainsi des autres cartes inférieures. Il y a de l'habileté à faire valoir cette carte à-propos.
MANILLE, (Géog.) ville forte des Indes, capitale de l'île de Luçon, & la seule ville de cette île, avec un bon château, un havre magnifique, & un archevêché. On y jouit presque toujours d'un équinoxe perpétuel, car la longueur des jours ne differe pas de celle des nuits d'une heure pendant toute l'année, mais la chaleur y est excessive.
Cette ville, qui appartient aux Espagnols, est située au pié d'une file de montagnes sur le bord oriental de la baie de Luçon. Les maisons y sont presque toutes de bois, à cause des tremblemens de terre. On y compte environ trois mille habitans, tous nés de l'union d'espagnols, d'indiens, de chinois, de malabares, de noirs & d'autres.
Les femmes de distinction s'habillent à l'espagnole, & elles sont rares ; toutes les autres n'ont pas besoin de tailleurs : elles s'attachent de la ceinture en bas un morceau de toile peinte qui leur sert de jupe, tandis qu'un morceau de la même toile leur sert de manteau. La grande chaleur du pays les dispense de porter des bas & des souliers.
On permet aux Portugais de négocier à Manille, mais les Chinois y font la plus grande partie du commerce. Long. selon Lieutaud, 137. 51'. 30''. latit. 14. 30. Selon les Espagnols long. 138. 59'. 45''. lat. 14. 16.
MANILLE, île, (Géog.) voyez LUÇON.
MANILLES, îles, (Géogr.) voyez PHILIPPINES.
|
| MANIMI | (Géog. anc.) ancien peuple de la Germanie, selon Tacite, qui le regarde comme faisant partie de la nation des Lygiens, sans nous en marquer le pays ; mais les modernes se sont égayés à lui en chercher un dans la basse Autriche & ailleurs. (D.J.)
|
| MANIO | ou MAGNIOC, s. m. (Botan.) plante dont la racine préparée tient lieu de pain à la plûpart des peuples qui habitent les pays chauds de l'Amérique.
Le manioc vient ordinairement de bouture ; il pousse une tige ligneuse, tendre, cassante, partagée en plusieurs branches tortueuses, longues de cinq à six piés, paroissant remplies de noeuds ou petites éminences qui marquent les places qu'occupoient les premieres feuilles, dont la plante s'est dépouillée à mesure qu'elle a acquis de la hauteur. Ses feuilles sont d'un verd brun, assez grandes, découpées profondément en maniere de rayons, & attachées à de longues queues.
L'écorce du manioc est mince, d'une couleur ou grise ou rougeâtre, tirant sur le violet, & la pellicule qui couvre les racines participe de cette couleur selon l'espece, quoique l'intérieur en soit toujours extrèmement blanc & rempli de suc laiteux fort abondant, plus blanc que le lait d'amande, & si dangereux avant d'être cuit, que les hommes & les animaux en ont plusieurs fois éprouvé des effets funestes, quoique ce suc ne paroisse ni acide ni corrosif. Les racines du manioc sont communément plus grosses que des betteraves : elles viennent presque toujours trois ou quatre attachées ensemble ; il s'en trouve des especes qui mûrissent en sept ou huit mois de tems, mais la meilleure, & celle dont on fait le plus d'usage, demeure ordinairement 15 ou 18 mois en terre avant de parvenir à une parfaite maturité : pour lors avec un peu d'effort on ébranle les tiges ; & les racines étant peu adhérentes à la terre ; elles s'en détachent fort aisément.
Préparation des racines pour en faire soit de la cassave, ou de la farine de manioc. Les racines, après avoir été séparées des tiges, sont transportées sous un angard, où l'on a soin de les bien ratisser & de les laver en grande eau pour en enlever toutes les malpropretés, & les mettre en état d'être gragées, c'est-à-dire rapées sur des grages ou grosses rapes de cuivre rouge courbées en demi-cylindre, longues & larges de 18 à 20 pouces, & attachées sur des planches de trois piés & demi de longueur, dont le bout d'en bas se pose dans un auge de bois, & l'autre s'appuie contre l'estomac de celui qui grage, lequel à force de bras réduit les racines en une rapure grossiere & fort humide, dont il faut extraire le suc auparavant de la faire cuire. Pour cet effet on en remplit des sacs tissus d'écorce de latanier, on arrange ces sacs les uns sur les autres, ayant soin de mettre des bouts de planches entre deux, ensuite de quoi on les place sous une presse composée d'une longue & forte piece de bois située horisontalement, & disposée en bras de levier, dont l'une des extrémités doit être passée dans un trou fait au tronc d'un gros arbre : on charge l'autre extrémité avec de grosses pierres ; & toute la piece portant en-travers sur la planche qui couvre le plus élevé des sacs, il est aisé d'en concevoir l'effet : c'est la façon la plus ordinaire de presser le manioc. On emploie quelquefois au lieu de sacs, qui s'usent en peu de tems, de grandes & fortes caisses de bois percées de plusieurs trous de tariere, ayant chacune un couvercle qui entre librement en dedans des bords : on charge ce couvercle de quelques bouts de soliveaux, par-dessus lesquels on fait passer le bras du levier, comme on l'a dit en parlant des sacs.
Les Caraïbes ou Sauvages des Isles ont une invention fort ingénieuse, mais qui ne pouvant servir que pour exprimer le suc d'une médiocre quantité de manioc, il paroît inutile de répéter ici ce que l'on a dit à l'article COULEUVRE.
Après dix ou douze heures de presse, la rapure du manioc étant suffisamment dégagée de son suc superflu, on la passe au-travers d'un hébichet, espece de crible un peu gros, & on la porte dans la caze ou lieu destiné à la faire cuire, pour en fabriquer soit de la cassave, ou de la farine de manioc.
Maniere de faire la cassave. Il faut avoir une platine de fer coulé, ronde, bien unie, ayant à-peu-près deux piés & demi de diametre, épaisse de six à sept lignes, & élevée sur quatre piés, entre lesquels on allume du feu. Lorsque la platine commence à s'échauffer, on répand sur toute sa surface environ deux doigts d'épaisseur de la susdite rapure passée au crible, ayant soin de l'étendre bien également par-tout, & de l'applatir avec un large couteau de bois en forme de spatule. On laisse cuire le tout sans le remuer aucunement, afin que les parties de la rapure, au moyen de l'humidité qu'elles contiennent encore, puissent s'attacher les unes aux autres pour ne former qu'un seul corps, qui diminue considérablement d'épaisseur en cuisant. Il faut avoir soin de le retourner sur la platine, étant essentiel de donner aux deux surfaces un égal degré de cuisson : c'est alors que cette espece de galette ayant la figure d'un large croquet, s'appelle cassave. On la met refroidir à l'air, où elle acheve de prendre une consistance seche, ferme & aisée à rompre par morceaux.
Les Caraïbes font leur cassave beaucoup plus épaisse que la nôtre, elle paroît aussi plus blanche, & étant moins rissolée ; mais elle ne se conserve pas si long-tems. Avant que l'usage des platines fût introduit parmi ces sauvages, ils se servoient de grandes pierres plates peu épaisses, sous lesquels ils allumoient du feu & faisoient cuire ainsi leur cassave.
Maniere de faire la farine de manioc. Elle ne differe de la cassave qu'en ce que les parties de la rapure dont il a été parlé ne sont point liées les unes aux autres, mais toutes séparées par petits grumeaux qui ressemblent à de la chapelure de pain, ou plûtôt à un biscuit de mer grossierement pilé.
Pour faire à-la-fois une grande quantité de farine, on se sert d'une poële de cuivre à fond plat, d'environ quatre piés de diametre, profonde de sept à huit pouces, & scellée contre le mur de la caze dans une maçonnerie en pierre de taille ou en brique, formant un fourneau peu élevé, dont la bouche du foyer doit être en-dehors du mur. La poële étant échauffée, on y jette la rapure du manioc, & sans perdre de tems on la remue en tous sens avec un rabot de bois semblable à ceux dont se servent les maçons pour corroyer leur mortier. Par ce mouvement continuel on empêche les parties de la rapure de s'attacher les unes aux autres ; elles perdent leur humidité & cuisent également. C'est à l'odeur savoureuse & à la couleur un peu roussâtre qu'on juge si la cuisson est exacte : pour lors on retire la farine avec une pelle de bois, on l'étend sur des nappes de grosse toile, & lorsqu'elle est refroidie on l'enferme dans des barrils, où elle se conserve long-tems.
Quoique la farine de manioc, ainsi que la cassave, puissent être mangées seches & sans autre préparation que ce qui a été dit, il est cependant d'usage de les humecter avec un peu d'eau fraîche ou avec du bouillon clair, soit de viande ou de poisson : ces substances se renflent considérablement, & font une si excellente, nourriture dans les pays chauds, que ceux qui y sont accoutumés la préferent au meilleur pain de froment. J'en ai par-devers moi l'expérience de plusieurs années.
Par l'édit du roi, nommé le code noir, donné à Versailles au mois de Mars 1685, il est expressément ordonné aux habitans des îles françoises de fournir pour la nourriture de chacun de leurs esclaves âgé au-moins de dix ans, la quantité de deux pots & demi de farine de manioc par semaine, le pot contenant deux pintes ; ou bien au défaut de farine, trois cassaves pesant chacune deux livres & demie.
L'eau exprimée du manioc, ou le suc dangereux dont il a été parlé ci-dessus, s'emploie à plusieurs choses. Les sauvages en mettent dans leurs sauces ; & après l'avoir fait bouillir, ils en usent journellement sans en ressentir aucune incommodité, ce qui prouve que ce suc, par une forte ébullition, perd sa qualité malfaisante.
Si l'on reçoit l'eau de manioc dans des vases propres, & qu'on la laisse reposer, elle s'éclaircit ; la fécule blanche s'en sépare & se précipite d'elle-même au fond des vases. On décante comme inutile l'eau qui surnage, & l'on verse sur la fécule une suffisante quantité d'eau commune pour la bien laver : on lui donne encore le tems de se précipiter, on décante de nouveau ; & après avoir réitéré cette manoeuvre pendant cinq ou six fois, on laisse sécher la fécule à l'ombre. Cette substance s'appelle mouchache, mot espagnol qui veut dire enfant ou petit, comme qui diroit le petit du manioc.
La mouchache est d'une extrème blancheur, d'un grain fin, faisant un petit craquement lorsqu'elle est froissée entre les doigts, à-peu-près comme fait l'amydon, à quoi elle ressemble beaucoup. On l'emploie de la même façon pour empeser le linge. Les sauvages en écrasent sur les desseins bisarres qu'ils gravent sur leurs ouvrages en bois, de façon que les hachures paroissent blanches sur un fond noir ou brun, selon la couleur du bois qu'ils ont mis en oeuvre. On fait encore avec la mouchache d'excellens gâteaux ou especes de craquelins, plus legers, plus croquans & d'un bien meilleur goût que les échaudés ; mais il faut beaucoup d'art pour ne pas les manquer.
Presque toutes les îles produisent une autre sorte de manioc, que les habitans du pays nomment camanioc ; le suc n'en est point dangereux comme celui du manioc ordinaire : on peut même sans aucun danger en manger les racines cuites sous la cendre. Mais quoique cette espece soit beaucoup plus belle & plus forte que les autres, on en fait peu d'usage, étant trop long-tems à croître & produisant peu de cassave ou de farine. M. LE ROMAIN.
|
| MANIOLAE | (Géog. anc.) îles de l'Océan oriental. Ptolomée qui les nomme ainsi, n'en parle que sur une tradition obscure & pleine d'erreurs ; cependant il rencontre assez bien en mettant leur longitude à 142 degrés. Ce sont les îles Manilles ou Philippines des modernes. (D.J.)
|
| MANIOLL | ou LANET ROND, s. f. terme de Pêche. Cet instrument est formé d'un petit cercle d'environ 18 pouces de diametre, emmanché d'une perche ; l'usage de ce filet ne peut faire aucun tort au frai du poisson, parce que la maniolle ne peut agir que comme une écumoire, & ne traîne point sur les fonds comme font les bouteux & bouts-de-quievres des pêcheurs des côtes de la Manche. Les mailles des maniolles d'Anglet, dans le ressort de l'amirauté de Bayonne, sont de quatre lignes au plus en quarré.
|
| MANIPULATION | MANIPULER, (Gramm.) ces mots sont d'usage dans les laboratoires du distillateur, du chimiste, du pharmacien, & de quelques autres artistes. Ils s'opposent à théorie ; il y a la théorie de l'art & la manipulation. Tel homme fait à merveilles les principes, & ne sauroit manipuler ; tel autre au contraire sait manipuler à merveille, & ne sauroit parler : un excellent maître réunit ces deux qualités. La manipulation est une faculté acquise par une longue habitude, & préparée par une adresse naturelle d'exécuter les différentes opérations manuelles de l'art.
|
| MANIPULE | S. m. (Hist. ecclés.) ornement d'église que les officians, prêtres, diacres & soudiacres portent au bras gauche. Il consiste en une petite bande large de trois à quatre pouces, & configurée en petite étole, voyez l'article ÉTOLE. Le manipule est de la même étoffe, de la même couleur que la chasuble & la tunique. On prétend qu'il représente le mouchoir dont les prêtres dans la premiere église essuyoient les larmes qu'ils versoient pour les péchés du peuple. En effet, ceux qui s'en revêtent disent : mereor, domine, portare manipulum fletus & doloris. On l'appelle en beaucoup d'endroits fanon. Les Grecs & les Maronites ont une manipule à chaque bras ; les Evêques de l'église latine ne prennent le manipule qu'au bas de l'autel, après la confession des péchés : le soudiacre le leur passe au bras. Manipule se dit en latin sudarium, manuale, mappula, mouchoir.
MANIPULE, (Art militaire des Romains) corps d'infanterie romaine qui du tems de Romulus formoit la dixieme partie d'une légion ; mais sous Marius la légion fut composée de trente manipules, & chaque manipule contenoit plus ou moins d'hommes, selon que la légion étoit plus ou moins forte. Dans une légion composée de six mille hommes, le manipule étoit de deux cent hommes ou de deux centuries, parce que le manipule avoit deux centurions qui le commandoient, & dont l'un étoit comme lieutenant de l'autre. Les Romains donnoient le nom de manipule à cette troupe, de l'enseigne qui étoit à la tête de ces corps. Cet enseigne, manipulus, consistoit dans les commencemens en une botte d'herbe attachée au bout d'une perche, usage qui subsista jusqu'à ce que les Romains eussent substitué les aigles à leur botte de foin. (D.J.)
MANIPULE, (Medecine) c'est une poignée. Cette quantité se designe dans les ordonnances par une M, suivie du chiffre qui indique le nombre des poignées.
MANIPULES, (Artific.) Les Artificiers appellent ainsi une certaine quantité de petards de fer ou de cuivre joints ensemble par un fil-d'archal, & chargés de poudre grainée & de balles de mousquets, qu'on jette où l'on veut qu'ils fassent leurs effets par le moyen d'un mortier, comme les bombes & les carcasses. Voyez BOMBE, CARCASSE.
|
| MANIQUE | ou MANICLE, (Chapelier) chez différens artisans est un morceau de cuir attaché à quelques-uns de leurs outils, dans lequel ils passent la main pour les tenir plus fermes.
L'arçon des chapeliers a une manicle au milieu de sa perche, dans laquelle l'ouvrier, appellé arçonneur, passe sa main gauche quand il fait voguer l'étoffe. Voyez CHAPEAU, & les Pl. du Chapelier.
MANIQUE, (Cordonnerie) morceau de cuir qui enveloppe la main pour empêcher le fil de la couper. Voyez la fig. Pl. du Cordonnier-Bottier. On fait entrer le pouce de la main gauche dans le trou A, on couvre ensuite le dos de la main avec la boucle de cuir que l'on ramene par le dedans pour faire entrer le pouce dans le trou B.
|
| MANIS | terme d'Agriculture. Les manis sont des fumiers composés en partie de gouémon. L'usage du gouémon de coupe ou de récolte pour la culture des terres, est bien un moindre objet pour les laboureurs riverains de ce ressort, que le long des autres côtes de la Bretagne septentrionale. Les terres commencent à devenir plus chaudes à la côte de Benit sur Saint-Brieux, cependant on ne laisse pas de s'en servir, mais il s'en faut de beaucoup que le gouémon y soit un objet considérable, tel que sur le ressort des amirautés de Saint-Brieux, de Morlaix & de Brest. Autrefois les seigneurs propriétaires des fiefs voisins de la mer prétendoient une exclusion dont ils ont été déboutés ; lorsque les procès ont été portés au siége de l'amirauté, les riverains des paroisses qui s'en servent ont été avertis de la liberté de cette récolte dans le tems permis, & de tout ce qui regarde l'usage du gouémon de coupe.
On doit ici observer la singuliere différence de la maniere dont les laboureurs se servent de ces herbes marines pour la culture de leurs terres ; les uns aiment mieux le gouémon de flot, de plein, ou de rapport que la marée rejette journellement à la côte, le préférent à celui de coupe ou de récolte ; les autres méprisent le premier, & n'estiment, pour rendre leurs terres fécondes, que le gouémon noir ou vif qu'ils nomment gouémon d'attache ou de pié, ils font de même différemment usage de ces herbes marines. Plusieurs laboureurs dans différentes provinces répandent sur les terres les gouémon ou varechs fraîchement coupés, ou nouvellement ramassés à la côte, quelques-uns le font sécher avant de le jetter sur leurs terres, d'autres enfin l'amassent en meulons qu'ils nomment manis ou mains, le laissent souvent plusieurs années pourrir avant de s'en servir, & le mettent ensuite sur leurs terres. Ceux qui ramassent de ces manis ou fumiers ont soin de les placer toûjours dans un lieu humide, à l'ombre, & dans un fond où l'eau se trouve naturellement, ou par la chûte des pluies ; ils font ces fumiers ou manis quarrés, longs & larges, à proportion de la place où ils les amassent, & hauts de quatre à cinq piés au plus ; ils ont soin de les couper net pour empêcher qu'ils ne s'éboulent ; ils joignent au gouémon les fumiers ordinaires qu'ils font pourrir auparavant, & des croutes, ou de la superficie des landes.
Le gouémon le plus estimé & de la meilleure qualité, est celui que l'on nomme chêne de mer soit de la premiere espece, ou le petit chêne à poix ou à boutons ; les autres ne sont pas si recherchés dans de certains lieux, sur-tout le long des côtes où ces deux premieres especes se trouvent en abondance : d'autres riverains, sans aucune distinction, se servent de toutes les especes d'herbes marines. Ces sortes du fumiers sont excellens pour les terres froides que le sel dont ces herbes sont remplies échauffe, & rend de cette maniere plus fertiles.
Presque tous les riverains laboureurs qui se servent du gouemon pour l'engrais de leurs terres, en font la coupe dans des tems différens. Cependant en la fixant comme on l'a remarqué ci-dessus, celui qu'ils choisissent le plus ordinairement y sera compris.
|
| MANIVELLE | S. f. (Hydr.) est la piece la plus essentielle d'une machine. Elle est de fer coudé, & donne le mouvement au balancier d'une pompe ; il y en a de simples, d'autres se replient deux fois à angles droits, & la manivelle à tiers point se replie trois fois. (K)
MANIVELLE du gouvernail ou MANUELLE, (Marine) c'est la piece de bois que le timonnier tient à la main, qui fait jouer le gouvernail. Il y a une boucle de fer qui la joint à la barre du gouvernail, ce qui fait jouer le gouvernail.
La manivelle ou manuelle du gouvernail doit être à-peu-près de la longueur du tiers de la largeur du vaisseau, & avoir un pouce d'épaisseur au bout qui joint la barre par chaque deux piés qu'elle a en longueur ; mais elle ne doit avoir que la moitié de cette même épaisseur par le bout d'en-haut. Voyez Planche IV. figure premiere, la manivelle ou manuelle, cotée 181.
MANIVELLE simple, outil de charron, c'est la moitié d'un petit essieu de bois rond, dont un bout est enchâssé dans une petite fleche, ce qui forme une espece d'équerre qui sert aux Charrons pour conduire une petite roue, en mettant la moitié dudit essieu dans le trou du moyeu, & la poussant avec la fleche par-tout où ils la veulent conduire. Voyez les Planches du Charron.
MANIVELLE double, outil de Charron, c'est un petit essieu entier au milieu duquel est enchâssé un petit timon ou fleche de bois, dont les Charrons se servent pour conduire deux petites roues à la fois, en faisant entrer le petit essieu dans les trous pratiqués au milieu des moyeux. V. Pl. du charron.
MANIVELLES, (Cordier) sont des instrumens de fer dont les Cordiers se servent pour tordre de gros cordages. Voyez nos Planches de Corderie. G, en est la poignée ; H, le coude ; I, l'axe ; L, un bouton qui appuie contre la traverse E du chantier ; M, une clavette qui retient les fils qu'on a passés dans l'axe I.
On tord les fils qui sont attachés à l'axe I, en tournant la poignée G, ce qui produit le même effet que les molettes, plus lentement à la vérité ; mais puisqu'on a besoin de force, il faut perdre sur la vîtesse, & y perdre d'autant plus qu'on a plus besoin de force : c'est pourquoi on est plus longtems à commettre de gros cordages où on emploie de grandes manivelles, qu'à en commettre de médiocres, où il suffit d'en avoir de petites. Voyez l'article CORDERIE.
MANIVELLE, (Imprimerie) Les Imprimeurs appellent ainsi un manche de bois creusé, long de trois pouces & demi sur cinq pouces de diametre, dans lequel passe le bout de la broche du rouleau ; elle n'a d'autre usage que la plus grande commodité de la main de l'ouvrier. Voyez BROCHE, & les Pl. d'Imprimerie.
MANIVELLE, en terme de fileur d'or, est un morceau de fer courbé par le milieu en zigzag, & percé quarrément par le bout qui entre dans l'arbre.
MANIVELLE, (Rubanier) s'entend de tout ce qui sert à faire tourner quelque chose que ce soit avec la main ; ce mot est à présent assez connu pour se passer de toute autre explication.
MANIVELLE, (Vitrier) Les Vitriers appellent manivelle dans un tire plomb ou rouet à filer le plomb, certain manche qui, en faisant tourner l'arbre de dessous fait aussi tourner celui de dessus par le moyen de son pignon. Voyez TIRE-PLOMB.
|
| MANJA | S. m. (Com.) poids d'usage en quelques endroits de la Perse, mais sur-tout dans le Servant & aux environs de Tauris. Il pese douze livres un peu legeres. C'est au manja que se vend le pugnas, racine propre à la teinture.
|
| MANJAPUMERAM | S. m. (Bot. exot.) grand arbre des Indes occidentales, que nous ne connoissons que par le nom qu'on lui donne dans le pays. Ses fleurs sont d'un blanc d'eau, & ont l'odeur du miel. On la recueille soigneusement, & on en fait une eau distillée pour les maux des yeux. (D.J.)
|
| MANLIANA | (Géog. anc.) ancienne ville de Lusitanie, au pays des Wettons, selon Ptolomée, l. II. c. v. Mariana croit que c'est Mallen ; & Ortelius pense que c'est Montemayor : ils n'ont peut-être raison ni l'un ni l'autre. (D.J.)
|
| MANNE | S. f. (Hist. nat. des drog.) la manne ordinaire des boutiques est un suc concret, blanc, ou jaunâtre, tenant beaucoup de la nature du sucre & du miel, & se fondant dans l'eau ; ce suc est gras, doué d'une vertu laxative, d'un goût douceâtre, mielleux, tant-soit-peu âcre, d'une odeur foible & fade. Il sort sans incision ou par incision, à la maniere des gommes, du tronc, des grosses branches, & des feuilles de quelques arbres, en particulier des frênes cultivés ou non cultivés, qu'on appelle ornes ; arbres qui croissent en abondance dans la Calabre, en Sicile, & dans la Pouille, près du mont Saint-Ange, le Garganus des anciens.
Par la définition que nous venons de donner, on voit bien qu'il s'agit ici de ce suc mielleux, dont on fait grand usage en medecine, & qu'il ne s'agit point ni de la manne d'encens, ni de la manne céleste, ni de la graine que l'on appelle manne, & qui vient d'une espece de chiendent bon à manger, nommé par C. B. P. 8. Gramen Dactyloïdes, esculentum.
Les Grecs anciens, les Latins & les Arabes, semblent avoir fait mention de la manne, mais très-obscurément, & comme d'un miel de rosée, qu'on cueilloit, dit assez bien Amyntas, sur des feuilles d'arbres. Pline parle de ce suc mielleux avec peu de vérité, quoiqu'agréablement. Les Arabes n'ont guere été plus heureux dans leurs écrits sur les miels de rosée.
Enfin Angelo Palea, & Barthélemi de la Vieuville, franciscains, qui ont donné un commentaire sur Mesué, l'an 1543, sont les premiers qui ont écrit que la manne étoit un suc épaissi du frêne, soit de l'ordinaire, soit de celui qu'on appelle sauvage.
Donat-Antoine Altomarus, medecin & philosophe de Naples, qui a été fort célebre l'an 1558, a confirmé ce sentiment par les observations suivantes. 1°. La manne est donc proprement, dit-il, le suc & l'humeur des frênes & de quelques autres arbres, que l'on recueille tous les ans pendant plusieurs jours de suite dans la canicule ; car ayant fait couvrir les frênes de toiles, ou d'étoffes de laine, pendant plusieurs jours & plusieurs nuits, ensorte que la rosée ne pouvoit tomber dessus, on ne laissa pas d'y trouver & d'y recueillir de la manne pendant ce tems-là ; or cela n'auroit pû être, si elle ne provenoit pas des arbres mêmes.
2°. Tous ceux qui recueillent la manne reconnoissent qu'après l'avoir ramassée, il en sort encore des mêmes endroits, d'où elle découle peu-à-peu, & s'épaissit ensuite par la chaleur du soleil.
3°. On rapporte qu'aux troncs des frênes il s'éleve souvent sur l'écorce comme de petites vésicules, ou tubercules remplis d'une liqueur blanche, douce & épaisse, qui se change en une excellente manne.
4°. Si on fait des incisions dans ces arbres, & que dans l'endroit où elles ont été faites on y trouve le même suc épaissi & coagulé, qui osera douter que ce ne soit le suc de ces arbres qui a été porté à leurs branches & à leurs tiges ?
5°. Cette vérité est encore confirmée par le rapport de ceux du pays, qui assurent avoir vû de leurs propres yeux, des cigales, ou d'autres animaux qui avoient percé l'écorce de ces arbres, & en suçoient les larmes qui en découloient ; & que les ayant chassés, il étoit sorti une nouvelle manne par ces trous & ces ouvertures.
6°. J'ai connu (c'est toûjours Altomarus qui parle) des hommes dignes de créance, qui m'ont assuré qu'ils avoient coupé plusieurs fois des frênes sauvages pour en faire des cerceaux ; & qu'après les avoir fendus & les avoir exposés au soleil, ils avoient trouvé dans le bois même, une assez grande quantité de manne.
7°. Ceux qui font du charbon ont souvent remarqué que la chaleur du feu fait sortir de la manne des frênes voisins.
Le même auteur observe que quoiqu'il vienne beaucoup de manne sur le frêne, il ne s'en trouve jamais sur les feuilles du frêne sauvage ; qu'il ne s'en trouve que très-rarement sur ses branches ou sur ses rejettons, & que l'on n'en recueille que sur le tronc même, ou sur les branches un peu grosses. La cause de cela est peut-être, que comme le frêne sauvage ne croît que sur des pierres, & dans des lieux arides & montueux, il est plus sec de sa nature ; c'est pourquoi il ne contient pas une si grande quantité de suc, & le suc qu'il a n'est point assez foible ni assez délié pour arriver jusqu'aux feuilles & aux petites branches ; de plus, cet arbre est raboteux & plein de noeuds, de sorte qu'avant que le suc arrive jusqu'à ses feuilles & à ses petits rejettons, il est totalement absorbé entre l'écorce du tronc & les grosses branches.
Altomarus ajoute que l'on recueille encore de la manne tous les ans, des frênes qui en ont donné pendant trente ou quarante ans ; de sorte qu'il se trouve toûjours des gens qui en achetent dans l'espérance d'en tirer ce revenu annuel. Il y a aussi quelques arbres qui croissent dans le même lieu, & qui sont de la même espece, sur lesquels cependant on ne trouve point de manne.
Ces observations d'Altomarus ont été confirmées par Goropius dans son livre qui a pour titre Niloscopium, par Lobel, Pena, la Coste, Consentin, Paul Boccone, & plusieurs autres, qui s'en sont plus rapportés à leurs yeux qu'à l'autorité des auteurs.
La manne est donc une espece de gomme, qui d'abord est fluide lorsqu'elle sort des différentes plantes, & qui ensuite s'épaissit, & se met en grumeaux sous la forme de sel essentiel huileux.
On la trouve non-seulement sur les frênes, mais quelquefois aussi sur le mélèse, le pin, le sapin, le chêne, le genèvrier, l'érabe, le saule, l'olivier, le figuier & plusieurs autres arbres.
Elle est de différente espece, selon sa consistance, sa forme, le lieu où on la recueille, & les arbres d'où elle sort : car l'une est liquide & de consistance de miel ; l'autre est dure & en grains ; on l'appelle manne en grains. Celle-ci est en grumeaux ou par petites masses, & on l'appelle manne en marons. Celle-là est en larmes, ou ressemble à des gouttes d'eau pendantes, ou à des stalactites, elle s'appelle alors vermiculaire, ou bombycine. On distingue encore la manne orientale, qui vient de la Perse & de l'Arabie ; la manne européenne, qui croît dans la Calabre & à Briançon ; la manne de cédre, de frêne, du mélèse, &c. la manne alhagine, & plusieurs autres.
A l'égard du lieu d'où on apporte la manne, on la divise en orientale & européenne : la premiere nous est apportée de l'Inde, de la Perse & de l'Arabie, & elle est de deux sortes, la manne liquide, qui a la consistance de miel, & la manne dure. Plusieurs ont fait mention de la manne liquide. Robert Consentin & Belon rapportent qu'on l'appelle en Arabie tereniabin, qui est un nom fort ancien. Ils croient que c'est le d'Hippocrate, ou le miel cédrin, & la rosée du mont Liban, dont Galien fait mention.
Belon dans ses observations, remarque que les moines ou les caloyers du mont Sina, ont une manne liquide qu'ils recueillent sur leurs montagnes, & qu'ils appellent aussi tereniabin, pour la distinguer de la manne dure. Garcias & Césalpin disent que l'on trouve aussi cette manne chez les Indiens, & même en Italie sur le mont Apennin ; qu'elle est semblable au miel blanc purifié, & se corrompt facilement. Cette manne liquide ne differe de la manne dure que par sa fluidité ; car celle qui est solide a d'abord été fluide, elle ne s'épaissit point si le tems est humide ; on ne nous en fournit plus à présent.
Avicenne, Garcias & Acosta parlent encore de plusieurs especes de mannes dures, qu'ils n'ont pas distinguées avec assez de soin. Cependant on en compte particulierement trois especes ; savoir, celle que l'on appelle manne en grains, manna mastichina, parce qu'elle est par grains très-durs, comme les grains de mastic ; celle que l'on appelle bombycine, manna bombycina, qui s'est durcie en larmes, ou en grumeaux longs & cylindriques, semblables à des vers à soie, & qui est par petites masses, telle qu'étoit la manne d'Athénée, ou le miel céleste des anciens, que l'on apportoit en masses. Telle est aujourd'hui la manne que l'on apporte par grumeaux, appellée communément manne en marons.
La manne européenne est de plusieurs sortes ; savoir, celle d'Italie ou de Calabre, celle de Sicile, & celle de France ou de Briançon. Ces especes de mannes ne sont point liquides.
Si on considere les arbres sur lesquels on recueille la manne, elle a encore différens noms. L'une s'appelle cédrine ; c'est celle d'Hippocrate : Galien & Belon en font mention. L'autre est nommée manne de chêne, dont parle Théophraste. Celle-ci manne de frêne, qui est fort en usage parmi nous. Celle-là manne du mélèse, que l'on trouve dans le territoire de Briançon. Une autre manne alhagine, dont ont parlé quelques arabes & Rauwolfius.
De toutes ces especes de mannes, nous ne faisons usage que de celle de Calabre ou de Sicile, que l'on recueille dans ces pays-là sur quelques especes de frêne.
La manne de Calabre, manna Calabra, est un suc mielleux, qui est tantôt en grains, tantôt en larmes, par grumeaux ; & de figure de stalactites, friable & blanc, lorsqu'il est récent ; il devient roussâtre à la longue, se liquéfie, & acquiert la consistance de miel par l'humidité de l'air ; il a le goût du sucre avec un peu d'âcreté.
La meilleure manne est celle qui est blanche ou jaunâtre, légere, en grains, ou par grumeaux creux, douce, agréable au goût, & la moins mal-propre. On rejette celle qui est grasse, mielleuse, noirâtre & sale. C'est mal-à-propos que quelques personnes préferent celle dont la substance est grasse & mielleuse, & que l'on appelle pour cela manne grasse, puisque ce n'est le plus souvent qu'une manne gâtée par l'humidité de l'air, ou bien parce que les caisses où elle a été apportée, ont été mouillées par l'eau de la mer ou par l'eau de la pluie, ou de quelque autre maniere. Souvent même cette manne grasse n'est autre chose qu'un suc épais mélé avec le miel & un peu de scammonée ; c'est ce qui fait que cette manne est mielleuse & purge fortement.
On rejette aussi certaines masses blanches, mais opaques, dures, pesantes, qui ne sont point en stalactites. Ce n'est que du sucre & de la manne que l'on a fait cuire ensemble, jusqu'à la consistance d'un électuaire solide ; mais il est aisé de distinguer cette manne artificielle de celle qui est naturelle, car elle est compacte, pesante, d'un blanc opaque, & d'un goût tout différent de celui de la manne.
Dans la Calabre & la Sicile, pendant les chaleurs de l'été, la manne coule d'elle-même, ou par incision, des branches & des feuilles du tronc ordinaire, & elle se durcit par la chaleur du soleil, en grains ou en grumeaux. Celle qui coule d'elle-même s'appelle spontanée : celle qui ne sort que par incision est appellée par les habitans de la Calabre, forzata ou forzatella, parce qu'on ne peut l'avoir qu'en faisant une incision à l'écorce de l'arbre. On appelle manna di fronde, c'est-à-dire manne des feuilles, celle que l'on recueille sur les feuilles ; & manna di corpo, celle que l'on tire du tronc de l'arbre.
En Calabre, la manne coule d'elle-même dans un tems serein, depuis le 20 de Juin jusqu'à la fin de Juillet, du tronc & des grosses branches des arbres. Elle commence à couler sur le midi, & elle continue jusqu'au soir sous la forme d'une liqueur très-claire ; elle s'épaissit ensuite peu-à-peu, & se forme en grumeaux, qui durcissent & deviennent blancs. On ne les ramasse que le matin du lendemain, en les détachant avec des couteaux de bois, pourvû que le tems ait été sérain pendant la nuit ; car s'il survient de la pluie ou du brouillard, la manne se fond, & se perd entierement. Après que l'on a ramassé les grumeaux on les met dans des vases de terre non vernissés ; ensuite on les étend sur du papier blanc, & on les expose au soleil jusqu'à ce qu'ils ne s'attachent plus aux mains. C'est là ce qu'on appelle la manne choisie du tronc de l'arbre.
Sur la fin de Juillet, lorsque cette liqueur cesse de couler, les paysans font des incisions dans l'écorce des deux sortes de frêne jusqu'au corps de l'arbre ; alors la même liqueur découle encore depuis midi jusqu'au soir, & se transforme en grumeaux plus gros. Quelquefois ce suc est si abondant, qu'il coule jusqu'au pié de l'arbre, & y forme de grandes masses qui ressemblent à de la cire ou à de la résine. On les y laisse pendant un ou deux jours, afin qu'elles se durcissent ; ensuite on les coupe par petits morceaux, & on les fait sécher au soleil. C'est là ce qu'on appelle la manne tirée par incision, forzata & forzatella. Sa couleur n'est pas si blanche ; elle dévient rousse, & souvent même noire, à cause des ordures & de la terre qui y sont mélées.
La troisieme espece de manne est celle que l'on recueille sur les feuilles du frêne, & que l'on appelle manna di fronde. Au mois de Juillet & au mois d'Août, vers le midi, on la voit paroître d'elle-même, comme de petites gouttes d'une liqueur très-claire, sur les fibres nerveuses des grandes feuilles, & sur les veines des petites. La chaleur fait sécher ces gouttes, & elles se changent en petits grains blancs de la grosseur du millet, ou du froment. Quoique l'on ait fait autrefois un grand usage de cette manne recueillie sur les feuilles, cependant on en trouve très-rarement dans les boutiques d'Italie, à cause de la difficulté de la ramasser.
Les habitans de la Calabre mettent de la différence entre la manne tirée par incision des arbres qui en ont déja donné d'eux-mêmes, & de la manne tirée par incision des frênes sauvages, qui n'en donnent jamais d'eux-mêmes. On croit que cette derniere est bien meilleure que la premiere ; de même que la manne qui coule d'elle-même du tronc est bien meilleure que les autres. Quelquefois après que l'on a fait l'incision dans l'écorce des frênes, on y insere des pailles, des chalumeaux, des fétus, ou de petites branches. Le suc qui coule le long de ces corps s'épaissit, & forme de grosses gouttes pendantes ou stalactites, que l'on ôte quand elles sont assez grandes ; on en retire la paille, & on les fait secher au soleil ; il s'en forme des larmes très-belles, longues, creuses, légeres, comme cannelées en dedans, blanchâtres, & tirant quelquefois sur le rouge. Quand elles sont seches, on les renferme bien précieusement dans des caisses. On estime beaucoup cette manne stalactite, & avec raison ; car elle ne contient aucune ordure. On l'appelle communément chez nous, manne en larmes.
Après la manne en larmes, on fait plus de cas dans nos boutiques de la manne de Calabre, & de celle qu'on recueille dans la Pouille près du mont Saint-Ange, quoiqu'elle ne soit pas fort seche, & qu'elle soit un peu jaune. On place après celle-là, la manne de Sicile, qui est plus blanche & plus seche. Enfin, la moins estimée est celle qui vient dans le territoire de Rome, appellée la tolpha, près de Civita-vecchia, qui est seche, plus opaque, plus pesante, & moins chere.
Nous avons ci-dessus nommé en passant, la manne de Briançon : on l'appelle ainsi parce qu'elle découle près de Briançon en Dauphiné. Cette manne est blanche, & divisée en grumeaux, tantôt de figure sphérique, tantôt de la grosseur de la coriandre, tantôt un peu longs & gros. Elle est douce, agréable, d'un goût de sucre un peu résineux ; mais on en fait rarement usage, parce qu'elle est beaucoup moins purgative que celle d'Italie.
Les feuilles du mélèse transudent aussi quelquefois dans les pays chauds une espece de manne au fort de l'été ; mais cela n'arrive que quand l'année est chaude & seche, & point autrement. On a bien de la peine à séparer cette espece de manne, quand il y en a sur des feuilles du mélèse, où elle est fortement attachée. Les paysans pour la recueillir, vont le matin abattre à coups de hache, les branches de cet arbre, les mettent par monceaux, & les gardent à l'ombre. Le suc qui est encore trop mou pour pouvoir être cueilli, s'épaissit, & se durcit dans l'espace de vingt-quatre heures ; alors on le ramasse, on l'expose au soleil pour qu'il se seche entierement, & on en sépare autant que l'on peut, les petites feuilles qui s'y trouvent mélées. Cette récolte est des plus chétives.
Enfin nous avons remarqué qu'on connoissoit en Orient la manne alhagine : elle est ainsi nommée parce qu'on la tire de l'arbrisseau alhagi. Voyez ce qu'on a dit de la manne alhagine en décrivant l'arbuste. J'ajoûterai seulement que la manne alhagine ne seroit pas d'une moindre vertu que celle de Calabre, si elle étoit ramassée proprement, & nettoyée des ordures & des feuilles dont elle est chargée.
Le célebre Tournefort ne doute point que cette manne orientale ne soit la même que le tereniabin de Sérapion & d'Avicenne, qui ont écrit qu'il tomboit du ciel comme une rosée, sur certains arbrisseaux chargés d'épines. En effet, l'alhagi jette de petites branches sans nombre, hérissées de toutes parts d'épines de la longueur d'un pouce, très-aiguës, grêles & flexibles. D'ailleurs il croît abondamment en Egypte, en Arménie, en Géorgie, en Perse surtout, autour du mont Ararat & d'Ecbatane, & dans quelques îles de l'Archipel.
Je finis ici cet article, qui méritoit quelque étendue, parce que l'origine de la manne est fort curieuse, parce que les anciens ne l'ont point découverte, & parce qu'enfin ce suc concret fournit à la medecine, le meilleur purgatif lénitif qu'elle connoisse, convenable à tout âge, en tout pays, à tout sexe, à toute constitution, & presque en toutes sortes de maladies. (D.J.)
MANNE, (Hist. nat. Chim. Pharm. & mat. méd.) man ou manna est un mot hébreu, chaldaïque, arabe, grec & latin, que nous avons aussi adopté, & qui a été donné, dit Geoffroy, à quatre sortes de substances. Premierement à la nourriture que Dieu envoya aux Juifs dans le désert ; ou plus anciennement encore, à un suc épais, doux, & par conséquent alimenteux, que les peuples de ces contrées connoissoient déja, & qu'ils imaginoient tomber du ciel sur les feuilles de quelques arbres. Car, lorsque cette rosée céleste fut apperçue pour la premiere fois par les Israélites, ils se dirent les uns aux autres, man-hu, qui signifie, selon Saumaise, c'est de la manne. Ce peuple se trompa cependant, en jugeant sur cette ressemblance ; car, selon le témoignage incontestable de l'historien sacré, l'aliment que Dieu envoya aux Israélites dans le désert, leur fut miraculeusement accordé, par une protection toute particuliere de sa providence ; au lieu que le suc mielleux dont ils lui donnerent le nom, étoit, comme nous l'avons déja remarqué, une production toute naturelle de ce climat, où elle est encore assez commune aujourd'hui.
Voilà donc déja deux substances différentes qu'on trouve désignées par le nom de manne.
Les anciens Grecs ont donné aussi très-communément ce nom à une matiere fort différente de celle-ci ; savoir à l'oliban ou encens à petits grains. Voyez ENCENS.
Enfin, quelques Botanistes ont appellé manne, la graine d'un certain gramen, bon à manger, & connu sous le nom de gramen dactyloides esculentum, gramen mannae esculentum, &c.
Nous ne donnons aujourd'hui le nom de manne, qu'à une seule matiere ; savoir à un corps concret, mielleux, d'une couleur matte & terne, blanche ou jaunâtre, d'une odeur dégoûtante de drogue, qu'on ramasse dans différentes contrées, sur l'écorce & sur les feuilles de plusieurs arbres.
Le chapitre de la manne de la matiere médicale de Geoffroi, est plein de recherches & d'érudition. Cet auteur a ramassé tout ce que les auteurs anciens & modernes ont écrit de la manne. Il prouve par des passages tirés d'Aristote, de Théophraste, de Dioscoride, de Galien, d'Hippocrate, d'Amynthas, de Pline, de Virgile, d'Ovide, d'Avicenne & de Serapion, que tous ces auteurs, grecs, latins & arabes, ont fort bien connu notre manne, sous les noms de miel, de miel de rosée, de miel céleste, d'huile mielleuse, &c. & que la plûpart ont avancé que cette matiere tomboit du ciel, ou de l'air. Pline, par exemple, met en question, si son miel en rosée est une espece de sueur du ciel, de salive des astres, ou une sorte d'excrément de l'air.
Ce préjugé sur l'origine de la manne, n'a été détruit que depuis environ deux siecles. Ange Palea, & Barthélemi de la Vieux-ville, franciscains, qui ont donné un commentaire sur Mesué en 1543, ont été les premiers qui ont écrit que la manne étoit un suc épaissi du frêne. Donat-Antoine Altomarus, médecin & philosophe de Naples, qui a été fort célebre, vers l'année 1558, a confirmé ce sentiment par des observations décisives, dont voici le précis.
Premierement, ayant fait couvrir des frênes de toiles ou d'étoffes de laine, pendant plusieurs jours & plusieurs nuits, ensorte que la rosée ne pouvoit tomber dessus, on ne laissa pas d'y trouver & d'y recueillir de la manne pendant ce tems-là.
Secondement, ceux qui recueillent la manne, reconnoissent qu'après l'avoir ramassée, il en sort encore des mêmes endroits d'où elle découle peu-à-peu, & s'épaissit ensuite par la chaleur du soleil.
Troisiemement, si on sait des incisions dans ces arbres, il en découle quelquefois de la véritable manne.
Quatriemement, les gens du pays assurent avoir vu des cigales, ou d'autres animaux, qui avoient percé l'écorce de ces arbres, & que les ayant chassés, il étoit sorti de la manne par le trou qu'ils y avoient fait.
Cinquiemement, ceux qui font du charbon, ont souvent remarqué que la chaleur du feu fait sortir de la manne des frênes voisins.
Sixiemement, il y a dans un même lieu des arbres qui donnent de la manne, & d'autres qui n'en donnent point.
Ces observations d'Altomarus ont été confirmées par Goropius, dans son livre intitulé Niloscopium, par Lobel, Penna, la Coste, Corneille Consentin, Paul Boccone & plusieurs autres naturalistes. Extrait de la mat. méd. de Geoffroy.
C'est un point d'histoire naturelle très-décidé aujourd'hui, que la manne n'est autre chose qu'un suc végetal, de la classe des corps muqueux, qui découle soit de lui-même, soit par incision, de l'écorce & des feuilles de certains arbres.
On la trouve principalement sur les frênes, assez communément sur les melèses, quelquefois sur le pin, le sapin, le chêne, le genévrier, l'olivier ; on trouve sur les feuilles d'érable, même dans ce pays, une substance de cette nature ; le figuier fournit aussi quelquefois un suc très-doux, qu'on trouve sur ses feuilles, sous la forme de petits grains, ou de petites gouttes desséchées.
La manne varie beaucoup en forme & en consistance, selon le pays où on la recueille, & les arbres qui la fournissent. Les autres nous parlent d'une manne liquide qui est très-rare parmi nous, ou plutôt qui ne s'y trouve point ; d'une manne mastichina, d'une manne bombycine, d'une manne de cedre, manne alhagine, &c.
On trouve encore la manne distinguée dans les traités des drogues, par les noms des pays d'où on nous l'apporte : en manne orientale, manne de l'Inde, manne de Calabre, manne de Briançon, &c.
De toutes ces especes de manne, nous n'employons en Médecine que celle qu'on nous apporte d'Italie, & particulierement de Calabre ou de Sicile. Elle naît dans ce pays sur deux différentes especes, ou plutôt variétés de frênes ; savoir, le petit frêne, fraxinus humilior, sive altera Theophrasti, & le frêne à feuille ronde, fraxinus rotondiore folio.
Pendant les chaleurs de l'été, la manne sort d'elle-même des branches & des feuilles de cet arbre, sous la forme d'un suc gluant, mais liquide, qui se durcit bientôt à l'air, même pendant la nuit, pourvu que le tems soit serein ; car la récolte de la manne est perdue, s'il survient des pluies ou des brouillards. Celle-ci s'appelle manne spontanée. La manne spontanée est distinguée en manne du tronc & des branches, di corpo, & en manne des feuilles, di fronde. On ne nous apporte point de cette derniere qui est très-rare, parce qu'elle est difficile à ramasser. Les habitans de ces pays font aussi des incisions à l'écorce de l'arbre, & il en découle une manne qu'ils appellent forzata ou forzatella. Cette derniere opération se fait, dès le commencement de l'été, sur certains frênes qui croissent sur un terrein sec & pierreux, & qui ne donnent jamais de la manne d'eux-mêmes ; & à la fin de Juillet, à ceux qui ont fourni jusqu'alors de la manne spontanée.
Nous avons dans nos boutiques l'une & l'autre de ces mannes dans trois différens états. 1°. Sous la forme de grosses gouttes ou stalactites, blanchâtres, opaques, seches, cassantes, qu'on appelle manne en larmes. On prétend que ces gouttes se sont formées au bout des pailles, ou petits bâtons que les paysans de Calabre ajustent dans les incisions qu'ils font aux frênes. La manne en larmes est la plus estimée, & elle mérite la préférence, à la seule inspection, parce qu'elle est la plus pure, la plus manifestement inaltérée.
2°. La manne en sorte ou en marons, c'est-à-dire, en petits pains formés par la réunion de plusieurs grains ou grumeaux collés ensemble ; celle-ci est plus jaune & moins seche que la précédente : elle est pourtant très-bonne & très-bien conservée. La plûpart des apothiquaires font un triage dans les caisses de cette manne en sorte ; ils en séparent les plus beaux morceaux, qu'ils gardent à part, sous le nom de manne choisie, ou qu'ils mêlent avec la manne en larmes.
3°. La manne grasse, ainsi appellée parce qu'elle est molle & onctueuse, elle est aussi noirâtre & sale. C'est très-mal-à-propos que quelques personnes, parmi lesquelles on pourroit compter des médecins, la préférent à la manne seche. La manne grasse est toujours une drogue gâtée par l'humidité, par la pluie ou par l'eau de la mer, qui ont pénétré les caisses dans lesquelles on l'a apportée. Elle se trouve d'ailleurs souvent fourrée de miel, de cassonade commune & de scammonée en poudre ; ce qui fait un remede au moins infidele, s'il n'est pas toujours dangereux, employé dans les cas où la manne pure est indiquée.
Nous avons déja observé plus haut, que la manne devoit être rapportée à la classe des corps muqueux : en effet, elle en a toutes les propriétés, elle donne dans l'analyse chimique tous les principes qui spécifient ces corps. Voyez MUQUEUX. Elle contient le corps nutritif végétal. Voyez NOURRISSANT. Elle est capable de donner du vin. Voyez VIN.
La partie vraiment médicamenteuse de la manne, celle qui constitue sa qualité purgative, paroit être un principe étranger à la substance principale dont elle est formée, au corps doux. Car quoique le miel, le sucre, les sucs des fruits doux lâchent le ventre dans quelques cas & chez quelques sujets, cependant ces corps ne peuvent pas être regardés comme véritablement purgatifs, au lieu que la manne est un purgatif proprement dit. Voyez DOUX. Voyez PURGATIF.
La manne est de tous les remedes employés dans la pratique moderne de la Médecine, celui dont l'usage est le plus fréquent, sur-tout dans le traitement des maladies aiguës, parce qu'il remplit l'indication qui se présente le plus communément dans ces cas, savoir, l'évacuation par les couloirs des intestins, & qu'elle la remplit efficacement, doucement & sans danger.
Il seroit superflu de spécifier les cas dans lesquels il convient de purger avec de la manne, comme tous les pharmacologistes l'ont fait, & plus encore d'expliquer comme eux, ceux dans lesquels on doit en redouter l'usage. Elle réussit parfaitement toutes les fois qu'une évacuation douce est indiquée ; elle concourt encore assez efficacement à l'action des purgatifs irritans, elle purge même les hydropiques, elle est véritablement hydragogue, & enfin elle ne nuit jamais, que dans les cas où la purgation est absolument contr'indiquée.
On la donne quelquefois seule, à la dose de deux onces jusqu'à trois, dans les sujets faciles à émouvoir, ou lorsque le corps est disposé à l'évacuation abdominale. On la fait fondre plus ordinairement dans une infusion de sené, dans une décoction de tamarins ou de plantes ameres ; on la donne aussi avec la rhubarbe, avec le jalap, avec différens sels, notamment avec un ou deux grains de tartre-émétique, dont elle détermine ordinairement l'action par les selles.
On corrige assez ordinairement sa saveur fade & douceâtre, en exprimant dans la liqueur où elle est dissoute, un jus de citron, ou en y ajoutant quelques grains de crême de tartre ; mais ce n'est pas pour l'empêcher de se changer en bile, ou d'entretenir une cacochimie chaude & seche, selon l'idée de quelques médecins, que l'on a recours à ces additions.
C'est encore un vice imaginaire que l'on se proposeroit de corriger, par un moyen qui produiroit un vice très-réel, si l'on faisoit bouillir la manne, pour l'empêcher de fermenter dans le corps, & pour détruire une prétendue qualité venteuse. Une dissolution de manne acquiert par l'ébullition, un goût beaucoup plus mauvais que n'en auroit la même liqueur préparée, en faisant fondre la manne dans de l'eau tiede. Aussi est-ce une loi pharmaceutique, véritablement peu observée, mais qu'il est bon de ne pas négliger pour les malades délicats & difficiles, de dissoudre la manne à froid, autant qu'il est possible. (b)
MANNE DU DESERT, (Critique sacrée) quant à la figure, elle ressemble assez à celle que Moïse depeint. On observe que la manne qui se recueille aux environs du mont Sinaï, est d'une odeur très-forte, que lui communiquent sans doute les herbes sur lesquelles elle tombe. Plusieurs commentateurs, & entr'autres, M. de Saumaise, croient que la manne d'Arabie est la même dont les Hébreux se nourrissoient au desert, laquelle étant un aliment ordinaire, pris seul & dans une certaine quantité, n'avoit pas, comme la manne d'Arabie, une qualité medecinale, qui purge & affoiblit ; mais que l'estomac y étant accoutumé, elle pouvoit nourrir & sustenter ; & même Fuschius dit, que les paysans du mont Liban, mangent la manne qui vient dans leur pays ; comme on mange ailleurs le miel ; aussi plusieurs commentateurs sont dans l'idée que le miel sauvage, dont Jean-Baptiste se nourrissoit sur les bords du Jourdain, n'est autre chose que la manne de l'Orient.
On ne peut que difficilement se faire une idée juste de la manne dont Dieu nourrissoit son peuple au desert, voici ce que Moïse nous en rapporte : il dit (Gen. xvj. . 13, 14, 15.), qu'il y eut au matin une couche de rosée autour du camp, que cette couche de rosée s'étant évaporée, il y avoit quelque chose de menu & de rond, comme du gresil sur la terre, ce que les enfans d'Israel ayant vû, ils se dirent l'un à l'autre, qu'est-ce ? car ils ne savoient ce que c'étoit. L'auteur sacré ajoute, au . 31 du même chapitre : Et la maison d'Israël nomma ce pain manne ; & elle étoit comme de la semence de coriandre, blanche, & ayant le goût de bignets au miel.
Il y a sur l'origine du mot manne quatre opinions principales : elles ont chacune leurs partisans qui les soutiennent, avec ce détail de preuves & d'argumens étymologiques, lesquels, comme on le sait, emportent rarement avec eux une démonstration.
La premiere, & la plus généralement suivie par les interpretes, c'est que le nom signifie qu'est-ce ?
La narration de Moïse fortifie cette opinion ; ils se dirent l'un à l'autre qu'est-ce ? car ils ne savoient ce que c'étoit. Dans l'hébreu il y a MAN-HOU ; ainsi, suivant cette idée, la manne auroit pris son nom de la question même que firent les Israëlites lorsqu'ils la virent pour la premiere fois.
La seconde, des savans, &, entr'autres, Hascunq, prétendent que man-hou est composé d'un mot égyptien & d'un mot hébreu, dont l'un signifie quoi, & l'autre cela, & que les Israélites appellerent ainsi l'aliment que leur présentoit Moïse, comme pour insulter à ce pain céleste, dont il leur avoit fait fête, man-hou, quoi cela ?
La troisieme, les rabbins, & plusieurs chrétiens après eux, font venir le mot de manne de la racine minach, qui signifie préparé, parce que la manne étoit toute prête à être mangée, sans autre préparation que de l'amasser, ou plutôt, parce que les Israélites, en voyant cet aliment, se dirent l'un à l'autre, voici ce pain qui nous a été préparé ; & ils l'appellerent manne, c'est-à-dire, chose préparée. Deig, Crit. sacra, in voce manna, pag. 127.
La quatrieme, enfin le savant M. le Clerc prétend que le mot manne vient du mot hébreu manach, qui signifie un don ; & que les Israélites, surpris de voir le matin cette rosée extraordinaire ; & ensuite de ce que leur dit Moïse : c'est ici le pain du ciel, s'écrierent, man-hou, voici le don, ou, peut-être, par une expression de dédain, qui étoit bien dans l'esprit & le caractere de ce peuple indocile & grossier, ce petit grain qui couvre la rosée, est-ce donc-là ce don que l'éternel nous avoit promis ?
On doit, en saine philosophie, regretter le tems qu'on met à rechercher des étymologies, sur-tout lorsqu'elles ne répandent pas plus de jour sur le sujet dont il s'agit, & sur ce qui peut y avoir du rapport, que les diverses idées qu'on vient d'articuler, que la manne ait reçu son nom d'un mouvement d'étonnement, de gratitude ou de dédain, c'est ce qu'on ne peut décider, qu'il importe assez peu de savoir, & qui d'ailleurs ne change rien à la nature de la chose.
Ce qu'il y a de moins équivoque, c'est que sur la maniere dont l'auteur sacré rapporte la chose, on ne peut pas raisonnablement douter que la manne du desert n'ait été miraculeuse, & bien différente, par-là-même, de la manne ordinaire d'Orient. Celle-ci ne paroît que dans certain tems de l'année ; celle du desert tomboit tous les jours, excepté le jour du sabath ; & cela pendant quarante années : car elle ne cessa de tomber dans le camp des Israélites, que lorsqu'ils furent en possession de ce pays découlant de lait & de miel, qui leur fournit en abondance des alimens d'une toute autre espece. La manne ordinaire ne tombe qu'en fort petite quantité, & se forme insensiblement ; celle du desert venoit tout-d'un-coup, & dans une si grande abondance, qu'elle suffisoit à toute cette prodigieuse & inconcevable multitude, qui étoit à la suite de Moïse.
La manne ordinaire peut se conserver assez long-tems, & sans préparation : celle qui se recueilloit dans le desert, loin de se conserver, & de se durcir au soleil, se fondoit bientôt : vouloit-on la garder, elle se pourrissoit, & il s'y engendroit des vers : la manne ordinaire ne sauroit nourrir, celle du desert sustentoit les Israélites.
Concluons de ces réflexions, & d'un grand nombre d'autres, qu'on pourroit y ajouter que la manne du desert étoit miraculeuse, surnaturelle, & très-différente de la manne commune : c'est sur ce pied-là que Moïse veut que le peuple l'envisage, lorsqu'il lui dit (Deut. viij, . 23.) : " Souviens-toi de tout le chemin par lequel l'éternel ton Dieu t'a fait marcher pendant ces quarante ans dans ce desert, afin de t'humilier, & de t'éprouver, pour connoître ce qui est en ton coeur ; si tu gardois ses commandemens ou non : il t'a donc humilié, & t'a fait avoir faim ; mais il t'a repû de manne, laquelle tu n'avois point connue, ni tes peres aussi, afin de te faire connoître que l'homme ne vivra pas de pain seulement ; mais que l'homme vivra de tout ce qui sort de la bouche de Dieu. "
Le pain désigne tous les alimens que fournit la nature ; & ce qui sort de la bouche de Dieu, sera tout ce que Dieu, par sa puissance infinie, peut créer & produire pour nourrir & sustenter les humains d'une maniere miraculeuse.
Il me semble même que l'éternel voulut faire connoître à son peuple, que c'étoit bien de sa bouche que sortoit la manne, puisque les Hébreux, comme le leur représente leur conducteur, virent la gloire de l'éternel, c'est-à-dire, une lumiere plus vive, plus éclatante que celle qui les conduisoit ordinairement ; & ce fut du milieu de ce symbole extraordinaire de sa présence, que Dieu publia ses ordres au sujet de l'aliment miraculeux qu'il leur dispensoit ; & il le fit d'une maniere bien propre à les faire observer. Il leur ordonna 1°. de recueillir la manne chaque matin pour la journée seulement ; 2°. d'en recueillir chacun une mesure égale, la dixieme partie d'un éphu, ce qui s'appelle un hower, c'est-à-dire, cinq à six livres ; 3°. de ne jamais recueillir de la manne le dernier jour de la semaine, qui étoit le jour du repos, dont la loi de Sinaï leur ordonnoit l'exacte observation.
Ces trois ordres particuliers, également justes, raisonnables & faciles, fournissent aux moralistes une ample matiere de bien des reflexions édifiantes, & de plusieurs maximes pratiques, le tout fortifié par d'amples déclamations contre l'ingrate indocilité des Hébreux.
L'envoi de la manne au desert étoit un événement trop intéressant pour n'en pas perpétuer la mémoire dans la postérité de ceux en faveur desquels s'étoit opéré ce grand miracle ; aussi l'éternel voulut en conserver un monument autentique ; voici ce que Moïse dit à Aaron sur ce sujet, par l'ordre de Dieu (Exod. xvj. . 33.) : Prends une cruche, & mets-y un plein hower de manne, & le pose devant l'éternel pour être gardé en vos âges.
S. Paul nous apprend que cette cruche étoit d'or ; & par ces mots, être posée devant l'éternel, (Hébr. ix. 4.) il explique être mise dans l'arche, ou, comme portent d'autres versions, à côté de l'arche, ce qui paroît plus conforme à quelques endroits de l'Ecriture qui nous apprennent qu'il n'y avoit rien dans l'arche que les tables de l'alliance (Exod. xxv, 16. I. Rois viij. 9. II. chron. . 10.) ; il faut d'ailleurs observer, que lorsque Moïse donna cet ordre à son frere, l'arche n'existoit point, & qu'elle ne fut construite qu'assez long-tems après.
Au reste, le célébre M. Réland a fait de savantes & de curieuses recherches sur la figure de cette cruche ou vase, dans lequel étoit conservée la manne sacrée. Il tire un grand parti de sa littérature, & de sa profonde connoissance des langues, pour faire voir que ces vases avoient deux anses, que quelquefois ils s'appelloient ; ainsi dans Athénées on lit , c'est-à-dire, des ânes remplis de vin, d'où notre savant commentateur prend occasion de justifier les Hébreux de la fausse accusation de conserver dans le lieu saint la tête d'un âne en or, & d'adorer cette idole. Voyez Reland Dissertatio altera de inscript. quorumdam nummorum Samaritanorum, &c.
Le livre des nombres (xj. 7.) dit que la manne étoit blanche comme du bdellion. Bochart, (Hier. part. II. lib. V. cap. v. pag. 678.), d'après plusieurs thalmudistes, prétend que le bdellion signifie une perle ; à la bonne-heure, peu importe.
Ceux d'entre les étymologistes qui ont tiré le mot manne du verbe minnach, préparer, par la raison, disent-ils, qu'elle n'avoit pas besoin de préparation, n'ont pas fait attention à ce qui est dit au verset 8 du chap. xj. des nombres. Le peuple se dispersoit, & la ramassoit, puis il la mouloit aux meules, ou la piloit dans un mortier, & la faisoit cuire dans un chaudron, & en faisoit des gâteaux, dont le goût étoit semblable à celui d'une liqueur d'huile fraîche, ce qui, pour le dire en passant, nous fait voir combien la manne du desert devoit être solide & dure, & toute différente, par-là-même, de la manne d'Arabie, ou de celle de Calabre.
Quant à son goût, l'Ecriture-sainte lui en attribue deux différens : elle est comparée à des bignets faits au miel ; & dans un autre endroit, à de l'huile fraîche ; peut-être qu'elle avoit le premier de ces goûts avant que d'être pilée & apprêtée, & que la préparation lui donnoit l'autre.
Les Juifs (Schemoth Rabba, lect. xxv. fol. 24.) expliquent ces deux goûts différens, & prétendent que Moïse a voulu marquer par-là, que la manne étoit comme de l'huile aux enfans, comme du miel aux vieillards, & comme des gâteaux aux personnes robustes. Peu contens de tout ce qu'il y a d'extraordinaire dans ce miraculeux événement, les rabbins ont cherché à en augmenter le merveilleux par des suppositions qui ne peuvent avoir de réalité que dans leur imagination, toujours poussée à l'extrême. Ils ont dit que la manne avoit tous les goûts possibles, hormis celui des porreaux, des oignons, de l'ail, & celui des melons & concombres, parce que c'étoient-là les divers légumes après lesquels le coeur des Hébreux soupiroit, & qui leur faisoient si fort regretter la maison de servitude. Thalmud Joma, cap. viij. fol. 75.
Ils ont accordé à la manne tous les parfums de divers aromates dont étoit rempli le paradis terrestre. Lib. Zoar, fol. 28. Quelques rabbins sont allés plus loin (Schemat Rabba, sect. xxv, &c.), & n'ont pas eu honte d'assurer que la manne devenoit poule, perdrix, chapon, ortolan, &c. selon que le souhaitoit celui qui en mangeoit. C'est ainsi qu'ils expliquent ce que Dieu disoit à son peuple : qu'il n'avoit manqué de rien dans le desert. Deut. xj. 7. Neh. ix. 21. S. Augustin (tom. I. retract. lib. II. pag. 33.), profite de cette opinion des docteurs juifs, & cherche à en tirer pour la morale un merveilleux parti, en établissant qu'il n'y avoit que les vrais justes qui eussent le privilege de trouver dans la manne le goût des viandes qu'ils aimoient le plus : ainsi, dans le systême de S. Augustin, peu de justes en Israël ; car tout le peuple conçut un tel dégoût pour la manne, qu'il murmura, & fit, d'un commun accord, cette plainte, qui est plus dans une nature foible, que dans une pieuse résignation : quoi ! toujours de la manne ? nos yeux ne voient que manne. Nomb. xj. 6.
Encore un mot des rabbins. Quelque ridicules que soient leurs idées, il est bon de les connoître pour savoir de quoi peut être capable une imagination dévotement échauffée. Ils ajoutent au récit de Moïse que les morceaux de manne étoient si hauts, & si élevés, qu'ils étoient apperçus par les rois d'Orient & d'Occident ; & c'est à cette idée qu'ils appliquent ce que le Psalmiste dit au pseaume 23. . 6. Tu dresses ma table devant moi, à la vûe de ceux qui me pressent. Thalmud Joma, fol. 76, col. 1.
Les Hébreux, & en général les orientaux, ont pour la manne du desert une vénération particuliere. On voit dans la bibliotheque orientale d'Herbelot, pag. 547, que les Arabes le nomment la dragée de la toute-puissance.
Et nous lisons dans Abenezra sur l'exode, que les Juifs, jaloux du miracle de la manne, prononcent malédiction contre ceux qui oseroient soutenir l'opinion contraire.
Akiba prétendoit que la manne avoit été produite par l'épaississement de la lumiere céleste, qui, devenue matérielle, étoit propre à servir de nourriture à l'homme : mais le rabbin Ismaël desapprouva cette opinion, & la combattit gravement ; fondé sur ce principe, que la manne, selon l'Ecriture, est le pain des anges. Or les anges, disoit-il, ne sont pas nourris par la lumiere, devenue matérielle ; mais par la lumiere de Dieu-même. N'est-il pas à craindre, qu'à force de subtilités, on fasse de cette manne une viande un peu creuse ?
Au reste le mot de manne est employé dans divers usages allégoriques, pour désigner les vérités dont se nourrit l'esprit, qui fortifient la piété, & soutiennent l'ame.
MANNE, (Vannier) c'est un ouvrage de mandrerie, plus long que large, assez profond, sans anse, mais garni d'une poignée à chaque bout.
MANNE, qu'on nomme aussi banne, & quelquefois mannette s. f. (Chapelier) espece de grand panier quarré long, d'osier ou de chataignier refendu, de la longueur & de la largeur qu'on veut, & d'un pié ou un pié & demi de profondeur. Les marchands chapeliers & plusieurs autres se servent de ces mannes pour emballer leurs marchandises ; & les chapeaux de Caudebec en Normandie ne viennent que dans ces sortes de paniers.
MANNE, (Marine) c'est une espece de corbeille qui sert à divers usages dans les vaisseaux.
|
| MANNSFELD | PIERRE DE, (Hist. nat.) c'est ainsi qu'on nomme en Allemagne une espece de schiste ou de pierre feuilletée noirâtre, qui se trouve près de la ville d'Eisleben, dans le comté de Mannsfeld. On y voit très-distinctement des empreintes de différentes especes de poissons, dont plusieurs sont couverts de petits points jaunes & brillans qui ne sont que de la pyrite jaune ou cuivreuse ; d'autres sont couverts de cuivre natif. Cette pierre est une vraie mine de cuivre, dont on tire ce métal avec succès dans les fonderies du voisinage ; on a même trouvé que ce cuivre contenoit une portion d'argent.
On remarque que presque tous les poissons dont les empreintes sont marquées sur ces pierres, sont recourbés, ce qui a fait croire à quelques auteurs que non-seulement ils avoient été ensevelis par quelque révolution de la terre, mais encore qu'ils avoient souffert une cuisson de la part des feux souterreins. (-)
|
| MANOA & DORADO | (Géog.) ville imaginaire, qu'on a supposé exister dans l'Amérique, sous l'équateur, au bord du lac de Parime. On a prétendu que les Péruviens échappés au fer de leurs conquérans, se réfugierent sous l'équateur, y bâtirent le Manoa, & y porterent les richesses immenses qu'ils avoient sauvées.
Les Espagnols ont fait des efforts dès 1570, & des dépenses incroyables, pour trouver une ville qui avoit couvert ses toits & ses murailles de lames & de lingots d'or. Cette chimere fondée sur la soif des richesses, a coûté la vie à je ne sais combien de milliers d'hommes, en particulier à Walther Rawleigh, navigateur à jamais célebre, & l'un des plus beaux esprits d'Angleterre, dont la tragique histoire n'est ignorée de personne.
On peut lire dans les Mémoires de l'académie des Sciences, année 1745, la conjecture de M. de la Condamine, sur l'origine du roman de la Manoa dorée. Mais enfin cette ville fictive a disparu de toutes les anciennes cartes, où des géographes trop crédules l'avoient fait figurer autrefois, avec le lac qui rouloit sans cesse des sables de l'or le plus pur. (D.J.)
|
| MANOBA | ou plûtôt MOENOBA, & par Strabon, en grec (Géog. anc.) ancienne ville d'Espagne, dans la Bétique, avec une riviere de même nom. Cette riviere s'appelle présentement Rio-Frio, & la ville Torrès, au royaume de Grenade. (D.J.)
|
| MANOBI | S. m. (Botan. exot.) fruit des Indes occidentales, improprement appellé pistache par les habitans des îles françoises de l'Amérique. Ces fruits sont tous suspendus aux tiges de la plante nommée arachidua, quadrifolia, villosa, flore luteo, Plum. 49. arachidnoides americana, Mém. de l'académie des Sciences, 1723.
La racine de cette plante est blanche, droite & longue de plus d'un pié, piquant en fond. Elle pousse plusieurs tiges de huit à dix pouces de long, tout-à-fait couchées sur terre, rougeâtres, velues, quarrées, noueuses, & divisées en quelques branches naturelles.
Les feuilles dont elles sont garnies sont larges d'un pouce, longues d'un pouce & demi, de forme presque ovale, opposées deux à deux, attachées sans pédicule à des queues.
Les fleurs sortent des aisselles des queues ; elles sont légumineuses, d'un jaune rougeâtre ; & soutenues par un pédicule. L'étendard ou feuille supérieure a sept ou huit lignes de largeur ; mais ses aîles ou feuilles latérales n'ont qu'une ligne de large ; il y a entre deux une petite ouverture par où l'on découvre la base de la fleur, appellée ordinairement carina. Elle est composée de deux feuilles, entre lesquelles est placé le pistil qui sort du fond du calice, lequel est formé en une espece de cornet dentelé.
Ce pistil, lorsque les fleurs commencent à passer, se fiche dans la terre, & y devient un fruit long & oblong, blanc-sale, tirant quelquefois sur le rougeâtre. Ce fruit est une espece de gousse membraneuse, sillonnée en sa longueur, garnie entre les sillons de plusieurs petites lignes tantôt transversales, tantôt obliques, suspendu dans la terre par une petite queue de sept à huit lignes de long. La longueur de ces gousses varie souvent ; il y en a d'un pouce & demi de long, & d'autres de huit à neuf lignes. Leur grosseur est assez irréguliere, les deux extrémités étant communément renflées, & le milieu comme creusé en gouttiere. Le bout par où elles sont attachées à la queue, est ordinairement plus gros que le bout opposé qui se termine souvent en une espece de pointe émoussée & relevée en façon de bec crochu.
Chaque gousse est composée de deux cosses dont les cavités qui sont inégales & garnies en-dedans d'une petite pellicule blanche, luisante & très-déliée, renferment un ou deux noyaux ronds & oblongs, divisés en deux parties, & couverts d'une petite peau rougeâtre, semblable à-peu-près à celle qui couvre les amandes ou avelines, qui noircit quand le fruit vieillit ou devient sec.
Ces noyaux, lorsque la gousse n'en renferme qu'un seul, sont assez réguliers, & ne ressemblent pas mal aux noyaux du gland ; mais lorsqu'il y en a deux, ils sont échancrés obliquement, l'un à la tête, l'autre à la queue, aux endroits par où ils se touchent. La substance de ces noyaux est blanche & oléagineuse, & le goût en est fade & insipide, tirant sur le sauvage, ayant quelque rapport avec le gout des pois chiches verts.
J'ai donné la description du manobi d'après M. Nissole, parce que celle du P. Labat est pleine d'erreurs & de contes. Voyez les Mémoires de l'Académie des Sciences, année 1723, où vous trouverez aussi la figure exacte de cette plante. (D.J.)
|
| MANOEUVRE | S. m. (Architect.) dans un bâtiment, est un homme qui sert au compagnon maçon, pour lui gâcher le plâtre, nettoyer les régles & calibres, à apporter sur son échafaud les moëllons & autres choses nécessaires pour bâtir.
MANOEUVRE, terme dont on se sert dans l'art de bâtir pour signifier le mouvement libre & aisé des ouvriers, des machines, dans un endroit serré ou étroit pour y pouvoir travailler.
MANOEUVRE, (Peinture) se dit d'un tableau qui est bien empâté, où les couleurs sont bien fondues, hardiment & facilement touché ; on dit la manoeuvre de ce tableau est belle.
MANOEUVRE se dit encore, lorsqu'on reconnoît dans un tableau que le peintre a préparé les choses dans son tableau différemment de ce qu'elles sont restées ; c'est-à-dire, qu'il a mis du verd, du rouge, du bleu en certaines places, & qu'on n'apperçoit plus qu'un reste de chacune de ces couleurs, au travers de celle qu'il a mise ou frottée dessus. On dit, le peintre a une singuliere manoeuvre.
MANOEUVRE & MANOEUVRES, (Marine) ces termes ont dans la marine des significations très-étendues, & fort différentes.
1°. On entend par la manoeuvre, l'art de conduire un vaisseau, de régler ses mouvemens, & de lui faire faire toutes les évolutions nécessaires, soit pour la route, soit pour le combat.
2°. On donne le nom général de manoeuvre à tous les cordages qui servent à gouverner & faire agir les vergues & les voiles d'un vaisseau, à tenir les mâts, &c.
MANOEUVRE ; art de soumettre le mouvement des vaisseaux à des lois, pour les diriger le plus avantageusement qu'il est possible ; toute la théorie de cet art, consiste dans la solution des six problèmes suivans. 1°. Trouver l'angle de la voile & de la quille ; 2°. déterminer la derive du vaisseau, quelque grand que soit l'angle de la voile avec la quille ; 3°. mesurer avec facilité cet angle de la derive ; 4°. trouver l'angle le plus avantageux de la voile avec le vent, l'angle de la voile & de la quille étant donné : 5°. l'angle de la voile & de la quille donné, trouver l'angle de la voile avec la quille, le plus avantageux pour gagner au vent ; 6°. déterminer la vîtesse du vaisseau, selon les angles d'incidence du vent sur les voiles, selon les différentes vitesses du vent, selon les différentes voilures ; & enfin, suivant les différentes dérives.
La maniere de résoudre ces six problèmes seroit d'un trop grand détail ; il suffit d'indiquer où l'on peut les trouver, & d'ajouter un mot sur les discussions que la théorie de la manoeuvre a excitées entre les savans. Les anciens ne connoissoient point cet art. André Doria génois, qui commandoit les galeres de France sous François I, fixa la naissance de la manoeuvre par une pratique toute nouvelle : il connut le premier qu'on pouvoit aller sur mer par un vent presque opposé à la route. En dirigeant la proue de son vaisseau vers un air de vent, voisin de celui qui lui étoit contraire, il dépassoit plusieurs navires, qui bien loin d'avancer ne pouvoient que retrograder, ce qui étonna tellement les navigateurs de ce tems, qu'ils crurent qu'il y avoit quelque chose de surnaturel. Mrs. les chevaliers de Tourville, du Guay-Trouin, Bart, du Quesne pousserent la pratique de la manoeuvre à un point de perfection, dont on ne l'auroit pas cru susceptible. Leur capacité dans cette partie de l'art de naviger, n'étoit cependant fondée que sur beaucoup de pratique & une grande connoissance de la mer. A force de tâtonnement, ces habiles marins s'étoient fait une routine, une pratique de manoeuvrer d'autant plus surprenante, qu'ils ne la devoient qu'à leur génie. Nulle régle, nul principe proprement dit ne les dirigeoit, & la manoeuvre n'étoit rien moins qu'un art.
Le pere Pardies jésuite, est le premier qui ait essayé de la soumettre à des lois : cet essai fut adopté par le chevalier Renau, qui, aidé d'une longue pratique à la mer, établit une théorie très-belle sur ces principes ; elle fut imprimée par ordre de Louis XIV. & reçûe du public avec un applaudissement général.
M. Huyghens attaqua ces principes & forma des objections, qui furent repoussées avec force par le chevalier Renau ; mais ce dernier s'étant trompé dans les principes, on reconnut l'erreur, & les marins savans virent avec douleur tomber par ce moyen une théorie qu'ils se préparoient de réduire en pratique.
M. Bernouilli prit part à la dispute, reconnut quelques méprises dans M. Huyghens, sçut les éviter, & publia en 1714. un livre intitulé, essai d'une nouvelle théorie de la manoeuvre des vaisseaux. Les savans accueillirent cet ouvrage, les marins le trouverent trop profond, & les calculs analytiques dont il étoit chargé le rendoient d'un accès trop difficile aux pilotes.
M. Pitot de l'académie des sciences, travaillant sur les principes de M. Bernouilli, calcula des tables d'une grande utilité pour la pratique, y ajouta plusieurs choses neuves, & publia son ouvrage en 1731, sous le titre de la théorie des vaisseaux réduite en pratique. Enfin, M. Saverien connu par plusieurs ouvrages, a publié en 1745 une nouvelle théorie à la portée des pilotes. MM. Bouguer & de Gensane l'ont critiquée, & il a répondu ; c'est dans tous ces ouvrages qu'on peut puiser la théorie de la manoeuvre, que les marins auront toujours beaucoup de peine à allier avec la pratique.
MANOEUVRES, (Marine). On appelle ainsi en général toutes les cordes qui servent à faire mouvoir les vergues & les voiles, & à tenir les mâts.
On distingue les manoeuvres en manoeuvres coulantes ou courantes, & manoeuvres dormantes.
Manoeuvres courantes, sont celles qui passent sur des poulies, comme les bras, les boulines, &c. & qui servent à manoeuvrer le vaisseau à tout moment.
Manoeuvres dormantes, sont les cordages fixes, comme l'itaque, les haubans, les galoubans, les étais, &c. qui ne passent pas par des poulies, ou qui ne se manoeuvrent que rarement.
Manoeuvres à queue de rat qui vont en diminuant. & qui par conséquent sont moins garnies de cordon vers le bout, que dans toute leur longueur.
Manoeuvres en bande, manoeuvres qui n'étant ni tenues, ni amarrées, ne travaillent pas.
Manoeuvres majors, ce sont les gros cordages, tels que les cables, les haussieres, les étais, les grelins, &c.
Manoeuvres passées à contre, manoeuvres qui sont passées de l'arriere du vaisseau à l'avant, comme celle du mât d'artimon.
Manoeuvres passées à tour, manoeuvres passées de l'avant du vaisseau à l'arriere, comme les cordages du grand mât & ceux des mâts de beaupré & de misaine. Voyez Pl. I. de la Marine, le dessein d'un vaisseau du premier rang avec ses mâts, vergues & cordages, &c.
MANOEUVRE, (Marine) c'est le service des matelots, & l'usage que l'on fait de tous les cordages pour faire mouvoir le vaisseau.
Manoeuvre basse, manoeuvre qu'on peut faire de dessus le pont.
Manoeuvre haute, qui se fait de dessus les hunes, les vergues & les cordages.
Manoeuvre grosse, c'est le travail qu'on fait pour embarquer les cables & les canons, & pour mettre les ancres à leur place.
Manoeuvre hardie, manoeuvre périlleuse & difficile.
Manoeuvre fine, c'est une manoeuvre promte & délicate.
Manoeuvre tortue, c'est une mauvaise manoeuvre.
|
| MANOEUVRER | c'est travailler aux manoeuvres, les gouverner, & faire agir les vergues & les voiles d'un vaisseau, pour faire une manoeuvre.
|
| MANOEUVRIER | (Marine) c'est un homme qui sait la manoeuvre : on dit, cet officier est un bon manoeuvrier.
MANOEUVRIER ou MANOUVRIER, s. m. (Comm.) compagnon, artisan, homme de peine & de journée, qui gagne sa vie du travail de ses mains. Le manouvrier est différent du crocheteur & gagne-denier.
|
| MANOIR | S. m. (Jurisp.) dans les coutumes signifie maison. Le manoir féodal ou seigneurial, est la maison du seigneur ; le principal manoir est la principale maison tenue en fief, que l'aîné a droit de prendre par préciput avec les accints & préclôtures, & le vol du chapon ; quand il n'y a point de maison, il a droit de prendre un arpent de terre tenu en fief pour lui tenir lieu du principal manoir. Cout. de Paris, art. 12. & 18. Voyez FIEF, PRECIPUT, VOL DU CHAPON. (A)
|
| MANOMETRE | S. m. (Physiq.) instrument qui a été imaginé pour montrer ou pour mesurer les altérations qui surviennent de la rareté ou de la densité de l'air, voyez AIR.
Ce mot est formé des mots grecs , rare & , mesure, &c.
Le manometre differe du barometre en ce que ce dernier ne mesure que le poids de l'atmosphere ou de la colonne d'air qui est au-dessus, au lieu que le premier mesure en même tems la densité de l'air dans lequel il se trouve ; densité qui ne dépend pas seulement du poids de l'atmosphere, mais encore de l'action du chaud & du froid, &c. Quoi qu'il en soit, plusieurs autres confondent assez généralement le manometre avec le barometre, & M. Boyle lui-même nous a donné un vrai manometre sous le nom de barometre statique.
Cet instrument consiste en une boule de verre E, fig. 12. pneum. très-peu épaisse & d'un grand volume qui est en équilibre avec un très-petit poids, par le moyen d'une balance ; il faut avoir soin que la balance soit fort sensible, afin que le moindre changement dans le poids E la fasse trébucher ; & pour juger de ce trébuchement, on adapte à la balance une portion de cercle ADC. Il est évident que quand l'air deviendra moins dense & moins pesant, le poids de la boule E augmentera, & au contraire : de sorte que cette boule l'emportera sur le poids ou le poids sur elle. Voyez BAROMETRE.
Dans les mémoires de l'académie de 1705, on trouve un mémoire de M. Varignon, dans lequel ce géometre donne la description d'un manometre de son invention, & un calcul algébrique par le moyen duquel on peut connoître les propriétés de cet instrument. (O)
|
| MANOSQUE | Manosca, (Géog.) ville de France en Provence sur la Durance, dans la viguerie de Forcalquier, avec une commanderie de l'ordre de Malthe. Elle est dans un pays très-beau & très-fertile, à 4 lieues S. de Forcalquier, 154 S. E. de Paris. Long. 23. 30. lat. 43. 52.
Dufour (Philippe Sylvestre), marchand droguiste à Lyon, mais au-dessus de son état par ses ouvrages, étoit de Manosque. Il mourut dans le pays de Vaud en 1685, à 63 ans.
|
| MANOTCOUSIBI | (Géogr.) riviere de l'Amérique septentrionale, au 59 degré de latitude nord, dans la baie de Hudson. Les Danois la découvrirent en 1668 ; on l'appelle encore la riviere danoise, & les Anglois la nomment Churchill. (D.J.)
|
| MANQUER | v. act. (Gram.) il a un grand nombre d'acceptions. Voyez -en quelques-unes dans les articles suivans.
MANQUER, (Comm.) signifie faire banqueroute, faire faillite. Voyez BANQUEROUTE & FAILLITE. On voit souvent manquer de gros négocians & des banquiers accrédités, soit par leur mauvaise conduite, soit par la faute de leurs correspondans.
MANQUER, en Marine, se dit d'une manoeuvre qui a largué, ou lâché, ou qui s'est rompue.
MANQUER, en Jardinage, se dit d'un jardin qui manque d'eau, de fumier : les fruits ont manqué cette année.
|
| MANRESE | (Géog.) en latin Minorissa, ancienne petite ville d'Espagne dans la Catalogne, au confluent du Cordonéro & du Lobrégat, à 9 lieues N. O. de Barcelone, 6 S. E. de Cardonne. Long. 19. 30. lat. 41. 36.
|
| MANS | LE, (Géogr.) ancienne ville de France sur la Sarte, capitale de la province du Maine. C'est la même que la table de Peutinger appelle Suindinum. Dans les notices des villes de la Gaule elle est nommée civitas Cenomanorum. Sous le regne de Charlemagne c'étoit une des plus grandes & des riches villes du royaume ; les tems l'ont bien changée. Presque dans chaque siecle elle a éprouvé des incursions, des siéges, des incendies, & autres malheurs semblables, dont elle ne sauroit se relever. Elle contient à peine aujourd'hui neuf ou dix mille ames. Son évêque se dit le premier suffragant de l'archevêché de Tours, mais cette prétention lui est fort contestée. Son évêché vaut environ 17000 livres de revenu. Le Mans est sur une colline, à 8 lieues N. O. d'Alençon, 17 N. O. de Tours, 19 N. E. d'Angers, 30 N. E. d'Orléans, 48 S. O. de Paris. Longit. selon Cassini, 17. 36'. 30''. lat. 47. 58. (D.J.)
|
| MANS-JA | S. m. (Commerce) poids dont on se sert en quelques lieux de la Perse, particulierement dans le Servan & aux environs de Tauris. Il pese douze livres un peu légeres. Dictionnaire de Commerce. (G)
|
| MANSARDE | S. f. terme d'Architecture. On nomme ainsi la partie de comble brisé qui est presque à-plomb depuis l'égoût jusqu'à la panne de bresée, où elle joint le vrai comble. On y pratique ordinairement des croisées. On doit l'invention de ces sortes de combles à François Mansard, célebre architecte.
|
| MANSART | (Hist. nat.) voyez RAMIER.
MANSARD, s. m. (Docimast.) on appelle ainsi dans les fonderies un instrument avec lequel on prend les essais du cuivre noir, & qui est une verge de fer au bout de laquelle est une espece de ciseau d'acier poli. Dans chaque percée de la fonte, aussi-tôt que la matte est enlevée, on trempe un pareil instrument, le cuivre noir s'attache à l'acier poli, & on l'en sépare pour l'usage. Tiré du schlutter de M. Hélot.
|
| MANSEBDARS | S. m. (Histoire mod.) nom qu'on donne dans le Mogol à un corps de cavalerie qui compose la garde de l'empereur, & dont les soldats sont marqués au front. On les appelle ainsi du mot manseb, qui signifie une paye plus considérable que celle des autres cavaliers. En effet, il y a tel mansebdar qui a jusqu'à 750 roupies du premier titre de paye par an, ce qui revient à 1075 livres de notre monnoie. C'est du corps des mansebdars qu'on tire ordinairement les omrhas ou officiers généraux. Voyez OMRHAS. (G)
|
| MANSFELD | Mansfeldia, (Géogr.) petite ville de même nom, avec titre de comté. Elle est à 14 lieues S. O. de Magdebourg, 18 N. E. d'Erfort, 19 S. O. de Wirtemberg. Long. 29. 30. lat. 51. 35.
Vigand (Jean), savant théologien, disciple de Mélancthon, a illustré Mansfeld sa patrie, en y recevant le jour. Il est connu par plusieurs ouvrages estimés, & pour avoir travaillé avec Flaccus Illyricus aux centuries de Magdebourg. Il décéda en 1587, à 64 ans. (D.J.)
|
| MANSFENY | S. m. (Hist. nat.) oiseau de proie d'Amérique ; il ressemble beaucoup à l'aigle ; il n'est guere plus gros qu'un faucon, mais il a les ongles deux fois plus longs & plus forts. Quoiqu'il soit bien armé, il n'attaque que les oiseaux qui n'ont point de défense, comme les grives, les alouettes de mer, les ramiers, les tourterelles, &c. Il vit aussi de serpens & de petits lézards. La chair de cet oiseau est un peu noire & de très-bon goût. Hist. gen. des Antilles, par le P. du Tertre.
|
| MANSION | S. f. (Géogr.) Ce mot doit être employé dans la géographie de l'Empire romain lorsqu'il s'agit de grandes routes. C'est un terme latin, mansio, lequel signifie proprement demeure, séjour, & même ses autres acceptions sont toutes relatives à cette signification.
1°. Quand les Romains s'arrêtoient un petit nombre de jours pour laisser reposer les troupes dans des camps, ces camps étoient nommés mansiones ; mais s'ils y passoient un tems plus considérable, ils s'appelloient stativa castra.
2°. Les lieux marqués sur les grandes routes, où les légions, les recrues, les généraux avec leur suite, les empereurs mêmes trouvoient tous leurs besoins préparés d'avance, soit dans les magasins publics, soit par d'autres dispositions, se nommoient mansiones. C'étoit dans une mansion, entre Héraclée & Constantinople, qu'Aurelien fut assassiné par deux de ses gens. Ces mansions étoient proprement affectées à la commodité des troupes ou des personnes revêtues de charges publiques, & on leur fournissoit tout des deniers de l'état. Celui qui avoit l'intendance d'une mansion se nommoit manceps ou stationarius.
3°. Il y avoit outre cela des mansions ou gîtes pour les particuliers qui voyageoient, & où ils étoient reçus en payant les frais de leur dépense : c'étoient proprement des auberges. C'est de ce mot de mansio, dégénéré en masio, que nos ancêtres ont formé le mot de maison.
4°. Comme la journée du voyageur finissoit au gîte ou à la mansion, de-là vint l'usage de compter les distances par mansions, c'est-à-dire par journées de chemin. Pline dit mansionibus octo stat regio thurifera à monte excelso. Les Grecs ont rendu le mot de mansion par celui de stathmos, . (D.J.)
|
| MANSIONILE | (Géog.) terme de la latinité barbare, employé pour signifier un champ accompagné d'une maison, pour y loger le laboureur. On a dit également dans la basse latinité mansionile, mansionilis, mansionillum, mansile, masnile, mesnillum ; de ces mots on en a fait en françois Maisnil, Mesnil, Ménil : de-là vient encore le nom propre de Ménil & celui de du Mesnil. Il y a encore plusieurs terres dans le royaume qui portent le nom de Blanc-Ménil ; Grand-Ménil, Petit-Ménil, Ménil-Piquet, &c.
On voit par d'anciennes chroniques qu'on mettoit une grande différence entre mansionile & villa. Le premier étoit une maison détachée & seule, comme on en voit dans les campagnes, au lieu que villa signifioit alors tout un village. (D.J.)
|
| MANSIONNAIRE | S. m. (Hist. ecclés.) officier ecclésiastique dans les premiers siecles, sur la fonction duquel les critiques sont fort partagés.
Les Grecs les nommoient : c'est sous ce nom qu'on les trouve distingués des économes & des défenseurs dans le deuxieme canon du concile de Chalcédoine. Denis le Petit, dans sa version des canons de ce concile, rend ce mot par celui de mansionarius, qu'on trouve aussi employé par saint Grégoire dans ses dialogues, liv. I. & III.
Quelques-uns pensent que l'office de mansionnaire étoit le même que celui du portier, parce que saint Grégoire appelle abundius le mansionnaire, le gardien de l'église, custodem ecclesiae ; mais le même pape dans un autre endroit remarque que la fonction du mansionnaire étoit d'avoir soin du luminaire & d'allumer les lampes & les cierges, ce qui reviendroit à-peu-près à l'office de nos acolytes d'aujourd'hui. Justel & Beveregius prétendent que ces mansionnaires étoient des laïcs & des fermiers qui faisoient valoir les biens des églises ; c'est aussi le sentiment de Cujas, de Godefroi, de Suicer & de Vossius. Bingham, orig. eccles. tom. II. lib. III. c. xiij. §. 1. (G)
|
| MANSOUR | ou MASSOURE, (Géogr.) forte ville d'Egypte qui renferme plusieurs belles mosquées ; c'est la résidence du cascief de Dékalie. Elle est sur le bord oriental du Nil, près de Damiette. C'est dans son voisinage qu'en 1249 se livra le combat entre l'armée des Sarasins & celle de S. Louis, qui fut suivie de la prise de ce prince & de la perte de Damiette. Long. 49. 35. lat. 27. (D.J.)
|
| MANSTUPRATIO | ou MANUSTUPRATION. (Médec. Pathol.) Ce nom & ses synonymes mastupration & masturtion, sont composés de deux mots latins manus, qui signifie main, & stupratio ou stuprum, violement, pollution. Ainsi suivant leur étymologie, ils désignent une pollution opérée par la main, c'est-à-dire, une excrétion forcée de semence déterminée par des attouchemens, titillations & frottemens impropres. Un auteur anglois l'a aussi désignée sous le titre d'onania dérivé d'Onam, nom d'un des fils de Juda, dont il est fait mention dans l'ancien Testament (Genes. cap. xxxviij. vers. ix. & x.) dans une espece de traité ou plutôt une bizarre collection d'observations de Médecine, de réflexions morales, & de décisions théologiques sur cette matiere. M. Tissot c'est aussi servi, à son imitation, du mot d'onanisme dans la traduction d'une excellente dissertation qu'il avoit composée sur les maladies qui sont une suite de la manustupration, & dont nous avons tiré beaucoup pour cet article.
De toutes les humeurs qui sont dans notre corps, il n'y en a point qui soit préparée avec tant de dépense & de soin que la semence, humeur précieuse, source & matiere de la vie. Toutes les parties concourent à sa formation ; & elle n'est qu'un extrait digéré du suc nourricier, ainsi qu'Hippocrate & quelques anciens l'avoient pensé, & comme nous l'avons prouvé dans une these sur la génération, soutenue aux écoles de Médecine de Montpellier. Voyez SEMENCE. Toutes les parties concourent aussi à son excrétion, & elles s'en ressentent après par une espece de foiblesse, de lassitude & d'anxiété. Il est cependant un tems où cette excrétion est permise, où elle est utile, pour ne pas dire nécessaire. Ce temps est marqué par la nature, annoncé par l'éruption plus abondante des poils, par l'accroissement subit & le gonflement des parties génitales, par des érections fréquentes ; l'homme alors brûle de répandre cette liqueur abondante qui distend & irrite les vésicules séminales. L'humeur fournie par les glandes odoriférantes entre le prépuce & le gland, qui s'y ramasse pendant une inaction trop longue, s'y altere, devient âcre, stimulante, sert aussi d'aiguillon ou de motif. La seule façon de vuider la semence superflue qui soit selon les vûes de la nature, est celle qu'elle a établie dans le commerce & l'union avec la femme dans qui la puberté est plus précoce, les desirs d'ordinaire plus violens, & leur contrainte plus funeste ; & qu'elle a consacrée pour l'y engager davantage par les plaisirs les plus délicieux. A cette excrétion naturelle & légitime, on pourroit aussi ajouter celle que provoquent pendant le sommeil aux célibataires des songes voluptueux qui suppléent également & quelquefois même surpassent la réalité. Malgré ces sages précautions de la nature, on a vû dans les tems les plus reculés, se répandre & prévaloir une infame coutume née dans le sein de l'indolence & de l'oisiveté ; multipliée ensuite & fortifiée de plus en plus par la crainte de ce venin subtil & contagieux qui se communique par ce commerce naturel dans les momens les plus doux. L'homme & la femme ont rompu les liens de la société ; & ces deux sexes également coupables, ont tâché d'imiter ces mêmes plaisirs auxquels ils se refusoient, & y ont fait servir d'instrumens leurs criminelles mains ; chacun se suffisant par-là, ils ont pu se passer mutuellement l'un de l'autre. Ces plaisirs forcés, foibles images des premiers, sont cependant devenus une passion qui a été d'autant plus funeste, que par la commodité de l'assouvir, elle a eu plus souvent son effet. Nous ne la considérerons ici qu'en qualité de médecins, comme cause d'une infinité de maladies très-graves, le plus souvent mortelles. Laissant aux théologiens le soin de décider & de faire connoître l'énormité du crime ; en la faisant envisager sous ce point de vûe, en présentant l'affreux tableau de tous les accidens qu'elle entraîne, nous croyons pouvoir en détourner plus efficacement. C'est en ce sens que nous disons que la manustupration qui n'est point fréquente, qui n'est pas excitée par une imagination bouillante & voluptueuse, & qui n'est enfin déterminée que par le besoin, n'est suivie d'aucun accident, & n'est point un mal (en Médecine.) Bien plus, les anciens, juges trop peu séveres & scrupuleux, pensoient que lorsqu'on la contenoit dans ces bornes, on ne violoit pas les loix de la continence. Aussi Galien ne fait pas difficulté d'avancer que cet infame cynique (Diogene) qui avoit l'impudence de recourir à cette honteuse pratique en présence des Athéniens, étoit très-chaste, quoad continentiam pertinet constantissimam ; parce que, poursuit-il, il ne le faisoit que pour éviter les inconvéniens que peut entraîner la semence retenue. Mais il est rare qu'on ne tombe pas dans l'excès. La passion emporte : plus on s'y livre, & plus on y est porté ; & en y succombant, on ne fait que l'irriter. L'esprit continuellement absorbé dans des pensées voluptueuses, détermine sans cesse les esprits animaux à se porter aux parties de la génération, qui, par les attouchemens répétés, sont devenues plus mobiles, plus obéissantes au déréglement de l'imagination : de-là les érections presque continuelles, les pollutions fréquentes, & l'évacuation excessive de semence.
C'est cette excrétion immodérée qui est la source d'une infinité de maladies : il n'est personne qui n'ait éprouvé combien, lors même qu'elle n'est pas poussée trop loin, elle affoiblit ; & quelle langueur, quel dérangement, quel trouble suivent l'acte vénérien un peu trop réiteré : les nerfs sont les parties qui semblent principalement affectées, & les maladies nerveuses sont les suites les plus fréquentes de cette évacuation trop abondante. Si nous considérons la composition de la semence & le méchanisme de son excrétion, nous serons peu surpris de la voir devenir la source & la cause de cette infinité de maladies que les médecins observateurs nous ont transmis. Celles qui commencent les premieres à se développer, sont un abattement de forces, foiblesses, lassitudes spontanées, langueur d'estomac, engourdissement du corps & de l'esprit, maigreur, &c. Si le malade nullement effrayé par ces symptomes, persiste à en renouveller la cause, tous ces accidens augmentent ; la phthisie dorsale survient ; une fievre lente se déclare ; le sommeil est court, interrompu, troublé par des songes effrayans ; les digestions se dérangent totalement ; la maigreur dégénere en marasme ; la foiblesse devient extrème ; tous les sens, & principalement la vûe, s'émoussent ; les yeux s'enfoncent, s'obscurcissent, quelquefois même perdent tout-à-fait la clarté ; le visage est couvert d'une pâleur mortelle ; le front parsemé de boutons ; la tête est tourmentée de douleurs affreuses ; une goutte cruelle occupe les articulations ; tout le corps quelquefois souffre d'un rhumatisme universel, & sur-tout le dos & les reins qui semblent moulus de coups de bâton. Les parties de la génération, instrumens des plaisirs & du crime, sont le plus souvent attaquées par un priapisme douloureux, par des tumeurs, par des ardeurs d'urine, strangurie, le plus souvent par une gonorrhée habituelle, ou par un flux de semence au moindre effort : ce qui acheve encore d'épuiser le malade.
J'ai vû une personne qui, à la suite de débauches outrées, étoit tombée dans une fievre lente ; & toutes les nuits elle essuyoit deux ou trois pollutions nocturnes involontaires. Lorsque la semence sortoit, il lui sembloit qu'un trait de flamme lui dévoroit l'urethre. Tous ces dérangemens du corps influent aussi sur l'imagination, qui ayant eu la plus grande part au crime, est aussi cruellement punie par les remords, la crainte, le desespoir, & souvent elle s'appesantit. Les idées s'obscurcissent ; la mémoire s'affoiblit : la perte ou la diminution de la mémoire est un accident des plus ordinaires. Je sens bien, écrivoit un mastuprateur pénitent à M. Tissot, que cette mauvaise manoeuvre m'a diminué la force des facultés, & sur-tout la mémoire. Quelquefois les malades tombent dans une heureuse stupidité : ils deviennent hébêtés, insensibles à tous les maux qui les accablent. D'autres fois au contraire, tout le corps est extraordinairement mobile, d'une sensibilité exquise ; la moindre cause excite des douleurs aiguës, occasionne des spasmes, des mouvemens convulsifs ; quelques malades sont devenus par cette cause, paralytiques, hydropiques ; plusieurs sont tombés dans des accès de manie, de mélancolie, d'hypocondriacité, d'épilepsie. On a vû dans quelques-uns la mort précipitée par des attaques d'apoplexie, par des gangrenes spontanées : ces derniers accidens sont plus ordinaires aux vieillards libertins qui se livrent sans mesure à des plaisirs qui ne sont plus de leur âge. On voit par-là qu'il n'y a point de maladie grave qu'on n'ait quelquefois observé suivre une évacuation excessive de semence ; mais bien plus, les maladies aiguës qui surviennent dans ces circonstances sont toujours plus dangereuses, & acquierent par-là un caractere de malignité, comme Hippocrate l'a observé (epidem. lib. III. sect. 3. aegr. 16.) Il semble qu'on ne sauroit rien ajouter au déplorable état où se trouvent réduits ces malades : mais l'horreur de leur situation est encore augmentée par le souvenir desespérant des plaisirs passés, des fautes, des imprudences, & du crime. Sans ressource du côté de la morale pour tranquilliser leur esprit ; ne pouvant pour l'ordinaire recevoir de la Médecine aucun soulagement pour le corps, ils appellent à leur secours la mort, trop lente à se rendre à leurs souhaits ; ils la souhaitent comme le seul asyle à leurs maux, & ils meurent enfin dans toutes les horreurs d'un affreux desespoir.
Toutes ces maladies dépendantes principalement de l'évacuation excessive de semence, regardent presqu'également le coït & la manustupration ; mais l'observation fait voir que les accidens qu'entraîne cette excrétion illégitime sont bien plus graves & plus promts que ceux qui suivent les plaisirs trop réitérés d'un commerce naturel : à l'observation incontestable nous pouvons joindre les raisons suivantes.
1°. C'est un axiome de Sanctorius, confirmé par l'expérience, que l'excrétion de la semence déterminée par la nature, c'est-à-dire par la plénitude & l'irritation locale des vésicules séminales, loin d'affoiblir le corps, le rend plus agile, & qu'au contraire " celle qui est excitée par l'imagination, la blesse ainsi que la mémoire ", à mente, mentem & memoriam laedit. (sect. VI. aphor. 35.) c'est ce qui arrive dans la manustupration. Les idées obscenes, toujours présentes à l'esprit, occasionnent les érections, sans que la semence y concoure par sa quantité ou son mouvement. Les efforts que l'on fait pour en provoquer l'excrétion, sont plus grands, durent plus longtems, & en conséquence affoiblissent davantage. Mais ce qu'il y a de plus horrible, c'est qu'on voit des jeunes personnes se livrer à cette passion, avant d'être parvenues à l'âge fixé par la nature, où l'excrétion de la semence devient un besoin ; ils n'ont d'autre aiguillon que ceux d'une imagination échauffée par des mauvais exemples, ou par des lectures obscènes ; ils tâchent, instruits par des compagnons séducteurs, à force de chatouillemens, d'exciter une foible érection, & de se procurer des plaisirs qu'on leur a exagérés. Mais ils se tourmentent en vain, n'éjaculant rien, ou que très-peu de chose, sans ressentir cette volupté piquante qui assaisonne les plaisirs légitimes. Ils parviennent cependant par-là à ruiner leur santé, à affoiblir leur tempérament, & à se préparer une vie languissante & une suite d'incommodités.
2°. Le plaisir vif qu'on éprouve dans les embrassemens d'une femme qu'on aime, contribue à réparer les pertes qu'on a fait & à diminuer la foiblesse qui devroit en résulter. La joie est, comme personne n'ignore, très-propre à réveiller, ranimer les esprits animaux engourdis, à redonner du ton & de la force au coeur : après qu'on a satisfait en particulier à l'infame passion dont il est ici question, on reste foible, anéanti, & dans une triste confusion qui augmente encore la foiblesse. Sanctorius, exact observateur de tous les changemens opérés dans la machine, assure que " l'évacuation même immodérée de semence dans le commerce avec une femme qu'on a désiré passionnément, n'est point suivie des lassitudes ordinaires ; la consolation de l'esprit aide alors la transpiration du coeur, augmente sa force, & donne lieu par-là à une promte réparation des pertes que l'on vient de faire ". Sect. vj. aphor. 6. C'est ce qui a fait dire à l'auteur du tableau de l'amour conjugal, que le commerce avec une jolie femme affoiblissoit moins qu'avec une autre.
3°. La manustupration étant devenue, comme il arrive ordinairement, passion ou fureur, tous les objets obscènes, voluptueux, qui peuvent l'entretenir & qui lui sont analogues, se présentent sans cesse à l'esprit qui s'absorbe tout entier dans cette idée, il s'en repaît jusque dans les affaires les plus sérieuses, & pendant les pratiques de religion ; on ne sauroit croire à quel point cette attention à un seul objet énerve & affoiblit. D'ailleurs les mains obéissant aux impressions de l'esprit se portent habituellement aux parties génitales ; ces deux causes rendent les érections presque continuelles ; il n'est pas douteux que cet état des parties de la génération n'entraîne la dissipation des esprits animaux ; il est constant que ces érections continuelles, quand même elles ne seroient pas suivies de l'évacuation de semence, épuisent considérablement : j'ai connu un jeune homme qui ayant passé toute une nuit à côté d'une femme sans qu'elle voulût se prêter à ses desirs, resta pendant plusieurs jours extraordinairement affoibli des simples efforts qu'il avoit faits pour en venir à bout.
4°. On peut tirer encore une nouvelle raison de l'attitude & de la situation gênée des mastrupateurs dans le tems qu'ils assouvissent leur passion, qui ne contribue pas peu à la foiblesse qui en résulte & qui peut même avoir d'autres inconvéniens, comme il paroît par une observation curieuse que M. Tissot rapporte d'un jeune homme qui, donnant dans une débauche effrénée sans choix des personnes, des lieux & des postures, satisfaisoit ses desirs peu délicats souvent tout droit dans des carrefours, fut attaqué d'un rhumatisme cruel aux reins & d'une atrophie, & demi-paralysie aux cuisses & aux jambes, qui le mirent au tombeau dans quelques mois.
Pour donner un nouveau poids à toutes ces raisons, nous choisirons parmi une foule de faits celui que rapporte M. Tissot, comme plus frappant & plus propre à inspirer une crainte salutaire à ceux qui ont commencé de se livrer à cette infame passion. Un jeune artisan, robuste & vigoureux, contracta à l'âge de dix-sept ans cette mauvaise habitude, qu'il poussa si loin qu'il y sacrifioit deux ou trois fois par jour. Chaque éjaculation étoit précédée & accompagnée d'une légere convulsion de tout le corps, d'un obscurcissement dans la vûe, & en même tems la tête étoit retirée en arriere par un spasme violent des muscles postérieurs, pendant que le col se gonfloit considérablement sur le devant. Après environ un an passé de cette façon, une foiblesse extrème se joignit à ces accidens qui, moins forts que sa passion, ne purent encore le détourner de cette pernicieuse pratique ; il y persista jusqu'à ce qu'enfin il tomba dans un tel anéantissement que, craignant la mort qui lui sembloit prochaine, il mit fin à ses déréglemens. Mais il fut sage trop tard, la maladie avoit déja jetté de profondes racines. La continence la plus exacte ne pût en arrêter les progrès. Les parties génitales étoient devenues si mobiles, que le moindre aiguillon suffisoit pour exciter une érection imparfaite même à son insû, & déterminer l'excrétion de semence ; la rétraction spasmodique de la tête étoit habituelle, revenoit par intervalles, chaque paroxisme duroit au moins huit heures, quelquefois il s'étendoit jusqu'à quinze, avec des douleurs si aiguës que le malade poussoit des hurlemens affreux ; la déglutition étoit pour-lors si gênée qu'il ne pouvoit prendre la moindre quantité d'un aliment liquide & solide, sa voix étoit toûjours rauque, ses forces étoient entierement épuisées. Obligé d'abandonner son métier, il languit pendant plusieurs mois sans le moindre secours, sans consolation, pressé au contraire par les remords que lui donnoit le souvenir de ses crimes récens, qu'il voyoit être la cause du funeste état où il se trouvoit réduit. C'est dans ces circonstances, raconte M. Tissot, qu'ayant ouï parler de lui, j'allai moi-même le voir : j'apperçus un cadavre étendu sur la paille, morne, défait, pâle, maigre, exhalant une puanteur insoutenable, presqu'imbécille, & ne conservant presqu'aucun caractere d'homme, un flux involontaire de salive inondoit sa bouche, attaqué d'une diarrhée abondante il étoit plongé dans l'ordure. Ses narines laissoient échapper par intervalles un sang dissous & aqueux ; le désordre de son esprit peint dans ses yeux & sur son visage étoit si considérable qu'il ne pouvoit dire deux phrases de suite. Devenu stupide, hébêté, il étoit insensible à la triste situation qu'il éprouvoit. Une évacuation de semence fréquente sans érection ni chatouillement, ajoutoient encore à sa foiblesse & à sa maigreur excessive ; parvenu au dernier degré de marasme, ses os étoient presque tous à découvert à l'exception des extrémités qui étoient oedémateuses ; son pouls étoit petit, concentré, fréquent ; sa respiration gênée, anhéleuse ; les yeux qui dès le commencement avoient été affoiblis, étoient alors troubles, louches, recouverts d'écailles (lemosi) & immobiles : en un mot, il est impossible de concevoir un spectacle plus horrible. Quelques remedes toniques employés diminuerent les paroxismes convulsifs, mais ils ne purent empêcher le malade de mourir quelque tems après ayant tout le corps bouffi, & ayant commencé depuis longtems de cesser de vivre. On trouve plusieurs autres observations à peu-près semblables dans différens auteurs, & sur-tout dans le traité anglois dont nous avons parlé, & dans l'ouvrage intéressant de M. Tissot. Il n'est même personne qui ayant vécu avec des jeunes gens n'en ait vû quelqu'un qui, livré à la manustupration, n'ait encouru par-là des accidens très-fâcheux ; c'est un souvenir que je ne rappelle encore qu'avec effroi, j'ai vû avec douleur plusieurs de mes condisciples emportés par cette criminelle passion, dépérir sensiblement, maigrir, devenir foibles, languissans, & tomber ensuite dans une phthysie incurable.
Il est à remarquer que les accidens sont plus promts & plus fréquens dans les hommes que dans les femmes ; on a cependant quelques observations rares des femmes qui sont devenues par-là hystériques, qui ont été attaquées de convulsions, de douleurs de reins, qui ont éprouvé en conséquence des chûtes, des ulceres de la matrice, des dartres, des allongemens incommodes du clitoris : quelques-unes ont contracté la fureur utérine : une femme à Montpellier mourut d'une perte de sang pour avoir soutenu pendant toute une nuit les caresses successives de six soldats vigoureux. Quoique les hommes fournissent plus de tristes exemples que les femmes, ce n'est pas une preuve qu'elles soient moins coupables ; on peut assurer qu'en fait de libertinage les femmes ne le cedent en rien aux hommes ; mais répandant moins de vraie semence dans l'éjaculation, excitée par le coït ou par la manustupration, elles peuvent sans danger la réitérer plus souvent : Cléopatre & Messaline en fournissent des témoignages fameux auxquels on peut ajouter ceux de la quantité innombrable de nos courtisannes modernes, qui font aussi voir par-là le penchant effréné que ce sexe a pour la débauche.
Réflexions pratiques. Quelqu'inefficaces que soient les traitemens ordinaires dans les maladies qui sont excitées par la manustupration, on ne doit cependant pas abandonner cruellement les malades à leur déplorable sort, sans aucun remede. Quand même on seroit assuré qu'ils ne peuvent opérer aucun changement heureux, il faudroit les ordonner dans la vûe d'amuser & de tranquilliser les malades ; il faut seulement dans les maladies qui exigent un traitement particulier, comme l'hydropisie, la manie, l'épilepsie &c. éviter avec soin tous les médicamens forts, actifs, échauffans, de même que ceux qui relâchent, rafraîchissent & affadissent trop ; la saignée & les purgatifs sont extrèmement nuisibles ; les cordiaux les plus énergiques ne produisent qu'un effet momentané, ils ne diminuent la foiblesse que pour un tems, mais après que leur action est passée elle devient plus considérable. Les remedes qu'une observation constante a fait regarder comme plus appropriés, comme capables de calmer la violence des accidens & même de les dissiper lorsqu'ils ne sont pas invétérés, sont les toniques, les légers stomachiques amers, & par-dessus tous le quinquina, les eaux martiales, & les bains froids dont la vertu roborante est constatée par plus de vingt siecles d'une heureuse expérience. Quelques auteurs conseillent aussi le lait ; mais outre que l'estomac dérangé de ces malades ne pourroit pas le supporter, il est très-certain que son usage continué affoiblit. Hippocrate a prononcé depuis long-tems que le lait ne convenoit point aux malades qui étoient trop exténués (Aphor. 64. lib. V.) ; la moindre réflexion sur ces effets suffiroit pour le bannir du cas présent. Voyez LAIT. Le régime des malades dont il est ici question doit être sévere, il faut les nourrir avec des alimens succulens mais en petite quantité ; on peut leur permettre quelques gouttes de vin pourvû qu'il soit bien bon & mêlé avec de l'eau qui ne sauroit être assez fraîche ; on doit de même éviter trop de chaleur dans le lit, pour cela il faut en bannir tous ces lits de plumes, ces doubles matelats inventés par la mollesse & qui l'entretiennent. L'air de la campagne, l'équitation, la fuite des femmes, la dissipation, les plaisirs qui peuvent distraire des idées voluptueuses, obscènes, & faire perdre de vûe les objets du délire, sont des ressources qu'on doit essayer & qui ne peuvent qu'être très-avantageuses, si la maladie est encore susceptible de soulagement.
|
| MANSUS | ou MANSA, ou MANSUM, (Géog.) terme de la basse latinité, qui désignoit un lieu de la campagne où il y avoit de quoi loger & nourrir une famille. C'est ce que quelques provinces de France expriment par le mot mas. La coûtume d'Auvergne, c. xxviij. art. 5. dit : pâturages se terminent par villages, mas, & tenemens. Celui qui occupoit un mas, ou mansus, étoit appellé manens, d'où nous avons fait & conservé dans notre langue le terme de manant, pour dire un homme de la campagne.
Rien n'est plus commun dans les actes du moyen âge que le mot mansus, ou mansum. On appelloit mansum regale, les manens qui étoient du domaine du roi. Les lois bornerent à un certain nombre d'arpens ce que chaque manse devoit posséder.
Il y avoit de grands manses, de petits manses, & des demi- manses. Enfin il y avoit entre ces manses plusieurs différences distinguées par des épithetes, que l'on peut voir dans Ducange. (D.J.)
|
| MANTA | (Géog.) havre de l'Amérique méridionale, au Pérou, à son extrémité septentrionale, à neuf lieues N. E. & S. O. de la baie de Caracas : ce havre n'est habité que par quelques indiens, cependant c'est le premier établissement où les navires puissent toucher en venant de Panama, pour aller à Lima, ou à quelqu'autre port du Pérou. La montagne ronde & de la forme d'un pain de sucre, nommée Monte-Christo, qui est au sud de Manta, est le meilleur fanal qu'il y ait sur toute la côte. (D.J.)
|
| MANTE | S. f. (Hist. nat.) insecte qui ressemble beaucoup à la sauterelle, & dont le corps est beaucoup plus allongé. Il y a des mantes qui ne sont pas plus grosses que le tuyau d'une plume, quoiqu'elles aient cinq à six pouces de longueur. Voyez INSECTE.
MANTE, s. f. syrma ou palla, (Hist. anc.) habillement des dames romaines. C'étoit une longue piece d'étoffe riche & précieuse, dont la queue extraordinairement traînante, se détachoit de tout le reste du corps, depuis les épaules où elle étoit arrêtée avec une agrafe le plus souvent garnie de pierreries, & se soutenoit à une assez longue distance par son propre poids. La partie supérieure de cette mante portoit ordinairement sur l'épaule & sur le bras gauche, pour donner plus de liberté au bras droit que les femmes portoient découvert comme les hommes, & formoit par-là un grand nombre de plis qui donnoient de la dignité à cet habillement. Quelques-uns prétendent que la forme en étoit quarrée, quadrum pallium. Le fond étoit de pourpre & les ornemens d'or, & même de pierreries selon Isidore. La mode de cette mante s'introduisit sur la scene, & les comédiennes balayoient les théatres avec cette longue robe :
longo syrmate verrit humum
Saumaise, dans ses notes sur Vopiscus, croit que le syrma étoit une espece d'étoffe particuliere, ou les fils d'or & d'argent qui entroient dans cette étoffe ; mais le grand nombre des auteurs pense que c'étoit un habit propre aux femmes, & sur-tout à celles de la premiere distinction.
MANTE, Medunta, (Géog.) ville de l'île de France, capitale du Mantois. Elle est dans le diocèse de Chartres, à 11 lieues N. O. de Paris. Long. 19. 20. lat. 48. 58.
Le jésuite Antoine Possevin qui a mis au jour une bibliotheque sacrée, naquit à Mante, & mourut à Ferrare en 1611, à soixante-dix-huit ans.
Nicolas Bernier, célebre musicien françois, mort à Paris en 1734, à soixante-dix ans, étoit aussi de Mante.
Mais cette ville est sur-tout remarquable par la sépulture de Philippe-Auguste, roi de France, qui y mourut en 1223. (D.J.)
|
| MANTEAU | S. m. (Gram.) il se dit en général de tout vêtement de dessus, qui se porte sur les épaules & qui enveloppe le corps.
MANTEAU, (Antiquités, Médailles, Littérature) vêtement fort ordinaire aux Grecs, & qui ne fut guere connu à Rome avant le tems des Antonins. Quoique le manteau devînt insensiblement chez les Grecs l'apanage des Philosophes, de même que leurs barbes, on trouve sur des marbres, sur des médailles, & sur des pierres gravées antiques, des dieux & des héros représentés aussi avec des manteaux. Tel est Jupiter sur l'une des belles agates du cabinet du roi, gravée & expliquée dans le premier tome de l'acad. des Inscriptions. Apollon a un manteau qui descend un peu plus bas que les genoux dans une autre pierre gravée, dont Béger nous a donné le dessein. Une admirable cornaline gravée par Dioscoride, qui y a mis son nom, représente Mercure de face & debout, avec un manteau semblable à celui que porte Jupiter sur l'agate du cabinet du roi. Thélesphore, fils d'Esculape & particulierement honoré à Pergame, est représenté sur quelques pierres gravées & sur quelques médailles du tems d'Hadrien, de Lucius Verus & d'Eliogabale, avec un manteau qui descend jusqu'à mi-jambe : il a d'ailleurs cette singularité, qu'il paroît tenir à une espece de capuchon qui lui couvre une partie de la tête, & forme assez exactement le bardocucullus de nos moines. On trouve sur une médaille consulaire de la famille Mamilia, l'histoire d'Ulysse qui arrive chez lui & qui y est reconnu par son chien ; ce héros y est représenté avec un manteau tout pareil à ceux dont nous venons de parler. Voyez Buonarotti, Planche VI. & les Familles romaines de Charles Patin. (D.J.)
MANTEAU d'honneur, (Hist. de la Chevalerie) manteau long & traînant, enveloppant toute la personne, & qui étoit particuliérement réservé au chevalier, comme la plus auguste & la plus noble décoration qu'il pût avoir, lorsqu'il n'étoit point paré de ses armes. La couleur militaire de l'écarlate que les guerriers avoient eu chez les Romains, fut pareillement affectée à ce noble manteau, qui étoit doublé d'hermine, ou d'autre fourrure précieuse. Nos rois le distribuoient aux nouveaux chevaliers qu'ils avoient faits. Les pieces de velours ou d'autres étoffes qui se donnent encore à présent à des magistrats, en sont la représentation ; tel est encore l'ancien droit d'avoir le manteau d'hermine, & figuré dans les armoiries des ducs & présidens à mortier, qui l'ont eux-mêmes emprunté de l'usage des tapis & pavillons armoiriés, sous lesquels les chevaliers se mettoient à couvert avant que le tournois fût commencé. Voyez Monstrelet sur l'origine des manteaux, le Laboureur & M. de Sainte-Palaye. (D.J.)
MANTEAU d'armes, (Art. milit.) est une espece de manteau de toile de coutil, fait en cône, dont on couvre les faisceaux d'armes, pour garantir les fusils de la pluie. Voyez FAISCEAUX D'ARMES.
MANTEAU, en terme de Fauconnerie, (Vénerie) c'est la couleur des plumes des oiseaux de proie, on dit, cet oiseau a un beau manteau, son manteau est bien bigarré.
MANTEAU de cheminée, (Architect.) c'est la partie inférieure de la cheminée, composée des jambages & de la plate-bande, soutenue par le manteau de fer posé sur les deux jambages.
Manteau de fer, c'est la barre de fer, qui sert à soutenir la plate-bande de la fermeture d'une cheminée.
|
| MANTECU | terme de relation, sorte de beurre cuit dont les Turcs se servent dans leurs voyages en caravane ; c'est du beurre fondu, salé, & mis dans des vaisseaux de cuir épais, cerclés de bois, semblables à ceux qui contiennent leur baume de la Meque. Pocock, Descript. d'Egypte. (D.J.)
|
| MANTELÉ | adj. terme de Blason, il se dit du lion & des autres animaux qui ont un mantelet, aussi-bien que de l'écu ouvert en chape, comme celui des henriques, que les Espagnols nomment tierce en mantel. Cujas, d'azur à la tour couverte d'argent, mantelée ou chapée de même.
|
| MANTELETS | en terme de guerre, (Art milit.) sont des especes de parapets mobiles faits de planches ou madriers, d'environ trois pouces d'épaisseur, qui sont cloués les uns sur les autres jusqu'à la hauteur d'environ six piés, & qui sont ordinairement serrés avec du fer-blanc, & mis sur de petites roues ; de façon que, dans les sieges, ils peuvent se placer devant les premiers, & leur servir de blinde pour les couvrir de la mousqueterie. Voyez BLINDES.
Il y a une autre sorte de mantelets couverts par le haut, dont les mineurs font usage pour approcher des murailles d'une place ou d'un château. Voyez GALERIE.
Il paroît dans Vegece que les anciens s'en servoient aussi sous le nom de vincae : mais ils étoient construits plus légérement, & cependant plus grands que les nôtres, hauts de 8 à 9 piés, larges d'autant, & longs de 16, couverts à doubles étages ; l'un de planches, & l'autre de claies, avec les côtés d'osier, & revêtus par dehors de cuirs trempés dans de l'eau de peur du feu. Chambers.
Les mantelets servoient autrefois aux sappeurs pour se couvrir du feu de la place ; mais ils se servent actuellement pour le même usage du gabion farci. Voyez GABION.
M. le maréchal de Vauban s'en servoit dans les attaques ; voici ce qu'il prescrit pour leur construction dans son traité de l'attaque des places.
" Pour faire les mantelets, on cherche des roulettes de charrue à la campagne ; on leur met un essieu de 4 à 5 pouces de diametre, sur 4 à 5 piés de long entre les moyeux, au moyen desquelles on assemble une queue fourchue de 7 à 8 piés de long, à tenons & mortoises, passant les bouts de la fourche entaillée dans l'essieu : on les arrête ferme par des chevilles ou des clous, les deux bouts traversés sur l'essieu passant au-travers du mantelet, qui est un assemblage de madriers de 2 piés 8 pouces de haut sur 4 de large, penchant un peu sur l'essieu du côté de la queue, pour l'empêcher de culbuter en avant. Les madriers qui composent les mantelets, sont goujonnés l'un à l'autre, & tenus ensemble par deux traverses de 4 pouces de large & 2 d'épais, auxquelles ils sont cloués & chevillés. Tout le corps du mantelet s'appuie sur une ou deux contrefiches assemblées dans les traverses du mantelet par un bout d'une part, & sur la queue du même de l'autre, auquel elles sont fortement chevillées ". Voyez Planche XIII. de Fortification, le plan, profil & élévation de ce mantelet.
On en avoit autrefois d'une autre façon. Ils étoient formés de deux côtés qui faisoient un angle saillant, & ils étoient mûs par trois roulettes. Cette machine s'appelloit pluteus chez les Romains. Voyez l'attaque & la défense des places des anciens, par le chevalier de Folard. Voyez aussi cet ancien mantelet dans la Planche qu'on vient de citer.
MANTELET ou CONTRESABORDS, (Marine) ce sont des especes de portes qui ferment les sabords, ils sont attachés par le haut, & battent sur le feuillet du bas ; ils doivent être faits de fortes planches, bien doublés & cloués fort serré en losange. La doublure en doit être un peu plus mince que le dessus ; on les peint ordinairement de rouge en-dedans. Voyez MARINE, Planche VI. fig. 77. le dessein d'un mantelet de sabord & sa doublure.
MANTELET, (Marchand de modes) c'est un ajustement de femme qu'elles portent sur leurs épaules, qui est fait de satin, taffetas, droguet, ou autre étoffe de soie ; elles attachent cet ajustement sous leur menton avec un ruban, & cela leur sert pour couvrir leur gorge & leurs épaules ; il descend par derriere en forme de coquille environ jusqu'au coude, & elles l'arrêtent par-devant avec une épingle, il est garni tout autour d'une dentelle de la même couleur qui forme des festons ; on en garnit aussi en hermine, en petit-gris, en cigne, &c. on en falbalate avec de la même étoffe découpée.
L'on en a fait avec le velours, de la chenille, de l'écarlate, qui servoient pour l'hiver ; & pour l'été, on les fait de gase noire, ou de dentelle. Ils sont faits à l'imitation des petits manteaux d'écarlate que les angloises portent, & qui leur descend jusqu'aux reins.
Cet ajustement tire son nom du mot manteau, & parce qu'il est beaucoup plus court & plus léger, on l'a appellé mantelet.
Il y a environ douze ans que cet ajustement a été à la mode, mais les femmes de condition ont commencé en 1736 ou 1737 à en porter le matin, & depuis toutes les femmes en ont porté quand elles s'habillent ; depuis ce tems-là, on y a ajouté un cabochon qui y est attaché au collet, & qui est fait comme une coëffe ; cela sert d'ornement, & aussi pour couvrir la tête quand il fait froid. Il est garni tout autour de pareille dentelle que le mantelet.
MANTELET, terme de Blason, il se dit des courtines du pavillon des armoiries, quand elles ne sont pas couvertes de leurs chapeaux. C'étoit autrefois une espece de lambrequin large & court, qui couvroit les casques & les écus des chevaliers. Voyez LAMBREQUINS.
|
| MANTELURES | S. f. (Vénerie) l'on dit d'un chien qui a sur le dos un poil différent de celui qu'il a au reste du corps, qu'il a des mantelures.
|
| MANTHURICI | MANTHURICI
|
| MANTIANA | LAC, Mantiana palus, (Géogr. anc.) grand lac d'Arménie ; Strabon qui en parle, dit que c'est le plus grand qu'il y ait après le Palus Méotide, & que les eaux en sont salées ; ce lac est aujourd'hui le lac de Van, ou lac d'Actamar, en Turquie.
|
| MANTICHORES | (Zoolog.) nom d'un quadrupede cruel & terrible, dont on ne trouve que des descriptions pleines de merveilleux dans Ctésias, Aristote, Elien & Pline. Les Latins ont nommé cet animal mantichora, d'autres martichora, & d'autres martiora ; les Grecs l'ont appellé andropophage, mangeur d'hommes. Suivant Ctésias, cet animal est de couleur rouge, & a trois rangs de dents à chaque mâchoire, qui, quand il les ferme, tombent les unes sur les autres en maniere de dents de peigne. Aristote & Pline ajoutent qu'il a les oreilles & les yeux comme ceux de l'homme, gris ou bleus ; ils nous représentent son cri comme celui d'une trompette, dont il imite les sons par les modulations de l'air dans son gosier. Ils assurent aussi que l'extrémité de la queue est hérissée de pointes, avec lesquelles il se défend contre ceux qui l'approchent, & qu'il darde même au loin contre ceux qui le poursuivent. Enfin ils prétendent que son agilité est telle qu'il saute en courant, ce qui n'est guere moins que la puissance de voler. Pausanias rapporte la plûpart de ces contes sans y donner sa confiance ; car il commence par déclarer qu'il croit que cet animal n'est autre chose qu'un tigre. Il est vraisemblable qu'il a raison, & que le danger de l'approcher a produit toutes les fables que les Naturalistes ont transcrites. (D.J.)
|
| MANTICLUS | (Mythol.) Hercule avoit un temple hors des murs de Messine en Sicile, sous le nom de Hercule Manticlus. Ce temple fut bâti, dit-on, par Manticlus, chef d'une colonie des Messéniens, qui, chassés de leur pays, vinrent fonder cette nouvelle ville, à laquelle ils donnerent leur nom, 664 ans avant l'ere chrétienne.
|
| MANTIENI MONTES | ou MATIENI MONTES, (Géogr. anc.) montagnes d'où le Gyndes & l'Araxe prennent leur source, selon Hérodote, l. I. c. clxxxix. (D.J.)
|
| MANTILLE | S. f. terme de Marchand de modes, cette mantille ne servoit que d'ornement, & étoit attachée par en-haut au collet de la robe des femmes, elle formoit la coquille par-derriere, & il y avoit deux pendans qui se nouoient par-devant, & qui passoient ensuite par-dessous les bras pour se renouer par-derriere ; au bout de ces deux pendans, il y avoit deux gros glands d'or, d'argent ou de soie. Cet ajustement ne venoit que jusqu'à la moitié du bras, & étoit fait d'étoffe de soie légere, de réseau, d'or, d'argent, de dentelle, de gase, de velour ou de chenille. Cet ajustement a fait place aux mantelets, & n'a été porté que par les femmes du premier ordre.
|
| MANTINÉE | (Géog. anc.) ancienne ville d'Arcadie dans le Péloponnèse, au sud, confinant d'un côté avec la Laconie, & de l'autre avec le territoire d'Orchomene, vers les sources de l'Alphée, à 15 lieues de Lacédémone. Elle avoit été fondée par Mantineus, & devint célebre par la victoire qu'Epaminondas, général des Thébains, remporta sur les Lacédémoniens & les Athéniens réunis l'an de Rome 391. On la nomme aujourd'hui Mandinga ou Mandi.
Les bornes de Mantinée & d'Orchomene finissoient aux Anchisies ; on appelloit ainsi les montagnes, au pié desquelles se trouvoit le tombeau d'Anchise. Homere nomme cette ville l'aimable Mantinée, Pausanias (c. viij.) vous en indiquera les révolutions. Je remarquerai seulement qu'Epaminondas rendit Mantinée bien célebre par la bataille qu'il gagna contre les Lacédémoniens. Il y fut tué entre les bras de la victoire ; mais aussi le lustre & la fortune des Thébains périrent avec lui.
Les habitans de Mantinée s'étant ensuite joints à Antigonus, ils changerent le nom de leur capitale en celui d'Antigonie, pour honorer le roi de Macédoine ; cependant Adrien abolit le nouveau nom d'Antigonie, ordonnant que la ville reprît celui de Mantinée.
Comme Antinoüs étoit de Bithynium, colonie des Mantinéens, Mantinée, avide de plaire à l'empereur, bâtit un temple à son favori, & établit des sacrifices & des jeux, qui se célébroient tous les cinq ans à sa gloire. Antinoüs y étoit représenté sous la forme de Bacchus.
Pline parle d'une autre ville de Mantinée dans l'Argie, mais il y ajoute qu'elle ne subsistoit déja plus de son tems. (D.J.)
|
| MANTO | (Mythol.) cette fille de Tirésias avoit, comme son pere, le don de prédire l'avenir. On dit que Thèbes ayant succombé sous les efforts des Epigones, Manto fut emmenée prisonniere à Claros, où elle établit un oracle d'Apollon, qui fut appellé l'oracle de Claros. Pausanias rapporte que Rhacius, qui commandoit dans cette ville, voyant arriver la jeune Manto, en devint amoureux, & la prit pour son épouse. Virgile la transporte en Italie, où il la fait devenir amoureuse du Tibre, dont elle eut un fils qui bâtit Mantoue.
Ille etiam patriis agmen ciet ocnus ab oris
Fatidicae Mantûs & Tusci filius amnis
Qui muros matrisque dedit tibi, Mantua, nomen.
Aeneid. l. X. vers. 198.
Mais c'est par les poésies d'Homere que le nom de cette belle devineresse s'est sur-tout immortalisé. (D.J.)
|
| MANTONNET | S. m. (Serrur.) piece qui sert à recevoir le bout des battans ou des loquets, des loqueteaux. Le mantonnet tient la porte fermée. Il se pose quelquefois sur platine. Il est plus ordinairement à pointe simple ou double : il y en a pour le bois & pour le plâtre. Ce dernier est refendu par le bout, afin de former le scillage.
|
| MANTOUAN | LE, (Géogr.) pays d'Italie en Lombardie le long du Po, qui le coupe en deux portions. Son nom lui vient de Mantoue sa capitale ; ses bornes sont au septentrion, la Véronese ; au midi, les duchés de Reggio, de Modene & de la Mirandole ; à l'orient, le Ferrarois ; à l'occident, le Crémonois & le Bressan. Son étendue irréguliere peut avoir en quelques endroits 35 milles, en d'autres seulement 6 ou 7 ; celle de l'est à l'ouest est d'environ 60 milles dans sa plus grande largeur ; il comprend les duchés de Mantoue, de Guastalla & de Sabioneta, les principautés de Castiglione, de Solferino & de Bozolo, & le comté de Novellara. (D.J.)
MANTOUE, le duché de, (Géog.) Il occupe la plus grande partie du Mantouan, & tout ce qui a été donné en apanage aux cadets de cette maison. Ainsi le domaine de Charles IV. dernier duc de Mantoue, consistoit d'un côté dans le Mantouan, diminué par le partage entre les diverses branches de sa maison, & de l'autre en une partie du Montferrat. L'empereur s'est à-peu-près saisi du total en 1710, malgré les plaintes des héritiers ; la raison du plus fort est toujours la meilleure : ensuite il s'est accommodé du Montferrat avec le roi de Sardaigne qui possédoit déjà une portion considérable de cette province. (D.J.)
MANTOUE, Mantua, (Géog.) ancienne ville d'Italie, dans la Lombardie, capitale du duché auquel elle donne le nom, avec un archevêché, une université, & une bonne citadelle.
Mantoue, si l'on en croit Eusebe, est une des anciennes villes du monde, & avoit été bâtie 430 ans avant Rome. Virgile pour l'ennoblir encore davantage, déclare qu'elle fut fondée par Oenus fils du Tibre, & de la devineresse Manto, & qu'il la nomma du nom de sa mere.
Pline la place dans l'Istrie, & insinue qu'elle appartenoit aux Toscans.
Après la décadence de l'empire romain, Mantoue fut envahie par les Lombards, & ensuite conquise sur ceux-ci par Charlemagne : sous les descendans de cet empereur, l'Italie étant devenue le partage de divers princes, Mantoue passa de tirans en tirans, jusqu'à Louis de Gonzague, qui s'y établit en 1328. Son petit-fils Jean François fut créé marquis de Mantoue par l'empereur, en 1433 ; & Frédéric II. en fut fait duc par Charles-quint, en 1530. L'alliance de la France que le dernier duc de Mantoue crut devoir préférer à celle de la maison d'Autriche, devint fatale à ce prince dans la guerre de 1700. Il fut contraint de se retirer dans l'état de Venise où il mourut en 1708. L'empereur s'empara de sa succession, que les ducs de Lorraine & de Guastalla se disputoient.
Il y avoit déjà long-tems que le palais du duc de Mantoue, si renommé par les ameublemens précieux, ses peintures, ses statues, ses vases, & ses autres raretés, avoit été pillé par les Impériaux, dans le sac de cette ville, en 1630.
Mantoue est bâtie dans un terrein bas & ferme, sur un côté du marais formé par le Mincio, & qui est dix fois plus long que large, à 14 lieues N. O. de Modène, & 36 N. O. de Florence. Long. selon de la Hire & Desplaces, 28. 30. 30. lat. 45. 11.
Mais cette ville est à jamais fameuse dans les écrits des anciens & des modernes, pour avoir donné la naissance à Virgile qui dit lui-même dans ses Géorgiques, l. III. xij.
Primus idumaeas referam tibi Mantua palmas,
Et viridi campo templum de marmore ponam.
Marone felix Mantua, s'écrie Martial ! & Silius Italicus en fait ce magnifique éloge, en disant :
Nectat adoratas & Smyrna, & Mantua lauros.
Toutefois Virgile n'étoit pas né dans la ville de Mantoue, mais dans un village voisin nommé Andes, aujourd'hui Petula. Nous parlerons de l'excellence de sa muse, à l'article POETES LATINS.
Il suffit de remarquer ici qu'il est ridicule que la majesté de l'Enéide ait été travestie par Scarron en burlesque, & décousue par des modernes pour former d'autres sens, en donnant aux vers du prince des poëtes, d'autres arrangemens.
Cependant Capilupi (Lélio), né à Mantoue en 1498, s'est rendu célebre en employant ses talens à se jouer des vers de Virgile, pour décrire satyriquement l'origine des moines, leurs regles & leur vie ; car voilà ce que c'est que le centon virgilien de Capilupi, dont tout le monde connoît le passage suivant :
Non adsunt illi saltus, armentaque laeta ;
Celati argenti sunt, aurique multa talenta.
Sacra Deûm, sanctique patres, & chara sororum
Pectore merentum tenebris, & carcere coeco
Centum aerei claudunt vectes ; & saepè sine ullis
Conjugiis, vento gravidae, mirabile dictu !
Religione sacrae ! Non haec sine numine Divûm !
Jam nova progenies coelo dimittitur alto ;
Credo equidem, nec vana fides, genus esse Deorum.
On vante ce morceau entre plusieurs autres, comme très-heureux & très-ingénieux ; mais il est encore plus méchant ; & certainement Capilupi pouvoit mieux employer son esprit & ses veilles : il mourut dans sa patrie en 1560. (D.J.)
|
| MANTURES | S. f. (Marine) ce sont les coups de mer, & l'agitation des flots & des houles. Voyez HOULES, LAMES.
|
| MANTURNE | S. f. (Mytholog.) nom d'une divinité des anciens Romains ; c'est à elle qu'on s'adressoit pour que la nouvelle épousée se plût dans la maison de son mari, & y demeurât.
|
| MANUBALISTE | ou BALISTE A MAIN, balista manualis, c'est l'arbalête, (Art milit.) Voyez SCORPION & ARBALETE.
|
| MANUDUCTEUR | S. m. (Hist. mod.) terme ecclésiastique, nom qu'on donnoit anciennement à un officier du choeur, qui placé au milieu du choeur, donnoit le signal aux choristes pour entonner, marquoit les tems, battoit la mesure, & régloit le chant. Voyez CHOEUR, &c.
Les Grecs l'appelloient mesochoros, par la raison que nous venons de dire, qu'il étoit placé au milieu du choeur : mais dans l'église latine on l'appelloit manuductor, de manus, main, & duco, conduire ; parce qu'il regloit le choeur par le mouvement & les gestes de sa main.
|
| MANUEL CHIMIQUE | (Chimie) manoeuvre, pratique, emploi des agens & des instrumens chimiques.
Ces agens sont, comme il est exposé à l'article CHIMIE, le feu & les menstrues. On trouvera donc aux articles FEU & MENSTRUE, les considérations pratiques nécessaires sur l'emploi général de ces agens ; & les lois plus positives & plus pratiques de détail, dans les articles où il est traité des diverses opérations chimiques, dont on trouve le tableau à l'article, OPERATIONS CHIMIQUES.
Nous avons donné sous le nom d'instrumens ou agens secondaires, les vaisseaux, les fourneaux, & une autre classe d'ustensiles chimiques, à laquelle nous avons spécialement réservé le nom d'instrument. On cherchera donc aux articles FOURNEAUX, VAISSEAUX, INSTRUMENS, & aux articles particuliers où il s'agit des divers vaisseaux, & des divers instrumens, les lois du manuel chimique, relatives à leur différent emploi.
C'est souvent des circonstances de manuel, & même d'une seule circonstance, de ce qu'on appelle en langage d'ouvrier, le tour de main, que dépend tout le succès d'une opération. Par exemple, la sublimation du sel sédatif, de donner un coup de feu lorsque ce sel retient encore dans sa crystallisation une certaine quantité d'eau qui en étant chassée par l'action d'un feu doux trop long-tems continué, le laisseroit dans un état incapable de volatilisation. Voyez SEL SEDATIF. La dissolution du fer dans l'alkali fixe, voyez TEINTURE ALKALINE DE MARS de Stahl, à l'article MARS, (Chimie pharmaceutique & Mat. méd.) dépend de la circonstance de verser la dissolution de fer par l'acide nitreux, dans une lescive d'alkali fixe. Car si c'est au contraire l'alkali qu'on verse dans la dissolution de fer, on précipite le fer sans le dissoudre, par l'alkali. Voyez PRECIPITATION.
Mais l'importance de la science du manuel pour le vrai chimiste, est exposée d'une maniere plus générale, aussi bien que les sources où on doit la puiser, à l'article CHIMIE, p. 420. col. ij. & à l'article FEU, (Chimie) p. 612. col. j. (b)
|
| MANUELLE | MANUELLE
MANUELLES, ou GATONS, (Cordier) sont des instrumens dont les Cordiers se servent pour aider à la manivelle du quarré à tordre & commettre les cordages qui sont fort longs. Cet instrument est simple ou double.
La manuelle simple ressemble à un fouet, & est composée d'un manche de bois & d'un bout de corde. Pour s'en servir, l'ouvrier entortille diligemment la corde autour du cordage qu'on commet, & en continuant à faire tourner le manche autour du cordage, il le tord.
Quand les cordages sont gros, on met deux hommes sur chacune de ces manuelles, & alors la corde est placée au milieu de deux bras de levier. Cette manuelle double est un bout de perche de trois piés de longueur estropée au milieu d'un bout de carentenier mol & flexible, qui a une demi-brasse de long. Voyez les figures & leur explication, Pl. de Corderie, & l'article CORDERIE.
|
| MANUFACTURE | S. f. lieu où plusieurs ouvriers s'occupent d'une même sorte d'ouvrage.
MANUFACTURE, REUNIE, DISPERSEE. Tout le monde convient de la nécessité & de l'utilité des manufactures, & il n'a point été fait d'ouvrage ni de mémoire sur le commerce général du royaume, & sur celui qui est particulier à chaque province, sans que cette matiere ait été traitée ; elle l'a été même si souvent & si amplement, qu'ainsi que les objets qui sont à la portée de tout le monde, cet article est toujours celui que l'on passe ou qu'on lit avec dégoût dans tous les écrits où il en est parlé. Il ne faut pas croire cependant que cette matiere soit épuisée, comme elle pourroit l'être, si elle n'avoit été traitée que par des gens qui auroient joint l'expérience à la théorie ; mais les fabriquans écrivent peu, & ceux qui ne le sont pas n'ont ordinairement que des idées très-superficielles sur ce qui ne s'apprend que par l'expérience.
Par le mot manufacture, on entend communément un nombre considérable d'ouvriers, réunis dans le même lieu pour faire une sorte d'ouvrage sous les yeux d'un entrepreneur ; il est vrai que comme il y en a plusieurs de cette espece, & que de grands atteliers sur-tout frappent la vûe & excitent la curiosité, il est naturel qu'on ait ainsi réduit cette idée ; ce nom doit cependant être donné encore à une autre espece de fabrique ; celle qui n'étant pas réunie dans une seule enceinte ou même dans une seule ville, est composée de tous ceux qui s'y emploient, & y concourent en leur particulier, sans y chercher d'autre intérêt que celui que chacun de ces particuliers en retire pour soi-même. De-là on peut distinguer deux sortes de manufactures, les unes réunies, & les autres dispersées. Celles du premier genre sont établies de toute nécessité pour les ouvrages qui ne peuvent s'exécuter que par un grand nombre de mains rassemblées, qui exigent, soit pour le premier établissement, soit pour la suite des opérations qui s'y font, des avances considérables, dans lesquelles les ouvrages reçoivent successivement différentes préparations, & telles qu'il est nécessaire qu'elles se suivent promtement ; & enfin celles qui par leur nature sont assujetties à être placées dans un certain terrein. Telles sont les forges, les fenderies, les trifileries, les verreries, les manufactures de porcelaine, de tapisseries & autres pareilles. Il faut pour que celles de cette espece soient utiles aux entrepreneurs. 1°. Que les objets dont elles s'occupent ne soient point exposés au caprice de la mode, ou qu'ils ne le soient dumoins que pour des varietés dans les especes du même genre.
2°. Que le profit soit assez fixe & assez considérable pour compenser tous les inconvéniens auxquels elles sont exposées nécessairement, & dont il sera parlé ci-après.
3°. Qu'elles soient autant qu'il est possible établies dans les lieux mêmes, où se recueillent & se préparent les matieres premieres, où les ouvriers dont elles ont besoin puissent facilement se trouver, & où l'importation de ces premieres matieres & l'exportation des ouvrages, puissent se faire facilement & à peu de frais.
Enfin, il faut qu'elles soient protégées par le gouvernement. Cette protection doit avoir pour objet de faciliter la fabrication des ouvrages, en modérant les droits sur les matieres premieres qui s'y consomment, & en accordant quelques privileges & quelques exemptions aux ouvriers les plus nécessaires, & dont l'occupation exige des connoissances & des talens ; mais aussi en les réduisant aux ouvriers de cette espece, une plus grande extension seroit inutile à la manufacture, & onéreuse au reste du public. Il ne seroit pas juste dans une manufacture de porcelaines, par exemple, d'accorder les mêmes distinctions à celui qui jette le bois dans le fourneau, qu'à celui qui peint & qui modele ; & l'on dira ici par occasion, que si les exemptions sont utiles pour exciter l'émulation & faire sortir les talens, elles deviennent, si elles sont mal appliquées, très-nuisibles au reste de la société, en ce que retombant sur elles, elles dégoutent des autres professions, non moins utiles que celles qu'on veut favoriser. J'observerai encore ici ce que j'ai vû souvent arriver, que le dernier projet étant toujours celui dont on se veut faire honneur, on y sacrifie presque toujours les plus anciens : de-là le peuple, & notamment les laboureurs qui sont les premiers & les plus utiles manufacturiers de l'état, ont toujours été immolés aux autres ordres ; & par la raison seule qu'ils étoient les plus anciens, ont été toujours les moins protégés. Un autre moyen de protéger les manufactures, est de diminuer les droits de sortie pour l'étranger, & ceux de traite & de détail dans l'intérieur de l'état.
C'est ici l'occasion de dire que la premiere, la plus générale & la plus importante maxime qu'il y ait à suivre sur l'établissement des manufactures, est de n'en permettre aucune (hors le cas d'absolue nécessité) dont l'objet soit d'employer les principales matieres premieres venant de l'étranger, si surtout on peut suppléer par celles du pays, même en qualité inférieure.
L'autre espece de manufacture est de celles qu'on peut appeller dispersées, & telles doivent être toutes celles dont les objets ne sont pas assujettis aux nécessités indiquées dans l'article ci-dessus ; ainsi tous les ouvrages qui peuvent s'exécuter par chacun dans sa maison, dont chaque ouvrier peut se procurer par lui-même ou par autres, les matieres premieres qu'il peut fabriquer dans l'intérieur de sa famille, avec le secours de ses enfans, de ses domestiques, ou de ces compagnons, peut & doit faire l'objet de ces fabriques dispersées. Telles sont les fabriques de draps, de serges, de toiles, de velours, petites étoffes de laine & de soie ou autres pareilles. Une comparaison exacte des avantages & des inconvéniens de celles des deux especes le feront sentir facilement.
Une manufacture réunie ne peut être établie & se soutenir qu'avec de très-grands frais de bâtimens, d'entretien de ces bâtimens, de directeurs, de contre-maitres, de teneurs de livres, de caissiers, de préposés, valets & autres gens pareils, & enfin qu'avec de grands approvisionnemens : il est nécessaire que tous ces frais se répartissent sur les ouvrages qui s'y fabriquent, les marchandises qui en sortent ne peuvent cependant avoir que le prix que le public est accoutumé d'en donner, & qu'en exigent les petits fabriquans. De-là il arrive presque toujours que les grands établissemens de cette espece sont ruineux à ceux qui les entreprennent les premiers, & ne deviennent utiles qu'à ceux qui profitant à bon marché de la déroute des premiers, & réformant les abus, s'y conduisent avec simplicité & économie ; plusieurs exemples qu'on pourroit citer ne prouvent que trop cette vérité.
Les fabriques dispersées ne sont point exposées à ces inconvéniens. Un tisserand en draps, par exemple, ou emploie la laine qu'il a recoltée, ou en achete à un prix médiocre, & quand il en trouve l'occasion, a un métier dans sa maison où il fait son drap, tout aussi-bien que dans un attelier bâti à grands frais ; il est à lui-même, son directeur, son contre-maître, son teneur de livres, son caissier, &c. se fait aider par sa femme & ses enfans, ou par un ou plusieurs compagnons avec lesquels il vit ; il peut par conséquent vendre son drap à beaucoup meilleur compte que l'entrepreneur d'une manufacture.
Outre les frais que celui-ci est obligé de faire, auxquels le petit fabriquant n'est pas exposé, il a encore le désavantage qu'il est beaucoup plus volé ; avec tous les commis du monde, il ne peut veiller assez à de grandes distributions, de grandes & fréquentes pesées, & à de petits larcins multipliés, comme le petit fabriquant qui a tout sous la vûe & sous la main, & est maître de son tems.
A la grande manufacture tout se fait au coup de cloche, les ouvriers sont plus contraints & plus gourmandés. Les commis accoutumés avec eux à un air de supériorité & de commandement, qui véritablement est nécessaire avec la multitude, les traitent durement & avec mépris ; de-là il arrive que ces ouvriers ou sont plus chers, ou ne font que passer dans la manufacture & jusqu'à ce qu'ils ayent trouvé à se placer ailleurs.
Chez le petit fabriquant, le compagnon est le camarade du maître, vit avec lui, comme avec son égal ; a place au feu & à la chandelle, a plus de liberté, & préfere enfin de travailler chez lui. Cela se voit tous les jours dans les lieux, où il y a des manufactures réunies & des fabriquans particuliers. Les manufactures n'y ont d'ouvriers, que ceux qui ne peuvent pas se placer chez les petits fabriquans, ou des coureurs qui s'engagent & quittent journellement, & le reste du tems battent la campagne, tant qu'ils ont de quoi dépenser. L'entrepreneur est obligé de les prendre comme il les trouve, il faut que sa besogne se fasse ; le petit fabriquant qui est maître de son tems, & qui n'a point de frais extraordinaires à payer pendant que son métier est vacant, choisit & attend l'occasion avec bien moins de désavantage. Le premier perd son tems & ses frais ; & s'il a des fournitures à faire dans un tems marqué, & qu'il n'y satisfasse pas, son crédit se perd ; le petit fabriquant ne perd que son tems tout au plus.
L'entrepreneur de manufacture est contraint de vendre, pour subvenir à la dépense journaliere de son entreprise. Le petit fabriquant n'est pas dans le même besoin ; comme il lui faut peu, il attend sa vente en vivant sur ses épargnes, ou en empruntant de petites sommes.
Lorsque l'entrepreneur fait les achats des matieres premieres, tout le pays en est informé, & se tient ferme sur le prix. Comme il ne peut guère acheter par petites parties, il achete presque toujours de la seconde main.
Le petit fabriquant achete une livre à la fois, prend son tems, va sans bruit & sans appareil au-devant de la marchandise, & n'attend pas qu'on la lui apporte : la choisit avec plus d'attention, la marchande mieux, & la conserve avec plus de soin. Il en est de même de la vente ; le gros fabriquant est obligé presque toujours d'avoir des entrepôts dans les lieux où il débite, & sur-tout dans les grandes villes où il a de plus des droits à payer. Le petit fabriquant vend sa marchandise dans le lieu même, ou la porte au marché & à la foire, & choisit pour son débit les endroits où il a le moins à payer & à dépenser.
Tous les avantages ci-dessus mentionnés ont un rapport plus direct à l'utilité personnelle, soit du manufacturier, soit du petit fabriquant, qu'au bien général de l'état : mais si l'on considere ce bien général, il n'y a presque plus de comparaison à faire entre ces deux sortes de fabrique. Il est certain, & il est convenu aussi par tous ceux qui ont pensé & écrit sur les avantages du commerce, que le premier & le plus général est d'employer, le plus que faire se peut, le tems & les mains des sujets ; que plus le goût du travail & de l'industrie est répandu, moins est cher le prix de la main-d'oeuvre ; que plus ce prix est à bon marché, plus le débit de la marchandise est avantageux, en ce qu'elle fait subsister un plus grand nombre de gens ; & en ce que le commerce de l'état pouvant fournir à l'étranger les marchandises à un prix plus bas, à qualité égale, la nation acquiert la préférence sur celles où la main-d'oeuvre est plus dispendieuse. Or la manufacture dispersée a cet avantage sur celle qui est réunie. Un laboureur, un journalier de campagne, ou autre homme de cette espece, a dans le cours de l'année un assez grand nombre de jours & d'heures où il ne peut s'occuper de la culture de la terre, ou de son travail ordinaire. Si cet homme a chez lui un métier à drap, à toile, ou à petites étoffes, il y emploie un tems qui autrement seroit perdu pour lui & pour l'état. Comme ce travail n'est pas sa principale occupation, il ne le regarde pas comme l'objet d'un profit aussi fort que celui qui en fait son unique ressource. Ce travail même lui est une espece de délassement des travaux plus rudes de la culture de la terre ; &, par ce moyen, il est en état & en habitude de se contenter d'un moindre profit. Ces petits profits multipliés sont des biens très-réels. Ils aident à la subsistance de ceux qui se les procurent ; ils soutiennent la main-d'oeuvre à un bas prix : or, outre l'avantage qui résulte pour le commerce général de ce bas prix, il en résulte un autre très-important pour la culture même des terres. Si la main-d'oeuvre des manufactures dispersées étoit à un tel point que l'ouvrier y trouvât une utilité supérieure à celle de labourer la terre, il abandonneroit bien vîte cette culture. Il est vrai que par une révolution nécessaire, les denrées servant à la nourriture venant à augmenter en proportion de l'augmentation de la main-d'oeuvre, il seroit bien obligé ensuite de reprendre son premier métier, comme le plus sûr : mais il n'y seroit plus fait, & le goût de la culture se seroit perdu. Pour que tout aille bien, il faut que la culture de la terre soit l'occupation du plus grand nombre ; & que cependant une grande partie du moins de ceux qui s'y emploient s'occupent aussi de quelque métier, & dans le tems sur-tout où ils ne peuvent travailler à la campagne. Or ces tems perdus pour l'agriculture sont très-fréquens. Il n'y a pas aussi de pays plus aisés que ceux où ce goût de travail est établi ; & il n'est point d'objection qui tienne contre l'expérience. C'est sur ce principe de l'expérience que sont fondées toutes les réflexions qui composent cet article. Celui qui l'a rédigé a vû sous ses yeux les petites fabriques faire tomber les grandes, sans autre manoeuvre que celle de vendre à meilleur marché. Il a vû aussi de grands établissemens prêts à tomber, par la seule raison qu'ils étoient grands. Les débitans les voyant chargés de marchandises faites, & dans la nécessité pressante de vendre pour subvenir ou à leurs engagemens, ou à leur dépense courante, se donnoient le mot pour ne pas se presser d'acheter ; & obligeoient l'entrepreneur à rabattre de son prix, & souvent à perte. Il est vrai qu'il a vû aussi, & il doit le dire à l'honneur du ministere, le gouvernement venir au secours de ces manufactures, & les aider à soutenir leur crédit & leur établissement.
On objectera sans doute à ces réflexions l'exemple de quelques manufactures réunies, qui non-seulement se sont soutenues, mais ont fait honneur à la nation chez laquelle elles étoient établies, quoique leur objet fût de faire des ouvrages qui auroient pû également être faits en maison particuliere. On citera, par exemple, la manufacture de draps fins d'Abbeville ; mais cette objection a été prévenue. On convient que quand il s'agira de faire des draps de la perfection de ceux de Vanrobais, il peut devenir utile, ou même nécessaire, de faire des établissemens pareils à celui où ils se fabriquent ; mais comme dans ce cas il n'est point de fabriquant qui soit assez riche pour faire un pareil établissement, il est nécessaire que le gouvernement y concoure, & par des avances, & par les faveurs dont il a été parlé ci-dessus ; mais, dans ce cas-même, il est nécessaire aussi que les ouvrages qui s'y font soient d'une telle nécessité, ou d'un débit si assuré, & que le prix en soit porté à tel point qu'il puisse dédommager l'entrepreneur de tous les désavantages qui naissent naturellement de l'étendue de son établissement ; & que la main-d'oeuvre en soit payée assez haut par l'étranger, pour compenser l'inconvénient de tirer d'ailleurs les matieres premieres qui s'y consomment. Or il n'est pas sûr que dans ce cas-même les sommes qui ont été dépensées à former une pareille fabrique, si elles eussent été répandues dans le peuple pour en former de petites, n'y eussent pas été aussi profitables. Si on n'avoit jamais connu les draps de Vanrobais, on se seroit accoutumé à en porter de qualités inférieures, & ces qualités auroient pû être exécutées dans des fabriques moins dispendieuses & plus multipliées.
|
| MANUMISSION | S. f. (Jurisprud.) quasi de manumissio, c'est l'acte par lequel un maître affranchit son esclave ou serf, & le met, pour ainsi dire, hors de sa main. Ce terme est emprunté du droit romain, où l'affranchissement est appellé manumissio. Parmi nous on dit ordinairement affranchissement.
Il y avoit chez les Romains trois formes différentes de manumissio.
La premiere, qui étoit la plus solemnelle, étoit celle que l'on appelloit per vindictam, d'où l'on disoit aussi vindicare in libertatem. Les uns font venir ce mot vindicta de Vindicius, qui, ayant découvert la conspiration que les fils de Brutus formoient pour le rétablissement des Tarquins, fut affranchi pour sa récompense. D'autres soutiennent que vindicare venoit de vindicta, qui étoit une baguette dont le préteur frappoit l'esclave que son maître vouloit mettre en liberté. Le maître en présentant son esclave au magistrat le tenoit par la main, ensuite il le laissoit aller, & lui donnoit en même tems un petit soufflet sur la joue, ce qui étoit le signal de la liberté ; ensuite le consul, ou le préteur frappoit doucement l'esclave de sa baguette, en lui disant : aio te esse liberum more quiritum. Cela fait, l'esclave étoit inscrit sur le rôle des affranchis, puis il se faisoit raser, & se couvroit la tête d'un bonnet appellé pileus, qui étoit le symbole de la liberté : il alloit prendre ce bonnet dans le temple de Féronie, déesse des affranchis.
Sous les empereurs chrétiens cette premiere forme de manumission souffrit quelques changemens ; elle ne se fit plus dans les temples des faux Dieux, ni avec les mêmes cérémonies ; le maître conduisoit seulement l'esclave dans une église chrétienne, là on lisoit l'acte d'affranchissement ; un ecclésiastique signoit cet acte, & l'esclave étoit libre : cela s'appelloit manumissio in sacro-sanctis ecclesiis, ce qui devint d'un grand usage.
La seconde forme de manumission étoit per epistolam & inter amicos ; le maître invitoit ses amis à un repas, & y faisoit asseoir l'esclave en sa présence, au moyen de quoi il étoit réputé libre. Justinien ordonna qu'il y auroit du-moins cinq amis témoins de cette manumission.
La troisieme se faisoit per testamentum, comme quand le testateur ordonnoit à ses héritiers d'affranchir un tel esclave qu'il leur désignoit en ces termes, N... servus meus liber esto : ces sortes d'affranchis étoient appellés orcini, ou charonitae, parce qu'ils ne jouissoient de la liberté que quand leurs patrons avoient passé la barque à Caron, & étoient dans l'autre monde, in orco. Si le testateur prioit simplement son héritier d'affranchir l'esclave, l'héritier conservoit sur lui le droit de patronage ; & quand le testateur ordonnoit que dans un certain tems l'héritier affranchiroit un esclave, celui-ci étoit nommé statu liber ; il n'étoit pourtant libre que quand le tems étoit venu ; l'héritier pouvoit même le vendre en attendant ; & dans ce cas, l'esclave, pour avoir sa liberté, étoit obligé de rendre à l'acquéreur ce qu'il avoit payé à l'héritier.
Les affranchis étoient d'abord appellés liberti, & leurs enfans libertini ; néanmoins dans la suite on se servit de ces deux termes indifféremment pour désigner les affranchis.
Quand l'affranchissement étoit fait en fraude des créanciers, ils le faisoient déclarer nul, afin de pouvoir saisir les esclaves.
Il en étoit de même quand l'affranchi, n'ayant point d'enfans, donnoit la liberté à ses esclaves ; le patron faisoit déclarer le tout nul.
Ceux qui étoient encore sous la puissance paternelle, ne pouvoient pas non plus affranchir leurs esclaves.
La loi fusia caninia avoit reglé le nombre des esclaves qu'il étoit permis d'affranchir ; savoir, que celui qui n'en avoit que deux pouvoit les affranchir tous deux ; celui qui en avoit trois, deux seulement ; depuis trois jusqu'à dix, la moitié ; depuis dix jusqu'à trente, le tiers ; de trente à cent, le quart ; de cent à cinq cent, la 5e partie ; & elle défendoit d'en affranchir au-delà en quelque nombre qu'ils fussent ; mais cette loi fut abolie par Justinien, comme contraire à la liberté qui est favorable.
En France, dans le commencement de la monarchie, presque tout le peuple étoit serf. On commença sous Louis le Gros, & ensuite sous Louis VII. à affranchir des villes & des communautés entieres d'habitans, en leur faisant remise du droit de taille à volonté, & du droit de mortable, au moyen de quoi les enfans succédoient à leurs peres. On leur remit aussi le droit de suite, ce qui leur laissa la liberté de choisir ailleurs leur domicile. S. Louis acheva d'abolir presque entierement les servitudes personnelles.
Il se faisoit aussi quelques manumissions particulieres dont on trouve des formules dans Marculphe.
Il reste pourtant encore quelques vestiges de servitude dans certaines provinces, dans lesquelles il y a des serfs ou gens de main-morte, comme en Bourgogne, Nivernois, Bourbonnois. Dans ces provinces l'affranchissement se fait par convention ou par desaveu. Il se fait aussi par le moyen des lettres de noblesse, ou d'une charge qui donne la noblesse, à la charge seulement d'indemniser le seigneur.
Dans les colonies françoises, où il y a des negres qui sont esclaves, ils peuvent être affranchis suivant les regles prescrites par l'édit du mois de Mars 1685, appellé communément le code noir.
Les maîtres âgés de vingt ans peuvent, sans avis de parens, affranchir leurs esclaves par tous actes entre-vifs, ou à cause de mort, sans être tenus d'en rendre aucune raison.
Les esclaves qui sont nommés légataires universels par leurs maîtres, ou nommés exécuteurs de leurs testamens, ou tuteurs de leurs enfans, sont tenus pour affranchis.
Les affranchissemens ainsi faits dans les îles, y operent l'effet de lettres de naturalité, & dans tout le royaume.
Il est enjoint aux affranchis de porter un respect singulier à leurs anciens maîtres, à leurs veuves & à leurs enfans, ensorte que l'injure qu'ils leur auroient faite seroit punie plus grievement que si elle étoit faite à toute autre personne. Les anciens maîtres n'ont cependant aucun droit, en qualité de patrons, sur la personne des affranchis, ni sur leurs biens & successions.
Les affranchis jouissent, suivant ces loix, des mêmes droits que ceux qui sont nés libres.
C'est une ancienne maxime de droit, que le ventre affranchit, c'est-à-dire, que les enfans suivent la condition de la mere par rapport à la liberté : les enfans d'une femme esclave sont esclaves.
En France toutes personnes sont libres ; & sitôt qu'un esclave y arrive, il devient libre en se faisant baptiser.
Il est néanmoins permis à ceux qui amenent des esclaves en France, lorsque leur intention est de retourner aux îles, d'en faire leur déclaration à l'amirauté, au moyen de quoi ils conservent leurs esclaves. Voyez l'édit de 1716.
Sur les manumissions & affranchissemens. Voyez le liv. XXXX. du digest, & au code le liv. VII. depuis le tit. 1 jusqu'au tit. 25 ; le Gloss. de Ducange, au mot manumissio ; le Dict. de Brillon, au mot affranchi, & le tit. de la Jurisp. rom. de M. Terrasson. (A)
|
| MANUS DEI | emplâtre (Pharm. Mat. med. exter.) En voici la composition d'après la pharmacopée de Paris. Prenez d'huile d'olive deux livres, de litharge d'or préparée dix-sept onces, de cire jaune vingt onces, de verd-de-gris une once, de gomme ammoniac trois onces & trois dragmes, de galbanum une once & deux dragmes, d'opopanax une once, de sagapenum deux onces, de mastic une once, de myrrhe une once & deux dragmes ; d'oliban & bdellium de chacun deux onces, d'aristoloche ronde une once, de pierre calaminaire deux onces. Premierement cuisez la litharge avec l'huile dans une bassine de cuivre, avec suffisante quantité d'eau, jusqu'à consistance d'emplâtre, selon l'art ; jettez ensuite la cire dans la bassine, & faites-la fondre avec ; cela étant fait, retirez la bassine du feu, & ajoutez le galbanum, la gomme ammoniac, l'opopanax & le sagapenum fondus ensemble, passés à-travers un linge & convenablement épaissis ; enfin ajoutez le mastic, la myrrhe, l'oliban, le bdellium, la pierre calaminaire, le verd-de-gris & l'aristoloche réduits en poudre ; brassez vigoureusement pour mêler toutes ces choses, & votre emplâtre sera fait.
Cet emplâtre est du genre des agglutinatifs ou emplastiques proprement dits. Il passe aussi à raison des gommes resines qu'il contient, pour puissant résolutif ; & à cause du verd-de-gris, de l'aristoloche, & de la pierre calaminaire, pour dessicatif & mondificatif. (b)
|
| MANUSCRIPT | S. m. (Litt.) ouvrage écrit à la main. C'est la consultation des m. s. qui donne à une édition son exactitude. C'est le nombre des anciens m. s. qui fait la richesse d'une bibliotheque. Voyez ces articles BIBLIOTHEQUE, LITTERATURE, LIVRE.
|
| MANUTENTION | S. f. (Gram.) soin qu'on prend pour qu'une chose ou reste comme elle est, ou se fasse. Les souverains, les magistrats doivent veiller à la manutention des loix.
|
| MANY | S. m. (composition) espece de mastic de couleur brune, assez sec, dont les Caraïbes, ainsi que les Sauvages des environs de l'Orinoco, font usage pour cirer le fil de coton, & les petites cordelettes de pitte, qu'ils emploient dans leurs différens ouvrages : ils s'en servent aussi comme d'un enduit en le faisant chauffer, afin de le rendre liquide. C'est un secret parmi ces sauvages ; cependant, au moyen de quelques expériences que j'ai faites, le many ne me paroît autre chose qu'un composé de parties à-peu-près égales de la résine de l'arbre appellé gommier, & d'une cire naturellement noire, provenant du travail de certaines mouches vagabondes, dont les essains se logent dans des creux d'arbres. Voyez MOUCHES A MIEL de l'Amérique. M. LE ROMAIN.
|
| MANYL-RARA | (Botan. exot.) grand arbre des Indes orientales, portant un fruit assez semblable à l'olive, & qu'on mange. Voyez -en la représentation dans l'Hortus de Malabar. (D.J.)
|
| MAO | MAN ou MEIN, s. f. (Com.) poids en usage dans quelques lieux des Indes, qui n'a sans doute ces trois noms qu'à cause de la diverse prononciation ou des Orientaux, ou des marchands de l'Europe que le commerce attire en Orient.
Le mao pese dix caris ; mais en des endroits comme à Java, & dans les îles voisines, le cari n'est que de vingt raëls ; & en d'autres, comme à Cambaye, il vaut vingt-sept raëls, le raël pris sur le pié d'une once & demie poids de Hollande. On se sert du mao pour peser toutes les denrées qui servent à la vie.
Le mao d'Akgbar, ville du mogol, pese cinquante livres de Paris ; celui de Ziamger, autre ville des états de ce prince, en pese soixante. Dict. de comm.
|
| MAON | (Géogr. sacrée) ville de la Palestine dans la tribu de Juda, & qui donne son nom au desert de Maon, où David demeura long-tems durant la persécution que Saül lui fit. Cette ville de Maon est apparemment la même que Maenois, Maeonis, Meneum, qu'Eusebe met au voisinage de Gaze. (D.J.)
|
| MAOSIM | S. m. (Critique sacr.) c'est le nom d'une divinité, dont le prophete Daniel parle dans le ix. ch. de ses révélations. Daniel, ch. xj. . 38. Toutefois il honorera en son siege Maosim ; il honorera, dis-je, le Dieu que ses peres n'ont point connu, par des présens d'or, d'argent, de pierres précieuses, & des choses desirables. L'obscurité semble être le caractere des oracles des différentes religions ; il faut pour être respectables, qu'ils tiennent l'esprit en suspens, & puissent s'appliquer à divers événemens. Les Théologiens ne nient pas que pour l'ordinaire le prophete a plusieurs objets en vûe : il y a beaucoup de prudence dans cette indécision : elle tend visiblement & en général à accréditer les oracles. Au reste, rendons ici justice aux imposteurs & à leur fausse religion ; ils ont sû imiter cette obscurité religieuse de nos oracles ; ceux dont ils se vantent ne parlent pas plus clairement que les nôtres pour eux, & portent ainsi avec eux ce caractere également respectable ; mais l'événement fait le triomphe de nos oracles, il les a presque tous justifiés ; & ceux qui ne le sont pas encore, attisent la foi des fideles en excitant leur curiosité. Ceux de Daniel sont de ce genre, applicables à divers objets, n'étant pas content du passé, l'on devient en quelque sorte prophete en cherchant dans l'avenir des explications, qu'une imagination dévotement échauffée y trouvera sans peine.
Ce dieu Maosim, dont parle Daniel, a donné bien de l'exercice aux interpretes, sans qu'ils aient rien produit jusqu'à cette heure d'un peu satisfaisant ; Seldenus ne veut point l'expliquer, regardant la chose comme absolument inconnue ; mais, ne lui en déplaise, c'est trahir honteusement la profession de critique, que de rester muet sur un passage si obscur, & par lequel, par cela-même, ces messieurs ont si beau jeu.
Le texte grec de la version de Théodosion & la Vulgate ont conservé le mot de Maosim ; mais d'autres l'ont rendu par le dieu des forces ou des fortifications : en effet le mot hébreu signifie forces, munitions : forteresses ; &, pour le dire en passant, c'est ce qui a conduit Grotius à trouver dans ce mot hébreu l'étymologie du mot françois magasin.
Le plus grand nombre des interpretes appliquent cet oracle de Daniel à Antiochus Epiphanes, ce grand ennemi des Juifs & de leur religion ; & dès-là l'on veut que par ce dieu Maosim, ou le dieu des forces, il faut entendre le vrai Dieu, qu'Antiochus fut obligé de reconnoître & de confesser, comme nous le lisons au ch. ix. du liv. II. des Maccabées ; mais qu'il ait envoyé au temple de Jérusalem des présens d'or, d'argent, & des pierres précieuses ; c'est ce dont nous ne voyons pas la plus petite trace dans l'histoire.
Le savant Grotius prétend que ce dieu des forteresses, c'est Mars, que les Phéniciens appellent Azizos, du mot aziz fort, qui vient de la même racine que Maosim ; mais Mars étoit-il un dieu inconnu aux ancêtres d'Antiochus, puisque chez les Grecs il n'y avoit assurément pas de divinité plus généralement connue & honorée ?
Plusieurs commentateurs appliquent ces paroles de Daniel à l'antechrist : Nicolas de Lyra, Bellarmin & quelqu'autres disent, que c'est le nom propre de l'idole, & du démon qu'adorera l'antechrist : car quoiqu'il doive, suivant eux, faire profession de mépriser tous les dieux, cependant en secret il aura un démon sous la protection duquel il se mettra, & auquel il rendra des honneurs divins. Théodoret croit que ce sera le nom que l'antechrist se donnera à lui-même ; il s'appellera Maosim, ou Mahhuzim, le dieu des forces.
Je ne passerai point sous silence l'opinion du célebre M. Jurieu, d'autant plus qu'elle a, comme presque toutes les rêveries critiques, le mérite de l'original, s'accordant d'ailleurs assez bien avec le systême reçu & l'histoire.
Il pense que par ce Dieu des forces inconnu à ses peres, qu'Antiochus devoit glorifier par des hommages & des présens, on peut & l'on doit entendre les aigles romaines, l'empire romain ; conjecture qu'il appuie sur un grand nombre de réflexions aussi solides, ou plutôt aussi spécieuses qu'elles peuvent l'être dans un tel genre de littérature : il a consacré un chapitre entier (cap. iij. part. IV.) de son savant ouvrage de l'histoire des dogmes & des cultes de l'Eglise, à établir son sentiment : il le fait avec cette abondance & ce détail de preuves qui nuit souvent à la vérité, & presque toujours au bon goût. Je me contenterai de rapporter en peu de mots celles qui m'ont paru avoir le plus de force.
1°. Le terme hébreu qu'emploie Daniel devroit se rendre par il glorifiera ; il exprime plutôt les hommages civils que les religieux. 2°. Il dit qu'il les glorifiera par des présens d'or, d'argent, & des pierres précieuses, ce qui sont les tributs & les dons par lesquels on rend hommage à des supérieurs, à un maître tel qu'un empereur, un empire ; au lieu que s'il s'agissoit d'une divinité, il auroit dit, il le glorifiera par des sacrifices, par des offrandes. 3°. Maosim signifie en hébreu exactement la même chose que en grec, qui signifie la force par excellence, de même & romani, traduits dans la langue des fils d'Heber, devroient se rendre par maosim ; & M. Jurieu ne doute point que le prophete n'ait fait attention à ce rapport, qui est des plus sensibles. 4°. Les aigles romaines étoient des especes de divinités, devant lesquelles se prosternoient les soldats : c'est ainsi que nous lisons dans Tacite, annal. 2, Exclamat, irent, sequerentur romanas aves propria legionum numina : & Suetone rapporte qu'Artaban adora les enseignes romaines, apol. 16. Artabanus transgressus Euphratem aquilas & signa romana Caesarumque imagines adoravit ; & Tertullien apostrophant la religion des Romains dit, religio Romanorum tota Castrensis signa veneratur, signa jurat, signa omnibus dis preponit ; ainsi c'est avec bien de la raison que Daniel les appelle le dieu des forces & des forteresses. 5°. L'histoire s'accorde fort bien avec ce sentiment, puisqu'on sait qu'Antiochus Epiphanes avoit été donné par son pere pour ôtage aux Romains, & que dans la suite pour acheter la paix, & n'avoir pas sur les bras de si redoutables ennemis, il consentit de leur payer un tribut considérable, comme nous le lisons au liv. II. des Maccabées. Macc. lib. II. ch. j. . 10.
Nicanor ordonna un tribut au roi Antiochus Epiphanes, qui devoit revenir aux Romains, savoir, deux mille talens, & que ce tribut fut fourni de l'argent provenant de la vente des prisonniers Juifs qu'on vendoit pour esclaves. M. Jurieu tire un grand parti de l'histoire, & des divers traités que les Romains firent avec Antiochus, pour expliquer fort heureusement, & selon son sentiment particulier, tout cet oracle de Daniel, dans lequel paroît le mot Maosim, ce qui le conduit toujours mieux à regarder ce Dieu Maosim comme désignant les aîgles romaines, c'est-à-dire, l'empire de Rome.
Un bon disciple de Zwingle, l'un de ces heureux mortels qui ont le bonheur de trouver par-tout leurs idées favorites, leurs préjugés, leurs erreurs mêmes, étoit en fureur de voir que M. Jurieu, zélé protestant, n'eût pas saisi comme lui le vrai sens de cet oracle, & n'eût pas entendu par ce Dieu inconnu à ses peres, honoré par des dons d'or, d'argent, & de pierres précieuses le saint sacrement de l'Eucharistie, dont il prétend que l'antechrist, c'est-à-dire dans ses principes les papes, ont fait un Dieu qu'ils honorent comme tel par des dons considérables en or, en argent, & en pierres précieuses ; quoique, dit-il, cet objet de leur culte fût absolument inconnu à leurs peres, savoir, aux premiers confesseurs du christianisme.
Le judicieux dom Calmet semble (tom. XV. comm. in Daniel.) donner, de cet oracle assez obscur par lui-même, une explication heureuse, & propre à lever toutes les difficultés, lorsque l'appliquant à Antiochus Epiphanes, il voudroit traduire ainsi l'hébreu, Dan. xj. . 37. Il s'élevera au-dessus de toutes choses, &c. . 38. & contre le Dieu Maosim, &c. (le Dieu fort, le Dieu des forteresses, le Dieu des armées) il honorera en sa place un dieu étranger, inconnu à ses peres.
Antiochus Epiphanes s'éleva contre le seigneur le Dieu très-fort, le Dieu d'Israël, & il fit mettre à sa place dans le temple de Jérusalem le faux dieu Jupiter Olympien, inconnu à ses peres, aux anciens rois de Syrie, qui avoient regné sur ce pays avant Alexandre le Grand.
Au reste, ce qui fortifieroit l'interprétation de dom Calmet, c'est que nos auteurs sacrés, & Daniel en particulier, se servent fort souvent du mot hébreu maoz, ou le fort, pour désigner l'être suprême, le Dieu d'Israël, le vrai Dieu : concluons que peut-être le savant Seldenus est celui qui a le mieux rencontré, en décidant qu'on ne sauroit saisir le véritable sens de cet oracle, & qu'il y auroit de la témérité à vouloir l'expliquer.
Sentiment qui d'ailleurs ne déroge point à la foi qu'on doit avoir pour les révélations de Daniel, puisque cet oracle regarde l'antechrist, l'événement le mettra dans tout son jour, & justifiera pleinement le prophete.
|
| MAPALIA | S. n. pl. (Littér.) ce mot désigne proprement les habitations rustiques des Numides. On voit encore, dit Salluste, que leurs bâtimens, qu'ils nomment mapalia, conservent la figure des carenes des vaisseaux, par leur longueur & leur couverture ceintrée des deux côtés. Ces sortes de bâtimens numides étoient des especes de tentes portatives, couvertes de chaume : c'est ce qui fait dire à Lucain :
Surgere congesto non culta mapalia culmo.
Virgile fait une peinture admirable de la vie de ces Numides :
Omnia secum
Armentarius afer agit, tectumque, laremque,
Armaque, amiclaeumque canem, crestamque pharetram.
Non secus ac patriis acer Romanus in armis
Injusto sub fasce viam dum carpit.
Quoique Caton prétende que ces sortes de cabanes étoient rondes, & que saint Jérôme les représente semblables à des fours, l'on peut joindre au témoignage de Salluste, celui de Silius Italicus, liv. II. v. 85. qui leur donne décisivement une figure longue :
Ipsa autem gregibus per longa mapalia lectos
Ante aciem ostentabat equos.
L'espece d'édifice nommé magalia, ne différoit des mapalia, qu'en ce que les mapalia étoient stables, & qu'ils ne pouvoient se transporter, comme les mapalia, qu'on peut comparer aux tentes des Tartares vagabonds.
Le mot mapalia ne se trouve pas également dans les historiens, les poëtes & les géographes, pour désigner des maisons champêtres, ainsi que des huttes & des cabanes portatives. Mappilia, avec deux p p, veut dire des ruines, des masures. (D.J.)
|
| MAPPA CIRCENSIS | (Littér.) c'étoit chez les Romains, un rouleau qui servoit de signal pour annoncer le commencement des jeux du cirque. On trouve souvent gravés dans les diptiques, le nom, les qualités du consul, sa figure, son sceptre d'ivoire, des animaux, des gladiateurs, le rouleau mappa circensis, & tout ce qui devoit faire partie des jeux qu'il donnoit au public, en prenant possession du consulat. (D.J.)
|
| MAPPAIRE | (Hist. anc.) nom d'officier chez les anciens Romains ; c'étoit celui qui dans les jeux publics, comme celui du cirque & des gladiateurs, donnoit le signal pour commencer, en jettant une mappe, mappa, qu'il recevoit auparavant de l'empereur, du consul, ou de quelqu'autre magistrat, apparemment le plus distingué qui fût présent, ou de celui qui donnoit les jeux. Voyez ACACIA.
|
| MAPPEMONDE | S. f. (Géogr.) est le nom que l'on donne aux cartes qui représentent le globe terrestre en entier. Comme on ne peut représenter sur le papier qu'un seul hémisphere à la fois, on représente sur les mappemondes les deux hémispheres de la terre pris séparément. La projection la plus ordinaire dont on se sert pour réprésenter une mappemonde, est une de celles dont il est fait mention dans l'article CARTE, & où on suppose l'oeil dans le plan de l'équateur. Dans cette projection que l'on peut voir, (fig. 3. Géogr.) le centre de la mappemonde est le même que le centre de la terre, & l'équateur est représenté par une ligne droite. On fait aussi quelquefois des mappemondes d'une autre espece de projection, où l'oeil est supposé au pole, & où le pole est le centre de la mappemonde. C'est la premiere des projections dont il est parlé à l'article CARTE, & qui est représentée, fig. 2. Géog. Voyez CARTE & PROJECTION. Voy. aussi TERRAQUEE.
Les lignes ponctuées que l'on voit dans la fig. 3. servent à donner une idée de la maniere dont les dégrés du méridien se projetteroient sur l'équateur si l'oeil étoit en B, & qu'on voulût projetter sur l'équateur, la partie du méridien A B C, & non la partie B D C. De pareilles cartes seroient vues au milieu, & d'une figure fort bizarre ; aussi ne sont-elles point d'usage. (O)
|
| MAQUEDA | (Géogr.) petite ville d'Espagne dans la nouvelle Castille, avec titre de duché, dans un terroir couvert d'oliviers, à trois lieues de Tolede, & à deux d'Escalona. Longit. 14. 17. lat. 39. 50. (D.J.)
|
| MAQUEREAU | VEIRAT, VERAT, AURIOL, HORREAU, POISSON D'AVRIL, scomber ou scombrus, (Hist. nat.) poisson de mer sans écailles, & qui croît jusqu'à une coudée. Il a le corps rond, charnu, épais, & terminé en pointe ; la queue est profondement fourchue. Il ressemble au thon pour la bouche, dont l'ouverture est grande ; les machoires sont minces & aiguës à leur extrémité, & se ferment comme une boîte, car la machoire inférieure entre dans la supérieure. Les yeux sont grands, & d'un jaune de couleur d'or. Quand ce poisson est dans l'eau, il a le dos de couleur de soufre, qui devient bleu dès qu'on le tire de l'eau, & après sa mort, ce bleu est interrompu par plusieurs bandes noirâtres. Le ventre & les côtés sont blancs. Le maquereau ressemble au bouiton & au thon par le nombre & la position des nageoires ; il en a une au-dessous de l'anus, & une autre à l'extrémité du dos, qui s'étendent toutes les deux jusqu'à la queue, deux aux ouies, deux au ventre, presque sous celles des ouies, & une autre sur le dos, près de la tête.
Les maquereaux sont des poissons de passage ; ils fraient en Février, comme le thon, & déposent leurs oeufs au commencement de Juin. Ils craignent le grand chaud & le grand froid. La chair en est grasse, de bon goût & presque sans arêtes. Rondelet, hist. des poissons, part. I. liv. VIII. chap. vij. Voyez POISSONS.
MAQUEREAUX, s. m. (Pêche) Voici comme se fait leur pêche. La manoeuvre differe de celle de la pêche des harengs, voyez HARENGS. Les filets sont aussi flottans, mais autrement établis. On démâte de même le bateau, & on ne donne qu'une petite cape au borset pour soutenir pendant qu'on jette le filet à la mer. La tête de ces filets-ci se tient toujours à fleur d'eau, & ne coule pas bas comme aux seines. La texture peut avoir trois mille brasses de long, ayant presque trois cent pieces d'applets ; mais comme le fil qui les compose est fort leger, ils garnissent ordinairement le bas du filet, ou de vieilles seines, ou de manets ; quelques-uns même y mettent du plomb : mais comme la tête est fort flottée, les applets se soutiennent toujours à fleur d'eau ; aussi n'y a-t-il seulement que seize quarts de futaille pour soutenir le filet dans toute sa longueur. Ces filets dérivent comme les seines, & cette pêche-ci, comme celle des harengs, ne se fait que la nuit. Plus la nuit est obscure, plus on la peut espérer bonne. Les manets sont à fleur d'eau, parce que le maquereau s'y éleve, & quand il fait clair, il apperçoit le filet, dont il s'échappe en passant par-dessus. On releve ordinairement le filet au point du jour. Voyez nos Pl. de Pêche.
On fait encore la pêche du maquereau & autres poissons passagers, d'une maniere particuliere sur la côte de l'amirauté de Quimper en Bretagne. Il faut, pour pratiquer cette pêche, un lieu commode & à l'abri, tel qu'est le coude que forme la pointe de Cleden.
Ceux qui veulent faire cette pêche, ont une ancre ou une grosse pierre percée, du poids de quelques quintaux, sur laquelle on frappe un cordage long de plusieurs brasses. Les pêcheurs, dans leurs petits bateaux, portent cette pierre à cinquante ou soixante brasses loin de la côte de la plus basse-mer, où le pié soit écoré & escarpé, & les eaux si profondes, qu'il reste toujours plusieurs brasses d'eau, même du tems des plus basses marées ; le cordage frappé sur l'ancre, soit de fer ou de pierre, a vingt-cinq & trente brasses de longueur ; au bout qui flotte, est amarrée une poulie de retour, ensorte qu'elle puisse surnager à fleur d'eau. On passe ensuite dans cette poulie un même cordage ou une ligne qui vient double jusqu'à la côte. Le pêcheur se place sur une pointe de rocher pour haler & faire venir à lui cette corde quand il le juge à propos.
Sur une partie de cette corde, que l'on nomme va & vient, à cause de sa manoeuvre, est enfilé ou amarré un filet flotté par la tête, & dont le pié est chargé de quelques pierres, pour le faire caler de sa hauteur ; ce sont ou des filets à maquereau, ou des tramaux, ou des rets à orphies ou aiguillettes, & des filets de gros fonds.
Quand le pêcheur veut faire sa pêche, & qu'il a placé son filet, il le tire de l'ancre, en halant à lui le cordage opposé ; & quand il veut visiter son filet, il hale le côté de la corde où il est amarré : il connoît par l'agitation des flottes de liege, & par leur enfoncement dans l'eau, lorsqu'il s'y est pris du poisson ; le filet, par cette manoeuvre du cordage, va & vient, il fait passer à ses piés le filet pour en retirer le poisson qui s'y est maillé, ou qui s'est embarrassé dans les mailles des trameaux.
La tissure du filet est ordinairement de quinze à vingt brasses de long sur une brasse & demie de chute. Les plus petites mailles de ces filets sont celles des manets ; & comme on y prend des meuilles ou mulets d'une grosseur prodigieuse, les pêcheurs ont des rets à plus grandes mailles, afin que les poissons s'y puissent prendre : ils ne pêchent que les poissons qui se sont maillés dans le filet.
La saison de faire cette pêche pour les mulets, est durant l'hiver, & pour les maquereaux pendant le carême. Il faut un tems calme pour pêcher de cette maniere avec succès ; les gros vents y sont contraires quelqu'abri qu'il y ait à la côte.
On place quelquefois vingt & plus de ces filets à côté les uns des autres, & ils ne sont souvent éloignés que de quelques brasses. Seulement de cette maniere ils sont placés comme sont situés à la côte les étentes, étates ou palis des pêcheurs picards & normands. Voyez ETENTE. Voyez nos Pl. de Pêche.
|
| MAQUES | en terme de Vannerie, ce sont deux brins de bois qui s'élevent sur le devant de la hotte, du fond jusqu'au collet, & servent à former les angles du dos de la hotte.
|
| MAQUETTE | S. f. les sculpteurs donnent ce nom à une premiere ébauche, en terre molle, de leur ouvrage. Voyez aussi l'article GROSSES FORGES.
|
| MAQUIGNON | S. m. (Maréchal.) on appelle ainsi celui qui vend des chevaux & les achete pour les revendre. Ce mot est devenu odieux, & on dit maintenant marchand de chevaux.
|
| MAQUIGNONAG | (Maréchal.) ce sont les finesses & tromperies que les maquignons emploient pour ajuster leurs chevaux.
|
| MAQUIGNONER | MAQUIGNONER
|
| MAQUILLEUR | S. m. (Marine) c'est un bateau de simple tillac, dont on se sert pour la pêche du maquereau.
|
| MAQUILUPA | (Géogr.) montagne de l'Amérique dans la nouvelle Espagne, & dans la province de Guaxaca. On la passe pour aller de Guaxaca à Chiapa. Gage dit qu'il y a un endroit découvert dans ce passage, où l'on voit d'un côté la vaste mer du Sud, qui est si profonde & si basse, que la tête tourne ; & que de l'autre, ce ne sont que rochers & précipices, de deux ou trois lieues de profondeur, capables de glacer le courage des plus hardis voyageurs. (D.J.)
|
| MARABOTIN | S. m. (Monn.) nom d'une ancienne monnoie d'or d'Espagne & de Portugal. Marabotinus, maurabotinus marmotinus, marbotinus, &c. Ducange me paroit avoir raison de conjecturer que marabotin ou maurabotin, veut dire butin fait sur les Maures, dépouilles des Maures, & qu'on nomma cette monnoie de ce nom, parce qu'elle fut faite de l'or enlevé aux Maures. C'est donc une monnoie originaire d'Espagne. Henri II. roi d'Angleterre & duc d'Aquitaine, rendit une sentence arbitrale l'an 1177, entre Alphonse, roi de Castille, & Sanche, roi de Navarre, par laquelle le premier de ces deux rois est obligé de payer au second, la rente de 3000 marabotins. Or quelle apparence que le roi d'Angleterre eût obligé le roi de Castille à payer une pension au roi de Navarre en monnoie étrangere ? La reine Blanche de Castille, à la fin du treizieme siecle, fut dotée de 24000 marabotins. Plusieurs titres des rois d'Aragon dans le même siecle, font mention des marabotins qui doivent leur revenir. S'il est souvent parlé de marabotins dans plusieurs titres de la ville de Montpellier, c'est parce que les rois d'Aragon ont longtems joui de cette ville. De-là vient encore que les marabotins eurent cours en France dans les provinces voisines des Pyrénées. Le Portugal eut aussi ses marabotins.
Il n'est pas possible de connoître quelle fut constamment la valeur des marabotins, soit en Espagne, soit en Portugal, soit en France, parce qu'elle éprouva bien des variations. Nous savons seulement qu'en 1213, 3160 marabotins de Portugal pesoient 56 marcs d'or ; ainsi chaque marc contenoit 60 marabotins, qui par conséquent pesoient chacun 76 grains.
Les consuls de Montpellier promirent à Innocent III. deux marcs d'or, comptant 100 marabotins, ou comme ils s'expriment, masamutins, pour le marc. Ce ne seroit dans ce calcul que 46 grains 1/25 de grain pour chaque marabotin. François-Nicolas d'Aragon, qui fut fait cardinal en 1356, nous apprend qu'un marabotin d'or valoit un florin, lequel en ce tems-là étoit d'or fin, & pesoit 66 grains. Il est dit dans l'histoire de Bretagne du même siecle, que le marabotin étoit un besan d'or, unum auri byzantium, quod marabotin nuncupatur.
Nous pensons que le marabotin & l'ancien maravédis d'or, étoient deux monnoies différentes, car en 1213, le marabotin pesoit, comme nous l'avons dit, 76 grains ; & le maravédis d'or, qui avoit encore cours en 1220, pesoit 84 grains.
Le lecteur trouvera de plus grands détails, s'il en est curieux, dans l'ouvrage de M. le Blanc sur les monnoies, pag. 179 & suiv. (D.J.)
|
| MARABOU | ou MARBOUTS, s. m. (Hist. mod.) c'est le nom que les Mahométans, soit negres, soit maures d'Afrique, donnent à des prêtres pour qui ils ont le plus grand respect, & qui jouissent des plus grands privileges. Dans leur habillement ils different très-peu des autres hommes ; mais ils sont aisés à distinguer du vulgaire par leur gravité affectée, & par un air hypocrite & réservé qui en impose aux simples, & sous lequel ils cachent l'avarice, l'orgueil & l'ambition les plus demesurés. Ces marabous ont des villes & des provinces entieres, dont les revenus leur appartiennent ; ils n'y admettent que les negres destinés à la culture de leurs terres & aux travaux domestiques. Ils ne se marient jamais hors de leur tribu ; leurs enfans mâles sont destinés dès la naissance aux fonctions du sacerdoce ; on leur enseigne les cérémonies légales contenues dans un livre pour lequel après l'alcoran, ils marquent le plus grand respect ; d'ailleurs leurs usages sont pour les laïcs un mystere impénétrable. Cependant on croit qu'ils se permettent la polygamie, ainsi que tous les Mahométans. Au reste ils sont, dit-on, observateurs exacts de l'alcoran ; ils s'abstiennent avec soin du vin & de toute liqueur forte ; & par la bonne foi qu'ils mettent dans le commerce qu'ils font les uns avec les autres, ils cherchent à expier les friponneries & les impostures qu'ils exercent sur le peuple ; ils sont très-charitables pour leurs confreres, qu'ils punissent eux-mêmes suivant leurs lois ecclésiastiques, sans permettre aux juges civils d'exercer aucun pouvoir sur eux. Lorsqu'un marabou passe, le peuple se met à genou autour de lui pour recevoir sa bénédiction. Les negres du Sénégal sont dans la persuasion que celui qui a insulté un de ces prêtres, ne peut survivre que trois jours à un crime si abominable. Ils ont des écoles dans lesquelles on explique l'alcoran, le rituel de l'ordre, ses regles. On fait voir aux jeunes marabous comment les intérêts du corps des prêtres sont liés à la politique, quoiqu'ils fassent un corps séparé dans l'état ; mais ce qu'on leur inculque avec le plus de soin, c'est un attachement sans bornes pour le bien de la confraternité, une discrétion à toute épreuve, & une gravité imposante. Les marabous avec toute leur famille, voyagent de province en province en enseignant les peuples ; le respect que l'on a pour eux est si grand, que pendant les guerres les plus sanglantes, ils n'ont rien à craindre des deux parties. Quelques-uns vivent des aumônes & des libéralités du peuple ; d'autres font le commerce de la poudre d'or & des esclaves ; mais le commerce le plus lucratif pour eux, est celui de vendre des gris-gris, qui sont des bandes de papiers remplis de caracteres mystérieux, que le peuple regarde comme des préservatifs contre tous les maux ; ils ont le secret d'échanger ces papiers contre l'or des negres ; quelques-uns d'entr'eux amassent des richesses immenses, qu'ils enfouissent en terre. Des voyageurs assurent que les marabous, craignant que les Européens ne fassent tort à leur commerce, sont le principal obstacle qui a empêché jusqu'ici ces derniers de pénétrer dans l'intérieur de l'Afrique & de la Nigritie. Ces prêtres les ont effrayés par des périls qui ne sont peut-être qu'imaginaires ou exagérés. Il y a aussi des marabous dans les royaumes de Maroc, d'Alger, de Tunis, &c. On a pour eux le plus grand respect, au point de se trouver très-honoré de leur commerce avec les femmes.
|
| MARABOUT | S. m. (Marine) c'est le nom qu'on donne à une voile dont on se sert sur une galere dans le gros tems.
|
| MARACAYBO | (Géog.) ville riche de l'Amérique méridionale, capitale de la province de Venezuela. Cette ville que les François d'Amérique nomment Maracaye, peut avoir six mille habitans, qui y font un grand commerce de cuir, de cacao, qui est le meilleur d'Amérique, & d'excellent tabac, que les Espagnols estiment singulierement. Les Flibustiers françois l'ont pillée deux fois, savoir en 1666 & 1678. Elle est située presqu'à l'entrée & sur le bord occidental du lac, dont elle a pris le nom, ou à qui elle l'a donné. M. Damville, dans sa carte de la province de Venezuela, place Maracaybo par le 10 degré de latitude méridionale.
MARACAYBO, lac de (Géog.) ce lac qui communique avec le golfe de Venezuela, est presque de figure ovale, & a environ trente lieues de longueur. Il y a un fort qui en défend le passage, & dans lequel l'Espagne entretient deux cent hommes de garnison.
|
| MARAGNAN | LA CAPITAINERIE DE (Géogr.) les Portugais écrivent Maranhan, & prononcent Maragnan, province de l'Amérique méridionale au Brésil, l'une des treize portions ou gouvernemens de ce pays-là, dans sa partie septentrionale. Elle est bornée au couchant par la capitainerie de Para, à l'orient par celle de Siara, au septentrion par la mer, au midi par la nation des Tapuyes. Elle renferme une île importante qui mérite un article à part.
MARAGNAN, l'île de (Géog.) île de l'Amérique méridionale au Brésil, dans la capitainerie à laquelle elle donne son nom. Elle est formée par trois rivieres considérables, qu'on nomme le Maraca, le Topucuru, & le Mony. Cette île est peuplée, fertile, a 45 lieues de circuit, & est éloignée de la ligne vers le sud, de 2. 30. long. 323.
Les François s'y établirent en 1612, & y jetterent les fondemens de la ville de Maragnan, que les Portugais ont élevés quand ils s'en sont rendus maîtres. Cette ville est petite, mais elle est fortifiée par un château sur un rocher. Elle a un bon port, avec un évêché suffragant de l'archevêque de San-Salvador de la Baya.
Il y a encore dans cette île plusieurs villages, que les gens du pays appellent Tave. Ces villages consistent chacun en quatre cabanes jointes en quarré à la maniere des cloitres. Ces cabanes sont composées de troncs d'arbres & de branches liées ensemble, & couvertes depuis le bas jusqu'au haut de feuilles de palmiers.
Maragnan étant si près de la ligne, les nuits y sont les mêmes dans tout le cours de l'année ; on n'y éprouve ni froid ni sécheresse, & la terre y rapporte le maïs avec abondance. Les racines de manioc y croissent aussi fort grosses & en peu de tems. On y a des melons & autres fruits toute l'année.
Les naturels de cette contrée vont tout nuds. Ils se peignent le corps de différentes couleurs, & affectent le noir pour les cuisses. Les femmes se percent les oreilles, & y pendent de petites boules de bois. Les hommes se percent les narines, ou la levre d'en bas, & y suspendent une pierre verte. L'arc & les fleches sont leurs seules armes.
|
| MARAIS | S. m. (Géograph.) lieu plus bas que les lieux voisins, où les eaux s'assemblent & croupissent, parce qu'elles n'ont point de sortie ; on appelle aussi marais certains lieux humides & bas, où l'eau vient quand on creuse un pié ou deux dans la terre.
Les Grecs ont deux mots pour exprimer un marais, savoir elos, qui répond assez à l'idée que nous avons du mot marais, c'est-à-dire une terre basse noyée d'eau ; & limné, que les Latins rendent également par palus & par stagnum, un marais ou un étang, c'est-à-dire un terrein couvert d'eau. Mais les Latins ont fort étendu le sens du mot palus, car ils l'emploient à signifier un lac ; ainsi ils ont dit le Palus Méotide, pour désigner un grand lac, qui mérite bien le nom de mer, & qui est à l'embouchure du Don.
Les marais se forment de plusieurs manieres différentes.
Il y a des terres voisines des rivieres, le débordement arrivé, l'eau se répand sur ces terres, y fait un long séjour, & les affaisse. Pour lors ces terres deviennent des marais & restent telles, à moins que l'ardeur du soleil ne les desseche, ou que l'art ne fasse écouler ces eaux. On est parvenu à cet art pour ne pas perdre le terrein, en pratiquant des canaux par où l'eau s'écoule, & en coupant des fossés, dont la terre sert à relever les prairies & à ramasser les eaux auxquelles on ménage un cours, soit par des moulins, soit par quelqu'autre artifice semblable. On empêche de cette maniere que de grands terreins ne restent inondés. Les Hollandois ont desséché quantité de marais par cette invention, & c'est ce qu'ils nomment des polders.
Il arrive encore que dans un terrein inculte & dépeuplé, les plantes sauvages naissent confusément, & forment avec le tems, un bois, une forêt ; les eaux s'assemblent dans un fond, & les arbres qui les couvrent en empêchent l'évaporation. Voilà un marais fait pour toûjours. Il y a de tels marais à Surinam, qui ont commencé avec le monde, & qui ont des centaines de lieues d'étendue.
Les marais qui ne consistent qu'en une terre très-humide, se corrigent par des saignées, & deviennent capables de culture, comme le prouvent un grand nombre de lieux des Pays-bas & des Provinces-unies.
L'art même vient à-bout de dessécher les terres que l'eau couvre entierement. Il n'a tenu qu'au gouvernement de Hollande de consentir que l'espace qu'occupe aujourd'hui la mer de Harlem, qui n'est proprement qu'un marais inondé, ne se changeât en un terrein couvert de maisons & de prairies. Cela seroit exécuté depuis long-tems, si les avantages qu'on en tireroit avoient paru sans risque & supérieurs à ceux que cette mer procure au pays.
Il y a des marais qu'il ne seroit ni aisé ni utile de dessécher ; ce sont ceux qui sont arrosés d'un nombre plus ou moins grand de fontaines, dont les eaux se réunissant dans une issue commune, se frayent une route, & forment une riviere qui se grossissant de divers ruisseaux, fait souvent le bonheur de tout le pays qu'elle arrose.
On appelle à Paris improprement marais, des lieux marécageux, bonifiés & réhaussés par les boues de la ville qu'on y a apportées, & où à force de fumier, on fait d'excellens jardinages.
On appelle sur les côtes de France marais salans, des lieux entourés de digues, où dans le tems de la marée, on fait entrer l'eau de la mer qui s'y change en sel. (D.J.)
MARAIS, (Jardinage) est une espece de légumier situé dans un lieu bas, tel qu'on en voit aux environs de Paris, de Londres, de Rome, de Venise, & des grandes villes.
MARAIS SALANS, voyez l'article SALINE.
|
| MARAKIAH | (Géog.) pays maritime d'Afrique, entre la ville d'Alexandrie & la Lybie. Ce pays, au jugement de d'Herbelot, pourroit être pris pour la Pentapole, ou s'il est compris dans l'Egypte, pour la Maréotide des anciens. (D.J.)
|
| MARAMBA | (Hist. mod. superstition) fameuse idole ou fétiche adorée par les habitans du royaume de Loango en Afrique, & auquel ils sont tous consacrés dès l'âge de douze ans. Lorsque le tems de faire cette cérémonie est venu, les candidats s'adressent aux devins ou prêtres appellés gangas, qui les enferment quelque tems dans un lieu obscur, où ils les font jeûner très-rigoureusement ; au sortir de-là il leur est défendu de parler à personne pendant quelques jours, sous quelque prétexte que ce soit ; à ce défaut, ils seroient indignes d'être présentés au dieu Maramba. Après ce noviciat le prêtre leur fait sur les épaules deux incisions en forme de croissant, & le sang qui coule de la blessure est offert au dieu. On leur enjoint ensuite de s'abstenir de certaines viandes, de faire quelques pénitences, & de porter au col quelque relique de Maramba. On porte toûjours cette idole devant le mani-hamma, ou gouverneur de province, par-tout où il va, & il offre à ce dieu les prémices de ce qu'on sert sur sa table. On le consulte pour connoître l'avenir, les bons ou les mauvais succès que l'on aura, & enfin pour découvrir ceux qui sont auteurs des enchantemens ou maléfices, auxquels ces peuples ont beaucoup de foi. Alors l'accusé embrasse l'idole, & lui dit : je viens faire l'épreuve devant toi, ô Maranba ! les negres sont persuadés que si un homme est coupable, il tombera mort sur le champ ; ceux à qui il n'arrive rien sont tenus pour innocens.
|
| MARAN-ATHA | (Critique sacrée) termes syriaques qui signifient le seigneur vient ou le seigneur est venu ; ainsi que l'interpretent S. Jérôme, épitr. 137. & S. Ambroise, in. I. Cor.
C'étoit une menace ou une maniere d'anathème parmi les Juifs. S. Paul dit anathème, maran-atha, à tous ceux qui n'aiment point Jesus-Christ, I. Cor. xvj. 22. La plûpart des commentateurs, comme S. Jérôme, S. Chrysostome, Théodoret, Grotius, Drumius, &c. enseignent que maran-atha est le plus grand de tous les anathèmes chez les Juifs, & qu'il est équivalent à scham-atha ou schem-atha, le nom vient, c'est-à-dire le seigneur vient : comme si l'on disoit : Soyez dévoué aux derniers malheurs & à toute la rigueur des jugemens de Dieu ; que le seigneur vienne bientôt pour tirer vengeance de vos crimes. Mais Selden, de synedr. lib. I. cap. viij. & Ligfoot dans sa dissertation sur ce mot, soutiennent qu'on ne trouve pas maran-atha dans ce sens chez les rabbins. On peut cependant fort bien entendre ce terme dans S. Paul dans un sens absolu, que celui qui n'aime point notre seigneur Jesus-Christ, soit anathème, c'est-à-dire le Seigneur a paru, le Messie est venu ; malheur à quiconque ne le reçoit point : car le but de l'apôtre est de condamner l'incrédulité des Juifs. On peut voir sur cette matiere les dissertations d'Elie Veihemajerus de Paulino anathematismo ad I. Cor. xvj. 22. & de Jean Reunerus, dans le recueil des dissert. intitulé, Thesaurus theologico-philosophicus, part. II. p. 578. 582 & seq. Calmet, Dictionn. de la Bible, tome II. pag. 615 & 616.
Bingham doute que cette espece d'excommunication, qui répondoit au scham-atha des Juifs, ait jamais été en usage dans l'Eglise chrétienne quant à ses effets, qui étoient de condamner le coupable, & de le séparer de la société des fidéles sans aucun espoir de retour. Il ajoute que dans les anciennes formules d'excommunication usitées dans la primitive église, on ne trouve point le mot maran-atha, ni aucun autre qui en approche pour la forme ; car enfin, dit-il, quelque criminels que fussent ceux que l'Eglise excommunioit, & quelque grieves que fussent les peines qu'elle leur infligeoit, ses sentences n'étoient point irrévocables si les enfans séparés revenoient à résipiscence, & même elle prioit Dieu de leur toucher le coeur. Et sur cela il se propose la question savoir si l'Eglise prononçoit quelquefois l'excommunication avec exécration ou dévouement à la mort temporelle. Grotius croit qu'elle en a usé quelquefois de la sorte contre les persécuteurs, & en particulier contre Julien l'apostat, que Didyme d'Alexandrie, & plusieurs autres, soit évêques, soit fidéles, prierent & jeunerent pour demander au ciel la perte de ce prince qui menaçoit le christianisme d'une ruine totale ; mais cet exemple particulier & quelques autres semblables, ne concluent rien pour toute l'Eglise ; & S. Chrysostome dans son homélie 76, soutient une doctrine toute contraire, & suppose que les cas où l'on voudroit sévir de la sorte contre les hérétiques ou les persécuteurs, non-seulement sont très-rares, mais encore impossibles, parce que Dieu n'abandonnera jamais totalement son Eglise à leur séduction ou à leurs fureurs. Bingham orig. eccles. tom. VII. lib. XVI. cap. xj. § 16 & 17.
|
| MARANDER | v. n. (Marine) terme peu usité même parmi les matelots, pour dire gouverner.
MARANDER, terme de pêche, c'est mettre les filets à la mer, se tenir dessus & les relever. Ainsi les pêcheurs disent qu'ils vont marander leurs filets quand ils vont faire la pêche.
|
| MARANES | S. m. (Hist. mod.) nom que l'on donna aux Mores en Espagne. Quelques-uns croient que ce nom vient du syriaque maran-atha, qui signifie anathème, exécration. Mariana, Scaliger & Ducange en rapportent l'origine à l'usurpation que Marva fit de la dignité de calife sur les Abassides, ce qui le rendit odieux lui & ses partisans à tous ceux de la race de Mahammed, qui étoient auparavant en possession de cette charge.
Les Espagnols se servent encore aujourd'hui de ce nom pour designer ceux qui sont descendus de ces anciens maures, & qu'ils soupçonnent retenir dans le coeur la religion de leurs ancêtres : c'est en ce pays-là un terme odieux & une injure aussi atroce que l'honneur d'être descendus des anciens chrétiens est glorieux.
|
| MARANON | (Géog.) prononcez Maragnon ; c'est l'ancien nom de la riviere des Amazones, le plus grand fleuve du monde, & qui traverse tout le continent de l'Amérique méridionale d'occident en orient.
Le nom de Maranon a toûjours été conservé à ce fleuve, depuis plus de deux siecles chez les Espagnols, dans tout son cours & dès sa source ; il est vrai que les Portugais établis depuis 1616 au Para, ne connoissoient ce fleuve dans cet endroit-là que sous le nom de riviere des Amazones, & qu'ils n'appellent Maranon ou Maranhon dans leur idiome, qu'une province voisine de celle de Para ; mais cela n'empêche point que la riviere des Amazones & le Maranon ne soient le même fleuve.
Il tire sa source dans le haut Pérou du lac Lauricocha, vers les onze degrés de latitude australe, se porte au nord dans l'étendue de 6 degrés, ensuite à l'est jusqu'au cap de Nord, où il entre dans l'Océan sous l'équateur même, après avoir couru depuis Jaën, où il commence à être navigable, 30 degrés en longueur, c'est-à-dire 750 lieues communes, évaluées par les détours à mille ou onze cent lieues. Voyez la carte du cours de ce fleuve, donnée par M. de la Condamine dans les mém. de l'acad. des Scienc. ann. 1745.
|
| MARANT | (Géog.) on écrit aussi Marand & Marante, petite ville de Perse dans l'Adirbetzan, dans un terrein agréable & fertile. Les Arméniens, dit Tavernier, croient par tradition que Noé a été enterré à Marant, & ils pensent que la montagne que l'on voit de cet endroit dans un tems serein, est celle où l'arche s'arrêta après le déluge. Longitude 81. 15. latit. 37. 30. suivant les observations des Persans. (D.J.)
|
| MARANTE | S. f. maranta, (Botan.) genre de plante à fleur monopétale presqu'en forme d'entonnoir, découpée en six parties, dont il y en a trois grandes & trois petites, placées alternativement. La partie inférieure du calice devient dans la suite un fruit ovoïde qui n'a qu'une seule capsule & qui renferme une semence dure & ridée. Plumier, nova plant. amer. gen. Voyez PLANTE.
|
| MARASA | (Géogr.) ville d'Afrique en Nigritie, dans le royaume de Cassena ou de Ghana, entre une riviere qui vient de Canum, & les frontieres du royaume de Zeg-zeg, selon M. Delisle. (D.J.)
|
| MARASME | S. m. (Medecine) . L'étymologie de ce nom vient du grec , je flétris, je desseche, & cette maladie est en effet caractérisée par un desséchement général & un amaigrissement extrème de tout le corps ; c'est le dernier période de la maigreur, de l'atrophie & de la consomption. Lorsque le marasme est décidé, les os ne sont plus recouverts que d'une peau rude & desséchée ; le visage est hideux, décharné, représentant exactement la face qu'on appelle hypocratique, que cet illustre auteur a parfaitement peint dans ses coaques, cap. vj. n °. 2. Les yeux, dit-il, sont creux, enfoncés, le tour des paupieres est livide, les narines sont seches & pointues ; les tempes abattues ; les oreilles froides & resserrées ; les levres sont sans éclat, appliquées & comme collées aux gencives, dont elles laissent entrevoir la blancheur affreuse ; la peau est dure & raboteuse : ajoutez à cela une couleur pâle verdâtre ou tirant sur le noir ; mais le reste du corps répond à l'état effroyable de cette partie. La tête ainsi défigurée est portée sur un col grêle, tortueux, allongé ; le larynx avance en dehors, les clavicules forment sur la poitrine un arc bien marqué, & laissent à côté des creux profonds ; les côtes paroissent à nud, & se comptent facilement : leurs intervalles sont enfoncés, leur articulation avec le sternum & les vertebres, sont très-apparens ; les apophyses épineuses des vertebres sont très-saillantes : on observe aux deux côtés une espece de sillon considérable ; les omoplates s'écartent, semblent se détacher du tronc & percer la peau ; les hypocondres paroissent vuides, attachés aux vertebres ; les os du bassin sont presqu'entierement découverts ; les extrémités sont diminuées ; la graisse & les muscles même qui environnent les os, semblent être fondus ; les ongles sont livides, crochus, & enfin toutes les parties concourent à présenter le spectacle le plus effrayant & le plus désagréable. On peut ajouter à ce portrait celui qu'Ovide fait fort élégamment à sa coutume de la faim qu'il personnifie. Métamorphoses, liv. VIII.
Hirtus erat crinis, cava lumina, pallor in ore,
Labra incana situ, scabri rubigine dentes ;
Dura cutis per quam spectari viscera possent ;
Ossa sub incurvis extabant avida lumbis ;
Ventris erat, pro ventre, locus ; pendere putares
Pectus, & à spinae tantummodo crate teneri.
Auxerat articulos macies, genuumque tumebat
Orbis, & immodico prodibant tubere tali.
Ces squeletes vivans sont languissans, fatigués, abattus au moindre mouvement ; leur respiration est gênée ; le pouls est quelquefois vite, précipité, mais toûjours foible & petit ; l'appétit manque totalement, le dégoût survient, les forces sont épuisées, &c.
On peut compter deux especes de marasme ; l'un propre aux vieillards, censé froid, est une suite assez ordinaire de la vieillesse. Il est connu sous le nom de senium Philippi, medecin qui a le premier appellé de ce nom l'état de maigreur & de desséchement qu'on observe chez les personnes décrépites. L'autre est appellé marasme chaud ; il est ordinairement accompagné d'une fievre lente, hectique, avec des redoublemens sur le soir, sueurs excessives, cours de ventre colliquatif, chaleur âcre dans la paume de la main, &c.
L'amaigrissement essentiel à cette maladie indique évidemment que la non-nutrition, , en est la cause immédiate. Personne n'ignore que pour reparer les pertes que le corps fait journellement, il faut prendre des alimens, les digérer ; que le chyle qui en est l'extrait passe par les vaisseaux lactés, avant qu'il parvienne dans les vaisseaux sanguins ; que les parties muqueuses, nutrifiées s'en séparent, s'appliquent & introsuscipiantur, aux différentes parties du corps qui leur sont analogues. Ainsi le moindre dérangement dans quelqu'une de ces actions, trouble, empêche la nutrition ; & s'il est constant il conduit au marasme. Ainsi, premierement, des abstinences trop longues, des indigestions continuelles, en sont des causes fréquentes ; le vice des sucs digestifs, & surtout de la salive, mérite souvent d'être accusé. Ruisch a deux observations remarquables à ce sujet ; l'une concernant un soldat à qui les conduits de Stenon qui portent la salive de la parotide à la bouche, avoient été coupés ; il tomboit invinciblement dans le marasme. On ne put en arrêter les progrès & le guérir, qu'en substituant des conduits salivaires artificiels. L'autre observation regarde une jeune dame qui ayant essayé toutes sortes de remedes inutilement pour guérir d'une maigreur affreuse, vint le consulter ; il s'apperçut pendant qu'elle parloit, qu'elle crachoit continuellement ; il soupçonna la cause de sa maladie, & ne lui conseilla autre chose que de s'abstenir de cracher, ce qu'elle fit avec succès. Le défaut de la bile, du feu gastrique, &c. peut aussi produire le même effet ; & en général dans les premieres voies toutes les causes qui empêcheront la digestion des alimens, le passage du chyle dans les vaisseaux destinés à le porter au sang. Sous ce point de vûe on peut ranger l'obstruction du pylore, la lienterie, le flux chimeux ou la passion coeliaque, le flux chyleux, l'obstruction des vaisseaux lactés, des glandes du mésentere, les blessures du canal thorachique, &c. L'application & l'intus-susception des parties muqueuses, nutritives, est détournée dans les maladies aiguës, inflammatoires, ce suc nourricier forme alors la matiere des scories ; dans les fievres lentes, hectiques suppuratoires, toute la graisse se fond, le tissu cellulaire est changé en son premier état de mucosité, & fournit la matiere des suppurations abondantes ; tout le suc muqueux se dissipe par-là, ce qui fait que le marasme accompagne & termine aussi souvent la phthisie : la même chose arrive dans le diabete, les cours de ventre colliquatifs, la sueur angloise, &c. mais il n'y a point d'évacuation qui devenant immodérée soit plus promtement suivie du marasme que celle de la semence : comme ce sont les mêmes parties qui constituent cette liqueur prolifique, & qui servent à la nutrition, il n'est pas étonnant que les personnes qui se livrent avec trop d'ardeur aux plaisirs de l'amour, & qui dépensent beaucoup de semence, maigrissent d'abord, se dessechent, tombent dans le marasme & dans cette espece de consomption, connue sous le nom de tabes dorsalis. Enfin il peut se faire que sans aucun vice de la part des fluides, sans que le suc nourricier manque, le marasme soit excité, les vaisseaux seuls péchans étant pour la plûpart trop rigides, desséchés & oblitérés, ou sans force & sans action, & c'est ce qui me semble le cas du marasme senile.
Les observations anatomiques confirment & éclaircissent l'action des causes que nous avons exposées : elles font voir que les vices du foie & des glandes du mésentere ont la plus grande part dans la production de cette maladie. Fontanus (respons. & curat. lib. I.) trouva dans un enfant le foie prodigieusement gros & ulcéré, la ratte naturelle, l'épiploon manquant tout-à-fait, &c. Gaspard Bauhin observa dans une jeune fille le foie beaucoup augmenté, les glandes du mésentere skirrheuses, &c. Le cadavre d'une femme que Fabrice Hildan ouvrit, lui présenta des tumeurs stéatomateuses répandues dans le mésentere, un skirrhe considérable sous la veine porte dans le pancréas, le foie dur & pâle, &c. centur. 1. observ. 89. Timée rapporte avoir trouvé le foie skirrheux, grossi, marqueté de taches noires, toutes les parties qui l'environnoient corrompues, &c. lib. VI. epist. 8. Dans le cadavre d'une femme, Simon Schultzius raconte qu'il vit le péritoine, le mésentere, l'épiploon, le pancréas presqu'entierement détruits, le foie dur, ulcéré, augmenté en masse au point qu'il pesoit cinq à six livres ; il n'y avoit aucun vice remarquable dans l'estomac & la ratte, miscell. curios. ann. 1674. p. 85. Dans d'autres le foie a aussi paru skirrheux, mais rapetissé, le pancréas obstrué, les glandes du mésentere durcies, Kerkringius, observ. anat. 65. Ayant fait ouvrir un malade mort dans le marasme, j'ai observé tout le mésentere obstrué, les glandes lymphatiques entierement skirrheuses. On a trouvé quelquefois dans le mésentere des glandes comme des oeufs, des noix. Warthon dit avoir vu une tumeur qui occupoit presque tout le mésentere, qui avoit un pié de long & six pouces de large, adenograph. cap. xj. & David Lagneau raconte qu'il y en avoit une dans le ventre d'une femme attachée au muscle lombaire, de la grosseur d'une tête de veau, de sanguin. mission. pag. 385. Dans plusieurs cadavres on n'a apperçu d'autre cause évidente que des vers nichés dans quelque intestin, & sur-tout le toenia ou ver solitaire. Il est certain que ceux qui en sont attaqués maigrissent considérablement, ont cependant très-bon appetit & mangent beaucoup : sans doute que ces vers se nourrissent eux-mêmes du chyle dont ils privent le malade. On trouva dans le cadavre d'une jeune fille de Montpellier morte de marasme, le foie couvert de verrues, les intestins & le mésentere même remplis de vers lombricaux assez longs, phil. salmuth. centur. 1. observ. 5. Il n'y a aucune de ces observations qui ne confirme la sentence d'Hyppocrate, lib. de loc. in hom. : lorsque la ratte est en bon état & florissante, le corps décroit & maigrit.
La description que nous avons donnée de cette maladie en rend le diagnostic évident ; quant au prognostic, on peut assurer que lorsque le marasme est bien décidé, il est ordinairement incurable : la maigreur, l'atrophie peuvent se guérir, mais ces maladies sont encore plus dangereuses que l'obésité ; car il vaut mieux pécher en faisant une diete trop peu exacte qu'en la faisant trop sévere : les accidens qui suivent cette faute sont toûjours beaucoup plus graves. Hypocr. aphor. 5 & 6 lib. I. Cette maladie est plus fréquente & beaucoup plus mortelle chez les enfans que chez les adultes, parce qu'ils ont besoin plus fréquemment de nourriture ; au lieu que les personnes d'un certain âge supportent beaucoup plus facilement l'abstinence, id. ibid. aphor. 13 & 14. La maladie touche à son terme & l'on peut juger la mort prochaine, lorsque les sueurs nocturnes sont abondantes, que les cheveux tombent, & que le cours de ventre survient. Id. lib. V. aphor. 12. On peut avoir quelqu'espérance si la foiblesse diminue, si la peau s'humecte, s'assouplit, &c. Le marasme senile demanderoit pour sa guérison les secrets de Medée, qui étant chimériques ne laissent aucun espoir dans cet état ; il n'y a que la mort qui puisse terminer cette maladie, après laquelle tout le monde soupire, & qu'on trouve cependant bien incommode.
Il est rare qu'on puisse donner des remedes avec succès dans le marasme parfait : lorsqu'il dépend de quelqu'évacuation excessive, les secours les moins inutiles sont les mets succulens, restaurans, analeptiques ; lorsqu'on soupçonne qu'il dépend de l'obstruction des glandes mésentériques, on peut essayer quelque leger apéritif stomachique : les savonneux ont quelquefois réussi chez les enfans dans les premiers degrés de marasme, de même que la rhubarbe, les martiaux pour ceux qui sont sevrés, les frictions sur le bas ventre. On a vu quelques bons effets des bains, sur-tout lorsque le marasme étoit causé par les crinons. Je pense que les eaux minérales sulphureuses, telles que les eaux de Barege, de S. Laurens, &c. pourroient avoir quelques succès dans certains cas : l'usage de ces eaux est souvent suivi d'une souplesse & d'une humectation de la peau toûjours favorable & d'un bon augure. Dans des maladies aussi desespérées, on peut sans crainte essayer toutes sortes de remedes : quelquefois la guérison est opérée par les plus singuliers, & ceux qui paroissent les plus opposés. Hippocrate raconte dans ses épidémies, liv. V. que n'ayant pu venir à bout d'arrêter par aucun remede les progrès du marasme dans un homme, il le fit saigner aux deux bras jusqu'au blanc, comme on dit ; ce secours en apparence déplacé fit lui seul en peu de tems ce que les autres n'avoient pu faire. Galien guérit aussi une malade par la même méthode ; il fit tirer en trois jours plus de trois livres de sang, épidem. liv. VI. sect. 3. Il arrive aussi quelquefois que les malades désirent vivement certains mets, il faut bien se garder de les leur refuser : l'estomac digere bien ce qu'il appete avec avidité. Il y a une foule d'observations par lesquelles il conste que les alimens les plus mauvais en apparence ont opéré des guérisons surprenantes.
Un homme, au rapport de Panarole, fut guéri du marasme en mangeant des citrons en abondance, observ. 36. pentecost. 2. Une femme qui étoit dans le même cas dut pareillement sa guérison à une grande quantité d'huîtres qu'elle avala, Tulpius medic. obs. lib. II.. observ. 8. De pareils faits assez fréquens, au grand deshonneur de la Medecine, devroient faire ouvrir les yeux aux medecins routiniers, & les convaincre de l'insuffisance de leur routine. Zacutus Lusitanus recommande dans le marasme particulier la pication, c'est-à-dire de faire frapper la partie atrophiée avec des férules enduites de poix, prax. admir. lib. I. observ. 136.
|
| MARATHÉSIUM | (Géog.) ville d'Asie, dans la Lydie, aux confins de la Carie, selon Pline, l. V. c. xxix. Scylax, dans son Périple, la place entre Ephèse & Magnésie. (D.J.)
|
| MARATHON | (Géog. anc. & mod.) bourg de Grece, dans l'Attique, sur la côte, à dix milles d'Athènes, du côté de la Béotie. Il tiroit son nom de Marathon, petit-fils d'Aloeus, qui selon la fable, avoit le soleil pour pere. Etant arrivé dans la partie maritime de l'Attique, il fonda la bourgade de Marathon, & lui donna son nom. Ce lieu devint ensuite plus connu par la victoire de Thésée sur un furieux taureau qui ravageoit la tétrapole d'Attique. Thésée le combattit dans le territoire de Marathon, le dompta, & le sacrifia au temple de Delphes. Mais le nom de Marathon s'est immortalisé par la victoire que les Athéniens, sous la conduite de Miltiade, y remporterent sur les Perses la troisieme année de la soixante-deuxieme olympiade. On plaça dans la galerie des peintures d'Athènes, un tableau qui représentoit cette célebre bataille. Miltiade s'y vit seulement représenté dans l'attitude d'un chef, qui exhorte le soldat à faire son devoir ; mais tout vainqueur qu'il étoit, il ne put jamais obtenir que son nom fût écrit au bas du tableau ; on y grava celui du peuple d'Athènes.
Marathon, si fameux dans l'antiquité, a bien changé de face ; ce n'est plus qu'un petit amas de quinze ou vingt métairies, habitées par une centaine d'Albanois. Il est éloigné de trois milles de la mer, & de sept ou huit d'Ebréo-castro, ce qui répond aux soixante-quatre stades que Pausanias met de distance entre Marathon & Rhamnus.
Le même Pausanias parle aussi du lac de Marathon, & dit qu'il étoit en grande partie rempli de vase : les Perses mis en fuite s'y précipiterent d'épouvante.
La plaine de Marathon, où se donna cette grande bataille, s'appelle toujours campi Marathonis ; elle a environ douze milles de tour, & consiste pour la plus grande partie en des champs labourés, qui s'étendent depuis les montagnes voisines jusqu'à la mer.
Cette plaine est coupée par la riviere de Marathon, & c'est peut-être celle qu'on nommoit anciennement Macoria, elle vient du mont Parnèthe, passe de nos jours par le milieu du village de Marathon, & va se dégorger dans l'Euripe.
Je ne dois pas oublier de remarquer que les Atticus Herodès étoient de Marathon, & fleurissoient sous Nerva, Trajan & Marc-Aurele. Atticus pere, ayant trouvé dans sa maison un riche trésor, manda à l'empereur Nerva, ce qu'il vouloit qu'il en fît ; l'empereur lui répondit : " Vous pouvez user de ce que vous avez trouvé ". Atticus lui récrivit, que ce trésor étoit très-considérable, & fort au-dessus de la condition d'un particulier. Nerva lui répliqua : " Abusez si vous voulez de votre trésor inopiné, mais il vous appartient ". Le fils d'Atticus en jouit, & en employa une partie à décorer Athènes de superbes édifices. Il embellit aussi le Gymnase d'Olympie de superbes statues de marbre du mont Penthélique. En même tems il cultiva les lettres, les étudia sous Phavorien, & devint si éloquent, qu'il mérita lui-même d'avoir Marc-Aurele pour disciple. Il fut élu à la dignité de consul romain, & mourut à 76 ans. Il avoit fait plusieurs ouvrages dont parle Philostrate, & que le tems nous a ravis. (D.J.)
|
| MARATHOS | (Géog. anc.) ville de la Phénicie, de laquelle Pomponius Méla, liv. I. chap. xij. dit, urbs non obscura Marathos ; c'est présentement Margat. (D.J.)
|
| MARATHUSE | (Géog. anc.) en latin Maratussa, île d'Asie, sur la côte de l'Asie mineure, vers Ephese, selon Pline, liv. V. chap xxxj. & près de Clazomènes, selon Thucydide ; son nom venoit de la quantité de fenouil dont elle abondoit. (D.J.)
|
| MARATIENS | LES (Géog. anc.) Maratiani, dans Pline, liv. VI. ch. xvj. ancien peuple à l'orient de la mer Caspienne, vers la Sogdiane. Le P. Hardouin lit Maraciani, & tire leur nom de Maraca, ville dans la Sogdiane, sur l'Oxus, selon Ptolomée ; mais comme Pline a nommé, deux lignes plus haut, les habitans de Maraca, & qu'il les appelle Marucaei, il les distingue donc des Maratiani, qui nous restent toujours inconnus.
|
| MARATTES | ou MAHARATAS, (Hist. mod.) c'est le nom qu'on donne dans l'Indostan à une nation de brigands, sujets de quelques rajahs ou souverains indiens idolâtres, qui descendent du fameux rajah Sevagi, célebre par les incursions & les conquêtes qu'il fit vers la fin du siecle passé, qui ne purent jamais être réprimées par les forces du grand-mogol. Les successeurs de ce prince voleur, se sont bien trouvés de suivre la même profession que lui, & le métier de brigands est le seul qui convienne aux Marattes leurs sujets. Ils habitent des montagnes inaccessible, situées au midi de Surate, & qui s'étendent jusqu'à la riviere de Gongola, au midi de Goa, espace qui comprend environ 250 lieues ; c'est de cette retraite qu'ils sortent pour aller infester toutes les parties de l'Indostan, où ils exercent quelquefois les cruautés les plus inouies. La foiblesse du gouvernement du grand-mogol a empêché jusqu'ici qu'on ne mît un frein aux entreprises de ces brigands, qui sont idolâtres, & qui parlent un langage particulier.
|
| MARAUDE | S. m. (Art milit.) c'est à la guerre le pillage que les soldats qui sortent du camp sans ordre, vont faire dans les villages des environs.
La maraude est entierement préjudiciable dans les armées, elle empêche les paysans des environs du camp d'apporter leurs denrées, par la crainte d'être pillés en y allant : elle fait aussi périr beaucoup de braves soldats, qui sont assommés par les paysans. Lorsque les maraudeurs sont pris par le prevôt de l'armée, il les fait pendre sur le champ.
On pourroit apporter quelque remede à la maraude, si on chargeoit les colonels des désordres de leurs soldats, & si on punissoit l'officier particulier quand on trouveroit son soldat hors du camp. En établissant cette police, on ne seroit pas long-tems à s'appercevoir du changement qu'un tel ordre apporteroit dans une armée. Mais de faire pendre simplement un malheureux qui a été pris sur le fait, comme il est d'usage de le faire, c'est un foible remede. Le prevôt n'attrape ordinairement que les sots, cela ne va pas à la source du mal, & c'est ne rien faire d'important pour l'arrêter.
|
| MARAUDEUR | S. m. (Art milit.) est un soldat qui va à la maraude, ou à la petite guerre. Voyez MARAUDE.
|
| MARAVA | (Géog.) petit royaume des Indes, entre les côtes de la Pêcherie & de Coromandel, est borné au nord par le royaume de Tanjaour, au sud-ouest par celui de Travaucor, & au couchant par le Maduré dont il est tributaire. (D.J.)
|
| MARAVEDI | S. m. (Hist. mod.) petite monnoie de cuivre qui a cours en Espagne, & qui vaut quelque chose de plus qu'un denier de France. Ce mot est arabe, & est dérivé de almoravides, l'une des dinasties des Mores, lesquels passant d'Afrique en Espagne, donnerent à cette monnoie leur propre nom, qui par corruption se changea ensuite en maravedi ; il en est fait mention dans les decrétales aussi-bien que d'autres auteurs latins sous le nom de marabitini.
Les Espagnols comptent toûjours par maravedis, soit dans le commerce, soit dans les finances, & quoique cette monnoie n'ait plus cours parmi eux. Il faut 63 maravedis pour faire un réal d'argent, ensorte que le piastre ou piece de huit réaux contient 504 maravedis, & la pistole de quatre pieces de huit en contient 2016. Voyez MONNOIE.
Cette petitesse du maravedi produit de grands nombres dans les comptes & les calculs des Espagnols, de façon qu'un étranger ou un correspondant se croiroit du premier coup d'oeil débiteur de plusieurs millions pour une marchandise qui se trouve à peine lui coûter quelques louis.
Les lois d'Espagne font mention de plusieurs especes de maravedis, les maravedis alphonsins, les maravedis blancs, les maravedis de bonne monnoie, les maravedis combrenos, les maravedis noirs, les vieux maravedis : quand on trouve maravedis tout court, cela doit s'entendre de ceux dont nous avons parlé plus haut ; les autres sont différens en valeur, en finance, en ancienneté, &c.
Mariana assure que cette monnoie est plus ancienne que les Maures, qu'elle étoit d'usage du tems des Goths ; qu'elle valoit autrefois le tiers d'un réal, & par conséquent douze fois plus qu'aujourd'hui. Sous Alphonse XI. le maravedi valoit dix-sept fois plus qu'aujourd'hui ; sous henri second, dix fois ; sous henri III. cinq fois ; & sous Jean II. deux fois & demie davantage.
|
| MARBELLA | (Géog.) petite ville maritime d'Espagne, à l'extrémité occidentale du royaume de Grenade, avec un port fort commode : c'est peut-être la Salduba des anciens. (D.J.)
|
| MARBRE | S. m. (Hist. nat. Min.) marmor, c'est une pierre opaque, compacte, prenant un beau poli, remplie pour l'ordinaire de veines & de taches de différentes couleurs. Quoiqu' assez dure, cette pierre ne fait point feu lorsqu'on la frappe avec de l'acier ; l'action du feu la réduit en chaux, & elle se dissout dans tous les acides, d'où l'on voit que c'est une pierre calcaire.
Les couleurs du marbre varient à l'infini. Il y en a qui n'a qu'une seule couleur ; il est ou blanc, ou noir, ou jaune, ou rouge, ou gris, &c. Il y en a d'autre qui est rempli de veines & de couleurs différentes. Ces couleurs ne changent rien à la nature de la pierre, elles viennent de différentes substances minérales & métalliques comme celles des autres pierres. Les marbres noirs paroissent colorés par une substance bitumineuse, dont on découvre l'odeur en les frottant.
L'on a donné différens noms aux marbres d'après leurs différentes couleurs, d'après leurs accidens, & d'après les différens endroits où on les trouve. Il seroit trop long de rapporter ici tous ces noms, qui ont jetté beaucoup de confusion dans cette matiere, on les trouvera répandus dans les différens articles. Pour marbre de Paros, voyez PAROS, & ainsi des autres. En général on observera que les marbres des anciens nous sont assez peu connus, Pline ne nous en a souvent transmis que le nom. Voyez l'art. Maçonnerie.
Tous les marbres n'ont point la même dureté, & ne prennent point un poli également brillant ; il y en a qui se travaillent aisément, d'autres s'égrainent & se cassent très-facilement.
Le marbre se trouve par couches & par masses, qui sont quelquefois très-épaisses & très-considérables ; celles qui sont les plus proches de la surface de la terre sont communément les moins bonnes, étant remplies de fentes, de gersures, & de ce que les Marbriers appellent des terrasses, ou des veines d'une matiere étrangere, qui l'interrompent & empêchent qu'on ne le puisse travailler avec succès.
Baglivi, dans son traité de lapidum vegetatione, rapporte un grand nombre d'exemples, qui prouvent évidemment que le marbre se reproduit de nouveau dans les carrieres d'où il a été tiré ; il dit que l'on voyoit de son tems des chemins très-unis, dans des endroits où cent ans auparavant il y avoit eu des carrieres très-profondes ; il ajoute qu'en ouvrant des carrieres de marbre on rencontre des haches, des pics, des marteaux, & d'autres outils enfermés dans du marbre, qui ont vraisemblablement servi autrefois à exploiter ces mêmes carrieres, qui se sont remplies par la suite des tems, & sont devenues propres à être exploitées de nouveau.
Wallerius soupçonne que c'est une craie ou terre calcaire ou marneuse qui sert de base au marbre, & qu'il est venu s'y joindre une portion plus ou moins grande d'un sel volatil, & une matiere bitumineuse, qui jointe au sel marin, a fourni le gluten ou le lien qui a donné de la dureté & de la consistance à cette pierre ; il conjecture que c'est par cette raison que l'Italie, à cause du voisinage de la mer, est plus riche en marbre de la meilleure qualité que les autres parties de l'Europe.
Quoi qu'il en soit de ce sentiment, il est certain que l'on trouve de très-beau marbre dans plusieurs contrées qui sont fort éloignées de la mer. Au reste, ce sentiment est plus probable que celui de Linnoeus qui croit que c'est l'argille qui sert de base au marbre, car cette idée est démentie par les propriétés calcaires que l'on remarque dans cette pierre.
Les propriétés que l'on a attribuées au marbre, suffisent pour faire sentir que c'est mal-à-propos que l'on a appellé marbre une infinité de pierres, qui sont ou de vrais cailloux ou des pierres argilleuses qui en different essentiellement. La propriété de faire effervescence avec les acides, tels que le vinaigre, l'eau-forte, &c. suffit pour faire reconnoître très-promtement les marbres, & pour les distinguer des porphyres, des granits, & des jaspes, avec lesquels on les a souvent confondus.
Il y a des marbres qui ne sont composés que d'un amas confus de petits fragmens de différentes couleurs, qui ont été comme collés ou cimentés les uns aux autres par un nouveau suc pierreux de la même nature que ces morceaux. Ces marbres ainsi formés de pieces de rapport, se nomment breche. La breche d'Alep est un marbre composé d'un amas de fragmens plus ou moins petits, qui sont ou rougeâtres, ou gris, ou bruns, ou noirâtres, mais où le jaune domine. La breche violette est un marbre composé de fragmens blancs, violets, & quelquefois bruns. La breche grise est composée de morceaux gris, noirs, blancs, bruns, &c.
Les marbriers donnent une infinité de noms différens aux marbres, suivant leurs différentes couleurs. C'est ainsi qu'il y a un marbre qu'ils appellent verd-d'Egypte, un autre verd-de-mer, verd-de-campan, jaune antique, &c.
Le marbre renferme souvent des coquilles, des madrépores, & différens corps marins que l'on y distingue fort aisément. Les marbres de cette espece s'appellent en général marbres coquilliers. Tel est le marbre appellé lumachelle, le marbre d'Altorf qui renferme des cornes d'ammon, &c.
Le marbre qu'on appelle statuaire, est celui dont on fait les statues : on choisit communément pour cela celui qui est blanc & qui n'a point de veines colorées ; parce qu'étant d'une matiere plus uniforme & moins mêlangée, il se travaille plus aisément. On dit qu'il est devenu extrèmement rare parmi nous ; cependant il s'en trouve dans le pays de Bareith, en Saxe, en Silésie, &c.
Le marbre de Florence a cela de particulier, qu'il est composé de fragmens recollés qui représentent quelquefois assez exactement des ruines, des masures, des rochers, &c.
Quels que soient les accidens qui se trouvent dans le marbre, ils ne changent rien à sa nature ; & il a toûjours les propriétés que nous lui avons attribuées. Il est certain que cette pierre donne une chaux excellente : & les anciens s'en servoient pour cet usage. On prétend avec beaucoup de vraisemblance, que le mortier fait avec cette chaux donnoit à leurs édifices une solidité plus grande que n'ont ceux des modernes, qui font de la chaux avec des pierres beaucoup plus tendres & moins compactes que n'est le marbre.
Le marbre se trouve très-abondamment dans presque toutes les parties du monde ; on vante sur-tout celui d'Italie : peut-être que si on se fût donné autant de peine pour en trouver ailleurs, on en eût rencontré qui ne lui céderoit en rien. Tout le monde connoît le fameux marbre de Paros dont les anciens statuaires faisoient des statues si belles, dont quelques-unes ont échappé aux injures des ans & de la barbarie. La Grece, l'Archipel, l'Egypte, la Sicile & l'Espagne fournissoient aux Romains les marbres précieux qu'ils prodiguoient dans ces édifices pompeux, dont les ruines mêmes nous inspirent encore du respect.
On trouve une très-grande quantité de marbres de différentes couleurs & qualités en Allemagne, en Angleterre, en Suede, &c. Dans la France, le Languedoc & la Flandre en fournissent sur-tout des carrieres très-abondantes ; & l'on en rencontreroit dans beaucoup d'autres provinces, si l'on se donnoit la peine de les chercher. Les marbres les plus communs en France sont le marbre de rance, le marbre d'Antin, ou serancolin, la griotte de Flandre, le marbre de Cerfontaine, la breche de Flandre, le marbre de Givet, le marbre de Marquise près de Boulogne, le marbre de Sainte Beaume, &c.
L'albâtre que beaucoup d'auteurs ont faussement pris pour une pierre gypseuse, a toutes les propriétés que l'on a attribuées aux marbres dans cet article. Il doit donc être regardé comme un marbre plus épuré, qui a un peu de transparence, & qui s'est formé de la même maniere que les stalactites : c'est ce que prouvent ses veines ondulées qui annoncent que des couches successives sont venues se déposer les unes sur les autres.
On est aisément parvenu à donner diverses couleurs au marbre. Les couleurs tirées des végétaux, comme le safran, le suc de tournesol, le bois de bresil, la cochenille, le sang-de-dragon, &c. teignent le marbre, & le pénetrent assez profondément, pourvû qu'on joigne à ces matieres colorantes un dissolvant convenable, tel que l'esprit-de-vin, ou de l'urine mêlée de chaux vive ou de soude, ou des huiles, &c. mais on fera prendre au marbre des couleurs plus fortes, plus durables, & qui pénétreront plus avant, en se servant de dissolutions métalliques faites dans les acides, tels que l'eau-forte, l'esprit de sel, &c.
On peut faire du marbre artificiel. Pour cet effet, on commence par faire un fond avec du plâtre gâché dans de l'eau de colle ; on couvrira ce fond de l'épaisseur d'environ un demi-pouce avec la composition suivante. On prendra de la pierre à plâtre feuilletée & transparente comme du talc ; on la calcinera dans le feu & on la réduira en une poudre très-fine ; on détrempera dans une eau de colle très-forte, & l'on y joindra soit de l'ochre rouge, soit de l'ochre jaune, soit de telle autre couleur qu'on voudra : on ne mêlera point exactement la couleur avec la composition, quand on voudra contrefaire un marbre veiné. Quand on aura appliqué cette composition & qu'elle se sera parfaitement séchée, on lui donnera le poli en la frottant d'abord avec du sablon, & ensuite avec de la pierre-ponce ou du tripoli & de l'eau, & on finira par la frotter ensuite avec de l'huile. Voyez STUC. (-)
MARBRE de Paros. (Chronolog.) Voilà le plus beau monument de chronologie qui soit au monde. Il est également connu sous les titres de marbres de Paros, d'Arondel & d'Oxford.
Cette chronique celébre tire son premier nom de l'île de Paros où elle a été trouvée au commencement du xvij siecle. Les marbres sur lesquels elle est gravée, passerent en Angleterre aux dépens du lord Howard comte d'Arondel, qui envoya dans le Levant Thomas Pétre, pour y acquérir les plus rares morceaux d'antiquité ; & celui-ci fut le principal : il mérite donc de porter le nom du seigneur à qui l'Europe en a obligation. On l'appelle aussi marbres d'Oxford, marmora oxoniensia, parce qu'ils ont été confiés à la garde de cette fameuse université.
On ne sait point le nom du citoyen de Paros qui dressa ce monument de chronologie ; mais personne n'ignore qu'il contient les plus celébres époques greques depuis le regne de Cécrops fondateur du royaume d'Athènes, jusqu'à l'archonte Diogenete, c'est-à-dire la suite de 1318 années. Ces époques qui n'ont pas été altérées comme les manuscrits, nous apprennent la fondation des plus illustres villes de Grece, l'âge des grands hommes qui en ont été l'ornement, & beaucoup d'autres particularités. Par exemple, nous savons par ces marbres, qu'Hésiode a vécu 37 ans avant Homere, que Sapho n'a écrit qu'environ 300 ans après ce poëte ; que les mysteres d'Eleusis s'établirent sous Erectée roi d'Athènes & fils de Pandion ; que les Grecs prirent la ville de Troie le vingt-quatrieme jour du mois Thargélion, l'an 22 de Menesthée roi d'Athènes, après une guerre de dix années. Enfin ces précieux monumens servent en 75 époques, à rectifier plusieurs faits de l'ancienne histoire greque. Selden ne les fit imprimer qu'en partie en 1628 ; mais M. Prideaux les publia complete ment à Oxford en 1676 avec leur explication : je crois qu'ils ont reparu pour la troisieme fois dans notre siecle. (D.J.)
MARBRE. (Manufact. de glaces) On appelle ainsi dans les manufactures des glaces, sur-tout parmi les ouvriers qui préparent les feuilles pour mettre les glaces au teint, un bloc de marbre sur lequel on allonge & on applatit sous le marteau les tables d'étaim que l'on veut réduire en feuilles. Voyez GLACES & ÉTAIM.
MARBRE, terme de Cartier, c'est une pierre quarrée de marbre bien poli sur laquelle on pose les feuilles de cartes qu'on veut polir après y avoir appliqué des couleurs : ce marbre a environ un pié & demi en carré. Voyez les fig. Pl. du Cartier.
MARBRE. (Imprim.) Les Imprimeurs nomment ainsi la pierre sur laquelle ils imposent & corrigent les formes. C'est une pierre de liais très-unie, d'une épaisseur raisonnable, montée sur un pié de bois, dans le vuide duquel on pratique de petites tablettes pour placer différentes choses d'usage dans l'imprimerie. Un marbre pour l'ordinaire doit excéder en tous sens, la grandeur commune d'une forme : il y en a aussi de grandeur à contenir plusieurs formes à-la-fois.
Le marbre de presse d'imprimerie est aussi une pierre de liais, très-unie & faite pour être enchâssée & remplir le coffre de la presse. C'est sur ce marbre que sont posées les formes qui sont sur la presse. Sa grandeur & son épaisseur sont proportionnées à celles de la presse pour laquelle il a été fait. Voyez les Pl. d'Imprimerie.
|
| MARBRÉ | terme de Papetier. On appelle papier marbré, celui qui est peint de plusieurs couleurs qui imitent assez bien les veines du marbre. Il y a des ouvriers qui savent si bien placer les nuances de leurs couleurs, qu'on prendroit réellement ce papier pour du marbre. Voyez PAPIER. Ces ouvriers s'appellent marbreurs. Voyez à l'article MARBRE.
|
| MARBRER | (Peinture) peindre en façon de marbre.
MARBRER le cuir, (Relieurs) on se sert pour cela ordinairement de couperose ou de noir de teinture de soie ; on prend un pinceau de chiendent que l'on trempe dans le noir : & après l'avoir bien secoué, on prend une cheville & on frappe le manche du pinceau dessus, d'un coup égal, afin que le noir que le pinceau a pris tombe également sur les livres couverts de veau. Ces livres doivent être étendus du côté de la couverture sur deux tringles de bois. On laisse pendre le papier en-bas entre deux regles qui soutiennent les cartons, ensorte que le cuir reçoive toute la couleur qui tombe du pinceau.
Marbrer sur tranche. On lie bien le volume, & on le trempe du côté de la tranche dans le baquet du marbreur. Voyez PAPIER MARBRE, la façon est la même.
|
| MARBREUR | MARBREUR
On emploie le papier marbré à un assez grand nombre d'usages, mais on s'en sert principalement pour couvrir les livres brochés, & pour être placé entre la couverture, & la derniere & la premiere page des livres reliés. Ce sont les Relieurs qui en consomment le plus.
Il y a des papiers marbrés à fleurs, à la pâte, du grand, du petit, au grand peigne, au petit peigne, ou d'Allemagne, l'agate, le placard, le montfaucon, à fleurons, à tourniquets, &c. Toutes ces dénominations sont relatives ou au dessein ou à la fabrication.
Ce petit art a pris naissance en Allemagne. On a appellé la Suede, la Norvege, & les contrées septentrionales, officina gentium. On pourroit appeller l'Allemagne officina artium. Il n'est pas fort ancien : il y a toute apparence qu'on y aura été conduit par hasard. De la couleur sera tombée sur de l'eau ; un papier sera tombé sur la couleur, & l'aura enlevée. On aura remarqué que l'effet en étoit agréable, & l'on aura cherché à répéter d'industrie ce qui s'étoit fortuitement exécuté ; ou peut-être les Relieurs auront-ils tenté de marbrer le papier comme ils marbrent la couverture des livres, & ils seront arrivés d'essais en essais, à la pratique que nous allons expliquer.
Les Lebreton pere & fils qui travailloient sur la fin du dernier siecle, & dans le courant de celui-ci, ont fait en ce genre de petits chefs-d'oeuvre : ils avoient le secret d'entremêler de fils déliés d'or & d'argent, les ondes & les veines colorées du papier. C'étoit vraiment quelque chose de singulier que le goût, la variété, & l'espece de richesse qu'ils avoient introduits dans un travail assez frivole. Mais c'est la célérité, & non la perfection qui enrichit dans ces bagatelles. Ce que nous allons dire de la maniere de marbrer le papier, nous l'avons appris de la veuve d'un de ces ouvriers, qui étoit dans l'extrême misere.
De l'attelier de marbreur de papier. Il faut qu'il soit pourvu d'un baquet quarré de bois de chêne, profond d'un demi-pié ou environ, & excédant d'un pouce en tous sens la grandeur de la feuille du papier qu'on appelle le quarré.
D'un autre baquet pareillement quarré, de bois de chêne comme le premier, de la même profondeur, mais excédant d'un pouce en tout sens la grandeur de la feuille du papier qu'on appelle le montfaucon.
D'un de ces grands pots à beurre où l'on garde l'eau dans les petits ménages, ou à son défaut d'une baratte avec sa batte.
D'un tamis de crin un peu lâche, & de la capacité d'un demi-sceau.
D'un pinceau grossier de soie de porc, emmanché d'un bâton.
De différens peignes.
D'un peigne pour le papier commun. Cet instrument est un assemblage de tringles de bois, paralleles les unes aux autres, de l'épaisseur de deux lignes & demie ou environ, d'un doigt de largeur, & de la longueur du baquet. On appelle ces tringles branches. Il y en a quatre ; elles sont garnies chacune de onze dents : ces dents sont des pointes de fer d'environ deux pouces de hauteur, & de la même forme & force que le clou d'épingle. La premiere dent d'une branche est fixée exactement à son extrémité, & la derniere à son autre extrémité ; il y a entre chaque branche la même distance qu'entre chaque dent.
D'un peigne pour le montfaucon, le lyon, & le grand montfaucon : ce peigne n'a qu'une branche, & cette branche n'a que neuf dents.
D'un peigne pour le persillé sur le petit baquet ; ce peigne n'a qu'une branche, mais cette branche a 18 dents.
D'un peigne pour le persillé sur le grand baquet ; ce peigne n'a qu'une branche à 24 dents.
D'un peigne pour le papier d'Allemagne ; ce peigne n'a qu'une branche à cent quatre ou cinq pointes ou aiguilles aussi menues que celles qui servent au métier à bas. Ce papier se fait sur le petit baquet.
D'une grosse pointe de fer à manche de bois ; cette pointe ne differe en rien de celles à tracer, & l'on en fait le même usage dans la fabrication du papier marbré qu'on appelle placard.
De pots & de pinceaux pour les différentes couleurs.
De cordes tendues dans une chambre ouverte à l'air.
D'un étendoir tel que celui des Papetiers fabriquans ou des Imprimeurs.
D'un chassis quarré ; c'est un assemblage de quatre lattes comprenant entr'elles un espace plus grand que la feuille qu'on veut marbrer, & divisé en 36 petits quarrés par cinq ficelles attachées sur un des côtés du chassis, & traversées perpendiculairement par cinq autres ficelles fixées sur un des autres côtés. Il faut avoir un nombre de ces chassis.
D'une pierre & de sa mollette pour broyer les couleurs ; on sait que les pierres employées à cet usage doivent être bien dures & bien polies.
D'une amassette ou ramassoire pour rassembler la couleur étendue sur la pierre ; c'est un morceau de cuir fort, d'environ quatre à cinq pouces de long sur trois de large, dont un des côtés est à tranchant ou en biseau ; il faut aussi un couteau.
D'une ramassoire pour nettoyer les eaux ; c'est une tringle de bois fort mince, large de trois doigts ou environ, de la longueur du baquet, & taillée aussi en biseau sur un de ses grands côtés.
D'établis pour poser les baquets, les pots, les peignes & les autres outils ; d'une pierre à lisser le papier, celle qui sert à broyer les couleurs, bien lavée pour être employée à cet autre usage.
D'un caillou qui ne soit ni grais, ni pierre à fusil ; pierre à fusil, il seroit trop dur & ne mordroit pas assez ; grais, il seroit trop tendre & il égratigneroit ; il faut le choisir d'un grain fin, égal & serré, le préparer sur le grais avec du sable, lui former un côté en taillant arrondi & mousse ; monté sur un morceau de bois à deux manches ou poignées ; il servira à lisser, à moins qu'on n'ait une lissoire telle que celle des Papetiers fabriquans ou des Cartiers, que nous avons décrite à l'article CARTE. Voyez cet article.
De la préparation des eaux. On prend de la gomme adragant en sorte, on sait ce que c'est qu'être en sorte, on la met dans un pot où on la laisse tremper trois jours ; si elle est d'une bonne qualité, une demi-livre suffira pour une rame de papier commun : l'eau où elle s'humectera sera de riviere & froide : après avoir trempé trois jours, on la transvasera dans le pot-à-beurre ; on aura l'attention pendant qu'elle trempoit de la remuer au-moins une fois par jour ; quand elle sera dans le pot-à-beurre, on la battra un demi-quart d'heure, le pot-à-beurre sera à moitié plein d'eau, on achevera ensuite de le remplir ; on posera un tamis sur un des baquets, & l'on passera l'eau ; on aide l'eau à passer en la remuant, & pressant contre le tamis avec le gros pinceau dont on a parlé. On remplit le baquet d'eau gommée ; ce qui reste sur le tamis de gomme non-dissoute, se remet dans le pot-à-beurre à tremper jusqu'au lendemain. Fig. 1. a l'ouvrier qui passe l'eau gommée au tamis avec le pinceau ; b, c, le tamis ; d, le baquet ; e, le pot-à-beurre où la gomme étoit en dissolution à côté.
Lorsque les eaux sont passées, on les remue avec un bâton, & l'on examine si elles sont fortes ou foibles. Cet examen se fait par la vîtesse plus ou moins grande que prend l'écume qui s'est formée à leur surface, quand on les a agitées en rond. Si, par la plus grande vîtesse qu'on puisse leur imprimer de cette maniere, l'écume fait plus d'une cinquantaine de tours pendant toute la durée du mouvement, les eaux sont foibles : si elle en fait moins, elles sont fortes ; on les affoiblit avec de l'eau pure, ou on les fortifie avec de la gomme qui reste dans le pot-à-beurre.
Mais cet essai des eaux est peu sûr. On n'en connoîtra bien la qualité qu'à l'usage du peigne à faire les frisons : si les frisons brouillés se confondent & ne se tracent pas nets & distincts, les eaux prenant alors trop de vîtesse, ou ne conservant pas les couleurs assez séparées, elles sont trop foibles : s'ils ont de la peine à se former, ou si les couleurs ne s'arrangent pas facilement dans l'ordre qu'on le veut, mais tendent, déplacées par les dents, à se restituer dans leur lieu, les eaux sont trop fortes : elles auront aussi le même défaut, lorsque les couleurs refuseront de s'étendre, c'est-à-dire lorsque les placards qu'on jettera dessus ne se termineront pas exactement aux bords, lorsqu'elles seront trop hérissées de pointes qu'on appelle écailles, lorsqu'elles seront foireuses ; dans tous ces cas, on les tempérera avec de l'eau pure.
De la préparation des couleurs. Pour avoir un bleu, prenez de l'indigo, broyez-le bien exactement à l'eau sur la pierre & à la mollette ; enlevez la couleur, mettez-la dans un petit pot. Quant à ce qui en restera à la pierre & à la mollette, ayez de l'eau dans votre bouche, soufflez-la sur la mollette & sur la pierre ; lavez-les ainsi, mettez cette lavure dans un autre pot, & fortifiez-la quand vous voudrez vous en servir : il ne faut pas négliger ces petites économies à toutes les choses qui se répetent souvent ; elles font communément la différence de la perte au gain.
Pour avoir un rouge, prenez de la laque plate, broyez-la sur la pierre avec la mollette, non à l'eau, mais avec une liqueur préparée de la maniere suivante.
Ayez du bois de Brésil, faites-le bouillir dans de l'eau avec une petite poignée de chaux-vive, que vous jetterez dans l'eau sur la fin, lorsque le bois aura suffisamment bouilli. Mettez un seau & demi d'eau, sur deux livres de bois de Brésil. Si le bois de Brésil est pilé, vous le ferez bouillir environ deux heures ; plus long-tems, s'il est entier. Vous réduirez le tout à un seau par l'ébullition. C'est après la réduction que vous ajouterez la poignée de chaux-vive. Vous passerez à-travers un linge, & c'est avec la liqueur qui vous viendra que vous préparez la laque.
Vous commencerez par réduire la laque en poudre à sec avec la mollette ; quand vous l'aurez bien pulvérisée, vous pratiquerez au milieu un creux, dans lequel vous verserez peu-à-peu de la liqueur préparée, en continuant de broyer. Vous ne rendrez pas cette couleur trop fluide, si vous ne voulez pas en rendre la trituration incommode. Vous arroserez & broyerez jusqu'à ce qu'en la maniant entre vos doigts vous n'y sentiez aucune aspérité, alors vous prendrez gros comme une bonne noisette de gomme adragant trempée, vous choisirez la plus blanche & la plus ferme qu'il y aura dans le pot-à-beurre, où elle aura séjournée trois jours ; vous en mettrez cette quantité, ou même un peu plus, sur un quarteron de laque, avec trois cueillerées de fiel de boeuf, que vous aurez laissé reposer pendant huit jours, & dont vous n'employerez que la partie la plus fluide, séparant l'épais. Quand le fiel de boeuf n'a pas reposé, il est trop gras ; vous broyerez le rouge ; la gomme & le fiel de boeuf, jusqu'à ce que le tout soit sans grumeaux, éclaircissant toujours avec la liqueur préparée. Cela fait, vous releverez le mélange avec la ramassoire de cuivre, & vous le mettrez dans un pot, où vous ajouterez sur un quarteron de couleur environ une chopine de liqueur préparée.
Pour avoir un jaune, ayez de l'ochre, faites-la tremper pendant quelques jours dans de l'eau de riviere ; ayez une spatule de bois, délayez l'ochre trempée avec la spatule ; transvasez de cette ochre délayée dans un autre vaisseau ; sur une chopine de cette eau d'ochre qui est très-fluide, mettez trois cuillerées de fiel de boeuf, & mêlez le tout avec un pinceau.
Pour avoir du blanc, il ne faut que de l'eau & du fiel de boeuf ; mettez sur une pinte d'eau quatre cuillerées de fiel de boeuf, battez bien le tout ensemble ; ce sera proprement le fond du papier qui sera le blanc.
Pour avoir un verd, ayez de l'indigo broyé avec de l'ochre détrempée, faites-en comme une bouillie claire. Pour faire cette bouillie, mettez sur une pinte d'eau deux cuillerées d'indigo détrempé avec l'ochre & trois cuillerées de fiel de boeuf, mêlant bien le tout.
Pour avoir un noir, prenez de l'indigo & du noir de fumée, mettez pour un sol de noir de fumée sur la grosseur d'une noix d'indigo, ou pour plus d'exactitude, prenez un poisson de noir de fumée, & gros comme une noisette de gomme, & ajoutez une cuillerée de fiel de boeuf.
Pour avoir un violet, ayez le rouge préparé pour le papier commun, ainsi que nous l'avons dit plus haut, ajoutez quatre à cinq larmes de noir de fumée broyé avec l'indigo.
Le marbreur de papier n'emploie guere que ces couleurs ; mais on peut s'en procurer autant d'autres qu'on voudra d'après celles que nous venons d'indiquer. On voit (fig. 2.) a l'ouvrier qui broye les couleurs, b son établi, c sa pierre, d sa mollette, e sa ramassoire, f ses pots.
Fabrication du papier marbré. Pour marbrer le papier commun, lorsque les eaux seront nettoyées, on jettera sur ces eaux avec le pinceau & d'une secousse legere premierement du bleu, tel que nous l'avons préparé ; à cela près que, quand on sera sur le point de l'employer, on aura du blanc d'Espagne qu'on aura mis tremper dans de l'eau pendant quelques jours, qu'on prendra de ce blanc la valeur de deux cuillerées, trois cuillerées de fiel de boeuf, & une pinte d'eau, qu'on mêlera le tout, qu'on ajoutera au mélange la lavure d'indigo dont nous avons parlé, & qu'on ajoutera une cuillerée de l'indigo préparé, comme nous l'avons dit. C'est de ce mélange qu'on chargera le pinceau ; sa charge doit suffire pour faire sur la surface du baquet un tapis, c'est-à-dire pour couvrir également & légerement toute la surface de l'eau ; on n'appercevra dans ce tapis que des ramages ou veines, on jettera sur ce tapis secondement du rouge. On verra ce rouge repousser le bleu, prendre sa place & former des taches éparses. On jettera troisiemement du jaune qui se disposera aussi à sa maniere, quatriemement du blanc. S'il arrive que ce blanc jetté occupe trop d'espace, il faudra ramasser le tout dessus le baquet, ou hazarder une mauvaise feuille, & corriger ce blanc en l'éclaircissant avec de l'eau. S'il n'en occupe pas assez, on mettra de l'amer ou du fiel de boeuf. Au reste, cette attention n'est pas particuliere au blanc ; il faut l'étendre à toutes les autres couleurs qu'on corrigera s'il est nécessaire, soit par l'eau, soit par le fiel de boeuf, ou autrement, comme nous l'indiquerons. Les taches du blanc doivent être dispersées sur toute la surface du baquet ou du tapis comme des lentilles.
Le bleu se corrige avec l'eau, le rouge avec la liqueur dont nous avons donné la préparation. S'il a trop de gomme ou de consistance, il se corrige avec la laque broyée sans gomme. Si la gomme n'y foisonne pas suffisamment, & qu'il n'ait pas de corps, il faut ajouter de la gomme broyée avec de la laque de pont ; le jaune se corrige avec du jaune & de l'eau.
Il faut sur-tout veiller dans l'emploi de ces couleurs qu'elles ne marchent pas trop, c'est-à-dire qu'elles ne se pressent pas trop : elles occupent plus ou moins de place, selon qu'elles ont plus ou moins de consistance, & selon les drogues dont elles sont composées. Voyez fig. 3. a un ouvrier qui jette les couleurs, b son pinceau chargé, c le baquet, d le trépié qui soutient le baquet.
Quand les couleurs sont jettées, on prend le peigne à quatre branches, on le tient par ses deux extrémités, on l'applique au haut du baquet, de maniere que l'extrémité de ses pointes touche la surface de l'eau, on le mene de maniere que chaque pointe trace un frison ; cela fait, on enleve le peigne, & on l'applique semblablement au-dessous des frisons faits. On en forme de nouveau par un mouvement de peigne égal à celui qui a formé les premiers ; on l'enleve pour la seconde fois, & on l'applique une troisieme ; & en quatre fois ou reprises, le peigne a descendu depuis le haut du tapis du baquet jusqu'au bas. Voyez fig. 4. un ouvrier a occupé de cette manoeuvre, b le peigne, c le baquet, d le trépié.
Cela fait, on prend une feuille de papier, on la tient au milieu de son extrémité supérieure entre le pouce & l'index de la main gauche, & au milieu de son extrémité inférieure entre le pouce & l'index de la main droite, & on l'applique légerement & successivement sur la surface du baquet en commençant par un bout qu'on appelle le bas. La surface de la feuille prend & emporte toute la couleur qui couvre les eaux ; les couleurs s'y attachent, disposées selon les figures irrégulieres que le mouvement du peigne leur avoit données, & la surface des eaux reste nette. S'il en arrive autrement, c'est un indice qu'il y a quelque couleur qui peche, & à laquelle il faut remédier, comme nous l'avons dit ci-dessus. Voyez fig. 5. un ouvrier a qui marbre, b sa feuille dont l'application est commencée à la surface du baquet.
La feuille chargée de couleurs s'étend sur un des chassis que nous avons décrit. Ce chassis se met sur un grand baquet de Montfaucon ; il y est soutenu par deux barres de bois posées en-travers sur ce baquet, & qui le tiennent incliné. Quand on a fait cinquante feuilles & qu'il y a cinquante chassis l'un sur l'autre, c'est alors qu'on les incline, afin que l'eau de gomme que les feuilles ont prise puisse s'en écouler plus facilement.
On les tient inclinés comme on veut, ou par le moyen d'une barre de bois posée par en-bas, & qui empêche leur extrémité inférieure de glisser, & d'une corde qui tient leur extrémité supérieure élevée. La corde les embrasse par-dessous, & va saisir par en-haut la barre qui porte d'un bout au fond du cuvier & qui appuie sur le bord opposé du cuvier, ou par le moyen de deux barres, dont l'une est haute & l'autre basse.
On peut encore faire égoutter les feuilles colorées par le moyen de deux longs chassis assemblés à angle ; l'angle aboutit à une rigole qui reçoit l'eau gommée qui s'écoule, & la conduit dans un vaisseau.
Voyez fig. 6. les chassis égouttant sur le cuvier a ; la corde b ; la barre qui soutient les chassis, & à laquelle la corde se rend c ; d le cuvier.
Voyez aussi fig. 7. les deux longs chassis avec leur angle posé dans la rigole ; a un des chassis ; b l'autre ; c, d, la rigole ; e le vaisseau qui reçoit l'eau gommée ; d, d, d, d, le bâti qui supporte le tout, & qui incline la rigole vers le pot à recevoir les égouttures d'eau gommée.
Il ne faut qu'un quart d'heure aux feuilles colorées pour se décharger du trop de gomme, & s'imbiber des couleurs.
Le papier qui doit être marbré n'aura été qu'à demi collé à la papeterie : le trop de colle empêcheroit les couleurs de prendre ; l'épaisseur de la latte qui s'éleve au-dessus des réseaux des cordes empêche que les cordes d'un chassis ne touchent à la feuille étendue sur le chassis qui est dessous.
Lorsque l'eau de gomme qu'on se réservera sera toute égouttée, on enlevera les feuilles de dessus les chassis, & on les étendra sur les cordes tendues dans l'attelier ou dans un autre endroit. Voyez fig. 8. a, a, a, a, des feuilles étendues ; b, l'étendoir ; c, un ouvrier qui étend.
Quand elles sont seches, on les leve de dessus les cordes, & on les cire, soit avec de la cire blanche, soit avec de la cire jaune, mais non grasse ; cette opération se fait légerement sur une pierre ou sur un marbre bien uni. Voyez fig. 9. un ouvrier qui cire.
On lisse les feuilles cirées. Voyez fig. 10. la lissoire & sa manoeuvre ; a, fût de la machine ; b, piece qui prend le caillou, & qui s'emboîte dans le fût a ; c, c, poignées qui servent à mouvoir la boîte du caillou : d, caillou emboîté ; e, planche ou perche qui fait ressort ; f, marbre sur lequel on pose la feuille ; g, bâti qui soutient le marbre ; h, ouvrier qui lisse.
On peut se dispenser de cirer en faisant entrer d'avance la cire dans le broyer des couleurs mêmes. Pour cet effet, on commence par faire bouillir la cire avec une goutte d'eau ; puis on la laisse refroidir ; à mesure qu'elle se refroidit, on la remue. Quand elle est froide, on en met gros comme une noisette sur un quarteron de laque, & trois fois autant sur un quarteron d'indigo. Pour le jaune & le blanc, on n'y en donne point.
Quand les feuilles sont lissées, on les ploye, on les met par mains de vingt-cinq feuilles la main ; on ne rejette pas les feuilles déchirées ; on les racommode avec de la colle. Voilà tout ce qui concerne le papier commun. Voici la fabrication de celui qu'on appelle placard ; mais voyez auparavant fig. 10. a un ouvrier à l'établi qui plie ; b, les feuilles ; c, le plioir ; d, tas de feuilles étendues ; e, tas de feuilles pliées.
Fabrication du placard. Vous broyerez votre laque à l'ordinaire. Quant à l'indigo, vous en triplerez la dose, c'est-à dire que vous mettrez trois cuillerées d'indigo sur une pinte d'eau, & quatre cuillerées de blanc d'Espagne, puis vous mêlerez bien le tout.
Vous employerez le verd, comme nous l'avons prescrit plus haut. Pour le jaune, vous prendrez de l'orpin jaune, vous le broyerez avec de l'ochre, vous mettrez sur quatre parties d'orpin seize parties d'ochre, ou quatre parties d'ochre sur une d'orpin, vous broyerez le tout avec gros comme une petite noisette de gomme adragant, & deux cuillerées de fiel de boeuf, vous en formerez comme une bouillie claire ; vous employerez le blanc comme nous l'avons dit.
Vous commencerez par faire vos eaux plus fortes que pour le papier commun ; vous jetterez le rouge en tapis, ensuite le bleu en mouches ; vous ferez cinq rangs de mouches, & six mouches sur chaque rang. Le premier rang occupera le milieu du baquet, & les deux autres rangs seront entre celui-ci & les bords du baquet : troisiemement, le verd en mouches & par rangs ; ces mouches de verd seront au nombre de six sur chaque rang, & chaque rang de verd entre les rangs du bleu : quatriemement, le jaune aussi en mouches, & entre le verd & le bleu ; chaque rang de jaune aura cinq ou six mouches : en dernier lieu, on semera le blanc par-tout en petites mouches comme des lentilles.
Cela fait, on prendra la pointe & l'on tracera des palmes, des frisons & autres figures.
Voyez fig. 11. a un ouvrier avec sa pointe b, son baquet c, qui fait cet ouvrage.
Travail du persillé. Le travail du persillé ne differe de celui du placard qu'en ce qu'au lieu de la pointe on prend le peigne à un seul rang de pointes ou dents, qu'on l'applique en-haut, & qu'on le meut sans le retirer de gauche à droite, ni de droite à gauche, toujours en descendant, comme si l'on écrivoit du boustrephedon, lentement & serré, sans quoi le peigne entraîneroit la couleur de haut en-bas.
Travail du petit peigne. Il faut encore ici des eaux plus fortes. On couche les couleurs verticalement : premierement, le rouge en trois colonnes qu'on trace en passant légerement le pinceau à fleur d'eau de bas en-haut : secondement, le blanc qu'on prend avec la pointe ; on secoue la pointe, & l'on trace ensuite trois autres colonnes entre les trois colonnes de rouge : troisiemement, le bleu dont on formera trois colonnes entre le blanc & le rouge avec le pinceau : quatriemement, le verd dont on formera au pinceau trois colonnes entre le bleu & le rouge : cinquiemement, le jaune qu'on jettera en plaques entre le verd & le bleu seulement en deux colonnes. Il faut qu'il y ait cinq plaques de jaune sur chacune de ces colonnes, & l'on redoublera le jet sur chaque plaque pour les fortifier ; puis on prendra la pointe, & l'on tracera des zigzags de gauche à droite, ensorte que toute la hauteur du baquet soit divisée en sept parties égales. Après quoi, l'on se servira du peigne à cent quatre dents, on le placera à fleur d'eau au haut du baquet, & on le descendra parallelement à lui-même sans lui donner d'autre mouvement.
Si l'on veut pratiquer ici des petits frisons, on les exécutera avec un petit peigne à cinq pointes, & à cinq reprises sur toute la hauteur du baquet.
Les pinceaux dont on se sert pour coucher les couleurs, sont serrés & formés en plume.
Quand on ne veut qu'imiter un marbre, on jette, 1°. un jaune ; 2°. un rouge ; 3°. un bleu ; 4°. un noir ; 5°. un verd, & l'on couche la feuille.
De la marbrure de la tranche des livres. Quant aux livres qui doivent être dorés, & qu'il faut auparavant marbrer sur la tranche, on se sert des couleurs préparées pour le papier commun ; on observe seulement d'en charger davantage le baquet : mais comme à mesure qu'on enleve la couleur avec la tranche que l'on trempe, les couleurs s'étendent, on trempe son doigt dans le blanc, & l'on étend ce blanc à la place de la couleur enlevée, & qui resserre toutes les autres.
Les livres, au sortir des mains du marbreur, sont mis à sécher pour passer au doreur. Quand ils sont secs, il les égratigne avec un grattoir, puis il couche son or, & frotte son fer contre son visage, pour qu'il puisse enlever l'or. Voyez l'article RELIER. Voyez aussi fig. 11. un ouvrier a qui marbre la tranche d'un livre b, son baquet c, &c.
Du papier marbré dit à la pate. C'étoit sur le papier une espece d'imitation des toiles peintes en deux ou trois couleurs. Voici comme on y procédoit ; car depuis que les découpures, les indiennes, les papiers en tapisserie, les papiers de la Chine sont devenus à la mode, les papiers marbrés à la pate en sont passés.
L'on faisoit une colle d'amydon, dont on encolloit d'abord les feuilles avec une brosse à vergette. Encollées, on les laissoit sécher. On broyoit ensuite des couleurs avec la même colle. On les mettoit dans autant de petits pots de fayance vernissés ; on en prenoit avec un pinceau, & l'on dessinoit ce qu'on vouloit. On avoit une aiguille à tête de verre, dont on se servoit pour faire les blancs, ou tous les petits contours. Cela fait, on plioit la feuille en deux ; on la faisoit sécher ; on la ciroit, & on la lissoit.
Observations sur la maniere de fabriquer le papier marbré. 1. Richelet & Trévoux se sont lourdement trompés aux articles papier marbré ; l'un, en disant que pour le faire, on se servoit d'une eau dans laquelle on avoit détrempé des couleurs avec de l'huile & du fiel de boeuf, & sur laquelle on appliquoit le papier. Ce n'est pas cela ; on ne détrempe point les couleurs dans l'eau. L'autre, que les couleurs doivent être broyées avec l'huile ou le fiel de boeuf. L'huile n'a jamais été employée dans la fabrication du papier marbré, & ne peut y être employée. Cela est aussi ridicule que de dire qu'un peintre à l'huile broye ses couleurs à l'huile ou à l'eau.
2. Il y en a qui prétendent qu'il faut ajouter à l'eau de gomme adragant, l'alun, dans le broyement des couleurs.
3. Il faut avoir des pinceaux de différentes grosseurs. Celui qu'on voit dans nos planches est fait comme une petite brosse. Il est emmanché d'un jonc applati. Il y en a au-dessous de celui-ci, de cinq ou six sortes, plus petits, mais faits de la même maniere.
4. On emplit les baquets d'eau pure, alunée ou gommée, jusqu'à un pouce du bord. On fait encore entrer ici l'alun, & l'on en donne le choix, ou de la gomme.
5. Les baquets sont placés ou sur des trepiés, ou sur un établi, à hauteur convenable. Les couleurs sont arrangées dans des pots. Pour les jetter, l'ouvrier tient le pinceau de la droite, & frappe de son manche sur la main gauche, ce qui détache la couleur avec vîtesse.
6. Lorsqu'on marbre un livre à demeure, c'est-à-dire que la tranche n'en doit pas être dorée, on ajoute aux couleurs du papier commun, le noir & le verd. On jette les couleurs en cet ordre, bleu, rouge, noir, verd, jaune très-menu ; puis on trempe les livres.
7. Il y a un ordre à observer dans le jet des couleurs.
8. On ne les jette pas toutes, il y en a qu'on couche.
9. Il y a des ouvriers qui disent que pour faire prendre également la couleur au papier, & la lui faire prendre toute, il faut passer légerement dessus la feuille étendue sur le baquet, une regle de bois mince, qui rejettera en même tems ce qui s'est élevé des couleurs par-dessus ses bords. Si cela est, il seroit convenable que les bords du baquet fussent bien égalisés, que le baquet fût plus rigoureusement de niveau, & qu'afin que la regle appuyât également par-tout, & ne fît qu'effleurer la surface de la feuille, elle fût entaillée par les deux bouts, d'une certaine quantité, telle que ces entailles portant sur les bords du baquet, le côté inférieur de la regle ne descendît dans le baquet qu'autant qu'il faudroit pour attendre la feuille : alors on n'auroit qu'à la pousser hardiment ; les bords du baquet & les entailles la dirigeroient. Voyez dans nos Planches cette regle entaillée. Mais l'habitude & l'adresse de la main peuvent suppléer à ces précautions difficiles d'ailleurs à prendre, parce que la profondeur des eaux va toujours en diminuant à mesure qu'on travaille, de la quantité dont chaque feuille s'en charge, & que la profondeur des entailles seroit toujours la même. Ainsi quoique je trouve cette manoeuvre prescrite dans un des mémoires que j'ai sur le papier marbré, je ne crois pas qu'elle soit d'usage.
10. On prescrit de lever la feuille de dessus le baquet, en la prenant par les angles.
11. Il y a trois sortes de lissoirs. Nous avons parlé de deux. La troisieme est un plateau de verre, avec son manche de verre, qu'on voit dans nos Planches. Elle est aussi à l'usage des lingeres.
12. On voit que selon que les dents sur les peignes seront également ou inégalement écartées, on aura des ondes ou frisons égaux ou inégaux ; plus les dents seront écartées, plus les frisons seront grands ; si elles sont inégalement écartées sur la longueur du peigne, on aura sur le papier une ligne de frisons inégaux.
13. On conçoit qu'on veine le papier marbré d'autant de couleurs différentes qu'on en peut préparer, & que les figures régulieres ou irrégulieres correspondant à la variété infinie des traits qu'on peut former sur le tapis de couleur avec la pointe, & des mouvemens qu'on peut faire avec le peigne, elles n'ont point de limite. Il y a autant d'especes de papiers marbrés, qu'il y a de manieres de combiner les couleurs & de les brouiller.
14. Cet art est très-ingénieux, & fondé sur des principes assez subtils. Ceux qui le pratiquent sont dans la misere : leur travail n'est pas payé en raison du goût & de l'adresse qu'il demande.
15. Si sur un tapis à bandes de différentes couleurs, on fait mouvoir deux peignes en sens contraire, partant toutes deux du même lieu ; mais l'un brouillant en montant, & l'autre brouillant de la même maniere en descendant, il est évident qu'on aura des frisons, des pennaches & autres figures adossées, & tournées en sens contraire. En s'y prenant autrement, on les auroit se regardant. Je ne doute point que cet art ne soit susceptible d'une perfection qu'il n'a point encore eue, & qu'un ouvrier habile ne parvînt à disposer de son tapis de couleurs d'une maniere très-surprenante.
16. Un marbreur avoit trouvé le moyen d'imiter la mosaïque, les fleurs & même le paysage. Pour cet effet il avoit gravé en bois des planches où le trait étoit bien évuidé, large, épais, & les fonds avoient un pouce ou environ de profondeur. On voit un de ces morceaux dans nos Planches. Il formoit sur les eaux du baquet un tapis de couleurs, & les laissoit dans leur ordre, ou les brouilloit soit avec la pointe, soit avec le peigne ; puis il appliquoit sa planche à la surface. Les traits saillans de la planche emportoient avec eux les couleurs qu'ils atteignoient, & laissoient les mêmes parties vuides sur le baquet : alors il prenoit une feuille qu'il étendoit sur le baquet ainsi disposé, & sa feuille se coloroit par-tout, excepté aux endroits d'où la planche en bois avoit précédemment enlevé la couleur ; il parvenoit donc à avoir sur sa feuille le dessein de sa planche.
17. Du mélange des couleurs que nous avons indiquées, on en pourra tirer une infinité d'autres.
Ainsi l'on aura la couleur de café, si l'on prend un quarteron de rouge d'Angleterre, qu'on le broye avec gros comme une noisette de gomme & deux cuillerées de fiel de boeuf.
Un brun, si à un mélange de noir de fumée préparé avec l'indigo, & de rouge d'Angleterre, on ajoute de la gomme & du fiel de boeuf.
Un gris, si l'on broye ensemble du noir de fumée, du blanc d'Espagne & de l'indigo.
Un aurore, si on mêle l'orpin avec l'ochre, ajoutant aussi la gomme & le fiel de boeuf.
Un bleu turquin, en mettant dans la couleur précédente plus d'indigo & moins de blanc d'Espagne.
Un bleu céleste, en mettant au contraire dans la même couleur plus de blanc d'Espagne & moins d'indigo.
Un verd, en mettant de l'orpin jaune avec de l'ochre, broyant & délayant à l'ordinaire.
Un verd céleste, en ajoutant au verd précédent un peu de blanc d'Espagne.
Un verd foncé, par le moyen d'un noir de fumée broyé avec de l'indigo & de l'ochre.
Au reste, entre ces couleurs, il y en a quelques-unes dont la préparation varie, du moins quant aux doses relatives des drogues dont on les compose, selon l'espece de papier qu'on veut marbrer. Mais quelle qu'elle soit, & quelles que soient les couleurs qu'on y veut employer, il ne faut pas les employer sur le champ ; il faut qu'elles ayent reposé du soir au lendemain.
18. Voyez les outils du marbreur dans nos Planches, au bas des vignettes : a a a, les baquets ; b, le pot à beurre ou la baratte ; c, le tamis ; d d d d, les pinceaux ; e e e e e, les peignes ; f, la pointe ; g g g g, des pots à couleur ; h, l'étendoir ; i i i, les châssis ; k, la pierre ; l, la molette ; m, ramassoire pour les couleurs ; n, ramassoire pour les eaux ; o, établi ; p, pierre à broyer & à lisser ; q q q, lissoir ; r, plioir.
19. Au reste, il ne faut pas imaginer qu'on fera bien du papier marbré tout en débutant ; qu'il ne s'agit que d'avoir les instrumens, les couleurs, les préparer, les étendre sur les baquets, & y appliquer des feuilles de papier ; il n'y aura que l'habitude, l'expérience & l'adresse qui apprendront à éviter un grand nombre de petits inconvéniens de détail, & à atteindre à des petites manoeuvres qui perfectionnent. Plus il est facile de se passer des ouvrages, plus il faut y apporter des soins, & moins on en est récompensé. C'est-là ce qui a fait vraisemblablement tomber le papier marbré. On n'en fait presque plus de beau. C'est un métier qui ne laisse pas d'entraîner des dépenses, qui suppose de l'industrie, & qui rend peu.
Si l'on veut pratiquer sur le papier marbré des filets d'or, ou autres agrémens de cette nature, il faut avoir un patron découpé, le ployer sur la feuille marbrée, appliquer un mordant à tous les endroits qui paroissent à-travers les découpures du patron, y appliquer l'or, le laisser prendre, ensuite ôter le patron, & frotter la feuille avec du coton. Le coton enlevera le superflu de l'or que le mordant n'avoit pas attaché, & ce qui restera formera les filets & autres figures qu'on voudra donner à la feuille marbrée.
|
| MARBRIER | S. m. (Art. mécan.) ouvrier qui fait des ouvrages communs en marbre, compris sous le nom de Marbrerie, &c. Par le nom de marbrerie, l'on entend non-seulement l'usage & la maniere d'employer les marbres de différente espece & qualité, mais encore l'art de les tailler, polir, & assembler avec propreté & délicatesse, selon les ouvrages où ils doivent être employés.
Le marbre du latin marmor, dérivé du grec , reluire, à cause du beau poli qu'il reçoit, est une espece de pierre calcaire, dure, difficile à tailler, qui porte le nom des différentes provinces où sont les carrieres d'où on le tire. C'est de cette espece de pierre que l'on fait les plus beaux ornemens des palais, temples, & autres monumens d'importance, comme les colonnes, autels, tombeaux, vases, figures, lambris, pavés, &c.
Les anciens qui en avoient en abondance en faisoient des bâtimens entiers, en revétissoient nonseulement l'intérieur de leurs maisons particulieres, mais même quelquefois l'extérieur. Il en est de plusieurs couleurs ; les uns sont blancs ou noirs ; d'autres sont variés ou mêlés de taches, veines, mouches, ondes & nuages, différemment colorés ; les uns & les autres sont opaques ; le blanc seul est transparent lorsqu'il est débité par tranche mince ; aussi, au rapport de M. Félibien, les anciens s'en servoient-ils au lieu de verre qu'ils ne connoissoient pas alors pour les croisées des bains, étuves, & autres lieux, qu'ils vouloient garantir du froid. On voyoit même à Florence, ajoute cet auteur, une église très-bien éclairée, dont les croisées en étoient garnies.
La marbrerie se divise en deux parties : l'une consiste dans la connoissance des différentes especes de marbre, & l'autre dans l'art de les travailler pour en faire les plus beaux ornemens des édifices publics & particuliers.
Nous avons traité la premiere à l'article MAÇONNERIE, voyez cet article. Il ne nous reste ici qu'à parler de la seconde.
Du marbre selon ses façons. On appelle marbre brut, celui qui étant sorti de la carriere en bloc d'échantillon ou par quartier, n'a pas encore été travaillé.
Marbre dégrossi : celui qui est débité dans le chantier à la scie, ou seulement équarri au marteau, selon la disposition d'un vase, d'une figure, d'un profil, ou autre ouvrage de cette espece.
Marbre ébauché, celui qui ayant déja reçu quelques membres d'architecture ou de sculpture, est travaillé à la double pointe pour l'un, & approché avec le ciseau pour l'autre.
Marbre piqué, celui qui est travaillé avec la pointe du marteau pour détacher les avant-corps des arriere-corps dans l'extérieur des ouvrages rustics.
Marbre matte, celui qui est frotté avec de la prêle ou de la peau de chien de mer, pour détacher des membres d'architecture ou de sculpture de dessus un fond poli.
Marbre poli, celui qui ayant été frotté avec le grès & le rabot, qui est de la pierre de Gothlande, & ensuite repassé avec la pierre de ponce, est poli à force de bras avec un tampon de linge & de la potée d'émeril pour les marbres de couleur, & de la potée d'étain pour les marbres blancs ; celle d'émeril les rougissant, il est mieux de se servir, ainsi qu'on le pratique en Italie, d'un morceau de plomb au lieu de linge, pour donner au marbre un plus beau poli & de plus longue durée ; mais il en coûte beaucoup plus de tems & de peine ; le marbre sale, terne ou taché, se repolit de la même maniere ; les taches d'huile particulierement sur le blanc, ne peuvent s'effacer, parce qu'elles pénetrent.
Marbre fini, celui qui ayant reçu toutes les opérations de la main-d'oeuvre est prêt à être posé en place.
Marbre artificiel, celui qui est fait d'une composition de gypse en maniere de stuc, dans laquelle on met diverses couleurs pour imiter le marbre ; cette composition est d'une consistance assez dure, & reçoit le poli ; mais sujette à s'écailler. On fait encore d'autres marbres artificiels avec des teintures corrosives sur du marbre blanc, qui imitent les différentes couleurs des autres marbres, en pénétrant de plus de quatre lignes dans l'épaisseur du marbre ; ce qui fait que l'on peut peindre dessus des ornemens & des figures de toute espece ; ensorte que si l'on pouvoit débiter ce marbre par feuilles très-minces, on en auroit autant de tableaux de même façon. Cette invention est de M. le comte de Kailus.
Marbre-feuille, peinture qui imite la diversité des couleurs, veines & accidens des marbres, à laquelle on donne une apparence de poli sur le bois ou sur la pierre, par le vernis que l'on pose dessus.
Des ouvrages de marbrerie. Les ouvrages de Marbrerie servoient autrefois à revêtir non-seulement l'intérieur des temples, palais, & autres grands édifices, mais même quelquefois l'extérieur. Quoique cette matiere soit devenue très-rare chez nous, on s'en sert encore dans l'intérieur des églises, dans les vestibules, grandes salles & sallons des palais, & autres maisons d'importance, sur-tout dans des lieux humides, comme grottes, fontaines, laiteries, appartemens des bains, &c. Tous ces ouvrages se divisent en plusieurs especes ; les uns consistent dans toutes sortes d'ornemens d'Architecture ; les autres dans des compartimens de pavés de marbre de différente sorte ; les premiers comme ayant rapport aux décorations d'Architecture, nous les passerons sous silence : les autres sont de deux sortes ; la premiere appellée simple, est celle qui n'étant composée que de deux couleurs, ne forme aucune espece de figure ; la seconde appellée figurée, est celle qui étant composée de marbres de plus de deux couleurs, forment par-là différentes figures.
Des compartimens de pavés simples. La fig. 1. Pl. I. représente le plan d'un pavé composé de carreaux quarrés blancs & noirs, ou de deux autres couleurs, alternativement disposés les uns contre les autres en échiquier.
La fig. 2. représente le même dessein, mais disposé en losange.
La fig. 3. représente un semblable dessein de carreaux quarrés d'une même couleur, croisés & entrelacés par d'autres noirs, ou d'une autre couleur.
La fig. 4. est un compartiment de carreaux en pointes de diamans noirs & blancs, ou de deux autres couleurs différentes.
La fig. 5. Pl. II. représente le plan d'un compartiment de carreaux en losanges tranchés aussi de deux couleurs.
La fig. 6. représente un autre compartiment de carreaux triangulaires, aussi de deux couleurs différentes, disposés en échiquier.
La fig. 7. est un dessein de carreaux quarrés bordés & entrelacés chacun de batons rompus ou plates-bandes d'un marbre d'une autre couleur.
La fig. 8. est un autre dessein de carreaux octogones, avec de petits carreaux quarrés d'une autre couleur, disposés en échiquier.
La fig. 9. est le plan d'un compartiment de marbre d'exagone, étoilé aussi de deux couleurs.
La fig. 10. est un autre plan de compartiment d'étoiles confuses en marbre, qui quoique de trois couleurs différentes, ne peut être admis dans la seconde espece.
Des compartimens de pavé figurés, la seconde sorte appellée compartimens figurés, sont ceux qui dans la maniere dont ils sont dessinés, forment des figures de toute espece, telles sont les suivantes.
La fig. 11. Pl. III. est le plan d'un pavé de marbre de quatre couleurs différentes, représentant des dés A, avec fonds B.
La fig. 12. est le plan d'un autre pavé de marbre de trois couleurs différentes, représentant aussi des dés A, mais sans fonds.
La fig. 13. est le plan d'un pavé de marbre de trois couleurs, représentant des exagones étoilés avec bordures A.
La fig. 14. est le plan d'un pavé de marbre de trois couleurs, composés de ronds A, entrelassés en B.
La fig. 15. est le plan d'un autre pavé de marbre, aussi composé de trois couleurs différentes, composé de ronds A, avec bordure B.
La fig. 16. est un autre plan de pavé de trois couleurs, représentant des octogones A, réguliérement irréguliers, avec bordures B, en petits quarrés C, disposés en échiquier.
Les fig. 17 & 18. Pl. IV. sont des foyers de grandes cheminées, dont le premier en marbre veiné est distribué par bandes de panneaux A, & demi-panneaux B, en losange, d'un marbre plus foncé ; le second bordé d'une plate-bande A, de marbre blanc, est aussi distribué de différens panneaux B, & d'une autre forme, ornés d'étoiles par leur extrémité.
Les fig. 19 & 20. sont aussi deux foyers de cheminées plus petits que les précédens ; le premier en marbre veiné, bordé de plate-bande A, formant des panneaux B, en pointe de diamant.
Les fig. 21, 22, 23 & 24. sont des plates-bandes, dont les desseins sont disposés de maniere à répondre aux compartimens des arcs-doubleaux des voutes, subdivisées chacune de panneaux quarrés, circulaires ou ovales, avec cadres, entrelacés & non-entrelacés, en marbre assorti de différentes couleurs.
La fig. 25. Pl. V. est le plan d'un pavé de marbre, propre à placer dans un sallon quarré, & dont le plafond terminé en voussure s'arrondiroit vers le milieu, pour former des arcs-doubleaux. Ce pavé est subdivisé de cadres & de panneaux, & le milieu arrondi représente, par ses différens panneaux, les arcs-doubleaux de la voute.
La fig. 26 est un plan de pavé destiné, comme le précédent, à un sallon, mais dont le plafond s'éleveroit en forme de calotte.
La fig. 27. est le plan d'un autre compartiment de pavé destiné aux mêmes usages que le précédent, mais d'un autre dessein.
Les fig. 28, 29 & 30, Pl. VI. sont autant de compartimens de pavés de marbre de différentes couleurs, employés aux mêmes usages que les précédens, mais pour des pieces circulaires.
La Pl. VII. représente le plan des différens compartimens du pavé en marbre de l'église du college Mazarin, dit des quatre Nations ; A A, &c. sont les portes d'entrée du vestibule ; B l'intérieur du vestibule, C le milieu du dôme en ellipse, D le maître autel, E E différentes chapelles, F un tombeau particulier, G le passage pour aller à la sacristie, H celui pour sortir dans l'intérieur du college.
La Pl. VIII. représente le plan du pavé de l'église de la Sorbonne avec les différens compartimens ; A est la principale porte d'entrée, B la nef, C les bas côtés de la nef avec des chapelles, D le milieu du dôme distribué de compartimens fort ingénieux en marbre de différentes couleurs, veiné & non veiné, le reste de l'église étant pavé par carreaux noirs & blancs, disposés en losange ; E est un péristile qui donne entrée dans l'église par une face latérale, F est la chapelle de la Vierge, G des passages pour aller à des chapelles particulieres, H le tombeau du cardinal de Richelieu, placé au milieu du choeur, I bas-côtés du choeur avec des chapelles, K petit passage pour sortir dehors, L différens corps de logis de la maison.
La Pl. IX. est le plan du pavé du sanctuaire & d'une partie du choeur de l'église de Notre-Dame de Paris, A A &c. sont différens desseins d'ornemens en marbre de plusieurs couleurs, dont les armes & le chiffre du roi font partie, B est un autel appellé l'autel des féries, C C sont des degrés de marbre pour y monter, D est une grande niche circulaire où est placé un grouppe de la sainte Vierge au pié de la croix, E est le maître autel, F F sont des socles qui portent des Anges en adoration, G sont des degrés de marbre pour monter au maître autel, H est le tabernacle, II sont des piédestaux portant les figures de Louis XIII. & de Louis XIV. K K, &c. sont des lambris de marbre dont sont revêtus les piliers, les sept arcades, & les portes de l'enceinte du choeur jusques au-dessous des tribunes, L L, &c. sont des grilles de fer doré qui regnent autour du sanctuaire, M M sont les deux balustrades circulaires qui séparent le sanctuaire du choeur, N N sont des portes à panneaux de fer doré qui donnent entrée au choeur, O O sont les chaires archiépiscopales, P P portes de dégagement pour le sacristain, Q Q sont la représentation des arcs-doubleaux qui devroient se trouver dans la voute si elle étoit à la moderne, R R degrés pour monter aux hautes stales, T T les basses stales.
La Pl. X. représente les compartimens du pavé de l'église du Val-de-Grace, A en est la porte d'entrée, B C en est la nef, ornée de pilastres d'ordre corinthien, dont les plates-bandes B sont distribuées d'ornemens de marbre noir & blanc, qui répondent aux compartimens des arcs doubleaux, & les intervalles C sont ornés de différens desseins aussi en marbre noir & blanc. Aux deux côtés de la nef D D &c. & E E &c. sont des chapelles dont le pavé est aussi orné de compartimens, F est le milieu du dôme où est placé le chiffre de l'abbaye, accompagné de palmes surmontées d'une couronne. Ce chiffre est ceint de deux chapelets ornés de bordures, dont l'intervalle est distribué de coeurs entrelacés en marbre de rance au milieu de chacun desquels est une fleur-de-lys, le tout en marbre blanc posé sur un fond de marbre noir. Le reste du compartiment circulaire est distribué de bandes de marbre de rance entrelacées, séparées par des carreaux de marbre noir. Les trois ronds-points G sont subdivisés de compartimens qui, semblables à ceux des plates-bandes de la nef, répondent à ceux de la voûte qui leur est supérieure. Aux quatre angles H H &c. du dôme sont quatre chapelles carrelées en marbre noir & blanc, I est la chapelle du saint Sacrement, K la chapelle de la reine, & L le choeur des dames religieuses.
La Pl. XI. représente le plan des compartimens du pavé compris sous le dôme des Invalides, A est un péristile qui donne entrée par le portail du côté de la campagne ; B est le milieu du dôme, subdivisé de compartimens de marbre de différente couleur, semé çà & là du chiffre du roi & d'autres ornemens aussi de marbre ; C D E & F sont les quatre croisées dont l'une C est le côté de l'entrée, D celui du maître-autel de l'église, E celui où est la chapelle de sainte Therese ; G H I & K sont quatre autres chapelles qui par les passages L ont communication dans les croisées du dôme, & par ceux M dans le dôme. Dans la premiere G est la chapelle de saint Augustin, dans la seconde H celle de saint Ambroise, dans la troisieme I celle de saint Grégoire, & dans la quatrieme K celle de saint Jérome, N N &c. sont des escaliers pratiqués dans les épaisseurs des murs pour monter aux combles.
Des outils de marbrerie. La figure premiere, Pl. XII. est un fort établi de menuiserie, sur lequel on travaille la plûpart des ouvrages en marbre. Il est composé d'une table A A fort épaisse, portée sur deux piés doubles B B en forme de traiteaux d'assemblage.
La fig. 2 est un maillet, espece de masse de bois A, portant un manche B qui sert à frapper sur différens outils pour travailler le marbre.
La fig. 3 est un instrument appellé grosse masse, destiné aux mêmes usages que le précédent ; c'est une masse de fer A portant un manche de bois B.
La fig. 4 est le même instrument, mais beaucoup plus petit, aussi l'appelle-t-on pour cela petite masse.
La fig. 5 est une cuillere à deux manches appellée sebille, faite pour contenir du grès & de l'eau lorsque l'on scie les blocs de marbre.
La fig. 6 est une cuillere plus petite avec un seul manche fort long, fait pour prendre du grais mêlé avec de l'eau pour répandre dans les traits de la scie, & lui procurer par-là le moyen d'avancer l'ouvrage & de ne point s'échauffer ni se gâter.
La fig. 7 est une scie à main sans dents, appellée sciotte, composée d'un fer A, & de sa monture de bois B.
La fig. 8 est une scie à main, mais dentée ; A en est le fer, & B le manche.
La fig. 9 est une autre scie à main sans dents ; A en est le fer, & B le manche.
La fig. 10 est une petite scie sans dents avec une monture composée de deux montans A, une traverse B, une corde C & un gareau D, par le moyen duquel on bande le fer E de la scie autant qu'on le juge à-propos.
La fig. 11 est une autre scie de même façon que la précédente, mais beaucoup plus forte, portant deux gareaux D D.
La fig. 12, Pl. XIII, est un instrument appellé marteline, espece de marteau acéré par chaque bout, dont l'un A est semé de petites pointes fort aiguës, & l'autre B est pointu, dont C est le manche ; il est destiné à marteler les ouvrages que l'on veut égrainer.
La fig. 13 est une espece de poinçon appellé ciseau en marteline, acéré par le bout A, semé comme au précédent de petites pointes, & destiné aux mêmes usages.
La fig. 14 est une autre espece de poinçon appellé boucharde, avec pointes acérées en A, & employé aussi aux mêmes usages.
La fig. 15 est un poinçon appellé dent-de-chien, acéré en A.
La fig. 16 est un autre poinçon appellé gradine, acéré aussi en A.
La fig. 17 est un poinçon acéré en A, fait le plus souvent pour chasser des pointes.
La fig. 18 est une pointe quarrée & acérée en A ; faite pour tailler le marbre par petites parties.
La fig. 19 est une autre pointe appellée houguette, méplate & acérée en A.
La fig. 20 est un instrument appellé outil crochu, fait pour fouiller & unir des cavités.
La fig. 21 est un autre instrument appellé rondelle, destiné aux mêmes usages que le précédent.
La fig. 22 est un instrument appellé aussi rondelle, mais improprement ; c'est plûtôt une espece de ripe acérée & dentée en A, faite pour fouiller dans des cannelures.
La fig. 23 est un instrument appellé ripe, acéré en A, employé aux mêmes usages que le précédent.
La fig. 24 est encore une ripe acérée en A, appellée grattoir, destinée aux mêmes usages que les précédentes.
La fig. 25 est un instrument appellé riflard, espece de lime plate recourbée & acérée par chaque bout, destiné à limer & unir les endroits où les autres outils ne peuvent pénétrer.
La fig. 26 est un autre riflard en queue de rat recourbé & acéré aussi par chaque bout, employé aux mêmes usages que le précédent.
La fig. 27 est un riflard méplat en rape, la taille étant différente des autres.
La fig. 28 est un riflard en queue de rat, semblable au précédent.
La fig. 29 est une lime dite lime d'Allemagne, emmanchée dans un manche de bois A.
La fig. 30 est une lime en queue de rat, emmanchée aussi dans un manche de bois A.
La fig. 31 est une lime appellée, à cause de sa taille, rape, emmanchée dans un manche de bois A.
La fig. 32 est une rape en queue de rat, emmanchée dans un manche de bois A.
La fig. 33 est une lime sans dents, emmanchée dans un manche de bois A.
La fig. 34 est une queue-de-rat sans dents, emmanchée dans un manche de bois A.
La fig. 35 est un ciseau appellé burin, acéré en A.
La fig. 36 est un autre burin acéré aussi en A.
La fig. 37 est un instrument appellé fermoir à dents, acéré en A, emmanché dans un manche de bois B.
La fig. 38 est un autre fermoir sans dents acéré en A, emmanché aussi dans un manche de bois B.
La fig. 39, Pl. XIV, est un instrument appellé vilbrequin, espece de chassis de fer A, portant par un bout B une broche qui traverse un manche de bois C tournant à pivot, & par l'autre D, une douille quarrée où s'ajuste la tête aussi quarrée d'un trépan, dont l'autre bout F acéré sert en égrugeant le marbre à faire des trous.
La fig. 40 est une mêche à tête quarrée par un bout A, évuidée & acérée par l'autre B, faite aussi pour percer des trous, mais dans du marbre très-tendre.
La fig. 41 est le fust d'un trépan composé d'une tige A, portant par en-haut un trou au travers duquel passe une petite corde B B, dont les deux bouts vont se joindre aux deux extrémités d'une traverse C C, percée d'un trou dans son milieu au-travers duquel passe la tige A ; cette traverse sert à manoeuvrer le trépan de cette maniere, la corde B B étant roulée autour de la tige A, & la traverse C C par conséquent montée jusqu'au milieu, on appuie dessus avec secousse pour la lâcher ensuite ; & la laissant ainsi remonter, la corde B B qui étoit roulée d'un côté, se déroule pour s'enrouler de l'autre autour de la tige A, ce qui fait faire plusieurs tours au trépan ; on donne ensuite à la traverse C C une nouvelle secousse, qui réïtere la manoeuvre toujours de même façon jusqu'à ce que le trou soit percé ; & pour faciliter le volant de cette machine, on arrête à demeure à la tige A une masse de plomb D de la forme qu'on juge à propos ; cette même tige porte par son extrémité E une moufle ou douille méplate, dans laquelle entre la tête d'un trépan F acéré par le bout perçant G.
La fig. 42 est un instrument, appellé fraise, dont l'extrémité supérieure A s'ajuste dans la moufle E du fust du trépan, fig. 41, & qui, par son extrémité inférieure B, formant différens angles aigus & acérés, sert à élargir l'entrée des trous ; ou à en percer d'autres dans des marbres très-durs.
La fig. 43 est une autre fraise différente de la précédente, en ce qu'elle est quarrée par le bout A, & qu'elle s'ajuste dans une boîte B, pour la mouvoir par le moyen de l'archet fig. 44, ou de celui fig. 45.
La fig. 44 est un archet ou arçon différent du précédent, en ce qu'il est composé d'une lame d'épée A ou tige d'étoffe (on appelle étoffe une composition de bon fer & de bon acier mêlés ensemble, qui lorsqu'elle est trempée, fait les meilleurs ressors, c'est de cela que l'on fait ordinairement les lames d'épées élastiques), emmanchée par un bout dans un manche de bois B, portant par les deux extrémités les deux bouts d'une corde à boyau ou corde d'arçon C, qui se fait avec des lanieres de cuirs arrondies ou tournées sur elles-mêmes.
La fig. 46 est un instrument appellé palette ; c'est en effet une palette de bois A, dont le milieu porte une piece de fer B, percée de plusieurs trous qui ne vont que jusqu'au quart de son épaisseur : c'est avec les quatre derniers instrumens que l'on perce des trous en cette maniere ; on commence d'abord par former avec la corde C de l'arçon fig. 45, un ou deux trous autour de la boîte B de la fraise fig. 43, que l'on place par le bout C dans un des trous de la piece de fer B de la palette fig. 46, que l'on appuie alors sur l'estomac, & dans cette situation le bout A de la fraise fig. 43 élargit ou perce les trous en manoeuvrant l'arçon, fig. 45, à-peu-près comme l'archet d'un violon.
L'archet fig. 44 sert aussi comme celui fig. 45, mais pour des fraises beaucoup plus petites.
La fig. 47 est un grand compas à charniere en A, fait pour prendre des distances égales par les pointes B B.
La fig. 48 est un petit compas à charniere en A, fait aussi pour prendre des distances égales par les pointes B B.
La fig. 49 est un grand compas, appellé compas d'épaisseur à charniere, en A, fait pour prendre des épaisseurs, diamètres & autres choses semblables, égales par les pointes recourbées B B.
La fig. 50 est un compas d'épaisseur plus petit de charniere en A, employé aux mêmes usages que le précédent.
La fig. 51 est un instrument, appellé niveau, composé d'un chassis de bois assemblé d'équerre en A, portant une traverse B, au milieu de laquelle est un plomb C, suspendu à un petit cordeau D ; c'est avec cet instrument que l'on pose de niveau toutes les pierres, carreaux, pavés, & autres compartimens horisontaux.
Il est une quantité d'autres outils qui ne sont qu'un raffinement de ceux que nous avons vûs, plus petits ou plus gros, plus courts ou plus longs à proportion de la délicatesse des ouvrages où on les emploie & du génie des ouvriers à les inventer. Cet article est de M. LUCOTTE.
|
| MARBRIERE | S. f. (Hist. nat.) carriere de marbre. Voyez l'article MARBRE.
|
| MARC | EVANGILE DE S. ou SELON S. (Théol.) histoire de la vie, de la prédication, & des miracles de Jésus-Christ, composée par S. Marc, disciple & interprete de S. Pierre, & l'un des quatre évangélistes. C'est un des livres canoniques du nouveau Testament, également reconnu pour tel par les Catholiques & par les Protestans.
On croit communément que S. Pierre étant allé à Rome vers l'an de Jésus-Christ 44, S. Marc l'y accompagna, & écrivit son évangile à la priere des fideles qui lui demanderent qu'il leur donnât par écrit ce qu'il avoit appris de la bouche de S. Pierre. On ajoûte que ce chef des apôtres approuva l'entreprise de S. Marc, & donna son évangile à lire dans les églises comme un ouvrage authentique. Tertullien, liv. IV. contra Marcion. attribue cet évangile à S. Pierre ; & l'auteur de la synopse attribuée à S. Athanase veut que cet apôtre l'ait dicté à S. Marc. Eutyche, patriarche d'Alexandrie, avance que S. Pierre l'écrivit ; & quelques-uns cités dans S. Chrysostome (homil. j. in Matth.) croient que S. Marc l'écrivit en Egypte : d'autres prétendent qu'il ne l'écrivit qu'après la mort de S. Pierre. Toutes ces diversités d'opinions prouvent assez qu'il n'y a rien de bien certain sur le tems ni sur le lieu où S. Marc composa son évangile.
On est aussi fort partagé sur la langue dans laquelle il a été écrit, les uns soutenant qu'il a été composé en grec, & les autres en latin. Les anciens & la plûpart des modernes tiennent pour le grec, qui passe encore à-présent pour l'original de S. Marc ; mais quelques exemplaires grecs manuscrits de cet évangile portent qu'il fut écrit en latin ; le syriaque & l'arabe le portent de même. Il étoit convenable qu'étant à Rome & écrivant pour les Romains, il écrivit en leur langue. Baronius & Selden se sont déclarés pour ce sentiment qui au reste est peu suivi. On montre à Venise quelques cahiers que l'on prétend être l'original de la main de S. Marc. Si ce fait étoit certain, & que l'on pût lire le manuscrit, la question seroit bientôt décidée ; mais on doute que ce soit le véritable original de S. Marc ; & il est tellement gâté de vétusté, qu'à peine peut-on discerner une seule lettre. Entre les auteurs qui en ont parlé, dom Bernard de Montfaucon qui l'a vu, dit dans son voyage d'Italie, chap. iv. page 65. qu'il est écrit en latin ; & il avoue qu'il n'a jamais vû de si ancien manuscrit. Il est écrit sur du papier d'Egypte beaucoup plus mince & plus délicat que celui qu'on voit en différens endroits. Le même auteur, dans son antiquité expliquée, liv. XIII. croit qu'on ne hasarde guere en disant que ce manuscrit est pour le plus tard du quatrieme siecle. Il fut mis en 1564 dans un caveau dont la voûte même est dans les marées plus basse que la mer voisine, de-là vient que l'eau dégoutte perpétuellement sur ceux que la curiosité y amene. On pouvoit encore le lire quand il y fut déposé. Cependant un auteur qui l'avoit vû avant le P. de Montfaucon, croyoit y avoir remarqué des caracteres grecs.
Quelques anciens hérétiques, au rapport de S. Irénée (lib. III. cap. ij.), ne recevoient que le seul évangile de S. Marc. D'autres parmi les Catholiques rejettoient, si l'on en croit S. Jérôme & S. Grégoire de Nysse, les douze derniers versets de son évangile depuis le vers. 9. surgens autem manè, &c. jusqu'à la fin du livre, apparemment parce que S. Marc en cet endroit leur paroissoit trop opposé à S. Matthieu, & qu'il y rapportoit des circonstances qu'ils croyoient opposées aux autres évangélistes. Les anciens peres, les anciennes versions orientales, & presque tous les anciens exemplaires, tant imprimés que manuscrits grecs & latins, lisent ces douze derniers versets, & les reconnoissent pour authentiques, aussi-bien que le reste de l'évangile de S. Marc.
Enfin en confrontant S. Marc avec S. Matthieu, il paroît que le premier a abrégé l'ouvrage du second ; il emploie souvent les mêmes termes, rapporte les mêmes circonstances, & ajoûte quelquefois des particularités qui donnent un grand jour au texte de S. Matthieu. Il rapporte cependant deux ou trois miracles qui ne se trouvent point dans celui-ci, & ne se conforme pas toûjours à l'ordre de sa narration, surtout depuis le chap. iv. vers. 12 jusqu'au chap. xiv. vers. 13. de S. Matthieu, s'attachant plus dans cet intervalle à celle de S. Luc. Calmet, dictionn. de la bibl. tom. II. pp. 616 & 617. (G)
MARC, (Hist. ecclés.) chanoines de S. Marc, congrégation de chanoines réguliers fondés à Mantoue par Albert Spinola, prêtre qui vivoit vers la fin du douzieme siecle. Voyez CHANOINE.
Spinola leur donna une regle qui fut successivement approuvée & corrigée par différens papes. Vers l'an 1450, ils ne suivirent plus que la regle de S. Augustin.
Cette congrégation qui étoit composée d'environ dix-huit ou vingt maisons d'hommes & de quelques-unes de filles dans la Lombardie & dans l'état de Venise, après avoir fleuri pendant près de quatre cent ans, diminua peu-à-peu, & se trouva réduite à deux couvens où la régularité n'étoit pas même observée. Celui de S. Marc de Mantoue, qui étoit le chef-d'ordre, fut donné l'an 1584, du consentement du pape Grégoire XIII. aux Camaldules, par Guillaume Duc de Mantoue, & cette congregation finit alors. Voyez CAMALDULE.
Ordre de S. Marc est l'ordre de la chevalerie de la république de Venise, qui est sous la protection de S. Marc l'évangéliste ; les armes de cet ordre sont un lion aîlé de gueule, avec cette devise, pax tibi Marce evangelista. On le donne à ceux qui ont rendu de grands services à la république, comme dans les ambassades, & ceux-là reçoivent ce titre du sénat même. Ils ont le privilége de porter la stole d'or aux jours de cérémonie, & un galon d'or sur la stole noire qu'ils portent ordinairement. Ceux à qui on le donne comme récompense de la valeur ou du mérite littéraire, le reçoivent des mains du doge, & portent pour marque de chevalerie une chaîne d'or, d'où pend le lion de S. Marc dans une croix d'or. Le doge crée quand il lui plaît des chevaliers de cette seconde espece, qu'on regarde comme fort inférieurs à ceux de la premiere.
MARC, (Commerce) poids dont on se sert en France & en plusieurs états de l'Europe, pour peser diverses sortes de marchandises, & particulierement l'or & l'argent : c'est principalement dans les hôtels des monnoies & chez les marchands qui ne vendent que des choses précieuses ou de petit volume, que le marc & ses divisions sont en usage. Avant le regne de Philippe premier, l'on ne se servoit en France, sur-tout dans les monnoies, que de la livre de poids composée de douze onces. Sous ce prince, environ vers l'an 1080, on introduisit dans le commerce & dans la monnoie le poids de marc, dont il y eut d'abord de diverses sortes, comme le marc de Troyes, le marc de Limoges, celui de Tours, & celui de la Rochelle ; tous quatre différens entre eux de quelques deniers. Enfin ces marcs furent réduits au poids de marc, sur le pié qu'il est aujourd'hui.
Le marc est divisé en 8 onces, ou 64 gros 192 deniers, ou 160 esterlins, ou 300 mailles, ou 140 felins, ou 4608 grains.
Ses subdivisions sont chaque once en 8 gros, 24 deniers, 20 esterlins, 40 mailles, 80 felins, & 576 grains ; le gros en 3 deniers, 2 esterlins & demi, 5 mailles, 10 felins, 72 grains ; le denier en 24 grains, l'esterlin en 28 grains, quatre cinquiemes de grain. Le felin en 7 grains 1 cinquieme de grain ; enfin le grain en demi, en quart, en huitieme, &c. Toutes ces diminutions sont expliquées plus amplement à leur propre article. Il y a à Paris dans le cabinet de la cour des monnoies un poids de marc original gardé sous trois clés, dont l'une est entre les mains du premier président de cette cour, l'autre en celle du conseiller commis à l'instruction & jugement des monnoies, & la troisieme entre les mains du greffier. C'est sur ce poids que celui du châtelet fut étalonné en 1494, en conséquence d'un arrêt du parlement du 6 Mai de la même année ; & c'est encore sur ce même poids que les Changeurs & Orfevres, les gardes des Apoticaires & Epiciers, les Balanciers, les Fondeurs, enfin tous les marchands & autres qui pesent au poids de marc sont obligés de faire étalonner ceux dont ils se servent. Tous les autres hôtels des monnoies de France ont aussi dans leurs greffes un marc original mais vérifié sur l'étalon du cabinet de la cour des monnoies de Paris. Il sert à étalonner tous les poids dans l'étendue de ces monnoies. A Lyon on dit échantiller, & en Bourgogne égantiller, au lieu d'étalonner. Voyez ETALON & ETALONNER. Louis XIV. ayant souhaité que le poids de marc dont on se servoit dans les pays conquis fût égal à celui du reste du royaume, envoya en 1686 le sieur de Chaffebras, député & commissaire pour cet établissement. Les anciens étalons qu'on nommoit poids dormans, lui ayant été représentés, comme il paroît par son procès-verbal, & ayant été trouvés dans quelques lieux plus forts & dans d'autres plus foibles que ceux de France, furent déformés & brisés, & d'autres établis en leur place, pour être gardés à la monnoie de Lille, & y avoir recours à la maniere observée dans les autres hôtels des monnoies du royaume. Ces nouveaux étalons sont époinçonnés & marqués de L couronnée de la couronne impériale de France, & continuent d'y être appellés poids dormans, comme les anciens, qui avoient pour marque un soleil, au-dessus duquel étoit une fleur-de-lis. En Hollande, particulierement à Amsterdam, le poids de marc se nomme poids de troy, il est égal à celui de Paris. Voyez POIDS. Voyez aussi LIVRE. On appelle en Angleterre un marc les deux tiers d'une livre sterling. Sur ce pié les mille marc font six cent soixante-six & deux tiers de livre sterling. Voyez LIVRE, où il est parlé de la monnoie de compte. L'or & l'argent se vendent au marc, comme on l'a dit ci-dessus, alors le marc d'or se divise en vingt-quatre karats, le karat en huit deniers, le denier en vingt-quatre grains, & le grain en vingt-quatre primes. Autrefois on contractoit en France au marc d'or & d'argent, c'est-à-dire qu'on ne comptoit point les especes dans les grands payemens, pour les ventes & pour les achats, mais qu'on les donnoit & recevoit au poids du marc. Avant les fréquens changemens arrivés dans les monnoies de France sous le regne de Louis XIV. on faisoit quelque chose de semblable dans les caisses considérables, où les sacs de mille livres en écus blancs de trois livres piece ne se comptoient pas, mais se donnoient au poids.
Lorsque dans une faillite ou abandonnement de biens l'on dit que des créanciers seront payés au marc la livre, cela doit s'entendre qu'ils viennent à contribution entr'eux sur les effets mobiliers du débiteur, chacun à proportion de ce qui lui peut être dû : c'est ce qu'on appelle ordinairement contribution au sol la livre.
MARC s'entend aussi d'un poids de cuivre composé de plusieurs autres poids emboîtés les uns dans les autres, qui tous ensemble ne font que le marc, c'est-à-dire huit onces, mais qui séparés servent à peser jusqu'aux plus petites diminutions du marc. Ces parties du marc faites en forme de gobelets sont au nombre de huit, y compris la boîte qui les enferme tous, & qui se ferme avec une espece de mentonniere à ressort attachée au couvercle avec une charniere. Ces huit poids vont toûjours en diminuant, à commencer par cette boîte qui toute seule pese quatre onces ; c'est-à-dire autant que les sept autres ; le second est de deux onces & pese autant que les six autres ; ce qui doit s'entendre, sans qu'on les répete, de toutes les diminutions suivantes hors les deux derniers ; le troisieme pese une once, le quatrieme une demi-once ou quatre gros, enfin le septieme & le huitieme qui sont égaux, chacun un demi-gros, c'est-à-dire un denier & demi ou trente-six grains, à compter le gros à trois deniers & le denier vingt-quatre grains. Voyez les Pl. du Balancier.
Ces sortes de poids de marc par diminution se tirent tout fabriqués de Nuremberg ; mais les Balanciers de Paris & des autres villes de France qui les font venir pour les vendre, les rectifient & ajustent en les faisant vérifier & étalonner sur le marc original & ses diminutions, gardés, comme on l'a dit, dans les hôtels des monnoies. Dictionnaire de Commerce. (G)
MARC, (Balancier.) On appelle un marc une boîte de cuivre en forme de cone tronqué : voici les noms des pieces qui le composent. 1°. La poche est dans quoi sont renfermés tous les autres poids, dont il est composé ; 2°. le dessus qui sert pour fermer les poids dans la poche ; 3°. deux charnieres, une de devant, & l'autre de derriere qui sert à tenir le marc fermé. Les deux marottes ou les piliers, sont deux petites figures ou piliers où l'anse est ajustée ; 4°. l'anse.
Dans la poche sont les différens poids dont il est composé, supposons-en un de trente-deux marcs, la poche avec son tour garni, pese seize marcs ; le plus gros des poids de dedans, en pese huit ; le second, pese quatre marcs ; le troisieme, deux marcs ; le quatrieme, un marc ; le cinquieme, pese huit onces ; le sixieme, quatre onces ; le septieme, deux onces ; le huitieme, une once ; le neuvieme, quatre gros ; le dixieme, deux gros ; le onzieme, un gros ; le douzieme & treizieme, chacun un demi-gros, qui sont les derniers poids d'un marc.
Le Balancier vend aussi le poids de fer, dont le plus fort est le poids de 50 liv. les autres au-dessous, sont 25 liv. 12 liv. 6 liv. 4 liv. 2 liv. 1 liv. demi-livre ; un quarteron & demi-quarteron, qui est le plus petit de ces sortes de poids.
MARC, (Econ. rustiq.) se dit de ce qui reste du raisin, quand il a été pressuré ; il se peut dire encore du verjus, du houblon, des pommes, des poires, & des olives, quand ces fruits ont rendu la liqueur qu'ils contenoient.
Ce marc n'est point inutile, il entre dans la composition des terres pour les orangers, & est encore propre à améliorer les terres grasses ou humides, dont les parties peu volatiles fixent les principes trop exaltés du marc.
MARC d'Apalache, saint (Géog.) baie, riviere & fort de l'Amérique dans la Floride Espagnole, lat. 30. 25.
|
| MARCASSIN | S. m. (Venerie) c'est le nom que l'on donne aux petits du sanglier.
MARCASSIN, (Diete & Mat. méd.) Voyez SANGLIER. (Diete & Mat. méd.)
|
| MARCASSITE | S. f. (Hist. nat. Minéral.) une marcassite est une substance minérale brillante, d'un jaune d'or, composée de fer, de soufre, d'une terre non métallique, à laquelle se joint accidentellement quelquefois du cuivre. Cette substance donne des étincelles frappée avec de l'acier, d'où l'on voit que marcassite & pyrite sont des noms synonymes, comme Henckel l'a fait voir dans sa pyritologie, ch. ij.
Quelquefois pourtant on donne le nom de marcassites aux pyrites anguleuses, qui affectent une figure réguliere & déterminée, aux pyrites crystallisées ; ces pyrites ou marcassites sont de différentes formes ; il y en a de cubiques, d'exahédres cubiques, d'exahedres prismatiques, d'exahédres rhomboïdales, d'exahedres cellulaires. Il y en a d'octahedres, ou à huit côtés ; de décahedres ou à dix côtés, de dodécahedres ou de douze côtés, de décatenahedres ou de quatorze côtés ; il y en a dont les côtés où les plans sont irréguliers ; d'autres sont par grouppes de crystaux ; d'autres enfin sont en lames posées les unes sur les autres. Voyez l'article PYRITE.
Quelquefois on s'est servi du mot de marcassite pour désigner le bismuth, & on l'a appellé marcassita argentea, sive officinarum. Quelques auteurs ont aussi donné au zinc le nom de marcassite d'or (marcassita aurea) fondé vraisemblablement sur la propriété que le zinc a de jaunir le cuivre. Par marcassita ferri, on a voulu désigner la pyrite martiale, & Paracelse a donné le nom de marcassite à toutes les pyrites. D'autres alchimistes se sont servi indifféremment du mot de marcassite pour désigner tous les demi-métaux & les mines des autres métaux imparfaits. On prétend que ce mot est dérivé du mot hébreu marah ; qui signifie polir, nettoyer ; on prétend qu'il signifie aussi flavescere, être jaune.
|
| MARCELLIANA | (Géog. anc.) lieu d'Italie dans la Lucanie, au voisinage d'Atina. M. Delisle le nomme Marcellianum, on croit que c'est la Pola d'aujourd'hui. (D.J.)
|
| MARCELLIENS | S. m. (Théol.) hérétiques du quatrieme siecle, attachés à la doctrine de Marcel d'Ancyre, qu'on accusoit de faire revivre les erreurs de Sabellius. Voyez SABELLIENS.
Quelques-uns cependant croient que Marcel étoit orthodoxe, & que ce furent les Ariens ses ennemis, qui lui imputerent des erreurs.
S. Epiphane observe qu'on étoit partagé sur le fait de la doctrine de Marcel ; mais que pour ses sectateurs, il est très-constant qu'ils ne reconnoissoient pas les trois hypostases, & qu'ainsi le marcellianisme n'étoit point une hérésie imaginaire.
|
| MARCELLIN | S. (Géog.) petite ville de France en Dauphiné, au diocèse de Vienne, capitale d'un bailliage ; elle est située dans un terrein agréable & fertile en bons vins, près de l'Isere, à sept lieues de Grenoble & de Valence, 101 S. E. de Paris. Long. 21. 53. 9. lat. 45. 30. 31. (D.J.)
|
| MARCHAGE | S. m. (Jurisp.) marchagium, dans les coutumes d'Auvergne & de la Marche, signifie le droit que les habitans d'un village ont de faire marcher & paître leurs troupeaux sur le territoire d'un autre village ; ce terme vient de marche, qui signifie limite ou confin de deux territoires. Voyez le gloss. de Ducange au mot Marchagium.
|
| MARCHAND | S. m. (Comm.) personne qui négocie, qui trafique ou qui fait commerce ; c'est-à-dire, qui achete, troque, ou fait fabriquer des marchandises, soit pour les vendre en boutique ouverte ou en magasin, soit aussi pour les débiter dans les foires & marchés, ou pour les envoyer pour son compte dans les pays étrangers.
Il y a des marchands qui ne vendent qu'en gros, d'autres qui ne vendent qu'en détail, & d'autres qui font donc ensemble le gros & le détail. Les uns ne font commerce que d'une sorte de marchandise, les autres de plusieurs sortes ; il y en a qui ne s'attachent qu'au commerce de mer, d'autres qui ne font que celui de terre, & d'autres qui font conjointement l'un & l'autre.
La profession de marchand est honorable, & pour être exercée avec succès, elle exige des lumieres & des talens, des connoissances exactes d'arithmétique, des comptes de banque, du cours & de l'évaluation des diverses monnoies, de la nature & du prix des différentes marchandises, des lois & des coutumes particulieres au commerce. L'étude même de quelques langues étrangeres, telles que l'espagnole, l'italienne & l'allemande, peut être très-utile aux négocians qui embrassent un vaste commerce, & sur-tout à ceux qui font des voyages de long cours ou qui ont des correspondances établies au loin.
On appelle marchands grossiers ou magasiniers, ceux qui vendent en gros dans les magasins ; & détailleurs, ceux qui achetent des manufacturiers & grossiers pour revendre en détail dans les boutiques. A Lyon, on nomme ceux-ci boutiquiers. A Amsterdam, on ne met aucune différence entre ces deux especes de marchands, si ce n'est pour le commerce du vin, dont ceux qui ne sont pas reçus marchands ne peuvent vendre moins d'une piece à la fois, pour ne pas faire de tort à ceux qui vendent cette liqueur en détail.
Les marchands forains sont non-seulement ceux qui fréquentent les foires & les marchés, mais encore tous les marchands étrangers qui viennent apporter dans les villes des marchandises pour les vendre à ceux qui tiennent boutique & magasin.
On appelle à Paris les six corps des marchands, les anciennes communautés des marchands qui vendent les plus considérables marchandises. Ces corps sont, 1°. les drapiers, chaussetiers ; 2°. les épiciers, apoticaires, droguistes, confiseurs, ciriers. 3°. Les merciers, jouailliers, quinqualliers ; 4°. les pelletiers-foureurs, haubaniers ; 5°. les bonnetiers, aumulciers, mitonniers ; 6°. les orfévres jouailliers.
Henri III. en 1577 & en 1581, y ajouta un corps ou communauté des marchands de vin ; mais en différentes occasions les six premiers corps n'ont pas voulu s'associer cette nouvelle communauté, & malgré divers réglemens, le corps des marchands de vin ne paroît pas plus intimement uni aux six autres anciens corps qu'il ne l'étoit autrefois.
Les marchands de vin sont ceux qui trafiquent du vin, ou qui en achetent pour le revendre. Il y a des marchands de vin en gros & des marchands de vin en détail. Les premiers sont ceux qui le vendent en pieces, dans des caves, celliers, magasins ou halles. Les autres qu'on nomme aussi cabaretiers ou taverniers, le débitent à pot & à pinte, dans les caves, tavernes & cabarets.
Les marchands libraires sont ceux qui font imprimer, vendent & achetent toutes sortes de livres, soit en blanc, soit reliés ou brochés. Voyez LIBRAIRE & LIBRAIRIE.
Les marchands de bois sont ceux qui font abattre & façonner les bois dans les forêts pour les vendre en chantier ou sur les ports. A Paris il y a deux sortes de marchands de bois à brûler, les uns qu'on nomme marchands forains, & les autres marchands bourgeois. Ces deux sortes de marchands sont ceux qui font venir le gros bois par les rivieres, & c'est à eux seuls qu'il est permis d'en faire le commerce, étant défendu aux regrattiers d'en revendre. Voyez BOIS.
Ceux qui vendent des grains, comme blé, avoine, orge, &c. Ceux qui vendent des tuiles, de la chaux, des chevaux, prennent généralement la qualité de marchands. Plusieurs autres négocians, encore qu'ils ne soient proprement qu'artisans, comme les chapeliers, tapissiers, chandeliers, tanneurs, &c. prennent aussi le nom de marchands.
Les lingeres, grainieres, celles qui vendent du poisson d'eau-douce ou de mer frais, sec ou salé, les fruitieres, &c. sont aussi réputées marchandes.
Les marchands en gros & en détail sont réputés majeurs pour le fait de leur commerce, & ne peuvent être restitués sous prétexte de minorité.
La jurisdiction ordinaire des marchands est celle des juges & consuls, & leur premier magistrat de police à Paris pour le fait de leur commerce, est le prevôt des marchands. Voyez CONSULS & PREVOT DES MARCHANDS.
MARCHAND, se dit aussi des bourgeois & particuliers qui achetent. On dit d'une boutique qu'elle est fort achalandée, qu'il y vient beaucoup de marchands.
MARCHAND, se dit encore des marchandises de bonne qualité, qui n'ont ni fard, ni défaut, & dont le débit est facile. Ce blé est bon, il est loyal & marchand.
Les villes marchandes sont celles où il se fait un grand commerce, soit par rapport aux ports de mer & aux grandes rivieres, qui y facilitent l'apport & le transport des marchandises, soit à cause des manufactures qui y sont établies.
On dit qu'une riviere est marchande, lorsqu'elle est propre pour la navigation, qu'elle a assez d'eau pour porter les bateaux, qu'elle n'est ni débordée, ni glacée. La Loire n'est pas marchande une grande partie de l'année, à cause de son peu de profondeur & des sables dont elle est remplie.
MARCHAND, se dit encore proverbialement en plusieurs manieres, comme marchand qui perd ne peut rire, il n'est pas marchand qui toujours gagne, être mauvais marchand d'une entreprise, &c. Dict. de commerce.
MARCHAND, vaisseau. Voyez VAISSEAU.
MARCHANDER, v. act. (Commerce) offrir de l'argent de quelque marchandise que l'on veut acheter, faire ensorte de convenir du prix.
Il y a de la différence entre marchander & mesoffrir. Il faut savoir marchander pour n'être pas trompé dans l'achat des marchandises, mais c'est se moquer du vendeur que de mesoffrir. Dictionnaire de Commerce. (G)
|
| MARCHANDISE | S. f. (Commerce) se dit de toutes les choses qui se vendent & débitent, soit en gros, soit en détail, dans les magasins, boutiques, foires, même dans les marchés, telles que sont les draperies, les soieries, les épiceries, les merceries, les pelletteries, la bonnetterie, l'orfévrerie, les grains, &c.
Marchandise se prend aussi pour trafic, négoce, commerce. En ce sens, on dit aller en marchandise, pour signifier aller en acheter dans les foires, villes de commerce, lieux de fabrique, pays étrangers ; faire marchandise, pour dire en vendre en boutique, en magasin.
Marchandises d'oeuvres du poids, ce sont celles autres que les épiceries & drogueries, qui sont sujettes au droit du poids-le-roi établi à Paris. Ce droit pour ces marchandises est de trois sols pour cent pesant. Voyez POIDS-LE-ROI. Dictionn. de Commerce.
Marchandises de contrebande, voyez CONTREBANDE.
Marchandise marinée, celle qui a été mouillée d'eau de mer.
Marchandise naufragée, celle qui a essuyé quelque dégât par un naufrage.
Marchandise avariée, celle qui a été gâtée dans un vaisseau pendant son voyage, soit par échouement, tempête, ou autrement. Dictionn. de Commerce. (G)
|
| MARCHÉ | S. m. (Commerce) place publique dans un bourg ou une ville où on expose des denrées en vente. Voyez BOUCHERIE & FORUM.
Marché signifie aussi un droit ou privilege de tenir marché, acquis par une ville, soit par concession, soit par prescription.
Bracton observe qu'un marché doit être éloigné d'un autre au moins de six milles & demi, & un tiers de moitié.
On avoit coutume autrefois en Angleterre de tenir des foires & des marchés les dimanches & devant les portes des églises, de façon qu'on satisfaisoit en même tems à sa dévotion & à ses affaires. Cet usage, quoique défendu par plusieurs rois, subsista encore jusqu'à Henri VI. qui l'abolit entierement. Il y a encore bien des endroits où l'on tient les marchés devant les portes des églises.
Le marché est différent de la foire en ce que le marché n'est que pour une ville ou un lieu particulier, & la foire regarde toute une province, même plusieurs. Les marchés ne peuvent s'établir dans aucun lieu sans la permission du souverain.
A Paris, les lieux où se tiennent les marchés ont différens noms. Quelques-uns conservent le nom de marché, comme le marché neuf, le marché du cimetiere de saint Jean, le marché aux chevaux, &c. d'autres se nomment places, la place maubert, la place aux veaux ; d'autres enfin s'appellent halles, la halle au blé, la halle aux poissons, la halle à la farine.
Il y a, dans toutes les provinces de France, des marchés considérables dans les principales villes, qui se tiennent à certains jours reglés de la semaine. On peut en voir la liste dans le dictionnaire de Commerce, tome III. pag. 293 & suiv.
Marché de Naumbourg. C'est ainsi qu'on nomme en Allemagne une foire célebre qui se tient tous les ans dans cette ville de Misnie. On regarde ce marché comme une quatrieme foire de Leipsick, parce que la plûpart des marchands de cette derniere ville ont coutume de s'y trouver. Il commence le 29 Juin, & ne dure que huit jours.
Marché ou bourse aux grains. On nomme ainsi à Amsterdam un grand bâtiment ou halle, où les marchands de grains tant de la ville que du dehors s'assemblent tous les lundis, mercredis & vendredis, & où leurs facteurs portent & vendent sur montre les divers grains dont on juge tant sur la qualité que sur le poids, en en pesant quelques poignées dans de petites balances, pour évaluer quelle sera la pesanteur du sac & du last.
Marché de Petersbourg. Voyez LAWKS.
Marché se dit encore du tems auquel se fait la vente. Il y a ordinairement dans chaque ville deux jours de marché par semaine.
Marché se dit pareillement de la vente & du débit qui se fait à beaucoup ou à peu d'avantage. Il faut voir le cours du marché. Le marché n'a pas été bon aujourd'hui. Chaque jour de marché on doit enregistrer au greffe le prix courant du marché des grains. Dictionnaire de Commerce, tome III. pag. 296.
MARCHE, (Commerce) en général signifie un traité par le moyen duquel on échange, on troque, on achete quelque chose, ou l'on fait quelque acte de commerce.
Marché se dit plus particulierement, parmi les marchands & négocians, des conventions qu'ils font les uns avec les autres, soit pour fournitures, achats, ou trocs de marchandises sur un certain pié, ou moyennant une certaine somme.
Les marchés se concluent ou verbalement sur les simples paroles, en donnant par l'acheteur au vendeur des arrhes, ce qu'on appelle donner le denier à Dieu ; ou par écrit, soit sous signature privée, soit par devant notaires.
Les marchés par écrit doivent être doubles, l'un pour le vendeur, l'autre pour l'acheteur.
On appelle marché en bloc & en tâche, celui qui se fait d'une marchandise dont on prend le fort & le foible, le bon & le mauvais ensemble, sans le distinguer ni le séparer. Dictionnaire de Commerce.
MARCHE. (Comm.) Dans le commerce d'Amsterdam on distingue trois sortes de marchés : le marché conditionnel, le marché ferme, & le marché à option, qui tous trois ne se font qu'à terme ou à tems.
Les marchés conditionnels sont ceux qui se font des marchandises que le vendeur n'a point encore en sa possession, mais qu'il sait être déja achetées & chargées pour son compte par ses correspondans dans les pays étrangers, lesquelles il s'oblige de livrer à l'acheteur à leur arrivée au prix & sous les conditions entr'eux convenues.
Les marchés fermes sont ceux par lesquels le vendeur s'oblige de livrer à l'acheteur une certaine quantité de marchandises, au prix & dans le tems dont ils sont demeurés d'accord.
Enfin les marchés à option sont ceux par lesquels un marchand s'oblige, moyennant une somme qu'il reçoit & qu'on appelle prime, de livrer ou de recevoir une certaine quantité de marchandises à un certain prix & dans un tems stipulé, avec liberté néanmoins au vendeur de ne la point livrer & à l'acheteur de ne la point recevoir, s'ils le trouvent à propos, en perdant seulement leur prime.
Sur la nature, les avantages ou désavantages de ces différentes sortes de marchés, la maniere de les conclure, la forme & les clauses des contrats qui les énoncent, on peut voir le traité du négoce d'Amsterdam par le sieur Picard, & ce qu'en dit d'après cet auteur M. Savary. Dictionnaire de Commerce.
MARCHE, (Commerce) se dit du prix des choses vendues ou achetées. En ce sens, on dit j'ai eu bon marché de ce vin, de ce blé, &c. c'est-à-dire, que le prix n'en a pas été considérable. C'est un marché donné, pour dire que le prix en est très-médiocre. C'est un marché fait, pour exprimer que le prix d'une marchandise est reglé, & qu'on n'en peut rien diminuer.
Il y a aussi plusieurs expressions proverbiales ou familieres dans le commerce où entre le mot de marché, comme boire le vin du marché, mettre le marché à la main, &c.
Il est de principe dans le commerce, qu'il faut se défier d'un marchand qui donne ses marchandises à trop bon marché, parce qu'ordinairement il n'en agit ainsi que pour se préparer à la fuite ou à la banqueroute, en se faisant promtement un fonds d'argent pour le détourner. Dictionnaire de Commerce.
MARCHES de Rome, (Antiq. rom.) places publiques à Rome, pour rendre la justice au peuple, ou pour y exposer en vente les vivres & autres marchandises. Les marchés que les Romains appelloient fora, sont encore au nombre des plus superbes édifices qui fussent dans la ville de Rome pour rendre la justice au peuple. C'étoient de spacieuses & larges places quarrées ou quadrangulaires, environnées de galeries, soutenues par des arcades, à-peu-près comme la place royale à Paris, mais ces sortes d'édifices à Rome étoient beaucoup plus grands & plus superbes en architecture. Ammian Marcellin rapporte que le marché de Trajan, forum Trajani, passoit pour une merveille par le nombre d'arcades posées artistement les unes sur les autres, de sorte que Constantius, après l'avoir vû, désespéra de pouvoir faire rien de semblable. Strabon parlant du forum Romanum, dit qu'il étoit si beau, si bien accompagné de galeries, de temples & autres édifices magnifiques, ut haec singula contemplans, facilè alia omnia oblivione delebit.
Outre ces marchés destinés aux assemblées du peuple, il y avoit à Rome quatorze autres marchés pour la vente des denrées, qu'on appelloit fora venalia ; tels étoient le forum olitorium, le marché aux herbes où se vendoient les légumes : ce marché étoit auprès du mont Capitolin. On y voyoit un temple dédié à Junon, matuta ; & un autre consacré à la piété. Il y avoit la halle au vin, vinarium ; le marché aux boeufs, forum boarium ; le marché au pain, forum pistorium ; le marché au poisson ou la poissonnerie, forum piscarium ; le marché aux chevaux, forum equarium ; le marché aux porcs, forum suarium.
Il y avoit encore un marché que nous ne devons pas oublier, le marché aux friandises, où étoient les rôtisseurs, les pâtissiers & les confiseurs, forum cupedinarium : Festus croit que ce mot vient de cupedia, qui signifie chez les Latins des mets exquis ; mais Varron prétend que ce marché prit son nom d'un chevalier romain nommé Cupes, qui avoit son palais dans cette place, lequel fut rasé pour ses larcins, & la place employée à l'usage dont nous venons de parler.
Quoi qu'il en soit, tous les marchés de Rome destinés à la vente des denrées & marchandises, étoient environnés de portiques & de maisons, garnies d'étaux & de grandes tables, sur lesquelles chacun exposoit les denrées & marchandises dont il faisoit commerce. On appelloit ces étaux, abaci & operaria mensae.
Onuphre Panvini, dans son ouvrage des régions de Rome, vous donnera la description complete de tous les marchés de cette ancienne capitale du monde ; c'est assez pour nous d'en rassembler ici les noms : le forum romanum ou le grand marché ; forum Caesaris ; Augusti ; boarium ; transitorium ; olitorium ; pistorium ; Trajani ; Aenobarbi ; suarium ; archaemorium, Diocletiani ; equarium ; rusticorum ; Cupedinis ; piscarium ; Salusti. Il y faut ajouter la halle au vin, vinarium. Voyez nos Pl. d'Antiq. (D.J.)
|
| MARCHÉ D'APPIUS | LE, (Géog. anc.) forum Appii, c'étoit une bourgade du Latium, au pays des Volsques, à 45 milles de Rome, dans le marais Pontino, palus pemptina, entre Setia au nord, & claustra romana au sud. Appius, pendant son consulat, fit jetter une digue au-travers de ce marais, & Auguste fit ensuite creuser un canal depuis le bourg jusqu'au temple de Féronie ; ce canal étoit navigable & très-fréquenté. (D.J.)
MARCHES, LES, (Art milit.) dans les armées, sont une des parties les plus importantes du général ; elles font la principale science du maréchal général des logis de l'armée.
Les marches des armées doivent se regler sur le pays dans lequel on veut marcher, sur le tems qu'il faut à l'ennemi pour s'approcher, & sur le dessein qu'on a formé. On doit toûjours marcher comme on est, ou comme on veut camper, ou comme on veut combattre.
" Il faut avoir une parfaite connoissance du pays, & beaucoup d'expérience pour bien disposer une marche, lorsqu'on veut s'avancer dans le pays ennemi, & s'approcher de lui pour le combattre. Il y a des marches que l'on fait sur quatre, six ou huit colonnes, suivant la facilité du pays ou la force de l'armée ; il y en a d'autres qui se font sans rien changer à la disposition de l'armée, en marchant par la droite ou par la gauche, sur autant de colonnes qu'il y a de lignes.
Ordinairement ces marches se font lorsqu'on est en présence de l'ennemi, & qu'il faut l'empêcher de passer une riviere, ou gagner quelque poste de conséquence. On a des travailleurs à la tête de chaque colonne pour leur ouvrir les passages nécessaires, & les faire toutes entrer en même tems dans le camp qu'elles doivent occuper. Il est très-utile de prévenir de bonne heure ces marches par des chemins que l'on doit faire à-travers champ, qui facilitent la marche des colonnes & leur arrivée au camp.
Lorsqu'on marche en colonne dans un pays couvert, & que l'ennemi vous surprend & vous renverse, il est important de savoir prendre son parti sur le champ, en disposant promtement en bataille les troupes qui ne sont point encore attaquées, afin de donner le tems aux autres de se rallier. S'il y avoit dans cet endroit quelque terrein avantageux, on l'occuperoit aussi-tôt pour y combattre. Souvent les troupes qui ne sont pas soutenues à tems, se détruisent plus par la terreur que par le coup de main. On évite de semblables surprises en poussant en-avant des partis & de forts détachemens qui tiennent en respect l'ennemi, & donnent avis de ses mouvemens. Il faut encore qu'il y ait entre les intervalles des colonnes, de petits détachemens de cavalerie avec des officiers entendus pour les faire toutes marcher à même hauteur ; &, si l'ennemi paroissoit, les colonnes auroient le tems de se former en bataille & remplir le terrein.
Il seroit bon de donner par écrit cet ordre de marche aux commandans de chaque colonne, & leur marquer celles qui marchent sur la droite & sur la gauche, afin qu'ils puissent apprendre les uns des autres l'ordre du général, & se conformer à ce qu'il leur est prescrit.
On marche quelquefois à colonnes renversées, c'est-à-dire, la droite faisant la gauche, ou la gauche faisant la droite ; cette marche se fait suivant la disposition où l'on est, ou le dessein qu'on a de se porter brusquement dans un camp pour faire tête, en y arrivant, aux colonnes de la droite de l'armée ennemie, qui peut en arrivant engager une action. Nos troupes occupent d'abord le poste le plus avantageux, & donnent le tems aux autres colonnes d'arriver & de s'y mettre en bataille.
On peut quitter de jour son camp, quoiqu'à portée de l'ennemi, lorsque l'on connoît qu'il est de conséquence de changer le premier de situation : pour faire cette marche, on met toutes les troupes en bataille, aussi-tôt on fait marcher la premiere ligne par les intervalles de la seconde pour passer diligemment les défilés ou les ponts, elle s'étend pour soutenir la seconde qui passe ensuite par les intervalles de la premiere, & se met derriere en bataille. Il faut que cette disposition de marche soit bien exécutée, & qu'il y ait au flanc de la droite & de la gauche des troupes pour observer les ennemis : les officiers de chaque régiment doivent être attentifs à contenir leur troupe. Si le terrein étoit trop désavantageux pour faire une semblable marche pendant le jour, il faudroit décamper à l'entrée de la nuit sur autant de colonnes que le terrein pourroit le permettre ; on laisseroit des feux au camp à l'ordinaire avec des détachemens de tous côtés, dont les sentinelles ou vedette seroient alertes pour empêcher l'ennemi de s'en approcher, & lui ôter la connoissance de cette marche : il faut la rendre plus facile par des ouvertures que l'on fait pour chaque colonne, & que des officiers-majors les reconnoissent ; afin de ne point prendre le change, & que les colonnes ne s'embarrassent point.
Quand on veut décamper de jour & dérober ce mouvement aux ennemis, avant que de le faire, on envoie sur leur camp un gros corps de cavalerie avec les étendards, à dessein de les intriguer, & les amuser assez de tems pour donner à l'armée celui de se porter au poste qu'elle veut occuper, avant qu'il se puisse mettre en marche.
Il y a des marches qu'il faut faire à l'entrée de la nuit pour empêcher que l'ennemi n'attaque notre arriere-garde dans ses défilés, & faciliter par ce moyen son arrivée dans un autre camp. Quoique l'on soit proche de l'ennemi, & qu'il n'y ait aucune riviere qui le sépare, un général qui connoît l'avantage de sa situation, & qui veut engager une affaire, peut reculer son armée des bords de cette riviere pour lui donner la tentation de la passer ; mais lorsqu'on fait ce mouvement, il ne faut pas lui laisser prendre assez de terrein pour placer deux lignes en bataille : on doit au contraire le resserrer, & profiter du piege qu'on lui a tendu, ne lui laisser passer de troupes qu'autant qu'on en peut combattre avec avantage, sans quoi il faudroit absolument garder les bords de la riviere ". Traité de la guerre par Vaultier.
Une marche de 3 ou 4 lieues est appellée marche ordinaire. Si l'on fait faire 6 ou 7 lieues à une armée, c'est-à-dire à peu près le double d'une marche ordinaire, on donne à cette marche le nom de marche forcée. Ces sortes de marches ne doivent se faire que dans des cas pressans, comme pour surprendre l'ennemi dans une position desavantageuse, ou pour gagner des postes où l'on puisse s'arrêter ou l'incommoder, ou enfin pour s'en éloigner ou pour s'en approcher, lorsqu'il a eu l'art de faire une marche secrette, c'est-à-dire lorsqu'il a su souffler ou dérober une marche.
Les marches forcées ont l'inconvénient de fatiguer beaucoup l'armée, par cette raison on ne doit point en faire sans grande nécessité. Celles qui sont occasionnées par les marches que l'ennemi a dérobées, sont les plus desagréables pour le général, attendu que ce n'est qu'à son peu d'attention qu'on peut les attribuer ; c'est pourquoi M. le chevalier de Folard prétend qu'il en est plus mortifié que de la perte d'une bataille, parce que rien ne prête plus à la glose des malins & des railleurs.
" Dans les marches vives & forcées, il faut faire trouver avec ordre & diligence, dans les lieux où passent les troupes, des vivres & toutes les choses nécessaires pour leur soulagement. Avec ces précautions, le général qui prévoit le dessein de son ennemi, est en état de le prévenir avec assez de forces dans les lieux qu'il veut occuper ; cette diligence l'étonne, & les obstacles à son entreprise augmentant à mesure que les troupes arrivent, il l'abandonne & se retire ". Même Traité que ci-dessus.
Nous renvoyons ceux qui voudront entrer dans tous les détails des marches, à l'Art de la guerre par M. le maréchal de Puysegur, & à nos Elémens de Tactique.
MARCHE, (Archit.) en latin gradus, degré sur lequel on pose le pié pour monter ou descendre, ce qui fait partie d'un escalier.
Les anciens donnoient à leurs marches, & comme on disoit dans le dernier siecle, à leurs degrés, 10 pouces de hauteur de leur pié, qu'on appelle pié romain antique, ce qui revient environ à 9 pouces de notre pié de roi. Ils donnoient de giron à chaque marche les trois quarts de leur hauteur : c'est-à-dire un de nos piés de roi, ce qui faisoit des marches trop hautes, & pas assez larges.
Aujourd'hui on donne à chaque marche 6 ou 7 pouces de hauteur, & 13 ou 14 de girons. Dans les grands escaliers, cette proportion rend nos marches beaucoup plus commodes que celles des anciens. Leurs sieges des théâtres étoient en façon de marches, & chaque marche servant de siege avoit deux fois la hauteur des degrés qui servoient à monter & à descendre. Voyez les Notes de Me. Perrault sur Vitruve, liv. III. & V.
On fait des marches de pierre, de bois, de marbre ; non-seulement on distingue les marches ou degrés par leur hauteur & leur giron ou largeur, mais encore par d'autres différences, que Daviler explique dans son Cours d'Architecture.
On appelle, dit-il, marche carrée, ou droite, celle dont le giron est contenu entre deux lignes paralleles ; marche d'angle, celle qui est la plus longue d'un quartier tournant ; marches de demi-angle, les deux plus proches de la marche d'angle ; marches gironnées, celles des quartiers tournans des escaliers ronds ou ovales ; marches délardées, celles qui sont démaigries en chanfrain par dessous, & portent leur délardement pour former une coquille d'escalier : marches moulées, celles qui ont une moulure avec filets au bord du giron ; marches courbes, celles qui sont ceintrées en dedans ou en arriere ; marches rampantes, celles dont le giron fort large est en pente, & où peuvent monter les chevaux ; on appelle marches de gason, celles qui forment des perrons de gason dans les jardins, & dont chacune est ordinairement retenue par une piece de bois qui en fait la hauteur. (D.J.)
MARCHES, les, (Rubaniers) ce sont des morceaux de bois minces, étroits & longs, de 4 à 5 piés ; au nombre de 24 ou 26 : cependant un maître dudit métier nommé Destappe, a imaginé d'en mettre jusqu'à 36, qui au moyen de leur extrême délicatesse n'occupent pas plus de place que 24, ce qui lui a parfaitement réussi. Ces marches sont percées & enfilées par un bout dans une broche ou boulon de fer, qui s'attache lui-même sous le pont du métier. Voyez PONT. Par l'autre bout elles portent les tirans des lames, & ces tirans servent à faire baisser les lames. Voyez LAMES. Lorsqu'il y a 24, 26 ou plus de marches à un métier, il faut qu'il y ait autant de lames & de hautes-lisses qu'il y a de marches, puisque chaque marche tire sa lame, qui à son tour tire sa haute-lisse. Voyez HAUTE-LISSE. On voit parfaitement tout ceci dans nos Pl. de Soirie & de Passementerie. Il faut, comme la figure le fait voir, que les marches soient d'inégale longueur, les plus longues au centre, comme devant tirer les lames les plus éloignées, cette longueur donnant la facilité d'attacher le tirant perpendiculairement à la lame que la marche doit faire agir ; on sent par ce qui vient d'être dit pourquoi les marches des extrémités doivent être plus courtes ; les marches ne doivent point être non plus suspendues à leurs tirans sur le même niveau, puisque l'on voit dans les figures que celles du centre pendent plus bas que les autres, & s'élevent petit-à-petit à mesure qu'elles approchent de l'extrémité, en voici la raison : lorsque l'ouvrier marche les marches des extrémités, il a les jambes fort écartées, ce qui doit indubitablement leur faire perdre de leur longueur, au lieu qu'en marchant celles du centre il les a dans toute leur longueur & dans toute leur force ; il est donc nécessaire de donner ce plan aux marches, outre que l'ouvrier y trouve encore une facilité pour les marcher. Comme elles sont fort serrées les unes contre les autres, sur-tout quand elles y sont toutes, cette inclinaison lui est favorable pour trouver celles dont il a besoin.
MARCHES, (Bas au métier) est une partie de cette machine. Voyez l'article BAS AU METIER.
MARCHE, (Soirie) partie du bois de métier d'étoffe de soie. La marche est un liteau de 2 pouces 1/2 à 3 pouces de largeur, sur 1 pouce d'épaisseur, il est de 5 piés 1/2 à 6 piés de long, & percé à un bout ; ce trou est nécessaire pour y passer une broche de fer au travers pour les fixer & les rendre solides, lorsque l'ouvrier veut travailler.
Les marches servent à faire lever les lisses, tant de satin, gros-de-tours, que celles de poil.
MARCHE-BASSE, (Tapissier) les ouvriers appellent quelquefois ainsi cette espece de tapisserie, qu'on nomme plus ordinairement basse-lisse. Ils lui donnent ce nom, qui n'est d'usage que dans les manufactures, à cause de deux marches que l'ouvrier a sous ses piés, pour hausser ou baisser les lisses. Voyez BASSE-LISSE.
MARCHES, (Tisserand) partie inférieure du métier des Tisserands, Tissutiers, Rubaniers, &c. ce sont de simples tringles de bois, attachées par un bout à la traverse inférieure du métier, que l'ouvrier a sous ses piés, & suspendues par l'autre bout aux ficelles des lisses.
Les marches sont ainsi nommées parce que l'ouvrier met les piés dessus pour travailler. Les marches font hausser ou baisser les fils de la chaîne, à travers lesquels les fils de la trame doivent passer. Ainsi lorsque l'ouvrier met les piés sur une marche, tous les fils de la chaîne qui y répondent par le moyen des lisses se levent, & lorsqu'il ôte son pié ils retombent dans leur situation par le poids des plombs que les lisses ont à chaque extrémité.
MARCHE, terme de Tourneur, c'est la piece de bois sur laquelle le tourneur pose son pié, pour donner à la piece qu'il travaille un mouvement circulaire. Cette marche n'est dans les tours communs qu'une tringle de bois soulevée par l'extrémité la plus éloignée de l'ouvrier, par une corde attachée de l'autre bout à une perche qui pend du haut du plancher. Voyez TOUR.
MARCHE DU LOUP, (Vénerie) c'est ce qu'on appelle en vrais termes, piste ou voie, faux marché, la biche y est sujette dans le cours de douze à quinze pas.
MARCHE, terme de Blason. Le P. Menetrier dit qu'il est employé dans les anciens manuscrits pour la corne du pié des vaches.
MARCHE, (Géog.) ce mot, dans la basse latinité, est exprimé par marca, marchia, & signifie limites, frontieres ; c'est pourquoi M. de Marca a intitulé ses savantes recherches sur les frontieres de l'Espagne & de la France, marca hispanica. Le seigneur qui commandoit aux frontieres étoit nommé marcheus ; de ce mot s'est formé celui de marchis, que nous disons aujourd'hui marquis, & que les Allemands expriment par marggrave. Voyez MARGGRAVE.
Dans les auteurs de la basse latinité ; marchani & marchiani, sont les habitans de la frontiere. On a aussi nommé marchiones, des soldats employés sur la frontiere, & avec le tems ce mot a été affecté aux nobles, qui après avoir eu un gouvernement sur la frontiere qui leur donnoit ce titre, l'ont rendu héréditaire, & ont transmis à leurs enfans mâles ce gouvernement avec le titre. Enfin la qualification de marquis a été prise dans ces derniers tems en France par de simples gentilshommes, & même par des roturiers ennoblis, qui n'ont rien de commun avec le service, ni avec les frontieres de l'état. Voyez MARQUIS. (D.J.)
MARCHE, la, (Géog.) Marchia gallica, province de France, avec le titre de comté. Elle est bornée au septentrion par le Berry, à l'orient par l'Auvergne, à l'occident par le Poitou & l'Angoumois ; & au midi par le Limousin, dont elle a autrefois fait partie, étant même encore à présent du diocèse de Limoges.
Son nom de Marche lui vient de ce qu'elle est située sur les confins ou marches du Poitou & du Berry. Elle a été réunie à la couronne par François I. l'an 1531.
La Marche a environ 22 lieues de longueur, sur 8 ou 10 de largeur. Elle donne du vin dans quelques endroits & du blé dans d'autres ; son commerce consiste principalement en bestiaux & en tapisseries que l'on fait à Aubusson, Felletin, & autres lieux.
Elle est arrosée par la Vienne, le Cher, la Creuse & la Cartempe.
On la divise en haute & basse, & on lui donne Guéret pour capitale. (D.J.)
MARCHE, (Géog.) petite ville, ou bourg de France, au duché de Bar, sur les confins de la Champagne, entre les sources de la Meuse & de la Saone, à 13 lieues de Toul. Long. 23. 26. lat. 48. 2. (D.J.)
MARCHE, (Géog.) petite ville des Pays-bas, au duché de Luxembourg, aux confins du Liégeois, entre Dinant & la Roche, dans le petit pays de Famène. M. Delisle ne devoit pas dire comme le peuple, Marche ou Famine. Long. 23. 15. lat. 50. 13. (D.J.)
MARCHE TREVISANE, la, (Géograph.) province d'Italie, dans l'état de la république de Venise, bornée E. par le Frioul ; S. par le golfe le Dogat & le Padouan, O. par le Vicentin, N. par le Feltrin & le Belunese. On appelle cette province Marche trévisane, parce que dans la division de ce pays-là, sous les Lombards, l'état de Venise étoit gouverné par un marquis dont la résidence ordinaire étoit à Trévise (Trevigio). La Marche avoit alors une plus grande étendue qu'aujourd'hui. Sa principale riviere est la Piave ; mais elle est entrecoupée d'un grand nombre de ruisseaux : ses deux seules villes sont Trévise & Ceneda. (D.J.)
MARCHE, la, (Géog.) c'est ainsi que les François nomment une province maritime de l'Ecosse septentrionale, que les Anglois appellent Mers. Voyez MERS. (D.J.)
|
| MARCHE-PIÉ | S. m. (Gramm.) espece d'escabeau qu'on place sous ses piés, pour s'élever à une hauteur à laquelle on n'atteindroit pas de la main sans ce secours.
MARCHE-PIE, (Marine) nom général qu'on donne à des cordages qui ont des noeuds, qui sont sous les vergues, & sur lesquels les matelots posent les piés lorsqu'ils prennent les ris des voiles, qu'ils les ferlent & déferlent, & quand ils veulent mettre ou ôter le boute-dehors.
Marche-pié : on appelle ainsi sur le bord des rivieres un espace d'environ trois toises de large qu'on laisse libre, afin que les bateaux puissent remonter facilement.
MARCHE-PIE, meuble servant dans les manufactures en soie à changer les semples & à faire les gances.
|
| MARCHENA | (Géog.) ancienne ville d'Espagne dans l'Andalousie, avec titre de duché ; elle est située au milieu d'une plaine, dans un terroir fertile, à 9 lieues S. de Séville. Quelques auteurs la prennent pour l'ancienne Artégua ; mais les ruines d'Artégua en sont bien éloignées ; d'autres écrivains conjecturent avec vraisemblance, que Lucius Marcius, qui succéda à Cn. Scipion dans le commandement de l'armée romaine, en est le fondateur, & que c'est la colonia marcia des Romains, parce qu'on y a déterré des inscriptions sous ce nom. Long. 11. 45. lat. 37. 25. (D.J.)
|
| MARCHER LE | (Physiolog.) le marcher ou l'action de marcher, est celle par laquelle on passe d'un lieu à un autre, au moyen du mouvement que l'on peut donner aux parties du corps destinées à cet usage.
Pour expliquer comment cette action s'exécute, supposons un homme qui se tienne debout sur le point z ; faut-il qu'il marche, un pié reste immobile, & est fortement soutenu par les muscles ; de sorte que le corps est tenu par le seul point z ; l'autre pié s'éleve, la cuisse considérablement pliée ; de façon que le pié devient plus court, & le tibia aussi le devient un peu. Maintenant lorsque le genou est perpendiculaire sur ce point où nous voulons fixer notre pié mobile, nous laissons aller le même pié sur la terre où il s'affermit, tout le pié étant étendu, & le fémur incliné en-devant : alors il faut marcher de l'autre pié qui étoit immobile. Lors donc que nous jettons ce pié devant l'autre, qui lui-même est plié par le mouvement en-avant du fémur, & la plante tellement élevée par le tendon d'Achille, qu'on ne touche d'abord la terre qu'avec la pointe, & qu'on ne la touche plus ensuite de la pointe même, nous fléchissons en même tems tout le corps en-devant, tant par le relâchement des extenseurs de l'épine du cou & de la tête, que par les muscles iliaques, psoas, les droits, & les obliques du bas-ventre ; mais alors la ligne de gravité étant avancée hors de la plante du pié, il nous faudroit encore nécessairement tomber, si nous ne laissions aller à terre le pié qui étoit fixe auparavant, & qui est présentement mobile, par le relâchement des extenseurs, & l'action des fléchisseurs ; si nous ne nous y accrochions ainsi en quelque maniere ; si nous ne lui donnions un état stable ; & si enfin étant assujettis, nous ne lui donnions le centre de gravité du corps ; mais tout cela s'apprend par l'habitude, & à force de chûtes.
Quand on marche, les pas sont plus longs en montant, & plus courts en descendant, voici la raison que M. de Mairan en apporte.
Un homme qui fait un pas, a toûjours une jambe qui avance, & que nous appellerons antérieure, & une jambe postérieure qui demeure en-arriere. La jambe postérieure porte tout le poids du corps, tandis que l'autre est en l'air. L'une est toûjours pliée au jarret, & l'autre est tendue & droite. Lorsqu'on marche sur un plan horisontal, la jambe postérieure est tendue & l'antérieure pliée ; de même lorsqu'on monte sur un plan incliné, l'antérieure seulement est beaucoup plus pliée que pour le plan horisontal. Quand on descend, c'est au contraire la jambe postérieure qui est pliée : or comme elle porte tout le poids du corps, elle a plus de facilité à le porter dans le cas de la montée où elle est tendue, que dans le cas de la descente où elle est pliée, & d'autant plus affoiblie, que le pli ou la flexion du jarret est plus grande. Quand la jambe postérieure a plus de facilité à porter le poids du corps, on n'est pas si pressé de le transporter sur l'autre jambe, c'est-à-dire de faire un second pas & d'avancer ; par conséquent on a le loisir & la liberté de faire ce premier pas plus grand, ou ce qui est le même, de porter plus loin la jambe antérieure. Ce sera le contraire quand la jambe postérieure aura moins de facilité à porter le poids du corps ; & par l'incommodité que causera naturellement cette situation, on se hâtera d'en changer & d'avancer. On fait donc en montant des pas plus grands & en moindre nombre, & en descendant, on les fait plus courts, plus précipités, & en plus grand nombre.
Il y a des personnes qui marchent les genoux en-dedans & les piés en-dehors. Ce défaut de conformation vient de ce que les cavités supérieures situées extérieurement dans le tibia ou dehors, se trouvent un travers de doigt tantôt plus bas, tantôt moins, que les cavités qui sont placées intérieurement.
La luxation des vertebres empêche le mouvement progressif : en effet, il est alors difficile, quelquefois même impossible au malade de marcher, tant parce que l'épine n'étant plus droite, la ligne de direction du poids du corps se trouve changée, & ne passe plus par l'endroit du pié qui appuie à terre ; que parce que si le malade pour marcher, essaye de l'y faire passer comme font les bossus, tous les mouvemens qu'il se donne à ce dessein, sont autant de secousses qui ébranlent & pressent la moëlle de l'épine ; ce qui cause de violentes douleurs que le malade évite, en cessant cette fâcheuse épreuve. Ce qui fait encore ici la difficulté de marcher, c'est que la compression de la moëlle interrompt le cours des esprits animaux dans les muscles de la progression. Ces muscles ne sont quelquefois qu'affoiblis ; mais souvent ils perdent entierement leur ressort dans les vingt-quatre heures, & même plutôt, selon le degré de compression que souffrent la moëlle & les nerfs.
Pour ce qui regarde le mouvement progressif des bêtes, je me contenterai de remarquer ici, que les animaux terrestres ont pour marcher, des piés dont la structure est très-composée ; les ongles y servent pour affermir les piés, & empêcher qu'ils ne glissent. Les élans qui les ont fort durs, courent aisément sur la glace sans glisser ; la tortue qui marche avec peine, emploie tous ses ongles les uns après les autres pour pouvoir avancer ; elle tourne ses piés de telle sorte, quand elle les pose sur terre, qu'elle appuie premierement sur le premier ongle qui est en-dehors, ensuite sur le second, & puis sur le troisieme, & toûjours dans le même ordre jusqu'au cinquieme ; ce qu'elle fait ainsi, parce qu'une patte, quand elle est avancée en-devant, ne peut appuyer fortement que sur l'ongle qui est en-arriere ; de même que quand elle est poussée en-arriere, elle n'appuie bien que sur l'ongle qui est le plus en-devant.
Les animaux qui marchent sur deux piés, & qui ne sont point oiseaux, ont le talon court, & proche des doigts du pié ; ensorte qu'ils posent à-la-fois sur les doigts & sur le talon, ce que ceux qui vont sur quatre piés ne font pas, leur talon étant fort éloigné du reste du pié. (D.J.)
MARCHER EN COLONNE RENVERSEE, (Art. milit.) c'est marcher la droite de l'armée faisant la gauche, ou la gauche la droite. Voyez MARCHES.
MARCHER, (Art milit.) marcher par manches, demi-manches, quart de manches ou quart de rang de manches. Voyez DIVISIONS & EVOLUTIONS.
MARCHER, (Marine) voyez ORDRE DE MARCHE. Marcher dans les eaux d'un autre vaisseau, c'est faire la même route que ce vaisseau en le suivant de près, & en passant dans les mêmes endroits qu'il passe.
Marcher en colonne, c'est faire filer les vaisseaux sur une même ligne les uns derriere les autres : ce qui ne peut avoir lieu que quand on a le vent en poupe ou le vent largue.
MARCHER L'ETOFFE D'UN CHAPEAU, terme de Chapellerie, qui signifie manier avec les mains à froid sur la claie, ou à chaud sur le bassin, le poil ou la laine dont on a dressé les quatre capades d'un chapeau avec l'arçon ou le tamis.
Pour faire cette opération à froid, il faut enfermer chaque capade dans la feutriere l'une après l'autre ; & pour la faire à chaud, on les y enferme toutes les quatre ensemble, les unes par-dessus, les autres avec des lambeaux entre chaque capade ; il faut outre cela, pour la façon à chaud, jetter de tems en tems de l'eau sur le bassin & sur la feutriere avec un goupillon. C'est à force de marcher l'étoffe, qu'elle se feutre. Voyez CHAPEAU.
MARCHER, en terme de Potier de terre ; c'est fouler la terre avec les piés quand elle a trempé pendant quelques jours dans de l'eau.
MARCHER, parmi les ouvriers qui ourdissent au métier ; c'est presser les marches du pié, afin de faire mouvoir convenablement les lisses. Voyez l'article LISSE.
|
| MARCHESVAN | (Calend. des Hébreux) mois des Hébreux ; c'étoit le huitieme mois de leur année ; il répondoit en partie à notre mois d'Octobre, & en partie à notre mois de Novembre. Voyez MOIS DES HEBREUX. (D.J.)
|
| MARCHET | S. m. ou MARCHETA, (Hist. d'Anglet.) droit en argent que le tenant payoit autrefois au seigneur pour le mariage d'une de ses filles.
Cet usage se pratiquoit avec peu de différence dans toute l'Angleterre, l'Ecosse, & le pays de Galles. Suivant la coutume de la terre de Dinover dans la province de Caermarthen, chaque tenant qui marie sa fille, paye dix schelins au seigneur. Cette redevance s'appelle dans l'ancien breton, gwaber marched, c'est-à-dire présent de la fille.
Un tems a été qu'en Ecosse, dans les parties septentrionales d'Angleterre, & dans d'autres pays de l'Europe, le seigneur du fief avoit droit à l'habitation de la premiere nuit avec les épousées de ses tenans. Mais ce droit si contraire à la justice & aux bonnes moeurs, ayant été abrogé par Malcom III. aux instances de la reine son épouse, on lui substitua une redevance en argent, qui fut nommée le marcher de la mariée.
Ce fruit odieux de la débauche tyrannique a été depuis long-tems aboli par toute l'Europe ; mais il peut rappeller au lecteur ce que Lactance dit de l'infame Maximien, ut ipse in omnibus nuptiis praegustator esset.
Plusieurs savans anglois prétendent que l'origine du borough-english, c'est-à-dire du privilége des cadets dans les terres, qui a lieu dans le Kentshire, vient de l'ancien droit du seigneur dont nous venons de parler ; les tenans présumant que leur fils aîné étoit celui du seigneur, ils donnerent leurs terres au fils cadet qu'ils supposoient être leur propre enfant. Cet usage par la suite des tems, est devenu coutume dans quelques lieux. (D.J.)
|
| MARCHETTES | S. f. (Soierie) petites marches qui font lentement baisser les lisses de liage.
MARCHETTE, (Chasse) c'est un morceau de bois qui tient une machine en état, & sur lequel un oiseau mettant le pié se prend dans la machine, en faisant tomber cette marchette.
|
| MARCHIENNES | MARCHIENNES
|
| MARCHOMEDES | Les, ou MARDOMEDES, en latin Marchomedi, ou Mardomedi, (Géog. anc.) c'est le nom d'un des peuples qui furent vaincus par l'empereur Trajan, & qui étoient quelque part dans l'Assyrie : leur nom se lit diversement dans Eutrope, l. VIII. c. ij. (D.J.)
|
| MARCIAGE | S. m. (Jurisprud.) est un droit seigneurial qui a lieu dans les coutumes locales de Bourbonnois ; il consiste en ce qu'il est dû au seigneur un droit de mutation pour les héritages roturiers, tant par la mort naturelle du précédent seigneur, que par celle du tenancier ou propriétaire.
Dans la châtellenie de Verneuil, le marciage consiste à prendre de trois années la dépouille de l'une quand ce sont des fruits naturels, comme quand ce sont des saules ou prés ; & en ce cas, le tenancier est quitte du cens de cette année. Mais si ce sont des fruits industriaux, comme terres labourables ou vignes, le seigneur ne prend que la moitié de la dépouille pour son droit de marciage, & le tenancier ne paye que la moitié du cens de cette année.
Dans cette même châtellenie, les héritages qui sont tenus à cens payable à jour nommé, & portant sept sols tournois d'amande à défaut de payement, ne sont point sujets au droit de marciage.
En la châtellenie de Billy, marciage ne consiste qu'à doubler le cens dû pour l'année où la mutation arrive.
En mutation par vente il n'y a point de marciage, parce qu'il est dû lods & ventes.
Il n'est point dû non plus de marciage pour les héritages qui sont chargés de taille & de cens tout ensemble, à-moins qu'il n'y ait titre ou convention au contraire.
L'Eglise ne prend jamais de marciage par la mort du seigneur bénéficier, parce que l'Eglise ne meurt point ; elle prend seulement marciage pour la mort du tenancier dans les endroits où on a coûtume de le lever.
La coutume porte qu'il n'est dû aucun marciage au duc de Bourbonnois, si ce n'est dans les terres sujettes à ce droit, qui seroient par lui acquises, ou qui lui adviendroient de nouveau de ses vassaux & sujets ; il paroît à la vérité, que ceux-ci contestoient le droit ; mais la coutume dit que monseigneur le duc en jouira, ainsi que de raison. Voyez Auroux des Pommiers, sur la coutume de Bourbonnois, à l'endroit des coutumes locales, & le gloss. de M. de Lauriere, au mot marciage. (A)
|
| MARCIANOPOLIS | (Géog. anc.) ville de la Moésie dans les terres ; son nom lui avoit été donné en l'honneur de Marciana, soeur de l'empereur Trajan. Aussi toutes les médailles anciennes qui parlent de cette ville, la nomment : il ne faut donc pas écrire Martianopolis. Holstenius prétend que c'est aujourd'hui Preslaw, ville de la basse Bulgarie, aux confins de la Romanie.
|
| MARCIGNI | (Géogr.) petite ville de France en Bourgogne, au diocèse d'Autun. C'est la patrie de M. du Ryer, sieur de Malézair, dont j'ai parlé au mot MACONNOIS. Elle est la vingt-deuxieme qui députe aux états de Bourgogne, & est située près de la Loire, dans un pays fertile en blés. M. Baillet nomme cette ville Marsigni-les-Nonains ; Garraut écrit Marcigny, & l'appelle en latin Marcigniacum. Long. 22. 20. lat. 46. 18.
|
| MARCINA | (Géogr. anc.) ville d'Italie entre Sirénuse & Posidonie, selon Strabon, liv. V. Cluvier croit que c'est le lieu qu'on appelle aujourd'hui Victri, sur la côte de Salerne. (D.J.)
|
| MARCIONITES | S. m. pl. (Théol.) nom d'une des plus anciennes & des plus pernicieuses sectes qui aient été dans l'Eglise. Elle étoit répandue au tems de saint Epiphane dans l'Italie, dans l'Egypte, la Palestine, la Syrie, l'Arabie, la Perse, & dans plusieurs autres pays.
Marcion, auteur de cette secte, étoit de la province du Pont ; c'est pourquoi Eusebe l'appelle le loup du Pont. Il étoit fils d'un très-saint Evêque, & dès sa jeunesse, il fit profession de la vie monastique ; mais ayant débauché une vierge, il fut excommunié par son propre pere, qui ne voulut jamais le rétablir dans la communion de l'Eglise, quoiqu'il se fût soumis à la pénitence. C'est pourquoi ayant abandonné son pays, il s'en alla à Rome, où il sema ses erreurs au commencement du pontificat de Pie I. vers la cinquieme année d'Antonin le Pieux, la quarante troisieme de Jesus-Christ. Il admettoit deux principes ; un bon & un mauvais ; il nioit la vérité de la naissance, de l'incarnation & de la passion de Jesus-Christ, & prétendit que tout cela n'étoit qu'apparent. Il croyoit deux Christs, l'un qui avoit été envoyé par un dieu inconnu pour le salut de tout le monde ; l'autre que le créateur devoit envoyer un jour pour rétablir les Juifs. Il nioit la résurrection des corps, & il ne donnoit le baptême qu'aux vierges, ou à ceux qui gardoient la continence ; mais il soutenoit qu'on pouvoit être baptisé jusqu'à trois fois, & souffroit même que les femmes le conférassent comme ministres ordinaires de ce sacrement ; mais il n'en altéroit pas la forme, ainsi que l'ont remarqué saint Augustin & Tertullien, aussi l'Eglise ne le jugeoit-elle pas invalide.
Comme il suivoit les sentimens de l'hérétique Cerdon, il rejettoit la loi & les prophetes. Il prétendoit que l'Evangile avoit été corrompu par de faux apôtres, & qu'on se servoit d'un exemplaire interposé. Il ne reconnoissoit pour véritable Evangile que celui de saint Luc, qu'il avoit été altéré en plusieurs endroits, aussi-bien que les épitres de saint Paul, d'où il avoit ôté ce qu'il avoit voulu. Il avoit retranché de son exemplaire de saint Luc les deux premiers chapitres. Dict. de Trévoux.
Les Marcionites condamnoient le mariage, s'abstenoient de la chair des animaux & du vin, & n'usoient que d'eau dans le sacrifice. Ils jeûnoient le samedi en haine du créateur, & ils poussoient la haine de la chair jusqu'à s'exposer eux-mêmes à la mort, sous prétexte de martyre. Leur hérésie dura longtems, malgré les peines décernées contr'eux par Constantin en 326 ; & il paroit par Théodoret que dans le cinquieme siecle, cette secte étoit encore très-nombreuse.
|
| MARCITE | S. m. (Théolog.) nom de secte. Les Marcites étoient des hérétiques du deuxieme siecle, qui se nommoient les parfaits, & faisoient profession de faire tout avec une entiere liberté, & sans aucune crainte.
Ils avoient hérité cette doctrine de Simon le Magicien, qui ne fut pourtant pas leur chef ; car ils furent nommés Marcites d'un hérésiarque appellé Marcus, ou Marc, qui conféroit le sacerdoce, & attribuoit l'administration des sacremens aux femmes. Dict. de Trévoux.
|
| MARCK | LA (Géogr.) en latin Marchiae comitatus, contrée d'Allemagne dans la Westphalie, avec titre de comté. Elle est possédée par le roi de Prusse, électeur de Brandebourg. Les villes du pays de la Marc, sont Ham, Werden, Soest, Dortmund, Essen. Ce pays est traversé par la Roer, la Lenne, & la Wolme, qui s'y joignent ensemble. Il est encore arrosé par l'Emser & la Lippe. Il portoit autrefois le nom d'Altena, bourgade sur la Lenne. Le nom qu'il porte aujourd'hui lui vient d'un château situé près, & au sud-est de la ville de Ham, qui passe pour sa capitale. Il ne faut pas le confondre avec la Marche de Brandebourg, que les Allemands appellent aussi Marck, & que nous nommons en françois la Marche de Brandebourg. Voyez BRANDEBOURG, (Géogr.)
|
| MARCODURUM | ou MARCOMAGUS, (Géog. anc.) ces deux noms signifient un même lieu, qui étoit sur la Roër, riviere des pays-bas. Duren & Magen, dit Cellarius, sont des mots celtiques, qui signifient le passage d'une riviere. Marcodurum est la ville de Duren, qui dans la suite fut appellée Marcomagus, village dans l'itinéraire d'Antonin & dans la table de Peutinger, sur la route de Cologne à Treves.
|
| MARCOLIERES | subst. f. pl. (Pêche) terme de pêche usité dans le ressort de l'amirauté de Poitou, ou des sables d'Olone. Ce sont les filets avec lesquels on fait la nuit & pendant l'hiver, la pêche des oiseaux marins. D'autres nomment ces filets alourets & alouraux ; mais on les appelle marcolieres, parce qu'on y pêche des macreuses.
|
| MARCOMANS | LES (Géogr. anc.) Marcomani, ancien peuple de la Germanie, où ils ont habité différens pays. Spener croit ce mot formé de marck & de manner, deux mots allemands, qui signifient des hommes établis pour la garde & la défense des frontieres.
On conjecture avec probabilité, que la demeure des Marcomans étoit entre le Rhin & le Danube. Cluvier a tâché de marquer les bornes précises du pays des Marcomans. Il dit que le Nécre bornoit la Marcomanie au nord ; que le Kocker qui se joint au Nécre, & le Brentz qui se jette dans le Danube, la bornoient à l'orient, le Danube au midi, & le Rhin à l'occident. Tout cela est assez vraisemblable. De cette façon les Marcomans auroient possédé les terres que comprend le duché de Wirtemberg, la partie du Palatinat du Rhin qui est entre le Rhin & le Nécre, le Brisgaw, & la partie du duché de Souabe, située entre la source du Danube & le Brentz.
|
| MARCOPOLIS | (Géogr. anc.) ville de Grece à l'orient d'Athènes, à l'entrée de l'Euripe. C'est présentement un village de vingt ou trente maisons, que Wheler appelle encore Marcopoli, & Spon Marcopoulo. (D.J.)
|
| MARCOSIENS | S. m. (Théolog.) nom de secte ; anciens hérétiques du parti des Gnostiques. Voyez GNOSTIQUE.
Saint Irenée parle fort au long du chef de cette secte nommé Marc, qui étoit réputé pour un grand magicien. Le fragment de ce saint, qui mérite d'être lû, se trouve en grec dans S. Epiphane. Il renferme plusieurs choses très-curieuses touchant les prieres ou invocation des anciens Gnostiques. On y voit des vestiges de l'ancienne cabale juive sur les lettres de l'alphabet, & sur leurs propriétés, aussi-bien que sur les mysteres des nombres ; ce que les Juifs & les Gnostiques avoient emprunté de la philosophie de Pythagore & de Platon.
Ce Marc étoit un grand imposteur, qui faisoit illusion aux simples, principalement aux femmes ; il savoit l'art de la magie, qui étoit comme une espece de métier dans l'Egypte dont il étoit ; & pour imposer plus aisément à ses sectateurs, il se servoit de certains mots hébreux, ou plûtôt chaldaïques, qui étoient fort en usage parmi les enchanteurs de ces tems-là. Le but de tous ces prestiges étoit la débauche & l'impureté ; car Marc & ses disciples tendoient à séduire les femmes, & à en abuser, comme il paroît par divers traits que rapporte M. Fleury, hist. ecclésiast. tom. I. liv. IV. pag. 139 & 140.
Les Marcosiens avoient un grand nombre de livres apocryphes qu'ils mettoient dans le même rang que les livres divins. Ils avoient tiré de ces livres plusieurs réveries touchant l'enfance de Jesus-Christ, qu'ils débitoient comme de véritables histoires. Il est étonnant que ces sortes de fables aient été du goût de plusieurs chrétiens, & qu'elles se trouvent encore aujourd'hui dans des livres manuscrits qui sont à l'usage des moines grecs. Dict. de Trévoux.
|
| MARCOTTE | S. f. (Jardin.) c'est un moyen employé par les Jardiniers pour multiplier quelques plantes & beaucoup d'arbres. Après la semence, c'est le moyen qui réussit le plus généralement pour la propagation des plantes ligneuses. Il n'y a guere que les arbres résineux, les chênes verds, les térebinthes, &c. qui s'y refusent en quelque façon ; car si on vient à-bout, à force de tems, de faire jetter quelques racines aux branches marcottées de ces arbres, les plants que l'on en tire font rarement du progrès. Cependant ce mot marcotte ne sert qu'à exprimer particulierement l'une des façons dont on se sert pour multiplier les végétaux de branches couchées ; au lieu que par cette expression de branches couchées, on doit entendre en général un moyen de multiplier les plantes & les arbres, en faisant prendre racine à leurs branches sans les séparer du tronc. Il est vrai qu'on peut venir à bout de faire prendre racine aux branches sans les marcotter, & qu'on peut encore les marcotter sans les coucher. Pour faire entendre ces différences, je vais expliquer les diverses méthodes dont on se sert pour faire prendre racine aux branches des végétaux. C'est une pratique du jardinage des plus intéressantes, & souvent la seule que l'on puisse employer pour multiplier les arbres rares & précieux.
Pour faire prendre racine aux branches, on peut se servir de quatre moyens que l'on applique selon que la position des branches le demande, ou que la qualité des arbres l'exige.
1°. Cette opération se fait en couchant simplement dans la terre les branches qui sont assez longues & assez basses pour le permettre. Il faut que la terre soit meuble, mélée de terreau & en bonne culture. On y fait une petite fosse, un peu moins longue que la branche, & d'environ cinq ou six pouces de profondeur ; on y couche la branche en lui faisant faire un coude, & en remplissant de terre la fosse au niveau du sol.
On arrange & on contraint la branche de façon que l'extrémité qui sort de terre se trouve droite ; on observe que quand les branches ont assez de roideur pour faire ressort, il faut les arrêter avec un crochet de bois, & que toute la perfection de cet oeuvre consiste à faire aux branches dans l'extrémité de la fosse, le coude le plus abrupte qu'il est possible, sans la rompre ni l'écorcer. Par l'exactitude de ce procédé, la seve trouvant les canaux obstrués par un point de resserrement & d'extension tout ensemble, elle est forcée de s'engorger, de former un bourrelet, & de percer des racines. Il faudra couper la branche couchée à deux yeux au-dessus de terre, & l'arroser souvent dans les sécheresses. Cette simple pratique suffit pour les arbres qui font aisément racines, comme l'orme, le tilleul, le platane, &c.
2°. Mais lorsqu'il s'agit d'arbres précieux qui ont de la lenteur ou de la difficulté à percer des racines, on prend la précaution de les marcotter comme on le pratique pour les oeillets. On couche la branche de la maniere qu'on vient de l'expliquer, & on y fait seulement une entaille de plus immédiatement audessus du coude. Pour faire cette entaille, on coupe & on éclate la branche entre deux joints jusqu'à mi-bois, sur environ un pouce ou deux de longueur, suivant sa force, & on met un petit morceau de bois dans l'entaille pour l'empêcher de se réunir. Quand il s'agit d'arbres qui reprennent difficilement à la transplantation, tels que les houx panachés & bien d'autres toujours verds, on plonge le coude de la branche dans un pot ou dans un manequin, que l'on enfonce dans la terre.
3°. Mais cet expédient ne réussit pas sur tous les arbres ; il y en a qui s'y refusent, tels que le tulipier, le murier de Virginie, le chionautus, ou l'arbre de neige, &c. alors en couchant la branche, il faut la serrer immédiatement au-dessus du coude avec un fil de fer au moyen d'une tenaille, ensuite percer quelques trous avec un poinçon, dans l'écorce à l'endroit du coude. Au moyen de cette ligature il se forme au-dessous de l'étranglement un bourrelet qui procure nécessairement des racines. Au lieu de se servir du fil de fer, on peut couper & enlever une zone d'écorce d'environ un pouce de largeur au-dessous du coude : il est vrai que cette incision peut opérer autant d'effet ; mais comme en affoiblissant l'action de la seve elle retarde le succès, le fil de fer m'a toûjours paru l'expédient le plus simple, le plus convenable & le plus efficace. Quelques gens au lieu de tout cela, conseillent de tordre la branche à l'endroit du coude. C'est un mauvais parti, capable de faire périr la branche ; d'ailleurs impraticable lorsqu'elle est forte, ou d'un bois dur.
Le meilleur moyen de multiplier un arbre de branches couchées, c'est de le coucher tout entier, de ne lui laisser que les branches les plus vigoureuses, & de faire à chacune le traitement ci-dessus expliqué, selon la nature de l'arbre. Ceci est même fondé sur ce que la plûpart des arbres délicats dépérissent lorsque l'on fait plusieurs branches couchées à leur pié.
4°. Enfin il y a des arbres qui ont très-rarement des branches à leur pié, comme le laurier-tulipier, ou que l'on ne peut coucher en entier, parce qu'ils sont dans des caisses ou des pots. Dans ce cas on applique un entonnoir de fer blanc à la branche que l'on veut faire enraciner, on la marcotte vers le milieu de l'entonnoir, que l'on emplit de bonne terre. On juge bien qu'une telle position exige de fréquens arrosemens. C'est ce qu'on peut appeller marcotter les branches sans les coucher.
Lorsque les branches couchées ont fait des racines suffisantes, on les sevre de la mere pour les mettre en pepiniere. On ne peut fixer ici le tems de couper ces branches & de les enlever : ordinairement on le peut faire au bout d'un an ; quelquefois il suffit de six mois ; d'autres fois il faut attendre deux & trois années : cela dépend de la nature de l'arbre, de la qualité du terrein, & sur-tout des soins que l'on a dû y donner.
Mais on peut indiquer le tems qui est le plus convenable pour faire les branches couchées. On doit y faire travailler dès l'automne, aussi-tôt après la chûte des feuilles, s'il s'agit d'arbres robustes, & si le terrein n'est pas argilleux, bas & humide ; car en ce cas, il faudra attendre le printems. Il faut encore en excepter les arbres toujours verds, pour lesquels la fin d'Août ou le commencement de Septembre sont le tems le plus propre à coucher les plus robustes, parce qu'alors ils ne sont plus en seve. A l'égard de tous les arbres un peu délicats, soit qu'ils quittent leurs feuilles ou qu'ils soient toujours verds, il faut laisser passer le froid & le hâle, pour ne s'en occuper que dans le mois d'Avril.
On observe que dans les arbres qui ont le bois dur, ce sont les jeunes rejettons qui font le plus aisément racine ; & qu'au contraire, dans les arbres qui sont d'un bois tendre & mollasse, c'est le vieux bois qui reprend le mieux.
On dit coucher les arbres, marcotter des oeillets, provigner des seps. A ce dernier égard, voyez PROVIN. Article de M. DAUBENTON.
|
| MARDAC | S. m. (Mat. méd. anc.) nom donné par les anciens à la litharge, car les auteurs arabes la nomment quelquefois mardac, & quelquefois merdesangi ; mais c'est une seule & même chose. Avicenne n'a fait que traduire, sous le nom de mardac, le chapitre de Dioscoride sur la litharge ; & ce que dit Sérapion du merdesangi, est la description de la litharge par Galien. (D.J.)
|
| MARDAR | (Géogr. anc.) Ptolomée nomme deux villes de ce nom. 1°. Une ville du Pont-Cappadocien, longit. 71. 30. lat. 43. 40. 2°. Une ville de la petite Arménie. Longit. 69. 6. lat. 39. 40. (D.J.)
|
| MARDELLE | ou MARGELLE, s. m. (Maçon.) dans l'art de bâtir, c'est une pierre percée, qui posée à hauteur d'appui, fait le bord d'un puits.
|
| MARDE | (LES) Géogr. anc. Mardi, ancien peuple de Médie, voisin des Perses. Ils ravageoient les campagnes, & furent subjugués par Alexandre. Il y avoit aussi un peuple marde contigu à l'Hircanie & aux Tapyriens. Enfin Pline, liv. VI. chap. xvj. parle des Mardes, peuples de la Margiane, qui s'étendoient depuis les montagnes d'Autriche, jusqu'aux Bactriens. (D.J.)
|
| MARDI | S. m. (Chronol.) troisieme jour de la semaine, consacré autrefois par les payens à la planete de Mars, d'où lui est venu son nom. On l'appelle dans l'office de l'Eglise, feria tertia.
|
| MARE | S. f. (Géogr. anc.) mot latin d'où nous avons fait celui de mer, qui signifie la même chose ; mais les auteurs se servoient du mot mare dans le sens que nous exprimons par celui de côte, pour signifier la mer qui bat les côtes d'un pays. En voici des exemples.
Mare Aegyptium, est la côte d'Egypte ; mare Oeolium, la côte aux environs de Smyrne ; mare Asiaticum ; la côte de l'Asie proprement dite dans l'Anatolie ; mare Ausonium, la côte occidentale du royaume de Naples, & la mer de Sicile ; mare Cantabricum, la côte de Biscaye ; mare Cilicium, la côte de Cilicie, aujourd'hui la côte de Caramanie ; mare Germanicum, les côtes de Zélande, de Hollande, de Frise, & ce qui suit jusqu'à l'Elbe, où commence mare Cimbricum, c'est-à-dire, la mer qui lave la presqu'île où sont le Holstein, le Jutland, & le Sleswig ; mare Iberum, la côte d'Espagne, depuis le golfe de Lyon, jusqu'au détroit ; mare Illiricum, la côte de Dalmatie ; mare Lygusticum, la côte de la Lygurie, ou la riviere de Gènes ; mare Lycium, la côte de la Lycie, au midi de l'Anatolie. Elle fait présentement partie de la mer de Caramanie ; mare Suevicum, les côtes méridionales de la mer Baltique, vers la Poméranie ; mare Tyrrhenum, la côte occidentale de l'Italie ; mare Venedicum, le golfe de Dantzig.
Les anciens ont aussi nommé l'Océan, mare exterius, mer extérieure, par opposition à la Méditerranée, qu'ils appelloient mare interius, mer intérieure. Ils nommoient aussi mare inferum, la mer de Toscane, par opposition à mare superum, nom qu'ils donnoient à la mer Adriatique.
Ils ont appellé mare Hesperium, l'Océan au couchant de la Lybie ; mare Hyperboreum, la mer au septentrion de l'Europe & de l'Asie : ils n'en avoient que des idées très-confuses.
Enfin, ils ont nommé mare Myrtoum, cette partie de l'Archipel, qui s'étendoit entre l'Argolide dans le Péloponnèse, l'Attique, l'Eubée & les îles d'Andros, de Tine, de Scyro & de Sérife. Ce nom de Myrtoum, lui vient de la petite île de Myrtos, qui est à la pointe méridionale de Négrepont. La fable dit d'un certains Myrtile, écuyer d'Enomaüs, que Pélops jetta dans cette mer. (D.J.)
MARE SMARAGDINUM, (Hist. nat.) nom que quelques auteurs ont donné à un jaspe de couleur de fer, & suivant d'autres, à la prime d'émeraude.
|
| MARE-MORTO | (Géog.) c'est ce qu'on appelloit autrefois Portus-Misenus, un peu au-delà de Cumes dans le royaume de Naples. Aujourd'hui ce port ne peut servir de retraite qu'à de petites barques. (D.J.)
|
| MARÉAGE | S. m. (Marine) c'est le marché qu'on fait avec les matelots à un certain prix fixe pour tout le voyage, quelque long qu'il soit.
|
| MARÉCAGE | S. m. en Géographie, est une espece de lac ou plutôt de marais. Voyez LAC & MARAIS.
Il y en a de deux sortes ; le premier est un composé d'eau & de terre mêlées ensemble, & qui pour l'ordinaire n'est pas assez ferme pour qu'un homme puisse passer dessus. Voyez MARAIS.
La 2e sorte sont des étangs ou amas d'eau bourbeuse, au-dessus de laquelle on voit çà & là des éminences de terrein sec qui s'élevent sur la surface. Chambers.
" Lorsque les eaux qui sont à la surface de la terre ne peuvent trouver d'écoulement, elles forment des marais & des marécages. Les plus fameux marais de l'Europe sont ceux de Moscovie, à la source du Tanaïs ; ceux de Finlande, où sont les grands marais Savolax & Enasak ; il y en a aussi en Hollande, en Westphalie, & dans plusieurs autres pays bas. En Asie, on a les marais de l'Euphrate, ceux de la Tartarie, le Palus Méotide ; cependant en général, il y en a moins en Asie & en Afrique, qu'en Europe ; mais l'Amérique n'est, pour ainsi dire, qu'un marais continu dans toutes ses plaines : cette grande quantité de marais est une preuve de la nouveauté du pays, & du petit nombre des habitans, encore plus que du peu d'industrie.
Il y a de très-grands marécages en Angleterre, dans la province de Lincoln, près de la mer, qui a perdu beaucoup de terrein d'un côté, & en a gagné de l'autre. On trouve dans l'ancien terrein une grande quantité d'arbres qui y sont enterrés au-dessous du nouveau terrein amené par les eaux. On en trouve de même en grande quantité en Ecosse, à l'embouchure de la riviere Ness. Auprès de Bruges, en Flandres, en fouillant à 40 ou 50 piés de profondeur, on trouve une très-grande quantité d'arbres aussi près les uns des autres que dans une forêt ; les troncs, les rameaux & les feuilles sont si bien conservés, qu'on distingue aisément les différentes especes d'arbres. Il y a 500 ans que cette terre où l'on trouve des arbres, étoit une mer, & avant ce tems-là on n'a point de mémoire ni de tradition que jamais cette terre eût existé : cependant il est nécessaire que cela ait été ainsi dans le tems que ces arbres ont crû & végété ; ainsi le terrein qui dans les tems les plus reculés étoit une terre ferme couverte de bois, a été ensuite couvert par les eaux de la mer, qui y ont amené 40 ou 50 piés d'épaisseur de terre, & ensuite ces eaux se sont retirées.
Dans l'île de Man on trouve dans un marais qui a six milles de long & trois milles de large, appellé Curragh, des arbres souterrains qui sont des sapins, & quoiqu'ils soient à 18 ou 20 piés de profondeur, ils sont cependant fermes sur leurs racines. Voyez Rays, Discourses, pag. 232. On en trouve ordinairement dans tous les grands marais, dans les fondrieres & dans la plûpart des endroits marécageux, dans les provinces de Sommerset, de Chester, de Lancastre, de Stafford. On trouve aussi une grande quantité de ces arbres souterrains dans les terres marécageuses de Hollande, dans la Frise & auprès de Groningue, & c'est de-là que viennent les tourbes qu'on brûle dans tout le pays.
On trouve dans la terre une infinité d'arbres, grands & petits, de toute espece ; comme sapins, chênes, bouleaux, hêtres, ifs, aubépins, saules, frênes. Dans les marais de Lincoln, le long de la riviere d'Ouse, & dans la province d'Yorck en Hatfieldchace, ces arbres sont droits, & plantés comme on les voit dans une forêt. Plusieurs autres endroits marécageux de l'Angleterre & de l'Irlande sont remplis de troncs d'arbres, aussi-bien que les marais de France, de Suisse, de Savoie & d'Italie. Voyez trans. phil. abr. pag. 218. &c. vol. IV.
Dans la ville de Modene, & à quatre milles aux environs, en quelqu'endroit qu'on fouille, lorsqu'on est parvenu à la profondeur de 63 piés, & qu'on a percé la terre à 5 piés de profondeur de plus avec une tariere, l'eau jaillit avec une si grande force, que le puits se remplit en fort peu de tems presque jusqu'au-dessus ; cette eau coule continuellement, & ne diminue ni n'augmente par la pluie ou par la sécheresse : ce qu'il y a de remarquable dans ce terrein, c'est que lorsqu'on est parvenu à 14 piés de profondeur, on trouve les décombremens & les ruines d'une ancienne ville, des rues pavées, des planchers, des maisons, différentes pieces de mosaïques ; après quoi, on trouve une terre assez solide, & qu'on croiroit n'avoir jamais été rémuée ; cependant au-dessous on trouve une terre humide & mêlée de végétaux, & à 26 piés, des arbres tout entiers ; comme des noisettiers avec des noisettes dessus, & une grande quantité de branches & de feuilles d'arbres : à 28 piés on trouve une craie tendre, mêlée de beaucoup de coquillages, & ce lit a onze piés d'épaisseur ; après quoi on retrouve encore des végétaux, des feuilles & des branches, & ainsi alternativement de la craie & une terre mêlée de végétaux, jusqu'à la profondeur de 63 piés, à laquelle profondeur est un lit de sable mêlé de petit gravier & de coquilles semblables à celles qu'on trouve sur les côtes de la mer d'Italie : ces lits successifs de terre marécageuse & de craie se trouvent toujours dans le même ordre, en quelqu'endroit qu'on fouille, & quelquefois la tariere trouve de gros troncs d'arbres qu'il faut percer, ce qui donne beaucoup de peine aux ouvriers. On y trouve aussi des os, du charbon de terre, des cailloux & des morceaux de fer. Ramazzini, qui rapporte ces faits, croit que le golfe de Venise s'étendoit autrefois jusqu'à Modene & au-delà, & que par la succession des tems, les rivieres, & peut-être les inondations de la mer ont formé successivement ce terrein.
On ne s'étendra pas davantage ici sur les variétés que présentent ces couches de nouvelle formation, il suffit d'avoir montré qu'elles n'ont pas d'autres causes que les eaux courantes ou stagnantes qui sont à la surface de la terre, & qu'elles ne sont jamais aussi dures, ni aussi solides que les couches anciennes qui se sont formées sous les eaux de la mer ". Voyez l'Hist. nat. gén. & part. tom. I. d'où cet article est entierement tiré.
|
| MARÉCHAL | S. m. (Hist. mod. & art mil.) il y a un grand nombre d'officiers de ce nom. Voyez les articles suivans.
MARECHAL DE BATAILLE, (Art milit.) c'étoit autrefois, dans les armées de France, un officier dont la principale fonction étoit de mettre l'armée en bataille, selon l'ordre dans lequel le général avoit résolu de combattre. Ce titre ne paroît pas plus ancien que Louis XIII. Il s'est seulement conservé dans le commencement du regne de Louis XIV. Il n'en est plus question depuis la guerre de Hollande en 1672.
MARECHAL DE CAMP, (Art militaire) officier général de l'armée dont le grade est immédiatement au-dessus de celui de brigadier, & au-dessous de celui de lieutenant-général.
C'est l'officier de l'armée qui a le plus de détail lorsqu'il veut bien s'appliquer à remplir tous les devoirs de son emploi. On peut dire qu'un officier qui s'en est acquité dignement pendant sept à huit ans de pratique & d'exercice, est très-capable de remplir les fonctions de lieutenant général.
C'est sur le maréchal de camp que roule le détail des campemens & des fourrages.
Il est de jour comme le lieutenant-général, dont il prend l'ordre, pour le donner ensuite aux majors généraux de l'armée. Son poste dans une armée est à la gauche des troupes qui sont sous les ordres du lieutenant général & sous les siens.
Quand le général veut faire marcher l'armée, il donne ses ordres au maréchal de camp, qui conduit le campement & l'escorte nécessaire pour sa sûreté, aux lieux qui lui ont été indiqués. Lorsqu'il est arrivé, il doit envoyer des partis dans tous les endroits des environs, pour reconnoître le pays & observer s'il n'y a point de surprise à craindre de l'ennemi : on ne sauroit être trop alerte & trop vigilant sur ce sujet ; mais il est à-propos de ne faire aller à la découverte que de petits partis conduits par des officiers intelligens, afin de ne point fatiguer excessivement & sans nécessité les troupes de l'escorte.
Avant que de faire marquer le camp, il doit en poster les gardes & sur-tout n'en pas trop mettre, car c'est ce qui fatigue extrèmement l'armée quand il faut les relever journellement. Il est absolument nécessaire d'épargner aux troupes toutes les fatigues inutiles, elles en ont toujours assez, sans qu'il soit besoin de leur en ajoûter de superflues.
Quand les gardes sont postées & que le terrein est bien reconnu, le maréchal de camp doit examiner, conjointement avec le maréchal des logis de l'armée & les majors généraux, la disposition qu'il veut donner au camp, & observer de mettre les troupes dans le terrein qui leur convient. Il prend ensuite les points de vûe nécessaires pour l'alignement du camp. Le maréchal général des logis fait après cela la distribution du terrein aux officiers majors de l'infanterie & de la cavalerie, qui en font la répartition aux majors des régimens, suivant l'étendue fixée pour le front de chaque bataillon & de chaque escadron.
Le maréchal de camp doit s'instruire des fourrages qui se trouvent dans les environs du camp, & rendre après cela compte au général de tout ce qu'il a fait & observé.
Les maréchaux de camp ont à proportion de leur rang des honneurs militaires réglés par les ordonnances.
Un maréchal de camp qui commande en chef dans une province par ordre de sa majesté, doit avoir une garde de quinze hommes commandés par un sergent, sans tambour. Il en sera de même s'il commande sous un chef au-dessus de lui.
Si un gouverneur de place est maréchal de camp, l'usage est que l'officier de garde fasse mettre sa garde en haie & le fusil sur l'épaule lorsque le gouverneur passe, mais le tambour ne bat pas.
Que si le maréchal de camp a ordre pour commander en chef un corps de troupes, alors il a pour sa garde trente hommes avec un tambour, commandés par un officier, & le tambour doit appeller quand il passe devant le corps-de-garde.
Les maréchaux de camp ont en campagne neuf cent livres d'appointemens par mois de campagne ou de 45 jours.
Le grade de maréchal de camp est aujourd'hui une charge dont l'officier est pourvu par brevet du roi.
MARECHAL DE FRANCE, (Art milit.) c'est le premier officier des troupes de France. Sa fonction principale est de commander les armées en chef. Voyez GENERAL.
Le P. Daniel prétend que c'est du tems de Philippe Auguste qu'on voit pour la premiere fois le commandement des armées joint à la dignité de maréchal. Avant ce prince l'office de maréchal étoit une intendance sur les chevaux du prince, aussi-bien que celui de connétable, mais subordonné & inférieur à celui-ci.
Le premier maréchal de France qu'on trouve avoir quelque commandement dans les armées, est Henri Clement, qui étoit à la tête de l'avant-garde dans la conquête que Philippe Auguste fit de l'Anjou & du Poitou, ainsi que Guillaume le Breton, historien de ce prince le rapporte. On voit dans le même historien que ce maréchal commandoit l'armée par sa dignité de maréchal.
Jure marescalli cunctis praelatus agebat.
La dignité de maréchal de France n'étoit point à vie dans ces premiers tems : celui qui en étoit revêtu la quittoit lorsqu'il étoit nommé à quelqu'autre emploi qu'on jugeoit incompatible avec les fonctions de maréchal. Il y en a plusieurs exemples dans l'histoire, entr'autres celui du seigneur de Morcul, qui étant maréchal de France sous Philippe de Valois, quitta cette charge pour être gouverneur de son fils Jean, qui fut son successeur sur le trône, mais il y fut rétabli dans la suite.
Il n'y eut d'abord qu'un maréchal de France lorsque le commandement des armées fut attaché à cette dignité ; mais il y en avoit deux sous le regne de S. Louis : car quand ce prince alla à son expédition d'Afrique, l'an 1270, il avoit dans son armée avec cette qualité Raoul de Sores, seigneur d'Estrées, & Lancelot de Saint Maard. François I. en ajouta un troisieme, Henri II. un quatrieme ; ses successeurs en ajouterent encore plusieurs autres : mais il fut ordonné aux états de Blois, tenus sous le regne de Henri III. que le nombre des maréchaux seroit fixé à quatre. Henri IV. fut néanmoins contraint de se dispenser de cette loi, & d'en faire un plus grand nombre, qui a encore augmenté par Louis XIII. & par Louis XIV. Il s'en est trouvé jusqu'à vingt sous le regne de ce prince, après la promotion de 1703.
La dignité de maréchal de France est du nombre de celles qu'on appelle charges de la couronne, & il y a déja long-tems : on le voit par un acte rapporté par le P. Anselme, où il est dit ; En l'arrêt du duc d'Orléans, du 26 Janvier 1361, est narré que les offices de maréchaux de France appartiennent à la couronne, & l'exercice auxdits maréchaux, qui en font au roi foi & hommage.
Les maréchaux ont un tribunal où ils jugent les querelles sur le point d'honneur, & de diverses autres choses qui ont rapport à la guerre & à la noblesse. Ils ont des subdélégués & lieutenans dans les provinces pour en connoître en premiere instance, avec leur jurisdiction au palais à Paris, sous le titre de connétablie & maréchaussée de France. Ils ont des officiers qui exercent la justice en leur nom.
Le revenu de leur charge n'étoit autrefois que de 500 livres, encore ils n'en jouissoient que pendant qu'ils en faisoient les fonctions ; à-présent leurs appointemens sont de 12000 livres même en tems de paix. Quand ils commandent l'armée, ils en ont de beaucoup plus forts, savoir 8000 livres par mois de 45 jours : outre cela, le roi leur entretient un secrétaire, un aumônier, un chirurgien, un capitaine des gardes, leurs gardes, & plusieurs aides de camp.
Les maréchaux de France, en quelque ville qu'ils se trouvent, quand même ils n'y seroient point de service, ont toujours une garde de 50 hommes, compris deux sergens & un tambour, commandés par un capitaine, un lieutenant, avec l'enseigne & son drapeau.
Lorsqu'ils entrent dans une ville, on fait border les murs d'une double haie d'infanterie, depuis la porte par où ils entrent jusqu'à leur logis : les troupes présentent les armes, les officiers saluent, & les tambours battent aux champs. S'il y a du canon dans la place, on le salue de plusieurs volées de canon.
La dignité de maréchal de France ne s'obtenoit autrefois que par le service sur terre, mais Louis XIV. l'a aussi accordée au service de mer. Jean d'Etrées, pere du dernier maréchal de ce nom, est le premier qui l'ait obtenu : il y en a eu depuis plusieurs autres, comme MM. de Tourville, de Château-Renaud, &c.
Les maréchaux de France portent pour marque de leur dignité, deux bâtons d'azur semés de fleurs-de-lis d'or, passés en sautoir derriere l'écu de leurs armes. Hist. de la milice françoise.
MARECHAL GENERAL DES CAMPS ET ARMEES DU ROI, (Art. milit.) c'est une charge militaire qui se donne à-présent à un maréchal de France auquel le roi veut accorder une distinction particuliere. Dans son origine elle étoit donnée à un maréchal de camp, & c'étoit alors le premier officier de ce grade. Le baron de Biron en étoit pourvu avant que d'être élevé au grade de maréchal de France ; il en donna sa démission lorsque le roi le fit maréchal de France le 2 Octobre 1583. Voyez sur ce sujet la chronologie militaire par M. Pinard, tome I. p. 320, & le commencement du tome II. du même ouvrage.
La charge de maréchal général des camps & armées du roi fut ensuite donnée à des Maréchaux de France. On trouve dans l'histoire des grands officiers de la couronne, trois maréchaux de France qui en ont été revêtus, le maréchal de Biron, second du nom, le maréchal de Lesdiguieres, depuis connétable de France, & M. le vicomte de Turenne. On trouve dans le code militaire de M. de Briquet, les provisions de cette charge pour M. de Turenne : elles ne portent point qu'il aura le commandement sur les autres maréchaux de France, ou qu'ils lui seront subordonnés ; c'est la raison sans doute pour laquelle le feu roi ordonna en 1672 qu'ils fussent sous ses ordres, sans tirer à conséquence.
Depuis M. de Turenne, M. le maréchal de Villars a obtenu cette même charge en 1733, & M. le maréchal de Saxe en 1746.
MARECHAL GENERAL DES LOGIS DE LA CAVALERIE, (Art milit.) c'est en France un officier qui a à-peu-près les mêmes fonctions & les mêmes détails dans la cavalerie que le major général dans l'infanterie. Voyez MAJOR GENERAL. Cet officier va au campement ; il distribue le terrein pour camper la cavalerie sous les ordres du maréchal de camp de jour, dont il prend l'ordre pour le donner aux majors de brigades ; il a chez lui à l'armée un cavalier d'ordonnance pour chaque brigade, afin d'y porter les ordres qu'il peut avoir à donner. Cette charge, selon M. le comte de Bussy, ne paroît point avant le regne de Charles IX.
Il y a, outre la charge de maréchal général des logis de la cavalerie, deux autres officiers qui ont le titre de maréchal des logis de la cavalerie, dont la création est de Louis XIV. ils font dans les armées, lorsque le maréchal général de la cavalerie n'y est point, les mêmes fonctions qui appartiennent à cet officier : ils ont les mêmes honneurs & privileges, & des aides de même que lui. Hist. de la milice françoise.
MARECHAL GENERAL DES LOGIS DE L'ARMEE, (Art milit.) est un des principaux officiers de l'armée, dont l'emploi demande le plus de talens & de capacité. Ses fonctions consistent à diriger les marches avec le général, à choisir les lieux où l'armée doit camper, & à distribuer le terrein aux majors de brigade. Cet officier est chargé du soin des quartiers de fourrage, & d'instruire les officiers généraux de ce qu'ils ont à faire dans les marches & lorsqu'ils sont de jour. Le roi lui entretient deux fourriers, dont les fonctions sont de marquer dans les villes & les villages que l'armée doit occuper, les logemens des officiers qui ont le droit de loger.
Le maréchal général des logis de l'armée est en titre d'office, mais le titulaire de cette charge n'en fait pas toujours les fonctions : le roi nomme souvent pour l'exercer un brigadier, un maréchal de camp ou un lieutenant général. Celui qui est chargé de cet important emploi, doit avoir une connoissance parfaite du pays où l'on fait la guerre ; il ne doit rien négliger pour l'acquérir. Ce n'est qu'à force d'usage & d'attention, dit M. le maréchal de Puységur sur ce sujet, qu'on peut y parvenir ; que l'on apprend à mettre en oeuvre dans un pays tout ce qui est praticable pour faire marcher, camper & poster avantageusement des armées, les faire combattre, ou les faire retirer en sûreté.
Comme tous les mouvemens de l'armée concernent le maréchal général des logis, il faut qu'il soit instruit des desseins secrets du général, pour prendre de bonne heure les moyens nécessaires pour les exécuter. Quoique cet officier n'ait point d'autorité sur les troupes, la relation continuelle qu'il a avec le général pour tous les mouvemens de l'armée, lui donne beaucoup de considération, sur-tout, dit M. de Feuquiere, lorsqu'il est entendu dans ses fonctions.
MARECHAL DES LOGIS, le, (Art milit.) dans une compagnie de cavalerie & de dragons, est un bas officier qui est comme l'homme d'affaire du capitaine ; il a sous lui un brigadier & un soubrigadier : ces deux derniers sont compris dans le nombre des cavaliers ou dragons ; ils ont cependant quelque commandement sur les autres.
Le maréchal des logis doit faire souvent la visite dans les tentes, pour voir si les cavaliers ne découchent point, & s'ils ont le soin qu'il faut de leur équipage. C'est lui qui porte l'ordre aux officiers de sa compagnie ; il doit être pour ainsi dire l'espion du capitaine, pour l'avertir exactement de tout ce qui se passe dans sa compagnie. Lorsqu'il s'agit de faire quelque distribution aux cavaliers, soit de pain ou de fourrage, c'est le maréchal des logis qui doit les conduire au lieu où se fait la distribution.
MARECHAL. (Hist. de Malte) Le maréchal, dit M. de Vertot, est la seconde dignité de l'ordre de Malte, car il n'y a que le grand-commandeur devant lui. Cette dignité est attachée à la langue d'Auvergne dont il est le chef & le pilier. Il commande militairement à tous les religieux, à la réserve des grands-croix, de leurs lieutenans, & des chapelains. En tems de guerre, il confie le grand étendard de la religion au chevalier qu'il en juge le plus digne. Il a droit de nommer le maître-écuyer ; & quand il se trouve sur mer, il commande nonseulement le général des galeres, mais même le grand-amiral. (D.J.)
MARECHAL FERRANT, (Art méchan.) est un ouvrier dont le métier est de ferrer les chevaux, & de les panser quand ils sont malades ou blessés. Voyez FERRER.
Les instrumens du maréchal sont les flammes, la lancette, le bistouri, la feuille de sauge, les ciseaux, les renettes, la petite gouge, l'aiguille, les couteaux & les boutons de feu, le brûle-queue, le fer à compas, l'esse de feu, la marque, la corne de chamois, le boétier, la corne de vache, le cuiller de fer, la seringue, le pas d'âne, le leve-sole, la spatule ; &c. Voyez tous ces instrumens aux lettres & aux figures qui leur conviennent.
Les jurés & gardes de la communauté des maréchaux se choisissent entre les anciens & les nouveaux. Deux d'entr'eux sont renouvellés chaque année, & pris parmi ceux qui ont été deux ans auparavant maîtres de la confrairie de S. éloi patron de la communauté, & encore auparavant bâtonniers de la même confrairie.
Chaque maître ne peut avoir qu'un apprentif outre ses enfans : l'apprentissage est de trois ans.
Tout maréchal a son poinçon dont il marque son ouvrage, & dont l'empreinte reste sur une table de plomb déposée au châtelet.
Avant d'être reçus maîtres, les apprentifs font chef-d'oeuvre, & ne peuvent tenir boutique avant l'âge de 24 ans ; permis néanmoins aux enfans de maîtres, dont les peres & meres seront morts, de la lever à dix-huit ans.
Aucun maître, de lettres, ne peut entrer en jurande, qu'il n'ait tenu boutique douze ans.
Il n'appartient qu'aux seuls maréchaux de priser & estimer les chevaux & bêtes chevalines, & de les faire vendre & acheter, même de prendre ce qui leur sera volontairement donné pour leurs peines par les vendeurs & acheteurs, sans pouvoir y être troublés par aucuns soi-disans courtiers ou autres.
|
| MARÉCHAUSSÉ | (Jurisprud.) c'est la jurisdiction des prevôts des maréchaux de France. Voyez CONNETABLIE, PREVOT DES MARECHAUX & POINT-D'HONNEUR. (A)
MARECHAUSSEES. (Art milit.) C'est en France un corps de cavalerie composé de trente-une compagnies, dont l'objet est de veiller à la sécurité des chemins, & d'arrêter les voleurs & les assassins. Leur service est regardé comme militaire ; & ils doivent avoir les invalides, après 20 ans de service.
|
| MARECHER | (Jardinage) s. m. On appelle ainsi les jardiniers qui cultivent les marais.
|
| MARÉE | (Phys.) s. f. se dit de deux mouvemens périodiques des eaux de la mer, par lesquels la mer se leve & s'abaisse alternativement deux fois par jour, en coulant de l'équateur vers les poles, & refluant des poles vers l'équateur. On appelle aussi ce mouvement flux & reflux de la mer. Voyez FLUX & REFLUX, MER, OCEAN, &c.
Quand le mouvement de l'eau est contraire au vent, on dit que la marée porte au vent. Quand on a le cours de l'eau & le vent favorables, on dit qu'on a vent & marée. Quand le cours de l'eau est rapide, on l'appelle forte marée. On dit attendre les marées dans un parage ou dans un port, quand on mouille l'ancre ; ou qu'on entre dans un port pendant que la marée est contraire, pour remettre à la voile avec la marée suivante & favorable. On dit refouler la marée, quand on suit le cours de la marée, ou qu'on fait un trajet à la faveur de la marée. On appelle la marée, marée & demie, quand elle dure trois heures de plus au largue, qu'elle ne fait aux bords de la mer : Et quand on dit de plus, cela ne signifie point que la marée dure autant d'heures de plus ; mais que si par exemple, la marée est haute aux bords de la mer à midi, elle ne sera haute au largue qu'à trois heures.
Quand la lune entre dans son premier & dans son troisieme quartier, c'est-à-dire, quand on a nouvelle & pleine lune, les marées sont hautes & fortes, & on les appelle grandes marées. Et quand la lune est dans son second & dans son dernier quartier, les marées sont basses & lentes, on les appelle mortes-marées, &c. Chambers.
Nous avons donné au mot FLUX & REFLUX les principaux phénomenes des marées, & nous avons tâché d'en expliquer la cause.
Nous avons promis au même article flux & reflux, d'ajouter ici quelques détails sur les marées ; & nous allons satisfaire à cette promesse.
On demande pourquoi il n'y a point de marées sensibles dans la mer Caspienne ni dans la Méditerranée.
On trouve par le calcul, que l'action du soleil & de la lune pour soulever les eaux, est d'autant moindre que la mer a moins d'étendue ; & ainsi comme dans le vaste & profond Océan, ces deux actions ne tendent à élever les eaux que d'environ 8 à 10 piés, il s'ensuit que dans la mer Caspienne qui n'est qu'un grand lac, l'élevation des eaux doit être insensible.
Il en est de même de la Méditerranée dont la communication avec l'Océan est presqu'entierement coupée au détroit de Gibraltar.
On peut voir dans la piece de M. Daniel Bernoulli, sur le flux & reflux de la mer, l'explication d'un grand nombre d'autres phénomenes des marées. On trouvera aussi dans cette même piece des tables pour la hauteur & pour l'heure des marées de chaque jour : & ces tables répondent assez bien aux observations, sauf les différences que la situation des côtes & les autres circonstances particulieres y peuvent apporter.
Les alternatives du flux & reflux de six heures en six heures, font que les côtes sont battues sans cesse par les vagues qui en enlevent de petites parties qu'elles emportent & qu'elles déposent au fond ; de même les vagues portent sur les côtes différentes productions, comme des coquilles, des sables, qui s'accumulant peu-à-peu, produisent des éminences.
Dans la principale des îles Orcades où les rochers sont coupés à pic, 200 piés au-dessus de la mer, la marée se leve quelquefois jusqu'à cette hauteur, lorsque le vent est fort. Dans ces violentes agitations la mer rejette quelquefois sur les côtes des matieres qu'elle apporte de fort loin, & qu'on ne trouve jamais qu'après les grandes tempêtes. On en peut voir le détail dans l'Hist. nat. générale & particuliere, tome I. page 438.
La mer, par son mouvement général d'orient en occident, doit porter sur les côtes de l'Amérique les productions de nos côtes ; & ce ne peut être que par des mouvemens fort irréguliers, & probablement par des vents, qu'elle porte sur nos côtes les productions des Indes & de l'Amérique. On a vû souvent dans les hautes mers, à une très-grande distance des côtes, des plages entieres couvertes de pierres-ponces qui venoient probablement des volcans des îles & de la terre-ferme, voyez VOLCAN & PIERRE-PONCE, & qui paroissent avoir été emportées au milieu de la mer par des courans. Ce fut un indice de cette nature qui fit soupçonner la communication de la mer des Indes avec notre Océan, avant qu'on l'eût découverte. (O)
MAREES, (Marine) Les Marins nomment ainsi le tems que la mer emploie à monter & à descendre, c'est-à-dire, le flux & le reflux qui est une espece d'inondation de la part de la mer deux fois le jour.
Les eaux montent environ pendant six heures ; ce mouvement qui est quelquefois assez rapide, & par lequel la mer vient couvrir les plages, se nomme le flux ou le flot. Les eaux, lorsqu'elles sont parvenues à leur plus grande hauteur, restent à peine un demi-quart-d'heure dans cet état. La mer est alors pleine ou elle est étale. Elle commence ensuite à descendre, & elle le fait pendant six heures qui forment le tems du reflux, de l'èbe, ou de jusan. La mer en se retirant, parvient à son plus bas terme qu'on nomme basse-mer, & elle remonte presque aussi-tôt.
Chaque mouvement de la mer n'est pas précisément de six heures : elle met ordinairement un peu plus à venir & un peu plus à s'en retourner. Ces deux mouvemens contraires sont même considérablement inégaux dans certains ports : mais les deux ensemble sont toujours plus de douze heures ; ce qui est cause que la pleine mer où chaque marée ne se fait pas à la même heure tant le soir que le matin, elle arrive environ 24 minutes plus tard. Et d'un jour à l'autre, il se trouve environ 48 minutes de retardement ; c'est-à-dire, que s'il est pleine mer aujourd'hui dans un port à 9 heures du matin, il n'y sera pleine mer ce soir qu'à 9 heures 24 minutes, & demain à neuf heures quarante-huit minutes du matin, & le soir à 10 heures 12 minutes. C'est aussi la même chose à l'égard des basses-mers, elles retardent également d'un jour à l'autre de 48 minutes, & du matin au soir de 24 minutes.
Ce retardement étant connu, on peut, si l'on a été attentif à l'instant de la marée un certain jour, prévoir à quelle heure il sera pleine mer dans le même port un autre jour, & faire ses dispositions à-propos pour sortir du port ou y entrer ce jour-là. Chaque jour les marées retardent de 48 minutes ; ainsi en 5 jours, elles doivent retarder de 4 heures, ce qui donne la facilité de trouver leur retardement à proportion pour tout autre nombre de jours. Elles doivent retarder de 8 heures en 10 jours, & de 12 heures en 15 jours. Or il suit de-là que les marées reviennent exactement aux mêmes heures dans les quinze jours ; mais que celles qui se faisoient le matin, se font le soir, & celles qui arrivoient le soir, se font le matin : à la fin de quinze autres jours elles reprennent leur premier ordre.
Les marées sont plus fortes de quinze jours en quinze jours, c'est ce qui arrive à toutes les nouvelles & pleines lunes. On donne le nom de grandes eaux à ces plus fortes marées : on les nomme aussi malines ou reverdies. Dans les quadratures, c'est-à-dire aux premier & dernier quartiers, la mer monte moins, & elle descend aussi moins, c'est ce qu'on nomme les mortes eaux. Et la différence de hauteur entre les mortes eaux & les malines, va quelquefois à la moitié : ce que l'on doit savoir pour entrer ou sortir d'un port. En général, les marées du matin & du soir ne sont pas également fortes ; mais ce qu'il y a de très-remarquable, c'est que l'ordre de ces marées change au bout de six mois ; c'est-à-dire, que si ce sont les marées du matin qui sont actuellement les plus fortes, comme cela ne manque pas d'arriver ; en hiver, en six mois ou un peu plus, elles seront les plus foibles. Ce sont effectivement les marées du soir qui sont les plus fortes en été. Mais au-bout de six mois, les plus fortes marées deviennent les plus foibles, & les plus foibles deviennent les plus fortes.
Au surplus, les malines n'arrivent pas précisément les jours des nouvelles & pleines lunes, mais un jour & demi ou deux jours après. Les plus petites marées ou les mortes-eaux ne concourent pas non-plus exactement avec les quadratures ; elles tombent un jour & demi plus tard. Après qu'elles ont été fort grandes, un ou deux jours après la nouvelle ou la pleine lune, elles vont en diminuant jusqu'à un jour & demi après la quadrature, & elles augmentent ensuite jusqu'à la pleine ou nouvelle lune suivante.
On a vû ci-devant que les marées retardoient chaque jour de 48 minutes, & qu'elles ne revenoient aux mêmes heures que de 15 jours en 15 jours. Il est pleine mer sur toute une étendue de côte à la même heure. Mais selon que les ports sont plus ou moins retirés dans les terres, ou que leur ouverture est plus ou moins étroite, la mer emploie plus ou moins de tems pour s'y rendre, & il y est pleine mer plus tôt ou plus tard. Chaque port a donc son heure particuliere ; outre que cette heure est différente chaque jour, il a été naturel de considérer plus particulierement les marées des nouvelles & pleines lunes, & d'y rapporter toutes les autres. On nomme établissement cette heure à laquelle il est pleine mer, lorsque la lune est vis-à-vis du soleil, ou qu'elle se trouve à l'opposite. Par exemple, à Brest, l'établissement des marées est à 3 heures 30 minutes ; au lieu qu'au Havre-de-grace, il est à 9 heures, parce qu'il est pleine mer à ces heures-là les jours de nouvelle & pleine lune.
Il est bon de remarquer que les pilotes sont assez dans l'usage d'exprimer l'établissement des ports, par les rumbs de vent de la boussolle. Ils se servent du nord & du sud pour indiquer 12 heures ; ils indiquent 6 heures par l'est & l'ouest, 3 heures par le sud-est & nord-ouest, & ainsi des autres. Cet usage qui s'est introduit dans plusieurs livres, n'est propre qu'à induire en erreur les personnes peu instruites, en leur faisant croire que ces prétendus rumbs de vent qui désignent l'établissement des marées, ont rapport à la direction des rivieres, ou aux régions du monde, vers lesquelles les entrées des ports sont exposées. Il n'est pleine mer plus tard à Nantes qu'au bas de la Loire, que parce que cette ville est considérablement éloignée de la côte, & qu'il faut du tems au flux pour y faire sentir son effet.
Tout ce qu'on vient de dire sur les marées, est tiré du nouveau traité de Navigation, publié par M. Bouguer en 1753, auquel on peut avoir recours pour de plus grands détails. On ajoute ici une table de quelques côtes & ports de l'Europe, où l'heure de la pleine mer est marquée, les jours de la nouvelle lune & de la pleine, & à la suite une table du retardement des marées.
Tables des côtes & ports de l'Europe où l'heure de la pleine mer arrive le jour de la nouvelle & pleine lune.
Il est inutile d'étendre cette table ; ce qu'on vient de voir suffit pour l'intelligence de ce que nous avons dit ci-devant sur l'établissement des marées dans un port. Il ne nous reste plus que la table du retardement des marées, qu'on va donner.
Table du retardement des marées.
Cette table sert aussi pour trouver l'établissement d'un port, lorsqu'on y aura observé l'heure de la marée.
Un certain jour la table marquera la quantité du retardement de l'anticipation pour le jour de l'observation, & elle la donnera toujours par rapport à l'heure de l'établissement ; ainsi il n'y aura qu'à ôter le retardement, ou ajouter l'anticipation à l'heure qu'on aura observée, & on aura l'heure de la pleine mer pour le jour de la nouvelle & pleine lune.
On observe, par exemple, la pleine mer à 10 heures 20 minutes dans un certain port un demi jour avant la nouvelle lune.
On consulte la petite table qui apprend qu'un demi jour donne 18 minutes d'anticipation, ou que la pleine mer doit arriver 18 m. plutôt à cause du demi jour, on aura donc 10 h. 38 m. pour l'établissement.
Supposons, pour second exemple, que deux jours & un quart avant une des quadratures, on observe qu'il est pleine mer dans un port à 5 heures 40 minutes, on trouvera dans la table 3 heures 11 minutes pour le retardement ; d'où il s'ensuivra que la mer aura été pleine le jour de la nouvelle ou pleine lune à 2 h. 29 m., & ce sera l'établissement requis.
Marées qui portent au vent, sont des marées qui vont contre le vent.
Marées & contremarées, ce sont des marées qui se rencontrent en venant chacune d'un côté, & qui forment souvent des courans rapides & dangereux, qu'on appelle des ras.
Marées qui soutiennent, expression qui signifie qu'un vaisseau faisant route au plus près du vent, & ayant le courant de la marée favorable, se trouve soutenu par la marée contre les lames que pousse le vent ; ensorte que le vaisseau va plus facilement où il veut aller. Article de M. BELIN.
|
| MAREGRAVE | S. f. maregravia, (Bot.) genre de plante à fleur monopétale en forme de cloche, placée sur un pistil entouré d'étamines qui font tomber la fleur. Ce pistil devient dans la suite un fruit presque sphérique, mol, charnu, qui renferme plusieurs petites semences. Plumier, nova plant. Amer. gen. Voyez PLANTE.
|
| MAREMMES | MAREMMES
|
| MARENNES | S. f. (Géog.) en latin Marinae, petite ville de France en Saintonge, entre la riviere de Sendre, & le havre de Brouage. Elle est le siege de l'élection. Elle fournit du sel qu'on fait remonter jusqu'à Angoulême, mais sans utilité pour la province, à cause des droits dont il est chargé à Tonnai-Charente. Les huitres vertes qu'on pêche aux environs de Marennes ont une grande réputation, que nos gourmans ont établie. Long. 16. 27. lat. 45. 48. (D.J.)
|
| MARÉOTIDE | La (Géog. anc.) Marrotis regio, ou Mareotus nomus ; pays d'Afrique à l'extrémité de la Libye & de l'Egypte, auprès d'Alexandrie ; c'étoit du lac de ce pays que le Nome prit le nom de Maréotide ; ainsi voyez l'article de ce lac. (D.J.)
MAREOTIDE lac, (Géog. anc.) Mareia, Mareotis, Mareotis palus ; grand lac d'Afrique, auprès d'Alexandrie d'Egypte. Pline & Strabon en parlent beaucoup. Ce dernier assûre que les eaux s'étoient accrues par des canaux qui venoient du Nil, de sorte que l'on pouvoit s'y rendre par eau de toute l'Egypte. Il arrivoit de-là que les habitans d'Alexandrie avoient sur ce lac un port plus riche & mieux pourvû que celui qui étoit du côté de la Méditerranée. Le même Strabon donne au lac Maréotide 150 stades de largeur (7 à 8 lieues de France), & près du double de longueur. Le vin qui croissoit sur ses bords s'appelloit mareoticum vinum, & c'est le même qu'Athénée nomme vin d'Alexandrie : tous les anciens en parlent avec éloge. Virgile dit de ses vignes,
Sunt Thasiae vites, sunt & Mareotides albae.
Les excellens vins de l'île de Tharos, & ceux du lac Maréotide sont blancs.
Sur la nouvelle qu'Octave avoit pris Alexandrie, Horace, pour lui plaire, peint le caractere de Cléopatre avec les couleurs les plus vives ; l'amour de cette princesse étoit, selon lui, une fureur ; son courage un desespoir, son ambition, une ivresse ; le trouble, dit-il, de son esprit, causé par les fumées du vin d'Egypte, se changea tout-à-coup en une véritable crainte.
Mentemque hymphatam Mareotico
Redegit in veros timores
Caesar.
Non-seulement on ne voit plus les bords du lac Maréotide, aucuns vestiges des fameux vignobles où croissoit ce vin si renommé chez les anciens ; mais le lac lui-même est tellement desséché, que nous doutons si c'est le lac de Bukiara des modernes. Il ne faut pas néanmoins s'étonner de son desséchement, puisque ce n'étoit d'abord qu'un étang formé par les eaux d'une simple source, & que ce fut la seule communication avec le Nil qui en fit un grand & vaste lac. (D.J.)
|
| MARESCAYRE | S. f. (Pêche) terme de pêche usité dans le ressort de l'amirauté de Bordeaux ; c'est ainsi qu'on appelle les rets avec lesquels on fait la pêche des oiseaux marins dans la baye d'Arcasson.
|
| MARÉTIMO | (Géog.) Maritima insula ; petite île d'Italie sur la côte occidentale de Sicile, à l'O. des îles de Lévanzo & de Savagnana, & à 20 milles de Trapani. Elle n'en a que 15 de circuit, un seul château, & quelques métairies que les fermiers tiennent pour y recueillir du miel. Baudran croit que c'est dans cette île que Catullus, général de la flotte romaine, remporta la victoire sur l'armée navale des Carthaginois. Quoi qu'il en soit, le nom de Maretimo lui vient de ce qu'elle est plus avancée dans la mer que les deux îles qui sont entr'elle & la Sicile. Long. 30. 2. lat. 38. 5. (D.J.)
|
| MARGARITINI | (Arts) C'est ainsi que l'on nomme à Venise & en Italie de petites pieces de composition diversement colorées, que l'on fait surtout à Murano, près de Venise. Pour les faire on prend des tuyaux de barometres que l'on casse en petits morceaux, qui ont la forme de petits cylindres courts ; on les mêle avec de la cendre, & on les met sur le feu dans un poële de fer ; lorsque les bouts de cylindres commencent à fondre, on les remue & on les agite sans cesse avec une baguette de fer, ce qui lui donne une forme ronde ; on ne les laisse point chauffer trop long-tems, de peur que le trou ne se bouche, vû qu'il faut pouvoir y passer un fil pour faire des colliers dont se servent les femmes du commun ; on en fait aussi des chapelets.
|
| MARGAUTER | ou MARGOTER, v. n. (Chasse) se dit des cailles qui font un cri enroué de la gorge avant que de chanter, ainsi on dit que les cailles margotent.
|
| MARGE | S. f. (Gram.) blanc reservé tout-à-l'entour de la page imprimée d'un livre, ou aux côtés de la page écrite d'un manuscrit.
MARGE, (Com.) se dit parmi les marchands & négocians des bords des livres ou des comptes entre lesquels ils écrivent les articles les uns après les autres. Les marges à gauche servent à mettre les folio, les années & les dates en chiffres ; & c'est sur les marges à droite que l'on tire les sommes en marge. Ils se servent quelquefois du mot margini pour dire marge. Dictionn. de comm.
|
| MARGEOIR | S. m. (Verrerie) c'est la piece avec laquelle on ferme la lunette de chaque arche. On pousse le margeoir toutes les fois qu'on finit la journée, qu'on suspend le travail, & qu'on veut empêcher la consommation inutile du feu.
|
| MARGER UN FOUR | (terme de Verrerie) c'est boucher les ouvreaux du four avec de la terre glaise, pour y entretenir la chaleur les fêtes & les dimanches, & autres jours qu'on ne travaille pas. Voyez VERRERIE.
|
| MARGGRAVE | S. m. (Hist. mod.) en allemand marck-graf ; titre que l'on donne à quelques princes de l'empire germanique, qui possédent un état que l'on nomme marggraviat, dont ils reçoivent l'investiture de l'empereur. Ce mot est composé de marck, frontiere ou limite, & de graf, comte ou juge ; ainsi le mot de marggrave indique des seigneurs que les empereurs chargeoient de commander les troupes & de rendre la justice en leur nom dans les provinces frontieres de l'empire.
Ce titre semble avoir la même origine que celui de marquis, marchio. Il y a aujourd'hui en Allemagne quatre marggraviats, dont les possesseurs s'appellent marggraves, savoir ; 1°. celui de Brandebourg ; tous les princes des différentes branches de cette maison ont ce titre, quoique la Marche ou le marggraviat de Brandebourg appartienne au roi de Prusse, comme chef de la branche aînée : c'est ainsi qu'on dit le marggrave de Brandebourg-Anspach, le marggrave de Brandebourg-Culmbach, ou de Bareuth, le marggrave de Brandebourg-Schwedt, &c. 2°. Le marggraviat de Misnie, qui appartient à l'électeur de Saxe. 3°. Le marggraviat de Bade, les princes des différentes branches de cette maison prennent le titre de marggrave. 4°. Le marggraviat de Moravie, qui appartient à la maison d'Autriche. Ces princes, en vertu des terres qu'ils possédent en qualité de marggraves, ont voix & séances à la diete de l'empire. Voyez DIETE. (-)
|
| MARGIAN | S. m. (Mat. méd. anc.) On croit généralement que le margian des Arabes, & le mertzian des grecs modernes, est le corail ; mais les écrits des anciens ne conviennent point au corail, & se rapportent à une espece de fucus rouge qui croit sur les rochers, & qu'on emploie dans la peinture & la teinture ; c'est le fucus thalasius des anciens grecs. (D.J.)
|
| MARGIDUNUM | (Géog. anc.) ancien lieu de la Grande-Bretagne sur la route de Londres à Lincoln ; c'est aujourd'hui Willoughby, bourg de Nottinghamshire, aux confins de Leicestershire. (D.J.)
|
| MARGINAL | adj. (Gram.) qu'on a mis ou imprimé en marge. Ainsi, on dit un titre marginal, des notes marginales.
|
| MARGOT | (Hist. nat.) Voyez PIE.
MARGOT LA FENDUE au jeu de trictrac ; il se dit lorsque l'adverse partie fait un coup qui tombe sur une fleche vuide entre deux dames découvertes. Ce terme n'est plus guere d'usage.
|
| MARGOTAS | S. m. terme de riviere. Petits bateaux que l'on accouple deux ensemble, & que l'on charge ordinairement de foin. Ils ont un aviron particulier, & une manoeuvre singuliere. Ils servent aussi à conduire des avoines & des blés. Voyez les Pl. de Charpente.
|
| MARGOTER | v. n. (Chasse) c'est le cri enroué & rauque que le mâle de la caille fait entendre dans son gosier lorsqu'il est en amour.
|
| MARGOZZA | (Géog.) petite ville d'Italie dans le Milanez, au comté d'Anghiera, sur un petit lac de même nom. Long. 25. 58. lat. 44. 53. (D.J.)
|
| MARGUAIGNON | (Hist. nat.) Voyez ANGUILLE.
|
| MARGUERITE | leucanthemum (Bot.) genre de plante qui ne differe du chrysanthemum que par la couleur des demi fleurons qui sont entierement blancs. Tournefort. Inst. rei herb. Voyez PLANTE.
On connoît en françois deux plantes de différent genre sous le même nom de marguerite, savoir, la grande & la petite marguerite. Il est bon de faire cette observation avant que de les décrire.
La grande marguerite se nomme encore autrement : la grande paquette, ou l'oeil de boeuf. C'est un genre de plante que les Botanistes désignent par le nom de leucanthemum vulgare, ou de bellis major ; en anglois the common ox-eye daizy. Ses caracteres sont les mêmes que ceux du chrysanthemum, excepté dans la couleur de ses demi fleurons, qui sont constamment blancs. On compte six especes de ce genre de plante.
L'espece la plus commune dans les campagnes a la racine fibreuse, rempante, âcre. Ses tiges sont hautes de deux coudées, à cinq angles, droites, velues, branchues. Ses feuilles naissent alternativement sur les tiges ; elles sont épaisses, crénelées, longues de deux pouces, larges d'un demi pouce. Ses fleurs sont sans odeur, grandes, radiées. Leur disque est composé de plusieurs fleurons de couleur d'or, partagés en cinq quartiers garnis d'un stile au milieu. La couronne est formée de demi-fleurons blancs, qui sont portés sur des embryons, renfermés dans un calice demi sphérique, écailleux, & noirâtre. Les embryons se changent en des petites graines oblongues, cannelées, & sans aigrettes. Ses fleurs sont d'usage en Médecine dans les maladies de poumon.
La petite marguerite, autrement dite paquerette, est nommée par les Botanistes, bellis minor, bellis sylvestris minor, en anglois the common small daizy.
On caractérise ce genre de plante par la racine qui est vivace, & qui ne forme point de tige. Le calice de la fleur est simple, écailleux, divisé en plusieurs quartiers. Les fleurs sont radiées, & leurs têtes, après que les pétales sont tombés, ressemblent à des cônes obtus.
Miller distingue huit especes de paquerette. La commune qu'on voit dans les prés a des racines nombreuses & menues. Ses feuilles sont en grand nombre, couchées sur terre, velues, longues, légerement dentelées, étroites vers la racine, s'élargissent & s'arrondissent peu-à-peu. Cette plante au lieu de tige a beaucoup de pédicules qui sortent d'entre les feuilles, longs d'une palme & plus, grêles, cylindriques & cotonneux. Ils portent chacun une fleur radiée, dont le disque est composé de plusieurs fleurons jaunes, & la couronne de demi-fleurons blancs, ou d'un blanc rougeâtre, soutenus sur des embryons, & renfermés dans un calice simple partagé en plusieurs parties. Les embryons se changent en des petites graines nues, entassées sur une couche pyramidale. Cette plante passe pour vulnéraire, résolutive, & détersive.
La marguerite jaune, ou soucy des champs, est le nom vulgaire qu'on donne à l'espece de chrysanthemum que les Botanistes appellent chrysanthemum segetum vulgare, folio glauco. Elle est commune dans les terres à blé. M. de Jussieu l'a décrite fort au long dans les Mémoires de l'acad. des Sciences, ann. 1724, parce que la fleur radiée jaune qu'elle porte est très-propre à teindre dans cette couleur, comme cet habile botaniste s'en est convaincu par quelques expériences.
Il commença par enfermer la fleur dans du papier, où son jaune ne devint que plus foncé, ce qui étoit déjà un préjugé favorable ; ensuite il mit dans des décoctions chaudes de ces fleurs différentes étoffes blanches, de laine, ou de soie, qui avoient auparavant trempé dans de l'eau d'alun, & il leur vit prendre de belles teintures de jaune, d'une différente nuance, selon la différente force des décoctions, ou la différente qualité des étoffes ; & la plûpart si fortes, qu'elles n'en perdoient rien de leur vivacité pour avoir été débouillies à l'eau chaude. L'art des teinturiers pourroit encore tirer de-là de nouvelles couleurs par quelques additions de nouvelles drogues. Rien n'est à négliger dans la Botanique : telles plantes que l'on a ôté du rang des usuelles, parce que l'on n'y reconnoît point de vertus médécinales, en a souvent pour les arts, ou pour d'autres vûes. (D.J.)
MARGUERITE, (Pharm. & mat. médical.) grande marguerite, grande paquette, oeil de boeuf, & petite marguerite, paquerette ; ces plantes sont comptées parmi les vulnéraires, les résolutives & les détersives destinées à l'usage intérieur. C'est précisément leur suc dépuré que l'on emploie, aussi bien que la décoction des feuilles & des fleurs dans l'eau commune ou dans le vin.
Ces remedes sont principalement célébrés, comme propres à dissoudre le sang figé ou extravasé. Vanhelmont la compte, à cause de cette propriété, parmi les antipleuritiques ; & Mindererus, comme un remede singulier contre les arrêts de sang survenus à ceux qui ont bû quelque liqueur froide, après s'être fort échauffés ; d'autres auteurs l'ont vantée, pour la même raison, contre l'inflammation du foie, dans les plaies du poumon, & même dans des phtisies, contre les écrouelles, la goutte, l'asthme, &c.
On leur a aussi attribué les mêmes vertus, c'est-à-dire, la qualité éminemment vulnéraire, résolutive & détersive, si on applique extérieurement la plante pilée sur les tumeurs écrouelleuses, & sur les plaies récentes, ou si on les bassine avec le suc. On trouve dans les boutiques une eau distillée de marguerites, que beaucoup d'auteurs & même Geoffroi regardent comme fort analogue à la décoction & au suc, en avouant seulement qu'elle est plus foible. Il s'en faut bien que ce soit avouer assez ; il faut au contraire avancer hardiment que l'eau de marguerite est absolument dénuée de toute vertu, puisque ni l'une ni l'autre marguerite ne contient aucun principe médicamenteux volatil, & pour la même raison que les marguerites sont des ingrédiens fort inutiles de l'eau vulnéraire & de l'eau générale de la pharmacopée de Paris. (b)
MARGUERITES, s. f. (Marin.) ce sont certains noeuds qu'on fait sur une manoeuvre pour agir avec plus de force.
MARGUERITE la, (Géog.) ou comme disent les Espagnols, à qui elle appartient, Sancta-Margarita de las Caracas, île de l'Amérique, assez près de la terre ferme & de la nouvelle Andalousie, dont elle n'est séparée que par un détroit de huit lieues. Christophe Colomb la découvrit en 1498. Elle peut avoir 15 lieues de long sur 6 de large, & environ 35 de circuit. La verdure en rend l'aspect agréable ; mais c'est la pêche des perles de cette île, qui a excité l'avarice des Espagnols. Ils se servoient d'esclaves negres pour cette pêche, & les obligeoient, à force de châtimens, de plonger cinq ou six brasses pour arracher des huitres attachées aux rochers du fond. Ces malheureux étoient encore souvent estropiés par les requins. Enfin, l'épuisement des perles a fait cesser cette pêche aux Espagnols ; ils se sont retirés en terre ferme. Les naturels du pays, autrefois fort peuplé, ont insensiblement péri, & l'on ne voit plus dans cette île, que quelques mulâtres qui sont exposés aux pillages des flibustiers, & sont très-souvent enlevés. Les Hollandois y descendirent en 1626, & en raserent le château. Longit. 314. lat. 11. 10. (D.J.)
MARGUERITE, Sainte, (Géog.) île de France, en Provence, que les anciens ont connue sous le nom de Lero. Voyez LERINS.
|
| MARGUILLIER | S. m. (Jurisp.) est l'administrateur des biens & revenus d'une église. Les marguilliers sont nommés en latin, matricularii, aeditui, operarii, administratores, hierophylaces, & en françois, dans certains lieux, on les appelle fabriciens, procureurs, luminiers, gagers, &c.
Le nom le plus ancien qu'on leur ait donné est celui de marguillier, matriculii, ou matricularii, ce qui vient de ce qu'ils étoient gardes du rôle ou matricule des pauvres, lesquels n'osant alors mendier dans les églises, se tenoient pour cet effet aux portes en dehors. La matricule de ces pauvres étoit mise entre les mains de ceux qui recevoient les deniers des quêtes, collectes & dons faits pour les nécessités publiques, & qui étoient chargés de distribuer les aumônes à ces pauvres. On appelloit ces pauvres matricularii, parce qu'ils étoient inscrits sur la matricule, & l'on donna aussi le même nom de matricularii aux distributeurs des aumônes, parce qu'ils étoient dépositaires de la matricule.
Entre les pauvres qui étoient inscrits pour les aumônes, on en choisissoit quelques-uns pour rendre à l'église de menus services ; comme de balayer l'église, parer les autels, sonner les cloches. Dans la suite, les marguilliers ne dédaignerent pas de prendre eux-mêmes ce soin, ce qui peut encore contribuer à leur faire donner le nom de matricularii, parce qu'ils prirent en cette partie la place des pauvres matriculiers, qui étoient auparavant chargés des mêmes fonctions. Les paroisses ayant été dotées, & les marguilliers ayant plus d'affaires pour administrer les biens & revenus de l'église, on les débarrassa de tous les soins dont on vient de parler, dont on chargea les bedeaux & autres ministres inférieurs de l'église. Néanmoins dans quelques paroisses de campagne, l'usage est encore demeuré, que les marguilliers rendent eux-mêmes à l'église tous les mêmes services qu'y rendoient autrefois les pauvres, & que présentement rendent ailleurs les bedeaux.
Les marguilliers étoient autrefois chargés du soin de recueillir les enfans exposés au moment de leur naissance, & de les faire élever. Ils en dressoient procès-verbal, appellé epistola collectionis, comme on voit dans Marculphe. Ces enfans étoient les premiers inscrits dans la matricule ; mais présentement c'est une charge de la haute-justice.
Ce ne fut d'abord que dans les églises paroissiales que l'on établit des marguilliers, mais dans la suite on en mit aussi dans les églises cathédrales, & même dans les monasteres. Dans les cathédrales & collégiales il y avoit deux sortes de marguilliers, les uns clercs, les autres lais. Odon, évêque de Paris, institua en 1204, dans son église, quatre marguilliers lais, dont le titre subsiste encore présentement. Ils ont conservé le surnom de lais, pour les distinguer des quatre marguilliers clercs, qu'il institua dans le même tems. Ces marguilliers lais sont considérés comme officiers de l'église, & portent la robe & le bonnet.
Dans les églises paroissiales, il y a communément deux sortes de marguilliers ; les uns qu'on appelle marguilliers d'honneur, c'est-à-dire ad honores, parce qu'ils ne se mêlent point du maniement des deniers, & qu'ils sont seulement pour le conseil ; on prend, pour remplir ces places, des magistrats, des avocats, des secretaires du roi. Les autres qu'on appelle marguilliers comptables, sont des notaires, des procureurs, des marchands, que l'on prend pour gérer les biens & revenus de la fabrique.
Les marguilliers sont dépositaires de tous les titres & papiers de la fabrique, comme aussi des livres, ornemens, reliques, que l'on emploie pour le service divin.
Ce sont eux qui font les baux des maisons & autres biens de la fabrique ; ils font les concessions des bancs, & administrent généralement tout ce qui appartient à l'église.
La fonction de marguillier est purement laïcale ; il faut pourtant observer que tout curé est marguillier de sa paroisse, & qu'en cette qualité, il a la premiere place dans les assemblées de la fabrique. Les marguilliers laïcs ne peuvent même accepter aucune fondation, sans y appeller le curé & avoir son avis.
L'élection des marguilliers n'appartient ni à l'évêque, ni au seigneur du lieu, mais aux habitans ; & dans les paroisses qui sont trop nombreuses, ce sont les anciens marguilliers qui élisent les nouveaux.
On ne peut élire pour marguillier aucune femme, même constituée en dignité.
Les marguilliers ne sont que de simples administrateurs, lesquels ne peuvent faire aucune aliénation du bien de l'église, sans y être autorisés avec toutes les formalités nécessaires.
Le tems de leur administration n'est que d'une ou deux années, selon l'usage des paroisses. On continue quelquefois les marguilliers d'honneur.
Les marguilliers comptables sont obligés de rendre tous les ans compte de leur administration aux archevêques ou évêques du diocèse, ou aux archidiacres, quand ils font leur visite dans la paroisse. L'évêque peut commettre un ecclésiastique sur les lieux pour entendre le compte. Si l'évêque ou l'archidiacre ne font pas leur visite, & que l'évêque n'ait commis personne pour recevoir le compte, il doit être arrêté par le curé & par les principaux habitans, & représenté à l'évêque ou archidiacre, à la plus prochaine visite. Les officiers de justice & les principaux habitans doivent aussi, dans la regle, y assister, ce qui néanmoins ne s'observe pas bien régulierement. Voyez l'édit de 1695 ; les lois ecclésiastiques ; Fevret, traité de l'abus ; & le mot FABRIQUE. (A)
|
| MARGUS | (Géog. anc.) nom d'une riviere d'Asie & d'Europe.
Le Margus d'Asie arrosoit le pays qui en prenoit le nom de Margiane. Ptolomée met la source de ce fleuve à 105d. de Longit. & à 39d. de lat. & sa chute dans l'Oxus, à 102. 40 de longit. & à 43. 30 de lat.
Le Margus d'Europe est, selon M. Delisle & le P. Hardouin, l'ancien nom de la Morave, riviere de Servie. Elle est nommée Margis par Pline, & c'est le Moschius de Ptolomée, liv. III. chap. ix. estropié dans les cartes qui accompagnent son livre. (D.J.)
|
| MARI | S. m. (Jurisprud.) est celui qui est joint & uni à une femme par un lien qui de sa nature est indissoluble.
Cette premiere idée que nous donnons d'abord de la qualité de mari, est relative au mariage en général, considéré selon les droits des gens, & tel qu'il est en usage chez tous les peuples.
Parmi les chrétiens, un mari est celui qui est uni à une femme par un contrat civil, & avec les cérémonies de l'église.
Le mari est considéré comme le chef de sa femme, c'est-à-dire comme le maître de la société conjugale.
Cette puissance du mari sur la femme est la plus ancienne de toutes, puisqu'elle a nécessairement précédé la puissance paternelle, celle des maîtres sur leurs serviteurs, & celle des princes sur leurs sujets.
Elle est fondée sur le droit divin ; car on lit dans la Genese, chap. iij. que Dieu dit à la femme qu'elle seroit sous la puissance de son mari : sub viri potestate eris, & ipse dominabitur tui.
On lit aussi dans Esther, chap. j. qu'Assuerus ayant ordonné à ses eunuques d'amener devant lui Vasthi, & celle-ci ayant refusé & méprisé le commandement du roi son mari, Assuerus, grandement courroucé du mépris qu'elle avoit fait de son invitation & de son autorité, interrogea les sages, qui, suivant la coutume, étoient toûjours auprès de lui, & par le conseil desquels il faisoit toutes choses, parce qu'ils avoient la connoissance des lois & des coutumes des anciens ; de ce nombre étoient sept princes qui gouvernoient les provinces des Perses & des Medes : leur ayant demandé quel jugement on devoit prononcer contre Vasthi, l'un d'eux répondit, en présence du roi & de toute la cour, que non-seulement Vasthi avoit offensé le roi, mais aussi tous les princes & peuples qui étoient soumis à l'empire d'Assuerus ; que la conduite de la reine seroit un exemple dangereux pour toutes les autres femmes, lesquelles ne tiendroient compte d'obéir à leurs maris ; que le roi devoit rendre un édit qui seroit déposé entre les lois du royaume, & qu'il ne seroit pas permis de transgresser, portant que Vasthi seroit répudiée, & la dignité de reine transférée à une autre qui en seroit plus digne ; que ce jugement seroit publié par tout l'empire, afin que toutes les femmes des grands, comme des petits, portassent honneur à leurs maris. Ce conseil fut goûté du roi & de toute la cour, & Assuerus fit écrire des lettres en diverses sortes de langues & de caracteres, dans toutes les provinces de son empire, afin que tous ses sujets pussent les lire & les entendre, portant que les maris étoient chacuns princes & seigneurs dans leurs maisons. Vasthi fut répudiée, & Esther mise à sa place.
Les constitutions apostoliques ont renouvellé le même principe. S. Paul dans sa premiere aux Corinthiens, chap. xj. dit que le mari est le chef de la femme, caput est mulieris vir : il ajoute, que l'homme n'est pas venu de la femme, mais la femme de l'homme, & que celui-ci n'a pas été créé pour la femme, mais bien la femme pour l'homme ; comme en effet il est dit en la Genese, faciamus ei adjutorium simile sibi.
S. Pierre, dans son épitre I. chap. iij. ordonne pareillement aux femmes d'être soumises à leurs maris : mulieres subditae sint viris suis ; il leur rappelle à ce propos, l'exemple des saintes femmes qui se conformoient à cette loi, entr'autres celui de Sara, qui obéissoit à Abraham, & l'appelloit son seigneur.
Plusieurs canons s'expliquent à-peu-près de même, soit sur la dignité, ou sur la puissance du mari.
Ce n'est pas seulement suivant le droit divin que cette prérogative est accordée au mari ; la même chose est établie par le droit des gens, si ce n'est chez quelques peuples barbares où l'on tiroit au sort qui devoit être le maître du mari ou de la femme, comme cela se pratiquoit chez certains peuples de Scythie, dont parle Aelien ; où il étoit d'usage que celui qui vouloit épouser une fille, se battoit auparavant avec elle ; si la fille étoit la plus forte, elle l'emmenoit comme son captif, & étoit la maîtresse pendant le mariage, si l'homme étoit le vainqueur, il étoit le maître ; ainsi c'étoit la loi du plus fort qui décidoit.
Chez les Romains, suivant une loi que Denis d'Halicarnasse attribue à Romulus, & qui fut insérée dans le code papyrien, lorsqu'une femme mariée s'étoit rendue coupable d'adultere, ou de quelqu'autre crime tendant au libertinage, son mari étoit son juge, & pouvoit la punir lui-même, après en avoir délibéré avec ses parens ; au lieu que la femme n'avoit cependant pas seulement droit de mettre la main sur son mari, quoiqu'il fût convaincu d'adultere.
Il étoit pareillement permis à un mari de tuer sa femme, lorsqu'il s'appercevoit qu'elle avoit bû du vin.
La rigueur de ces lois fut depuis adoucie par la loi des douze Tables. Voyez ADULTERE & DIVORCE, loi Cornelia de adulteriis, loi Cornelia de sicariis.
César, dans ses commentaires de bello gallico, rapporte que les Gaulois avoient aussi droit de vie & de mort sur leurs femmes comme sur leurs enfans.
En France, la puissance maritale est reconnue dans nos plus anciennes coutumes, telles que celles de Toulouse, de Berri & autres ; mais cette puissance ne s'étend qu'à des actes légitimes.
La puissance maritale a plusieurs effets.
Le premier, que la femme doit obéir à son mari, lui aider en toutes choses, & que tout ce qui provient de son travail est acquis au mari, soit parce que le tout est présumé provenir des biens & du fait du mari, soit parce que c'est au mari à acquiter les charges du mariage. C'est aussi la raison pour laquelle le mari est le maître de la dot ; il ne peut pourtant l'aliéner sans le consentement de sa femme : il a seulement la jouissance des revenus, & en conséquence est le maître des actions mobiliaires & possessoires de sa femme.
Il faut excepter les paraphernaux, dont la femme a la libre administration.
Quand les conjoints sont communs en biens, le mari est le maître de la communauté, il peut disposer seul de tous les biens, pourvû que ce soit sans fraude : il oblige même sa femme jusqu'à concurrence de ce qu'elle ou ses héritiers amendent de la communauté, à moins qu'ils n'y renoncent.
Le second effet de la puissance maritale est que la femme est sujette à correction de la part de son mari, comme le décide le canon placuit 33. quaest. 2. mais cette correction doit être modérée, & fondée en raison.
Le troisieme effet est, que c'est au mari à défendre en jugemens les droits de sa femme.
Le quatrieme est que la femme doit suivre son mari lorsqu'il le lui ordonne, en quelque lieu qu'il aille, à moins qu'il ne voulût la faire vaguer çà & là sans raison.
Le cinquieme effet est qu'en matiere civile, la femme ne peut ester en jugement, sans être autorisée de son mari, ou par justice, à son refus.
Enfin le sixieme effet est que la femme ne peut s'obliger sans l'autorisation de son mari.
Au reste, quelque bien établie que soit la puissance maritale, elle ne doit point excéder les bornes d'un pouvoir légitime ; car si l'Ecriture-sainte ordonne à la femme d'obéir à son mari, elle ordonne aussi au mari d'aimer sa femme & de l'honorer ; il doit la regarder comme sa compagne, & non comme une esclave ; & comme il n'est permis à personne d'abuser de son droit, si le mari administre mal les biens de sa femme, elle peut se faire séparer de biens ; s'il la maltraite sans sujet, ou même qu'ayant reçu d'elle quelque sujet de mécontentement, il use envers elle de sévices & mauvais traitemens qui excédent les bornes d'une correction modérée, ce qui devient plus ou moins grave, selon la condition des personnes, en ce cas, la femme peut demander sa séparation de corps & de biens. Voyez SEPARATION.
La femme participe aux titres, honneurs & privileges de son mari ; celui-ci participe aussi à certains droits de sa femme : par exemple, il peut se dire seigneur des terres qui appartiennent à sa femme ; il fait aussi la foi & hommage pour elle : pour ce qui est de la souveraineté appartenante à la femme de son chef, le mari n'y a communément point de part. On peut voir à ce sujet la dissertation de Jean-Philippe Palthen, professeur de droit à Grypswald, de marito reginae.
A défaut d'héritiers, le mari succede à sa femme, en vertu du titre unde vir & uxor. Voyez SUCCESSION.
Le mari n'est point obligé de porter le deuil de sa femme, si ce n'est dans quelques coutumes singulieres, comme dans le ressort du parlement de Dijon, dans lequel aussi les héritiers de la femme doivent fournir au mari des habits de deuil. Voyez AUTORISATION, DOT, DEUIL, FEMME, MARIAGE, OBLIGATION, PARAPHERNAL. (A)
|
| MARI-GALANTE | S. f. (Géog.) île de l'Amérique, appartenant à la France ; elle est située au vent de celles des Saintes, à 18 lieues au nord de la Martinique, & à 3 ou 4 de la pointe des salines de la grande terre de Guadeloupe. Cette île est presque ronde & peut avoir 18 lieues de tour ; ses bords sont fort escarpés dans certaines parties, mais les montagnes qui couvrent l'intérieur du pays sont moins hautes que celles des hautes îles, la terre y produit du sucre, du caffé, beaucoup de coton & quantité de mays & de légumes, elle n'est pas bien pourvûe de rivieres ; à cela près cette île est très-agréable.
|
| MARIABA | (Géog. anc.) nom commun à plusieurs villes de l'Arabie-Heureuse, qui avoient encore d'autres noms pour les distinguer. Mariaba signifioit en arabe une espece de métropole, une ville qui avoit la supériorité sur les autres ; de-là vient que, dans le chaldaïque & dans la syriaque, mara signifie seigneur, maître. (D.J.)
|
| MARIAE GLACIES | (Hist. nat.) en allemand marienglass, espece de talc en feuillets très-minces & aussi transparens que du verre ; ainsi nommé parce qu'on le met au lieu de verre en quelques endroits d'Allemagne sur des petites boîtes qui renferment des petites figures de la Vierge-Marie. Voyez TALC ; voyez RUSSIE (verre de).
|
| MARIAGE | S. m. (Théol.) considéré en lui-même & quant à sa simple étymologie, signifie obligation, devoir, charge & fonction d'une mere : quasi matris munus ou munium.
A le prendre dans son sens théologique & naturel, il désigne l'union volontaire & maritale d'un homme & d'une femme, contractée par des personnes libres pour avoir des enfans. Le mariage est donc 1°. une union soit des corps, parce que ceux qui se marient s'accordent mutuellement un pouvoir sur leurs corps ; soit des esprits, parce que la bonne intelligence & la concorde doivent régner entr'eux. 2°. Une union volontaire, parce que tout contrat suppose par sa propre nature le consentement mutuel des parties contractantes. 3° Une union maritale, pour distinguer l'union des époux d'avec celle qui se trouve entre les amis ; l'union maritale étant la seule qui emporte avec elle un droit réciproquement donné sur le corps des personnes qui la contractent. 4°. L'union d'un homme & d'une femme, pour marquer l'union des deux sexes & le sujet du mariage 5°. Une union contractée par des personnes libres. Toute personne n'est pas par sa propre volonté, & indépendamment du consentement de toute autre, en droit de se marier. Autrefois les esclaves ne pouvoient se marier sans le consentement de leurs maîtres, & aujourd'hui, dans les états bien policés, les enfans ne peuvent se marier sans le consentement de leurs parens ou tuteurs, s'ils sont mineurs, ou sans l'avoir requis, s'ils sont majeurs. Voyez MAJEURS & MINEURS. 6°. Pour avoir des enfans : la naissance des enfans est le but & la fin du mariage.
Le mariage peut être considéré sous trois différens rapports, ou comme contrat naturel, ou comme contrat civil, ou comme sacrement.
Le mariage considéré comme sacrement, peut être défini l'alliance ou l'union légitime par laquelle un homme & une femme s'engagent à vivre ensemble le reste de leurs jours comme mari & épouse, que Jesus-Christ a institué comme le signe de son union avec l'Eglise, & à laquelle il a attaché des graces particulieres pour l'avantage de cette société & pour l'éducation des enfans qui en proviennent.
Le sentiment des Catholiques à ce sujet, est fondé sur un texte précis de l'apôtre saint Paul dans son épître aux Ephésiens, ch. v. & sur plusieurs passages des Peres, qui établissent formellement que le mariage des Chrétiens est le signe sensible de l'alliance de Jesus-Christ avec son Eglise, & qu'il confere une grace particuliere, & c'est ce que le concile de Trente a décidé comme de foi, sess. 24, can. 1. On croit que Jesus-Christ éleva le mariage à la dignité de sacrement, lorsqu'il honora de sa présence les noces de Cana. Tel est le sentiment de saint Cyrille dans sa lettre à Nestorius ; de saint Epiphane, heres. 67. de saint Maxime, homél. 1. sur l'épiphanie ; de saint Augustin, tract. 9. sur saint Jean. Les Protestans ne comptent pas le mariage au nombre des sacremens.
On convient que l'obligation de regarder le mariage en qualité de sacrement n'étoit pas un dogme de foi bien établi dans le douzieme & treizieme siecles. Saint Thomas, saint Bonaventure & Scot n'ont osé définir qu'il fût de foi que le mariage fût un sacrement. Durand & d'autres scholastiques ont même avancé qu'il ne l'étoit pas. Mais l'Eglise assemblée à Trente a décidé la question.
Au reste, quand on dit que le mariage est un sacrement proprement dit de la loi de grace, on ne prétend pas pour cela que tous les mariages que les Chrétiens contractent soient autant de sacremens. Cette prérogative n'est propre qu'à ceux qui sont célébrés suivant les loix & les cérémonies de l'Eglise. Selon quelques théologiens, il y a des mariages valides qui ne sont point sacremens, quoique Sanchez prétende le contraire. Un seul exemple fera voir qu'il s'est trompé. Deux personnes infideles, mariées dans le sein du paganisme ou de l'hérésie, embrassent la religion chrétienne, le mariage qu'elles ont contracté subsiste sans qu'on puisse dire qu'il est un sacrement. La raison est qu'il ne l'étoit pas dans le moment de sa célébration, & qu'on ne le réhabilite point lorsque les parties abjurent l'infidélité. Les sentimens sont plus partagés sur les mariages contractés par procureur, on convient généralement qu'ils sont valides ; mais ceux qui leur refusent le titre de sacrement, comme Melchior Cano, lib. VIII. de loc. theologic. c. v. remarquent qu'il n'est pas vraisemblable que Jesus-Christ ait promis de donner la grace sanctifiante par une cérémonie à laquelle n'assiste pas celui qui devroit la recevoir, à laquelle il ne pense souvent pas dans le tems qu'on la fait. D'autres prétendent que ces mariages sont de vrais sacremens, puisqu'il s'y rencontre forme, matiere, ministre de l'Eglise, & institution de Jesus-Christ ; que d'ailleurs l'Eglise en juge, & par conséquent qu'elle ne les regarde pas comme de simples contrats civils.
Les Théologiens ne conviennent pas non plus entr'eux sur la matiere ni sur la forme du mariage considéré comme sacrement. 1°. L'imposition des mains du prêtre, le contrat civil, le consentement intérieur des parties, la tradition mutuelle des corps, & les parties contractantes elles-mêmes, sont autant de choses que différens scholastiques assignent pour la matiere du sacrement dont il s'agit. 2°. Il n'y a pas tant de division sur ce qui constitue la forme du mariage : les uns disent qu'elle consiste dans les paroles par lesquelles les contractans se déclarent l'un à l'autre qu'ils se prennent mutuellement pour époux ; & les autres enseignent qu'elle se réduit aux paroles & aux prieres du prêtre.
Sur ces diverses opinions il est bon d'observer 1°. que ceux qui assignent pour la matiere du sacrement de mariage les personnes mêmes qui s'épousent en face d'église, confondent le sujet du sacrement avec la matiere du sacrement. 2°. Que ceux qui prétendent que le consentement intérieur des parties, manifesté au-dehors par des signes ou par des paroles est la matiere du sacrement de mariage, ne font pas attention qu'ils confondent la matiere avec les dispositions qui doivent se trouver dans ceux qui se marient, ou, pour mieux dire, avec la cause efficiente du mariage. 3°. Que ceux qui soutiennent que la tradition mutuelle des corps est la matiere du mariage, confondent l'effet de ce sacrement avec sa matiere. 4°. Dire que le sacrement de mariage peut se faire sans que le prêtre y contribue en rien, c'est confondre le contrat civil du mariage avec le mariage considéré comme sacrement.
Le sentiment le plus suivi est que le sacrement de mariage a pour matiere le contrat civil que les deux parties font ensemble, & pour forme les prieres & la bénédiction sacerdotale. La raison en est que tous les missels, rituels, eucologes, que le P. Martenne a donnés au public, nous apprennent que les prêtres ont toûjours béni les noces, cette bénédiction a toûjours été regardée comme le sceau qui confirme les promesses respectives des parties. C'est ce qui a fait dire à Tertullien, lib. II. ad uxor. que les mariages des fideles sont confirmés par l'autorité de l'Eglise. Saint Ambroise parle dans une de ces lettres de la bénédiction nuptiale donnée par le prêtre, & de l'imposition du voile sur l'époux & sur l'épouse ; & le quatrieme concile de Carthage veut que les nouveaux mariés gardent la continence la premiere nuit de leurs nôces par respect pour la bénédiction sacerdotale.
De-là il s'ensuit que les prêtres sont les ministres du sacrement de mariage, qu'ils n'en sont pas simplement les témoins nécessaires & principaux, & qu'on ne peut dire avec fondement que les personnes qui se marient s'administrent elles-mêmes le sacrement, par le mutuel consentement qu'elles se donnent en présence du curé & des témoins. Tertullien dit que les mariages cachés, c'est-à-dire, qui ne sont pas faits en présence de l'Eglise, sont soupçonnés de fornication & de débauche, lib. de pudic. c. vj. par conséquent, dès les premiers tems de l'Eglise, il n'y avoit de conjonctions légitimes d'hommes & de femmes qu'autant que les ministres de l'Eglise les avoient eux-mêmes bénies & consacrées. Dans tous les autres sacremens les ministres sont distingués de ceux qui les reçoivent. Sur quel fondement prétend-on que le mariage seul soit exempt de cette regle ? Le concile de Trente a exigé la présence du propre curé des parties, & l'ordonnance de Blois a adopté la disposition.
La fin du mariage est la procréation légitime des enfans qui deviendront membres de l'Eglise, & auxquels les peres & meres doivent donner une éducation chrétienne.
MARIAGE, s. m. (Droit naturel) la premiere, la plus simple de toutes les sociétés, & celle qui est la pépiniere du genre humain. Une femme, des enfans, sont autant d'otages qu'un homme donne à la fortune, autant de nouvelles relations & de tendres liens, qui commencent à germer dans son ame.
Par-tout où il se trouve une place où deux personnes peuvent vivre commodément, il se fait un mariage, dit l'auteur de l'esprit des lois. La nature y conduit toûjours, lorsqu'elle n'est point arrêtée par la difficulté de la subsistance. Le charme que les deux sexes inspirent par leur différence, forme leur union ; & la priere naturelle qu'ils se font toûjours l'un à l'autre en confirme les noeuds :
O Vénus, ô mere de l'amour !
Tout reconnoît tes lois....
Les filles que l'on conduit par le mariage à la liberté, qui ont un esprit qui n'ose penser, un coeur qui n'ose sentir, des yeux qui n'osent voir, des oreilles qui n'osent entendre, condamnées sans relâche à des préceptes & à des bagatelles, se portent nécessairement au mariage : l'empire aimable que donne la beauté sur tout ce qui respire, y engagera bien-tôt les garçons. Telle est la force de l'institution de la nature, que le beau sexe se livre invinciblement à faire les fonctions dont dépend la propagation du genre humain, à ne pas se rebuter par les incommodités de la grossesse, par les embarras de l'éducation de plusieurs enfans, & à partager le bien & le mal de la société conjugale.
La fin du mariage est la naissance d'une famille, ainsi que le bonheur commun des conjoints, ou même le dernier séparément, selon Wollaston. Quoi qu'il en soit, celui qui joint la raison à la passion, qui regarde l'objet de son amour comme exposé à toutes les calamités humaines, ne cherche qu'à s'accommoder à son état & aux situations où il se trouve. Il devient le pere, l'ami, le tuteur de ceux qui ne sont pas encore au monde. Occupé dans son cabinet à débrouiller une affaire épineuse pour le bien de sa famille, il croit que son attention redouble lorsqu'il entend ses enfans, pour l'amour desquels il n'épargne aucun travail, courir, sauter & se divertir dans la chambre voisine. En effet, dans les pays où les bonnes moeurs ont plus de force que n'ont ailleurs les bonnes lois, on ne connoît point d'état plus heureux que celui du mariage. " Il a pour sa part, dit Montagne, l'utilité, la justice, l'honneur & la constance. C'est une douce société de vie, pleine de fiance & d'un nombre infini de bons, de solides offices, & obligations mutuelles : à le bien façonner, il n'est point de plus belle piece dans la société. Aucune femme qui en savoure le goût, ne voudroit tenir lieu de simple maîtresse à son mari ".
Mais les moeurs qui dans un état commencent à se corrompre, contribuent principalement à dégoûter les citoyens du mariage, qui n'a que des peines pour ceux qui n'ont plus de sens pour les plaisirs de l'innocence. Ecoutez ceci, dit Bacon. Quand on ne connoîtra plus de nations barbares, & que la politesse & les arts auront énervé l'espece, on verra dans les pays de luxe les hommes peu curieux de se marier, par la crainte de ne pouvoir pas entretenir une famille ; tant il en coûtera pour vivre chez les nations policées ! voilà ce qui se voit parmi nous ; voilà ce que l'on vit à Rome, lors de la décadence de la république.
On sait quelles furent les lois d'Auguste, pour porter ses sujets au mariage. Elles trouverent mille obstacles ; &, trente-quatre ans après qu'il les eut données, les chevaliers romains lui en demanderent la révocation. Il fit mettre d'un côté ceux qui étoient mariés, & de l'autre ceux qui ne l'étoient pas : ces derniers parurent en plus grand nombre, ce qui étonna les citoyens & les confondit. Auguste avec la gravité des anciens censeurs, leur tint ce discours.
" Pendant que les maladies & les guerres nous enlevent tant de citoyens, que deviendra la ville si on ne contracte plus de mariages ? la cité ne consiste point dans les maisons, les portiques, les places publiques : ce sont les hommes qui font la cité. Vous ne verrez point comme dans les fables sortir des hommes de dessous la terre pour prendre soin de vos affaires. Ce n'est point pour vivre seuls que vous restez dans le célibat : chacun de vous a des compagnes de sa table & de son lit, & vous ne cherchez que la paix dans vos déréglemens. Citerez-vous l'exemple des vierges vestales ? Donc, si vous ne gardiez pas les lois de la pudicité, il faudroit vous punir comme elles. Vous êtes également mauvais citoyens, soit que tout le monde imite votre exemple, soit que personne ne le suive. Mon unique objet est la perpétuité de la république. J'ai augmenté les peines de ceux qui n'ont point obéi ; & à l'égard des récompenses, elles sont telles que je ne sache pas que la vertu en ait encore eu de plus grandes : il y en a de moindres qui portent mille gens à exposer leur vie ; & celles-ci ne vous engageroient pas à prendre une femme & à nourrir des enfans ".
Alors cet empereur publia les lois nommées Pappia-Poppaea, du nom des deux consuls de cette année. La grandeur du mal paroissoit dans leur élection même : Dion nous dit qu'ils n'étoient point mariés & qu'ils n'avoient point d'enfans. Constantin & Justinien abrogerent les lois pappiennes, en donnant la prééminence au célibat ; & la raison de spiritualité qu'ils en apporterent imposa bien-tôt la nécessité du célibat même. Mais, sans parler ici du célibat adopté par la religion catholique, il est dumoins permis de se récrier avec M. de Montesquieu contre le célibat qu'a formé le libertinage : " Ce célibat où les deux sexes se corrompant par les sentimens naturels même, fuient une union qui doit les rendre meilleurs pour vivre dans celle qui rend toûjours pire. C'est une regle tirée de la nature, que plus on diminue le nombre des mariages qui pourroient se faire, plus on corrompt ceux qui sont faits ; moins il y a de gens mariés, moins il y a de fidélité dans les mariages, comme lorsqu'il y a plus de voleurs, il y a plus de vols ".
Il résulte de cette réflexion, qu'il faut rappeller à l'état du mariage les hommes qui sont sourds à la voix de la nature ; mais cet état peut-il être permis sans le consentement des peres & meres ? Ce consentement est fondé sur leur puissance, sur leur amour, sur leur raison, sur leur prudence, & les institutions ordinaires les autorisent seuls à marier leurs enfans. Cependant, selon les lois naturelles, tout homme est maître de disposer de son bien & de sa personne. Il n'est point de cas où l'on puisse être moins gêné que dans le choix de la personne à laquelle on veut s'unir ; car qui est-ce qui peut aimer par le coeur d'autrui, comme le dit Quintilien ? J'avoue qu'il y a des pays où la facilité de ces sortes de mariages sera plus ou moins nuisible ; je sais qu'en Angleterre même les enfans ont souvent abusé de la loi pour se marier à leur fantaisie, & que cet abus a fait naître l'acte du parlement de 1753. Cet acte a cru devoir joindre des formes, des termes & des gênes à la grande facilité des mariages ; mais il se peut que des contraintes pareilles nuiront à la population. Toute formalité restrictive ou gênante est destructive de l'objet auquel elle est imposée : quels inconvéniens si fâcheux a donc produit dans la Grande-Bretagne, jusqu'à présent, cette liberté des mariages, qu'on ne puisse supporter ? des disproportions de naissance & de fortunes dans l'union des personnes ? Mais qu'importent les mésalliances dans une nation où l'égalité est en recommandation, où la noblesse n'est pas l'ancienneté de la naissance, où les grands honneurs ne sont pas dûs privativement à cette naissance, mais où la constitution veut qu'on donne la noblesse à ceux qui ont mérité les grands honneurs ; l'assemblage des fortunes les plus disproportionnées n'est-il pas de la politique la meilleure & la plus avantageuse à l'état ? C'est cependant ce vil intérêt peut-être, qui, plus que l'honnêteté publique, plus que les droits des peres sur leurs enfans, a si fort insisté pour anéantir cette liberté des mariages : ce sont les riches plutôt que les nobles qui ont fait entendre leurs imputations : enfin, si l'on compte quelques mariages que l'avis des parens eût mieux assortis que l'inclination des enfans (ce qui est presque toûjours indifférent à l'état), ne sera-ce pas un grand poids dans l'autre côté de la balance, que le nombre des mariages, que le luxe des parens, le desir de jouir, le chagrin de la privation, peuvent supprimer ou retarder, en faisant perdre à l'état les années précieuses & trop bornées de la fécondité des femmes ?
Comme un des grands objets du mariage est d'ôter toutes les incertitudes des unions illégitimes, la religion y imprime son caractere, & les lois civiles y joignent le leur, afin qu'il ait l'authenticité requise de légitimation ou de réprobation. Mais pour ce qui regarde la défense de prohibition de mariage entre parens, c'est une chose très-délicate d'en fixer le point par les lois de la nature.
Il n'est pas douteux que les mariages entre les ascendans & les descendans en ligne directe, ne soient contraires aux lois naturelles comme aux civiles ; & l'on donne de très-fortes raisons pour le prouver.
D'abord le mariage étant établi pour la multiplication du genre humain, il est contraire à la nature que l'on se marie avec une personne à qui l'on a donné la naissance, ou médiatement ou immédiatement, & que le sang rentre pour ainsi dire dans la source dont il vient. De plus, il seroit dangereux qu'un pere ou une mere ayant conçu de l'amour pour une fille ou un fils, n'abusassent de leur autorité pour satisfaire une passion criminelle, du vivant même de la femme ou du mari à qui l'enfant doit en partie la naissance. Le mariage du fils avec la mere confond l'état des choses : le fils doit un très-grand respect à sa mere ; la femme doit aussi du respect à son mari ; le mariage d'une mere avec son fils renverseroit dans l'un & dans l'autre leur état naturel.
Il y a plus : la nature a avancé dans les femmes le tems où elles peuvent avoir des enfans, elle l'a reculé dans les hommes ; &, par la même raison, la femme cesse plûtôt d'avoir cette faculté, & l'homme plus tard. Si le mariage entre la mere & le fils étoit permis, il arriveroit presque toûjours que, lorsque le mari seroit capable d'entrer dans les vûes de la nature, la femme en auroit passé le terme. Le mariage entre le pere & la fille répugne à la nature comme le précédent ; mais il y répugne moins parce qu'il n'a point ces deux obstacles. Aussi les Tartares qui peuvent épouser leurs filles, n'épousent-ils jamais leurs meres.
Il a toûjours été naturel aux peres de veiller sur la pudeur de leurs enfans. Chargés du soin de les établir, ils ont dû leur conserver & le corps le plus parfait, & l'ame la moins corrompue, tout ce qui peut mieux inspirer des desirs, & tout ce qui est le plus propre à donner de la tendresse. Des peres toûjours occupés à conserver les moeurs de leurs enfans, ont dû avoir un éloignement naturel pour tout ce qui pourroit les corrompre. Le mariage n'est point une corruption, dira-t-on ; mais, avant le mariage, il faut parler, il faut se faire aimer, il faut séduire ; c'est cette séduction qui a dû faire horreur. Il a donc fallu une barriere insurmontable entre ceux qui devoient donner l'éducation & ceux qui devoient la recevoir, & éviter toute sorte de corruption, même pour cause légitime.
L'horreur pour l'inceste du frere avec la soeur a dû partir de la même source. Il suffit que les peres & meres ayent voulu conserver les moeurs de leurs enfans & leur maison pure, pour avoir inspiré à leurs enfans de l'horreur pour tout ce qui pouvoit les porter à l'union des deux sexes.
La prohibition du mariage entre cousins-germains a la même origine. Dans les premiers tems, c'est-à-dire, dans les âges où le luxe n'étoit point connu, tous les enfans restoient dans la maison & s'y établissoient : c'est qu'il ne falloit qu'une maison très-petite pour une grande famille, comme on le vit chez les premiers Romains. Les enfans des deux freres, ou les cousins-germains, étoient regardés & se regardoient entr'eux comme freres. L'éloignement qui étoit entre les freres & soeurs pour le mariage, étoit donc aussi entre les cousins-germains.
Que si quelques peuples n'ont point rejetté les mariages entre les peres & les enfans, les soeurs & les freres, c'est que les êtres intelligens ne suivent pas toûjours leurs lois. Qui le diroit ! Des idées religieuses ont souvent fait tomber les hommes dans ces égaremens. Si les Assyriens, si les Perses ont épousé leurs meres, les premiers l'ont fait par un respect religieux pour Sémiramis ; & les seconds, parce que la religion de Zoroastre donnoit la préférence à ces mariages. Si les Egyptiens ont épousé leurs soeurs, ce fut encore un délire de la religion égyptienne qui consacra ces mariages en l'honneur d'Isis. Comme l'esprit de la religion est de nous porter à faire avec effort des choses grandes & difficiles, il ne faut pas juger qu'une chose soit naturelle parce qu'une religion fausse l'a consacrée. Le principe que les mariages entre les peres & les enfans, les freres & les soeurs, sont défendus pour la conservation de la pudeur naturelle dans la maison, doit servir à nous faire découvrir quels sont les mariages défendus par la loi naturelle, & ceux qui ne peuvent l'être que par la loi civile.
Les lois civiles défendent les mariages lorsque, par les usages reçus dans un certain pays, ils se trouvent être dans les mêmes circonstances que ceux qui sont défendus par les lois de la nature ; & elles les permettent lorsque les mariages ne se trouvent point dans ce cas. La défense des lois de la nature est invariable, parce qu'elle dépend d'une chose invariable ; le pere, la mere & les enfans habitent nécessairement dans la maison. Mais les défenses des lois civiles sont accidentelles ; les cousins-germains & autres habitant accidentellement dans la maison.
On demande enfin quelle doit être la durée de la société conjugale selon le droit naturel, indépendamment des lois civiles : je réponds que la nature même & le but de cette société nous apprennent qu'elle doit durer très-long-tems. La fin de la société entre le mâle & la femelle n'étant pas simplement de procréer, mais de continuer l'espece, cette société doit durer du moins même, après la procréation, aussi long-tems qu'il est nécessaire pour la nourriture & la conservation des procréés, c'est-à-dire, jusqu'à ce qu'ils soient capables de pourvoir eux-mêmes à leurs besoins. En cela consiste la principale & peut-être la seule raison, pour laquelle le mâle & la femelle humains sont obligés à une société plus longue que n'entretiennent les autres animaux. Cette raison est que la femme est capable de concevoir, & se trouve d'ordinaire grosse d'un nouvel enfant longtems avant que le précédent soit en état de pourvoir lui-même à ses besoins. Ainsi le mari doit demeurer avec sa femme jusqu'à ce que leurs enfans soient grands & en âge de subsister par eux-mêmes, ou avec les biens qu'ils leur laissent. On voit que par un effet admirable de la sagesse du Créateur, cette regle est constamment observée par les animaux mêmes destitués de raison.
Mais quoique les besoins des enfans demandent que l'union conjugale de la femme & du mari dure encore plus long-tems que celles des autres animaux, il n'y a rien, ce me semble, dans la nature & dans le but de cette union, qui demande que le mari & la femme soient obligés de demeurer ensemble toute leur vie, après avoir élevé leurs enfans & leur avoir laissé de quoi s'entretenir. Il n'y a rien, dis-je, qui empêche alors qu'on n'ait à l'égard du mariage la même liberté qu'on a en matiere de toute sorte de société & de convention : de sorte que moyennant qu'on pourvoie d'une maniere ou d'autre à cette éducation, on peut régler d'un commun accord, comme on le juge à propos, la durée de l'union conjugale, soit dans l'indépendance de l'état de nature, ou lorsque les lois civiles sous lesquelles on vit n'ont rien déterminé là-dessus. Si de-là il naît quelquefois des inconvéniens, on pourroit y en opposer d'autres aussi considérables, qui résultent de la trop longue durée ou de la perpétuité de cette société. Et après tout, supposé que les premiers fussent plus grands, cela prouveroit seulement que la chose seroit sujette à l'abus, comme la polygamie, & qu'ainsi, quoiqu'elle ne fût pas mauvaise absolument & de sa nature, on devroit s'y conduire avec précaution. (D.J.)
MARIAGE, matrimonium, conjugium, connubium, nuptiae, consortium, (Jurisprud.) considéré en général, est un contrat civil & politique, par lequel un homme est uni & joint à une femme, avec intention de rester toujours unis ensemble.
Le principal objet de cette société est la procréation des enfans.
Le mariage est d'institution divine, aussi est-il du droit des gens & en usage chez tous les peuples, mais il s'y pratique différemment.
Parmi les Chrétiens, le mariage est un contract civil, revêtu de la dignité du sacrement de mariage.
Suivant l'institution du mariage, l'homme ne doit avoir qu'une seule femme, & la femme ne peut avoir qu'un seul mari. Il est dit dans la Genèse que l'homme quittera son pere & sa mere pour rester avec sa femme, & que tous deux ne feront qu'une même chair.
Lamech fut le premier qui prit plusieurs femmes ; & cette contravention à la loi du mariage déplut tellement à Dieu, qu'il prononça contre Lamech une peine plus sévere que celle qu'il avoit infligée pour l'homicide ; car il déclara que la vengeance du crime de Lamech seroit poursuivie pendant soixante-dix-sept générations, au lieu que par rapport à Caïn il dit seulement que celui qui le tueroit, seroit puni sept fois.
Le droit civil défend la pluralité des femmes & des maris. Cependant Jules César avoit projetté une loi pour permettre la pluralité des femmes, mais elle ne fut pas publiée ; l'objet de cette loi étoit de multiplier la procréation des enfans. Valentinien I. voulant épouser une seconde femme outre celle qu'il avoit déjà, fit une loi, portant qu'il seroit permis à chacun d'avoir deux femmes, mais cette loi ne fut pas observée.
Les empereurs romains ne furent pas les seuls qui défendirent la polygamie. Athalaric, roi des Goths & des Romains, fit la même défense. Jean Métropolitain, que les Moscovites honorent comme un prophete, fit un canon, portant que si un homme marié quittoit sa femme pour en épouser une autre, ou que la femme changeât de même de mari, ils seroient excommuniés jusqu'à ce qu'ils revinssent à leur premier engagement.
Gontran, roi d'Orléans, fut excommunié, parce qu'il avoit deux femmes.
La pluralité des femmes fut permise chez les Athéniens, les Parthes, les Thraces, les Egyptiens, les Perses ; elle est encore d'usage chez les Payens, & particulierement chez les Orientaux : ce grand nombre de femmes qu'ils ont, diminue la considération qu'ils ont pour elles, & fait qu'ils les regardent plûtôt comme des esclaves que comme des compagnes.
Mais il n'y a jamais eu que des peuples barbares qui ayent admis la communauté des femmes, ou bien certains hérétiques, tels que les Nicolaïtes, les Gnostiques & les Epiphanistes, les Anabaptistes.
En Arabie, plusieurs d'une même famille n'avoient qu'une femme pour eux tous.
En Lithuanie, les femmes nobles avoient outre leurs maris plusieurs concubins.
Sur la côte de Malabar, les femmes des naires, qui sont les nobles, peuvent avoir plusieurs maris, quoique ceux-ci ne puissent avoir qu'une femme.
Dans certains pays, le prince ou le seigneur du lieu avoit droit de coucher avec la nouvelle mariée la premiere nuit de ses noces. Cette coûtume barbare qui avoit lieu en Ecosse, y fut abolie par Malcome, & convertie en une retribution pécuniaire. En France, quelques seigneurs s'étoient arrogé des droits semblables, ce que la pureté de nos moeurs n'a pu souffrir.
Comme il n'y a rien de si naturel que le mariage, & si nécessaire pour le soutien des états, on doit toujours favoriser ces sortes d'établissemens.
L'éloignement que la plûpart des hommes avoient pour le mariage, soit par amour pour leur liberté, soit par la crainte des suites que cet engagement entraîne après soi, obligea dans certains tems de faire des lois contre le célibat. Voyez CELIBAT.
En France, les nouveaux mariés sont exemts de la collecte du sel pendant un an.
Quoique le mariage consiste dans l'union des corps & des esprits, le consentement des contractans en fait la base & l'essence, tellement que le mariage est valablement contracté, quoiqu'il n'ait point été consommé, pourvû qu'au temps de la célébration l'un ou l'autre des conjoints ne fût pas impuissant.
Pour la validité du mariage, il ne faut en général d'autre consentement que celui des deux contractans, à moins qu'ils ne soient en la puissance d'autrui.
Ainsi les princes & les princesses du sang ne peuvent se marier sans le consentement du roi.
Dans le royaume de Naples, les officiers ne peuvent pareillement se marier sans la permission du roi ; il est défendu aux évêques de souffrir qu'ils se fasse de pareils mariages dans leur diocese. Autrefois, en France, le gentilhomme qui n'avoit que des filles perdoit sa terre s'il les marioit sans le consentement de son seigneur ; & la mere en ayant la garde qui les marioit sans ce même consentement, perdoit ses meubles. L'héritiere d'un fief, après la mort de son pere, ne pouvoit pas non plus être mariée sans le consentement de son seigneur : cet usage subsistoit encore du tems de saint Louis, suivant les établissemens ou ordonnances qu'il fit.
Les enfans mineurs ne peuvent se marier sans le consentement de leurs pere & mere.
Suivant le droit romain, observé dans tous les parlemens de droit écrit, le mariage n'émancipe pas ; mais dans toutes les coutumes & dans les pays de droit écrit du ressort du parlement de Paris, le mariage opere une émancipation tacite.
Ceux qui n'ont plus leurs pere & mere & qui sont encore mineurs, ne peuvent se marier sans avis de parens ; le consentement de leur tuteur ou curateur, ne suffit pas pour autoriser le mariage.
Pour la validité du mariage, il faut un consentement libre, c'est pourquoi le mariage ne peut subsister entre le ravisseur & la personne ravie.
On regarde comme un devoir de la part du pere de marier ses filles, & de les doter selon ses moyens ; les filles ne peuvent cependant contraindre leur pere à le faire.
Le mariage parmi nous est quelquefois précédé de promesses de mariage, & ordinairement il l'est par des fiançailles.
Les promesses de mariage se font ou par des articles & contrats devant un notaire, ou par des promesses sous seing privé.
Ces promesses pour être valables, doivent être accompagnées de plusieurs circonstances.
La premiere, qu'elles soient faites entre personnes ayant l'âge du puberté, & qui soient capables de se marier ensemble.
La seconde, qu'elles soient par écrit, soit sous seing privé ou devant notaire. L'art. vij. de l'ordonnance de 1679 défend à tous juges, même d'Eglise, d'en recevoir la preuve par témoins.
La troisieme, qu'elles soient réciproques & faites doubles entre les parties contractantes, quand il n'y en a point de minute.
La quatrieme, qu'elles soient arrêtées en présence de quatre parens de l'une & l'autre des parties, quoiqu'elles soient de basse condition ; c'est la disposition de l'art. vij. de l'ordonnance de 1679, ce qui ne s'observe néanmoins que pour les mariages de mineurs.
Quand une des parties contrevient aux promesses de mariage, l'autre la peut faire appeller devant le juge d'Eglise pour être condamnée à les entretenir.
Le chapitre litteris veut que l'on puisse contraindre par censures ecclésiastiques d'accomplir les promesses de mariage ; c'est une décision de rigueur & de séverité, fondée sur le parjure qu'encourent ceux qui contreviennent à leur foi & à leur serment ; & pour obvier à ce parjure, on pensoit autrefois que c'étoit un moindre mal de contraindre au mariage ; mais depuis les choses plus murement examinées, l'on a trouvé que ce n'est point un parjure de résilier des promesses de mariage, on présume qu'il y a quelque cause légitime qu'on ne veut pas déclarer, & quand il n'y auroit que le seul changement de volonté, il doit être suffisant, puisque la volonté doit être moins forcée au mariage qu'en aucune autre action ; c'est pour ce sujet qu'ont été faites les decrétales praeterea & requisivit, par lesquelles la liberté est laissée toute entiere pour contracter mariage, quelques promesses que l'on puisse alléguer.
Autrefois, dans quelques parlemens, on condamnoit celui qui avoit ravi une personne mineure à l'épouser, sinon à être pendu ; mais cette jurisprudence dont on a reconnu les inconvéniens, est présentement changée, on ne condamne plus à épouser.
Il est vrai qu'en condamnant une partie en des dommages & intérêts pour l'inexécution des promesses de mariage, on met quelquefois cette alternative si mieux n'aime l'épouser, mais cette alternative laisse la liberté toute entiere de faire ou ne pas faire le mariage.
Les peines apposées dans les promesses de mariage sont nulles, parce qu'elles ôtent la liberté qui doit toujours accompagner les mariages, on accorde néanmoins quelquefois des dommages & intérêts selon les circonstances ; mais si l'on avoit stipulé une somme trop forte, elle seroit réductible, parce que ce seroit un moyen pour obliger d'accomplir le mariage, soit par l'impossibilité de payer le dédit, soit par la crainte d'être ruiné en le payant.
Les fiançailles sont les promesses d'un mariage futur qui se font en face d'Eglise ; elles sont de bienséance & d'usage, mais non pas de nécessité ; elles peuvent se contracter par toutes sortes de personnes, âgées du moins de sept ans, du consentement de ceux qui les ont en leur puissance. Voyez FIANÇAILLES.
Le contrat civil du mariage est la matiere, la base, le fondement & la cause du sacrement de mariage, c'est pourquoi il doit être parfait en soi pour être élevé à la dignité de sacrement ; car Dieu n'a pas voulu sanctifier toute conjonction, mais seulement celles qui se font suivant les lois reçues dans la société civile, de maniere que quand le contrat civil est nul par le défaut de consentement légitime, le sacrement n'y peut être attaché.
Le contrat ne produit jamais d'effets civils lorsqu'il n'y a point de sacrement : il arrive même quelquefois que le contrat ne produit point d'effets civils, quoique le sacrement soit parfait ; savoir, lorsque le contrat n'est pas nul par le défaut de consentement légitime, mais par le défaut de quelque formalité requise par les lois civiles, qui n'est pas de l'essence du mariage, suivant les lois de l'Eglise.
Toute personne qui a atteint l'âge de puberté, peut se marier.
Les lois avoient défendu mariage d'un homme de 60 ans & d'une femme de 50, mais Justinien leva cet obstacle, & il est permis à tout âge de se marier.
On peut contracter mariage avec toutes les personnes, à l'égard desquelles il n'y a point d'empêchement.
Ces empêchemens sont de deux sortes ; les uns empêchent seulement de contracter mariage, lorsqu'il n'est pas encore célébré ; les autres, qu'on appelle dirimans, sont tels qu'ils obligent de rompre le mariage lors même qu'il est célébré. Voyez EMPECHEMENT.
L'ordonnance de Blois & l'édit de 1697 enjoignent aux curés & vicaires de s'informer soigneusement de la qualité de ceux qui veulent se marier ; & en cas qu'ils ne les connoissent pas, de s'en faire instruire par quatre personnes dignes de foi, qui certifieront la qualité des contractans ; & s'ils sont enfans de famille, ou en la puissance d'autrui, il est expressément défendu aux curés & vicaires de passer outre à la célébration des mariages, s'il ne leur apparoît du consentement des pere, mere, tuteur & curateur, sur peine d'être punis comme fauteurs de crime de rapt.
Il est aussi défendu par l'ordonnance de Blois à tous tuteurs d'accorder ou consentir le mariage de leurs mineurs, sinon avec l'avis & consentement de leurs plus proches parens, tant paternels que maternels, sur peine de punition exemplaire.
Si les parties contractantes sont majeurs de 25 ans accomplis, le défaut de consentement des pere & mere n'opere pas la nullité du mariage ; mais les parties, quoique majeurs de 25 ans, sont obligées de demander par écrit le consentement de leurs pere & mere, & à leur défaut de leurs ayeul & ayeule, pour se mettre à couvert de l'exhérédation, & n'être pas privés des autres avantages qu'ils ont reçus de leurs pere & mere, ou qu'ils peuvent espérer en vertu de leur contrat de mariage ou de la loi.
Il suffit aux filles majeures de 25 ans de requérir ce consentement, sans qu'elles soient obligées de l'attendre plus long-tems : à l'égard des garçons, ils sont obligés d'attendre ce consentement jusqu'à 30 ans, autrement ils s'exposent à l'exhérédation & à toutes les peines portées par les ordonnances.
Néanmoins quand la mere est remariée, le fils âgé de 25 ans peut lui faire les sommations respectueuses.
Les enfans mineurs des pere & mere qui sont sortis du royaume sans permission & se sont retirés dans les pays étrangers, peuvent en leur absence contracter mariage, sans attendre ni demander le consentement de leurs pere & mere, ou de leurs tuteurs & curateurs, qui se sont retirés en pays étrangers, à condition néanmoins de prendre le consentement ou avis de six de leurs plus proches parens ou alliés, tant paternels que maternels ; & à défaut de parens, on doit appeller des amis. Cet avis de parens doit se faire devant le juge du lieu, le procureur d'office présent.
La déclaration du 5 Juin 1635 défend à toutes personnes de consentir sans la permission du roi que leurs enfans, ou ceux dont ils sont tuteurs ou curateurs, se marient en pays étranger, à peine des galeres perpétuelles contre les hommes, de bannissement perpétuel pour les femmes, & de confiscation de leurs biens.
Suivant les ordonnances, la publication des bans doit être faite par le curé de chacune des parties contractantes avec le consentement des pere, mere, tuteur ou curateur : s'ils sont enfans de famille, ou en la puissance d'autrui, & cela par trois divers jours de fêtes avec intervalle compétent, on ne peut obtenir dispense de bans, sinon après la publication du premier, & pour cause légitime.
Quand les mineurs qui se marient demeurent dans une paroisse différente de celle de leurs pere & mere, tuteurs ou curateurs, il faut publier les bans dans les deux paroisses.
On doit tenir un fidele registre de la publication des bans, des dispenses, des oppositions qui y surviennent, & des main-levées qui en sont données par les parties, ou prononcées en justice.
Le défaut de publication de bans entre majeurs n'annulle pourtant pas le mariage.
La célébration du mariage pour être valable doit être faite publiquement en présence du propre curé ; c'est la disposition du concile de Trente, & celle des ordonnances de nos rois ; & suivant la derniere jurisprudence, il faut le concours des deux curés.
Pour être réputé paroissien ordinaire du curé qui fait le mariage, il faut avoir demeuré pendant un tems suffisant dans sa paroisse ; ce tems est de six mois pour ceux qui demeuroient auparavant dans une autre paroisse de la même ville, ou dans le même diocese, & d'un an pour ceux qui demeuroient dans un autre diocese.
Lorsqu'il survient des oppositions au mariage, le curé ne peut passer outre à la célébration, à moins qu'on ne lui en apporte main-levée.
Outre les formalités dont on a déja parlé, il faut encore la présence de quatre témoins.
Enfin c'est la bénédiction nuptiale qui donne la perfection au mariage ; jusques-là, il n'y a ni contrat civil, ni sacrement.
Les juges d'Eglise sont seuls compétens pour connoître directement des causes de mariage par voie de nullité, pour ce qui est purement spirituel & de l'essence du sacrement.
Cependant tous juges peuvent connoître indirectement du mariage, lorsqu'ils connoissent ou du rapt par la voie criminelle, ou du contrat par la voie civile.
Lorsque l'on appelle comme d'abus de la célébration du mariage, le Parlement est le seul tribunal qui en puisse connoître.
Le mariage une fois contracté valablement, est indissoluble parmi nous, car on ne connoît point le divorce ; & quand il y a des empêchemens dirimans, on déclare que le mariage a été mal célébré, ensorte qu'à proprement parler, ce n'est pas rompre le mariage, puisqu'il n'y en a point eu de valable.
La séparation même de corps ne rompt pas non plus le mariage.
L'engagement du mariage est ordinairement précédé d'un contrat devant notaire, pour régler les conventions des futurs conjoints.
Ce contrat contient la reconnoissance de ce que chacun apporte en mariage, & les avantages que les futurs conjoints se font réciproquement.
Dans presque tous les pays il est d'usage que le futur époux promet à sa future épouse un douaire ou autre gain nuptial, pour lui assûrer sa subsistance après la mort de son mari ; autrefois les mariages se concluoient à la porte du moustier ou église ; tout se faisoit sans aucun écrit, & ne subsistoit que dans la mémoire des hommes ; de-là tant de prétextes pour annuller les mariages & pour se séparer.
On stipuloit le douaire à la porte de l'église ; & c'est de-là que vient l'usage qui s'observe présentement dans l'église, que le futur époux, avant la bénédiction nuptiale, dit à sa future : Je vous doue du douaire qui a été convenu entre vos parens & les miens, & lui donne en signe de cet engagement, une piece d'argent. Suivant le manuel de Beauvais, le mari dit en outre à sa femme : Je vous honore de mon corps, &c.
Il n'est pas nécessaire que le mariage ait été consommé pour que la femme gagne son douaire, si ce n'est dans quelques coutumes singulieres, qui portent expressément, que la femme gagne son douaire au coucher ; comme celle de Normandie, celle de Ponthieu, & quelques autres ; on n'exige pourtant pas la preuve de la consommation ; elle est présumée dans ce cas, dès que la femme a couché avec son mari.
C'est au mari à acquiter les charges du mariage ; & c'est pour lui aider à les soutenir, que les fruits de la dot lui sont donnés.
Les seconds, troisiemes & autres mariages sont sujets à des lois particulieres, dont nous parlerons au mot SECONDES NOCES.
Sur le mariage en général, voyez le Liv. V. du code de Paris, le tit. 1. jusqu'au 27. inclusivement ; le liv. IV. des decrétales ; les novelles 117. 140 ; l'édit d'Henri IV. de Février 1556 ; l'ordonnance d'Orléans, art. 3 ; l'ordonnance de Blois, art. 40. & suiv. l'édit de Melun, art. 25 ; l'édit d'Henri IV. de 1606, art. 12 ; l'ordonnance de Louis XIII. de 1629, art. 39. & 169 ; la déclaration de 1639 ; l'édit du mois de Mars 1697 ; les Mémoires du clergé, tome V ; les lois ecclésiastiques, de Hericourt ; la Bibliotheque canonique ; celle de Bouchel ; & celle de Jovet ; le dictionnaire de Brillon, au mot mariage ; & les auteurs qui ont traité du mariage, dont il donne une longue liste.
Il y a encore plusieurs observations à faire sur certains mariages, dont nous allons donner des notions dans les subdivisions suivantes.
MARIAGE ABUSIF, est celui dans la célébration duquel on a commis quelque contravention aux saints canons ou ordonnances du royaume, voyez ABUS, & ce qui a été dit ici du mariage en général.
MARIAGE ACCOMPLI signifie celui qui est célébré en face d'Eglise ; par le contrat de mariage les parties contractantes promettent se prendre en légitime mariage, & ajoutent ordinairement qu'il sera accompli incessamment. (A)
MARIAGE AVENANT en Normandie, est la légitime des filles, non mariées du vivant de leurs pere & mere ; leur part se regle ordinairement au tiers de la succession, art. 256. de la cout. & en quelque nombre qu'elles soient, elles ne peuvent jamais demander plus que le tiers ; mais s'il y a plus de freres que de soeurs, en ce cas les soeurs n'auront pas le tiers, mais partageront également avec leurs freres puînés, art. 269. de la cout. parce que soit en bien noble ou en roture, soit par la coutume générale ou par la coutume de Caux, jamais la part d'une fille ne peut être plus forte, ni excéder la part d'un cadet puîné. Sur la maniere dont le mariage avenant doit être liquidé, voyez Routier sur la cout. de Normandie, liv. IV. ch. iv. sect. iv. (A)
MARIAGE CACHE ou SECRET, est celui dans lequel on a observé toutes les formalités requises, mais dont les conjoints cherchent à ôter la connoissance au public en gardant entr'eux un extérieur contraire à l'état du mariage, soit qu'il n'y ait pas de cohabitation publique, ou que demeurant ensemble, ils ne se fassent pas connoître pour mari & femme.
Avant la déclaration du 26 Novembre 1639, ces sortes de mariages étoient absolument nuls à tous égards, au lieu que suivant cette déclaration, ils sont réputés valables quoad foedus & sacramentum.
Mais quand on les tient cachés jusqu'à la mort de l'un des conjoints, ils ne produisent point d'effets civils ; de sorte que la veuve ne peut prendre ni communauté, ni douaire, ni aucun des avantages portés par son contrat de mariage, les enfans ne succedent point à leurs pere & mere.
On leur laisse néanmoins les qualités stériles de veuve & d'enfans légitimes, & on leur adjuge ordinairement une somme pour alimens ou une pension annuelle.
Les mariages cachés sont différens des mariages clandestins, en ce que ceux-ci sont faits sans formalités & ne produisent aucun effet civil ni autre. Voyez Soefve, tom. I. cent. iv. ch. xxvij. & tom. II. ch. lvij. & lxxj. Augeard, tom. I. ch. lj. & lx. & ci-après MARIAGE CLANDESTIN. (A)
MARIAGE CELEBRE, c'est lorsque l'homme & la femme qui sont convenus de s'épouser, ont reçu de leur propre curé la bénédiction nuptiale. Voyez MARIAGE CONTRACTE.
MARIAGE CHARNEL se dit par opposition au mariage spirituel ; on l'appelle charnel, parce qu'il comprend l'union des corps aussi-bien que celle des esprits. Voyez ci-après MARIAGE SPIRITUEL.
MARIAGE PER COEMPTIONEM, étoit une des trois formes de mariages usités chez les romains, avant qu'ils eussent embrassé la religion chrétienne, cette forme étoit la plus ancienne & la plus solemnelle, & étoit beaucoup plus honorable pour la femme, que le mariage qu'on appelloit per usum ou par usucapion.
On appelloit celui-ci mariage per coemptionem, parce que le mari achetant solemnellement sa femme, achetoit aussi conséquemment tous ses biens ; d'autres disent que les futurs époux s'achetoient mutuellement ; ce qui est de certain, c'est que pour parvenir à ce mariage ils se demandoient l'un & l'autre ; savoir le futur époux à la future, si elle vouloit être sa femme, & celle-ci demandoit au futur époux s'il vouloit être son mari ; & suivant cette forme, la femme passoit en la main de son mari, c'est-à-dire, en sa puissance ou en la puissance de celui auquel il étoit lui-même soumis. La femme ainsi mariée étoit appellée justa uxor, tota uxor, mater-familias ; les cérémonies de cette sorte de mariage sont très-bien détaillées par M. Terrasson, dans son Hist. de la jurisprudence rom. Voyez aussi Loiseau, du déguerpissem. liv. II. ch. iv. n. 5. & Grégorius Tolosanus, in syntagm. juris, lib. IX. cap. v. n. 24. de usucapion.
MARIAGE PAR CONFARREATION, per confarreationem, étoit aussi une forme de mariage usitée chez les Romains du tems du paganisme ; elle fut introduite par Romulus : les futurs époux se rendoient à un temple où l'on faisoit un sacrifice en présence de dix témoins ; le prêtre offroit entr'autres choses un pain de froment & en dispersoit des morceaux sur la victime ; c'étoit pour marquer que le pain, symbole de tous les autres biens, seroit commun entre les deux époux & qu'ils seroient communs en biens, ce rit se nommoit confarréation. La femme par ce moyen étoit commune en biens avec son mari, lequel néanmoins avoit l'administration : lorsque le mari mouroit sans enfans, elle étoit son héritiere ; s'il y avoit des enfans, la mere partageoit avec eux : il paroît que dans la suite cette forme devint particuliere aux mariages des prêtres. Voyez Loiseau, du déguerpissem. liv. II. ch. iv. n. 5. Voyez Gregorius, in syntag. jur. liv. IX. ch. v. n. 7. & M. Terrasson, Hist. de la jurisp. rom. (A)
MARIAGE CLANDESTIN, est celui qui est célebré sans y observer toutes les formalités requises pour la publicité des mariages, comme lorsqu'il n'y a pas le concours des deux curés, ou qu'il n'y a pas eu de publication de bans, ou du moins une dispense pour ceux qui n'ont pas été publiés.
Ces sortes de mariages sont nuls, du moins quant aux effets civils, ainsi les enfans qui en proviennent sont incapables de toutes successions directes & collatérales.
Mais la clandestinité ne fait pas toujours seule annuller un mariage, on le confirme quelquefois quoad faedus, ce qui dépend des circonstances, & néanmoins ces sortes de mariages ne produisent jamais d'effets civils. Voyez la biblioth. can. tom. II. page 78. (A)
MARIAGE DE CONSCIENCE, c'est un mariage secret ou dépourvû des formalités & conditions qui sont requises pour la publicité des mariages, mais qui ne sont pas essentielles pour la légitimité du contrat fait en face d'église, ni pour l'application du sacrement à ce contrat, on les appelle mariages de conscience, parce qu'ils sont légitimes devant Dieu, & dans le for intérieur, mais ils ne produisent point d'effets civils. Ces sortes de mariages peuvent quelquefois tenir un peu des mariages clandestins ; il peut cependant y avoir quelque différence, en ce qu'un mariage de conscience peut être célebré devant le propre curé, & même avec le concours des deux curés & avec dispense de bans ; c'est plutôt un mariage caché qu'un mariage clandestin.
Il y a aussi des mariages qui semblent n'être faits que pour l'acquit de la conscience, & qui ne sont point cachés ni clandestins, comme les mariages faits in extremis. Voyez MARIAGE IN EXTREMIS. (A)
MARIAGE CONSOMME, c'est lorsque depuis la bénédiction nuptiale les conjoints ont habité ensemble.
Le mariage quoique non-consommé n'en est pas moins valable, pourvû qu'on y ait observé toutes les formalités requises, & que les deux conjoints fussent capables de le consommer.
Un tel mariage produit tous les effets civils, tels que la communauté & le douaire ; il y a néanmoins quelques coutumes telles que celle de Normandie, qui par rapport au douaire, veulent que la femme ne le gagne qu'au coucher ; mais ces coutumes ne disent pas qu'il soit nécessaire précisément que le mariage ait été consommé.
Le mariage n'étant pas encore consommé, il est résolu de plein droit, quand l'une des deux parties entre dans un monastere approuvé & y fait profession religieuse par des voeux solemnels, auquel cas celui qui reste dans le monde peut se remarier après la profession de celui qui l'a abandonné. Voyez le titre des décrétales, de conversione conjugatorum. (A)
MARIAGE CONTRACTE, n'est pas la convention portée par le contrat de mariage, car ce contrat n'est proprement qu'un simple projet, tant que le mariage n'est pas célebré, & ne prend sa force que de la célébration ; le mariage n'est contracté, que quand les parties ont donné leur consentement en face d'église, & qu'ils ont reçû la bénédiction nuptiale.
MARIAGE DISSOUS, est celui qui a été déclaré nul ou abusif ; c'est très-improprement que l'on se sert du terme de dissolution, car le mariage une fois valablement contracté est indissoluble ; ainsi par le terme dissous, on entend un prétendu mariage que l'on a jugé nul.
MARIAGE DISTINCT, DIVIS OU SEPARE, dans le duché de Bourgogne, signifie la dot ou mariage préfix, distinct & séparé du reste du bien des pere & mere qui ont doté leurs filles, au moyen duquel mariage ou dot elles sont excluses des successions directes, au lieu qu'elles n'en sont pas excluses quand le mariage n'est pas divis, comme quand leur dot ou mariage leur est donné en avancement d'hoirie & sur la succession future. Voyez la cout. de Bourgogne, tit. des success. (A)
MARIAGE DIVIS. Voyez l'article ci-dessus.
MARIAGE OU DOT, ce que les pere ou mere donnent en dot à leurs enfans en faveur de mariage est souvent appellé par abréviation le mariage des enfans. (A)
MARIAGE PAR ECHANGE, c'est lorsqu'un pere marie sa fille dans une maison où il choisit une femme pour son fils, & qu'il subroge celle-ci à la place de sa propre fille pour lui succéder. Ces sortes de mariages sont principalement usités entre personnes de condition servile, pour obtenir plus facilement le consentement du seigneur ; il en est parlé dans la coûtume de Nivernois, chap. xviij. art. xxxj. qui porte que gens de condition servile peuvent marier leurs enfans par échange. Voyez le Gloss. de M. de Lauriere au mot échange. (A)
MARIAGE ENCOMBRE, terme usité en Normandie pour exprimer une dot mal aliénée ; c'est lorsque la dot de la femme a été aliénée par le mari sans le consentement de la femme, ou par la femme sans l'autorisation de son mari. Le bref de mariage encombré dont il est parlé dans la coûtume de Normandie, art. dxxxvij. équipole, dit cet article, à une reintégrande pour remettre les femmes en possession de leurs biens, moins que dûement aliénés durant leur mariage, ainsi qu'elles avoient lors de l'aliénation ; cette action possessoire doit être intentée par elles ou leurs héritiers dans l'an de la dissolution du mariage, sauf à eux à se pourvoir après l'an & jour par voie propriétaire, c'est-à-dire au pétitoire. Voyez Basnage & les autres Commentateurs sur cet article dxxxvij.
MARIAGE INCESTUEUX, est celui qui est contracté entre des personnes parentes dans un degré prohibé, comme les pere & mere avec leurs enfans ou petits-enfans, à quelque degré que ce soit, les freres & soeurs, oncles, tantes, neveux & nieces, & les cousins & cousines jusques & compris le quatrieme degré.
Il en est de même des personnes entre lesquelles il y a une alliance spirituelle, comme le parrain & la filleule, la marraine & le filleul, le parrain & la mere de l'enfant qu'il a tenu sur les fonts, la marraine & le pere de l'enfant. Voyez INCESTE.
MARIAGE IN EXTREMIS, est celui qui est contracté par des personnes, dont l'une ou l'autre étoit dangereusement malade de la maladie dont elle est décédée.
Ces mariages ne laissent pas d'être valables lorsqu'ils n'ont point été précédés d'un concubinage entre les mêmes personnes.
Mais lorsqu'ils ont été commencés ab illicitis, & que le mariage n'a été contracté que dans le tems où l'un des futurs conjoints étoit à l'extrémité ; en ce cas ces mariages, quoique valables quant à la conscience, ne produisent aucuns effets civils, les enfans peuvent cependant obtenir des alimens dans la succession de leur pere.
Avant l'ordonnance de 1639, un mariage célébré in extremis, avec une concubine, dont il y avoit même des enfans, étoit valable, & les enfans légitimés par ce mariage, & capables de succéder à leurs pere & mere ; mais l'art. vj. de cette ordonnance déclare les enfans nés de femmes que les peres ont entretenues, & qu'ils épousent à l'extrémité de la vie, incapables de toutes successions, tant directes que collatérales. (A)
FOR-MARIAGE. Voyez ci-devant à la lettre F le mot FOR-MARIAGE.
MARIAGE DE LA MAIN GAUCHE, c'est une espece particuliere de mariage qui est quelquefois pratiquée en Allemagne par les princes de ce pays ; lorsqu'ils épousent une personne de condition inférieure à la leur, ils lui donnent la main gauche aulieu de la droite. Les enfans qui proviennent d'un tel mariage sont légitimes & nobles, mais ils ne succedent point aux états du pere, à moins que l'empire ne les réhabilite. Quelquefois le prince épouse ensuite sa femme de la main droite, comme fit le duc Georges-Guillaume de Lunebourg-à-Zell, qui épousa d'abord de la main gauche une demoiselle françoise, nommée Eléonore de Miers, du pays d'Aunis, & ensuite il l'épousa de la main droite. De ce mariage naquit Sophie-Dorothée, mariée à son cousin Georges, électeur d'Hanovre, & roi d'Angleterre, qui se sépara d'elle. Voyez le Tableau de l'empire Germanique, pag. 138. (A)
MARIAGE A LA GOMINE, on appelloit ainsi les prétendus mariages que quelques personnes faisoient autrefois, sans bénédiction nuptiale, par un simple acte, par lequel les parties déclaroient au curé qu'ils se prenoient pour mari & femme : ces sortes d'actes furent condamnés dans les assemblées générales du clergé de 1670 & 1675 ; & par un arrêt du parlement du 5 Septembre 1680, il fut défendu à tous notaires de recevoir de pareils actes, ce qui fut confirmé par une déclaration du 15 Juin 1669. Voyez les Mémoires du clergé, tom. V. p. 720. & suiv. & l'Abrégé desdits mémoires, p. 851. (A)
MARIAGE A MORTGAGE, ce n'étoit pas un mariage contracté ad morganaticam, comme l'a cru M. Cujas sur la loi 26e. in fine, ff. de verb. oblig. c'étoit un mariage en faveur duquel une terre étoit donnée par le pere ou la mere à leurs enfans, pour en percevoir les fruits jusqu'à ce qu'elle eût été rachetée. Pierre de Fontaines en son conseil chap. 15. n °. 14. dit que quand on a donné à la fille une terre en mariage, cela n'est pas contre la coûtume, pourvû que cette terre revienne au pere en cas de décès de la fille sans enfans ; mais que si l'on a donné à la fille des deniers en mariage, & une piece de terre à mortgage pour les deniers ; que si la fille meurt sans enfans, la terre doit demeurer pour la moitié du nombre (de la somme) au mari ou à son héritier, selon ce qui a été convenu par le contrat. Voyez Boutillier, dans sa Somme, liv. I. tit. lxxviij. p. 458. Loisel dans ses Institutes, liv. III. tit. vij. art. ij. & iij. (A)
MARIAGE A LA MORGANATIQUE, ad morganaticam : on appelle ainsi en Allemagne les mariages dans lesquels le mari fait à la femme un don de noces, qui dans le langage du pays s'appelle morgengabe, de morgen qui veut dire matin, & de gabe qui signifie don, quasi matutinale donum. Depuis par corruption on l'a appellé morgingab ou morgincap, morghanba ou morghangeba, morganegiba, & enfin morganaticum, & les mariages qui étoient accompagnés de ce don, mariage à la morganatique. Suivant Kilianus, & le Speculum saxonicum, ce don se faisoit par le mari le jour même des noces avant le banquet nuptial ; mais suivant un contrat de mariage qui est rapporté par Galland dans son Traité du franc aleu, ce don nuptial se faisoit après la premiere nuit des noces, quasi ob praemium defloratae virginis. Ce don consistoit dans le quart des biens présens & à venir du mari, du-moins tel étoit l'usage chez les Lombards. Voyez le Spicilege d'Achery, tome XII. page 153. & le Gloss. de Ducange au mot MORGAGENIBA. (A)
MARIAGE NUL, on appelle ainsi, quoiqu'improprement, une conjonction à laquelle on a voulu donner la forme d'un mariage, mais qui n'a point été revêtue de toutes les conditions & formalités requises pour la validité d'un tel contrat, comme quand il y a quelque empêchement dirimant dont on n'a point eu de dispense, ou qu'il n'y a point eu de publication de bans, ou que le mariage n'a point été célébré en présence du propre curé, ou par un prêtre par lui commis. On dit que cette expression mariage nul est impropre ; en effet, ce qu'on entend par mariage nul n'est point un mariage, mais une conjonction illicite & un acte irrégulier. Voyez ce qui a été dit du mariage en général, & l'article suivant. (A)
MARIAGE NUL QUANT AUX EFFETS CIVILS SEULEMENT, on entend par-là celui qui, suivant les lois ecclésiastiques, est valable quoad foedus & vinculum, mais qui, suivant les lois politiques, est nul quant au contrat civil. Il y a trois cas où les mariages sont ainsi valables quant au sacrement, & nuls quant aux effets civils ; savoir, 1°. lorsque le mariage a été tenu caché pendant toute la vie de l'un des conjoints ; 2°. les mariages faits in extremis, lorsque les conjoints ont vécu ensemble en mauvais commerce avant le mariage ; 3°. les mariages contractés par des personnes mortes civilement.
MARIAGES PAR PAROLES DE PRESENT : on entendoit par-là ceux où les parties contractantes, après s'être transportées à l'église & présentées au curé pour recevoir la bénédiction nuptiale, sur son refus, déclaroient l'un & l'autre, en présence des notaires qu'ils avoient amenés à cet effet, qu'ils se prenoient pour mari & femme, dont ils requéroient les notaires de leur donner acte.
Ces sortes de mariages s'étoient introduits d'après le Droit canon, où l'on fait mention de sponsalibus quae de praesenti vel futuro fiunt, & où il est dit que les promesses de praesenti matrimonium imitantur, qu'étant faites après celles de futuro, tollunt ea, c'est-à-dire que celui qui s'est ainsi marié postérieurement par paroles de présent est préféré à l'autre, mais que les promesses de futuro étant faites après celles de praesenti ne leur dérogent & nuisent en rien. Ces promesses de futuro sont appellées fides pactionis, celles de praesenti, fides consensûs.
Le Droit civil n'a point connu ces promesses appellées sponsalia de praesenti, mais seulement celles qui se font de futuro. Voyez M. Cujas sur le titre de sponsal. & matrim. liv. IV. Decretal. tit. j.
Cependant ces sortes de mariages n'ont pas laissé de se pratiquer long-tems en France, il y a même d'anciens arrêts qui les ont jugé valables, notamment un arrêt du 4 Février 1576, rapporté par Theveneau dans son Commentaire sur les ordonnances.
L'ordonnance de Blois, art. xliv. défendit à tous notaires, sous peine de punition corporelle, de passer ou recevoir aucunes promesses de mariage par paroles de présent.
Cependant, soit qu'on interpretât différemment cette ordonnance, ou que l'on eût peine à se soumettre à cette loi, on voyoit encore quelques mariages par paroles de présent.
Dans les assemblées générales du clergé tenues en 1670 & 1675, on délibéra sur les mariages entre catholiques & huguenots faits par un simple acte, au curé par lequel, sans son consentement, les deux parties lui déclarent qu'ils se prennent pour mari & femme ; il fut résolu d'écrire une lettre à tous les prélats, pour les exhorter de faire une ordonnance synodale, portant excommunication contre tous ceux qui assisteroient à de pareils mariages, & que l'assemblée demanderoit un arrêt faisant défenses aux notaires de recevoir de tels actes.
Les évêques donnerent en conséquence des ordonnances synodales conformes à ces délibérations, & le 5 Septembre 1680, il intervint un arrêt de reglement, qui défendit à tous notaires, à peine d'interdiction, de passer à l'avenir aucuns actes par lesquels les hommes & les femmes déclareroient qu'ils se prennent pour maris & femmes, sur les refus qui leur seront faits par les archevêques & évêques, leurs grands-vicaires, ou curés, de leur conférer le sacrement de mariage, à la charge par lesdits prélats, leurs grands-vicaires, & curés, de donner des actes par écrit qui contiendront les causes de leur refus lorsqu'ils en seront requis.
Il se présenta pourtant encore en 1687 une cause au parlement sur un mariage contracté par paroles de présent, par acte du 30 Juillet 1679, fait en parlant à M. l'évêque de Soissons. L'espece étoit des plus favorables, en ce qu'il y avoit eu un ban publié & dispense des deux autres. La célébration du mariage n'avoit été arrêtée que par une opposition qui étoit une pure chicane ; on avoit traîné la procédure en longueur pour fatiguer les parties ; depuis le prétendu mariage le mari étoit mort ; il y avoit un enfant. Cependant par arrêt du 29 Août 1687, il fut fait défenses à la femme de prendre la qualité de veuve, & à l'enfant de prendre le titre de légitime ; on leur accorda seulement des alimens.
La déclaration du 15 Juin 1697, ordonna que les conjonctions des personnes qui se prétendront mariées en conséquence des actes qu'ils auront obtenus, du consentement réciproque avec lequel ils se seront pris pour mari & femme, n'emporteront aucuns effets civils en faveur des prétendus conjoints & des enfans qui en peuvent naître, lesquels seront privés de toutes successions directes & collatérales ; & il est défendu à tous juges, à peine d'interdiction, & même de privation de leurs charges, d'ordonner aux notaires de délivrer des actes de cette nature, & à tous notaires de les délivrer sous les peines portées par cette déclaration. Voyez les Mémoires du clergé, tome V. pag. 767. (A)
MARIAGE PRECIPITE est celui qu'une veuve contracte avant l'année révolue depuis le décès de son précédent mari.
On le regarde comme précipité, soit propter incertitudinem prolis, soit à cause des bienséances qu'une veuve doit observer pendant l'an du deuil. Voyez DEUIL & SECONDES NOCES. (A)
MARIAGE PRESOMPTIF, voyez ci-après MARIAGE PRESUME. (A)
MARIAGE PRESUME ou PRESOMPTIF, matrimonium ratum & praesumptum. On appelloit ainsi les promesses de mariage de futuro, lesquelles étant suivies de la copule charnelle, étoient réputées ratifiées & former un mariage présumé.
Alexandre III. qui siégeoit dans le xj. siecle, semble en quelque sorte avoir approuvé les mariages présumés, per consensum & copulam, au ch. xiij. & xv. de sponsalib. & matrim. mais il paroît aux endroits cités, que dans l'espece il y a voit eu quelques solemnités de l'Eglise observées, & que sponsalia praecesserant, c'étoient d'ailleurs des cas singuliers dont la décision ne peut donner atteinte au droit général.
En effet, Honorius III. qui siégeoit dans le xij. siecle, témoigne assez que l'on ne reconnoissoit alors pour mariages valables que ceux qui étoient célébrés en face d'église, & où les époux avoient reçu la bénédiction nuptiale.
Ce fut Grégoire IX. successeur d'Honorius, qui décida le premier que les promesses de mariage futur, sponsalia de futuro, acquéroient le titre & l'effet du mariage lorsqu'elles étoient suivies de la copule charnelle.
Mais comme l'Eglise avoit toûjours détesté de tels mariages, que les conciles de Latran & ensuite celui de Trente, les ont déclarés nuls & invalides, & que les édits & ordonnances de nos rois les ont aussi déclarés non-valablement contractés : l'Eglise ni les tribunaux ne reconnoissent plus de telles conjonctions pour des mariages valables ; elles sont même tellement odieuses, que la seule citation faite devant l'official, in casu matrimonii rati & praesumpti, est toûjours déclarée abusive par les parlemens. Voyez Fevret, traité de l'abus, tome I. liv. 5. ch. ij. n. 36. & suiv. (A)
MARIAGE PAR PROCUREUR ; ce que l'on entend par ces termes n'est qu'une cérémonie qui se pratique pour les mariages des souverains & princes de leur sang, lesquels font épouser par procureur la princesse qu'ils demandent en mariage, lorsqu'elle demeure dans un pays éloigné de celui où ils font leur séjour.
Le fondé de procuration & la future épouse vont ensemble à l'église, où l'on fait toutes les mêmes cérémonies qu'aux mariages ordinaires. Il étoit même autrefois d'usage qu'après la cérémonie la princesse se mettoit au lit, & qu'en présence de toute la cour le fondé de procuration étant armé d'un côté, mettoit une jambe bottée sous les draps de la princesse. Cela fut ainsi pratiqué lorsque Maximilien d'Autriche, roi des Romains, épousa par procureur Anne de Bretagne ; & néanmoins au préjudice de ce mariage projetté, elle épousa depuis Charles VIII. roi de France, dont Maximilien fit grand bruit, ce qui n'eut pourtant point de suite.
Comme les sacremens ne se reçoivent point par procureur, ce que l'on appelle ainsi mariage par procureur n'est qu'une cérémonie & une préparation au mariage qui ne rend pas le mariage accompli : tellement que la cérémonie de la bénédiction nuptiale se réitere lorsque les deux parties sont présentes en personnes, ce qui ne se feroit pas si le mariage étoit réellement parfait. On peut voir dans le mercure de France de 1739, & autres mémoires du tems, de quelle maniere se fit le mariage de Madame avec l'infant don Philippe, que M. le duc d'Orleans étoit chargé de représenter dans la cérémonie du mariage. La premiere cérémonie se fit dans la chapelle de Versailles. M. le cardinal de Rohan, grand aumônier de France, demanda au duc d'Orleans si, comme procureur de don Philippe infant d'Espagne, il prenoit madame Louise Elisabeth de France pour sa femme & légitime épouse. Il fit pareille question à la princesse, & il est dit qu'il leur donna la bénédiction nuptiale. Néanmoins on trouve ensuite que la princesse étant arrivée à Alcala le 25 Octobre suivant, & ayant été conduite dans l'appartement de la reine, le patriarche des Indes lui donna & à l'infant don Philippe, dans la chambre de la reine, la bénédiction nuptiale en présence de leurs majestés & des princes & princesses de la famille royale. (A)
MARIAGE PROHIBE est celui qui est défendu par les canons ou par les ordonnances du royaume. (A)
MARIAGE appellé RATUM ET PRAESUMPTUM, Voyez MARIAGE PRESUME.
MARIAGE RECHAUFFE, c'est ainsi qu'en quelques provinces, comme en Berry, l'on appelle vulgairement les seconds mariages. Voyez Boenius consil. 40, & le glossaire de M. de Lauriere, au mot mariage. (A)
MARIAGE REHABILITE, c'est lorsque le mariage est célébré de nouveau pour réparer ce qui manquoit au premier pour sa validité. Le terme de réhabilitation semble impropre, en ce que les vices d'un mariage nul ne peuvent être réparés qu'en célébrant un autre mariage avec toutes les formalités requises : de maniere que le premier mariage ne devient pas pour cela valable, mais seulement le second. Cependant un mariage qui étoit valable quant au for intérieur, peut être réhabilité pour lui donner les effets civils, mais il ne produit toujours ces effets que du jour du second mariage valablement contracté. Voyez les regles générales qui ont été expliquées en parlant des mariages en général. (A)
MARIAGE ROMPU s'entend ou d'un simple projet de mariage dont l'exécution n'a pas suivi, ou d'un prétendu mariage dont la nullité a été prononcée ou qui a été déclaré abusif. (A)
MARIAGE, SECOND, TROISIEME, ou autre subséquent, voyez ci-après au mot NOCES l'article SECONDES NOCES. (A)
MARIAGE SECRET, voyez MARIAGE CACHE.
MARIAGE SOLEMNEL. On entendoit par-là chez les Romains celui qui se faisoit per coemptionem, à la différence de celui qui se faisoit seulement per usum, ou par usucapion. Parmi nous on entend par mariage solemnel celui qui est revêtu de toutes les formalités requises par les canons & par les ordonnances du royaume. (A)
MARIAGE SPIRITUEL s'entend de l'engagement qu'un évêque contracte avec son église & un curé avec sa paroisse. En général le sacerdoce est considéré comme un mariage spirituel ; ce mariage est appellé spirituel par opposition au mariage charnel. Voyez cap. ij. extra de translatione episcop. Berault sur la coutume de Normandie, article 381, & le traité des matieres bénéficiales de M. Fuet, pag. 254.
MARIAGE SUBSEQUENT. On entend par-là celui qui suit un précédent mariage, comme le second à l'égard du premier, ou le troisieme à l'égard du second, & ainsi des autres. Le mariage subséquent a l'effet de légitimer les enfans nés auparavant, pourvu que ce soit ex soluta & soluto. Voyez BATARD, GITIMATIONTION. (A)
MARIAGE A TEMS. Le divorce qui avoit lieu chez les Romains, eut lieu pareillement dans les Gaules depuis qu'elles furent soumises aux Romains ; c'est apparemment par un reste de cet usage qu'anciennement en France, dans des tems de barbarie & d'ignorance, il y avoit quelquefois des personnes qui contractoient mariage pour un tems seulement. M. de Varillas trouva dans la bibliotheque du roi parmi les manuscrits, un contrat de mariage fait dans l'Armagnac en 1297 pour sept ans, entre deux nobles, qui se réservoient la liberté de le prolonger au bout de sept années s'ils s'accommodoient l'un de l'autre ; & en cas qu'au terme expiré ils se séparassent, ils partageroient par moitié les enfans mâles & femelles provenus de leur mariage ; & que si le nombre s'en trouvoit impair, ils tireroient au sort à qui le surnuméraire échéeroit.
Il se pratique encore dans le Tonquin que quand un vaisseau arrive dans un port, les matelots se marient pour une saison ; & pendant le tems que dure cet engagement précaire, ils trouvent, dit-on, l'exactitude la plus scrupuleuse de la part de leurs épouses, soit pour la fidélité conjugale, soit dans l'arrangement économique de leurs affaires. Voyez l'essai sur la polygamie & le divorce, traduit de l'anglois de M. Hume, inséré au mercure de Février 1757, p. 45. (A)
MARIAGE PAR USUCAPION ou PER USUM, étoit une forme de mariage usitée chez les Grecs & chez les Romains du tems du paganisme. Le mari prenoit ainsi une femme pour l'usage, c'est-à-dire pour en avoir des enfans légitimes, mais il ne lui communiquoit pas les mêmes privileges qu'à celle qui étoit épousée solemnellement. Ce mariage se contractoit par la co-habitation d'un an. Lorsqu'une femme maîtresse d'elle-même avoit demeuré pendant un an entier dans la maison d'un homme sans s'être absentée pendant trois nuits, alors elle étoit réputée son épouse, mais pour l'usage & la co-habitation seulement : c'étoit une des dispositions de la loi des douze tables.
Ce mariage, comme on voit, étoit bien moins solemnel que le mariage per coemptionem ou par confarréation : la femme qui étoit ainsi épousée étoit qualifiée uxor, mais non pas mater-familias ; elle contractoit un engagement à la différence des concubines, qui n'en contractoient point, mais elle n'étoit point en communauté avec son mari ni dans sa dépendance.
Le mariage par usucapion pouvoit se contracter en tout tems & entre toutes sortes de personnes : une femme que son mari avoit instituée héritiere à condition de ne se point remarier, ne pouvoit pas contracter de mariage solemnel sans perdre la succession de son mari, mais elle pouvoit se marier par usucapion, en déclarant qu'elle ne se marioit point pour vivre en communauté de biens avec son mari, ni pour être sous sa puissance, mais seulement pour avoir des enfans. Par ce moyen elle étoit censée demeurer veuve, parce qu'elle ne faisoit point partie de la famille de son nouveau mari, & qu'elle ne lui faisoit point part de ses biens, lesquels conséquemment passoient aux enfans qu'elle avoit eus de son premier mariage. Voyez ci-devant l'article MARIAGE PER COEMPTIONEM, & les auteurs cités en cet endroit. (A)
MARIAGE des Romains, (Hist. rom.) le mariage se célébroit chez les Romains avec plusieurs cérémonies scrupuleuses qui se conserverent long-tems, du-moins parmi les bourgeois de Rome.
Le mariage se traitoit ordinairement avec le pere de la fille ou avec la personne dont elle dépendoit. Lorsque la demande étoit agréée & qu'on étoit d'accord des conditions, on les mettoit par écrit, on les scelloit du cachet des parens, & le pere de la fille donnoit le repas d'alliance ; ensuite l'époux envoyoit à sa fiancée un anneau de fer, & cet usage s'observoit encore du tems de Pline ; mais bien-tôt après on n'osa plus donner qu'un anneau d'or. Il y avoit aussi des négociateurs de mariages auxquels on faisoit des gratifications illimitées, jusqu'à ce que les empereurs établirent que ce salaire seroit proportionné à la valeur de la dot. Comme on n'avoit point fixé l'âge des fiançailles avant Auguste, ce prince ordonna qu'elles n'auroient lieu que lorsque les parties seroient nubiles ; cependant dès l'âge de dix ans on pouvoit accorder une fille, parce qu'elle étoit censée nubile à douze.
Le jour des noces on avoit coutume en coëffant la mariée, de séparer les cheveux avec le fer d'une javeline, & de les partager en six tresses à la maniere des vestales, pour lui marquer qu'elle devoit vivre chastement avec son mari. On lui mettoit sur la tête un chapeau de fleurs, & par-dessus ce chapeau une espece de voile, que les gens riches enrichissoient de pierreries. On lui donnoit des souliers de la même couleur du voile, mais plus élevés que la chaussure ordinaire, pour la faire paroître de plus grande taille. On pratiquoit anciennement chez les Latins une autre cérémonie fort singuliere, qui étoit de présenter un joug sur le col de ceux qui se fiançoient, pour leur indiquer que le mariage est une sorte de joug : & c'est de-là, dit-on, qu'il a pris le nom de conjugium. Les premiers Romains observoient encore la cérémonie nommée confarréation, qui passa dans la suite au seul mariage des pontifes & des prêtres. Voyez CONFARREATION.
La mariée étoit vêtue d'une longue robe blanche ou de couleur de safran, semblable à celle de son voile ; sa ceinture étoit de fine laine nouée du noeud herculéen qu'il n'appartenoit qu'au mari de dénouer. On feignoit d'enlever la mariée d'entre les bras de sa mere pour la livrer à son époux, ce qui se faisoit le soir à la lueur de cinq flambeaux de bois d'épine blanche, portés par de jeunes enfans qu'on nommoit pueri lauti, parce qu'on les habilloit proprement & qu'on les parfumoit d'essences : ce nombre de cinq étoit de regle en l'honneur de Jupiter, de Junon, de Vénus, de Diane, & de la déesse de Persuasion. Deux autres jeunes enfans conduisoient la mariée, en la tenant chacun par une main, & un troisieme enfant portoit devant elle le flambeau de l'hymen. Les parens faisoient cortege en chantant hymen, ô hyménée. Une femme étoit chargée de la quenouille, du fuseau & de la cassette de la mariée. On lui jettoit sur la route de l'eau lustrale, afin qu'elle entrât pure dans la maison de son mari.
Dès qu'elle arrivoit sur le seuil de la porte, qui étoit ornée de guirlandes de fleurs, on lui présentoit le feu & l'eau, pour lui faire connoître qu'elle devoit avoir part à toute la fortune de son mari. On avoit soin auparavant de lui demander son nom, & elle répondoit Caïa, pour certifier qu'elle seroit aussi bonne ménagere que Caïa Caecilia, mere de Tarquin l'ancien. Aussi-tôt après on lui remettoit les clés de la maison, pour marquer sa jurisdiction sur le ménage ; mais en même tems on la prioit de s'asseoir sur un siége couvert d'une peau de mouton avec sa laine, pour lui donner à entendre qu'elle devoit s'occuper du travail de la tapisserie, de la broderie, ou autre convenable à son sexe : ensuite on faisoit le festin de nôces. Dès que l'heure du coucher étoit arrivée, les époux se rendoient dans la chambre nuptiale, où les matrones qu'on appelloit pronubae accompagnoient la mariée & la mettoient au lit génial, ainsi nommé, parce qu'il étoit dressé en l'honneur du génie du mari.
Les garçons & les filles en quittant les époux leur souhaitoient mille bénédictions, & leur chantoient quelques vers fescennins. On avoit soin cette premiere nuit de ne point laisser de lumiere dans la chambre nuptiale, soit pour épargner la modestie de la mariée, soit pour empêcher l'époux de s'appercevoir des défauts de son épouse, au cas qu'elle en eût de cachés. Le lendemain des nôces il donnoit un festin où sa femme étoit assise à côté de lui sur le même lit de table. Ce même jour les deux époux recevoient les présens qu'on leur faisoit, & offroient de leur côté un sacrifice aux dieux.
Voilà les principales cérémonies du mariage chez les Romains ; j'ajouterai seulement deux remarques : la premiere que les femmes mariées conservoient toujours leur nom de fille, & ne prenoient point celui du mari. On sait qu'un citoyen romain qui avoit seduit une fille libre, étoit obligé par les lois de l'épouser sans dot, ou de lui en donner une proportionnée à son état ; mais la facilité que les Romains avoient de disposer de leurs esclaves, & le grand nombre de courtisannes rendoit le cas de la séduction extrèmement rare.
2°. Il faut distinguer chez les Romains deux manieres de prendre leurs femmes : l'une étoit de les épouser sans autre convention que de les retenir chez soi ; elles ne devenoient de véritables épouses que quand elles étoient restées auprès de leurs maris un an entier, sans même une interruption de trois jours : c'est ce qui s'appelloit un mariage par l'usage, ex usu. L'autre maniere étoit d'épouser une femme après des conventions matrimoniales, & ce mariage s'appelloit de vente mutuelle, ex coemptione : alors la femme donnoit à son mari trois as en cérémonie, & le mari donnoit à sa femme les clés de son logis, pour marquer qu'il lui accordoit l'administration de son logis. Les femmes seules qu'on épousoit par une vente mutuelle, étoient appellées meres de famille, matresfamilias, & il n'y avoit que celles-là qui devinssent les uniques héritieres de leurs maris après leur mort.
Il résulte de-là que chez les Romains le matrimonium ex usu, ou ce que nous nommons aujourd'hui concubinage, étoit une union moins forte que le mariage de vente mutuelle ; c'est pourquoi on lui donnoit aussi le nom de demi-mariage, semi-matrimonium, & à la concubine celui de demi-femme, semi-conjux. On pouvoit avoir une femme ou une concubine, pourvu qu'on n'eût pas les deux en même tems : cet usage continua depuis que par l'entrée de Constantin dans l'Eglise, les empereurs furent chrétiens. Constantin mit bien un frein au concubinage, mais il ne l'abolit pas, & il fut conservé pendant plusieurs siecles chez les chrétiens : on en a une preuve bien authentique dans un concile de Tolede, qui ordonne que chacun, soit laïc, soit ecclésiastique, doive se contenter d'une seule compagne, ou femme, ou concubine, sans qu'il soit permis de tenir ensemble l'une & l'autre.... Cet ancien usage des Romains se conserva en Italie, non-seulement chez les Lombards, mais depuis encore quand les François y établirent leur domination. Quelqu'autres peuples de l'Europe regardoient aussi le concubinage comme une union légitime : Cujas assure que les Gascons & autres peuples voisins des Pyrénées n'y avoient pas encore renoncé de son tems. (D.J.)
MARIAGE LEGITIME, & NON LEGITIME, (Hist. & droit rom.) Les mariages légitimes des enfans chez les Romains, étoient ceux où toutes les formalités des lois avoient été remplies. On appelloit mariages non légitimes ceux des enfans qui, vivant sous la puissance paternelle, se marioient sans le consentement de leur pere. Ces mariages ne se cassoient point lorsqu'ils étoient une fois contractés ; ils étoient seulement destitués des effets de droit qu'ils auroient eû s'ils eussent été autorisés par l'approbation du pere : c'est ainsi que Cujas explique le passage du jurisconsulte Paul, dont voici les paroles : Eorum, qui in potestate patris sunt, sine voluntate ejus, matrimonia jure non contrahuntur, sed contracta non solvuntur. Mais il y a tout lieu de croire que le jurisconsulte romain parle seulement du pouvoir ôté aux peres de rompre le mariage de leurs enfans encore sous leur puissance, lors même qu'ils y avoient donné leur consentement. On peut voir là-dessus les notes de M. Schulting, page 300 de sa Jurisprudentia ante-Justinianea. Pour ce qui est de l'uxor injusta, dont il est parlé dans la loi 13. §. 1. dig. ad. leg. Juliani de adulter. Cujas lui-même semble s'être retracté dans un autre endroit de ses observations, où il conjecture qu'il s'agit dans cette loi, d'une femme qui n'a pas été épousée avec les formalités ordinaires, quae non solemniter accepta est, aquâ & igne observat. lib. VI. cap. xvj. : car chez les anciens Romains quand on avoit obmis ces formalités, qui consistoient dans ce que l'on appelloit confarreatio & coemptio, une fille, quoiqu'elle eût été menée dans la maison de celui qui en vouloit faire sa femme, n'étoit pourtant pas censée pleinement & légitimement mariée ; elle n'étoit pas encore entrée dans la famille, & sous la puissance du mari, ce qui s'appelloit in manum viri convenire : elle n'avoit pas droit de succéder à ses biens, ou entierement, ou par portion égale avec les enfans procréés d'eux : il falloit, pour suppléer à ce défaut de formalités requises, qu'elle eût été un an complet avec son mari, sans avoir découché trois nuits entieres, selon la loi des XII. tables, qu'Aulu-Gelle, Noct. attic. lib. III. cap. ij. & Macrob. Saturnal. lib. I. ch. xiij. nous ont conservée. Jusques-là donc cette femme étoit appellée uxor injusta, comme le président Brisson l'explique dans son Traité, ad leg. jul. de adulteriis ; c'est-à-dire qu'elle étoit bien regardée comme véritablement femme, & nullement comme simple concubine ; ensorte cependant, qu'il manquoit quelque chose à cette union pour qu'elle eût tous les droits d'un mariage légitime. Mais tout mariage contracté sans le consentement du pere, ou de celui sous la puissance de qui le pere étoit lui-même, avoit un vice qui le rendoit absolument nul & illégitime, de même que les mariages incestueux, ou le mariage d'un tuteur avec sa pupille, ou celui d'un gouverneur de province avec une provinciale, &c. (D.J.)
MARIAGE DES HEBREUX, (Hist. des Juifs) Les mariages se firent d'abord chez les Hébreux avec beaucoup de simplicité, comme on peut le voir dans le livre de Tobie. 1°. Tobie demande en mariage Sara fille de Raguel ; on la lui accorde. 2°. Le pere prenant la main droite de sa fille, la met dans la main droite de l'époux, ancienne coutume ou cérémonie dans les alliances. 3°. Le pere écrit le contrat & le cachette. 4°. Un festin suit ces engagemens. 5°. La mere mene la fille dans une chambre destinée aux époux. 6°. La mere pleure, & la fille aussi ; la mere, parce qu'elle se sépare de sa fille ; & la fille, parce qu'elle va être séparée de sa mere. 7°. Le pere bénit les époux, c'est-à-dire, fait des voeux pour eux, cela étoit fort simple ; mais l'essentiel s'y trouve. Ces festins nuptiaux duroient sept jours, coutume ancienne. Dans la suite des tems les mariages des Juifs furent chargés de cérémonies. Voyez NOCES DES HEBREUX. (D.J.)
MARIAGE DES TURCS (Hist. moderne). Le mariage chez les Turcs, dit M. de Tournefort, qui en étoit fort bien instruit, n'est autre chose qu'un contrat civil que les parties peuvent rompre ; rien ne paroît plus commode : néanmoins, comme on s'ennuyeroit bien-tôt parmi eux du mariage, aussi bien qu'ailleurs ; & que les fréquentes séparations ne laisseroient pas d'être à charge à la famille, on y a pourvû sagement. Une femme peut demander d'être séparée d'avec son mari s'il est impuissant, adonné aux plaisirs contre nature, ou s'il ne lui paye pas le tribut, la nuit du jeudi au vendredi, laquelle est consacrée aux devoirs du mariage. Si le mari se conduit honnêtement, & qu'il lui fournisse du pain, du beurre, du riz, du bois, du café, du cotton, & de la soie pour filer des habits, elle ne peut se dégager d'avec lui. Un mari qui refuse de l'argent à sa femme pour aller au bain deux fois la semaine, est exposé à la séparation ; lorsque la femme irritée renverse sa pantoufle en présence du juge, cette action désigne qu'elle accuse son mari d'avoir voulu la contraindre à lui accorder des choses défendues. Le juge envoie chercher pour lors le mari, le fait bâtonner, s'il trouve que la femme dise la vérité, & casse le mariage. Un mari qui veut se séparer de sa femme, ne manque pas de prétextes à son tour ; cependant la chose n'est pas si aisée que l'on s'imagine.
Non-seulement il est obligé d'assurer le douaire à sa femme pour le reste de ses jours ; mais supposé que par un retour de tendresse il veuille la reprendre, il est condamné à la laisser coucher pendant 24 heures avec tel homme qu'il juge à propos : il choisit ordinairement celui de ses amis qu'il connoît le plus discret ; mais on assure qu'il arrive quelquefois que certaines femmes qui se trouvent bien de ce changement, ne veulent plus revenir à leur premier mari. Cela ne se pratique qu'à l'égard des femmes qu'on a épousées. Il est permis aux Turcs d'en entretenir de deux autres sortes ; savoir, celles que l'on prend à pension, & des esclaves ; on loue les premieres, & on achete les dernieres.
Quand on veut épouser une fille dans les formes, on s'adresse aux parens, & on signe les articles après être convenu de tout en présence du cadi & de deux témoins. Ce ne sont pas les pere & mere de la fille qui dotent la fille, c'est le mari : ainsi quand on a réglé le douaire, le cadi délivre aux parties la copie de leur contrat de mariage : la fille de son côté n'apporte que son trousseau. En attendant le jour des nôces, l'époux fait bénir son mariage par le prêtre ; & pour s'attirer les graces du ciel, il distribue des aumônes, & donne la liberté à quelque esclave.
Le jour des nôces, la fille monte à cheval couverte d'un grand voile, & se promene par les rues sous un dais, accompagnée de plusieurs femmes, & de quelques esclaves, suivant la qualité du mari ; les joueurs & les joueuses d'instrumens sont de la cérémonie : on fait porter ensuite les nippes, qui ne sont pas le moindre ornement de la marche. Comme c'est tout le profit qui en revient au futur époux, on affecte de charger des chevaux & des chameaux de plusieurs coffres de belle apparence ; mais souvent vuides, ou dans lesquels les habits & les bijoux sont fort au large.
L'épouse est ainsi conduite en triomphe par le chemin le plus long chez l'époux, qui la reçoit à la porte : là ces deux personnes, qui ne se sont jamais vûes, & qui n'ont entendu parler l'une de l'autre que depuis peu, par l'entremise de quelques amis, se touchent la main, & se témoignent tout l'attachement qu'une véritable tendresse peut inspirer. On ne manque pas de faire la leçon aux moins éloquens ; car il n'est guere possible que le coeur y ait beaucoup de part.
La cérémonie étant finie, en présence des parens & des amis, on passe la journée en festin, en danses, & à voir les marionettes ; les hommes se réjouissent d'un côté, & les femmes de l'autre. Enfin la nuit vient, & le silence succede à cette joie tumultueuse. Chez les gens aisés la mariée est conduite par un eunuque dans la chambre qui lui est destinée ; s'il n'y a point d'eunuque, c'est une parente qui lui donne la main, & qui la met entre les bras de son époux.
Dans quelques villes de Turquie il y a des femmes dont la profession est d'instruire l'épousée de ce qu'elle doit faire à l'approche de l'époux, qui est obligé de la deshabiller piece-à-piece, & de la placer dans le lit. On dit qu'elle récite pendant ce tems-là de longues prieres, & qu'elle a grand soin de faire plusieurs noeuds à sa ceinture, ensorte que le pauvre époux se morfond pendant des heures entieres avant que ce dénouement soit fini. Ce n'est d'ordinaire que sur le rapport d'autrui qu'un homme est informé, si celle qu'il doit épouser est belle ou laide.
Il y a plusieurs villes où, le lendemain des noces, les parens & les amis vont dans la maison des nouveaux mariés prendre le mouchoir ensanglanté, qu'ils montrent dans les rues, en se promenant avec des joueurs d'instrumens. La mere ou les parentes ne manquent pas de préparer ce mouchoir, à telle fin que de raison, pour prouver, en cas de besoin, que les mariés sont contens l'un de l'autre. Si les femmes vivent sagement, l'alcoran veut qu'on les traite bien, & condamne les maris qui en usent autrement, à réparer ce péché par des aumônes, ou par d'autres oeuvres pies qu'ils sont obligés de faire avant que de se reconcilier avec leurs femmes.
Lorsque le mari meurt le premier, la femme prend son douaire, & rien de plus. Les enfans dont la mere vient de décéder, peuvent forcer le pere de leur donner ce douaire. En cas de répudiation, le douaire se perd, si les raisons du mari sont pertinentes ; si-non le mari est condamné à le continuer, & à nourrir les enfans.
Voilà ce qui regarde les femmes légitimes : pour celles que l'on prend à pension, on n'y fait pas tant de façon. Après le consentement du pere & de la mere, qui veulent bien livrer leur fille à un tel, on s'adresse au juge, qui met par écrit que ce tel veut prendre une telle pour lui servir de femme, qu'il se charge de son entretien, & de celui des enfans qu'ils auront ensemble, à condition qu'il la pourra renvoyer lorsqu'il le jugera à-propos, en lui payant la somme convenue, à proportion du nombre d'années qu'ils auront été ensemble. Pour colorer ce mauvais commerce, les Turcs en rejettent le scandale sur les marchands chrétiens, qui, ayant laissé leurs femmes dans leurs pays, en entretiennent à pension dans le Levant. A l'égard des esclaves, les Mahométans, suivant la loi, en peuvent faire tel usage qu'il leur plaît ; ils leur donnent la liberté quand ils veulent, ou ils les retiennent toujours à leur service. Ce qu'il y a de louable dans cette vie libertine, c'est que les enfans que les Turcs ont de toutes leurs femmes, héritent également des biens de leur pere ; avec cette différence seulement, qu'il faut que les enfans des femmes esclaves soient déclarés libres par testament ; si le pere ne leur fait pas cette grace, ils suivent la condition de leur mere, & sont à la discrétion de l'aîné de la famille. (D.J.)
MARIAGE. (Médec. Diete) Nous ne prenons ici le mariage que dans le point particulier de son exécution physique, de sa consommation, où les deux sexes confondus dans les embrassemens mutuels, goûtent les plaisirs vifs & permis qui sont augmentés & terminés par l'éjaculation réciproque de la semence, cimentés & rendus précieux par la formation d'un enfant.
Ainsi nous n'envisagerons le mariage que sous le point de vûe où il est synonyme à coït ; & nous avons à dessein renvoyé à cet article présent tout ce que nous avions à dire sur cette matiere ; parce que le mariage regardé comme convention civile, politique, religieuse, est suivant les moeurs, les préjugés, les usages, les lois, la religion reçue, le seul état où le coït soit permis, la seule façon d'autoriser & de légitimer cette action naturelle. Ainsi toutes les remarques que nous aurons occasion de faire ici sur le mariage, ne regarderoient chez des peuples qui auroient d'autres moeurs, d'autres coutumes, une autre religion, &c. que l'usage du coït ou l'acte vénérien. En conséquence nous comprenons le mariage dans la classe des choses non naturelles, comme une des parties de la diete ou de la gymnastique. On peut considérer dans le mariage ou le coït légitime, 1° l'excrétion de la semence, 2° le méchanisme de cette excrétion, 3° les plaisirs qui y sont attachés, 4° enfin, les suites particulieres qu'elle a dans les femmes, savoir, la grossesse & l'accouchement : c'est de l'examen comparé de ces différentes considérations qu'on doit déduire les avantages ou les inconvéniens du mariage.
I°. Toute secrétion semble, dans l'ordre de la nature, exiger & indiquer l'excrétion de l'humeur séparée ; ainsi l'excrétion de la semence devient, suivant ces mêmes lois, un besoin, & sa retention un état contre nature, souvent cause de la maladie, lorsque cette humeur a été extraite, préparée, travaillée par les testicules devenus actifs, & qu'elle a été perfectionnée par son séjour & son accumulation dans les vésicules séminales. Alors les parties organes de cette excrétion en marquent la nécessité par un accroissement plus prompt, par une demangeaison continuelle, par un feu secret, une ardeur qui les embrase, par des érections fréquentes involontaires. De-là naissent ces desirs violens, mais indéterminés, cet appetit naturel qu'on voudroit satisfaire ; mais quelquefois on n'en connoît pas les moyens, souvent on n'ose pas les employer. Toutes ces sensations inaccoutumées attirent, occupent, absorbent l'esprit, en alterent les fonctions ; plongent le corps dans un état de langueur insupportable, jusqu'à ce qu'instruit par la nature, on ait recours au remede spécifique en se mariant, ou que la pléthore de semence portée à un point excessif, n'en détermine l'excrétion ; mais il arrive quelquefois que, par un séjour trop long elle s'altere, se corrompt, & occasionne des accidens très-fâcheux. Les hommes plus libres, moins retenus, peut-être moins sensibles, sont moins incommodés que les femmes ; il est rare que leur esprit en soit dérangé. Le plus souvent on observe dans ceux qui gardent sévérement la continence, que des priapismes, des demangeaisons affreuses, des tumeurs dans les testicules, &c. accidens légers que l'évacuation de la semence fait cesser à l'instant.
Les filles dans qui les aiguillons sont plus précoces & plus pressans, les passions plus vives, la retenue plus nécessaire, sont bien plus incommodées de la trop longue rétention de la semence ; & ce qui me paroît encore contribuer à augmenter le nombre & la gravité des symptomes qu'attire la privation du mariage, c'est que non-seulement elles desirent l'évacuation de leur semence ; mais en outre la matrice appete avec avidité la semence de l'homme ; & quand ces deux objets ne sont pas remplis, elles tombent dans ce délire chlorétique, également funeste à la santé & à la beauté, biens que le sexe regarde comme les plus précieux ; elles deviennent foibles, languissantes, mélancoliques, &c. D'autres fois au contraire, les impressions que la semence trop abondante & trop active fait sur les organes & ensuite sur l'esprit, sont si fortes, qu'elles l'emportent sur la raison. L'appetit vénérien parvenu à ce degré de violence, demande d'être satisfait ; il les jette dans ce délire furieux connu sous le nom de fureur utérine. Dès-lors emportées hors d'elles-mêmes, elles perdent de vûe toutes les lois de la pudeur, de la bienséance, cherchent par toutes sortes de moyens à assouvir la violence de leur passion ; elles ne rougissent point d'attaquer les hommes, de les attirer par les postures les plus indécentes & les invitations les plus lascives. Tous les praticiens conviennent que les différens symptomes de vapeurs ou d'affections hystériques qui attaquent les filles ou les veuves, sont une suite de la privation du mariage. On peut observer en effet que les femmes, sur-tout bien mariées, en sont ordinairement exemptes ; & que ces maladies sont très-communes dans ces vastes maisons qui renferment un grand nombre de filles qui se sont obligées par devoir & par état de garder leur virginité. Le mariage est dans tous ces cas utile, ou même nécessaire pour prévenir tous ces accidens : il peut même, quand ils sont déjà formés, les dissiper ; & c'est souvent le seul secours dont l'efficacité soit assûrée. Tous les martiaux, les fondans, les soporatifs sont ordonnés sans succès à une fille chlorétique. Les Médecins sont souvent obligés de faire marier ces malades, & le succès du remede constate la bonté du conseil. Il en est de même de ces filles qui sont dans les accès d'une fureur utérine ; c'est en vain qu'on les baigne, qu'on les gorge de tisanes nîtrées, d'émulsions, leur délire ne peut s'appaiser que par l'excrétion de l'humeur dont l'abondance & l'activité l'ont déterminée. Il est mille occasions où le coït légitimé par le mariage n'est pas possible ; & la religion ne permet pas alors d'imiter l'heureuse témérité de Rolfink, qui ne voyant d'autre ressource pour guérir une fille dangereusement malade, que de procurer l'excrétion de la semence, au défaut d'un mari, il se servit dans ce dessein, d'un moyen artificiel, & la guérit entierement.
Ce moyen ne sera peut-être pas goûté par des censeurs rigides, qui croient qu'il ne faut jamais faire un mal dans l'espérance d'un bien. Je laisse aux théologiens à décider, si dans pareils cas, une pollution qui ne seroit nullement déterminée par le libertinage, mais par le besoin pressant, est un crime, ou s'il n'est pas des circonstances, où de deux maux, il faut éviter le pire. Il paroît assez naturel que dans certains cas extrèmes, on fait céder toute autre considération à celle de rendre la santé.
Il paroît par-là que le mariage, simplement considéré comme favorisant & déterminant l'excrétion de la semence, est très-avantageux à l'un & à l'autre sexe. C'est dans cet état seul où la santé peut être la plus complete , & où elle résulte de l'exercice, non-seulement possible, mais actuel de toutes les fonctions. Dans tous les tems, les lois politiques fondées sur celles de la nature, ont encouragé le mariage, par des récompenses ou des distinctions accordées à ceux qui en subissoient le joug, & par des punitions ou un déshonneur qu'elles attachoient à ceux qui s'y soustrayoient. La stérilité ou le célibat étoit chez les Juifs une espece d'opprobre ; les célibataires étoient chez les anciens chrétiens, jugés indignes des charges de la magistrature. Les Romains couronnoient ceux qui avoient été mariés plusieurs fois. Et d'un autre côté, les Spartiates, peuples gouvernés par des lois dont la sagesse sera à-jamais célebre, instituerent une fête où ceux qui n'étoient point mariés étoient fouettés par des femmes : & de nos jours, le célibat n'est honoré que parce qu'il est devenu un point de religion. L'on a vû cependant le mariage & la fécondité excités & récompensés par des pensions, par des diminutions d'impôts.
Mais comme l'excrétion de semence retenue peut être nuisible, de-même si elle est immodérée, elle devient la source de maladies très-sérieuses. V. MANUSTUPRATION. Le mariage influe à un tel point sur la santé, que s'il est modéré, il contribue beaucoup à la rendre florissante & à l'entretenir. Son entiere privation n'est pas indifférente ; & son usage désordonné ou son abus a pareillement ses inconvéniens ; il ne peut produire que des mauvais effets, lorsqu'il est célébré à la suite d'une maladie ; pendant la convalescence, après des pertes excessives, dans un état d'épuisement. Galien rapporte l'histoire d'un homme, qui commençant à se relever d'une maladie sérieuse coucha avec sa femme, & mourut la même nuit.
Sennert remarque très-judicieusement que le mariage, très-salutaire à une chlorétique, lui deviendra pernicieux, s'il y a chez elle un fond de maladie indépendant, s'il y a une lésion considérable dans les visceres. On peut assurer en général que le mariage est nuisible, lorsqu'il n'est pas déterminé par l'abondance ou l'activité de l'humeur séminale : c'est ce qui arrive principalement aux vieillards, & aux jeunes gens qui n'ont pas encore atteint l'âge de puberté. Tous les auteurs qui ont écrit sur cette matiere, se sont mis à la torture pour tâcher de déterminer exactement l'âge le plus propre au mariage ; mais on trouve dans leurs écrits beaucoup de variétés. Les uns fixent ce terme à l'âge de quatorze ans ; d'autres, fondés sur quelques exemples rares de personnes qui ont eu des enfans à huit & dix ans, avancent ce terme ; il en est qui le reculent jusqu'à vingt-cinq ou trente ans. Ce désaccord qu'on observe dans ces différentes décisions, vient de la variété qu'il y a réellement dans la chose ; car il est très-certain que des personnes sont en état de se marier à un âge où d'autres sont aussi insensibles aux plaisirs de l'amour qu'incapables de les goûter. Le climat, le tempérament, l'éducation même, une idiosyncratie particuliere, contribuent beaucoup aux différences. D'ailleurs il faut sur-tout dans les hommes, distinguer le tems où la secrétion de la semence commence à se faire, de celui où ils sont propres à soutenir les fatigues du mariage ; & dans ce cas, le trop de promptitude nuit toujours plus qu'un délai, même poussé trop loin. Dans les premiers tems de la puberté, la semence est encore aqueuse, sans force, & sans activité ; d'ailleurs repompée dans le sang, elle contribue à l'éruption des poils, à la force, à la vigueur mâle qui doit caractériser l'homme. Le tems auquel il peut la répandre sans danger & avec succès, n'est point fixé ; il n'y a même aucun signe assuré qui le dénote, si ce n'est la cessation de l'accroissement, le bon état des parties de la génération, les érections fréquentes, & les desirs violens. Il ne faut pas confondre ici les desirs ou l'appétit vénériens, qui naissent d'un véritable besoin, qui sont l'effet naturel d'une irritation locale, avec ces cupidités folles, ces passions desordonnées qui proviennent d'une imagination déréglée, d'un libertinage outré qu'on voit souvent dans des jeunes gens, trop instruits avant de sentir, & chez des vieillards qui tâchent de ranimer leurs feux languissans. Le tems de la nubilité est beaucoup mieux marqué dans les femmes : il est pour l'ordinaire plus précoce. L'évacuation menstruelle est le signe ardemment desiré qui désigne leur maturité ; & il n'y a point non plus de tems généralement fixé pour cette évacuation. Elle commence plutôt dans les climats chauds, dans les villes, dans les tempéramens vifs, bilieux, &c. que dans les climats froids, à la campagne, & dans les tempéramens mols, pituiteux, &c. Le tems qu'elles durent est à-peu-près le même dans tous les sujets ; de façon que celles qui ont commencé à être réglées tard, cessent de même. La cessation du flux menstruel est le signe assuré qui fait connoître que les femmes ne sont plus propres au mariage. Les hommes n'en ont d'autres marques que la flaccidité des parties qui en sont les instrumens, & l'extinction des desirs ; ce qui arrive ordinairement lorsque le froid de la vieillesse vient glacer les membres, & que le corps desséché commence à décroître ; mais la vieillesse vient plus ou moins promptement dans les différens sujets. C'est sans raison que quelques auteurs ont prétendu en déterminer le commencement à cinquante ou soixante ans ; on voit tous les jours des personnes épuisées par les débauches, avoir avant cet âge toutes les incommodités d'une vieillesse avancée ; tandis que d'autres ayant vécu dans la sobriété, satisfont avec modération à tous leurs besoins, & ne laissent pas d'être jeunes, quoique chargés d'années ; ils sont long-tems capables de donner, même dans l'âge qui chez quelques-uns est vieillesse décrépite, des marques incontestables de virilité. Il n'est pas rare de voir des séxagenaires avoir des enfans ; il y a même des exemples d'hommes qui sont devenus peres à quatre-vingt-dix & cent ans. Uladislas roi de Pologne fit deux garçons à l'âge de quatre-vingt-dix ans. Félix Platérus raconte que son grand-pere engendra à cent ans. Hoffman fait mention d'un homme qui à l'âge de cent deux ans a eu un garçon, & deux ans après une fille. Ces faits, quelque possibles qu'ils soient, sont toujours surprenans, & par-là même douteux, d'autant mieux qu'ils ne sont pas susceptibles de tous les genres de preuves, & qu'ils ne sont fondés que sur la fragile vertu d'une femme mariée à un vieillard ; ils ne peuvent manquer de trouver des incrédules, persuadés que souvent on est entouré d'enfans dont on se croit le pere. Ce qui peut cependant en augmenter la vraisemblance, c'est qu'on a vu des femmes, déjà vieilles à l'âge de soixante ans, devenir enceintes & accoucher heureusement.
Ainsi on doit défendre le mariage aux hommes qui sont réellement vieux, à ceux qui n'ont pas atteint l'âge de puberté, à ceux en qui elle ne s'est pas manifestée par les signes exposés ; il est même plus prudent d'attendre encore quelques années ; il est rare qu'avant vingt ans un homme puisse sans danger subir le joug d'un mariage continué ; & à-moins de maladie, à vingt-cinq ans il peut en soutenir les fatigues prises avec modération. Une fille pourroit être mariée dès l'instant qu'elle a eu ses regles ; l'excrétion de la semence qui est très-petite ne l'affoiblit que très-peu ; mais il y a d'autres considérations tirées de l'état de grossesse & de l'accouchement, qui demandent du délai. Cependant si quelques accidens survenoient dépendans de la privation du mariage, il faudroit sans crainte des évenemens l'accorder aussi-tôt : rarement on est incommodé de ce que la nature demande avec empressement. Un medecin sage & prudent peut dans pareils cas trouver des expédiens, & les combiner de façon qu'il n'en résulte que de l'avantage.
II. Le méchanisme de l'excrétion de la semence, c'est-à-dire l'état de constriction, de resserrement, de saisissement général qui la précede, l'accompagne & la détermine, mérite quelques réflexions particulieres : il est certain que toute la machine concourt à cette évacuation, tout le corps est agité de mouvemens convulsifs ; & c'est avec raison que Démocrite a appellé le mariage dans le sens que nous le prenons, une épilepsie passagere ; il n'est pas douteux que cette concussion universelle ne soit très-propre à ranimer la circulation engourdie, à rétablir une transpiration dérangée, à dissiper certaines affections nerveuses ; elle porte principalement sur les nerfs & sur le cerveau. Les medecins observateurs rapportent plusieurs exemples de goutte, d'épilepsie, de passion hysterique, de maux d'estomac habituels, de veilles opiniâtres dissipées par le mariage ; & nous lisons dans Pline qu'un medecin avoit éprouvé l'efficacité de ce secours dans le traitement & la guérison des fievres quartes ; cependant il faut observer que la lassitude & la foiblesse suivent cet exercice, que le sommeil doux & tranquille qui succede, en est souvent l'effet, qu'on a vû quelquefois l'épilepsie passagere de Démocrite continuer & devenir très-réelle. Un homme, au rapport de M. Didier, avoit un violent paroxisme d'épilepsie toutes les fois qu'il remplissoit le devoir conjugal. Cette vive émotion est très-funeste à ceux qui ont eu des blessures, qui ont souffert des hémorragies considérables : elle peut faire rouvrir les vaisseaux par lesquels l'hémorragie s'est faite, donner aux plaies un mauvais caractere, occasionner quelquefois des métastases dangereuses, &c. Fabrice de Hilden raconte qu'un homme à qui on avoit coupé la main gauche, voulut lorsque la blessure fut presque guérie, prendre avec sa femme les plaisirs autorisés par le mariage : celle-ci instruite par le chirurgien, refuse de se prêter aux instances de son mari, qui dans les efforts qu'il fit pour la vaincre, ne laissa pas d'éjaculer : à l'instant la fievre se déclare : il survient des délires, des convulsions, & le malade mourut au quatrieme jour. Obs. chirurgicales, centurie v. xxv.
III. Si les plaisirs du mariage ont quelqu'inconvénient, c'est d'exciter par cet attrait puissant à en faire un usage immodéré, & à tomber dans les accidens qui suivent une trop grande excrétion de semence : ainsi ces plaisirs sont une des premieres causes des maladies qu'excite l'excès dans le mariage ; mais ils en sont en même tems l'antidote, & l'on peut assurer que plus les plaisirs sont grands, moins l'abus en est nuisible. Nous avons déja remarqué après Sanctorius, dans un autre article, voyez MANUSTUPRATION, que cette joie pure, cette douce consolation de l'esprit qu'entraînent les plaisirs attachés au mariage, rétablissent la transpiration du coeur, servent infiniment à diminuer la foiblesse, la langueur qui sans cela suivroient l'excrétion de la semence, & contribuent beaucoup à la prompte réparation des pertes qu'on vient de faire ; il n'est pas douteux que les bons effets produits par le mariage ne dépendent principalement des plaisirs qu'on y goûte, & du contentement inexprimable d'avoir satisfait une passion, un appétit qui faisoit naître des desirs violens. Est-il possible de concevoir un état plus favorable à l'homme que celui du plaisir ? La sérénité est peinte sur son front, la joie brille dans ses yeux, son visage frais & coloré annonce une satisfaction intérieure ; tout le corps est agile & dispos, les mouvemens s'exécutent avec prestesse ; l'exercice de toutes les fonctions est facile ; la transpiration est augmentée ; les mouvemens du coeur sont libres & uniformes. Cette situation du corps n'est-elle pas le plus haut dégré de santé ? n'a-t-on pas eu raison de regarder dans tous les tems ces plaisirs comme le remede le plus assuré contre la mélancolie ? Y a-t-il en effet rien de plus propre à dissiper la tristesse & la misantropie qui en sont les caracteres ; c'est dans cette idée qu'on avoit donné à la courtisanne Neëa le surnom d'Anticyre, île célebre par sa fertilité en hellébore, parce qu'elle avoit un secret plus assuré que ce remede fameux, dont l'efficacité avoit été constatée par la guérison radicale de plusieurs mélancoliques.
Les personnes du sexe, plus sensibles aux impressions du plaisir, en ressentent aussi davantage les bons effets. On voit des chlorétiques languissantes, malades, pâles, défigurées, dès qu'elles sont mariées, sortir rapidement de cet état de langueur, acquérir de la santé, des couleurs, de l'embonpoint, prendre un visage fleuri, animé ; il y en a même qui naturellement laides, sont devenues après le mariage extrèmement jolies. L'hymen fit cette heureuse métamorphose dans la femme d'Ariston, qui suivant ce qu'en rapporte Pausanias, surpassoit étant vierge, toutes les filles de Sparte en laideur, & qui dès qu'elle fut femme, devint si belle, qu'elle auroit pû disputer à Hélene le prix de la beauté. Georges Psaalmanaazar assure que cette métamorphose est assez ordinaire aux filles de son pays de l'île Formose ; les femmes qui ont goûté ces plaisirs en supportent bien plus impatiemment la privation que celles qui ne les connoissent pas par expérience. Saint Jerome & saint Thomas ont avancé gratuitement que les filles se faisant une idée trop avantageuse des plaisirs du mariage, les souhaitoient plus ardemment que les veuves. La fausseté de cette assertion est démontrée par une observation fréquente, qui fait voir que les accidens, les symptômes d'hystéricité sont plus multipliés, plus fréquens & plus graves chez les veuves que chez les filles ; on pourroit aussi fixer, s'il en étoit besoin, un argument de quelque poids, de la façon dont les unes & les autres se conduisent.
IV. Enfin la grossesse & l'accouchement sont les dernieres choses qu'il y ait à considérer dans le mariage ; ce sont des suites qui n'ont lieu que chez les femmes ; quoique la grossesse soit d'abord annoncée & souvent accompagnée pendant plusieurs mois de beaucoup d'incommodités, il est rare qu'elle soit nuisible ; le cas le plus à craindre est celui des maladies aiguës qui peuvent se rencontrer dans ce tems ; Hippocrate a décidé mortelles les maladies aiguës qui surviennent aux femmes enceintes, & il est certain qu'elles sont très-dangereuses ; mais du reste tous les accidens qui dépendent de l'état même de grossesse, tels que les vomissemens, les dégoûts, les fantaisies, les veilles, &c. se dissipent après quelques mois, ou d'eux-mêmes ou avec une saignée ; & quand ils persisteroient jusqu'à l'accouchement, ils n'ont ordinairement aucune mauvaise suite ; on peut même avancer que la grossesse est plûtôt avantageuse : les femmes qui paroissent les plus foibles, languissantes, maladives, sont celles souvent qui s'en trouvent mieux ; ces langueurs, ces indispositions se dissipent. On voit assez fréquemment des femmes qui sont presque toujours malades, hors le tems de leur grossesse ; dès qu'elles sont enceintes, elles reprennent la santé, & rien ne peut l'altérer, ni la suspension de l'évacuation menstruelle, ni le poids incommode de l'enfant ; ce qui paroit vérifier, l'axiome reçu chez le peuple que la grossesse purge, & que l'enfant attire les mauvaises humeurs. D'un autre côté, les femmes stériles sont toujours valétudinaires, leur vie n'est qu'un tems d'indispositions. Il y a lieu de penser que le dérangement qui empêche la fécondité, y contribue aussi en quelque chose ; il n'en est pas de même de l'accouchement, qui dans l'état le plus naturel, ne laisse pas d'exiger un travail pénible, d'affoiblir considérablement, & qui peut par la moindre cause, devenir laborieux & amener un danger pressant. Les femmes qui ont fait beaucoup d'enfans sont plûtôt vieilles, épuisées ; elles ne vivent pas long-tems, & sont assez ordinairement sujettes à beaucoup d'incommodités ; ce qui arrive bien plus surement si elles ont commencé trop jeunes à faire des enfans. D'ailleurs les accouchemens sont encore dans ce cas-ci bien plus difficiles, les parties de la génération ne sont pas assez ouvertes, assez souples ; elles ne prêtent pas assez aux efforts que l'enfant fait pour sortir ; l'accouchement est bien plus laborieux, & les accidens qui le suivent plus graves. Cette seule raison suffit pour déconseiller le mariage aux personnes trop jeunes, à celles qui sont trop étroites. Il y a aussi des femmes encore moins propres au mariage, chez qui quelque vice de conformation rend l'accouchement extrèmement dangereux, ou même impossible. Telles sont les bossues, qui à cause de la mauvaise structure de la poitrine, ne peuvent pas faire les efforts suffisans pour chasser le foetus ; il n'est pas rare de les voir mourir succombant à ces efforts ; il en est de même des phthisiques, qui ont la respiration fort gênée, & peu propre à souffrir & à aider le méchanisme de l'accouchement. Ces personnes risquent non-seulement leur santé & leur vie en contractant le mariage, mais encore se mettent dans le cas de donner le jour à des malheureuses créatures, à qui elles transmettent leurs mauvaises dispositions, & à qui elles préparent par-là une vie des plus desagréables. Il arrive quelquefois que des femmes dont la matrice est mal conformée, deviennent enceintes ; mais quand le terme de l'accouchement est venu, le foetus ne trouve point d'issue, l'orifice de la matrice est de travers, tourné en arriere, de côté ; il ne répond point au conduit & à l'ouverture du vagin, ou bien il est entierement fermé par quelque cicatrice ou par quelque indisposition naturelle. Il faut pour lors en venir à l'opération césarienne, cruelle ressource, mais indispensable, & préférable à l'expédient surement mortel de laisser le foetus dans la matrice, certâ desperatione potior est incerta salus : d'ailleurs on peut espérer de sauver l'enfant, & la vie de la mere qui éprouve cette opération, n'est pas entierement désespérée ; autrement on abandonne la mere & l'enfant à une mort inévitable. Lorsque ces vices de conformation sont connus, ils doivent être des motifs assez pressans pour empêcher les femmes de se marier ; ce n'est ni dans l'excrétion de la semence, ni dans la grossesse qu'est le danger ; mais il est assuré à l'accouchement. Ainsi le mariage peut être très-salutaire à certains égards, & nuisible considéré dans d'autres ; on voit par-là de quelle importance il est d'en bien examiner & d'en comparer l'action, les effets & les suites dans les différens sujets pour en tirer des regles de conduite avantageuses. Il nous paroit inutile de chercher dans l'état de nourrice de nouvelles considérations, quoique l'allaitement de l'enfant paroisse exigé par la tendresse maternelle, conseillé par la nature, indiqué par la secrétion du lait, par les risques qu'on court à le dissiper, & la fievre qui s'excite pour le faire perdre : c'est une chose dont on peut se dispenser, & nous voyons tous les jours les personnes riches se soustraire à ce devoir, moins par la crainte d'altérer leur santé, que dans la vue d'éviter les peines, les embarras, les veilles, que l'état de nourriture occasionne surement. On croit assez communément que les personnes délicates, qui ont la poitrine foible, ne peuvent pas nourrir sans s'incommoder ; c'est une regle assez reçue chez le peuple, que l'allaitement use, épuise, qu'il desseche la poitrine ; on peut assurer que de toutes les excrétions, c'est celle du lait qui affoiblit le moins. Cette humeur préparée sans dépense, presque point animalisée, peut être répandue même en très-grande quantité, sans que le corps s'en ressente aucunement ; & cela est sur-tout vrai pendant la premiere année qui se passe après l'accouchement. Lorsque le lait devient vieux, il est plus lymphatique, moins propre aux enfans nouveau-nés, son excrétion est plus forcée, & par conséquent plus sensible dans la machine. Je suis très-persuadé que des femmes qui continuent par l'appât du gain, trop long-tems, le métier de nourrices, risquent beaucoup de s'incommoder, & nuisent considérablement aux enfans qu'elles alaitent ; mais ce qui prouve encore mieux que l'état de nourrice contenu dans les justes bornes, n'a pour l'ordinaire aucun inconvénient, aucune suite facheuse, & qu'il est plûtôt salutaire, c'est qu'on voit presque toujours les nourrices fraiches, bien portantes, ayant très-bon appétit, & jouissant de beaucoup d'embonpoint ; mais quand même il seroit vrai que l'allaitement pût altérer la santé, il ne pourroit pas être un motif suffisant pour empêcher un mariage, d'ailleurs salutaire, par la seule raison que les femmes n'y sont pas indispensablement asservies. (m)
MARIAGE, (Soierie) il se dit de deux fils tordus ensemble qui faisoient soraire.
|
| MARIAME | ou MARIAMME, solon Arrien, & Marriammia par Etienne le géographe, (Géog. anc.) ville ancienne de Phénicie dans la Cassiotide, selon Ptolomée, l. V. c. xv. elle a été épiscopale. Pline en appelle les habitans Marriammitani.
|
| MARIANA | (Géog.) ville & colonie romaine de l'île de Corse, ainsi nommée de la colonie que Marius y mena, comme Seneque & Pline nous l'apprennent. On voit encore les ruines de cette ville, qui portent toujours son nom. Elles sont dans la partie septentrionale de l'île, à trois milles de sa côte orientale.
|
| MARIANDYNIENS | Mariandyni, (Géogr. anc.) ancien peuple d'Asie dans la Bithynie ; ils habitoient aux environs d'Héraclée, entre la Bithynie & la Paphlagonie, & donnoient le nom au golfe où tombe le fleuve Sangar. Ce furent eux qui adopterent les premiers, & communiquerent le culte d'Adonis à toute l'Asie mineure.
|
| MARIANES | (LES ILES) autrement LES ILES DAS VELAS, LES ILES DES LARRONS, (Géogr.) îles de l'Océan oriental, à l'extrémité occidentale de la mer du Sud. Elles occupent un espace d'environ cent lieues, depuis Guan, qui est la plus grande & la plus méridionale de ces îles, jusqu'à Urac, qui est la plus proche du tropique. Magellan les découvrit en 1521, & Michel Lopez de Legaspi fit la cérémonie d'en prendre possession en 1565, au nom de Philippe II. roi d'Espagne. Enfin en 1677 les Espagnols, à la sollicitation des Jésuites, subjuguerent réellement ces îles, dont le P. de Gobien a fait l'histoire à sa maniere. Elles étoient fort peuplées avant l'arrivée des Espagnols ; on dit que Quan, Rota, & Tinian, qui sont les trois principales îles Marianes, contenoient plus de cinquante mille habitans. Depuis ce tems-là Tinian est totalement dépeuplée, & on n'a laissé que deux ou trois cent Indiens à Rota pour cultiver le riz nécessaire à nourrir les habitans de Guan ; ensorte qu'il n'y a proprement que cette derniere île qu'on puisse dire habitée, & qui toute entiere, contient à peine quatre mille ames en trente lieues de circuit. On peut en croire le lord Anson, qui y étoit en 1746.
Cependant les montagnes des îles Marianes, chargées d'arbres presque toujours verds, & entrecoupées de ruisseaux qui tombent dans les plaines, rendent ce pays agréable. Ses insulaires sont d'une grande taille, d'une épaisse & forte corpulence, avec un teint basané, mais d'un brun plus clair que celui des habitans des Philippines. Ils ont la plûpart des cheveux crépus, le nez & les levres grosses. Les hommes sont tout nuds, & les femmes presqu'entierement. Ils sont idolâtres, superstitieux, sans temples, sans autels, & vivent dans une indépendance absolue.
On compte douze ou quatorze îles Marianes situées du 14 au 20 degré de latit. septent. Le P. Moralès, jésuite, en a évalué la position seulement par estime ; mais voyez la carte de la partie septentrionale de l'Océan pacifique, que l'amiral Anson a jointe à son voyage.
|
| MARIANUM | PROMONTORIUM (Géogr. anc.) promontoire de l'île de Corse, selon Ptolomée, l. III. c. ij. qui le place à l'extrémité de la côte occidentale, en tirant vers le midi. Ce promontoire s'appelle à présent, il Capo di casa Barbarica.
|
| MARIANUS | MONS (Géogr. anc.) montagne d'Espagne que Ptolomée, l. II. c. iv. place dans la Bétique. On convient que ce sont les montagnes de Sierra-Morena. On lit Ariani au lieu de Mariani dans quelques exemplaires de Pline. Le manuscrit de la bibliotheque royale écrit Hareni montes ; le nom moderne las Areas Gordas, qu'on donne au pays, approche fort de celui du manuscrit.
|
| MARICA | (Mythol.) déesse de Minturne. Il en est parlé dans le septieme livre de l'Enéide :
Et Nymphâ genitum Laurente Marica.
Servius dit sur ce passage : est autem Marica, Dea littoris Minturnensium, juxta Lirim fluvium. Elle avoit un bois sacré qui menoit de Minturne à la mer. On prétend que Marica est la même que Circé, parce qu'à l'égard de son bois sacré, on observoit la loi de ne laisser rien sortir de tout ce qui y étoit entré, idée qu'on prit en faveur de Circé, pour compatir à la douleur de cette déesse au sujet de l'abandon d'Ulysse.
MARICA SYLVA, (Géogr. anc.) bois ou forêt d'Italie, dans la Campanie, sur le chemin de Suessa Aurunca. Cette forêt étoit dans le voisinage de la ville de Minturne, vers l'embouchure du fleuve Liris.
Tite-Live appelle cette forêt, Maricae lucus, bois sacré de Marica, parce qu'on lui portoit une vénération singuliere, & qu'on observoit sur-tout avec soin, de n'en laisser rien sortir de tout ce qui y étoit entré. On juge de cet usage, que la nymphe Marica, qui présidoit à ce bois, étoit la même que Circé ; & la coutume de ne laisser rien sortir de son bois, s'étoit sans doute établie, pour compâtir à la douleur qu'éprouva cette déesse, de la désertion d'Ulysse. D'ailleurs, Lactance nous dit positivement que Circé fut appellée Marica après sa mort. Ainsi c'est de Circé qu'il faut entendre ce vers du VII. livre de l'Enéïde :
Hunc fauno & nymphâ genitum laurente Maricâ
Accepimus.
Il y avoit auprès de son bois un marais, nommé par Plutarque Maricae paludes. C'est dans ce marais que Marius vint se cacher, pour éviter les gens de Sylla qui le poursuivoient. Il étoit alors âgé de plus de 70 ans, & passa toute la nuit enseveli dans la bourbe. A peine en sortoit-il au point du jour, pour gagner les bords de la mer, & pour s'embarquer, qu'il fut reconnu par des habitans de Minturne, & mené par eux en prison dans leur ville, la corde au cou, tout nud & tout couvert de fange. Lui, Marius, ainsi conduit ! Oui, Marius lui-même, qui avoit été six fois consul, & qui quelques années auparavant s'étoit vu le maître d'une partie du monde. Exemple mémorable de l'instabilité des grandeurs humaines ! Nous verrons la suite non moins singuliere de cet événement, à l'article MINTURNE. (D.J.)
|
| MARICHS | ou Merisch, (Géogr.) riviere de la Transylvanie. Elle a sa source dans des montagnes au nord de cette province, court du nord au sud, ensuite de l'est à l'ouest, & se décharge dans la Teysse auprès de Seyedin. Cette riviere est le Marisus de Strabon, le Marus de Tacite, & le Maris d'Hérodote. Dans la suite on lui donna le nom de Marisius, & les Hongrois l'appellent à présent Maros. (D.J.)
|
| MARICI | (Géogr. anc.) peuples d'Italie, qui, selon Pline, bâtirent la ville de Ticenum. Merula prétend qu'ils avoient leur demeure aux environs d'Alexandrie de la Paille. (D.J.)
|
| MARIDUNUM | (Géogr. anc.) ville de l'île d'Albium, que Ptolomée donne aux Démetes : c'est la même ville que l'itinéraire d'Antonin nomme Meridunum. On croit que c'est aujourd'hui Caermarthen. (D.J.)
|
| MARIE | Chevaliers de sainte Marie, (Hist. mod.) c'est le nom de plusieurs ordres de chevalerie, comme Sainte Marie du Chardon. Voyez CHARDON, Sainte Marie de la Conception. Voyez CONCEPTION. Sainte Marie de l'Elephant. Voyez ELEPHANT. Sainte Marie & Jesus, sainte Marie de Lorette, sainte Marie de Mont-Carmel. Voyez CARMEL. Sainte Marie de Teutonique. Voyez TEUTONIQUE, &c.
MARIE aux Mines, sainte, ou MARKIRCK, (Géogr.) petite ville de France dans la haute-Alsace. La riviere de Lebel la partage en deux. Elle a pris son nom de quelques pauvres mines d'argent, qu'on a cru admirables. Longit. 45. 2. latit. 48. 16. (D.J.)
MARIE, SAINTE (Géogr.) ville d'Espagne dans l'Andalousie, sur la Guadalété, à 4 lieues N. E. de Cadix, 4 S. O. de Xérés de la Frontera. Long. 12. 2. lat. 36. 35. (D.J.)
MARIE, SAINTE (Géogr.) ville de l'Amérique méridionale dans l'Audience de Panama. Elle fut bâtie par les Espagnols lorsqu'ils eurent découvert les riches mines d'or qu'elle a dans son voisinage. Les Anglois la prirent quelque tems après. Elle est au fond du golfe de saint-Michel, à l'embouchure de la riviere de sainte-Marie, qui est navigable, & la plus large de celles qui se jettent dans ce golfe. Long. 299. 5. lat. 7. (D.J.)
MARIE, SAINTE (Géogr.) ville de l'Amérique dans la province de Mariland, sur la riviere de saint-georges. Elle appartient aux Anglois, & est la demeure des principaux officiers de ce canton. (D.J.)
MARIE, SAINTE (Géogr.) île de l'Océan, aux environs de l'Afrique, à 5 milles de Madagascar. On lui donne 11 lieues de long sur 2 de large. Son terroir fertile est semé de riz, coupé de petites rivieres, & bordé de rochers. Il y pleut presque toujours. On trouve sur ses côtes du corail & de l'ambre gris. Elle n'est habitée que par 4 ou 500 negres. Long. 63. lat. mérid. 16. 30. (D.J.)
MARIE, SAINTE (Géogr.) petite île d'Angleterre, la principale des Sorlingues, avec un bon havre. Elle a 3 lieues de tour. Long. 11. 25. lat. 50. 2. (D.J.)
|
| MARIÉE | RIME (Poés. franç.) on appelle en termes de poésie françoise des rimes mariées, celles qui ne sont point séparées les unes des autres, dont les deux masculines se suivent immédiatement, & les deux féminines de même, telles qu'on les voit dans les élégies & le poëme épique. Corneille dit dans son examen de l'Andromede, qu'il se glisse plus d'autres vers en prose, que de ceux dont les rimes sont toûjours mariées. Je ne sai si Corneille ne se trompe pas dans son jugement : quoi qu'il en soit, les rimes mariées s'appellent autrement des rimes plates. (D.J.)
MARIEE, ou JEU DE LA GUIMBARDE, le nom que porte ce jeu marque assez l'enjouement & les divertissemens qu'il procure. Le mot de guimbarde ne signifie autre chose qu'une danse fort amusante, & remplie de postures fort plaisantes. On appelle encore ce jeu la mariée, parce qu'il y a un mariage qui en fait l'avantage principal. On peut jouer à ce jeu depuis cinq jusqu'à huit personnes & même neuf. Si l'on est huit ou neuf, l'on prendra un jeu de cartes entier ; mais si l'on n'est que cinq ou six, l'on ôtera jusqu'aux six ou sept, pourvu qu'il reste assez de cartes pour faire un talon de quelque grosseur. Quand on a pris des jettons à un nombre & d'une couleur fixés par les joueurs, l'on a cinq petites boîtes quarrées, dont l'une sert pour la guimbarde, l'autre pour le roi, l'autre pour le fou, la quatrieme pour le mariage, & la cinquieme. Voyez chacun de ces termes à leur article. Chacun ayant mis un jetton dans chaque boîte, celui qui doit faire, bat, & donne à couper les cartes à l'ordinaire, puis en distribue cinq aux joueurs par trois & deux, & tourne la premiere du talon qui est la triomphe. Après qu'on a reçu ses cinq cartes & qu'on connoît la triomphe, chacun voit dans son jeu s'il n'a pas une des cartes dont nous avons parlé ci-dessus ; s'il a tous ces avantages à la fois, ce qui peut arriver, il tireroit pour ses coeurs, supposé que son point fût le plus haut, la boîte qui lui est dûe, pour le roi, pour la dame & pour le valet, leurs boîtes, & l'autre pour le mariage ; mais s'il n'avoit que quelques-uns de ces jeux, il tireroit ce qui est dû à ceux qu'il auroit, observant d'abaisser son jeu avant que de rien tirer.
Le premier qui est à jouer commence par telle carte de son jeu qu'il juge à propos ; le reste se fait comme à la triomphe, chacun jouant pour soi, & tirant aux mains autant qu'il est possible, afin de gagner le fonds.
Outre le mariage de la guimbarde, il y en a encore d'autres qui se font, ou lorsque la dame de quelque couleur que ce soit, tombe sur le roi de cette couleur, ou lorsqu'ils sont tous deux rassemblés dans la même main. Celui qui a un mariage assemblé en jouant les cartes, gagne un jetton sur chaque joueur, excepté de celui qui a jetté la dame ; mais quand le mariage se trouve tout fait dans la main, sans qu'il ait été besoin de jouer, personne n'est dispensé de payer le jetton dû au gagnant : si ce mariage se gagne par triomphe ; c'est-à-dire, si le roi, la dame d'une même couleur sont coupés avec de la triomphe, il n'y a que les deux joueurs qui ont jetté le roi & la dame qui payent chacun un jetton à celui qui les a coupés.
Il n'est pas permis d'employer ni la guimbarde, ni le roi, ni son fou à couper un mariage.
Qui a le grand mariage, c'est-à-dire, la dame & le roi de coeur en main, tire un jetton de chacun en jouant les cartes, outre les boîtes qui leur sont dûes séparément, comme premieres triomphes & comme mariage : mais quand le roi est levé par la guimbarde, on ne leur en donne qu'un, non plus que pour le fou, qui se paye au contraire lui, lorsque le roi ou la guimbarde l'ont pris sur le jeu. Les mariages ne se font en jouant, que lorsque le roi & la dame de même couleur tombent immédiatement l'un après l'autre, autrement le mariage ne vaut pas. Mais celui qui a la dame d'un roi joué, ne peut la retenir sous peine de payer à chaque joueur un jetton, pour avoir rompu le mariage. Celui qui renonce doit le même droit aux joueurs, ainsi que celui qui pouvant forcer ou couper une carte jouée, ne le fait pas. Celui qui donne mal est condamné à payer un jetton à chacun, & à refaire. Si le jeu est faux, le coup n'est bon que lorsqu'il est achevé. Les précédens passent comme tels. Il n'est pas permis de jouer à la guimbarde avant son tour, sous peine d'un jetton d'amende pour chaque joueur.
|
| MARIEN | (Géog.) c'étoit un des cinq royaumes qui composoient l'île Hispaniola, lorsque Christophe Colomb la découvrit. (D.J.)
|
| MARIEN-GROSCHEN | (Comm.) monnoie d'argent qui a cours dans le pays de Brunsvick & de Lunebourg, qui fait la trente-sixieme partie d'un écu d'Empire, c'est-à-dire environ deux sous monnoie de France.
|
| MARIENBERG | (Géog.) ville d'Allemagne en Misnie, au cercle d'Erstbourg, près d'Anneberg. Les mines d'argent qui sont dans le voisinage ont été cause de sa fondation, par Henri, duc de Saxe, en 1519. Elle est entre des montagnes, à 10 lieues de Dresde, & appartient à l'électeur de Saxe. Longit. 31. 27. lat 51. 10. (D.J.)
|
| MARIENBOURG | (Géog.) petite ville démentelée des pays-bas françois, dans le Hainault, au pays d'entre Sambre & Meuse. Elle avoit été bâtie en 1542 par Marie, reine de Hongrie, soeur de Charles-quint. Elle est à 4 lieues de Rocroy. Long. 22. 5. lat. 50. 4. (D.J.)
|
| MARIENBURG | (Géog.) ancienne & forte ville de la Pologne, dans la Prusse royale, capitale du Palatinat de même nom, avec un château. Elle a été bâtie par les chevaliers de l'ordre Teutonique. Les Suédois la prirent en 1616 ; mais elle revint par la paix à la Pologne. Elle est sur un bras de la Vistule, appellé Nagot, à 4 lieues S. O. d'Elbing, 6. S. E. de Dantzick. Long. 37. 10. lat. 54. 6. (D.J.)
|
| MARIENSTADT | en latin Maristadium, (Géog.) petite ville de Suede, dans la Westrogothie, sur le lac Wener, à 14 lieues S. E. de Carlestadt, 65 S. O. de Stockholm. Long. 32. lat. 58. 38.
|
| MARIENTHA | ou MERGENTHEIM, (Géog.) petite ville en Franconie, où elle fait la résidence du grand-maître de l'ordre Teutonique. L'armée de M. de Turenne y fut battue en 1645. Elle est sur le Tauber, à 6 lieues S. O. de Wurtsbourg, 9 N. de Hall. Long. 27. 24. lat. 49. 35. (D.J.)
|
| MARIENWERDER | (Géog.) ville du royaume de Prusse au cercle de Hockerland, dans la partie occidentale de la Poméranie, au confluent du Nagot & de la Liebe. Long. 37. 10. lat. 53. 42. (D.J.)
|
| MARIES | S. f. (Hist. mod.) fêtes ou réjouissances publiques qu'on faisoit autrefois à Venise, & dont on tire l'origine de ce qu'autrefois les Istriens, ennemis des Vénitiens, dans une course qu'ils firent sur les terres de ceux-ci, étant entrés dans l'église de Castello, en enleverent des filles assemblées pour quelque mariage, que les Vénitiens retirerent de leurs mains après un sanglant combat. En mémoire de cette action, qui s'étoit passée au mois de Février, les Vénitiens instituerent dans leur ville la fête dont il s'agit. On l'y célébroit tous les ans le 2 de Février, & cet usage a subsisté trois cent ans. Douze jeunes filles des plus belles, magnifiquement parées, accompagnées d'un jeune homme qui représentoit un ange, couroient par toute la ville en dansant ; mais les abus qui s'introduisirent dans cette cérémonie, la firent supprimer. On en conserva seulement quelques traces dans la procession que le doge & les sénateurs font tous les ans à pareil jour, en se rendant en troupe à l'église de Notre-Dame. Jean-Baptiste Egnat. exempl. illust. virg.
|
| MARIGNAN | (Géog.) Melignanum, petite ville d'Italie, au duché de Milan, remarquable par la victoire que François I. remporta aux environs de cette place en 1515. sur le duc de Milan & les Suisses réunis. Marignan est sur le Lambro, à 4 lieues S. E. de Milan, 5 N. E. de Pavie, 5 N. O. de Lodi. Long. 26. 45. lat. 45. 20. (D.J.)
|
| MARIGOT | S. m. (Terme de relation) Ce mot signifie en général dans les îles de l'Amérique, un lieu où les eaux de pluie s'assemblent & se conservent. (D.J.)
|
| MARILAND | (Géog.) province de l'Amérique septentrionale, bornée au sud par la Virginie, E. par l'Océan Atlantique, N. par la nouvelle Angleterre & la nouvelle York, O. par la riviere de Patowmeck.
Le golphe de Chosepeak qui est navigable 70 lieues, & par où les vaisseaux entrent en Virginie & Mariland, traversent cette derniere province par le milieu, le terroir en est très-fertile, on y cultive beaucoup de tabac qui est d'un grand débit en Europe. On y trouve les mêmes animaux, oiseaux, poissons, fruits, plantes, racines & gommes, qu'en Virginie.
Les naturels du pays ont le teint basané, les cheveux noirs, plats & pendans. Ils sont partagés en tribus, indépendantes les unes des autres. Ce que les Anglois possedent est divisé en dix cantons, & comme ils ont accordé la liberté de religion à tous les chrétiens qui voudroient s'aller établir à Mariland, ils ont fait en peu de tems de nombreuses recrues, & des commencemens de villes avantageusement situées pour le commerce. On nomme Sainte-Marie, le lieu le plus considérable & la résidence du gouverneur.
MARILAND est situé, entre le 37e degré 50 minutes & le 40 de lat. septentrionale. Les chaleurs y sont modérées, tant par les vents, que par les pluies, & l'hiver y est peu durable. (D.J.)
MARIN, SEL. Voyez MARIN, acide. (Chimie) Voyez SEL MARIN.
MARIN, acide, (Chimie). Voyez à l'article SEL MARIN.
MARIN, adj. (Marine) se dit d'un homme qui va sur mer, & qui est attaché au service de la marine.
MARINS, CORPS, (Hist. nat. Minéralogie) nom que l'on donne dans l'histoire naturelle aux coquilles, coraux ou lithophytes, aux poissons, &c. que l'on trouve enfouis & pétrifiés dans le sein de la terre. Voyez l'article FOSSILES.
|
| MARINADE | S. f. (Cuisine) c'est une saumure, ou une sauce, composée ordinairement de sel, de vinaigre, &c. où l'on ajoute quelquefois un peu d'épices ; elle sert à assaisonner & à conserver les mets, les fruits, &c.
On prend aussi ce mot substantivement pour un fruit, une racine, une feuille, ou toute autre matiere végétale que l'on a préparés dans une marinade pour s'en servir comme d'une sauce, &c. Voyez SALADE.
On marine avec de l'huile & du vinaigre mêlés ensemble, des artichaux, des mousserons, espece de champignons, des fruits d'épine-vinette, des asperges, des féves, &c. des boutons de genêt, des capres & des olives. Voyez CAPRES, &c.
|
| MARINAI | (Géog.) ou MARIANARI ou PLANINA, montagne de la Turquie en Europe, à l'orient de l'Albanie, au midi de la Servie & de la Bulgarie, & au nord de la Macédoine : les anciens l'appelloient croton ou scardus. Le Drin, la Morave & le Vardar qui est l'Accius des anciens, y prennent leur source. (D.J.)
|
| MARINE | S. f. (Marine). On entend par ce mot tout ce qui a rapport au service de la mer, soit pour la navigation, la construction des vaisseaux, & le commerce maritime ; soit par rapport aux corps des officiers militaires, & ceux employés pour le service des ports, arsenaux & armées navales : ainsi cet article renvoie à une infinité d'autres qui regardent les différentes parties de la marine.
L'histoire de la marine est encore un renvoi de cet article, mais qui jetteroit trop loin ; il suffit d'indiquer ici quelques livres qui peuvent donner des connoissances sur cette histoire, tels que l'Histoire générale de la marine ; Histoire navale d'Angleterre, de Lediard ; Histoire de la navigation & du commerce des anciens, par M. Huet ; Dissertation concernant la navigation des anciens, du chevalier Arbuthnot ; Hydrographie, du P. Fournier ; De re navali, Laz. Baif ; De militiâ navali veterum, Joannis Cheferi ; Orbis maritimi historia generalis, C. B. Marisalh, &c.
La marine fut presque oubliée en France après la mort de Charlemagne : depuis ce regne, les seigneurs particuliers avoient leurs amiraux, nommés patrimoniaux. Elle commença à renaître sous S. Louis, le premier de nos rois qui ait eu un officier principal avec le titre d'amiral. La guerre avec l'Angleterre rendit la marine plus considérable sous Charles V. par les soins de son amiral, Jean de Vienne. Les regnes suivans laisserent la marine dans l'oubli, ainsi que le commerce, dont il n'étoit seulement pas question ; mais l'un & l'autre reparurent sous le ministere du cardinal de Richelieu, & ont été portés beaucoup plus loin par M. Colbert sous le regne de Louis XIV.
Il y auroit beaucoup de choses à faire pour la perfection de notre marine ; l'objet est important & nous avons pensé qu'on liroit ici avec plaisir un extrait d'un petit ouvrage fort solide & fort rare, intitulé Réflexions d'un citoyen sur la marine. Cet ouvrage est d'un habitant de Dieppe, fils d'un libraire. Cet enfant, dégouté du métier de son pere, s'est fait corsaire, a servi sur des vaisseaux de roi, a commandé des bâtimens qui lui appartenoient, & parle ici d'une chose qu'il sait ou qu'il doit savoir. Condamné au repos par les pertes qu'il a faites dans cette derniere guerre, il s'est mis à écrire ses réflexions & à les imprimer. Il a présenté son ouvrage au ministre qui a approuvé ses vûes : l'édition en a été supprimée, & cet extrait est fait sur un des trois exemplaires qui existent.
Il n'y a point, à proprement parler, de guerre maritime défensive.
Dans les tems de guerre, il faut que les bâtimens soient tous armés offensivement.
Sur les mers, on se cherche sans se trouver, on se trouve sans se chercher. L'audace, la ruse & le hasard décident des succès.
Se contenter de couvrir ses possessions, & n'armer qu'à cet effet, c'est précisément jouer avec le hasard de perdre, sans avoir jamais celui de gagner.
De la cause des maladies sur les vaisseaux, & des moyens d'y remédier. On attribue assez légerement les maladies des équipages, au climat & aux mauvais vivres.
J'ai servi, dit l'auteur, sous M. le duc d'Anville, dans son expédition sur les côtes d'Acadie, notre équipage étoit composé de six cent hommes.
Après un séjour d'un mois dans la baie de Chibouctou, aujourd'hui Hallifax, à peine restoit-il assez de monde pour manoeuvrer, nous n'étions plus que deux cent en arrivant à Lorient. Ce ne fut point l'influence du climat qui causa ce ravage, car il n'y eut aucune proportion entre le nombre des officiers malades & celui des matelots. Les vivres n'y contribuerent point ; car il ne mourut presque personne à bord des vaisseaux marchands, approvisionnés de la même maniere que les vaisseaux de roi.
D'où naît la différence ?
1. Du peu de soin qu'on a des équipages à bord des vaisseaux de guerre.
2 Du peu d'aisance forcé par la quantité des domestiques, provisions & bestiaux, embarqués pour la commodité de l'état-major.
3. De la malpropreté d'entre les ponts, dont on n'ouvre presque jamais les sabords, malgré l'air infecté par les bestiaux, & respiré par ceux que leur triste sort y renferme.
Sans les soins de l'officier, le soldat périroit de misere. Sans ces soins, le matelot est encore plus malheureux : il reçoit dans les ports ses avances, qu'il dissipe. Il s'embarque presque nud, la punition suit de près la faute ; mais il n'y a pas de remede.
Point de facilité de pourvoir aux besoins, on n'endure pas sans suite fâcheuse, le froid & la misere. Le scorbut naît, & se répand dans tout l'équipage.
Il faut donc embarquer des hardes, pour en fournir au matelot. L'écrivain, personnage oisif, fera note de ce qui lui sera délivré, pour être retenu sur ses gages au désarmement.
Il faut au matelot la petite perruque de peau d'agneau, la veste un peu ample, le petit bufle en soubre-veste, & le manteau à la turque avec le capuchon.
Un matelot bien équipé néglige de changer de linge & d'habit, se couche mouillé au sortir du quart, & gagne par sa paresse le scorbut, comme un autre par manque de vêtement.
Dans la marine françoise, le matelot appartient uniquement à l'état. S'il meurt, il est remplacé sans qu'il en coute à l'officier ; pourquoi celui-ci veillera-t-il à sa conservation ?
Faites des réglemens, tant qu'il vous plaira ; le seul bon, c'est celui qui liera l'officier par son intérêt, faites donc des soldats matelots. Qu'un matelot ne puisse périr sans qu'il en coute un homme à l'officier de marine.
On a trois cent mille hommes de troupes de terre. Il faut trente mille matelots ; mais il les faut enrégimentés. Qu'ils soient répandus dans la Bretagne, la Provence & le pays d'Aunis, & qu'en un clin d'oeil ils puissent être rassemblés.
Que les compagnies soient recrutées, ou de matelots ou de novices.
Sur une compagnie de cent hommes, il faudroit en ordonner vingt-cinq qui n'eussent point navigué.
Comme ils travailleront dans les ports aux armemens, désarmemens & entretiens des navires, il leur faut une forte paye.
Qu'il y ait des sergens, gens expérimentés dans la manoeuvre.
Que ces sergens représentent à bord les officiers-mariniers.
Qu'ils ayent inspection & sur le devoir & sur l'entretien, comme il se pratique dans les troupes de terre.
Que les capitaines gardent leurs compagnies, tant qu'ils ne seront que lieutenans de vaisseaux.
Le soldat de marine est un peu mieux que le matelot, on s'apperçoit qu'il est protegé ; mais il est encore mal. Pourquoi ? C'est que l'officier convaincu qu'on lui retirera sa compagnie, pour peu qu'il avance, il s'y regarde comme étranger. Il n'y voit qu'un moyen d'augmenter sa paye, il sait bien qu'en quelque mauvais état qu'elle soit, son confrere la recevra sans discuter.
Qu'on débute par créer cinq ou six régimens, comme je les propose, & l'on verra l'effet de l'intérêt personnel.
S'il est difficile de changer à ce point les usages, je demande seulement que les commissaires des classes fassent des escouades de huit hommes.
Que ces hommes soient commandés par un officier-marinier.
Que cet officier visite les hardes avant le départ.
Qu'en campagne cette troupe ait ses hamacs tendus l'un à côté de l'autre.
Qu'elle soit tenue proprement ; qu'on rase ceux qui auront de la vermine ; qu'on fasse changer les hardes, quand elles seront mouillées ; qu'on les oblige à les mettre au sec ; qu'on leur donne du linge une fois la semaine ; que le linge sale soit lavé ; qu'on fasse des revûes ; qu'on punisse les nonchalans ; qu'au retour, les escouades soient visitées par le commissaire des classes ; que le commissaire rende compte au secrétaire d'état, &c.
Après l'expédient de l'incorporation, point de plus sûr moyen de prévenir les maladies.
Autre inconvénient dans les vaisseaux de guerre ; le gaillard d'avant est occupé par les cuisines ; le gaillard d'arriere par les gardes marines, les domestiques & l'office ; l'entre-pont, par les canonniers & les soldats ; entre les ponts, des canonniers sont à leur aise, les officiers-mariniers enfermés avec de la toile ; au milieu de ces entreponts est un grand parc aux moutons ; le reste est pour le matelot, c'est-à-dire, que les trois quarts de l'équipage, la classe la plus nécessaire, est entassée dans la partie la plus étroite & la moins commode de l'entrepont. C'est de ce lieu aussi dangereux que dégoutant, de cette étuve qu'il va à la pluie, au vent & à la grêle, serrer une voile au haut d'un mât. Quel tempérament peut résister à ces alternatives subites de chaleur & de froid ?
Joignez à cela les viandes salées, quelquefois le manque d'eau.
Si l'on se proposoit d'engendrer le scorbut, s'y prendroit-on mieux ?
Le poste qui convient au matelot est sous le gaillard d'arriere ; il est à portée de son service ; il est en plein air ; plus de vicissitudes extrèmes ; l'office sera aussi-bien entre-pont que sous le gaillard.
Que les matelots malades soient descendus en entre-pont dans un lieu destiné à cet effet ; qu'on écarte de-là les valétudinaires ; que dans ce poste les sabords puissent rester ouverts plus long-tems ? que si cela ne se peut, on y ouvre deux fenêtres plus élevées ; que les sains & les malades ne restent plus confondus ; que rien ne serve de prétexte au chirurgien ; que ses visites soient exactes ; qu'il soit à portée de reconnoître les fainéans, &c.
Qu'on excite les matelots à l'amusement dans le beau tems ; qu'il y ait toûjours à bord d'un vaisseau quelque instrument ; celui qui rira de cette attention n'a pas d'humanité ; la vie de la mer est mélancolique ; la musique & la danse sont les principaux moyens dans les voyages de la côte de Guinée, d'entretenir la santé des negres.
Lorsqu'on sera dans le cas de retrancher d'eau les équipages, qu'on ordonne aux capitaines de se défaire des trois quarts de leurs moutons, volailles, sous les peines les plus grieves ; l'aisance de sept à huit personnes continuent de condamner à mort ou à la maladie cinq à six cent hommes non moins utiles.
Qu'on tienne la main à l'exécution de l'ordonnance de balayer tous les jours, d'ouvrir les sabords, lorsque le tems le permet ; de laver deux fois le jour les parcs aux moutons, les cages à volailles, &c. de jetter de l'eau & de frotter soir & matin le dernier pont, les tillacs entre les ponts, &c.
Mais encore une fois comment espérer ces attentions, sans l'intérêt personnel de l'officier ?
Il faut retirer de l'entre-pont le parc aux moutons, loger le bétail en-haut, ou s'en priver. Ce lieu sert d'asile au grand nombre de l'équipage, & il ne reçoit de jour que par les écoutilles.
Faites faire branle bas deux fois par semaine, pour laver & frotter plus aisément entre les ponts.
Mais sans un arrangement tendant à intéresser l'officier au salut du matelot, n'attendez pas que ces choses se fassent.
Du moyen d'avoir des matelots. Je sais ce que je dis : un matelot n'est pas aussi difficile à faire qu'on pense. Lorsque le coeur est guéri du mal de mer, il ne faut plus que quelque tems de pratique ; deux mois pour le tout.
Une galere échoue sur les côtes de l'Italie ; les Romains construisent des bâtimens sur ce modele : en trois mois des matelots sont dressés ; une flotte est équipée, & les Carthaginois battus sur mer.
L'art du matelot est autre chose à présent, d'accord ; mais le pis, c'est que nous ne sommes pas des Romains.
Nous avons perdu beaucoup de matelots ; cependant il en reste plus qu'il n'en faut pour en former.
Qu'on essaye ce que feront cent hommes de mer, dans un vaisseau de guerre, où le reste de l'équipage n'aura jamais navigué, en deux mois de croisiere, je ne demande que ce tems.
Les hommes les moins robustes sont guéris en huit ou quinze jours du mal de mer.
Après ce repos, qu'on fasse monter sans cesse les novices dans les haubans & sur les vergues, avec d'autres qui leur montrent à prendre un ris & à serrer une voile.
Dans un autre tems, qu'on leur apprenne à faire des amarrages.
Cela fait, il ne s'agit plus que de les bien commander ; mais où prendre ces novices ? dans le tirage d'une milice de jeunes hommes depuis 16 jusqu'à 30 ans, sans égard à la taille.
Pour ne pas dévaster les côtes, faites ce tirage sur toutes les provinces.
Une cinquantaine de corvettes répandues depuis Bayonne jusqu'à Dunkerque, pourroient commencer ces novices pendant l'hiver.
Exercez ceux qu'on n'embarquera pas dans vos ports ; qu'ils amarrent, gréent, dégréent, & fassent le service du canon & du mousquet.
Donnez leur pour sergens des matelots instruits, pour officiers des pilotes marchands.
Tout le métier consiste à savoir se soutenir sur & avec des cordages.
Il n'est pas rare que des gens qui n'avoient point navigué, soient devenus sur les corsaires d'assez bons matelots, après une course de deux mois ; quoique les capitaines qui ne les avoient pris que pour soldats, ne les eussent pas instruits.
Dans la plûpart des vaisseaux anglois, combien de gens qui n'ont jamais vu la mer ? lisez là-dessus les feuilles de l'état politique de l'Angleterre.
Rien de plus étrange que l'usage de renvoyer les équipages après la campagne.
C'est ou économie ou justice.
Mauvaise économie de renvoyer des matelots pour en faire revenir autant deux mois après.
Justice cruelle que de le forcer, en ne lui payant au desarmement qu'un mois ou deux de la campagne qu'il vient de faire, d'aller en course, de monter sur d'autres bâtimens, & de gagner de quoi soutenir sa femme & ses enfans.
Fausse politique d'annoncer toûjours à l'ennemi par les levées, la quantité de vaisseaux qu'on veut armer.
Et puis l'attente des équipages traine les armemens en longueur : les uns restent malades sur les routes ; les autres excédés de la fatigue du voyage, ne peuvent s'embarquer, ou languissent sur le vaisseau. Ceux qui profitent du congé pour suivre les corsaires, sont pris. Il y en a qui de desespoir se vendent à l'ennemi pour deux ou trois cent livres, & sont perdus pour la patrie.
Les flottes espagnoles sont pleines de matelots françois.
Jusqu'à ce jour, les classes ont eu une peine infinie à satisfaire aux levées ordonnées, quoique modiques. Qu'a-t-on fait ? on a renvoyé au service les matelots qui en revenoient.
Abandonner la marine, ou retenir pendant l'hiver dix mille matelots : point de milieu.
Dix mille, indépendamment de ceux qui sont employés en Amérique & aux Indes.
Avec ces dix mille hommes prêts, on équipe en quinze jours trente vaisseaux de guerre.
Occupez ces hommes à terre, partie à l'entretien des navires, partie à l'exercice du canon & du mousquet dans les ports de Bretagne & d'Aunis.
Qu'ils apprennent la charpente & le calfatage ; l'espoir d'apprendre ces métiers les attirera au service.
Ces métiers appris ils subsisteront, & les salaires exorbitans de ceux qui y vaquent diminueront.
De la nécessité de croiser contre le commerce anglois. S'il faut croiser, l'hiver est la saison la plus avantageuse pour la puissance la plus foible : autre raison d'entretenir des matelots dans cette saison.
Vous encouragez à la course, cela ne suffit pas ; il faut des vaisseaux de guerre pour soutenir l'armateur.
Défendre la course ou la soutenir, point de milieu.
Que font tout l'hiver des vaisseaux de guerre dans des ports ? Quel risque pour eux sur la mer ? Les nuits sont longues, les escadres peu à craindre, les coups de vent les dispersent.
Douze vaisseaux de guerre croisant au premier méridien depuis 45 jusqu'à 50 degrés de latitude, feront plus de mal à l'ennemi en hiver, que toutes nos forces réunies ne lui en peuvent faire en été.
On n'a point armé à cet effet, & nos corsaires ont presque tous été pris.
Les matelots étant devenus rares, on a interdit cette navigation, & l'ennemi a commercé librement.
Pourquoi les armateurs se sont-ils soutenus sous Louis XIV. par les escadres qui croisoient ?
Mais les forces de l'ennemi n'étoient pas alors aussi considérables : fausse réponse. Duguai & Barth étoient à la mer & interceptoient des flottes à l'anglois & aux hollandois combinés.
De quoi s'agit-il ? de savoir où croisent à-peu-près les escadres, & de les éviter si on n'est pas en force pour les combattre.
Et nos vaisseaux de guerre ne sont-ils pas sortis de Brest, & n'y sont-ils pas revenus malgré les escadres angloises qui croisoient sur Ouessant ?
Combien de vaisseaux anglois croisent seuls ?
Sont-ce leurs escadres qui ont pris nos corsaires ? l'ennemi les a détruits, en envoyant contr'eux séparément quelques vaisseaux de lignes, & quelques frégates d'une certaine force.
Comment les flottes de l'anglois sont-elles convoyées ? Employera-t-il à cet effet une douzaine de vaisseaux de guerre pour chacune ? bloquera-t-il Brest ? Lorient ? Rochefort ? Avec toutes ces dépenses, il ne nous empêcheroit pas d'appareiller, quand nous en aurions le dessein.
C'est au commerce anglois seul qu'il faut faire la guerre : point de paix solide avec ce peuple, sans cette politique. Il ne faut pas songer à devenir puissant, mais dangereux.
Que l'idée d'une guerre avec nous fasse trembler le commerce de l'ennemi ; voilà le point important.
L'ennemi a fait dans la guerre de 1744, des assurances considérables sur nos vaisseaux marchands ; dans celle-ci peu, & à des primes très-onéreuses. Pourquoi cela ? c'est qu'ils ont pensé que la guerre de terre feroit négliger la marine, & ils ont eu raison.
J'entens sans cesse parler de la dette nationale angloise, quelle sottise ! Qui est-ce qui est créancier de l'état ? est-ce le rentier ? non, non, c'est le commerçant ; & le commerçant prêtera, je vous en répons, tant qu'il ne sera pas troublé.
Vous voulez que le crédit de l'ennemi cesse ; & au lieu de poursuivre le créancier, vous le laissez en repos.
Prenez à l'anglois une colonie, il menacera ; ruinez son commerce, il se révoltera.
L'ennemi s'applique à ruiner notre marine marchande ; c'est qu'il juge de nous par lui.
Sans commerce maritime, nous en serions encore puissans ; lui, rien. Ses escadres empêcheront-elles de desirer, d'exporter nos denrées, nos vins, nos eaux-de-vie, nos soieries ? Lui-même les prendra malgré toute la sévérité de ses réglemens.
La marine de l'ennemi n'existe que par sa finance ; & sa finance n'a d'autre fonds que son commerce. Faisons donc la guerre à son commerce, & à son commerce seul ; employons-là l'hiver & nos vaisseaux ; soyons instruits du départ de ses flottes ; ayons quelques corvettes en Amérique, &c.
Vous voilà donc pirates, dira-t-on ? sans doute : c'est le seul rôle qui nous convienne.
Tant que vous vous bornerez au soutien de vos colonies, vous serez dupes ; & vos matelots passeront à une nation qui est toûjours en croisiere d'une nation qui n'y est jamais.
Croisez, envoyez vos vaisseaux de ligne en course, & vous aurez de grands marins ; vous resserrerez l'étendue des escadres ennemies ; vous l'attaquerez dans son endroit sensible, & vous le contraindrez à la paix.
Des officiers de marine. Ici c'est la noblesse seule qui commande la marine ; en Angleterre, quiconque a du talent.
Ici, après trente ans de paix, des gens qui n'ont jamais navigué osent se présenter : c'est un grand mal qu'ils osent. En Angleterre, ce sont toûjours des hommes qui ont été employés sur des bâtimens marchands.
Le gentilhomme marin ne s'honore point de la connoissance de son métier : voilà le pis.
Peut-être saura-t-il le pilotage : pour l'art du matelot, il le dédaigne ; sa fortune n'y est pas attachée, & son ancienneté & ses protections parleront pour lui.
Il se propose ou de ne combattre qu'avec des forces supérieures, ou de réparer l'ignorance par la bravoure. Quelle erreur ! ce brave ne sait pas que son ignorance lui lie les mains. J'en ai vu, j'en ai vu de ces braves mains-là liées, & j'en pleurois.
L'ignorance est le tombeau de l'émulation.
Dans la marine marchande, un armateur ne se choisira qu'un capitaine expérimenté ; dans la marine royale, on suppose tous les officiers également habiles.
Nos équipages sont toûjours les plus nombreux ; il faut donc aborder, & depuis Duguai, on ne sait plus ce que c'est.
Duguai avec son François de 40 canons, aborda & prit des villes ambulantes.
Le grand nombre nuit dans un combat au canon.
C'est manquer à l'état que de ne pas combattre vergue à vergue un ennemi d'un tiers moins fort en nombre ; mais pour exécuter un abordage, il ne suffit pas d'être brave, il faut encore être un grand marin : le niera-t-on ?
Mais est-ce dans le combat seulement que la science de toutes les parties du métier de la mer est nécessaire à l'officier ?
Et l'économie des armemens, & la consommation & la qualité des matieres, & la connoissance des rades, &c. &c. Tout ce qui est des agrès, des accidens, &c. n'est-t-il pas de sa compétence ?
Pour ceux qui savent, les pilotes n'ont qu'une autorité précaire : que l'officier puisse donc se passer de ses conseils, ou les recevoir sans humeur.
Des corsaires sont sortis de nos ports avec 300 hommes d'équipage, parmi lesquels il n'y avoit pas 30 hommes de mer. Oui, mais l'habileté de ceux-ci suppléoit à tout.
Mépriser la connoissance du service du matelot, c'est dire, je suis fait pour commander, moi ; mais que m'importe le bien ou mal exécuté ?
L'ordonnance dit, les gardes embarqués serviront comme soldats ; il falloit dire comme matelots : Barth a été matelot.
En Angleterre, le garde-marine fait le service de matelot ; il indique le travail & l'exécute : le nôtre a toutes sortes de maîtres à terre ; en mer il ne fait rien.
Ce jeune homme ignorera toute sa vie les côtes : c'est le gouvernement qui le veut, en donnant le commandement des frégates & corvettes à convoyer ou à croiser, à des officiers de fortune. On lui donne un pilote cotier, & ne vaudroit-il pas mieux qu'il pût s'en passer ?
On compte 1200 officiers de marine ; l'ordonnance en met six sur les vaisseaux du premier & du second rang ; quatre sur les frégates, & trois sur les corvettes. Voilà de quoi armer en officiers 240 bâtimens que nous n'avons pas. Pourquoi donc ne les donne-t-on pas aux marchands ? c'est qu'ils sont mauvais. C'est ainsi que la cour aide le mépris des officiers, & elle ne sauroit faire autrement. D'un autre côté, elle avilit les officiers marchands, en leur refusant des dignités & des grades qu'ils méritent. Quel deshonneur peut faire à un gentilhomme la confraternité d'un homme de mérite ?
Que l'officier de marine serve le marchand, s'il le juge à propos ; au moins le ministre ne doit pas plus le lui défendre que le lui imposer.
Qu'on passe sans obstacle de l'un à l'autre service. Il faut réformer le corps des pilotes hauturiers, & le remplacer par un certain nombre d'enseignes de vaisseaux de la marine marchande. Il en sera embarqué deux sur chaque vaisseau, l'un pour inspecteur de la partie du maître, l'autre du pilotage.
Que les gardes-marine servent de pilotins à bord des vaisseaux sous ces inspecteurs.
Les officiers de fortune sont presque tous sur les mêmes bâtimens, il faut les disperser.
Je ne parle point des encouragemens, il en faut par-tout, c'est la même chose pour les châtimens.
De la protection du commerce des colonies. Qu'on ne craigne rien : la noblesse dédaignera toujours le commerce ; & le négociant aimera toujours la fortune ne fût-ce que pour obtenir un jour le droit de mépriser le principe de son élévation.
Ayez une marine marchande, mais que votre premier soin soit de la couvrir.
Quand on déclare qu'on ne donnera aucun convoi aux bâtimens marchands ; c'est exactement les envoyer à l'ennemi.
L'ennemi en prend tant qu'il veut, & puis l'état à la paix lui porte le reste de ses fonds pour les racheter. Voilà ce qui nous arrivera.
Ce ne sont point vos vaisseaux marchands qui ont entretenus de vivres vos colonies. Laissez-donc ce prétexte, & retenez ces vaisseaux dans vos ports, ou les protégez s'ils en sortent.
Ce sont les neutres & les corsaires d'Amérique qui ont pourvu à vos colonies.
Que si vous n'avez point de convoi à donner, sachez-le du-moins de longue-main, afin que vos négocians avides bâtissent des frégates propres à bien courir, & à se défendre.
Si vous accordez aux neutres le trafic dans vos colonies, on y portera peu de vivres, & beaucoup de marchandises seches ; & vous acheverez de les ruiner, à-moins que l'ennemi ne vous secoure en se jettant sur les neutres, comme il a fait mal-adroitement.
Voulez-vous rendre au commerce quelqu'activité, retenez les bâtimens non construits pour se défendre & bien courir, & établissez une chambre d'assurance, de solvabilité non-suspecte, à 25 pour cent l'aller aux colonies, & autant le retour.
Voulez-vous faire le mieux ? donnez seulement à douze frégates un vaisseau de convoi.
Comptez les frégates parties seules à seules, arrivées & revenues, & jugez de l'avantage de cette prime que je propose.
Mais dira-t-on, nos corsaires faits pour la marche, ont bien été pris ? c'est qu'il y a bien de la différence entre celui qui va à la rencontre, & celui qui l'évite.
Les dépenses considérables pour les équipages en Amérique, suffisent pour suspendre les armateurs ; & puis à peine nos marchands sont-ils arrivés aux colonies, que les matelots désertent. Les uns vont en course ; les autres se font acheter à des prix exorbitans. Un capitaine au moment de son départ, est obligé de compter à un matelot jusqu'à mille livres pour la simple traverse.
Republiez les ordonnances sur la désertion, aggravez les peines pour la désertion du service marchand ; punissez les corsaires qui débaucheront ces équipages, &c.
Les vaisseaux du roi enlevent en Amérique tous les matelots du commerce, s'ils en ont besoin. Il n'y a point de regle là-dessus, & il arrive souvent qu'un marchand ainsi dépouillé, ne peut plus appareiller.
On ne peut trop affoiblir l'autorité confiée, à-mesure qu'elle s'éloigne du centre. C'est une loi de la nature physique toujours enfreinte dans la nature morale.
Question difficile à décider : les escadres envoyées aux colonies depuis la guerre, y ont-elles été dépêchées pour protéger le commerce, ou pour le faire ? Ici on dit pour protéger, là-bas on démontre pour commercer.
Plus la défense est éloignée, & l'ennemi proche, plus la sécurité doit être grande. Si on eût fait au cap Breton ce que les Anglois ont fait à Gibraltar, le cap Breton seroit à prendre ; il n'y falloit que trois mille hommes, mais pourvoir à ce qu'on ne pût les réduire que par famine.
S'il faut substituer sans cesse des escadres à des fortifications, tout est perdu.
L'ennemi peuploit ses colonies septentrionales ; il falloit peupler la Louisiane & le Canada ; & le Canada seroit encore à nous.
Quand je pense à l'union de nos colons, & aux dissensions continuelles des colons ennemis, je me demande comment nous avons été subjugués, & c'est au ministere à se répondre ; je l'ai mis sur la voie.
Encore une fois, nos colonies bien fortifiées & soutenues par un commerce protégé, & soixante vaisseaux de ligne dirigés contre le commerce de notre ennemi, & l'on verra la suite de cette politique.
Des invasions. 300 lieues de côtes à garder exigent une marine respectable.
Depuis S. Jean-de-Luz jusqu'à Dunkerque sans marine, tout est ouvert.
Qui est-ce qui défendra des côtes ? Des vaisseaux ? abus, abus : ce sont des troupes de terre ; on armera cent cinquante mille hommes pour épargner.
Cependant les riverains seront ravagés, & on ne songera point à les dédommager.
On armera cent cinquante mille hommes, & il est clair que vingt-cinq vaisseaux de ligne dans Brest, & 15 mille hommes sous cette place suffisent pour arrêter tout, excepté la prédilection pour les soldats de terre.
O mes concitoyens, presque toutes vos côtes sont défendues par des rochers ; l'approche en est difficile & dangereuse ; votre ennemi a contre lui tous les avantages de la nature des lieux, & vous ne voulez pas vous en appercevoir.
L'expédition de vos escadres concertées & rendues presqu'en même tems à Louisbourg en 1757, les suites que pouvoit avoir cette expédition, ne vous apprendront-elles point ce que vous ferez au loin, quand vous aurez du sens & de la raison ?
Et croyez-vous que si vous menacez sans cesse les côtes de l'ennemi (& vous les tiendriez en échec à peu de frais), il persistera à les garder ? Le pourroit-il quand il le voudroit ?
Menacez ses côtes, n'attaquez que son commerce, entretenez dans Brest une escadre toûjours armée, montrez des hommes armés & prêts à mettre à la voile, cela suffit : on exécute quelquefois ce qui n'étoit qu'une menace. La menace dans les grandes choses se confond toûjours avec le projet. A la longue, ou l'on s'endort sur le péril, ou las de veiller, on se résoud à tout pour le faire cesser.
Si des navires de transport ajoutent à l'inquiétude ; une bonne fois pour toutes, ayez-en, & la moindre expédition contre les pingues de Hull & d'Yarmouth vous en procureront plus qu'il ne vous en faut ; & vous vous passerez de ces affrettemens faits avec des particuliers, qui ont dû vous coûter des sommes immenses. Voyez en 1756 la terreur répandue sur toutes les côtes de l'ennemi ; cependant qu'étiez-vous alors ?
Conclusion. La suite n'est qu'une récapitulation abrégée de l'ouvrage, à laquelle nous nous en serions tenus, si les vûes de l'auteur avoient été publiées, & si nous n'avions craint que, restreintes à un petit nombre d'exemplaires qui peuvent aisément se perdre, il n'en fût plus question dans dix ans. Quoi qu'il en arrive, elles se trouveront du-moins déposées dans ces feuilles.
L'idée de l'incorporation des matelots par bataillons n'est pas nouvelle. Le roi de Danemark entretient 10000 matelots à son service.
Il est certain que dans les voyages aux pays chauds la mortalité est moindre que sur les vaisseaux de roi dans les campagnes de Louisbourg & du Canada, moindre encore sur les vaisseaux marchands, quelques trajets qu'ils fassent.
Je crois avec l'auteur que des miliciens de 20 à 30 ans serviront mieux que des gens classés qu'on compte pour des matelots.
Quant aux officiers de plume, l'auteur remarque seulement qu'il faut ou payer comptant les fournisseurs, ou être exacts aux termes des payemens. Sans quoi sur-achat nécessaire.
Pourquoi un capitaine dans un armement ne seroit-il pas maître tout-à-fait de son navire ?
Pourquoi au désarmement le soin en est-il abandonné aux officiers de plume ou de port ?
Pourquoi en tout tems un vaisseau n'a-t-il pas son capitaine, son état-major, & une vingtaine de matelots responsables de son dépérissement ?
Pourquoi des navires désarmés sont-ils gardés par ceux que leur entretien intéresse le moins ?
Aussi-tôt que la quille d'un vaisseau est en place, pourquoi le capitaine ne seroit-il pas nommé chargé de l'emploi des munitions, de l'inspection dans le désarmement sur le gruement & ses dépendances, &c.
Pourquoi le magasin général ne délivreroit-il pas sur ses reçus ?
Pourquoi ne pas encourager l'économie par des gratifications ?
C'est alors qu'on verra resservir des voiles & des cordages rebutés.
Sans une autre administration que celle qui est, il faut que la dissipation, le dépérissement, & le pillage ayent lieu.
On croit que le désarmement fréquent produit une grande économie ; oui on le croit : mais cela est-il ? J'en sais là-dessus plus que je n'en dis.
Mais si le rétablissement de notre marine sera toujours à l'ennemi un prétexte de guerre, je demande faut-il ou ne faut-il pas la rétablir ? S'il faut la rétablir, est-ce dans la paix qui sera enfreinte au premier symptôme de vie ? Est-ce dans le tems même de la guerre, où l'on est au pis-aller ?
MARINE, (Peinture) on nomme marines ces tableaux qui représentent des vûes de mer, des combats, des tempêtes, des vaisseaux, & autres sujets marins. Le Lorrain, ce grand maître dans les paysages, a fait aussi des merveilles dans ses marines. Salvator Rosa, peintre & graveur napolitain, s'est distingué dans ses combats de mer, comme dans ses sujets de caprice. Adrien Van-Der-Kabel a montré beaucoup de talens dans ses peintures marines ; c'est dommage qu'il se soit servi de mauvaises couleurs, que le tems a entierement effacées. Corneille Vroom & Backysen ses compatriotes, lui sont supérieurs à tous égards ; mais les Van-Der-Velde, sur-tout le fils Guillaume, ont fait des merveilles. Ce sont les peintres de marines qui méritent la palme sur tous leurs compétiteurs. Les artistes d'Angleterre excellent aujourd'hui dans ce genre ; il ne faut pas s'en étonner ; tout ce qui a rapport à la navigation intéresse extrèmement les Anglois. C'est presque une mode chez eux que de faire peindre un vaisseau de guerre que l'on montoit glorieusement dans une action périlleuse ; & c'est en même tems un monument flateur qu'ils peignent toujours avec plaisir. (D.J.)
|
| MARINÉ | adj. en termes de Blason, se dit des lions, & des autres animaux auxquels on donne une queue de poisson, comme aux sirenes.
Imhoff en Allemagne, de gueules au lion mariné d'or.
|
| MARINELLA, SANTA | (Géog.) petite ville d'Italie dans l'état de l'Eglise, patrimoine de S. Pierre, à six milles de Civita-Vecchia, avec un port ruiné. Long. 29. 30. lat. 42. 10.
|
| MARINGOUIN | S. m. (Hist. nat.) espece de cousin fort commun en Amérique, & fort incommode. Cet insecte s'engendre dans les eaux croupies ; il n'est d'abord qu'un petit ver presqu'aussi délié qu'un cheveu, & long comme un grain de blé. Lorsque les maringouins se sont métamorphosés, & qu'ils ont des aîles, ils prennent l'essor en si grand nombre, qu'ils obscurcissent les endroits où ils passent. Ils volent principalement le matin & le soir, deux heures après le coucher du soleil : ils sont fort importuns par leur bourdonnement. Lorsqu'ils peuvent s'attacher sur la chair, ils causent une douleur vive, sucent le sang, & s'en remplissent au point de ne pouvoir presque plus voler. Les sauvages des Antilles se préservent de ces insectes par le moyen de la fumée en allumant du feu sous leurs lits. Les sauvages du Bresil font des réseaux de fil de coton, dont les carrés sont assez petits pour arrêter ces insectes qui ont de grandes aîles. Les François emploient ce même moyen, qui est bien préférable à la fumée. Hist. gén. des Ant. par le P. Tertre, tom. II. pag. 286.
|
| MARINIANAE | (Géog. anc.) ville de la Pannonie selon l'itinéraire d'Antonin, qui la met sur la route de Jovia à Sirmium. Lazius croit que c'est Castra Marciana, d'Ammien Marcellin ; & ajoute qu'on nomme aujourd'hui ce lieu Margburg. (D.J.)
|
| MARINIER | S. f. (Marine) on appelle ainsi en général un homme qui va à la mer, & qui sert à la conduite & à la manoeuvre du vaisseau. On donne ce nom en particulier à ceux qui conduisent les bateaux sur les rivieres.
|
| MARINO | CONTREE DE (Géog.) ce pays s'étend du levant au couchant, entre la mer de l'Eglise au midi, & la campagne de Rome au nord. La terre de Labour la borne à l'orient, & le Tibre à l'occident. Terracine & Nettuno en sont les seules villes ; c'est un pays mal-sain & dépeuplé. (D.J.)
MARINO, SAN (Géog.) bourg d'Italie sur le grand chemin de Rome à Naples, avec titre de duché. Marino est, à ce qu'on croit, l'ancien Ferentinum. On l'appella depuis Villa Mariana, à cause que Marius y avoit une maison de plaisance. Dans le voisinage étoient, à main droite, les maisons de campagne de Muréna, de Lucullus, & de Cicéron ; & un peu plus bas celles de Pontius, & de plusieurs autres romains, qui avoient choisi cette agréable situation pour leurs lieux de plaisance. Les choses ont bien changé de face ; cependant le bourg de San Marino, capitale de la république de son nom, crée ses magistrats & ses officiers sous la protection du pape. Elle est en même tems la résidence de l'évêque de Montefeltro. Long. 30. 4. latit. 43. 58. (D.J.)
|
| MARINUM | (Géog. anc.) ville d'Italie que Strabon met dans l'Ombrie ; elle se nomme aujourd'hui S. Marini, ou S. Marino. (D.J.)
|
| MARIOLA | (Géog.) montagne d'Espagne au royaume de Valence, dans le voisinage de la ville d'Alcoy. Elle abonde en plantes médecinales ; & toute la campagne des environs est arrosée de fontaines qui la fertilisent. (D.J.)
|
| MARIONNETTE | S. f. (Méchan.) les marionnettes sont des petites figures mobiles de carton, de bois, de métal, d'os, d'ivoire, dont se servent les bateleurs pour amuser le peuple, & quelquefois aussi ce qu'on appelle les honnêtes gens.
Leur invention est bien ancienne. Hérodote les connoissoit déjà, & les nomme des statues mobiles par des nerfs. Dans les banquets de Xénophon, Socrate demande à un charlatan, comment il pouvoit être si gai dans une profession si triste ? Moi, répond celui-ci, je vis agréablement de la folie des hommes dont je tire bien de l'argent, avec quelques morceaux de bois que je fais remuer. Aristote n'a pas dédaigné de parler de ces figures humaines, tendues, dit-il, avec des fils, qui leur font mouvoir les mains, les jambes, & la tête. On trouve dans le premier livre de Platon sur les loix, un beau passage à ce sujet : c'est un Athénien qui dit que les passions produisent dans nos corps, ce que les petites cordes exécutent sur les figures de bois ; elles remuent tous nos membres, continue-t-il, & les jettent dans des mouvemens contraires, selon qu'elles sont opposées entr'elles.
L'usage de ces figures à ressort ne passa-t-il pas, avec le luxe de l'Asie, & la corruption de la Grece, chez les Romains, vainqueurs de ces peuples ingénieux ? Rien n'est plus vrai ; car il en est quelquefois question dans les auteurs latins. Horace parlant d'un prince ou d'un grand, qui se laisse conduire au caprice d'une femme ou d'un favori, le compare à ces jouets dont les ressorts vont au gré de la main qui tient le fil. " Vous, dit-il, n'êtes-vous pas l'esclave d'un autre ? Idoles de bois, c'est un bras étranger qui met en jeu tous vos ressorts " !
Tu mihi qui imperitas, aliis servis miser atque
Duceris, ut nervis alienis mobile lignum.
Sat. 7. liv. II. . 81.
Ecoutons l'arbitre des plaisirs de Néron. " Tandis que nous étions à boire, dit Pétrone au festin de Trimalcion, un esclave apporte un squelete d'argent, dont les muscles & les vertebres avoient une flexibilité merveilleuse. On le mit deux fois sur la table ; & cette statue ayant fait d'elle-même des mouvemens & des grimaces singulieres, Trimalcion s'écria : Voilà donc ce que nous serons tous, quand la mort nous aura plongé dans la tombe ? " Sans doute que le squelete de Pétrone étoit mu par des poids, des roues, des ressorts intérieurs, comme les automates de nos artistes.
L'empereur Marc Antonin parle deux ou trois fois dans ses ouvrages de ces sortes de statues mobiles à ressort, & s'en sert de comparaison pour des préceptes de morale. Semblablement Favorinus, si vanté par Aulu-Gelle, voulant prouver la liberté de l'homme, & son indépendance des astres, dit que les hommes ne seroient que de pures machines à faire jouer, s'ils n'agissoient pas de leur propre mouvement, & s'ils étoient soumis à l'influence de ces astres.
En un mot, toutes les expressions dont les Grecs & les Romains se servent, indiquent qu'ils connoissoient, aussi-bien que les modernes, ces figures mobiles que nous appellons marionnettes. Les neurosplesta d'Hérodote, de Xénophon & autres, c'est-à-dire, des machines à nerfs & à ressort ; les mobilia ligna nervis alienis d'Horace ; les catenationes mobiles de Pétrone ; les ligneolae hominum figurae d'Apulée, rendent parfaitement ce que les Italiens entendent par gelli buratini, les Anglois par the puppets, & les François par marionnettes.
Ce spectacle semble fait pour notre nation. Jean Brioché, arracheur de dents, nous le rendit agréable dans le milieu du dernier siecle. Il est vrai que dans le même tems un anglois trouva le secret de faire mouvoir les marionnettes par des ressorts, & sans employer des cordes ; mais nous préférâmes les marionnettes de Brioché, à cause des plaisanteries qu'il leur faisoit dire. Enfin Fanchon, ou François Brioché, immortalisé par Despréaux, se rendit encore plus célébre que son pere dans ce noble métier. (D.J.)
MARIONNETTES, en terme de Cardeur, sont deux montans de bois plantés à la tête du rouet sur chaque bord du banc, & garnis de deux fraseaux de jonc ou de paille qui se traversent parallelement à la position de la roue. Voyez les Pl. de Draperie.
MARIONNETTE, s. f. (Art. d'ourdis.) piece de bois mobile à laquelle sont attachés les fraseaux de tous les rouets. Voyez FRASEAUX.
|
| MARIPENDAM | (Bot. exot.) arbrisseau de la nouvelle Espagne, qui s'éleve à la hauteur de six à sept pieds ; sa tige est cendrée ; ses feuilles sont vertes, & portées sur des longs pédicules rougeâtres ; son fruit croît en grappes ; on en recueille les boutons, on en exprime le jus, on le fait épaissir, & on s'en sert pour déterger les ulceres. (D.J.)
|
| MARIQUES LE | (Géog. anc.) peuple d'Italie. Voyez MARICI. (D.J.)
|
| MARIQUITES | (Géog.) peuples errans, sauvages & barbares de l'Amérique méridionale au Brésil. M. Delisle le met à l'orient de Fernambouc, & au nord de la riviere de S. François. (D.J.)
|
| MARISA | (Géogr.) riviere de la Romanie. Elle a sa source au pié du mont Hémus, & finit par se jetter dans le golfe de Mégarisse, vis-à-vis de l'île Samandrachi. On la dit navigable depuis son embouchure jusqu'à Philippopoli. Cette riviere est l'Ebrus des anciens. (D.J.)
|
| MARITAL | adj. (Jurisprud.) se dit de quelque chose qui a rapport au mari, comme la puissance maritale. Voyez PUISSANCE.
|
| MARITIMA | MARITIMA
|
| MARITIME | adj. (Marine) épithete qu'on donne aux choses qui regardent la marine. Ainsi, on dit une place maritime, des forces maritimes, &c.
|
| MARIZAN | (Géogr.) montagne d'Afrique dans la province de Gutz, au royaume de Fez. Elle est fort haute & fort froide ; ses habitans sont béréberes. Ils vivent dans des huttes faites de branches d'arbres, ou sous des nattes de joncs plantées sur des pieux. Ce sont de vrais sauvages, errans dans leurs montagnes, & ne payant de tributs à personne.
|
| MARJOLAINE | sub. f. marjolina (Bot.) genre de plante qui ne differe de l'origan qu'en ce que ses têtes sont plus rondes, plus courtes, & composées de quatre rangs de feuilles posées comme des écailles. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE.
La marjolaine vulgaire, en anglois, the common sweet majoram, majorana vulgaris, de C. B. P. 224. de Tournefort J. R. H. 199. & de Ray Hist. 538. est la principale espece de ce genre de plante, rempli de parties subtiles, actives, salines, aromatiques & huileuses.
Les racines de cette petite plante sont fort menues. Ses tiges sont hautes depuis 6 jusqu'à dix pouces, grêles, ligneuses, le plus souvent quarrées, un peu velues, & un peu rougeâtres, partagées en plusieurs rameaux ; autour des rameaux poussent des feuilles opposées, de la figure de celles de l'origan vulgaire, mais plus petites, couvertes d'un duvet blanc, d'une odeur pénétrante, d'une saveur un peu âcre, un peu amere, aromatique & agréable.
Il naît autour du sommet de la tige des épics, ou petites têtes écailleuses, plus arrondies que dans l'origan, plus serrées & plus courtes, composées de quatre rangs de feuilles placées en maniere d'écailles, & velus. D'entre ces feuilles sortent de très-petites fleurs blanchâtres, d'une seule piece, en gueule, dont la levre supérieure est redressée, arrondie, échancrée, & l'intérieure divisée en trois segmens.
Il s'éleve du calice un pistil attaché à la partie postérieure de la fleur, en maniere de clou, & comme accompagnée de quatre embryons, qui se changent ensuite en autant de petites graines arrondies, rousses, cachées dans une capsule, qui servoit de calice à la fleur.
Cette plante vient en Espagne, en Italie, & dans les parties méridionales de la France. On la cultive beaucoup dans les jardins. On l'emploie en médecine & dans les alimens pour les rendre plus agréables. Enfin, les Chimistes tirent par la distillation de la marjolaine desséchée une huile essentielle, d'une odeur très-vive, utile dans les maladies des nerfs. Hoffman a remarqué, que si on rectifie cette huile par une nouvelle distillation, elle laisse encore après elle beaucoup de lie résineuse. (D.J.)
MARJOLAINE, (Pharmacie & Mat. méd.) on se sert indifféremment dans les boutiques de deux sortes de marjolaine ; savoir, la grande ou vulgaire, & la marjolaine à petites feuilles.
Les feuilles & les sommités fleuries de ces plantes, l'eau aromatique, & l'huile essentielle qu'on en retire par la distillation, sont d'usage en médecine.
La marjolaine a toutes les propriétés communes aux plantes aromatiques de la classe des labiées de Tournefort ; elle est stomachique, cordiale, diaphorétique, emménagogue, nervine, tonique, apéritive, bechique, &c.
Celle-ci a été particulierement recommandée dans l'enchifrenement & dans la perte de l'odorat. Artman prétend que cette plante a une vertu secrette contre cette derniere maladie. On a vanté encore la poudre des feuilles de marjolaine comme un excellent sternutatoire. On a attribué la même vertu à l'eau distillée, aussi-bien qu'à la décoction des feuilles. Cette eau est mise d'ailleurs au nombre des eaux céphaliques & nervines. On peut assurer avec autant de fondement, qu'elle possede la plûpart des autres qualités que nous avons attribuées à la plante même, c'est-à-dire, à l'infusion des feuilles, ou des sommités.
L'huile essentielle de marjolaine a une odeur très-vive & très-pénétrante ; elle a été fort louée comme très-bonne dans la paralysie & dans les maladies des nerfs, soit prise intérieurement à la dose de deux ou trois gouttes, sous la forme d'oleo-saccharum, soit en en frottant la nuque du cou, & l'épine du dos. Cette huile entre dans la composition de la plupart des baumes apoplectiques, qui sont recommandés par différens auteurs.
Les fleurs & les sommités fleuries de marjolaine entrent dans un grand nombre de compositions officinales, dont les vertus sont analogues à celles que nous avons accordées à cette plante, & dont elle fait par conséquent un ingrédient utile.
L'huile d'olive, dans laquelle on fait infuser des sommités fleuries de marjolaine, se charge réellement des parties véritablement actives de cette plante ; savoir, de son huile essentielle, & de sa partie aromatique ; mais si l'on vient à cuire jusqu'à consommation de l'humidité, selon l'art, ces principes volatils & actifs se dissipent au moins en très-grande partie ; & la matiere qui reste ne possede plus guere que les vertus de l'huile d'olive altérée par la coction. Voyez HUILE. (b)
|
| MARLE | (Géogr.) petite ville de France en Picardie, avec titre de comté, sur la Serre, dans la Thiérache, à trois lieues de Guise, 37 N. E. de Paris. Long. 21d 26'. 16''. lat. 49d 44'. 24''. (D.J.)
|
| MARLI | ou MARLI, s. m. (Art d'ourdiss. & soirie) le marli quoique fabriqué sur un métier, tel que ceux qui servent à faire l'étoffe unie, néanmoins est un ouvrage de mode ou d'ajustement, qui dérive de la gaze unie. On distingue deux sortes de marlis ; savoir, le marli simple & le marli double, auquel on donne le nom de marli d'Angleterre.
Le marli simple est monté comme la gaze, & se travaille de même, avec cette différence néanmoins qu'on laisse plus ou moins de dents vuides au peigne, pour qu'il soit à jour.
Le marli le plus grossier est composé de 16 fils chaque pouce ; ce qui fait 352 fils qui ne sont point passés dans les perles, & pareille quantité qui y sont passés deux fois, en supposant l'ouvrage en demi-aune de large.
Le marli fin est composé de 20 fils par pouce ; ce qui fait 440 fils passés en perle, & pareille quantité qui ne le sont pas. Une chaîne ourdie pour un marli fin, doit contenir 880 fils seulement roulés sur une même ensuple ; & le marli le plus grossier, 704 de même.
Chaque dent du peigne contient un fil passé en perle, & un fil qui ne l'est pas, quant à celles qui sont remplies, parce qu'on laisse des dents vuides pour qu'il soit à jour.
Suivant cette disposition, le marli grossier contient 9 points de ligne de distance d'un fil à l'autre, & le marli fin, 7 points à peu près.
Lorsque l'ouvrier travaille le marli, il passe deux coups de navette qui se joignent, & laisse une distance d'une ligne & demie pour les deux autres coups qui suivent de même, & successivement continue l'ouvrage de deux coups & en deux coups ; de façon qu'il représente un quarré long ainsi qu'il est représenté par la figure du marli grossier. Le marli plus fin est de 13 points environ, ce qui revient à-peu-près à une hauteur qui forme le double de la largeur. Il semble que l'ouvrage auroit plus de grace, si le quarré étoit parfait, mais aussi il reviendroit plus cher parce qu'il prendroit plus de trame.
La soie destinée pour cet usage n'est point montée, c'est-à-dire qu'elle est grese, ou telle qu'elle sort du cocon. Elle est teinte en crud pour les marlis de couleur ; & pour ceux qui sont en blanc, on n'emploie que de la soie grese, qui est naturellement blanche. On ne pourroit travailler ni le marli, ni la gaze, si la soie étoit cuite ou préparée comme celle qui est employée dans les étoffes de soie.
Le marli croisé, ou façon d'Angleterre, est bien différent du marli simple. Il est composé d'une chaine qui contient la même quantité de fils du marli grossier ; c'est-à-dire 704 environ, qui sont passés sur quatre lisses, comme le taffetas, dont deux fils par dents de celles qui sont remplies, & à même distance de neuf points de ligne au moins chaque dent. Cette chaine doit être tendue pendant le cours de la fabrication de l'ouvrage, autant que sa qualité peut le permettre ; elle est roulée sur une ensuple.
Indépendamment de cette chaîne ; il faut un poil contenant la moitié de la quantité des fils de la chaine, qui doit être roulé sur une ensuple séparée.
Le poil contient 352 fils ; cette quantité doit faire 704 perles, parce que les fils y sont passés deux fois. En les passant au peigne, il faut une dent de deux fils de chaîne simplement, sans aucun fil de poil, de façon que le poil ourdi ne compose que la moitié de la chaîne.
La façon de passer les fils de poil dans les perles est si singuliere, qu'il seroit très-difficile d'en donner une explication sans la démontrer.
Le poil de cet ouvrage doit être extraordinairement lâche, ou aussi peu tendu que le poil d'un velours, afin que le fil puisse se prêter à tous les mouvemens qu'il est obligé de faire pour former la croisure ; de sorte que le poids qui le tient tendu, & qui est très-léger, doit être passé de façon qu'il puisse monter à fur & mesure qu'il s'emploie.
Il faut quatre lisses à perle pour passer le poil ; savoir deux demi-lisses & deux lisses entieres : ces quatre lisses doivent être attachées ou suspendues devant le peigne, sans quoi la croisure ne pourroit pas se faire dans l'ouvrage, parce qu'elle seroit contrariée par les dents de ce peigne. Ces quatre lisses, qui sont posées sur des lisserons extraordinairement minces, sont arrêtées par une baguette de fer de la longueur de la poignée du battant dans un espace de six lignes, ou un demi-pouce environ. Cette précaution est nécessaire, afin que quand l'ouvrier a passé son coup de navette, & qu'il tire le battant à soi pour faire joindre la trame, les lisses à perle qui dévancent le peigne ne soient pas arrêtées à l'ouvrage, & puissent avancer & reculer de la même façon, & faire le même mouvement du peigne.
Tous les fils de poil doivent être passés dessous les fils de la chaîne, afin que les derniers puissent lever alternativement pour arrêter la trame, sans contrarier le poil par la croisure ordinaire du taffetas pendant le cours de la fabrication.
Chaque lisse doit contenir 176 perles, tant celles qui sont entieres, que celles qui ne le sont pas ; de façon que les quatre lisses doivent avoir la quantité de 704 perles ; ce qui fait le double des fils de poil, parce que chaque fil doit être passé alternativement dans la perle d'une demi-lisse, & dans celle d'une lisse entiere.
Les quatre lisses à perle doivent être attachées de maniere qu'elles puissent lever comme celles d'un satin.
Chacune des lisses entieres doit être placée de façon que la perle se trouve entre les deux fils de la chaîne, tant de ceux qui n'ont point de fil de poil dans le milieu, que de ceux qui en ont.
Des deux fils de poil qui sont dans une même dent entre les deux fils de chaîne, le premier à gauche doit être placé dans la perle de la lisse entiere qui est entre les deux fils de la dent qui n'a que deux fils de chaîne à gauche, & de-là être repassé dans la perle de la demi-lisse qui doit répondre aux deux fils de la dent où sont les fils de poil.
Le second fil de poil de la même dent doit être passé dans la perle de la demi-lisse qui répond aux deux fils qui n'ont point de poil à droite, & de-là être repassé dans la perle de la seconde lisse entiere à gauche.
Chacun des fils de poil qui est passé dans la perle d'une demi-lisse, doit passer sous le fil de la lisse entiere, tant à droite qu'à gauche, & embrasser sa maille ; c'est ce qui fait la croisure.
Le marli figuré ou croisé se travaille avec deux marches, sur chacune desquelles on passe un coup de navette qui est la même, en observant de ne faire joindre chaque coup de trame qu'autant qu'on veut donner de hauteur au carreau.
La premiere marche fait lever la premiere & la troisieme lisse de chaîne, & la deuxieme & troisieme lisse du poil. La seconde marche fait lever la deuxieme & quatrieme de chaîne, & la premiere & quatrieme de poil, ainsi en continuant par la premiere & deuxieme marche jusqu'au plein & la hauteur du carré, quand le marli est à grands carreaux.
On met une troisieme marche pour faire du plein, quand le marli est à grands carreaux ; pour lors on passe une navette garnie d'une trame cuite de cinq à six brins, six coups de suite ; savoir, le premier sur la premiere marche, le second sur la troisieme, le deuxieme sur la troisieme marche, le troisieme coup sur la premiere, le quatrieme sur la troisieme, le cinquieme coup sur la premiere, & le sixieme enfin sur la troisieme.
Cette troisieme marche fait lever les deux lisses entieres du poil, & deux lisses de la chaîne ; différentes des deux que fait lever la premiere marche.
C'est par inadvertance qu'on a inséré qu'on laissoit des dents vuides au peigne pour que le marli fût à jour. Il est vrai que la chose pourroit être possible si le peigne étoit fin, & qu'on n'en eût pas d'autre ; mais si on le faisoit faire exprès, on le demanderoit avec le nombre de dents convenable, & suivant la quantité de fils dont la chaîne est composée en observant que cette quantité de dents fût égale à celle de la moitié des fils de la chaîne : comme par exemple, sur une chaîne de 704 fils, le peigne, ne doit contenir que 352 dents, ainsi des autres.
MARLIE, s. f. en termes de Planeur, c'est un petit bouge qu'on remarque au-dessous de la moulure d'une piece, & au-dessus de l'arrête. Voyez ARRETE.
|
| MARLIN | S. m. (Taill.) espece de hache à fendre du bois. Elle est faite comme le gros marteau à frapper devant des Serruriers, Taillandiers, &c. avec cette différence qu'au lieu de la panne, c'est un gros tranchant, comme il est pratiqué aux coignées des bucherons ; l'autre extrémité est une tête. Cet outil sert aux boulangers, bouchers, &c. Voyez les Pl.
|
| MARLOW | (Géogr.) petite ville d'Allemagne, au cercle de la basse-Saxe, dans le duché de Mecklenbourg, sur le Reckenits, & chef-lieu d'un bailliage de même nom. Long. 30. 40. lat. 53. 53. (D.J.)
|
| MARLY | (Géogr.) maison royale, située entre Versailles & saint-Germain, dans un vallon à l'extrémité d'une forêt de même nom. Les jardins sont de le Nôtre, & les bâtimens ont été élevés sur les desseins & par les soins de Mansard. Nous ne verrons plus renaître de si beaux morceaux d'architecture & de goût, le tems en est passé. Marly est à 4 lieues de Paris. Long. 17. 45'. 41''. lat. 48, 51'. 38''. (D.J.)
|
| MARMANDE | (Géogr.) ville de France en Guienne. Elle est sur la Garonne, à 6 lieues d'Agen, 12 de Bordeaux, 140 S. O. de Paris. Long. 17. 50. lat. 44. 35.
Marmande est remarquable pour avoir été la patrie de François Combefis dominicain, qui s'est distingué par son érudition théologique. Il a publié plusieurs opuscules des peres grecs, des additions à la bibliotheque des peres en 3 vol in-fol. une bibliotheque des prédicateurs en 8 vol. in-fol. & d'autres ouvrages. Il est mort à Paris en 1679, à 74 ans. (D.J.)
|
| MARMARA | ou MARMORA, (Géog.) nom de quatre îles d'Asie dans la mer de Marmora, à laquelle elles donnent le nom. La plus grande appellée Marmara, a environ 12 lieues de circuit, & une ville de son nom. Ces quatre îles abondent en blé, en vin, en fruits, en coton, en pâturages, & en bestiaux. Elles sont situées au 38d. & environ 35'. de lat. septent. & à l'orient d'été d'Héraclée.
La mer de Marmora, ou mer Blanche, est un grand golfe entre l'Hélespont & la mer Noire : c'est ce que les anciens appelloient Propontide. (D.J.)
|
| MARMARES | (Géog. anc.) peuples des frontieres de la Cilicie, du côté de l'Assyrie. Diodore de Sicile, liv. XVII. chap. xxxviij. remarque qu'ils furent assez hardis pour attaquer Alexandre-le-Grand, & que ce prince fut obligé de les assiéger dans leurs retraites au milieu des rochers ; mais lorsqu'ils se virent prêts à être forcés, ils mirent le feu à leurs cabanes, traverserent de nuit le camp même des Macédoniens, & se retirerent dans les montagnes voisines. (D.J.)
|
| MARMARIQUE | (Géog. anc.) grande contrée d'Afrique, entre l'Egypte & les Syrtes, mais qui n'a pas toujours eu le même nom, & dont les bornes ont beaucoup varié. Ptolomée, liv. IV. chap. v. commence la Marmarique à la Cyrénaïque du côté du couchant, & met entr'elle & l'Egypte le Nome de Libye. Strabon dit que les Marmarides joignoient l'Egypte, & s'étendoient jusqu'à la Cyrénaïque, étant bornés au nord par la Méditerranée. (D.J.)
|
| MARMELADE | S. f. (Pharmac.) confiture faite du jus des fruits, ou des fruits mêmes, comme de prune, d'abricot, de coin, &c. qu'on fait bouillir dans du sucre jusqu'à consistance. Voyez CONFITURE.
La marmelade de coin est un peu astringente, & agréable à l'estomac.
Toutes ces marmelades sont excellentes lorsque le sucre n'y domine point, que les sucs ou les fruits sont bien cuits, elles font des remedes excellens dans le dévoiement, dans les pertes, & dans le relâchement des fibres.
|
| MARMENTEAU | S. m. (Eaux & forêts) c'est un bois de haute futaie qui est conservé & qu'on ne taille point. On l'appelle quelquefois bois de touche, lorsqu'il sert à la décoration d'un château ou d'une terre.
|
| MARMITE | S. f. (Cuisine) est un ustensile de cuisine, de fer, de fonte, ou de cuivre, profond, & fermé d'un couvercle. On en voit qui ont trois piés, & ce sont plus communément celles de fer ou de fonte, & d'autres qui n'en ont point, comme celles de cuivre.
MARMITE, (Hydr.) est un coffre ou tambour de plomb qui se met au milieu d'un bassin, orné de plusieurs jets dardans, soudés sur un tuyau, tournant autour du centre rempli d'un grouppe de figures. (K)
MARMITE A FEU, terme & outil de Ferblantier. Cette marmite est de fonte, d'un pié & demi de circonférence, dans laquelle les Ferblantiers mettent de la cendre & du charbon de bois pour faire chauffer les fers à souder. Voyez la fig. dans les Pl. du Ferblantier.
|
| MARMOROIDES | S. f. (Hist. nat. Mineral.) nom générique sous lequel quelques auteurs désignent des pierres qui ont de la ressemblance avec les marbres.
M. Dacosta comprend sous ce nom les pierres, qui par leur tissu, leur nature & leur propriété ressemblent aux marbres, mais qui different en ce que les marmoroïdes ne forment point comme eux de couches ou de bancs suivis, mais se trouvent par masses détachées dans des couches d'autres substances. Voyez Em. Mandez Dacosta natural history of fossils I. p. 241. (-)
|
| MARMOT | DENTALE, DANTALE, DENTé, (Hist. nat.) poisson de mer qui ressemble à la daurade par la forme du corps, par le nombre & la position des nageoires & des aiguillons, & même par les couleurs, il en differe par la tête qui est platte, il a dans chaque mâchoire quatre dents plus longues que les autres. Rondelet, Hist. des poissons, prem. part. liv. V. chap. xix. Voyez DAURADE (poisson).
|
| MARMOTTE | S. f. mus alpinus, (Hist. nat.) quadrupede qui a depuis le bout du museau jusqu'à l'origine de la queue environ treize pouces de longueur ; celle de la queue est de six pouces & demi. Comme le lievre & le lapin il a le museau court & gros, la tête allongée & un peu arquée à l'endroit du front ; les oreilles sont très-courtes, à peine paroissent-elles au-dessus du poil, qui a peu de longueur sur la tête, excepté à l'endroit des joues où il est beaucoup plus long. La levre du dessous est plus courte que celle du dessus ; le corps est gros & fort étoffé ; les jambes sont courtes & le paroissent encore davantage parce qu'elles ne sont jamais bien étendues. Le sommet de la tête, le dessus du cou, les épaules, le dos & les flancs sont noirs avec des teintes de gris & de cendré ; les côtés de la tête ont du gris & du noirâtre ; les oreilles sont grises ; le bout du museau, le dessous de la mâchoire inférieure & du cou, les jambes de devant, le dessous & les côtés de la poitrine, le ventre, la face intérieure de la cuisse & de la jambe, & les quatre piés ont une couleur rousse mêlée de noir, de gris, & même de cendré ; la croupe & la face extérieure de la cuisse & de la jambe sont d'une couleur brune & roussâtre ; la queue est mêlée de cette derniere couleur & de noir.
La marmotte prise jeune s'apprivoise plus aisément qu'aucun autre animal sauvage ; on l'apprend à tenir un bâton, à gesticuler, à danser, &c. Elle mord lorsqu'elle est irritée ; elle attaque les chiens ; elle ronge les meubles, les étoffes, & même le bois. Elle se tient souvent assise, & elle marche sur les piés de derriere. Elle porte à sa gueule ce qu'elle saisit avec ceux de devant & mange debout comme l'écureuil. Elle court assez vîte en montant ; elle grimpe sur les arbres ; elle monte entre deux parois de rochers : c'est des marmottes, dit-on, que les Savoyards ont appris à grimper pour ramonner les cheminées. Elles mangent de la viande, du pain, des fruits, des racines, des herbes potageres, des choux, des hannetons, des sauterelles, &c. Elles aiment le lait, & le boivent en grande quantité en marmottant, c'est-à-dire en faisant comme le chat une espece de murmure de contentement : elles ne boivent que très-rarement de l'eau & refusent le vin. La marmotte a la voix d'un petit chien ; mais lorsqu'elle est irritée ou effrayée, elle fait entendre un sifflement si perçant & si aigu qu'il blesse le tympan. Cet animal seroit assez bon à manger, s'il n'avoit, comme le rat, sur-tout en été, une odeur très-forte & désagréable que l'on ne peut masquer que par des assaisonnemens très-forts. Il se plaît dans la région de la neige & des glaces, que l'on ne trouve que sur les plus hautes montagnes ; cependant il est sujet plus qu'un autre, à s'engourdir par le froid ; il se retire en terre à la fin de Septembre, ou au commencement d'Octobre pour n'en sortir qu'au commencement d'Avril. Sa retraite est grande ; moins large que longue, & très-profonde : c'est une espece de galerie faite en forme d'Y, dont les deux branches ont chacune une ouverture, & aboutissent toutes deux à un cul-de-sac qui est le lieu du séjour. Il est non-seulement jonché mais tapissé fort épais de mousse & de foin ; les marmottes en font ample provision pendant l'été. Elles demeurent plusieurs ensemble & travaillent en commun à leur habitation ; elles s'y retirent pendant l'orage, pendant la pluie, & dès qu'il y a quelque danger : elles n'en sortent même que dans les beaux jours. L'une fait le guet, & dès qu'elle apperçoit un homme, un chien, une aigle, &c. elle avertit les autres par un coup de sifflet, & ne rentre elle-même que la derniere. Lorsque ces animaux sentent les approches de la saison qui doit les engourdir, ils ferment les deux portes de leur domicile, ils sont alors très-gras ; quelques-uns pesent jusqu'à vingt livres ; ils le sont encore trois mois après ; mais ils deviennent maigres à la fin de l'hiver. Il n'est pas sûr qu'ils soient toujours engourdis pendant sept ou huit mois : aussi les chasseurs ne vont les chercher dans leur caveau que trois semaines ou un mois après que les issues sont murées, & ils n'ouvrent leur retraite que dans le tems des grands froids : alors ils les trouvent tellement assoupis, qu'ils les emportent aisément ; mais lorsqu'il fait un vent chaud, les marmottes se réveillent au premier bruit, & creusent plus loin en terre pour se cacher. Ces animaux ne produisent qu'une fois l'an, les portées ordinaires sont de trois ou quatre petits ; ils ne vivent que neuf ou dix ans. On trouve les marmottes sur les Alpes, les Apennins, les Pyrénées, & sur les plus hautes montagnes de l'Allemagne. On distingue plusieurs autres especes de marmottes ; savoir le bobak, ou marmotte de Pologne ; le mouax, ou marmotte de Canada ; le cavia, ou marmotte de Bahama ; & le cuicet, ou marmotte de Strasbourg. Histoire nat. gen. & part. tom. VIII. Voyez QUADRUPEDE.
On demande comment les marmottes, les loirs, qui sont plusieurs mois sans prendre de nourriture, ont cependant le ventre rempli de graisse : voici comme on explique ce phénomene. Dans les animaux qui font amas de graisse, il se trouve des membranes redoublées, & comme feuilletées : ces membranes diversement collées les unes aux autres par certains endroits, & séparées par d'autres, forment une infinité de petits sacs, où aboutissent des petites glandes, par lesquelles la partie huileuse du sang est filtrée. Il y a lieu de croire que les veines ont aussi de petites bouches ouvertes dans ces mêmes petits sacs, & qu'elles y reçoivent cette substance huileuse, pour la porter avec les restes du sang dans le ventricule droit du coeur, lorsqu'il se rencontre des besoins extraordinaires.
Les marmottes au-lieu d'un épiploon, qui est unique dans les autres animaux, en ont trois ou quatre les uns sur les autres ; ces épiploons ont leurs veines qui retournent dans la veine cave, comme pour reprendre dans les aquéducs, qui portent au coeur la matiere du sang, & pour lui envoyer dans l'indigence la matiere que les sacs membraneux qui contiennent la graisse ont en reserve, & qu'ils ont reçu des arteres, pendant que le corps de l'animal avoit plus de nourriture qu'il ne lui en falloit pour réparer les dissipations ordinaires.
|
| MARMOUTIE | ou MAURMUNTIER, (Géogr.) en latin Mauri civitas, petite ville de France, dans la basse Alsace, à une lieue de Saverne, avec une abbaye de bénédictins, qui a pris son nom d'un de ses abbés, nommé Maurus. Elle fut cependant fondée par saint Firmin, vers l'an 725. Cette abbaye occupe le tiers de la ville, & par conséquent cette ville est misérable. Long. 25. 2. lat. 48. 44.
Il y a une autre abbaye de Marmoutier en France, qui est aussi sous la regle de saint Benoît, & qui a été fondée dans la Touraine, près de la Loire, à une lieue de Tours. Cette abbaye est bien autrement célebre que celle de la basse Alsace. Ce fut S. Martin qui établit ce monastere en 371. On le fait passer pour le premier & le plus ancien de ceux qui sont en occident. Aussi l'a-t-on nommé par excellence, majus monasterium, d'où l'on a fait en notre langue Marmoutier. Le revenu de l'abbaye est de 16 mille livres de rente, & celui des moines de 18 mille. Les bâtimens ont été superbement rétablis dans ces derniers tems ; enfin en 1737 cette abbaye a en partie été réunie à l'archevêché de Tours. (D.J.)
|
| MARNAUX | S. m. pl. terme de Pêche, usité dans le ressort de l'amirauté de Marennes, est un rets qui sert à faire la pêche des oiseaux. Ce sont les mêmes filets que les pêcheurs de la pointe du Basck nomment marécages ; les pieces en ont trente à quarante brasses jusqu'à cinquante de long, & trois brasses de chûte ; elles sont amarrées sur de hauts pieux plantés à la côte à l'embouchure des petites gorges & basses marécageuses.
Les tems les plus favorables pour faire cette pêche avec succès sont les nuits noires & obscures, & les grands froids, & encore durant les motures & les tempêtes ; les filets sont composés de fil très-fin, & les mailles ont depuis quatre pouces jusqu'à sept ou huit pouces en quarré ; le ret est tenu volant & caché, pour donner lieu aux oiseaux qui s'y prennent de s'engager davantage en se débattant pour se pouvoir échapper.
|
| MARNE | S. f. (Hist. nat. Minéralogie & Economie rustique) marga, c'est une terre calcaire, légere, peu compacte, qui perd sa liaison à l'air, qui fait effervescence avec les acides, en un mot qui ne differe de la craie, que parce qu'elle n'est point si dense ni si solide qu'elle. Voyez CRAIE.
Rien de plus confus que les descriptions que les Naturalistes nous donnent de la marne ; leurs définitions de cette substance ne s'accordent nullement ; ils lui assignent des propriétés qui lui sont entierement étrangeres, ou du-moins qu'elle n'a que par son mélange accidentel avec d'autres substances, & sur-tout avec des terres argilleuses ; c'est aussi ce mélange qui semble avoir induit en erreur la plûpart des Naturalistes ; il est cause que Wallerius & beaucoup d'autres ont placé la marne au rang des argilles, c'est-à-dire des terres qui se durcissent au feu, propriété qui ne convient point à la marne comme telle, mais qui ne peut lui être attribuée qu'en raison de la portion d'argille ou de glaise avec laquelle elle se trouve quelquefois mêlée. On sent aussi que c'est au mélange de la marne avec l'argille qu'est dûe la propriété de se vitrifier que quelques auteurs lui attribuent : en effet, nous savons que l'argille mêlée avec une terre calcaire devient vitrifiable, quoique séparées, la premiere de ces terres ne fasse que se durcir par l'action du feu, & la seconde se change en chaux. En un mot il est constant que la marne est une terre calcaire, qui fait effervescence avec les acides, qui ne differe de la craie que parce que la premiere est moins liée ou moins solide que la derniere ; c'est comme terre calcaire qu'elle a la propriété de fertiliser les terres, & M. Pott, dans sa Lithogéognosie, a fait remarquer avec beaucoup de raison qu'il falloit bien distinguer dans la marne, sa partie constituante, par laquelle elle est propre à diviser les terres & à contribuer à la croissance des végétaux, des parties accidentelles, telles que la glaise, le sable, &c.
Si l'on fait attention à la distinction qui vient d'être faite, on sentira que c'est avec très-peu de raison que la marne a été placée par plusieurs auteurs au rang des terres argilleuses, on verra que rien n'est moins exact que de donner le nom de marne à des terres à pipes, à des terres dont on fait de la porcelaine, à des terres propres à fouler les étoffes, à des terres qui se durcissent dans le feu, &c. toutes ces terres ont des propriétés qui ne conviennent qu'aux vraies argilles.
C'est aussi, faute d'avoir eu égard à ces distinctions, que les auteurs anglois sur-tout nous parlent de la marne d'une maniere si confuse & si contradictoire ; en effet, les uns nous disent que rien n'est plus avantageux que la marne pour rendre fertiles les terreins sablonneux ; d'autres au contraire prétendent que cette terre est propre à fertiliser les terres glaises trop denses & trop compactes : il est aisé de voir qu'une même terre n'est point propre à remplir des vûes si opposées. Nous allons tâcher de faire disparoître ces contradictions, qui ne viennent que de ce qu'on n'a point assez connu la nature de la substance dont on parloit, & nous remarquerons en passant que cela prouve combien on peut être trompé quand on ne consulte que le coup-d'oeil extérieur des substances du regne minéral.
Si la terre que l'on trouve est seche, en poussiere, peu liée, & soluble dans les acides, c'est-à-dire calcaire, ce sera de la vraie marne proprement dite, alors elle sera propre à fertiliser les terreins trop gras & trop pesans, parce qu'elle les divisera, elle écartera les unes des autres les parties tenaces de la glaise, par-là elle la rendra plus perméable aux eaux, dont la libre circulation contribue essentiellement à la croissance des végétaux. D'un autre côté si ce qu'on appelle marne est une terre purement glaiseuse & argilleuse, ou du-moins une pierre calcaire mêlée d'une grande partie d'argille ou de glaise ; alors elle sera propre à fertiliser les terreins maigres & sablonneux, elle leur donnera plus de liaison, propriété qui sera dûe à la partie argilleuse.
Une vraie marne, c'est-à-dire celle qui est calcaire & précisément de la nature de la craie, sera très-propre à bonifier un terrein humide & bas, qui suivant l'expression assez juste du laboureur, est aigre & froid ; cette aigreur ou cette acidité vient du séjour des eaux & des plantes qu'elles ont fait pourrir dans ces sortes d'endroits : alors la vraie marne étant une terre calcaire, c'est-à-dire absorbante & alkaline, sera propre à se combiner avec les parties acides qui dominoient dans un tel terrein, & qui nuisoient à sa fertilité. Par la combinaison de cet acide avec la marne, il se formera, suivant le langage de la Chimie, des sels neutres qui peuvent contribuer beaucoup à favoriser la végétation.
Il est donc important de savoir avant toute chose ce que c'est que l'on appelle marne, de s'assurer si celle que l'on trouve dans un pays est pure & calcaire, ou si c'est à de l'argille ou de la terre mêlée d'argille que l'on donne le nom de marne. Pour s'éclaircir là-dessus, on n'aura qu'à l'essayer avec de l'eau-forte, ou simplement avec du vinaigre : si la terre s'y dissout totalement, ce sera une marque que c'est de la marne pure, véritable & calcaire ; s'il ne s'en dissout qu'une portion, & qu'en mettant une quantité suffisante de dissolvans il reste toujours une partie de cette terre qui ne se dissolve point, ce sera un signe que la marne étoit mêlée d'argille ou de glaise. S'il ne se dissout rien du tout, ce sera une preuve que la terre que l'on a trouvée est une vraie argille ou glaise, à qui l'on ne doit par conséquent point donner le nom de marne.
Il faudra aussi consulter la nature des terreins que l'on voudra marner ou mêler avec de la marne ; il y en a qui étant déja calcaires, spongieux par eux-mêmes, ne demandent point à être divisés davantage : dans ce cas la vraie marne calcaire ne doit pas leur convenir ; on réussira mieux à fertiliser de pareils terreins, en leur joignant de la glaise ou de l'argille. Voyez GLAISE.
En général on peut dire que la marne fertilise entant qu'elle est calcaire, c'est-à-dire entant qu'elle est composée de particules faciles à dissoudre dans les eaux : & propres à être portées par ces mêmes eaux en molécules déliées à la racine des plantes dans lesquelles ces molécules passent pour contribuer à leur accroissement.
La marne varie pour la couleur ; il y en a de blanche, de grise, de rougeâtre, de jaune, de brune, de noire, &c. ces couleurs sont purement accidentelles & ne viennent que des substances minérales étrangeres avec lesquelles cette terre est mêlée. (-)
|
| MARNIERE | S. f. (Economie rustique) est le lieu ou la mine d'où l'on tire la marne. Voyez MARNE.
|
| MARNOIS | S. m. (Marine) ce sont des bateaux de médiocre grandeur qui viennent de Brie & de Champagne jusqu'à Paris sur la Marne & sur la Seine.
|
| MARO | MARO
|
| MAROC | EMPIRE DE, (Géogr.) grand empire d'Afrique dans la partie la plus occidentale de la Barbarie, formé des royaumes de Maroc, de Fez, de Tafilet, de Sus, & de la province de Dara. Voyez M. de Saint-Olon.
Cet empire peut avoir 250 lieues du nord au sud, & 104 de l'est à l'ouest ; il est borné du côté du nord par la Méditerranée, à l'orient & à l'occident par la mer Atlantique, & au midi par le fleuve Dara. Les chrétiens cependant tiennent quelques places sur les côtes ; les Espagnols ont du côté de la Méditerranée Ceuta, Meilila & Orans ; les Portugais possedent Magazan sur l'Océan.
Tout le reste appartient à l'empire de Maroc, qui se forma dans le dernier siecle. Le fameux Mouley-Archi, roi de Tafilet, & Moula-Ismaël son frere, réunirent les royaumes de Maroc, de Fez, de Tafilet & de Sus, la vaste province de Dara sous une même puissance.
Ainsi cet empire, qui comprend une partie de la Mauritanie, fut mis autrefois par Auguste sous le seul pouvoir de Juba. Il est peuplé des anciens Maures, des Arabes Bédouins qui suivirent les califes dans leurs conquêtes, & qui vivent sous des tentes comme leurs ayeux, des Juifs chassés par Ferdinand & Isabelle, & des noirs qui habitent par-delà le mont Atlas.
On voit dans les campagnes, dans les maisons, dans les troupes, un mélange de noirs & de métis.
Ces peuples, dit M. de Voltaire, trafiquerent de tout tems en Guinée ; ils alloient par les deserts, aux côtés où les Portugais vinrent par l'Océan. Jamais ils ne connurent la mer que comme l'élément des pirates. Enfin toute cette vaste côte de l'Afrique depuis Damiette jusqu'au mont Atlas, étoit devenue barbare, dans le tems que nos peuples septentrionaux autrefois plus barbares encore, sortoient de ce triste état pour tâcher d'atteindre un jour à la politesse des Grecs & des Romains. (D.J.)
MAROC, royaume de, (Géog.) royaume d'Afrique dans la partie la plus occidentale de la Barbarie. Il est borné au nord par le fleuve Ommirabi, à l'orient par le mont Atlas, au midi par la riviere de Sus, & au couchant par l'Océan occidental. Ce royaume s'étend le long de la côte, depuis l'embouchure de la riviere de Sus, que les anciens appelloient Suriga, jusqu'à la ville d'Azamor.
Les forces de ce royaume sont peu redoutables par mer, parce que le nombre des bâtimens qu'il équipe en mauvais ordre, n'ont ordinairement qu'une douzaine ou 15 à 20 pieces de canon mal servies. S'ils font des prises, le roi en a sa moitié, mais il prend tous les esclaves en payant 50 écus pour chacun de ceux qui ne sont pas compris dans sa moitié.
Les forces de terre ne valent pas mieux que celles de mer, parce qu'elles n'ont ni armes ni discipline.
Quoique le royaume de Maroc soit divisé en sept provinces assez grandes, il est cependant très-peu peuplé, à cause de son terrein sablonneux & ingrat, qui ne permet pas l'abondance des grains & des bestiaux ; il produit seulement une grande quantité de cire & d'amandes qui se débitent en Europe.
On compte dans tout ce royaume 25 à 30 mille cabanes d'adouards, qui font 80 à 100 mille hommes payant annuellement au roi la dixme de leurs biens depuis l'âge de 15 ans. Un adouard est une espece de village ambulant composé de quelques familles arabes, qui campent sous des tentes tantôt dans un lieu, tantôt dans l'autre ; chaque adouard a son marabou & son chef, qui est élu. Rien n'est comparable à la misere & à la malpropreté de ces arabes.
Le roi de Maroc prend le titre de grand chérif, c'est-à-dire de premier successeur de Mahomet, dont il prétend descendre par Aly & par Fatime, gendre & fille de ce faux prophete.
Sa religion, pleine de superstitions, est fondée sur l'alcoran, que les Maures & les Arabes expliquent à leur maniere, selon l'interprétation de Melich.
Quoique les esclaves chrétiens appartiennent au roi, ils n'en sont pas moins malheureux par la rudesse de leurs travaux, leur mauvaise nourriture, les lieux souterreins où on les fait coucher.
Les juifs, quoiqu'utiles & en grand nombre dans cet état, y sont rançonnés comme autrefois parmi les chrétiens.
Les alcaïdes gouvernent le royaume sous l'autorité du chérif, car il n'a ni cour de justice, ni conseil particulier, ni ministre ; il est l'auteur, l'interprete & le juge de ses lois. Dans son royaume de Maroc, comme à la Chine, il donne le droit à l'empire par son testament en faveur de celui de ses enfans qu'il lui plaît de nommer, ou même d'un autre sujet pour son successeur. Ainsi les partis peuvent se former pendant la vie du monarque ; & s'il ne fait point de testament, ou s'il ne laisse point de nomination par son testament, tout se trouve préparé à la division & aux guerres civiles.
J'ajoute que le roi de Maroc, malgré son despotisme, reconnoît en matiere de religion l'autorité supérieure du Moufti & de ses prêtres ; il n'a pas le pouvoir de les déposer, quoiqu'il ait celui de les établir : cependant s'ils mettoient obstacle à ses desseins, sa vengeance seroit sûre & leur perte inévitable, à moins qu'ils ne le détrônassent au même moment. (D.J.)
MAROC, province de, (Géog.) c'est la principale des sept provinces du royaume de même nom, & qui forme une figure triangulaire au milieu des autres.
Cette province se nommoit autrefois Bocanô emero, & sa capitale étoit l'ancienne ville d'Agmet, d'où les Lumptunes ou Almoravides virent fondre dans le pays. Ils y bâtirent ensuite la ville de Maroc pour être le siége de leur empire & la capitale non-seulement de la province, mais encore de toute la partie occidentale de la Mauritanie Tangitane.
Les habitans de cette province ont hors des montagnes un terrein abondant en froment, en orge, en millet & en dattes ; ils sont dans les villes assez bien vêtus à leur mode, mais les montagnards sont misérables, parce qu'ils ne recueillent qu'un peu d'orge sous la neige. (D.J.)
MAROC, (Géogr.) capitale du royaume & de la province de même nom ; c'est une grande ville, la mieux située de toute l'Afrique, dans une belle plaine, à cinq ou six lieues du mont Atlas, environnée des meilleures provinces de la Mauritanie Tangitane. On croit que c'est l'ancienne Bocanum Hemerum, où il y avoit un évêché avant la domination des Maures. Elle a été bâtie par Abu Téchifien, premier roi des Almoravides, environ l'an 1052, & 454 de l'hégire. Elle est fermée de bonnes murailles faites à chaux & à sable, avec une forteresse du côté du midi ; mais cette ville a bien déchu de son ancienne splendeur, & ne contient pas aujourd'hui 25 mille ames. Sa forteresse & sa mosquée, autrefois si fameuses, ne sont plus rien. Maroc est à environ 100 lieues S. O. de Fez, 50 N. E. de Sus. Long. 10. 50. lat. 30. 32. (D.J.)
MAROC, s. m. (Draps) serges qui se fabriquent à Rouen. Voyez l'article MANUFACTURE EN LAINE.
|
| MAROCOSTINES | (Pharmacie) pilules marocostines ; c'est un extrait cathartique composé des drogues suivantes.
Prenez gomme ammoniaque une once & demie ; myrrhe, six gros ; aloës, une livre ; agaric, six gros ; rhubarbe, trois onces ; safran, une demi-once ; costus, six gros ; bois d'aloës, deux gros ; feuilles de lentisque, une demi-once : faites une décoction des six derniers ingrédiens dans deux livres de suc de rose de damas, & dans une quantité suffisante d'eau commune. Exprimez le tout fortement : ajoutez ensuite la gomme ammoniaque & la myrrhe dissoute dans quatre onces de vinaigre de squille avec l'aloës. Donnez au tout une consistance convenable par évaporation.
Ce remede est apéritif ; il s'ordonne depuis quinze grains jusqu'à deux scrupules. C'est un grand atténuant & désobstructif.
|
| MAROGNA | (Géog.) c'est l'ancienne Maronca ; petite ville de Turquie dans la Romanie : l'archevêque de Trajanopoli y fait sa résidence. Elle est située proche la mer, à 28 lieues S. O. d'Andrinople, 60 S. O. de Constantinople. Long. 43. 16. lat. 40. 56. (D.J.)
|
| MAROK | S. m. (Hist. nat.) oiseau que l'on trouve en Ethiopie & en Abissinie : on le nomme aussi oiseau de miel, à cause de l'instinct qui lui fait découvrir le miel des abeilles sauvages, qu'elles cachent avec soin ou sous la terre ou dans les creux de quelques arbres. Lorsque le marok a découvert un de ces trésors cachés, il en avertit les voyageurs par son cri ; & lorsqu'il est parvenu à s'en faire suivre, il bat des aîles & fait un ramage agréable sur l'endroit où le miel est renfermé. On a soin d'en laisser quelque portion pour le guide, qui est fort avide de s'en nourrir.
|
| MARON | S. m. terme de relation. On appelle marons dans les îles françoises les negres fugitifs qui se sauvent de la maison de leurs maîtres, soit pour éviter le châtiment de quelque faute, soit pour se délivrer des injustes traitemens qu'on leur fait. La loi de Moïse ordonnoit que l'esclave à qui son maître auroit cassé une dent seroit mis en liberté ; comme les chrétiens n'acquierent pas les esclaves dans ce dessein, ceux-ci accablés de travaux ou de punitions, s'échappent par-tout où ils peuvent, dans les bois, dans les montagnes, dans les falaises, ou autres lieux peu fréquentés, & en sortent seulement la nuit pour chercher du manioc, des patates, ou autres fruits dont ils subsistent. Mais selon le code noir, c'est le code de marine en France, ceux qui prennent ces esclaves fugitifs, qui les remettent à leurs maîtres, ou dans les prisons, ou entre les mains des officiers de quartier, ont cinq cent livres de sucre de récompense. Il y a plus : lorsque les marons refusent de se rendre, la loi permet de tirer dessus ; si on les tue, on en est quitte en faisant sa déclaration par serment. Pourquoi ne les tueroit-on pas dans leur fuite, on les a bien achetés ? Mais peut-on acheter la liberté des hommes, elle est sans prix ? Voyez ESCLAVAGE, Droit nat. Morale, Religion.
Au reste, j'oubliois de dire une chose moins importante, l'origine du terme maron : ce terme vient du mot espagnol simaran, qui signifie un singe. Les Espagnols qui les premiers habiterent les îles de l'Amérique, crurent ne devoir pas faire plus d'honneur à leurs malheureux esclaves fugitifs, que de les appeller singes, parce qu'ils se retiroient comme ces animaux au fond des bois, & n'en sortoient que pour cueillir les fruits qui se trouvoient dans les lieux les plus voisins de leur retraite. (D.J.)
|
| MARONÉE | Maronea, (Géogr. anc.) ville de Thrace entre le fleuve Nestus & la Chersonese. Il paroît par des médailles qu'elle reconnoissoit Bacchus pour son protecteur, à cause de l'excellence du vin de son territoire, déja renommé dès le tems d'Homere, puisque c'étoit-là qu'Ulysse avoit pris celui dont il enivra le cyclope. Cette ville s'appelle aujourd'hui Marogna, située dans la Romanie sur la côte, près du lac Bouron. Pline dit qu'elle avoit été bâtie par Maron l'égyptien, qui suivit Osiris ou Bacchus dans ses conquêtes. (D.J.)
|
| MARONI | (Géog.) riviere de l'Amérique méridionale dans la France équinoxiale qu'elle borne à l'occident. C'est la riviere la plus considérable du pays, elle a un cours de 60 à 80 lieues, & se décharge dans la mer à environ 45 lieues de l'embouchure de la Cayenne. (D.J.)
|
| MARONIAS | (Géog. anc.) ou MARONIAS ; ville de Syrie. Ptolomée la place dans la Chalcydie, & les modernes à environ 12 lieues d'Antioche, elle devint un évêché. (D.J.)
|
| MARONITES | S. m. (Hist. eccles.) nom qu'on donne à une société de chrétiens du rit Syrien, qui sont soumis au pape, & dont la principale demeure est au mont Liban. Leur langue vulgaire est l'arabe.
On ne convient pas de leur origine ; les uns prétendent que c'étoit un nom de sectes qui embrassérent le parti des Monothélites, & d'autres assurent qu'ils n'ont jamais été dans le schisme. Un sçavant maronite, Fauste Nairon professeur en arabe à Rome, a fait l'apologie de sa nation & de l'abbé Maron, dont les Maronites tirent leur nom. Il prétend que les disciples de ce Maron qui vivoit vers l'an 400, se répandirent dans toute la Syrie où ils bâtirent plusieurs monastéres. Quoi qu'il en soit, les Maronites ont un patriarche qui réside au monastére de Cannubin au mont Liban, à 10 lieues de Tripoli. Il prend la qualité de patriarche d'Antioche. Son élection se fait par le clergé & par le peuple selon l'ancienne discipline de l'Eglise. Il a sous lui quelques évêques qui résident à Damas, à Alep, à Tripoli, & dans quelques autres lieux où se trouvent des Maronites.
Les ecclésiastiques qui ne sont pas évêques peuvent tous se marier avant l'ordination. Leurs moines sont pauvres, retirés dans le coin des montagnes, travaillant de leurs mains, cultivant la terre, & ne mangeant jamais de chair ; mais ils ne font point de voeux.
Les prêtres ne disent pas la messe en particulier ; ils la disent tous ensemble, étant tous autour de l'autel, & ils assistent le célébrant qui leur donne la communion. Les laïques n'observent que le carême, & ne commencent à manger dans ces jours-là que deux ou trois heures avant le coucher du soleil. Ils ont plusieurs autres coutumes sur lesquelles on peut consulter avec précaution la relation du pere Dandini jésuite écrite en italien, traduite par M. Simon avec des remarques critiques. (D.J.)
|
| MAROSTICA | (Géog.) petite ville, ou même bourg d'Italie, dans le patrimoine du S. Siege ; son air est pur, le pays admirable, fertile en toutes sortes de fruits, & particulierement en cerises, qui sont les plus belles d'Italie. On n'y voit que sources & fontaines, le Bossa passe au milieu, & le Silano à un mille plus loin. C'est la patrie de Prosper Alpin, qui s'est fait une haute réputation par ses ouvrages de médecine & de botanique. Il mourut à Padoue en 1616, âgé de 63 ans. (D.J.)
|
| MAROTIQUE | adj. (Lit.) dans la poésie françoise se dit d'une maniere d'écrire particuliere, gaie, agréable, & tout à la fois simple & naturelle. Clément Marot, valet-de-chambre du roi François I. en a donné le modéle, & c'est de lui que ce style a tiré son nom. Ce poëte a eu plusieurs imitateurs, dont les plus fameux sont la Fontaine & Rousseau.
La principale différence qui se rencontre entre le style marotique & le style burlesque, c'est que le marotique fait un choix, & que le burlesque s'accommode de tout. Le premier est le plus simple, mais cette simplicité a sa noblesse, & lorsque son siecle ne lui fournit point des expressions naturelles, il les emprunte des siecles passés. Le dernier est bas & rampant, & va chercher dans le langage de la populace des expressions proscrites par la décence & par le bon gout. L'un se dévoue à la nature, mais il commence par examiner si les objets qu'elle lui présente sont propres à entrer dans ses tableaux, n'y en admettant aucun qui n'apporte avec soi quelque délicatesse & quelque enjouement. L'autre donne pour ainsi dire tête baissée dans la bouffonnerie, & adopte par préférence tout ce qu'il y a de plus extravagant ou de plus ridicule. Voyez BURLESQUE.
Après des caracteres si disparates & si marqués il est étonnant que des auteurs celébres tels que Balzac, Voiture, le P. Vavasseur, ayent confondu ces deux genres, & il ne l'est pas moins qu'on prodigue encore tous les jours le nom de style marotique à des ouvrages écrits sur un ton qui n'en a que la plus légere apparence. Des auteurs s'imaginent avoir écrit dans le gout de Marot lorsqu'ils ont fait des vers de la même mesure que les siens, c'est-à-dire, de dix syllabes, parsemés de quelques expressions gauloises, sous prétexte qu'elles se rencontrent dans le poëte, dans S. Gelais, Belleau, &c. Mais ils ne font pas attention 1°. que ce langage suranné ne sauroit par lui-même prêter des graces au style, à moins qu'il ne soit plus doux, ou plus énergique, plus vif ou plus coulant que le langage ordinaire, & que souvent dans ces poésies marotiques on emploie un mot par préférence à un autre, non parce qu'il est réellement meilleur, plus expressif, plus sonore, mais parce qu'il est vieux. 2°. Que Marot écrivoit & parloit très-purement pour son siecle, & qu'il n'a point ou presque point employé d'expressions vieilles relativement à son temps ; que par conséquent si ses poésies ont charmé la cour de François I. ce n'est point par ce langage prétendu gaulois, mais par leur tour aisé & naturel. 3°. Qu'un méchanisme arbitraire, une forme extérieure ne sont point ce qui caractérise un genre de poésie, & qu'elle doit être marquée par une sorte de sceau dépendant du fonds même des sujets qu'elle embrasse & de la maniere dont elle les traite. De ces trois observations il résulte que l'élégance du style marotique ne dépend ni de la structure du vers, ni du vieux jargon mêlé souvent avec affectation à la langue ordinaire, mais de la naïveté, du génie & de l'art d'assortir des idées riantes avec simplicité. Ce n'est pas que le vieux style n'ait son agrément quand on sait l'employer à propos : peut-être a-t-on appauvri notre langue sous prétexte de la polir, en en bannissant certains vieux termes fort énergiques comme l'a remarqué la Bruyere, & que c'est la faire rentrer dans son domaine que de les lui rendre, parce qu'ils sont bons & non parce qu'ils sont antiques. Des idées simples sans être communes, naïves sans être basses, des tours unis sans négligence, du feu sans hardiesse, une imitation constante de la nature, & le grand art de déguiser l'art même ; voilà ce qui fait le fonds de ce genre d'écrire, & ce qui cause en même tems la difficulté d'y réussir. Principes pour la lecture des poëtes, tome I. page 56 & suiv.
|
| MAROTTI | S. m. (Bot. exot.) arbre du Malabar, à feuilles de laurier. Il porte un fruit rond, oblong, contenant un noyau large, dur & jaunâtre, qui renferme dix ou onze amandes. On en tire une huile d'usage dans la galle & autres maladies de la peau. (D.J.)
|
| MAROUCHIN | S. m. (Hist. des drog.) nom vulgaire qu'on donne au pastel de la plus mauvaise qualité, & qui n'a pas plus de force que le vouéde de Normandie. On le fait de la derniere récolte, & du marc des feuilles de la plante qui produit cette drogue si nécessaire pour les teintures en bleu. Voyez INDIGO & PASTEL. (D.J.)
|
| MAROUFLER | v. act. en Peinture, c'est enduire les revers d'un tableau peint en huile sur toile, avec de la couleur, & particulierement avec de la terre d'ombre qu'on a fait bouillir, & qu'on applique sur un mur, ou sur du bois. Cela les garantit un tems du dommage que l'humidité pourroit y causer.
|
| MAROUT | (LA), Botan. c'est l'espece de camomille, que les botanistes nomment camomille puante, chamoelum foetidum off. Ses racines sont fibreuses ; ses tiges sont cylindriques, vertes, cassantes, succulentes & partagées en plusieurs rameaux. Elles sont plus grosses & s'élevent plus haut que celles de la camomille commune. Ses feuilles sont aussi plus grandes, & d'un verd foncé. Ses fleurs sont semblables à celles de la camomille ordinaire pour la couleur & pour la figure. Toute cette plante jette une odeur forte, bitumineuse, & est rarement d'usage. Elle rougit un peu le papier bleu, d'où l'on voit qu'elle contient un sel essentiel ammoniacal, enveloppé dans beaucoup d'huile grossiere & fétide. Mathiole dit que cette espece de camomille est d'une telle acreté qu'elle ulcere la peau. On peut s'en servir en fumigation, dans la passion hystérique. (D.J.)
MAROUTE ou camomille puante, (Mat. med.) La décoction de maroute, selon Tragus, est très-salutaire pour la passion hystérique. On l'emploie en demi-bain, en fomentation & en fumigation. Cette plante est si acre, dit Mathiole, qu'elle ulcere la peau ; ce qui fait que ceux qui font leurs nécessités dans les champs & qui s'essuyent ensuite avec cette plante, sont tourmentés peu de tems après d'une ardeur insupportable. Geoffroy, Mat. med.
|
| MARPACH | (Géog.) petite ville d'Allemagne en Souabe, au duché de Wirtemberg, sur le Necker, entre Hailbron & Schorndorff. Long. 26. 57. lat. 49. 9. (D.J.)
|
| MARPESSUS | (Geog. anc.) ville de la Phrygie dans le mont Ida, aux environs du fleuve Ladon. (D.J.)
|
| MARPOURG | (Géogr.) ville d'Allemagne au landgraviat de Hesse-Cassel, dont elle est la capitale, avec une université fondée en 1526.
Marpourg n'étoit anciennement qu'une forteresse des Mattiaques, que Ptolomée, liv. II. chap. xj. appelle Mattiacum. Elle a été autrefois libre & impériale, mais les landgraves de Hesse la soumirent à leur obéissance.
Elle est dans un pays agréable, sur la Lohn, à 14 lieues S. O. de Waldeck, 18 N. E. de Francfort, 19 S. O. de Cassel. Long. 26. 28. lat. 50. 42.
Quoique cette ville soit une université, elle n'est pas féconde en gens de lettres, & je ne connois guere que Frédéric Sylburge qui mérite d'être nommé. C'étoit il est vrai un des savans hommes du xvj siecle, dans la connoissance de la langue grecque, comme le prouve sa Grammaire & autres ouvrages, où son érudition en ce genre n'est pas douteuse. Il eut grande part au trésor de cette langue morte, donné sous le nom d'Henri Etienne, & mourut à Heidelberg en 1569, à la fleur de son âge. (D.J.)
|
| MARPURG | (Géogr.) ville d'Allemagne, dans la basse-Styrie. Lazius pense que c'est le Castra Marciana d'Ammien Marcellin, & c'est ce qu'il seroit bien embarrassé de prouver. Cette petite ville est sur la Drave, à 9 milles de Gratz. Long. suivant Street, 33. 26. lat. 48. 50. (D.J.)
|
| MARQUAIRE | (Géog.) ville des Indes, sur la côte de Malabar au royaume de Calicut. Elle est peuplée, marchande, & a un port avec des forts qui en défendent l'entrée. Voyez Pylard, voyage aux Indes orientales. (D.J.)
|
| MARQUE | S. f. (Gramm.) signe naturel ou artificiel auquel on distingue une chose d'une autre. Voyez aux articles suivans différentes acceptions de ce mot.
MARQUE, (Hist. mod.) lettres de marque, ou lettres de représailles, ce sont des lettres accordées par un souverain, en vertu desquelles il est permis aux sujets d'un pays de faire des représailles sur ceux d'un autre, après qu'il a été porté par trois fois, mais inutilement, des plaintes contre l'aggresseur à la cour dont il dépend. Voyez LOIS & LETTRES.
Elles se nomment ainsi du mot allemand marcke, limite, frontiere, comme étant jus concessum in alterius principis marchas seu limites transeundi sibique jus faciendi, un droit de passer les limites ou frontieres d'un autre prince, & de se faire justice à soi-même. Voyez REPRESAILLES.
MARQUES, (Marine) ce sont des indices qui sont à terre, comme des montagnes, clochers, moulins à vent, arbres, &c. & qui servent aux pilotes à reconnoître les passes, les entrées de ports ou de rivieres, les dangers, &c. On appelle aussi marques les tonnes & les balises qu'on met en mer pour ce même usage.
MARQUE, (Comm.) dans le commerce & dans les manufactures, c'est un certain caractere qu'on frappe ou qu'on imprime sur différentes sortes de marchandise, soit pour montrer le lieu où elles ont été fabriquées, & pour désigner les fabriquans qui les ont faites, soit pour témoigner qu'elles ont été vûes par les officiers ou magistrats chargés de l'inspection de la manufacture, soit enfin pour faire voir que les droits auxquels elles sont sujettes ont été acquités, conformément à l'ordonnance.
Tels sont les draps & les toiles, les cuirs, les ouvrages de coutellerie, le papier, la vaisselle, les poids, les mesures, qui doivent être marqués.
Marque est aussi un signe ou un caractere particulier dont se servent les commerçans, qui n'est connu que d'eux, & par lesquels ils se rappellent le prix que leur a coûté la marchandise à laquelle il se trouve.
Ces marques, qu'on appelle aussi numeros, se prennent arbitrairement ; mais ordinairement on le choisit dans les lettres de l'alphabet, chacune se rapportant à un certain chiffre qu'il signifie constamment. Elles sont d'un si grand usage dans le commerce, que le lecteur ne désapprouvera pas sans doute que nous insérions ici une petite table qui pourra servir de modele pour leur construction.
Un exemple suffira pour comprendre l'usage de cette table : supposons, par exemple, que je voulusse écrire sur une piece d'étoffe qu'elle a coûté 37 s. 6 d. par aune, je mettrois une M pour 20 s. une L pour 10 s. une H pour 7 s. & un G pour 6 d. de façon que les différentes lettres écrites à la suite l'une de l'autre, en observant de séparer toujours les deniers & les sols des livres, formeroient cette marque, M. L H. G. qui signifieroient 37 s. 6 d. ou 1 l. 17 s. 6 d.
Remarquez que les marques peuvent varier à l'infini, en faisant correspondre une autre suite de caracteres numériques à la même suite des lettres, ou réciproquement.
MARQUE, en terme de Boutonnier, est un instrument de fer quarré, terminé d'un bout par cinq pointes, quatre aux angles, & une au milieu beaucoup plus longue que les autres. Chacune des angulaires marque l'endroit où l'on doit faire le trou pour passer la corde à boyau, & la grande entre dans celui du milieu qui est déja fait.
MARQUE ; en terme de Cirier, c'est un instrument de cuivre ou autre matiere, gravé d'une fleur-de-lis, ou de quelqu'autre ornement dont on veut décorer les cierges. Voyez CACHET.
MARQUES, en terme d'Epinglier, ne sont autres que des signes imprimés en rouge sur le papier qui enveloppe les épingles à demi-milliers, à l'aide desquels il est aisé de reconnoître l'ouvrier, ou qui a fait les épingles, ou plutôt le marchand qui les fait faire, & les débite en gros, chacun ayant ses marques particulieres, & mettant son nom.
MARQUES, (Maréch.) signes naturels qui donnent à connoître l'âge ou la bonté des chevaux. C'est une bonne marque lorsqu'un cheval trépigne, qu'il bat du pié, & mange avidement son avoine. Les balzanes sont de bonnes marques dans un cheval. Il se dit plus particulierement de la marque noire appellée germe de feve, qui lui vient à l'âge d'environ cinq ans, dans les creux des coins, & qui s'efface vers les huit ans, & alors on dit qu'ils ne marquent plus & qu'ils rasent.
Marque est aussi un instrument de haras qu'on applique tout rouge sur la cuisse d'un cheval, pour qu'il s'y imprime mieux.
MARQUE, (Imprimerie) les compagnons imprimeurs nomment marque, un pli qu'ils font à une feuille de papier, de dix mains en dix mains. Cette marque leur sert à compter le papier qu'on leur donne à tremper, & leur fait connoître ce qu'ils peuvent avoir imprimé & ce qui leur reste à imprimer du nombre desiré.
MARQUE, (Rubanier) est un fil de chaîne, de couleur apparente, & différente de la soie de chaîne, & qui doit continuer tout le long de l'ouvrage sur une des lisieres, pour faire voir qu'il est tramé de fil, quoique travaillé sur soie, ou tramé de soie, quoique sur chaîne de fil. L'ouvrage dépourvu de cette marque est dans le cas de la prohibition, & conséquemment saisissable, & l'ouvrier puni.
MARQUE, (Coutelier) se dit aussi par quelques ouvriers en fer, d'un morceau d'acier trempé, à l'extrémité duquel on a gravé un objet quelconque en relief, que l'ouvrier imprime en quelqu'endroit de la piece, à froid ou à chaud, & qui y reste après qu'elle est achevée. Chaque particulier a sa marque. Il est défendu de travailler à la marque d'un autre. Cette marque désigne l'ouvrier. Si son ouvrage est bon, il achalande sa boutique & sa marque ; & lorsqu'il vient à mourir, sa marque se vend quelquefois une somme assez considérable. On dit que les ouvriers couteliers de Paris s'acharnent à décrier la coutellerie des provinces qu'on apporte ici, & que pour cet effet ils ruinent & gâtent l'ouvrage au raccommodage. Les provinciaux n'ont qu'une ressource contre cette méchanceté, c'est de prendre la marque des ouvriers de Paris, afin de confondre la marchandise qu'ils vendent dans leur boutique, avec celle qu'ils envoient ici.
|
| MARQUEFAVE | (Géog.) petite ville de France dans le haut-Languedoc, au diocèse de Rieux. Il y a un couvent d'Augustins, & un prieuré de l'ordre de Fontevraud. Long. 18. 50. lat. 39. 10.
|
| MARQUER | v. act. (Gramm.) c'est imprimer un signe, une marque. Voyez l'article MARQUE.
MARQUER, (Comm.) signifie appliquer ou mettre une marque artificielle à une chose pour la reconnoître. Les marchands marquent leurs ballots de marchandises, leurs bois, leurs bestiaux, leurs étoffes, &c. Voyez MARQUE.
Marquer signifie aussi faire une marque, une empreinte par autorité publique : ainsi l'on dit, marquer la monnoie, marquer la vaisselle d'or ou d'argent au poinçon de la ville. On marque l'étain fin par-dessous, & l'étain commun par-dessus l'ouvrage.
Les commis des aides vont marquer les vins dans les caves & celliers pour la sûreté des droits du roi. Les manufacturiers & ouvriers doivent faire marquer leurs étoffes d'or, d'argent, de soie, de laine, &c. dans les bureaux, halles & autres lieux où les maîtres, jurés, gardes ou ergards des corps & communautés en doivent faire la visite. Dans ce dernier sens, on dit plomber & ferrer les étoffes, ce qui signifie la même chose que marquer. Dictionnaire du commerce.
MARQUER, en terme de Boutonnier, c'est imprimer la marque des quatre pointes au milieu du moule, pour y faire les quatre trous destinés à recevoir la corde à boyau. Voyez les Pl.
MARQUER, (Coutelier) Voyez l'article MARQUE.
MARQUER, (Maréchal.) se dit d'un cheval dont on connoît encore l'âge aux dents ; on dit ce cheval marque encore. Marquer un cheval, c'est lui appliquer la marque sur quelque partie du corps. Voyez MARQUE.
MARQUER ou TRACER, (Menuisier) c'est chez les Menuisiers, Charpentiers, ou autres artistes semblables, tirer les lignes sur une planche ou une piece de bois, pour que le compagnon la coupe suivant ce qu'elle est tracée. On dit tracer sur une planche les irrégularités d'un mur. Cela se fait facilement en présentant la rive d'une planche de bout contre le mur, ou la piece dont vous voulez avoir le courbe ou le défaut ; desorte qu'elle forme un angle avec ladite face ; puis vous prenez un compas ouvert, suivant la plus grande distance qui se trouve entre la rive de votre planche & la face dont vous voulez avoir l'irrégularité ; ensuite, commençant par le haut, il faut porter une des pointes contre la face irréguliere ; & l'autre pointe sur votre planche : la pointe qui porte sur la planche tracera, la conduisant en descendant la pointe contre le mur irrégulier, l'irrégularité de votre piece ou muraille, & par ce moyen vos pieces se joindront parfaitement.
MARQUER, terme de paumier, c'est compter le jeu des joueurs, soit au billard ou à la paume. Le jeu se marque à la paume en faisant sur le carreau une raie de droite à gauche avec de la craie : on en fait une autre perpendiculaire à la premiere ; & des deux côtés de celle-ci, on marque autant de barres que les joueurs ont de jeu.
Au billard, les points de chaque joueur se marquent sur une espece de palette de bois percée de deux rangées de trous de 16 trous chacune.
|
| MARQUETE | (Géog.) riviere de l'Amérique septentrionale, dans la nouvelle France ; elle se jette à la bande de l'est du lac des Illinois : son embouchure est par les 43d. 49'. de lat. septentr. (D.J.)
|
| MARQUETERIE | S. f. (Art méchaniq.) Sous le nom de marqueterie, l'on entend l'art d'assembler proprement & avec délicatesse des bois, métaux, verres, & pierres précieuses de différentes couleurs, par plaques, bandes & compartimens, sur d'autres beaucoup plus communs, pour en faire des meubles, bijoux, & tout ce qui peut contribuer à l'embellissement des appartemens. Il en est de trois sortes : la premiere consiste dans l'assemblage des bois rares & précieux de différentes especes, des écailles, ivoires & autres choses semblables, quelquefois par compartimens de bandes d'étain, de cuivre, & autres métaux, sur de la menuiserie ordinaire, nonseulement pour en faire des armoires, commodes, bibliotheques, bureaux, secrétaires, guéridons, tables, écritoires, piés & boîtes de pendules, piédestaux, escablons pour porter des antiques, consoles & tablettes propres à déposer des porcelaines, bijoux, &c. mais aussi pour des lambris, plafonds, parquets & tout ce qui peut servir d'ornement aux plus riches appartemens des palais & autres maisons d'habitation ; la seconde, dans l'assemblage des émaux & verres de différentes couleurs ; & la troisieme, dans l'assemblage des pierres & marbres les plus précieux, qu'on appelle plus proprement mosaïques, voyez cet article. Ceux qui travaillent à la premiere espece de marqueterie se nomment Menuisiers de placage ; parce qu'outre qu'ils assemblent les bois comme les Menuisiers d'assemblage, ils les plaquent par-dessus de feuilles très-minces de bois de différente couleur, & les posent les uns contre les autres par compartiment avec de la colle forte, après les avoir taillés & contournés avec la scie, fig. 75. suivant les desseins qu'ils veulent imiter. On les appelle encore Ebénistes, parce qu'ils emploient le plus souvent des bois d'ébene. Ceux qui travaillent à la seconde sont appellés Emailleurs, voyez cet art. & ceux qui travaillent à la derniere sont les Marbriers, voyez cet article.
L'art de marqueterie est selon quelques-uns fort ancien : l'on croit que son origine qui étoit fort peu de chose dans son commencement, vient d'Orient, & que les Romains l'emporterent en Occident avec une partie des dépouilles qu'ils tirerent de l'Asie. Anciennement on divisoit la marqueterie en trois classes. La premiere qu'on appelloit étoit la plus estimée ; on y voyoit des figures des dieux & des hommes. La seconde réprésentoit des oiseaux & autres animaux de toute espece ; & la troisieme, des fleurs, des fruits, des arbres, paysages, & autres choses de fantaisie. Ces deux dernieres étoient appellées indifféremment . Cet art n'a pas laissé que de se perfectionner en Italie vers le quinzieme siecle ; mais depuis le milieu du dix-septieme, il a acquis en France toute la perfection que l'on peut desirer. Jean de Vérone, contemporain de Raphaël & assez habile peintre de son tems, fut le premier qui imagina de teindre les bois avec des teintures & des huiles cuites qui les pénétroient. Avant lui, la marqueterie n'étoit, pour ainsi dire, autre chose que du blanc & du noir ; mais il ne la poussa que jusqu'à représenter des vûes perspectives qui n'ont pas besoin d'une si grande variété de couleurs. Ses successeurs enchérirent sur la maniere de teindre les bois, non-seulement par le secret qu'ils trouverent de les brûler plus ou moins sans les consumer, ce qui servit à imiter les ombres, mais encore par la quantité des bois de différentes couleurs vives & naturelles que leur fournit l'Amérique, ou de ceux qui croissent en France dont jusqu'alors on n'avoit point fait usage.
Ces nouvelles découvertes ont procuré à cet art les moyens de faire d'excellens ouvrages de pieces de rapport, qui imitent la peinture au point que plusieurs les regardant comme de vrais tableaux, lui ont donné le nom de peinture en bois, peinture & sculpture en mosaïque. La manufacture des Gobelins, établie sous le regne de Louis XIV. & encouragée par ses libéralités, nous a fourni les plus habiles ébénistes qui ont paru depuis plusieurs années, du nombre desquels le fameux Boule le plus distingué, est celui dont il nous reste quantité de si beaux ouvrages : aussi est-ce à lui seul, pour ainsi dire, que nous devons la perfection de cet art, mais depuis ce tems-là la longueur de ces sortes d'ouvrages les a fait abandonner.
On divise la marqueterie en trois parties. La premiere, est la connoissance des bois propres à cet art ; la seconde, l'art de les assembler & de les joindre ensemble par plaques & compartimens, mêlés quelquefois de bandes de différens métaux sur de la menuiserie ordinaire ; & la troisieme, la connoissance des ouvrages qui ont rapport à cet art.
Des bois propres à la marqueterie. Presque toutes les sortes de bois sont propres à la marqueterie, les uns sont tendres & les autres fermes. Les premiers se vendent à la piece, & les seconds à la livre à cause de leur rareté.
Les bois tendres qu'on appelle ordinairement bois françois, ne sont pas les meilleurs ni les plus beaux, mais aussi sont-ils les plus faciles à travailler, raison pour laquelle on en fait les fonds des ouvrages (a). Ceux que l'on emploie le plus souvent à cet usage sont le sapin, le châtaignier, le tilleul, le frêne, le hêtre, & quelques autres très-legers ; les bois de noyer blanc & brun, de charme, de cormier, de buis, de poirier, de pommier, d'alizier, de merizier, d'acacia, de psalm, & quantité d'autres, s'emploient refendus avec les bois des Indes aux compartimens de placage ; mais il faut avoir grand soin d'employer cette sorte de bois bien secs ; car comme ils se tourmentent beaucoup, lorsqu'ils ne sont pas parfaitement secs, quels mauvais effets ne feroient-ils pas, si, lorsqu'étant plaqués, ils venoient à se tourmenter ?
Les bois fermes, appellés bois des Indes parce que la plûpart viennent de ces pays, sont d'une infinité d'especes plus rares & plus précieuses les unes que les autres ; leurs pores sont fort serrés, ce qui les rend très-fermes & capables d'être refendus très-minces. Plusieurs les appellent tous indifféremment bois d'ébene, quoique l'ébene proprement dit soit presque seul de couleur noire, les autres ayant chacun leur nom particulier. On en comprend néanmoins, sous ce nom, de noir, de rouge, de vert, de violet, de jaune, & d'une infinité d'autres couleurs nuancées de ces dernieres.
L'ébene noir est de deux especes ; l'une qui vient de Portugal, est parsemée de taches blanches ; l'autre qui vient de l'île Maurice, est plus noire & beaucoup plus belle.
Le grenadil est une espece d'ébene que quelques-uns appellent ébene rouge, parce que son fruit est de cette couleur ; mais le bois est d'un brun foncé tirant sur le noir veiné de blanc ; ceux qui sont vraiment rouges sont le bois rose, & après lui le mayenbeau, le chacaranda, le bois de la Chine qui est veiné de noir, & quelques autres ; le bois de fer approche beaucoup du rouge, mais plus encore du brun.
Les ébenes verts sont le calembour, le gaïac, & autres ; mais cette derniere espece beaucoup plus foncée, dure & pesante, est mêlée de petites taches brillantes.
Les ébenes violets sont l'amarante ; l'ébene pâlissante, celui qu'on appelle violette, & autres ; mais le premier est le plus beau, les autres approchant beaucoup de la couleur brune.
Les ébenes jaunes sont le clairembourg, dont la couleur approche beaucoup de celle de l'or, le cédre, différens acajous & l'olivier, dont la couleur tire sur le blanc.
Il est encore une infinité d'autres ébenes de différentes couleurs nuancées plus ou moins de ces dernieres.
Des assemblages. On entend par assemblages de marqueterie, non-seulement l'art de réunir & de joindre ensemble plusieurs morceaux de bois pour ne faire qu'un corps, mais encore celui de les couvrir par compartimens de pieces de rapport. Les uns se font quarrément à queue d'aronde, en onglet, en fausse coupe, &c. comme on peut le voir dans la Menuiserie où ces assemblages sont traités fort amplement. Les autres se font avec des petites pieces de bois refendues très-minces, découpées de différente maniere selon le dessein des compartimens, & collées ensuite les unes contre les autres.
Cette derniere sorte d'assemblage en laquelle consiste principalement l'art de marqueterie, se fait de deux manieres : l'une est lorsque l'on joint ensemble des bois, ivoires ou écailles de différente couleur ; l'autre lorsque l'on joint ces mêmes bois, ivoires ou écailles avec des compartimens ou filets d'étain, de cuivre, & autres.
La premiere se divise en deux especes : l'une lorsque les bois divisés par compartimens, représentent simplement des cadres, des panneaux, & quelquefois des fleurs d'une même couleur ; l'autre, lorsqu' indépendamment des cadres & des panneaux d'une ou plusieurs couleurs, ces derniers représentent des fleurs, des fruits, & même des figures qui imitent les tableaux. L'une & l'autre consistent premierement à teindre une partie des bois que
(a) Les fonds des ouvrages de marqueterie sont les ouvrages mêmes non plaqués.
l'on veut employer & qui ont besoin de l'être, pour leur donner des couleurs qu'ils n'ont pas naturellement ; les uns en les brûlant leur donnent une couleur noirâtre qui imite les ombres ; les autres les mettent pour cet effet dans du sable extrèmement chauffé au feu ; d'autres se servent d'eau-de-chaux & de sublimé ; d'autres encore d'huile de soufre : cependant chaque ouvrier a sa maniere & les drogues particulieres pour la teinte de ses bois, dont il fait un grand mystere. Deuxiemement, à réduire en feuilles d'environ une ligne d'épaisseur tous les bois que l'on veut employer dans un placage. Troisiemement, ce qui est le plus difficile & qui demande le plus de patience & d'attention, à contourner ces feuilles avec la scie, fig. 75. suivant la partie du dessein qu'elles doivent occuper en les serrant dans différens étaux, fig. 65, 66, & 67, que l'on appelle aussi âne. Cela se fait en pratiquant d'abord sur l'ouvrage même un placage de bois de la couleur du fond du dessein. On y trace ensuite le dessein dont on supprime les parties qui doivent recevoir des bois d'une autre couleur que l'on ajuste alors à force, pour les faire joindre parfaitement. Quatriemement enfin, à les plaquer les unes contre les autres avec de la colle forte, en se servant des marteaux à plaquer, fig. 78 & 79.
La seconde maniere avec compartimens d'étain, de cuivre, ou autres métaux, est de deux sortes ; l'une A fig. 61, 62, & 63, est celle dont le bois forme les fleurs & autres ornemens auxquels l'étain ou le cuivre sert de fond. L'autre B, est au contraire celle dont le cuivre ou l'étain sont les fleurs & autres ornemens auxquels le bois, l'écaille ou l'ivoire sert de fond ; l'une & l'autre s'ajustent de la même maniere que celle en bois, mais ne se peut coller comme le bois avec de la colle forte, qui ne prend point sur les métaux, mais bien avec du mastic.
Des ouvrages de marqueterie. La marqueterie étoit fort en usage chez les anciens. La plus grande richesse de leurs appartemens ne consistoit qu'en meubles de cette espece ; ils ne se contentoient pas d'en faire des meubles, ils en faisoient des lambris, des parquets, des plafonds ; ils en revétissoient leurs pieces de curiosité ; ils en faisoient même des vases & des bijoux de toute espece, qu'ils considéroient comme autant d'ornemens agréables à la vûe. Mais depuis que les porcelaines & les émaux les plus précieux ont succédé à toutes ces choses, la marqueterie a beaucoup diminué de son luxe. Néanmoins on voit encore dans les appartemens des châteaux de Saint-Cloud & de Meudon, des cabinets de curiosité, & dans beaucoup de maisons d'importance, quantité de meubles & bijoux revêtus de ces sortes d'ouvrages.
De tous les meubles faits de marqueterie, ceux dont on fait le plus d'usage sont les commodes, fig. 1. 2. 3. 4. 5. & 6. d'une infinité de formes & grandeurs. Ce meuble se place ordinairement dans les grandes pieces entre deux croisées, adossé aux trumeaux, & est composé de plusieurs tiroirs A, fig. 1. 3. & 5. plus grands ou plus petits les uns que les autres, selon l'usage que l'on en veut faire, divisés extérieurement de cadres & de panneaux de bois de placage de différentes couleurs : ces commodes sont surmontées de tables de marqueterie, fig. 2. 4. & 6, subdivisées par compartimens de différens desseins, & plus ordinairement de tables de marbre, beaucoup moins sujettes aux taches.
Après les commodes sont les armoires, fig. 7, à l'usage des lingeries, ou bas d'armoires, fig. 8. & 9, à l'usage des anti-chambres, salles à manger, &c. on les fait, comme tous les autres meubles, en noyer simplement, fig. 7, avec portes A quarrées ou ceintrées par le haut, & pilastres B, subdivisés de panneaux A & B, & de cadres C, ou par compartimens de placage, fig. 8, avec portes A & pilastres B, ornés de bases & corniches. La fig. 9 est la table de ce même bas d'armoire, qui pour la même raison des commodes est aussi le plus souvent en marbre.
La fig. 10 est l'élévation d'un chassis d'écran, dont la fig. 11 est le plan, composé de deux traverses A, de deux montans B, appuyés sur deux piés C ; le tout quelquefois en bois de noyer orné de moulure, & quelquefois en bois couvert de marqueterie.
La fig. 12 est l'élévation, & la fig. 13 le plan d'une table dite table de nuit, que l'on place ordinairement près des lits pendant la nuit. Cette table est composée d'une tablette inférieure A, d'une supérieure B, souvent en marbre, pour placer une lumiere, un livre, & autres semblables commodités pendant la nuit, montées ensemble sur quatre piés C. Ce meuble est, comme les autres, quelquefois en noyer, & quelquefois en marqueterie.
La fig. 14 est l'élévation, & la fig. 15 le plan d'une petite table appellée chifoniere, dont se servent ordinairement les femmes pour le dépôt de leurs ouvrages ou chiffons, d'où elle tire son nom. Cette table, montée sur quatre piés A, est composée de plusieurs tiroirs B, divisés de cadres & de panneaux, dont le supérieur B contient ordinairement une écritoire. Le dessus C de cette table, fig. 15, est quelquefois couvert d'un maroquin.
La fig. 16 est l'élévation extérieure d'une bibliotheque à l'usage des cabinets, avec portes de treillage A, base B, & corniches C, ornées de différens compartimens de marqueterie en bois.
La fig. 17 est aussi une bibliotheque servant aux mêmes usages que la précédente, mais différente, en ce qu'elle forme une espece de lambris de hauteur & d'appui, ornée de pilastres, ayant aussi des portes de treillage A, base B, & corniches C, couverte par compartimens de marqueterie en bois.
La fig. 18 est l'élévation, & la fig. 19 le plan d'un secrétaire meublé, assez commun dans les cabinets, composé de plusieurs tiroirs extérieurs A grands ou petits, de plusieurs autres intérieurs B, avec tablettes C en forme de serre-papier, & une espece de cave D servant de coffre fort ; les tiroirs B, tablettes C & coffre D, se trouvent enfermés surement par une table E, garnie intérieurement de maroquin, qui étant couverte, sert à écrire, dessiner, &c. L'extérieur & l'intérieur sont plaqués de marqueterie en bois, monté le tout ensemble sur quatre piés F.
La fig. 20 est un secrétaire en forme d'armoire, aussi à l'usage des cabinets, dont l'intérieur de la partie supérieure A est garni, comme le précédent, de petits tiroirs & tablettes en forme de serre-papier, enfermés par une table garnie intérieurement de maroquin, servant à écrire ; & la partie inférieure B s'ouvrant en deux parties, forme intérieurement une armoire contenant des tablettes, tiroirs & coffre fort. L'extérieur de ce meuble couronné d'une table de marqueterie ou de marbre, est décoré de cadres de différens compartimens de marqueterie en bois, & de panneaux représentant des fleurs & des fruits.
La fig. 21 est l'élévation, & la fig. 22 le plan d'une espece de table appellée bureau, aussi à l'usage des cabinets, composée de deux ou trois tiroirs A, surmontés d'une table B, ordinairement garnie de maroquin, le tout ensemble monté sur quatre piés C.
La fig. 23 est l'élévation, & la fig. 24 le plan d'un bureau beaucoup plus riche & plus commode que le précédent, décoré de chaque côté de pilastres A, avec cadres & panneaux de marqueterie, & entre-pilastres B C pour placer des tiroirs B & armoires C, ornées de cadres de marqueterie & de panneaux représentans des fleurs : au milieu plus enfoncé pour placer les genoux, est une grande armoire D ouvrant en deux parties, dont l'intérieur contient des tablettes, tiroirs & coffre-fort. Ce bureau est couronné d'une table E garnie de maroquin.
La fig. 25 est le plan, & la fig. 26 l'élévation intérieure d'une écritoire, espece de boîte faite pour contenir encre, plumes, papiers, &c. le dessus du couvercle, fig. 25, est garni de marroquin bordé de cadres de marqueterie.
La fig. 27 est le plan, & la fig. 28 l'élévation intérieure d'une autre écritoire en marqueterie, dont l'encre & les plumes se trouvent placées extérieurement, & les papiers intérieurement.
La fig. 29 est l'élévation d'un serre-papiers à l'usage des bureaux, composé de plusieurs tablettes entrelacées, propre à serrer des papiers d'où il tire son nom.
La fig. 30 est l'élévation, & la fig. 31 le plan d'un coin, espece d'armoire légere faite pour être suspendue dans les angles des appartemens, composée dans sa partie supérieure de quelques tablettes pour placer des porcelaines, crystaux & autres vases précieux, & dans sa partie inférieure d'une petite armoire fermante en deux parties, divisée chacune par compartiment de cadres & panneaux de marqueterie.
La fig. 32 est l'élévation, & la fig. 33 le plan d'une espece de tablette ou armoire droite, servant aux mêmes usages que la précédente ; mais faite pour être placée sur un mur droit.
La fig. 34 est l'élévation, & la fig. 35 le plan d'une table à jouer barre-longue (on en fait de quarrées & de triangulaires, que l'on place ordinairement dans les salles de jeu), composée d'un chassis A, contenant de petits tiroirs B pour serrer les jettons, surmontée d'une table C garnie de serge, monté le tout ensemble sur quatre piés D.
La fig. 36 est l'élévation, & la fig. 37 le plan d'une table, dite table de toilette composée de plusieurs tiroirs A, coffres B, dont l'un contient un nécessaire tablette C, garnie par-dessus de marroquin & pupitre D, qui s'éleve & s'abaisse selon l'inclinaison qu'on veut lui donner, montés ensemble sur quatre piés E, le tout couvert par compartimens de marqueterie en bois.
La fig. 38 est un coffre fort de marqueterie en bois, garni de bandes de cuivre A pour la sûreté.
La fig. 39 est l'élévation intérieure, & la fig. 40 le plan d'un coffre de marqueterie appellé cave, fait pour contenir des seaux de porcelaine ou de fayences, propres à conserver du tabac.
La fig. 41 est le plan intérieur d'un nécessaire petit coffre, rempli de différens flacons, entonnoirs, & autres choses nécessaires aux toilettes des femmes.
La fig. 42 est le plan d'un jeu de trictrac ; c'est une espece de boîte double à charniere en A, dont l'intérieur est subdivisé de 24 pyramides de marqueterie en bois de plusieurs couleurs.
La fig. 43 est un jeu de dames ou damier subdivisé de 64 quarrés lorsqu'il est appellé à la françoise, & de 100 lorsqu'il est appellé à la polonoise, tous réguliers & alternativement de deux couleurs.
La fig. 44 est un guéridon, espece de tablette A à charniere en B, sur une tige C montée sur trois piés D ; l'arc de cercle E sert à lui donner l'inclinaison que l'on juge à propos par le moyen d'une vis montée sur une piece de bois F, qui porte souvent la tige G d'un écran.
La fig. 45 est un pupitre de musique, composé de deux chassis croisés A, posés obliquement, arrêtés ensemble par leur extrémité supérieure à une piece de bois plate B, & par leur extrémité inférieure à un chassis croisé C, posé horisontalement, tournant ensemble à pivot autour d'une tige D montée sur un pié croisé E ; cette tige change, comme l'on veut, de hauteur, par le moyen d'une boucle F, placée au milieu & s'agraffant dans une cramaillée pratiquée le long des côtés de sa tige D.
Les fig. 46, 47 & 48 sont des piédestaux de marqueterie, que l'on place ordinairement dans les grandes salles, sallons, galeries, & autres pieces des appartemens d'importance pour porter des figures, vases, crystaux, girandoles, & autres bijoux précieux ; le premier qui tient de la nature des piédestaux d'architecture est quarré par son plan avec avant-corps, le socle, la corniche & la base sont ornés de cadres & panneaux de marqueterie ; le second qui tient de la nature des piédouches, est aussi quarré par son plan ; son socle, sa corniche & sa base sont ornées comme le précédent, de cadres & panneaux de marqueterie ; le troisieme tenant de la nature du balustre, est circulaire par son plan, son socle est décoré de cannelures en marqueterie, sa corniche & sa base d'autres ornemens de marqueterie.
Les fig. 49 & 50 sont des piédouches saillans en forme d'encorbellemens subdivisés de différens ornemens de marqueterie, faits comme les piédestaux, pour supporter des vases, figures & autres ornemens dont on décore les grandes salles des appartemens.
Les fig. 51 & 52 sont des consoles de différente espece, dont la derniere termine l'extrémité supérieure d'un pilastre, l'un & l'autre décoré de différens ornemens de marqueterie se placent dans les mêmes pieces dont nous venons de parler, pour y placer des vases de porcelaine, crystaux, &c.
Les fig. 53 & 54 sont des especes de piédestaux, que l'on appelle escablons & guenes, lorsque leur forme est plus étroite par em-bas que par en-haut ; leur socle, corniche & base sont ornés de marqueterie comme les précédens, & sont employés aux mêmes usages.
Les fig. 55 & 56 sont des boîtes de pendules portées sur leur pié, orné comme elles de différens compartimens de marqueterie en cuivre, étain ou autres métaux.
La fig. 57 est une boîte de pendule à secondes, ornée de différens compartimens de marqueterie en bois, avec quelques filets en étain & autres métaux.
Les fig. 58 & 59 sont deux plans de parquets de marqueterie en bois, qui ordinairement ne sont d'usage que pour les cabinets de curiosité, des appartemens d'importance : le premier est quarré, & le second circulaire par son plan ; tous deux répondent à de semblables compartimens de voûtes placées au-dessus d'eux.
La fig. 60 est un lambris de marqueterie en bois dans le goût des lambris de menuiserie, à l'usage des cabinets, arriere-cabinets, & autres pieces de curiosité, composées de lambris de hauteur A & B, & lambris d'appui C & D, & décorés l'un & l'autre de pilastres A C & entre-pilastres B D, subdivisés de cadres & de panneaux de marqueterie surmontés d'une corniche E avec gorgerin F & astragale G, régnant ensemble autour de la piece : les pilastres A posés chacun sur des especes de piédestaux composés de socles C, cymaises I, & plinthes K, sont couronnés d'une espece de chapiteau L orné de feuilles d'acanthe ou d'olivier, prises sur la hauteur de la corniche.
Les fig. 61, 62, & 63 sont des modeles en grand d'ornemens de marqueterie, en étain, cuivre, ou autres métaux.
Des outils propres à la marqueterie. La fig. 64 est un instrument appellé outil à ondes, dont on se servoit autrefois pour faire des moulures ; mais depuis qu'on a supprimé ces sortes d'ornemens, on a aussi supprimé l'outil qui les faisoit. Il est composé d'une forte boîte A, longue d'environ six à sept piés, montée sur deux traiteaux d'assemblage B, retenus ensemble par une grande traverse C ; sur la boîte A est arrêtée une roue dentée D, mûe par une manivelle E faisant aller & venir une crémaillere F, sur laquelle est arrêtée une travée G qui tient la piece de bois H, qui doit recevoir la moulure de l'outil de fer aciéré I, monté dans une presse K serrée avec des vis L, arrêtées à un sommier inférieur M qui monte & descend à la hauteur que l'on juge à propos, par le secours d'une vis N à écrou dans un sommier supérieur O, assemblé à tenons & mortaises dans quatre montans ou jumelles P arrêtées solidement sur la boîte A.
La fig. 65 est une espece d'étau que l'on appelle âne, composé de deux jumelles A B, dont celle B, à charniere par em-bas, appuie contre la premiere, pour serrer l'ouvrage par l'extrémité C d'un arc-boutant D, aussi à charniere, arrêté à une corde ou chaîne E, retenue par em-bas à une pédale F, à charniere, par une de ses extrémités, sur laquelle on met le pié lorsque l'on veut serrer l'ouvrage. Cela étant, A B est arrêté à demeure sur une table G, bordée tout autour pour empêcher de tomber les plus petits ouvrages & outils, arrêtée sur un fort chassis d'assemblage composé de sommiers H, montans I, & traverses K, sur deux desquelles & les sommiers sont attachées des planches L.
La fig. 66 est un autre âne composé, comme le précédent, de jumelles A B, dont l'une B, à charniere par em-bas, est appuyée par l'extrémité d'un arc-boutant C, dont l'autre est prise dans une crémaillere D retenue à une chaîne ou corde E, arrêtée par son extrémité inférieure à une pédale F, faisant charniere dans chacun de deux des piés G de la table H.
La fig. 67 est un âne, à fort peu de chose près semblable, & composé des mêmes pieces que le précédent, servant aussi aux mêmes usages.
La fig. 68 est une presse, espece d'établi A monté sur deux traiteaux composés de montans B & traverses C, dans lequel sont arrêtées deux vis D & leurs écrous E serrant la piece de bois F, entre laquelle & l'établi A on place les pieces de bois que l'on veut refendre, ou autres ouvrages pour les travailler.
La fig. 69 est une presse beaucoup plus solide que la précédente, étant arrêtée dans le plancher A par les montans B & arcs-boutans C, sur lesquels est assemblé à tenons & mortaises un sommier D, entre lequel & la piece de bois horisontale E serrée avec les vis F, par le secours des manivelles G, on place la piece de bois H que l'on veut refendre, qui par em-bas traverse le plancher A.
La fig. 70 est un établi, l'instrument le plus nécessaire aux ouvriers de marqueterie, sur lequel ils font tous leurs ouvrages. Sur cet établi est un valet A de fer, qui passant par des trous semés çà & là sur l'établi, est fait, pour qu'en frappant dessus, il tienne ferme les ouvrages que l'on veut travailler. L'établi est composé d'une grande & forte planche B, d'environ cinq à six pouces d'épaisseur, sur environ deux piés & demi de large, & dix à quinze piés de long, posée sur quatre piés C assemblés à tenons & mortaises dans l'établi avec des traverses ou entretoises D, dont le dessous est revêtu de planches clouées les unes contre les autres, formant une enceinte où les ouvriers déposent leurs outils, rabots & autres instrumens dont ils n'ont pas besoin dans l'instant qu'ils travaillent. Sur le côté E de l'établi se trouve une petite planche clouée qui laisse un intervalle entre l'un & l'autre pour placer les fermoirs, ciseaux, limes, &c. marqués F. A l'opposite, & presqu'au milieu est un trou quarré G, dans lequel on place un tampon H de même forme que le trou, ajusté à force, sur lequel est enfoncé un crochet de fer I, à pointe d'un côté, & de l'autre à queue d'aronde, & denté, qui sert d'arrêt aux planches & autres pieces de bois, lorsqu'on les rabote. Ce tampon H peut monter & descendre à coups de maillet, fig. 77, selon l'épaisseur des planches ou pieces de bois que l'on veut travailler. K est un autre arrêt de bois posé sur le côté de l'établi, qui sert lorsque l'on en rabote de larges sur leurs champs, en les posant le long de l'établi, & les fixant dessus par le moyen d'un valet A à chaque bout.
La fig. 71 est une scie à refendre, composée d'un chassis de bois A & B assemblé dans ses angles à tenons & mortaises, d'une scie dentée C, retenue par em-bas à une coulisse D glissant à droite & à gauche le long de la traverse B du chassis, & par en-haut dans une pareille coulisse E glissant aussi à droite & à gauche le long d'une autre traverse B. Cette coulisse E est percée d'un trou F, au-travers duquel passe une clavette en forme de coin qui bande également la scie. Cet instrument se maneuvre horisontalement par deux hommes qui le tiennent chacun par une de ses extrémités, tel qu'on le voit en f dans la vignette de la premiere Planche.
La fig. 72 est une scie appellée scie à débiter, qui sert à scier de gros bois ou planches, composée d'un fer de scie denté A, retenu par ses extrémités B à deux traverses C séparées par une entretoise D qui va de l'une à l'autre : les deux bouts E des traverses sont retenus par une ficelle ou corde F, à laquelle un bâton G appellé en ce cas gareau, fait faire plusieurs tours qui faisant faire la bascule aux traverses C, font par-là bander la scie A, ce qui la tient ferme, & c'est ce qu'on appelle la monture d'une scie.
La fig. 73 est une autre scie appellée scie tournante, dont la monture ressemble à celle de la précédente scie ; ses deux extrémités B sont retenues à deux especes de clous ronds en forme de tourelle, qui la font tourner tant & si peu que l'on veut ; ce qui sans cela, gêneroit beaucoup lorsque l'on a de longues planches, ou des parties circulaires à débiter ou à refendre.
La fig. 74 est une scie appellée scie à tenon, qui ne differe de celle fig. 72 que par la légéreté, & en ce cas beaucoup plus commode ; elle sert pour des petits ouvrages pour lesquels la grande seroit trop embarrassante.
La fig. 75 est une scie dite scie de marqueterie, dont le fer A extrèmement petit afin de se procurer par-là un passage facile dans les ouvrages délicats, est arrêté par un bout B à une petite moufle à vis & écrou dans le manche C de la scie qui traverse l'extrémité de la monture de fer D, & par l'autre E, à une semblable moufle à vis avec écrou à oreille, traversant l'autre extrémité de la monture D.
La fig. 76 est une scie appellée scie à main, ou égoine, qui sert dans les ouvrages où les précédentes ne peuvent pénétrer ; elle doit être un peu plus forte que les autres, n'ayant point de monture comme elles pour la soutenir ; son extrémité inférieure est à pointe enfoncée dans un manche de bois.
La fig. 77 est un instrument appellé maillet ; on en fait de plusieurs grosseurs, selon la délicatesse plus ou moins grande des ouvrages ; les uns & les autres servent également à frapper sur le manche de bois des ciseaux, fig. 107, 108, 109, 110, &c. on s'en sert pour cela plûtôt que du marteau, fig. 91, pour plusieurs raisons ; la premiere est que quoique beaucoup plus gros, il est quelquefois moins pesant ; la seconde qu'il a plus de coup ; la troisieme & la meilleure, qu'il ne rompt point les manches de ces mêmes ciseaux ; ce n'est autre chose qu'un morceau de bois d'orme ou de frêne (bois qui se fendent difficilement), arrondi ou à pan, percé d'un trou au milieu, dans lequel entre un manche de bois.
Les fig. 78 & 79 sont des marteaux à plaquer, parce qu'ils sont faits exprès, & ne servent pour ainsi dire qu'à cela ; la partie A B de chacun d'eux est de fer aciéré par chaque bout, dont celui A se nomme la tête, & B la panne à queue d'aronde, très-large & mince, percée au milieu d'un oeil ou trou méplat, dans lequel on fait entrer un manche de bois C un peu long.
La fig. 80 est un instrument appellé par les ouvriers triangle anglé, mais plus proprement équerre en onglet, plus épaisse par un bout que par l'autre, & dont l'épaulement A, ainsi que ses deux extrémités, sont disposés selon l'angle de quarante-cinq degrés ; son usage est pour jauger les bâtis des cadres ou panneaux lorsqu'on les assemble, afin qu'étant coupés par leurs extrémités à quarante-cinq degrés, ils puissent faire étant assemblés, un angle droit ou de quatre-vingt-dix degrés.
La fig. 81 est un instrument de bois appellé fausse équerre, ou sauterelle, fait pour prendre des angles de différente ouverture.
La fig. 82 est une équerre de bois assemblée en A, à tenon & mortaise, faite pour prendre des angles droits.
La fig. 83 est une autre équerre de bois employée aux mêmes usages que la précédente, & appellée improprement par les ouvriers, triangle quarré ; mais qui plus commode, differe en ce que la branche A est plus épaisse que la branche B, & que par-là l'épaulement C posant le long d'une planche, donne le moyen de tracer plus facilement l'autre côté B d'équerre.
La fig. 84 est une pointe à tracer, aciérée par un bout A, & à pointe par l'autre, entrant dans un manche de bois B.
La fig. 85 est un instrument appellé compas, fait pour prendre des intervalles égaux.
La fig. 86 est un instrument appellé vilbrequin, fait pour percer des trous ; c'est une espece de manivelle A, composée d'un manche B en forme de tourelle, que l'on tient ferme & appuyé sur l'estomac ; le côté opposé C est quarré, & un peu plus gros que le corps de cet instrument, & est percé d'un trou aussi quarré, dans lequel entre un petit morceau de bois D quarré de la même grosseur que celui C qui lui est voisin, portant du même côté un tenon quarré de la même grosseur que le trou dans lequel il entre ; & de l'autre une petite mortaise, dans laquelle entre la tête A de la meche, fig. 87, cet instrument avec sa meche est appellé vilbrequin, & sans meche est appellé fust de vilbrequin.
La fig. 87 est une meche faite pour percer des trous, dont la partie inférieure B est évuidée pour contenir les copeaux que l'on retire des trous que l'on perce.
La fig. 88 est un fraisoir quarré fait pour fraiser des trous par la fraise aciérée A, l'autre côté B étant joint au fust de vilbrequin, fig. 86, ou à un tourne-à-gauche.
La fig. 89 est aussi un fraisoir à huit pans par la fraise A, pour le rendre plus doux lorsque l'on s'en sert.
La fig. 90 est un autre fraisoir semblable aux précédens, mais plus fort ; sa fraise A est à plusieurs pans, pour le rendre à cause de sa grosseur, plus doux pour s'en servir.
La fig. 91 est un marteau qui sert à enfoncer des clous, chevilles, broches, & autres choses qui ne peuvent se frapper avec le maillet fig. 77 ; la partie A B de ce marteau est de fer, dont A se nomme le gros ou la tête, & B la panne ; il est percé au milieu d'un oeil, ou trou méplat, dans lequel on fait entrer un manche de bois C, qui est toujours fort court chez les ouvriers de marqueterie comme chez les Menuisiers, & qui pour cela a moins de coup, & n'en est pas plus commode.
La fig. 92 est un instrument double appellé tenaille ou triquoise, composé de deux bascules A, qui répondent aux deux mâchoires B, par le moyen d'une espece de charniere en tourniquet C, leur usage est d'arracher des cloux, chevilles, & autres choses semblables en serrant les deux branches A l'une contre l'autre.
La fig. 93 est un compas à verge qui fait en grand le même effet du petit compas fig. 85, & qui sert aux mêmes usages ; il est ainsi appellé à cause de sa verge quarrée A de bois dont il est composé ; cette verge porte environ depuis cinq piés jusqu'à dix à douze piés de long, sur laquelle glissent deux planchettes B, percées chacune d'un trou quarré de la grosseur de la verge A, leur partie inférieure est armée chacune d'une pointe pour tracer, qui en s'éloignant ou se rapprochant font l'effet des pointes de compas, & la partie supérieure d'une vis pour les fixer sur la verge où on le juge à propos.
La fig. 94 est un instrument de fer appellé sergent, composé d'une grande verge A, de fer quarré d'environ dix à douze lignes de grosseur, coudée d'un côté B avec un talon C recourbé, & d'une coulisse D, aussi de fer, portant une vis E, qui sert à serrer les ouvrages que l'on colle ensemble, l'autre bout F de la verge A est renforcé pour empêcher la coulisse D de sortir.
La fig. 95 est une espece de rabot d'une forme longue appellée varlope, qui sert à dresser & corroyer de longues planches ; la partie de dessous, ainsi qu'à toutes les autres especes de rabots, doit être bien dressée à la regle ; pour s'en servir on emploie les deux mains, la droite de laquelle on tient le manche A de la varlope, & l'autre avec laquelle on appuie sur sa volute B ; il est percé dans son milieu d'un trou qui se rétrécit à mesure qu'il approche du dessous, & fait pour y loger une espece de lame de fer appellée fer du rabot, qui porte un taillant à biseau & aciéré, arrêté avec le secours d'un coin à deux branches dans le rabot : chaque ouvrier a deux varlopes, dont l'une appellée riflard sert à corroyer, & l'autre appellée varlope sert à finir & polir les ouvrages ; aussi cette derniere est-elle toujours la mieux conditionnée.
La fig. 96. est un rabot connu sous ce nom à cause de sa forme & de sa grosseur, percé comme la varlope d'un trou pour y loger son fer & son coin.
La fig. 97 est un rabot appellé demi-varlope, ou varlope à onglet, non qu'elle serve plutôt que les autres rabots pour des assemblages en onglet, mais seulement à cause de sa forme qui tient une moyenne proportionnelle entre la varlope, fig. 95, & le rabot, fig. 96, son fer & son coin ne different en rien de ceux des varlopes & rabots.
La fig. 98 est un rabot appellé feuilleret, qui differe des précédens en ce que son fer & son coin ne different en rien de ceux des varlopes & rabots.
La fig. 99 est un rabot appellé guillaume, à l'usage des plates-bandes, & autres ouvrages de cette espece, different des autres en ce que son fer placé au milieu comprend toute sa largeur.
La fig. 100 est un rabot armé de fer dessous, & quelquefois par les côtés, dont le fer & le coin sont très-inclinés, servant à corroyer les ouvrages de placage.
Il en est une infinité d'autres de toute espece, dont les fusts sont de bouis, ou autres bois durs, d'autres en partie dont les fers de différentes formes sont quelquefois bretelés.
La fig. 101 est un instrument appellé couteau à trancher, fait pour couper proprement les bois de placage, composé d'un tranchoir A, d'un fer aciéré à pointe par un bout, dans un long manche C.
La fig. 102 est un couteau à trancher, semblable au précédent, mais plus petit.
La fig. 103 est un instrument appellé fer crochu, coudé en effet par chaque bout A, portant un tranchant aciéré B.
La fig. 104 est un polissoir de jonc fait pour polir les ouvrages.
La fig. 105 est un instrument appellé trusquin ou guilboquet, composé d'une tige A, percée sur sa longueur d'une mortaise, au bout de laquelle est une petite pointe B, faite pour tracer, & d'une planchette C, percée d'un trou quarré, traversé sur son épaisseur d'un autre trou plat au-travers duquel passe une clavette de bois D en forme de coin pour fixer l'une & l'autre ensemble ; cet instrument sert à tracer des paralleles en le glissant le long des planches.
La fig. 106 est un trusquin plus fort que le précédent, servant aux mêmes usages, mais différent en ce que la clavette D passe à côté de la tige A aulieu de la traverser.
La fig. 107 est un ciseau appellé fermoir, parce qu'il n'a aucun biseau ; on s'en sert avec le secours du maillet, fig. 77, à dégrossir les bois ; ce ciseau s'élargit en s'amincissant du côté du taillant A, l'autre bout B qui est à pointe entre dans un manche de bois C.
La fig. 108 est un ciseau appellé ainsi à cause de son biseau A tout d'un côté ; on s'en sert à toute sorte de choses.
La fig. 109 est un petit ciseau mince, à l'usage des ouvrages délicats. Entre celui-ci & le précédent, il en est d'une infinité de grosseurs & d'especes.
La fig. 110 est un ciseau appellé bec-d'âne ou ciseau de lumiere, servant à faire des mortaises qu'on appelle lumieres.
La fig. 111 est un bec-d'âne beaucoup plus petit & plus délicat que le précédent, entre lesquels il en est d'une infinité de grosseurs différentes.
La fig. 112 est un ciseau appellé gouge, dont le taillant A arrondi & évuidé dans son milieu, sert pour toutes les parties rondes.
La fig. 113 est une gouge plus petite que la précédente, entre lesquelles il en est d'une grande quantité de grosseurs.
La fig. 114 est une tariere pointue, faite pour percer des trous par la meche évuidée A, en la tournant par le tourne-à-gauche B.
La fig. 115 est une petite presse faite pour serrer les ouvrages collés, composée d'un chassis A renforcé de jumelles B, à l'extrémité duquel est une vis C.
La fig. 116 est un instrument appellé racloir, composé d'une petite lame d'acier, dont les angles horisontaux sont fort aigus, arrêtée dans l'épaisseur d'une piece de bois B. Cet instrument sert à racler les ouvrages que l'on veut polir.
La fig. 117 est un instrument appellé tourne-vis, dont la partie A aciérée, servant à tourner les vis entre à pointe dans un manche de bois B.
La fig. 118 est un instrument appellé tire-fond, à vis, en bois aciéré par un bout A, portant par l'autre B un anneau pour le pouvoir tourner facilement.
Les ouvriers industrieux dans la marqueterie, comme dans les autres parties, ont toujours l'art de composer de nouveaux outils plus promts & plus commodes que ceux dont ils se servent ordinairement, & aussi plus propres aux ouvrages qu'ils font. M. LUCOTTE.
|
| MARQUEUR | S. m. (Comm.) celui qui marque. Marqueur de monnoie. Marqueur de draps, de serge, de toile, de fer, de cuir, &c. c'est celui qui appose à ces marchandises la marque prescrite par les ordonnances & réglemens.
MARQUEURS DE MESURES. On nomme en Hollande jurés maîtres marqueurs de mesures de petits officiers établis pour faire la marque ou étalonnage des mesures qui servent dans le commerce. Leur principale fonction est de jauger & mesurer les vaisseaux qui sont sujets au droit de last-geldt ou droit de last, & d'en délivrer l'acte de mesurage, qu'on nomme autrement lettre de marque. Voyez LAST-GELDT.
Ces officiers sont tenus de faire le jaugeage par eux-mêmes, & de ne pas s'en rapporter au calcul que pourroient leur présenter les capitaines, maîtres ou propriétaires desdits vaisseaux, à peine de déposition de leur emploi. Dictionn. de Commerce.
MARQUEUR, terme de Paumier, qui signifie un garçon ou compagnon qui marque les chasses, compte les jeux, & rend aux joueurs tous les services nécessaires par rapport au jeu de paume & au billard.
Suivant les statuts des maîtres paumiers, les marqueurs doivent être apprentifs ou compagnons du métier : ce sont quelquefois des pauvres maîtres qui en font les fonctions. Voyez PAUMIER.
|
| MARQUIS | S. m. (Hist. mod.) & par quelques vieux auteurs gaulois MARCHIS, ce qui est plus conforme au terme de la basse latinité marchio : sur quoi voyez MARCHE & MARGGRAVE.
Les princes de la maison de Lorraine prenoient la qualité de ducs & de marchis de Loherrene, comme on le voit dans le codicille de Thibaut III. de l'an 1312, dans un autre acte de 1320, & dans le testament du duc Jehan I. de 1377.
Quoique les noms de marchis, marquis, & marggrave signifient originairement la même chose, un seigneur commandant sur la frontiere, ils ont acquis avec le tems une signification bien différente.
Un marggrave est un prince souverain qui jouit de toutes les prérogatives attachées à la souveraineté ; & les marggraves ne se trouvent que dans l'empire d'Allemagne.
Il y a quelques marquis ou marquisats en Italie, comme Final ; en Espagne, comme le marquisat de Villena, possédé par le duc d'Escalona. Il n'y en a point en Danemark, en Suede & en Pologne.
Enfin le titre de marquis en France est une simple qualification que le souverain confere à qui il veut, sans aucun rapport à sa signification primitive ; & le marquisat n'est autre chose qu'une terre ainsi nommée par une patente, soit qu'on en ait été gratifié par le roi, soit qu'on en ait acheté la patente pour de l'argent.
Sous Richard en 1385, le comte d'Oxford fut le premier qui porta le titre de marquis en Angleterre, où il étoit alors inusité. (D.J.)
|
| MARQUISE | S. f. (Artificier) les Artificiers appellent ainsi une fusée volante d'environ un pouce de diametre selon M. d'O, & de dix-sept lignes suivant M. de Saint-Remi. La double marquise a quatorze lignes selon le premier, & dix-neuf suivant le second. Voyez nos Pl. d'Artificier.
|
| MARR | (Géog.) province maritime d'Ecosse, située pour la plus grande partie entre le Don & la Dée, avec titre de comté. Elle abonde en blé, légumes, bétail, poisson & gibier. Aberdeen en est la capitale ; c'est pour cela qu'on appelle autrement the shire of Aberdeen. Ce qu'il y a de plus curieux pour un physicien dans cette province, est une sorte de pierres fragiles que les habitans appellent Elfarawheads. Elles sont longues de quelques lignes, minces aux bords, & se produisent en quelques heures de tems. Comme les voyageurs en trouvent quelquefois dans leurs bottes & dans leurs habits, ces pierres se formeroient-elles dans l'air, par des exhalaisons du pays ? (D.J.)
|
| MARRA | (Géog.) ville de Syrie au voisinage d'Ama ; elle est commandée par un sangiac, & n'a rien de remarquable que le han où on loge ; il est tout couvert de plomb, & peut loger huit cent hommes avec leurs chevaux. Au milieu du han est une mosquée, une belle fontaine, & un puits profond de quarante-deux toises depuis le haut jusqu'à la superficie. (D.J.)
|
| MARRON | (Botaniq.) fruit du marronnier, voyez l'article MARRONNIER.
MARRON, (Diete & Mat. méd.) Voyez CHATAIGNE. (Diete & Mat. méd.)
MARRON, mines en (Hist. nat. Minéralogie) les Naturalistes nomment mines en marrons ou mines en roignons, celles qui se trouvent par masses détachées, répandues çà & là dans une roche, au lieu de former des filons suivis & continus. On les nomme aussi mines égarées ou mines en nids, minerae nidulantes ; cette maniere de trouver les mines n'est point la plus avantageuse pour l'exploitation, mais elle annonce le voisinage des filons, ou que l'endroit où l'on trouve ces marrons est propre à la formation des métaux. Il ne faut point confondre ces mines en marrons avec les mines par fragmens, qui ont été arrachées des filons par la violence des eaux & qui ont été arrondies par le roulement : les premieres se trouvent dans la roche même où elles ont été formées, au lieu que les dernieres ont été transportées quelquefois fort loin de l'endroit où elles ont été produites. Voyez MINES (-)
MARRON, (Pyrotechnie) c'est une sorte de pétard ou de boîte cubique, de carton fort, & à plusieurs doubles. On remplit ce pétard de poudre grenée, pour produire une grande détonation qu'on augmente comme aux saucissons, en fortifiant le cartouche par une enveloppe de ficelle trempée dans de la colle forte ; ainsi ces deux artifices ont le même effet & ne différent que dans leur figure.
Un marron se fait avec un parallélogramme de carton, dont l'un des côtés est à l'autre, comme 3 à 5, pour que l'on puisse y former 15 quarrés égaux entr'eux, 3 sur une face & 5 sur l'autre : on le plie ensuite en forme de cube qu'on remplit de poudre.
On en fait d'aussi grands & d'aussi petits qu'on veut : on y proportionne le carton, la grosseur & le nombre des rangs de ficelle dont on les couvre.
Les gros marrons contiennent ordinairement une livre de poudre, tiennent lieu de boîte de métal que l'on tire dans les réjouissances publiques, & font au-moins autant de bruit. Il faut y placer au lieu d'étoupille un petit porte-feu de composition lente, afin d'avoir le tems de s'en éloigner, pour éviter les éclats qui sont dangereux lorsqu'on leur donne cette grosseur.
Les petits marrons servent à garnir des fusées pour faire une belle escopetterie ; leur effet est particulierement beau dans les grandes caisses, lorsqu'on en garnit une partie des fusées qui les composent. On les couvre souvent de matieres combustibles, afin qu'ils brillent aux yeux avant que d'éclater ; alors on les appelle marrons luisans : leur effet est à-peu-près le même que celui des étoiles à pétards. Voyez les Pl. d'Artificier.
MARRON, (Imprimerie) terme usité dans l'Imprimerie, & connu de certains auteurs. Ce n'est point un terme d'art, mais on entend par ce mot un ouvrage imprimé furtivement, sans approbation, sans privilege, ni nom d'imprimeur. On est toûjours blâmable de se prêter à l'impression & au débit de pareils ouvrages.
MARRON, (Maréch.) poil de cheval ayant la couleur d'un marron, c'est une nuance du poil bay. Voyez BAY.
|
| MARRONNIER | S. m. (Bot.) grand arbre du même genre que le châtaignier, dont il ne differe que par son fruit que l'on nomme marron, qui est plus gros & de meilleur goût que la châtaigne. On multiplie le marronnier par la greffe sur le châtaignier, & il se cultive de même. Voyez CHATAIGNIER.
MARRONNIER D'INDE, hippocastanum, (Bot.) genre de plante à fleur en rose composée de plusieurs pétales disposés en rond ; le pistil s'éleve hors du calice, & devient dans la suite un fruit qui s'ouvre en plusieurs parties ; ce fruit contient des semences semblables à des châtaignes. Tournefort, inst. rei. herb. Voyez PLANTE.
MARRONNIER D'INDE, hippocastanum, grand arbre qui nous est venu de Constantinople il y a environ cent cinquante ans, & que l'on ne cultive que pour l'agrément. Cet arbre prend de lui-même une tige droite & fait une tête assez réguliere ; son tronc devient fort gros. Dans la jeunesse de l'arbre son écorce est lisse & cendrée ; lorsqu'il est dans sa force, elle devient brune & un peu gersée. Sa feuille est grande, composée de cinq ou sept folioles rassemblées au bout d'une longue queue en forme d'une main ouverte ; la verdure en est charmante au printems. L'arbre donne ses fleurs dès la fin d'Avril ; elles sont blanches, chamarrées d'une teinte rougeâtre, & elles sont répandues sur de longues grappes en pyramide : ces grappes viennent au bout des branches, se soutiennent dans une position droite, & leur quantité semble couvrir la tête de l'arbre. Les fruits qui succedent sont des marrons, renfermés dans un brou épineux comme celui des châtaignes. Ce marronnier est d'un tempérament dur & robuste, d'un accroissement promt & régulier ; il réussit dans toutes les expositions ; il se soutient dans les lieux serrés & ombragés à force de s'élever : tous les terreins lui conviennent, à l'exception pourtant de ceux qui sont trop secs & trop superficiels ; il ne craint pas l'humidité à un point médiocre ; ses racines ont tant de force qu'elles passent sous les pavés & percent les murs : enfin, il n'exige ni soin ni culture. Telles sont les qualités avantageuses qui ont fait rechercher cet arbre pendant plus de cent années. Mais depuis quelques tems son regne s'est affoibli par la propreté & la perfection qui se sont introduites dans les jardins. On convient que le marronnier est d'une grande beauté au printems, mais l'agrément qu'il étale ne se soutient pas dans le reste de l'année. Même avant la fin de Mai le marronnier est souvent dépouillé de ses feuilles par les hannetons ; d'autres fois les chaleurs du mois de Juin font jaunir les feuilles qui tombent bien-tôt après avec les fruits avortés par la grande sécheresse ; il arrive souvent que les feuilles sont dévorées au mois de Juillet par une chenille à grands poils qui s'engendre particulierement sur cet arbre : mais on se plaint sur-tout de la mal propreté qu'il cause pendant toute la belle saison ; d'abord au printems par la chûte de ses fleurs, & ensuite de coques hérissées qui enveloppent le fruit ; après cela par les marrons qui se détachent peu-à-peu ; enfin, par ses feuilles qui tombent en automne : tout cela rend les promenades impraticables à-moins d'un soin continuel. Ces inconvéniens sont cause qu'on n'admet à-présent cet arbre que dans les places éloignées & peu fréquentées : il a de plus un grand défaut ; il veut croître isolé & il refuse de venir lorsqu'il est serré & mêlé parmi d'autres arbres : mais le peu d'utilité de son bois est encore la circonstance qui le fait le plus négliger.
Le seul moyen de multiplier cet arbre est d'en semer les marrons, soit après leur maturité au mois d'Octobre, ou au plus tard au mois de Février. Avec peu de recherches sur la qualité du terrein, un soin ordinaire pour la préparation, & avec la façon commune de semer en pepiniere, les marrons leveront aisément au printems. Ils seront en état d'être transplantés à demeure au bout de cinq ou six ans ; mais ils ne donneront des fleurs & des fruits qu'à environ douze ans. Cette transplantation se doit faire pour le mieux en automne, encore durant l'hiver tant qu'il ne gele pas, même à la fin de Février & pour le plus tard au commencement de Mars. On suppose pour ces derniers cas que l'on aura les plants à portée de soi ; car, s'il faut les faire venir de loin, il y aura fort à craindre que la gelée n'endommage les racines ; dès qu'elles en sont frappées, l'arbre ne reprend pas.
Il faut se garder de retrancher la tête du marronnier pendant toute sa jeunesse, ni même lors de la transplantation, cela dérangeroit son accroissement & le progrès de sa tige : ce ne sera que dans la force de l'âge qu'on pourra le tailler sur les côtés pour dégager les allées & en rehausser le couvert. Par ce moyen l'arbre se fortifie, ses branches se multiplient, son feuillage s'épaissit, l'ombre se complete , l'objet annonce pendant du tems sa perfection, & prend peu-à-peu cet air de grandeur qui se fait remarquer dans la grande allée des jardins du palais des Tuileries à Paris.
Le marronnier est plus propre qu'aucun autre arbre à faire du couvert, à donner de l'ombre, à procurer de la fraîcheur ; on l'employera avec succès à former des avenues, des allées, des quinconces, des salles, des grouppes de verdure, &c. Pour planter des allées de maronniers, on met ces arbres à la distance de quinze, dix-huit & vingt piés, selon la qualité du terrein & la largeur de l'allée. On en peut aussi faire de bonnes haies, en les plantant à quatre piés de distance, mais on ne doit pas l'employer à garnir des massifs ou des bosquets, parce qu'il se dégrade & dépérit entre les autres arbres, à moins qu'il ne domine sur eux. Cet arbre souffre de fortes incisions sans inconvénient, & même de grandes mortoises ; on a vû en Angleterre des palissades dont les pieces de support étoient infixées dans le tronc des marronniers, sans qu'il parût après plusieurs années que cela leur causât de dommage. Cet arbre prend tout son accroissement au mois de Mai en trois semaines de tems ; pendant tout le reste de l'année, la seve n'est employée qu'à fortifier les nouvelles pousses, à former les boutons qui doivent s'ouvrir l'année suivante, à perfectionner les fruits, & à grossir la tige & les branches.
Quoique le bois de marronnier ne soit pas d'une utilité générale & immédiate, on peut cependant en tirer du service. Il est blanc, tendre, molasse & filandreux ; il sert aux Menuisiers, aux Tourneurs, aux Boisselliers, aux Sculpteurs, même aux Ebénistes, pour des ouvrages grossiers & couverts soit par du placage ou par la peinture. Ce bois n'est sujet à aucune vermoulure, il reçoit un beau poli, il prend aisément le vernis, il a plus de fermeté & il se coupe plus net que le tilleul, & par conséquent il est de meilleur service pour la Gravure. Ce bois n'est un peu propre à brûler que quand il est verd.
Les marrons d'inde présentent un objet bien plus susceptible d'utilité. M. le président Bon a trouvé que ce fruit peut servir à nourrir & à engraisser tant le gros & menu bétail que les volailles de toutes sortes, en prenant seulement la précaution de faire tremper pendant quarante-huit heures dans la lessive d'eau passée à la chaux vive, les marrons après les avoir pelés & coupés en quatre. Ensuite on les fait cuire & réduire en bouillie pour les donner aux animaux. On peut garder ces marrons toute l'année, en les faisant peler & sécher soit au four ou au soleil. Par un procedé un peu différent, la même expérience a été faite avec beaucoup de succès & de profit. Voyez le Journal économique, Octobre 1751. Mais M. Ellis, auteur anglois qui a fait imprimer en 1738 un traité sur la culture de quelques arbres, paroît avoir trouvé un procedé plus simple pour ôter l'amertume aux marrons d'inde, & les faire servir de nourriture aux cochons & aux daims. Il fait emplir de marrons un vieux tonneau mal relié qu'on fait tremper pendant trois ou quatre jours dans une riviere : nulle autre préparation. Cependant on a vû des vaches & des poules manger de ce fruit dans son état naturel & malgré son amertume. Mais il y a lieu de croire que cette amertume fait un inconvénient, puisqu'on a remarqué que les poules qui mangeoient des marrons sans être préparés ne pondoient pas. Ce fruit peut servir à faire de très-bel amydon, de la poudre à poudrer, & de l'huile à brûler ; il est vrai qu'on en tire peu & qu'elle rend une odeur insupportable. Mais sans qu'il y ait ce dernier inconvénient, un seul marron d'inde peut servir de lampe de nuit : il faut le peler, le faire secher, le percer de part en part avec une vrille moyenne, le faire tremper au-moins vingt-quatre heures dans quelque huile que ce soit, y passer une petite meche, le mettre ensuite nager dans un vase plein d'eau, & allumer la meche le soir, on est assuré d'avoir de la lumiere jusqu'au jour. On en peut faire aussi une excellente pâte à décrasser les mains & les piés : il faut peler les marrons, les faire secher, les piler dans un mortier couvert, & passer cette poudre dans un tamis très-fin. Quand on veut s'en servir, on jette une quantité convenable de cette poudre dans de l'eau qui devient blanche savonneuse & aussi douce que du lait ; le fréquent usage en est très-salutaire, & la peau en contracte un lustre admirable. Voyez pour ces deux dernieres propriétés le Journal économique, Septembre 1752. Les marrons d'inde ont encore la propriété de savonner & blanchir le linge, de dégraisser les étoffes, de lessiver le chanvre, & on en peut faire, en les brûlant, de bonnes cendres pour la lessive. Voyez le Journal économique, Décembre 1757. Enfin, ils peuvent servir à échauffer les poëles, & les Maréchaux s'en servent pour guérir la pousse des chevaux : on fait grand usage de ce remede dans le Levant ; c'est ce qui a fait donner au marronnier d'inde le nom latin hippocastanum, qui veut dire châtaigne de cheval. On prétend que l'écorce & le fruit de cet arbre sont un fébrifuge qu'on peut employer au lieu du quinquina dans les fiévres intermittentes ; on assure même que quelques médecins ont appliqué ce remede avec succès.
On ne connoît qu'une seule espece de marronnier d'inde, dont il y a deux variétés. L'une à feuilles panachées de jaune, & l'autre de blanc. Il est difficile de se procurer & de conserver ces variétés, car, quand on les greffe sur des marronniers vigoureux, il arrive souvent que les feuilles de la greffe perdent leur bigarrure en reprenant leur verdure naturelle : d'ailleurs on voit dans ces variétés plus que dans aucun autre arbre panaché, une apparence de foiblesse & de maladie qui en ôte l'agrément.
MARRONNIER à fleurs rouges, pavia, petit arbre qui nous est venu de la Caroline en Amérique, où on le trouve en grande quantité dans les bois. Quoiqu'il ait une très-grande ressemblance à tous égards avec le marronnier d'inde, si ce n'est qu'il est plus petit & plus mignon dans toutes ses parties, les Botanistes en ont cependant fait un genre différent du marronnier d'inde, par rapport à quelque différence qui se trouve dans les parties de sa fleur. Ce petit marronnier ne s'éleve au plus qu'à douze ou quinze piés : il fait une tige droite, une jolie tête ; ses boutons sont jaunâtres en hiver sans être glutineux comme ceux du marronnier d'inde ; la forme des feuilles est la même, mais elles sont plus petites, lisses, & d'un verd plus tendre. Ses fleurs sont d'une couleur rouge assez apparente, elles sont répandues autour d'une grappe moins longue, moins fournie que dans l'autre marronnier, mais elles paroissent un mois plus tard. Les fruits qui leur succedent sont de petits marrons d'une couleur jaune enfumée, & le brou qui leur sert d'enveloppe n'est point épineux. L'arbre en produit peu, encore faut-il que l'année soit favorable. Ce marronnier est robuste, & quoiqu'il soit originaire d'un climat plus méridional, nos fâcheux hivers ne lui causent aucun dommage. Il se plaît dans toutes sortes de terreins, il réussit même dans les terres un peu seches, il se multiplie aisément, & il n'exige qu'une culture fort ordinaire. On peut élever cet arbre de semences, de branches couchées, & par la greffe en approche ou en écusson sur le marronnier d'inde ; la greffe en écusson réussit très-aisément, & souvent elle donne des fleurs dès la seconde année. Il faut le semer de la même façon que les châtaignes, il donnera des fleurs au bout de cinq ans. Les branches couchées se font au printems ; elles font des racines suffisantes pour être transplantées l'automne suivante, si on a eu la précaution de les marcotter. Les arbres que l'on éleve de semence viennent plus vîte, sont plus grands & plus beaux, & donnent plus de fleurs & de fruits que ceux que l'on éleve des deux autres façons. Article de M. DAUBENTON, subdélegué.
MARROQUIN, s. m. (Art méch.) peau des boucs ou des chevres, ou d'un autre animal à-peu-près semblable, appellé menon, qui est commun dans le Levant, laquelle a été travaillée & passée en sumac ou en galle, & qu'on a mise ensuite en telle couleur qu'on a voulu : on s'en sert beaucoup pour les tapisseries, pour les reliures des livres, &c.
On dérive ordinairement ce nom de Maroc royaume de Barbarie dans l'Afrique, d'où l'on croit que l'on a emprunté la maniere de fabriquer le marroquin.
Il y a des marroquins de Levant, de Barbarie, d'Espagne, de Flandre, de France, &c. Il y en a de rouges, de noirs, de jaunes, de bleues, de violets, &c. Les différentes manieres de fabriquer les marroquins noirs & de couleurs, ont paru si curieuses, qu'on a cru que le public ne seroit pas fâché de les trouver ici.
Maniere de fabriquer le marroquin noir. Ayant fait d'abord sécher les peaux à l'air, on les met tremper dans des baquets remplis d'eau claire, où elles restent trois fois vingt-quatre heures ; on les en retire, & on les étend sur un chevalet de bois semblable à celui dont se servent les Tanneurs, sur lequel on les brise avec un grand couteau destiné à cet usage. On les remet après cela tremper dans des baquets où l'on a mis de nouvelle eau que l'on change tous les jours jusqu'à ce que l'on s'apperçoive que les peaux soient bien revenues. Dans cet état, on les jette dans un plain, qui est une espece de grande cuve de bois ou de pierre remplie d'eau dans laquelle on a fait éteindre de la chaux qu'on a bien remuée, & où elles doivent rester pendant quinze jours.
Il faut néanmoins avoir soin de les en retirer, & de les y remettre chaque jour soir & matin ; après quoi on les jettera dans une cuve pleine de nouvelle chaux & de nouvelle eau de laquelle on les retire & où on les remet encore soir & matin pendant quinze autres jours. Ensuite on les rinse bien dans l'eau claire, les unes après les autres ; on leur ôte le poil sur le chevalet avec le couteau ; & on les jette dans une troisieme cuve de laquelle on les retire & où on les remet soir & matin pendant encore dix-huit jours. On les met après cela dans la riviere pendant douze heures pour les faire boire ; d'où étant sorties bien rinsées, elles sont placées dans des baquets où elles sont pilonnées avec des pilons de bois, en les changeant deux fois d'eau. On les étend ensuite sur le chevalet pour les écharner avec le couteau ; après quoi on les remet dans des baquets de nouvelle eau, d'où on les retire pour leur donner une nouvelle façon du côté de la fleur, pour être rejettées ensuite dans des baquets dont les eaux ont été auparavant changées. Après quoi on les jette dans un baquet particulier dont le fond est percé de plusieurs trous, dans lequel elles sont foulées pendant une heure, en jettant de tems en tems de l'eau fraîche par-dessus à mesure qu'on les foule. Ensuite on les étend sur le chevalet, & on les ratisse des deux côtés ; on les remet boire dans les baquets toûjours remplis de nouvelle eau claire ; & lorsqu'elles y ont suffisamment bu, on les en retire pour les coudre tout-au-tour en forme de sacs, ensorte que les jambes de derriere qui ne sont point cousues, leur servent comme d'embouchure pour y pouvoir faire entrer une mixtion dont il sera parlé ci-après.
Les peaux ainsi cousues, sont mises dans une cuve appellée confit, remplie d'eau tiede, où l'on a bien fait fondre & dissoudre de l'excrément de chien ; on a soin d'abord de les y bien retourner avec de longs bâtons l'espace d'une demi-heure ; après quoi on les y laisse reposer pendant douze heures ; d'où étant retirées, elles sont bien rinsées dans de l'eau fraîche. Ensuite on les remplit au moyen d'un entonnoir, d'une préparation d'eau & de sumac mêlés ensemble, & échauffés presqu'à bouillir ; à mesure qu'elles se remplissent, on en lie les jambes de derriere pour en fermer l'embouchure. En cet état on les descend dans le vaisseau où est l'eau & le sumac, & on les y remue pendant quatre heures. On les en retire, & on les entasse l'une sur l'autre. Après quelque tems on les change de côté, & on continue de la sorte jusqu'à ce qu'elles soient bien égouttées. Cela fait, on les retire & on les remplit une seconde fois de la même préparation ; on les coud de nouveau, & on les remue pendant deux heures ; on les met en pile, & on les fait égoutter comme la premiere fois. On leur donne encore après cela un semblable apprêt, à la reserve qu'on ne les remue seulement que pendant un bon quart-d'heure. Les laissant ensuite jusqu'au lendemain matin qu'on les retire de la cuve de bois, on les découd, on en ôte le sumac qui est dedans, on les plie en deux de la tête à la queue, le côté du poil en-dehors ; & on les met les unes sur les autres sur le chevalet, pour achever de les égoutter, les étendre, & les faire sécher. Lorsqu'elles sont bien seches, on les foule aux piés deux à deux, puis on les étend sur une table de bois pour en ôter avec un couteau fait exprès toute la chair & le sumac qui peut y rester. Enfin on les frotte superficiellement d'huile du côté du poil, & ensuite on les lave du même côté avec de l'eau.
Lorsque les peaux ont reçu leur huile & leur eau, on les roule & on les tord bien avec les mains, pour les étendre après cela sur la table, la chair en dessus, ce qui se fait avec une estire semblable à celle des Corroyeurs. Ayant été ainsi retournées de l'autre côté qui est celui de la fleur, on passe fortement par-dessus avec une poignée de jonc, pour en faire sortir autant qu'il est possible, toute l'huile qui peut être encore dedans ; on leur donne alors la premiere couche de noir du côté de la fleur, par le moyen d'un paquet de crin tortillé qu'on trempe dans une sorte de teinture de noir appellé noir de rouille, parce qu'il a été préparé avec de la biere, dans laquelle on a jetté de vieilles ferrailles rouillées. Lorsqu'elles sont à-demi-seches, ce qu'on fait en les pendant à l'air par les jambes de derriere, on les étend sur la table, où avec une paumelle de bois on les tire des quatre côtés pour en faire sortir le grain, par-dessus lequel on donne une légere couche d'eau ; puis on les lisse à force de bras avec une lisse de jonc faite exprès.
étant lissées, on leur donne une seconde couche de noir, & on les met sécher. Elles reviennent encore sur la table, & pour lors on se sert d'une paumelle de liege pour leur relever le grain ; & après une légere couche d'eau, on les lisse de nouveau ; & pour leur relever le grain une troisieme fois, on se sert d'une paumelle de bois.
Après que le côté de la fleur a reçu toutes ces façons, on les pare du côté de la chair avec un couteau bien tranchant destiné à cet usage, & on frotte vivement le côté de la fleur ou du poil avec un bonnet de laine, leur ayant auparavant donné une couche de lustre qui est fait de jus d'épine-vinette, de citron ou d'orange. Enfin tous ces divers apprêts se finissent en relevant légérement le grain pour la derniere fois avec la paumelle de liege : ce qui acheve de les perfectionner & de les mettre en état d'être vendues & employées.
Maniere de préparer le maroquin rouge. On met tremper les peaux dans de l'eau de riviere pendant vingt-quatre heures, & lorsqu'elles en ont été retirées, on les étend sur le chevalet sur lequel on les brise avec le couteau ; on les remet ensuite tremper de nouveau pour quarante-huit heures dans l'eau de puits ; on les brise encore sur le chevalet. Après avoir été trempées pour la derniere fois, elles sont jettées dans le plain pendant trois semaines ; tous les matins on les retire du plain, & on les y rejette pour les disposer à être pelées. Les peaux ayant été retirées pour la derniere fois du plain, on les pele avec le couteau sur le chevalet ; & lorsque le poil en a été entierement abattu, on les jette dans des baquets remplis d'eau fraîche, dans laquelle elles sont bien rinsées pour être ensuite écharnées avec le couteau, tant du côté de la chair que du côté de la fleur. Après quoi on les rejette dans des baquets, passant ainsi alternativement des baquets sur le chevalet & du chevalet dans les baquets jusqu'à ce que l'on s'apperçoive que les peaux rendent l'eau claire. Dans cet état on les met dans l'eau tiede avec le sumac, comme ci-dessus, & quand elles y ont resté l'espace de douze heures, on les rinse bien dans de l'eau claire, & on les ratisse des deux côtés sur le chevalet. On les pilonne dans des baquets jusqu'à trois fois, & à chaque fois on les change d'eau ; on les tord ensuite, & on les étend sur le chevalet, & on les passe les unes après les autres dans une auge remplie d'eau, dans laquelle on a fait fondre de l'alun.
Etant ainsi alunées, on les laisse égoutter jusqu'au lendemain ; on les tord ; ensuite on les détire sur le chevalet ; & on les plie uniment de la tête à la queue, la chair en-dedans. C'est alors qu'on leur donne la premiere teinture, en les passant les unes après les autres dans un rouge préparé avec de la laque mêlée de quelques ingrédiens, qui ne sont bien connus que des seuls maroquiniers. On y revient autant de fois qu'il est nécessaire, pour que les peaux puissent être parfaitement colorées. Après quoi on les rinse bien dans l'eau claire ; puis on les étend sur le chevalet où elles restent à égoutter l'espace de douze heures ; ensuite on les jette dans une cuve remplie d'eau, dans laquelle on a mis de la noix de galle blanche, pulvérisée & passée au tamis ; & on les y tourne continuellement pendant un jour entier avec de longs bâtons. On les en retire, & on les suspend, rouge contre rouge & blanc contre blanc, sur une longue barre de bois posée sut le travers de la cuve où elles passent toute la nuit.
Le lendemain, l'eau de galle étant bien brouillée, on y remet les peaux, de façon qu'elles en soient entierement couvertes. Au bout de quatre heures, on les releve sur la barre ; & après les avoir bien rinsées les unes après les autres, on les tord & on les détire ; ensuite on les étend sur une table, où on les frotte du côté de la teinture les unes après les autres, avec une éponge imbibée d'huile de lin.
Après cette opération, on les pend par les jambes de derriere, à des clous à crochet où on les laisse sécher à-forfait.
Ensuite on les roule au pié le rouge en-dedans ; on les pare pour en ôter toute la chair & la galle qui pourroient y être resté attachées. Puis on prend une éponge imbibée d'eau claire dont on mouille légérement les peaux du côté du rouge ; après quoi les étendant sur le chevalet, on les y laisse à deux différentes reprises avec un rouleau de bois bien poli : après cette derniere façon, le maroquin est en état d'être vendu.
Les maroquins jaunes, violets, bleus, verts, &c. se préparent de même que les rouges, à la seule couleur près. Chambers.
|
| MARROQUINER | terme d'art, qui signifie façonner le marroquin, ou les peaux de veau & de mouton à la façon de marroquin, pour qu'elles paroissent être de véritables peaux de marroquin.
|
| MARROQUINERIE | S. f. art de faire le marroquin, on appelle aussi de ce nom le lieu où on fabrique ces sortes de cuir ; Marroquinerie se dit encore des cuirs passés en marroquin.
|
| MARROQUINIER | S. m. (Art méch.) ouvrier qui fabrique le marroquin ou d'autres peaux en façon de marroquin ; ce terme convient également & au maître manufacturier qui conduit les ouvrages de marroquinerie, & à l'artisan qui les fabrique.
|
| MARRUBE | marrubium, s. m. (Bot.) genre de plante à fleur monopétale labiée : la levre supérieure est relevée & fendue en deux parties & l'inférieure en trois ; le pistil sort du calice, & tient à la partie postérieure de la fleur comme un clou ; il est accompagné de quatre embryons qui deviennent autant de semences arrondies & contenues dans une capsule qui a servi de calice à la fleur. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE.
On vient de lire les caracteres du marrube, mais il faut ajouter que de toutes les plantes qui portent ce nom chez les Botanistes, il y en a deux principalement connues en Médecine, le marrube blanc & le marrube noir, & que ces deux plantes ne sont point du même genre.
Le marrube blanc, en latin marrubium album, vulgare, C. B. P. 230 J. R. H. 102, en anglois the common white hore-hound, est la principale espece du genre ici caractérisé.
Sa racine est simple, ligneuse, garnie de plusieurs fibres ; ses tiges sont nombreuses, hautes d'un pié & plus, velues, quarrées, branchues, garnies de feuilles, opposées deux à deux à chaque noeud, arrondies, blanchâtres, crenelées à leur bord, ridées, portées sur des queues assez longues.
Les fleurs naissent en grand nombre autour de chaque noeud, disposées par anneaux sans pédicule, ou sur des pédicules très-courts : leur calice est velu, cannelé, & chaque cannelure se termine par une petite pointe. Ces fleurs sont très-petites, blanchâtres, d'une seule piece en gueule, dont la levre supérieure est redressée & a deux cornes, & l'inférieure est partagée en trois.
Le pistil qui s'éleve du calice est attaché à la partie postérieure de la fleur en maniere de clou, & comme accompagné de quatre embryons. Ces embryons, quand la fleur est tombée, se changent en autant de graines oblongues, cachées dans une capsule qui servoit de calice ; les anneaux des fleurs sortent des aisselles des feuilles, quoiqu'ils paroissent environner la tige.
Toute cette plante a une odeur forte & desagréable. Elle vient naturellement, & est très-commune dans les grands chemins, sur les bords des champs, dans des terres incultes, & sur les décombres : elle est toute d'usage. On la regarde comme apéritive & propre à dissoudre puissamment les humeurs visqueuses. C'est un des principaux remedes dans l'asthme humoral & dans les maladies chroniques qui viennent d'un mucilage épais, glutineux & tenace. (D.J.)
MARRUBE AQUATIQUE, lycopus, (Botan.) genre de plante à fleur monopétale, labiée & à-peu-près en forme de cloche, car on distingue à peine la levre supérieure des parties qui composent la levre inférieure ; desorte que cette fleur paroît au premier coup d'oeil partagée en quatre parties. Il s'éleve du calice un pistil attaché à la partie postérieure de la fleur, comme un clou ; ce pistil est accompagné de quatre sortes d'embryons qui deviennent dans la suite autant de semences arrondies, renfermées dans une capsule qui a servi de calice à la fleur. Tournefort, inst. rei herb. Voyez PLANTE.
MARRUBE NOIR, (Botan.) ou marrube puant, marrubium nigrum, J. B. 3. 318. ballote, J. R. H. 185. genre de plante, caractérisée au mot BALLOTE.
Sa racine est ligneuse, fibrée. Il en sort plusieurs tiges, hautes d'une ou deux coudées, velues, couvertes d'un duvet court, quarrées, creuses, branchues, rougeâtres, garnies de feuilles, opposées deux à deux sur chaque noeud, semblables à celles de la mélisse ou plûtôt de l'ortie rouge, plus arrondies & plus noires, cotonneuses, molles, ridées.
Ses fleurs naissent par anneaux sur les tiges, & plusieurs en nombre sur un pédicule commun, qui sort de l'aisselle des feuilles. Elles sont d'une seule piece, en gueule ; la levre supérieure est creusée en cueilleron, & l'inférieure est partagée en trois parties, dont celle du milieu est plus grande, en forme de coeur, de couleur pourpre-pâle, rayée de lignes de couleur plus foncée.
Les calices sont cannelés, oblongs, partagés en cinq segmens aigus. Il sort de chaque calice un pistil attaché à la partie postérieure de la fleur en maniere de clou, & comme accompagné de quatre embryons, qui se changent ensuite en autant de petites graines, longues, noirâtres quand elles sont mures, cachées dans une capsule en forme de tuyau, à cinq angles découpés en cinq pointes égales, & qui servent de calice à la fleur.
Cette plante a l'odeur de l'ortie-puante, elle naît sur les décombres, le long des chemins & des haies : elle est toute d'usage extérieurement pour résoudre & déterger. On la prend rarement à l'intérieur à cause de son odeur fétide & de sa saveur désagréable. (D.J.)
MARRUBE NOIR ou BALLOTE, (Mat. med.) les feuilles de marrube noir, pilées seules ou avec du miel, passent pour guérir les ulceres sordides, les gales, les dartres malignes, & les croutes suppurées de la tête des enfans. Ce remede est fort peu usité, quoiqu'on puisse raisonnablement croire aux vertus que nous venons de rapporter.
Cette plante n'est d'aucun usage pour l'intérieur, à cause de son odeur puante & de son gout désagréable ; on pourroit cependant en tirer peut-être quelques secours dans les maladies hystériques & hypocondriaques, contre lesquelles J. Rai la recommande. (b)
MARRUBE BLANC, (Mat. med.) les feuilles & les sommités fleuries de marrube blanc qui ont une odeur aromatique très-agréable, & un goût un peu amer, sont les parties de cette plante qui sont d'usage en Médecine. Elles possédent véritablement les vertus généralement observées dans les plantes aromatiques légerement ameres, c'est-à-dire, qu'elles sont apéritives, incisives, diurétiques, diaphorétiques, stomachiques, utérines, béchiques, &c.
Le marrube blanc a été particulierement recommandé contre la rétention des vuidanges & des regles, pour faciliter la sortie du foetus ou de l'arriere-faix, comme excellent dans l'asthme, & même dans l'hydropisie. Plusieurs auteurs graves sont surtout favorables aux vertus de cette plante, contre la jaunisse & le skirrhe du foie, & ils appuient leur sentiment sur des observations.
Plusieurs autres célebrent aussi cette plante, comme utile dans les coliques néphrétiques & dans le calcul : Forestus prétend au contraire, avoir observé qu'elle nuisoit plutôt qu'elle n'étoit utile dans les maladies des reins, & qu'il falloit par conséquent s'en abstenir, lorsque ces organes étoient affectés. Dioscoride avoit déja fait cette remarque.
Il faut peu compter, dit Juncker, sur les éloges qu'on a donnés au marrube blanc, dans le traitement de la goutte, de la phthisie & de la morsure des animaux enragés.
On l'ordonne en infusion dans du vin blanc ou dans de l'eau, à la dose d'une poignée sur une pinte de liqueur que l'on donne par verrées. On peut faire prendre aussi les feuilles séchées & réduites en poudre à la dose d'un gros, dans de l'eau ou dans du vin.
L'eau distillée de marrube blanc possede les qualités les plus communes des eaux distillées aromatiques ; voyez EAUX DISTILLEES ; ses qualités particulieres, si elle en a, sont peu connues.
On prépare avec le marrube blanc un syrop simple par la distillation, voyez SYROP ; cette préparation contient toutes les parties vraiment médicamenteuses de la plante, & en possede par conséquent toutes les vertus. On trouve dans quelques pharmacopées modernes, un syrop simple de marrube de Prassio, mis au rang de ceux qui doivent être préparés par l'infusion des feuilles séches des plantes dans leurs propres eaux distillées, in propriis aquis, & par la cuite ordinaire qui dissipe dans l'opération particuliere dont nous parlons, la moitié de la liqueur employée ; des pareilles préparations sont des monstres dans l'art, des productions ridicules de l'ignorance la plus inconséquente. Voyez SYROP.
Le marrube blanc entre dans plusieurs compositions officinales de la pharmacopée de Paris : savoir le syrop d'armoise, l'eau générale, l'orviétan ordinaire, l'hiere de coloquinte, le mondificatif d'ache & la thériaque. (b)
Tournefort & Boerhaave, comptent six especes de ce genre de plante, ainsi nommée, parce que ses feuilles ont quelque rapport avec celles du marrube, mais aucune des especes ne demande de description particuliere ; on en cultive rarement dans les jardins de botanique, & seulement pour la varieté & la couleur bleue de leurs fleurs, qui naissent en guirlande épaisse. Les Anglois appellent cette plante the bastard hore-hound. (D.J.)
|
| MARRUBIASTRUM | (Botan.) genre de plante à fleur monopétale, labiée ; la lèvre supérieure est creusée en cuilliere, & l'inférieure divisée en trois cannelures. Le pistil sort du calice, il est attaché comme un clou à la partie postérieure de la fleur & entouré de quatre embryons qui deviennent dans la suite autant de semences arrondies, renfermées dans une capsule qui a servi de calice à la fleur. Ce genre de plante différe du galéopsis par le port de la fleur. Tournefort, inst. rei herb. Voyez PLANTE.
|
| MARS | sub. m. en Astronomie, est une des cinq planetes & des trois supérieures, qui est placée entre la terre & Jupiter. Voyez PLANETE.
Son caractere est ♂ , sa moyenne distance du soleil est à la moyenne distance du soleil à la terre : : 1524 : 1000, & son excentricité est à la même moyenne distance du soleil à la terre : : 141 : 1000. L'inclinaison de son orbite, c'est-à-dire, l'angle formé par le plan de son orbite & celui de l'écliptique, est d'un degré 52 min. le tems périodique dans lequel il fait sa révolution autour du soleil, est de 686 jours 23 heures ; cependant les Astronomes varient un peu entr'eux sur ces différens élémens, comme nous le verrons plus bas. Sa révolution autour de son axe se fait en 24 heures 40 min.
Pour le diametre de Mars, voyez DIAMETRE.
Mars a des phases différentes, selon ses différentes situations, à l'égard de la terre & du soleil, car il paroît plein dans ses oppositions & ses conjonctions ; parce qu'alors tout l'hémisphere qu'il nous présente est éclairé par le soleil. Mais dans ses quadratures, nous ne voyons qu'une partie de l'hémisphere qui nous regarde, l'autre n'étant point éclairée, parce qu'elle n'est point tournée du côté du soleil.
Dans la situation acronique de cette planete, c'est-à-dire, lorsqu'elle est en opposition avec le soleil, elle se trouve alors deux fois plus près de la terre que du soleil, phénomene qui a beaucoup servi à faire tomber absolument l'hypothèse de Ptolomée. Voyez ACRONIQUE.
De plus, la distance de Mars à la terre étant alors beaucoup moindre que celle du soleil, sa parallaxe doit être deux ou trois fois plus grande que celle du soleil ; ce qui fait que quoique la parallaxe du soleil soit très-difficile à déterminer à cause de sa petitesse, on peut la déterminer plus exactement par le moyen de la parallaxe de Mars.
Or, depuis plus d'un siecle les Astronomes ont recherché cette parallaxe avec beaucoup de soin : en France elle fut d'abord trouvée presqu'in sensible, par la comparaison que M. Ricard fit de ces observations avec celles de M. Richer qui fut envoyé à l'île de Cayenne en 1672, comme on le voit dans les observations & les voyages de l'académie royale des sciences publiés en 1693. mais dans la suite feu M. Cassini a crû devoir établir cette parallaxe, tant sur ses propres observations que sur d'autres qui avoient été faites à Cayenne, d'environ 1/4 ou 1/3 de min. ce qui donne la parallaxe de Mars réduite à l'horison d'environ 25 min. Selon M. Hook & après lui M. Flamstead, la parallaxe de cette planete est tout au plus de 30 secondes. Inst. Astr.
Le docteur Hook observa en 1665. plusieurs taches sur le disque de Mars, & comme elles avoient un mouvement, il en conclut que la planete tournoit autour de son centre. En 1666 M. Cassini observa plusieurs taches sur les deux faces ou hémispheres de Mars, & il trouva en continuant ses observations avec grand soin, que ces taches se mouvoient peu à peu d'Orient en Occident, & qu'elles revenoient dans l'espace de 24 heures, 40 min. à leur premiere situation. Voyez TACHES.
Mars paroît toujours rougeâtre & d'une lumiere trouble, d'où plusieurs astronomes ont conclu qu'il est environné d'un atmosphere épaisse & nébuleuse.
Comme Mars tient sa lumiere du soleil, qu'il tourne autour de lui & qu'il a ses phases, ainsi que la lune, il peut aussi paroître presque dichotome, lorsqu'il est dans ses quadratures avec le soleil, ou dans son périgée ; mais il ne paroît jamais en croissant comme les planetes inférieures. Voyez PHASES.
La distance de cette planete au soleil est à celle du soleil à la terre, suivant ce qu'on a déjà dit, environ : : 1 1/2 à 1, ou comme 3 à 2 ; de façon que si on étoit placé dans Mars on verroit le soleil d'un tiers moins grand qu'il ne nous paroît ici, & par conséquent le degré de lumiere & de chaleur que Mars reçoit du soleil, est moins grand que le degré qu'on en reçoit sur la terre, en raison de 4 à 9. Voyez QUALITE. Cette proportion peut néanmoins varier sensiblement, eu égard à la grande excentricité de cette planete.
La période ou l'année de Mars, suivant qu'on l'a déja observé, est presque deux fois aussi grande que la nôtre ; & son jour naturel ou le tems que le soleil y paroît sur l'horison (sans faire attention aux crépuscules), est presque par-tout égal à la nuit, parce que son axe est presque perpendiculaire au plan de son orbite. Par cette même raison, il paroît que dans un même lieu de sa surface il ne peut y avoir que fort peu de variété de saisons, & presque point de différence de l'été à l'hiver, quant à la longueur des jours & à la chaleur. Néanmoins des lieux situés en différentes latitudes, c'est-à-dire à différentes distances de son équateur, recevront différens degrés de chaleur, par rapport à l'inclinaison différente des rayons du soleil sur l'horison, comme il nous arrive à nous-mêmes lorsque le soleil est dans l'équinoxe ou dans les tropiques.
M. Grégory fait en sorte de rendre raison par-là des bandes qu'on remarque dans Mars, c'est-à-dire de certaines barres ou filets qu'on y voit & qui y sont placés parallelement à son équateur ; car comme parmi nous le même climat reçoit en des saisons différentes différens degrés de chaleur, & qu'il en est autrement dans Mars, le même parallele devant toujours recevoir un degré de chaleur presqu'égal, il s'ensuit de-là que ces taches peuvent vraisemblablement se former dans Mars & dans son atmosphere, comme la neige & les nuages se forment dans le nôtre, c'est-à-dire par les intensités du chaud & du froid constamment différentes en différens paralleles, & que ces bandes peuvent venir à s'étendre en cercles paralleles à l'équateur ou au cercle de la révolution diurne. Ce même principe donneroit aussi la solution du phénomene des bandes de Jupiter, cette planete ayant ainsi que Mars un équinoxe perpétuel.
On voit souvent dans Mars de grandes taches disparoître après quelques années ou quelques mois, tandis qu'on y en voit d'autres se former & subsister plusieurs mois, plusieurs années. Ainsi il faut qu'il se fasse dans Mars d'étranges changemens, puisqu'ils sont si sensibles à une telle distance, & que la surface de la terre soit bien tranquille en comparaison de celle de Mars ; car à peine s'est-il fait depuis 4000 ans quelques changemens sensibles sur la surface de notre globe. Nos terres, nos grandes chaînes de montagnes, nos mers n'offrent que des changemens qui ne seroient point apperçus de Mars avec les meilleures lunettes. Il faut néanmoins que la terre ait eu des révolutions considérables, car enfin des arbres enfoncés à de fort grandes profondeurs, des coquillages & des squeletes de poissons ensevelis sous les terres & dans les montagnes, en sont d'assez bonnes preuves. M. FORMEY.
Outre la couleur rougeâtre de Mars, on prétend avoir encore une autre preuve qu'il est couronné d'une atmosphere. Lorsqu'on voit quelques-unes des étoiles fixes près de son corps, elles paroissent alors extrèmement obscures & presqu'éteintes.
Si on imaginoit un oeil placé dans Mars, il verroit à peine Mercure, excepté sur le disque du soleil ou dans sa conjonction avec cet astre, c'est-à-dire lorsque Mercure passe sur le soleil & qu'il nous paroît alors à nous-mêmes en forme de taches. Un spectateur placé dans Mars verroit Vénus à la même distance du soleil que Mercure nous paroît, & la terre à la même distance que nous voyons Vénus ; & quand la terre seroit en conjonction avec le soleil & fort près de cet astre, le même spectateur placé dans Mars verroit alors ce que M. Cassini a apperçu dans Vénus, c'est-à-dire que la terre lui paroîtroit en croissant, ainsi que la lune son satellite.
Dans la planete de Mars on observe beaucoup moins d'irrégularités par rapport à son mouvement, que dans Jupiter & dans Saturne : l'excentricité de son orbite est constante, au-moins sensiblement, & le mouvement de son aphélie est égal & uniforme ; aussi est-ce de toutes les planetes celle dont le mouvement de l'aphélie est le mieux connu, & que M. Newton a choisi pour en déduire le mouvement des aphélies des planetes inférieures. Supposant avec Kepler la moyenne distance de Mars au soleil de 152350 parties, dont la moyenne distance du soleil à la terre en contient 100000, l'excentricité de Mars sera, suivant M. le Monnier, de 14115/100000. Kepler fait aussi la plus grande équation du centre de 10° 37'1/2, laquelle ayant été vérifiée, s'est trouvée conforme aux observations, comme il paroît par le résultat des recherches faites à ce sujet, & publié il y a 30 ans par MM. Cassini & Maraldi.
La détermination du lieu de l'aphélie par M. de la Hire, qui le place en 1701 à 0° 35'35''de la vierge, s'accorde assez avec ce qui se trouve dans les mémoires de l'académie des Sciences de l'année 1706, où l'on assure que par les observations du lieu de Mars, faites alternativement proche l'aphélie & le périhelie, on a reconnu qu'il falloit le supposer de 20 minutes moins avancé que selon les tables rudolphines.
M. Newton ayant pris vraisemblablement un milieu entre les deux résultats du mouvement de l'aphélie de Mars, donnés par Kepler & par Bouillaud, l'établit de 1° 58'1/3 en 100 ans, c'est-à-dire de 35'plus grand que selon la procession des équinoxes ; il l'a ensuite établi de 33'20''; mais il semble que le mouvement de cet aphélie pourroit être mieux connu en y employant les plus récentes observations comparées à celles de Tycho & du dernier siecle. M. de la Hire a déterminé le lieu du noeud de Mars pour 1701, au 17° 25'20''; cependant la détermination rapportée dans le volume de l'académie de 1706, paroît encore plus exacte : elle place le lieu du noeud ascendant à 17° 13'1/2. On ne connoît pas néanmoins encore assez le mouvement du noeud de Mars pour assurer s'il est fixe dans le ciel étoilé, ou s'il a un mouvement réel, soit direct, soit retrograde. La plûpart des Astronomes depuis Kepler lui donnent un mouvement rétrograde, relativement aux étoiles fixes ; il n'y a guere que les conjonctions prises de cette planete aux étoiles zodiacales, qui puissent conduire à décider cette question.
L'inclinaison de son orbite au plan de l'écliptique, est assez connue, à cause que dans l'opposition de cette planete au soleil, sa latitude géométrique est très-grande. Kepler l'a déterminée de 1° 50'30''; Bouillaud de 1° 51'4''; Stréet de 1° 52'00''; M. de la Hire, 1° 51'00''. Nous avons pris 1° 52'qui est à-peu-près moyenne entre toutes ces déterminations ; cependant M. Cassini fait l'inclinaison de 1° 50'45''. Tout ceci est tiré des institutions astronom. de M. le Monnier. Il y a une remarque singuliere à faire sur cette planete : la terre a un satellite ; Jupiter, environ cinq fois aussi loin du soleil que la terre, en a quatre ; & Saturne, près de deux fois aussi loin que Jupiter, en a cinq, sans compter l'anneau qui lui tient lieu de plusieurs satellites pour l'éclairer pendant la nuit. L'esprit systématique, la commodité des analogies, & le penchant que nous avons à faire agir la nature selon nos vûes & nos besoins, n'ont pas manqué de persuader à bien des philosophes que les satellites avoient été donnés aux planetes les plus éloignées du soleil, comme un supplément à la lumiere affoiblie par l'éloignement, & qu'ils leur avoient été donnés en d'autant plus grand nombre, qu'elles étoient plus éloignées de cet astre. Mais la planete de Mars vient rompre ici la chaîne de l'analogie, étant beaucoup plus loin du soleil que nous, & n'ayant point de satellite, du-moins n'a-t-on pu lui en découvrir aucun jusqu'ici, quelque soin que l'on se soit donné pour cela. M. de Fontenelle fait cette remarque dans la pluralité des mondes, & il ajoûte que si Mars n'a point de satellite, il faut qu'il ait quelque chose d'équivalent pour l'éclairer pendant ses nuits. Il conjecture que la matiere qui compose cette planete est peut-être d'une nature semblable à celle de certains phosphores, & qu'elle conserve pendant la nuit une partie de la lumiere qu'elle a reçue durant le jour. Voilà de ces questions sur lesquelles il est permis, faute de faits, de penser également le pour & le contre. (O)
MARS, en Chronologie, est le troisieme mois de l'année, selon la maniere ordinaire de compter. Voy. MOIS & AN.
Ce mois étoit le premier mois parmi les Romains. On conserve encore cette maniere de compter parmi quelques calculs ecclésiastiques, en particulier lorsqu'il s'agit de compter le nombre d'années qui se sont écoulées depuis l'incarnation de Notre-seigneur, c'est-à-dire depuis le 25 de Mars.
En Angleterre le mois de Mars est à proprement parler le premier mois, la nouvelle année commençant au 25 de ce mois-là. Les Anglois le comptent néanmoins comme le troisieme, pour s'accommoder à la coutume de leurs voisins, & il en résulte seulement qu'à cet égard on parle d'une façon & que l'on écrit de l'autre. Voyez AN.
En France on a commencé l'année à Pâques jusqu'en 1564 : de sorte que la même année avoit ou pouvoit avoir deux fois le mois de Mars, & on disoit Mars devant Pâques & Mars après Pâques. Lorsque Pâques arrivoit dans le mois de Mars, le commencement du mois de Mars étoit d'une année & la fin d'une autre.
C'est Romulus qui divisa l'année en dix mois, & donna le premier rang à celui-ci, qu'il nomma du nom de Mars son pere. Ovide dit néanmoins que les peuples d'Italie avoient déjà ce mois avant Romulus, & qu'ils le plaçoient fort différemment : les uns en faisoient le troisieme, d'autres le quatrieme, d'autres le cinquieme, & d'autres le sixieme ou même le dixieme de l'année. C'étoit en ce mois que l'on sacrifioit à Anna-Perenna, qu'on commençoit les comices, que l'on faisoit l'adjudication des baux & des fermes publiques ; que les femmes servoient à table les esclaves & les valets, comme les hommes le faisoient aux saturnales ; que les vestales renouvelloient le feu sacré. Le mois de Mars étoit sous la protection de Minerve, & il a toujours eu 31 jours. Le mois de Mars passoit pour être malheureux pour les mariages, aussi-bien que le mois de Mai. Numa changea l'ordre institué par Romulus, & fit commencer l'année au premier Janvier : l'année se trouva ainsi de douze mois, dont Janvier & Février étoient les premiers. C'est dans le mois de Mars vers la fin, que le printems commence, le soleil entrant au signe du bélier. Chambers.
MARS, (Mythol.) le dieu des batailles étoit, selon Hésiode, fils de Jupiter & de Junon. Bellone sa soeur conduisoit son char ; la Terreur & la Crainte, & , que la Fable fait ses deux fils, l'accompagnoient.
Tout le monde connoît d'après Homere, les principales avantures de Mars ; 1°. son jugement au conseil des douze dieux pour la mort d'Allyrotius fils de Neptune : Mars se défendit si bien qu'il fut absous ; 2°. la mort de son fils Ascalaphus, tué au siege de Troie, qu'il courut vanger lui-même ; mais Minerve le ramena du champ de bataille, & le fit asseoir malgré sa fureur. 3°. Sa blessure par Diomede, dont la même déesse conduisoit la pique : Mars en la retirant jetta un cri épouvantable, tel que celui d'une armée entiere qui marche pour charger l'ennemi. Le medecin de l'Olympe mit sur sa blessure un baume qui le guérit sans peine, car dans un dieu il n'y a rien de mortel. 4°. Enfin les amours de Mars & de Vénus sont chantés dans l'Odyssée ; les captifs mis en liberté par Vulcain lui-même qu'on deshonoroit, s'envolerent, l'un dans la Trace & l'autre à Paphos. C'est au sujet de cette avanture que Lucrèce adresse ces beaux vers à Vénus.
Hunc tu, diva, tuo recubantem corpore sancto,
Circumfusa super, suaveis ex ore loquelas
Funde.
" Dans ces momens heureux, que livrée à ses embrassemens vous le tenez entre vos bras sacrés, employez, belle déesse, pour adoucir son caractere, quelques-unes de ces douces paroles dont le charme est si ravissant ".
Je laisse à l'abbé Banier l'application de toutes ces fictions fabuleuses ; j'aime mieux m'occuper des faits.
Les anciens monumens représentent Mars sous la figure d'un grand homme armé d'un casque, d'une pique, & d'un bouclier, tantôt nud, tantôt avec l'habit militaire, même avec un manteau sur les épaules, quelquefois barbu, mais assez souvent sans barbe. Mars vainqueur paroît portant un trophée, & Mars gradivus dans l'attitude d'un homme qui marche à grands pas.
Il me semble que le culte de Mars n'a pas été fort répandu chez les Grecs ; car Pausanias qui fait mention de tous les temples des dieux & de toutes les statues qu'ils avoient dans la Grece, ne parle d'aucun temple de Mars, & ne nomme que deux ou trois de ses statues, en particulier celle de Lacédémone, qui étoit liée & garottée, afin que le dieu ne les abandonnât pas dans les guerres qu'ils auroient à soutenir. Mais son culte triomphoit chez les Romains, qui regardoient ce dieu comme le pere de Romulus, & le protecteur de leur empire. Parmi les temples qu'il eut à Rome, celui qu'Auguste lui dédia après la bataille de Philippes, sous le nom de Mars vangeur, passoit pour le plus célebre. Vitruve remarque que les temples de Mars étoient de l'ordre dorique, & qu'on les plaçoit ordinairement hors des murs, afin que le dieu fût là comme un rempart, pour délivrer les murs des périls de la guerre. Cependant dans la ville d'Halicarnasse le temple de ce dieu fut érigé au milieu de la forteresse. Les saliens, prêtres de Mars, formoient à Rome un collége sacerdotal très-considérable. Voyez SALIENS.
Le gramen, le coq & le vautour lui étoient consacrés. On lui immoloit d'ordinaire le taureau, le verrat & le bélier.
Il y a une inscription qui prouve qu'on le mettoit quelquefois dans la classe des divinités infernales ; & à qui ce titre convenoit-il mieux qu'à un dieu meurtrier, dont le plaisir étoit de repeupler sans cesse de nouveaux habitans le royaume de Pluton ?
Les principaux noms qu'il portoit sont expliqués dans cet ouvrage ; mais le plus ingénieux de tous, est celui qu'Homere lui donne, en l'appellant Alloprosallos, inconstant, dévoué tantôt à un parti, tantôt à l'autre. Lycophron le nomme cruentis pastum praeliis ; car, dit-il, le carnage est sa nourriture. (D.J.)
MARS, (Littér.) c'étoit le premier mois de l'année chez les Romains ; quoiqu'il eût pris son nom du dieu Mars, on l'avoit mis sous la protection de Minerve.
Les calendes de ce mois étoient remarquables par plusieurs cérémonies. On allumoit le feu nouveau sur l'autel de Vesta : on ôtoit, dit Ovide, les vieilles branches de laurier, & les vieilles couronnes tant de la porte du roi des sacrifices, que des maisons des flamines & des haches des consuls, pour en substituer de nouvelles. Le même jour on célébroit les matronales & les ancilies, ou la fête des boucliers sacrés. Le 6 arrivoient les fêtes de Vesta ; le 14 les équiries : le 15, la fête d'Anna-Perenna ; le 17, les libérales, & le 19, la grande fête de Minerve, appellée les quinquatries, qui duroient cinq jours ; enfin le 25 on célébroit les hilaries.
On trouve ce mois personnifié sous la figure d'un homme vêtu d'une peau de louve, parce que la louve étoit consacrée au dieu Mars. " Il est aisé, dit Ausone, de reconnoître ce mois par la peau de louve dont il est ceint, c'est le dieu Mars lui même qui la lui a donnée ; le bouc pétulant, l'hirondelle qui gazouille, le vaisseau plein de lait & l'herbe verdoyante, nous annoncent dans ce mois le printems qui commence à renaître ". (D.J.)
MARS, temple de, (Architect. anc.) On voit encore aujourd'hui quelques vestiges de cet ancien temple dans un endroit de Rome appellé la place des prêtres, entre la rotonde & la colonne antonine. Sa forme étoit périptere, c'est-à-dire qu'il étoit environné d'allées en forme de cloître. Sa maniere étoit picnostile ou à colonnes pressées. Palladio a donné le plan de tout l'édifice d'après une aîle qui de son tems subsistoit encore presqu'entiere. (D.J.)
MARS, FER, ou ACIER, REMEDES MARTIAUX, (Matiere medicale & Chymie pharmaceutique) les remedes que la Médecine tire du fer, sont 1°. le fer en substance ou la limaille de fer : 2°. ses différentes chaux, savoir la rouille de fer, le safran appellé apéritif, & le safran appellé astringent ; le safran de mars antimonié de Stahl, l'aethiops martial de Lemery le fils, & la terre douce de vitriol : 3°. les sels neutres martiaux, sous forme concrete, ou sous forme liquide ; savoir, le vitriol de mars & le sel de riviere, qui est un véritable vitriol de mars ; le tartre martial ou calibé, le sirop, l'extrait de mars & la boule d'acier ; les teintures martiales tirées par les acides végétaux, & même les teintures ordinaires tirées par l'esprit-de-vin, qui sont des dissolutions de sels martiaux, ou qui ne sont rien ; enfin la teinture martiale alkaline de Sthaal : 4°. les fleurs martiales appellées aussi ens martis, & mars diaphorétique : 5°. les eaux martiales ordinaires, c'est-à-dire non vitrioliques ; l'eau appellée extinctionis fabrorum, c'est-à-dire dans laquelle les forgerons éteignent le fer rougi au feu, & les liqueurs aqueuses dans lesquelles on fait éteindre à dessein des morceaux de fer rouillés & rougis au feu.
La limaille de fer ou d'acier qu'on emploie sans qu'elle soit calcinée ni rouillée, telle qu'elle nous vient des ouvriers qui polissent le fer, doit être broyée sur le porphyre jusqu'à ce qu'elle soit réduite dans l'état d'alkool, ou poudre très-subtile.
Les différentes chaux de mars se préparent de la maniere suivante, 1°. la rouille se fait d'elle-même, comme tout le monde sait, il n'y a qu'à la détacher en ratissant légérement du fer, où elle s'est formée ; & la porphyriser, si on veut la porter à un état de plus grande ténuité. Ce remede n'est proprement qu'une même chose avec le suivant, qui est beaucoup plus usité.
Safran de mars appellé apéritif : prenez limaille de fer ou lames de fer, telle quantité qu'il vous plaira ; la limaille vaut mieux, parce qu'elle hâte l'opération ; prenez donc de la limaille par préférence, exposez-la à la rosée, ou arrosez-la de tems en tems avec de l'eau de pluie, jusqu'à ce qu'elle soit convertie en rouille, que vous alkooliserez sur le porphyre. Les anciens Chimistes ont exigé expressément & exclusivement la rosée, & même la rosée du mois de Mai ; voyez avec combien de fondement à l'article ROSEE, (Chimie). Voilà pourquoi ce safran de mars est ordinairement prescrit dans les livres de Medecine, sous le nom de safran de mars préparé à la rosée de Mai, Maïali rore.
Safran de mars, appellé plus communément astringent qu'apéritif, préparé par le soufre : prenez limaille de fer récente & non rouillée, & fleurs de soufre, parties égales, faites-en une pâte avec suffisante quantité d'eau ; placez cette pâte dans un vaisseau convenable, & laissez-la fermenter pendant cinq ou six heures ; alors calcinez la matiere à un feu violent, la remuant très-souvent avec une spatule de fer. Le soufre commencera par se brûler, & immédiatement après la matiere paroîtra noire, & en continuant à la calciner à grand feu, en remuant assiduement la matiere pendant environ deux heures, elle prendra une couleur rouge foncée, qui annonce que l'opération est achevée. Cette opération ne differe point réellement du colcothar artificiel, ou vitriol martial très-calciné. Voyez VITRIOL.
Safran de mars appellé astringent : les Chimistes ont donné sous ce nom diverses chaux de mars, ou pour mieux dire des chaux de mars préparées de diverses façons, mais communément par la calcination proprement dite. Le safran de mars astringent de la pharmacopée de Paris est préparé le plus simplement, & par cela même le mieux qu'il est possible ; ce n'est autre chose que de la limaille de fer calcinée par la réverbaration pendant plusieurs heures, & jusqu'à ce qu'elle soit réduite en une poudre rouge qu'on lave plusieurs fois, qu'on seche & qu'on porphyrise. L'utilité de ces fréquentes lotions n'est certainement pas fort évidente ; cependant elle pourroit peut-être servir à titre d'imbibition pour réduire en safran ou en rouille quelques parties de fer qui pourroient avoir échappé à la calcination.
Safran de mars antimonié : prenez huit onces de limaille de fer, & seize onces d'antimoine cru, mettez l'un & l'autre dans un creuset, & poussez le feu jusqu'à la fusion parfaite des matieres ; ajoutez alors ce qu'on auroit pû faire également dès le commencement de l'opération, deux ou trois onces de sel de tartre, ou de cendres gravelées. Lorsque la matiere sera bien en fusion, versez-la dans un cône chauffé & graissé, le régule se précipitera, & il se formera au-dessus des scories brillantes & de couleur brune ; séparez ces scories, concassez-les grossierement, & les exposez ensuite à l'ombre dans un lieu humide ; par exemple dans une cave, elles y tomberont bientôt d'elles-mêmes en poussiere ; jettez cette poudre dans l'eau froide ou tiede, & l'y agitez fortement. Laissez ensuite reposer la liqueur pour donner lieu aux parties les plus grossieres de tomber au fond ; cela fait, versez par inclination l'eau trouble qui surnage ; reversez de nouvelle eau sur le marc, & répétez cette manoeuvre jusqu'à ce que l'eau ressorte aussi claire qu'on l'a employée. Rassemblez ensemble toutes vos lotions, & les laissez s'éclaircir d'elles-mêmes ; ce qui arrive à la longue par le dépôt qui se forme d'un sédiment très-fin & très-subtil : pour abreger, on peut filtrer la liqueur ; faites sécher votre sédiment, ou ce qui sera resté sur le filtre ; c'est une poudre rougeâtre de couleur de brique pilée : vous n'en aurez qu'une très-petite quantité, comparaison faite avec ce qui vous restera de la partie grossiere des scories, après qu'elles auront été épuisées de tout ce qu'elles peuvent fournir par le lavage. Faites sécher cette poudre, & la mettez ensuite à détonner dans un creuset avec le triple de son poids de salpêtre ; édulcorez avec de l'eau la masse rouge qui vous restera après la détonation. Décantez ou filtrez la liqueur, vous aurez un sédiment d'un rouge pâle, qui étant desséché, se réduira en poudre très-fine & très-subtile ; ce sera le safran de mars antimonié apéritif de Stahl.
Cette description est celle que M. Baron a donnée dans ses additions à la chimie de Lemeri, d'après la dissertation de Stahl sur les remedes martiaux, insérée dans son opuscule.
Aethiops martial : prenez la quantité qu'il vous plaira de limaille d'acier bien pure, mettez-la dans un pot de terre non vernissé, ou dans un vaisseau de verre ou de porcelaine, versez dessus ce qu'il faut d'eau claire pour qu'elle surpasse la limaille de trois ou quatre travers de doigt, remuez le mélange tous les jours avec une spatule de fer, & ayez soin d'ajouter de nouvelle eau pour en entretenir toujours la même hauteur au-dessus de la limaille ; celle-ci à la longue perdra sa forme brillante & métallique, & se réduira en une poussiere très-fine, aussi noire que l'encre ; c'est ce qui lui a fait donner le nom d'aethiops. C'est cette poussiere même qui étant desséchée & porphyrisée, forme l'aethiops martial. Addition à la chimie de Lemeri, par M. Baron, d'après le mémoire de Lemeri fils, mém. de l'acad. royale des Sciences, 1735. Il est remarqué avec raison dans la pharmacopée de Paris, que cette opération peut être considérablement hâtée, si l'on traite la limaille de fer par la machine de la garaye. Voyez HYDRAULIQUE, (Chimie).
La chaux martiale que les Chimistes appellent terre douce de vitriol, n'est autre chose que du colcothar convenablement édulcoré. Voyez VITRIOL.
Quant au vitriol de mars & au sel de riviere, voyez VITRIOL.
Tartre martial : prenez tartre blanc en poudre, ou mieux encore, crême de tartre en poudre une livre, limaille de fer brillante, c'est-à-dire non rouillée & très-fine, porphyrisée pour le mieux, trois ou quatre onces ; une proportion exacte n'est pas nécessaire ici, parce qu'on ne se propose point d'unir tout ce fer au tartre, & que la portion de fer qui n'est point dissoute, reste sur la chausse. Faites bouillir ces matieres dans une marmite de fer avec environ douze livres d'eau pendant environ une demi-heure, ou jusqu'à ce que le tartre soit fondu, & qu'il se soit suffisamment empreint de fer ; passez la liqueur chaudement à la chausse, & placez-la dans un vaisseau convenable loin du feu pour crystalliser. Après cette premiere crystallisation, décantez la liqueur surnageante, faites-en évaporer à-peu-près la moitié sur le feu, remettez-la à crystalliser, & enfin réitérez ces évaporations & ces crystallisations, jusqu'à ce que vous n'obteniez plus de crystaux. Prenez tous vos crystaux, faites-les bien sécher au soleil, ou à une chaleur artificielle équivalente, & serrez-les pour l'usage. Ce sel est bien éloigné de l'état neutre, le tartre n'y est pas saoulé de fer à beaucoup près ; aussi la plûpart de ses propriétés chimiques sont-elles peu changées. Il est par exemple fort peu soluble, comme dans son état pur ou nud ; aulieu que lorsqu'il est parfaitement neutralisé avec le fer, comme il l'est dans la préparation suivante, il devient très-soluble.
Teinture de mars tartarisée, ou sirop de mars, & extrait de mars tartarisé : prenez douze onces de limaille de fer, trente-deux onces de beau tartre blanc, faites bouillir ce mélange dans une grande marmite, ou dans un chauderon de fer, avec douze ou quinze livres d'eau de pluie, pendant douze heures ; remuez de tems en tems la matiere avec une spatule de fer, & ayez soin de mettre d'autre eau bouillante dans le chauderon à mesure qu'il s'en consumera ; laissez ensuite reposer le tout, & vous verrez qu'il demeurera dessus une liqueur noire, qu'il faut filtrer, & la faire évaporer dans une terrine de grès au feu de sable, jusqu'à consistance de sirop : vous en aurez quarante-quatre onces. Lemeri, cours de Chimie.
Quand le mélange a bouilli quelque tems, il s'épaissit comme une bouillie, il se gonfle, & il passeroit par dessus les bords de la marmite, si on n'y prenoit garde ; il faut donc dans ce tems-là beaucoup modérer le feu : c'est aussi là le tems d'ajouter de nouvelle eau bouillante. Si après avoir filtré la teinture, on met bouillir derechef le marc resté sur le filtre dans de nouvelle eau comme devant, on en retirera encore de la teinture, mais en moindre quantité. On peut même en réitérant plusieurs fois ce procédé, dissoudre la plus grande partie de la limaille de fer qui restera, & la réduire en teinture. Lemeri, cours de Chimie.
Cette teinture est fort sujette à moisir & à se décomposer. On y ajoute ordinairement une petite quantité d'esprit-de-vin ; par exemple, celle d'environ deux onces sur la quantité ci-dessus mentionnée, pour prévenir cette altération. M. Baron pense qu'on la préviendroit plus efficacement, si on employoit à sa préparation la crême de tartre au lieu de tartre blanc, dont les impuretés occasionnent très-vraisemblablement selon lui, cette moisissure. Cela peut être ; cependant on connoît en Chimie plus d'un sel neutre sujet à moisir, dans la composition duquel n'entre aucun principe chargé d'impuretés : & d'un autre côté, ces impuretés moisissantes du tartre ne paroissent pas en être véritablement séparées par l'opération qui le convertit en crême de tartre. La crême de tartre est un acide encore fort impur ; au reste il faut tenter. Le même chimiste soupçonne encore, il assure même que le plus sûr moyen de prévenir l'inconvénient dont nous parlons, c'est de réduire le tems de l'ébullition à une ou deux heures, ou encore mieux, de ne point faire bouillir du tout le mélange ; & il pense encore que cette réforme nonseulement empêcheroit de consumer du charbon en pure perte, mais même qu'elle contribueroit à la perfection de la préparation, puisque la longue ébullition occasionne la décomposition du tartre, & le rend par-là moins propre à dissoudre le fer. Je ne suis certainement pas pour les longues ébullitions ; cependant je ne saurois penser que la longue ébullition soit ici aussi nuisible, & même aussi inutile que M. Baron l'avance, car 1°. la décomposition que le tartre peut éprouver dans cette ébullition n'est pas démontrée ; & quand même le tartre s'altéreroit réellement, ce seroit plûtôt avec profit qu'avec dommage, ce seroit les impuretés qui s'en détacheroient ; il se réduiroit tout au plus à l'état de crême de tartre. 2°. On ne voit point pourquoi une liqueur claire, chimiquement homogene, une vraie lessive ou dissolution chimique déposée par la filtration, seroit plus altérable, parce qu'elle auroit été produite par une longue ébullition. Il est très-vraisemblable au contraire, que si cette ébullition trop prolongée nuisoit à la perfection de l'opération, ce seroit seulement en détruisant son propre ouvrage ; c'est-à-dire en décomposant sur la fin de l'opération le sel neutre qu'elle auroit précédemment formé ; mais alors les débris de cette décomposition resteroient sur le filtre, & la lessive filtrée ne seroit ni plus ni moins constante. 3°. Une heure d'ébullition ou la digestion a un degré de chaleur inférieur, paroît absolument insuffisante ici, puisque demi-heure d'ébullition ne fait qu'imprégner légérement le tartre des particules du fer dans la préparation du tartre chalibé ; car ce dernier sel qui differe tant par le degré de saturation de celui dont il est ici question, ne doit cette différence qu'à la briéveté de l'ébullition qu'on emploie pour le préparer.
Si l'on réduit la teinture du syrop ci-dessus décrit en consistance du miel épais, cette préparation prendra le nom d'extrait de mars, & elle sera un peu plus de garde.
La boule martiale de mars ou d'acier est une matiere qui ne differe des précédentes que par l'excès de tartre, & parce qu'il n'y a qu'une très-petite portion des deux ingrédiens employés qui soit réellement combinée. Mais comme c'est précisément cette portion qui passe dans l'eau ou dans les liqueurs dans lesquelles on fait infuser cette boule pour l'usage, il est clair que la partie utile & employée de la boule martiale est exactement semblable au sel neutre martial tartareux dont nous venons de parler. La préparation de ces boules est décrite sous le mot BOULE DE MARS. Voyez cet article.
Les teintures martiales tirées avec les acides végétaux fermentés ou non fermentés, tels que le vinaigre, le vin du Rhin qui est acidule, le suc de citron, &c. ne different que par le moindre degré de saturation, de consistance, & de concentration de la teinture de Mars tartarisée, avec laquelle elles ont d'ailleurs la plus grande analogie.
Les teintures spiritueuses réellement chargées de fer ne sont, comme nous l'avons déja insinué, que des dissolutions de sels neutres martiaux par l'esprit de vin. La teinture de Ludovic, & la teinture de Mynsicht, qui sont les seules que la Pharmacopée de Paris ait adoptées, sont, la premiere une dissolution legere de syrop de Mars, à la préparation duquel on a employé le vitriol martial à la place de la limaille de fer. Voyez VITRIOL. Et la seconde, qu'une dissolution de fleurs martiales. Voy. la suite de cet article.
Teinture martiale alkaline de Stahl. Ayez de bonne eau-forte, dans laquelle vous jetterez du fil d'acier, peu à-la-fois, & à différentes reprises, jusqu'à ce qu'il ne se fasse plus de dissolution, ce que vous reconnoîtrez, lorsqu'en ajoutant de nouveau fil de fer, il ne s'excitera aucun mouvement dans la liqueur, & que ce fil restera dans son entier ; alors vous serez sûr d'avoir une dissolution de sel dans l'esprit de nitre, aussi chargée qu'il est possible de l'avoir, & telle qu'il la faut pour la réussite du reste de l'opération. Prenez ensuite de l'huile de tartre par défaillance, ou une lessive de cendres gravelées la plus chargée qu'il se peut, & bien filtrée. Laissez tomber dans cette liqueur alkaline quelques gouttes de votre dissolution de fer ; elles iront d'abord au fond, mais l'effervescence de l'acide avec l'alkali les ramenera bien-tôt à la surface sous la forme d'écume ; remuez le mélange pour faire rentrer cette écume dans la liqueur ; l'acide nitreux qui tenoit le fer en dissolution, abandonnera ce métal pour s'unir avec ce qu'il lui faut d'alkali pour reproduire du nitre, tandis que le reste de la liqueur alkaline saisira le fer devenu libre, & en fera la dissolution : continuez à ajouter ainsi successivement & goutte à goutte, de la solution de fer par l'esprit de nitre, jusqu'à ce que la liqueur ait pris une couleur rouge de sang très-foncée, ce qui est une marque que l'alkali est bien chargé de fer. Il ne s'agit plus présentement que de séparer cette dissolution alkaline de fer d'avec le nitre regénéré qui s'y trouve confondu ; c'est ce qui arrive quelquefois de soi-même, si la dissolution du fer dans l'acide nitreux est bien concentrée, ou si l'on fait cette opération dans un lieu frais, ou dans un tems froid ; car alors le nitre se précipite en aiguilles très-fines ; mais on peut accélérer cette séparation, en soumettant le mélange à une légere évaporation. Lorsque tout le nitre est précipité, on décante la liqueur, & l'on a par-là une teinture alkaline martiale, c'est-à-dire, une dissolution de fer par un alkali dans toute sa pureté. Le procédé dont on vient de donner la description, est tiré entierement de l'opusculum de Stahl. Additions au cours de Chimie de Lemery, par M. Baron.
Fleurs martiales. Pulverisez & mêlez ensemble exactement douze onces de limailles de fer, & huit onces de sel armoniac bien sec : mettez le mélange dans une cucurbite de terre, capable de résister au feu nud, & dont il n'y ait qu'un tiers au plus de rempli : placez-la dans un fourneau, & garnissez-en le tour avec quelques petits morceaux de brique & du lut, pour empêcher que le feu ne s'éleve trop : adaptez sur la cucurbite un chapiteau avec un petit récipient, & lutez exactement les jointures : laissez la matiere en digestion pendant 24 heures, puis donnez dessous la cucurbite un feu gradué, il distillera premierement une liqueur dans le récipient, puis il s'élevera des fleurs qui s'attacheront au chapiteau, & sur les bords de la cucurbite ; continuez un feu assez fort, jusqu'à ce qu'il ne monte plus rien ; laissez alors refroidir le vaisseau, & le délutez, vous trouverez dans le récipient une once & demie d'une liqueur semblable en tout à l'esprit volatil du sel armoniac ordinaire, mais d'une couleur un peu jaunâtre ; ramassez les fleurs avec une plume, vous en trouverez deux onces & deux dragmes : elles sont jaunâtres, d'un goût salé vitriolique, très-pénétrant, gardez-les dans une bouteille de verre bien bouchée, ce sont les fleurs martiales. Ces fleurs ne sont autre chose que la substance même du sel armoniac empreinte du mars, & sublimée par la force du feu ; elles ne tiennent leur couleur jaune que d'une portion du fer qu'elles ont enlevé ; elles ne sont non plus alkalines que le sel armoniac même. Si on les mêle avec du sel de tartre, elles rendent une odeur subtile & urineuse, pareille à celle qui vient du mélange du même sel avec le sel armoniac. Lemery, Cours de chimie.
Il reste au fond de la cucurbite après la sublimation des fleurs, une matiere fixe & noirâtre, qui est composée en partie d'un sel neutre, formé par l'union du fer avec l'esprit acide du sel armoniac, & en plus grande partie de fer superflu, c'est-à-dire, qui n'a été ni sublimé, ni dissous. C'est de cette précipitation du sel armoniac opérée par le fer, qu'est provenu l'alkali volatil qui s'est élevé pendant l'opération que nous venons de décrire. Voyez SEL ARMONIAC, SUBSTANCES METALLIQUES, PRECIPITATION & RAPPORT.
Quand aux eaux minérales martiales, voyez MINERALES (eaux) : les liqueurs aqueuses dans lesquelles on éteint du fer rougi au feu, doivent aussi y être rapportées, comme nous l'avons déja insinué, en rangeant ces liqueurs dans la même division que les eaux martiales.
Les préparations martiales tiennent un rang distingué dans la classe des remédes. Le fer est le remede par excellence des maladies chroniques, qui dépendent des obstructions. Tomson dit, dans une dissertation sur l'usage médicinal du fer, que les Médecins n'ont pas proposé le manger comme une ressource plus assurée contre la faim, que le fer contre les obstructions.
Une opinion médicinale assez générale sur les médicamens martiaux, est encore la distinction qu'on a faite anciennement de leurs vertus en apéritive & astringente.
Un dogme plus récent, c'est que ces remedes different considérablement en activité, selon qu'ils sont plus ou moins disposés à être dissous par les humeurs digestives, ou du-moins à passer avec elles dans les secondes voies : & ces différences se déduisent de trois sources principales ; 1°. de leur état de dissolution actuelle par quelque menstrue approprié, ou de l'état contraire que les Chimistes appellent nud, libre ou pur. Cette différence se trouve entre les sels neutres martiaux, & les liqueurs salines martiales d'une part, & la limaille, les safrans, l'aethiops martial de l'autre. 2°. La faculté de passer dans les secondes voies du fer libre ou nud, est déduite de sa pulvérisation ou division extrème ; & la qualité contraire, la prétendue impossibilité de passer dans les secondes voies, de la grossiereté de ses parties, c'est-à-dire, de la pulvérisation imparfaite. 3°. Enfin l'insolubilité du fer dans les premieres voies même, chargées de sucs acides, est attribuée à son état de calcination, ou privation de phlogistique ; & la solubilité du fer dans ces sucs est par conséquent réservée au seul fer entier, c'est-à-dire, chimiquement inaltéré.
Nous observerons sur ces différentes opinions 1°. que l'usage des remédes martiaux ne sauroit être aussi général contre les obstructions, même les plus évidentes, les plus décidées. Stahl observe (dans la dissertation déja citée), que ces remédes sont souvent utiles dans les maladies chroniques légeres, ou dans les suites peu rébelles de ces maladies, chronicorum reliquiis tenerioribus ; mais qu'on ne peut les regarder comme une ressource assurée & solide contre les maladies chroniques graves ; & même que leur usage imprudent peut causer des accidens soudains & funestes. Il faut avouer cependant que l'expérience prouve que les remedes martiaux sont presque spécifiques dans les maladies de la matrice. Voyez MATRICE (maladie de la). Leur singuliere vertu pour provoquer les regles est établie par une suite d'observations si constante, qu'il ne reste ici aucun lieu au doute. Il est vrai aussi que la suppression des regles est ordinairement une maladie chronique légere. Les remédes martiaux convenablement administrés, font aussi très-bien dans les fleurs-blanches, & même dans le flux immodéré des regles, les autres pertes des femmes, & généralement dans tous les flux contre nature dépendans de relâchement, tels que certaines diarrhées, la diabetes, la queue des gonorrhées virulentes, &c. Voyez ces articles & RELACHEMENT (Medecine), HEMORRHAGIE & REGLES, (Medecine). Ceci nous conduit naturellement à dire un mot de cette contrariété apparente d'action dans un remede qui est en même tems apéritif & astringent.
Les Médecins chimistes modernes les plus éclairés, Ettmuller, Stahl, Cartheuser, &c. conviennent généralement que le fer, & toutes ses préparations indistinctement, n'ont qu'une seule & unique vertu ; savoir, la vertu qu'ils ont appellée tonique, fortifiante, roborante, excitante, astringente ; & que ce n'est que relativement à l'état particulier du sujet qui use de ces remedes qu'ils produisent tantôt l'effet appellé apéritif, & tantôt l'effet appellé spécialement astringent ou styptique. Ils avouent pourtant que certaines matieres martiales, telles que le vitriol, & sur-tout son eau mere ; le colcotar, &c. sont éminemment styptiques, & doivent être regardées comme occupant l'extrême degré d'énergie dans l'ordre de ces remedes. Tous les autres dont nous avons fait mention sont seulement astringens toniques.
L'extrème division du fer soit calciné, soit non calciné, paroît véritablement utile. Il est démontré par la couleur noire, que tous les remedes martiaux, & même ceux qu'on prend sous forme de dissolution, donnent aux excrémens, que la plus grande partie de ces remédes ne passe pas dans les secondes voies.
Il paroît donc convenable de favoriser, autant qu'on peut, ce passage par l'atténuation des parties du remede, & même par leur division absolue, c'est-à-dire, leur dissolution dans un menstrue convenable.
Mais il n'est certainement pas exact de regarder les chaux martiales, le fer dépouillé de phlogistique comme insoluble par les acides des premieres voies, & moins encore d'imaginer que cette dissolution est nécessaire pour que le fer passe dans le sang, ou du moins pour qu'il exerce un effet médicamenteux. Il est démontré au contraire que les acides les plus foibles, tels que les acides végétaux & la crême de tartre, attaquent la rouille du fer ; & que Lemery qui l'emploie dans la préparation de son tartre calibé, ne manque pas pour cela son opération. Il est prouvé aussi par l'observation, que la rouille de fer & le safran de mars le plus calciné, dont le peuple use très-communément, agissent véritablement, soit qu'il y ait des acides dans les premieres voies, soit qu'il n'y en ait point. Nous croyons cependant que s'il n'est pas absolument nécessaire, il est cependant meilleur, plus convenable de se servir par préférence de l'aethiops martial, & de la teinture de mars tartarisée ; mais presque sans distinction de l'action de l'absence ou de la présence des acides dans les premieres voies.
Il est généralement reçu chez les vrais médecins, que le mars doit être donné à très-petite dose : car ce remede est vif, actif, vraiment irritant & échauffant ; il éleve le pouls ; il cause une espece de fievre, qui, quoiqu'elle doive être regardée comme un effet salutaire, comme un bien, doit cependant être contenue dans des justes bornes. La dose de safran, de la limaille, de l'aethiops martial, &c. ne doit pas être portée au-delà de cinq ou six grains. Celle de toutes les teintures peut être beaucoup plus considérable, parce que sans en excepter la teinture tartarisée, le fer y est contenu en une très-foible proportion. Elle peut être d'une ou de plusieurs dragmes. Au reste il n'y a en ceci aucune regle générale ; la dose des teintures doit être déterminée sur leur degré de saturation & de concentration. La teinture alkaline de Stahl fait, par exemple, une exception à la regle générale que nous venons d'établir ; elle est très- martiale ; elle ne peut être prescrite que par gouttes.
Les fleurs martiales étant composées de fer, & d'une autre substance assez active & dominante ; savoir, le sel armoniac ; le médecin doit avoir principalement égard dans leur administration à cet autre principe. Voyez SEL ARMONIAC. La dose ordinaire de ces fleurs est d'un demi-gros.
Le tartre martial ou calibé est le plus foible de tous les remedes officinaux tirés du fer. On pourroit le donner sans danger jusqu'à une dose considérable, si la crême de tartre elle-même n'exigeoit d'être donnée à une dose assez modérée. Voyez TARTRE. On le donne communément à un gros.
Les eaux martiales sont encore infiniment plus foibles. Il est assez connu qu'on en prend plusieurs pintes sans danger. Voyez MINERALES (eaux).
Les remedes martiaux solides se donnent communément avec d'autres remedes sous forme de bol, d'opiat, &c. ou se réduisent seuls sous la même forme avec des excipiens appropriés, comme conserve, marmelade des fruits, &c. ils sont trop dégoutans pour la plupart, lorsqu'on les prend en poudre dans un liquide.
Les sels martiaux tartarisés doivent être donnés dissous dans des liqueurs simples, & qui ne les altérent point, comme l'eau & le vin. Lorsqu'on les fait fondre dans des décoctions d'herbes ou de racines, ils s'y décomposent en très-grande partie ; ils troublent ces liqueurs qui en prennent le nom de bouillons noirs, & ils les rendent abominables au goût.
Le fer entre dans quelques préparations pharmaceutiques officinales ; par exemple dans l'opiat mésanterique, la poudre d'acier, les pilules & tablettes d'acier de la pharmacopée de Paris, l'emplâtre opodeldoch, & l'emplâtre stiptique, &c. On prépare encore pour l'usage extérieur un baume auquel le fer donne son nom, mais dont il est un ingrédient assez inutile. Ce baume est connu sous le nom de baume calibé, & plus communément sous celui de baume d'aiguilles ; il est fort peu usité, & paroît propre à fort peu de chose. Il en est fait mention au mot NITRE, en parlant de l'action de l'acide nitreux sur les huiles. (b)
|
| MARSA | (Géogr.) petite ville d'Afrique au royaume de Tunis, dans la seigneurie de la Goulette, & dans l'endroit même où étoit l'ancienne Carthage ; mais on n'y compte que quelques centaines de maisons, une mosquée, & un college fondé par Muley-Mahomet. Qui reconnoîtroit ici la rivale de Rome !
|
| MARSAILLE | (Géogr.) en italien Marsaglia ; plaine de Piémont, connue seulement par la bataille qu'y gagna M. de Catinat, le 4 Octobre 1693, contre Victor Amédée II. duc de Savoie. (D.J.)
|
| MARSAIQUES | S. f. (Pêche) terme de pêche, espece de filet dont on se sert pour pêcher le hareng. Il est ainsi nommé dans certaines contrées, parce que c'est dans le mois de Mars que ce poisson paroît ordinairement. Ces rets different des seines qui sont flottantes, en ce qu'ils sont sédentaires sur le fond de la mer ainsi que les soles. Voyez SOLES dont les marsaiques sont une espece.
Les mailles de ce filet n'ont que 10 à 11 lignes en quarré.
On fait cette pêche ordinairement près de terre ; pour cela on jette une ancre à la mer pesant deux ou trois cent livres, on y frappe le bout du filet qui est fait de fil delié. La tête est soutenue de flottes de liége, & le bas est pierré ; sur cette premiere ancre on frappe une bouée afin de la pouvoir relever. A l'autre extrémité de cette tissure de rets, composée de douze à quinze pieces, est une autre ancre avec une semblable bouée. On établit le filet un bout à la mer & l'autre à la côte, afin de croiser la marée, de même que l'on dispose les seines flottantes. On laisse ainsi la marsaique au fond de l'eau pendant quelques jours, après quoi on la vient relever & retirer le hareng qui peut s'y être pris, les autres poissons ne pouvant s'y arrêter excepté les petites roblottes ou jeunes maquereaux. Cette pêche dure tout le tems que le poisson reste à la côte, qui est ordinairement les mois de Janvier, Février, Mars & Avril.
On tend encore ce même filet à la côte de deux manieres différentes, flottes & non flottes, comme on fait les cibaudieres & autres filets simples, comme on l'a déja observé.
|
| MARSAL | (Géog.) en latin moderne Marsallum, autrefois Bodatium ; ville de France en Lorraine avec titre de châtellenie, remarquable par ses salines. Elle est dans des marais de difficile accès proche la Seille, à 7 lieues N. E. de Nanci. Voy. Longuerue, t. II. p. 174. Long. 24. 18. lat. 48. 46.
|
| MARSALA | (Géog.) ancienne & forte ville de Sicile dans le val de Mazara proche la mer. Elle est bâtie des ruines de l'ancienne Lilybaeum, à 21 lieues S. O. de Palerme, 5. N. de Mazara. Long. 30. 12. lat. 37. 52. (D.J.)
|
| MARSAN | (Géog.) ou le Mont-de-Marsan ; petite ville de France en Gascogne, bâtie vers l'an 1140. C'est la capitale d'un petit pays de même nom, fertile en vin & en seigle ; & de plus un des anciens vicomtés mouvans du comté de Gascogne, sur lequel voyez Longuerue & Piganiol. La ville est sur la riviere de Midouze dans l'endroit où elle commence à être navigable, à 10 lieues de Dax. Long. 16. 56. lat. 44. 2.
Le Mont-de-Marsan a été illustré par la naissance de Dominique de Gournes, un de ces vaillans hommes nés pour les belles & glorieuses entreprises. Ayant été très-maltraité par les Espagnols qui égorgerent une colonie de François établis sur les côtes de la Floride, il équipa trois vaisseaux à ses dépens en 1567, descendit à la Floride même, pris trois forts aux Espagnols, & les tailla en pieces. De retour en France, au lieu d'y recevoir la récompense de ses exploits, il eut bien de la peine à sauver sa tête des poursuites de l'ambassadeur d'Espagne. La reine Elisabeth touchée du sort de ce brave homme, résolut d'employer avec gloire l'épée qu'il offroit à son service ; mais il mourut en 1593, en se rendant à Londres pour y prendre le commandement d'une escadre qui lui étoit destinée.
|
| MARSAQUI-VIR | (Géog.) ou MARSALQUIVIR, ville forte & ancienne d'Afrique dans la province de Béni-Arax, au royaume de Trémeçen, avec un des plus beaux, des plus grands & des meilleurs ports d'Afrique. Les Portugais en 1501 tenterent de surprendre cette place, & furent eux-mêmes surpris par les Maures. Les Espagnols ne furent pas plus heureux cinq ans après. Cette ville est bâtie sur un roc proche la mer, à une lieue d'Oran. Quelques auteurs se sont persuadés qu'elle doit sa fondation aux Romains ; mais il faudroit en même tems indiquer le nom qu'ils lui donnerent. Long. 17. 25. lat. 35. 40. (D.J.)
|
| MARSAUT | S. m. (Jardinage) salix caprea latifolia. Cet arbrisseau sauvage, aquatique, monte assez haut. Il a le bois blanc, la feuille ronde d'un verd clair, les fleurs jaunes ; & il se multiplie de marcottes & de jettons. C'est une espece de saule, & on dit le saule marceau, le saule osier.
|
| MARSCHEVAN | S. m. (Chronol.) mois des Hébreux. C'étoit le second de l'année civile & le huitieme de l'année sainte. Il n'a que vingt-neuf jours & répond à la lune d'Octobre.
Le sixieme jour de ce mois les Juifs jeûnent à cause que Nabuchodonosor fit crever les yeux à Sédécias, après avoir fait mourir ses enfans en sa présence.
Le dix-neuvieme, le lundi, jeudi & lundi suivans sont jeûnes, pour expier les fautes commises à l'occasion de la fête des Tabernacles.
Le vingt-troisieme est fête en mémoire des pierres de l'autel profané par les Grecs, qu'on cacha en attendant qu'il parût un prophete qui déclarât ce qu'on devoit en faire. I. Macc. 46.
Le vingt-cinq étoit aussi fête en mémoire de quelques lieux occupés par les Chutéens, & dont les Israëlites de retour de la captivité se remirent en possession. Calend. des Juifs, à la tête du diction. de la Bible du P. Calmet, t. I.
|
| MARSEILLE | (Géog.) Massilia ; ancienne & forte ville maritime de France en Provence, la plus riche, la plus marchande & la plus peuplée de cette province, avec un port, un ancien évêché suffragant d'Arles, & une fameuse abbaye sous le nom de S. Victor.
Cette ville fondée cinq cent ans avant J. C. par des Phocéens en Ionie, fut dès son origine une des plus trafiquantes de l'occident. Issus d'ancêtres, les premiers de la nation Grecque qui eussent osé risquer des voyages de long cours, & dont les vaisseaux avoient appris aux autres la route du golfe Adriatique & de la mer Tyrrhénienne : les Marseillois tournerent naturellement leurs vues du côté du commerce.
Un port avantageux sur la Méditerranée, des voisins qu'ils méprisoient peut-être comme barbares, & dont sans doute ils craignoient la puissance, leur firent envisager le parti du trafic maritime pour être l'unique moyen qu'ils eussent de subsister & de s'enrichir.
Comme tous les vents, les bancs de la mer, la disposition des côtes ordonnent de toucher à Marseille, elle fut fréquentée par tous les vaisseaux, & devint une retraite nécessaire au milieu d'une mer orageuse. Mais la stérilité de son terroir, dit Justin, liv. XXXXIII. chap. III, détermina ses citoyens au commerce d'économie. Il fallut qu'ils fussent laborieux pour suppléer à la nature ; qu'ils fussent justes pour vivre parmi les nations barbares qui devoient faire leur prospérité ; qu'ils fussent modérés pour que leur état restât toujours tranquille ; enfin qu'ils eussent des moeurs frugales pour qu'ils pussent vivre d'un négoce qu'ils conserveroient plus sûrement lorsqu'il seroit moins avantageux.
Le gouvernement d'un seul a d'ordinaire pour objet de commerce le dessein de procurer à la nation tout ce qui peut servir à sa vanité, à ses délices, à ses fantaisies ; le gouvernement de plusieurs se tourne davantage au commerce d'économie : aussi les Marseillois qui s'y livrerent se gouvernerent en république à la maniere des villes Grecques.
Bientôt ils eurent d'immenses richesses, dont ils se servirent pour embellir leur ville & pour y faire fleurir les arts & les sciences. Non seulement Marseille peut se vanter de leur avoir donné l'entrée dans les Gaules, mais encore d'avoir formé une des trois plus fameuses académies du monde, & d'avoir partagé son école avec Athènes & Rhodes. Aussi Pline la nomme la maîtresse des études, magistram studiorum. On y venoit de toutes parts pour y apprendre l'éloquence, les belles-lettres & la philosophie. C'est de son sein que sont sortis ces hommes illustres vantés par les anciens, Télon & Gigarée son frere excellens géometres, Pithéas surtout fameux géographe & astronome dont on ne peut trop admirer le génie, Castor savant médecin, & plusieurs autres. Tite-Live dit que Marseille étoit aussi polie que si elle avoit été au milieu de la Grece ; & c'est pourquoi les Romains y faisoient élever leurs enfans.
Rivale en même tems d'Athènes & de Carthage, peut-être qu'elle doit moins sa célébrité à une puissance soutenue pendant plusieurs siecles, à un commerce florissant, à l'alliance des Romains, qu'à la sagesse de ses loix, à la probité de ses habitans, enfin à leur amour pour les sciences & pour les arts.
Strabon tout prévenu qu'il étoit en faveur des villes d'Asie, où l'on n'employoit que marbre & granit, décrit Marseille comme une ville célebre, d'une grandeur considérable, disposée en maniere de théâtre, autour d'un port creusé dans les rochers. Peut-être même étoit-elle encore plus superbe avant le regne d'Auguste, sous lequel vivoit cet auteur ; car en parlant de Cyzique une des belles villes Asiatiques, il remarque qu'elle étoit enrichie des mêmes ornemens d'architecture qu'on avoit autrefois vû dans Rhodes, dans Carthage & dans Marseille.
On ne trouve aujourd'hui aucuns restes de cette ancienne magnificence. Envain y chercheroit-on les fondemens des temples d'Apollon & de Diane, dont parle le même Strabon : on sait seulement que ces édifices étoient sur le haut de la ville. On ignore aussi l'endroit où Pithéas fit dresser sa fameuse aiguille pour déterminer la hauteur du pole de sa patrie ; mais on connoît les révolutions qu'ont éprouvé les Marseillois.
Ils firent de bonne-heure une étroite alliance avec les Romains, qui les aimerent & les protégerent beaucoup. Leur crédit devint si grand à Rome qu'ils obtinrent la révocation d'un decret du sénat, par lequel il étoit ordonné que Phocée en Ionie seroit rasée jusqu'aux fondemens, pour avoir tenu le parti de l'imposteur Aristonique qui vouloit s'emparer du royaume d'Attale. Les Marseillois par reconnoissance donnerent lieu à la conquête de la Gaule Transalpine, en en ouvrant la porte ; mais ils furent subjugués par Jules César, pour avoir embrassé le parti de Pompée.
Après avoir perdu leur puissance, ils renoncerent à leurs vertus, à leur frugalité, & s'abandonnerent à leurs plaisirs, au point que les moeurs des Marseillois passerent en proverbe, si l'on en croit Athénée, pour désigner celles des gens perdus dans le luxe & la mollesse. Ils cultiverent encore toutefois les sciences, comme ils l'avoient pratiqué depuis leur premier établissement ; & c'est par eux que les Gaulois se défirent de leur premiere barbarie. Ils apprirent l'écriture des Marseillois, & en répandirent la pratique chez leurs voisins ; car César rapporte que le regître des Helvétiens, qui fut enlevé par les Romains, étoit écrit en caractere grec, qui ne pouvoit être venu à ce peuple que de Marseille.
Les Marseillois dans la suite quitterent eux-mêmes leur ancienne langue pour le latin ; Rome & l'Italie ayant été subjuguées dans le v. siecle par les Hérules, Marseille tomba sous le pouvoir d'Enric roi des Wisigoths & de son fils Alaric, après la mort duquel Théodose roi des Ostrogoths, s'empara de cette ville & du pays voisin. Ses successeurs la céderent aux rois Mérovingiens, qui en jouirent jusqu'à Charles-Martel. Alors le duc Moronte s'en rendit le maître, & se mit sous la protection des Sarrazins. Cependant ce prince étant pressé vivement par les François, se sauva par mer, & Marseille obéit aux Carlovingiens, puis aux rois de Bourgogne, & finalement aux comtes d'Arles.
Ce fut sous le regne de Louis l'aveugle, & le gouvernement d'Hugues comte d'Arles, que les Sarrazins qui s'étoient établis & fortifiés sur les côtes de Provence, ruinerent toutes les villes maritimes, & spécialement Marseille.
Elle eut le bonheur de se rétablir sous le regne de Conrad le pacifique. Ses gouverneurs, qu'on appelloit vicomtes, se rendirent absolus sur la fin du x. siecle. Guillaume, qui finit ses jours en 1004, fut son premier vicomte propriétaire. Hugues Geoffroi, un de ses descendans, laissa son vicomté à partager également entre cinq de ses fils. Alors les Marseillois acquirent insensiblement les portions des uns & des autres, & redevinrent république libre en 1226.
Ils ne jouirent pas long-tems de cet avantage. Charles d'Anjou, frere de S. Louis, étant comte de Provence, ne put souffrir cette république. Il fit marcher en 1262, une armée contr'elle & la soumit ; cependant ses habitans se sont maintenus jusqu'à Louis XIV. dans plusieurs grands privileges, & entr'autres dans celui de ne contribuer en rien aux charges de la province.
Cette ville a continué pendant tant de siecles, d'être l'entrepôt ordinaire & des marchandises de la domination Françoise, & de celles qui s'y transportoient des pays étrangers. C'est dans son port qu'on débarquoit le vin de Gaza, en latin Gazetum, si renommé dans les Gaules du vivant de Grégoire de Tours ; & le commerce étoit alors continuel de Marseille à Alexandrie.
Enfin, l'an 1660, Louis XIV. étant allé en Provence, subjugua les Marseillois, leur ôta leurs droits & leurs libertés ; bâtit une citadelle au-dessus de l'abbaye de S. Victor, & fortifia la tour de S. Jean, qui est vis-à-vis de la citadelle à l'entrée du port. On sait que c'est dans ce port que se retirent les galeres, parce qu'elles y sont abritées des vents du nord-ouest.
Cependant Marseille est restée très-commerçante ; & même les prérogatives dont elle jouit, ont presque donné à cette ville, & aux manufactures méridionales de la France, le privilege exclusif du commerce du Levant ; sur quoi il est permis de douter si c'est un avantage pour le royaume.
Personne n'ignore que cette ville fut désolée en 1720 & 1721, par le plus cruel de tous les fléaux. Un vaisseau venu de Seyde, vers le 15 Juin 1720, y apporta la peste, qui de-là se répandit dans presque toute la province. Cette violente maladie enleva dans Marseille seule, cinquante à soixante mille ames.
Son église est une des plus anciennes des Gaules ; les Provençaux ont soutenu avec trop de chaleur qu'elle a été fondée par le Lazare qu'avoit ressuscité J. C. ; & le parlement d'Aix dans le siecle dernier, condamna au feu un livre de M. de Launoy, où ce savant critique détruit cette tradition par les preuves les plus fortes.
Les trois petites îles fortifiées, situées à environ une lieue de Marseille, sont stériles, & ne méritent que le nom d'écueils. Il est singulier qu'on les ait prises pour les Stoëchades des anciens.
Marseille est proche la mer Méditerranée, à six lieues S. O. d'Aix, douze N. O. de Toulon, seize S. E. d'Arles, trente-cinq S. O. de Nice, cent soixante & six S. E. de Paris. Long. 22. 58. 30. lat. 43. 19. 30.
Erastostène & Hipparque conclurent autrefois, d'une observation de Pithéas, que la distance de Marseille à l'équateur étoit de 43 deg. 17. min. Cette lat. a été vérifiée par Gassendi, par Cassini & par le P. Feüillée. On voit qu'elle differe peu de celle que nous venons de fixer, d'après MM. Lieutaud & de la Hire.
Il est bien glorieux à Marseille d'avoir donné le jour à ce même Pithéas, le plus ancien de tous les gens de lettres qu'on ait vu en occident, & dont Pline fait une mention si honorable : il fleurissoit du tems d'Alexandre le grand. Astronome sublime & profond géographe, il a porté ses spéculations à un point de subtilité, où les Grecs qui se vantoient d'être les inventeurs de toutes les sciences, n'avoient encore pu atteindre.
Cet écrivain en prose & en vers, si délicat & si voluptueux, qui fut l'arbitre des plaisirs de Néron, Pétrone en un mot étoit de Marseille. Mais comme j'aurai lieu de parler de lui plus commodément ailleurs, je passe à quelques modernes dont Marseille est la patrie ; car quoique cette ville s'occupe principalement du commerce, elle a cependant produit au xvij. siecle des hommes célebres dans les sciences & les beaux-arts.
Le Chevalier d'Arvieux, mort en 1701, s'est illustré par ses voyages, par ses emplois, & par son érudition orientale.
Le P. Feuillée minime, s'est distingué par son journal d'observations astronomiques & botaniques, en 3 vol. in-4°, imprimés au Louvre.
Jules Mascaron, évêque de Tulles & puis d'Agen, où il finit sa carriere en 1703, à 69 ans, prononça des oraisons funèbres, qui balancerent d'abord celles de Bossuet ; mais il est vrai qu'aujourd'hui elles ne servent qu'à faire voir combien Bossuet étoit un grand homme.
Charles Plumier, un des habiles botanistes de l'Europe, fit trois voyages aux isles Antilles pour herboriser. Il alloit une quatrieme fois en Amérique dans la même vûe, lorsqu'il mourut près de Cadix, en 1706. On connoît ses beaux ouvrages sur les plantes d'Amérique, & son traité de l'art de tourner, qu'il avoit appris du P. Maignan, religieux minime comme lui.
Antoine de Ruffi, mort conseiller d'état en 1689, a par-devers lui trop de titres honorables pour que je supprime son nom. Auteur d'une bonne histoire de Marseille & des comtes de Provence, il joignit l'intégrité la plus délicate à sa vaste érudition. Etant membre de la sénéchaussée de sa patrie, & se reprochant de n'avoir pas assez approfondi la cause d'un plaideur dont il étoit rapporteur, il lui remit la somme de la perte de son procès.
Honoré d'Urfé, le cinquieme de six fils, & le frere de six soeurs, s'est rendu fameux par son roman de l'Astrée. Il épousa, dit M. de Voltaire, Diane de Châteaumorand, séparée de son frere, de laquelle il étoit amoureux, & qu'il a déguisée dans son roman sous le nom d'Astrée & de Diane, comme il s'y est caché lui-même, sous ceux de Céladon & de Sylvandre. Il mourut en 1625, à 58 ans.
Il faut réserver l'article du Puget, né à Marseille, au mot SCULPTEUR MODERNE, à cause de son mérite éminent dans ce bel art. (D.J.)
Il y a à Marseille une académie de Belles-lettres. Elle fut établie en 1726 par lettres-patentes du roi sous la protection de feu M. le maréchal duc de Villars, gouverneur de Provence, & adoptée en même tems par l'académie Françoise, à laquelle elle envoie pour tribut annuel un ouvrage de sa composition, en prose ou en vers. Les objets que se propose cette académie sont l'Eloquence, la Poésie, l'Histoire & la Critique. Toute matiere de controverse sur le fait de la religion y est interdite. Les académiciens sont au nombre de vingt & ont trois officiers, un directeur, un chancelier & un secrétaire. Le sort renouvelle tous les ans les deux premiers, mais le secrétaire est perpétuel. Le directeur est chef de la compagnie pendant son année d'exercice, il porte la parole & recueille les voix. Le chancelier tient le sceau de l'académie, & fait l'office de trésorier. Le secrétaire écrit les lettres au nom de l'académie, fait l'éloge historique des académiciens qui meurent, & supplée le directeur & le chancelier en leur absence. L'académie a vingt associés étrangers, dont chacun est obligé de lui envoyer tous les ans un ouvrage de sa composition, & qui ont droit de séance dans l'académie lorsqu'ils sont présens. Il leur est permis de travailler pour le prix fondé par M. le maréchal de Villars, à moins qu'ils ne viennent s'établir à Marseille. Ce prix étoit donné tous les ans par la libéralité du protecteur ; mais il le fonda en 1733 par un contrat de rente annuelle de 300 livres qui doivent être employées en une médaille d'or qu'on donne tous les ans à un ouvrage en prose ou en vers alternativement, dont l'académie propose le sujet. Cette médaille qui portoit d'abord d'un côté le nom du protecteur, & au revers la devise de l'académie, porte maintenant d'un côté le buste, & au revers la devise du maréchal de Villars. Le duc de Villars son fils lui a succédé dans la place de protecteur.
L'académie de Marseille s'assemble tous les mercredis, depuis trois heures après midi jusqu'à cinq, dans la salle que le roi lui a accordée à l'arsenal ; ses vacances durent depuis la S. Louis jusqu'au premier mercredi après la S. Martin. Elle tient tous les ans le 25 Août une assemblée publique où elle adjuge le prix. Elle accorde la vétérance à ceux des académiciens qui vont se domicilier hors de Marseille, ou à qui leur âge & leurs infirmités ne permettent plus d'assister aux assemblées, & quoiqu'on les remplace par de nouveaux sujets, ils ont toujours droit de séance & voix consultative aux assemblées. Il faut avoir les deux tiers des suffrages pour être élu académicien ou associé, & les électeurs doivent être au-moins au nombre de douze. En 1734 l'académie obtint du roi la permission de s'associer dix personnes versées dans les sciences, telles que la Physique, les Mathématiques, &c. La devise de l'académie est un phénix sur son bucher renaissant de sa cendre aux rayons d'un soleil naissant, avec ces mots pour ame, primis renascor radiis, par allusion à cette académie de Marseille, si fameuse dans l'antiquité, & qui est en quelque sorte ressuscitée au commencement du regne de Louis XV. dont le soleil est l'emblème. Morery.
|
| MARSES | LES, (Géog. anc.) en latin Marsi, anciens peuples d'Italie aux environs du lac Fucin, aujourd'hui le lac de Célano. On croit communément qu'ils avoient les Vestins au nord, les Pélignes & les Samnites à l'orient, le Latium au midi, & les Sabins à l'occident.
Les anciens leur donnoient une origine fabuleuse : les uns les faisoient venir d'Asie avec Marsyas le phrygien qu'Apollon vainquit à la lyre ; & d'autres les faisoient descendre d'un fils d'Ulysse & de Circé. On ajoutoit qu'ils ne craignoient point les morsures des serpens, & qu'ils savoient s'en garantir par certaines herbes & par les enchantemens.
Ce qu'il y a de plus vrai, c'est que les Marses étoient très-braves & dignes de jouir de la liberté ; dès qu'ils se virent accablés de contributions, & frustrés de l'espérance du droit de bourgeoisie romaine dont on les avoit flattés, ils résolurent de l'obtenir à la pointe de l'épée. Pour y parvenir ils se liguerent l'an de Rome 663, avec les Piscentins, les Pélignes, les Samnites, & les autres peuples d'Italie. On donna à cette guerre le nom d'italique, ou de guerre des Marses, & les Romains y perdirent deux consuls & deux batailles en deux années consécutives.
Les Marses devinrent ensuite la meilleure infanterie des Romains, & donnerent lieu au proverbe que rapporte Appien, que l'on ne peut triompher d'eux ni sans eux. Aujourd'hui le pays des anciens Marses fait partie de l'Abruzze septentrionale, autour du lac de Célano, dans le royaume de Naples. (D.J.)
|
| MARSI | MARSACI, MASACI, MARSATII, (Géog. anc.) peuples de la Germanie, compris premierement sous le nom de peuples Istaevons, qui du tems de César habitoient au-delà du Rhin. Du tems de Drusus ils habitoient au bord du Rhin. On est fondé à leur assigner les terres qui se trouvent entre le premier bras du Rhin & l'Issel, jusques vers Batavodurum ; du-moins les pays que l'on donne aux Sicambres, aux Usipiens, aux Frisons & aux Bructères, ne permettent pas de placer ailleurs les Marsi de Germanie. (D.J.)
|
| MARSICO-NUOVO | (Géog.) Marsicum, petite ville d'Italie au royaume de Naples, dans la principauté citérieure, avec un évêché suffragant de Salerne. Elle est au pié de l'Apennin, proche l'Agri, à 2 lieues de Marsico-vetere, bourg de la Basilicate, à 11 S. O. de Cirenza, 20 S. E. de Salerne. Long. 33. 24. lat. 40. 22. (D.J.)
|
| MARSIGNI | (Géog. anc.) peuple de Germanie, que Tacite met avec les Gothini, les Osi & les Burii, au-dessus des Marcomans & des Quades, vers l'orient d'été ; ils habitoient des forêts & des montagnes, mais nous n'en savons pas davantage. (D.J.)
|
| MARSILLIANE | S. f. (Marine) bâtiment à poupe quarrée, qui a le devant fort gros, & qui porte jusqu'à quatre mâts, dont les Vénitiens se servent pour naviger dans le golfe de Venise & le long des côtes de Dalmatie ; son port est d'environ 700 tonneaux.
|
| MARSOUIN | COCHON DE MER, s. m. (Hist. nat. Ict.) poisson cétacée, qui ne differe du dauphin qu'en ce qu'il a le corps plus gros & moins long, & le museau plus court & plus obtus. Rondelet, Hist. des poiss. part. I. liv. XVI. ch. vj. Voyez DAUPHIN, POISSON, TACEEACEE.
Les Anglois appellent porpesse ou porpoïse ce grand poisson cétacée, qu'il ne faut pas confondre avec le dauphin. Le lecteur trouvera sa description fort étendue dans Ray, & dans les Transact. Philosoph. n°. 74, & n°. 231. Nous en avons encore une description particuliere du docteur Edouard Tyson, imprimée à Londres en 1680, in -4°. c'est la description du marsouin femelle, dont la longueur étoit de quatre à cinq piés. Ce poisson a 48 dents très-aiguës à chaque mâchoire, & l'anatomiste de Gresham lui a découvert l'organe de l'ouie ; il lui a compté 73 côtes de chaque côté. Ses nageoires sont placées horisontalement, & non pas verticalement comme dans les autres poissons ; sa chair est de fort mauvais goût.
On pêche le marsouin avec le barguot, qui est un gros javelot joint au bout d'un bâton. La graisse ou l'huile qu'on en tire est d'usage pour les tanneries, les savonneries, &c. On a fait vraisemblablement le mot françois marsouin, du latin marinus sus, cochon de mer. (D.J.)
MARSOUIN, (Pêche) les pêcheurs du mont Farville, lieu dans le ressort de l'amirauté de Barfleur, ont inventé de grands filets, inusités dans toutes les autres amirautés ; ils les ont fabriqués pour la pêche des marsouins, qui abondent tellement à leur côte que ces poissons y mangent tous les autres qui y sont passagers ou qui y séjournent ordinairement, ou qui y restent en troupes, & que les marsouins viennent chercher entre les rochers où ces poissons se retirent pour les éviter, d'où ils les chassent & en rendent leurs côtes stériles.
Les pêcheurs pour tâcher de prendre des marsouins ont fait des rets formés de gros fils semblables à de moyennes lignes, avec des mailles de la grandeur des contremailles ou hameaux fixés par l'ordonnance de 1681 de neuf pouces en quarré ; le filet a environ cinq à six brasses de chûte ou de hauteur, & quarante à cinquante brasses de longueur.
Lorsque les pêcheurs apperçoivent de haute mer à la côte des marsouins dans les petites anses que forment les pointes des rochers, ils amarrent le bout de leurs filets à une des roches, & portent le reste au large avec une de leurs chaloupes, en formant une espece d'enceinte, & ils arrêtent l'autre bout du filet à une autre roche, ensorte que les marsouins s'y trouvent de cette maniere enclavés, & restent à sec lorsque la mer vient à s'en retirer ; les marsouins franchissent quelquefois le filet en s'élançant, mais il faut observer qu'ils ne le forcent jamais : quand ils trouvent quelques obstacles & qu'ils ont la liberté de nager, ils tournent autour du rets qu'ils cotoyent jusqu'à ce qu'ils se trouvent à sec.
|
| MARSYAS | (Mythol.) cet homme dont les Poëtes ont fait un Silène, un satyre, joignoit beaucoup d'esprit à une grande industrie. Il étoit natif de Phrygie, & fils de Hyagnis. Il fit paroître son génie dans l'invention de la flûte, où il sut rassembler tous les sons, qui auparavant se trouvoient partagés entre les divers tuyaux du chalumeau.
On sait la dispute qu'il eut avec Apollon en fait de musique, & quelle en fut l'histoire. Cependant si l'on en veut croire Fortuneio Liceti, Marsyas écorché par Apollon n'est qu'une allégorie. " Avant l'invention de la lyre, dit-il, la flûte l'emportoit sur tous les autres instrumens de musique, & enrichissoit par conséquent ceux qui la cultivoient ; mais si-tôt que l'usage de la lyre se fut introduit, comme elle pouvoit accompagner le chant du musicien même qui la touchoit, & qu'elle ne lui défiguroit point les traits du visage comme faisoit la flûte, celle-ci en fut notablement décréditée, & abandonnée en quelque sorte aux gens de la plus vile condition, qui ne firent plus fortune par ce moyen. Or, ajoute Liceti, comme dans ces anciens tems la monnoie de cuir avoit cours, & que les joueurs de flûte ne gagnoient presque rien, les joueurs de lyre leur ayant enlevé leurs meilleures pratiques, les Poëtes feignirent qu'Apollon, vainqueur de Marsias, l'avoit écorché. Ils ajouterent que son sang avoit été métamorphosé en un fleuve qui portoit le même nom, & qui traversoit la ville de Célènes, où l'on voyoit dans la place publique, dit Hérodote, la peau de ce musicien suspendue en forme d'outre ou de ballon ; d'autres assurent que le desespoir d'avoir été vaincu, fit qu'il se précipita dans ce fleuve & s'y noya ". Comme les eaux de ce fleuve paroissoient rouges, peut-être à cause de son sable, la fable dit qu'elles furent teintes du sang de Marsyas.
L'ancienne musique instrumentale lui étoit redevable de plusieurs découvertes. Il perfectionna surtout le jeu de la flûte & du chalumeau, qui avant lui étoient simples. Il joignit ensemble, par le moyen de la cire & de quelqu'autres fils, plusieurs tuyaux ou roseaux de différentes longueurs, d'où résulta le chalumeau composé ; il fut aussi l'inventeur de la double flûte, dont quelques-uns cependant font honneur à son pere : ce fut encore lui qui pour empêcher le gonflement du visage si ordinaire dans le jeu des instrumens à vent, & pour donner plus de force au joueur, imagina une espece de ligature ou de bandage composé de plusieurs courroies, qui affermissoient les joues & les levres, de façon qu'elles ne laissoient entre celles-ci qu'une petite fente pour y introduire le bec de la flute.
Les représentations de Marsyas décoroient plusieurs édifices. Il y avoit dans la citadelle d'Athènes, une statue de Minerve, qui châtioit le satyre Marsyas, pour s'être approprié les flûtes que la déesse avoit rejettées avec mépris. On voyoit à Mantinée, dans le temple de Latone, un Marsyas jouant de la double flûte, & il n'avoit point été oublié dans le beau tableau de Polygnote, qui représentoit la descente d'Ulysse aux enfers. Servius témoigne que les villes libres avoient dans la place publique une statue de Marsyas, qui étoit comme un symbole de leur liberté, à cause de la liaison intime de Marsyas pris pour Silène avec Bacchus, connu des Romains sous le nom de Liber. Il y avoit à Rome, dans le Forum, une de ces statues, avec un tribunal dressé tout auprès, où l'on rendoit la justice. Les avocats qui gagnoient leur cause avoient soin de couronner cette statue de Marsyas, comme pour le remercier du succès de leur éloquence, & pour se le rendre favorable, en qualité d'excellent joueur de flûte ; car on sait combien le son de cet instrument & des autres influoit alors dans la déclamation, & combien il étoit capable d'animer les orateurs & les acteurs : enfin on voyoit à Rome, dans le temple de la Concorde, un Marsyas garroté, peint de la main de Zeuxis. (D.J.)
|
| MARTAGON | S. m. lilium floribus reflexis montanum, (Jardinage) est une plante bulbeuse, qu'on peut regarder comme une espece de lys ; du haut d'une tige de deux piés s'élevent des ramilles où viennent des fleurs dont les feuilles sans queue sont recourbées en s'ouvrant & se frisent ; il en sort de petits brins avec leurs chapiteaux, dont celui du milieu est plus élevé ; ils fleurissent l'été.
Ses couleurs sont variées ; on en voit de jaunes, de pourprées, de blanches, de rouges.
Le martagon demande la culture des lis, peu de soleil, & à être replanté si-tôt que ses cayeux sont détachés.
|
| MARTAVAN | ou MARTABAN, (Géogr.) royaume d'Asie, dans la presqu'île au-delà du Gange, sur le golfe de Bengale. L'air y est sain, & le terroir fertile en riz & en toutes sortes de fruits. On dit qu'il y a des mines de fer, de plomb, d'acier & de cuivre. On y fait ces vases de terre nommés martavanes, dont quelques-uns contiennent jusqu'à deux pipes. On en use beaucoup dans l'Inde, parce que le vin, l'eau & l'huile s'y conservent parfaitement bien. Ils sont fort recherchés des Portugais, qui s'en servent dans leurs navires pour les Indes. Ce royaume appartient présentement au roi de Siam, qui s'en est emparé, & l'a réduit en province. Sa capitale se nomme Martavan. (D.J.)
MARTAVAN, (Géogr.) ville d'Asie, dans la presqu'île au-delà du Gange, capitale de la province de Martavan, auquel elle donne son nom. Elle est peuplée, riche, & la bonté de son port y contribue beaucoup. Long. 115. 25. lat. 15. 35. (D.J.)
|
| MARTE | MARTES, s. f. (Hist. nat.) animal quadrupede, qui ne differe de la fouine que par les couleurs du poil ; aussi les Latins comprennent-ils l'une & l'autre sous le nom de martes. La marte est plus sauvage que la fouine : on l'a appellée marte sauvage, ou marte des sapins, pour la distinguer de la fouine, qui a été désignée par les noms de marte domestique, ou marte des hêtres ; mais les martes & les fouines se trouvent dans toutes sortes de forêts, même dans celles où il n'y a ni sapins, ni hêtres. Les martes sont originaires du climat du nord, où elles se trouvent en très-grand nombre ; il y en a peu dans les climats tempérés, & on n'en voit aucune dans les pays chauds. Il y a quelques martes en France. Cet animal a un duvet de couleur cendrée, légerement teinte de couleur de lilas sur la plus grande partie de sa longueur, & de couleur fauve très-claire & presque blanchâtre à l'extrémité ; les poils longs & fermes sont de la même couleur que le duvet sur la moitié de leur longueur, le reste est luisant & de couleur brune mêlée de roux ; le bout du museau, la poitrine, les quatre jambes & la queue ont une couleur brune, noirâtre, très-légerement teinte de fauve ; la gorge, la partie inférieure du cou, & la partie antérieure de la poitrine, sont de couleur mêlée de blanc & d'orange sale plus ou moins apparent à différens aspects ; il y a au milieu de cette couleur deux petites taches brunes placées, l'une sur la gorge, & l'autre entre le cou & la poitrine. La marte parcourt les bois, grimpe au-dessus des arbres, vir de chair, & détruit une quantité prodigieuse d'oiseaux, dont elle suce les oeufs. Elle prend les écureuils, les mulots, les lerots, &c. Lorsqu'elle est prête à mettre bas, elle s'empare du nid d'un écureuil, d'un duc, d'une buse, ou des trous de vieux arbres, habités par des pies de bois & d'autres oiseaux. La marte met bas au printems ; la portée n'est que de deux ou trois. Les martes sont aussi communes dans l'Amérique, que dans le nord de l'Europe & de l'Asie. Hist. nat. gen. & part. tom. VII. Voyez QUADRUPEDE.
MARTE ZIBELINE, martes zibelina. (Hist. nat.) animal quadrupede, un peu plus petit que la marte. Il n'en differe que par les couleurs du poil ; la gorge est grise, la partie antérieure de la tête & les oreilles sont d'un gris blanchâtre ; tout le reste de l'animal est de couleur fauve obscure. Sa fourrure est bien plus précieuse que celle de la marte. Voyez Rai, synops. anim. quadr.
On distingue deux sortes de martes ; savoir, les martes communes & les martes zibelines.
Les peaux des martes communes font partie du commerce de la pelleterie. On les tire de divers pays, mais sur-tout du Canada, de Prusse & de Biscaye.
Les martes zibelines, autrement souris de Moscovie, sont des especes de fouines très-sauvages, qui ne vivent que dans les vastes forêts. Leur peau est garnie d'un poil doux, lustré, tirant sur le noir, & assez long ; on en fait des fourrures très-précieuses. Ces animaux se trouvent principalement dans la Laponie & dans la Sibérie, où on les tue à coups de fusil pour le profit du czar de Moscovie, qui emploie à cette chasse les criminels condamnés, & y envoie même quelquefois des régimens entiers.
Les martes zibelines s'achetent par caisses assorties de dix masses ou timbres, depuis le numero 1 jusqu'au numero 10, qui vont toujours en diminuant de beauté depuis le premier numero jusqu'au dernier.
La masse est composée de vingt paires, ou quarante peaux.
Les martes zibelines qui se voient en France, sont tirées presque toutes de Hollande, d'Angleterre ou de Hambourg. Les marchands merciers & les pelletiers en font tout le commerce. Les premiers en gros ; mais les pelletiers leur donnent quelques apprêts pour les rendre plus douces & plus belles, & en font des manchons, palatines & autres fourrures précieuses qu'ils vendent dans leurs boutiques. Les martes zibelines se nomment aussi hermelines, armelines, zebelles, zebellines, zybellines & sebelines. Voyez le Diction. du comm.
|
| MARTEAU | POISSON JUIF, ou ZIGENE, JOUZIOU, en latin libella, Pl. XIII. fig. 4. (Hist. nat.) poisson de mer auquel on a donné le nom de marteau, parce qu'il ressemble beaucoup par sa forme à un vrai marteau. Il a la tête beaucoup plus large que longue, les yeux placés à chacune des extrémités latérales ; la bouche est grande & garnie de trois rangs de dents larges, pointues, fortes & dirigées vers les côtés ; les ouies sont apparentes & situées sur les côtés du corps ; la langue est large. Ce poisson a deux nageoires auprès des ouies, & deux près de la queue, qui est fourchue ; le dos est noir, & le ventre blanc. Sa chair n'est pas bonne à manger, elle a une mauvaise odeur, elle est dure & d'un mauvais goût. Rond. Hist. des poiss. part. I. liv. XIII. chap. x. Voyez POISSON CETACEE.
MARTEAU, s. m. (Art. méchan.) instrument de fer ou de bois, qui sert à frapper ou à battre. Il est nécessaire à presque tous les ouvriers. Il y a la tête ou le marteau proprement dit, & le manche. On distingue à la tête, la panne, ou gros bout, quarré, ou rond & plat, l'oeil & la queue. Voyez les articles suivans.
MARTEAU, en Anatomie, signifie un des os de l'oreille, ainsi nommé à cause de la ressemblance qu'il a avec un marteau. Quelques-uns assurent qu'il fut premierement découvert par Alexandre Achillinus, quoique d'autres ayent attribué mal-à-propos cette découverte à Carpi. Voyez Douglas, bibliot. anat. p. 48. Voyez aussi OREILLES.
MARTEAU D'ARME, (Art. milit.) c'est un marteau emmanché d'un long manche, dont on se servoit anciennement dans les combats.
La différence, dit le pere Daniel, qu'il y avoit entre le mail ou maillet, & le marteau d'arme, est que le revers du maillet étoit quarré, ou un peu arrondi par les deux bouts, & que le marteau d'arme avoit un côté quarré & arrondi, & l'autre en pointe ou tranchant. (Q)
MARTEAU, (Hidr.) voyez OUTIL de Fontainier, au mot FONTAINIER.
MARTEAU, (Marine) c'est une piece de bois plate, percée au milieu, & qui passe par la fleche de l'arbalete. Voyez ARBALETE.
Marteau à dents. Marteau fourchu qui sert à arracher les clous, quand on construit ou qu'on radoube un bâtiment.
MARTEAU, outil d'Arquebusier ; ce marteau n'a rien de particulier, & est comme celui de plusieurs autres ouvriers. Les Arquebusiers s'en servent à différens usages, & en ont de plus petits.
MARTEAU A FRAPPER DEVANT, outil d'Arquebusier ; ce marteau est fait comme le gros marteau des Serruriers, & sert aux Arquebusiers pour forger quelques grosses pieces de fer. Ce marteau tire son nom de ce que c'est un garçon qui le tient & qui est devant l'enclume pour frapper, pendant qu'un autre est de l'autre côté qui tient le fer à forger d'une main, & que de l'autre il frappe à son tour avec le marteau à main.
MARTEAU A MAIN, outil d'Arquebusier ; ce marteau est un peu moins gros que le marteau à frapper devant, & a le manche plus court : il sert aux Arquebusiers pour forger des pieces de moyenne grosseur, & quand ils forgent seuls.
MARTEAU A EMBOUTIR, (Bijoutier) c'est un marteau dont la plane est convexe, & qui sert à creuser un vase sur une espece de moule qui a la même forme & qu'on appelle dé. Voyez DE.
MARTEAU A SERTIR, en terme de Bijoutier ; est un marteau très-petit, ayant une tranche & une plane, la panne arrondie en goutte de suif & la tranche obtuse, avec une inclination de demi-cercle, dont on se sert pour rabattre les sertissures d'une garniture sur un caillou ou autre chose quelconque. On se sert le plus souvent de la panne pour ne pas maltraiter la sertissure qui est un morceau d'or fort mince ; on ne se sert de la tranche que pour faire obéir les endroits qui résistent trop à la plane, & où on ne peut pas s'en servir commodément, parce que la tranche du marteau faisant une cavité, il faut ensuite l'atteindre à la lime ; & que, s'il y en avoit plusieurs ou qu'elles fussent profondes, on couroit risque en l'atteignant de trop affoiblir les parties voisines, & d'ôter la solidité de la sertissure.
MARTEAU, (Bourrelier) les Bourreliers se servent de deux sortes de marteaux ; l'un qu'ils appellent simplement marteau, & l'autre qu'ils nomment marteau serre-attache.
Le marteau simple des Bourreliers est fait à-peu-près comme celui des Selliers, mais un peu plus gros. La masse en est un peu allongée pour sa grosseur, arrondie par un bout & un peu applatie par l'autre, toute la masse est un peu courbée en-dedans. Le manche de ce marteau est de bois d'environ dix pouces de longueur, arrondi par em-bas & un peu plus gros que par-tout ailleurs.
Le marteau serre-attache est tout de fer, masse & manche. La masse en est droite, arrondie des deux côtés, moins longue & plus grosse que celle du marteau simple. Le manche qui est aussi de fer a un pié & demi de longueur, & se sépare par le bout en deux parties qui sont un peu écartées & qui se recourbent en-dedans. On s'en sert pour la couture des soupentes. Comme les soupentes se cousent avec des lanieres de cuir au lieu de fil, ces lanieres n'obéissent point, & ainsi la couture seroit naturellement lâche. Pour la serrer comme il faut, on commence par applatir le point en frappant dessus avec la masse, & ensuite on tortille le bout de la laniere autour du manche, & on le fait passer entre les deux crochets recourbés, ce qui donne à l'ouvrier beaucoup plus de facilité pour tirer la laniere & serrer le point. Voyez la fig. Pl. du Bourrelier.
MARTEAU, terme & outil de Ceinturiers, qui leur sert pour rogner le superflu de leurs ouvrages & pour river.
Ce marteau a d'un côté une tête quarrée, & de l'autre est fait en forme de hachette fort tranchante. Voyez la fig. Pl. du Ceinturier.
MARTEAU, terme & outil de Chaînetiers ; qui leur sert pour joindre exactement le bout des S des chaînes contre le milieu de la derniere S.
Ce marteau n'a rien de particulier, a une panne quarrée & l'autre bout plat, avec un manche assez court.
MARTEAU A POLIR, terme & outil de Chaînetiers ; c'est un marteau dont les deux bouts sont quarrés, qui peut avoir un pouce de surface. Ils l'appellent marteau à polir, parce que quand leur ouvrage est presque fait, ils en corrigent les défauts avec ce marteau, dont la surface des pannes est assez unie pour qu'ils ne craignent point de rayer ou gâter leur ouvrage.
MARTEAU, GROS, outil de Charron ; c'est un morceau de fer quarré d'un bout & plat de l'autre bout, qui est plus mince & un peu recourbé, fendu par le milieu formant une fourchette, au milieu duquel est un oeil où se place un manche assez gros & long de deux piés & demi. Les Charrons s'en servent pour chasser des chevilles de bois ou de fer, &c.
MARTEAU MOYEN, outil de Charron ; c'est un marteau dont un pan est quarré de la largeur de deux pouces, l'autre pan est plat, fendu & un peu recourbé, au milieu est un oeil où se place le manche qui est long de dix-huit pouces & gros à proportion. Les Charrons s'en servent pour des ouvrages un peu moins forts.
MARTEAU, (Charpentier) il sert aux Charpentiers pour faire entrer les chevilles de fer qu'ils sont obligés d'employer dans certains ouvrages. Voyez la fig. Pl. des outils du Charpentier.
MARTEAU, (Chauderonnier) les Chauderonniers ont diverses sortes de marteaux, entr'autres le marteau rond, le marteau à panne, le marteau à planer, & le marteau à river.
Le marteau rond n'a qu'un côté, mais qui est long de plus d'un pié, avec son diametre d'environ un pouce. Il sert à enlever les chauderons, c'est-à-dire, à en faire le fond sur la grande bigorne. Voyez la fig. Pl. du Chauderonnier.
Le marteau à planer n'a pareillement qu'un côté, mais la masse en est large, plate, unie & fort pesante : c'est avec lui qu'on plane les chauderons, en les battant sur l'enclume pour les rendre plus minces.
Le marteau à panne a deux côtés, &, à la pesanteur près, il est semblable à celui des Serruriers. Il sert à faire les bords des chauderons.
Le marteau à river est un petit marteau ordinaire avec lequel les Chauderonniers rivent leurs clous de cuivre, soit sur la bigorne d'établi, soit contre l'enclumeau. Voyez ENCLUMEAU.
Ces quatre sortes de marteaux servent aussi aux Ferblantiers. Voyez les fig. Pl. du Ferblantier.
MARTEAU DE BOIS, (Chauderonnier) il leur sert à fermer les cors-de-chasse, les trompettes, & autres ouvrages, & à dresser leur cuivre, &c. Voyez les Pl.
MARTEAUX A REPASSER, (Chauderonnier) il leur sert à polir l'ouvrage quand il est plané. Voyez REPASSER.
MARTEAU, (Cloutier) le marteau des Cloutiers est un peu différent des marteaux ordinaires. Sa masse est un quarré long, & le trou par où on l'emmanche n'est pas placé précisément au milieu de la masse, mais vers une de ses extrémités. Les Cloutiers ont deux marteaux qui ne different que par la grosseur de la masse, & dont ils se servent selon le plus ou moins de délicatesse des ouvrages qu'ils font. Voyez Planches du Cloutier.
MARTEAU, (Cordonnier) il lui sert à attacher les clous & les chevilles de bois sous le talon. Voyez la fig. Pl. du Cordonnier-Bottier.
MARTEAU, (Coutelier) les marteaux du coutelier sont les mêmes que ceux du taillandier & du serrurier. Voyez l'article COUTELIER.
MARTEAU A ARDOISE, (Couvreur) il sert à tailler l'ardoise, & à la percer ou piquer pour faire les trous des clous.
MARTEAU A PLAQUER, (Ebéniste) dont se servent les Ebénistes, & ne differe du marteau ordinaire qu'en ce que la panne est beaucoup plus large ; on s'en sert pour appliquer les plaques en les collant. Voyez la fig. Planches de Marqueterie.
MARTEAU D'ENLEVURE DU FORGEUR, (Eperonnier) en terme d'éperonnier, se dit d'un marteau à tranche & à panne de la grosseur ordinaire, dont le forgeur se sert lorsqu'il est question d'enlever des branches ou des embouchures d'un barreau. Voyez FORGEUR, EMBOUCHURES & BRANCHES.
MARTEAU D'ENLEVURE A RABATTRE, en terme d'Eperonnier, est le marteau dont l'ouvrier, qui est sur le côté du forgeur & frappe en rabattant, se sert. Il est plus pesant que le marteau du forgeur, & de devant. Voyez MARTEAU DU FORGEUR & MARTEAU DE DEVANT.
MARTEAU D'ENLEVURE DE-DEVANT : parmi les Eperonniers se dit d'un marteau plus gros que le marteau du forgeur, qui tire son nom de la place que l'ouvrier qui s'en sert occupe vers l'enclume.
MARTEAU A PANNER, en terme d'Eperonnier, se dit d'un marteau d'une médiocre grosseur, dont la panne est fort mince : elle peut être ronde ou quarrée, & on s'en sert pour panner. Voyez PANNER.
MARTEAU, outil de Ferblantier. Ce marteau est gros environ du pouce, a un pan rond & la face extrèmement unie. L'autre pan est plat, quarré, & un peu mince ; il sert aux Ferblantiers à plusieurs usages. Voyez les Planches du Ferblantier.
MARTEAU A EMBOUTIR, outil de Ferblantier. Ce marteau est courbe en-dedans, & forme un quart de cercle, au milieu duquel est un oeil dans lequel se pose un manche de bois de la longueur d'environ un pié. Les gouges ou pans de ce marteau, sont toutes rondes, & ont les faces faites en tête de diamant uni & rond ; il sert aux Ferblantiers pour emboutir, c'est-à-dire pour faire prendre à un morceau de fer-blanc la figure d'une boule coupée par le milieu. Voyez les fig. Pl. du Ferblantier.
MARTEAU A PLANER & A REDR ESSER, outil de Ferblantier ; ce marteau est un morceau de fer de la longueur de six ou huit pouces, rond des deux pans & gros dans sa circonférence d'environ un pouce & demi ; les deux faces de ce marteau sont fort unies. Les Ferblantiers s'en servent pour planer & redresser les morceaux de fer-blanc qu'ils emploient. Voyez la fig. Pl. du Ferblantier.
MARTEAU A REPARER, outil des Ferblantiers ; ce marteau tire son nom de son usage, & est fait à peu-près comme le marteau à emboutir ; excepté que le pan de ce marteau a les faces longues & plattes ; il y en a aussi qui les ont demi rondes, &c. Ils servent tous à réparer les inégalités que le marteau à emboutir a formées sur la piece que l'on travaille. Voyez la fig. Pl. du Ferblantier.
MARTEAU, outil de Fourbisseur ; ce marteau est long de six pouces, rond & plat d'un côté, & plat & quarré de l'autre. Il sert aux Fourbisseurs pour chasser les gardes d'épées dans la soie avec le chasse poignée, pour les assujettir au corps des lames.
MARTEAU, outil de Gainier ; c'est un marteau de la grosseur d'un pouce, dont un pan est rond, & l'autre est plat, qui sert aux Gainiers à différens usages. Ils en ont aussi qui ne sont pas plus gros qu'un tuyau de plume, & qui servent pour assujettir les clous d'ornement.
MARTEAU, (Horlogerie) les Horlogers en ont de plusieurs especes d'établi, qui sont d'une moyenne grosseur ; ils en ont à deux têtes & à tête ronde, pour river de tranchant, pour redresser des pieces trempées & un peu revenues : enfin, ils en ont de bois & de cuivre pour frapper sur des pieces sans les gâter.
MARTEAU, terme d'Horlogerie, signifie en général la piece qui, dans les horloges de toutes especes, frappe sur le timbre.
On distingue dans un marteau la tête, la tige, & la queue. La tête est cette partie par laquelle il frappe sur le timbre ; la tige, celle sur laquelle il est monté, & la queue une espece d'aîle ou de palette, par laquelle la roue de la sonnerie le fait mouvoir ; mais tous les marteaux n'étant pas faits de même, cette distinction de parties ne peut avoir lieu que pour quelques-uns.
Pour qu'un marteau soit bien disposé, il faut qu'avec une puissance donnée il puisse frapper le plus grand coup. La premiere regle pour cet effet, c'est qu'il soit aussi pesant, & que son centre de percussion soit aussi éloigné de celui de son mouvement, qu'il est possible. La seconde, c'est qu'il rencontre le timbre dans une perpendiculaire, qui passeroit par ces deux centres. Les marteaux dont on se sert dans les horloges, les pendules, les réveils, les montres à répétition, &c. sont faits de différentes façons. Voyez HORLOGE, PENDULE, REPETITION, PERCUSSION, &c.
MARTEAU, outil des Facteurs d'orgue, représenté dans les Pl. d'orgue, est un marteau à deux têtes rondes, dont la face est très-polie & bien dressée, qui leur sert à planer sur un tas les feuilles de plomb ou d'étain qu'ils ont coulées sur le coutil.
MARTEAU, (Maçonnerie) est un instrument de fer, de la même forme à-peu-près que les marteaux ordinaires ; il en differe en ce que les pannes ou extrémités de la tête sont brettelées ou dentées. C'est de cet outil dont on se sert pour tailler la pierre ; on le nomme plus communément hache.
Manier le marteau, se dit d'un habile tailleur de pierre : cet homme manie bien le marteau.
MARTEAU A SERTIR, en terme de Metteur en oeuvre ; c'est une petite masse de fer platte, tantôt ronde, tantôt quarrée, montée sur un brin de baleine plat, ou sur une branche d'acier assez longue ; ce qui lui donne plus de coup. On l'appelle marteau à sertir, parce que son principal usage est de sertir. Voyez SERTIR, Pl. du Metteur en oeuvre.
MARTEAU, ancien terme de Monnoyage, exprimoit la manutention des monnoies avant la découverte du laminoir & du balancier. Voyez MONNOIE AU MARTEAU.
MARTEAU A BOUGES, (Orfevre) sont des marteaux dont les tranches plus ou moins épaisses sont fort arrondies ; ils prennent ce nom de leur usage, servant à former les bouges des pieces d'orfévrerie ; ces marteaux sont tantôt minces, tantôt quarrés, tantôt ronds, &c. selon les bouges qu'on a à travailler. Voyez les Pl.
MARTEAU A ACHEVER, en terme d'Orfevre en grosserie, est un marteau à tranche arrondie dont on se sert pour commencer à enfoncer une piece. Voyez ENFONCER, voyez les Pl.
MARTEAU A DEVANT, en terme d'Orfevre en grosserie, c'est un gros marteau à tranche & à panne, ainsi nommé, parce qu'il n'y a que ceux qui forgent sur le devant de l'enclume qui s'en servent. Voyez les Pl.
MARTEAU DE BOIS, en terme d'Orfevre en grosserie, est un marteau qui ne differe du marteau de fer que par son usage, qui est de dresser une piece sur laquelle les marteaux de fer ont imprimé leurs coups. Voyez DRESSER, voyez les Pl. Ils sont ou de bouis ou de frêne.
MARTEAU A RETRAINDRE, (Orfevre) est parmi les Orfevres en grosserie un marteau tranchant par les deux bouts, mais d'une tranche un peu arrondie, afin d'étendre la matiere sans la couper, ou marquer des coups trop profonds. Voyez les Planches & RETRAINDRE.
MARTEAU DE PAVEUR, (Art. méchan.) il differe des autres marteaux en ce que la partie depuis l'oeil jusqu'à la tête est plus longue qu'à l'ordinaire, & est façonnée à huit pans. La partie depuis l'oeil jusqu'à la pointe s'appelle pioche : elle est en forme de feuille de sauge. Elle sert à remuer le sable ou la terre avant que de pousser le pavé. Pour faire ce marteau, le taillandier prend une barre de fer quarrée, de grosseur convenable ; il perce l'oeil à la distance du bout nécessaire pour pouvoir y souder la pioche : il soude la pioche. Il en fait autant à la tête, & il acheve ensuite le marteau comme ses autres ouvrages. Il faut savoir que la tête & la pioche sont aciérées.
MARTEAU A BOUGES, en terme de Planeur, sont des marteaux dont la panne est tant soit peu arrondie, pour creuser la piece & former le bouge.
MARTEAU A MARLIE, en terme de Planeur, signifie un marteau à bouge, dont la panne est arrondie proportionnellement à la grandeur de la marlie.
MARTEAU A PLANER, en terme de Planeur, est un marteau qui sert à effacer les coups trop sensibles des marteaux tranchans de la forge. Ils ont la panne fort unie & plate. Voyez les Pl.
MARTEAU A BATTRE LES LIVRES. Cet outil de Relieurs doit être de fer, ayant la tête plus menue que le bas, que l'on nomme la platine ; cette platine doit être toute des plus polies. Voyez les Pl. de la Reliure, & la fig. qui représente un ouvrier qui bat plusieurs feuilles d'un livre.
MARTEAU A ENDOSSER est un marteau ordinaire, avec cette différence que la queue n'en doit pas être fendue. Il sert aussi à coigner les ficelles.
MARTEAU, (Serrurerie) c'est l'instrument dont ils se servent pour donner la forme premiere à froid ou à chaud à leurs ouvrages.
Ils en ont pour la forge à main, de panne & de traverse ; ils ont dix-neuf à vingt-deux lignes en quarré par la tête, & sept à huit pouces de long.
Les marteaux de devant, ou de ceux qui sont placés à la forge devant l'enclume, sont aussi de deux sortes, à panne & à traverse, & ont vingt-huit à vingt-neuf lignes en quarré par la tête, sur six à sept pouces de long.
Ils sont tous emmanchés de bois de cornouillier, de deux piés & demi de long ou environ.
Le marteau à panne a cette partie parallele au manche.
Le marteau à traverse a sa panne perpendiculaire au manche.
Si le forgeron se propose de diminuer ou d'élargir, ou d'allonger une partie de sa barre, il fait servir la panne.
S'il faut la diminuer sans l'élargir, celui qui frappe devant prend un marteau à panne, & ceux qui sont à ses côtés chacun un marteau de traverse.
S'il s'agissoit au contraire d'élargir, le frappeur du milieu prend un marteau de traverse, & les deux autres des marteaux à panne.
Lorsque le forgeron a réduit la piece à la largeur convenable, il dit de tête, & tous les batteurs retournent leurs marteaux.
L e marteau du forgeron est toujours le même que celui de l'ouvrier qui frappe devant ; il est seulement plus petit.
Le marteau à bigorner est à panne, mais plus petit que le marteau à main. Il prend son nom de la partie de l'enclume où l'on travaille quand on s'en sert.
La marteau à tête plate est ordinairement à deux têtes ; il sert à planer & à dresser les pieces qui sont minces & qui ont une certaine étendue, comme les platines des targettes ; elles en deviennent plus faciles à blanchir à la lime, & sont plus achevées au cas qu'elles doivent rester noires.
MARTEAU, (Taillandier) Les marteaux du taillandier sont les mêmes que ceux du coutelier & du serrurier, mais c'est lui qui en pourvoit tous les ouvriers. Il prend un ou plusieurs morceaux de fer qu'il soude ; il en forme le corps du marteau, il aciere ensuite la tête & la panne ; il perce l'oeil ; il lime ensuite son ouvrage, le trempe, & finit par le polir au grès.
MARTEAU DU TAILLEUR DE PIERRE ; il y en a de formes & de noms différens ; l'un s'appelle pioche, & il y a la pioche pour la pierre dure, & la pioche pour la pierre tendre. La premiere a son extrémité pointue, la seconde l'a en tranche. L'autre, hache, la hache a les deux extrémités tranchantes, mais une de ces extrémités est à dents ou dentelée. Pour les forger on prend une barre de fer plat de longueur convenable, à l'extrémité de laquelle on soude une mise de la largeur de la barre, & de la longueur que doit avoir la partie du marteau comprise depuis l'oeil jusqu'au tranchant. Cette mise sera prise encore assez forte pour donner, quand elle sera fendue, l'épaisseur nécessaire à l'oeil. On prend ensuite une autre barre de fer de la même largeur & épaisseur que la premiere ; à l'extrémité de celle-ci on soude une seconde mise de la solidité de la premiere. Lorsque ces deux pieces sont ainsi préparées, on fait chauffer les parties de l'une & de l'autre barre où les mises ont été soudées ; lorsqu'elles sont assez chaudes, on les applique l'une sur l'autre pour les faire prendre & les corroyer ensemble. Notez que les deux mises ne doivent point se toucher à l'endroit où l'oeil doit être formé, & que là il doit rester un vuide entr'elles. Lorsque cette partie du marteau est ainsi faite, on travaille à l'autre de la même maniere, on finit l'oeil avec un mandrin ; l'oeil achevé, on forme le tranchant : pour cet effet on ouvre le bout avec la tranche, & dans cette ouverture l'on insere une bille d'acier que l'on nomme aciérure : on en fait autant à l'autre bout. Lorsque le forgeron aciere une partie, il la finit tout de suite : cela fait, il répare au marteau, à la lime ; il trempe, & l'ouvrage est à sa fin, &c.
MARTEAU, (Vitrier) Le marteau des Vitriers est de même que celui des Tapissiers, mais plus fort.
|
| MARTEL | (Géogr.) petite ville de France dans le Quercy, élection de Cahors, sur la Dordogne. Longitude 18. 18. latitude 45. 4. (D.J.)
|
| MARTELAGE | S. m. (Jurisprud.) terme d'eaux & forêts qui signifie la marque que font les officiers avec un marteau sur certains arbres, tels que sont les chablis & arbres de débit, & lorsqu'ils font l'assiete des ventes, les piés corniers, tournans & arbres de lisiere, les baliveaux & autres arbres de reserve. Le garde-marteau doit faire le martelage en personne. Voyez l'ordonnance des eaux & forêts, titre 7, article 3 & 4, & en divers autres endroits. Voyez aussi GARDE-MARTEAU. (A)
|
| MARTELET | S. m. (Hist. nat.) Voyez MARTINET & MOUTARDIER.
MARTELET, (Couvr. & autres artis.) est un petit marteau avec un long manche de bois, qui sert aux Couvreurs pour tailler la tuile.
MARTELET, (ancien terme de Monnoyage) c'étoit un marteau ou seconde espece de fletoir ; il étoit beaucoup plus leger que la masse, & servoit à arrondir les carreaux ou plûtôt à en adoucir les pointes.
MARTELET, (Orfévrerie) petit marteau dont les Orfévres se servent pour travailler les ouvrages délicats.
|
| MARTELEUR | S. m. (Art méc.) ouvrier occupé au marteau dans les grosses forges. Voyez l'article FORGES.
|
| MARTELINE | S. f. terme de Fonderie, est un marteau d'acier pointu par un bout, & qui a plusieurs dents de l'autre, avec lequel celui qui polit l'ouvrage sortant de la fonte, abat la crasse qui se fait sur le bronze par le mélange de quelques parties de la potée avec le métal. Voyez la fig. Pl. du Sculpteur.
MARTELINE, (Sculpture) est un petit marteau qui a des dents d'un côté en maniere de doubles pointes, fortes & forgées quarrément pour avoir plus de force, & qui se termine en pointe par l'autre bout.
La marteline doit être de bon acier de carme. Les Sculpteurs s'en servent à gruger le marbre, particulierement dans les endroits où ils ne peuvent s'aider des deux mains pour travailler avec le ciseau & la masse. Voyez les Pl.
|
| MARTELLÉES | (Vénerie) il se dit des fientes ou fumées de bêtes fauves qui n'ont pas d'aiguillon au bout.
Marteller se dit en Fauconnerie des oiseaux de proie quand ils font leurs nids.
|
| MARTHE | SAINTE, (Géog.) province de l'Amérique méridionale, sur la côte de terre ferme, vers le levant. Elle a 70 lieues de long, sur presque autant de large : il y fait extrèmement chaud du côté de la mer du nord, mais le dedans du pays est assez froid, à cause des hautes montagnes qui l'environnent. On y trouve des salines, des oranges, des grenades, des limons, & quelques mines d'or. Les Espagnols possédent seulement une partie de cette province, dont Sainte-Marthe la capitale, étoit assez considérable du tems que les flottes d'Espagne y abordoient ; mais ce n'est plus à-présent qu'un village de trente maisons. Long. de ce village 303. 45'. 30''. lat. 11. 26'. 40''. Mém. de l'acad. des Sc. 1729.
MARTHE, Sainte, (Géog.) ou SIERRA NEVEDA, montagne de la nouvelle Espagne dans la zone torride, à 60 lieues de la mer. Cette montagne passe pour une des plus hautes du monde : on lui donne une lieue d'élévation & 30 à 40 de circuit. Son sommet est toujours couvert de neige : on l'apperçoit, dit-on, quand le tems est serein, du cap de Tibérin, situé dans l'île de Saint-Domingue, qui en est à 150 lieues ; mais on ne l'apperçoit sans doute qu'en imagination. Le pié de cette montagne est habité par des peuples de si petite taille, qu'ils peuvent passer pour des pigmées. Long. 323. lat. 8. (D.J.)
|
| MARTIA | (Littérat.) épithete que les Romains donnerent à Junon ; cette déesse avoit à Rome un temple sous le nom de Juno martia, Junon mere de Mars. (D.J.)
|
| MARTIAL | adj. (Gram.) né pour la guerre. Ainsi l'on dit, cet homme a l'ame martiale ; tels étoient le grand Condé, Charles XII. Alexandre.
MARTIAL, oethiops, (Mat. med.) Voyez MARS.
|
| MARTIALE | COUR, (Hist. mod. d'Angl.) c'est ainsi qu'on appelle en Angleterre le conseil de guerre, établi pour juger la conduite des généraux, des amiraux, & la décision est quelquefois très-sévere.
La coutume de juger séverement, & de flétrir les généraux malheureusement, dit M. de Voltaire, a passé de la Turquie dans les états chrétiens. L'empereur Charles VI. en a donné deux exemples dans la derniere guerre contre les Turcs, guerre qui passoit dans l'Europe pour avoir été plus mal conduite encore dans le cabinet, que malheureuse par les armes. Les Suédois, depuis ce tems-là, condamnerent à mort deux de leurs généraux, dont toute l'Europe plaignit la destinée ; & cette sévérité ne rendit pas leur gouvernement ni plus respectable, ni plus heureux au-dedans. Enfin l'amiral Matthews succomba dans le procès qui lui fut fait après le combat naval, contre les deux escadres combinées de France & d'Espagne en 1744.
Il paroît, continue notre historien philosophe, que l'équité exigeroit que l'honneur & la vie d'un général ne dépendît pas d'un mauvais succès. Il est sûr qu'un général fait toujours ce qu'il peut, à moins qu'il soit traître ou rebelle, & qu'il n'y a guère de justice à punir cruellement un homme qui a fait tout ce que lui permettoit ses talens : peut-être même ne seroit-il pas de la politique, d'introduire l'usage de poursuivre un général malheureux, car alors ceux qui auroient mal commencé une campagne au service de leur prince, pourroient être tentés de l'aller finir chez les ennemis. (D.J.)
MARTIALE, fleur, (Mat. med.) Voyez MARS.
|
| MARTIANA SYLVA | (Géog. anc.) forêt de la Germanie, qu'on nomme vulgairement sehwartz-wald, & en françois, forêt noire. On croit que c'est la même que Ptolomée appelle eremus Helvetiorum. Voyez HERCYNIE. (D.J.)
|
| MARTIATUM | onguent, (Pharmacie & matiere médicale externe). Cet onguent est composé d'huile d'olive, dans laquelle on a fait macerer pendant trois jours un grand nombre de matieres végétales, dont la plus grande partie contient une huile essentielle, dont l'huile d'olive se charge très-bien, & qu'elle peut retenir pendant le cours de la préparation, attendu qu'on n'y emploie que la chaleur du bain-marie. Quoique cette préparation soit à cet égard conforme aux regles de l'art, on peut observer cependant ; 1°. que quelques substances végétales parfaitement inodores, telles que les feuilles de sureau & les semences d'ortie, doivent être rejettées comme inutiles ; 2°. qu'au lieu de prendre scrupuleusement un certain nombre de plantes spécifiées dans les dispensaires, on peut prendre indistinctement quelques poignées de calices de fleurs, feuilles ou de semences très-riches en huile essentielle : ainsi donc on prendra d'huile d'olive aromatisée par une suffisante infusion de ces substances, hachées ou pilées, par exemple, huit livres : on la passera avec forte expression, on fondra dans la colature à la chaleur du bain-marie, de la cire jaune deux livres, de graine d'oie, d'ours, & de moëlle de cerf, de chacun, quatre onces (si l'artiste veut renoncer à la magnificence de ces deux derniers ingrédiens, il peut leur substituer sans scrupule du bon sain-doux ou de l'huile de laurier, selon la réforme de Lémery) de stirax liquide deux onces, de belle gomme élemi une once. Passez encore & mêlez à la colature de baume liquide du Pérou deux onces, d'huile butireuse de noix muscade demi once, de baume de copahu & de mastic en poudre de chacun une once : remuez jusqu'à ce que la matiere se refroidisse, & vous aurez votre onguent.
N. B. que si, au lieu du mastic en poudre, on employoit cette résine sous la forme de ce que Hoffman appelle baume liquide de mastic, (voyez MASTIC) on auroit un composé plus égal & plus élégant.
Cet onguent est très-précieux ; il est formé par la réunion de plusieurs matieres éminemment vulnéraires, balsamiques, résolutives, fortifiantes ; ce qui le rend propre à appaiser les douleurs des membres, à dissiper les tumeurs appellées froides, à remédier aux contractions de membres récentes, &c. Il doit son nom à un médecin nommé Martianus, qui en est l'inventeur ; car il s'est appellé d'abord unguentum martiani, & ensuite martiatum par corruption ; dénomination qui a fait tomber souvent même des gens de l'art dans l'erreur, d'imaginer que la base de cet onguent étoit quelque préparation martiale. On le trouve aussi désigné dans quelques livres sous le nom d'unguentum adjutorium. (b)
|
| MARTIAUX | JEUX (Antiq. rom.) ludi martiales ; ils furent appellés martiaux, comme ceux institués en l'honneur d'Apollon, furent appellés apollinaires. Les Romains les célébrerent d'abord dans le cirque le 13 de Mai, & dans la suite le premier d'Août, parce que c'étoit le jour auquel on avoit dédié le temple de Mars. On faisoit dans ces jeux des courses à cheval & des combats d'hommes contre les bêtes, deux choses qui s'accordoient à merveille avec la fête du dieu de la guerre. Voyez JEUX. (D.J.)
|
| MARTICLE | ou LIGNES DE TRÉLINGAGES, (Marine) petites cordes disposées par branches ou pattes en façon de fourches, qui viennent aboutir à des poulies appellées araignées ; la vergue d'artimon a des marticles qui lui tiennent lieu de balancines. Ces marticles prennent l'extrémité d'en-haut de la vergue, se terminent à des araignées, & vont répondre par d'autres cordes au chouquet du perroquet d'artimon. Au bout de chaque marticle est une étrope par où passe une poulie, sur laquelle est frappé le martinet de la vergue, qui sert pour l'appliquer. L'étai de perroquet de beaupré se termine aussi par des marticles sur l'éperon de misaine ; voyez MARINE, Pl. I. les marticles de la vergue d'artimon qui est cotée 107. & les marticles de l'étai de beaupré, coté 105.
Marticles, ce sont aussi de petites cordes qui embrassent les voiles qu'on ferle. (Z)
|
| MARTIGNY | (Géog.) Martiniacum, & en allemand Martinach, bourg du bas-Vallais, sur la riviere de Dranse, qui se jette dans le Rhône, à quelques centaines de pas de ce lieu. Il est situé dans une plaine, près des ruines d'Octodurus, qui étoit la principale place des Véragres, & une des anciennes cités des Gaules. Quelques auteurs prétendent que Martigny soit Octodurus même, on y a du moins trouvé des inscriptions romaines. Les évêques du Vallais y résidoient, avant que les guerres l'eussent ruiné. Martigny est à 50 lieues de Lyon, & à 4 de Saint-Mauris. Long. 15. 14. lat. 46. 12. (D.J.)
|
| MARTIGUES | (Géog.) petite ville de France, en Provence ; c'est une place maritime, à l'occident de Marseille, située entre la mer & l'étang, dit de Berre ou de Martigues, à l'endroit même où cet étang se dégorge dans la mer.
Cette ville jusqu'à l'an 1266. s'est appellée Saint-Gènes, en latin castrum Sancti Genesii ; elle dépend avec son territoire pour le spirituel de l'archevêché d'Arles, & les archevêques d'Arles en ont eu longtems le haut domaine.
Elle fut réunie au comté de Provence par Louis d'Anjou l'an 1382. Le roi René l'érigea en vicomté, & le donna à son neveu, Charles du Maine. Henri IV. en fit une principauté, en faveur de Marie de Luxembourg, duchesse de mercoeur. La fille unique de cette princesse épousa le duc de Vendôme, dont le petit-fils est mort en Espagne sans enfans en 1712. Le maréchal de Villars a acheté cette principauté en 1714. Long. de Martigues, 23. 3. lat. 43. 18.
J'imagine que tous les chevaliers de Malthe savent que le premier instituteur & grand-maître de leur ordre, Gérard Thom ou plutôt Gérard Tenque, étoit né à Martigues. Il administroit l'hôpital de Jérusalem en 1099, lorsque Godefroi de Bouillon prit cette ville, & l'année suivante Tenque fonda son ordre, qu'il gouverna saintement jusqu'à sa mort, arrivée en 1121. Il eut Raimond Dupuy pour successeur. (D.J.)
MARTIGUES, étang de (Géogr.) cet étang est sur la côte de Provence, entre Marseille & le Rhône ; on le nomme aussi l'étang de Berre, & le vulgaire l'appelle indifféremment l'étang, la mer, ou le golfe de Martigues. Il a quatre ou cinq lieues de long depuis la tour de Bouc, autrefois d'Embouc, c'est-à-dire de l'embouchure qui est tournée vers le levant, jusqu'à Berre, & deux lieues de large. Il est navigable par-tout, & a depuis quatre jusqu'à quatorze brasses de profondeur. Le sel qui se fait sur le bord de cet étang est très bon, & en telle quantité, qu'on en fournit la Provence, & des cantons de provinces voisines. (D.J.)
|
| MARTIN-PÊCHEUR | PÊCHEUR, MERLE D'EAU, ASTRE, MAMIER, DRAPIER, s. m. aspedo, ispida, (Hist. nat. Orn.) oiseau qui pese une once un quart ; il a six pouces de longueur depuis la pointe du bec jusqu'à l'extrémité de la queue ; l'envergeure est de dix pouces, le bec a près de deux pouces de longueur ; il est épais, fort, droit, pointu & noir, à l'exception de l'angle que forment les deux branches de la piece de dessous, qui est blanchâtre. Dans la plûpart des martins-pêcheurs, la partie supérieure du bec déborde un peu la partie inférieure ; il y en a au contraire qui ont la partie inférieure plus longue que la partie supérieure. La langue est courte, large, pointue ; le dedans de la bouche est jaunâtre ; les narines sont oblongues.
Le menton est blanc, mélé d'un peu de roux ; le milieu du ventre est d'un roux pâle ; le bas-ventre, les côtés & les plumes qui sont sous la queue sont de couleur rousse foncée, de même que celles qui sont sous les aîles. Les plumes de la poitrine sont d'une couleur rousse encore plus foncée, & leur extrémité est légérement teinte de gris. Il y a une large bande qui va depuis le cou jusqu'à la queue en passant au milieu du dos, qui est d'une très-belle couleur bleue peu foncée, mais fort éclatante. Quand on oppose l'oiseau au jour, cette couleur prend une teinte de verd. Si on regarde de fort près ces plumes bleues, on apperçoit sur quelques-unes une petite bande noire transversale. Le dessus de la tête est d'un noir verdâtre avec des bandes transversales bleues : il y a entre les narines & les yeux une tache rousse ; on en voit une autre au-delà des yeux de même couleur ; & plus bas sur les côtés du cou, une autre beaucoup plus grande de couleur blanche roussâtre ; au-dessous des ces taches, il y a une bande de couleur bleue verdâtre. Chaque aîle a vingt-trois grandes plumes, dont les trois premieres sont les plus longues ; toutes les grandes plumes, & celles du premier rang qui le recouvrent, ont les barbes extérieures bleues, & les intérieures brunes. Les plumes des autres rangs sont d'un verd foncé, excepté la pointe qui est bleue, cette pointe bleue n'est pas marquée sur les plus petites plumes qui sont près de la côte de l'aîle : les grandes plumes de l'épaule qui s'étendent sur les deux côtés du dos sont d'un verd brun. La queue est courte, elle n'a qu'un pouce & demi de longueur ; elle est composée de douze plumes, toutes d'une couleur bleue obscure ; le tuyau est noir. Les pattes sont courtes, noirâtres par-devant, & rougeâtres par-derriere, de même que la plante des piés.
On dit qu'on trouve dans le nid de cet oiseau jusqu'à neuf petits. Willughby dit en avoir vû cinq dans un creux d'une demi-aune de profondeur sur la rive d'une petite riviere. Willughby, voyez OISEAU.
MARTIN, Saint- (Géogr.) île de l'Amérique septentrionale, l'une des Antilles du golfe de Méxique, au N. O. de l'île de Saint-Barthelémi, & au S. O. de l'Anguille. On lui donne dix-huit lieues de tour, mais elle n'a ni port ni rivieres ; quelques François & quelques Hollandois en jouissent en commun. Long. 315. lat. 18. 10. (D.J.)
|
| MARTIN-VAS | (Géogr.) île de la mer du Nord, entre la côte des Cafres & celle du Brésil, environ sous le troisieme degré de long. & sous le 20e de lat. Elle est très montueuse & sans habitans. (D.J.)
|
| MARTINET | MARTELET, s. m. hirundo agrestis Plinii sive rustica, (Hist. nat. Ornithol.) oiseau qui a cinq pouces & demi de longueur depuis la pointe du bec jusqu'à l'extrémité de la queue, & neuf pouces huit lignes d'envergure. La tête est plate & le bec est très-applati, comme dans l'hirondelle ; il a les trois huitiemes d'un pouce de largeur à sa racine, & il se termine en pointe. La mâchoire supérieure est un peu plus longue que l'inférieure. Cet oiseau a le dedans de la bouche jaunâtre, la langue fourchue, & l'iris des yeux couleur de noisette. Les ongles sont blancs, les pattes sont petites & recouvertes jusqu'aux ongles d'une espece de duvet blanc ; ce caractere sert à faire distinguer très-aisément le martinet des autres oiseaux de son genre.
Le martinet a de même que l'hirondelle, la tête, le cou, le dos, la queue & les aîles d'un bleu foncé & pourpré ; cependant cette couleur est plus obscure dans le martinet. Le croupion, le ventre & la poitrine sont très-blancs ; la couleur du menton est moins blanche. Il y a dix-huit grandes plumes dans chaque aîle ; les six ou sept plumes qui se trouvent placées après la dixieme sont crenelées, & plus larges que les extérieures ; les intérieures ont la pointe blanche. La queue est moins fourchue que celle de l'hirondelle ; les plumes extérieures sont les plus longues ; elles ont deux pouces trois lignes de longueur, & celles du milieu seulement un pouce neuf lignes. Le martinet ne fait pas comme l'hirondelle, son nid dans les cheminées, mais sous les fenêtres & sous les entablemens des toits. Willughbi, Ornithol. Voyez OISEAU.
MARTINET GRAND, voyez MOUTARDIER.
MARTINET-PECHEUR, (Ornith.) voyez MARTIN PECHEUR.
MARTINET, s. m. (Marine) c'est la corde ou manoeuvre qui commence à la poulie, nommée cap de mouton, laquelle est au bout des marticles. Elle sert à faire hausser ou baisser la vergue d'artimon. Voyez MARINE, Planche premiere, ce martinet coté 49 ; & le martinet de l'avant, coté 23.
Martinet ; c'est encore un nom général qu'on donne aux marticles, à la maque, & aux araignées. (K)
MARTINET, c'est ainsi qu'on appelle dans les grosses forges une espece d'usine. Voyez l'art. GROSSE FORGE. Ce nom a été donné à ces usines du marteau qui y travaille.
MARTINET, (Papeterie) c'est ainsi qu'on appelle un gros marteau qui se meut par la force des roues d'un moulin. Il y a des martinets dans les moulins à papier, à tan, &c. Voyez les Pl. de Papeterie.
|
| MARTINGALE | S. f. (Maréchallerie) courroie de cuir qui s'attache d'un côté à la sangle du cheval sous le ventre, & de l'autre à la museliere, pour l'empêcher de lever ou de secouer la tête.
|
| MARTINIENES | CHRONIQUES, (Hist. Littér.) ouvrage ainsi nommé, parce que presque toute la premiere partie est une traduction de la chronique latine de Martin le Polonois, dominicain, qui fleurissoit en Italie au milieu du treizieme siecle. Cet auteur écrivit en deux colonnes, mettant d'un côté les papes depuis saint Pierre, & sous chacun l'histoire de sa vie & les événemens ecclésiastiques arrivés de son tems ; de l'autre les empereurs romains depuis Auguste, avec un extrait de quelques-unes de leurs actions, & les principaux événemens civils & politiques.
Cette chronique a été conduite par l'auteur jusqu'en 1276 ; il mourut l'année suivante dans le tems qu'il venoit d'être nommé à l'archevêché de Gnesne en Pologne par le pape Nicolas III. son ouvrage fut fort estimé durant le reste du siecle, & on en fit plusieurs copies : celles qui furent faites les dernieres ont à la tête du livre, immédiatement après le prologue, une histoire abrégée depuis la création du monde, dans laquelle l'auteur s'étend principalement sur le peuple romain.
Il ne s'écoula pas cinquante ans, qu'un autre auteur entreprit une seconde chronique, en adoptant celle de Martin, qu'il continua jusqu'à son tems : il fut suivi par deux autres écrivains, qui pousserent leurs recherches vers l'an 1400. Voilà ce qui forme le premier volume des chroniques martinienes : le second volume de ces chroniques ne porte le nom de martinienes que parce qu'il est joint au premier volume, dont le prologue, l'histoire romaine, & le plus grand nombre des faits, sont tirés de l'ouvrage de Martin le Polonois. Il est certain que presque tous ce qui est contenu dans ce second volume n'a jamais été écrit qu'en françois : il forme un recueil de différens morceaux qui regardent l'histoire de France, à quelques articles près ; c'est une espece de chronique du royaume de nos rois, depuis l'an 1400, jusqu'à l'an 1500.
On doit à Antoine Verard, libraire à Paris, l'édition unique de cette collection ; qu'il donna un peu après l'an 1500 ; & cette édition des chroniques martinienes est d'autant plus estimable que les chroniques latines dont elles sont la traduction, n'ont jamais été imprimées.
Voici le titre qui est à la tête de tout l'ouvrage, & qui regarde les deux volumes joints ensemble : " la chronique martiniene de tous les papes qui furent jamais, & finit au pape Alexandre dernier, décédé en 1503, & avec ce, les additions de plusieurs chroniqueurs ; c'est à savoir de messire Ververon, chanoine de Liege, monseigneur le chroniqueur Castel, monseigneur Gaguin, général des Mathurins, & autres. "
La derniere édition latine de la chronique de Martinus Polonus est faite à Cologne en 1616, infolio. L'imprimé de Martinus forme deux colonnes, l'une des papes pour l'histoire ecclésiastique, & l'autre des empereurs pour l'histoire politique de l'empire & des royaumes. On trouve deux exemplaires des chroniques martinienes à la bibliotheque du Roi. Quoiqu'il y ait autant de chapitres dans ces chroniques, qu'il y a eu de papes depuis saint Pierre jusqu'à Clément V. cet ouvrage n'est pas pour cela une simple chronique des souverains pontifes ; c'est une histoire abregée de l'Eglise, des empereurs romains, & des rois de France, jusques à l'an 1315 ; tous les faits différens y sont rapportés sous l'article de chaque pape. La continuation des chroniques martinienes est de Bernard Guidonis, mort en 1331. Le second volume de la chronique martiniene, ainsi qualifiée par l'imprimeur Verard vers l'an 1500, est un ramas de différens livres manuscrits concernant l'histoire de France.
Nous avons cru devoir parler ici de cet ouvrage, parce qu'il est fort rare, que le P. le Long n'en a donné aucune notice, & que cependant il contient des fragmens de l'histoire de France qu'on ne trouve pas ailleurs. Ceux qui voudront s'en instruire à fond, peuvent consulter le mémoire de M. l'abbé le Boeuf sur les chroniques martinienes, inséré dans le recueil de l'acad. des Inscript. tome XX. in -4°. (D.J.)
|
| MARTINIQUE | ILE DE LA, s. f. (Géogr.) c'est la principale des Antilles françoises ; elle est située par les 14d. 43'. & 9''. de latitude au nord de l'équateur, & sa longitude differe occidentalement de 63d. 18'. 45''. du méridien de l'observatoire de Paris ; ce qui fait 4h. 13'. & 15''. de différence.
Cette île peut avoir 60 lieues de circuit, sa longueur est d'environ 25, sur une largeur inégale, étant découpée par de grandes baies, au fond desquelles sont de belles ances de sable, & de très-bons ports couverts par de longues pointes qui avancent beaucoup en mer ; les rivages de l'île sont défendus par des rochers & des falaises qui en rendent l'aspect formidable ; quant à l'intérieur du pays il est occupé par de très-hautes montagnes, dont les intervalles forment de grands vallons remplis d'épaisses forêts, & arrosés d'un grand nombre de rivieres & de torrens, dont l'eau est communément excellente.
Quoique le climat par son excessive chaleur, soit souvent funeste aux étrangers intempérans, ceux qui y sont accoutumés y jouissent d'une aussi parfaite santé qu'en aucun lieu du monde ; la terre y produit abondamment des cannes à sucre, du café, du coton, de la casse, du manioc, des fruits délicieux, & une prodigieuse quantité de plantes & de beaux arbres, dont le bois, les résines & les gommes ont des propriétés qui peuvent être utilement employées tant en médecine que dans les arts méchaniques. La culture du sucre a fait négliger celle de l'indigo, du rocou & du tabac ; on commence depuis quelques années à reprendre avec succès celle du cacao, dont les arbres par une espece d'épidémie, étoient presque tous morts en 1728.
La colonie que M. Dosnambuc, gouverneur de l'île de Saint-Christophe, fit passer à la Martinique en 1635, s'est considérablement augmentée malgré les guerres qu'elle fut obligée de soutenir contre les sauvages, & les difficultés de défricher un pays rempli de serpens venimeux & d'insectes fort incommodes.
La Martinique est aujourd'hui très-florissante, sa ville capitale, que l'on nomme le Fort-Royal, est avantageusement située près d'un excellent port couvert d'une péninsule entierement occupée par une grande citadelle, où réside ordinairement le gouverneur général ; mais le lieu le plus considérable de l'île, tant par son étendue que par son commerce & ses richesses, est le Fort Saint Pierre, distant du Fort-Royal d'environ sept lieues. Sa situation s'étend en partie sur des hauteurs au pié d'une chaine de montagnes, & en partie sur les bords d'une grande plage courbée en croissant, au-devant de laquelle est une spacieuse rade, où nombre de vaisseaux expédiés de tous les ports du royaume abordent continuellement, excepté depuis le 15 de Juillet jusqu'au 15 d'Octobre, tems de l'hyvernage, que ces vaisseaux vont passer dans le carénage du Fort-Royal pour être plus en sureté contre les ouragans & les ras de marée, très-fréquens pendant cette saison.
Dans la partie orientale de l'île, sont situés le bourg & le fort de la Trinité, au fond d'un grand cul-de-sac, dans lequel les vaisseaux peuvent mouiller à l'abri des vents pendant la saison de l'hyvernage ; ce lieu est beaucoup moins considérable que les précédens. Outre oes trois principaux endroits, l'île est très-bien garnie dans toute sa circonférence d'un bon nombre de jolis bourgs, dont plusieurs jouissent d'une agréable situation.
Les habitans de la Martinique, quoique moins opulens que ceux de Saint-Domingue, sont presque tous riches ; ils aiment le faste & la dépense ; leur affabilité envers les étrangers trouve peu d'exemple ailleurs ; ils sont naturellement généreux & très braves. On n'ignore pas la réputation que les corsaires de la Martinique se sont acquis pendant les guerres qui se sont succédées contre les ennemis de l'état. M. LE ROMAIN.
|
| MARTIOBARBULE | S. m. (Art milit.) ancienne arme des Romains. C'étoit aussi le nom d'une sorte de milice, formant un corps de douze mille hommes. Les martiobarbules ne nous sont guere connus.
|
| MARTOIRE | S. f. (Serrur.) c'est un marteau à deux pannes, qui sert à relever les brisemens.
|
| MARTOLOIS | LES (Géogr.) espece de voleurs fameux du dernier siecle, dans la Hongrie & l'Esclavonie. Il y a eu de tout tems en divers royaumes des compagnies de voleurs, auxquels on a donné des noms dont il ne faut pas chercher les étymologies. De pareils voleurs en Cilicie s'appelloient autrefois isauri, en Angleterre scoti, dans les Pyrénées bandoliers, en Dalmatie uscocchi, en Esclavonie martilosi, & par les François martolois. On pourroit y joindre les Cosaques de Pologne & de Moscovie.
|
| MARTORANO | (Géogr.) petite ville d'Italie au royaume de Naples, dans la Calabre citérieure, avec un évêché suffragant de Corenza. Elle est à 3 lieues de la mer, 6 S. de Cosenza. Long. 34. 12. lat. 39. 8.
|
| MARTORELO | (Géogr.) petite ville d'Espagne dans la Catalogne, au confluent de la Noya & du Lobregat, à 4 lieues de Barcelone. Long. 19. 45. lat. 41. 15. (D.J.)
|
| MARTYR | S. m. (Théol.) celui qui souffre des peines, des supplices & même la mort pour la défense de la vérité de l'Evangile.
Le mot martyr est grec, , & signifie proprement témoin. On le donne par excellence à tous ceux qui souffrent la mort pour la vérité de l'Evangile.
Autrefois ceux qui étoient exilés pour la foi, & qui mouroient dans les guerres de religion étoient tenus pour martyrs. Du tems de S. Augustin & de S. Epiphane, on donnoit le titre de martyrs aux confesseurs qui avoient souffert quelques tourmens pour Jesus-Christ, encore qu'on ne leur eût pas ôté la vie.
C'est la pensée de Tertullien dans son apologétique. Plures efficimur, quoties metimur à vobis ; semen est sanguis Christianorum. cap. l.
On compte 19 mille 700 martyrs qui souffrirent le martyre à Lyon avec S. Irénée, sous l'empire de Severe ; 6666 soldats de la légion thébéenne que la persécution fit périr dans les Gaules. Le P. Papebrock compte 16 mille martyrs abyssins, & 150 mille autres sous le seul Dioclétien.
Dodwel avoit fait une dissertation exprès pour montrer que le nombre des martyrs qui ont souffert sous les empereurs romains est très-médiocre. Il prétendoit que ce qu'on en trouve dans les peres se réduisoit à peu de chose, & que si l'on excepte Néron & Domitien, les autres empereurs avoient fait peu de martyrs. Le P. Ruinard a montré au contraire que l'on n'a point enflé le catalogue des martyrs. Le carnage fut grand, & la persécution sanglante sous les premiers empereurs, en particulier sous Dioclétien.
Le P. Papebrock, dans ses acta sanctorum, en compte un nombre presqu'infini. Il n'y a presque point de religion qui n'ait eu ses martyrs, si l'on prend le titre de martyrs dans un sens général pour ceux qui meurent pour la défense de leur religion, soit vraie, soit fausse. Mais les théologiens catholiques soutiennent, après les peres, que ce nom ne convient qu'à ceux qui perdent la vie pour la vérité de l'Evangile dans l'unité de l'Eglise catholique ; ainsi ils les refusent à ceux qui meurent pour le nom de Jesus-Christ, mais dans le schisme ou dans l'hérésie. Leur maxime capitale sur cette matiere est que ce n'est point le supplice qu'on souffre, mais la cause pour laquelle on souffre qui constitue les martyrs. Martyrum non facit poena sed causa. Ce que S. Augustin explique très-bien dans ce passage, en parlant des Donatistes qui vantoient la constance de leurs prétendus martyrs. Jactant fallaciter innocentiam suam, & quam non possunt à Domino accipere, ab hominibus quaerunt martyrum gloriam. Veri autem martyres illi sunt de quibus Dominus ait : beati qui persecutionem patiuntur propter justitiam ; non ergo qui propter iniquitatem & propter christianae unitatis impiam divisionem, sed qui propter justitiam persecutionem patiuntur, hi martyres veri sunt... Ideo in psalm. xlij. vox illa intelligenda est verorum martyrum volentium se discerni à martyribus falsis : judica me Deus, & discerne causam meam de gente non sanctâ : non dicit, discerne poenam meam, sed discerne causam meam. Potest enim esse impiorum similis poena, sed dissimilis est martyrum causa. S. August. Epist. l. veter. edit. Ce qui a fait dire à S. Cyprien, dans son livre de l'unité de l'Eglise, qu'un schismatique peut bien être massacré pour la défense de certaines vérités, mais non pas couronné : talis occidi potest, coronari non potest. Ou il faut admettre ces principes, ou confondre le fanatisme avec la religion.
On conservoit anciennement avec soin les actes des souffrances & de la mort des martyrs qui avoient versé leur sang pour la défense de la religion chrétienne. Cependant, malgré toute la diligence qu'on y apportoit, il nous est resté peu de ces actes. Eusebe composa un martyrologe pour réparer ces pertes ; mais il n'a point passé jusqu'à nous, & ceux que l'on a rétablis depuis sont très-suspects. Voyez MARTYROLOGE.
L'ere des martyrs est une ere que l'Egypte & l'Abyssinie ont suivie & suivent encore, & que les Mahométans même ont souvent marquée depuis qu'ils sont maîtres de l'Egypte. On la prend du commencement de la persécution de Dioclétien, qui fut l'an de Jesus-Christ 302 ou 303. L'ere des martyrs s'appelle aussi l'ere de Dioclétien.
|
| MARTYRE | S. m. martyrium, (Théol.) témoignage rendu à Jesus-Christ & à sa religion, & scellé par la mort de celui qui le rend : ou, si l'on veut, la mort endurée par un chrétien dans l'unité de l'église pour avoir confessé la foi de Jesus-Christ ; car on distinguoit les martyrs des confesseurs. On donnoit ce dernier nom aux chrétiens qui ayant été tourmentés pour la foi, avoient cependant survécu à la persécution, & on appelloit proprement martyrs ceux qui avoient donné leur vie pour l'Evangile.
Voici quelles étoient les principales & les plus ordinaires circonstances du martyre, selon M. Fleury.
La persécution commençoit d'ordinaire par quelqu'édit qui défendoit les assemblées des Chrétiens, & condamnoit à de certaines peines tous ceux qui ne voudroient pas sacrifier aux idoles. Il étoit permis de fuir la persécution, de s'en racheter même par argent, pourvu qu'on ne dissimulât point sa foi. Mais les regles de l'Eglise défendoient de s'exposer soi-même au martyre, ni de rien faire qui pût irriter les payens & attirer la persécution ; comme de briser leurs idoles, mettre le feu aux temples, dire des injures à leurs dieux, ou attaquer publiquement leurs superstitions. Ce n'est pas qu'il n'y ait des exemples de saints martyrs qui ont fait des choses semblables, & de plusieurs entr'autres qui se sont dénoncés eux-mêmes. Mais on doit attribuer ces exemples singuliers à des mouvemens extraordinaires de la grace. La maxime générale étoit de ne point tenter Dieu, & d'attendre en patience que l'on fût découvert & interrogé juridiquement pour rendre compte de sa foi.
Quand les chrétiens étoient pris, on les menoit devant le magistrat, qui les interrogeoit juridiquement, assis sur son tribunal. S'ils nioient qu'ils fussent chrétiens, on les renvoyoit d'ordinaire sur leur parole, parce que l'on savoit bien que ceux qui l'étoient véritablement ne le nioient jamais, ou dèslors cessoient de l'être. Quelquefois, pour s'en assurer, on leur faisoit faire quelqu'acte d'idolâtrie. S'ils confessoient qu'ils fussent chrétiens, on s'efforçoit de vaincre leur constance, premierement par la persuasion & par les promesses, puis par les menaces & enfin par les tourmens.
Les supplices ordinaires étoient, étendre sur un chevalet par des cordes attachées aux piés & aux mains, & tirées des deux bouts avec des poulies ; ou pendre par les mains, avec des poids attachés aux piés ; battre de verges, ou de gros bâtons, ou de fouets garnis de pointes, nommés scorpions, ou de lanieres de cuir crud, ou garnies de balles de plomb. On en a vu grand nombre mourir sous les coups. D'autres, étant étendus, on leur brûloit les côtés, & on les déchiroit avec des ongles ou des peignes de fer ; ensorte que souvent on découvroit les côtes jusqu'aux entrailles ; & le feu entrant dans le corps, étouffoit les patiens. Pour rendre ces plaies plus sensibles, on les frottoit quelquefois de sel & de vinaigre, & on les rouvroit lorsqu'elles commençoient à se fermer.
Pendant ces tourmens, on interrogeoit toujours. Tout ce qui se disoit ou par le juge ou par les patiens, étoit écrit mot pour mot par des greffiers, & il en demeuroit des procès-verbaux bien plus exacts que tous ceux que font aujourd'hui les officiers de justice ; car comme les anciens avoient l'art d'écrire par notes abrégées, ils écrivoient aussi vite que l'on parloit, & rédigeoient précisément les mêmes paroles qui avoient été dites, faisant parler directement les personnages ; au lieu que dans nos procès-verbaux, tous les discours sont en tierce personne, & rédigés suivant le style du greffier. Ce sont ces procès-verbaux recueillis par les Chrétiens, qui forment les actes que nous avons des martyrs. Voyez ACTES, SCRIBES, NOTAIRES.
Dans ces interrogatoires, on pressoit souvent les chrétiens de dénoncer leurs complices, c'est-à-dire les autres chrétiens, sur-tout les évêques, les prêtres, les diacres, & de livrer les saintes-écritures. Ce fut particulierement dans la persécution de Dioclétien que les payens s'attacherent à faire périr les livres des Chrétiens, persuadés que c'étoit le moyen le plus sûr d'abolir leur religion. Ils les rechercherent avec soin, & en brûlerent autant qu'ils en purent saisir. Mais sur toutes ces sortes de questions, les chrétiens gardoient un secret aussi profond que sur les mysteres. Ils ne nommoient jamais personne, & ils disoient que Dieu les avoit instruits, & qu'ils portoient les saintes-écritures gravées dans leur coeur. On nommoit traditeurs ou traitres, ceux qui étoient assez lâches pour livrer les saintes écritures, ou pour découvrir leurs freres ou leurs pasteurs. Voyez TRADITEURS.
Après l'interrogatoire, ceux qui persistoient dans la confession du christianisme, étoient envoyés au supplice ; mais plus souvent on les remettoit en prison pour les éprouver plus long-tems, & les tourmenter à plusieurs fois : si toutefois les prisons n'étoient pas encore une espece de tourmens ; car on y renfermoit les martyrs dans les cachots les plus noirs & les plus infects ; on leur mettoit les fers aux piés & aux mains ; on leur mettoit au cou de grandes pieces de bois, & des entraves aux jambes pour les tenir élevées ou écartées, le patient étant posé sur le dos ; quelquefois on semoit le cachot de têts de pots de terre ou de verre cassé, & on les y étendoit tous nuds & tout déchirés de coups ; quelquefois on laissoit corrompre leurs plaies, & on les laissoit mourir de faim & de soif ; quelquefois on les nourrissoit & on les pansoit avec soin, mais c'étoit afin de les tourmenter de nouveau. On défendoit d'ordinaire de les laisser parler à personne, parce qu'on savoit qu'en cet état ils convertissoient beaucoup d'infideles, souvent jusqu'aux geoliers & aux soldats qui les gardoient. Quelquefois on donnoit ordre de faire entrer ceux que l'on croyoit capables d'ébranler leur constance ; un pere, une mere, une femme, des enfans, dont les larmes & les discours tendres étoient une espece de tentation, & souvent plus dangereux que les tourmens. Mais ordinairement les diacres & les fideles visitoient les martyrs pour les soulager & les consoler.
Les exécutions se faisoient ordinairement hors des villes ; & la plûpart des martyrs, après avoir surmonté les tourmens, ou par miracle, ou par leurs forces naturelles, ont fini par avoir la tête coupée. Quoiqu'on trouve dans l'histoire ecclésiastique divers genres de mort par lesquels les payens en ont fait périr plusieurs, comme de les exposer aux bêtes dans l'amphithéâtre, de les lapider, de les brûler vifs, de les précipiter du haut des montagnes, de les noyer avec une pierre au cou, de les faire traîner par des chevaux ou des taureaux indomptés, de les écorcher vifs, &c. Les fideles ne craignoient point de s'approcher d'eux dans les tourmens, de les accompagner jusqu'au supplice, de recueillir leur sang dans des linceuls ou avec des éponges, de conserver leurs corps ou leurs cendres, n'épargnant rien pour les racheter des mains des bourreaux, au risque de souffrir eux-mêmes le martyre. Quant aux martyrs, & dans les tourmens, & au moment même de la mort, s'ils ouvroient la bouche, ce n'étoit que pour louer Dieu, implorer son secours, édifier leurs freres. Voilà les hommes que les incrédules ne rougissent pas de nous donner pour des entêtés, des fanatiques & même des séditieux justement punis, des hommes qui ne savoient que souffrir, mourir, & bénir leurs persécuteurs. Fleury, moeurs des Chrétiens, part. II. n°. xix. xx. xxj. xxij.
|
| MARTYRES | LES (Géogr.) petites îles de l'Amérique septentrionale, comptées entre les Lucaies, ou plutôt ce sont des rochers situés au sud du cap de la Floride, à la hauteur de 25 degrés. Ils sont disposés en rang, est & ouest. On leur a donné ce nom de l'image qu'ils représentent quand on les découvre de loin en mer ; il semble que ce soient des hommes empalés ; & ils sont diffamés par plusieurs naufrages. (D.J.)
|
| MARTYROLOGE | S. m. (Théologie) liste ou catalogue des martyrs : ce mot vient de , témoin, & de , dico, discours. D'autres disent de , colligo, je ramasse. Voyez MARTYR.
Le martyrologe, à proprement parler, ne contient que le nom, le lieu & le jour du martyre de chaque saint. Toutes les sectes ont aussi des livres de l'histoire de leurs martyrs, qu'ils ont aussi appellés martyrologe. Cette coutume de dresser des martyrologes est empruntée des Payens, qui inscrivoient le nom de leurs héros dans leurs fastes pour conserver à la postérité l'exemple de leurs belles actions. Baronius donne au pape Clément la gloire d'avoir introduit l'usage de recueillir les actes des martyrs. Voyez ACTES.
Le martyrologe d'Usebe de Césarée a été l'un des plus célébres de l'ancienne Eglise. Il fut traduit en latin par S. Jérôme ; mais les savans conviennent qu'il ne se trouve point.
Celui qu'on attribue à Bede dans le viij. siecle, est assez suspect en quelques endroits. On y remarque le nom de quelques saints qui ont vécu après lui. Le ix. siecle fut très-fécond en martyrologes. On y vit paroître celui de Florus, soudiacre de l'église de Lyon, qui ne fit pourtant que remplir les vuides du martyrologe de Bede : celui de Wandelbertus, moine du diocèse de Trèves : celui d'Usuard, moine françois, qui le composa par l'ordre de Charles le Chauve ; c'est le martyrologe dont l'Eglise romaine se sert ordinairement : celui de Pabanus Maurus, qui est un supplément à celui de Bede & de Florus, composé vers l'an 845 : celui de Notkerus, moine de S. Gal, publié en 894.
Le martyrologe d'Adon, moine de Ferrieres en Gatinois, puis de Prom, dans le diocese de Trèves, & enfin archevêque de Sienne, est une suite & un descendant du romain, si l'on peut parler ainsi. Car voici comme le P. du Sollier marque sa généalogie.
Le martyrologe de S. Jérôme est le grand romain. De celui-là on a fait le petit romain imprimé par Roswicy. De ce petit romain avec celui de Bede, augmenté par Florus, Adon a fait le sien, en ajoutant à ceux-là ce qui y manquoit. Il le compila à son retour de Rome, en 858. Le martyrologe de Nevelon, moine de Corbie, écrit vers l'an 1089, n'est proprement qu'un abrégé d'Adon, avec les additions de quelques saints. Le P. Kirker parle d'un martyrologe des Koptes, gardé aux Maronites à Rome. On a encore divers autres martyrologes, tels que celui de Notger surnommé le Begue, moine de l'abbaye de S. Gal en Suisse, fait sur celui d'Adon. Le martyrologe d'Augustin Belin, de Padoue ; celui de François Maruli, dit Maurolicus ; celui de Vander Meulen, autrement Molanus, qui rétablit le texte d'Umard, avec de savantes remarques. Galerini, protonotaire apostolique, en dédia un à Grégoire XIII. mais qui ne fut point approuvé. Celui que Baronius donna ensuite accompagné de notes, fut mieux reçu & approuvé par le Pape Sixte V. & il a depuis passé pour le martyrologe moderne de l'Eglise romaine. M. l'abbé Chastelain, si connu par son érudition, donna, en 1709, un texte du martyrologe romain, traduit en françois, avec des notes, & avoit entrepris un commentaire plus étendu sur tout le martyrologe, dont il a paru un volume.
Quant à la différence qui se trouve dans les narrations de quelques martyrologes, & au peu de certitude des faits qui y sont quelquefois rapportés, voici quelles en sont les causes. 1°. La malignité des hérétiques, ou le zele peu éclairé de quelques chrétiens des premiers tems, qui ont supposé des actes. 2°. La perte des actes véritables arrivée dans la persécution de Diocletien, ou occasionnée par l'invasion des Barbares ; actes auxquels on en a substitué d'autres, sans avoir de bons mémoires. 3°. Les falsifications commises par les hérétiques. 4°. La crédulité des légendaires, & leur audace à fabriquer des actes à leur fantaisie. 5°. La dévotion mal-entendue des peuples, qui a accrédité plusieurs traditions ou incertaines, ou fausses, ou suspectes. 6°. La timidité des bons écrivains, qui n'ont osé choquer les préjugés populaires. Il est vrai pourtant que, depuis la renaissance des lettres, & les progrès qu'a fait la critique, les Bollandistes, MM. de Launoy, de Tillemont, Baillet, & plusieurs autres, ont purgé les vies des saints de plusieurs traits, qui, loin de tourner à l'édification des fideles, servoient de matiere à plaisanterie aux hérétiques, ou aux libertins. Dom Thierry Ruinart nous a donné entr'autres, deux petits volumes sous le titre d'Actes sinceres des martyrs, qui, dans leur simplicité, portent tous les caracteres de la vérité, & respirent un certain goût de l'antique, qui montre qu'on ne les a pas composés à dessein d'enfler les faits, & de surprendre la crédulité du lecteur.
Les protestans ont aussi leurs martyrologes ; savoir, en anglois, composée par J. Fox, Bray & Clarck. Si l'on peut donner ce titre à l'histoire du supplice de quelques fanatiques, que la reine Marie fit punir pour leurs emportemens.
Martyrologe se dit aussi d'un regître, ou rôle d'une sacristie, où sont contenus les noms des saints & des martyrs, tant de l'église universelle, que des particuliers de la ville du diocèse à pareil jour. On le dit aussi des tableaux qui sont dans les grandes sacristies, qui contiennent le mémoire des fondations, obits ou prieres, & messes qui se doivent dire chaque jour.
|
| MARTYROPOLE | Martyropolis, (Géog. anc.) ville de la grande Arménie, dans la partie de cette province, appellée Sophanene, sur le bord du fleuve Nymphius, proche de la frontiere des Perses. Justinien la fit fortifier de son tems, comme on peut le lire dans Procope, liv. III. ch. ij. (D.J.)
|
| MARUM | S. m. (Botan.) on donne le nom de marum à deux plantes qui appartiennent à deux genres différens. Le vrai marum, ou celui de Cortusus, est une espece de chamédris. L'autre marum, ou marummastich, est une espece de thymbra.
Le vrai marum, est le chamaedris maritima, incana fructescens, foliis lanceolatis, de Tournefort, I. R. H. 205.
C'est une plante de la hauteur d'un pié, dont la racine est fibreuse, & qui différe des autres especes de chamaedris, 1°. par ses tiges ligneuses, blanches & velues ; 2°. par ses feuilles, semblables à un fer de lance, longues de quatre lignes, larges de deux, d'un verd gai, blanches en-dessous, d'une saveur acre & amere, d'une odeur forte & aromatique agréable, qui porte aussi-tôt aux nerfs de la membrane pituitaire, & cause l'éternument.
Ses fleurs sont entieres, & naissent des aisselles des feuilles ; elles sont d'une seule piece, purpurines, en gueule. Les étamines occupent la place de la levre supérieure ; la levre inférieure est divisée en cinq parties, dont celle du milieu est plus ample, & creusée en cueilleron.
Leur calice est semblable à ceux des autres chamaedris ; il est cotonneux, blanchâtre. Il en sort un pistil attaché à la partie postérieure de la fleur ; il est comme accompagné de quatre embryons, qui se changent en autant de graines arrondies, semblables à celles des chamaedris, renfermées dans une capsule qui servoit de calice à la fleur.
Cette plante est cultivée par les curieux ; mais son odeur est tellement agréable aux chats, qu'elle les attire de tous côtés dans les jardins où on la cultive. Elle les rend comme insensés, & les brûle des feux de l'amour ; de sorte qu'ils mordent le marum, se roulent dessus, l'humectent de salive, & le souillent quelquefois. En un mot, on a bien de la peine à conserver cette plante dans des jardins, à moins qu'on ne la renferme dans des cages de fer.
On emploie rarement le marum de Cortusus dans les boutiques, cependant il ne tient pas le dernier rang parmi les plantes aromatiques. On tire de ses feuilles une huile essentielle, dont l'odeur est très-agréable, & qui est recherchée par les Hollandois.
Le marum-mastich est l'espece de thymbra, nommée par Tournefort thymbra hispanica, majoranae folio, I. R. H. 197. C'est une petite plante ligneuse, qui jette beaucoup de branches divisées en plusieurs rameaux. Les racines sont menues, ligneuses. Ses feuilles sont semblables à celles du serpolet, mais cendrées, d'une odeur qui approche en quelque façon à celle du mastic, & d'une saveur âcre.
Au sommet des rameaux, & un peu au-dessous, sont des petites têtes cotonneuses, qui les embrassent en maniere d'anneaux. Il en sort des petites fleurs blanchâtres, semblables à celles du thym, d'une seule piece, en gueule ; la levre supérieure est redressée & échancrée, & l'inférieure est partagée en trois parties.
Toute cette plante a une odeur agréable, mais un peu forte ; elle vient d'elle-même en Espagne, & dans les pays chauds. On la cultive dans nos jardins. (D.J.)
MARUM, vrai marum, ou marum cortusi, (Chimie & mat. méd.) les feuilles de marum étant froissées entre les doigts exhalent un principe volatil aromatique pénétrant, qui excite l'éternument, qui pique les yeux, même à une distance de quelques pouces : elles ont une saveur âcre, piquante & amere ; elles fournissent par la distillation une huile essentielle, comme la plupart des autres plantes aromatiques, & une eau distillée très-chargée d'un principe mobile, actif & aromatique.
On fait rarement usage du marum en Médecine ; il n'est cependant inférieur en vertus à aucune autre plante de sa classe, qui est celle des labiées de Tournefort. La vivacité de sa partie volatile peut faire penser au contraire, qu'il seroit plus efficace que la plupart de ces plantes, comme stomachique, diaphorétique, diurétique, émunagogue, béchique, apéritif, tonique, aphrodisiaque, &c.
Cette derniere qualité est peut-être indiquée par l'effet que cette plante produit sur les chats, qui sont attirés de très-loin par son odeur, qui se jettent dessus avec une espece de fureur, qui s'y roulent, qui la mordent, la déchirent, & qui finissent par y répandre leur semence.
Les sommités fleuries du marum entrent dans les trochiques hedicroy, & dans l'eau générale de la Pharmacopée de Paris. (b)
MARUM MASTIC, (Mat. méd.) cette plante a une odeur agréable, mais forte ; on lui attribue les mêmes vertus qu'au vrai marum ; & en effet, elle doit posséder au moins les vertus génériques de la classe à laquelle elles appartiennent l'une & l'autre. Voyez MARUM. (b)
|
| MARUVIUM | (Géog. anc.) Maruvium dans Denis d'Halicarnasse & Strabon ; Marruvium dans Silius Italicus ; & Marrubium dans d'autres. Virgile est pour cette derniere orthographe, suivant ce vers de l'Enéïde, liv. VII. . 750.
Quin & Marrubiâ venit de gente sacerdos.
C'étoit une ville d'Italie dans le Latium, & la capitale des Marses. Il en est parlé dans une inscription de Reynesius, sous le beau titre de splendidissima civitas. (D.J.)
|
| MARVA | (Géog.) montagnes des Indes dans les états du mogol. Elles commencent près d'Amandabat, s'étendent plus de 70 lieues vers Ayra, & plus de 100 vers Onyen. (D.J.)
|
| MARVAN | (Géogr.) ville du Couhestan près du Hamadan. Elle est située, selon l'historien de Timur-Bec, à 84. de long. sous les 35. 30. de latit. (D.J.)
|
| MARVEJOL | ou MARVEJOULS ou MARVÉGE, (Géogr.) ville de France en Languedoc, & la seconde du Gévaudan. Le duc de Joyeuse la prit sur les calvinistes en 1586 ; & la ruina si bien, qu'elle ne s'est guere rétablie. Elle est cependant située dans un beau vallon, arrosé par la riviere de Colange, à 4. lieues N. O. de Mende, 112. S. E. de Paris. Long. 20. 58. lat. 44. 35. (D.J.)
|
| MARZA | (Géogr.) nom que les Malthois ont donné à divers ports de leur île. Ainsi marza Muset, marza Scala, marza Siroco, est le port Muset, le port Scala, le port Siroco ; il ne s'agit souvent que d'entendre un terme pour ne pas faire des bévues (D.J.)
|
| MAS | S. m. (Jurisprud.) dans la basse latinité mansus, mansa & mansum, signifie en général demeure, habitation. Il s'entend communément d'un tenement ou héritage main-mortable, composé d'une maison de paysan avec une quantité de terres labourables, prés & autres héritages, qui sont tenus par une personne de condition servile : en d'autres endroits on dit mex ou meix. Voyez ci-devant MAIN-MORTE.
MAS ou MASE, s. m. (Com.) espece de petit poids dont on se sert à la Chine, particulierement du côté de Canton, pour peser & distribuer l'argent dans le négoce. Le mas se divise en dix condorins : dix mas font un tael. Voyez TAEL. Le mas est aussi en usage dans plusieurs endroits des Indes orientales ; mais sur différens piés ; il sert à peser l'or & l'argent. Dictionnaire de comm. (G)
|
| MAS D'AZIL | Mansum-Azilii, (Géogr.) petite ville démantelée de France au comté de Foix, dans un beau vallon sur le torrent de la Rise, à 3 lieues de Pamiers, & à 4 de S. Lizier de Conserans. Elle étoit autrefois fort peuplée, mais elle n'offre que des mazures depuis la révocation de l'édit de Nantes. Long. 29. 16. lat. 43. 9.
|
| MASACI | (Géog. anc.) anciens peuples de la Germanie, qui prirent aussi le nom de Marsi. Voyez MARSI.
|
| MASARANDIBA | S. m. (Bot. exot.) espece de cérisier du Brésil, assez semblable aux nôtres, excepté que le fruit qu'il produit n'est pas rond comme nos cérises. Ce fruit contient un noyau fort dur, plein d'un suc laiteux assez agréable. Les habitans du Brésil l'expriment, & s'en servent en émulsion contre la toux, l'enrouement, & autres maladies de la gorge ou de la poitrine. (D.J.)
|
| MASBAT | (Géog.) île de la mer des Indes, l'une des Philippines, d'environ 30 lieues de tour ; les Espagnols la prirent en 1569. Les ports en sont fort commodes. Elle est habitée par des Indiens, tributaires des Espagnols : ses bords sont enrichis d'ambre gris, qu'y jettent les courans du canal qui s'y termine. (D.J.)
|
| MASBOTHÉE | ou MASBUTHÉEN, subs. m. (Théol.) nom d'une secte, ou plutôt de deux, car Eusebe, ou plutôt Hégésippe qu'il cite, fait mention de deux sortes de Masbothéens. Les uns sont l'une des sept sectes qui sortirent du Judaïsme, & troublerent l'Eglise. Elle fut ainsi nommée de Masbothée qui en fut l'auteur : les autres étoient une des sept sectes judaïques avant Jesus-Christ.
Ce mot vient de l'hébreu, schabat, reposer, & signifie des gens oisifs, des gens de repos, les tranquilles, les oisifs. Eusebe en parle comme s'ils avoient été ainsi appellés du nom de Masbothée, chef de leur secte : mais il est bien plus probable que leur nom est hébreu ou plutôt chaldaïque, & signifie la même chose que sabataire en notre langue, c'est-à-dire qui font profession de garder le sabbat.
De Valois croit qu'il ne faut point confondre ces deux especes de Masbothéens, puisque les derniers étoient secte juive du tems de Jesus-Christ, & que les premiers sont des hérétiques qui en étoient descendus. Rufin les distingue même par leurs noms : il appelle la secte judaïque Masbothéens, & les hérétiques qui en étoient venus Masbuthéaniens. Les Masbuthéens étoient une branche des Simoniens. Dict. de Trévoux.
|
| MASCARADE | S. f. (Hist. mod.) troupe de personnes masquées ou déguisées qui vont danser & se divertir sur-tout en tems de carnaval : ce mot vient de l'italien mascarata, & celui-ci de l'arabe mascara, qui signifie raillerie, bouffonnerie.
Je n'ajoute qu'un mot à cet article ; c'est Granacci qui composa le premier & qui fut le premier inventeur des mascarades, où l'on représente des actions héroïques & sérieuses. Le triomphe de Paul Emile lui servit de sujet, & il y acquit beaucoup de réputation. Granacci avoit été éleve de Michel-Ange, & mourut l'an 1543.
|
| MASCAREIGNE | (Géog.) ou l'île de Bourbon, île d'Afrique dans l'Océan éthiopique à l'orient de l'île de Madagascar. Elle peut avoir 15 lieues de long, 10 de large & 40 de tour. Elle fut découverte par un Portugais de la maison de Mascarenhas. Les François s'y établirent en 1672 ; c'est l'entrepôt des vaisseaux de la compagnie des Indes. Elle est fertile, l'air y est sain, les rivieres poissonneuses, & les montagnes pleines de gibier. On recueille sur le rivage de l'ambre gris, du corail, des coquillages ; mais la fréquence & la violence des ouragans y désolent tous les biens qui sont sur terre. Long. 73. 30. lat. mérid. 20. 30. (D.J.)
|
| MASCARET | S. m. (Mar.) reflux violent de la mer dans la riviere de Dordogne, où elle remonte avec beaucoup d'impétuosité : c'est la même chose que ce qu'on appelle la barre sur la riviere de Seine, & en général le nom que l'on donne à la premiere pointe du flot, qui proche de l'embouchure des rivieres fait remonter le courant & le repousse vers la source.
|
| MASCARON | S. m. en Architecture, est une tête ridicule & faite à fantaisie, comme une grimace qu'on met aux portes des grottes, fontaines ; ce mot vient de l'italien mascharone, fait de l'arabe mascara, bouffonnerie.
|
| MASCATE | (Géogr.) petite ville d'Asie sur la côte de l'Arabie heureuse, avec une citadelle sur un rocher. Elle est habitée par des Maures, des Indiens, des Juifs, & quelques Portugais. Long. 57. 25. lat. 23. 30. (D.J.)
|
| MASCON | (Géog.) ville de France en Bourgogne. Voyez MACON.
|
| MASCULIN | INE, adj. (Gramm.) ce mot est usité en grammaire dans bien des sens qu'il faut distinguer.
1°. Par rapport aux noms on distingue le genre masculin. C'est la premiere des deux ou trois classes, dans lesquelles on a rangé les noms assez arbitrairement pour servir à déterminer le choix des terminaisons des mots qui ont aux noms un rapport d'identité. Voyez GENRE.
2°. Il y a certaines terminaisons que l'on nomme masculines : ce sont celles que l'usage donne dans chaque langue aux adjectifs pour indiquer leur relation à un nom masculin, afin de mieux marquer le rapport d'identité qui est entre les deux mots, voyez IDENTITE. On a même étendu cette dénomination aux terminaisons des noms indépendamment du genre dont ils sont effectivement : ainsi le nom methodus, qui est du genre féminin, a une terminaison masculine, parce qu'elle est la même que celle de l'adjectif bonus, qui désigne la corrélation à un nom masculin ; au contraire poeta, qui est du genre masculin, a une terminaison féminine, parce qu'elle est la même que celle de l'adjectif bona qui marque le rapport à un nom féminin. C'est la même chose en françois, le nom vigueur avec une terminaison masculine y est du genre féminin ; le nom poëme avec une terminaison féminine y est du genre masculin.
3°. On distingue dans nos rimes des rimes masculines & des féminines. Voyez FEMININ & RIME.
MASCULIN, (Astrolog.) nom que les Astrologues donnent à certains signes du zodiaque. Ils divisent ces signes en masculins & en féminins eu égard aux qualités actives, chaudes & froides, qu'ils appellent masculines, & aux qualités passives, seches & humides, qu'ils nomment féminines. Sur ces principes purement imaginaires ils comptent parmi les planetes masculines le Soleil, Jupiter, Saturne & Mars, & parmi les féminines la Lune & Venus ; Mercure participe de ces deux qualités, & est, pour ainsi dire, hermaphrodite ; dans les signes, le Bélier, la Balance, les Gémeaux, le Lion, le Sagittaire & le Verseau sont masculins ; l'Ecrevisse, le Capricorne, le Taureau, la Vierge, le Scorpion & les Poissons sont féminins.
|
| MASCULIT | S. m. (Marine) chaloupe des Indes, dont les bordages sont couverts avec du fil, de l'herbe & dont la mousse fait le calfatage.
|
| MASENO | (Géogr.) vallée de la Valteline, qui s'étend du nord au sud des deux côtés de la petite riviere Maseno, qui lui donne son nom : cette vallée a des bains d'eau minérales, qu'on nomme Bagni de Maseno ; l'eau en est tiede & claire, elle charrie du fer, de l'alun, du nitre & du soufre.
|
| MASKESIPI | (Géogr.) riviere de l'Amérique septentrionale dans la nouvelle France. Elle se jette dans le lac supérieur à la bande du sud, près de l'île de S. Michel. (D.J.)
|
| MASLE | ou MALES, (Marine) ce sont des pentures qui entrent dans des anneaux, & qui forment la ferrure du gouvernail. Voyez MARINE, Pl. VI. fig. 73.
|
| MASOLES | (Hist. mod.) c'est ainsi qu'on nomme une milice de la Croatie, qui est obligée de se tenir prête à marcher en cas d'invasion de la part des Turcs. Au lieu de solde, on assigne des morceaux de terre à ceux qui servent dans cette milice, mais leurs officiers reçoivent une paye.
|
| MASORE | S. f. (Crit. hébraïq.) terme hébreu, qui signifie tradition ; la masore est un travail fait sur la Bible par quelques savans juifs, pour en empêcher l'altération, & pour servir de haie à la loi, comme ils disent, pour la défendre de tous les changemens qui pourroient y arriver : ce travail consiste à avoir compté avec une exactitude minutieuse les versets, les mots & les lettres du texte, en avoir marqué toutes les diversités pour en fixer la lecture, afin qu'il ne s'altérât plus. Ils ont nommé ce travail masore ou tradition, comme si ce n'étoit autre chose qu'une tradition qu'ils eussent reçue de leurs peres. Voyez MASORETHES.
On varie sur l'origine de la masore : quelques-uns la rapportent à Esdras & aux membres de la grande Synagogue qui vivoient de son tems : d'autres prétendent qu'elle est l'ouvrage des rabbins qui enseignoient dans la fameuse école de Tibériade au cinquieme siecle ; enfin le sentiment le plus général est que la masore n'est l'ouvrage ni d'un docteur, ni d'un siecle. Les rabbins de Tibériade y ont travaillé les premiers, & d'autres rabbins après eux à diverses reprises jusqu'aux xj. & xij. siecles, où l'on y mit la derniere main. (D.J.)
|
| MASORETHES | S. m. (Théologie rabbinique) les Masorethes étoient des gens dont la profession consistoit à transcrire l'Ecriture, à faire des remarques de critique, & à enseigner à la lire comme il falloit. Cette espece de critique qu'ils enseignoient, est ce que les Juifs appellent la masore.
Mais cet art & la tradition sur laquelle il étoit fondé, n'alloit pas plus loin que la lecture de l'Ecriture-sainte & du texte hébreu. Il y avoit une autre tradition pour l'interprétation de l'Ecriture.
Celle dont il s'agit ici, qui regardoit seulement la véritable maniere de lire, étoit une affaire à part ; qu'ils prétendoient avoir été établie aussi-bien que l'autre par une constitution de Moïse sur la montagne de Sinaï ; car ils croyoient que quand Dieu lui donna la loi, il lui apprit premierement la véritable maniere de la lire ; & secondement la véritable explication ; & que l'une & l'autre de ces choses fut transmise à la postérité par la tradition orale pendant un grand nombre de générations ; jusqu'à ce qu'enfin on écrivit cette maniere de lire, en se servant pour cela d'accens & de points voyelles ; comme l'explication fut aussi enfin écrite dans la Misna & la Gémare. Ils appellent la premiere de ces choses la masore, qui signifie la tradition ; & l'autre la cabale, qui signifie la réception.
Mais dans le fond ces deux mots reviennent à la même chose, & marquent une connoissance qui passe d'une génération à l'autre par voie de tradition. Comme alors l'un donne & l'autre reçoit, l'art de la lecture a pris le nom qui marque cette action de donner ; & celui de l'explication a eu en partage celui qui marque celle de recevoir.
Au reste, ceux qui ont composé la masore que nous avons, ont porté à un excès ridicule leur amour pour des minuties : le chef-d'oeuvre de leur critique a été de compter le nombre des versets, & jusqu'à celui des mots & des lettres de chaque livre du vieux testament, de marquer le verset, le mot, & la lettre du milieu de chacun de ces livres. Le reste de leurs observations n'est pas plus relevé, quoi qu'en dise M. Simon, dans son Histoire critique du vieux Testament.
|
| MASOX | ou MASOXER-THAL, (Géogr.) c'est-à-dire communauté de la vallée de Masox. C'est le nom de la huitieme & derniere communauté générale de la ligue grise : cette communauté est composée de la vallée de Masox, & de celle de Galanca. Elle est divisée en quatre parties, qu'on appelle escadres ; & chaque escadre comprend un certain nombre de villages. L'étendue du pays possédée par cette communauté est assez grande ; mais la plûpart des endroits en sont stériles.
|
| MASPHA | (Géog. sacrée) nom d'une petite ville de la Palestine dans la tribu de Juda, & d'une autre dans la tribu de Gad. Maspha signifie un lieu élevé, d'où l'on découvre de loin une hauteur ; & c'est-là sans doute l'origine du nom des deux petites villes dont nous venons de parler. (D.J.)
|
| MASQUÉ | en terme de Blason, se dit d'un lion qui a un masque.
|
| MASQUE | MASQUE
Les masques de théatre des anciens, étoient une espece de casque qui couvroit toute la tête, & qui outre les traits du visage, représentoit encore la barbe, les cheveux, les oreilles, & jusqu'aux ornemens que les femmes employoient dans leur coëffure.
Du-moins, c'est ce que nous apprennent tous les auteurs qui parlent de leur forme, comme Festus, Pollux, Aulu-Gelle ; c'est aussi l'idée que nous en donne Phedre, dans la fable si connue du masque & du renard ;
Personam tragicam fortè vulpes viderat, &c.
C'est d'ailleurs un fait dont une infinité de bas-reliefs & de pierres gravées ne nous permettent point de douter.
Il ne faut pas croire cependant que les masques de théatre ayent eu tout-d'un-coup cette forme ; il est certain qu'ils n'y parvinrent que par degrés, & tous les auteurs s'accordent à leur donner de foibles commencemens. Ce ne fut d'abord, comme tout le monde sait, qu'en se barbouillant le visage, que les premiers acteurs se déguiserent ; & c'est ainsi qu'étoient représentées les pieces de Thespis.
Quae canerent agerent ve, peruncti faecibus ora.
Ils s'aviserent dans la suite de se faire des especes de masques avec des feuilles d'arction, plante que les Grecs nommerent à cause de cela ; ce qui étoit aussi quelquefois nommé personata chez les Latins, comme on le peut voir par ce passage de Pline : quidam arction personatam vocant, cujus folio nullum est latius ; c'est notre grande bardane.
Lorsque le poëme dramatique eut toutes ses parties, la nécessité où se trouverent les acteurs de représenter des personnages de différent genre, de différent âge, & de différent sexe, les obligea de chercher quelque moyen de changer tout-d'un-coup de forme & de figure ; & ce fut alors qu'ils imaginerent les masques dont nous parlons ; mais il n'est pas aisé de savoir qui en fut l'inventeur. Suidas & Athénée en font honneur au poëte Choerile, contemporain de Thespis ; Horace au contraire, en rapporte l'invention à Eschile.
Post hunc personae pallaeque repertor honestae,
Aeschilus....
Cependant Aristote qui en devoit être un peu mieux instruit, nous apprend au cinquieme chapitre de sa Poétique, qu'on ignoroit de son tems, à qui la gloire en étoit dûe.
Mais quoique l'on ignore par qui ce genre de masques fut inventé, on nous a néanmoins conservé le nom de ceux qui en ont mis les premiers au théatre quelque espece particuliere. Suidas, par exemple, nous apprend que ce fut le poëte Phrynicus, qui exposa le premier masque de femme au théatre, & Néophron de Sicyone, celui de cette espece de domestique que les anciens chargeoient de la conduite de leurs enfans, & d'où nous est venu le mot de pédagogue. D'un autre côté, Diomede assure que ce fut un Rosius Gallus, qui le premier porta un masque sur le théatre de Rome, pour cacher le défaut de ses yeux qui étoient bigles.
Athénée nous apprend aussi qu'Aeschile fut le premier qui osa faire paroître sur la scene des gens ivres dans sa piece des Cabires ; & que ce fut un acteur de Mégare nommé Maison, , qui inventa les masques comiques de valet & de cuisinier. Enfin, nous lisons dans Pausanias, que ce fut Aeschile qui mit en usage les masques hideux & effrayans dans sa piece des Euménides ; mais qu'Euripide fut le premier qui s'avisa de les représenter avec des serpens sur leur tête.
La matiere de ces masques au reste ne fut pas toûjours la même ; car il est certain que les premiers n'étoient que d'écorce d'arbres.
Oraque corticibus sumunt horrenda cavatis.
Et nous voyons dans Pollux, qu'on en fit dans la suite de cuir, doublés de toile, ou d'étoffe ; mais, comme la forme de ces masques se corrompoit aisément, on vint, selon Hésychius, à les faire tous de bois ; c'étoient les Sculpteurs qui les exécutoient d'après l'idée des Poëtes, comme on le peut voir par la fable de Phedre que nous avons déjà citée.
Pollux distingue trois sortes de masques de théatre ; des comiques, des tragiques, & des satyriques : il leur donne à tous dans la description qu'il en fait, la difformité dont leur genre est susceptible, c'est-à-dire des traits outrés & chargés à plaisir, un air hideux ou ridicule, & une grande bouche béante, toûjours prête, pour ainsi dire, à dévorer les spectateurs.
On peut ajouter à ces trois sortes de masques, ceux du genre orchestrique, ou des danseurs. Ces derniers, dont il nous reste des représentations sur une infinité de monumens antiques, n'ont aucun des défauts dont nous venons de parler. Rien n'est plus agréable que les masques des danseurs, dit Lucien ; ils n'ont pas la bouche ouverte comme les autres ; mais leurs traits sont justes & réguliers ; leur forme est naturelle, & répond parfaitement au sujet. On leur donnoit quelquefois le nom de masques muets, .
Outre les masques de théatre, dont nous venons de parler, il y en a encore trois autres genres, que Pollux n'a point distingués, & qui néanmoins avoient donné lieu aux différentes dénominations de , & ; car, quoique ces termes ayent été dans la suite employés indifféremment, pour signifier toutes sortes de masques, il y a bien de l'apparence que les Grecs s'en étoient d'abord servis, pour en désigner des especes différentes ; & l'on en trouve en effet dans leurs pieces de trois sortes, dont la forme & le caractere répondent exactement au sens propre & particulier de chacun de ces termes.
Les premiers & les plus communs étoient ceux qui représentoient les personnes au naturel ; & c'étoit proprement le genre qu'on nommoit . Les deux autres étoient moins ordinaires ; & c'est pour cela que le mot de prit le dessus, & devint le terme générique. Les uns ne servoient qu'à représenter les ombres ; mais comme l'usage en étoit fréquent dans les tragédies, & que leur apparition ne laissoit pas d'avoir quelque chose d'effrayant, les Grecs les nommoient . Enfin, les derniers étoient faits exprès, pour inspirer la terreur, & ne représentoient que des figures affreuses, telles que les Gorgones & les Furies ; & c'est ce qui leur fit donner le nom de .
Il est vraisemblable que ces termes ne perdirent leur premier sens, que lorsque les masques eurent entierement changé de forme, c'est-à-dire du tems de la nouvelle comédie : car jusques-là, la différence en avoit été fort sensible. Mais dans la suite tous les genres furent confondus ; les comiques & les tragiques ne différerent plus que par la grandeur, & par le plus ou le moins de difformité ; il n'y eut que les masques des danseurs qui conserverent leur premiere forme. En général, la forme des masques comiques portoit au ridicule, & celle des masques tragiques à inspirer la terreur. Le genre satyrique fondé sur l'imagination des Poëtes, représentoit par ses masques, les Satyres, les Faunes, les Cyclopes, & autres monstres de la fable. En un mot, chaque genre de poésie dramatique avoit des masques particuliers, à l'aide desquels l'acteur paroissoit aussi conforme qu'il le vouloit, au caractere qu'il devoit soutenir. De plus, les uns & les autres avoient plusieurs masques qu'ils changeoient selon que leur rolle le requéroit.
Mais comme c'est la partie de leurs ajustemens qui a le moins de rapport à la maniere de se mettre de nos acteurs modernes, & à laquelle par conséquent nous avons le plus de peine à nous prêter aujourd'hui, il est bon d'examiner en détail, quels avantages les anciens tiroient de leurs masques ; & si les inconvéniens étoient effectivement aussi grands qu'on se l'imagine du premier abord.
Les gens de théatre parmi les anciens, croyoient qu'une certaine physionomie étoit tellement essentielle au personnage d'un certain caractere, qu'ils pensoient, que pour donner une connoissance complete du caractere de ce personnage, ils devoient donner le dessein du masque propre à le représenter. Ils plaçoient donc après la définition de chaque personnage, telle qu'on a coutume de la mettre à la tête des pieces de théatre, & sous le titre de Dramatis personae, un dessein de ce masque ; cette instruction leur sembloit nécessaire. En effet, ces masques représentoient non-seulement le visage, mais même la tête entiere, ou serrée, ou large, ou chauve, ou couverte de cheveux, ou ronde, ou pointue. Ces masques couvroient toute la tête de l'acteur ; & ils paroissoient faits, comme en jugeoit le singe d'Esope, pour avoir de la cervelle. On peut justifier ce que nous disons, en ouvrant l'ancien manuscrit de Térence, qui est à la bibliotheque du Roi, & même le Térence de madame Dacier.
L'usage des masques empêchoit donc qu'on ne vît souvent un acteur déjà flétri par l'âge, jouer le personnage d'un jeune homme amoureux & aimé. Hyppolite, Hercule, & Nestor, ne paroissoient sur le théatre, qu'avec une tête reconnoissable à l'aide de sa convenance avec leur caractere connu. Le visage sous lequel l'acteur paroissoit, étoit toûjours assorti à son role, & l'on ne voyoit jamais un comédien jouer le role d'un honnête homme, avec la physionomie d'un fripon parfait. Les compositeurs de déclamation, c'est Quintilien qui parle, lorsqu'ils mettent une piece au théatre, savent tirer des masques même le pathétique. Dans les tragédies, Niobé paroît avec un visage triste, & Médée nous annonce son caractere, par l'air atroce de sa physionomie. La force & la fierté sont dépeintes sur le masque d'Hercule. Le masque d'Ajax est le visage d'un homme hors de lui-même. Dans les comédies, les masques des valets, des marchands d'esclaves, & des parasites, ceux des personnages d'hommes grossiers, de soldat, de vieille, de courtisanne, & femme esclave, ont tous leur caractere particulier. On discerne par le masque, le vieillard austere d'avec le vieillard indulgent ; les jeunes gens qui sont sages, d'avec ceux qui sont débauchés ; une jeune fille d'avec une femme de dignité. Si le pere, des intérêts duquel il s'agit principalement dans la comédie, doit être quelquefois content, & quelquefois fâché, il a un des sourcils de son masque froncé, & l'autre rabattu, & il a une grande attention à montrer aux spectateurs, celui des côtés de son masque, lequel convient à sa situation présente.
On peut conjecturer que le comédien qui portoit ce masque, se tournoit tantôt d'un côté, tantôt d'un autre, pour montrer toûjours le côté du visage qui convenoit à sa situation actuelle, quand on jouoit les scenes où il devoit changer d'affection, sans qu'il pût changer de masque derriere le théatre. Par exemple, si ce pere entroit content sur la scene, il présentoit d'abord le côté de son masque, dont le sourcil étoit rabattu ; & lorsqu'il changeoit de sentiment, il marchoit sur le théatre, & il faisoit si bien, qu'il présentoit le côté du masque, dont le sourcil étoit froncé, observant dans l'une & dans l'autre situation, de se tourner toûjours de profil. Nous avons des pierres gravées qui représentent de ces masques à double visage, & quantité qui représentent des simples masques tout diversifiés. Pollux en parlant des masques de caracteres, dit que celui du vieillard qui joue le premier rôle dans la comédie, doit être chagrin d'un côté, & sérein de l'autre. Le même auteur dit aussi, en parlant des masques des tragédies, qui doivent être caractérisés, que celui de Thamiris, ce fameux téméraire que les muses rendirent aveugle, parce qu'il avoit osé les défier, devoit avoir un oeil bleu, & l'autre noir.
Les masques des anciens mettoient encore beaucoup de vraisemblance, dans ces pieces excellentes où le noeud naît de l'erreur, qui fait prendre un personnage pour un autre personnage, par une partie des acteurs. Le spectateur qui se trompoit lui-même, en voulant discerner deux acteurs, dont le masque étoit aussi ressemblant qu'on le vouloit, concevoit facilement que les acteurs s'y méprissent eux-mêmes. Il se livroit donc sans peine à la supposition sur laquelle les incidens de la piece sont fondés, au-lieu que cette supposition est si peu vraisemblable parmi nous, que nous avons beaucoup de peine à nous y prêter. Dans la représentation des deux pieces que Moliere & Renard ont imitées de Plaute, nous reconnoissons distinctement les personnes qui donnent lieu à l'erreur, pour être des personnages différens. Comment concevoir que les autres acteurs qui les voyent encore de plus près que nous puissent s'y méprendre ? Ce n'est donc que par l'habitude où nous sommes de nous prêter à toutes les suppositions établies sur le théâtre, par l'usage, que nous entrons dans celles qui font le noeud de l'Amphitrion & des Ménechmes.
Ces masques donnoient encore aux anciens la commodité de pouvoir faire jouer à des hommes ceux des personnages de femmes, dont la déclamation demandoit des poulmons plus robustes que ne le sont communément ceux des femmes, sur-tout quand il falloit se faire entendre en des lieux aussi vastes que les théâtres l'étoient à Rome. En effet, plusieurs passages des écrivains de l'antiquité, entr'autres le récit que fait Aulugelle de l'aventure arrivée à un comédien nommé Polus, qui jouoit le personnage d'Electre, nous apprennent que les anciens distribuoient souvent à des hommes des rôles de femme. Aulugelle raconte donc, que ce Polus jouant sur le théâtre d'Athènes le rôle d'Electre dans la tragédie de Sophocle, il entra sur la scene en tenant une urne où étoient véritablement les cendres d'un de ses enfans qu'il venoit de perdre. Ce fut dans l'endroit de la piece où il falloit qu'Electre parût tenant dans ses mains l'urne où elle croit que sont les cendres de son frere Oreste. Comme Polus se toucha excessivement en apostrophant son urne, il toucha de même toute l'assemblée. Juvenal dit, en critiquant Néron, qu'il falloit mettre aux piés des statues de cet empereur des masques, des thyrses, la robbe d'Antigone enfin, comme une espece de trophée, qui conservât la mémoire de ses grandes actions. Ce discours suppose manifestement que Néron avoit joué le rôle de la scene d'Etéocle & de Polinice dans quelque tragédie.
On introduisit aussi, à l'aide de ces masques, toutes sortes de nations étrangeres sur le théâtre, avec la physionomie qui leur étoit particuliere. Le masque du batave aux chevaux roux, & qui est l'objet de votre risée, fait peur aux enfans, dit Martial.
Rufi persona Batavi
Quem tu derides, haec timet ora puer.
Ces masques donnoient même lieu aux amans de faire des galanteries à leurs maîtresses. Suétone nous apprend que lorsque Néron montoit sur le théâtre pour y représenter un dieu ou un héros, il portoit un masque fait d'après son visage ; mais lorsqu'il y représentoit quelque déesse ou quelque héroïne, il portoit alors un masque qui ressembloit à la femme qu'il aimoit actuellement. Heroum deorumque, item heroïdum, personis effectis ad similitudinem oris sui, & feminae prout quamque diligeret.
Julius Pollux qui composa son ouvrage pour l'empereur Commode, nous assure que dans l'ancienne comédie greque, qui se donnoit la liberté de caractériser & de jouer les citoyens vivans, les acteurs portoient un masque qui ressembloit à la personne qu'ils représentoient dans la piece. Ainsi Socrate a pû voir sur le théâtre d'Athènes un acteur qui portoit un masque qui lui ressembloit, lorsqu' Aristophane lui fit jouer un personnage sous le propre nom de Socrate dans la comédie des Nuées. Ce même Pollux nous donne dans le chapitre de son livre que je viens de citer, un détail curieux sur les différens caracteres des masques qui servoient dans les représentations des comédies, & dans celles des tragédies.
Mais d'un autre côté, ces masques faisoient perdre aux spectateurs le plaisir de voir naître les passions, & de reconnoître leurs différens symptômes sur le visage des acteurs. Toutes les expressions d'un homme passionné nous affectent bien ; mais les signes de la passion qui se rendent sensibles sur son visage, nous affectent beaucoup plus que les signes de la passion qui se rendent sensibles par le moyen de son geste, & par la voix. Cependant les comédiens des anciens ne pouvoient pas rendre sensibles sur leur visage les signes des passions. Il étoit rare qu'ils quittassent le masque, & même il y avoit une espece de comédiens qui ne le quittoient jamais. Nous souffrons bien, il est vrai, que nos comédiens nous cachent aujourd'hui la moitié des signes des passions qui peuvent être marquées sur le visage. Ces signes consistent autant dans les altérations qui surviennent à la couleur du visage, que dans les altérations qui surviennent à ses traits. Or le rouge qui est à la mode depuis cinquante ans, & que les hommes mêmes mettent avant que de monter sur le théâtre, nous empêche d'appercevoir les changemens de couleur, qui dans la nature font une si grande impression sur nous. Mais le masque des comédiens anciens cachoit encore l'altération des traits que le rouge nous laisse voir.
On pourroit dire en faveur de leur masque, qu'il ne cachoit point au spectateur les yeux du comédien, & que les yeux sont la partie du visage qui nous parle le plus intelligiblement. Mais il faut avouer que la plûpart des passions, principalement les passions tendres, ne sauroient être si bien exprimées par un acteur masqué, que par un acteur qui joue à visage découvert. Ce dernier peut s'aider de tous les moyens d'exprimer la passion que l'acteur masqué peut employer, & il peut encore faire voir des signes de passion dont l'autre ne sauroit s'aider. Je croirois donc volontiers, avec l'abbé du Bos, que les anciens qui avoient tant de goût pour la représentation des pieces de théâtre, auroient fait quitter le masque à tous les comédiens, sans une raison bien forte qui les en empêchoit ; c'est que leur théâtre étant très-vaste & sans voûte ni couverture solide, les comédiens tiroient un grand service du masque, qui leur donnoit le moyen de se faire entendre de tous les spectateurs, quand d'un autre côté ce masque leur faisoit perdre peu de chose. En effet, il étoit impossible que les altérations du visage que le masque cache, fussent apperçues distinctement des spectateurs, dont plusieurs étoient éloignés de plus de douze ou quinze toises du comédien qui récitoit.
Dans une si grande distance, les anciens retiroient cet avantage de la concavité de leurs masques, qu'ils servoient à augmenter le son de la voix ; c'est ce que nous apprennent Aulugelle & Boëce qui en étoient témoins tous les jours. Peut-être que l'on plaçoit dans la bouche de ces masques une incrustation de lames d'airain ou d'autres corps sonores, propres à produire cet effet. On voit par les figures des masques antiques qui sont dans les anciens manuscrits, sur les pierres gravées, sur les médailles, dans les ruines du théâtre de Marcellus, & de plusieurs autres monumens, que l'ouverture de leur bouche étoit excessive. C'étoit une espece de gueule béante qui faisoit peur aux petits enfans.
Tandemque redit ad pulpita notum
Exodium, cum personae pallentis hiatum,
In gremio matris formidat rusticus infans.
Juven. sat. iij.
Or, suivant les apparences, les anciens n'auroient pas souffert ce desagrément dans les masques de théâtre, s'ils n'en avoient point tiré quelque grand avantage ; & ce grand avantage consistoit sans doute dans la commodité d'y mieux ajuster les cornets propres à renforcer la voix des acteurs. Ceux qui récitent dans les tragédies, dit Prudence, se couvrent la tête d'un masque de bois, & c'est par l'ouverture qu'on y a ménagée, qu'ils font entendre au loin leur déclamation.
Tandis que le masque servoit à porter la voix dans l'éloignement, il faisoit perdre, par rapport à l'expression du visage, peu de chose aux spectateurs, dont les trois quarts n'auroient pas été à portée d'appercevoir l'effet des passions sur le visage des comédiens, du-moins assez distinctement pour les voir avec plaisir. On ne sauroit démêler ces expressions à une distance de laquelle on peut néanmoins discerner l'âge, & les autres traits les plus marqués du caractere d'un masque. Il faudroit qu'une expression fût faite avec des grimaces horribles, pour être sensible à des spectateurs éloignés de la scene, au-delà de cinq ou six toises.
Ajoutons une autre observation, c'est que les acteurs des anciens ne jouoient pas comme les nôtres, à la clarté des lumieres artificielles qui éclairent de tous côtés, mais à la clarté du jour, qui devoit laisser beaucoup d'ombres sur une scene où le jour ne venoit guère que d'en-haut. Or la justesse de la déclamation exige souvent que l'altération des traits dans laquelle une expression consiste, ne soit presque point marquée ; c'est ce qui arrive dans les situations où il faut que l'acteur laisse échapper, malgré lui, quelques signes de sa passion.
Enfin les masques des anciens répondoient au reste de l'habillement des acteurs, qu'il falloit faire paroître plus grands & plus gros que ne le sont les hommes ordinaires. La nature & le caractere du genre satyrique demandoit de tels masques pour représenter des satyres, des faunes, des cyclopes, & autres êtres forgés dans le cerveau des Poëtes. La tragédie sur-tout en avoit un besoin indispensable, pour donner aux héros & aux demi-dieux cet air de grandeur & de dignité, qu'on supposoit qu'ils avoient eu pendant leur vie. Il ne s'agit pas d'examiner sur quoi étoit fondé ce préjugé, & s'il est vrai que ces héros & ces demi-dieux avoient été réellement plus grands que nature ; il suffit que ce fût une opinion établie, & que le peuple le crût ainsi, pour ne pouvoir les représenter autrement sans choquer la vraisemblance.
Concluons que les anciens avoient les masques qui convenoient le mieux à leurs théâtres, & qu'ils ne pouvoient pas se dispenser d'en faire porter à leurs acteurs, quoique nous ayons raison à notre tour de faire jouer nos acteurs à visage découvert.
Cependant l'usage des masques a subsisté longtems sur nos théâtres, en changeant seulement la forme & la nature des masques. Plusieurs acteurs de la comédie italienne sont encore masqués, plusieurs danseurs le sont aussi. Il n'y a pas même fort longtems qu'on se servoit communément du masque sur le théâtre françois, dans la représentation des comédies, & quelquefois même dans la représentation des tragédies.
Plusieurs modernes ont tâché d'éclaircir cette partie de la littérature qui regarde les masques de théâtre de l'antiquité. Savaron y a travaillé dans ses notes sur Sidonius Apollinaris. L'abbé Pacichelli en a recherché l'origine & les usages dans son traité de mascheris ceu larvis. M. Boindin en a fait un système très-suivi par un excellent discours inseré dans les Mémoires de littérature. Enfin un savant italien, Ficoronius (Franciscus), a recueilli sur ce même sujet des particularités curieuses dans sa dissertation latine de larvis scenicis, & figuris comicis antiq. rom. imprimée à Rome en 1750, in - 4°. avec fig. mais malgré toutes les recherches des Littérateurs & des Antiquaires, il reste encore bien des choses à entendre sur les masques ; peut-être que cela ne seroit point, si nous n'avions pas perdu les livres que Denis d'Halicarnasse, Rufus, & plusieurs autres écrivains de l'antiquité, avoient écrit sur les théâtres, & sur les représentations : ils nous auroient du-moins instruits de beaucoup de choses que nous ignorons, s'ils ne nous avoient pas tout appris.
Le P. Labbé dérive le mot de masque de masca, qui, dit-il, signifie proprement une sorciere dans les lois lombardes, l. I. tit. XI. §. 9. strix quae dicitur masca. " En Dauphiné, en Savoie, & en Piémont, continue-t-il, on appelle encore les sorcieres de ce nom, & d'autant qu'elles se déguisent, nous avons appellé masques les faux visages ; & de-là les mascarades ". (D.J.)
MASQUES, s. m. (Hydr.) Voyez DEGUEULLEUX.
MASQUE, terme de Chirurgie, nom qu'on donne à un bandage qui sert principalement pour les brûlures du visage. Il est ainsi nommé par rapport à sa figure ; c'est un morceau de linge auquel on fait quatre ouvertures qui répondent à celles des yeux, du nez, & de la bouche. Voyez la fig. 6. Pl. XXVII. Cette piece de linge est fendue à six chefs, qui se croisent postérieurement & s'attachent au bonnet. (Y)
MASQUE, terme d'Architecture, est une tête d'homme ou de femme, sculptée & placée à la clé d'une arcade, dont les attributs & le caractere répondent à l'usage de l'édifice. Quoique cette sorte d'ornement soit assez d'usage dans les bâtimens, je pense que l'on devroit préférer les clés ou consoles : quelque bien sculptés que soient ces masques, ils ne présentent jamais qu'un objet imparfait, en n'offrant qu'une partie du corps humain : cette mutilation ne me semble tolérable qu'à une maison de chasse, à un chenil, à une boucherie, & où ils font un attribut de l'extérieur du bâtiment à l'usage de l'intérieur, soit par des abattis de bêtes fauves ou domestiques.
Quelque plaisir que l'on puisse avoir de considérer une belle tête dans un claveau, le pié & la main me semblent des parties presque aussi belles, & cependant il paroîtroit ridicule de les placer ou de les admettre dans une décoration, affectant de les faire passer à-travers la muraille, telle qu'une main armée qui montre au public la salle d'un maître d'escrime : de plus le claveau d'une arcade doit tenir les voussoirs de part & d'autre en équilibre, & sa solidité ne peut procurer à l'esprit l'illusion d'une espace libre pour contenir la tête d'une statue, ce qui annonce plûtôt un déreglement d'imagination que de l'ordre, du génie, & de l'invention.
La plûpart des Architectes apportent pour raison que ce ne sont que des masques moulés sur la nature qu'on affecte de mettre sur les claveaux des arcades, & non la représentation réelle, mais il n'en est pas moins vrai que cette fiction est vicieuse & ces effigies desagréables, soit que l'on y place des têtes d'une forme élégante ou hideuse ; car plus elles seront d'un beau choix, plus elles paroîtront soumettre l'humanité à la servitude & au supplice ; enfin, plus on affectera d'y placer des masques chimériques, tels qu'il s'en voit dans un grand nombre de bâtimens de réputation, & plus, ce me semble, on tombe dans le défaut d'allier les contraires, puisque cette espece de sculpture qui n'annonce que de l'extravagance s'unit mal avec la pureté, l'élégance, & la beauté des proportions de l'architecture qu'on y remarque avec admiration.
MASQUE, (Arquebus.) on appelle ainsi un des poinçons ou ciselets dont les Arquebusiers, Armuriers, Eperonniers, Fourbisseurs, & autres semblables ouvriers ciseleurs se servent pour leurs ciselures.
Ces poinçons sont gravés en creux, & représentent diverses têtes d'hommes, de femmes, d'anges, de lions, de léopards, de chiens, &c. suivant la fantaisie du graveur. Ils sont courts & d'un morceau bien aciéré, afin de mieux supporter le coup de marteau qu'on donne dessus, quand on veut en imprimer le relief sur le métal qu'on a entrepris de ciseler.
Après que le masque est frappé, on le recherche & on le répare avec divers autres ciselets tranchans ou pointus comme sont les gouges, les frisons, les poinçons, les filieres, &c.
MASQUES, (Peinture) ce sont des visages ou faces humaines sans corps, dont les Peintres & les Sculpteurs font usage pour orner leurs ouvrages. On appelle mascarons les gros masques de sculpture. Les masques ont ordinairement l'air hideux ou grotesque.
|
| MASQUER | v. act. (Jardinage). On dit masquer une basse-cour, un bâtiment, une montagne ou quelque aspect désagréable, quand on plante au-devant un rideau de charmille ou un bois.
|
| MASSA | (Géogr. anc.) Il y a beaucoup de petits lieux dans les anciens auteurs, nommés massa, avec un surnom qui les distingue les uns des autres. Mais il faut remarquer que ces petits lieux ne désignoient ordinairement qu'un village, un hameau, où le seigneur d'un lieu logeoit les esclaves destinés à l'agriculture. On en trouvera les exemples dans Ortelius, qui les a rassemblés, & dans Ducange. On a dit avec le tems dans le même sens, masa, mazada, masagium, masum, masio ; & c'est de ce dernier mot estropié que nos ancêtres ont fait le mot de maison. (D.J.)
MASSA-CARERA, (Géogr.) ville d'Italie, capitale du petit pays de même nom en Toscane, dans la Lunégiane, avec titre de principauté, que possédent les princes de la maison de Cibo. Massa est renommée par ses carrieres de marbre. Elle est située dans une belle plaine à une lieue de la mer, 4 S. E. de Sarzane, 10 N. O. de Pise, 22 N. O. de Florence. Long. 27. 45. lat. 44. 1. (D.J.)
|
| MASSA-LUBRENS | (Géog.) petite ville d'Italie au royaume de Naples dans la terre de Labour, avec un évêché suffragant de Soriente, dont le revenu est établi sur le passage des cailles, car les hommes ont imaginé que tous les êtres de la nature leur appartenoient. Massa-Lubrense est située sur un rocher escarpé de tous côtés, & presque environné de la mer, à 2 lieues S. O. de Soriente, 7 S. O. de Naples. Long. 31. 58. lat. 40. 40. (D.J.)
|
| MASSACRE | S. m. (Gramm.) c'est l'action de tuer impitoyablement ceux sur lesquels on a quelque avantage qui les a mis sans défense. Il ne se dit guere que d'une troupe d'hommes à une autre. Le massacre de la saint Barthélemi, l'opprobre éternel de ceux qui le conseillerent, de ceux qui le permirent, de ceux qui l'exécuterent, & de l'homme infâme qui a osé depuis en faire l'apologie. Le massacre des Innocens. La massacre des habitans d'une ville.
MASSACRE, riviere du, (Géogr.) ou riviere de Monte-Christo ; riviere dans la partie de l'île de Saint-Domingue qui est aux François : les Espagnols veulent que cette riviere sépare leurs terres de celles des François du côté de cette montagne. On l'appelle riviere du massacre, parce que les deux peuples en sont souvent venus aux mains sur son rivage. (D.J.)
MASSACRE, s. m. en Vénerie & en Blason, se dit d'une tête de cerf, de boeuf, ou de quelqu'autre animal, quand elle est décharnée.
|
| MASSADA | (Géogr. sacrée) forteresse de la Palestine, dans la tribu de Juda, à l'occident de la mer Morte ou du lac Asphaltite, sur un rocher escarpé, & où l'on ne pouvoit que très-difficilement monter. Hérode le grand fortifia cette place, & la rendit presque imprenable.
Après la derniere guerre des Juifs contre les Romains, Eléazar, chef des Sicaires, s'empara de Massada. Flavius Sylva que l'empereur Titus avoit laissé dans la Judée, y assiégea Eléazar ; celui-ci, dit Josephe, hist. de la guerre des Juifs, liv. VII. ch. xxviij. voyant qu'il ne pouvoit plus tenir contre l'armée romaine, persuada à tous les Juifs qu'il avoit avec lui de se tuer l'un l'autre, & que le dernier vivant mettroit le feu au château. Ce projet fut exécuté ; deux femmes qui s'étoient cachées dans des aqueducs avec cinq jeunes enfans, raconterent ce fait le lendemain aux Romains. (D.J.)
|
| MASSAESYLIENS | LES, (Géog. anc.) Massaesylii, peuple de l'Afrique propre. Peut-être que les peuples nommés Massaesyli, Massae-Libyi, Massagetae, ont pris cette addition de massa dans la langue grecque, du mot , qui signifie toucher. Supposez que cette conjecture soit bonne, ce mot joint au nom d'un peuple, signifieroit un peuple qui confine à celui qui est nommé ; par exemple, les Massae-Sylii seroient un peuple ainsi nommé à cause des Syliens dont ils étoient voisins. (D.J.)
|
| MASSAFRA | (Géog.) petite, mais forte ville d'Italie au royaume de Naples, dans la terre d'Otrante. Elle est au pié de l'Apennin, & quelques-uns la prennent pour l'ancienne Messapie. Long. 34. 55. lat. 40. 50. (D.J.)
|
| MASSAGETES | LES, (Géog. anc.) Massagetae, ancien peuple que les historiens, sur-tout les Grecs, ont placé diversement ; il y a tout lieu de croire que c'étoient des branches d'une seule & même nation qui s'étoit étendue, & dont les parties dispersées en divers lieux de l'Asie, formerent autant de peuples. Les Massagetes de Pomponius Méla & d'Etienne le géographe, étoient des peuples Scythes. La plûpart s'avoisinerent des Parthes & des Saces ou Saques, & se disperserent entre la mer Caspienne & la Tartarie indépendante, où est maintenant le pays des Usbecks & le Khorassan. Pline, l. VI. c. xix. en parlant de ces peuples, dit, multitudo eorum innumera, & quae cum Parthis ex aequo degat. Les Massagetes de Ptolomée étoient un peuple de la Margiane, au midi des Derbices. Les Massagetes de Procope sont les mêmes que les Huns. (D.J.)
|
| MASSALIEN | S. m. (Théolog.) nom d'anciens sectaires qui ont été ainsi appellés d'un mot hébreu qui signifie priere, parce qu'ils croyoient qu'il falloit toûjours être en priere.
Les Grecs les nomment Euchites, , qui signifie la même chose en leur langue. Voyez EUCHITE.
Saint Epiphane distingue deux sortes de Massaliens, savoir, les anciens & les nouveaux.
Les premiers ne sont, selon lui, ni juifs, ni chrétiens, ni samaritains ; mais des gentils qui reconnoissant plusieurs dieux n'adorent cependant aucun d'eux : ils n'adorent qu'un seul Dieu qu'ils appellent le Tout-Puissant. Ces anciens Massaliens, dit le même saint Epiphane, qui sont sortis des Gentils, ont fait bâtir en quelques lieux des oratoires semblables à nos églises. Ils s'y assemblent pour prier & pour chanter des hymnes en l'honneur de Dieu. Ces églises sont éclairées de flambeaux & de lampes. Cette description que saint Epiphane a faite des anciens Massaliens approche si fort de la vie des Esséniens, que Scaliger a prétendu qu'on ne devoit point les distinguer de ceux-ci. Voyez ESSENIENS.
A l'égard des autres Massaliens qui étoient chrétiens de profession, ils ne faisoient que de naître au tems de saint Epiphane. Ils prétendoient que la priere seule suffisoit pour être sauvé. Plusieurs moines qui aimoient à vivre dans l'oisiveté & qui ne vouloient point travailler, se jetterent dans le parti des Massaliens. Dictionnaire de Trévoux.
A cette oisiveté déja si condamnable ils ajoutoient plusieurs erreurs très-pernicieuses : savoir, que le jeûne & les sacremens n'étoient d'aucune efficace ; que la priere seule leur donnoit la force de surmonter les tentations, qu'elle chassoit le démon & effaçoit les péchés que le baptême n'avoit fait que couper, pour ainsi dire, sans les extirper. Ils ajoutoient que chaque homme avoit deux ames, l'une céleste, & un démon que la priere chassoit ; qu'ils voyoient la Trinité de leurs yeux corporels ; qu'ils parvenoient à la ressemblance avec Dieu & à l'impeccabilité. Ils s'attribuoient le don de prophétie & des inspirations particulieres du Saint-Esprit, dont ils se persuadoient de ressentir la présence dans leurs ordinations (car ils avoient des évêques & des prêtres) ; alors ils se mettoient à danser disant qu'ils dansoient sur le diable, ce qui leur fit donner le nom d'enthousiastes ou de possédés. Ils eurent aussi celui de saccophores parce qu'ils se revêtoient d'un sac, mais non pas tous ; car on leur reproche aussi d'avoir porté des robes magnifiques, & donné dans une mollesse à peine supportable dans les femmes. Les empereurs firent des lois contr'eux ; leurs conversions simulées & leurs fréquentes rechutes engagerent les évêques, assemblés dans un concile en 427, à défendre qu'on les reçut dans l'Eglise de l'indulgence de laquelle ils avoient tant de fois abusé. Saint August. de heres. c. lvij. Theodoret, haeretic. fabul. liv. IV. Baronius, ad ann. Christ. 361, num. 34. 35. &c.
|
| MASSALIOTICUM | MASSALIOTICUM
|
| MASSAN | ou VOLTIGLOLE, s. f. (Marine) terme usité pour les galeres. C'est le cordon de la poupe qui sépare le corps de la galere de l'aissade de poupe. Voyez MARINE, Planche III. fig. 2. le dessein de la poupe de la galere réale.
MASSANE, (Géog.) haute montagne des Pyrénées vers le Roussillon. Elle a 408 toises de hauteur. (D.J.)
|
| MASSANKRACHES | (Hist. mod.) c'est ainsi que l'on nomme dans le royaume de Camboya, situé aux Indes orientales, le premier ordre du clergé, qui commande à tous les prêtres, & qui est supérieur même aux rois. Les prêtres du second ordre se nomment nassendeches, qui sont des especes d'évêques qui sont égaux aux rois, & qui s'asseient sur la même ligne qu'eux. Le troisieme ordre est celui de mitires ou prêtres, qui prennent séance au-dessous du souverain ; ils ont au-dessous d'eux les chaynises & les sazes, qui sont des prêtres d'un rang plus bas encore.
|
| MASSAPÉE | S. f. (Marine) instrument qui sert à mouvoir les cordages d'un bâtiment.
|
| MASSE | rypha, (Botan.) genre de plante à fleur sans pétales, composée de plusieurs étamines, disposée en épi. Ces étamines sont stériles ; les embryons se trouvent à la partie inférieure de l'épi & deviennent des semences dans la suite. Tournefort, inst. rei herb. Voyez PLANTE.
MASSE, s. f. (Phys.) en Méchanique, est la quantité de matiere d'un corps. Voyez CORPS & MATIERE. La masse se distingue par-là du volume qui est l'étendue du corps en longueur, largeur & profondeur. Voyez DENSITE & VOLUME.
On doit juger de la masse des corps par leur poids ; car M. Newton a trouvé par des expériences fort exactes, que le poids des corps étoit proportionnel à la quantité de matiere qu'ils contiennent.
Ce grand géometre ayant suspendu à des fils ou verges d'égale longueur, des poids égaux de différentes matieres, comme d'or, de plomb, renfermés dans des boîtes égales, & de même matiere, a trouvé que tous ces poids faisoient leurs oscillations dans le même tems. Or la résistance étoit égale pour tous, puisque cette résistance n'agissoit que sur des boîtes égales qui les renfermoient. Donc la cause motrice de ces poids y produisoit la même vîtesse ; donc cette cause étoit proportionnelle à la masse de chaque poids ; donc la pesanteur qui étoit la cause motrice, étoit dans chaque poids oscillant proportionnelle à la masse.
Ainsi les masses de deux corps également pesans sont égales. Il n'en est pas de même de la densité qu'il ne faut pas confondre avec la masse ; car un corps a d'autant moins de densité qu'il a moins de masse sous un même volume ; ensorte que si deux corps sont également pesans, leurs densités sont en raison réciproque de leurs volumes, c'est-à-dire, que si l'un a deux fois plus de volume que l'autre, il est deux fois moins dense. Voyez l'article DENSITE, où vous trouverez une formule pour comparer les masses, les volumes, & les densités des différens corps.
Il s'en faut de beaucoup que la masse ou la quantité de matiere des corps n'occupe tout le volume de ces mêmes corps. L'or, par exemple, qui est le plus pesant de tous les corps, étant réduit en feuilles minces, donne passage à la lumiere & à différens fluides, ce qui prouve qu'il y a beaucoup de pores & d'interstices entre ses parties. Or l'eau est 19 fois moins pesante que l'or ; ainsi en supposant même qu'un pié-cube d'or n'eût point du-tout de pores, il faut convenir qu'un pié-cube d'eau contient 18 fois au-moins plus de pores & de vuide que de matiere propre. (O)
MASSE, (Hydraul.) On dit une masse de terre, de sable, de glaise, de terre franche, quand on y pratique quelque piece d'eau, ce qui épargne de faire des corrois. (K)
MASSE, (Pharmacie) c'est ainsi qu'on appelle la quantité totale & informe d'un remede composé, destiné à être divisé en plusieurs doses & à être appliqué ou donné sous une forme particuliere.
C'est ainsi qu'on dit une masse de pilules, une masse d'emplâtres, de la matiere toute préparée de ces remedes, à laquelle il ne manque pour la premiere, que d'être formée en pilules ; & pour la seconde, que d'être étendue sur des morceaux de linge d'une certaine figure, ou bien formée en magdaleons. (b)
MASSE, (Marine) piece de bois, longue d'environ 24 piés, qui sert à tourner le gouvernail d'un bateau foncet.
MASSE, (Com.) amas, assemblage de plusieurs choses, soit qu'elles soient de différente nature, soit qu'elles soient de même espece. Ce terme a différentes acceptions dans le commerce, dont nous allons donner les plus générales.
Masse se dit d'une certaine quantité de marchandises semblables, que l'usage a fixées à un certain poids ou à un certain nombre, pour en faciliter le débit. Ainsi l'on dit des soies en masse, des plumes d'autruche en masses, des pelletteries en masses. Voyez SOIE, PLUMES, PELLETERIES.
Masse se dit aussi dans la jurisprudence du commerce, d'un capital que l'on fait de tous les effets mobiliers d'un marchand ou de plusieurs marchands associés qui ont mal fait leurs affaires, pour être partagés à leurs créanciers, au sol la livre.
Masse se dit aussi en fait de gabelles, d'une quantité de sel provenant d'une même voiture, qu'on met en un seul tas dans les greniers à sel ou les dépôts, pour y être vendue & distribuée au public. On fait aussi des masses de sels confisqués. Dictionn. de commerce.
MASSE, ou CHAISE, (Monnoy.) monnoie d'or. Philippe-le-Bel fit faire des chaises ou cadieres, comme on parloit alors, qu'on appelloit aussi royaux durs. Cette monnoie n'étoit qu'à 22 karats, & pesoit 5 deniers 12 grains trébuchans. Elle fut appellée masse, à cause que le roi y tenoit une masse de la main droite. On la nomma chaise, parce que le roi y étoit assis dans une chaise. Enfin on donna à cette espece le nom de royal dur, parce que n'étant qu'à 22 karats, elle étoit moins pliable que les monnoies d'or fin.
Les successeurs de Philippe-le-Bel firent aussi des masses ou chaises d'or. Celles de Philippe de Valois étoient d'or, & pesoient 3 deniers 16 grains. Les premieres que Charles VI. fit faire, pesoient 4 deniers 18 grains, & étoient pareillement d'or fin ; mais il en fit aussi frapper d'autres qui n'étoient qu'à 22 karats 1/4. Sous Charles VI. elles furent d'un moindre poids & d'un moindre titre, puisqu'elles n'étoient qu'à 16 karats, & du poids de 2 deniers 29 grains 1/3. (D.J.)
MASSE, (Architect.) terme dont on se sert en Architecture, pour exprimer l'ensemble des parties principales aussi-bien que la grandeur des édifices. On dit : les avant-corps du palais du Luxembourg font de belles masses ; toute la façade de Versailles, du côté du jardin, fait une belle masse.
On se sert aussi de cette expression, par rapport à la Sculpture : cette figure, ce grouppe, ce trophée est bien massé.
Masse de carriere, se dit d'un tas de plusieurs lits de pierre, les uns sur les autres dans une carriere, tels que la nature les a placés. En latin moles saxea.
MASSE, outil de Bourrelier, c'est une espece de gros marteau de fer, fort pesant & quarré, à manche court, dont ces ouvriers se servent pour battre & applatir les cuirs qu'ils emploient aux différens usages de leur métier.
MASSE DE FER, (Charpent.) elle sert aux Charpentiers pour emmancher à force, certains assemblages qu'il faut justes & serrés.
MASSE, outil de Charron, c'est un morceau de fer, long de six pouces, quarré, plat sur ses deux pans, au milieu duquel est un oeil où se place un manche assez gros, & long de deux piés & demi. Les Charrons s'en servent pour chasser les raies dans les mortaises des moyeux.
MASSE DE FER, (Cordonnier) elle sert à battre les semelles des souliers. C'est une masse ordinaire qui pese trois ou quatre livres.
MASSE, en terme de Graveur en pierres fines, se dit d'un morceau de pierre qu'on leve d'un endroit pour y graver en creux toutes les parties dans le détail. Lever la masse d'un oeil, c'est proprement ébaucher l'oeil ou marquer sa place, sans entrer dans aucun détail des parties.
MASSE, terme de billard, c'est un instrument dont les joueurs se servent pour pousser une bille contre une autre. La masse est un morceau de bois ou d'ivoire, d'un doigt d'épaisseur, de trois bons doigts de largeur, & d'autant de longueur ; elle est courbe, & n'est pas si large par en-haut que par embas. Au bout de la masse est une mortaise dans laquelle on fait entrer un manche de bois tourné, long de trois piés, & d'un doigt de diametre. La masse a dans son milieu en dessus, une raie marquée qui sert au joueur à prendre sa visée.
MASSE DE LUMIERE, se dit en Peinture, de la réunion de plusieurs lumieres particulieres qui n'en font qu'une. Masse d'ombre est de même la réunion de plusieurs petites ombres. Voyez CLAIR-OBSCUR, LARGE, PEINDRE-LARGE.
On dit, de belles masses, de grandes masses ; jamais les objets ne font de beaux, de grands effets dans un tableau, s'ils ne sont compris sous de grandes masses de lumiere & d'ombres.
MASSE DE PLUMES, (Plumassier) on appelle ainsi en terme de Plumassier un paquet de cinquante plumes d'autruches blanches & fines, car il n'y a que celles-là qui se vendent en masse, les autres moins précieuses se vendent au cent.
MASSE, (Sculpt.) c'est un gros marteau avec lequel les Sculpteurs dégrossissent leurs ouvrages en frappant sur les ciseaux. Voyez les Planch.
MASSE DE TRAME, terme de marchand de soie. La masse de trame est composée de six, huit, à dix matteaux, lesquels sont enfilés à un petit écheveau de soie, & ensuite arrêtés & fixés au moyen d'une boucle que l'on fait à l'écheveau. Cette façon de plier les soies n'est en usage que dans les soies d'Avignon, du Vivarais & du Dauphiné. Voyez MATTEAUX.
MASSE, s. f. (Tailland.) especes de marteaux qui sont fabriqués par les Taillandiers, & à l'usage des Charrons & des Carriers. Ceux-ci s'en servent pour fendre les blocs de pierre.
|
| MASSE MORE | S. f. (Marine) c'est du biscuit pilé dont on nourrit les bestiaux sur un vaisseau, quand on n'a rien autre chose à leur donner.
|
| MASSEL | MASSEL
Le plomb natif de Massel a fort embarassé les Minéralogistes. Ce sont des grains de plomb pur, semblable à de la dragée, qui ont été trouvés dans une bute de sable en Silésie, dans le voisinage de cette ville. On ne sait quelle est leur origine, & si on doit regarder ces grains de plomb comme produits par la nature ou par l'art : ces grains sont blancs à l'extérieur comme de la céruse ; & M. de Justi croit que c'est accidentellement qu'ils ont été enfouis dans cet endroit, qui ne paroît point de nature à les avoir produits. (-)
|
| MASSELOTTE | S. f. en terme de Fonderie, est une superfluité de métal qui se trouve aux moules des pieces de canon & des mortiers, après qu'ils ont été coulés ; car il faut toujours mettre plus de métal qu'il n'en est besoin pour ce que l'on a à fondre. Quand on coule la piece, la volée en bas, la masselotte se trouve à la culasse : c'est le métal le dernier fondu ; on le scie lorsqu'on repare la piece. Voyez VOLEE, CULASSE, &c.
|
| MASSEPAIN | S. m. en terme de Confiseur, ce sont des especes de pains d'une pâte d'amande & de sucre, à-peu-près comme celle des biscuits ; on en fait avec la marmelade de presque tous les fruits, dans chaque saison.
|
| MASSERANO | (Géogr.) petite place d'Italie enclavée dans le Piémont, entre le Verceillois, & le Biellois ; c'est la capitale d'un petit état de même nom, avec titre de principauté. Elle est sur une montagne, à huit lieues N. O. de Verceil, dix-huit N. E. de Turin. Long. 25. 40. lat. 45. 32. (D.J.)
|
| MASSETER | S. m. terme d'Anatomie, est un muscle triangulaire à deux têtes, & qui sert à tirer la mâchoire inférieure en en-haut lorsqu'on mange. Voyez MACHOIRE.
Le masseter est gros & court ; il vient de l'arcade zygomatique & de l'os de la pommette, & s'insere dans le bord intérieur de la mâchoire inférieure, depuis son angle externe jusqu'à son milieu. Ses fibres s'étendent en trois directions différentes ; celles qui viennent du zygoma s'avancent obliquement jusqu'au milieu de la branche de la mâchoire ; celles qui partent de l'os de la pommette croisent celle-là : & les fibres qui sont au milieu vont perpendiculairement depuis leur origine jusqu'à leur insertion. Voy. Planch. anat. (Myolog.)
|
| MASSETERIQUE | adj. en Anatomie, nom d'une artere qui se distribue au masseter, & qui est produite par la carotide externe. Voyez CAROTIDE.
|
| MASSIA | (Hist. mod. Culte) c'est le nom que les Japonois donnent à des petits oratoires ou chapelles bâtis en l'honneur des dieux subalternes ; elles sont desservies par un homme appellé canusi, qui s'y tient pour recevoir les dons & les offrandes des voyageurs dévots qui vont invoquer le dieu. Ces canusi sont des séculiers à qui les kuges ou prêtres de la religion du Sintos, par un desintéressement assez rare dans les hommes de leur profession, ont abandonné le soin & le profit des chapelles & même des mia ou temples.
|
| MASSIAC | (Géogr.) petite ville de France dans la haute Auvergne, sur la riviere d'Alagnon, entre Brioude & Murat. Long. 21. 6. lat. 45. 12.
|
| MASSICOT | S. m. (Chimie & Peinture) c'est ainsi qu'on nomme une chaux de plomb d'une couleur jaune dont les peintres se servent pour peindre en jaune.
Lorsqu'on fait fondre du plomb, il se forme à sa surface une poudre grise qui est une chaux véritable de ce métal ; si après avoir enlevé cette poudre grise on l'expose à un feu plus violent, elle devient jaune ; & c'est-là ce qu'on appelle massicot. On peut encore le faire d'une autre façon. On n'aura qu'à prendre de la céruse, c'est-à-dire du plomb dissous par le vinaigre ; on en remplira des vieux canons de pistolets ; on bouchera ces canons avec de la terre glaise, & on les mettra dans le feu où on les tiendra rouges pendant quatre ou cinq heures, au bout desquelles le massicot sera fait.
Quelques auteurs distinguent trois especes de massicot ; le blanc, le jaune & le doré. Ces trois especes sont trois chaux de plomb, qui ont éprouvé des degrés de feu différens. Voyez PLOMB.
On donne aussi quelquefois le nom de massicot ou de mastichot à une composition qui sert de base à la couverte ou aux vernis dont on couvre la fayence & la poterie de terre. C'est une espece de verre fait avec du sable fin, de la soude ou de la potasse. On y mêle ensuite soit de la chaux d'étain, soit de la litharge, soit du plomb, suivant différentes proportions. On applique ce mélange en poudre sur les poteries que l'on veut vernisser, & on les expose dans un fourneau, pour que cette composition en se fondant s'applique sur le vaisseau. Voyez POTERIE. (-)
|
| MASSIER | S. m. (Gramm. Hist. mod.) celui qui porte une masse, voyez MASSE. Le recteur de l'université a ses massiers ; le chancelier a les siens ; le roi est précédé de massiers aux processions de l'ordre ; les cardinaux ont des massiers à cheval devant eux en leurs entrées ; deux massiers tiennent la bride du cheval du pape, & le conduisent lorsqu'il sort en cérémonie.
|
| MASSIF | adj. ce qui est gros & solide ; ce terme est opposé à menu & délicat. Voyez SOLIDITE.
C'est ainsi que nous disons qu'un bâtiment est trop massif, pour marquer que les murs en sont trop épais ; qu'un mur est massif, pour marquer que les jours & les ouvertures en sont trop petits à proportion du reste.
On appelle massif en Architecture toute bâtisse de moilon, de pierre, de brique, faite en fondation, sans qu'il y ait de cave, pour porter un ou plusieurs murs, colonnes, piliers, perron & autres.
MASSIF, s. m. (Hydraul.) s'entend d'un courroi de glaise ou d'une chemise de ciment qui sert à retenir les eaux dans les bassins. Voyez CONSTRUCTION DES BASSINS.
MASSIFS, sont ordinairement des bandes de gason que l'on pratique de la largeur de deux ou trois piés, entourées des deux côtés d'un sentier ratissé d'un pié de large, & sablé de rouge. Ces massifs prennent naissance de la broderie d'un parterre, où ils se contournent en volutes d'où sortent des palmettes, des nilles & des becs de corbin ; quand ils se répetent, ils composent les compartimens des parterres.
|
| MASSIN | (Hist. mod. Jurisprud.) c'est le nom que l'on donne dans l'île de Madagascar aux lois auxquelles tout le monde est obligé de se conformer : elles ne sont point écrites ; mais étant fondées sur la loi naturelle, elles sont passées en usage, & il n'est permis à personne de s'en écarter. Ces lois sont de trois sortes : celles que l'on nomme massin-dili ou lois du commandement, sont celles qui sont faites par le souverain ; c'est sa volonté fondée sur la droite raison, par laquelle il est obligé de rendre la justice, d'accommoder les différends, de distribuer des peines & des récompenses. Suivant ces lois, un voleur est obligé de rendre le quadruple de ce qu'il a pris ; sans cela il est mis à mort, ou bien il devient l'esclave de celui qu'il a volé.
Massin-poch, sont les lois & usages que chacun est obligé de suivre dans la vie domestique, dans son commerce, dans sa famille.
Massin-tane, sont les usages, les coutumes ou les lois civiles, & les réglemens pour l'agriculture, la guerre, les fêtes, &c. Il ne dépend point du souverain de changer les lois anciennes, & dans ce cas il rencontreroit la plus grande opposition de la part de ses sujets, qui tiennent plus qu'aucun autre peuple aux coutumes de leurs ancêtres. Cependant il regne parmi eux une coutume sujette à de grands inconvéniens, c'est qu'il est permis à chaque particulier de se faire justice à lui-même, & de tuer celui qui lui a fait tort.
|
| MASSINGO | (Hist. nat.) espece de graine assez semblable au millet, excepté qu'elle est plus grande & plus ferme, qui sert à la nourriture des habitans du royaume de Congo en Afrique. On dit qu'elle est très-bonne au goût, mais elle produit des flatuosités & des coliques sur les européens, qui n'ont point l'estomac aussi fort que les negres.
|
| MASSIQUE | MONT, Massicus mons (Géog. anc.) côteau ou monticule de la Campanie, aux environs de Sinuesse. Il s'y recueilloit beaucoup de vin & il étoit excellent. Martial en fait l'éloge épigr. 57. liv. XII. dans ce vers :
De Sinuessanis venerunt Massica praelis.
Horace le vante aussi dans sa premiere ode, & dit que quand il est vieux il rappelle le goût du buveur.
Est qui nec veteris pocula Massici
Spernit.
Le vin massique se nomme aujourd'hui massacano, & le côteau monte di Dracone. Ce côteau est dans la terre de Labour, qui fait partie de l'Italie méridionale.
|
| MASSOLAC | masolacum, (Géog.) un des anciens palais des rois de France. Ce fut dans ce palais que Clotaire II. fit comparoître devant lui en 613, le patrice Aléthée, & le fit condamner à périr par le glaive. Ce fut encore à Massolac qu'après la mort du roi Dagobert I. les seigneurs de Neustrie & de Bourgogne s'assemblerent pour proclamer roi son fils Clovis. Dom Germain & dom Ruinart ont laissé indécise la situation de ce palais ; cependant bien des raisons portent à croire que l'endroit où il étoit bâti doit être Maslay, à une lieue de Sens, vers l'orient, sur la petite riviere de Vanne. On croit qu'il fut détruit par les Sarrasins ; mais le nom un peu altéré Masiliacus pagus, pour Massolacus pagus, Maslay, est resté aux deux villages contigus, dont l'un s'appelle Maslay-le-roy, & l'autre Maslay-le-vicomte. (D.J.)
|
| MASSUE | S. f. (Littér.) On sait que chez les anciens c'étoit une sorte d'arme lourde & grosse par un bout, hérissée de plusieurs pointes. Personne n'ignore encore que c'est le symbole ordinaire d'Hercule, parce que ce héros ne se servoit que d'une massue pour combattre les monstres & les tyrans. Après le combat qu'il soutint contre des géans, il consacra sa massue à Mercure : la fable ajoûte qu'elle étoit de bois d'olivier sauvage, qu'elle prit racine & devint un grand arbre. On donne aussi quelquefois la massue à Thésée. Euripide dans ses suppliantes appelle la massue de ce héros épidaurienne, parce qu'au rapport de Plutarque Thésée en dépouilla Périphétè, qu'il tua dans Epidaure, & il s'en servit depuis, comme fit Hercule de la peau du lion de Nemée. (D.J.)
|
| MASTIC | LE, s. m. (Hist. des drog.) en latin mastiche, mastix, ou resina lentiscana. Offic. . Dioscor. mastech arab.
Résine seche, transparente, d'un jaune pâle, en larmes ou en grumeaux, de la grosseur d'un petit pois ou d'un grain de riz, fragile, qui se casse sous la dent, & s'amollit cependant par la chaleur comme de la cire, s'enflamme sur les charbons, répand une odeur agréable, & a un goût légerement aromatique, résineux & un peu astringent.
Cette gomme résineuse découle du lentisque des îles de l'Archipel par incision, & Belon même assure que les lentisques ne donnent de résine que dans l'île de Scio. Cependant ceux d'Egypte en produisoient autrefois, puisque Galien recommande le mastic d'Egypte. Quelques-uns disent qu'il en découle aussi des lentisques d'Italie ; & Gassendi, dans la vie de Peiresc, ouvrage excellent en son genre, où l'on trouve cent choses curieuses qu'on n'y attend point, remarque que du côté de Toulon il y a de ces arbres qui rendent quelques grains de mastic. Il est pourtant vrai que tout celui que l'on débite aujourd'hui ne vient que des îles de l'Archipel, & en particulier de celle de Scio.
On croit communément que c'est la culture seule qui rend ces arbres propres à fournir du mastic, mais c'est une erreur, puisqu'il se trouve dans Scio même beaucoup de lentisques qui ne produisent presque rien, & qui néanmoins sont aussi beaux que les autres : il faut donc attribuer la raison de ce phénomene à une tissure particuliere des racines & des bois, qui varie considérablement dans les individus de même espece. On a beau tailler & cultiver les lentisques de Toulon, ils ne fournissent point de mastic. Combien y a-t-il de pins dans nos forêts qui ne donnent presque pas de résine, quoiqu'ils soient de même espece que ceux qui en fournissent beaucoup ? Ne voit-on pas la même chose parmi ces sortes de cèdres, cedrus folio cupressi major, fructu flavescente, de C. B. P. dont on tire l'huile de cade ?
L'expérience donc a fait connoître que c'étoit la seule qualité des especes de lentisque qui produisoit le mastic ; & que la meilleure précaution que l'on pouvoit prendre pour en avoir beaucoup, étoit de conserver & de provigner les seuls lentisques qui naturellement en donnent beaucoup.
C'est pour cette raison que ces arbres ne sont pas alignés dans les champs, mais qu'ils sont disposés par pelotons ou bosquets, écartés fort inégalement les uns des autres. L'entretien de ces arbres ne demande aucun soin ; il n'y a qu'à les bien choisir & les faire multiplier, en couchant à terre les jeunes tiges.
On émonde seulement quelquefois les lentisques dans le mois d'Octobre, ou pour mieux dire on décharge leurs troncs des nouveaux jets qui empêcheroient le succès des incisions. Du reste, on ne laboure pas la terre qui est au-dessous : on arrache seulement les plantes qui y naissent ; on balaye proprement le terrein pour y recevoir le mastic, & il est nécessaire qu'il soit dur & bien applani.
Peut-être que si on suivoit la même méthode en Candie, en Italie, en Provence, on trouveroit plusieurs lentisques qui répandroient du mastic comme ceux de Scio.
On commence dans cette île les incisions des lentisques le premier jour du mois d'Août ; on coupe en travers & en plusieurs endroits l'écorce des troncs avec de gros couteaux, sans toucher aux jeunes branches. Dès le lendemain de ces incisions, on voit distiller le suc nourricier par petites larmes, dont se forment peu-à-peu les grains de mastic ; ils se durcissent sur la terre, & composent souvent des plaques assez grosses : c'est pour cela que l'on balaye avec soin le dessous de ces arbres. Le fort de la récolte est vers la mi-Août, pourvu que le tems soit sec & serein ; si la pluie détrempe la terre, elle enveloppe toutes ces larmes, & c'est autant de perdu : telle est la premiere récolte du mastic.
Vers la fin de Septembre les mêmes incisions en fournissent encore, mais en moindre quantité : on le passe au sas pour en séparer les ordures ; & la poussiere qui en sort s'attache si fort au visage de ceux qui y travaillent, qu'ils sont obligés de se laver avec de l'huile.
Ils ne mériteroient pas d'être plaints pour ce leger accident, si du moins il leur revenoit quelque petite portion de leur récolte ; mais on ne juge pas que cela soit équitable dans les pays soumis au grand-seigneur. Tout le produit des fonds lui appartient avec la propriété des fonds ; si quelqu'un vend la terre, les arbres qui fournissent la résine de mastic sont reservés pour sa Hautesse, c'est-à-dire qu'on ne peut rien vendre. Quand un habitant est surpris portant du mastic de sa récolte dans quelque village, il est condamné aux galeres & dépouillé de tous ses biens. Nous en usons à-peu-près de même pour le sel.
On n'accorde aux habitans des lieux où l'on recueille cette résine, que la prérogative de porter la sesse blanche autour de leur turban, de même que les Turcs ; prérogative peut-être consolante pour des peuples qui croient avoir quelque faveur quand le prince cesse de lever sa main pour les anéantir.
Les lentisques semblent faits pour la gloire du sultan, qui jouit des pays où ces arbres donnent le mastic sans culture. En effet, puisqu'il est propriétaire du fond de la terre, il en résulteroit infailliblement pour lui la perte du mastic s'il falloit cultiver les arbres ; car dans ces lieux-là l'abandon des terres à cultiver est toujours certain : on ne répare point, on n'améliore point, on ne plante point, on tire tout de la terre, on ne lui rend rien.
La récolte entiere du mastic est destinée pour la capitale de l'empire, & par conséquent la plus grande partie pour le serrail. Le sultan ne voit, n'envisage que le palais où il est renfermé, & dont il se trouve pour ainsi dire le premier prisonnier ; c'est à ce palais qu'il rapporte ses inclinations, ses lois, sa politique, ses plaisirs : c'est-là qu'il tient ses sultanes & ses concubines, qui consomment presque tout le mastic de l'Archipel.
Elles en mâchent principalement le matin à jeun, pour s'amuser, pour affermir leurs gencives, pour prévenir le mal des dents, pour le guérir, ou pour rendre leur haleine plus agréable. On jette aussi des grains de mastic dans des cassolettes pour des parfums, ou dans le pain avant que de le mettre au four. On l'emploie encore pour le mal d'estomac, pour arrêter les pertes de sang ; & on en délivre aux femmes du serrail à-proportion de leur crédit & de leur autorité.
C'est quelquefois un aga de Constantinople qui se rend dans les îles de l'Archipel, pour recevoir le mastic dû au grand-seigneur, ou bien on charge de cette commission le cadi de Scio : alors le douannier va dans trois ou quatre des principaux villages, & fait avertir les habitans des autres de porter leur contingent. Tous ces villages ensemble doivent 286 caisses de mastic, lesquelles pesent cent mille vingt-cinq ocques, c'est-à-dire en total 300 mille 625 livres à 16 onces pour livre ; car l'ocque ou ocos est un poids de Turquie qui pese trois livres deux onces poids de Marseille.
Outre cela, comme les lois qui ôtent la propriété des fonds ne diminuent point la cupidité des grands, l'aga, le cadi de Scio, préposé pour recevoir le mastic, commet dans sa recette les vexations & les injustices dont il est capable, par la grande raison qu'il croit n'avoir rien en propre que ce qu'il vole.
Ordinairement il retire de droits pour sa portion trois caisses de mastic du poids de 80 ocques chacune ; il revient aussi une caisse à l'écrivain qui tient les registres de ce que chaque particulier doit fournir de mastic : l'homme du douannier qui le pese en prend une poignée sur la part de chaque particulier ; & un autre commis qui est encore au douannier, en prend autant pour la peine qu'il a de ressasser cette part. Il me semble voir les manoeuvres des commis ambulans aux fermes & aux gabelles.
Les habitans qui ne recueillent pas assez de mastic pour payer leur contingent, en achetent ou en empruntent de leurs voisins qui ont eu plus de bonheur ; finalement ceux qui en ont de reste, le gardent pour l'année suivante ou le vendent secrettement. Quelquefois ils s'en accommodent avec le douannier, qui le prend à une piastre l'ocque, & le vend deux à trois piastres.
C'est apparemment de la levée personnelle du cadi & des douaniers que nous revient par cascades le peu de mastic de Scio que nous avons en Europe ; il est beaucoup plus gros & d'un goût plus balsamique que celui du Levant que l'on reçoit par la voie de Marseille. Cependant ce dernier est presque le seul que l'on apporte en France par la même voie de Marseille. On calcule qu'il nous en revient environ 70 à 80 quintaux chaque année, à raison de 70 sols la livre pesant, dont nous faisons la consommation ou le débit.
Il faut remarquer que les négocians du Levant qui l'envoient, mettent toujours le plus commun au fond, le médiocre au milieu, & le bon dessus. Ils ne veulent jamais le vendre l'un sans l'autre.
L'on peut acheter à Smyrne pour l'Europe tous les ans environ 300 caisses de mastic, pesant chaque caisse un quintal un tiers.
Il faut choisir le mastic en grosses larmes, blanc, pâle ou citrin, net, transparent, sec, fragile, odorant, craquant, & qui étant un peu mâché devienne sous la dent comme de la cire blanche : on l'appelle mastic en larmes. On ne fait aucun cas de celui qui est noir, verd, livide ou impur.
On vend chez les droguistes sous le nom de mastic en sorte, quelques masses résineuses, seches, grossieres, faites de mastic commun & d'autres résines, mais elles sont entierement rejettées pour la Medecine. Quelques ouvriers en emploient, & nomment mastic leur ciment ou composition faite de méchant mastic, de poudre de briques, de cire & de résine dont les Lapidaires se servent pour tenir les pierres quand ils les taillent, les Sculpteurs pour rejoindre les pieces d'une statue, & les Vitriers pour coller leurs carreaux de verre ou leurs glaces aux croisées.
Il y a encore un mastic noir qu'on apporte d'Egypte, dont on prétend qu'on peut se servir pour sophistiquer le camphre.
On présuppose, par l'analyse du mastic, qu'il est composé de beaucoup d'huile épaisse, de sel acide, de très-peu de sel alkali & de terre, & qu'il contient fort peu de parties subtiles & volatiles.
Les anciens medecins le recommandent pour beaucoup de maux ; c'est pourquoi il entre dans une infinité de compositions galéniques, d'onguens & d'emplâtres. Les Allemands en tirent une eau, une huile simple, une huile distillée, un esprit, avec l'esprit-de-vin, & en font aussi des pilules. On juge bien qu'ils donnent de grandes vertus à toutes ces préparations.
Quelques-uns de nos modernes ne sont pas plus sages que les anciens, dans les propriétés vagues qu'ils attribuent au mastic, pour guérir les diarrhées, la colique, le vomissement, le flux de sang. Comme ces maladies dépendent d'une infinité de causes différentes, il faudroit du-moins spécifier les occasions où le mastic est recommandable dans ces maladies.
On doit reconnoître en général qu'il est légerement aromatique & astringent, & qu'il peut convenir lorsqu'il faut dessécher, affermir & fortifier les fibres des visceres qui sont trop humides, trop lâches & trop foibles : il peut encore quelquefois adoucir l'acrimonie des humeurs, soit en enveloppant les pointes des sels, soit en humectant les membranes. Etant mâché, il resserre & affermit les gencives, parce qu'il est astringent ; si on le mâche long-tems, il excite la salive, propriété qu'il partage avec tout ce qui se mâche long-tems. Il se dissout également dans les liquides aqueux & huileux.
On dit qu'appliqué sur la région ombilicale, il arrête les diarrhées, & qu'il guérit le mal de dents étant mis sur les tempes ; mais on répete si souvent ces sortes d'expériences sans succès, qu'on devroit bien en être détrompé.
On l'emploie dans les poudres dentifirices, & il y convient, comme aussi dans quelques emplâtres, céras ou onguens astringens.
Cependant le principal usage qu'on en fait est dans les Arts. Les Orfévres en mêlent avec de la térébenthine & du noir d'ivoire, qu'ils mettent sous les diamans pour leur donner de l'éclat. On s'en sert aussi beaucoup dans la composition des vernis, cet art moderne industrieusement inventé pour lustrer, colorer, conserver le papier, les tableaux, & tant d'ouvrages différens de sculpture ou de menuiserie. Peut-être que le vernis si précieux de la Chine n'est autre chose qu'une espece de résine qui, comme le mastic, dégoutte de quelqu'arbre naturellement ou par incision. (D.J.)
|
| MASTICATION | S. f. (Physiolog.) la mastication ou l'action par laquelle on mâche, est une atténuation des alimens dans la bouche, qui se fait & par le broyement des dents & par le détrempement de la salive. Le principal objet de cette opération sont les alimens solides qui doivent être atténués, afin que l'augmentation de leurs surfaces donne plus de prise aux forces digérantes. Ce qu'on mâche plus pour le plaisir que pour se nourrir, comme par exemple les aromates, n'est que le second objet de la mastication.
Pour atténuer les alimens solides & les diviser en plusieurs particules, il faut les mordre. Voyez MORDRE.
L'action de mordre consiste à écarter la mâchoire inférieure, & à la presser ensuite fortement contre la mâchoire supérieure, afin que les alimens solides puissent être coupés par les huit dents incisives des deux mâchoires entre lesquels ils sont pris.
Les alimens mordus & divisés sont réservés entre les surfaces larges & pierreuses des dents molaires pour y recevoir l'action du broyement. Ce resserrement se fait 1° par la contraction principalement du muscle buccinateur, qui applique les joues aux dents molaires & à leur siege externe, par l'action de l'orbiculaire des levres dont l'action est de rider, retrécir, fermer la bouche ; par l'action du zigomatique qui tirant les levres obliquement en-haut, presse fortement la partie supérieure de la joue voisine du buccinateur contre les gencives des dents molaires supérieures & contre ces dents mêmes ; par l'action du releveur commun des levres qui les tirant en-haut, les applique ainsi qu'une partie des joues aux dents & aux gencives qui sont en cet endroit ; par l'action des deux releveurs propres de la levre supérieure qui agissant ensemble, resserrent ladite levre contre les gencives & contre les dents antérieures supérieures, quand la bouche est fermée par son sphincter ; par l'action de l'abaisseur & du releveur propre des deux levres ; enfin par l'action du peaucier qui meut & ride les tégumens, & qui applique les joues & les muscles placés sous lui aux mâchoires & aux dents molaires.
Si ces muscles agissent tous ensemble, les joues & les levres sont tellement appliquées contre les gencives & les dents, qu'il ne tombe aucune partie de ce qu'on mange & de ce qu'on boit entre les joues, entre la surface extérieure des dents & des parties antérieures des gencives, au lieu que les alimens sont poussés en divers lieux, lorsque ces muscles n'agissent que tour-à-tour.
Les alimens sont donc alors resserrés ou comprimés au même endroit par la langue, qui est un muscle d'une extrème volubilité en tout sens, & qui se meut avec une facilité prodigieuse vers tous les points du dedans de la bouche. C'est par le moyen de ces muscles qu'elle détermine les alimens solides entre les molaires, & ce qu'on mange & ce qu'on boit vers le gosier.
Pour peu que l'on fasse attention au mouvement successif des muscles moteurs de la mâchoire, à leur façon d'ouvrir & de comprimer en-devant latéralement & en arriere, on sera convaincu sans peine que les muscles des joues, des levres, de la langue peuvent broyer les alimens dans l'écartement qui se trouve entre les dents, & dans celui que laissent les dents qu'on a perdues. Par tous ces mouvemens, les alimens sont brisés, atténués, mêlés, délayés, lubrifiés, & deviennent fluides par le mélange de la salive, de la liqueur de la bouche, & de la mucosité du palais & du gosier.
Les alimens étant donc atténués par le mouvement de la mastication, la salive qui s'exprime par cette même action se mêle exactement avec eux, & contribue à les assimiler à la nature du corps dont ils doivent être la nourriture. Voyez CHYLE. (D.J.)
|
| MASTICATOIRE | S. m. (Thérapeutique & Pharmacie) espece d'apophlegmatisme par la bouche, ou de remede propre à exciter une évacuation par les excrétoires de la bouche, c'est-à-dire les différentes glandes salivaires. L'action simple & méchanique de la mastication ; l'action de mâcher à vuide, ou de mordre un corps tenace ou plus ou moins résistant, qui ne répand dans la bouche aucun principe médicamenteux, suffit pour faire couler abondamment la salive. Le mouvement de la langue & des joues employé à rouler dans la bouche un corps dur, poli & insoluble, détermine aussi cette excrétion : ainsi un morceau de cire ou de carton, un petit peloton de linge mâché pendant un certain tems, ou de petites boules de verre ou d'ivoire roulées dans la bouche peuvent être regardées comme des especes de masticatoire, quoique ce mot ne puisse convenir à la rigueur qu'à ce qui est mordu ou mâché ; mais ce sont des masticatoires faux ou méchaniques. Les vrais masticatoires sont des matieres qui ont une certaine solidité qui ne peuvent point se dissoudre entierement dans la bouche, & dont le goût est âcre & vif, tels que les racines de pyretre, de gingembre, de roseau aromatique, d'iris, d'aulnée, &c. le poivre, le cardamome, la semence de nielle, les feuilles de tabac & de betoine, le mastic, &c.
On peut donner à mâcher un seul de ces remedes, & l'on a alors un masticatoire simple, ou bien en mêler plusieurs sous forme de tablettes pour faire un masticatoire composé.
On regarde ces remedes comme très-utiles dans les maladies catarrales de tous les organes de la tête, telles que les fluxions sur les dents, les yeux, les oreilles, les engorgemens séreux des amygdales, les affections soporeuses, la paralysie, &c. l'action de ces remedes est absolument analogue aux autres especes d'apophlegmatismes par la bouche, tels que les gargarismes irritans & la fumée du tabac. Elle a beaucoup de rapport encore avec celle des errhins. Voyez ERRHINS.
Les masticatoires ne peuvent être regardés que comme des secours d'un ordre inférieur, mais cependant dont l'usage continué est souvent très-efficace, principalement contre les affections catarreuses de la tête. Ce genre de remede est presque absolument inusité aujourd'hui. C'est à l'habitude de fumer & à celle du tabac pris par le nez qu'on a recours pour produire la même évacuation. (b)
|
| MASTIGADOUR | S. m. (Maréchallerie) espece de mors uni, garni de patenotres & d'anneaux, qu'on met dans la bouche du cheval, pour lui exciter la salive & lui rafraîchir la bouche. Il est composé de trois moitiés de grands anneaux faites en demi-ovales d'inégale grandeur, les plus petites étant renfermées dans la plus grande, qui doit avoir un demi-pié de hauteur. Le mastigadour est monté d'une têtiere & de deux longes ou rènes.
On dit qu'un cheval est au mastigadour, lorsqu'on lui met la tête entre deux piliers, la croupe tournée vers la mangeoire.
|
| MASTIGOPHOR | ou PORTE-VERGE, s. m. (Littér. grecq.) espece d'huissier des Hellanodices, préposés aux jeux publics de la Grece.
Les lois qui concernoient la police des jeux publics étoient observées d'autant plus exactement, que l'on punissoit avec sévérité ceux qui n'y obéissoient pas. C'étoit ordinairement la fonction des mastigophores, lesquels, par ordre des hellanodices ou agonothetes, & même quelquefois à la priere des spectateurs, frappoient de verges les coupables.
Pour mériter ce châtiment, il suffisoit qu'un athlete entrât mal-à-propos en lice en prévenant le signal ou son rang. Si l'on s'appercevoit de quelque collusion entre deux antagonistes, c'est-à-dire qu'ils parussent vouloir s'épargner réciproquement en combattant avec trop de négligence, on leur imposoit la même peine. On ne faisoit pas meilleur quartier à ceux qui, après avoir eu l'exclusion pour les jeux, ne laissoient pas d'y paroître, ne fût-ce que pour réclamer une palme qu'ils prétendoient leur appartenir, quoiqu'ils l'eussent gagnée sous un nom emprunté.
La séverité des agonothetes grecs à châtier les fautes ou la prévarication des athletes, se faisoit extrèmement redouter de ceux qui vouloient se donner en spectacle dans les jeux publics ; & lorsque les courtisans de Néron l'exhorterent de paroître aux jeux olympiques pour y disputer le prix de la musique, il leur donna pour excuse la crainte qu'il avoit des mastigophores ; mais pour s'en délivrer, il eut d'abord soin de gagner leurs bonnes graces, & plus encore de corrompre tout ensemble ses juges & ses antagonistes à force d'honnêtetés & de présens. C'est par ce moyen qu'il vint à bout de se délivrer de la juste appréhension que lui inspiroit sa foiblesse. Suétone nous apprend cette anecdote : Quàm autem trepidè anxiè que certaverit, dit-il en parlant de cet empereur, quant à adversariorum aemulatione, & quo metu judicum, vix credi potest. Adversarios si qui arte praecellerint, corrumpere solebat ; judices autem, priùsquam inciperet, reverendissimè alloquebatur.
Il est donc vrai qu'on punissoit les athletes qui corrompoient leurs adversaires par argent, & les concurrens qui s'étoient laissé corrompre ; mais quel agonothete eût osé sévir contre Néron ! On ne pend point un homme qui a cent mille écus de rente, dit à l'oreille du maréchal de Villars un partisan dont il vouloit faire justice, pour s'être enrichi dans la campagne du plus pur sang des peuples ; & en effet il ne fut point pendu. (D.J.)
|
| MASTILLY | S. m. (Comm.) mesure dont on se sert à Ferrare, ville d'Italie, pour les liquides. Le mastilly contient huit sechys. Voyez Dictionnaire de Commerce.
|
| MASTIQUER | (Gram.) c'est unir par le mastic. Voyez l'article MASTIC.
|
| MASTOIDE | adj. en Anatomie, est la même chose que mamillaire. Voyez MAMILLAIRE.
Ce mot vient du grec , mamelle, & de , image, figure.
MASTOÏDE se dit aussi des apophyses du corps qui ressemblent à des mamelles, & qui naissant d'une base large, se terminent par une extrémité obtuse.
|
| MASTOIDIEN | adj. en Anatomie, se dit en différentes parties relatives à l'apophyse mastoïde. Voyez MASTOÏDE.
Le trou mastoïdien postérieur est celui qui est le plus remarquable de tous ceux qui s'observent à la partie postérieure de l'apophyse mastoïde.
Le muscle mastoïdien antérieur, voyez STERNO-DEÏDO-MASTOÏDIEN.
Le muscle mastoïdien latéral, voyez COMPLEXUS.
Le muscle mastoïdien postérieur, voyez SPLENIUS.
|
| MASTOU | S. m. (Pêche) ce terme est usité dans l'amirauté de Bretagne. Ce sont de petites planches d'un pié en quarré ; on y a pratiqué en-dessus un rebord qui suit les contours & marque la forme du pié, & ajusté deux barres en croix qui traversent d'un angle à l'autre. On affermit cette machine sous le pié avec une courroie de cuir ou de corde, à-peu-près comme les sauvages du Canada attachent sous leurs piés leurs raquettes pour aller sur la neige. Avec ces mastous, les pêcheurs parcourent librement les fonds vaseux sans enfoncer ; ils se soutiennent en même tems avec leurs fouannes qu'ils ont à leurs mains.
|
| MASTRICH | ou MAESTRICHT, (Géog.) ancienne, grande, belle & forte ville des Pays bas. Elle est enclavée du côté de la Meuse dans l'évêché de Liege & le comté de Vroenhove, de l'autre côté de la même riviere, elle est enclavée dans le pays de Fanquemont, & dans le comté de Gronsvelt, fief de l'empire.
Le nom latin de Mastricht est Trajectum ad Mosam, & c'est ce que signifie en flamand Maestricht, parce que la Meuse s'appelle Maes dans cette langue, & que le mot Trajectum a été corrompu en Treictum ou Trictum ; aussi Monstrelet l'appelle-t-il en françois la ville de Treet. Mastricht signifie donc trajet sur la Meuse, & les Romains l'appelloient Trajectum superius, Trajet supérieur, pour la distinguer de Trajectum inferius, qui est Utrecht sur un bras du Rhin.
Mastricht est une ville fort ancienne, qui étoit autrefois comprise dans le royaume d'Austrasie. Pendant long-tems elle n'a reconnu d'autre souverain que l'empereur ; ensuite les ducs de Brabant possederent cette seigneurie, que les évêques de Liege leur disputerent : enfin l'Espagne la céda aux états généraux par le traité de Munster.
Elle a éprouvé plusieurs fois les malheurs de la guerre, & a soutenu six sieges considérables depuis 1579 jusqu'à ce jour. Louis XIV. la prit en 1673, & la rendit en 1678 aux Provinces-Unies par le traité de Nimegue.
C'est une des plus fortes places, & la principale clé de la république sur la Meuse. Elle est gouvernée conjointement par leurs hautes-puissances & par l'évêque de Liege ; mais leurs hautes-puissances y ont une jurisdiction prééminente. On compte 12 à 13 mille habitans dans cette ville, sans y comprendre la garnison, dont les états généraux ont seuls le droit. Mastricht est sur la Meuse, qui la sépare en deux parties ; l'une qu'on nomme proprement. Mastricht sur la rive gauche de cette riviere, & l'autre Wick sur la rive droite. Sa distance est à 5 lieues N. E. de Liege, 6 E. d'Aix-la-Chapelle, 22 E. de Bruxelles, 19 S. O. de Cologne. Long. 23. 20. lat. 50. 50. (D.J.)
|
| MASULIPATAN | (Géog.) petite ville mal bâtie, mais très-peuplée, des Indes, sur la côte de Coromandel dans les états du mogol. Ses toiles peintes sont les plus estimées de toutes celles de l'orient. Il s'y fait un commerce prodigieux, & plusieurs nations d'Europe y ont des comptoirs. La chaleur y est cependant insupportable au mois d'Août, de Mai & de Juin. Les habitans ne mangent d'aucune chose qui ait vie, ce qui joint à la grande fertilité du pays, fait que tout y est presque pour rien. Masulipatan est à l'embouchure de la Crifna, à environ 80 lieues de Golconde. Long. 99. lat. 16. 30.
|
| MAT | adj. (Art. méch.) il se dit des métaux dont on a laissé la surface sans éclat, en ne la brunissant pas. Il y a des substances naturellement mattes, & qui cessent de l'être par art ; il y en a qui sont éclatantes & qu'on amattit ; il y en a qu'on ne peut faire briller, d'autres qu'on ne peut empêcher de briller : on dit aussi des couleurs qu'elles sont mattes, lorsqu'elles n'ont aucun luisant ; telles sont la terre d'ombre & le massicot. Un tableau seroit matte, sans le vernis & sans l'huile dont on délaye les couleurs.
MAT, adj. & subst. (Jeu d'échecs) il se dit du coup qui finit la partie, le roi étant mis en prise d'une piece, & ne pouvant, ou se remuer du tout, alors le mat est étouffé, ou se remuer sans se mettre en prise ou de la même piece ou d'une autre : si un joueur donne échec au roi, & que cet échec matte, sans que le joueur s'en soit apperçu, on dit que le mat est aveugle.
|
| MAT & MATS | S. m. (Marine) grosses & longues pieces de bois arrondies qui s'élevent presque perpendiculairement sur le vaisseau, pour porter les vergues & les voiles. Le mât de beaupré doit être excepté de cette regle, puisqu'il est pointé à l'avant sous un angle d'environ 45 degrés. Les mâts sont fortifiés & soutenus par des manoeuvres qui sont les aubans & les étais. Les mâts majeurs sont les quatre mâts qui s'élevent immédiatement sur le pont.
Les grands vaisseaux ont quatre mâts ; savoir, un vers la poupe, qu'on appelle mât d'artimon (Mar. Pl. I. coté W.) ; le second au milieu, nommé grand mât coté X ; le troisieme vers la proue, on l'appelle mât de misaine, ou mât d'avant, coté Y ; le quatrieme se nomme mât de beaupré coté Z : on ajoute quelquefois à ces quatre mâts un cinquieme, c'est un double artimon. Voyez aussi ces mêmes mâts dans la deuxieme figure de la premiere Planche, coté 38. 60. 95. & 14.
Chaque mât est divisé en deux ou trois parties ou brisures, qui portent aussi le nom de mât, & qu'on distingue vers le tenon, depuis les barres de hune jusqu'aux chouquets, qui sont les endroits où chaque mât est assemblé avec l'autre ; car le chouquet affermit la brisure par en-haut, & par em-bas elle est liée & entretenue par une clé ou grosse cheville de fer, forgée à quatre pans. Le mât qui est enté sur le mât d'artimon, s'appelle mât de perroquet d'artimon, ou simplement perroquet d'artimon, perroquet de foule ou perroquet de fougue. Le mât qui est enté sur le grand mât, se nomme le grand mât de hune, & on nomme le grand mât de perroquet, ou simplement perroquet, celui qui est enté sur celui-ci. On donne le nom de mât de hune d'avant au mât qui est enté sur le mât de misaine, & le mât qui est enté sur ce mât de hune, s'appelle mât de perroquet de misaine, de perroquet d'avant, ou simplement perroquet de misaine, de même que la voile qui y est attachée ; enfin mât de perroquet de beaupré, ou simplement perroquet de beaupré, tourmentin & petit beaupré sont les noms du mât qui est enté sur le beaupré. Voyez MARINE, Pl. I. fig. 1. & fig. 2.
Les mâts des plus grands vaisseaux sont souvent de plusieurs pieces ; & outre le soin qu'on prend de les bien assembler, on les surlie encore avec de bonnes cordes, & on y met des jumelles pour les renforcer. Voyez JUMELLES. On les peint aussi assez souvent par le bas, & on les frotte de goudron, sur-tout par le haut, au-tour des hunes & de tout le toît, afin de les conserver : leurs piés de même que les tours sont taillés en exagone ou octogone.
Le grand mât est posé à-peu-près au milieu du vaisseau dans l'endroit où se trouve la plus grande force du bâtiment. Le mât d'artimon est éloigné autant qu'il est possible de celui-ci, afin de donner à sa voile la plus grande largeur, pourvu qu'il y ait cependant assez d'espace pour manoeuvrer aisément derriere ce mât, & pour faire jouer la barre du gouvernail. Pour avoir une regle à cet égard qui conserve tous ces avantages, les constructeurs partagent toute la longueur du vaisseau en cinq parties & demie, & placent ce mât entre la premiere partie & la seconde, à prendre de l'arriere à l'avant. Cette même regle sert pour placer le mât de misaine, & cette place est à la cinquieme partie de la longueur, à prendre de l'avant à l'arriere. Le pié de ce mât ne porte pas sur le plafond, à cause de la rondeur de l'avant qui l'en empêche, mais il est posé sur l'assemblage de l'étrave & de la quille. Comme le mât de beaupré est entierement hors du vaisseau, sa place n'est point fixée. Voyez BEAUPRE. Dans leur position le grand mât & le mât d'artimon panchent un peu vers l'arriere, afin de faire carguer le vaisseau par-là, & de le faire mieux venir au vent.
La regle qu'on suit généralement pour les proportions des mâts, est de leur donner autant de piés de hauteur, qu'il y en a en deux fois la largeur & le creux du vaisseau : ainsi 30 piés de large & 10 piés de creux qui font 40 piés, étant doublés, on a 80 piés pour la hauteur du grand mât, qui est le plus haut parce qu'il est placé où est la plus grande force du vaisseau, & où il peut le plus contribuer à l'équilibre. Les autres mâts sont plus bas que celui-ci. Le mât de misaine est ordinairement d'une dixieme partie plus court que le grand mât. La hauteur de celui d'artimon n'a que les trois quarts de celle du grand mât, & la hauteur du mât de beaupré est égale aux trois huitiemes de la longueur du vaisseau. On proportionne aussi l'épaisseur des mâts au creux du vaisseau. On leur donne un pié d'épaisseur dans l'étembraie, par chaque six piés de creux qu'a le bâtiment, & on donne à l'épaisseur du toît les trois quarts de celle du mât dans l'étembraie. A cet endroit les mâts sont un peu plus qu'au-dessous, à cause des manoeuvres qui y passent.
A l'égard de l'épaisseur des mâts de hune, on la regle sur celle des tours des mâts sur lesquels ils sont entés, & cette regle consiste à leur donner les cinq sixiemes parties.
Enfin, pour ne rien omettre d'essentiel dans cet article, j'ajoute que les hauts mâts, en y comprenant les bâtons des pavillons, se mettent bas par les trous d'entre les barres de hune de devant, & que les Anglois les baissent par derriere, quoique cela soit plus difficile. C'est à un maître de vaisseau d'Enchuise, nommé Krein Wouterz, qu'on doit la maniere d'attacher ainsi les mâts pour les amener quand on veut, & pour les remettre de même avec une égale facilité. On mâte un vaisseau en enlevant les mâts avec des machines à mâter, des grues, des alleges ; & quoiqu'ils soient déja arborés, on ne laisse pas quelquefois de les changer de place, en coupant les étembraies, en se servant de coins pour les repousser, & en les tirant par le moyen des étais & des galaubans.
Les plus beaux mâts viennent de Norvege ou de Biscaye. On en tire aussi du mont Liban & de la mer Noire, qui sont estimés.
Voici un détail particulier de la position des mâts & de leurs proportions, tiré de l'architecture navale, que j'ai citée en plusieurs endroits.
Le milieu du diametre du grand mât est placé en arriere du milieu du vaisseau de 5 lignes 1/2 par pié de la longueur totale.
Le devant du mât d'artimon est placé entre la cinquieme & sixieme parties de la longueur totale.
Il y a des constructeurs qui placent l'avant du grand mât plus à l'arriere qu'au milieu, d'autant de fois 4 lignes qu'il y a de piés dans cette longueur.
Exemple pour un vaisseau de 74 canons.
Longueur de l'étrave à l'étambort, 154 piés 8 pouces multipliés par 4 lignes, produit 4 piés 8 pouces 6 lignes 8 points.
A l'égard de la longueur du grand mât, pour les vaisseaux depuis le premier jusqu'au quatrieme rang, on lui donne 2 fois 1/2 la plus grande largeur du vaisseau. Pour les vaisseaux du cinquieme rang, on ajoute 3 piés à la longueur ci-dessus, & 6 piés pour les frégates qui n'ont qu'un pont. Exemple : le maître bau a 42 piés, la longueur du grand mât sera donc de 105 piés. Plusieurs constructeurs prennent, pour avoir la longueur du grand mât, deux fois la longueur du maître bau, à quoi ils ajoutent le creux ; ce qui fait la même chose que si l'on suivoit la méthode précédente, quand le creux est égal à la moitié de la largeur. Le plus grand diametre d'un mât est au premier pont, où on lui donne autant de pouces que le 1/3 de la plus grande longueur du mât a de piés. Exemple.
Le grand mât a de longueur 105 piés.
Le 1/3 de 105 est de 35 piés.
Ainsi le plus grand diametre du grand mât de ce vaisseau, aura 35 pouces, ou 2 piés 11 pouces.
Le plus petit diametre du grand mât est au bout, où se place le chouquet, & il a en cet endroit les 2/3 du grand diametre.
Le diametre du grand mât étant de deux piés onze pouces.
Le petit diametre sera d'un pié onze pouces quatre lignes.
D'autres constructeurs trouvent le grand diametre en prenant deux fois la largeur du vaisseau, & une fois le creux ; ils divisent cette somme par trois, & le nombre du quotient indique le diametre du mât en pouces, ce qui revient à ce qu'on a dit plus haut.
Exemple. Largeur, 43 piés. Doublée, 86 piés. Creux, 21 piés. Total, 107 piés.
Ce total 107 piés est la longueur du grand mât qu'il faut diviser par trois ; il vient au quotient 35 2/3, ce qui indique que le grand mât doit avoir 35 pouces 8 lignes de diametre au niveau du premier pont.
Le thon qui est la partie du mât comprise depuis le chouquet jusqu'aux barres de hune, a de longueur 1/3 de celle du mât.
Exemple. La longueur du grand mât est de 105 piés divisés par 9.
Le quotient qui indique la longueur du thon, est de 11 piés 8 pouces.
Méthodes pour trouver les diametres moyens entre le plus grand & le plus petit.
On trouve les diametres moyens entre le plus grand qui est au premier pont, & le plus petit qui est au chouquet, en tirant la ligne A B égale au grand diametre.
|
| MATACA | (Géog.) ou MATANCA, baie sur la côte septentrionale de l'île de Cuba en Amérique, entre la baie de la Havane & le vieux détroit de Bahama. Les flottes des galions y viennent ordinairement faire de l'eau, en retournant en Espagne. C'est aussi là que Pieter Hein amiral de Hollande les attaqua en 1627, les prit, & enrichit son pays des richesses dont ils étoient chargés. La baie de Mataca est à 14 lieues de la Havane. Long. 296. lat. 25. (D.J.)
|
| MATACON | S. m. (Gram. Hist. nat.) espece de noisette dont on fait du pain à Madagascar.
|
| MATADORS | S. m. (Hist. mod.) c'est ainsi que l'on nommoit en 1714, une compagnie de deux cent hommes que leverent ceux de Barcelone qui refuserent opiniatrement de reconnoître le roi Philippe V. pour leur souverain : le but de l'établissement de cette milice, ou de ces brigands, étoit de massacrer tous ceux de leurs concitoyens qui favorisoient le parti de ce prince.
MATADORS, (jeu) au jeu de quadrille sont les premiers atous de chaque couleur, comme l'as de pique, l'as de treffle & le deux de pique ou de treffle en noir, & le sept de coeur ou de carreau en rouge. Quoique à proprement parler il n'y ait que trois matadors, on ne laisse pas de donner aussi ce nom à toutes les triomphes qui suivent sans interruption ces trois premiers matadors ; & lorsqu'elles leur sont jointes ainsi, on les paye comme eux.
|
| MATAFIONS | S. m. (Marine) ce sont des petites cordes semblables à des aiguillettes, dont on se sert pour attacher les moindres pieces.
|
| MATAGARA | (Géog.) montagne d'Afrique dans la province de Cutz, au royaume de Fez. Cette montagne qui est très-haute & très-escarpée, n'est éloignée de Tezar que de deux lieues. Des Béréberes d'entre les Zénetes l'habitent, & ne paient aucun tribut au roi de Fez, ni au gouvernement de Tezar. Marmol dit que ces Béréberes n'ont pu jamais être soumis par la force des armes ; qu'ils cultivent beaucoup de vignes, qu'ils recueillent quantité de blé, & nourrissent force troupeaux dans cette montagne. Il ne faut pas la confondre avec le mont Matagara, qui est dans le royaume de Trémecen ; cette derniere montagne n'apporte, par sa froideur, que de l'orge & des carrogues. (D.J.)
|
| MATAGASSE | (Hist. nat.) Voyez PIE GRIECHE.
|
| MATAGESSE | (Hist. nat.) Voyez PIE GRIECHE.
|
| MATALONI | (Géog.) petite ville moderne du royaume de Naples, dans la terre de labour, avec titre de duché. C'est presque l'endroit où étoit Galatia, colonie de Sylla sur la voie appienne. Elle est à 4 milles de Caserte au N. & à 8 milles d'Averses. (D.J.)
|
| MATAMORS | (Hist. mod. Econom.) c'est ainsi que l'on nomme des especes de puits ou de cavernes faites de main d'hommes, & taillées dans le roc, dans lesquelles les habitans de plusieurs contrées de l'Afrique serrent leur froment & leur orge, comme nous faisons dans nos greniers. On assure que les grains se conservent plusieurs années dans ces magasins souterreins, qui sont disposés de maniere que l'air peut y circuler librement, afin de prévenir l'humidité. L'entrée de ces conduits est étroite, ils vont toujours en s'élargissant, & ont quelquefois jusqu'à 30 piés de profondeur. Lorsque les grains sont parfaitement secs, on bouche l'entrée avec du bois que l'on recouvre de sable.
|
| MATAN | (Géog.) ou MACTAN, isle de l'océan oriental, & l'une des Philippines : les habitans ont secoué le joug des Espagnols, & ont recouvré leur liberté. Ce fut dans cette île que Magellan fut tué en 1501, presque en y débarquant. (D.J.)
|
| MATANCE | BAIE DE (Géog.) baia de Matança ; grande baie de l'île de Cuba sur la côte septentrionale, à 14 lieues à l'est de la Havane, & de la pointe d'Itaque ; cette baie a 2 lieues de large.
Matanca veut dire tuerie, les Espagnols ont apparemment dépeuplé les habitans de ces cantons, par leurs massacres. (D.J.)
|
| MATAPAN | PROMONTOIRE DE (Géog.) promontoire de la Morée, dans la partie méridionale, entre le golfe de Cochinchine à l'orient, & le golfe de Coton à l'occident. De tous les promontoires de la Morée, celui de Matapan avance le plus dans la mer. On l'appelloit autrefois promontorium taenarium ; & c'est dans les entrailles de ce promontoire que se trouve l'entrée du Ténare, dont l'ouverture affreuse a donné lieu aux poëtes de dire que c'étoit la gueule de l'enfer. (D.J.)
|
| MATARA | S. m. (Com.) mesure pour les liquides, dont on se sert en quelques lieux de Barbarie. Le matara de Tripoli est de 42 rotolis. Voyez ROTOLI, Diction. de comm.
|
| MATARAM | (Géog.) empire composé de plusieurs provinces, dans la partie orientale de l'île de Java. Ces provinces sont au nombre de douze, gouvernées par des vice-rois ; mais ces vice-rois eux-mêmes ne paroissent qu'en posture de misérables esclaves devant l'empereur, dont le pouvoir est absolu.
Les voyageurs nous disent que ce prince a un grand nombre de concubines, dont il est toujours accompagné, entouré, servi & gardé. Ce sont les plus belles filles de ses états qu'on lui choisit partout, & auxquelles on apprend l'exercice des armes, à chanter, à danser & à jouer des instrumens.
Les tournois sont à la mode dans l'empire du Mataram ; les plus beaux se font devant les palais de l'empereur, & les cavaliers s'y présentent à cheval, avec un bonnet à la javanoise ou bien en forme de turban, & une fine toile de coton qui regne autour du corps de la ceinture en-haut, car de la ceinture em-bas, ils sont tous nuds. Si-tôt que l'empereur arrive, on regarde attentivement ce qu'il porte sur la tête ; si c'est un turban, tout le monde en prend un & met son bonnet dans sa poche ; si c'est un bonnet, chacun en fait de même. Il me semble voir les singes de l'île de Robinson Crusoë, tantôt sans bonnets, & tantôt avec des bonnets qu'ils avoient pris. (D.J.)
MATARAM, (Géog.) ville d'Asie, autrefois capitale de l'empire de ce nom, dans l'île de Java. Elle seroit forte par sa situation & les montagnes qui l'environnent, mais elle est tombée en ruine, depuis que le siége du royaume a été transferé sur la fin du dernier siecle à Cartasoura. Long. 129. lat. mérid. 7. 55. (D.J.)
|
| MATARO | (Géog.) petite ville d'Espagne, dans la Catalogne, remarquable par ses verreries ; elle est sur la Méditerranée, à 14 lieues S. O. de Girone, 6 lieues N. E. de Barcelone. Long. 20. 10. lat. 41. 31. (D.J.)
|
| MATASSE | S. f. soies en pelotes, & non filées. Il se dit aussi du coton.
|
| MATATOU | S. m. (terme de relation) meuble des Caraïbes : c'est une espece de corbeille quarrée, plus ou moins grande, & qui n'a point de couvercle. Le fond en est plat & uni ; les bords ont trois ou quatre pouces d'élévation, les coins sont portés sur quatre petits bâtons qui excedent de trois à quatre pouces la hauteur des bords ; ils se terminent en boule, ou sont coupés à quatre pans. Ils servent de piés au matatou, & s'enchâssent dans les angles. On lui donne depuis huit jusqu'à douze pouces de hauteur, au-dessous du fonds de matatou, pour l'élever de terre à cette hauteur. Le fonds & les côtés sont travaillés d'une maniere si serrée, qu'on peut remplir d'eau le matatou, sans craindre qu'elle s'écoule, quoique cette corbeille ne soit faite que de roseaux ou de queue de lataniers.
Les matatous servent de plats aux Caraïbes ; ils portent dans un matatou leur cassave qu'ils font tous les jours, & qui est bien meilleure en sortant de dessus la platine, que quand elle est séche & roide. Ils mettent sur un autre matatou la viande, les poissons, les crabes, en un mot leur repas avec un coui plein de pimentade, c'est-à-dire du suc de manioc bouilli, dans lequel ils ont écrasé quantité de piment avec du jus de citron. C'est là leur sauce favorite pour toutes sortes de viandes & de poissons ; elle est si forte, qu'il n'y a guère que des Caraïbes qui puissent la goûter. (D.J.)
|
| MATCOMECK | (Hist. mod.) c'est le nom que les Iroquois & autres sauvages de l'Amérique septentrionale donnent à un dieu qu'ils invoquent pendant le cours de l'hiver.
|
| MATCOWITZ | (Géog.) petite ville forte de la haute-Hongrie, au comté de Scépus, sur une montagne. Les impériaux la prirent en 1684. (D.J.)
|
| MATÉ | MATé
MATE EN CHANDELIER, c'est avoir les mâts fort droits & presque perpendiculaires au fond du vaisseau.
MATE EN FOURCHES ou A CORNE ; c'est porter à la demi-hauteur de son mât une corne qui est posée en saillie sur l'arriere, & sur laquelle il y a une voile appareillée ; desorte que cette corne est une véritable vergue. Cette sorte de mâture convient principalement aux yachts, aux quaiches, aux boyers & autres semblables bâtimens. Voyez MARINE, Pl. XII. fig. 1. & Pl. XIII. fig. 2.
MATE EN GALERE ; c'est n'avoir que deux mâts, sans mâts de hune.
MATE EN HEU, sorte de mâture qui consiste à n'avoir qu'un mât au milieu du vaisseau, qui sert aussi de mât de hune avec une vergue qui ne s'appareille que d'un bord.
MATE EN SEMALE ; c'est avoir au pié du mât un boute dehors au baleston qui prend la voile de travers par son milieu. Voyez MARINE, Pl. XIV. fig. 2.
MATE, (Diéte) c'est du maïz cuit à l'eau jusqu'à ce que le grain s'ouvre ; c'est la nourriture la plus ordinaire des Indiens du Pérou ; qui le préferent au pain. Ils mangent aussi du macha, qui n'est autre chose que de l'orge rôti, jusqu'à ce qu'il se réduise en farine. Le maïz grillé de la même maniere se nomme Cameha.
|
| MATELAS | S. m. la partie du lit sur laquelle on étend les draps. C'est un grand & large coussin de coutil, de toile de coton ou de toile, qui est remplie de laine ou de plume, & qui occupe toute l'étendue du lit.
|
| MATELASSER | v. act. (Gram.) c'est rembourrer de laine, de soie & de coton, & pour ainsi dire garnir des petits matelas.
|
| MATELASSIER | S. m. (Gram. art méchaniq.) ouvrier qui carde la laine ou le coton, ou qui trie la plume destinée à des matelas, & qui fait aussi les matelas & les sommiers de crin ou d'autre matiere.
|
| MATELOT | S. m. vaisseau matelot, vaisseau second, (Marine) Il y a deux sortes de vaisseaux à qui on donne le nom de matelot : premierement, dans certaines armées navales, on associe deux à deux les vaisseaux de guerre pour se prêter du secours mutuellement en cas de besoin, & ces vaisseaux sont matelots l'un de l'autre ; cette façon n'est pas ordinaire : secondement, dans toutes les armées navales, les officiers généraux qui portent pavillon, comme amiral, vice-amiral, & chaque commandant d'une division ont chacun deux vaisseaux pour les secourir, l'un à leur avant appellé matelot de l'avant, & l'autre à leur arriere appellé matelot de l'arriere ; ou second de l'arriere. Quelquefois quand l'amiral tient la mer, il n'y a que lui qui par prérogative ait deux vaisseaux seconds : & les autres pavillons n'en ont que chacun un.
MATELOT, s. m. (Marine) c'est un homme de mer qui est employé pour faire le service d'un vaisseau. Ce qui regarde les fonctions, les engagemens, & les loyers & salaires des matelots, se trouve dans l'ordonnance de 1681. liv. II. tit. 7. & liv. III. tit. 4.
Chaque matelot est obligé d'aller à son tour sur l'ordre du capitaine, faire la sentinelle sur la hune pendant le jour, & on fait quelque gratification à celui qui découvre quelqu'une des choses qu'il importe de savoir, comme vûe des terres, de vaisseau, &c.
Matelots gardiens. Il y en a huit entretenus sur les vaisseaux du premier rang, six sur ceux du second rang, & quatre sur ceux du quatrieme & cinquieme rang, desquels gardiens il y en a toujours le quart qui sont calfats ou charpentiers. Les matelots gardiens étant dans le port couchent à bord, & sont divisés pendant le jour pour le service du port, en trois brigades égales.
MATELOT, (Marine) il est bon matelot ; se dit d'un officier ou tout autre qui entend bien le métier de la mer, & qui sait bien la manoeuvre.
|
| MATELOTAGE | S. m. (Marine) c'est le salaire des matelots.
|
| MATELOTTE | S. f. (Cuisine) maniere d'accommoder le poisson frais. Ce ragoût qui est fort à la mode dans les auberges situées sur les bords de la riviere, se fait avec du sel, du poivre, des oignons, des champignons & du vin.
|
| MATER | MATER
|
| MATERA | (Mythol.) c'est un des surnoms de Minerve, à laquelle étoient consacrées les piques, & en l'honneur de laquelle on en suspendoit quelquefois autour de ses autels & de ses statues. (D.J.)
MATERA, (Géogr.) ville du royaume de Naples, dans la terre d'Otrante, avec un évêché suffragant de Cirenza. Elle est sur le Canapro, à 11 lieues S. O. de Bari, 13 E. de Cirenza, 14 N. O. de Tarente. Long. 34. 18. lat. 40. 45. (D.J.)
|
| MATEREA | ou MATEREL, (Marine) c'est un petit mât ou un bout de mât.
|
| MATERIALISTES | S. m. (Théol.) nom de secte. L'ancienne église appelloit matérialistes ceux qui, prévenus par la Philosophie qu'il ne se fait rien de rien, recouroient à une matiere éternelle sur laquelle Dieu avoit travaillé, au-lieu de s'en tenir au systeme de la création, qui n'admet que Dieu seul, comme cause unique de l'existance de toutes choses. Voyez MONDE & MATIERE.
Tertullien a solidement & fortement combattu l'erreur des matérialistes dans son traité contre Hermogene, qui étoit de ce nombre.
On donne encore aujourd'hui le nom de matérialistes à ceux qui soutiennent ou que l'ame de l'homme est matiere, ou que la matiere est éternelle, & qu'elle est Dieu ; ou que Dieu n'est qu'une ame universelle répandue dans la matiere, qui la meut & la dispose, soit pour produire les êtres, soit pour former les divers arrangemens que nous voyons dans l'univers. Voyez SPINOSISTES.
|
| MATÉRIAUX | terme d'Architecture ; ce sont toutes les matieres qui entrent dans la construction d'un bâtiment, comme la pierre, le bois & le fer. Latin, materia, selon Vitruve.
|
| MATÉRIEL | ELLE, adj. (Phys.) se dit de tout ce qui appartient à la matiere ; ainsi on dit principe matériel, substance matérielle, &c. Voyez MATIERE.
|
| MATERNEL | adj. (Gramm.) relatif à la qualité de mere. On dit l'amour maternel, la langue maternelle.
|
| MATEUR | S. m. (Marine) c'est un ouvrier qui travaille aux mâts des vaisseaux, & qui sait toutes les proportions qu'ils doivent avoir. La maniere de les placer, &c.
|
| MATHÉMATICIEN | ENNE, (Mathémat.) se dit d'une personne versée dans les Mathématiques. Voyez MATHEMATIQUES & GEOMETRIE, p. 630. du VII. vol. col. 1.
|
| MATHÉMATIQUE | ou MATHÉMATIQUES, s. f. (ordre encyclop. entend. raison, philosophie ou science, science de la nature, Mathématiques) c'est la science qui a pour objet les propriétés de la grandeur entant qu'elle est calculable ou mesurable. Voyez GRANDEUR, CALCUL, MESURE, &c.
Mathématiques au pluriel est beaucoup plus usité aujourd'hui que Mathématique au singulier. On ne dit guere la Mathématique, mais les Mathématiques.
La plus commune opinion dérive le mot Mathématique d'un mot grec, qui signifie science ; parce qu'en effet, on peut regarder, selon eux, les Mathématiques, comme étant la science par excellence, puisqu'elles renferment les seules connoissances certaines accordées à nos lumieres naturelles ; nous disons à nos lumieres naturelles, pour ne point comprendre ici les vérités de foi, & les dogmes théologiques. Voyez FOI & THEOLOGIE.
D'autres donnent au mot Mathématique une autre origine, sur laquelle nous n'insisterons pas, & qu'on peut voir dans l'histoire des Mathématiques de M. Montucla, pag. 2. & 3. Au fond, il importe peu quelle origine on donne à ce mot, pourvu que l'on se fasse une idée juste de ce que c'est que les Mathématiques. Or cette idée est comprise dans la définition que nous en avons donnée ; & cette définition va être encore mieux éclaircie.
Les Mathématiques se divisent en deux classes ; la premiere, qu'on appelle Mathématiques pures, considere les propriétés de la grandeur d'une maniere abstraite : or la grandeur sous ce point de vûe, est ou calculable, ou mesurable : dans le premier cas, elle est représentée par des nombres ; dans le second, par l'étendue : dans le premier cas les Mathématiques pures s'appellent Arithmétiques ; dans le second, Géométrie. Voyez les mots ARITHMETIQUE & GEOMETRIE.
La seconde classe s'appelle Mathématiques mixtes ; elle a pour objet les propriétés de la grandeur concrete, en tant qu'elle est mesurable ou calculable ; nous disons de la grandeur concrete, c'est-à-dire, de la grandeur envisagée dans certains corps ou sujets particuliers. Voyez CONCRET.
Du nombre des Mathématiques mixtes, sont la Méchanique, l'Optique, l'Astronomie, la Géographie, la Chronologie, l'Architecture militaire, l'Hydrostatique, l'Hydraulique, l'Hydrographie ou Navigation, &c. Voyez ces mots. Voyez aussi le système figuré des connoissances humaines, qui est à la tête de cet ouvrage, & l'explication de ce système, immédiatement à la suite du discours préliminaire ; toutes les divisions des Mathématiques y sont détaillées, ce qui nous dispense de les rappeller ici.
Nous avons plusieurs cours de Mathématiques ; le plus estimé est celui de M. Wolf, en 5. vol. in -4°. mais il n'est pas exempt de fautes. Voyez COURS & ÉLEMENS DES SCIENCES. A l'égard de l'histoire de cette science, nous avons à présent tout ce que nous pouvons desirer sur ce sujet, depuis l'ouvrage que M. de Montucla a publié en deux volumes in -4°, sous le titre d'histoire des Mathématiques, & qui comprend jusqu'à la fin du xvije. siecle.
Quant à l'utilité des Mathématiques, voyez les différens articles déja cités ; & sur-tout les articles GEOMETRIE & GEOMETRE. (A)
Nous dirons seulement ici, que si plusieurs écrivains ont voulu contester aux Mathématiques leur utilité réelle, si bien prouvée par la préface de l'histoire de l'académie des Sciences, il y en a eu d'autres qui ont cherché dans ces sciences des objets d'utilités frivoles ou ridicules. On peut en voir un léger détail dans l'histoire des Mathématiques de M. Montucla, tome I. p. 37. & 38. Cela me rappelle le trait d'un chirurgien, qui, voulant prouver la nécessité que les Chirurgiens ont d'être lettrés, prétend qu'un chirurgien qui n'a pas fait sa rhétorique, n'est pas en état de persuader à un malade de se faire saigner lorsqu'il en a besoin.
Nous ne nous étendrons pas ici davantage sur ces différens sujets, non plus que sur les différentes branches des Mathématiques, pour ne point répéter ce que nous avons déja dit, ou ce que nous dirons ailleurs. Voyez aussi l'article PHYSICO-MATHEMATIQUES.
Différentes branches des Mathématiques se divisent encore en spéculatives & pratiques. Voyez ASTRONOMIE, GEOMETRIE, &c. (O)
MATHEMATIQUE, adj. se dit de ce qui a rapport aux opérations, ou aux spéculations mathématiques ; ainsi on dit un calcul mathématique, une démonstration mathématique, &c. Voyez DEMONSTRATION, &c.
|
| MATHÉO | SAN (Géog.) petite ville d'Espagne en Aragon, fondée par le roi D. Jayme, en 1237, sur les frontieres de la Catalogne. Elle est dans un terroir fertile, & arrosée de quantité de fontaines ; mais ce sont les habitans qui lui manquent. (D.J.)
|
| MATHIOLE | mathiola, (Botan.) genre de plante à fleur monopétale, tubulée, & en forme d'entonnoir ; son calice devient dans la suite un fruit arrondi qui contient un noyau rond, dans lequel il y a une amande de la même forme. Plumier, nova plant. amer. gen. Voyez PLANTE.
|
| MATIANE | Matiana, (Géog. anc.) contrée d'Asie entre l'Arménie & la Médie, mais qu'on range plutôt sous la derniere de ces deux provinces. Hérodote dit que le Gynde avoit sa source dans les montagnes Matianes, par où il entend les montagnes de cette même contrée. Dans un autre endroit, il appelle Matiane le pays traversé par le grand chemin, qui conduisoit de l'Arménie à la ville de Suze, en passant près de Gynde. Voyez, si vous voulez, les Mém. de l'acad. des Insc. t. XI. in 12°. p. 531. (D.J.)
|
| MATIERE | S. f. (Métaph. & Phys.) substance étendue, solide, divisible, mobile & passible, le premier principe de toutes les choses naturelles, & qui par ses différens arrangemens & combinaisons, forme tous les corps. Voyez CORPS.
Aristote établit trois principes des choses, la matiere, la forme, & la privation. Les Cartésiens ont rejetté celui-ci ; & d'autres rejettent les deux derniers.
Nous connoissons quelques propriétés de la matiere ; nous pouvons raisonner sur sa divisibilité, sa solidité, &c. Voyez DIVISIBILITE.
Mais quelle en est l'essence, ou quel est le sujet où les propriétés résident ? C'est ce qui est encore à trouver. Aristote définit la matiere, ce qui est nec quid, nec quantum, nec quale, ni aucune chose déterminée, ce qui a fait penser à plusieurs de ses disciples, que la matiere n'existoit point. Voyez CORPS.
Les Cartésiens prennent l'étendue pour l'essence de la matiere ; ils soutiennent que puisque les propriétés dont nous venons de faire mention sont les seules qui soient essentielles à la matiere, il faut que quelques-unes d'elles constituent son essence ; & comme l'étendue est conçue avant toutes les autres, & qu'elle est celle sans laquelle on n'en pourroit concevoir aucune autre, ils en concluent que l'étendue constitue l'essence de la matiere ; mais c'est une conclusion peu exacte : car selon ce principe, l'existence de la matiere, comme l'a remarqué le docteur Clarke, auroit plus de droit que tout le reste à en constituer l'essence ; l'existence ou le existere étant conçu avant toutes les propriétés, & même avant l'étendue.
Ainsi puisque le mot étendue paroît faire naître une idée plus générale que celle de la matiere ; il croit que l'on peut avec plus de raison appeller essence de la matiere, cette solidité impénétrable qui est essentielle à toute matiere, & de laquelle toutes les propriétés de la matiere découlent évidemment. Voyez ESSENCE, ETENDUE, ESPACE, &c.
De plus, ajoute-t-il, si l'étendue étoit l'essence de la matiere, & que par conséquent la matiere & l'espace ne fussent qu'une même chose, il s'ensuivroit de-là que la matiere est infinie & éternelle, que c'est un être nécessaire, qui ne peut être ni créé ni anéanti ; ce qui est absurde ; d'ailleurs il paroît, soit par la nature de la gravité, soit par les mouvemens des cometes, soit par les vibrations des pendules, &c. que l'espace vuide & non résistant est distingué de la matiere, & que par conséquent la matiere n'est pas une simple étendue, mais une étendue solide, impénétrable, & douée du pouvoir de résister. Voyez VUIDE, ÉTENDUE.
Plusieurs des anciens philosophes ont soutenu l'éternité de la matiere, de laquelle ils supposoient que tout avoit été formé, ne pouvant concevoir qu'aucune chose pût être formée de rien. Platon prétend que la matiere a existé éternellement, & qu'elle a concouru avec Dieu dans la production de toutes choses, comme un principe passif, ou une espece de cause collatérale. Voyez ETERNITE.
La matiere & la forme, principes simples & originaux de toutes choses, composoient selon les anciens certaines natures simples qu'ils nommoient élémens, des différentes combinaisons desquelles toutes les choses naturelles étoient formées. Voyez ÉLEMENT.
Le docteur Woodward semble d'une opinion peu éloignée de celle-là. Il prétend que les parties de la matiere sont originairement & réellement différentes les unes des autres ; que la matiere au moment de sa création a été divisée en plusieurs ordres ou genres de corpuscules différens les uns des autres en substance, en gravité, en dureté, en flexibilité, en figure, en grandeur, &c. & que des diverses compositions & combinaisons de ces corpuscules, résultent toutes les variétés des corps tant dans la couleur que dans la dureté, la pesanteur, le goût, &c. Mais M. Newton veut que toutes ces différences résultent des différens arrangemens d'une même matiere qu'il croit homogene & uniforme dans tous les corps.
Aux propriétés de la matiere qui avoient été connues jusqu'ici, M. Newton en ajoute une nouvelle, savoir celle d'attraction, qui consiste en ce que chaque partie de la matiere est douée d'une force attractive, ou d'une tendance vers toute autre partie, force qui est plus grande dans le point de contact que par-tout ailleurs, & qui décroit ensuite si promptement, qu'elle n'est plus sensible à une très-petite distance. C'est de ce principe qu'il déduit l'explication de la cohésion des particules des corps. Voyez COHESION. Voyez aussi ATTRACTION.
Il observe que tous les corps, & même la lumiere & toutes les parties les plus volatiles des fluides, semblent composées de parties dures ; desorte que la dureté peut être regardée comme une propriété de toutes matieres, & qu'au moins la dureté de la matiere lui est aussi essentielle que son impénétrabilité ; car tous les corps dont nous avons connoissance, sont tous ou bien durs par eux-mêmes, ou capables d'être durcis : or si les corps composés sont aussi durs que nous les voyons quelquefois, & que cependant ils soient très-poreux, & composés de parties placées seulement les unes auprès des autres, les parties simples qui sont destituées de pores, & qui n'ont jamais été divisées, seront encore bien plus dures ; de plus, de telles parties dures ramassées en un monceau, pourront à peine se toucher l'une l'autre, si ce n'est en un petit nombre de points ; & ainsi il faudra bien moins de force pour les séparer, qu'il n'en faudroit pour rompre un corpuscule solide, dont les particules se toucheroient par-tout sans qu'on imaginât de pores ni d'interstices qui pussent en affoiblir la cohésion. Mais ces parties si dures étant placées simplement les unes auprès des autres, & ne se touchant qu'en peu de points, comment, dit M. Newton, seroient-elles si fortement adhérentes les unes aux autres sans le secours de quelque cause, par laquelle elles fussent attirées ou pressées les unes vers les autres ?
Cet auteur observe encore que les plus petites parties peuvent être liées les unes aux autres par l'attraction la plus forte, & composées de parties plus grosses & d'une moindre vertu, & que plusieurs de celles-ci peuvent par leur cohésion en composer encore de plus grosses, dont la vertu aille toujours en s'affoiblissant, & ainsi successivement jusqu'à ce que la progression finisse aux particules les plus grosses, desquelles dépendent les opérations de Chimie & les couleurs des corps naturels, & qui par leur cohésion, composent les corps de grandeur sensible. Si le corps est compact, & qu'il plie ou qu'il cede intérieurement à la pression, de maniere qu'il revienne ensuite à la premiere figure, il est alors élastique. Voyez ÉLASTIQUE. Si les parties peuvent être déplacées, mais ne se rétablissent pas, le corps est alors malleable, ou mol ; que si elles se meuvent aisément entr'elles, qu'elles soient d'un volume propre à être agitées par la chaleur, & que la chaleur soit assez forte pour les tenir en agitation, le corps sera fluide ; & s'il a de plus l'aptitude de s'attacher aux autres corps, il sera humide : les gouttes de tout fluide, selon M. Newton, affectent une figure ronde par l'attraction mutuelle de leurs parties, de même qu'il arrive au globe de la terre & à la mer qui l'environne ; sur quoi, voyez COHESION. Les particules des fluides qui ne sont point attachées trop fortement les unes aux autres, & qui sont assez petites pour être fort susceptibles de ces agitations qui tiennent les liqueurs dans l'état de fluidité, sont les plus faciles à séparer & à raréfier en vapeurs ; c'est-à-dire, selon le langage des Chimistes, qu'elles sont volatiles, qu'il ne faut qu'une légere chaleur pour les raréfier, & qu'un peu de froid pour les condenser ; mais les parties plus grosses, qui sont par conséquent moins susceptibles d'agitation, & qui tiennent les unes aux autres par une attraction plus forte, ne peuvent non plus être séparées les unes des autres que par une plus forte chaleur, ou peut-être ne le peuvent-elles point du tout sans le secours de la fermentation ; ce sont ces deux dernieres especes de corps que les Chimistes appellent fixe. M. Newton observe encore que tout considéré, il est probable que Dieu dans le moment de la création, a formé la matiere en particules solides, massives, dures, impénétrables, mobiles, de volumes, de figures, de proportions convenables, en un mot, avec les propriétés les plus propres à la fin pour laquelle il les formoit ; que ces particules primitives étant solides, sont incomparablement plus dures qu'aucun corps poreux qui en soient composés ; qu'elles le sont même à un tel point, qu'elles ne peuvent ni s'user ni se rompre, n'y ayant point de force ordinaire qui soit capable de diviser ce que Dieu a fait indivisé dans le moment de la création. Tant que les particules continuent à être entieres, elles peuvent composer des corps d'une même nature & d'une même texture. Mais si elles pouvoient venir à s'user ou à se rompre, la nature des corps qu'elles composent changeroit nécessairement. Une eau & une terre composées de particules usées par le tems, & de fragmens de ces particules, ne seroient plus de la même nature que l'eau & la terre composées de particules entieres, telles qu'elles l'étoient au moment de la création ; & par conséquent pour que l'univers puisse subsister tel qu'il est, il faut que les changemens des choses corporelles ne dépendent que des différentes séparations, des nouvelles associations, & des divers mouvemens des particules permanentes ; & si les corps composés peuvent se rompre, ce ne sauroit être dans le milieu d'une particule solide, mais dans les endroits où les particules solides se joignent en se touchant par un petit nombre de points.
M. Newton croit encore que ces particules ont non-seulement la force d'inertie, & sont sujettes aux lois passives de mouvement qui en résultent naturellement, mais encore qu'elles sont mues par de certains principes actifs, tel qu'est celui de la gravité, ou celui qui cause la fermentation & la cohésion des corps ; & il ne faut point envisager ces principes comme des qualités occultes qu'on suppose résulter des formes spécifiques des choses ; mais comme des lois générales de la nature, par lesquelles ces choses elles-mêmes ont été formées. En effet, les phénomenes nous en découvrent la vérité, quoique les causes n'en aient point encore été découvertes. Voyez FERMENTATION, GRAVITATION, ELASTICITE, DURETE, FLUIDITE, SEL, ACIDE, &c.
Hobbes, Spinosa, &c. soutiennent que tous les êtres dans l'univers sont matériels, & que toutes leurs différences ne viennent que de leurs différentes modifications, de leurs différens mouvemens, &c. ainsi ils imaginent qu'une matiere extrèmement subtile, & agitée par un mouvement très-vif, peut penser. Voyez à l'article AME, la réfutation de cette opinion. Sur l'existence de la matiere, voyez les articles CORPS & EXISTENCE, Chambers.
MATIERE SUBTILE, est le nom que les Cartésiens donnent à une matiere qu'ils supposent traverser & pénétrer librement les pores de tous les corps, & remplir ces pores de façon à ne laisser aucun vuide ou interstices entr'eux. Voyez CARTESIANISME. Mais en vain ils ont recours à cette machine pour étayer leur sentiment d'un plein absolu, & pour le faire accorder avec le phénomene du mouvement, &c. en un mot, pour la faire agir & mouvoir à leur gré. En effet, s'il existoit une pareille matiere, il faudroit pour qu'elle dût remplir les vuides de tous les autres corps, qu'elle fût elle-même entierement destituée de vuide ; c'est-à-dire parfaitement solide, beaucoup plus solide par exemple que l'or, & par conséquent, qu'elle fût beaucoup plus pesante que ce métal, & qu'elle résistât davantage (voyez RESISTANCE) ; ce qui ne sauroit s'accorder avec les phénomenes. Voyez VUIDE.
M. Newton convient néanmoins de l'existence d'une matiere subtile, ou d'un milieu beaucoup plus délié que l'air, qui pénetre les corps les plus denses, & qui contribue ainsi à la production de plusieurs des phénomenes de la nature. Il déduit l'existence de cette matiere des expériences de deux thermometres renfermés dans deux vaisseaux de verre, de l'un desquels on a fait sortir l'air, & qu'on porte tous deux d'un endroit froid en un endroit chaud. Le thermometre qui est dans le vuide devient chaud, & s'éleve presque aussitôt que celui qui est dans l'air, & si on les reporte dans l'endroit froid, ils se refroidissent, & s'abaissent tous deux à peu près au même point. Cela ne montre-t-il pas, dit-il, que la chaleur d'un endroit chaud se transmet à-travers le vuide par les vibrations d'un milieu beaucoup plus subtil que l'air, milieu qui reste dans le vuide après que l'air en a été tiré ? & ce milieu n'est-il pas le même qui brise & réfléchit les rayons de lumiere ? &c. Voyez LUMIERE, Chambers.
Le même philosophe parle encore de ce milieu ou fluide subtil, à la fin de ses principes. Ce fluide, dit-il, pénetre les corps les plus denses ; il est caché dans leur substance ; c'est par sa force & par son action que les particules des corps s'attirent à de très-petites distances, & qu'elles s'attachent fortement quand elles sont contiguës ; ce même fluide est aussi la cause de l'action des corps électriques, soit pour repousser, soit pour attirer les corpuscules voisins ; c'est lui qui produit nos mouvemens & nos sensations par ses vibrations, qui se communiquent depuis l'extrémité des organes extérieurs jusqu'au cerveau, par le moyen des nerfs. Mais le philosophe ajoute qu'on n'a point encore une assez grande quantité d'expériences pour déterminer & démontrer exactement les loix suivant lesquelles ce fluide agit.
On trouvera peut-être quelqu'apparence de contradiction entre la fin de cet article, où M. Newton semble attribuer à une matiere subtile la cohésion des corps ; & l'article précédent où nous avons dit après lui que l'attraction est une propriété de la matiere. Mais il faut avouer que M. Newton ne s'est jamais expliqué franchement & nettement sur cet article ; qu'il paroît même avoir parlé en certains endroits autrement qu'il ne pensoit. Voyez GRAVITE & ATTRACTION, voyez aussi ETHER & MILIEU ETHERE, au mot MILIEU. (O)
MATIERE IGNEE ou MATIERE DE FEU, principe que quelques chimistes emploient dans l'explication de plusieurs effets, sur-tout pour rendre raison de l'augmentation de poids que certains corps éprouvent dans la calcination. Ceux qui ont fait le plus d'usage de ce principe, & qui l'ont mis le plus en vogue, conviennent qu'il n'est pas démonstratif par lui-même, comme le sel, l'eau, &c. mais ils prétendent seulement qu'il l'est par les conséquences : donnons-en un exemple. Lorsqu'on fait fondre vingt livres de plomb dans une terrine plate qui n'est pas vernie, & qu'on agite ce plomb sur le feu avec une spatule jusqu'à ce qu'il soit réduit en poussiere, on trouve après une longue calcination, que quoique par l'action du feu il se soit dissipé une grande quantité de parties volatiles du plomb, ce qui devroit diminuer son poids, cette poudre, ou cette chaux de plomb, au-lieu de peser moins que le plomb ne pesoit avant la calcination, occupe un plus grand espace, & pese beaucoup plus ; car au-lieu de peser vingt livres, elle en pese vingt-cinq. Que si au contraire on revivifie cette chaux par la fusion, son volume diminue, & le plomb se trouve alors moins pesant qu'il n'étoit avant qu'on l'eût réduit en chaux ; en un mot on ne trouve que dix-neuf livres de plomb. Or ce n'est ni du bois ni du charbon qu'on a employé dans cette opération, que le plomb en se calcinant a pu tirer ces cinq ou six livres de poids ; car on a fait calciner plusieurs matieres au foyer du verre ardent, dont feu M. le régent a fait présent à l'académie, & on a trouvé également que le poids augmentoit. L'air n'a pu non plus se condenser durant l'opération, en une assez grande quantité dans les pores du plomb, pour y produire un poids si considérable : car pour condenser un volume d'air du poids de cinq livres dans un espace cubique de quatre à cinq pouces de hauteur, il faudroit y employer un poids énorme. On a donc conclu que cette augmentation de poids ne pouvoit procéder que des rayons du soleil qui se sont concentrés dans la matiere exposée à leur action pendant tout le tems que dure l'opération, & que c'étoit à la matiere condensée de ces rayons de lumiere qu'il falloit attribuer l'excès de pesanteur qu'on y observoit ; & pour cet effet on a supposé que la matiere qui sert à nous transmettre la lumiere & la chaleur, l'action du soleil ou du feu, étoit pesante, qu'elle étoit capable d'une grande condensation, qu'elle se condensoit en effet prodigieusement dans les pores de certains corps, sans y être contrainte par aucun poids ; que la chaleur, qui raréfie universellement toutes les autres matieres, avoit néanmoins la propriété de condenser celle-ci, & que la tissure des corps calcinés, quoique très-foible, avoit nonobstant cela la force de retenir une matiere qui tend à s'étendre avec une telle force, qu'une livre de cette matiere contenue dans les pores de cinq livres de plomb, étant dans son état naturel ; devoit nécessairement occuper un espace immense, puisque la pesanteur de cette matiere, dans son état naturel, est absolument insensible ; que c'étoit ensuite cette matiere de feu, condensée dans les sels alkalis, qui produisoit en nous ce goût vif & perçant que nous y éprouvons, & dans les fermentations cette ébullition qui nous étonne, ces couleurs vives que les différentes matieres prennent en se précipitant ; en un mot que c'étoit à cette matiere de feu qu'on devoit attribuer conformément les effets les plus délicats de la Chimie, & que sans être obligé d'entrer dans aucune autre discussion, il suffisoit d'avoir remarqué, que ces effets avoient quelque relation à ceux que le feu produit communément, sans qu'on sache comment, ni qu'on soit obligé de le dire, cela suffisoit, dis-je, pour rapporter tous les effets à cette cause : voilà bien des hypotheses précaires. Les Chimistes ont-ils donc constaté par quelque expérience sensible, ce poids prétendu des rayons du soleil ? ont-ils éprouvé que la matiere qui reste dans le récipient de la machine du vuide, lorsqu'on a pompé l'air grossier, & qui contient certainement la matiere de la lumiere, puisque nous voyons les objets qui y sont renfermés, tenoit le vif argent suspendu dans le barometre à la moindre hauteur, ou plutôt pour employer le moyen infaillible que M. Newton nous a donné pour juger du poids des fluides, ont-ils senti quelque résistance que la matiere de la lumiere fasse à un globe pesant qui la traverse, qui ne doive être attribué à l'air grossier ? S'ils n'ont rien fait de tout cela, on peut conclure que la matiere ignée, considérée comme un amas prodigieux de lumiere pesante, condensée, & réduite en un petit espace, est une pure chimere.
Selon les remarques très détaillées de M. Boerhaave, l'air contient dans ses pores un grand nombre de molécules pesantes, de l'eau, de l'huile, des sels volatils, &c. A l'égard de l'eau, on sait de quelle façon, quelque quantité que ce soit de sel de tartre exposé à l'air, se charge en fort peu de tems d'un poids égal de molécules d'eau. Cette matiere pesante est donc contenue dans les pores de l'air. La présence des molécules de soufre, de sels, &c. n'est pas plus difficile à constater. Sans recourir à aucun alembic, on n'a qu'à se trouver en rase campagne dans un tems d'orage, y lever les yeux au ciel pour y voir ce grand nombre d'éclairs qui brillent de toutes parts : ce sont des feux, ce sont des soufres allumés, ce sont des sels volatils, personne n'en peut disconvenir ; & si dans la moyenne région, dans la région des nuées, l'air se trouve chargé de molécules d'huile, de sel, &c. à plus forte raison en sera-t-il chargé, & comme imbibé dans le lieu où nous respirons, puisque ces matieres pesantes sortant de la terre, n'ont pu s'élever si haut, sans avoir passé par les espaces qui nous séparent des nues, & sans s'y être arrêtées en plus grande abondance que dans ces régions élevées. D'ailleurs ne voit-on pas avec quelle facilité, & à la moindre approche du feu, le vif-argent même, qui est une matiere si pesante, se répand dans l'air ; & qui peut douter après cela que l'air ne contienne dans ses pores un très-grand nombre de particules pesantes ? Mais, dira-t-on, l'huile ne s'évapore point, elle ne se mêle que très-difficilement avec l'air ; n'est-ce pas plutôt là une preuve que l'air en est abondamment fourni, & qu'il n'en peut recevoir dans ses pores plus qu'il n'en a déjà reçu ? D'ailleurs l'esprit-de-vin, exposé à l'air, ne s'affoiblit-il pas continuellement, & les molécules de l'huile qu'il contient ne s'y répandent-elles pas sans cesse ? Lorsque les molécules de l'huile n'ont pas été développées jusqu'à un certain point, elles sont trop pesantes & trop fortement comprimées l'une contre l'autre par l'action élastique de la matiere éthérée pour être détachées l'une de l'autre par l'action dissolvante de l'air. Ainsi l'huile commune ne s'évapore pas : mais lorsque par l'action du feu les molécules de l'huile se sont développées & détachées l'une de l'autre dans les pores de l'eau qui les contient, elles se répandent dans l'air avec facilité, parce qu'elles sont devenues beaucoup plus légeres. Quelle impossibilité y a-t-il donc, après qu'on a vû que l'air pouvoit fournir facilement vingt livres d'eau à vingt livres de sel de tartre, & qu'il les leur fournissoit en effet en peu de tems, que le même air puisse fournir à vingt livres de plomb pendant tout le tems que dure la calcination, je ne dis pas vingt livres de molécules d'eau, que l'action du feu éloigne & chasse des pores de l'air, qui environne le vase dans lequel on calcine le plomb, mais seulement cinq livres de molécules de matieres plus denses, plus pesantes, & en même tems plus subtiles, qui étoient contenues dans les pores de l'air parmi ces mêmes molécules d'eau, lesquelles n'étant plus soutenues dans ces pores par les molécules de cette eau, que le feu en a éloigné, se dégageront des pores de l'air par leur propre pesanteur, viendront se joindre aux molécules du plomb, dont elles augmenteront le poids & le volume. Est-ce qu'il est plus difficile de concevoir que l'air fournisse à vingt livres de plomb un poids de cinq livres, qu'il l'est que le même air fournisse à une même quantité de sel de tartre le poids de vingt livres : c'est tout le contraire, puisque ce poids est quadruple du précédent. On concevra donc enfin distinctement qu'à mesure qu'on calcinera vingt livres de plomb, l'ardeur du feu échauffera l'air voisin du vase qui contient la matiere, qu'elle en éloignera toutes les molécules d'eau que cet air peut contenir dans ses pores, & que les molécules de cet air étant devenues plus grandes, leur vertu dissolvante aura diminué ; d'où il suit que les molécules des autres matieres plus pesantes qui y sont en même tems contenues cessant d'y être soutenues, tomberont sur la superficie du plomb ; qu'ensuite ce volume d'air s'étant promptement rarefié, & étant devenu plus leger que celui qui est au-dessus, montera & cedera la place avec la même vîtesse à un nouvel air, qui déposera de la même façon sur le plomb les molécules pesantes qu'il contient, & ainsi de suite, si bien qu'en fort peu de tems toutes les parties de l'air contenu dans un grand espace, pourront par cette méchanique simple & intelligible, s'approcher successivement l'une après l'autre du plomb que l'on calcine, & déposer les molécules pesantes que cet air contient dans ses pores.
Dans l'expérience dont il s'agit principalement ici, à mesure qu'on bat le plomb avec une spatule, cette poussiere répandue dans l'air s'y insinue, & comme ses particules ne sont pas adhérentes les unes aux autres, elles s'attachent facilement à la superficie des molécules du plomb, formant une espece de croute sur les superficies de ces molécules, qui les empêche de se réunir, & qui réduit le plomb à paroître sous la forme d'une poudre impalpable. Par où l'on voit que le feu, ou les rayons de lumiere, réunis au foyer d'une loupe, ne fournissent ici qu'un grand mouvement qui désunit les parties du métal, en calcinant les souffres, qui les lient entr'elles, & laissent aux particules pesantes, qui viennent des pores de l'air, & qui n'ont pas la même viscosité, la liberté d'environner les molécules du plomb, & de réduire ce métal en poudre. Et si dans la révivification de cette chaux de plomb, il arrive que non-seulement elle perde le poids qu'elle avoit acquis, mais qu'on trouve au contraire le plomb qui en renaît encore plus léger que n'étoit celui qu'on avoit d'abord employé, ne voit-on pas que cela ne vient que de ce que les particules pesantes & subtiles que le plomb a reçues de l'air durant la calcination, & qui enveloppant les particules de ce métal, l'avoient réduit en poudre & en avoient augmenté le poids & le volume, s'unissant aux molécules onctueuses du suif que l'on joint à la matiere dans cette opération, ou que la flamme même leur fournit, se volatilisent de nouveau, & se répandent dans l'air d'où elles étoient venues. Desorte que ce nouveau plomb destitué de cette matiere & des soufres grossiers qu'il a perdus dans l'opération, doit peser moins qu'il ne pesoit avant qu'on l'eût réduit en chaux ; ce qui arriveroit dans toutes les matieres que l'on calcine, si le poids des particules qui s'exhalent durant la calcination n'excédoit pas quelquefois le poids de celles qui viennent s'y joindre. Voyez FEU, CHALEUR, U ELASTIQUEIQUE. Art. de M. FORMEY.
MATIERE, SUJET, (Gramm.) la matiere est ce qu'on emploie dans le travail ; le sujet est ce sur quoi l'on travaille.
La matiere d'un discours consiste dans les mots, dans les phrases & dans les pensées. Le sujet est ce qu'on explique par ces mots, par ces phrases & par ces pensées.
Les raisonnemens, les passages de l'Ecriture-sainte, les caracteres des passions & les maximes de morale, sont la matiere des sermons ; les mysteres de la foi & les préceptes de l'Evangile en doivent être le sujet. Synonymes de l'abbé Girard. (D.J.)
MATIERE MORBIFIQUE, (Médec.) on a donné le nom de matiere morbifique à toute humeur étrangere ou altérée, qu'on a cru se mêler au sang, & y devenir le germe, le levain, la cause de quelque maladie. Les maladies excitées par ces humeurs nuisibles, ou déplacées, ont été appellées maladies avec matiere ou humorales. Suivant les théories vulgaires, dès que la matiere morbifique est dans le sang, elle y produit une altération plus ou moins prompte, selon le degré d'énergie qu'elle a, & différente, selon le vice particulier de l'humeur. Boerhaave a prodigieusement multiplié, diversement combiné, & très-méthodiquement classé les prétendus vices des humeurs, de façon à établir pour chaque maladie une matiere morbifique particuliere ; il a cru appercevoir dans le sang & les humeurs qui circulent dans les vaisseaux formés d'un corps organique, les mêmes altérations qui auroient pû leur arriver par différens mélanges, ou par leur dégénération spontanée laissées à elles-mêmes & en repos dans des vaisseaux ouverts exposés à l'action de l'air : ainsi il a substitué à l'histoire & à l'évaluation juste des phénomenes de la nature sa propre maniere de les concevoir ; de-là sont venues ces divisions minucieuses & ces classes nombreuses de vices simples & spontanés des humeurs, de viscosité glutineuse spontanée, de diverses acrimonies méchaniques, salines, huileuses & savonneuses, & de celles qui résultoient de la differente combinaison des quatre especes ; ces soudivisions ultérieures d'acrimonie saline & muriatique ammoniacale, acide, alkalescente, fixe, volatile, simple ou composée, d'acrimonie huileuse, spiritueuse, saline, terrestre & âcre, &c. Les humoristes modernes ont retenu beaucoup de ces vices ; ils ont prétendu que l'on en observoit toujours quelqu'un dans toutes les maladies, & qu'il n'y en avoit point sans matiere, sans altération propre & primitive des humeurs ; & c'est sur cette idée purement théorique qu'est fondée la regle générale sur l'usage prétendu indispensable des évacuans. Quelques-uns ont jugé que la sueur & la transpiration retenues ou dérangées, fournissoient toujours la matiere morbifique, qui jettoit les premiers fondemens de la maladie ; d'autres en plus grand nombre, ont pensé que la matiere morbifique dans toutes les maladies aiguës, n'étoit autre chose que des humeurs viciées qui se préparoient & s'accumuloient dans l'estomac par une suite de mauvaises digestions, d'où elles étoient versées par la voie des veines lactées continuellement ou périodiquement dans la masse des humeurs, & y produisoient d'ordinaire un épaississement considérable, qui, suivant eux, déterminoit la fievre, l'accès ou le redoublement. En conséquence, dans le traitement des maladies aiguës, ils ont eu principalement en vue d'épuiser le foyer de ces humeurs, & d'en tarir la source ; c'est d'une théorie aussi fausse qu'insuffisante, qu'a pris naissance un des dogmes fondamentaux de la Médecine pratique la plus accréditée, c'est qu'il faut dans les maladies aiguës purger au moins tous les deux jours ; le peu de succès répond à l'inconséquence du précepte : & il est très-certain qu'il seroit moins indifférent & plus nuisible, s'il étoit exécuté aussi efficacement qu'il est vivement recommandé, & qu'on s'empresse de le suivre avec ponctualité. Les anciens médecins chimistes ont aussi prétendu que toutes les maladies étoient avec matiere ; ils en attribuoient l'origine à des fermens morbifiques indéterminés, mais pas plus obscurs ni plus incertains que la matiere morbifique des méchaniciens modernes. Les éclectiques, pour soutenir les droits de leur ame ouvriere, se sont accordés sur ce point avec les humoristes, persuadés que l'ame étoit la cause efficiente de toutes les maladies, & qu'elle n'a gissoit pas sans motif ; ils se sont vus contraints de recourir toujours à un vice humoral, à une matiere morbifique qui excitât le courroux & déterminât les effets de ce principe aussi spirituel que bienfaisant. L'absurdité de l'humorisme trop généralisé, & la connoissance assurée de quelques affections purement nerveuses ont fait tomber quelques médecins dans l'excès opposé ; ils ont conclu de quelques faits particuliers bien constatés, au général, & n'ont pas fait difficulté d'avancer qu'il n'y avoit point de maladies avec matiere, & que tous ces vices des humeurs n'étoient que des suppositions chimériques ; que le dérangement des solides étoit seul capable de produire toutes les différentes especes de maladie : & partant de cette idée, ils ont bâti un nouveau système pratique ; les émolliens, relâchans, narcotiques leur ont paru les secours les plus indiqués par l'état de spasme & de constriction toujours supposé dans les solides ; ils ont borné à ces remedes diversement combinés, toute leur matiere médicale. On voit par là, & c'est ce qui est le plus préjudiciable à l'humanité, que toutes ces variétés de théorie ont produit des changemens qui ne peuvent manquer d'être nuisibles dans la pratique : on ne s'est pas contenté de déraisonner, on a voulu faire des applications, & l'on a rendu les malades victimes d'une bizarre imagination. Il s'est enfin trouvé des médecins sages qui, après avoir mûrement & sans préjugé pesé les différentes assertions, & sur-tout consulté la nature, ont décidé qu'il y avoit des maladies où les nerfs seuls étoient attaqués, & on les appelle nerveuses. Voyez ce mot. Que d'autres étoient avec matiere ; c'est-à-dire, dépendoient de l'altération générale des humeurs, opérée par la suppression de quelque excrétion, & qui ne peut se guérir sans une évacuation critique ; elles sont connues sous le nom de maladies humorales. Voyez ce mot. Telles sont toutes les fievres putrides simples, ou inflammatoires, quelques autres maladies aiguës, toutes les maladies virulentes, contagieuses, &c. Les maladies chroniques sont presque toutes absolument nerveuses dans leur origine, dépendent du désordre trop considérable & de la lésion sensible de quelque viscere ; mais ces vices ne peuvent pas subsister long-tems sans donner lieu à quelque altération dans les humeurs, qu'on observe toujours quand la maladie a fait quelques progrès. (M)
MATIERE MEDICALE, (Thérapeutique) ensemble, total, système de corps naturels qui fournissent des médicamens. Voyez la fin de l'article MEDICAMENT. (b)
MANIERE PERLEE DE KRUGER, (Chim. & Mat. méd.) qu'on appelle encore magistere d'antimoine. Les chimistes modernes donnent ce nom à une poudre blanche, subtile, qui se précipite des lotions de l'antimoine diaphorétique, soit d'elle-même, soit par l'addition d'un acide, & principalement de l'acide vitriolique.
La nature de ce précipité n'a point été encore déterminée par les Chimistes ; car sans compter les définitions évidemment fausses, telles que celle de Boerhaave, qui le nomme un soufre fixe d'antimoine, les idées qu'en donnent Mender & Hoffman ne paroissent rien moins qu'exactes. Le premier avance que " cette poudre n'est rien autre chose qu'une chaux fine de régule ", & Hoffman qui observe qu'on obtient cette matiere perlée en une quantité très-considérable (cet auteur dit que les lotions de la masse provenue de douze onces de régule d'antimoine, & de deux livres de nitre détonnés ensemble, lui ont fourni cinq onces de cette matiere), croit que cette matiere est beaucoup moins fournie par la substance réguline, que par le nitre qui a été changé en terre par la force de la calcination, & par la mixtion de l'acide vitriolique. Hoffman, obs. phys. chim. liv. III. obs. iv.
Lemery qui, aussi-bien que Mender, a retiré ce précipité des lotions du régule d'antimoine préparé avec l'antimoine entier, dit au contraire qu'on n'obtient qu'un peu de poudre blanche, qu'il regarde comme la partie d'antimoine diaphorétique la plus détachée, c'est-à-dire apparemment, divisée.
M. Baron pense que " ce n'est autre chose pour la plus grande partie, que la terre que le nitre fournit en se décomposant, & se changeant en alkali par la violence de la calcination ; ou, ce qui est la même chose, qu'elle provient en très-grande partie des débris de l'alkali fixe du nitre ; & qu'on explique aisément par-là pourquoi cette matiere se réduit difficilement en régule par l'addition des matieres inflammables, c'est que la quantité de terre réguline qui lui reste unie, n'est presque rien, comparaison faite à ce qu'elle contient de la terre du nitre fixé ". Notes sur la chim. de Lemery, art. antim. diaphorét.
Nous observerons sur toutes ces opinions ; 1°. qu'il est vraisemblable que la matiere perlée est composée en partie des débris terreux du nitre alkalisé, & qu'ainsi M. Mender dit trop généralement que ce n'est autre chose qu'une chaux fine de régule. 2°. Que cette terre nitreuse ne peut point cependant en constituer la plus grande partie ; car ces débris terreux du nitre devroient se trouver en beaucoup plus grande quantité dans l'antimoine diaphorétique lavé, que dans ses lotions : or l'antimoine diaphorétique n'en contient point ; car il ne fait aucune effervescence avec les acides ; ce qui seroit, s'il étoit mêlé de terre nitreuse, que les acides dissolvent avec effervescence. 3°. Que les cinq onces de matiere perlée que Hoffman a retirée de sa lessive (qui ne contenoit que de l'alkali fixe & du nitre entier, puisqu'il avoit préparé son antimoine diaphorétique avec le régule d'antimoine), paroissent avoir été principalement du tartre vitriolé, ce qui n'est certainement point la méprise d'un chimiste bien expérimenté ; mais enfin ce ne peut avoir absolument été que cela ; & l'on est d'autant plus fondé à s'arrêter à cette idée, que la lotion ou lessive qu'a employée Hoffman, doit avoir été très-rapprochée, s'il est vrai, comme il le dit, que l'acide vitriolique en ait détaché des vapeurs d'acide nitreux, & qu'il a employé d'ailleurs un acide vitriolique concentré. 4°. Si la matiere perlée est véritablement composée en très-grande partie de terre alkaline nitreuse, cette terre n'y est point nue, mais elle est combinée avec l'acide vitriolique sous forme de sélénite ; ce que Hoffman paroît avoir connu lorsqu'il a dit que le nitre étoit changé en terre par la calcination & la mixtion avec l'acide vitriolique ; & par conséquent il n'est point indifférent à la nature de la matiere perlée qu'on emploie à sa préparation l'acide vitriolique, ou un autre acide ; car s'il résulte de la combinaison de l'acide employé avec la terre nitreuse un sel neutre très-soluble, toute cette terre restera suspendue dans la lessive, à la faveur de cette nouvelle combinaison, comme elle s'y soutenoit auparavant par le moyen de l'alkali fixe, ou des sels neutres auxquels elle étoit attachée. Nous concluons de toutes ces observations, qui ne sont que des conjectures, 1°. que nous avons été fondés à avancer que la nature de la matiere perlée étoit encore ignorée des Chimistes ; 2°. qu'elle pouvoit être déterminée cependant par un petit nombre d'expériences simples ; 3°. enfin que sa vertu médicinale étoit parfaitement ignorée à priori. Or, comme la connoissance à posteriori, ou l'observation médicinale manque aussi presqu'absolument, & que le peu qu'on sait sur cette matiere porte à croire que c'est-là un remede fort innocent, ou même fort inutile, nous pensons qu'on peut sans scrupule en négliger l'usage. (b)
MATIERES, transport des, (Finances) on entend par ce mot de matieres, la sortie des especes ou lingots d'or ou d'argent hors d'un pays qu'on porte dans un autre, pour acquiter la balance de ce qu'on doit dans le commerce. Prouvons que la liberté de ce transport ne peut ni ne doit être empêché dans un état commerçant.
La défense de transporter les especes ou matieres, ne les empêche point d'être transportées. Les Espagnols ont fait des lois très-rigoureuses contre le transport des especes & matieres ; mais comme les denrées & manufactures étrangeres consommées en Espagne, montoient à une plus grande somme que les denrées & les manufactures étrangeres consommées en pays étrangers, & qu'une grande partie des effets envoyés en Amérique, appartenoit aux étrangers, la valeur de ces effets, & la balance dûe par l'Espagne, ont été transportées en especes ou matieres, & de tout ce qui a été apporté des Indes, très-peu est resté aux Espagnols, malgré les défenses qu'on a pu faire.
Il est inutile de défendre le transport des especes ou matieres ; quand il n'y a point de balance dûe, alors ce transport cesse ; quand une balance est dûe, cette défense n'est pas le remede propre à ce mal.
Le meilleur est d'être plus industrieux ou plus ménager, de faire travailler davantage le peuple, ou l'empêcher de tant dépenser.
Prétendre empêcher le transport des especes & matieres, tant qu'une balance est dûe, c'est vouloir faire cesser l'effet, quoique la cause dure. Rendre le peuple plus industrieux, diminuer la dépense, &c. fait cesser le mal, en levant la cause ; par ce moyen le commerce étranger peut être rendu avantageux, & les especes ou matieres des étrangers seront apportées dans le pays ; mais tant qu'une balance est dûe aux étrangers, il n'est guere praticable ni juste d'empêcher le transport des especes ou matieres.
De plus, la défense de transporter les especes ou matieres est préjudiciable à l'état ; elle fait monter le change ; le change affecte le commerce étranger & augmente la balance, qui est cause que les especes sont transportées ; ainsi en augmentant la cause, elle augmente le transport.
L'Angleterre même, quoique plus éclairée que la France sur le fait de la monnoie, est mal conseillée au sujet du transport des especes & matieres ; l'Angleterre défend ce transport, & son commerce en souffre par ce moyen ; car pendant la guerre, le change alors continue d'être considérablement à son désavantage. Voyez ESPECES, OR, ARGENT, MONNOIE, COMMERCE, CHANGE, MANUFACTURE. (D.J.)
MATIERE. (Monnoyage) A la Monnoie, on appelle ainsi une masse de métal, soit d'or, d'argent, de billon, ou de cuivre, soit à fabriquer, ou monnoyé, de quel titre & de quel poids que ce soit.
Il y a des états, où l'or & l'argent monnoyé, comme non monnoyé, sert au dehors comme à l'intérieur à commercer ; on le trafique comme marchandise, comme des étoffes, des toiles, &c.
Les sentimens sur le trafic de l'or & de l'argent, sont bien opposés. Voici là-dessus ce que pense un auteur étranger. " Ce commerce est d'un si grand avantage pour une nation, que les états qui les défendent, ne peuvent jamais être regardés comme considérables ; car il est plus avantageux de transporter, d'envoyer chez l'étranger de l'or & de l'argent monnoyés que non monnoyés, puisque dans le premier cas on gagne l'avantage de la fabrication ".
Cette réflexion tombe d'elle-même ; car l'étranger achete le métal au titre, ainsi ce gain est une chimere. En France, loin de regarder ce commerce des especes monnoyées comme avantageux pour l'état, il est expressément défendu sous peine capitale. Ce crime se nomme billonnage. Voyez BILLONNAGE.
Les Orfevres ne peuvent non plus fondre des matieres monnoyées, de quelque nature qu'elles soient, ou de quelque pays qu'elles viennent, à l'exception des piastres qui ont un cours libre dans le commerce.
MATIERES, terme de riviere, pieces de bois en-travers, posées sur les plats-bords d'un bateau foncet.
|
| MATILALCUI | (Hist. mod. superst.) c'est le nom que les Mexiquains donnoient à la déesse des eaux.
|
| MATILICATES | (Géog. anc.) peuples d'Italie, que Pline, liv. III. chap. xiv. place dans l'Umbrie. C'est aujourd'hui Matelica bourg dans la marche d'Ancone sur le Sano, entre san-Severino à l'orient, & Nibbiano, à l'occident. (D.J.)
|
| MATIN | S. m. (Astron.) est le commencement du jour, ou le tems du lever du soleil. Voyez JOUR. Les Astronomes comptent le matin, manè, de minuit à midi. Ainsi on dit qu'une éclipse a commencé à onze heures du matin, &c.
Les différens peuples font commencer le matin à différentes heures. Cela dépend de leurs différentes manieres de compter les heures. Mais la façon la plus commune est de le commencer à minuit. Ainsi on peut distinguer, pour ainsi dire, deux sortes de matins ; l'un qu'on peut appeller réel, commence avec la lumiere du jour ; l'autre qu'on peut nommer civil ou astronomique, commence à minuit, ou à une autre heure fixe, selon l'usage du pays où l'on est Voyez HEURE.
L'étoile du matin est la planete de Vénus, quand elle est occidentale au soleil, c'est-à-dire, lorsqu'elle se leve un peu avant lui. Dans cette situation, les Grecs l'appellent phosphorus, & les Latins lucifer. Voyez VENUS.
Crépuscule du matin. Voyez CREPUSCULE. Chamb. MATIN, le, (Médec.)
Des nuits l'inégale couriere
S'éloigne & pâlit à nos yeux,
Chaque astre au-bout de sa carriere
Semble se perdre dans les cieux.
Des bords habités par le Maure
Déjà les heures de retour,
Ouvrent lentement à l'Aurore
Les portes du palais du jour.
Quelle fraîcheur ! L'air qu'on respire
Est le souffle délicieux
De la Volupté qui soupire
Au sein du plus jeune des Dieux.
Déjà la colombe amoureuse
Vole du chêne sur l'ormeau ;
L'amour cent fois la rend heureuse,
Sans quitter le même rameau.
Triton sur la mer applanie
Promene sa conque d'azur,
Et la nature rajeunie
Exhale l'ambre le plus pur.
Au bruit des Faunes qui se jouent
Sur les bords tranquilles des eaux,
Les chastes Naïades dénouent
Leurs cheveux tressés de roseaux.
Dieux, qu'une pudeur ingénue
Donne de lustre à la beauté !
L'embarras de paroître nue
Fait l'attrait de la nudité.
Le flambeau du jour se rallume,
Le bruit renaît dans les hameaux,
Et l'on entend gémir l'enclume
Sous les coups pesans des marteaux.
Le regne du travail commence ;
Monté sur le trône des airs,
Soleil, annonce l'abondance
Et les plaisirs à l'univers.
Vengez, &c. &c. &c.
Oeuvres mêlées de M. le cardinal DE BERNIS.
Cette partie du jour qui offre à l'imagination du poëte ces images riantes, matiere des descriptions agréables, n'est point indifférente pour le médecin ; attentif à examiner & à recueillir les phénomenes de la nature, il ne perd aucune occasion de lire dans ce livre intéressant ; il n'examine tous ces changemens, toutes ces actions, que pour en retirer des lumieres dont il prévoit l'utilité ; il laisse au physicien oisif spéculateur le soin de remonter aux causes des phénomenes qu'il observe, de les combiner, d'en montrer l'enchaînement. Pour lui, il met ses observations en pratique, & tourne toujours ses réflexions vers l'intérêt public, le mobile & le but le plus noble de ses travaux, en même tems qu'il en est la récompense la plus flatteuse. Le médecin observe que dans l'état de santé le corps est plus léger, plus dispos le matin que le soir, les idées en conséquence plus nettes, plus vives, plus animées. Le sommeil précédent n'est pas seul capable de produire cet effet ; puisqu'on l'éprouve bien moins, ou même pas du-tout, lorsqu'on pousse le sommeil bien avant dans le jour. Il est vrai aussi que cet effet est bien plus sensible, lorsqu'on a passé la nuit dans un sommeil tranquille & non interrompu. Le retour du soleil sur l'horison, le vent léger d'orient qui excite alors les vapeurs retombées, une douce humidité qui couvre & imbibe la terre, tous ces changemens survenus dans l'atmosphere doivent nécessairement faire quelqu'impression sur nos corps, voyez INFLUENCE DES ASTRES. Quoi qu'il en soit, ces changemens sont constans & universels ; les plantes, les animaux, l'homme, en un mot, tout ce qui vit, tout ce qui sent, les éprouve. Ici se présente naturellement la réponse à une question célebre ; savoir, s'il est utile à la santé de se lever matin. Le raisonnement & l'expérience s'appuient mutuellement pour faire conclure à l'affirmative. La nuit est le tems destiné au repos, & le matin le tems le plus propre au travail ; la nature semble avoir fixé les bornes & le tems du sommeil ; les animaux qui ne suivent que ses ordres, & qui sont dépourvus de cette raison superbe que nous vantons tant, & qui ne sert qu'à nous égarer en nous rendant sourds à la voix de la nature ; les animaux, dis-je, sortent de leur retraite dès que le sommeil est prêt à paroître ; les oiseaux annoncent par leur ramage le retour de la lumiere ; les sauvages, les paysans, qu'une raison moins cultivée & moins gâtée par l'art rapproche plus des animaux, suivent en cela une espece d'instinct ; ils se levent très- matin, & ce genre de vie leur est très-avantageux. Voyez avec quelle agilité ils travaillent, combien leurs forces s'augmentent, leur santé se fortifie, leur tempérament devient robuste, athlétique ; ils se procurent une jeunesse vigoureuse, & se préparent une longue & heureuse vieillesse. Jettez ensuite les yeux sur cette partie des habitans de la ville, qui fait de la nuit le jour, qui ne se conduit que par les modes, les préjugés, les usages, la raison ou ses abus. Ces personnes poussent les veilles jusques bien avant dans la nuit, se couchent fort tard, goûtent un sommeil peu tranquille, passent beaucoup plus de tems dans le lit que ces paysans, dorment quelquefois davantage ; mais quand elles se levent, inquietes, fatiguées, nullement ou peu refaites d'un sommeil semblable, elles ne sentent point cette douce fraîcheur du matin, elles n'éprouvent point cette légéreté qu'il semble qu'on prenne alors avec l'air qu'on respire. Voyez en même tems combien leur santé est foible, leur tempérament délicat ; la même conséquence dans les autres actions de la vie devient la source féconde des maux variés dont elles sont sans cesse attaquées.
On demande en second lieu, si le matin n'est pas le tems le plus propre pour remplir les devoirs conjugaux. Les auteurs, partagés sur cet article, pour ce qui regarde l'homme, assurent que tous les tems sont à-peu-près égaux pour la femme, & qu'elle peut vaquer à ce devoir agréable lorsqu'elle veut & dans tous les tems, parce qu'elle desire plus vivement que l'homme, qu'elle perd moins dans l'acte, & qu'elle n'en est pas aussi fatiguée. Comme ces sacrifices trop fréquens épuisent l'homme, & que même lorsqu'ils sont modérés, il en éprouve une lassitude & une espece de langueur, on a prétendu assigner un tems de la journée, qu'on a cru plus propre à l'exercice de cette fonction. Les uns ont pensé que c'étoit quatre ou cinq heures après chaque repas ; d'autres ont voulu qu'on attendit plus long-tems ; les uns, comme Hermogène, ont préféré le jour, assurant que la nuit les plaisirs de l'amour sont plus doux, & que le jour ils sont plus salutaires. D'autres ont donné la préférence à la nuit, disant qu'ils sont d'autant moins nuisibles, qu'ils sont plus agréables. Ceux qui croient le soir plus favorable que le matin, se fondent sur ce qu'alors les alimens sont digérés, le corps bien refait, les pertes réparées, & qu'après cela le sommeil peut dissiper la lassitude qui en pourroit résulter ; au-lieu que le matin, disent-ils, l'estomac est rempli de crudités ; c'est le tems du travail, il est à craindre que cet exercice ne diminue l'aptitude à remplir les autres. Ceux enfin qui prétendent que le matin est de tous les tems de la journée celui qu'on doit choisir préférablement à tout autre, disent que le soir les alimens ne sont pas digérés ; ou s'ils le sont, que les sécrétions ne sont pas faites, que la quantité de semence n'est pas augmentée ; au-lieu que le matin la derniere coction, pour parler avec Hippocrate, est achevée, le corps est dans cet état d'égalité qui résulte de l'harmonie & du bien-être de toutes les parties, que le sommeil précédent a rendu le corps agile & dispos ; que le matin, semblable au printems, est plus commode & plus sûr pour la génération ; qu'alors aussi les desirs sont plus vifs ; que c'est une erreur de croire que, quand on se porte bien, l'estomac soit plein de matieres crues & pituiteuses. Et ils soutiennent après Sanctorius, que les plaisirs du mariage modérés dégagent & rendent légers, loin de fatiguer ; mais qu'au cas qu'on ressentît quelque lassitude, il étoit tout simple de se rendormir un peu. Ils citent l'exemple des paysans vigoureux & robustes, qui font des enfans aussi bien constitués, & qui lassés des travaux de la journée, s'endorment dès qu'ils sont au lit, & ne remplissent leurs devoirs conjugaux que le matin à leur réveil. Enfin, ils n'ont qu'à faire observer que les oiseaux choisissent presque tous ce tems, qu'ils témoignent leurs plaisirs par leur chant, &c. &c. &c. Cette opinion paroît assez vraisemblable & mériteroit d'être adoptée, si dans des affaires de cette nature, il falloit consulter des lois & observer des regles, & non pas suivre ses desirs & profiter des occasions.
L'influence & les effets du matin sont encore bien plus sensibles dans l'état de maladie où le corps est bien plus impressionable. On observe dans presque toutes les fievres, & pour mieux dire, dans toutes les maladies, que le malade est pour l'ordinaire moins mal le matin que le soir. Presque tous les redoublemens se font le soir, & il n'est pas nécessaire pour les exciter que le malade ait mangé ; car soit qu'il ait fait des excès ou observé la diete la plus exacte, ils n'en reviennent pas moins dans ce tems plus ou moins forts ; la nuit est alors mauvaise, troublée, & le redoublement ne se dissipe que vers le lever du soleil. Alors le malade est plus tranquille, il s'assoupit & se livre à un sommeil, d'autant plus agréable, qu'il a été plus attendu. Voyez INFLUENCE DES ASTRES.
La considération de cette tranquillité que procure le matin, à la plus grande partie des maladies, n'est pas une simple spéculation ; elle est d'une grande utilité & d'un usage fréquent dans la pratique. Lorsqu'on a quelque remede à donner & que l'on peut choisir le tems, on préfere le matin ; c'est le tems d'élection de la journée, comme le printems l'est dans l'année ; on ne le manque que lorsque la nécessité pressante oblige d'administrer les secours à toute heure. Le matin est le tems où l'on purge, où l'on fait prendre les apozemes, les opiats, les eaux minérales, &c. C'est aussi celui que le médecin éclairé fait choisir au chirurgien manouvrier pour faire les opérations, quand le mal n'est pas de nature à exiger des secours pressans. En un mot, le matin est le tems d'élection, toutes les heures peuvent être le tems de nécessité. (m)
MATIN, (Critiq. sacrée) ce mot se prend d'abord dans l'Ecriture pour le commencement ou la premiere partie du jour artificiel, qui est distingué en trois, vespere, mane, & meridie, & il se prend en ce premier sens dans ce passage : vae tibi, terra, cujus rex puer est, & cujus principes mane comedunt. Eccles. 10, 16, 20. Il se prend aussi pour le jour artificiel tout entier : factumque est vespere & mane dies unus. Genes. 1, 5. Le jour naturel se fit du matin qui est le jour artificiel, & du soir qui se met au commencement, parce qu'il précéda le jour artificiel qui commence par le matin, & se compte du lever du soleil à un autre ; c'est pour cela que les Juifs commençoient leur jour par le soir, à vesperâ in vesperam : ce mot se met souvent pour promptement ; vous m'exaucerez le matin, c'est-à-dire, de bonne heure. Il désigne la diligence avec laquelle on fait quelque chose : le Seigneur dit qu'il s'est levé de grand matin pour inviter son peuple à retourner à lui, mane consurgens conversatus sum, & dixi, audite vocem meam. Jer. 11, 7. (D.J.)
|
| MATINE | (Géog. anc.) Matinum, ville maritime des Salentins sur la mer Ionienne, dans le pays qu'on appelle aujourd'hui la terre d'Otrante. Lucain & Pline parlent des Matini, peuples de la Pouille. Horace distingue matinum littus, matina palus, matina cacumina ; mais tous ces noms paroissent corrompus, il faut lire Bantini, Bantinum, Bantina. (D.J.)
MATINES, s. f. horae matutinae, officium nocturnum, (Liturg.) c'est le nom que l'on donne vulgairement à la premiere partie de l'office ecclésiastique composé de trois nocturnes, & qu'on récite ou la veille des fêtes, ou à minuit, ou le matin.
Ceux qui ont traité des offices ecclésiastiques fondent la convenance ou la nécessité de cette priere de la nuit sur ces paroles du Psalmiste, mediâ nocte surgebam ad confitendum tibi : & de-là vient l'usage établi dans plusieurs cathédrales, chapitres & communautés religieuses de commencer les matines à minuit.
On trouve dans l'Histoire ecclésiastique divers monumens très-anciens qui attestent cette coutume de prier la nuit. Les constitutions attribuées aux Apôtres ordonnent aux fideles de prier au chant du coq, parce que le retour du jour rappelle les enfans de la lumiere au travail & à l'oeuvre du salut. Cassien de cant. noct. nous apprend que les moines d'Egypte récitoient douze pseaumes pendant la nuit & y ajoutoient deux leçons tirées du nouveau Testament. Dans les monasteres des Gaules, selon le même auteur, on chantoit dix-huit pseaumes & neuf leçons, ce qui se pratique encore le dimanche dans le breviaire romain. Saint Epiphane, saint Basile, saint Jean-Chrysostome, & plusieurs autres Peres grecs font une mention expresse de l'office de la nuit.
En Occident, on n'a pas été moins exact sur cette partie de la priere publique qui fut, dit-on, introduite par saint Ambroise pendant la persécution que lui suscita l'impératrice Justine, arienne, & mere de Valentinien le jeune. Le quatrieme concile de Carthage veut qu'on prive des distributions les clercs qui manquent sans raison aux offices de la nuit. Saint Isidore, dans son livre des offices ecclésiastiques, appelle celui de la nuit vigiles & nocturnes, & celui du matin matines ou laudes.
On voit dans la regle de saint Benoît une grande conformité avec ce qui se pratique aujourd'hui dans toute l'Eglise. L'office de la nuit y commence par Deus, in adjutorium, &c. ensuite le pseaume venite, l'hymne, six pseaumes qui doivent être récités à deux choeurs, le verset & la bénédiction de l'abbé. Ensuite trois leçons entre lesquelles on chante des répons, au dernier on ajoute gloria Patri. Ensuite six autres pseaumes & une leçon de l'apôtre par choeur. Le dimanche, on disoit huit leçons, puis on ajoutoit aux douze pseaumes trois cantiques de l'ancien Testament, trois leçons du nouveau avec les versets & le te Deum. Ensuite l'abbé lisoit une leçon de l'Evangile, ce qui étoit suivi d'une hymne, après laquelle on chantoit matines, c'est-à-dire, ce que nous appellons aujourd'hui laudes. Voyez LAUDES. Thomassin, discipl. ecclésiastiq. part. I. liv. I. ch. xxxiv. & suiv.
Dans la plûpart des breviaires modernes, excepté dans le romain pour le dimanche, les matines sont composées du Deus, in adjutorium, d'un verset nommé invitatoire, du pseaume venite, d'une hymne. Ensuite suivent trois nocturnes composés de neuf pseaumes sous trois ou neuf antiennes selon la solemnité plus ou moins grande, trois ou neuf leçons précédées chacune d'une courte oraison dite bénédiction, & suivies chacune d'un répons. A la fin du troisieme nocturne, on dit dans les grandes fêtes & les dimanches, excepté l'avent & le carême, le cantique te Deum que suit un verset nommé sacerdotal, après quoi l'on chante laudes. Voyez LAUDES, REPONS, VERSET, LEÇON, &c.
|
| MATI | ou AMATIR, (Grav.) en terme de Ciseleur, Graveur en creux & en relief, c'est rendre mate une partie de l'ouvrage en la frappant avec le matoir (voyez MATOIR), qui répand sur l'ouvrage un grain uniforme qui détache les parties matées des autres qui sont polies.
MATIR, LIME A, c'est un outil dont se servent les Graveurs en relief & en creux pour former les grains du matoir, voyez MATOIR. En le frappant dessus, les grains du matoir sont plus ou moins serrés, selon que la lime dont on s'est servi pour les former est plus ou moins grosse.
MATIR, terme d'Orfevre. Voyez AMATIR.
|
| MATISCO | (Géog. anc.) ville des Gaules dans le pays des Aeduens. Jules-César, de bello gall. lib. VII. c. xc. est le premier qui en fasse mention, & il la place sur la Saone. Le même nom de cette ville se trouve sur la table de Peutinger & l'itinéraire d'Antonin. On ne peut guere douter que ce ne soit Mâcon. Voyez MACON. (D.J.)
|
| MATITES | S. f. (Hist. nat.) nom donné par quelques Naturalistes à des pierres qui sont en mamelons, ou qui ont la forme du bout d'un téton. On croit que ce sont des pointes d'oursins qui ont fait des empreintes dans de certaines pierres, d'autant plus qu'il y a des oursins qui ont des mamelons.
|
| MATMANSKA | (Géog.) ile du détroit qui sépare le Japon du pays d'Yesso, ou de Kamschatka. C'est l'île de Matsumay des Japonois. (D.J.)
|
| MATOBA | S. m. (Hist. nat. Bot.) espece de palmier d'Afrique, fort commun dans les royaumes de Congo & d'Angola, dont les habitans tirent par incision une liqueur ou une espece de vin extrèmement acide.
|
| MATOIR | S. m. outil d'Arquebusier ; c'est un petit ciseau de la longueur de deux pouces & gros à proportion, qui n'est pas fort aigu, qui sert aux Arquebusiers pour matir deux pieces de fer jointes ensemble. Cela se fait en posant la piece que l'on veut matir dans l'étau, & en frappant dessus avec le matoir & le marteau & mâchant un peu ; cela efface la raie des deux pieces jointes & soudées ensemble.
MATOIRS, en terme de Bijoutier, sont des ciselets dont l'extrémité est taillée en petits points ronds & drus ; leur usage est pour amatir & rendre bruts les ornemens de reliefs qui se trouvent sur les ouvrages, & les détacher du champ qui est ou bruni ou poli, ou pour amatir & rendre bruts les champs qui entourent des ornemens brunis ou polis : cette variété détache agréablement, & forme un contraste qui releve l'éclat des parties polies, & séduit l'oeil des amateurs.
MATOIR, (Ciseleur) petit outil avec lequel ceux qui travaillent de damasquinerie, ou d'ouvrages de rapport, amatissent l'or. C'est un ciselet dont l'extrémité inférieure qui porte sur l'ouvrage, est remplie de petits points faits par des tailles comme celle d'une lime douce. Voyez la fig. Pl. du Graveur : il y en a de différentes grandeurs.
MATOIR, (Graveur) sorte de ciselet, dont se servent les Graveurs en relief & en creux, est un morceau d'acier de 2 ou 3 pouces de long, dont un bout est arrondi & sert de tête pour recevoir les coups de marteau ; l'autre bout est grené. On donne cette façon à cet outil en le frappant sur une lime, les dents de la lime entrent dans le matoir, & y font autant de trous ; on le trempe ensuite, pour que les trous ne se rebouchent point. Voyez la fig. Pl. de la Gravure.
On se sert de cet outil pour frapper sur différentes parties des ouvrages de ciselure, qu'on ne veut pas qui soient lissées & polies : cet outil y répand un grain uniforme, qui sert à distinguer ces parties de celles qui sont polies & brunies.
MATOIR, en terme d'Orfevre en grosserie, est un ciselet dont l'extrémité est matte, & fait sur l'ouvrage une sorte de petits grains, dont l'effet est de faire sortir le poli, & d'en relever l'éclat. Voyez POLIMENT, voyez les Pl.
Pour faire le matoir, on commence par lui donner la forme que l'ouvrage demande ; puis pour le rendre propre à matir, on s'y prend de trois façons différentes ; les deux premieres se font avant que de le tremper, avec un marteau dont la surface se taille en grain, & dont on frappe le bout du matoir ; de la seconde façon, l'on prend un morceau d'acier trempé, on le casse, & quand le grain s'en trouve bien, on s'en sert pour former la surface du matoir ; la troisieme, on trempe son morceau d'acier destiné à être matoir, & on le frappe sur un grais, & l'on obtient un matte plus rare & plus clair.
|
| MATRALES | S. f. plur. matralia, (Antiq. rom.) fêtes qu'on célébroit à Rome le 11 Juin en l'honneur de la déesse Matuta, que les Grecs nommoient Ino. Il n'y avoit que les dames romaines qui fussent admises aux cérémonies de la fête, & qui pussent entrer dans le temple ; aucune esclave n'y étoit admise, à l'exception d'une seule, qu'elles y faisoient entrer, & la renvoyoient ensuite après l'avoir légerement soufletée en mémoire de la jalousie que la déesse Ino, femme d'Athamas, roi de Thebes, avoit justement conçue pour une de ses esclaves que son mari aimoit passionnément. Les dames romaines observoient encore une autre coûtume fort singuliere ; elles ne faisoient des voeux à la déesse que pour les enfans de leurs freres ou soeurs, & jamais pour les leurs, dans la crainte qu'ils n'éprouvassent un sort semblable à celui des enfans d'Ino ; c'est pour cela qu'Ovide, liv. VI. de ses fastes, conseille aux femmes de ne point prier pour leurs enfans une déesse qui avoit été trop malheureuse dans les siens propres : elles offroient à cette déesse en sacrifice un gâteau de farine, de miel & d'huile cuits sous une cloche de terre. Le poëte appelle ces sacrifices flava liba, des libations rousses. Voyez Plutarque, quaest. rom. & le dict. des antiq. de Pitiscus. (D.J.)
|
| MATRAMAU | ou FOLLES, terme de Pêche, voyez FOLLE, que l'on nomme matramaux, dans le ressort de l'amirauté de Bordeaux ; ce filet est simple, c'est-à-dire qu'il n'est point travaillé ou composé de trois rets appliqués l'un sur l'autre.
|
| MATRAS | S. m. (Art milit.) espece de gros trait ou de dard sans pointe, plus long que les fleches & beaucoup plus gros, armé au bout au lieu de pointe d'un gros fer arrondi ; on s'en servoit anciennement pour fracasser le bouclier, la cuirasse & les os de celui contre lequel on le tiroit, mais on ne le tiroit qu'avec de grosses arbaletes que l'on bandoit avec des ressorts. Histoire de la milice françoise. (Q)
MATRAS, s. m. (Chimie) espece de vaisseau de verre, bouteille sphérique, armé d'un col cylindrique, long & étroit (voyez les Planches de Chimie), dont on se sert comme récipient dans les distillations (voyez DISTILLATION & RECIPIENT), qu'on emploie aux digestions & aux circulations (voyez DIGESTION & CIRCULATION, Chimie), soit bouché avec une vessie ou un parchemin, ou bien ajusté avec un autre matras, en appareil de vaisseaux de rencontre (voyez RENCONTRE, Chimie), & qui sert enfin de vaisseau inférieur, ou contenant dans la distillation droite étant recouvert d'un chapiteau. Voyez les Planches de Chimie. (b)
|
| MATRICAIRE | S. f. matricaria, (Botan.) genre de plante à fleur en rose, le plus souvent radiée. Le disque de cette fleur est composé de plusieurs fleurons, & la couronne de demi-fleurons, soutenus sur des embryons par un calice demi-sphérique, dont les feuilles sont disposées comme des écailles. Les embryons deviennent dans la suite des semences oblongues, & attachées à la couche. Ajoutez aux caracteres de ce genre que les fleurs naissent par petits bouquets, & que les feuilles sont profondément découpées & disposées par paires. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE.
Tournefort compte douze especes de ce genre de plante, dont la principale est l'espargoutte, ou la matricaire commune, matricaria vulgaris, seu sativa, C. B. P. 133. J. R. H. 493. en anglois, the common garden feferfew.
Sa racine est blanche, garnie de plusieurs fibres : ses tiges sont hautes d'une coudée & demie, roides, cannelées, lisses, assez grosses, remplies d'une moëlle fongueuse : ses feuilles sont nombreuses, d'un verd-gai, d'une odeur forte, amere, placées sans ordre ; elles sont comme composées de deux ou trois paires de lobes, rangés sur une côte mitoyenne ; ces lobes sont larges & divisés en d'autres plus petits, dentelés à leur bord.
Il sort vers les sommités des tiges, & de l'aisselle des feuilles, de petits rameaux sur lesquels naissent aussi-bien qu'aux sommets des tiges, plusieurs petites fleurs portées sur des pédicules oblongs, rangées comme en parasols & radiées : leur disque est rempli de plusieurs fleurons jaunâtres, & la couronne de demi-fleurons blancs, portés sur des embryons de graines, & renfermés dans un calice écailleux & sémisphérique. Quand les demi-fleurons de la couronne sont fanés, le milieu du disque se renfle, & les embryons se changent en autant de petites graines oblongues, cannelées, sans aigrette, attachées sur une couche au fond du calice.
Toute cette plante a une odeur désagréable & vive. On la cultive dans les jardins, ainsi que d'autres especes du même genre, à cause de la beauté de leurs fleurs. Les Médecins en particulier font un grand usage de la matricaire commune, car elle tient un rang éminent dans la classe des plantes utérines & hystériques. (D.J.)
MATRICAIRE, (Mat. méd.) toute cette plante a une odeur désagréable & vive : ses feuilles & ses sommités fleuries sont souvent d'usage.
La matricaire tient un rang distingué parmi les plantes hystériques. On la donne en poudre depuis un demi-scrupule jusqu'à deux, ou son suc exprimé & clarifié jusqu'à une once ou deux : sa décoction & son infusion à la dose de quatre onces. Elle fait couler les regles, les lochies, & elle chasse l'arrierefaix ; elle appaise les suffocations utérines, & calme les douleurs qui surviennent après l'accouchement.
La matricaire produit utilement tout ce que les carminatifs & les amers peuvent procurer ; elle dissipe les vents, elle fortifie l'estomac, aide la digestion. Cette plante ou son suc exprimé chasse les vers de même que la centaurée & l'absynthe : on emploie utilement sa décoction dans les lavemens, sur-tout pour les maladies de la matrice.
On la prescrit extérieurement dans les fomentations avec la camomille ordinaire, ou avec la camomille romaine, bouillie dans de l'eau ou dans du vin, pour l'inflammation de la matrice & les douleurs qui viennent après l'accouchement dans les retardemens des lochies, & dans certains cas de regles douloureuses, Geoffroy, Mat. méd.
On garde dans les boutiques une eau distillée des fleurs de matricaire, qui possede quelques-unes des vertus de la plante, savoir celles qui dépendent de son principe aromatique. Voyez EAUX DISTILLEES.
Les feuilles & les fleurs de matricaire entrent dans toutes les compositions officinales, hystériques, antispasmodiques & emménagogues, telles que le syrop d'armoise, les trochisques hystériques, &c. (b)
|
| MATRICE | en Anatomie, est la partie de la femelle de quelque genre que ce soit, où le foetus est conçu, & ensuite nourri jusqu'au tems de la délivrance. Voyez FOETUS, CONCEPTION, GENERATION, &c.
Les anciens Grecs appelloient la matrice , de mere ; c'est pourquoi les maux de matrice sont souvent nommés maux de mere. Ils l'appelloient aussi , parce qu'elle est le plus bas des visceres dans sa situation ; ils la nommoient aussi quelquefois , nature, & vulva, vulve, du verbe vulvo, plier, envelopper, ou de valvae, portes.
Platon & Pythagore regardoient la matrice comme un animal distinct, renfermé dans un autre. Paul d'Egine observe qu'on peut ôter la matrice à une femme sans lui causer la mort, & il y a des exemples de femmes qui ont long-tems vécu après qu'on la leur avoit ôtée. Rhasis & Paré remarquent que des femmes ont été guéries de certaines maladies par l'extirpation de la matrice. En 1669, on produisit à l'académie royale des Sciences de Paris un enfant qui avoit été conçu hors de la matrice, & n'avoit pas laissé de croître de la longueur de six pouces. Voyez EMBRYON, FOETUS.
La matrice dans les femmes est située dans le bassin, ou la capacité de l'hypogastre entre la vessie & l'intestin rectum, & s'étend jusqu'aux flancs : elle est entourée & défendue par différens os ; en-devant par l'os pubis ; en arriere, par l'os sacrum ; de chaque côté par l'os des îles & l'os ischium : sa figure ressemble un peu à celle d'un flacon applati, ou d'une poire séche. Dans les femmes enceintes, elle s'étend & prend diverses formes, suivant les divers tems & les diverses circonstances de la grossesse : elle a plusieurs membranes, arteres, veines, nerfs & ligamens, & elle est tissue de plusieurs différentes sortes de fibres.
Les Anatomistes divisent la matrice en fond ou partie large, & en col ou partie étroite : sa longueur depuis l'extrémité de l'un jusqu'à l'extrémité de l'autre, est d'environ trois pouces : sa largeur dans son fond est d'environ deux pouces & demi, & son épaisseur de deux : elle n'a qu'une cavité, à moins qu'on ne veuille distinguer entre la cavité de la matrice & celle de son col. Celle-ci est très-petite, & contiendroit à peine une feve : elle est fort étroite, sur-tout dans les vierges, & son extrémité supérieure, c'est-à-dire celle qui regarde le fond de la matrice, se nomme orifice interne. Elle s'ouvre dans les femmes grosses, principalement aux approches de l'accouchement. L'extrémité opposée, ou inférieure du col de la matrice, c'est-à-dire celle qui regarde le vagin, se nomme orifice externe. Elle déborde un peu, & ressemble en quelque façon au gland du membre viril. Voyez nos Planches d'Anatomie.
La substance de la matrice est membraneuse & charnue : elle est composée de trois membranes ou tuniques, ou seulement de deux, selon quelques-uns, qui refusent ce nom à la substance du milieu. La tunique externe, appellée aussi commune, vient du péritoine, & se trouve formée de deux lames, dont l'extérieure est assez unie, & l'intérieure est raboteuse & inégale. Cette tunique enveloppe toute la matrice, & l'attache à l'intestin rectum, à la vessie, &c. La tunique moyenne est très-épaisse, & composée de fibres fortes, disposées en divers sens. Quelques-uns croient qu'elle contribue à l'exclusion du foetus, & d'autres, qu'elle sert seulement à rétablir le ressort de la matrice après une distension violente : la tunique interne est nerveuse.
La matrice est attachée au vagin par son col. Postérieurement & antérieurement elle est attachée à la vessie par sa tunique commune : ses côtés sont attachés à d'autres parties, mais son fond est libre, afin de pouvoir s'étendre & se dilater plus aisément : ses ligamens sont au nombre de quatre, deux qu'on nomme larges, & deux qu'on nomme ronds, à cause de leur figure. Les ligamens larges sont membraneux, lâches & mols ; c'est pourquoi quelques-uns les ont comparés aux ailes d'une chauve-souris, & les ont nommés alae verspertilionum. Les ligamens ronds sont d'un tissu plus ferme, & composés d'une double membrane, enveloppée de ses arteres, veines, nerfs & vaisseaux lymphatiques. Les vaisseaux sanguins, tant des ligamens larges que des ronds, font une grande partie de ce qu'on nomme leur substance. Ces deux sortes de ligamens servent à maintenir la matrice dans une situation droite : ils peuvent être facilement endommagés par les sage-femmes mal-adroites. Voyez LIGAMENT.
De chaque côté du fond de la matrice naît un conduit qui s'ouvre dans ce viscere par un petit orifice, mais qui devient plus large à mesure qu'il avance, & qui, vers son extrémité, se retrécit de nouveau. Cette extrémité qui se trouve près des ovaires est libre, & s'épanouit derechef en forme d'un feuillage rond & frangé. Fallope qui découvrit le premier cette expansion, la compara à l'extrémité d'une trompette ; c'est pourquoi tout le conduit a été nommé trompe de Fallope : il est composé d'une double membrane ; les veines & les arteres y sont en très-grand nombre, sur-tout les dernieres, qui, par différentes ramifications & différens contours ; forment la principale substance des deux conduits. Le docteur Wharton donne des valvules aux trompes de Fallope, mais les autres Anatomistes les nient. Voyez TROMPE DE FALLOPE.
Cette partie que Platon comparoit à un animal vivant, douée d'un sentiment merveilleux, est presque toujours unique ; cependant Julius Obséquens dit, qu'on a vû autrefois à Rome une femme qui avoit une matrice double. Riolan en cite deux autres exemples, l'une d'une femme ouverte dans les écoles des Lombards, en 1599, & l'autre dans une femme qu'il avoit lui-même disséquée en 1615, en présence de plusieurs personnes. Bauhin rapporte aussi qu'il a vû une fois la matrice partagée en deux portions par une cloison mitoyenne. On lit dans l'Histoire de l'académie des sciences un cinquieme exemple de deux matrices dans un même sujet, observée par M. Littre en 1705 ; chacune n'avoit qu'une trompe & un ovaire, qu'un ligament large & qu'un ligament rond. Enfin, je trouve dans la même Hist. de l'acad. des Sciences, année 1743, une sixieme observation tout-à-fait semblable à celle de M. Littre, de deux matrices dans une femme morte en couches, vûes par M. Cruger, chirurgien du roi de Danemark.
Quelquefois l'orifice interne de l'utérus n'est point percé. Fabrice d'Aquapendente dit qu'il a vû ce vice de conformation dans une jeune fille âgée de quatorze ans, qui en pensa mourir, parce que ses regles ne pouvoient percer ; il fit à cette partie une incision longitudinale, qui donna cours au flux menstruel, & rendit cette fille capable d'avoir des enfans.
Dans le tems de l'accouchement, la matrice, qui est alors extrêmement tendue, peut se déchirer, soit à son fond, soit à ses côtés, soit sur-tout à son col, qui ne peut soutenir une si grande dilatation, & qui devient très-mince dans le tems du travail. M. Gregoire, accoucheur, a dit à l'acad, des Sciences, qu'en trente ans il avoit vû ce funeste accident arriver seize fois. Histoire de l'académie des Sciences année 1724.
On demande si la matrice peut tellement se renverser, que son fond tombe du dedans en dehors par l'orifice interne jusqu'au-delà du vagin. De Graaf juge la chose impossible dans les vierges, parce que l'orifice interne est alors trop étroit pour livrer le passage : mais il croit ce fait très-possible dans les accouchemens, lorsque l'arriere-faix adhere fortement à la matrice, & qu'un accoucheur, ou la sage-femme, soit par ignorance, ou par imprudence, venant à le tirer violemment, entraîne en même tems le fond de la matrice, & en cause le renversement. Cette faute fait périr bien-tôt la malade, si l'on ne la secourt très-promptement. Voyez de nouvelles preuves de la réalité de ce fait dans les Observations anatomiques de Ruysch. (D.J.)
Suffocation de MATRICE. Voyez SUFFOCATION.
Speculum MATRICIS. Voyez SPECULUM.
MATRICE, se dit aussi des endroits propres à la génération des végétaux, des minéraux & des métaux.
Ainsi la terre est la matrice où les graines poussent. Les marcassites sont regardés comme les matrices des métaux. Voyez FOSSILE, MINERAL, MARCASSITE, &c.
MATRICE, se dit figurément de différentes choses, où il paroît une espece de génération & où certaines choses semblent acquérir un nouvel être, ou du moins une nouvelle maniere d'être. De ce genre sont les moules où l'on met les caracteres d'Imprimerie, & ceux dont on se sert pour frapper les monnoies & les médailles, & qu'on appelle coins. Voyez COIN & MONNOYAGE.
MATRICE, maladies de la, (Médecine) c'est bien avec raison qu'Hippocrate a dit, que la matrice étoit la source, la cause, & le siege d'une infinité de maladies : elle joue en effet un grand rôle dans l'oeconomie animale ; le moindre dérangement de ce viscere est suivi d'un desordre universel dans toute la machine ; on pourroit assurer qu'il n'est presque point de maladie chez les femmes où la matrice n'ait quelque part ; parmi celles qui dépendent principalement de sa lésion, il y en a qui sont générales, connues sous les noms particuliers de fureur, suffocations utérines, vapeurs, passion hystérique & maladies, qui, quoiqu'elles ne soient pas excitées par un déplacement réel de la matrice, comme quelques anciens l'ont prétendu, sont le plus souvent occasionnées & entretenues par quelque vice considérable dans cette partie que les observations anatomiques démontrent, & qui donnent lieu à ce sentiment. Voyez tous ces articles séparés. Les autres maladies sont spécialement restreintes à cette partie, ou locales ; le vice de la matrice qui les constitue est apparent, & forme le symptôme principal ; dans cette classe nous pouvons ranger toutes celles qui regardent l'évacuation menstruelle, qui sont ou seront traitées à l'article REGLES, voyez ce mot ; ensuite la chute ou descente, l'hernie, l'hydropisie, l'inflammation, l'ulcere, le skirrhe, & enfin le cancer de la matrice ; nous allons exposer en peu de mots ce qu'il y a de particulier sur ces maladies, relativement à leur siege dans cette partie.
Chute ou descente de matrice, prolapsus uteri, . La matrice dans l'état naturel est soutenue par plusieurs ligamens à l'extrémité du vagin, à une certaine distance qui varie dans différens sujets de l'entrée de la vulve ; il arrive quelquefois que la matrice descend dans le vagin, en occupe tout l'espace, quelquefois même elle s'étend en dehors, & pend entre les cuisses. Quelques auteurs uniquement fondés sur leur inexpérience (tels sont Kerkringius, Van-Roonhuysen, Van-Meeckren, &c.) ont refusé de croire que la descente de matrice pût avoir lieu, on pourroit leur opposer une foule d'observations qui constatent évidemment ce fait : on peut consulter à ce sujet Fabrice de Hilden, Mauriceau, Deventer, Diemerbroeck, Stalpart, Van-Derwiel, &c. & tous ceux qui ont traité des accouchemens & des maladies des femmes ; il est vrai que quelquefois la descente du vagin peut en imposer ; on peut même prendre des tumeurs polypeuses, attachées à l'orifice de la vulve, pour la chute de la matrice, comme Seger rapporte s'y être trompé lui-même. Meeckren a aussi une observation semblable ; mais les ouvertures des cadavres confirment encore ce fait. Graaf, Blasius assurent avoir ouvert des femmes dans lesquelles ils trouverent effectivement la matrice déplacée, & presqu'entierement contenue dans le vagin ; & Jean Bauhin rapporte qu'il avoit pris une véritable descente de matrice pour un corps étranger, & qu'il ne connut sa méprise que par l'ouverture du cadavre ; mais ce qui doit ôter tout sujet de doute, c'est qu'on a quelquefois emporté la matrice ainsi descendue ; Ambroise Paré raconte avoir détaché une matrice qui pendoit dehors le vagin ; cette opération rétablit la santé à la malade ; mais étant morte d'une autre maladie quelques années après, on l'ouvrit, l'on ne trouva point de matrice ; on peut voir des observations semblables dans Berenger, Langius, Mercurialis, Duret, & plusieurs autres, qui tous assurent avoir extirpé la matrice sans suite facheuse. J'ai connu un chirurgien qui, en accouchant une dame, emporta la matrice, & la faisoit voir comme une piece curieuse, bien éloigné de penser que ce fût effectivement elle ; cet accident couta cependant la vie à la malade.
La descente de matrice est accompagnée de différens symptômes, suivant qu'elle est plus ou moins complete , qui servent à nous la faire reconnoître ; lorsque la matrice n'est descendue que dans le vagin, on s'en apperçoit en y introduisant les doigts, on sent l'orifice interne de la matrice se présenter d'abord à l'ouverture ; le devoir & les plaisirs du mariage sont à charge, insipides, douloureux, difficiles ou impossibles à remplir. Il y a outre cela une difficulté d'uriner, d'aller à la selle, la matrice déplacée comprimant la vessie & le rectum ; on sent aussi pour l'ordinaire des douleurs, des tiraillemens aux lombes, partie où vont s'implanter les ligamens larges ; ces douleurs se terminent aussi quelquefois à l'extérieur de la vulve ; aux aînes ; & lorsque la matrice est entierement tombée, on peut par la vûe se convaincre de l'état de la maladie ; il faut, pour ne pas se tromper, être bien instruit de la figure de la matrice ; il arrive quelquefois que la matrice en tombant ainsi se renverse, c'est-à-dire, que l'orifice reste en-dedans du vagin, tandis que la partie intérieure du fond se présente au-dehors ; dans ces circonstances, on pourroit, comme il est arrivé plus d'une fois, la confondre avec quelque tumeur, quelque concrétion polypeuse ; mais un bon anatomiste ne risque pas de tomber dans cette erreur, sur-tout s'il fait attention que les tumeurs augmentent insensiblement, au-lieu que cette descente se fait subitement toujours à la suite d'un accouchement laborieux, & par la faute d'un mauvais chirurgien, ou d'une sage-femme inhabile. D'ailleurs, il suinte continuellement de la matrice quelque sérosité jaunâtre ou sanguinolente. Plusieurs auteurs ont pensé que cette maladie étoit spécialement affectée aux femmes mariées, qu'on ne l'observoit jamais chez les jeunes filles, parce que, disent-ils, les ligamens sont trop forts, la matrice trop serrée & trop ferme ; mais ce mauvais raisonnement est démontré faux par quelques observations : Mauriceau dit avoir vû la matrice pendre entre les cuisses de la grosseur de la tête d'un enfant dans deux filles, qui portoient cette incommodité depuis sept ans ; il vint à bout malgré cela de la remettre heureusement. Observation xcvj. Il y a même dans quelque auteur un exemple d'une jeune enfant de trois ou quatre ans atteinte de cette maladie. Pour ce qui regarde le renversement de la matrice, il est très-certain qu'il est particulier aux femmes nouvellement accouchées.
Les causes de cet accident consistent dans un relâchement, ou dans la distraction ; & même le déchirement & la rupture totale des ligamens qui retiennent la matrice attachée & suspendue ; le relâchement est principalement occasionné par l'état cachectique, chlorétique, par les fleurs-blanches, par l'hydropisie ; c'est pourquoi Bartholin remarque que les femmes hydropiques sont très-sujettes à la chute de matrice. Ces causes sont favorisées par la grossesse ; l'enfant qui est alors dans la matrice en augmente le poids, & la fait tendre nécessairement vers les parties inférieures ; les personnes enceintes risquent cette maladie lorsqu'elles font des exercices violens, qu'elles font de grands efforts pour lever des fardeaux pesans, pour aller à la selle, pour vomir, tousser, éternuer, &c. lorsqu'elles dansent & sautent beaucoup, lorsqu'elles font des voyages un peu longs dans des voitures mal suspendues qui cahotent beaucoup, &c. Mais de toutes les causes, celle qui est la plus fréquente & la plus dangereuse, c'est l'accouchement laborieux & opéré par un chirurgien mal-adroit, qui ébranlera, secouera, vivement la matrice, tirera sans ménagement les vaisseaux ombilicaux, & voudra détacher par force l'arriere-faix ; par-là il entraînera la matrice en bas, tiraillant ou déchirant ses ligamens, ou il la renversera, & même, ce qui est le plus fâcheux, il emportera tout-à-fait la matrice.
Lorsque la descente est incomplete , cette maladie est plus incommode que dangereuse ; elle est, outre cela, un obstacle au coït, & par conséquent à la génération ; elle trouble par-là une des fonctions les plus intéressantes & la plus agréable ; on a cependant vû quelquefois des femmes concevoir dans cet état. Lorsque la matrice est tout-à-fait tombée, il est à craindre qu'il ne se forme un étranglement qui amene l'inflammation & la gangrene ; l'action de l'air sur des parties qui n'y sont point accoutumées peut être facheuse ; néanmoins les deux filles dont Moriceau nous a laissé l'histoire, gardoient depuis sept ans cette descente sans autre incommodité, étoient très-bien reglées, & il n'en est pas de même lorsque la matrice est renversée ; l'inflammation & la gangrene suivent de près l'accident, & la mort est ordinairement prochaine : les descentes qu'occasionne un défaut dans l'accouchement, sont accompagnées d'un danger beaucoup plus prompt & plus pressant que les autres ; enfin, lorsqu'elle a lieu dans les filles qui le sont réellement, elle est plus opiniâtre & plus difficile à réduire, à cause que les parties par lesquelles on doit faire rentrer la matrice, naturellement fort étroites, n'ont pas encore été élargies.
Dès qu'on s'apperçoit de la descente de matrice, il faut tâcher de la réduire ; mais on doit auparavant examiner si elle est bien saine, sans inflammation & gangrene : car si on en appercevoit quelques traces, il faudroit, avant de la remettre, y faire quelques légeres scarifications avec la pointe de la lancette, & la fomenter avec des décoctions de quinquina, de scordium, l'eau-de-vie camphrée, ou autres anti-septiques, ce qu'on pourra continuer quand elle sera resserrée : avant d'essayer la réduction, il faut avoir attention, pour la faciliter, de faire uriner la femme, de la faire aller du ventre par un leger lavement s'il est nécessaire ; après quoi on la fait coucher sur le dos, la tête fort basse, & les fesses élevées ; on prend la matrice, qu'on envelope d'un linge fort souple, & l'on tâche, par des legeres secousses de côté & d'autre, de la repousser en-dedans ; on a soin auparavant d'oindre ces parties d'huile d'amandes douces, de beurre, ou de graisse bien fraîche, &c. Roderic à Castro, auteur connu par un excellent Traité sur les maladies des femmes, conseille, pour faire rentrer la matrice, d'en approcher un fer rouge, comme si on vouloit la brûler ; il assure qu'alors la matrice se retire avec impétuosité ; & pour prouver l'efficacité de ce remede, il cite le succès qu'il a eu dans une descente de boyau, qui fut reduit tout de suite par cet ingénieux artifice. Quand la matrice est bien réduite, il faut en prévenir la rechute, & la contenir par un pessaire qu'on introduira simplement dans le vagin, & non pas dans la matrice, comme le prétend ridiculement Rousset : ces pessaires seront percés pour laisser passer les excrétions de la matrice, & pour laisser le moyen d'injecter quelque liqueur astringente, comme la décoction de plantin, de grenades, les eaux de forge, &c. pour fortifier la matrice ; d'ailleurs la femme peut alors user du coït, quoiqu'elle doive s'en abstenir, & même engendrer, comme il conste par des observations. Si la descente est une suite d'un relâchement occasionné par un état chlorétique, cachectique, d'hydropisie, &c. il faut user des remedes qui sont convenables dans ces maladies, & sur-tout insister sur les martiaux. On peut même fortifier les reins par des fomentations astringentes, &c. Si une femme enceinte est sujette à cet accident, il faut qu'elle agisse très-peu, qu'elle reste presque toujours au lit, ou couchée dans une bergere ; & lorsqu'on les accouche, il faut que le chirurgien, ou la sage-femme à chaque douleur soutienne l'orifice de la matrice, en même tems qu'elle tâche d'attirer en-dehors la tête de l'enfant ; sans cette précaution on risque d'entraîner la matrice avec l'enfant. Il arrive quelquefois que la matrice ayant resté trop long-tems dehors, est étranglée dans quelque partie ; l'inflammation se forme, le volume augmente, la gangrene survient ; alors ou la réduction est impossible, ou elle est dangereuse ; il n'y a pas d'autre parti à prendre que de couper entierement la matrice ; il ne manque pas d'observations qui font voir qu'on peut faire cette opération, sans mettre la vie de la malade dans un danger évident. On a quelquefois pris la matrice pour une tumeur, on l'a extirpée en conséquence, sans qu'il en soit résulté aucun accident fâcheux ; l'art peut imiter & suivre ces heureux hasards ; mais il ne doit le faire que dans une extrème nécessité ; & lorsqu'elle est bien décidée, il ne faut pas balancer à recourir à ce remede, le seul qui puisse avoir quelque heureux succès, sans examiner scrupuleusement s'il est infaillible. Nihil interest, dit Celse, an satis tutum praesidium sit, quod unicum est.
Hernie de la matrice, hystérocele, . La plus légere teinture d'anatomie suffit pour faire sentir combien il est difficile que la matrice soit portée hors du péritoine, & sur-tout par les anneaux des muscles du bas-ventre, pour y former une hernie ; mais les raisonnemens les plus plausibles ne sauroient détruire un fait, & quelqu'impossible que paroisse un tel déplacement de la matrice, il est certain qu'on en a vû quelques exemples. Sennert raconte que la femme d'un tonnelier, dans les premiers mois de sa grossesse, aidant à son mari à courber des perches, reçut un violent coup à l'aîne gauche de cette perche, qui, étant lâchée, se remettoit par son élasticité ; il survint immédiatement après une tumeur, qui augmenta tous les jours, de façon à mettre un obstacle à sa réduction. Lorsque le terme de l'accouchement arriva, il ne fut pas possible de tirer l'enfant par les voies ordinaires ; on fut obligé d'en venir à l'opération césarienne, qu'on pratiqua sur la tumeur. Cette opération fut avantageuse à l'enfant, & préjudiciable à la mere, dont elle accélera la mort d'ailleurs inévitable. Institut. medic. lib. II. part. I. cap. ix. Moriceau dit avoir vû dans une femme grosse de six mois & demi, une hernie ventrale si considérable, que la matrice & l'enfant étoient presqu'entierement contenus dans cette tumeur, qui s'élevoit prodigieusement par-dessus le ventre. Liv. III. ch. xv.
Pour concevoir comment cette hernie peut se former, il faut faire attention que cette maladie est particuliere aux femmes enceintes, qu'alors la matrice augmentant en volume, force les enveloppes extérieures du bas-ventre, les contraint de se dilater ; il peut arriver alors que le péritoine, peu susceptible d'une pareille dilatation, se rompe, que les faisceaux charnus qui composent les muscles du bas-ventre s'écartent, & donnent ainsi passage à la matrice alors distendue. Cette rupture peut plûtôt avoir lieu vers le nombril & aux aînes, parce que ces endroits sont les parties les plus foibles du ventre ; ces causes dépendantes de la matrice sont beaucoup aidées par les efforts violens, les vomissemens continuels, des éternumens fréquens, des chûtes, des coups, ou autre cause violente ; & enfin par la vanité & l'imprudence de quelques femmes qui, pour paroître de plus belle taille, ou pour cacher leur grossesse, se serrent trop la poitrine & le ventre, & empêchent par-là la matrice de s'étendre également de tous côtés, & la poussent avec plus de force vers les parties inférieures.
Si l'on ne remedie pas tout de suite à cet accident, il peut devenir dangereux ; outre qu'il est difforme, incommode, la source d'indigestions, de vomissemens, de vapeurs, &c. l'étranglement peut amener l'inflammation, la gangrene, & obliger de recourir à l'opération incertaine, & toujours très-périlleuse du bubonocele ; ou enfin, pour tirer l'enfant dans le tems de l'accouchement à l'opération césarienne, dont les risques ne sont pas moins pressans ; l'hernie peut aussi être funeste à l'enfant dont elle gêne l'accroissement, & que le mauvais état de la matrice ne peut manquer d'incommoder.
La réduction est le seul remede curatif qu'il convient d'employer lorsque l'hernie est bien décidée ; on empêche ensuite par un bandage approprié le retour de l'hernie ; il faut aussi que les femmes elles-mêmes y concourent par leur régime : lorsqu'elles ont à craindre pareils accidens, elles ne doivent porter aucun habillement qui leur serre trop le ventre & la poitrine, & sur-tout éviter ces corps tissus de baleine, qui ne peuvent préter aucunement, où la vanité a emprisonné leur taille aux dépens même de leur aisance & de leur santé. Il faut aussi qu'elles s'abstiennent de tout exercice violent, de tout effort subit & considérable, & bien plus, qu'elles gardent tout-à-fait le lit, si leurs affaires le leur permettent. Si, lorsque le terme de l'accouchement est venu, la réduction n'étoit pas faite, & que l'hernie étant totale l'enfant ne pût sortir par les voies ordinaires, il ne faut pas balancer à tenter l'opération césarienne, dont le succès, quand elle est faite à tems, est presque toujours assuré pour l'enfant, quoiqu'elle soit funeste à la mere, parce que dans ces circonstances, sans cette opération, la mort de la mere est assurée ; avec elle, elle n'est que probable. Je crois qu'il seroit à-propos ; lorsqu'on est obligé d'en venir à ces extrémités, en même tems qu'on a fait la section des tégumens & de la matrice pour avoir l'enfant, de débrider les parties du péritoine qui forment l'étranglement ; par cette double opération, qui ne seroit pas plus cruelle, on pourroit remettre la matrice & guérir l'hernie.
Hydropisie de matrice. Les hydropisies se forment dans la cavité de la matrice, comme dans les autres parties du corps, par l'épanchement & la collection des sérosités qui y sont retenues par le renversement & l'obstruction de l'orifice interne de la matrice, ou qui sont renfermées dans de petites poches particulieres qu'on nomme hydatides. C'est ainsi que Pechlin (observ. 19.) trouva la matrice d'une femme morte enceinte, toute parsemée d'hydatides. Tulpius (obs. 45. lib. IV.) raconte qu'une femme portoit dans les deux cornes de la matrice, plus de neuf livres d'eau très-limpide, renfermée dans de semblables vessies. Mauriceau a une observation curieuse touchant une femme à qui il tira une mole très-considérable, qui n'étoit qu'un tissu de petites vésicules remplies d'eau, qui étoient implantées à une masse de chair confuse, observ. 177. Ces eaux se ramassent quelquefois si abondamment dans la matrice, qu'elles la dilatent, distendent les tégumens du bas-ventre, & en imposent pour une véritable grossesse. Vesale dit avoir fait l'ouverture d'une femme, dans la matrice de laquelle il y avoit plus de soixante mesures d'eau, de trois livres chacune. On lit dans Schenckius plusieurs observations semblables. Il raconte entr'autres qu'on trouva dans une femme la matrice si prodigieusement dilatée par la grande quantité d'eau qu'elle renfermoit, qu'elle auroit pu contenir un enfant de dix ans : ce sont ses termes, observ. lib. IV. observ. 6. Fernel nous a laissé l'histoire d'une femme, chez qui l'évacuation menstruelle étoit précédée d'un écoulement abondant de sérosité, au point qu'elle en remplissoit six ou sept grands bassins. Patholog. lib. VI. cap. xv. On peut cependant distinguer l'hydropisie de la matrice d'avec la véritable grossesse. 1°. Par l'état des mamelles qui, chez les femmes enceintes, sont dures, élevées, rebondies & rendent du lait ; chez les hydropiques, sont flasques, molles & abattues. 2°. Par la couleur du visage qui, dans celle-ci, est mauvaise, pâle, jaunâtre, livide. 3°. Par l'enflûre du ventre qui, dans l'hydropisie, est uniforme, plus molle & plus arrondie, & ne laisse appercevoir au tact qu'un flottement d'eau sans mouvement sensible qui puisse être attribué à l'enfant ; au lieu que dans la grossesse, le ventre se porte plus en pointe vers le devant, & l'on sent après quelques mois remuer l'enfant. On peut ajouter à cela les accidens qui accompagnent l'hydropisie ; tels sont la langueur, la lassitude, difficulté de respirer, petite quantité d'urine, qui dépose un sédiment rouge & briqueté ; & tous ces signes combinés ne devroient, ce semble, laisser aucun lieu de méconnoître ces maladies. On voit cependant tous les jours des personnes qui esperent & font esperer un enfant à des meres crédules, qui s'imaginent aussi être enceintes parce qu'elles le souhaitent ardemment, & qui ne sont qu'hydropiques ; d'autres qui traitent d'hydropiques des femmes réellement enceintes. J'ai connu un médecin qui, donnant dans cette erreur, prescrivoit à une femme grosse des violens hydragogues, dont le succès fut tel que la prétendue hydropique accoucha au huitieme mois d'un enfant qui ne vécut que quelques heures, au grand étonnement de l'inexpérimenté médecin. Il arrive quelquefois aussi que cette hydropisie soit compliquée avec la grossesse ; la sérosité se ramasse alors autour des membranes de l'enfant. Mauriceau fait mention d'une femme enceinte qui vuida beaucoup d'eau par la matrice quelques semaines avant d'accoucher ; & ce qui démontra que cet écoulement étoit une suite d'hydropisie, & n'étoit pas produit par les eaux de l'enfant, c'est le délai de l'accouchement ; & d'ailleurs c'est qu'en accouchant cette femme, il trouva les membranes formées & remplies à l'ordinaire, observ. 9. Le même auteur en rapporte d'autres exemples semblables, liv. I. chap. xxiij. & observ. 29, 60. &c. Cette hydropisie ne se connoît guere que par l'évacuation de ces eaux, ou par l'enflûre prodigieuse du ventre, accompagnée de quelques symptomes d'hydropisie, combinés avec les signes qui caractérisent la grossesse.
L'hydropisie de la matrice peut dépendre des mêmes causes que les collections d'eau dans les autres parties, quelquefois elle n'en est qu'une suite ; d'autres fois elle est déterminée par un vice particulier de ce viscere, par les obstructions, les skirrhes, par la suppression des regles, les fleurs blanches, par les tumeurs, l'hydropisie des ovaires, &c. mais il ne suffit pas que la sérosité vienne en plus grande abondance aborder à la matrice ; il faut, pour former l'hydropisie, qu'elle soit retenue dans sa cavité, ou dans des vésicules, ou dans la matrice, son orifice étant fermé par sa propre constriction, par quelque tumeur, par le resserrement voluptueux qui arrive aux femmes dans le moment qu'elles conçoivent ; la matrice voulant alors garder exactement la semence qu'elle a pompée avec avidité, se ferme. L'imperforation du vagin de la matrice par un hymen trop fort, peut produire le même effet.
Outre le danger commun à toutes les hydropisies, cette espece a cela de particulier qu'elle est un obstacle à la génération ; elle cause la stérilité ; si elle ne se forme qu'après la conception, ces eaux gênent pour l'ordinaire l'accroissement de l'enfant, l'affoiblissent ; & elles indiquent d'ailleurs un vice dans la matrice, dont l'enfant doit nécessairement se ressentir.
Lorsque l'hydropisie de la matrice n'est point compliquée avec la grossesse, il faut tâcher de relâcher l'orifice interne de la matrice par des bains, des fomentations, des fumigations, des injections ; si ces remedes ne suffisent pas, on peut y porter la main ou même les instrumens nécessaires, la seule dilatation de cet orifice suffit pour évacuer les eaux, lorsque l'hydropisie n'est pas enkistée ou vésiculaire. Si l'hymen s'opposoit à leur évacuation, il n'y a qu'à le couper ; cette simple opération guérit quelquefois entierement l'hydropisie. Lorsque les eaux se sont écoulées, on peut prévenir un nouvel épanchement, par l'usage des légers adstringens, & surtout des martiaux, qui sont ici spécifiques. Si l'eau est renfermée dans les hydatides, l'ouverture de l'orifice de la matrice est superflue ; on ne doit attendre la guérison que d'un repompement qui peut être opéré par la nature, par les purgatifs hydragogues, par les apéritifs, par les diurétiques, &c. qui en même tems dissipent cette sérosité sur-abondante, par les selles ou les urines, &c. Si cette hydropisie se rencontre dans une femme enceinte, elle se termine ordinairement par l'accouchement ; ainsi on doit éviter tout remede violent, dans ces circonstances, ne tenter aucune dilatation de la matrice ; il faut seulement faire observer un régime exact, dessicatif à la malade : on peut aussi lui faire user de quelqu'apéritif léger, & sur-tout des préparations de fer les moins énergiques, telles que le tartre chalybé, la teinture de mars, &c.
Il y a quelquefois dans la matrice des collections d'air & de sang, qui ressemblent à des hydropisies, & qui en imposent pour la grossesse ; on peut les en distinguer par les signes que nous avons détaillés un peu plus haut, en parlant de l'hydropisie. Mais il est bien difficile de s'assurer de la nature de ces collections ; on ne les connoît le plus souvent que lorsqu'elles se dissipent ; l'air en sortant avec précipitation, fait beaucoup de bruit ; il reste quelquefois emprisonné pendant bien des années, chez quelques femmes il sort par intervalles : on en a vû chez qui cette éruption sonore & indécente étoit habituelle & involontaire ; elle se faisoit brusquement, sans qu'elles en fussent prévenues par aucune sensation, ce qui les exposoit à des confusions toujours désagréables. Ces femmes sont presque dans le cas de celles dont il est parlé dans la folle allégorie des bijoux indiscrets. J'ai connu une jeune dame attaquée d'un cancer à la matrice, qui rendoit fréquemment des vents par-là. Cette éruption, à ce qu'elle m'a assuré, la soulageoit pendant quelque tems. Ces vents seroient-ils, dans ce cas, produits ou developpés par la putréfaction ? Leur origine est dans les autres occasions extrémement obscure. Lorsque les vents sont renfermés dans la matrice, on n'a pour leur donner issue qu'à en dilater l'orifice ; c'est ordinairement la nature qui opere cet effet : on a vû quelquefois les purgatifs forts & les lavemens irritans, donnés dans d'autres vûes, procurer l'expulsion de ces vents ; ce pourroit être un motif pour s'en servir dans ce cas. Si l'éruption est habituelle, elle est incurable, ou suit le sort de la maladie qui la produit & l'entretient. Le sang se ramasse dans la matrice, lorsque son orifice ou celui du vagin est fermé ; alors le sang menstruel, fourni par les vaisseaux, mais n'étant point évacué, se ramasse. Sa quantité augmente tous les mois ; le ventre s'éleve quelquefois au point de faire naître des doutes sur la grossesse : cette méprise est de grande conséquence, parce qu'elle peut flétrir la réputation de filles très-sages, ou laisser des femmes dans une funeste sécurité. Un vice qui donne assez ordinairement lieu à cette maladie, est la membrane de l'hymen qui n'est point percée, & qui est quelquefois double. Un fameux médecin de Montpellier, professeur dans la célebre université de cette ville (M. Fize), me racontoit il y a quelques mois, qu'il avoit été appellé pour examiner une jeune fille qu'on avoit soupçonnée de grossesse, jusqu'à ce qu'elle eût passé le dixieme mois, avec une enflure considérable du ventre qui augmentoit encore. En visitant cette fille il s'apperçut qu'elle étoit imperforée ; il ne douta plus alors que cette tumeur ne fût occasionnée par le sang menstruel retenu : il ordonna en conséquence, au chirurgien présent, de couper cette membrane. Cette section donna issue à une quantité prodigieuse de sang, aussi fluide, rouge & naturel que celui qu'on tire de la veine ; & c'est-là le seul secours convenable dans ce cas, quand on est bien assuré de sa réalité. S'il n'y a qu'une simple obstruction, ou resserrement à l'orifice de la matrice, il faut se servir des moyens propres à corriger ces vices, si l'on est assez heureux pour les connoître : le plus souvent la solution de cette maladie, est l'ouvrage de la nature.
Inflammation de la matrice. Cette maladie est peu connue, les médecins modernes en font rarement mention ; les anciens s'y sont un peu plus arrêtés. Paul d'Egine en donne une description fort détaillée. lib. III. cap. 64. Les symptomes qui la caractérisent sont, suivant cet auteur, une fievre ardente, une chaleur vive, une douleur aiguë, rapportée à la région de la matrice, aux aînes, aux lombes, à l'hypogastre, suivant que l'inflammation occupe les parties latérales, postérieures ou antérieures de la matrice ; à ces symptomes se joignent l'extrème difficulté d'uriner, douleur à la tête, à la base des yeux, aux mamelles, qui s'étend de-là au dos & aux épaules, aux jointures des mains, des doigts, &c. les mouvemens irréguliers du col, nausées, vomissement, hoquet, défaillance, convulsions, délire, &c. la langue est seche, le pouls est petit, serré, tel en un mot, que celui qui est connu sous le nom de pouls inférieur ; l'orifice de la matrice paroît dur & resserré ; les douleurs de la matrice augmentent par la pression, ou par les mouvemens de la maladie.
Les causes les plus ordinaires de cette inflammation, sans parler ici des générales, (voyez INFLAMMATION) sont les coups, les blessures, la suppression des regles, ou des vuidanges dans les nouvelles accouchées, le froid, des passions d'ame vives & subites, quelque corps étranger, comme l'arriere-faix resté après l'accouchement en entier ou en partie dans la matrice, un foetus mort y séjournant trop long-tems, un accouchement laborieux, &c.
L'inflammation de la matrice est une maladie très-dangereuse, tous les accidens qui l'accompagnent sont grands ; il est rare qu'elle se termine par la résolution, le plus souvent elle dégénere en ulcere, en skirrhe ou en gangrene, terminaisons toutes très-funestes. Cette maladie met la femme dans un danger beaucoup plus imminent si elle est nouvellement accouchée ou enceinte ; dans ce dernier cas, dit Hippocrate, l'érésipele (ou inflammation) est mortelle. Aphor. 43. lib. V. " Le hoquet, le vomissement, la convulsion, le délire & l'extrème tension du ventre en une femme accouchée, qui a une inflammation de matrice, sont tous signes avant-coureurs de sa mort ". Mauriceau, Aphor. 264.
Les remedes qui conviennent dans cette maladie sont ceux, à-peu-près, que nous avons ordonné dans l'inflammation & les maladies inflammatoires ; on ne doit pas trop compter sur les saignées ; une, deux & peut-être trois, ne peuvent qu'être avantageuses ; mais trop réitérées, elles pourroient devenir nuisibles. Fréderic Hoffman raconte qu'un médecin ayant fait saigner sept fois, dans l'espace de six jours, une dame qui avoit une inflammation à la matrice, d'abord après la septieme saignée, ses yeux s'obscurcirent & elle tomba dans une défaillance mortelle. Oper. tom. ij. sect. 2. cap. x. Les purgatifs sont encore moins convenables. Mauriceau qui, quoique chirurgien, mérite d'en être cru sur cette matiere à cause de sa longue expérience, assure que les purgatifs sont pernicieux à la femme qui a une inflammation de matrice. Aphor. 263. Ainsi on doit se restraindre à l'usage intérieur des tempérans, calmans, antiphlogistiques & légers emménagogues, tels que la liqueur minérale anodine d'Hoffman, le nître, le borax, le sel sédatif, le castor, le camphre &c. Les lavemens adoucissans, rafraîchissans, peuvent avoir quelqu'effet ; on peut aussi appliquer avec succès, ou du moins sans inconvénient, des fomentations avec l'eau vulnéraire : les incessus, ou bains des piés, les demi-bains sont de tous les emménagogues ceux qui conviennent le mieux. Si quelque corps étranger est resté dans la matrice, il faut l'en retirer au plutôt. L'inflammation loin d'être un motif de différer l'extraction de quelque morceau d'arriere-faix retenu, ou d'un foetus mort, comme plusieurs ont prétendu, doit au contraire faire accélérer cette opération, quoique la matrice dont l'orifice est dur & serré, y apporte un plus grand obstacle ; mais l'inflammation & l'obstacle augmenteroient continuellement si on laissoit persister la cause qui l'a produite & qui l'entretient.
Ulcere de la matrice. L'inflammation de la matrice ordinairement superficielle, ne se termine que rarement en abcès ; lorsqu'elle supure, elle dégénere en ulcere, qui semble n'être qu'un abcès imparfait, dont l'entiere formation est prévenue par la rupture trop prompte des vaisseaux. L'ulcere est quelquefois aussi une suite des fleurs blanches invétérées, d'une excoriation faite pendant un accouchement laborieux ; il peut aussi être le produit du virus vénérien, & je crois que dans ce tems-ci cette cause est la plus fréquente. Fréderic Hoffman assure que les femmes qui font beaucoup usage du lait, & celles qui ne peuvent satisfaire leur appetit vénérien, pour l'ordinaire fort grand, sont les plus sujettes à cette maladie. C'est à l'écoulement du pus par le vagin qu'on connoît sûrement l'ulcere de la matrice. On peut même aussi s'assurer de sa présence, & s'instruire de la partie qu'il occupe, par le tact & même la vûe, au moyen du speculum de la matrice. Les personnes qui en sont attaquées ressentent des douleurs dans cette partie, sont tristes, languissantes, abattues, sans force, sans appetit : la fievre, les frissons, les défaillances, &c. surviennent quelquefois. Si l'ulcere occupe les parties antérieures, il est accompagné de strangurie, de discurie, &c. il excite au contraire le tenesme s'il a son siege aux parties postérieures. L'ulcere de la matrice se guérit rarement, il consume insensiblement la malade ; il entraîne ordinairement à sa suite la fievre lente, le marasme, & enfin la mort. Une des causes fréquentes de l'incurabilité de ces ulceres, est la mauvaise méthode qu'on suit dans leur traitement ; ce n'est ordinairement qu'avec des rafraîchissans, des affadissans, & sur-tout des laitages qu'on attaque cette maladie ; cependant suivant la remarque d'Hoffman, le lait dispose plûtôt à ces ulceres qu'il ne les guérit. Il est d'ailleurs certain que ce remede si célebre affadit, épaissit & énerve entierement le sang, & s'oppose par-là à la guérison des ulceres ; aussi peut-on s'appercevoir que les ulceres extérieurs, soumis à la vûe, sont mollasses, baveux, sordides, & ont beaucoup de peine à se cicatriser tant qu'on use du lait : on doit appliquer cette observation à ceux qui sont dans l'intérieur, & compter un peu moins dans leur curation, sur les propriétés si vantées mais si peu constatées du lait & autres médicamens semblables. Les remedes qu'on doit regarder comme plus appropriés, sont les décoctions vulnéraires, balsamiques, les baumes, les eaux minérales, sulphureuses, celles de Barege, de Banniere, de saint Laurent, &c. prises intérieurement & injectées dans la matrice. Les succès répétés qu'ont eu ces eaux dans la guérison d'autres ulceres, même intérieurs, nous sont des garants assurés de leur efficacité dans le cas présent. Quant aux injections, il faut avoir attention qu'elles ne soient pas adstringentes, car alors elles seroient extrèmement pernicieuses, & risqueroient de rendre l'ulcere carcinomateux. Si l'ulcere est vénérien, on doit avoir plus d'espérance pour sa guérison, parce que nous connoissons un spécifique sûr pour détruire ce virus : le même remede réussiroit peut-être dans les autres cas. Du moins lorsqu'il n'est pas permis au médecin de prendre tous les éclaircissemens nécessaires, il doit, si la malade veut s'y résoudre, en venir sans crainte à ce remede ; d'autant mieux qu'il y a peu d'occasions où les soupçons qu'on pourroit avoir ne soient bien fondés. La meilleure façon d'employer le mercure, c'est sous forme d'onguent en friction ; l'usage intérieur est quelquefois nuisible, & toujours très-incertain, de quelque façon qu'on le déguise.
Skirrhe de la matrice. Le skirre de la matrice est ordinairement la suite de l'inflammation traitée par des remedes trop froids, astringens, &c. ou il est précédé & comme préparé par des engorgemens, des embarras qui se forment peu-à-peu dans le tissu de ce viscere, qui augmentent insensiblement par un régime peu exact, & qui acquierent enfin la dureté skirrheuse ; quelquefois la matrice grossit prodigieusement, excite une tumeur considérable à l'hypogastre. On a vu des matrices dans ce cas-là qui étoient monstrueuses, qui pesoient jusqu'à trente & quarante livres ; la maladie pour lors se connoît facilement. Quelquefois au contraire le skirrhe n'occupe qu'une petite partie, le col, par exemple, ou l'orifice ; dans ces circonstances la matrice n'est pas trop tuméfiée, on s'apperçoit cependant de cette tumeur par le fait, en appuyant la main sur le ventre, ou en introduisant le doigt sur le col de la matrice : on sent alors son corps grossi, dur, inégal ; l'orifice interne est aussi plus résistant & plus court que dans l'état ordinaire. Cette maladie est souvent occasionnée par un dérangement dans l'excrétion menstruelle, & elle en est ordinairement accompagnée : le cours des regles est ou supprimé ou plus abondant, & toujours irrégulier. Les femmes qui approchent de cinquante ans & qui sont sur le point de perdre tout-à-fait leurs regles, sont assez sujettes à cette maladie. Lorsque le skirrhe se forme, il excite des symptomes plus graves, jette la machine dans un plus grand désordre que lorsqu'il est formé ; pendant qu'il se prépare, la femme est dans un malaise presque continuel, sans cesse attaquée de vapeurs, de suffocation, de palpitation, &c. & lorsqu'il est décidé, tous ces symptomes cessent : il semble être le fruit d'un mouvement critique, & former un dépôt salutaire.
On peut rapporter au skirrhe de la matrice son ossification, dont il y a quelques exemples. Un de mes anciens condisciples & amis, M. Desgaux, docteur en Medecine de l'université de Montpellier, a donné une observation très-curieuse touchant une matrice ossifiée, Journal de medecine année 1759, mois d'Octobre, pag. 336. Elle étoit, assure-t-il, enveloppée d'une membrane mince, à-peu-près comme le périoste, qui recouvroit une substance osseuse, lisse & polie dans la partie extérieure, presque semblable à celle des os du crâne : cette substance n'étoit point continue, elle paroissoit séparée par une partie tendineuse dans son milieu ; la partie extérieure étoit solide, résistoit aux différens coups, & rendoit le même son que les os : elle auroit pu supporter la scie & le trépan.... Après la croûte osseuse, qui avoit environ deux lignes d'épaisseur, étoit une espece de diploë aussi solide que celui qu'on trouve dans les condylomes des os de la cuisse ; quelques glandes du vagin parurent aussi ossifiées. La personne de qui on avoit tiré cette matrice avoit eu dans sa jeunesse les pâles-couleurs, après cela une fievre intermittente ; elle ressentit ensuite des douleurs à la matrice, qui furent enfin terminées par le skirrhe de la matrice qui s'ossifia à la longue, & augmenta au point qu'elle pesoit huit livres & demie. André Cnoëffell rapporte qu'on trouva dans une jeune veuve la matrice entierement cartilagineuse ; l'ossification ne seroit-elle qu'un progrès du skirrhe, ou plûtôt un endurcissement propre aux parties nerveuses, musculeuses ? on voit les gros vaisseaux près de leur embouchure devenir d'abord durs, skirrheux, & enfin par succession de tems osseux.
Lorsque le skirrhe de la matrice est encore dans son commencement, dans l'état simple d'engorgement, d'embarras, les symptomes sont plus graves, le danger paroît pressant, mais il est moins certain, la guérison est plus facile ; lorsqu'au contraire il est formé, quelquefois il rétablit la santé, mais le plus souvent il dégénere en cancer, ou donne lieu à des hydropisies funestes ; il est d'ailleurs pour l'ordinaire incurable : alors il ne demande aussi aucun remede ; ceux qui paroîtroient les plus indiqués, tels que les apéritifs énergiques, stimulans, les eaux minérales, &c. sont les moins convenables ; ils le font dégénérer plûtôt en cancer, ou hâtent l'hydropisie. C'est pourquoi la malade doit s'en tenir à un régime exact, s'abstenir de viandes salées, épicées, des exercices violens, des veilles trop longues, & sur-tout du coït : par ce moyen elle pourra sans autre incommodité porter son skirrhe pendant de longues années. Quelques observations font voir que les martiaux ne doivent point être compris dans la regle que nous avons établie. Zacutus Lusitanus assure avoir vu des obstructions dures comme des pierres, lapidoras durities, ramollies & fondues par leur usage. Il raconte avoir guéri par leur moyen une femme qui avoit à la matrice une tumeur skirrheuse, dure, indolente, de la grosseur d'une courge, qu'il avoit inutilement combattue par les sudorifiques, fomentations, cataplasmes, onguens & autres remedes aussi peu efficaces. Prax. medic. admirab. lib. II. observ. 88. Si l'engorgement ne fait que commencer, les apéritifs résineux, les emménagogues, les fondans, les eaux minérales, peuvent être employés avec succès.
Cancer de la matrice. Le skirrhe de la matrice dégénere en cancer lorsqu'il est traité par des remedes trop actifs, échauffans, incendians le sang ; lorsque la femme qui en est attaquée ne garde aucun régime, fait un usage immodéré des liqueurs ardentes, spiritueuses, aromatiques, des alimens salés, épicés ; qu'elle pousse les veilles fort avant dans la nuit, & sur-tout quand toutes ces causes sont aidées & déterminées par une disposition héréditaire, naturelle ou acquise. Cette funeste dégénération s'annonce par des douleurs extrèmement aiguës rapportées à l'endroit de la matrice qui paroissoit auparavant skirrheux, & qu'on observe toujours dur & inégal : les malades y ressentent dans certains tems comme des piquures d'aiguille ou des traits de flamme qui les dévorent, ainsi qu'elles s'expriment, & que me le disoit une jeune dame atteinte de cette cruelle maladie, à la violence de laquelle elle a succombé. Je ne me rappelle qu'avec horreur le souvenir de l'état affreux dans lequel la jettoient les douleurs violentes dont elle étoit tourmentée ; la fievre lente, avec frissons & redoublemens, est une suite assez ordinaire de cette maladie, de même que les défaillances, les enflûres, &c. Tant que le cancer est fermé, il ne se manifeste que par ces symptomes ; mais lorsque sur la fin il vient à s'ouvrir, il donne issue à une sanie noirâtre extrèmement âcre, qui s'échappe par la vulve & excorie en passant tout l'intérieur du vagin. Il semble dans cette maladie que la lymphe éprouve la même altération que le sang dans la gangrene ou dans l'état scorbutique qui en est le commencement : la corruption est quelquefois si grande, qu'il s'y engendre des vers, comme Mauriceau & autres l'ont observé.
Cette maladie, si terrible en elle-même, l'est encore plus par ses suites, qui sont toujours des plus fâcheuses. Elle ne se termine que par la mort, qui arrive souvent trop lentement selon les desirs de la malade, qui semble l'attendre avec indifférence & même avec plaisir, comme le terme de ses peines. Elle est quelquefois précédée par des enflures, des syncopes fréquentes, des cours de ventre colliquatifs, marasme, &c. Le cancer de la matrice est l'écueil de la Medecine : elle ne peut fournir aucune espece de secours propres, je ne dis pas à guérir, mais même à pallier cette maladie, à en arrêter les progrès : elle élude l'action molle des remedes adoucissans, inéficaces, & les médicamens actifs héroïques l'aigrissent. Il est plus à-propos de ne pas médicamenter les cancers cachés, dit Hippocrate ; car destitués de remedes, les malades vivent plus long-tems. Aphor. 38. lib. VI. L'extirpation, secours pour l'ordinaire utile dans celui qui attaque les mammelles, n'est pas permise dans celui qui a son siége à la matrice ; on n'a pas même la ressource de pouvoir y appliquer des remedes extérieurs. Il est bien douloureux pour un medecin de voir un malade dans l'état le plus affreux, sans avoir le moindre secours à porter ; & il est bien désespérant pour un malade de se trouver dans ce cas. Cependant pour qu'un medecin ne reste pas oisif spectateur des progrès de la maladie, il peut amuser & consoler la malade en lui prescrivant des petits remedes indifférens, incapables de pouvoir opérer le moindre effet sensible sur le sang : c'est ici le cas où les laitages pourroient être employés, si on peut les soutenir ; ils sont très-propres à bien remplir cette vûe, mais il est rare que leur usage sympathise avec celui des narcotiques, dont on doit sans cesse enivrer la malade, pour lui dérober une partie de son mal, pour calmer la vivacité de ses douleurs. Le plus grand service qu'on puisse lui rendre dans ces cruelles circonstances, est de la rendre insensible. (m)
MATRICE, en Minéralogie, est un synonyme de miniere. On nomme ainsi la pierre ou la substance dans laquelle un mineral a été reçu, formé & élaboré. C'est ainsi qu'on dit que le quartz est ordinairement la matrice de l'or. Une mine déja formée peut servir de matrice ou de réceptacle à une autre mine dont la formation est postérieure. Presque toutes les pierres peuvent devenir des matrices métalliques ; mais celles qui sont les plus propres à cet usage, sont le quartz & le spath. Voyez ces articles & l'article MINIERE. (-)
MATRICE, s. f. (Comm.) se dit des étalons ou originaux des poids & mesures qui sont gardées par des officiers publics dans des greffes ou bureaux, & qui servent pour étalonner les autres. Voyez ÉTALON & ÉTALONNER. Dictionn. de Commerce.
MATRICES, (Fondeur de caracteres d'Imprimerie) servant à fondre les caracteres d'imprimerie, sont de petits morceaux de cuivre rouge longs de quinze à dix-huit lignes, & de la largeur proportionnée à la lettre qui est formée.
Il faut des matrices pour toutes les lettres, signes, figures, &c. qui se jettent en moule pour servir à l'impression, parce que c'est dans la matrice que se forme la figure qui laissera son empreinte sur le papier.
La matrice se place à une extrémité du moule, entre les deux registres qui la retiennent ; le métal ayant passé le long du moule où le corps se forme, vient prendre la figure qui est dans ladite matrice. Voyez MOULE.
La matrice se fait avec un poinçon d'acier, sur lequel est gravée la lettre ou autres figures dont on veut la former. Ce poinçon étant trempé, c'est-à-dire l'acier ayant pris sa dureté par l'action du froid & du chaud, on l'enfonce à coups de marteau dans le morceau de cuivre poli & préparé pour cela ; & y ayant laissé son empreinte, on lime ce cuivre jusqu'au degré de proportion qu'il doit avoir pour que la matrice soit parfaite, afin que, cette matrice étant placée au moule, la lettre se forme sur son corps dans la place & proportion où elle doit être. Voyez POINÇON, REGISTRE, & les Pl. de Fond. en carac.
MATRICE, (Gravure). Les graveurs en relief & en creux appellent matrices les quarrés qui sont formés & frappés avec des poinçons gravés en relief.
MATRICES, à la monnoie, sont des morceaux d'acier bien trempés & gravés en creux avec les trois especes de poinçons.
Les matrices sont hautes de quatre à cinq pouces, quarrées & rondes par le haut, avec des entailles angulaires. Voyez les Pl.
Voyez la façon de graver ou empreindre les matrices à l'article POINÇON DE MONNOYAGE.
Il n'y a qu'une matrice, appellée la primitive, de chaque espece pour toutes les monnoies du royaume ; c'est le graveur général qui la conserve, & c'est de cette matrice qu'émanent les quarrés que l'on envoie & dont on se sert dans toutes les monnoies du royaume.
MATRICE, en Teinture, se dit des cinq couleurs simples dont toutes les autres dérivent ou sont composées ; savoir le blanc, le bleu, le rouge, le fauve ou couleur de racine, & le noir. Voyez COULEUR & TEINTURE.
|
| MATRICULE | S. f. (Jurisprud.) est un registre dans lequel on inscrit les personnes qui entrent dans quelque corps ou société.
Il est fait mention dans les auteurs ecclésiastiques de deux sortes de matricules, l'une où l'on inscrivoit les Ecclésiastiques, l'autre étoit la liste des pauvres qui étoient nourris aux dépens de l'Eglise.
Présentement le terme de matricule s'entend principalement du registre où l'on inscrit les Avocats à mesure qu'ils sont reçus. On appelle aussi matricule l'extrait qui leur est délivré de ce registre, & qui fait mention de leur réception.
Il y avoit aussi autrefois des Procureurs matriculaires, c'est-à-dire, qui n'avoient qu'une simple matricule ou commission du juge pour postuler ; présentement ils sont érigés en titre d'office dans toutes les jurisdictions royales.
Un huissier se dit immatriculé dans une jurisdiction, c'est-à-dire, reçu & inscrit sur la matricule du siege.
Les payeurs des rentes de l'hôtel-de-ville de l'aris tiennent aussi une espece de matricule ou registre, où ils écrivent le nom des rentiers & nouveaux propriétaires des rentes, &, pour cette inscription, on leur paye un droit d'immatricule. (A)
MATRICULE DE L'EMPIRE, (Hist. mod. & Droit public) c'est ainsi qu'on nomme dans l'empire d'Allemagne le registre sur lequel sont portés les noms des princes & états de l'Empire, & ce que chacun d'eux est tenu de contribuer dans les charges publiques de l'Empire, & pour l'entretien de la chambre impériale ou du tribunal souverain de l'Empire. Cette matricule est confiée aux soins de l'électeur de Mayence, comme garde des archives de l'Empire. Il y a plusieurs matricules de l'Empire qui ont été faites en différens tems, mais celle qu'on regarde comme la moins imparfaite, fut faite dans la diete de Worms en 1521. Depuis on a souvent proposé de la corriger, mais jusqu'à-présent ces projets n'ont point été mis à exécution. (-)
|
| MATRONALES | (Littér. rom.) matronalia, matronales feriae, fêtes que les gens mariés célébroient religieusement à Rome le premier jour de Mars ; les femmes en mémoire de ce qu'à pareil jour les Sabines qui avoient été enlevées par les Romains, firent la paix entre leurs maris & leurs peres ; & les hommes pour attirer la faveur des dieux sur leur mariage. Ovide vous indiquera les autres causes de l'institution des matronales ; je me contenterai de dire qu'on les célébroit avec beaucoup de plaisir & de pompe.
Les femmes se rendoient le matin au temple de Junon & lui présentoient des fleurs, dont elles étoient elles-mêmes couronnées. Les poëtes aimables n'oublioient pas de leur en rappeller la mémoire. Ovide leur recommande expressément de ne jamais perdre courage :
Ferte deae flores, gaudet florentibus herbis
Haec dea ; de tenero cingite flore caput.
Les dames romaines de retour à la maison y passoient le reste du jour extrèmement parées, & y recevoient les félicitations & les présens que leurs amis & leurs maris leur offroient ou leur envoyoient, comme pour les remercier encore de cette heureuse médiation qu'elles avoient faite autrefois. Les hommes mariés ne manquoient pas dans la matinée du même jour de se rendre au temple de Janus, pour lui faire aussi leurs sacrifices & leurs adorations.
La solemnité finissoit par de somptueux festins que les maris donnoient à leurs épouses, car cette fête ne regardoit que les gens mariés ; c'est pour cela qu'Horace écrivoit à Mécene, ode viij. liv. III. " Mécene, vous êtes sans doute surpris de ce que vivant dans le célibat, je me mets en frais pour le premier jour de Mars, dont la solemnité n'intéresse que les personnes engagées dans le mariage : vous ne savez pas à quoi je destine ces corbeilles de fleurs, ce vase plein d'encens, & ce brasier que j'ai placé sur un autel revêtu de gazon, la reconnoissance le veut & l'exige. A pareil jour, Brutus me garantit de la chûte d'un arbre dont je pensai être écrasé, &c. " :
Martiis caelebs quid agam calendis,
Quid velint flores, &c.
Dans cette fête des matronales, les dames accordoient à leurs servantes les mêmes privileges dont les esclaves jouissoient à l'égard de leurs maîtres dans les saturnales : in martio matronae servis suis coenas ponebant, sicut saturnalibus domini. En un mot, c'étoit un jour de joie pour le sexe de tout rang & de tout étage. (D.J.)
|
| MATRONE | S. f. (Hist. anc.) signifioit parmi les Romains une femme, & quelquefois aussi une mere de famille.
Il y avoit cependant quelque différence entre matrone & mere de famille. Servius dit que quelques auteurs la font consister en ce que matrona étoit une femme qui n'avoit qu'un enfant, & mater-familias, une femme qui en avoit plusieurs ; mais d'autres, & en particulier Aulugelle, prétendent que le nom de matrona appartenoit à toute femme mariée, soit qu'elle eût des enfans, soit qu'elle n'en eût point, l'espérance & l'attente d'en avoir suffisant pour faire accorder à une femme le titre de mere, matrona ; c'est pour cela que le mariage s'appelloit matrimonium. Cette opinion a été aussi soutenue par Nonius.
MATRONE, (Jurisprud.) qu'on appelle vulgairement sage-femme, est celle qui est reçue & approuvée pour aider les femmes enceintes dans leur accouchement. On ordonne en justice qu'une femme ou fille sera vûe & visitée par des matrones pour constater son état. Voyez SAGE-FEMME. (A)
|
| MATSUMAY | (Géog.) ville & port de mer d'Yesso, ou de Kamschatka, & capitale d'une principauté du même nom, tributaire de l'empereur du Japon. Long. 156. 30. lat. 50. 40. (D.J.)
|
| MATSURI | (Hist. mod.) c'est le nom que les Japonois donnent à une fête que l'on célebre tous les ans en l'honneur du dieu que chaque ville a choisi pour son patron. Elle consiste en spectacles que l'on donne au peuple, c'est-à-dire, en représentations dramatiques, accompagnées de chants & de danses, & de décorations qui doivent être renouvellées chaque année. Le clergé prend part à ces réjouissances, & se trouve à la procession dans laquelle on porte plusieurs bannieres antiques ; une paire de souliers d'une grandeur démesurée ; une lance, un panache de papier blanc, & plusieurs autres vieilleries qui étoient en usage dans les anciens tems de la monarchie. La fête se termine par la représentation d'un spectacle dramatique.
|
| MATTE | S. f. (Métallurgie) c'est ainsi qu'on nomme dans l'art de la fonderie la substance métallique chargée de soufre, qui résulte de la premiere fonte d'une mine qui a été traitée par le fourneau de fusion. Comme il s'en faut beaucoup que cette matiere soit un métal pur, & comme, outre le métal que l'on a voulu tirer de la mine qui le contenoit, elle renferme plusieurs autres substances étrangeres qu'il est essentiel d'en dégager, on est obligé de faire passer la matte par plusieurs travaux subséquens.
Lorsqu'on fait fondre une mine d'argent, après avoir commencé par la torréfier ou la griller, on est obligé de lui joindre ou du plomb ou de la mine de plomb, à moins que la mine que l'on traite ne fût déja par elle-même unie avec de la mine de plomb. Pendant la fusion, ce plomb se charge de l'argent que la mine contenoit, & de plus il se charge encore des parties arsénicales, sulfureuses, ferrugineuses, cuivreuses, &c. s'il s'en est trouvé dans la mine ; ce mélange de plomb, d'argent, de soufre, de fer d'arsenic, &c. se nomme matte de plomb & d'argent.
Si l'on traite de la mine de cuivre, quoiqu'on l'ait préalablement torréfiée ou grillée, il est impossible qu'on ait dégagé entierement les parties ferrugineuses, sulfureuses & arsénicales dont elle étoit composée ; la matiere fondue qui résulte de cette premiere fonte, se nomme en allemand rohstein ou matte crue, ou pierre crue, ou premiere matte.
Pour dégager la matte crue des parties étrangeres qui s'y trouvent jointes, on la grille de nouveau en arrangeant ces mattes dans des huttes de maçonnerie, dont le sol est formé de pierres dures, sur lequel on pose horisontalement des morceaux de bois de chêne que l'on allume ; par-là le feu acheve de dégager les parties étrangeres & volatiles qui étoient restées unies avec le métal dans la matte. Quelquefois on est obligé de réitérer jusqu'à cinq ou six fois & même plus ce grillage de la matte, suivant qu'elle est plus ou moins impure, avant que de pouvoir la remettre au fourneau de fusion ; alors on obtient du cuivre noir avec une nouvelle matte que l'on nomme matte seconde ou matte moyenne, en allemand spurstein, que l'on est obligé de faire griller encore un grand nombre de fois. Voyez l'article CUIVRE. (-)
|
| MATTEAU DE SOIE | terme de Marchand de soie ; le matteau de soie est composé de quatre, cinq, six à huit échevaux ; on les tord & on les plie de façon qu'ils ne se dérangent point.
|
| MATTÉES | S. f. pl. (Littérat.) Mattea, gen. ae, f. Suéton. Mattia, gen. ae, f. Martial. Mets friand.
Il paroît que c'étoit un service composé de mets délicats, hachés, & assaisonnés d'épiceries. Ce mot est tiré du grec, & signifie toutes sortes de viandes délicates, tant poisson qu'autres. Voyez Suétone, dans la vie de Caligula, ch. xxxviij. & Athénée, liv. XII. (D.J.)
|
| MATTHIEU | ÉVANGILE DE SAINT ou SELON SAINT, (Théol.) livre canonique du nouveau-Testament, contenant l'histoire de la vie de Jesus-Christ écrite par saint Matthieu, apôtre & l'un des quatre évangélistes. Voyez APOTRE & ÉVANGELISTE.
Saint Matthieu étoit fils d'Alphée, galiléen de naissance, juif de religion & publicain de profession. Les autres évangélistes l'appellent simplement Levi qui étoit son nom hébreu, pour lui il se nomme toûjours Matthieu, qui étoit apparemment le nom qu'on lui donnoit dans sa profession de publicain qu'il quitta pour suivre Jesus-Christ. Voyez PUBLICAIN.
Cet apôtre écrivit son évangile en Judée avant que d'en partir, pour aller prêcher dans la province qui lui avoit été assignée, que quelques-uns croyent être le pays des Parthes & d'autres l'Ethiopie ; les fideles de la Palestine l'ayant prié de leur laisser par écrit ce qu'il leur avoit enseigné de vive voix. On ajoute que les apôtres l'en solliciterent aussi, & qu'il l'écrivit vers l'an 41 de l'ere vulgaire, huit ans après la résurrection de Jesus-Christ, comme le marquent tous les anciens manuscrits grecs, quoique plusieurs écrivains, & entr'autres saint Irenée, assurent que cet évangile ne fut composé que pendant la prédication de saint Pierre & de saint Paul à Rome, ce qui revient à l'an 61 de l'ere commune.
L'opinion la plus générale est que cet ouvrage fut d'abord écrit en syriaque, c'est-à-dire, en hébreu de ce tems-là, mêlé de syriaque & de chaldéen pour le fonds de la langue, mais dont les caracteres étoient hébreux : chaldaico syroque sermone, sed hebraicis litteris scriptum, dit saint Jérome, lib. III. adv. Pelag. cap. j. & il fut long-tems en usage parmi les Juifs convertis au christianisme : mais les Chrétiens n'ayant pas conservé ce dépôt avec assez de fidélité, & ayant osé y faire quelques additions, d'ailleurs les Ebionites l'ayant notablement altéré, il fut abandonné par les églises orthodoxes qui s'attacherent à l'ancienne version grecque, faite sur l'hébreu ou syriaque peu de tems après saint Matthieu. Du tems d'Origene, l'évangile hébreu des Chrétiens hébraïsans ne passoit déja plus pour authentique, tant il avoit été altéré, cependant il demeura assez long-tems dans sa pureté entre les mains des Nazaréens, auxquels saint Jérome ne reproche point comme aux Ebionites de l'avoir corrompu. Au reste le vrai évangile hébreu de saint Matthieu ne subsiste plus, que l'on sache, en aucun endroit. Car ceux que Sébastien Munster & du Tillet ont fait imprimer sont modernes, & traduits en hébreu sur le latin ou sur le grec. Quelques modernes comme Grotius, M. Huet, & Mille dans ses prolégomenes, ont avancé que l'évangile syriaque de saint Matthieu, qui est imprimé à part & dans les polyglottes, étoit le texte original ; mais ceux qui l'ont examiné avec plus de soin remarquent que cette traduction est faite sur le grec.
La version grecque de cet évangile qui passe aujourd'hui pour l'original, a été faite dès les tems apostoliques. Quant à la traduction latine, on convient qu'elle est faite sur le grec, & n'est guere moins ancienne que la grecque même, mais l'auteur de l'une & de l'autre est inconnu.
Quelques modernes comme Erasme, Calvin, Ligfoot, Witaker, Schmith, Casaubon, le Clerc, &c. soutiennent que saint Matthieu écrivit en grec, & que ce que l'on dit de son prétendu original hébreu est faux & mal-entendu. Car, disent-ils, les Peres comme Origene, saint Epiphane & saint Jérome, n'en parlent pas d'une maniere uniforme ; ils le citent, mais sans lui donner autant d'autorité qu'ils auroient dû faire si c'eût été un original. Si l'on en avoit eu cette idée, l'auroit-on laissé périr dans l'Eglise ? Si saint Matthieu avoit écrit en hébreu, trouveroit-on dans son ouvrage l'interprétation des noms hébreux en grec ? Y citeroit-il l'Ecriture, comme il la cite, suivant les Septante ? La langue grecque étoit alors commune dans tout l'Orient, dans tout l'Empire, à Rome même, puisque saint Paul écrit en grec aux Romains, saint Pierre & saint Jacques écrivent dans la même langue aux Juifs dispersés en Orient, & saint Paul aux Hébreux de la Palestine. Enfin, pendant que tous les autres auteurs du nouveau-Testament ont écrit en grec, pourquoi veut-on que saint Matthieu seul ait écrit en hébreu ?
Mais ces raisons ne sont pas sans réplique. Car 1°. les anciens témoignent que saint Matthieu avoit écrit en hébreu, & ils le disent pour avoir vû & consulté cet évangile écrit en cette langue. Si leur témoignage n'est pas uniforme, c'est qu'il y avoit deux sortes d'évangile attribué à saint Matthieu : l'un pur & entier, dont ils ont parlé avec estime ; l'autre altéré, qu'ils ont jugé faux & apocryphe. 2°. On convient que la langue grecque étoit vulgaire en Palestine, mais il n'en est pas moins vrai que le commun du peuple y parloit ordinairement hébreu, c'est-à-dire un langage mêlé de chaldaique & de syriaque. Saint Paul ayant été arrêté dans le temple, harangua la multitude en hébreu, act. XXI. . 4. 3°. Les noms hébreux, expliqués en grec dans saint Matthieu, prouvent que le traducteur est grec & l'original hébreu. 4°. Saint Matthieu ne cite que dix passages de l'ancien-Testament, dont sept sont plus approchans du texte hébreu que de la version des Septante, & les trois autres ne paroissent conformes aux Septante que parce que dans ces passages les Septante eux-mêmes sont conformes au texte hébreu. 5°. La perte de l'original ne détruit pas la preuve de son existence, les églises l'abandonnerent insensiblement parce que les Ebionites le corrompoient, le grec qui étoit demeuré pur fut conservé & regardé comme seul authentique. Voilà pourquoi l'on négligea l'hébreu, mais s'ensuit-il de-là qu'il n'ait pas existé ? 6°. Quoique les autres Apôtres aient écrit en grec aux Juifs de la Palestine, & à ceux qui étoient dispersés en Orient, on n'en sauroit conclure que saint Matthieu n'ait pas écrit en hébreu pour ceux de la Palestine qui parloient l'hébreu vulgaire plus communément que le grec. Enfin, on ne prétend pas que saint Matthieu ait absolument été obligé d'écrire en hébreu, mais il s'agit de savoir s'il y a écrit. Or c'est un fait attesté par tous les anciens dont plusieurs ont vû son original & ont été très-capables d'en juger, comme Origene, Eusebe, saint Jérome. Oppose-t-on des conjectures à des faits attestés ? Il paroît donc constant que l'évangile de saint Matthieu a été primitivement écrit en hébreu vulgaire.
Le but de saint Matthieu dans son évangile a été, selon le vénérable Pierre Damien, de montrer que Jesus-Christ étoit le Messie. Pour cela il montre par ses miracles qu'il est le Christ, que Marie sa mere est Vierge, que Jesus-Christ n'est point venu pour détruire la loi, mais pour l'accomplir, & que ses miracles vraiment divins sont des preuves incontestables de sa mission. On remarque dans saint Matthieu une assez grande différence dans l'arrangement des faits depuis le chap. iv. v. 22. jusqu'au chap. xiv. v. 13. d'avec l'ordre que suivent les autres évangélistes, mais cela ne préjudicie en rien à la vérité de ces faits. On a attribué à saint Matthieu quelques ouvrages apocryphes, comme le livre de l'enfance de Jesus-Christ, condamné par le pape Gelase, une liturgie éthiopienne, & l'évangile selon les Hébreux dont se servoient les Ebionites, c'est-à-dire, un évangile altéré dont le fonds étoit de saint Matthieu, mais non les parties surajoutées. Calmet, dictionn. de la Bible, tom. III. pag. 646 & suiv.
|
| MATTIAQUES | Les, (Géog. anc.) Mattiaci, peuples de la Germanie, qui tiroient leur nom de Mattium ou Mattiacum, capitale du pays des Cattes. Les bains d'eau chaude appellés anciennement aquae Mattiacae, se trouvoient chez les peuples Mattiatiques. On nomme aujourd'hui ces bains Weisbaden, & comme leur situation est connue, il n'est pas besoin d'autre preuve pour établir la demeure des Mattiaques ; ils habitoient donc sur le Rhin, dans le pays que les Ubiens avoient abandonné, selon que Tacite, liv. I. ch. lvj. le fait entendre. (D.J.)
|
| MATTIOLA | (Botan.) nom d'un genre de plante dont voici les caracteres, selon Linnaeus. Le calice particulier de la fleur est cylindrique, court, droit, & subsiste après la chûte de la fleur ; la fleur est monopétale, faite en long tuyau qui s'élargit insensiblement, & forme une gueule avec une bordure unie. Les étamines sont cinq filamens pointus, plus courts que la fleur. Le germe du pistil est arrondi & placé au-dessous du calice : le stile est très-délié, & celui du pistil est gros & obtus. Le fruit à noyau est sphérique, contenant une seule loge. La graine est osseuse, arrondie, & renferme un noyau de même figure. (D.J.)
|
| MATULI | S. m. (Comm.) mesure des liquides dont on se sert en quelques villes de Barbarie. Le matuli de Barbarie est de trente-deux rotolis. Voyez ROTOLIS. Dictionn. de commerce.
|
| MATUMA | S. m. (Hist. nat.) espece de serpent aquatique, qui se trouve dans les fleuves du Brésil, & qui ne sort jamais de l'eau ; on en rencontre qui ont 25 ou 30 piés de long. Ils ont les dents d'un chien, sont très-voraces, & attaquent les hommes & les animaux. Les couleurs de sa peau sont de la plus grande beauté, & c'est à son exemple, dit-on, que les sauvages du pays se peignent le corps de différentes couleurs.
|
| MATURATIFS | adj. (Pharm.) remedes propres à aider la formation de la matiere purulente. Tels sont les oignons de lys, la levure de biere, le vieux levain, la bouse de vache, les gommes & les résines, les plantes émollientes & leurs pulpes. Et enfin, ce terme se dit de tous les remedes qui peuvent hâter la coction, l'atténuation, la préparation des humeurs nuisibles & génératrices des maladies, pour ensuite les rendre plus faciles à être expulsées. Voyez SUPPURATION.
|
| MATURATION | MATURATION
La maturation a cela de commun avec la putréfaction, qu'elle peut survenir à des sucs enfermés en très-petite quantité dans de petites cellules distinctes ; & elle differe en cela de la fermentation vineuse & de l'acéteuse, en ce que ces dernieres ne s'excitent jamais que dans des volumes considérables de liqueur, voyez VIN & VINAIGRE ; aussi les fruits passent-ils de la maturation à la putréfaction, & jamais à l'état vineux ou à l'état acéteux.
La théorie particuliere de la maturation, qui, comme on voit est toute chimique, n'a été ni exposée, ni suivie, ni même ou à peine mise au rang des objets chimiques. Elle est pourtant très-curieuse & très-intéressante par la circonstance de présenter un des phénomenes les plus sensibles de l'économie végétale, & par conséquent d'ouvrir la porte de cette partie du sanctuaire chimique. Savoir ce que c'est positivement que le sel acide, acerbe, austere, ou le suc résineux des fruits verds, par quelle succession de changemens ces corps se changent en corps doux ; quel principe des premieres substances s'altere réellement ; quel autre passe immué du suc verd dans le suc-doux, &c. ce sont-là des connoissances chimiques d'un ordre supérieur, tant en soi, que comme source de lumiere ultérieure pour l'analyse végétale transcendante ; du-moins me promettrois-je beaucoup de ces notions, si je continuois un jour mes travaux sur les végétaux.
L'état de vapidité & l'amertume que contractent les fruits meurtris, qui est le produit d'une autre espece de fermentation, est encore un phénomene dont la théorie chimique est du même ordre que le précédent, & à laquelle elle est nécessairement liée. (b)
|
| MATURE | S. f. (Marine) ce mot se prend ou pour l'assemblage des mâts d'un vaisseau, voy. MAT, ou pour l'art & la science de mâter les vaisseaux.
Le mât est destiné à porter la voile, & la voile à transmettre au vaisseau l'action du vent ; & comme on suppose qu'un navire en mouvement est enfin parvenu à une vitesse uniforme, il faut que l'action du vent soit égale & directement opposée à l'action de la résistance de l'eau, parce que l'une de ces actions tend à accélerer le mouvement du vaisseau, & la seconde au contraire à le ralentir. Or, de-là il s'ensuit que le mât doit être placé, s'il n'y en a qu'un, dans l'endroit où la direction du choc de l'eau coupe la quille ; s'il y a plusieurs mâts, on les mettra de part & d'autre du point où la quille est coupée par la direction du choc de l'eau, & on observera en même-tems de disposer les voiles de maniere qu'il y ait entr'elles un parfait équilibre, voyez VOILE. Ceux qui désireront sur ce sujet un plus grand détail, peuvent consulter les pieces de MM. Bouguer & Camus, sur la matiere des vaisseaux, & le traité du navire de M. Bouguer, p. 417. (O)
|
| MATURITÉ | S. f. (Jardin.) c'est la coction du suc nourricier qui se fait au-dedans des fruits par la chaleur de la terre, & qui de durs qu'ils étoient, rend leur substance plus tendre & plus agréable au goût. C'est le tems que le fruit paroît propre à cueillir & bon à manger : ce tems varie, selon la qualité de la terre & l'exposition des fruits. " La Quintinie, tome II. pag. 198. ne peut souffrir les gens qui tâtonnoient les fruits, soit sur l'arbre, soit cueillis, & qui pour trouver un fruit à leur goût en gâtent cent avec l'impression violente de leur malhabile pouce. "
Les pêches sont mûres quand elles ont acquis leur grosseur, une couleur rouge d'un côté & jaune de l'autre : elles doivent, ainsi que la poire, obéir au pouce, quand il les presse doucement du côté de la queue.
La figue doit se détacher de l'arbre sans résistance.
Il faut que la prune quitte sa queue & soit un peu ridée de ce côté-là.
Aux poires & aux prunes, la queue se détache de l'arbre & leur reste pour ornement.
Aux melons, outre la couleur & le sentiment du pouce, il faut encore l'odorat & l'écorce bien brodée.
La couleur jaune des poires d'hiver est la vraie marque de leur maturité.
Les pommes de même, étant bien jaunes & un peu ridées, dénotent qu'elles sont mures.
Les apis changent leur verd, les calvilles deviennent plus légeres & leurs pepins sonnent quand on les secoue : celles qui ne paroissent point telles, ainsi que les épines d'hiver & la louise-bonne, font connoître leur maturité par leurs rides.
Les abricots l'annoncent par leur couleur dorée, ceux qui sont à plein vent prennent plus de couleur & de goût ; mais étant en espaliers, ils deviennent & plus gros & plus beaux.
Les oranges sont ordinairement seize mois à mûrir ; le beau doré de leur couleur vous invite à les cueillir.
MATURITE, (Médecine) On se sert de ce même terme par analogie, en parlant de quelque chose qui arrive à son juste degré de perfection. C'est ainsi que dans les maladies, on dit que la matiere morbifique est parvenue à sa maturité, ce qui veut dire que la matiere est au degré d'atténuation & de perfection pour en faciliter la crise ou l'expulsion.
C'est de cette maturité dont il est parlé dans l'aphorisme d'Hippocrate, où il est dit qu'il faut évacuer les matieres cuites, & non celles qui sont crues.
On doit attendre cette maturité ou la procurer, avant d'employer les remedes évacuans de l'humeur morbifique, ce qui se fait en y préparant la nature par les saignées. Voyez THERAPEUTIQUE.
|
| MATUTA | (Mythol.) divinité des Romains. Cette déesse, la même que Leucothoé, étoit Ino soeur de Sémélé, mere de Bacchus, s'il en faut juger, dit Plutarque, par la cérémonie de ses sacrifices ; car entr'autres particularités, les dames romaines en célébrant sa fête, faisoient entrer au milieu de son temple, une seule de leurs esclaves, lui donnoient quelques soufflets, & la chassoient ensuite du temple avec ignominie. J'en ai dit la raison au mot Matronales : c'est le roi Servius Tullius qui bâtit le premier un temple à Rome à la déesse Matuta ; le consul Camille le rétablit dans sa dictature, & le dédia vers l'an 362 de Rome. Voyez Tite-Live, liv. V. Vossius, liv. I. c. xiij. liv. VII. c. x. Pitisci lex. antiq. roman. & le mot MATRONALES. (D.J.)
|
| MAUBEUGE | Malbodium, (Géogr.) ville de la Flandre françoise, avec un illustre chapitre de chanoinesses, qui doivent prouver 32 quartiers de noblesse paternelle & maternelle. La plûpart des villages de la prévôté de Maubeuge, dépendent de l'abbesse qui en a la jurisdiction spirituelle & temporelle. Maubeuge fut cédée à la France par le traité de Nimegue, en 1678. Elle est fortifiée à la Vauban, & est sur la Sambre, à cinq lieues S. de Mons, sept S. E. de Valenciennes, 16 S. O. de Bruxelles, 46 N. E. de Paris. Long. 21. 35. lat. 50. 15.
|
| MAUBILE LA | (Géogr.) grande riviere de l'Amérique septentrionale, dans la Louisiane. Elle prend sa source dans les montagnes qui bornent le pays des Illinois, traverse plus de 200 lieues de pays, & se rend dans le golfe du Méxique, à la baie de la Maubile.
Cette baie est située sur les côtes de la Louisiane, & a trente lieues de profondeur. Les François ont fondé leur principale colonie de la Louisiane, à la côte de l'ouest de la baie Maubile, & ils y ont bâti le fort Louis. Ce même côté est habité de plusieurs nations, des Maubiliens, des Chicachas, des Tomez, de quelques Apalaches, & Chattes. (D.J.)
|
| MAUBOUGE | S. m. (Com.) droit d'entrée qui se leve en Normandie & en d'autres lieux sur les boissons qui entrent & qui sont brassées dans les villes & lieux où il y a foires ou marchés. Les boissons sujettes au droit de maubouge sont la biere, le cidre, & le poiré. Dictionnaire de Commerce.
Maubouge est aussi le nom d'un droit qui en quelques lieux est dû sur tous les animaux qui ont l'ongle ou corne des piés fendus, comme les boeufs, vaches, moutons, &c. On l'appelle à Paris droit de pié fourché. Voyez PIE FOURCHE. Diction. de Com.
|
| MAUDIRE | v. act. (Gram.) c'est prononcer sur quelqu'un, ou contre quelque chose la malédiction. Voyez MALEDICTION.
|
| MAUGERE | S. f. (Marine) ce sont des bourses de cuir ou de grosse toile goudronnée, longues d'environ un pié, & qui ressemblent à des manches ouvertes par les deux bouts, pour mettre à chaque dalot, & servir à l'écoulement des eaux qui sont sur les tillacs, sans que l'eau de la mer puisse entrer dans le vaisseau, parce que les vagues applatissent la maugere contre le bordage.
|
| MAUGES | LES, (Géog.) ou le pays de Mauges, petite contrée de France dans l'Anjou, qui la borne au septentrion. Elle a l'élection de Saumur à l'orient, & le duché de Retz à l'occident : c'est un pays montueux & très-pauvre.
|
| MAULÉON | (Géogr.) petite ville de France en Poitou, chef d'une élection au diocèse de la Rochelle, avec une célebre abbaye. Mauléon est situé près du ruisseau de l'Oint, à 18 lieues N. E. de la Rochelle, & 20 N. O. de Poitiers. Long. 16. 50. lat. 46. 52.
MAULEON DE SOULE, (Géogr.) petite ville de France, en Gascogne, capitale du pays de Soule, à huit lieues S. O. de Pau, 16 S. E. de Dax, 172 de Paris. Long. 16. 46. lat. 43. 12.
Henri Sponde naquit à Mauléon en 1568, & eut pour parrein Henri de Bourbon, depuis roi de France, sous le nom d'Henri IV. fut élevé dans le Calvinisme, & changea comme ce prince de religion ; ce qui lui valut l'évêché de Pamiers.
Il a abrégé & continué les annales de Baronius, jusques en 1640 : il est mort à Toulouse en 1643. La meilleure édition de ses oeuvres, est celle de la Noue, à Paris en six volumes in-folio.
|
| MAULI | (Géogr.) riviere du royaume de Sicile, dans la vallée de Noto : elle passe à Raguse, & va se jetter dans la mer au port de Mazzarelli ; c'est pour cela qu'on l'appelle quelquefois Fiume di Ragusa : c'est l'Herminius des anciens.
|
| MAUMAQUES | (Géog.) village du diocèse de Soissons, situé entre Compiegne & Noyon, dans la plaine un peu au-delà de Choisy-sur-Aine. Les premiers rois de France y avoient un palais, & dom Germain semble être très-fondé à appliquer à ce lieu tout ce qu'on lit de l'ancien Mamacas, ou Mamaccas. La forêt de Lezque, en latin Lisica, mal nommée de Laigle, est tout proche Maumaques ; ce qui en rendoit le séjour agréable à nos rois. (D.J.)
|
| MAUND | (Hist. mod.) ancienne mesure dans l'Angleterre. Voyez Harris, supplément.
|
| MAUNE | S. m. (Commerce) poids dont on se sert dans les états du Mogol. Il pese 55 livres d'Angleterre, ou 50 livres de Paris 1/20. Dictionn. de Com.
|
| MAURE CAP | ou CAVESSE DE MAURE, (Maréchallerie) voyez CAP.
MAURE SAINTE, (Géog.) petite ville de France en Touraine, au diocèse de Tours, à sept lieues de cette ville, 59 S. O. de Paris. Long. 18d. 16'. 45''. lat. 47d. 6'. 39''.
MAURE SAINTE, (Géog.) île de la mer Ionienne, entre la basse Albanie & l'île de Céfalonie. Elle a environ 10 lieues de circuit & contient quelques ports. Les Vénitiens l'ont enlevée aux Turcs en 1684 : mais ceux-ci la reprirent en 1715, en détruisirent les fortifications, & l'abandonnerent.
|
| MAURES | LES, (Géog. anc. & mod.) en latin Mauri, peuples d'Afrique, qui selon les tems, ont eu une étendue plus ou moins considérable.
Sous les Romains on appelloit Maures, les habitans naturels des trois Mauritanies. Ces peuples abandonnerent à ces maîtres du monde, toutes les côtes de leur pays, & leur payerent des tributs, pour posséder en paix leurs campagnes. Ils en agirent de même avec les Vandales qui inonderent l'Afrique, & se cantonnerent dans l'intérieur du pays vers les montagnes ; mais ils goûterent le Christianisme que les Vandales avoient répandu dans leurs climats. Avec le tems, les califes de Bagdat ayant fait de grandes conquêtes le long de la Méditerranée en Afrique, les Sarrasins qui s'y étendirent, y porterent le Musulmanisme.
Les Maures étant ainsi devenus mahométans, à l'exemple des Sarrasins leurs maîtres, seroient vraisemblablement demeurés en Afrique, si le comte Julien ne les eût point appellés en Espagne. Dès qu'ils eurent connu l'heureux climat de l'Hespérie, ils s'y fixerent, s'y multiplierent, la remplirent de leurs compatriotes ; & leur général n'agissant pas long-tems au nom du calife, se fit souverain lui-même. On sait comme les rois d'Espagne ont repris peu-à-peu sur les Maures, les royaumes qu'ils avoient fondés très-promptement. Ces Afriquains chassés d'Espagne, retournerent en Afrique, & continuerent d'y exercer le Mahométisme.
Il faut aujourd'hui distinguer les pays des Maures où ils dominent, de ceux où ils jouissent seulement d'une liberté qui n'est guere différente de la servitude. Les Maures, par exemple, sont les maîtres aux royaumes de Maroc & de Fez, qui répondent à la Mauritanie Tingitane des anciens ; mais il n'en est pas de même à Alger, la milice composée de turcs & de renégats, y a la souveraine puissance. Voyez MAURITANIE.
|
| MAURIAC | Mauriacum, (Geogr.) petite ville de France dans la haute Auvergne, chef-lieu d'une élection particuliere. Elle est près de la Dordogne, & des frontieres du Limousin, à 11 lieues S. E. de Tulle. Long. 19. 59. lat. 45. 19. (D.J.)
|
| MAURICE | SAINT, (Hist. mod.) ordre militaire de Savoie. Amé ou Amédée VIII. premier duc de Savoie, s'étant retiré à Ripaille avec quelques seigneurs de sa cour, institua cet ordre de chevalerie, tant pour honorer la mémoire de ce saint martyr, que pour conserver celle de sa lance & de son anneau, qu'on garde précieusement dans la maison de Savoie, & qui sont les principales marques de cet ordre.
L'instituteur ordonna que les chevaliers porteroient une longue robe & un chaperon de couleur grise avec la ceinture d'or, le bonnet & les manches de camelot rouge, & sur le manteau une croix pommetée de taffetas blanc, à l'exception de celle du général ou grand-maître, qui devoit être en broderie d'or.
Philibert Emmanuel obtint du pape Grégoire XIII. en 1572, que l'ordre de saint Lazare seroit réuni à celui de saint Maurice. La destination de ces chevaliers, selon la bulle de ce pontife, est de combattre pour la foi & pour la défense du saint siége.
Par cette réunion, les chevaliers de saint Lazare ont changé leur croix verte en une croix blanche pommetée. Le manteau de cérémonie de l'ordre de saint Maurice, est de taffetas incarnat doublé de blanc, avec un cordon & une houppe de soie blanche & verte. La casaque & la cotte d'armes sont de damas incarnat chargées devant & derriere de la croix de l'ordre en broderie. Guichenon, hist. de Savoie, Favin, théat. d'honn. & de chevalerie.
MAURICE, l'île, (Géogr.) île d'Afrique située vers le 21 degré de latit. méridionale, près de l'île Mascarenhas. Les Hollandois y aborderent en 1598, & lui donnerent son nom de celui du prince d'Orange, qui étoit amiral des Provinces-Unies. Les Portugais l'appellent ilha do Cerno ; j'ignore pourquoi ; car ce n'est point l'île de Cerné dont Pline fait mention. L'île Maurice a environ 15 lieues de tour, avec un bon havre, des montagnes fort élevées, toujours couvertes d'arbres verds, du poisson en abondance, des vaches, des veaux marins, toutes sortes d'oiseaux ; l'air en est pur, le terrein fertile, & cependant c'est un lieu qui reste desert.
MAURICE, Saint, (Géogr.) petite ville de Savoie dans la Tarentaise, sur l'Isere, au pié du petit S. Bernard, entre Moustier & Aourte. Long. 24. 35. lat. 45. 40.
|
| MAURIENNE | (Géogr.) vallée dans la Savoie. Elle a environ 20 lieues de longueur de l'orient à l'occident, depuis Charbonnieres jusqu'au mont-Cénis (Alpes cottiennes des anciens) qui la sépare du Piémont vers l'orient. Mais cette vallée est très-étroite, parce qu'elle est resserrée de toutes parts par les Alpes. Grégoire de Tours qui vivoit dans le vj. siecle, est le premier des auteurs subsistans qui ait parlé de cette vallée, qu'il appelle Mauriana. Il nous apprend qu'elle étoit du diocèse de Turin, & dans la dépendance de cette ville.
Tout ce pays ayant été cédé par les Lombards à Gontran roi de France, il fonda un évêché à Maurienne, soumis à la métropole de Vienne. Sous Rodolphe III, Humbert surnommé aux blanches mains, fut créé comte de Maurienne par ce prince, qui y joignit le comté de Savoie. Les successeurs d'Humbert se qualifierent simplement de comtes de Maurienne, & préférerent ce titre à celui de comtes de Savoie, Savogae ; aussi ont-ils été enterrés dans l'église de S. Jean de Maurienne. Ensuite peu-à-peu le nom de Savoie l'a emporté sur celui de Maurienne ; desorte que quand l'empereur Sigismond créa duc le comte Amédée, ce fut la Savoie & non pas la Maurienne qu'il érigea en duché.
|
| MAURIPENSIS | PAGUS, (Géogr.) c'étoit, selon M. le Boeuf, une contrée de la Brie & de la Champagne, étendue le long du rivage droit de la Seine, après que cette riviere a reçu l'Ionne. Quelques-uns ont écrit Morivensis, & même Morvisins. M. de Valois a souvent confondu le pagus Mauripensis avec le pagus Heripensis, le Herpois, nommé depuis le Hurepois.
|
| MAURITANIE | (Géog. anc.) en latin Mauretania, comme portent la plupart des anciens monumens, & non Mauritania.
Grande contrée d'Afrique, en partie sur la mer Méditerranée, en partie sur l'Océan occidental. Anciennement elle n'obéissoit qu'à un seul roi. Bocchus y regnoit du tems de la guerre de Jugurtha. Ses héritiers la diviserent en deux royaumes, qui furent réunis en un seul sous Juba, & sous son fils Ptolomée, par la libéralité d'Auguste ; c'est pour cela qu'Horace l'appelle Jubae tellus. Ensuite l'empereur Claude ayant subjugué les Maures, pour les punir du meurtre du roi Ptolomée, partagea ce vaste état en deux provinces, dont celle qui étoit à l'occident fut nommée Mauritanie tingitane, & celle qui étoit à l'orient fut appellée Mauritanie cesariense ; enfin, dans la suite, il se forma une troisieme province, à laquelle on donna le nom de Mauritanie citifense.
La Mauritanie tingitane, tingitana, tiroit son nom de la ville de Tingis, métropole de la province. C'étoit en quelque maniere la Mauritanie propre ; car la Mauritanie césariense étoit renfermée pour la plus grande partie dans la Numidie des Marsesyliens. Cette province étoit bornée au nord par le détroit d'Hercule, aujourd'hui de Gibraltar, & par la mer Méditerranée ; à l'orient par le fleuve Malva ; au midi par le mont Atlas, & au couchant par l'Océan atlantique.
La Mauritanie césariense, que le fleuve Malva séparoit de la Mauritanie tingitane, étoit à l'occident de la Mauritanie sitifense ; mais avant que celle-ci fût formée, elle la comprenoit toute entiere, & s'étendoit jusqu'au fleuve Ampsaga, qui la bornoit à l'orient. Sa ville capitale étoit Julia caesarea, qui lui donnoit son nom. Les royaumes de Tremecen & de Couco, & le pays d'Alger font la Mauritanie césariense.
Ptolomée vous donnera le nom des villes, & des peuples de la Mauritanie tingitane & césariense.
La Mauritanie sitifense étoit bornée au nord par la mer Méditerranée ; à l'orient par une ligne tirée de l'embouchure du fleuve Ampsaga jusqu'à la ville appellée Maximianum oppidum ; à l'occident par la Mauritanie césariense ; les bornes du midi sont assez incertaines.
La notice épiscopale d'Afrique vous indiquera les noms des évêchés des trois Mauritanies, si vous en êtes curieux.
Il paroît que l'ancienne Mauritanie contenoit toute la partie occidentale de la Barbarie, où sont à présent les royaumes de Tremecen, de Tenés, d'Alger, de Bugie, de Fez & de Maroc. (D.J.)
|
| MAUROMIDIE | (Géogr.) cap sur la côte de la Morée, à la distance d'environ 2 lieues du cap de Calogréa. On l'appelloit autrefois le promontoire Arrenius.
|
| MAURS | (Géogr.) petite ville de France en Auvergne, élection d'Aurillac. C'est le chef-lieu d'une des quatre prevôtés qui composent les états de la haute-Auvergne, qu'on ne convoque plus.
|
| MAUSOLÉE | S. m. (Littér.) on appelle mausolées, ces tombeaux magnifiques.
Où se perdent les noms des maîtres de la terre,
D'arbitres de la paix, de foudres de la guerre ;
Comme ils n'ont plus de sceptre, ils n'ont plus de flatteurs ;
Et tombent avec eux d'une chute commune,
Tous ceux que la fortune
Faisoit leurs serviteurs.
Ce n'est pas qu'on n'ait élevé quelquefois de superbes tombeaux à d'illustres citoyens qui avoient bien mérité de leur patrie ; mais il faut avouer que ce cas est fort rare. Il me semble que les Hollandois sont de tous les peuples modernes, ceux qui se sont les plus distingués par leur reconnoissance en ce genre, & en même tems ceux qui ont fait paroître le plus de bon goût dans les ouvrages de cette nature. Les mausolées qu'ils ont élevés à leurs amiraux, les représentent à nos yeux tels qu'ils étoient, & sont enrichis de couronnes rostrales, accompagnées d'ornemens convenables ; comme de festons d'herbes marines, de coquillages & de corail, qui ont un juste rapport avec toute l'ordonnance.
Personne n'ignore l'origine du nom de mausolée ; il vient du tombeau qu'Artémise reine de Carie, fit bâtir en l'honneur du roi Mausole son époux. Ce monument, unique dans l'univers, subsista plusieurs siecles, & faisoit le plus bel ornement de la ville d'Halicarnasse. Il a été mis au nombre des sept merveilles du monde, tant pour sa grandeur & la noblesse de son architecture, que par la quantité & l'excellence des ouvrages de sculpture dont il étoit enrichi. Les Grecs & les Romains ne se lassoient point de l'admirer ; & Pline en a laissé une description complete , dont il paroît que la vérité ne sauroit être contestée.
L'étendue de ce mausolée étoit de 63 piés du midi au septentrion ; les faces avoient un peu moins de largeur, & son tour étoit de 411 piés. Il avoit 36 piés de haut, & renfermoit 36 colonnes dans son enceinte. Scopas entreprit la partie de l'orient, & Timothée celle du midi ; Léocarés exécuta la partie du couchant, & Bryaxis celle du septentrion. Tous quatre passoient pour les plus célebres sculpteurs qui fussent alors. Artémise, dans le court intervalle de son regne, n'eut pas le plaisir de voir cet ouvrage conduit à sa perfection ; mais Idriéus en poursuivit l'entreprise, & les quatre artistes eurent la gloire de la consommer. On doute encore aujourd'hui, dit Pline, lequel d'eux a le mieux réussi, hodieque certant manus, pour me servir de son expression. Pithis eut l'honneur de se joindre à eux, & éleva une pyramide au-dessus du mausolée, sur laquelle il posa un char de marbre, attelé de quatre chevaux. Voyez de plus grands détails dans Pline, liv. XXXVI. & dans Vitruve, liv. VII.
Les Latins adopterent le nom de mausolée, & le donnerent à tous les tombeaux somptueux, comme Pausanias nous l'apprend. C'est ainsi que l'on appelle le superbe monument qu'Auguste fit faire pendant son sixieme consulat, entre le chemin de Flaminius & le Tibre, pour y être enterré avec les siens. Strabon, liv. V. pag. 236. nous en a laissé la description. Il dit que c'étoit un tertre élevé sur une base de marbre blanc, & couvert jusqu'au haut d'arbres toujours-verds ; qu'à la cîme de ce tertre il y avoit une statue de bronze d'Auguste ; qu'en bas l'on voyoit les tombeaux de ce prince, de ses parens & de ses domestiques ; & que derriere l'édifice il y avoit un grand bosquet avec des promenades admirables.
Enfin, le nom de mausolée est celui que Florus donne aux tombeaux des rois d'Egypte, dans lequel, dit-il, Cléopatre s'enferma, & se fit mourir. La langue françoise a adopté le nom de mausolée dans le même sens que lui donnoient les Romains : elle appelle mausolées les tombeaux des rois. (D.J.)
|
| MAUVAIS | adj. (Gramm.) c'est l'opposé de bon. On donne ce nom à tout ce qui n'a pas les qualités relatives à l'usage qu'on se propose de faire d'une chose, à l'utilité qu'on en attend, à l'idée qu'on en a, &c.
|
| MAUVE | (Hist. nat.) Voyez MONETTE.
MAUVE, malva, (Botan.) genre de plante à fleur monopétale, en forme de cloche ouverte, & profondement découpée. Il s'éleve du fond de cette fleur un tuyau pyramidal chargé le plus souvent d'étamines. Le pistil sort du calice ; il est attaché comme un clou à la partie postérieure de la fleur & au tuyau pyramidal ; & il devient dans la suite un fruit applati, arrondi, & quelquefois pointu : ce fruit est le plus souvent enveloppé du calice de la fleur, & composé de plusieurs capsules, qui sont si fortement adhérentes tout-au-tour de l'axe, que chaque strie du fruit reçoit une capsule, comme s'ils étoient articulés ensemble. Chaque capsule est remplie d'une semence semblable pour l'ordinaire à un rein. Ajoutez aux caracteres de la mauve que les feuilles sont découpées moins profondement que celles de l'alcée, & sont moins velues & moins blanches que celles de la guimauve. Tournefort, inst. rei herb. Voyez PLANTE.
On vient de lire les caracteres de ce genre de plante qui est très-étendu ; car Tournefort en compte 49 especes, au nombre desquelles il y en a trois d'usage en médecine. Nous ne devons pas oublier de les nommer ici, la mauve ordinaire, la petite mauve, & celle qu'on appelle la rose d'outremer, ou le frémier, malva rosea, dont nous ferons un article à part.
La mauve ordinaire est nommée par J. Bauhin, Tournefort & autres, malva vulgaris, flore majore, folio sinuato.
Sa racine est simple, blanche, peu fibreuse, plongée profondement dans la terre, d'une saveur douce & gluante. Il sort de la même racine plusieurs tiges hautes d'une à deux coudées, cylindriques, velues, remplies de moëlle, branchues, & à-peu-près de la grosseur du petit doigt. Ses feuilles sont arrondies, placées par intervalle sur les tiges, & portées sur des longues queues. Les feuilles du bas de la tige sont un peu découpées, & celles du haut le sont davantage. Elles sont d'un verd foncé, crenelées à leurs bords, couvertes d'un duvet court & que l'on apperçoit à peine.
Ses fleurs sortent des aisselles des feuilles, plusieurs en nombre, portées sur de longs pédicules, grêles & velus ; elles sont amples, d'une seule piece, en cloche évasée, partagées presque jusqu'au bas en cinq segmens de la figure d'un coeur, purpurines, rayées de lignes de couleur foncée, & quelquefois elles sont de couleur blanche.
Il sort du fond de la fleur un tuyau piramidal, chargé d'étamines purpurines, porté sur un double calice, dont l'intérieur est divisé en cinq parties, & marqué de cinq lignes saillantes.
Le calice extérieur est partagé en trois segmens. Il s'éleve du fond du calice un pistil attaché à la partie inférieure & au tuyau de la fleur, lequel se change ensuite en un fruit plat, orbiculaire, semblable à un bouton enveloppé du calice intérieur de la fleur.
Ce fruit est composé de plusieurs graines de figure de reins, environnées chacune d'une capsule propre, membraneuse, tellement attachée à un poinçon fongueux & cannelé, que chaque cannelure reçoit une capsule en maniere d'articulation.
Cette plante vient d'elle-même le long des haies & des chemins, dans les lieux incultes, & sur les décombres ; ses feuilles, ses fleurs & ses graines sont d'un très-grand usage.
La petite mauve est nommée par J. Bauhin & Tournefort, malva vulgaris, flore minore, folio rotundo. Toutes les parties de cette espece de mauve sont plus petites que celles de la précédente. Sa racine cependant n'est pas plongée moins profondement dans la terre, & on a peine à l'en arracher. Ses tiges sont plus grêles, plus foibles, plus panchées, plus menues & d'un duvet plus court ; la tige du milieu s'éleve & est souvent droite.
Ses feuilles sont plus petites, plus arrondies, & celles qui sont au sommet sont moins découpées ; d'ailleurs elles sont plus noirâtres, & en même tems couvertes d'un duvet cendré ; mais la principale différence consiste dans les fleurs, qui sont beaucoup plus petites & d'un pourpre blanchâtre, rayé de lignes purpurines.
Cette plante n'est pas moins fréquente que la précédente ; elle vient dans les mêmes endroits. On se sert en Médecine de l'une & de l'autre indifféremment. Le suc de la mauve est composé d'un sel essentiel ammoniacal, si bien uni à une quantité d'huile & de flegme, qu'ils forment ensemble un suc mucilagineux, qui est détruit par le feu dans l'analyse ; cependant, c'est de cette substance glutineuse que dépend la principale vertu de la mauve.
Cette plante étoit autrefois d'un grand usage parmi les alimens, & tenoit presque en fait d'herbage le premier rang sur les tables : on n'en fait point de cas aujourd'hui ; on la relegue chez les apothicaires ; & selon les apparences, notre nation ne sera pas la premiere à la ressusciter dans les cuisines. (D.J.)
MAUVE SAUVAGE, (Botan.) la mauve sauvage, ou alcée, alcea vulgaris, ne differe de la mauve & de la guimauve cultivées, que par la découpure de ses feuilles ; & c'est au défaut des deux autres plantes qu'on emploie celle-ci. Son suc est moins visqueux que celui de la mauve ordinaire.
MAUVE DES JUIFS, (Botan. exot.) c'est le nom vulgaire d'un genre de plante différent de celui de la mauve. Les botanistes appellent ce genre de plante corchorus, & on la caractérise sous ce mot, voyez donc CORCHORUS.
Ce genre de plante renferme quatre especes toutes étrangeres, que l'on ne voit que dans quelques jardins de curieux ; mais la principale est commune en Egypte & en Syrie, où elle sert en aliment, selon le rapport de Rauwolf dans ses voyages. (D.J.)
MAUVE, (Pharmacie & Mat. méd.) on emploie indifféremment en Médecine deux especes de mauve ; savoir, la mauve à grandes fleurs & à feuilles découpées, & la mauve à petites fleurs & à feuilles rondes.
Toutes les parties de la mauve sont d'usage en Médecine, & principalement les feuilles.
Cette plante étoit comptée autrefois parmi les alimens, les anciens en usoient très-fréquemment pour se rendre le ventre libre ; on ne la mange plus aujourd'hui, elle est même presque absolument inusitée en Médecine pour l'intérieur, à l'exception de la conserve qu'on prépare avec les fleurs, qui même n'est pas un remede fort employé.
On emploie les feuilles & les fleurs de mauve très-fréquemment dans les cataplasmes & dans les décoctions pour les lavemens & les fomentations. Cette plante est regardée comme éminemment émolliente, elle tient le premier rang parmi les plantes qu'on a appellées émollientes par excellence. Voyez EMOLLIENTES, plantes.
On se sert en effet avec succès à l'extérieur des décoctions de mauve, ou de l'herbe entiere réduite en pulpe, contre les tumeurs inflammatoires des parties extérieures, & même contre celles des visceres du bas-ventre, & principalement de la vessie. On applique très-communément les feuilles & les fleurs de mauve sous forme de cataplasme sur la région de ce viscere dans les ardeurs & les rétentions d'urine. Les auteurs de matiere médicale semblent avoir reconnu dans la mauve une vertu spécifique contre les maladies des voies urinaires ; car ils s'accordent assez à prescrire dans ce cas son suc, sa décoction, l'infusion de ses fleurs, un syrop préparé avec le suc de ses feuilles & de ses fleurs, une conserve préparée avec les mêmes fleurs, & même une eau distillée de toute la plante.
Tous ces remedes, à l'exception du dernier, peuvent être réellement utiles dans ces cas, mais ce ne sont ici que des propriétés communes à toutes les substances mucilagineuses. Voyez MUCILAGE.
La décoction de mauve donnée en lavement, relâche & ramollit très-utilement le ventre, calme les douleurs des intestins dans la dyssenterie, le tenesme, certaines coliques, &c. ce sont encore ici les propriétés génériques des substances mucilagineuses. Voyez MUCILAGE.
Cette partie vraiment médicamenteuse de la mauve, le mucilage, se détruit dans cette plante par le progrès de la végétation, ou plutôt passe des feuilles & des fleurs dans la semence. Les feuilles des mauves en graine ne contiennent plus qu'une substance acerbe styptique, dont un des principes est un acide assez développé pour se manifester par la couleur rouge qu'il produit dans ces feuilles. Il faut donc avoir attention de n'employer aux usages médicinaux que nous avons indiqués, que la mauve qui commence à donner des fleurs.
Les semences de mauve possedent à-peu-près les mêmes vertus que les feuilles & les fleurs, on les emploie cependant fort rarement aux mêmes usages ; elles entrent dans quelques compositions officinales, adoucissantes & pectorales, dans le syrop d'armoise, & le syrop de tortue, par exemple, & elles ne sont point des ingrédiens inutiles de ces préparations.
La conserve de fleurs de mauve est recommandée non-seulement dans les maladies des conduits urinaires, comme nous l'avons déja observé, mais encore dans les maladies de la poitrine. (b)
|
| MAUVESIN | (Géog.) ville démantelée de France en Armagnac, capitale du vicomté de Fezenzaguel. (D.J.)
|
| MAUVIETTE | (Hist. nat.) voyez ALOUETTE.
MAUVIETTES, s. f. (Chasse) ce sont de petits oiseaux qui ressemblent aux alouettes ; pour les manger, on les plume, mais on ne les vuide point, on appelle à Paris mauviettes les alouettes mêmes.
|
| MAUVIS | TRASTE, TOURET, CALENDROTTE, BOUSSEQUEUELONG, turdus iliacus, sive illas aut tilas, (Hist. nat.) oiseau qui est de la grosseur de la grive ou un peu plus petit. Il ne pese que deux onces & demie ; il a huit pouces de longueur, depuis la pointe du bec jusqu'à l'extrémité de la queue : les pattes sont aussi longues que la queue : le bec a un pouce de longueur, la piece de dessus est brune, & celle du dessous est en partie brune & en partie jaune ; la langue est dure & divisée en plusieurs filamens à son extrémité ; le dedans de la bouche est jaune, l'iris des yeux est de couleur de noisette obscure : les cuisses & les pattes sont d'une couleur de chair pâle. Le doigt extérieur tient au doigt du milieu à sa naissance. Toute la face supérieure de cet oiseau ressemble beaucoup à celle de la grive ordinaire. Les petites plumes qui recouvrent la face inférieure des ailes, & les côtés dessous les ailes sont de couleur orangée, & cette marque fait distinguer le mauvis de la grive, qui a du jaune au lieu d'orangé sur les plumes : le ventre & la poitrine sont blancs comme dans la litorne ; la gorge est jaunâtre avec des taches brunes qui sont au milieu de chaque plume. Il y a de pareilles taches sur les côtés du corps, mais toutes ces taches sont plus petites & en moindre nombre que dans la grive ordinaire, on voit au-dessus des yeux une longue tache ou bande d'un blanc jaunâtre, qui s'étend depuis les yeux jusque derriere la tête, chaque aile a dix-huit grandes plumes, comme dans toutes les autres especes de grives & dans presque tous les autres petits oiseaux ; elles sont d'une couleur châtain ou rousse plus foncée que le reste du plumage, mais les couleurs de ces plumes varient. Il y a des oiseaux de cette espece, dont le bord extérieur des grandes plumes est blanchâtre, d'autres ont ces mêmes plumes entierement brunes. La pointe de la seconde plume & des huit dernieres est blanche ; l'avant-derniere & la derniere des grandes plumes de l'aile a la pointe blanchâtre, de même que celle des dernieres plumes du premier rang qui recouvre les grandes, à commencer d'après la dixieme : la queue a trois pouces & demi de longueur, & elle est composée de douze plumes. On trouve dans l'estomac de cet oiseau des insectes, des limaçons, &c. Il est passager, comme la litorne ; ces deux especes d'oiseaux arrivent & partent dans les mêmes tems. Willughby, Ornith. Voyez OISEAU.
|
| MAVELAGONGUE | LA, ou MAWILGANGE, (Géogr.) autrement la riviere de Trinquilimale, riviere de l'île de Ceylan, coupée par des rochers & des chûtes d'eau, qui l'empêchent d'être navigable. (D.J.)
|
| MAVONDRE | (Hist. nat. Botan.) racine qui croît dans l'île de Madagascar ; elle est de la grosseur d'un oeuf de poule ; sa peau est amere, mais le dedans a le goût des marrons.
|
| MAWARALNAHAR | LE, (Géogr.) ce nom est arabe, & signifie au-delà du fleuve ou plutôt audelà du lac d'Aral, que nous nommons la mer bleue, mais il se prend en Géographie pour la Transoxane des anciens, c'est-à-dire pour le pays situé au-delà, ou, pour mieux parler, au nord & nord-est de l'Oxus, & à l'orient de la mer Caspienne. Nous appellons cette vaste contrée le pays des Usbecks, nation qui la possede aujourd'hui, & dont les princes prétendent tirer leur origine de Ginghiskan.
La partie de cette province la plus célebre dans les histoires orientales est la vaste campagne, appellée Sogd, de laquelle la Sogdiane des anciens a pris son nom. Elle a environ 40 de nos lieues en longueur, & 20 en largeur. Samarcande en est la capitale, mais on y compte plusieurs autres villes considérables : on y trouve aussi des mines d'or & d'argent.
La province de Mawaralnahar fut conquise par les Arabes dans les années de l'Hégire 87, 88 & 89. Ensuite elle tomba sous la puissance des Khowaresmiens, qui en jouirent jusqu'à Ginghiskan. Tamerlan en chassa les successeurs de ce conquérant ; & la postérité de Tamerlan en fut dépouillée par Schalbek, sultan des Usbecks, l'an 904 de l'Hégire.
Il faut lire ici d'Herbelot, ou la description de cette province, par Abulféda. (D.J.)
|
| MAX D'OR | (Comm.) monnoie d'or, qui a cours dans l'électorat de Baviere, & qui vaut 4 thalers ou écus d'empire, & 8 gros, c'est-à-dire environ 16 liv. 6 sols argent de France.
|
| MAXILLAIRE | adj. (Anatomie) se dit de quelques parties relatives aux mâchoires. Voyez MACHOIRE.
Les glandes maxillaires sont au nombre de deux, situées chacune à côté de la face interne de l'angle de la mâchoire inférieure. Il part de la partie postérieure interne de ces glandes un conduit, qu'on appelle conduit salivaire de Warthon, & conduit salivaire inférieur.
Ces conduits viennent gagner le frein de la langue, où ils se terminent par deux orifices séparés, & quelquefois par un seul commun. Voyez LANGUE & FREIN, &c.
L'artere maxillaire inférieure est cette branche de la carotide externe, qui se distribue aux glandes maxillaires, sublinguales, &c. Voyez CAROTIDE.
L'artere maxillaire externe est cette branche de la carotide externe qui passe antérieurement sur le milieu de la mâchoire inférieure à côté du menton, ce qui lui fait donner le nom d'artere mentonniere, elle monte sous la pointe du muscle triangulaire vers l'angle des levres où elle produit deux rameaux, dont l'un se distribue à la levre supérieure, & l'autre à la levre inférieure : ces rameaux vont après plusieurs contours s'anastomoser avec de semblables rameaux du côté opposé ; l'artere maxillaire va ensuite à côté des narines où elle jette quelques rameaux, & vient enfin gagner le grand angle où elle produit plusieurs rameaux qui se distribuent au muscle orbiculaire des paupieres, &c. l'un de ces rameaux se porte le long de la partie latérale interne de l'oeil, & va s'anastomoser avec une branche de la carotide interne ; on l'appelle dans ce trajet artere angulaire.
L'artere maxillaire interne vient de la carotide externe vis-à-vis le condyle de la mâchoire inférieure. Entre les petits rameaux qu'elle produit, elle se partage en trois rameaux principaux. Le premier va passer dans l'orbite par la fente sphéno-maxillaire, & s'appelle artere spheno-maxillaire, qui se distribue aux narines postérieures par le trou spheno-palatin, à la dure-mere par la fente sphénoïdale, où elle communique avec l'artere épineuse, à la mâchoire supérieure par le canal orbitaire, & communique à sa sortie par le trou orbitaire inférieur avec l'artere angulaire.
Le second rameau se glisse dans le canal de la mâchoire inférieure, se distribue aux dents, & vient communiquer à sa sortie par le trou mentonnier antérieur avec l'artere maxillaire externe.
Le troisieme rameau va gagner le trou épineux de la sphénoïde, & se distribuer à la dure-mere ; on l'appelle artere sphéno-épineuse, ou artere épineuse : elle prend quelquefois son origine au-dessous de la laringée, quelquefois du premier des trois rameaux de la maxillaire interne. Voyez LARINGEE.
Les nerfs maxillaires sont de six branches de la cinquieme paire auxquels on donne ce nom. Voyez NERF & TRIGEMEAUX.
Les os maxillaires ou les grands os de la mâchoire supérieure sont au nombre de deux, situés l'un à côté de l'autre à la partie antérieure & moyenne de la face.
On peut distinguer dans chacun de ces os, lorsqu'ils sont en situation cinq faces, une antérieure un peu latérale externe. On remarque 1° dans sa partie moyenne la fosse maxillaire : 2° vers son bord supérieur une portion inférieure & interne de l'arcade orbitaire, qui se termine à la partie latérale externe, à une apophyse appellée orbitaire ou apophyse malaire, à la partie latérale interne, à l'apophyse montante ou apophyse nasale au-dessous, & à la partie moyenne de cette arcade du trou orbitaire inférieur ou orifice antérieur du canal orbitaire : 3° son bord inférieur qui cache la face inférieure & qui est percé de plusieurs trous, nommés alvéoles ; c'est ce qui lui a fait donner le nom d'apophyse alvéolaire : 4° son bord latéral interne est divisé en deux par l'échancrure nasale à la partie supérieure de laquelle se trouve l'apophyse nasale, & à sa partie inférieure l'épine des narines située audessus de la partie latérale interne de l'arcade alvéolaire : 5° son bord latéral externe, c'est un petit arc compris entre la partie inférieure des apophyses malaire & alvéolaire.
La face supérieure est légerement concave, triangulaire, & forme la portion inférieure de l'orbite.
On remarque 1° à sa partie moyenne une fissure ou felure du dessus du canal orbitaire, cette fissure se termine presque à l'angle postérieur de cette face par une gouttiere, à l'extrémité de laquelle on a donné le nom de trou orbitaire postérieur. 2° Entre l'angle postérieur & l'apophyse malaire une échancrure. 3° Entre ce même angle & l'apophyse montante un bord échancré à sa partie antérieure pour recevoir l'os unguis.
La face postérieure est renfermée entre l'angle postérieur de la face supérieure, la partie postérieure de l'apophyse malaire, & l'extrémité postérieure de l'arcade alvéolaire.
On y remarque une grosse tuberosité percée de plusieurs trous.
La face inférieure est inégalement concave, & forme une portion de la voûte du palais.
On voit à sa partie latérale interne & antérieure un demi canal, qui, avec un pareil du côté opposé, forme le trou incisif.
La face latérale interne est inégalement concave, & forme une partie des fosses nasales.
On remarque 1° l'ouverture du sinus maxillaire, qui est une cavité creusée sous l'orbite dans l'épaisseur de l'os ; il a plus ou moins d'étendue, & il en a tant quelquefois, qu'il communique avec les fosses alvéolaires ; il communique avec les fosses nasales par des ouvertures qui sont beaucoup plus élevées que le fond du sinus, & sont situées à la partie postérieure du conduit lacrimal entre le cornet inférieur de l'os éthmoïde & celui du nez. 2° Une gouttiere ou portion du conduit nasal entre la partie antérieure de cette ouverture & la partie postérieure de l'apophyse montante. 3° Une échancrure à la partie inférieure de ce sinus pour recevoir l'os du palais, & sur cette échancrure postérieurement un petit trou pour recevoir la petite apophyse de la portion ptérigoïdienne de l'os du palais, & une demi gouttiere qui, avec celle de la face postérieure du plan vertical de l'os du palais, forme un des trous palatins postérieurs. 4° Une ligne taillante & transversale, située sur la partie inférieure de l'apophyse montante, & sur laquelle l'extrémité antérieure du cornet inférieur du nez est posée. 5° Une crête située à la partie latérale externe plus élevée à sa partie antérieure, & continue avec l'épine des narines. 6° Un trou situé à la partie latérale externe de la portion la plus élevée de la crête, & qui aboutit au demi-canal de la face inférieure.
Cet os est articulé avec tous les os de la mâchoire supérieure, avec l'os sphénoïde, l'éthmoïde & le coronal. Voyez SPHENOÏDE, &c. & nos Pl. d'Anat.
|
| MAXIMES | S. f. (Gram.) regle, principe, fondement de quelque art ou science.
MAXIME perfide, (Hist. mod.) se dit principalement d'une proposition avancée par quelques-uns du tems de Cromwel ; savoir, qu'il étoit permis de prendre les armes au nom du roi contre la personne même de sa majesté, & contre ses commissaires : cette maxime fut condamnée par un statut de la quatorzieme année du regne de Charles II c. iij.
MAXIMES, (Art. milit.) ce sont dans la fortification les regles ou les préceptes qui servent à la disposition & à l'arrangement des ouvrages qui lui appartiennent. Voyez les principales de ces maximes au mot FORTIFICATION.
MAXIME en Musique, adj. est le nom qu'on donne à une sorte de semi-ton qui fait la différence du semi-ton mineur au ton majeur, & dont le rapport est de 25 à 27. On appelle aussi dièse maxime, l'intervalle qui se trouve entre le si non tempéré & son dièse. Voyez DIESE. Enfin on appelle comma maxime, ou comma de Pythagore, celui dont le rapport est de 524288 à 531441. Voyez COMMA.
Maxime par rapport au tems, est une note faite en quarré long, avec une queue au côté droit, de cette maniere ; & qui vaut huit mesures à deux tems, c'est-à-dire, deux longues, & quelquefois trois, selon le mode. Voyez MODE. Cette sorte de note n'est plus d'usage depuis qu'on sépare les mesures par des barres, & qu'on marque avec des liaisons les tenues ou continuités de sons. Voyez BARRES, MESURES.
|
| MAXIMIACUM | (Géog.) endroit de la Franche-Comté, où S. Lautein, un des plus anciens moines du pays des Sequanois établit un monastere de 40 moines à la fin du v. siecle. Ce n'est ni Monay auprès de S. Lautein, ni Menay auprès d'Arbois, comme l'a cru dom Mabillon, parce que ces deux prieurés sont plus nouveaux. Seroit-ce Mesmay dans le bailliage de Quingey ? du-moins cette idée s'accorde avec le nom latin, qui a dû être Maximiacum, qu'on a d'abord écrit Maixmay, & ensuite Mesmay. (D.J.)
|
| MAXIMIANOPOLIS | (Géog. anc.) nom donné par les auteurs à plusieurs villes ; sçavoir, à une ville de la Palestine, à une ville épiscopale de la Pamphylie, à une ville de la Thrace dans la Médie, & à une ville d'Egypte dans la haute Thébaïde. (D.J.)
|
| MAXIMIN ST | Sancti Maximini Fanum, (Géog.) petite ville de France en Provence, au diocèse d'Aix. Il y a dans cette ville une église de Dominicains qu'on visitoit beaucoup autrefois, parce que ces religieux prétendent y posséder les reliques de sainte Marie-Magdelaine, & l'on juge bien qu'ils défendent cette idée avec beaucoup de chaleur ; mais la croyance des reliques s'évanouit à mesure que la religion s'éclaire. La ville de S. Maximin ne devient pas florissante. Elle est sur la riviere d'Argens, à 6 lieues S. E. d'Aix, 8. N. de Toulon, 170 S. E. de Paris. Long. 23. 42. lat. 43. 30. (D.J.)
|
| MAXIMUM | S. m. ou plus grand, en Mathématiques, (Géog.) marque l'état le plus grand où une quantité variable puisse parvenir, eu égard aux lois qui en déterminent la variation.
Le Maximum est par-là opposé au minimum. Voyez MINIMUM.
Méthode de maximis & de minimis. La méthode qui en porte le nom est employée par les Mathématiciens pour découvrir le point, le lieu ou le moment, où une quantité variable devient la plus grande, ou la plus petite qu'il est possible, eu égard à sa loi de variation.
Si les ordonnées d'une courbe croissent ou décroissent jusqu'à un certain terme, passé lequel elles commencent au contraire à décroître, ou croître ; les méthodes qui peuvent servir à déterminer les maxima & minima de ces ordonnées, c'est-à-dire, leur plus grands ou plus petits états, seront donc des méthodes de maximis & minimis. Or, lorsqu'il s'agit de déterminer les maxima & minima de quelque quantité que ce soit, qui croisse ou décroisse, jusqu'à un certain terme, on peut se représenter toujours ces quantités comme des ordonnées de courbe ; & ainsi les méthodes qu'on peut suivre dans tous les cas possibles, se reduisent à celles qui enseignent à déterminer les maxima & minima des ordonnées des courbes.
Supposons qu'il faille déterminer ce maximum ou minimum d'une quantité variable ou fluente quelconque, qui entre dans une équation donnée & a deux variables aussi quelconques ; la regle prescrit de trouver d'abord les fluxions, & de supposer ensuite = 0 la fluxion de la variable ou fluente, qui doit devenir un maximum. Par ce moyen on formera par-là une nouvelle équation en fluentes seulement, parce qu'elle ne contiendra d'abord qu'une seule fluxion, par laquelle on pourra la diviser ; & cette équation en fluentes étant combinée avec la proposée pour faire disparoître une de leur variable, donnera une résultante déterminée, d'où l'on tirera, selon qu'on le jugera à-propos, ou la position du maximum cherché, ou sa quantité. Eclaircissons cette méthode par deux exemples.
Nous supposerons dans le premier, qu'il s'agit de déterminer les plus grandes ou plus petites ordonnées d'une courbe algébrique. Puisque dans les courbes qui ont un maximum ou minimum, la tangente T M change enfin en D E, & devient parallele à l'axe. Pl. d'Anal. fig. 4 & 26. Il faut donc que dans le cas du maximum ou du minimum la soutangente P T devienne infinie. Mais cette soutangente P T = ; donc = , c'est-à-dire (au-moins y restant fini, ce qui fait le seul cas du maximum ou minimum proprement dit) que d x = par rapport à d y, ou bien que d y = 0 par rapport à d x. Nous prendrons donc l'équation des fluxions de la proposée, & négligeant tous les termes affectés de d y, que nous devons faire en effet = 0, nous diviserons les autres termes par la seule fluxion d x qu'ils contiendront, & nous ferons de plus ce quotient de cette division égal à zéro ; cela donnera une nouvelle équation fluente à comparer avec la proposée, pour en tirer au moyen de leurs réductions en une seule, une résultante en x ou en y seulement, selon qu'on l'aimera le mieux, laquelle servira à découvrir ou la valeur de x convenable au maximum ou minimum cherché, ou bien la valeur elle-même de ce maximum ou minimum ; sauf à employer, lorsque les circonstances indiqueront de le faire, des moyens abrégés au lieu de la réduction de deux équations en une seule.
Supposons en second lieu, qu'il faille couper une droite A B (fig. 6.) au point D, de maniere que le rectangle des deux parties A D & D B se trouve être le plus grand qu'il soit possible de construire de la sorte. Nous nommerons A B, a, A D, x ; B D sera donc a - x & A D x D B = a x - x x sera la quantité qui doit être un maximum ; sa différentielle ou sa fluxion doit donc être = 0 ; or si nous nommons y la quantité variable qui doit devenir un maximum, nous aurons en
De sorte qu'il n'y a, pour résoudre le problème, qu'à couper la ligne A B en deux parties égales ; donc le quarré de la moitié de A B est plus grand que tout le rectangle qu'on pourroit faire de deux autres parties quelconques de A B, lesquelles prises ensemble seroient égales à A B.
On trouve dans les Mém. de l'acad. des Sciences de Paris de 1706 un mémoire de M. Guisnée, qui contient plusieurs éclaircissemens sur cette méthode. Ce mémoire, qui peut être utile à certains égards, n'est pas exempt d'erreurs. Elles ont été relevées par M. Saurin, dans un mémoire imprimé en 1723.
La méthode de maximis & minimis est fondée sur un principe bien simple. Quand une quantité va d'abord en croissant, & ensuite en décroissant, sa différence est d'abord positive, & ensuite négative ; c'est le contraire si elle va d'abord en décroissant, & ensuite en croissant : or une quantité qui passe du positif au négatif, ou du négatif au positif, doit dans le passage être = 0 ou = à l'infini. Le passage par zéro est le plus ordinaire ; c'est pour cela que la regle la plus commune pour trouver les maxima & les minima, est de faire la différentielle = 0 ; mais il y a aussi des cas où il faut faire la différentielle = . Il est vrai que dans ces derniers cas il y a de plus un point de rebroussement à l'endroit du maximum ou du minimum. Voyez fig. 5. Ainsi on peut dire que les vrais points de maximum ou de minimum considérés comme des points simples & qui n'ont aucune autre propriété, sont ceux où d y = 0.
Cependant le cas de d y = 0 ne donne pas nécessairement un maximum ou un minimum ; car d y = 0 indique seulement que la tangente est parallele à l'axe, comme d y = indique seulement que la tangente est perpendiculaire à ce même axe. Or si le point où la tangente est parallele à l'axe, étoit un point d'inflexion, comme cela peut arriver dans plusieurs cas, alors il est aisé de voir que l'ordonnée passant par le point où d y = 0, ne seroit ni un maximum ni un minimum. Pour éclaircir ces difficultés, supposons = Z, & imaginons une nouvelle courbe qui ait Z pour ordonnée, & pour abscisses les abscisses X de la premiere. On remarquera que pour qu'il y ait un maximum ou un minimum au point où z = 0, il faut que les ordonnées z au-dessus & audessous de ce point, soient de différens signes ; c'est-à-dire que si on transporte en ce point l'origine des coordonnées, voyez COURBES & TRANSFORMATION DES AXES, & qu'on nomme les coordonnées nouvelles u & t, au lieu de x & z, il faut que l'équation en u & en t, soit telle que quand u est infiniment petite, soit positive, soit négative, on ait u m = A t n, m & u étant des nombres entiers positifs & impairs, voyez REBROUSSEMENT : or cela se peut reconnoître par la regle du parallélogramme de M. Newton. Voyez SERIE ou SUITE, RALLELOGRAMMEAMME.
Dans tout autre cas que celui des nombres m & n impairs, le point où z = 0 ne sera point un maximum : de plus pour distinguer si ce point donne un maximum ou un minimum, il n'y a qu'à voir si z est positif ou négatif avant d'être = 0. Dans le premier cas l'ordonnée sera un maximum ; elle sera un minimum dans le second : or le premier cas aura lieu si A est négatif, & le second s'il est positif.
Voilà pour le calcul de d y = 0. A l'égard du calcul de d y = , nous observerons d'abord que c'est une façon de parler très-impropre, que de faire une différentielle = , puisqu'une différentielle est une quantité infiniment petite, ou considérée comme telle. Voyez DIFFERENTIELLE. Ce n'est point d y qu'on fait = ; c'est le rapport de d y à d x ou z : or dans ce cas il faut que l'équation en u & en t, soit telle que quand u est infiniment petite, soit positive, soit négative, on ait u m = A t n, m exprimant un nombre négatif impair, & n un nombre positif impair. Voyez BRANCHE.
Nous ne faisons ici que donner l'esprit de la méthode. Ceux qui desireront un plus grand détail, peuvent recourir à l'analyse des courbes de M. Cramer, où cette matiere est bien traitée. Voyez le ch. xj. de cet ouvrage. Souvent au reste la nature du problème seul, sans aucune autre considération, indique si d y = 0, donne réellement au point de maximum ou de minimum, & si c'est le premier cas ou le second. Par exemple, si on propose de trouver un point dans un demi-cercle, tel que le produit des deux lignes menées de ce point aux extrémités du diametre, soit un maximum, on voit bien que la solution de ce problême donnera en effet un maximum, & de plus que ce sera un maximum, & non pas un minimum ; car la quantité qu'on cherche est évidemment égale à 0 à chacune des deux extrémités du diametre ; & cette quantité est toujours réelle entre ces deux extrémités, donc il y a un ou plusieurs points où elle est nécessairement dans la plus grande valeur possible : car cela doit arriver nécessairement à une quantité qui part de 0, & qui y retourne.
Il y a encore une attention à faire dans la recherche du maximum ou du minimum, c'est qu'après avoir trouvé l'équation en x, qui donne l'abscisse répondant au point cherché, il faut voir non-seulement si cette valeur de x est réelle, mais encore si étant substituée dans l'équation de la courbe, elle donne pour y une valeur réelle ; sans ces deux conditions, il n'y a point de vrai maximum ni minimum. Voyez ÉQUATION, ÉVANOUIR, IMAGINAIRE, RACINE, COURBE, &c.
Nous citons ici l'article ÉVANOUIR, parce qu'il fournit des méthodes sûres pour faire évanouir telle inconnue qu'on juge à-propos d'un certain nombre d'équations, & que par conséquent il sera très-utile dans cette recherche : car on a 1°. l'équation de la courbe en x & en y. 2°. L'équation du maximum aussi en x & en y. Je suppose dans cette équation a au lieu de x, & b au lieu de y, & par la comparaison des deux équations, on aura la valeur de a & celle de b par deux équations qui n'auront chacune que x ou y d'inconnues. 3°. On a de plus une équation entre x & z, en faisant = 0 dans l'équation différentielle de la courbe. Ensuite on a u = x - a, & y = z - b : ce qui donnera une nouvelle équation en u & en t, de laquelle on peut aussi faire évanouir a & b, si on le juge à propos. En un mot on combinera ces équations entr'elles, de la maniere qu'on jugera la plus facile & la plus expéditive pour parvenir à la solution du problême ; & l'article ÉVANOUIR, ainsi que toutes les remarques précédentes, fournissent pour cela différens moyens. (O)
|
| MAXON | (Hist. nat.) Voyez MUGE.
|
| MAY | (Géog.) île d'Ecosse, à l'embouchure du Forth. Elle a un bon havre ; on y trouve quantité de poisson, de gibier, & de gras pâturages. Ses rochers à l'est le rendent inaccessible. Long. 15. 22. lat. 56. 23. (D.J.)
|
| MAYAGUANA | (Géog.) petite île de l'Amérique septentrionale, & l'une des Lucayes, à douze lieues vers le nord-est des Caïcos. On lui donne 20 milles de cours, entre le sud-est & le nord-ouest. Long. 305. lat. septent. 22. 25. (D.J.)
|
| MAYENCE | L'ELECTORAT DE, (Géog.) il renferme une étendue plus considérable que l'archevêché. La plus grande partie de cet électorat est entre le Palatinat & Treves autour du Rhin, où sont Mayence, Bingen, & Hochst. Il comprend le Rhingaw, & la Bergstrasse. Il a dans le Palatinat Gersheim, & Sobreheim. Il a en Franconie le long du Mein une lisiere, en Thuringe Erfurt, capitale, l'Eisfeld ; enfin dans la Hesse, Fritzlar & Amonebourg. (D.J.)
MAYENCE, l'Archevêché de, (Géog.) pays d'Allemagne sur le Rhin, appartenant à l'archevêché de Mayence. Le pays qui comprend ce diocèse est fort bon. On le divise en deux parties ; celle qui est le long du Rhin s'appelle le Rhingaw, est fort peuplée & fertile en bons vins ; celle qui est du côté de la Franconie s'étend le long du Mein, & comprend les bailliages de Hochst, de Steinheim, & d'Aschaffembourg, le comté de Komgstein, & une partie de celui de Reineck : la maniere dont se fait l'élection de l'archevêque de Mayence, ses titres, ses prérogatives, ne sont pas des choses qui nous intéressent ici. (D.J.)
MAYENCE, (Géog.) ancienne & considérable ville d'Allemagne, dans le cercle du bas Rhin, capitale de l'archevêché & de l'électorat de ce nom, avec une université fondée en 1477, & un archevêché érigé en 747.
Serarius qui a beaucoup écrit sur cette ville, croit qu'elle a été fondée, ou du-moins considérablement aggrandie, dix ans avant la naissance de J. C. par Claudius-Drusus-Germanicus, beau-fils de l'empereur Auguste, & frere de Tibere. Il est certain que les Romains en firent une de leurs places d'armes, & que Drusus y séjourna long-tems.
Dans les écrits latins Mayence est nommée Magotia, Moguntia, Moguntiacum ; elle est appellée Mentz par les Allemands.
Quoique cette ville ne soit pas la plus féconde d'Allemagne en hommes de lettres, il y a néanmoins beaucoup d'apparence que l'invention de l'Imprimerie y a pris naissance. Serarius dit qu'on y conserve encore le premier essai de Guttemberg.
Mayence a joui assez long-tems de plusieurs grands privileges qui la rendoient florissante ; mais en 1462, Adolphe, comte de Nassau, s'en empara & lui ôta sa liberté, desorte que de ville impériale elle devint ville de province. Dans la suite des tems les Suédois, les Impériaux & les François s'en sont rendu maîtres plusieurs fois. Elle est à présent retournée sous la domination de ses archevêques, qui ont été déclarés par la bulle d'or, les premiers entre les électeurs ; foible consolation pour ses habitans !
Cette ville est à la vérité fortifiée, mais elle n'est pas en état de faire une longue défense, à cause des hauteurs qui la commandent. Elle est située sur la rive gauche du Rhin, vers l'endroit où ce fleuve reçoit le Mein, & où est un fort bâti par Gustave Adolphe, dont il porte le nom, & un pont de bateaux.
Sa distance est à 7 lieues N. O. de Worms, 6 S. E. de Francfort, 27 N. E. de Treves, 32 N. E. de Strasbourg, 30 S. E. de Cologne. Long. selon Cassini, 25. 51'. 30''. lat. 49. 54. (D.J.)
|
| MAYENNE | (Botan) plante exotique, autrement & mieux nommée mélongene. Voyez MELONGENE (Botan.) La mélongene, melongena, est placée par les Botanistes dans le genre des plantes à fleur monopétale, en forme de rosette, profondément découpée. Le pistil qui sort du calice est attaché au milieu de la fleur comme d'un clou, & devient dans la suite un fruit charnu & rempli de semences, semblables pour l'ordinaire à un rein. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE.
MAYENNE, (Géog.) Meduana juchelli, ville de France dans le Maine, avec titre de duché-pairie, érigé en 1573 en faveur de Charles de Lorraine. Elle est sur le Maine, à 15 lieues N. O. du Mans, 17 N. E. de Rennes, 22 N. d'Angers, 52 S. O. de Paris. Long. 17. lat. 48. 18. (D.J.)
|
| MAYEQUES | S. m. pl. (Hist. mod.) c'est ainsi que l'on nommoit chez les Mexicains un ordre d'hommes tributaires, à qui il n'étoit point permis de posséder de terres en propre, ils ne pouvoient que les tenir en rentes ; il ne leur étoit point permis de quitter une terre pour en prendre une autre, ni de jamais abandonner celle qu'ils labouroient. Les seigneurs avoient sur eux la jurisdiction civile & criminelle, ils ne servoient à la guerre que dans les nécessités pressantes, parce que les Mexicains savoient que la guerre ne doit point faire perdre de vûe l'agriculture.
|
| MAYEUR | (Jurisprud.) signifie dans quelques provinces ce qu'on appelle ailleurs maire. Voyez MAIRE.
|
| MAY | ou MAY, (Géog.) comté d'Irlande, dans la province de Connaught. Il est borné à l'est par le comté de Roscommon, à l'ouest & au nord par l'Océan occidental, & au sud par le comté de Galloway. Ce comté a 58 milles de long & 44 de large. Il abonde en bestiaux, en bêtes fauves, & en miel. May, situé sur la riviere de May, en est le chef-lieu, à 25 lieues de Dublin. Long. 7. 55. lat. 53. 40. (D.J.)
MAYO, île, ou L'ILE DE MAY, (Géogr.) l'une des îles du Cap-verd, au midi occidental de l'île de Bonneville, & à l'orient de celle de San-Iago. Mayo n'a environ que 7 lieues de circonférence. Elle est reconnue de loin par deux montagnes d'une hauteur considérable, & elle est renommée par sa vaste saline, où les vaisseaux de diverses nations, sur-tout des Anglois, vont charger du sel, qui ne coûte que la voiture, depuis la saline distante d'un demi-mille jusqu'au bord de la mer. Long. 356. 10. lat. septent. 15. 10. (D.J.)
|
| MAYONQUE | (Géog.) volcan de l'île de Luçon, l'une des Philippines, qui jette presque continuellement des flammes. (D.J.)
|
| MAYOTTE | ILE, (Geog.) Mayota insula, c'est la plus méridionale des îles Comorres. Elle est située, selon M. Delisle, dans le canal de Mozambique.
|
| MAZA | S. m. (Médecine) espece de pain d'orge, fait avec de la farine d'orge grillé, humectée de quelque liquide ; c'étoit la nourriture du petit peuple, qui le mangeoit crud avec le defrutum ou le miel ; le liquide étoit l'oxymel, l'hydromel, le posea ou l'eau. Hippocrate regarde le maza comme humectant, & conseille d'en user au printems plûtôt que du froment, comme plus doux & moins nourrissant.
|
| MAZAGAN | (Géog.) Mazacanum, place forte d'Afrique, sur la frontiere de la province de Duquéla, au royaume de Maroc. Elle a été fortifiée par les Portugais à qui elle appartient. L'Océan la ferme d'un côté, & elle a de l'autre un fossé large & profond, dont l'eau monte avec celle de la mer. Long. 9. 50. lat. 33. 5. (D.J.)
|
| MAZANDÉRA | ou MAZANDRAN, (Géog.) ville de Perse, qui a donné son nom à une province située au midi de la mer Caspienne. Voyez sur cette province les Voyages d'Oléarius & de Pietro della Valle, car ils l'étendent & la bornent un peu différemment. Long. de la capitale, 68. 30. lat. 39. 45. (D.J.)
|
| MAZANGRAN | (Géog.) ville d'Afrique, dans la province de Trémecen, à une demi-lieue de la mer, & à 13 lieues d'Oran, vers le levant. Long. selon Ptolomée, 30. 30. lat. 33. 45. (D.J.)
|
| MAZANOMON | S. m. (Litt.) le mazanomon, chez les Romains, étoit originairement un grand rond de bois, sur lequel on mettoit des gâteaux, maza. Ensuite ce mot fut employé pour signifier un grand plat, un grand bassin où l'on présentoit plusieurs sortes de viandes. Horace, en décrivant le repas que l'avare Nasidienus s'avisa de donner à Mécene, repas dont les viandes étoient ou gâtées, ou mal choisies, ou mal apprêtées, dit :
Deinde sequuti
Mazonomo pueri magno discerpta ferentes
Membra gruis, sparsae sale multo non sine farre.
" Ensuite deux valets nous servirent un grand bassin, où il y avoit une grue dépecée, & bien saupoudrée de sel & de farine, &c. " (D.J.)
|
| MAZARA | VAL DE, (Géog.) grande contrée de la Sicile, dont elle occupe la partie occidentale. Elle est baignée de tous côtés par la mer, excepté à l'orient, & elle est coupée par diverses rivieres. Leander a donné une description fort détaillée de cette vallée. (D.J.)
MAZARA, (Géog.) ancienne ville de Sicile, capitale du val de Mazara, sur la côte occidentale de l'île, à l'embouchure de la riviere du même nom. Elle fut bâtie des ruines de Sélunte, si l'on en croit Volteranus, & donna son nom à toute la vallée. Son territoire est également étendu & fertile. Elle est située à 10 lieues S. de Trapani, 22 S. O. de Palerme ; son évêché est suffragant de cette derniere ville. Long. 30. 14. lat. 37. 42. (D.J.)
|
| MAZARIKAN | (Hist. nat. Bot.) plante des Indes orientales, dont la fleur est verte comme la plante qui la produit.
|
| MAZARINO | (Géog.) petit ville de Sicile, dans le val de Noto, près de la riviere de la terra-nova. Quelques-uns ont imaginé que c'est l'ancienne Mactorium, dont parle Hérodote, liv. VII. ch. cliij. mais ce qui est plus sûr & moins important, c'est qu'elle a donné son nom à la famille dont étoit le cardinal Mazarin. Long. 32. 46. lat. 36. 51. (D.J.)
|
| MAZÈRES | (Géog.) en latin castrum Mazeris, petite ville de France dans le comté de Foix ; les comtes de Foix y avoient anciennement un château où ils faisoient leur résidence. Long. 19. 17. lat. 43. 15. (D.J.)
|
| MAZETTE | S. f. (Maréchal.) on appelle ainsi un cheval ruiné qu'on ne sauroit faire aller, ni avec le fouet, ni avec l'éperon.
|
| MAZICE | ou MAZICI, (Géog. anc.) peuples de la Mauritanie Césariense, dont parlent Ptolomée & Ammien-Marcellin. (D.J.)
|
| MAZIL | (Hist. mod.) nom que les Turcs donnent aux princes qui leur sont tributaires lorsqu'ils sont dépossédés de leurs états.
|
| MAZOVIE | ou MASSAW, ou MASSUREN, (Géog.) en latin Mazovia, province considérable de Pologne dans la haute Pologne. Elle confine au nord avec la Prusse, à l'orient avec la Lithuanie, au midi avec la petite Pologne, & au couchant avec la grande Pologne. Elle est divisée en quatre parties, qui sont les palatinats de Mazovie, de Plosko, de Podlachie, & le territoire de Dobrzin. La Vistule sépare cette province en deux, & y reçoit les rivieres de Buck & de Naren.
La Mazovie a pris son nom de Masos, échanson de Miecislas II. roi de Pologne, qui s'empara d'une partie de la province, & qui en fut ensuite dépouillé vers l'an 1040.
Le palatinat propre de Mazovie est gouverné par un palatin qui a sous lui sept castellans.
Pour le spirituel, la Mazovie est régie par les évêques de Posnanie, de Plocko & de Lucko.
Cette province est divisée en douze territoires ; Varsovie en est la capitale.
|
| MAZULA | (Géog. anc.) ou MAXULA, comme écrit Pline ; ville dans l'Afrique propre. Ptolomée y compte deux villes de ce nom ; l'une sur la côte, à laquelle il donne le titre de colonie, & l'autre un peu dans les terres (D.J.)
|
| MAZULIT | S. m. (Marine) chaloupe des Indes dont les bordages sont cousus avec du fil d'herbes, & dont les calfatages sont de mousse.
|
| ME HERCULES | (Hist. anc.) jurement des hommes par Hercule : me Hercules, est la même chose que ita me Hercules juvet. Les femmes ne juroient point par Hercule ; ce dieu ne leur étoit point propice ; une femme lui avoit refusé un verre d'eau, lorsqu'il avoit soif ; les artifices d'une femme lui coûterent la vie ; c'étoit le dieu de la force, & les femmes sont foibles. On fit dans les premiers siecles de l'Eglise un crime aux Chrétiens de jurer par Hercule.
|
| MÉAC | ou MIACO, (Géog.) grande & célebre ville impériale dans l'île ou presqu'île de Niphon au Japon, dont elle étoit autrefois la capitale. Le dairi, c'est-à-dire l'empereur ecclésiastique, y fait sa résidence avec une ombre d'autorité religieuse, pour le consoler de la véritable, dont l'empereur séculier l'a dépouillé.
Méaco est le grand magasin de toutes les manufactures du Japon, & la principale ville de commerce. Elle est bâtie régulierement, & toutes ses rues sont coupées en angles droits. On y trouve toutes les marchandises les plus riches & les plus précieuses. On y comptoit en 1675, par un dénombrement fait du peuple distingué par religions, plus de six mille ames. Kempfer vous donnera toute la description de cette ville ; c'est cet habile & fidele voyageur qu'il faut ici consulter. Le P. Riccioli établit une double position de Méaco, savoir, long. 156d 24'. ou 157. 23. lat. 35. 45. ou 36. (D.J.)
|
| MÉAGE | S. m. (Commerce) On appelle droit de méage dans quelques villes de Bretagne, un droit qu'on paie à l'entrée desdites villes, & qui fait une partie de leurs deniers communs & patrimoniaux. Le méage qui se paie à Nantes est de deux sols par muid de sel, de blé, de vin, &c. passant par la ville, tant montant que baissant. Dictionn. de Comm. (G)
|
| MEAN | S. m. (Salines) cinquieme reservoir d'un marais salant. Il a environ vingt-deux piés de large, & il est coupé d'espace en espace par de petites chaussées.
|
| MÉANDRE | LE, (Géogr. anc.) en latin Maeander, riviere d'Asie dans l'Ionie, fameuse chez les anciens par la quantité de tours & de détours qu'elle fait avant que d'arriver à son embouchure. Le nom moderne est le Madre, voyez MADRE.
Pline, liv. V. ch. xxix. dit que le Méandre baigne quantité de villes, se charge de beaucoup de rivieres, arrose les campagnes d'un limon qui y porte la fertilité, & se jette dans la mer à dix stades de Milet. Il ajoute qu'il a tant de détours dans sa course, qu'il semble remonter vers le pays d'où il vient.
Mais nous n'avons rien de plus joli ni de plus poétique à ce sujet, que la peinture qu'en a fait Ovide dans ses métamorphoses, l. VIII. v. 163 & suivans.
Non secus ac liquidus, Phrygiis Maeandris in arvis
Ludit, & ambiguo lapsu refluitque, fluitque,
Decurrens que sibi venturas aspicit undas,
Et nunc ad fontes, nunc in mare versus apertum
Incertas exercet aquas.
Voici la traduction de Thomas Corneille.
Ainsi, comme incertain du chemin qu'il faut prendre,
Serpente avec ses eaux le sinueux Méandre.
On diroit, à le voir descendre & retourner,
Qu'au-devant de lui-même il cherche à les mener.
A peine a-t-il coulé vers la mer qui l'appelle,
Qu'amoureux de sa source, il remonte vers elle ;
Et rompt en tant de lieux son cours mal assuré,
Qu'il semble en tournoyant qu'il se soit égaré.
Plutarque, dans son livre des rivieres, parle des sinuosités du Méandre comme d'une chose unique ; mais il se trompe : M. de Tournefort nous assure au contraire qu'il s'en faut bien que les contours du Méandre approchent de ceux que la Seine fait audessous de Paris. (D.J.)
|
| MÉANDRITE | S. f. (Hist. nat. Minéralog.) c'est le nom que quelques naturalistes donnent à une espece de madrépore fossile, plus connue sous le nom de cerveau de Neptune. C'est un corps d'une forme orbiculaire, dont la surface est remplie de sillons tortueux qui lui donnent le coup-d'oeil d'un méandre ou labyrinthe, ou plûtôt celui des vagues ou des ondulations. Les Naturalistes en ont distingué plusieurs especes, suivant les différences qu'ils ont remarquées dans les sillons que l'on voit à leur surface. Comme on a toujours cherché à multiplier les noms dans l'Histoire naturelle, on en a donné un grand nombre au corps dont nous parlons, empruntés des ressemblances qu'on y trouvoit ou qu'on croyoit y trouver. C'est ainsi qu'on l'a nommé cerebrites, erotylus, placenta coralloïdea, coralloïde, unduletus, kymatites, &c.
|
| MÉAO | (Géogr.) petite île de la mer des Indes, entre les Moluques, au couchant de Ternate, avec un bon havre. Le clou de girofle n'y réussissoit pas moins qu'aux Molucques. Long. 144. 40. lat. 1. 12.
|
| MÉATES | Maeatae, (Géogr. anc.) ancien peuple de l'île de la grande-Bretagne, dont Zonare & Dion Cassius font mention dans la vie de Severe. Ils étoient auprès du mur qui coupoit l'île en deux parties. Cambden pense que c'est le Northumberland.
|
| MEAUX | (Géog.) ancienne ville de France, capitale de la Brie, avec un évêché suffragant de Paris. Le choeur de la cathédrale passe pour un chef-d'oeuvre.
L'ancien nom latin de Meaux est Gatimum, que Ptolomée place sous le peuple Meldae. Elle a eu le sort de quantité d'autres villes qui ont quitté leur vrai nom pour prendre celui de leur peuple. On a dit avec le tems, Meldarum ou Meldorum urbs, & enfin Meldi ou Meldae.
Le territoire de Meaux étoit d'abord de la Belgique, ensuite de la Gaule lyonnoise, enfin il appartint à la province de Sens, qui a été la métropole de Meaux jusqu'à la fin de l'année 1622, que Paris fut érigé en métropole.
Cette ville avoit une grande considération sous la premiere race des rois de France, & devint la premiere où le Calvinisme prit faveur, & par conséquent une de celles qui a le plus souffert des tristes guerres sacrées.
Elle est dans un pays fertile en blé, en prairies & en bétail ; sur la Marne, à 4 lieues N. O. de Coulomiers, 7 N. O. de Rozay, 8 S. E. de Senlis, 10 N. E. de Paris. Long. selon Cassini, 20d. 24'. 45''. lat. 48. 57'. 36''. (D.J.)
|
| MÉCAXOCHITL | S. m. (Hist. des drogues) petit poivre long d'Amérique, que les habitans du pays mettent dans leur chocolat. Le chevalier Hans-Sloane l'appelle en latin piper longum, humilius, fructu ex summitate caulis propendente. Il croît dans la nouvelle Espagne, & l'on n'en trouve que chez des droguistes curieux.
Hernandez décrit la plante qui le porte comme étant une plante sarmenteuse longue de deux empans, à feuilles larges, grasses, arrondies, odoriférantes & acrimonieuses au goût. Ses tiges sont rondes, lisses & entortillées ; il en part des pédicules unis qui rampent sur terre : à l'origine de chaque feuille sortent des racines fibreuses & filamenteuses. Le fruit ressemble beaucoup à du poivre-long. (D.J.)
|
| MÉCELLAT | (Géog.) petite province d'Afrique sur la côte de la Méditerranée, à 12 lieues E. de Tripoli ; sa capitale est, selon les apparences, la Macomada d'Antonin, autrefois le siége d'un évêché, & maintenant un village. (D.J.)
|
| MÉCHANCETÉ | S. f. & MÉCHANT, adj. (Morale) nouveau terme fait pour notre nation en particulier, & qu'il faut définir. C'est une espece de médisance débitée avec agrément & dans le goût du bon ton. Il ne suffit pas de nuire, il faut sur-tout amuser, sans quoi le discours le plus méchant retombe plus sur son auteur que sur celui qui en est le sujet.
La méchanceté dans ce goût, dit l'auteur des moeurs, se trouve aujourd'hui l'ame de certaines sociétés de notre pays, & a cessé d'être odieuse sans perdre son nom : c'est même une mode ; cependant les éminentes qualités n'auroient pû jadis la faire pardonner, parce qu'elles ne peuvent jamais rendre autant à la société que la méchanceté lui fait perdre ; puisqu'elle en sappe les fondemens, & qu'elle est par-là, sinon l'assemblage, du-moins le résultat des vices. Aujourd'hui la méchanceté est réduite en art : elle tient communément lieu de mérite à ceux qui n'en ont point d'autre, & souvent leur donne de la considération dans plusieurs coteries. Les petits méchans subalternes se signalent ordinairement sur les étrangers que le hasard leur adresse, comme on sacrifioit autrefois dans quelques contrées ceux que leur mauvais sort y faisoient aborder. Les méchans du haut étage s'en tiennent à leurs compatriotes, & les sacrifient impitoyablement au moindre trait heureux qui se présente à leur esprit & qui peut porter coup. C'est ainsi qu'en un seul jour ils flétrissent la réputation de plusieurs personnes, qui n'ont d'autre tort que d'en être connues. La vertu tremble à leur aspect, & la médisance leur prête ses couleurs les plus odieuses ; mais qu'ils sachent qu'à l'instant qu'ils amusent, leur méchanceté les fait détester des honnêtes gens. Tout le monde devroit encore s'accorder à les tourner en ridicule. Je ne crois pas qu'en général les François soient nés avec ce caractere de méchanceté qu'on leur reproche ; naturellement touchés de la vertu, ils la respecteroient si l'exemple & la coutume n'étoient les tyrans de tous leurs usages. (D.J.)
|
| MECHANEUS | (Mytholog.) surnom de Jupiter ; il signifie celui qui bénit les entreprises des hommes, du verbe , j'entreprens. Il y avoit à Argos au milieu de la ville, un cippe de bronze d'une grandeur médiocre, qui soutenoit la statue de Jupiter méchanéen. Ce fut devant cette statue que les Argiens, avant que d'aller au siége de Troie, s'engagerent tous par serment à périr plûtôt que d'abandonner leur entreprise. (D.J.)
|
| MÉCHANICIEN | S. m. (Médec.) on appelle de ce nom ceux d'entre les médecins modernes qui, après la découverte de la circulation du sang, & l'établissement de la philosophie de Descartes, ayant sécoué le joug de l'autorité, ont adopté la méthode des géometres dans les recherches qu'ils ont faites sur tout ce qui a rapport à l'oeconomie animale, en tant qu'ils l'ont regardée comme une production de mouvemens de différente espece, soumis à toutes les lois de la méchanique, selon lesquelles se font toutes les opérations des corps dans la nature.
Dans cette idée, le corps animal, par conséquent le corps humain, est considéré comme une véritable machine ; c'est-à-dire, comme un corps composé, dont les parties sont d'une telle sorte de matiere, de figure & de structure, que par leur connexion, elles sont susceptibles de produire des effets déterminés pour une fin préétablie.
Les Méchaniciens ont vu dans cette machine animée, des soutiens ou appuis, dans les piés qui servent à porter tout le corps ; des colonnes ou piliers, dans les jambes qui peuvent le soutenir dans une situation perpendiculaire ; des voûtes, dans l'assemblage des os de la tête ; de la poitrine, des poutres, dans la position des côtes ; des coins, dans la figure des dents ; des leviers, dans l'usage des os longs ; des puissances appliquées à ces leviers, dans le jeu des muscles ; des poulies de renvoi, dans la destination des anneaux cartilagineux des grands angles des yeux ; des forces de pressoir, dans l'action de l'estomac sur les alimens ; le méchanisme des soufflets, dans celui de la respiration ; l'action d'un piston, dans celle du coeur ; l'effet des cribles, des filtres, dans la surface des vaisseaux, qui distribuent les fluides à-travers les orifices des vaisseaux plus petits & de genre différent, dont elles sont percées ; des reservoirs, dans la vessie urinaire, dans la vésicule du fiel ; enfin des canaux de différens calibres, dans les différens conduits qui contiennent des fluides, qui ont un cours ; ce qui particulierement a fait regarder le corps animal, comme une véritable machine hydraulique, dont les effets sont produits, renouvellés, conservés par des forces semblables à celles du coin, du ressort, de l'équilibre, de la pompe, &c.
De ces considérations introduites dans la théorie de la Médécine, il s'ensuivit qu'elle parut avoir pris une face entierement nouvelle, un langage absolument différent de celui qui avoit été tenu jusqu'alors. Quelques idées chimiques se joignirent d'abord à ces nouveaux principes. Pour trouver une puissance motrice dans la machine construite, on eut recours à la matiere subtile, à des fermens pour produire des expansions, des ébullitions, des effervescences dans les fluides, qui pussent être des causes d'impulsion, de mouvement progressif, propres à retenir, selon les lois méchaniques, hydrauliques, la circulation, le cours de la masse des humeurs distribuées dans leurs différens canaux.
Mais l'hypothese de Descartes & de ses sectateurs sur le principe du mouvement circulatoire, ayant été combattue & détruite par Lower, cet auteur y en substitua une autre, qui fut adopté par Baglivi, & qui a eu beaucoup de partisans ; dans laquelle il établissoit une réciprocation d'action systaltique & diastaltique entre les fibres élastiques de la substance du coeur, & celles des membranes du cerveau : mais comme dans une machine susceptible de résistances, de frottemens entre les parties qui la composent, l'équilibre & le repos succéderoient nécessairement bientôt à un pareil principe de mouvement, & que d'ailleurs l'expérience anatomique a appris que le coeur peut continuer à avoir du mouvement indépendamment du cerveau, cette opinion de Lower a resté sans fondement : on a cru pouvoir y suppléer par l'influence du fluide nerveux attiré dans les fibres du coeur par l'action stimulante, irritante du seul volume du sang, en tant qu'il dilate, qu'il force les parois de cet organe musculeux.
Mais dans ce système, qui est celui de Vieussens, & qui a été long-tems celui de l'école de Montpellier, la cause premiere de cette influence du fluide nerveux, quelque modification qu'on lui suppose, restant inconnue, & toutes les explications physiques & méchaniques que l'on en a données, paroissant insuffisantes, les Stahliens & tous les médecins autocratiques ont prétendu qu'elle devoit être attribuée à une puissance intelligente, selon eux, la nature qui n'est pas différente de l'ame même, sans avoir égard à ce que le coeur séparé du corps est encore susceptible de mouvemens contractiles, répétés ; mais comme ce prétendu principe moteur ne s'accorde point avec les faits, les observations, on en est venu à faire convenir Stahl même, que la recherche des causes du mouvement automatique dans le corps humain, est une recherche stérile, en même tems que l'on a avoué que les ressorts du méchanisme ne peuvent en fournir le principe, qu'il semble que l'on ne peut trouver qu'en le cherchant dans une cause physique, telle que l'irritabilité, cette qualité mobile de la matiere animée, sur laquelle on a des observations incontestables, & dont les principaux organes de la circulation paroissent particulierement doués, de maniere qu'il paroît propre à concilier tous les phénomenes ; mais une qualité de cette nature supposeroit toujours une premiere cause qui nous est inconnue. Voyez IRRITABILITE.
Cependant, dit Boerhaave (comment. in propr. instit. § 40.) si les différentes parties du corps animal ont réellement du rapport avec les instrumens méchaniques, tels que ceux qui ont été mentionnés ci-devant, elles ne peuvent être mises en action, que selon les mêmes lois de mouvement, qui conviennent à ces instrumens ; car toutes les forces des organes consistent dans leurs mouvemens, & ces mouvemens, par quelque cause qu'ils soient produits, ne peuvent se faire que selon les lois générales de la méchanique, quoique ces causes soient inconnues ; parce que ce n'est pas des causes dont il s'agit à cet égard, mais d'effets qui ne peuvent qu'être soumis à ces lois.
Combien ne se fait-il pas de mouvemens dans la nature qui sont très-grands, très-multipliés, mais dont nous ignorons les causes ? cependant ces mouvemens se font selon les lois communes à tout ce qui est matiere. Quoiqu'on ne connoisse pas la cause du magnétisme, on ne laisse pas d'observer que ses effets s'operent d'une maniere fixe & invariable, que l'on peut saisir, & qui étant bien connue, sert de regle dans l'application que l'on peut en faire pour multiplier les phénomenes, les expériences.
Il en est de même du corps humain ; il produit des effets dont les causes sont très-obscures : mais après tout, ces effets se réduisent à mettre en mouvement des fluides dans des vaisseaux qui reçoivent & distribuent, comme des pompes foulantes, à élever des poids par le moyen de corde mises en jeu, &c. ce qui ne fait que des opérations semblables à celles qui se font par des causes purement méchaniques ; ces opérations sont soumises aux mêmes lois du mouvement qui leur sont communes avec tous les corps.
Les élémens des fluides sont des molécules solides ; s'ils sont mis en mouvement, ce ne peut être que d'après les mêmes lois qui reglent les mouvemens de tous les solides ; & l'action d'un fluide quelconque, considéré par rapport à sa masse, est la somme du mouvement de chacune des particules qui la forment.
Mais quoiqu'on ne puisse pas disconvenir que ces lois générales sont observées dans tous les mouvemens de l'oeconomie animale, elles ne sont pas les seules qui en déterminent la regle. Les vaisseaux du corps humain ne sont pas des corps fermes, d'une résistance invincible, comme les canaux des machines inanimées : ceux-là sont composés de parties flexibles, élastiques, susceptibles d'allongement, d'extension, de raccourcissement, de contraction alternatives. Nos fluides ne sont pas un liquide pur, homogene, comme est censé l'être le fluide des machines hydrauliques ; ils sont composés d'un mélange d'eau, de sel, d'huile & de terre, qui sont des parties susceptibles de s'attirer, de se repousser sensiblement entr'elles, selon les différens degrés d'affinité, de force, de cohésion dont elles sont douées les unes par rapport aux autres ; ensorte que comme les fluides du corps humain sont en conséquence assujettis à des lois qui leur sont propres, outre celles qui leur sont communes avec les fluides en général, dont ils s'éloignent à proportion de la différence qu'il y a entre l'eau & nos liqueurs ; de même nos vaisseaux sont soumis à d'autres lois qu'à celles qui conviennent à des canaux inflexibles, dans lesquels sont tenus des fluides incompressibles.
Ainsi, il est des phénomenes dans le corps humain dont on ne peut point rendre raison par les seuls principes méchaniques, hydrauliques ou hydraustatiques : ainsi, il n'est pas étonnant que l'événement n'ait pas répondu à l'attente de ceux qui croyoient pouvoir regarder toutes les opérations de l'oeconomie animale, au moins à l'égard des fonctions vitales, comme les simples effets d'une machine hydraulique ; parce que le corps humain est une machine d'un genre bien différent, en tant qu'elle est susceptible de mouvemens accidentels, dépendans de la volonté, & que le principe de ces mouvemens, ainsi que la plûpart de ceux que l'on observe dans l'oeconomie animale, paroît n'avoir rien de commun avec celui des mouvemens que l'on observe dans les machines inanimées.
Donc, quoique le corps humain ait plusieurs rapports qui lui sont communs avec les autres corps, dans la nature, il ne s'ensuit pas moins qu'il faut distinguer ce qu'il a de propre & de relatif à des lois particulieres, qu'on ne peut saisir que d'après l'observation des phénomenes de l'oeconomie animale, dans l'état de santé & dans celui de maladie ; ensorte qu'on ne peut user de trop de précaution pour faire une juste application des principes de la simple méchanique, à la physique du corps humain, pour éviter de tomber dans les erreurs où sont tombés la plûpart des médecins méchaniciens de ce siecle, qui ayant voulu ne considérer l'homme que comme un être corporel, relativement à sa qualité d'animal, ont cru très-mal-à-propos trouver l'exemple du véritable mouvement perpétuel dans la disposition physique & méchanique de ses parties, comme dans la colombe de Roger Bacon ; d'où ils croyoient pouvoir déduire la cause & les effets de tous leurs mouvemens, de toutes leurs actions.
Mais, comme on y trouve un assemblage de causes, plutôt qu'une cause unique, leur concours ne nous permet pas d'apprécier séparément leurs produits ; toutes se contrebalancent & se combattent les unes les autres ; elles déguisent réciproquement la part qu'elles ont aux différentes actions : c'est ce qui rend si difficile de connoître, d'apprécier, d'estimer les poids & mesures de la nature, & de les exprimer par des nombres.
Cependant, dit l'illustre M. de Senac, dans sa préface de son traité du coeur, dont nous extrairons ici quelques réflexions sur l'abus de l'application de la méchanique à la théorie de la Médecine, tout a été soumis au calcul ; la manie de calculer est devenue parmi la plupart des médecins éclairés de ce siecle, une maladie épidémique : la raison & les égaremens sont des remedes inutiles. On a calculé la quantité du sang, le nombre des vaisseaux capillaires, leurs diametres, leur capacité, la force du coeur & de la circulation, l'écoulement de la bile, le jet de l'urine ; on a poussé l'extravagance si loin en ce genre, qu'on a entrepris de fixer les doses des remedes par les ordonnées d'une courbe, dont les divers segmens représentent la durée de la vie humaine ; c'est ainsi qu'on ne peut éviter de donner dans le ridicule, lorsqu'on veut traiter avec un esprit géométrique, des matieres qui n'en sont pas susceptibles ; c'est ainsi que les uns élevent la force du coeur jusqu'à celle d'un poids de trois millions de livres, tandis que d'autres la réduisent à la force d'un poids de huit onces.
Croiroit-on, continue notre auteur, que des physiciens célebres, tels que Borelli & Keill, que des physiciens guidés par les principes d'une science qui porte avec elle la lumiere & la certitude, ayent vu dans ces principes des conséquences si opposées ? Ce ne sont pas en général les calculs qui sont faux, ils ne pechent que parce qu'ils ne sont appuyés que sur de fausses suppositions.
Ces écrivains, par leurs erreurs, ont préparé à leurs critiques une victoire facile. Michelotti & Jurin ont méprisé la géométrie de Borelli, si estimable néanmoins dans la plus grande partie de son traité de motu animalium, celle de Morland & de Keill : d'autres ont censuré ces critiques si éclairés sur les fautes des autres, & si aveugles sur leurs propres défauts. Voilà donc la géométrie armée contre la géométrie, sans qu'on puisse faire retomber sur cette science la honte de ces dissensions, qui ne regarde que les physiciens qui ont abusé, comme on abuse de la raison, sans qu'on puisse jamais en conclure qu'il faut la rejetter & n'en plus faire usage.
L'application de la Géométrie est plus difficile que la géométrie même : peut-être que dans mille ans on pourra en appliquer les principes aux phénomenes de la nature ; encore même y en a-t-il dont on peut assurer qu'ils s'y refuseront toujours.
Mais, de toutes les sciences physiques auxquelles on a prétendu appliquer la Géométrie, il paroît qu'il n'y en a pas où elle puisse moins pénétrer que dans la Médecine. Avec le secours de la Géométrie, les médecins seront sans doute des physiciens plus exacts ; c'est-à-dire, que l'esprit géométrique qu'ils prendront dans la Géométrie, leur sera plus utile que la Géométrie même ; ils éviteront des fautes grossieres, dans lesquelles ils tomberoient sans ce secours : en quoi ce jugement peut parfaitement se concilier avec celui d'Hippocrate, dans sa lettre à son fils Thessalus, où il lui recommande l'étude de la Géométrie, comme d'une science qui sert non-seulement à rendre l'esprit juste, mais de plus à l'éclairer & à le rendre propre à discerner tout ce qu'il importe de savoir dans la Médecine.
Il n'en est pas moins vrai de dire que les médecins qui, en traitant de leur art, ne parlent que de méchanique, & hérissent leurs ouvrages de calculs, ne font le plus souvent qu'en imposer aux ignorans, qui regardent les figures & les calculs, auxquels ils ne comprennent rien, comme le sceau de la vérité, qui est ordinairement si éloignée des ouvrages dans lesquels ils croyent qu'elle est manifestée. Ces auteurs profonds se parent d'une science étrangere à leur art ; &, sans le soupçonner, ils s'exposent au mépris des vrais géometres. N'est-ce pas un contraste frappant que la hardiesse avec laquelle les médecins calculent, & la retenue avec laquelle les plus grands géometres parlent des opérations des corps animés ?
Suivant M. d'Alembert, dans son admirable ouvrage sur l'hydrodynamique, le méchanisme du corps humain, la vîtesse du sang, son action sur les vaisseaux, se refusent à la théorie ; on ne connoît ni le jeu des nerfs, ni l'élasticité des vaisseaux, ni leur capacité variable dans les différens individus, ainsi que la consistance, la ténacité du sang & les degrés de chaleur dans les différens organes.
Quand chacune de ces choses seroit connue, ajoute cet auteur célebre, la grande multitude des élémens qui entreroient dans une pareille théorie, nous conduiroit vraisemblablement à des calculs impraticables ; c'est un des cas les plus composés d'un problème, dont le plus simple est fort difficile à résoudre.
Lorsque les effets de la nature sont trop compliqués pour pouvoir être soumis à nos calculs, l'expérience est le seul guide qui nous reste ; nous ne pouvons nous appuyer que sur des inductions tirées d'un nombre de faits. Il n'appartient qu'à des physiciens oisifs de s'imaginer qu'à force d'algebre & d'hypotheses, ils viendront à bout de dévoiler les ressorts du corps humain.
De telles raisons d'un si grand poids, n'excusent pas cependant l'ignorance de ceux qui, sans le secours de la Géométrie, croyent pouvoir pénétrer dans le méchanisme du corps humain ; tous leurs pas seront marqués par des erreurs grossieres ; ils ne sauroient apprécier les objets les plus simples ; tout ce qui aura quelque rapport avec la solidité, l'étendue des surfaces, l'équilibre, les forces mouvantes, le cours des liqueurs, sera un écueil pour eux : si la géométrie ne nous ouvre pas les secrets de la nature dans les corps animés, elle est un préservatif nécessaire ; c'est un flambeau qui, en éclairant nos pas, nous empêche de faire des chutes honteuses, qui en occasionneroient bien d'autres. Les erreurs sont plus fécondes que la vérité ; elles entraînent toujours avec elles une longue suite d'égaremens.
On ne peut donc décrire que l'abus des mathématiques dans la médecine, & non pas les mathématiques elles-mêmes ; parce que ce seroit proscrire les ouvrages de ce siecle les plus savans, & qui en général répandent le plus de lumiere sur la théorie de l'art : tels sont ceux des Bellini, Borelli, Malpighi, Michelotti, Valsalva, Baglivi, Lancisi, Pitcarn, Keill, Jurin, Bianchi, Freind, Boerhaave, Sauvage, Lamure, Hamberger, Halles, Haller, &c.
Voyez les dissertations de Michelotti, Strom, Boerhaave sur l'article du raisonnement méchanique dans la théorie de la médecine. Voyez MEDECINE, ÉCONOMIE ANIMALE, NATURE, &c.
|
| MECHANIQUE | S. f. (Ordre encycl. ant. raison. phil. ou scienc. science de la nat. Mathem. Mathem. mixt. Méchanique) partie des mathématiques mixtes, qui considere le mouvement & les forces motrices, leur nature, leurs loix & leurs effets dans les machines. Voyez MOUVEMENT & FORCE. Ce mot vient du grec , machine ; parce qu'un des objets de la méchanique est de considérer les forces des machines, & que l'on appelle même plus particulierement méchanique la science qui en traite.
La partie des méchaniques qui considere le mouvement des corps, en tant qu'il vient de leur pesanteur, s'appelle quelquefois statique. (Voyez GRAVITE, &c.) par opposition à la partie qui considere les forces mouvantes & leur application, laquelle est nommée par ces mêmes auteurs Méchanique. Mais on appelle plus proprement statique, la partie de la Méchanique qui considere les corps & les puissances dans un état d'équilibre, & Méchanique la partie qui les considere en mouvement. Voyez STATIQUE. Voyez aussi FORCES MOUVANTES, MACHINE, EQUILIBRE, &c.
M. Newton dans la préface de ses principes, remarque qu'on doit distinguer deux sortes de méchaniques, l'une pratique, l'autre rationnelle ou spéculative, qui procede dans ses opérations par des démonstrations exactes ; la méchanique pratique renferme tous les arts manuels qui lui ont donné leur nom. Mais comme les artistes & les ouvriers ont coutume d'opérer avec peu d'exactitude, on a distingué la Méchanique de la Géométrie, en rapportant tout ce qui est exact à la Géométrie, & ce qui l'est moins à la Méchanique. Ainsi cet illustre auteur remarque que les descriptions des lignes & les figures dans la Géométrie, appartiennent à la Méchanique, & que l'objet véritable de la Géométrie est seulement d'en démontrer les propriétés, après en avoir supposé la description. Par conséquent, ajoute-t-il, la Géométrie est fondée sur des pratiques méchaniques, & elle n'est autre chose que cette pratique de la Méchanique universelle, qui explique & qui démontre l'art de mesurer exactement. Mais comme la plûpart des arts manuels ont pour objet le mouvement des corps, on a appliqué le nom de Géométrie à la partie qui a l'étendue pour objet, & le nom de Méchanique à celle qui considere le mouvement. La méchanique rationnelle, prise en ce dernier sens, est la science des mouvemens qui résultent de quelque force que ce puisse être, & des forces nécessaires pour produire quelque mouvement que ce soit. M. Newton ajoute que les anciens n'ont guere consideré cette science que dans les puissances qui ont rapport aux arts manuels, savoir le levier, la poulie &c. ; & qu'ils n'ont presque considéré la pesanteur que comme une puissance appliquée au poids que l'on veut mouvoir par le moyen d'une machine. L'ouvrage de ce célebre philosophe, intitulé Principes mathématiques de la Philosophie naturelle, est le premier où on ait traité la Méchanique sous une autre face & avec quelque étendue, en considérant les lois de la pesanteur, du mouvement, des forces centrales & centrifuges, de la résistance des fluides, &c. Au reste comme la méchanique rationnelle tire beaucoup de secours de la Géométrie, la Géométrie en tire aussi quelquefois de la Méchanique, & l'on peut par son moyen abréger souvent la solution de certains problèmes. Par exemple, M. Bernouilli a fait voir que la courbe que forme une chaîne, fixée sur un plan vertical par ses deux extrémités, est celle qui forme la plus grande surface courbe, en tournant autour de son axe ; parce que c'est celle dont le centre de gravité est le plus bas. Voyez dans les Mém. de l'acad. des Scien. de 1714, le mémoire de M. Varignon intitulé, Réflexions sur l'usage que la méchanique peut avoir en Géométrie. Voyez aussi CHAINETTE.
MECHANIQUE, adj. signifie ce qui a rapport à la Méchanique, ou qui se regle par la nature & les lois du mouvement. Voyez MOUVEMENT.
Nous disons dans ce sens, puissances méchaniques, propriétés ou affections méchaniques, principes méchaniques.
Les affections méchaniques sont les propriétés de la matiere qui résultent de sa figure, de son volume & de son mouvement actuel. Voyez MATIERE & CORPS.
Les causes méchaniques sont celles qui ont de telles affections pour fondement. Voyez CAUSE.
Solutions méchaniques, ce sont celles qui n'emploient que les mêmes principes. Voyez SOLUTION.
Philosophie méchanique, c'est la même qu'on appelloit autrefois corpusculaire, c'est-à-dire celle qui explique les phénomenes de la nature, & les actions des substances corporelles par les principes méchaniques, savoir le mouvement, la pesanteur, la figure, l'arrangement, la disposition, la grandeur ou la petitesse des parties qui composent les corps naturels. Voyez CORPUSCULE & CORPUSCULAIRE, ATTRACTION, GRAVITE, &c.
On donnoit autrefois le nom de corpusculaire à la philosophie d'Epicure, à cause des atomes dont ce philosophe prétendoit que tout étoit formé. Aujourd'hui les Newtoniens le donnent par une espece de dérision à la philosophie cartésienne, qui prétend expliquer tout par la matiere subtile, & par des fluides inconnus, à l'action desquels elle attribue tous les phénomenes de la nature.
Puissances méchaniques, appellées plus proprement forces mouvantes, sont les six machines simples auxquelles toutes les autres, quelque composées qu'elles soient, peuvent se réduire, ou de l'assemblage desquelles toutes les autres sont composées. Voyez PUISSANCE & MACHINE.
Les puissances méchaniques sont le levier, le treuile, la poulie, le plan incliné, le coin, & la vis. Voyez les articles qui leur sont propres, BALANCE, LEVIER, &c. On peut cependant les réduire à une seule, savoir le levier, si on en excepte le plan incliné qui ne s'y réduit pas si sensiblement. M. Varignon a ajouté à ces six machines simples, la machine funiculaire, ou les poids suspendus par des cordes, & tirés par plusieurs puissances.
Le principe dont ces machines dépendent est le même pour toutes, & peut s'expliquer de la maniere suivante.
La quantité de mouvement d'un corps, est le produit de sa vîtesse, c'est-à-dire de l'espace qu'il parcourt dans un tems donné, par sa masse ; il s'ensuit de-là que deux corps inégaux auront des quantités de mouvement égales, si les lignes qu'ils parcourent en même tems sont réciproquement proportionnelles à leurs masses, c'est-à-dire si l'espace que parcourt le plus grand, dans une seconde par exemple, est à l'espace que parcourt le plus petit dans la même seconde, comme le plus petit corps est au plus grand. Ainsi, supposons deux corps attachés aux extrémités d'une balance ou d'un levier, si ces corps ou leurs masses, sont en raison réciproque de leurs distances de l'appui, ils seront aussi en raison réciproque des lignes ou arcs de cercle qu'ils parcouroient en même tems, si l'on faisoit tourner le levier sur son appui ; & par conséquent ils auroient alors des quantités de mouvement égales, ou, comme s'expriment la plûpart des auteurs, des momens égaux.
Par exemple, si le corps A (Pl. mech. fig. 4.) est triple du corps B, & que dans cette supposition on attache les deux corps aux deux extrémités d'un levier A B, dont l'appui soit placé en C, de façon que la distance B C soit triple de la distance A C, il s'ensuivra de-là qu'on ne pourra faire tourner le levier sans que l'espace B E, parcouru par le corps situé en B se trouve triple de l'espace A D parcouru en même tems par le corps élevé en A, c'est-à-dire, sans que la vîtesse de B ne devienne triple de celle de A, ou enfin sans que les vîtesses des deux corps dans ce mouvement soient réciproques à leurs masses. Ainsi les quantités de mouvement des deux corps seront égales ; & comme ils tendent à produire des mouvemens contraires dans le levier, le mouvement du levier deviendra par cette raison absolument impossible dans le cas dont nous parlons ; c'est-à-dire qu'il y aura équilibre entre les deux corps. Voyez EQUILIBRE, LEVIER & MOUVEMENT.
De-là ce fameux problême d'Archimede, datis viribus, datum pondus movere. En effet, puisque la distance C B peut être accrue à l'infini, la puissance ou le moment de A, peut donc aussi être supposé aussi grand qu'on voudra par rapport à celui de B, sans empêcher la possibilité de l'équilibre. Or quand une fois on aura trouvé le point où doit être placé le corps B pour faire équilibre au corps A, on n'aura qu'à reculer un peu le corps B, & alors ce corps B, quelque petit qu'il soit, obligera le corps A de se mouvoir. Voyez MOMENT. Ainsi toutes les méchaniques peuvent se réduire au problême suivant.
Un corps A avec sa vîtesse C, & un autre corps B étant donnés, trouver la vîtesse qu'il faut donner à B, pour que les deux corps aient des momens égaux. Pour résoudre ce problême, on remarquera que puisque le moment d'un corps est égal au produit de sa vîtesse, par la quantité de matiere qu'il contient, il n'y a donc qu'à faire cette proportion, B : A : : C : à un quatrieme terme, & ce sera la vîtesse cherchée qu'il faudra donner au corps B, pour que son moment soit égal à celui de A. Aussi dans quelques machines que ce soit, si l'on fait ensorte que la puissance ou la force, ne puisse agir sur la résistance ou le poids, ou les vaincre actuellement sans que dans cette action les vîtesses de la puissance & du poids soient réciproques à leur masse, alors le mouvement deviendra absolument impossible. La force de la puissance ne pourra vaincre la résistance du poids, & ne devra pas non plus lui céder ; & par conséquent la puissance & le poids resteront en équilibre sur cette machine, & si on augmente tant-soit-peu la puissance, elle enlevera alors le poids ; mais si on augmentoit au contraire le poids, il entraîneroit la puissance.
Supposons, par exemple, que A B soit un levier, dont l'appui soit placé en C, & qu'en tournant autour de cet appui, il soit parvenu à la situation a, C, b (fig. 1. Méchan.) la vîtesse de chaque point du levier aura été évidemment dans ce mouvement proportionnelle à la distance de ce point à l'appui ou centre de la circulation. Car les vîtesses de chaque point sont comme les arcs que ces points ont décrits en même tems, lesquels sont d'un même nombre de degrés. Ces vîtesses sont donc aussi entr'elles comme les rayons des arcs de cercles par chaque point du levier, c'est-à-dire, comme les distances de chaque point à l'appui.
Si l'on suppose maintenant deux puissances appliquées aux deux extrémités du levier & qui fassent tout-à-la-fois effort pour faire tourner ses bras dans un sens contraire l'un à l'autre, & que ces puissances soient réciproquement proportionnelles à leur distance de l'appui, il est évident que le moment ou effort de l'une pour faire tourner le levier en un sens, sera précisément égal au moment de l'autre pour le faire tourner en sens contraire. Il n'y aura donc pas plus de raisons, pour que le levier tourne dans un sens que dans le sens opposé. Il restera donc nécessairement en repos, & il y aura équilibre entre les deux puissances : c'est ce qu'on voit tous les jours, lorsqu'on pese un poids avec une romaine. Il est aisé de concevoir par ce que nous venons de dire, comment un poids d'une livre peut sur cette machine faire équilibre avec un poids de mille livres & davantage.
C'est par cette raison qu'Archimede ne demandoit qu'un point fixe hors de la terre, pour l'enlever. Car, en faisant de ce point fixe l'appui d'un levier, & mettant la terre à l'extrêmité d'un des bras de ce levier, il est clair qu'en allongeant l'autre bras, on parviendroit à mouvoir le globe terrestre avec une force aussi petite qu'on voudroit. Mais on sent bien que cette proposition d'Archimede n'est vraie que dans la spéculation ; puisqu'on ne trouvera jamais ni le point fixe qu'il demandoit, ni un levier de la longueur nécessaire pour mouvoir le globe terrestre.
Il est clair encore par-là que la force de la puissance n'est point-du-tout augmentée par la machine, mais que l'application de l'instrument diminue la vîtesse du poids dans son élévation ou dans sa traction, par rapport à celle de la puissance dans son action ; desorte qu'on vient à bout de rendre le moment d'une petite puissance égal, & même supérieur à celui d'un gros poids, & que par-là on parvient à faire enlever ou traîner le gros poids par la petite puissance. Si, par exemple, une puissance est capable d'enlever un poids d'une livre, en lui donnant dans son élévation un certain degré de vîtesse, on ne fera jamais par le secours de quelque machine que ce puisse être que cette même force puisse enlever un poids de deux livres, en lui donnant dans son élévation la même vîtesse dont nous venons de parler. Mais on viendra facilement à bout de faire enlever à la puissance le poids de deux livres, avec une vîtesse deux fois moindre, ou, si l'on veut, un poids de dix mille livres, avec une vîtesse dix mille fois moindre.
Plusieurs auteurs ont tenté d'appliquer les principes de la Méchanique au corps humain ; il est cependant bon d'observer que l'application des principes de la Méchanique à cet objet ne se doit faire qu'avec une extrême précaution. Cette machine est si compliquée, que l'on risque souvent de tomber dans bien des erreurs, en voulant déterminer les forces qui la font agir ; parce que nous ne connoissons que très-imparfaitement la structure & la nature des différentes parties que ces forces doivent mouvoir. Plusieurs médecins & physiciens, sur-tout parmi les Anglois, sont tombés dans l'inconvénient dont je parle ici. Ils ont prétendu donner, par exemple, les lois du mouvement du sang, & de son action sur les vaisseaux ; & ils n'ont pas pris garde, que pour réussir dans une telle recherche, il seroit nécessaire de connoître auparavant une infinité de choses qui nous sont cachées, comme la figure des vaisseaux, leur élasticité, le nombre, la force & la disposition de leurs valvules, le degré de chaleur & de tenacité du sang, les forces motrices qui le poussent, &c. Encore, quand chacune de ces choses seroit parfaitement connue, la grande quantité d'élémens qui entreroient dans une pareille théorie, nous conduiroit vraisemblablement à des calculs impraticables. Voyez LE DISCOURS PRELIMINAIRE.
MECHANIQUE, (Mathém.) est encore d'usage en Mathématiques, pour marquer une construction ou solution de quelque problème qui n'est point géométrique, c'est-à-dire, dont on ne peut venir à bout par des descriptions de courbes géométriques. Telles sont les constructions qui dépendent de la quadrature du cercle. Voyez CONSTRUCTION, QUADRATURE, &c. Voyez aussi GEOMETRIQUE.
Arts méchaniques. Voyez ART.
Courbe méchanique, terme que Descartes a mis en usage pour marquer une courbe qui ne peut pas être exprimée par une équation algébrique. Ces courbes sont par-là opposées aux courbes algébriques ou géométriques. Voyez COURBE.
M. Leibnitz & quelques autres les appellent transcendantes au lieu de méchaniques, & ils ne conviennent pas avec Descartes qu'il faille les exclure de la Géométrie.
Le cercle, les sections coniques, &c. sont des courbes géométriques, parce que la relation de leurs absides à leurs ordonnées est exprimée en termes finis. Mais la cycloïde, la spirale, & une infinité d'autres sont des courbes méchaniques, parce qu'on ne peut avoir la relation de leurs absides à leurs ordonnées que par des équations différentielles, c'est-à-dire, qui contiennent des quantités infiniment petites. Voyez DIFFERENTIELLE, FLUXION, TANGENTE, EXPONENTIELLE, &c. (O).
Les vérités fondamentales de la Méchanique, en tant qu'elle traite des lois du mouvement, & de l'équilibre des corps, méritent d'être approfondies avec soin. Il semble qu'on n'a pas été jusqu'à présent fort attentif ni à réduire les principes de cette science au plus petit nombre, ni à leur donner toute la clarté qu'on pouvoit desirer ; aussi la plûpart de ces principes, ou obscurs par eux-mêmes, ou énoncés & démontrés d'une maniere obscure, ont-ils donné lieu à plusieurs questions épineuses. En général on a été plus occupé jusqu'à présent à augmenter l'édifice, qu'à en éclairer l'entrée, & on a pensé principalement à l'élever, sans donner à ses fondemens toute la solidité convenable.
Il nous paroît qu'en applaudissant l'abord de cette science, on en reculeroit en même-tems les limites, c'est-à-dire qu'on peut faire voir tout à la fois & l'inutilité de plusieurs principes employés jusqu'à présent par les Méchaniciens, & l'avantage qu'on peut tirer de la combinaison des autres, pour le progrès de cette science ; en un mot, qu'en réduisant les principes on les étendra. En effet, plus ils seront en petit nombre, plus ils doivent avoir d'étendue, puisque l'objet d'une science étant nécessairement déterminé, les principes en doivent être d'autant plus féconds, qu'ils sont moins nombreux. Pour faire connoître au lecteur les moyens par lesquels on peut espérer de remplir les vues que nous proposons, il ne sera peut-être pas inutile d'entrer ici dans un examen raisonné de la science dont il s'agit.
Le mouvement & ses propriétés générales sont le premier & le principal objet de la méchanique ; cette science suppose l'existence du mouvement, & nous la supposerons aussi comme avouée & reconnue de tous les Physiciens. A l'égard de la nature du mouvement, les Philosophes sont au contraire fort partagés là-dessus. Rien n'est plus naturel, je l'avoue, que de concevoir le mouvement comme l'application successive du mobile aux différentes parties de l'espace indéfini que nous imaginons comme le lieu des corps ; mais cette idée suppose un espace dont les parties soient pénétrables & immobiles ; or personne n'ignore que les Cartésiens (secte à la vérité fort affoiblie aujourd'hui) ne reconnoissent point d'espace distingué des corps, & qu'ils regardent l'étendue & la matiere comme une même chose. Il faut convenir qu'en partant d'un pareil principe, le mouvement seroit la chose la plus difficile à concevoir, & qu'un cartésien auroit peut-être beaucoup plutôt fait d'en nier l'existance, que de chercher à en définir la nature. Au reste, quelque absurde que nous paroisse l'opinion de ces philosophes, & quelque peu de clarté & de précision qu'il y ait dans les principes métaphysiques sur lesquels ils s'efforcent de l'appuyer, nous n'entreprendrons point de la refuter ici : nous nous contenterons de remarquer que pour avoir une idée claire du mouvement, on ne peut se dispenser de distinguer au-moins par l'esprit deux sortes d'étendue ; l'une qui soit regardée comme impénétrable, & qui constitue ce qu'on appelle proprement les corps ; l'autre, qui étant considérée simplement comme étendue, sans examiner si elle est pénétrable ou non, soit la mesure de la distance d'un corps à un autre, & dont les parties envisagées comme fixes & immobiles, puissent servir à juger du repos ou du mouvement des corps. Il nous sera donc toujours permis de concevoir un espace indéfini comme le lieu des corps, soit réel, soit supposé, & de regarder le mouvement comme le transport du mobile d'un lieu dans un autre.
La considération du mouvement entre quelquefois dans les recherches de la Géométrie pure ; c'est ainsi qu'on imagine souvent les lignes droites ou courbes engendrées par le mouvement continu d'un point, les surfaces par le mouvement d'une ligne, les solides enfin par celui d'une surface. Mais il y a entre la Méchanique & la Géométrie cette différence, nonseulement que dans celle-ci la génération des figures par le mouvement est pour ainsi dire arbitraire & de pure élégance, mais encore que la Géométrie ne considere dans le mouvement que l'espace parcouru, au lieu que dans la Méchanique on a égard de plus au tems que le mobile emploie à parcourir cet espace.
On ne peut comparer ensemble deux choses d'une nature différente, telles que l'espace & le tems : mais on peut comparer le rapport des parties du tems, avec celui des parties de l'espace parcouru. Le tems par sa nature coule uniformément, & la Méchanique suppose cette uniformité. Du reste, sans connoître le tems en lui-même, & sans avoir de mesure précise, nous ne pouvons représenter plus clairement le rapport de ses parties, que par celui des portions d'une ligne droite indéfinie. Or l'analogie qu'il y a entre le rapport des parties d'une telle ligne, & celui des parties de l'espace parcouru par un corps qui se meut d'une maniere quelconque, peut toujours être exprimée par une équation. On peut donc imaginer une courbe, dont les abscisses représentent les portions du tems écoulé depuis le commencement du mouvement, les ordonnées correspondantes désignant les espaces parcourus durant ces portions de tems : l'équation de cette courbe exprimera non le rapport des tems aux espaces, mais si on peut parler ainsi, le rapport du rapport que les parties de tems ont à leur unité, à celui que les parties de l'espace parcouru ont à la leur. Car l'équation d'une courbe peut être considérée ou comme exprimant le rapport des ordonnées aux abscisses, ou comme l'équation entre le rapport que les ordonnées ont à leur unité, & le rapport que les abscisses correspondantes ont à la leur.
Il est donc évident que par l'application seule de la Géométrie & du calcul, on peut, sans le secours d'aucun autre principe, trouver les propriétés générales du mouvement, varié suivant une loi quelconque. Mais comment arrive-t-il que le mouvement d'un corps suive telle ou telle loi particuliere ? C'est sur quoi la Géométrie seule ne peut rien nous apprendre ; & c'est aussi ce qu'on peut regarder comme le premier problème qui appartienne immédiatement à la Méchanique.
On voit d'abord fort clairement qu'un corps ne peut se donner le mouvement à lui-même. Il ne peut donc être tiré du repos que par l'action de quelque cause étrangere. Mais continue-t-il à se mouvoir de lui-même, ou a-t-il besoin pour se mouvoir de l'action répétée de la cause ? Quelque parti qu'on pût prendre là-dessus, il sera toujours incontestable que l'existence du mouvement étant une fois supposée sans aucune autre hypothese particuliere, la loi la plus simple qu'un mobile puisse observer dans son mouvement, est la loi d'uniformité, & c'est par conséquent celle qu'il doit suivre.
Le mouvement est donc uniforme par sa nature ; j'avoue que les preuves qu'on a données jusqu'à-présent de ce principe, ne sont peut-être pas fort convaincantes. On verra à l'article FORCE D'INERTIE, les difficultés qu'on peut y opposer, & le chemin que j'ai pris pour éviter de m'engager à les résoudre. Il me semble que cette loi d'uniformité essentielle au mouvement considéré en lui-même, fournit une des meilleures raisons sur lesquelles la mesure du tems par le mouvement uniforme, puisse être appuyée. Voyez UNIFORME.
La force d'inertie, c'est-à-dire la propriété qu'ont les corps de persévérer dans leur état de repos ou de mouvement, étant une fois établie, il est clair que le mouvement qui a besoin d'une course pour commencer au-moins à exister, ne sauroit non plus être accéléré ou retardé que par une cause étrangere. Or quelles sont les causes capables de produire ou de changer le mouvement dans les corps ? Nous n'en connoissons jusqu'à-présent que de deux sortes ; les unes se manifestent à nous en même tems que l'effet qu'elles produisent, ou plutôt dont elles sont l'occasion : ce sont celles qui ont leur source dans l'action sensible & mutuelle des corps, résultante de leur impénétrabilité ; elles se réduisent à l'impulsion & à quelqu'autres actions dérivées de celles-là : toutes les autres causes ne se font connoître que par leur effet, & nous en ignorons entierement la nature : telle est la cause qui fait tomber les corps pesans vers le centre de la terre, celle qui retient les planetes dans leurs orbites, &c.
Nous verrons bien-tôt comment on peut déterminer les effets de l'impulsion & des causes qui peuvent s'y rapporter : pour nous en tenir ici à celles de la seconde espece, il est clair que lorsqu'il est question des effets produits par de telles causes, ces effets doivent toujours être donnés indépendamment de la connoissance de la cause, puisqu'ils ne peuvent en être déduits ; sur quoi voyez ACCELERATRICE.
Nous n'avons fait mention jusqu'à-présent, que du changement produit dans la vîtesse du mobile par les causes capables d'altérer son mouvement : & nous n'avons point encore cherché ce qui doit arriver, si la cause motrice tend à mouvoir le corps dans une direction différente de celle qu'il a déja. Tout ce que nous apprend dans ce cas le principe de la force d'inertie, c'est que le mobile ne peut tendre qu'à décrire une ligne droite, & à la décrire uniformément : mais cela ne fait connoître ni sa vîtesse, ni sa direction. On est donc obligé d'avoir recours à un second principe, c'est celui qu'on appelle la composition des mouvemens, & par lequel on détermine le mouvement unique d'un corps qui tend à se mouvoir suivant différentes directions à la fois avec des vîtesses données. Voyez COMPOSITION DU MOUVEMENT.
Comme le mouvement d'un corps qui change de direction, peut être regardé comme composé du mouvement qu'il avoit d'abord, & d'un nouveau mouvement qu'il a reçu, de même le mouvement que le corps avoit d'abord peut être regardé comme composé du nouveau mouvement qu'il a pris, & d'un autre qu'il a perdu. De-là il s'ensuit, que les lois du mouvement changé par quelques obstacles que ce puisse être, dépendent uniquement des lois du mouvement, détruit par ces mêmes obstacles. Car il est évident qu'il suffit de décomposer le mouvement qu'avoit le corps avant la rencontre de l'obstacle, en deux autres mouvemens, tels que l'obstacle ne nuise point à l'un, & qu'il anéantisse l'autre. Par-là, on peut non-seulement démontrer les lois du mouvement changé par des obstacles insurmontables, les seules qu'on ait trouvées jusqu'à présent par cette méthode ; on peut encore déterminer dans quel cas le mouvement est détruit par ces mêmes obstacles. A l'égard des lois du mouvement changé par des obstacles qui ne sont pas insurmontables en eux-mêmes, il est clair par la même raison, qu'en général il ne faut point déterminer ces lois, qu'après avoir bien constaté celles de l'équilibre. Voyez ÉQUILIBRE.
Le principe de l'équilibre joint à ceux de la force d'inertie & du mouvement composé, nous conduit donc à la solution de tous les problèmes où l'on considere le mouvement d'un corps, en tant qu'il peut être altéré par un obstacle impénétrable & mobile, c'est-à-dire en général par un autre corps à qui il doit nécessairement communiquer du mouvement pour conserver au moins une partie du sien. De ces principes combinés, on peut donc aisément déduire les lois du mouvement des corps qui se choquent d'une maniere quelconque, ou qui se tirent par le moyen de quelque corps interposé entr'eux, & auquel ils sont attachés : lois aussi certaines & de vérité aussi nécessaire, que celles du mouvement des corps altéré par des obstacles insurmontables, puisque les unes & les autres se déterminent par les mêmes méthodes.
Si les principes de la force d'inertie, du mouvement composé, & de l'équilibre, sont essentiellement différens l'un de l'autre, comme on ne peut s'empêcher d'en convenir ; & si d'un autre côté, ces trois principes suffisent à la Méchanique, c'est avoir réduit cette science au plus petit nombre de principes possibles, que d'avoir établi sur ces trois principes toutes les lois du mouvement des corps dans des circonstances quelconques, comme j'ai tâché de le faire dans mon traité.
A l'égard des démonstrations de ces principes en eux-mêmes, le plan que l'on doit suivre pour leur donner toute la clarté & la simplicité dont elles sont susceptibles, a été de les déduire toujours de la considération seule du mouvement, envisagé de la maniere la plus simple & la plus claire. Tout ce que nous voyons bien distinctement dans le mouvement d'un corps, c'est qu'il parcourt un certain espace, & qu'il emploie un certain tems à le parcourir. C'est donc de cette seule idée qu'on doit tirer tous les principes de la Méchanique, quand on veut les démontrer d'une maniere nette & précise ; en conséquence de cette réflexion, le philosophe doit pour ainsi dire, détourner la vûe de dessus les causes motrices, pour n'envisager uniquement que le mouvement qu'elles produisent ; il doit entierement proscrire les forces inhérentes au corps en mouvement, êtres obscurs & métaphysiques, qui ne sont capables que de répandre les ténebres sur une science claire par elle-même. Voyez FORCE.
Les anciens, comme nous l'avons déja insinué plus haut, d'après M. Newton, n'ont cultivé la Méchanique que par rapport à la statique ; & parmi eux Archimede s'est distingué sur ce sujet par ses deux traités de aequiponderantibus, &c. incidentibus humido. Il étoit réservé aux modernes, non-seulement d'ajouter aux découvertes des anciens touchant la statique, voyez STATIQUE ; mais encore de créer une science nouvelle sous le titre de Méchanique proprement dite, ou de la science des corps & mouvemens. On doit à Stevin, mathématicien du prince d'Orange, le principe de la composition des forces que M. Varignon a depuis heureusement appliqué à l'équilibre des machines ; à Galilée, la théorie de l'accélération, voyez ACCELERATION & DESCENTE ; à MM. Huyghens, Wren & Wallis, les lois de la percussion, voyez PERCUSSION & COMMUNICATION DU MOUVEMENT ; à M. Huyghens les lois des forces centrales dans le cercle ; à M. Newton, l'extension de ces lois aux autres courbes & au système du monde, voyez CENTRALE & FORCE ; enfin aux géometres de ce siecle la théorie de la dynamique. Voyez DYNAMIQUE & HYDRODYNAMIQUE. (O)
|
| MÉCHANISME | S. m. (Phys.) se dit de la maniere dont quelque cause méchanique produit son effet ; ainsi on dit le méchanisme d'une montre, le méchanisme du corps humain.
|
| MECHE | S. f. (Gram.) matiere combustible qu'on place dans une lampe, au centre d'une chandelle ou d'un flambeau qu'on allume, qui brûle & qui éclaire, abreuvée de l'huile, de la cire ou du suif qui l'environne. La meche se fait ou de coton, ou de filasse, ou d'alun de plume ou même d'amiante, &c.
MECHE DE MAT, (Marine) cela se dit du tronc de chaque piece de bois, depuis son pié jusqu'à la hune.
MECHE DE GOUVERNAIL, (Mar.) c'est la premiere piece de bois qui en fait le corps.
MECHE D'UNE CORDE, (Mar.) c'est le touron de fil de carret qu'on met au milieu des autres tourons pour rendre la corde ronde.
MECHE, (Art milit.) c'est un bout de corde allumée qui sert pour mettre le feu au canon, aux artifices, &c. on s'en sert aussi pour mettre le feu aux brulots. La meche se fait de vieux cordages battus, que l'on fait bouillir avec du soufre & du salpêtre, & qu'on remet en corde grossiere après l'avoir fait sécher.
On compte 50 livres de meche par mois pour l'entretien des meches & bâtons à meche dans un vaisseau, & on compte que chaque livre de meche doit brûler trois fois vingt-quatre heures.
MECHE, s. f. (Art milit.) c'est dans l'art militaire une maniere de corde, faite d'étoupes de lin ou d'étoupes de chanvre, filée à trois cordons, chaque cordon recouvert de pur chanvre séparément. Son usage est, quand elle est une fois allumée, d'entretenir long-tems le feu pour le communiquer ou aux canons ou aux mortiers par l'amorce de poudre qui se met à la lumiere ou au bassinet d'un mousquet.
MECHE, outil d'Arquebusier. C'est une baguette de fer ronde de la grosseur d'un demi-pouce, longue de quatre piés & demi, & faite en gouge par embas, & tranchante des deux côtés. Le haut est quarré & un peu plus gros pour mettre dans le vilebrequin ; les Arquebusiers s'en servent pour percer le trou qui est en-dessous & dedans la crosse du fusil, où s'enfonce le bout de la baguette par em-bas ; ils se servent aussi de meches plus courtes, mais faites de la même façon. Voyez les Pl.
MECHE, terme de corderie ; ce sont des brins de chanvre qui se trouvent au centre d'un fil, qui ne sont presque point tortillés, & autour desquels les autres se roulent. C'est un défaut considérable dans un fil que d'avoir une meche.
MECHE D'UNE CORDE, (Corderie) est un toron que l'on met dans l'axe des cordes qui ont plus de trois torons, & autour duquel les autres se roulent.
Les Cordiers n'ont point de regle certaine pour déterminer la grosseur que doit avoir la meche qu'ils placent dans l'axe de leurs cordages ; ils suivent pour l'ordinaire l'ancien usage qu'ils tiennent de leurs maîtres. M. Duhamel enseigne dans son Traité de la corderie, que dans les aussieres à quatre torons la meche doit être la sixieme partie d'un toron ; & que dans celles de six torons la meche doit être égale à un toron entier.
Il ne suffit pas de savoir la grosseur qu'on doit donner aux meches, il faut encore savoir placer la meche. Pour cela, on fait passer cette meche par un trou de tariere, qui traverse l'axe du toupin, & on l'arrête seulement par un de ses bouts à l'extrémité de la grande manivelle du quarré, de façon qu'elle soit placée entre les torons qui doivent l'envelopper. Moyennant cette précaution, la meche se place toujours dans l'axe de l'aussiere, & à mesure que le toupin avance vers le chantier, elle coule dans le trou qui la traverse, comme les torons coulent dans les rainures qui sont à la circonférence du toupin.
Il y a des cordiers qui, pour mieux rassembler les fils des meches les commettent, & en font une véritable aussiere à deux ou trois torons. Mais M. Duhamel prétend, dans son art de la corderie, qu'il est beaucoup mieux de ne point commettre les meches, & qu'il suffit de les tordre en même tems, & dans le même sens que les torons. Voyez l'article CORDERIE.
MECHE, terme de perruquier ; c'est ainsi que ces ouvriers appellent une petite pincée de cheveux qu'ils prennent à la fois lorsqu'ils font une coupe de cheveux. On coupe les cheveux par meches, afin qu'ils soient plus égaux par la tête, & qu'ainsi il y ait moins de déchet. Voyez CHEVEUX.
MECHE, (Vénerie) on fait sortir les renards de leurs terriers avec des meches, & voici comme on s'y prend ; on prend des bouts de meche de coton, grosse comme le petit doigt, qu'on trempe, & qu'on laisse imbiber dans de l'huile de soufre, & qu'on roule ensuite dans du soufre fondu, où l'on a mêlé du verre pilé, qui en rougissant fait brûler mieux le soufre ; avant qu'ils soient refroidis, on les roule dans l'orpin en poudre, autrement dit arsenic jaune, puis on fait une pâte liquide de vinaigre très-fort avec de la poudre à canon, on trempe les meches dedans pour y faire un enduit de cette composition, ensuite on met tremper des vieux linges pendant un jour dans de l'urine d'homme, gardée depuis long-tems, on en enveloppe chaque meche ; quand on veut s'en servir on l'allume, & on l'enfonce dans les terriers, & la composition & le linge tout se brûle ensemble ; on laisse les trous du terrier sur lesquels le vent frappe débouchés, pour que le vent refoule dans les terriers la fumée que la meche produit ; on bouche tous les trous au-dessous du vent, à l'exception de celui par où on met la meche, qui doit être aussi au-dessous du vent ; il n'y a rien dans le terrier qui résiste à cette meche, les renards sortent, & on les prend avec des panneaux ; lorsqu'on veut les chasser avec des chiens courans, on fait fumer les terriers la veille ; car ils ne rentrent pas de long-tems dans les terriers fumés.
|
| MECHED | (Géog.) autrement METCHED, ou MELZAT, ville de Perse dans le Korasan ; Scha-Abas y bâtit une superbe mosquée, & fit publier en habile politique, qu'il s'y faisoit de grands miracles : son but étoit par-là de décréditer le pélerinage de la Meque. (D.J.)
|
| MÉCHOACAN | LE (Botan.) racine d'une espece de liseron d'Amérique. Elle est nommée bryonia, mechoacana, alba, dans C. B. P. 297. Jetuca Maregr. 41. & Pison 253.
C'est une racine blanche, coupée par tranches, couverte d'une écorce ridée ; elle est d'une substance où l'on distingue à peine quelques fibres, d'un goût douçâtre, avec une certaine acreté qui ne se fait pas sentir d'abord, & qui excite quelquefois le vomissement.
Cette racine a des bandes circulaires comme la brione ; mais elle en differe en ce qu'elle est plus visqueuse, plus pesante, & qu'elle n'est pas fongueuse ni roussâtre, ni amere, ni puante. On l'appelle méchoacan, du nom de la province de l'Amérique méridionale, où les Espagnols l'ont d'abord trouvée au commencement du xvj. siecle ; mais on nous en apporte aujourd'hui de plusieurs autres contrées de cette même Amérique méridionale, comme de Nicaragua, de Quito, du Brésil, & d'autres endroits.
Cette racine étoit inconnue aux Grecs & aux Arabes ; c'est sur-tout Nicolas Monard qui l'a mise en usage au commencement du xvi. siecle, & nous savons de Maregrave, témoin oculaire, que c'est la racine d'un liseron d'Amérique, dont voici la description.
Il pousse en terre une fort grosse racine d'un pié de long, partagée le plus souvent en deux, d'un gris foncé, ou brun en-dehors, blanche en-dedans, laiteuse, & résineuse. Il jette des tiges sarmenteuses, grimpantes, anguleuses, laiteuses, garnies de feuilles alternes, tendres, d'un vert foncé, sans odeur, de la figure d'un coeur, tantôt avec des oreillettes, tantôt sans oreillettes, longues d'un, de deux, de trois, ou de quatre pouces, ayant à leur partie inférieure une côte, & des nervures élevées. Les fleurs sont d'une seule piece en cloche, de couleur de chair pâle, purpurines intérieurement. Le pistil se change en une capsule qui contient des graines noirâtres, de la grosseur d'un pois, triangulaires & applaties.
Les habitans du Brésil cueillent les racines au printems, les coupent tantôt en tranches circulaires, tantôt en tranches oblongues, les enfilent, & les font sécher. Ils tirent aussi de cette racine une fécule blanche, qu'ils nomment lait, ou fécule du méchoacan ; mais cette fécule reste dans le pays, les Européens n'en sont point curieux. Ils emploient la seule racine, qui purge modérément. On accuse même sa lenteur à agir, & la grande dose qu'il en faut donner ; d'ailleurs, il s'agit d'avoir le méchoacan récent ; car sa vertu ne se conserve pas trois années.
Ainsi la racine du mechoacanica, qu'Hernandez a décrit sous le nom de tacnache, differe du méchoacan de nos boutiques ; 1°. parce que sa racine brûle la gorge, & que notre méchoacan est presque insipide ; 2°. parce que la plante qu'il décrit sous le nom de mechoacanica, est différente du convolvolus americanus, ou liseron d'Amérique de Maregrave. (D.J.)
MECHOACAN, (Mat. méd.) On trouve sous ce nom dans les boutiques une racine appellée aussi quelquefois rhubarbe blanche, coupée par tranches, d'une substance peu compacte, couverte d'une écorce ridée, marquée de quelques bandes circulaires, d'un goût un peu acre & brûlant lorsqu'on la roule long-tems dans la bouche, grise à l'extérieur, & blanche, ou d'un jaune pâle à l'intérieur. On nous l'apporte dans cet état de l'Amérique méridionale, & principalement de l'île de Méchoacan qui lui a donné son nom.
Il faut choisir le méchoacan récent, aussi compacte qu'il est possible, d'un blanc jaunâtre ; & rejetter celui qui est trop blanchâtre, léger, carié, mollasse, & mêlé de morceaux de racine de brione, avec laquelle on le trouve assez souvent falsifié. Cette derniere racine est facile à distinguer, à son goût amer, & à son odeur puante & nauséeuse.
Le méchoacan contient, selon l'analyse de Cartheuser, une portion considérable d'une terre subtile blanchâtre & comme farineuse, (c'est-à-dire d'une fécule farineuse, analogue à celle de brione, & de quelqu'autres racines, voyez FECULE), très-peu de résine ; savoir, demi-scrupule sur une once, & quantité assez considérable de substance gommeuse-saline, c'est-à-dire, de matiere extractive, voyez EXTRAIT ; savoir, trois gros sur une once.
Cette racine purge doucement donnée en poudre à la dose de demi-once jusqu'à une, dans une liqueur appropriée. Ce remede est peu employé ; on lui préfere, avec juste raison, le jalap, qui purge aussi plus doucement qu'on ne le pense communément, mais plus efficacement que le méchoacan, auquel il est d'ailleurs très-analogue, étant la racine d'une plante de même genre. Voyez JALAP, Hist. nat. bot. JALAP, Mat. méd. MECHOACAN, Hist. nat. bot.
On apporte quelquefois des Indes, sous la forme de petit pain, une certaine matiere qu'on prétend être préparée en épaississant sur le feu, une liqueur qui a découlé par incision de la plante de méchoacan. M. Boulduc le pere a donné l'examen de cette substance dans les mémoires de l'acad. des Sciences, année 1711 ; il a trouvé que ce prétendu suc concret n'étoit autre chose qu'une fécule absolument privée de toute vertu purgative, & parfaitement analogue à celle qu'il retira d'une liqueur exprimée du méchoacan infusé pendant plusieurs jours dans l'eau : le même auteur a trouvé que la liqueur séparée par inclination de la fécule, purgeoit assez bien, de même que la décoction du méchoacan ; mais encore un coup, on a très-rarement recours à ce purgatif, qui est trop foible pour la plûpart des sujets. (b)
MECHOACAN, (Géog.) province de la nouvelle Espagne dans l'Amérique septentrionale. C'est la troisieme des quatre provinces qui composoient le Mexique propre. Elle a 80 lieues de tour, & produit tout ce qui est nécessaire à la vie ; son nom de Méchoacan signifie une pêcherie, parce qu'elle abonde en certains poissons excellens à manger. Thomas Gage a fait une description un peu romanesque des coutumes des ses anciens habitans ; c'est assez pour nous de dire que Valladolid évêché en est la principale ville. (D.J.)
|
| MECKELBOURG | LE DUCHE DE (Géog.) contrée d'Allemagne dans la basse-Saxe, avec titre de duché, entre la mer Baltique, la Poméranie, la Marche de Brandebourg, le pays de Saxe-Lawembourg, & le Holstein. Elle est très-fertile en blé, en pâturages, en venaison, & en gibier. Elle tire son nom d'une ville autrefois très-florissante, Mégalopolis, & à présent réduite à une seule maison.
Ce duché a 3d. 13'. d'étendue en longitude, suivant M. Delisle ; il se divise en six provinces particulieres. 1°. Le Mecklembourg propre. 2°. Le comté de Schwerin, qui appartient à la branche aînée des ducs. 3°. La Wandalie. 4°. La seigneurie de Rostoch. 5°. La principauté de Schwerin. 6°. La seigneurie de Stutgard.
Les premiers habitans de ce pays-là furent les Wandales, peuple qui s'étendit fort loin. Ils en sortirent, & n'y laisserent que peu de monde, ce qui donna lieu aux Wendes de s'en emparer. Ces Wendes ou Slaves étoient un peuple partagé en divers corps, à-peu-près comme les hordes des Tartares : ces corps prirent des noms différens. On les appella selon leur position, Obotrites, Hérules, Warnaves ou Warins, Tollenses, Circipanes, & Rhédariens. Enfin les Obtrites engloutirent ces différentes nations. Aujourd'hui la vraie capitale du duché de Meckelbourg est Gustow. L'article de ce duché dans la Martiniere, est aussi savant qu'exact. (D.J.)
|
| MÉCODYNAMIQUE | adj. (Navig.) côté mécodynamique & navigation, est ce qu'on appelle autrement lieues mineures de longitude, ou milles de longitude. Voyez MILLES DE LONGITUDE.
|
| MÉCOMPTE | S. m. (Com.) défaut de supputation, erreur de calcul ; ainsi on dit, il y a du mécompte en cette addition, en cette regle, pour faire entendre que le calcul n'en est pas juste, & qu'on s'y est trompé.
Mécompte, signifie aussi ce qui manque au compte de quelque somme. Il y a du mécompte à mon argent.
Mécompte se dit encore du mauvais succès d'une entreprise, d'une affaire de commerce. J'ai trouvé du mécompte dans la vente de mes grains, &c. Dict. de comm. (G)
|
| MÉCOMPTER | se tromper, se méprendre dans son calcul.
|
| MÉCON | LE (Géog.) riviere de l'Inde au-delà du Gange ; elle a sa source au pays de Boutan dans la Tartarie, reçoit des noms différens, selon les contrées qu'elle arrose, & prend enfin celui d'Onbéquaumé, avant que de se jetter dans la mer. Elle a cela de commun avec toutes les grandes rivieres de ces cantons-là, qu'elle se déborde comme le Nil, & coupe les campagnes voisines. (D.J.)
|
| MÉCONITES | S. f. (Hist. nat.) c'est la même pierre que l'on appelle ammites, oolites, pisolitus ; elle est composée d'un amas de petits corps marins, ou de coquilles semblables à des graines, liées par un suc lapidifique. Quelques auteurs ont voulu faire passer cette pierre pour des oeufs de poissons pétrifiés. Voyez AMMITES & OOLITES.
|
| MÉCONIUM | S. m. (Pharmacie) le mot vient du grec , pavot, est le suc de pavot, tiré par expression, & séché. Voyez PAVOT.
Le méconium differe de l'opium, en ce que le dernier coule de lui-même, après une incision faite aux têtes de pavot ; au-lieu que le premier se tire par expression des têtes, des feuilles, & même de toutes les parties de la plante pilées & pressées ensemble. Voyez OPIUM.
MECONIUM, (Médec.) est aussi un excrément noir & épais, qui s'amasse dans les intestins des enfans durant la grossesse.
Il ressemble en couleur & en consistance à la pulpe de casse. On trouve aussi qu'il ressemble au méconium ou suc de pavot, d'où lui vient son nom.
|
| MÉCONNOISSABLE | MÉCONNOISSANCE, MÉCONNOISSANT, MÉCONNOITRE, (Gram.) méconnoissable, qu'on a peine à reconnoître tant il est changé, soit en bien, soit en mal ; la petite vérole l'a rendu méconnoissable. Méconnoissance n'est guere d'usage, cependant on le trouve dans Patru pour synonyme à ingratitude. Méconnoissant ne s'est guere pris que dans le même sens. Méconnoître a la même acception, & d'autres encore : on dit les vilains enrichis méconnoissent leurs parens ; les longs voyages l'ont tellement vieilli, qu'il est facile de le méconnoître ; en quelque situation qu'il plaise à la fortune de vous élever, ne vous méconnoissez point.
|
| MÉCONTENT | MÉCONTENTE, MÉCONTENTé, MÉCONTENTEMENT, (Gramm.) termes relatifs à l'impression que notre conduite laisse dans les autres ; si cette impression leur est douce, ils sont contens ; si elle leur est pénible, ils sont mécontens. Quelle que soit la justice d'un souverain, il fera des mécontens. On ne peut guere obliger un homme qu'en lui accordant la préférence sur beaucoup d'autres, dont on fait ordinairement autant de mécontens. Il faut moins craindre de mécontenter que d'être partial. Les ouvriers sont presque tous des malheureux, qu'il y auroit de l'inhumanité à mécontenter, en retenant une partie de leur salaire. Il est difficile qu'un mécontentement qui n'est pas fondé, puisse durer long-tems. Quand on s'est fait un caractere d'équité, on ne mécontente qu'en s'en écartant ; quand au contraire, on est sans caractere, on mécontente également en faisant bien ou mal. Les hommes n'ayant plus de regle que leur intérêt, à laquelle ils puissent rapporter votre conduite, ils se rappellent les injustices que vous avez commises, ils trouvent fort mauvais que vous vous avisiez d'être équitable une fois à leurs dépens, & leurs murmures s'élevent.
|
| MECQUE | LA, (Géog.) ancienne ville d'Asie dans l'Arabie heureuse, & dans la province d'Hygiaz. Les Mahométans l'appellent Omm-alcora, la mere des villes. Selon M. Thevenot, elle est à-peu-près grande comme Marseille, mais pas le quart aussi peuplée ; cependant elle est non-seulement fameuse pour avoir donné la naissance à Mahomet, & à cause que les sectateurs de ce faux prophete y vont en grand pélerinage, comme nous le verrons dans la suite, mais encore parce qu'elle avoit un temple qui dans l'ancien paganisme n'étoit pas moins revéré des Arabes que celui de Delphes l'étoit des Grecs.
Ceux qui avoient la présidence de ce temple étoient d'autant plus considérés, qu'ils possédoient, comme aujourd'hui, le gouvernement de la ville. Aussi Mahomet eut la politique, dans une trève qu'il avoit conclue avec les Mecquois ses ennemis, d'ordonner à ses adhérens le pélerinage de la Mecque. En conservant cette coutume religieuse, qui faisoit subsister le peuple de cette ville, dont le terroir est des plus ingrats, il parvint à leur imposer sans peine le joug de sa domination.
La Mecque est la métropole du Mahométisme, à cause de son temple ou kiabé, maison sacrée, qu'ils disent avoir été bâtie dans cette ville par Abraham ; & ils en sont si persuadés, qu'ils feroient empaler quiconque oseroit nier qu'il n'y avoit point de ville de la Mecque du tems d'Abraham. Ce kiabé, que tant de voyageurs ont décrit, est au milieu de la mosquée appellée haram par les Turcs ; le puits de zemzem, si respecté des Arabes, est aussi dans l'enceinte du haram.
La ville, le temple, la mosquée & le puits, sont sous la domination d'un sériph, ou, comme nous écrivons, sherif, prince souverain comme celui de Médine, & tous deux descendans de la famille de Mahomet ; le grand-seigneur, tout puissant qu'il est, ne peut les déposer qu'en mettant à leur place un prince de leur sang.
La Mecque est située dans une vallée ingrate, entre des montagnes stériles, à 90 lieues S. O. de Médine, & 40 milles de la mer Rouge, où est Gidda ou Jodda, qu'on appelle le port de la Mecque. Long. selon Delisle, 60. 10. lat. 21. 40.
|
| MÉCRAN | LE, (Géog.) province de Perse aux confins de l'Indoustan, entre le Kerman au couchant, le Seyestan au nord, le pays de l'Inde au levant, & la mer au midi. Il répond à la Gédrosie des anciens, & est toute environnée de deserts & de terres sabloneuses. Nous n'en connoissons que la côte, & encore si peu, que c'est comme si nous n'en connoissions rien.
|
| MECYBERNA | (Géog. anc.) lieu de Macédoine à 20 stades d'Olinthe, selon Suidas, dans le golfe qui en prenoit le nom, Mecyberneus sinus, appellé présentement le golfe d'Aiomama. (D.J.)
|
| MÉDAILLE | S. f. (Art numismat.) numisma dans Horace ; piece de métal frappée ou marquée, soit qu'elle ait été monnoie ou non.
Le goût pour les médailles antiques prit faveur en Europe à la renaissance des beaux-arts. Pétrarque, qui a tant contribué à retirer les Lettres de la barbarie où elles étoient plongées, rechercha les médailles avec un grand empressement ; & s'en étant procuré quelques-unes, il crut les devoir offrir à l'empereur Charles IV. comme un présent digne d'un grand prince.
Dans le siecle suivant, Alphonse roi de Naples & d'Aragon, plus célebre encore par son amour pour les Lettres que par ses victoires, fit une suite de médailles assez considérable pour ce tems-là. A l'exemple de ce monarque, Antoine, cardinal de Saint Marc, eut la curiosité de former à Rome un cabinet de médailles impériales.
Cosme de Médicis commençoit dans le même tems à Florence cet immense recueil de manuscrits, de statues, de bas-reliefs, de marbres, de pierres gravées & de médailles antiques, qui fut ensuite continué avec la même ardeur par Pierre de Médicis son fils, & par Laurent son petit-fils. Les encouragemens & les secours que les Savans reçurent de la maison de Médicis, contribuerent infiniment aux progrès rapides que les Lettres firent en Italie. Depuis la fin du xv. siecle, le goût de l'antique & l'étude des médailles s'y sont perpétués, & les cabinets s'y sont multipliés & perfectionnés.
L'Allemagne connut les médailles dans le xvj. siecle ; Maximilien I. en rassembla beaucoup, & inspira par son exemple aux Allemands l'amour pour ces précieux restes d'antiquité. Nous trouvons les essais de leur goût pour ces monumens, dans le livre de Jean Xuttichius sur la vie des empereurs & des Césars, enrichie de leurs portraits tirés des médailles antiques. Ce livre fut publié en 1525, réimprimé en 1534, & augmenté trois ans après de 42 médailles consulaires gravées en bois.
Budé fut le premier en France qui né pour l'étude de l'antiquité, fit une petite collection de médailles d'or & d'argent, avant même que d'écrire sur les monnoies des anciens. Il fut imité par Jean Grollier, Guillaume du Choul & quelqu'autres. Les progrès que cette science a fait ensuite dans ce royaume, sont trop connus pour qu'il soit nécessaire de nous y arrêter.
Le goût des médailles prit la plus grande faveur dans les Pays-Bas, lorsque Goltzius vint à s'y réfugier ; & ce goût passa bientôt la mer, pour jetter dans la grande-Bretagne des racines aussi vives que profondes.
A l'égard de l'Espagne, Antonio Augustini, mort archevêque de Tarragone en 1586, est le premier & paroît être presque le seul qui se soit appliqué à connoître & à rassembler des médailles. Ce savant homme, l'un des plus célebres antiquaires de son tems, essaya de répandre parmi ses compatriotes la passion qu'il avoit pour les monumens antiques ; mais ses tentatives furent infructueuses, personne ne marcha sur ses traces.
Il n'en a pas été de même dans les autres pays que j'ai nommés. Dès l'an 1555 on avoit vû paroître en Italie le discours d'Enée Vico, pour introduire les amateurs dans l'intime connoissance des médailles. L'auteur y traita de la plûpart des choses qu'on peut y observer en général, des métaux sur lesquels on les a frappées, des têtes des princes qu'elles représentent ; des types gravés sur les revers, des légendes ou inscriptions qui se lisent sur les deux côtés de la médaille ; des médaillons & des contorniates ; des médailles fausses ou falsifiées ; enfin, des faits historiques dont on peut ou établir la vérité, ou fixer la date par le moyen des médailles ; de la forme des édifices publics qu'on y remarque ; des noms des personnages qu'on lit sur ces monumens, & des différentes magistratures dont il y est fait mention.
En 1576 Goltzius publia dans les Pays-Bas ses médailles des villes de Sicile & de la grande Grece ; l'année suivante Ursini mit au jour les monumens numismatiques des familles romaines jusqu'au regne d'Auguste ; entreprise continuée dans le même siecle par Adolphe Occo, jusqu'à la chûte de l'empire.
A la foule de beaux ouvrages qui parurent dans le siecle suivant sur les médailles en général, les Antiquaires y joignirent les explications de toutes celles de leurs propres cabinets & des cabinets étrangers : alors on fut en état, par la comparaison de tant de monumens, soit entr'eux, soit en les confrontant avec les auteurs grecs & latins, de former des systèmes étendus sur l'art numismatique.
Plusieurs savans n'oublierent pas d'étaler, peut-être avec excès, les avantages que l'Histoire & la Géographie peuvent tirer des médailles & des inscriptions ; il est vrai cependant que ces monumens précieux réunis ensemble, forment presque une histoire suivie d'anciens peuples, de princes, & de grandes villes ; & leur autorité est d'autant plus respectable, qu'ils n'ont pu être altérés. Ce sont des témoins contemporains des choses qu'ils attestent, revêtus de l'autorité publique, qui semblent n'avoir survécu à une longue suite de siecles & aux diverses révolutions des états, que pour transmettre à la postérité des faits plus ou moins importans, dont elle ne pourroit d'ailleurs avoir aucune connoissance. On n'ignore pas que M. Spanheim a réduit à des points généraux l'objet des médailles en particulier, pour en justifier l'utilité ; & M. Vaillant, rempli des mêmes vûes, a distribué par regnes toutes les médailles des villes grecques sous l'empire Romain.
D'autres auteurs se tournant d'un autre côté, ont envisagé les médailles comme monnoie, & en ont comparé le poids & la valeur avec celle des monnoies modernes ; l'examen de ce seul point a déja produit plusieurs volumes.
Enfin les ouvrages numismatiques se sont tellement multipliés, qu'on avoit besoin d'une notice des savans qui ont écrit sur cette matiere ; c'est ce qu'a exécuté complete ment le P. Banduri, dans sa bibliotheca nummaria, imprimée à la tête de son grand ouvrage des médailles depuis Trajan Dece, jusqu'à Constantin Paléologue.
Mais ce siecle ayant trouvé quantité de nouvelles médailles, dont on a publié des catalogues exacts, c'est aujourd'hui qu'on est en état de rendre par ce moyen l'histoire des peuples plus détaillée & plus intéressante qu'on ne pouvoit la donner dans le siecle précedent.
Voilà comment la science des médailles s'étant insensiblement perfectionnée, est devenue, parmi les monumens antiques, celle qui se trouve la plus propre à illustrer ceux qui la cultivent. Il ne faut pas s'étonner du goût qu'on a pris pour elle : son étude brillante n'est point hérissée des épines qui rendent les autres sciences tristes & fâcheuses. Tout ce qui entre dans la composition d'une médaille contribue à rendre cette étude agréable : les figures amusent les yeux ; les légendes, les inscriptions, les symboles toujours variés, reveillent l'esprit & quelquefois l'étonnent. On y peut faire tous les jours d'heureuses découvertes : son étendue n'a point de bornes ; les objets de toutes les sciences & de tous les arts sont de son ressort, sur-tout l'Histoire, la Mythologie, la Chronologie, & l'ancienne Géographie.
Je voudrois bien traiter un peu profondément cette belle science dans tous les articles qui la concernent, entr'autres dans son article générique, & c'est à quoi du-moins je donnerai mes soins ; mais pour éviter que ma foible vûe ne m'égare dans cette entreprise, j'emprunterai mes lumieres des instructions du P. Jobert, des excellentes notes dont M. le baron de la Bastie les a enrichies ; des mémoires de l'académie des Inscriptions, & de tous les autres livres propres à me guider. Je tâcherai de mettre de la netteté dans les subdivisions nécessaires, & de remplir avec exactitude les articles particuliers. Le lecteur en les rassemblant y pourra trouver les secours suffisans pour acquérir les élémens de la science numismatique, & peut-être pour l'engager à en faire une étude plus profonde. L'on s'étoit proposé de faciliter cette étude par les Planches ; mais des hommes habiles nous ont représenté que les seules médailles très-rares alloient à plusieurs milliers.
Division générale des médailles. Toutes les médailles se partagent en deux classes générales, en antiques & en modernes ; car c'est de cette premiere notion que dépend l'estime & le prix des médailles.
Les antiques sont toutes celles qui ont été frappées jusque vers le milieu du iij. ou jusqu'au ix. siecle de Jesus-Christ ; je suis obligé de m'exprimer ainsi, à cause du différent goût des curieux, dont les uns font finir les médailles antiques avec le haut empire, dès le tems de Galien, & même quelquefois avant Galien ; les autres seulement au tems de Constantin ; d'autres les portent jusqu'à Auguste, dit Augustule ; d'autres même ne les terminent qu'avec Charlemagne, selon les idées différentes qu'ils se forment, & qui sont purement arbitraires.
Les modernes sont toutes celles qui ont été faites depuis 300 ans : nous en ferons un article à part.
On distingue dans les antiques les grecques & les romaines : les grecques sont les premieres & les plus anciennes, puisqu'avant la fondation de Rome les rois & les villes grecques frappoient de très-belles monnoies de tous les trois métaux, & avec tant d'art, que dans l'état le plus florissant de la république & de l'empire, l'on a eu bien de la peine à les égaler. On en peut juger par les médaillons grecs qui nous restent, car il y en a de frappés pour les rois & d'autres pour les villes de la Grece. Il faut avouer que dans ce qui concerne les figures, les médailles grecques, généralement parlant, ont un dessein, une attitude, une force & une délicatesse à exprimer jusqu'aux muscles & aux veines, qui, soutenues par un très-grand relief, leur donnent une juste préférence en beauté sur les romaines.
Ces dernieres sont consulaires ou impériales. On appelle médailles consulaires celles qui ont été frappées pendant que la république romaine étoit gouvernée par les consuls ; on nomme médailles impériales celles qui ont été faites sous les empereurs.
Parmi les impériales on distingue le haut & le bas empire ; & quoiqu'à l'égard de ce qu'on appelle moderne les médailles des empereurs jusqu'aux Paléologues passent pour antiques, encore qu'elles descendent jusqu'au XV. siecle, les curieux en gravure n'estiment que celles du haut empire, qui commence à Jules-César ou à Auguste, & finit, selon eux, au tems des trente tyrans. Ainsi les médailles du haut empire s'étend environ depuis l'an 700 de Rome, 54 ans avant Jesus-Christ, jusqu'à l'an 1010 de Rome ou environ, & de Jesus-Christ environ 260.
Le bas empire comprend près de douze cent ans, si l'on veut aller jusqu'à la ruine de l'empire de Constantinople, qui arriva l'an 1453, que les Turcs s'en rendirent les maîtres ; desorte qu'on ne reconnut plus que l'empire d'Occident dans tout le monde chrétien. Ainsi l'on peut y trouver deux différens âges ; le premier depuis l'empire d'Aurelien ou de Claude le Gothique, jusqu'à Héraclius, qui est d'environ 350 ans ; le deuxieme depuis Héraclius jusqu'aux Paléologues, qui est de plus de 800 ans.
Des différens métaux qui composent les médailles. Le prix des médailles ne doit pas être considéré précisément par la matiere, c'est un des premiers principes de la science des médailles : souvent une même médaille frappée sur l'or sera commune, qui sera très-rare en bronze ; & d'autres fort estimées en or, le seront très-peu en argent & en bronze. Par exemple, un Othon latin de grand bronze, n'auroit pas de prix : on ne connoît que des médailles d'Othon en moyen bronze, frappées dans l'Orient, à Antioche & en Egypte, elles sont même très-précieuses ; mais un Othon d'or ne vaut que quelques pistoles audessus de son poids, qui est environ de deux gros ; & le même Othon d'argent ne vaut qu'un écu audelà de ce qu'il pese, excepté qu'il n'eût quelque revers extraordinaire qui en augmentât le prix. Si même l'on pouvoit recouvrer quelques-unes des monnoies de cuir qui étoient en usage à Rome avant le regne de Numa, & que l'histoire nomme asses scortei, on n'épargneroit rien pour les mettre à la tête d'un cabinet.
Il est utile de connoître les métaux antiques, afin de n'y être pas trompé, & de savoir ce qui forme les différentes suites où les métaux ne doivent jamais être mêlés, si ce n'est lorsque pour rendre la suite d'argent plus ample & plus complete , on y place certaines têtes d'or qui ne se trouvent plus en argent ; car cela s'appelle enrichir une suite. Ajoutons cependant que dans la suite des rois & des villes, il est assez d'usage de mêler ensemble les trois métaux, & même les différentes grandeurs : c'est aussi ce qui se pratique ordinairement dans la suite des médailles consulaires ; mais cela vient de ce qu'il y a des têtes de rois & des familles romaines qui ne se trouvent que dans l'un des trois métaux & sur ces pieces de différent volume, outre l'extrème difficulté qu'il y auroit de rassembler un assez grand nombre de ces têtes de même métal & de même volume, pour en composer une suite.
On voit déjà par ce détail que la matiere des médailles antiques se réduit à trois principaux métaux, l'or, l'argent & le cuivre, qu'on nomme bronze par honneur. Les médailles d'or, à ne parler que des seules impériales, peuvent être d'environ trois mille : les médailles d'argent vont bien à six mille ; mais les médailles de bronze, en y comprenant les trois différentes grandeurs, pourroient aller à plus de trente mille, puisque le petit bronze seul s'étend peut-être jusqu'à vingt mille. Le célebre Morel, que la mort surprit lorsqu'il travailloit à exécuter le grand & utile dessein de graver toutes les médailles connues, se proposoit d'en représenter vingt-cinq mille, quoiqu'il terminât la suite des impériales à l'empereur Héraclius. Si donc au nombre des médailles impériales en or, en argent, & dans les trois grandeurs de bronze, on y ajoutoit les médaillons en tous métaux, les quinaires, les potins, les plombs antiques, les consulaires, les médailles des rois & des villes grecques, il est vraisemblable que le nombre des médailles antiques connues passeroit cinquante mille.
On ne peut guère réfléchir sur la découverte de tant de médailles, sans venir à se persuader qu'elles étoient originairement des monnoies répandues dans le commerce, c'est-à-dire des especes courantes ou dans tout l'empire, ou du-moins dans les pays où elles ont été battues.
1°. L'usage des métaux monnoyés a de tous tems été dans l'Empire, comme il est encore aujourd'hui parmi nous : cet usage est absolument nécessaire dans le commerce, depuis qu'on ne trafique plus par le seul échange des marchandises ; il faut donc croire qu'il n'a point été interrompu dans le siecle de Constantin, non plus que dans les précédens. On ne peut douter que durant tant de siecles on n'ait frappé une bien plus grande quantité de pieces de monnoies que de jettons, qui n'avoient aucun cours dans le commerce. Par quel miracle seroit-il arrivé que ces jettons seuls se fussent conservés, qu'on en trouvât une infinité par-tout, & qu'au contraire il ne nous fût resté aucune monnoie ? Quand on me dit qu'il nous est resté beaucoup moins de médaillons que de médailles, je répons aussi-tôt que les médaillons n'étoient d'aucun usage dans le commerce, & qu'il s'en frappoit beaucoup moins que de monnoies ; mais quand on me demande pourquoi on trouve une infinité de médailles, & qu'il ne nous reste plus aucune monnoie antique, je serois forcé, si je convenois du fait, d'avouer que c'est un prodige.
2°. Il est constant que la plûpart des médailles, soit d'argent, soit de bronze, que nous avons du tems de la république (car pour parler médaille, tout le monde sait qu'on donne le nom de bronze au cuivre), il est constant, dis-je, que c'étoient les monnoies courantes. La plûpart en portent la marque indubitable, qui est la valeur de chacune ; sur celles d'argent le Xa. le Q. II-S, sont voir qu'elles valoient tant d'as ; & sur celles de bronze, le nombre de 0. 00. 000. 0000. dit qu'elles valoient une once, deux onces, trois onces, quatre onces, &c. Pourquoi donc du tems des empereurs n'auroit-on pas continué la même chose, quoique ces marques ne s'y trouvent pas ? c'est que l'usage commun faisoit assez savoir, comme à-présent, la valeur de chaque piece.
Ainsi nous ne nous étendrons point à répéter les preuves que Patin a données après Savot & les autres antiquaires, que toutes les médailles que nous avons sont les vraies monnoies dont on se servoit dans ces tems-là : il suffit de rappeller ceux qui seroient d'un sentiment contraire à ce miracle, qui sera toujours inconcevable, puisqu'il n'y auroit que les médailles qui auroient eu le bonheur de se conserver jusqu'à nos tems, pendant que toutes les monnoies absolument se seroient perdues, sans que dans ces trésors qu'on tire encore tous les jours des entrailles de la terre, on en pût rencontrer une seule.
3°. Quand les médailles déclarent elles-mêmes qu'elles sont des monnoies, il me semble qu'on doit les en croire sur leur propre témoignage. Or nous avons dans le siecle de Constantin plusieurs médailles qui portent pour légende, Sacra Moneta Augg. & Caes. NN. Pourquoi ne vouloir pas lire dans les lettres initiales de l'exergue, ce qui se lit dans la légende tout au long, en expliquant S. M. par Sacra Moneta, plûtôt que par Societas Mercatorum ?
Nous avons aussi des médailles qui portent Moneta Urbis. Cela veut dire des jettons ? Ce qui s'appelle monnoie du prince ou monnoie de la ville, n'est point sans doute un présent fait par des marchands gaulois. Nous avons enfin Moneta Augusti, & Moneta Augg. Dans Hadrien, dans Antonin, dans Septime Severe & sous presque tous ses successeurs ; dans Trajan Dèce, Trébonien, Galle, Volusien, Valérien, Galien, Salonien, Posthume, Tétricus, Claude le gothique, Tacite, Florien, Carus, Carin, Numérien, &c. nous avons Moneta Augusti sur les médailles de quelques princesses, comme de Julia Pia, &c. Sous d'autres empereurs où on ne trouve pas Moneta, on trouve Aequitas Aug. avec le même type d'une femme assise ou debout qui tient une balance.
Cependant je ne voudrois pas décider que toutes les médailles absolument sans exception, fussent originairement des monnoies ; je crois cela presque toujours vrai, mais il peut se faire qu'en certaines occasions on ait frappé des médailles au poids & au titre de la monnoie courante, sans avoir dessein de les faire passer dans le commerce, & uniquement dans la vûe de conserver la mémoire de quelque évenement remarquable, ou par d'autres raisons particulieres ; mais s'il se trouve de ces médailles, elles sont en si petit nombre, que l'opinion d'Erizzo & du P. Hardouin n'en est pas moins insoutenable.
Des différentes grandeurs qui forment les suites en bronze. La grandeur de toutes les médailles antiques n'est ordinairement que depuis trois pouces de diametre jusqu'à un quart de pouce, soit en or, soit en argent, soit en cuivre, qui sont les principaux métaux sur lesquels travailloient les monétaires.
On appelle médaillons les médailles qui sont d'une grandeur extraordinaire. Voyez MEDAILLON.
Il y a une si grande quantité de médailles de bronze, qu'on les sépare en trois grandeurs, qui forment ces trois différentes suites dont les cabinets sont remplis, le grand bronze, le moyen bronze & le petit bronze : on juge du rang de chacun par son volume, qui comprend en même tems l'épaisseur & l'étendue de la médaille, la grosseur & le relief de la tête ; desorte que telle médaille qui aura l'épaisseur du grand bronze, pour n'avoir que la tête du moyen, ne sera que de la seconde grandeur. Telle autre qui n'aura presque point d'épaisseur, pour avoir la tête assez grosse, sera rangée parmi celles de la premiere grandeur. L'inclination du curieux y fait beaucoup ; car ceux qui préferent le grand bronze y font entrer beaucoup de médailles qui dans le vrai ne sont que de moyen bronze, y placent des médailles qui devroient être mises dans le grand, particulierement pour avoir des têtes rares, qu'on a peine à trouver dans toute sorte de grandeur. Ainsi l'Othon de moyen bronze, l'Antonia, le Drusus, le Germanicus, se mettent dans le grand bronze ; & d'autres têtes du petit bronze se placent dans le moyen, sans que personne se soit opiniâtré à faire un procès sur cela aux curieux, pour les contraindre à déranger leurs cabinets.
Chacune de ces grandeurs a son mérite : la premiere, qui fait le grand bronze, excelle par la délicatesse & la force du relief, & par les monumens historiques dont les revers sont chargés, & qui y paroissent dans toute leur beauté : la seconde, qui est le moyen bronze, se fait considérer par la multitude & par la rareté des revers, sur-tout à cause d'une infinité de villes grecques & latines, qu'on ne trouve presque point en grand bronze : la troisieme, qui fait le petit bronze, est estimable par la nécessité dont elle est dans le bas empire, où le grand & le moyen bronze abandonnent les curieux, & où l'un & l'autre, quand ils se rencontrent, passent pour médaillon.
Il faut savoir, pour ne pas se donner une peine inutile, que la suite complete du grand bronze ne s'étend point au-delà des Posthumes, parce qu'il est infiniment rare de trouver dans le bas empire des médailles de ce volume : celles qui se rencontrent depuis Anastase n'ont communément ni l'épaisseur, ni le relief, ni la grosseur de tête suffisante ; cependant sans passer les Posthumes, on peut, comme nous l'avons dit, pousser la suite au-delà de trois mille.
La suite de moyen bronze est la plus facile à former & la plus complete , parce que non-seulement elle va jusqu'aux Posthumes, mais jusqu'à la décadence de l'Empire romain en Occident & même en Orient jusqu'aux Paléologues. A la vérité, depuis Héraclius, il est difficile de les trouver toutes : on est forcé d'interrompre la suite ; mais cela peut venir du peu de soin qu'on a eu de les conserver, à cause qu'elles sont si grossieres & si informes, qu'il semble que la gravure ne fait plus alors que gratter misérablement le métal ; & rien ne prouve mieux la désolation de l'Empire que la perte universelle de tous les beaux-arts, qui paroît si sensiblement dans celui de la Gravure.
La suite de petit bronze est assez aisée à former dans le bas empire, puisqu'on a de ces sortes de médailles depuis les Posthumes jusqu'à Théodose ; mais depuis Jules jusqu'aux Posthumes, il est très-difficile de la remplir ; & depuis Théodose jusqu'aux Paléologues, avec qui l'empire des Grecs a fini, il est absolument impossible d'y parvenir sans le secours de l'or & de l'argent, & même de quelques moyens bronzes : car ce n'est que de cette maniere que M. Ducange, un des savans hommes du dernier siecle dans l'Histoire, nous a donné cette suite dans son livre des familles, qu'on nomme byzantines, parce qu'elles ne sont venues à l'empire qu'après la fondation de Constantinople, dite auparavant Byzance, dont Constantin fit une nouvelle Rome. Aussi a-t-elle fait gloire d'oublier son ancien nom pour prendre celui de son restaurateur.
Il ne faut donc point espérer d'avoir aucune suite complete de chaque métal en particulier, ni de chaque grandeur différente, mais on ne doit pas pour cela les gâter par le mélange des différens métaux ; cependant on permet, pour la satisfaction de ceux qui veulent avoir une suite des plus complete s, de mêler le petit bronze avec le moyen, afin de se voir sans interruption notable, conduits depuis la république romaine, qui perdit sa liberté sous Jules-César, jusqu'aux derniers empereurs grecs, qui furent détrônés par les Turcs l'an 1453. Ainsi la suite des médailles nous trace pour ainsi dire l'histoire de plus de quinze siecles.
Des suites de médailles par les têtes & par les revers. On peut encore composer des suites fort curieuses par les têtes des médailles, en rangeant par ordre les médailles des rois, des villes, des familles romaines, des empereurs & des déités : ce sont autant de classes sous lesquelles on distribue toutes les différentes suites de médailles, comme nous l'expliquerons fort au long au mot SUITE, Art numismatique.
Quant aux revers qui rendent les médailles plus ou moins curieuses, nous en détaillerons le mérite au mot REVERS ; mais dès qu'on est parvenu à former les suites de médailles d'un cabinet, il s'agit de connoître l'état de chaque médaille, parce que c'est delà que dépend particulierement leur prix & leur beauté.
De l'état & de la beauté des médailles. Les antiques médailles ne sont les plus belles & les plus précieuses que lorsqu'elles sont parfaitement conservées ; je veux dire lorsque le tour de la médaille & le grenetis en sont entiers, que les figures imprimées sur les deux côtés en sont connoissables, & que la légende en est lisible.
Il est vrai que cette parfaite conservation est quelquefois un juste sujet d'avoir la médaille pour suspecte, & que c'est par-là que le Padouan & le Parmésan ont perdu leur crédit. Cependant ce n'est point une preuve infaillible qu'elle soit moderne, puisque nous en avons quantité d'indubitables, de tous métaux, & de toutes grandeurs, que l'on appelle fleur de coin, parce qu'elles sont aussi belles, aussi nettes, & aussi entieres que si elles ne faisoient que de sortir de la main de l'ouvrier.
Le prix de la médaille antique augmente encore par une autre beauté que donne la seule nature, & que l'art jusqu'à présent n'a pu contrefaire, c'est le vernis que certaine terre fait prendre aux médailles de bronze, & qui couvre les unes d'un bleu turquin, presque aussi foncé que celui de la turquoise ; les autres d'un certain vermillon encore inimitable ; d'autres d'un certain brun éclatant & poli, plus beau sans comparaison que celui de nos figures bronzées, & dont l'oeil ne trompe jamais, ceux même qui ne sont que médiocres connoisseurs, parce que son éclat passe de beaucoup le brillant que peut donner au métal le sel armoniac mêlé avec le vinaigre. Le vernis ordinaire est d'un vert très-fin, qui sans effacer aucun des traits les plus délicats de la gravure, s'y attache plus proprement que le plus bel émail ne fait aux métaux où on l'applique. Le bronze seul en est susceptible ; car pour l'argent, la rouille verte qui s'y attache ne sert qu'à le gâter, & il faut l'ôter soigneusement avec le vinaigre ou le jus de citron, lorsqu'on veut que la médaille soit estimée.
Quand donc vous trouverez une médaille fruste ordinaire, c'est-à-dire à laquelle il manque quelques-unes des choses nécessaires, soit que le métal soit écorné ou rogné, le grenetis effleuré, les figures biffées, la légende effacée, la tête méconnoissable ; ne lui donnez point de place dans votre cabinet : mais plaignant le sort malheureux des grandeurs humaines, laissez aller ces princes qui ont autrefois fait trembler la terre, mollir sur l'enclume de l'orfévre, ou sous le marteau du chaudronnier.
Si néanmoins c'étoient de certaines médailles si rares, qu'elles pussent passer pour uniques, ou que l'un des deux côtés fût encore entier, ou que la légende fût singuliere ou lisible, elles mériteroient fort d'être gardées, & ne laisseroient pas d'avoir leur prix.
En effet, on voit peu de cabinets où il n'y en ait quelqu'une de mal conservée, & l'on est trop heureux quand on peut avoir, même avec imperfection, certaines têtes rares, pourvû qu'elles soient tant soit-peu connoissables ; il ne faut pas sur-tout se rebuter pour une légende effacée, quand le type est bien conservé ; puisqu'il y a des savans qui les déchiffrent à merveille, témoins M. Vaillant & M. Morel, qui par un peu d'application, rappelloient les mots les plus invisibles, & ressuscitoient les caracteres les plus amortis.
Il est bon de savoir que les bords des médailles, éclatées par la force du coin, ne passent pas pour un défaut qui diminue le prix de la médaille, quand les figures n'en sont point endommagées ; au contraire, c'est un signe que la médaille n'est point moulée ; ce signe néanmoins ne laisse pas d'être équivoque, à l'égard de ceux qui auroient battu sur l'antique, car cela ne prouveroit pas que la tête ou le revers ne fût d'un coin moderne, & peut-être tous les deux.
Prenez garde aussi à ne pas rebuter les médailles d'argent dont les bords sont dentelés, & qu'on nomme numismata serrata, parce que c'est encore une preuve de la bonté & de l'antiquité de la médaille.
Mais il se trouve certains défauts qui nuisent à la beauté des médailles, & qu'on ne peut attribuer qu'à la négligence des monnoyeurs ; par exemple, lorsque le coin ayant coulé forme deux têtes pour une, deux grenetis ou deux légendes ; lorsque les lettres de la légende sont ou confondues ou supprimées, ou déplacées, comme on en voit communément sur les médailles de Claude-le-Gothique, & des trente tyrans, ce sont des monstres dont il ne faut point faire des miracles ; car quoique cela n'empêche pas que la médaille ne soit antique, cependant le prix au-lieu d'en augmenter en diminue notablement. Quant à certaines médailles qui ont une tête d'empereur avec quelques revers bisarres, ou avec des revers qui appartiennent à un autre empereur que celui dont elles portent la tête, il n'en faut faire aucune estime, puisque ce n'est qu'un effet de l'ignorance ou de la précipitation du faux monnoyeur.
Enfin il arrive quelquefois que ce monnoyeur oublie de mettre les deux quarrés, & laisse ainsi la médaille sans revers : on nomme incuses ces sortes de médailles. Voyez MEDAILLE INCUSE.
C'est ici le lieu de parler des contre-marques, que les jeunes curieux pourroient prendre pour des disgraces arrivées aux médailles, dont elles entament le champ, quelquefois du côté de la tête, d'autres fois du côté du revers, particulierement dans le grand & moyen bronze, assez semblables à ces marques qui se voyent sur nos sous, que le peuple nomme tappés ; à cause que l'impression du coup qu'ils ont reçu, quand on leur a fait cette marque, y est demeurée : cependant ce sont des beautés pour les savans, qui recherchent les médailles où sont des contre-marques.
On en trouve sur les médailles des rois & des villes greques, sur celles des colonies, & sur les impériales. Il y a quelquefois plus d'une contre-marque sur la même médaille, mais les Antiquaires n'en ont jamais vû au-delà de trois. Rien n'est moins informe que ces contre-marques ; même sur les médailles latines : le plus souvent ce sont des lettres liées ensemble, qui expriment simplement le nom de l'empereur ; quelquefois ce sont les lettres S. C. Senatus-Consulto, sur les médailles frappées dans les monnoies de Rome, D. D. Decreto Decurionum ; sur les médailles des colonies, comme sur une de Sagonte, & sur une autre de Nismes, ou enfin N. C. A. P. R. que Golthius expliquoit avec Angeloni, Vicus & Manuce, par Nobis Concessum A Populo Romano, formule qu'on peut peut-être mieux interpreter par Nummus Cusus, Auctoritate Populi Romani ; d'autres fois ces contre-marques sont des types, tantôt accompagnés de lettres, comme sur une médailles de Jules-César, frappée à Bérite, où l'on voit au contre-marque une corne d'abondance au milieu de deux C ; & tantôt sans lettres, comme une petite roue, qui porte sur les têtes d'Auguste & d'Agrippa, dans une médaille de la colonie de Nismes ; & une tête de taureau gravée sur le cou de Domitien, dans une médaille de ce prince. Le malheur est que d'un côté les Antiquaires ne conviennent pas de la signification de plusieurs contremarques, & que de l'autre ils savent encore moins les raisons qui les ont fait naître, comme nous le dirons au mot MEDAILLES CONTRE-MARQUEES.
Quant au relief des médailles, voyez RELIEF ; il suffit d'observer ici que c'est une beauté, mais qui n'est pas une marque indubitable de l'antique.
Des fourberies en médailles. Non-seulement il est facile d'attraper les nouveaux curieux, par de fausses médailles, auxquelles on donne du relief, mais il est encore aisé de les surprendre à plusieurs autres égards, principalement lorsqu'ils sont dans la premiere ardeur de leur passion pour les médailles, & qu'ils se trouvent assez opulens pour ne pas appréhender la dépense. On les voit tous les jours se livrer à la mauvaise foi & à l'avarice des trafiquans, qu'on nomme par mépris brocanteurs, faute d'en soupçonner les artifices. Ils sont trompés d'autant plus aisément, que les meilleurs connoisseurs se trouvent partagés sur de certaines médailles, que les uns croyent antiques & les autres modernes ; les uns moulées, les autres frappées, à peu-près comme il arrive par rapport aux tableaux, où les yeux les plus savans ne laissent pas de prendre quelquefois un original pour une copie, & une copie pour l'original. Le danger est encore devenu plus grand pour les amateurs des médailles, depuis que parmi les Médaillistes il s'est trouvé un Padouan & un Parmésan en Italie, qui ont su imiter parfaitement l'antique.
Pour dévoiler tout ce mystere, il faut commencer par indiquer les manieres différentes de falsifier les médailles, & le moyen de reconnoître la falsification, afin que le mal ne demeure pas sans remede.
La premiere & la plus grossiere, est de fabriquer des médailles qui jamais n'ont existé, comme celle de Priam, d'Enée, de Cicéron, de Virgile, & semblables personnages illustres, pour qui le Parmésan, & quelques autres ouvriers modernes, ont fait des coins tout exprès, afin de surprendre les curieux, animés du desir d'avoir des médailles singulieres.
C'est avec la même mauvaise foi, & par le même motif d'intérêt, que l'on a fabriqué des revers extraordinaires, & capables de piquer la curiosité ; par exemple, un Jules-César, avec ces mots, Veni, vidi, vici ; un Auguste avec ces deux-ci, Festina lente ; car quoique ce bon mot soit effectivement d'Auguste, cependant on ne s'étoit pas avisé d'en conserver la mémoire sur le métal.
Il est aisé à ceux qui ne sont pas novices dans l'inspection des médailles, de reconnoître l'imposture : car toutes ces médailles sont moulées, ou frappées d'un coin & d'un métal qui paroît d'abord ce qu'il est, c'est-à-dire moderne, & qui n'a ni la fierté ni la tendresse de l'antique.
Le seconde fourbe est de mouler les médailles antiques, de les jetter en sable, & puis de les réparer si adroitement, qu'elles paroissent frappées. On s'en apperçoit par les grains de sable, qui s'impriment toujours d'une certaine maniere visible sur le champ de la médaille, ou par certaines petites enfonçures, ou par les bords qui ne sont pas assez polis ni arrondis, ni si licés que ceux des médailles frappées, ou par les caracteres qui ne sont point francs, mais pochés & épatés : ou enfin par les traits qui ne sont ni si vifs ni si tranchans. On les reconnoît aussi par le poids qui est toujours moindre ; car le métal fondu par le feu se raréfie, au-lieu que lorsqu'il est battu il se condense, & devient par conséquent plus pesant ; enfin quand la médaille est jettée en moule, il reste ordinairement la marque du jet, qui ne peut être bien effacée par la lime ; & les bords qui ont besoin d'être arrondis, laissent aussi voir les coups de lime, qui sont une marque essentielle de fausseté.
Comme les hommes de viennent de jour en jour plus raffinés, les uns à tromper, les autres à se défendre de la tromperie, on a trouvé le moyen d'empêcher que l'on n'apperçût, dans le champ de la médaille, les enfonçures que les grains de sable y laissent par leur inégalité qui est inévitable. On les couvre d'un certain vernis obscur qui remplit ces petits creux, & l'on pique les bords pour les rendre raboteux. Si l'on parvient, sans le secours du vernis, à polir le champ avec le burin, la fourberie n'en est que plus savante. Il faut donc, pour s'en défendre, piquer le vernis, s'il y en a, & on le trouvera beaucoup plus tendre que le vernis antique ; & s'il n'y en a point, il faut étudier avec attention la médaille, dont le champ paroîtra infailliblement plus enfoncé ; enfin si on a le toucher un peu délicat, on trouvera le métal trop poli, au lieu que l'antique a quelque chose de plus fort & de plus rude. Ceux qui ne savent point cette finesse, & la différence du poids dont nous avons parlé, admirent que l'on connoisse quelquefois les médailles fausses seulement à les manier.
Il ne faut pas néanmoins rejetter certaines médailles, qui ayant été enchâssées dans de petites bordures ou de métal, ou de corne, ou de bois, ont les bords limés, parce qu'il a fallu les arrondir, car cela n'empêche pas qu'elles ne soient bonnes & antiques : c'est pour cela que les connoisseurs disent communément que quelquefois les bords justifient le champ de la médaille, & que quelquefois aussi le champ rend témoignage aux bords, qui par accident ont reçu quelque disgrace.
La troisieme ruse, est de réparer finement les médailles antiques, ensorte que de frustes & d'effacées qu'elles étoient, elles paroissent nettes & lisibles. On connoit des gens qui y réussissent parfaitement, & qui savent avec le burin enlever la rouille, rétablir les lettres, polir le champ, & ressusciter des figures qui ne paroissent presque plus.
Quand les figures sont en partie mangées, il y a une sorte de mastic que l'on applique sur le métal, & qu'on retaille fort proprement ensuite : le tout étant couvert de vernis, fait paroître les figures entieres & bien conservées. On découvre ce déguisement avec le burin dont on se sert pour égratigner quelque petit endroit de la médaille ; si l'on s'apperçoit qu'il morde plus aisément sur une partie que sur l'autre, c'est la preuve que le morceau est ajouté.
Cependant, quand l'oeil est accoutumé aux médailles, on trouve sur celles-ci de certains coups de burin trop enfoncés, des bords trop élevés, des traits raboteux & mal polis, par lesquels on devine qu'elles ont été retouchées : cela ne dégrade pas absolument une médaille antique, mais le prix en diminue du tout au tout.
Le quatrieme artifice, c'est de frapper des coins exprès sur certaines médailles antiques les plus rares, que l'on restitue de nouveau, & que l'on fait passer pour véritables, avec d'autant plus d'apparence, qu'il est visible qu'elles ne sont ni moulées ni retouchées.
C'est en quoi le Padouan & le Parmésan ont si bien réussi, que leurs fausses médailles sont devenues une partie de la curiosité. Le Padouan a plus de force, le Parmésan plus de douceur : en général on ne peut pas approcher de plus près l'antique que ces deux ouvriers l'ont fait. Cependant leur maniere finie & délicate ne vaut point cet air fier de l'antique, qui tient beaucoup plus du grand. On les reconnoit encore par le trop de conservation, qui les rend suspects ; par l'oeil du métal, & principalement par le poids qui est moindre que celui du métal antique. Peut-être encore que si l'on examinoit avec attention les coins du Padouan, on pourroit les distinguer infailliblement des coins antiques. On sait, par exemple, que sur le revers de Tibere gravé par le Padouan, ces mots placés dans l'exergue, Rom. ET Aug. sont ponctués de façon que le T se trouve entre deux points, Rome. T. Aug. aussi n'est-il pas possible de s'y méprendre, quand la médaille est bien conservée : l'embarras n'a lieu que lorsque la ponctuation ne se voit pas.
La cinquieme fraude, est de battre sur l'antique même, c'est-à-dire de se servir de coins modernes pour reformer de vieilles médailles avec le marteau, afin de leur donner ensuite une nouvelle empreinte.
Quoique cette tromperie soit difficile à découvrir, sur-tout par un curieux qui commence, parce qu'il n'a aucune des indications communes ; cependant s'il veut bien prendre garde au relief, il le trouvera pour l'ordinaire ou trop fort, ou trop foible, la coupure trop nette & trop neuve, & les bords trop peu conservés, à proportion du champ & des figures.
Le sixieme stratagème consiste à effacer un revers commun pour y en mettre un plus rare, ce qui augmente considérablement le prix de la médaille. Par exemple, on met une Otacille au revers de Philippe ; un Tite au revers de Vespasien ; c'est ainsi que l'on a gâté un Helvius-Pertinax de grand bronze, en lui mettant au revers un Milon crotoniate chargé de son boeuf ; un Domitien, en y mettant une allocution de huit soldats ; & un médaillon de Dece, en lui gravant une inscription, Deciana Caesarum, Decennalia feliciter.
On fait plus ; car afin que rien ne paroisse réparé, on coupe deux médailles, & puis avec un certain mastic on colle à la tête de l'une le revers de l'autre, pour faire des médailles uniques & qui n'ayent jamais été vûes ; on a même l'adresse de réparer si bien les bords, que les plus fins y sont ordinairement trompés. Le P. Jobert dit avoir vû un Domitien de grand bronze d'une conservation merveilleuse, dont on avoit enlevé le revers pour insérer à la place le bel amphithéâtre qu'on avoit aussi enlevé par dessous le grenetis à une médaille de Titus. Morel, dans son Specimen R. Nummar. tom.... p. 77. rapporte un exemple d'une falsification à-peu-près pareille.
On connoît ces faux revers ou par la différence qui se trouve immanquablement dans les traits d'une tête antique, & d'un revers moderne quelque bien travaillé qu'il puisse être ; ou lorsque le revers est antique & simplement appliqué, on le découvre en sondant les bords de la médaille, qui ne sont jamais si parfaitement unis que l'on ne s'apperçoive de quelque chose, & que les deux marques ne découvrent la jointure ou la différence du métal. Tel étoit un Vérus, à qui l'on avoit attaché une Lucille, pour en faire une médaille rare, sans avoir considéré que le Vérus étoit de cuivre rouge, & Lucille de cuivre jaune.
La septieme imposture se fait dans les légendes, soit du côté de la tête, soit du côté du revers. Il est plus ordinaire de le tenter du côté de la tête par l'intérêt qu'on a de trouver des têtes rares, ce qui manque communément dans les suites. Or, cela s'exécute en substituant avec adresse un nom à l'autre, sur-tout quand il y a peu de lettres à changer ou à ajouter. C'est ainsi que, dans le cabinet du P. Jobert, il y avoit une Lucille changée en Domitia de grand bronze, & un jeune Gordien d'Afrique, moyennant l'addition d'un peu de barbe, & le changement des lettres P. F. en A F R. C'est encore ainsi que dans le cabinet de M. l'abbé de Rothelin, il y avoit une Coelonia d'or, qui n'étoit autre chose qu'une Agrippine, mere de Caligula.
La huitieme finesse trompeuse est de contrefaire le vernis antique, ce qui sert à empêcher qu'on ne reconnoisse les médailles moulées, & à cacher les défauts des bords & des caracteres, comme nous l'avons déja dit. Il y en a même qui mettent les médailles en terre, afin de leur faire contracter, si ce n'est le vernis, du-moins une certaine rouille qui en impose aux connoisseurs moins habiles : d'autres emploient le sel armoniac mêlé avec le vinaigre ; d'autres le simple papier brûlé, qui est la maniere la plus facile.
On se défend aisément de cette tromperie, parce qu'on ne peut donner au vernis moderne ni la couleur, ni l'éclat, ni le poli du vernis antique qui dépend de la terre. D'ailleurs on n'a pas la patience de laisser une médaille en terre assez long-tems pour qu'elle puisse y prendre cette belle rouille qu'on estime plus que le plus riche métal. Il faudroit être assûré d'une longue vie, & pouvoir compter sur un prince aussi dupe que l'étoit le pape Paul III. pour tenter ce qui réussit à un fourbe italien. Il fit frapper sur le plomb un buste de S. Pierre, avec ces mots, Petrus Apostolus Jesu Christi : au revers deux clés en pal, Tibi dabo claves regni coelorum. Il enfouit cette piece fort avant en terre, & l'y laissa quelques années : ensuite faisant creuser dans cet endroit comme par hazard, on y trouva cette médaille qu'il décrassa soigneusement, & qu'il montroit à tout le monde comme un monument de la piété des premiers chrétiens. Le bruit s'en répandit bientôt à Rome : le pape voulut avoir cette médaille, il la demanda au possesseur, & la lui paya mille écus. Enfin le vernis moderne est tendre, & se pique aisément, au lieu que l'antique est dur comme le métal même.
La neuvieme supercherie a pour fondement un accident qui arrive quelquefois aux médailles qu'on frappe, ce qui a fait dire aux Antiquaires que toute médaille, dont les bords ont éclaté, est infailliblement frappée. Pour profiter de cette préoccupation, ceux qui font de fausses médailles, tâchent de les faire éclater lorsqu'ils les frappent effectivement, ou même de les fendre tout exprès quand elles sont assez bien moulées.
On n'en sera pas la dupe si l'on examine ces fentes avec un peu de soin ; car quand elles ne sont point assez profondes, ou que la coupure n'en est pas franche, ou qu'elles ne finissent pas par certains filamens presque imperceptibles ; c'est une preuve que cela n'est point arrivé par l'effort du coin, mais par artifice.
Enfin le moyen général de se précautionner contre toutes les fourberies des brocanteurs, c'est de s'appliquer à la connoissance de l'antique qui comprend le métal, la gravure des coins & le poinçonnement des caracteres ; c'est ainsi qu'on acquiert ces yeux, que Cicéron appelle oculos eruditos. Mais exiger d'un homme de lettres qu'il s'attache à démêler la différence de l'antique & du moderne, qu'il descende jusqu'au détail de la gravure & de la fabrique des médailles, n'est-ce point le réduire à la condition d'un simple artiste ? n'est-ce point même lui imposer une obligation qu'il sera hors d'état de remplir, puisque le goût qu'il doit avoir pour la lecture, ne peut s'accorder avec la dissipation inséparable de la vie d'un homme qui s'occuperoit à visiter les cabinets ?
Nous conviendrions de la force de cette objection, si la connoissance du matériel de la médaille demandoit une occupation longue & sérieuse, ou, si l'on ne supposoit pas un goût né pour les médailles, dans celui qui veut acquérir cette connoissance. En effet, sans ce goût, ce seroit faire trop peu de cas de son tems que de le consacrer à de tels soins. Mais il s'agit ici d'un curieux, en qui l'amour des lettres augmente le penchant naturel qu'il se sent pour déchiffrer ces précieux restes de l'antiquité. Il s'agit d'un curieux qui se propose sans cesse d'étudier le sens, l'esprit des médailles, & pour y parvenir de consacrer ses veilles à la lecture des ouvrages, dans lesquels il peut puiser des lumieres. Nous allons donc lui en indiquer les principaux.
Livres sur les médailles. Je suppose qu'il sait aussi-bien que moi qu'on ne fera jamais de progrès dans l'art numismatique sans la connoissance des langues savantes, de l'Histoire greque & romaine, de la Géographie ancienne & moderne, de la Chronologie & de la Mythologie. Si cependant je parlois à un jeune homme qui n'eût pas étudié préalablement toutes ces sciences, je lui conseillerois de commencer à les apprendre par les tables chronologiques du P. Pétau, les paralleles géographiques du P. Briet, la mythologie de l'abbé Banier, ou autres semblables.
Le livre du P. Pétau est connu sous le titre de Dionysii Petavii rationarium temporum ; il y en a grand nombre d'éditions. Celui du P. Briet est intitulé : Philippi Brietii parallela geographiae veteris & novae. Mais attendu qu'il n'est pas complet, il est nécessaire d'y joindre la géographie ancienne de Cellarius, Christoph. Cellarii notitia orbis antiqui, ab ortu rerum publicarum ad Constantinorum tempora ; cum tabulis geographicis : on préférera l'édition de Leipsic 1733, in -4°. deux volumes, avec les observations de M. Schuwartz.
Comme l'Histoire doit être la principale étude d'un curieux en médailles, on conçoit bien que, pour les entendre, il doit lire Hérodote, Dion, Denis-d'Halicarnasse, Tite-Live, Tacite, César, Velleius Paterculus, &c. A mesure qu'il fera des progrès dans l'art numismatique, il faudra qu'il ait sous les yeux Suidas, Pausanias, Philostrate, & parmi les modernes Rhodiginus, Giraldus, Rosinus, & autres semblables, qui lui fourniront des lumieres pour l'explication des types & des symboles.
A ces secours, il joindra le livre du P. Hardouin, intitulé : Nummi populorum & urbium illustrati ; ce livre où l'on trouve cent choses curieuses, quoique souvent conjecturales, a été réimprimé avec des changemens & des augmentations dans le recueil des oeuvres choisies du même auteur : Joan. Hardouin Opera selecta, Amstelod. 1709, in-fol. mais si notre curieux veut s'animer encore davantage dans la carriere qu'il a choisie, il faut qu'il lise le savant traité de M. Spanheim sur l'usage des médailles. Ce bel ouvrage, dont voici la bonne édition, est intitulé : Ezechielis Spanhemii, &c. dissertationes de praestantiâ & usu numismatum antiquorum, editio nova, tom. I. Lond. 1706, in-fol. volumen alterum, opus posthumum, ex autoris autographo editum, ac numismatum iconibus illustratum, ab Isaaco Verburgio, Amst. 1717, in fol. La premiere édition est de Rome 1664, in -4°. & la deuxieme d'Amsterdam 1671, in -4°.
Il faut ensuite se procurer les ouvrages où les médailles antiques de toutes especes sont gravées & expliquées. Voici quelques-uns des plus nécessaires.
On acquérera la connoissance des médailles greques des villes, dans les livres de Goltzius sur la Sicile & la Grece ; en voici les titres : Huberti Goltzii Sicilia, & magna Graecia, sive historiae urbium & populorum Siciliae & magnae Graeciae, ex antiquis numismatibus restitutae liber primus, Brugis 1576, in folio. On doit préférer la seconde édition imprimée à Anvers 1618, par les soins de Jacques de Bie, avec les remarques du P. André Schot, jésuite. L'autre livre de Goltzius sur les médailles des villes greques n'a paru que long-tems après sa mort, avec les commentaires de Louis Nugnez, savant Espagnol, Ludovici Nonnii Commentarius in Huberti Goltzii Graeciam, Insulas, & Asiam minorem, Ant. 1620, in fol.
Nous avons un excellent ouvrage de M. Vaillant sur les médailles des villes greques qui ont été frappées avec des têtes d'empereurs. On y a joint une ample explication des époques, des jeux, des fêtes, des alliances, & de tout ce qui donne de la peine à ceux qui commencent à s'appliquer à cette étude, ce qui est d'un grand secours pour les médailles, dont les légendes ont quelque chose de fruste & de difficile à déchiffrer. La premiere édition est à Paris en 1698. La seconde édition faite en Hollande avec plusieurs augmentations est connue sous ce titre : Numismata imperatorum, Augustarum, & Caesarum à populis Romanae ditionis graecè loquentibus, ex omni modulo percussa, &c. editio altera ab ipso autore recognita, septingentis nummis aucta, &c. Amst. 1700, in-folio.
Quoique ce recueil soit fort considérable, le nombre des médailles qui avoient échappé aux recherches de M. Vaillant, est presque aussi grand que celui des médailles décrites dans son ouvrage. On en trouvera 700 nouvelles dans les Numismata Musei Teupoli, &c. Venet. 1736, in -4°. deux volumes ; & plus de 300 dans le livre d'un jésuite allemand, intitulé : Erasmi Froelich soc. Jes. quatuor tentamina in re monetariâ vetere.... editio altera.... Vienn. 1737, in -4°. Il y en a de même plusieurs dans le Tesoro Britanico Nic. Haym. On pourroit joindre celles du cabinet du roi, & d'autres cabinets particuliers, qui fourniroient le moyen d'augmenter du double le recueil de M. Vaillant.
Nous sommes enrichis de quatre ouvrages sur les médailles des familles romaines. 1° De l'ouvrage de Fulvio Ursini, intitulé : Familiae romanae quae reperiuntur in antiquis numismatibus, ab urbe conditâ, ad tempora divi Augusti, Rom. 1577, in-fol. 2° Idem.... Carolus Patinus, &c. restituit, recognovit, auxit. Paris 1663, in-fol. 3° Nummi antiqui familiarum romanarum, perpetuis interpretationibus illustrati, per Joan. Vaillant, &c. Amstel. 1703, deux vol. in fol. 4° Thesaurus Morellianus, sive familiarum romanarum numismata omnia, juxta ordinem F. Ursini & Car. Patini disposita, à Cel. antiquario And. Morellio. Accedunt nummi miscellanei urbis Romae, Hispanici, & Goltziani. Nunc primum edidit, & commentariis perpetuo illustravit, Sigeb. Havercampus, Amstel. 1734, in fol. deux volumes.
Pour les impériales, il faut nécessairement avoir un Occo : son livre est intitulé : Imperatorum romanorum numismata, à Pompeio magno, ad Heraclium, ab Adolpho Occone olim congesta, studio Francisci Mediobardi, Mediol. 1683, in-folio. On en a fait une seconde édition à Milan en 1730, par les soins de M. Archelati, avec quelques additions & corrections, qui ne sont pas aussi considérables que le public avoit lieu de l'espérer.
Mais à l'Occo & au Mezzabarba, on ne peut se dispenser d'ajouter, Numismata imperatorum, à Trajano Decio, ad Palaeologos Augustos, studio D. Anselmi Banduri, &c. Paris 1718, in-fol. deux volumes.
Quoique M. Patin, dans son grand ouvrage des impériales, n'ait fait graver que le moyen bronze, il y a cependant beaucoup à apprendre pour tous les métaux & pour toutes les grandeurs, à cause de la ressemblance des types : son livre est intitulé : Imperatorum romanorum numismata, à Julio Caesare ad Heraclium, per Car. Patinum, Argentinae 1671, in-fol. edit. prim. Amstel. 1697, in-fol. edit. sec.
Il convient d'avoir encore sur les médailles impériales les descriptions du cabinet du duc d'Arschot, que Gevarsius a fait imprimer avec des explications, & où l'on trouve presque toutes les médailles ordinaires : il est intitulé : Regum & imperatorum romanorum numismata aurea, argentea, aerea, à Romulo & C. Julio Caesare usque ad Justinanum, Antverp. 1654, in-fol. Si l'on veut y joindre Oiselius, ses explications sont encore meilleures : son livre porte pour titre : Jac. Oiselii Thesaurus selectorum numismatum antiquarum cum fig. Amstel. 1677, in -4°.
Il est vrai que les auteurs que nous venons de nommer, n'ont parlé proprement que des médailles de bronze, mais Hemelarius, chanoine d'Anvers, a fait un volume à part sur les médailles d'or : ce volume est intitulé : Imperatorum romanorum numismata aurea, à Julio Caesare ad Heraclium collecta, & explicata à Joan. Hamelario, Antverp. 1627, in -4°. cum fig. aeneis.
Patin a rassemblé dans son trésor un assez beau recueil de médailles d'argent, quelques médaillons, & quelques grands bronzes : mais on en trouvera un beaucoup plus grand nombre dans M. Vaillant, qui ne s'est pas contenté d'en donner simplement la description, comme il avoit fait pour le bronze, il a encore ajouté à chacune une explication succincte.
Le même auteur, dans les deux volumes qu'il a publiés sur les médailles des colonies, n'a rien omis de ce qu'on pouvoit exiger d'un habile antiquaire ; il en a donné les types & les explications avec un succès admirable, & a fait graver les médailles avec un très-grand soin : cet ouvrage est intitulé : Numismata aerea, imperatorum in coloniis, Paris 1688, in-fol. deux volumes.
M. Ducange, dans les familles byzantines, a fait graver aussi fort exactement tout le bas-empire, & en a facilité l'explication par une savante dissertation qu'il a imprimée à la fin de son glossaire de la basse & moyenne latinité, t. III. Paris 1678, in-fol. Les familles byzantines portant pour titre : Historia Bysantina, duplici commentario ïllustrata, &c. auctore Car. du Fresne, D. Ducange, Paris 1680, in-folio. Les gravures de ce livre se retrouvent presque toutes dans celui du P. Banduri.
Il importe aussi de connoître quelles sont les médailles rares, afin de les savoir estimer ce qu'elles méritent. Elles ont été autrefois expliquées fort au long par Jean Tristan, sieur de Saint-Amand. Son livre est intitulé, Commentaires historiques ; contenant l'histoire des empereurs, impératrices, césars & tyrans de l'empire romain ; illustrés par les inscriptions & énigmes de 13 à 1400 médailles, tant greques que latines, Paris 1644, 3 vol. in-fol. Si les commentaires de Tristan sont très-fautifs, il faut observer qu'il vivoit dans un siecle où personne ne lui pouvoit encore servir de guide. Mais en échange, M. Vaillant a excellé dans ses Explications des médailles rares en général, & dans l'exposition de la rareté de chacune en particulier. Tous les Antiquaires possedent l'ouvrage dont nous parlons : Numismata imperatorum romanorum praestantiora, à Julio Caesare ad posthumum & tyrannos, per Joann. Foi-Vaillant, &c. tom. I. De romanis aereis senatûs-consulto percussis, &c. cui accessit series numismatum maximi moduli nondum observata. tom. II. De aureis & argenteis, &c. Paris, 1692, in 4°. Il faut aussi avoir la premiere édition de cet ouvrage, Paris, 1682 ; parce qu'on y a marqué le cabinet où se trouvoit chacune des médailles qui y sont décrites : & de-plus, les posthumes d'or & d'argent ont été omises dans la seconde édition.
M. Baudelot, dans son livre de l'Utilité des voyages, s'est aussi donné la peine d'y marquer les médailles rares, par rapport à la tête. Enfin, on en trouve un grand nombre qui sont expliquées dans le Recueil de l'acad. des belles lettres.
En indiquant ces livres profonds sur la science des médailles, j'allois presqu'oublier d'en nommer quelques-uns, qui sont propres à y introduire un nouveau curieux, & à lui en donner une connoissance générale. Il peut donc commencer sa carriere par le Discours d'Enée Vico sur les médailles, imprimé à Rome en 1555 ; ou plutôt par les Dialogues d'Antonius Augustinus, qui sont comme autant de leçons capables de l'éclairer.
Le livre de l'archevêque de Tarragone est intitulé : Dialogos dè medallas, inscriciones, y otras antiquidades en Tarragona, por Felipe Mey, 1587. C'est un petit in 4°. de 470 pages, avec 26 Planches de médailles, dont les deux premieres sont ordinairement placées à la tête du premier dialogue, & les 24 autres avant le dialogue suivant. Cette édition, d'ailleurs très-bien imprimée, est devenue très-rare, & on l'a vue vendre jusqu'à trente pistoles. L'ouvrage d'Antoine Augustin a été traduit deux fois en italien. La premiere de ces traductions, imprimée à Venise, in -4°. est assez conforme à l'édition espagnole. La seconde dont l'auteur s'appelloit Ottaviano Sada, est de Rome, 1592, in-fol. Le traducteur y a joint quelques observations, & une dissertation de Loelio Paschalini sur les médailles de Constantin, qu'il a insérée dans le premier dialogue. Les médailles y sont placées dans le corps de l'ouvrage, aux endroits où il en fait mention ; on y a même ajouté celles qui y sont expliquées, & qu'on n'avoit pas fait graver dans l'édition espagnole. Mais il auroit été à souhaiter que les desseins eussent été plus exacts & les gravures plus belles. Enfin, le P. André Schot traduisit ces dialogues en latin, & les fit imprimer à Anvers en 1617, in-fol. avec fig.
Le même curieux trouvera dans le Trésor de Goltzius, l'intelligence des abréviations les plus ordinaires, sans quoi l'on ne peut rien connoître aux légendes ; il y verra les noms & les prénoms des empereurs, des charges & des magistratures, qui ne se trouvent qu'en abrégé sur les médailles. S'il veut un plus grand répertoire, Ursatus le lui fournira. Le livre de ce dernier auteur est intitulé, Sertorii Ursati de Notis Romanorum Commentarius, Patavii, 1672, in-fol.
Mais la Science des médailles, du P. Louis Jobert jésuite, me paroît être, en petit, le meilleur livre qu'on ait jusqu'à présent, pour rendre l'étude de ces monumens antiques plus facile, plus utile, & plus agréable. La derniere édition est à Paris 1739, 2 vol. in -12. avec fig.
Quant à ceux qui desireront de connoître ou de se procurer tous les auteurs qui ont écrit sur l'art numismatique, je ne puis rien faire de mieux, que de les renvoyer à la Bibliotheca nummaria, du P. Banduri, imprimée à Hambourg en 1719, in -4°. avec les Notes de Fabricius ; car depuis ce tems-là, à peine a-t-il paru dix livres un peu considérables sur les médailles.
Observations générales sur les médailles, & sur leur étude. La publication de tant d'ouvrages sur l'art numismatique, & la description d'une infinité de cabinets, ont fait dans cette science, ce que fait l'expérience dans les arts. Les arts ne se sont perfectionnés que par les diverses observations de ceux qui ont su profiter de ce que l'usage leur avoit appris ; mais dans la science des médailles on a voulu trop tôt établir des principes indubitables, que les moins habiles ont détruits en un moment, par la seule vûe de quelques médailles que le hasard leur a fait tomber entre les mains.
Ainsi la croyance du siecle passé, que l'on n'avoit aucun véritable Othon de bronze, est aujourd'hui entierement effacée par la quantité des Othons de ce métal qui se trouvent dans les cabinets, & dont on n'oseroit disputer l'antiquité, d'autant plus qu'ils nous sont venus de l'Orient.
Ainsi, pour réfuter celui qui a dit, qu'on ne donnoit la couronne de laurier qu'aux Augustes, & jamais aux Césars ; il n'y a qu'à voir le médaillon de Maxime . IO. OH MAIMOC KAICAP, où il a la couronne de laurier, avec la qualité de César, sans parler du bas empire où Crispus César est couronné de laurier.
On a encore avancé deux maximes comme constantes, au sujet des fleuves qu'on voit très-souvent sur les revers des médailles. La premiere, que les fleuves étant ordinairement représentés par des figures couchées à terre ; on ne mettoit debout que ceux qui portoient leurs eaux dans celui qui étoit couché. La seconde, que si l'on trouvoit un fleuve représenté sans barbe, il falloit conclure que ce n'étoit qu'une petite riviere qui n'étoit point navigable. Cependant voici trois médailles qui prouvent la fausseté de ces principes. 1°. Une médaille de Gordien III ; elle porte au revers le Méandre & le Marsyas, tous deux couchés par-terre, quoique le Marsyas se jette dans le Méandre. 2°. Une médaille de Philippe, où ces deux mêmes fleuves sont sans barbe, quoique le Méandre soit assurément très-navigable, au rapport de Strabon. 3°. Une médaille d'Antonin Pie, , où l'on voit le Billoeus & le Sardo, tous deux de-bout : & l'on sait que le second se décharge dans le premier.
Cependant, quoiqu'il y ait peu de maximes qui ne souffrent des exceptions, il seroit dangereux de n'en vouloir jamais admettre aucune. Observons seulement, qu'elles soient toujours fondées en nécessité ou en raison, & qu'elles fassent plier la regle à leur objet, sans la détruire sur les autres points, où elle peut avoir son application.
C'est, par exemple, une maxime généralement adoptée par les antiquaires, que ce que nous appellons médailles, les romaines sur-tout, étoient originairement la monnoie courante ; & ils en donnent une bonne preuve. On trouve tous les jours, disent-ils, une prodigieuse quantité de ces médailles cachées dans la terre, comme autant de trésors particuliers qu'on vouloit mettre à couvert de l'incursion & de l'avidité des Barbares. Et loin que ces petits trésors forment jamais des suites de médailles plus ou moins complete s, ou qu'ils soient tous composés de différens revers, ils ne consistent communément que dans un petit nombre d'empereurs qui ont régné ensemble, ou qui se sont immédiatement succédés ; & le même revers s'y trouve quelquefois par milliers ; ce qui seul porte avec soi un caractere si marqué de monnoie courante, qu'il est comme impossible de se refuser à l'évidence d'un pareil témoignage.
On ne laisse pas d'en excepter les médaillons, du-moins ceux qui par leur relief, leur étendue, & leurs poids, auroient été fort à charge dans le commerce ; ceux sur-tout, qui, composés de plusieurs cercles de différentes especes de cuivre, semblent nous dire encore qu'ils ont uniquement été faits pour le plaisir & l'ostentation, & nullement pour l'usage & la commodité.
Peut-être en viendra-t-on aussi à faire une classe séparée en plusieurs autres sortes de médailles qui, quoiqu'au même titre, & uniformes entr'elles par le poids & le volume, offrent des objets tout-à-fait étrangers, pour ne pas dire contraires à l'idée d'une monnoie courante. Telles sont entr'autres, ces médailles qui paroissent n'avoir été imaginées que pour honorer après leur mort, des princes & des princesses, dont le portrait n'avoit jamais été gravé, de leur vivant, des gendres, des soeurs, des nieces d'empereurs, des enfans décédés au berceau ou dans la plus tendre jeunesse. Telles encore celles, où après une assez longue succession d'empereurs, on a renouvellé l'image & le souvenir de quelques illustres romains des premiers tems de la république.
Non toutefois que ces mêmes médailles n'ayent pu être reçues & même recherchées dans le commerce, parce qu'elles étoient de la même forme & de la même valeur intrinseque ; parce que travaillées avec autant & plus de soin, on y trouvoit aussi des choses plus singulieres & plus intéressantes. Enfin, parce que frappées sans doute en moindre quantité qu'on ne frappoit des revers de la monnoie ordinaire, elles étoient dans le même tems, à-proportion aussi rares qu'elles le sont aujourd'hui.
Une autre maxime en fait de médailles, c'est lorsqu'au revers d'un empereur romain, on trouve le nom d'une ville, d'un peuple, d'un pays ; ce pays, ce peuple, cette ville doivent avoir été de la domination romaine ; ou, s'ils ne lui ont pas été immédiatement soumis, ils reconnoissoient du-moins son autorité par quelque hommage, par quelque tribut, ou autre condition équivalente stipulée dans des traités. Il en faut cependant excepter ces médailles, où l'on voit d'un côté, la tête d'un empereur, & de l'autre, celle d'un prince voisin allié de l'empire, qui s'honoroit bien du titre d'ami du peuple & des empereurs romains, , mais dont l'alliance utile étoit quelquefois achetée par de gros subsides, que la vanité romaine qualifioit de gratifications.
A combien plus forte raison, n'en devroit-on pas excepter encore les médailles, où l'on verroit d'un côté, la tête d'un empereur romain, & de l'autre, le nom & les symboles d'une ville, qui, loin d'avoir été jamais sous sa domination, se trouveroit appartenir depuis long-tems à un autre prince puissant, lequel n'avoit rien à démêler avec l'empire ; rien à espérer de son alliance, rien à craindre de ses entreprises ? Sans cela, quelle absurde conséquence ne tireroit-on pas un jour de la médaille du czar Pierre I. frappée en 1718, avec le nom de la ville de Paris à l'exergue, Lutetiae-Parisiorum ? & vingt autres semblables ; si ceux qui joindront la connoissance de l'histoire à celle des médailles, n'étoient pas à-portée d'expliquer ces énigmes d'or & d'argent, comme le poëte Prudence les appelloit déjà de son tems.
On ne tariroit point sur les abus qui se sont glissés dans l'étude des médailles, & qui ont pour auteurs, je ne dis pas des hommes sans lettres, mais des écrivains d'une érudition reconnue. C'est sur la parole de ces écrivains célebres qu'on cite chaque jour des médailles, qui n'ont peut-être jamais existé ; c'est leur témoignage qui empêche de rejetter des médailles d'une autre espece, qui malgré leur antiquité, ne peuvent faire foi dans l'histoire ; c'est sur leur autorité que sont fondées ces interprétations chimériques qui dégraderoient les monumens les plus respectables, en les rendant le jouet de l'imagination de chaque particulier. Enfin, c'est principalement à ces auteurs qu'il faut imputer plusieurs fautes, où tombent tous les jours des amateurs des médailles, sur-tout ceux qui les recueillent uniquement, ou par le goût naturel qu'ils ont de ramasser, ou par le desir de s'acquérir une sorte de nom dans les lettres.
Il en est des médailles comme d'une infinité d'autres choses, qui font partie de ce qu'on appelle curiosités ; la vanité de posséder une piece rare & unique, fait souvent mettre en usage toutes sortes de ruses & d'artifices pour en imposer. De-là sont venus ces catalogues informes, où des médailles qui n'ont d'autre qualité que d'avoir été frappées par des faussaires & par des ignorans, sont décrites avec de pompeux éloges. De-là ces interprétations arbitraires qui vont quelquefois jusqu'à renverser les points d'histoire les plus constans. De-là cette confusion & ce mélange dans les cabinets, & dans les livres, des médailles fausses avec les vraies, ou des modernes avec les antiques. De-là enfin, mille inconvéniens que l'on découvre à chaque instant dans l'étude & dans la recherche des médailles ; car cette vanité s'étant une fois emparée de l'esprit, on ne s'en est point tenu au vrai, on a couru après le merveilleux. Chacun a voulu que sa collection fût plus singuliere que celle d'un autre, ou du-moins qu'elle passât pour telle. Pour y parvenir, on a tout fait valoir, on a tout loué, on a tout admiré.
Il est donc essentiel à un amateur de ces monumens antiques, d'être en état de juger par lui-même du mérite de chaque piece, & de ne point se laisser séduire aux pompeuses descriptions qu'il entendra faire, soit au nouvel acquéreur d'une médaille, soit à celui qui cherche à en vendre. Souvent, après avoir examiné ce qu'on lui vantoit avec tant d'emphase, il trouvera que c'est un coin moderne ; que la médaille est fausse ou réparée. Mais supposons-la antique & légitime, elle sera peut-être inutile pour l'histoire ; il cessera pour lors d'admirer cette médaille ; & ayant cessé de l'admirer, il cessera bientôt de rechercher ce qu'il ne désiroit ardemment, que faute de le bien connoître. C'est encore un nouvel avantage pour le grand nombre des gens de lettres, à qui la nature a donné de la facilité pour les sciences, plus que la fortune ne leur a procuré de secours pour les acquérir.
Les vains curieux qui ne joignent au goût qu'ils ont pour les médailles, ni une certaine connoissance de l'histoire, ni la lecture des ouvrages de l'antiquité, n'estiment communément les médailles, qu'à proportion de leur rareté ; & cette rareté dépend souvent ou du caprice, ou de la mauvaise foi de ceux qui ont fait imprimer des catalogues de médailles, quelquefois de la beauté seule & de la conservation de la médaille, & presque toujours du hazard qui a permis qu'on ait découvert un trésor antique plûtôt ou plus tard.
Au contraire, celui qui n'envisage les médailles qu'en homme de lettres, c'est-à-dire, qui n'en mesure le prix que sur l'utilité, ne préfere en médailles, que celles qui servent à découvrir quelque fait nouveau, ou à éclaircir quelque point obscur de l'histoire. Une médaille qui porte une date intéressante, ou qui fixe une époque de quelque conséquence, est plus précieuse pour lui que les Cornelia supera, les Tranquillines, & les Pescennius.
Ce n'est pas que nous voulions condamner les gens qui n'épargnent rien pour recueillir toutes les têtes des personnages illustres de l'antiquité ; nous avouons que les médailles ne seroient pas dépouillées de tout prix, quand même elles ne serviroient qu'à nous conserver les portraits des grands hommes ; mais ce n'est point là ce qui doit les faire principalement rechercher par un homme de lettres. Si une médaille de Pescennius ne porte aucune date particuliere ; si elle n'apprend aucun fait d'histoire, & qu'elle ne nous présente qu'un portrait, il est indifférent à celui qui veut devenir savant, que cette piece rare soit entre ses mains, ou entre celles d'un autre. Tout le monde convient de l'existence de Pescennius. Le curieux qui possede la médaille, n'en est pas plus assuré qu'un autre. L'homme de lettres voudroit fixer précisément le tems où ce prince a vécu ; il voudroit apprendre quelque circonstance particuliere de sa vie : si la médaille ne peut l'instruire de ce qu'il cherche, il est presque inutile qu'il l'ait vue.
Voilà la vraie maniere dont on doit envisager les médailles, sans les estimer ni chacune en particulier ni toutes en général, au-delà de l'utilité dont elles sont réellement. Gardons-nous sur-tout, d'imaginer que leur étude puisse se séparer de celle des inscriptions, & de la lecture des auteurs anciens. Elles éclaircissent des passages ; elles suppléent des dates ou des noms, & redressent même quelquefois des erreurs ; mais, pour un service qu'elles rendent à l'histoire, elles en reçoivent mille des historiens, & tous d'une si grande conséquence, qu'avec les livres sans médailles, on peut savoir beaucoup & savoir bien ; & qu'avec les médailles sans les livres, on saura peu & l'on saura mal. C'est par cette remarque qui n'est point d'un amateur enthousiaste, que je termine ce détail. Il ne me reste plus qu'à y joindre une courte explication de quelques mots fréquens dans la langue numismatique.
Termes d'usage dans l'art numismatique. Ame de la médaille. Les Antiquaires regardent la légende comme l'ame de la médaille, & les figures comme le corps ; tout-de-même que dans l'emblème où la devise tient lieu d'ame ; sans quoi l'on n'auroit aucune connoissance de ce que les figures qui en font le corps, nous doivent apprendre. Par exemple, nous voyons, dans une médaille d'Auguste, deux mains jointes qui serrent un caducée entre deux cornes d'Amalthée, voilà le corps ; le mot pax qui y est gravé, marque la paix que ce prince avoit rendue à l'état, en se réconciliant avec Marc Antoine, réconciliation qui ramena la félicité & l'abondance, voilà l'ame.
Buste. Il désigne, en matiere de médailles, comme dans les autres arts, un portrait à-demi-corps, qui ne présente que la tête, le col, les épaules, une partie de la poitrine, & quelquefois les deux bras. Les bustes qu'on voit sur les médailles, se trouvent accompagnés de symboles qui leur sont particuliers, sur-tout quand les deux bras paroissent, comme il est ordinaire dans les médaillons & dans les petites médailles du bas empire. Ces symboles sont le sceptre, la férule, l'acacia. Dans d'autres bustes qui vont jusqu'à-mi-corps, on y voit le casque, le bouclier, & un cheval qu'on tient par la bride, pour marquer les victoires remportées ou dans les combats de la guerre, ou dans les jeux.
Champ. C'est le fond de la piece qui est vuide, & sur lequel il n'y a rien de gravé. On est parvenu à trouver l'explication de certaines lettres initiales qui se trouvent dans le champ des médailles du bas empire. En voici des exemples :
Coin. On sait que c'est la même chose que la matrice ou le carré d'une médaille. Chaque médaille n'a point eu un coin différent de toutes les autres qui lui sont semblables. M. Baudelot a combattu savamment l'opinion contraire, dans son livre de l'utilité des voyages.
Corps. On regarde toutes les figures comme le corps de la médaille.
Exergue. C'est un mot, une date, des lettres, des chiffres marqués dans les médailles au-dessous des têtes qui y sont représentées, soit sur le revers, ce qui est le plus ordinaire, soit sur la tête. Les lettres ou les chiffres des exergues de médailles signifient ordinairement, ou le nom de la ville dans laquelle elles avoient été frappées, ou le tems, ou la valeur de la piece de monnoie : & les lettres initiales ne marquent que cela.
Inscription. On appelle proprement inscription, les paroles qui tiennent lieu de revers, & qui chargent le champ de la médaille au lieu de figures.
Légende. Elle consiste dans les lettres qui sont autour de la médaille, & qui servent à expliquer les figures gravées dans le champ.
Module. Grandeur déterminée des médailles, d'après laquelle on compose les différentes suites.
Monogramme. Lettres, caracteres ou chiffres, composés de lettres entrelacées. Ils dénotent quelquefois le prix de la monnoie, d'autrefois une époque, quelquefois le nom de la ville, du prince, de la déité représentée sur la médaille.
Nimbe. Cercle rayonnant qu'on remarque sur certaines médailles, sur-tout sur celles du bas empire.
Ordre. C'est ainsi qu'on appelle une classe générale sous laquelle on distribue les suites : on forme ordinairement cinq ordres de médailles, l'un desquels contient la suite des rois, un second la suite des villes, un troisieme la suite des consulaires, un quatrieme la suite des impériales ; & sous un cinquieme on range toutes les divinités, les héros, les hommes célebres de l'antiquité. L'ordre dans les suites du moderne est absolument arbitraire.
Panthées. Ce sont des têtes ornées de symboles de plusieurs divinités.
Parazonium. Sorte de poignard, de courte épée, de bâton, de sceptre tantôt attaché à la ceinture, tantôt appuyé par un bout sur le genou, & tantôt placé d'une autre maniere.
Quinaire. C'est une médaille du plus petit volume en tout métal.
Relief. Saillie des figures & des types empreints sur la tête ou sur le revers d'une médaille.
Revers. Côté de la médaille opposé à la tête.
Suite. C'est l'arrangement qu'on donne aux médailles dans un cabinet, soit d'après leur différente grandeur, soit d'après les têtes & les revers.
Symbole ou type. Terme générique qui désigne l'empreinte de tout ce qui est marqué dans le champ des médailles.
Tête. Côté de la médaille opposé aux revers. Chez les Romains, Jules-César est le premier dont on ait osé mettre la tête sur la monnoie, de son vivant.
Volume. On entend par ce mot l'épaisseur, l'étendue, le relief d'une médaille, & la grosseur de la tête.
Le lecteur trouvera les articles de médailles qui suivent, rangés avec quelque ordre
Toute médaille est antique ou moderne ; nous commencerons par ces deux mots.
Ensuite nous viendrons aux métaux, parce qu'il y a des médailles d'or, d'argent, de billon, de bronze, de cuivre, d'étain, de fer, de plomb, de potin.
Une médaille peut être contrefaite, dentelée, éclatée, fausse, fourrée, frappée sur l'antique, non frappée, fruste, inanimée, incertaine, incuse, martelée, moulée, réparée, saucée, sans tête.
Parmi les médailles, il y en a de contorniates, de contre-marquées, de rares, de restituées, d'uniques & de votives.
Il y a encore des médailles sur les allocutions, & d'autres qu'on nomme de consécration ; nous en ferons aussi les articles.
Les médailles de colonies, les consulaires, les grecques, les impériales, les romaines, méritent surtout notre curiosité.
Cependant nous n'oublierons pas de parler des médailles arabes, égyptiennes, espagnoles, étrusques, gothiques, hébraïques, phéniciennes & samaritaines.
Enfin, les médailles d'Athenes, de Crotone, de Lacédémone & d'Olba, intéressent trop les curieux pour les passer sous silence.
Nous terminerons ce sujet par dire un mot des époques marquées sur les médailles.
Il est inutile d'avertir que les autres articles de l'art numismatique sont traités sous leurs lettres. (D.J.)
MEDAILLE ANTIQUE. (Art numismat.) J'ai déja dit que ce sont toutes celles qui ont été frappées jusques vers le milieu du troisieme ou du neuvieme siecle de Jesus-Christ.
Depuis les progrès de la renaissance des Lettres, on a rassemblé les médailles antiques ; on les a gravées, déchiffrées & distribuées par suites ; on en a fait une science à part très-étendue. Il ne s'agit peut-être plus aujourd'hui que d'éclairer le zele de ceux qui l'étudient avec passion, & leur prouver qu'ils ne doivent pas donner une confiance aveugle à toutes les médailles qui sont antiques, de bon aloi, & frappées dans les monnoies publiques. Justifions ici cette vérité par les judicieuses observations de M. l'abbé Geinoz, rapportées dans l'histoire de l'acad. des Inscriptions, tom. XII.
Il n'y a, dit-il, que trop de médailles antiques singulieres, & qui renferment des contradictions palpables avec la tradition historique la plus constante, & même avec les autres médailles.
La cause de ces singularités vient sans doute d'une confusion de coins, semblable à celle qu'on a remarquée sur les médailles fourrées. Il est arrivé plus d'une fois aux Monétaires même, sur-tout lorsqu'il y avoit plus d'un prince pour lequel on travailloit dans le même hôtel des monnoies : il leur est, dis-je, arrivé plus d'une fois de joindre ensemble deux coins, qui n'étoient pas faits pour la même piece de métal. Il n'étoit pas difficile que deux ouvriers travaillant l'un près de l'autre, celui qui vouloit appliquer un revers à la tête de Vespasien ; prît par mégarde le coin dont son voisin devoit se servir, pour en frapper un à celle de Titus : il n'étoit pas même impossible qu'un ancien coin oublié dans la salle, fût employé par inadvertance à former le revers de quelque médaille nouvelle par un ouvrier peu attentif. Cette confusion n'a rien qui répugne, & elle a été avouée par le Pere Pagi dont la bonne critique est assez connue, & par M. Liebe, un des célebres antiquaires de ces derniers tems. Les exemples en sont rares à la vérité, & les médailles qui nous les fournissent, sont ordinairement uniques : on va cependant en rapporter quelques-unes pour preuve de ce qu'on vient d'avancer.
Sur deux médailles d'argent d'Antonin Pie, on trouve au revers Augusta, avec des types qui montrent évidemment qu'on a joint à la tête de cet empereur des revers qui avoient été destinés aux médailles de Faustine sa femme. Deux autres médailles d'argent de Julia Domna ont à leurs revers, l'une Liberal. Augg. & l'autre Virtus Aug. Cos.... On voit bien que ces légendes ne peuvent convenir à cette princesse : aussi les a-t-on prises pour des médailles de Severe, où on les trouvera facilement. Une autre médaille d'argent d'Herennia Etruscilla, a pour revers un type connu parmi ceux de Trajan Dece, avec la légende Pannoniae. Au revers d'une médaille de Faustine la jeune en grand bronze, on lit Primi Decennales Cos. III. S. C. Quelqu'un prétendroit-il qu'on faisoit des voeux décennaux pour les femmes des empereurs ? non, car le silence de l'histoire & de tous les autres monumens nous prouve le contraire ; mais si on consulte les médailles de M. Aurele, on verra que ce revers a été frappé avec un coin destiné à cet empereur. Une autre médaille en grand bronze de Didius Julianus, a sur le revers Juno Regina, légende qui ne lui peut appartenir, mais qu'on a empruntée d'un coin de Manlia Scantilla.
M. Liebe a fait graver dans son trésor de Saxe-Gotha une médaille d'argent d'Hadrien, où on lit d'un côté Hadrianus Augustus, & de l'autre S. P. Q. R. M. O. PRINC. Qui est-ce qui ne voit pas que le coin d'un des revers de Trajan a été employé par mégarde avec un coin d'Hadrien ? le même antiquaire rapporte ensuite une médaille d'Antonin Pie, dans laquelle sa 15e. puissance tribunitienne se trouve également marquée autour de la tête & au revers. La cause de cette singularité est que le monétaire s'est servi de deux coins qui étoient bien de la même année, mais qui n'avoient pas été faits pour être unis ensemble.
Tous ces exemples paroissent prouver sans contestation, du-moins aux yeux des critiques impartiaux, que les Monétaires même ont fait des méprises ; & si le pere Chamillard eût connu les médailles qu'on vient de citer, il n'auroit point cherché des moyens plausibles de les concilier avec l'histoire, ou d'accorder ensemble les légendes des têtes & celles des revers. Tandis que le pere Hardouin rejette avec hauteur l'idée de ces méprises de Monétaires, il nous en fournit lui même plusieurs traits dans son histoire auguste. On y voit une médaille de grand bronze, qui joint le sixieme consulat de Vespasien avec le second de Titus ; quelques-unes de Domitien avec la tête de Vespasien au revers ; une de Trajan avec son cinquieme consulat, & au revers les têtes d'Hadrien & de Plotine, avec la légende Hadrianus Aug. Les critiques sages aimeront toûjours mieux adopter dans ces médailles des erreurs de Monétaires, erreurs qui n'ont rien que de naturel & d'ordinaire, que d'en faire la base de quelque système entierement opposé à l'histoire de toute l'antiquité.
Ne reconnoissons donc point pour des pieces authentiques ces médailles singulieres, qui ne peuvent s'accorder ni avec les autres médailles reçues, ni avec l'histoire ; & examinons si ce qui cause notre embarras, lorsque nous cherchons à en déméler le sens, ne vient pas de quelque méprise du monétaire. Nous pourrons facilement nous en appercevoir, en vérifiant si ces revers ne se trouvent pas joints sur d'autres médailles à des têtes auxquelles ils conviennent mieux ; quand cela se rencontrera, nous avouerons que des coins mélés ou confondus sont la source de nos doutes, & nous verrons la difficulté disparoître.
Au reste, on voudroit envain nous persuader qu'il regne quelquefois sur les médailles antiques des traits d'ironie & de plaisanterie, semblables à ceux qu'on voit assez souvent dans nos médailles modernes. On cite pour le prouver la médaille de Galien que le roi possede, Gallienae Augustae Pax Ubique : médaille frappée dans le tems que par la lâcheté & l'indolence de cet empereur l'Empire étoit déchiré par les trente tyrans. Ce qu'il y a de sûr, c'est que tout ce que M. Baudelot nous a ingénieusement expliqué des médailles qui se frappoient pour les plaisirs des saturnales, ne sert de rien pour appuyer ce sentiment. Il n'est pas mieux établi par une seule médaille équivoque. Je conviens que la difficulté d'accommoder le nom d'une princesse à la tête d'un empereur est d'abord embarrassante ; mais on peut la résoudre par l'inadvertance ou la précipitation du monétaire, & confirmer cette solution par les preuves que nous venons d'en donner tout-à-l'heure. Enfin, on adoptera bien moins un fait unique, que le desir qui nous anime de prêter aux anciens le caractere d'esprit de notre siecle. (D.J.)
MEDAILLE MODERNE. (Art numism.) On appelle médailles modernes celles qui ont été frappées depuis environ trois siecles. En effet, il faut observer qu'on ne met point au rang des médailles modernes celles qu'on a fabriquées pendant la vie de Charlemagne, &, après lui, pendant cinq cent ans ; parce qu'elles sont si grossieres, que les antiquaires regardent cet espace de tems comme un vilain entre-deux de l'antique & du moderne. Mais quand les beaux Arts vinrent à renaître, ils se prêterent une main secourable pour procurer des médailles qui ne fussent plus frappées au coin de la barbarie. Voilà nos médailles modernes.
Leur curiosité, comme celle de la belle Peinture, eut sa premiere aurore au commencement du quinzieme siecle, après avoir été ensevelie l'espace de mille ans avec les tristes restes de la majesté romaine. Ce fut d'abord par les soins d'un Pisano, d'un Bolduci, & de quelques autres artistes, qu'on vit reparoître de nouvelles médailles avec du dessein & du relief. Le Pisano fit en plomb, en 1448, la médaille d'Alphonse, roi d'Aragon ; &, dix ans auparavant, il avoit donné celle de Jean Paléologue, dernier empereur de Constantinople. Ensuite, on se mit à frapper des médailles en or ; telle est celle du concile de Florence, & d'un consistoire public de Paul II. qui sont les premieres ébauches des medailles modernes, perfectionnées dans le siecle suivant, & ensuite recherchées pour la gravure, par quelques curieux.
Il est vrai que la plûpart de ces nouvelles médailles ont été faites avec grand soin, que les époques s'y trouvent toûjours marquées, que les types en sont choisis & l'explication facile, pour peu qu'on ait connoissance de l'histoire. On y voit des combats sur terre & sur mer, des sieges, des entrées, des sacres de rois, des pompes funebres ; les alliances, les mariages, les familles ; en un mot, les évenemens les plus importans qui concernent la religion & la politique : cependant tout cela réuni ne nous touche point comme une seule médaille de Brutus, de Lacédémone, ou d'Athènes.
Je ne puis même deviner les raisons qui ont engagé le pere Jobert à décider que sur les médailles antiques on trouve, plus que sur les modernes, le faux mérite honoré. Il semble, au contraire, que cet inconvénient, qui est inévitable dans toute société humaine, est beaucoup plus à craindre dans les médailles modernes, qu'il ne l'étoit dans les monnoies antiques ; car parmi nous les princes sont maîtres absolus de la fabrication de leurs monnoies, tandis qu'à Rome le sceau de l'autorité du sénat, quelque corrompu qu'on le suppose, y intervenoit encore.
D'un autre côté, les monnoies antiques ne se frappoient que pour le prince ; & l'histoire nous a éclairé sur ses vertus ou sur ses vices. Mais aujourd'hui il n'est point de particulier qui ne puisse faire frapper des médailles en son honneur : combien de gens sans mérite, que la vanité a déja porté à essayer de se procurer une espece d'immortalité, en se faisant représenter sur des médailles !
Je ne détournerai néanmoins personne de donner dans la curiosité du moderne. On peut rassembler, si l'on veut, ces sortes de médailles, & former même des suites de papes, d'empereurs, de rois, de villes & de particuliers, avec le secours des monnoies & des jettons. La suite complete des papes peut se faire depuis Martin V. jusqu'à présent : mais la suite des empereurs d'Occident depuis Charlemagne ne pourroit s'exécuter qu'en y joignant les monnoies. Si l'on me dit qu'Octavius Strada a conduit cet ouvrage depuis Jules-César jusqu'à l'empereur Matthias, je réponds que c'est avec des médailles presque toutes fausses, inventées pour remplir les vuides, ou copiées sur celles que Maximilien II. fit battre pour relever la grandeur de la maison d'Autriche.
Quant à la suite des rois de France, il faut se contenter des monnoies pour les deux premieres races : car il n'y a aucune médaille avec l'effigie du prince avant Charles VII. Toutes celles qu'on a frappées dans la France métallique jusqu'à Charlemagne, sont imaginaires ; & la plûpart des postérieures, sont de l'invention de Jacques de Bie, & de Duval son associé. Il est vrai qu'il y a dans le cabinet de Louis XV. une suite de tous ses prédécesseurs jusqu'à Louis XIV. gravée très-proprement en relief sur de petites agates ; mais on sait que c'est une suite de la même grandeur, d'une même main, & d'un ouvrage exquis, qu'on fit à plaisir sous le regne de Louis XIII.
Les médailles d'Espagne, de Portugal, & des couronnes du Nord, ne sont que du dernier siecle. En Italie, les plus anciennes, j'entends celles de Sicile, de Milan, de Florence, ne forment aucune suite, & ne se trouvent que moulées. Telles sont les médailles de René & d'Alphonse, rois de Sicile, de François de Sforce, duc de Milan, & du grand Côme de Médicis.
En un mot, la Hollande seule, par la quantité de médailles qu'elle a fait frapper, forme une histoire intéressante. Elle commence par la fameuse médaille de 1566, sur laquelle les confédérés des Pays-Bas qui secouerent la tyrannie du roi d'Espagne, firent graver une besace, à cause du sobriquet de gueux qu'on leur donna par mépris, & qu'ils affecterent de conserver.
Il ne faut donc pas s'étonner qu'il y ait peu de livres qui traitent des médailles modernes. Je ne connois que ceux du pere du Moulinet & de Bonanni pour les papes ; de Luckius, de Trypotius, de la France métallique dont j'ai parlé ; de l'abbé Bizot & de Van-Loon pour la Hollande. Voici les titres de ces sept ouvrages.
1°. Claudii du Moulinet historia summorum pontificum à Martino V. ad Innocentium XI. per eorum numismata ; id est, ab anno 1417 ad an. 1678. Paris. 1679, fol.
2°. Numismata pontificum romanorum à tempore Martini V. ad ann. 1699, illustrata à Philippo Bonanni S. J. Romae, 1699, 2 vol. fol.
3° Sylloge numismatum elegantiorum, quae diversi imp. reges, principes, respublicae, diversas ob causas, ab anno 1500 ad annum usque 1600 cudi fecerunt, &c. operâ Joh. Jac. Luckii argentoratensis. Argentinae, 1620, fol.
4°. Symbola divina & humana pontificum, imperatorum, regum. Accessit brevis isagoge Jac. Trypotii ex musaeo Octav. de Strada. Sculptor Egidius Sadeler ; Pragae, 1601, fol.
5°. La France métallique, contenant les actions célebres, tant publiques que privées, des rois & reines, marquées en leurs médailles d'or, d'argent & de bronze, par Jacques de Bie ; Paris, 1636, in-fol.
6°. Histoire métallique de Hollande, par M. l'abbé Bizot ; Paris, 1687, fol.
7°. Mais l'ouvrage de Van-Loon est bien autrement complet : il est intitulé histoire métallique des dix-sept provinces des Pays-Bas, depuis l'abdication de Charles V. jusqu'à la paix de Bade conclue en 1716, traduite du hollandois de M. Girard Van-Loon ; à la Haie, 1732, 1737, 5 vol. in-fol.
Pour ce qui concerne l'histoire de Louis le Grand & des événemens de son regne par les médailles, de l'Imprimerie royale, 1702 & 1723, in-fol. tout le monde sait ce qu'il en faut penser. (D.J.)
MEDAILLE D'OR, (Art numismat.) Dans le grand nombre des médailles d'or greques & romaines, il y en a qui sont, soit or fin, toujours plus pur & d'un plus bel oeil que le nôtre ; soit or mêlé plus pâle, d'un aloi plus bas, & ayant environ sur quatre parts un cinquieme d'alliage ; soit enfin or notablement alteré, tel que nous le voyons dans certaines gothiques. Il faut observer, que quoique Sévere Alexandre, eut donné la permission de se servir d'alliage dans les monnoies, cela n'a point empêché que les médailles de ce prince & de ceux qui lui ont succedé, même dans le bas empire, ne soient ordinairement d'un or aussi pur & aussi fin que du tems d'Auguste, le titre ne se trouvant proprement altéré que dans les gothiques.
L'or des anciennes médailles grecques est extrèmement pur ; l'on en peut juger par celle de Philippe de Macédoine & d'Alexandre le grand, qui vont à vingt-trois karats & seize grains, à ce que dit M. Patin, l'un des fameux antiquaires du dernier siecle. On lui est redevable d'avoir tâché d'inspirer aux curieux l'amour des médailles, & de leur en avoir facilité la connoissance.
L'or des médailles impériales est aussi très-fin, & de même aloi que celui des Grecs ; c'est-à-dire au plus haut titre qu'il puisse aller, en demeurant maniable : car les affineurs le préferent encore aujourd'hui à celui des sequins & des ducats ; & du tems de Bodin, les orfévres de Paris ayant fondu un Vespasien d'or, ils n'y trouverent qu'un 788e d'empirance qui est l'alliage.
Il faut se souvenir que les Romains ne commencerent à se servir de monnoies d'or que l'an 547. de Rome, afin que l'on ne soit pas trompé à celles qui se trouveront avant ce tems-là. Par exemple, si l'on nous présentoit quelqu'un des rois de Rome, ou des premiers consuls frappés sur l'or, il n'en faut pas davantage pour conclure que c'est une fausse médaille : j'entends qu'elle n'est point frappée du tems de ces rois ou de ces consuls ; car les descendans de ces familles, plusieurs siecles après, ont fait frapper quelquefois les têtes de leurs ancêtres : témoin celles de Quirinus, de Numa, d'Ancus Martius, de Junius-Brutus ; & ces sortes de médailles ne laissent pas d'être antiques par rapport à nous, quoiqu'elles ne soient pas du tems de ceux qu'elles représentent. (D.J.)
MEDAILLE D'ARGENT, (Art numismat.) l'usage des médailles d'argent commença chez les Romains l'an 485. de Rome. L'on en trouve en beaucoup plus grand nombre que d'or, mais l'argent n'en est pas si fin que le titre des médailles d'or ; car les curieux ont remarqué par les fontes, que les Romains ont toujours battu les médailles d'or sur le fin, au lieu qu'ils ont frappé celles d'argent à un titre d'un sixieme plus bas que nos monnoies de France. On ne laisse pas d'appeller argent fin, l'argent des médailles qui se trouvent jusqu'à Septime Sévere, en comparaison de celles qui se trouvent jusqu'à Constantin, dont l'argent est bas & fort allié. On le nomme communément potin. Voyez MEDAILLE DE POTIN.
Savot remarque, qu'Alexandre Sévere, fit battre de la monnoie d'argent, où il n'y avoit qu'un tiers de fin, quoique le poids fût toujours le même. On l'appella néanmoins restitutor monetae, ce qui fait voir combien de son tems la monnoie avoit été altérée.
Didius Julianus est le premier qui ait corrompu le titre des médailles d'argent ; il le fit, à ce qu'on prétend, pour remplir plus aisément ses coffres qu'il avoit épuisés par ses largesses, en achetant l'empire des soldats prétoriens, qui venoient de massacrer Pertinax. Depuis Didius Julianus, le titre alla toujours en baissant, & certainement les médailles de ce prince ont moins d'alliage que celles de Septime Sévere : & celles de ce dernier sont encore moins mauvaises, que celles de Sévere Alexandre. Sous Gordien, c'est encore pis, & peut-être c'est par cette raison, que l'on trouve sous cet empereur, les médailles d'un module plus grand & plus épais ; car quoique ce module soit connu dès le tems de Septime Sévere, de sa femme Julia Pia, & de son fils Caracalla ; il est cependant vrai, qu'il y a peu de ce grand module sous ces princes ; comme il y a fort peu de petit module sous Gordien.
Galien alla encore en baissant le titre, & je crois qu'il n'est pas douteux que sa monnoie d'argent, quoiqu'elle eût au-moins quatre cinquiemes d'alliage, ne fût la seule monnoie d'argent, connue pour lors dans l'Empire. Je n'ignore pas cependant, que quelques curieux prétendent avoir des médailles d'argent pur de ces tems-là, & même de Probus, de Carus, &c. mais ces médailles qu'ils vantent tant sont toutes fausses, & cela paroît assez prouvé par les médailles fourrées, que nous trouvons sous Galien, & même sous Posthume. Comment auroit-on risqué sa vie pour fourrer des médailles d'argent pur ? Un antiquaire qui est mort a long-tems vanté une magnia urbica d'argent pur de son cabinet : cette médaille a été vûe & examinée après sa mort ; il est évident qu'elle est moulée.
Depuis Claude le Gothique, jusqu'à Dioclétien, qui rétablit la monnoie, il n'y a plus d'argent du-tout dans les médailles ; ou s'il s'en trouve quelques-unes, elles sont si rares que l'exception confirme la regle. On a frappé pour lors sur le cuivre seul, mais après l'avoir couvert d'une feuille d'étain. C'est ce qui donne cet oeil blanc aux médailles que nous appellons saucées, telles que plusieurs Claudes, les Auréliens, & la suite jusqu'à Numérien inclusivement. On trouve même encore de ces médailles saucées sous Dioclétien, Maximien, Constance Clorre, & Galéro Maximien ; quoique l'usage de frapper sur l'argent pur fût déja rétabli.
Je ne sai si quelque cabinet peut fournir des Licinius, des Maxences, & des Maximins de cette espece ; on y trouveroit plutôt de vrai billon. En tout cas, il semble qu'il ne soit plus question de médailles saucées sous Constantin. Au reste, si les auteurs qui nous ont donné des collections de médailles eussent fait cette attention, ils auroient évité de grossir leurs livres d'un long catalogue de médailles d'argent, entre Posthume & Dioclétien, puisque toutes celles de ce tems-là ne sont véritablement que de petit bronze couvert d'une feuille d'étain, & que par conséquent, il étoit inutile de répéter des médailles absolument les mêmes, dans deux différentes classes.
Il n'est pas aisé de deviner, pourquoi l'on cessa tout-à-coup de frapper des médailles d'argent, tandis qu'on continuoit d'en frapper en or ; car il est à remarquer que dans le tems du plus grand affoiblissement, & même de l'anéantissement presque entier des especes d'argent ; celles d'or ont toujours été battues sur la fin. Cela proviendroit-il de ce que la recette d'une grande partie des revenus de l'Empire, s'est toujours faite en or ? La plûpart des termes employés pour exprimer les tributs & les autres impositions, étoient des épithetes d'aurum, comme aurum vicesimarium, aurum coronarium, aurum lustrale, &c. L'empereur étoit intéressé à ne pas permettre qu'on altérât le titre de ce métal, afin que ses finances ne souffrissent pas de cette altération. Au contraire, le trésor impérial faisant ses payemens en argent ou en cuivre ; plus le titre de l'un & le poids de l'autre de ces métaux étoient affoiblis, plus le fisc y trouvoit son compte, parce que cet affoiblissement des especes n'en faisoit pas changer la valeur dans le commerce ; & qu'avec une plus petite quantité d'or, on pouvoit avoir du cuivre en masse pour en faire de la monnoie, à laquelle l'on donnoit la valeur des pieces d'argent, en y ajoutant une feuille d'étain affiné.
Cet expédient à la fin ruineux pour l'état, a pû être un effet de la nécessité où se sont trouvés les empereurs, de recourir aux moyens les plus odieux, pour payer leurs troupes, pendant le désordre où l'empire se vit plongé depuis Galien jusqu'à Dioclétien & Maximien ; car durant tout cet intervalle de tems, l'empire fut toujours attaqué au-dehors par les nations Barbares qui l'environnoient, & déchiré au-dedans par les tyrans, qui s'éleverent ou ensemble, ou successivement dans ses différentes provinces. (D.J.)
MEDAILLE DE BILLON, (Art numismatique). On nomme ainsi toute médaille d'or ou d'argent, mêlée de beaucoup d'alliage, car le billon en matiere de monnoie, signifie toutes sortes de matiere d'or ou d'argent alliée, c'est-à-dire mêlée au-dessous d'un certain degré, & principalement de celui qui est fixé pour la fabrication des monnoies.
Depuis le regne de Galien & de ses successeurs, on ne trouve presque que des médailles de pur billon, dont les unes sont battues sur le seul cuivre, & couvertes d'une feuille d'étain ; on les nomme médailles saucées : les autres n'ont qu'une feuille d'argent battue fort adroitement sur le cuivre ; on les appelle médailles fourrées. Voyez MEDAILLE FOURREE. (D.J.)
MEDAILLE DE BRONZE, (Art numismatique) c'est par le mot de bronze qu'on a cru devoir annoblir le nom de cuivre, en termes de médaillistes. Le bronze est comme on sait un mélange de cuivre rouge & de cuivre jaune, dont les antiquaires ont formé trois especes différentes de médailles, qu'ils appellent le grand, le moyen & le petit bronze, selon la grandeur, l'épaisseur & l'étendue de la médaille ; la grosseur & le relief de la tête. (D.J.)
MEDAILLE DE CUIVRE, (Art numismat.) Quoique tout le cuivre dans la distinction des suites dont les cabinets sont composés, ait l'honneur de porter le nom de bronze, on ne laisse pas néanmoins de le distinguer par les métaux. Quand on en veut parler exactement, comme M. Savot a fait dans son Disc. des Méd. II. part. chap. xvij.
On voit plusieurs médailles de cuivre rouge dès le tems d'Auguste, particulierement parmi ce qu'on appelle moyen bronze.
On en voit aussi de cuivre jaune dès le même tems parmi le grand bronze, comme parmi le moyen.
Il s'en trouve de vrai bronze dont l'oeil est imcomparablement plus beau ; mais on n'en connoît point de cuivre de Corinthe. Il est très-vraisemblable que ce cuivre ne fut jamais introduit dans les monnoies, parce que c'eût été y mettre une grande confusion ; puisqu'alors il auroit dû y avoir une différence de valeur dans des pieces de même grandeur & de même poids, ce qui auroit exposé le public à toutes sortes de fraudes & de tromperies.
Cependant il y a des médailles de deux cuivres qui ne sont point alliés, mais dont seulement l'un enchâsse l'autre, & qui sont frappées d'un même coin ; tels sont quelques médaillons antiques de Commode, d'Adrien, &c. & certains autres, qui sans cela ne seroient que de grand & de moyen bronze. L'on peut y remarquer, que les caracteres de la légende mordent quelquefois sur les deux métaux ; d'autres fois ils ne sont que sur l'intérieur, auquel le premier cercle de métal ne sert que d'encastillement. (D.J.)
MEDAILLE D'ETAIN, (Art numismatique) c'étoient vraisemblablement des médailles de plomb noir & de plomb blanc ; mais il ne nous en est point parvenu.
Cependant les anciens ont employé quelquefois l'étain à faire de la monnoie. Jules Pollux nous apprend que Denys le Tyran força les Syracusains à battre de la monnoie d'étain au lieu d'argent, & qu'il fixa la valeur de ces sortes de pieces à quatre drachmes.
Une loi du digeste (c'est la loi 9, ad leg. Cornel. de Fals.) défend d'acheter & de vendre des pieces de monnoies d'étain ; d'où il est évident que les anciens avoient frappé des médailles en ce métal ; mais Savot, discours sur les médailles, part. II. c. ij. & iij. croit qu'on n'a jamais pu se servir pour cela de véritable étain, qui étoit un composé d'argent & de plomb fondus ensemble, ni même de l'etain faux composé d'un tiers de cuivre blanc, & de deux tiers de plomb blanc, parce que l'un & l'autre étoit trop aigre & trop cassant.
On n'a donc pu frapper des médailles que sur deux autres especes d'étain faux, dont l'un se faisoit avec du plomb noir & du plomb blanc mêlés ensemble en égale quantité, & l'autre avec deux tiers de plomb noir, & un tiers de plomb blanc. (D.J.)
MEDAILLE DE FER, (Art numismatique) nous ne connoissons point de vraies médailles de fer : il est vrai que César dit que certains peuples de la grande-Bretagne se servoient de monnoies de fer. Il est encore vrai que la même chose est arrivée dans quelques villes de la Grece. Enfin, Savot rapporte qu'il s'est trouvé des monnoies romaines que l'aimant attiroit ; mais ce n'étoit que des médailles fourrées, telles qu'il nous en reste encore plusieurs & du tems de la république, & du tems des empereurs.
MEDAILLE DE PLOMB, (Art numismat.) en latin nummus plumbeus. Personne ne doute aujourd'hui, qu'il ne nous reste des médailles antiques de plomb. Plaute parle des monnoies de plomb en plus d'un endroit, ei ne nummum crederem, dit un de ses acteurs, cui si capitis res sint, nummum nunquam credam plumbeum : & dans une autre de ses pieces, Tace, sis faber qui cudere solet plumbeos nummos.
A la vérité, Casaubon a prétendu que Plaute donnoit le nom de nummi plumbei à ces petites pieces de bronze, que les Grecs appelloient , & ; & ce savant homme donne la même explication aux passages de Martial, où il est parlé de médailles de plomb, savoir, épigramm. lib. I. épigr. 79. & lib. X. épigr. 4. Mais l'illustre commentateur de Théophraste, d'Athénée, de Strabon, & de Polybe, auroit bien changé d'avis, s'il eût vu les médailles de ce métal de plomb, qui se sont conservées en grand nombre, jusqu'à des suites de trois à quatre cent dans les cabinets des curieux de Rome.
M. le baron de la Bastie en a vu deux incontestablement antiques, dans le cabinet de M. l'abbé de Rothelin. La premiere dont le revers est entierement fruste, est un Marc-Aurele. La seconde qui est bien conservée, représente d'un côté la tête de Lucius Verus couronnée de laurier : Imp. Caes. L. Verus Aug. Au revers une femme debout vétue de la stole, offre à manger dans une patere qu'elle tient de la main droite, à un serpent qui s'éleve d'un petit autel, autour duquel il est entortillé. On lit pour légende Saluti Augustor. Tr. P. Cos. 11.
Patin déclare dans son Hist. des médailles, p. 50, en avoir vu un grand nombre de greques, & il en cite deux latines de son cabinet. Il est donc certain que les anciens Grecs & Romains se sont servis de monnoies de plomb, quoiqu'il paroisse par les passages de Plaute, cités ci-dessus, que les pieces de ce métal étoient de la plus petite valeur.
Mais il faut prendre garde de n'être pas trompé en achetant des médailles de plomb modernes, pour des médailles antiques de ce métal. Les modernes ne sont de nulle valeur, & les antiques sont très-curieuses ; le plomb en est plus blanc que le nôtre, & plus dur. (D.J.)
MEDAILLE DE POTIN, (Art numismat.) on nomme ainsi des médailles d'argent bas & allié.
Ce sont des médailles d'un métal factice composé de cuivre jaune, & d'un mélange de plomb, d'étain, & de calamite avec un peu d'argent.
Savot dans son discours sur les médailles, définit le potin une espece de cuivre jaune qui ne se peut dorer à cause du plomb qui y entre. On lui donne, ajoute-t-il, le nom de potin, à cause qu'on fait ordinairement les pots de cuivre de cette matiere.
Mais il entroit encore dans la composition du potin, dont on se servoit pour frapper des médailles, environ un cinquieme d'argent, comme on l'a reconnu en en faisant fondre quelques-unes.
On commence à trouver des médailles de potin dès le tems d'Auguste & de Tibere. M. le baron de la Bastie a vu une médaille greque de Tibere au revers d'Auguste en potin, dans le cabinet de M. l'abbé de Rothelin, qui avoit fait une suite presque complete en ce métal, chose singuliere, & qui peut passer pour unique en son genre. (D.J.)
MEDAILLE CONTREFAITE, (Art numismatique) les médailles contrefaites, sont toutes les médailles fausses & imitées.
Nous avons indiqué au mot médaille, les diverses fourberies qu'on met en usage dans leurs contrefaçons, & les moyens de les découvrir. Nous ajouterons seulement ici quelques observations.
Comme les Emiliens de G B, sont fort estimés, & coutent 40 ou 50 francs, les faussaires ont trouvé le moyen d'en faire avec les médailles de Philippe Pere, dont le visage a assez de ressemblance avec celui d'Emilien.
On a trouvé semblablement le secret de donner quelques médailles de Gordien troisieme, aux Gordiens d'Afrique, soit en réformant la légende de la tête, & en mettant A F R au lieu de Pius F. soit en marquant un peu de barbe au menton ; desorte que quelques-uns ont pris de-là sujet de soutenir que c'étoit un troisieme africain, fils ou neveu des deux autres. Il sera aisé de se desabuser, en se souvenant que tous les revers où il y a Aug. ne conviennent point aux deux africains, qui marquent ordinairement deux G. G. sur leurs médailles. Ce n'est pas qu'il ne s'en rencontre quelquefois avec Aug. par un seul G, comme providentia Aug. virtus Aug. mais alors le mot A F R. qui se trouve du côté de la tête, empêche qu'on ne puisse y être abusé.
Il ne faut pas se laisser tromper par certains Nérons de moyen bronze, déguisés quelquefois en Othons ; il ne faut pas non plus s'arrêter à la perruque qui paroît si nettement sur l'argent & sur l'or, & condamner sur les médailles où l'on ne la remarque pas ; car quoiqu'elle ne se trouve pas sur les médailles battues hors d'Italie, elles n'en sont pas moins véritables ; & quoique le Padouan ait pris soin de la marquer fort proprement sur le grand bronze, ses médailles n'en sont pas moins fausses.
Enfin, il ne faut pas établir pour regle sans exception qu'on contrefasse uniquement les médailles rares & de grand prix, comme celles dont le même Padouan a pris la peine de faire les carrés : en effet, il y a des médailles très-communes qui ne laissent pas d'être contrefaites. (D.J.)
MEDAILLE DENTELEE, (Art numismat.) en latin numisma serrata.
On appelle médailles dentelées ou crenelées, les médailles d'argent dont les bords ont une dentelure. Cette dentelure est une preuve de la bonté & de l'antiquité de la médaille : elles sont communes parmi les médailles consulaires jusqu'au tems d'Auguste, depuis lequel il n'y en a peut-être aucune.
Il s'en trouve de bronze des rois de Syrie ; mais il semble que ces dernieres n'ayent été dentelées que pour l'ornement & non pour la nécessité ; au lieu que dans les médailles d'argent, la fourberie des faux monnoyeurs a obligé de prendre cette précaution dès le tems que la république frappa des monnoies d'argent. En effet, les faux monnoyeurs s'étudioient à contrefaire les coins des monétaires ; & ayant imaginé de ne prendre qu'une feuille d'or ou d'argent pour couvrir le cuivre de leurs médailles ; ils la frappoient avec beaucoup d'adresse.
Pour remedier à cette friponnerie, & pour distinguer la fausse monnoie de la bonne, on inventa l'art de créneler, de denteler les médailles, & on décria tous les coins dont on trouvoit des especes fourrées. (D.J.)
MEDAILLE ECLATEE ou FENDUE, (Art numism.) on nomme ainsi les médailles dont les bords sont éclatés ou fendus par la force du coin.
Il est bon de savoir que les bords des médailles éclatées par la cause dont nous venons de parler, ne sont pas un défaut qui diminue le prix de la médaille, quand les figures n'en sont point endommagées ; au contraire c'est un des bons signes que la médaille n'est point moulée. Ce signe ne laisse pas néanmoins d'être équivoque à l'égard des fourbes qui auroient battu sur l'antique ; car cela ne prouveroit pas que la tête ou le revers ne fût d'un coin moderne, & peut-être tous les deux. (D.J.)
MEDAILLE FAUSSE, (Art numism.) toute médaille faite à plaisir, & qui n'a jamais existé chez les anciens. On nomme aussi médailles fausses, les médailles antiques, moulées, réparées, vernissées, restituées, avec des coins modernes, réformées avec le marteau ; celles dont les revers ont été contrefaits, insérés, appliqués ; celles dont la tête, les légendes ont été altérées ; enfin, celles qu'on a fait éclater ou fendre exprès en les frappant. (D.J.)
MEDAILLE FOURREE, (Art numismat.) médaille de bas aloi avec un faux revers.
Les antiquaires nomment spécialement médailles fourrées, celles de l'antiquité qui sont couvertes d'une petite feuille d'argent sur le cuivre ou sur le fer, battues ensemble avec tant d'adresse, qu'on ne les reconnoît qu'à la coupure. Ce sont de fausses monnoies antiques, qui malgré leur antiquité reconnue, ne méritent aucune foi dans l'histoire.
Rien de plus commun que ces sortes de pieces, pour qui s'est familiarisé avec l'antique, & rien de plus rare qu'un antiquaire, qui sachant résister à la vanité de posséder une médaille unique, ne fasse de celles-ci que le cas dont elles sont dignes.
On n'aura pas de peine à croire que l'objet de l'attention des gouvernemens se soit porté en tout tems, & en tout pays, sur les faux monnoyeurs. De-là ce qu'on appelle fausse-monnoie, a été un ouvrage de ténebres. Ceux que l'avidité du gain a entraîné dans un métier si dangereux, ont ordinairement exercé leur art dans des lieux obscurs & retirés ; & c'étoient plutôt des gens sans connoissance & sans éducation, qui exposoient ainsi leur vie pour un vil intérêt, que des hommes instruits & capables de travailler avec exactitude. Aussi voyons-nous peu de ces médailles fourrées, sur lesquelles on ne remarque des erreurs grossieres, soit dans les dates, lorsque le même consulat, la même puissance tribunitienne, sont répétées sur les deux faces de la médaille, ou qu'on y trouve une différence réelle, & quelquefois de plusieurs années, soit dans les faits, lorsqu'ils ne conviennent qu'à un prince qui régnoit devant, ou après celui, dont la tête est représentée de l'autre côté de la médaille.
Ces fautes doivent être imputées aux fabricateurs de ces fausses monnoies. L'inquiétude inséparable de toute action qui met la vie dans un risque perpétuel, ne s'accorde guere avec l'attention nécessaire pour la correction d'un ouvrage. Ils frappoient donc leurs fausses médailles suivant que le hasard arrangeoit les différens coins, que ce même hasard avoit fait tomber entre leurs mains ; ils joignoient à la tête d'un empereur le premier revers qu'ils rencontroient, & ne craignoient point que ce bizarre mélange pût empêcher le cours de leurs especes, parce qu'ils jugeoient des autres par eux-mêmes, & que leur ignorance ne leur permettoit pas de s'appercevoir de leurs propres bétises.
M. Geinoz en a observé quantité sur des médailles fourrées du seul cabinet de M. l'abbé Rothelin. Il a vu avec étonnement dans Trajan, son sixieme consulat marqué au revers d'une médaille d'argent, qui du côté de la tête, ne porte que le cinquieme. Dans Hadrien fortunae raeduci, où le mot reduci est écrit avec un ae. Dans M. Aurele, la vingt-quatrieme puissance tribunitienne d'un côté, pendant que l'autre n'exprime que la dix-huitieme. Ici des consulats & des puissances tribunitiennes au revers d'une impératrice, là des types & des légendes qui ne conviennent qu'à des princesses, au revers de la tête d'un empereur. Dans Gordien, un de ces revers que fit frapper Philippe pour les jeux séculiers qui se célebroient sous son regne ; quelquefois une tête impériale avec le revers d'une médaille consulaire. Enfin, des exemples sans nombre de tout ce que peuvent produire en ce genre la négligence, la précipitation, l'ignorance, ou le manque de coins nécessaires, pour frapper toutes les médailles qu'ils vouloient imiter.
Il faut en conclure, que d'ajouter foi à ces sortes de médailles, & vouloir en tirer avantage pour faire naître des problèmes dans l'histoire, c'est tromper le public par de frivoles & fausses discussions. Si ceux qui jusqu'à-présent nous ont donné des catalogues de médailles, n'ont point eu soin de distinguer ces fausses monnoies d'avec les vraies, c'est un reproche bien fondé que nous sommes en droit de leur faire. Mêler les médailles fourrées avec les médailles légitimes, c'est mêler de faux titres avec ceux qui sont vrais ; c'est confondre la Fable avec l'Histoire.
Mais, dira-t-on, pourquoi les médailles fourrées sont-elles presque toûjours rares, & même assez souvent uniques ? C'est d'abord parce que les fausses monnoies n'ont jamais été aussi abondantes que les vraies. C'est encore, parce que celles-là ont été plus aisément détruites par la rouille & les autres accidens, qui font plus d'impression sur le fer & sur le cuivre, que sur l'or & sur l'argent. C'est enfin, parce qu'il est assez rare, que la même faute soit souvent répétée par des ouvriers qui n'ont d'autres conducteurs que le hasard.
On a peine à comprendre aujourd'hui que les fausses pieces pussent avoir cours autrefois, & qu'on ne s'apperçût pas d'abord de leur fausseté, par la contrariété qui se trouvoit entre la tête & le revers ; mais on ne sauroit faire là-dessus la moindre comparaison entre les pieces de monnoies de notre siecle, & celles qui avoient cours chez les anciens. Nos monnoies conservent le même revers pendant long-tems, & il n'y a par exemple, à tous nos louis, & à tous nos écus, qu'un seul & même revers ; ensorte que si l'on en présentoit quelques-uns qui portassent d'un côté la tête de Louis XV. & de l'autre des revers employés sur les monnoies de Louis XIV. ils seroient aisément reconnus pour faux, & ne passeroient pas dans le commerce. Il n'en étoit pas de même chez les Romains ; chaque année, chaque mois, & presque chaque jour, on frappoit une prodigieuse quantité de revers differens pour la même tête. Comment distinguer du premier coup d'oeil, dans cette variété presqu'infinie de revers, si celui qu'on voyoit sur la piece de monnoie qu'on représentoit, répondoit à la tête qui étoit de l'autre côté ? Chaque particulier étoit-il en état de faire cette distinction ? Tout le monde savoit-il lire, pour pouvoir juger si la légende de la tête convenoit avec celle du revers ? Il n'y avoit donc à proprement parler, que le côté de la tête qui fut le caractere de la monnoie courante ; & il suffisoit que cette tête fût celle de quelque empereur, de quelque princesse, de quelque César, &c. pour qu'elle fût reçue dans le commerce ; car pour lors, ce n'étoit pas l'usage qu'à tous les avénemens des empereurs au trone, en commençant de battre monnoie à leur coin, on décriât les pieces qui étoient marquées au coin de leur prédécesseurs.
C'est à la faveur de cet usage, par lequel toute piece de monnoie qui portoit l'image d'un empereur, soit pendant sa vie, soit après sa mort, avoit un libre cours dans l'empire, que les faux monnoyeurs apporterent moins de soin à copier exactement les monnoies qu'ils vouloient contrefaire. Cependant il n'y a pas d'apparence que leur fraude ait été long-tems cachée. Dès qu'on reconnoissoit les pieces fausses, sans doute on se hâtoit de les décrier, de les refondre, & d'en briser les moules & les coins : de-là vient que plusieurs médailles fourrées sont uniques en leur espece, & la plûpart très-rares. Mais en attendant que la fraude fût découverte, les faussaires avoient le tems de travailler, de faire circuler leur fausse monnoie dans le public, & de se dédommager de leurs frais, peut-être même de gagner considérablement.
Après tout, quelles que soient les causes des fautes qu'on trouve sur les médailles fourrées, il suffit pour les décréditer, de prouver qu'elles en sont remplies, & qu'elles ne peuvent servir de preuve à aucun fait historique. Or c'est ce dont tous les antiquaires conviennent. Voyez le mémoire de M. le baron de la Bastie, inséré dans le recueil de l'acad. des Inscriptions, tome XII.
Il ne faut pas cependant imaginer que les médailles qui ont été frappées par ordre du prince, & sous les yeux du magistrat, soient toûjours exemptes de fautes. Il s'en trouve dont la légende n'est pas exacte ; tantôt quelques lettres y sont omises ; tantôt il y en a de superflues ; on en voit où les lettres sont transposées, & d'autres où le monétaire à la place des lettres véritables, en a substitué qui ne signifient rien, ou dont le sens ne s'accorde nullement avec le type. Sur quelques-unes, la tête du même prince est gravée en relief des deux côtés, souvent avec des inscriptions qui portent des dates différentes. Sur quelqu'autres qu'on nomme incuses, la même tête est d'un côté en relief, & de l'autre en creux. Quelquefois le revers d'un empereur est joint à la tête d'une impératrice ; ou bien le revers gravé pour une impératrice, est uni à la tête d'un empereur. Enfin, il est certaines médailles qui ont été frappées plus d'une fois, & celles-là nous représentent souvent l'assemblage monstrueux de mots composés de deux légendes différentes. Voyez MEDAILLE ANTIQUE. (D.J.)
MEDAILLE FRAPPEE SUR L'ANTIQUE (Art numismat.) les médailles ainsi nommées sont celles que l'on a reformées par fourberie avec le marteau, & auxquelles on a ensuite donné une nouvelle empreinte. Voyez sur cette ruse le mot MEDAILLE.
MEDAILLE NON FRAPPEE, (Art numismatique) on nomme ainsi des pieces de métal d'un certain poids, qui servoient à faire des échanges contre des marchandises ou des denrées, avant qu'on eût trouvé l'art d'y imprimer des figures ou des caracteres par le moyen des coins & du marteau. On peut lire au sujet de ces sortes de médailles, une savante dissertation de Sperlingius, intitulée, Sperlingii (Othonis) dissertatio de nummis non cusis, tàm veterum quàm recentiorum. Amst. 1700, in -4.
MEDAILLE FRUSTE, (Art numismatique) les antiquaires appellent médailles frustes, toutes celles qui sont défectueuses dans la forme, & qui pechent, soit en ce que le métal est rogné, le grenetis effleuré, la légende effacée, les figures biffées, la tête méconnoissable, &c. Il faut qu'une telle médaille soit fort rare, pour que les curieux l'estiment précieuse malgré ses défauts.
MEDAILLE INANIMEE, (Art numismat.) les antiquaires appellent médailles inanimées, celles qui n'ont point de légendes, parce que la légende est l'ame de la médaille. Voyez LEGENDE, (Art numis.)
MEDAILLE INCERTAINE, ou INCONNUE, (Art numismat.) les antiquaires nomment ainsi les médailles dont on ne peut déterminer ni le tems, ni l'occasion pour laquelle on les a fait frapper. M. le baron de la Bastie en cite pour exemple dans cette classe, une d'argent qui étoit dans le cabinet de M. l'abbé de Rothelin. Cette médaille offre d'un côté une tête couronnée de laurier, avec une barbe fort épaisse. La légende est Hercules adsertor : au revers est une femme debout, tenant un rameau de la main droite, & une corne d'abondance de la gauche. On lit autour, florente fortunâ. (D.J.)
MEDAILLE INCUSE, (Art numismat.) les médailles qui ne sont marquées que d'un côté, s'appellent médailles incuses.
Ce défaut est fort commun dans les monnoies modernes, depuis Othon jusqu'à Henri l'Oiseleur. Dans les antiques consulaires, il se trouve aussi des médailles incuses, & quelques-unes dans les impériales de bronze & d'argent.
La conformation de ces médailles pourroit surprendre un nouveau curieux, parce qu'au lieu de revers, elles n'ont que l'impression de la tête en creux, comme si on eût voulu en faire un moule ; mais il est certain que cette défectuosité vient de l'oubli, ou de la précipitation du monnoyeur, qui avant que de retirer une médaille qu'il venoit de frapper, remettoit une nouvelle piece de métal, laquelle trouvant d'une part le quarré, & de l'autre la médaille précedente, recevoit l'impression de la même tête, d'un côté en relief, & de l'autre en creux ; mais toujours plus imparfaitement d'un côté que de l'autre, l'effort de la médaille étant beaucoup plus foible que celui du quarré.
MEDAILLE MARTELEE, (Art numismat.) on appelle une médaille martelée, celle dont on a fait une médaille rare d'une médaille commune, en se servant du martelage. On prend une médaille antique, mais fort commune, on en lime entierement le revers qui est commun, & on y frappe à la place un nouveau revers qui est rare, avec un coin tout neuf, qu'on rend exprès dans le goût antique le plus qu'il est possible. On prend garde dans cette opération frauduleuse, d'altérer la tête qui doit être conservée dans sa pureté. Comme c'est à coups de marteau qu'on empreint ce nouveau revers, on a donné à ces sortes de médailles le nom de martelées. Les habiles antiquaires reconnoissent la supercherie, en comparant la tête avec le revers, dont ils apperçoivent bientôt la différente fabrique. (D.J.)
MEDAILLE MOULEE, (Art numismat.) on appelle médailles moulées, des médailles antiques jettées en sable dans des moules, & ensuite réparées.
On a découvert à Lyon au commencement de ce siecle, des moules de médailles antiques, dont la fabrique n'est pas indigne de notre curiosité.
La matiere de ces moules est une argile blanchâtre, cuite ; leur forme est plate, terminée par une circonférence ronde, d'un pouce de diametre ; leur épaisseur est de deux lignes par les bords, & est diminuée dans cet espace, de l'un ou des deux côtés du moule, qui a été cavé par l'enfoncement de la piece de monnoie, dont le type y est resté imprimé. Je dis de l'un ou des deux côtés du moule, parce que la plûpart ont d'un côté l'impression d'une tête, & de l'autre celle d'un revers, & que quelques-uns ne sont imprimés que d'un côté seulement.
Chacun de ces moules a un endroit de son bord ouvert par une entaille, qui aboutit au vuide formé par le corps de la piece imprimée ; & comme la forme plate & l'égalité de la circonférence de tous ces moules les rendent propres à être joints ensemble par arrangement relatif des types, à ceux des revers dont ils ont conservé l'impression, & dans une disposition où toutes ces entailles se rencontrent, on s'apperçoit d'abord que le sillon continué par la jonction de ces crénelures, servoit de jeu au grouppe formé de l'assemblage de ces moules, par la fusion de la matiere destinée aux monnoies.
Ce grouppe qui pouvoit être plus ou moins long, selon le nombre des moules à double type dont on le composoit, se terminoit à chaque extrémité par un moule imprimé d'un côté seulement. Il est facile de juger par le reste de terre étrangere, comme attachée au bord de quelques-uns de ces moules, que la terre leur servoit de lut pour les tenir unis, & pour fermer toutes les ouvertures par lesquelles le métal auroit pû s'échapper ; ce lut était aisé à séparer de ces moules sans les endommager, lorsqu'après la fusion, la matiere étoit refroidie.
L'impression des types des têtes de Septime Sévere, de Julia Pia & d'Antonin leur fils, surnommé Caracalla, qui s'est conservée sur ces moules, rend certaine l'époque du tems de leur fabrique ; c'est celui de l'empire de ces princes, dont les monnoies devoient être abondantes à Lyon, puisque le premier y avoit séjourné assez de tems après la victoire qu'il y remporta sur Albin, & que cette ville étoit le lieu de la naissance du second.
Un lingot de billon, dont la rouille verdâtre marquoit la quantité de cuivre dominante sur la portion de l'argent qui y entroit, trouvée en même tems & au même lieu que ces moules dont nous parlons, ne laisse aucun lieu de douter qu'ils n'ayent servi à jetter en sable des monnoies d'argent, plutôt que des monnoies d'or.
Il paroît par cette description, & par l'usage que les anciens faisoient de ces moules, que leur maniere de jetter en fonte étoit assez semblable à la nôtre, & que ce qu'ils avoient de particulier étoit la qualité du sable dont ils se servoient, qui étoit si bon & si bien préparé, qu'après 1400 ans, leurs moules sont encore en état de recevoir plusieurs fusions.
La bonté des moules, & le grand nombre qu'on en avoit déjà trouvé du tems de Savot dans la même ville de Lyon, l'ont persuadé que les Romains mouloient toutes leurs monnoies. Fréher adopta l'idée de Savot, & leur suffrage entraîna tous les antiquaires ; mais on est aujourd'hui bien revenu de cette erreur, & les savans sont convaincus que tous ces moules n'avoient été employés que par les faux monnoyeurs, du genre de ceux qui joignent à la contrefaçon par le jet en sable, la corruption du titre, en augmentant considérablement l'alliage du cuivre avec l'argent.
De-là vient cette différence notable du titre qu'on observe assez souvent dans beaucoup de pieces d'argent du même revers & de même époque sous un même empereur. Cette maniere de falsifier la monnoie, avoit prévalu sur la fourrure, dès le tems de Pline, qui en fait la remarque.
La décadence de la Gravure, qui sous Septime Sévere étoit déja considérable, & l'altération qu'il avoit introduite dans le titre des monnoies, favoriserent encore davantage les billonneurs & les faussaires, en rendant leur tromperie plus aisée. La quantité de ces moules qu'on a découverts à Lyon en différens tems, fait assez juger qu'il devoit y avoir une multitude étonnante de ces faussaires. Le nombre devint depuis si prodigieux, dans les villes mêmes où il y avoit des préfectures des monnoies, & parmi les officiers & les ouvriers qui y étoient employés, qu'il fut capable de former à Rome, sous l'empereur Aurélien, une petite armée, qui, dans la crainte des châtimens dont on les menaçoit, se révolta contre lui, & lui tua dans un choc sept mille hommes de troupes réglées. Bel exemple de la force & de l'étendue de la séduction du gain illicite ! Voilà l'extrait d'un mémoire qu'on trouvera sur ce sujet dans le tom. III. de l'acad. des Inscript. (D.J.)
MEDAILLE REPAREE, (Art numismat.) les antiquaires nomment médailles réparées, les médailles antiques qui étoient frustes, endommagées, & qu'on a rendu par artifice entieres, nettes & lisibles. Nous avons parlé de cette ruse au mot MEDAILLE.
MEDAILLE SAUCEE, (Art numismat.) c'est-à-dire, médaille battue sur le seul cuivre, & ensuite couverte d'une feuille d'étain.
Depuis Claude le Gothique, jusqu'à Dioclétien, il n'y a plus d'argent du-tout dans les médailles, ou s'il s'en trouve dans quelques-unes, elles sont si rares, que l'exception confirme la regle. On a frappé pour lors sur le cuivre seul, mais après l'avoir couvert d'une feuille d'étain ; c'est ce qui donne cet oeil blanc aux médailles que nous appellons saucées. Tels sont plusieurs Claudes, les Auréliens, & la suite jusqu'à Numérien inclusivement. On trouve même encore de ces médailles saucées sous Dioclétien, Maximien, quoique l'usage de frapper sur l'argent pur fût déja rétabli. Je ne sai si quelque cabinet peut fournir des Licinius, des Maxences & des Maximes de cette espece ; on y trouveroit plutôt de vrai billon. En tout cas, il semble qu'il ne soit plus question de médailles saucées sous Constantin. Au reste, si les auteurs qui nous ont donné des collections de médailles eussent fait cette attention, ils auroient évité de grossir leurs livres d'un long catalogue de médailles d'argent, entre Posthume & Dioclétien, puisque toutes celles de ce tems-là ne sont véritablement que de petit bronze couvert d'une feuille d'étain, & que par conséquent il étoit inutile de répéter des médailles absolument les mêmes dans deux différentes classes.
MEDAILLE SANS TETE, (Art numismat.) nom des médailles qui se trouvent avec les seules légendes, & sans tête. Telle est celle qui porte une victoire posée sur un globe, avec la légende, salus generis humani : au revers S. P. Q. R. dans une couronne de chêne. Les uns la donnent à Auguste, les autres aux conjurés qui assassinerent Jules-César ; en un mot, on en abandonne l'énigme aux conjectures des savans.
Ces sortes de médailles qui n'ont point de tête, se placent ordinairement à la suite des consulaires, dans la classe qu'on appelle nummi incerti. MM. Vaillant, Patin & Morel, en ont ramassé chacun un assez grand nombre ; mais il y en a beaucoup qui leur ont échappé. Les uns veulent que ces médailles ayent été frappées après la mort de Caligula, d'autres après celle de Néron ; car le sénat, dit-on, crut alors qu'il alloit recouvrer sa liberté & son autorité, & il fit frapper ces monnoies pour rentrer en jouissance de ses anciens droits. Aussi, ajoute-t-on, ces médailles ont-elles pour la plûpart sur un des côtés, ou S. P. Q. R. dans une couronne, ou P. R. signa, ou d'autres symboles, qui paroissent appartenir plutôt à la république, qu'à quelqu'un des empereurs. Mais il y eut trop peu de tems entre la mort de Caligula & l'élection de Claude, & entre la mort de Néron & l'arrivée de Galba à Rome, pour que dans des intervalles si courts, le sénat eût pû faire frapper tant de médailles différentes.
On a peine à se persuader aujourd'hui, que sous les empereurs, on ait fait frapper à Rome ou en Italie des monnoies qui ne portoient ni leur nom, ni leur image, parce qu'on se représente l'empire des Césars, comme une monarchie parfaitement semblable à celles qui sont actuellement établies en Europe. C'est une erreur, dit M. le baron de la Bastie, qu'il seroit aisé de réfuter ; & ceux qui voudront s'en désabuser, n'ont qu'à lire le livre du célebre Gravina, de imperio romano, qu'on a joint aux dernieres éditions de l'ouvrage de ce savant homme, sur les sources du Droit civil. (D.J.)
MEDAILLE CONTORNIATE, (Art numismat.) on appelle contorniate en italien medaglini, contornati, des médailles de bronze avec une certaine enfonçure tout-autour, qui laisse un rond des deux côtés, & avec des figures qui n'ont presque point de relief, en comparaison des vrais médaillons. Voyez CONTORNIATES.
J'ajoute ici qu'on ignore en quel tems l'on a commencé d'en frapper, quoique M. Mahudel ait soutenu avec assez de probabilité, que ce fut vers le milieu du iij. siecle de J. C. que l'usage en a continué jusque vers la fin du iv. siecle, & que c'est à Rome, & non pas dans la Grece, qu'il faut chercher l'origine de ces sortes de pieces.
Un savant, qui ne s'est point fait connoître, a prétendu dernierement (en 1636) que les médailles contorniates étoient une invention des personnes employées aux jeux publics, sur la scène, ou dans le cirque. Il croit que ces acteurs, après avoir marqué sur un des côtés de la médaille leur nom, celui de leurs chevaux, & leurs victoires, avoient mieux aimé faire mettre sur l'autre côté le nom & la tête de quelque personnage illustre des siecles précédens, que de le laisser sans types, quoique cela soit arrivé quelquefois.
Cette opinion n'a rien de contraire à celle de M. Mahudel ; mais il faut avouer que l'anonyme se trompe, s'il ne croit pas qu'il y ait d'autres contorniates, que celles sur lesquelles on trouve le nom des athletes, cochers & comédiens, celui des chevaux qui avoient remporté le prix dans les courses du cirque, enfin les victoires des différens acteurs employés aux jeux publics. Nous connoissons plusieurs de ces médailles, où au revers d'Alexandre, de Néron, de Trajan, &c. on ne rencontre rien de semblable ; & M. Havercamp en a fait graver quelques-unes dans sa dissertation d'une médaille contorniate d'Alexandre le grand, & sur les contorniates en général ; mais ce savant homme, qui convient en plus d'un endroit de son ouvrage, que ces médailles ont toutes été fabriquées depuis le tems de Constantin jusqu'à Valentinien III, & qu'elles ont été faites à l'occasion des jeux publics, ne laisse pas de prodiguer l'érudition pour en expliquer les revers, de la même façon que si c'étoient des pieces frappées du tems même des princes dont elles portent l'image.
La médaille qui a donné lieu à sa dissertation, & qu'il lui plait de rapporter à Alexandre le grand, représente, à ce qu'il prétend, d'un côté l'orient & l'occident, sous la figure de deux têtes qui ouvrent la bouche d'une maniere hideuse, & au revers, les quatre grands empires par quatre sphinx. Comment M. Havercamp ne s'est-il pas apperçu que ce qu'il prend pour deux têtes accollées, ne sont que deux masques fort ressemblans à quelques-uns de ceux qui sont représentés dans les ouvrages de Bergerus & de Ficoroni sur les masques des anciens ? Il est aisé de distinguer un masque d'une tête, puisque les têtes ne sont jamais représentées sans cou, & que les masques n'en ont jamais. Ainsi, cette médaille ne peut avoir rapport qu'aux jeux scéniques. Toutes ces remarques sont de M. le baron de la Bastie. (D.J.)
MEDAILLE CONTREMARQUEE, (Art numismat.) les Antiquaires appellent ainsi certaines médailles grecques ou latines, sur lesquelles se trouvent empreintes par autorité publique différentes figures, types ou symboles, comme dans les médailles greques, ou bien, comme dans les médailles latines, tantôt de simples lettres, tantôt des abréviations de mots frappés sur les mêmes médailles après qu'elles ont eu cours dans le commerce. On recherche toujours avec avidité les raisons politiques qui donnerent lieu à ces médailles contremarquées, & c'est sur quoi nous n'avons encore que des conjectures, mais voici les faits dont on convient.
1°. Le méchanisme de l'art de contremarquer les médailles, à en juger par l'évacuation du métal plus ou moins apparente à l'endroit qui répond directement à la contremarque sur le côté opposé, ne demandoit qu'un grand coup de marteau sur le nouveau poinçon que le monnoyeur posoit sur la piece ; & comme il étoit essentiel que par cette opération les lettres de la légende & les figures du champ de la médaille opposé à la contremarque, ne fussent ni applaties, ni effacées, on conçoit qu'il falloit qu'on plaçât la piece sur un billot d'un bois qui cédât à la violence du coup ; c'est par ce défaut de résistance du bois qui servoit de point d'appui, que le métal prêtant sous le marteau, formoit une espece de bosse.
2°. L'art & l'usage de contremarquer les monnoies ont pris leur origine dans la Grece. Le nombre de médailles des villes greques que l'on trouve en argent & en bronze avec des contremarques, ne permet pas d'en douter ; il y en a cependant moins sur les médailles des rois grecs que sur celles des villes de la grande Grece, de l'Asie mineure, & des îles de l'Archipel ; mais de toutes les villes de ces différentes parties de la Grece, il n'y en a point qui ait plus usé de contremarques que la ville d'Antioche de Syrie.
3°. Les Romains du tems de la république ne se sont point servi de contremarques sur leurs monnoies, ni sur celles de bronze qui ont d'abord eu cours à Rome, ni sur celles d'argent ; l'usage n'en a commencé chez eux & sur celles de bronze seulement que sous Auguste, & il paroît finir à Trajan. On ne trouve point de contremarques sur les médailles de Vitellius & de Narva ; on ne commence à en revoir que sous Justin, Justinien, & quelques-uns de leurs successeurs ; encore sont-ce des contremarques d'une espece différente, & il y en a des deux côtés de la médaille.
4°. La coûtume des Grecs & celle des Romains en fait de contremarques ont été différentes. Les premiers n'ont employé sur les monnoies de leurs rois & de leurs villes tant qu'elles se sont gouvernées par leurs propres lois, & depuis même qu'elles ont été soumises aux empereurs, que des têtes ou des bustes de leurs dieux, des figures équestres de leurs princes & de leurs héros, ou des figures de plantes, de fruits, & d'animaux qui naissoient dans leur pays, ou de vases & d'instrumens qui étoient en usage ; les derniers au contraire sur leurs monnoies & sur celles de quelques unes de leurs colonies latines, comme de Nîmes, des Empouries & d'autres, ne se sont servi pour contremarques que de monogrammes formés de caracteres romains, ou de mots latins abregés qui composent de courtes inscriptions, ensorte qu'on peut dire qu'on ne voit ordinairement en contremarques sur les médailles romaines impériales aucune figure, ni sur les grecques impériales aucune inscription greque. Ajoutez que les contremarques des médailles de villes greques sont faites avec beaucoup d'art & de soin, au lieu que les contremarques des médailles romaines sont renfermées dans des carrés très-grossiers.
5°. Les contremarques des médailles greques sont mises sur toutes les especes courantes à la différence des contremarques des médailles romaines, qui n'ont été placées que sur le bronze. Cependant comme il y avoit très-peu de villes greques où l'on frappât de la monnoie d'or, on n'a point encore vû de leurs médailles en or qui fussent contremarquées.
6°. On n'a pas appliqué une seule contremarque sur les médailles latines, mais souvent deux & quelquefois trois ; on les y a placées avec si peu de ménagement pour les têtes & pour les revers, que de cela seul naissoit une difformité si choquante, qu'elle a peut-être suffi pour engager les successeurs de Trajan à proscrire cet usage qui ne reprit faveur que sous quelques empereurs du bas empire, qui avoient totalement perdu le goût des arts.
7°. Le nombre des médailles de bronze contremarquées est fort rare en comparaison de celles du même empereur, du même type & du même coin, qui ne l'ont jamais été. Il y a telle médaille qui se trouve chargée de deux ou trois contremarques différentes, & la même contremarque se trouve aussi employée sur des médailles d'empereurs, & de types tout différens.
8°. Enfin les contremarques que l'on trouve sur les médailles greques & sur celles de bronze de l'empire romain portent avec elles un caractere d'authenticité, qui ne permet pas de penser qu'elles ayent été l'ouvrage du caprice des Monétaires. Tout y annonce l'autorité du ministere public, soit de la part des empereurs, soit de la part du sénat conjointement avec le peuple ; soit du consentement du peuple représenté par les princip aux magistrats dans les villes greques, par les tribuns à Rome & par les décurions dans les colonies.
Les faits qu'on vient de rapporter sont reconnus de tous les savans, mais il leur est très-difficile de découvrir les motifs qui ont engagé les Romains à contremarquer ainsi quelques-unes de leurs pieces de monnoie. L'opinion la plus généralement adoptée par les Antiquaires, est que les contremarques ont été introduites pour produire, dans des occasions passageres, une augmentation de valeur de monnoie dans le commerce, sans en augmenter la matiere. Mais pourquoi ne voyons-nous point de contremarques sur les médailles consulaires ? Pourquoi sous les empereurs romains trouve-t-on si peu de médailles contremarquées en comparaison de celles qui ne le sont pas, quoique du même prince, du même type & du même coin ? Pourquoi les seules médailles de bronze ont-elles été sujettes à la contremarque, puisque celle sur l'or & sur l'argent auroient donné tout d'un coup un profit cent fois plus considérable que sur le bronze ? Enfin, pourquoi n'a-t-on pas mis des contremarques indifféremment sur toutes les monnoies du même tems ? Je conviens que les contremarques de médailles des villes greques ayant été faites avec soin & appliquées indifféremment sur toutes les especes courantes, peuvent avoir servi à indiquer une augmentation de valeur dans le commerce ; mais il n'en est pas de même des contremarques des médailles romaines qui n'ont été placées que sur le bronze, & qu'il auroit été facile de contrefaire, si la chose en eût valu la peine. Toutes ces raisons ont fait conjecturer à M. de Boze que les pieces contremarquées ne servoient que comme de mereaux, qu'on distribuoit aux ouvriers employés à des travaux publics, civils ou militaires. Ce systême à la vérité est très-ingénieux, mais je doute qu'il puisse seul résoudre toutes les difficultés. Concluons qu'il faut mettre les médailles contremarquées au nombre des énigmes numismatiques qui ne sont pas encore devinées. (D.J.)
MEDAILLE RARE, (Art numismat.) toute médaille qui ne se trouve que dans quelques cabinets de curieux, a le nom de médaille rare. On a indiqué au mot médaille les ouvrages qui les font connoître. Je me borne donc à quelques remarques.
Certaines médailles sont rares dans un pays, & sont communes dans l'autre. Tels sont les posthumes dont la France est pleine, & dont on trouve fort peu en Italie : tels les Aelius de grand bronze, qui passent pour rares en Italie, & dont nous avons quantité en France. Ces connoissances sont nécessaires pour faire des échanges.
Ce n'est ni le métal, ni le volume qui rend les medailles précieuses, mais la rareté ou de la tête, ou du revers, ou de la légende. Telle médaille en or est commune, qui sera très-rare en bronze. Telle sera très-rare en argent, qui sera commune en bronze & en or. Tel revers sera commun, dont la tête sera unique. Telle tête sera commune, dont le revers étant très-rare, rendra la médaille d'un fort grand prix. Il seroit inutile d'en mettre ici des exemples. M. Vaillant, dans son dernier ouvrage, en a fait un détail si exact, qu'il n'a rien laissé à desirer pour l'instruction parfaite des curieux.
Il y a des médailles qui ne sont rares que dans certaines suites, & qui sont fort communes dans les autres. Quelques-unes sont rares dans toutes les suites, & jamais dans les autres. Par exemple, on n'a point d'Antonia pour la suite du grand bronze ; il faut nécessairement se servir de celle du moyen bronze. Au contraire, on n'a point d'Agrippine, femme de Germanicus, en moyen bronze, mais seulement en grand. L'Othon est rare dans toutes les suites de bronze ; il est commun dans celle d'argent. L'Auguste est commun dans toutes les suites : l'on n'a point pour la suite d'or ni Pauline, ni Tranquilline, ni Mariana, ni Corn. Supera. On les trouve en bronze & en argent. Les colonies sont communes dans le moyen bronze, elles sont rares dans le grand ; tout cela s'apprend encore chez M. Vaillant, qui s'est donné la peine de marquer le degré de rareté sur chaque médaille en particulier.
Il en est des médailles comme des tableaux, des diamans & de semblables curiosités ; quand elles passent un certain prix, elles n'en ont plus que celui que leur donnent l'envie & les facultés des acquéreurs. Ainsi quand une médaille passe dix ou douze pistoles, elle vaut tout ce qu'on veut. Ainsi la seule curiosité du rare fait monter les Othons de grand bronze à un prix considérable ; & l'on croit que ceux de moyen bronze ne sont point trop chers, quand ils ne coutent que trente ou quarante pistoles. On met presque le même prix aux Gordiens d'Afrique grecs, quoique de fabrique égyptienne, parce qu'on en a de ceux-là en moyen bronze. Les médailles uniques n'ont point de prix limité. Voyez MEDAILLE UNIQUE.
Quand il y a plusieurs têtes sur le même côté de la médaille, elle en devient plus rare & plus curieuse, soit que les têtes soient affrontées, c'est-à-dire qu'elles se regardent comme celles de M. Aurele & de Vérus, de Macrin & de Diaduménien, & autres semblables ; soient qu'elles soient accolées comme Néron & Agrippine, Marc-Antoine & Cléopâtre, &c. La médaille devient encore plus précieuse quand on y voit trois têtes, au lieu de deux, comme celles de Valerien avec ses deux fils, Galien & Valerien le jeune ; celle d'Otacille avec son mari & son fils, &c.
Pour le prix des médailles, il n'est pas aisé de rien décider, puisqu'à proprement parler, il ne dépend que de la disposition du vendeur & de l'acquéreur : car cette curiosité est toute noble, & c'est la passion des honnêtes gens ; un acheteur passionné ne considere pas le prix excessif d'une médaille qu'il trouvera rare, belle, bien conservée, & nécessaire pour une de ses suites : cela dépend aussi de l'honnêteté du vendeur, qui quelquefois préfere à son intérêt la satisfaction d'obliger un galant homme, ravi de l'accommoder d'une médaille qu'il desire. (D.J.)
MEDAILLE RESTITUEE, (Art numismat.) on appelle proprement médailles restituées ou de restitution, les médailles soit consulaires, soit impériales, sur lesquelles outre le type & la légende qu'elles ont eu dans la premiere fabrication, on voit de plus le nom de l'empereur qui les a fait frapper une seconde fois, suivi du mot RESTITUIT entier, ou abrégé, REST.
Telle est la médaille de moyen bronze, où autour de la tête d'Auguste rayonnant on lit : Divus Augustus Pater ; au revers est un globe avec un gouvernail, & pour légende Imp. T. Vesp. Aug. REST. Telle est encore cette médaille d'argent de la famille Rubria, qui représente d'un côté la tête de la concorde voilée, avec le mot abrégé Dos. c'est-à-dire Dossennus ; au revers un quadrige, sur lequel est une victoire qui tient une couronne au-dessous, L. Rurri, & autour, Imp. Caes. Trajan. Aug. Germ. Dac. P. P. REST.
Il y a d'autres médailles à qui on donne improprement le nom de restituées, qui semble en être le caractere distinctif. Telles les médailles frappées sous Galien, pour renouveller la mémoire de la consécration de plusieurs de ses prédécesseurs. Voyez MEDAILLES DE CONSECRATION.
Mais on ne peut en aucun sens donner le nom de médailles restituées à celles qu'Auguste, Tibere, Caligula, Claude & Néron ont fait frapper avec les noms & la tête de Jules César, d'Auguste, de Livie, d'Agrippa, d'Agrippine, de Drusus, de Germanicus, parce que ce ne sont pas d'anciens types qu'on ait employé de nouveau, mais des especes absolument nouvelles, tant pour le type que pour le coin.
Ce n'est que sous Titus qu'on commence à voir des médailles restituées, & nous en connoissons de frappées pour Auguste, Livie, Agrippa, Drusus, Tibere, Drusus fils de Tibere, pour Germanicus, Agrippine mere de Caligula, pour Claude, pour Galba & pour Othon. A l'exemple de Titus, Domitien restitua des médailles d'Auguste, d'Agrippa, de Drusus, de Tibere, de Drusus fils de Tibere, & de Claude. Nous ne connoissons jusqu'à présent que des médailles d'Auguste restituées par Nerva : Trajan en a restitué de presque tous ses prédécesseurs : on connoît celles de Jules César, d'Auguste, de Tibere, de Claude, de Vespasien, de Titus & de Nerva.
Il avoit outre cela restitué un très-grand nombre de médailles des familles romaines ; on a celles des familles Aemilia, Coecilia, Carisia, Cassia, Claudia, Cornelia, Cornuficia, Didia, Horatia, Julia, Junia, Lucretia, Mamilia, Maria, Martia, Memmia, Minucia, Norbana, Numonia, Rubria, Sulpitia, Titia, Tullia, Valeria, Vipsania. On trouve enfin une médaille restituée par Marc-Aurele & Lucius Verus ; on y voit d'un côté la tête de Marc-Antoine, & pour légende Ant. Aug. III. Vic. R. P. C. au revers l'aigle légionnaire au milieu de deux autres enseignes militaires avec ces mots : Leg. VI. Antoninus & Verus Aug. REST. Voilà toutes les restitutions proprement dites, connues jusqu'à-présent ; mais les savans ont été partagés sur l'idée qu'on devoit attacher au mot Rest, c'est-à-dire Restituit, qui se lit sur toutes ces médailles en abrégé ou entier.
La plûpart des Antiquaires croient d'après Vaillant, que ce mot signifie seulement que Titus, Domitien, Nerva & Trajan ont fait refaire des coins de la monnoie de leurs prédécesseurs ; qu'ils ont fait frapper des médailles avec ces mêmes coins, & qu'ils ont permis qu'elles eussent cours dans le commerce, ainsi que leurs propres monnoies. A leur avis, Trajan ne s'est pas contenté de faire frapper des médailles au coin des princes ses prédécesseurs ; il a de plus fait rétablir tous les coins dont on s'étoit servi pour les médailles consulaires, lorsqu'elles étoient la monnoie courante.
Le P. Hardouin, aussi distingué par la singularité de ses sentimens que par l'étendue de son érudition, s'étant fait un jeu de s'essayer contre les opinions les mieux fondées, n'avoit garde d'épargner celle-ci ; mais celle qu'il a substituée est encore plus dénuée de vraisemblable. Il a prétendu contre l'usage de la langue latine que le mot restituere, signifie ici imiter, représenter les vertus : ainsi, par exemple, la médaille dont la légende porte du côté de la tête, Ti-Caesar. Divi. Augusti. F. Augustus, & au revers, Imp. T. Caes. Divi. Vesp. F. Aug. P. M. TR. P. P. P. Cos VIII. RESTITUIT, doit s'expliquer en ce sens : Tite, &c. fait revivre en sa personne les vertus de Tibere. Une pareille déclaration de la part de Tite avoit de quoi faire trembler le sénat & le peuple romain. Ce sentiment ne paroît pas avoir fait fortune, & le simple énoncé suffit pour le faire mettre au rang des paradoxes littéraires de ce savant homme.
Il y a certainement beaucoup plus de probabilité dans le sentiment de M. Vaillant ; Trajan, afin de se concilier les esprits du sénat & du peuple, voulut donner des marques de sa vénération pour la mémoire de ses prédécesseurs, & des témoignages de sa bienveillance envers les premieres maisons de la république. Dans ce dessein, il fit restituer les monnoies des empereurs qui avoient regné avant lui, & celles sur lesquelles étoient gravés les noms des familles romaines. Nous ne connoissons à la vérité qu'environ trente de ces dernieres médailles, mais on en découvre tous les jours de nouvelles ; Ursin n'en avoit d'abord fait graver qu'un très-petit nombre ; Patin, Vaillant & Morel y en ont ajouté plusieurs.
On a trouvé depuis trente ans en Allemagne une médaille de la famille Didia, restituée par Trajan ; il y en avoit une de la famille Carisia, restituée de même dans le cabinet de feu M. le Bret ; & quoique, selon les apparences, elle fût moulée, comme elle avoit certainement été moulée sur l'antique, l'original existe, ou a existé dans quelqu'autre cabinet. Une preuve que Trajan avoit restitué toutes les médailles consulaires, c'est que dans le petit nombre qui nous en reste aujourd'hui, on en connoît plusieurs de la même famille avec des types différens, & quelquefois d'une famille peu célebre, comme est entr'autres la famille Rubria, dont on a trois différentes médailles restituées par Trajan. Le sens qu'on donne suivant cette opinion à la légende Imp. Caes. Trajan Aug. Ger. Dac. PP. REST. est parfaitement conforme aux regles de la grammaire & au génie de la langue latine.
Quand l'inscription se gravoit sur le monument même qu'on faisoit rétablir, souvent on omettoit le nom du monument restitué, parce qu'il n'étoit pas possible de se méprendre sur le cas régi par le verbe restituit, & que tout le monde le suppléoit aisément. Ainsi lorsqu'on voyoit sur le chemin de Nîmes une colonne milliaire avec cette inscription : Ti. Caesar. Divi. F. Aug. Pont. Max. Tr. Pot. XXXII. Refecit. & RESTITUIT V. on comprenoit fort bien que cette colonne qui servoit à marquer le cinquieme mille de Nîmes, avoit été rétablie par les ordres de Trajan auprès de Mérida en Espagne ; elle est rapportée par Gruter, à qui je renvoie pour une infinité d'exemples de cette façon de parler elliptique.
Dans l'ancienne inscription du pont Fabricius à Rome on lisoit : L. Fabricius C. F. Cur. Viarum. Faciundum Curavit ; & cela suffisoit pour faire entendre que Fabricius avoit fait construire ce pont, parce que c'étoit sur le pont même que l'inscription étoit gravée. Rien de si commun que de trouver sur les cippes, soit votifs, soit sépulchraux, Posuit, Fecit, Faciundum Curavit, sans que ces verbes soient suivis d'aucun régime, parce que les cippes mêmes sont censés en tenir lieu.
Par la même raison, quand on trouve sur les médailles, Imp. Titus, Imp. Domitianus, Imp. Trajanus RESTITUIT, si c'est, comme on le croit, du rétablissement de la médaille même dont on a voulu faire mention ; il n'a pas été nécessaire d'ajouter hunc nummum, car on tient dans sa main & on a sous les yeux la chose même qui a été rétablie. Mais il n'en seroit pas de même si on avoit voulu marquer que ces empereurs faisoient en quelque sorte revivre leurs prédécesseurs & les grands hommes, dont les noms étoient gravés sur ces pieces de monnoie ; car souvent il n'y a rien dans le type qui ait rapport aux vertus ou aux actions par lesquelles on suppose que les empereurs les représentoient. En un mot, le paradoxe du P. Hardouin est insoutenable.
A la vérité l'opinion de M. Vaillant, adoptée par le général des Antiquaires, n'est pas heureuse à tous égards, car elle n'est point appuyée du témoignage des anciens auteurs. Ils ne nous disent nulle part qu'un empereur se soit avisé de rétablir les monnoies de ses prédécesseurs. De plus, on n'allegue aucun motif vraisemblable qui ait pu engager Tite, Domitien, Nerva & Trajan à faire battre monnoie au coin des empereurs qui les avoient précédés.
Ces raisons ont paru si fortes à M. le Beau, qu'elles l'ont engagé à bâtir un nouveau système sur l'origine des médailles de restitution. Il pense que le mot restituit signifie que l'empereur qui est annoncé comme restituteur a rétabli en tout ou en partie quelque monument de l'autre empereur, ou du magistrat nommé sur la même médaille ; desorte que ce monument est tantôt représenté dans le type, & tantôt simplement indiqué. On desireroit 1°. que cette hypothese qui plaît par sa simplicité, fût appuyée du témoignage des historiens pour la confirmer. 2°. Une partie des médailles restituées ne présente souvent sur le revers ni monument, ni figure, sur quoi puisse tomber le terme restituit ; or s'il se rapportoit à quelqu'ouvrage rétabli, cet ouvrage seroit sans doute représenté sur la médaille. 3°. Parmi les types des médailles restituées, il y en a qui ne désignent assûrément aucun monument, comme, par exemple, deux mains jointes ensemble, l'aigle des consécrations, des chars attelés par des éléphans, &c. Je ne décide point si M. le Beau peut résoudre ces trois difficultés sans réplique ; mais je puis assûrer qu'il nous a donné six mémoires très-intéressans sur toutes les médailles restituées ; & j'invite fort un curieux à les lire dans le Recueil de l'Académie des Belles-Lettres, tom. XXI. XXII. & XXIV. in-4°. (D.J.)
MEDAILLE UNIQUE, (Art numismat.) on appelle médailles uniques, celles que les antiquaires n'ont jamais vues dans les cabinets, même dans ceux des princes & des curieux du premier ordre ; quoique peut-être elles soient dans des cabinets sans nom, où le hasard les a placées. Ainsi l'Othon de véritable grand bronze, que M. Vaillant a vu en Italie, est une médaille unique. Le médaillon grec d'argent de Pescennius, que le même M. Vaillant découvrit en Angleterre, entre les mains de M. Falchner, & qui est aujourd'hui au cabinet du roi, est unique. L'Annia Faustina d'argent que M. l'abbé de Rothelin a possedé est encore unique jusqu'à-présent. Tel est encore l'Hérode Antipas, sur laquelle M. Rigord qui le possédoit, a fait une savante dissertation. Mais l'Agrippa-César, troisieme fils de M. Agrippa & de Julie, adopté par Auguste avec Tibere, qu'on a donné pour unique, ne l'est pas aujourd'hui.
Quoiqu'on trouve de tems en tems des médailles inconnues auparavant, & qui d'abord passent pour uniques ; néanmoins les médailles dont le type est extraordinaire, & dont les antiquaires n'ont jamais fait mention, doivent à parler régulierement, être regardées comme douteuses & suspectes, parce qu'il n'est pas à présumer qu'elles se soient dérobées si long-tems à la connoissance des antiquaires, & de tant de personnes intéressées à publier ces nouvelles découvertes. Ainsi la prudence veut qu'on en examine soigneusement & avec des yeux éclairés, le métal & la fabrique, afin d'éviter le piege que les brocanteurs savent tendre avec adresse aux nouveaux curieux.
Les médailles qui n'ont jamais été vues des savans dans un métal ou dans une certaine grandeur, offrent donc de fortes présomptions contre leur antiquité. Par exemple, les Gordiens d'Afrique, les Pescennius ou le Maximus d'or, sont assurément très-suspectes. Une Plotine, une Marciana, une Matidia, une Didia Clara de moyen bronze, le seroient de même, parce qu'on n'en connoît point jusqu'à ce jour de ce module ; mais il ne faut pas conclure absolument que les médailles qui ne sont point encore connues dans un métal ou dans une certaine grandeur, n'ont jamais été frappées sur ce métal ou dans cette grandeur, autrement il faudroit rejetter l'Annia Faustina en argent, dont l'antiquité est néanmoins incontestable, parce qu'elle n'étoit pas connue du tems de M. Vaillant. Or ce qui est arrivé à l'égard de l'Annia Faustina en argent, peut arriver pour les Gordiens d'Afrique, les Pescennius & les Maximus en or, parce que la terre qu'on viendra à fouiller heureusement, peut nous procurer aujourd'hui de nouvelles médailles, qu'elle ne nous a pas encore données ; & que rien ne nous assure que ces princes dont nous venons de parler, sont les seuls exceptés de la loi générale, qui nous fait voir des médailles d'or de tous ceux dont nous en avons d'argent. Il suffit donc d'être attentifs, jusqu'au scrupule, dans l'examen de toutes les médailles qui paroissent pour la premiere fois. (D.J.)
MEDAILLE VOTIVE, (Art numismat.) les antiquaires françois ont appellé médailles votives, d'après M. Ducange, toutes les médailles où les voeux publics qui se faisoient pour la santé des empereurs de cinq en cinq ans, de dix en dix ans, & quelquefois de vingt en vingt ans, sont marqués soit en légendes, soit en inscriptions. Ces médailles portent le mot de Vota quinquennalia, decennalia, vicennalia.
Sur la médaille de Marc-Aurele le jeune, dont le revers représente les voeux qu'on fit au tems de son mariage, on lit en légende Vota publica. Sur une médaille d'Antonin, vota suscepta decennalia, & sur une seconde du même prince, qui fut frappée dix ans après, Vota decennalium. Dans le bas empire on rencontre perpétuellement ces sortes de voeux que l'on portoit toujours même plus avant que le terme, ce qu'on exprimoit par ces mots multis. Par exemple, Votis x, Multis xx, ou par celui de sic, comme sic x, sic xx. Mais entre les médailles votives du bas empire, il n'y en a guere de plus curieuses que celles de Dioclétien & de Maximien son collegue, qui ont pour légende Primis x, Multis xx. Quelques-unes de ces médailles ont pour type Jupiter debout. Il y en a où l'on voit une victoire assise, tenant de la main gauche un bouclier appuyé sur son genou, & de la main droite écrivant dans le bouclier votis x, ou votis xx. D'autres encore représentent deux victoires qui soutiennent un bouclier où l'on lit votis x sel. Ces médailles sont d'autant plus remarquables que les voeux sont en légende & non en inscription, & qu'ils sont répétés sur celles où on les lit derechef dans le bouclier.
Les médailles votives avec l'inscription au revers votis, v, x, xx. dans une couronne, sont beaucoup plus fréquentes dans le bas que dans le haut empire. On sait qu'on rencontre cette inscription sur les médailles de Maximien, de Balbin, de Puppien, de Crébonien Galle, d'Oemilien, de Valerien & de Galien.
M. Ducange a savamment éclairci tout ce qui regarde les médailles votives. Il nous apprend que depuis qu'Auguste feignant de vouloir quitter les rênes de l'empire, eût accordé par deux fois aux prieres du sénat, qu'il continueroit de gouverner dix ans, on commença à faire à chaque decennale des prieres publiques, des sacrifices & des jeux pour la conservation des empereurs : que dans le bas empire, on en fit de cinq en cinq ans ; & que c'est par cette raison que depuis Dioclétien, l'on voit sur les médailles, Votis, v, xv, &c. Il observe enfin que la coutume de ces voeux dura jusqu'à Théodose, après lequel tems on ne trouve plus cette sorte d'époque.
Mais outre Ducange, le lecteur apprendra bien des choses sur cette matiere, dans l'Auctuarium chronologicum de votis decennalibus imperatorum & Caesarum, du cardinal Noris, mis au jour à Padoue en 1676, à la suite des dissertations du même auteur, sur deux médailles de Dioclétien & de Lucinius. On peut aussi consulter la dissertation latine consularibus caesareis, du P. Pagi, imprimée à Lyon en 1682 in -4°. (D.J.)
MEDAILLES SUR LES ALLOCUTIONS, (Art numismat.) on nomme médailles sur les allocutions certaines médailles de plusieurs empereurs romains, sur lesquelles ils sont représentés haranguant des troupes ; & la légende de ces sortes de médailles c'est adlocutio, d'où vient que quelques-uns de nos curieux appellent cette espece de médaille, une allocution.
La premiere qu'on connoisse est celle de Caligula. Ce prince y est représenté debout en habit long, sur une tribune d'où il harangue quatre soldats qui ont leur casque en tête & leur bouclier en main, comme tout prêts à partir pour une expédition. A l'exergue on lit, Adloc. coh. c'est-à-dire, adlocutio cohortium.
Il y a une allocution semblable de Néron, ensuite de Galba & de Nerva, de Trajan, de Marc-Aurele, de Lucius Verus, de Commode, de Septime-Severe, de Caracalla, de Geta, de Macrin, de Severe Alexandre, de Gordien Pie, des deux Philippes pere & fils, de Valérien, de Galien, de Tacite, de Numérien & de Carin joints ensemble, enfin de Maxence. On connoît une douzaine d'allocutions d'Hadrien, trois de Posthume, & quelques médaillons de Probus dans le même genre. Voyez l'hist. de l'acad. des Inscrip. tom. I. (D.J.)
MEDAILLE CISTOPHORE, (Art numismat.) médaille qu'on frappoit par autorité publique au sujet des orgies, ou fêtes de Bacchus. Comme dans ces fêtes on nommoit cistophores les corbeilles mystérieuses, & les cassettes portées par de jeunes filles, on appelle médailles cistophores celles où l'on voit la corbeille empreinte avec les serpens autour, ou qui en sortent. Les antiquaires croient aussi découvrir sur quelques-unes de ces médailles, la plante nommée férule, qu'on portoit dans la solemnité des orgies, pour marquer qu'Osiris qu'on regardoit comme l'inventeur de la médecine, avoit composé des remedes salutaires de cette plante. Voyez l'antiquité expliquée du P. Monfaucon, & le traité des cistophores du P. Panel. (D.J.)
MEDAILLES DE CONSECRATION, (Art numis.) médailles frappées en l'honneur des empereurs après leur mort, lorsqu'on les plaçoit au rang des dieux. On sait les cérémonies qu'on pratiquoit à leur apothéose, par la description qu'Hérodien nous a laissée de celle de Sévere. Il nous apprend entr'autres particularités que dès que le feu étoit au bucher, on en faisoit partir du haut un aigle qui s'envolant dans les airs, représentoit l'ame de l'empereur enlevée au ciel. Nous avons plusieurs médailles qui représentent des monumens de la consécration d'Auguste, rétablis par quatre empereurs, Tite, Domitien, Nerva & Trajan.
Galien fit frapper de ces sortes de médailles, pour renouveller la mémoire de la consécration de la plûpart de ceux de ses prédécesseurs qu'on avoit mis au rang des dieux après leur mort. Ces médailles ont toutes la même légende au revers, consecratio ; & ces revers n'ont que deux types différens, un autel sur lequel il y a du feu, & un aigle avec les aîles déployées. Les empereurs dont Galien a restitué la consécration, sont Auguste, Vespasien, Titus, Nerva, Trajan, Hadrien, Antonin Pie, Marc-Aurele, Commode, Sévere & Sévere Alexandre.
Il n'y a que deux médailles pour chacun d'eux, excepté pour Marc-Aurele, dont on en connoît trois ; mais toute la différence qui s'y trouve, c'est que dans les deux premieres on lit du côté de la tête, Divo Marco, & sur la troisieme, Divo Marco Antonino. Il ne s'est pas encore trouvé de médailles frappées sous Galien, avec les consécrations, de Claude, de Lucius Verus, de Pertinax, de Pescennius, de Caracalla, de Gordien, ni des princesses qui avoient été mises au rang des déesses. Ainsi on ne connoît jusqu'à présent que 23 médailles différentes des consécrations restituées par Galien. Le P. Banduri n'en a même rapporté que huit, & il ne connoissoit pas celles de Vespasien, d'Hadrien & de Commode. (D.J.)
MEDAILLES DE COLONIES, (Art numis.) ces sortes de médailles exigent des observations générales.
1°. On sait que les Romains envoyoient de tems en tems des familles entieres de citoyens dans le pays qu'ils avoient nouvellement conquis ; & pour en constater l'époque, on frappoit des médailles avec certaines marques distinctives, qui faisoient connoître le sujet pour lequel elles avoient été frappées. Par exemple, un boeuf sûr le revers, ou deux boeufs avec un homme qui conduit une charrue, désignent l'établissement d'une colonie.
2°. Les médailles de colonies sont rares en comparaison des médailles ordinaires ; quoique les unes soient plus rares que les autres, tant parmi les grecques que parmi les latines. Leur beauté dépend ou du type, quand il est historique ou extraordinaire, ou du pays, quand ce sont certaines villes peu connues ; d'où l'on apprend quelque trait de l'ancienne géographie : enfin quand les charges & les dignités de ceux qui les ont fait battre sont singulieres.
3°. La médaille passe pour commune quand il n'y a qu'un boeuf sur le revers, ou deux boeufs avec le prêtre qui conduit la charrue, ou les seules enseignes militaires ; cependant nous apprenons de-là quels ont été les premiers habitans de la colonie. En effet, quand les enseignes représentées sur les médailles de colonies, portent le nom de quelque légion, on est en droit d'assurer que ces colonies ont été formées par les soldats de ces légions ; mais quand on ne lit sur ces enseignes le nom d'aucune légion, soit qu'elles accompagnent une charrue, soit qu'elles ne l'accompagnent pas, ce seroit sans fondement qu'on en concluroit que la colonie désignée n'a pas été formée de simples citoyens ; si pareillement la médaille n'a pour type qu'une charrue sans enseignes militaires, on auroit tort de nier pour cela, qu'elle fût composée de soldats.
4°. Les colonies portent ordinairement sur les médailles le nom de celui qui les a fondées, & de celui qui les a ou fortifiées ou rétablies. Toutes celles qui s'appellent Juliae, ont été fondées par Jules-César. Colonia julia Beritus. Celles qui se nomment Augustae, ont été fondées par Auguste. Municipium Augustae Bilbilis. Quand elles prennent les deux noms ensemble, c'est que Jules les a fondées, ou qu'Auguste les a renforcées ou réparées par de nouvelles recrues : Colonia Julia Augusta Dertota. Quand le nom d'Augusta est devant celui de Julia, c'est signe que la colonie, étant en mauvais état, Auguste l'a réparée. Cela ne doit néanmoins s'entendre que quand les deux noms se suivent immédiatement ; car s'il se trouve quelque mot entre-deux, ce n'est plus la même chose. Voilà une des finesses de l'art que nous apprenons de M. Vaillant, dans son exposition de la médaille colonia Julia, Concordia, Augusta, Apamaea.
5°. Quoiqu'il y ait eu des colonies en Italie, pas une n'a jamais mis la tête du prince sur ses médailles. C'étoit un honneur réservé aux villes qui avoient droit de battre monnoie, & que les empereurs n'ont jamais voulu accorder à aucune ville d'Italie. Ce droit de battre monnoie, s'accordoit par une permission ou du sénat seul, ou du sénat & du peuple tout seuls, ou de l'empereur. Quand il étoit obtenu de l'empereur, on mettoit sur la monnoie, permissu Caesaris. Quand on tenoit ce droit du sénat, on gravoit sur les médailles, mêmes sur les grecques, S. C. senatus consulto, ou S. R. senatus romanus, en sousentendant concessit, permisit.
6°. Depuis Caligula, on ne trouve plus aucune médaille frappée dans les colonies d'Espagne, quoique nous en ayons quantité sous Auguste & sous Tibere. Suetone rapporte que Caligula leur en ôta le privilege, en punition de ce qu'elles en avoient battu en l'honneur d'Agrippa son ayeul, dont il trouvoit mauvais qu'on se souvînt qu'il étoit petit-fils, imaginant que ce titre ne tournoit point à sa gloire.
7°. Depuis Galien, on ne trouve presque plus de médailles d'empereurs frappées dans les colonies ; soit que ce droit leur ait été ôté par les successeurs de Galien, soit que dans le boulversement de l'empire, les colonies ne sachant presque plus à quels maîtres elles appartenoient, se mirent peu en peine de rendre cet hommage à des princes qui ne pouvoient les protéger. Toujours est-il sûr que depuis Aurélien, on ne voit plus aucune médaille de colonie.
M. Vaillant a fait graver toutes les médailles des colonies, les a décrites & expliquées avec sa sagacité ordinaire, dans un ouvrage qui compose 2 vol. in-fol. Nous indiquerons la maniere de former de cet ordre de médailles, une suite agréable & facile ; ce sera au mot SUITE. (D.J.)
MEDAILLES CONSULAIRES, (Art numismatique) le nom de consulaires donné aux médailles romaines, frappées dans les tems que Rome étoit gouvernée par des consuls, ne signifie pas qu'elles se frappoient par leur ordre, avec leurs noms & des symboles propres à marquer ce qu'ils avoient fait pour l'avantage ou la gloire de la république.
2°. Il ne faut pas croire que tous les faits historiques que l'on trouve marqués sur les monnoies que nous appellons médailles consulaires, l'ayent été dans le tems même de ces événemens ; & la plus grande preuve qu'il soit possible d'en donner, c'est que la plûpart de ces événemens sont du premier, du second, du troisieme & du quatrieme siecle de Rome, & que ce n'est que sur la fin du cinquieme qu'on a commencé à y frapper de la monnoie d'argent.
3°. Il n'est pas moins certain que pendant plus d'un siecle encore, les questeurs, les édiles & les triumvirs monétaires, qui eurent successivement l'intendance des monnoies, jus cudendae monetae, dans la crainte de donner le moindre sujet de jalousie à des concitoyens qui n'en étoient que trop susceptibles, affecterent de ne mettre sur ces monnoies que la double tête de Janus, avec une proue de vaisseau, un bige ou un quadrige au revers, ou bien la tête de Rome casquée, avec des pareilles biges ou quadriges au revers, & plus souvent encore des figures de Castor & Pollux. Ce ne fut que vers le tems de Marius, de Sylla, de Jules-César, & surtout du triumvirat, que les monétaires romains, prenant un peu plus l'essor, commencerent à rappeller sur les monnoies les actions mémorables de leurs ancêtres, qui pouvoient donner un nouveau lustre à leur famille, victoires, conquêtes, triomphes, sacerdoces, jeux publics, consulats, dictatures, &c. Aussi ces sortes de médailles sont d'un goût de gravure si semblable, que cette uniformité seule suffiroit pour nous apprendre qu'elles sont presque toutes du même siecle, quand nous n'en aurions pas la preuve d'ailleurs.
4°. Il suit de ces observations, que les chars gravés aux revers de la plûpart des médailles consulaires, avec un attelage de deux, trois ou quatre chevaux, ne sont pas toujours autant de symboles des victoires remportées, & des triomphes obtenus par les consuls romains, dont ces médailles portent le nom ; ils désignent pour l'ordinaire les courses dans les jeux que ces magistrats avoient donnés au peuple pendant leur édilité.
5°. Golztius a fait un recueil de médailles consulaires par ordre chronologique, tandis qu'Ursinus les a disposées par ordre des familles romaines ; mais M. Vaillant a beaucoup amplifié le recueil de ce dernier antiquaire, comme nous l'avons remarqué ailleurs, en indiquant leurs ouvrages. (D.J.)
MEDAILLES GREQUES ; (Art numismat.) Il est certain que les Grecs commencerent de frapper des médailles, ou de battre monnoie, long-tems avant la fondation de Rome ; mais il ne nous reste aucune de ces précieuses monnoies greques de ce tems-là.
C'est à Phédon qu'on doit l'invention des poids, des mesures, & des monnoies frappées dans la Grece. Les marbres d'Arondel fixent l'époque de ce prince à l'an 142, avant la fondation de Rome. C'est à Phédon que Beger rapporte une médaille d'argent qu'il a fait graver dans son Trésor de Brandebourg, tom. I. pag. 279. On y voit d'un côté un vase à deux anses, au-dessus duquel est une grappe de raisin ; on lit dans le champ à droite 1, & à gauche 0. Le revers réprésente un bouclier béotien. Cette médaille est très-précieuse, mais on doute fort qu'elle ait été frappée du vivant de Phédon ; car entr'autres raisons les caracteres paroissent trop arrondis, & trop bien formés pour être un premier essai de l'art de battre monnoie.
On croit généralement qu'une des plus anciennes monnoies greques qui nous reste, est une petite médaille d'or de Cyrène, publiée par le P. Hardouin, dans les Mém. de Trévoux, Août 1727 : elle représente d'un côté un homme debout, la tête ceinte d'un diadème, & rayonnée, avec une corne de bélier au-dessus de l'oreille. Cet homme tient de la main droite une image de la victoire, & de la gauche une haste, ou un sceptre de la même longueur que la haste ; à ses piés est un mouton : on lit dans le champ à gauche, AMNAKTO ; au revers est un char attelé de quatre chevaux de front, avec un homme qui le guide, au-dessus KPANAION. Cette médaille seroit la plus ancienne qui nous reste, si elle avoit été frappée pour Démonax le mantinéen, régent du royaume de Cyrène, pendant la minorité de Battus IV. car il vivoit du tems de Cyrus, vers la fin du second siecle de Rome, comme on peut en juger par ce qu'Hérodote nous en a appris ; mais il y a toute apparence que le Démonax, dont on lit ici le nom, devoit être un des magistrats de Cyrène, & non pas le tuteur de Battus IV. qui vivoit plus de deux cent ans avant l'archontat d'Euclide. Le nom AMNAKTO qui s'y trouve écrit par un oméga, en est une preuve sans replique ; puisque personne n'ignore que les voyelles longues H & n'ont été reçues dans l'alphabet grec que sous l'archontat d'Euclide, la seconde année de la 94e olympiade.
La médaille d'Amyntas, roi de Macédoine, bisayeul d'Alexandre-le-Grand, pourroit donc encore passer pour la plus ancienne que l'on connoisse, s'il ne se trouvoit pas dans le cabinet du Roi des monnoies d'or & d'argent de Cyrène, où l'on voit d'un côté des têtes qui paroissent naturelles, & de l'autre le sylphium, ou quelque autre type usité sur les monnoies des Cyrénéens, avec ces légendes APK, BA, ou BAT ; & K, KP ; légendes qui ne peuvent être expliquées que par , ou . Quand même ces médailles n'appartiendroient qu'à Battus IV. & à Arcésilaus IV. des deux derniers rois de Cyrène, de la famille des Battiades, elles seroient cependant du tems de Cyrus & de Cambyse, & par conséquent plus anciennes que celles d'Amyntas.
Quoi qu'il en soit, non-seulement les Grecs battirent monnoie avant la fondation de Rome, mais ils la porterent rapidement à un degré de perfection supérieur à celui des tems les plus florissans de la république & de l'empire ; on peut en juger encore par les médailles de Gilon, d'Agathocles, de Philippe, d'Alexandre, de Lysimachus, de Cassandre, &c.
Nous sommes fort riches en médailles greques ; car celles que nous avons des seuls rois de Syrie, d'Egypte, & de Macédoine, forment de belles & nombreuses suites. Le roi de France, en particulier, en a une collection des plus complete s & des mieux choisies, qui mériteroit d'être publiée. En un mot, la quantité des médailles greques est si considérable, qu'il faudroit la séparer des médailles latines, & donner à chacune leur propre suite, au-lieu de joindre aux latines les greques du même volume. On imiteroit en cela les bibliothécaires, qui séparent l'histoire greque de l'histoire romaine. De plus, en leur donnant des tablettes séparées, on les démêleroit commodément sans avoir souvent inutilement un grand nombre de planches à tirer.
Au reste, il est vraisemblable que l'usage de frapper les médailles greques avec la tête des empereurs, vint à cesser sous Dioclétien & Maximien.
Je n'ajoute qu'un mot sur les caracteres grecs : ils sont composés de lettres qu'on appelle majuscules ; ils se sont conservés uniformes sur toutes les médailles, sans qu'il y paroisse presque aucune altération ni aucun changement dans la conformation des caracteres, quoiqu'il y en ait eu dans l'usage & dans la prononciation. Il n'y a que la lettre , qui n'a pu se conserver que jusqu'à Domitien ; car depuis ce tems-là on la voit constamment changée en C ou en , soit au commencement, au milieu, ou à la fin des mots. L'on trouve aussi Z & marqué ; le par , & le par C ; l' par . On trouve pareillement un mélange de latin & de grec, non-seulement dans le bas empire, où la barbarie régnoit, mais même dans les colonies du haut empire. S. R. F. lettres latines, se trouvent pour le C. P. . grec. M. de Spanheim en donne les exemples.
Il faut donc bien prendre garde à ne pas condamner aisément les médailles, à cause de quelques lettres mises les unes pour les autres ; car c'est être novice dans le métier, que de ne pas savoir que souvent on a mis E pour H, ; O pour ,HPO ; H en forme de pure aspiration, ; Z pour ,ZMYPNAIN & pour Z, EYC, ou même EYC pour ZEYC ; A pour à la fin des noms de peuple, , pour TN, & quelques autres semblables de dialecte dorique.
Le caractere grec s'est conservé dans sa beauté jusqu'à Galien, depuis lequel tems il paroît moins rond & plus affamé, sur-tout dans les médailles frappées en Egypte, où le grec étoit moins cultivé.
MEDAILLES IMPERIALES, (Art numismat.) Nous avons remarqué, au mot médaille, qu'on faisoit deux classes des médailles impériales, que la premiere contenoit le haut empire, & la seconde le bas empire. Le curieux ne recherche que les médailles du haut empire, parce qu'il n'estime que les beautés de la gravure antique ; mais l'homme studieux qui ne travaille qu'à s'instruire & à perfectionner ses connoissances, rassemble également les médailles de l'un & de l'autre empire.
Il est vrai que les médailles impériales, frappées après le regne de Caracalla, & après celui de Macrin son successeur, qui ne lui survécut que deux ans, sont très-inférieures à celles qui furent frappées sous les trente premiers empereurs. Après Gordien-Pie, elles dégénérerent encore plus sensiblement, & sous Galien, qui regnoit cinquante ans après Caracalla, elles n'étoient qu'une vilaine monnoie. Il n'y a plus ni goût ni dessein dans leur gravure, ni entente dans leur fabrication. Comme ces médailles présentoient une monnoie destinée à flatter le prince, sous le regne de qui on les frappoit, & à servir dans le commerce, on peut bien croire que les Romains, aussi jaloux de leur mémoire qu'aucun autre peuple, employoient à les faire les ouvriers les plus habiles qu'ils pussent trouver ; il est donc raisonnable de juger par la beauté des médailles, de l'état où étoit la gravure sous chaque empereur.
Mais mettant à part la gravure des médailles impériales, on peut en former les suites de plusieurs manieres différentes : nous en indiquerons quatre.
1°. On peut se contenter de faire entrer dans une suite, les médailles qu'on appelle communément du haut empire, c'est-à-dire depuis Jules-César jusqu'à Posthume, suivant le plan qu'à suivi M. Vaillant dans ses numismata praestantiora : 2°. on peut continuer cette suite jusqu'à Constantin : 3°. ceux qui voudront la pousser jusqu'à la chûte de l'empire d'Occident, y feront entrer toutes les médailles jusqu'à Augustule : 4°. si on est bien-aise de ramasser des médailles de tous les empereurs sans exception, quoiqu'on ne puisse pas se flatter de jamais y réussir ; on peut se proposer pour but de la conduire jusqu'à Constantin Paléologue, sous lequel Constantinople fut prise par les Turcs.
Chacune de ces suites paroîtra faite suivant un ordre systématique, & quoiqu'on mette ordinairement au rang des modernes, les monnoies des princes qui ont vécu après Charlemagne, & même celles de nos premiers rois ; on peut cependant regarder comme antiques celles des empereurs de Constantinople, qui ont regné depuis cette époque, parce qu'elles achevent de rendre complete une suite impériale, commencée par le véritable antique. D'ailleurs, comme ces princes ont regné dans un pays assez éloigné du nôtre, la distance de lieu fait à peu près le même effet que la distance de tems, & supplée en quelque façon ce qu'on a coûtume d'exiger pour donner à quelques monumens le titre d'antique. (D.J.)
MEDAILLES ROMAINES, (Art numismat.) On appelle médailles romaines, ou latines, les médailles frappées sous les rois de Rome, la république & les empereurs. On les divise en consulaires & en impériales ; & parmi ces dernieres on distingue celles du haut & du bas empire.
Comme les médailles étoient une monnoie destinée autant à flatter le prince qu'à servir dans le commerce, on peut croire que les Romains employerent à les faire leurs ouvriers les plus habiles ; ainsi par la beauté des médailles romaines, on peut juger de l'état où étoit la gravure sous chaque empereur. Celles qui furent frappées après le regne de Caracalla & de Macrin, sont très-inférieures à celles qui furent frappées sous les trente premiers empereurs. Elles dégénérerent sensiblement sous Gordien Pie, & sous Galien elles n'avoient ni goût ni dessein dans la gravure. Depuis Constantin jusqu'à Théodose c'est bien pis, on ne trouve que de petites médailles sans relief & sans épaisseur ; enfin après la mort de Théodose ce n'est plus que de la vilaine monnoie, dont le tout est barbare, les caracteres, la langue, le type, la légende ; desorte qu'on ne se donne pas même la peine de les ramasser, & qu'elles sont devenues par-là presque aussi rares qu'elles sont laides.
Vers le tems de Dèce on commence déjà à appercevoir de l'altération dans le caractere, les N étant faites comme des M, ainsi qu'on peut le voir dans le revers Pannonia, & autres semblables. Ce qu'il y a de particulier, c'est que quelque tems après le caractere se rétablit, & demeura passable jusqu'à Justin. Alors il commença à s'altérer de nouveau, pour tomber enfin dans la derniere barbarie, trois siecles après le regne de Constantin.
Il faut cependant avertir ici un jeune curieux, de ne pas prendre pour des fautes d'ortographe, l'ancienne maniere d'écrire que les médailles latines nous conservent, & de ne pas se scandaliser de voir V pour B. Danuvius ; O pour V, Volcanus, Divos ; EE pour un E long, FEELIX ; ni deux II, VIIRTVS ; S & M retranchés à la fin, ALBINV, CAPTV ; XS pour X, MAXSVMVS ; F pour PH, TRIVMFVS, & choses semblables, sur quoi on peut consulter les anciens Grammairiens. (D.J.)
MEDAILLES ARABES, (Art numismat.) On appelle ainsi des médailles mahométanes modernes, dont on trouve une assez grande quantité, & dont on est peu curieux. En effet, la fabrique en est pitoyable ; très-peu de gens en connoissent la langue & le caractere ; enfin elles ne peuvent servir à quoi que ce soit dans les suites, parce qu'elles ne renferment que peu de têtes de princes mahométans ; cependant le cabinet du roi de France, est actuellement autant supérieur en médailles arabes, aux autres cabinets de l'Europe, qu'il l'étoit déjà en médailles modernes & antiques. M. Morel a fait graver la plus belle des médailles arabes, celle du grand Saladin, ou comme on l'écrit, Salahoddin. D'un côté on voit sa tête avec celle d'un jeune Almelek Ismahel, fils de Nurodin, qui est de la fin du xij. siecle. La légende est en arabe, Joseph filius Job, comme s'appelloit Saladin, & au revers, Rex imperator princeps fidelium. (D.J.)
MEDAILLES EGYPTIENNES, (Art numismat.) les Antiquaires appellent ainsi les médailles frappées en Egypte, en l'honneur de leurs rois, ou des empereur romains. Ces médailles sont précieuses, parce qu'on a su en tirer un avantage considérable pour les lettres. Par exemple, M. Vaillant a donné l'histoire des rois d'Egypte, d'après leurs anciennes monnoies. D'autres savans ont fait usage des médailles impériales frappées en Egypte pour l'éclaircissement de l'histoire des empereurs. On n'a trouvé même jusqu'à-présent aucune médaille greque de Dioclétien, excepté celles qui ont été frappées en Egypte ; quoiqu'on ignore l'année où les Egyptiens cesserent d'en fabriquer en son honneur : peut-être fut-ce en l'an 296 de l'ere chrétienne, année où l'Egypte ayant été réunie au reste de l'empire, par la défaite du tyran Achillaeus, on commença à battre la monnoie avec des légendes latines, comme on faisoit dans les autres provinces. (D.J.)
MEDAILLES ESPAGNOLES, (Art numismatique) anciennes monnoies espagnoles qu'il ne faut pas confondre avec les puniques, quoique les unes & les autres aient été pour la plûpart trouvées en Espagne.
Personne n'ignore que dans l'antiquité ce royaume a été habité par divers peuples. Outre les anciens habitans du pays, les Phéniciens attirés par le commerce, s'étoient établis en divers endroits sur les côtes & y avoient bâti des villes ; les Grecs même y avoient envoyé des colonies. Ces nations différentes avoient chacune leurs moeurs, leurs usages, leur langue & leurs monnoies particulieres.
A la vérité nous n'avons point de médailles frappées par les grecs qui s'établirent en Espagne : peut-être même que leur petit nombre les empêcha d'en faire frapper dans une langue qui n'auroit pas été entendue de leurs voisins ; mais nous avons d'anciennes médailles espagnoles. Lastanosa a rendu service aux curieux, en en faisant graver environ deux cent qu'il avoit ramassés dans son cabinet, la plûpart en argent. Son livre, qui est devenu rare, est intitulé : Museo de las medallas desconoscidas, espagnolas impresso in Huesca, par Juan Nognez, anno 1645, in -4°. Il soutient dans cet ouvrage que les caracteres de ces médailles sont espagnols & non pas puniques, & que c'est de ces pieces-là que Tite-Live parle, quand il met au nombre des dépouilles rapportées d'Espagne par les Romains, argentum signatum oscense.
Quoi qu'il en soit de cette derniere conjecture, la différence des médailles espagnoles & des médailles phéniciennes ou puniques, est évidente pour tous ceux qui se sont donné la peine de les comparer, ou qui ont des médailles puniques avec le livre de Lastanosa. Dans les espagnoles les types semblent ne les rapporter qu'à des peuples qui habitoient le milieu des terres : on y voit ordinairement un homme à cheval, quelquefois un cheval tout seul, & quelquefois un boeuf. Dans les puniques ou phéniciennes, on ne voit que des symboles qui conviennent à des villes maritimes, un navire, des poissons, &c.
La légende de ces dernieres est en caracteres arrondis, mais inégaux, & ces caracteres sont tout-à-fait semblables à ceux qu'on voit sur les médailles de Tyr & de Sidon ; sur les médailles de Carthage, de Malthe, de Gorre ou Cossura, de quelques villes de Sicile, & enfin sur celle du roi Juba. Par toutes ces preuves on ne sauroit raisonnablement douter que ce ne soient de véritables caracteres phéniciens ou puniques.
Au contraire, sur les médailles où l'on voit un homme à cheval & les autres types dont nous avons parlé, la légende est en caracteres plus quarrés, plus égaux, & ces caracteres sont très-ressemblans à ceux des médailles & des autres monumens étrusques.
Peut-être cette observation de M. le baron de la Bastie n'aura point échappé aux savans Italiens, qui travaillent avec ardeur à faire revivre l'ancienne langue des Etruriens, & à éclaircir tout ce qui regarde les antiquités de ces peuples.
Ces remarques, qui mériteroient d'être plus approfondies, suffisent néanmoins pour montrer que puisqu'on a trouvé en Espagne des médailles de deux especes différentes, tant pour les types que pour les caracteres, les unes étant assurément phéniciennes ou puniques, les autres doivent être les monnoies des anciens Espagnols ; d'où il suit que la langue dans laquelle sont conçues leurs légendes & les lettres qui servent à l'exprimer, sont l'ancienne langue & les anciens caracteres des peuples qui habitoient l'Espagne.
On fera bien de lire à ce sujet la dissertation de M. Mahudel sur les monnoies antiques d'Espagne, imprimée à Paris en 1725, in-4°. & placée à la fin de l'histoire d'Espagne de Mariana, traduite en françois par le P. Charenton. (D.J.)
MEDAILLES ETRUSQUES, (Art. numism.) On a commencé de nos jours à ramasser avec soin les médailles étrusques, qui paroissent avoir été trop négligées dans les siecles passés : c'est une nouvelle carriere qui s'ouvre à la curiosité & à l'érudition ; & quoique les recueils qu'on a fait de ces médailles ne soient pas encore bien considérables, & qu'il soit très-difficile, pour ne pas dire impossible, d'en former une suite, il sera cependant très-utile d'empêcher à l'avenir qu'on ne dissipe tout ce qui pourra se découvrir en ce genre : peut-être même la sagacité des savans, aidée de toutes ces nouvelles découvertes, leur fera-t-elle retrouver l'ancienne langue étrusque, dont nous avons des fragmens assez considérables dans quelques inscriptions. L'académie étrusque établie à Cortone, & composée de sujets distingués par leur érudition & par leur amour pour les Lettres, contribuera beaucoup à étendre nos connoissances, par le soin qu'elle prend d'éclaircir non-seulement tout ce qui regarde les antiquités des anciens Etrusques, mais encore l'origine de tous les anciens peuples d'Italie. On pourra vraisemblablement ranger dans la classe des médailles étrusques, celles qu'on croit avoir été frappées par les Samnites, les Ombres, les Messapiens, &c. On trouvera quelques planches des médailles étrusques dans l'Etruria regalis de Dempster, tome I. pag. 356 ; dans le museum etruscum de M. Gori, tome I. tab. 196. 197 ; dans les antiquités d'Ilorta de M. Fontanini, diss. d'ell'acad. etrusq. tome II. table 1. 2 ; & à la suite des dissertations de l'académie étrusque de Cortone, antiquit. Hort. liv. I. pag. 126-140. (D.J.)
MEDAILLES GOTHIQUES. (Art. numism.) On nomme ainsi des médailles de quelques rois goths qui ont passé jusqu'à nous, & qui sont communément en bronze ; mais on nomme spécialement médailles gothiques de certaines médailles frappées dans des siecles de barbarie, & dont les têtes ont à peine la forme humaine, sans porter aucune inscription, ou si elles en ont, c'est dans des caracteres méconnus aux Antiquaires, aussi bien que ceux des médailles qu'on appelle puniques. (D.J.)
MEDAILLES HEBRAÏQUES, (Art numismatiq.) Divers savans ont cherché à expliquer les anciennes médailles hébraïques qui se sont conservées jusqu'à nos jours ; de ce nombre sont Villalpand ; Kircker, le P. Morin, Conringius, Vaserus, Bouteroue, Hottinger, Valton, & plus récemment le P. Hardouin & le P. Etienne Souciet. Ce dernier, dans une dissertation très-étendue & très-savante, soutient, 1°. que la langue & les caracteres qu'on voit sur ces médailles sont l'ancienne langue & les anciens caracteres des Hébreux, c'est-à-dire ceux dont ils usoient avant la captivité de Babylone ; 2°. que les caracteres dont les Juifs se sont servis depuis leur retour de la captivité, sont les caracteres assyriens qu'ils rapporterent en revenant dans leur pays ; 3°. enfin, que ces médailles ont été frappées par les Juifs mêmes, & non par les Samaritains.
Le P. Hardouin, dans sa chronologie de l'ancien Testament & dans les notes de la seconde édition de Pline, a essayé de prouver que ces médailles, sans aucune exception, sont du tems de Simon, frere de Judas Macchabée, & de Jonathas, grand-prêtre des Juifs ; qu'elles ont été frappées dans la Samarie, dont quelques villes avoient été cédées aux Juifs par Démétrius, roi de Syrie ; que les caracteres des légendes sont samaritains ou assyriens, c'est-à-dire que les légendes sont gravées dans les caracteres des Cuthéens que Salmanasar envoya dans la Samarie après en avoir enlevé les dix tribus d'Israël. On peut voir dans les ouvrages des deux savans jésuites, les raisons dont chacun d'eux se sert pour appuyer son sentiment. On trouvera dans les mêmes ouvrages un catalogue complet des médailles hébraïques connues jusqu'à présent, avec les descriptions des types qui y sont représentés. Voyez Morel, specimen R. nummar. tom. I. p. 230. & seq. (D.J.)
MEDAILLES PHENICIENNES ou PUNIQUES, (Art numismat.) On nomme ainsi celles dont les légendes sont en caracteres phéniciens ou puniques. Quoique la plûpart de ces sortes de médailles aient été trouvées en Espagne, elles different des anciennes médailles espagnoles & par la nature des types, & par celle des caracteres, comme nous l'avons observé plus au long au mot MEDAILLES ESPAGNOLES. (D.J.)
MEDAILLES SAMARITAINES, (Art numismat.) On appelle ainsi les médailles qui sont empreintes sur un des côtés de caracteres samaritains. On trouve même assez communément des médailles qui présentent de chaque côté des lettres samaritaines ; & selon les apparences, elles ont été frappées du tems de Simon Macchabée, en mémoire de la liberté que les Juifs recouvrerent alors. Mais les médailles sur lesquelles est jointe une inscription grecque à une légende samaritaine, sont fort rares ; & peut-être celles d'Antigonus roi de Judée, sont les seules qui soient venues jusqu'à nous. Le célebre Reland, qui avoit tenté de les éclaircir, les regarde comme une énigme. Voyez la cinquieme dissertation de nummis samaritanis. Voyez aussi l'histoire de l'acad. des Belles-Lettres, tome XXIV. (D.J.)
MEDAILLES LATINES, voyez MEDAILLES ROMAINES.
MEDAILLES D'ATHENES, (Art. numismatiq.) Nous avons un assez grand nombre de médailles d'Athènes, mais nous n'en voyons point de frappées au coin des empereurs de Rome ; & il faut croire ou que l'amour de la liberté a empêché les Athéniens de reconnoître l'autorité romaine dans leurs monnoies, ou que leur religion ne leur a pas permis d'y graver autre chose que les images de leurs divinités.
Le plus grand nombre des médailles d'Athènes qui sont au cabinet du Roi, consiste en médaillons d'argent presque uniformes, tous avec le buste de Minerve d'un côté, & au revers une couronne d'olivier, au milieu de laquelle est une chouette sur un vase renversé, & marqué d'une lettre grecque : différens noms de magistrats y sont joints à l'inscription ; & c'est, avec de petits symboles ajoûtés dans le champ, tout ce qui distingue ces médaillons, dont on ne sauroit d'ailleurs fixer précisément l'époque.
On sait quel a été le culte de Minerve dans Athènes, & ce que l'antiquité en a publié. Les muses grecques & latines ont célébré à l'envi les unes des autres la dévotion des Athéniens pour leur déesse ; mais rien n'en marque mieux l'étendue & la durée que leurs monnoies, sur lesquelles on voit toujours d'un côté la tête de Minerve, & de l'autre une chouette dans une couronne d'olivier, ses symboles ordinaires.
L'olivier lui appartenoit à bon titre, sur-tout depuis sa victoire ; & hors Jupiter qui en a quelquefois été couronné aux jeux olympiques, aucune autre divinité n'a osé le disputer à Minerve. A l'égard de la chouette, on la lui avoit donné comme un symbole de prudence, la pénétration de cet oiseau dans l'avenir ayant été établie par les anciens ; ce qui est encore certain, c'est que le nom de chouette avoit été donné aux monnoies de l'Attique. L'esclave d'un riche lacédémonien disoit plaisamment dans ce sens-là, qu'une multitude de chouettes nichoient sous le toît de son maître.
Une chose qui mérite encore quelqu'attention dans les médailles d'argent de la ville d'Athènes, ce sont les différens noms par lesquels on les distingue aussi les unes des autres. Il n'y a point à douter que ce ne soit autant de noms de magistrats athéniens ; mais la question est de savoir si ces magistrats sont archontes ordinaires d'Athènes, ou d'autres officiers préposés à la fabrication de ces monnoies. L'examen & la comparaison de leurs noms & surnoms, pourront servir à la décision d'une difficulté sur laquelle personne n'a encore osé prononcer.
Le culte de Minerve ne regne pas moins dans ce que nous avons de médailles de bronze d'Athènes, que dans celles d'argent ; hors une seule tête de Jupiter, on n'y voit par-tout que le buste de cette déesse toujours casquée, & quelquefois avec le casque & l'égide ; mais les revers sont plus variés que dans les médailles d'argent.
Enfin, dans presque toutes les médailles d'Athènes, soit d'argent, soit de bronze, il n'est question que de Minerve. Les Athéniens ne pouvoient pas faire trop d'honneur à la déesse de la sagesse, qu'ils croyoient présider à leurs conseils, veiller sur leurs magistrats, animer leurs guerriers, inspirer leurs poëtes, former leurs orateurs, & soutenir leurs philosophes. Mais il seroit à souhaiter que cette même déesse, les intérêts à part, eût un peu mieux instruit leurs monétaires. Les autres peuples du-moins nous ont appris par leurs monnoies quelque chose de leur gouvernement, de leurs privileges, de leurs alliances, de leurs jeux, de leurs fêtes, des singularités de leurs pays, des tems où ces monnoies ont été fabriquées ; mais le peuple athénien n'a pas jugé à-propos de les imiter en cela, non-plus que dans l'usage de frapper des médailles en l'honneur des empereurs romains. Uniquement renfermé dans sa religion, il a négligé tout le reste dans ces sortes de monumens ; & l'on peut dire de ce qui nous est resté des médailles d'Athènes, comme des ruines de cette ville, autrefois si florissante & si belle, le théâtre de la sagesse humaine & de la valeur, & l'école publique des Sciences & des Arts,
Quid pandionae restat nisi nomen Athenae !
(D.J.)
MEDAILLES DE CROTONE, (Art numismatique) Les Antiquaires ont rassemblé dans leurs cabinets plusieurs médailles curieuses de Crotone, aujourd'hui Cortona, ville du royaume de Naples dans la Calabre ultérieure. Denys d'Halicarnasse fixe la fondation de cette ville à la troisieme année de la dix-septieme olympiade, qui, selon lui, répond à la quatrieme année du regne de Numa.
M. de Boze remarque, dans l'histoire de l'académie des Inscriptions,
1°. Qu'il n'a jamais vû de médailles de Crotone qu'en argent, mais que Goltzius en rapporte une en or, à la différence de celles de Lacédémone, qui certainement sont toutes de bronze ; & à la différence de celles d'Athenes, dont on a presque un pareil nombre d'argent & de bronze, & point du tout en or.
2°. Qu'on ne trouve aucune médaille frappée par ceux de Crotone en l'honneur des empereurs romains, comme on n'en trouve point d'Athènes dans toute la suite des mêmes médailles impériales, au lieu qu'il y en a beaucoup de Lacédémone.
3°. Que, comme on reconnoît par les médailles d'Athènes que le principal culte des Athéniens s'adressoit à Jupiter & à Minerve ; & par celles de Lacédémone qu'Hercule & les Dioscures y étoient l'objet de la vénération publique, de même on voit par les médailles de Crotone qu'on y adoroit particulierement Junon, Apollon & Hercule.
Myscellus fonda Crotone après avoir consulté l'oracle d'Apollon ; & ce dieu voulut bien accorder au fondateur, ainsi qu'aux habitans, la santé & la force : c'est pour cela qu'il paroît si souvent sur les médailles de cette ville.
Le culte des Crotoniates envers Junon Lacinia, est encore marqué parfaitement sur leurs médailles. La tête de cette déesse y est presque toujours gravée, on n'y en voit pas même d'autre. On y trouve aussi des trépiés & des branches de laurier, prix ordinaires des jeux de la Grece, où les Crotoniates s'étoient signalés par un grand nombre de victoires : Hercule occupe enfin la plûpart des revers.
A l'égard d'Hercule, dont il semble qu'il s'agisse ici plus que d'aucune autre divinité, on comprend aisément qu'il devoit être dans une vénération infinie parmi des peuples si recommandables par la force naturelle. C'est Crotone qui a produit le célebre Milon, Iscomachus, Tisicrate, Astyle, & tant d'autres illustres athlètes. Dans une même olympiade, dit Strabon, sept crotoniates furent couronnés aux jeux olympiques, & remporterent tous les prix du stade. Ils passoient pour des Hercules dès le berceau, & ce fut bientôt un proverbe que le plus foible d'entr'eux étoit le plus fort des Grecs. (D.J.)
MEDAILLES DE LACEDEMONE, (Art numismat.) On est très-curieux de connoître les médailles des Lacédémoniens, les plus libres de tous les Grecs, comme l'Antiquité les appelle, & ceux du monde connu qui ont joui le plus long-tems de leurs lois & de leurs usages. Fideles à la république romaine qui leur avoit rendu leur gouvernement après la réduction de l'Achaïe, ils surent se conserver jusqu'au bout l'estime & l'amitié de leurs vainqueurs. Sparte éleva des temples en l'honneur de Jules - César & d'Auguste, dont elle avoit reçu de nouveaux bienfaits, & ne crut point faire injure aux dieux de la Laconie en battant des monnoies au coin de plusieurs successeurs de ces princes. Le roi de France en possede qui sont frappées au nom & avec la tête d'Hadrien, d'Antonin le pieux, de Marc-Aurele & de Commode. M. Vaillant en a cité une de Néron ; & quoique cet empereur ait toujours refusé d'aller à Sparte à cause de la sévérité des lois de Lycurgue, dont il n'eut pas moins de peur, dit-on, que des furies d'Athènes, cela n'empêcha pas que les Lacédémoniens ne cherchassent les moyens de lui faire leur cour lorsqu'il vint se signaler dans les jeux de la Grece. Les têtes de Castor & de Pollux, que M. Vaillant donne pour revers à la médaille de Néron qu'il avoit vûe, s'accordent parfaitement avec les autres médailles de Sparte, où il n'est question que de ces anciens rois de la Laconie, plus célebres dans les fables que dans l'Histoire.
Dans la médaille d'Hadrien, ces illustres gémeaux sont représentés à cheval la lance baissée, comme on les voit communément dans les médailles consulaires, & tels qu'ils apparurent au dictateur Posthumius dans la bataille qu'il gagna contre les Latins. La seconde médaille est d'Antonin, & ce sont les bonnets des Dioscures qui en font les revers. L'antiquité les représentoit avec des bonnets, parce que les Lacédémoniens alloient au combat la tête couverte de cette espece de casque. A pileatis nona fratribus pila, dit Catulle, en parlant de Castor & de Pollux. La médaille de Marc-Aurele regarde encore les Dioscures ; ils y sont représentés debout sous la figure de deux jeunes hommes de même âge, de même taille, de même air, & d'une parfaite ressemblance. Une de leurs médailles représente Commode dans la fleur de sa jeunesse ; la massue qui est au revers entre deux bonnets étoilés, fait voir qu'Hercule étoit revéré dans la Laconie avec les Dioscures. Dans une autre médaille de Commode, Minerve ou Vénus y paroît sur le revers armée de toutes pieces, & assez semblable au dieu Mars.
Après Commode on ne trouve plus rien de Lacédémone dans les médailles des empereurs de Rome : à peine l'histoire des siecles suivans parle-t-elle de cette ville, encore si florissante sous les Antonins. Hercule est la divinité dominante dans la plûpart des médailles purement lacédémoniennes, c'est-à-dire dans celles où les Romains n'ont aucune part, soit qu'elles aient été frappées du tems de la république, ou depuis l'établissement de l'empire.
On vient de dire qu'Hercule partageoit avec Castor & Pollux l'encens des Lacédémoniens, & c'étoit à bon titre qu'il entroit dans ce partage. Il avoit rendu de grands services à la Laconie ; ses descendans y regnerent successivement depuis leur retour dans le Péloponnèse, & les Lacédémoniens s'étoient fait une religion de n'obéir qu'à des rois de la postérité d'Hercule. Ainsi ce héros pouvoit encore prétendre aux honneurs de leurs monnoies aussi-bien que les Dioscures. Il y a une médaille de Lacédémone qui représente ce dieu d'un côté avec la coëffure de peau de lion, & de l'autre, deux vases entourés de deux serpens ; ce qui se rapporte assez naturellement au premier de ses travaux, & à ces vases que l'antiquité lui avoit particulierement consacrés.
Goltzius rapporte deux médailles de deux anciens rois de Lacédémone, Agésilaüs & Polydore ; mais les couronnes de laurier qu'il donne à ces rois ne leur conviennent point du tout, & le reste est encore plus suspect. Ainsi ne comptons que sur les médailles dont nous pouvons répondre : elles ne remontent pas jusqu'aux monnoies de fer, seules en usage à Lacédémone du tems de Lycurgue ; mais elles se ressentent encore de la défense expresse qu'il fit des monnoies d'or & d'argent, si constamment observée par les Lacédémoniens. En un mot, ces peuples ne nous ont laissé que des monnoies de cuivre, & tout y roule sur les divinités de la Laconie, comme les médailles d'Athènes sur les divinités de l'Attique. Il ne faut rien chercher de plus dans ce qui nous reste de ces deux républiques si fameuses ; qui ont disputé entr'elles l'empire de la Grece jusqu'à ce qu'elles aient passé avec la Grece entiere sous le joug des Romains. (D.J.)
MEDAILLES D'OLBA, (Art numismatique) les médailles d'Olba en Sicile, méritent un article à part. Les grands-prêtres de cette ville faisoient battre monnoie à leur coin, & exerçoient dans l'étendue de leurs états, les droits de la souveraineté. Ministres de la religion, ils portoient le sceptre d'une main, & de l'autre offroient des sacrifices à l'Etre-suprème. Princes & pontifes au milieu des provinces romaines, ils étoient libres, & vivoient suivant leurs propres lois.
Nous ne connoissons jusqu'à-présent que sept médailles frappées au coin de trois princes d'Olba nommés Polémon, Ajax & Teucer ; & ces sept médailles sont toutes rares.
La premiere de moyen bronze, est de la grandeur ordinaire ; mais par son relief & son épaisseur, elle peut passer pour un médaillon. C'est une médaille de Polémon, dont on eût donné le dessein dans les Pl. si la matiere l'eût permis. On voit d'un côté la tête nue d'un jeune homme, tournée de droite à gauche : on lit autour M. ANTNIO ; & de l'autre côté KENNAT. , & dans une seconde ligne, KAI, c'est-à-dire, tête de M. Antoine Polémon, grand-prêtre de Kennati, d'Olba la sacrée, & de Palassis, année seconde, qui tomboit en l'année 714 de Rome. Le type est une chaire à dos & sans bras, à moitié tournée de droite à gauche. On voit au côté droit un symbole singulier, une espece de triquetre.
Une autre médaille du même prince Polémon représente d'un côté une tête d'homme & un caducée, avec cette légende, ; au revers un foudre : & on lit autour Et B. La même médaille se trouve dans le cabinet du comte de Pembrock, mais avec un revers différent.
Deux autres médailles d'Olba ont été frappées par l'ordre d'un prince appellé Ajax, qui vivoit sous Auguste, & qui fut un des successeurs de Polémon. Une de ces médailles, qui est du cabinet du duc de Dévonshire, représente d'un côté la tête d'Auguste renfermée dans une couronne de laurier, avec la légende . Le revers représente deux foudres posés l'un sur l'autre : on lit dans le champ . L'autre médaille d'un prince de même nom étoit conservée à Venise dans le cabinet de M. Belloto. On voit d'un côté la tête du prince, avec ces mots ; de l'autre, la figure ou le symbole de la triquetre : on lit au-dessus .
On connoît encore deux médailles d'un autre prince d'Olba, appellé Teucer. Sur l'une on voit la tête du jeune prince une, & devant elle un caducée, pour légende : au revers, le symbole comme ci-dessus, & l'inscription . ET. A. Sur l'autre médaille, la tête & la légende sont les mêmes, mais sans caducée. On voit au revers un foudre, & l'inscription. . ET B.
M. Masson, dans son édition des oeuvres du rhéteur Aristide, n'a décrit que la troisieme, la quatrieme & la cinquieme de ces médailles des princes d'Olba ; mais M. l'abbé Belley les a toutes décrites avec des observations très-curieuses, qu'il faut lire dans les Mém. de littérature, tome XXI. in -4°. (D.J.)
MEDAILLES, époques marquées sur les (Art numis.) Les époques marquées sur les médailles, sont les dates des années du regne des princes, ou de la durée des villes, soit depuis leur fondation, soit depuis quelques événemens, d'où elles ont commencé de compter leurs années. Ces époques donnent un grand mérite aux médailles, à cause qu'elles reglent sûrement la chronologie ; ce qui sert beaucoup à éclaircir les faits historiques. C'est avec leur secours que M. Vaillant a si bien débrouillé toute l'histoire des rois de Syrie, où les noms semblables des princes font une grande confusion ; & c'est par-là que la cardinal Noris, auparavant célebre antiquaire du grand-duc, a fait tant de découvertes utiles dans son livre de epochis Syro-Macedonum.
Il est vrai que sur ce point les Grecs ont été plus soigneux que les Romains, & les derniers siecles plus exacts que les premiers ; en effet, les médailles romaines ont rarement marqué d'autre époque, que celle du consulat de l'empereur, dont elles représentent la tête, & de la puissance de tribun : or ni l'une, ni l'autre n'est assûrée, parce qu'elles ne suivent pas toujours l'année du regne de ce même prince, & que difficilement l'année de la puissance de tribun, répond à celle du consulat. La raison en est que la puissance de tribun se prenoit régulierement d'année en année ; au-lieu que l'empereur n'étant pas toujours consul, l'intervalle de l'un à l'autre consulat, qui souvent étoit de plusieurs années, gardoit toujours l'éloge du dernier ; par exemple, Adrien est dit durant plusieurs années Cos. III. desorte qu'on ne sauroit par-là se faire aucun ordre assuré pour les différentes médailles qui ont été frappées depuis l'an de Rome 872, que ce prince entra dans son troisieme consulat, jusqu'à sa mort, qui n'arriva que vingt ans après. Cependant comme les puissances tribunitiennes se renouvelloient toutes les années au même jour où elles avoient commencé, on sait à quelles années de la puissance tribunitienne doivent répondre les consulats de chaque empereur. C'est du moins un calcul qui est aisé à faire pour peu que l'on ait les premiers élemens de la chronologie ; la fixation des dates des principaux faits historiques en dépend ; & c'est une des plus grandes utilités qu'on doive se proposer dans l'étude des médailles.
Les Grecs ont eu soin de marquer exactement les années du regne de chaque prince, & cela jusques dans le plus bas empire, où les revers ne sont presque chargés que de ces sortes d'époques, sur-tout après Justinien.
Je ne parle ici que des médailles impériales : car je sai qu'à l'exception de certaines villes, toutes les autres que Goltzius nous a données, n'ont point d'époques ; & que c'est ce qui embarrasse extrèmement la chronologie. Pour les rois, l'on y trouve plus souvent les époques de leur regne ; le P. Hardouin, dans son antirrhétique, a publié des médailles du roi Juba, dont l'une marque l'an 32, d'autres l'an 36, 40, 42 & 53.
Quelques colonies marquoient aussi leur époque, comme nous voyons dans les médailles de Viminacium, en Maesie, qui, sous Gordien qu'elle commença, marque an. j. ij. &c. sous Philippe, an. vij. &c. sous Décius, an. xj.
Or, le commencement de ces époques doit se prendre tantôt du tems que la colonie a été envoyée : tantôt du regne du prince à qui elle étoit soumise alors : tantôt du regne de quelqu'autre prince qui leur avoit fait quelque nouvelle grace, d'où il est arrivé quelquefois que la même ville, telle par exemple qu'Antioche, s'est servie de différentes époques ; & c'est à quoi il faut faire une attention sérieuse, pour ne pas confondre des faits dont les médailles nous intéressent.
Les villes grecques soumises à l'empire étoient jalouses d'une époque particuliere, c'étoit de l'honneur qu'elles avoient eû d'être néocores, c'est-à-dire, d'avoir eu des temples, où s'étoient faits les sacrifices solemnels de toute une province pour les empereurs. Voyez NEOCORE.
Les Grecs marquoient encore une époque particuliere sur leurs médailles, qui est celle du pontificat. Il y avoit des villes grecques où les pontifes étoient perpétuels ; ils s'appelloient : dans les autres villes où le pontificat étoit annuel, ceux qui possédoient cette charge, n'étoient pas moins soigneux de le marquer, sur-tout lorsqu'ils étoient élus pour la seconde ou pour la troisieme fois. Il faut observer en passant que ces lettres A P X ne signifient pas seulement pontife ; mais que le plus souvent elles signifient archonte ; c'étoit le titre des magistrats grecs qui gouvernoient les villes soumises aux lois d'Athènes. M. Vaillant en a fait une grande énumération.
Les époques qui forment les années du regne des empereurs se marquent presque toujours sur les revers, en une de ces deux manieres : quelquefois en exprimant les mots entiers , &c. Plus souvent par les simples chiffres, & le mot abrégé E. ou ET. A. B. presque toujours par le lambda antique L, qui signifie, selon la tradition des antiquaires, , mot poétique & inusité dans le langage ordinaire, mais qui veut dire anno, & qui probablement étoit plus commun en Egypte que dans la Grece, puisque c'est sur les médailles de ce pays qu'il se trouve toujours. Nous avons cependant un canope au revers d'Antonin . B. comme nous avons du même empereur un revers L. , & plusieurs autres, avec les simples chiffres L. Z. L. H. L. I . chargés de la figure de l'Equité, de la tête de Sérapis, & d'un dauphin entortillé autour d'un trident.
Les époques des villes, sont communément exprimées par le simple chiffre sans E. ni L. & le nombre plus bas est ordinairement le premier posé. Dans les médailles d'Antioche . M. & non pas M. . Dans une de Pompéopolis, qui a d'un côté la tête d'Aratus, & de l'autre celle de Chrysipe,
. K. C. au-lieu de C. K.
. &c.
Dans le bas empire Grec, les époques sont marquées en latin, anno III. V. VII. &c. depuis Justin jusqu'à Théophile, & elles occupent le champ de la médaille sur deux lignes de haut em-bas. (D.J.)
MEDAILLE, ornemens des (Art numismatique) ce sont toutes les choses qui ornent les têtes, les bustes & les revers d'une médaille ; ainsi le diadême, la couronne, le voile se nomment les ornemens des têtes couvertes. Les divers types ou symboles qui sont empreints sur les revers des médailles, en sont tout autant d'ornemens. Voyez -en la description au mot SYMBOLE. (D.J.)
|
| MÉDAILLER | S. m. (Gram.) il se dit d'une collection de médailles ; & se dit aussi des tiroirs où on les conserve.
|
| MÉDAILLISTE | S. m. (Gram.) il se dit de celui qui s'est appliqué à l'étude des médailles. Il se dit aussi de celui qui en a beaucoup ramassé. Il est aussi facile d'avoir bien des médailles & de n'y rien entendre, que d'avoir beaucoup de livres & d'être un ignorant.
|
| MÉDAILLON | (Art numismatique) médaille d'une grandeur extraordinaire, & communément d'un beau travail. Nous avons emprunté des Italiens le mot de médaillon pour exprimer une grande médaille, comme le mot de sallon pour signifier une grande salle.
La plûpart des antiquaires prétendent que les médaillons n'étoient pas des monnoies courantes, dumoins chez les Romains ; mais qu'on les frappoit comme des monumens publics, pour répandre parmi le peuple, dans les cérémonies des jeux & des triomphes, ou pour donner aux ambassadeurs & aux princes étrangers. Ces pieces étoient nommées par les Latins missilia.
Il y a des médaillons d'or, d'argent & de bronze ; & comme ceux d'or sont fort rares, les particuliers qui en possédent, se contentent de les mettre à la tête de l'or ou de l'argent, pour faire l'honneur de leur cabinet.
Le cardinal Gaspard Carpegna est un des premiers qui se soit attaché à former une suite de médaillons. Cependant dans la premiere édition de son recueil, on en fit graver seulement 23, & on donna la description de 45. Dans la suite cette collection s'étant fort augmentée, dans la seconde édition, à laquelle on ajouta les observations de M. Buonarotti, on en fit graver jusqu'à 129. M. Vaillant en a décrit environ 450 depuis César jusqu'à Constance, qu'il avoit vûs dans différens cabinets de France & d'Italie. On publia à Venise il y a quelques années, sans date, & sans nom de ville ni d'imprimeur, un autre recueil de médaillons sous le titre de Numismata aerea selectiora maximi moduli, è musaeo Pisano olim corrario. Il s'y trouve environ 229 médaillons gravés en 92 planches.
Les chartreux de Rome avoient une très-belle collection de médaillons, qu'ils avoient aussi fait graver ; mais cette collection ayant été vendue à l'empereur, les planches sont passées avec les originaux dans le cabinet de S. M. impériale ; & on a supprimé toutes les épreuves qui avoient été tirées, mais qui n'avoient pas encore été distribuées ; ensorte que ces gravures sont aujourd'hui d'une extrème rareté, je n'en ai vû qu'un seul exemplaire à la grande chartreuse.
Dans le siecle passé on fit graver plus de 400 médaillons qui se trouvoient alors dans le cabinet du Roi : le nombre en a été extrèmement augmenté depuis ce tems-là, & il vient de l'être tout récemment par l'acquisition que le roi a faite de tous ceux de M. le maréchal d'Estrées. Cette suite comprend tous les médaillons qui avoient appartenu à l'abbé de Camp ; outre ceux qui avoient paru avec des explications de M. Vaillant, & qui n'alloient qu'à 140, dont j'ai vû des épreuves tirées. M. l'abbé de Rothelin en avoit aussi une suite assez considérable. Ainsi on pourroit aujourd'hui, sans sortir de Paris, exécuter le projet de M. Morel, c'est-à-dire, faire graver plus de mille médaillons ; & le cabinet du roi suffiroit seul pour fournir ce nombre, & peut-être davantage.
Il est vraisemblable que l'intention de ceux qui faisoient frapper ces médaillons n'étoit pas qu'ils servissent de monnoies ; nous pensons cependant que lorsque ces pieces avoient rempli leur premiere destination, & qu'elles étoient distribuées, on leur donnoit un libre cours dans le commerce, en reglant leur valeur à proportion de leur poids & de leur titre. C'est du moins ce que M. de la Bastie croit en pouvoir induire des contre-marques qu'il a observées sur plusieurs médaillons, telles que sur deux de Caracalla, & sur une de Macrin. Ces trois médaillons sont grecs, & il est certain que les médaillons grecs étoient de vraies monnoies. Or, selon toute apparence, les Romains suivirent l'exemple des Grecs, & mirent aussi leurs médailles au nombre des pieces de monnoie courante. Enfin cette explication nous paroît la seule qui puisse concilier les différens sentimens des antiquaires sur cette matiere.
On a avancé comme un principe fixe, que les colonies n'ont jamais battu de médaillons, mais c'est une erreur : M. Vaillant a fait graver un médaillon d'Auguste, frappé à Sarragosse, un de Livie, frappé à Patras, un de Tibere, frappé à Turiaso, aujourd'hui Tarascona, en Espagne, & un autre d'Auguste, frappé à Cordoue, comme on l'apprend de la légende Colonia patricia.
On ne trouve que très-peu de médaillons d'argent battus en Italie qui soient du poids de quatre dragmes. Il n'y a eu que les Grecs qui nous aient donné communément des médaillons de ce volume, soit de leurs villes, soit de leurs rois, soit des empereurs. M. Vaillant rapporte dans son dernier ouvrage un Hadrien de ce même poids. Nous avons les Vespasiens avec l'époque E . & M. Patin cite des médaillons de Constantius & de Constant d'un beaucoup plus grand volume, mais d'une bien moindre épaisseur. Il y a dans le cabinet du roi un Verus d'argent parfaitement beau.
Les Antiquaires font beaucoup plus de cas des médaillons que des médailles ordinaires, parce que leurs revers représentent communément ou des triomphes, ou des jeux, ou des édifices, ou des monumens historiques, qui sont les objets qu'un vrai curieux recherche davantage, & qu'il trouve avec le plus de satisfaction. Ainsi l'on doit bien de la reconnoissance à ceux qui nous ont fait connoître les médaillons de leurs cabinets. Erizzo a commencé à nous en faire voir, M. Tristan en a fait graver plusieurs, M. Patin nous en a donné de fort beaux dans son trésor, M. Carcavi a mis au jour ceux du cabinet du Roi, & M. l'abbé de Camps publia les siens quelque tems après, avec les belles explications de M. Vaillant.
Le recueil des médaillons de M. l'abbé de Camps parut sous ce titre : Selectiora Numismata in aere maximi moduli, è musaeo, Ill. D. Francisci de Camps, abatis sancti Marcelli, &c. concisis interpretationibus per D. Vaillant D. M. &c. illustrata. Paris 1695. in -4°. Mais pour réunir tout ce que nous avons de mieux écrit sur les médaillons, il faut joindre à ce recueil, sceltà dè medaglioni più rari, n'ella BBa. d'ell eminentissimo & reverend. principe, il signor card. Gasparo Carpegna, Rom. 1679. in -4°. Les explications sont de Jean-Pierre Bellori. Dans la suite le nombre des médaillons du cardinal Carpegna ayant été fort augmenté, on les donna de nouveau au public avec les observations du sénateur Philippe Buonarotti ; osservazioni istoriche sopra alcuni medaglioni antichi : all' altezza serenissima di Cosimo III. grand duca di Toscana, Rom. 1698. grand in -4°. c'est un excellent ouvrage. (D.J.)
|
| MEDAMA | (Géog. anc.) ancienne ville d'Italie, dans la grande Grece, au pays des Locres, sur la côte. Pline, liv. III. chap. v. la nomme Medma ; le P. Hardouin croit que c'est Rossarno. (D.J.)
|
| MEDECIN | S. m. (Méd.) est celui qui professe & qui exerce la Médecine après des études convenables de cette science ; c'est par-là qu'il est distingué d'un charlatan. Voyez CHARLATAN & MEDECINE. On distingue les médecins en anciens & en modernes. Voyez MEDECINS ANCIENS, car les modernes sont assez connus. (D.J.)
|
| MÉDECINE | S. f. (Art & Science) La Médecine est l'art d'appliquer des remedes dont l'effet conserve la vie saine, & redonne la santé aux malades. Ainsi la vie, la santé, les maladies, la mort de l'homme, les causes qui les produisent, les moyens qui les dirigent, sont l'objet de la Médecine.
Les injures & les vicissitudes d'un air aussi nécessaire qu'inévitable, la nature des alimens solides & liquides, l'impression vive des corps extérieurs, les actions de la vie, la structure du corps humain, ont produit des maladies, dès qu'il y a eu des hommes qui ont vécu comme nous vivons.
Lorsque notre corps est affligé de quelque mal, il est machinalement déterminé à chercher les moyens d'y remédier, sans cependant les connoître. Cela se remarque dans les animaux, comme dans l'homme, quoique la raison ne puisse point comprendre comment cela se fait ; car tout ce qu'on sait, c'est que telles sont les lois de l'auteur de la nature, desquelles dépendent toutes les premieres causes.
La perception désagréable ou fâcheuse d'un mouvement empêché dans certains membres, la douleur que produit la lésion d'une partie quelconque, les maux dont l'ame est accablée à l'occasion de ceux du corps, ont engagé l'homme à chercher & à appliquer les remedes propres à dissiper ces maux, & cela par un desir spontané, ou à la faveur d'une expérience vague. Telle est la premiere origine de la Médecine, qui prise pour l'art de guérir, a été pratiquée dans tous les tems & dans tous les lieux.
Les histoires & les fables de l'antiquité nous apprennent que les Assyriens, les Chaldéens, & les mages, sont les premiers qui aient cultivé cet art, & qui aient tâché de guérir ou de prévenir les maladies ; que delà la Médecine passa en Egypte, dans la Lybie cyrénaïque, à Crotone, dans la Grece où elle fleurit, principalement à Gnides, à Rhodes, à Cos, & en Epidaure.
Les premiers fondemens de cet art sont dûs 1°. au hasard. 2°. A l'instinct naturel. 3°. Aux évenemens imprévûs. Voilà ce qui fit d'abord naître la Médecine simplement empyrique.
L'art s'accrut ensuite, & fit des progrès, 1°. par le souvenir des expériences que ces choses offrirent. 2°. Par la description des maladies, des remedes, & de leur succès qu'on gravoit sur les colonnes, sur les tables, & sur les murailles des temples. 3°. Par les malades qu'on exposa dans les carrefours & les places publiques, pour engager les passans à voir leurs maux, à indiquer les remedes s'ils en connoissoient, & à en faire l'application. On observa donc fort attentivement ce qui se présentoit. La Médecine empyrique se perfectionna par ces moyens, sans cependant que ses connoissances s'étendissent plus loin que le passé & le présent. 4°. On raisonna dans la suite analogiquement, c'est-à-dire en comparant ce qu'on avoit observé avec les choses présentes & futures.
L'art se perfectionna encore davantage, 1°. par les médecins qu'on établit pour guérir toutes sortes de maladies, ou quelques-unes en particulier. 2°. Par les maladies dont on fit une énumération exacte. 3°. Par l'observation & la description des remedes, & de la maniere de s'en servir. Alors la Médecine devint bien-tôt propre & héréditaire à certaines familles & aux prêtres qui en retiroient l'honneur & le profit. Cependant cela même ne laissa pas de retarder beaucoup ses progrès.
1°. L'inspection des entrailles des victimes. 2°. La coutume d'embaumer les cadavres. 3°. Le traitement des plaies, ont aidé à connoître la fabrique du corps sain, & les causes prochaines ou cachées, tant de la santé & de la maladie, que de la mort même.
Enfin les animaux vivans qu'on ouvroit pour les sacrifices, l'inspection attentive des cadavres de ceux dont on avoit traité les maladies, l'histoire des maladies, de leurs causes, de leur naissance, de leur accroissement, de leur vigueur, de leur diminution, de leur issue, de leur changement, de leurs évenemens ; la connoissance, le choix, la préparation, l'application des médicamens, leur action & leurs effets bien connus & bien observés semblerent avoir presqu'entierement formé l'art de la Médecine.
Hippocrate, contemporain de Démocrite, fort au fait de toutes ces choses, & de plus riche d'un excellent fonds d'observations qui lui étoient propres, fit un recueil de tout ce qu'il trouva d'utile, en composa un corps de Médecine, & mérita le premier le nom de vrai médecin, parce qu'en effet outre la médecine empyrique & analogique qu'il savoit, il étoit éclairé d'une saine philosophie, & devint le premier fondateur de la médecine dogmatique.
Après que cette médecine eut été long-tems cultivée dans la famille d'Asclépiade, Arêtée de Cappadoce en fit un corps mieux digéré & plus méthodique ; & cet art se perfectionna par le différent succès des tems, des lieux, des choses ; desorte qu'après avoir brillé sur-tout dans l'école d'Alexandrie, il subsista dans cet état jusqu'au tems de Claude Galien.
Celui-ci ramassa ce qui étoit fort épars, & sut éclaircir les choses embrouillées ; mais comme il étoit honteusement asservi à la philosophie des Péripatéticiens, il expliqua tout suivant leurs principes ; & par conséquent s'il contribua beaucoup aux progrès de l'art, il n'y fit pas moins de dommage, en ce qu'il eut recours aux élémens, aux qualités cardinales, à leurs degrés, & à quatre humeurs par lesquelles il prétendoit avec plus de subtilité que de vérité, qu'on pouvoit expliquer toute la Médecine.
Au commencement du vij. siecle on perdit en Europe presque jusqu'au souvenir des arts. Ils furent détruits par des nations barbares qui vinrent du fond du nord, & qui abolirent avec les sciences tous les moyens de les acquérir, qui sont les livres.
Depuis le jx. jusqu'au xiij. siecle, la Médecine fut cultivée avec beaucoup de subtilité par les Arabes, dans l'Asie, l'Afrique & l'Espagne. Ils augmenterent & corrigerent la matiere médicale, ses préparations, & la Chirurgie. A la vérité ils infecterent l'art plus que jamais des vices galéniques, & presque tous ceux qui les ont suivis ont été leurs partisans. En effet les amateurs des sciences étoient alors obligés d'aller en Espagne chez les Sarrasins, d'où revenant plus habiles, on les appelloit Mages. Or on n'expliquoit dans les Académies publiques que les écrits des Arabes ; ceux des Grecs furent presqu'inconnus, ou du-moins on n'en faisoit aucun cas.
Cette anarchie médicinale dura jusqu'au tems d'Emmanuel Chrysoloras, de Théodore Gaza, d'Argyropyle, de Lascaris, de Démétrius Chalcondyle, de George de Trébisonde, de Marius Mysurus, qui les premiers interpréterent à Venise & ailleurs des manuscrits grecs, tirés de Bysance, firent revivre la langue grecque, & mirent en vogue les auteurs grecs vers l'an 1460. Comme l'imprimerie vint alors à se découvrir, Alde eut l'honneur de publier avec succès les oeuvres des Médecins grecs. C'est sous ces heureux auspices que la doctrine d'Hippocrate fut ressuscitée & suivie par les François. Arnauld de Villeneuve, Raymond Lulle, Basile Valentin, Paracelse, introduisirent ensuite la Chimie dans la Médecine. Les Anatomistes ajouterent leurs expériences à celles des Chimistes. Ceux d'Italie s'y dévouerent à l'exemple de Jacques Carpi, qui se distingua le premier dans l'art anatomique.
Tel fut l'état de la Médecine jusqu'à l'immortel Harvey, qui renversa par ses démonstrations la fausse théorie de ceux qui l'avoient précédé, éleva sur ses débris une doctrine nouvelle & certaine, & jetta glorieusement la base fondamentale de l'art de guérir. Je viens de parcourir rapidement l'histoire de cet art, & cet abrégé succinct peut suffire à la plûpart des lecteurs ; mais j'en dois faire un commentaire détaillé en faveur de ceux qui ont mis le pié dans le temple d'Esculape.
La Médecine ne commença sans doute à être cultivée que lorsque l'intempérance, l'oisiveté, & l'usage du vin multipliant les maladies, firent sentir le besoin de cette science. Semblable aux autres, elle fleurit d'abord chez les Orientaux, passa d'Orient en Egypte, d'Egypte en Grece, & de Grece dans toutes les autres parties du monde. Mais les Egyptiens ont si soigneusement enveloppé leur histoire d'emblêmes, d'hiéroglyphes, & de récits merveilleux, qu'ils en ont fait un chaos de fables dont il est bien difficile d'extraire la vérité ; cependant Clément d'Alexandrie nous apprend que le fameux Hermès avoit renfermé toute la philosophie des Egyptiens en quarante-deux livres, dont les six derniers concernant la Médecine, étoient particulierement à l'usage des Pastophores, & que l'auteur y traitoit de la structure du corps humain en général, de celle des yeux en particulier, des instrumens nécessaires pour les opérations chirurgicales, des maladies, & des accidens particuliers aux femmes.
Quant à la condition & au caractere des Médecins en Egypte, à en juger sur la description que le même écrivain en a faite à la suite du passage cité, ils composoient un ordre sacré dans l'état : mais pour prendre une idée juste du rang qu'ils y tenoient, & des richesses dont ils étoient pourvus, il faut savoir que la Médecine étoit alors exercée par les prêtres, à qui, pour soutenir la dignité de leur ministere & satisfaire aux cérémonies de la religion, nous lisons dans Diodore de Sicile qu'on avoit assigné le tiers des revenus du pays. Le sacerdoce étoit héréditaire, & passoit de pere en fils sans interruption : mais il est vraisemblable que le college sacré étoit partagé en différentes classes, entre lesquelles les embaumeurs avoient la leur ; car Diodore nous assure qu'ils étoient instruits dans cette profession par leurs peres, & que les peuples qui les regardoient comme des membres du corps sacerdotal, & comme jouissans en cette qualité d'un libre accès dans les endroits les plus secrets des temples, réunissoient à leur égard une grande estime à la plus haute vénération.
Les Médecins payés par l'état ne retiroient en Egypte aucun salaire des particuliers : Diodore nous apprend que les choses étoient sur ce pié, au-moins en tems de guerre ; mais en tout tems ils secouroient sans intérêt un égyptien qui tomboit malade en voyage.
L'embaumeur avoit différens statuts à observer dans l'exercice de son art. Des regles établies par des prédécesseurs qui s'étoient illustrés dans la profession, & transmises dans des mémoires authentiques, fixoient la pratique du médecin : s'il perdoit son malade en suivant ponctuellement les lois de ce code sacré, on n'avoit rien à lui dire ; mais il étoit puni de mort, s'il entreprenoit quelque chose de son chef, & que le succès ne répondît pas à son attente. Rien n'étoit plus capable de ralentir les progrès de la Médecine ; aussi la vit-on marcher à pas lents, tant que cette contrainte subsista. Aristote après avoir dit, chap. ij. de ses questions politiques, qu'en Egypte le médecin peut donner quelque secours à son malade le cinquieme jour de la maladie ; mais que s'il commence la cure avant que ce tems soit expiré, c'est à ses risques & fortunes ; Aristote, dis-je, traite cette coutume d'indolente, d'inhumaine, & de pernicieuse, quoique d'autres en fissent l'apologie.
Par ce que nous venons de dire de la dignité de la Médecine chez les Egyptiens, de l'opulence de leurs médecins, & de la singularité de leur pratique, il est aisé de juger que les principes de l'art & l'exigence des cas déterminoient beaucoup moins que des lois écrites. De-là nous pouvons conclure que leur théorie étoit fixée, que leur profession demandoit plus de mémoire que de jugement, & que le médecin transgressoit rarement avec impunité les regles prescrites par le code sacré.
Quant à leur pathologie, ils rapporterent d'abord les causes des maladies à des démons, dispensateurs des biens & des maux ; mais dans la suite ils se guérirent de cette superstition, par les occasions fréquentes qu'eurent les embaumeurs de voir & d'examiner les visceres humains. Car les trouvant souvent corrompus de diverses façons, ils conjecturerent que les substances qui servent à la nourriture du corps sont elles-mêmes la source de ces infirmités. Cette découverte & la crainte qu'elle inspira, donnerent lieu aux régimes, à l'usage des clysteres, des boissons purgatives, de l'abstinence d'alimens, & des vomitifs : toutes choses qu'ils pratiquoient dans le dessein d'écarter les maladies, en éloignant leurs causes.
Les usages varient selon l'intérêt des peuples & la diversité des contrées ; les Egyptiens, sans être privés de la chair des animaux, en usoient plus sobrement que les autres nations. L'eau du Nil, dont Plutarque nous apprend qu'ils faisoient grand cas, & qui les rendoit vigoureux, étoit leur boisson ordinaire.
Hérodote ajoute que leur sol étoit peu propre à la culture des vignes ; d'où nous pouvons inférer qu'ils tiroient d'ailleurs les vins qu'on servoit aux tables des prêtres & des rois. Le régime prescrit aux monarques égyptiens, peut nous donner une haute idée de la tempérance de ces peuples. Leur nourriture étoit simple, dit Diodore de Sicile, & ils buvoient peu de vin, évitant avec soin la réplétion & l'ivresse ; ensorte que les lois qui régloient la table des princes, étoient plutôt les ordonnances d'un sage médecin, que les institutions d'un législateur. On accoutumoit à cette frugalité les enfans dès leur plus tendre jeunesse.
Au reste, ils étoient très-attachés à la propreté, en cela fideles imitateurs de leurs prêtres qui, selon Hérodote, ne passoient pas plus de trois jours sans se raser le corps, & qui, pour prévenir la vermine & les effets des corpuscules empestés, qui pouvoient s'exhaler des malades qu'ils approchoient, étoient vêtus dans les fonctions de leur ministere d'une toile fine & blanche. Nous lisons encore dans le même auteur, que c'étoit la coutume universelle chez les Egyptiens d'être presque nuds ou légerement couverts, de ne laisser croître leurs cheveux que lorsqu'ils étoient en pélerinage, qu'ils en avoient fait voeu, ou que quelques calamités désoloient le pays.
Cent ans après Moïse, qui vivoit 1530 ans avant la naissance de Jesus-Christ, Mélampe, fils d'Amythaon & d'Aglaïde, passa d'Argos en Egypte, où il s'instruisit dans les sciences qu'on y cultivoit, & d'où il rapporta dans la Grece ce qu'il avoit appris de la théologie des Egyptiens & de leur médecine, par rapport à laquelle il y a trois faits à remarquer. Le premier, c'est qu'il guérit de la folie les filles de Praetus, roi d'Argos, en les purgeant avec l'ellébore blanc ou noir, dont il avoit découvert la vertu cathartique, par l'effet qu'il produisoit sur ses chevres après qu'elles en avoient brouté. Le second, c'est qu'après leur avoir fait prendre l'ellébore, il les baigna dans une fontaine chaude. Voilà les premiers bains pris en remedes, & les premieres purgations dont il soit fait mention. Le troisieme fait concerne l'argonaute Iphiclus, fils de Philacus. Ce jeune homme, chagrin de n'avoir pas d'enfans, s'adressa à Mélampe, qui lui ordonna de prendre pendant dix jours de la rouille de fer dans du vin, & ce remede produisit tout l'effet qu'on en attendoit : ces trois faits nous suggerent deux réflexions.
La premiere, que la Médecine n'étoit pas alors aussi imparfaite qu'on le pense communément ; car, si nous considérons les propriétés de l'ellébore, & sur-tout de l'ellébore noir dans les maladies particulieres aux femmes, & l'efficacité des bains chauds à la suite de ce purgatif, nous conviendrons que les remedes étoient bien sagement prescrits dans le cas des filles de Praetus. D'ailleurs, en supposant, comme il est vraisemblable, que l'impuissance d'Iphiclus provenoit d'un relâchement des solides & d'une circulation languissante des fluides, je crois que pour corriger ces défauts en rendant aux parties leur élasticité, des préparations faites avec le fer étoient tout ce qu'avec les connoissances modernes on auroit pu ordonner de mieux. 2°. Quant aux incantations & aux charmes dont on accuse Mélampe de s'être servi, il faut observer que ce manege est aussi ancien que la Médecine, & doit vraisemblablement sa naissance à la vanité de ceux qui l'exerçoient, & à l'ignorance des peuples à qui ils avoient affaire. Ceux-ci se laissoient persuader par cet artifice, que les Médecins étoient des hommes protégés & favorisés du ciel. Que s'ensuivoit-il de ce préjugé ? c'est qu'ils marquoient en tout tems une extrème vénération pour leurs personnes, & que dans la maladie ils avoient pour leurs ordonnances toute la docilité possible. L'on commençoit l'incantation : le malade prenoit les potions qu'on lui prescrivoit comme des choses essentielles à la cérémonie : il guérissoit, & ne manquoit pas d'attribuer au charme l'efficacité des remedes.
L'histoire nous apprend que Théodamas, fils de Mélampe, hérita des connoissances de son pere, & que Polyidus, petit-fils de Mélampe, succéda à Théodamas dans la fonction de médecin : mais elle ne nous dit rien de leur pratique.
Après Théodamas & Polyidus, le centaure Chiron exerça chez les Grecs la Médecine & la Chirurgie ; ces deux professions ayant été long-tems réunies. Ses talens supérieurs dans la médecine de l'homme & des bestiaux, donnerent peut-être lieu aux poëtes de feindre qu'il étoit moitié homme & moitié animal. Il parvint à une extrème vieillesse, & quelques citoyens puissans de la Grece lui confierent l'éducation de leurs enfans. Jason le chef des Argonautes, ce héros de tant de poëmes & le sujet de tant de fables, fut élevé par Chiron. Hercule non moins célebre fut encore de ses éleves. Un troisieme disciple fut Aristée, qui paroît avoir assez bien connu les productions de la nature, & les avoir appliquées à de nouveaux usages : il passe pour avoir inventé l'art d'extraire l'huile des olives, de tourner le lait en fromage, & de recueillir le miel. M. le Clerc lui attribue de plus la découverte du laser & de ses propriétés. Mais de tous les éleves de Chiron, aucun ne fut plus profondément instruit de la science médicinale, que le grec Esculape qui fut mis au nombre des dieux, & qui fut trouvé digne d'accompagner dans la périlleuse entreprise des Argonautes, cette troupe de héros à qui l'on a donné ce nom. Voyez son article au mot MEDECIN.
Les Grecs s'emparerent de Troie 70 ans après l'expédition des Argonautes, 1194 avant la naissance de Jesus-Christ, & la fin de cette guerre est devenue une époque fameuse dans l'histoire. Achille qui s'est tant illustré à ce siege par sa colere & ses exploits, élevé par Chiron, & conséquemment instruit dans la Médecine, inventa lui-même quelques remedes. Son ami Patrocle n'étoit pas sans doute ignorant dans cet art, puisqu'il pansa la blessure d'Euripile : mais on conçoit bien que Podalire & Machaon, fils d'Esculape, surpasserent dans cette science tous les Grecs qui assisterent au siege de Troie. Quoiqu' Homere ne les emploie jamais qu'à des opérations chirurgicales, on peut conjecturer que nés d'un pere tel qu'Esculape, & médecins de profession, ils n'ignoroient rien de ce qu'on savoit alors en Médecine.
Après la mort de Podalire, la Médecine & la Chirurgie cultivées sans interruption dans sa famille, firent de si grands progrès sous quelques-uns de ses descendans, qu'Hippocrate le dix-septieme en ligne directe, fut en état de pousser ces deux sciences à un point de perfection surprenant.
Depuis la prise de Troie jusqu'au tems d'Hippocrate, l'antiquité nous offre peu de faits authentiques & relatifs à l'histoire de la Médecine : cependant, dans ce long intervalle de tems, les descendans d'Esculape continuerent sans doute leur attachement à l'étude de cette science.
Pythagore qui vivoit, à ce qu'on croit, dans la soixantieme olympiade, c'est-à-dire, 520 ans ou environ avant la naissance de Jesus-Christ, après avoir épuisé les connoissances des prêtres égyptiens, alla chercher la science jusqu'aux Indes : il revint ensuite à Samos qui passe pour sa patrie ; mais la trouvant sous la domination d'un tyran, il se retira à Crotone, où il fonda la plus célebre des écoles de l'antiquité. Celse assure que ce philosophe hâta les progrès de la Médecine ; mais, quoiqu'en dise Celse, il paroît qu'il s'occupa beaucoup plus des moyens de conserver la santé que de la rétablir, & de prévenir les maladies par le régime que de les guérir par les remedes. Il apprit sans doute la Médecine en Egypte, mais il eut la foiblesse de donner dans les superstitions qui jusqu'alors avoient infecté cette science ; car cet esprit domine dans quelques fragmens qui nous restent de lui.
Empédocle, son disciple, mérite plus d'éloges. On dit qu'il découvrit que la peste & la famine, deux fléaux qui ravageoient fréquemment la Sicile, y étoient l'effet d'un vent du midi, qui, soufflant continuellement par les ouvertures de certaines montagnes, infectoit l'air, & séchoit la terre ; il conseilla de fermer ces gorges, & les calamités disparurent. On trouve dans un ouvrage de Plutarque, qu'Empédocle connoissoit la membrane qui tapisse la coquille du limaçon dans l'organe de l'ouie, & qu'il la regardoit comme le point de réunion des sons & l'organe immédiat de l'ouie. Nous n'avons aucune raison de croire que cette belle découverte anatomique ait été faite avant lui. Quant à sa physiologie, elle n'étoit peut-être guere mieux raisonnée que celle de son maître ; cependant, par une conjecture aussi juste que délicate, il assura que les graines dans la plante étoient analogues aux oeufs dans l'animal, ce qui se trouve confirmé par les expériences des modernes.
Acron étoit compatriote & contemporain d'Empédocle : j'en parlerai au mot MEDECINE.
Alcméon, autre disciple de Pythagore, se livra tout entier à la Médecine, & cultiva si soigneusement l'anatomie, qu'on l'a soupçonné de connoître la communication de la bouche avec les oreilles, sur ce qu'il assura que les chevres respiroient en partie par cet organe.
Après avoir exposé les premiers progrès de la Médecine en Egypte & dans la Grece, nous jetterons un coup d'oeil sur l'état de cette science chez quelques autres peuples de l'antiquité, avant que de passer au siecle d'Hippocrate, qui doit attirer tous nos regards.
Les anciens Hébreux, stupides, superstitieux, séparés des autres peuples, ignorans dans l'étude de la physique, incapables de recourir aux causes naturelles, attribuoient toutes leurs maladies aux mauvais esprits, exécuteurs de la vengeance céleste : delà vient que le roi Asa est blâmé d'avoir mis sa confiance aux médecins, dans les douleurs de la goutte aux piés dont il étoit attaqué. La lepre même, si commune chez ce peuple, passoit pour être envoyée du ciel ; c'étoient les prêtres qui jugeoient de la nature du mal, & qui renfermoient le patient lorsqu'ils espéroient le pouvoir guérir.
Les maladies des Egyptiens, dont Dieu promet de garantir son peuple, sont, ou les plaies dont il frappa l'Egypte avant la sortie des Israélites de cette contrée, ou les maladies endémiques du lieu ; comme l'aveuglement, les ulceres aux jambes, la phthisie, l'éléphantiasis, & autres semblables qui y regnent encore.
On ne voit pas que les Hébreux ayent eu des médecins pour les maladies internes, mais seulement pour les plaies, les tumeurs, les fractures, les meurtrissures, auxquelles on appliquoit certains médicamens, comme la résine de Galaad, le baume de Judée, la graine & les huiles ; en un mot, l'ignorance où ils étoient de la Médecine, faisoit qu'ils s'adressoient aux devins, aux magiciens, aux enchanteurs, ou finalement aux prophetes. Lors même que notre Seigneur vint dans la Palestine, il paroît que les Juifs n'étoient pas plus éclairés qu'autrefois ; car dans l'Evangile, ils attribuent aux démons la cause de la plûpart des maladies. On y lit, par exemple, Luc, xiij. v. 16. que le démon a lié une femme qui étoit courbée depuis dix-huit ans.
Les gymnosophistes, dont parle Strabon, se mêloient beaucoup de médecine en orient, & se vantoient de procurer par leurs remedes la naissance à des enfans, d'en déterminer le sexe, & de les donner aux parens, mâles ou femelles à leur choix.
Chez les Gaulois, les druides, revêtus tout ensemble du sacerdoce, de la justice & de l'exercice de la Médecine, n'étoient ni moins trompeurs, ni plus éclairés que les gymnosophistes. Pline dit qu'ils regardoient le gui de chêne comme un remede souverain pour la stérilité, qu'ils l'employoient contre toutes sortes de poisons, & qu'ils en consacroient la récolte par quantité de cérémonies superstitieuses.
Entre les peuples orientaux qui se disputent l'antiquité de la Médecine, les Chinois, les Japonois & les habitans de Malabar, paroissent les mieux fondés. Les Chinois assurent que leurs rois avoient inventé cette science long-tems avant le déluge ; mais quelle que soit la dignité de ceux qui l'exercerent les premiers dans ce pays-là, nous ne devons pas avoir une opinion fort avantageuse de l'habileté de leurs successeurs : ils n'ont d'autre connoissance des maladies que par des observations minutieuses sur le pouls, & recourent pour la guérison à un ancien livre, qu'on pourroit appeller le code de la médecine chinoise, & qui prescrit les remedes de chaque mal. Ces peuples n'ont point de chimie ; ils sont dans une profonde ignorance de l'anatomie, & ne saignent presque jamais. Ils ont imaginé une espece de circulation des fluides dans le corps humain, d'après un autre mouvement périodique des cieux, qu'ils disent s'achever cinquante fois dans l'espace de 24 heures. C'est sur cette théorie ridicule que des européens ont écrit, que les Chinois avoient connu la circulation du sang long-tems avant nous. Leur pathologie est aussi pompeuse que peu sensée : c'est cependant par elle qu'ils déterminent les cas de l'opération de l'aiguille, & de l'usage du moxa ou coton brûlant. Ces deux pratiques leur sont communes avec les Japonois, & ne différent chez ces deux peuples, qu'en quelques circonstances légeres dans la maniere d'opérer. En un mot, leur théorie & leur pratique, toute ancienne qu'on la suppose, n'en est pas pour cela plus philosophique ni moins imparfaite.
On dit que les bramines ont commencé à cultiver la Médecine, en même tems que les prêtres égyptiens ; mais ce qu'il y a de sûr, c'est que depuis tant de siecles ils n'en ont pas avancé les progrès. Jean-Ernest Grudler danois, qui fit le voyage du Malabar en 1708, nous apprend que toute la médecine de ces peuples étoit contenue dans un ouvrage misérable, qu'ils appellent en leur langue vagadasastirum. Le peu qu'ils ont de théorie est plein d'erreurs & d'absurdités. Ils divisent les maladies en huit especes différentes ; & comme c'est pour eux une étude immense, chaque médecin se doit borner à un genre de maladie, & s'y livrer tout entier. Le premier ordre des médecins est composé de ceux qui traitent les enfans ; le second, de ceux qui guérissent de la morsure des animaux venimeux ; le troisieme, de ceux qui savent chasser les démons, & dissiper les maladies de l'esprit ; le quatrieme, de ceux qu'on consulte dans le cas d'impuissance, & dans ce qui concerne la génération ; le cinquieme, pour lequel ils ont une vénération particuliere, est composé de ceux qui préviennent les maladies ; le sixieme, de ceux qui soulagent les malades par l'opération de la main ; le septieme, de ceux qui retardent les effets de la vieillesse, & qui entretiennent le poil & les cheveux ; le huitieme, de ceux qui s'occupent des maux de tête, & des maladies de l'oeil. Chaque ordre a son dieu tutélaire, au nom duquel les opérations sont faites, & les remedes administrés. Cette cérémonie est une partie du culte qu'on lui rend. Le vent préside aux maladies des enfans ; l'eau à celles qui proviennent de la morsure des animaux venimeux ; l'air à l'exorcisme des démons ; la tempête à l'impuissance ; le soleil aux maladies de la tête & des yeux.
La saignée n'est guere d'usage chez eux, & les clysteres leur sont encore moins connus. Le médecin ordonne & prépare les remedes, dans lesquels il fait entrer de la fiente & de l'urine de vache, en conséquence de la vénération profonde que leur religion leur prescrit pour cet animal. Au reste, personne ne peut exercer la Médecine sans être inscrit sur le registre des bramines, & personne ne peut passer d'une branche à une autre. Il est à présumer, sur l'attachement presqu'invincible que tous ces peuples marquent pour leurs coutumes, qu'ils ne changeront pas sitôt la pratique de leur Médecine pour en adopter une meilleure, malgré la communication qu'ils ont avec les Européens.
Je ne puis finir l'histoire de la médecine des peuples éloignés, sans observer que de tous ceux dont les moeurs nous sont connues par des relations authentiques, il n'y en a point chez qui cette science ait été traitée avec plus de sagesse, sans science, que chez les anciens Américains.
Antonio de Solis assure, en parlant de Montézuma, empereur du Mexique, qu'il avoit pris des soins infinis pour enrichir ses jardins de toutes les plantes que produisoit ce climat heureux ; que l'étude des médecins se bornoit à en savoir le nom & les vertus : qu'ils avoient des simples pour toutes sortes d'infirmités, & qu'ils opéroient des cures surprenantes, soit en donnant intérieurement les sucs qu'ils en exprimoient, soit en appliquant la plante extérieurement. Il ajoute que le roi distribuoit à quiconque en avoit besoin, les simples que les malades faisoient demander ; & que satisfait de procurer la guérison à quelqu'un, ou persuadé qu'il étoit du devoir d'un prince de veiller à la santé de ses sujets, il ne manquoit point de s'informer de l'effet des remedes.
Le même auteur raconte que dans la maladie de Cortès, les médecins amériquans appellés, userent d'abord de simples doux & rafraîchissans pour suspendre l'inflammation, & qu'ensuite ils en employerent d'autres pour mûrir la plaie, & cela avec tant d'intelligence, que Cortès ne tarda pas à être parfaitement guéri. Quoi qu'il en soit, c'est des Amériquains que nous tenons deux de nos remedes les plus efficaces, le quinquina & l'ipécacuanha, tandis que nos subtils physiciens ne connoissent guere de la vertu des plantes qui croissent en Europe, que ce qu'ils en ont lu dans Dioscoride.
Mais il est tems de rentrer en Grece pour y reprendre l'histoire de la Médecine, où nous l'avons laissée, je veux dire au siecle d'Hippocrate, qui, de l'aveu de tout le monde, éleva cette science au plus haut degré de gloire. On se rappellera sans doute que ce grand homme naquit à Cos, la premiere année de la 80e olympiade, 30 ans avant la guerre du Péloponnèse, & environ 460 ans avant la naissance de Jesus-Christ.
Conserver aux hommes la santé, soit en prévenant, soit en écartant les maladies, c'est le devoir du médecin ; or, le mortel capable de rendre noblement ce service à ceux qui l'invoquent, honore son état, & peut s'asseoir à juste titre entre les fils d'Apollon.
Quelles que soient les idées du vulgaire, les personnes instruites n'ignorent point combien il est difficile d'acquérir le degré de connoissance nécessaire pour exercer la Médecine avec succès.
Le chemin qui conduit, je ne dis pas à la perfection, mais à une intelligence convenable dans l'art de guérir, est rempli de difficultés presqu'insurmontables. Ceux qui le pratiquent sont souvent dans une grande incertitude sur la nature des maladies ; leurs causes relatives sont cachées dans une obscurité qu'il sera bien difficile de jamais découvrir : mais y parvînt-on un jour, une connoissance suffisante de la vertu des remedes manqueroit encore : d'ailleurs chacune des parties de la Médecine est d'une étendue supérieure à la capacité de l'esprit humain ; cependant le parfait médecin devroit les posseder toutes.
Est-ce à l'expérience, est-ce au raisonnement que la Médecine doit ses plus importantes découvertes ? Qui des deux doit-on prendre pour guide ? Ce sont des questions qui méritent d'être agitées, & qui l'ont été suffisamment. Il s'est heureusement trouvé des hommes d'un mérite supérieur qui ont montré la nécessité de l'une & de l'autre, les grands effets de leur conspiration, la force de ces deux bras réunis, & leur foiblesse lorsqu'ils sont séparés.
Avant que la Médecine eût la forme d'une science, & fût une profession, les malades encouragés par la douleur, sortirent de l'inaction, & chercherent du soulagement dans des remedes inconnus ; les symptomes qu'ils avoient eux-mêmes éprouvés, leur apprirent à reconnoître les maladies. Si par hasard, ou par une réunion de circonstances favorables, les expédiens auxquels ils avoient eu recours avoient produit un effet salutaire, l'observation qu'ils en firent fut le premier fondement de cet art, dont on retira dans la suite de grands avantages. De-là vinrent & la coutume d'exposer les malades sur les places publiques, & la loi qui enjoignoit aux passans de les visiter, & de leur indiquer les remedes qui les avoient soulagés en pareil cas.
La Médecine fit ce second pas chez les Babyloniens & chez les Chaldéens, ces anciens fondateurs de presque toutes les sciences ; de-là, passant en Egypte, elle sortit entre les mains de ses habitans industrieux de cet état d'imperfection. Les Egyptiens couvrirent les murs de leurs temples de descriptions de maladies & de recettes ; ils chargerent des particuliers du soin des malades : il y eut alors des médecins de profession ; & les expériences qui s'étoient faites auparavant sans exactitude, & qui n'avoient point été rédigées, prirent une forme plus commode pour l'application qu'on en pouvoit faire à des cas semblables.
Cependant les hommes convaincus que l'observation des maladies & la recherche des remedes ne suffisoient pas pour perfectionner la Médecine avec une rapidité proportionnée au besoin qu'ils en avoient, eurent recours à cette raison dont ils avoient reconnu long-tems auparavant l'importance dans la distinction & la cure des maladies ; mais on préfera, comme il n'arrive que trop souvent en pareil cas, les conjectures rapides de l'imagination à la lenteur de l'expérience, & l'on sépara follement deux choses qu'il falloit faire marcher de pair, la théorie & les faits. Qu'en arriva-t-il ? C'est que sans égard pour la sûreté de la pratique, on établit la Médecine sur des spéculations spécieuses & fausses, subtiles & peu solides.
L'éloquence des rhéteurs & les sophismes des philosophes ne tinrent pas long-tems contre les gémissemens des malades ; l'art de préconiser la méthode n'en prévint point les suites fatales : après qu'on avoit démontré que le malade devoit guérir, il ne laissoit pas de mourir. L'insuffisance de la raison n'étonnera point ceux qui considerent les choses avec impartialité. La santé & les maladies sont des effets nécessaires de plusieurs causes particulieres, dont les actions se réunissent pour les produire ; mais l'action de ces causes ne deviendra jamais le sujet d'une démonstration géométrique, à moins que l'essence de chacune en particulier ne soit connue, & qu'on n'ait déduit de cette comparaison les propriétés & les forces résultantes de leur mélange. Or, l'essence & les propriétés de chacune ne se manifestent que par leurs effets ; c'est par les effets seuls que nous pouvons juger des causes ; la connoissance des effets doit donc précéder en nous le raisonnement. Mais qui peut assurer un médecin, de quelque profondeur de jugement qu'il soit doué, qu'un effet est l'entiere opération de telle & telle cause ? Pour en venir-là, il faudroit distinguer & parer une infinité de circonstances, pour la plûpart si déliées, qu'elles échappent à toute la sagacité de l'observateur. D'ailleurs, telle est la variété prodigieuse des maladies, tel est le nombre des symptomes dans chacune d'elles, que la courte durée de la vie, la foiblesse de notre esprit & de nos sens, les difficultés que nous avons à surmonter les erreurs dont nous sommes capables, & les distractions auxquelles nous sommes exposés, ne permet jamais de rassembler assez de faits pour fonder une théorie générale, un systeme qui s'étende à tout.
Il s'ensuit de-là, qu'il faut se remplir des connoissances des autres, consulter les vivans & les morts, feuilleter les ouvrages des anciens, s'enrichir des découvertes modernes, & se faire de la vérité une regle inviolable & sacrée. Le vrai médecin ne s'instruira qu'avec ceux qui ont suivi la nature, qui l'ont peinte telle qu'elle est, qui avoient trop d'honneur pour appuyer une théorie favorite par des faits imaginés, & que des vues intéressées n'engagerent jamais à altérer les événemens, soit en y ajoutant, soit en en retranchant quelque circonstance. Voilà les fontaines sacrées dans lesquelles il ne descendra jamais trop souvent.
Depuis que la Médecine est une science, tel a été le bonheur du monde, qu'elle a produit de tems à autre quelques mortels estimables, qui n'ont goûté que la lumiere & la vérité. Elle ne faisoit que de naître lorsqu' Hippocrate parut ; & malgré l'éloignement des tems, elle est encore toute brillante des lumieres qu'elle en a reçues. Hippocrate est l'étoile polaire de la Médecine. On ne le perd jamais de vûe sans s'exposer à s'égarer. Il a représenté les choses telles qu'elles sont. Il est toujours concis & clair. Ses descriptions sont des images fideles des maladies, grace au soin qu'il a pris de n'en point obscurcir les symptômes & l'évenement : il n'est question chez lui, ni de qualités premieres, ni d'êtres fictifs. Il a su pénétrer dans le sein de la nature, prévoir & prédire ses opérations, sans remonter aux principes originels de la vie. La chaleur innée & l'humeur radicale, termes vuides de sens, ne souillent point la pureté de ses ouvrages. Il a caractérisé les maladies, sans se jetter dans des distinctions inutiles des especes, & dans des recherches subtiles sur les causes. Ceux qui pensent qu'Hippocrate a donné dans les acides, les alkalis, & les autres imaginations de la Chimie, sont des visionnaires plus dignes d'être moqués que d'être réfutés : cet esprit aussi solide qu'élevé, méprisa toutes les vaines spéculations.
Non moins impartial dans ses écrits qu'énergique dans sa diction & vif dans ses peintures, il n'obmet aucune circonstance, & n'assure que celles qu'il a vûes. Il expose les opérations de la nature ; & le desir d'accréditer ou d'établir quelque hypothése, ne les lui fait ni altérer ni changer. Tel est le vrai, l'admirable, je dirois presque le divin Hippocrate. Il n'est pas étonnant que ses expositions des choses, & ses histoires des maladies, aient mérité dans tous les âges l'attention & l'estime des savans.
On peut joindre à ce grand homme, Arétée de Cappadoce, & Rufus d'Ephèse, qui, à son exemple, ne se sont illustrés dans l'art de guérir, qu'en observant inviolablement les lois de la vérité. Presque tous leurs successeurs, jusqu'au tems de Galien, abandonnerent cette voie sacrée. Quand on vient à peser, dans la même balance, les travaux des autres médecins de la Grece avec ceux d'Hippocrate, qu'on les trouve imparfaits & défectueux ! Les uns dévoués en aveugles à des sectes particulieres, en épouserent les principes, sans s'embarrasser s'ils étoient vrais ou faux. D'autres se sont occupés à déguiser les faits, pour les faire quadrer avec les systèmes. Plusieurs plus sinceres, mais se trompant également, négligerent les mêmes faits, pour courir après les causes imaginaires des maladies & de leurs symptômes.
Ce n'est pas assez que de la pénétration dans un médecin, & de l'impartialité dans ses écrits, il lui faut encore un style simple & naturel, une diction pure & claire. Il lui est toutefois plus important d'être médecin qu'orateur. Toutes les phrases brillantes, toutes les périodes, toutes les figures de la rhétorique, ne valent pas la santé d'un malade. S'attacher trop à polir son discours, c'est trop chercher à faire parade de son esprit dans des matieres de cette importance. Un usage affecté de termes extraordinaires, une élocution pompeuse, ne sont capables que d'embrouiller les choses, & d'arrêter le lecteur. Un étalage d'érudition, une énumération des sentimens tant anciens que modernes, les recherches subtiles des maladies, & la connoissance des antiquités médicinales, ne constituent point la Médecine. Ce n'est point avec ce qui peut plaire à des gens de lettres, qu'on fixera l'attention d'un homme, dont le devoir est de conserver la santé, de prévenir les maladies, & qui ne lit que pour apprendre les différens moyens de parvenir à ses fins. Plein de mépris pour les productions futiles de l'éloquence & du bel esprit, lorsque ces talens déplacés tendront moins à avancer la Médecine, qu'à briller à ses dépens, il aura sans cesse sous les yeux le style simple d'Hippocrate. Il aimera mieux entendre & voir la pure nature dans ses écrits, que de se repaître des fleurs d'un rhéteur, ou de l'érudition d'un savant : le mérite particulier du grand médecin de Cos, c'est le jugement & la clarté.
La plûpart des auteurs qui l'ont suivi ne font que se répéter eux-mêmes, & se copier les uns les autres : la seule chose qu'on y trouve, & qu'on n'y cherchoit point, c'est une compilation d'antiquités, de fables ou d'histoires inutiles au sujet ; sans parler de la barbarie de leur langage, occasionné par une vaine ostentation de la connoissance de différens idiomes. Il n'y en a presque aucun qui ait eu en vûe l'honneur & les progrès de la Médecine. D'un côté les Arabes & les commentateurs de Galien semblent s'être piqué de barbarie dans le style ; au contraire, les interpretes d'Hippocrate ont négligé les faits, pour se trop livrer à la diction : de-là vient qu'on n'entend point les uns, & qu'on n'apprend rien dans les autres.
Mais Hippocrate ne l'emporta pas sur tous ses collegues par le mérite seul de sa composition : c'est par une infatigable contention d'esprit à envisager les choses dans les jours les plus favorables ; c'est par une exactitude infinie à épier la nature, & à s'éclaircir sur les opérations ; c'est par le désintéressement généreux avec lequel il a communiqué ses lumieres & ses ouvrages aux hommes, que cet ancien, considéré d'un oeil impartial, paroîtra supérieur même à la condition humaine : son mérite ne laissera point imaginer qu'il puisse avoir de rivaux ; rival lui-même d'Apollon, il avoit porté tant de diligence dans ces observations, qu'il étoit parvenu à fixer les différens progrès des maladies, leur état présent, leurs révolutions à venir, & à en prédire l'évenement. Si nous considérons les distinctions délicates qu'il établit entre les accidens qui naissent de l'ignorance du médecin, & de la négligence ou de la dureté des gardes-malades, & les symptômes naturels de la maladie, nous prononcerons sans balancer, que de tous ceux qui ont cultivé la Médecine, soit avant, soit après lui, aucun n'a montré autant de pénétration & de jugement.
Il y a plus, les travaux réunis de tous les médecins qui ont paru depuis l'enfance de la Médecine, jusqu'aujourd'hui, nous offriroient à peine autant de phénomenes & de symptômes de maladies, qu'on en trouve dans ce seul auteur. Il est le premier qui ait découvert, que les différentes saisons de l'année étoient les causes des différentes maladies qu'elles apportent avec elles, & que les révolutions qui se font dans l'air, telles que les chaleurs brûlantes, les froids excessifs, les pluies, les brouillards, le calme de l'atmosphere, & les vents, en produisent en grand nombre. Il a compté entre les causes des maladies endémiques, la situation des lieux, la nature du sol, le mouvement ou l'amas des eaux, les exhalaisons de la terre, & la position des montagnes.
C'est par ces connoissances qu'il a préservé des nations, & sauvé des royaumes de maladies qui, ou les menaçoient, ou les affligeoient ; & semblable au soleil, il a répandu sur la terre une influence vivifiante. C'est en examinant les moeurs, la nourriture & les coutumes des peuples, qu'il remonta à l'origine des maladies qui les désoloient : c'étoit beaucoup pour les contemporains, d'avoir possédé un tel homme : mais il est devenu par ses écrits le bienfaiteur de l'univers. Il nous a laissé ses observations jusques dans les circonstances les plus légeres ; détail futile au jugement des esprits superficiels, mais détail important aux yeux pénétrans des esprits solides & des hommes profonds.
Son traité de aere, locis & aquis, est un chef-d'oeuvre de l'art. Je ne dirai pas qu'il a posé dans cet ouvrage les fondemens de la Médecine, mais qu'il a poussé cette science presqu'au même point de perfection où nous la possedons. C'est-là qu'on voit ce savant & respectable vieillard, décrivant avec la derniere exactitude les maladies épidémiques, avertissant ses collegues d'avoir égard, non-seulement à la différence des âges, des sexes, & des tempéramens, mais aux exercices, aux coutûmes, & à la maniere de vivre des malades ; & décidant judicieusement que la constitution de l'air ne suffit pas pour expliquer pourquoi les maladies épidémiques sont plus cruelles pour les uns que pour d'autres. C'est-là qu'on le trouve occupé à décrire l'état des yeux & de la peau, & à réfléchir sur la volubilité ou le bégayement de la langue, sur la force ou la foiblesse de la voix du malade, déterminant par ces symptômes son tempérament, la violence de la maladie, & sa terminaison. C'est-là que l'on se convaincra que jamais personne ne fut plus exact qu'Hippocrate dans l'exposition des signes diagnostics, dans la description des maladies caractérisées par ces signes, & dans la prédiction des évenemens.
Mais s'il savoit découvrir la nature, observer les symptômes, & suivre les révolutions des maladies, il n'ignoroit pas les secours nécessaires dans tous ces cas. Il n'étoit ni téméraire dans l'application des médicamens, ni trop prompt à juger de leurs effets : il ne s'enorgueillissoit point lorsque les choses répondoient à son attente, & on ne lui voit point la mauvaise honte de pallier le défaut du succès, lorsque les remedes ont trompé ses espérances : mais c'est un malheur auquel il étoit rarement exposé ; son adresse maîtrisoit, pour ainsi dire, le danger : les maladies sembloient aller d'elles-mêmes où il avoit dessein de les amener ; & c'étoit avec un petit nombre de remedes dont l'expérience lui avoit fait connoître le pouvoir, & dont la préparation faisoit tout le prix, qu'il opéroit ces prodiges. Moins curieux de connoître un plus grand nombre de médicamens, que d'appliquer à propos ceux qu'il connoissoit ; c'étoit à cette derniere partie qu'il donnoit son attention.
Imitateur & ministre de la nature, pour ne point empiéter sur ses fonctions, ni la troubler dans ses exercices, il distingue dans les maladies différens périodes, & dans chaque période des jours heureux & malheureux. Il hâtoit ou réprimoit l'action des matieres morbifiques selon les circonstances, il les conduisoit à la coction par des moyens doux & faciles, il les évacuoit, lorsqu'elles étoient cuites, par les voies auxquelles elles se déterminoient d'elles-mêmes, ne se chargeant que de leur faciliter la sortie, & de ne la permettre qu'à tems.
Après qu'il eut appris, soit par hasard, soit par adresse, à discerner les remedes salutaires des moyens nuisibles, & découvert la maniere & le tems que la nature employoit à se débarrasser par elle-même des maladies, il fixa par des regles sûres l'usage des médicamens. Ce ne fut que quand ces médicamens eurent été éprouvés par une longue suite d'expériences journalieres & de cures heureuses, qu'il se crut en état d'indiquer les propriétés des végétaux, des animaux, & des minéraux ; ce qu'il exécuta en joignant à ses instructions un détail des précautions nécessaires dans la pratique, détail capable d'effrayer ceux qui seroient tentés de se mêler des fonctions du médecin, sans en avoir la science & les qualités. Voilà l'unique méthode de traiter la Médecine avec gloire, & de procurer aux hommes tous les secours qu'ils peuvent attendre de leurs semblables. Voilà la méthode qu'Hippocrate a transmise dans ses écrits, & dont sa pratique a démontré les avantages.
Dans les maladies chroniques, la médecine d'Hippocrate se bornoit au régime, à l'exercice, aux bains, aux frictions, & à un très-petit nombre de remedes. On a beau vanter les travaux des modernes, il ne paroît pas qu'ils en sachent en ceci plus que cet ancien, qu'ils aient une méthode plus raisonnée de traiter ces maladies, & qu'il s'en tirent avec plus de succès. Il est des médecins, je le sais, qui ont alors recours à un grand nombre de remedes, entre lesquels il y en a de violens : mais je doute que ce soit avec satisfaction pour eux, & avec avantage pour le malade ; car on a mis en question, & avec justice, si en le guérissant par ces moyens, ils n'avoient point attaqué sa constitution & abrégé sa vie, en lui procurant un mal plus incurable que celui qu'il avoit. Je ne prétends pas proscrire dans tous les cas l'usage des remedes violens : il y a des maladies qui demandent des secours prompts & proportionnés à leur violence, c'est ce qu'Hippocrate n'ignoroit pas : mais il n'y avoit recours que lorsque les moyens les plus doux devoient être insuffisans, ou demeuroient sans effet.
Il savoit par expérience que dans les maladies violentes, la nature faisoit elle-même la plus grande partie de l'ouvrage, & qu'elle étoit presque toujours assez puissante pour préparer la partie morbifique, la cuire, amener une crise, & l'expulser ; car il faut qu'un malade passe par tous ces états pour arriver à la santé. En conséquence de ces idées, sans troubler la nature dans ses opérations salutaires par une confusion de remedes, ou faire le rôle de spectateur oisif, il se contentoit de l'aider avec circonspection, d'avancer la préparation des humeurs, & leur coction, & de modérer les symptomes quand ils étoient excessifs ; & lorsqu'il s'étoit assuré de la maturité des matieres, & de l'influence de la nature pour les expulser, il s'occupoit à lui donner, pour ainsi dire, la main, & à la conduire où elle vouloit aller, en favorisant l'expulsion par les voies auxquelles elle paroissoit avoir quelque tendance.
Voici les maximes principales par lesquelles Hippocrate se conduisoit. Il disoit en premier lieu, que les contraires se guérissent par les contraires, c'est-à-dire, que, supposé que de certaines choses soient opposées les unes aux autres, il faut les employer les unes contre les autres. Il explique ailleurs cet aphorisme en cette maniere ; la plénitude guérit les maladies causées par l'évacuation, & réciproquement l'évacuation celles qui viennent de plénitude ; le chaud détruit le froid, & le froid éteint la chaleur.
2°. Que la Médecine est une addition de ce qui manque, & une soustraction de ce qui est superflu ; axiome expliqué par le suivant. Il y a des sucs ou des humeurs qu'il faut chasser du corps en certaines rencontres, & d'autres qu'il y faut reproduire.
3°. Quant à la maniere d'ajouter ou de retrancher, il avertit en général, qu'il ne faut ni vuider ni remplir tout-d'un-coup, trop vîte, ni trop abondamment ; de-même qu'il est dangereux de refroidir subitement, & plus qu'il ne faut, tout excès étant ennemi de la nature.
4°. Qu'il faut tantôt dilater & tantôt resserrer ; dilater ou ouvrir les passages par lesquels les humeurs se vuident naturellement, lorsqu'ils ne sont pas suffisamment ouverts, ou qu'ils s'obstruent. Resserrer au contraire & retrécir les canaux relâchés, lorsque les sucs qui y passent n'y doivent point passer, ou qu'ils y passent en trop d'abondance. Il ajoute qu'il faut quelquefois adoucir, endurcir, amollir ; d'autres fois, épaissir, diviser & subtiliser ; tantôt exciter, réveiller ; tantôt engourdir, arrêter ; & tout cela relativement aux circonstances, aux humeurs & aux parties solides.
5°. Qu'il faut observer le cours des humeurs, savoir d'où elles viennent, où elles vont ; en conséquence les détourner, lorsqu'elles ne vont point où elles doivent aller ; les déterminer d'un autre côté, comme on fait les eaux d'un ruisseau, ou en d'autres occasions les rappeller en arriere, attirant en-haut celles qui se portent em-bas, & précipitant celles qui tendent en-haut.
6°. Qu'il faut évacuer par des voies convenables, ce qui ne doit point séjourner, & prendre garde que les humeurs qu'on aura une sois chassées des lieux où elles ne doivent point aller, n'y rentrent derechef.
7°. Que lorsqu'on suit la raison, & que le succès ne répond pas à l'attente, il ne faut pas changer de pratique trop aisément ou trop vite, sur-tout si les causes sur lesquelles on s'est déterminé, subsistent toujours : mais comme cette maxime pourroit induire à erreur, la suivante lui servira de correctif.
8°. Qu'il faut observer attentivement ce qui soulage un malade, & ce qui augmente son mal, ce qu'il supporte aisément, & ce qui l'affoiblit.
9°. Qu'il ne faut rien entreprendre à l'avanture : qu'il vaut mieux ordinairement se reposer que d'agir. En suivant cet axiome important, si l'on ne fait aucun bien, au-moins on ne fait point de mal.
10°. Qu'aux maux extrèmes, il faut quelquefois recourir à des remedes extrèmes : ce que les médicamens ne guérissent point, le fer le guérit ; le feu vient à bout de ce que le fer ne guérit point : mais ce que le feu ne guérit point, sera regardé comme incurable.
11°. Qu'il ne faut point entreprendre les maladies désepérées, parce qu'il est inutile d'employer l'art à ce qui est au-dessus de son pouvoir.
Ces maximes sont les plus générales, & toutes supposent le grand principe que c'est la nature qui guérit.
Hippocrate connoissoit aussi tout ce que nos Médecins savent des signes & des symptomes des maladies, & c'est de lui qu'ils le tiennent. Ils lui sont encore obligés des maximes les plus importantes sur la conservation de la santé. Nous apprenons de lui qu'elle dépend de la tempérance & de l'exercice. Il est impossible, dit-il, que celui qui mange continue de se bien porter s'il n'agit. L'exercice consume le superflu des alimens, & les alimens réparent ce que l'exercice a dissipé. Quant à la tempérance, il la recommande tant à l'égard de la boisson, du manger & du sommeil, que dans l'usage des plaisirs de l'amour. Ces deux regles sur lesquelles les modernes ont fait cent volumes, sont tellement sûres, que si tous les hommes étoient assez sages pour les mettre en pratique, la science de guérir deviendroit presque inutile ; car, excepté les maladies endémiques, épidémiques & accidentelles, les autres seroient en petit nombre, si l'intempérance ne les multiplioit à l'infini.
Telles que des sources limpides & pures, les préceptes d'Hippocrate ne sont point mêlés de faussetés, ni souillés par des rodomontades. Comme leur auteur étoit également éclairé, & exemt de toute vanité, on y reconnoît par-tout le ton de la modestie. Non-content des instructions que ses ancêtres lui avoient laissées & de la science qu'il avoit puisée chez les nations étrangeres, il étudia avec une ardeur infatigable les opinions & les sentimens des autres Médecins. Il y avoit alors un temple renommé à Gnide, dont les murs étoient ornés de tables, sur lesquelles on avoit inscrit les observations les plus importantes, concernant les maladies & la santé des hommes. Il ne manqua pas de le visiter, & de transcrire pour son usage tout ce qu'il y trouva d'inconnu pour lui.
Entre les moyens dont il se servit pour augmenter le fonds des connoissances qu'il avoit ou reçues de ses ancêtres, ou recueillies chez les peuples éloignés, il y en a un d'une espece singuliere, & qui lui fut propre. Il envoya Thessalus son fils aîné dans la Thessalie, Dracon le plus jeune sur l'Hellespont, Polybe son gendre dans une autre contrée ; & il dispersa une multitude de ses éleves dans toute la Grece, après les avoir instruits des principes de l'art & leur avoir fourni tout ce qui leur étoit nécessaire pour la pratique. Il leur avoit recommandé à tous de traiter les malades, quels qu'ils fussent, dans les lieux de leur mission ; d'observer la terminaison des maladies ; de l'avertir exactement de leurs especes & de l'effet des remedes ; en un mot, de lui envoyer une histoire fidele & impartiale des évenemens. C'est ainsi qu'il rassembla en sa faveur toutes les circonstances qui pouvoient concourir à la formation d'un médecin unique.
Peu d'auteurs ont embrassé toutes les maladies qui ont paru dans une seule ville. Hippocrate a pu traiter de toutes celles qui désolerent les villages, les villes & les provinces de la Grece. Cela seul suffisoit sans doute pour lui donner la supériorité sur ceux qui avoient exercé & qui exerceront dans la suite la même profession, mais sans avoir les mêmes ressources que lui, & sans être placés dans des circonstances aussi favorables.
Telle étoit, en un mot, l'étendue des lumieres d'Hippocrate, que les plus savans d'entre les Grecs, les plus polis d'entre les Romains, & les plus ingénieux d'entre les Arabes n'ont confirmé sa doctrine, en la répétant dans leurs écrits. Hippocrate a fourni aux Grecs tout ce que Dioclès, Arétée, Rufus l'éphesien, Soranus, Galien, Aeginete, Trallien, Aëtius, Oribase ont dit d'excellent. Celse & Pline les plus judicieux d'entre les Romains ont eu recours aux décisions d'Hippocrate, avec cette vénération qu'ils avoient pour les oracles ; & les Arabes n'ont été que les copistes d'Hippocrate, j'entends toutes les fois que leurs discours sont conformes à la vérité.
Enfin que dirai-je de plus à l'honneur de ce grand homme, si ce n'est qu'il a servi de modele à presque tout ce qu'il y a eu de savans Médecins depuis son siecle, ou que les autres se sont formés sur ceux qui l'avoient pris pour modele ? Son mérite ne demeura pas concentré dans l'étendue d'une ville ou d'une province : il se fit jour au loin, & lui procura la vénération des Thessaliens, des insulaires de Cos, des Argiens, des Macédoniens, des Athéniens, des Phocéens & des Doriens. Les Illyriens & les Paeoniens le regarderent comme un dieu, & les princes étrangers invoquerent son assistance. Les nations opulentes honorerent sa personne, & le récompenserent de ses services par de magnifiques présens ; & l'histoire nous apprend que ses successeurs dans l'art de guérir ont acquis, en l'imitant, la confiance des rois & des sujets, & sont parvenus au comble de la gloire, des honneurs & de l'opulence en marchant sur ses traces.
Il laissa deux fils, Thessalus & Draco, qui lui succéderent dans l'exercice de la Médecine, avec une fille qu'il maria à Polybe un de ses éleves. Thessalus l'aîné a fait le plus de bruit. Galien nous apprend qu'il étoit en haute estime à la cour d'Archélaüs, roi de Macédoine, dans laquelle il passa la plus grande partie de sa vie. Quant à Draco, frere de Thessalus, on n'en sait aucune particularité, si ce n'est qu'il eut un fils nommé Hippocrate, qui fut médecin de Roxane, femme d'Alexandre le grand. Polybe paroît encore s'être acquis le plus de réputation, suivant le témoignage de Galien.
Les premiers médecins qui se soient illustrés dans leur profession, après Hippocrate, ses fils & son gendre, furent Dioclès de Caryste, Praxagore de la secte des dogmatiques, Chrisippe de Cnide, Erasistrate & son contemporain Hérophile, voyez leurs articles. C'est assez de remarquer ici que ce fut au tems d'Erasistrate & d'Hérophile, si l'on s'en rapporte à Celse, que la Médecine, qui jusqu'alors avoit été exercée avec toutes ses dépendances par une seule personne, fut partagée en trois parties, dont chacune fit dans la suite l'occupation d'une personne différente. Ces trois branches furent la diététique, la pharmaceutique & la chirurgique. On seroit porté à croire que Celse a voulu caractériser les trois professions, par lesquelles la Médecine s'exerce aujourd'hui ; celle des Médecins, celle des Chirurgiens, & celle des Apothicaires : mais ces choses n'étoient point alors sur le même pié que parmi nous ; car, par exemple, les plaies, les ulceres, & les tumeurs étoient le partage des Médecins pharmaceutiques, à-moins que l'incision ne fût nécessaire.
On vit après la mort d'Erasistrate & d'Hérophile une révolution dans la Médecine bien plus importante, ce fut l'établissement de la secte empirique. Elle commença avec le xxxviij. siecle, environ 287 ans avant la naissance de Jesus-Christ. Celse nous apprend dans la préface de son premier livre, que Sérapion d'Alexandrie fut le premier qui s'avisa de soutenir qu'il est nuisible de raisonner en Médecine, & qu'il falloit s'en tenir à l'expérience ; qu'il défendit ce sentiment avec chaleur, & que d'autres l'ayant embrassé, il se trouva chef de cette secte. D'autres nomment au lieu de Sérapion, Philinus de Cos, disciple d'Hérophile. Quoi qu'il en soit, le nom d'empirique ne dérive point d'un fondateur ou d'un particulier qui se soit illustré dans cette secte, mais du mot grec , expérience.
On connoît assez les différentes révolutions que les théories imaginaires en se succédant ont occasionnées dans la Médecine, & les influences qu'elles ont eu sur la pratique. On ne conçoit pas moins que les dogmatiques & les empiriques, en disputant les uns contre les autres, ne s'écarterent jamais de la fin ordinaire qu'on se propose dans les disputes, je veux dire la victoire, & non la recherche de la vérité ; aussi la querelle fut longue, quoique le sujet en fût très-simple. Les dogmatiques prétendoient-ils qu'on ne pouvoit jamais appliquer les remedes, sans connoître les causes premieres de la maladie : certes s'ils avoient raison, les malades & les médecins seroient dans un état bien déplorable. D'un autre côté, n'est-il pas constant que les maladies ont des causes purement méchaniques, qu'il importe à la Médecine de les connoître, que le médecin habile les découvre souvent, & qu'alors il ne balance point dans le choix & l'application des remedes.
Il est inutile de nous arrêter à parler des défenseurs de la nouvelle secte empirique, entre lesquels Héraclide le Tarentin se distingua ; je ne parlerai pas non plus de la théorie & de la pratique d'Asclépiade, qui paroît avoir mis trop de confiance dans son esprit, & s'être formé des monstres pour justifier son adresse à les combattre : mais je dois dire quelque chose de la secte fondée par Thémison qui prit l'épithete de méthodique, parce que le but qu'il se proposa étoit de trouver une méthode qui rendit l'étude & la pratique de la Médecine plus aisées. Voici en peu de mots quels étoient ses principes.
1°. Il disoit que la connoissance des causes n'étoit point nécessaire, pourvû qu'on connût bien l'analogie ou les rapports mutuels des maladies, qu'il réduisoit à deux ou trois especes : celles du premier genre naissoient du resserrement ; celles du second genre provenoient du relâchement ; & celles du troisieme, de l'une & de l'autre de ces causes.
2°. Il rejettoit la connoissance des causes occultes avec les empiriques, & admettoit avec les dogmatiques l'usage de la raison.
3°. Il comptoit pour rien toutes les indications que les dogmatiques tiroient de l'âge du malade, de ses forces, de son pays, de ses habitudes, de la saison de l'année & de la nature de la partie malade.
4°. Les méthodiques disoient qu'on doit s'attacher à guérir les maladies par les choses les plus simples, par celles dont nous faisons usage dans la santé, telles que l'air que nous respirons, & les nourritures que nous prenons. Les anciens Médecins s'étoient occupés à en connoître les avantages : les méthodiques les surpasserent encore dans cette étude ; ils prirent des soins tout particuliers pour rendre l'air que le malade respiroit, tel qu'ils le supposoient devoir être pour contribuer à sa guérison ; & comme ils ne distinguoient que de deux sortes de maladies, des maladies de relâchement & des maladies de resserrement, toute leur application tendoit à procurer au malade un air resserrant ou relâchant, selon le besoin.
Pour avoir un air relâchant, ils choisissoient des chambres bien claires, fort grandes, & médiocrement chaudes : au contraire pour donner au malade un air resserrant, ils le faisoient placer dans des appartemens peu éclairés & fort frais. Non contens de distinguer les lieux tournés au septentrion ou au midi, ils faisoient descendre les malades dans des grottes & des lieux souterrains. Ils faisoient étendre sur les planchers des feuilles & des branches de lentisque, de vignes, de grenadier, de myrthe, de saules, de pin. Ils arrosoient les chambres d'eau fraîche. Ils se servoient de soufflets & d'éventails ; en un mot, ils n'oublioient rien de ce qui peut donner de la fraîcheur à l'air. Il faut, disoient-ils, avoir plus de soin de l'air qu'on respire que des viandes qu'on mange ; parce qu'on ne mange que par intervalles, au lieu qu'on respire continuellement, & que l'air entrant sans cesse dans le corps, & pénétrant jusques dans les plus petits interstices, resserre ou relâche plus puissamment que les alimens qu'ils régloient aussi sur leurs principes ; car ils s'étoient soigneusement appliqués à distinguer les viandes & les boissons qui relâchent de celles qui resserrent.
5°. Les méthodiques, ou du moins les plus éclairés ne faisoient aucun usage des spécifiques ; ces remedes étant pour la plûpart incertains & composés d'ingrédiens, dont les malades n'usoient point dans la santé.
6°. Ils bannirent aussi de la Médecine les forts purgatifs, parce qu'ils étoient persuadés que ces remedes attaquoient l'estomac ou relâchoient le ventre, & que par conséquent en guérissant d'une maladie, ils en causoient une autre. Cependant ils ordonnoient des clysteres, mais d'une espece émolliente. Ils rejettoient les narcotiques & les cauteres ; mais ce qui distinguoit particulierement les méthodiques, c'étoit leur abstinence de trois jours qu'ils faisoient observer aux malades dans le commencement de leurs maladies.
7°. Les méthodiques n'admettant que deux genres de maladie, le genre resserré & le genre relâché, ils n'avoient besoin que de deux especes de remedes, les uns qui relâchassent & les autres qui resserrassent. C'est au choix & à l'application de ces remedes qu'ils donnoient une attention particuliere.
8°. Entre les remedes relâchans, la saignée tenoit chez eux le premier rang ; ils saignoient dans toutes les maladies qui dépendent du genre resserré, & même dans celles qu'ils comprenoient sous le genre mêlé, lorsque le resserrement prévaloit sur le relâchement.
9. Ils faisoient grand usage des ventouses, tantôt avec scarifications, tantôt sans scarifications ; ils y joignoient les sangsues. Quant aux autres moyens de relâcher dont ils se servoient, ils consistoient en fomentations faites avec des éponges trempées dans de l'eau tiede, & en des applications extérieures d'huile chaude & de cataplasmes émolliens, sans oublier le régime par rapport aux choses naturelles.
10°. Ils n'étoient pas moins occupés à trouver des moyens de resserrer. On a vu de quelle maniere ils s'y prenoient pour rendre l'air astringent & rafraîchissant. Ils tournoient encore à cette fin autant qu'ils le pouvoient la nourriture & les exercices.
Ce système de Médecine eut un grand nombre de défenseurs ; entr'autres Thessalus éleve de Thémison, Soranus d'Ephese, Coelius-Aurelianus, Moschion dont nous avons un traité des maladies des femmes. Vindictianus qui vécut sous l'empereur Valentinien, Théodorus, Priscianus son disciple, &c. Voyez les articles de chacun d'eux sous le mot MEDECINS ANCIENS.
La secte méthodique ne finit qu'à Gariopontus, qui vivoit dans le même tems que Pierre Damien : c'est-à-dire dans le xj. siecle : mais Prosper Alpin, au commencement du xvij. siecle, fit un nouvel effort pour ressusciter le système des méthodiques, en publiant son excellent ouvrage de Medicinâ methodicâ. Baglivi écrivit ensuite sur le même sujet, & dans les mêmes vûes. Enfin Boerhaave a exposé, éclairci & augmenté ce système avec toute la profondeur de son génie, ensorte que les neuf pages in -12. que ce système occupe dans ses aphorismes, imprimés en 1709, ont été commentés dans une multitude prodigieuse de volumes.
Quoique Thémison eût fait un grand nombre de disciples, & que sa secte se soit soutenue si longtems, cependant plusieurs de ses contemporains & de ses successeurs immédiats ne l'embrasserent point. Les uns demeurerent fermes dans le parti des dogmatiques, & continuerent de suivre Hippocrate, Hérophile, Erasistrate & Asclépiade ; les autres s'en tinrent à l'empirisme. La dissension même qui regnoit entre les méthodiques donna naissance à de nouveaux systèmes, & leur secte poussa deux branches ; savoir l'épisynthétique & l'éclectique, ainsi qu'il paroît par le livre intitulé Introduction, qui est attribué à Galien. Comme le terme épisynthétique est tiré du mot grec, qui signifie entasser ou assembler, l'on est tenté de conjecturer que les Médecins ainsi nommés réunissoient les principes des méthodiques avec ceux des empiriques & des dogmatiques, & que leur systême étoit un composé des trois autres. Le mot éclectique, qui veut dire choisissant, nous fait entendre sans peine que dans la secte éclectique on faisoit profession de choisir & d'adopter ce qu'on pensoit que les autres sectes avoient enseigné de mieux.
Le système des Pneumatiques, imaginé par Athénée & qui eut peu de partisans, consistoit à établir un cinquieme principe, qu'ils nommerent esprit, lequel recevant quelque altération, cause diverses maladies. Cette opinion théorique ne mérite pas de nous arrêter parce que les pneumatiques ne formerent point de secte distinguée ; que d'ailleurs leur pratique étoit la même que celle des anciens Médecins, tant dogmatiques qu'empiriques ; & qu'elle s'accordoit à quelques égards avec celle des méthodiques. Si le livre de flatibus étoit véritablement d'Hippocrate, on pourroit dire que ce grand homme avoit conçu le premier le système d'Athénée. Cependant l'auteur de ce livre, quel qu'il soit, est à-coup-sûr un médecin dogmatique. Arétée, qui semble avoir admis le cinquieme principe des pneumatiques, suivit aussi généralement dans sa pratique celle des méthodiques ; lisez, je ne dis pas son article, mais ses ouvrages, ils en valent bien la peine.
Quoique Celse n'ait fondé aucune secte particuliere, il a écrit en latin de la Médecine si judicieusement & avec tant de pureté, qu'il n'est pas permis de le passer sous silence.
Il est vraisemblable qu'il naquit sous le regne d'Auguste, & qu'il écrivit au commencement du regne de Tibere ; c'est ce qu'on peut inférer d'un passage de Columelle qui vivoit du tems de Claude, & qui parle de Celse comme d'un auteur qui avoit écrit avant lui, mais qu'il avoit vû. Corneille Celse, dit-il, notre contemporain, a renfermé dans cinq livres tout le corps des beaux-arts ; & ailleurs Julius Atticus & Corneille Celse sont deux écrivains célebres de notre âge. Quintilien remarque aussi que Celse avoit écrit non-seulement de la Médecine, mais de tous les arts libéraux ; cependant de tous ses ouvrages il ne nous reste que ceux qui concernent la Médecine, & quelques fragmens de la rhétorique.
Toute la Médecine de cet auteur judicieux est renfermée dans huit livres, dont les quatre premiers traitent des maladies internes, ou de celles qui se guérissent principalement par la diete. Le cinquieme & le sixieme, des maladies externes ; à quoi il a ajouté diverses formules de médicamens internes & externes. Le septieme & le huitieme parlent des maladies qui appartiennent à la Chirurgie.
Hippocrate & Asclépiade sont les principaux guides que Celse a choisis, quoiqu'il ait emprunté plusieurs choses de ses contemporains : il suit le premier, lorsqu'il s'agit du prognostic & de plusieurs opérations de Chirurgie. Il va même jusqu'à traduire sur cette matiere Hippocrate mot-à-mot, d'où il a acquis le surnom d'Hippocrate latin. Quant au reste de la Médecine, il paroît s'être conformé à Asclépiade, qu'il cite comme un bon auteur, & dont il convient avoir tiré de grands secours. Voilà ce qui a donné lieu à quelques-uns de compter Celse entre les méthodiques. Mais quand il ne seroit pas évident par la maniere dont il parle des trois sectes principales qui partageoient la Médecine de son tems, qu'il n'en embrasse aucune en particulier, on n'auroit qu'à conférer sa pratique avec celle des méthodiques pour se garantir ou pour sortir de cette erreur. En un mot, si Celse ne se déclara pas pour la secte éclectique, il est du-moins certain qu'il en suivit les principes, choisissant avec beaucoup d'esprit ce qui lui paroissoit le meilleur dans chaque secte & dans chaque auteur. On en peut juger par ses écrits qui sont entre les mains de tout le monde ; il seroit inutile par cette seule raison d'en faire ici l'analyse ; mais je ne puis m'empêcher de rapporter le conseil qu'il donne pour la conservation de la santé, & qui seul peut suffire pour faire connoître son génie & ses lumieres.
Un homme né, dit-il, d'une bonne constitution, qui se porte bien & qui ne dépend de personne, doit ne s'assujettir à aucun régime & ne consulter aucun médecin. Pour diversifier sa maniere de vivre, qu'il demeure tantôt à la campagne, tantôt à la ville ; mais plus souvent à la campagne. Il navigera, il ira à la chasse, il se reposera quelquefois, & prendra fréquemment de l'exercice, car le repos affoiblit & le travail rend fort. L'un hâte la vieillesse, l'autre prolonge la jeunesse. Il est bon qu'il se baigne tantôt dans l'eau chaude, & tantôt dans l'eau froide ; qu'il s'oigne en certain tems, & qu'il n'en fasse rien en un autre ; qu'il ne se prive d'aucune viande ordinaire ; qu'il mange en compagnie & en particulier ; qu'il mange en un tems un peu plus qu'à l'ordinaire ; qu'en un autre il se regle ; qu'il fasse plutôt deux repas par jour qu'un seul ; qu'il mange toujours assez, & un peu moins que sa faim. Cette maniere de s'exercer & de se nourrir est autant nécessaire que celle des athletes est dangereuse & superflue. Si quelques affaires les obligent d'interrompre l'ordre de leurs exercices, ils s'en trouvent mal ; leurs corps deviennent replets, ils vieillissent promptement, & tombent malades.
Voici ses préceptes pour les gens mariés : on ne doit ni trop rechercher, ni trop fuir le commerce des femmes ; quand il est rare, il fortifie ; quand il est fréquent, il affoiblit beaucoup ; mais comme la fréquence ne se mesure pas tant ici par la répétition des actes qu'elle s'estime par l'âge, le tempérament & la vigueur, il suffit de savoir là-dessus que le commerce qui n'est suivi ni de douleur, ni de la moindre débilité, n'est pas inutile ; il est plus sûr la nuit que le jour. Il faut en même tems se garder de veiller, de se fatiguer, & de manger trop incontinent après. Enfin toutes les personnes d'une forte santé doivent observer, tant qu'ils jouiront de cet heureux état, de ne pas user mal-à-propos des choses destinées à ceux qui se portent mal.
Je ne me propose point de discuter l'état de la Médecine chez les Romains. Il est vraisemblable qu'ils n'ont pas été absolument sans médecins au commencement de leur république ; mais il y a apparence que jusqu'à la venue d'Archagatus à Rome l'an 575 de la fondation de cette ville, ils ne s'étoient servi que de la Médecine empirique, telle que les premiers hommes la pratiquoient ; c'est cette Médecine qui étoit si fort du goût de Caton, & de laquelle il avoit écrit le premier de tous les Romains ; mais le regne de Jules César fut favorable à ceux de cette profession. Jules César, dit Suétone, donna le droit de la bourgeoisie de Rome à tous ceux qui exerçoient la Médecine, & à ceux qui enseignoient les arts libéraux, afin qu'ils demeurassent plus volontiers dans cette ville, & que d'autres vinssent s'y établir. Il n'en falloit pas davantage pour attirer un grand nombre de médecins dans cette capitale du monde, où ils trouvoient d'ailleurs des moyens de s'enrichir promptement.
En effet, dès que la profession de la Médecine fut ouverte aux étrangers comme aux Romains, tous ceux qui se sentoient quelque ressource dans l'esprit, ou des espérances de faire fortune, ne manquerent pas de l'embrasser à l'exemple d'Asclépiade qui avoit abandonné le métier ingrat de la Rhétorique pour devenir médecin. Les uns se faisoient chirurgiens, d'autres pharmaciens, d'autres vendeurs de drogues & de fards, d'autres herboristes, d'autres compositeurs de médecine, d'autres accoucheurs, &c.
Auguste, successeur de Jules César, favorisa les médecins, de même que les autres gens de lettres, sur-tout depuis qu'Antonius Musa l'eut guéri d'une maladie opiniâtre par le secours des bains froids. Cette cure valut à Musa, outre de grandes largesses qui lui furent faites par l'empereur & par le sénat, le privilege de porter un anneau d'or ; privilege qu'il obtint pour ses confreres, qui furent encore exemtés de tous impôts en sa considération. Suétone ajoute que le sénat fit élever à Musa une statue d'airain, que l'on mit à côté de celle d'Esculape.
Cependant la condition servile d'Antoine Musa, avant tous les honneurs dont il fut revêtu, a persuadé quelques modernes qu'il n'y avoit que des esclaves qui exerçassent la Médecine à Rome sous le regne des premiers empereurs, & même assez longtems après. On ne peut pas nier qu'il n'y ait eu quantité d'esclaves médecins, ou qu'on appelloit tels, & qui exerçoient toutes ou quelques parties de cet art ; cependant je n'en voudrois pas conclure qu'il n'y eût point à Rome de médecin d'une autre condition. Ce ne furent point des esclaves qui introduisirent la Médecine dans cette capitale du monde, ce furent des Grecs d'une condition libre, tels qu'étoient Archagatus & Asclépiade. Si le médecin Artorius, qui fut pris avec Jules César par des pirates, avoit été de condition servile, il semble que Plutarque auroit eu mauvaise grace de l'appeller l'ami de César ; mais il y a un passage de Cicéron qui prouve, ce me semble, que la Médecine étoit de son tems regardée à Rome comme un art que les personnes libres pouvoient exercer sans se dégrader. Les arts, dit-il, qui demandent une grande connoissance, ou qui ne sont pas d'une médiocre utilité, comme la Médecine, comme l'Architecture, comme tous les autres arts qui enseignent des choses honnêtes, ne déshonorent point ceux qui les exercent, lorsqu'ils sont d'une condition à laquelle ces professions conviennent. Offic. liv. I. chap. xlij.
Il est vrai qu'on vit à Rome & ailleurs un très-grand nombre d'esclaves médecins, soit qu'ils eussent appris leur profession étant déja esclaves, soit qu'étant nés libres, ils fussent tombés par malheur dans l'esclavage : mais de quelque condition qu'ayent été les médecins qui succéderent à ceux dont nous avons parlé jusqu'ici, ils ne se distinguerent les uns ni les autres par aucun ouvrage intéressant ; la plûpart ne s'occuperent que de leur fortune, & les Historiens ne parlent avec éloge que d'Andromachus, médecin de Néron, & de Rufus d'Ephese qui vécut sous Trajan.
Galien qui naquit à Pergame sous le regne d'Adrien environ la 131e année de l'ére chrétienne, se distingua singulierement dans cette profession par sa pratique & par ses ouvrages.
Pour connoître l'état de la Médecine lorsque Galien parut, il faut se rappeller que les sectes dogmatiques, empiriques, méthodiques, épisynthétiques, pneumatiques & éclectiques subsistoient encore. Les méthodiques étoient en crédit, & l'emportoient sur les dogmatiques affoiblis par leur division ; les uns tenant pour Hippocrate ou Praxagore, les autres pour Erasistrate ou pour Asclépiade. Les empiriques étoient les moins considérés. Les éclectiques les plus raisonnables de tous, puisqu'ils faisoient profession d'adopter ce que chaque secte avoit de bon, sans s'attacher particulierement à aucune, n'étoient pas en grand nombre. Quant aux épisynthétiques & aux pneumatiques, c'étoient des especes de branches du parti des méthodiques.
Galien proteste qu'il ne veut embrasser aucune secte, & traite d'esclaves tous ceux de son tems qui s'appelloient Hippocratiques, Praxagoréens, & qui ne choisissoient pas indistinctement ce qu'il y avoit de bon dans les écrits de tous les Médecins. Là-dessus qui ne le croiroit éclectique ? Cependant Galien étoit pour Hippocrate préférablement à tout autre, ou plutôt il ne suivoit que lui : c'étoit son auteur favori ; & quoiqu'il l'accuse en plusieurs endroits d'obscurité, de manque d'ordre, & de quelques autres défauts, il marque une estime particuliere pour sa doctrine, & il confesse qu'à l'exclusion de rout autre, il a posé les vrais fondemens de cette science. Dans cette idée, loin de rien emprunter des autres sectes, ou de tenir entr'elles un juste milieu, il composa plusieurs livres pour combattre ce qu'on avoit innové dans la Médecine, & rétablit la pratique & la théorie d'Hippocrate. Plusieurs Médecins avoient commenté cet ancien, avant que Galien parût ; mais celui-ci prétend que la plûpart de ceux qui s'en étoient mêlés, s'en étoient mal acquités. Il n'étoit point éloigné de se croire le seul qui l'eut jamais bien entendu. Cependant les savans ont remarqué qu'il lui donne assez souvent de fausses interprétations.
Les défauts de Galien sont trop connus de tous les habiles médecins, pour m'arrêter à les exposer ; on ne peut cependant disconvenir que son système ne soit la production d'un homme d'esprit, doué d'une imagination des plus brillantes. Il montre ordinairement beaucoup de lumieres & de sagacité, quand il commente quelques points de la doctrine d'Hippocrate sur la connoissance ou la cure des maladies ; mais il fait pitié quand il nous entretient des quatre élémens, des qualités premieres, des esprits, des facultés, & des causes occultes.
Pour ce qui regarde son anatomie, il a laissé sur cette matiere, deux ouvrages qui l'ont immortalisé. L'un que nous n'avons pas complet, est intitulé, administration anatomique ; l'autre a pour titre de l'usage des parties du corps humain ; c'est un livre admirable, digne d'être étudié par tous les physiciens. On voit en parcourant ces deux traités, que leur auteur infatigable possédoit toutes les découvertes anatomiques des siecles qui l'avoient précédé, & que trompé seulement par la ressemblance extérieure de l'homme avec le singe, il a souvent attribué à l'homme ce qui ne regardoit que le singe ; c'est presque le seul reproche qu'on puisse lui faire.
Les médecins grecs qui vinrent après lui, suivirent généralement sa doctrine, & s'en tinrent au gros de la méthode de leur prédécesseur. Les plus distingués d'entr'eux sont Oribase, Aëtius, Alexandre Trallian, Paul Eginete, Actuarius & Myrepsus. Nous parlerons de tous sous le mot MEDECIN, quoiqu'il n'y ait presque rien de nouveau qui leur appartienne en propre dans leurs écrits. Quelques autres encore moins estimables, quoique nommés par les historiens, n'ont été que les sectateurs aveugles de ceux-ci, & ne méritent pas même d'être placés à côté d'eux. Presque tous, au lieu de se piquer de recherche & d'industrie, ont employé leur tems à décrire & à vanter un nombre infini de compositions ridicules. La Médecine en a été surchargée ; la pratique en est devenue plus incertaine, & ses progrès en ont été retardés.
Ce qu'on vient de dire des derniers médecins grecs, n'est pas moins vrai des médecins arabes. Ceux-ci ont toutefois la réputation d'avoir introduit dans la Médecine l'usage de quelques plantes, & particulierement de quelques purgatifs les plus doux, tels que la manne, les tamarins, la casse, les mirobolans, la rhubarbe & le séné qui est un cathartique plus fort. Ils firent encore entrer le sucre dans les compositions médicinales ; d'où il arriva, qu'elles se reproduisirent sous une infinité de formes inconnues aux anciens, & d'un très-petit avantage à leurs successeurs. C'est à eux que la Médecine doit les syrops, les juleps, les conserves & les confections. Ils ont aussi transmis à la Médecine l'usage du musc, de la muscade, du macis, des clous de gérofle, & de quelqu'autres aromates dont se sert la cuisine, & qui sont d'un usage aussi peu nécessaire à la Médecine, que celui des pierres précieuses pilées, & des feuilles d'or & d'argent. Enfin, ils ont eu connoissance de la chimie & de l'alchimie ; mais ils méritent par quelque endroit d'être lûs, je veux dire pour avoir décrit avec une grande exactitude quelques maladies que les anciens n'ont pas connues ; telles que la petite-vérole, la rougeole & le spina ventosa.
Il est certain que dans la décadence des lettres en Europe, les Arabes ont cultivé toutes les sciences ; qu'ils ont traduit les principaux auteurs, & qu'il y en a quelques-uns qui étant perdus en grec, ne se retrouvent que dans les traductions arabes. Ce fut le calife Almansor qui donna le premier à ses sujets le goût des sciences ; mais Almamon cinquieme calife, favorisa plus qu'aucun autre les gens de lettres, & anima dans sa nation, la vive curiosité d'apprendre les sciences, que les Grecs avoient si glorieusement cultivées.
Alors les Arabes firent un grand cas de la médecine étrangere, & écrivirent plusieurs ouvrages sur cette science. Parmi ceux qui s'y distinguerent, on compte Joanna fils de Mésuach, qui mourut l'an de J. C. 819, Haly-Abbas, Rhasès, Ezarharagni, Etrabarani, Avicenne, Mésuach ou Mesué, Thograi, Ibnu-Thophail, Ibnu-Zohar, Ibnu-El-Baitar, Avenzoar, Averrhoès & Albucasis. Jean Léon l'africain peut fournir aux curieux l'abrégé historique de leur vie, car je ne dirai qu'un mot de chacun sous l'article MEDECINS.
Si des régions du monde que les Arabes éclairoient, nous passons à la partie occidentale de l'Asie, nous serons affligés de la barbarie qui s'y trouvoit, & qui y regne sans interruption, depuis que tout ce pays est soumis à l'empire des Turcs, avec les îles de l'Archipel autrefois si florissantes.
En effet, que penser de la médecine d'un état, où l'on admet à peine le premier médecin du prince pour traiter des femmes qui sont à l'agonie ? Encore ce docteur ne peut-il les voir ni en être vû ; il ne lui est permis de tâter le pouls qu'au travers d'une gaze ou d'un crêpe, & bien souvent il ne sauroit distinguer si c'est l'artère qui bat, ou le tendon qui est en contraction : les femmes même qui prennent soin de ces malades ne sauroient lui rendre compte de ce qui est arrivé dans le cours de la maladie, car elles s'enfuient bien vîte, quand il vient, & il ne reste autour du lit que les eunuques pour empêcher le médecin de regarder la malade, & pour lever seulement les coins du pavillon de son lit, autant qu'ils le jugent nécessaire pour laisser passer le bras de cette moribonde. Si le médecin demandoit à voir le bout de la langue ou à tâter quelque partie, il seroit poignardé sur le champ. Hippocrate avec toute sa science eût été bien embarrassé, s'il eut eû à traiter des musulmanes ; pour moi qui ai été nourri dans son école, & suivant ses maximes, écrivoit M. de Tournefort, dans le dernier siecle, je ne savois quel parti prendre chez les grands Seigneurs du levant, quand j'y étois appellé, & que je traversois les appartemens de leurs femmes qui sont faits comme les dortoirs de nos religieuses, je trouvois à chaque porte un bras couvert de gaze qui avançoit par un trou fait exprès. Dans les premieres visites, continue-t-il, je croyois que c'étoient des bras de bois ou de cuivre destinés pour éclairer la nuit ; mais je fus bien surpris quand on m'avertit qu'il falloit guérir les personnes à qui ces bras appartenoient.
Revenons donc à notre Europe, & voyons si la médecine des Arabes qui vint à s'y introduire sur la fin des siecles d'ignorance, nous a été plus avantageuse. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'elle a occasionné dans la suite des tems, la plus grande révolution qui soit arrivée, tant dans la théorie, que dans la pratique de cette science.
M. Boerhaave a pensé qu'après que les Arabes eurent goûté la chimie & l'alchimie, ils porterent dans ces sciences leur façon métaphorique de s'exprimer, donnant aux moyens de perfectionner les métaux, les noms de différentes médecines : aux métaux imparfaits des noms de maladies ; & à l'or celui d'homme vigoureux & sain. Les ignorans prenant à la lettre ces expressions figurées, supposerent que par des préparations chimiques, on pouvoit changer les métaux en or, & rendre la santé au corps. Ils firent d'autant plus aisément cette supposition, qu'ils s'apperçurent que les scories des plus vils métaux étoient désignées dans les auteurs arabes par le mot de lèpre, une des plus incurables maladies. On appella du nom de pierre philosophale ou de Don-Azoth, cette préparation chimique capable de produire ces merveilleux effets ; & ceux qui en possédoient le secret furent nommés adeptes.
Vers le commencement du treizieme siecle, la chimie vint à pénétrer en Europe, soit par le retour des croisés, soit par la traduction que l'empereur Fréderic II. fit faire dans ce tems-là de quelques livres arabes en latin.
Albert le grand, né dans la Souabe, & Roger Bacon né dans la province de Sommerset, en Angleterre en 1214, goûterent cette science, tenterent de l'introduire en Europe, & ils y réussirent ; mais ce ne fut que sur la fin du même siecle, qu'Arnauld de Villeneuve, né, dit-on, dans l'île de Maïorque en 1235, fit servir la Chimie à la Médecine. Il trouva l'esprit de vin, l'huile de térébenthine, & quelqu'autres compositions. Il s'apperçut que son esprit-de-vin étoit susceptible du goût & de l'odeur des végétaux ; & de-là vinrent toutes les eaux composées dont les boutiques de nos Apothicaires sont pleines, & dont on peut dire en général, qu'elles sont plus lucratives pour les distillateurs, que salutaires aux malades.
Basile Valentin, moine bénédictin, qui fleurissoient au commencement du quinzieme siecle, établit le premier comme principe chimique des mixtes, le sel, le mercure & le soufre. Il a décrit le sel volatil huileux dont Sylvius Dele-Boë a parlé avec tant d'éloges, & dont il s'est fait honneur, ainsi que de quelqu'autres découvertes moins anciennes. Le même Basile Valentin est le premier qui ait donné l'antimoine intérieurement, & qui ait trouvé le secret de le préparer.
Sur la fin du même siecle, parut en Europe ce fatal présent qui naît de la communication des amours de gens gâtés. Au retour de Christophe Colomb, dont les soldats & les matelots apporterent cette maladie d'Hispaniola en 1492, elle fit en Europe des progrès si rapides, qu'elle devint en peu d'années la plus commune parmi les peuples, & la plus lucrative pour les médecins.
Cependant cette maladie si remarquable dans l'histoire de la médecine par sa naissance, l'est encore par la multitude des remedes nouveaux ou préparés d'une façon nouvelle, dont l'art s'est enrichi à son occasion. Tels sont le gayac, dont on commença à se servir en 1517 ; la squine, qu'on ne connut en Europe qu'en 1535, & la salsepareille : mais le remede le plus important & qui changea, pour ainsi dire, la face des choses, ce fut le mercure.
Ce minéral fut connu dans toute l'Europe en 1498, & fut employé presque aussi-tôt dans la cure des maux vénériens. On l'appliqua extérieurement à l'exemple des Arabes, qui avoient prescrit l'usage du vif-argent dans les maladies cutanées, long-tems avant qu'il fût question de la maladie d'Amérique. Comme cette maladie attaquoit aussi la peau cruellement, on conjectura qu'on pourroit employer contr'elle le mercure avec quelques succès. Paracelse fut un des premiers qui ait eu le secret de l'administrer intérieurement, & d'opérer des cures surprenantes avec ce seul remede.
Tous les Médecins connoissent plus ou moins Paracelse, il naquit près de Zurich en 1493, & se fit pendant sa vie la plus haute réputation dans l'exercice de son art. On le comprendra d'autant plus aisément, que le langage de la médecine étoit encore en Europe un composé barbare, de latin, de grec & d'arabe. Galien commandoit aussi despotiquement dans les écoles médicinales, qu'Aristote sur les bancs de la Philosophie. La théorie de l'art étoit uniquement fondée sur les qualités, leurs degrés, & les tempéramens. Toute la pratique se bornoit à saigner, purger, faire vomir, & donner des clystères ; c'est tout ce qu'on sut adopter des écrits du médecin de Pergame.
Paracelse, éclairé sur les propriétés du mercure & de l'opium, guérissoit avec ces deux arcanes, les maux vénériens, ceux de la peau, la lèpre, la gale, les hydropisies légeres, les diarrhées invétérées, & d'autres maladies incurables pour ses contemporains qui ne connoissoient point le premier de ces remedes, & qui regardoient l'autre comme un réfrigérant du quatrieme degré.
D'ailleurs, il avoit voyagé par toute l'Europe, en Russie, dans le levant, avoit assisté à des siéges & à des combats, & avoit suivi des armées en qualité de médecin : il professa pendant deux ans la médecine à Bâle, & composa plusieurs ouvrages qu'on vanta d'autant plus qu'ils étoient intelligibles. Il est vrai que les écrits qui portent son nom, sont en si grand nombre & d'un caractere si différent entr'eux, qu'on ne peut s'empêcher d'en attribuer la plus grande partie à ses disciples. Mais on regarde généralement comme originaux, le traité des minéraux, celui de la peste, celui de longâ vitâ & l'Archidoxa medicinae. Le dernier de ces livres contient quelques découvertes, dont les Chimistes qui lui succéderent immédiatement se firent honneur. Le lithontriptique & l'alcahest de Van-Helmont en sont visiblement tirés. On met encore au nombre des écrits de Paracelse, les livres de arte rerum naturalium.
Je me garderai bien de faire l'analyse des ouvrages de cet homme extraordinaire. Ceux qui auront la patience de les parcourir, s'appercevront bientôt qu'il avoit l'imagination déréglée, & la tête remplie d'idées chimériques. Il donna dans les réveries de l'astrologie, de la géomancie, de la chiromancie, & de la cabale, tous arts dont l'ignorance des tems où il vivoit, entretenoit la vogue. Il n'a rien obmis de tout ce qui pouvoit le faire passer pour un magicien, un sorcier ; mais il a joué de malheur, on ne l'a pris que pour un fourbe. Il se vantoit d'un remede universel, & malgré la promesse qu'il avoit faite de prolonger sa vie à une durée égale à celle de Mathusalem, par le moyen de son élixir, il mourut au cabaret, dans la quarante-huitieme année de son âge, au bout d'une maladie de quelques jours.
Cependant entre les absurdités dont ses ouvrages sont remplis, on trouve quelques bonnes choses, & qui ont servi aux progrès de la Médecine. On ne peut disconvenir qu'il n'ait attaqué avec succès les qualités premieres, le chaud, le sec, le froid, & l'humide ; c'est lui qui a commencé à détromper les Médecins, & à leur ouvrir les yeux sur les faux d'un système qu'on suivoit depuis le tems de Galien. Il osa le premier traiter la philosophie d'Aristote, de fondement de bois ; & l'on peut dire qu'en découvrant le peu de solidité de cette base, il donna lieu à ses successeurs d'en poser une plus solide.
Son opinion touchant les semences qu'il suppose avoir toutes existé dès le commencement, est adopté aujourd'hui par de très-habiles gens, qui n'ont que le mérite de l'avoir exposée d'une maniere plus vraisemblable. Ce qu'il a avancé sur les principes chimiques, le sel, le souffre, & le mercure, a ses usages dans la physique & dans la Médecine. On ne peut encore disconvenir qu'il n'eût une grande connoissance de la matiere médicale, & qu'il n'eût travaillé sur les végétaux & les minéraux. Il avoit fait un grand nombre d'expériences ; mais il eut la vanité ridicule de cacher les découvertes auxquelles elles l'avoient conduit, & de se vanter de secrets qu'il ne posseda jamais.
La censure que le chancelier Bacon a portée de ce personnage singulier & de ses sectateurs, est très-juste. Si les Paracelsistes, dit-il, s'accordent à l'exemple de leur maître, dans les promesses qu'ils firent au monde, c'est qu'ils étoient unis ensemble par un même esprit de vertige qui les dominoit. Cependant en errant en aveugle, à-travers les dédales de l'expérience, ils tomberent quelquefois sur des découvertes utiles ; ils cherchoient en tâtonnant (car la raison n'avoit aucune part dans leurs opérations), & le hasard leur mit sous la main des choses précieuses. Ils ne s'en tinrent pas là : tous couverts de la cendre & de la fumée de leurs laboratoires, ils se mirent à former des théories. Ils tenterent d'élever sur leurs fourneaux un systême de philosophie ; ils s'imaginerent que quelques expériences de distillations leur suffisoient pour cet édifice immense ; ils crurent que des séparations & des mélanges ; la plûpart du tems impossibles, étoient les seuls matériaux dont ils avoient besoin ; plus imbécilles que des enfans qui s'amusent à construire des châteaux de cartes.
Le fameux Van-Helmont parut 90 ans après Paracelse, & marcha sur ses traces, mais en homme savant, qui d'ailleurs avoit employé sa vie à examiner par la chimie les fossiles & les végétaux. Ses opinions se répandirent promptement dans toute l'Europe. La Médecine ne connut d'autres remedes que ceux que la Chimie préparoit ; & les productions de cet art passerent pour les seuls moyens qu'on pût employer avec succès à conserver la vie & la santé. Ce qui acheva de mettre les préparations chimiques en réputation, furent les leçons que Sylvius de le Boë dicta peu de tems après à Leyde à un auditoire fort nombreux. Ce professeur prenant à tâche d'accréditer cet art, ne cessoit de vanter ses merveilles ; son éloquence, son exemple, & son autorité, firent toute l'impression qu'il en pouvoit attendre. Otho Tachénius, partisan enthousiaste du mérite de la Chimie, défendit sa gloire par trois traités aussi travaillés que profonds, & la Chimie n'eut plus d'adversaires.
Tout le monde se tint pour convaincu que la nature opere en chimiste ; que la vie de l'homme est son ouvrage ; que les parties du corps sont ses instrumens ; en un mot qu'elle produit par des voies purement chimiques tout ce que la variété infinie des mouvemens fait éclorre dans le corps humain. Les écoles des universités ne retentissoient que de ces propositions, & les écrits des Médecins en étoient remplis.
C'est, disoient-ils, par leur acidité que de certaines liqueurs corrodent les métaux ; c'est donc un acide qui dissout les alimens dans l'estomac. Les acides sont extraits par le feu, & si on les mêle avec les huiles des aromates qui sont extrèmement âcres, il se fait une violente effervescence ; l'acidité du chyle produira donc la chaleur naturelle, en se mêlant avec le baume du sang ; s'il arrive que le chyle & le sang soient l'un & l'autre fort âcres, alors il y aura fievre ardente.
On sait que le nitre, le sel marin, & particulierement le sel ammoniac, refroidissent l'eau ; c'est donc ajoutoit-on, à ces matieres qu'il faut attribuer le frisson de la fievre. Les exhalaisons du vin en ébullition, en se portant dans un vaisseau placé au-dessus d'elles, nous offrent, continuoient-ils, une image de la génération des esprits dans notre corps. Les acides mêlés avec les alkalis, produisent une fermentation d'une violence capable de briser les vaisseaux qui les contiennent ; c'est ainsi que le chyle occasionne par son mêlange avec le sang des effervescences dans les ventricules du coeur, & produit toutes les maladies aiguës & chroniques. Ce systême extravagant qui devint le fondement de plusieurs pratiques fatales au genre humain, regnoit encore dans les écoles françoises il n'y a pas long-tems ; on craignoit pour sa vie le duel des acides & des alkalis dans le corps, autant qu'un combat sur mer contre les Anglois.
Comme un beau soleil dissipe les brouillards qui sont tombés sur l'horison, de même au commencement du xviij. siecle Guillaume Harvey dissipa tous les vains fantômes de la Médecine, par sa découverte immortelle de la circulation du sang. Elle a seule répandu la lumiere sur la vie, la santé, le plus grand nombre de maladies, & a jetté dans le monde les vrais fondemens de l'art de guérir.
Depuis que les Médecins ont connu cette circulation, ainsi que la route du chyle, ils sont mieux en état d'expliquer la transformation des alimens en sang, & l'origine des maladies. La démonstration des vaisseaux lymphatiques, des veines lactées, du canal thorachique, répand du jour sur les maladies qui naissent du vice des glandes, de la lymphe, ou d'une mauvaise nutrition. Les découvertes de Malpighi sur les poumons, & celles de Bellini sur les reins, peuvent servir à mieux entendre l'origine & les causes des maladies dont ces parties sont attaquées ; telles que la phthisie, l'hydropisie, & les douleurs néphrétiques. Le travail de Glisson, de Bianchi, & de Morgagni, sur la structure du foie, conduit au traitement éclairé des maladies de cet organe.
Les recherches aussi belles que curieuses de Sanctorius sur la Médecine statique, ont dévoilé les mysteres de la transpiration insensible, ses avantages, & les maladies de sa diminution, de sa suppression, dont on n'avoit auparavant aucune connoissance.
Depuis que les Médecins sont instruits de la maniere dont le sang circule dans les canaux tortueux de l'utérus, les maladies de cette partie, de même que celles qui proviennent de l'irrégularité des regles, sont plus faciles à comprendre & à traiter. La connoissance de la distribution des nerfs & de leur communication, a jetté de la lumiere sur l'intelligence des affections spasmodiques, hypocondriaques & hystériques, dont les symptômes terribles effraient un peu moins.
Depuis que Swammerdam & de Graaf, après eux Cowper, Morgagny, Sanctorini, & une infinité d'autres habiles gens ont examiné la structure des parties de la génération de l'un & de l'autre sexe, les maladies qui y surviennent ont été, pour ainsi dire, soumises aux jugemens de nos sens, & leurs causes rendues assez palpables.
Enfin, personne n'ignore les avantages que retire la Physiologie des travaux de plusieurs autres modernes, comme, par exemple, des traités de Lower, de Lancisi, & de Sénac sur le coeur ; des descriptions de Duverney & de Valsalva sur l'organe de l'ouie ; des belles observations d'Havers sur les os, & sur-tout des ouvrages admirables de Ruysch.
Mais c'est à Boerhaave qu'est dûe la gloire d'avoir posé, au commencement de ce siecle, les vrais & durables fondemens de l'art de guérir. Ce génie profond & sublime, nourri de la doctrine des anciens, éclairé par ses veilles des découvertes de tous les âges, également versé dans la connoissance de la Méchanique, de l'Anatomie, de la Chimie & de la Botanique, a porté, par ses ouvrages dans la Médecine, des lumieres qui en fixent les principes, & qui lui donnent un éclat que l'espace de trois mille ans n'avoit pu lui procurer.
Cependant les nations savantes de l'Europe ne pratiquent pas toutes cette Médecine avec la même gloire. Déja l'Italie, qui la premiere a retiré cette science des ténebres, & qui l'a illustrée par le plus grand nombre d'excellens ouvrages, semble se reposer sur les lauriers qu'elle a moissonnés. Les Hollandois sont encore plus intéressés par la nature de leur climat à cultiver noblement une science qu'ils tiennent de leur illustre compatriote, mais la facilité que tout le monde a dans les sept Provinces-Unies d'exercer la profession de Médecine, l'avilissement où elle est à divers égards, les foibles émolumens qu'en retirent ceux qui la pratiquent avec honneur, donnent lieu de craindre que sa beauté n'y soit ternie du matin au soir, comme une fleur de leurs jardins que flétrit le premier brouillard.
On aime beaucoup la Médecine en Allemagne, mais on aime encore davantage les remedes chimiques & pharmaceutiques qu'elle dédaigne : on travaille, on imprime sans cesse dans les académies germaniques des écrits sur la Médecine ; mais ils manquent de goût, & sont chargés d'un fatras d'érudition inutile & hors d'oeuvre.
La France est éclairée des lumieres de l'Anatomie & de la Chirurgie, deux branches essentielles de l'art qui y sont poussées fort loin : ce pays devroit encore être animé à la culture de la Médecine par l'exemple des Jacotius, des Durets, des Holliers, des Baillous, des Fernels, des Quesnays ; car il est quelquefois permis de citer les vivans. Cependant peu de médecins de ce grand royaume marchent sur les traces de ces hommes célebres qui les ont précédés. Je crois entrevoir que la fausse méthode des académies, des écoles medicinales, l'exemple, la facilité d'une routine qui se borne à trois remedes ; la mode, le goût des plaisirs, le manque de confiance de la part des malades ; l'envie qu'ils ont de guérir promptement ; les manieres & le beau langage qu'on préfere à l'étude & au savoir ; la vanité, le luxe d'imitation, le desir de faire une fortune rapide.... je ne veux point développer toutes les causes morales & physiques de cette triste décadence.
C'est donc en Angleterre ou, pour mieux parler, dans les trois royaumes de la Grande-Bretagne, que la Médecine fleurit avec le plus de gloire : elle y est perfectionnée par la connoissance des autres sciences qui y concourent ; par la nature du gouvernement, par le goût de la nation ; par son génie naturel & studieux ; par les voyages, par l'honneur qu'on attache à cette profession ; par les émolumens qui l'accompagnent ; par l'aisance de ceux qui s'y destinent ; enfin, par la vraie théorie de Boerhaave, qui a formé tous les médecins des îles Britanniques. Puissent-ils ne point changer cette théorie en empirisme, ne point s'écarter de la pratique de leur maître, & de la conduite du vertueux Sydenham leur compatriote !
O mes fils, gardez-vous de suivre d'autres lois !
Je serois fort aise si je pouvois inspirer quelque passion pour l'honnête profession d'une science utile & nécessaire : les sages ont dit que tel étoit l'éclat de la vérité, que les hommes en étoient éblouis lorsqu'elle se montroit à eux toute nue ; mais ce n'est point la Médecine qui se présente ainsi. On cherchera vainement les moyens de la perfectionner, tant que sa véritable théorie ne sera pas cultivée, & tant que ceux qui en exerceront la pratique la corrompront par leur ignorance ou leur avarice.
L'étendue de cette théorie, dit très-bien M. Quesnay, dont je vais emprunter les réflexions, demande de la part des Médecins une étude continuelle & des recherches pénibles ; mais ces travaux sont si longs & si difficiles, que la plûpart les négligent, & qu'ils tâchent d'y suppléer par des conjectures qui rendent souvent l'art de guérir plus nuisible aux hommes qu'il ne leur est utile.
Les Médecins peu intelligens ou peu instruits, ne distinguent pas assez les effets des remedes d'avec ceux de la nature ; & les évenemens qu'ils interpretent diversement, reglent ou favorisent les différentes méthodes qui se sont introduites dans la Médecine. Il y a des praticiens qui, trop frappés des bons ou des mauvais succès, & trop dominés par leurs propres observations, restent assujettis à l'empirisme, & ne suivent de méthode que celle qu'il leur suggere. Il y en a d'autres, encore plus nombreux, qui moins attentifs ou même moins sensibles au sort des malades, s'abandonnent aveuglément aux pratiques les plus communes & les plus adoptées par leurs confreres & par le public.
Toutes les nations ont de ces pratiques vulgaires autorisées par des succès apparens, & plus encore par des préjugés qui les perpétuent & qui en voilent les imperfections. On craint en Allemagne de verser le sang, on le prodigue en France : on pensoit différemment autrefois : toutes les nations de l'Europe suivoient unanimement la pratique d'Hippocrate ; mais le public séduit par la réputation de quelques médecins entreprenans qui introduisent de nouvelles méthodes, s'y prête, s'y accoutume, & même y applaudit. Une telle prévention subjugue les praticiens peu éclairés, peu courageux, ou peut-être trop mercénaires, & les assujettit à des pratiques qui ne sont autorisées que par l'usage & par la réputation des médecins qui les suivent, & dont l'expérience paroît les confirmer.
On ne sauroit comprendre combien ces préjugés ont retardé les progrès de la Médecine ; ils sont si dominans en tout pays, qu'on entreprendroit en vain de les dissiper. On ne doit donc pas se proposer de réformer les opinions populaires qui décident de la pratique de la Médecine & du mérite des Médecins. Ainsi je n'aurai en vûe que quelques hommes de probité qui veulent exercer dignement leur profession, sans se laisser entraîner par l'exemple, la renommée & l'amour des richesses.
L'exercice le plus multiplié ne nous assure ni du mérite ni de la capacité des Médecins. La variété & l'inconstance de leur pratique est au contraire une preuve décisive de l'insuffisance de cet exercice pour leur procurer des connoissances. En effet, le long exercice d'un praticien qui ne peut acquérir par l'étude les lumieres nécessaires pour l'éclairer dans la pratique, qui se regle par les évenemens, ou se fixe à la méthode la plus accréditée dans le public ; qui toujours distrait par la multitude des malades, par la diversité des maladies, par les importunités des assistans, par les soins qu'il donne à sa réputation, ne peut qu'entrevoir confusément les malades & les maladies. Un médecin privé de connoissances, toujours dissipé par tant d'objets différens, a-t-il le tems, la tranquillité, les lumieres pour observer & pour découvrir la liaison qu'il y a entre les effets des maladies & leurs causes ?
Fixé à une pratique habituelle, il l'exerce avec une facilité que les malades attribuent à son expérience : il les entretient dans cette opinion favorable par des raisonnemens conformes à leurs préjugés, & par le récit de ses succès ; il parvient même à les persuader que la capacité d'un praticien dépend d'un long exercice, & que le savoir ne peut former qu'un médecin spéculatif ou, pour parler leur langage, un médecin de cabinet.
Il y a des auteurs instruits dans la théorie, & qui, étant attentifs à des observations répétées où ils ont remarqué constamment les mêmes faits dans quelque point de pratique, sont parvenus à former des dogmes particuliers qu'on trouve dispersés dans leurs ouvrages : tels sont les Hilden, les Mercatus, les Riviere, &c. mais ces dogmes sont ordinairement peu exacts & peu lumineux.
D'autres ont porté plus loin leurs travaux ; ils ont rassemblé les connoissances que leur érudition, leur propre expérience & la physique de leur tems ont pu leur fournir, pour enrichir les différentes matieres qu'ils ont traitées : tels sont plus ou moins les Celse, les Aeginetes, les Avicennes, les Albucasis, les Chauliac, les Paré, les Aquapendente, les Duret, les Houllier, les Sennert, &c. Mais dans les tems que ces grands maîtres s'appliquoient à étendre la théorie par les connoissances qui naissent de la pratique, les autres sciences qui doivent éclairer ces connoissances faisoient peu de progrès. Ainsi les productions de ces médecins devoient être fort imparfaites.
Quelques auteurs se sont attachés à étendre & à perfectionner la théorie de certaines maladies : tels ont été les Baillou, les Pison, les Engalenus, les Bennet, les Magatus, les Severinus, les Wepfer, &c. qui, par leurs recherches & par leurs travaux, ont enrichi de nouvelles connoissances la théorie des maladies qu'ils ont traitées. Il semble même qu'en n'embrassant ainsi que des parties de la théorie, on pourroit davantage en hâter les progrès ; mais toutes les maladies ont entr'elles tant de liaison, que l'accroissement des connoissances sur une maladie dépend souvent entierement du concours de celles que l'on acquiert de nouveau sur les autres maladies, & cet accroissement dépend aussi du progrès des sciences qui peuvent éclairer cette théorie.
Enfin, il y a une autre classe de grands maîtres, qui est d'un ordre supérieur à celles dont nous venons de parler, & qui se réduit à un très-petit nombre d'hommes. Elle comprend les vrais instituteurs de la théorie de la Médecine qui cultivent en même tems les différentes sciences nécessaires pour former cette théorie, & qui rassemblent & concilient de nouveau les connoissances qu'elles peuvent leur fournir pour former les principes d'une doctrine plus étendue, plus exacte & plus lumineuse ; ce sont des architectes qui commencerent l'édifice dès les fondemens ; qui ne se servent des productions des autres que comme des matériaux déja préparés ; qui ne s'en rapportent pas simplement au jugement de ceux qui les ont fournis ; qui en examinent eux-mêmes toute la solidité, toute la valeur & toutes les propriétés ; qui en rassemblent beaucoup d'autres qu'on n'a pas encore employé, & qui par des recherches générales & une grande pénétration, en découvrent eux-mêmes un grand nombre, dont l'utilité regle & détermine l'usage des autres. C'est par de tels travaux qu'Hippocrate, Arétée, Galien & Boerhaave ont formé la théorie de la Médecine, ou l'ont fait reparoître dans un plus grand jour, & l'ont élevée successivement à de plus hauts degrés de perfection.
C'est par ces productions plus ou moins étendues de tant d'auteurs qui ont concouru aux progrès de la théorie de la Médecine, que nous reconnoissons tous les avantages de l'expérience : nous y voyons par-tout que ses progrès dépendent de l'accroissement des connoissances qu'on peut puiser dans la pratique de cet art ; que ces connoissances doivent être éclairées par la physique du corps humain ; que cette physique tire elle-même des lumieres d'autres sciences qui naissent aussi de l'expérience ; & qu'ainsi l'avancement de la théorie qui peut guider dans la pratique, dépend de l'accroissement de tous ces différens genres de connoissances, & des travaux des maîtres qui cultivent la Médecine avec gloire.
Mais les praticiens de routine, assujettis sans discernement aux méthodes vulgaires, loin de contribuer à l'avancement de la Médecine, ne font qu'en retarder les progrès ; car le public les présente ordinairement aux autres médecins comme des modeles qu'ils doivent imiter dans la pratique ; & ce suffrage aveugle & dangereux vient à bout de séduire des hommes sages. Extr. de la préf. du Dict. de Méd. traduite par M. Diderot, de l'angl. du D. James. (D.J.)
MEDECINE, parties de la, (Science) La Médecine, comme je l'ai déja dit, est l'art de conserver la santé présente & de rétablir celle qui est altérée ; c'est la définition de Galien.
Les modernes divisent généralement la Médecine en cinq parties : 1°. la Physiologie, qui traite de la constitution du corps humain, regardé comme sain & bien disposé. Voyez PHYSIOLOGIE.
2°. La Pathologie, qui traite de la constitution de nos corps considérés dans l'état de maladie. Voyez PATHOLOGIE.
3°. La Sémiotique, qui rassemble les signes de la santé ou de la maladie. Voyez SEMIOTIQUE.
4°. L'Hygiene, qui donne des regles du régime qu'on doit garder pour conserver sa santé. Voyez HYGIENE.
5°. La Thérapeutique, qui enseigne la conduite & l'usage de la diete ainsi que des remedes, & qui comprend en même-tems la Chirurgie. Voyez THERAPEUTIQUE.
Cette distribution est aussi commode pour apprendre que pour enseigner ; elle est conforme à la nature des choses qui forment la science médicinale, & d'ailleurs est usitée depuis long-tems par tous les maîtres de l'art. M. Boerhaave l'a suivie dans des institutions de Médecine, qui comprennent toute la doctrine générale de cette science.
Il expose d'abord dans cet ouvrage admirable, 1°. les parties, ou la structure du corps humain ; 2°. en quoi consiste la vie ; 3°. ce que c'est que la santé ; 4°. les effets qui en résultent. Cette premiere partie s'appelle Physiologie ; & les objets de cette partie qu'on vient de détailler, se nomment communément choses naturelles, ou conformes aux loix de la nature.
Dans la seconde partie de son ouvrage, il fait mention 1°. des maladies du corps humain vivant ; 2°. de la différence des maladies ; 3°. de leurs causes ; 4°. de leurs effets. On nomme cette partie Pathologie, en tant qu'elle contient la description des maladies ; Aethiologie pathologique, lorsqu'elle traite de leurs causes ; Nosologie, quand elle explique leurs différences ; enfin, Symptomatologie, toutes les fois qu'elle expose les symptomes, les effets, ou les accidens des maladies. Cette partie a pour objet les choses contraires aux lois de la nature.
Il examine dans la troisieme partie, 1°. quels sont les signes des maladies ; 2°. quel usage on en doit faire ; 3°. comment on peut connoître par des signes dans un corps sain & dans un corps malade, les divers degrés de la santé ou de la maladie. On appelle cette partie Sémiotique. Elle a pour objets les choses naturelles, non-naturelles, & contre-nature.
Il indique dans la quatrieme partie, 1°. les remedes ; 2°. leur usage. Comme c'est par ces remedes qu'on peut conserver la vie & la santé, on donne pour cette raison à cette quatrieme partie de la Médecine, le nom d'Hygiene. Elle a pour objet principalement les choses qu'on appelle non-naturelles.
M. Boerhaave donne dans la cinquieme partie, 1°. la matiere médicale ; 2°. la préparation des remedes ; 3°. la maniere de s'en servir pour rétablir la santé & guérir les maladies. Cette cinquieme partie de la Médecine, se nomme Thérapeutique, & elle comprend la diete, la Pharmacie, la Chirurgie, & la méthode curative.
Enfin l'auteur développe dans des aphorismes particuliers les causes & la cure des maladies ; mes deux ouvrages renferment toute la science d'Esculape en deux petits volumes in -12, scientiâ graves, qui joints aux beaux commentaires de MM. Haller & Van-Swieten, forment une bibliotheque médicale presque complete :
Apolline nati,
Nocturnâ versate manu, versate diurnâ.
Tum diros aegro pelletis è corpore morbos. (D.J.)
|
| MÉDECINS | MÉDECINS
Nous commencerons ici leur article en indiquant simplement leurs noms par ordre de dates ; mais, pour la commodité du lecteur, nous suivrons l'ordre alphabétique dans les détails qui les concernent. Nous ne parlerons point des Médecins qui ont fleuri depuis le célebre Harvey, c'est-à-dire, depuis le commencement du dix-septieme siecle, 1°. parce qu'ils sont assez connus ; 2°. parce que nous avons déja nommé, en traitant de la Médecine, ceux qui ont contribué davantage à l'avancement de cette science ; 3°. parce qu'enfin les autres n'appartiennent pas essentiellement au but de ce Dictionnaire.
Voici donc les anciens Médecins grecs & romains, rangés à-peu-près suivant l'ordre des tems qu'ils ont vécu, du-moins pour la plus grande partie, car je ne puis pas répondre pour tous, de mon ordre chronologique :
Esculape, Machaon & Podalyre, Démocrite de Crotone, Acron, Alcmoeon, Aegimius, Hérodicus de Sélymbre, Hippocrate, Démocrite d'Abdere, Dioclès de Caryste, Praxagore, Chrisippe de Cnide, Erasistrate, Hérophile, Callianax, Philinus de Cos, Sérapion grec, Héraclide le Tarentin, Asclépiade, Thémison, Aelius Promotus, Artorius, Aemilius Macer, Musa, Euphorbe, Ménécrate, Celse, Scribonius Largus, Andromachus, Arétée, Symmachus, Thessalus, Rufus d'Ephese, Quintus, Galien, Athénée, Agathinus, Archigene, Soranus, Coelius-Aurelianus, Oribaze, Aëtius, Vindicianus, Priscianus, Alexandre Trallian, Moschion, Paul Eginete, Théophile, Protospatarius, Palladius, Gariopontus, Actuarius, Myrepsus.
Les Médecins arabes qui suivirent, sont :
Joanna, Haly-Abbas, Abulhusen-Ibnu-Telmid, Rhazès, Ezarharagni, Etrabarani, Avicenne, Mésué, Sérapion, Thograi, Ibnu-Thophail, Ibnu-Zohar, Ibnu-el-Baitar, Avenzoar, Averrhoès, Albucasis.
Les auteurs européens qui introduisirent la Chimie dans la Médecine, sont :
Albert le Grand, Roger Bacon,Arnauld de Villeneuve, Basile, Valentin, Paracelse & Van-Helmont, dont nous avons déjà parlé aux mots MEDECINE & CHIMIE.
Je passe maintenant aux détails particuliers qui concernent les anciens, & je suivrai l'ordre alphabétique des noms de chacun, pour la plus grande commodité des Médecins lecteurs.
Abaris, prêtre d'Appollon l'hyperboréen, est un scythe qu'on dit avoir été versé dans la Médecine, & qu'on donne pour l'auteur de plusieurs talismans admirables. Les uns placent Abaris avant la guerre de Troie, d'autres le renvoient au tems de Pythagore, mais tout ce qu'on en raconte est entierement fabuleux.
Abulhusen-Ibnu-Telmid, habile Médecin arabe, chrétien, de la secte des Jacobites, naquit à Bagdad. Il composa un ouvrage sur toutes les maladies du corps humain ; cet ouvrage intitulé elmalihi, c'est-à-dire, la vraie réalité, fut présenté au soudan, & valut à l'auteur la place de médecin de ce prince, dans laquelle il acquit beaucoup d'honneur & de richesses. Il mourut l'an de l'hégyre 384, & de Jesus-Christ 994.
Acésias, médecin grec, dont nous ne savons autre chose sinon qu'il étoit si malheureux dans l'exercice de sa profession, que lorsqu'on parloit de quelqu'un qui avoit échoué dans une entreprise, on disoit communément en proverbe, , Acésias s'en est mêlé. Il en est parlé dans les proverbes d'Aristophane.
Athénée fait mention d'un Acésias que l'on met au nombre des auteurs qui ont traité de la maniere de faire des conserves, lequel, à ce que prétend Fabricius, est différent de celui dont il s'agit ici.
Acron, naquit à Agrigente, & fut contemporain d'Empedocle ; il exerça la Médecine quelque tems avant Hippocrate ; il passe pour avoir pratiqué cette science avec beaucoup de succès, & l'empirisme le revendique comme un de ses sectateurs. Plutarque dit qu'Acron se trouva à Athènes lors de la grande peste qui ravagea ce pays au commencement de la guerre du Péloponnèse, & qu'il conseilla au Athéniens d'allumer dans les rues de grands feux dans le dessein de purifier l'air. On raconte le même fait d'Hippocrate ; c'est quelquefois la coutume des anciens d'attribuer à plusieurs grands médecins les cures remarquables & les actions singulieres d'un seul. Les modernes ont donné dans une erreur assez semblable au sujet des découvertes qui avoient été faites, ou des choses qui avoient été dites plusieurs siecles avant qu'ils existassent.
Actuarius. Ce n'est point le véritable nom de Jean, fils de Zacarias, écrivain grec des derniers siecles. Tous les médecins de la cour de Constantinople porterent ce titre, qui par une distinction dont nous ne connoissons point la cause, & dont nous ne pouvons rendre raison, demeura si particulierement attaché à l'écrivain dont il s'agit ici, qu'à peine le connoît-on sous un autre nom que sous celui d'Actuarius.
La seule circonstance de sa vie qui soit parvenue jusqu'à nous, c'est qu'il fut honoré de ce titre ; & ses ouvrages sont des preuves suffisantes qu'il le méritoit ; qu'en l'élevant à cette dignité on rendit justice à son habileté, & qu'elle seule l'en rendit digne.
Les six livres de Thérapeutique qu'il écrivit pour l'usage du grand chambellan qui fut envoyé en ambassade dans le Nord, quoique composés comme il nous l'apprend en fort peu de tems, & destinés à l'utilité particuliere de l'ambassadeur, contiennent, au jugement du docteur Freind, une compilation judicieuse des écrivains qui l'ont précédé, & quelques observations qu'on n'avoit point faites avant lui, comme on peut voir dans la section de la palpitation du coeur. Il en distingue de deux sortes ; l'une provient de la plénitude ou de la chaleur du sang, c'est la plus commune. Les vapeurs sont la cause de l'autre. Il indique la maniere de les distinguer, en remarquant que celle qui naît de plénitude est toûjours accompagnée d'inégalité dans le pouls, ce qui n'arrive point dans celle qui provient de vapeurs. Il conseille dans cette maladie la purgation & la saignée ; & cette pratique a été suivie par les plus grands médecins de ces derniers siecles.
Fabricius le place au tems d'Andronic Paléologue, aux environs de l'an 1300, ou, selon d'autres, de l'an 1100 ; mais aucun écrivain de ces siecles n'en ayant parlé, il est difficile de fixer le tems auquel il a vécu. Nous n'avons d'autres connoissances de son éducation, de ses sentimens & de ses études, que celles que nous pouvons tirer de ses ouvrages.
Il a exposé fort au long la doctrine des urines dans sept traités, & il finit son discours par une sortie fort vive contre ceux qui exerçant sur les connoissances & la vérité une espece de monopole, ne peuvent souffrir qu'on en fasse part au public, & ne voyent que d'un oeil chagrin les hommes se familiariser avec des lumieres qui leur sont utiles.
Actuarius aimoit les systèmes & les raisonnemens théoriques ; il a composé les ouvrages suivans.
Sept livres sur les urines qui n'ont jamais été publiés en grec : Ambrosius Leo Nolanus les a traduits en latin, dont Goupylus a revu la traduction, & on les a imprimés in -8°. Ils se trouvent dans l'Artis medicae principes de Henri Estienne.
Six livres de Thérapeutique qui n'ont jamais paru en grec : Ruellius a traduit en latin le cinquieme & le sixieme, & sa version a été imprimée à Paris. L'ouvrage entier a été traduit par Henricus Mathisius. On trouve sa version dans l'Artis medicae principes.
Goupylus fit paroître en grec à Paris deux livres du même auteur, l'un des affections, & l'autre de la génération des esprits animaux, sous le titre commun, .
On trouve dans l'Artis medicae principes une traduction latine de l'ouvrage précédent ; elle est de Julius Alexandrinus Tridentinus ; elle a été aussi imprimée séparément, Parisiis, apud Morellum, in-8°. & Lugduni, apud Joannem Tornesium, 1556, in-8°.
Ses traités de venae sectione, de diaetâ, ses regales & commentarii in Hippocratis aphorismos, sont demeurés en manuscrit.
Adrien. Depuis que les médecins ont lu dans Aurelius Victor, que cet empereur possédoit la médecine, ils ont trouvé leur profession trop honorée pour ne pas le mettre dans leur bibliographie médicinale. Ils l'ont fait inventeur d'un antidote qui porte son nom, & dont la préparation se trouve dans Aetius Tetrab. IV. serm. I. cap. 108. Cependant il tomba de bonne heure dans une hydropisie si fâcheuse, qu'il prit le parti de se donner la mort, ne voyant aucune espérance de guérison. Il reconnut dans ces derniers momens qu'il n'avoit consulté que trop de médecins. Hinc illa infaelicis monumenti inscriptio, turbâ se medicorum periisse, dit Pline : paroles qui sont devenues une espece de proverbe, dont les hommes, & sur-tout les princes, ne profitent pas assez.
Aegimius. C'est le premier médecin qui ait écrit expressément sur le pouls, si nous en croyons Galien. Il étoit de Vélie ; mais nous ne savons dans quel siecle il a vécu. Le Clerc croit qu'il a précédé Hippocrate, & son opinion est très-vraisemblable. Le traité d'Aegimius sur le pouls ; étoit intitulé , des palpitations ; ce qui prouve que l'auteur de ce traité étoit très-ancien, puisqu'il existoit sans doute avant que les autres termes, dont les auteurs de médecine se sont ensuite servis pour exprimer la même chose, fussent inventés.
Aelius Promotus. Il paroît qu'il y a deux médecins de ce nom ; l'un fut disciple d'Ostanes roi de Perse, & accompagna Xerxès en Grece.
L'autre exerça la medecine à Alexandrie, & vécut du tems de Pompée. Il a écrit un traité , des poisons & des medicamens mortels. Gemer & Tiraqueau disent qu'on voit dans quelques bibliotheques italiennes, cet ouvrage en manuscrit : Mercurialis & Fabricius assurent qu'il est au Vatican.
Aemilius Macer. Poëte de Vérone, vécut sous le regne d'Auguste. Il est contemporain d'Ovide ; mais un peu plus âgé que lui, comme il paroît par ces vers d'Ovide :
Saepe suas volucres legit mihi grandior aevo,
Quaeque nocet serpens, quae juvat herba, Macer.
L'on sait de-là qu'il avoit écrit des oiseaux, des serpens & des plantes. Le Clerc prétend qu'il n'avoit parlé que des végétaux qui servoient d'antidote aux poisons qui faisoient la matiere de son poëme. Servius dit que le même auteur avoit écrit aussi des abeilles.
C'est par la matiere de son poëme qu'Aemilius Macer a obtenu une place entre les auteurs de médecine. Ses ouvrages ont été perdus. Ceux qui portent son nom passent, parmi les savans, pour supposés ; ils ont été écrits à ce qu'on dit, par un certain Obodonus.
Aeschrion, médecin grec de la secte empirique, dont nous savons seulement qu'il étoit très-versé dans la connoissance de la matiere médicale, & qu'il eut part à l'instruction de Galien, qui nous a laissé la description d'un remede contre la morsure d'un chien enragé, qu'il tenoit de lui & qu'il estime très-efficace ; ce remede se fait tous les jours, & passe pour une découverte moderne : c'est une préparation de cendres d'écrivisses, de gentiane & d'encens infusés dans de l'eau. Son emplâtre de poix, d'opopanax & de vinaigre, appliqué sur la plaie, étoit plus sensée.
Aetius. Il paroît qu'il y a eu trois médecins de ce nom, & qu'ils ont tous trois mérité que nous en disions quelques choses.
Le premier est Aetius Sicanius. C'est de ses écrits qu'on dit que Galien a tiré le livre de atrâ bile, qu'on lui attribue.
Le second est Aetius d'Antioche, fameux par les différens états qu'il embrassa successivement : il cessa d'être vigneron pour devenir orfevre ; il quitta le tablier d'orfevre pour étudier la médecine ; abandonna cette science pour prendre les ordres sacrés, & devint évêque vers l'an 361. Il embrassa & soutint l'Arianisme avec beaucoup de zele & d'habileté.
Le troisieme Aetius, fut Aetius d'Amida, dont nous possédons les ouvrages. On croit qu'il vécût sur la fin du iv. siecle, ou au commencement du v. Tout ce que nous savons de sa vie, c'est qu'il étudia la médecine en Egypte & en Caelesyrie. Il paroît par deux endroits de ses ouvrages (Tetrab. II. serm. IV. cap. 50. & Tetrab. IV. serm. I. cap. 11.) qu'il étoit chrétien ; mais d'une telle crédulité, que sa foi faisoit peu d'honneur à sa religion. Cependant cet auteur mérite la considération des médecins, en ce qu'il leur a conservé dans ses collections quelques pratiques importantes, qui sans lui auroient été immanquablement perdues. Il ne s'est pas seulement enrichi d'Oribase, mais de tout ce qui lui convenoit dans la thérapeutique de Galien, dans Archigene, Rufus, Dioscoride, Soranus, Philagrius, Possidonius & quelques autres, dont les noms se trouvent avec éloge dans l'histoire de la médecine.
Il ne nous reste des ouvrages d'Aetius imprimés en grec, que les deux premiers tetrabibles, ou les huit premiers livres, qui ont paru chez Alde à Venise en 1524, in-fol. On dit que le reste est en manuscrit dans quelques bibliotheques. Janus Cornarius traduisit & publia l'ouvrage entier à Bâle en 1542. On le trouve dans la collection des artis medicae principes de Henry Etienne.
Agatarchides surnommé Gnidien, vivoit sous Ptolomée Philométor qui regnoit environ cent trente ans avant Alexandre le grand. Il n'étoit pas médecin de profession, mais il avoit composé entr'autres ouvrages qui sont tous perdus, une histoire des pays voisins de la mer rouge, dans laquelle il parle d'une maladie endémique de ces peuples, qui consistoit dans de petits animaux (dracunculos) qui s'engendroient dans les parties musculeuses des bras & des jambes, & y causoient des ulceres.
Agathiuns, médecin dont il est parlé dans Galien, dans Caelius Aurelianus & dans Aetius. Il a composé différens traités sur l'ellébore, le pouls & divers autres sujets. Il étoit de la secte pneumatique, & par conséquent partisan d'Athénée. Suidas nous apprend qu'il avoit été maître d'Archigene, qui exerça la médecine à Rome, sous l'empire de Trajan. Ses ouvrages sont perdus.
Albucasis, médecin arabe de la fin du xj. siecle. Suivant Fabricius il est connu sous le nom de Alsa haravius ; il a composé un ouvrage appellé altasrif, ou méthode de pratique, qui est effectivement un livre fort méthodique, mais qui ne contient rien qu'on ne trouve dans les ouvrages de Rhazès. Quoiqu'on suppose communément qu'il vivoit vers l'an 1085, on a tout lieu de croire qu'il n'est pas si ancien ; car en traitant des blessures, il décrit les fleches dont se servent les Turcs, & l'on sait qu'on ne les connoissoit point avant le milieu du douzieme siecle. Après tout Albucasis est le seul des anciens qui ait décrit & enseigné l'usage des instrumens qui conviennent à chaque opération chirurgicale ; il a même soin d'avertir le lecteur de tous les dangers de l'opération, & des moyens qu'on peut employer pour les écarter, ou les diminuer. On a imprimé les ouvrages d'Albucasis en latin à Venise, en 1500, in-folio ; à Strasbourg, en 1532, in-folio, & à Bâle avec d'autres auteurs, en 1541 in-fol.
Aléxandre Trallian, c'est-à-dire de Tralles ville de Lydie, où il naquit dans le sixieme siecle, d'un pere qui étoit médecin de profession. Après la mort de ce pere, il continua d'étudier sous un autre médecin, & compila son ouvrage qui lui procura tous les avantages d'une grande réputation ; en entrant dans la pratique de la médecine, il mérita cette réputation par l'étendue de ses connoissances. C'est en effet le seul auteur des derniers siecles des lettres, qu'on puisse appeller un auteur original. Sa méthode est claire & exacte, & son exactitude se remarque sur-tout dans ses détails des signes diagnostiques. Quant à sa maniere de traiter les maladies, elle est ordinairement assez bien raisonnée, accompagnée du détail de la succession des symptomes & de l'application des remedes. Il s'est écarté fréquemment de la pratique reçue de son tems, & paroît le premier qui ait introduit l'usage du fer en substance dans la Médecine : mais malgré ses connoissances & son jugement, il n'a pas été exemt de certaines foiblesses dont on avoit tout lieu d'espérer que sa raison & son expérience l'auroient garanti. Il poussa la crédulité fort loin, & donna dans les amuletes & les enchantemens ; tant les causes de l'erreur peuvent être étranges chez les hommes qui ne savent pas se garantir des dangers de la superstition. Peut-être que sans ce fanatisme, Trallian ne le céderoit guere qu'à Hippocrate & à Arétée.
Nous avons une traduction de ses ouvrages par Albanus Taurinus, imprimée à Bâle apud Henricum Petri 1532 & 1541 in-fol. Guinterius Andernacus en a donné une autre à Strasbourg, en 1549 in -8°. & Lugduni 1575, cum Joannis Molinaei annotationibus. On trouve cette traduction entre les Artis medicae principes, donné par Etienne. Nous avons aussi une édition de Trallian en grec, Parisiis apud Robertum Stephanum, 1548 fol. cum castigationibus Jacobi Goupilii. Enfin la meilleure édition de toutes les oeuvres d'Alexandre, a paru à Londres graecè & latinè 1732, 2 vol. in-fol.
Alexion fut un médecin qui vivoit du tems de Cicéron & d'Atticus. Ces deux illustres personnages paroissent l'avoir honoré d'une grande amitié. Il mourut avant Cicéron, & il en fut extrêmement regretté, comme on voit par ce que Cicéron même en écrit à Atticus. " Nous venons de perdre Alexion ; quelle perte ! Je ne peux vous exprimer la peine que j'en ressens. Mais si je m'en afflige, ce n'est point par la raison qu'on croit communément que j'ai de m'en affliger ; la difficulté de lui trouver un digne successeur. A qui maintenant aurez-vous recours, me dit-on ? qui appellerez-vous dans la maladie ? comme si j'avois grand besoin de médecin, ou comme s'il étoit si difficile d'en trouver ! Ce que je regrette, c'est son amitié pour moi, sa bonté, sa douceur ; ce qui m'afflige, c'est que toute la science qu'il possédoit, toute sa sobriété ne l'aient point empêché d'être emporté subitement par la maladie. S'il est possible de se consoler dans des événemens pareils, c'est par la seule réflexion que nous n'avons reçu la naissance, qu'à condition que nous nous soumettrions à tout ce qui peut arriver de malheureux à un homme vivant. " Epist. à Attic. Lib. XV. epist. j. Sur cet éloge que Cicéron fait d'Alexion, on ne peut qu'en concevoir une haute estime, & regretter les particularités de sa vie qui nous manquent.
Alexippe fut un des médecins d'Alexandre le grand, qui lui écrivit, au rapport de Plutarque, une lettre pleine d'affection, pour le remercier de ce qu'il avoit tiré Peucestas d'une maladie fort dangereuse.
Andreas, ancien médecin dont parle Celse dans la préface de son cinquieme livre. Andreas, dit-il, Zenon & Apollonius surnommé Mus, ont laissé un grand nombre de volumes sur les propriétés des purgatifs. Asclépiade bannit de la pratique la plûpart de ces remedes, & ce ne fut pas sans raison, ajoute Celse, car toutes ces compositions purgatives étant mauvaises au goût, & dangereuses pour l'estomac, ce médecin fit bien de les rejetter, & de se tourner entierement du côté de la partie de la médecine qui traite les maladies par le régime.
Andromachus, naquit en Crete, & vécut sous le regne de Néron, comme on en peut juger par son poëme de la thériaque dédié à cet empereur. La seule chose qui nous reste de ce médecin, c'est un grand nombre de descriptions de médicamens composés qui étoient en partie de son invention. Il nous reste encore aujourd'hui le poëme grec en vers élégiaques qu'il dédia à Néron, où il enseigne la maniere de préparer cet antidote, & où il désigne les maladies auxquelles il est propre. Ce remede eut tant de faveur à Rome, que quelques empereurs le firent composer dans leur palais, & prirent un soin particulier de faire venir toutes les drogues nécessaires, & de les avoir bien conditionnées. On suit encore aujourd'hui assez scrupuleusement par-tout la description de la thériaque du médecin de Néron, quoiqu'elle soit pleine de défauts & de superfluités. De savans médecins ont été curieux d'examiner quand, comment, on en vint à ces sortes de compositions, & combien insensiblement on en augmenta les ingrédiens. Je renvoie là-dessus le lecteur à l'excellente histoire de la Médecine de M. le Clerc.
Apollonides, médecin de Cos, vivoit dans la 75e Olympiade. Il n'est connu que par une avanture qui le fit périr malheureusement, & qui ne fait honneur ni à sa mémoire, ni à sa profession. Amithys veuve de Mégabise, & soeur d'Artaxerxès Longuemain, eut une maladie pour laquelle elle crut devoir consulter Apollonides. Celui-ci abusant de la confiance de la princesse, obtint ses faveurs, en lui persuadant que la guérison de son mal en dépendoit ; cependant Amithys voyant tous les jours sa santé dépérir, se repentit de sa faute, & en fit confidence à la reine sa mere. Elle mourut peu de tems après, & le jour de sa mort, le medecin Apollonides fut condamné à être enterré vif.
Archagathus, médecin célebre parmi les Romains, qui, selon quelques auteurs, fit le premier connoître la médecine à Rome ; c'est Pline lui-même, livre XXIX. chap. j. qui nous apprend qu'Archagathus fils de Lysanias du Pélopponnese, fut le premier médecin qui vint à Rome sous le consulat de Lucius Aemilius, & de Marcus Livius, l'an 535 de la fondation de la ville. Il ajoute qu'on lui accorda la bourgeoisie, & que le public lui acheta gratuitement une boutique pour y exercer sa profession ; qu'au commencement on lui avoit donné le surnom de guérisseur de plaies, vulnerarius ; mais que peu de tems après, la pratique de couper & de brûler dont il se servoit, ayant paru cruelle, on changea son surnom en celui de bourreau ; & l'on prit dès-lors une grande aversion pour la Médecine, & pour ceux qui l'exerçoient.
Il paroîtra surprenant que les Romains se soient passés si long-tems de médecins ; & l'on oppose à l'autorité de Pline celle de Denys d'Halicarnasse, qui dit, liv. X. que la peste ravageant Rome l'an 301 de sa fondation, les Médecins ne suffisoient pas pour le nombre des malades. Il y avoit donc des médecins à Rome plus de 200 ans avant l'époque marquée par Pline, & comme il y en a eu de tout tems chez les autres peuples. Ainsi pour concilier ces deux auteurs, il faut entendre des medecins étrangers, & particulierement des grecs, tout ce que Pline en dit. Les Romains jusqu'à la venue d'Archagathus, userent de la simple médecine empirique, qui étoit si fort du goût de Caton, & de laquelle il étoit le premier des Romains qui en eut écrit.
Il n'est pas étrange que les Romains n'ayent point eu de connoissance de la médecine rationelle, jusqu'à la venue d'Archagathus, puisqu'ils ont d'ailleurs beaucoup tardé à cultiver les autres sciences & les beaux arts. Cicéron nous apprend qu'ils avoient dédaigné la Philosophie jusqu'à son tems.
Archigenes, vivoit sous Trajan, pratiqua la Médecine à Rome, & mourut à l'âge de 63 ans, après avoir beaucoup écrit sur la Physique & sur la Médecine. Suidas qui nous apprend ce détail, ajoute qu'Archigenes étoit d'Apamée en Syrie, & que son pere s'appelloit Philippe.
Juvenal parle beaucoup d'Archigenes, entr'autres, satyre VI. vers 236.
Tunc corpore sano
Advocat Archigenem, onerosaque pallia jactat,
Quot Themisum aegros.
Et dans la satyre XIV. vers 52.
Ocyus Archigenem quaere, atque eme quod Mithridates
Composuit.
Juvénal ayant vécu jusqu'à la douzieme année d'Adrien, a été contemporain d'Archigenes ; & la maniere dont il en parle, fait voir la grande pratique qu'avoit ce médecin.
Mais ce n'est pas sur le seul témoignage de Juvénal, que la réputation d'Archigenes est établie ; il a encore en sa faveur celui de Galien, témoignage d'autant plus fort, que cet auteur est du métier, & qu'il n'est point prodigue de louanges pour ceux qui ne sont pas de son parti. " Archigenes, dit-il, a appris avec autant de soin que personne, tout ce qui concerne l'art de la Médecine ; ce qui a rendu avec justice recommandable tous les écrits qu'il a laissés, & qui sont en grand nombre ; mais il n'est pas pour cela irrépréhensible dans ses opinions, &c. " Archigenes avoit embrassé la secte des Pneumatiques & des Méthodiques, c'est-à-dire, qu'il étoit proprement de la secte éclectique.
Arétée, vivoit selon Wigan, sous le regne de Néron, & avant celui de Domitien ; comme Aetius & Paul Eginete le citent, il est certain qu'il les a précédés. C'est un auteur d'une si grande réputation, que les Médecins ne sauroient trop l'étudier. Il adopta les principes théoriques des Pneumatiques, & suivit généralement la pratique des Méthodiques : ses ouvrages sur les maladies ne permettent pas d'en douter. Il employa le premier les cantharides en qualité de vésicatoires, & eut pour imitateur Archigenes. " Nous nous servons du cataplasme où elles entrent, dit ce dernier dans Actius, parce qu'il produit de grands effets, pourvu que les petits ulceres demeurent ouverts, & qu'ils fluent ; mais il faut avec soin garantir la vessie par l'usage du lait, tant intérieurement qu'extérieurement ".
Arétée n'avoit pas moins de modestie que de savoir, comme il paroît par son détail d'une hydropisie vésiculaire, dont les autres médecins n'avoient point parlé. Il rapporte ailleurs le cas d'une maladie encore plus rare. " Il y a, dit-il, une espece de manie dans laquelle les malades se déchirent le corps, & se font des incisions dans les chairs, poussés à cette pieuse extravagance par l'idée de se rendre plus agréables aux dieux qu'ils servent, & qui demandent d'eux ce sacrifice. Cette espece de fureur ne les empêche pas d'être sensés sur d'autres sujets : on les guérit tantôt par le son de la flute, tantôt en les enivrant ; & dès que leur accès est passé, ils sont de bonne humeur, & se croient initiés au service de Dieu. Au reste, continue-t-il, ces sortes de maniaques sont pâles, maigres, décharnés, & leur corps demeure long-tems affoibli des blessures qu'ils se sont faites ".
Ce n'est point ici le lieu de parler de l'anatomie d'Arétée ; il suffit de remarquer qu'il a coutume de commencer chaque chapitre par une courte description anatomique de la partie dont il va décrire les maladies.
Junius Publius Crassus mit au jour une traduction latine de cet illustre médecin, à Venise en 1552. in -4°. mais l'édition greque de Goupylus, faite à Paris en 1554 in -8°. est préférable à tous égards. Elle a été suivie dans les artis medicae principes de Henri Etienne, en 1567. in-fol. Dans la suite des tems, Jean Wigan fit paroître à Oxford en 1723. in-fol. une exacte & magnifique édition d'Arétée : cette édition ne cede le pas qu'à celle de Boerhaave, publiée Lugd. Bat. 1735. in-fol.
Artorius, que Caelius Aurelianus a cité comme successeur d'Asclépiade, est vraisemblablement le même médecin que celui que Suétone & Plutarque ont appellé l'ami d'Auguste, & qui sauva la vie à cet empereur à la bataille de Philippe, en lui conseillant (apparemment d'après les desirs des militaires éclairés) de se faire porter sur le champ de bataille tout malade qu'il étoit, ou qu'il feignoit d'être. Ce conseil fut heureusement suivi par Auguste ; car s'il fût demeuré dans son camp, il seroit infailliblement tombé entre les mains de Brutus, qui s'en empara pendant l'action. Quoiqu' Artorius ne se soit point illustré dans son art par aucun ouvrage, tous ceux qui ont écrit l'histoire de la Médecine, en ont fait mention avant moi.
Asclépiade, médecin d'une grande réputation à Rome pendant la vie de Mitridate, c'est-à-dire, vers le milieu du siecle xxxix. Cet Asclépiade n'étoit pas de la même famille des Asclépiades, c'est-à-dire des enfans d'Asclépius, qui est le nom grec d'Esculape ; nous en parlerons tout-à-l'heure dans un article à part. Il s'agit ici d'Asclépiade, qui remit en crédit dans Rome la Médecine qu'Archagatus médecin grec y avoit fait connoître environ 100 ans auparavant.
Asclépiade étoit de Pruse en Bithinie, & vint s'établir à Rome à l'imitation d'un grand nombre d'autres grecs qui s'étoient rendus dans cette capitale du monde, dans l'espérance d'y faire fortune. Asclépiade pour se mettre en crédit, condamna les remedes cruels de ses prédécesseurs, & n'en proposa que de fort doux, disant avec esprit, qu'un médecin doit guérir des malades promptement & agréablement ; méthode charmante, s'il étoit possible de n'ordonner rien que d'agréable, & s'il n'y avoit ordinairement du danger à vouloir guérir trop vîte.
Ce nouvel Esculape ayant réduit toute la science d'un médecin à la recherche des causes des maladies, changea de face l'ancienne médecine. Il la borna selon Pline, à cinq chefs, à des remedes doux, à l'abstinence des viandes, à celles du vin en certaines occasions, aux frictions, & à la promenade : il inventoit tous les jours quelque chose de particulier pour faire plaisir à ses malades.
Il imagina cent nouvelles sortes de bains, & entr'autres des bains suspendus ; ensorte qu'il gagna, pour ainsi dire, tout le genre humain, & fut regardé comme un homme envoyé du ciel. Quoique tous ces éloges partent de l'esprit de Pline, qui n'est guere de sang froid quand il s'agit de louer ou de blâmer, il est vrai cependant que le témoignage de l'antiquité, est presque tout à l'avantage d'Asclépiade. Apulée, Scribonius Largus, Sextus Empiricus, & Celse, en font beaucoup de cas ; mais pour dire quelque chose de plus, il étoit tout ensemble le médecin & l'ami de Cicéron, qui vante extrèmement son éloquence ; ce qui prouve que ce médecin n'avoit pas quitté son métier de rhéteur, faute de capacité.
Malheureusement les écrits d'Asclépiade ne sont pas parvenus jusqu'à nous ; & c'est une perte, parce que, s'ils n'étoient pas utiles aux Médecins, ils serviroient du-moins aux Philosophes à éclaircir les écrits que nous avons d'Epicure, de Lucrece, & de Démocrite. Il ne faut pas confondre notre Asclépiade avec deux autres de ce nom cités par Galien, & dont l'un se distingua dans la composition des médicamens appellés en grec pharmaca.
Asclépiades, Asclepiadae ; c'est ainsi qu'on a nommé les descendans d'Esculape, qui ont eu la réputation d'avoir conservé la Médecine dans leur famille sans interruption. Nous en saurions quelque chose de plus particulier, si nous avions les écrits d'Eratosthènes, de Phérécides, d'Apollodore, d'Arius de Tarse, & de Polyanthus de Cyrène, qui avoient pris le soin de faire l'histoire de ces descendans d'Esculape. Mais quoique les ouvrages de ces auteurs se soient perdus, les noms d'une partie des Asclépiades se sont au moins conservés, comme le justifie la liste des prédécesseurs d'Hippocrate, dixhuitieme descendant d'Esculape. La généalogie de ce grand homme se trouve encore toute dans les Historiens. On pensera sans doute que cette généalogie est fabuleuse ; mais outre qu'on peut répondre qu'elle est tout aussi authentique que celle de la plûpart de nos grands seigneurs, il est du-moins certain, qu'on connoissoit avant Hippocrate, diverses branches de la famille d'Esculape, outre la sienne ; & que celle d'où ce célebre médecin sortoit, étoit distinguée par le surnom d'Asclépiades Xébrides, c'est-à-dire de Xébrus.
On comptoit trois fameuses écoles établies par les Asclépiades : la premiere étoit celle de Rhodes ; & c'est aussi celle qui manqua la premiere, par le défaut de cette branche des successeurs d'Esculape ; ce qui arriva, selon les apparences, long-tems avant Hippocrate, puisqu'il n'en parle point comme il fait de celle de Gnide, qui étoit la troisieme, & de celle de Cos, la seconde. Ces deux dernieres fleurissoient en même tems que l'école d'Italie, dont étoit Pythagore, Empédocle, & d'autres philosophes médecins, quoique les écoles greques fussent plus anciennes. Ces trois écoles, les seules qui fissent du bruit, avoient une émulation réciproque pour avancer les progrès de la Médecine. Cependant Galien donne la premiere place à celle de Cos, comme ayant produit le plus grand nombre d'excellens disciples ; celle de Gnide tenoit le second rang, & celle d'Italie le troisieme. Hérodote parle aussi d'une école d'Asclépiades établie à Cyrène, où Esculape avoit un temple. Enfin, le même historien fait mention d'une école de Médecine qui régnoit à Crotone, patrie de Démocede. Voyez DEMOCEDE.
On connoît la méthode des Asclépiades de Gnide par quelques passages d'Hippocrate, dont on peut recueillir, 1°. que ces médecins se contentoient de faire une exacte description des symptomes d'une maladie, sans raisonner sur les causes, & sans s'attacher au prognostic ; 2°. qu'ils ne se servoient que d'un très-petit nombre de remedes, qu'eux & leurs prédécesseurs avoient sans doute expérimentés. L'élatérium, qui est un purgatif tiré du concombre sauvage, le lait, & le petit-lait, faisoient presque toute leur médecine.
A l'égard des médecins de Cos, on peut aussi dire, que si les praenotiones coacae qui se trouvent parmi les oeuvres d'Hippocrate, ne sont qu'un recueil d'observations faites par les médecins de Cos, comme plusieurs anciens l'ont cru ; il paroît que cette école suivoit les mêmes principes que celle de Gnide, & qu'elle s'attachoit peu à la Médecine raisonnée, c'est-à-dire, à celle qui travaille à rechercher les causes cachées des maladies, & à rendre raison de l'opération des remedes.
Quoi qu'en dise Galien, les Asclépiades n'avoient pas fait encore de grands progrès dans l'Anatomie avant le tems d'Hippocrate ; mais la pratique de l'art leur fournissoit tous les jours des occasions de voir sur des corps vivans, ce qu'ils n'avoient pû découvrir sur les morts, lorsqu'ils avoient à traiter des plaies, des ulceres, des tumeurs, des fractures, & des dislocations.
Athenée, natif d'Attalie, ville de Cilicie, fut le premier fondateur de la secte pneumatique. Ce médecin parut après Thémison, après Archigène, & fleurit un peu de tems après Pline. Il pensoit que ce n'est point le feu, l'air, la terre & l'eau qui sont les véritables élémens ; mais il donnoit ce nom à ce qu'on appelle les qualités premieres de ces quatre corps, c'est-à-dire, au chaud, au froid, à l'humide, & au sec ; enfin, il leur ajoutoit un cinquieme élément, qu'il appelloit esprit, lequel, selon lui, pénétroit tous les corps, & les conservoit dans leur état naturel. C'est la même opinion des Stoïciens que Virgile insinue dans ces vers de son Aenéïde l. VI.
Principio coelum ac terras, camposque liquentes,
Lucentemque globum lunae, titaniaque astra,
Spiritus intus alit : totamque infusa per artus
Mens agitat molem, & magno se corpore miscet.
Athenée appliquant ce système à la Médecine, croyoit que la plûpart des maladies survenoient, lorsque l'esprit dont on vient de parler, souffre le premier quelque atteinte : mais comme les écrits de ce médecin, à l'exception de deux ou trois chapitres qu'on trouve dans les recueils d'Oribaze, ne sont pas venus jusqu'à nous, on ne sait guere ce qu'il entendoit par cet esprit, ni comment il convenoit qu'il souffre. On peut seulement recueillir de sa définition du pouls, qu'il croyoit que cet esprit étoit une substance qui se mouvoit d'elle-même, & qui mouvoit le coeur & les arteres. Galien prétend qu'aucun des médecins de ce tems-là n'avoit si universellement écrit de la Médecine qu'Athenée.
Avenzoar, médecin arabe, moins ancien qu'Avicenne, & qui a précédé Averrhoës qui le comble d'éloges dans plus d'un endroit de ses ouvrages. Il naquit, ou du-moins il demeuroit à Séville, capitale de l'Andalousie, où les califes mahométans faisoient pour lors leur résidence. Il vécut beaucoup au-delà de cent ans, & jouit d'une santé parfaite jusqu'au dernier moment de sa vie, quoiqu'il eut essuyé bien des traitemens barbares de la part d'Haly, gouverneur de Séville. Il paroît par son livre nommé thaisser, qu'il avoit la direction d'un hôpital, & qu'il fut souvent employé par le miramamolin. Il montre dans le même ouvrage beaucoup de savoir & de jugement. Il paroît mépriser toutes les subtilités des sophistes, & regarder l'expérience comme le guide le plus sûr que l'on puisse suivre dans la pratique de la médecine. Mais attaché en même tems à la secte dogmatique, il raisonne avec bon sens sur les causes & les symptomes des maladies. Enfin, comme il prend Galien pour son guide dans la théorie médicinale, il ne perd aucune occasion de le citer. Son livre thaisser ou theisir, c'est-à-dire, rectificatio medicationis & regiminis, a été imprimé à Venise en 1496. & 1514. in-fol. On l'a réimprimé avec son antidotaire, & les collections d'Averrhoès, Lugduni, 1531. in -8°.
Averrhoès vivoit peu de tems après Avenzoar, puisqu'il nous apprend lui-même qu'il étoit en liaison avec ses enfans. Il mourut à Maroc vers l'an 600 de l'hegyre, & ses ouvrages l'ont rendu célebre dans toute l'Europe. Il naquit à Cordoue, fut élevé dans la jurisprudence, à laquelle il préféra l'étude des mathématiques. Il seconda par son application les talens qu'il tenoit de la nature, & se rendit encore fameux par sa patience & sa générosité. Il composa par ordre du miramamolin de Maroc, son livre sur la Médecine sous le nom de collection, parce que, de son aveu, c'est un simple recueil tiré des autres auteurs ; mais il y fait un grand usage de la philosophie d'Aristote, qui étoit son héros. Il paroît être le premier auteur qui ait assuré qu'on ne peut pas avoir deux fois la petite-vérole. Bayle a recueilli un grand nombre de passages dans différens auteurs au sujet d'Averrhoès, mais comme il n'a pas cru devoir consulter les originaux pour son dessein, il n'est pas surprenant qu'il ait commis autant de méprises qu'il a fait de citations.
Les ouvrages d'Averrhoès sont intitulés Collectaneorum de re medicâ, Lugduni, 1537. fol. Venetiis apud Juntas, 1552. fol. & son commentaire sur Avicenne, a aussi vû le jour, Venetiis, 1555. in-fol.
Avicennes, fils d'Aly, naquit à Bochara dans la province de Korasan, vers l'an 980, & passa la plus grande partie de sa vie à Ispahan ; il fit des progrès si rapides dans l'étude des Mathématiques & de la Médecine, que sa réputation se répandit de toutes parts ; mais son savoir ne put le détourner des plaisirs, ni des maladies qu'ils lui procurerent ; il mourut à l'âge de cinquante-six ans, en 1036. à Médine. Néander n'a fait qu'un roman de la vie de cet auteur.
Le fameux canon d'Avicenne a été si goûté dans toute l'Asie, que divers auteurs arabes du douzieme & treizieme siecles, l'ont commenté dans ce tems-là : la doctrine de cet auteur prit aussi grand crédit dans toute l'Europe, & s'est soutenue jusqu'au rétablissement des lettres ; cependant ses ouvrages ne renferment rien de particulier qui ne se trouve dans Galien, dans Razès, ou Haly Abbas.
Ils ont été imprimés un grand nombre de fois à Venise, & entr'autres apud Juntas, en 1608. in-fol. 2 vol. C'est la meilleure édition, il est inutile d'indiquer les autres.
Caelius Aurelianus, médecin méthodique, a écrit en latin. Il paroît à son style, qui est assez particulier, qu'il étoit africain, ce que le titre de son ouvrage acheve de confirmer. Il y est appellé Caelius Aurelianus siccensis ; or Sicca étoit une ville de Numidie.
Nous n'avons rien de certain sur le tems auquel il a vécu, mais je croirois que ce ne fut pas long-tems après Soranus, dont il se donne pour le traducteur ; cependant, ce qui prouveroit qu'il ne doit point être regardé comme un simple copiste des oeuvres d'autrui, c'est qu'il a lui-même composé plusieurs ouvrages, comme il le reconnoît ; savoir sur les causes des maladies, sur la composition des médicamens, sur les fievres, sur la Chirurgie, sur la conservation de la santé, &c.
Il ne nous est resté des écrits de cet auteur que ceux dont il fait honneur à Soranus ; mais heureusement ce sont les principaux. Ils sont intitulés des maladies aiguës & chroniques, & renferment la maniere de traiter selon les regles des méthodiques, routes les maladies qui n'exigent point le secours de la chirurgie. Un autre avantage qu'on en retire, c'est qu'en réfutant les sentimens des plus fameux médecins de l'antiquité, cet auteur nous a conservé des extraits de leur pratique, qui seroit entierement inconnue, si l'on en excepte celle d'Hippocrate, le premier dont il a parlé, & dont il rapporte néanmoins quelques passages, qui ne se trouvent point dans ses oeuvres tels que nous les avons.
Les deux premieres éditions qui aient paru de Caelius Aurelianus, sont celles de Paris de l'année 1529. in-fol. qui ne contient que les trois livres des maladies aiguës ; & celle de Bâle de la même forme, où l'on ne trouve que les cinq livres des maladies chroniques. Jean Sicard qui a donné cette édition, croyoit que les livres des maladies aiguës, avoient été perdus avec les autres ouvrages de Caelius. La troisieme édition, qui est aussi in-fol. est celle d'Aldus de 1547, où Coelius est joint à d'autres auteurs, & où il n'y a plus que les cinq livres dont on vient de parler. Dalechamp a fait imprimer ce même auteur complet, à Lyon en 1567, chez Rouillé, in -8°. avec des notes marginales ; mais il ne s'est pas nommé. Une des dernieres éditions de cet auteur, est celle d'Hollande, Amsterdam 1722. in -4°. je crois même que c'est la meilleure.
Callianax, sectateur d'Hérophile, n'est connu dans l'histoire de la médecine que par son peu de douceur pour les malades qui le consultoient : Galien & Palladius rapportent à ce sujet, qu'un certain homme qui l'avoit appellé pour le traiter d'une maladie dangereuse, lui demanda s'il pensoit qu'il en mourût ; alors Callianax lui répondit durement par ce vers d'Homere :
Patroclus est bien mort, qui valoit plus que vous.
Celse naquit à Rome, selon toute apparence, sous le regne d'Auguste, & écrivit ses ouvrages sous celui de Tibere. On lui donne dans la plûpart des éditions de ses oeuvres le surnom d'Aurelius, sur ce que tous les mauvais écrits portent le titre suivant, A. Cornelii Celsi artium libri VI. Il n'y a qu'une édition d'Aldus Manutius, qui change Aurelius en Aulus, & peut-être avec raison ; car le prenom Aurelius étant tiré de la famille Aurelia, & celui de Cornelius de la famille Cornelia, ce seroit le seul exemple qu'on eût de la jonction des noms de deux familles différentes.
Je m'embarrasse peu de la question si Celse a pratiqué la médecine ou non. C'est assez de savoir qu'il en parle en maitre de l'art, & comme il juge savamment de tout ce qui appartient tant à la pratique qu'à la théorie de la médecine, cela nous doit suffire. Ce qui sert encore à augmenter notre bonne opinion en faveur de cet homme célebre, c'est qu'il avoit traité lui seul de tous les arts libéraux, c'est-à-dire, qu'il s'étoit chargé d'un ouvrage que plusieurs personnes auroient eu beaucoup de peine à exécuter. Cette entreprise parut si belle à Quintilien, qu'il ne peut s'empêcher de déclarer que cet auteur méritoit que l'on crût qu'il avoit sû tout ce qu'il faut savoir sur chacune des choses dont il a écrit. Dignus vel ipso proposito, ut illum scisse omnia illa credamus. Ce jugement de Quintilien est d'autant plus remarquable, qu'il ne traite formellement Celse d'homme médiocre, relativement aux grands génies de la Grèce & de l'Italie.
Enfin Celse a été fort estimé dans le siecle où il a vécu, & dans les âges suivans pour ses écrits de Médecine ; Columelle son contemporain le met au rang des illustres auteurs du siecle.
On ne peut en particulier faire trop de cas de la beauté de son style ; c'est sur quoi nous avons une ancienne épigramme où l'on introduit Celse parlant ainsi de lui-même.
Dictantes medici quandoque & Apollinis artes
Musas romana jussimus ore loqui.
Nec minus est nobis per pauca volumina famae,
Quam quos nulla satis bibliotheca capit.
" J'ai contraint les muses à dicter en latin l'art du dieu de la Médecine, & je n'ai pas moins acquis de réputation par le petit nombre de volumes que j'ai composés, que ceux dont les bibliotheques contiennent à peine les ouvrages. "
Une des premieres éditions de Celse, si ce n'est pas la premiere, se fit à Venise, apud Joh. Rubeum 1493. in-fol. ensuite ibid. apud Phil. Pinzi, en 1497. troisiemement apud Aldum 1524. in-fol. depuis lors, à Paris. Parmi les medici principes d'H. Etienne, 1567. in-fol. Lugd. Batav. curâ ant. Vander Linden, apud Joh. Elzevir 1659. in -12. & 1665. in -12. Ce sont là deux jolies éditions, qui ont été suivies par celles de Th. J. ab Almeloveen, Amst. 1687. in -12. ensuite par celle de Wedelius, avec une grande table des matieres, Jenae 1713. in-8°. Il est inutile de citer les autres éditions, qui ont facilité par-tout la lecture de cet excellent auteur.
Chrisippe de Cnide vivoit sous le regne de Philippe, pere d'Alexandre le grand, & fut un des premiers qui se déclarerent contre la Médecine expérimentale. Pline l'accuse d'avoir bouleversé par son babil les sages maximes de ceux qui l'avoient précédé dans sa profession. Il désapprouvoit la saignée, usoit rarement des purgatifs, & leur substituoit les clysteres & les vomitifs. Ses écrits déja fort rares du tems de Galien, ne sont pas venus jusqu'à nous.
Criton, contemporain de Martial, & dont il parle dans une de ses épigrammes, lib. II. épig. 61. est apparemment le même qui est souvent cité par Galien, comme ayant très-bien écrit de la composition des médicamens. Il avoit en particulier épuisé la matiere des cosmétiques, c'est-à-dire, des compositions pour l'embellissement, pour teindre les cheveux, la barbe, & toutes les diverses especes de fards. Héraclide de Tarente en avoit déja dit quelque chose ; mais les femmes ne s'étoient pas encore portées à l'excès où elles étoient parvenues de ce côté-là dans le siecle de Criton, qui d'ailleurs étoit médecin de cour, & qui desiroit de s'y maintenir.
Démocede, fameux médecin de Crotone, vivoit en même-tems que Pythagore. Ce médecin, à ce que dit Hérodote, ayant été chassé par la sévérité de son pere, qui s'appelloit Calliphon, vint premierement à Egine, & ensuite à Athènes, où il fut en grande estime. De-là il passa à Samos, où il eut occasion de guérir Polycrate, roi de cette île, & cette guérison lui valut deux talens d'or, c'est-à-dire environ six mille livres sterling. Quelque tems après ayant été fait prisonnier par les Perses, il cachoit sa profession ; mais on le découvrit, & on l'engagea à donner son ministere au soulagement du roi Darius qui n'avoit aucun repos d'une dislocation de l'un des piés. Il traita aussi la reine Atossa, femme du même Darius, d'un cancer qu'elle avoit au sein. Hérodote ajoute, que Démocede ayant réussi dans ces deux cures, reçut de très-riches présens, & s'acquit un si grand crédit auprès du roi, qu'il le faisoit manger à sa table. Cependant il eut la liberté de retourner en Grece, sous la promesse de servir d'espion ; mais il s'y fixa tout-à-fait, se garda bien de jouer ce rôle infame, & épousa une fille du fameux Milon son compatriote. On ne sait aucune autre particularité de la médecine de Démocede, ni de celle des autres médecins de Crotone.
Démocrite d'Abdere voyagea beaucoup, & se plut à faire des expériences ; mais il y a long-tems que nous avons perdu ses ouvrages, & ce que l'histoire nous apprend de sa vie & de ses sentimens, est plein d'incertitude. On sait seulement, à n'en pouvoir douter, qu'il étoit d'Abdere en Thrace, qu'il descendoit d'une famille illustre, & que ce fut dans de longs & pénibles voyages, où le porta l'ardeur insatiable de s'instruire, qu'il employa sa jeunesse, & dissipa son riche patrimoine. Revenu dans sa patrie, âgé, fort savant & très-pauvre, il rassembla toutes ses observations, & écrivit ses livres, dans lesquels on a prétendu qu'il avoit traité de l'anatomie & de la chimie. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il est l'auteur, ou du-moins le restaurateur de la philosophie corpusculaire, que les méthodiques appliquerent ensuite à la médecine. Hippocrate vint un jour le voir à Abdere ; & charmé de ses lumieres, il conserva toute sa vie pour lui la plus grande estime. Voyez ci-après Hippocrate.
Dioclès, de Cariste, suivit de près Hippocrate quant au tems, & se fit une réputation des plus célebres. Il passe pour auteur d'une lettre que nous avons, & qui est adressée à Antigonus, roi d'Asie, ce qui marqueroit qu'il vivoit sous le regne de ce successeur d'Alexandre. Ses ouvrages cités par Athénée se sont perdus, ainsi que celui intitulé, des maladies, dont Galien rapporte un fragment. Il possedoit, ajoute-t-il, autant que personne l'art de guérir, & exerça la Médecine par principe d'humanité, & non comme la plûpart des autres médecins, par intérêt ou par vaine gloire : il a écrit le premier de la maniere de disséquer les corps.
Empédocle, disciple de Pythagore, & philosophe d'un grand génie, étoit d'Agrigente en Sicile, & florissoit aux environs de la 84e olympiade, ou 430 ans avant la naissance de Jesus-Christ. Il faisoit un tel cas de la médecine, qu'il élevoit presque au rang des immortels ceux qui excelloient dans cet art. Il étoit en cela bien éloigné des idées du fameux Héraclite, qui disoit que les Grammairiens pourroient se vanter d'être les plus grands fous, s'il n'y avoit point de Médecins au monde.
Erasistrate, disciple de Crisippe de Gnide, étoit de Julis dans l'île de Céa, & fut inhumé sur le mont Mycale, vis-à-vis de Samos. Il tient un rang distingué entre les anciens médecins, par son esprit, par ses systêmes, ses talens & ses ouvrages, dont nous devons regretter la perte : il fleurissoit sous le regne de Séleucus Nicanor ; l'histoire suivante en est la preuve.
Antiochus devint éperdument amoureux de Stratonice, seconde femme de Séleucus son pere. Les efforts qu'il fit pour dérober cette passion à la connoissance de ceux qui l'environnoient, le jetterent dans une langueur mortelle. Là-dessus Séleucus appella les médecins les plus experts, entre lesquels fut Erasistrate, qui seul découvrit la vraie cause du mal d'Antiochus. Il annonça à Séleucus, que l'amour étoit la maladie du prince, maladie, ajouta-t-il, d'autant plus dangereuse, qu'il est épris d'une personne dont il ne doit rien espérer. Séleucus surpris de cette nouvelle, & plus encore de ce qu'il n'étoit point au pouvoir de son fils de se satisfaire, demanda qui étoit donc cette personne qu'Antiochus devoit aimer sans espoir. C'est ma femme, répondit Erasistrate. Hé quoi, reprit Séleucus ! causerez-vous la mort d'un fils qui m'est cher, en lui refusant votre femme ? Seigneur, reprit le médecin, si le prince étoit amoureux de Stratonice, la lui céderiez-vous ? Sans doute, reprit Séleucus avec serment. Eh bien, lui dit Erasistrate, c'est d'elle-même dont Antiochus est épris. Le roi tint sa parole, quoiqu'il eut déjà de Stratonice un enfant.
Aucun anatomiste n'ignore qu'Erasistrate poussa cette science concurremment avec Hérophile, à un haut degré de perfection. Ils connurent les premiers les principaux usages du cerveau & des nerfs, dumoins les usages que les Anatomistes ont depuis assignés à ces parties. Erasistrate découvrit en particulier dans les chevreaux les vaisseaux lactés du mésentere. Il fit aussi la découverte des valvules du coeur. Galien vous instruira de sa pratique ; c'est assez de dire ici que sectateur de Crisippe son maître, il desapprouvoit la saignée & les purgatifs, les lavemens âcres, & les vomitifs violens. Il n'employoit aussi que les remedes simples, méprisant avec raison ces compositions royales & tous ces antidotes que ses contemporains appelloient les mains des dieux. Il étoit assez éloigné de la secte des empiriques : jugeant nécessaire la recherche des causes dans les maladies des parties organiques, & dans toute maladie en général. Le livre qu'il composa sur ce sujet n'est pas parvenu jusqu'à nous, ainsi que ses autres écrits, dont Galien & Coelius Aurélianus ne nous ont conservé que les titres. Sa franchise mérite des éloges, car il avouoit ingénuement au sujet de cette espece de faim qu'on ne peut rassasier, & qu'il appelle boulimia (terme qu'il employa le premier), qu'il ignoroit pourquoi cette maladie regnoit plutôt dans le grand froid que dans les chaleurs. C'est Aulu-Gelle, liv. XVI. ch. iij. qui rapporte ce trait de la vie d'Erasistrate. Petrus Castellanus raconte, que cet illustre médecin, accablé dans la vieillesse des douleurs d'un ulcere qu'il avoit au pié, & qu'il avoit vainement tenté de guérir, s'empoisonna avec le suc de ciguë, & en mourut.
Esculape, est ce grand médecin sur le compte duquel on a débité tant de fables, qu'il est maintenant impossible de les séparer de la vérité. Pausanias & d'autres auteurs comptent jusqu'à soixante-trois temples qu'on lui avoit élevés dans la Grece & les colonies greques. Les peuples y accouroient de toutes parts pour être guéris de leurs maladies, ce que l'on faisoit apparemment par des moyens fort naturels, mais qu'on déguisoit adroitement par mille cérémonies aux malades, qui ne manquoient pas d'attribuer leur guérison à la protection miraculeuse du dieu. Une vérité que l'on apperçoit au-travers de toutes les fables que les Grecs ont débitées sur le compte d'Esculape, c'est que ce fut un des bienfaiteurs du genre humain, & qu'il dut les autels qu'on lui éleva, aux efforts heureux qu'il fit pour donner à la Médecine, imparfaite & grossiere avant lui, une forme plus scientifique & plus réguliere. Ces principes passerent aux Asclépiades ses descendans, jusqu'à Hippocrate, qui y mit le sceau de l'immortalité.
Pour ne nous en rapporter ici qu'aux gens du métier, je croirois que d'après le témoignage de Celse & de Galien, on pourroit former quelques conjectures assez approchantes de la vérité sur le compte d'Esculape. Il paroît d'abord qu'il fut fils naturel de quelque femme d'un rang distingué, qui le fit exposer sur une montagne située dans le territoire d'Epidaure, pour cacher sa faute, & qu'il tomba entre les mains d'un berger, dont le chien l'avoit découvert. La mere de cet enfant retrouvé, se chargea secrettement de son éducation, & le fit remettre à Chiron, qui élevoit dans ce tems-là les enfans de la Grece, qui étoient de quelque naissance. Esculape profita de l'occasion de s'avancer à la gloire par le chemin que Chiron lui ouvroit, & où il étoit entraîné par son génie. La Médecine fit son étude favorite, & il parvint dans cet art à un si haut point d'intelligence, que ses compatriotes lui donnerent le surnom d'Esculape, emprunté de celui qui avoit inventé la Médecine en Phénicie. L'obscurité de sa naissance, jointe à ses lumieres en Médecine, engagerent ses compatriotes à lui donner Apollon pour pere, & à le déifier lui-même après sa mort.
Etrabarani, médecin arabe, naquit dans une province du Korazan. Il fut médecin du sultan Thechm, roi de Ghazna, ville d'Asie, située sur les frontieres de l'Inde. Il composa un livre de médecine, fort vanté chez les Arabes, intitulé le Paradis de la prudence, & qui contient des observations concernant l'art de guérir, avec un détail des propriétés des plantes, des animaux, & des minéraux. Il mourut à Chazna, l'an de l'hégire 474, & de J. C. 1081.
Eudeme. Il y a eu plusieurs médecins de ce nom ; le premier étoit vendeur d'antidote, pharmacopola ; le second étoit un médecin de Chio, que l'ellébore ne pouvoit pas purger ; le troisieme étoit anatomiste, contemporain d'Hérophile, ou de ses disciples ; le quatrieme avoit décrit en vers la composition d'une espece de thériaque dont usoit Antiochus Philométor, & cette description étoit gravée sur la porte du temple d'Esculape ; le cinquieme dont parle Coelius Aurelianus, est le même que l'adultere de Livie, qui est appellé par Tacite, l'ami & le médecin de cette princesse, & qui empoisonna Drusus son époux. Tacite ajoûte, que cet Eudeme faisoit parade de posséder beaucoup de secrets, afin de paroître plus habile dans son art, maxime qui a réussi à plusieurs médecins destitués de talens nécessaires pour se faire distinguer en se conduisant avec franchise ; le sixieme Eudeme étoit un médecin méthodique, disciple de Thémison, sous le regne de Tibere ; peut-être est-ce le même que l'Eudeme de Tacite. On trouve encore dans Galien, un Eudeme qu'il appelle l'ancien, & dont il rapporte quelques compositions de médicamens. Athenée cite un Eudeme, athénien, qui avoit écrit touchant les herbages : enfin Apulée parle d'un Eudeme qui avoit traité des animaux. On ne sauroit dire si ces derniers sont différens des quatre ou cinq premiers.
Euphorbus, frere d'Antonius Musa, médecin chéri d'Auguste, devint aussi médecin d'un prince qui se plaisoit à la médecine ; ce prince étoit Juba, second du nom, roi de Numidie, celui qui épousa Sélene, fille d'Antoine & de Cléopatre. Entre les livres que Juba lui-même avoit écrits, ceux où il traitoit de la Lybie & de l'Arabie, lesquels il dédia à Caius César, petit-fils d'Auguste, contenoient plusieurs choses curieuses concernant l'histoire naturelle de ces pays-là ; par exemple, il y décrivoit exactement, à ce que dit Pline, l'arbre qui porte l'encens. Euphorbe ne laissa point d'ouvrage.
Ezarhagui, médecin arabe, composa un ouvrage de médecine, semblable au canon d'Avicenne : les médecins mahométans en font même à présent un grand cas. Il mourut à l'âge de cent un an, l'an de l'hégire 404, & de Jesus-Christ 1013.
Galien (Claude), étoit de Pergame, ville de l'Asie mineure, fameuse à divers égards, & particulierement par son temple d'Esculape. Il est né vers l'an 131 de Jesus-Christ, environ la 15e année du regne d'Adrien. Il paroît par ses écrits qu'il a vécu sous les empereurs Antonin, Marc-Aurele, Lucius-Verus, Commode, & Sévere.
Il embrassa la médecine à l'âge de 17 ans, l'étudia sous plusieurs maîtres, & voyagea beaucoup. Il fut dans la Cilicie, dans la Palestine, en Crete, en Chypre, & ailleurs. Il demeura quelque tems à Alexandrie, capitale de l'Egypte, où florissoient encore toutes les sciences. A l'âge de 28 ans il revint d'Alexandrie à Pergame, & traita les blessures de nerfs des gladiateurs avec beaucoup de succès, ce qui prouve que Galien entendoit aussi-bien la Chirurgie que la Médecine.
Il se rendit à Rome à l'âge de 32 ans, eut le bonheur de plaire à Sergius Paulus, préteur, à Sévérus, qui étoit alors consul, & qui fut depuis empereur, & à Boëthius, homme consulaire, dont il guérit la femme, qui lui fit un présent de quatre cent pieces d'or ; mais son mérite & son habileté lui firent tant d'ennemis parmi les autres médecins de Rome, qu'ils le contraignirent de quitter cette ville, après y avoir séjourné quelques années.
Cependant au bout de quelque tems Marc-Aurele le rappella dans la capitale, où il écrivit entr'autres livres, celui de l'usage des parties du corps humain. Il est vrai que craignant extrêmement l'envie des médecins de cette ville, il se tenoit le plus qu'il pouvoit à la campagne, dans un lieu où Commode, fils de l'empereur, faisoit son séjour. On ne sait point combien de tems Galien demeura à Rome pour la seconde fois, ni même s'il y passa le reste de sa vie, ou s'il retourna en Asie : Suidas dit seulement que ce médecin vécut 70 ans.
Le grand nombre de livres qui restent de sa plume, sans parler de ceux qui se sont perdus, prouve bien que c'étoit un homme d'un prodigieux travail, & qui écrivoit avec une facilité singuliere. On comptoit plus de cinq cent livres de sa main sur la seule Médecine ; mais nous apprenons de lui, qu'une partie de tant d'ouvrages périt de son tems, par un incendie qui consuma le temple de la Paix à Rome, où ces mêmes ouvrages étoient déposés.
Tous les anciens ont eu pour Galien la plus grande estime ; & Eusebe qui a vécu environ cent ans après lui, dit que la vénération qu'on portoit à ce médecin, alloit jusqu'à l'adoration. Trallien, Oribase, Actius, & sur-tout Paul Eginete, n'ont fait presque autre chose que de le copier ; & tous les médecins arabes se sont conduits de même. Il est pourtant certain qu'il eut pendant sa vie un grand parti à combattre, & la médecine d'Hippocrate qu'il entreprit de rétablir, ne triompha pas apparemment de la secte méthodique, ni des autres.
Nous avons deux éditions grecques de Galien ; l'une d'Alde, donné en 1525, en deux volumes infolio ; l'autre plus correcte d'André Cratandrus, de Jean Hervagius, & de Jean Bébélius, parut en 1538 en cinq volumes in-folio.
Quant aux éditions latines, il y en a eu grand nombre. On a plusieurs traductions de Galien en cette langue. On en a donné une à Lyon en 1536, in-folio, elle est de Simon Colinaeus. La même a paru en 1554, beaucoup plus correcte & avec de grandes augmentations ; c'est Jean Frellonius qui l'a mise au jour. Il y en a une autre édition de Jean Frébonius, à Bâle en 1541. La même reparut en 1561 avec une préface de Conrard Gesner, dans laquelle il est parlé avec beaucoup de jugement de Galien, de ses ouvrages, & de ses différens traducteurs.
Il y en a une troisieme des Juntes, qui ont donné à Venise dix éditions de Galien ; la premiere est in -8°. en 1641 ; & les autres in-folio dans les années suivantes ; la neuvieme ou dixieme, car ces deux éditions ne different point, sont les plus complete s & les meilleures.
Nous ne connoissons qu'une seule édition de Galien qui soit greque & latine ; elle a été donnée à Paris en 1639, sous la direction de René Chartier, en treize volumes in-fol. Cet élégant ouvrage contient, non-seulement les écrits de Galien, mais encore ceux d'Hippocrate, & quelqu'autres anciens médecins. La traduction en est correcte & fidele ; elle a été faite sur la comparaison des textes dans les différentes éditions & dans les manuscrits.
Gariopontus a été mal jugé pour beaucoup plus ancien qu'il ne l'est effectivement ; car puisque Pierre Damien, élevé au cardinalat en 1057, en parle comme d'un homme qu'il avoit vû, il en résulte que ce médecin vivoit au xj. siecle. On peut croire qu'il étoit du nombre de ceux qui composoient l'école de Salerne. René Moreau, dans ses prolégomenes sur cette école, cite un passage dans lequel il est appellé Warimpotus. Il adopta le système des méthodiques, & a écrit sept livres de pratique dans ce goût-là, mais d'un style barbare. Il traite dans les cinq premiers livres de la plûpart des maladies, & les fievres font la matiere des deux derniers. Cet ouvrage parut à Lyon, Lugduni apud Blanchardum, en 1516 & 1526, in-4°. sous le titre de Passionarii galeni de aegritudinibus, à capite ad pedes. Ensuite il a été imprimé à Bâle apud Henr. Petri 1531 in-4°. & 1536 in-8°. sous le titre suivant : De morborum causis, accidentibus & curationibus, libri octo.
Glaucias, disciple de Sérapion, c'est-à-dire médecin empirique, est souvent cité par Galien, qui dit qu'il avoit commenté le sixieme livre des épidémiques d'Hippocrate. Il fait aussi l'éloge de quelques-uns de ses médicamens. Pline en parle dans son hist. nat. liv. XXII. ch. xxiij.
Haly-Abbas, médecin arabe, passoit de son tems pour un homme d'un savoir si surprenant, qu'on l'appelloit le Mage. Il publia vers l'an 980 son livre intitulé almaleci, qui renferme un système complet de toute la Médecine, & c'est le système dont les Arabes font l'éloge le plus pompeux. Etienne d'Antioche traduisit cet ouvrage en latin en 1127. Il est vrai que si l'on avoit à choisir quelque système de médecine fondé sur la doctrine des Arabes, celui qui a été fait par Haly-Abbas paroît moins confus, plus intelligible & plus lié que tous les autres, sans même excepter celui d'Avicennes, & Rhasès en a pris bien des choses.
La traduction d'Etienne d'Antioche dont je viens de parler, est intitulée Regalis dispositionis theoricae libri decem, & praticae libri decem, quos Stephanus ex arabicâ in latinam linguam transtulit. Venetiis 1492, regal. fol. Lugd. 1523, in -4°.
Héraclide le tarentin fut le plus illustre de tous les sectateurs de Sérapion, fondateur de l'empirisme. Galien fait grand cas d'un ouvrage qu'il avoit composé sur la Chirurgie. Nous lisons dans le même auteur qu'Héraclide avoit commenté tous les ouvrages d'Hippocrate ; Coelius Aurelianus cite aussi les livres d'Héraclide sur les maladies internes ; mais aucun des écrits de ce médecin ne nous est parvenu.
Hermogène. Il y a deux médecins de ce nom ; l'un sectateur d'Erasistrate, a pu vivre du tems d'Adrien, un peu avant Galien, qui en parle ; l'autre plus ancien, est celui contre lequel Lucile fit en grec l'épigramme dont le sens est : " Diophante ayant vu en songe le médecin Hermogène, ne se réveilla jamais, quoiqu'il portât un préservatif sur lui ". Martial, en imitant cette épigramme, attribue la même chose à un autre médecin qu'il appelle Hermocrate, & qui est peut-être un nom supposé ; quoique l'épigramme de Martial n'ait pas la finesse & la briéveté de celle de Lucile, on voit pourtant qu'elle part d'une bonne main. La voici :
Lorus nobiscum est hilaris, caenavit & idem
Inventus mane est mortuus Andragoras.
Tam subitae mortis causam, Faustine, requiris ?
In somnis medicum viderat Hermocratem.
" Andragoras, après avoir fait un très-bon souper avec nous, fut trouvé mort le matin dans son lit. Ne me demandez point, Faustinus, la cause d'une mort aussi promte ; il avoit eu le malheur de voir en songe le médecin Hermocrate ".
Herodicus ou Prodicus de Sélymbre, naquit quelque tems avant Hippocrate, & fut contemporain de ce prince de la Médecine. Platon le fait inventeur de la gymnastique médicinale, c'est-à-dire de l'art de prévenir ou de guérir les maladies par l'exercice. Si cette idée est vraie, on pourroit regarder Herodicus comme le maître d'Hippocrate en cette partie.
Hérophile naquit à ce qu'on croit à Carthage, & vécut sous Ptolomée Soter. Il étoit contemporain d'Erasistrate, un peu plus âgé que lui, & tous deux se distinguerent également dans l'anatomie humaine. Galien dit d'Hérophile qu'il étoit consommé dans les diverses parties de la Médecine, mais sur-tout dans l'Anatomie. Il découvrit le premier les nerfs proprement dits ; il donna aux parties de nouveaux noms, qui ont presque tous été conservés. C'est lui qui a imposé les noms de rétine & d'arachnoïde à deux tuniques de l'oeil ; celui de pressoir ou de torcular à l'endroit où les sinus de la dure-mere viennent s'unir ; celui de parastates à ces glandes qui sont situées à la racine de la verge, &c. Il cultiva beaucoup la Chirurgie & la Botanique, & fit le premier entre les anciens dogmatiques, un grand usage des médicamens simples & composés.
La doctrine du pouls acquit sous lui de grands progrès ; il ne s'écarta point dans la cure des maladies, ni par rapport à la conservation de la santé, des sentimens d'Hippocrate ; cependant il écrivit contre les prognostics de ce grand homme, qu'on avoit rarement attaqué, & toujours avec peu de succès. Hérophile ne fut pas plus heureux que les autres, ses ouvrages n'ont point passé jusqu'à nous.
Hippocrate descendoit d'Esculape au dix-huitieme degré, & étoit allié à Hercule par sa mere au vingtieme degré. Il naquit à Cos la premiere année de la lxxxe olympiade, 458 ans avant la naissance de Jesus-Christ, & la cinquieme année du regne d'Artaxerxès-longue-main. Il étoit digne contemporain de Socrate, d'Hérodote, de Thucydide, & d'autres grands hommes qui ont illustré la Grece.
Son grand-pere Hippocrate & son pere Héraclide, qui n'étoient pas seulement d'habiles médecins, mais des gens versés en tout genre de littérature, ne se contenterent pas de lui apprendre leur art, ils l'instruisirent encore dans la logique, dans la Physique, dans la Philosophie naturelle, dans la Géométrie & dans l'Astronomie. Il étudia l'éloquence sous Gorgias le rhéteur, le plus célebre de son tems.
L'île de Cos, lieu de sa naissance, est très-heureusement située. Il y avoit long-tems que ses ancêtres l'avoient rendue fameuse par une école publique de Médecine qu'ils y avoient fondée. Il eut donc toutes les commodités possibles pour s'initier dans la théorie de la Médecine, sans être obligé d'abandonner sa patrie ; mais comme c'est à l'expérience à perfectionner dans un médecin ce qu'il tient de l'étude, les plus grandes villes de la Grece n'étant pas fort peuplées, il suivit le précepte qu'il donne aux autres ; il voyagea. " Celui qui veut être médecin, dit-il, doit nécessairement parcourir les provinces étrangeres ; car l'ignorance est une compagne fort incommode pour un homme qui se mêle de guérir les maladies ; elle le gêne & la nuit & le jour ".
Il parcourut la Macédoine, la Thrace & la Thessalie : c'est en voyageant dans ces contrées qu'il recueillit la plus grande partie des observations précieuses qui sont contenues dans ses épidémiques. Il vit toute la Grece, guérissant en chemin faisant nonseulement les particuliers, mais les villes & les provinces. Les Illyriens le solliciterent par des Ambassadeurs de se transporter dans leur pays, & de les délivrer d'une peste cruelle qui le ravageoit. Hippocrate étoit fort porté à secourir ces peuples ; mais s'étant informé des vents qui dominoient dans l'Illyrie, de la chaleur de la saison, & de tout ce qui avoit précédé la contagion, il conclut que le mal étoit sans remede. Il fit plus : prévoyant que les mêmes vents ne tarderoient pas à faire passer la peste de l'Illyrie dans la Thessalie, & de la Thessalie en Grece, il envoya sur le champ ses deux fils, Thessalus & Draco, son gendre Polybe, & plusieurs de ses éleves en différens endroits, avec les instructions nécessaires. Il alla lui-même au secours des Thessaliens ; il passa dans la Doride, dans la Phocide & à Delphes, où il fit des sacrifices au dieu qu'on y adoroit ; il traversa la Béotie, & parut enfin dans Athènes, recevant par-tout les honneurs dûs à Apollon. En un mot, il fit en Grece, pour me servir des termes de Callimaque, l'office de cette panacée divine, dont les gouttes précieuses chassent les maladies de tous les lieux où elles tombent.
Dans une autre occasion plus pressante encore, il délivra la ville d'Athènes, selon quelques historiens, de cette grande peste qui causa dans l'Attique des ravages inouis, que Thucydide, qui en fut le témoin oculaire, a si bien décrits, & que Lucrece a chantés dans la suite. On dit qu'il n'employa pour remedes généraux que de grands feux qu'il fit allumer dans toutes les rues, & dans lesquels il fit jetter toutes sortes d'ingrédiens aromatiques, afin de purifier l'air ; méthode pratiquée long-tems avant lui par les Egyptiens.
Telle fut sa réputation, que la plûpart des princes tenterent de l'attirer à leur cour. Il fut appellé auprès de Perdiccas, roi de Macédoine, qu'on croyoit attaqué de consomption ; mais après l'avoir bien examiné, il découvrit que son mal étoit causé par une passion violente dont il brûloit pour Hila, qui étoit la maîtresse de son pere.
On prétend, dans des pieces ajoutées aux oeuvres d'Hippocrate, & dont je ne garantis point l'authenticité ; on prétend, dis-je, dans ces pieces, qu'Artaxerxès lui offrit des sommes immenses & des villes entieres pour l'engager à passer en Asie, & à dissiper une peste qui désoloit & ses provinces & ses armées ; il ordonna qu'on lui comptât d'avance cent talens (quarante-cinq mille livres sterling) ; mais Hippocrate regardant ces richesses comme les présens d'un ennemi & l'opprobre éternel de sa maison s'il les acceptoit, les rejetta, & répondit au gouverneur de l'Hellespont qui les lui offroit de la part d'Artaxerxès : " Dites à votre maître que je suis assez riche ; que l'honneur ne me permet pas de recevoir ses dons, d'aller en Asie, & de secourir les ennemis de la Grece ".
Quelqu'un lui représentant dans cette occasion qu'il faisoit mal de refuser une fortune aussi considérable que celle qui s'offroit, & qu'Artaxerxès étoit un fort bon maître, il répondit : Je ne veux point d'un maître, quelque bon qu'il soit.
Le sénat d'Abdere le pria de se transporter dans la solitude de Démocrite, & de travailler à la guérison de ce sage, que le peuple prenoit pour fou. On sait ce qu'en dit l'Histoire.
Hippocrate arriva dans le tems
Que celui qu'on disoit n'avoir raison ni sens,
Cherchoit dans l'homme ou dans la bête
Quel siége a la raison, soit le coeur, soit la tête.
Sous un ombrage épais, assis près d'un ruisseau,
Les labyrinthes d'un cerveau,
L'occupoient. Il avoit à ses piés maint volume,
Et ne vit presque pas son ami s'avancer,
Attaché selon sa coutume....
Lorsque les Athéniens furent sur le point d'attaquer l'île de Cos, Hippocrate, plein d'amour pour sa patrie, se rendit en Thessalie, invoqua contre les armes de l'Attique, des peuples qu'il avoit délivrés de la peste, souleva les états circonvoisins, & en même-tems envoya son fils Thessalus à Athènes pour écarter la tempête qui menaçoit son pays. Le pere & le fils réussirent : en peu de jours la Thessalie & le Péloponnèse furent en armes, prêts à marcher au secours de Cos ; & les Athéniens, soit par crainte, soit par reconnoissance pour Hippocrate, abandonnerent leur projet.
Ce grand homme, qui semblable aux dieux méprisa les richesses, aima la vérité & fit du bien à tout le monde, ne desira qu'une longue vie en parfaite santé, du succès dans son art, & une réputation durable chez la postérité. Ses souhaits ont été accomplis dans toute leur étendue : on lui a rendu même pendant sa vie des honneurs qu'aucun grec n'avoit reçus avant lui. Les Argiens lui éleverent une statue d'or ; les Athéniens lui décernerent des couronnes, le maintinrent lui & ses descendans dans le pritanée, & l'initierent à leurs grands mysteres ; marque de distinction dont Hercule seul avoit été honoré : enfin il a laissé une réputation immortelle. Platon & Aristote le vénérerent comme leur maître, & ne dédaignerent pas de le commenter. Il a été regardé de tout tems comme l'interprete le plus fidele de la nature ; & il conservera, selon les apparences, dans les siecles à venir, une gloire & une réputation que plus de deux mille deux cent ans ont laissées sans atteinte.
Il mourut dans la Thessalie la seconde année, disent quelques auteurs, de la cvij. olympiade, 349 ans avant la naissance de Jesus-Christ, & fut inhumé entre Larisse & Cortone. Ce petit nombre de particularités de la vie d'Hippocrate sont suffisantes pour se former une idée de son caractere.
Je n'ajouterai que de courts détails sur quelques éditions de ses ouvrages.
La premiere édition grecque parut à Venise chez Alde en 1526, in-fol. La seconde à Bâle par Forbénius, en 1538, in-fol. La premiere édition latine faite sur l'arabe, vit le jour à Venise en 1493, in-fol. Il en parut une autre traduction sur les manuscrits grecs du Vatican à Rome en 1549, in-fol. La version de Janus Cornarius vit le jour à Venise en 1545, in -8°. & à Bâle en 1553 in-fol. La version latine d'Anutius Foesius, parut à Francfort en 1596, in -8°.
On compte entre les éditions grecques & latines, 1°. celle de Jérôme Mercurialis, à Venise 1588, infol. 2°. celle d'Anutius Foesius, à Francfort typis Wechelianis 1595, in-fol. 1621, 1645, & la même à Geneve 1657, in-fol. 3°. de Van-der-linden, avec la version de Cornarius, à Leyde en 1665, 2 vol. in -8°. 4°. De René Charlier, avec les ouvrages de Galien, à Paris 1679, 13 vol. in-fol.
On a imprimé 22 traités d'Hippocrate avec la version de Cornarius, des tables & des notes, à Bâle en 1579, in-fol. & cette édition est maintenant fort rare.
On a tout sujet de croire, suivant plusieurs témoignages des auteurs orientaux, qu'il s'étoit fait en arabe des traductions d'Hippocrate dès les premiers tems d'Almanzor & d'Almamon : mais la version qui a effacé toutes les autres a été celle de Honain, fils d'Isaac, qui fut en grande réputation sous le calife Eimotewakel. Ce prince commença son regne l'an 232 de l'hégire, de Jesus-Christ 846, & mourut l'an de l'hégire 247, & de Jesus-Christ 861. Cet Honain fut disciple de Jean, surnommé fils de Masowia.
Les historiens remarquent que Honain entreprit de nouvelles traductions des livres grecs, parce que celles de Sergius étoient fort défectueuses. Gabriel, fils de Boct-Jechua, autre fameux médecin, l'exhorta à ce travail, qu'il fit avec tant de succès, que sa traduction surpassa toutes les autres. Sergius avoit fait les siennes en syriaque ; & Honain, qui avoit demeuré deux ans dans les provinces où on parloit grec, alla ensuite à Balsora où l'arabe étoit le plus pur ; & s'étant perfectionné dans cette langue, il se mit à traduire.
La plûpart des traductions arabes d'Hippocrate & de Galien portent son nom ; & les hébraïques faites il y a plus de 700 ans, l'ont été sur la sienne. Honain est donc le plus considérable interprete d'Hippocrate ; & c'est de lui que les Arabes ont tiré tout ce qu'ils ont d'érudition sur l'histoire de la Médecine.
Il y avoit encore dans ce tems-là deux traductions d'Hippocrate : l'une syriaque, & l'autre arabe. La premiere passoit pour un second original, & pour avoir été conférée avec les éditions syriaques, qui sont fort rares depuis plusieurs siecles, à cause que le syriaque est devenu une langue savante qui n'a plus été d'usage que parmi les Chrétiens, & qui ne s'apprend plus que par étude. On peut juger par ce détail qu'il ne faut pas attendre de grands secours des Arabes pour la révision des textes grecs.
Nous pouvons encore conclure de-là qu'il seroit difficile de découvrir chez les Orientaux quelque chose qui servît à l'histoire d'Hippocrate, de plus que ce qu'en disent les Grecs & les Latins. Cependant les Arabes ont des vies de cet ancien médecin, & ils en parlent comme un des plus grands hommes qui aient existé ; c'est ce qu'on lit dans les deux seules versions qui soient imprimées : la premiere est d'Eutychius ou Sahid, patriarche d'Alexandrie ; l'autre est de Grégoire, surnommé Albufarage, qui étoit métropolitain de Takrit, ville d'Arménie, & qui a vécu jusqu'au treizieme siecle : mais on ne trouve ni dans l'une ni dans l'autre aucun trait qui ait un fondement solide.
En échange nos médecins, entr'autres Brasavolus, Jacotius, Marinellus, Martianus & Mercurialis, ont fait d'excellens commentaires sur Hippocrate. Voici les titres de leurs ouvrages.
Brasavolus, (Antonius Musa) in aphorismos Hippocratis commentarius ; Ferrariae, 1594, in -4°. In libros de ratione victûs in morbis acutis, commentaria ; Venetiis, 1546, in-fol.
Jacotius, (Desiderius) commentariorum ad Hippocratis coaca praesagia libri tredecim ; Lugd. apud Guil. Rovillium, 1576, in-fol.
Marinellus, (Joannes) commentaria in Hippocratis opera ; Venet. apud Valgrisium, 1575, in-fol. ed. prima & optima : ibidem, 1619, in-fol. Vicentiae, 1610, in-fol.
Martianus, (Prosper) Hippocrates cons. nationibus explicatus ; Patavii, 1719, in-fol.
Mercurialis, (Hieronymus) commentarii in Hippocratis prognostica ; Venet. 1597, in-fol. In Hippocratis aphorismos ; Bonon. 1619, in-fol.
Ibnu-el-Baitar, médecin arabe, naquit à Malaga en Andalousie. Pour se perfectionner dans la connoissance des plantes, il parcourut l'Afrique & presque toute l'Asie. A son retour de l'Inde par le Caire, il devint médecin de Saladin, premier soudan d'Egypte ; &, après la mort de ce prince, il retourna dans sa patrie où il finit ces jours l'an de l'hégire 594, & de Jesus-Christ 1197. Il a composé un ouvrage sur les propriétés des plantes, sur les poisons, & sur les animaux.
Ibnu-Thophail, médecin arabe, naquit à Séville dans l'Andalousie, d'une famille noble : mais ses parens ayant été dépouillés de leurs biens pour avoir pris parti dans une rébellion contre leur prince, il fut obligé de se jetter du côté de la Médecine. Averrhoès, Rabbi Moses l'égyptien, & beaucoup d'autres vinrent prendre de ses leçons ; il mourut l'an de l'égire 571, & de Jesus-Christ 1175. C'est le même qu'Abu-Becr, Ebn-Thophail, l'auteur d'un ouvrage ingénieux & bien écrit, publié par le docteur Pocock, en arabe & en latin, sous le titre de philosophus, , imprimé à Oxford en 1671, réimprimé plusieurs fois depuis, & traduit en d'autres langues.
Ibnu-Zohar, d'origine arabe, naquit en Sicile dans le cinquieme siecle, & devint médecin du roi de Maroc. Il exerça son art sans intérêt pour les gens dont la fortune étoit médiocre, mais il acceptoit les présens des princes & des rois. Il a eu un fils célebre par des ouvrages de Médecine, & pour disciple Averrhoès qui le laissa bien loin derriere lui. Il mourut âgé de quatre-vingt-douze ans l'an de l'hégire 564, & de Jesus-Christ 1168.
Joanna, chaldéen de nation & chrétien de religion, de la secte de Nestorius, est un fameux médecin arabe par le crédit qu'il eut sous le célebre Almamon, calife de Bagdad, qui fit tant de bien à la Littérature en rassemblant les meilleurs ouvrages en Médecine, en Physique, en Astronomie, en Cosmographie, &c. & en les faisant traduire. Joanna fut chargé de présider aux traductions des auteurs grecs, & ce fut alors qu'on mit pour la premiere fois en langue arabesque les ouvrages de Galien & ceux d'Aristote. Il mourut à la quatre-vingtieme année de son âge l'an de l'hégire 284, & de Jesus-Christ 819.
Isaac, fils d'Erram, médecin juif, naquit à Damas, étudia à Bagdad, & fut médecin de Zaïde, viceroi d'Afrique. Il a fait un livre sur la cure des poisons, & est mort l'année de l'hégire 183, & de Jesus-Christ 799.
Lucius Apulée, de Madaure ville d'Afrique, vivoit sous les empereurs Adrien, Antonin le Débonnaire, & Marc Aurele. Sa mere, nommée Salvia, étoit de la famille de Plutarque, & de celle du philosophe Sextus. Après avoir étudié à Athènes la philosophie de Platon, il étudia la Jurisprudence à Rome, & s'acquit même de la réputation dans le barreau, mais il reprit ensuite la Philosophie, & fit en grec des livres de questions naturelles & de questions médicinales. On met au nombre de ses écrits un livre intitulé, des remedes tirés des plantes ; livre qui nous reste & qui est écrit en latin, mais on n'est pas certain qu'il soit de lui. Les deux plus anciennes éditions de cet ouvrage chargé de remedes superstitieux, sont l'édition de Paris de 1528, in-fol. & celle de Basle de la même année, aussi in-fol. La cinquieme édition de toutes les oeuvres prétendues d'Apulée de Madaure, est à Lyon en 1587, in -8°. Son livre de l'âne d'or, est tout plein de contes magiques, quoique ce ne soit qu'un jeu d'esprit dont le sujet même n'est pas de l'invention d'Apulée.
Machaon, étoit frere aîné de Podalyre, tous deux fils d'Esculape ; mais il paroît par Homere, que Machaon étoit plus estimé que Podalyre, & qu'on l'appelloit préférablement pour panser les grands de l'armée. Ce fut Machaon qui traita Ménélaüs blessé par Tindare, en essuyant premierement le sang de sa blessure, & en y appliquant ensuite des remedes adoucissans, comme faisoit son pere. Ce fut aussi Machaon qui guérit Philoctete, qui avoit été rendu boiteux pour s'être laissé tomber sur le pied une fleche trempée dans le fiel de l'hydre de Lerne, présent ou dépôt que lui avoit remis Hercule en mourant.
Les deux freres étoient tous deux soldats aussi-bien que médecins, & Machaon semble avoir été fort brave. Il fut une fois blessé à l'épaule dans une sortie que firent les Troyens ; & il fut enfin tué dans un combat singulier qu'il eut contre Nirée, ou, selon d'autres, contre Euripyle, fils de Telephe. Machaon & Podalyre sont aussi mis au nombre des amans d'Helene. La femme de Machaon s'appelloit Anticlea, elle étoit fille de Dioclès, roi de Messénie ; il en eut deux fils qui possederent le royaume de leur ayeul, jusqu'à ce que les Héraclides, au retour de la guerre de Troye, se furent emparés de la Messénie & de tout le Péloponnèse. On ne sait si Machaon étoit roi par lui-même, ou s'il tenoit cette dignité de sa femme : mais Homere l'appelle en deux ou trois endroits, pasteur des peuples, qui est le titre qu'il donne à Agamemnon, & aux autres rois.
Quant à Podalyre, comme il revenoit du siege de Troie, il fut poussé par une tempête sur les côtes de Carie, ou un berger qui le reçut, ayant appris qu'il étoit médecin, le mena au roi Dametus dont la fille étoit tombée du toît d'une maison. Il la guérit en la saignant des deux bras, ce qui fit tant de plaisir à ce prince, qu'il la lui donna en mariage avec la Chersonese. Podalyre eut de son mariage, entr'autres enfans, Hippolochus dont Hippocrate descendoit.
Au reste, la saignée de Podalyre est le premier exemple de ce remede que l'histoire nous offre. On en trouve le récit dans Etienne de Bysance.
Ménécrate. Il y a eu plusieurs Ménécrate, mais nous ne parlerons que du Ménécrate qui vivoit sous le regne de Tibere, un peu après Antonius Musa. Il mourut sous Claude, comme il paroît par une inscription grecque qui se trouve à Rome, & qui est rapportée par Grutérus & par Mercurialis. Il est nommé dans cette inscription médecin des Césars, ce qui marque qu'il l'avoit été de plusieurs empereurs.
Galien nous apprend que Ménécrate avoit fait un très-bon livre sur la composition des médicamens, dont le titre étoit autocrator hologrammatos, c'est-à-dire, l'empereur dont les noms sont écrits. Ce titre n'est pas aussi ridicule qu'il le paroît, car quant au mot autocrator, ou empereur, il y a divers exemples chez les anciens de cette maniere d'intituler des livres. Le mot hologrammatos marquoit que l'auteur avoit écrit tout au long les noms & le poids, ou la quantité de chaque simple, pour éviter les erreurs qu'on pourroit faire en prenant une lettre numérale pour une autre, ou en expliquant mal une abréviation.
Cette particularité prouve que les Médecins avoient déja la coutume d'écrire en mots abrégés, & de se servir de chiffres ou de caracteres particuliers, comme quelques-uns de nos Médecins font aujourd'hui, &, à mon avis, fort mal-à-propos. Ménécrate avoit raison de condamner cette nouvelle mode, & de montrer le bon exemple à suivre.
C'est lui qui a inventé l'emplâtre que l'on appelle diachylon, c'est-à-dire, composé de sucs, & qui est un des meilleurs de la pharmacie.
Mésuach ou Mésué, chrétien, de la secte des Jacobites ou demi-Eutychiens, naquit, selon Léon l'Africain, à Maridin, ville située sur les bords de l'Euphrate, étudia la Médecine à Bagdad, & fut disciple d'Avicenne. Il exerça son art au Caire, il y jouit de la bienveillance du calife, & y acquit de la réputation & des richesses. Il mourut âgé de quatre-vingt-dix ans, l'an de l'hégire 406, & de Jesus-Christ 1015. Le docteur Freind croit que Mésué est né à Nisabur, & qu'il écrivit ses ouvrages, de medicamentis, & morbis internis, en langue syriaque. Ils ont paru pour la premiere fois en latin, avec des notes de Pierre de Apono, à Venise, en 1494, infol. ensuite à Paris, apud Valgrisium, 1575, in-fol. & enfin Venet. apud Juntas, 1589 & 1623, in-fol. qui sont les deux meilleures éditions.
Moschion, médecin grec méthodique qui fleurissoit dans le cinquieme siecle, a fait un livre sur les maladies des femmes, qui nous est parvenu. Il a paru en grec, par les soins de Gaspard Wolph, à Basle, apud Thom. Guarinum, 1566. in -4°. On l'a inséré, en grec & en latin, in Gynaeciorum libris, de Spacchius ; Argentinae, 1597, in-fol.
Musa, (Antonius) a été le plus fameux de tous les médecins qui ont vécu sous le regne d'Auguste, parce qu'il guérit cet empereur dangereusement malade, en lui conseillant de se baigner dans de l'eau froide, & même d'en boire ; cette cure mit ce remede fort en vogue, & valut au médecin de grandes largesses, & des honneurs distingués. Pline parle en trois endroits des remedes qui guérirent Auguste. Dans le premier (liv. XXIX. ch. j.), il dit que ce prince fut rétabli par un remede contraire, c'est-à-dire, opposé à ceux qui avoient été pratiqués. Dans le second (liv. XVIII. ch. xv.), il avance qu'Auguste avoit mandé dans quelques-unes de ses lettres, qu'il s'étoit guéri par le moyen de l'orobe. Et dans le troisieme (liv. XIX. ch. viij.), Pline attribue la même chose à l'usage des laitues ; peut-être que ces trois remedes avoient été employés dans la même maladie, ou dans d'autres.
On ne trouve rien d'ailleurs de remarquable dans l'histoire sur la médecine de Musa. Il traitoit les ulceres en faisant manger de la chair de vipere. Galien parle de quelques livres qu'il avoit écrit sur les médicamens. On lui a attribué un petit livre de la bétoine qui nous est resté, & que l'on soupçonne avoir été tiré de l'herbier d'Apulée. Mais Horace & Virgile ont immortalisé ce médecin dans leurs poésies. Il avoit un frere nommé Euphorbus, dont nous avons dit un mot ci-dessus.
Myrepsus (Nicolaus), médecin grec d'Alexandrie, qui vivoit, à ce qu'on croit, sur la fin du douzieme siecle, dans le tems que la barbarie couvroit encore la terre. Il n'est connu que par un livre des médicamens, divisé en quarante-huit sections, traduit du grec en latin par Léonard Fuchsius, & imprimé à Basle, chez Oporin, en 1549, in-fol. Il se trouve parmi les Medici principes d'Henri Etienne, publiés en 1567, in-fol.
Oribase, naquit à Pergame, & devint professeur à Alexandrie. Eunapius, médecin auquel il dédia ses quatre livres de Euporistis, &c. en fait les plus grands éloges, & dit qu'il contribua beaucoup à élever Julien à l'empire ; ce qui lui mérita sa confiance, comme cela paroît par une des lettres de cet empereur. Oribase jouissoit d'une fortune éclatante dans le tems qu'Eunapius écrivit cette histoire, c'est-à-dire, l'an 400 de Jesus-Christ.
Oribase écrivit soixante-dix livres de collections selon Photius, & soixante-douze selon Suidas. Il n'en reste que les quinze premiers, & deux autres qui traitent de l'Anatomie. Il s'est perdu quelques traités de cet auteur. Freind remarque que sa diction est extrêmement variée, ce qui jette de la lumiere sur ses écrits. Il paroît que c'étoit un homme d'esprit & un médecin expérimenté, qui a donné dans plusieurs cas des regles de pratique fort bien raisonnées. Ses ouvrages ont paru à Basle, en 1557, in -8°. &, dans les Medici principes d'Henri Etienne, à Paris, 1567, in-fol. Mais la meilleure édition est graecè & latinè cum notis G. Dundas ; Lugd. Bat. 1735, in -4°.
Palladius, médecin d'Alexandrie, où il fut élevé & où il naquit vraisemblablement. Il est de beaucoup postérieur à Galien & à Aetius. Il nous reste de lui, 1°. scholia in librum Hippocratis de fracturis, apud Wekel, 1595. in-fol. 2°. Breves interpretationes sexti libri de morbis popularibus Hippocratis. Basileae, 1581. in -4°. 3°. de febribus synopsis. Paris, 1646. in -4°. Les commentaires de ce médecin sur le livre des fractures d'Hippocrate sont peu de chose : il a mieux réussi dans ses interprétations sur les livres des épidémies. Son traité des fiévres est bon & court, mais tout ce qu'il en dit paroît être emprunté d'Aetius.
Paracelse, ou pour le nommer par tous les noms fastueux qu'il s'arrogea : Aureolus, Philippus Paracelsus, Theophrastus Bombast ab Hoppenheim, naquit en 1493 à Einsidlen, village situé à deux milles de Zurich. Il apprit sous Fugger Schwartz, les opérations spargiriques, & s'attacha à tous ceux qui avoient de la réputation dans l'art. Il ne s'en tint pas là ; il voyagea dans toutes les contrées de l'Europe, & commerça indistinctement avec les médecins, les barbiers, les gardes-malades, & les prétendus sorciers.
Après avoir visité les mines d'Allemagne à l'âge de vingt ans, il passa en Russie, & fut fait prisonnier par des Tartares qui le conduisirent au Cham. Il eut ensuite l'avantage d'accompagner le fils de ce prince à Constantinople, où il dit avoir appris, à l'âge de vingt-huit ans, le secret de la pierre philosophale, qu'il ne posséda jamais.
La réputation qu'il se fit par quantité de cures, engagerent les magistrats de Bâle à lui donner un honoraire considérable pour professer la Médecine dans leur ville. Il y fit des leçons en 1527, ordinairement en langue allemande, car il savoit sort mal le latin. Il eut un grand nombre de disciples ; & communiqua quelques-uns de ses secrets à deux ou trois d'entr'eux ; cependant il ne séjourna que deux ans à Bâle, & se mit à parcourir l'Alsace avec Oporinus, qui finalement mécontent de lui, le quitta. Paracelse continua d'errer d'un lieu dans un autre, dormant peu, ne changeant presque jamais de linge ni d'habit, & étant presque toujours ivre. Enfin en 1541 il tomba malade dans une auberge de Saltzbourg, où il mourut dans la quarante-huitieme année de son âge. Voici son portrait en raccourci, tiré de la préf. du Dict. de Med. traduct. de M. Diderot.
" Paracelse est un des plus singuliers personnages que nous présente l'Histoire littéraire : visionnaire, superstitieux, crédule, crapuleux, entêté des chimeres de l'astrologie, de la cabale, de la magie, de toutes les sciences occultes ; mais hardi, présomptueux, enthousiaste, fanatique, extraordinaire en tout, ayant sû se donner éminemment le relief d'homme passionné pour l'étude de son art (il avoit voyagé à ce dessein, consultant les savans, les ignorans, les femmelettes, les barbiers, &c.), & s'arrogeant le singulier titre de prince de la Médecine, & de monarque des arcanes, &c. "
Sa vie, dont il faut se défier, a été donnée par Oporien. Ses ouvrages, qui sont pour la plupart supposés & de la main de ses disciples, ont été recueillis à Francfort sous le titre de Paracelsi operum medico-chimicorum, sive paradoxorum tomi duodecim. Francof. apud Palthaenios, 1603. 12 vol. in -4°. Ils ont été ensuite reimprimés à Geneve plus exactement & plus complete ment en 1658, 3 vol. in-fol.
Paul Eginete, Paulus Aegineta, exerçoit la Médecine dans le vij. siecle. Le frontispice de la premiere édition de ses ouvrages porte en grec : " voilà les ouvrages de Paul né à Aegine, qui a parcouru la plus grande partie du monde ", & cette inscription contient la seule particularité de sa vie qui nous soit connue. Quant à ses ouvrages, Paul Eginete est, au sentiment du docteur Freind, un de ces écrivains infortunés à qui l'on n'a point rendu justice, & qu'on n'a point estimés ce qu'ils valoient ; cependant, quand on l'a lu attentivement, on s'apperçoit qu'il avoit mûrement discuté la pratique des anciens, & qu'il étoit fondé en raisons dans ce qu'il en a admis ou rejetté. Il fait mention dans ses opérations chirurgicales, de quelques opérations qui paroissent avoir été ignorées de ses prédécesseurs, telle est celle de la bronchotomie. Il paroît encore avoir bien connu les maladies particulieres aux femmes, ce qui le fit surmonter Paul alkavabeli, c'est-à-dire l'accoucheur. Les Arabes le nomment Bulos Al aegianithi. Herbelot dit qu'il vivoit sous l'empereur Héraclius, & du tems que régnoit Omar second calife des Musulmans, qui mourut l'an de l'hégire 23 ou l'an 645 de J. C.
Ses ouvrages qu'on a traduits anciennement en arabe, sont divisés en sept livres, & ils ont été plusieurs fois imprimés en grec. La premiere édition est celle d'Alde en 1528. La seconde parut à Bâle en 1558, chez André Cratander. On en a trois traductions latines, l'une d'Albanus Taurinus, l'autre d'Andernacus, & la troisieme de Cornarius, avec de bonnes remarques : la meilleure édition est Lugduni, 1589 in -8.
Philinus de Cos, disciple d'Hérophile contemporain de Sérapion d'Alexandrie, passe dans l'esprit de quelques-uns, pour être l'auteur de la secte empirique qui s'établit 287 ans avant J. C. Athenée nous apprend qu'il avoit fait des commentaires sur Hippocrate ; mais il ne dit point par quel secret il vint à-bout de fonder une secte.
Podalyre. Voyez ci-dessus Machaon.
Praxagore est le troisieme médecin qui se soit fait connoître avec distinction après Hippocrate & Dioclès. Il étoit de l'île de Cos, & de la famille des Asclépiades ; avec cette particularité, qu'il fut le dernier de cette race, qui se signala dans la Médecine.
Priscianus, (Theodorus) médecin méthodique, disciple de Vindicianus, vivoit sous les regnes de Gratien & de Valentinien II. vers l'an 370. Il écrivit en latin les quatre livres que nous avons de lui. Le premier est intitulé logicus, quoiqu'il ne contienne rien moins que des raisonnemens philosophiques ; au-contraire, l'auteur se déchaîne dans sa préface, contre les médecins qui raisonnent ; mais il faut aussi dire qu'on ignore d'où vient qu'on a substitué dans l'édition d'Italie ce titre de logicus à celui d'euphoriston, ou des remedes faciles à trouver, qu'il porte dans l'édition de Bâle.
Priscianus dédie ce premier livre à son frere Timothée, ainsi que le second où il traite des maladies aiguës & des maladies chroniques. C'est ce second livre qui pourroit porter le titre de logicus, car il est plein de raisonnemens.
Le troisieme intitulé Gynaecia, ou des maladies des femmes, est dédié à une femme nommée Victoria dans l'édition d'Alde, & Salvina dans celle de Bâle.
Le quatrieme intitulé de physica scientia, est adressé à un fils de l'auteur, nommé Eusebe. Il ne s'agit point de physique dans cet ouvrage ; c'est une compilation de médicamens empiriques, dont quelques-uns sont fort superstitieux. La fin du livre traite de quelques questions physiologiques, comme de la nature de la semence, des fonctions animales, &c. le tout d'une maniere barbare.
La premiere édition des oeuvres de Priscien s'est faite à Strasbourg en 1532. On lui donne dans cette édition pleine de fautes (comme l'a remarqué Reinesius qui a expliqué plusieurs endroits de cet auteur dans ses leçons), le nom de Quintus Horatianus, & le titre d'archiater. La seconde édition s'en fit la même année à Bâle sous le nom de Theodorus Priscianus, mais le quatrieme livre ne se trouve point dans cette édition. Enfin, Aldus ou ses fils, en donnerent une troisieme édition en 1547, dans laquelle ils réunirent ses oeuvres à celles de tous les anciens médecins qui ont écrit en latin. Il ne porte point dans l'édition d'Aldus, le titre d'archiater. Le troisieme livre de cet auteur, qui traite des maladies des femmes, a été inseré par Spacchius dans un recueil d'ouvrages sur la même matiere. Nous avons un livre intitulé Diaeta, attribué à un ancien médecin nommé Theodore, & que Reinesius croit être le même que Theodorus Priscianus.
Quintus, médecin grec, vivoit vers l'an 100 de J. C. Il passoit pour le plus grand médecin de son tems, & un des plus exacts anatomistes. Galien lui marque dans ses écrits beaucoup de considération, quoiqu'il fût dans des principes tout-à-fait opposés aux siens. Car Quintus disoit en raillant, que le froid, le chaud, le sec, & l'humide étoient des qualités dont la connoissance appartenoit plutôt aux baigneurs qu'aux médecins, & qu'il falloit laisser aux teinturiers l'examen de l'urine. Galien lui donne encore un bon mot au sujet des drogues qui entrent dans la thériaque. Il disoit que ceux qui, faute d'avoir de véritable cinamome, mettent dans cet antidote le double de casia, font la même chose, que si quelqu'un manquant de vin de Falerne, buvoit le double de quelque méchant vin frelaté ; ou que manquant de bon pain, il mangeât le double de pain de son.
Rhasès est un des plus grands & des plus laborieux médecins arabes. On l'appelle encore Albubécar-Muhamede, que Léon l'africain écrit Abubachar. Il nous apprend en même tems, qu'il étoit persan, de la ville de Ray située dans le Chorazan, où il fut chargé de l'intendance d'un hôpital. Il étudia la Médecine à Bagdad, d'où il vint au Caire ; du Caire il passa à Cordoue, à la sollicitation d'Almanzor homme puissant, riche, & savant, viceroi de la province. Il pratiqua son art avec succès dans tout le pays, donna le premier l'histoire de la petite vérole, devint aveugle à l'âge de 80 ans, & mourut l'an de l'hégire 401, & de J. C. 1010, à l'âge d'environ 90 ans.
Nous avons de lui un ouvrage célebre parmi les Arabes, divisé en douze livres, & qui a pour titre Elchavi, en latin, Libri continentes, ou le Continens, qu'on suppose un abregé de toute la Médecine réduit en systèmes ; dix livres, dédiés à Almanzor ; six livres d'aphorismes, & quelques autres traités. Ses ouvrages intitulés Rhasis opera exquisitiora, ont paru Brixiae 1486, Venetiis 1497, in-fol. Ibid. 1509. 2 vol. in regali fol. & finalement Basileae, apud Henric. Petri, 1544. in-fol. cette derniere édition passe pour la meilleure de toutes.
Rufus, d'Ephèse, vivoit sous l'empereur Trajan, & mérite d'être compté entre les plus habiles médecins ; mais la plupart de ses écrits, cités par Suidas, ne nous sont pas parvenus. Il ne nous reste qu'un petit traité des noms grecs des diverses parties du corps, & un autre des maladies des reins & de la vessie, avec un fragment où il est parlé des médicamens purgatifs. On recueille du premier de ses ouvrages, que toutes les démonstrations anatomiques ses faisoient dans ces tems-là sur des bêtes.
Les trois livres de Rufus ephesius sur les noms grecs des parties du corps humain, furent publiés par Goupylus, à Paris 1554, in -8°. typis regiis, ex officina Turnebi. Ils ont été réimprimés parmi les medici Principes d'Etienne, 1567 in-fol. Il en est de même de son livre des maladies des reins & de la vessie : ainsi que son fragment des médicamens purgatifs. Enfin tous ses ouvrages ont paru graecè & latinè, Londini, 1726 in -4. cum notis & commentario Gul. Clinch. & c'est-là la meilleure édition.
Scribonius Largus, médecin romain, qui vivoit sous les empereurs Claude & Tibere ; il nous reste de lui un Recueil de la composition des médicamens, qui est souvent cité dans Galien. Il l'avoit dédié à Julius Callistus, celui de tous les affranchis de Claude qui étoit le plus en faveur. Il le remercie dans la préface de son ouvrage, de ce qu'il a bien voulu prendre la peine de présenter son traité latin à l'empereur. Le nom de ce médecin marque qu'il étoit romain & de la famille Scribonia. Je sai qu'on peut objecter qu'il avoit emprunté ce nom de la même famille, à l'imitation des autres étrangers ; mais si cela étoit, il auroit joint son nom propre à ce dernier.
Son livre de compositione medicamentorum, a été imprimé par les soins de Ruellius, Paris. 1528. infol. à Bâle, en 1529, in -8. à Venise, apud Aldum, 1547, in-fol. parmi les artis medicae Principes d'Henri Etienne ; & finalement Patavii, 1657, in -4. & c'est la meilleure édition.
Sérapion. Les médecins connoissent deux Sérapion : un d'Alexandrie, l'autre arabe.
Sérapion d'Alexandrie étoit postérieur à Erasistrate, & antérieur à Héraclide de Tarante. Celse le donne pour fondateur de la secte empirique. Caelius Aurelianus parle assez souvent de ses remedes. Galien nous dit qu'il ne ménageoit pas Hippocrate dans ses ouvrages, où l'on remarquoit d'ailleurs la bonne opinion qu'il avoit de son savoir-faire, & son mépris excessif pour tout ce qu'il y avoit eu de grands médecins avant lui.
Sérapion arabe n'a fleuri que sur la fin du ix. siecle, entre Mesué & Rhazès. Ses ouvrages ne méritent aucun éloge. Ils ont paru sous le nom de Practica à Venise apud Octav. Scotum, en 1497. infol. ensuite apud Juntas, Andrea Alpage interprete, 1550. in-fol. & finalement Argentinae 1531. in-fol. avec les opuscules d'Averrhoès, de Rhasès, & autres, curâ Otton. Brusfelrii.
Soranus, il y a eu quatre ou cinq médecins de ce nom. Le premier d'Ephese, étoit le plus habile de tous les médecins méthodiques, & celui qui mit la derniere main à la méthode ; c'est du moins le jugement qu'en porte Caelius Aurelianus, qui étoit de la même secte ; mais ce qui augmente beaucoup sa gloire, c'est qu'il a été considéré par les médecins mêmes qui n'étoient pas de son parti, comme par Galien. Il vivoit sous les empereurs Trajan & Adrien, & après avoir long-tems demeuré à Alexandrie, il vint pratiquer la médecine à Rome, sous le regne des deux empereurs qu'on vient de nommer. Ses écrits se sont perdus, mais on les retrouve dans Caelius Aurelianus qui reconnoît ingénument, que tout ce qu'il a mis au jour n'est qu'une traduction des ouvrages de Soranus.
Le second de même nom étoit éphésien, ainsi que le grand méthodique ; mais il a vécu long-tems après lui. Suidas parle de divers livres de médecine de ce second Soranus, entr'autres d'un qui étoit intitulé des maladies des femmes. C'est apparemment de ce livre qu'a été tiré le fragment grec qui a pour titre de la matrice, & des parties des femmes, fragment mis au jour par Turnebe dans le siecle passé. C'est ce second Soranus qui a écrit la vie d'Hippocrate que nous avons.
Le troisieme Soranus étoit de Malles en Cilicie, & porte le surnom de mallotes.
L'auteur de la vie d'Hippocrate cite un quatrieme Soranus, qui étoit, dit-il, de l'île de Cos.
On trouve dans les priapées de Scioppius, des lettres de Marc-Antoine à Q. Soranus ; & de celui-ci à Marc-Antoine, de Cléopatre au même Soranus, & de Soranus à Cléopatre. Dans ces lettres l'on demande & l'on donne des remedes contre l'incontinence. Ce sont des pieces visiblement supposées.
Symmachus fleurissoit sous le regne de Galba ; il falloit qu'il eût une réputation éclatante, de la maniere dont Martial son contemporain le représente, suivi d'un grand nombre d'étudians en médecine, qu'il menoit avec lui chez les malades. L'épigramme du poëte à ce sujet est fort bonne ; c'est la 9. du l. V.
Languebam : sed tu comitatus protinùs ad me
Venisti, centum, Symmache, discipulis ;
Centum me tetigere manus aquilone gelatae ;
Non habui febrem, Symmache, nunc habeo.
Thémison de Laodicée fut disciple d'Asclépiade, & vécut peu de tems avant Celse, c'est-à-dire sous le regne d'Auguste. Il est célebre dans l'histoire de la médecine, pour avoir fondé la secte méthodique ; quoiqu'en fait de pratique il ne se soit pas écarté des regles de son maître. Il appliqua le premier l'usage des sang-sues dans les maladies, pour relâcher de plus en plus. Galien nous apprend aussi, qu'il donna le premier la description du diacode, remede composé du suc & de la décoction des têtes de pavot & de miel. Il avoit encore inventé une composition purgative appellée hiera. Enfin il avoit écrit sur les propriétés du plantain, dont il s'attribuoit la découverte. Dioscorius prétend qu'il fut un jour mordu par un chien enragé, & qu'il n'en guerit qu'après de grandes souffrances. Pline en fait un éloge pompeux ; car il le nomme summus auctor, un très-grand auteur. Le Thémison, à qui Juvenal reproche le nombre des malades qu'il avoit tués dans une automne, quot Themison aegros autumno occiderit uno, ne paroît pas être celui dont il s'agit ici. Il est vraisemblable que le poëte satyrique a eu en vûe quelque médecin méthodique de son tems, qu'il appelle Thémison, pour cacher son véritable nom.
Théophile, surnommé Protaspatharius, médecin grec, qui vécut, selon Fabricius, sous l'empereur Héraclius, & selon Ferimd, seulement au commencement du iv. siecle. Il étoit certainement chrétien, & est fort connu des Anatomistes par ses quatre livres de la structure du corps humain, dans lesquels on dit qu'il a fait un excellent abrégé de l'ouvrage de Galien sur l'usage des parties. Ce n'est pas ici le lieu d'en parler ; il suffit de dire que les ouvrages anatomiques de Théophile ont été publiés à Paris en grec & en latin en 1556. in -8°. Nous avons son petit livre de urinis & excrementis, publié pour la premiere fois d'après les manuscrits de la bibliotheque d'Oxfort, Lugd. Batav. 1703. in -8°. p. 271. graecè & latinè.
Thessalus, disciple de Thémison, vivoit sous Néron, environ 50. ans après la mort de son maître.
Il étoit de Tralé en Lydie, & fils d'un cardeur de laine, chez lequel il fut élevé parmi des femmes, si l'on en croit Galien. La bassesse de sa naissance, & le peu de soin qu'on avoit pris de son éducation ne firent que retarder ses progrès dans le chemin de la fortune. Il trouva le moyen de s'introduire chez les grands : il sut adroitement profiter du goût qu'il leur connut pour la flaterie : il obtint leur confiance & leurs faveurs par les viles complaisances auxquelles il ne rougit point de s'abaisser ; enfin il joua à la cour un personnage fort bas : ce n'est pas ainsi, dit Galien, que se conduisirent ces descendans d'Esculape, qui commandoient à leurs malades comme un prince à ses sujets. Thessalus obéit aux siens, comme un esclave à ses maîtres. Un malade vouloit-il se baigner, il le baignoit ; avoit-il envie de boire frais, il lui faisoit donner de la glace & de la neige. A ces réflexions, Galien ajoute que Thessalus n'avoit qu'un trop grand nombre d'imitateurs ; d'où nous devons conclure qu'on distinguoit alors aussi bien qu'aujourd'hui, la fin de l'art, & la fin de l'ouvrier.
Pline parle de ce médecin, comme d'un homme fier, insolent, & qui étoit, dit-il, si plein de la bonne opinion de son mérite, qu'il prit le titre de vainqueur des Médecins, titre qu'il fit graver sur son tableau qui est sur la voie appienne. Jamais bateleur, continue l'historien, n'a paru en public avec une suite plus nombreuse. Liv. XXIX. ch. j.
C'est dommage que Thessalus ait fait voir tant de défauts, car on ne peut douter qu'il n'eût de l'esprit & des lumieres. Il composa plusieurs ouvrages, introduisit l'abstinence de trois jours pour la cure des maladies, fut l'inventeur de la métasyncrise, qui paroît être une doctrine judicieuse ; & pour tout dire, défendit, amplifia, & rectifia si considérablement les principes de Thémison, qu'il en fut surnommé l'instaurateur de la méthode.
Thograi, médecin arabe, philosophe, rhéteur, alchimiste, poëte & historien. Il nâquit à Hispahan en Perse. Ses talens l'éleverent à la dignité de premier ministre du prince Maschud, frere du soudan d'Asie. Il amassa dans ce poste des richesses immenses ; mais son maître s'étant révolté contre son frere, il fut pris ; & Thograi son ministre dépouillé de tout ce qu'il possédoit, fut attaché à un arbre, & percé à coups de flêches, l'an de l'hégire 515, & de J. C. 1112. Outre ses oeuvres historiques & poétiques, il a laissé un ouvrage intitulé, le rapt de la nature ; il y traite de l'alchimie.
C. Valgius fut le premier des médecins romains après Pompeius Lenaeus & Caton, qui écrivit de l'usage des plantes dans la médecine ; cependant Pline, qui a fait cette remarque, ajoute que cet ouvrage étoit très-médiocre, quoique l'auteur passât pour être savant.
Vectius Valens, médecin méthodique, qui eut avec Messaline, femme de l'empereur Claude, la même familiarité qu'Eudeme avoit eue avec Livie, est cité par Pline comme auteur d'une nouvelle secte. Il y a néanmoins de l'apparence que sa doctrine n'étoit autre chose que celle de Thémison, déguisée par quelques changemens, qu'il fit à l'exemple des autres méthodiques, & dans le même dessein, je veux dire, de s'ériger en fondateur de secte. Pline ajoute que Valens étoit éloquent, & qu'il acquit une grande réputation dans son art. Il est vraisemblable que ce Valens est le même que celui que Caelius Aurelianus appelle Valens le physicien.
Vindiciamus, médecin grec de la secte des méthodiques, vivoit vers l'an 370. de J. C. & devint premier médecin de l'empereur Valentinien. Nous n'avons de lui qu'une seule lettre sur la médecine, epistola de medecina : elle est imprimée à Venise, cum antiquis medicis, chez Alde 1547. in-fol. p. 86.
Xénophon, médecin de Claude, fut si avant dans la faveur, que cet empereur obligea le sénat à faire un édit, par lequel on exemptoit, à la considération du médecin, les habitans de l'île de Cos de tous impôts pour toujours. Cette île étoit la patrie de Xénophon, qui se disoit de la race des Asclépiades, ou des descendans d'Esculape. Mais ce bienfait n'empêcha pas ce méchant homme, qui avoit été gagné par Agrippine, de hâter la mort de son prince, en lui mettant dans le gosier pour le faire vomir, une plume enduite d'un poison très-promt. Il faut bien distinguer le Xénophon dont on vient de parler, d'avec le disciple d'Erasistrate.
Voilà la liste des médecins célebres de l'antiquité dont parle l'histoire, & je ne doute point que le mérite de leur pratique, j'entends le mérite de la pratique des sectateurs d'Hippocrate & de Thémison, ne l'emporte sur celle des modernes, en prodiguant moins les remedes dans les maladies, en voulant moins accélerer les guérisons, en observant avec plus de soin les indications de la nature, en s'y prétant avec plus de confiance, & en se bornant à partager avec elle l'honneur de la guérison, sans prétendre s'en arroger la gloire.
J'ajoute cependant, pour conclure ce discours, & celui de la Médecine, que si l'on vient à peser mûrement le bien qu'ont procuré aux hommes, depuis l'origine de l'art jusqu'à ce jour, une poignée de vrais fils d'Esculape, & le mal que la multitude immense de docteurs de cette profession a fait au genre humain dans cet espace de tems ; on pensera sans doute qu'il seroit beaucoup plus avantageux qu'il n'y eût jamais eu de médecins dans le monde. C'étoit le sentiment de Boerhaave, l'homme le plus capable de décider cette question, & en même tems le médecin qui, depuis Hippocrate, a le mieux mérité du public. (D.J.)
MEDECINE, ce mot est quelquefois synonyme de remede ou médicament. C'est dans ce sens qu'il est employé dans cette expression, médecine universelle, c'est-à-dire remede universel. Voyez MEDECINE UNIVERSELLE. Mais on entend plus communément dans le langage ordinaire par le mot médecine, employé dans le sens de remede, une espece particuliere de remedes ; savoir, les purgatifs & principalement même une potion purgative. (b)
MEDECINE UNIVERSELLE, (Médecine & Chimie) c'est-à-dire, remede universel, ou à tous maux ; chimere dont la recherche a été toujours subordonnée à celle de la pierre philosophale, comme ne faisant qu'un seul & même être avec la pierre philosophale. Voyez PIERRE PHILOSOPHALE. (b)
MEDECINE MAGIQUE, voyez ENCHANTEMENT, Médecine.
|
| MÉDÉE | (Hist. grecq. & Mythol.) cette fille d'Hécate & d'Aëtes, roi de Colchide, joue un trop grand rôle dans la fable, dans l'histoire & dans les écrits des poëtes, pour supprimer entierement son article.
Pausanias, Diodore de Sicile, & autres historiens nous peignent cette princesse comme une femme vertueuse, qui n'eut d'autre crime que d'aimer Jason, qui l'abandonna lâchement, malgré les gages qu'il avoit de sa tendresse, pour épouser la fille de Créon ; une femme qui, étant en Colchide, sauva la vie de plusieurs étrangers que le roi vouloit faire périr, & qui ne s'enfuit de sa patrie que par l'horreur qu'elle avoit des cruautés de son pere : enfin, une reine abandonnée, persécutée, qui, après avoir eu inutilement recours aux garants des promesses de son époux, fut obligée de passer les mers pour chercher un asile dans les pays éloignés.
Les Corinthiens inviterent Médée à venir prendre chez eux possession d'un trône qui lui étoit dû ; mais ces peuples inconstans, soit pour vanger la mort de Créon dont ils accusoient cette princesse, ou pour mettre fin aux intrigues qu'elle formoit pour assurer la couronne à ses enfans, les lapiderent dans le temple de Junon, où ils s'étoient refugiés. Ce fait étoit encore connu de quelques personnes, lorsque Euripide entreprit de l'altérer faussement en donnant sa tragédie de Médée. Les Corinthiens lui firent présent de cinq talens, pour l'engager de mettre sur le compte de Médée, le meurtre des jeunes princes dont leurs aïeux étoient coupables. Ils se flatterent avec raison, que cette imposture s'accréditeroit par la réputation du poëte, & prendroit enfin la place d'une vérité qui lui étoit peu honorable : en effet, les tragiques qui suivirent se conformant à Euripide, inventerent à l'envi tous les autres crimes de l'histoire fabuleuse de Médée ; les meurtres d'Absyrtes, de Pélias, de Créon & de sa fille, l'empoisonnement de Thésée, &c.
Cependant ceux qui ont chargé cette reine de tant de forfaits, n'ont pu s'empêcher de reconnoître que née vertueuse, elle n'avoit été entraînée au vice que par une espece de fatalité, & par le concours des dieux, sur-tout de Vénus, qui persécuta sans relâche toute la race du Soleil, pour avoir découvert son intrigue avec Mars. De-là ces fameuses paroles d'Ovide : Video meliora, proboque, deteriora sequor : paroles que Quinault a si bien imitées dans ces deux vers :
Le destin de Médée est d'être criminelle ;
Mais son coeur étoit fait pour aimer la vertu.
Outre Euripide qui choisit pour sa premiere piece de présenter sur la scène la vengeance que Médée tira de l'infidélité de Jason, Ovide avoit composé une tragédie sur ce sujet, qui n'est pas venue jusqu'à nous, & dont Quintilien nous a conservé ce seul vers si connu.
Servare potui, perdere an possim, rogas ?
" Si j'ai pu le sauver, ne puis-je le détruire ? "
On dit que Mécénas avoit aussi traité ce sujet à sa maniere ; mais il ne nous reste que la Médée de Séneque. Nous avons parmi les modernes la tragédie de Louis Dolce en italien, & en françois celle du grand Corneille. (D.J.)
MEDEE, Pierre de, (Hist. nat.) medea ; nom donné par Pline à une pierre noire, traversée par des veines d'un jaune d'or, qui, selon lui, suinte une liqueur de couleur de safran, & qui a le goût du vin.
|
| MÉDELLIN | (Géog.) en latin metellinum, ancienne ville d'Espagne, dans l'Estramadure, avec titre de comté ; elle est dans une campagne fertile, sur la Guadiana. Long. 12. 42. lat. 38. 46.
Quintus Caecilius Metellus, consul romain, en est regardé comme le fondateur, & l'on prétend que c'est du nom de ce consul qu'elle a été appellée Metellinum. Quoi qu'il en soit, c'est la patrie de Fernand Cortez, qui conquit le Mexique. Mais, dit M. de Voltaire, dans le tom. III. de son essai sur l'hist. quel fut le prix des services inouis de Cortez ? celui qu'eut Colomb ; il fut persécuté ; & le même évêque Fonseca, qui avoit contribué à faire renvoyer le découvreur de l'Amérique chargé de fers, voulut faire traiter de même le vainqueur du Mexique : enfin, malgré les titres dont Cortez fut décoré dans sa patrie, il y fut peu considéré, à peine put-il obtenir audience de Charles-quint. Un jour il fendit la presse qui entouroit le coche de l'empereur, & monta sur l'étrier de la portiere. Charles demanda quel étoit cet homme ? C'est, répondit Cortez, celui qui vous a donné plus d'états, que vos peres ne vous ont laissé de villes. (D.J.)
|
| MÉDELPADIE | LA (Géog.) Medelpadia, province maritime de Suede, sur le golfe de Bothnie, dans la Scandinavie ; elle est hérissée de montagnes, de forêts, & est arrosée de trois rivieres, dont la plus septentrionale la traverse dans toute sa longueur, & s'appelle Indal. Sundswald en est la capitale.
|
| MÉDEMBLICK | (Géog.) ville des Provinces-unies dans la Westfrise, sur le Zuydersée. Les historiens du pays ont appellé cette ville Medemleck, à cause d'un lac de ce nom, que traversoit la riviere Hisla. Alting dit que medem signifie des prairies chez les Frisons, & c'est de-là peut-être que le mot anglois meadow, une prairie, tire son origine.
Le lac dont on vient de parler, est présentement confondu avec le Zuyderzée, qui auroit bientôt absorbé la ville même, sans les belles & fortes digues qui en font la sûreté. La riviere Hisla est apparemment le Lesc, ruisseau souvent confondu avec les canaux pratiqués, mais qui reparoît encore avec son nom au sud de Wogum, en tirant vers Hoorn.
Médemblick a essuyé ses malheurs, comme d'autres villes ; elle fut prise en 1517 par les Gueldrois, qui la brûlerent, & incendiée en 1556. Elle a réparé ses pertes, & a creusé de beaux canaux pour mettre les navires à couvert. Elle a la seconde chambre de la compagnie des Indes orientales, possede un peu plus du cinquieme du total du fonds de la compagnie entiere, & envoie ses députés aux états de la province, où elle a la dix-septieme voix. Elle est sur la mer avec un bon havre, à 3 lieues d'Enkhuysen, 3 lieues & demie de Hoorn, autant d'Almaar, & 9 N. O. d'Amsterdam. Longit. 22. 28. latitud. 52. 47. (D.J.)
|
| MÉDENA | (Géog. anc.) ancien nom de la ville aujourd'hui nommée Newport, dans l'île de Wight, sur la côte d'Angleterre.
|
| MÉDÉNIENS | en latin Medeni, en grec , (Géog. anc.) ancien peuple de l'Afrique propre, selon Ptolomée, liv. IV. chap. iij. Ils avoient une ville du tems de Belisaire, nommée Médene ou Medine, & qui étoit située aux confins de la Numidie & de l'Afrique, non loin de Madaure.
|
| MÉDÉON | (Géog. anc.) nom commun à deux villes de Grece ; l'une, dont parlent Homere & Strabon, étoit en Béotie ; l'autre étoit en Phocide, assez près d'Anticyre, dans le golfe Crisséen. Cette derniere fut détruite par le roi Philippe durant la guerre sacrée.
|
| MEDES | (Géog.) peuples de Médie. Voyez MEDIE.
Les anciens auteurs grecs confondent les noms des Medes & des Perses, à cause que ces peuples vinrent à ne composer proprement qu'une nation qui vivoit sous les mêmes souverains, & selon les mêmes lois. Les rois de Médie avant Cyrus, petit-fils d'Achéménés, étoient vrais Medes ; mais depuis que cette race fut éteinte, les noms de Mede & de Médie se perpétuerent avec honneur sous les Perses, ou Achéménides. Ecbatane capitale de Médie, étoit aussi-bien que Suze, la résidence du roi de Perse. Il passoit l'été dans la premiere, & l'hiver dans l'autre ; son royaume pouvoit donc également s'appeller Médie ou Perse, & ses sujets Perses ou Medes. Ces derniers même depuis la jonction des deux monarchies, conserverent dans la Grece l'éclat de leur nom, & la haute réputation de leurs armes, comme on le voit dans Hérodote, liv. VI. (D.J.)
|
| MÉDIALES | adj. (Ecrivain) se dit dans l'écriture, de certaines lettres qui ne se placent bien effectivement qu'au milieu des mots, comme f ainsi faite, d, r, p, &c. Voyez le vol. des Pl. à la table de l'écriture, Planche des majuscules coulées.
|
| MEDIAN | ANE, adj. en Anatomie, c'est ainsi que l'on appelle un nerf du bras & une veine.
Ce nerf est situé entre le nerf musculocutané & le nerf cubital. Il naît de l'union de la sixieme paire cervicale avec les deux paires précédentes, & de la septieme avec la premiere paire dorsale : il descend avec l'artere brachiale le long du bras ; & ayant passé avec elle par-dessous l'aponévrose du biceps, il descend entre les muscles sublime & profond tout le long de la partie interne de l'avant - bras : il jette dans ce trajet plusieurs filets, & vient ensuite passer sous le ligament transversal du poignet dans la paume de la main, où il donne plusieurs rameaux au pouce, au doigt index, au doigt du milieu, au doigt annulaire.
La veine mediane est formée par la réunion de la céphalique & de la basilique dans le pli du coude. Ce n'est pas une veine particuliere, ou une troisieme veine du bras, comme croient quelques auteurs, mais une simple branche de la basilique, qui s'étendant sur la partie interne du coude, s'unit à la céphalique, & forme une veine commune, appellée mediane, & par les Arabes veine noire. Voyez nos Planches d'Anat.
La mediane céphalique est la branche la plus courte des deux qui s'unissent à la céphalique vers le pli du bras. Voyez CEPHALIQUE.
La mediane céphalique descend obliquement vers le milieu du pli du bras sur les tegumens & par-dessus le tendon du biceps, où elle s'unit à une pareille branche tordue de la veine basilique, appellée mediane basilique. Voyez BASILIQUE.
|
| MÉDIANA | (Géog. anc.) nom d'une ville d'Asie dans l'Orrhoëne, & d'une ville épiscopale d'Afrique, dans la Mauritanie sitifense. (D.J.)
|
| MEDIANOCHE | S. f. (Gramm.) terme qui nous vient d'Italie ; c'est un repas qui se fait la nuit, après un bal ou un autre divertissement, au passage d'un jour maigre à un jour gras.
|
| MÉDIANTE | S. f. (Musique) est en musique, la corde ou le son qui partage en deux tierces l'intervalle de quint qui se trouve de la tonique à la dominante. L'une de ces tierces est toujours majeure, & l'autre mineure ; quand la tierce majeure se trouve au grave, c'est-à-dire, entre la médiante & la tonique, le mode est toujours majeur ; mineur, quand la tierce majeure est à l'aigu, & la mineure au grave. Voyez MODE, TONIQUE, DOMINANTE. (S)
|
| MÉDIASTIN | S. m. en Anatomie, est une cloison formée par la rencontre des deux sacs qui tapissent la poitrine & servent à diviser le thorax & les poumons en deux parties, à soutenir les visceres & à empêcher qu'ils ne tombent d'un côté du thorax dans l'autre. Voyez THORAX, &c.
Il vient du sternum, & traversant tout droit le milieu du thorax jusqu'aux vertebres, il partage en deux cette cavité. Les deux lames dont il est composé, s'écartent em-bas pour loger le coeur, & le pericarde : l'oesophage, l'aorte & différens nerfs passent dans cette duplicature, qui semble leur former des especes de loges par l'écartement & le rapprochement de ses membranes en certains endroits. Il reçoit des branches de veines & d'arteres des mammaires, des diaphragmatiques & des intercostales ; ses branches sont nommées mediastines : ses nerfs viennent de la huitieme paire & des diaphragmatiques ; il a aussi quelques vaisseaux lymphatiques qui se déchargent dans le canal thorachique.
Le mediastin divise en deux le thorax dans sa longueur.
Le médiastin sert à retenir les lobes du poumon, qui seroient tombés l'un sur l'autre quand nous aurions été couchés sur les côtés ; la circulation & la respiration eussent souffert de cette compression : de plus, il étoit à propos que l'oesophage ne fût pas flottant, & qu'il ne pût être comprimé par le poids des poumons ; la nature attentive a d'abord réuni les lames du médiastin pour y enfermer l'aorte & l'azigos, ensuite elle les a séparées pour embrasser l'oesophage ; mais le coeur sur-tout n'avoit-il pas besoin d'un lieu qui l'affermît dans sa position, & qui lui formât pour ainsi dire une caisse qui l'empêchât de flotter & qui soutînt un peu l'effort des poumons ? Voyez COEUR, POUMON, &c.
|
| MÉDIASTINE | (Anatom.) c'est le nom des arteres & des veines, qui se distribuent au médiastin. Voyez MEDIASTIN.
|
| MEDIASTITICU | ou MEDIXTUTICUS, subst. masc. (Hist. anc.) c'étoit autrefois le premier magistrat à Capoue. Il avoit dans cette ville la même autorité que le consul à Rome. On abolit cette magistrature, lorsque Capoue quitta le parti des Romains pour se soumettre à Annibal.
|
| MÉDIAT | adj. (Gramm.) terme relatif à deux extrèmes ; il se dit de la chose qui les sépare. Ainsi la substance est genre à l'égard de l'homme, mais ce n'est pas le genre médiat. Il a sur moi une puissance médiate, c'est-à-dire que c'est de lui que la tiennent ceux qui l'exercent immédiatement sur moi.
MEDIATS, (Hist. Jurisprud.) c'est ainsi que dans l'empire d'Allemagne on nomme ceux qui ne possedent point des fiefs qui relevent immédiatement de l'empire ; on les nomme aussi landsasses. Voyez cet article.
|
| MÉDIATEUR | S. m. (Théol.) celui qui s'entremet entre deux contractans, ou qui porte les paroles de l'un à l'autre pour les lui faire agréer.
Dans les alliances entre les hommes où le saint nom de Dieu intervient, Dieu est le témoin & le médiateur des promesses & des engagemens réciproques que les hommes prennent ensemble.
Lorsque Dieu voulut donner sa loi aux Hébreux, & qu'il fit alliance avec eux à Sinaï, il fallut un médiateur qui portât les paroles de Dieu aux Hébreux & les réponses des Hébreux à Dieu, & ce médiateur fut Moïse.
Dans la nouvelle alliance que Dieu a voulu faire avec l'Eglise chrétienne, Jesus-Christ a été médiateur de rédemption entre Dieu & les hommes ; il a été le répondant, l'hostie, le prêtre & l'entremetteur de cette nouvelle alliance. Mediator Dei & hominum homo Christus Jesus, Tim. xj. 5. Saint Paul, dans son épître aux Hébreux, releve admirablement cette qualité de médiateur du nouveau Testament qui a été exercée par Jesus-Christ.
Outre ce seul & unique Médiateur de rédemption, les Catholiques reconnoissent pour médiateurs d'intercession entre Dieu & les hommes les prêtres & les ministres du Seigneur, qui offrent les prieres publiques & les sacrifices au nom de toute l'Eglise. Ils donnent encore le même nom aux saints personnages vivans, aux prieres desquels ils se recommandent, aux anges qui portent ces prieres jusqu'au trône de Dieu, aux saints qui regnent dans le ciel & qui intercedent pour les fideles qui sont sur la terre. Et cette expression ne déroge en rien à l'unique & souveraine médiation de Jesus-Christ, ainsi que nous le reprochent les protestans, qui, comme on voit, abusent à cet égard du nom de médiateur. (G)
MEDIATEUR, s. m. (Politique) lorsque des nations se font la guerre pour soutenir leurs prétentions réciproques, on donne le nom de médiateur à un souverain ou à un état neutre, qui offre ses bons offices pour ajuster les différends des puissances belligérantes, pour régler à l'amiable leurs prétentions, & pour rapprocher les esprits des princes, que les fureurs de la guerre ont souvent trop aliénés pour écouter la raison, ou pour vouloir traiter de la paix directement les uns avec les autres. Pour cet effet, il faut que la médiation soit acceptée par toutes les parties intéressées ; il faut que le médiateur ne soit point lui-même engagé dans la guerre que l'on veut terminer ; qu'il ne favorise point une des puissances aux dépens de l'autre ; en un mot, il faut que faisant en quelque façon les fonctions d'arbitre & de conciliateur, il se montre équitable, impartial & ami de la paix. Le rôle de conciliateur est le plus beau qu'un souverain puisse jouer ; aux yeux de l'homme humain & sage, il est préférable à l'éclat odieux que donnent des victoires sanguinaires, qui sont toujours des malheurs pour ceux mêmes qui les remportent, & qui les achetent au prix du sang, des trésors & du repos de leurs sujets.
MEDIATEUR, (Hist. de Constant.) en grec . On nommoit médiateur, , sous les empereurs de Constantinople, les ministres d'état, qui avoient l'administration de toutes les affaires de la cour ; leur chef ou leur président s'appelloit le grand médiateur, ; & c'étoit un poste de grande importance. (D.J.)
MEDIATEUR, (Jeu) au jeu de ce nom, c'est un roi que demande à l'un des joueurs un autre joueur qui peut faire six levées à l'aide seule de ce roi. Il joue seul, & gagne seul alors, & donne pour le roi qu'il demande telle carte de son jeu qu'il veut à celui qui le lui remet, & une fiche ou deux, s'il joue en couleur favorite.
Ce jeu est, à proprement parler, un quadrille, où pour corriger en quelque façon, ou plutôt pour étendre à tous les joueurs, l'avantage considérable de pouvoir jouer avec leur jeu au préjudice même du premier en cartes, on a ajouté à la maniere ordinaire de jouer le quadrille, celle de le jouer avec le médiateur & la couleur favorite, ce qui rend ce jeu beaucoup plus amusant : au reste, cette petite addition ne change rien à la maniere ordinaire de jouer le quadrille, il y faut le même nombre de cartes, elles ont la même valeur ; & c'est la même quantité de personnes qui jouent. Celui qui demande en appellant dans la couleur favorite, a la préférence sur un autre qui auroit demandé avant lui en couleur simple. Celui qui demande avec le médiateur, a la préférence sur un autre qui demanderoit simplement, en ce cas il doit faire six mains seul pour gagner. Celui qui demande avec le médiateur dans la couleur favorite, doit avoir la préférence sur un autre qui demande avec le médiateur dans une des autres couleurs. Celui qui joue sans prendre dans une autre couleur que la favorite, aura la préférence sur celui qui ne jouera que le médiateur, ou qui auroit demandé, le sans-prendre en couleur favorite a la préférence sur tous les autres jeux. Voyez SANS-PRENDRE. A l'égard de la maniere de jouer le médiateur, elle est la même que celle du jeu de quadrille ordinaire, tant pour celui qui demande en appellant un roi, soit dans la couleur favorite, soit en couleur simple, que pour celui qui joue sans-prendre en couleur favorite, ou autrement. La seule différence qu'il y ait dans ces deux jeux, est lorsqu'un des joueurs demande le médiateur, alors il est obligé de jouer seul, & de faire six levées comme s'il jouoit sans-prendre. Celui qui a demandé le médiateur, doit, s'il n'est pas premier, jouer de la couleur de son roi, parce qu'il est à présumer qu'il a plusieurs cartes de la couleur de ce roi qui, par ce moyen, peut être coupé. Il faut observer aussi de ne point jouer dans le roi appellé quand l'hombre est dernier en carte, ou qu'il ne peut jouer dans la couleur de son roi, parce que par-là on feroit l'avantage de son jeu : & que quand on le couperoit, il pourroit ne mettre qu'une basse carte, & le garder pour quand il auroit fait tomber tous les atous. Le jeu se marque par celui qui mêle en mettant devant lui le nombre des fiches qu'on est convenu, qui est de deux ordinairement pour le jeu, & de quatre pour les matadors, que ceux qui les ont tirent entr'eux deux pour spadille, & un pour chacun des autres. Ceux qui ont gagné par demande en couleur simple, reçoivent six jettons chacun de chaque joueur, & chacun une fiche ; s'ils perdent par remise, ils perdent quatre jettons de consolation, & six si c'est par codille. Si le roi appellé fait deux mains, il ne doit point payer ni bête, ni consolation : ceux qui gagnent dans la couleur favorite par demande simple, se font payer chacun douze jettons des deux autres joueurs ; ils en donnent huit s'ils perdent par remise, & douze par codille.
Celui qui a gagné avec le médiateur, doit recevoir seize jettons de chacun ; s'il perd par remise, il en doit donner quatorze à chacun, & seize par codille. Celui qui a gagné en jouant dans la couleur favorite avec le médiateur, doit recevoir de chacun trente-deux jettons, & doit en donner vingt-huit à chaque joueur s'il perd par remise, & trente-deux par codille.
Celui qui a gagné un sans-prendre dans une autre couleur que la favorite, doit recevoir vingt-six jettons de chacun : s'il perd par codille, il payera pareil nombre à tous les joueurs, & vingt-quatre par remise.
Celui qui gagne sans-prendre dans la couleur favorite, doit recevoir cinquante-deux jettons de chacun ; il en paye pareil nombre aux joueurs s'il perd codille, & quarante-huit s'il perd par remise : pour la vole en couleur simple deux fiches, en favorite quatre ; pour la vole avec le médiateur en simple trois fiches, & six en favorite ; pour la vole & le sans-prendre ordinaire quatre fiches, en couleur favorite huit fiches. On paye deux jettons pour chaque matador, & quatre en couleur favorite. Il y a des maisons où l'on paye deux fiches pour spadille, & une pour chacun des autres matadors. Il y a même des personnes qui ne comptent point les matadors, & qui veulent que l'on donne une fiche pour tous ceux qu'on peut avoir, & deux quand on les a dans la couleur favorite. Il faut encore observer qu'on peut jouer le médiateur & annoncer la vole, & que celui qui demande le médiateur & annonce la vole, doit l'emporter sur celui qui a demandé le médiateur sans l'annoncer, parce qu'il est à présumer que celui qui annonce ainsi la vole, doit avoir dans son jeu de quoi faire neuf levées, ou tout-au-moins huit avec une dame dont il demande le roi, & parce qu'il risque de perdre la vole annoncée, si son roi est coupé, comme cela peut arriver ; de même celui qui peut entreprendre la vole avec le secours d'un médiateur, doit l'emporter sur celui qui a de quoi jouer sans prendre. Quant aux bêtes & à leurs payemens, rien de plus facile à concevoir ; toute bête augmente de vingt-huit sur celle qui est déja faite ; la premiere, par exemple, est vingt-huit ; la seconde, de cinquante-six ; la troisieme, de quatre-vingt-quatre, & ainsi des autres. La plus haute se paye toujours la premiere. Ce jeu, comme on le voit, étant bien mené & bien entendu, ne peut être que fort amusant.
|
| MÉDIATION | S. f. (Géom.) selon certains auteurs anciens d'arithmétique, est la division par 2, ou lorsqu'on prend la moitié de quelque nombre ou quantité. Ce mot n'est plus en usage : on se sert plus communément de celui de bipartition, qui n'est pas lui-même trop usité ; & lorsqu'il s'agit de lignes, on dit bissection. Voyez BISSECTION.
|
| MEDICAGO | (Botan.) genre de plante à fleur papilionacée ; le pistil sort du calice, & devient, quand la fleur est passée, un fruit plat, arrondi, en forme de faux, & qui renferme une semence à-peu-près de la figure d'un rein. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE.
M. de Tournefort compte quatre especes de ce genre de plante, dont la plus commune se nomme medicago, annuca, trifolii facie. Les feuilles naissent au nombre de trois sur une queue, comme au treffle ordinaire ; sa fleur est légumineuse, soutenue par un cornet, dentelée ; lorsque cette fleur est passée, le pistil devient un fruit applati, plus large que l'ongle du pouce, coupé en fraise, & composé de deux lames appliquées l'une sur l'autre, qui renferment quelques semences de la figure d'un petit rein. (D.J.)
|
| MÉDICAL | adj. (Gramm.) qui appartient à la Médecine : ainsi l'on dit matiere médicale, & l'on entend par cette expression la collection de toutes les substances que la Médecine emploie en médicamens. L'étude de la matiere médicale est une branche très-importante de la Médecine. Les Médecins étrangers me semblent plus convaincus de cette vérité que les nôtres.
|
| MÉDICAMENT | S. m. (Thérapeutique) ou REMEDE ; ces deux mots ne sont cependant point toujours synonymes. Voyez REMEDE.
On appelle médicament toute matiere qui est capable de produire dans l'animal vivant des changemens utiles ; c'est-à-dire propres à rétablir la santé, ou à en prévenir les dérangemens, soit qu'on les prenne intérieurement, ou qu'on les applique extérieurement.
Cette diversité d'application établit la division générale des médicamens en externes & en internes. Quelques pharmacologistes ont ajouté à cette division un troisieme membre ; ils ont reconnu des médicamens moyens : mais on va voir que cette derniere distinction est superflue. Car ce qui fonde essentiellement la différence des médicamens internes & des externes, c'est la différente étendue de leur action. Les internes étant reçus dans l'estomac, & étant mis ainsi à portée de passer dans le sang par les voies du chyle, & de pénétrer dans toutes les routes de la circulation, c'est-à-dire jusque dans les plus petits organes & les moindres portions des liqueurs, sont capables d'exercer une opération générale, d'affecter immédiatement la machine entiere. Les externes se bornent sensiblement à une opération particuliere sur les organes extérieurs, ils ne méritent véritablement ce titre, que lorsque leur opération ne s'étend pas plus loin ; car si l'on introduit par les pores de la peau un remede qui pénétre, par cette voie, dans les voies de la circulation, ou seulement dans le système parenchymateux & cellulaire ; ou si un remede appliqué à la peau, produit sur cet organe une affection qui se communique à toute la machine, ou à quelque organe intérieur, ce médicament se rapproche beaucoup du caractere propre des médicamens internes. Ainsi les bains, les frictions & les fumigations mercurielles, les vésicatoires, la fomentation avec la décoction de tabac qui purge ou fait vomir, ne sont pas proprement des remedes externes, ou du moins ne méritent ce nom que par une circonstance peu importante de leur administration. Il seroit donc plus exact & plus lumineux de distinguer les remedes, sous ce point de vûe, en universels, & en topiques ou locaux. Les médicamens appellés moyens se rangeroient d'eux-mêmes sous l'un ou sous l'autre chef de cette division. On a ainsi appellé ceux qu'on portoit dans les diverses cavités du corps qui ont des orifices à l'extérieur ; les lavemens, les gargarismes, les injections dans la vulve, dans l'uretre, les narines, &c. étoient des médicamens moyens. Il est clair que si un lavement, par exemple, purge, fait vomir, reveille d'une affection soporeuse, &c. il est remede universel ; que si au contraire il ne fait que ramollir des excrémens ramassés & durcis dans les gros intestins, déterger un ulcere de ces parties, &c. il est véritablement topique.
Une seconde division des médicamens, c'est celle qui est fondée sur leur action méchanique ; c'est-à-dire dépendante du poids, de la masse, de l'effort, de l'impulsion, &c. & de leur action appellée physique, c'est-à-dire occulte, & qui sera chimique si jamais elle devient manifeste. L'action méchanique est sensible : par exemple, dans le mercure coulant donné dans le volvulus, pour forcer le passage intercepté du canal intestinal, comme dans la flagellation, les ligatures, les frictions seches, la succion des ventouses, &c. l'action occulte est celle d'un purgatif, d'un diurétique, d'un narcotique quelconque, &c. c'est celle d'une certaine liqueur, d'une telle poudre, d'un tel extrait, &c. qui produit dans le corps animal des effets particuliers & propres, que telle autre liqueur, telle autre poudre, tel autre extrait méchaniquement, c'est-à-dire sensiblement identique, ne sauroient produire. Cette action occulte est la vertu médicamenteuse proprement dite : les corps qui agissent méchaniquement sur l'animal, portent à peine, ne portent point même pour la plûpart le nom de médicament ; mais sont & doivent être confondus dans l'ordre plus général de secours médicinaux ou remedes, en prenant ce dernier mot dans son sens le plus étendu. Voyez REMEDE.
En attendant que la Chimie soit assez perfectionnée pour qu'elle puisse déterminer, spécifier, démontrer le vrai principe d'action dans les médicamens, les médecins n'ont absolument d'autre source de connoissance sur leur action, ou pour mieux dire sur leurs effets, que l'observation empirique.
Quant à l'affection, à la réaction du sujet, du corps animal, aux mouvemens excités dans la machine par les divers médicamens, à la série, la succession des changemens qui amenent le rétablissement de l'intégrité & de l'ordre des fonctions animales, c'est-à-dire de la santé ; la saine théorie médicinale est, ou du moins devroit être tout aussi muette & aussi modeste que la chimie raisonnable l'est sur la cause de ces changemens, considerée dans les médicamens ; mais les médecins ont beaucoup discouru, raisonné, beaucoup théorisé sur cet objet, parce qu'ils discourent sur tout. Le succès constamment malheureux de toutes ces tentatives théoriques est très-remarquable, même sur le plus prochain, le plus simple, le plus sensible de ces objets, savoir leur effet immédiat, le vomissement, la purgation, la sueur, &c. ou plus prochainement encore l'irritation. Que doit-ce être sur l'action élective des médicamens, sur leur pente particuliere vers certains organes, la tête, les reins, la peau, les glandes salivaires, &c ; ou si l'on veut leur affinité avec certaines humeurs, comme la bile, l'urine, &c ; car quoiqu'on ait outré le dogme de la détermination constante des divers remedes vers certains organes, & qu'il soit très-vrai que plusieurs remedes se portent vers plusieurs couloirs en même tems, ou vers différens couloirs dans différentes circonstances ; que le même médicament soit communément diurétique, diaphorétique & emménagogue, & que le kermès minéral, par exemple, produise selon les diverses dispositions du corps, ou par la variété des doses, le vomissement, la purgation, la sueur ou les crachats ; il est très-évident cependant que quelques remedes affectent constamment certaines parties ; que les cantharides & le nitre se portent sur les voies des urines, le mercure sur les glandes salivaires, l'aloës sur la matrice & les vaisseaux hémorrhoïdaux, &c : encore un coup, tout ce que la théorie médicinale a établi sur cette matiere est absolument nul, n'est qu'un pur jargon ; mais nous le repétons aussi, l'art y perd peu, l'observation empirique bien entendue suffit pour l'éclairer à cet égard.
Relativement aux effets immédiats dont nous venons de parler, les médicamens sont divisés en altérans, c'est-à-dire produisant sur les solides ou sur les humeurs des changemens cachés, ou qui ne se manifestent que par des effets éloignés, & dont les médecins ont évalué l'action immédiate par des conjectures déduites de ces effets, & en évacuant. L'article ALTERANT ayant été omis, nous exposerons ici les subdivisions dans lesquelles on a distribué les médicamens de cette classe, & nous renverrons absolument aux articles particuliers, parce que les généralités ne nous paroissent pas propres à instruire sur cette matiere. Les différens altérans ont été appellés émolliens, délayans, relâchans, incrassans, apéritifs, incisifs, fondans, détersifs, astringens, absorbans, vulnéraires, échauffans, rafraîchissans, fortifians, cordiaux, stomachiques, toniques, nervins, antispasmodiques, hystériques, céphaliques, narcotiques, tempérans ou sédatifs, repercussifs, styptiques, mondificatifs, résolutifs, suppuratifs, sarcotiques ou cicatrisans, dessicatifs, escarotiques, corrosifs. (Voyez ces articles.)
La subdivision des évacuans est exposée au mot ÉVACUANT. (Voyez cet article.)
Les médicamens sont encore distingués en doux ou benins, & en actifs ou forts ; ces termes s'expliquent d'eux-mêmes. Nous observerons seulement que les dernieres ne différent réellement des poisons que par la dose ; & qu'il est même de leur essence d'être dangereux à une trop haute dose. Car l'action vraiment efficace des médicamens réels doit porter dans la machine un trouble vif & soudain, & dont par conséquent un certain excès pourroit devenir funeste. Aussi les anciens désignoient-ils par un même nom, les médicamens & les poisons ; ils les appelloient indistinctement pharmaca. Les médicamens benins, innocens, exercent à peine une action directe & véritablement curative. Souvent ils ne font rien ; & quand ils sont vraiment utiles, c'est en disposant de loin & à la longue, les organes ou les humeurs à des changemens qui sont principalement opérés par l'action spontanée, naturelle de la vie, & auxquels ces remedes doux n'ont par conséquent contribué que comme des moyens subsidiaires très-subordonnés ; au lieu qu'encore un coup, les médicamens forts bouleversent toute la machine, & la déterminent à un changement violent, forcé, soudain.
Il y a encore des médicamens appellés alimenteux. On a donné ce nom & celui d'aliment médicamenteux, à certaines matieres qu'on a cru propres à nourrir & à guerir en même tems, par exemple à tous les prétendus incrassans, au lait, &c. Voyez INCRASSANS, LAIT & NOURRISSANS.
Les médicamens sont distingués enfin, eu égard à certaines circonstances de leur préparation, en simples & composés, officinaux, magistraux & secrets (voyez ces articles) ; en chimiques & galéniques. Voyez l'article PHARMACIE.
La partie de la Medécine qui traite de la nature & de la préparation des médicamens, est appellée Pharmacologie, & elle est une branche de la Thérapeutique (voyez PHARMACOLOGIE & THERAPEUTIQUE.) ; & la provision, le trésor de toutes les matieres premieres ou simples, dont on tire les médicamens, s'appelle matiere médicale. Les trois regnes de la nature (voyez REGNE, Chimie) fournissent abondamment les divers sujets de cette collection, que les pharmacologistes ont coutume de diviser selon ces trois grandes sources ; ce qui est un point de vûe plus propre cependant à l'histoire naturelle de ces divers sujets, qu'à leur histoire médicinale, quoiqu'on doive convenir que chacun de ces regnes imprime à ces produits respectifs, un caractere spécial qui n'est pas absolument étranger à leur vertu médicamenteuse. (b)
|
| MÉDICAMENTEUSE | PIERRE. Voyez sous le mot PIERRE, pierre médicamenteuse.
|
| MÉDICAMENTEUX | (Régule d'antimoine). Voyez REGULE MEDICINAL, sous le mot ANTIMOINE.
|
| MÉDICINAL | adj. (Gram.) qui a quelque propriété relative à l'objet de la Médecine. C'est en ce sens qu'on dit une plante médicinale, des eaux médicinales.
MEDICINALES, Heures, (Malad.) on nomme ainsi les tems du jour que l'on estime propres à prendre les médicamens ordonnés par les Médecins. On en reconnoît ordinairement quatre ; savoir, le matin à jeun, une heure environ avant le dîner, quatre heures environ après dîner, & enfin le tems de se coucher : voilà à-peu-près comme on regle les momens de prendre des médicamens dans les maladies qui ne demandent pas une diete austere, telles que les fievres intermittentes, les maladies chroniques ; mais dans les maladies aiguës, les tems doivent être réglés par les symptômes & l'augmentation de la maladie, sans aucun égard aux heures médicinales. Outre cela, lorsqu'un malade dort & repose d'un sommeil tranquille, il ne faut pas le tirer de son sommeil pour lui faire prendre une potion ou un bol.
Les heures médicinales dépendent encore de l'action & de la qualité des remedes, comme aussi du tempérament des malades & de leur appétit, de leur façon de digérer, & de la liberté ou de la paresse que les différens organes ont chez eux à exercer leurs fonctions.
|
| MÉDICINIER | S. m. (Ricinoides Botan.) genre de plante à fleur en rose qui a plusieurs pétales disposés en rond, & soutenus par un calice composé de plusieurs feuilles, & stérile. L'embryon naît sur d'autres parties de la plante, il est enveloppé d'un calice, & devient dans la suite un fruit partagé en trois capsules, remplies d'une semence oblongue. Tournefort, inst. rei appendix herb. Voyez PLANTE.
MEDICINIER, (Botan.) PIGNON, en latin vanrheedia folio subrotundo, fructu luteo. Arbuste de l'Amérique dont le bois est fibreux, coriace, mol & léger ; ses branches s'entrelacent facilement les unes dans les autres, elles sont garnies de feuilles larges, presque rondes, un peu anguleuses à leur extrémité & sur les côtés ; ces feuilles sont attachées à de longues queues, qui étant séparées des branches, répandent quelques gouttes d'un suc blanchâtre, visqueux, causant de l'âpreté étant mis sur la langue, & formant sur le linge de très-vilaines taches rousses qui ne s'en vont point à la lessive ; cet arbre s'emploie à faire des hayes & des clôtures de jardin. Les fleurs du medicinier viennent par bouquets ; elles sont composées de plusieurs pétales d'une couleur blanchâtre, tirant sur le verd, disposées en espece de rose & couvrant un pistil qui se change en un fruit rond, de la grosseur d'un oeuf de pigeon, couvert d'une peau épaisse, verte, lisse, & qui jaunit en mûrissant : ce fruit renferme deux & quelquefois trois pignons oblongs, couverts d'une petite écorce noire un peu chagrinée, seche, cassante, renfermant une amande très-blanche, très-délicate, ayant un goût approchant de celui de la noisette, mais dont il faut se méfier ; c'est un des plus violens purgatifs de la nature, agissant par haut & par bas. Quelques habitans des îles s'en servent pour leurs négres & même pour eux ; quatre ou cinq de ces pignons mangés à jeun & précipités dans l'estomac par un verre d'eau, produisent l'effet de trois ou quatre grains d'émétique. On peut en tirer une huile par expression & sans feu, dont deux ou trois gouttes mises dans une tasse de chocolat ne lui communiquent aucun goût, & purgent aussi-bien que les pignons ; mais cette épreuve ne doit être tentée que par un habile & très-prudent médecin. M. LE ROMAIN.
MEDICINIER d'Amérique, (Botan. exot.) Voyez RICIN & RICINOIDE d'Amérique. (Botan.)
MEDICINIER d'Espagne, (Botan. exot.), voyez la description de cette plante sous le mot RICIN. Voyez PIGNON D'INDE.
MEDICINIER, (Mat. méd.) Ricinoide, ricin d'Amérique, pignon de Barbarie.
La graine de cette plante est un purgatif émétique des plus violens même à une très-foible dose ; par exemple, à celle de trois ou quatre de ces semences avalées entieres : ensorte qu'on ne peut guères l'employer sans danger. Voyez PURGATIF.
On retire de ces semences une huile par expression, que les auteurs assurent être puissamment résolutive & discussive. L'infusion des feuilles de médicinier est aussi un puissant émétique, dont les négres font usage en Amérique. (B)
MEDICINIER, d'Espagne, (Mat. méd.) Voyez PIGNON D'INDE.
|
| MÉDIE | (Géog. anc.) Media, grand pays d'Asie, dont l'étendue a été fort différente, selon les divers tems.
La Médie fut d'abord une province de l'empire des Assyriens, à laquelle Cyaxares joignit les deux Arménies, la Cappadoce, le Pont, la Colchide & l'Ibérie : ensuite les Scythes s'emparerent de la Médie, & y régnerent vingt-huit ans. Après cela les Médes se délivrerent de leur joug ; enfin, la Médie ayant été confondue de nouveau dans l'empire de Cyrus, ou, ce qui est la même chose, dans la monarchie des Perses, tomba sous la puissance d'Alexandre. Depuis les conquêtes de ce prince, on distingua deux Médies, la grande & la petite, autrement dite la Médie Atropatène.
La grande Médie, province de l'empire des Perses, étoit bornée au nord par des montagnes qui la séparoient des Cadusiens & de l'Hyrcanie : elle répond, selon M. Delisle, à l'Arac Agémie, au Tabristan & au Laurestan d'aujourd'hui.
La Médie Atropatène, ainsi nommée d'Atropatos qui la gouverna, avoit au nord la mer Caspienne, & au levant la grande Médie, dont elle étoit séparée par une branche du mont Zagros. Cette petite Médie répond présentement à la province d'Adirbeitzan, & à une lisiere habitée par les Turcomans, entre les montagnes de Curdistan & l'Irac-Agémie. (D.J.)
MEDIE, (Pierre de) lapis medus ou medinus, (Hist. nat.) pierre fabuleuse qui, dit-on, se trouvoit chez les Médes ; il y en avoit de noires & de vertes ; on lui attribuoit différentes vertus merveilleuses, comme de rendre la vûe aux aveugles, de guérir la goutte en la faisant tremper dans du lait de brebis, &c. Voyez Boéce de Boot.
|
| MÉDIMNE | S. m. (Mesur. antiq.) ; c'étoit une mesure de Sicile, qui selon Budée, contient six boisseaux de blé, & qui revient à la mesure de la mine de France ; mais j'aime mieux en traduisant les auteurs grecs & latins, conserver le mot médimne, que d'employer le terme de mine qui est équivoque. M. l'abbé Terrasson met toujours médimne dans sa traduction de Diodore de Sicile. (D.J.)
|
| MÉDINA | MÉDINA
C'est la patrie de Balthasard Alamos, & de Gomez Pereyra, médecin du seizieme siecle.
Alamos partagea la confiance & la disgrace d'Antoine Pérez, secrétaire d'état, sous Philippe II. On le retint onze ans en prison, & ce fut pendant sa captivité qu'il composa sa traduction estimée de Tacite, en espagnol ; elle parut à Madrid en 1614.
Mais Pereyra se fit une toute autre réputation par son amour des paradoxes ; né dans un pays où la liberté de philosopher est presqu'aussi rare qu'en Turquie, il osa franchir cette contrainte, & mit au jour un ouvrage dans lequel, non-seulement il attaqua Galien sur la fievre, & Aristote sur la matiere premiere ; mais il établit, que les bêtes sont des machines & qu'elles n'ont point l'ame sensitive qu'on leur attribue. Je vous renvoie sur ce point à ce que Bayle en dit dans son Dictionnaire. (D.J.)
MEDINA DE LAS TORREZ, (Géog.) en latin Methymna Turrium, petite ville d'Espagne, dans l'Estramadure, au pié d'une montagne, proche de Badajoz. Long. 11. 27. lat. 38. 35. (D.J.)
MEDINA-DEL-RIO-SECO, (Géog.) en latin Methymna Fluvii Sicci : quelques auteurs la prennent pour le Forum Egurrorum, ancienne ville d'Espagne, au royaume de Léon, avec titre de duché, qui est dans la maison d'Henriquez, issue de la famille royale : elle est située dans une plaine abondante en pâturages, à 6 lieues O. de Palencia, 11 de Valladolid & de Zamora, 15 S. E. de Léon. Long. 13. 2. lat. 42. 8. (D.J.)
MEDINA-SIDONIA, (Géog.) en latin Assidonia ou Assindum, ancienne ville d'Espagne dans l'Andalousie ; elle est sur une montagne, à 15 lieues de Gibraltar, 20 S. O. de Séville, 9 E. de Cadix. Long. 12. 20. lat. 36. 25. (D.J.)
|
| MÉDINA-CÉL | (Géog.) en latin Methymna coelestis, ancienne ville d'Espagne dans la vieille Castille, autrefois considérable, & n'ayant aujourd'hui que l'honneur de se dire capitale d'un duché de même nom, érigé en 1491. Elle est sur le Xalon, à 4 lieues d'Espagne N. E. de Siguença, 20 S. O. de Sarragosse. Long. 15. 26. lat. 41. 15. (D.J.)
|
| MÉDINE | (Géog.) Metymna, ville de la presqu'île d'Arabie dans l'Arabie heureuse : le mot Médinah signifie en Arabe une ville en général, & ici la ville par excellence, parce que Mahomet y établit le siége de l'empire des Musulmans, & qu'il y mourut ; on l'appelloit auparavant Latreb.
Au milieu de Médine, est la fameuse mosquée où les Mahométans vont en pélerinage, & dans les coins de cette mosquée, sont les tombeaux de Mahomet, d'Abubecker & d'Omar : le tombeau de Mahomet est de marbre blanc à platte terre, relevé & couvert comme celui des sultans à Constantinople. Ce tombeau est placé dans une tourelle ou bâtiment rond, revêtu d'un dôme que les Turcs appellent Turbé : il regne autour du dôme une galerie, dont on prétend que le dedans est tout orné de pierres précieuses d'un prix inestimable, mais on ne peut voir ces richesses que de loin & par des grilles.
Abulfeda nous a donné les distances de Médine, aux principaux lieux de l'Arabie : c'est assez de dire, qu'elle est à 10 stations de la Mecque, & à 25 du Caire. Ces stations ou journées sont de 30 milles arabiques. Médine est gouvernée par un chérif qui se dit de la race de Mahomet, & qui est souverain indépendant. L'enceinte de cette ville ne consiste qu'en un méchant mur de briques ; son terroir est humide, & ses environs abondent en palmiers. Long. 57. 30. lat. 25. (D.J.)
|
| MÉDIOCRITÉ | S. f. (Morale) état qui tient le juste milieu entre l'opulence & la pauvreté ; heureux état au-dessus du mépris & au-dessous de l'envie ! C'est aussi l'état dont le sage se contente, sachant que la fortune ne donne qu'un vernis de bonheur à ses favoris, & que travailler à augmenter ses richesses sans une vraie nécessité, c'est travailler à augmenter ses inquiétudes. Aveugles mortels que l'avarice, l'ambition & la volupté amorcent par de vains appas jusqu'aux bords du tombeau ! Vous qui empoisonnez les plaisirs bornés d'une vie passagere par des soins toujours renaissans, & par des peines inutiles ! Vous qui méprisez les tranquilles douceurs de la médiocrité ; qui demandez plus au destin que la nature n'exige de vous, & qui prenez pour des besoins ce que la folie vous suggere ! Croyez-moi, une étoile rayonnante ne rend pas heureux : un collier de diamans n'enrichit pas le coeur. Tous les biens & les joies des sens consistent dans la santé, la paix & le nécessaire ; la médiocrité possede ce nécessaire : elle maintient la santé par la tempérance soumise à ses lois, & la paix est sa compagne inséparable. Auream quisquis mediocritatem.... (D.J.)
|
| MEDIOLANUM | MEDIOLANUM
Et Mediolani mira omnia copia rerum,
Innumerae cultaeque domus, facunda virorum
Ingenia & mores laeti.
Il est du moins certain que Milan a été regardée comme la métropole d'Italie par rapport aux affaires ecclésiastiques. Trajan y fit bâtir un palais ; Hadrien, les Antonins, sur-tout Théodose & Constantin, y séjournerent long-tems. Théodoric, roi des Goths, & Pepin, roi d'Italie, y moururent. Saint Grégoire pape, donna à l'archevêque de Milan la prérogative de consacrer les rois d'Italie. Enfin Milan avoit tous les édifices publics des grandes villes, une arène, un théâtre où l'on représentoit des comédies ; un hippodrome pour les courses des chevaux, un amphitéâtre où l'on se battoit contre les bêtes féroces ; des thermes, un panthéon, & autres superbes édifices.
On sait l'avanture de César avec les magistrats de Milan. Plutarque rapporte que ce grand capitaine traversant Milan, & voyant au milieu de cette ville une statue de bronze de Brutus parfaitement ressemblante & d'un travail exquis, il appella les magistrats ; & jettant les yeux sur la statue, il leur reprocha que la ville manquoit au traité qu'elle avoit fait avec lui, en recélant un de ses ennemis dans ses murailles. Les magistrats confondus ne surent que répondre pour se justifier ; mais César prenant un ton plus doux ; leur dit de laisser cette statue, & les loua de ce qu'ils étoient fideles à leurs amis jusque dans les disgraces que la mauvaise fortune leur faisoit éprouver.
Pour ce qui regarde l'état actuel de cette ville, voyez MILAN. (D.J.)
MEDIOLANUM ordovicum, (Géograph. anc.) ancienne ville de l'île de la Grande-Bretagne ou d'Albion, au pays des Ordovices, selon Ptolomée, l. II. ch. iij. Les savans d'Angleterre ne s'accordent point sur le nom moderne de cet endroit. David Powel pense que c'est Mathraval ; Cambden croit que c'est Lan-vethling : enfin M. Gale a encore plus de raison de conjecturer que c'est Meivod, où d'ailleurs l'on a déterré des marques d'antiquité qui concourent à justifier sa conjecture.
|
| MEDIOMANUM | (Géog. anc.) ancien lieu de la Grande-Bretagne sur la route de Segontium, qui est Caernarvon. M. Gale conjecture que c'est Mainturog en Mérionetshire.
|
| MÉDIOMATRICES | LES, (Géog. anc.) en latin Mediomatrici ; ancien peuple de la Gaule-Belgique qui étoient alliés du peuple romain. Sanson dit d'eux que du tems de César, outre le diocèse de Metz, ils occupoient encore celui de Verdun d'un côté, & que de l'autre, ils s'avançoient vers le Rhin ; cependant bientôt après, ils firent un peuple en chef. (D.J.)
|
| MÉDISANCE | S. f. (Morale) médire, c'est donner atteinte à la réputation de quelqu'un, ou en révélant une faute qu'il a commise, ou en découvrant ses vices secrets ; c'est une action de soi-même indifférente. Elle est permise & quelquefois même nécessaire, s'il en résulte un bien pour la personne qu'on accuse, ou pour celles devant qui on la dévoile : ce n'est pas là précisément médire.
On entend communément par médisance une satyre maligne lâchée contre un absent, dans la seule vûe de le décrier ou de l'avilir. On peut étendre ce terme aux libelles diffamatoires, médisances d'autant plus criminelles, qu'elles font une impression plus forte & plus durable. Aussi chez tous les peuples policés en a-t-on fait un crime d'état qu'on y punit séverement.
On médit moins à-présent dans les cercles qu'on ne faisoit les siecles passés, parce qu'on y joue davantage. Les cartes ont plus sauvé de réputations, que n'eût pû faire une légion de missionnaires attachés uniquement à prêcher contre la médisance ; mais enfin on ne joue pas toujours, & par conséquent on médit quelquefois.
Une trop grande sensibilité à la médisance entretient la malignité, qui ne cherche qu'à affliger.
|
| MÉDITATION | S. f. (Gramm.) opération de l'esprit qui s'applique fortement à quelque objet. Dans la méditation profonde, l'exercice des sens extérieurs est suspendu, & il y a peu de différence entre l'homme entierement occupé d'un seul objet, & l'homme qui rêve, ou l'homme qui a perdu l'esprit. Si la méditation pouvoit être telle que rien ne fût capable d'en distraire, l'homme méditatif n'appercevant rien, ne répondant à rien, ne prononçant que quelques mots décousus qui n'auroient de rapports qu'aux différentes faces sous lesquelles il considéreroit son objet ; rapports éloignés que les autres ne pourroient lier que rarement, il est certain qu'ils le prendroient pour un imbécille. Nous ne sommes pas faits pour méditer seulement, mais il faut que la méditation nous dispose à agir, ou c'est un exercice méprisable. On dit, cette question est épineuse, elle exige une longue méditation. L'étude de la morale qui nous apprend à connoître & à remplir nos devoirs, vaut mieux que la méditation des choses abstraites. Ce sont des oisifs de profession qui ont avancé que la vie méditative étoit plus parfaite que la vie active. L'humeur & la mélancolie sont compagnes de la méditation habituelle : nous sommes trop malheureux pour obtenir le bonheur en méditant ; ce que nous pouvons faire de mieux, c'est de glisser sur les inconvéniens d'une existence telle que la nôtre. Faire la méditation chez les dévots, c'est s'occuper de quelque point important de la religion. Les dévots distinguent la méditation de la contemplation ; mais cette distinction même prouve la vanité de leur vie. Ils prétendent que la méditation est un état discursif, & que la contemplation est un acte simple permanent, par lequel on voit tout en Dieu, comme l'oeil discerne les objets dans un miroir. A s'en tenir à cette distinction, je vois qu'un méditatif est souvent un homme très-inutile, & que le contemplatif est toujours un insensé. Il y a cette distinction à faire entre méditer un projet & méditer sur un projet, que celui qui médite un projet, une bonne, une mauvaise action, cherche les moyens de l'exécution ; au lieu que la chose est faite pour celui qui médite sur cette chose ; il s'efforce seulement à la connoître, afin d'en porter un jugement sain.
|
| MÉDITERRANÉE | S. f. (Géogr.) signifie cette vaste mer qui s'étend entre les continens de l'Europe & de l'Afrique, qui communique à l'Océan par le détroit de Gibraltar, voyez GIBRALTAR, & qui mouille jusqu'à l'Asie en formant le Pont-Euxin & les Palus maeotides. Voyez MER.
La Méditerranée s'appelloit autrefois la mer de Grece & la grande Mer ; elle est maintenant partagée en différentes divisions qui portent différens noms. A l'occident de l'Italie, elle s'appelle la mer de Toscane. Près de Venise, la mer Adriatique ou le golfe de Venise. Vers la Grece, la mer Ionique, ou Egée, ou l'Archipel. Entre l'Hellespont & le Bosphore, elle se nomme mer Blanche, parce que la navigation en est facile ; & par-delà, mer Noire, à cause que la navigation en devient alors difficile.
Sur la communication de l'Océan avec la Méditerranée, entreprise exécutée sous le regne de Louis XIV. voyez CANAL ARTIFICIEL. Chambers.
|
| MEDITRINALES | adj. (Hist. anc.) fêtes que les Romains célébroient en Automne le 11 d'Octobre, dans lesquelles on goûtoit le vin nouveau & l'on en buvoit aussi du vieux par maniere de médicament, parce qu'on regardoit le vin non-seulement comme un confortatif, mais encore comme un antidote puissant dans la plûpart des maladies. On faisoit aussi en l'honneur de Meditrina, déesse de la Médecine, des libations de l'un & de l'autre vin. La premiere fois qu'on buvoit du vin nouveau, on se servoit de cette formule, selon Festus : Vetus novum vinum bibo, veteri novo morbo medior ; c'est-à-dire je bois du vin vieux, nouveau, je remédie à la maladie vieille, nouvelle ; paroles qu'un long usage avoit consacrées, & dont l'omission eût passé pour un présage funeste. (G)
|
| MEDITULLIUM | (Anat.) est un terme latin employé par quelques anatomistes pour signifier le diploé, autrement cette substance spongieuse qui se trouve entre les deux tables du crâne, & dans les interstices de tous les os qui ont des lames. Voyez OS, CRANE.
|
| MEDIUM | terme de philosophie méchanique ; c'est la même chose que fluide ou milieu. Ce dernier est beaucoup plus usité. Voyez MILIEU.
|
| MEDIUS FIDIUS | (Mytholog.) divinité qui présidoit à la foi donnée. Plaute in asin. dit, per deum Fidium, credis jurato mihi ? Ainsi voyez FIDIUS.
|
| MEDMA | (Géogr. anc.) ville maritime d'Italie, au pays des Brutiens. Strabon & Pomponius Mela disent Médama. Quelques modernes croient que c'est la Nicotera d'Antonin qui subsiste encore ; d'autres, comme le P. Hardouin, pensent que c'est présentement Bossarno, ville de la Calabre ultérieure : mais celle-ci est trop dans les terres pour avoir été un port de mer.
|
| MEDNIKI | (Géogr.) en latin Mednicia ; ville épiscopale de Pologne dans la Samogitie, sur la riviere de Wirwitz. Long. 41. lat. 55. 40.
|
| MEDOACUS | (Géog. anc.) rivieres d'Italie, toutes deux du même nom, n'ayant qu'une embouchure commune dans la bouche la plus septentrionale du Pô. On les distinguoit par les surnoms de grande & petite, major & minor. Le Médoacus major est présentement la Brenta, & le Médoacus minor est la Bachiglione.
|
| MEDOBREGA | (Géog. anc.) & Mundobriga dans l'itinéraire d'Antonin ; ancienne ville d'Espagne dans la Lusitanie, près du mont Herminius, qui s'appelle aujourd'hui monte Arminno : la même ville prit ensuite le nom de la montagne, & s'appella Aramenha. Elle est ruinée ; mais Resende, dans ses antiquités, dit qu'on en voyoit encore de son tems les ruines près de Marvaon dans l'Alentéjo, à peu de distance de Portalegre.
|
| MÉDOC | (Géog.) par les anciens Medulicus pagus ; nos ancêtres ont écrit Médouc : contrée de France en forme de presqu'île, entre l'Océan & la Garonne, en Guienne dans le Bourdelois. Ausone appelle la côte de Médoc littus Medulorum. Ses huîtres avoient alors une grande réputation.
Ostrea Baïanis certantia quae Medulorum,
Dulcibus in stagnis, reflui maris aestus opimat.
Les Romains les nommoient ostrea Burdigalensia, parce qu'ils les tiroient de Bourdeaux : on les servoit à la table des empereurs. Sidonius Apollinaris les nomme medulica supellex ; & les gens de bonne-chere qui en faisoient leurs délices, medulicae supellectilis epulones.
Le bourg de l'Esparre est le principal lieu du pays de Médoc ; mais c'est au village de Soulac qu'on prend à-présent les huîtres de Médoc. Voyez, sur ce pays, Duchesne dans son chapitre du duché de Guienne. (D.J.)
MEDOC, cailloux de, (Hist. nat.) On donne ce nom à des fragmens de crystal de roche qui se trouvent sous la forme de cailloux roulés & d'une figure ovale, dans un canton de la Gascogne que l'on appelle pays de Médoc. Quelques personnes ont cru que ces pierres approchoient du diamant, mais elles ne different aucunement du vrai crystal de roche, & se taillent avec la même facilité. On en fait des boutons & d'autres petits ornemens. (-)
|
| MÉDRASCHIM | S. m. (Théol. rabbin.) c'est, dit M. Simon, le nom que les Juifs donnent aux commentaires allégoriques sur l'Ecriture-sainte, & principalement sur le Pentateuque : ils le donnent même généralement à tous les commentaires allégoriques, car médraschim signifie allégorie. (D.J.)
|
| MÉDRESE | S. m. (Hist. mod.) nom que les Turcs donnent à des académies ou grandes écoles que les sultans font bâtir à côté de leurs jamis ou grandes mosquées. Ceux qui sont préposés à ces écoles se nomment muderis : on leur assigne des pensions annuelles proportionnées aux revenus de la mosquée. C'est de ces écoles que l'on tire les juges des villes, que l'on nomme mollas ou molahs.
|
| MÉDUA | (Géog.) ville d'Afrique au royaume d'Alger, dans une contrée abondante en blé & en troupeaux, à 50 lieues S. O. d'Alger. La milice de cette ville y tient garnison. Long. 21. 12. lat. 33. 25. (D.J.)
|
| MEDULLA SAXORUM | (Hist. natur.) nom donné par quelques auteurs à une substance calcaire ou à une espece de craie fluide qui suinte quelquefois au-travers des fentes de la terre, & qui se durcit ensuite : c'est la même chose que le lac lunae ou lait de lune, ou que le guhr blanc. (-)
|
| MÉDULLAIRE | adj. huile médullaire, est la partie la plus fine & la plus subtile de la moëlle des os. Voyez MOELLE & HUILE.
Cette huile, selon la remarque du docteur Harvers, ne passe pas dans les os par des conduits, mais par de petites vésicules accumulées en lobules distincts, & revétues des différentes membranes qui enveloppent la moëlle. Toutes ces vésicules sont formées de la tunique extérieure des arteres, & l'huile médullaire passe de l'une à l'autre jusqu'à ce qu'elle parvienne à la superficie de l'os. Mais la partie de cette huile, qui va aux articulations s'y rend par des conduits qui traversent l'os, & qui sont faits exprès pour cela.
L'usage de l'huile médullaire est, ou commun à tous les os, dont il conserve la température, & qu'il empêche d'être trop cassans ; ou particulier aux articulations, auxquelles il est d'un grand secours. 1°. Pour lubrifier les extrémités des os, & rendre leur mouvement plus libre & plus aisé. 2°. Pour empêcher les extrémités des os de s'échauffer par le mouvement. 3°. Pour empêcher les articulations de s'user par le frottement des os les uns contre les autres. 4°. Pour lubrifier les ligamens des articulations, & les empêcher de devenir secs & roides, & entretenir la flexibilité des cartilages.
La substance médullaire du cerveau paroît composée de fibres creuses, dont l'origine est dans les extrémités des artérioles, & la fin dans les nerfs ; elle a un peu plus de consistance que la substance corticale. Voyez CORTICALE & CERVEAU.
|
| MÉDULLE | MONT, LE (Géog. anc.) en latin Medullius mons ; montagne d'Espagne dans la Cantabrie, au-dessus du Minho : Garibay croit que le nom moderne est Manduria ; mais voici un fait d'histoire bien étrange. Quand le mont Médulle, dit Florus, l. IV. ch. xij. fut assiégé par les Romains, & que les Barbares virent qu'il ne leur étoit pas possible de résister long-tems, ils se firent tous mourir à l'envi les uns des autres dans un repas, par le fer, ou par le poison qu'on tire des ifs : & c'est ainsi qu'ils se déroberent à une soumission, qu'ils regardoient comme une captivité. (D.J.)
|
| MEDULLI | (Géog. anc.) ancien peuple d'Italie dans les Alpes ; leur pays est présentement une partie de la Savoie, & s'appelle la Maurienne. (D.J.)
|
| MÉDULLIA | (Géog. anc.) ville d'Italie dans le Latium. Tite-Live, Denis d'Halycarnasse & Pline en parlent ; mais elle ne subsistoit plus du tems de ce dernier écrivain. (D.J.)
|
| MÉDUS | (Géog. anc.) le fleuve Médus, ou le fleuve des Medes, Medum flumen, comme dit Horace, ode ix. l. II. est vraisemblablement l'Euphrate. Il séparoit les deux empires des Parthes & des Romains. Il y avoit aussi le fleuve Medus en Perse, qui venoit de la Médie, & tomboit dans l'Araxe. In Araxem à Paraetacis labentem Medus influit à Medià decurrens, dit Strabon, l. XV. p. 729. L'Araxe dans lequel ce fleuve se décharge, est celui qui tombe dans le sein Persique. (D.J.)
|
| MÉDUSE | S. f. (Mythol.) une des trois Gorgones, & celle-là même sur laquelle l'histoire a inventé le plus de fictions qui se contredisent. Mais pour ne rien répéter à ce sujet, nous renvoyons le lecteur à l'article GORGONES.
Nous ajouterons seulement que la Sculpture, la Peinture, & la Gravure ont pris les mêmes libertés que les poëtes dans la représentation de Méduse, dans la plûpart des anciens monumens ; cette Gorgone lance des regards effroyables au milieu de la terreur & de la crainte ; il en est d'autres où elle n'a point ce visage affreux & terrible. Il se trouve même des Méduses très-gracieuses, gravées sur l'égide de Minerve, ou séparément. On connoît une Méduse antique assise sur un rocher, accablée de douleur, de voir que non-seulement ses beaux cheveux se changent en serpens ; mais que ces serpens rampent sur elle de tous côtés, & lui entortillent les bras, les jambes, & le corps. Elle appuie tristement sa tête sur la main gauche : la noblesse de son attitude, la beauté & la douceur de son visage fait qu'on ne peut la regarder sans s'intéresser à son malheur. On oublie en ce moment la peinture qu'en fait Hésiode, & les explications que M M. le Clerc & Fourmont nous ont données de la fable des filles de Phorcus. (D.J.)
|
| MEDWAY | (Géogr.) riviere d'Angleterre dans la province de Kent. Elle passe par Maidstone, Rochester, Chatham, & se jette dans la Tamise. Le chevalier Blackmore en fait une jolie peinture.
The fair Medwaga that with wanton pride
Forms silver mazes with her crooked tide,
Its nobler streams in wreathing volumes flows,
Still forming ready Islands, as it gows.
Comme la Medway est fort profonde, on s'en sert pour mettre en sûreté les gros vaisseaux de guerre en hiver, l'entrée de cette riviere étant défendue par le fort Sheerness. (D.J.)
|
| MÉFAIRE | (Droit cout. de France) M. le Fevre Chantereau explique ainsi ce vieux terme. " Si le seigneur vexoit intolérablement son vassal, & manquoit à la protection qu'il lui devoit, il méfaisoit, c'est-à-dire, qu'il perdoit la seigneurie qu'il avoit sur son vassal & sur son fief ; qu'il relevoit à l'avenir non du seigneur dominant, mais du seigneur souverain, qui est celui qui releve le seigneur dominant ; donc, ajoute notre jurisconsulte, les mots de commise de fief & de méfaire, sont relatifs ; & toutes les fois qu'ils sont employés dans les actes, ils concluent autant l'un que l'autre la feudalité, &c. " (D.J.)
|
| MEFFAIT | S. m. (Jurisp.) action contraire au bon ordre & aux lois. Ainsi meffaire, c'est faire une action de cette nature.
Ce terme n'est plus en usage que dans le style de pratique.
|
| MÉFIANCE | S. f. (Gramm. & Moral.) c'est une crainte habituelle d'être trompé. La défiance est un doute que les qualités qui nous seroient utiles ou agréables soient dans les hommes ou dans les choses, ou en nous-mêmes. La méfiance est l'instinct du caractere timide & pervers. La défiance est l'effet de l'expérience & de la réflexion. Le méfiant juge des hommes par lui-même, & les craint ; le défiant en pense mal, & en attend peu. On naît méfiant, & pour être défiant, il suffit de penser, d'observer, & d'avoir vécu. On se méfie du caractere & des intentions d'un homme ; on se défie de son esprit & de ses talens.
|
| MÉGABYSE | (Mythol.) nom des prêtres de Diane d'Ephese ; les Mégabyses, ou Mégalobyses, étoient eunuques ; une déesse vierge ne vouloit pas d'autres prêtres, dit Strabon. On leur portoit une grande considération, & des filles vierges partageoient avec eux l'honneur du sacerdoce ; mais cet usage changea suivant le tems & les lieux. (D.J.)
|
| MÉGAHÉTÉRIARQUE | S. m. (Hist. du bas empire) nom d'une dignité à la cour des empereurs de Constantinople. C'étoit l'officier qui commandoit en chef les troupes étrangeres de la garde de l'empereur ; & son vrai nom, dit M. Fleury, étoit mégahétairiaque. (D.J.)
|
| MÉGALARTIES | S. m. pl. (Hist. anc. & Myth.) fêtes que l'on célébroit à l'honneur de Cerès dans l'île de Délos. Elles étoient ainsi nommées d'un grand pain qu'on portoit en procession. Mégas signifie en grec grand, & artos, pain, dont on fit mégalarties.
|
| MÉGALASCLÉPIADES | (Mythol.) c'est-à-dire, les grandes asclépiades, ou asclépies ; fêtes qu'on célébroit à Epidaure en l'honneur d'Esculape. , est le nom grec du dieu de la Médecine, à qui tout le monde rendoit hommage. (D.J.)
|
| MÉGALÉSIE | (Antiq. rom.) mégalésie ; fêtes instituées à Rome l'an 550 de sa fondation, en l'honneur de Cybele, ou de la grande-mere des dieux. Les oracles sibyllins marquoient, au jugement des décemvirs, qu'on vaincroit l'ennemi, & qu'on le chasseroit d'Italie si la mere Idéenne étoit apportée de Pessinunte à Rome. Le sénat envoya des ambassadeurs au roi Attalus, qui les reçut humainement, & leur fit présent de la statue de la déesse qu'ils désiroient d'avoir. Cette statue apportée à Rome, fut reçue par Scipion Nasica, estimé le plus homme de bien de la République. Il la mit, le 12 Avril, dans le temple de la Victoire, sur le mont Palatin. Ce même jour, on institua la mégalésie, avec des jeux qu'on appella mégalésiens. Voyez MEGALESIENS jeux. (D.J.)
|
| MÉGALÉSIENS | jeux (Ant. rom.) ludi megalenses. On les nommoit aussi les grands jeux, nonseulement parce qu'ils étoient magnifiques, mais encore parce qu'ils étoient dédiés aux grands dieux, c'est-à-dire, à ceux du premier ordre, & particulierement à Cybele, appellée par excellence la grande déesse, . Les dames romaines dansoient à ces jeux devant l'autel de Cybele. Les magistrats y assistoient revêtus d'une robe de pourpre ; la loi défendoit aux esclaves de paroître à ces augustes cérémonies ; & pendant qu'on les célébroit, plusieurs prêtres phrygiens portoient en triomphe, dans toutes les rues de Rome, l'image de la déesse.
On représentoit aussi sur le théatre pendant ces solemnités, des comédies choisies. Toutes celles de Terence furent jouées aux jeux mégalésiens, excepté les Adelphes, qui le furent aux jeux funebres de Paul Emile, & le Phormion, qui le fut aux jeux romains. Les Ediles donnoient d'ordinaire ce divertissement au peuple pendant six jours, & ils y joignoient des festins où regnoit la magnificence & la somptuosité, sur la fin de la république. (D.J.)
|
| MÉGALOGRAPHIE | S. f. (Peinture) terme qui se dit des peintures dont le sujet est grand, telles que sont les batailles, ainsi que lyparographie se dit des peintures viles & des sujets bas, tels que des animaux, des fruits, &c.
|
| MÉGALOPOLIS | (Géog. anc.) Ptolomée, Pausanias, & Etienne le Géographe, écrivent Mégale-polis. Polybe écrit indifféremment Mégale-polis, & Mégalepolis. Strabon écrit seulement Mégalopolis en un seul mot. Ses habitans sont appellés par Tite-Live Mégalopolites, & Mégalopolitani.
Mégalopolis étoit une ville du Péloponnèse dans l'Arcadie, qui se forma sous les auspices d'Epaminondas, de diverses petites villes rassemblées en une seule, après la bataille de Leuctres, afin d'être plus en état de résister aux Lacédémoniens. On nomme aujourd'hui cette ville Leontari, selon Sophian & de Witt. M. Fourmont prétend, que ce n'est point Léontari qui tient la place de Mégalopolis, mais un méchant village d'environ 150 maisons, la plûpart habitées par des mordates.
Quoi qu'il en soit, Mégalopolis a été la patrie de deux grands personnages, qui méritent de nous arrêter quelques momens ; je veux parler de Philopaemen, & de Polybe son tendre éleve.
Philopaemen se montra l'un des plus habiles & des premiers capitaines de l'antiquité. Il ressuscita la puissance de la Grece, à mesure qu'elle vit croître sa réputation. Les Achéens l'élurent huit fois pour leur général & ne cessoient de l'admirer. Il eut une belle preuve de la haute considération qu'on lui portoit, lorsqu'il vint un jour par hazard à l'assemblée des jeux neméens, au moment que Pylade chantoit ces deux vers de Thimothée,
C'est lui qui couronne nos têtes
Des fleurons de la liberté.
Tous les Grecs en se levant jetterent les yeux sur Philopaemen, avec des acclamations, des battemens de mains, des cris de joie, qui marquoient assez leurs espérances de parvenir sous ses ordres, à leur premier degré de bonheur & de gloire. Mais cet illustre guerrier, en chargeant Dinocrate, qui s'étoit emparé d'un poste important, eut son cheval abattu sous lui, & tomba presque sans vie. Les ennemis le releverent, comme si c'eût été leur général, & le conduisirent à Messene, où Dinocrate acheva ses jours par le poison.
Les Achéens ne différerent pas la vengeance de cet attentat, & le tyran se donna la mort, pour éviter sa juste peine. L'on tira de Messene le corps de Philopaemen, l'on le brûla, & l'on porta ses cendres à Mégalopolis.
Toutes les villes du Péloponnèse lui décernerent les plus grands honneurs par des decrets publics, & lui érigerent par-tout des statues & des inscriptions. Son convoi funebre fut une sorte de pompe triomphale. Polybe, âgé de 22 ans, portoit l'urne, & Lycortas son pere, fut nommé général des Achéens, comme le plus digne de succéder au héros qu'ils pleuroient.
Ce fut à ces deux écoles de Philopaemen & de Lycortas, que notre historien prit ces savantes leçons de gouvernement & de guerre qu'il a mises en pratique. Après avoir été chargé des plus grandes négociations auprès des Ptolomées, rois d'Egypte, il fut long-tems détenu à Rome dans la maison des Emiles, & forma lui-même le destructeur de Carthage & de Numance. Quel pupille, & quel maître ! Notre ame s'éleve en lisant ces beaux conseils qu'il lui donnoit, ces sentimens de générosité & de magnanimité qu'il tâchoit de lui inspirer, & dont le pupille fit un si bel usage. C'est encore aux conseils de Polybe que Démétrius fut redevable du trône de Syrie. Génie supérieur, il cherchoit dans les regles de la prudence, de la politique, & de la guerre, la cause des événemens. Il traitoit la fortune de chimere, & ne croyoit point à ces divinités qui avoient des yeux sans voir, & des oreilles sans entendre.
Il composa la plus grande partie de son histoire dans la maison même des Emiles, qui lui donnerent tous les mémoires qu'il desira. Scipion l'emmena au siege de Carthage, & lui fournit des vaisseaux pour faire le tour de la mer Atlantique. Toutes les villes du Péloponnèse adopterent le code des lois dont il étoit l'auteur, & les Achéens, en reconnoissance, lui érigerent, de son vivant, plusieurs statues de marbre. Il mourut l'an de Rome 624, à l'âge de 82 ans, d'une blessure qu'il s'étoit faite en tombant de cheval.
Il avoit composé son histoire universelle en quarante-deux livres, dont il ne nous reste que les cinq premiers, avec des fragmens des douze livres suivans. Quel dommage que le tems nous ait envié des annales si précieuses ! Jamais historien ne mérita mieux notre confiance dans ses récits, & jamais homme ne porta plus d'amour à la vérité. Pour la politique, il l'avoit étudiée toute sa vie ; il avoit géré les plus grandes affaires, & avoit gouverné lui-même.
Les Géographes ont encore raison de partager avec les politiques, & les généraux d'armées, la douleur de la perte de son histoire. Si l'on doit juger de ce que nous n'avons pas par ce qui nous en reste, ses descriptions de villes & de pays sont d'un prix inestimable, & n'ont été remplacées par aucun historien.
On desireroit qu'il eût fait moins de réflexions & de raisonnemens ; mais il réfléchit avec tant de sagesse, il raisonne si bien, il discute les faits avec tant de sagacité, qu'il développe chaque événement jusque dans sa source. On lui reproche aussi ses digressions, qui sont longues & fréquentes ; mais elles sont utiles & instructives. Enfin, Denys d'Halicarnasse critique son style raboteux ; mais c'est que Polybe s'occupoit de plus grandes choses, que du nombre & de la cadence de ses périodes ; & c'est encore parce que Dénis ne prisoit dans les autres, que ce qu'il possédoit lui-même davantage. Après tout, nous avons en françois une excellente traduction de Polybe, avec un savant commentaire militaire, qui passeront l'un & l'autre à la postérité. (D.J.)
|
| MÉGARA | pl. (Littér.) . Les Grecs appelloient un grand édifice, de , j'envie, je respecte. , dit Pausanias, est le nom qu'on donnoit dans l'Attique aux premiers temples de Cérès, parce qu'ils étoient plus grands que les bâtimens ordinaires, & qu'ils étoient propres à exciter la jalousie ou la vénération. (D.J.)
MEGARA, (Géog. anc.) il y a plusieurs villes de ce nom. 1°. Mégara, ville de la Grece dans l'Achaïe. Voyez MEGARE. 2°. Mégara ville de Sicile, sur la côte orientale de l'île, dans le golfe de Mégare, au nord de Syracuse. Elle avoit été appellée auparavant Hybla. 3°. Etienne le géographe place une Mégara en Macédoine, une autre dans la Molosside, une autre en Illyrie, & une quatrieme dans le royaume de Pont. 4°. Mégara, ville de Syrie, dans la dépendance d'Apamée, selon Strabon. 5°. Mégara, ville du Péloponnèse, selon Aristote. (D.J.)
|
| MEGARADA | ou BAGRADA, (Géog.) riviere d'Afrique, au royaume de Tunis. Elle a sa source dans la montagne de Zeb, qui sépare le royaume de Tunis de celui d'Alger, prend son cours du midi au nord oriental, passe à Tunis, & va se jetter dans la mer. (D.J.)
|
| MÉGARE | (Géog. anc.) ville de Grece, dont il importe de parler avec plus d'étendue que de coutume.
La ville de Mégare étoit située dans l'Achaïe. Elle étoit la capitale du pays connu sous le nom de la Mégarique, ou Mégaride, Megaris, au fond du golfe Saronique, entre Athènes & Corinthe, à 20 milles d'Athènes, à 40 de Thespies, ville de la Béotie, & à 12 d'Eleusis, ville de l'Attique. Son territoire étoit bas, enfoncé, & abondant en pâturages.
La Mégarique ou Mégaride s'étendoit entre le golfe Saronique, au levant, & celui de Corinthe à l'occident, & jusqu'à l'isthme de Corinthe. Les Latins, tant poëtes qu'historiens, qui ont suivi les Grecs, appellent la ville Megara au singulier féminin, ou Megara au neutre pluriel.
Il faut d'abord observer avec les anciens géographes, qu'il y avoit une ville de Mégare en Syrie, une au Péloponnèse, une en Thessalie, une dans le Pont, une dans l'Illyrie, une enfin dans la Molosside.
Nous n'entrerons dans aucun détail sur la fondation & les révolutions de la ville de Mégare en Sicile, qui fut bâtie par une colonie des Mégariens de l'Achaïe, sur les ruines de la ville d'Hybla, fameuse par l'excellence de son miel. Nous dirons seulement que s'il se trouve dans le cabinet des antiquaires des médailles, avec l'inscription (Angeloni & Goltzius en rapportent chacun une), qui soient antérieures aux tems des empereurs romains ; elles sont de la colonie de Mégare en Sicile, qui porte une ancre pour revers, comme Mégare de l'Achaïe. Les habitans de cette derniere étoient surnommés Nissaei, & Théocrite les distingue de ceux de Sicile, en disant d'eux qu'ils étoient maîtres en l'art de naviger.
Les Historiens, suivant leur coutume ordinaire, ne sont point d'accord sur l'origine du nom de la ville de Mégare en Achaïe, ni sur celle de son fondateur ; mais peu nous importe de savoir si ce sont les Héraclides qui du tems de Codrus bâtirent Mégare ; si c'est Megarus fils de Neptune, & protecteur de Nisus ; ou bien encore Mégarée fils d'Apollon. Selon Pausanias, c'est Apollon lui-même qui prêta son ministere à la construction des murailles de cette ville. Elles ont été plus souvent renversées & détruites que celles de Troie qui se vantoit du même honneur. Je pense que Pausanias ne croyoit pas plus que nous qu'Apollon eût bâti Mégare, quoiqu'on l'engagea pour le lui persuader, à observer le rocher sur lequel ce Dieu déposoit sa lyre, pendant le tems de son travail, & qui rendoit, disoit-on, un son harmonieux, lorsqu'on le frappoit d'un caillou.
Il y a plus d'apparence que le nom de Mégare fut donné à cette ville, à cause de son premier temple bâti par Car, fils de Phoronée, à l'honneur de Cérès. Eustathe nous apprend que les temples de cette déesse étoient simplement appellés . Ce temple attiroit une si grande quantité de pélerins, que l'on fut obligé d'établir des habitations pour leur servir de retraite & de reposoir, dans les tems qu'ils y apportoient leurs offrandes. C'est ce temple dédié à Cérès, sous la protection de laquelle étoient les troupeaux de moutons dont Diogene fait mention, quand il dit qu'il aimeroit mieux être bélier d'un troupeau d'un mégarien, que d'être son fils ; parce que ce peuple négligeoit de garantir ses propres enfans des injures de l'air, pendant qu'il avoit grand soin de couvrir les moutons, pour rendre leur laine plus fine & plus aisée à mettre en oeuvre. Du-moins Plutarque fait ce reproche aux Mégariens de son siecle.
La ville de Mégare étoit encore célebre par son temple de Diane surnommée la protectrice, dont Pausanias vous fera l'histoire, à laquelle selon les apparences il n'ajoutoit pas grand foi.
On assure que le royaume de Mégaride fut gouverné par douze rois, depuis Clison, fils de Lélex, roi de Lélégie, jusqu'à Ajax, fils de Télamon, qui mourut au siege de Troie, de sa propre main, & de l'épée fatale dont Hector lui avoit fait présent, en considération de sa valeur.
Après cet évenement, ce royaume devint un état libre & démocratique, jusqu'au tems que les Athéniens s'en rendirent les maîtres. Ensuite les Héraclides enleverent aux Athéniens cette conquête, & établirent le gouvernement aristocratique.
Alors les Mégariens presque toujours occupés à se défendre contre des voisins plus puissans qu'eux, devenoient troupes auxiliaires des peuples auxquels leur intérêt les attachoit, tantôt d'Athènes, tantôt de Lacédémone, & tantôt de Corinthe, ce qui ne manqua pas de les mettre aux prises alternativement avec les uns ou les autres.
Enfin les Athéniens outrés de l'ingratitude des Mégariens, dont ils avoient pris la défense contre Corinthe & Lacédémone, leur interdirent l'entrée des ports & du pays de l'Attique, & ce decret fulminant alluma la guerre du Péloponnèse.
Pausanias dit que le héraut d'Athènes étant allé sommer les Mégariens de s'abstenir de la culture d'une terre consacrée aux déesses Cérès & Proserpine, on massacra le héraut pour toute réponse. L'intérêt des Dieux, ajoute Plutarque, servit aux Athéniens de prétexte, mais la fameuse Aspasie de Milet, que Périclès aimoit éperduement, fut la véritable cause de la rupture des Athéniens avec Mégare. L'anecdote est bien singuliere.
Les Mégariens par représailles de ce qu'une troupe de jeunes Athéniens ivres avoient enlevé chez eux Séméthé courtisanne célebre dans Athènes, enleverent deux courtisannes de la suite d'Aspasie. Une folle passion, lorsqu'elle possede les grandes ames, ne leur inspire que les plus grandes foiblesses. Périclès épousa la querelle d'Aspasie outragée, & avec le pouvoir qu'il avoit en main, il vint facilement à-bout de persuader ce qui lui plut. On publia contre les Mégariens, un decret foudroyant. On défendit tout commerce avec eux, sous peine de la vie, & l'on dressa un nouveau formulaire de serment, par lequel tous les généraux s'engageoient à ravager deux fois chaque année les terres de Mégare. Ce decret jetta les premieres étincelles, qui peu-à-peu allumerent la guerre du Péloponnèse. Elle fut l'ouvrage de trois courtisannes. Les plus grands évenemens ont quelquefois une origine assez honteuse ; j'en pourrois citer des exemples modernes, mais il est encore de trop bonne heure pour oser le hasarder.
Enfin il paroît que la ville de Mégare n'eut de consistance décidée, qu'après qu'elle fut devenue colonie romaine par la conquête qu'en fit Quintus Cecilius Metellus, surnommé le Macédonien, lorsque Alcamène fut obligé de retirer les troupes auxiliaires qu'il avoit amenées à Mégare, & qu'il les transporta de cette ville à Corinthe. Passons aux idées qu'on nous a laissées des Mégariens.
Ils n'étoient pas estimés ; les auteurs grecs s'entendent beaucoup à peindre leur mauvaise foi ; leur goût de plaisanterie avoit passé en proverbe, & il s'appliquoit à ces hommes si communs parmi nous, qui sacrifient un bon ami à un bon mot : illusion de l'esprit qui cherche à briller aux dépens du coeur ! On comparoit aussi les belles promesses des Mégariens aux barillets de terre de leurs manufactures ; ils imposoient à la vûe par leur élégance, mais on ne s'en servoit point, & on les mettoit en reserve dans les cabinets des curieux, parce qu'ils étoient aussi minces que fragiles. Les larmes des Mégariens, furent encore regardées comme exprimées par force, & non par de vrais sentimens de douleur, d'où vient qu'on en attribuoit la cause à l'ail & à l'oignon de leur pays.
Les femmes & les filles de Mégare n'étoient pas plus considérées par leur vertu, que les hommes par leur probité ; leur nom servoit dans la Grece à désigner les femmes de mauvaise vie.
L'imprécation usitée chez les peuples voisins, que personne ne devienne plus sage que les Mégariens, n'est vraisemblablement qu'une dérision, ou qu'une déclaration de l'opinion qu'on avoit du peu de mérite de ce peuple. Je crois cependant qu'il entroit dans tous ces jugemens beaucoup de partialité, parce que la politique des Mégariens les avoit obligé d'être très-inconstans dans leurs alliances avec les divers peuples de la Grece.
Cependant je ne tirerois pas la défense de leur piété & de leur religion, du nombre & de la magnificence des temples, & des monumens qu'ils avoient élevés à l'honneur des dieux & des héros, quoique Pausanias seul m'en fournit de grandes preuves. Il faudroit même copier plusieurs pages de ce célebre historien, pour avoir une idée des belles choses en ce genre, qui se voyoient encore de son tems à Mégare ; mais lui-même n'a pu s'empêcher de rabattre souvent la vanité des Mégariens, par la critique judicieuse de la plus grande partie des monumens qu'ils affectoient de faire voir. Il en démontre même quelquefois la fausseté, par des preuves tirées des anachronismes, ou du peu de vraisemblance, en comparant leurs traditions avec les monumens historiques.
Quoiqu'il en soit, les Mégariens ne négligerent jamais la culture des beaux arts & de la Philosophie. D'abord il est sûr que la Peinture & la Sculpture étoient chez eux en grande considération. Théocosme qui avoit acquis un nom célebre en Sculpture, étoit de cette ville. Il travailla conjointement avec Phidias, aux ornemens du temple de Jupiter Olympien.
La Poésie n'étoit pas moins honorée à Mégare. Théognis né dans cette ville, & qui fleurissoit 548 ans avant J. C. peut servir de preuve. Le tems nous a conservé quelques-uns de ses ouvrages. Henri Etienne les a recueillis avec ceux des autres poëtes, dans son édition de 1566.
Mais c'est Euclide, fondateur de la secte Mégarique, qui fit le plus d'honneur à sa patrie. Il vivoit 390 ans avant l'ere chrétienne, & près de cent ans avant le grand géometre du même nom, qui étoit natif d'Alexandrie. Euclide le mégarien avoit tant d'amour pour Socrate dont il étoit disciple, qu'il se déguisoit en femme, & se rendoit presque toutes les nuits de Mégare à Athènes, pour voir & pour entretenir ce philosophe, malgré les peines décernées par les Athéniens, contre tout citoyen de Mégare qui mettroit le pié dans leur ville.
On rapporte un mot de lui, qui peint une ame tendre & sensible. Entendant son frere qui lui disoit dans sa colere : " Que je meure si je ne me vange ! Et moi, repliqua-t-il, je mourrai à la peine, si je ne puis calmer votre transport, & faire ensorte que vous m'aimiez encore plus que vous n'avez fait jusqu'ici ".
Eubulide son successeur, étoit aussi de Mégare. Il eut la gloire d'attirer à lui Démosthene, de le former, de l'exercer, & de lui apprendre à prononcer la lettre R, que la conformation de ses organes de la voix, & la négligence de son éducation, l'avoient empêché d'articuler jusqu'alors.
Enfin Stilpon qui fleurissoit vers la 120 Olympiade, ou 314 ans avant J. C. étoit natif de Mégare. Son éloquence entraîna presque toute la Grece dans la secte Mégarique. C'est de lui que Cicéron dit à l'honneur de la Philosophie, qu'étant porté par son tempérament à l'amour du vin & des femmes, elle lui avoit appris à dompter ces deux passions. Ptolomée Soter s'étant emparé de Mégare, fit tous ses efforts pour l'emmener en Egypte, & lui remit une grosse somme d'argent, pour le dédommager de la perte qu'il pouvoit avoir faite dans le siege de la ville. Stilpon renvoya la plus grande partie du présent, & resta dans sa patrie. C'est dommage qu'une secte qui eut pour chefs de si grands maîtres, ait enfin dégénéré en disputes frivoles.
Mais, me demandera peut-être quelqu'un, qu'est devenue votre ville de Mégare qui produisoit des artistes, des poëtes, & des philosophes illustres dans le tems même qu'elle étoit si fort en bute au mépris & aux traits satyriques de ses voisins, qui l'ont tant de fois saccagée & renversée ? Je réponds que Mégare conserve toujours son nom, avec une légere altération : on la nomme aujourd'hui Mégra, espece de village habité seulement par deux ou trois cent malheureux grecs. Ce village est situé à l'est du duché d'Athènes, dans une vallée, au fond de la baie du golfe de Corinthe, qui se nomme à-présent Livadostro, & au sud-est du golfe Saronique, qu'on appelle le golfe Engia.
On y trouve encore quelques inscriptions & restes d'antiquités. Son territoire est assez fertile dix lieues à la ronde. Il y a une tour dans cet endroit, où logeoit ci-devant un vayvode que des corsaires prirent, & depuis lors aucun turc n'en a voulu. Les pauvres grecs de Mégra craignent eux-mêmes tellement les pirates, qu'à la vûe de la moindre barque, ils plient bagage, & se sauvent dans les montagnes. Ils gagnent leur vie à labourer la terre, & les Turcs à qui elle appartient en propre, leur donnent la moitié de la récolte. Long. 41. 27. lat. 38. 10. (D.J.)
MEGARE, Pierre de, (Hist. nat.) lapis megaricus, nom donné par quelques naturalistes à des pierres entierement composées d'un amas de coquilles.
|
| MEGARIQUE | secte, (Hist. de la Philosophie) Euclide de Mégare fut le fondateur de cette secte, qui s'appella aussi l'eristique ; megarique, de la part de celui qui présidoit dans l'école ; eristique, de la maniere contentieuse & sophistique dont on y disputoit. Ces philosophes avoient pris de Socrate l'art d'interroger & de répondre ; mais ils l'avoient corrompu par la subtilité du sophisme & la frivolité des sujets. Ils se proposoient moins d'instruire que d'embarrasser ; de montrer la vérité, que de réduire au silence. Ils se jouoient du bon sens & de la raison. On compte parmi ceux qui excellerent particulierement dans cet abus du tems & des talens Euclide (ce n'est pas le géometre), Eubulide, Alexinus, Euphante, Apollonius Cronus, Diodore Cronus, Ichtias, Clinomaque, & Stilpon : nous allons dire un mot de chacun d'eux.
Euclide de Mégare reçut de la nature un esprit prompt & subtil. Il s'appliqua de bonne heure à l'étude. Il avoit lû les ouvrages de Parmenide, avant que d'entendre Socrate. La réputation de celui-ci l'attira dans Athènes. Alors les Athéniens irrités contre les habitans de Mégare, avoient décerné la mort, contre tout mégarien qui oseroit entrer dans leur ville. Euclide, pour satisfaire sa curiosité, sans exposer trop indiscrettement sa vie, sortoit à la chûte du jour, prenoit une longue tunique de femme, s'enveloppoit la tête d'un voile, & venoit passer la nuit chez Socrate. Il étoit difficile que la maniere facile & paisible de philosopher de ce maître plût beaucoup à un jeune homme aussi bouillant. Aussi Euclide n'eut guère moins d'empressement à le quitter, qu'il en avoit montré à le chercher. Il se jetta du côté du barreau. Il se livra aux sectateurs de l'éléatisme ; & Socrate qui le regrettoit sans doute, lui disoit : " ô Euclide, tu sais tirer parti des Sophistes, mais tu ne sais pas user des hommes ".
Euclide de retour à Mégare, y ouvrit une école brillante, où les Grecs, amis de la dispute, accoururent en foule. Socrate lui avoit laissé toute la pétulence de son esprit, mais il avoit adouci son caractere. On reconnoît les leçons de Socrate dans la réponse que fit Euclide à quelqu'un qui lui disoit dans un transport de colere : je veux mourir si je ne me vange. Je veux mourir, reprit Euclide, si je ne t'appaise, & si tu ne m'aimes comme auparavant.
Après la mort de Socrate, Platon & les autres disciples de Socrate, effrayés, chercherent à Mégare un asile contre les suites de la tyrannie. Euclide les reçut avec humanité, & leur continua ses bons offices jusqu'à ce que le péril fut passé, & qu'il leur fût permis de reparoître dans Athènes.
On nous a transmis peu de chose des principes philosophiques d'Euclide. Il disoit dans une argumentation : l'on procede d'un objet à son semblable ou à son dissemblable. Dans le premier cas il faut s'assurer de la similitude ; dans le second, la comparaison est nulle.
Il n'est pas nécessaire dans la réfutation d'une erreur de poser des principes contraires ; il suffit de suivre les conséquences de celui que l'adversaire admet ; s'il est faux, on aboutit nécessairement à une absurdité.
Le bien est un, on lui donne seulement différens noms.
Il s'exprimoit sur les dieux & sur la religion avec beaucoup de circonspection. Cela n'étoit guère dans son caractere ; mais le sort malheureux de Socrate l'avoit apparemment rendu sage. Interrogé par quelqu'un sur ce que c'étoient que les dieux, & sur ce qui leur plaisoit le plus. Je ne sais là-dessus qu'une chose, répondit-il, c'est qu'ils haïssent les curieux.
Eubulide le milésien succéda à Euclide. Cet homme avoit pris Aristote en aversion, & il n'échappoit aucune occasion de le décrier : on compte Démosthene parmi ses disciples. On prétend que l'orateur d'Athènes en apprit entr'autres choses à corriger le vice de sa prononciation. Il se distingua par l'invention de différens sophismes dont les noms nous sont parvenus. Tels sont le menteur, le caché, l'electre, le voilé, le sorite, le cornu, le chauve : nous en donnerions des exemples s'ils en valoient la peine. Je ne sais qui je méprise le plus, ou du philosophe qui perdit son tems à imaginer ces inepties, ou de ce Philetas de Cos, qui se fatigua tellement à les résoudre qu'il en mourut.
Clinomaque parut après Eubulide. Il est le premier qui fit des axiomes, qui en disputa, qui imagina des catégories, & autres questions de dialectique.
Clinomaque partagea la chaire d'Eubulide avec Alexinus, le plus redoutable sophiste de cette école. Zénon, Aristote, Menedeme, Stilpon, & d'autres, en furent souvent impatientés. Il se retira à Olympie, où il se proposoit de fonder une secte, qu'on appelleroit du nom pompeux de cette ville, l'olimpique. Mais le besoin des choses de la vie, l'intempérie de l'air, l'insalubrité du lieu dégoûterent ses auditeurs ; ils se retirerent tous, & le laisserent là seul avec un valet. Quelque tems après, se baignant dans l'Alphée, il fut blessé par un roseau, & il mourut de cet accident. Il avoit écrit plusieurs livres que nous n'avons pas, & qui ne méritent guère nos regrets.
Alexinus, ou si l'on aime mieux, Eubulide, eut encore pour disciple Euphante. Celui-ci fut précepteur du roi Antigone. Il ne se livra pas tellement aux difficiles minuties de l'école eristique, qu'il ne se reservât des momens pour une étude plus utile & plus sérieuse. Il composa un ouvrage de l'art de regner qui fut approuvé des bons esprits. Il disputa dans un âge avancé le prix de la tragédie, & ses compositions lui firent honneur. Il écrivit aussi l'histoire de son tems. Il eut pour condisciple Apollonius Cronus, qu'on connoit peu. Il forma Diodore, qui porta le même surnom & qui lui succéda. On dit de celui-ci, qu'embarrassé par Stilpon en présence de Ptolomée Soter, il se retira confus, se renferma pour chercher la solution des difficultés que son adversaire lui avoit proposées, & qui lui avoit attiré de l'empereur le surnom de Cronus, & qu'il mourut de travail & de chagrin. Ceuton & Sextus Empyricus le nomment cependant parmi les plus fiers logiciens. Il eut cinq filles, qui toutes se firent de la réputation par leur sagesse & leur habileté dans la dialectique. Philon, maître de Carnéade, n'a pas dédaigné d'écrire leur histoire. Il y a eu un grand nombre de Diodore & d'Euclide, qu'il ne faut pas confondre avec les philosophes de la secte megarique. Diodore s'occupa beaucoup des propositions conditionnelles. Je doute que ses regles valussent mieux que celles d'Aristote & les nôtres. Il fut encore un des sectateurs de la physique atomique. Il regardoit les corps comme composés de particules indivisibles, & les plus petites possibles, finies en grandeur, infinies en nombre ; mais leur accordoit-il d'autres qualités que la figure & la position, c'est ce qu'on ignore, & par conséquent si ces atomes étoient ou non les mêmes que ceux de Démocrite.
Il ne nous reste d'Ichtias que le nom ; aucun philosophe de la secte ne fut plus célebre que Stilpon.
Stilpon fut instruit par les premiers hommes de son tems. Il fut auditeur d'Euclide, & contemporain de Thrasimaque, de Diogene le cinique, de Pasiclès le thébain, de Dioclès, & d'autres qui ont laissé une grande réputation après eux. Il ne se distingua pas moins par la réforme des penchans vicieux qu'il avoit reçus de la nature, que par ses talens. Il aima dans sa jeunesse les femmes & le vin. On l'accuse d'avoir eu du goût pour la courtisanne Nicarete, femme aimable & instruite. Mais on sait que de son tems les courtisannes fréquentoient assez souvent les écoles des Philosophes. Laïs assistoit aux leçons d'Aristippe, & Aspasie fait autant d'honneur à Socrate qu'aucun autre de ses disciples. Il eut une fille qui n'imita pas la sévérité des moeurs de son pere ; & il disoit à ceux qui lui parloient de sa mauvaise conduite : " je ne suis pas plus deshonoré par ses vices qu'elle n'est honorée par mes vertus ". Quelle apparence qu'il eût osé s'exprimer ainsi, s'il eût donné à sa fille l'exemple de l'incontinence qu'on lui reprochoit ! Le refus qu'il fit des richesses que Ptolomée Soter lui offroit, après la prise de Mégare, montre qu'il fut au-dessus de toutes les grandes tentations de la vie. " Je n'ai rien perdu, disoit-il à ceux qui lui demandoient l'état de ses biens, pour qu'ils lui fussent restitués, après le pillage de sa patrie par Démétrius, fils d'Antigone ; " il me reste mes connoissances & mon éloquence ". Le vainqueur fit épargner sa maison & se plut à l'entendre. Il avoit de la simplicité dans l'esprit, un beau naturel, une érudition très-étendue. Il jouissoit d'une si grande célébrité, que s'il lui arrivoit de paroître dans les rues d'Athènes, on sortoit des maisons pour le voir. Il fit un grand nombre de sectateurs à la philosophie qu'il avoit embrassée. Il dépeupla les autres écoles. Metrodore abandonna Théophraste pour l'entendre ; Clitarque & Simmias, Aristote ; & Peonius, Aristide. Il entraîna Phrasidenus le péripatéticien, Alcinus, Zénon, Cratès, & d'autres. Les dialogues qu'on lui attribue ne sont pas dignes d'un homme tel que lui. Il eut un fils appellé Dryson ou Brison qui cultiva aussi la philosophie, & qu'on compte parmi les maîtres de Pirrhon. Les subtilités de la secte eristique conduisent naturellement au scepticisme. Dans la recherche de la vérité, on part d'un fil qui se perd dans les tenebres, & qui ne manque guere d'y ramener, si on le suit sans discussion. Il est un point intermédiaire où il faut savoir s'arrêter ; & il semble que l'ignorance de ce point ait été le vice principal de l'école de Mégare & de la secte de Pirrhon.
Il nous reste peu de chose de la philosophie de Stilpon, & ce peu encore est-il fort au-dessous des talens & de la réputation de ce philosophe.
Il prétendoit qu'il n'y a point d'universaux, & que ce mot, homme, par exemple, ne signifioit rien d'existant. Il ajoûtoit qu'une chose ne pouvoit être le prédicat d'une autre, &c.
Le souverain bien, selon lui, c'étoit de n'avoir l'ame troublée d'aucune passion.
On le soupçonnoit dans Athènes d'être peu religieux. Il fut traduit devant l'aréopage, & condamné à l'exil pour avoir répondu à quelqu'un qui lui parloit de Minerve, " qu'elle n'étoit point fille de Jupiter, mais bien du statuaire Phidias ". Il dit une autre fois à Cratès qui l'interrogeoit sur les présens qu'on adresse aux dieux, & sur les honneurs qu'on leur rend : " étourdi, quand tu auras de ces questions à me faire, que ce ne soit pas dans les rues ". On raconte encore de lui un entretien en songe avec Neptune, où le dieu ne pouvoit être traité aussi familierement que par un homme libre de préjugés. Mais de ce que Stilpon faisoit assez peu de cas des dieux de son pays, s'en suit-il qu'il fût athée ? Je ne le crois pas.
|
| MÉGARIS | (Géog. anc.) île sur la côte d'Italie ; Pline la place entre Naples & Pausilipe. On l'appelle aujourd'hui l'île de l'Oeuf, à cause de sa figure ovale ; & la forteresse qui est dessus, se nomme le château de l'Oeuf.
|
| MEGARISE, GOLFE | (Géog.) en latin Megarisenus sinus, Melanus, ou Cardianus sinus ; golfe qui fait une partie de l'Archipel, & qui s'étend le long de la côte de la Romanie, depuis la presqu'île de ce nom, jusqu'à l'embouchure de la Marisa.
|
| MÉGARSUS | ou MAGARSUS, (Géog. anc.) nom 1°. d'une ville de Cilicie, près du fleuve Pyrame ; 2°. d'une riviere de Scythie, selon Strabon ; 2°. d'un fleuve de l'Inde, selon Denys le Periégete. (D.J.)
|
| MÉGELLE | S. f. (Hist. mod.) c'est l'assemblée des grands seigneurs à la cour de Perse, soit que le sophi les appelle pour des choses de cérémonie, soit qu'il ait besoin de leur conseil dans des affaires importantes & secrettes. Les mégelles ont été de tous les tems impénétrables.
|
| MÉGERE | (Mythologie) une des furies, la troisieme de ces déesses inexorables, dont l'unique occupation étoit de punir le crime, non-seulement dans les enfers, mais même dès cette vie, poursuivans sans relâche les scélérats par des remords qui ne leur donnoient aucun repos, & par des visions effrayantes, qui leur faisoient souvent perdre la raison. Voyez FURIES.
Le nom de Mégere, dit Servius, marquoit son envie d'exécuter la vengeance céleste, puisqu'il vient de , invideo, ou de , magna contentio.
Au moment qu'il s'agissoit de faire mourir quelqu'un, c'étoit ordinairement de Mégere que les dieux se servoient, comme nous le voyons dans le douzieme livre de l'Enéïde ; lorsque Turnus doit perdre la vie ; & dans Claudien, qui a employé la même furie à trancher les jours de Rufin. (D.J.)
MEGERE, s. f. (Commerce) mesure de grains dont on se sert à Castres en Languedoc. Quatre mégeres font l'émine, & deux émines le septier de cette ville ; on divise la mégere en quatre boisseaux. Voyez EMINE, SEPTIER, BOISSEAU. Dictionnaire de Commerce. (G)
|
| MÉGESVAR | ou MEDGIES, (Géog.) & par les Allemands MIDWISW, ville de Transylvanie sur le Kokel, chef-lieu d'un comté de même nom ; elle est renommée par ses excellens vins. Long. 42. 55. lat. 46. 50. (D.J.)
|
| MÉGIE | S. f. (Art. méchan.) art de préparer les peaux de mouton ; nous l'avons décrit à l'article CHAMOISEUR. Voyez cet article.
|
| MÉGILLAT | ou MÉGILLOTS, s. m. (Théol.) terme hébreu qui signifie rouleau : les Juifs donnent le nom de Mégillots à ces cinq livres, l'Ecclésiaste, le Cantique des Cantiques, les Lamentations, Ruth & Esther. C'est ce qu'ils nomment les cinq mégillots. Voyez ROULEAU.
|
| MÉGISSERIE | S. f. (Comm.) négoce qui se fait des peaux de moutons, &c. passées en mégie.
On appelle aussi Mégisserie, le métier des ouvriers qu'on appelle Mégissiers ; ce qui comprend encore le négoce des laines, que leurs statuts leur permettent de faire.
|
| MÉGISSIER | S. m. (Art méchan.) celui qui prépare les peaux de moutons, d'agneaux, de chevres, lorsqu'elles sont délicates & fines. Voyez GANT, PEAU, &c.
Ce sont aussi les Mégissiers qui préparent les peaux dont on veut conserver le poil ou la laine, soit pour être employés à faire de grosses fourrures, ou pour d'autres usages. Ils apprêtent aussi quelques cuirs propres aux Bourreliers, & font le négoce des laines.
Ce sont encore les Mégissiers qui donnent les premieres préparations au parchemin & au vélin avant qu'ils passent entre les mains du parcheminier.
La communauté des Mégissiers de la ville de Paris, est assez considérable : ses anciens statuts sont de l'année 1407, & ont été depuis confirmés & augmentés par François I. en 1517, & encore par Henri IV. au mois de Décembre 1594.
Suivant ces statuts, un maître ne peut avoir qu'un apprentif à la fois, & les aspirans ne peuvent être reçus maîtres qu'après six ans d'apprentissage, & après avoir fait un chef-d'oeuvre, qui consiste à passer un cent de peaux de mouton en blanc.
Les fils de maîtres sont dispensés de faire l'apprentissage ; mais on ne les dispense pas du chef-d'oeuvre.
La communauté des maîtres Mégissiers est régie par trois maîtres jurés ; on en élit deux tous les ans dans une assemblée générale des maîtres, & le prevôt de Paris reçoit leur serment.
Les autres articles des statuts contiennent des reglemens au sujet du commerce des laines, que les Mégissiers ont droit de faire. Dictionn. de Commerce.
|
| MÉGISTA | (Géog. anc.) île de la mer de Lycie, selon Pline & Ptolomée. Il en est aussi fait mention sur une médaille rapportée par Goltzius.
|
| MÉHAIGNE | (Géog.) petite riviere des Pays-Bas : elle a sa source dans le comté de Namur, & se perd dans la Meuse.
|
| MEHEDIE | (Géog.) petite ville d'Afrique, au royaume de Trémécen, à 15 lieues d'Alger, en tirant vers le midi. Elle fut bâtie anciennement par une colonie romaine, comme on le voit par des restes d'antiquités & d'inscriptions qui se trouvent dans ses ruines. C'est maintenant une forteresse, où le dey d'Alger tient un gouverneur avec une garnison pour défendre le pays contre les Arabes. (D.J.)
|
| MÉHUN-SUR-LOIRE | (Géogr.) petite ville de France dans l'Orléanois, élection de Beaugency ; on l'appelle en latin Magdunum, Maidunum, Medinum & Maudunum ; il y avoit anciennement un château qui donnoit son nom à la ville Castrum Magdunense, mais il fut détruit par les Vandales vers l'an 409. Cette ville a toujours éprouvé dans les guerres le sort d'Orléans, dont elle est à 4 lieues. Long. 19. 17. latit. 47. 50.
Mais sa principale illustration lui vient d'avoir donné la naissance à Guillaume de Lorris, qui vivoit sous saint Louis, & à Jean Clopinel ou Jean de Méhun, qui florissoit sous Philippe le bel vers l'an 1300. Le premier commença le fameux roman de la Rose, ouvrage imité de l'art d'aimer d'Ovide, & 40 ans après le second le continua. (D.J.)
MEHUN-SUR-YEVRE ou MEUN-SUR-YEVRE, (Géogr.) en latin Macedunum, ancienne ville de France dans le Berry, dans une plaine fertile sur l'Yevre, à 4 lieues de Bourges, 42 S. O. de Paris. Long. 19. 50. latit. 57. 8.
Charles VII. avoit fait bâtir dans cette ville un château, où il finit sa carriere le 12 Juillet 1461, âgé de 58 ans. Il s'y laissa mourir de faim, par la crainte que Louis XI. ne l'empoisonnât, ce prince aimable ne fut malheureux que par son pere & par son fils. Il eut l'avantage de conquérir son royaume sur les Anglois, & de rentrer dans Paris, comme y entra depuis Henri IV. Tous deux ont été déclarés incapables de posséder la couronne, & tous deux ont pardonné ; mais Henri IV. gagna ses états par lui-même, au lieu que Charles VII. ne fut, pour ainsi dire, que le témoin des merveilles de son regne : la fortune se plut à les produire en sa faveur, tandis qu'aux piés de la belle Agnès il consumoit ses plus belles années en galanteries, en jeux & en fêtes. Un jour la Hire étant venu lui rendre compte d'une affaire très-importante après le fâcheux succès de la bataille de Verneuil, le roi très-occupé d'une fête qu'il vouloit donner, lui en fit voir les apprêts, & lui demanda ce qu'il en pensoit : Je pense, dit la Hire, qu'on ne sauroit perdre son royaume plus gaiement.
Ragneau (François) qui fleurissoit sur la fin du xvj. siecle, étoit né à Méhun-sur-Yevre. Il est auteur d'un grand commentaire sur la coûtume de Berry, & d'autres ouvrages semblables estimés de nos jurisconsultes. (D.J.)
|
| MEIBOMIUS | conduits de meibomius, (Anat.) cet auteur a découvert de nouveaux vaisseaux qui prennent leur chemin vers les paupieres, ce qui lui a donné occasion d'écrire une lettre à l'Angelot sur cette découverte ; on les appelle les conduits de Meibomius. Voyez OEIL. Son ouvrage est intitulé : Meibom. de fluxu humorum ad oculum, Helmst. 1687.
|
| MÉIDUBRIGA | (Géog. anc.) c'est la même ville que Médobrega, dont nous avons parlé ci-dessus. Voyez-en l'article. (D.J.)
|
| MEIGLE | S. m. (Econom. rust.) outil de vigneron, composé d'un fer large du côté du manche, & se terminant en pointe. On s'en sert beaucoup à Chabli.
|
| MEIMAC | (Géogr.) petite ville de France dans le Limousin, à 7 lieues de Tulles, entre la Vésere & la Dordogne, avec une abbaye d'hommes, ordre de S. Benoît, fondée en 1080. Long. 18. 50. latit. 45. 10. (D.J.)
|
| MEIN | S. m. (Comm.) poids des Indes, qu'on nomme autrement man. Le mein d'Agra, capitale des états du grand Mogol, dont Surate est la ville du plus grand commerce, est de soixante serres, qui font 57 livres 3/4 de Paris. Voyez MAN. Diction. de commerce. (G)
MEIN, le, (Géog.) en latin Moenus, grande riviere d'Allemagne. Il prend ses deux sources au marquisat de Culmbach sur les confins de la Bohème, dans les mêmes montagnes, d'où sortent la Sala & l'Egra, qui vont se perdre dans l'Elbe, l'une au nord, l'autre à l'orient, & le Nab qui coulant vers le midi porte ses eaux au Danube.
Les deux sources du Mein sont distinguées par les surnoms de weis, blanc, & de roth, rouge. La plus septentrionale est le Mein-blanc, & la plus méridionale est le Mein-rouge ; tous deux se joignent à Culmbach ; le Mein arrose l'évêché de Bamberg ; celui de Wurtzbourg baigne l'électorat de Mayence, passe à Aschaffenbourg, à Sclingstad, à Hanau, à Francfort, & va finalement se dégorger dans le Rhin à la porte de Mayence. Le Mein a été longtems écrit Moyn. (D.J.)
|
| MEISSEN | (Géog.) en latin Misna, Misnia & Misena, considérable ville d'Allemagne dans l'électorat de Saxe, capitale du Marggraviat de Misnie, auquel elle donne le nom ; elle appartenoit autrefois à son évêque, qui étoit suffragant de Prague, mais les électeurs de Saxe ont sécularisé cet évêché. Ce fut en 928 que l'empereur Henri fit bâtir Meissen, & qu'il établit le marquisat de Misnie. Aujourd'hui Meissen est luthérienne. Elle reçoit son nom du ruisseau qu'on appelle la Meisse, qui y tombe dans l'Elbe, sur lequel cette ville est située, à 3 milles S. E. de Dresde, 9 S. E. de Leipsick, 15 S. E. de Wittemberg, 80 N. O. de Vienne. Long. 31. 25. latit. 51. 13.
|
| MEIX | S. m. (Droit cout. franç.) ce vieux terme est particulier aux coutumes des deux Bourgognes & à celle de Nivernois, où le meix signifie non-seulement la maison qu'habite le main-mortable & l'homme de condition servile, mais encore les héritages qui sont sujets à main-morte & qui accompagnent la maison. Ainsi l'art. 4. du tit. IX. de la coûtume du duché de Bourgogne porte qu'un meix assis en lieu de main-morte & entre meix main-mortable, est réputé de semblable condition que sont les autres meix, s'il n'y a titre & usances au contraire. (D.J.)
|
| MEKKIEMES | (Hist. mod.) nom que les Turcs donnent à une salle d'audience, où les causes se plaident & se décident. Il y a à Constantinople plus de vingt de ces mekkiemes.
|
| MÉL | ou MELLA, (Géog. anc.) dans Virgile l. IV. v. 277. riviere de la Gaule transpadane, dont la source est au mont Brennus. Elle passe au couchant de Brescia, & à quelque distance de la ville, d'où vient que Catulle, carmin. LXII. v. 31. dit :
Flavus quam molli praecurrit flumine Mela
Brixia, Veronae mater amata meae.
En effet, Méla tombe dans l'Oglio aux confins du Bressan, du Crémonese & du Mantouan. Cette riviere garde encore son nom & sa source au couchant du lac d'Idro aux confins du Trentin ; elle se perd dans l'Oglio auprès & au-dessus d'Ostiano. (D.J.)
MELA, (Géog.) MILA par Marmol, & MILEUM dans Antonin, ancienne ville d'Afrique, au pays d'Alger. Elle est remarquable par deux conciles qui s'y sont tenus ; le premier, en 402 ; le second, en 416 : l'un & l'autre est nommé concilium milevitanum. Saint Optat a été évêque de cette ville ; aussi est-il qualifié milevitanus episcopus à la tête de ses oeuvres, dont M. Dupin a donné la meilleure édition en 1700, in-folio. Ce grand ennemi des Donatistes mourut vers l'an 380. (D.J.)
|
| MELAMPYRUM | (Botan.) en françois blé de vache, genre de plante à fleur en masque, monopétale, anomale, & divisée en deux levres ; la levre supérieure est en forme de casque, & l'inférieure n'est pas découpée. Il sort du calice un pistil qui tient à la partie postérieure de la fleur comme un clou ; ce pistil devient dans la suite un fruit ou une coque qui s'ouvre en deux parties ; cette coque est divisée en deux loges par une cloison, & remplie de semences qui ressemblent à des grains de froment. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE.
|
| MÉLANAGOGUE | (Thérapeutique) signifie dans la doctrine des anciens, remede qui purge la mélancolie. Voyez MELANCOLIE, HUMEUR & PURGATIF. (b)
|
| MELANCHLOENES | LES, (Géog. anc.) en latin Melanchloeni, ancien peuple de la Sarmatie asiatique, selon Pline, l. V. c. ix. qui les place dans les terres entre le Palus Moeotide & le Volga. Hérodote dit : " Tous les Mélanchloenes portent des habits noirs, & c'est de là que leur vient leur nom, ce sont les seuls entre les Sarmates qui se nourrissent de chair humaine ". (D.J.)
|
| MÉLANCOLIE | S. f. (Economie animale) c'est la plus grossiere, la moins active, & la plus susceptible d'acidité de toutes nos humeurs. Voyez HUMEUR.
La mélancolie étoit, selon les anciens, froide & seche ; elle formoit le tempérament froid & sec. Voyez TEMPERAMENT.
MELANCOLIE, s. f. c'est le sentiment habituel de notre imperfection. Elle est opposée à la gaieté qui naît du contentement de nous-mêmes : elle est le plus souvent l'effet de la foiblesse de l'ame & des organes : elle l'est aussi des idées d'une certaine perfection, qu'on ne trouve ni en soi, ni dans les autres, ni dans les objets de ses plaisirs, ni dans la nature : elle se plaît dans la méditation qui exerce assez les facultés de l'ame pour lui donner un sentiment doux de son existence, & qui en même tems la dérobe au trouble des passions, aux sensations vives qui la plongeroient dans l'épuisement. La mélancolie n'est point l'ennemie de la volupté, elle se prête aux illusions de l'amour, & laisse savourer les plaisirs délicats de l'ame & des sens. L'amitié lui est nécessaire, elle s'attache à ce qu'elle aime, comme le lierre à l'ormeau. Le Féti la représente comme une femme qui a de la jeunesse & de l'embonpoint sans fraîcheur. Elle est entourée de livres épars, elle a sur la table des globes renversés & des instrumens de mathématique jettés confusément : un chien est attaché aux piés de sa table, elle médite profondément sur une tête de mort qu'elle tient entre ses mains. M. Vien l'a représentée sous l'emblême d'une femme très-jeune, mais maigre & abattue : elle est assise dans un fauteuil, dont le dos est opposé au jour ; on voit quelques livres & des instrumens de musique dispersés dans sa chambre, des parfums brûlent à côté d'elle ; elle a sa tête appuyée d'une main, de l'autre elle tient une fleur, à laquelle elle ne fait pas attention ; ses yeux sont fixés à terre, & son ame toute en elle-même ne reçoit des objets qui l'environnent aucune impression.
MELANCHOLIE RELIGIEUSE, (Théol.) tristesse née de la fausse idée que la religion proscrit les plaisirs innocens, & qu'elle n'ordonne aux hommes pour les sauver, que le jeûne, les larmes & la contrition du coeur.
Cette tristesse est tout ensemble une maladie du corps & de l'esprit, qui procéde du dérangement de la machine, de craintes chimériques & superstitieuses, de scrupules mal fondés & de fausses idées qu'on se fait de la religion.
Ceux qui sont attaqués de cette cruelle maladie regardent la gaieté comme le partage des réprouvés, les plaisirs innocens comme des outrages faits à la Divinité, & les douceurs de la vie les plus légitimes, comme une pompe mondaine, diamétralement opposée au salut éternel.
L'on voit néanmoins tant de personnes d'un mérite éminent, pénétrées de ces erreurs, qu'elles sont dignes de la plus grande compassion, & du soin charitable que doivent prendre les gens également vertueux & éclairés, pour les guérir d'opinions contraires à la vérité, à la raison, à l'état de l'homme, à sa nature, & au bonheur de son existence.
La santé même qui nous est si chere, consiste à exécuter les fonctions pour lesquelles nous sommes faits avec facilité, avec constance & avec plaisir ; c'est détruire cette facilité, cette constance, cette alacrité, que d'exténuer son corps par une conduite qui le mine. La vertu ne doit pas être employée à extirper les affections, mais à les regler. La contemplation de l'Etre suprême & la pratique des devoirs dont nous sommes capables, conduisent si peu à bannir la joie de notre ame, qu'elles sont des sources intarissables de contentement & de sérenité. En un mot, ceux qui se forment de la religion une idée différente, ressemblent aux espions que Moïse envoya pour découvrir la terre promise, & qui par leurs faux rapports, découragerent le peuple d'y entrer. Ceux au contraire, qui nous font voir la joie & la tranquillité qui naissent de la vertu, ressemblent aux espions qui rapporterent des fruits délicieux, pour engager le peuple à venir habiter le pays charmant qui les produisoit. (D.J.)
MELANCHOLIE, s. f. (Médecine) est un nom composé de , noire, & , bile, dont Hippocrate s'est servi pour désigner une maladie qu'il a cru produite par la bile noire dont le caractere générique & distinctif est un délire particulier, roulant sur un ou deux objets déterminément, sans fievre ni fureur, en quoi elle differe de la manie & de la phrénesie. Ce délire est joint le plus souvent à une tristesse insurmontable, à une humeur sombre, à la misanthropie, à un penchant décidé pour la solitude, on peut en compter autant de sortes qu'il y a des personnes qui en sont attaquées ; les uns s'imaginent être des rois, des seigneurs, des dieux ; les autres croient être métamorphosés en bêtes, en loups, en chiens, en chats, en lapins : on appelle le délire de ceux-ci lycanthropie, cynanthropie, gallantropie, &c. voyez ces mots, & en conséquence de cette idée, ils imitent ces animaux & suivent leur genre de vie ; ils courent dans les bois, se brûlent, se battent avec les animaux, &c. on a vû des mélancholiques qui s'abstenoient d'uriner dans la crainte d'inonder l'univers & de produire un nouveau déluge. Trallian raconte qu'une femme tenoit toujours le doigt levé dans la ferme persuasion qu'elle soutenoit le monde ; quelques-uns ont cru n'avoir point de tête, d'autres avoir le corps ou les jambes de verre, d'argille, de cire, &c. il y en a beaucoup qui ressentant de la gêne dans quelque partie, s'imaginent y avoir des animaux vivans renfermés.
Il y a une espece de mélancholie que les arabes ont appellé kutabuk, du nom d'un animal qui court toujours de côté & d'autre sur la surface de l'eau, ceux qui en sont attaqués sont sans cesse errans & vagabons : le délire qui est diamétralement opposé à celui-là est extrèmement rare. Sennert dit lui-même ne l'avoir pas pû observer dans le cours de sa pratique. Un médecin de l'électeur de Saxe nommé Janus, raconte qu'un pasteur tomba dans cette espece de mélancholie ; il restoit dans l'état & la situation où il s'étoit mis jusqu'à ce que ses amis l'en tirassent ; lorsqu'il étoit une fois assis, il ne se seroit jamais relevé ; il ne parloit pas, ne faisoit que soupirer, étoit triste, abattu, ne mangeoit que lorsqu'on lui mettoit le morceau dans la bouche, &c. on peut rapporter à la mélancholie, la nostralgie ou maladie du pays, le fanatisme & les prétendues possessions du démon. Les mélancholiques sont ordinairement tristes, pensifs, rêveurs, inquiets, constans dans l'étude & la méditation, patiens du froid & de la faim ; ils ont le visage austere, le sourcil froncé, le teint basané, brun, le ventre constipé. Forestus fait mention d'un mélancholique, qui resta trois mois sans aller du ventre, lib. II. observ. 43. & on lit dans les memoires de Petersbourg, tom. I. pag. 368. l'histoire d'une fille aussi mélancholique, qui n'alla pas à la selle de plusieurs mois. Ils se comportent & raisonnent sensément sur tous les objets qui ne sont pas relatifs au sujet de leur délire.
Les causes de la mélancholie sont à-peu-près les mêmes que celles de la manie ; voyez ce mot : les chagrins, les peines d'esprit, les passions, & sur-tout l'amour & l'appétit vénerien non satisfait, sont le plus souvent suivis de délire mélancholique ; les craintes vives & continuelles manquent rarement de la produire : les impressions trop fortes que font certains prédicateurs trop outrés, les craintes excessives qu'ils donnent des peines dont notre religion menace les infracteurs de sa loi, font dans des esprits foibles des révolutions étonnantes. On a vû à l'hôpital de Montelimart plusieurs femmes attaquées de manie & de mélancholie à la suite d'une mission qu'il y avoit eu dans cette ville ; elles étoient sans cesse frappées des peintures horribles qu'on leur avoit inconsidérement présentées ; elles ne parloient que désespoir, vengeance, punition, &c. & une entr'autres ne vouloit absolument prendre aucun remede, s'imaginant qu'elle étoit en enfer, & que rien ne pouvoit éteindre le feu dont elle prétendoit être dévorée. Et ce ne fut qu'avec une extrème difficulté que l'on vint à bout de l'en retirer & d'éteindre ces prétendues flammes. Les dérangemens qui arrivent dans le foie, la rate, la matrice, les voies hemorroïdales donnent souvent lieu à la mélancholie. Le long usage d'alimens austeres, endurcis par le sel & la fumée, les débauches, le commerce immodéré avec les femmes dispose le corps à cette maladie, quelques poisons lents produisent aussi cet effet ; il y en a qui excitent aussi-tôt le délire mélancholique : Plutarque (dans la vie d'Antoine) rapporte que les soldats d'Antoine passant par un désert, furent obligés de manger d'une herbe qui les jetta tous dans un délire qui étoit tel, qu'ils se mirent tous à remuer, à tourner, à porter les pierres du camp ; vous les eussiez vû couchés par terre, occupés à défricher & transporter ces rochers, & peu de tems après mourir en vomissant de la bile ; le vin fut, au rapport de cet auteur, le seul antidote salutaire.
Quelques médecins, très-mauvais philosophes, ont ajouté à ces causes l'opération du démon ; ils n'ont pas hésités à lui attribuer des mélancholies dont ils ignoroient la cause, ou qui leur ont paru avoir quelque chose de surnaturel ; ils ont fait comme ces auteurs tragiques, qui ne sachant comment amener le dénouement de leur piece, ont recours à quelque divinité qu'ils font descendre à propos pour les terminer.
Les ouvertures des cadavres des personnes mortes de cette maladie, ne présentent aucun vice sensible dans le cerveau auquel on puisse l'attribuer ; tout le dérangement s'observe presque toujours dans le bas-ventre, & sur-tout dans les hypocondres, dans la région épigastrique ; le foie, la rate, l'uterus paroissent principalement affectés & semblent être le principe de tous les symptômes de la manie ; parcourons pour nous en convaincre, les différentes observations anatomiques qu'on a faites dans le cas présent. 1°. Bartholin a trouvé la rate extrèmement petite & les capsules atrabilaires considérablement augmentées, centur. 1. hist. 38. Riviere a vu l'épiploon rempli de tumeurs skirrheuses, noirâtres, dans un chanoine de Montpellier, mélancholique, lib. XIII. cap. jx. Mercatus écrit, que souvent les vaisseaux mésaraïques sont variqueux, carcinomateux, engorgés, distendus par un sang noirâtre. Wolfrigel a fait la même observation, miscellan. curios. ann. 1670. Antoine de Pozzis raconte, qu'on trouva dans le cadavre d'un prince mort mélancholique, le mésentere engorgé, parsemé de varices noirâtres, le pancreas obstrué, la rate fort grosse, le foie petit, noir & skirrheux, les reins contenans plus de cent petit calculs, &c. ibid. ann. 4. observ. 29. Enfin, nous remarquerons en général, que très-souvent les cadavres des mélancholiques examinés, nous font voir un dérangement considérable dans le bas-ventre ; dans les uns les visceres ont paru grossis, monstrueux, dans d'autres extrèmement petits, flétris ou manquans absolument ; dans ceux-ci, durs, skirrheux ; dans ceux-là, au contraire, ramollis, tombant en dissolution : dans la plûpart on les a vûs de même que l'estomac, le coeur & le cerveau, inondés d'un sang noirâtre ou d'une humeur noire, épaisse, gluante comme de la poix, que les anciens appelloient atrabile ou mélancholie ; on peut consulter à ce sujet Bartholin, Dodonée, Lorichius, Hoechstetter, Blazius, Hoffman, &c. Considérant toutes ces observations, & les causes les plus ordinaires de cette maladie, l'on ne seroit pas éloigné de croire que tous les symptômes qui la constituent sont le plus souvent excités par quelque vice dans le bas-ventre, & sur-tout dans la région épigastrique. Il y a tout lieu de présumer que c'est-là que réside ordinairement la cause immédiate de la mélancholie, & que le cerveau n'est que sympathiquement affecté ; pour s'assurer qu'un dérangement dans ces parties peut exciter le délire mélancholique, il ne faut que faire attention aux lois les plus simples de l'économie animale, se rappeller que ces parties sont parsemées d'une grande quantité de nerfs extrèmement sensibles, considérer que leur lesion jette le trouble & le désordre dans toute la machine, & quelquefois est suivie d'une mort prochaine ; que l'inflammation du diaphragme détermine un délire phrénétique, connu sous le nom de paraphrénesie ; & enfin, il ne faut que savoir que l'empire & l'influence de la region épigastrique sur tout le reste du corps, principalement sur la tête, est très-considérable ; ce n'est pas sans fondement que Van-Helmont y avoit placé un archée, qui de-là gouvernoit tout le corps, les nerfs qui y sont répandus lui servoient de rènes pour en diriger les actions.
Des faits que nous avons cités plus haut, on pourroit aussi déduire que la bile noire ou atrabile que les anciens croyoient embarrassée dans les hypocondres, n'est pas aussi ridicule & imaginaire que la plûpart des modernes l'ont pensé : outre ces observations, il est constant que des mélancholiques ont rendu par les sels & le vomissement des matieres noirâtres, épaisses comme de la poix, & que souvent ces évacuations ont été salutaires ; on lit dans les mélanges des curieux de la nature, decad. 1. ann. 6. pag. lxxxxij. une observation rapportée par Dolée, d'un homme qui fut guéri de la mélancholie par une sueur bleuâtre qui sortit en abondance de l'hypocondre droit. Schmid ibid. raconte aussi que dans la même maladie, un homme fut beaucoup soulagé d'une excrétion abondante d'urine noire ; mais comment & par quel méchanisme, un pareil embarras dans le bas-ventre peut-il exciter ce délire, symptôme principal de mélancholie, c'est ce que l'on ignore ? Il nous suffit d'avoir le fait constaté, une recherche ultérieure est très-difficile, purement théorique & de nulle importance ; il seroit ridicule de dire avec quelques auteurs, que les esprits animaux étant infectés de cette humeur noire, ils en sont troublés, perdent leur nitidité & leur transparence, & en conséquence l'ame ne voit plus les objets que confusement, comme dans un miroir terni ou à travers d'une eau bourbeuse.
Cette maladie est trop bien caracterisée par l'espece de délire qui lui est propre, pour qu'on puisse la méconnoître, on peut même la prévoir lorsqu'elle est prette à se décider ; les symptômes qui la précedent sont à-peu-près les mêmes que nous avons rapportés à l'article MANIE, voyez ce mot. Si la tristesse & la crainte dure long-tems, c'est un signe de mélancholie prochaine, dit Hippocrate : le même auteur remarque, que si quelque partie est engourdie & que la langue devienne incontinente, cela annonce la mélancholie ; aphor. 23. lib. VI. &c.
La mélancholie est rarement une maladie dangereuse, elle peut être incommode, desagréable, ou au contraire plaisante, suivant l'espece de délire ; ceux qui se croient rois, empereurs, qui s'imaginent goûter quelque plaisir, ne peuvent qu'être fâchés de voir guérir leur maladie ; c'est ainsi qu'un homme qui s'imaginoit que tous les vaisseaux qui arrivoient à un port lui appartenoient, fut très-fâché ayant ratrappé son bon sens, d'être désabusé d'une erreur aussi agréable. Tel étoit aussi le mélancholique dont Horace nous a transmis l'histoire, qui étant seul au theâtre, croyoit entendre chanter de beaux vers & voir jouer des tragédies superbes ; il étoit fâché contre ceux qui lui avoient remis l'esprit dans son assiette naturelle, & qui le privoient par-là de ce plaisir.
Post me occidistis, amici,
Non servastis, ait ; cui sic extorta voluptas,
Et demptus per vim mentis gratissimus error.
Epist. 2. lib. II.
Il n'en est pas de même de ceux qui pensent être transformés en bêtes, qui ont des délires tristes, inquiets ; celui, par exemple, qui s'abstenoit de pisser crainte d'inonder le monde, risquoit beaucoup pour sa santé & pour sa vie, en retenant un excrément dont le séjour dans la vessie ou la suppression peut occasionner des maladies très-fâcheuses. Le délire, dit Hippocrate, qui roule sur les choses nécessaires, est très-mauvais en général : il est à craindre que les vices du bas-ventre n'empirent, que la bile noire ne se forme & n'engorge ces vaisseaux & même se mêle avec le sang, l'épilepsie succedant aussi quelquefois à la mélancholie. Les transports ou metastases des maladies mélancholiques, dit Hippocrate, sont dangereuses au printems & à l'automne ; elles sont suivies de même, de convulsion, de mortification ou d'aveuglement, aphor. 56. lib. II. il y a beaucoup à esperer que la mélancholie sera dissipée si le flux hémorroïdal, les varices surviennent ; les déjections noires, la galle, les différentes éruptions cutanées, l'élephantiasis sont aussi, suivant Hippocrate, d'un très-heureux augure.
Il faut dans la curation de la mélancholie, pour que le succès en soit plus assuré, commencer par guérir l'esprit & ensuite attaquer les vices du corps, lorsqu'on les connoît ; pour cela il faut qu'un médecin prudent sache s'attirer la confiance du malade, qu'il entre dans son idée, qu'il s'accommode à son délire, qu'il paroisse persuadé que les choses sont telles que le mélancholique les imagine, & qu'il lui promette ensuite une guérison radicale ; & pour l'opérer, il est souvent obligé d'en venir à des remedes singuliers ; ainsi lorsqu'un malade croira avoir quelque animal vivant renfermé dans le corps, il faut faire semblant de l'en retirer ; si c'est dans le ventre, on peut par un purgatif qui secoue un peu vivement produire cet effet, en jettant adroitement cet animal dans le bassin, sans que le malade s'en apperçoive ; c'est ainsi que certains charlatans par des tours de souplesse semblables abusent de la crédulité du peuple, & passent pour habiles à faire sortir des vipères ou autres animaux du corps. Si le mélancholique croit l'animal dans sa tête, il ne faut pas balancer à faire une incision sur les tégumens, le malade comptera pour rien les douleurs les plus vives, pourvû qu'on lui montre l'animal dont la présence l'incommodoit si fort ; cette incision a cet autre avantage, que souvent elle fait cesser les douleurs de tête qui en imposoient au malade pour un animal & sert de cautere toujours très-avantageux.
On voit dans les différens recueils d'observations, des guérisons aussi singulieres. Un peintre, au rapport de Tulpius, croyoit avoir tous les os du corps ramollis comme de la cire, il n'osoit en conséquence faire un seul pas ; ce médecin lui parut pleinement persuadé de la vérité de son accident ; il lui promit des remedes infaillibles, mais lui défendit de marcher pendant six jours, après lesquels il lui donnoit la permission de le faire. Le mélancholique pensant qu'il falloit tout ce tems aux remedes pour agir & pour lui fortifier & endurcir les os, obéit exactement, après quoi il se promena sans crainte & avec facilité.
Il fallut user d'une ruse pour engager celui dont nous avons parlé plus haut à pisser : on vint tout effarouché lui dire que toute la ville étoit en feu, qu'on n'avoit plus espérance qu'en lui pour empêcher la ville d'être réduite en cendres ; il fut ému de cette raison & urina, croyant fortement par-là d'arrêter l'incendie. Il est aussi quelquefois à-propos de contrarier ouvertement leurs sentimens, d'exciter en eux des passions qui leur fassent oublier le sujet de leur délire : c'est au médecin ingénieux & instruit à bien saisir les occasions. Un homme croyoit avoir des jambes de verre ; & de peur de les casser, il ne faisoit aucun mouvement : il souffroit avec peine qu'on l'approchât ; une servante avisée lui jetta exprès contre les jambes du bois : le mélancholique se met dans une colere violente, au point qu'il se leve & court après la servante pour la frapper. Lorsqu'il fut revenu à lui, il fut tout surpris de pouvoir se soutenir sur ses jambes, & de se trouver guéri. Trallian raconte qu'un médecin dissipa le délire mélancholique d'un homme qui s'imaginoit n'avoir point de tête, en lui mettant dessus une balle de plomb dont le poids douloureux lui fit appercevoir qu'il en avoit une. On doit avoir vis-à-vis des mélancholiques l'attention de ne rien dire qui soit relatif au sujet de leur délire : par ce moyen ils l'oublient souvent eux-mêmes ; ils raisonnent alors, & agissent très-sensément sur tout le reste ; mais dès qu'on vient à toucher cette corde, ils donnent des nouveaux signes de folie. On doit aussi écarter de leur vûe les objets qui peuvent les reveiller. Un de ces mélancholiques qui s'étoit figuré qu'il étoit lapin, raisonnoit cependant en homme très-sensé dans un cercle ; lorsque malheureusement un chien entroit dans la chambre, alors il se mettoit à fuir & alloit se cacher promptement sous un lit pour éviter les poursuites du chien. On peut dans ce cas-là occuper l'esprit de ces personnes ailleurs, l'amuser, le distraire par des bals, des spectacles, & sur-tout par la musique, dont les effets sont merveilleux.
Pour ce qui regarde le corps, les secours dont l'efficacité est la mieux constatée, sont ceux qu'on tire de la diete ; ils sont préférables à ceux que la pharmacie nous offre, & encore plus à ceux qui viennent de la Chirurgie. Je prens ici le mot diete dans toute son étendue, pour l'usage des six choses non naturelles ; & on doit interdire aux mélancholiques des viandes endurcies par le sel & la fumée, les liqueurs ardentes, mais non pas le vin, qui est un des grands anti-mélancholiques, qui fortifie & réjouit l'estomac ; les viandes les plus legeres, les plus faciles à digérer, sont les plus convenables ; les fruits d'été bien mûrs sont très-salutaires. On doit beaucoup attendre dans cette maladie du changement d'air, du retour du printems, des voyages, de l'équitation, des frictions sur le bas-ventre, des exercices vénériens, sur-tout quand leur privation a occasionné la maladie, & encore plus de la jouissance d'un objet aimé, &c. la maladie du pays exige le retour dans la patrie ; il est dangereux de différer trop tard ce remede spécifique : on est quelquefois obligé d'en venir, malgré ces secours, à quelques remedes ; on doit bien se garder d'aller recourir à ces bisarres compositions qui portent ces noms fastueux d'exhilarans, anti-mélancholiques, &c. ces remedes semblent n'être faits que pour en imposer, ad fucum & pompam, comme on dit. Les seuls remedes vraiment indiqués, sont ceux qui peuvent procurer le flux hémorrhoïdal ou le rappeller, les apéritifs salins, le nître, le sel de Glauber, le sel de seignette, le tartre vitriolé, &c. les martiaux, les fondans aloétiques, hémorrhoïdaux, hépatiques, les savonneux sur-tout : ces médicamens variés suivant les indications, les circonstances, les cas, & prudemment administrés, sont très-efficaces dans cette maladie, & la guérissent radicalement. Il est quelquefois aussi à-propos de purger ; il faut, suivant l'avis d'Hippocrate, aphor. 9. liv. IV. insister davantage sur les purgatifs catharctiques, même un peu forts, & parmi ceux-là il faut choisir ceux que les observateurs anciens ont regardés comme spécialement affectés à la bile noire, & qui sont connus sous le nom de mélanagogues, tels sont, parmi les doux ou médiocres, les mirobolans indiens, le polypode, l'épithime, le séné ; parmi les forts, on compte la pierre d'Arménie, lazuli, la coloquinte, l'hellébore noir, &c.
|
| MÉLANDRIN | (Hist. nat.) poisson de mer. On le confond souvent avec le sargo auquel il ressemble beaucoup par la forme du corps & par la position & le nombre des nageoires. Le corps est presqu'entierement noir, & le tour de la tête a une couleur violette ; les dents sont petites & aiguës. Ce poisson differe du sargo en ce qu'il n'a pas la queue fourchue ; sa chair est ferme & assez nourrissante. Rondelet, Hist. des poissons, I. part. liv. V. chap. vij. Voyez SARGO, poisson.
|
| MÉLANGE | S. m. (Gram.) il se dit de l'aggrégation de plusieurs choses diverses. Le vin de cabaret est un mélange pernicieux à la santé. La société est un mélange de sots & de gens d'esprit. On donne le titre de mélanges, à un recueil d'ouvrages composés sur des sujets divers. Le mélange des animaux produit des monstres & des mulets. On ne s'est pas assez occupé du mélange des especes.
MELANGE, (Pharm.) c'est une opération de pharmacie, soit chimique, soit galénique, qui consiste à unir ensemble plusieurs simples, soit solides, soit liquides, ou plusieurs drogues par elles-mêmes composées ; comme lorsqu'on fait un opiate avec la thériaque, la confection hyacinthe & le catholicon double. Ce mélange doit être raisonné ; car il faut joindre des remedes qui soient analogues, & dont l'union fasse un effet plus énergique ; c'est ainsi que les sels joints au séné tirent mieux sa teinture, & que les alkalis joints aux graisses aident à diviser les corps gras & à les rendre miscibles à l'eau & plus efficaces soit pour l'intérieur, soit pour l'extérieur.
Le mélange est faux & nuisible, lorsqu'on emploie des médicamens qui n'ont nulle analogie, ou qui se détruisent. On peut reprocher ce défaut à plusieurs compositions galéniques, quoique fastueuses & faites avec beaucoup d'appareil ; on a même fait ce jugement il y a long-tems de la thériaque d'Andromachus.
Les poudres diamargariti froides & chaudes, les especes diambra & autres, sont des preuves plus que suffisantes de ce que nous avançons. On peut dire que dans ces mélanges on souffle tout-à-la-fois le chaud & le froid. Voyez PHARMACIE à l'article PREPARATION.
MELANGE, terme de Chapellerie, qui se dit de la quantité de chaque matiere qui entre dans la composition d'un chapeau, & que l'on mêle ensemble : par exemple, du poil de lapin avec du castor, de la laine de mouton avec celle des agneaux, &c. Voyez CHAPEAU.
MELANGE, se dit en Peinture, des teintes qu'on fait en mêlant les couleurs sur la palette avec un couteau, & sur la toile avec le pinceau ; c'est-à-dire, en les fondant ensemble. On ne dit point, des couleurs bien mélangées, mais des couleurs bien fondues.
MELANGE, en terme de Potier, est proprement l'action de mêler la terre avec du sable, du ciment, ou du mâche-fer. Le fournaliste fait toujours son mélange avec du mâche-fer. Voyez FOURNALISTES.
|
| MELANI MONTES | (Géog. anc.) en grec , chaîne de montagnes que Ptolomée place dans l'Arabie pétrée : ce sont les mêmes montagnes que l'Ecriture-sainte nomme Oreb & Sinaï.
|
| MÉLANIDE | adj. f. (Mythol.) surnom qu'on a donné quelquefois à Vénus, & qu'on a formé du grec , ténebres, parce que cette déesse aime le silence de la nuit, dans la recherche de ses plaisirs.
|
| MELANIPPIUM | FLUMEN, (Géog. anc.) riviere d'Asie dans la Pamphylie ; elle étoit consacrée à Minerve, au rapport de Quintus-Calaber, liv. III.
|
| MÉLANO-SYRIENS | LES, Melano-Syri, (Géog. anc.) c'est-à-dire, Syriens-noirs. On appelloit de ce nom les habitans de la véritable Syrie, au-delà du mont Taurus, pour les distinguer des Leuco-Syriens, c'est-à-dire, Syriens-blancs, qui habitoient dans la Cappadoce, vers le Pont-Euxin. (D.J.)
|
| MÉLANTERIE | S. f. (Hist. nat. Minéral.) nom donné par quelques auteurs anciens à une substance minérale, sur laquelle les sentimens des Naturalistes ont été très-partagés. Il y a tout lieu de croire que ce qu'ils ont voulu désigner par-là, n'est autre chose qu'une espece de terre ou de pierre de couleur noire, chargée d'un vitriol qui s'est formé par la décomposition des pyrites. C'est ce que M. Henckel a fait voir dans sa pyritologie ; ainsi la mélanterie peut être définie une pierre noire chargée de vitriol. (-)
|
| MELANTHII | (Géog. anc.) écueil de la mer Icarienne, auprès de Samos. Strabon en parle, liv. XIV. pag. 636. Le nom moderne est Furni, selon Niger, & Fornelli, selon d'autres. (D.J.)
MELAS, (Médec.) tache de la peau, superficielle, noirâtre, de couleur de terre d'ombre. Cette tache est exempte de douleur & d'excoriation, & la couleur de la peau n'y est altérée qu'à la surface. Elle paroît peu différer des taches livides de quelques scorbutiques. Voyez LENTILLES. (Y)
MELAS, (Géog. anc.) ce mot est grec, & signifie noir ; & parce que les fleuves dont le cours est lent, ou dont le fonds est obscur, paroissent avoir les eaux noires, les anciens ont appellé bien des rivieres du nom de Mélas. Il y en avoit une en Arcadie, une en Achaïe, une en Béotie, une en Migdonie, une en Macédoine, une en Pamphylie, une en Thessalie, & une en Thrace, dont le nom moderne est Sulduth ; enfin, une en Cappadoce ; on l'appelle aujourd'hui Carason.
MELAS Sinus, (Géog. anc.) golfe de Thrace, à l'embouchure de la riviere de même nom. L'île de Samo-Thrace étoit à l'entrée ; la ville de Cardia étoit au fond du golfe. Cette ville de Cardia s'appelle aujourd'hui Mégarisse, & donne son nom au golfe. L'île de Samandrachi est la Samo-Thrace des anciens. (D.J.)
|
| MÉLASSE | S. f. (Mat. méd.) c'est cette matiere graisseuse & huileuse, mais fluide qui reste du sucre après le raffinage, & à laquelle on n'a pu donner, en la faisant brûler, une consistance plus solide que celle du sirop ; on l'appelle aussi pour cela sirop de sucre.
Cette mélasse est à proprement parler l'eau-mere du sucre, ou la fécule du sucre qu'on n'a pu faire crystalliser, ni mettre en forme de pain.
Quelques-uns font de cette eau-mere une eau-de-vie qui est fort mal-saine.
Il s'est trouvé des empiriques qui ont fait usage de ce prétendu sirop pour différentes maladies, qu'ils donnoient sous un nom emprunté ; ce qui a mis ce remede en vogue pendant quelque tems.
Les gens de la campagne des environs des villes où se fait le raffinage du sucre, usent beaucoup de cette sorte de sirop ; ils en mangent ; ils en mettent dans l'eau ; ils en font une espece de vin, & s'en servent au lieu de sucre ; quelques épiciers en frelatent leur eau-de-vie. Voyez SUCRE.
|
| MÉLAZZ | ou MÉLASSO, (Géog.) ancienne ville de la Turquie asiatique, dans la Natolie. C'est l'ancienne Mylasa où l'on voyoit encore dans le dernier siecle de beaux monumens d'antiquité, entr'autres un petit temple de Jupiter, un grand temple dédié à Auguste, & la belle colonne érigée en l'honneur de Ménander, fils d'Euthydeme, un de ses plus célebres citoyens. Long. 45. 30. lat. 37. 23.
|
| MELCA | , (Pharmac.) ce terme est latin selon Galien, & signifie une sorte louable d'aliment rafraîchissant, humectant, & en usage chez les Romains. C'est une espece d'oxygala, ou de lait reposé & mêlé avec du vinaigre bouillant. Gorraeus.
|
| MELCARTHUS | (Mythol.) dieu des Tyriens, en l'honneur duquel les habitans de Tyr célebroient tous les quatre ans avec une grande pompe les jeux quinquennaux ; voyez QUINQUENNAUX.
Melcarthus est composé de deux mots phéniciens mélec & kartha, dont le premier signifie roi & le second ville, c'est-à-dire, le roi, le seigneur de la ville. Les Grecs trouvant quelque conformité entre le culte de ce dieu à Tyr, & celui qu'on rendoit dans la Grece à Hercule, s'imaginerent que c'étoit la méme divinité ; & en conséquence ils appellerent le dieu de Tyr, l'Hercule de Tyr : c'est ainsi qu'il est nommé par erreur dans les Macchabées d'après l'usage de Grecs.
Il y a beaucoup d'apparence que Melcarthus est le Baal de l'Ecriture, dont Jézabel apporta le culte de Tyr chez les Israélites ; car comme mélec-cartha en phénicien, signifie le roi de la ville, pareillement baal-cartha dans la même langue, veut dire le seigneur de la ville ; & comme dans l'Ecriture baal tout seul, signifie le dieu de Tyr, mélec se trouve aussi signifier seul le même dieu. Hésychius dit ; Malic, nom d'Hercule chez les Amathusiens : or les Amathusiens étoient une colonie des Tyriens en Chypre. Voyez, si vous voulez de plus grands détails, Sanchoniaton apud Euseb. de praepar. evang. I. Bocharti Phaleg, part. 2. lib. I. c. xxxiv. & lib. II. c. ij. Selden, de diis syriis ; & Fulleri, miscellan. III. xvij. (D.J.)
|
| MELCHISÉDÉCIENS | S. m. pl. (Hist. ecclés.) anciens sectaires, qui furent ainsi appellés parce qu'ils élevoient Melchisedech au-dessus de toutes les créatures, & même au-dessus de Jesus-Christ.
L'auteur de cette secte étoit un certain Théodote, banquier, disciple d'un autre Théodote, corroyeur, ensorte que les Melchisédéciens ajouterent seulement à l'hérésie des Théodotiens ce qui regardoit en particulier Melchisedech qui étoit, selon eux, la grande & excellente vertu. Dict. de Trévoux.
Cette hérésie fut renouvellée en Egypte, sur la fin du troisieme siecle, par un nommé Hierax qui soutenoit que Melchisedech étoit le Saint-Esprit, abusant pour cet effet de quelques passages de l'épître aux Hébreux.
On connoît une autre sorte de Melchisédéciens plus nouveaux qui paroissent être une branche des Manichéens. Ils ont pour Melchisedech une extrème vénération. Ils ne reçoivent point la circoncision, & n'observent point le sabbat. Ils ne sont proprement ni juifs, ni payens, ni chrétiens, & demeurent principalement vers la Phrygie. On leur a donné le nom d'Atingani, comme qui diroit gens qui n'osent toucher les autres de peur de se souiller. Si vous leur présentez quelque chose ils ne le recevront pas de votre main, mais si vous le mettez à terre ils le prendront ; & tout de même ils ne vous présenteront rien avec la main, mais ils le mettront à terre afin que vous le preniez. Cedren. Zonar. Scalig. ad Euseb. pag. 241.
Enfin, on peut mettre au nombre des Melchisédéciens ceux qui ont soutenu que Melchisedech étoit le fils de Dieu, qui avoit apparu sous une forme humaine à Abraham : sentiment qui a eu de tems en tems des défenseurs, & entr'autres Pierre Cunaeus dans son livre de la république des Hébreux. Il a été réfuté par Christophe Schlegel, & par plusieurs autres auteurs qui ont trouvé que Melchisedech n'étoit qu'un pur homme, par les textes mêmes qui paroissent les plus favorables à l'opinion contraire. C'est ce qu'on peut voir au long dans la dissertation du pere Calmet sur Melchisedech.
|
| MELCHITES | S. m. pl. (Hist. ecclés.) c'est le nom qu'on donne aux sectaires du Levant, qui ne parlent point la langue grecque, & qui ne différent presque en rien des Grecs, tant pour la croyance que pour les cérémonies.
Ce mot est la même chose dans la langue syriaque que royalistes. Autrefois ce nom fut donné aux Catholiques par les hérétiques, qui ne voulurent point se soumettre aux décisions du concile de Chalcédoine, pour marquer par-là qu'ils étoient de la religion de l'empereur.
On nomme cependant aujourd'hui Melchites parmi les Syriens, les Cophtes ou Egyptiens, & les autres nations du Levant, ceux qui n'étant point de véritables Grecs, suivent néanmoins leurs opinions. C'est pourquoi Gabriel Sionite, dans son traité de la religion & des moeurs des Orientaux, leur donne indifféremment le nom de Grecs & de Melchites. Voyez GREC.
Il observe encore qu'ils sont répandus dans tout le Levant, qu'ils nient le purgatoire, qu'ils sont ennemis du pape, & qu'il n'y en a point dans tout l'Orient qui se soient si fort déclarés contre sa primauté ; mais ils n'ont point là-dessus, ni sur les articles de leur croyance, d'autres sentimens que ceux des Grecs schismatiques.
Ils ont traduit en langue arabe l'eucologe des Grecs, & plusieurs autres livres de l'office ecclésiastique. Ils ont aussi dans la même langue les canons des conciles, & en ont même ajouté des nouveaux au concile de Nicée, qu'on nomme ordinairement les canons arabes, que plusieurs savans traitent de supposés. Ces mêmes canons arabes sont aussi à l'usage des Jacobites & des Maronites. Voyez CANONS. Dict. de Trévoux.
|
| MELDELA | LA, (Géog.) en latin moderne, Meldula, petite place d'Italie, dans la Romagne. Elle appartient à son propre prince, qui est de la maison Pamphili, & est à 3 lieues S. de Forli, 41 de Ravenne. Long. 29. 45. lat. 44. 23. (D.J.)
|
| MELDORP | (Géog.) ancienne ville d'Allemagne, au duché de Holstein, dans la Dithmarse, proche la Milde & la mer, à 5 milles S. de Tonningen, 3. S. O. de Lunden, 12 N. O. de Hambourg. Long. 54. 10. lat. 42. 32. selon les géographes du pays. (D.J.)
|
| MÉLÉCÉ | (Géog.) ou MÉLÉCEY en Bourgogne près de Chaton ; c'est un village, mais j'en parle à cause de sa grande ancienneté : il se nommoit ager miliacensis dans le septieme siecle. Cusset, dans son histoire de Châlons, donne la description d'un temple des anciens Gaulois, qui subsistoit encore de son tems en ce lieu. Dom Jacques Martin a observé que la figure de cet édifice tenoit le milieu entre le rond & le quarré. (D.J.)
|
| MELECHER | S. m. (Hist. anc.) idole que les Juifs adorerent. Melecher fut, selon les uns, le soleil ; la lune, selon d'autres. Ce qu'il y a de certain, c'est que les femmes lui offroient un gâteau signé d'une étoile, & que les Grecs faisoient à la lune l'offrande d'un pain sur lequel la figure de cette planete étoit imprimée.
|
| MÉLÉDA | (Géog.) en latin Melita, par les Esclavons Mlit, île de Dalmatie, dans le golfe de Venise. Elle appartient à la république de Raguse, a 10 lieues de long, abonde en poisson, vin, orangers & citronniers. Il y a une fameuse abbaye de Bénédictins. C'est dans cette île que saint Paul fut mordu d'une vipere selon l'opinion de quelques critiques ; & d'autres en plus grand nombre prétendent que c'étoit à Malte. Long. 35d. 28'. 38''. lat. 42d. 41'. 46''. (D.J.)
|
| MELEK | (Géog.) petite ville d'Allemagne dans la basse-Autriche, sur le Danube. Elle est ancienne, & a plusieurs choses qui la rendent remarquable.
Cluvier veut qu'on l'ait d'abord appellé Nomaleck, d'où le nom moderne s'est formé par une abréviation assez ordinaire chez toutes les nations. Quoi qu'il en soit, elle appartient présentement à la fameuse abbaye des Bénédictins, qui commande la ville & les campagnes des environs, je dis qui commande, parce qu'elle est bien fortifiée, & qu'elle a su se défendre en 1619 des attaques de l'armée des états d'Autriche ligués contr'elle, avec la Bohème. Cette abbaye ne releve que du saint-siége ; & quoique l'abbé qui en est seigneur aujourd'hui n'ait plus ni les richesses, ni la puissance dont jouissoient ses prédécesseurs avant les guerres de religion, il conserve encore la préséance dans toutes les dietes du pays.
Lazius prétend que les Bénédictins ont été établis généreusement à Melek par Léopold II. & Albert III. qui leur céderent le château où ils résidoient eux-mêmes.
C'est dans leur église, la plus riche de l'Autriche, qu'est le tombeau de Colmann, prince du sang des rois d'Ecosse, qui, passant dans cet endroit en équipage de pélerin pour se rendre à Jérusalem, fut arrêté par le gouverneur du pays, & pendu comme espion, en 1014.
Meleck est bâtie au-bas d'une colline, à 12 milles d'Allemagne de Vienne. Long. 33. 25. lat. 48. 15. (D.J.)
|
| MÉLER | v. act. (Gramm.) c'est faire un mélange, voyez l'article MELANGE. Méler au jeu, c'est battre les cartes, afin qu'elles ne se retrouvent pas dans l'ordre où elles étoient. Méler du vin, c'est le frelater. Méler une serrure, c'est en embarrasser les ressorts ; se méler, se dit aussi de certains fruits, lorsque la maturité les colore ; il ne faut pas se méler ordinairement d'une affaire étrangere, on s'expose à faire dire de soi, de quoi se méle-t-il ? Dieu a si sagement mélé la peine au plaisir, que l'homme ignore si la vie est un bien ou un mal. Il se méle d'un méchant métier.
MELER UN CHEVAL, (Maréchal.) en terme de manege, c'est, à l'égard du cavalier, le mener de façon qu'il ne sache ce qu'on lui demande. Un cheval de tirage est mélé, lorsqu'il embarrasse ses jambes dans les traits qui s'attachent à la voiture.
|
| MÉLÈS | (Géog. anc.) petite riviere d'Asie, près de Smyrne, dans l'Ionie. A la source de cette riviere, dit Pausanias, est une grotte dans laquelle on pense qu'Homere composa son iliade ; c'est dumoins de cette tradition que ce poëte a pris le surnom de Mélésigène, & c'est aussi sur ce fondement que Tibulle disoit :
Posse Meletaeas nec mallem vincere chartas. (D.J.)
|
| MELESE | larix, (Botan.) genre de plante à fleur en chaton, composée de plusieurs sommets & stérile. L'embryon naît entre les feuilles du jeune fruit & devient une semence foliacée, cachée sous les écailles qui sont attachées à l'axe & qui composent le fruit. Ajoutez aux caracteres de ce genre que les feuilles naissent par bouquet. Tournefort, inst. rei. herb. Voyez PLANTE.
MELESE, s. m. larix, (Botan.) grand arbre qui se trouve communément dans les montagnes des Alpes, des Pyrénées, & de l'Apennin ; dans le Canada, dans le Dauphiné, en France, & particuliérement aux environs de Briançon. C'est le seul des arbres résineux qui quitte ses feuilles en hiver : il donne une tige aussi droite, aussi forte, & aussi haute que les sapins, avec lesquels il a beaucoup de ressemblance à plusieurs égards. La tête de l'arbre se garnit de quantité de branches qui s'étendent & se plient vers la terre ; les jeunes rameaux sont souples comme un osier, & tout l'arbre en général a beaucoup de flexibilité. Son écorce est épaisse, crevassée, & rouge en dedans, comme celle de la plûpart des arbres résineux. Au commencement du printems cet arbre a un agrément singulier : d'abord, les jeunes branches de la derniere année se chargent de fleurs mâles ou chatons écailleux, de couleur de soufre, rassemblés en un globule ; les fleurs femelles paroissent ensuite à d'autres endroits des mêmes branches : ce sont de petites pommes de pin, écailleuses, d'une vive couleur de pourpre violet, de la plus belle apparence : puis viennent les feuilles d'un verd tendre des plus agréables ; elles sont rassemblées plus ou moins en nombre de quarante ou soixante, autour d'un petit mamelon. L'arbre produit des cônes qui contiennent la semence ; ils sont en maturité à la fin de l'hiver, mais il faut les cueillir avant le mois de Mars, dont le hâle les fait ouvrir, & les graines qui sont très-menues & très-légeres, tombent bien-tôt & se dispersent. Le melese est si robuste, qu'il résiste à nos plus grands hivers. Son accroissement est régulier ; il se plaît dans les lieux élevés & exposés au froid, sur les croupes des hautes montagnes tournées au nord, dans des places incultes & stériles. Il vient aussi dans un terrein sec & léger ; mais il se refuse au plat pays, aux terres fortes, cretacées, sablonneuses, à l'argile, & à l'humidité. Il lui faut beaucoup d'air & de froid ; il n'exige aucune culture, lorsqu'il est placé à demeure.
Cet arbre n'est point aisé à multiplier : on ne peut en venir à bout qu'en semant ses graines après les avoir tirées des cônes : pour y parvenir on expose les cônes au soleil ou devant le feu ; on les remue de tems en tems ; les écailles s'ouvrent peu à peu, & les graines en sortent. On peut les semer dès le commencement de Mars ; mais la saison dans ce mois étant sujette aux alternatives d'une humidité trop froide, ou d'un hâle trop brûlant, qui font pourrir ou dessécher les graines ; il vaut beaucoup mieux attendre les premiers jours d'Avril. Et comme cette graine leve difficilement, & que les plants qui en viennent, exigent des précautions pour les garantir des gelées pendant les premieres années, il sera plus convenable de la semer dans des caisses plates ou terrines, que de les risquer en pleine terre. On le répete encore, & on ne peut trop le redire, il est très-difficile de faire lever la graine de melese, & de conserver pendant la premiere année les jeunes plants qui en sont venus. Faites préparer un assemblage de terres de différentes qualités, ensorte pourtant que celles qui sont légeres dominent ; ce mélange servira à emplir les caisses ou terrines jusqu'à un pouce près du bord. Après que les graines y seront semées, faites-les recouvrir d'un pouce de terreau très-pourri, très-léger, très-fin ; faites-les placer contre un mur, ou une palissade à l'exposition du levant, & recommandez de ne les arroser que modérément dans les grandes sécheresses ; les graines leveront au bout d'un mois ; prescrivez de nouveaux soins pour l'éducation des jeunes plants. La trop grande ardeur du soleil & les pluies trop abondantes, peuvent également les faire périr : on pourra les garantir du premier inconvénient en suppléant quelque abri, & les sauver de l'autre en inclinant les terrines pour empêcher l'eau de séjourner. Il faudra serrer les caisses ou terrines pendant l'hiver, & ne les sortir qu'au mois d'Avril lorsque la saison sera bien adoucie ; car rien de si contraire aux jeunes plants d'arbres résineux que les pluies froides, les vents desséchans, & le hâle brûlant qu'on éprouve ordinairement au mois de Mars. On pourra un an après les mettre en pepiniere ; dans une terre meuble & légere, vers la fin de Mars ou le commencement d'Avril, lorsqu'ils sont sur le point de pousser. On aura soin de conserver de la terre autour de leurs racines en les tirant de la caisse, de les garantir du soleil & des vents, jusqu'à ce qu'ils ayent poussé, & de les soutenir & dresser avec des petites baguettes ; parce qu'ils s'inclinent volontiers & se redressent difficilement, si on les a négligés. Au bout de trois ans, on pourra les transplanter à demeure sur la fin du mois d'Octobre, lorsque les feuilles commencent à tomber. Ils réussissent rarement lorsqu'ils ont plus de deux piés ; ou deux piés & demi de hauteur, à-moins qu'on ne puisse les enlever & les transporter avec la motte de terre. Ces arbres viennent lentement pendant les cinq premieres années ; mais dès qu'ils ont pris de la force, ils poussent vigoureusement, & souvent ils s'élevent à 80 piés. On peut les tailler & leur retrancher des branches sans inconvénient avec l'attention néanmoins d'en laisser à l'arbre plus qu'on ne lui en retranche.
Le bois du melese est d'un excellent service ; il est dur, solide, facile à fendre. Il y en a de rouge & de blanc ; ce qui dépend de l'âge de l'arbre : le rouge est le plus estimé ; aussi est-ce le plus âgé. Il est propre aux ouvrages de charpente, & à la construction des petits bâtimens de mer ; on le préfere au pin & au sapin pour la menuiserie. Ce bois est d'une grande force & de très-longue durée ; il ne tombe pas en vermoulure ; il ne contracte point de gersure ; il pourrit difficilement, & on l'emploie avec succès contre le courant des eaux. Il est bon à brûler, & on en fait du charbon qui est recherché par ceux qui travaillent le fer. On se sert de l'écorce des jeunes meleses comme de celle du chêne, pour tanner les cuirs.
Le melese est renommé pour trois productions ; la manne, la résine, & l'agaric.
La manne que l'on trouve sur le melese, se forme en petits grains blancs, mollasses, glutineux, que la transpiration rassemble pendant la nuit sur les feuilles de l'arbre, au fort de la seve, dans les mois de Mai & de Juin. Les jeunes arbres sont couverts de cette matiere au lever du soleil, qui la dissipe bientôt. Plus il y a de rosée, plus on trouve de manne ; elle est aussi plus abondante sur les arbres jeunes & vigoureux. C'est ce que l'on appelle la manne de Briançon, qui est la plus commune & la moins estimée des trois especes de manne que l'on connoît. On ne l'emploie qu'à défaut de celle de Syrie & de celle de Calabre.
On donne le nom de térébenthine, à la résine que l'on fait couler du melese, en y faisant des trous avec la tariere. On tire cette résine depuis la fin de Mai jusqu'à la fin de Septembre. Les arbres vigoureux en donnent plus que ceux qui sont trop jeunes ou trop vieux. Un melese dans la force de l'âge peut fournir tous les ans sept à huit livres de térébenthine pendant quarante ou cinquante ans. C'est dans la vallée de S. Martin & dans le pays de Vaud en Suisse, que s'en fait la plus grande récolte, & c'est à Briançon ou à Lyon qu'on la porte vendre. On trouvera sur ce sujet un détail plus circonstancié dans le traité des arbres de M. Duhamel, au mot Larix.
L'agaric est une espece de champignon qui croît sur le tronc du melese. On croyoit que cette production étoit une excroissance, une tumeur causée par la maladie, ou la foiblesse de l'arbre ; mais M. Tournefort considérant l'agaric comme une plante, l'a mise au nombre des champignons ; & M. Micheli a prétendu depuis avoir vû dans l'agaric des fleurs & des semences. On distingue encore un agaric mâle, & un agaric femelle. On ne fait nul cas du premier ; mais le second est d'usage en Médecine : c'est un purgatif qui étoit estimé des anciens, & qui l'est fort peu à-présent. Voyez le mot AGARIC.
Outre le melese ordinaire auquel on doit principalement appliquer ce qui vient d'être dit, on connoît encore quelques especes de cet arbre, savoir :
Le melese à fruit blanc : c'est la couleur des petits cônes naissans qui en fait toute la différence. Ils sont d'un blanc très-éclatant, au lieu que ceux du melese ordinaire sont d'une couleur pourpre très-vive. On peut encore ajoûter que les feuilles de l'espece à fruit blanc, sont d'un verd plus clair & plus tendre.
Le melese de Canada, ou le melese noir : ses feuilles sont moins douces au toucher & d'un verd moins clair ; cet arbre est encore bien peu connu en France.
Le melese d'Archangel : tout ce qu'on en sait, c'est qu'il donne ses feuilles trois semaines plutôt que le melese ordinaire, & que ses branches sont plus minces & plus disposées par leur flexibilité à s'incliner vers la terre. M. D'AUBENTON le Subdélégué.
MELESE, (Mat. méd.) cet arbre appartient à la matiere médicale, comme lui fournissant une espece de manne connue dans les boutiques sous le nom de manne de Briançon, ou de melese, & une espece de térébenthine communément appellée térébenthine de Venise. Voyez MANNE & TEREBENTHINE. (b)
|
| MELE | ou SAUCLES, (Hist. nat.) poisson fort long, relativement à sa grosseur qui n'excede pas celle du petit doigt ; il a le dos épais, le ventre plat, les yeux grands & la bouche petite & sans dents. La couleur du ventre est argentée ; le dos est brun, & le tour de la tête en partie jaune & en partie rouge comme dans la sardine. Il a deux nageoires auprès des ouies, une de chaque côté, deux autres sous le ventre placées plus en-arriere ; une autre grande nageoire située immédiatement au-dessous de l'anus, & deux sur le dos ; toutes ces nageoires sont blanches ; le corps de ce poisson est transparent ; on voit seulement une ligne obscure lorsqu'on le regarde à contre jour, ou lorsqu'il est cuit. Cette ligne s'étend sur les côtés du corps depuis la tête jusqu'à la queue : le melet est de bon goût, il a la chair assez ferme. Rondelet, Hist. des poiss. prem. part. liv. VII. chap. IX. Voyez POISSON.
|
| MELETTE | voyez NADELLE.
|
| MELFI | (Géog.) ville d'Italie, au royaume de Naples, dans la Basilicate, avec un château sur une roche, le titre de principauté, & un évêché suffragant de la Cerenza, mais exempt de sa jurisdiction. Il ne faut pas la confondre avec Amalfi. Elle est à quatre milles de l'Ofante, 15 N. O. de Conza, 65 N. E. de Naples. Longit. 33. 25. latit. 41. 2. (D.J.)
|
| MELIANTHE | S. f. melianthus, (Botan. exot.) genre de plante à fleur polipétale, anomale, composée de quatre pétales disposées tantôt en éventail, & tantôt en forme de cône. Le pistil sort du calice, qui est découpée profondément en plusieurs parties inégales, & devient dans la suite un fruit tétragone & ressemblant à une vessie : ce fruit est divisé en quatre loges, & contient des semences arrondies. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE.
M. de Tournefort compte trois especes de ce genre de plante, qui ne different qu'en grandeur : les Botanistes l'appellent melianthus africanus, à cause de son origine afriquaine.
Cette plante s'éleve en général à la hauteur de sept à huit piés, toûjours verte, & en vigueur. Sa tige est de la grosseur d'un, deux, ou trois pouces, ronde, cannelée, rude au toucher, noueuse, solide, rougeâtre.
Ses feuilles sont faites, & à peu près rangées comme celles de la pimprenelle, mais cinq ou six fois aussi grandes, lisses, nerveuses, dentelées profondément tout-autour, de couleur de verd de mer, d'une odeur forte, puante, assoupissante, d'un goût herbeux, un peu styptique.
Ses fleurs naissent aux sommités de la tige disposées en épis, d'un noir rougeâtre, attachées à de petits pédicules rouges, couverts d'un fin coton, portant sous la fleur une feuille de la grandeur de l'ongle, quelquefois purpurine, quelquefois d'un purpurin verdâtre.
Ces fleurs sont irrégulieres, à quatre pétales, disposées en main ouverte, ou en cône, soutenues par un calice découpé jusqu'à la base en cinq parties inégales, & contenant au fond un suc mielleux rouge-noir, doux, vineux, & fort agréable.
Quand la fleur est passée, le pistil devient un fruit vésiculaire, gros comme celui du nigella, membraneux, relevé de quatre coins, & divisé en quatre loges, qui renferment des semences rondelettes, noirâtres, luisantes comme celles de la pivoine.
La racine de cette plante est vivace, grosse, branchue, ligneuse, rampante profondément en terre, & s'étendant beaucoup.
La melianthe est originaire d'Afrique : M. Herman professeur en Botanique à Leyde, l'a fait connoître en Europe, & lui a donné son nom, qui signifie fleur miellée, parce que sa fleur est pleine d'un suc miellé qu'elle distille.
On cultive cette plante en Europe dans les jardins des Botanistes curieux, sur-tout en Angleterre ; elle y fleurit, & y perfectionne ses graines. Miller vous apprendra sa culture, qui n'est même pas difficile. (D.J.)
|
| MELIAPOUR | ou MELIAPOR, (Geog.) ville célebre de l'Inde, en-deçà du Gange, sur la côte de Coromandel, au royaume de Carnate. On l'appelle aussi S. Thomé ; quoiqu'à proprement parler, Meliapour & S. Thomé, soient plutôt deux villes contiguës qu'une seule : Meliapour n'est habitée que par des Indiens & des Mahométans, au lieu qu'il y a beaucoup d'arméniens & quelques portugais à S. Thomé. Meliapour est nommée par les Indiens Mailabourain, c'est-à-dire ville des paons, parce que les princes qui y regnoient portoient un paon pour armes. Aurengzeb ayant conquis le royaume de Golconde, est aujourd'hui maître de Meliapour & de Saint-Thomé, où les Portugais ont eu long-tems un quartier considérable. Long. 98. 30. lat. 13. 10.
|
| MELIBAEÉ | (Géog. anc.) en latin Meliboa, ancienne ville de Thrace, dans la Thessalie, au pié du mont Ossa, & au-dessus de Démétriade, comme le prouve un passage de Tite-Live, liv. XLIV. chap. xiij.
|
| MELIBOEUS, MONS | LE, (Géog. anc.) ancien nom d'une montagne de la Germanie, dont César parle, de bello gallico, lib. VI. cap. x. Il est assez vraisemblable que Blocberg est le nom moderne du Meliboeus des anciens. Il est dans Hartz, nom qui conserve encore quelque chose de celui d'Hercynie. Les Cattes voisins du Meliboeus, Catti Meliboei, étoient les Cattes limitrophes des Chérusques. (D.J.)
|
| MELICA | S. f. (Gram. Hist. nat. Bot.) blé battu ; c'est une espece de millet qui pousse plusieurs tiges à la hauteur de huit ou dix piés, & quelquefois de treize, semblables à celles des roseaux, grosses comme le doigt, noueuses, remplies d'une moëlle blanche. De chaque noeud il sort des feuilles longues de plus d'une coudée, larges de trois ou quatre doigts, semblables aussi à celles des roseaux ; ses fleurs sont petites, de couleur jaune, oblongues, pendantes ; elles naissent par bottes ou bouquets, longs presque d'un pié, larges de quatre à cinq pouces. Lorsqu'elles sont passées, il leur succede des semences presque rondes, plus grosses du double que celle du millet ordinaire, de couleur tantôt jaune ou roussâtre, tantôt noire. Ses racines sont fortes & fibreuses ; le melica aime les terres grasses & humides ; on la cultive en Espagne, en Italie, & en d'autres pays chauds. Les paysans nettoyent le grain, & l'ayant fait moudre, ils en pétrissent du pain friable, lourd, & peu nourrissant ; on en engraisse la volaille & les pigeons en Toscane ; on fait de la moëlle des tuyaux un remede pour les écrouelles. Gaspard Bauhin désigne cette plante par cette phrase, millium arundinaceum, subrotondo semine, torgo nominatum.
|
| MELICERIS | S. m. (Chirurgie) est une tumeur enfermée dans un kiste, & contenant une matiere qui ressemble à du miel, d'où lui vient son nom. Elle est sans douleur, & ressemble beaucoup à l'athérome & au stéatome. Voyez ATHEROME & STEATOME.
Le meliceris est une espece de loupe. Voyez LOUPE. (Y)
|
| MELICRATE | (Chimie, Diete, Mat. med.) est la même chose qu'hydromel. Voyez HYDROMEL, ELMIEL.
|
| MELIKTU-ZIZIAR | ou PRINCE DES MARCHANDS, s. m. (Hist. mod. & Comm.) On nomme ainsi en Perse celui qui a l'inspection générale sur le commerce de tout le royaume, & particulierement sur celui d'Ispaham. C'est une espece de prevôt des marchands, mais dont la jurisdiction est beaucoup plus étendue que parmi nous.
C'est cet officier qui décide & qui juge de tous les différends qui arrivent entre marchands ; il a aussi inspection sur les tisserands & les tailleurs de la cour sous le nazir, aussi-bien que le soin de fournir toutes les choses dont on a besoin au serrail : enfin il a la direction de tous les courtiers & commissionnaires qui sont chargés des marchandises du roi, & qui en font négoce dans les pays étrangers. Voyez NAZIR & SERRAIL. Dictionn. de Comm. (G)
|
| MELILLE | Melilla, (Géogr.) ancienne ville d'Afrique au royaume de Fez, dans la province de Garet. Elle tire son nom de la quantité de miel qu'on trouve dans son terroir. Les Espagnols la prirent en 1496, & y bâtirent une citadelle ; mais cette ville est retournée aux Maures. Elle est près de la mer, à 30 lieues de Trémécen. Long. 15. 35. lat. 34. 58. (D.J.)
|
| MELILOT | S. m. melilotus, (Bot.) genre de plante à fleur papilionacée : le pistil sort du calice & devient, quand sa fleur est passée, une capsule découverte, c'est-à-dire qu'elle n'est pas enveloppée du calice de la fleur comme dans le treffle. Cette capsule contient une ou deux semences arrondies. Ajoutez aux caracteres de ce genre que chaque pédicule porte trois feuilles. Tournefort, inst. rei herb. Voyez PLANTE.
M. de Tournefort compte 15 especes de mélilot, auxquelles on peut joindre celle qui est représentée dans les mémoires de l'académie de Pétersbourg, tome VIII. page 279. Elle y est nommée melilotus, siliquâ membranaceâ, compressâ ; & elle est venue de graines cueillies en Sibérie. Mais c'est assez de décrire ici le mélilot commun à fleurs jaunes, qu'on appelle vulgairement mirlirot ; c'est le melilotus Germanicus de C. B. P. & des I. R. H. 407, en anglois the common ou german mélilot.
Sa racine est blanche, pliante, garnie de fibres capillaires fort courtes, plongées profondément dans la terre ; ses tiges sont ordinairement nombreuses, quelquefois elle n'en a qu'une ; elles sont hautes d'une coudée ou d'une à deux coudées, lisses, cylindriques, cannelées, foibles, cependant creuses, branchues, revétues de feuilles qui viennent par intervalles au nombre de trois sur une même queue, grêles & longues d'un pouce & demi ; ces feuilles sont oblongues, légerement dentelées, & comme rangées à leur bord, lisses, d'un verd foncé.
Ses fleurs naissent sur de longs épis qui sortent des aisselles des feuilles : elles sont clair-semées, légumineuses, petites, jaunes, à quatre pétales, portées sur des pédicules courts très-menus ; il leur succede des capsules ou gousses fort courtes, simples, pendantes, ridées, nues, c'est-à-dire qui ne sont pas cachées dans le calice, comme dans le treffle, noires quand elles sont mûres ; elles renferment chacune une ou deux graines arrondies, jaunâtres, d'une saveur légumineuse.
Cette plante verte n'a presque point d'odeur ; mais quand elle est seche, elle en a une très-pénétrante : elle croît en abondance dans les haies, les buissons & parmi les blés ; elle est d'usage étant fleurie. On s'en sert extérieurement pour amollir, résoudre, digérer. On tire de ses fleurs une eau distillée qui s'emploie dans les parfums.
MELILOT, ou MIRLIROT, (Pharm. & Mat. méd.) Les sommités fleuries de mélilot sont employées très-fréquemment dans les décoctions pour les lavemens carminatifs & adoucissans, & pour les fomentations résolutives & discussives : on les applique en cataplasmes, étant cuites dans de l'eau avec les plantes & les semences émollientes, sur les tumeurs inflammatoires, dont on prétend qu'elles arrêtent les progrès ou qu'elles procurent la maturation. Quelques auteurs ont recommandé l'application extérieure de ces fomentations ou de ces cataplasmes, comme étant très-utile contre les affections inflammatoires des visceres, & particulierement contre la pleurésie. Voyez aux articles INFLAMMATION, PLEURESIE & TOPIQUE, quels fonds on peut faire sur les secours de ce genre.
Le suc ou l'infusion des fleurs de mélilot ont été recommandés dans les ophthalmies douloureuses.
On emploie rarement le mélilot à l'intérieur ; quelques auteurs ont recommandé cependant l'infusion & la décoction de ses fleurs contre les inflammations du bas-ventre, les douleurs néphrétiques & les fleurs blanches.
On garde dans quelques boutiques une eau distillée & chargée d'un petit parfum leger qui ne peut lui communiquer que très-peu de vertu médicinale.
Le mélilot a donné son nom à son emplâtre dont l'usage est assez fréquent, & dont voici la composition.
Emplâtre de mélilot de la pharmacopée de Paris. Prenez des sommités de mélilot fleuries & fraîches, trois livres ; hachez-les & jettez-les dans quatre livres de suif de boeuf fondu ; cuisez jusqu'à la consommation presqu'entiere de l'humidité ; exprimez le suif fortement, & mêlez-y de résine blanche six livres, de cire jaune trois livres, & votre emplâtre est fait. (b)
|
| MELINDE | Melindum, (Géog.) royaume d'Afrique sur la côte orientale de l'Ethiopie, au Zanguebar. Les Portugais y ont un fort, à cause qu'ils font le commerce de cette côte, le long de laquelle il y a des îles considérables. Tout le pays est arrosé de plusieurs rivieres. (D.J.)
|
| MÉLINE | S. f. (Hist. anc. des fossiles) melinum, n. Cels. Vitr.
Vitruve dit que la méline étoit un métal ; il parle comme les anciens, qui appelloient indifféremment métal tout ce qui se tiroit de la terre ; car la méline étoit une vraie terre alumineuse, & de couleur jaune, selon Dioscoride. Pline lui donne une couleur blanche, & Servius une couleur fauve : mais les modernes s'en tiennent au sentiment de Dioscoride ; & ce que les Peintres appellent ocre de rue, approche fort de la description que cet auteur fait de la terre méline. Galien nomme sous ce titre divers emplâtres qui devoient apparemment ce nom à leur couleur jaune. (D.J.)
|
| MÉLINET-CERINTHE | S. f. (Hist. nat. Botan.) genre de plante à fleur monopétale, campaniforme, tubulée & profondément découpée. Cette fleur est fermée dans quelques especes, & ouverte dans d'autres. Le pistil sort du calice, qui est tétragone ; il tient à la partie postérieure de la fleur comme un clou, & il devient dans la suite un fruit composé de deux coques, qui se divisent en deux loges dans lesquelles on trouve une semence pour l'ordinaire oblongue. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE.
|
| MELINUM | (Hist. nat. Peinture). Les anciens donnoient ce nom à une terre très-blanche dont les Peintres se servoient dans leurs ouvrages pour peindre en blanc. On nous dit que cette terre étoit légere, douce au toucher, friable entre les doigts, & qu'elle coloroit : jettée dans l'eau, elle faisoit un petit bruit ou une espece de sifflement ; elle s'attachoit à la langue, & fondoit comme du beurre dans la bouche. C'est de cette terre que l'on se servoit anciennement pour le blanc dans la Peinture ; depuis on lui a substitué le blanc de céruse, qui a l'inconvénient de jaunir. M. Hill prétend que le melinum ou la terre dont on vient de parler, est exempte de ce défaut, & demeure toujours blanche, ce qui mérite d'être examiné.
Le nom de cette terre annonce qu'on la trouvoit dans l'île de Melos ou Milo ; mais d'après la description qu'on en donne, il paroît que nous n'avons pas besoin de l'aller chercher si loin, puisque nous avons des terres blanches qui ont tous les caracteres qui viennent d'être rapportés ; il s'agit seulement de savoir si elles prendroient corps avec l'huile, qualité nécessaire pour servir dans la Peinture. (-)
|
| MELIO | ou MELIS, (Marine) Voyez TOILE.
|
| MÉLIORATION | S. f. (Gramm. & Jurisprud.) en terme de palais signifie toute impense que l'on a faite pour rendre un héritage meilleur, comme d'avoir réparé les bâtimens, d'y avoir ajouté quelque nouvelle construction ; d'avoir fumé, marné, ou amandé autrement les terres ; d'avoir fait des plants d'arbres fruitiers ou de bois. Voyez FRUITS, IMPENSES, RESTITUTION. (A)
|
| MELISSE | Melissa, s. f. (Hist. nat. Botan.) genre de plante à fleur monopétale labiée : la levre supérieure est relevée, arrondie, & divisée en deux parties, & l'inférieure en trois. Le pistil sort du calice, & il est attaché comme un clou à la partie postérieure de la fleur ; ce pistil est accompagné de quatre embryons, qui deviennent autant de semences arrondies & renfermées dans une capsule qui a servi de calice à la fleur. Ajoutez aux caracteres de ce genre que les fleurs naissent dans les aisselles des feuilles, & qu'elles ne sont pas entierement verticillées. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE.
M. de Tournefort compte six especes de ce genre de plante, dont les deux principales sont la mélisse des jardins & la mélisse des bois.
La mélisse des jardins ou la mélisse cultivée, melissa hortensis des Botanistes, en anglois the common garden baum, pousse ses tiges à la hauteur de deux piés, quarrées, presque lisses, rameuses, dures, roides, fragiles ; ses feuilles sont oblongues, d'un verd brun, assez semblables à celles du calament ou du baume des jardins, luisantes, hérissées d'un petit poil follet, dentelées sur les bords, d'une odeur de citron fort agréable, & d'un goût un peu âcre.
Des aisselles des feuilles sortent des fleurs verticillées qui ne forment point d'anneaux entiers autour de la tige, mais sont placées ordinairement au nombre de six, trois d'un côté & trois de l'autre ; elles sont en gueule, petites, blanches, ou d'un rouge-pâle : chacune d'elles est un tuyau découpé par le haut en deux levres, soutenu par un long calice velu, tubuleux, divisé en deux parties.
Quand la fleur est passée, il lui succede quatre semences jointes ensemble, presque rondes ou oblongues, enfermées dans le calice de la fleur. On cultive la mélisse dans les jardins : elle fleurit en Juin, Juillet & Août ; l'hiver elle se seche sur la surface de la terre, mais sa racine ne périt point. Elle est ligneuse, longue, fibreuse & rampante.
La mélisse des jardins est d'un grand usage en Médecine ; Gaspar Hoffman conseille de la cueillir au printems pour les boutiques, avant que la fleur paroisse, parce que dès qu'elle vient à fleurir, elle sent la punaise. Elle contient beaucoup d'huile exaltée & de sel essentiel.
La mélisse des bois, la mélisse sauvage, la mélisse bâtarde ou la mélisse puante (car elle porte tous ces noms), est celle que Tournefort appelle melissa humilis, sylvestris, latifolia, maximo flore, purpurascente, I. R. H. 193 lamium montanum, melissae folio, par C. B. P. 231.
Elle vient dans les bois & differe de la précédente par ses tiges, beaucoup plus basses & moins rameuses, par ses feuilles plus velues, plus longues ; par ses fleurs très-grandes, & par son odeur qui n'est point agréable. Ses racines sont si semblables à celles de l'aristoloche menue, que plusieurs apoticaires les confondent. Ses fleurs naissent dans des calices oblongs & velus : elles sont grandes, toutes tournées en-devant, sans odeur, assez semblables à celles du lamium, mais plus grandes, d'un blanc purpurin ou d'un pourpre clair ; quelquefois la crête de la fleur est entiere, & quelquefois taillée comme un coeur. Sa graine est grosse, noirâtre & inégale. (D.J.)
MELISSE, (Chimie, Pharm. & Mat. méd.) mélisse des jardins ou citronelle. Cette plante contient un esprit aromatique & une huile essentielle : ce dernier principe est contenu dans cette plante en assez petite quantité, mais en revanche les Pharmacologistes lui accordent tant de subtilité, qu'ils l'ont comparé aux esprits qui animent le corps humain. Pour parler plus raisonnablement des vertus de la mélisse & de ses principes volatils, il faut se contenter de dire que c'est à ces principes qu'elle doit toutes ses qualités médicinales, du-moins dans l'emploi ordinaire ; car la teinture qu'on peut en retirer par l'application de l'esprit-de-vin, n'est empreinte d'aucun autre principe utile que de son huile essentielle : une autre substance qui constitue manifestement la principale partie du produit que M. Cartheuser a retiré de cette plante par l'esprit-de-vin, ne paroît être autre chose que la partie colorante verte, commune à toutes les plantes, qui ne paroît douée d'aucune vertu médicamenteuse. L'infusion théiforme, beaucoup plus usitée que la teinture, ou qui est, pour mieux dire, le seul remede magistral que nous tirions de la mélisse, doit sa principale vertu au principe aromatique ; car l'extrait leger dont cette infusion se charge, n'a ni apprêté, ni amertume, ni aucune autre qualité sensible par laquelle on puisse évaluer l'action de ce remede.
La mélisse tient un rang distingué parmi les remedes cordiaux, stomachiques, carminatifs, céphaliques & utérins. L'observation prouve cependant que la longue liste de maux contre lesquels les auteurs la célebrent, doit être restreinte aux legeres affections de tête, qui dépendent essentiellement d'un vice de l'estomac, à être essayée à son tour dans les douleurs & les foiblesses d'estomac, dans les coliques intestinales legeres ; dans les dispositions aux affections mélancholiques & hystériques, & enfin dans les affections nerveuses peu graves. En un mot, c'est ici un secours fort leger, sur lequel il ne faut pas assez compter pour négliger d'en employer de plus efficaces.
L'emploi officinal de la mélisse est beaucoup plus étendu, & ce sont toujours principalement ses principes volatils qu'on se propose de mettre en oeuvre. On prépare une eau distillée simple de l'herbe & des fleurs : elle donne son nom à une eau spiritueuse composée, & qui est aussi connue sous celui d'eau des Carmes, & dont nous allons donner la description. Son huile essentielle est gardée dans les boutiques, du-moins dans les boutiques les mieux pourvues. On fait un sirop de ses sommités séchées, & ses feuilles entrent dans le sirop d'armoise, qui doit être préparé par le moyen de la distillation aussi bien que le précédent. On fait une conserve de ses fleurs ; ses feuilles entrent dans la composition de plusieurs eaux distillées aromatiques, telles que l'eau générale de la pharmacopée de Paris, l'eau de lait alexitere, l'eau prophylactique, & son eau distillée simple dans l'eau impériale & dans l'eau divine ou admirable de la pharmacopée de Paris, qui est une liqueur spiritueuse, ratafia dont le goût ne doit pas être bien admirable.
Eau spiritueuse de mélisse composée, ou eau des Carmes, selon la description de Lemery. Prenez des feuilles de mélisse tendres, vertes, odorantes, nouvellement cueillies, six poignées ; de l'écorce de citron extérieure jaune, deux onces ; de la muscade & de la coriande, de chacune une once ; de la canelle & des gérofles, de chacune demi-once : pilez & concassez bien les ingrédiens, mêlez-les ensemble ; & les ayant mis dans une cucurbite de verre ou de grès, versez dessus du vin blanc & de l'eau-de-vie, de chacune deux livres ; bouchez bien le vaisseau, & laissez la matiere en digestion pendant trois jours ; mettez-la ensuite distiller au bain-marie, vous aurez une eau aromatique spiritueuse, fort propre pour les maladies hystériques, pour les maladies du cerveau, pour fortifier le coeur, l'estomac, pour les palpitations, pour les foiblesses, pour resister au venin : la dose en est depuis une dragme jusqu'à une once. Lemery, cours de Chimie. Le commentateur de Lemery ajoute en note sur cette préparation l'avis suivant : " Il faut savoir que cette prétendue eau de mélisse est la si fameuse eau des Carmes dont le public s'obstine sans fondement à vouloir attribuer le secret à ces religieux, quoique ce ne soit de leur part qu'une usurpation sur la profession des Apothicaires, qui sont tous en état de la préparer aussi belle & aussi bonne, &c ".
L'eau de mélisse spiritueuse composée est un des ingrédiens les plus ordinaires des potions cordiales les plus usitées. (b)
MELISSE, Melissa, (Géog. anc.) nom d'une ville de Lybie, 2°. d'un bourg de la grande Grece, 3°. d'un village du Péloponnèse au territoire de Corinthe, &, 4°. d'un autre village en Phrygie, célebre par le tombeau d'Alcibiade, qui y fut inhumé après qu'il y eut péri par les embuches que lui tendit Pharnabase. Plutarque nous a donné la vie curieuse de ce fameux athénien, mais il a oublié un trait qui le peint d'après nature. Etant encore jeune, il vint rendre visite à Périclès son oncle, qu'il trouva plongé dans une profonde réverie ; il lui en demanda la raison : " C'est, dit Périclès, que je ne trouve pas le moyen de rendre mon compte du trésor sacré. Eh bien, imaginez-en quelqu'un, lui répondit le jeune Alcibiade avec vivacité, pour vous dispenser de le rendre ". Cet avis fut malheureusement suivi, & dès-lors Périclès hasarda de s'ensevelir plûtôt sous les ruines de la république que sous celles de sa maison.
|
| MELITA | (Géog. anc.) nom latin de l'île & de la ville de Malthe. Ciceron le dit, in quâ insulâ Melita, eodem nomine, oppidum est. Ovide appelle cette île fertile
Fertilis est Melita, sterili vicina Cosyrae.
Mais c'étoient les habitans qui la fertilisoient ; ils y travailloient aussi les laines avec beaucoup de goût, car c'est là-dessus que porte l'épithete de lanigera, dont Silius Italicus l'honore. Scylax & Ptolomée ont trop approché cette île de l'Afrique, à laquelle ils la donnoient, au lieu que les Romains, qui la connoissoient beaucoup mieux, la regardoient comme une annexe de la Sicile, dont elle est en effet bien plus voisine.
|
| MELITAENSES | (Géog. anc.) peuples de la Thessalie dans la Phthiotide. Strabon nomme leur ville principale Pirrhae, & Pline Melitaea.
|
| MÉLITE | (Géog. anc.) , quartier d'Athènes de la tribu cécropide. Il y avoit dans ce quartier plusieurs temples, un à Hercule, un à Eurisaces, un à Mélanippe, fils de Thésée, un à Diane où l'on enterroit ceux qui étoient morts de la main du bourreau, &c. Enfin Thémistocle, Phocion & les acteurs des tragédies y avoient leurs palais.
|
| MÉLITENE | (Géog. anc.) contrée d'Asie dans la Cappadoce, & ensuite dans la petite Arménie. Son chef-lieu en prit le nom, & devint une ville célebre dans l'histoire ecclésiastique, parce que S. Polieucte y fut le premier martyrisé en 257. De plus, c'est le lieu de la naissance de saint Mélece, évêque d'Antioche au iv. siecle. Cet endroit se nomme aujourd'hui Malathiah. (D.J.)
|
| MELITES | (Hist. nat.) Quelques auteurs ont donné ce nom au bois de frêne pétrifié.
|
| MELITHIA | (Littérat.) gâteaux faits avec du miel, & qu'on offroit à Trophonius. (D.J.)
|
| MELITITES | S. f. (Hist. nat.) nom donné par les anciens auteurs lithologes à une espece d'argile compacte, d'un blanc tirant sur le jaune & semblable à la couleur du miel. On s'en servoit autrefois intérieurement, & on la regardoit comme un soporatif ; on l'appliquoit aussi extérieurement pour la guérison des ulceres.
Le nom de melitites a aussi été donné par quelques auteurs à une espece d'oursine arrondie comme une pomme. (-)
|
| MÉLIT | ou MILETO, (Géog.) Miletus ; petite ville d'Italie, au royaume de Naples, dans la Calabre ultérieure, avec un évêché suffragant de Reggio ; mais exemt de sa jurisdiction. Elle est sur une montagne, à 16 milles N. E. de Reggio, 20 S. O. de Cozenza. Un tremblement de terre la maltraita cruellement en 1638. Long. 34. 9. lat. 38. 36. (D.J.)
|
| MELLARIA | (Géog. anc.) ancienne ville d'Espagne dans la Bétique, auprès de la mer ; elle est entierement ruinée. Le P. Hardouin dit que le lieu où elle étoit, se nomme présentement Milarese. M. Conduit gentilhomme anglois, qui a fait bien des recherches dans le pays, pense que Mellaria étoit située dans le val de Vacca, canton qui produit d'excellent miel, ainsi que d'autres lieux sur la même côte, qui en tirent également leur nom. (D.J.)
|
| MELLARIUM | S. m. (Myth.) vaisseau rempli de vin qu'on portoit dans les fêtes de la bonne déesse. On lui faisoit des libations de ce vin qu'on n'appelloit point vin, mais lait ; & le vaisseau étoit appellé mellarium.
|
| MELLE | (Géog.) petite ville de France dans le Poitou, au midi de S. Maixant. Elle contient deux paroisses, & c'est le siege d'une justice royale. Long. 17. 25. lat. 46. 30. (D.J.)
|
| MELLEUM MARMOR | (Hist. nat.) nom donné par les anciens à une espece de marbre d'un jaune clair, de la couleur du miel. On en trouve, diton, en plusieurs endroits d'Italie.
|
| MELLI | (Géog.) royaume d'Afrique dans la Nigritie, au midi de la riviere de Gambie. Il est borné au nord-ouest par les Biafares, au nord-est & à l'est par les Sonsors, au sud par les Feloupes de Sierra-Lionne, & au couchant par les Mallons, qui le séparent de la mer : nous n'en avons aucune relation satisfaisante, la moitié du monde nous est inconnue. (D.J.)
|
| MELLONA | S. m. (Mythol.) déesse de la récolte du miel.
|
| MELLONIA | (Mythol.) divinité champêtre qui, disoit-on, prenoit sous sa protection les abeilles & leur ouvrage. Parmi des peuples dont le miel faisoit la grande richesse, il falloit une divinité protectrice de cette denrée, & severe vangeresse de quiconque la voleroit, ou gâteroit les ruches d'un autre. (D.J.)
|
| MELLUSINE | S. f. (Blazon) en terme de blazon on donne le nom de mellusine à une figure mi-échevelée, demi-femme & demi-serpent, qui se baigne dans une cuve, où elle se mire & se coëffe ; on ne se sert de ce terme que pour les cimiers. Les maisons de Lusignan & de S. Gelais portoient pour cimier une mellusine. (D.J.)
|
| MELNICK | (Géog.) petite ville de Bohème, au confluent de l'Elde & du Muldan, à 4 milles N. audessous de Prague. Longitude 30. 18. latit. 50. 22. (D.J.)
|
| MELOCACTUS | (Botan. exot.) genre de plante à fleur monopétale, campaniforme, tubulée, profondément découpée, & soutenue par un calice qui devient dans la suite un fruit mou, ressemblant à une olive, charnu & rempli d'une petite semence. Ce fruit est surmonté d'un chapiteau dans plusieurs especes. Tournefort. Inst. rei herb. appendix. Voyez PLANTE.
Le melocactus, ou le melon à chardons, comme disent les Anglois, melon thistle, en latin par nos botanistes melocactus, melocardnus, termes qui désignent la même chose, une pomme, un melon hérissé de piquans, à cause que cette plante américaine a quelque ressemblance à une pomme, à un melon garni d'épines. Elle est pleine de suc, & toute armée de pointes anguleuses ou polygonales. Sa fleur est monopétale, en cloche, tubuleuse, nue, divisée en plusieurs segmens placés sur l'ovaire, & garnie en-dedans d'un grand nombre d'étamines. Son ovaire dégénere en un fruit pulpeux, rempli d'une multitude de semences.
On trouve de plusieurs especes de melocactes dans les Indes occidentales, mais nous n'en connoissons que deux en Europe, qui même ne different que par leur grosseur ; savoir le grand & le petit melocacte. Melocactus Americana major, & melocactus minor.
C'est une des plus merveilleuses plantes de la nature, & en même tems de la forme la plus étrange & la plus bizarre de l'aveu des connoisseurs. Il n'y a rien qui lui ressemble dans le regne végétable de l'Europe. Aussi les curieux qui la possedent, la conservent précieusement ; & ceux qui la voient du premier coup d'oeil, la prennent pour un ouvrage de l'art, fait à dessein d'amuser le peuple. Mais voici sa description, faite par le P. Pluvier, qui prouvera ce que j'avance.
Elle présente une grosse masse ovale, garnie d'épines robustes, ou si l'on aime mieux, un gros melon tout hérissé de piquans, & planté immédiatement sur la terre. Elle naît ordinairement ou sur les rochers, ou dans les lieux secs & arides, de même que nos grandes jombardes.
Sa racine ressemble quelquefois à la corne d'un boeuf ; mais ordinairement c'est un corps de plusieurs grosses fibres blanches, ligneuses & branchues, d'où il sort immédiatement une masse, souvent plus grosse que la tête d'un homme. On en voit de plusieurs figures ; les unes rondes comme des boules, les autres ovales, & d'autres presque en pain de sucre. La surface extérieure est toute cannelée, à la façon de nos melons ; mais les côtes sont plus fréquentes, plus relevées. Elles ne sont point arrondies, mais taillées comme en dos d'âne, & toutes ondées par divers plis. Dans l'entre-deux des plis, on remarque sur le dos un écusson cotonneux, d'où sortent ordinairement deux aiguillons très-pointus, roides, presque osseux, blancs, mais rouges par la pointe.
Il y a toujours un de ces aiguillons plantés perpendiculairement au centre de l'écusson. Les autres sont arrangés en rayons tout-autour de la base. Le plus bas de tous, est la moitié plus grand que les autres ; leur longueur ordinaire est depuis demi-pouce, jusqu'à un pouce & demi.
La peau extérieure de cette masse est fort unie, d'un verd foncé, & toute picotée de petits points un peu plus clairs en façon de miniature. Son intérieur est massif & sans vuide, charnu, d'une substance blanche, succulente, un peu plus ferme que celle du melon, & d'un goût tant-soit-peu acide.
Du sommet de cette masse, il en sort une maniere de colonne ou cylindre, haut d'environ un pié, & épais de trois à quatre pouces. Le dedans de cette colonne est charnu, de même que la masse, l'espace d'environ deux pouces. Le reste est un composé d'un coton très-blanc & très-fin, mêlé d'une infinité de petites épines subtiles, piquantes, rouges, dures, quoique pliables comme les soies dont on fait les vergettes à nettoyer les habits. Le sommet de cette colonne est arrondi comme la coëffe d'un chapeau, & comparti le plus agréablement du monde, en façon d'un réseau formé de plusieurs rayons courbés, qui se croisent de droite à gauche, & de gauche à droite, du centre à la circonférence.
Dans chaque lozange que composent ces rayons ainsi croisés, on voit sortir une fleur d'un rouge très-vif, faite en tuyau évasé, & fendue en plusieurs pointes en façon de couronne. Dans quelques especes de plantes ces fleurs sont doubles, c'est-à-dire, composées de plusieurs tuyaux les uns dans les autres. Elles ont ordinairement trois à quatre lignes de diametre, & portent toutes sur un embryon qui devient ensuite un fruit rouge comme de l'écarlate, poli, mol, de la grosseur & figure presque d'une olive. Sa chair est fort tendre, succulente, blanche, d'un goût très-agréable. Elle est remplie de quantité de petites semences noires, chagrinées, & presque aussi grosses que la semence du pavot.
Quand ce fruit est mûr, il sort de soi-même du dedans de sa niche, où il étoit entierement caché ; & quand il commence à sortir, vous diriez que c'est un rubis enchâssé dans les piquans de cette colonne.
On voit quantité de ces plantes dans l'île Saint-Christophe, du côté des salines. On en voit dans toute l'Amérique de différentes especes ; mais les deux especes mentionnées ci-dessus, sont presque les seules que nous connoissions en Europe.
Cette plante croit communément dans les rochers des Indes occidentales, d'où elle sort par les ouvertures qui se trouvent dans ces rochers, & par conséquent reçoit très-peu de nourriture du terroir. Elle ne prospere point quand elle est transplantée dans un autre terrein, à moins que ce terrein ne soit roc, ou élevé du sol ordinaire par un amas de pierres & de décombres.
La grande espece abonde à la Jamaïque, d'où on l'envoie en Angleterre, mais elle y arrive rarement en bon état ; ceux qui la transportent l'humectent trop, & la pourrissent pour vouloir la mieux conserver. La meilleure méthode pour la transporter saine, est de la tirer entiere des lieux où elle croît ; de choisir les plus jeunes plantes par préférence aux vieilles ; de les empaqueter séparées dans une large caisse avec du foin ou de la paille seche, & de les préserver de la moisissure & des vers dans le trajet.
Quand on les veut apporter toutes plantées dans des tonneaux, alors la bonne façon est de remplir d'abord les tonneaux de blocailles, d'y mettre en même tems les plantes, de ne les point arroser dans le passage ; mais au contraire de les préserver de l'humidité. Arrivés en Europe, il faut promptement les ôter des tonneaux, les replanter dans des pots, remplis en partie de moëllon & en partie de sable. L'on plongera ces pots dans un lit chaud de poudre menue d'écorce de chêne, pour aider les plantes à prendre racine. On les laissera dans ce lit jusqu'au mois d'Octobre ; ensuite on les remettra dans une bonne serre au lieu le plus chaud & le plus sec, pour y rester pendant tout l'hiver. Au printems on les remettra de nouveau dans un lit de tan, & dans un lieu chaud à l'abri de l'air froid. On observera de ne les point arroser, parce que la vapeur du tan suffit à leur entretien.
Malgré ces précautions, cette plante a bien de la peine à croître dans nos climats ; cependant on a trouvé le moyen de la multiplier par les graines mêmes qu'elle donne en Europe. Alors on seme les graines dans des pots de décombres, qu'on couvre artistement tant de blocailles, que de sable de mer. On plonge ensuite ces pots dans un lit chaud de tan ; & avec beaucoup de soins la plante commence à pousser au bout de dix à douze semaines, mais comme elle croît très-lentement, & qu'elle n'attrappe un peu de grandeur qu'au bout de cinq ou six ans, cette méthode très-ennuyeuse & fautive est rarement mise en pratique.
Miller ayant remarqué les inconvéniens de cette méthode, en a imaginé une autre qui lui a fort bien réussi. Quand la tête, ou la couronne qui se forme sur le sommet de la plante, a souffert quelque injure, il arrive que la plante pousse plusieurs têtes de côté ; Miller a donc enlevé diverses de ces têtes, les a plantées dans des pots remplis de blocailles & de sable de mer, & a plongé ces pots dans un lit chaud de poudre d'écorce de chêne : par ce moyen la plante a pris parfaitement racine ; & est devenue fort belle dans le cours d'un an. On observera seulement de ne pas planter les jeunes têtes immédiatement après qu'on les a coupées de dessus les vieilles, parce que la partie blessée se pourriroit ; c'est pourquoi il faut avoir soin après les avoir coupées, de les mettre à part dans une serre chaude pendant une quinzaine de jours, pour consolider leur blessure.
Le fruit de cette plante se mange en Amérique ; il a une acidité agréable, qui plait beaucoup aux habitans de ces pays chauds. (D.J.)
|
| MELOCALENI | (Géog. anc.) peuple des Alpes. Pline, liv. III. ch. xx. les place entre Tergeste & Pola. Lazius croit que leur principale habitation est aujourd'hui Mengelstat. (D.J.)
|
| MELOCHIE | S. f. corchorus, (Hist. nat. Botan.) genre de plante décrit sous le nom de corchorus. Voyez ce mot.
|
| MELOCORCOPALI | S. f. (Hist. nat. Bot. exot.) arbre des Indes occidentales, assez semblable au coignassier. Il porte un fruit fait comme le melon à côtes, mais plus petit, d'un goût agréable, qui tient de celui de la cerise, & qui est tant soit peu cathartique. C'est le corcopal de Thevet. (D.J.)
|
| MÉLODIE | S. f. en Musique, est l'arrangement successif de plusieurs sons, qui constituent ensemble un chant régulier. La perfection de la mélodie dépend des regles & du goût. Le goût fait trouver de beaux chants ; les regles apprennent à bien moduler : il n'en faut pas davantage pour faire une bonne mélodie.
Les anciens resseroient plus que nous le sens de ce mot : la mélodie n'étoit chez eux que l'exécution du chant ; sa composition s'appelloit mélopée : l'une & l'autre s'appelle chez nous mélodie. Mais comme la constitution de nos chants dépend entierement de l'harmonie, la mélodie ne fait pas une partie considérable de notre musique. Voyez HARMONIE, MELOPEE, &c. Voyez aussi l'article FONDAMENTALE sur cette question, si la mélodie vient de l'harmonie. (S)
MELODIE oratoire, (Art oratoire) accord successif des sons, dont il n'existe à la fois qu'une partie, mais partie liée par ses rapports avec les sons qui précédent & qui suivent ; comme dans le chant musical, où les sons sont placés à des intervalles aisés à saisir : c'est le ruisseau qui coule.
La mélodie du discours consiste dans la maniere dont les sons simples ou composés sont assortis & liés entr'eux pour former des syllabes ; dans la maniere dont les syllabes sont liées entr'elles pour former un mot ; les mots entr'eux pour former un membre de période, ainsi de suite.
Toutes les langues sont formées de voyelles, de consonnes & de diphthongues, qui sont des combinaisons de voyelles seulement. On a fait ensuite les syllabes, qui sont des combinaisons des voyelles avec les consonnes. De ces combinaisons primordiales du langage, les peuples ont formé leurs mots, qu'ils ont figuré au gré de certaines lois, que l'usage, l'habitude, l'exemple, le besoin, l'art, l'imagination, les occasions, le hasard ont introduits chez eux. C'est ainsi que de sept notes, les Musiciens ont composé non seulement différens airs, mais différentes especes, différens genres de musique.
Ceux qui ont traité de la mélodie, nous disent que les lettres doivent se joindre entr'elles d'une maniere aisée ; qu'il faut éviter le concours trop fréquent des voyelles, parce qu'elles rendent le discours mou & flottant ; celui des consonnes, parce qu'elles le rendent dur & scabreux ; le grand nombre des monosyllabes, parce qu'elles lui ôtent sa consistance ; celui des mots longs, parce qu'ils le rendent lâche & traînant ; il faut varier les chûtes, éviter les rimes, mettre d'abord les plus petites phrases, ensuite les grandes ; enfin il faut, dit-on, que les consonnes & les voyelles soient tellement mêlées & assorties, qu'elles se donnent par retour les unes aux autres, la consistance & la douceur ; que les consonnes appuient, soutiennent les voyelles ; & que les voyelles à leur tour, lient & polissent les consonnes ; mais tous ces préceptes demandent une oreille faite à l'harmonie. Ils ne doivent pas être toujours observés avec bien du scrupule ; c'est au goût à en décider. Il suffit presque que le goût soit averti qu'il y a là-dessus des lois générales, afin qu'il soit plus attentif sur lui-même. (D.J.)
|
| MELON | melo, s. m. (Hist. nat. Bot.) genre de plante à fleur monopétale, en forme de cloche, ouverte, profondement découpée, & entierement semblable à celle du concombre. Il y a deux sortes de fleurs sur cette plante, les unes n'ont point d'embryon, & sont stériles, les autres sont fécondes, & placées sur un embryon, qui devient dans la suite un fruit, le plus souvent ovoïde, lisse ou couvert de rugosités. Ce fruit se divise en trois loges, qui semblent se sousdiviser chacune en deux autres. Ces loges contiennent des semences oblongues. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE.
Tournefort compte sept especes de melon, entre lesquelles nous nous contenterons de décrire l'espece commune, que les Botanistes nomment melo vulgaris.
Cette plante pousse sur la terre des tiges longues, sarmenteuses, rudes au toucher. Ses feuilles ressemblent entierement à celles du concombre ; elles sont seulement un peu plus petites, plus arrondies, & moins anguleuses. Des aisselles des fleurs naissent des fleurs jaunes, semblables à celles du concombre, nombreuses, dont les unes sont stériles, & les autres fertiles. A ces dernieres fleurs succedent des fruits, qui sont au commencement un peu velus, mais qui perdent leur coton en grandissant.
Il y a beaucoup de variété dans ce fruit, tant par rapport à la couleur de l'écorce & de la pulpe, au goût & à l'odeur, que par rapport à la figure, à la grosseur, & à d'autres particularités semblables. Les uns sont plus gros que la tête d'un homme, les autres sont de médiocre grosseur, & les autres petits. Les uns sont de forme allongée, les autres ovale, arrondie, renflée ; les uns lisses, les autres différemment brodés, ou cannelés. Tous sont couverts d'une écorce assez dure & épaisse, de couleur verte, cendrée, jaune, &c.
Leur chair est tendre, moëlleuse, humide, glutineuse, blanche, jaunâtre, verdâtre, ou rougeâtre, d'une odeur suave, d'un goût doux comme du sucre, & fort agréable. L'intérieur du fruit est divisé en trois principales loges, chacune desquelles semble être subdivisée en deux autres. Ces loges sont remplies d'un grand nombre de semences, presque ovales, & applaties, blanches, revêtues chacune d'une écorce dure comme du parchemin, & contenant une amande très-blanche, douce, huileuse, savoureuse. Les loges où sont enchâssées les semences, & qui font le coeur du melon, sont composées d'une moëlle liquide, rougeâtre & de bon goût.
On cultive cette plante sur des couches dans les jardins pour l'excellence de son fruit ; & cette culture, si perfectionnée de nos jours, demande cependant quelques remarques particulieres ; sur quoi voyez MELON, Agricult. (D.J.)
MELON, (Agricult.) Quoique la culture des melons soit très-perfectionnée, MM. Bradley & Miller y reprennent encore des pratiques, qui, pour être d'un usage presque universel, n'en sont pas moins contraires aux lois de la nature.
1°. Lorsqu'un melon ou un concombre est en fleur, plusieurs jardiniers ont coutume d'en ôter toutes les fausses fleurs, qui, disent-ils, ne manqueroient pas d'affoiblir la plante ; mais si ce sont des fleurs mâles qu'ils ôtent, comme il est vraisemblable, ce sont elles que la nature a destinées pour la propagation du fruit.
2°. Ils ont l'habitude de coucher les différentes branches courantes à égale distance les unes des autres, & de les soulever très-souvent pour appercevoir le jeune fruit ; mais cet usage lui fait beaucoup de tort, parce que les vaisseaux qui portent le suc dans le fruit sont tendres, & sujets à se froisser, pour peu qu'on le dérange de l'endroit où il croît naturellement, desorte qu'il arrive que par cette seule raison, il ne croît, ni ne prospere.
3°. C'est encore une erreur d'exposer le jeune fruit au soleil, en écartant les feuilles qui en sont voisines, dans le dessein de mieux faire croître le fruit ; mais la chaleur immédiate du soleil n'est nécessaire que pour faire murir le fruit, & non pour son accroissement ; car les rayons du soleil tombant directement sur une plante, en dessechent & resserrent les vaisseaux ; desorte que la seve ne trouvant pas un passage libre, il est impossible qu'elle remplisse la plante si promptement & si abondamment qu'elle le feroit, si les vaisseaux étoient larges & ouverts, comme ils le sont toujours à l'ombre.
Pour ce qui regarde les graines, il faut s'en procurer de bons melons nés dans quelques jardins éloignés ; car si l'on seme la graine de ceux de son propre jardin, elle ne manque guere de dégénerer. Il faut garder cette graine deux ou trois ans avant que de la semer. Si l'on ne peut avoir des graines de deux ou trois ans, & qu'on soit obligé d'en semer de plus fraîches, il faut les tenir dans un endroit chaud à une distance du feu pendant deux mois, afin de leur ôter leurs parties aqueuses, & pour lors cette graine est aussi bonne, que si on l'avoit gardée deux ou trois ans. Il est parlé dans les Trans. phil. n°. 475. sect. 6. de graines de melon qui avoient 33 ans, & qui ont produit de très-bons melons ; & dans les mêmes Trans. n °. 464. de graines de melon de 43 ans, qui ont donné du fruit.
Une chose très-importante dans la culture du melon, est d'enlever exactement les mauvaises herbes, & retourner la surface de la terre sur laquelle les branches rampent ; car leurs racines sont tendres, & poussent toujours en longueur aussi loin que les branches.
Si l'on veut avoir des melons de bonne odeur, il ne faut point laisser de concombre auprès, de crainte que leur duvet mâle ne soit emporté par le vent sur les fleurs des melons, & ne les fasse tourner en fruit, ce qui donneroit à coup sûr au melon ainsi produit, le goût de concombre, selon que la farine y seroit tombée en plus ou moins grande quantité.
Quand le melon est mûr, il faut le couper de bon matin, avant que le soleil l'ait échauffé, en observant de conserver à ce melon deux pouces de tige, pour ne lui rien ôter de son parfum ; mais si l'on ne doit manger un melon qu'au bout de deux ou trois jours, il faut le cueillir avant qu'il soit parfaitement mûr, autrement il se trouveroit passé.
Si l'on desire de transplanter le melon d'une couche dans une autre, il faut faire cette transplantation dans des corbeilles d'osier, ouvertes de tous côtés, qui aient dix pouces d'ouverture par en-haut, & quatre de profondeur, parce que les racines en liberté, s'ouvrent un passage à travers la corbeille dans la terre voisine de la couche, qu'on couvre de paille & de paillassons pendant la nuit.
M. de la Quintinie a le premier publié, il y a déja presque 80 ans dans les Trans. philos. la vraie culture des melons ; & personne en France n'a depuis lors rencheri sur sa méthode, quoiqu'on n'ait cultivé cette plante beaucoup plus communément que du temps de cet habile jardinier. Nos melons sont en général assez médiocres, plus gros que savoureux : j'en excepte bien ceux des parties méridionales de ce royaume, qui viennent, pour ainsi dire, d'eux-mêmes, & sans soin ; ceux-ci sont admirables & pour le goût, & pour la graine. (D.J.)
Melons. M. Triewald indique, dans les mémoires de l'académie de Stockholm, une méthode dont il s'est servi avec succès pour entretenir les couches où l'on fait venir des melons dans une chaleur égale, & plus durable que celles que ces couches ont ordinairement. Pour cet effet, il fit faire dans son jardin des tas d'écorce de bois semblables à celles dont se servent les Tanneurs ; il fit couvrir ces tas avec de la paille, afin qu'ils ne fussent point exposés à se geler pendant l'hiver ; lorsqu'il fut question de remplir les couches à melons, on étendit également ces écorces au fond, de l'épaisseur d'environ un pié ; on mit par-dessus de la paille légérement, lorsque cette paille eut commencé à se pourrir, ou à se consommer, & à s'affaisser, on remit encore une couche d'écorces d'environ deux piés d'épaisseur, jusqu'à ce que les couches eussent la hauteur requise ; on mit encore de la paille par-dessus, & lorsqu'elle eut commencé à se pourrir, on couvrit le tout avec du terreau ordinaire dont on se sert communément pour les couches. M. Triewald assure que par cette méthode il est parvenu à entretenir dans les couches une chaleur égale jusque bien avant dans l'automne, & elles lui ont produit de très-bons melons, même dans une saison avancée, & à la suite de printems qui avoient été très-froids.
MELON, (Diete & mat. Méd.) on ne mange guere à Paris, & dans les provinces septentrionales de la France que le melon commun, à chair rougeâtre ou orangée ; mais dans les provinces méridionales de ce royaume, on mange encore le melon blanc, ou à chair blanche, c'est-à-dire, presque semblable à celle d'une poire, mais tirant sur le verdâtre, & qu'on appelle communément melon d'Espagne, & le melon d'eau, qui a la chair d'un rouge vineux très-foncé.
Le melon commun & le melon blanc ont la chair également fondante ; celle du melon d'eau l'est infiniment davantage ; c'est peut-être la plus aqueuse de toutes les substances végétales organisées. Ce n'est presque que de l'eau. Les qualités diététiques de ces trois especes de fruit sont exactement les mêmes ; la derniere differe seulement des deux premieres quant au degré de ces qualités, c'est-à-dire, en ce qu'un certain volume de melon d'eau doit être regardé comme répondant à peine à un volume trois fois moindre de melon commun, ou de melon blanc.
Le melon fournit un aliment agréable, aisé à digerer, rafraîchissant, humectant, désaltérant. Les habitans des pays chauds, où ils sont excellens, trouvent une grande ressource dans leur usage journalier contre l'influence du climat. Dans ces pays, on en mange presque à tous les repas ; & on les fait rafraîchir en les faisant tremper tout entiers dans de l'eau de puits, ou en les couvrant de glace. Il est rare qu'ils causent des accidens. Ils ne lâchent pas même aussi souvent le ventre qu'on pourroit le penser, en considérant leur analogie avec d'autres fruits de la même famille, tels que la coloquinte & le concombre sauvage, & en partant d'après l'observation de la vertu très-purgative du melon lui-même, dans le pays où il croît naturellement & sans culture. J'ai vû un malade qui en mangeoit un par jour, tandis qu'il prenoit des eaux minérales purgatives, sans en être incommodé. On a cependant vû quelquefois que ce fruit mangé avec excès, sur-tout par les personnes qui n'y sont point accoutumées, & dans les climats moins chauds, a causé des coliques, suivies quelquefois de dissenteries ou de cours de ventre opiniâtres. Mais il n'est pas possible de déterminer quels sont les sujets qui doivent s'abstenir de l'usage du melon. Il faut s'en rapporter à cet égard aux tentatives de chacun ; & heureusement ces tentatives ne sont pas dangereuses. On croit communément que le melon est moins dangereux lorsqu'on le mange avec du sel, & qu'on boit par-dessus du bon vin un peu copieusement. Il n'est pas clair que ce soit-là un assaisonnement salutaire ; mais il est certain qu'il est au-moins fort agréable.
La semence du melon commun est une des quatre semences froides majeures. Voyez SEMENCES FROIDES.
Cette confiture si commune, qu'on nous vend sous le nom d'écorce verte de citron, est l'écorce préparée d'une espece de gros melon, qui croît en Italie. Cette confiture est en général pesante à l'estomac, & de difficile digestion. (b)
MELONS PETRIFIES, (Histoire nat.) nom donné très-improprement par quelques voyageurs & naturalistes, à des pierres d'une forme ovale ou sphéroïde, en un mot de la forme des melons ; il y en a depuis la grosseur d'un oeuf de poule jusqu'à celle des plus gros melons ; ces melons sont unis à leur surface & d'une couleur qui est ou grisâtre ou brune & ferrugineuse ; on les trouve sur le mont Carmel, dans une couche de grès d'un gris couleur de cendre, dont ils se détachent assez aisément. Quand on vient à les casser, on y trouve une cavité plus ou moins réguliere, qui est entierement couverte de petits crystaux brillans & transparens, dont les sommets sont vers le centre de la cavité. On dit que la pierre même paroît être de la nature du marbre ; elle est d'une couleur jaunâtre, prend très-bien le poli, & ressemble assez au marbre de Florence ; à proportion de la grosseur de la pierre, elle a tantôt un pouce tantôt un demi-pouce d'épaisseur ; & quelquefois la pierre totale est enveloppée dans une autre croûte plus mince qui ressemble en quelque façon à l'écorce du fruit.
Les Moines qui habitent le mont Carmel, disent aux voyageurs, que c'est par miracle que ces pierres ont été formées ; & ils racontent, que lorsque le prophete Elie vivoit sur cette montagne, voyant un jour passer un laboureur chargé de melons auprès de sa grotte, il lui demanda un de ces fruits ; mais ayant répondu que ce n'étoit point des melons, mais des pierres qu'il portoit, le prophete, pour le punir, changea ses melons en pierres.
Au reste, ces prétendus melons pétrifiés ne ressemblent point parfaitement à de vrais melons ; on n'y remarque point les côtes, ni la queue ou tige ; & le merveilleux cessera, lorsqu'on fera attention que l'on rencontre en une infinité d'endroits des cailloux & d'autres pierres, arrondis à l'extérieur, dans lesquelles on trouve des cavités remplies de crystaux, & quelquefois même de l'eau. Ainsi les melons pétrifiés du mont Carmel ne doivent être regardés que comme des corps produits suivant l'ordre ordinaire de la nature. (-)
MELON, terme de Perruquier, est une sorte d'étui, à-peu-près de la forme d'un melon, qui s'ouvre par le milieu, & dont les personnes qui voyagent se servent pour enfermer leurs perruques, sans qu'elles soient gâtées. Les melons sont ordinairement faits de carton battu, & recouvert d'une peau : ce sont les Gaîniers qui les fabriquent.
|
| MELONGENE | S. f. (Hist. nat. Bot.) Tournefort compte douze especes de ce genre de plante ; mais ces variétés ne consistent que dans la différente grandeur, forme, & couleur du fruit, ou dans les piquans dont il est armé.
Nous n'avons donc besoin que de décrire ici l'espece commune nommée par le même Tournefort, melongena, fructu oblongo, violaceo. Inst. rei herb. 151.
Sa racine qui est fibreuse & peu profonde, pousse une tige ordinairement simple, d'environ un pié de haut, de la grosseur du doigt, cylindrique, rougeâtre, couverte d'un certain duvet qui s'en peut aisément détacher. Elle jette des rameaux nombreux, & placés sans ordre, qui partent des aisselles des feuilles.
Ses feuilles sont de la grandeur de la main, & même plus grandes, assez ressemblantes aux feuilles de chêne, sinuées ou plissées sur les bords, mais non crenelées ou dentelées, vertes & couvertes superficiellement d'une certaine poudre blanche comme de la farine. Elles sont portées sur de grosses queues, longues d'un empan ; leurs nervures sont rougeâtres comme la tige, & quelquefois épineuses.
A l'opposite des feuilles, sortent des fleurs, tantôt seules, tantôt deux à deux ou trois à trois, sur la même tige ou la même branche. Ces fleurs sont des rosettes à cinq pointes, en façon d'étoile, amples, sinuées, blanchâtres ou purpurines, soutenues par des calices hérissés de petites épines rougeâtres, & divisés en cinq segmens pointus. Quand les fleurs sont passées, il leur succede des fruits, environ de la grosseur d'un oeuf ou d'un concombre, & selon l'espece, oblongs, cylindriques, ou ovoïdes, solides, lisses, de couleur violette, jaune purpurine, blanche, noire, ou verdâtre, doux au toucher, remplis d'une pulpe ou chair succulente. Ces fruits contiennent plusieurs semences blanchâtres, applaties, qui ont pour l'ordinaire la figure d'un petit rein, & ressemblent assez à la graine du poivre d'inde.
Il est vraisemblable que la mélongene est le bedingian des Arabes, le tongu des habitans d'Angola, & le belingel des Portugais. Quelques botanistes modernes, comme Dodonée, Gérard, Lonicer, & Gesner, ont nommé le fruit de cette plante mala insana, des pommes dangereuses, ou mal-saines, ou propres à rendre fou. Cependant ce fruit n'est nullement mal-faisant, comme il paroît par l'usage continuel qu'en font les Espagnols, les Italiens, & les habitans de la côte de Barbarie dans leurs salades & leurs ragoûts. Les habitans des Antilles les font bouillir après les avoir pelées ; ensuite ils les coupent par quartiers, & les mangent avec de l'huile & du poivre. Les Anglois leur trouvent un goût insipide ; les Botanistes qui s'embarrassent peu du goût des fruits, cultivent la mélongene par pure curiosité. (D.J.)
MELONGENE, (Diete). Le fruit de cette plante se mange très-communément en été & en automne, dans les provinces méridionales de France. La maniere la plus usitée de les apprêter, c'est de les partager longitudinalement par le milieu, de faire dans leur chair de profondes entailles, qui ne percent cependant point la peau, de les saupoudrer de sel & de poivre, de les couvrir de mie de pain & de persil haché, de les arroser avec beaucoup d'huile, & de les faire cuire avec cet assaisonnement au four ou sur le gril. On les coupe aussi par tranches longitudinales ; après les avoir pelées, on les couvre d'une pâte fine, & on en prépare des bignets à l'huile. On les mange aussi au jus comme les cardes, avec du mouton sous la forme du ragoût populaire qu'on appelle haricot à Paris & aux environs.
Ce fruit a fort peu de goût par lui-même, mais il fournit une base très-convenable aux divers assaisonnement dont nous venons de parler.
Presque tous les auteurs, en y comprenant le continuateur de la matiere médicale de Geoffroy, conviennent que la melongene est un aliment non seulement froid & insipide, mais aussi mauvais que les champignons ; qu'il excite des vents, des indigestions, & des fievres, &c. Tous ces auteurs se trompent : on en mange à Montpellier, par exemple, pendant quatre mois consécutifs, autant au-moins que de petits pois à Paris, dans le même tems, c'est-à-dire presque deux fois par jour dans la plus grande partie des tables : les étrangers surtout les trouvent très-appétissantes, & en mangent beaucoup. On en trouve dans plusieurs potagers de Paris, depuis quelques années, & j'ai vû beaucoup de personnes qui connoissoient ce mets, en faire apprêter plusieurs fois, & en faire manger à beaucoup de personnes, pour l'estomac desquelles c'étoit un aliment insolite ; & je puis assurer que je n'ai jamais vû l'usage de ce fruit suivi de plus d'accidens que la nourriture la plus innocente. (b)
|
| MELONNIERE | S. f. (Jardinage) est l'endroit du jardin où s'élevent les melons ; il est ordinairement renfoncé & soutenu par des murs ou entouré de brises-vent de paille. Les couches qu'on y forme servent non seulement à élever les plantes les plus délicates, mais elles fournissent tout le terreau si nécessaire dans les jardins.
|
| MELOPÉE | S. f. , (Musique) étoit dans la musique greque, l'art ou les regles de la composition du chant, dont l'exécution s'appelloit mélodie, voyez ce mot.
Les anciens avoient diverses regles pour la maniere de conduire le chant, par degrés conjoints, disjoints ou mêlés, en montant ou en descendant. On en trouve plusieurs dans Aristoxene qui dépendent toutes de ce principe, que dans tout système harmonique, le quatrieme ou le cinquieme son, après le son fondamental, on doit toujours frapper la quarte ou la quinte juste, selon que les tétracordes sont conjoints ou disjoints ; différence qui rend un mode quelconque authentique ou plagal, au gré du compositeur.
Aristide Quintilien divise toute la mélopée en trois especes qui se rapportent à autant de modes, en prenant ce nom dans un nouveau sens. La premiere étoit l'hypatoïde appellée ainsi de la corde hypate, la principale ou la plus basse ; parce que le chant régnant seulement sur les sons graves, ne s'éloignoit pas de cette corde, & ce chant étoit approprié au mode tragique. La seconde espece étoit la mesoïde, de mesé, la corde du milieu, parce que le chant rouloit sur les sons moyens, & celle-ci répondoit au mode nomique consacré à Apollon. Et la troisieme s'appelloit netoïde, de neté, la derniere corde ou la plus haute : son chant ne s'étendoit que sur les sons aigus, & constituoit le mode dithyrambique ou bacchique. Ces modes en avoient d'autres qui leur étoient en quelque maniere surbordonnés, tels que l'hérotique ou amoureux, le comique, & l'encosmiasque destiné aux louanges. Tous ces modes étant propres à exciter ou à calmer certaines passions, influoient beaucoup dans les moeurs : & par rapport à cette influence, la mélopée se partageoit encore en trois genres ; savoir, 1°. Le systaltique, ou celui qui inspiroit les passions tendres & amoureuses, les passions tristes & capables de resserrer le coeur, suivant le sens même du mot grec. 2°. Le diastaltique, ou celui qui étoit propre à l'épanouir en excitant la joie, le courage, la magnanimité, & les plus grands sentimens. 3°. L'ésuchastique, qui tenoit le milieu entre les deux autres, c'est-à-dire, qui ramenoit l'ame à un état de tranquillité. La premiere espece de mélopée convenoit aux poésies amoureuses, aux plaintes, aux lamentations, & autres expressions semblables. La seconde étoit réservée pour les tragédies & les autres sujets héroïques. La troisieme, pour les hymnes, les louanges, les instructions. (S)
|
| MELOPEPO | (Botan.) genre de plante qui differe des autres cucurbitacées, en ce que son fruit est rond, strié, anguleux, divisé le plus souvent en cinq parties, & rempli de semences applaties & attachées à un placenta spongieux. Tournef. inst. rei herb. Voyez PLANTE.
|
| MELOPHORE | adj. (Littér. greq.) surnom de Cérès, qui signifie celle qui donne des troupeaux. Cérès mélophore avoit à Mégare un temple sans toit. Le mot mélophore est formé de , brebis, & de , je porte. (D.J.)
|
| MELOS | (Géog. anc.) nom commun à quelques lieux, 1°. Mélos, petite île de l'Archipel, dont le nom moderne est Milo. 2°. Mélos, ville de Thessalie. 3°. Mélos, ville située à l'extrémité de l'Espagne, auprès des colonnes d'Hercule. (D.J.)
MELOS, terre de, (Hist. nat.) nom donné par quelques auteurs anciens à une terre qui se trouve dans l'île de Mélos dans l'Archipel. On dit qu'elle est d'un blanc tirant sur le gris, seche, friable, & un peu liée. Il y a tout lieu de croire que c'est une espece de marne. Les anciens l'appelloient terra melia ; il ne faut point la confondre avec la terre qu'ils nommoient melinum. Voyez cet article. (-)
|
| MÉLOTE | S. f. (Antiq. eccl.) Ce mot purement grec, , se prend en général selon Henri Etienne, pour la peau de toutes sortes de quadrupedes à poil ou à laine ; mais il designe en particulier une peau de mouton ou une peau de brebis avec sa toison : car signifie brebis. Les premiers anachoretes se couvroient les épaules avec une mélote, & erroient ainsi dans les déserts. Partout où la vulgate parle du manteau d'élie, les Septante disent la mélote d'élie. M. Fleury, dans son Histoire ecclésiastique, rapporte que les disciples de S. Pacôme portoient une ceinture, & dessus la tunique une peau de chevre blanche, nommée en grec , qui couvroit les épaules. Il ajoute qu'ils gardoient l'une & l'autre à table & au lit ; mais, que, quand ils venoient à la communion, ils ôtoient la mélote & la ceinture, & ne gardoient que la tunique. (D.J.)
|
| MELOU | ou MELAVE, (Géog.) petite ville de la haute Egypte, sur la riviere occidentale du Nil, presque vis-à-vis d'Ansola, à 4 lieues d'Insine qui est l'Antinopolis des anciens. Long. 49. 30. lat. 27. 30. (D.J.)
|
| MELPES | (Géograph. anc.) riviere de la grande Grece, auprès du promontoire Palinure, selon Pline, lib. III. cap. v. Le nom moderne est la Molpa, riviere du royaume de Naples, dans la principauté citérieure. (D.J.)
|
| MELPOMENE | (Mythol.) une des neuf Muses. Son nom signifie attrayante, & les poëtes la font présider en particulier à la tragédie.
Dans une scene intéressante
Retraçant d'illustres malheurs,
Vois Melpomene gémissante
De nos yeux arracher des pleurs !
Sur l'ame vivement atteinte
La compassion & la crainte
Font d'utiles impressions,
Et l'affreuse image du crime
Dont le coupable est la victime,
Du coeur purge les passions.
On représente Melpomene avec un visage sérieux, tenant le poignard d'une main, & des sceptres de l'autre.
La Pitié la suit gémissante ;
La Terreur, toujours menaçante,
La soutient d'un air éperdu.
Quel infortuné faut-il plaindre ?
Ciel ! quel est le sang qui doit teindre
Le fer qu'elle tient suspendu ?
Cependant cette muse, sous le nom de laquelle on nous peint le vrai caractere du tragique ; cette muse, dis-je, qu'on a tant de raisons d'admirer, n'est autre chose dans Horace que la poésie même, le feu, l'harmonie, l'enthousiasme : l'art & l'étude peuvent bien les régler ; mais la nature seule en fait présent à ceux à qui elle destine ses lauriers ; & sans le don de ses faveurs, on ne méritera jamais le beau nom de poëte. (D.J.)
|
| MELPUM | (Géog. anc.) ancienne ville d'Italie dans l'Insubrie. Elle ne subsistoit déjà plus du tems de Pline. On soupçonne que c'est Melzo, bourg du Milanez. (D.J.)
|
| MELTE | S. f. (Jurispr.) terme usité dans quelques coutumes pour signifier l'étendue de la jurisdiction d'un juge. Voyez DISTRICT & RESSORT.
|
| MELTRISCHSTATT | (Géog.) ou MELLERSTATT, en latin moderne, Melristadium, ville ruinée d'Allemagne, au cercle de Franconie, dans l'évêché de Wurtzbourg, chef-lieu d'un bailliage de même nom, sur le Strat. Elle est renommée par la bataille qui s'y donna entre l'empereur Henri IV. & Rodolphe duc de Suabe. (D.J.)
|
| MELULE | (Géogr.) Mellulus, grande riviere d'Afrique au royaume de Fez. Elle sort du mont Atlas, & se rend dans le Mulnya qui est le flumen Malva des anciens, qui séparoit les deux Mauritanies, la Tingitane & la Césarienne ; de même le Mulnya sépare aujourd'hui les royaumes de Fez & d'Alger. (D.J.)
|
| MELUN | (Géog.) ville de France dans le Hurepoix, aux confins du Gâtinois, sur la Seine, à dix lieues au-dessus de Paris, à quatre au-dessous de Fontainebleau, & à quatorze de Sens.
Cette ville est fort ancienne ; & si l'on en croit ses citoyens, elle a servi de modele pour bâtir celle de Paris. Ce qu'il y a de sûr, c'est que la figure & la situation de ces deux places sont parfaitement semblables. La riviere de Seine forme une île à Melun, & coupe la ville en trois parties : l'une du côté de la Brie qui est la ville, celle de l'île qui est la cité, & celle qui touche le Gâtinois.
L'ancien nom de Melun est Melodunum ; elle est nommée Metiosedum, dans les commentaires de César, dit le savant abbé de Longuerue ; mais cet habile homme auroit eu bien de la peine à le prouver, & pour n'en pas dire ici davantage, voyez METIOSEDUM. Melun étoit autrefois dans le territoire des Sénonois ; aussi est-elle encore du diocese de Sens.
On avoit cru voir dans cette ville les vestiges d'un temple consacré à Isis. Mais après avoir mieux regardé, il s'est trouvé, que ce qu'on y montre sous ce nom, sur le bord de l'île vers le Nord, à côté de l'église de Notre-Dame, n'est qu'un reste de salle des chanoines de ce lieu, & son antiquité ne paroît pas remonter plus haut que le regne du roi Robert. C'est un bâtiment de forme quarrée-longue, dont il n'y a plus que les quatre murs.
Melun a été assiégé & pris plusieurs fois par les Anglois & le duc de Bourgogne. Les habitans en chasserent les premiers, & y reçurent les troupes de Charles VII. Ce prince, par reconnoissance leur accorda de beaux privileges, dont il ne leur reste que les lettres patentes en date du dernier Février 1432. Le bailliage & le siege présidial de Melun se gouvernent par une coutume particuliere appellée la coutume de Melun, qui fut rédigée en 1560. Long. 20. 16. lat. 48. 33.
Cette ville a été le tombeau de deux de nos rois & la patrie d'un homme qui fut le précepteur de deux autres, après avoir commencé par l'être des enfans d'un particulier (de M. Bouchetel) secrétaire d'état. On sait que je veux parler de Jacques Amyot, qui de très-basse naissance, parvint aux plus éminentes dignités.
La traduction des amours de Théagene & de Chariclée qu'il mit au jour en 1549, en fut l'origine. Elle le fit connoître à la cour, & Henri II. lui donna pour lors l'abbaye de Bellozane en 1551, il fut nommé pour aller à Trente, & y prononça au nom du roi, cette protestation si hardie & si judicieuse, que l'on ne cesse de lire avec plaisir dans les actes de ce concile. Peu de tems après son retour d'Italie, il fut choisi par Henri II. pour être le précepteur de ses enfans. Ce fut à la reconnoissance de ses augustes éleves, qu'il dut sa fortune. Charles IX. le fit évêque d'Auxerre & grand aumônier. Henri III. lui donna le cordon bleu, qu'à sa considération il attacha pour toujours à la grande aumônerie. Enfin il mourut comblé de célébrité, de gloire & d'années en 1593, étant presqu'octogénaire.
Son principal ouvrage est sa traduction de toutes les oeuvres de Plutarque, dont nous avons deux éditions très-belles par Vascosan, l'une in-fol. & l'autre in -8°.
Les graces du style la firent réussir avec avidité, quoiqu'elle soit souvent infidele ; & malgré les changemens arrivés dans la langue, on la lit toujours avec plaisir. Les vies des hommes illustres ont été traduites plusieurs fois depuis Amyot, mais sa traduction est toujours restée seule entre les mains de tout le monde ; & celle même de M. Dacier, qui parut en 1722, ne l'a point fait oublier.
Disons un mot des rois Robert & Philippe, morts à Melun. Le premier y finit sa carriere le 20 Juin 1031, à soixante ans. On sait tout ce que ce prince éprouva de Grégoire V. au sujet de son mariage avec Berthe. Il fallut qu'il obéit ; & même ensuite combien de pélérinages ne se crut-il pas obligé de faire à Rome ?
Le roi Philippe termina ses jours à Melun, âgé de cinquante-sept ans, le 29 Juillet 1108. Son regne célebre par sa longueur, le fut sur-tout par plusieurs grands évenemens, où ce monarque ne prit point de part ; desorte qu'il parut d'autant plus méprisable à ses sujets, que le siecle étoit plus fécond en héros. (D.J.)
|
| MÉMARCHURE | S. f. (Maréchall.) on appelle ainsi l'effort qu'un cheval se donne au paturon, en posant son pié à faux. Voyez PATURON.
|
| MEMBRANE | S. f. (Anat.) c'est une espece de peau mince, flexible, formée de diverses sortes de fibres entrelacées ensemble, & qui sert à couvrir ou à envelopper certaines parties du corps. Voyez CORPS, RTIERTIE.
Les membranes du corps sont de différentes sortes, & ont différens noms ; tels sont le périoste, la plevre, le péricarde, le péritoine, &c. Voyez-les chacun dans son article, &c. tels sont aussi la membrane adipeuse, la membrane charnue, la membrane appellée nictitans.
Les membranes des vaisseaux se nomment tuniques, & celles qui couvrent le cerveau, portent le nom particulier de meninges. Voy. TUNIQUE & MENINGES.
Les fibres des membranes leur donnent une élasticité, au moyen de laquelle elles peuvent se contracter, & embrasser étroitement les parties qu'elles enveloppent ; & ces fibres étant nerveuses, leur donnent un sentiment exquis, qui est la cause de leur contraction : ainsi elles ne peuvent guere souffrir les médicamens âcres, & se réunissent difficilement quand elles sont blessées. Elles sont garnies de quantité de petites glandes qui séparent une humeur propre à humecter les parties qu'elles renferment. L'épaisseur & la transparence des membranes sont cause qu'on y apperçoit mieux que dans aucune autre partie du corps, les ramifications des vaisseaux sanguins, dont les divisions infinies, les tours & les détours en mille manieres, les fréquentes anastomoses, non-seulement des veines avec les arteres, mais aussi des veines avec les veines, & des arteres avec les arteres, forment un réseau très-délicat qui couvre toute la membrane, & qui est très-agréable à voir. Voyez VAISSEAU, &c.
L'usage des membranes est de couvrir & envelopper les parties, & de les fortifier, de les garantir des injures extérieures, de conserver la chaleur naturelle, de joindre une partie à l'autre, de soutenir les petits vaisseaux & les nerfs qui s'étendent dans leurs duplicatures, d'empêcher les humeurs de retourner dans leurs vaisseaux, comme les valvules empêchent le sang de retourner au coeur & dans les veines, d'empêcher le chyle de retourner dans le canal thorachique, & la lymphe dans les vaisseaux lymphatiques. Voyez VALVULE, &c.
Les Anatomistes avancent généralement qu'il y a une membrane commune à tous les muscles : l'aponevrose que l'on voit à plusieurs, les a jettés dans cette erreur ; car si on y fait bien attention, on ne trouvera point de pareille membrane.
La membrane propre des muscles est celle qui couvre immédiatement toutes les fibres d'un muscle en général & chacune en particulier, & qui y est étroitement attachée. Il y a une autre membrane, appellée membrane commune des vaisseaux, qui est fort mince, & qui accompagne presque tous les vaisseaux. On doit au reste remarquer que toutes ces membranes ne sont que des dépendances du tissu cellulaire, & qu'elles sont formées par ce tissu. Voyez CELLULAIRE, VAISSEAU, VEINE, ARTERE, &c.
Toutes ces membranes reçoivent des arteres, des veines & des nerfs, des parties dont elles sont le plus proche.
MEMBRANE adipeuse. Voyez ADIPEUSE.
MEMBRANE charnue. Voyez CHARNUE.
MEMBRANE du tympan. Voyez TYMPAN & TROU.
MEMBRANE allantoïde. Voyez ALLANTOÏDE.
MEMBRANE des yeux. Voyez YEUX.
MEMBRANE VELOUTEE, en Anatomie, c'est la membrane ou tunique interne de l'estomac & des intestins. Voyez ESTOMAC & INTESTINS.
On voit sur la surface intérieure de cette membrane ou tunique, un nombre infini de fibrilles, qui s'élevent perpendiculairement dans toute la substance, que quelques-uns prétendent ne servir qu'à défendre l'estomac contre les humeurs acrimonieuses ; mais M. Drake les regarde comme des conduits excrétoires des glandes qui sont au-dessous, que quelques-uns appellent un parenchime, & qu'on a déja rejetté : mais elles sont vraiment les organes par lesquels la plus grande partie de l'humeur qui est déchargée dans l'estomac & les intestins est séparée, & ces fibrilles sont les conduits immédiats par lesquels l'humeur est portée.
MEMBRANE, (Jardinage) est la peau ou l'enveloppe des chairs & autres parties d'un fruit.
|
| MEMBRANEUX | EUSE, adj. en Anatomie, épithete qui se donne à différentes parties qui ont quelque rapport avec la membrane. Voyez MEMBRANE.
C'est dans ce sens qu'on a appellé un des muscles de la jambe, le demi-membraneux.
Ce muscle est situé à la partie postérieure & interne de la cuisse ; il s'attache supérieurement par un tendon très-plat & large à la partie latérale interne de la tuberosité de l'os ischion au-dessous du biceps & du demi-nerveux ; son tendon plat & large se continue jusqu'environ la partie moyenne de la cuisse : c'est ce qui l'a fait nommer demi-membraneux ; ensuite redevenant charnu, il va s'attacher à la partie postérieure & supérieure & interne du tibia par un tendon court.
|
| MEMBRÉ | adj. en termes de Blason ; il se dit des cuisses & jambes des aigles, des cygnes & autres oiseaux, quand ils les ont d'un autre émail que le reste du corps.
Foissi, d'azur au cygne d'argent, bequé & membré d'or.
|
| MEMBRES | S. f. en Anatomie, sont les parties extérieures qui viennent du tronc ou corps d'un animal, comme les branches viennent du tronc d'un arbre. Voyez CORPS.
Les Médecins divisent le corps en trois régions ou ventres, qui sont la tête, la poitrine & le bas-ventre, ou abdomen ; & en extrémités, qui sont les membres. Voyez EXTREMITE.
MEMBRE, (Mythol.) chaque membre ou portion du corps, étoit autrefois consacré & voué à quelque divinité ; la tête à Jupiter, la poitrine à Neptune, la ceinture à Mars, l'oreille à la Mémoire, le front au Génie, la main droite à la Foi ou Fidélité, les genoux à la Miséricorde, les sourcils à Junon, les yeux à Cupidon, ou, selon d'autres, à Minerve ; le derriere de l'oreille droite, à Nemesis, le dos à Pluton, les reins à Vénus, les piés à Mercure, les talons & les plantes des piés à Thétis, les doigts à Minerve, &c.
MEMBRE, en Grammaire, se dit des parties d'une période ou d'une pensée. Voyez PERIODE & PENSEE.
MEMBRES D'UNE EQUATION, (Alg.) ce sont les deux parties séparées par le signe = ; ainsi dans a + b = e, a + b est un membre & c l'autre. Dans x 3 + axx - c 3 = 0, x 3 + axx - c 3 est le premier membre, & 0 l'autre : les termes d'une équation sont les différentes parties de chaque membre ; par exemple, ici x 3, + axx, - c 3, &c. sont trois termes. Voyez ÉQUATION & TERME. (O)
MEMBRE, (Architect.) s'entend de toute moulure en particulier, ou bien d'une des parties de l'entablement, d'un chapiteau, d'une base, pié-d'estal, imposte, archivolte, chambranle, &c. servant à la décoration tant extérieure qu'intérieure. On dit, ce membre d'architecture est trop fort ou trop foible, par rapport à la colonne, à la porte, à la croisée, &c.
MEMBRES D'UN VAISSEAU, (Mar.) on appelle membre dans un vaisseau, toute grosse piece de bois qui entre dans sa construction, comme varangues, allonges, genoux, &c.
MEMBRE, (Peinture) on dit que les membres d'une figure sont bien proportionnés, lorsqu'il n'y en a point de trop gros ni de trop petits par comparaison avec les autres. On ne se sert guere de ce terme. On dit des parties bien proportionnées.
|
| MEMBRETTO | dans l'Architecture, est le terme italien pour dire pilastre qui porte un arc. Ils sont souvent cannelés, mais ils n'ont jamais plus de 7 ou 9 cannelures. On s'en sert souvent pour orner les chambranles des portes & des cheminées, les fronts des galeries, & pour porter les corniches & les frises de boiserie.
|
| MEMBRON | terme de Plomberie, c'est ainsi qu'on appelle la troisieme piece qui compose les enfaîtemens de plomb qu'on met au faîte des bâtimens qui sont couverts en ardoise ; cette piece est faite en forme de quart de rond, & se place au bas de la bavette. Voyez ENFAITEMENT.
|
| MEMBRURE | S. f. (Com.) sorte de mesure dont on sert sur les ports pour mesurer la voie de bois de corde.
La membrure doit avoir quatre piés de haut & quatre piés de large.
|
| MEMCEDA | S. f. (Commerce) mesures des liquides dont on se sert à Mocha en Arabie ; elle contient trois chopines de France ou trois pintes d'Angleterre : 40 memcedas font un teman. Voyez TEMAN. Dictionn. de comm.
|
| MEMINA | S. m. (Hist. nat.) animal quadrupede de l'île de Ceylan, qui ressemble parfaitement à un daim, quoiqu'il ne soit pas plus gros qu'un lievre.
|
| MEMINI | (Géogr. anc.) peuple de la Gaule narbonnoise. Pline, liv. III. chap. iv. donne ce nom aux habitans de la ville & du territoire de Carpentras. (D.J.)
|
| MEMME | ou MEMELBURG, (Géogr.) en latin moderne Memelium, ville forte, & château de la Prusse polonoise, sur la riviere de Tangé, près de la mer Baltique, bâtie en 1250, à 48 lieues N. E. de Dantzig, 81. N. de Varsovie. Long. 39. 25. lat. 55. 50. (D.J.)
|
| MEMMINGEN | (Géog.) Drusomagus, ville impériale d'Allemagne, au cercle de Suabe, dans l'Algow. Les Suédois la prirent en 1634, les Bavarois en 1703 ; & les Impériaux la même année. Elle est dans une plaine fertile & agréable, à 6 lieues d'Ulm, 10 d'Augsbourg, à quelque distance de l'Iller. Ses habitans sont Luthériens. Son commerce consiste en toiles, étoffes, & papier qu'on y fabrique. Long. 27. 50. lat. 47. 58. (D.J.)
|
| MEMNONES | (Géog. anc.) peuples d'Ethiopie sous l'Egypte, selon Ptolomée, liv. IV. chap. viij. qui les place près de Méroé. (D.J.)
|
| MÉMOIRE | SOUVENIR, RESSOUVENIR, RÉMINISCENCE, (Synonymes) ces quatre mots expriment également l'attention renouvellée de l'esprit à des idées qu'il a déjà apperçues. Mais la différence des points de vûe accessoires qu'ils ajoûtent à cette idée commune, assigne à ces mots des caracteres distinctifs, qui n'échappent point à la justesse des bons écrivains, dans le tems même qu'ils s'en doutent le moins : le goût, qui sent plus qu'il ne discute, devient pour eux une sorte d'instinct, qui les dirige mieux que ne feroient les raisonnemens les plus subtils, & c'est à cet instinct que sont dûes les bonnes fortunes qui n'arrivent qu'à des gens d'esprit, comme le disoit un des écrivains de nos jours qui méritoit le mieux d'en trouver, & qui en trouvoit très-fréquemment.
La mémoire & le souvenir expriment une attention libre de l'esprit à des idées qu'il n'a point oubliées, quoiqu'il ait discontinué de s'en occuper : les idées avoient fait des impressions durables ; on y jette un coup-d'oeil nouveau par choix, c'est une action de l'ame.
Le ressouvenir & la reminiscence expriment une attention fortuite à des idées que l'esprit avoit entierement oubliées & perdues de vûe : ces idées n'avoient fait qu'une impression légere, qui avoit été étouffée ou totalement effacée par de plus fortes ou de plus récentes ; elles se représentent d'elles-mêmes, ou du-moins sans aucun concours de notre part ; c'est un évenement où l'ame est purement passive.
On se rappelle donc la mémoire ou le souvenir des choses quand on veut, cela dépend uniquement de la liberté de l'ame ; mais la mémoire ne concerne que les idées de l'esprit ; c'est l'acte d'une faculté subordonnée à l'intelligence, elle sert à l'éclairer : au-lieu que le souvenir regarde les idées qui intéressent le coeur ; c'est l'acte d'une faculté nécessaire à la sensibilité de l'ame, elle sert à l'échauffer.
C'est dans ce sens que l'auteur du Pere de famille a écrit : Rapportez tout au dernier moment, à ce moment où la mémoire des faits les plus éclatans ne vaudra pas le souvenir d'un verre d'eau présenté par humanité à celui qui avoit soif. (Epit. dédic.) On peut dire aussi dans le même sens : qu'une ame bienfaisante ne conserve aucun souvenir de l'ingratitude de ceux à qui elle a fait du bien ; ce seroit se déchirer elle-même & détruire son penchant favori : cependant elle en garde la mémoire, pour apprendre à faire le bien ; & c'est le plus précieux & le plus négligé de tous les arts.
On a le ressouvenir ou la réminiscence des choses quand on peut ; cela tient à des causes indépendantes de notre liberté. Mais le ressouvenir ramene tout-à-la-fois les idées effacées & la conviction de leur préexistence ; l'esprit le reconnoit : au-lieu que la réminiscence ne réveille que les idées anciennes, sans aucune réflexion sur cette préexistence ; l'esprit croit les connoître pour la premiere fois.
L'attention que nous donnons à certaines idées, soit par notre choix, soit par quelque autre cause, nous porte souvent des idées toutes différentes, qui tiennent aux premieres par des liens très-délicats & quelquefois même imperceptibles. S'il n'y a entre ces idées que la liaison accidentelle qui peut venir de notre maniere de voir, ou si cette liaison est encore sensible nonobstant les autres liens qui peuvent les attacher l'un à l'autre ; nous avons alors par les unes le ressouvenir des autres ; nous reconnoissons les premieres traces : mais si la liaison que notre ancienne maniere de voir a mise entre ces idées, n'a pas fait sur nous une impression sensible, & que nous n'y distinguions que le lien apparent de l'analogie ; nous pouvons alors n'avoir des idées postérieures qu'une réminiscence, jouir sans scrupule du plaisir de l'invention, & être même plagiaires de bonne-foi ; c'est un piége où maints auteurs ont été pris.
Il y a en latin quatre verbes qui me paroissent assez répondre à nos quatre noms françois, & différer entr'eux par les mêmes nuances ; savoir meminisse, recordari, memorari ; & reminisci.
Le premier a la forme & le sens actif, & vient, comme tout le monde sait, du vieux verbe meno, dont le prétérit par réduplication de la premiere consonne est memini ; meminisse, se rappeller la mémoire ce qui est en effet l'action de l'esprit.
Le second a la forme & le sens passif, recordari, se recorder, ou plûtôt être recordé, recevoir au coeur une impression qu'il a déjà reçue anciennement, mais la recevoir par le souvenir d'une idée touchante : si ce verbe a la forme & le sens passif, c'est que, quoique l'esprit agisse ici, le coeur y est purement passif, puisque son émotion est une suite nécessaire & irrésistible de l'acte de mémoire qui l'occasionne ; & il y a une sorte de délicatesse à montrer de préférence l'état conséquent du coeur, vû d'ailleurs qu'il indique suffisamment l'acte intérieur de l'esprit, comme l'effet indique assez la cause d'où il part : Tua in me studia & officia multùm tecùm recordere, dit Cicéron à Trébonius (Epist. famil. xv. 24.) & comme s'il avoit eu le dessein formel de nous faire remarquer dans ce recordere l'esprit & le coeur, il ajoûte : non modo virum bonum me existimabis, ce qui me semble designer l'opération de l'esprit simplement, verùm etiam te à me amari plurimùm judicabis, ce qui est dit pour, aller au coeur.
Les deux derniers, memorari, être averti par une mémoire accidentelle & non spontanée, avoir le ressouvenir, & reminisci, être ramené aux anciennes notions de l'esprit, en avoir la réminiscence ; ces deux derniers, dis-je, ont la forme & le sens passif, quoi qu'en disent les traducteurs ordinaires, à qui la dénomination de verbe déponent mal entendue en a imposé ; & ce sens passif a bien de l'analogie avec ce que j'ai observé sur le ressouvenir & la réminiscence.
Au reste, malgré les conjectures étymologiques, peut-être seroit-il difficile de justifier ma pensée entierement par des textes précis : mais il ne faudroit pas non plus pour cela la condamner trop ; car si l'euphonie a amené dans la diction des fautes même contre l'analogie & les principes fondamentaux de la grammaire, selon la remarque de Cicéron (Orat. n. 47.) Impetratum est à consuetudine ut peccare suavitatis causâ liceret ; combien l'harmonie n'aura-t-elle pas exigé des sacrifices de la justesse qui décide du choix des synonymes ? Dans notre langue même, où les lois de l'harmonie ne sont pas à beaucoup près si impérieuses que dans la langue latine, combien de fois les meilleurs écrivains ne sont-ils pas obligés d'abandonner le mot le plus précis, & de lui substituer un synonyme modifié par quelque correctif, plûtôt que de faire une phrase mal sonnante, mais juste ? (B. E. R M.)
MEMOIRE, s. f. (Métaphysique) il est important de bien distinguer le point qui sépare l'imagination de la mémoire. Ce que les Philosophes en ont dit jusqu'ici est si confus, qu'on peut souvent appliquer à la memoire ce qu'ils disent de l'imagination, & à l'imagination ce qu'ils disent de la mémoire. Locke fait lui-même consister celle-ci en ce que l'ame a la puissance de réveiller les perceptions qu'elle a déja eues, avec un sentiment qui dans ce tems-là la convainc qu'elle les a eues auparavant. Cependant cela n'est point exact ; car il est constant qu'on peut fort bien se souvenir d'une perception qu'on n'a pas le pouvoir de réveiller.
Tous les Philosophes sont ici tombés dans l'erreur de Locke. Quelques-uns qui prétendent que chaque perception laisse dans l'ame une image d'elle-même, à-peu-près comme un cachet laisse son empreinte, ne font pas exception ; car que seroit-ce que l'image d'une perception qui ne seroit pas la perception même ? La méprise en cette occasion vient de ce que, faute d'avoir assez considéré la chose, on a pris pour la perception même de l'objet quelques circonstances ou quelque idée générale, qui en effet le réveillent.
Voici donc en quoi différent l'imagination, la mémoire & la réminiscence ; trois choses que l'on confond assez ordinairement. La premiere réveille les perceptions mêmes ; la seconde n'en rappelle que les signes & les circonstances ; & la derniere fait reconnoître celles qu'on a déja eues.
Mais pour mieux connoître les bornes posées entre l'imagination & la mémoire, distinguons les différentes perceptions que nous sommes capables d'éprouver, & examinons quelles sont celles que nous pouvons réveiller, & celles dont nous ne pouvons nous rappeller que les signes, quelques circonstances ou quelque idée générale. Les premieres donnent de l'exercice à l'imagination & les autres à la mémoire.
Les idées d'étendues sont celles que nous réveillons le plus aisément ; parce que les sensations d'où nous les tirons sont telles que, tant que nous veillons, il nous est impossible de nous en séparer. Le goût & l'odorat peuvent n'être point affectés ; nous pouvons n'entendre aucun sens & ne voir aucune couleur ; mais il n'y a que le sommeil qui puisse nous enlever les perceptions du toucher. Il faut absolument que notre corps porte sur quelque chose, & que ses parties pesent les unes sur les autres. De-là naît une perception qui nous les représente comme distantes & limitées, & qui par conséquent emporte l'idée de quelque étendue.
Or, cette idée, nous pouvons la généraliser en la considérant d'une maniere indéterminée. Nous pouvons ensuite la modifier & en tirer, par exemple, l'idée d'une ligne droite ou courbe. Mais nous ne saurions réveiller exactement la perception de la grandeur d'un corps, parce que nous n'avons point là-dessus d'idée absolue qui puisse nous servir de mesure fixe. Dans ces occasions, l'esprit ne se rappelle que les noms de pié, de toise, &c. avec une idée de grandeur d'autant plus vague que celle qu'il veut se représenter est plus considérable.
Avec le secours de ces premieres idées, nous pouvons en l'absence des objets nous représenter exactement les figures les plus simples : tels sont des triangles & des quarrés : mais que le nombre des côtés s'augmente considérablement, nos efforts deviennent superflus. Si je pense à une figure de mille côtés & à une de 999, ce n'est pas par des perceptions que je les distingue, ce n'est que par les noms que je leur ai donnés : il en est de même de toutes les notions complexes ; chacun peut remarquer que, quand il en veut faire usage, il ne se retrace que les noms. Pour les idées simples qu'elles renferment, il ne peut les réveiller que l'une après l'autre, & il faut l'attribuer à une opération différente de la mémoire.
L'imagination s'aide naturellement de tout ce qui peut lui être de quelque secours. Ce sera par comparaison avec notre propre figure que nous nous représenterons celle d'un ami absent, & nous l'imaginerons grand ou petit, parce que nous en mesurerons en quelque sorte la taille avec la nôtre. Mais l'ordre & la symmétrie sont principalement ce qui aide l'imagination, parce qu'elle y trouve différens points auxquels elle se fixe & auxquels elle rapporte le tout. Que je songe à un beau visage, les yeux ou d'autres traits qui m'auront le plus frappé, s'offriront d'abord, & ce sera relativement à ces premiers traits que les autres viendront prendre place dans mon imagination. On imagine donc plus aisément une figure à proportion qu'elle est plus réguliere ; on pourroit même dire qu'elle est plus facile à voir, car le premier coup-d'oeil suffit pour s'en former une idée. Si au contraire elle est fort irréguliere, on n'en viendra à bout qu'après en avoir long-tems considéré les différentes parties.
Quand les objets qui occasionnent les sensations de goût, de son, d'odeur, de couleur & de lumiere sont absens, il ne reste point en nous de perception que nous puissions modifier pour en faire quelque chose de semblable à la couleur, à l'odeur & au goût, par exemple d'une orange. Il n'y a point non plus d'ordre, de symmétrie, qui vienne ici au secours de l'imagination. Ces idées ne peuvent donc se réveiller qu'autant qu'on se les est rendues familieres. Par cette raison, celles de la lumiere & des couleurs doivent se retracer le plus aisément, ensuite celles des sons. Quant aux odeurs & aux saveurs, on ne réveille que celles pour lesquelles on a un goût plus marqué. Il reste donc bien des perceptions dont on peut se souvenir, & dont cependant on ne se rappelle que les noms. Combien de fois même cela n'a-t-il pas lieu par rapport aux plus familieres, où l'on se contente souvent de parler des choses sans les imaginer ?
On peut observer différens progrès dans l'imagination. Si nous voulons réveiller une perception qui nous est peu familiere, telle que le goût d'un fruit dont nous n'avons mangé qu'une fois, nos efforts n'aboutiront ordinairement qu'à causer quelque ébranlement dans les fibres du cerveau & de la bouche ; & la perception que nous éprouverons ne ressemblera point au goût de ce fruit : elle seroit la même pour un melon, pour une pêche, ou même pour un fruit dont nous n'aurions jamais goûté. On en peut remarquer autant par rapport aux autres sens. Mais quand une perception est familiere, les fibres du cerveau accoutumées à fléchir sous l'action des objets obéissent plus facilement à nos efforts ; quelquefois même nos idées se retracent sans que nous y ayons part, & se présentent avec tant de vivacité, que nous y sommes trompés & que nous croyons avoir les objets sous les yeux ; c'est ce qui arrive aux fous & à tous les hommes quand ils ont des songes.
On pourroit, à l'occasion de ce qui vient d'être dit, faire deux questions. La premiere, pourquoi nous avons le pouvoir de réveiller quelques-unes de nos perceptions. La seconde, pourquoi, quand ce pouvoir nous manque, nous pouvons souvent nous rappeller au-moins les noms ou les circonstances.
Pour répondre d'abord à la seconde question, je dis que nous ne pouvons nous rappeller les noms ou les circonstances qu'autant qu'ils sont familiers. Alors ils rentrent dans la classe des perceptions qui sont à nos ordres, & dont nous allons parler en répondant à la premiere question, qui demande un plus grand détail.
La liaison de plusieurs idées ne peut avoir d'autre cause que l'attention que nous leur avons donnée, quand elles se sont présentées ensemble. Ainsi les choses n'attirant notre attention que par le rapport qu'elles ont à notre tempérament, à nos passions, à notre état, ou, pour tout dire en un mot, à nos besoins ; c'est une conséquence que la même attention embrasse tout-à-la-fois les idées des besoins & celles des choses qui s'y rapportent, & qu'elle les lie.
Tous nos besoins tiennent les uns aux autres, & l'on en pourroit considérer les perceptions comme une suite d'idées fondamentales auxquelles on rapporteroit toutes celles qui font partie de nos connoissances. Au-dessus de chacun s'éleveroient d'autres suites d'idées qui formeroient des especes de chaînes, dont la force seroit entierement dans l'analogie des signes, dans l'ordre des perceptions, & dans la liaison que les circonstances, qui réunissent quelquefois les idées les plus disparates, auroient formée. A un besoin est liée l'idée de la chose qui est propre à le soulager ; à cette idée est liée celle du lieu où cette chose se rencontre ; à celle-ci, celle des personnes qu'on y a vûes ; à cette derniere, les idées des plaisirs ou des chagrins qu'on en a reçus & plusieurs autres. On peut même remarquer qu'à mesure que la chaîne s'étend, elle se soudivise en différens chaînons, ensorte que plus on s'éloigne du premier anneau, plus les chaînons s'y multiplient. Une premiere idée fondamentale est liée à deux ou trois autres ; chacune de celles-ci à un égal nombre, ou même à un plus grand, & ainsi de suite.
Ces suppositions admises, il suffiroit, pour se rappeller les idées qu'on s'est rendues familieres, de pouvoir donner son attention à quelques-unes de nos idées fondamentales auxquelles elles sont liées. Or cela se peut toujours, puisque tant que nous veillons, il n'y a point d'instant où notre tempérament, nos passions & notre état n'occasionnent en nous quelques-unes de ces perceptions, que j'appelle fondamentales. Nous y réussirons avec plus ou moins de facilité, à proportion que les idées que nous voudrions nous retracer, tiendroient à un plus grand nombre de besoins, & y tiendroient plus immédiatement.
Les suppositions que je viens de faire ne sont pas gratuites. J'en appelle à l'expérience, & je suis persuadé que chacun remarquera qu'il ne cherche à se ressouvenir d'une chose que par le rapport qu'elle a aux circonstances où il se trouve, & qu'il y réussit d'autant plus facilement que les circonstances sont en grand nombre, ou qu'elles ont avec elle une liaison plus immédiate. L'attention que nous donnons à une perception qui nous affecte actuellement, nous en rappelle le signe ; celui-ci en rappelle d'autres, avec lesquels il a quelque rapport ; ces derniers réveillent les idées auxquelles ils sont liés ; ces idées retracent d'autres signes ou d'autres idées, & ainsi successivement.
Je suppose que quelqu'un me fait une difficulté, à laquelle je ne sais dans le moment de quelle maniere satisfaire. Il est certain que, si elle n'est pas solide, elle doit elle-même m'indiquer ma réponse. Je m'applique donc à en considérer toutes les parties, & j'en trouve qui étant liés avec quelques-unes des idées qui entrent dans la solution que je cherche, ne manquent pas de les réveiller. Celles-ci, par l'étroite liaison qu'elles ont avec les autres, les retracent successivement, & je vois enfin tout ce que j'ai à répondre.
D'autres exemples se présenteront en quantité à ceux qui voudront remarquer ce qui arrive dans les cercles. Avec quelque rapidité que la conversation change de sujet, celui qui conserve son sang-froid & qui connoît un peu le caractere de ceux qui parlent, voit toujours par quelle liaison d'idées on passe d'une matiere à une autre. J'ai donc droit de conclure que le pouvoir de réveiller nos perceptions, leurs noms ou leurs circonstances, vient uniquement de la liaison que l'attention a mise entre ces choses, & les besoins auxquels elles se rapportent. Détruisez cette liaison, vous détruisez l'imagination & la mémoire.
Le pouvoir de lier nos idées a ses inconvéniens, comme ses avantages. Pour les faire appercevoir sensiblement, je suppose deux hommes ; l'un chez qui les idées n'ont jamais pû se lier ; l'autre chez qui elles se lient avec tant de facilité & tant de force, qu'il n'est plus le maître de les séparer. Le premier seroit sans imagination & sans mémoire, il seroit absolument incapable de réflexion, ce seroit un imbécille. Le second auroit trop de mémoire & trop d'imagination ; il auroit à peine l'exercice de la réflexion, ce seroit un fou. Entre ces deux excès, on pourroit supposer un milieu, où le trop d'imagination & de mémoire ne nuiroit pas à la solidité de l'esprit, & où le trop peu ne nuiroit pas à ses agrémens. Peut-être ce milieu est-il si difficile, que les plus grands génies ne s'y sont encore trouvés qu'à peu-près. Selon que différens esprits s'en écartent, & tendent vers les extrémités opposées, ils ont des qualités plus ou moins incompatibles, puisqu'elles doivent plus ou moins participer aux extrémités qui s'excluent tout-à-fait. Ainsi ceux qui se rapprochent de l'extrémité où l'imagination & la mémoire dominent, perdent à proportion des qualités qui rendent un esprit juste, conséquent & méthodique ; & ceux qui se rapprochent de l'autre extrémité, perdent dans la même proportion des qualités qui concourent à l'agrément. Les premiers écrivent avec plus de grace, les autres avec plus de suite & de profondeur. Lisez l'essai sur l'origine des connoissances humaines, d'où ces réflexions sont tirées.
MEMOIRES, (Littér.) terme aujourd'hui très-usité, pour signifier des histoires écrites par des personnes qui ont eu part aux affaires, ou qui en ont été témoins oculaires. Ces sortes d'ouvrages, outre quantité d'évenemens publics & généraux, contiennent les particularités de la vie ou les principales actions de leurs auteurs. Ainsi nous avons les mémoires de Comines, ceux de Sully, ceux du cardinal de Retz, qui peuvent passer pour de bonnes instructions pour les hommes d'état. On nous a donné aussi une foule de livres sous ce titre. Il y a contre tous les écrits en ce genre une prévention générale, qu'il est très-difficile de déraciner de l'esprit des lecteurs, c'est que les auteurs de ces mémoires, obligés de parler d'eux-mêmes presqu'à chaque page, ayent assez dépouillé l'amour-propre & les autres intérêts personnels pour ne jamais altérer la vérité ; car il arrive que dans des mémoires contemporains partis de diverses mains, on rencontre souvent des faits & des sentimens absolument contradictoires. On peut dire encore que tous ceux qui ont écrit en ce genre, n'ont pas assez respecté le public, qu'ils ont entretenu de leurs intrigues, amourettes & autres actions qui leur paroissoient quelque chose, & qui sont moins que rien aux yeux d'un lecteur sensé.
Les Romains nommoient ces sortes d'écrits en général commentarii. Tels sont les commentaires de César, une espece de journal de ses campagnes ; il seroit à souhaiter qu'on en eût de semblables de tous les bons généraux.
On donne aussi le nom de mémoires aux actes d'une société littéraire, c'est-à-dire au résultat par écrit des matieres qui y ont été discutées & éclaircies, nous avons en ce genre les mémoires de l'académie des Sciences & ceux de l'académie des Inscriptions & Belles-Lettres ; le caractere de ces sortes d'écrits est l'élégance & la précision, une méthode qui ramene au sujet tout ce qui peut l'éclaircir, & qui en écarte avec le même soin tout ce qui est étranger. Ces deux qualités regnent dans la plûpart des pieces qui composent les recueils dont nous venons de parler, & font suffisamment l'éloge des sociétés savantes qui leur ont donné le jour.
MEMOIRE, (Jurisprud.) signifie la bonne ou mauvaise réputation qu'on laisse après soi. On fait le procès au cadavre ou à la mémoire des criminels de lése-majesté divine ou humaine, de ceux qui ont été tués en duel, ou qui ont été homicides d'eux-mêmes, ou qui ont été tués en faisant rebellion à justice avec force ouverte ; & pour cet effet on nomme un curateur au cadavre ou à la mémoire du défunt. Voyez le tit. XXII. de l'Ordonnance criminelle.
La veuve, les enfans & parens d'un condamné par sentence de contumace, qui sera décédé avant les cinq ans, à compter du jour de son exécution, peuvent appeller de la sentence, à l'effet de purger la mémoire du défunt, s'ils prétendent qu'il a été condamné injustement. Voyez le tit. XXVII. de l'Ordonnance criminelle. On brûle le procès de ceux qui ont commis des crimes atroces, pour effacer la mémoire de leur crime. (A)
MEMOIRE, ou FACTUM, (Jurisprud.) est aussi un écrit qui est ordinairement imprimé ; contenant le fait & les moyens d'une cause, instance ou procès. Voyez FACTUM. (A)
MEMOIRE DES FRAIS, (Jurisprud.) est un état des frais, déboursés, vacations & droits dûs à un procureur par la partie. Ce mémoire differe de la déclaration de dépens, en ce que celle-ci est signifiée au procureur adverse, & que l'on n'y comprend que les frais qui entrent en taxe ; au lieu que dans le mémoire des frais, le procureur comprend en général tout ce qui lui est dû par la partie, comme les ports de lettres & autres faux frais, & ce qui lui est dû pour ses pertes, soins & vacations extraordinaires, & autres choses qui n'entrent point en taxe. Voyez DEPENS. (A)
MEMOIRE, en termes de Commerce, écrit sommaire qu'on dresse pour soi-même, ou qu'on donne à un autre pour se souvenir de quelque chose.
On appelle aussi quelquefois mémoire chez les marchands & chez les artisans, les parties qu'ils fournissent à ceux à qui ils ont vendu de la marchandise, ou livré de l'ouvrage.
Ces mémoires ou parties, pour être bien dressées, doivent non-seulement contenir en détail la nature, la qualité & la quantité des marchandises fournies, ou des ouvrages livrés à crédit, mais encore l'année, le mois & le jour du mois qu'ils l'ont été, à qui on les a donnés, les ordres par écrit, s'il y en a, les prix convenus, ou ceux qu'on a dessein de les vendre, enfin les sommes déja reçues à compte. Voyez PARTIES.
Les marchands, négocians & banquiers appellent agenda, les mémoires qu'ils dressent pour eux-mêmes, & qu'ils portent toujours sur eux, & conservent le nom de mémoires à ceux qu'ils donnent à leurs garçons & facteurs, ou qu'ils envoient à leurs correspondans ou commissionnaires. Voyez AGENDA.
Les mémoires que les commissionnaires dressent des marchandises qu'ils envoient à leurs commettans, se nomment factures, & ceux dont ils chargent les voituriers qui doivent les conduire, se nomment lettres de voiture. Voyez FACTURES & LETTRES DE VOITURE, Dict. de Comm. (v)
|
| MÉMORIAL | S. m. (Comm.) livre qui sert comme de mémoire aux marchands, négocians, banquiers & autres commerçans pour écrire journellement toutes leurs affaires, à mesure qu'ils viennent de les finir.
Le mémorial est proprement une espece de journal qui n'est pas au net ; aussi l'appelle-t-on quelquefois brouillard ou brouillon. Voyez BROUILLON.
Ce livre, tout informe qu'il est, est le premier & peut-être le plus utile de tous ceux dont se servent les marchands, étant comme la base & le fondement des autres dont il conserve & fournit les matieres. Quant à la maniere de le tenir, voyez l'article LIVRE, Dict. de Commerce. (D.J.)
|
| MEMPHIS | (Géog. anc.) ville considérable d'Egypte, située à 15 mille pas au-dessus du commencement du delta ou de la séparation du Nil, sur la rive gauche de ce fleuve, peu loin des pyramides, & la capitale du nôme auquel elle donnoit son nom.
Cette ville appellée par les Egyptiens Menuf ou Migdol, & par les Hébreux Moph, étoit anciennement célebre. Nabuchodonosor la ruina ; mais elle se rétablit ; car du tems de Strabon, elle étoit grande, peuplée & la seconde ville d'Egypte, qui ne le cédoit qu'à Alexandrie.
Ses ruines ne sont plus que des masures fort peu distinctes, & qui continuent jusque vis-à-vis du vieux Caire. Parmi ces ruines est le bourg de Geze : cependant on voyoit autrefois dans Memphis plusieurs temples magnifiques, entr'autres celui de Vénus, & celui du dieu Apis. Il n'en reste plus de vestiges. (D.J.)
|
| MEMPHITE | S. f. (Hist. nat.) nom donné par les anciens à une pierre qui, mise en macération dans du vinaigre, engourdissoit les membres au point de rendre insensible à la douleur, & même à celle de l'amputation. On la trouvoit, dit-on, près de Memphis en Egypte.
On a aussi donné quelquefois le nom de memphitis à une espece d'onyx ou de camée, composée de plusieurs petites couches, dont l'inférieure est noire & la supérieure blanche. Voyez Wallerius, Minéralogie. (-)
|
| MEMPHITIS | (Géog. anc.) nôme au canton d'Egypte, au-dessus du delta, à l'occident du Nil. Il prenoit son nom, suivant Ptolomée, liv. IV. ch. v. de Memphis sa capitale.
|
| MENACE | S. f. (Gramm. & Moral.) c'est le signe extérieur de la colere ou du ressentiment. Il y en a de permises ; ce sont celles qui précedent l'injure, & qui peuvent intimider l'aggresseur & l'arrêter. Il y en a d'illicites ; ce sont celles qui suivent le mal. Si la vengeance n'est permise qu'à Dieu, la menace qui l'annonce est ridicule dans l'homme. Licite ou illicite, elle est toujours indécente. Les termes menace & menacer ont été employés métaphoriquement en cent manieres diverses. On dira très-bien, par exemple, lorsque le gouvernement d'un peuple se déclare contre la philosophie, c'est qu'il est mauvais : il menace le peuple d'une stupidité prochaine. Lorsque les honnêtes gens sont traduits sur la scène, c'est qu'ils sont menacés d'une persécution plus violente ; on cherche d'abord à les avilir aux yeux du peuple, & l'on se sert, pour cet effet, d'un Anite, d'un Milite, ou de quelqu'autre personnage diffamé, qui n'a nulle considération à perdre. La perte de l'esprit patriotique menace l'état d'une dissolution totale.
|
| MÉNADE | (Littérat.) c'est-à-dire, furieuse, de , être en fureur. Le surnom de ménades fut donné aux bacchantes, parce que dans la célébration des mysteres de Bacchus, elles ne marchoient que comme des prêtresses agitées de transports furieux. Dans ces fêtes elles couroient toutes échevelées, tenant le thyrse à la main, & faisant retentir de leurs cris insensés, ou du bruit de leurs tambours, les rives de l'Hebre & les montagnes de Rhodope jusqu'à Ismare. (D.J.)
|
| MENAE | (Géog. anc.) ville de Sicile, selon Ptolomée, liv. III. chap. iv. qui la place dans les terres entre Nectum & Paciorus. Fazel la nomme Ménée, & Niger Calategirone.
|
| MÉNAGE | MÉNAGEMENT, éPARGNE, (synom.) On se sert du mot de ménage en fait de dépense ordinaire ; de celui de ménagement dans la conduite des affaires ; & de celui d'épargne, à l'égard des revenus. Le ménage est le talent des femmes ; il empêche de se trouver court dans le besoin. Le ménagement est du ressort des maris ; il fait qu'on n'est jamais dérangé. L'épargne convient aux peres ; elle sert à amasser pour l'établissement de leurs enfans. (D.J.)
|
| MÉNAGER | on dit en Peinture qu'il faut être ménager de grands clairs & de grands bruns, parce qu'ils produisent de plus grands effets lorsqu'ils ne sont point prodigués.
|
| MÉNAGERIE | S. f. (Gram.) bâtiment où l'on entretient pour la curiosité un grand nombre d'animaux différens. Il n'appartient guere qu'aux souverains d'avoir des ménageries. Il faut détruire les ménageries, lorsque les peuples manquent de pain ; il seroit honteux de nourrir des bêtes à grands frais, lorsqu'on a autour de soi des hommes qui meurent de faim.
|
| MENAGYRTHES | S. m. pl. (Littér.) Les prêtres de Cybele furent ainsi nommés & avec raison, parce qu'ils alloient tous les mois demander des aumônes pour la grand-mere ; & pour en obtenir, ils n'épargnoient point les tours de souplesse ; c'est ce que signifie le mot grec ménargyrthe, composé de , mois, & , charlatan, charlatan de tous les mois ; combien y en a-t-il qui le sont de tous les jours ? (D.J.)
|
| MÉNALAGOGUE | (Médec.) espece de purgatif, selon la division des anciens, cru propre à évacuer la mélancholie ou bile noire. Voyez PURGATIF & HUMEUR, Médecine.
|
| MÉNALE | (Géog. anc.) en latin Maenalus, Maenalium, Maenalius mons, montagne du Péloponnèse dans l'Arcadie. Pausanias, in Arcad. c. xxxvj. Pline, l. IV. c. vj. & Strabon, l. VIII. p. 338. en parlent. La fable en a fait le théâtre d'un des travaux d'Hercule. Il attrapa, dit-elle, sur cette montagne la biche aux piés d'airain & aux cornes d'or, biche si légere à la course, que personne, avant ce héros, n'avoit pu l'atteindre. Le mont Menale ne manqua pas d'être particulierement consacré à Diane, parce que c'étoit un terrein admirable pour la chasse. Virgile n'a point oublié son éloge dans ses églogues.
Maenalus argutumque nemus, pinosque loquentes
Semper habet, semper pastorum ille audit amores.
Cette montagne étoit fort habitée, & avoit plusieurs bourgs, Alea, Pallantium, Helisson, Dipaea, &c. dont les habitans passerent à Mégalopolis. Le principal de ces bourgs se nommoit , Maenalum oppidum ; mais Pausanias dit que de son tems on n'en voyoit plus que les ruines. (D.J.)
|
| MENALIPPIE | S. f. (Ant. grég.) Fête qu'on célébroit à Sycione en l'honneur de Ménalippe, une des maîtresses de Neptune : c'étoit une maniere adroite de faire sa cour au dieu des eaux, & d'encenser ses autels.
|
| MENAM | (Géog.) Gervaise nomme ainsi la principale des trois rivieres qui traversent le royaume de Siam, & elle en baigne la capitale. Il en donne une description fort étendue dans son Hist. de Siam, part. VII. c. ij. j'y renvoie les curieux.
|
| MENANCABO | (Géog.) ville des Indes, capitale du royaume de même nom, dans l'île de Sumatra. (D.J.)
|
| MENANDRIENS | S. m. (Hist. eccles.) nom de la plus ancienne secte des Gnostiques. Ménandre, leur chef, étoit disciple de Simon le magicien, magicien comme lui, & ayant les mêmes sentimens. Voyez SIMONIENS & GNOSTIQUES.
Il disoit que personne ne pouvoit être sauvé, s'il n'étoit baptisé en son nom. Il avoit un baptême particulier qui devoit, selon lui, rendre immortel dès cette vie, & préserver de la vieillesse ceux qui le recevoient. Ménandre, selon S. Irénée, publioit qu'il étoit cette premiere vertu inconnue à tout le monde, & qu'il avoit été envoyé par les anges pour le salut du genre humain.
Il se vantoit, dit le même saint, d'être plus grand que son maître ; ce qui est contraire à ce qu'avance Théodoret, qui fait Ménandre d'une vertu inférieure à celle de Simon le magicien, qui prenoit le nom de la grande vertu. Voyez SIMONIENS, Dict. de Trévoux.
|
| MÉNAPIENS | LES, Menapii, (Géogr. anc.) peuples de la Gaule Belgique, qui avoient des bourgades sur l'une & l'autre rive du Rhin, & qui s'étendoient encore entre la Meuse & l'Escaut. Ils occupoient selon Sanson, la partie la plus méridionale de l'ancien diocèse d'Utrecht, & les pays où sont Middelbourg en Zélande, Anvers, Bois-le-duc en Brabant, Ruremonde en Gueldres, & le duché de Cleves, sur l'un & l'autre côté du Rhin. (D.J.)
|
| MENARICUM | (Géog. anc.) ville de la Gaule Belgique. Antonin la met sur la route de Castellum à Cologne, à 11 milles de la premiere, & à 19 de la seconde. On croit que c'est aujourd'hui Mergen, en françois Merville, village de Flandres sur la Lys. (D.J.)
|
| MENCAUL | ou MAUCAUD, s. m. (Comm.) mesure dont on se sert en quelques endroits de Flandres, entr'autres à Landrecy, le Quesnoy, & Casteau, &c.
A Landrecy, le mencault de froment pese, poids de marc, 97 livres, de meteil 94, de seigle 90, & d'avoine 72. Il faut remarquer que pendant sept mois de l'année, qui sont depuis y compris Août jusqu'à & y compris Février, le mencault d'avoine, se mesure comble à Landrecy, & fait sept boisseaux 1/3 mesure de Paris, ou onze rations, comme disent les Munitionnaires, & que pendant les autres cinq mois il se mesure à la main-tierce, c'est-à-dire raz, & ne faisant que six boisseaux 2/3 mesure de Paris, ou dix rations. A Saint-Quentin le septier contient quatre boisseaux mesure de Paris ; il faut deux mencaults pour un septier : ainsi le mencault est de deux boisseaux mesure de Paris. A Quesnoy, le mencault de froment pese 80, de meteil 76, de seigle 79, & d'avoine 71. A Casteau-Cambresis le mencault de froment pese 75, de meteil 70, de seigle 72, d'avoine 60 ; le tout poids de marc comme à Landrecy. Dictionnaire de Commerce.
|
| MENCHECA | (Géog.) montagne d'Afrique fort élevée & fort rude. Elle est dans le royaume de Fez, & est couverte d'épaisses forêts ; ses habitans sont des Béréberes Zénetes, qui maintiennent leur liberté par leur valeur & leur position. (D.J.)
|
| MENCIO | en latin Mincius, (Géog.) riviere d'Italie en Lombardie ; elle sort du lac de Garda, forme celui de Mantouë, & se jette dans le Pô près de sa chûte. (D.J.)
|
| MENDE | en latin vicus mimatensis, (Géog.) ancienne petite ville de France, capitale du Gévaudan, avec un évêché suffragant d'Albi. Ses fontaines & les clochers de la cathédrale sont tout ce qu'elle a de remarquable. Elle est située sur le Lot, à 15 lieues S. O. du Puy, 28 N. E. d'Albi, 120 S. E. de Paris ; son évêché vaut 4000 liv. de rentes. Long. 21d. 9'. 30''. lat. 44d. 30'. 47''. (D.J.)
|
| MENDES | S. m. (Mythol. Egypt.) Mendès étoit le dieu Pan même, que les Egyptiens honoroient sous l'hiéroglyphe du bouc, au lieu que chez les Grecs & les Romains on le représentoit avec le visage & le corps d'homme, ayant seulement les cornes, les oreilles, & les jambes ressemblantes à celles d'un bouc.
C'étoit, dit Strabon, à Mendès ville d'Egypte, que le dieu Pan étoit particulierement honoré. On juge bien que les Mendésiens n'avoient garde d'immoler en sacrifice ni bouc, ni chevre, eux qui croyoient que leur dieu Mendès se cachoit souvent sous la figure de ces animaux. (D.J.)
MENDES, (Géogr. anc.) ville ancienne de l'Egypte. Ptolomée, l. VI. c. v. parle d'une des embouchures du Nil nommée mendésienne, ostium mendesianum. Il parle aussi d'un nome appellé mendésien, & dont il fait thimus la métropole. (D.J.)
|
| MENDIANT | S. m. (Econom. politiq.) gueux ou vagabond de profession, qui demande l'aumône par oisiveté & par fainéantise, au lieu de gagner sa vie par le travail.
Les législateurs des nations ont toujours eu soin de publier des lois pour prévenir l'indigence, & pour exercer les devoirs de l'humanité envers ceux qui se trouveroient malheureusement affligés par des embrasemens, par des inondations, par la stérilité, ou par des ravages de la guerre ; mais convaincus que l'oisiveté conduit à la misere plus fréquemment & plus inévitablement que toute autre chose, ils l'assujettirent à des peines rigoureuses. Les Egyptiens, dit Hérodote, ne souffroient ni mendians ni fainéans sous aucun prétexte. Amasis avoit établi des juges de police dans chaque canton, pardevant lesquels tous les habitans du pays étoient obligés de comparoître de tems en tems, pour leur rendre compte de leur profession, de l'état de leur famille, & de la maniere dont ils l'entretenoient ; & ceux qui se trouvoient convaincus de fainéantise, étoient condamnés comme des sujets nuisibles à l'état. Afin d'ôter tout prétexte d'oisiveté, les intendans des provinces étoient chargés d'entretenir, chacun dans leur district, des ouvrages publics, où ceux qui n'avoient point d'occupation, étoient obligés de travailler. Vous êtes des gens de loisir, disoient leurs commissaires aux Israélites, en les contraignant de fournir chaque jour un certain nombre de briques ; & les fameuses pyramides sont en partie le fruit des travaux de ces ouvriers qui seroient demeurés sans cela dans l'inaction & dans la misere.
Le même esprit regnoit chez les Grecs. Lycurgue ne souffroit point de sujets inutiles ; il régla les obligations de chaque particulier conformément à ses forces & à son industrie. Il n'y aura point dans notre état de mendiant ni de vagabond, dit Platon ; & si quelqu'un prend ce métier, les gouverneurs des provinces le feront sortir du pays. Les anciens Romains attachés au bien public, établirent pour une premiere fonction de leurs censeurs de veiller sur les mendians & les vagabonds, & de faire rendre compte aux citoyens de leur tems. Cavebant ne quis otiosus in urbe oberraret. Ceux qu'ils trouvoient en faute, étoient condamnés aux mines ou autres ouvrages publics. Ils se persuaderent que c'étoit mal placer sa libéralité, que de l'exercer envers des mendians capables de gagner leur vie. C'est Plaute lui-même qui débite cette sentence sur le théatre. De mendico malè meretur qui dat ei quod edat aut bibat ; nam & illud quod dat perdit, & producit illi vitam ad miseriam. En effet, il ne faut pas que dans une société policée, des hommes pauvres, sans industrie, sans travail, se trouvent vêtus & nourris ; les autres s'imagineroient bientôt qu'il est heureux de ne rien faire, & resteroient dans l'oisiveté.
Ce n'est donc pas par dureté de coeur que les anciens punissoient ce vice, c'étoit par un principe d'équité naturelle ; ils portoient la plus grande humanité envers leurs véritables pauvres qui tomboient dans l'indigence ou par la vieillesse, ou par des infirmités, ou par des évenemens malheureux. Chaque famille veilloit avec attention sur ceux de leurs parens ou de leurs alliés qui étoient dans le besoin, & ils ne négligeoient rien pour les empêcher de s'abandonner à la mendicité qui leur paroissoit pire que la mort : malim mori quàm mendicare, dit l'un d'eux. Chez les Athéniens, les pauvres invalides recevoient tous les jours du trésor public deux oboles pour leur entretien. Dans la plûpart des sacrifices il y avoit une portion de la victime qui leur étoit réservée ; & dans ceux qui s'offroient tous les mois à la déesse Hécate par les personnes riches, on y joignoit un certain nombre de pains & de provisions ; mais ces sortes de charités ne regardoient que les pauvres invalides, & nullement ceux qui pouvoient gagner leur vie. Quand Ulysse, dans l'équipage de mendiant, se présente à Eurimaque, ce prince le voyant fort & robuste, lui offre du travail, & de le payer ; sinon, dit-il, je t'abandonne à ta mauvaise fortune. Ce principe étoit si bien gravé dans l'esprit des Romains, que leurs lois portoient qu'il valoit mieux laisser périr de faim les vagabonds, que de les entretenir dans leur fainéantise. Potiùs expedit, dit la loi, inertes fame perire, quàm in ignaviâ fovere.
Constantin fit un grand tort à l'état, en publiant des édits pour l'entretien de tous les chrétiens qui avoient été condamnés à l'esclavage, aux mines, ou dans les prisons, & en leur faisant bâtir des hôpitaux spacieux, où tout le monde fût reçu. Plusieurs d'entr'eux aimerent mieux courir le pays sous différens prétextes, & offrant aux yeux les stigmates de leurs chaînes, ils trouverent le moyen de se faire une profession lucrative de la mendicité, qui auparavant étoit punie par les lois. Enfin les fainéans & les libertins embrasserent cette profession avec tant de licence, que les empereurs des siecles suivans furent contraints d'autoriser par leurs lois les particuliers à arrêter tous les mendians valides, pour se les approprier en qualité d'esclaves ou de serfs perpétuels. Charlemagne interdit aussi la mendicité vagabonde, avec défense de nourrir aucun mendiant valide qui refuseroit de travailler.
Des édits semblables contre les mendians & les vagabonds, ont été cent fois renouvellés en France, & aussi inutilement qu'ils le seront toujours, tant qu'on n'y remédiera pas d'une autre maniere, & tant que les maisons de travail ne seront pas établies dans chaque province, pour arrêter efficacement les progrès du mal. Tel est l'effet de l'habitude d'une grande misere, que l'état de mendiant & de vagabond attache les hommes qui ont eu la lâcheté de l'embrasser ; c'est par cette raison que ce métier, école du vol, se multiplie & se perpétue de pere en fils. Le châtiment devient d'autant plus nécessaire à leur égard, que leur exemple est contagieux. La loi les punit par cela seul qu'ils sont vagabonds & sans aveu ; pourquoi attendre qu'ils soient encore voleurs, & se mettre dans la nécessité de les faire périr par les supplices ? Pourquoi n'en pas faire de bonne-heure des travailleurs utiles au public ? Faut-il attendre que les hommes soient criminels, pour connoître de leurs actions ? Combien de forfaits épargnés à la société, si les premiers déréglemens eussent été imprimés par la crainte d'être renfermés pour travailler, comme cela se pratique dans les pays voisins !
Je sai que la peine des galeres est établie dans ce royaume contre les mendians & les vagabonds ; mais cette loi n'est point exécutée, & n'a point les avantages qu'on trouveroit à joindre des maisons de travail à chaque hôpital, comme l'a démontré l'auteur des considérations sur les finances.
Nous n'avons de peines intermédiaires entre les amendes & les supplices, que la prison. Cette derniere est à charge au prince & au public, comme aux coupables ; elle ne peut être que très-courte, si la nature de la faute est civile. Le genre d'hommes qui s'y exposent, la méprisent, elle sort promptement de leur mémoire ; & cette espece d'impunité pour eux éternise l'habitude du vice, ou l'enhardit au crime.
En 1614 l'excessive pauvreté de nos campagnes, & le luxe de la capitale y attirerent une foule de mendians ; on défendit de leur donner l'aumône, & ils furent renfermés dans un hôpital fondé à ce dessein. Il ne manquoit à cette vûe, que de perfectionner l'établissement, en y fondant un travail ; & c'est ce qu'on n'a point fait. Ces hommes que l'on resserre seront-ils moins à charge à la société, lorsqu'ils seront nourris par des terres à la culture desquelles ils ne travaillent point ? La mendicité est plus à charge au public par l'oisiveté & par l'exemple, que par elle-même.
On n'a besoin d'hôpitaux fondés que pour les malades & pour les personnes que l'âge rend incapables de tout travail. Ces hôpitaux sont précisément les moins rentés, le nécessaire y manque quelquefois ; & tandis que des milliers d'hommes sont richement vétus & nourris dans l'oisiveté, un ouvrier se voit forcé de consommer dans une maladie tout ce qu'il possede, ou de se faire transporter dans un lit commun avec d'autres malades, dont les maux se compliquent au sien. Que l'on calcule le nombre des malades qui entrent dans le cours d'une année dans les hôtels-dieu du royaume, & le nombre des morts, on verra si dans une ville composée du même nombre d'habitans, la peste feroit plus de ravage.
N'y auroit-il pas moyen de verser aux hôpitaux des malades la majeure partie des fonds destinés aux mendians ? & seroit-il impossible, pour la subsistance de ceux-ci, d'affermer leur travail à un entrepreneur dans chaque lieu ? Les bâtimens sont construits, & la dépense d'en convertir une partie en atteliers, seroit assez médiocre. Il ne s'agiroit que d'encourager les premiers établissemens. Dans un hôpital bien gouverné, la nourriture d'un homme ne doit pas coûter plus de cinq sols par jour. Depuis l'âge de dix ans les personnes de tout sexe peuvent les gagner ; & si l'on a l'attention de leur laisser bien exactement le sixieme de leur travail, lorsqu'il excédera les cinq sols, on en verra monter le produit beaucoup plus haut. Quant aux vagabonds de profession, on a des travaux utiles dans les colonies, où l'on peut employer leurs bras à bon marché. (D.J.)
MENDIANT, s. m. (Hist. ecclésiast.) mot consacré aux religieux qui vivent d'aumônes, & qui vont quêter de porte en porte. Les quatre ordres mendians qui sont les plus anciens, sont les Carmes, les Jacobins, les Cordeliers & les Augustins. Les religieux mendians plus modernes, sont les Capucins, Récollets, Minimes, & plusieurs autres, dont vous trouverez l'histoire dans le pere Héliot, & quelques détails généraux au mot ORDRE RELIGIEUX. (D.J.)
|
| MENDIP-HILLS | (Géog.) en latin minarii montes, hautes montagnes d'Angleterre dans le comté de Sommerset. (D.J.)
|
| MENDOLE | S. f. ou CAGAREL, INSOLE, SCAVE, (Hist. nat. Icthiol.) poisson de mer écailleux, ressemblant à la bogue par le nombre & la position des nageoires ; voyez BOGUE. Il en differe par les yeux qui sont plus petits, & en ce qu'il a le corps plus large & moins allongé. La mendole a une grande tache presque ronde sur les côtés du corps, & les dents petites ; elle change de couleur selon les différentes saisons, elle est blanche en hiver, tandis qu'au printems & en été elle a sur le corps, & principalement sur le dos & sur la tête, des taches bleues éparses, & plus ou moins apparentes. Dès le commencement du frai, les couleurs du mâle changent & deviennent obscures, alors sa chair répand une odeur fétide & a un mauvais goût ; au contraire la femelle est meilleure à manger lorsqu'elle a le corps plein d'oeufs : la ponte se fait en hiver. Rondelet, hist. des poiss. premiere partie, liv. V. chap. xiij. Voyez POISSON.
|
| MENDRISIO | (Géog.) petit pays d'Italie dans le Milanès, avec titre de bailliage. C'est le plus méridional de ceux que les Suisses possedent en Italie. Il est entre le lac de Lugano & celui de Côme ; il n'a pas trois lieues de longueur sur deux de largeur, & contient cependant & des bourgs & des villages, avec Mendris ou Mendrisio qui en est le chef-lieu. (D.J.)
|
| MENè | S. f. (Mythol.) déesse invoquée par les femmes & par les filles. Elle présidoit à l'écoulement menstruel. Menè ou lune, c'est la même chose. On lui sacrifioit dans le dérangement des regles.
|
| MENEAU | S. m. (Architect.) c'est la séparation des ouvertures des fenêtres ou grandes croisées. Autrefois on les défiguroit par des croisillons, comme on en voit encore au Luxembourg & autres bâtimens. Ils avoient quatre à cinq pouces d'épaisseur. On appelle faux meneaux, ceux qui ne s'assemblent pas avec le dormant de la croisée & qui s'ouvrent avec le guichet.
|
| MENÉE | S. f. (Gram.) pratique secrette & artificieuse, où l'on fait concourir un grand nombre de moyens sourds, & par conséquent honteux, au succès d'une affaire dans laquelle on n'a pas le courage de se montrer à découvert. Les gens à menée sont à redouter : on est ou leur instrument ou leur victime.
MENEE, s. f. (Hist. ecclés.) livre à l'usage des Grecs. C'est l'office de l'année divisé par mois.
MENEE, terme dont les Horlogers se servent en parlant d'un engrenage ; il signifie le chemin que la dent d'une roue parcourt depuis le point où elle rencontre l'aîle du pignon, jusqu'à celui où elle la quitte. Il se dit encore du chemin que fait la dent d'une roue de rencontre lorsqu'elle pousse la palette. Voyez DENT, ENGRENAGE, ENGRENER & ECHAPPEMENT.
MENEE, (Venerie) belle menée, c'est-à-dire, qu'un chien a la voie belle & chasse de bonne grace.
Menée est aussi la droite route du cerf fuyant, & on dit suivre la menée, être toûjours à la menée ; on dit qu'une bête est mal menée, quand elle est lasse pour avoir été long-tems poursuivie & chassée, & lors qu'elle se laisse approcher.
|
| MENEGGÈRE | (Géog. anc.) ville de l'Afrique propre, que l'itinéraire d'Antonin met entre Théveste & Cilium. (D.J.)
|
| MÉNÉHOULD | SAINTE, (Géog.) sanctae Manechildis fanum, ancienne ville de France en Champagne, la principale de l'Argonne, avec titre de comté, & un château sur un rocher. Elle a soutenu plusieurs sièges en 1038, en 1089, en 1436, en 1590 ; & elle servit de retraite au prince de Condé, aux ducs de Bouillon & de Nevers, en 1614. Le marquis de Praslin la prit en 1616, les Espagnols en 1652, & Louis XIV. en 1653. Ses fortifications ont été démolies, & un incendie arrivé en 1719, a comblé son désastre. Elle est dans un marais, entre deux rochers, sur l'Aisne, à 10 lieues N. E. de Châlons, 9 S. O. de Verdun, 15 S. E. de Rheims, 44 N. E. de Paris. Long. 22. 34. lat. 49. 10. (D.J.)
|
| MÉNÉLAIES | (Littér. grecq.) fête qui se célébroit à Téraphné en l'honneur de Ménélas, qui y avoit un monument héroïque. Les habitans de cette ville de Laconie prétendoient qu'Hélene & lui y étoient inhumés dans le même tombeau ; du-moins, dans les troyennes d'Eurypide, Ménélas se réconcilie de bonne foi avec sa belle infidele, & la ramene à Lacédémone. (D.J.)
|
| MÉNÉLAUS | (Géog. anc.) ancienne ville d'Egypte, & la capitale d'un nome appellé Ménélaites par Pline, l. V. c. ix. (D.J.)
|
| MENER | REMENER, AMENER, RAMENER, EMMENER, REMMENER, (Gramm.) Mener, signifie conduire d'un lieu où on est en un lieu où on n'est pas ; remener c'est conduire une seconde fois au même lieu : comme menez -moi aux Tuileries, remenez-moi encore ce soir aux Tuileries, & vous m'obligerez. Amener, c'est conduire au lieu où on est ; ramener, c'est conduire une seconde fois au lieu où on est : il m'a amené aujourd'hui son cousin, & il m'a promis de me le ramener demain. Emmener, se dit quelquefois quand on veut se défaire d'un homme ; comme emmenez cet homme. Il signifie d'ordinaire mener en quelque lieu, mais alors on ne nomme jamais l'endroit ; exemple, voilà un homme que les archers emmenent. Remmener, c'est emmener une seconde fois ; comme les archers remmenent encore ce prisonnier. Lorsqu'on nomme le lieu, il faut dire, voilà un homme que les archers menent au fort-l'évêque ; les archers remenent cet homme en prison pour la seconde fois. (D.J.)
MENER, parmi les Horlogers, signifie l'action de la dent d'une roue, qui pousse l'aîle d'un pignon. Voyez MENEE, DENT, ENGRENAGE, ENGRENER, &c.
MENER, (Maréchal.) se dit du pié de devant du cheval qui part le premier au galop. Lorsqu'un cheval galope sur le bon pié, c'est le pié droit de devant qui mene. Mener un cheval en main, c'est le conduire sans être monté dessus.
MENER LES VERGES, (Soierie) c'est dégager les fils dans l'envergure pour reculer les verges qui les séparent.
|
| MENESTHEI | MENESTHEI
|
| MENETRIER | voyez GAIAN.
|
| MENEUR | MENEUR
MENEUR DE BILLETTES, terme de Verrerie. Voyez BILLETTE.
MENEUSE DE TABLE, terme de Cartier ; c'est ainsi qu'on nomme une fille de boutique qui trie les cartes après qu'elles ont été coupées, & qui en forme des jeux.
|
| MENFLOTH | (Géog. anc.) ville d'Afrique sur le Nil ; les Romains la ruinerent, & les Arabes la rétablirent en partie. Ptolomée met cette ville dans la province d'Afrodite, à 61d. 20 de long. & à 27d. 20 de latit. (D.J.)
|
| MENI | S. m. (Hist. anc.) idole que les Juifs adorerent. On prétend que c'est le Mercure des payens. On dérive son nom de manoh, numerarii, & l'on en fait le dieu des Commerçans. D'autres disent que le Meni des Juifs fut le Mena des Arméniens & des Egyptiens, la lune ou le soleil. Il y a sur cela quelques autres opinions qui ne sont ni mieux ni plus mal fondées.
|
| MÉNIANE | S. f. (Architect. rom.) mot purement latin, menianum, dans Vitruve, espece de balcon ou de galerie avec une saillie hors de l'édifice. Ce mot tire son origine de Ménius, citoyen romain, qui le premier fit poser des pieces de bois sur une colonne. Ces pieces de bois faisant saillie hors de la maison, lui donnoient moyen de voir ce qui se passoit dans les lieux voisins. Son esprit lui suggéra cette idée par l'amour des spectacles. Comme il étoit accablé de dettes, & qu'il fut obligé de vendre sa maison à Caton & à Flaccus, consuls, pour y bâtir une basilique, il leur demanda de s'y réserver une colonne, avec la permission d'y élever un petit toît de planches, où lui & ses descendans pussent avoir la liberté de voir les combats de gladiateurs. La colonne qu'il ajusta fut appellée méniane ; &, dans la suite, on donna ce même nom à toutes les saillies de bâtimens qu'on fit, à l'imitation de celle de Ménius.
Il ne faut pas confondre les colonnes ménianes avec les colonnes médianes dont parle aussi Vitruve. Ces dernieres, colonnae medianae, sont les deux colonnes du milieu d'un porche, qui ont leur entrecolonne plus large que les autres.
Les Italiens de nos jours nomment ménianes les petites terrasses, où l'on voit souvent les femmes du commun exposées au soleil, pour sécher leurs cheveux après les avoir lavés. (D.J.)
|
| MENIANTE | S. f. (Botan.) meniantes, genre de plante à fleur monopétale, en forme d'entonnoir & profondément découpée. Il sort du calice un pistil qui est attaché, comme un clou, à la partie postérieure de la fleur ; ce pistil devient dans la suite un fruit ou une coque le plus souvent oblongue, composée de deux pieces & remplie de semences arrondies. Tournefort, inst. rei herb. Voyez PLANTE.
MENIANTE, TREFFLE D'EAU ou DE MARAIS. (Mat. méd.) Les feuilles & la racine de cette plante sont fort vantées prises en décoction, contre la goutte & le scorbut, & principalement contre cette derniere maladie.
Il ne faut pas croire cependant avec les continuateurs de la matiere médicale de Geoffroy, que cette plante contienne un alkali volatil libre, comme les plantes cruciferes de Tournefort, qui sont regardées comme les antiscorbutiques par excellence.
Le treffle d'eau est un amer pur, qu'on mêle très-utilement à ce titre avec les plantes antiscorbutiques alkalines, dans le traitement du scorbut de terre. Voyez SCORBUT. C'est encore comme amer qu'on s'en sert avec avantage pour prévenir ou pour éloigner les accès de la goutte.
On prépare un extrait & un sirop simple de meniante, qui contiennent les parties médicamenteuses de cette plante, & que les malades peuvent prendre beaucoup plus facilement que la décoction, dont la grande amertume est insupportable pour le plus grand nombre de sujets.
Le treffle d'eau est recommandé encore dans les pâles-couleurs, les suppressions des regles, dans les fievres quartes, l'hydropisie, & les obstructions invétérées.
Toutes ces vertus lui sont communes avec le chardon-benit, le houblon, la fumeterre, la chicorée amere, la racine de grande gentiane, de fraxinelle, &c. Voyez tous ces articles. (b)
|
| MENIANUM | S. m. (Hist. anc.) balcon. Lorsque Casus Menius vendit sa maison aux censeurs Caton & Flaccus, il se reserva un balcon soutenu d'une colonne, d'où lui & ses descendans pussent voir les jeux. Ce balcon étoit dans la huitieme région. Il l'appella menianum, & on le désigna dans la suite par la colonne qui le soutenoit ; on dit columna mensa pour le menianum. Les Italiens ont fait leur mot mignani du mot menianum des anciens. Voyez MENIANE.
|
| MENIMA | (Hist. nat.) animal quadrupede de l'île de Ceylan, qui ressemble parfaitement à un daim, mais qui n'est pas plus gros qu'un lievre ; il est gris & tacheté de blanc ; sa chair est un manger délicieux.
|
| MENIN | S. m. (Hist. mod.) ce terme nous est venu d'Espagne, où l'on nomme meninos, c'est-à-dire, mignons ou favoris, de jeunes enfans de qualité placés auprès des princes, pour être élevés avec eux, & partager leurs occupations & leurs amusemens.
MENIN, (Géog.) en flamand Menéen, ville des Pays-bas de la Flandre. Le seigneur de Montigni la fit fermer de murailles, en 1578 ; elle a été prise & reprise plusieurs fois. Les Hollandois étoient les maîtres de cette place par le traité de Baviere de 1715, & y mettoient le gouverneur & la garnison. Menin a fleuri jusqu'en 1744, que Louis XV. s'en empara, & en fit raser les fortifications. C'est à présent un endroit misérable. Elle est sur le Lis, entre Armentieres & Courtrai, à trois lieues de cette derniere ville, autant de Lille & d'Ipres. Long. 20, 44. lat. 50, 49. (D.J.)
|
| MENINGÉE | S. f. (Anatomie) nom d'une artere qui se distribue à la dure-mere sur l'os occipital, & aux lobes voisins du cerveau, & une branche de la vertébrale. Voyez CERVEAU, MENIN & VERTEBRALE.
|
| MENINGES | , (Anatomie) ce sont les membranes qui enveloppent le cerveau. Voyez CERVEAU.
Elles sont au nombre de deux : les Arabes les appellent meres ; c'est de-là que nous les nommons ordinairement dure-mere, & pie-mere. L'arachnoïde est considérée par plusieurs anatomistes comme la lame externe de la pie-mere. Voyez DURE-MERE & PIE-MERE.
|
| MENINGOPHILAX | S. m. (Chirur.) instrument de chirurgie dont on se sert au pansement de l'opération du trépan. Il est semblable au couteau lenticulaire, excepté que sa tige est un cylindre exactement rond, & n'a point de tranchant. Sa lentille, qui est située horisontalement à son extrémité, doit être très-polie pour ne pas blesser la dure-mere. L'usage de cet instrument est d'enfoncer un peu avec sa lentille la dure-mere, & de ranger la circonférence du sindon sous le trou fait au crane par la couronne du trépan. Voyez la fig. 15. Pl. XVI. On peut voir une lentille à l'extrémité du stilet dans l'étui de poche, & supprimer le meningophilax du nombre des instrumens non portatifs.
Meningophilax. est un mot grec, qui signifie gardien des meninges ; il est composé , genit. , membrana meninx, membrane meninge, & de , custos, gardien.
On peut aussi se servir pour le pansement du trépan d'un petit levier applati par ses bouts. Pl. XVI. fig. 17. (Y)
|
| MENIPPÉE | (Littérat.) satyre menippée, sorte de satyre mêlée de prose & de vers. Voyez SATYRE.
Elle fut ainsi nommée de Menippe Gadarenien, philosophe cynique, qui, par une philosophie plaisante & badine, souvent aussi instructive que la philosophie la plus sérieuse, tournoit en raillerie la plûpart des choses de la vie auxquelles notre imagination préte un éclat qu'elles n'ont point. Cet ouvrage étoit en prose & en vers ; mais les vers n'étoient que des parodies des plus grands poetes. Lucien nous a donné la véritable idée du caractere de cette espece de satyre, dans son dialogue intitulé la Necromancie.
Elle fut aussi appellée varroniene du savant Varron, qui en composa de semblables, avec cette différence, que les vers qu'on y lisoit étoient tous de lui, & qu'il avoit fait un mélange de grec & de latin. Il ne nous reste de ses satyres de Varron que quelques fragmens, le plus souvent fort corrompus, & les titres qui montrent qu'il avoit traité un grand nombre de sujets.
Le livre de Seneque sur la mort de l'empereur Claude, celui de Boëce de la consolation de la Philosophie, l'ouvrage de Pétrone, intitulé Satiricon, & les Césars de l'empereur Julien, sont autant de satyres menippées, entierement semblables à celles de Varron.
Nos auteurs françois ont aussi écrit dans ce genre ; & nous avons en notre langue deux ouvrages de ce caractere, qui ne cedent l'avantage ni à l'Italie, ni à la Grece. Le premier c'est le Catolicon, même plus connu sous le nom de satyre menippée, où les états tenus à Paris par la ligue, en 1593, sont si ingénieusement dépeints, & si parfaitement tournés en ridicule. Elle parut, pour la premiere fois, en 1594. & on la regarde, avec raison, comme un chef-d'oeuvre pour le tems. L'autre, c'est la Pompe funebre de Voiture par Sarrasin, où le sérieux & le plaisant sont mélés avec une adresse merveilleuse. On pourroit mettre aussi au nombre de nos satyres menippées l'ouvrage de Rabelais, si sa prose étoit un peu plus mélée de vers, & si par des obscénités affreuses il n'avoit corrompu la nature & le caractere de cette espece de satyre. Il ne manque non plus que quelques mélanges de vers à la plûpart des pieces de l'ingénieux docteur Swift, d'ailleurs si pleines de sel & de bonne plaisanterie pour en faire de véritables satyres menippées. Disc. de M. Dacier, sur la satyre. Mém. de l'ac. des bell. Lettres.
|
| MENISPERMUM | (Botan.) genre de plante à fleur en rose, composée de plusieurs feuilles disposées au-tour du même centre. Le pistil est à trois pieces dont chacune devient une baie qui renferme ordinairement une semence plate échancrée en croissant. Tournefort, Mém. de l'acad. roy. des Sciences, année 1705. Voyez PLANTE.
|
| MENISQUE | S. m. (Optique) verre ou lentille concave d'un côté & convexe de l'autre, qu'on appelle aussi quelquefois lunula. Voyez LENTILLE & VERRE.
Nous avons donné à l'article LENTILLE une formule générale par le moyen de laquelle on peut trouver le foyer ou le point de réunion des rayons. Cette formule est z = , dans laquelle z marque la distance du foyer au verre, y la distance de l'objet au verre, a le rayon de la convexité tournée vers l'objet, b le rayon de l'autre convexité. Pour appliquer cette formule aux menisques, il faudra faire a négatif ou b négatif, selon que la partie concave sera tournée vers l'objet ou vers l'oeil : ainsi on aura dans le premier cas.
z = ;
& dans le second, z = :
delà on tire les regles suivantes.
Si le diametre de la convexité d'un menisque est égal à celui de la concavité, les rayons qui tomberont parallelement à l'axe, redeviendront paralleles après les deux réfractions souffertes aux deux surfaces du verre.
Car soit a = b & y infinie ; c'est-à-dire supposons les rayons des deux convexités égaux, & l'objet à une distance infinie, afin que les rayons tombent paralleles sur le verre ; on aura dans le premier cas & dans le second z = (- 2 a 2 y)/(a y - a y) : ce qui donne z infinie, & par conséquent les rayons seront paralleles en sortant, puisqu'ils ne se réuniront qu'à une distance infinie du verre.
Un tel ménisque ne seroit donc propre ni à rassembler en un point les rayons de lumiere, ni à les disperser ; & ainsi il ne peut être d'aucun usage en Dioptrique. Voyez REFRACTION.
Voici la regle pour trouver le foyer d'un ménisque, c'est-à-dire le point de concours des rayons qui tombent paralleles. Comme la différence des rayons de la convexité & de la concavité est au rayon de la convexité, ainsi le diametre de la concavité est à la distance du foyer au ménisque.
En effet supposant y infinie, la premiere formule donne z = (2 a b)/(- a + b), & la seconde donne (- 2 a b)/(a - b), qui donne dans le premier cas b - a : b : : - 2 a : z, & dans le second a - b : a : : - 2 b. z.
Par exemple, si le rayon de la concavité étoit triple du rayon de la convexité, la distance du foyer au ménisque seroit alors, en conséquence de cette regle, égale au rayon de la concavité ; & par conséquent le ménisque seroit en ce cas équivalent à une lentille également convexe des deux côtés. Voyez LENTILLE.
De même si le rayon de la concavité étoit double de celui de la convexité, on trouveroit que la distance du foyer seroit égale au diametre de la concavité ; ce qui rendroit le menisque équivalent à un verre plan convexe. Voyez VERRE.
De plus, les formules qui donnent la valeur de z font voir que le foyer est de l'autre côté du verre, par rapport à l'objet. Si b est plus petit que a dans le premier cas, & si b est plus grand que a dans le second ; & au contraire si b est plus grand que a dans le premier cas, & plus petit que a dans le second, le foyer sera du même côté du verre que l'objet, & sera par conséquent virtuel, c'est-à-dire que les rayons sortiront divergens. Voyez FOYER.
Il s'ensuit encore de cette même formule que le rayon de la convexité étant donné, on peut aisément trouver celui qu'il faudroit donner à la concavité pour reculer le foyer à une distance donnée.
Quelques géometres ont donné le nom de ménisque à des figures planes ou solides, composées d'une partie concave & d'une partie convexe, à l'instar des ménisques optiques. (O)
MENISQUES, s. m. pl. (Hist. anc.) plaques rudes qu'on mettoit sur la tête des statues, afin que les oiseaux ne s'y reposassent point, & ne les gâtassent point de leurs ordures. C'est de-là que les auréoles de nos saints sont venues.
|
| MENNONITE | S. m. (Hist. eccl. mod.) les chrétiens connus dans les Provinces-Unies, & dans quelques endroits de l'Allemagne, sous le nom Mennonites, ont formé une société à part, presque dès le commencement de la réformation. On les appella d'abord Anabaptistes ; & c'est le nom qu'ils portent encore en Angleterre, où ils sont fort estimés. Cependant ce nom étant devenu odieux par les attentats des fanatiques de Munster, ils le quitterent dès-lors ; & ils ne l'ont plus regardé depuis, que comme une sorte d'injure. Celui de Mennonites leur vient de Menno Frison, qui se joignit à eux, en 1536, & qui par sa doctrine, ses écrits, sa piété, sa sagesse, contribua plus qu'aucun autre à éclairer cette société, & à lui faire prendre ce caractere de simplicité dans les moeurs, par lequel elle s'est distinguée dans la suite, & dont elle se fait toujours honneur.
Les Mennonites furent exposés aux plus cruelles persécutions sous Charles-Quint. Les crimes que proscrit cet empereur par son placard de 1540, sont d'avoir, de vendre, donner, porter, lire des livres de Luther, de Zuingle, de Mélancthon, de prêcher leur doctrine, & de la communiquer secrettement ou publiquement. Voici la peine portée contre ces crimes, & qu'il est sévérement défendu aux juges d'adoucir, sous quelque prétexte que ce soit : les biens sont confisqués, les prétendus coupables condamnés à périr par le feu, s'ils persistent dans leurs erreurs ; & s'ils les avouent, ils sont exécutés, les hommes par l'épée, & les femmes par la fosse, c'est-à-dire, qu'on les enterroit en vie : même peine contre ceux qui logent les Anabaptistes, ou qui sachant où il y en a quelques-uns de cachés, ne les décelent point. Les cheveux dressent à la tête quand on lit de pareils édits. Est-ce que la religion adorable de J. C. a pû jamais les inspirer ?
Le malheur des Mennonites voulut encore qu'ils eussent à souffrir en divers lieux de la part des autres protestans, qui, dans ces commencemens, lors même qu'ils se croyoient revenus de beaucoup d'erreurs, retenoient encore celle qui pose que le magistrat doit sévir contre des opinions de religion, comme contre des crimes.
Mais la république des Provinces-Unies a toujours traité les Mennonites, assez peu différemment des autres protestans. Tout le monde sait quelle est leur façon de penser. Ils s'abstiennent du serment ; leur simple parole leur en tient lieu devant les magistrats. Ils regardent la guerre comme illicite ; mais si ce scrupule les empêche de défendre la patrie de leurs personnes, ils la soutiennent volontiers de leurs biens. Ils ne condamnent point les charges de magistrature ; seulement pour eux-mêmes, ils aiment mieux s'en tenir éloignés. Ils n'administrent le baptême qu'aux adultes, en état de rendre raison de leur foi. Sur l'eucharistie, ils ne différent pas des réformés.
A l'égard de la grace & de la prédestination, articles épineux, sur lesquels on se partage encore aujourd'hui, soit dans l'église romaine, soit dans le protestantisme, les Mennonites rejettent les idées rigides de S. Augustin, adoptées par la plûpart des réformateurs, sur-tout par Calvin, & suivent à-peu-près les principes radoucis que les Luthériens ont pris de Mélancthon. Ils professent la tolérance, & supportent volontiers dans leur sein des opinions différentes des leurs, dès qu'elles ne leur paroissent point attaquer les fondemens du christianisme, & qu'elles laissent la morale chrétienne dans sa forme. En un mot, les successeurs de fanatiques sanguinaires sont les plus doux, les plus paisibles de tous les hommes, occupés de leur négoce, de leurs manufactures, laborieux, vigilans, modérés, charitables. Il n'y a point d'exemple d'un si beau, si respectable, & si grand changement ; mais, dit M. de Voltaire, comme les Mennonites ne font aucune figure dans le monde, on ne daigne pas s'appercevoir s'ils sont méchans ou vicieux. (D.J.)
|
| MENOIS | (Hist. nat.) nom donné par quelques auteurs à une pierre semblable au croissant de la lune, que Boot conjecture être un fragment de la corne d'Ammon.
|
| MÉNOLOGUE | S. m. (Hist. eccl.) ce mot est grec, il vient de , mois, & de ,, discours. C'est le martyrologe ou le calendrier des grecs, divisé par chaque mois de l'année. Voyez MARTYROLOGE & CALENDRIER.
Le menologue ne contient autre chose que les vies des saints en abrégé pour chaque jour pendant tout le cours de l'année, ou la simple commémoration de ceux dont on n'a point les vies écrites. Il y a différentes sortes de ménologues chez les Grecs. Il faut remarquer que les Grecs, depuis leur schisme, ont inséré dans leurs ménologues le nom de plusieurs hérétiques, qu'ils honorent comme des saints. Baillet, parle fort au long de ces ménologues dans son discours sur l'histoire de la vie des Saints. Dict. de Trevoux.
|
| MENON | S. m. (Hist. nat.) animal terrestre à quatre piés, qui ressemble à-peu-près au bouc ou à la chévre. On le trouve assez communément dans le Levant ; & on fabrique le marroquin avec sa peau. Voyez MARROQUIN.
|
| MENOSCA | (Géog. anc.) ville d'Espagne chez les Vardules. On croit assez généralement que c'est aujourd'hui la ville d'Orea ou Orio dans le Guipuscoa. (D.J.)
|
| MENOTTE | S. m. (Gram.) lien de corde ou de fer que l'on met aux mains des malfaiteurs, pour leur en ôter l'usage.
|
| MENOVIA | (Géog. anc.) ancienne ville d'Angleterre avec évêché suffragant de Cantorbery, dans la partie méridionale du pays de Galles, au comté de Pembroch ; elle a été ruinée par les Danois, & n'est plus aujourd'hui qu'un village : cependant le juge épiscopal subsiste toujours sous le nom de Saint David. (D.J.)
|
| MENOYE | (Géog.) petite riviere de Savoie. Elle vient des montagnes de Boege, & se jette dans l'Arve, au-dessus du pont d'Ertrambieres. (D.J.)
|
| MENS | (Mythol.) c'est-à-dire l'esprit, la pensée, l'intelligence. Les Romains en avoient fait une divinité qui suggéroit les bonnes pensées, & détournoit celles qui ne servent qu'à séduire. Le préteur T. Ottacilius voua un temple à cette divinité, qu'il fit bâtir sur le Capitole, lorsqu'il fut nommé duumvir. Plutarque lui en donne un second dans la huitieme région de Rome. Ce dernier étoit celui qui fut voué par les Romains, lors de la consternation où la perte de la bataille d'Allias & la mort du consul C. Flaminus, jetterent la république. On consulta, dit Tite-Live, les livres des Sibylles, & en conséquence, on promit de grands jeux à Jupiter, & deux temples ; savoir, l'un à Vénus Erycine, & l'autre au bon Esprit, Menti. (D.J.)
|
| MENSAIRES | S. m. pl. (Hist. anc.) officiers qu'on créa à Rome, au nombre de cinq, l'an de cette ville 402, pour la premiere fois. Ils tenoient leurs séances dans les marchés. Les créanciers & les débiteurs comparoissoient là ; on examinoit leurs affaires ; on prenoit des précautions pour que le débiteur s'acquittât, & que son bien ne fût plus engagé aux particuliers, mais seulement au public qui avoit pourvu à la sureté de la créance. Il ne faut donc pas confondre les mensarii avec les argentarii & les nummularii : ces derniers étoient des especes d'usuriers qui faisoient commerce d'argent. Les mensarii, au contraire, étoient des hommes publics qui devenoient ou quinquivirs ou triumvirs ; mais se faisoit argentarius & nummularius qui vouloit. L'an de Rome 356, on créa à la requête du tribun du peuple M. Minucius, des triumvirs & des mensaires. Cette création fut occasionnée par le défaut d'argent. En 538, on confia à de pareils officiers les fonds des mineurs & des veuves ; & en 542, ce fut chez des hommes qui avoient la fonction des mensaires, que chacun alloit déposer sa vaisselle d'or & d'argent & son argent monnoyé. Il ne fut permis à un sénateur de se réserver que l'anneau, une once d'or, une livre d'argent ; les bijoux des femmes, les parures des enfans & cinq mille asses, le tout passoit chez les triumvirs & les mensaires. Ce prêt, qui se fit par esprit de patriotisme, fut remboursé scrupuleusement dans la suite. Il y avoit des mensaires dans quelques villes d'Asie ; les revenus publics y étoient perçus & administrés par cinq préteurs, trois questeurs & quatre mensaires ou trapezetes ; car on leur donnoit encore ce dernier nom.
|
| MENSE | S. f. (Jurisprud.) du latin mensa qui signifie table. En matiere ecclésiastique, se prend pour la part que quelqu'un a dans les revenus d'une église. On ne parloit point de menses tant que les évêques & les abbés vivoient en commun avec leur clergé : mais depuis que les supérieurs ont voulu avoir leur part distincte & séparée de celle de leur clergé, on a distingué dans les cathédrales la mense épiscopale & celle du chapitre ; dans les abbayes on a distingué la mense abbatiale & la mense conventuelle, qui est la part de la communauté.
Outre les deux menses de l'abbé & du couvent, il y a le tiers lot destiné pour les réparations de l'église & des lieux réguliers.
La distinction des menses n'est que pour l'administration des revenus ; elle n'ôte pas à l'abbé l'autorité naturelle qu'il a sur ses religieux ; & l'aliénation des biens qui sont de l'une ou l'autre mense, ne peut être faite sans le consentement réciproque des uns & des autres.
Dans quelques monasteres il y a des menses particulieres, attachées aux offices claustraux ; dans d'autres on a éteint tous ces offices, & leurs menses ont été réunies à la mense conventuelle.
On entend par menses monachales, les places de chaque religieux ; ou plutôt la pension destinée pour l'entretien & la nourriture de chaque religieux. Cette portion alimentaire n'est dûe que par la maison de la profession ; & pour la posséder, il faut être religieux profés de l'ordre. Le nombre de ces menses est ordinairement reglé par les partages & transactions faites entre l'abbé & les religieux ; de maniere que l'abbé n'est tenu de fournir aux religieux que le nombre de menses qui a été convenu, autrement il dépendroit des religieux de multiplier les menses monachales ; un officier claustral, retenant sa mense, résigneroit son office à un nouveau religieux ; celui-ci à un autre, & c'est au résignataire à attendre qu'il y ait une mense vacante pour la requerir.
Anciennement les menses monachales étoient fixées à une certaine quantité de vin, de bled, d'avoine. Les chapitres généraux de Cluny, de 1676 & 1678, ordonnent que la mense de chaque religieux demeurera fixée à la somme de trois cent liv. en argent, & que les prieurs auront une double mense.
Dans les abbayes qui ne sont imposées aux décimes que par une seule cotte, c'est à l'abbé seul à l'acquiter ; on présume que la mense conventuelle n'a point été imposée.
Dans celles où l'abbé & les religieux ont leurs menses séparées, la mense conventuelle doit être imposée séparement de celle de l'abbé ; & les religieux doivent acquiter leur cotte sans pouvoir la répéter sur leur abbé, quoiqu'il jouisse du tiers lot.
Lorsque les revenus d'un monastere soumis à la jurisdiction de l'évêque, ne sont pas suffisans pour entretenir le nombre de religieux suffisans pour soutenir les exercices de la régularité, les saints decrets & les ordonnances autorisent l'évêque à éteindre & supprimer la mense conventuelle, & en appliquer les revenus, en oeuvres pies plus convenables aux lieux, aux circonstances, & sur-tout à la dotation de séminaires. Voyez la bibliot. can. tom. I. pag. 12. Bouchel, verbo Mense. Carondas, liv. XIII. rep. ij. Les mémoires du clergé & le dictionn. des arrêts au mot Mense.
|
| MENSONGE | S. m. (Morale) fausseté deshonnête ou illicite. Le mensonge consiste à s'exprimer, de propos délibéré, en paroles ou en signes, d'une maniere fausse, en vûe de faire du mal, ou de causer du dommage, tandis que celui à qui on parle a droit de connoître nos pensées, & qu'on est obligé de lui en fournir les moyens, autant qu'il dépend de nous. Il paroît de-là que l'on ne ment pas toutes les fois qu'on parle d'une maniere qui n'est pas conforme, ou aux choses, ou à nos propres pensées ; & qu'ainsi la vérité logique, qui consiste dans une simple conformité de paroles avec les choses, ne répond pas toujours à la vérité morale. Il s'ensuit encore que ceux-là se trompent beaucoup, qui ne mettent aucune différence entre mentir & dire une fausseté. Mentir est une action deshonnête & condamnable, mais on peut dire une fausseté indifférente ; on en peut dire une qui soit permise, louable & même nécessaire : par conséquent une fausseté que les circonstances rendent telle, ne doit pas être confondue avec le mensonge, qui décele une ame foible, ou un caractere vicieux.
Il ne faut donc point accuser de mensonge, ceux qui emploient des fictions ou des fables ingénieuses pour l'instruction, & pour mettre à couvert l'innocence de quelqu'un, comme aussi pour appaiser une personne furieuse, prête à nous blesser : pour faire prendre quelques remedes utiles à un malade ; pour cacher les secrets de l'état, dont il importe de dérober la connoissance à l'ennemi, & autres cas semblables, dans lesquels on peut se procurer à soi-même, ou procurer aux autres une utilité légitime & entierement innocente.
Mais toutes les fois qu'on est dans une obligation manifeste de découvrir fidélement ses pensées à autrui, & qu'il a droit de les connoître, on ne sauroit sans crime ni supprimer une partie de la vérité, ni user d'équivoques ou de restrictions mentales ; c'est pourquoi Cicéron condamne ce romain qui, après la bataille de Cannes, ayant eu d'Annibal la permission de se rendre à Rome, à condition de retourner dans son camp, ne fut pas plûtôt sorti de ce camp, qu'il y revint sous prétexte d'avoir oublié quelque chose, & se crut quitte par ce stratagème de sa parole donnée.
Concluons que si le mensonge, les équivoques & les restrictions mentales sont odieuses, il y a dans le discours des faussetés innocentes, que la prudence exige ou autorise ; car de ce que la parole est l'interprête de la pensée, il ne s'ensuit pas toujours qu'il faille dire tout ce que l'on pense. Il est au contraire certain que l'usage de cette faculté doit être soumis aux lumieres de la droite raison, à qui il appartient de décider quelles choses il faut découvrir ou non. Enfin pour être tenu de déclarer naïvement ce qu'on a dans l'esprit, il faut que ceux à qui l'on parle, aient droit de connoître nos pensées. (D.J.)
MENSONGE OFFICIEUX : un certain roi, dit Musladin Sadi dans son Rosarium politicum, condamna à la mort un de ses esclaves qui, ne voyant aucune espérance de grace, se mit à le maudire. Ce prince qui n'entendoit point ce qu'il disoit, en demanda l'explication à un de ses courtisans. Celui-ci qui avoit le coeur bon & disposé à sauver la vie au coupable, répondit : " Seigneur, ce misérable dit que le paradis est préparé pour ceux qui moderent leur colere, & qui pardonnent les fautes ; & c'est ainsi qu'il implore votre clémence ". Alors le roi pardonna à l'esclave, & lui accorda sa grace. Sur cela un autre courtisan d'un méchant caractere, s'écria qu'il ne convenoit pas à un homme de son rang de mentir en présence du roi, & se tournant vers ce prince : " Seigneur, dit-il, je veux vous instruire de la vérité ; ce malheureux a proféré contre vous les plus indignes malédictions, & ce seigneur vous a dit un mensonge formel ". Le roi s'appercevant du mauvais caractere de celui qui tenoit ce langage, lui répondit : " Cela se peut ; mais son mensonge vaut mieux que votre vérité, puisqu'il a tâché par ce moyen de sauver un homme, au lieu que vous cherchez à le perdre. Ignorez-vous cette sage maxime, que le mensonge qui procure du bien, vaut mieux que la vérité qui cause du dommage ? " Cependant, auroit dû ajouter le prince, qu'on ne me mente jamais.
|
| MENSORES | (Antiq. rom.) c'étoient des fourriers & maréchaux-des-logis, qui avoient le soin d'aller marquer les logis quand l'empereur vouloit se rendre dans quelque province ; & quand il falloit camper, ils dressoient le plan du camp, & assignoient à chaque régiment son quartier.
Les mensores désignoient aussi les arpenteurs, les architectes & les experts des bâtimens publics ; enfin ceux qui pourvoyoient l'armée de grain, se nommoient mensores frumentarii. (D.J.)
|
| MENSTRUEL | dans l'économie animale, se dit du sang que les femmes perdent chaque mois dans leurs évacuations ordinaires. Voyez MENSTRUES.
On peut définir le sang menstruel, un sang surabondant qui sert à la formation & à la nutrition du foetus dans la matrice, & qui dans les autres tems s'évacue chaque mois. Voyez SANG.
De tous les animaux, il n'y a que les femmes & peut-être les femelles des singes qui aient des évacuations menstruelles.
Hippocrate dit que le sang menstruel rougit la terre comme le vinaigre ; Pline & Columelle ajoutent qu'il brûle les herbes, fait mourir les plantes, ternit les miroirs, & cause la rage aux chiens qui en goûtent. Mais tout cela est fabuleux, car il est certain que ce sang est le même que celui des veines & des arteres. Voyez SANG.
Selon la loi des Juifs, une femme étoit impure tant que le sang menstruel couloit : l'homme qui la touchoit dans cet état, ou les meubles qu'elle touchoit elle-même, étoient pareillement impurs. Levit. chap. xv.
Je n'ajouterai qu'une seule remarque à cet article. Quand le sang menstruel accumulé ne peut couler par les voies qui lui sont destinées, la nature plus forte que tout lui ouvre des routes également étonnantes & extraordinaires. Les Médecins ont vu le sang menstruel se frayer un passage par toutes les parties du corps, à-travers les pores de la peau du visage, des joues, par des blessures & des ulceres, par le sommet de la tête, les oreilles, les paupieres, les yeux, les narines, les gencives, les alvéoles, les levres, la veine jugulaire, les poumons, l'estomac, le dos ; par des abscès sur les côtes, par les mamelles, l'aîne, la vessie, le nombril, les vaisseaux hémorrhoïdaux, les jambes, cuisses ulcérées ; par le talon, le pié, les orteils ; par le bras, la main, les doigts & le pouce.
Je n'entre point ici dans l'énumération de ces parties au hasard. Les curieux qui voudront se convaincre de la vérité de ce que j'avance, en trouveront les faits observés dans les écrits des auteurs suivans ; dans Amatus Lusitanus, les ouvrages des Bartholins, Bennet, Bergerus, Binningerus, Blancard, Blasiun, Blegny, Bonet, Borellus, Brendelius, Roderic à Castro, Dionis, Dolaeus, Dodonoeus, Donatus, Fabrice de Hilden, Fabrice d'Aquapendente, Fernel, Forestus, Gochelius, de Graaf, Hagendorn, Harderus, Helwigius, Highmor, Hoechsteter, Maurice & Frédéric Hoffman, Hollerius, Horstius, Kerkringius, Langius, Laurentius, Lemnius, Lentilius, Lotichius, Mercatus, Michaelis, Musitanus, Nenterus, Palfyn, Panarolus, Paré, Paullini, Peclinus, Peyerus, Platerus, Ricdlinus, Riolan, Riverius, Rulandus, Ruyschius, Salmuthus, Schenckius, Sennert, Solenander, Spacchius, Spindler, Stalpart, Vander-Wiel, Sylvius, Timaeus, Tulpius, Velschius, Verduc, Verheyen, Vezarscha, Wedelius, Zacutus Lusitanus, les actes de Berlin, de Copenhague, des curieux de la nature, les transactions de Londres, les memoires de l'académie des Sciences. Il étoit impossible de joindre les citations sans y consacrer une vingtaine de pages.
Si une femme chez les Hébreux a ce qui lui arrive tous les mois, elle sera impure pendant sept jours, dit le Lévitique, xv. 19. 20. 21. &c. tout ce qu'elle touchera pendant ces sept jours sera souillé ; & ceux qui toucheront son lit, ses habits ou son siege, seront impurs jusqu'au soir, laveront leurs habits, & useront du bain pour se purifier. Si pendant le tems de cette incommodité un homme s'approche d'elle, il sera souillé pendant sept jours, & tous les lits où ils auront dormi seront aussi souillés. Que s'il s'en approche avec connoissance, & que la chose soit portée devant les juges, ils seront tous deux mis à mort. Les anciens chretiens regardoient aussi cet écoulement naturel au sexe comme une souillure. Les femmes grecques s'abstiennent encore aujourd'hui d'aller à l'église pendant ce tems : quelques indiens ne souffrent pas alors leurs femmes dans leurs maisons.
Les négresses de la côte d'Or passent pour souillées pendant leurs incommodités lunaires, & sont forcées de se retirer dans une petite hutte à une certaine distance. Au royaume de Congo c'est un usage qui subsiste pour les filles, lorsque leurs infirmités lunaires commencent pour la premiere fois, de s'arrêter dans le lieu où elles se trouvent, & d'attendre qu'il arrive quelqu'un de leur famille pour les reconduire à la maison paternelle : on leur donne alors deux esclaves de leur sexe pour les servir dans un logement séparé, où elles doivent passer deux ou trois mois, & s'assujettir à certaines formalités : comme de ne parler à aucun homme, de se laver plusieurs fois pendant le jour, & de se frotter d'un onguent particulier. Celles qui négligeroient cette pratique, se croiroient menacées d'une stérilité perpétuelle, quoique l'expérience leur ait fait souvent connoître la vanité de cette superstition.
On sait que toutes ces fausses idées sont le fruit de l'ignorance, & qu'une femme qui se porte bien ne rend point un sang menstruel différent de celui qui circule dans les arteres du reste du corps, excepté que par son séjour dans les vaisseaux de l'utérus, il n'ait acquis quelque corruption.
Il ne faut pas non plus ajouter foi aux exemples qu'on rapporte de femmes qui ont eu leurs regles à 65, 70, 80, 90 ans : les récits de filles nubiles à quatre ou cinq ans ne sont pas plus vrais ; & l'académie des Sciences n'auroit jamais dû transcrire dans son histoire des contes aussi ridicules. (D.J.)
MENSTRUELLE, analyse, Chimie, ou analyse par combinaison, par précipitation, par extraction, par intermede : c'est ainsi que les chimistes modernes appellent la voie de procéder à l'examen chimique des corps, en séparant par ordre leurs principes constitutifs par le moyen de la dissolution partiale & successive. Voyez MENSTRUE, Chimie. On trouvera un exemple plus propre à donner une idée de cette analyse, que toutes les généralités que nous pourrions en exposer ici, à l'art. VEGETAL, Chimie.
Après avoir considéré le tableau de ce travail particulier, on s'appercevra facilement qu'il peut servir de modele à l'examen de tous les corps naturels, & principalement de ceux qui sont très-composés, tels que les végétaux & les animaux, sujets sur lesquels on emploie cette analyse avec le plus de succès, & l'on se convaincra sans peine des avantages qu'a cette méthode moderne sur l'emploi du feu seul, que l'ancienne chimie mettoit en oeuvre pour l'examen des mêmes corps ; car on retire par le secours de cette analyse des principes réellement hypostatiques ou préexistens, & évidemment inaltérés : ces principes sont en grand nombre ou très-variés en comparaison des produits de l'analyse à feu seul. Ces avantages suffiroient pour mériter la préférence à l'analyse menstruelle, puisque les défauts tant reprochés à l'ancienne analyse se réduisoient précisément à l'altération ou même à la création des produits ou principes qu'elle manifestoit, au petit nombre & à l'uniformité de ses produits. Mais un titre de prééminence plus essentiel encore pour l'analyse menstruelle, c'est la régularité de sa marche, de sa méthode : elle attaque par rang, comme nous l'avons déja insinué, les différens ordres de combinaison du corps qu'elle se propose d'examiner, en commençant par les matériaux les plus grossiers, les plus sensibles ; au lieu que l'analyse par la violence du feu atteint tout d'un coup les derniers ordres de combinaison. Cette différence peut être représentée par la comparaison d'un mur formé de pierres & de mortier, & recrépit ou enduit d'une couche de plâtre ; dont on sépareroit les matériaux en enlevant d'abord la couche de plâtre, dont il seroit recouvert, détachant ensuite les pierres une à une, & les séparant du mortier ; prenant ensuite successivement chacun de ces matériaux, séparant, par exemple la pierre que je suppose coquilliere, en coquilles & en matiere qui leur servoit de mastic naturel ; le mortier en chaux & en sable, &c. & voilà l'image de la marche de l'analyse menstruelle. Celle de l'analyse par la violence du feu seul, seroit à-peu-près représentée par la destruction soudaine & confuse de ce mur, le broyement d'un pan entier du plâtre, de la pierre, du mortier pêle-mêle, &c. (b)
|
| MENSTRUES | catamenia, (Médecine) ce sont les évacuations qui arrivent chaque mois aux femmes qui ne sont ni enceintes ni nourrices. Voyez MENSTRUEL. On les appelle ainsi de mensis mois, parce qu'elles viennent chaque mois. On les nomme aussi fleurs, regles, ordinaires, &c. Voyez REGLES.
Les menstrues des femmes sont un des plus curieux & des plus embarrassans phénomènes du corps humain. Quoiqu'on ait formé différentes hypothèses pour l'expliquer, on n'a encore presque rien de certain sur cette matiere.
On convient universellement que la nécessité de fournir une nourriture suffisante au foetus pendant la grossesse, est la raison finale de la surabondance de sang qui arrive aux femmes dans les autres tems. Mais voilà la seule chose dont on convienne. Quelques-uns non contens de cela, prétendent que le sang menstruel est plûtôt nuisible par sa qualité, que par sa quantité ; ce qu'ils concluent des douleurs que plusieurs femmes ressentent aux approches des regles. Ils ajoutent, que sa malignité est si grande, qu'il gâte les parties des hommes par un simple contact ; que l'haleine d'une femme qui a ses regles, laisse une tache sur l'ivoire, ou sur un miroir ; qu'un peu de sang menstruel brûle la plante sur laquelle elle tombe & la rend stérile ; que si une femme grosse touche de ce sang elle se blesse ; que si un chien en goûte, il tombe dans l'épilepsie, & devient enragé. Tout cela, ainsi que plusieurs autres fables de même espece, rapportées par de graves auteurs, est trop ridicule pour avoir besoin d'être refuté.
D'autres attribuent les menstrues à une prétendue influence de la lune sur les corps des femmes. C'étoit autrefois l'opinion dominante ; mais la moindre réflexion en auroit pu faire voir la fausseté. En effet, si les menstrues étoient causées par l'influence de la lune, toutes les femmes de même âge & de même tempérament, auroient leurs regles aux mêmes périodes & révolutions de la lune, & par conséquent en même tems ; ce qui est contraire à l'expérience.
Il y a deux autres opinions qui paroissent fort probables, & qui sont soutenues avec beaucoup de force & par quantité de raisons. On convient de part & d'autre que le sang menstruel n'a aucune mauvaise qualité ; mais on n'est pas d'accord sur la cause de son évacuation. La premiere de ces deux opinions est celle du docteur Bohn & du docteur Freind, qui prétendent que l'évacuation menstruelle est uniquement l'effet de la pléthore. V. PLETHORE.
Freind qui a soutenu cette opinion avec beaucoup de force & de netteté, croit que la plethore est produite par une surabondance de nourriture, qui peu-à-peu s'accumule dans les vaisseaux sanguins, que cette plethore a lieu dans les femmes & non dans les hommes, parce que les femmes ont des corps plus humides, des vaisseaux & sur-tout leurs extrémités plus tendres, & une maniere de vivre moins active que les hommes ; que le concours de ces choses fait que les femmes ne transpirent pas suffisamment pour dissiper le superflu des parties nutritives, lesquelles s'accumulent au point de distendre les vaisseaux, & de s'ouvrir une issue par les arteres capillaires de la matrice. La plethore arrive plus aux femmes, qu'aux femelles des animaux qui ont les mêmes parties, à cause de la situation droite des premieres, & que le vagin & les autres conduits se trouvent perpendiculaires à l'horison, ensorte que la pression du sang se fait directement contre leurs orifices ; au-lieu que dans les animaux, ces conduits sont paralleles à l'horison, & que la pression du sang se fait entierement contre leurs parties latérales ; l'évacuation, suivant le même auteur, se fait par la matrice plutôt que par d'autres endroits, parce que la structure des vaisseaux lui est plus favorable, les arteres de la matrice étant fort nombreuses, les veines faisant plusieurs tours & détours, & étant par conséquent plus propres à retarder l'impétuosité du sang. Ainsi, dans un cas de plethore les extrémités des vaisseaux s'ouvrent facilement, & l'évacuation dure jusqu'à ce que les vaisseaux soient déchargés du poids qui les accabloit.
Telle est en substance la théorie du docteur Freind, par laquelle il explique d'une maniere très-méchanique & très-philosophique, les symptomes des menstrues.
A ce qui a été dit, pourquoi les femmes ont des menstrues plutôt que les hommes, on peut ajoûter, selon Boerhaave, que dans les femmes l'os sacrum est plus large & plus avancé en-dehors, & le coccyx plus avancé en dedans, les os innominés plus larges & plus évasés, leurs parties inférieures de même que les éminences inférieures du pubis, plus en dehors que dans les hommes. C'est pourquoi la capacité du bassin est beaucoup plus grande dans les femmes, & néanmoins dans celles qui ne sont pas enceintes, il n'y a pas beaucoup de choses pour remplir cette capacité. De plus, le devant de la poitrine est plus uni dans les femmes que dans les hommes, & les vaisseaux sanguins, les vaisseaux lymphatiques, les nerfs, les membranes & les fibres sont beaucoup plus lâches : de-là vient que les humeurs s'accumulent plus aisément dans toutes les cavités, les cellules les vaisseaux, &c. & celles-ci plus sujettes à la plethore.
D'ailleurs, les femmes transpirent moins que les hommes, & arrivent beaucoup plutôt à leur maturité. Boerhaave ajoûte à tout cela la considération du tissu mol & pulpeux de la matrice, & le grand nombre de veines & d'arteres dont elle est fournie intérieurement.
Ainsi, une fille en santé étant parvenue à l'âge de puberté, prépare plus de nourriture que son corps n'en a besoin ; & comme elle ne croît plus, cette surabondance de nourriture remplit nécessairement les vaisseaux, sur-tout ceux de la matrice & des mammelles, comme étant les moins comprimés. Ces vaisseaux seront donc plus dilatés que les autres, & en conséquence des petits vaisseaux latéraux s'évacuant dans la cavité de la matrice, elle sera emplie & distendue, c'est pourquoi la personne sentira de la douleur, de la chaleur, & de la pesanteur autour des lombes, du pubis, &c. en même tems les vaisseaux de la matrice seront tellement dilatés qu'ils laisseront échapper du sang dans la cavité de la matrice ; l'orifice de ce viscere se ramollira & se relâchera & le sang en sortira. A mesure que la plethore diminuera, les vaisseaux seront moins distendus, se contracteront davantage, retiendront la partie rouge du sang, & ne laisseront échapper que la sérosité la plus grossiere, jusqu'à ce qu'enfin il ne passe que la sérosité ordinaire. De plus il se prépare, dans les personnes dont nous parlons, une plus grande quantité d'humeur, laquelle est plus facilement reçue dans les vaisseaux une fois dilatés : c'est pourquoi les menstrues suivent différens périodes en différentes personnes.
Cette hypothese, quoique très-probable, est combattue par le docteur Drake, qui soutient qu'il n'y a point de pareille plethore, ou qu'au-moins elle n'est pas nécessaire pour expliquer ce phénomene. Il dit, que si les menstrues étoient les effets de la plethore, les symptomes qui en resultent, comme la pesanteur, l'engourdissement, l'inaction, surviendroient peu-à-peu & se feroient sentir longtems avant chaque évacuation ; que les femmes recommenceroient à les sentir aussi-tôt après l'écoulement, & que ces symptomes augmenteroient chaque jour : ce qui est entierement contraire à l'expérience ; plusieurs femmes dont les menstrues viennent régulierement & sans douleur, n'ayant pas d'autre avertissement ni d'autre signe de leur venue, que la mesure du tems ; ensorte que celles qui ne comptent pas bien, se trouvent quelquefois surprises, sans éprouver aucun des symptomes que la plethore devroit causer. Le même auteur ajoûte, que dans les femmes même, dont les menstrues viennent difficilement, les symptomes, quoique très-fâcheux & très-incommodes, ne ressemblent en rien à ceux d'une plethore graduelle. D'ailleurs, si l'on considere les symptomes violens qui surviennent quelquefois dans l'espace d'une heure ou d'un jour, on sera fort embarrassé à trouver une augmentation de plethore assez considérable pour causer en si peu de tems un si grand changement. Selon cette hypothese, la derniere heure avant l'écoulement des menstrues n'y fait pas plus que la premiere, & par conséquent l'altération ne doit pas être plus grande dans l'une que dans l'autre, mettant à part la simple éruption.
Voilà en substance les raisons que le docteur Drake oppose à la théorie du docteur Freind, laquelle, nonobstant toutes ces objections, est encore, il faut l'avouer, la plus raisonnable & la mieux entendue, qu'on ait proposée jusqu'ici.
Ceux qui la combattent ont recours à la fermentation, & prétendent que l'écoulement des menstrues est l'effet d'une effervescence du sang. Plusieurs auteurs ont soutenu ce sentiment, particulierement les docteurs Charleton, Graaf & Drake. Les deux premiers donnent aux femmes un ferment particulier, qui produit l'écoulement, & affecte seulement, ou du moins principalement la matrice. Graaf, moins précis dans ses idées, suppose seulement une effervescence du sang produite par un ferment, sans marquer quel est ce ferment, ni comment il agit. La surabondance soudaine du sang a fait croire à ces auteurs, qu'elle provenoit de quelque chose d'étranger au sang, & leur a fait chercher dans les parties principalement affectées, un ferment imaginaire, qu'aucun examen anatomique n'a jamais pu montrer ni découvrir, & dont aucun raisonnement ne prouve l'existence. D'ailleurs, la chaleur qui accompagne cette surabondance les a portés à croire qu'il y avoit dans les menstrues autre chose que de la plethore & que le sang éprouvoit alors un mouvement intestin & extraordinaire.
Le docteur Drake enchérit sur cette opinion d'un ferment, & prétend non-seulement qu'il existe, mais encore qu'il a un reservoir particulier. Il juge par la promptitude & la violence des symptomes, qu'il doit entrer beaucoup de ce ferment dans le sang en très-peu de tems, & par conséquent, qu'il doit être tout prêt dans quelques reservoirs, où il demeure sans action, tandis qu'il n'en sort pas. Le même auteur va encore plus loin, & prétend démontrer que la bile est ce ferment, & que la vesicule du fiel en est le reservoir. Il croit que la bile est très-propre à exciter une fermentation dans le sang, lorsqu'elle y entre dans une certaine quantité ; & comme elle est contenue dans un reservoir qui ne lui permet pas d'en sortir continuellement, elle y demeure en reserve jusqu'à-ce qu'au bout d'un certain tems la vesicule étant pleine & distendue, & d'ailleurs comprimée par les visceres voisins, lâche sa bile, qui s'insinuant dans le sang par les vaisseaux lactés, peut y causer cette effervescence qui fait ouvrir les arteres de la matrice. Voyez FIEL.
Pour confirmer cette doctrine Drake ajoûte, que les femmes d'un tempérament bilieux ont leurs menstrues plus abondantes ou plus fréquentes que les autres, & que les maladies manifestement bilieuses sont accompagnées de symptomes qui ressemblent à ceux des femmes dont les menstrues viennent difficilement. Si on objecte que sur ce pié-là les hommes devroient avoir des menstrues comme les femmes, il répond que les hommes n'abondent pas en bile autant que les femmes, par la raison que les pores, dans les premiers, étant plus ouverts, & donnant issue à une plus grande quantité de la partie séreuse du sang, laquelle est le véhicule de toutes les autres humeurs, il s'évacue par conséquent une plus grande quantité de chacune de ces humeurs dans les hommes que dans les femmes, dont les humeurs superflues doivent continuer de circuler avec le sang, ou se ramasser dans des reservoirs particuliers, comme il arrive en effet à la bile. Il rend de même raison pourquoi les animaux n'ont point de menstrues ; c'est que ceux-ci ont les pores manifestement plus ouverts que les femmes, comme il paroît par la qualité de poil qui leur vient, & qui a besoin pour pousser d'une plus grande cavité & d'une plus grande ouverture des glandes que lorsqu'il n'en vient point. Il y a néanmoins quelque différence entre les mâles & les femelles des animaux, c'est que celles-ci ont aussi leurs menstrues, quoique pas si souvent ni sous la même forme, ni en même quantité que les femmes.
L'auteur ajoûte que les divers phénomenes des menstrues, soit en santé, soit en maladie, s'expliquent naturellement & facilement par cette hypothese, & aussi bien que par celle de la plethore, ou d'un ferment particulier.
La racine d'hellébore noir & le mars, sont les principaux remedes pour faire venir les regles. Le premier est presque infaillible, & même dans plusieurs cas où le mars n'est pas seulement inutile, mais encore nuisible, comme dans les femmes plethoriques auxquelles le mars cause quelquefois des mouvemens hystériques, des convulsions, & une espece de fureur utérine : au-lieu que l'hellébore atténue le sang & le dispose à s'évacuer sans l'agiter. Ainsi quoique ces deux remedes provoquent les menstrues, ils le font néanmoins d'une maniere différente ; le mars les provoque en augmentant la vélocité du sang, & en lui donnant plus d'action contre les arteres de la matrice ; & l'hellébore en le divisant & le rendant plus fluide. Voyez HELLEBORE & CHALIBE.
MENSTRUE & ACTION MENSTRUELLE, ou DISSOLVANT & DISSOLUTION, (Chimie) le mot menstrue a été emprunté par les Chimistes du langage alchimique. Il est du nombre de ceux auxquels les philosophes hermétiques ont attaché un sens absolument arbitraire, ou du moins qu'on ne peut rapprocher des significations connues de ce mot que par des allusions bisarres & forcées.
On entend communément par dissolution chimique la liquéfaction, ou ce qu'on appelle dans le langage ordinaire la fonte de certains corps concrets par l'application de quelques liqueurs particulieres ; tel est le phénomene que présente le sel, le sucre, la gomme, &c. dissous ou fondus dans l'eau.
Cette idée de la dissolution est inexacte & fausse à la rigueur, comme nous l'avons déja remarqué à l'article CHIMIE, voyez cet article p. 317. col. 2. parce qu'elle est incomplete & trop particuliere. Nous l'avons crue cependant propre à représenter ce grand phénomene chimique de la maniere la plus sensible, parce que dans les cas auxquels elle convient, les agens chimiques de la dissolution operent avec toute leur énergie, & que leurs effets sont aussi manifestes qu'il est possible. Mais, pour rectifier cette notion sur les vérités & les observations que fournit la saine Chimie, il faut se rappeller,
1°. Que les corps que nous avons appellés aggrégés, voyez article CHIMIE, p. 410. col. 2, sont des amas des particules continues, arrêtées dans leur position respective, leur assemblage, leur système par un lien ou une force quelconque, que j'ai appellé rapport de masse, & que les Chimistes appellent aussi union aggrégative ou d'aggrégation.
2°. Que cet état d'aggrégation subsiste sous la consistance liquide & même sous la vaporeuse, & qu'un même corps en passant de l'état concret à l'état liquide, & même à celui de vapeur, n'est altéré, tout étant d'ailleurs égal, que dans le degré de vicinité de ses parties intégrantes, & dans le plus ou le moins de laxité de son lien aggrégatif.
3°. Il faut savoir que dans toute dissolution les parties intégrantes du corps dissous s'unissent chimiquement aux particules du menstrue, & constituent ensemble de nouveaux composés stables, constans, que l'art sait manifester de diverses manieres, & qu'il est un terme appellé point de saturation, voyez SATURATION, au-delà duquel il n'y a plus de mixtion, voyez MIXTION, ni par conséquent de dissolution, circonstance qui constitue l'essence de la dissolution parfaite ; c'est ainsi que de la dissolution ou de l'union en proportion convenable de l'alkali fixe & de l'acide nitreux résulte le sel neutre, appellé nitre. Il faut se rappeller encore à ce propos que les divers principes qui constituent les composés chimiques, sont retenus dans leur union par un lien ou une force, que les Chimistes appellent union mixtive ou de mixtion, & qui, quoique dépendant très-vraisemblablement du même principe que l'union aggrégative, s'exerce pourtant très-diversement, comme il est prouvé dans toute la partie dogmatique de l'article CHIMIE, voyez cet article.
4°. De quelque maniere qu'on retourne l'application mutuelle, le mélange, l'intromission de deux corps naturellement immiscibles, jamais la dissolution n'aura lieu entre de tels corps : c'est ainsi que de l'huile d'olive qu'on versera sur du sel marin qu'on fera bouillir sur ce sel, qu'on battra avec ce sel, dans laquelle on broyera ce sel, dans laquelle on introduira ce sel aussi divisé qu'il est possible précédemment dissous sous forme liquide ; c'est ainsi, dis-je, que l'huile d'olive ne dissoudra jamais le sel marin.
5°. On doit remarquer que la dissolution, c'est-à-dire l'union intime de deux corps a lieu de la même maniere & produit un nouvel être exactement le même, soit lorsque le corps appellé à dissoudre est concret, soit lorsqu'il est en liqueur, soit lorsqu'il est dans l'état de vapeur ; ainsi de l'eau ou un certain acide seront convertis chacun dans un corps exactement le même, lorsqu'ils seront imprégnés de la même quantité de sel alkali volatil, soit qu'on l'introduise dans le menstrue sous la forme d'un corps solide, ou bien sous celle d'une liqueur, ou enfin sous celle d'une vapeur. Il faut savoir cependant que l'union de deux liqueurs miscibles, dont l'une est l'eau pure, a un caractere distinctif bien essentiel, savoir que cette union a lieu dans toutes les proportions possibles des quantités respectives des deux liqueurs, ou, ce qui est la même chose, que cette union n'est bornée par aucun terme, aucun point de saturation. Aussi n'est-ce pas là une vraie dissolution, l'eau ne dissout point proprement un liquide aqueux, composé tel qu'est tout liquide, composé miscible à l'eau ; elle ne fait que l'étendre, c'est-à-dire entrer en aggrégation avec l'eau liquéfiante du liquide aqueux composé. Ceci recevra un nouveau jour de ce qui est dit de la liquidité empruntée au mot LIQUIDITE (Chimie), voyez cet article, & de l'état des mixtes artificiels dans la formation desquels entre l'eau à l'article MIXTION, voyez cet article.
6°. Il est indifférent à l'essence de la dissolution que le corps dissous demeure suspendu dans le sein de la liqueur dissolvante, ou, ce qui est la même chose, soit réduit dans l'état de liquidité. Il y a tout aussi bien dissolution réelle dans la production d'un amalgame solide, dans celle du tartre vitriolé formé par l'effusion de l'huile de vitriol ordinaire sur l'alkali fixe concret, ou sur l'huile de tartre ordinaire, dans l'offa de Vanhelmont, dans la préparation du précipité blanc, &c. quoique les produits de ces dissolutions soient des corps concrets, que dans la préparation d'un sirop, d'un bouillon, &c. quoique ces dernieres dissolutions restent sous forme liquide.
Enfin il est des corps qui ne peuvent être dissous tant qu'ils sont en masse solide, & même d'autres que leur dissolvant propre n'attaque point, encore qu'ils soient dans l'état de liquidité, & qui ont besoin pour obéir à l'action d'un menstrue d'avoir été déja divisés jusques dans leurs corpuscules primitifs par une dissolution précédente. C'est ainsi que le mercure crud ou en masse n'est point dissout par l'acide du sel marin, qui exerce facilement sa vertu menstruelle sur ce corps lorsqu'il a été précédemment dissout par l'acide nitreux. Voyez MERCURE, Chimie. Il est facile de déduire de ces principes l'idée vraie & générale de la dissolution, de reconnoître qu'elle n'est autre chose qu'une mixtion artificielle, c'est-à-dire que l'union mixtive déterminée par l'apposition artificielle de deux substances diverses & appropriées ou miscibles.
Il est encore aisé d'en conclure que les explications méchaniques que certains Physiciens ont donné de ce phénomene, & dont le précis est exposé, article CHIMIE, page 415, col. 2, tombent d'elles-mêmes par ces seules observations ; car enfin ces explications ne portant que sur la disgrégation & la liquefaction des corps concrets, & ces changemens étant purement accidentels & très-secondaires lors même qu'ils ont lieu, il est évident que ces explications ne peuvent être qu'insuffisantes. D'ailleurs la nécessité de l'appropriation ou rapport des sujets de la dissolution & l'union intime, ou la mixtion qui en est la suite, dérangent absolument toutes ces spéculations méchaniques ; il n'est pas possible à quelque torture qu'on se mette pour imaginer des proportions de molécules, d'interstices, de figures, &c. d'attribuer aux instrumens méchaniques un choix pareil à celui qu'on observe dans les dissolutions ; & il est tout aussi difficile de résoudre cette objection victorieuse, savoir l'union de l'instrument avec le sujet sur lequel il a agi, car les instrumens méchaniques se séparent dès que leur action a cessé des corps qu'ils ont divisés, selon que leur diverse pesanteur, ou telle autre cause méchanique agit diversement sur ces différens corps. C'est une des raisons par laquelle Boerhaave qui a d'ailleurs beaucoup trop donné aux causes méchaniques dans sa théorie de l'action menstruelle, voyez elementa chemiae, pars altera, de menstruis, infirme les explications purement méchaniques. Cet auteur observe aussi avec raison qu'un instrument méchanique, un coin, par exemple, ne peut point agir en se promenant doucement (sola levi circumnatatione) autour du corps à diviser, qu'il doit être chassé à coups redoublés, & que certainement on ne trouve point cette cause impulsive dans des particules nageant paisiblement dans un fluide, in particulis molli fluido placidè circumfusis omni causâ adigente carentibus, &c.
La cause de la dissolution est donc évidemment l'exercice de la propriété générale des corps que les Chimistes appellent miscibilité, affinité, rapport, &c. voyez RAPPORT, ou ce qui revient au même, la tendance à l'union mixtive, voyez encore MIXTION.
Si cette tendance est telle que l'union aggrégative de sujets de la dissolution en puisse être vaincue, la dissolution aura lieu, quoique ces sujets ou dumoins l'un d'eux soit dans l'état de l'aggrégation la plus stable, c'est-à-dire qu'il soit concret ou solide. Il arrivera au contraire quelquefois que la force du lien aggrégatif sera supérieure à la force de miscibilité ; & alors la dissolution ne pourra avoir lieu, qu'on n'ait vaincu d'avance la résistance opposée par l'union aggrégative, en détruisant cette union par divers moyens. Ces moyens les voici : 1°. Il y en a un qui est de nécessité absolue ; savoir, que l'un des sujets de la dissolution soit au-moins sous la forme liquide ; car on voit bien, & il est confirmé par l'expérience, que des corps concrets, quand même ils seroient réduits dans l'état d'une poudre très-subtile, ne sauroient se toucher assez immédiatement pour que leurs corpuscules respectifs se trouvassent dans la sphere d'activité de la force mixtive. Cette force qui est à cet égard la même que celle que les Physiciens appellent attraction de cohésion, ne s'exerce, comme il est assez généralement connu, que dans ce qu'on appelle le contact, & qu'il ne faut appeller qu'une grande vicinité. Voyez l'article CHIMIE.
C'est cette condition dans le menstrue que les Chimistes ont entendue, lorsqu'ils ont fait leur axiome, corpora, ou plûtôt menstrua non agunt nisi sint soluta.
La liquidité sert d'ailleurs à éloigner du voisinage du corps ; à dissoudre les parties du menstrue, à mesure qu'elles se sont chargées & saturées d'une partie de ce corps, & en approcher successivement les autres parties du menstrue : car il ne faut pas croire que la liquidité consiste dans une simple oscillation, c'est-à-dire dans des éloignemens & des rapprochemens alternatifs & uniformes des ces parties. Tout liquide est agité par une espece de bouillonnement ; le feu produit dans son sein des tourbillons, des courans, comme nous l'avons déjà insinué à l'article CHIMIE ; & quand même cette assertion ne seroit point prouvée d'ailleurs, elle seroit toujours démontrée par les phenomenes de la dissolution. Au reste la liquidité contribue de la même maniere à la dissolution ; elle est une condition parfaitement semblable, soit qu'elle reside dans un corps naturellement liquide sous la température ordinaire de notre atmosphere, ou qu'elle soit procurée par un degré très-fort de feu artificiel, ou, pour s'exprimer plus chimiquement, que cette liquidité soit aqueuse, mercurielle ou ignée. Il faut remarquer seulement que les menstrues qui jouissent de la liquidité aqueuse, sont tous, excepté l'eau pure, composés de l'eau liquéfiante & d'un autre corps, lequel est proprement celui dont on considere l'action menstruelle : ensorte que dans l'emploi de ces menstrues aqueux composés, il faut distinguer une double dissolution ; celle du corps à dissoudre par le principe spécifique du menstrue aqueux composé, les corpuscules acides, par exemple, répandus dans la liqueur aqueuse composée, appellée acide vitriolique, & la dissolution par l'eau du nouveau corps résultante de la premiere dissolution. Voyez LIQUIDITE, Chimie.
Lorsque les Chimistes emploient des menstrues doués de la liquidité aqueuse, ils appellent de tels procédés, procédés par la voie humide ; & ils nomment procédés par la voie seche, ceux dans lesquels le menstrue employé éprouve la liquidité ignée ou la fusion. Voyez l'article VOIE SECHE & VOIE HUMIDE.
C'est l'état ordinaire de liquidité propre à certaines substances chimiques qui leur a fait donner spécialement le nom de menstrue ou de dissolvant ; car on voit bien par la doctrine que nous venons d'exposer, que cette qualité ne peut pas convenir à un certain nombre d'aggrégés seulement, qu'au contraire tous les aggrégés de la nature sont capables d'exercer l'action menstruelle, puisqu'il n'en est point qui ne soient miscibles à d'autres corps, & que d'ailleurs l'action menstruelle est absolument réciproque, que l'eau ne dissout pas plus le sucre que le sucre ne dissout l'eau. Cette distinction entre le corps à dissoudre & le dissolvant, que les Chimistes ont conservée, n'a donc rien de réel, mais elle est aussi sans inconvénient, & elle est très-commode dans la pratique, en ce qu'elle sert à énoncer d'une façon très-abrégée l'état de la liquidité de l'un des réactifs, & l'état ordinairement concret de l'autre. Sous ce dernier point de vûe, l'acception commune du mot menstrue ne signifie donc autre chose qu'une liqueur capable de s'unir ou de subir la mixtion avec un sujet chimique quelconque ; & les liqueurs étant en effet naturellement disposées à s'associer à un grand nombre de corps, méritent de porter par préférence le titre de dissolvant.
On a grossi pourtant la liste des menstrues de quelques corps qu'on a aussi assez communément sous la forme concrete ; tels sont l'un & l'autre alkali, quelques acides, comme la crême de tartre & le sel de succin, le soufre, quelques verres métalliques, le plomb, la litharge, le foie de soufre, &c. mais outre que ces corps sont très-facilement ou liquefiables ou fusibles, ils ont d'ailleurs mérité le titre de dissolvant par l'étendue de leur emploi. On trouvera aux articles particuliers les propriétés & les rapports divers de tous ces différens menstrues, que nous croyons très-inutile de classer, & sur l'histoire particuliere desquels on doit consulter aussi la savante dissertation que le célebre M. Pott a publiée sur cette matiere, sous le titre de historia partic. corporum solutionis. Voyez, par exemple, EAU, HUILE, SEL, SOUFRE, &c.
La seconde condition, sinon essentielle, du-moins le plus souvent très-utile pour faciliter la dissolution, c'est que le menstrue soit plus ou moins échauffé par une chaleur artificielle : cette chaleur augmente la liquidité, c'est-à-dire la rapidité des courans & la laxité de l'aggrégation du menstrue. Il est nécessaire dans quelques cas particuliers que cette liquidité soit portée jusqu'à son degré extrème, c'est-à-dire l'ébullition, & quelquefois même que l'un & l'autre sujet de la dissolution soit réduit en vapeurs. Le mercure n'est point dissous, par exemple, par l'acide vitriolique, à-moins que cette liqueur acide ne soit bouillante ; & l'acide marin qui ne dissout point le mercure tant que l'un & l'autre corps demeurent sous forme de liqueur, s'unit facilement à ce corps, & forme avec lui le sublimé corrosif, s'ils se rencontrent étant réduits l'un & l'autre en vapeurs. Au reste le feu n'agit absolument dans l'affaire de la dissolution que de la maniere que nous venons d'exposer ; il ne faut point lui prêter la propriété de produire des chocs, des collisions, des ébranlemens par l'agitation qu'il produit dans les parties du liquide. Cette prétention seroit un reste puérile & routinier des miseres physiques que nous avons réfutées plus haut. Encore un coup, l'effet de cette agitation se borne à amener mollement les parties du liquide dans le voisinage de celles du corps concret. Tout ceci est déja insinué à l'article CHIMIE, pag. 417. col. 2.
Un troisieme moyen de favoriser les dissolutions, est quelquefois de lâcher le lien aggrégatif des liquides salins, en faisant ce qu'on appelle communément les affoiblir, c'est-à-dire en les étendant dans une plus grande quantité de la liqueur à laquelle ils doivent leur liquidité, savoir l'eau. Voyez LIQUIDITE, Chimie. C'est ainsi que l'acide nitreux concentré n'agit point sur l'argent, & que l'acide nitreux foible, c'est-à-dire plus aqueux, dissout ce métal.
Quatriemement, on supplée au mouvement de liquidité, ou on accélere ses effets en secouant, roulant, battant, agitant avec une spatule, un moussoir, quelques brins de paille, &c. le liquide dissolvant.
Cinquiemement enfin, on dispose les corps concrets à la dissolution de la maniere la plus avantageuse, en rompant d'avance leur aggrégation par les divers moyens méchaniques ou chimiques, en les pulvérisant, les rapant, les laminant, grenaillant, &c. les pulvérisant philosophiquement, les calcinant, les réduisant en fleurs, & quelquefois même en les fondant ou les divisant autant qu'il est possible par une dissolution préliminaire. Il est nécessaire, par exemple, de fondre le succin pour le rendre dissoluble, dans une huile par expression même bouillante ; & l'acide marin n'attaque l'argent que lorsque ce métal a été préalablement dissout par l'acide nitreux.
Les Chimistes admettent ou du-moins distinguent trois especes de dissolutions : celle qu'ils appellent radicale, la dissolution entiere ou absolue, & la dissolution partiale.
La dissolution radicale est celle qui divise un corps jusque dans ses premiers principes, & qui laisse tous ces divers principes libres ou à nud véritablement séparés les uns des autres & du menstrue qui a opéré leur séparation. Une pareille dissolution n'a été jusqu'à présent qu'une vaine prétention, & on peut légitimement soupçonner qu'elle sera fondée encore long-tems sur un espoir chimérique. L'agent merveilleux de cette prétendue dissolution, est ce que les Chimistes ont appellé alkahest ou dissolvant universel. Voyez ALKAHEST. On trouvera une idée très-claire & très-précise de cette prétendue propriété de l'alkahest dans la physique souterraine de Becher, liv. I. sect. 3. ch. iv. n °. 10 & 11.
La dissolution entiere ou absolue est celle que subissent des sujets dont la substance entiere inaltérée, indivise, est dissoute, mêlée, unie : c'est celle qui a lieu entre le sucre & l'eau, l'acide & l'alkali, l'esprit-de-vin & une résine pure, &c.
Enfin, la dissolution partiale est celle dans laquelle le menstrue, appliqué à un certain corps composé ou à un simple mélange par confusion (voyez CONFUSION Chimie), ne dissout qu'un des principes de ce composé ; ou l'un des matériaux de ce mélange. La dissolution de l'acide vitriolique, qui est un des principes de l'alun par l'alkali fixe, tandis que ce menstrue ne touche point à la terre, qui est un autre principe de l'alun, fournit un exemple d'une dissolution partiale de la premiere espece, & cette opération est connue dans l'art sous le nom de précipitation, voyez PRECIPITATION, Chimie. La dissolution d'une résine répandue dans un bois par l'esprit-de-vin qui ne touche point au corps propre du bois, fournit un exemple d'une dissolution partiale de la seconde espece, & cette opération est connue dans l'art sous le nom d'extraction, voyez EXTRACTION. L'effervescence est un accident qui accompagne plusieurs dissolutions, & qui étant évalué avec précision, doit être rapporté à la classe des précipitations. Voyez EFFERVESCENCE & PRECIPITATION.
Les usages, tant philosophiques que pharmaceutiques, diététiques, économiques, &c. de la dissolution chimique, sont extrêmement étendus : c'est cette opération qui produit les lessives ou liqueurs salines de toutes les especes, les sels neutres, les sirops, les baumes artificiels, les foies de soufre, soit simples, soit métalliques ; les amalgames, les métaux soufrés par art, le savon, les pierres précieuses artificielles, le verre commun, les vernis, &c. Les usages & les effets du même ordre de la dissolution partiale, ne sont pas moins étendus, mais celle-ci offre de plus le grand moyen, le moyen principal fondamental des recherches chimiques : en un mot, l'emploi de ce moyen constitue l'analyse menstruelle. Voyez MENSTRUELLE, analyse.
On emploie quelquefois dans le langage chimique le mot de dissolution, comme synonyme à celui de diacrese ou séparation (voyez SEPARATION, Chimie) ; mais son usage dans ce sens, qui est beaucoup plus étendu que celui que nous lui avons donné dans cet article, est peu reçu.
Nous avons déja dit ailleurs (voyez DISSOLUTION, Chimie) qu'on donnoit aussi le nom de dissolution aux liqueurs composées produites par la dissolution. (b)
|
| MENSURABILITÉ | S. f. (Géom.) c'est l'aptitude ou la proprieté qu'a un corps, de pouvoir être appliqué à une certaine mesure, c'est-à-dire de pouvoir être mesuré par quelque grandeur déterminée. Voyez MESURE & MESURER.
|
| MENTAGRA | (Médec.) je suis obligé de conserver le mot latin mentagra ; c'étoit une espece de dartre lépreuse de mauvaise qualité, qui selon le rapport de Pline, liv. XXVI. ch. j. parut pour la premiere fois à Rome, sous le regne de Claude ; elle commençoit par le menton, d'où elle prit son nom, s'étendoit successivement aux autres parties du visage, ne laissoit que les yeux de libres, & descendoit ensuite sur le cou, sur la poitrine, & sur les mains. Cette maladie ne faisoit pas craindre pour la vie, mais elle étoit extrèmement hideuse ; Pline, de qui nous tenons ce récit, ajoute que les femmes, le menu peuple & les esclaves, n'en furent point atteints, mais seulement les hommes de la premiere qualité.
On fit venir, continue cet auteur, des médecins d'Egypte, qui est un pays fertile en semblables maux. La méthode qu'on suivoit generalement pour la cure, étoit de brûler ou de cauteriser en quelques endroits jusqu'aux os pour éviter le retour de la maladie ; mais ce traitement faisoit des cicatrices aussi difformes que le mal étoit laid. Galien parle d'un Pamphile qui guérissoit cette dartre sans employer les cauteres, & qui gagna beaucoup d'argent par ses remedes. Manilius Cornutus, gouverneur d'Aquitaine, composa avec le médecin qui entreprit de le guérir, pour une somme marquée dans Pline de cette maniere, HS.. cette ligne mise au-dessus de deux C, indiqueroit qu'il faut entendre deux cent mille grands sesterces qui font environ deux millions de livres. Mais comme cette somme paroît follement excessive, pour avoir été le salaire de la guérison d'une simple maladie, où d'ailleurs la vie ne se trouvoit point en danger ; le P. Hardouin a sans doute raison de croire, qu'il faut entendre seulement deux cent sesterces, c'est-à-dire environ vingt mille livres, ce qui est toujours une récompense magnifique.
On prétend que sous le pontificat de Pélage II. dans un été qui suivit l'inondation du Tibre, il parut à Rome une espece de dartre épidémique que les Médecins n'avoient jamais vûe, & qui tenoit des caracteres de la mentagra, dont Pline a donné la description. Mais il ne faut pas s'y tromper, la maladie qui ravagea Rome sous le pape Pélage, & dont lui-même périt, étoit une peste si violente, que souvent on expiroit en éternuant ou en baillant ; c'est de-là qu'est venu, selon quelques historiens, la coutume de dire à celui qui éternue, Dieu vous bénisse, & celle de faire le signe de la croix sur la bouche lorsqu'on baille, coutume qui subsiste encore parmi le petit peuple. (D.J.)
|
| MENTAL | (Gram.) qui s'exécute dans l'entendement ; verbal où ce qu'on profere au-dehors est son opposé ; il y a l'oraison mentale, la restriction mentale. Voyez l'article RESTRICTION.
|
| MENTAVAZA | (Hist. nat.) oiseau de l'île de Madagascar, il est de la grosseur d'une perdrix ; son plumage est gris, son bec est long & recourbé ; il se tient sur le sable des côtes de la mer ; sa chair est un manger très-délicat.
|
| MENTEITH | (Géog.) petite province d'Ecosse, qui confine à l'orient avec celle de Fife. Le fleuve Forth la sépare au midi de la province de Sterling, & elle a celle de Lenox à l'occident ; elle prend son nom de la riviere de Teith qui l'arrose, & se jette dans le Forth. Sa longueur est de treize lieues, & sa largeur de quatre. Dublin sur l'Allan en est la capitale, & la seule ville. (D.J.)
|
| MENTES-ILI | (Géog.) contrée d'Asie dans la Natolie, suivant M. Delisle ; elle est bornée au nord, par l'Aidin-Ili, à l'orient par le pays de Macri, au midi par le golfe de Macri, & à l'occident par l'Archipel. (D.J.)
|
| MENTÉSA | (Géog. anc.) il y avoit deux villes de ce nom en Espagne ; l'une dont les habitans étoient nommés Mentesani Oretani, & l'autre Mentesani Bastuli ; on ne trouve plus de traces de ces deux villes. (D.J.)
|
| MENTHE | S. f. mentha, (Botan.) genre de plante à fleur monopetale labiée ; la levre supérieure est voûtée, & l'inférieure divisée en trois parties ; cependant ces deux levres sont partagées de façon que cette fleur paroît au premier coup d'oeil, divisée en quatre parties. Il s'éleve du calice un pistil qui est attaché comme un clou à la partie postérieure de la fleur ; ce pistil a quatre embryons qui deviennent dans la suite autant de semences renfermées dans une capsule qui a servi de calice à la fleur. Tournefort, inst. rei herb. Voyez PLANTE.
La Médecine retire tant d'utilité de la menthe, & l'odeur de ce genre de plante qui tient du baume & du citron, plaît si généralement, qu'on en cultive dans les jardins de botanique presque toutes les especes ; mais il suffira de décrire ici la menthe la plus commune de nos jardins.
La menthe ordinaire est appellée par C. Bauhin, mentha hortensis, verticillata, ocymi odore, C. B. p. 227. c'est-à-dire menthe des jardins verticillée, à odeur de basilic ; en anglois the verticillated gardenmint, with the smell of basil.
Sa racine est traçante & garnie de fibres, qui s'étendent au loin de toutes parts. Elle pousse des tiges à la hauteur d'un pié & demi, quarrées, un peu velues, roides, & rougeâtres. Ses feuilles sont arrondies, opposées deux à deux, d'une odeur forte, assez semblables à celles du moyen basilic ; mais plus longues, plus pointues, & plus dentelées au bout de la tige.
Des aisselles des feuilles naissent des anneaux serrés de petites fleurs en gueule purpurine, qui forment un épi, & sont découpées en deux levres courtes, fendues de maniere que ces fleurs semblent découpées à quatre segmens, parce que les deux levres paroissent à peine.
Quatre graines menues succedent à chaque fleur, dont le pistil est plus haut que dans le pouliot-thym, & d'une couleur plus pâle. Toute la plante a une agréable odeur balsamique, aromatique ; elle fleurit en Juillet & Août.
La menthe frisée ou crépue, mentha crispa, verticillata, de C. B. p. 227. s'éleve pour l'ordinaire à trois piés, & ne differe de la précedente que par ses feuilles qui sont ridées, crépues, & comme gaudronnées.
La menthe à épi & à feuilles étroites, par C. Bauhin, mentha angustifolia, spicata, C. B. p. 1227. & ses fleurs qui forment au haut de la tige & des branches, un épi allongé. Elles sont disposées en gueule, découpées en deux levres, blanchâtres, semées de petits points rouges. L'odeur de cette espece est forte, son goût est âcre & aromatique.
La menthe aquatique, en latin mentha rotundifolia, palustris, seu aquatica major, de C. B. p. 227. se plaît dans les lieux humides. Ses fleurs sont ramassées en grosses têtes arrondies, & d'un pourpre lavé. Chaque fleur a quatre étamines saillantes à sommets, d'un rouge plus foncé. Les graines sont menues & noirâtres. Cette espece de menthe est d'une odeur fort pénetrante.
La menthe aquatique à larges feuilles, est la même plante que presque tous les Botanistes nomment pouliot, pouliot royal : pulegium, pulegium regium, & par Tournefort, mentha aquatica, sive pulegium vulgare, I. R. H. 189. en anglois, the common pennyroyal.
Ses feuilles approchent de celles de l'origan ; elles sont douces au toucher, noirâtres, d'un goût brûlant. Ses fleurs sont de couleur bleuâtre ou purpurine, quelquefois blanches & quelquefois d'un rouge-pâle. Cette plante croit abondamment au bord des lieux humides, fleurit en Juillet & Août ; & comme elle est plus aromatique quand elle est en fleur, c'est alors qu'il la faut cueillir. Son odeur est très-pénétrante, sa saveur très-âcre, & très-amere ; la Médecine en fait un grand usage.
La menthe sauvage ou le menthastre, mentha sylvestris, rotundiore folio, de C. B. p. 227. vient sans culture, répand une odeur plus forte, mais moins agréable que celle des menthes cultivées.
La menthe de quelque espece qu'elle soit, contient une grande quantité d'huile subtile, confortative, & amie des nerfs ; cependant la vertu qu'elle a de fortifier le ton de l'estomac & des intestins, d'arrêter le hoquet, le vomissement, la diarrhée, qui naissent de l'affoiblissement des visceres, n'est pas seulement dûe à l'huile dont on vient de parler ; mais encore à un principe terrestre, quelque peu astringent. On tire de la menthe une eau simple, un esprit & une huile distillée, qu'on trouve dans les boutiques. (D.J.)
MENTHE, (Chimie, Pharmacie, & Mat. medic.) menthe crépue des jardins : cette plante est très-aromatique, & a une saveur âcre & amere ; elle donne dans la distillation une bonne quantité d'huile essentielle, qui est d'abord jaune, qui prend bien-tôt une couleur rougeâtre, & qui devient enfin d'un rouge très-foncé. M. Cartheuser a retiré d'une livre de feuilles seches de menthe, cueillie dans le tems convenable, c'est-à-dire, lorsqu'elle commence à montrer quelques fleurs, environ trois gros d'huile ; ce qui est beaucoup. L'eau distillée qu'on en retire dans la même opération est très-chargée de parties aromatiques, sur-tout lorsqu'elle a été convenablement cohobée ; on peut en retirer aussi une eau distillée essentielle, très chargée des mêmes principes. Voyez EAU DISTILLEE.
C'est aux principes volatils dont nous venons de faire mention, que la menthe doit évidemment ses qualités médicamenteuses ; car M. Cartheuser n'a retiré de cette plante qu'un extrait qui n'annonce aucune activité, & une teinture qui étant rapprochée n'a fourni qu'une très-petite quantité d'un principe résineux.
La menthe tient un rang distingué, peut-être même le premier rang parmi les remedes stomachiques ; c'est son eau distillée que l'on emploie principalement pour cette vertu : deux autres onces de bonne eau de menthe sont un secours presque assuré pour arrêter le vomissement, fortifier l'estomac, en appaiser les douleurs. On la donne encore dans les mêmes cas en infusion, principalement dans le vin à la dose d'une ou de deux pincées ; l'eau distillée & l'infusion de menthe sont aussi de très-grands remedes contre les coliques venteuses ; les coliques & les autres affections hystériques, & la suppression des regles ; elles sont aussi très-efficaces contre les vers.
L'application de la menthe en forme de cataplasme sur les mamelles est donnée par plusieurs auteurs comme un remede éprouvé, pour resoudre le lait coagulé dans ces parties ; quelques gouttes d'huile essentielle soit seule, soit mêlée à un peu d'huile d'olive peut en temperer l'âcreté qui seroit capable d'enflammer la peau ; cette espece d'épithème, disje, est recommandé contre les foiblesses d'estomac & le vomissement habituel. Une pareille application sur la région hypogastrique passe pour capable de rétablir l'écoulement des regles ; l'huile par infusion qu'on prépare avec cette plante, possede à-peu-près les mêmes vertus que le mélange dont nous venons de parler, mais dans un degré inférieur. Cette huile par infusion est véritablement chargée des principes médicamenteux de la plante ; elle doit être mise au rang des remedes extérieurs puissamment resolutifs & propres à appaiser les douleurs.
On trouve dans les boutiques un syrop simple de menthe, qui, s'il est préparé comme il doit l'être par la distillation, possede les vertus réunies de l'infusion & de l'eau distillée, considerablement affoiblies cependant par le sucre, ce qui le rend moins propre aux usages principaux & essentiels de la menthe.
Les feuilles de cette plante entrent dans l'orviétan, l'eau vulneraire, l'eau de lait alexitere, l'eau génerale, l'élixir de vitriol, la poudre contre la rage ; la plante seche entre dans les tablettes stomachiques, les fleurs dans le vinaigre prophylactique, & le baume tranquille, le suc dans l'emplâtre de betoine, le syrop dans les pilules sine quibus, l'huile essentielle dans le baume nervin & l'emplâtre stomachal. (b)
Nota, c'est par inadvertance qu'on a renvoyé de l'art. EAUX DISTILLEES à celui-ci, pour y trouver dans la description de l'eau de menthe composée, un exemple d'une eau distillée composée, proprement dite. L'eau de menthe, composée, des boutiques, est spiritueuse comme l'eau de melisse composée, & toutes les eaux distillées composées, usuelles.
MENTHE SAUVAGE, (Matiere méd.) menthastre. La menthe sauvage tue les vers comme les autres menthes ; elle est utile dans l'asthme, pour provoquer les mois, & contre la dureté de l'ouie. Elle entre aussi dans les bains utérins & nervins ; plusieurs appliquent dans la sciatique cette plante pilée en maniere de cataplame sur la partie malade : on assure qu'elle y excite des vessies, qui venant à crever, calment la douleur. Tournefort dans son histoire des plantes des environs de Paris, dit que la tisane de cette menthe est bonne pour les vapeurs. Suite de la matiere médicale de Geoffroy.
Les Médecins ne se servent presque point de cette plante, quoiqu'elle soit très-bonne contre les vers ; cette vertu est prouvée par l'expérience constante des paysans de plusieurs provinces qui en font prendre le suc à leurs enfans attaqués de vers, avec beaucoup de succès, & qui la leur appliquent aussi pilée sur l'estomac dans le même cas, moins utilement que beaucoup de médecins ne seront tentés de le penser.
Cette plante entre dans l'électuaire de baies de laurier & dans les trochisques de myrrhe. (b)
|
| MENTHE-COQ | (Botan.) espece de tanaisie, connue sous les noms vulgaires de menthe-coq, herbe de coq, ou coq des jardins, costus hortorum des boutiques, mais par Tournefort, tanacetum hortense, foliis & odore menthae.
La racine de cette petite plante est aussi assez semblable à celle de la menthe, oblique, ronde, garnie de plusieurs fibres. Elle pousse des tiges à la hauteur d'environ deux piés, cannelées, velues, rameuses, de couleur pâle ; ses feuilles sont oblongues, approchantes de celles de la passerage, dentelées dans leurs bords, de la même couleur que les tiges, rarement découpées, d'une odeur forte & agréable, d'un goût amer & aromatique.
Ses fleurs naissent comme celles de la tanaisie en bouquets, ou petites ombelles, aux sommets des tiges & des branches, ramassées & jointes ensemble en rond, d'une couleur jaune dorée. Quand ces fleurs sont tombées, il leur succede des semences menues & sans aigrette, oblongues, applaties, enfermées dans le fond du calice de la fleur.
Cette plante se trouve dans presque tous les jardins où l'on se plaît à la cultiver, & où elle se multiplie fort aisément. Elle fleurit en été, mais assez tard, & subsiste enfin jusqu'à la fin de l'automne. On tire quelquefois de cette plante une eau distillée, & une huile par infusion, qu'on nomme improprement huile de baume. (D.J.)
MENTHE-COQ, (Mat méd.) coq, herbe du coq, coq des jardins, grand baume. Cette plante a beaucoup d'analogie avec la tanaisie & avec l'absynthe, auxquels on la substitue quelquefois dans tous les cas.
Mais elle est principalement & particulierement connue comme servant à préparer une huile par infusion, appellée à Paris huile de baume, qui est un remede populaire & domestique des plaies & des contusions, & qui vaut autant, mais non pas mieux que toute autre huile par infusion, chargée du parfum & de l'huile essentielle d'une ou de plusieurs plantes aromatiques.
L'herbe du coq est employée aussi quelquefois à titre d'assaisonnement dans quelques ragoûts vulgaires.
Elle entre dans l'onguent martiatum & dans le baume tranquille. (b)
|
| MENTION | S. f. (Gram.) témoignage ou rapport par écrit ou de vive voix. Combien de grands hommes dont les noms sont tombés dans l'oubli, & à qui nous ne donnons ni larmes ni regrets, parce qu'il ne s'est trouvé aucun homme sacré qui en ait fait mention. Cet homme sacré, c'est le poëte ou l'historien. Il y a tel personnage aujourd'hui qui se promet de longues pages dans l'histoire, & qui n'y occupera pas une ligne si elle est bien faite. Qu'a-t-il fait pour qu'on transmette son nom à la postérité ? Il y en a tel autre qui ne s'est signalé que par des forfaits, qui seroit trop heureux s'il pouvoit se promettre de mourir tout entier, & qu'on ne fera non plus mention de lui que s'il n'eût pas existé.
|
| MENTON | S. m. (Anatomie) c'est la partie moyenne de la mâchoire inférieure. Voyez MACHOIRE.
MENTON, (Jardinage) ce sont les trois feuilles de la fleur d'iris qui s'inclinent vers la terre. V. IRIS.
MENTON, (Maréchall.) on appelle ainsi dans le cheval la partie de la mâchoire inférieure qui est immédiatement sous la barbe. Voyez BARBE.
MENTON, (Géog.) petite ville d'Italie, dans la principauté de Monaco. Elle est près de la mer, sur la côte occidentale de la riviere de Gènes, à 3 lieues de Vintimiglia, & 2 de Monaco, dont elle dépend depuis 1346, que Charles Grimaldi, gouverneur de Provence & amiral de Gènes, en fit l'achat. Long. 25. 10. latit. selon le pere Laval, 43d. 44'. 43''. (D.J.)
|
| MENTONNIERE | adj. en Anatomie ; se dit des parties relatives au menton.
Le trou mentonnier antérieur. Le trou mentonnier postérieur. Voyez MACHOIRE.
L'artere mentonniere. Voyez MAXILLAIRE.
MENTONNIERE, (Docimastique) on nomme ainsi une plaque de fer, placée horisontalement au-devant & au-bas de l'entrée de la moufle dans le fourneau d'essai. Cette plaque sert à supporter des charbons ardens qu'on met à cette entrée ou bouche, lorsqu'on veut augmenter, par ce moyen, la chaleur intérieure de la moufle. On y pose aussi les essais, pour les refroidir lentement à mesure qu'on les retire. Tiré du schlutter de M. Hellot.
|
| MENTZELE | menzelia, (Botan.) genre de plante à fleur en rose, composée de plusieurs pétales disposés en rond, & soutenus par un calice dont le pistil devient dans la suite un fruit en forme de tuyau membraneux & rempli de petites semences. Plumier, nova plant. amer. gen. Voyez PLANTE.
|
| MENU | adj. (Gram.) terme relatif à la masse. C'est l'opposé de gros & de grossier. On réduit les corps en poudres menues ou grossieres. On dit, ces parties de l'édifice sont trop menues ; alors il est synonyme à maigre. Voyez, dans les articles suivans, d'autres acceptions de ce mot.
MENUS DIMES, (Jurisprud.) Voyez au mot DIMES l'article MENUS DIMES.
MENUS PLAISIRS, ou simplement MENUS, (Hist. mod.) c'est chez le roi le fonds destiné à l'entretien de la musique tant de la chapelle que du concert de la reine, aux frais des spectacles, bals, & autres fêtes de la cour.
Il y a un intendant, un trésorier, un contrôleur, & un caissier des menus, dont chacun en droit soi est chargé de l'ordonnance des fêtes, d'en arrêter, viser & payer les dépenses.
MENU, (Comm.) on entend par ce terme, dans les bureaux du convoi à Bordeaux, toutes les marchandises généralement quelconques qui doivent droit au convoi, & qui se chargent sur les vaisseaux à petites parties.
On appelle registre du menu un des registres du receveur du convoi, où on enregistre toutes ces marchandises & les droits qu'elles payent.
On nomme aussi issue du menu les droits de sortie, qui sont dûs pour les marchandises qui sortent en petite quantité.
Les entrées du sel au menu se disent aussi à Bordeaux du sel blanc qui ne passe pas un quart.
La sortie du sel au menu est quand le sel qui sort ne passe pas une mine. Dictionn. de Commerce.
MENU, en terme de Commerce, signifie quelquefois la même chose que détail. Ce marchand trafique tant en gros qu'en menu. Détail est plus usité. Voyez DETAIL. Dictionn. de Commerce.
MENU, en terme de pain d'épicier, désigne tous les ouvrages faits de pâte à menu, depuis la valeur d'un liard jusqu'à deux sols.
MENU, en terme de Diamantaire ; ce sont des diamans fort petits, qu'on taille néanmoins en rose ou en brillant comme les autres, avec cette différence qu'on les taille à moins de pans, ce qui fait des roses simples & des brillans simples.
MENUS DROITS, (Chasse) ce sont les oreilles d'un cerf, les bouts de sa tête quand elle est molle, le muffle, les dintiers, le franc boyau, & les noeuds qui se levent seulement au printems & dans l'été ; c'est le droit du roi.
|
| MENU-VAIR | (Blason) le menu-vair étoit une espece de panne blanche & bleue, d'un grand usage parmi nos peres. Les rois de France s'en servoient autrefois au lieu de fourrures ; les grands seigneurs du royaume en faisoient des doublures d'habit, des couvertures de lit, & les mettoient au rang de leurs meubles les plus précieux. Joinville raconte, qu'étant allé voir le seigneur d'Entrache qui avoit été blessé, il le trouva enveloppé dans son couvertoir de menu-vair. Les manteaux des présidens à mortier, les robes des conseillers de la cour, & les habits de cérémonie des hérauts d'armes en ont été doublés jusqu'au quinzieme siecle. Les femmes de qualité s'en habilloient pareillement ; il fut défendu aux ribaudes d'en porter, aussi-bien que des ceintures dorées, des robes à collets renversés, des queues & boutonnieres à leurs chaperons, par un arrêt de l'an 1420.
Cette fourrure étoit faite de la peau d'un petit écureuil du nord, qui a le dos gris & le ventre blanc. C'est le sciuro vario d'Aldrovandi, & peut-être le mus ponticus de Pline. Quelques naturalistes latins le nomment varius, soit à cause de la diversité des deux couleurs grise & blanche, ou par quelque fantaisie de ceux qui ont commencé à blasonner. Les Pelletiers nomment à présent cette fourrure petit-gris.
On la diversifioit en grands ou petits carreaux, qu'on appelloit grand-vair ou petit-vair. Le nom de panne imposé à ces sortes de fourrures, leur vint de ce qu'on les composa de peaux cousues ensemble, comme autant de pans ou de panneaux d'un habit. On conçoit de-là que le vair passa dans le blason, & en fit la seconde panne, qui est presque toujours d'argent ou d'azur, comme l'hermine est presque toujours d'argent ou de sable. Le menu-vair, en termes d'armoiries, se dit de l'écu chargé de vair, lorsqu'il est composé de six rangées ; parce que le vair ordinaire n'en a que quatre. S'il s'en trouve cinq, il le faut spécifier en blasonnant, aussi-bien que l'émail, quand il est autre que d'argent & d'azur. (D.J.)
|
| MENUET | S. m. (Danse) sorte de danse que l'abbé Brossard prétend nous venir originairement du Poitou. Il dit que cette danse est fort gaie, & que le mouvement en est fort vîte. Ce n'est pas tout-à-fait cela. Le caractere du menuet est une noble & élégante simplicité, le mouvement en est plus modéré que vîte ; & l'on peut dire que le moins gai de tous les genres de danses, usités dans nos bals, est le menuet. C'est autre chose sur le théatre.
La mesure du menuet est à trois tems qu'on marque par le 3 simple, ou par le 3/4, ou par le 3/8. Le nombre de mesures de l'air, dans chacune de ses reprises, doit être quatre ou un multiple de quatre, parce qu'il en faut autant pour achever le pas du menuet ; & le soin du musicien doit être de faire sentir, par des chûtes ou cadences bien marquées, cette division par quatre, pour aider l'oreille du danseur & le maintenir en cadence. (S)
Le menuet est devenu la danse la plus usitée, tant par la facilité qu'on a à le danser, qu'à cause de la figure aisée que l'on y pratique, & dont on est redevable au nommé Pécour, qui lui a donné toute la grace qu'il a aujourd'hui, en changeant la forme S qui étoit sa principale figure, en celle d'un Z, où les pas comptés pour le figurer, contiennent toûjours les danseurs dans la même régularité.
Le menuet est composé de quatre pas, qui n'en font qu'un par leur liaison. Ce pas a trois mouvemens, & un pas marché sur la pointe du pié. Le premier mouvement, est un demi-coupé du pié droit & un du gauche ; le second, un pas marché du pié droit sur la pointe avec les jambes étendues ; & le troisieme, est qu'à la fin de ce pas on laisse poser doucement le talon droit à terre pour laisser plier son genou, qui, par ce mouvement, fait lever la jambe gauche qu'on passe en-avant, en faisant un demi-coupé échappé, & ce troisieme mouvement fait le quatrieme pas du menuet. Voyez COUPE.
|
| MENUF | S. m. (Econ. rustiq.) espece de lin qui croît en Egypte, & qui se vend au Caire. Son prix est de 7 à 8 piastres le quintal de cent-dix rosols. Voyez ROSOLS.
Il y a des toiles appellées menuf. Elles ont 83 piés de longueur, & se vendent 83 meidens la piece, ou un medin le pic. Voyez MEIDEN & PIC. Dictionn. de Commerce.
|
| MENUISE | S. f. (Venerie) c'est la plus petite espece de plomb à giboyer. Elle est au-dessous de la dragée, & ne se tire qu'aux petits oiseaux. La menuise s'appelle aussi cendrée.
|
| MENUISERIE | S. f. (Art méchan.) De la menuiserie en général. Sous le nom de Menuiserie, l'on comprend l'art de tailler, polir & assembler avec propreté & délicatesse les bois de différente espece pour les menus ouvrages ; comme les portes, les croisées, les cloisons, les parquets, plafonds, lambris, & toutes les especes de revêtissement dans l'intérieur des appartemens, faites en bois. Ce mot vient de minutarius ou munitiarius ; parce que l'ouvrier emploie des menus bois, debités (a) par planches, ou autres pieces d'une grosseur médiocre, corroyées & polies avec des rabots (fig. 92, 95.) & autres instrumens, & qu'il travaille en petit en comparaison du charpentier dont les ouvrages sont en gros bois, comme poutres, solives, chevrons, sablieres, &c. charpentés avec la coignée & parés seulement avec la besaiguë. Quelques-uns nomment encore ainsi ceux qui travaillent en petit, comme chez les Orfévres & les Potiers d'étaim, ceux qui font des boucles, anneaux, crochets, &c. opposés aux vaisselles & autres ouvrages qu'ils appellent grosserie. En général on donne plus communément ce nom à ceux qui travaillent aux menus ouvrages en bois.
La Menuiserie se divise en deux classes : l'une où l'on emploie les bois de différentes couleurs, débités par feuilles très-minces, qu'on applique par compartiment sur de la menuiserie ordinaire, & à laquelle on donne plus communément le nom d'ébénisterie ou de marqueterie. L'autre qui a pour objet la décoration & les revêtissemens des appartemens, pour laquelle la connoissance du dessein est nécessaire, se fournit dans les bâtimens par les Menuisiers à la toise courante ou superficielle, selon qu'il est spécifié par les devis & marchés faits avec eux. Les ouvriers qui travaillent à la premiere, se nomment Menuisiers de placage ou Ebénistes ; & ceux qui travaillent à la seconde, se nomment Menuisiers d'assemblage ou seulement Menuisiers.
On divise encore cette derniere en trois différentes especes. La premiere est la connoissance des bois propres à ces sortes d'ouvrages ; la seconde en est l'assemblage ; & la troisieme est l'art de les profiler & de les joindre ensemble, pour en faire des lambris propres à décorer l'intérieur des appartemens.
Des bois propres à la Menuiserie. Les bois dont on se sert pour la menuiserie sont le plus communément le chêne, le sapin, le tilleul, le noyer & quelques autres. On se sert encore quelquefois de bois d'orme, de frêne, d'hêtre, d'aune, de bouleau, de châtaignier, de charme, d'érable, de cormier, de peuplier, de tremble, de pin & d'une infinité d'autres de différente espece ; mais de tous ces bois employés le plus ordinairement par les Tourneurs en bois, les uns sont rares, les autres sont trop durs ou trop tendres ; & d'autres enfin sont trop foibles, trop petits, & n'ont aucune solidité. Il y a encore des bois de couleur fort durs qu'on appelle ébéne, mais ils ne sont employés que pour l'ébénisterie & la marqueterie.
Le chêne est de deux especes : l'une que l'on appelle le chêne proprement dit, se trouve dans toutes les terres fraîches, sur-tout lorsqu'elles sont un peu sablonneuses. On l'emploie pour les gros ouvrages, comme portes cocheres, chartieres, d'écurie, de cuisine, &c ; & pour les chassis des autres portes & croisées qui ont besoin de solidité. Ce bois seul a la qualité de se durcir dans l'eau sans se pourrir. L'autre espece de chêne, que l'on nomme bois de Vauge & qui vient du pays de ce nom en Lorraine, est plus tendre que le précédent, & sert pour les lambris, sculptures & autres ouvrages de propreté & de décoration.
Le bois de sapin qui est beaucoup plus leger, plus tendre, plus difficile à travailler & plus cassant que ce dernier, sert aussi quelquefois pour des lambris
(a) Débiter des planches ou pieces de bois, c'est les refendre ou scier sur leur longueur.
de pieces peu importantes, & qui n'ont pas besoin d'une si grande propreté.
Le bois de tilleul est aussi fort tendre & fort leger ; peu solide à la vérité dans ses assemblages, mais se travaillant mieux & plus proprement que tous les autres bois. C'est pourquoi on ne s'en sert que pour des modeles ; aussi est-il d'un usage excellent pour ces sortes d'ouvrages.
Tous les bois propres à la menuiserie, qui se vendent chez les marchands de bois, se débitent ordinairement dans les chantiers (b) ou forêts de chaque province ; & arrivent à Paris tous débités par planches de différentes dimensions ; dont la longueur differe de trois en trois piés, depuis six jusqu'à environ vingt & un ; & l'épaisseur à proportion, en variant de trois en trois lignes depuis six lignes, épaisseur des planches de six piés de long qu'on appelle voliches, jusqu'à cinq à six pouces épaisseur des planches qui servent aux tables de cuisine & aux établis de Menuisiers & d'Ebénistes. Mais les Menuisiers intelligens, & qui peuvent faire une certaine dépense, ont soin d'en prendre sur les ports de la Rapée ou de l'Hôpital à Paris, dont ils font une provision qu'ils placent dans leurs chantiers par piles les unes sur les autres, entrelacées de lattes, afin que l'air puisse circuler dans l'intérieur, & que l'humidité puisse facilement s'évaporer. Ils couvrent ensuite ces piles de quelques mauvaises planches en talus, pour faire écouler les eaux, & observent d'entretenir cette quantité de bois, & de n'employer que celui qui a seché pendant cinq ou six ans. Aussi les Menuisiers qui ne sont pas en état de faire cette dépense, & qui l'achetent chez les marchands à mesure qu'ils en ont besoin, sont très-sujets à faire de mauvais ouvrages ; ce qu'ils peuvent, à la vérité, éviter lorsqu'ils ont affaire à des marchands de bonne foi, ou en l'achetant chez leurs confreres, lorsqu'ils en trouvent d'assez complaisans pour leur en vendre.
Pour que le bois soit de bonne qualité, il faut qu'il soit de droit fil, c'est-à-dire que toutes les fibres soient à-peu-près paralleles aux deux bords des planches, qu'il n'ait aucun noeud vicieux (c), tampon (d), aubier (e), malandre (f), flache (g), fistule (h), ou galle (i) ; on les distingue selon les especes, selon ses défauts, & selon ses façons.
Du bois selon ses especes. On appelle bois de chêne ruste ou dur, celui qui a le plus gros fil & dont on se sert dans la charpenterie & dans la menuiserie, pour les chassis des portes & croisées, qui ont besoin d'une certaine solidité.
Bois de chêne tendre, est celui qui est gras & moins poreux que le précédent, qui a fort peu de fils, & qu'on emploie dans la menuiserie pour les lambris, profils, moulures, sculptures & autres ouvrages de propreté. On l'appelle encore bois de Vauge ou de Hollande.
Bois précieux & dur, est un bois très-rare, de plusieurs especes & de différentes couleurs, qui reçoit un poli très-luisant, & qu'on emploie le plus souvent dans l'ébénisterie & la marqueterie.
Bois legers, sont des bois blancs dont on se sert au lieu de chêne, tels que le tilleul, le sapin, le tremble & autres qu'on emploie dans les planchers, cloisons, &c. pour en diminuer le poids.
Bois sain & net, est un bois qui n'a aucun noeud, malandres, galles, fistules, &c.
Du bois selon ses défauts. On appelle bois blanc, celui qui est de même nature que l'aubier, & qui se corrompt facilement.
Bois carié ou vicié, celui qui a des malandres, galles ou noeuds pourris.
Bois gelif, celui que l'excès du froid ou du chaud a fait fendre ou gerser.
Bois noueux ou nouailleux, celui qui a beaucoup de noeuds qui le font casser lorsqu'il est chargé de quelques fardeaux, ou lors même qu'on le débite.
Bois qui se tourmente, celui qui se déjette (k), ou se caussine (l), lorsqu'il seche plus d'un côté que de l'autre, dans un endroit que dans un autre.
Bois rouge, celui qui s'échauffe & est sujet à se pourrir.
Bois roulé, celui dont les cernes ou fibres sont séparées, & qui ne faisant pas corps, n'est pas propre à débiter.
Bois tranché, celui dont les fibres sont obliques & traversantes, & qui coupant la piece l'empêchent de résister à la charge.
Bois vermoulu, celui qui est piqué de vers.
Du bois selon ses façons. On appelle bois bouge ou bombé, celui qui est courbé en quelques endroits.
Bois corroyé, celui qui est corroyé avec le rabot, fig. 92, ou la varlope, fig. 95.
Bois d'échantillon, celui qui est d'une grosseur ordinaire ; tel qu'il se trouve dans les chantiers des marchands.
Bois de sciage, celui qui est propre à refendre, & que l'on débite pour cela avec la scie, fig. 125, pour planches, voliches, &c.
Bois flache, celui dont les arêtes ne sont pas vives, & où il y a du déchet pour le dresser ou l'équarrir. Les ouvriers appellent cautibai, celui qui n'a du flache que d'un côté.
Bois gauche ou deversé, celui qui n'est pas droit selon ses angles & ses côtés.
Bois lavé, celui dont on a ôté tous les traits de la scie avec le rabot, fig. 92, ou la varlope, fig. 95.
Bois méplat, celui qui a beaucoup moins d'épaisseur que de largeur, telles que des membrures de menuiserie, &c.
Bois tortueux, celui dont les fibres sont courbées. & qui pour cela n'est propre qu'à faire des parties circulaires.
Bois vif, celui dont les arêtes sont vives, & dont il ne reste ni écorce, ni aubier, ni flache.
Des assemblages de menuiserie. On entend par assemblage de menuiserie l'art de réunir & de joindre plusieurs morceaux de bois ensemble, pour ne faire qu'un corps. Il y en a de plusieurs especes ; on les nomme assemblages quarrés, à bouement, à queue d'aronde, à clé, ou onglet, ou anglet, en fausse coupe, en adeul & en emboiture.
La premiere espece, que l'on appelle assemblage quarré, fig. 1. & 2, se fait quarrément de deux manieres ; l'une, fig. 1, en entaillant les deux morceaux de bois par les bouts A & B, que l'on veut joindre ensemble, chacun de la moitié de leur épaisseur ;
(b) On appelle ordinairement chantier, un lieu à découvert & très-vaste, où l'on dispose les materiaux propres à faire des ouvrages.
(c) Un noeud dans une planche est originairement la naissance d'une branche de l'arbre que l'on a débité. Cet endroit est toujours très-dur, & sans aucune solidité ni propreté.
(d) Un tampon dans une planche est le closoir d'un trou formé ordinairement par un noeud.
(e) L'aubier est la partie entre l'écorce & le fort du bois, C'est la pousse de la derniere année, qui, comme nouvelle, est par conséquent plus tendre.
(f) Malandre est une espece de fente qui s'ouvre d'elle-même dans le bois lorsqu'il séche.
(g) Flache est un manque de bois dans un ouvrage fini, comme lorsque l'on emploie des planches ou des bois trop étroits, il en reste une partie qui n'a point été travaillée.
(h) Fistule est toute espece de coup de marteau, de ciseau, ou autres choses semblables donnés mal-à-propos, qui font autant de cavités dans les ouvrages finis.
(i) Galles sont des mangeures de vers.
(k) Un bois déjetté est celui qui, après avoir été bien dressé devient gauche.
(l) Caussiné ressemble à peu de chose près au précédent.
& en les retenant avec des chevilles & de la colle forte que l'on applique toute chaude dessus : ce que l'on appelle communément coller & cheviller, tel qu'on le voit en C, même fig. L'autre, fig. 2, en les assemblant à tenon A, & à mortaise B ; cet assemblage se fait en perçant dans l'épaisseur du bout B, d'un de ces deux morceaux de bois, un trou méplat qu'on appelle mortaise, avec un bec-d'âne, fig. 77, & un ciseau, fig. 75, & en entaillant le bout A de l'autre morceau de bois du tiers de son épaisseur de chaque côté ; & laisser par-là de quoi remplir la mortaise B ; ce qu'on appelle tenon. On fait entrer ensuite le tenon dans la mortaise, que l'on colle & que l'on cheville, si on le juge à propos. Mais ordinairement lorsque le tenon & la mortaise sont bien dressés, & qu'ils entrent bien juste l'un dans l'autre, on se contente de les cheviller sans les coller ; afin que si par la suite il étoit nécessaire de démonter cet assemblage, on n'ait que les chevilles à ôter pour les séparer. On a toujours soin lorsque l'on fait ces sortes d'ajustemens, de tenir le tenon A plus d'un côté que de l'autre, afin qu'il puisse rester à l'extrémité de la mortaise B, une épaisseur de bois qui puisse la soutenir, & de la rendre plus ferme. Il faut observer encore de tenir ce tenon A, un peu plus épais que la troisieme partie de l'épaisseur du bois ; parce que de ces trois parties, le tenon n'en a qu'une, & la mortaise en a deux, & que deux sont plus fortes qu'une. Il arrive quelquefois que ce même tenon A ne traverse pas la mortaise B, comme on le voit dans les fig. 3 & 4 ; ce qui rend cet assemblage beaucoup plus propre, & non moins solide.
Le second assemblage, fig. 3. 4. & 5. se nomme à bouement, & se fait à tenons & à mortaises comme le précédent ; à l'exception que les moulures ou les cadres de ces paremens sont coupés en onglet (m), Il y en a de trois sortes. La premiere, fig. 3. est appellée à bouement simple, parce qu'elle n'a de moulure A que d'un côté. La seconde, fig. 4. est appellée à bouement double, parce qu'elle en a des deux côtés. Et la troisieme, fig. 5. est appellée à bouement double de chaque côté, parce que les moulures A sont doubles des deux côtés. La mortaise est ici percée à jour ; & comme il s'y trouve un tenon de chaque côté, ils ne contiennent chacun que la moitié de l'épaisseur du bois.
Le troisieme assemblage, fig. 6. 7. & 8. se nomme à queue d'aronde ; c'est une espece d'ajustement à tenons & à mortaises ; mais qui differe des précédentes, en ce que les tenons A s'élargissent en approchant de leurs extrémités, & qu'ils comprennent toute l'épaisseur du bois, & les mortaises sont faites comme les tenons. Il y en a de trois sortes : La premiere, fig. 6. que l'on appelle à queue d'aronde seulement, sert quelquefois à entretenir de fortes pieces de bois pour les empêcher de se déranger de leurs places, lorsqu'elles sont posées. Aussi cet assemblage n'est-il pas des plus solides, parce qu'il coupe le bois transversalement. La seconde, fig. 7. se nomme à queue perdue, parce que ces especes de tenons A sont perdus dans l'épaisseur du bois, & qu'ils se trouvent recouverts par un joint B en onglet, qui rend cet ajustement fort propre. La troisieme, fig. 8. se nomme à queue percée, parce que les tenons A entrent dans les mortaises B, & traversent l'épaisseur du bois. Cet assemblage seroit fort solide, & plus que le précédent, si ce qui reste de bois C entre chaque mortaise ne se trouvoit pas à bois debout (n) ; & que le bois disposé de cette maniere n'a aucune force, & est sujet à s'éclater d'une façon ou d'une autre. C'est pourquoi les bons ouvriers ont soin de choisir pour cet effet des morceaux de bois noueux dans cet endroit, & propres à cela, afin de donner à ces intervalles plus de fermeté. Celui qui porte les tenons, n'a pas besoin de ces précautions, en observant toujours de le disposer à bois de fil (o).
Le quatrieme assemblage, fig. 9. se nomme à clé. Il sert ordinairement à joindre deux morceaux de bois ou planches l'une contre l'autre, ainsi que pour les emboîtures, fig. 14. comme nous le verrons ci-après. Ce n'est autre chose qu'une mortaise A fig. 9. percée de chaque côté, dans l'une desquelles on chasse à force (p) une espece de tenon, collé, chevillé & retenu à demeure d'un côté, & par l'autre chevillé seulement, pour donner la liberté de démonter cet assemblage lorsqu'on le juge à propos. On en peut placer dans la longueur de deux planches que l'on veut joindre ensemble, autant qu'il est nécessaire pour les entretenir.
Le cinquieme assemblage, fig. 10. & 11. se nomme un onglet ou anglet. C'est une espece d'assemblage quarré, plus long à faire & moins solide que les autres ; raison pour laquelle on s'en sert fort peu. Il s'en fait cependant de deux sortes : l'une fig. 10. dont l'extrémité A du bois est taillée quarrément d'un côté, & à onglet de l'autre. Et l'autre B est percée d'une espece de mortaise à jour, dont un côté est aussi en onglet. La seconde sorte en onglet, fig. 11. s'assemble simplement à tenons & à mortaises dans l'angle ; mais il est mieux de le faire, comme ceux des assemblages quarrés.
Le septieme assemblage fig. 13. se nomme en adent. Il sert à joindre des planches l'une contre l'autre, à l'usage des lambris, panneaux de portes, &c. On l'appelle plus communément assemblage à rainure & languette, parce qu'il est composé d'une rainure A faite avec les bouvets, fig. 105. 106 & 111. & d'une languette faite avec celui fig. 107.
Le huitieme & dernier assemblage, fig. 14. se nomme en emboîture. Il est composé d'une emboîture A, sur laquelle on fait une rainure B d'un bout à l'autre, dans laquelle entre la languette C. Cette emboîture se trouve percée de distance en distance, de mortaises D dans lesquelles s'ajustent des clefs E, chevillées seulement, pour retenir de part & d'autre plusieurs planches E, assemblées à rainures & languettes, comme nous venons de le voir, à l'usage des tables, des portes, &c.
Des lambris. Les lambris de menuiserie sont très en usage, & d'une plus grande utilité en France & dans les pays voisins du Nord que dans les pays chauds ; car dans ceux-là, ils échauffent les pieces, les rendent seches, & conséquemment salubres, & habitables peu de tems après leur construction ; aulieu que dans ceux-ci, ils font perdre une partie de la fraîcheur des appartemens, & les insectes, en abondance, s'y amassent & s'y multiplient. Ils n'ont pas le seul avantage d'économiser les meubles dans les pieces d'une moyenne grandeur, & dans celles qui sont les plus fréquentées : ils ont encore celui de corriger leurs défauts, comme des irrégularités, biais, enclaves, causés par des tuyaux de cheminées, murs mitoyens, ou par la décoration extérieure des bâtimens, sur lesquels on adosse des armoires, dont les guichets conservent la même symmétrie que le reste des lambris. Les bâtis (q) qui
(m) Un morceau de bois coupé en onglet, ou à quarante-cinq degrés, c'est la même chose.
(n) Le bois debout, dans de certains ouvrages, comme, par exemple, dans des tenons ou mortaises, est lorsque les fibres du bois sont disposées sur la largeur ou l'épaisseur de ces mêmes tenons ou mortaises, & non sur la longueur.
(o) Le bois de fil est lorsque les fibres du bois sont disposées sur la longueur des ouvrages.
(p) Chasser à force, c'est frapper jusqu'à ce que ce qui est frappé ne puisse plus entrer sans rompre quelque chose.
(q) Un bâti de panneaux est le chassis sur lequel il est assemblé.
contiennent les panneaux, doivent former des compartimens de moulures & de quadres, proportionnés, séparés par d'autres plus étroits, que l'on nomme pilastres ; en observant d'éviter les petites parties, défaut fort commun autrefois, où l'on employoit tous les bouts de bois ; desorte qu'il y avoit des panneaux si petits qu'ils étoient élégis à la main sans aucun assemblage ; & les plus grands étoient de mairrain, de cinq à six lignes d'épaisseur ; mais maintenant que l'on tient le bois plus long & plus épais, on assemble plusieurs ais l'un contre l'autre, à clef, fig. 9. ou à rainure & languette, fig. 13. que l'on colle ensemble. On les assemble aussi à rainure & languette dans leurs bâtis ; mais bien loin d'y être collés, ils y sont placés à l'aise, afin que si ceux sur-tout qui ont beaucoup de largeur, venoient à se tourmenter, ils ne pussent se fendre ni s'éclater.
Des lambris en particulier. Sous le nom de lambris, on comprend les différens compartimens de menuiserie servant à revêtir les murailles, tels que dans l'intérieur des appartemens, les portes à placards, simples & doubles, les armoires, buffets, cheminées, trumeaux de glaces, tablettes de bibliotheques, & dans la plupart des églises, des retables, tabernacles, crédences d'autels, bancs, formes, confessionnaux, oeuvres, chaires de prédicateurs, tribunes, porches, &c. On les réduit à deux especes principales, l'une qu'on appelle lambris d'appui, & l'autre lambris à hauteur de chambre, ou seulement lambris de hauteur.
La premiere ne se place que dans le pourtour intérieur des salles, chambres & pieces tapissées, & n'ont que deux piés & demi à trois piés & demi de hauteur. Ils servent à revêtir les murs au-dessous des tapisseries pour les garantir de l'humidité des planchers & du dossier des sieges.
La seconde sert à revêtir les murs des appartemens dans toute leur hauteur depuis le dessus du carreau ou du parquet jusqu'au dessous de la corniche.
La continuité & ressemblance des mêmes panneaux dans un même lambris, tel qu'on le pratiquoit autrefois, ne produisoit rien de fort agréable aux yeux : on y a introduit peu-à-peu des tableaux, pilastres, &c. de distance à autre, disposés symmétriquement & correspondans à leurs parties opposées, le choix des moulures & des ornemens que l'on y distribue maintenant à propos & avec délicatesse, ne concourt pas moins à en augmenter la richesse & l'agrément, jusqu'à le disputer même avec les plus beaux ouvrages de ciselure les plus recherchés. Les formes des quadres que l'on insere dans les panneaux se varient à l'infini, selon le goût des décorateurs ; mais il faut leur donner peu de relief, ainsi qu'aux parties de lambris qui forment des avant-corps, & il est fort désagréable de voir des ressauts trop marqués dans une même continuité de lambris. On avoit coutume autrefois de diviser les panneaux dans leur hauteur, par des especes de frises (r) : ce que l'on peut faire cependant lorsque les planchers des pieces sont d'une trop grande élévation, & on ne connoissoit alors que les formes quarrées. Mais depuis que la menuiserie s'est perfectionnée, on a reconnu que les grands panneaux faisoient un plus bel effet ; & il n'y a plus maintenant de forme, quelqu'irréguliere qu'elle soit, tant sur les plans que sur les élévations, que l'on ne puisse exécuter facilement ; on s'étudie même tous les jours à en imaginer de nouvelles : tellement que quelques-uns sont tombés dans un défaut opposé de trop chantourner leurs panneaux, au point qu'ils placent ces frivolités jusque dans les pieces qui demandent le plus de gravité : mais ce qui augmente encore la richesse de ces nouveaux lambris, ce sont les glaces que l'on y insere, & que l'on place sur des trumeaux en face des croisées, des cheminées, & sur les cheminées même.
La fig. 30. est une portion de lambris, dans laquelle il se trouve trois especes de portes A, B & C dont nous parlerons ci-après. Ce lambris est distribué de panneaux D & de pilastres E de différentes especes, selon la grandeur & l'usage des pieces où ils doivent être placés. Lorsqu'il s'agit des principales, comme sallons, salle de compagnie, cabinets, chambres à coucher, &c. on décore leurs extrémités haut & bas d'ornemens de sculpture, comme on le voit d'un côté de cette figure. On y en place quelquefois dans le milieu de ces mêmes panneaux & pilastres, lorsqu'ils sont longs & étroits, & cela pour interrompre leur trop grande longueur. Mais lorsqu'il s'agit de pieces peu importantes, comme vestibules, antichambres, garderobe, &c. on y supprime la sculpture, comme on voit de l'autre côté de la même fig. F sont des panneaux d'appui, D des panneaux de hauteur, G des pilastres d'appui, E des pilastres de hauteur, H des panneaux dits dessus de portes, où l'on place très-souvent des tableaux, camayeux, paysages, &c. Q est une espece de platebande ou moulure qui regne autour des pieces, & qui couronne le lambris d'appui, ainsi que la plinthe ou espece de socle R qui lui sert de base ; & S une corniche qui se fait quelquefois en bois, avec plus ou moins de sculpture, selon l'importance du lieu, mais le plus souvent en plâtre, pour plus d'économie.
Les lambris d'appui se mesurent à la toise courante, en les contournant par-tout, sans avoir égard à la hauteur, & les lambris de hauteur à la toise superficielle, en multipliant la hauteur par le pourtour.
Des moulures. Le choix des moulures, leurs proportions & leurs exécutions, sont trois choses absolument nécessaires pour la perfection des lambris. La premiere, qui dépend de la capacité du décorateur, consiste à n'employer que les moulures relatives à cet art, & qui ont ordinairement plus de délicatesse que celles de la pierre, tant parce qu'elles se soutiennent mieux, que parce qu'elles sont plus près des yeux des spectateurs. Celles qui y sont le plus particulierement affectées, sont les baguettes, fig. 15. boudins, fig. 16. quart de ronds, fig. 17. caret, fig. 18. talons, fig. 19. doussines, fig. 20. bec-de-corbins, fig. 21. &c. qui en quelque situation qu'ils soient, se présentent toûjours avantageusement, & qui pour cette raison réussissent toûjours dans la composition des profils des quadres qui se voyent de différens côtés ; leur proportion demande aussi beaucoup de précision de la part du décorateur ; car il est essentiel qu'elles soient d'une grandeur convenable à celle des quadres & des panneaux auxquels elles servent de bordure, que les plus délicates ne se trouvent pas trop petites ; car lorsqu'elles sont couvertes de plusieurs couches de peinture, elles se confondent, & ne font plus qu'un amas de profils qu'on ne peut distinguer, & dont on ne peut voir la beauté : que les profils des chambranles des portes ayent beaucoup plus de saillie que ceux des quadres de leurs vanteaux, rien ne rendant la Menuiserie plus massive, que lorsque ce qui est contenu a plus de relief que ce qui contient.
La troisieme, qui est l'exécution, & qui n'a pas moins besoin de l'attention du même décorateur, dépend plus particulierement de l'ouvrier, raison pour laquelle il faut choisir le plus habile, & exiger de lui qu'il les pousse (s) avec beaucoup de propreté ;
(r) Le mot frise, tiré de l'architecture, est la partie de l'entablement entre l'architrave & la corniche.
(s) En terme de menuiserie on ne dit point faire une moulure, mais la pousser ; & cela, parce qu'elle se fait en poussant les rabots ou bouvets.
qu'il ait soin de bien arrondir les moulures circulaires, de bien dresser celles qui sont plates, & de rendre leurs arêtes bien vives.
Tous ces différens profils se réduisent à trois principaux : la premiere, que l'on appelle quadre ravalé, la seconde, quadre élégi, & la troisieme, quadre embreuvé : on leur donne encore les noms de bouemens simples & doubles ; on les appelle bouement simple, lorsqu'elles ne sont composées que d'une grosse moulure, soit doussine, bec-de-corbin, ou autres ; & bouement double, lorsque cette même moulure est doublée ; bouement à baguette, lorsqu'elle est accompagnée d'une baguette à boudin, à doussine, à talon, lorsqu'elle est accompagnée d'un boudin, d'une doussine ou d'un talon.
Il faut remarquer que ces quadres doivent être tous pris dans l'épaisseur des bâtis, & jamais plaqués ; ce qui les rend alors beaucoup plus solides.
La premiere se distingue lorsque la moulure a été prise dans l'épaisseur du bois, & qu'elle ne le desafleure point telles que celles marquées A B & C, fig. 26. La seconde, lorsque n'entamant point l'épaisseur du bois, elle semble être apposée dessus telles que celles marquées A, fig. 27. & 28. & la troisieme, lorsqu'elle se trouve prise moitié dehors, & moitié dans l'épaisseur du bois comme les chambranles A, fig. 22. 23. 24. 25. & presque toutes les autres moulures de cette même planche.
Les figures 22. 23. 24. & 25. sont autant de profils de portes à placards simples ou doubles, dont nous verrons dans la suite l'explication ; A en est le chambranle, tel qu'on le peut voir en petit, fig. 30. dans la partie du lambris marquée I ; B est le bâtis de la porte faisant battement marqué en K, fig. 30. C est le quadre de la porte marqué aussi en L, fig. 30. D est le panneau de la porte marqué en A & en B, fig. 30. & E est un bâti dormant (t) du lambris placé dans l'embrasement de la porte.
Les figures 26. 27. 28. 29. sont différens profils de quadres pour des panneaux de lambris.
Des portes. Les portes de Menuiserie sont, comme on le sait, faites pour fermer les communications des lieux dans d'autres, tant pour leur sûreté, que pour empêcher l'air extérieur d'y entrer ; mais leur usage étant assez connu, il suffit d'en distinguer les especes ; les unes placées dans l'intérieur des bâtimens, servent à communiquer de pieces en pieces dans un appartement ; les autres placées dans les dehors, servent à communiquer de l'extérieur à l'intérieur des maisons, des avant-cours aux principales, de celles-ci aux basses-cours, & autres, &c. Les premieres sont appellées à parement simple, & à parement double : l'une, lorsqu'elles ne font parement que d'un côté, c'est-à-dire lorsqu'elles ne sont ornées de quadres & de panneaux que d'un côté ; l'autre lorsqu'elles font parement des deux côtés, c'est-à-dire lorsqu'elle sont ornées de quadres & de panneaux des deux côtés ; elles se divisent en deux especes, l'une marquée A, fig. 30. que l'on nomme porte à placard simple, porte ordinairement de largeur depuis deux piés jusqu'à trois piés & demi, sur six à huit piés de hauteur, & n'a qu'un seul vantail (u) composé de deux panneaux B, environnés chacun d'un quadre L, embreuvé ou élégi, pris dans l'épaisseur d'un bâti K, qui regne autour desdits panneaux. M, est une traverse allant d'un bâtis à l'autre, faite pour interrompre la trop grande hauteur d'un panneau, qui dans une porte qui va & vient journellement, ne pourroit pas se soutenir ; la seconde marquée B, même figure, que l'on appelle à placard double, differe de cette derniere, en ce qu'elle a deux vanteaux ; les grands appartemens exigeant des portes d'une proportion relative à leur grandeur, on est obligé par conséquent d'en faire de très-larges & très-hautes, dont la largeur est communément depuis quatre jusqu'à six piés, & la hauteur depuis sept jusqu'à dix piés ; & pour éviter l'embarras que ces grandes portes causeroient dans les appartemens, on les fait en deux morceaux, c'est-à-dire à deux vanteaux, dont l'un sert pour entrer & sortir ordinairement, & les deux ensemble en cas de cérémonie. Ces vanteaux sont ornés de quadres & de panneaux en proportion avec leur hauteur, & quelquefois aussi de sculpture comme le reste du lambris. La troisieme espece de porte, même figure, se nomme coupée dans le lambris, & sert à dégager des salles de compagnie, chambres à coucher, &c. dans des garde-robes, toilettes, arriere-cabinets, & autres pieces de commodité voisines de ces grandes pieces. Ces especes de portes ne sont autre chose qu'une portion du lambris coupée en N & en O. Dans l'endroit où arrive la porte, il faut observer pour cacher les joints N de la porte, de les faire rencontrer autant qu'il est possible, dans les assemblages des quadres avec leurs bâtis, comme on le voit du côté O de la même porte. Cette portion de lambris coupée a besoin pour se soutenir d'être plaquée & attachée avec de grandes vis sur une autre porte de Menuiserie P, même figure, suffisamment forte ; & de cette maniere les joints étant bien faits, on ne s'apperçoit pas qu'il y ait de porte dans cette partie de lambris.
Cette figure est accompagnée de son plan au-dessous d'elle, & sert à indiquer les vuides des portes & le plein des murs sur lequel est adossé le lambris.
La seconde espece de porte sont les portes cocheres de plusieurs especes, de basses-cours, charretieres, bâtardes, bourgeoises, d'écurie battantes à un & à deux vanteaux, de cuisine, d'office, de cave, &c.
Toutes ces sortes de portes se font de deux especes, les unes que l'on nomme d'assemblage lorsqu'elles sont distribuées de quadres & de panneaux, comme les figures 31. 32. 33. 34. 35. & autres, & sans assemblage, lorsqu'il n'y a ni quadres ni panneaux, comme celles des figures 36. 44. 45. &c.
Les portes cocheres se varient à l'infini, selon le goût & l'endroit où elles doivent être placées ; elles ont ordinairement depuis sept piés & demi jusqu'à neuf piés & demi, & quelquefois dix piés de largeur, sur douze à vingt piés de hauteur. Il y en a de circulaires ou en plein ceintre, fig. 31. & 32. de quarrées, fig. 33. de bombées, fig. 34. & de surbaissées en forme d'anse à panier, fig. 35. De ce nombre, les unes, fig. 31. 34. & 35. s'ouvrent depuis le haut jusques em-bas ; les autres, fig. 32. & 33. ne s'ouvrent que jusqu'au-dessous du linteau A, & la partie supérieure reste dormante ; ce n'est pas que les unes & les autres ne puissent s'ouvrir indifféremment depuis le haut jusqu'en-bas, ou seulement jusqu'au-dessous du linteau ; mais cette derniere maniere sert à procurer le moyen de placer dans la partie dormante la croisée d'un entre-sol, comme dans la fig. 32. alors on est obligé de placer le linteau A, qui tient lieu d'imposte (x), beaucoup plus bas que le centre de la partie circulaire, lieu où l'on a coutume de le placer. De ces cinq especes de portes cocheres, les trois premieres se placent souvent aux entrées principales des palais, hôtels, & grandes maisons ; les deux dernieres sont le plus souvent
(t) On appelle dormant, tout ce qui ne bouge point de sa place, & qui en quelque façon dort.
(u) Un vantail de porte est ce que le vulgaire appelle battant de porte.
(x) Imposte est un ornement d'architecture placé dans toutes les arcades à la retombée du ceintre & au même niveau que son centre.
admises à cause de leurs formes, aux entrées de maisons particulieres de peu d'importance, ou de basses-cours, chacune d'elles ont de chaque côté une petite porte B, que l'on appelle guichet, qui est dormant d'un côté & ouvrant de l'autre, à l'usage des gens de piés, la grande porte ne s'ouvrant que pour le passage des voitures, ou en cas de cérémonie. Ces guichets sont composés d'un bâtis C qui regne tout autour d'un quadre D, d'un panneau B, & d'une table saillante E, couronnée d'une moulure. Celui qui est dormant est assemblé à rainure & languette (voyez la figure 13.) dans le bâtis F de la grande porte, & celui qui ne l'est pas entre tout entier dans une feuillure qui regne autour du même bâtis F, la figure 38. en est le profil développé, C est le bâti du guichet, D le quadre, E le panneau, F le bâti de la grande porte portant sa feuillure.
Dans la figure 31. les deux guichets sont couronnés chacun d'une table saillante G, sur laquelle se trouve une autre table H, dite d'attente, & sur laquelle on se propose de tailler des ornemens de sculpture ; au-dessus est le linteau A, qui comme nous l'avons dit, tient lieu d'imposte ; au-dessus sont placés deux panneaux I, ornés de quadres K, embreuvés ou élégis.
Les deux guichets B de la fig. 32 sont surmontés d'un panneau G orné de quadre H, au-dessus est le linteau A, au-dessus du linteau est la croisée au bas de laquelle se trouve une banquette I, aux deux côtés de cette croisée sont deux panneaux K ornés de quadres L.
Au-dessus des guichets de la fig. 33 sont deux tables saillantes G, ornées de panneaux H & de quadres I, terminés par em-bas de crossettes K, & couronnés d'un bec de corbin L, accompagné de son filet ; au-dessus est le linteau A, au-dessus duquel se trouve une grande table distribuée de panneau M, & de quadre N.
Les portes, fig. 34 & 35, sont terminées par enhaut chacune d'une table saillante G, dont la premiere est couronnée d'une astragale H (y) parallele à la courbe de la porte, & ornée de panneaux I & du quadre L suivant aussi la même courbe, audessous se trouve une plinthe M & la seconde sans couronnement suit la courbe de la porte, & est distribuée de quadre H ou de panneau I, suivant aussi la même courbe ; cette table se trouve terminée par son extrêmité inférieure d'une astragale K en bec de corbin.
Toutes ces portes sont susceptibles plus ou moins de richesses & d'ornemens de sculpture, comme on peut les faire simplement & sans aucun assemblage, selon l'importance plus ou moins grande des lieux où elles sont placées.
Les portes charretieres, fig. 36, se font aussi à deux vanteaux comme les portes cocheres, mais de deux manieres : l'une est un composé de plusieurs planches A de bateau (z) de même longueur, posées l'une contre l'autre, & retenues par derriere avec deux, trois ou quatre traverses B de bois de deux à trois pouces d'épaisseur sur six à huit pouces de largeur, attachées avec de forts clous de distance en distance ; l'autre est aussi un composé de plusieurs planches A même figure, de chêne, assemblées à rainure & languette, & retenues comme la premiere, avec deux, trois, ou quatre traverses B, entaillées à queue d'aronde dans l'épaisseur des planches A : dans ces deux manieres on ajoûte à ces traverses B deux ou trois autres C posées obliquement en forme de support, attachées aussi avec des forts clous, & cela pour soutenir chaque vantail, qui ne manqueroit pas de s'affaisser par sa pesanteur, ces especes de portes servent de fermetures aux basses-cours, granges, fermes, & autres, par où passent toutes les especes de charettes d'où elles tirent leurs noms.
Les portes batardes, fig. 37, qui ont depuis cinq jusqu'à sept piés de largeur sur dix à quatorze piés de hauteur, sont appellées ainsi parce qu'elles tiennent le milieu entre les portes cocheres & les portes bourgeoises d'allées, &c. Elles servent ordinairement d'entrée aux maisons bourgeoises, & autres où l'on ne fait passer aucune voiture, ces portes s'ouvrent à deux vanteaux, & sont décorées à peu près comme les portes cocheres, c'est-à-dire de bâtis B, de quadres C, de panneaux D, & d'une table E, couronnée comme les précédentes d'une moulure ; elles sont aussi ornées quelquefois de sculpture ; on les fait circulaires, quarrées, bombées ou lambrissées comme les autres, en les faisant aussi ouvrir, tantôt depuis le haut jusqu'en bas, & tantôt depuis le dessous du linteau A, & la partie supérieure décorée de quadres F & de panneaux G reste dormante. La fig. 39 en est le profil détaillé, B est le bâti, C le quadre, & D le panneau.
Les portes bourgeoises, fig. 40, sont ordinairement à un seul vantail de trois à quatre piés de large sur sept à neuf piés de haut, & servant d'entrée aux maisons particulieres bourgeoises & à loyer ; elles sont composées d'un bâti A, d'un quadre B, d'un panneau C, & d'une tablette saillante D, couronnée d'une moulure.
Les portes d'écuries qui ont depuis trois jusqu'à cinq piés de large sur sept à dix piés de haut, se font à un & à deux vanteaux fort simples & sans moulures, mais elles ne peuvent avoir moins de trois piés de largeur, puisqu'il faut que les chevaux y passent ; celle-ci, fig. 41, est à deux vanteaux ; composés chacun d'un bâti A, d'un panneau B, rentrant, saillant ou arasé, sans quadre ni moulure, & par em-bas d'une table C, couronnée d'une moulure.
Les portes battantes se font à deux vanteaux, fig. 42, & à un seul, fig. 43, l'une & l'autre se placent dans l'intérieur des bâtimens, derriere les portes à placard des vestibules, anti-chambres, salles à manger, &c. pour empêcher l'air extérieur de s'y introduire, sur-tout pendant l'hiver ; ces portes sont ferrées de maniere à pouvoir se fermer toujours d'elles-mêmes, raison pour laquelle on les appelle battantes ; ce n'est autre chose qu'un chassis A, assemblé quarrément selon les fig. 1, 2 & 3 avec des traverses B, aussi assemblées quarrément, sur lesquelles on tend une étoffe que l'on attache de clous dorés : les portes de cuisine, d'office, de caves, &c. se font de différentes manieres ; les unes, fig. 44, se font de plusieurs planches A assemblées à rainure & languette, avec une emboîture B par en-haut & par em-bas ; les autres sans assemblage de rainure & languette avec deux emboîtures B en haut & em-bas, & une traverse C dans le milieu, assemblées à queue d'aronde dans l'épaisseur de la porte, ou posées seulement dessus, attachées avec de forts clous ; d'autres avec une seule emboîture B par en haut, & deux traverses C ; d'autres enfin, fig. 45, avec trois traverses C ; ces deux dernieres sont beaucoup mieux lorsqu'elles sont placées dans des lieux humides, parce que l'eau qui coule perpétuellement de haut em-bas pourrit facilement & en fort peu de tems les emboîtures.
Toutes les portes que nous venons de voir ont chacune leur plan au-dessous d'elles pour plus grande intelligence.
Des croisées & de leurs volets. Sous le nom de croisée
(y) Une astragale est une moulure composée d'une baguette & de son filet.
(z) On appelle planches de bateaux, celles qui proviennent des débris des vieux bateaux qui transportent des provisions.
on entend toute espece d'ouverture dans les murs, faites pour procurer du jour dans l'intérieur des appartemens ; ce mot étoit beaucoup plus significatif autrefois que l'on faisoit des croisées en pierre, dans le milieu de ces ouvertures, telles que l'on en voit encore aux palais des Tuileries, du Louvre, du Luxembourg, & ailleurs ; mais depuis ce tems on a trouvé le moyen de substituer le bois à la pierre, & on en a conservé le nom.
Une croisée est donc maintenant, non-seulement l'ouverture faite de leur mur pour procurer le jour, mais encore la réunion de tous les chassis de bois qu'elle contient, & qui servent tant à la sureté du lieu, qu'à empêcher l'air extérieur d'entrer dans l'intérieur, & par conséquent y procurer plus de chaleur.
La fig. 46 est l'élévation d'une croisée composée d'un chassis dormant B C, de deux chassis à verre D E F G, & de deux volets brisés K L M ; au-dessous de cette croisée est son plan, mais pour plus d'intelligence la fig. 47 en est le plan en grand de la moitié, & la fig. 49 le profil ; A, fig. 47 & 49, est le trumeau, tableau, baie ou appui de la croisée, B C est le chassis dormant, marqué aussi en B C fig. 46, qui entre dans la feuillure du tableau A, & dont le bas C fig. 49 est en bec de corbin, afin que l'eau ne puisse remonter & entrer par-là dans l'intérieur ; D E F G, sont les chassis à verre, dont le haut F & le bas G fig. 49, terminé par une doussine en bec de corbin, de peur que l'eau ne remonte, entrent à feuillure dans le chassis dormant B C, D en est le battant de derriere, dont un côté entre à noix dans l'épaisseur du chassis dormant B, & l'autre est orné d'une moulure en dedans & d'une feuillure en dehors pour recevoir le verre, E en est le battant de devant, qui d'un côté a aussi une moulure & une feuillure pour recevoir le verre, & qui avec celui qui lui est opposé, sont appellés à recouvrement l'un sur l'autre, parce qu'ils se ferment l'un après l'autre & l'un sur l'autre ; mais depuis quelque tems s'étant apperçu que l'air extérieur s'introduisoit par le joint de ces deux battans E, & que, pour le peu que le bois travailloit dans sa hauteur, nonseulement il produisoit beaucoup de froid pendant l'hiver, mais encore étoit desagréable à la vue, on a imaginé de les faire à noix, fig. 48, c'est-à-dire que celui A de cette figure entre dans une espece de cannelure ou gorge pratiquée dans l'épaisseur de celui B de la même figure, & qu'ainsi ces deux battans sont toujours contraints dans leur hauteur, & que la communication de l'air extérieur se trouve interrompue : ces chassis à verre D E F G se trouvant trop larges pour contenir des verres de cette grandeur, qui coûteroient beaucoup, tant pour leur achat que pour leur entretien, on divise cet intervalle de petit bois H sur la largeur & sur la hauteur, composé du côté des dedans de moulures, & par dehors, d'une feuillure de chaque côté, un peu plus profonde que l'épaisseur du verre dans laquelle il se trouve contenu.
Lorsque la croisée se trouve d'une trop grande élévation, on place alors quatre chassis à verre, deux au-dessus & deux au-dessous d'un linteau I, fig. 49, orné en-dehors d'une moulure en bec de corbin, & de l'autre de feuillure dessus & dessous, sur laquelle viennent battre les chassis ; on donne de hauteur aux premiers environ la moitié ou les deux tiers de la largeur de la croisée.
Les volets servent à la sureté des dedans pendant la nuit, à procurer un peu plus de chaleur pendant le même tems, à éviter les vents coulis, & à supprimer le grand jour du matin : pour empêcher que leur trop grande saillie n'embarrasse dans les appartemens, on les brise dans leur milieu sur leur hauteur en K fig. 46 & 47, à moins que les murs ne se trouvent d'une assez grande épaisseur pour qu'ils puissent se loger dans leur embrasement ; chaque partie brisée est composée d'un chassis L, fig. 46, 47, & 49 qui ferme d'un côté à recouvrement sur les chassis à verre, & de l'autre est assemblée à rainure & languette en K, comme le fait voir la fig. 13 ; ils sont chacun divisés de deux ou trois traverses M, ornés comme le chassis de quadres ravalés N, & de panneaux ; O P fig. 47 & 49 est une partie de lambris qui sert de revêtissement dans l'embrasement de la même croisée.
La fig. 50 est aussi une croisée, mais plus proprement appellée fenêtre, du latin fenestra ou fenestro, ouvrir, quoique l'on confonde ces deux mots ensemble, elle differe de la premiere en ce qu'elle s'ouvre des deux côtés C à coulisse, & qu'elle ne descend que jusqu'à deux piés & demi à trois piés à hauteur d'appui, au-lieu que l'autre s'ouvre à deux vanteaux comme une porte, & qu'elle descend jusqu'à environ un pié de la superficie du plancher inférieur ; cette fenêtre est composée d'un chassis dormant A, & de quatre autres chassis à verre B C, dont les deux supérieurs B sont dormans, & les deux inférieurs C s'ouvrent à coulisse par dessus les deux autres ; cette coulisse n'est autre chose qu'une rainure ou feuillure pratiquée dans les chassis dormans A fig. 51, & une dans les chassis à verre C, & qui s'emboîtant l'une dans l'autre forment une coulisse, chacun d'eux sont divisés de petits bois B & C, comme dans la fig. 40 servant aux mêmes usages ; au-dessous de cette fenêtre est son plan.
Des portes croisées, vitrées, &c. Il est encore des portes ou croisées qui participent des unes & des autres, & qui servent aux deux usages en même tems, raison pour laquelle on leur donne le nom de portes croisées. On les nomme portes parce qu'elles servent à communiquer de l'intérieur des sallons, galeries, & autres pieces semblables, dans les vestibules, péristiles, jardins, &c. & on les nomme aussi croisées parce qu'elles servent en même-tems à éclairer l'intérieur de ces mêmes pieces. On en fait comme de toutes autres especes de portes, de quarrées, de circulaires, de bombées, surbaissées, &c. elles s'ouvrent comme les portes-cocheres, quelquefois depuis le haut jusqu'en-bas, & quelquefois jusqu'audessous du linteau A, fig. 52. & le chassis à verre, de quelque forme qu'il soit, reste dormant.
La fig. 52. est une porte croisée, composée d'un chassis dormant B, qui, au-lieu de régner tout autour comme celui de la croisée, fig. 46. se termine seulement jusqu'en-bas, sans traverser la baie de la croisée. C D sont deux vanteaux de porte croisée ou chassis à verre ouvrant jusqu'au linteau A, composés comme la croisée fig. 46. chacun d'un battant de derriere C & d'un battant de devant D, dont l'intervalle est divisé de petits bois E pour soutenir le verre. Chacun de ces vanteaux differe encore de ceux de la croisée, en ce que le bas F est divisé de panneaux F & de quadres G jusqu'à environ deux piés de hauteur, afin que là où le jour ne vient point les verres ne soient pas si sujets à être cassés. On peut y placer aussi, si on le juge à propos, des volets de la même maniere que ceux de la croisée, fig. 46.
La partie circulaire au-dessus du linteau étant dormante, on la divise aussi de petits bois E qui suivent la courbe de la porte, entrelacés d'autres petits bois qui vont joindre le centre de cette courbe, & qui ensemble forment l'évantail ; ce qui lui en a fait donner le nom.
Au-dessous de cette porte croisée est le plan de la même figure.
La fig. 53. en est le plan détaillé d'une partie, B est le bâtis ou chassis dormant, C le battant de derriere du chassis à verre, & D le battant de devant, qui, avec celui qui lui est opposé, ferment à recouvrement l'un sur l'autre.
La fig. 54. est aussi un évantail fait d'une autre maniere que le précédent.
Les portes vitrées, fig. 55. sont aussi des portes qui servent d'entrée à des cabinets, garde-robes, &c. & qui servent en même-tems à leur donner du jour. La différence de celle-ci à la précédente, est que l'une prend son jour de l'intérieur des pieces pour le procurer dans celles de commodités, au-lieu que l'autre le prend directement des dehors. Elle est composée d'un chassis à verre A qui regne tout autour, dont l'intervalle est divisé de petits bois B, & la partie inférieure C, jusqu'à environ trois piés de hauteur, est divisée de panneaux C & de quadre D.
Des cloisons de menuiserie. Les cloisons de menuiserie servent comme toutes les autres à séparer plusieurs pieces les unes des autres, pour en faire des pieces purement de commodités. Si ces cloisons ont l'avantage de charger très-peu les planchers à cause de leur légéreté & de leur peu d'épaisseur, elles ont aussi pour cette raison l'inconvénient que d'une piece à l'autre l'on entend tout ce qui s'y passe ; c'est pourquoi on prend quelquefois le parti d'y faire un bâtis enduit de plâtre. Ces cloisons sont composées de plusieurs planches A bien ou peu dressées, & corroyées selon l'importance du lieu & la dépense que l'on veut faire, posées l'une contre l'autre, ou assemblées à rainure & languette, emboîtées dans une coulisse B en haut & em-bas, & sur laquelle on pose de la tapisserie, lambris de menuiserie, &c.
Des jalousies. Les jalousies, fig. 57. servent de fermeture aux croisées, contribuent à la sûreté des dedans, à ne point ôter entierement le jour, & à empêcher d'être apperçu des dehors. On les fait à un & à deux vanteaux, selon la largeur des croisées, & elles sont composées chacune d'un chassis A assemblé quarrément par des angles à tenon & à mortaise, d'une, deux ou trois traverses B assemblées aussi de même maniere, & de plusieurs planches C très-minces & très-étroites qu'on appelle lattes ou voliches, posées à trois ou quatre pouces de distance l'une de l'autre, & inclinées à peu-près selon l'angle de quarante-cinq degrés.
Depuis peu l'on a imaginé, par le moyen d'une ferrure, d'incliner ces lattes ou voliches tant & si peu que l'on vouloit, & c'est ce qui a donné lieu à d'autres jalousies qui prennent toute l'épaisseur du tableau de la croisée, & qui s'enlevent toutes entieres jusqu'à son sommet. Ce n'est autre chose qu'une certaine quantité de pareilles lattes ou voliches dont la longueur est la largeur de la croisée, suspendues de distance en distance sur des especes d'échelles de forts rubans attachés par en-haut, sur des planches qui touchent au sommet du tableau de la croisée & qui y sont à demeure, sur lesquelles sont placées des poulies qui renvoyent les cordes avec lesquelles on les enleve, & de cette maniere on peut donner à ces voliches tant & si peu d'inclinaison qu'on le juge à-propos. Ces sortes de jalousies ne tiennent pas directement à la menuiserie, parce qu'elles sont composées de fer & de bois ; aussi toutes les especes d'ouvriers intelligens en font, & les font mieux les uns que les autres.
Des fermetures de boutique. La fig. 58. est une fermeture de boutique, composée de plusieurs planches A assemblées à clé ou à rainure & languette, avec une emboîture B par en-haut & par em-bas, & qui se brisent en plusieurs endroits selon la commodité des Commerçans. On les divise quelquefois comme les lambris de quadre & de panneaux, selon l'importance des maisons où elles sont placées.
Du parquet. La fig. 59. est un assemblage de menuiserie, appellé parquet, qui sert à paver, ou, pour parler plus exactement, couvrir le sol des appartemens. Ce parquet est composé de plusieurs quarrés A, environnés chacun de quatre bâtis B, assemblés par leurs extrémités C, & à tenon & à mortaise. Chacun de ces quarrés A est divisé de plusieurs autres bâtis D croisés également, assemblés à tenon & à mortoise par leurs extrémités, & dirigés vers les angles du quarré. La distance de ces petits bâtis D se trouve remplie d'un autre petit quarré E, assemblé dans son périmetre avec les petits bâtis D à rainure & languette.
Cette forme de parquet la plus commune se fait ordinairement en bois de chêne, & est assez en usage en France pour rendre les appartemens plus secs & par conséquent plus salubres. On peut encore en faire de plusieurs autres manieres, & leur donner diverses formes telles que des cercles poligones, ou autres figures circonscrites ou inscrites autour, ou dans d'autres quarrés, cercles ou poligones, divisés aussi de bâtis de différentes formes. Ces sortes de parquets se font en bois de chêne seulement ou recouvert de marqueterie, c'est-à-dire, de bois précieux débité par feuilles très-minces, ouvrage relatif à l'ébénisterie.
Pour rendre les appartemens plus secs & plus sains, & éviter en même tems la dépense du parquet, on se sert de planches assemblées bout-à-bout par leurs extrémités, c'est-à-dire, posées l'une contre l'autre, & à rainure & languette sur leurs longueurs, ce qu'on appelle planchéier. Cette maniere qui ne contribue pas moins que le parquet à la salubrité des appartemens, n'est pas si propre à la vérité, mais ne monte pas à beaucoup près à une si grosse dépense.
Tous ces parquets ou planchers se posent & s'attachent, avec des clous ou des broches (a), sur des lambourdes (b) d'environ quinze à dix-huit pouces de distance l'une de l'autre, dont l'intervalle se remplit de poussiers, de charbon, de cendres, ou de mâche-fer (c), sur-tout dans les lieux humides, pour empêcher que cette même humidité ne fasse déjetter ces parquets ou planchers.
Observation sur les outils de Menuiserie. Il faut remarquer, avant que de parler des outils propres à la menuiserie, que dans tous les arts & professions les ouvriers se servent le plus souvent, & même autant qu'il est possible pour leurs outils, des matériaux qu'ils ont chez eux & qui semblent leur coûter peu : tels, par exemple, que ceux qui emploient le fer, les font de fer ; ceux qui emploient le bois, comme les Menuisiers & autres, les font de bois, ce qui en effet leur coûte beaucoup moins & leur est aussi utile.
Des outils propres à la menuiserie. La fig. 60. est une équerre de bois, assemblée en A, à tenon & à mortaise faite pour prendre des angles droits.
La fig. 61. est aussi une équerre de bois employée aux mêmes usages, & appellée improprement par les Menuisiers triangle quarré, mais qui plus commode que la précédente, differe en ce que la branche A est plus épaisse que la branche B, & que parlà l'épaulement C posant le long d'une planche, donne le moyen de tracer l'autre côté B d'équerre.
La fig. 62. est un instrument aussi de bois, appellé fausse équerre ou sauterelle, fait pour prendre différentes ouvertures d'angles.
(a) Des broches sont des especes de clous ronds, longs & sans tête.
(b) Des lambourdes sont des pieces de bois de charpente de 4 pouces sur 6 pouces de grosseur.
(c) Le mâchefer est ce qui sort des forges où l'on use du charbon de terre.
La fig. 63 est un instrument appellé par les Menuisiers triangle anglé, mais plus proprement équerre en onglet, plus épaisse par un bout que par l'autre, & dont l'épaulement A ainsi que ses deux extrémités sont disposés selon l'angle de quarante-cinq degrés. Son usage est pour jauger les bâtis des quadres qui environnent les panneaux de lambris lorsqu'on les assemble, afin que les bouts des deux bâtis étant coupés à quarante-cinq degrés, ils fassent ensemble un angle droit ou de quatre-vingt-dix degrés.
La fig. 64 est un maillet. On en fait de plusieurs grosseurs, selon la délicatesse plus ou moins grande des ouvrages : les uns & les autres servent également à frapper sur le manche de bois des figures 73, 74, 75, &c. On s'en sert pour cela plutôt que du marteau, fig. 65 pour plusieurs raisons : la premiere, c'est que, quoique plus gros, il est quelquefois moins pesant ; la seconde, qu'il a plus de coup (d) ; la troisieme & la meilleure, qu'il ne rompt point les manches de ces mêmes ciseaux. Ce n'est autre chose qu'un morceau de bois d'orme ou de frêne (bois qui se fendent difficilement), arrondi ou à pans coupés, percé d'un trou au milieu, dans lequel entre un manche de bois.
La figure 65 est un marteau qui sert à enfoncer des cloux, chevilles, broches, serres, & autres choses qui ne peuvent se frapper avec le maillet, figure 64, la partie A B de ce marteau est de fer, dont A se nomme le gros, ou la tête, & B la paume ; il est percé au milieu d'un oeil, ou trou méplat, dans lequel on fait entrer un manche de bois C, qui est toujours fort court chez les Menuisiers, & qui, pour cette raison a moins de coup, & n'en est pas plus commode.
La figure 66 est un instrument appellé trusquin, composé d'un morceau de bois quarré A d'environ un pié de long, portant par un bout une petite pointe B, de fer ou d'acier, qui sert à tracer, & d'une planchette C, d'environ un pouce d'épaisseur, percée dans son milieu d'un trou quarré, bien juste à la grosseur du bois A, qui passe au-travers, & sur lequel elle glisse d'un bout à l'autre : pour l'y fixer, on perce dans son épaisseur un trou méplat, qui rencontre celui du milieu, & qui avec une espece de clavette de bois en forme de coin, serre l'un & l'autre ensemble, & fixe la planchette C au point que l'on desire : cette même planchette C, fait une base que l'on fait glisser le long des planches, déja dressées d'un côté, & dont la petite pointe B trace les paralleles de la largeur que l'on juge à-propos.
La fig. 67 est aussi un trusquin, qui ne differe du précédent que par la longueur de sa petite pointe B, qui quelquefois est d'un grand usage, lorsqu'il se trouve des saillies plus grandes que sa longueur.
La figure 68 est un compas fait pour prendre des intervalles égaux.
La figure 69 est un instrument double, appellé tenailles ou triquoises, composé de deux bascules A, qui répondent aux deux mâchoires B par le moyen d'une espece de charniere ou tourniquet C ; leur usage est d'arracher des cloux, chevilles, & autres choses semblables, en serrant les deux branches A l'une contre l'autre.
La figure 70 est une espece de petite scie, appellée scie à cheville, dentelée des deux côtés, à pointe par un bout, & enfoncée dans un manche de bois A, qui sert à élargir des mortaises très-minces, à approfondir des rainures, ou à d'autres usages.
La figure 71 est encore un trusquin appellé un trusquin d'assemblage ou guilboquet, employé aussi aux mêmes usages ; il est plus petit & fait différemment que les autres, figures 66 & 67, & composé d'une tige A, percée sur la longueur d'une mortaise, au bout de laquelle est la petite pointe B faite pour tracer, & d'une planchette C, percée aussi d'un trou quarré dans le milieu, traversé dans le milieu sur son épaisseur d'un autre trou plat, au travers de laquelle à la mortoise de la tige A passe une clavette de bois en forme de coin pour fixer l'un & l'autre ensemble.
La figure 62 est un instrument appellé boîte à recaller, qui sert pour les assemblages en onglet, on passe dans son intérieur A les bâtis que l'on veut assembler, en coupant du côté B ce qui passe la boîte, aussi ce côté B est-il disposé selon l'angle de 45 degrés.
La fig. 73. est un ciseau appellé fermoir, qui avec le secours du maillet, figure 64, sert à couper le bois pour le dégrossir, ce qui s'appelle encore ébaucher ; ce ciseau s'élargit en s'amincissant du côté du taillant A qui a deux biseaux (e) ; l'autre bout B qui est à la pointe, entre dans un manche de bois C.
La figure 74 est aussi un ciseau proprement dit, servant à toute espece d'ouvrage, & qui differe du précédent en ce que le biseau du taillant A est tout d'un côté.
La figure 75 est un pareil ciseau que le précédent, mais plus petit, & appellé pour cela ciseau de lumiere, parce qu'il sert le plus souvent à faire des mortoises, qu'on appelle aussi lumieres.
La fig. 76 est un ciseau appellé fermoir à nez rond, qui differe du fermoir, fig. 73, en ce que son taillant, aussi à biseau des deux côtés, se trouve à angle aigu du côté A, & par conséquent à angle obtus de l'autre B.
La figure 77 est un ciseau appellé bec-d'âne, qui sert communément aux mortaises, & qui se trouve de différente épaisseur, selon celle des mortaises ; ce ciseau differe des précédens en ce qu'il est beaucoup plus étroit & beaucoup plus épais.
La figure 78 est un ciseau appellé gouge, dont le taillant A s'arrondit, & est évidé dans son milieu ; il sert pour toutes les parties rondes.
La figure 79 est aussi une gouge appellé grain d'orge, dont le taillant A retourne quarrément, & forme un angle un peu aigu ; il sert pour toutes sortes d'angles.
Du côté de la pointe de chacun de ces différens ciseaux est un arasement qui empêche que cette pointe n'entre trop avant dans le manche à mesure qu'on la frappe, ce qui causeroit en peu de tems sa destruction.
La figure 80 est une lime appellée quarelette d'Allemagne, parce que ces sortes de limes viennent du pays de ce nom, telles qu'on les vend chez les quincailliers au paquet, chacune de une, deux, trois, quatre, cinq, six, &c. Cette lime, à pointe par un bout, entre dans un manche de bois A, & sert à dresser & adoucir des parties de menuiserie où le rabot & le ciseau ne sauroient pénétrer.
La figure 81 est aussi une lime appellée rape, qui differe de la précédente par la taille, en ce que celle-là est taillée avec des ciseaux plats, & celle-ci, rustiquée avec des poinçons, est faite non pour limer, mais pour râper & ébaucher des ouvrages où l'on ne sauroit employer le rabot ni le ciseau.
La figure 82 est aussi une râpe taillée de la même maniere que la derniere, & appellée queue de rat, à cause de sa forme ; elle sert à râper dans des trous ronds, soit pour les arrondir, les rendre ovales, ou leur donner la forme que l'on juge à propos.
On se sert encore, si l'on veut, de limes & de rapes de différentes formes & grosseur, selon le besoin
(d) On dit qu'un maillet, un marteau, a plus de coup qu'un autre, lorsqu'avec un poids égal, le coup qu'il donne fait plus d'effet.
(e) Le biseau d'un ciseau est une partie inclinée qui en fait le taillant.
que l'on en a, comme des ciseaux que les ouvriers intelligens composent, font eux-mêmes, ou font faire, selon les ouvrages qu'ils ont à exécuter.
La fig. 83 est une espece de rabot appellé scie à enraser ; c'est une petite scie A attachée avec des cloux ou des vis, sur une espece de rabot, qui, lui-même sur sa longueur, est entaillé par-dessous à moitié, ou selon une mesure requise, & qui en glissant le long des planches déja dressées, forme une rainure de l'épaisseur de la petite scie A.
La figure 84 est un instrument appellé reglet, fait pour dégauchir les planches : il est composé d'une tige A de bois quarré d'environ deux, trois ou quatre piés de long, le long de laquelle glissent deux planchettes B, aussi de bois, d'environ un pouce d'épaisseur, percées chacune d'un trou quarré dans leur milieu, bien ajusté à la grosseur de la tige de bois A ; on peut encore, si l'on veut, pratiquer pardessous deux petites ouvertures C, pour les empêcher de toucher dans le milieu.
La figure 85 est un instrument appellé vilebrequin, fait pour percer des trous ; c'est une espece de manivelle A, composée d'un manche B, en forme de touret, que l'on tient ferme & appuyé sur l'estomac ; le côté opposé C est quarré, & un peu plus gros que le corps de cet instrument, & est percé d'un trou aussi quarré, dans lequel entre un petit morceau de bois D, quarré, de la même grosseur que celui C qui lui est voisin, portant du même côté un tenon quarré de la même grosseur que le trou dans lequel il entre, & de l'autre une petite mortaise, dans laquelle entre la tête A de la meche, figure 86 ; cet instrument avec sa meche est appellé vilebrequin, & sans meche est appellé fust de vilebrequin.
La figure 86 est une meche faite pour percer des trous, dont la partie inférieure B est évidée pour contenir les copeaux que l'on retire des trous que l'on perce.
Des scies. La figure 87 est une scie à refendre composée d'un chassis de bois A B, assemblé dans ses angles à tenon & à mortaise, d'une scie à grosses dents C, retenue par em-bas dans un tasseau D, qui glisse à droite & à gauche le long de la traverse B du chassis, & par en-haut, dans un pareil tasseau E, qui glisse aussi à droite & à gauche le long d'une pareille traverse B ; le trou quarré E de ce tasseau se trouve toujours assez grand pour le pouvoir caler lorsqu'il s'agit de bander la scie, ou, ce qui vaut mieux, on perce au-dessus un autre trou F, au-travers duquel passe une clavette en forme de coin, qui bande également la scie ; l'extrémité supérieure de ce même tasseau se trouve encore percée d'un autre trou au-travers duquel on passe un bâton G, qui sert à la manoeuvrer quelquefois par un seul homme, & quelquefois par deux ; mais dans le premier cas elle est beaucoup plus fatiguante lorsqu'elle est manoeuvrée par un seul homme ; il la tient des deux mains, en les écartant à droite & à gauche par les bâtis montans A du chassis ; lorsqu'elle est manoeuvrée par deux, le second monte sur l'établi, figure 124, & la tient des deux mains par le bâton G, elle sert à refendre ou débiter des planches retenues avec des valets A, figure 124, sur l'établi, même figure.
La figure 88 est une scie appellée scie à débiter, qui sert à scier de gros bois ou planches ; elle est composée d'une scie dentelée A, retenue par les deux extrémités B, à deux traverses C, séparées par une entretoise D, qui va de l'un à l'autre. Les deux bouts E des traverses C, sont retenus par une ficelle ou corde F, à laquelle un bâton G, appellé en ce cas gareau, fait faire plusieurs tours, qui font faire la bascule aux traverses G, & par-là font bander la scie A, ce qui la tient plus ferme, & c'est ce qu'on appelle monture de scie.
La figure 89 est aussi une scie appellée scie tournante, dont la monture ressemble à la précédente ; les deux extrémités B de la scie sont retenues à deux especes de clous ronds en forme de touret, qui la font tourner tant & si peu que l'on veut, ce qui, sans cela, gêneroit beaucoup lorsqu'on a de longues planches, ou des parties circulaires à débiter ou à refendre.
La figure 90 est une scie appellée scie à tenon, qui est faite de même maniere que celle de la figure 88, excepté qu'elle est plus legere, & en cela beaucoup plus commode ; elle sert pour des petits ouvrages, ou autres, qui n'ont pas besoin de la grande, figure 88, qui, par sa pesanteur, est plus embarrassante.
La figure 91 est une autre scie, appellée scie à main, ou égoine, qui sert dans les ouvrages où les précédentes ne peuvent pénétrer ; elle doit être un peu plus épaisse n'ayant point de monture, comme les autres, pour se soutenir ; son extrémité inférieure est à pointe enfoncée dans un manche de bois.
Des rabots. La figure 92 est un instrument appellé simplement rabot ; il est connu sous ce nom à cause de sa forme & de sa grosseur : la partie de dessous, ainsi qu'à toutes les autres especes de rabots, doit être bien dressée à la regle. Celui-ci est percé dans son milieu d'un trou qui se rétrécit à mesure qu'il approche du dessous, & fait pour y loger une espece de lame de fer appellée fer du rabot, qui porte un taillant à biseau aciéré, arrêté avec le secours d'un coin à deux branches dans le rabot : cet instrument sert à unir, dresser ou raboter les bois.
La figure 93 est le coin du rabot.
La figure 94 en est le fer.
La figure 95 est un rabot d'une autre forme, plus long & plus gros, appellé varlope, qui sert à dresser de grandes & longues planches : pour s'en servir on emploie les deux mains ; l'une, de laquelle on tient le manche A de la varlope ; & l'autre avec laquelle on appuie sur la volute B. Il est percé dans son milieu, comme le rabot précédent, d'un trou pour y loger son fer & son coin, qui sont l'un & l'autre de même forme que ceux du rabot. Chaque ouvrier a deux varlopes, dont l'une, appellée riflard, sert pour ébaucher, & l'autre, appellée varlope, sert pour finir & polir les ouvrages ; aussi cette derniere est-elle toujours la mieux conditionnée.
La figure 96 est un rabot appellé demi-varlope, ou varlope à onglet, non qu'elle serve plutôt que d'autres rabots pour des assemblages en onglet ; mais seulement à cause de sa forme, qui tient une moyenne proportion entre le rabot, figure 92, & la varlope, figure 95 : son fer & son coin ne different en rien de ceux des rabots & varlopes.
La figure 97 est un autre rabot appellé guillaume, à l'usage des plates-bandes, & autres ouvrages de cette espece : il differe des rabots en ce que son fer comprend toute sa largeur.
La figure 98 en est le coin.
La figure 99 en est le fer, beaucoup plus large en bas qu'en haut.
La figure 100 est un rabot appellé feuilleret, qui differe du précédent, en ce que son fer & son coin se placent par le côté, & que par dessous il porte une feuillure ; cet instrument sert pour faire des feuillures d'où il tire son nom.
La figure 101 en est le coin.
La figure 102 en est le fer, dont la partie supérieure est en forme de crochet, pour le retirer plus facilement de sa place lorsqu'il a été trop chassé.
La fig. 103 est encore un guillaume employé aux mêmes usages que celui de la fig. 47, mais différent en ce que son fer & son coin se placent par le côté comme ceux du feuilleret ; aussi son fer fig. 104 est-il disposé différemment.
La fig. 105 est un rabot, appellé bouvet simple, dont le côté A est plus haut que celui B, afin de pouvoir glisser le long du bord des planches ; l'intervalle de ces deux bords est à rainure, ce qui, avec la maniere dont le fer, fig. 106, est fait, procure le moyen de former une rainure sur le bord de ces mêmes planches.
La fig. 107 est un pareil rabot, appellé bouvet double, parce qu'il est disposé de maniere, lui & son fer, fig. 108, qu'en faisant comme le précédent la rainure, il fait de plus & en même tems une languette à côté, d'où il a été appellé double.
La fig. 109 est un double rabot, appellé bouvet brisé, dont l'un A, semblable à celui, figure 105, sert à faire les rainures, & l'autre B qui lui sert de conducteur, porte par son extrémité inférieure une espece de languette C, ou rainure, selon le lieu où l'on doit s'en servir ; ces deux rabots sont retenus ensemble par deux tiges de bois quarrées, arrêtées & clavetées à demeure sur celui A, & à coulisse sur celui B, mais que l'on fixe cependant avec deux clavettes D en forme de coin ; cet assemblage double est le même que celui des trusquins fig. 66 & 67 ; cet instrument ne sauroit être manoeuvré, à cause de sa largeur, par un seul homme, mais bien par deux, qui sont obligés d'y employer les quatre mains ; il sert à former des rainures dans le milieu des planches, & la distance de leurs bords que l'on juge à propos.
La fig. 110 en est le fer, qui peut aussi être semblable à celui fig. 106.
La fig. 111 est encore un bouvet brisé, qui ne differe du précédent qu'en ce que la languette du premier rabot A est soutenue par une petite lame de fer attachée de clous ou de vis, & les tiges B retenues aussi à demeure dans les mêmes trous sont fendus en forme de mortaise d'un bout à l'autre, & assemblées comme celles du guilboquet fig. 71.
Au lieu du rabot A, on en peut placer d'autres, comme ceux fig. 107 & 119, selon le besoin qu'on en a, de même que l'on en peut substituer aussi d'autres à celui B, selon l'utilité des ouvrages.
La fig. 112 est un rabot ceintré, semblable à celui, fig. 92, excepté qu'il est ceintré sur sa longueur, à l'usage des parties circulaires.
La fig. 114 en est le fer.
La fig. 115 est un rabot rond, assez semblable à celui fig. 92, excepté qu'il est arrondi sur sa largeur par dessous, il sert pour les fonds des parties rondes.
La fig. 116 en est le fer arrondi du côté du taillant, & qui prend la forme du rabot.
La fig. 117 est un rabot appellé mouchette ronde, parce qu'il est arrondi sur sa largeur par-dessous, & qu'il a un côté plus haut que l'autre ; il sert quelquefois pour des moulures.
La fig. 118 en est le fer dont le taillant prend la forme du rabot.
La fig. 119 est un rabot appellé mouchette à grains d'orge, semblable au précédent, à l'exception que sa partie inférieure toujours plus haute d'un côté que de l'autre est droite.
La fig. 120 en est le fer.
On se sert encore d'une infinité de mouchettes, que l'on nomme mouchette à talon, à baguette, à doussine, à bec de corbin, à bouement double, simple, &c. selon les moulures que l'on veut pousser, & dont les fers sont faits de même.
La fig. 121 est un instrument appellé compas à verge, qui fait en grand le même effet du petit compas, fig. 68, & qui sert aux mêmes usages, il est ainsi appellé à cause de la verge quarrée A de bois dont il est composé ; cette verge porte environ depuis cinq ou six piés jusqu'à quelquefois dix & douze piés, le long de laquelle glissent deux planchettes B percées chacune d'un trou quarré de la grosseur de la verge A, leur partie inférieure est armée chacune d'une pointe pour tracer, qui en s'éloignant ou se rapprochant, font l'effet des pointes de compas, & la partie supérieure d'une vis, pour les fixer sur la verge où l'on le juge à-propos.
La fig. 122 est un instrument de fer appellé sergent, composé d'une grande verge A de fer quarrée, d'environ dix ou douze lignes de grosseur, coudée d'un côté B avec un talon recourbé C, & d'une coulisse D aussi de fer avec un talon E aussi recourbé, l'autre bout F de la verge est renfoncé de peur que la coulisse D ne sorte.
La fig. 123 est un pareil instrument beaucoup plus commode, en ce qu'au lieu d'un talon F, fig. 122, on y place une vis A avec une tête à piton, qui fait que l'on peut serrer les planches autant qu'on le veut sans ébranler leurs assemblages.
La fig. 124 est un établi, la chose la plus nécessaire aux Menuisiers, & sur lequel ils font tous leurs ouvrages ; c'est avec le valet A, le seul instrument que les maîtres Menuisiers fournissent à leurs compagnons, qui sont obligés de se fournir de tous les autres outils.
Cet établi est composé d'une grande & forte planche B d'environ cinq à six pouces d'épaisseur, sur environ deux piés & demi de large, & dix à quinze piés de long, posée sur quatre piés C, assemblés à tenon & à mortoise dans l'établi avec des traverses ou entretoises D, dont le dessous est revêtu de planches clouées les unes contre les autres, formant une enceinte où les ouvriers mettent leurs outils, rabots, & autres instrumens dont ils n'ont pas besoin dans le tems qu'ils travaillent ; sur le côté E de l'établi se trouve une petite planche clouée qui laisse un intervalle entre l'un & l'autre, pour placer les fermoirs, ciseaux, limes, &c. marqués F ; à l'opposite & presque au milieu est un trou quarré G, dans lequel se trouve un tampon H, de même forme que le trou ajusté à force, sur lequel est enfoncée une piece de fer I, coudée & à pointe d'un côté, & de l'autre à queue d'aronde & dentelée, qui sert d'arrêts aux planches & autres pieces de bois lorsqu'on les rabote ; ce tampon H peut monter & descendre à coups de maillet, selon l'épaisseur de ces planches ou pieces de bois que l'on veut travailler ; K est encore un arrêt de bois posé sur le côté de l'établi qui sert lorsque l'on en rabote de grandes sur leurs côtés en les posant le long de l'établi, en les y fixant par le moyen d'un valet A à chaque bout.
Ce valet A qui est de fer & qui passe par des trous semés çà & là sur l'établi, est fait pour qu'en frappant dessus il tienne ferme les ouvrages que l'on veut travailler.
La fig. 125 est une grande scie à refendre à l'usage des scieurs de long, gens qui ne font que refendre ; elle est faite comme celle fig. 87, mais plus grande, & dont la partie supérieure A est composée d'un petit chassis de bois d'une certaine élévation, on ne s'en sert pour refendre à cause de sa grandeur, que dans les chantiers seulement ; & pour la manoeuvrer on place d'abord deux traiteaux de cinq à six piés de hauteur, & distans l'un de l'autre de presque la longueur des planches que l'on veut refendre & que l'on pose dessus, sur lesquels est monté un homme tenant la scie des deux mains par la partie A, tandis qu'un autre placé au-dessous la tient par son extrémité inférieure B, & de cette maniere ils vont toujours celui-là en reculant, celui-ci en avançant à mesure que l'ouvrage se fait.
Les ouvriers les plus industrieux dans la Menuiserie, comme dans toutes les autres professions, ont toujours l'art de composer de nouveaux outils plus prompts & plus commodes que ceux dont ils se servent ordinairement, & aussi plus propres aux ouvrages qu'ils ont à faire.
Explication des deux vignettes ; la premiere représente une boutique de menuisier ou attelier de Menuiserie.
Fig. a, ouvrier qui scie de long avec la scie à refendre, fig. 87.
Fig. b, il débite du bois avec la scie, fig. 87.
Fig. c, deux scieurs de long, fig. 125.
Fig. d, perce des trous au vilebrequin, fig. 85.
Fig. e, deux ouvriers qui poussent des moulures, rainures ou languettes avec les bouvets brisés, fig. 109 & 111.
Fig. f, ouvrier qui travaille au parquet, fig. 59.
Fig. g, portion de comptoir.
Fig. h, portes, planches, & autres ouvrages faits.
Fig. i, i, i, i, établis chargés de maillets, de marteaux, de valets, de rabots, de ciseaux, & autres outils.
La vignette seconde représente un chantier.
Fig. a, scieurs de long en ouvrage.
Fig. 6, attelier ou boutique de la vignette précédente.
Fig. 9, ouvriers qui descendent des planches.
Fig. 5, 5, 5, piles de bois. M. LUCOTTE.
MENUISERIE D'ETAIN, (Potier d'étain) sous ce terme on entend presque tout ce qui se fabrique en étain, excepté la vaisselle & les pots : les moules qui ont des vis, comme les seringues, boules au ris, &c. ou des noyaux de fer, comme les moules de chandelle, se dépouillent avec un tourne-à-gauche, le reste se fait comme à la poterie d'étain. Voyez POTERIE D'ETAIN & ACHEVER.
|
| MENUSS | ou CHERRON, terme de pêche ; sorte de petit poisson que l'on pêche pour servir d'appât aux pêcheurs à la ligne ou corde de toutes les sortes. Cette pêche se fait avec une chausse de toile, voyez CHAUSSE ; mais celle-ci est menée par deux hommes qui la traînent sur les sables & au-devant de la marée. Voyez CHERRON.
|
| MENYANTHE | (Botan.) plante encore plus connue sous le nom de treffle de marais, trifolium palustre ; voyez donc TREFFLE de MARAIS. (D.J.)
|
| MÉOVIE | (Géog. ancienne) Maeonia ; contrée de l'Asie mineure, autrement appellée Lydie. Voyez LYDIE.
La capitale de cette province portoit aussi le nom de Méonie, Maeonia ; elle étoit au pié du Tmolus, du côté opposé à Sardes. La riviere s'appelloit Maeonos, & les peuples Maeones ou Maeonii, les Méons, les Méoniens. (D.J.)
|
| MEPHITIS | S. f. (Phys.) est le nom latin des exhalaisons minérales, appellées mouphetes. Voyez EXHALAISON.
|
| MEPLAT | adj. terme d'artiste. Il désigne la forme des corps qui ont plus d'épaisseur que de largeur. Les Peintres le prennent dans un sens un peu différent. Voyez MEPLAT. (Peint.)
MEPLAT, (Peinture) se dit en Peinture & en Sculpture des muscles qui ont un certain plat, tel que seroit le côté d'une orange qu'on auroit appuyé sur un plan uni.
MEPLATE, maniere, (Gravure) la maniere méplate consiste dans des tailles un peu tranchées & sans adoucissement. On se sert de cette maniere pour fortifier les ombres & en arrêter les bords. Voyez GRAVURE. (D.J.)
|
| MEPPEN | (Géog.) petite ville d'Allemagne, au cercle de Westphalie, dépendant de l'évêché de Munster. Elle est sur l'Ems, à 6 lieues N. de Lingen, 20 N. O. de Munster. Long. 25. 3. lat. 52. 45. (D.J.)
|
| MÉPRIS | S. m. (Morale) L'amour excessif de l'estime fait que nous avons pour notre prochain ce mépris qui se nomme insolence, hauteur ou fierté ; selon qu'il a pour objet nos supérieurs, nos inférieurs ou nos égaux. Nous cherchons à abaisser davantage ceux qui sont au-dessous de nous, croyant nous élever à mesure qu'ils descendent plus bas ; ou à faire tort à nos égaux, pour nous ôter du pair avec eux ; ou même à ravaler nos supérieurs, parce qu'ils nous font ombre par leur grandeur. Notre orgueil se trahit visiblement en ceci : car si les hommes nous sont un objet de mépris, pourquoi ambitionnons-nous leur estime ? Ou si leur estime est digne de faire la plus forte passion de nos ames, comment pouvons-nous les mépriser ? Ne seroit-ce point que le mépris du prochain est plutôt affecté que véritable ? Nous entrevoyons sa grandeur, puisque son estime nous paroît d'un si grand prix ; mais nous faisons tous nos efforts pour la cacher, pour nous faire honneur à nous-mêmes.
De-là naissent les médisances, les calomnies, les louanges empoisonnées, la satyre, la malignité & l'envie. Il est vrai que celle-ci se cache avec un soin extrème, parce qu'elle est un aveu forcé que nous faisons du mérite ou du bonheur des autres, & un hommage forcé que nous leur rendons.
De tous les sentimens d'orgueil, le mépris du prochain est le plus dangereux, parce que c'est celui qui va le plus directement contre le bien de la société, qui est la fin à laquelle se rapporte l'amour de l'estime.
|
| MEQUE | PELERINAGE DE LA (Hist. des Turcs) c'est un voyage à la Meque prescrit par l'alcoran. " Que tous ceux qui peuvent le faire, n'y manquent pas, dit l'auteur de ce livre ". Cependant le pélerinage de la Meque est non-seulement difficile par la longueur du chemin, mais encore par rapport aux dangers que l'on court en Barbarie, où les vols sont fréquens, les eaux rares & les chaleurs excessives. Aussi par toutes ces raisons, les docteurs de la loi ont décidé qu'on pouvoit se dispenser de cette course, pourvu qu'on substituât quelqu'un à sa place.
Les quatre rendez-vous des pélerins sont Damas, le Caire, Babylone & Zébir. Ils se préparent à ce pénible voyage par un jeûne qui suit celui du ramazan ; & s'assemblent par troupes dans des lieux convenus. Les sujets du grand seigneur qui sont en Europe, se rendent ordinairement à Alexandrie sur des bâtimens de Provence, dont les patrons s'obligent à voiturer les pélerins. Aux approches du moindre vaisseau, ces bons musulmans, qui n'appréhendent rien tant que de tomber entre les mains des armateurs de Malte, baisent la banniere de France, s'enveloppent dedans, & la regardent comme leur asyle.
D'Alexandrie ils passent au Caire, pour joindre la caravane des Africains. Les Turcs d'Asie s'assemblent ordinairement à Damas ; les Persans & les Indiens à Babylone ; les Arabes & ceux des îles des environs, à Zébir. Les pachas qui s'acquitent de ce devoir, s'embarquent à Suez, port de la mer Rouge, à trois lieues & demi du Caire. Toutes ces caravanes prennent si bien leurs mesures, qu'elles arrivent la veille du petit bairam sur la colline d'Arafagd, à une journée de la Meque. C'est sur cette fameuse colline qu'ils croient que l'ange apparut à Mahomet pour la premiere fois ; & c'est-là un de leurs principaux sanctuaires. Après y avoir égorgé des moutons pour donner aux pauvres, ils vont faire leurs prieres à la Meque, & de là à Médine, où est le tombeau du prophete, sur lequel on étend tous les ans un poële magnifique que le grand-seigneur y envoie par dévotion : l'ancien poële est mis par morceaux ; car les pélerins tâchent d'en attraper quelque piece, tant petite qu'elle soit, & la conservent comme une relique très-précieuse.
Le grand-seigneur envoie aussi par l'intendant des caravanes, cinq cent sequins, un alcoran couvert d'or, plusieurs riches tapis, & beaucoup de pieces de drap noir, pour les tentures des mosquées de la Meque.
On choisit le chameau le mieux fait du pays, pour être porteur de l'alcoran : à son retour ce chameau, tout chargé de guirlandes de fleurs & comblé de bénédictions, est nourri grassement, & dispensé de travailler le reste de ses jours. On le tue avec solemnité quand il est bien vieux, & l'on mange sa chair comme une chair sainte ; car s'il mouroit de vieillesse ou de maladie, cette chair seroit perdue & sujette à pourriture.
Les pélerins qui ont fait le voyage de la Meque, sont en grande vénération le reste de leur vie ; absous de plusieurs sortes de crimes ; ils peuvent en commettre de nouveaux impunément, parce qu'on ne sauroit les faire mourir selon la loi ; ils sont réputés incorruptibles, irréprochables & sanctifiés dès ce monde. On assure qu'il y a des Indiens assez sots pour se crever les yeux, après avoir vu ce qu'ils appellent les saints lieux de la Meque ; prétendant que les yeux ne doivent point après cela, être prophanés par la vûe des choses mondaines.
Les enfans qui sont conçus dans ce pélerinage, sont regardés comme de petits saints, soit que les pélerins les aient eû de leurs femmes légitimes, ou des aventurieres : ces dernieres s'offrent humblement sur les grands chemins, pour travailler à une oeuvre aussi pieuse, Ces enfans sont tenus plus proprement que les autres, quoiqu'il soit mal-aisé d'ajouter quelque chose à la propreté avec laquelle on prend soin des enfans par tout le levant. (D.J.)
|
| MÉQUINENÇA | (Géog.) ancienne ville d'Espagne au royaume d'Aragon. Elle a été connue autrefois sous les noms d'Octogesa & d'Ictosa. Elle est forte par sa situation, & défendue par un château. Elle est au confluent de l'Ebre & de la Ségre, dans un pays fertile & agréable, à 12 lieues N. E. de Tortose, 65 N. E. de Madrid. Long. 17. 55. lat. 41. 22. (D.J.)
|
| MER | S. f. (Géog.) ce terme signifie ordinairement ce vaste amas d'eau qui environne toute la terre, & qui s'appelle plus proprement Océan. Voyez OCEAN.
Mer est un mot dont on se sert aussi pour exprimer une division ou une portion particuliere de l'Océan, qui prend son nom des contrées qu'elle borde, ou d'autres circonstances.
Ainsi l'on dit, la mer d'Irlande, la mer Méditerranée, la mer Baltique, la mer Rouge, &c. Voyez MEDITERRANEE.
Jusqu'au tems de l'empereur Justinien, la mer étoit commune & libre à tous les hommes ; c'est pour cela que les lois romaines permettoient d'agir contre toute personne qui en troubleroit une autre dans la navigation libre, ou qui gêneroit la pêche de la mer.
L'empereur Léon, dans sa 56e novelle, a été le premier qui ait accordé aux personnes qui étoient en possession de terres, le privilege de pêcher devant leurs territoires respectifs exclusivement aux autres. Il donna même une commission particuliere à certaines personnes pour partager entr'elles le Bosphore de Thrace.
Depuis ce tems les princes souverains ont tâché de s'approprier la mer, & d'en défendre l'usage public. La république de Vénise prétend si fort être la maîtresse dans son golfe, qu'il y a tous les ans des épousailles formelles entre le doge & la mer Adriatique.
Dans ces derniers tems les Anglois ont prétendu particulierement à l'empire de la mer dans le canal de la Manche, & même à celui de toutes les mers qui environnent les trois royaumes d'Angleterre, d'Ecosse & d'Irlande, & cela jusqu'aux côtes ou aux rivages des états voisins : c'est en conséquence de cette prétention que les enfans nés sur les mers de leur dépendance sont déclarés natifs d'Angleterre, comme s'ils étoient nés dans cette île même. Grotius & Selden ont disputé fortement sur cette prétention dans des ouvrages qui ont pour titre, mare liberum, la mer libre, & mare clausum, la mer interdite. Chambers.
MER MEDITERRANEE. Voyez MEDITERRANEE.
MER NOIRE. Voyez NOIRE.
MER ROUGE. Voyez ROUGE.
MER CASPIENNE. Voyez CASPIENNE & LAC.
Sur les différens phénomenes de la mer, voyez FLUX & REFLUX, MAREE, VENT, COURANT, MOUSSONS, GEOGRAPHIE PHYSIQUE, LAC. Voyez aussi le discours de M. de Buffon sur la théorie de la terre, art. 8. 13. 19. On prouve dans ce discours ; 1°. que les amas prodigieux de coquilles qu'on trouve dans le sein de la terre à des distances fort considérables de la mer, montrent incontestablement que la mer a couvert autrefois une grande partie de la terre ferme que nous habitons aujourd'hui. Hist. acad. 1720. pag. 5. 2°. Que le fonds de la mer est composé à-peu-près comme la terre que nous habitons, parce qu'on y trouve les mêmes matieres, & qu'on tire de la surface du fonds de la mer les mêmes choses que nous tirons de la surface de la terre. 3°. Que la mer a un mouvement général d'orient en occident qui fait qu'elle abandonne certaines côtes, & qu'elle avance sur d'autres. 4°. Qu'il est très-probable que les golfes & les détroits ont été formés par l'irruption de l'Océan dans les terres. Voyez CONTINENT & TERRAQUEE. Voyez aussi DELUGE, MONTAGNE & FOSSILE. (O)
C'est une vérité reconnue aujourd'hui par les naturalistes les plus éclairés, que la mer, dans les tems les plus reculés, a occupé la plus grande partie du continent que nous habitons ; c'est à son séjour qu'est dû la quantité prodigieuse de coquilles, de squeletes de poissons, & d'autres corps marins que nous trouvons dans les montagnes & dans les couches de la terre, dans des endroits souvent très-éloignés du lit que la mer occupe actuellement. Vainement voudroit-on attribuer ces phénomenes au déluge universel ; on a fait voir dans l'article FOSSILES, que cette révolution n'ayant été que passagere, n'a pu produire tous les effets que la plûpart des physiciens lui ont attribués. Au contraire, en supposant le séjour de la mer sur notre continent, rien ne sera plus facile que de se faire une idée claire de la formation des couches de la terre, & de concevoir comment un si grand nombre de corps marins se trouvent renfermés dans un terrein que la mer a abandonné. Voyez FOSSILES ; TERRE, couches de la ; TERRE, révolutions de la.
La retraite de la mer a pu se faire ou subitement, ou successivement, & peu-à-peu ; en effet, ses eaux ont pu se retirer tout-à-coup, & laisser à sec une portion de notre continent par le changement du centre de gravité de notre globe, qui a pu causer l'inclination de son axe. A l'égard de la retraite des eaux de la mer qui se fait successivement & par degrés insensibles, pour peu qu'on ait considéré les bords de la mer, on s'apperçoit aisément qu'elle s'éloigne peu-à-peu de certains endroits, que les côtes augmentent, & que l'on ne trouve plus d'eau dans des endroits qui étoient autrefois des ports de mer où les vaisseaux abordoient. L'ancienne ville d'Alexandrie est actuellement assez éloignée de la mer ; les villes d'Arles, d'Aigues-mortes, &c. étoient autrefois des ports de mer ; il n'y a guere de pays maritimes qui ne fournissent des preuves convaincantes de cette vérité ; c'est sur-tout en Suede que ces phénomenes ont été observés avec le plus d'exactitude depuis quelques années, ils ont donné lieu à une dispute très-vive entre plusieurs membres illustres de l'académie royale des sciences de Stockholm. M. Dalin ayant publié une histoire générale de la Suede, très-estimée des connoisseurs, osa jetter quelques soupçons sur l'antiquité de ce royaume, & parut douter qu'il eût été peuplé aussi anciennement que l'avoient prétendu les historiens du nord qui l'ont précédé ; il alla plus loin, & crut trouver des preuves que plusieurs parties de la Suede avoient été couvertes des eaux de la mer dans des tems fort peu éloignés de nous ; ces idées ne manquerent pas de trouver des contradicteurs ; presque tous les peuples de la terre ont de tous tems été très-jaloux de l'antiquité de leur origine. On crut la Suede deshonorée parce qu'elle n'avoit point été immédiatement peuplée par les fils de Noé. M. Celsius, savant géometre de l'académie de Stockholm, inséra en 1743, dans le recueil de son académie, un mémoire très-curieux ; il y entre dans le détail des faits qui prouvent que les eaux ont diminué & diminuent encore journellement dans la mer Baltique, ainsi que l'Océan qui borne la Suede à l'occident. Il s'appuie du témoignage d'un grand nombre de pilotes & de pêcheurs avancés en âge, qui attestent avoir trouvé dans leur jeunesse beaucoup plus d'eau en certains endroits qu'ils n'en trouvent aujourd'hui ; des écueils & des pointes de rochers qui étoient anciennement sous l'eau ou à fleur d'eau, sortent maintenant de plusieurs piés au dessus du niveau de la mer ; on ne peut plus passer qu'avec des chaloupes ou des barques dans des endroits où il passoit autrefois des navires chargés ; des bourgs & des villes qui étoient anciennement sur les bords de la mer, en sont maintenant à une distance de quelques lieues ; on trouve des ancres & des débris de vaisseaux qui sont fort avancés dans les terres, &c. Après avoir fait l'énumération de toutes ces preuves, M. Celsius tente de déterminer de combien les eaux de la mer baissent en un tems donné. Il établit son calcul sur plusieurs observations qui ont été faites en différens endroits, il trouve entr'autres qu'un rocher qui étoit il y a 168 ans à fleur d'eau, & sur lequel on alloit à la pêche des veaux marins, s'est élevé depuis ce tems de 8 piés au-dessus de la surface de la mer. M. Celsius trouve que l'on marche à sec dans un endroit où 50 ans auparavant on avoit de l'eau jusqu'au genou. Il trouve que des écueils qui étoient cachés sous l'eau, dans la jeunesse de quelques anciens pilotes, & qui même étoient à deux piés de profondeur, sortent maintenant de 3 piés, &c. De toutes ces observations, il résulte, suivant M. Celsius, que l'on peut faire une estimation commune, & que l'eau de la mer baisse en un an de 4 1/2 lignes, en 18 ans de 4 pouces & 5 lignes, en cent ans de 4 piés 5 pouces, en 500 ans de 22 piés 5 pouces, en mille ans de 45 piés géométriques, &c.
M. Celsius remarque, avec raison, qu'il seroit à souhaiter que l'on observât exactement la hauteur de certains endroits au-dessus du niveau de la mer, par ce moyen la postérité feroit à portée de juger avec certitude de la diminution de ses eaux ; à sa priere, M. Rudman son ami, fit tracer en 1731 une ligne horisontale sur une roche appellée swarthaellen pae wihcken, qui se trouve à la partie septentrionale de l'île de Loefgrund, à deux milles au nord-est de Gefle. Cette ligne marque précisément jusqu'où venoit la surface des eaux en 1731. Voyez les mémoires de l'académie de Suede, tom. V, année 1743. Il seroit à souhaiter que l'on fît des observations de ce genre sur toutes les côtes & dans toutes les mers connues, cela jetteroit beaucoup de jour sur un phénomene très-curieux de la Physique, & dont jusqu'à présent l'on ne paroît s'être fortement occupé qu'en Suede.
La grande question qui partage maintenant les académiciens de Suede, a pour objet de savoir si la diminution des eaux de la mer est réelle ; c'est-à-dire, si la somme totale des eaux de la mer diminue effectivement sur notre globe, ce qui paroît être le sentiment de M. Celsius, du célebre M. Linnaeus & de plusieurs autres : ou si, comme M. Browallius & d'autres le prétendent, cette diminution des eaux n'est que relative ; c'est-à-dire, si la mer va regagner d'un côté ce qu'elle perd d'un autre. On sent aisément combien cette question est embarrassante ; en effet, il faudroit un grand nombre d'observations faites dans toutes les parties de notre globe, & continuées pendant plusieurs siecles pour la décider avec quelque certitude.
Il est constant que les eaux de la mer s'élevent en vapeurs, forment des nuages & retombent en pluie ; une partie de ces pluies rentre dans la mer, une autre forme des rivieres qui retombent encore dans la mer, de-là il résulte une circulation perpétuelle qui ne tend point à produire une diminution réelle des eaux de la mer ; mais, suivant M. Celsius, la partie des eaux qui abreuve les terres, & qui sert à la végétation, c'est-à-dire, à l'accroissement des arbres & des plantes, est perdu pour la somme totale des eaux, & cette partie, selon lui, peut se convertir en terre par la putréfaction des végétaux, sentiment qui a été soutenu par Van Helmont, & qui n'est rien moins que démontré ; le grand Newton, qui l'a adopté, en conclut que les parties solides de la terre vont en s'augmentant, tandis que les parties fluides diminuent & doivent un jour disparoître totalement, vû que, suivant ce savant géometre, notre globe tend perpétuellement à s'approcher du soleil ; d'où il conjecture qu'il finira par se dessécher totalement, à moins que l'approche de quelque comete ne vienne rendre à notre planete l'humidité qu'elle aura perdue.
M. Celsius trouve encore une autre maniere d'expliquer la diminution des eaux de la mer ; c'est que, selon lui, une partie des eaux se retire dans les cavités & les abysmes qui sont au fond du lit de la mer ; mais il ne nous dit point comment ces cavités se forment : il y a tout lieu de croire que c'est le feu qui fait place à l'eau, & que les eaux de la mer vont occuper les espaces qui ont été creusés par les feux souterreins dont l'intérieur de notre globe est perpétuellement consumé.
Il seroit très-important que l'on fît les observations nécessaires pour constater jusqu'à quel point ces idées peuvent être fondées ; cela ne manqueroit pas de jetter beaucoup de lumieres sur la Physique & sur la Géographie, & sur la connoissance de notre globe. M. Celsius croit que la Scandinavie a été anciennement une île, & que le golfe de Bothnie communiquoit autrefois avec la mer Blanche par les marais aujourd'hui formés par l'Ulo-Elbe ; ce sentiment s'accorde avec celui de Ptolomée & de plusieurs anciens géographes, qui ont parlé de la Scandinavie comme d'une île.
Ce n'est point seulement dans le nord que l'on a observé que les eaux de la mer se retiroient & laissoient à sec une partie de son lit, les plus anciens historiens nous apprennent que l'île du Delta en Egypte, qui se trouve à l'embouchure du Nil, a été formée par le limon que ce fleuve a successivement déposé. Les voyageurs modernes ont observé que le continent gagnoit continuellement de ce côté. Les ruines du port de Carthage sont aujourd'hui fort éloignées de la mer. On a aussi remarqué que la Méditerranée se retiroit des côtes méridionales de la France vers Aigues-mortes, Arles, &c. & l'on pourroit conjecturer qu'au bout de quelques milliers d'années, cette mer disparoîtra totalement, comme M. Celsius présume que cela arrivera à la mer Baltique. On peut en dire autant de la mer Noire, de la mer Caspienne dont le fond doit nécessairement hausser par les dépôts qu'y font les grandes rivieres qui vont s'y rendre.
Tout ce qui précede, nous prouve que les mers produisent sur notre globe des changemens perpétuels. Il y en a qui disparoissent dans un endroit ; il n'en est pas moins certain qu'il s'en produit de nouvelles dans d'autres. C'est ainsi qu'a été formée la mer d'Harlem en Hollande, que l'on voit entre Harlem & Amsterdam, dont la formation qui est assez récente, est due à des vents violens qui ont poussé les eaux de la mer par-dessus ses anciennes bornes, & qui par-là ont inondé un terrein bas d'où ces eaux n'ont point pu se retirer. Pline regarde la mer Méditerranée comme formée par une irruption pareille de l'Océan. Voici comme ce célebre naturaliste s'exprime, au liv. III. de son histoire natur. Terrarum orbis universus in tres dividitur partes ; Europam, Asiam & Africam ; origo ab occasu solis & gaditano freto, qua irrumpens Oceanus atlanticus in maria interiora diffunditur.
Il y a des mers, telles que la mer Caspienne, la mer morte, &c. qui se trouvant au milieu des terres, n'ont point de passages sensibles par où l'écoulement des eaux qu'elles reçoivent puisse se faire. Le P. Kircher & plusieurs autres naturalistes ont soupçonné que leurs eaux s'écouloient par des conduits ou canaux souterreins par où elles se dégorgeoient dans l'Océan ; & qu'il y avoit une espece de liaison entre toutes les mers, qui fait qu'elles communiquent les unes avec les autres. Ces auteurs n'ont trouvé que ce moyen d'expliquer pourquoi ces mers ne débordoient point, malgré les eaux des rivieres qu'elles reçoivent continuellement ; mais ils n'ont point fait attention que l'évaporation pouvoit être équivalente à la quantité d'eau que ces mers reçoivent journellement.
C'est au séjour des eaux de la mer sur de certaines portions de notre continent, qu'il faut attribuer la formation des mines de sel gemme ou de sel marin fossile que l'on trouve dans plusieurs pays qui sont maintenant très-éloignés de la mer. Des eaux salées sont restées dans des cavités d'où elles ne pouvoient sortir. Là, par l'évaporation, ces eaux ont déposé leur sel, qui, après avoir pris une consistance solide & concrete, a été recouvert de terre, & forme des couches entieres que l'on rencontre aujourd'hui à plus ou moins de profondeur. Voyez l'article SEL GEMME.
Il n'est point si aisé de rendre raison de la salure des eaux de la mer, & d'expliquer d'où elle tire son origine. Un grand nombre de physiciens ont cru que l'on devoit supposer le fond de la mer rempli de masses ou de roches de sel que les eaux de la mer dissolvoient perpétuellement, mais on ne nous apprend point comment ces masses de sel ont été elles-mêmes formées.
Au reste, le célebre Stahl regarde la formation du sel marin comme un des mysteres de la nature que la chimie n'a point encore pu découvrir. En général, nous savons que tous les sels sont composés d'une terre atténuée & d'eau, & l'on pourroit présumer que le sel marin se génere continuellement dans la mer. Quelques physiciens ont cru que l'eau de la mer avoit été salée dès la création du monde. Ils se fondent sur ce que sans cela les poissons de mer, exigeant une eau salée, n'auroient pas pu y vivre, si elle n'avoit été salée dans son origine.
M. Cronstedt, de l'acad. des Sciences de Suede, remarque dans sa minéralogie, §. 21, que l'eau de la mer tient en dissolution une quantité prodigieuse de terre calcaire, qui est saturée par l'acide du sel marin. C'est cette terre qui s'attache au fond des chaudieres où l'on fait cuire l'eau pour obtenir le sel ; elle a la propriété d'attirer l'humidité de l'air. Suivant cet auteur, c'est cette terre calcaire qui forme les coquilles, les écailles des animaux crustacés, &c. à quoi il ajoute qu'il peut arriver que la nature sache le moyen de faire de la chaux un sel alkali qui serve de base au sel marin.
Quoi qu'il en soit de toutes ces conjonctures, il est constant que toutes les mers qui sont sur notre globe, ne sont point également salées. Dans les pays chauds & vers la ligne, l'eau de la mer est beaucoup plus salée que vers le nord : ce qui vient de la forte évaporation que la chaleur cause, & qui doit rapprocher & comme concentrer le sel. Des circonstances particulieres peuvent encore concourir à faire que les eaux de la mer soient moins salées en quelques endroits qu'en d'autres : cela arrivera, par exemple, vers l'embouchure d'une riviere dont l'eau tempérera la salure de la mer dans un grand espace ; c'est ainsi qu'on nous dit que la mer Blanche n'est nullement salée à l'embouchure de la grande riviere d'Oby en Sibérie. D'ailleurs, il peut se faire qu'il y ait dans de certains endroits des sources, qui, en entrant dans la mer & en sortant du fond de son lit, adoucissent sa salure dans ces sortes d'endroits ; mais c'est sans fondement que quelques personnes ont étendu cette regle, & ont prétendu que l'on trouvoit toujours de l'eau douce au fond de la mer. Voyez l'article suivant, MER, eau de la.
Outre la salure, les eaux de la mer ont ordinairement un goût bitumineux & dégoûtant qui révolte l'estomac de ceux qui veulent en boire. Il y a lieu de conjecturer que ce goût leur vient des couches de matieres bitumineuses qui se trouvent dans le lit de la mer : à quoi l'on peut joindre la décomposition de la graisse que fournit une quantité immense d'animaux & de poissons de toute espece, qui vivent & meurent dans toutes les mers.
La salure & le mauvais goût des eaux de la mer empêchent de la boire. C'est pour remédier à cet inconvénient, que l'on est obligé d'embarquer de l'eau douce dans les vaisseaux ; & lorsque les voyages sont fort longs, cette eau douce se corrompt, & les équipages se trouvent dans un très-grand embarras. Depuis long-tems on avoit inutilement cherché le moyen de dessaller l'eau de la mer. Enfin il y a quelques années que M. Appleby, chimiste anglois, a trouvé le secret de rendre cette eau potable ; cette découverte lui a mérité une récompense très-considérable de la part du parlement d'Angleterre qui a fait publier son secret. Il consiste à mettre quatre onces de pierre à cautere & d'os calcinés sur environ vingt pintes d'eau de mer ; on distille ensuite cette eau avec un alambic, & l'eau qui passe à la distillation est parfaitement douce. Cette expérience importante a été réitérée avec succès par M. Rouelle. Pour peu qu'on veuille s'en donner la peine, on adaptera les vaisseaux distillatoires à la cheminée de la cuisine d'un vaisseau, & sans augmentation de dépense, on pourra distiller continuellement de l'eau de mer, en même tems que l'on préparera les alimens des équipages.
Les eaux de la mer ont trois especes de mouvement. Le premier est le mouvement d'ondulation ou de fluctuation que les vents excitent à sa surface en produisant des flots ou des vagues plus ou moins considérables, en raison de la force qui les excite. Ce mouvement des flots est modifié par la position des côtes, des promontoires, des îles, &c. que les eaux agitées par les vents rencontrent.
Le second mouvement de la mer est celui que l'on nomme courant ; c'est celui par lequel les eaux de la mer sont continuellement entraînées d'orient vers l'occident ; mouvement qui est plus fort vers l'équateur que vers les poles, & qui fournit une preuve incontestable, que le mouvement de la terre sur son axe se fait d'occident vers l'orient. Ce mouvement dans l'Océan, commence aux côtes occidentales de l'Amérique, où il est peu violent ; ce qui lui fait donner le nom de mer pacifique. Mais en partant de-là, les eaux dont le mouvement est accéléré, après avoir fait le tour du globe, vont frapper avec violence les côtes orientales de cette partie du monde, qu'elles romproient peut-être, si leur force n'étoit arrêtée par les îles qui se trouvent en cet endroit, & que quelques auteurs regardent comme des restes de l'Atlantide ou de cette île immense dont les anciens prêtres égyptiens, au rapport de Platon, ne parloient déjà que par tradition. Un auteur allemand moderne appellé M. Popowits, qui a publié en 1750, en sa langue, un ouvrage curieux, sous le titre de recherches sur la mer, présume que tôt ou tard la violence du mouvement de la mer dont nous parlons, forceroit un passage au travers de l'isthme de Panama, si ce terrein n'étoit rempli de rochers qui opposent de la résistance aux entreprises de la mer ; sur quoi il remarque que quelque tremblement de terre pourra quelque jour aider la mer à effectuer ce qu'elle n'a point encore pu faire toute seule.
Cette conjecture est d'autant mieux fondée que plusieurs exemples nous prouvent que la violence des eaux de la mer arrache & sépare les parties du continent, & fait des îles de ce qui étoit autrefois terre ferme. C'est ainsi qu'une infinité de circonstances prouvent que la grande Bretagne tenoit autrefois à la France ; vérité qui a été mise dans un très-grand jour par M. Desmarets dans sa dissertation sur l'ancienne jonction de l'Angleterre avec la France, publiée il y a peu de tems. On ne peut guere douter non plus que la Sicile n'ait été séparée de la même maniere de l'Italie, &c.
Le troisieme mouvement de la mer est celui qui est connu sous le nom de la marée ou du flux & reflux ; on n'en parlera point ici, vu que cet important phénomene a été examiné au long dans les article FLUX & MAREE.
Outre les trois especes de mouvemens dont on vient de parler, il en est encore un autre sur lequel les physiciens ne sont point tout-à-fait d'accord. Quelques auteurs prétendent que dans les détroits, tels que ceux de Gibraltar, du Sund & des Dardanelles, les eaux de la mer ont deux courans directement opposés, & que les eaux de la surface ont une direction contraire à celle des eaux qui sont au-dessous. Le comte de Marsigli a observé ces deux courans contraires au passage des Dardanelles, phénomene qui avoit déjà été remarqué dans le sixieme siecle par l'historien Procope. Ces deux auteurs assurent que lorsque les pêcheurs jettent leurs filets dans ce détroit, la partie supérieure du filet est entraînée vers la Propontide ou mer de Marmora ; tandis que la partie la plus enfoncée du filet se trouve emportée par le courant inférieur vers le pont Euxin ou la mer Noire. Le comte de Marsigli a constaté la même expérience avec une sonde de plomb attachée à une corde ; quand il ne l'enfonçoit que de cinq ou six piés, la sonde étoit emportée vers la Propontide ; mais lorsqu'il l'enfonçoit plus avant, il voyoit qu'elle étoit poussée vers le pont Euxin.
M. Popowits explique d'après ce phénomene, pourquoi les eaux de la mer Noire sont toujours également salées, malgré les rivieres qu'elle reçoit. C'est que, suivant ces expériences, la Méditerranée fournit continuellement à la mer Noire par le détroit des Dardanelles, de l'eau salée, qu'elle reçoit elle-même de la même maniere de l'Océan par le détroit de Gibraltar. Suivant le rapport du célebre Ray, on a fait dans le Sund les mêmes expériences que dans le détroit des Dardanelles ; & l'on a trouvé que les eaux de la mer Baltique sortoient à la partie supérieure, & que les eaux de l'Océan entroient dans la mer Baltique par-dessous les premieres.
Comme plusieurs mers de notre globe sont placées au milieu du continent, & reçoivent de très-grandes rivieres, sans que l'on apperçoive de passages par où leurs eaux puissent s'écouler : quelques auteurs ont cru qu'il falloit qu'il y eût des communications souterraines entre ces mers & l'Océan. C'est ainsi que l'on a cru qu'il y avoit une communication cachée sous terre entre la mer Caspienne & l'Océan, entre la mer Morte & la Méditerranée, &c. On a cru sur-tout expliquer par-là pourquoi ces mers ne débordent point ; peut-être que l'évaporation des eaux de ces mers est équivalente à la quantité des eaux que les rivieres leur apportent. (-)
MER, eau de la, (Physique, Chimie) L'eau de l'Océan & des autres mers differe de l'eau pure par les principes étrangers dont elle est chargée, c'est-à-dire, par les différens sels qu'elle renferme, & par la substance sulfureuse qui produit son amertume, son onctuosité, & sa qualité phosphorique.
Nous ne nous étendrons point sur la nature du sel marin proprement dit, sur sa vertu septique, ou anti-septique, suivant la dose dans laquelle on le joint aux substances qui se putréfient. Voyez plus bas SEL MARIN.
On assure que ceux qui navigent sous la ligne s'apperçoivent que la mer est plus salée dans les climats où la chaleur du soleil est plus forte & plus propre à corrompre les fluides. Cependant d'habiles observateurs ont rapporté à Boyle que la gravité spécifique de l'eau de mer étoit la même que sous l'équateur, & au-delà du trentieme degré de latitude. Il paroît par les observations de Swedenborg, que cite Wallerius dans son Hydrologie, p. 81. que la salure de la mer, dans les pays du Nord & vers les poles de la terre, diminue toujours très-sensiblement. On ne peut guere douter que les mers du Nord ne gelent, que parce qu'elles sont moins salées ; car on a observé que le sel marin, le sel ammoniac, sont de tous les sels ceux dont les dissolutions se changent en glace le plus difficilement.
Wallerius rapporte ailleurs (in tentam. chim. Hierne, t. II. p. 117, note) que M. Palmstruck a constaté par des expériences faites dans le golfe de Bothnie, au tems des solstices & des équinoxes, que la salure de la mer diminue dans les grands jours, & augmente quand les jours deviennent plus courts. Le même M. Palmstruck assure que la mer est plus salée pendant le flux que pendant le reflux, & que sa salure est plus considérable à une plus grande distance des côtes & à une plus grande profondeur. Cette derniere observation est conforme à celle du comte Marsigli ; & quoiqu'elle ne s'accorde pas avec les expériences de Boyle, elle est d'une vérité sensible, puisque l'eau de la surface de la mer, ainsi que celle qui baigne les côtes, doit être beaucoup plus délayée par les eaux des pluies & des fleuves qui se jettent dans la mer.
C'est sans doute à cause que les sels des eaux de la surface de la mer sont plus lavés par des eaux pures, qu'ils sont plus acides. Ceci est prouvé, parce que le comte de Marsigli ayant mis des sels tirés de l'eau de mer superficielle, & des sels tirés de la même eau prise à une certaine profondeur, dans du papier bleu, il vit que ceux qui avoient été tirés de l'eau superficielle teignoient ce papier en rouge ; & au contraire le sel des eaux profondes ne donnoit aucune impression de rougeur.
M. Halles a remarqué que des morceaux de papier bleu prenoient un oeil rougeâtre, après avoir été trempés dans de la saumure de sel tiré de l'eau de la mer, mais ils n'avoient point cette couleur, lorsqu'on les trempoit de même dans une forte saumure de sel commun ; ce qui montre, dit M. Halles, que le sel imparfait d'eau de mer est en partie nitreux, mais cette conclusion ne semble pas assez juste, & ce fait prouve seulement que le sel de la premiere saumure étoit moins exactement neutralisé. De même on a expliqué, par ce principe nitreux, pourquoi l'eau de mer n'éteint pas la flamme ainsi que l'eau douce ; mais il est plus naturel d'attribuer cet effet aux parties sulfureuses & bitumineuses.
On est mieux fondé à admettre un principe nitreux dans l'eau de la mer, parce que l'esprit de sel, tiré du sel de la mer, est un dissolvant de l'or, & parce que l'on a retiré de l'esprit nitreux de l'eau-mere des salines. L'origine de ce nitre n'est pas bien connue, il appartient sans doute aux plantes marines, il est développé, & rendu sensible par leur putréfaction.
J'ai appris de M. Venel qu'on voit beaucoup de sel de glauber très-distinct, & très-bien crystallisé dans les tables des salines où on évapore l'eau de mer. Je ne connois point d'auteurs qui aient fait cette remarque. Peut-être ce sel de glauber est-il formé dans les salines par la combinaison d'un acide aérien avec la base alkaline du sel marin : peut-être aussi l'existence des sels neutres, produits dans l'eau de mer par l'acide nitreux & par l'acide vitriolique, doit-elle fortifier le soupçon si légitime qu'on a de l'identité radicale des acides nitreux.
L'eau de la mer est d'autant plus amere qu'on la puise à une plus grande profondeur. Il est très-probable qu'elle doit son amertume à un esprit huileux, volatil, de nature bitumineuse, dont elle est imprégnée. Car le comte Marsigli a publié dans son Histoire physique de la mer, p. 26. une table des proportions des sels communs & d'esprit de charbons, qui donnent à l'eau de citerne, outre la même pesanteur spécifique, le même goût salé & amer qu'a l'eau naturelle de la mer, superficielle ou profonde. Le même auteur a trouvé que l'eau de la mer, bien qu'elle ait été entierement dépouillée de sel après beaucoup d'exactes & réitérées distillations, conserve avec une amertume dégoûtante, quelque chose de visqueux & de gluant, qui s'attache aux côtés d'une bouteille dans laquelle on agite cette eau distillée, & ne se précipite au fond qu'avec peine lorsqu'on la laisse reposer : il a remarqué que cette substance onctueuse ne rend l'eau de la mer distillée en aucune façon plus pesante que l'eau insipide des citernes, ce qui prouve la grande volatilité de l'esprit bitumineux qui produit cette substance onctueuse. Cette volatilité est encore démontrée parce que l'esprit qu'employoit Marsigli, pour donner le goût amer à l'eau simplement salée, n'en altéroit point du tout le poids. Il faut observer néanmoins qu'on ne trouve point d'amertume, ni de goût de bitume, si l'on distille de l'eau de mer qui ait été puisée seulement à quatre ou cinq pouces de la surface de la mer.
On n'est point d'accord sur l'origine de la salure des eaux de la mer, plusieurs auteurs pensent qu'elle est aussi ancienne que la mer même ; d'autres prétendent qu'elle est dûe à la dissolution des rochers & des mines de sel gemme, que le bassin de la mer renferme en grande quantité suivant Varenius. Mais les Stahliens conjecturent avec beaucoup de fondement, qu'il se produit chaque jour une nouvelle quantité de sel dans les eaux de la mer, puisque le sel est un mixte composé de terre & d'eau, & que rien n'empêche que ce mixte ne puisse être produit par la combinaison de l'eau avec le sable, le limon, les débris des coquillages, & de terre calcaire qui recouvrent en plusieurs endroits le fond de la mer, dont les parties sont subtilisées par l'agitation de la mer & par la chaleur du soleil. Les cadavres resous d'une infinité de poissons, & le bitume de la mer ajoutent à ce produit une substance inflammable particuliere, qui acheve le caractere spécifique du sel marin. L'opinion des Stahliens peut être confirmée par ce que Tavernier rapporte, que dans le royaume d'Assem on prépare un sel semblable au sel commun, en agitant fortement pendant dix à douze heures une dissolution du sel lixiviel des feuilles du figuier d'Adam, qu'on dépure des feces, & qu'on épaissit ensuite par la coction. Stahl (fundam. Chim. part. II. p. 154.) ne doute point qu'on ne pût retirer de même du sel commun des autres sels lixiviels.
Le comte Marsigli a vû en plusieurs endroits de la mer de Thrace du bitume flottant, qui paroît sur l'eau lorsqu'elle est calme. Il ajoute qu'on en trouve de même abondamment dans les mers des Indes orientales, sur-tout aux endroits où il y a quantité d'ambre gris. Il croit que l'eau de la mer se charge de cette substance en baignant des couches de bitume qui s'étendent dans son bassin, & qui se continuent avec des veines de charbons de terre & de jais dans les montagnes des rivages voisins. Cette cause ne paroît pas être universelle, mais elle ne doit pas être négligée. Boyle nous apprend que le bitume liquide, connu en Angleterre sous le nom de poix des Barbades, coule des rochers de ces îles dans la mer. Halles dit qu'on pourroit attribuer en partie à des sources de pétroles l'origine du bitume de la mer.
M. Deslandes prétend que ces minieres de bitume ne se trouvent point dans la mer, mais que l'onctuosité amere de l'eau de la mer vient d'une infinité de matieres pourries, bois, plantes, poissons morts, cadavres ; il remarque qu'un limon huileux enduit toujours les bords de la mer, & les rend si glissans qu'on a de la peine à s'y soutenir. On voit d'autant mieux comment les cadavres des poissons concourent à la production du bitume des eaux de la mer, qu'on a remarqué que la graisse de poisson est plus propres que les autres graisses à la réduction des terres cuivreuses.
Il paroît que le bitume qui surnage les eaux de la mer est produit par un acide vitriolique, sulfureux, semblable à celui des charbons par l'acide marin plus développé à la surface de ces eaux, & qui se joint au pétrole & aux parties huileuses que fournissent les plantes marines & les poissons en se putréfiant.
On a essayé par un grand nombre de moyens de rendre l'eau de la mer potable. Pour y parvenir, il ne suffit pas de la dessaler, mais il faut encore lui ôter ce goût désagréable & bitumineux qu'elle conserve même après la distillation. Pline rapporte que les navigateurs se procuroient de l'eau douce en exprimant des peaux de moutons, qu'ils avoient étendues autour de leurs vaisseaux & qui avoient été humectées par les vapeurs de la mer ; ou, en descendant dans la mer des vases vuides & bien bouchés, ou des boules de cire creuses : mais le premier moyen étoit insuffisant, & on a observé que le second ne dessaloit pas entierement l'eau marine. La filtration de l'eau de mer à travers le sable, ou la terre de jardin, n'a pas mieux réussi au comte Marsigli.
On peut rapporter à ces moyens tous ceux dont on a fait usage avant que de connoître l'art de distiller. M. Halles fait entendre que les essais faits avant lui en Angleterre pour rendre l'eau de mer potable, se réduisoient uniquement à la distillation. Je suis surpris qu'il n'ait point parlé du procédé qu'a publié Lister dans les Transactions philosophiques. Il y propose, pour éviter l'empyreume ordinaire à l'eau de mer distillée, de placer l'alembic sur un vase rempli d'eau, ou d'algue, ou d'autres plantes marines. M. Gautier, médecin de Nantes, avoit imaginé fort ingénieusement, pour perfectionner la distillation de l'eau de mer, un vaisseau distillatoire, dont la description se trouve dans le Recueil des machines approuvées par l'académie royale des Sciences, tom. III. nombre 189.
Nous n'avons rien de plus intéressant sur la maniere de rendre l'eau de mer potable, que les expériences de M. Halles ; ce grand physicien ayant distillé une quantité assez considérable d'eau de mer, il en fit diverses portions à mesure qu'elle sortoit de l'alembic. La premiere étoit belle, claire, & de très-bon goût ; les dernieres étoient âcres & désagréables. M. Halles s'est assuré que l'eau de mer distillée renfermoit de l'esprit de sel, parce qu'on voit des nuages blancs & épais s'élever dans les différentes portions de cette eau, lorsqu'on y verse de la dissolution d'argent dans l'eau forte, parce qu'elle conserve & durcit la chair, & parce qu'elle se corrompt moins vîte, & ne sent jamais aussi mauvais que l'eau commune. Cet esprit de sel, qu'on retire par une chaleur au-dessous du degré de l'eau bouillante, paroît à M. Halles n'être point l'esprit du sel marin parfait, mais sortir d'un sel beaucoup plus imparfait, âcre, impur & acide, dont l'eau de mer abonde.
M. Halles a trouvé d'abord que des alkalis fixes, très-forts, la chaux & divers absorbans, étant ajoutés à l'eau de mer distillée, sont très-propres à ôter les qualités nuisibles de cette eau dans une seconde distillation. On voit par-là que M. Appledy n'a rien imaginé de fort nouveau, lorsqu'il a proposé dernierement, comme les nouvelles publiques l'ont rapporté, de dessaler l'eau de la mer par le moyen de la pierre infernale. Les Anglois donnent ce nom à la pierre à cautere, ou à l'alkali fixe combiné avec la chaux. Il paroît certain, quoique M. Halles ne fasse que le conjecturer, que les alkalis fixes, très-forts, ou aiguisés par la chaux, peuvent fixer en partie le soufre désagréable de l'eau de mer, puisqu'on sait d'ailleurs que l'esprit de vin dissout plus de succin lorsque cet esprit est alkalisé, & qu'il en extrait d'autant plus qu'il a été préparé avec un alkali caustique.
Enfin, les embarras d'une seconde distillation ont fait chercher à M. Halles, & découvrir un moyen très-avantageux de rendre l'eau de mer potable & saine. C'est de la laisser premierement bien putréfier, & de la distiller lorsqu'elle sera revenue dans son état naturel : la distillation de cette eau produit les 4/5 d'une eau qui ne donne aucun nuage blanc lorsqu'on y verse de la solution d'argent, qui n'a guere plus de goût aduste que la meilleure eau de source distillée, qui, de même que l'eau de pluie, se putréfie, & laisse corrompre la chair qu'on y met, &c. jusqu'à ce que les 4/5 de la liqueur fussent distillées. M. Halles observa qu'aucun esprit de sel ne s'éleva de l'eau marine, mais aux 2/3 il parut, un pouce au-dessus de la surface de l'eau, un cercle de sel blanchâtre, attaché aux parois inférieurs de la retorte, qui croissoit de plus en plus.
M. Halles explique fort bien la théorie de sa méthode. Pendant que la putréfaction met en mouvement les sels & les soufres de l'eau de mer, l'esprit de sel s'éleve fort aisément dans la distillation de cette eau encore putride ; mais après la putréfaction, les parties les plus grossieres s'étant précipitées d'elles-mêmes, il faut beaucoup plus de chaleur pour élever l'esprit du sel imparfait de l'eau de mer qu'il n'en auroit fallu avant la putréfaction, & l'on peut par conséquent distiller une grande quantité de cette eau avant que l'esprit de sel commence à se lever & à s'y méler. Je pense que Boyle employoit la putréfaction dans cette digestion particuliere & fort longue, par laquelle il dit que le sel marin est amené au point que l'esprit de sel s'en éleve sans aucune addition à un feu de sable modéré, & même que cet esprit passe avant le phlegme. Boyle, de origine & productione volatilitatis, cap. iv.
Il nous reste à parler de la lumiere que produisent les eaux de la mer pendant la nuit lorsqu'elles sont agitées. On a observé que dans certains tems & dans certaines mers il se produit plus facilement des points lumineux & même sans le secours de l'agitation, & que ces points conservent leur lumiere beaucoup plus long-tems. M. Vianelli, qui a été suivi de M. l'abbé Nollet & de M. Griselini, a prétendu que ces points lumineux sont des vers luisans de mer, dont il a fait dessiner & graver la figure. Mais M. le Roi, célebre professeur en Médecine de l'université de Montpellier, a objecté contre ce système dans un mémoire fort curieux, qui est imprimé au troisieme volume des Mémoires approuvés par l'académie des Sciences, qu'on ne peut guere concevoir comment la proue d'un vaisseau feroit paroître constamment moins d'animaux, lorsqu'il fait route lentement que lorsqu'il va vîte ; comment ces animaux, étant dans un vase avec de l'eau de mer, ou sur un mouchoir d'un tissu serré, bien étendu, & imbibé de cette eau, ne luiroient pour l'ordinaire que lorsqu'on agite cette eau, ou lorsqu'on frappe le mouchoir. M. Wallerius, dans ses notes sur Hierne, t. I. p. 80, a opposé depuis les mêmes raisons contre le sentiment de M. Vianelli. M. le Roi assure que si on coule de l'eau de mer au-travers d'un cornet de papier, l'eau qui a passé ne donne plus d'étincelles. Il ajoute, qu'en regardant avec une loupe très-forte les étincelles, qu'on voyoit paroître dans l'obscurité sur les cornets par lesquels il avoit coulé de l'eau de mer, il n'a jamais pû découvrir sur ces papiers aucun corps qui approchât de l'animal décrit par M. Vianelli.
M. le commandeur Godehen a donné dans le même volume des Mémoires présentés à l'académie des Sciences, la figure & la description d'insectes lumineux qui laissent échapper une liqueur huileuse qui surnage l'eau de la mer, & qui répand une lumiere vive & azurée. On peut aussi consulter les amoenitates de Linnaeus, volume troisieme, p. 202. de noctilucâ marinâ. Mais il semble que ces insectes ne peuvent servir qu'à expliquer pourquoi la mer est beaucoup plus lumineuse en certains endroits, comme aux environs des îles Maldives & de la côte de Malabar ; & que les observations de M. le Roi que nous allons rapporter peuvent seules fournir la cause générale du phénomene.
L'eau de la mer, exposée à l'air libre, perd en un jour ou deux la propriété de produire des étincelles, & même en un moment, si on la met sur le feu, quoique sans la faire bouillir. Cette propriété de l'eau de la mer se conserve un peu plus long-tems dans des vaisseaux fermés. Dans certains jours l'eau de la mer produit beaucoup plus d'étincelles qu'à l'ordinaire, & dans d'autres tems elle en donne à peine quelques-unes.
En mélant dans l'obscurité un peu d'esprit de vin avec de l'eau récemment tirée de la mer, & contenue dans une bouteille, M. le Roi a observé que ce mélange produit des étincelles en plus grand nombre, & qui durent d'ordinaire plus long-tems que lorsqu'elles sont produites seulement par l'agitation. On produit aussi des étincelles par le mélange d'un grand nombre d'autres liqueurs acides, alkalines, & autres avec l'eau de mer ; mais aucune de ces liqueurs n'en fait paroître autant que l'esprit de vin. Après les étincelles qui sont excitées par ces mélanges, on ne peut plus en exciter de nouvelles d'aucune maniere.
M. le Roi conclut de ces expériences intéressantes, que ce phénomene général qu'on peut observer dans toutes les saisons, & vraisemblablement dans tous les pays, doit être attribué à une matiere phosphorique qui brûle & se détruit lorsqu'elle donne de la lumiere, & qui par conséquent se consume & se régénere continuellement dans la mer ; que cette matiere qui se porte naturellement à la surface de l'eau, est de telle nature que le contact d'un très-grand nombre de liqueurs la fait déflagrer, mais qu'elle ne fait déflagrer que les parties de cette matiere ; enfin, que cette matiere ne passant pas à-travers le filtre, il est clair qu'elle n'est que suspendue dans l'eau de la mer, & qu'elle est par conséquent d'une nature huileuse ou bitumineuse.
On se persuadera encore davantage que la qualité lumineuse des eaux de la mer est attachée à leur bitume, si l'on fait attention à ce que le pere Bourzeis (Lettres édifiantes, volume V.) dit avoir observé, que dans quelques endroits de l'Océan l'eau étoit si onctueuse qu'en y trempant un linge on le retiroit tout gluant, & qu'en l'agitant rapidement dans cette eau il jettoit un grand éclat. Il remarque aussi, que le vaisseau traçoit après lui un sillon d'autant plus lumineux que cette eau étoit plus grasse. Enfin, il paroît que l'esprit de vin n'est si propre à extraire la substance phosphorique des eaux de la mer, que parce que l'acide du bitume de ces eaux est très-développé.
MER, (Marine) ce mot s'emploie dans plusieurs sens par les marins : voici les principales expressions.
Mettre à la mer, c'est un vaisseau qui part & commence sa route.
Mettre un vaisseau à la mer, ou le mettre à l'eau, c'est-à-dire ôter le vaisseau de dessus les chantiers & le mettre à flot. Voyez LANCER.
Mettre une escadre à la mer, c'est la sortir du port.
Mettre la chaloupe à la mer, c'est ôter la chaloupe de dessus le tillac & la mettre dans l'eau.
Tenir la mer, c'est continuer sa navigation ou croisiere sans entrer dans les ports ou rades.
Tirer à la mer, ou porter le cap à la mer, c'est se mettre au large en s'éloignant de la terre.
La mer est courte, c'est-à-dire que les vagues de la mer se suivent de près les unes des autres.
La mer est longue, c'est-à-dire que les vagues de la mer se suivent de loin & lentement.
La mer brise, c'est lorsqu'elle bouillonne en frappant contre quelques rochers ou contre la terre.
La mer mugit, c'est lorsqu'elle est agitée & qu'elle fait grand bruit.
La mer blanchit ou moutonne, c'est-à-dire que l'écume des lames paroît blanche, desorte que les vagues paroissent comme des moutons, ce qui arrive quand il y a beaucoup de mer poussée par un vent frais.
La mer étale, c'est lorsqu'elle ne fait aucun mouvement ni pour monter ni pour descendre.
La mer rapporte, c'est-à-dire que la grande marée recommence.
La mer va chercher le vent, c'est-à-dire que le vent souffle du côté où va la mer.
Mer va contre le vent, ce qui arrive lorsque le vent change subitement après une tempête.
La mer se creuse, c'est-à-dire que les vagues deviennent plus grosses & s'élevent davantage, que la mer s'enfle & s'irrite.
La mer a perdu, c'est-à-dire qu'elle a baissé.
Il y a de la mer, c'est-à-dire que la mer est un peu agitée.
Il n'y a plus de mer, c'est-à-dire que la mer est calme, ou qu'après qu'elle a été agitée elle s'adoucit ou se calme à cause que le vent a cessé.
Grosse mer, c'est l'agitation extraordinaire de la mer par les lames.
La mer nous mange, être mangé par la mer, c'est-à-dire que la mer étant extrèmement agitée, entre par les hauts dans le navire, soit étant à l'ancre, soit étant sans voiles.
MER D'AIRAIN, (Critique sacrée) grande cuve que Salomon fit faire dans le temple, pour servir aux prêtres à se purifier avant & après les sacrifices. Ce vase étoit de forme ronde ; il avoit cinq coudées de profondeur, dix de diametre d'un bord à l'autre, & environ trente de circonférence. Le bord étoit orné d'un cordon, embelli de pommes & de boulettes, & de têtes de boeufs en demi-relief. Il portoit sur un pié qui formoit comme une grosse colomne creuse appuyée sur douze boeufs disposés en quatre grouppes, trois à trois, & laissant quatre passages pour aller tirer l'eau par des robinets attachés au pié du vase ; ij. Rois 16, 17, 2 ; Par. 4. (D.J.)
MER, (Mythol.) non-seulement la mer avoit des divinités qui présidoient à ses eaux, mais elle étoit elle-même une grande divinité personnifiée sous le nom d'Océan, auquel on faisoit de fréquentes libations. Lorsque les Argonautes furent prêts de mettre à la voile, Jason ordonna un sacrifice solemnel, & chacun s'empressa de répondre à ses desirs. On éleva un autel sur le rivage, & après les oblations ordinaires, le prêtre répandit dessus de la fleur de farine, mêlée avec du miel & de l'huile, immola deux boeufs aux dieux de la mer, & les pria de leur être favorables pendant leur navigation. Ce culte étoit fondé sur l'utilité qu'on en retiroit, sur les merveilles qu'on remarquoit dans la mer, l'incorruptibilité de ses eaux, son flux & reflux, la variété & la grandeur des monstres qu'elle enfante : tout cela produisit l'adoration des dieux qu'on supposoit gouverner cet élément. (D.J.)
MER, (Géogr.) petite ville de France dans le Blaisois, à une lieue de la Loire & à 4 de Blois & de Beaugency. Les Calvinistes avoient un temple dans cette ville, avant la révocation de l'édit de Nantes. Long. 18. 59. lat. 47. 35.
Jurieu (Pierre) professeur en théologie & ministre à Rotterdam, naquit à Mer en 1637, & mourut en 1713, à 76 ans. Il s'est fait connoître par des écrits pleins d'esprit, de feu, & d'imagination, par des opinions chimériques sur le rétablissement du calvinisme en France en 1689 ; & ce que je trouve de plus blâmable, il ne cessa de persécuter Bayle, qui a vécu & qui est mort en sage. (D.J.)
MER D'ABEX, (Géog.) partie de la mer Rouge, le long des côtes de l'Abyssinie. (D.J.)
MER ADRIATIQUE, (Géog.) Adriaticum mare ; ce grand golfe de la Méditerranée, qu'on nomme aussi golfe de Venise, s'enfonce du sud-sud-est, au nord-nord-ouest, entre l'Italie & la Turquie européenne, & s'étend depuis le 40d. de lat. jusqu'au 45d. 25'. Son nom latin vient de l'ancienne ville Adria, aujourd'hui Atri, sur les côtes de l'Abruzze septentrionale. Dans les Actes des apôtres, c. xxvij. v. 27. le nom Adria, ou mer Adriatique, se dit de la mer de Sicile, & de la mer Ionienne. (D.J.)
MER D'AFRIQUE, (Géog.) partie de la mer Méditerranée, entre les îles de Malthe, de Sicile & d'Egypte, & le long des côtes de Barca & de Tripoli. (D.J.)
MER D'ARABIE, (Géog.) on appelle proprement ainsi la partie de l'Océan, qui est entre le cap Rasalgate & l'île de Zocotora. Les autres parties de la mer, qui sont une presqu'île de l'Arabie, ont des noms particuliers, savoir, le sein Persique, le golfe d'Ormus, & la mer Rouge. Les anciens comprenoient la mer d'Arabie sous le nom d'Erithraeum mare. (D.J.)
MER ATLANTIQUE, (Géog.) Voyez au mot ATLANTIQUE. (D.J.)
MER AUSTRALE, (Géog.) c'est la partie de l'Océan la plus méridionale. On a découvert qu'elle occupe un vaste espace, où l'on se figuroit des terres : cette fausse idée engageoit les navigateurs à passer le détroit de Magellan, avec bien des difficultés & des dangers. A présent qu'on a fait le tour de l'île de Feu, l'on sait qu'à la réserve d'un amas d'îles, il n'y a qu'une mer assez large au midi de ce détroit, que l'on évite pour entrer dans la mer du Sud. (D.J.)
MER BALTIQUE, (Géogr.) Voyez BALTIQUE. (D.J.)
MER DE BASSORA, (Géog.) c'est la même que le golfe Persique. Voyez GOLFE PERSIQUE. (D.J.)
MER BLANCHE, (Géog.) Voyez au mot BLANCHE. (D.J.)
MER BLEUE, (Géog.) en latin moderne, lacus Caesius, dans la langue du pays, Arallnov, c'est un grand lac d'eau salée, dans le pays auquel il donne son nom d'Aral, & qui fait partie du pays de Khowaresme, ou Mawaralnahar, province montueuse, sablonneuse, généralement stérile, mais ayant en plusieurs endroits des paturages excellens pour les troupeaux : elle tire son nom du lac.
Ce lac qui sépare le pays d'Aral des provinces orientales de Khowaresme, est un des plus grands lacs de l'Asie septentrionale. Il a plus de 30 milles géographiques, ou 40 lieues en longueur du nord au sud, environ la moitié en largeur de l'est à l'ouest, & plus de quatre-vingt lieues d'Allemagne de tour. Ses eaux sont extrèmement salées. Il reçoit toutes les eaux de la riviere de Sirt, celles de Kesell, & d'autres rivieres moins importantes ; cependant il ne s'éleve point au-dessus de ses rives ordinaires, & l'on ne connoît aucun canal apparent par où ses eaux puissent s'écouler.
Les Kara-Kalpacks, qui occupent le bord septentrional du lac d'Aral, conduisent en été les eaux de ce lac par le moyen de certaines rigoles, dans les plaines sablonneuses d'alentour ; & l'humidité de l'eau venant à s'exhaler peu à peu par la chaleur du soleil, laisse à la fin toute la surface de ces plaines couverte d'une croute d'un beau sel crystallisé, où chacun en va prendre sa provision de l'année, pour les besoins de son ménage. (D.J.)
MER DU BRESIL, (Géog.) partie de l'Océan sur la côte du Bresil, le long de la côte orientale de l'Amérique, entre l'embouchure de l'Amazone & celle de la riviere de la Plata. (D.J.)
MER CARPATHIENNE, (Géog.) Carpatium mare, partie de la mer Méditerranée, entre l'Egypte & l'île de Rhodes ; elle avoit pris son nom de l'île de Scarpanto, que les Grecs nommoient Carpathos, & les Latins Carpathus. Elle a au nord la mer Icarienne, au midi celle d'Egypte, & au couchant celle de Candie & d'Afrique.
MER CASPIENNE, (Géog.) Voyez CASPIENNE. Je n'ajouterai que quelques lignes. Les anciens ont connu cette mer, mais fort mal ; cependant Hérodote, liv. I. chap. 203. avoit très-bien remarqué qu'elle n'a aucune communication visible avec les autres, & on en est revenu au sentiment d'Hérodote.
Pierre-le-Grand a fait faire une carte exacte de cette mer par des pilotes également habiles & hardis. M. Charles Van-Verden a dressé cette carte, & M. Delisle l'a réduite au méridien d'Astracan. Il n'y a point de gouffre dans la mer Caspienne, mais elle se décharge à sa partie orientale dans une autre petite mer de 15 lieues d'étendue. L'eau de cette derniere mer est d'une si grande salure, que les poissons de la mer Caspienne qui y entrent meurent peu de tems après. Cette mer n'a ni flux ni reflux, & ce ne sont que les vents qui la font monter ou baisser sur l'une ou l'autre côte : l'unique bon port qui soit sur cette mer, est le port de Manguslave, sur la côte orientale au pays de Kovaresme, au nord de l'embouchure de l'Aum : ce port est entre les mains des Tartares, qui n'en font point d'usage. (D.J.)
MER DE DANEMARK, (Géogr.) On appelle ainsi la mer qui s'étend depuis l'Océan jusqu'à la mer Baltique, dont elle est en quelque façon le vestibule, entre la Norwege au nord, la Suede à l'orient, le Jutland au midi & au couchant. (D.J.)
MER D'ESPAGNE, (Géog.) partie de la Méditerranée, le long de l'Espagne, depuis le cap de Creuse au pié des Pyrenées, jusqu'au détroit de Gibraltar. (D.J.)
MER EGEE, Aegaeum mare, (Géog. anc.) cette partie de la Méditerranée que nous appellons Archipel, & qui s'étend entre la Turquie européenne & la Natolie, depuis le détroit des Dardanelles jusqu'à l'île de Candie. Cette mer a été nommée Aegaeum, c'est-à-dire, fluctuosum, procellosum, à cause qu'au moindre vent ces flots bondissent comme des chevres. Les Grecs ont appellé , chevres, ces flots écumans dont la mer est toute couverte dans un gros tems. Nous les appellons de même des moutons, & nous disons que la mer moutonne, quand elle est tourmentée par la tempête. Plusieurs îles de la mer Egée tiroient leur nom de la même cause, comme celle qu'on appelloit Aegea, aujourd'hui les Fourmis, entre Nicaria & Samos. (D.J.)
MER DE FRANCE, (Géog.) On appelle proprement ainsi la partie de l'Océan qui lave les côtes de France, depuis le cap de S. Mahé en Bretagne, jusqu'aux côtes d'Espagne, où commence la mer de Biscaye ; mais quand on dit les mers de France, on entend depuis Bayonne jusqu'à Dunkerque sur l'Océan, toutes les côtes de Provence & de Languedoc sur la Méditerranée, dans le golfe de Lyon. (D.J.)
MER DE GRECE, (Géog.) partie de la Méditerranée, le long des côtes de la Grece & de la Morée, depuis les îles de Sainte Maure, de Céphalonie, & de Zante, jusqu'à l'île de Cérigo. La côte orientale de la Grece est de la mer qu'on nomme Archipel. (D.J.)
MER DE GROENLAND, (Géog.) partie de l'Océan, sur la côte des terres arctiques. La partie orientale de Groenland, que cette mer baigne, est devenue inaccessible par les glaces qui s'y sont accumulées avec le tems. Il y avoit autrefois sur cette côte, une colonie danoise qui a long-tems subsisté ; mais qu'on a été obligé d'abandonner depuis deux siecles, faute d'avoir pu en approcher. (D.J.)
MER D'IEMEN, (Géog.) partie de l'Océan, le long des côtes de l'Arabie heureuse, entre la mer Rouge & le golfe d'Ormus. (D.J.)
MER DES INDES, (Géog.) partie de l'Océan, le long des côtes méridionales de l'Asie, depuis la Perse jusqu'au golfe de Siam, passé lequel commence l'Océan oriental qui coule le long de la Cochinchine, du Tonquin, & de la Chine. (D.J.)
MER IONIENNE, (Géog.) Ce devroit être la mer qui lave les côtes d'Ionie dans l'Asie mineure. Mais le caprice de quelques géographes a voulu que l'on donnât très-improprement ce nom à la partie de la mer Méditerranée qui est entre la Grece, la Sicile, & la Calabre. Cependant nos navigateurs ont rejetté ce mot, & disent la mer de Grece, la mer de Sicile, la mer de Calabre, &c. (D.J.)
MER DE MARMORA, (Géog.) nom moderne de la Propontide des anciens. Voyez PROPONTIDE. (D.J.)
MER MEDITERRANEE, (Géog.) grande mer entre l'Europe, l'Asie & l'Afrique. Elle communique à l'Océan par le détroit de Gibraltar. Elle est séparée de la mer rouge par l'isthme de Suez, & de la mer de Marmora par le détroit des Dardanelles. Elle contient plusieurs grands golfes. Les principaux sont le golfe de Lyon, le golfe Adriatique, l'Archipel & le golfe de Barbarie. Elle renferme trois grandes presqu'îles : savoir l'Italie, la Grece & la Natolie. Ses principales îles sont Sicile, Sardaigne, Corse, Majorque, Minorque, Malthe, Corfou, Céphalonie, Zante & Candie, outre cette multitude d'autres îles qui sont comprises dans la partie de cette mer qu'on appelle Archipel.
La meilleure carte de la Méditerranée que nous ayons, a été donnée par M. Guillaume Delisle. Cette mer si connue de tous tems par les nations les plus savantes, toujours couverte de leurs vaisseaux, traversée de tous les sens possibles par une infinité de navigateurs, s'est trouvée n'avoir que 860 lieues d'occident en orient, au lieu de 1160 qu'on lui donnoit ; & c'est ce que M. Delisle a rectifié par des observations astronomiques. Cependant non content de ces observations astronomiques, dont on vouloit se défier, il entreprit, pour ne laisser aucun doute, de mesurer toute cette mer en détail & par parties, sans employer ces observations, mais seulement les portulans & les journaux des pilotes, tant des routes faites de cap en cap, en suivant les terres, que de celles qui traversoient d'un bout à l'autre ; & tout cela évalué avec toutes les précautions nécessaires, réduit & mis ensemble, s'est accordé à donner à la Méditerranée la même étendue que les observations astronomiques dont on vouloit se défier. (D.J.)
MER MORTE, (Géog.) ou MER DE SEL, ou mieux encore, LAC ASPHALTIDE, grand lac de la Palestine à l'embouchure du Jourdain. Sa longueur du N. au S. est d'environ 70 milles anglois, & sa largeur d'environ 18 milles. Le Jourdain & l'Arnon se jettoient dedans & s'y perdoient. On peut consulter sur ce lac, le P. Nau jésuite, dans son voyage de la Terre-sainte. (D.J.)
MER NOIRE, (Géog.) ou MER MAJEURE, connue des anciens sous le nom de Pont-Euxin. Voyez PONT-EUXIN.
Grande mer d'Asie, entre la Tartarie au nord, la Mingrélie, l'Imirette, le Guriel & quelques provinces de l'ancienne Colchide, que possede aujourd'hui le turc. Elle a à l'orient la Natolie, au midi la Bulgarie, & la Romanie au couchant.
Cette mer reçoit plusieurs grands fleuves ; savoir le Danube, le Borysthene, le Don, le Phrase, le Casalmac, l'Aitocza & la Zagarie.
Elle communique à la Propontide, autrement mer de Marmora, par le détroit de Constantinople, nommé le canal de la mer Noire, & par cette mer, avec l'Archipel. Elle communique encore par le détroit de Caffa, avec le Palus Méotide, qui est une mer formée par le concours des eaux de la mer Noire & du Don.
Les peuples qui habitent les bords de cette mer, sont ou sujets, ou tributaires de l'empire ottoman.
Le canal de la mer Noire, ou le bosphore de Thrace, comme disoient les anciens, à 16 milles & demi de longueur ; commence à la pointe du serrail de Constantinople, & finit vers la colonne de Pompée. Hérodote, Polybe & Strabon, lui donnent 120 stades d'étendue, lorsqu'elles reviennent à 15 milles. Ils fixent le commencement de ce canal, entre Bizance & Calcédoine, & le font terminer au temple de Jupiter, où est présentement le nouveau château d'Asie ; mais cette différente maniere de mesurer le canal est arbitraire & revient au même calcul.
Sa largeur, aux nouveaux châteaux où étoient autrefois les temples de Jupiter & de Sérapis, est depuis un mille jusqu'à deux. Son cours est si rapide entre les deux châteaux, qu'avec un vent du nord il n'y a point de bâtimens qui s'y puissent arrêter, & qu'il faut un vent opposé aux courans, pour les pouvoir remonter ; cependant la vitesse des eaux diminue si sensiblement, que l'on monte & que l'on descend sans peine, lorsque les vents ne sont pas violens.
Indépendamment des vents, il y a des courans fort singuliers dans le canal de la mer Noire ; le plus sensible est celui qui en parcourt la longueur, depuis l'embouchure de la mer Noire, jusqu'à la mer de Marmora, qui comme on sait, est la Propontide des anciens. M. le comte de Marsigli y a observé de petits courans, qui permettent aux bateaux de monter, tandis que d'autres bateaux descendent à la faveur du grand courant. Cependant cette diversité de courans ne doit point paroître merveilleuse, parce qu'on conçoit aisément qu'un cap trop avancé, doit faire reculer les eaux qui se présentent dans une certaine direction ; mais il est difficile de rendre raison d'un autre courant caché, que nous appellerons. courant inférieur, lequel dans un endroit du grand canal, roule ses eaux dans une direction contraire au courant qui lui est supérieur, comme le prouvent les filets des pêcheurs. Procope de Césarée, M. Gilles, M. le comte de Marsigli & M. de Tournefort, en ont fait l'observation.
Il n'est pas plus aisé d'expliquer pourquoi le canal vuide si peu d'eau, sans que la mer Noire qui en reçoit une si prodigieuse quantité, en devienne plus grande. Cette mer reçoit plus de rivieres que la Méditerranée ; les plus grandes de l'Europe y tombent par le moyen du Danube, dans lequel se dégorgent celles de Suabe, de Franconie, de Baviere, d'Autriche, d'Hongrie, de Moravie, de Carinthie, de Croatie, de Bosnie, de Servie, de Transylvanie, de Valaquie ; celles de la Russie-noire & de la Podolie, se rendent dans la même mer, par le moyen du Niester ; celles des parties méridionales & orientales de la Pologne, de la Moscovie septentrionale, & du pays des Cosaques, y entrent par le Nieper ou Borysthene ; le Tanaïs & le Coper ne passent-ils pas dans la mer Noire, par le Bosphore Cimmérien ? les rivieres de la Mingrelie, dont la Phase est la principale, se jettent aussi dans la mer Noire, de même que le Casalmac, le Sangaris & les autres fleuves de l'Asie-mineure, qui ont leur cours vers le nord : néanmoins le Bosphore de Thrace n'est comparable à aucune des rivieres dont on vient de parler. Il est certain d'ailleurs que la mer Noire ne grossit pas, quoiqu'en bonne physique, un réservoir augmente quand sa décharge ne répond pas à la quantité d'eau qu'il reçoit. Il faut que la mer Noire, indépendamment de son évaporation par le soleil, se vuide & par des canaux souterrains qui traversent peut-être l'Asie & l'Europe, & par la dépense continuelle de ses eaux, lesquelles s'évaporent en partie, en partie s'abreuvent dans la terre, & s'écoulent bien loin des côtes.
Quelque rapide que soit le cours des eaux dans le canal de la mer Noire, elles n'ont pas laissé de se geler dans les plus grands hivers. Zonare assure qu'il y en eut un si rude sous Constantin Copronime, que l'on passoit à pié sur la glace, de Constantinople à Scutari ; la glace soutenoit même les charrettes. Ce fut bien autre chose en 401, sous l'empire d'Arcadius : la mer Noire fut gelée pendant 20 jours ; & quand la glace fut rompue, on en voyoit passer devant Constantinople des monceaux effroyables.
D'un autre côté, quoi qu'en aient dit les anciens, & quoi que pensent les Turcs de cette mer, qu'ils ont nommée Noire, elle n'a rien de noir que le nom ; les vents n'y soufflent pas avec plus de furie, & les orages n'y sont guere plus fréquens que sur les autres mers. Il faut cependant pardonner les exagérations aux poëtes anciens, & sur-tout aux chagrins d'Ovide ; mais le sable de la mer Noire est de même couleur que celui de la mer Blanche, & ses eaux sont aussi claires : en un mot, si les côtes de cette mer, qui passent pour fort dangereuses, paroissent sombres de loin, ce sont les bois qui les couvrent, ou le grand éloignement qui leur donnent le coup d'oeil noirâtre.
Valerius Flaccus, qui a décrit poétiquement le voyage des Argonautes, assure que le ciel de la mer Noire est toujours brouillé, & qu'on n'y voit jamais de tems bien formé ; mais nos navigateurs qui ont couru cette mer, démentent hautement ce fameux poëte latin.
On voyage tout aussi sûrement sur la mer Noire, que dans les autres mers, si les vaisseaux sont conduits par de bons pilotes. Les Grecs & les Turcs ne sont guere plus habiles que Tiphys & Nauplius, qui conduisirent Jason, Hercule, Thésée & les autres héros de la Grece, jusques sur les côtes de la Colchide, la Mingrelie de nos jours.
On voit par la route qu'Appollonius de Rhodes leur fit tenir, que toute leur science aboutissoit, suivant le conseil de Phinée, ce roi de Thrace qui étoit aveugle, à éviter les écueils qui se trouvent sur la côte méridionale de la mer Noire, sans oser pourtant se mettre au large ; c'est-à-dire, qu'il falloit n'y passer que dans le tems calme. Les Grecs & les Turcs ont presque les mêmes maximes. Ils n'ont pas l'usage des cartes marines, & sachant à peine qu'une des pointes de la boussole se tourne vers le nord ; ils perdent la tête dès qu'ils perdent les terres de vûe. Enfin, ceux qui ont le plus d'expérience parmi eux, au lieu de compter par les rhumbs de vent, passent pour fort habiles lorsqu'ils savent que pour aller à Caffa, il faut prendre à main gauche en sortant du canal de la mer Noire ; que pour aller à Trébizonde, il faut se détourner à droite. A l'égard de la manoeuvre, ils l'ignorent tout-à-fait, leur seule science consiste à ramer.
On a beau dire que les vagues de la mer Noire sont courtes, & par conséquent violentes, il est certain qu'elles sont plus étendues & moins coupées que celles de la mer Blanche, laquelle est partagée par une infinité de canaux qui sont entre les îles. Ce qu'il y a de plus fâcheux pour ceux qui navigent sur la mer Noire, c'est qu'elle a peu de bons ports, & que la plûpart de ses rades sont découvertes ; mais ces ports seroient inutiles à des pilotes qui, dans une tempête, n'auroient pas l'adresse de s'y retirer.
Pour assurer la navigation de cette mer, toute autre nation que les Turcs formeroit de bons pilotes, repareroit les ports, y bâtiroit des moles, y établiroit des magasins ; mais leur esprit n'est pas tourné de ce côté-là. Les Genois n'avoient pas manqué de prendre toutes ces précautions, lors de la décadence de l'empire des Grecs, & lorsqu'ils faisoient tout le commerce de la mer Noire, après en avoir occupé les meilleures places. Mahomet les en chassa, & depuis ce tems-là les Turcs ayant tout laissé ruiner par leur négligence, n'ont jamais voulu permettre aux Francs d'y naviger, quelques avantages qu'on leur ait proposé pour en obtenir la permission.
Les côtes de la mer Noire fournissent abondamment tout ce qu'il faut pour remplir les arsenaux, les magasins & les ports du grand-seigneur. Comme elles sont couvertes de forêts & de villages, les habitans sont obligés de couper des bois & de les scier. Quelques-uns travaillent aux clous, les autres aux voiles, aux cordes & agrès nécessaires pour les felouques, caïques & saïques de sa hautesse. C'est même de-là que les sultans ont tiré leurs plus puissantes flottes, dans le tems de leurs conquêtes ; & rien ne seroit plus aisé que de rétablir leur marine. Le pays est fertile, il abonde en vivres, comme blé, riz, viande, beurre, fromages, & les gens y vivent très-sobrement (D.J.)
MER DU NORD, (Géog.) on appelle ainsi la partie de mer qui lave les côtes orientales de l'Amérique, depuis la ligne équinoxiale au midi, jusqu'à la mer glaciale au septentrion. Le golfe du Mexique fait partie de cette mer. Elle comprend un grand nombre d'îles : Terre-Neuve, les Açores, les Lucayes, Cuba, S. Domingue, la Jamaïque & les Antilles, sont les principales.
On appelle aussi mer du nord, la partie de l'Océan qui est entre l'Islande & la Norwege. (D.J.)
MER ROUGE, (Géog.) Oceanus ruber dans Horace ; golfe de l'Océan méridional, qui sépare l'Afrique de l'Asie, & s'engage dans les terres entre la côte d'Abeck, l'Egypte & l'Arabie, depuis le détroit de Babel-Mandel, jusqu'à l'isthme de Suez.
Les anciens l'ont nommé sinus Arabicus, le golfe d'Arabie, parce que les Arabes en ont occupé les deux côtés. L'Ecriture-sainte l'appelle la mer du suph, c'est-à-dire la mer du jonc, à cause de la grande quantité de joncs, ou de mousse de mer, qui se trouve dans son fonds & sur ses bords. Les Turcs la nomment la mer de Suez, & plus communément la mer de la Meque, parce que cette ville, pour laquelle ils ont une singuliere vénération, est située près de cette mer.
On est en peine de savoir d'où vient ce nom de mer rouge. Pline liv. VI. c. 28, Strabon liv. XVI. pag. 520, & Quinte-Curce liv. X. avancent, sans aucune preuve, qu'on nomma cette mer Rouge, en grec Erythrea, d'un certain roi Erythros qui regna dans l'Arabie. Les modernes ont à leur tour cherché plusieurs étymologies de ce nom dont les plus savantes sont apparemment les moins vraies. Il en est de cette mer, comme de la mer Blanche, la mer Bleue, la mer Noire, la mer Vermeille, la mer Verte, &c. le hasard, la fantaisie, ou quelque événement particulier, a produit ces noms bizarres, qui ont ensuite fourni matiere à l'érudition des critiques.
Il est plus important de remarquer que l'on a quelquefois étendu le nom de mer Rouge au sein Persique & à la mer des Indes ; faute de cette attention, les interpretes ont repris fort mal-à-propos, plusieurs endroits des anciens auteurs qu'ils n'ont pas entendus.
M. Delisle place la situation de la mer Rouge, selon sa longueur, à 51 degrés du méridien de Paris. Abulféda a donné la description la plus détaillée & la plus exacte de cette mer, qu'il nomme mer de Kolsum, parce que cette ville est située à l'extrémité de sa côte septentrionale, sous le 23. 45. de latitude.
Tout le monde sait le fameux miracle du passage de la mer rouge, lorsque le Seigneur ouvrit cette mer, la dessécha, & y fit passer à pié sec les Israélites, au nombre de six cent mille hommes, sans compter les vieillards, les femmes & les enfans.
Divers critiques, versés dans la connoissance du génie des langues orientales, ont cru pouvoir interpréter simplement le texte de l'Ecriture, quelque formel qu'il paroisse. Ils ont dit que Moïse, qui avoit été long-tems sur la mer Rouge dans le pays de Madian, ayant observé qu'elle avoit son flux & reflux réglé comme l'Océan, avoit sagement profité du tems du reflux, pour faire passer le peuple hébreu ; & que les Egyptiens qui ignoroient la nature de cette mer, s'y étant témérairement engagés dans le tems du flux, furent enveloppés dans ses eaux, & périrent tous, comme dit l'historien sacré. C'est du moins ainsi que les prêtres de Memphis le racontoient, au rapport d'Artapane, apud Euseb. praepar. liv. IV. c. xvij.
Josephe dans ses antiq. liv. II. ch. dernier, après avoir rapporté l'histoire du passage de la mer rouge, telle que Moïse l'a racontée, ajoute qu'on ne doit pas regarder ce fait comme impossible, parce que Dieu peut avoir ouvert un passage aux Hébreux, à travers les eaux de cette mer, comme il en ouvrit un, long-tems après, aux Macédoniens conduits par Alexandre, lorsqu'ils passerent la mer de Pamphilie. Or les historiens qui ont parlé de ce passage des Macédoniens, disent qu'ils entrerent dans la mer, & en cotoyerent les bords, en marchant tout le jour dans l'eau jusqu'à la ceinture. Arrien lib. I. de exped. Alexandri, remarque qu'on n'y sauroit passer quand le vent du midi souffle ; mais que le vent s'étant changé tout-à-coup, donna aux soldats le moyen d'y passer sans péril. C'est peut-être la réflexion de Josephe, qui a fait croire à quelques anciens, & à divers modernes, à S. Thomas par exemple, à Tostat, à Grotius, à Paul de Burgos, à Génébrad, à Vatable & à plus d'un rabbin, que les Israélites ne passerent pas la mer Rouge d'un bord à l'autre ; mais seulement qu'ils la cotoyerent, & remonterent pendant le flux, de l'endroit où ils étoient à un autre endroit un peu plus haut, en faisant comme un demi cercle dans la mer.
On ne manque pas de savans qui sont attachés à refuter cette opinion. Voyez les principaux commentateurs de l'Ecriture sur l'Exode, ch. xiv. Voyez en particulier la dissertation de M. Leclerc, & celle de dom Calmet sur le passage de la mer Rouge. (D.J.)
MER DE SICILE, (Géog.) quoique ce nom convienne à toute la mer dont la Sicile est environnée, on le donne principalement à celle qui est à l'orient & au midi, jusqu'à l'île de Malthe. (D.J.)
MER DU SUD, (Géog.) vaste partie de l'Océan, entre l'Amérique & l'Asie. Elle a été découverte le 25 Septembre 1513, par Vasco Nulles de Balboa, espagnol. Comme la premiere fois que les Espagnols la navigerent, ils partoient d'Espagne pour le Pérou, & que par conséquent cette mer étoit au sud à leur égard, ils l'appellerent mer du Sud. Ils l'ont aussi nommée la mer Pacifique, à cause des grands calmes qui y regnent en certains tems & en certains parages.
Elle a un grand golfe que l'on appelle la mer Vermeille. Le golfe de Kamtschatka peut être aussi considéré comme faisant partie de cette mer, sur-tout si on l'étend jusqu'au Japon & à la Chine, & que l'on y comprenne l'Océan oriental, les Philippines, &c.
La mer du Sud communique à l'Océan qui lave les côtes de l'Europe, 1°. par la mer des Indes, au midi de l'Afrique & de l'Asie ; 2°. par la mer Glaciale, au nord de l'Asie & de l'Europe ; 3°. par le détroit de Magellan ; 4°. par le midi des îles qui sont au midi de ce détroit ; 5°. enfin, il peut se faire qu'il y ait au nord de l'Amérique, par la baie de Hudson & par celle de Baffin, un passage vers cette mer.
Il y a long-tems qu'on tâche de découvrir le passage de la mer du nord à celle du sud par le nord-ouest. Les Espagnols instruits des tentatives fréquentes que les Anglois avoient déja faites dans le xvj. siecle, en furent allarmés, & prirent la résolution de le chercher eux-mêmes par la mer du Sud, dans la vûe que s'il s'y en trouvoit effectivement un, de le fortifier si bien qu'ils en demeurassent les maîtres. Ils équiperent pour cet effet quatre vaisseaux de guerre qu'ils mirent en mer le 3 Août 1640 au port de Callao, sous la conduite de Barthelemi de Fuente, alors amiral de la nouvelle Espagne. Cet homme célebre n'a pas trouvé le passage qu'il cherchoit ; mais les autres découvertes qu'il fit, jointes à celles des Russes en 1731, nous donnent la connoissance de presque toute la partie septentrionale de la mer du Sud, & le dénouement de la difficulté sur la maniere dont le nord de l'Amérique a pû être peuplé, rien n'étant plus aisé que de franchir le détroit qui la sépare de l'Asie, du moins dans les tems de glace où ce détroit est gelé.
Cependant les Anglois n'ont point encore abandonné l'espérance de trouver le passage à la mer du Sud par le nord-ouest, & c'est un objet sur lequel le parlement a tâché d'encourager les recherches. Il promit par un acte passé en 1745 une récompense magnifique aux navigateurs de la Grande-Bretagne qui en feroient la découverte. Ceux qui proposeront des vûes sur cette matiere, sont dans le cas d'obtenir une gratification, quand même leurs ouvertures n'auroient pas les degrés d'utilité qui sont spécifiés dans l'acte. Il suffit que leur système puisse être de quelque avantage au public, pour que les commissaires ayent le droit de leur assigner une récompense proportionnée au mérite de leur travail.
MER DE TIBERIADE, (Géog.) & dans S. Matthieu, c. vi. . 18. mer de Galilée, à cause que la Galilée l'enveloppoit du côté du nord & de l'orient. On la nomme encore lac de Génézareth, ou de Génézar. Ce n'est en effet qu'un petit lac auquel Joseph, de bello judaïc. l. III. c. xviij. donne environ douze milles de longueur, & deux de largeur ; son eau étoit fort poissonneuse. S. Pierre, S. André, S. Jacques, & S. Jean, qui étoient pêcheurs, exerçoient leur métier sur ce lac. Notre Seigneur y étoit souvent, Matth. xv. 29. Marc, j. 16. Jean, vj. 1. Luc, vj. Le Jourdain entroit dans ce lac, & en sortoit ensuite ; mais il alloit se perdre dans le lac Asphaltide.
MER DE TOSCANE, (Géog.) partie de la mer Méditerranée, le long des côtes occidentales d'Italie, depuis la riviere de Gènes jusqu'au royaume de Naples. Elle baigne les états du grand-duc, & l'état du saint siége de ce côté-là. On y trouve l'île d'Elbe & quelques autres.
MER VERMEILLE, (Géog.) grand golfe de l'Amérique septentrionale dans la mer du Sud, au midi occidental du nouveau Mexique, au couchant de la nouvelle Espagne, & au couchant septentrional de la presqu'île de Californie. M. Delisle & le P. Kino, jésuite, qui a fait le tour de cette mer, en ont donné la carte.
MER VERTE, (Géog.) les géographes orientaux appellent ainsi la mer qui baigne les côtes de Perse & celles d'Arabie.
MER DE ZABACHE, (Géog.) nom moderne de la mer, que les anciens ont appellée Palus méotide. Voyez ce mot. (D.J.)
|
| MERA | (Hist. nat. Botan.) arbre de l'île de Madagascar, dont la feuille est semblable à celle de l'olivier. Son bois est très-dur, le coeur en est jaune, il n'a aucune odeur.
|
| MÉRAGU | ou MÉRAGA, (Géog.) ville de Perse dans l'Azerbiane, renommée par l'excellence des fruits de son terroir. Long. 79. 5. lat. 37. 40.
|
| MÉRAN | (Géog.) ancienne ville d'Allemagne, dans le Tirol, capitale de l'Estchland, sur le bord de l'Adige, à 5 lieues N. O. de Bolzano. Long. 28. 28. lat. 46. 35.
|
| MERCANTILLE | adj. (Comm.) ce qui a rapport à la profession de marchand. Ainsi on dit qu'un homme est de profession mercantille, pour exprimer qu'il se mêle de marchandise & de commerce. On dit aussi arithmétique mercantille, pour distinguer celle qui n'est propre qu'aux marchands, d'avec celle des géometres, algébristes, &c. Dictionn. du Comm.
|
| MERCANTILLEMENT | adv. (Comm.) se dit d'une maniere mercantille. On l'emploie en ce sens dans le commerce. Il parle, il écrit, il s'exprime mercantillement, pour dire qu'il s'exprime selon les maximes, les usages & avec les termes affectés aux négocians. Dict. du Comm.
|
| MERCANTISTE | S. m. (Comm.) terme dont on se sert quelquefois pour signifier un marchand. Voyez MARCHAND.
|
| MERCANTORISTE | adj. (Comm.) il se dit de la maniere de parler d'un marchand. Ce style est mercantoriste, c'est-à-dire, plein d'expressions familieres & affectées aux marchands. Dict. du Comm.
|
| MERCELO | ou MERCEROT, s. m. (Comm.) petit mercier qui étale aux foires de village, ou qui porte à la campagne une balle ou panier de menue mercerie sur son dos, ou dans les rues de Paris une manette pendue à son cou & remplie de peignes, couteaux, ciseaux, sifflets & autres petites marchandises ou jouets d'enfans, qui se vendent à bon marché. Dict. de Comm.
|
| MERCENAIRE | S. m. (Gramm.) s'il est pris comme une modification de l'ame, il signifie un caractere inspiré par un interêt sordide, soit dans les mêmes sens qu'on dit des actions, des discours, des amitiés, des amours mercenaires.
Mercenaire se dit de tout homme dont on paye le travail. Il y a dans l'état des métiers qui sembleroient ne devoir jamais être mercenaires ; ce sont ceux que récompense la gloire ou même la considération.
Machiavel prétend que les peuples sont corrompus sans ressource quand ils sont obligés d'entretenir des soldats mercenaires. Il est possible que les grands états s'en passent. Avant François I. il n'y avoit point eu en France des corps armés & stipendiés en tout tems. Si le citoyen ne veut pas être opprimé, il faut qu'il soit toujours en état de défendre lui-même ses biens & sa liberté. Depuis un siecle les troupes mercenaires ont été augmentées à un excès dont l'histoire ne donne pas l'idée. Cet excès ruine les peuples & les princes, il entretient en Europe entre les puissances une défiance qui fait plus entreprendre de guerres que l'ambition, & ce ne sont pas là les plus grands inconveniens du grand nombre des troupes mercenaires.
|
| MERCERIE | S. f. (Comm.) commerce de presque toutes sortes de marchandises. Un mercier est marchand de tout & faiseur de rien. Ce corps est très-nombreux ; c'est le troisieme des six corps marchands : il a été établi en 1407, par Charles VI.
|
| MERCEZ | (Géogr.) riviere des Pays-bas dans le Brabant. Elle prend sa source dans le comté de Hockstratten, & se perd dans la mer vis-à-vis l'île d'Overelakée.
|
| MERCIE | (Géog.) grande contrée d'Angleterre, qui eut anciennement le titre de royaume. Il porta d'abord le nom de Middel-Angles, c'est-à-dire Anglois mitoyens. Crida, le premier de ses rois, fut couronné en 584.
Le royaume de Mercie étoit borné au nord par l'Humber, qui le séparoit du Northumberland. Il s'étendoit du côté du couchant jusqu'à la Saverne, au-delà de laquelle étoient les Bretons, ou Gallois. Du côté du midi, la Tamise le séparoit des trois royaumes saxons, de Kent, de Sussex & de Wessex ; ainsi la Mercie étoit gardée de trois côtés par trois grandes rivieres qui se jettoient dans la mer, & elles servoient comme de bornes à tous les autres royaumes par quelqu'un de ses côtés ; c'est ce qui lui fit donner le nom de Mercie, du mot saxon merck, qui signifie borne.
On comptoit entre les principales villes de la Mercie, Lincoln, Nottinghan, Warwick, Leicester, Coventry, Lichfield, Northampton, Worcester, Glocester, Darby, Chester, Shrewsbury, Stafford, Oxford & Bristol.
Ce royaume le plus beau & le plus considérable de l'heptarchie, subsista sous dix-sept rois, jusqu'en 827, qu'Ecbert en fit la conquête.
|
| MERCIER | S. m. (Gramm. Comm.) marchand qui ne fait rien & qui vend de tout. Voyez l'article MERCERIE.
|
| MERCOEUR | (Géog.) en latin moderne Mercorium, petite ville de France en Auvergne, avec titre de duché érigé en 1569 par Charles IX. en faveur de Nicolas de Lorraine. M. le prince de Conti en est aujourd'hui le seigneur. Mercoeur est situé au pié des montagnes près d'Ardes, à 8 lieues de Clermont. Long. 20. 45. lat. 45. 46. (D.J.)
|
| MERCREDI | S. m. (Chron. & Astrol.) est le quatrieme jour de la semaine chrétienne, & le cinquieme de la semaine des Juifs. Il étoit consacré à Mercure chez les payens ; c'est de-là que lui est venu son nom dies Mercurii. Dans l'église on l'appelle feria quarta.
MERCREDI DES CENDRES, (Hist. eccl.) c'est le premier jour du carême. On croit qu'il a été ainsi appellé de la coutume qu'avoient les pénitens dans les premiers siecles de se présenter ce jour-là à la porte de l'église revêtus de cilices & couverts de cendres. Aujourd'hui dans l'église romaine, le célébrant, après avoir recité les pseaumes pénitentiaux & quelques oraisons qui ont rapport à la pénitence, benit des cendres, & en impose sur la tête du clergé & du peuple qui les reçoit à genoux ; & à chaque personne à laquelle il en donne, il dit ces paroles bien vraies : memento homo quia pulvis es & in pulverem reverteris.
|
| MERCURE | S. m. , en Astronomie, est la plus petite des planetes inférieures, & la plus proche du soleil. Voyez PLANETE & SYSTEME.
La moyenne distance de Mercure au soleil est à celle de notre Terre au Soleil, comme 387 est à 1000.
L'inclinaison de son orbite, c'est-à-dire, l'angle formé par le plan de son orbite avec le plan de l'écliptique, est de 6 degrés 52 minutes. Son diametre est à celui de la Terre, comme 3 est à 4 ; par conséquent son globe est à celui de la Terre à-peu-près comme 2 est à 5. Voyez INCLINAISON, DIAMETRE, DISTANCE, &c.
Selon M. Newton, la chaleur & la lumiere du Soleil sur la surface de Mercure, sont sept fois aussi grandes qu'elles le sont au fort de l'été sur la surface de la Terre ; ce qui, suivant les expériences qu'il a faites à ce sujet avec le thermometre, suffiroit pour faire bouillir l'eau. Un tel degré de chaleur doit donc rendre Mercure inhabitable pour des êtres de notre constitution ; & si les corps qui sont sur la surface ne sont pas tout en feu, il faut qu'ils soient d'un degré de densité plus grand à proportion que les corps terrestres. Voyez CHALEUR.
La révolution de Mercure au-tour du Soleil se fait en 87 jours & 23 heures ; c'est-à-dire que son année est de 87 jours & 23 heures. Sa révolution diurne, ou la longueur de son jour n'est pas encore déterminée ; il n'est pas même certain s'il a ou s'il n'a point de mouvement au-tour de son axe.
Nous ne savons pas non plus à quelle variété de tems ou de saisons il peut être sujet, parce que nous ne connoissons point encore l'inclinaison de son axe sur le plan de son orbite. Sa densité, & par conséquent la gravitation des corps vers son centre, ne sauroit se déterminer exactement ; mais le grand chaud qu'il fait sur cette planete ne laisse pas douter qu'elle ne soit plus dure que la terre. Voyez GRAVITE & DENSITE, &c.
Mercure change de phase comme la Lune, selon ses différentes positions avec le Soleil & la Terre. Voyez LUNE.
Il paroît plein dans ses conjonctions supérieures avec le Soleil, parce qu'alors nous voyons tout l'hémisphere illuminé ; mais dans les conjonctions inférieures, on ne voit que l'hémisphere obscur ; sa lumiere va en croissant, comme celle de la Lune, à mesure qu'il se rapproche du Soleil. Voyez PHASE.
Quelquefois à peine offre-t-il à nos yeux une petite trace lumineuse, parce qu'étant entre le Soleil & la Terre, il ne nous présente qu'une fort petite partie de son hémisphere éclairé. Quelquefois il est comme une espece de petite lune dans son croissant, dans ses quartiers, &c. Quelquefois c'est une sorte de pleine lune ; son disque lumineux paroît entier ou presque entier, parce qu'étant au-dessus ou au-delà du Soleil, il offre à nos yeux tout son hémisphere ou éclairé ou du-moins presque tout. Si l'hémisphere ne paroît pas tout entier, c'est apparemment à cause de quelques inégalités de la planete, ou de quelques parties peu propres à réfléchir la lumiere. Si Mercure étoit toujours entre le Soleil & la Terre, à peine montreroit-il à nos yeux une petite partie de son hémisphere éclairé. S'il étoit toujours dans une même distance, à droite ou à gauche, il ne paroîtroit jamais plein. S'il étoit toûjours au-dessus du Soleil, jamais on ne le verroit en forme de croissant, toujours il paroîtroit rond ou presque rond, il faut donc qu'il tourne autour du Soleil ; le cercle qu'il décrit autour de cet astre environ en trois mois, est excentrique ; il est plus près du Soleil dans quelques-uns de ses points, plus loin dans d'autres. Enfin Mercure a son apogée & son périgée, & ce qui paroît d'abord surprenant, c'est qu'il se montre plus petit dans son périgée que dans son apogée, quoiqu'alors il soit plus près de nous. La raison en est pourtant sensible : c'est que dans son périgée, comme il est entre la Terre & le Soleil, à peine présente-t-il à nos yeux quelque partie de sa surface éclairée, & que dans son apogée il nous la montre entiere ou presque entiere, étant alors au-dessus du Soleil qui se trouve entre la Terre & lui. M. FORMEY.
Le systeme de Ptolomée est faux ; car on apperçoit bien quelquefois Mercure entre la Terre & le Soleil, & quelquefois au-delà du Soleil ; mais jamais on ne voit la Terre entre Mercure & le Soleil ; ce qui devroit arriver, si les cieux de toutes les planetes renfermoient la Terre dans leur centre, comme le suppose Ptolomée. Voyez SYSTEME.
Le diametre du Soleil vû de Mercure, doit paroître trois fois plus grand que la Terre, cette planete en étant trois fois plus proche que nous ne le sommes, & par conséquent son disque nous paroîtroit, si nous étions dans cette planete, environ neuf fois plus grand qu'il ne nous paroît ici.
Sa plus grande élongation du Soleil par rapport à nous, c'est-à-dire lors de l'écliptique compris entre le lieu du Soleil & celui de Mercure, ne passe jamais 28 degrés, voyez ELONGATION ; ce qui fait qu'il est rarement visible, se perdant d'ordinaire dans la lumiere du Soleil ; ou, lorsqu'il en est plus éloigné, dans le crépuscule. Les meilleures observations de cette planete sont celles qu'on en fait lorsqu'elle est vue sur le disque du Soleil ; car dans sa conjonction inférieure elle passe devant le Soleil, comme une petite tache qui éclipse une petite partie de son corps, & qu'on ne sauroit observer qu'au télescope. La premiere observation de cette espece a été faite par Gassendi en 1631, à Paris le 7 Novembre. On trouve dans le recueil des ouvrages de ce célebre philosophe un grand nombre d'autres observations de Mercure, ainsi que des autres planetes. Voyez PASSAGE.
Les taches du Soleil paroîtroient à un habitant de Mercure traverser son disque, quelquefois en lignes droites d'orient en occident, & quelquefois décrire des lignes elliptiques. Comme les cinq autres planetes sont supérieures à Mercure, leurs phénomenes paroîtroient aux habitans de Mercure à-peu-près les mêmes que nous paroissent ceux de Mars, de Jupiter & de Saturne.
Il y a cependant cette différence que les planetes de Mars, de Jupiter & de Saturne paroîtront encore moins lumineuses aux habitans de Mercure, qu'elles ne nous le paroissent à cause que cette planete en est plus éloignée que nous. Vénus leur paroîtra à-peu-près aussi éclatante qu'elle nous le paroît de la terre.
Un des meilleurs moyens de perfectionner la théorie de Mercure est l'observation du passage de son disque sur le Soleil. M. Picard a donné sur ce sujet un mémoire à l'Académie en 1677, que M. le Monnier a publié dans ses institutions astronomiques. Le 3 Mai 1661, l'auteur des tables carolines observa à Londres avec M. Huyghens le passage de Mercure sur le soleil. En 1677, le 28 Octobre, vieux style, M. Halley eut le premier l'avantage d'observer dans l'île de Sainte Hélene l'entrée & la sortie de Mercure sur le Soleil ; ce qui donnoit la position du noeud d'une maniere beaucoup plus précise qu'on ne l'avoit établi par les observations de 1631 & 1661, ces deux premieres n'étant pas d'ailleurs aussi complete s à beaucoup près qu'on pouvoit le désirer.
Cependant quoique Mercure ait été vû encore deux fois depuis ce tems-là sur le Soleil, ce n'a été qu'en 1723 que M. Halley s'est déterminé à publier ses élémens des tables de cette planete, dont on peut dire que le mouvement est assez exactement connu aujourd'hui. On peut s'en assûrer en comparant ces élemens à deux autres observations du passage de Mercure sur le Soleil faites en 1736 & 1743, & qui ont été aussi complete s qu'on pouvoit le desirer.
Selon M. Newton, le mouvement de l'aphélie de Mercure seroit beaucoup plus lent que ne supposent les Astronomes, ce qui ne doit pas nous étonner, Mercure n'ayant jamais été si souvent ni si exactement observé que les autres planetes. Ce mouvement, suivant M. Newton, est d'environ 52''par an. Le mouvement du noeud, déterminé par M. Halley, d'après ses observations des passages de Mercure par le Soleil en cent ans de 1°. 26'. 34''. selon la suite des signes.
L'excentricité de cette planete est très-considérable, & sa plus grande équation du centre est, selon M. Halley, de 24°. 42'. 37''. Cependant les Astronomes sont encore partagés là-dessus, & cet élément de sa théorie est celui qui paroît jusqu'à présent le moins connu. Il n'en est pas de même de l'inclination de son orbite au plan de l'écliptique, M. Halley l'a établie par des observations décisives & fort exactes de 6°. 59'. 20''.
M. Halley, dans la dissertation qu'il a donnée sur l'observation du passage de Mercure faite dans l'île de Ste Hélene en 1677, a prédit les différens passages qui doivent être observés jusqu'au xix. siecle ; suivant le calcul de cet astronome, Mercure doit être vû dans le Soleil proche de son noeud ascendant au mois d'Octobre des années 1756, 1769, 1776, 1782, 1789, & proche de son noeud descendant au mois d'Avril des années 1753, 1786, 1799. Voyez PASSAGE. Chambers, Wolf, & Inst. astr. de M. le Monnier.
M. le Monnier, dans l'assemblée publique de l'académie des Sciences d'après Pâques 1747, a lu un mémoire qui contient les élémens de la théorie de Mercure, déterminés avec l'exactitude qu'on sait qu'il apporte dans l'Astronomie. (O)
MERCURE, en Physique, se prend pour le mercure du barometre dans les expériences de Toricelly. Voyez BAROMETRE.
Quoique le mercure ne se soutienne ordinairement dans le barometre qu'à la hauteur de 28 à 29 pouces, cependant M. Huyghens a trouvé que si on enferme le mercure bien purgé dans un lieu bien fermé & à l'abri de toute agitation, il se soutiendra alors à la hauteur de 72 pouces, phénomene dont les Philosophes ont assez de peine à rendre raison. M. Musschenbroeck, dans son Essai de Physique, l'attribue à l'adhésion du mercure aux parois du verre, & dit, pour appuyer son sentiment, que lorsqu'on secoue un peu le tuyau, le mercure se détache, & retombe à la hauteur de 29 pouces. Voyez BAROMETRE. (O)
MERCURE ou VIF-ARGENT, (Hist. nat. Minéralogie, Chimie, Métallurgie & Pharmacie.) en latin, mercurius, argentum vivum, hydrargyrum. Le mercure est une substance métallique fluide, d'un blanc brillant, semblable à de l'étain fondu ; le mercure est, après l'or & la platine, le corps le plus pesant de la nature, cela n'empêche pas qu'il ne se dissipe entierement au feu. Quelques auteurs placent le mercure au rang des métaux, d'autres le regardent comme un demi-métal ; mais la fluidité qui le caracterise fait qu'il paroît n'appartenir ni aux métaux, ni aux demi-métaux, quoiqu'il ait des propriétés communes avec les uns & avec les autres. Il paroît donc plus naturel de le regarder comme une substance d'une nature particuliere.
Le mercure se trouve en deux états différens dans le sein de la terre ; ou il est tout pur & sous la forme fluide qui lui est propre, & alors on le nomme mercure vierge, parce qu'il n'a point éprouvé l'action du feu pour être tiré de sa mine ; ou bien il se trouve combiné avec le soufre, & alors il forme une substance d'un rouge plus ou moins vif que l'on nomme cinnabre. Voyez cet article, où l'on a décrit les différentes especes de cinnabre, & la maniere dont on en tire le mercure ; il nous reste donc simplement à parler ici du mercure vierge, & de la maniere dont il se trouve.
De toutes les mines de mercure connues en Europe, il n'en est point de plus remarquable que celles d'Ydria dans la Carniole, qui appartient à la maison d'Autriche. Ces mines sont dans une vallée au pié de hautes montagnes, appellées par les Romains Alpes Juliae. Elles furent découvertes par hasard en l'année 1497. On dit qu'un ouvrier qui faisoit des cuves de bois, ayant voulu voir si un cuvier qu'il venoit de finir étoit propre à tenir l'eau, le laissa un soir au bas d'une source qui couloit ; étant revenu le lendemain & voulant ôter sa cuve, il trouva qu'elle étoit si pesante, qu'il ne pouvoit point la remuer ; ayant regardé d'où cette pesanteur pouvoit venir, il apperçut qu'il y avoit sous l'eau une grande quantité de mercure qu'il ne connoissoit point ; il l'alla porter à un apothicaire qui lui acheta ce mercure pour une bagatelle, & lui recommanda de revenir lorsqu'il auroit de la même matiere : à la fin cette découverte s'ébruita, & on en avertit l'archiduc d'Autriche, qui se mit en possession de ces mines, dont les princes de cette maison se sont jusqu'à présent fait un revenu très-considérable.
Les mines d'Ydria peuvent avoir environ neuf cent piés de profondeur perpendiculaire ; on y descend par des bures ou puits, comme dans toutes les autres mines ; il y a une infinité de galeries sous terre, dont quelques-unes sont si basses, que l'on est obligé de se courber pour pouvoir y passer, & il y a des endroits où il fait si chaud que, pour peu qu'on s'y arrête, on est dans une sueur très-abondante. C'est de ces souterrains que l'on tire le mercure vierge ; quelques pierres en sont tellement remplies, que lorsqu'on les brise, cette substance en sort sous la forme de globules ou de goutte. On le trouve aussi dans une espece d'argille, & quelquefois l'on voit ce mercure couler en forme de pluie & suinter au-travers des roches qui forment les voûtes des souterreins, & un homme a souvent été en état d'en recueillir jusqu'à 36 livres en un jour.
Quant à la mine de mercure ou roche qui contient le mercure vierge, on la brise avec des marteaux, & on en fait le lavage, ainsi que de l'argille qui en est chargée ; à l'égard des pierres qui n'en contiennent qu'une petite quantité, on les écrase sous des pilons, & on les lave ensuite pour en dégager la partie terreuse & pierreuse la plus légere, & qui ne renferme plus de mercure ; après quoi on porte cette mine lavée dans un magasin. On ne travaille dans les souterrains que pendant l'hiver, alors on amasse une grande provision de la mine, & pendant l'été on traite la mine préparée de la maniere qu'il a été dit au fourneau : voici comment cette opération se faisoit du tems de M. Keyssler ; on mêloit la mine pulvérisée ou concassée avec partie égale de chaux vive, & on mettoit ce mélange dans des cornues de fer, auxquelles on adaptoit des récipiens de terre bien luttés, pour que rien ne se perdît. On faisoit rougir fortement ces cornues ; & lorsque par hasard il s'y faisoit une fente, on avoit soin de la boucher promptement avec de la glaise. Chaque fourneau contenoit depuis 60 jusqu'à 90 de ces cornues, & il y avoit ordinairement 10 ou 12 de ces fourneaux qui travailloient ; on commençoit à les chauffer le matin à 5 heures, cela continuoit jusqu'à 2 heures de l'après-dinée ; & à la fin de l'opération, les cornues ou retortes devenoient d'un rouge très-vif. Après la distillation, on trouvoit dans les récipiens de terre outre le mercure une matiere noire semblable à de la cendre, dont on retiroit encore beaucoup de mercure en la lavant avec de l'eau dans une auge de bois placée en pente ; on réitéroit ce lavage tant que cette matiere donnoit du mercure ; & enfin lorsqu'elle n'en donnoit plus, on la remettoit encore en distillation dans les retortes avec un nouveau mélange de mine & de chaux. Mais depuis M. Keyssler, le traitement a été changé, & actuellement on fait la distillation du mercure dans un fourneau semblable à celui dont les espagnols se servent à Almaden, & qui se trouve représenté parmi les Planches de métallurgie, dans celle qui indique le travail du mercure. Voyez Pl. de Métallurg.
Les atteliers, où l'on distille la mine de mercure, sont à quelque distance d'Ydria ; lorsqu'on y travaille, on sent une odeur très-désagréable ; il ne croît rien dans le voisinage, les bestiaux ne veulent point manger du foin qu'on y recueille, & les veaux que les paysans élevent ne deviennent point grands ; les ouvriers sont relevés tous les mois, & le tour de chacun d'eux ne revient qu'une fois l'an. Ces ouvriers, ainsi que ceux des mines de mercure, sont sujets à des tremblemens & à des mouvemens convulsifs dans les nerfs, sur-tout ceux qui recueillent le mercure vierge ; on les tire delà au bout de quinze jours, & on les emploie au lavage de la mine qui se fait à l'air libre, ce qui les rétablit. Quelques-uns de ces ouvriers sont si pénétrés de mercure, que lorsqu'on les fait suer, le mercure leur sort par les pores de la peau ; en frottant une piece d'or avec leurs doigts, ou la mettant dans leur bouche, on assûre qu'elle devient blanche sur le champ.
Dans les atteliers d'Ydria, on distille tous les jours environ 35 quintaux de mine, qui donnent communément la moitié de leur poids en mercure ; lorsque le débit va bien, on peut obtenir tous les ans jusqu'à 3000 quintaux de mercure distillé, & dans les mines on recueille environ 100 quintaux de mercure vierge. Le quintal de mercure se vendoit du tems de M. Keyssler sur le pié de 150 florins d'Allemagne en gros, & la livre de mercure se vendoit sur le pié de 2 florins en détail, d'où l'on peut juger du produit de ces mines. C'est une compagnie hollandoise qui tire la plus grande partie de ce mercure ; elle en prend 3000 quintaux par an.
Le mercure qui a été obtenu par la distillation se met dans des sacs de cuir épais, qui en contiennent chacun 150 livres ; & quand il est question de le transporter, on met deux de ces sacs dans un tonneau que l'on remplit ensuite avec du son de farine de froment.
Ces détails sont tirés des voyages de Keyssler, publiés en allemand, il a été témoin oculaire de tout ce qu'il rapporte ; cet auteur judicieux remarque qu'il est très-rare de trouver du cinnabre dans les mines d'Ydria, & comme les Alchimistes regardent le mercure comme l'origine & la base des autres métaux, il fait observer que l'on ne trouve aucuns autres métaux dans ces mines ; cependant cette observation n'est point constante, & l'on trouve des mines de cinnabre qui sont jointes avec des mines d'autres métaux.
Les mines de mercure ne sont en général point communes, mais sur-tout rien n'est plus rare que de trouver du mercure vierge dans le sein de la terre : cette mine d'Ydria doit donc être regardée comme une grande singularité ; cependant il y a déja plusieurs années que l'on avoit découvert à Montpellier en Languedoc, que cette ville est bâtie sur une couche de glaise qui contient du mercure vierge. Cette découverte, à laquelle on n'avoit point fait beaucoup d'attention jusqu'à-présent, a été suivie par M. l'abbé Sauvage. Ce savant amateur de l'histoire Naturelle soupçonna d'abord que c'étoit accidentellement que le mercure se trouvoit dans cette glaise, que c'étoit par hasard qu'il avoit été enfoui dans des puits ou latrines ; mais à l'occasion d'une cave que l'on creusa, il eut lieu de se détromper, & il vit que cette glaise n'avoit jamais été remuée, & devoit être regardée comme une vraie mine de mercure vierge, dans laquelle cette substance formoit des petits rameaux cylindriques qui s'étendoient en différens sens ; & en écrasant les mottes de cette glaise, on voyoit le mercure en sortir sous la forme de petits globules très-brillans & très-purs. Il est fâcheux que cette mine de mercure se trouve précisément placée au-dessous de l'endroit où est bâtie la ville de Montpellier, ce qui empêche qu'on ne puisse l'exploiter : peut-être qu'en creusant aux environs on retrouveroit la même couche d'argille ou de glaise dans des endroits où l'on pourroit tirer ce mercure plus commodément ; l'objet est assez considérable pour qu'on entreprenne des recherches à ce sujet.
La maniere la plus ordinaire de trouver le mercure, c'est sous la forme du cinnabre : c'est ainsi qu'on le trouve à Almaden dans l'Estramadoure en Espagne, & à Guancavelicu au Pérou. On rencontre aussi des mines de mercure en cinnabre en Styrie & en Hongrie, mais on ne les travaille point convenablement. On a trouvé une mine de cinnabre à Saint-Lo en Normandie, mais le produit n'en est point fort considérable jusqu'à-présent. Il y a aussi des mines de cinnabre dans la principauté de Hesse-Hombourg en Allemagne, & dans le Palatinat à Muchlandsberg, à trois lieues de Creutzenach, où il se trouve aussi du mercure vierge.
Les Alchimistes & les partisans du merveilleux font beaucoup plus de cas du mercure vierge, c'est-à-dire de celui qui se trouve pur dans le sein de la terre, que de celui qui a été tiré de la mine à l'aide du feu ; mais c'est un préjugé qui n'est fondé sur aucune expérience valable : il est certain que le meilleur mercure que l'on puisse employer dans les opérations, soit de la Pharmacie, soit de la Métallurgie, est celui qui a été tiré du cinnabre : c'est ce qu'on appelle mercure revivifié du cinnabre.
Voici les propriétés du mercure lorsqu'il est pur. 1°. Il a l'éclat & le poids d'un métal, & c'est, à l'exception de l'or & de la platine, le corps le plus pesant de la nature. Son poids est à celui de l'eau comme 14 est à 1. 2°. Le mercure se bombe ou est convexe à sa surface ; il differe de l'eau & des autres liquides en ce qu'il ne mouille point les doigts lorsqu'on les trempe dedans. 3°. C'est le corps le plus froid qu'il y ait dans la nature ; d'un autre côté il est susceptible de prendre très-promptement une chaleur plus forte que tous les autres fluides ; mais le degré de chaleur qui fait bouillir l'eau le dissipe & le volatilise entierement. 4°. Le mercure ne se condense point par la gelée la plus forte, & elle ne le rend point solide. 5°. Le mercure n'a ni saveur ni odeur. 6°. Cette substance est d'une divisibilité prodigieuse ; il se partage en globules parfaitement sphériques, & l'action du feu le dissipe en vapeurs qui ne sont qu'un amas de globules d'une petitesse extrème, qui sont toujours du mercure qui n'a point été altéré. 7°. Le mercure a la propriété de dissoudre plusieurs métaux, & de s'unir intimement avec eux ; c'est ce qu'on nomme amalgame : il s'unit par préférence avec l'or, ensuite avec l'argent, avec l'étain, avec le plomb ; il ne s'unit que très-difficilement avec le cuivre, & point du tout avec le fer. Il s'unit avec le bismuth & forme un amalgame avec lui ; mais un phénomene très-singulier, c'est que l'amalgame du bismuth joint à celui du plomb, fait que la combinaison des deux amalgames devient beaucoup plus fluide qu'auparavant, au point que de cette maniere le plomb lui-même peut passer avec le mercure au-travers d'une peau de chamois. Le mercure se dissout par tous les acides, c'est-à-dire par l'acide vitriolique, l'acide nitreux, l'acide du sel marin ; il se dissout aussi dans le vinaigre & dans les acides tirés des végétaux : mais il faut pour cela que son aggrégation ait été rompue. 9°. Il se combine très-aisément avec le soufre, & forme avec lui une substance rouge que l'on appelle cinnabre, à l'aide de l'action du feu & de la sublimation. Voyez CINNABRE. 10°. Par la simple trituration on peut le combiner avec le soufre, ce qui donne une poudre noire que l'on appelle éthiops minéral. 11°. Le poids du mercure est plus considérable en hiver que dans l'été. M. Neumann a observé qu'un vaisseau qui étant rempli de mercure pesoit en été onze onces & sept grains, pesoit en hiver onze onces & trente-deux grains. 12°. Le mercure bien pur est privé de l'eau qu'il attire de l'air ; mis dans un tube de verre agité dans l'obscurité, il produit une lumiere phosphorique ou plûtôt électrique.
En l'année 1760, au mois de Janvier, on a éprouvé à Pétersbourg un froid d'une rigueur excessive : cela a donné lieu à une découverte très-importante sur le mercure ; on a trouvé qu'il étoit susceptible de se changer en une masse solide par la gelée. Pour cet effet on a trempé la boule d'un thermometre dans une espece de bouillie faite avec de la neige & de l'esprit de nitre fumant ; en remuant ce mélange avec le thermometre même, le mercure s'est gelé & s'est arrêté au degré 500 du thermometre de M. de Lisle, qui répond au 183 de M. de Réaumur. Ce mercure ainsi gelé est plus pesant que celui qui est fluide, d'ailleurs il est ductile & malléable comme du plomb. La glace pilée ne peut point, dit-on, faire geler le mercure, qui ne va pour lors que jusqu'au 260 degré du thermometre de M. de Lisle. On n'a point encore pu vérifier ces expériences dans d'autres pays de l'Europe.
La disposition que le mercure a à s'unir avec le plomb, l'étain & le bismuth, fait qu'à cause de sa cherté on le combine avec des substances ; il est donc nécessaire de le purifier avant que de s'en servir. On le purifie ordinairement avec du vinaigre & du sel marin, & on triture le mercure dans ce mélange : par ce moyen le vinaigre dissout les métaux avec lesquels le mercure est combiné, & il reste pur. Mais la maniere la plus sûre de purifier le mercure, est de le combiner avec du soufre, & de mettre ce mélange en sublimation pour faire du cinnabre, que l'on met ensuite en distillation pour en obtenir le mercure.
Quant à la maniere de purifier le mercure en le pressant au travers d'une peau de chamois, elle est fort équivoque, puisque, comme on a vu, le bismuth fait que l'étain & le plomb passent avec lui au-travers du chamois ; cette maniere de purifier le mercure ne peut donc que le dégager de la poussiere ou de la crasse qu'il peut avoir contractées à l'extérieur. Le mercure qui a été falsifié avec d'autres substances métalliques, peut se reconnoître en ce qu'il ne se met point en globules parfaitement ronds ; il coule plus lentement, & semble former une espece de queue à la surface des corps sur lesquels on le verse.
Plusieurs physiciens ont cru que le mercure contenoit beaucoup de particules d'air, mais c'est une erreur ; & M. Rouelle a trouvé que ces prétendues particules d'air sont de l'eau dont on peut le dégager en le faisant bouillir ; mais il en reprend très-promptement si on le laisse exposé à l'air, dont il attire fortement l'humidité. Borrichius a observé qu'une chaîne de fer poli s'étoit chargée de rouille après avoir séjourné pendant quelque tems dans du mercure. Raimond Lulle est le premier des Chimistes qui ait dit que le mercure contenoit de l'eau. On pourroit conjecturer que c'est à cette eau que contient le mercure, que sont dûs quelques-uns de ses effets dangereux, & peut-être est-ce de là que vient la propriété qu'il a d'exciter la salivation & d'attaquer le genre nerveux. Il seroit fort avantageux de n'employer que du mercure qui eût été privé de cette partie aqueuse. Les mauvais effets que le mercure produit souvent sur le corps humain, ont fait soupçonner à quelques chimistes qu'il contenoit une terre étrangere & arsénicale qu'ils ont appellée nymphe ; & ils prétendoient l'en dépouiller, en le combinant avec les acides minéraux, dont ils le dégageoient ensuite pour y introduire une autre terre : par ce moyen ils avoient un mercure parfaitement pur, qu'ils ont nommé mercure animé, dont ils vantoient l'usage, tant dans la Médecine que dans la Chrysopée ; ils prétendoient que ce mercure dissolvoit l'or à parties égales, mais il perdoit ses propriétés lorsqu'on l'exposoit à l'air. C'est à l'expérience à faire connoître jusqu'à quel point toutes ces idées peuvent être fondées. Beccher, Sthal & Henckel, les trois plus grands chimistes que l'Allemagne ait produits, regardent non-seulement le mercure comme une substance arsenicale, mais même comme un arsenic fluide.
Le célebre M. Neumann définit le mercure un mixte aqueux & terreux, mixtum aqueo-terreum, dans lequel il entre une portion du principe inflammable, & qui est chargé jusqu'à l'excès de la troisieme terre de Beccher ou la terre mercurielle, qui est le principe à qui les métaux doivent leur fusibilité ou l'état de fluidité que leur donne l'action du feu. Quoi qu'il en soit de cette définition, il est certain que la facilité avec laquelle le feu dissipe & volatilise le mercure, fait qu'il est impossible de le décomposer & d'en faire une analyse exacte. Si on l'expose à l'action du feu dans des vaisseaux fermés, il se met en expansion & brise les vaisseaux. M. Rouelle a trouvé que cela vient de l'eau qui lui est jointe, vu qu'en le privant de cette eau il ne fait plus d'explosion. Si on l'expose au feu dans des vaisseaux ouverts, il se réduit en vapeur ou en fumée : en l'exposant pendant longtems à un feu doux, il se change en une poudre grise que, suivant la remarque de M. Rouelle, on a mal-à-propos regardée comme une chaux, puisqu'en donnant un degré de chaleur plus fort, cette poudre reprend très-promptement la forme & l'éclat du mercure. Pour le changer en cette poudre grise, il suffit de l'enfermer dans une bouteille que l'on agitera fortement & long-tems ; c'est ce qu'on appelle mercure précipité par lui-même.
Malgré la difficulté qu'il y a à connoître la nature du mercure, un grand nombre de chimistes l'ont regardé comme la base de tous les métaux, & ils ont prétendu que l'on pouvoit l'en tirer, opération qu'ils ont nommée mercurification ; mais ils assurent que ce mercure tiré des métaux est d'une nature bien plus parfaite que les mercure ordinaire. Beccher admet dans tous les métaux un prince qu'il nomme mercuriel, à qui est dû leur fusibilité.
Plusieurs chimistes ont prétendu avoir le secret de fixer le mercure, c'est-à-dire de lui joindre un nouveau principe qui lui ôtât sa fluidité & lui fît prendre une consistance solide telle que celle des autres métaux ; c'est cette opération qu'ils ont nommée la fixation du mercure. Kunckel assure positivement avoir fixé le mercure en argent.
Les usages du mercure sont de deux especes ; on peut en distinguer de méchaniques & de pharmaceutiques : un des principaux usages du mercure est dans la métallurgie. En effet, comme le mercure a la propriété de s'unir avec l'or & l'argent, dans les pays où le bois manque & où ces métaux précieux se trouvent en abondance & tout formés ou natifs, on ne fait qu'écraser la roche qui les contient, & on la triture avec du mercure, qui se combine avec l'or & l'argent sans s'unir avec la pierre qui servoit de matrice ou de miniere à ces métaux. Quand le mercure s'est chargé d'une quantité suffisante d'or ou d'argent, on met en distillation la combinaison ou l'amalgame qui s'est fait ; par ce moyen on sépare le mercure, & l'or ou l'argent dont il s'étoit chargé reste au fond des vaisseaux. Telle est la méthode que l'on suit pour le traitement des mines d'or & d'argent de presque toute l'Amérique. Voyez OR.
Dans les monnoies on triture de la même maniere avec du mercure les creusets qui ont servi à fondre les métaux précieux, ainsi que les crasses résultantes des différentes opérations dans lesquelles il reste souvent quelque portion de métal que l'on ne veut point perdre. Voyez LAVURE.
Le mercure sert encore à étamer les glaces, ce qui se fait en l'amalgamant avec l'étain. Voyez GLACES. Il sert aussi pour dorer sur de l'argent, voyez DORURE. On l'emploie pour faire des barometres ; il entre dans la composition dont se fait l'espece de végétation métallique que l'on nomme arbre de Diane, &c. On peut joindre à ces usages la propriété que le mercure a de faire périr toutes sortes d'insectes.
Si on enferme du mercure dans l'oeuf philosophique, c'est-à-dire dans un vaisseau de verre qui ait la forme d'un oeuf & pourvu d'un long col ; que l'on emplisse cet oeuf jusqu'au tiers avec du mercure que l'on aura fait bouillir auparavant pour le priver de l'eau avec laquelle il est joint, on scellera hermétiquement ce vaisseau, & on lui donnera un degré de feu toujours égal, & capable de faire bouillir le mercure sans aller au-de-là ; on pourra faire durer cette opération aussi long-tems qu'on voudra, sans crainte d'explosion, & le mercure se convertira en une poudre rouge que l'on nomme mercure précipité perse.
En faisant dissoudre le mercure dans l'acide nitreux, & en faisant évaporer & crystalliser la dissolution, on aura un sel neutre très-corrosif, qui sera en crystaux semblables à des lames d'épées. Si on fait évaporer la dissolution jusqu'à siccité, en donnant un grand feu, on obtient une poudre rouge que l'on appelle mercure précipité rouge. Si on met peu-à-peu de l'alkali fixe dans la dissolution du mercure faite dans l'acide nitreux, & étendue de beaucoup d'eau, on obtient aussi une poudre ou un précipité rouge. Si au lieu d'alkali fixe on se sert de l'alkali volatil, le précipité, au lieu d'être rouge, sera d'un gris d'ardoise. M. Rouelle a fait dissoudre le précipité du mercure fait par l'alkali fixe dans l'acide du vinaigre, ce qui produit un vrai sel neutre, ce qui arrive, parce que l'aggrégation du mercure a été rompue.
Pour que l'acide vitriolique dissolve le mercure, il faut qu'il soit très-concentré en bouillant, alors la dissolution se fait avec effervescence : cette opération se fait dans une cornue bien luttée avec un récipient. Suivant M. Rouelle, il passe la distillation de l'acide sulfureux volatil, & il reste dans la cornue une masse saline qui mise dans un grand volume d'eau s'y dissout, & laisse tomber une poudre jaune que l'on nomme turbith minéral ou précipité jaune.
Lorsque le mercure a été dissous dans l'acide nitreux, si l'on verse de l'acide du sel marin dans la dissolution, il se dégage une poudre blanche qui tombe au fond, c'est ce qu'on nomme mercure précipité blanc. M. Rouelle observe avec raison que c'est un vrai sel neutre, formé par la combinaison de l'acide du sel marin & du mercure, & que par conséquent c'est très-improprement qu'on lui donne le nom de précipité. De plus, l'acide du sel marin n'agit point sur le mercure, à moins qu'il n'ait été dissous, c'est-à-dire à moins que son aggrégation n'ait été rompue.
Le sel marin combiné avec le mercure qui a été dissous dans l'esprit de nitre & mis en sublimation, s'appelle sublimé corrosif ; si on triture le sublimé corrosif avec de nouveau mercure, & que l'on mette le mélange de nouveau en sublimation, on obtient en réitérant trois fois cette trituration & cette sublimation, ce qu'on nomme le mercure doux, ou aquila alba, ou panacée mercurielle. Si on réitere ces sublimations un plus grand nombre de fois, on obtient ce qu'on appelle la calomelle.
En triturant exactement ensemble une partie de mercure & deux parties de soufre en poudre, on obtient une poudre noire que l'on nomme éthiops minéral.
Si l'on joint ensemble sept parties de mercure & quatre parties de soufre, on triturera ce mélange, on le fera sublimer, & l'on obtiendra par-là ce qu'on appelle cinnabre artificiel ; mais pour qu'il soit pur & d'une belle couleur, il faudra le sublimer de nouveau, parce qu'on lui avoit joint d'abord une trop grande quantité de soufre.
On mêlange ensemble une livre de cinnabre pulvérisé & cinq ou six onces de limaille de fer, & distillant ce mélange dans une cornue à laquelle on adaptera un récipient qui contiendra de l'eau, on obtiendra le mercure qui étoit dans le cinnabre, sous la forme ordinaire : cette opération s'appelle révivification du cinnabre.
Telles sont les principales préparations que la Chimie fait avec le mercure, tant pour les usages de la Médecine que pour les Arts. (-)
MERCURE, (Principe de Chimie) le mercure que les Chimistes ont aussi appellé esprit, est un des trois fameux principes des anciens chimistes & celui dont la nature a été déterminée de la maniere la plus inexacte, & la plus vague. Voyez PRINCIPES, Chimie. (b)
MERCURE, (Mat. med. & Pharm.) ou remedes mercuriels, tant simples que composés.
Les remedes mercuriels communément employés en Médecine, sont le mercure courant, coulant ou crud ; le mercure uni plus ou moins intimément au soufre ; savoir, le cinnabre & l'éthiops minéral, plusieurs sels neutres ou liqueurs salines, dont le mercure est la base ; savoir, le sublimé corrosif, le sublimé doux & mercure doux, ou aquila alba ; le calomelas des Anglois, la panacée mercurielle, le précipité blanc & l'eau phagédenique, la dissolution de mercure & le précipité rouge, le turbith mineral ou précipité jaune, & le précipité verd. Toutes ces substances doivent être regardées comme simples en Pharmacie, voyez SIMPLE, Pharmacie. Les compositions pharmaceutiques mercurielles les plus usitées, dont les remedes mercuriels sont l'ingredient principal ou la base, sont les pilules mercurielles de la pharmacopée de Paris ; les pilules de Belloste, les dragées de Keyser, le sucre vermifuge & l'opiate mésenterique de la pharmacopée de Paris, la pommade mercurielle, onguent néapolitain ou onguent à frictions, l'onguent gris, l'onguent mercuriel pour la gale, les trochisques escharotiques, les trochisques de minium, l'emplâtre de vigo, &c.
De ces remedes quelques-uns s'emploient, tant intérieurement qu'extérieurement ; quelques autres ne sont d'usage que pour l'intérieur ; & enfin il y en a qu'on n'applique qu'extérieurement.
Les premiers sont le mercure coulant, le cinnabre, le sublimé corrosif & le sublimé doux, le précipité rouge & le précipité verd.
Ceux de la seconde classe sont le mercure violet, l'éthiops minéral, le calomelas, la panacée, le précipité blanc, le turbith minéral, les pilules mercurielles, les pilules de Belloste, les dragées de Keiser, le sucre vermifuge & l'opiate mésenterique.
Et enfin, les derniers ou ceux qu'on n'applique qu'extérieurement sont la dissolution de mercure, l'eau phagedenique, la pommade mercurielle, l'onguent gris, l'onguent mercuriel pour la gale, les trochisques escharotiques, les trochisques de minium, l'emplâtre de vigo.
Voyez à l'article MERCURE (Chimie) quelle est la nature de tous ceux de ces remedes que nous avons appellé simples. Voici la préparation des compositions mercurielles pharmaceutiques connues.
Pilules mercurielles de la Pharmacopée de Paris ; prenez mercure revivifié du cinnabre une once, sucre en poudre deux gros, diagrede en poudre une once, resine de jalap & rhubarbe en poudre, de chacun demi-once ; éteignez parfaitement le mercure dans un mortier de fer ou de marbre avec le sucre, un peu d'eau & une partie du diagrede : ensuite ajoutez la résine de jalap, le reste du diagrede & la rhubarbe ; mêlez exactement en battant très-long-tems, faites une masse, &c.
La composition des pilules de Belloste n'est point publique ; on croit avec beaucoup de fondement, qu'elles sont fort analogues aux précédentes.
Prenez du mercure, réduisez-le en poudre noire par la trituration. Distillez, remettez en poudre noire. Mettez cette poudre en un matras, versez dessus du vinaigre autant que vous voudrez ; chauffez, même jusqu'à bouillir. Lorsque la liqueur se troublera par des nuages, décantez. A mesure que la liqueur décantée se refroidira, elle formera des cristaux presque semblables à ceux du sel sédatif ; le mercure y est saturé d'acide. Faites-en des pilules avec la manne, & ces pilules seront celles qu'on appelle dragées de Keyser.
Sucre vermifuge ; prenez mercure revivifié du cinnabre une once, sucre blanc deux onces ; broyez-les ensemble dans le mortier de marbre, jusqu'à ce que le mercure soit parfaitement éteint.
Opiate mésenterique, prenez gomme armoniac demi-once, feuilles de séné six gros, mercure sublimé doux, racine d'arum & aloës succotrin de chacun deux gros ; poudre cornachine, rhubarbe choisie de chacun trois gros ; limaille de fer préparée demi-once. Mettez en poudre ce qui doit être pulvérisé, & incorporez le tout avec suffisante quantité de syrop de pommes composé, faites une opiate.
Nota qu'on n'emploie quelquefois dans la préparation de cet onguent, qu'une partie de mercure sur les deux parties de sain-doux.
Pommade mercurielle ; prenez graisse de porc lavée & mercure crud, de chacun une livre ; mêlez jusqu'à ce que le mercure soit parfaitement éteint. Faites un onguent.
Onguent gris ; prenez graisse de porc lavée une livre, térebenthine commune une once, mercure crud deux onces. Faites un onguent selon l'art.
Onguent mercuriel citrin pour la gale : prenez mercure crud deux onces, esprit de nitre, une quantité suffisante pour opérer la dissolution du mercure. Cette dissolution étant faite & la liqueur refroidie, prenez sain-doux deux livres, faites-le fondre à un feu doux, & mêlez-y peu-à-peu en agitant continuellement dans un mortier de bois votre dissolution de mercure ; jettez votre mêlange dans des moules que vous aurez formé avec du papier, il s'y durcira bien-tôt, & vous aurez votre onguent sous forme de tablettes.
Trochisques escharotiques : prenez sublimé corrosif une partie, amydon deux parties, mucilage de gomme adragant suffisante quantité : faites des trochisques selon l'art.
Trochisques de minium : prenez minium demi-once, sublimé corrosif, une once, mie de pain dessechée & réduite en poudre quatre onces, eau-rose suffisante quantité ; faites des trochisques selon l'art.
Emplâtre de vigo. Voyez sous le mot VIGO. Le plus ancien usage médicinal du mercure a été borné à l'application extérieure. Les anciens l'ont regardé comme un excellent topique contre les maladies de la peau ; mais ils ont cru que pris extérieurement il étoit un poison. Il est assez reçu que c'est sur l'analogie déduite de ses propriétés reconnues pour la guérison des maladies de la peau que se fonderent les premiers Médecins qui l'employerent dans le traitement des maladies véneriennes, dont les symptômes les plus sensibles sont des affections extérieures. Tout le monde sait que cette tentative fut si heureuse que le mercure fut reconnu dès-lors pour le vrai spécifique de la maladie vénérienne, & que cette propriété a été confirmée depuis par les succès les plus constans. L'usage principal essentiel fondamental du mercure & des diverses préparations mercurielles, c'est son administration contre la maladie vénérienne. Voyez MALADIE VENERIENNE.
Ce sont principalement tous ceux des remedes ci-dessus énoncés que nous avons appellés simples, qui sont usités contre cette maladie. On trouvera à l'article auquel nous venons de renvoyer les usages particuliers de chacun, leurs effets, leurs inconvéniens, la discussion de la préférence qui doit être accordée à leur application intérieure ou extérieure, & quant aux diverses especes de cette derniere, aux lotions, aux fumigations, aux onctions ou frictions ; & pour ce qui regarde la propriété singuliere que possedent les remedes mercuriels, d'exciter la salivation, il en sera traité à l'article sialagogue. Voyez SIALAGOGUE, &c.
Parmi les compositions particulieres pharmaceutiques, celles qu'on emploie vulgairement au traitement général de la maladie vénérienne sont la pommade mercurielle, les pilules mercurielles & les dragées de Keyser. Les observations pratiques & nécessaires pour évaluer leurs bons & leurs mauvais effets, & pour diriger leur légitime administration, se trouveront aussi au mot MALADIE VENERIENNE.
Le second emploi des remedes mercuriels, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur ; c'est contre les maladies de la peau, & principalement contre les dartres & la gale. Voyez DARTRE, GALE ET MALADIES DE LA PEAU. Les pilules de Belloste jouissent de la plus grande réputation dans ces cas ; il y a plusieurs observations fameuses de dartres très-malignes, guéries par leur usage continu, & entr'autres celle d'une maladie très-grave de ce genre parfaitement guérie chez un grand seigneur, déjà fort avancé en âge. L'onguent pour la gale que nous avons décrit ci-dessus, guérit cette maladie très-promptement & presque infailliblement.
Une troisieme propriété généralement reconnue des remedes mercuriels, c'est leur efficacité contre les vers & les insectes qui s'engendrent dans le corps de l'homme, ou qui se logeant dans les parties de la peau qui sont recouvertes de poils lui causent diverses incommodités. Voyez VERS, VERMIFUGE, MORPION, POUX, LADIE PEDICULAIREAIRE.
Quatriemement les remedes mercuriels, dont l'action est tempérée sont de très-bons fondans, voyez FONDANS, & vraisemblablement fébrifuges en cette qualité ; on a conjecturé que l'anti-quartium ou febrifuge spécifique de Riviere étoit principalement composé de panacée mercurielle.
Cinquiemement, les remedes mercuriels ont été proposés comme le véritable antidote de la rage, par de Sault, célebre médecin de Bordeaux ; & ils fournissent réellement la principale ressource contre cette maladie. Voyez RAGE.
Sixiemement, le mercure est encore le souverain remede des affections écrouelleuses. M. Bordeu célebre médecin de Paris, a proposé il y a environ dix ans dans une dissertation qui remporta le prix de l'académie de Chirurgie, un traitement de cette maladie dont le mercure fait la base.
Septiemement, ceux d'entre les remedes mercuriels dont nous avons dit que l'usage étoit borné à l'extérieur, & qui sont caustiques ou corrosifs, savoir la dissolution de mercure qu'on est obligé d'affoiblir avec de l'eau distillée, & qui s'appelle dans cet état eau mercurielle, l'eau phagedenique, les trochisques escharotiques, les trochisques de minium sont, aussi-bien que le précipité rouge & le précipité verd d'un usage très-ordinaire ; lorsqu'on se propose de consumer de mauvaises chairs, d'aggrandir des ouvertures, de détruire des verrues, d'ouvrir des loupes & autres tumeurs de ce genre, soit que ces affections soient vénériennes, soit qu'elles ne le soient pas.
Enfin, le mercure crud est regardé comme le principal secours qu'on puisse tenter pour forcer les especes de noeuds des intestins, ou pour mieux dire la constriction quelconque qui occasionne la passion iliaque, voyez ILIAQUE (passion). On donne dans ce cas plusieurs livres de mercure coulant, & il est observé que le malade en rend exactement la même quantité, & que cette dose immense n'exerce dans le corps aucune action proprement médicamenteuse ou physique, pour parler le langage de quelques médecins. Il n'agit absolument que par son poids & par sa masse, que méchaniquement à la rigueur. Cette observation prouve 1°. de la maniere la plus démonstrative que le mercure est en soi, un des corps de la nature auquel on a été le moins fondé à attribuer une qualité veneneuse. 2°. c'est principalement de cette expérience qu'on a inféré que le mercure crud ou coulant ne passoit pas dans les secondes voies. Le raisonnement est venu à l'appui de ce fait, & il a décidé que cette transmission étoit impossible, parce que le mercure n'étoit point soluble par les humeurs intestinales. La même théorie a statué aussi que le cinnabre & l'éthiops mineral (substances plus grossieres & tout aussi peu solubles que le mercure coulant) n'étoient point reçues dans les vaisseaux absorbans des intestins. Cependant il est prouvé par des observations incontestables, que ces trois remedes pris interieurement ont procuré chacun plus d'une fois la salivation ; & quand au mercure coulant, c'est très-mal raisonner sans doute, que de conclure qu'une petite quantité ne peut point passer dans les secondes voies, & sur-tout lorsque cette petite quantité est confondue parmi d'autres matieres, comme dans les pilules mercurielles, &c. que de tirer cette conclusion, dis-je, de ce qu'une grande masse dont l'aggrégation n'est point rompue n'y passe pas ; car l'union aggrégative est un puissant lien, & sur-tout dans le mercure. D'ailleurs, l'efficacité d'une décoction de mercure contre les vers, voyez VERMIFUGE, prouve que le mercure peut imprégner les liqueurs aqueuses de quelque liqueur médicamenteuse. (b)
MERCURE DE VIE, ou POUDRE D'ALGAROTH. (Chimie) nom qu'on donne en Chimie au beurre d'antimoine précipité par l'eau. Voyez à l'article ANTIMOINE.
MERCURE, (Mythol.)
Le Dieu dont l'aîle est si legere,
Et la langue a tant de douceur ;
c'est Mercure.
c'est celui de tous les dieux, à qui la fable donne le plus de fonctions ; il en avoit de jour, il en avoit de nuit. Ministre & messager de toutes les divinités de l'olympe, particulierement de Jupiter son pere ; il les servoit avec un zele infatigable, quelquefois même dans leurs intrigues amoureuses ou autres emplois peu honnêtes. Comme leur plénipotentiaire, il se trouvoit dans tous les traités de paix & d'alliance. Il étoit encore chargé du soin de conduire & de ramener les ombres dans les enfers. Ici, c'est lui qui transporte Castor & Pollux à Pallene. Là, il accompagne le char de Pluton, qui vient d'enlever Proserpine. C'est encore lui qui assiste au jugement de Paris, au sujet de la dispute sur la beauté, qui éclata entre les trois déesses. Enfin, on sait tout ce que Lucien lui fait dire de plaisanteries sur la multitude de ses fonctions.
Il étoit le dieu des voyageurs, des marchands, & même des filous, à ce que dit le même Lucien, qui a rassemblé dans un de ses dialogues, plusieurs traits de filouteries de ce dieu. Mais les allégoristes prétendent que le vol du trident de Neptune, celui des fleches d'Apollon, de l'épée de Mars, & de la ceinture de Vénus, signifient, qu'il étoit habile navigateur, adroit à tirer de l'arc, brave dans les combats, & qu'il joignoit à ces qualités toutes les graces & les agrémens du discours.
Mercure, en qualité de négociateur des dieux & des hommes, porte le caducée, symbole de paix.
Il a des aîles sur son pétase, & quelquefois à ses piés, assez souvent sur son caducée, pour marquer la légereté de sa course. On le représente en jeune homme, beau de visage, d'une taille dégagée, tantôt nud, tantôt avec un manteau sur les épaules, mais qui le couvre peu. Il est rare de le voir assis ; ses différens emplois au ciel, sur la terre, & dans les enfers, le tenoient toujours dans l'action. C'est pour cela que quelques figures le peignent avec la moitié du visage claire, & l'autre moitié noire & sombre.
La vigilance que tant de fonctions demandoient, fait qu'on lui donnoit un coq pour symbole, & quelquefois un bélier ; parce qu'il est, selon Pausanias, le dieu des bergers. Comme il étoit la divinité tutélaire des marchands, on lui met à ce titre une bourse à la main, avec un rameau d'olivier, qui marque, dit-on, la paix toujours nécessaire au commerce. Aussi les négocians de Rome célebroient une fête en l'honneur de ce dieu le 15 de mai, auquel jour on lui avoit dédié un grand temple dans le grand cirque, l'an de Rome 675. Ils sacrifioient au dieu une truie pleine, & s'arrosoient de l'eau de la fontaine nommée aqua mercurii, priant Mercure de leur être favorable dans leur trafic, & de leur pardonner, dit Ovide, les petites supercheries qu'ils y feroient. C'est pourquoi son culte étoit très-grand dans les lieux de commerce, comme, par exemple, dans l'île de Crete.
Ce Dieu étoit aussi particulierement honoré à Cyllene en Elide, parce qu'on croyoit qu'il étoit né sur le mont Cyllene situé près de cette ville. Pausanias dit qu'il y avoit une statue posée sur un piédestal, mais dans une posture fort indécente. Il avoit aussi un oracle en Achaïe qui ne se rendoit que le soir. Amphion est le premier qui lui ait élevé un autel. On offroit à ce dieu les langues des victimes, pour marque de son éloquence ; comme aussi du lait & du miel, pour en exprimer la douceur.
C'est par ces beaux côtés, qu'Horace nous le peint dans l'ode qu'il lui adresse : " Petit-fils d'Atlas, divin Mercure, lui dit-il, c'est vous qui entreprîtes de façonner les premiers hommes, qui cultivâtes leur esprit par l'étude des sciences les plus propres à lui ôter sa premiere rudesse, & qui formâtes leur corps par les exercices capables de leur donner de la vigueur & de la grace ; permettez-moi de chanter vos louanges. Vous êtes l'envoyé de Jupiter, l'interprete des dieux, & l'inventeur de la lyre, &c. "
Mercuri facunde, nepos Atlantis,
Qui feros cultus hominum recentum
Voce formasti cantus, & decorae
More palestrae :
Te canam, magni Jovis & deorum
Nuntium, curvaeque lyrae parentem.
Od. x. l. I.
Les Mythologistes font Mercure pere de plusieurs enfans ; ils lui donnent Daphnis qu'il enleva dans le ciel, le second Cupidon qu'il eut de Vénus, Aethalide de la nymphe Eupolemie, Linus d'Uranie, & finalement Autolycus de Khioné. Mais le nom de ce dieu est véritablement d'origine égyptienne. Les anciens historiens nous parlent de Mercure II. égyptien, comme d'un des plus grands hommes de l'antiquité. Il fut surnommé trismegiste, c'est-à-dire, trois fois grand. Il étoit l'ame des conseils d'Osiris & de son gouvernement. Il s'appliqua à faire fleurir les arts & le commerce dans toute l'Egypte. Il acquit de profondes connoissances dans les Mathématiques, & sur-tout dans la Géométrie ; & apprit aux Egyptiens la maniere de mesurer leurs terres dont les limites étoient souvent dérangées par les accroissemens du Nil, afin que chacun pût reconnoître la portion qui lui appartenoit. Il inventa les premiers caracteres des lettres ; & régla, dit Diodore, jusqu'à l'harmonie des mots & des phrases. Il institua plusieurs pratiques touchant les sacrifices & les autres parties du culte des dieux. Des ministres sacrés portoient ses livres dans une procession solemnelle, qui se faisoit encore du tems de Clement d'Alexandrie. Ils se sont tous perdus ; & nous apprenons de Jamblique qu'il étoit difficile de démêler les véritables ouvrages de Mercure trismegiste parmi ceux que les savans d'Egypte avoient publiés sous son nom.
Les fables qu'on débita dans la Grece sur Mercure, ont été cause que c'est un des dieux que les anciens ont le plus multiplié. Ciceron même dans son III. liv. de nat. deor. en admet cinq qui se réduisent à un seul, comme l'a prouvé M. Fourmont, dans les Mém. de littér. tome X. Celui que Cicéron appelle fils du Ciel, est le même que le fils de Jupiter ; Ciel & Jupiter étant chez les Latins deux noms différens de la même divinité. Celui que Cicéron appelle Trophonius fils de Valens, n'est aussi que le même personnage sous différens noms ; Valens n'étant qu'une épithete de Jupiter, & Trophonius un surnom de Mercure. Le quatrieme Mercure à qui Cicéron donne le Nil pour pere, ne peut être fils de ; parce que son culte étoit connu dans la Grece long-tems avant ce roi d'Egypte, & qu'une pareille filiation désigne plutôt chez les anciens, le lieu de la naissance, que les parens de qui les héros la tenoient. D'ailleurs ce quatrieme Mercure n'est pas différent du cinquieme, qui selon Cicéron, tua Argus, régna en Egypte, inventa les lettres, étoit révéré sous le nom de , fils de Kneph, qui n'étoit autre que le Jupiter des Grecs & autres peuples. Il résulte donc que les quatre Mercures de Cicéron se réunissent avec son troisieme Mercure fils de Maïa & de Jupiter Ammon. De même, les trois meres que Cicéron donne à Mercure, n'en font qu'une seule. Je ne crois pas qu'on puisse rien objecter au sujet de Maïa. Comme elle étoit fille d'Atlas, on sent combien elle rapproche Mercure de l'Egypte. A l'égard de Phoronis, qui ne voit que c'est une épithete, pour signifier pharaonide, & marquer par-là que Mercure descendoit d'une maison qui régnoit, ou avoit régné dans le pays ? Quant aux principaux noms que les poëtes lui ont donnés, ils font autant de petits articles, dont l'explication se trouve dans cet Ouvrage.
Au reste, on a trouvé à Langres, en 1642, dans les fondemens des anciens murs de cette ville, une consécration de monument que firent à Mercure surnommé Moccus, Lucius Masculus & Sedatia Blandula sa mere, pour l'accomplissement d'un voeu ; mais j'ignore ce que veut dire le surnom de Moccus donné à Mercure dans cette inscription. (D.J.)
MERCURES, (Antiq. greq.) On nommoit mercures, chez les Grecs, de jeunes enfans, de huit, dix à douze ans, qui étoient employés dans la célébration des mysteres. Lorsqu'on alla consulter l'oracle de Trophonius, deux enfans du lieu, qu'on appelloit mercures, dit Pausanias, venoient vous frotter d'huile, vous lavoient, vous nettoyoient, & vous rendoient tous les services nécessaires, autant qu'ils en étoient capables. Les Latins nommoient ces jeunes enfans Camilli, des Camilles ; parce que dans les mysteres de Samothrace, Mercure étoit appellé Casmillus. C'est à quoi se rapporte cet endroit de Virgile :
.... matrisque vocavit
Nomine Casmillum, mutatâ parte Camillam.
Statius Tullianus, cité par Macrobe, observe que Mercure étoit nommé Camillus, & que les Romains donnoient le nom de Camilles, aux enfans les plus distingués, lorsqu'ils servoient à l'autel. (D.J.)
MERCURE, s. m. titre d'une compilation de nouvelles & de pieces fugitives & littéraires, qui s'imprime tous les mois à Paris, & dont on donne quelquefois deux volumes, selon l'abondance des matieres.
Nous avons eu autrefois le mercure françois, livre très-estimé, & qui contient des particularités fort curieuses. Le mercure galant lui avoit succédé, & a été remplacé par celui qu'on nomme aujourd'hui mercure de France. Il tire ce nom de Mercure dieu du Paganisme, qu'on regardoit comme le messager des dieux, & dont il porte à son frontispice, la figure empreinte, avec cette légende : Quae colligit, spargit. Voyez JOURNAL.
MERCURE, dans l'Art héraldique, marque la couleur pourpre dans les armoiries des princes souverains. Voyez POURPRE.
|
| MERCURIALE | mercurialis, s. f. (Hist. nat. Bot.) genre de plante à fleur sans pétale, & composée de plusieurs étamines soutenues par un calice. Cette fleur est stérile. Les embryons naissent sur des individus qui ne donnent point de fleurs, & deviennent dans la suite des fruits composés de deux capsules qui renferment chacun une semence arrondie. Tournef. Inst. rei herb. Voyez PLANTE.
M. de Tournefort compte neuf especes de mercuriale, à la tête desquelles il met la mâle, la femelle & la sauvage.
La mercuriale mâle est nommée mercurialis testiculata, sive mas Dioscoridis & Plinii, par C. B. pere, & par Tournef. Inst. rei herb. 534. en anglois, the masle mercurii.
Elle a la racine tendre, fibreuse, annuelle, périssant après qu'elle a donné des fleurs & des graines. Elle pousse des tiges à la hauteur d'environ un pié, anguleuses, genouillées, lisses & rameuses. Ses feuilles ressemblent assez à celles de la pariétaire. Elles sont étroites, oblongues, unies, d'un verd-jaune-pâle, pointues, dentelées à leurs bords, d'une saveur nitreuse un peu chaude, & nauséabonde. D'entre les aisselles des feuilles sortent des pédicules courts & menus qui portent de petites bourses, ou des fruits à deux capsules un peu applaties, rudes & velues, qui contiennent chacune une petite semence ovale ronde.
Cette plante est fort commune dans les cimetieres, dans les jardins potagers, les vignobles & les décombres. Elle est du nombre des cinq plantes émollientes ; son suc est propre à faire tomber les verrues.
La mercuriale femelle ou à épi, est la mercurialis spicata seu faemina des Botanistes. Cette mercuriale est toute semblable à la mâle, dans ses tiges, ses feuilles & ses racines ; mais au lieu que la précédente ne fleurit point stérilement : celle-ci porte des fleurs à plusieurs étamines, soutenues par un calice à trois feuilles. Ces fleurs sont ramassées en épis, & ne sont suivies ni de fruits ni de graines. Elle fleurit tout l'été, & périt l'hiver. On s'en sert indifféremment comme de la mâle ; l'une & l'autre fournissent un sirop à la Médecine ; cultivées dans les jardins, elles sont fort supérieures à nos épinars.
Dans leur description, j'ai suivi l'opinion commune, en prenant la mercuriale stérile pour la femelle, & la fertile pour la mâle. Mais il est plus raisonnable d'appeller la stérile mâle, & la fertile femelle, & c'est ainsi qu'en pensent les meilleurs botanistes modernes.
La mercuriale sauvage, mâle ou femelle, mercurialis montana, spicata de Tournef. Inst. rei herb. 534. cynorambe mas & faemina, perennis, de Ray, & de J. B. pag. 979, ne doit pas être confondue avec celle des boutiques ; car il paroît qu'elle a une qualité somnifere & maligne. (J. D.)
MERCURIALE, (Pharm. & mat. med.) mercuriale mâle & mercuriale femelle : on se sert indifféremment en Médecine, de l'une & l'autre mercuriale.
Cette plante est apéritive, diurétique & légérement laxative : elle est une des cinq plantes émollientes.
Elle est fort peu employée dans les prescriptions magistrales, pour l'usage intérieur ; cependant quelques auteurs la recommandent en décoction, ou en bouillon avec un morceau de veau, pour tenir le ventre libre, principalement dans les menaces d'hydropisie, de rhumatisme, de cachexie, &c. Le miel mercurial, qui n'est autre chose qu'une espece de sirop simple préparé avec le suc de cette plante & le miel, possede à peu près les mêmes vertus. Mais ce sont des remedes bien foibles, en comparaison du fameux sirop de longue vie, appellé aussi sirop de mercuriale composé, quoique le suc de cette plante n'en soit qu'un des ingrédiens les moins actifs. Ce sirop est fort recommandé pour les usages dont nous venons de faire mention, & il est réellement très-utile dans ces cas ; mais il est évident que c'est à la racine de glayeul & à celle de gentiane, que ce sirop doit ses principales vertus. En voici la composition : Prenez, de suc épuré de mercuriale, deux livres ; des sucs de bourache & de buglose, de chacun, demi-livre ; de racine de glayeul ou iris, deux onces ; de racine de gentiane, une once ; de bon miel blanc, trois livres ; de vin blanc, douze onces : faites macerer dans le vin blanc pendant vingtquatre heures les racines pilées ; passez-les ; d'autre part, faites fondre le miel, mêlez-le aux sucs ; donnez quelques bouillons à ce mélange ; écumez-le légérement, & passez-le à la manche ; mêlez les deux liqueurs, & les cuisez en consistance de sirop.
L'usage ordinaire de ce sirop se continue pendant environ une quinzaine de jours ; & la dose en est d'environ deux cuillerées, que l'on prend trois ou quatre heures avant le repas. L'évacuation par les selles peu abondantes, mais soutenues que ce remede procure, & l'astriction légere que doit produire sur l'estomac l'extrait très-amer de la gentiane, l'ont fait regarder sur-tout comme un remede souverain pour rétablir les estomacs foibles, ruinés & chargés de glaires, & contre la migraine & les vertiges, qui sont souvent dépendans de la sécheresse du ventre. La mercuriale s'emploie extérieurement dans les cataplasmes émolliens rarement seule, plus souvent avec les autres plantes émollientes. Elle entre aussi assez communément avec les mêmes plantes dans la composition des lavemens émolliens & laxatifs. (b)
MERCURIALES, s. f. plur. (Mythol.) fête qu'on célébroit dans l'île de Crete en l'honneur de Mercure, avec une magnificence qui attiroit alors dans cette île un grand concours de monde, mais plus pour le commerce dont Mercure étoit le dieu, que pour la dévotion. La même fête se célébroit à Rome fort simplement le 14 de Juillet. (D.J.)
MERCURIALES, (Gram. Jurisprud.) cérémonie qui a lieu dans les cours souveraines le premier mercredi après l'ouverture des audiences de la S. Martin & de Pâques ; où le président exhorte les conseillers à rendre scrupuleusement la justice, & blâme ou loue les autres membres subalternes de la magistrature, selon qu'ils ont bien ou mal rempli leurs fonctions. Les mercuriales ont été établies par les édits des rois Charles VIII. Louis XII. & Henri III.
|
| MERCURIEL | ONGUENT, (Pharm. & mat. méd.) Voyez MERCURE & REMEDES MERCURIAUX.
MERCURIELLE, terre, (Chimie) ou troisieme terre de Becher. Voyez TERRES DE BECHER (les trois.)
La terre mercurielle est, selon Becher, le principe le plus propre, le plus spécifique des mixtes, celui dans lequel reside leur caractere constitutif, ineffaçable, immortalis quaedam forma caracterismum suum observans. C'est à la présence de cette terre qu'il attribue la propriété qu'ont, selon un dogme chimique qu'il adopte formellement, les sels volatils des plantes & des animaux, arrachés même de ces substances par la violence du feu, de représenter l'image, ideam, des substances qui les ont fournies. La resurrection des animaux de leurs propres cendres, la régénération des plantes, des fleurs est, selon lui, l'ouvrage de la terre mercurielle. Il rapporte l'expérience fort singuliere d'un morceau de jaspe tenu en fusion dans un creuset fermé, dont la couleur abandonna entierement la matiere pierreuse, & alla s'attacher à la partie supérieure du creuset, & s'y disposer de la même maniere qu'elle l'est sur le jaspe, tant pour la diversité des couleurs, que pour la distribution des veines & des taches : & c'est à sa terre mercurielle qu'il attribue le transport, la migration de l'ame du jaspe, c'est ainsi qu'il nomme cette matiere colorée. C'est cette terre qui donne la métalléité aux métaux, c'est-à-dire leur mollesse, extensibilité, malléabilité, liquescibilité. Elle est la plus pénétrante & la plus volatile des trois terres : c'est elle qui, soit seule, soit unie à la seconde terre, que les chimistes modernes appellent phlogistique, forme les mouffetes, pousses ou vapeurs souterraines, qui éteignent la flamme des flambeaux & des lampes des mineurs, & qui les suffoquent eux-mêmes, ou les incommodent considérablement. Voyez GAS, EXHALAISON, MOUFFETE, POUSSE ; c'est cette terre pure, nue & résoute, ou résoute en liqueur, qui est le véritable alkahest. Voyez ALKAHEST & MENSTRUE ; cette liqueur est si pénétrante que si on la respire imprudemment, on est frappé comme de la foudre, accident qui arriva une fois à Becher, qui fut sur le point d'en périr. La terre mercurielle se masque, larvatur, quelquefois dans les mines sous l'apparence d'une fumée ou d'une eau, & s'attache aussi quelquefois aux parois des galeries sous la forme d'une neige légere & brillante. La terre mercurielle est le principe de toute volatilité ; elle est surabondante dans le mercure ordinaire, qu'elle met par cet excès dans l'état de décomposition. Voyez l'article MIXTION, & c'est par son accrétion au corps métallique parfait, absolutum, qu'elle opere la mercurification. Voyez MERCURIFICATION. Elle est le premier être, primum ens, du sel marin. Quelques chimistes la regardent comme le principe de l'arsenic ; les métaux cornés, les sels alkalis volatils & ammoniacaux lui doivent leur volatilité, &c. Ceux qui ont appellé ce principe mercure, & qui l'ont pris bonnement pour le mercure coulant ordinaire, ou même pour le mercure des métaux, se sont grossierement trompés. Cette terre est appellée mercurielle au figuré ; ce nom ne signifie autre chose, sinon qu'elle est volatile & fluide, fluxilis, comme le mercure.
Nous venons d'exposer sommairement les propriétés fondamentales & caractéristiques que Becher attribue à sa troisieme terre. Le point de vûe sous lequel ce profond & ingénieux chimiste a considéré la composition des corps naturels, lorsqu'il s'est trouvé forcé à recourir à un pareil principe, est véritablement sublime, plein de génie & de sagacité : la chaîne, l'analogie, l'identité des phénomenes qu'il a rapprochés, qu'il a liés, en les déduisant de ce principe, est frappante, lumineuse, utile, avançant l'art. Mais enfin on est forcé d'avouer que ce n'est pourtant là qu'une coordination de convenance, qu'un système artificiel, & qu'elle fait tout au plus soupçonner ou desirer un principe quelconque. Stahl qui a tant médité le Becherianisme, & qui a été doué du génie éminent propre à en sonder les profondeurs & à en dévoiler les mysteres, confesse & professe, confiteor & profiteor, ce sont ses termes en dix endroits de son Specimen becherianum, que l'existence du principe mercuriel, & son influence dans les phénomenes que lui attribue Becher, ne sont rien moins que démontrés ; qu'il penche très-fort à se persuader que la troisieme terre de Becher ne differe qu'en nombre, & non pas en espece, de sa seconde terre, du phlogistique ; c'est-à-dire qu'une certaine quantité d'un même, seul & unique principe, étant admise dans les mixtes, y produit les effets attribués aux phlogistiques ; & qu'une quantité différente y produit les effets attribués à la terre mercurielle. Voyez MIXTION. Et enfin il promet en son nom, & en celui de tous les vrais chimistes, une éternelle reconnoissance à quiconque rendra simple, facile, praticable la doctrine de Becher sur cette troisieme terre, comme il l'a fait lui sur la seconde, sur le phlogistique. (b)
MERCURIELLE, eau ou liqueur. Voyez sous le mot EAU & l'article MERCURE, (Mat. méd.)
MERCURIELLE, liqueur ou huile. Voyez MERCURE, (Mat. méd.)
MERCURIFICATION, (Chimie) opération par laquelle on produit, ou prétend produire du vrai mercure coulant, par une transmutation quelconque des autres substances métalliques en celle-ci.
Ce changement est une des promesses de l'alchimiste. Le produit de cette opération s'appelle mercure des métaux, & en particulier selon l'espece, mercurifier, mercure d'or, d'argent, de plomb, &c. & ces produits sont non-seulement précieux en soi, mais plus encore parce qu'ils fournissent la matiere propre & hypostatique, le sujet, la matrice du grand-oeuvre.
Les chimistes antérieurs à Becher ont tous pensé que le mercure coulant étoit un principe essentiel de toute substance métallique, & que la conversion dont nous parlons étoit une vraie extraction. Becher a pensé que le mercure n'étoit point contenu actuellement dans les métaux, mais que le corps, le mixte métallique devoit recevoir une surabondance, un excès de l'un de ses principes, savoir de la terre mercurielle pour être changée en mercure coulant. Selon cette opinion la mercurification se fait donc par augmentation, par accrétion, par composition, par syncrese.
Stahl a prononcé sur la mercurification en particulier le même arrêt que sur le dogme de la terre mercurielle en général. Voyez la fin de l'article MERCURIELLE, terre, ce témoignage est très-grave, comme nous l'avons déjà observé en cet endroit. Mais on peut avancer que Stahl accorde même trop à cette doctrine, & sur-tout à l'affaire de la mercurification en particulier, en laissant le champ libre aux chimistes laborieux qui voudront entreprendre d'éclaircir cette matiere. Tout ce qui en a été écrit jusqu'à présent est si arbitraire quant au dogme, & si mal établi quant aux faits ; la maniere de ces ouvrages est si alchimique, c'est-à-dire si marquée par le ton affecté de mystere, & le vain étalage de merveilles, que tout le bon esprit est nécessairement rebuté de cette étude. Je n'en excepte point les ouvrages de Becher sur cette matiere, qui a été sa prétention ou sa manie favorite, son véritable donquichotisme, s'il est permis de s'exprimer ainsi, & de parler avec cette espece d'irrévérence d'un si grand homme. Le second supplément à sa physique souterraine que je me suis dix fois obstiné à lire sur la réputation de l'auteur, pendant le zele de mes premieres études, m'est autant de fois tombé des mains. Et supposé que les ouvrages de cette espece renferment réellement des immenses trésors de science, certes c'est acheter trop cher la science que de la poursuivre dans ces ténébreux abîmes. Voyez ce que nous avons déjà observé à ce sujet à l'article HERMETIQUE, philosophie. (b)
|
| MERDIN | (Géog.) les voyageurs écrivent aussi MARDIN, MÉRÉDIN, MIRIDEN, ville d'Asie dans le Diarbeck, avec un château, qui passe pour imprenable ; le terroir produit du coton en abondance. Elle appartient aux Turcs qui y ont un pacha avec garnison. Merdin est située à 6 lieues du Tigre, entre Mosoul & Bagdat, près d'Amed. Long. selon M. Petit de la Croix, 62. 50. lat. 35. 15. (D.J.)
|
| MERE | S. f. (Jurisprud.) est celle qui a donné la naissance à un enfant.
Il y avoit aussi chez les Romains des meres adoptives ; une femme pouvoit adopter des enfans quoiqu'elle n'en eût point de naturels.
On donne aussi le titre de mere à certaines églises, relativement à d'autres églises que l'on appelle leurs filles, parce qu'elles en ont été pour ainsi dire détachées, & qu'elles en sont dépendantes.
Pour revenir à celles qui ont le titre de meres selon l'ordre de la nature, on appelloit chez les Romains meres-de-famille les femmes qui étoient épousées per coemptionem, qui étoit le mariage le plus solemnel ; on leur donnoit ce nom parce qu'elles passoient en la main de leur mari, c'est-à-dire en sa puissance, ou du-moins en la puissance de celui auquel il étoit lui-même soumis, elles passoient en la famille du mari, pour y tenir la place d'héritier, comme enfant de la famille, à la différence de celle qui étoit seulement épousée per usum, que l'on appelloit matrona, mais qui n'étoit pas réputée de la famille de son mari.
Parmi nous on appelle mere-de-famille une femme mariée qui a des enfans. On dit en droit que la mere est toujours certaine, au-lieu que le pere est incertain.
Entre personnes de condition servile, l'enfant suit la condition de la mere.
La noblesse de la mere peut servir à ses enfans lorsqu'il s'agit de faire preuve de noblesse des deux côtés, & que les enfans sont légitimes & nés de pere & mere tous deux nobles ; mais si la mere seule est noble, les enfans ne le sont point.
Le premier devoir d'une mere est d'alaiter ses enfans, & de les nourrir & entretenir jusqu'à ce qu'ils soient en âge de gagner leur vie, lorsque le pere n'est pas en état d'y pourvoir.
Elle doit prendre soin de leur éducation en tout ce qui est de sa compétence, & singulierement pour les filles, auxquelles elle doit enseigner l'économie du ménage.
La mere n'a point, même en pays de Droit écrit, une puissance semblable à celle que le Droit romain donne aux peres ; cependant les enfans doivent lui être soumis, ils doivent lui porter honneur & respect, & ne peuvent se marier sans son consentement jusqu'à ce qu'ils aient atteint l'âge de majorité ; ils doivent, pour se mettre à couvert de l'exhérédation, lui faire des sommations respectueuses comme au pere.
En général la mere n'est pas obligée de doter ses filles comme le pere, elle le doit faire cependant selon ses moyens lorsque le pere n'en a pas le moyen ; mais cette obligation naturelle ne produit point d'action contre la mere non plus que contre le pere.
Lorsque le pere meurt laissant des enfans en bas âge, la mere quoique mineure est leur tutrice naturelle & légitime, & pour cet emploi elle est préférée à la grand-mere ; elle peut aussi être nommée tutrice par le testament de son mari ; le juge lui défere aussi la tutele. Voyez MINEUR & TUTELE.
La tutele finie, la mere est ordinairement nommée curatrice de ses enfans jusqu'à leur majorité.
Suivant la loi des douze tables, les enfans ne succédoient point à la mere, ni la mere aux enfans ; dans la suite le préteur leur donna la possession des biens sous le titre unde cognati ; enfin l'empereur Claude & le senatusconsulte Tertyllien déferent la succession des enfans à la mere, savoir à la mere in genere, lorsqu'elle avoit trois enfans, & à la mere affranchie lorsqu'elle en avoit quatre. Il y avoit cependant plusieurs personnes qui étoient préférées à la mere, savoir les héritiers siens ou ceux qui en tenoient lieu, le pere & le frere consanguin ; la soeur consanguine étoit admise. Par les constitutions postérieures la mere fut admise à la succession de son fils ou de sa fille unique, & lorsqu'il y avoit d'autres enfans elle étoit admise avec les freres & soeurs du défunt. Par le droit des novelles elles furent préférées aux freres & soeurs qui n'étoient joints que d'un côté.
L'édit de S. Maur du mois de Mai 1567, appellé communément l'édit des meres, ordonna que les meres ne succéderoient point en propriété aux biens paternels de leurs enfans, qu'elles demeureroient réduites à l'usufruit de la moitié de ces biens avec la propriété des meubles & acquêts qui n'en faisoient pas partie. Cet édit fut registré au parlement de Paris, mais il ne fut pas reçu dans les parlemens de Droit écrit, si ce n'est au parlement de Provence, & il a été révoqué par un autre édit du mois d'Août 1729, qui ordonne que les successions des meres à leurs enfans seront reglées comme elles l'étoient avant l'édit de S. Maur.
Suivant le Droit commun du pays coutumier, la mere, aussi-bien que le pere, succede aux meubles & acquêts de ses enfans décédés sans enfans ou petits-enfans ; à l'égard des propres ils suivent leur ligne.
La mere fut admise à la succession de ses enfans naturels par le senatusconsulte de Tertyllien.
Pour ce qui est des successions des enfans à leur mere, ils ne lui succedoient point ab intestat ; ce ne fut que par le senatusconsulte Arphitien qu'ils y furent admis, & même les enfans naturels, ce qui fut depuis étendu aux petits-enfans.
En France la mere ne succede point à ses enfans naturels, & ils ne lui succedent pas non plus si ce n'est en Dauphiné & dans quelques coûtumes singulieres, où le droit de succeder leur est accordé réciproquement. Voyez les Instit. de Just. liv. III. tit. iij. & iv. l'Institution d'Argou, tit. des bâtards. (A)
MERE DE DIEU, (Théol.) est une qualité que l'Eglise catholique donne à la sainte Vierge. V. VIERGE.
L'usage de la qualifier ainsi nous est venu des Grecs qui l'appelloient , que les Latins ont rendu par Deipara & Dei genitrix. Ce fut le concile d'Ephese qui introduisit cette dénomination, & le cinquieme concile de Constantinople ordonna qu'à l'avenir on qualifieroit toujours ainsi la sainte Vierge. Ce decret donna occasion à de terribles disputes. Anastase, prêtre de Constantinople, dont Nestorius étoit patriarche, avança hautement dans un sermon, qu'on ne devoit absolument point appeller la Vierge . Ces paroles ayant causé un grand soulevement dans les esprits, le patriarche prit le parti du prédicateur, & appuya sa doctrine. Voyez NESTORIEN.
Mais quoiqu'on puisse absolument parlant faire signifier à mere de Dieu, & signifiant quelquefois la même chose ; ce qui a fait que les Latins l'ont traduit par Dei genitrix, aussi-bien que par Deipara : cependant les anciens Grecs qui appelloient la Vierge , ne l'appelloient pas pour cela , mere de Dieu. Ce ne fut qu'après que les Latins eurent traduit par Dei genitrix, que les Grecs traduisirent à leur tour Dei genitrix par ; moyennant quoi les Grecs & les Latins s'accorderent à appeller la Vierge mere de Dieu.
Le premier, à ce que prétendent les Grecs, qui lui ait donné cette qualité est S. Léon ; & cela, prétend S. Cyrille, parce que prenant les mots de Seigneur & Dieu pour synonymes, il jugeoit que sainte-Elisabeth en appellant la sainte-Vierge mere de son Seigneur, avoit voulu dire mere de Dieu.
MERE-FOLLE, ou MERE-FOLIE, (Histoir. mod.) nom d'une société facétieuse qui s'établit en Bourgogne sur la fin du xiv. siecle ou au commencement du xv. Quoiqu'on ne puisse rien dire de certain touchant la premiere institution de cette société, on voit qu'elle étoit établie du tems du duc Philippe le Bon. Elle fut confirmée par Jean d'Amboise, évêque de Langres, gouverneur de Bourgogne, en 1454 : festum fatuorum, dit M. de la Mare, est ce que nous appellons la mere-folle.
Telle est l'époque la plus reculée qu'on puisse découvrir de cette société, à moins qu'on ne veuille dire avec le P. Menestrier, qu'elle vient d'Engelbert de Cleves, gouverneur du duché de Bourgogne, qui introduisit à Dijon cette espece de spectacle ; car je trouve, poursuit cet auteur, qu'Adolphe, comte de Cleves, fit dans ses états une espece de société semblable, composée de trente-six gentilshommes ou seigneurs qu'il nomma la compagnie des fous. Cette compagnie s'assembloit tous les ans au tems des vendanges. Les membres mangeoient tous ensemble, tenoient cour pleniere, & faisoient des divertissemens de la nature de ceux de Dijon, élisant un roi & six conseillers pour présider à cette fête. On a les lettres-patentes de l'institution de la société du fou, établie à Cleves en 1381. Ces patentes sont scellées de 35 sceaux en cire verte, qui étoit la couleur des fous. L'original de ces lettres se conservoit avec soin dans les archives du comté de Cleves.
Il y a tant de rapport entre les articles de cette institution & ceux de la société de la mere-folle de Dijon, laquelle avoit, comme celle du comté de Cleves, des statuts, un sceau & des officiers, que j'embrasse volontiers le sentiment du P. Menestrier, qui croit que c'est de la maison de Cleves que la compagnie dijonnoise a tiré son origine ; ajoutez que les princes de cette maison ont eu de grandes alliances avec le duc de Bourgogne, dans la cour desquels ils vivoient le plus souvent.
La plûpart des villes des Pays-bas dépendantes des ducs de Bourgogne, célébroient de semblables fêtes. Il y en avoit à Lille sous le nom de fête de l'épinette, à Douai sous le nom de la fête aux ânes, à Bouchain sous le nom de prevôt de l'étourdi, & à Evreux sous celui de la fête des couards, ou cornards.
Doutreman a décrit ces fêtes dans son histoire de Valenciennes ; en un mot, il y avoit alors peu de villes qui n'eussent de pareilles bouffonneries.
La mere-folle ou mere-folie, autrement dite l'infanterie dijonnoise, en latin de ce tems-là, mater stultorum, étoit une compagnie composée de plus de 500 personnes, de toutes qualités, officiers du parlement, de la chambre des comptes, avocats, procureurs, bourgeois, marchands, &c.
Le but de cette société étoit la joie & le plaisir. La ville de Dijon, dit le P. Menestrier, qui est un pays de vendanges & de vignerons, a vu long-tems un spectacle qu'on nommoit la mere-folie. Ce spectacle se donnoit tous les ans au tems du carnaval, & les personnes de qualité déguisées en vignerons, chantoient sur des chariots des chansons & des satyres qui étoient comme la censure publique des moeurs de ce tems-là. C'est de ces chansons à chariots & à satyres que venoit l'ancien proverbe latin, des chariots d'injures, plaustra injuriarum.
Cette compagnie, comme nous l'avons déjà dit, subsistoit dans les états du duc Philippe le Bon avant 1454, puisqu'on en voit la confirmation accordée cette même année par ce prince. L'on voit aussi au trésor de la sainte chapelle du roi à Dijon une seconde confirmation de la mere-folle en 1482, par Jean d'Amboise, évêque de Langres, lieutenant en Bourgogne, & par le seigneur de Beaudricourt, gouverneur du pays ; ladite confirmation est en vers françois.
Cette société de mere-folle étoit composée d'infanterie. Elle tenoit ordinairement assemblée dans la salle du jeu de paume de la poissonnerie, à la réquisition du procureur fiscal, dit fiscal verd, comme il paroît par les billets de convocation, composés en vers burlesques. Les trois derniers jours du carnaval, les membres de la société portoient des habillemens déguisés & bigarrés de couleur verte, rouge & jaune, un bonnet de même couleur à deux pointes avec des sonnettes, & chacun d'eux tenoit en main des marottes ornées d'une tête de fou. Les charges & les postes étoient distingués par la différence des habits ; la compagnie avoit pour chef celui des associés qui s'étoit rendu le plus recommandable par sa bonne mine, ses belles manieres & sa probité. Il étoit choisi par la société, en portoit le nom, & s'appelloit la mere-folle. Il avoit toute sa cour comme un souverain, sa garde suisse, ses gardes à cheval, ses officiers de justice, des officiers de sa maison, son chancelier, son grand écuyer, en un mot toutes les dignités de la royauté.
Les jugemens qu'il rendoit s'exécutoient nonobstant appel, qui se relevoit directement au parlement. On en trouve un exemple dans un arrêt de la cour du 6 Février 1579, qui confirme le jugement rendu par la mere-folle.
L'infanterie qui étoit de plus de 200 hommes, portoit un guidon ou étendard, dans lequel étoient peintes des têtes de fous sans nombre avec leurs chaperons, plusieurs bandes d'or, & pour devise, stultorum infinitus est numerus.
Ils portoient un drapeau à deux flammes de trois couleurs, rouge, verte & jaune, de la même figure & grandeur que celui des ducs de Bourgogne. Sur ce drapeau étoit représentée une femme assise, vêtue pareillement de trois couleurs, rouge, verte & jaune, tenant en sa main une marotte à tête de fou, & un chaperon à deux cornes, avec une infinité de petits fous coîffés de même, qui sortoient par-dessous & par les fentes de sa jupe. La devise pareille à celle de l'étendard, étoit bordée tout-au-tour de franges rouges, vertes & jaunes.
Les lettres-patentes que l'on expédioit à ceux que l'on recevoit dans la société, étoient sur parchemin, écrites en lettres de trois couleurs, signées par la mere-folle, & par le griffon verd, en sa qualité de greffier. Sur ces lettres-patentes étoit empreinte la figure d'une femme assise, portant un chaperon en tête, une marotte en main, avec la même inscription qu'à l'étendart.
Quand les membres de la société s'assembloient pour manger ensemble, chacun portoit son plat. La mere-folle (on sait que c'est le commandant, le général, le grand-maître) avoit cinquante suisses pour sa garde. C'étoient les plus riches artisans de la ville qui se prêtoient volontiers à cette dépense. Ces suisses faisoient garde à la porte de la salle de l'assemblée, & accompagnoient la mere-folle à pié, à la reserve du colonel qui montoit à cheval.
Dans les occasions solemnelles, la compagnie marchoit avec de grands chariots peints, traînés chacun par six chevaux caparaçonnés avec des couvertures de trois couleurs, & conduits par leur cochers & leurs postillons vêtus de même. Sur ces chariots étoient seulement ceux qui récitoient des vers bourguignons, habillés comme le devoient être les personnages qu'ils représentoient.
La compagnie marchoit en ordre avec ces chariots par les plus belles rues de la ville, & les plus belles poésies se chantoient d'abord devant le logis du gouverneur, ensuite devant la maison du premier président du parlement, & enfin devant celle du maire. Tous étoient masqués, habillés de trois couleurs, mais ayant des marques distinctives suivant leurs offices.
Quatre hérauts avec leurs marottes, marchoient à la tête devant le capitaine des gardes ; ensuite paroissoient les chariots, puis la mere-folle précédée de deux hérauts, & montée sur une haquenée blanche ; elle étoit suivie de ses dames d'atour, de six pages & de douze valets de pié : après eux venoit l'enseigne, puis 50 officiers, les écuyers, les fauconniers, le grand veneur & autres. A leur suite marchoit le guidon, accompagné de 50 cavaliers, & à la queue de la procession le fiscal verd & les deux conseillers, habillés comme lui ; enfin les suisses fermoient la marche.
La mere-folle montoit quelquefois sur un chariot fait exprès, tiré par deux chevaux seulement, lorsqu'elle étoit seule ; toute la compagnie le précédoit, & suivoit ce char en ordre. D'autres fois on atteloit au char de la mere-folle douze chevaux richement caparaçonnés ; & cela se faisoit toujours lorsqu'on avoit construit sur le chariot un théâtre capable de contenir avec la mere-folle des acteurs habillés suivant la cérémonie : ces acteurs récitoient aux coins des rues des vers françois & bourguignons conformes au sujet. Une bande de violons & une troupe de musiciens étoient aussi sur ce théâtre.
S'il arrivoit dans la ville quelque événement singulier, comme larcin, meurtre, mariage bizarre, séduction du sexe, &c. pour lors le chariot & l'infanterie étoient sur pié ; l'on habilloit des personnes de la troupe de même que ceux à qui la chose étoit arrivée, & on représentoit l'événement d'après nature. C'est ce qu'on appelle faire marcher la mere-folle, l'infanterie dijonnoise.
Si quelqu'un aggrégé dans la compagnie s'en absentoit, il devoit apporter une excuse légitime, sinon il étoit condamné à une amende de 20 livres. Personne n'étoit reçu dans le corps que par la mere-folle, & sur les conclusions du fiscal verd ; on expédioit ensuite des provisions au nouveau reçu, qui lui coûtoient une pistole.
Quand quelqu'un se présentoit pour être admis dans la compagnie, le fiscal assis faisoit des questions en rimes, & le récipiendaire debout, en présence de la mere-folle & des principaux officiers de l'infanterie, devoit aussi répondre en rimes ; sans quoi son aggrégation n'étoit point admise. Le recipiendaire de grande condition, ou d'un rang distingué, avoit le privilege de répondre assis.
D'abord après la réception, on lui donnoit les marques de confrere, en lui mettant sur la tête le chapeau de trois couleurs, & on lui assignoit des gages sur des droits imaginaires, ou qui ne produisoient rien, comme on le voit par quelques lettres de réception qui subsistent encore. Nous avons dit plus haut que la compagnie comptoit parmi ses membres des personnes du premier rang, en voici la preuve qui méritoit d'être transcrite.
Acte de réception de Henri de Bourbon, prince de Condé, premier prince du sang, en la compagnie de la mere-folle de Dijon l'an 1626.
Les superlatifs, mirélifiques & scientifiques, l'opinant de l'infanterie dijonnoise, régent d'Apollon & des muses, nous légitimes enfans figuratifs du vénérable Bon-tems & de la marotte ses petit-fils, neveux & arriere-neveux, rouges, jaunes, verds, couverts, découverts & forts-en-gueule ; à tous fous, archi-fous, lunatiques, hétéroclites, éventés, poétes de nature bizarres, durs & mols, almanachs vieux & nouveaux, passés, présens & à venir, salut. Doubles pistoles, ducats & autres especes forgées à la portugaise, vin nouveau sans aucun malaise, & chelme qui ne le voudra croire, que haut & puissant seigneur Henri de Bourbon, prince de Condé, premier prince du sang, maison & couronne de France, chevalier, &c. à toute outrance auroit son altesse honoré de sa présence les festus & guoguelus mignons de la mere-folle, & daigné requérir en pleine assemblée d'infanterie, être immatriculé & recepturé, comme il a été reçu & couvert du chaperon sans péril, & pris en main la marotte, & juré par elle & pour elle ligue offensive & défensive, soutenir inviolablement, garder & maintenir folie en tous ses points, s'en aider & servir à toute fin, requérant lettres à ce convenables ; à quoi inclinant, de l'avis de notre redoutable dame & mere, de notre certaine science, connoissance, puissance & autorité, sans autre information précédente, à plein confiant de S. A. avons icelle avec allégresse par ces présentes, hurelu, berelu, à bras ouverts & découverts, reçu & impatronisé, le recevons & impatronisons en notre infanterie dijonnoise, en telle sorte & maniere qu'elle demeure incorporée au cabinet de l'inteste, & généralement tant que folie durera, pour par elle y être, tenir & exercer à son choix, telle charge qu'il lui plaira aux honneurs, prérogatives, prééminences, autorité & puissance que le ciel, sa naissance & son épée lui ont acquis ; prêtant S. A. main forte à ce que folie s'éternise, & ne soit empêchée, ains ait cours & décours, débit de sa marchandise, trafic & commerce en tout pays, soit libre par tout, en tout privilégiée ; moyennant quoi, il est permis à S. A. ajouter, si faire le veut, folie sur folie, franc sur franc, ante, sub ante, per ante, sans intermission, diminution ou interlocutoire, que le branle de la machoire ; & ce aux gages & prix de sa valeur, qu'avons assigné & assignons sur nos champs de Mars & dépouilles des ennemis de la France, qu'elle levera par ses mains, sans en être comptable. Donné & souhaité à S. A.
A Dijon, où elle a été,
Et où l'on boit à sa santé,
L'an six cent mille avec vingt-six,
Que tous les fous étoient assis.
Signé par ordonnance des redoutables seigneurs buvans & folatiques, & contre-signé Deschamps, Mere, & plus bas, le Griffon verd.
Cependant peu d'années après cette facétieuse réception du premier prince du sang dans la société, parut l'édit sévere de Louis XIII, donné à Lyon le 21 Juin 1730, vérifié & enregistré à la cour le 5 Juillet suivant, qui abolit & abrogea sous de grosses peines, la compagnie de la mere-folle de Dijon ; laquelle compagnie de mere-folle, dit l'édit, est vraiment une mere & pure folie, par les désordres & débauches qu'elle a produits, & continue de produire contre les bonnes moeurs, repos & tranquillité de la ville, avec très-mauvais exemple.
Ainsi finit la société dijonnoise. Il est vraisemblable que cette société, ainsi que les autres confreries laïques du royaume, tiroient leur origine de celle qui vers le commencement de l'année se faisoit depuis plusieurs siecles dans les églises par les ecclésiastiques, sous le nom de la fête des fous. Voyez FETE DES FOUS.
Quoi qu'il en soit, ces sortes de sociétés burlesques prirent grande faveur & fournirent long-tems au public un spectacle de récréation & d'intérêt, mêlé sans doute d'abus ; mais faciles à réprimer par de sages arrêts du parlement, sans qu'il fût besoin d'ôter au peuple un amusement qui soulageoit ses travaux & ses peines. (D.J.)
MERE, (Jardin) se dit d'une touffe d'ifs, de tilleuls & autres arbres qu'on a resserrés dans une pepiniere, & dont on tire des boutures & des marcottes ; ce qui s'appelle une mere, parce qu'elle reproduit plusieurs enfans.
MERE-PERLE, MERE DES PERLES, MAIRE DES PERLES, concha margaritifera Jonst. (hist. nat.) on a donné le nom de mere-perle à une espece de coquillage bivalve, du genre des huitres, parce qu'on y trouve beaucoup plus de perles que dans les autres coquillages ; elles sont aussi plus grosses & plus belles. La mere-perle est grande, pesante, & de figure applatie & circulaire ; elle a la surface extérieure grise & inégale, l'intérieure est blanche ou de couleur argentée, unie & nacrée. On pêche ce coquillage dans les mers orientales. Suite de la matiere médicale, tom. I. Voyez PERLE, COQUILLE.
|
| MERECZ | (Géog.) ville du grand duché de Lithuanie, au confluent de la Meretz & du Mémen, à 12 lieues N. E. de Grodno, 19 S. E. de Vilna. Long. 43. 2. lat. 53. 55.
|
| MEREND | (Géog.) ville de Perse, dans l'Azerbiane, dont M. Petit de la Croix met la long. à 80. 50. & la lat. à 37. 35.
|
| MERIDA | (Géog.) par les latins, Emerita Augusta, ancienne petite & forte ville d'Espagne, dans la nouvelle Castille. Auguste la bâtit, & y établit une colonie romaine, l'an de Rome 726. Il orna sa nouvelle ville d'un pont de pierre sur la Guadiana, qui fut emporté en 1610, de deux aqueducs, & il acheva un chemin qu'on avoit commencé de cette place à Cadix. On a des médailles qui prouvent tous ces faits. Vespasien y fit aussi de belles réparations.
Sous les Goths, Mérida tenoit le premier rang dans l'état & dans l'Eglise ; car elle étoit la capitale de la Lusitanie, & la métropole des évêchés d'alentour. Les Maures en ont été les maîtres pendant 520 ans ; elle leur fut enlevée en 1230.
Elle est située dans une vaste campagne, fertile en vins, en pâturages, en fruits admirables, & surtout en grains, à 14 lieues espagnoles E. d'Elvas, 10 S. E. d'Alcantara, 40. S. O. de Madrid. Long. 12. 15. lat. 38. 45. (D.J.)
MERIDA, (Géog.) petite ville de l'Amérique méridionale, au nouveau royaume de Grenade, dans un terroir abondant en fruits, à 40 lieues N. E. de Pampelune. Long. 309. 17. lat. 8. 30.
MERIDA, (Géog.) petite ville de l'Amérique septentrionale, dans la nouvelle Espagne, capitale de la province d'Yucatan, la résidence de l'évêque & du gouverneur de cette province. Elle n'est cependant habitée que par quelques espagnols, & par des indiens, & est à 12 lieues de la mer. Longit. 289. 50. lat. 20. 10.
|
| MERIDARCHE | S. m. (Crit. sacr.) emploi dont Alexandre Balis, roi de Syrie, honora Jonathas, frere de Judas Macchabée, chef du peuple, général des troupes & grand sacrificateur. Grotius, dans son commentaire sur les Macchabées, dit que cette charge approchoit de celle d'écuyer tranchant, qu'un des électeurs a dans l'empire l'Allemagne. Mais le même Grotius, sur S. Matt. xix. 28. préfere une autre explication de ce terme, qui est celle de gouverneur de province, ou de tribu. Il est bien plus que vraisemblable que Jonathas fut nommé par Alexandre au gouvernement d'une province de l'empire de Syrie, qu'à celui de régler ce qui regardoit sa table. (D.J.)
|
| MERIDIANI | (Hist. anc.) nom que les anciens Romains donnoient à une espece de gladiateurs qui se donnoient en spectacle, & entroient dans l'arène vers le midi, les bestiaires ayant déja combattu le matin contre les bêtes.
Les Méridiens prenoient leur nom du tems auquel ils donnoient leur spectacle. Les Méridiens ne combattoient pas contre les bêtes, mais les uns contre les autres l'épée à la main. De-là vient que Séneque dit que les combats du matin étoient pleins d'humanité, en comparaison de ceux qui les suivoient.
|
| MÉRIDIEN | S. m. (Astronomie) grand cercle de la sphere qui passe par le zénith & le nadir, & par les poles du monde, & qui divise la sphere du monde en deux hémispheres placés l'un à l'orient, & l'autre à l'occident. Voyez SPHERE. On peut définir encore plus simplement le méridien, en disant que c'est un cercle vertical A Z B N, Pl. astron. I. fig. 6. qui passe par les poles du monde P, Q. Voyez VERTICAL & CERCLE.
On l'appelle méridien, du mot latin meridies, midi, parce que lorsque le soleil se trouve dans ce cercle, il est ou midi ou minuit pour tous les endroits situés sous ce même cercle.
MERIDIEN, (Géographie) c'est un grand cercle comme P A Q D, Pl. géogr. fig. 7. qui passe par les poles de la terre P, Q, & par un lieu quelconque donné Z ; de façon que le plan de tous méridiens terrestres est toûjours dans le plan du méridien céleste ; d'où il s'ensuit 1°. que comme tous les méridiens entourent, pour ainsi dire, la terre, en se coupant aux poles, il y a plusieurs lieux situés sous le même méridien. 2°. Comme il est ou midi ou minuit toutes les fois que le centre du soleil est dans le méridien des cieux, & comme le méridien terrestre est dans le plan du céleste, il s'ensuit qu'il est au même instant ou midi ou minuit dans tous les lieux situés sous le même méridien. 3°. On peut concevoir autant de méridiens sur la terre, que de points sur l'équateur ; desorte que les méridiens changent à mesure que l'on change de longitude.
Premier méridien, est celui duquel on compte tous les autres en allant d'orient en occident. Le premier méridien est donc le commencement de la longitude. Voyez LONGITUDE.
C'est une chose purement arbitraire de prendre tel ou tel méridien pour premier méridien ; aussi le premier méridien a-t-il été fixé différemment par différens auteurs en différentes nations, & en différens tems ; ce qui a été une source de confusion dans la Géographie. La regle que les anciens observoient là-dessus étoit de faire passer le premier méridien par l'endroit le plus occidental qu'ils connussent : mais les modernes s'étant convaincus qu'il n'y avoit point d'endroit sur la terre qu'on pût regarder comme le plus occidental, on a cessé depuis ce tems de compter les longitudes des lieux, à commencer d'un point fixe.
Ptolomée prenoit pour premier méridien, celui qui passe par la plus éloignée des îles fortunées, parce que c'étoit l'endroit le plus occidental qu'on connût alors. Depuis on recula le premier méridien de plus en plus, à mesure qu'on découvrit des pays nouveaux. Quelques-uns prirent pour premier méridien, celui qui passe par l'île S. Nicolas, près du cap-Verd ; Hondius, celui de l'île de Saint-Jacques ; d'autres, celui de l'île du Corbeau, l'une des Açores. Les derniers géographes, & sur-tout les Hollandois, l'ont placé au pic de Ténériffe ; d'autres, à l'île de Palme, qui est encore une des Canaries ; & enfin, les François l'ont placé par ordre de Louis XIII. à l'île de Fer, qui est aussi une des Canaries.
On compte de cette île la longitude vers l'orient, en achevant le cercle, c'est-à-dire jusqu'au 360 degré qui vient joindre cette île à son occident. Il y a même à cette occasion une ordonnance de Louis XIII. du premier Juillet 1634, qui défend à tous pilotes, hydrographes, compositeurs & graveurs de cartes ou globes géographiques, " d'innover ni changer l'ancien établissement des méridiens, ou de constituer le premier d'iceux ailleurs qu'à la partie occidentale des îles Canaries, conformément à ce que les plus anciens & fameux géographes ont déterminé, &c. " M. de Lisle l'avoit d'abord conclu à 20 degrés cinq minutes de longitude occidentale par rapport à Paris, d'après les observations de messieurs Varin & Deshayes, faites en 1682 à Gorée, petite île d'Afrique, qui est à deux lieues du cap Verd ; mais il s'étoit arrêté ensuite au nombre rond de 20 degrés.
Il seroit sans doute plus sûr & plus commode de prendre pour point fixe un lieu plus connu, & dont la position fût mieux constatée ; tel, par exemple, que l'observatoire de Paris, & de compter ensuite la longitude orientale ou occidentale, en partant du méridien de ce lieu jusqu'au 180 degré de part & d'autre ; c'est ainsi que plusieurs astronomes & géographes le pratiquent aujourd'hui. Mais outre que cet usage n'est pas encore généralement établi, il seroit toûjours important de connoître la véritable position de l'île de Fer par rapport à Paris, pour profiter d'une infinité d'observations & de déterminations géographiques, qui ont été faites relativement à cette île.
C'est la plus occidentale des Canaries qu'on croit être les îles fortunées des anciens, & qui s'étendent peu-à-peu sur un même parallele au nombre de sept. Ptolomée au contraire qui n'en comptoit que six, plaçoit toutes les îles fortunées sur une même ligne du nord au sud, qu'il prenoit aussi pour le premier méridien, & il leur donnoit par conséquent à toutes la même longitude. De-là une infinité d'erreurs & d'équivoques dans nos premiers navigateurs ; plusieurs d'entr'eux ayant pris indistinctement une de ces îles pour le point fixe d'où l'on devoit compter les longitudes de tous les autres lieux de la terre. M. le Monnier, dans les mém. de l'acad. de 1742, place l'île de Fer à 20 degrés deux minutes 30 secondes, à l'occident de Paris. Instit. astron.
Sans faire attention à toutes ces regles purement arbitraires sur la position du premier méridien, les Géographes & constructeurs de cartes prennent assez souvent pour premier méridien, celui de leur propre ville, ou de la capitale de l'état où ils vivent ; & c'est de-là qu'ils comptent les degrés de longitude des lieux.
Les Astronomes choisissent dans leur calcul pour premier meridien, celui du lieu où ils font leurs observations. Ptolomée avoit pris celui d'Alexandrie ; Tycho Brahé, celui d'Uranibourg ; Riccioli celui de Boulogne ; Flamsteed prend l'observatoire royal de Greenwich ; & les Astronomes françois l'observatoire royal de Paris. Voyez OBSERVATOIRE.
Comme c'est à l'horison que toutes les étoiles se levent & se couchent, de même c'est au méridien qu'elles sont à leur plus grande hauteur ; & c'est aussi dans le même méridien au-dessous de l'horison, qu'elles sont dans leur plus grand abaissement. Car puisque le méridien est situé perpendiculairement tant à l'égard de l'équateur, qu'à l'égard de l'horison, il est évident de-là qu'il doit diviser en parties égales soit au-dessus, soit au-dessous de l'horison, les segmens de tous les cercles paralleles ; & qu'ainsi le tems qui doit s'écouler entre le lever d'une étoile & son passage au méridien, est toûjours égal à celui qui est compris entre le passage au méridien & le coucher. Voyez CULMINATION.
On trouve dans les Transactions philosophiques des observations qui porteroient à soupçonner que les méridiens varieroient à la longue. Cette opinion se prouve par l'ancienne méridienne de saint Pétrone de Boulogne, qui maintenant ne décline pas moins, dit-on, que de huit degrés du vrai méridien de la ville, & par celle de Tycho à Uranibourg, qui, selon M. Picart, s'éloigne de 16 minutes du méridien moderne. S'il y a en cela quelque chose de vrai, dit M. Vallis, ce doit être une suite des changemens des poles terrestres, changement qu'il faut vraisemblablement attribuer à quelque altération dans le mouvement diurne, & non à un mouvement des points du ciel ou des étoiles fixes auxquelles répondent les poles de la terre.
En effet, si les poles du mouvement diurne restoient fixes au même point de la terre, les méridiens dont l'essence, pour ainsi dire, est de passer par les poles, resteroient toûjours les mêmes.
Mais cette idée que les méridiens puissent changer de position, semble se détruire par les observations de M. de Chazelles, de l'académie des Sciences, qui étant en Egypte, a trouvé que les quatre côtés d'une pyramide construite 3000 ans auparavant, regardoient encore exactement les quatre points cardinaux ; position qu'on ne sauroit prendre pour un effet du hasard. Il est bien plus naturel de penser, ou qu'il y a eu quelque erreur dans les opérations de Tycho, & dans la méridienne de Boulogne, ou ce qui est encore plus vraisemblable, que le sol des endroits où ces méridiennes ont été tracées, sur-tout celle de Boulogne, peut avoir souffert quelque altération. Voyez POLE.
Méridien du globe ou de la sphere, c'est le cercle de cuivre dans lequel la sphere tourne & est suspendue ; il est divisé en quatre quarts ou 360 degrés en commençant à l'équateur. C'est sur ce cercle & à commencer de l'équateur, qu'on compte dans le globe céleste la déclinaison australe & boréale du soleil & des étoiles fixes, & dans les globes terrestres la latitude des lieux nord & sud ; il y a deux points sur ce cercle qu'on nomme poles ; & celui de ses diametres qui passe par ces deux points, nommé l'axe de la terre dans le globe terrestre, ou l'axe des cieux dans le céleste ; parce que c'est sur ce diametre que la terre tourne.
On trace ordinairement 36 méridiens sur le globe terrestre, savoir de dix en dix degrés de l'équateur ou de longitude.
Les usages de ce cercle appellé méridien, sont d'arrêter par son moyen le globe à une certaine latitude, ou à une certaine hauteur de pole, ce qu'on appelle rectifier le globe, voyez GLOBE ; de faire connoître la déclinaison, l'ascension droite, la plus grande hauteur du soleil ou d'une étoile. Voyez encore l'article GLOBE.
MERIDIENNE, ou LIGNE MERIDIENNE, c'est une partie de la commune section du plan du méridien d'un lieu & de l'horison de ce lieu. On l'appelle quelquefois ligne du nord & sud, parce que sa direction est d'un pole à l'autre. Voyez MERIDIEN.
On appelle aussi en général méridienne, la commune section du méridien & d'un plan quelconque, horisontal, vertical, ou incliné. Voyez plus bas MERIDIENNE D'UN CADRAN.
La ligne méridienne est d'un grand usage en Astronomie, en Géographie, en Gnomonique ; toutes ces sciences supposent qu'on sache la tracer exactement ; ce qui a fait que différens astronomes se sont donnés les plus grands soins & la plus grande peine pour la décrire avec la derniere précision. Une des plus fameuses autrefois étoit celle qu'avoit tracé M. Cassiny sur le pavé de l'église de sainte Pétrone à Boulogne. Au toît de l'église, 1000 pouces au-dessus du pavé, est un petit trou-à-travers lequel passe l'image du soleil ; de façon que dans le moment où cet astre est au méridien, elle tombe toûjours infailliblement sur la ligne, & elle y marque le progrès du soleil en différens tems de l'année par les différens points où elle correspond en ces différens tems.
Quand cette méridienne fut finie, M. Cassiny apprit aux Mathématiciens de l'Europe par un écrit public, qu'il s'étoit établi dans un temple un nouvel oracle d'Apollon ou du soleil, que l'on pouvoit consulter avec confiance sur toutes les difficultés d'Astronomie. On peut en voir l'histoire plus en détail dans l'éloge de cet astronome par M. de Fontenelle, Hist. acad. 1712. Voyez SOLSTICE & GNOMON.
A Paris les plus célébres méridiennes de cette espece sont celles de l'Observatoire de Paris, & de S. Sulpice. Dans toutes ces méridiennes, qu'on peut regarder comme des especes d'instrumens, les plus grands dont les Astronomes se soient servis, le gnomon proprement dit, est une ouverture d'environ un pouce de diametre, pratiquée à la voute, ou en quelque endroit de ces édifices, par où passent les rayons du soleil, dont l'image vient se projetter sur le plan horisontal de la méridienne : chez les anciens ce qu'on appelloit des gnomons, consistoit ordinairement en de grands obélisques élevés en plein air, & dans quelque grande place, au sommet desquels étoit un globe, ou une figure quelconque, qui faisoit l'office de cette ouverture, & dont l'ombre tenoit lieu de l'image solaire, en cela inférieurs à nos méridiennes, puisque cette ombre ainsi environnée de la lumiere du soleil ne pouvoit qu'être fort mal terminée, & d'autant plus mal, que le gnomon étoit plus grand, & le soleil plus bas, comme il arrive au tems du solstice d'hyver. Voyez GNOMON.
M. le Monnier nous a donné dans les Mém. de l'académie des Sciences de 1743, la description de la méridienne qu'il a tracée dans l'église de S. Sulpice, description que nous allons transcrire ici d'après l'historien de l'académie. Cette méridienne avoit été tracée il y avoit environ vingt ans par Henri Sully, fameux horloger anglois. L'ouverture en fut placée aux vitraux du bras méridional de la croisée à 75 piés de hauteur. Le mur opposé du bras septentrional n'en étoit intérieurement qu'à 180 piés ; d'où il suit que l'image du soleil, qui passoit par cette ouverture, ne pouvoit porter sur la ligne méridienne, tracée horisontalement sur le pavé de l'église que jusqu'au commencement de Novembre. Car on sait que le point du solstice d'hyver sur une pareille ligne à la latitude de Paris, s'éloigne du pié du stile ou du gnomon de plus du triple de sa hauteur ; ce qui donne plus de 225 ou 230 piés. Le soleil se peignoit donc alors sur le mur opposé ; & la méridienne continuée devenoit une ligne véritable.
M. le Monnier ayant pris garde à cette espece d'inconvénient, n'en a été frappé que pour le tourner au profit de l'astronomie. Il a fait hausser de 5 piés & reculer de 2 la grande plaque de métal, ce soleil doré qui en portoit l'ouverture, ou plutôt il y en a substitué une autre, qui est scellée dans l'épaisseur du mur, & qui n'en déborde que pour présenter aux rayons du soleil l'ouverture d'un pouce de diametre, ce qui la rend d'autant moins sujette à se dilater par le chaud, & à se resserrer par le froid, & l'on a entierement supprimé le jour de la fenêtre. Cette ouverture est donc présentement à 80 piés de hauteur au-dessus du pavé de l'église. A la partie inférieure du mur septentrional, où répond désormais la portion verticale de la nouvelle méridienne, qui se trouve à 18 pouces vers l'occident de la précédente : on a encastré en saillie un obélisque de marbre blanc de 30 à 35 piés de hauteur, sur une base ou piéd'estal de 4 à 5 piés de largeur ; & à la face antérieure & exactement verticale de cet obélisque, sur la méridienne qui la coupe par le milieu, sont gravées les transversales de 3 minutes, & leurs subdivisions de 5 en 5 secondes, qui répondent aux bords supérieurs & inférieurs du soleil au solstice d'hyver. Voici les avantages qui résultent de toute cette construction.
L'image du soleil qui se peint sur un plan horisontal vers le tems du solstice d'hyver, étant desalongée sur le grand axe de la projection, se trouve parlà mal bornée sur cet axe, donne une grande pénombre, & ne peut par conséquent qu'indiquer assez imparfaitement la hauteur apparente du soleil. Ici au contraire l'image du soleil est presque ronde à ce solstice, & sa projection qui est d'environ 20 pouces de diametre en hauteur, approche d'autant plus d'être direct, qu'elle eût été plus oblique sur le plan horisontal ; elle est aussi d'autant moins affoiblie par ses bords.
Cette image au solstice d'hyver parcourt deux lignes par seconde sur l'obélisque où elle monte à environ 25 piés au-dessus du pavé de l'église, & un peu plus de 3 lignes, lorsque le soleil étant au parallele de Sirius, elle est descendue plus bas. Ainsi l'on y peut ordinairement déterminer le moment du midi, en prenant le milieu entre le passage des deux bords, à moins d'une demi-seconde, ou même d'un quart de seconde.
On doit sur-tout se servir de ce grand instrument pour déterminer les ascensions droites du soleil en hyver, & le véritable lieu de cet astre dans son périgée, ou, ce qui revient au même, dans le périhelie de la terre, les divers diametres dans les différentes saisons de l'année, les distances apparentes du topique, ou du solstice d'hyver à l'équateur, & enfin s'assurer si l'obliquité de l'écliptique est constante ou variable.
Dans la partie horisontale de la méridienne qui est la plus étendue, se trouve marqué le solstice d'été avec les divisions qui en indiquent l'approche. Toute cette partie de la ligne, ainsi que la verticale sur l'obélisque, est indiquée par une lame de cuivre de 2 lignes d'épaisseur, mise & enfoncée de champ dans le marbre.
Un inconvénient commun à toutes les méridiennes est que, par le peu de distance du point solsticial d'été au pié du stile, en comparaison de l'éloignement du point solsticial d'hyver, les divisions y sont extrémement resserrées, & qu'il est d'autant plus difficile par-là d'y déterminer le tems & le point précis où le soleil y arrive. La méridienne de S. Sulpice n'est pas exempte de ce défaut, quant à la partie qui répond au solstice d'été & à son gnomon de 80 piés de hauteur : il y a plus ; l'entablement de la corniche inférieure empêche le soleil d'y arriver, & en intercepte les rayons pendant plusieurs jours avant & après. Mais M. le Monnier a parfaitement remédié à tous ces défauts, & en a même tiré avantage par une seconde ouverture, qu'il a ménagée 5 piés plus bas que la premiere, & en-deçà vers le dedans de l'église, dans le même plan du méridien, & il y a ajusté & scellé un verre objectif de 80 piés de foyer, au moyen duquel l'image solaire projettée sur la partie correspondante de la méridienne, est exactement terminée & sans pénombre sensible. Cette partie est distinguée des autres par une grande table quarrée de marbre blanc de près de 3 piés de côté. L'image du soleil n'y parcourt qu'environ 1 1/2 ligne & 2 secondes ; mais aussi on l'y détermine par ses bords à un demi ou à un quart de seconde près. Ce qui produit le même effet en approchant que si l'image bien terminée y parcouroit 3 ou 4 lignes en une seconde, ou si le point du solstice d'été étoit à la même distance que celui du solstice d'hyver ; ou enfin si l'on observoit avec un quart de cercle à lunette de 80 piés de rayon ; avantage qu'aucune méridienne que l'on connoisse n'a eu jusqu'ici. L'objectif qui constitue cette nouvelle ouverture, & qui est d'environ 4 pouces de diametre, est renfermé dans une boîte ou espece de tambour qui ferme à clef, & que l'on n'ouvre que quand il s'agit de faire l'observation du solstice.
Comme il est souvent difficile de trouver de grands objectifs d'une mesure précise, & telle qu'on la demande, on s'est servi de celui de 80 piés qu'on avoit, & qui étoit excellent, faute d'un de 82 à 83 piés qu'il auroit fallu employer pour un gnomon de 75 piés de hauteur : car c'est-là la distance du point solsticial d'été sur l'horisontale à l'objectif : mais le foyer de ces grands objectifs n'est pas compris dans des limites si étroites, qu'ils ne rassemblent encore fort bien les rayons de la lumiere à quelques piés de distance, plus ou moins, & l'essai qu'on a fait de celui-ci justifie cette théorie.
Ce que nous ne devons pas omettre, & ce qui est ici de la derniere importance, c'est la solidité de tout l'ouvrage, & sur-tout de cette partie de la méridienne qui répond au solstice d'été, & à l'ouverture de 75 piés de hauteur. Rien n'est si ordinaire que de voir le pavé des grands vaisseaux tels que les églises, s'affaisser par succession de tems. Cet accident a obligé plusieurs fois de retoucher à la fameuse méridienne de S. Petrone, & ce ne peut être jamais qu'avec bien de la peine, & avec beaucoup de risques pour l'accord & la justesse du tout ensemble. Mais on n'a rien de pareil à craindre pour la méridienne de S. Sulpice. Tout ce pavé fait partie d'une voute qui est soutenue sur de gros piliers ; & l'un de ces piliers qui se trouve, non sans dessein, placé sous le point du solstice d'été, soutient la table de marbre blanc sur laquelle sont tracées les divisions qui répondent à ce solstice, & aux tems qui le précédent ou le suivent de près. On en avoit fixé la place à cet endroit, & pour cet usage, dès le tems qu'on a construit le portail méridional de S. Sulpice, & le mur où devoit être attaché l'objectif ; & comme les marbres, & sur-tout les marbres blancs viennent enfin à s'user sous les piés des passans, on a couvert celui-ci d'une grande plaque de cuivre, qu'on ne leve qu'au tems de l'observation. Toutes ces précautions, jointes à tant de nouvelles sources d'exactitudes, font de la méridienne de S. Sulpice un instrument singulier, & l'un des plus utiles qui aient jamais été procurés à l'Astronomie. L'obélisque est chargé d'une inscription qui conservera à la postérité la mémoire d'un si bel ouvrage, & du célebre astronome au soin duquel on en est redevable.
Maniere de tracer une méridienne. Nous supposons qu'on connoisse à-peu-près le sud, il faudra alors observer la hauteur F E, (Pl. astron. fig. 8.) de quelque étoile près du méridien H Z R N, tenant alors le quart de cercle ferme sur son axe, de façon que le fil à plomb coupe toujours le même degré, & ne lui donnant aucun autre mouvement que de le diriger du côté occidental du méridien, on épiera le moment où l'étoile aura la même hauteur fe qu'auparavant ; enfin, on divisera en deux parties égales par la droite H R l'angle formé par les intersections des deux plans où le quart de cercle se sera trouvé dans le tems des deux observations avec l'horison, & cette droite H R sera la ligne méridienne.
Autre maniere. Décrivez sur un plan horisontal & du même centre (fig. 9.) plusieurs arcs de cercle B A, b a, &c. Sur ce même centre C élevez un stile ou gnomon perpendiculaire à l'horison, & d'un pié ou d'un demi-pié de long. Vers le 21 Juin, entre 9 & 11 heures du matin, observez le point B, b, &c. où l'ombre du stile se terminera en différens instants, & des droites C B, C b, décrivez des cercles. Observez ensuite l'après-midi les momens où l'ombre viendra couper de nouveau les mêmes cercles & les points A, a, où elle les coupera. Partagez ensuite les arcs de cercles A B, a b, en deux, également aux points D, d, &c ; & si la même droite C D, qui passe par le centre C, commun à tous les cercles, & par le milieu D d'un des arcs passe aussi par le milieu d, &c des autres arcs, ce sera la méridienne cherchée.
Tous ces cercles ainsi tracés, servent à donner plus exactement la position de la méridienne, parce que les opérations réitérées, pour la déterminer sur plusieurs cercles concentriques, peuvent servir à se corriger mutuellement.
Au reste, cette méthode n'est exacte qu'au tems des solstices, & sur-tout du solstice d'été, c'est-à-dire, vers le 21 Juin, comme nous l'avons prescrit : car dans toutes les autres saisons, la méridienne tracée déclinera de quelques secondes, soit à l'orient soit à l'occident, à cause du changement du soleil en déclinaison, qui devient assez sensible, pour que cet astre, quoique à même hauteur, se trouve plus ou moins éloigné du méridien, le soir que le matin ; on corrigera donc cette erreur par les tables qui en ont été construites, ou en pratiquant les différentes méthodes que les Astronomes ont données pour cela. Voyez CORRECTION DU MIDI. (O)
Comme l'extrémité de l'ombre est un peu difficile à déterminer, il est encore mieux d'applatir le stile vers le haut, & d'y percer un petit trou qui laisse passer sur les arcs A B, a b, une tache lumineuse au-lieu de l'extrémité de l'ombre ; ou bien on peut faire les cercles jaunes au-lieu de les faire noirs, ce qui aidera à mieux distinguer l'ombre.
Divers auteurs ont inventé des instrumens & des méthodes particulieres pour décrire des méridiens, ou plutôt pour déterminer des hauteurs égales du soleil à l'orient & à l'occident ; mais nous nous abstiendrons de les décrire, parce que la premiere des méthodes que nous venons de donner suffit pour les observations astronomiques, ainsi que la derniere pour des occasions plus ordinaires.
Des méthodes que nous venons de décrire, il s'ensuit évidemment que le centre du soleil est dans le plan de la méridienne, c'est-à-dire, qu'il est midi toutes les fois que l'ombre de l'extrémité du stile couvre la méridienne. De-là l'usage de la méridienne pour régler les horloges au soleil.
Il s'ensuit encore que, si on coupe la méridienne par une droite perpendiculaire O U, qui passe par C, cette droite sera l'intersection du premier vertical avec l'horison, & qu'ainsi le point O marquera l'orient, & le point U l'occident.
Enfin, si l'on éleve un stile perpendiculaire à un plan horisontal quelconque, qu'on fasse un signal au moment où l'ombre d'un autre stile couvrira une méridienne tirée du pié de ce dernier stile dans un autre plan, & qu'on marque le point où répondra en ce moment l'extrémité de l'ombre du premier stile, la ligne qu'on pourra tirer par ce point, & le pié du premier stile sera la méridienne du lieu du premier stile.
MERIDIEN D'UN CADRAN, c'est une droite qui se détermine par l'intersection du méridien du lieu avec le plan du cadran.
C'est la ligne de midi d'où commence la division des lignes des heures. Voyez CADRAN.
MERIDIEN MAGNETIQUE, c'est un grand cercle qui passe par les poles de l'aimant, & dans le plan duquel l'aiguille magnétique, ou l'aiguille du compas marin se trouve. Voyez AIMANT, AIGUILLE, BOUSSOLE, DECLINAISON, VARIATION, COMPAS, &c.
Hauteur méridienne du soleil ou des étoiles, c'est leur hauteur au moment où elles sont dans le méridien du lieu où on les observe. Voyez HAUTEUR.
On peut définir la hauteur méridienne, un arc d'un grand cercle perpendiculaire à l'horison, & compris entre l'horison & l'étoile, laquelle est supposée alors dans le méridien du lieu.
Maniere de prendre les hauteurs avec le quart de cercle. Supposons d'abord qu'on connoisse la position du méridien, on mettra exactement dans son plan le quart de cercle au moyen du fil à plomb, ou cheveu suspendu au centre. On pourra alors déterminer facilement les hauteurs méridiennes des étoiles, c'est-à-dire, qu'on pourra faire les principales des observations sur lesquelles roule toute l'Astronomie.
La hauteur méridienne d'une étoile pourra se déterminer pareillement au moyen du pendule, en supposant qu'on connoisse le moment précis du passage de l'étoile par le méridien.
|
| MÉRIDIONAL | adj. (Géog. & Astr.) distance méridionale en navigation, est la différence de longitude entre le méridien sous lequel le vaisseau se trouve, & celui dont il est parti. Voyez LONGITUDE.
Parties, milles ou minutes méridionales dans la navigation, ce sont les parties dont les méridiens croissent dans les cartes marines à proportion que les paralleles de latitude décroissent. Voyez CARTE.
Le cossinus de latitude d'un lieu étant égal au rayon, ou au demi-diametre du parallele de ce lieu, il s'ensuit de-là que dans une vraie carte marine, ou planisphere nautique, ce rayon étant toujours égal au rayon de l'équateur, ou au sinus de 90 degrés, les parties ou milles méridionales doivent y croître à chaque degré de latitude, en raison de secantes de l'arc compris entre cette latitude & le cercle équinoctial. Voyez CARTE DE MERCATOR, au mot CARTE.
C'est pour cela que dans les livres de navigation on forme les tables des parties méridionales pour l'addition continuelle des secantes qu'on trouve calculées dans les mêmes livres (p. e, dans les tables de M. Jonas Moore) pour chaque degré & minute de latitude ; & ces parties servent tant à faire, & à graduer une carte marine, qu'à se conduire dans la navigation.
Pour en faire usage, il faut prendre en-haut dans la table le degré de latitude ; & dans la premiere colonne à gauche de la même table, le nombre des minutes, & la case correspondante à ces deux endroits de la table, donnera les parties méridionales.
Lorsqu'on a les latitudes des deux endroits placés sous le méridien, & qu'on veut trouver les milles, ou les minutes méridionales qui marquent la distance de ces deux lieux, il faut d'abord observer si de ces deux lieux il n'y en auroit point un situé sous l'équateur, s'ils sont situés aux deux côtés opposés de l'équateur, ou si enfin ils se trouvent situés d'un même côté de l'équateur.
Dans le premier cas, les minutes méridionales qu'on trouvera immédiatement au-dessus du degré de latitude du lieu qui n'est pas dans l'équateur, seront la différence de latitude.
Dans le second cas, il faudra ajouter ensemble les minutes méridionales marquées au-dessous des latitudes des deux lieux pour avoir les minutes méridionales comprises entre ces deux lieux, ou la difference de latitude de ces deux lieux.
Dans le troisieme cas enfin, il faudra soustraire les minutes qui sont au-dessous d'un lieu des minutes qui sont au-dessous de l'autre. Chambers. (O)
MERIDIONAL, Cadrans méridionaux, voyez CADRAN.
Hémisphere méridional, voyez HEMISPHERE.
Océan méridional, voyez OCEAN.
Signes méridionaux, voyez SIGNES.
|
| MÉRIGAL | S. m. (Comm.) espece de monnoie d'or qui a cours à Sofola & au royaume de Monomotapa : elle pese un peu plus que la pistole d'Espagne.
|
| MÉRINDADE | S. f. (Géog.) On donne ce nom en Espagne au district d'une jurisdiction, comme d'une châtellenie, d'un petit bailliage, & d'une prevôté dont le juge est appellé mérino ; & le mérino-mayor, c'est le roi. Le royaume de Navarre est divisé en six mérindades. (D.J.)
|
| MERINGUES | S. f. en terme de Confiseur, c'est un petit ouvrage fort joli & fort facile à faire, ce sont des especes de massepains de pâte d'oeufs dont on a séparé les blancs, de rapure de citron & de sucre fin en poudre. Au milieu des meringues on met un grain de fruit confit selon la saison, comme cerise, framboise, &c.
|
| MÉRIONETSHIRE | (Géog.) province d'Angleterre dans la partie septentrionale du pays de Galles, avec titre de comté, bornés au nord par les comtés de Carnavan & de Denbigh ; est, par celui de Montgommery ; sud, par ceux de Radnov & de Cardighan ; ouest, par la mer d'Irlande. On lui donne 108 milles de tour, & environ 500 mille arpens. C'est un pays montueux, où l'on fait un grand trafic de coton. La plus haute montagne de la Grande Bretagne, appellée Kader-idris, est dans cette province. (D.J.)
|
| MERISIER | S. m. (Botan.) espece de cerisier sauvage à fruit noir, cerasus sylvestris, fructu nigro, I. B. 1. 220. cerasus major, ac sylvestris, fructu subdulci, nigro colore inficiente, C. B. P. 450.
C'est un grand arbre dont le tronc est droit, l'écorce extérieure de couleur brune ou cendrée, tachetée & lisse ; l'écorce intérieure est verdâtre. Son bois est ferme, tirant sur le roux ; ses feuilles sont oblongues, plus grandes que celles du prunier, profondément crénelées, luisantes, un peu ameres.
Ses fleurs sortent plusieurs ensemble comme d'une même gaîne, portées sur des pédicules courts, un peu rouges, semblables à celles des autres cerisiers ; quand elles sont passées, il leur succede des fruits presque ronds, petits, charnus, doux, avec une légere amertume, agréables, remplis d'un suc noir qui teint les mains : nous nommons ces fruits cerises noires.
On les mange nouvellement cueillies ; on en boit la liqueur fermentée & distillée ; enfin on en tire une eau spiritueuse, soit en les arrosant de bon vin & les distillant, après les avoir pilées avec les noyaux, soit en versant leur suc exprimé sur des cerises fraîchement cueillies & pilées, les laissant bien fermenter, jusqu'à ce qu'elles aient acquis une saveur vineuse : alors on les distille pour en tirer un esprit ardent ; & c'est dans les proportions de force & d'agrément de cet esprit que consiste l'art des distillateurs qui en font commerce. (D.J.)
MERISIER, grand arbre qui se trouve dans les bois des pays tempérés de l'Europe, au Mississipi, dans le Canada, &c. Il fait une tige très-droite ; il prend une grosseur proportionnée & uniforme : ses branches se rangent par gradation ; elles s'étendent en largeur & se soutiennent. Son écorce est lisse, unie & d'un gris cendré assez clair. Ses feuilles sont belles, grandes, longues, dentelées, pointues, & d'un verd assez clair ; mais elles deviennent d'un rouge foncé en automne avant leur chûte. L'arbre donne au printems une grande quantité de fleurs blanches qui ont une teinte legere de couleur pourpre : elles sont remplacées par des fruits charnus, succulens, d'un goût passable, qui renferment un noyau dans lequel est la semence. Il y a deux sortes de merisiers, l'un à fruit noir, qui est le plus commun, & l'autre à fruit rouge, qui a le plus d'utilité relativement aux pepinieres. Ces arbres sont agrestes, très-robustes ; ils viennent assez promptement ; ils subsistent dans les plus mauvais terreins ; ils se plaisent dans les lieux élevés & exposés au froid, & ils réussissent très-aisément à la transplantation.
On multiplie le merisier en faisant semer les noyaux au mois de Juillet dans le tems de la maturité du fruit ; ils leveront au printems suivant : on pourra même attendre jusqu'au mois de Février pour les semer ; mais si on n'avoit pas eu la précaution de les conserver dans du sable ou de la terre, ils ne leveroient qu'au second printems. Les jeunes plants seront assez forts au bout de deux ans pour être mis en pepiniere, ce qu'il faudra faire au mois d'Octobre, avec la seule attention de couper le pivot & les branches latérales ; mais il faut bien se garder de couper le sommet des arbres : ce retranchement leur causeroit du retard, & les empêcheroit de faire une tige droite. L'année suivante ils seront propres à servir de sujets pour greffer en écusson des cerisiers de basse tige ; mais si l'on veut avoir des arbres greffés en haute tige, il faudra attendre la quatrieme : c'est le meilleur sujet pour greffer toutes les especes de bonnes cerises.
On peut se procurer des merisiers en faisant prendre dans les bois des plants de sept à huit piés de hauteur : le mois d'Octobre ou celui de Février sont les tems propres à la transplantation. Un auteur anglois, M. Ellis, assure qu'à quarante ans ces arbres sont à leur point de perfection ; & il a observé que des merisiers dont il avoit fendu au mois d'Avril l'écorce extérieure avec la pointe d'un couteau, sans blesser l'écorce intérieure, avoient pris plus d'accroissement en deux ou trois ans, que d'autres merisiers auxquels on n'avoit pas touché, n'avoient fait en quinze ans.
Le merisier est peut-être l'arbre qui réussit le mieux à la transplantation pour former du bois & pour garnir des places vuides. M. de Buffon, à qui j'ai vu faire des grandes épreuves dans cette partie, & qui a fait planter des arbres de toutes especes pour mettre des terreins en bois, y a fait employer entr'autres beaucoup de merisiers. Dans des terres très-fortes, très-dures, très-froides, couvertes d'une quantité extrème d'herbes sauvages, le merisier a été l'espece d'arbre qui a le mieux réussi, le mieux repris, & le mieux profité, sans aucune culture. On observe que le terrein en question est environné de grandes forêts où il n'y a point de merisiers, & qu'on n'en trouve qu'à trois lieues de-là : ainsi on ne peut dire pour raison du succès que les merisiers étoient naturalisés dans le pays, qu'ils s'y plaisoient, ni que ce terrein dût leur convenir particulierement, puisqu'il est bien acquis au contraire qu'il faut à cet arbre une terre légere, sablonneuse & pierreuse.
Le fruit de cet arbre, que l'on nomme merise, est succulent, extrèmement doux, bon à manger ; les merises rouges sont moins douces que les noires : celles-ci sont d'un grand usage pour les ratafiats, elles en font ordinairement la base. On en peut faire aussi de bonne eau-de-vie.
Le bois du merisier est rougeâtre, très-fort, très-dur ; il est veiné, sonore & de longue durée ; il est presque d'aussi bon service que le chêne pour le dedans des bâtimens. Sa couleur rouge devient plus foncée en le laissant deux ou trois ans sur la terre après qu'il est coupé ; il est très-propre à faire des meubles, tant parce qu'il est veiné & d'une couleur agréable, qu'à cause qu'il prend bien le poli & qu'il est facile à travailler : ensorte qu'il est recherché par les Ebenistes, les Menuisiers, les Tourneurs, & de plus par les Luthiers.
Le merisier a donné une très-jolie variété, qui est à fleur double : on peut l'employer dans les bosquets, où elle sera d'un grand agrément au printems ; elle donne à la fin d'Avril la plus grande quantité de fleurs très-doubles, qui sont d'une blancheur admirable. Cette variété ne porte point de fruit : on la multiplie aisément par la greffe en écusson sur le merisier ordinaire, qui fait toujours un grand arbre ; mais si l'on ne veut l'avoir que sous la forme d'un arbrisseau, il faudra la greffer aussi en écusson sur le cerisier sauvage dont le fruit est très-amer, que l'on nomme à Paris mahaleb, en Bourgogne canot ou quenot, & à Orléans canout.
|
| MÉRITE | S. m. (Droit nat.) Le mérite est une qualité qui donne droit de prétendre à l'approbation, à l'estime & à la bienveillance de nos supérieurs ou de nos égaux, & aux avantages qui en sont une suite.
Le démérite est une qualité opposée qui, nous rendant digne de la désapprobation & du blâme de ceux avec lesquels nous vivons, nous force pour ainsi dire de reconnoître que c'est avec raison qu'ils ont pour nous ces sentimens, & que nous sommes dans la triste obligation de souffrir les mauvais effets qui en sont les conséquences.
Ces notions de mérite & de démérite ont donc, comme on le voit, leur fondement dans la nature même des choses, & elles sont parfaitement conformes au sentiment commun & aux idées généralement reçues. La louange & le blâme, à en juger généralement, suivent toujours la qualité des actions, suivant qu'elles sont moralement bonnes ou mauvaises. Cela est clair à l'égard du législateur ; il se démentiroit lui-même grossierement, s'il n'approuvoit pas ce qui est conforme à ses lois, & s'il ne condamnoit pas ce qui y est contraire ; & par rapport à ceux qui dépendent de lui, ils sont par cela même obligés de regler là-dessus leurs jugemens.
Comme il y a de meilleures actions les unes que les autres, & que les mauvaises peuvent aussi l'être plus ou moins, suivant les diverses circonstances qui les accompagnent & les dispositions de celui qui les fait, il en résulte que le mérite & le démérite ont leurs degrés. C'est pourquoi, quand il s'agit de déterminer précisément jusqu'à quel point on doit imputer une action à quelqu'un, il faut avoir égard à ces différences ; & la louange ou le blâme, la récompense ou la peine, doivent avoir aussi leurs degrés proportionnellement au mérite ou au démérite. Ainsi, selon que le bien ou le mal qui provient d'une action est plus ou moins considérable ; selon qu'il y avoit plus ou moins de facilité ou de difficulté à faire cette action ou à s'en abstenir ; selon qu'elle a été faite avec plus ou moins de réflexion & de liberté ; selon que les raisons qui devoient nous y déterminer ou nous en détourner étoient plus ou moins fortes, & que l'intention & les motifs en sont plus ou moins nobles, l'imputation s'en fait aussi d'une maniere plus ou moins efficace, & les effets en sont plus avantageux ou fâcheux.
Mais pour remonter jusqu'aux premiers principes de la théorie que nous venons d'établir, il faut remarquer que dès que l'on suppose que l'homme se trouve par sa nature & par son état assujetti à suivre certaines regles de conduite, l'observation de ces regles fait la perfection de la nature humaine, & leur violation produit au contraire la dégradation de l'un & de l'autre. Or nous sommes faits de telle maniere que la perfection & l'ordre nous plaisent par eux-mêmes, & que l'imperfection, le desordre & tout ce qui y a rapport nous déplait naturellement. En conséquence nous reconnoissons que ceux qui répondant à leur destination font ce qu'ils doivent & contribuent au bien du système de l'humanité, sont dignes de notre approbation, de notre estime, & de notre bienveillance ; qu'ils peuvent raisonnablement exiger de nous ces sentimens, & qu'ils ont quelque droit aux effets qui en sont les suites naturelles. Nous ne saurions au contraire nous empêcher de condamner ceux qui par un mauvais usage de leurs facultés dégradent leur propre nature ; nous reconnoissons qu'ils sont dignes de desapprobation & de blâme, & qu'il est conforme à la raison que les mauvais effets de leur conduite retombent sur eux. Tels sont les vrais fondemens du mérite & du démérite, qu'il suffit d'envisager ici d'une vûe générale.
Si deux hommes sembloient à nos yeux également vertueux, à qui donner la préférence de nos suffrages ? ne vaudroit-il pas mieux l'accorder à un homme d'une condition médiocre, qu'à l'homme déja distingué, soit par la naissance, soit par les richesses ? Cela paroît d'abord ainsi ; cependant, dit Bacon,le mérite est plus rare chez les grands que parmi les hommes d'une condition ordinaire, soit que la vertu ait plus de peine à s'allier avec la fortune, ou qu'elle ne soit guere l'héritage de la naissance : ensorte que celui qui la possede se trouvant placé dans un haut rang, est propre à dédommager la terre des indignités communes de ceux de sa condition. (D.J.)
MERITE, en Théologie, signifie la bonté morale des actions des hommes, & la récompense qui leur est dûe.
Les Scholastiques distinguent deux sortes de mérite par rapport à Dieu ; l'un de congruité, l'autre de condignité, ou, comme ils s'expriment, meritum de congruo, & meritum de condigno.
Meritum de congruo, le mérite de congruité est lorsqu'il n'y a pas une juste proportion entre l'action & la récompense, ensorte que celui qui récompense supplée par sa bonté ou par sa libéralité à ce qui manque à l'action ; tel est le mérite d'un fils par rapport à son pere, mais ce mérite n'est appellé mérite qu'improprement.
Meritum de condigno, le mérite de condignité est, quand il y a une juste estimation & une égalité absolue entre l'action & la récompense, comme entre le travail d'un ouvrier & son salaire.
Les prétendus réformés n'admettent point de mérite de condignité ; c'est un des points entr'autres en quoi ils différent d'avec les Catholiques.
Le mérite, soit de congruité, soit de condignité, exige diverses conditions, tant du côté de la personne qui mérite que du côté de l'acte méritoire & de la part de Dieu qui récompense.
Pour le mérite de condignité, ces conditions sont, de la part de la personne qui mérite, 1°. qu'elle soit juste, 2°. qu'elle soit encore sur la terre : de la part de l'acte méritoire, qu'il soit, 1°. libre & exempt de toute nécessité, même simple & relatif ; 2°. moralement bon & honnête ; 3°. surnaturel & rapporté à Dieu. Enfin, de la part de Dieu qui récompense, il faut qu'il y ait promesse ou obligation de couronner telle ou telle bonne oeuvre.
Le mérite de congruité n'exige pas cette derniere condition, mais il suppose dans la personne qui mérite, qu'elle est encore en cette vie, mais non pas qu'elle soit juste, puisque les actes de piété par lesquels un pécheur se dispose à obtenir la grace, peuvent la lui mériter de congruo ; 2°. de la part de l'acte qu'il soit libre, bon & surnaturel dans son principe, c'est-à-dire avec le secours de la grace.
On ne peut pas mériter de congruo la premiere grace actuelle, mais bien la premiere grace sanctifiante & la persévérance ; mais on ne peut mériter celle-ci de condigno, non plus que la premiere grace sanctifiante, quoiqu'on puisse mériter la vie éternelle d'un mérite de condignité. Montagne, traité de la grace, quaest. viij. article 2. paragr. 2.
|
| MERKUFAT | S. m. (Hist. mod.) nom que les Turcs donnent à un officier qui est sous le tefterdar ou grand trésorier ; sa fonction est de disposer des deniers destinés à des usages pieux. (-)
|
| MERLAN | S. m. (Hist. nat. Ichtiolog.) poisson de la mer océanne ; il ressemble beaucoup au merlus, voyez MERLUS, par la forme du corps : il a les yeux grands, très-clairs & blancs, la bouche de moyenne grandeur, & les dents petites. Il differe du merlus en ce qu'il a trois nageoires sur le dos, tandis que le merlus n'en a que deux ; les côtés du corps sont marqués par une ligne longitudinale & tortueuse, qui s'étend depuis les ouïes jusqu'à la queue : le merlan mange de petits poissons, tels que les aphyes, les goujons, &c. & il les avale tout entiers ; sa chair est légere, & très-facile à digérer. Rondelet, hist. des poiss. part. I. liv. IX. chap. ix. Voyez POISSON.
|
| MERLE | S. m. merula vulgaris, (Hist. nat. Ornit.) oiseau qui est de la grosseur de la litorne, ou à-peu-près, il pese quatre onces ; il a huit pouces neuf lignes de longueur depuis l'extrêmité du bec jusqu'au bout des pattes, & neuf pouces huit lignes, jusqu'au bout de la queue. Dans le mâle, cette longueur est de dix pouces & quelques lignes ; le bec a un pouce de long, il est entier d'un jaune de safran dans le mâle, tandis que la pointe & la racine sont noirâtres dans la femelle ; le dedans de la bouche se trouve jaune dans l'un & l'autre sexe. Les mâles ont le bec noirâtre pendant la premiere année de leur âge, ensuite devient jaune, de même que le tour des paupieres : les vieux merles mâles sont très-noirs en entier ; les femelles & les jeunes mâles ont au contraire une couleur plutôt brune que noire, ils différent encore des premiers en ce que la gorge est roussâtre, & la poitrine cendrée. Quand les merles sont jeunes, on ne peut distinguer les mâles d'avec les femelles. Il y a dix-huit grandes plumes dans chaque aîle, la quatrieme est la plus longue de toutes. La queue a quatre pouces deux lignes de longueur ; elle est composée de douze plumes toutes également longues, excepté l'extérieure de chaque côté qui est un peu plus courte ; les pattes ont une couleur noire ; le doigt extérieur & celui de derriere sont égaux. La femelle pond quatre ou cinq oeufs d'une couleur bleuâtre, parsemés d'un grand nombre de petits traits bruns. Le mâle chante très-bien.
Cet oiseau conduit l'extérieur de son nid avec de la mousse, du chaume, de petits brins de bois, des racines fibreuses, &c. il se sert de boue pour le tout ensemble ; il enduit l'intérieur de boue ; & au lieu de pondre ses oeufs sur l'enduit, comme fait la grive, il le garnit de petits haillons, de poils & d'autres matieres plus douces que la boue, pour empêcher que ses oeufs ne se cassent & pour que ses petits soient couchés plus mollement. Il aime à se laver & à vivre seul, il nettoye ses plumes avec son bec. On trouve des merles blancs dans les Alpes sur le mont Apennin & sur les autres montagnes fort élevées. Willughby, Ornith. Voyez OISEAU.
MERLE BLEU ou MOINEAU SOLITAIRE, passer solitarius dictus, oiseau qui est de la grosseur du merle, auquel il ressemble parfaitement par la forme du corps. Il a la tête & le cou fort gros ; le dessus de la tête est d'une couleur cendrée obscure, & le dos d'un bleu foncé & presque noir, excepté les bords extérieurs des plumes qui sont d'un blanc sale. Les plumes des épaules & celles qui recouvrent les grandes plumes des aîles ont la même couleur que le dos ; il y a dans chaque aîle dix-huit grandes plumes qui sont toutes brunes, à l'exception de l'extérieure de chaque côté qui est plus courte que les autres, parmi lesquelles il y en a quelques-unes qui ont la pointe blanche. La queue est longue d'une palme, & composée de douze plumes d'un brun presque noir. Toute la face inférieure de l'oiseau, c'est-à-dire la poitrine, le ventre & les cuisses, ont des lignes transversales, les unes de couleur cendrée, les autres noires, & d'autres blanches ; ces taches sont comme ondoyantes. La couleur du ventre ressemble à celle du coucou ; la gorge & la partie supérieure de la poitrine ne sont pas cendrées. On y voit au contraire des taches blanches avec un peu de roux ; le bec est droit, noirâtre, un peu plus long, un peu plus gros & plus fort que celui de la grive. Les pattes sont courtes & noires, les piés & les ongles ont cette même couleur. L'oiseau sur lequel on a fait cette description étoit femelle. Selon Aldrovande, les mâles sont plus beaux, ils sont en entier d'une couleur bleue pourprée. Willughby dit avoir vû un mâle à Rome, dont le dos principalement étoit d'un bleu obscur pourpré. Le merle chante très-agréablement, sa voix imite le son d'une flûte, il apprend aisément à parler, il se plaît à être seul, il reste sur les vieux édifices. Willughby, Ornith. Voyez OISEAU.
MERLE à COLLIER, merula torquata, oiseau qui est de la grosseur du merle ordinaire, ou un peu plus gros, la face supérieure du corps est d'une couleur brune noirâtre, on le distingue aisément du merle, en ce qu'il a au dessous de la gorge un collier blanc de la largeur du doigt, & de la figure d'un croissant. Raii, Synop. meth. avium. Voyez OISEAU.
MERLE D'EAU merula aquatica, oiseau qui est un peu plus petit que le merle ordinaire ; il a le dos d'une couleur noirâtre, mêlé de cendré, & la poitrine très-blanche ; il fréquente les eaux, il se nourrit de poissons, & il plonge quelquefois sous les eaux, quoiqu'il ressemble par l'habitude du corps aux oiseaux terrestres, & qu'il ait les piés faits comme eux, Raii Synop. méth. Voyez OISEAU.
MERLE COULEUR DE ROSE, merula rosea Aldrov. oiseau qui est un peu plus petit que le merle, il a le dos, la poitrine & la face supérieure des aîles de couleur de rose ou de couleur de chair. La tête est garnie d'une hupe ; les aîles, la queue & la racine du bec sont noires, le reste du bec est de couleur de chair ; les pattes sont d'une couleur jaune, semblable à-peu-près à celle du safran. Cet oiseau se trouve dans les champs, & se tient sur le fumier. Raii, Synop. meth. avium. Voyez OISEAU.
MERLE, TOURD, ROCHAU, merula, poisson de mer, assez ressemblant par la forme du corps à la perche de riviere ; il est d'un bleu noirâtre ; la couleur du mâle est moins foncée que celle de la femelle, & tire plus sur le violet. Ce poisson a la bouche garnie de dents pointues & courbes, il reste sur les rochers, & il se nourrit de mousse, de petits poissons, d'oursins, &c. Aristote dit que la couleur des merles, devient plus foncée, c'est-à-dire plus noire au commencement du printems, & qu'elle s'éclaircit en été. Rondelet, hist. des poiss. part. I. liv. VI. chap. v.
|
| MERLETTE | S. f. dans le Blason, petit oiseau qu'on représente sans piés & même sans bec. On s'en sert pour distinguer les cadets des aînés. Il y en a qui l'attribuent en particulier au quatrieme frere. Voyez DIFFERENCE.
|
| MERLIN | S. m. terme de corderie, est une sorte de corde ou aussiere composée de trois fils commis ensemble par le tortillement.
Le merlin se fabrique de la même maniere que le bitord, à l'exception qu'on l'ourdit avec trois fils, au lieu que le bitord n'en a que deux, & que le toupin, dont on se sert pour le merlin, doit avoir trois rainures. Voyez l'article CORDERIE.
|
| MERLINER | MERLINER
|
| MERLON | S. m. en Fortification, est la partie du parapet entre deux embrasures. Voyez PARAPET & EMBRASURE. Ce mot vient du latin corrompu merula ou merla, qui signifie un crenau. Il a ordinairement 8 à 9 piés de long, du côté extérieur du parapet, & 15 du côté de l'intérieur ou de la ville. Il a la même hauteur & la même épaisseur que le parapet. Chambers.
|
| MERLOU | (Géog.) autrefois Mello, petite baronie de France en Picardie, au diocese de Beauvais ; elle a donné le nom à l'illustre maison de Mello, & appartient présentement à celle de Luxembourg. Long. latit. 49. 10. (D.J.)
|
| MERLU | voyez MERLE.
|
| MERLUCHE | voyez MORUE.
MERLUCHE & MORUE, (Diete) voyez l'article particulier POISSON SALE sous l'article POISSON, (Diete).
|
| MERLUCLE | voyez MORUE.
|
| MERLUS | S. m. (Hist. nat. Ichtiol.) poisson qui se trouve dans la haute mer, il croît jusqu'à une coudée & plus ; il a les yeux grands, le dos d'un gris cendré, le ventre blanc, la queue plate, la tête allongée & applatie. L'ouverture de la bouche est grande, & la mâchoire inférieure un peu longue & plus large que la supérieure ; les deux mâchoires & le palais sont garnis de dents aiguës & courbées en arriere, il y a aussi au fond de la bouche & de l'oesophage des os durs & raboteux, l'anus est situé plus en avant que dans la plûpart des autres poissons. Le merlus a deux nageoires près des ouïes, deux un peu au-dessous & plus près de la bouche, une longue qui s'étend depuis l'anus jusqu'à la queue, une sur le dos qui correspond à la précédente, & une plus petite placée près de la tête : il a sur les côtés du dos une ligne qui s'étend depuis les yeux jusqu'à la queue. Les merles qui vivent dans l'eau pure en pleine mer ont la chair tendre & de bon goût, ceux au contraire qui restent dans les endroits fangeux, deviennent gluans & de mauvais goût. Le foie de ce poisson peut être comparé pour la délicatesse à celui du surmulet. Rondelet, hist. des poiss. part. I. liv. IX. ch. viij. Voyez POISSON.
MERLUS, laite d'un, (science microscop.) M. Leeuwenhoek, après avoir observé la laite ou le semen d'un merlus vivant au microscope, en conclud qu'il contient plus d'animalcules qu'il n'y a d'hommes vivans sur la surface de la terre dans un même tems ; car il calcule que cent grains de sable faisant le diametre d'un pouce, il suit qu'un pouce cubique contiendroit un million de grains de sable ; & comme il a trouvé que la laite du merlus est d'environ quinze pouces cubiques, elle doit contenir quinze millions de quantités aussi grandes qu'un grain de sable ; mais si chacune de ces quantités contient dix mille de ces petits animaux, il doit y en avoir dans toute la laite cent cinquante millions.
Maintenant pour trouver avec quelque vraisemblance le nombre des hommes qui vivent sur toute la terre dans un même tems, il remarque que la circonférence d'un grand cercle est de 5400 milles de Hollande ; d'où il conclud que toute la surface de la terre contient 9, 276, 218 de ces milles quarrés ; & supposant qu'un tiers de cette surface ou 3, 092, 073 milles est une terre seche, & qu'il n'y a d'habité que les deux tiers de ce dernier nombre, ou 2, 061, 382 milles ; supposant encore que la Hollande & la Westfrise ont 22 milles de longueur & 7 de largeur, ce qui fait 154 milles quarrés, la partie habitable du monde sera 13, 385 fois la grandeur de la Hollande & de Westfrise.
Si l'on suppose à présent que le nombre des habitans de ces deux provinces est d'un million & que les autres parties du monde soient aussi peuplées que celle-là, (ce qui est hors de vraisemblance), il y aura 13, 385 millions d'ames sur toute la terre ; mais la laite de ce merlus contient 150, 000 millions de ces petits animaux, elle en contient donc dix fois plus qu'il n'y a d'hommes sur la terre.
On peut calculer d'une autre maniere le nombre de ces petits animaux ; car l'auteur du Spectacle de la nature dit que trois curieux ont compté avec toute l'attention dont ils sont capables, combien il entroit d'oeufs d'une merlus femelle dans le poids d'une dragme, & ils se sont trouvés d'accord dans les nombres qu'ils avoient mis par écrit ; ils peserent ensuite toute la masse, & prenant huit fois la somme d'une drachme pour chaque once qui contient huit drachmes, toutes les sommes réunies produisirent le total de 9 millions 334 mille oeufs.
Supposons maintenant (comme le fait M. Leeuwenhoeck par le semen masculinum des grenouilles) qu'il y a dix mille animaux petits dans la laite pour chaque oeuf de la femelle, il s'ensuit que puisque la laite de la femelle s'est trouvée contenir neuf millions 334 mille oeufs, la laite du mâle contiendra 93 mille 440 millions de petits animaux ; ce qui, quoique bien au-dessous du premier calcul, est toujours sept fois autant que toute l'espece humaine.
Pour trouver la grandeur comparative de ces petits animaux, M. Leeuwenhoeck plaça auprès d'eux un cheveu de sa tête, lequel à travers de son microscope paroissoit avoir un pouce de largeur, & il trouva que ce diametre pouvoit aisément contenir soixante de ces animaux ; par conséquent leurs corps étant sphériques, il s'ensuit qu'un corps dont le diametre ne seroit que de l'épaisseur de ce cheveu, en contiendroit 216 mille.
Il observa finalement que lorsque l'eau où il avoit délayé la semence d'un merlus étoit exhalée, les petits corps de ces petits animaux se mettoient en piece, ce qui n'arrivoit point à ceux de la semence d'un bélier. Il attribue cette différence à la plus grande consistance & fermeté du corps du bélier, la chair d'un animal étant plus compacte que celle d'un poisson.
Dans la laite d'une autre sorte de merlus, nommé jack en anglois, on distingue au-moins dix mille petits animaux dans une quantité qui n'est pas plus grande qu'un grain de sable, qui sont exactement semblables en apparence à ceux du merlus ordinaire, mais plus forts & plus vifs. Voyez Baker, Microscop. observations. (D.J.)
MERLUS, (Pêche) La pêche du merlus ne se pratique que dans la baie d'Audierne, à trois ou quatre lieues seulement au large ; le poisson se tient ordinairement sur des fonds de sable un peu vaseux, il fuit les fonds durs & couverts de rochers ; quand il est bien préparé, sa qualité ne differe guère de celle de l'Amérique, les chairs aux connoisseurs en paroissent un peu plus coriaces ; la pêche commence à la fin d'Avril & finit à la saint Jean.
Les pêcheurs qui font cette pêche ont chacun plusieurs lignes ; l'ain ou l'hameçon est garni d'un morceau de chair d'orphie ou d'éguille que l'on pêche exprès pour cet usage ; les rets sont dérivans ; deux hommes de l'équipage nagent continuellement, parce qu'autrement les pêcheurs ne prendroient rien. La meilleure pêche se fait la nuit sur les fonds de trente brasses de profondeur.
Pour saler & faire sécher le merlus, on lui coupe la tête & on le fend par le ventre du haut en bas, on le met dans le sel pendant deux fois vingt-quatre heures, d'où on le retire pour le laver dans l'eau de mer, on l'expose à terre au soleil pendant plusieurs jours jusqu'à ce qu'il soit bien sec, après quoi on le met en grenier dans les magasins jusqu'à ce qu'on le porte à Bordeaux, pour y être vendu en paquets de deux cent livres pesant.
|
| MERLUT | S. m. (Mégisserie) on appelle peaux en merlut, des peaux de boucs, de chevres & de moutons, en poil & laine, qu'on fait sécher à l'air sur des cordes, afin de pouvoir les conserver sans qu'elles se corrompent, en attendant qu'elles puissent se passer en chamois. Voyez MEGIE.
|
| MEROCTE | S. f. (Hist. nat.) pierre fabuleuse dont il est fait mention dans Pline, qui nous dit qu'elle étoit d'un verd de porreau, & suintoit du lait.
|
| MÉROÉ | ILE DE, (Géog. anc.) île ou plutôt presqu'île de la haute Egypte. Ptolomée, l. IV. c. viij. dit qu'elle est formée par le Nil qui la baigne à l'occident, & par les fleuves Astape & Astaboras qui la mouillent du côté de l'orient. Diodore & Strabon donnent à cette île 120 lieues de longueur sur 40 de large, & à la ville de Méroé 16 degrés 30'de latitude septentrionale.
Il n'y a rien de plus célebre dans les écrits des anciens que cette île Méroé, ni rien de plus difficile à trouver par les modernes. Si ce que les anciens en ont raconté est véritable, cette île pouvoit mettre en armes deux cent cinquante mille hommes, & nourrir jusqu'à quatre cent mille ouvriers. Elle renfermoit plusieurs villes, dont la principale étoit celle de Méroé qui servoit de résidence aux reines ; je dis aux reines, parce qu'il semble que c'étoient des femmes qui régnoient dans ce pays-là, puisque l'histoire en cite trois de suite, & toutes ces trois s'appelloient Candace : Pline nous apprend que depuis long-tems ce nom étoit commun aux reines de Méroé.
Mais la difficulté de trouver cette île dans la Géographie moderne, est si grande, que le pere Tellez, jésuite, & autres, se sont laissés persuader qu'elle étoit imaginaire ; cependant le moyen de révoquer en doute son existence, après tous les détails qu'en ont fait les anciens ? Pline rapporte que Simonide y a demeuré cinq ans, & qu'après lui, Aristocréon, Bion & Basilis, ont décrit sa longueur, sa distance de Syene & de la mer Rouge, sa fertilité, sa ville capitale, & le nombre des reines qu'elle a eu pour souveraines. Ludolf, sans avoir mieux réussi que le pere Tellez à trouver cette île, n'a pas douté néanmoins qu'elle n'existât.
Les peres Jésuites qui ont été en Ethyopie semblent convaincus que l'île de Méroé n'est autre chose que le royaume de Gojam, qui est presque tout entouré de la riviere du Nil, en forme de presqu'île ; mais cette presqu'île qui fait le royaume de Gojam est formée par le Nil seul ; point d'Astape, point d'Astaboras, je veux dire, aucune riviere que l'on puisse supposer être l'Astape & l'Astaboras, ce qui est contre la description que les anciens en ont faite. Ajoutez que la ville de Méroé, capitale du pays, étoit placée entre le 16 & le 17 degré de latitude septentrionale, & le royaume de Gojam ne passe pas le 13 degré.
L'opinion de M. de Lisle est donc la seule vraisemblable. Il conjecture que l'île de Méroé des anciens est ce pays qui est entre le Nil & les rivieres de Tacaze & de Dender, & il établit cette conjecture par la situation du pays, par les rivieres qui l'arrosent, par son étendue, par sa figure, & par quelques autres singularités communes à l'île de Méroé, & au pays en question. Voyez-en les preuves dans les Mém. de l'acad. des Sc. ann. 1708. Je remarquerai seulement que la riviere de Tacaze a bien l'air d'être en effet l'Astaboras des anciens, & le Dender d'être l'Astape, parce qu'il n'y a que ces deux rivieres, au-moins de quelque considération, qui entrent immédiatement dans le Nil du côté de l'orient. (D.J.)
|
| MÉROPES | (Géog. anc.) anciens peuples de l'île de Cos, l'une des Sporades, voisine de la Doride. Elle fut appellée , de Mérops, l'un de ses rois, dont la fille nommée Cos ou Coos donna depuis son nom à cette île. Les Méropes de l'île de Cos étoient contemporains d'Hercule. Plutarque décrit une statue qu'ils avoient érigée dans l'île de Délos, en l'honneur d'Apollon. (D.J.)
|
| MÉROPS | voyez GUEPIER.
|
| MÉROS | S. m. (Hist. nat. Ichtyol.) grand poisson d'Amérique, nommé par les Bresiliens aigupuguacu. Il a cinq ou six piés de long, une tête très-grosse, une gueule large, sans aucune dent. Ses nageoires sont au nombre de cinq, étendues sur toute la longueur du dos, presque jusqu'à la queue ; leur partie antérieure est armée de pointes ; la nageoire de la queue est très-large sur-tout à l'extrémité. Les écailles de ce poisson sont fort petites ; son ventre est blanc ; sa tête, son dos, & ses côtés sont d'un gris brun. (D.J.)
MEROS ou MERUS, (Géog. anc.) montagne de l'Inde, selon Strabon, Théophraste, Aelien, Méla, & autres. Elle étoit consacrée à Jupiter. Les anciens donnent des noms bien différens à cette montagne. Elle est appellée Nysa par Pline, l. VIII. c. xxxix. Sacrum, par Trogus ; &, par Polien, Tricoryphus, à cause de ses trois sommets. (D.J.)
|
| MÉROU | (Géog.) ville d'Asie en Perse, dans le Khorassan. Elle a produit plusieurs savans hommes ; & Jacut assure qu'il y a vû trois bibliotheques, dans l'une desquelles il y avoit quelques mille volumes manuscrits. L'agrément de la situation, la pureté de son air, la fertilité de son terroir, & les rivieres qui l'arrosent en font un séjour délicieux. Elle est assez également éloignée de Nichapour, de Hérat, de Balk, & de Bocara. Long. 81. lat. 37. 40.
C'est dans cette ville que mourut en 1072 Alp-Arslan, second sultan de la dynastie des Selgincides, & l'un des plus puissans monarques de l'Asie. On y lit cette épitaphe sur son tombeau : " Vous tous qui avez vû la grandeur d'Alp-Arslan élevée jusqu'aux cieux, venez la voir à Mérou ensevelie dans la poussiere ". (D.J.)
|
| MÉROVINGIEN | subst. & adj. masc. (Hist. de France) nom que l'histoire donne aux princes de la premiere race des rois de France, parce qu'ils descendoient de Mérovée. Cette race a régné environ 333 ans, depuis Pharamond jusqu'à Charles Martel, & a donné 36 souverains à ce royaume.
M. Gibert (Mém. de l'acad. des Belles-Lettres) tire le mot de Mérovingien, de Marobodicus, roi des Germains, d'où les Francs ont tiré leur origine, & ont formé le nom de Mérovée par l'analogie de la langue germanique rendue en latin. M. Freret, au contraire, après avoir essayé d'établir que le nom de Mérovingien ne fut connu que sous les commencemens de la deuxieme race (ce que nie M. Gibert), dans un tems où il étoit devenu nécessaire de distinguer la famille régnante de celle à qui elle succédoit, rend à Mérovée, l'ayeul de Clovis, l'honneur d'avoir donné son nom à la premiere race de nos rois ; & sa raison, pour n'avoir commencé cette race qu'à Mérovée, est que, suivant Grégoire de Tours, quelques-uns doutoient que Mérovée fût fils de Clodion, & le croyoient seulement son parent, de stirpe ejus, au lieu que depuis Mérovée la filiation de cette race n'est plus interrompue. C'est un procès entre ces deux savans, & je crois que Mr. Freret le gagneroit. (D.J.)
|
| MERS | LE, (Géog.) quelques François disent, & mal-à-propos, la Marche ; province maritime de l'Ecosse septentrionale, avec titre de comté. Elle abonde en blé & en pâturages. Elle est située à l'orient de la province de Twedale, & au midi de celle de Lothian, sur la mer d'Allemagne. La riviere de Lauder donne le nom de Lauderdale à la vallée qu'elle arrose dans cette province. La famille de Douglas jouit aujourd'hui du comté de Mers. (D.J.)
|
| MERSBOURG | (Géog.) en latin moderne Martinopolis ; ancienne ville d'Allemagne, dans le cercle de haute-Saxe en Misnie, avec un évêché suffragant de Magdebourg, aujourd'hui sécularisé. Elle appartient à l'électeur de Saxe. Henri I. gagna près de cette ville, en 933, une fameuse bataille sur les Hongrois. Le comte de Tilly la prit en 1631, les Suédois ensuite, & depuis les Impériaux & les Saxons. Son évêché a été fondé par l'empereur Othon I. Mersbourg est sur la Sala, à 4 milles S. O. de Hall ; 8 N. O. de Leipsick ; 23 N. O. de Dresde. Long. 30. 2. lat. 51. 28. (D.J.)
|
| MERSEY | (Géog.) riviere d'Angleterre. Elle a sa source dans la province d'Yorck, prend son cours entre les comtés de Lancastre au nord, & de Chester au midi, & finit par se rendre dans la mer d'Irlande, où elle forme le port de Leverpole. (D.J.)
|
| MERTOLA | (Géog.) autrefois Myrtilis ; ancienne petite ville de Portugal dans l'Alentéjo. Elle est forte par sa situation, & devoit être opulente du tems des Romains, si l'on en juge par des monumens d'antiquités, comme colonnes & statues qu'on y a déterrées. Cette ville fut prise sur les Maures par dom Sanche en 1239. Elle est auprès de la Guadiana, dans l'endroit où cette riviere commence à porter bateau, à 24 lieues S. d'Evora, 40 de Lisbonne. Long. 10. 20. lat. 37. 30. (D.J.)
|
| MERUWE | (Géog.) on nomme ainsi cette partie de la Meuse, qui coule depuis Gorcum jusqu'à la mer, & qui passe devant Dordrecht, Rotterdam, Schiedam, & la Brille. On appelle vieille Meuse, le bras de cette riviere qui coule depuis Dordrecht, entre l'île d'Ysselmonde, celle de Beyerland, & celle de Putten, & se joint à l'autre un peu au-dessous de Vlaerdingen. (D.J.)
|
| MERVEILLE | S. f. (Hist. anc. Philol.) voyez l'article MIRACLE. Ce que l'on appelle vulgairement les sept merveilles du monde, sont les pyramides d'Egypte, le mausolée bâti par Artemise, le temple de Diane à Ephese, les murailles de Babylone couvertes de jardins, le colosse de Rhodes, la statue de Jupiter Olympien, le phare de Ptolemée Philadelphe. Voyez PYRAMIDE, MAUSOLEE, COLOSSE, &c.
MERVEILLES DU MONDE, (Hist. anc.) On en compte ordinairement sept ; savoir, les pyramides d'Egypte, les jardins & les murs de Babylone, le tombeau qu'Arthemise reine de Carie éleva au roi Mausole son époux, à Halycarnasse ; le temple de Diane à Ephese ; la statue de Jupiter Olympien, par Phidias ; le colosse de Rhodes ; le phare d'Alexandrie.
MERVEILLES DU DAUPHINE, (Hist. nat.) On a donné ce nom à quelques objets remarquables que l'on trouve en France, dans la province de Dauphiné. L'ignorance de l'Histoire naturelle & la crédulité ont fait trouver du merveilleux dans une infinité de choses qui, vûes avec des yeux non prévenus, se trouvent ou fausses ou dans l'ordre de la nature. Les merveilles du Dauphiné en fournissent une preuve. On en a compté sept à l'exemple des sept merveilles du monde.
1°. La premiere de ces merveilles est la fontaine ardente ; elle se trouve au haut d'une montagne qui est à trois lieues de Grenoble, & à une demi-lieue de Vif. S. Augustin dit qu'on attribuoit à cette fontaine la propriété singuliere d'éteindre un flambeau allumé, & d'allumer un flambeau éteint ; ubì faces ardentes extinguuntur, & accenduntur extinctae. De civitate Dei, l. XXI. c. vij. Si cette fontaine a eu autrefois cette propriété, elle l'a entierement perdue actuellement ; l'on n'y voit quant à-présent qu'un petit ruisseau d'eau froide ; il est vrai que l'on assure que ce ruisseau a changé de cours, & qu'il passoit autrefois par un endroit d'où quelquefois on voyoit sortir des flammes & de la fumée occasionnées suivant les apparences par quelque petit volcan ou feu souterrain qui échauffoit les eaux de ce ruisseau, & qui par le changement qu'il a pu causer dans le terrein, lui a fait changer de place.
2°. La tour sans venin. On a prétendu que les animaux vénimeux ne pouvoient point y vivre, ce qui est contredit par l'expérience, vû qu'on y a porté des serpens & des araignées qui ne s'en sont point trouvés plus mal. Cette tour est à une lieue de Grenoble, au-dessus de Seyssins, sur le bord du Drac. Elle s'appelle pariset. Autrefois il y avoit auprès une chapelle dédiée à S. Verain, dont par corruption on a fait sans venin.
3°. La montagne inaccessible. C'est un rocher fort escarpé, qui est au sommet d'une montagne très-élevée, dans le petit district de Triéves, à environ deux lieues de la ville de Die. On l'appelle le mont de l'aiguille. Aujourd'hui cette montagne n'est rien moins qu'inaccessible.
4°. Les cuves de Sassenage. Ce sont deux roches creusées qui se voyent dans une grotte située audessus du village de Sassenage, à une lieue de Grenoble. Les habitans du pays prétendent que ces deux cuves se remplissent d'eau tous les ans au 6 de Janvier ; & c'est d'après la quantité d'eau qui s'y amasse, que l'on juge si l'année sera abondante. On dit que cette fable a été entretenue par des habitans du pays qui avoient soin d'y mettre de l'eau au tems marqué. On trouve au même endroit les pierres connues sous le nom de pierres d'hirondelle ou de pierres de Sassenage. Voyez HIRONDELLE, (pierres d ').
5°. La manne de Briançon, que l'on détache des méleses qui se trouvent sur les montagnes du voisinage, ce qui n'est rien moins qu'une merveille.
6°. Le pré qui tremble ; c'est une île placée au milieu d'un étang, ou lac du territoire de Gap, appellé le lac Pelhotier. Il est à présumer que ce pré est formé par un amas de roseaux & de plantes mêlés de terre, qui n'ont point une consistance solide. On trouve des prairies tremblantes au-dessus de tous les endroits qui renferment de la tourbe. Voyez l'art. TOURBE.
7°. La grotte de Notre-Dame de la Balme ; elle ressemble à toutes les autres grottes, étant remplie de stalactites & de congélations, ou concrétions pierreuses. On dit que du tems de François I. il y avoit un abime au fond de cette grotte, dans lequel l'eau d'une riviere se perdoit avec un bruit effrayant ; aujourd'hui ces phénomenes ont disparu.
Aux merveilles qui viennent d'être décrites, quelques auteurs en ajoutent encore d'autres ; telles sont la fontaine vineuse, qui est une source d'une eau minérale qui se trouve à Saint-Pierre d'Argenson ; elle a, dit-on, un goût vineux, & est un remede assuré contre la fievre ; ce goût aigrelet est commun à un grand nombre d'eaux minérales acidules. Le ruisseau de Barberon est encore regardé comme une merveille du Dauphiné ; par la quantité de ses eaux on juge de la fertilité de l'année. Enfin on peut mettre encore au même rang les eaux thermales de la Motte, qui sont dans le Graisivaudan, à cinq lieues de Grenoble sur le bord du Drac ; elles sont, dit-on, très-efficaces contre les paralysies & les rhumatismes. (-)
MERVEILLE DU PEROU, voyez BELLE-DE-NUIT.
MERVEILLE, Pomme de (Botan. exot.) c'est ainsi qu'on nomme en françois le fruit du genre de plante étrangere que les Botanistes appellent momordica. Voyez MOMORDICA.
|
| MERVEILLEUX | adj. (Littérat.) terme consacré à la poésie épique, par lequel on entend certaines fictions hardies, mais cependant vraisemblables, qui étant hors du cercle des idées communes, étonnent l'esprit. Telle est l'intervention des divinités du Paganisme dans les poëmes d'Homere & de Virgile. Tels sont les êtres métaphysiques personnifiés dans les écrits des modernes, comme la Discorde, l'Amour, le Fanatisme, &c. C'est ce qu'on appelle autrement machines. Voyez MACHINES.
Nous avons dit sous ce mot que même dans le merveilleux, le vraisemblable a ses bornes, & que le merveilleux des anciens ne conviendroit peut-être pas dans un poëme moderne. Nous n'examinerons ni l'un ni l'autre de ces points.
1°. Il y a dans le merveilleux une certaine discrétion à garder, & des convenances à observer ; car ce merveilleux varie selon les tems, ce qui paroissoit tel aux Grecs & aux Romains ne l'est plus pour nous. Minerve & Junon, Mars & Venus, qui jouent de si grands rôles dans l'Iliade & dans l'Enéide, ne seroient aujourd'hui dans un poëme épique que des noms sans réalité, auxquels le lecteur n'attacheroit aucune idée distincte, parce qu'il est né dans une religion toute contraire, ou élevé dans des principes tout différens. " L'Iliade est pleine de dieux & de combats, dit M. de Voltaire dans son essai sur la poésie épique ; ces sujets plaisent naturellement aux hommes : ils aiment ce qui leur paroît terrible, ils sont comme les enfans qui écoutent avidement ces contes de sorciers qui les effraient. Il y a des fables pour tout âge ; il n'y a point de nation qui n'ait eu les siennes ". Voilà sans doute une des causes du plaisir que cause le merveilleux ; mais pour le faire adopter, tout dépend du choix, de l'usage & de l'application que le poëte fera des idées reçues dans son siecle & dans sa nation, pour imaginer ces fictions qui frappent, qui étonnent & qui plaisent ; ce qui suppose également que ce merveilleux ne doit point choquer la vraisemblance. Des exemples vont éclaircir ceci ; qu'Homere dans l'Iliade fasse parler des chevaux, qu'il attribue à des trépiés, & à des statues d'or la vertu de se mouvoir, & de se rendre toutes seules à l'assemblée des dieux ; que dans Virgile des monstres hideux & dégoutans viennent corrompre les mets de la troupe d'Enée ; que dans Milton les anges rebelles s'amusent à bâtir un palais imaginaire dans le moment qu'ils doivent être uniquement occupés de leur vengeance ; que le Tasse imagine un perroquet chantant des chansons de sa propre composition : tous ces traits ne sont pas assez nobles pour l'épopée, ou forment du sublime extravagant. Mais que Mars blessé jette un cri pareil à celui d'une armée ; que Jupiter par le mouvement de ses sourcils ébranle l'Olympe ; que Neptune & les Tritons dégagent eux-mêmes les vaisseaux d'Enée ensablés dans les syrtes ; ce merveilleux paroît plus sage & transporte les lecteurs. De-là s'ensuit que pour juger de la convenance du merveilleux, il faut se transporter en esprit dans le tems où les Poëtes ont écrit, épouser pour un moment les idées, les moeurs, les sentimens des peuples pour lesquels ils ont écrit. Le merveilleux d'Homere & de Virgile considéré de ce point de vue, sera toujours admirable : si l'on s'en écarte il devient faux & absurde ; ce sont des beautés que l'on peut nommer beautés locales. Il en est d'autres qui sont de tous les pays & de tous les tems. Ainsi dans la Lusiade, lorsque la flotte portugaise commandée par Vasco de Gama, est prête à doubler le cap de Bonne-Espérance, appellé alors le Promontoire des Tempêtes, on apperçoit tout-à-coup un personnage formidable qui s'éleve du fond de la mer ; sa tête touche aux nues ; les tempêtes, les vents, les tonnerres sont autour de lui ; ses bras s'étendent sur la surface des eaux. Ce monstre ou ce dieu est le gardien de cet océan, dont aucun vaisseau n'avoit encore fendu les flots. Il menace la flotte, il se plaint de l'audace des Portugais qui viennent lui disputer l'empire de ces mers ; il leur annonce toutes les calamités qu'ils doivent essuyer dans leur entreprise. Il étoit difficile d'en mieux allégorier la difficulté, & cela est grand en tout tems & en tout pays sans doute. M. de Voltaire, de qui nous empruntons cette remarque, nous fournira lui-même un exemple de ces fictions grandes & nobles qui doivent plaire à toutes les nations & dans tous les siecles. Dans le septieme chant de son poëme, saint Louis transporte Henri IV. en esprit au ciel & aux enfers, enfin il l'introduit dans le palais des destins, & lui fait voir sa postérité & les grands hommes que la France doit produire. Il lui trace les caracteres de ces héros d'une maniere courte, vraie, & très-intéressante pour notre nation. Virgile avoit fait la même chose, & c'est ce qui prouve qu'il y a une sorte de merveilleux capable de faire par-tout & en tout tems les mêmes impressions. Or à cet égard il y a une sorte de goût universel, que le poëte doit connoître & consulter. Les fictions & les allégories, qui sont les parties du système merveilleux, ne sauroient plaire à des lecteurs éclairés, qu'autant qu'elles sont prises dans la nature, soutenues avec vraisemblance & justesse, enfin conformes aux idées reçues ; car si, selon M. Despréaux, il est des occasions où
Le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable,
à combien plus forte raison, une fiction pourra-t-elle ne pas l'être, à moins qu'elle ne soit imaginée & conduite avec tant d'art, que le lecteur sans se défier de l'illusion qu'on lui fait, s'y livre au contraire avec plaisir & facilite l'impression qu'il en reçoit ? Quoique Milton soit tombé à cet égard dans des fautes grossieres & inexcusables, il finit néanmoins son poëme par une fiction admirable. L'ange qui vient par l'ordre de Dieu pour chasser Adam du Paradis terrestre, conduit cet infortuné sur une haute montagne : là l'avenir se peint aux yeux d'Adam ; le premier objet qui frappe sa vue, est un homme d'une douceur qui le touche, sur lequel fond un autre homme féroce qui le massacre. Adam comprend alors ce que c'est que la mort. Il s'informe qui sont ces personnes, l'ange lui répond que ce sont ses fils. C'est ainsi que l'ange met en action sous les yeux mêmes d'Adam, toutes les suites de son crime & les malheurs de sa postérité, dont le simple récit n'auroit pû être que très-froid.
Quant aux êtres personnifiés, quoique Boileau semble dire qu'on peut les employer tous indifféremment dans l'épopée,
Là pour nous enchanter tout est mis en usage,
Tout prend un corps, une ame, un esprit, un visage.
il n'est pas moins certain qu'il y a dans cette seconde branche du merveilleux, une certaine discrétion à garder & des convenances à observer comme dans la premiere. Toutes les idées abstraites ne sont pas propres à cette métamorphose. Le péché par exemple, qui n'est qu'un être moral, fait un personnage un peu forcé entre la mort & le diable dans un épisode de Milton, admirable pour la justesse, & toutefois dégoutant pour les peintures de détail. Une regle qu'on pourroit proposer sur cet article, ce seroit de ne jamais entrelacer des êtres réels avec des êtres moraux ou métaphysiques ; parce que de deux choses l'une, ou l'allégorie domine & fait prendre les êtres physiques pour des personnages imaginaires, ou elle se dément & devient un composé bizarre de figures & de réalités qui se détruisent mutuellement. En effet, si dans Milton la mort & le péché préposés à la garde des enfers & peints comme des monstres, faisoient une scene avec quelqu'être supposé de leur espece, la faute paroîtroit moins, ou peut-être n'y en auroit-il pas, mais, on les fait parler, agir, se préparer au combat vis-à-vis de satan, que dans tout le cours du poëme, on regarde & avec fondement, comme un être physique & réel. L'esprit du lecteur ne bouleverse pas si aisément les idées reçues, & ne se prête point au changement que le poëte imagine & veut introduire dans la nature des choses qu'il lui présente, sur-tout lorsqu'il apperçoit entr'elles un contraste marqué : à quoi il faut ajouter qu'il en est de certaines passions comme de certaines fables, toutes ne sont pas propres à être allégoriées ; il n'y a peut-être que les grandes passions, celles dont les mouvemens sont très-vifs & les effets bien marqués, qui puissent jouer un personnage avec succès.
2°. L'intervention des dieux étant une des grandes machines du merveilleux, les poëtes épiques n'ont pas manqué d'en faire usage, avec cette différence que les anciens n'ont fait agir dans leurs poésies que les divinités connues dans leur tems & dans leur pays, dont le culte étoit au-moins assez généralement établi dans le paganisme, & non des divinités inconnues ou étrangeres, ou qu'ils auroient regardé comme faussement honorées de ce titre : au-lieu que les modernes persuadés de l'absurdité du paganisme, n'ont pas laissé que d'en associer les dieux dans leurs poëmes, au vrai Dieu. Homere & Virgile ont admis Jupiter, Mars & Vénus, &c. Mais ils n'ont fait aucune mention d'Orus, d'Isis, & d'Osiris, dont le culte n'étoit point établi dans la Grece ni dans Rome, quoique leurs noms n'y fussent pas inconnus. N'est-il pas étonnant après cela de voir le Camouens faire rencontrer en même tems dans son poëme Jesus-Christ & Vénus, Bacchus & la Vierge Marie ? saint Didier, dans son poëme de Clovis, ressusciter tous les noms des divinités du paganisme, leur faire exciter des tempêtes, & former mille autres obstacles à la conversion de ce prince ? Le Tasse a eu de même l'inadvertance de donner aux diables, qui jouent un grand rôle dans la Jérusalem délivrée, les noms de Pluton & d'Alecton. " Il est étrange, dit à ce sujet M. de Voltaire dans son Essai sur la poésie épique, que la plûpart des poëtes modernes soient tombés dans cette faute. On diroit que nos diables & notre enfer chrétien auroient quelque chose de bas & de ridicule, qui demanderoit d'être ennobli par l'idée de l'enfer payen. Il est vrai que Pluton, Proserpine, Rhadamante, Tisiphone, sont des noms plus agréables que Belzebut & Astaroth : nous rions du mot de diable, nous respectons celui de furie ".
On peut encore alleguer en faveur de ces auteurs, qu'accoûtumés à voir ces noms dans les anciens poëtes, ils ont insensiblement & sans y faire trop d'attention, contracté l'habitude de les employer comme des termes connus dans la fable, & plus harmonieux pour la versification que d'autres qu'on y pourroit substituer. Raison frivole, car les poëtes payens attachoient aux noms de leurs divinités quelque idée de puissance, de grandeur, de bonté relative aux besoins des hommes : or un poëte chrétien n'y pourroit attacher les mêmes idées sans impiété, il faut donc conclure que dans sa bouche le nom de Mars, d'Apollon, de Neptune ne signifient rien de réel & d'effectif. Or qu'y a-t-il de plus indigne d'un homme sensé que d'employer ainsi de vains sons, & souvent de les mêler à des termes par lesquels il exprime les objets les plus respectables de la religion ? Personne n'a donné dans cet excès aussi ridiculement que Sannazar, qui dans son poëme de partu Virginis, laisse l'empire des enfers à Pluton, auquel il associe les Furies, les Gorgones & Cerbere, &c. Il compare les îles de Crete & de Delos, célebres dans la fable, l'une par la naissance de Jupiter, l'autre par celle d'Apollon & de Diane, avec Bethléem, & il invoque Apollon & les Muses dans un poëme destiné à célébrer la naissance de Jesus-Christ.
La décadence de la Mythologie entraîne nécessairement l'exclusion de cette sorte de merveilleux dans les poëmes modernes. Mais à son défaut, demande-t-on, n'est-il pas permis d'y introduire les anges, les saints, les démons, d'y mêler même certaines traditions ou fabuleuses ou suspectes, mais pourtant communément reçues ?
Il est vrai que tout le poëme de Milton est plein de démons & d'anges ; mais aussi son sujet est unique, & il paroit difficile d'assortir à d'autres le même merveilleux. " Les Italiens, dit M. de Voltaire, s'accommodent assez des saints, & les Anglois ont donné beaucoup de réputation au diable ; mais des idées qui seroient sublimes pour eux ne nous paroîtroient qu'extravagantes. On se moqueroit également, ajoûte-t-il, d'un auteur qui emploieroit les dieux du paganisme, & de celui qui se serviroit de nos saints. Vénus & Junon doivent rester dans les anciens poëmes grecs & latins. Sainte Génevieve, saint Denis, saint Roch, & saint Christophe, ne doivent se trouver ailleurs que dans notre légende ".
" Quant aux anciennes traditions, il pense que nous permettrions à un auteur françois qui prendroit Clovis pour son héros, de parler de la sainte ampoule qu'un pigeon apporta du ciel dans la ville de Rheims pour oindre le Roi, & qui se conserve encore avec foi dans cette ville ; & qu'un Anglois qui chanteroit le roi Arthur auroit la liberté de parler de l'enchanteur Merlin.... Après tout, ajoute-t-il, quelque excusable qu'on fût de mettre en oeuvre de pareilles histoires, je pense qu'il vaudroit mieux les rejetter entierement : un seul lecteur sensé que ces faits rebutent, méritant plus d'être ménagé qu'un vulgaire ignorant qui les croit ".
Ces idées, comme on voit, réduisent à très-peu de choses les privileges des poëtes modernes par rapport au merveilleux, & ne leur laissent plus, pour ainsi dire, que la liberté de ces fictions où l'on personnifie des êtres : aussi est-ce la route que M. de Voltaire a suivi dans sa Henriade, où il introduit à la vérité saint Louis comme le pere & le protecteur des Bourbons, mais rarement & de loin-à-loin ; du-reste ce sont la Discorde, la Politique, le Fanatisme, l'Amour, &c. personnifiés qui agissent, interviennent, forment les obstacles, & c'est peut-être ce qui a donné lieu à quelques critiques, de dire que la Henriade étoit dénuée de fictions, & ressembloit plus à une histoire qu'à un poëme épique.
Le dernier commentateur de Boileau remarque, que la poésie est un art d'illusion qui nous présente des choses imaginées comme réelles : quiconque, ajoute-t-il, voudra réflechir sur sa propre expérience, se convaincra sans peine que ces choses imaginées ne peuvent faire sur nous l'impression de la réalité, & que l'illusion ne peut être complete qu'autant que la poésie se renferme dans la créance commune & dans les opinions nationales : c'est ce qu'Homere a pensé ; c'est pour cela qu'il a tiré du fond de la créance & des opinions répandues chez les Grecs, tout le merveilleux, tout le surnaturel, toutes les machines de ses poëmes. L'auteur du livre de Job, écrivant pour les Hébreux, prend ses machines dans le fond de leur créance : les Arabes ; les Turcs, les Persans en usent de même dans leurs ouvrages de fiction, ils empruntent leurs machines de la créance mahométane & des opinions communes aux différens peuples du levant. En conséquence on ne sauroit douter qu'il ne fallût puiser le merveilleux de nos poëmes dans le fond même de notre religion, s'il n'étoit pas incontestable que,
De la foi d'un chrétien les mysteres terribles
D'ornemens égayés ne sont point susceptibles.
Boileau, Art poët.
C'est la réflexion que le Tasse & tous ses imitateurs n'avoient pas faite. Et dans une autre remarque il dit que les merveilles que Dieu a faites dans tous les tems conviennent très-bien à la poësie la plus élevée, & cite en preuve les cantiques de l'Ecriture sainte & les pseaumes. Pour les fictions vraisemblables, ajoute-t-il, qu'on imagineroit à l'imitation des merveilles que la religion nous offre à croire, je doute que nous autres François nous en accommodions jamais : peut-être même n'aurons-nous jamais de poëme épique capable d'enlever tous nos suffrages, à-moins qu'on ne se borne à faire agir les différentes passions humaines. Quelque chose que l'on dise, le merveilleux n'est point fait pour nous, & nous n'en voudrons jamais que dans des sujets tirés de l'Ecriture-sainte, encore ne sera-ce qu'à condition qu'on ne nous donnera point d'autres merveilles que celles qu'elle décrit. En vain se fonderoit-t-on dans les sujets profanes sur le merveilleux admis dans nos opera : qu'on le dépouille de tout ce qui l'accompagne, j'ose répondre qu'il ne nous amusera pas une minute.
Ce n'est donc plus dans la poésie moderne qu'il faut chercher le merveilleux, il y seroit déplacé, & celui seul qu'on y peut admettre réduit aux passions humaines personnifiées, est plutôt une allégorie qu'un merveilleux proprement dit. Princip. sur la lecture des Poëtes, tom. II. Voltaire, Essai sur la poésie épique, oeuvres de M. Boileau Despréaux, nouvelle édit. par Mr. de Saint-Marc, tom. II.
|
| MERVEROND | (Géog.) ville de Perse, située dans un très-bon terroir. Selon Tavernier, les géographes du pays la mettent à 88d. 40'. de long. & à 34d. 30'. de lat. (D.J.)
|
| MERVILLE | (Géog.) petite ville de la Flandres françoise, sur la Lys, à 3 lieues de Cassel. Elle appartient à la France depuis 1677. Long. 20. 18. lat. 50. 38.
|
| MERY-SUR-SEINE | (Géog.) petite ville de France dans la Champagne, à 5 lieues au-dessous de Troyes. Il y a un bailliage royal, & un prieuré de l'ordre de S. Benoît. Long. 21. 40. lat. 48. 15.
|
| MERYCOLOGIE | en Anatomie, traité des glandes conglomérées ; ce mot est composé du grec , peloton, & , traité, parce que les glandes conglomérées ressemblent à des pelotons : nous avons un livre in -4°. de Peyer, imprimé en 1685, sous le titre de Mirecologia.
|
| MES-AIR | (Maréchal.) air de manege qui tient du terre-à-terre & de la courbette. Voyez TERRE-A-TERRE & COURBETTE.
|
| MES-ESTIMER | v. act. (Com.) dans le commerce, c'est mépriser une marchandise, en faire peu de cas.
|
| MES-OFFRIR | (Comm.) faire des offres déraisonnables, & bien au-dessous du prix que vaut une marchandise. Dictionn. de commerce.
|
| MESANGE | MESANGE-NONETTE, s. f. (Hist. nat. Ichtiolog.) fringillago, seu parus major, oiseau qui est presque de la grandeur du pinson, à peine pese-t-il une once ; il a six pouces & demi de longueur depuis la pointe du bec jusqu'à l'extrémité de la queue : l'envergeure est de huit pouces trois lignes ; son bec est droit, noir, long d'un demi pouce, & de médiocre épaisseur ; les deux parties du bec sont d'égale longueur ; la langue est large & terminée par quatre filamens : les pattes sont de couleur livide ou bleue ; le doigt extérieur tient par le bas au doigt du milieu ; la tête & le menton sont noirs : il y a de chaque côté au-dessous des yeux une large bande ou une grande tache blanche qui s'étend en arriere & sur les machoires ; cette tache blanche est entourée par une bande noire ; il y a sur le derriere de la tête une autre tache blanche qui est au-dessous de la couleur noire de la tête, & au-dessus de la couleur jaune du cou : les épaules, le cou, & le milieu du dos sont verdâtres ou d'un verd jaunâtre ; le croupion est de couleur bleuâtre ; la poitrine & le ventre sont jaunes, & le bas-ventre est blanc. Il y a une bande ou un trait noir qui va depuis la gorge jusqu'à l'anus, en passant sur le milieu de la poitrine & du ventre. Les grandes plumes de l'aîle sont brunes, à l'exception des bords qui sont blancs, ou en partie blancs & en partie bleus. Les bords extérieurs des trois plumes les plus prochaines du corps sont de couleur verdâtre ; le premier rang des petites plumes de l'aîle qui recouvrent les grandes & qui sont sur la partie de l'aîle qui correspond à notre avant-bras ont leurs extrémités blanches, ce qui forme une ligne transversale blanche sur l'aîle, les plumes des autres rangs sont bleuâtres. La queue a environ deux pouces & demi de longueur, elle est composée de douze plumes qui ont toutes, à l'exception des extérieures, les barbes externes de couleur cendrée ou blanc, & les barbes intérieures de couleur noirâtre, la plume extérieure de chaque côté a les barbes externes & la pointe de couleur blanche, la queue ne paroît pas fourchue, même quand elle est pliée ; il y a dix-huit grandes plumes dans chaque aîle, outre la premiere qui est fort courte. Willughby, voyez OISEAU.
MESANGE BLEUE, parus caeruleus, oiseau qui a le dessus de la tête de couleur bleue ; ce sommet bleu est entouré d'un petit cercle blanc fait en forme de guirlande ; au-dessous de ce cercle on en voit un autre de différentes couleurs qui entoure la gorge & le derriere de la tête, il est bleu par derriere & noir par devant ; il y a de chaque côté de la tête une large marque blanche traversée par une petite bande noire qui commence à la racine du bec, qui passe sur les yeux, & qui se termine en arrivant au second cercle noir. Ces deux taches blanches se réunissent sur le bec ; elles sont séparées en-dessous à l'endroit du menton qui est noir. Le dos est d'un verd jaunâtre, les côtés, la poitrine, le ventre sont de couleur jaune, à l'exception d'une bande de couleur blanchâtre qui passe sur le milieu de la poitrine, & qui se termine à l'anus. Le mâle a le dessus de la tête d'un bleu plus foncé, cette couleur est plus pâle dans la femelle & dans les jeunes mâles. La pointe des plumes de l'aîle qui sont les plus prochaines du corps, est blanche, & les bords extérieurs des premieres sont blancs environ depuis le milieu jusqu'au-dessus. Les petites plumes de l'aîle qui recouvrent les grandes sont bleues, & ont la pointe blanche, ce qui forme une ligne transversale sur l'aîle. La queue a deux pouces de longueur, elle est de couleur bleue, à l'exception des bords de la plume extérieure de chaque côté qui sont blanchâtres. Le bec est court, fort & pointu : sa couleur est d'un brun noirâtre ; la langue est large & terminée par quatre filamens ; les piés sont de couleur livide ; le doigt de derriere tient au doigt du milieu à sa naissance.
Cet oiseau pese trois gros. Il a environ quatre pouces deux lignes de longueur depuis la pointe du bec jusqu'à l'extrémité de la queue, & trois pouces huit lignes jusqu'au bout des ongles. L'envergeure est de sept pouces quatre lignes. Il y a dix-huit grandes plumes dans chaque aîle, outre l'extérieure qui est très-courte. La queue est composée de douze plumes. Willughby, voyez OISEAU.
MESANGE DES BOIS, parus ater Gesneri, oiseau qui a sur le derriere de la tête une tache blanche, le reste de la tête est noir ; le dos a une couleur cendrée mêlée de verd, & le croupion est verdâtre ; les aîles & la queue sont brunes ; le bec est droit, arrondi & noir ; les pattes, les piés & les ongles ont une couleur bleuâtre. La mesange des bois est la plus petite de toutes les mesanges, elle ne pese que deux gros ; elle a environ quatre pouces de longueur depuis la pointe du bec jusqu'à l'extrémité de la queue, & six pouces & demi d'envergeure. Il y a dix-huit grandes plumes dans chaque aîle, & douze dans la queue, dont la longueur est d'un pouce trois quarts. Willughby, Ornit. Albin a donné à cet oiseau le nom de mesange des bois, parce qu'on le trouve beaucoup plus communément dans les forêts & dans les jeunes taillis que par-tout ailleurs. Voyez OISEAU.
MESANGE HUPPEE, parus cristatus, Ald. oiseau qui a le bec court, un peu gros, & de couleur noirâtre ; la langue est large & divisée en quatre filamens, les piés sont de couleur livide ; les plumes du dessus de la tête sont noires & ont les bords blancs ; la hupe s'éleve presqu'à la hauteur d'un pouce. Une bande noire qui commence derriere la tête entoure le cou comme un collier ; il y a une tache noire qui s'étend depuis la machoire inférieure jusqu'au collier, & une bande blanche qui est contiguë au collier & au menton ; on voit aussi au-delà des oreilles une tache ou ligne noire. Le milieu de la poitrine est blanc & les côtés sont un peu roussâtres. Les aîles & la queue ont une couleur brune, à l'exception des bords extérieurs qui sont verdâtres. Le dos est d'un roux mêlé de verd. Cet oiseau ne pese que deux dragmes & demie, il a quatre pouces sept lignes de longueur depuis l'extrémité du bec jusqu'au bout de la queue, & sept pouces huit lignes d'envergeure ; les ailes ont chacune dix-huit grandes plumes ; on en compte douze dans la queue, sa longueur est de deux pouces. Le bec a un demi-pouce depuis la pointe jusqu'aux coins de la bouche. Willughby, voyez OISEAU.
MESANGE DE MARAIS, parus palustris Gesneri. Cet oiseau a la tête noire, les mâchoires blanches, le dos verdâtre & les piés de couleur livide. Il differe de la mesange des bois, 1°. parce qu'il est plus gros ; 2°. parce qu'il a la queue plus grande ; 3°. parce qu'il n'a pas de tache blanche derriere la tête ; 4°. parce qu'il est plus blanc par-dessous ; 5°. parce qu'il a moins de noir sous le menton ; & enfin parce qu'il n'a point du tout de blanc à la pointe des petites plumes des aîles qui recouvrent les grandes.
Il pese plus de trois gros ; il a quatre pouces & demi depuis la pointe du bec jusqu'à l'extrémité des ongles. L'envergeure est de huit pouces. Le nombre des grandes plumes des aîles & de la queue est le même que dans tous les petits oiseaux. Sa queue est longue de plus de deux pouces, & elle est composée de douze plumes de même longueur. Il y a dans les aîles dix-huit grandes plumes, sans compter la premiere à l'extérieur qui est très-petite, selon Gesner. Le dos est roux tirant sur le cendré. Willughby. Voyez OISEAU.
MESANGE A LONGUE QUEUE, parus caudatus Ald. oiseau qui a le dessus de la tête de couleur blanche ; il y a une bande noire qui s'étend depuis le bec jusque derriere la tête, en passant au-dessus des yeux : les mâchoires & la gorge sont blanches, la poitrine est de couleur blanche mêlée de brun, le ventre & les côtés sont couleur de châtaigne pâle, le dos & le croupion ont quelque teinte de cette même couleur, mais elle est mélée de noir.
Les grandes plumes des aîles sont d'un brun obscur ; les bords externes des plumes intérieures sont blancs. La structure singuliere de la queue de ce petit oiseau, le distingue de tous les autres, de quelque genre qu'ils soient. Les plumes extérieures sont les plus courtes, les autres qui suivent sont de plus en plus longues, jusqu'à celles du milieu qui sont beaucoup plus grandes ; le bout & le milieu de la plume extérieure, de chaque côté, est comme dans la pie à longue queue, de couleur blanche seulement du côté extérieur du tuyau ; dans celles qui suivent il y a moins de blanc ; les troisiemes n'ont que la pointe blanche, & les autres sont tout-à-fait noires.
Le bec est court, fort noir ; la langue est large, fourchue & découpée en filamens ; les yeux sont plus grands que dans les autres petits oiseaux, l'iris est de couleur de noisette, les poils de la paupiere sont de couleur jaunâtre ; les narines sont couvertes de petites plumes, les pattes sont noirâtres, & les ongles noirs ; celui du doigt de derriere est plus grand, comme dans presque tous les petits oiseaux.
Cet oiseau reste plus dans les jardins que sur les montagnes ; il fait son nid comme le roitelet, & même avec plus d'art ; il est voûté par le haut ; il n'est ouvert que par un petit trou à l'un des côtés, qui sert de passage à l'oiseau : les oeufs & les petits sont garantis par ce moyen de toutes les injures de l'air, du vent, de la pluie & du froid ; & pour qu'ils soient couchés plus mollement, ce nid est garni en-dedans avec des plumes & de la laine ; les dehors sont revêtus de mousse & de laine entrelacées ensemble. La femelle fait 10 ou 12 oeufs d'une seule ponte. Willughby. Voyez OISEAU.
|
| MESARAEUM | , en Anatomie, est la même chose que mesentere. Voyez MESENTERE.
MESARAEUM, se dit aussi dans un sens plus limité d'une partie du mesentere, qui est attachée aux menus intestins.
La partie du mesentere qui est attachée aux gros intestins, se nomme mesocolon. Voyez MESOCOLON.
|
| MÉSARAIQUES | VAISSEAUX, (Anat.) Mésaraïques, dans un sens général, sont les mêmes que les mésenteriques. Voyez MESENTERIQUES. Dans l'usage ordinaire, méseraïques se dit plus souvent des veines du mesentere, & mésenteriques des arteres.
|
| MESCAL | S. m. (Com.) petit poids de Perse, qui fait environ la centieme partie d'une livre de France de seize onces ; c'est le demi dethem ou demi dragme des Persans. Trois cent dethems ou six cent mescals, font le batman de Tauris qui pese cinq livres quatorze onces de France. Voyez BATMAN, Diction. de Com. tom. III. pag. 362.
|
| MESCHED | (Géog.) ville considérable de Perse, dans le Korasan, à 20 lieues de Nichapour. Elle est enceinte de plusieurs tours, & fameuse par le sépulcre d'Iman Risa, de la famille d'Aly, l'un des douze saints de Perse ; c'est dans une montagne près de Mesched, qu'on trouve les plus belles turquoises. Les tables géographiques de Nassir-Edden nomment cette ville Thus, & la placent à 92. 30. de long. & à 37. 0. de lat. (D.J.)
|
| MESE | S. f. est dans l'ancienne musique, le nom de la corde la plus aiguë du second tétracorde. Voyez MESON. Mese signifie moyenne, & ce nom fut donné à cette corde, non pas, comme dit Brossard, parce qu'elle est mitoyenne & commune entre les deux octaves de l'ancien système, car elle portoit ce nom bien avant que le système eût acquis cette étendue ; mais parce qu'elle formoit précisément le milieu entre les deux premiers tétracordes dont ce système avoit d'abord été composé. (S)
MESE, (Géog. anc.) île de la mer Méditerranée sur la côte de la Gaule. Pline lib. III. cap. v. la surnomme Pomponiana. C'est l'île de Portecroz, l'une des îles d'Hieres. (D.J.)
|
| MESENTERE | S. m. en Anatomie, c'est un corps gras & membraneux ; ainsi appellé parce qu'il est situé au milieu des intestins, qu'il attache les uns aux autres. Voyez INTESTINS. Ce mot vient du grec , moyen, & , intestin.
Le mesentere est presque d'une figure circulaire, avec une production étroite à laquelle la fin du colon & le commencement du rectum, sont attachés. Il a environ quatre doigts & demi de diametre. Sa circonférence, qui est pleine de replis, est d'environ trois aunes. Les intestins sont attachés comme un bord à cette circonférence du mesentere, & ce bord est d'environ trois pouces de large. Voyez INTESTINS.
Le mesentere est lui-même fortement attaché aux trois premieres vertebres des lombes. Il est composé de trois lames ; l'interne, sur laquelle sont placées les glandes & la graisse, les veines & les arteres, & la membrane propre. Les deux autres, qui couvrent chaque côté de la membrane propre, viennent du péritoine. Entre ces deux lames externes du mesentere se trouvent les branches de l'artere mesentérique supérieure & inférieure, qui portent le sang aux intestins ; & les veines mesaraïques, qui sont des branches de la veine porte, fournissent le sang au foye. Ici les grosses branches des arteres & des veines communiquent ensemble, & vont directement aux intestins, où étant accompagnées de nerfs qui viennent du plexus mesentérique, elles se divisent en une infinité de petites branches extrémement fines, qui se répandent sur les tuniques des intestins. Les veines lactées & les vaisseaux lymphatiques vont de même sur le mesentere, qui est garni de plusieurs glandes conglobées, dont la plus considérable est au milieu du mesentere, & se nomme pancreas d'Asellius. Ces glandes reçoivent des veines lactées la lymphe & le chyle. Voyez PANCREAS & LACTEE.
On a divisé ordinairement le mesentere en deux parties, savoir le mesaraeum & le mesocolon ; le premier appartenant aux intestins grêles, & le second aux gros intestins : mais cette division n'est pas fort importante.
L'usage du mesentere est premierement, de ramasser les intestins dans un petit espace, afin que les vaisseaux qui portent le chyle aient peu de chemin à faire jusqu'au reservoir commun : secondement, de mettre à couvert ces vaisseaux & les vaisseaux sanguins : troisiemement, d'attacher & disposer tellement les intestins, qu'ils ne puissent s'embarrasser les uns dans les autres, ce qui empêcheroit leur mouvement péristaltique.
|
| MESENTERIQUE | (Anat.) se dit d'un plexus ou réseau de nerfs, qui est formé par les branches ou ramifications de la huitieme paire. Le grand plexus mesenterique est formé par la concurrence des branches de plusieurs autres plexus, & envoie des filets de nerfs, qui se distribuent dans tout le mesentere ; & s'entortillant diversement autour des vaisseaux mesaraïques, les accompagnent jusqu'aux intestins. Voyez PLEXUS.
MESENTERIQUES ou MESARAÏQUES, se dit de deux arteres qui viennent de l'aorte descendante, & vont au mesentere.
L'une, est la mesenterique supérieure, qui se distribue à la partie supérieure du mesentere ; & l'autre, la mesenterique inférieure, qui se distribue à la partie inférieure. Voyez nos Pl. d'Anat. & leur explic. voyez aussi ARTERE.
Il y a aussi une mesentérique, composée d'une infinité d'autres veines qui viennent du mesentere, laquelle avec la veine splenique, qui vient du foie, forme la veine-porte.
Les Anatomistes reconnoissent aussi un nerf mesentérique qui vient de l'intercostal, & envoie plusieurs branches au mesentere. Voyez NERF.
Omphalo - MESENTERIQUE. Voyez OMPHALO - Mesenterique.
|
| MESEREON | (Mat. med.) ou bois gentil ; espece de thymelée absolument semblable, quant aux propriétés médicinales, à une autre espece de thymelée, appellée communément garou. Voyez GAROU.
|
| MESFAIT | S. f. (Jurisprud.) terme usité dans les procédures criminelles pour exprimer toute sorte de délit. (A)
|
| MESICA | (Hist. nat. Botan.) arbre d'Afrique, fort commun dans le royaume de Congo, qui est de la grandeur d'un noyer, & dont le bois donne une resine ou gomme que l'on employe dans les usages medicinaux.
|
| MESNI | ou MESGNIE, s. f. (Jurisp.) famille, parenté. Terme usité dans les anciennes ordonnances, pour désigner les gens d'une même maison, comme femme, enfans ou serviteurs.
|
| MESOCHONDRIAQUES | en Anatomie, c'est ainsi que Boërhaave dans son commentaire, appelle les fibres longitudinales & transverses qui unissent les cartilages de la trachée artère. Voyez cet article.
|
| MESOCOLON | S. m. en Anatomie, est la partie du mesentere qui est attachée aux gros intestins, & particulierement au colon. Voyez MESENTERE. Le mesocolon est situé au milieu du colon, auquel il est attaché ; sa partie inférieure l'est à une portion du rectum.
|
| MÉSOCORE | (Antiq. Greq. & Rom.) Les mésocores, , étoient chez les Grecs les musiciens qui présidoient dans les concerts, & qui en dirigeoient la mesure en la battant avec leurs piés ; c'est pour cela qu'ils avoient des especes de patins de bois, crupezia, afin qu'ils pussent être mieux entendus.
Le mesocora, mesocorus, chez les Romains étoit celui qui dans les jeux publics, donnoit le signal àpropos pour les acclamations, afin que tout le monde battît à la fois des mains.
Il ne faut pas confondre le mesocore avec le mesocure, ; ce dernier mot désigne une actrice de tragédie, qui avoit la moitié de la tête rasée. (D.J.)
|
| MESOIDES | en Musique, sous moyens. Voyez LEPSIS.
|
| MESOLABE | S. m. (Géom.) instrument mathématique, inventé par les anciens pour trouver méchaniquement deux moyennes proportionnelles ; il est composé de trois parallélogrammes qui se meuvent dans une rainure, & se coupent en certains points. Eutocius en donne la figure dans son commentaire sur Archimede. Voyez les articles DUPLICATION & MOYENNE PROPORTIONNELLE.
|
| MESOLOGARITHME | S. m. (Arithm.) Kepler s'est servi de ce terme, pour exprimer les logarithmes des co-sinus, & des co-tangentes ; mais Neper appelle antilogarithmes les logarithmes des co-sinus, & logarithmes, différentiels, differentiales, les logarithmes des co-tangentes ; ces expressions ne sont plus usitées.
|
| MESON | adj. est dans la musique des Grecs, le nom du second de leurs tetracordes, en commençant au grave ; & c'est aussi le nom par lequel on distingue chacune de ses quatre cordes, de celles qui leur correspondent dans les autres tetracordes. Ainsi dans celui dont nous parlons, la premiere corde s'appelle hypate-meson, la seconde parypate-meson, la troisieme lichanos-meson ou meson diathonos, & le quatrieme mese. Voyez SYSTEME.
Meson est le genitif plurier de l'adjectif , moyenne, parce que le tetracorde meson occupe le milieu, entre le premier & le troisieme ; ou plutôt, parce que la corde mese donne son nom à ce tetracorde, dont elle forme l'extrémité aiguë. (s)
|
| MÉSONYCTION | (Litterat.) mot grec que les Latins traduisent par media nox, le milieu de la nuit. Ce terme est assez rare, même dans les auteurs grecs, qui nous restent. Anacréon s'en sert comme adjectif au commencement de sa jolie chanson sur l'amour, en y ajoutant
|
| MÉSOPOTAMIE | (Géog. anc.) Mesopotamia ; vaste contrée de l'Asie, renfermée entre le Tigre & l'Euphrate ; le mot grec , signifie un pays renfermé entre deux fleuves. Le Tigre, dit Strabon, borne la Mésopotamie à l'orient, & l'Euphrate à l'occident ; au nord le mont Taurus la sépare de l'Armenie, & l'Euphrate lorsqu'il a pris son cours vers l'orient, la baigne au midi.
Les Hébreux appellerent cette contrée, Aram ou Aramasam, & elle est fameuse dans l'écriture sainte, pour avoir été la premiere demeure des hommes, avant & après le déluge. Souvent l'Ecriture lui donne le nom de Mésopotamie syrienne, parce qu'elle étoit occupée par les Araméens ou Syriens.
Nos historiens ont divisé la Mésopotamie en diverses provinces, qu'ils appellent la Mésopotamie propre, l'Osroène, la Mygdonie, la Sophimène & l'Arabie Scénite.
Les différentes puissances qui possederent des portions de la Mésopotamie ont occasionné d'autres divisions de ce pays ; par exemple, après les expéditions de Lucullus & de Pompée, la partie qui joint l'Euphrate fut presque toute occupée par les Romains, tandis que les Parthes possedoient presque tout ce qui étoit du côté du Tigre. Enfin, comme le succès des armes n'est pas toujours le même, plusieurs empereurs de Rome furent depossedés de toutes les terres que leurs prédecesseurs avoient conquises au-delà de l'Euphrate.
Aujourd'hui, les arabes nomment Al-Gézirah, le pays renfermé entre le Tigre & l'Euphrate, & ils le divisent en quatre parties, qu'ils appellent diars ou quartiers. Ces quatre quartiers sont celui de Diar-bekr, nommé vulgairement Diarbek, qui donne souvent son nom à toute la Mésopotamie. Le second est Diar-Rabiat, le troisieme Diar-Rachat & le quatrieme Diar-Moussal.
Les villes capitales de ces quatre cantons, sont dans le premier quartier Amida, que les Turcs appellent Carémit & Diarbek ; dans le second quartier, Nisibe ; dans le troisieme, Racah, que nos historiens nomment Aracta ; & dans le quatrieme quartier, la ville celebre de Moussal ou Mosul. (D.J.)
|
| MÉSOTHENAR | en Anatomie, nom d'un muscle décrit sous le nom d'anti-thenar. Voyez ANTITHENAR.
|
| MESPILEUS LAPIS | (Hist. nat.) nom donné par quelques naturalistes à une espece d'échinistes ou d'oursins petrifiés, à cause de leur ressemblance avec la neffle.
|
| MESQUIN | en Peinture, est une sorte de mauvais goût, où tout est chétif & amaigri, & où il regne un air de secheresse qui ôte le caractere & l'effet à tous les objets. On dit, les ouvrages de ce peintre sont secs, mesquins ; composition mesquine, caractere mesquin, mesquinement dessiné.
|
| MESQUINERIE | S. f. (Morale) dépense & épargne sordide ; en effet, ce vice opposé à la libéralité paroît autant dans un avare, lorsqu'il donne, que lorsqu'il épargne. Theophraste a fait un tableau vivant des mesquins de la Grece ; il faut en transcrire ici quelques passages.
Cette espece d'avarice, dit-il, est dans les hommes une passion de vouloir ménager les plus petites choses, sans aucune fin honnête ; c'est dans cet esprit, que quelques-uns faisant l'effort de donner à manger, lorsqu'ils ne peuvent l'éviter, comptent pendant le repas, le nombre de fois que chacun des conviés demande à boire. Ce sont eux encore dont la portion des prémices des viandes que l'on envoie sur l'autel de Diane, est toujours la plus petite. Ils apprécient les choses au-dessous de ce qu'elles valent, & de quelque bon marché qu'un autre en leur rendant compte, veuille se prévaloir, ils lui soutiennent toujours qu'il a acheté trop cher. Implacables à l'égard d'un valet qui aura laissé tomber un pot de terre, ou cassé par malheur quelque vase d'argile, ils lui déduisent cette perte sur sa nourriture. Ne prenez point l'habitude, disent-ils, à leurs femmes, de prêter votre sel, votre orge, votre farine, ni même du cumin, de la marjolaine, & des gâteaux pour l'autel ; car ces petits détails ne laissent pas de monter à la fin d'une année à une grosse somme. Ces sortes d'avares portent des habits qui leur sont trop courts & trop étroits : ils se déchaussent vers le milieu du jour pour épargner leurs souliers ; ils vont trouver les foulons pour leur recommander de se servir de craye dans la laine qu'ils leur ont donnée à préparer, afin, disent-ils, que leur étoffe se tache moins.
Plaute s'est aussi diverti à peindre dans le personnage d'Euction, un vieillard romain de la derniere mesquinerie. On peut voir les plaisans exemples qu'en alleguent deux cuisiniers, dans la piece intitulée Aulularia, act. ij. scen. 4. où l'un d'eux après quelques traits que l'autre lui en contoit, s'écrie :
Edepol mortalem, parcè parcum, predicas.
Ce parcè parcus est une expression énergique, qui peint à merveille ce que nous nommons un mesquin, mot vraisemblablement tiré de l'italien meschino. (D.J.)
|
| MESQUIS | On appelle bazannes passées en mesquis, celles qui ont été apprêtées avec du rédon au lieu de tan. Voyez BAZANNE.
|
| MESQUITE | (Bot. exot.) arbre de l'Amérique, qui est grand & gros comme un chêne, à feuilles plus petites & d'un verd moins foncé. Il produit une gousse semblable à celle de nos haricots, dans laquelle on trouve trois ou quatre graines plus grosses que nos féverolles. On seche ce fruit, & l'on s'en sert à faire de l'encre, à nourrir les bestiaux & quelquefois les hommes, du-moins c'est ce qu'on en dit dans le Journal de Trévoux, Novembre 1704, p. 1976.
|
| MESSA | (Géog.) on l'appelloit autrefois Temese, ancienne ville d'Afrique au royaume de Maroc, dans la province de Sus, au pié de l'atlas proche de l'océan, dans un terrein abondant en palmiers, à 16 lieues O. de Sus. Long. 8. 40. lat. 29. 20. (D.J.)
|
| MESSAGER | S. m. chez les anciens Romains étoit un officier de justice, ce terme ne signifioit originairement qu'un messager public ou un serviteur qui alloit avertir les sénateurs & les magistrats des assemblées qui devoient se tenir, & où leur présence étoit nécessaire.
Et comme dans les premiers tems de l'empire romain la plûpart des magistrats vivoient à la campagne, & que ces messagers se trouvoient continuellement en route, on les appelloit voyageurs, de viâ, grand-chemin, viatores.
Avec le tems le nom de viator devint commun à tous les officiers des magistrats, comme ceux qu'on appelloit lictores, accensi, scribae, statores, praecones, soit que tous ces emplois fussent réunis dans un seul, soit que le terme viator fût un nom général, & que les autres termes signifiassent des officiers qui s'acquittoient chacun en particulier de fonctions différentes, comme Aulu-Gelle semble l'insinuer, lorsqu'il dit que le membre de la compagnie des viatores, chargé de garotter un criminel condamné au fouet, s'appelloit licteur. Voyez ACCENSI, SCRIBAE.
Quoi qu'il en soit, les noms de lictor & viator s'employoient indifféremment l'un pour l'autre, & nous lisons aussi fréquemment : Envoyer chercher ou avertir quelqu'un par un lictor que par un viator.
Il n'y avoit que les consuls, les préteurs, les tribuns & les édiles qui fussent en droit d'avoir des viatores. Il n'étoit pas nécessaire qu'ils fussent citoyens romains, & cependant il falloit qu'ils fussent de condition libre.
Du tems de l'empereur Vespasien il y eut encore une autre espece de messagers. C'étoient des gens préposés pour aller & venir d'Ostie à Rome prendre les ordres du prince pour la flotte, & lui rapporter les avis des commandans. On les appelloit messagers des galeres, & ils faisoient leurs courses à pié.
|
| MESSANA | (Géog. anc.) ville de Sicile, la premiere qu'on rencontre en traversant de l'Italie dans cette île. Elle est située sur le détroit, comme le dit Silius Italicus, l. XIV. v. 195. Incumbens Messana Freto. Diodore de Sicile observe qu'elle s'appelloit anciennement Zancla. Le nom de Messana lui vient selon Strabon, des Messéniens du Péloponnèse, qui en furent les fondateurs.
Dans les écrivains grecs, le nom de est indifféremment employé pour signifier cette colonie des Messéniens en Sicile, & leur ville capitale dans la Messénie au Péloponnèse ; mais les écrivains latins ont appellé Messana celle de Sicile, & Messene celle du Péloponnèse.
Lorsque les Messaniens d'Italie, nommés par les latins Messanienses, eurent admis parmi eux les Mamertins, ils prirent le nom de ces derniers en reconnoissance du secours qu'ils en avoient reçu, voilà pourquoi Pline appelle les habitans de Messana Mamertini, & que Cicéron nomme leur ville Mamertina civitas ; c'est aujourd'hui Messine. Voyez MESSINE. (D.J.)
|
| MESSAPIE | Messapia, (Géog. anc.) contrée d'Italie, en forme de péninsule, qui avance dans la mer Ionienne, son isthme est entre Brindes & Tarente. Strabon dit qu'on appelloit encore cette péninsule Japygia, Calabria & Salentina, quoique le pays des Salentins n'en formât qu'une partie. (D.J.)
|
| MESSE | S. f. terme de Religion, c'est l'office ou les prieres publiques que l'on fait dans l'Eglise romaine lors de la célébration de l'Eucharistie. Nicod, après Baronius, dit que le mot Messe vient de l'hébreu missach, qui signifie oblatum, ou de missa missorum, parce qu'on mettoit en ce tems-là hors de l'Eglise les cathécumenes & les excommuniés, lorsque le diacre disoit ite missa est, après le sermon & la lecture de l'Epître & de l'Evangile, parce qu'il ne leur étoit pas permis d'assister à la consécration, & cette opinion est la seule véritable. Voyez CATHECUMENE. Ménage le fait venir de missio, congé ; d'autres de missa, envoi, parce que la Messe, les prieres des hommes qui sont sur la terre, sont envoyées & portées au ciel.
Les Théologiens disent que la Messe est une oblation faite à Dieu, où, par le changement d'une chose sensible, on reconnoît le souverain domaine de Dieu sur toutes choses en vertu de l'institution divine.
C'est dans le langage ordinaire la plus grande & la plus auguste des cérémonies de l'Eglise. C'est le sacrifice non-sanglant de la nouvelle loi, où l'on présente à Dieu le corps & le sang de son Fils Jesus-Christ sous les especes du pain & du vin.
On donne des noms différens à la Messe, selon les différens rits, les différentes intentions, les différentes manieres selon lesquelles on la dit, comme on va le voir.
Messe ambrosienne, c'est-à-dire du rit ambrosien, ou de l'Eglise de Milan.
Messe anglicane, selon le rit qui s'observoit autrefois dans l'Eglise d'Angleterre.
Messe gallicane est une Messe célébrée suivant l'ancien rit de l'Eglise de France.
Messe greque est une Messe célébrée suivant le rit grec en langue greque, & par un prêtre de cette nation.
Messe latine, celle qui se dit en latin dans l'Eglise latine, & selon le rit de cette Eglise.
Messe mozarabique ou gothique est celle qu'on célébroit autrefois en Espagne, & dont le rit est encore en usage dans les églises de Tolede & de Salamanque. On l'a nommée mozarabique, parce que les Arabes ont été maîtres de l'Espagne, & qu'on appelloit alors les Chrétiens de ce pays-là mozarabes, c'est-à-dire mêlés avec les Arabes.
Messe haute, qu'on appelle aussi grande Messe, est celle qui se chante par des choristes, & que l'on célebre avec diacre & soudiacre.
Messe basse, c'est celle qui se dit sans chant, mais en récitant seulement les prieres, sans diacre ni soudiacre.
Messe de beatâ, ou de la Vierge, c'est celle que l'on offre à Dieu par l'entremise de la Vierge & sous son invocation.
Messe commune, ou de la communauté, celle qui se dit dans les monasteres à certaine heure pour toute la communauté.
Messe du Saint-Esprit, celle que l'on célebre au commencement de quelque solemnité, ou d'une assemblée ecclésiastique qu'on commence par l'invocation du Saint-Esprit.
Messe de fête, comme de Noël, de Paques, c'est celle qu'on dit ces jours-là, & dont les lectures sont conformes au tems où l'on est, & au mystere que l'on célebre.
Messe du jugement, celle où l'on se purgeoit d'une calomnie par les preuves établies. Voyez PREUVES.
La Messe pour la mort des ennemis a été long-tems en usage en Espagne, mais on l'a abolie, parce que cette intention est contraire à la charité chrétienne.
Messe des morts ou de requiem est celle qu'on dit à l'intention des défunts, dont l'introït commence par requiem. Au xiij. siecle, avant que de mener les coupables au supplice, on leur faisoit entendre une Messe des morts pour le repos de leurs ames.
Messe de paroisse ou grande Messe est celle que le curé est obligé de faire chanter toutes les fêtes & dimanches pour ses paroissiens.
Petite Messe ou Messe basse, celle qui se dit à des autels particuliers avec moins de cérémonies.
La premiere Messe est celle que l'on dit dès le point du jour.
La Messe d'un saint est celle où l'on invoque Dieu par l'intercession d'un saint.
Il y a des Messes des apôtres, des martyrs, des confesseurs, des pontifes, des vierges, &c.
Messe du scrutin, étoit une Messe qu'on disoit autrefois pour les cathécumenes le mercredi & le samedi de la quatrieme semaine de carème, lorsqu'on examinoit s'ils étoient disposés comme il faut pour recevoir le baptème.
On appelle seche la Messe où il ne se fait point de consécration, comme celle que dit un prêtre qui ne peut pas consacrer, à cause qu'il a déja dit la Messe, comme témoigne Durandus ; ou celle qu'on fait dire en particulier aux aspirans à la prêtrise, pour apprendre les cérémonies : c'est ainsi que l'appelle Eckius.
Le cardinal Bona dans son ouvrage de rebus liturgicis, lib. I. cap. xv. parle assez au-long de cette Messe seche, qu'il appelle aussi Messe nautique, nautica, parce qu'on la disoit dans les vaisseaux où l'on n'auroit pas pu consacrer le sang de Jesus-Christ sans courir risque de le répandre à cause de l'agitation du vaisseau, & il dit sur la foi de Guillaume de Nangis, que saint Louis dans son voyage d'Outremer en faisoit dire ainsi dans le navire qu'il montoit. Il cite aussi Génébrard, qui dit avoir assisté à Turin en 1587 à une pareille Messe célébrée dans une église, mais après dîner & fort tard pour les funérailles d'une personne noble. Durand qui parle de ces Messes, assûre très-distinctement qu'on n'y disoit point le canon ni les prieres directement relatives à la consécration, puisqu'en effet le célébrant ne consacroit pas. Pierre le Chantre, qui vivoit en 1200, s'est élevé contre ces abus, aussi-bien qu'Estius, & le cardinal Bona remarque que la vigilance des évêques les a entierement supprimées.
Le même Pierre le Chantre dans son ouvrage intitulé, Verbum abbreviatum, fait mention d'un autre abus, qu'il appelle Messes à deux & à trois faces, Missa bifaciata, Missa trifaciata ; & voici comme il le décrit : Quelques prêtres, dit-il, mêloient plusieurs Messes en une ; c'est-à-dire qu'ils célébroient la Messe du jour ou de la fête jusqu'à l'offertoire, puis ils en recommençoient une seconde, & quelquefois une troisieme & une quatrieme jusqu'au même endroit ; ensuite ils disoient autant de secrettes qu'ils avoient commencé de Messes, mais pour toutes ils ne récitoient qu'une fois le canon, & à la fin ils ajoutoient autant de collectes qu'ils prétendoient avoir réuni de Messes. Il y avoit bien de l'ignorance & de la superstition dans cette conduite. Il y a apparence que les exemples n'en ont pas été fréquens, puisque l'auteur dont nous venons de parler, est le seul qui en ait fait mention. Bingham, Orig. ecclesiastic. tom. VI. lib. XV. cap. iv. §. 5.
Messe votive, est une Messe autre que celle de l'office de jour, & qui se dit pour quelque raison ou quelque dévotion particuliere.
Messe des présanctifiés, est celle dans laquelle on prend la communion de l'hostie consacrée les jours précédens, & réservée. Cette Messe est en usage ordinaire chez les Grecs, qui ne consacrent l'Eucharistie en carême que le samedi & le dimanche : chez les Latins, elle n'est plus en usage que le seul jour du vendredi-saint.
La Messe est composée de deux parties ; la premiere, l'ancienne Messe des Catéchumenes ; la seconde, qu'on nommoit Messe des fideles, comprenoit la célébration & la consécration de l'Eucharistie jointe à la communion qui, selon l'ancien usage, suit la consécration. A l'égard des oraisons particulieres & des cérémonies que l'on emploie dans la célébration de la Messe, elles ont été différentes en différens tems & en diverses Eglises, ce qui a composé diverses liturgies chez les Orientaux, & des Messes pour les différens pays occidentaux. Voyez LITURGIES.
MESSE du pape Jules, (Peinture) merveilleux tableau de Raphaël ; voici ce que M. l'abbé Dubos dit de ce tableau : Il est peint à fresque au-dessus & aux côtés de la fenêtre dans la seconde piece de l'appartement de la signature au Vatican. Il suffit que le lecteur sache que cette peinture est du bon tems de Raphaël, pour être persuadé que la poésie en est admirable. Le prêtre qui doutoit de la présence réelle, & qui a vû l'hostie qu'il avoit consacrée devenir sanglante entre ses mains pendant l'élévation, paroît pénétré de terreur & de respect.
Le peintre a très-bien conservé à chacun des assistans son caractere propre, mais sur-tout l'on voit avec plaisir le genre d'étonnement des suisses du pape, qui regardent le miracle du bas du tableau où Raphaël les a placés. C'est ainsi que ce grand artiste a su tirer une beauté poétique de la nécessité d'observer la coutume en donnant au souverain pontife sa suite ordinaire.
Par une liberté poétique, Raphaël emploie la tête de Jules II. pour représenter le pape devant qui le miracle arriva. Jules regarde bien le miracle avec attention, mais il n'en paroît pas beaucoup ému. Le peintre suppose que le souverain pontife étoit trop persuadé de la présence réelle pour être surpris des évenemens les plus miraculeux qui puissent arriver sur une hostie consacrée. On ne sauroit caractériser le chef de l'Eglise, introduit dans un semblable évenement, par une expression plus noble & plus convenable. Cette expression laisse encore voir les traits du caractere particulier de Jules II. On reconnoît dans son portrait l'assiégeant obstiné de la Mirandole.
Enfin le coloris de ce tableau est très-supérieur au coloris des autres tableaux de Raphaël. Le Titien n'a pas peint de chair où l'on voie mieux cette mollesse, qui doit être dans un corps composé de liqueurs & de solides. Les draperies paroissent de belles étoffes de laine & de soie que le tailleur viendroit d'employer. Si Raphaël avoit fait plusieurs tableaux d'un coloris aussi vrai & aussi riche, il seroit cité entre les plus excellens coloristes. (D.J.)
|
| MESSENE | (Géog. anc.) : il y avoit deux villes de ce nom ; l'une dans le Péloponnèse, dont nous allons parler ; l'autre dans la Sicile, étoit l'ouvrage d'une colonie de Messéniens du Péloponnèse dans le tems de leurs malheurs. Les Latins nommerent cette derniere Messana, c'est Messine de nos jours. Voyez MESSINE.
La Messene du Péloponnèse étoit une grande & puissante ville, située dans les terres sur une hauteur, capitale de la Messénie, & célebre dans l'histoire par les longues & sanglantes guerres qu'elle soutint contre Lacédémone. Diodore de Sicile a fait la récapitulation de la guerre messéniaque dans son XI. livre, il faut le conférer avec Pausanias, & suppléer à l'un par l'autre.
Messene avoit été bâtie par Polycaon ; mais ayant été comme détruite par les désastres de la guerre, Epaminondas la rétablit, y appella les Messéniens épars de tous côtés, & la fortifia singulierement ; ses murailles ont fait l'étonnement de Pausanias. Cet auteur les met au-dessus de celles d'Amphrysus, de Byzance & de Rhodes, qu'il avoit toutes vûes de ses yeux. Il en restoit encore 38 tours dans leur entier en 1730. M. l'abbé Fourmont suivit pendant une heure de chemin la partie de ces murailles, qui comprenoit la moitié du mont Ithome, & d'une autre montagne qui lui est opposée à l'orient. Ces tours sont éloignées les unes des autres de 150 pas, ce qui forme une enceinte de cinq quarts de lieue au nord de la ville. La muraille s'étendoit encore davantage à l'occident & au midi dans des vallons où l'on croit voir les débris du stade, de beaucoup de temples & d'autres édifices publics.
Strabon, l. VIII. p. 361, compare Messene à Corinthe, soit pour sa situation, soit pour ses fortifications ; l'une & l'autre de ces villes étoient commandées par une montagne voisine, qui leur servoit de forteresse, savoir Ithome à Messene, & Acrocorinthus à Corinthe. Ces deux places en effet passoient pour être des postes si importans, que Démétrius voulant persuader à Philippe, pere de Persée, de s'emparer du Péloponnèse, lui conseilla de subjuguer Corinthe & Messene : vous tiendrez ainsi, disoit-il, le boeuf par les deux cornes.
Cette ville, selon Polybe, Elien & Lactance, a été la patrie d'un homme qui fit autrefois bien du bruit par sa critique des dieux du paganisme, je veux parler d'Evhémere, contemporain de Cassandre, roi de Macédoine, dont il fut fort aimé.
Il composa les vies des dieux, & supposa que ces vies avoient été réellement écrites par Mercure, & qu'il les avoit trouvées gravées, telles qu'il les donnoit, dans l'île de Panchée. Un morceau de ce genre, publié d'après des mémoires si respectables, devenoit également curieux & intéressant par la nature des choses qu'il annonçoit, & par celle de la nouveauté ; l'ouvrage étoit intitulé, Histoire sacrée, titre convenable à un écrit tiré d'inscriptions originales.
Le dessein de l'auteur étoit de prouver que Coelus, Saturne, Jupiter, Neptune, Pluton, en un mot la troupe des grands Dieux, auxquels on avoit érigé tant de temples, ne différoient pas des autres mortels. Le monde, disoit-il, étoit alors dans son enfance, ses premiers habitans ne se formoient pas des idées justes des objets, & leurs idées d'ailleurs étoient en très-petit nombre. Hors d'état de faire un usage étendu de leur raison, tout leur parut merveilleux & surnaturel. Les vastes & rapides conquêtes des grands capitaines éblouirent des nations entieres. Il y en eut qui, plus sensibles aux bienfaits, ne purent voir sans étonnement des rois, qui sembloient n'être montés sur le trône que pour travailler au bonheur de leurs sujets, soit par l'utilité de leurs découvertes, soit par la sagesse de leur gouvernement ; ainsi toutes les nations, comme de concert, se persuaderent que des personnes si supérieures en talens devoient cet avantage à une nature plus excellente que la leur, ils en firent des dieux. Tel étoit à-peu-près le système d'Evhémere sur l'origine du paganisme, & cet écrivain ingénieux, pour le mettre dans un plus beau jour, marquoit soigneusement les pays & les villes illustrées par les tombeaux de presque toutes les divinités, que les Théologiens & les Poëtes avoient à l'envi honoré du titre pompeux d'immortels.
Dans la vûe de porter le dernier coup à la religion payenne, il n'avoit passé sous silence aucun des faits qui pouvoient ouvrir les yeux au public, sur-tout de dieux différens adorés dans le monde. Athénée rapporte un trait du peu de ménagement de ce philosophe pour les dieux dans la personne de Cadmus, dont la nombreuse postérité avoit peuplé le ciel. Il assûroit que cet étranger étoit un cuisinier du roi de Sidon, & que séduit par les charmes d'Harmonie, une des musiciennes de la cour, il l'avoit enlevée & conduite dans la Béotie. Enfin il alla jusqu'à mettre au frontispice de son ouvrage un vers sanglant d'Euripide, qui, dit Plutarque, se trouvoit dans une piece de ce poëte toute remplie d'impiétés.
Jamais livre publié contre une religion dominante ne parut plus dangereux que celui d'Evhémere, & jamais homme ne souleva tant de lecteurs contre sa doctrine. Cicéron lui-même, qui peut-être ne pensoit pas différemment du philosophe de Messene, se crut obligé dans son discours de la nature des dieux d'avertir que celui d'Evhémere conduisoit à l'extinction de toute religion. Il n'est donc pas étonnant que tant de gens ayent traité cet auteur d'incrédule, d'impie, de sacrilege, & qui plus est d'athée ; mais il paroît que son plus grand crime étoit d'avoir pénétré plus avant que le commun des hommes dans les vraies sources de l'idolâtrie. (D.J.)
MESSENE, (Géog. anc.) île d'Asie entre le Tigre & l'Euphrate, qui après s'être joints & s'être avancés vers le midi, se séparent de nouveau, ensorte qu'avant que de tomber dans le golfe Persique, ils renferment dans leur bras cette grande île qu'on appelloit autrefois Messene ou Mesene, & qu'on nomme présentement Chader. Voyez là-dessus M. Huet dans son livre du paradis terrestre.
MESSENE, Golfe de, (Géogr. anc.) Messeniacus sinus, golfe dans la partie méridionale du Péloponnèse, à l'occident du golfe de Laconie. Il est aussi nommé par Strabon sinus Asinaeus, de la ville Asiné, située sur la côte ; Sinus Thuriates, de la ville de Thuria ; sinus Coronaeus, de la ville de Coron, & c'est même aujourd'hui le golfe de Coron.
|
| MESSENIE | (Géog. anc.) contrée du Péloponnèse, au milieu de l'Elide & de l'Arcadie, & au couchant de la Laconie, dont anciennement elle faisoit partie. (D.J.)
|
| MESSIE | Messias, s. m. (Théol. & Hist.) ce terme vient de l'hébreu, qui signifie unxit, unctus ; il est synonyme au mot grec christ : l'un & l'autre sont des termes consacrés dans la religion, & qui ne se donnent plus aujourd'hui qu'à l'oint par excellence, ce souverain libérateur que l'ancien peuple juif attendoit, après la venue duquel il soupire encore, & que nous avons en la personne de Jesus fils de Marie, qu'ils regardent comme l'oint du Seigneur, le Messie promis à l'humanité. Les Grecs employoient aussi le mot d'elcimmeros, qui signifie la même chose que christos.
Nous voyons dans l'ancien Testament que le mot de Messie, loin d'être particulier au libérateur, après la venue duquel le peuple d'Israël soupiroit, ne l'étoit pas seulement aux vrais fideles serviteurs de Dieu, mais que ce nom fut souvent donné aux rois & aux princes idolâtres, qui étoient dans la main de l'Eternel les ministres de ses vengeances, ou des instrumens pour l'exécution des conseils de sa sagesse. C'est ainsi que l'auteur de l'ecclésiastique, lxviij. v. 8. dit d'Elisée, qui ungis reges ad poenitentiam, ou comme l'ont rendu les Septante, ad vindictam : vous oignez les rois pour exercer la vengeance du Seigneur, c'est pourquoi il envoya un prophete pour oindre Jéhu roi d'Israël ; il annonça l'onction sacrée à Hazaël, roi de Damas & de Syrie, ces deux princes étant les Messies du Très-Haut, pour venger les crimes & les abominations de la maison d'Achab. IV. Reg. viij. 12. 13. 14.
Mais au xlv. d'Isaïe, v. 1. le nom de Messie est expressément donné à Cyrus : ainsi a dit l'Eternel à Cyrus son oint, son Messie, duquel j'ai pris la main droite, afin que je terrasse les nations devant lui, &c.
Ezéchiel au xxviij. de ses révélations, v. 14. donne le nom de Messie au roi de Tyr, il l'appelle aussi Chérubin. " Fils de l'homme, dit l'Eternel au prophete, prononce à haute voix une complainte sur le roi de Tyr, & lui dis : ainsi a dit le seigneur l'Eternel, tu étois le sceau de la ressemblance de Dieu, plein de sagesse & parfait en beautés ; tu as été le jardin d'Heden du Seigneur (ou, suivant d'autres versions) tu étois toutes les délices du Seigneur ; ta couverture étoit de pierres précieuses de toutes sortes, de sardoine, de topase, de jaspe, de chrysolyte, d'onix, de béril, de saphir, d'escarboucle, d'éméraude & d'or ; ce que savoient faire tes tambours & tes flûtes a été chez toi, ils ont été tous prêts au jour que tu fus créé ; tu as été un chérubin, un Messie pour servir de protection ; je t'avois établi, tu as été dans la sainte montagne de Dieu ; tu as marché entre les pierres flamboyantes, tu as été parfait en tes voies dès le jour que tu fus créé, jusqu'à ce que la perversité ait été trouvée en toi ".
Au reste, le nom de messiach, en grec christ, se donnoit aux rois, aux prophetes, aux grands-prêtres des Hébreux. Nous lisons dans le I. des Rois, chap. xij. v. 3. Le Seigneur & son Messie sont témoins, c'est-à-dire, le Seigneur & le roi qu'il a établi ; & ailleurs, ne touche point mes oints, & ne faites aucun mal à mes prophetes.
David, animé de l'esprit de Dieu, donne dans plus d'un endroit à Saül son beau-pere, il donne disje, à ce roi reprouvé, & de dessus lequel l'esprit de l'Eternel s'étoit retiré, le nom & la qualité d'oint, de Messie du Seigneur : Dieu me garde, dit-il fréquemment, Dieu me garde de porter ma main sur l'oint du Seigneur, sur le Messie de Dieu.
Si le beau nom de Messie, d'oint de l'Eternel a été donné à des rois idolâtres, à des princes cruels & tyrans, il a été très-souvent employé dans nos anciens oracles pour désigner visiblement l'oint du Seigneur, ce Messie par excellence, objet du desir & de l'attente de tous les fideles d'Israël ; ainsi Anne, (I. Rois ij. v. 10.) mere de Samuel, conclut son cantique par ces paroles remarquables, & qui ne peuvent s'appliquer à aucun roi, puisqu'on sait que pour lors les Hébreux n'en avoient point : " Le seigneur jugera les extrémités de la terre, il donnera l'empire à son roi, & relevera la corne de son Christ, de son Messie ". On trouve ce même mot dans les oracles suivans, ps. ij. v. 2. ps. xliv. 8. Jérém. iv. 20. Dan. ix. 16. Habac. iij. 13. nous ne parlons pas ici du fameux oracle de la Gen. xlix. 10. qui trouvera sa place à l'article SYLO.
Que si l'on rapproche tous ces divers oracles, & en général tous ceux qu'on applique pour l'ordinaire au Messie, il en résulte quelques difficultés dont les Juifs se sont prévalus pour justifier, s'ils le pouvoient, leur obstination.
On peut leur accorder que dans l'état d'oppression sous lequel gémissoit le peuple Juif, & après toutes les glorieuses promesses que l'Eternel lui avoit faites si souvent, il sembloit en droit de soupirer après la venue d'un Messie vainqueur, & de l'envisager comme l'époque de son heureuse délivrance ; & qu'ainsi il est en quelque sorte excusable de n'avoir pas voulu reconnoître ce libérateur dans la personne du Seigneur Jesus, d'autant plus qu'il est de l'homme de tenir plus au corps qu'à l'esprit, & d'être plus sensible aux besoins présens, que flatté des avantages à venir.
Il étoit dans le plan de la sagesse éternelle, que les idées spirituelles du Messie fussent inconnues à la multitude aveugle. Elles le surent au point, que lorsque le Sauveur parut dans la Judée, le peuple & ses docteurs, ses princes mêmes attendoient un monarque, un conquérant qui par la rapidité de ses conquêtes devoit s'assujettir tout le monde ; & comment concilier ces idées flatteuses avec l'état abjet, en apparence, & misérable de Jesus-Christ ? Aussi scandalisés de l'entendre annoncer comme le Messie, ils le persécuterent, le rejetterent, & le firent mourir par le dernier supplice. Depuis ce tems-là ne voyant rien qui achemine à l'accomplissement de leurs oracles, & ne voulant point y renoncer, ils se livrent à toutes sortes d'idées chimériques.
Ainsi, lorsqu'ils ont vu les triomphes de la religion chrétienne, qu'ils ont senti qu'on pouvoit expliquer spirituellement, & appliquer à Jesus-Christ la plûpart de leurs anciens oracles, ils se sont avisés de nier que les passages que nous leur alléguons, doivent s'entendre du Messie, tordant ainsi nos saintes-Ecritures à leur propre perte ; quelques-uns soutiennent que leurs oracles ont été mal entendus, qu'en vain on soupire après la venue du Messie, puisqu'il est déja venu en la personne d'Ezéchias. C'étoit le sentiment du fameux Hillel : d'autres plus relâchés, ou cédant avec politique au tems & aux circonstances, prétendent que la croyance de la venue d'un Messie n'est point un article fondamental de foi, & qu'en niant ce dogme on ne pervertit point la loi, que ce dogme n'est ni dans le Décalogue, ni dans le Lévitique. C'est ainsi que le juif Albo disoit au pape, que nier la venue du Messie, c'étoit seulement couper une branche de l'arbre sans toucher à la racine.
Si on pousse un peu les rabbins des diverses synagogues qui subsistent aujourd'hui en Europe, sur un article aussi intéressant pour eux, qu'il est propre à les embarrasser, ils vous disent qu'ils ne doutent pas que, suivant les anciens oracles, le Messie ne soit venu dans les tems marqués par l'esprit de Dieu ; mais qu'il ne vieillit point, qu'il reste caché sur cette terre, & attend, pour se manifester & établir son peuple avec force, puissance & sagesse, qu'Israël ait célébré comme il faut le sabbat, ce qu'il n'a point encore fait, & que les Juifs ayent réparé les iniquités dont ils se sont souillés, & qui ont arrêté envers eux le cours des bénédictions de l'Eternel.
Le fameux rabbin Salomon Jarchy ou Raschy, qui vivoit au commencement du xij. siecle, dit dans ses Talmudiques, que les anciens Hébreux ont cru que le Messie étoit né le jour de la derniere destruction de Jérusalem par les armées romaines ; c'est placer la connoissance d'un libérateur dans une époque bien critique, &, comme on dit, appeller le médecin après la mort.
Le rabbin Kimchy, qui vivoit au xij. siecle, s'imaginoit que le Messie dont il croyoit la venue très-prochaine, chasseroit de la Judée les Chrétiens qui la possédoient pour lors. Il est vrai que les Chrétiens perdirent la terre-sainte ; mais ce fut Saladin qui les vainquit, & les obligea de l'abandonner avant la fin du xij. siecle. Pour peu que ce conquérant eût protégé les Juifs, & se fût déclaré pour eux, il est vraisemblable que dans leur enthousiasme ils en auroient fait leur Messie.
Plusieurs rabbins veulent que le Messie soit actuellement dans le paradis terrestre, c'est-à-dire, dans un lieu inconnu & inaccessible aux humains ; d'autres le placent dans la ville de Rome, & les Thalmudistes veulent que cet oint du Très-haut soit caché parmi les lépreux & les malades qui sont à la porte de cette métropole de la chrétienté, attendant qu'Elie, son précurseur, vienne pour le manifester aux hommes.
D'autres rabbins, & c'est le plus grand nombre, prétendent que le Messie n'est point encore venu ; mais leurs opinions ont toujours extrèmement varié, & sur le tems, & sur la maniere de son avénement. Un rabbin David, petit-fils de Maimonides, consulté sur la venue du Messie, dit de grandes choses impénétrables pour les étrangers. On sait aujourd'hui ces mysteres : il révéla qu'un nommé Pinéhas ou Phinées, qui vivoit 400 ans après la ruine du temple, avoit eu dans sa vieillesse un enfant qui parla en venant au monde ; que parvenu à l'âge de 12 ans, & sur le point de mourir, il révéla de grands secrets, mais énoncés en diverses langues étrangeres, & sous des expressions symboliques. Ses révélations sont très-obscures, & sont restées long-tems inconnues, jusqu'à ce qu'on les ait trouvées sur les masures d'une ville de Galilée, où l'on lisoit que le figuier poussoit ses figues ; c'est-à-dire, en langue bien claire pour un enfant d'Abraham, que la venue du Messie étoit très-prochaine. Mais les figues n'ont pas encore poussé pour ce peuple également malheureux & crédule.
Souvent attendu dans les époques marquées par des rabbins, le Messie n'a point paru dans ce tems-là ; il ne viendra sans doute point ni à la fin du vj. millénaire, ni dans les autres époques à venir qui ont été marquées avec aussi peu de fondement que les précédentes.
Aussi il paroît par la Gemare (Gemarr. Sanhed.) tit. cap. xj.) que les juifs rigides ont senti les conséquences de ces faux calculs propres à énerver la foi, & ont très-sagement prononcé anathème contre quiconque à l'avenir supputeroit les années du Messie : Que leurs os se brisent & se carient, disent-ils ; car quand on se fixe un tems & que la chose n'arrive pas, on dit avec une criminelle confiance qu'elle n'arrivera jamais.
D'autres rabbins, pour se tirer d'embarras, & concilier les prophéties qui leur semblent en quelque sorte opposées entr'elles, ont imaginé deux Messies qui doivent se succéder l'un à l'autre ; le premier dans un état abjet, dans la pauvreté & les souffrances ; le second dans l'opulence, dans un état de gloire & de triomphe ; l'un & l'autre simple homme : car l'idée de l'unité de Dieu, caractere distinctif de l'Etre suprême, étoit si respectée des Hébreux, qu'ils n'y ont donné aucune atteinte pendant les dernieres années de leur malheureuse existance en corps de peuple : & c'est encore aujourd'hui le plus fort argument que les Mahométans pressent contre la doctrine des Chrétiens.
C'est sur cette idée particuliere de deux Messies, que le savant docteur en Médecine, Aaron-Isaac LÉéman de Slenwich, dans la dissertation de oraculis Judaeorum, avoue qu'après avoir examiné avec soin toutes choses, il seroit assez porté à croire que le Christ des Nazaréens, dont ils font, dit-il, follement un Dieu, pourroit bien être le Messie en opprobre qu'annonçoient les anciens prophetes, & dont le bouc Hazozel, chargé des iniquités du peuple, & proscrit dans les déserts, étoit l'ancien type.
A la vérité, les divisions des rabbins sur cet article, ne s'accordent pas avec l'opinion du savant docteur juif, puisqu'il paroît par Abnezra, que le premier Messie, pauvre, misérable, homme de douleur, & sachant ce que c'est que langueur, sortira de la famille de Joseph, & de la tribu d'Ephraïm, qu'Haziel sera son pere, qu'il s'appellera Néhémie, & que malgré son peu d'apparence, fortifié par le bras de l'Eternel, il ira chercher, on ne sait pas trop où, les tribus d'Ephraïm, de Manassé & de Benjamin, une partie de celle de Gad ; & à la tête d'une armée formidable, il fera la guerre aux Iduméens, c'est-à-dire aux Romains & Chrétiens, remportera sur eux les victoires les plus signalées, renversera l'empire de Rome, & ramenera les Juifs en triomphe à Jérusalem.
Ils ajoutent que ses prospérités seront traversées par le fameux ante-christ, nommé Armillius ; que cet Armillius, après plusieurs combats contre Néhémie, sera vaincu & prisonnier ; qu'il trouvera le moyen de se sauver des mains de Néhémie ; qu'il remettra sur pié une nouvelle armée, & remportera une victoire complete ; le Messie Néhémie perdra la vie dans la bataille, non par la main des hommes ; les anges emporteront son corps pour le cacher avec ceux des anciens patriarches.
Néhémie, vaincu & ne paroissant plus, les Juifs, dans la plus grande consternation, iront se cacher dans les deserts pendant quarante-cinq jours ; mais cette affreuse désolation finira par le son éclatant de la trompette de l'archange Michel, au bruit de laquelle paroîtra tout-à-coup le Messie glorieux de la race de David, accompagné d'Elie, & sera reconnu pour roi & libérateur par toute l'innombrable postérité d'Abraham. Armillius voudra le combattre ; mais l'Eternel fera pleuvoir sur l'armée de cet ante-christ du soufre du feu du ciel, & l'exterminera entierement : alors le second & grand Messie rendra la vie au premier ; il rassemblera tous les Juifs, tant les vivans que les morts ; il relevera les murs de Sion, rétablira le temple de Jérusalem sur le plan qui fut présenté en vision à Ezechiel, & fera périr tous les adversaires & les ennemis de sa nation ; établira son empire sur toute la terre habitable ; fondera ainsi la monarchie universelle, cette pompeuse chimere des rois profanes ; il épousera une reine & un grand nombre d'autres femmes, dont il aura une nombreuse famille qui lui succédera ; car il ne sera point immortel, mais il mourra comme un autre homme.
Il faut sur toutes ces incompréhensibles rêveries, & sur les circonstances de la venue du Messie, lire avec attention ce qui se trouve à la fin du V. tome de la Bibliotheque rabbinique, écrite par le P. Charles-Joseph Imbonatus, ce que Batolong a compilé sur le même sujet dans le tome I. de la Bibliotheque des rabbins, ce qu'on lit dans l'histoire des Juifs de M. Basnage, & dans les dissertations de dom Calmet.
Mais quelque humiliant qu'il soit pour l'esprit humain, de rappeller toutes les extravagances des prétendus sages sur une matiere qui plus que toute autre en devroit être exempte, on ne peut se dispenser de rapporter en peu de mots les rêveries des rabbins sur les circonstances de la venue du Messie. Ils établissent que son avénement sera précédé de dix grands miracles, signes non équivoques de sa venue. Vid. libel. Abkas Porhel.
Dans le premier de ces miracles, il suppose que Dieu suscitera les trois plus abominables tyrans qui ayent jamais existé, & qui persécuteront & affligeront les Juifs outre mesure. Ils feront venir des extrémités du monde des hommes noirs qui auront deux têtes, sept yeux étincelans, & d'un regard si terrible, que les plus intrépides n'oseront paroître en leur présence ; mais ces tems durs & fâcheux seront abrégés, sans quoi personne au monde ne pourroit ni résister, ni survivre à leur extrème rigueur ; des pestes, des famines, des mortalités, le soleil changé en épaisses ténebres, la lune en sang, la chute des étoiles & des astres, des dominations insupportables, sont les miracles 2, 3, 4, 5 & 6 ; mais le 7e. est sur-tout remarquable : un marbre que Dieu a formé dès le commencement du monde, & qu'il a sculpté lui-même de ses propres mains, en figure d'une belle fille, sera l'objet de l'impudicité abominable des hommes impies & brutaux qui commettront toutes sortes d'abominations avec ce marbre ; & de ce commerce impur, disent les rabbins, naîtra l'ante-christ Armillius, qui sera haut de dix aunes ; l'espace d'un de ses yeux à l'autre, sera d'une aune ; ses yeux extrèmement rouges & enflammés, seront enfoncés dans la tête ; ses cheveux seront roux comme de l'or, & ses piés verds ; il aura deux têtes ; les Romains le choisiront pour leur roi, il recevra les hommages des Chrétiens qui lui présenteront le livre de leur loi : il voudra que les Juifs en fassent de même ; mais le premier Messie Néhémie, fils d'Huziel, avec une armée de 300 mille hommes d'Ephraïm, lui livrera bataille : Néhémie mourra, non par les mains des hommes : quant à Armillius, il s'avancera vers l'Egypte, la subjuguera, & voudra prendre & assujettir aussi Jérusalem, &c.
Les trois trompettes restaurantes de l'archange Michel, seront les trois derniers miracles. Au reste, ces idées fort anciennes ne sont pas toutes à mépriser, puisqu'on trouve quelques-unes de ces diverses notions dans nos saintes-Ecritures, & dans les descriptions que J. C. fait de l'avénement du regne du Messie.
Les auteurs sacrés, & le Seigneur Jesus lui-même, comparent souvent le regne du Messie & l'éternelle béatitude, qui en sera la suite pour les vrais élus, à des jours de noces, à des festins & des banquets, où l'on goûtera toutes les délices de la bonne chere, toute la joie & tous les plaisirs les plus exquis ; mais les Talmudistes ont étrangement abusé de ces paraboles.
Selon eux, le Messie donnera à son peuple rassemblé dans la terre de Canaan un repas dont le vin sera celui qu'Adam lui-même fit dans le paradis terrestre, & qui se conserve dans de vastes celliers creusés par les anges au centre de la terre.
On servira pour entrée, le fameux poisson appellé le grand léviathan, qui avala tout d'un coup un poisson moins grand que lui, & qui ne laisse pas d'avoir trois cent lieues de long ; toute la masse des eaux est portée sur le léviathan : Dieu au commencement en créa deux, l'un mâle & l'autre femelle ; mais de peur qu'ils ne renversent la terre, & qu'ils ne remplissent l'univers de leurs semblables, Dieu tua la femelle, & la sala pour le festin du Messie.
Les rabbins ajoutent qu'on tuera pour ce merveilleux repas le boeuf béhémoth, qui est si gros & si grand qu'il mange chaque jour le foin de mille montagnes très-vastes ; il ne quitte point le lieu qui lui a été assigné ; & l'herbe qu'il a mangée le jour recroît toutes les nuits, afin de fournir toujours à sa subsistance. La femelle de ce boeuf fut tuée au commencement du monde, afin qu'une espece si prodigieuse ne multipliât pas, ce qui n'auroit pu que nuire aux autres créatures. Mais ils assurent que l'Eternel ne la sala pas, parce que la vache salée n'est pas un met assez délicat pour un repas si magnifique. Les Juifs ajoutent encore si bien foi à toutes ces réveries rabbiniques, que souvent ils jurent sur leur part du boeuf béhémoth, comme quelques chrétiens impies jurent sur leur part du paradis.
Enfin l'oiseau bar-juchne doit aussi servir pour le festin du Messie ; cet oiseau est si immense, que s'il étend les aîles il offusque l'air & le soleil. Un jour, disent-ils, un oeuf pourri tombant de son nid, renversa & brisa trois cent cedres les plus hauts du Liban ; & l'oeuf s'étant enfin cassé par le poids de sa chûte, renversa soixante gros villages, les inonda & les emporta comme par un déluge. On est humilié en détaillant des chimeres aussi absurdes que celles-là. Après des idées aussi grossieres & si mal digerées sur la venue du Messie & sur son origine, faut-il s'étonner si les Juifs, tant anciens que modernes, le général même des premiers chrétiens malheureusement imbus de toutes ces chimériques réveries de leurs docteurs, n'ont pu s'élever à l'idée de la nature divine de l'oint du Seigneur, & n'ont pas attribué la qualité de Dieu au Messie, après la venue duquel ils soupiroient ? Le système des Chrétiens sur un article aussi important, les révolte & les scandalise ; voyez comme ils s'expriment là-dessus dans un ouvrage intitulé : Judei lusitani questiones ad Christianos, quest. I. ij. 3. 23, &c. Reconnoître, disent-ils, un homme dieu, c'est s'abuser soi-même, c'est se forger un monstre, un centaure, le bizarre composé de deux natures qui ne sauroient s'allier. Ils ajoutent que les prophetes n'enseignent point que le Messie soit homme-dieu ; qu'ils distinguent expressément entre Dieu & David ; qu'ils déclarent le premier maître, & le second serviteur, &c. Mais ce ne sont-là que des mots vuides de sens qui ne prouvent rien, qui ne contrarient point la foi chrétienne, & qui ne sauroient jamais l'emporter sur les oracles clairs & exprès qui fondent notre croyance là-dessus, en donnant au Messie le nom de Dieu. Vide Isaï. IX. vj. 45. 35. 4. Jer. XXIII. vj. Eccl. I. 4.
Mais lorsque le Sauveur parut, ces prophéties, quelque claires & expresses qu'elles fussent par elles-mêmes, malheureusement obscurcies par les préjugés, sucés avec le lait, furent ou mal entendues ou mal expliquées ; ensorte que Jesus-Christ lui-même, ou par ménagement, ou pour ne pas révolter les esprits, paroît extrèmement reservé sur l'article de sa divinité ; il vouloit, dit saint Chrysostome, accoutumer insensiblement ses auditeurs à croire un mystere si fort élevé au-dessus de la raison. S'il prend l'autorité d'un Dieu en pardonnant les péchés, cette action révolte & souleve tous ceux qui en sont les témoins ; ses miracles les plus évidens ne peuvent convaincre de sa divinité ceux même en faveur duquel il les opere. Lorsque devant le tribunal du souverain sacrificateur il avoue avec un modeste détour qu'il est fils de Dieu, le grand-prêtre déchire sa robbe & crie au blasphème. Avant l'envoi du saint-Esprit, ses apôtres ne soupçonnent pas même la divinité de leur cher maître : il les interroge sur ce que le peuple pense de lui ; ils répondent que les uns le prennent pour Elie, les autres pour Jérémie ou pour quelqu'autre prophete. Saint Pierre, le zélé saint Pierre lui-même, a besoin d'une révélation particuliere pour connoître que Jesus est le Christ, le fils du Dieu vivant. Ainsi le moindre sujet du royaume des cieux, c'est-à-dire le plus petit chrétien, en sait plus à cet égard que les patriarches & les plus grands prophetes.
Les Juifs révoltés contre la divinité de Jesus-Christ, ont eu recours à toutes sortes de voies pour invalider & détruire ce grand mystere, dogme fondamental de la foi chrétienne ; ils détournent le sens de leurs propres oracles, ou ne les appliquent pas au Messie. Ils prétendent que le nom de Dieu n'est pas particulier à la divinité, & qu'il se donne même par les auteurs sacrés aux juges, aux magistrats, en général à ceux qui sont élevés en autorité. Ils citent en effet un très grand nombre de passages de nos saintes-Ecritures qui justifient cette observation, mais qui ne donnent aucune atteinte aux termes clairs & exprès des anciens oracles qui regardent le Messie.
Enfin ils prétendent que si le Sauveur & après lui les Evangélistes, les Apôtres & les premiers Chrétiens appellent Jesus fils de Dieu, ce terme auguste ne signifioit dans les tems évangéliques autre chose que l'opposé des fils de Belial, c'est-à-dire homme de bien, serviteur de Dieu par opposition à un méchant, un homme corrompu & pervers qui ne craint point Dieu. Tous ces sophismes, toutes ces réflexions critiques n'ont point empêché l'Eglise de croire la voix céleste & surnaturelle qui a présenté à l'humanité le Messie Jesus-Christ comme le fils de Dieu, l'objet particulier de la dilection du Très-Haut, & de croire qu'en lui habitoit corporellement toute plénitude de divinité.
Si les Juifs ont contesté à Jesus-Christ la qualité de Messie & sa divinité, ils n'ont rien négligé aussi pour le rendre méprisable, pour jetter sur sa naissance, sa vie & sa mort tout le ridicule & tout l'opprobre qu'a pu imaginer leur cruel acharnement contre ce divin Sauveur & sa céleste doctrine ; mais de tous les ouvrages qu'a produit l'aveuglement des Juifs, il n'en est sans doute point de plus odieux & de plus extravagant que le livre intitulé, Sepher toldos Jeschut, tiré de la poussiere par M. Vagenseil, dans le second tome de son ouvrage intitulé, Tela ignea, &c.
C'est dans ce Sepher Toldos Jeschut, recueil des plus noires calomnies, qu'on lit des histoires monstrueuses de la vie de notre Sauveur, forgées avec toute la passion & la mauvaise foi que peuvent avoir des ennemis acharnés. Ainsi, par exemple, ils ont osé écrire qu'un nommé Panther ou Pandera, habitant de Bethléem, étoit devenu amoureux d'une jeune coëffeuse qui avoit été mariée à Jochana, & qui sans doute dans ces tems-là & dans un autre petit lieu que Bethléem, sentoit toute l'ingratitude de sa profession, & n'avoit rien mieux à faire que d'écouter ses amans : aussi, dit l'auteur de cet impertinent ouvrage, la jeune veuve se rendit aux sollicitations de l'ardent Panther qui la séduisit, & eut de ce commerce impur un fils qui fut nommé Jesua ou Jesus. Le pere de cet enfant fut obligé de s'enfuir, & se retira à Babilone : quant au jeune Jesu, on l'envoya aux écoles ; mais, ajoute l'auteur, il eut l'insolence de lever la tête, & de se découvrir devant les sacrificateurs, au lieu de paroître devant eux la tête voilée & le visage couvert, comme c'étoit la coutume : hardiesse qui fut vivement tancée ; ce qui donna lieu d'examiner sa naissance, qui fut trouvée impure, & l'exposa bientôt à l'ignominie qui en est la suite....
Le jeune homme se retira à Jérusalem, où mettant le comble à son impiété & à sa hardiesse, il résolut d'enlever du lieu très-saint le nom de Jehovah. Il entra dans l'intérieur du temple ; & s'étant fait une ouverture à la peau, il y cacha ce nom mystérieux : ce fut par un art magique & à la faveur d'un tel artifice, qu'il fit quelques prodiges. Il vint d'abord montrer son pouvoir surnaturel à sa famille ; il se rendit pour cela à Bethléem, lieu de sa naissance, là il opéra en public divers prestiges qui firent tant de bruit qu'on le mit sur un âne, & il fut conduit à Jérusalem comme en triomphe. On peut voir dans les commentaires de dom Calmet une grande partie des réveries de ce détestable roman.
L'auteur, parmi ses impostures, fait regner à Jérusalem une reine Helene & son fils Mombaz, qui n'ont jamais existé en Judée, à moins que cet auteur n'ait quelques notions confuse d'Helene reine des Adiabeniens, & d'Izates ou Monbaze son fils qui vint à Jérusalem quelque tems après la mort de notre Sauveur. Quoi qu'il en soit, ce ridicule auteur dit que Jesus accusé par les lévites, fut obligé de paroître devant cette reine, mais qu'il sut la gagner par de nouveaux miracles ; que les sacrificateurs étonnés du pouvoir de Jesus, qui d'ailleurs ne paroissoit pas être dans leurs intérêts, s'assemblerent pour délibérer sur les moyens de le prendre ; & qu'un d'entr'eux nommé Judas s'offrit de s'en saisir, pourvu qu'on lui permît d'apprendre le sacré nom de Jehovah, & que le college des sacrificateurs voulût se charger de ce qu'il y avoit de sacrilege & d'impie dans cette action, comme aussi de la terrible peine qu'elle méritoit. Le marché fut fait, Judas apprit le nom ineffable, & vint ensuite attaquer Jesus qu'il espéroit confondre sans peine. Les deux champions s'éleverent en l'air en prononçant le nom de Jehovah ; ils tomberent tous deux, parce qu'ils s'étoient souillés. Jesus courut se laver dans le Jourdain, & bien-tôt après il fit de nouveaux miracles. Judas voyant qu'il ne pouvoit pas le surmonter comme il s'en étoit flatté, prit le parti de se ranger parmi ses disciples, d'étudier sa façon de vivre & ses habitudes, qu'il révéla ensuite à ses confreres les sacrificateurs. Un jour comme Jesus devoit monter au temple, il fut épié & saisi avec plusieurs de ses disciples ; ses ennemis l'attacherent à la colonne de marbre qui étoit dans une des places publiques : il y fut fouetté, couronné d'épines, & abreuvé de vinaigre, parce qu'il avoit demandé à boire ; enfin le sanhedrin l'ayant condamné à mort, il fut lapidé.
Ce n'est point encore la fin du roman rabbinique, le sepher toldos Jeschut ajoute que Jesus étant lapidé, on voulut le pendre au bois, suivant la coutume, mais que le bois se rompit, parce que Jesus, qui prévoyoit le genre de son supplice, l'avoit enchanté par le nom de Jehovah ; mais Judas, plus fin que Jesus, rendit son maléfice inutile, en tirant de son jardin un grand chou, auquel son cadavre fut attaché.
Au reste, les contradictions qu'on trouve dans les ouvrages des Juifs sur cette matiere, sont sans nombre & inconcevables ; ils font naître Jesus sous Alexandre Jannaeus, l'an du monde 3671, & la reine Helene qu'ils introduisent sans raison dans cette histoire fabuleuse, ne vint à Jérusalem que plus de cent cinquante ans après, sous l'empire de Claude.
Il y a un autre livre intitulé aussi Toldos Jesu, publié l'an 1705 par M. Huldric, qui suit de plus près l'évangile de l'enfance, mais qui commet à tout moment les anacronismes & les fautes les plus grossieres ; il fait naître & mourir Jesus-Christ sous le regne d'Herode le grand ; il veut que ce soit à ce prince qu'ont été faites les plaintes sur l'adultere de Panther & de Marie mere de Jesus ; qu'en conséquence Hérode irrité de la fuite du coupable, se soit transporté à Bethléem & en ait massacré tous les enfans.
L'auteur qui prend le nom de Jonathan, qui se dit contemporain de Jesus-Christ & demeurant à Jérusalem, avance qu'Herode consulta, sur le fait de Jesus-Christ, les sénateurs d'une ville dans la terre de Césarée. Nous ne suivrons pas un auteur aussi absurde dans toutes ses ridicules contradictions.
Cependant c'est à la faveur de toutes ces odieuses calomnies que les Juifs s'entretiennent dans leur haine implacable contre les Chrétiens & contre l'Evangile ; ils n'ont rien négligé pour altérer la chronologie du vieux Testament, & répandre des doutes & des difficultés sur le tems de la venue du Sauveur ; tout annonce & leur entêtement & leur mauvaise foi.
Ahmed-ben-Cassam-al-Andacousy, more de Grenade, qui vivoit sur la fin du xvj. siecle, cite un manuscrit arabe de saint Coecilius, archevêque de Grenade, qui fut trouvé avec seize lames de plomb gravées en caracteres arabes, dans une grotte près de la même ville. Dom Pedro y Quinones, archevêque aussi de Grenade en a rendu lui-même témoignage. Ces lames de plomb, qu'on appelle de Grenade, ont été depuis portées à Rome, ou, après un examen qui a duré plusieurs années, elles ont enfin été condamnées, comme très-apocryphes, sous le pontificat d'Alexandre VII. Elles ne renferment que quelques histoires fabuleuses touchant la vie de la sainte Vierge, l'enfance & l'éducation de Jesus-Christ son fils. On y lit entr'autres choses que Jesus-Christ encore enfant & apprenant à l'école l'alphabet arabique, interrogeoit son maître sur la signification de chaque lettre ; & qu'après en avoir appris le sens & la signification grammaticale, il lui enseignoit le sens mystique de chacun de ces caracteres, & lui révéloit ainsi d'admirables profondeurs. Cette histoire est sûrement moins ridicule que les prodiges rapportés dans l'Evangile de l'enfance, & toutes les autres fables qu'ont imaginé en divers tems l'inimitié des uns, l'ignorance ou la fraude pieuse des autres.
Le nom de Messie, accompagné de l'épithete de faux, se donne encore à ces imposteurs, qui dans divers tems ont cherché à abuser la nation juive, & ont pu tromper un grand nombre de personnes qui avoient la foiblesse de les regarder comme le vrai Christ, le messie promis. Ainsi il y a eu de ces faux Messies avant même la venue du véritable oint de Dieu. Act. apost. cap. v. . 34. 35. 36. Le sage Gamaliel parle d'un nommé Theudas dont l'histoire se lit dans les antiquités judaïques de Josephe, liv. XX. chap. ij. il se vantoit de passer le Jourdain à pié sec, il attira beaucoup de gens à sa suite par ses discours & ses prestiges ; mais les Romains étant tombés sur sa petite troupe la disperserent, couperent la tête au malheureux chef, & l'exposerent à Jérusalem aux outrages de la multitude.
Gamaliel parle aussi de Judas le Galiléen qui est sans doute le même dont Josephe fait mention dans le 12. chap. du II. liv. de la guerre des Juifs : il dit que ce fameux prophete avoit ramassé près de 30 mille hommes, mais l'hyperbole est le caractere de l'historien juif : dès les tems Apostoliques, act. apost. chap. viij. v. 9. l'on voit Simon le magicien qui avoit su séduire les habitans de Samarie au point qu'ils le considéroient comme la vertu de Dieu.
Dans le siecle suivant, l'an 178-179 de l'ere chrétienne, sous l'empire d'Adrien, parut le faux Messie Barchochebas à la tête d'une grosse armée ; il parcourut la Judée, il y commit les plus grands désordres : ennemi déclaré des chrétiens, il fit périr tous ceux qui tomberent entre ses mains, qui ne voulurent pas se faire circoncire de nouveau & rentrer dans le judaïsme.
Tinnius Rufus voulut d'abord réprimer les cruautés de Barchochebas, & arrêter les dangereux progrès de ce faux messie ; l'empereur Adrien voyant que cette révolte pouvoit avoir des suites, y envoya Julius Severus, qui, après plusieurs rencontres, les enferma dans la ville de Bither, qui soutint un siége opiniâtre, & fut enfin emportée. Barchochebas y fut pris & mis à mort, au rapport de saint Jérome & de la chronique d'Alexandrie. Le nombre des juifs qui furent tués ou vendus pendant & après la guerre de Barchochebas, est innombrable. Adrien crut ne pouvoir mieux prévenir les continuelles révoltes des Juifs, qu'en leur défendant par un édit d'aller à Jérusalem ; il établit même des gardes aux portes de cette ville pour en défendre l'entrée au reste du peuple d'Israël.
Au rapport de quelques auteurs juifs, Coziba surnommé Barchochebas, fut mis à mort dans la ville de Byther par les gens de son propre parti, qui s'en défirent, parce dirent-ils qu'il n'avoit pas un caractere essentiel du Messie, qui est de connoître par le seul odorat si un homme étoit coupable. Les Juifs disent aussi que l'empereur ayant ordonné qu'on lui envoyât la tête de Barchochebas, eut aussi la curiosité de voir son corps ; mais que lorsqu'on voulut l'enlever, on trouva un énorme serpent autour de son col, ce qui effraya si fort ceux qui étoient venus pour prendre ce cadavre, qu'ils s'enfuirent ; & le fait rapporté à Adrien, il fut reconnu que Barchochebas ne pouvoit perdre la vie que par la main de Dieu seul. Des faits si puériles & si mal concertés, ne méritent pas qu'on s'arrête à les réfuter. Il paroît qu'Akiba s'étoit déclaré pour Barchochebas, & soutenoit hautement qu'il étoit le Messie. Aussi les disciples de ce fameux rabbin furent les premiers sectateurs de ce faux Christ ; c'est eux qui défendirent la ville de Byther, & furent par l'ordre du général romain, liés avec leurs livres & jettés dans le feu.
Les Juifs toujours portés aux plus folles exagérations sur tout ce qui a rapport à leur histoire, disent qu'il périt plus de juifs dans la guerre de Byther qu'il n'en étoit sorti d'Egypte. Les crânes de 300 enfans trouvés sur une seule pierre, les ruisseaux de sang si gros qu'ils entraînoient dans la mer, éloignée de quatre milles, des pierres du poids de quatre livres ; les terres suffisamment engraissées par les cadavres pour plus de sept années, sont de ces traits qui caractérisent les historiens juifs, & font voir le peu de fonds qu'on doit faire sur leur narration. Ce qu'il y a de très-vrai, c'est que les Hébreux appellent Adrien un second Nabuchodonosor, & prient Dieu dans leurs jeûnes & dans les prieres d'imprécations (qui font aujourd'hui la majeure partie de leur culte) ; ils prient, dis-je, l'Eternel de se souvenir dans sa colere de ce prince cruel & tyran, qui a détruit 480 synagogues très-florissantes, tant ce peuple, que Tite avoit presque détruit 60 ans auparavant, trouvoit de ressources pour renaître de ses cendres, & redevenir plus nombreux & plus puissant qu'il ne l'avoit été avant ses revers.
On lit dans Socrate, historien ecclésiastique, Soc. hist. eccl. lib. II. cap. xxviij. que l'an 434 il parut dans l'île de Candie un faux messie qui s'appelloit Moïse, se disant être l'ancien libérateur des Hébreux envoyé du ciel pour procurer à sa nation la plus glorieuse délivrance ; qu'à travers les flots de la mer il la reconduiroit triomphante dans la Palestine.
Les juifs candiots furent assez simples pour ajouter foi à ses promesses ; les plus zélés se jetterent dans la mer, espérant que la verge de Moïse leur ouvriroit dans la mer Méditerranée un passage miraculeux. Un grand nombre se noyerent ; on retira de la mer plusieurs de ces misérables fanatiques ; on chercha, mais inutilement, le séducteur, il avoit disparu, il fut impossible de le trouver ; & dans ce siecle d'ignorance les dupes se consolerent, dans l'idée qu'assurément un démon avoit pris la forme humaine pour séduire les Hébreux.
Un siecle après, savoir l'an 530, il y eut dans la Palestine un faux messie nommé Julien ; il s'annonçoit comme un grand conquérant qui à la tête de sa nation détruiroit par les armes tout le peuple chrétien. Séduits par ses promesses, les Juifs armés opprimerent cruellement les Chrétiens, dont plusieurs furent les malheureuses victimes de leur aveugle fureur. L'empereur Justinien envoya des troupes au secours des Chrétiens : on livra bataille au faux Christ ; il fut pris & condamné au dernier supplice, ce qui donna le coup de mort à son parti & le dissipa entierement.
Au commencement du viij. siecle, Serenus, juif espagnol, prit un tel ascendant sur ceux de son parti, qu'il sut leur persuader sa mission divine, pour être le messie glorieux qui devoit établir dans la Palestine un empire florissant. Un grand nombre de crédules quitta patrie, biens, famille & établissemens pour suivre ce nouveau Messie : mais ils s'apperçurent trop tard de la fourberie ; & ruinés de fond en comble, ils eurent tout le tems de se repentir de leur fatale crédulité.
Il s'éleva plusieurs faux messies dans le xij. siecle ; il en parut un en France duquel on ignore & le nom & la patrie. Louis le jeune sévit contre ses adhérens, il fut mis à mort par ceux qui se saisirent de sa personne.
L'an 1138 il y eut en Perse un faux messie qui sut assez bien lier sa partie, pour rassembler une armée considérable, au point de se hasarder de livrer bataille au roi de Perse. Ce prince voulut obliger les juifs de ses états de poser les armes, mais l'imposteur les en empêcha, se flattant des plus heureux succès. La cour négocia avec lui : il promit de désarmer si on lui remboursoit tous les frais qu'ils avoient faits. Le roi y consentit, & lui livra de grandes sommes ; mais dès que l'armée du faux christ fut dissipée, les Juifs furent contraints de rendre au roi tout ce qu'il avoit payé pour acheter la paix.
Le xiij. siecle fut fertile en faux messies : on en compte sept ou huit qui parurent en Arabie, en Perse, dans l'Espagne, en Moravie. Un d'eux qui se nommoit David-El-Ré, passe pour avoir été un très-grand magicien ; il sut séduire les Juifs par ses prestiges, & se vit ainsi à la tête d'un parti considérable qui prit les armes en sa faveur ; mais ce messie fut assassiné par son propre gendre.
Jacques Zieglerne de Moravie, qui vivoit au milieu du xvj. siecle, annonçoit la prochaine venue du Messie, né, à ce qu'il disoit depuis quatorze ans, & l'avoit vu, disoit-il, à Strasbourg, & gardoit avec soin une épée & un sceptre pour les lui mettre en main dès qu'il seroit en âge de combattre : il publioit que ce Messie, qui dans peu se manifesteroit à sa nation, détruiroit l'ante-christ, renverseroit l'empire des Turcs, fonderoit une monarchie universelle, & assembleroit enfin dans la ville de Constance un concile qui dureroit douze ans, & dans lequel seroient terminés tous les différends de la Religion.
L'an 1625 Philippe Zieglerne parut en Hollande, & promit que dans peu il viendroit un Messie, qu'il disoit avoir vu, & qu'il n'attendoit que la conversion du coeur des Juifs pour se manifester.
En l'an 1666 Zabathei Sevi, né dans Alep, se fit passer pour le Messie prédit par Zieglerne ; il ne négligea rien de ce qu'il falloit pour jouer un si grand rôle ; il étudia avec soin tous les livres hébreux, & s'en fit à lui-même l'application.
Il débuta par prêcher sur les grands chemins & carrefours, & au milieu des campagnes. Les Turcs se mocquoient de lui, le traitoient de fol & d'insensé, pendant que ses disciples l'admiroient & l'exaltoient jusqu'aux nues. Il eut aussi recours aux prodiges, la Philosophie n'en avoit pas encore désabusé dans ces tems-là : elle n'a pas même produit aujourd'hui cet heureux effet sur la multitude toujours portée au merveilleux. Il se vanta de s'élever en l'air, pour accomplir, disoit-il, l'oracle d'Isaïe, xiv. v. 15. qu'il appliquoit mal-à-propos au Messie. Il eut la hardiesse de demander à ses disciples s'ils ne l'avoient pas vu en l'air, & il blama l'aveuglement de ceux qui plus sinceres qu'enthousiastes oserent lui assurer que non. Il paroît qu'il ne mit pas d'abord dans ses intérêts le gros de la nation juive, puisqu'il eut des affaires fort sérieuses avec les chefs de la synagogue de Smyrne, qui prononcerent contre lui une sentence de mort, mais personne n'osant l'exécuter, il en fut quitte pour la peur & le bannissement.
Il contracta trois mariages, & n'en consomma point ; je ne sais dans quelle tradition il avoit pris que cette bizarre continence étoit un des respectables caracteres du libérateur promis. Après plusieurs voyages en Grece & en Egypte, il vint à Gaza, où il s'associa un juif nommé Nathan Levi ou Benjamin.
Il lui persuada de faire le personnage du prophete Elie, qui devoit précéder le Messie. Ils se rendirent à Jérusalem, où le faux précurseur annonça Zabathei Sevy comme le Messie attendu. Quelque grossiere que fût cette trame, elle trouva des disciples : la populace juive se déclara pour lui ; ceux qui avoient quelque chose à perdre déclamerent contre lui & l'anathématiserent.
Sevy, pour fuir l'orage, se retira à Constantinople, & de-là à Smyrne. Nathan Levy lui envoya quatre ambassadeurs qui le reconnurent & le saluerent publiquement en qualité de Messie ; cette ambassade en imposa au peuple & même à quelques docteurs, qui donnant dans le piége, déclarerent Zabathei-Sevy Messie & roi des Hébreux ; ils s'empresserent de lui porter des présens considérables, afin qu'il pût soutenir sa nouvelle dignité. Le petit nombre des Juifs sensés & prudens blamerent ces nouveautés, & prononcerent contre l'imposteur une seconde sentence de mort. Fier de ce nouveau triomphe, il ne se mit pas beaucoup en peine de ces sentences, très-assuré qu'elles resteroient sans effet, & que personne ne se hasarderoit à les exécuter. Il se mit sous la protection du Cadi de Smyrne, & eut bientôt pour lui tout le peuple Juif. Il fit dresser deux trônes, un pour lui, & l'autre pour son épouse favorite ; il prit le nom de roi des rois d'Israël, & donna à Joseph Sevy son frere, celui de roi des rois de Juda. Il parloit de sa prochaine conquête de l'empire Ottoman comme d'une chose si assurée, que déjà il en avoit distribué à ses favoris les emplois & les charges ; il poussa même l'insolence jusqu'à faire ôter de la liturgie ou prieres publiques le nom de l'empereur, & à y faire substituer le sien. Il partit pour Constantinople ; les plus sages d'entre les Juifs sentirent bien que les projets & l'entreprise de Sevy pourroient perdre leur nation à la cour ottomane ; ils firent avertir sous-main le grand-seigneur qui donna ses ordres pour faire arrêter ce nouveau Messie. Il répondit à ceux qui lui demanderent pourquoi il avoit pris le nom & la qualité de roi, que c'étoit le peuple Juif qui l'y avoit obligé.
On le fit mettre en prison aux Dardanelles ; les Juifs publierent qu'on ne l'épargnoit que par crainte ou par foiblesse. Le gouverneur des Dardanelles s'enrichit des présens que les Juifs crédules lui prodiguerent pour visiter leur roi, leur Messie prisonnier, qui dans cet état humiliant conservoit tout son orgueil, & se faisoit rendre des honneurs extraordinaires.
Cependant le sultan qui tenoit sa cour à Andrinople, voulut faire finir cette pieuse comédie, dont les suites pouvoient être funestes : il fit venir Sevy ; & sur ce qu'il se disoit invulnérable, le sultan ordonna qu'il fut percé d'un trait & d'une épée. De telles propositions d'ordinaire déconcertent les imposteurs ; Sevy préféra les coups des muphtis & derviches à ceux des icoglans. Fustigé par les ministres de la loi, il se fit mahométan, & il vécut également méprisé des Juifs & des Musulmans : ce qui a si fort décrédité la profession de faux messie, que c'est le dernier qui ait fait quelque figure & paru en public à la tête d'un parti.
|
| MESSIER | S. m. (Gram.) paysan commis à la garde des vignes.
|
| MESSIEURS | S. m. plur. titre d'honneur ou de civilité dont on se sert en parlant ou en écrivant à plusieurs personnes ; c'est le pluriel de monsieur.
Les plaidoyers, les harangues commencent toujours par le mot de messieurs, qu'on répete souvent dans la suite du discours. On le dit aussi en parlant de tierces personnes ; ainsi l'on dit messieurs du parlement, messieurs du conseil, messieurs des comptes, messieurs de ville.
Ce terme a pris droit de bourgeoisie depuis quelques années en Angleterre, où l'on s'en sert en plusieurs occasions.
|
| MESSIN | LE (Géog.) ou le pays Messin ; province de France dans les trois évêchés de Lorraine, entre le duché de Luxembourg, la Lorraine, & le duché de Bar. Il a pris son nom de Metz la capitale, qui l'a été des Médiomatrices ; ceux-ci, du tems de César, occupoient un fort grand pays sur le Rhin ; mais peu après, ils en furent délogés par les peuples germains Triboci, Vangiones & Nemetes. Ils ont toujours fait partie de la Gaule Belgique, & lorsque la Gaule Belgique fut divisée en deux provinces, ils furent compris dans la premiere, & mis sous la métropole de Trèves.
Le climat du pays Messin est d'une fertilité médiocre, plus froid que chaud du côté des Ardennes, & peuplé d'habitans assez semblables pour les moeurs aux Allemands. Ses principales rivieres sont la Moselle, & la Seille. (D.J.)
|
| MESSINE | (Géog.) en latin Messana, mot auquel nous renvoyons le lecteur. Messine est une très-ancienne ville de Sicile, dans la partie orientale du Val de Démona, sur la côte du Fare de Messine, vis-à-vis du continent de l'Italie, au midi occidental du fort de Faro.
Elle a un archevêché, une citadelle qui la commande, un vaste & magnifique port, qui la rendroit commerçante, si l'on savoit profiter de sa position ; mais elle ne brille que par ses monasteres. On y comptoit 80 mille habitans avant les vêpres siciliennes, on n'en compteroit pas aujourd'hui la moitié. Elle dispute avec Palerme le titre de capitale, le procès n'est point jugé, & le vice-roi de Sicile demeure six mois dans l'une, & six mois dans l'autre.
Elle est située sur la mer, au pié, & sur la pente de plusieurs collines qui l'entourent, à 4 lieues E. de Palerme, 17 N. E. de Catane, 100 S. E. de Rome, 60 S. E. de Naples. Long. selon de la Hire & des Places, 33, 47', 45'', lat. 38, 21.
Cette ville est la patrie de quelques gens de lettres, dont les noms obscurs ne doivent point entrer dans l'Encyclopédie ; mais l'Italie a connu la peinture à l'huile par un de ses citoyens. Van Eyk de Bruges, inventeur de cette peinture, en confia le secret à Antoine de Messine, de qui le Bellin sut l'arracher par stratageme, & alors ce ne fut plus un mystere pour tous les peintres. (D.J.)
MESSINE, Fare de (Géogr.) Voyez FARE DE MESSINE. (D.J.)
|
| MESTIVAG | ou MESTIVE, s. m. (Jurisprud.) redevance en blé, droit qui se leve sur les blés que l'on moissonne. Voyez le glossaire de Ducange, au mot mestivagium, & celui de Lauriere au mot mestive. (A)
|
| MESTRE | (Marine) c'est le nom qu'on donne au grand mât d'une galere, voyez GALERE, qu'on appelle arbre de mestre.
|
| MESTRES | MESTRES
MESTRE DE CAMP, c'étoit autrefois le nom qui se donnoit au premier officier de chaque régiment d'infanterie & de cavalerie, lorsque chacun de ces deux corps avoit un colonel général ; mais à présent qu'il n'y en a plus que dans la cavalerie & dans les dragons, il n'y a de mestre de camp que dans ces derniers corps. Ils y sont ce que les colonels d'infanterie sont dans leurs régimens. Voyez COLONEL.
|
| MESTRIANA | (Géog. anc.) ville de la Pannonie, selon l'Itinéraire d'Antonin. C'est aujourd'hui Mestri, bourgade de la basse-Hongrie, dans le comté de Vesprin, vers le lac de Balaton. (D.J.)
|
| MESUAGE | S. m. (Jurisprud.) signifie manoir, & s'entend ordinairement d'une maison assise aux champs. Mesuage capital, c'est le chef manoir, ou principal manoir. Voyez l'ancienne coutume de Normandie, ch. xxvj. & xxxiv. le glossaire de Ducange au mot messuagium, celui de Cowel, à la fin de ses institutes du droit anglois, & le gloss. de Lauriere, au mot mesuage. (A)
|
| MESUE LAPIS | (Hist. nat.) nom que l'on a donné au lapis lazuli. Voyez cet article.
|
| MESUIUM | (Géogr. anc.) ville de la Germanie, que Ptolomée place entre Lupia & Argelia. On croit que c'est à présent Meydemberg-sur-l'Elbe. (D.J.)
|
| MESUMNIU | ou MESYMNIUM, (Litt.) nom que les anciens donnoient à une partie de leur tragédie, ou à certains vers qu'ils employoient dans leur tragédie. Voyez TRAGEDIE.
Le mésymnium étoit un refrain tel qu'io paean ! o dithyrambe, hymen, o hyménée, ou quelqu'autre semblable qu'on mettoit au milieu d'une strophe ; mais quand il se trouvoit à la fin, on le nommoit ephymnium. Voyez STROPHE & CHOEUR.
|
| MESURAGE | S. m. (Géom.) on appelle ainsi l'action de mesurer l'aire des surfaces ou la solidité des corps. Voyez MESURER & MESURE.
MESURAGE, action par laquelle on mesure. On le dit aussi de l'examen qu'on fait si la mesure est bonne & juste. On dit en ce sens, je suis satisfait du mesurage de mon blé.
MESURAGE, signifie aussi le DROIT que les seigneurs prennent sur chaque mesure, aussi bien que les salaires qu'on paye à celui qui mesure.
Les blés qui s'achetent dans les marchés doivent le droit de mesurage ; mais ceux qui s'achetent dans les greniers n'en doivent point, parce qu'on y fait soi-même le mesurage, & sans être obligé d'y appeller les officiers des seigneurs. Ce droit s'appelle aussi minage. Voyez MINAGE, Dict. de com.
|
| MESURE | S. f. en Géometrie, marque une certaine quantité qu'on prend pour unité, & dont on exprime les rapports avec d'autres quantités homogenes. Voyez MINAGE, MESURER & NOMBRE.
Cette définition est plus générale que celle d'Euclide, qui définit la mesure une quantité qui, étant répétée un certain nombre de fois, devient égale à une autre ; ce qui répond seulement à l'idée d'une partie aliquote. Voyez ALIQUOTE.
La mesure d'un angle est un arc décrit du sommet a, (Pl. géomet. fig. 10.) & d'un intervalle quelconque entre les côtés de l'angle, comme d f. Les angles sont donc différens les uns des autres, suivant les rapports que les arcs décrits de leurs sommets, & compris entre leurs côtés, ont aux circonférences, dont ces arcs font respectivement partie ; & par conséquent ce sont ces arcs qui distinguent les angles, & les rapports des arcs à leur circonférence distinguent les arcs : ainsi l'angle l a c est dit du même nombre de degrés que l'arc f d. Voyez au mot DEGRE la raison pourquoi ces arcs sont la mesure des angles. Voyez aussi ANGLE.
La mesure d'une surface plane est un quarré qui a pour côté un pouce, un pié, une toise, ou toute autre longueur déterminée. Les Géometres se servent ordinairement de la verge quarrée, divisée en cent piés quarrés & les piés quarrés en pouces quarrés. Voyez QUARRE.
On se sert de mesures quarrées pour évaluer les surfaces ou déterminer les aires des terreins, 1°. parce qu'il n'y a que des surfaces qui puissent mesurer des surfaces, 2°. parce que les mesures quarrées ont toute la simplicité dont une mesure soit susceptible, lorsqu'il s'agit de trouver l'aire d'une surface.
La mesure d'une ligne est une droite prise à volonté, & qu'on considere comme unité. Voyez LIGNE.
Les Géometres modernes se servent pour cela de la toise, du pié, de la perche, &c.
Mesure de la masse, ou quantité de matiere en méchanique, ce n'est autre chose que son poids ; car il est clair que toute la matiere qui fait partie du corps, & qui se meut avec lui, gravite aussi avec lui ; & comme on a trouvé par expérience que les gravités des corps homogenes étoient proportionnelles à leurs volumes, il s'ensuit de-là, que tant que la masse continuera à être la même, le poids sera aussi le même, quelque figure que le poids puisse recevoir, ce qui n'empêche pas qu'il ne descende plus difficilement dans un fluide sous une figure qui présentera au fluide une surface plus étendue ; parce que la résistance & la cohésion d'un plus grand nombre de parties au fluide qu'il faudra déplacer, lui fera alors un plus grand obstacle. Voyez POIDS, GRAVITE, MATIERE, RESISTANCE, &c.
Mesure d'un nombre, en arithmetique, est un autre nombre qui mesure le premier, sans reste, ou sans laisser de fractions ; ainsi 9 est mesure de 27. Voyez NOMBRE & DIVISEUR.
Mesure d'un solide, c'est un cube dont le côté est un pouce, un pié, une perche, ou une autre longueur déterminée.
Mesure de la vitesse. Voyez VITESSE, & la fin du mot EQUATION. Chambers. (E)
MESURES, harmonie des (Géom.) la mesure en ce sens (modulus) est une quantité invariable dans chaque systême, qui a la même proportion à l'accroissement de la mesure d'une raison proposée, que le terme croissant de la raison à son propre accroissement.
La mesure d'une raison donnée est comme la mesure (modulus) du système dont elle est prise ; & la mesure dans chaque système est toujours égale à la mesure d'une certaine raison déterminée & immuable, que M. Cotes appelle, à cause de cela, raison de mesure, ratio modularis.
Il prouve dans son livre intitulé, Harmonia mensurarum, que cette raison est exprimée par les nombres suivans : 2,7182818, &c. à 1, ou par 1 à 0,3678794, &c. De cette maniere, dans le canon de Briggs, le logarithme de cette raison est la mesure (modulus) de ce système ; dans la ligne logistique, la soutangente donnée est la mesure du système ; dans l'hyperbole, le parallélogramme, contenu par une ordonnée à l'asymptote & par l'abscisse du centre ; ce parallélogramme, dis-je, donné, est la mesure de ce système ; & dans les autres, la mesure est toujours une quantité remarquable.
Dans la seconde proposition, il donne une méthode particuliere & concise de calculer le canon des logarithmes de Briggs, avec des regles pour trouver des logarithmes, & des nombres intermédiaires, même au-delà de ce canon.
Dans la troisieme proposition, il bâtit tel système de mesures que ce soit, par un canon de logarithmes, non-seulement lorsque la mesure de quelque raison est donnée ; mais aussi sans cela ; en cherchant la mesure du système par la regle susmentionnée.
Dans les quatrieme, cinquieme & sixieme propositions, il quarre l'hyperbole, décrit la ligne logistique & équiangulaire spirale, par un canon de logarithmes ; & il explique divers usages curieux de ces propositions dans les scholies. Prenons un exemple aisé de la méthode logométrique, dans le problème commun de déterminer la densité de l'atmosphere. Supposée la gravité uniforme, tout le monde sait que si les hauteurs sont prises dans quelque proportion arithmétique, la densité de l'air sera à ces hauteurs en progression géométrique, c'est-à-dire, que les hauteurs sont les mesures des raisons des densités à ces hauteurs & au-dessous, & que la différence des deux hauteurs quelconques, est la mesure de la raison des densités à ces hauteurs.
Pour déterminer donc la grandeur absolue & réelle de ces mesures, M. Cotes prouve à priori, que la mesure (modulus) du système est la hauteur de l'atmosphere, réduite par-tout à la même densité qu'au-dessous. La mesure (modulus) est donc donnée, comme ayant la même proportion à la hauteur du mercure dans le barometre, que la gravité spécifique de l'air ; & par conséquent tout le système est donné : car, puisque dans tous les systèmes les mesures des mêmes raisons qui sont analogues entre elles, le logarithme de la raison de la densité de l'air dans deux hauteurs quelconques, sera à la mesure (modulus) du canon, comme la différence de ces hauteurs l'est à la susdite hauteur donnée de l'atmosphere égale par-tout.
M. Cotes définit les mesures des angles de la même maniere que celle des raisons : ce sont des quantités quelconques, dont les grandeurs sont analogues à la grandeur des angles. Tels peuvent être les arcs ou secteurs d'un cercle quelconque, ou toute autre quantité de tems, de vitesse, ou de résistance analogue aux grandeurs des angles. Chaque système de ces mesures a aussi sa mesure (modulus) conforme aux mesures du système, & qui peut être calculée par le canon trigonométrique des sinus & des tangentes, de la même maniere que les mesures des raisons par le canon des logarithmes ; car la mesure (modulus) donnée dans chaque système, a la même proportion à la mesure d'un angle donné quelconque, que le rayon d'un cercle a à un arc soutendu à cet angle ; ou celle que ce nombre constant de degrés, 57,2957795130, a au nombre de degré de l'angle susdit.
A l'égard de l'avantage qui se trouve à calculer, selon la méthode de M. Cotes, c'est que les mesures des raisons ou des angles quelconques, se calculent toujours d'une maniere uniforme, en prenant des tables le logarithme de la raison, ou le nombre de degrés d'un angle, & en trouvant ensuite une quatrieme quantité proportionelle aux trois quantités données : cette quatrieme quantité est la mesure qu'on cherche. (D.J.)
MESURE, regle originairement arbitraire, & ensuite devenue fixe dans les différentes sociétés, pour marquer soit la durée du tems, soit la longueur des chemins, soit la quantité des denrées ou marchandises dans le commerce. De-là on peut distinguer trois sortes de mesures : celle du tems, celle des lieux, celle du commerce.
La mesure du tems chez tous les peuples a été assez communément déterminée par la durée de la révolution que la terre fait autour de son axe, & de là les jours ; par celle que la lune emploie à tourner autour de la terre, d'où l'on a compté par lunes ou par mois lunaires ; par celle où le soleil paroît dans un des signes du zodiaque, & ce sont les mois solaires ; & enfin par le tems qu'employe la terre à tourner autour du soleil, ce qui fait l'année. Et pour fixer ou reconnoître le nombre des années, on a imaginé d'espace en espace des points fixes dans la durée des tems marqués par de grands événemens, & c'est ce qu'on nomme époque.
La mesure des distances d'un lieu à un autre est l'espace qu'on parcourt d'un point donné à un autre point donné, & ainsi de suite, pour marquer la longueur des chemins. Les principales mesures des anciens, & les plus connues, étoient chez les Grecs, le stade ; chez les Perses, la parasangue ; en Egypte, le schoene ; le mille parmi les Romains, & la lieue chez les anciens Gaulois. Voyez tous ces mots sous leur titre pour connoître la proportion de ces mesures avec celles d'aujourd'hui.
Les Romains avoient encore d'autres mesures pour fixer la quantité de terres ou d'héritages appartenans à chaque particulier. Les plus connues sont la perche, le climat, le petit acte, l'acte quarré ou grand acte, le jugere, le verse & l'érédie. Voyez PERCHE, CLIMAT, ACTE, &c.
A l'égard des mesures des denrées, soit seches, soit liquides, elles varioient selon les pays. Celles des Egyptiens étoient l'artaba, l'aporrhima, le saytès, l'oephis, l'ionium ; celles des Hébreux étoient le corc, le hin, l'epha, le sat, ou satum, l'homer & le cab. Les Perses avoient l'achane, l'artaba, la capithe. Chez les Grecs on mesuroit par medimnes, chenices, septiers, oxibaphes, cotyles, cyathes, cueillerées, &c. A Rome on connoissoit le culeus, l'amphore, le conge, le septier, l'emine, le quartarius, l'acetabule & le cyathe, sous lesquels étoient encore d'autres petites mesures en très-grand nombre. Voyez au nom de chacune ce qu'elle contenoit.
MESURE, (Poésie latine) une mesure est un espace qui contient un ou plusieurs tems. L'étendue du tems est d'une fixation arbitraire. Si un tems est l'espace dans lequel on prononce une syllabe longue, un demi-tems sera pour la syllabe breve. De ces tems & de ces demi-tems sont composées les mesures ; de ces mesures sont composés les vers ; & enfin de ceux-ci sont composés les poëmes. Pié & mesure sont ordinairement la même chose.
Les principales mesures qui composent les vers grecs & latins, sont de deux ou de trois syllabes ; de deux syllabes qui sont ou longues, comme le spondée qu'on marque ainsi - - ; ou breves, comme le pyrique ; ou breve l'une & l'autre longue, comme l'iambe - ; ou l'une longue & l'autre breve, comme le trochée - . Celles de trois syllabes sont le dactyle - , l'anapeste -, le tribraque , le molosse - - -.
Des différentes combinaisons de ces piés, & de leur nombre, se sont formées différentes especes de vers chez les anciens.
1° L'hexametre ou héroïque qui a six mesures.
2°. Le pentametre qui en a cinq.
3°. L'iambique, dont il y a trois especes ; le diametre qui a quatre mesures qui se battent en deux fois, le trimetre qui en a six, le tétrametre qui en a huit.
4°. Les lyriques qui se chantoient sur la lyre ; telles sont les odes de Sapho, d'Alcée, d'Anacréon, d'Horace. Toutes ces sortes de vers ont non-seulement le nombre de leurs piés fixé, mais encore le genre de piés déterminé. Principes de Littér. tome I. (D.J.)
MESURE, s. f. est en Musique une maniere de diviser la durée ou le tems en plusieurs parties égales. Chacune de ces parties s'appelle aussi mesure, & se subdivise en d'autres aliquotes qu'on appelle tems, & qui se marquent par des mouvemens égaux de la main ou du pié. Voyez BATTRE LA MESURE. La durée égale de chaque tems & de chaque mesure est remplie par une ou plusieurs notes qui passent plus ou moins vite en proportion inverse de leur nombre, & auxquelles on donne diverses figures pour marquer leur différente durée. Voyez VALEUR DES NOTES. Dans la danse on appelle cadence la même chose qu'en musique on appelle mesure. Voyez CADENCE.
Bien des gens considérant le progrès de notre Musique, pensent que la mesure est de nouvelle invention ; mais il faudroit n'avoir aucune connoissance de l'antiquité pour se persuader cela. Non-seulement les anciens pratiquoient la mesure ou le rythme, mais ils nous ont même laissé les regles qu'ils avoient établies pour cette partie. Voyez RYTHME. En effet, pour peu qu'on y réfléchisse, on verra que le chant ne consiste pas seulement dans l'intonation, mais aussi dans la mesure, & que l'un n'étant pas moins naturel que l'autre, l'invention de ces deux choses n'a pas dû se faire en des tems fort éloignés.
La barbarie dans laquelle retomberent toutes les sciences, après la destruction de l'empire romain, épargna d'autant moins la Musique, que les Latins ne l'avoient jamais extrèmement cultivée ; & l'état d'imperfection où la laissa Guy d'Arezzo qui passe pour en être le restaurateur, nous fait assez juger de celui où il auroit dû la trouver.
Il n'est pas bien étonnant que le rythme, qui servoit à exprimer la mesure de la poésie, fût fort négligé dans des tems où l'on ne chantoit presque que de la prose. Les peuples ne connoissoient guere alors d'autres divertissemens que les cérémonies de l'église, ni d'autre musique que celle de l'office ; & comme cette musique n'exigeoit pas ordinairement la régularité du rythme, cette partie fut bientôt presque entierement oubliée. On nous dit que Guy nota sa musique avec des points ; ces points n'exprimoient donc pas des quantités différentes, & l'invention des notes de différentes valeurs fut certainement postérieure à ce fameux musicien. Tout au plus peut-on supposer que dans le chant de l'église il y avoit quelque signe pour distinguer les syllabes breves ou longues, & les notes correspondantes, seulement par rapport à la prosodie.
On attribue communément cette invention des diverses valeurs des notes à Jean des Murs, chanoine de Paris, vers l'an 1330. Cependant le P. Mersenne, qui avoit lu les ouvrages de cet auteur, assure n'y avoir rien trouvé qui pût confirmer cette opinion. Et en effet, si d'un côté l'usage de la mesure paroît postérieur à ce tems, il paroît certain d'autre part, que l'usage des notes de différentes valeurs étoit antérieur à ce même tems ; ce qui n'offre pas de petites difficultés sur la maniere dont pouvoient se mesurer ces valeurs. Quoi qu'il en soit, voici l'état où fut d'abord mise cette partie de la Musique.
Les premiers qui donnerent aux notes quelques regles de quantité, s'attacherent plus aux valeurs ou durées relatives de ces notes, qu'à la mesure même, ou au caractere du mouvement ; desorte qu'avant l'invention des différentes mesures, il y avoit des notes au-moins de cinq valeurs différentes ; savoir, la maxime, la longue, la breve, la semi-breve, & la minime. Voyez ces mots.
Dans la suite les rapports en valeur d'une de ces notes à l'autre, dépendirent du tems, de la prolation ou du mode. Par le mode on déterminoit le rapport de la maxime à la longue, ou de la longue à la breve ; par le tems, celui de la longue à la breve, ou de la breve à la semi-breve, ou de la semi-breve à la minime. Voyez MODE, PROLATION, TEMS. En général toutes ces différentes modifications se peuvent rapporter à la mesure double ou à la mesure triple, c'est-à-dire à la division de chaque valeur entiere en deux ou trois tems inégaux.
Cette maniere d'exprimer le tems ou la mesure des notes, changea entierement durant le cours du dernier siecle. Dès qu'on eut pris l'habitude de renfermer chaque mesure entre deux barres, il fallut nécessairement proscrire toutes les especes de notes qui renfermoient plusieurs mesures ; la mesure en devint plus claire, les partitions mieux ordonnées, & l'exécution plus facile ; ce qui étoit fort nécessaire pour compenser les difficultés que la Musique acquéroit en devenant chaque jour plus composée.
Jusques-là la proportion triple avoit passé pour la plus parfaite ; mais la double prit l'ascendant, & le C ou la mesure à quatre tems, fut prise pour la base de toutes les autres. Or la mesure à quatre tems se résout toujours en mesure en deux tems ; ainsi c'est proprement à la mesure double qu'on a à faire rapporter toutes les autres, du-moins quant aux valeurs des notes & aux signes des mesures.
Au lieu donc des maximes, longues, breves, &c. on substitua les rondes, blanches, noires, croches, doubles & triples croches (voyez ces mots), qui toutes furent prises en division sous-double ; desorte que chaque espece de note valoit précisément la moitié de la précédente ; division manifestement défectueuse & insuffisante, puisqu' ayant conservé la mesure triple aussi-bien que la double ou quadruple, & chaque tems ainsi que chaque mesure devant être divisé en raison sous-double ou sous-triple, à la volonté du compositeur, il falloit assigner ou plûtôt conserver aux notes des divisions proportionnelles à ces deux genres de mesure.
Les Musiciens sentirent bien-tôt le défaut, mais au lieu d'établir une nouvelle division, ils tâcherent de suppléer à cela par quelque signe étranger ; ainsi ne sachant pas diviser une blanche en trois parties égales, ils se sont contentés d'écrire trois noires, ajoutant le chiffre 3 sur celle du milieu. Ce chiffre même leur a enfin paru trop incommode ; & pour tendre des pieges plus sûrs à ceux qui ont à lire leur musique, ils prennent aujourd'hui le parti de supprimer le 3, ou même le 6 ; desorte que pour savoir si la division est double ou triple, il n'y a d'autre parti à prendre que de compter les notes ou de deviner.
Quoiqu'il n'y ait dans notre Musique que deux genres de mesure, on y a tant fait de divisions, qu'on en peut au moins compter seize especes, dont voici les signes.
Voyez les exemples, Pl. de Musiq.
De toutes ces mesures, il y en a trois qu'on appelle simples ; savoir le 2, le 3 & le C, ou quatre tems. Toutes les autres, qu'on appelle doubles, tirent leur dénomination & leurs signes de cette derniere, ou de la note ronde, & en voici la regle.
Le chiffre inférieur marque un nombre de notes de valeur égale, & faisant ensemble la durée d'une ronde ou d'une mesure à quatre tems ; le chiffre supérieur montre combien il faut de ces mêmes notes pour remplir une mesure de l'air qu'on va noter. Par cette regle on voit qu'il faut trois blanches pour remplir une mesure au signe 3/2 ; deux noires pour celle au signe 2/4 ; trois croches pour celle au signe 3/2, &c. Chacun peut sentir l'ineptie de tous ces embarras de chiffres ; car pourquoi, je vous prie, ce rapport de tant de différentes mesures à celle de quatre tems qui leur est si peu semblable ; ou pourquoi ce rapport de tant de différentes notes à une ronde, dont la durée est si peu déterminée ? Si tous ces signes sont institués pour déterminer autant de mouvemens différens en especes, il y en a beaucoup trop ; & s'ils le sont outre cela, pour exprimer les différens degrés de vîtesse de ces mouvemens, il n'y en a pas assez. D'ailleurs pourquoi se tourmenter à établir des signes qui ne servent à rien, puisqu' indépendamment du genre de la mesure & de la division des tems, on est presque toujours contraint d'ajouter un mot au commencement de l'air, qui détermine le degré du mouvement ?
Il est clair qu'il n'y a réellement que deux mesures dans notre Musique, savoir à deux & trois tems égaux : chaque tems peut, ainsi que chaque mesure, se diviser en deux ou en trois parties égales. Cela fait une subdivision qui donnera quatre especes de mesure en tout ; nous n'en avons pas davantage. Qu'on y ajoute si l'on veut la nouvelle mesure à deux tems inégaux, l'un triple & l'autre double, de laquelle nous parlerons au mot MUSIQUE, on aura cinq mesures différentes, dont l'expression ira bien au-delà de celle que nous pouvons fournir avec nos seize mesures, & tous leurs inutiles & ridicules chiffres. (S)
MESURE LONGUE, (Antiq. Arts & Comm.) mesure d'intervalle qui sert à déterminer les dimensions d'un corps, ou la distance d'un lieu ; ainsi la ligne qui est la douzieme partie d'un pouce, le pouce qui contient douze lignes, le pié douze pouces, le pas géométrique cinq piés, la toise six piés, &c. sont des mesures longues.
Pour justifier l'utilité de la connoissance de cette matiere, je ne puis rien faire de mieux que d'emprunter ici les observations de M. Freret, en renvoyant le lecteur à son traité sur les mesures longues. Il est inséré dans le recueil de l'acad. des Inscriptions, tome XXIV.
L'histoire & l'ancienne géographie, dit le savant académicien que je viens de nommer, seront toûjours couvertes de ténebres impénétrables, si l'on ne connoît la valeur des mesures qui étoient en usage parmi les anciens. Sans cette connoissance, il nous sera presque impossible de rien comprendre à ce que nous disent les historiens grecs & romains, des marches de leurs armées, de leurs voyages, & de la distance des lieux où se sont passés les événemens qu'ils racontent ; sans cette connoissance, nous ne pourrons nous former aucune idée nette de l'étendue des anciens empires, de celle des terres qui faisoient la richesse des particuliers, de la grandeur des villes, ni de celle des bâtimens les plus célebres. Les instrumens des arts, ceux de l'Agriculture, les armes, les machines de la guerre, les vaisseaux, les galeres, la partie de l'antiquité la plus intéressante & même la plus utile, celle qui regarde l'économique, tout en un mot, deviendra pour nous une énigme, si nous ignorons la proportion de leurs mesures avec les nôtres.
Les mesures creuses, ou celles des fluides, sont liées avec les mesures longues ; la connoissance des poids est liée de même avec celle des mesures creuses ou de capacité ; & si l'on ne rapporte le poids de leurs monnoies à celui des nôtres, il ne sera pas possible de se former une idée tant soit peu exacte des moeurs des anciens, ni de comparer leur richesse avec la nôtre.
Cette considération a porté un très-grand nombre d'habiles gens des deux derniers siecles, à travailler sur cette matiere. Ils ont ramassé avec beaucoup d'érudition, les passages des anciens qui concernent les divisions & les subdivisions des mesures usitées dans l'antiquité. Ils ont même marqué soigneusement la proportion qui se trouvoit entre diverses mesures des Grecs, des Romains & des nations barbares. Mais comme plusieurs ne nous ont point donné le rapport de ces mesures avec les nôtres, leur valeur ne nous est pas mieux connue ; il est vrai que quelques-uns ont déterminé ce rapport ; mais ils l'ont fait avec si peu de solidité, que les évaluations qui résultent de leurs hypothèses rendent incroyables les choses les plus naturelles, parce que dans leurs calculs, les villes, les pays, les monumens, les instrumens des arts, &c. deviennent d'une grandeur excessive. C'est dommage qu'on ne puisse excepter de ce nombre le savant Edouard Bernard, dans son livre de ponderibus & mensuris, & moins encore le fameux docteur Cumberland, mort en 1708 évêque de Petersborough. Il n'a manqué à M. Gréaves, dans son excellent livre écrit en anglois, sur le pié romain, que de n'avoir pas étendu ses recherches aussi loin qu'il étoit capable de le faire.
Cependant pour remplir autant qu'il sera possible l'avide curiosité des lecteurs sur les évaluations des mesures longues, nous nous proposons de joindre aux proportions établies par M. Freret, 1°. la table des mesures longues des diverses nations comparées au pié romain, par M. Gréaves ; 2°. la table de la proportion du pié de Paris, avec les mesures de différentes nations, par le même auteur ; 3°. la table de proportion de plusieurs mesures entr'elles, par M. Picard ; 4°. une table de mesures longues prises sur les originaux, par M. Auzout ; 5°. la table de plusieurs mesures longues comparées avec le pié anglois, tirées de Harris & de Chambers ; 6°. enfin nous donnerons des tables de mesures longues des Grecs, des Romains & de l'Ecriture-sainte, réduites aux mesures angloises.
Proportions établies par M. Freret, entre les différentes mesures longues des anciens. Ces proportions sont marquées en dixiemes de doigt, ou en deux cent quarantiemes parties de la coudée égyptienne, autrement dite alexandrine ; la plus grande de toutes.
Grandeur des différentes coudées & des différens piés, exprimée en dixiemes de lignes de pié de roi, par la mesure des pyramides.
Par la grandeur du devakh, ou coudée du Nilometre au Caire, de 2460 dixiemes de ligne.
Grandeurs différentes des piés romains par les divers monumens.
Pié romain établi par voie de raisonnement.
Mesures différentes des Grecs. Mesure itinéraire des Astronomes, d'Aristote, d'Herodote, de Xénophon, &c.
Il faut compter 15 de ces stades au mille romain, & 1111 1/9 au degré d'un grand cercle.
Mesure de Ctésias, & celle qu'Archimede & Aristocréon ont employée pour la mesure de la terre.
Il y avoit plus de 11 de ces stades au mille romain, & 833 1/3 au degré d'un grand cercle.
Mesure commune contenant 6/7 de la mesure olympique.
Il y avoit près de 11 de ces stades au mille, & 803 au degré d'un grand cercle.
Mesure olympique d'Hérodote & d'Eratosthene, pour la mesure de la terre.
Il y avoit un peu plus de 9 de ces stades au mille romain, & 694 4/9 au degré d'un grand cercle.
Mesure italique ou grecque de Columelle, Pline &c. de Diodore, &c. babylonique d'Ezéchiel, & d'Hérodote, &c.
Il y a 8 de ces stades au mille romain, & 603 au degré d'un grand cercle.
Mesure égyptienne, hébraique de Josephe, samienne, alexandrine, des Ptolomées, du dévakh, de la géographie de Ptolomée, & de Marin de Tyr, &c.
Il y avoit un peu moins de 7 de ces stades au mille romain, & moins de 502 stades au degré d'un grand cercle.
L'aroure, mesure d'arpentage, avoit pour chacun de ses quatre côtés 166 piés 8 pouces ; son aire étoit de moins de 28000 piés quarrés, un peu plus grande que celle du jugerum romain & du demi arpent de Paris.
Mesures romaines anciennes.
Actus minimus, espace de 4 piés romains de large sur 120 de long, fait 3 piés 8 pouces de roi sur 110 piés ; l'aire est de 403 piés de roi quarrés, & un restant.
Clima, espace de 60 piés en tout sens, ou de 55 piés de roi ; l'aire est de 3600 piés romains, & de 3025 piés de roi.
Actus quadratus, de 120 piés en tout sens, ou de 110 piés de roi ; l'aire est de 14400 piés romains, ou de 12100 piés de roi. Cette mesure est le demi- jugerum, ou l'arepennis, c'est-à-dire l'arpent, mesure gauloise.
Jugerum, mesure de 120 piés sur 240, ou de 110 piés de roi sur 220 ; l'aire est de 28800 piés romains, ou de 24200 piés de roi ; c'est le demi-arpent de Paris juste, puisque cet arpent contient 48400 piés quarrés, & qu'il est quadruple de l'ancien arepennis des Gaulois.
Le mille romain ou les 5000 piés, font 916 pas 3 piés 4 pouces de roi, & les 75 milles, 68758 pas ; ce qui approche tellement de la mesure du degré d'un grand cercle, que l'on peut sans aucune erreur employer cette proportion, en réduisant les distances des itinéraires romains anciens, en degrés & en minutes géographiques.
Passons aux mesures longues des modernes, qui sont si différentes entr'elles suivant les pays.
La mesure des longueurs en France, est la ligne ou grain d'orge, le pouce, le pié, la toise, qui étant multipliés, composent chacun suivant leur évaluation, les pas, soit communs, soit géométriques, & les perches ; ceux-ci étant pareillement multipliés, font les arpens, les milles, les lieues, &c.
On met encore au nombre des mesures de longueur celles dont on se sert à mesurer les étoffes de soie, de laine, &c. les toiles, les rubans, & autres semblables marchandises. A Paris & dans la plûpart des provinces, on se sert de l'aune, qui contient 3 piés 7 pouces 8 lignes, ou une verge d'Angleterre, 2/7. L'aune de Paris se divise de deux manieres, savoir en moitié, tiers, sixieme & douzieme, ou en demi-aune, en quart, en huit & en seize, qui est la plus petite partie de l'aune, après quoi elle ne se divise plus. Voyez AUNE.
En Angleterre la mesure longue qui sert de regle dans le commerce, est la verge (the yard), qui contient 3 piés, ou 7/9 de l'aune de Paris ; desorte que neuf verges angloises font 7 aunes de Paris. Les divisions de la verge sont le pié, l'empan, la palme, le pouce, la ligne ; ses multiples sont le pas, la brasse, (fathom), la perche (pole), le stade (furlong), dont huit font le mille.
Les mesures de longueur en Hollande, Flandres, Suede & une partie de l'Allemagne, sont l'aune, mais une aune différente dans tous ces pays de l'aune de Paris ; car l'aune de Hollande contient 1 pié de roi & 11 lignes, ou 4/7 de l'aune de Paris. L'aune de Flandres contient 2 piés 1 pouce 5 lignes & demie, c'est-à-dire 7/12 de l'aune de Paris.
Dans presque toute l'Italie, à Bologne, Modenes, Venise, Florence, Lucques, Milan, Bergame, Mantoue, &c. c'est la brasse qui est en usage, mais qui est de différente longueur dans chacune de ces villes. A Venise elle contient 1 pié de roi 11 pouces 3 lignes, ou 8/15 de l'aune de Paris. A Lucques elle contient 1 pié de roi 9 pouces 10 lignes ; c'est-à-dire une demi-aune de Paris. A Florence la brasse contient 1 pié de roi 9 pouces 4 lignes, ou 49/100 de l'aune de Paris. A Bergame la brasse fait 1 pié de roi 7 pouces 6 lignes, ou 5/9 de l'aune de Paris.
La mesure longue de Naples est la canne, qui contient 6 piés de roi 10 pouces 2 lignes, c'est-à-dire une aune de Paris & 15/17.
La mesure longue d'Espagne est la vare, qui contient 17/24 de l'aune de Paris. En Aragon la vare fait une aune & demie de Paris, c'est-à-dire qu'elle contient 5 piés 5 pouces 6 lignes.
La mesure de longueur des Portugais est le cavedos & le varas. Le cavedos contient 2 piés 11 lignes, ou 4/7 de l'aune de Paris ; 106 varas font 100 aunes de Paris.
La mesure longue de Piémont & de Turin, est le raz, qui contient 1 pié de roi 9 pouces 10 lignes ; c'est-à-dire à peu-près demi-aune de Paris.
Les Moscovites ont deux mesures de longueur, l'arcin & la coudée. La coudée est égale au pié de roi 4 pouces 2 lignes ; deux arcins font 3 coudées.
Les Turcs & les Levantins ont le pié qui contient 2 piés 2 pouces 2 lignes, ou 3/5 de l'aune de Paris. Le cobre est la mesure des étoffes à la Chine ; 10 cobres font 3 aunes de Paris. En Perse & dans quelques états des Indes, on se sert de la guèze, dont il y a deux especes ; la guèze royale & la petite guèze : la guèze royale contient 2 piés de roi 10 pouces 11 lignes, ou 4/5 de l'aune de Paris ; la petite guèze fait les deux tiers de la guèze royale. Le royaume de Pégu & quelques autres lieux des Indes, se servent du cando, qui est égal à l'aune de Venise ; mais le cando de Goa est une longue mesure qui revient à 17 aunes de Hollande. La mesure longue des Siamois se nomme la ken, qui fait 3 piés de roi moins 1 pouce. Il ne s'agit plus maintenant que de transcrire les tables détaillées de Gréaves, de Picard & d'Auzout.
Table des mesures longues de diverses nations, comparées au pié romain par M. Gréaves.
Supposant le pié romain du monument de Cossutius à Rome divisé en 1000 parties égales, les autres mesures sont en proportion avec ce pié en la maniere qui suit :
Table de la proportion du pié de Paris, avec les mesures longues de différentes nations, par le même M. Gréaves.
Le pié de roi de Paris divisé en 1068 parties, dont chacun des 12 pouces qui le composent en contiendra 89, les autres mesures seront en proportion avec le pié de Paris en la maniere qui suit :
Table de proportion de plusieurs mesures longues entr'elles, par M. Picard.
Cette table est tirée des divers ouvrages de Mathématique & de Physique, par MM. de l'ac. royale des Sciences à Paris, 1693, in-fol. pag. 367 & suiv.
Table de mesures longues prises sur les originaux, & comparées avec le pié du Châtelet de Paris, par M. Auzout.
Le pié de Paris divisé en 1440 parties égales, c'est-à-dire chaque ligne en dix parties ; c'est sur cette mesure que les suivantes sont réduites.
Le palme de Rome pris au Capitole, contient 988 1/2. ou 8 pouces 2 lignes 8 1/2. parties.
Celui des passets est quelquefois un peu plus grand, & fait 8 pouces 3 lignes. Le passet est une mesure de buis qui contient ordinairement 5 palmes, & qui est faite de plusieurs pieces jointes ensemble par des clous, pour pouvoir se plier & se porter commodément.
Le palme est divisé en 12 onces, & l'once en 5 minutes ; ce qui fait 60 minutes au palme. On ne se sert point d'une plus petite division ; 10 palmes font la canne qu'on nomme d'architecte.
Le pié romain que l'on nomme ancien, qui est celui de Lucas Poëtus pris au même lieu, contient 1306 ou 1307 parties. Il est un peu trop petit, puisque le palme devant être les trois quarts du pié, ou douze doigts des 16 qui composent tout le pié ; il devroit contenir, suivant la premiere mesure, 1318 parties.
Il reste à Rome deux piés antiques sur des sépulchres d'architecte ; l'un dans le jardin de Belvedere, & l'autre dans la vigne Mattei ; quoique les divisions en soient inégales & malfaites ; on peut pourtant supposer que le total en est bon. Celui de Belvedere contient 1311 parties, ou bien 10 pouces 11 lignes & 1 partie ou 1/10 ; & celui de la vigne Mattei en contient 1315, ou bien 10 pouces 11 lignes 5 parties 1/2. lignes ; & comme ils peuvent être un peu diminués sur les bords, on peut les estimer égaux à 16 onces du palme moderne.
Par toutes ces mesures, on peut prendre l'aune de Paris pour 4 piés romains antiques.
Le pié grec pris au Capitole a 1358 parties, ou bien 11 pouces 3 lignes 8 parties, étant au romain comme 25 à 24, comme l'on déduit ordinairement de la différence de leurs stades, dont l'une contenoit 600 piés & l'autre 625, le pié romain étant 1306 ou 1307, le pié grec devroit être 1373. Si le romain étoit 1311, le grec seroit 1365 5/8 ; si le romain étoit 1315, le grec seroit 1369 19/24, toujours plus grand que celui du Capitole marqué par Lucas Poëtus.
Nota. Le pié qui est à Belvedere sur le tombeau de T. Statilius Mensor, est divisé en palmes & en doigts ; la division en est mal faite & grossiere, le pié qui est dans la vigne Mattei sur un autre tombeau de Cossutius n'est point divisé en doigts. Il est à croire que Lucas Poëtus avoit marqué le pié romain & le pié grec de juste proportion ; mais qu'à force de prendre le pié romain, on l'a augmenté. Si le romain étoit 652, le grec seroit 679 1/6.
Le palme de marchand dont 8 font la canne, & qui sert à mesurer toutes les étoffes, a 1102 1/2 parties, ou bien 9 pouces 2 1/4. de ligne. La canne faisant justement 6 piés 1 pouce 6 lignes, elle revient à peu-près à 1 aune 2 tiers de celle de Paris.
Le palme & la canne de Rome pour les marchands est précisément le plan & la canne dont on se sert à Montpellier.
Le palme de Naples pris sur l'original, a 1161 ou 1162 parties, ou bien 9 pouces 8 lignes 1 ou 2 parties.
La brasse de Florence prise à la mesure publique contre la prison, a 2580 ou 2581 parties : c'est-à-dire 1 pié 9 pouces & 6 lignes, ou une partie davantage, mais le premier est plus juste.
Le pié de Boulogne pris dans le palais de la Vicairerie, a 1686 parties, ou bien 1 pié 2 pouces & 6 parties.
Le braccio pris au même lieu, a 2826 parties, ou bien 1 pié 11 pouces 6 lignes ; ce qui ne fait pas justement 5 piés de 3 bras, comme le suppose le P. Riccioli.
Le braccio de Modene a 2812 1/2. parties, ou bien 1 pié 11 pouces 5 lignes 1/4.
Le braccio de Parme pris auprès du dôme, a 2526 parties, ou bien un pié 9 pouces 6 parties.
Le braccio de Lucques a 2915 parties, ou bien 1 pié 9 pouces 9 lignes 5 parties.
Le braccio de Sienne pris sur la canne publique qui est posée horisontalement sous la loge de l'hôtel-de-ville, & qui contient 4 bras, a 2667 parties, ou bien 1 pié 10 pouces 2 lignes & 7 parties.
Le pié de Milan pris sur le traboco de bois, où on éprouve les mesures, a 1760 parties, ou bien un pié 2 pouces 8 lignes ; & le bras dont le pié fait les deux tiers, a 2640 parties, ou bien un pié 10 pouces.
Le pié de Pavie pris sur la canne de fer qui est à la porte du dôme, a 2080 parties, ou bien un pié 5 pouces 4 lignes ; & le bras dont il est les trois quarts, a 2780 parties, ou 1 pié 1 pouce 2 lignes.
Le pié de Turin pris sur le même de cuivre qui est dans l'hôtel-de-ville, a 2274 parties, ou un pié 6 pouces 11 lignes 4 parties.
Le pié de Lyon contient 1515 & 3/5. de parties, ou bien 1 pié 7 lignes & 27/50.
La toise contient 7 piés 1/2.
L'aune de Lyon contient 3 piés 7 pouces 8 lignes & 3 parties ; telles sont les mesures données par M. Auzout dans les divers ouvrages de MM. de l'académie royale des Sciences, 1693, pag. 368, 369 & 370.
Table de différentes mesures longues comparées avec le pié anglois, divisé premierement en 1000 parties égales, puis en pouces & en dixiemes parties de pouces.
Il me reste à donner les tables des mesures longues des Grecs, des Romains & de l'Ecriture-Sainte, réduites aux mesures d'Angleterre. Mais pour entendre ces tables de réduction, il faut se rappeller que les mesures longues d'Angleterre, sont le pouce, jnch ; la palme, palm ; l'empan, span ; le pié, foot ; la coudée, cubic ; la verge, yard ; le pas, pace ; la brasse, fathom ; la perche, pole ; le stade, furlongue ; le mille, mile.
Voici d'abord la table qui donne le contenu de ces diverses mesures.
Table des mesures longues d'Angleterre.
Table des mesures longues de l'Ecriture réduites à celles d'Angleterre.
NOTA. Digit signifie un travers de doigt ; palm, la palme ; span, l'empan ; cubit, la coudée ; fathom, la brasse ; ezekiel's reed, la verge d'Ezéchiel ; Arabian pole, la perche d'Arabie ; schoenus, le schoene.
Table des mesures longues des Romains réduites à celles d'Angleterre.
MESURE QUARREE, (Antiquité, Arts & Comm.) Les mesures quarrées pour les surfaces se font en multipliant une mesure longue par elle-même. Ainsi les mesures quarrées de France sont réglées par douze lignes quarrées dans un pouce quarré, douze pouces dans le pié, vingt-deux piés dans la perche, & cent perches dans l'arpent.
Les mesures quarrées d'Angleterre se tirent de la verge contenant trente-six pouces multipliés par eux-mêmes ; cette multiplication produit 1296 pouces quarrés dans une verge quarrée ; ses divisions sont le pié & le pouce quarrés ; & ses multiples sont les pas, les perches, les quartiers d'arpent (rood) & l'arpent (acre), qui contient 720 piés de long sur 72 de large. Comme les mesures de la Grande-Bretagne sont fixes, nous allons donner une table de leur aire.
Table des mesures quarrées d'Angleterre.
Le pléthron ou plethre des Grecs, contenoit suivant les uns, 1444, & suivant les autres 10000 piés quarrés ; mais comme le plethre étoit différent selon les lieux & les tems, son aire ne peut être la même. L'aire de l'aroure des Egyptiens étoit un peu plus grande que celle du demi-arpent de Paris. Nous avons déjà donné les aires de quelques mesures romaines en parlant des mesures longues. En voici la table générale réduite aux mesures d'Angleterre. Comme les Romains divisoient leur jugerum de la même maniere que leur levre, le jugerum contenoit.
MESURE DES LIQUIDES, (Antiq. Arts & Comm.) les mesures creuses, ou mesures de continence pour les liquides, sont celles avec lesquelles on mesure toutes sortes de liqueurs, comme les vins, les eaux-de-vie, le vinaigre, la biere, &c. On y mesure aussi d'autres corps fluides, particulierement les huiles : Ces mesures sont différentes dans les divers états, & quelquefois dans les provinces & villes d'une même royaume.
Mesures liquides d'Angleterre. En Angleterre les mesures cubiques des liquides ont été prises originairement du poids de troy. Il a été établi dans ce pays-là, que huit livres de froment poids de troy, bien séché, péseroit un gallon mesure de vin, & que les divisions multiples serviroient de regle pour les autres mesures ; cependant la coutume a introduit un nouveau poids, savoir celui qu'on nomme avoir-du-poids, qui est plus foible que le poids de troy. L'étalon de cette mesure à Guildall, & qui sert de regle pour mesurer les vins, les eaux-de-vie, les liqueurs, les huiles, &c. est supposé contenir 231 pouces cubiques, & c'est sur cette supposition que les autres mesures de liquide ont été faites. Nous donnerons la table ci-après, en y rapportant les mesures attiques, romaines & juives.
Mesures liquides de France. A Paris & dans une partie du royaume, ces mesures, à commencer par les plus petites, sont le poisson, le demi-septier, la chopine, la pinte, la quarte ou le pot, dont en les multipliant, on compose les quartaux, demi-muids, demi-queues, muids, queues, tonneaux &c. Le poisson contient six pouces cubiques ; deux poissons font le demi-septier, deux demi-septiers font le septier ou la chopine ; deux chopines font la pinte, deux pintes font la quarte ou le pot ; quatre quartes font le septier ou huit pintes ; les trente-six septiers font le muid, qui se divise en demi-muid ou feuillette, contenant dix-huit septiers ; quart de muid, contenant neuf septiers, & demi-quart ou huitieme de muid, contenant quatre septiers & demi.
Du quarteau on a formé par augmentation les mesures usitées dans d'autres parties du royaume, comme la queue, qui est d'usage à Orléans, à Blois, &c. Elle contient un muid & demi de Paris, c'est-à-dire 400 pintes ; le tonneau qui est d'usage à Bayonne & à Bourdeaux, contient quatre barrils, & est égal à trois muids de Paris, ou à deux muids d'Orléans ; ainsi le tonneau de Bourdeaux contient 864 pintes, & le tonneau d'Orléans, 576.
Mesures liquides de Hollande. A Amsterdam les mesures des liquides sont, à commencer par les diminutions, les mingles, les viertels, les stékans, les aukers & les awus ; & pour les huiles, la tonne. Le mingle ou bouteille, contient deux livres quatre onces poids de marc, plus ou moins, suivant la pesanteur des liqueurs. Elle se divise en deux pintes, en quatre demi-pintes, en huit musties & en seize demi musties ; 777 mingles font leur tonneau. Le viertel ou la quarte, est composé de cinq mingles & 1/6 de mingle. Le viertel de vin contient précisément six mingles ; le stékan contient seize mingles ; l'auker contient deux stékans, & les quatre aukers font le awu. Les bottes ou pipes d'huile contiennent depuis vingt jusqu'à vingt-cinq stékans, de seize mingles chaque stékan.
Mesures liquides d'Espagne. L'Espagne a des bottes, des robes, des azumbres & des quartaux. La botte contient entre trente-six & trente-sept stékans hollandois, qui pesent environ mille livres. Elle est composée de trente robes pesant chacune vingt-huit livres. Chaque robe est divisée en huit azumbres ; & l'azumbre en quatre quartaux. La pique contient dix-huit robes.
Les mesures liquides de Portugal sont les bottes, les almudes, les cavadas, les quatas ; & pour l'huile, les alquiers ou cautars. La botte portugaise est de vingt-cinq à vingt-six stékans ; la quata est la quatrieme partie du cavada ; le cavada est de la même capacité que la mingle hollandoise ; six cavadas font un alquier ; deux alquiers une almude, & vingt-six almudes une botte.
Mesures liquides d'Italie. Rome mesure les liqueurs à la branta, au rubbo & au boccale. Le boccale contient un peu plus de la pinte de Paris ; sept boccales & demi font le rubbo, & treize rubbo & demi font la branta ; de sorte que la branta contient 96 boccales. Florence a ses staros, ses barrils & ses fiascos. Le staro contient trois barrils, & le barril vingt-six fiascos ; le fiasco est à-peu-près égal à la pinte de Paris. A Vérone on se sert de la bassa, dont seize font la branta ; & la branta contient 96 boccales, ou treize rubos & demi. Les Vénitiens ont leur amphora, qui contient deux bottas ; la botta contient quatre bigoucios, le bigoucio quatre quartes, & la quarte quatre tischaufferas. La botta de Venise se divise encore en mostachios, dont 76 font leur amphora. A Ferrare on se sert du mastilly, qui contient huit sechios, & les six sechios font l'urne. La Calabre & la Pouille ont leur pignatoli, & chaque pignatoli répond à la pinte de France. Trente-deux pignatolis font le staro, & dix staros font la salma.
Mesures d'Allemagne. Le fuder que nous nommons foudre, est la mesure dont on se sert presque par toute l'Allemagne, mais avec plusieurs différences dans sa continence & dans ses subdivisions, attendu les divers états de tant de princes & de tant de villes libres qui partagent ce pays. Le fuder est supposé la charge d'un chariot à deux chevaux. Deux fuders & demi font le roeder ; six awus font le fuder, trente fertels font le awu, & quatre massems font le fertel. Ainsi le roeder contient 1200 massems, le fuder 480, le awu 80, & le fertel 41.
Il nous reste à donner les mesures de liquides d'Angleterre, auxquelles nous rapporterons celles de la Grece, de Rome & des Hébreux. Ce sera l'affaire de quatre tables.
MESURE ITINERAIRE (Géog.) on nomme en Géographie mesures itinéraires, celles dont les différens peuples se sont servis, ou se servent encore aujourd'hui pour évaluer les distances des lieux & la longueur des chemins. Si ces mesures avoient entre elles plus d'uniformité qu'elles n'en ont, & que les noms qui les expriment eussent un usage fixe qui exprimât toujours une valeur invariable, cette étude seroit assez courte ; mais il s'en faut bien que les choses soient ainsi. Les noms de mille, de stade, de parasangue, de lieue ; ont été sujets à tant de variations, qu'il est très-pénible d'évaluer les calculs d'une nation ou d'un siecle, à ceux d'une autre nation ou d'un autre siecle. Cependant comme plusieurs savans ont pris cette peine, nous allons donner ici d'après leurs travaux, une courte table géographique des principales mesures itinéraires anciennes & modernes, rapportées à un degré de l'équateur, ou à la toise de Paris.
Le mille hébraïque ou le chemin d'un jour de sabbat de deux mille coudées, est égalé par saint Epiphane, à six stades romains. Six cent de ces stades font un degré, donc le mille hébraïque est de 100 au degré.
Le stade égyptien est de 600 piés, selon Hérodote. Cet historien donne 800 piés de largeur à la base de la grande pyramide d'Egypte, qui mesurée au pié de Paris, font 680 piés. Or comme 800 sont à 680, de méme 600 piés qui font le stade d'Hérodote, sont à 510 piés de Paris ; donc le stade d'Hérodote est 85 toises de Paris ; donc la parasangue égyptienne évaluée à 30 stades, est de 2550 toises. Donc le schoene double de la parasangue sera de 5100 toises, & les autres schoenes à proportion. Un degré de l'équateur est égal à 57060 toises. Divisez ce nombre par 85, qui est le nombre des toises contenues dans ce stade, il en résulte 671 stades, plus 25 toises pour le degré, & ainsi à proportion de la parasangue & du schoene. Donc 671 stades égyptiens, plus 25 toises, font un degré de l'équateur.
Trente de ces stades font la parasangue égyptienne, car celle d'Arménie étoit de 40 stades.
Soixante de ces stades font le schoene d'Hérodote, ou l'ancien schoene.
Le grand schoene étoit double, & comprenoit 120 stades.
Le petit schoene du Delta, ou le demi-schoene, n'étoit que de 30 stades. Ce n'est donc que la parasangue changée de nom.
La parasangue des Perses étoit anciennement égale à celle d'Egypte, ensuite elle fut bornée à 40 stades romains, & équivaloit par conséquent à cinq milles romains, dont 75 faisoient un degré. Donc le parasangue des Perses étoit de 15 au degré.
Le stade d'Aristote, de Xénophon, &c. étoit de 1111 au degré.
Le stade romain étoit de 600 au degré.
Le mille romain, de 75 au degré.
L'ancienne lieue des Gaules & d'Espagne, contenant 1500 pas, étoit de 50 au degré.
La raste des Germains de 3000 pas romains, ou de 2 lieues gauloises, étoit de 25 au degré.
Les parasangues des Perses, 22 & trois neuviemes au degré.
Chez leurs successeurs, elles sont de 19 moins deux neuviemes au degré.
Lis de la Chine est de 250 au degré.
Lieue du Japon, de 25 au degré.
Werstes de Russie, de 90 au degré.
Milles de la basse Egypte, de 110 au degré.
Cosses, ou lieues de l'Indoustan, de 40 au degré.
Gos, ou lieues de Coromandel, de 10 au degré.
Lieues communes de Hongrie, de 12 au degré.
Milles communs de Turquie, de 60 au degré.
Milles communs italiques, de 60 au degré.
Milles pas géométriques, de 60 au degré.
Milles marins de l'Océan, de 60 au degré.
Milles marins de la Méditerranée, de 75 au degré.
Lieues géographiques de quatre mille pas géométriques, de 15 au degré.
Lieues communes d'Allemagne, de 15 au degré.
Lieues d'Espagne, de 15 au degré.
Lieues marines de Hollande, de 15 au degré.
Lieues marines d'Espagne, de 17 & demi au degré.
Lieues marines d'Angleterre & de France, sont composées de 2853 toises, & sont de 10 au degré.
Lieues de Suede, de 1800 aunes de Suede chacune, & les trois aunes font environ cinq piés & demi de Paris, sont de 12 au degré.
Lieues de Prusse, de 16 au degré.
Lieues de Pologne, de 20 au degré.
Lieues communes des Pays-Bas sont de 22 au degré.
Lieues communes de France de trois milles romains, ou de 2282 toises, sont de 25 plus 10 toises au degré.
Enfin il y a des lieues de France de 34, de 28, de 26, de 24, de 23, de 21 & demi, & de 19 au degré. Voyez LIEUE. (D.J.)
I. Table des mesures liquides d'Angleterre, qui sont d'usage pour mesurer les vins & eaux-de-vie.
II. Table des mesures liquides des Grecs réduites à celles d'Angleterre.
III. Table des mesures liquides des Romains réduites à celles d'Angleterre.
IV. Table des mesures liquides des Hébreux, réduites à celles d'Angleterre.
MESURES RONDES, (Antiq. Arts & Comm.) on appelle mesures rondes ou mesures des choses seches, celles qui servent à mesurer les grains, les graines, les légumes, les fruits secs, la farine, le sel, le charbon, &c. Ces mesures sont différentes dans les divers pays, & quelquefois dans les provinces d'un même royaume.
Mesures rondes de France. Elles sont faites de bois, & ce sont le litron, le boisseau, le minot, & leurs diminutions ou augmentations. Des deux minots, on compose la mine ; de deux mines le septier, & de plusieurs septiers, suivant les lieux, le muid ou le tonneau.
Le litron se divise en deux demi-litrons, & en quatre quarts de litron. Le litron contient trente-six pouces cubiques. Voyez LITRON.
Le boisseau est très-différent en France, change presque dans toutes jurisdictions, & se nomme en plusieurs endroits bichet. Voyez BOISSEAU.
Le minot contient trois boisseaux ; il faut quatre minots pour faire un septier, & les douze septiers font le muid : mais le minot dont on se sert pour mesurer le charbon & le sel, differe en continence de celui des grains. Voyez MINOT.
La mine n'est pas un vaisseau réel tel que le minot, qui serve de mesure de continence, mais une estimation de plusieurs autres mesures ; & cette estimation varie suivant les lieux & les choses. A Paris la mine de grains est composée de six boisseaux, ou de deux minots radés, & sans grains sur bord. Il faut deux mines pour le septier, & vingt-quatre mines pour le muid. Voyez MINE.
Le septier est comme le minot, une estimation variable de plusieurs autres mesures. A Paris le septier se divise en deux mines, & les douze septiers font un muid. Voyez SEPTIER.
Le muid est semblablement une estimation variable de plusieurs autres mesures. A Paris le muid des grains qui se mesurent radés est composé de douze septiers, qui font dix-huit muddes d'Amsterdam, & les dix-neuf septiers font un laste. Voyez MUID.
Le tonneau est une mesure ou quantité de grains, qui contient ou qui pese plus ou moins, suivant les lieux du royaume. A Nantes le tonneau de grains contient dix septiers, de seize boisseaux chacun & pese 2200 à 2250 livres. Il faut trois tonneaux de Nante pour faire vingt-huit septiers de Paris, & treize muddes & demi d'Amsterdam. Voyez TONNEAU.
Mesures rondes du Nord, d'Hollande. En Hollande & dans le Nord, on évalue les choses seches sur le pié du last, lest, leth, ou lecht, ainsi appellé, selon la différente prononciation de ces peuples. En Hollande le last est égal à dix-neuf septiers de Paris, ou à trente-huit boisseaux de Bourdeaux. Le last de froment pese ordinairement 4600 à 4800 livres poids de marc. Ce même last se divise en vingt-sept muddes, le mudde en quatre scheppels, le scheppel en quatre vierdevats, & le vierdevat en huit kops. Voyez LAST.
La mesure d'Archangel pour les grains se nomme chefford ; elle tient environ trois boisseaux mesure de Rouen, & se subdive en quatre parties.
Mesures rondes d'Italie. A Venise, Livourne, Lucques, &c. les choses seches se mesurent au staro. Le staro de Livourne pese ordinairement cinquante-quatre livres ; 112 staro 7/8 font le last d'Amsterdam, au lieu qu'il en faut 119 de Lucques. Le staro de Venise pese 128 livres gros poids ; chaque staro contient quatre quartas, trente-cinq staros 1/5, ou 140 quartas 4/5 font le last d'Amsterdam. A Palerme on réduit les mesures des corps secs au tomolo qui est le tiers du septier de Paris. Il faut seize tomoli de Palerme pour la salma, & quatre mondili pour le tomolo.
Mesures rondes d'Espagne & de Portugal. A Cadix, Bilbao & Saint-Sébastien, on mesure les choses seches au fanega ; vingt-trois fanegas de Saint-Sébastien font le tonneau de Nantes ou neuf septiers & demi de Paris. Le fanega de Bilbao est un peu plus grand ; il en faut vingt à vingt-un pour le tonneau de Nantes. Cinquante fanegas de Cadix font le last d'Amsterdam, chaque fanega pese 93 3/4. livres de Marseille. A Seville on mesure les choses seches par anagro. L'anagro contient un peu plus que la mine de Paris ; trente-six anagros font dix-neuf septiers de Paris. A Bayonne on mesure les grains & sels par couchas ; trente couches font le tonneau de Nantes qui revient à neuf septiers & demi de Paris. A Lisbonne on mesure les grains par fanegos & par alquieris ; quinze fanegos font le muid, & quatre alquieris font le fanego ; quatre muids de Lisbonne font le last d'Amsterdam ; 240 alquieris font dix-neuf septiers de Paris.
Il nous reste à indiquer les mesures seches d'Angleterre, auxquelles nous rapporterons les mesures seches de la Grece, de Rome & des Hébreux. Ce sera l'affaire de quatre tables.
I. Table des mesures d'Angleterre pour les choses seches.
II. Table des mesures greques pour les choses seches, réduites à celles d'Angleterre.
III. Table des mesures romaines pour les choses seches, réduites à celles d'Angleterre.
IV. Table des mesures hébraïques pour les choses seches, réduites à celles d'Angleterre.
|
| MESURER | v. act. (Géom.) Suivant la définition mathématique de ce mot, c'est prendre une certaine quantité, & exprimer les rapports que toutes les autres quantités de même genre ont avec celle-là.
Mais en prenant ce mot dans le sens populaire, c'est se servir d'une certaine mesure connue, & déterminer par-là l'étendue précise, la quantité, ou capacité de quelque chose que ce soit. Voyez MESURE.
L'action de mesurer ou le mesurage en général fait l'objet de la partie pratique de la Géométrie. Voyez GEOMETRIE. Les différentes portions d'étendue qu'on se propose de mesurer, ou auxquelles on applique la Géométrie pratique, font donner à cette science différens noms ; ainsi l'art de mesurer les lignes ou les quantités géométriques d'une seule dimension, s'appelle Longimétrie. Voyez LONGIMETRIE.
Et quand ces lignes ne sont point paralleles à l'horison, ce même art prend alors le nom d'Altimétrie. Voyez ALTIMETRIE. Et il s'appelle Nivellement, lorsqu'on ne se propose que de connoître la différence de hauteur verticale des deux extrémités de la ligne. Voyez NIVELLEMENT.
L'art de mesurer les surfaces reçoit aussi différens noms, selon les différentes surfaces qu'on se propose de mesurer. Lorsque ce ne sont que des champs, on l'appelle alors Géodésie ou Arpentage. Lorsque ce sont d'autres superficies, il retient alors le nom générique d'art de mesurer. Voyez GEODESIE & ARPENTAGE.
Les instrumens dont on se sert dans cet art, sont la perche, la chaîne, le compas, le graphometre, la planchette, &c. Voyez AIRE, CHAINE, COMPAS, &c.
L'art de mesurer les solides ou les quantités géométriques de trois dimensions, s'appelle Stéréométrie. Voyez STEREOMETRIE. Et il prend le nom de Jaugeage, lorsqu'il a pour objet de mesurer les capacités des vaisseaux, ou les liqueurs que les vaisseaux contiennent. Voyez JAUGE.
Par la définition du mot mesurer, suivant laquelle la mesure doit être homogene à la chose à mesurer, c'est-à-dire de même genre qu'elle ; il est donc évident que dans le premier cas, ou lorsqu'il s'agit de mesurer des quantités d'une dimension, la mesure doit être une ligne, dans le second une surface, & dans le troisieme un solide. En effet une ligne, par exemple, ne sauroit mesurer une surface, puisque mesurer n'est autre chose qu'appliquer la quantité connue à l'inconnue, jusqu'à ce qu'à force de répétition, s'il en est besoin, l'une soit devenue égale à l'autre. Or les surfaces ont de la largeur & la ligne n'en a point ; &, si une ligne n'en a point, quarante, cinquante, soixante lignes n'en ont pas non plus : on a donc beau appliquer une ligne à une surface, elle ne pourra jamais lui devenir égale ou la mesurer ; & l'on prouvera évidemment de la même maniere, que les surfaces qui n'ont point de profondeur ne sauroient mesurer les solides qui en ont.
Nous voyons aussi par-là pourquoi la mesure naturelle de la circonférence d'un cercle est un arc, ou une partie de la circonférence de ce cercle. Voyez ARC. C'est qu'une ligne droite ne pouvant toucher une courbe qu'en un point, il est impossible qu'une droite soit appliquée immédiatement à une portion de cercle quelconque ; ce qui est pourtant nécessaire, afin qu'une grandeur puisse être la mesure d'une autre grandeur. C'est pourquoi les Géometres ont divisé les cercles en 360 parties ou petits arcs qu'on nomme degrés. Voyez ARC, CERCLE & DEGRE.
L'art de mesurer les triangles ou de parvenir à connoître les angles & les côtés inconnus d'un triangle, lorsqu'on y connoît déja ou les trois côtés, ou bien deux côtés & un angle, ou bien enfin un côté & deux angles, s'appelle Trigonométrie. Voyez TRIGONOMETRIE.
L'art de mesurer l'air, sa pression, son ressort, &c. s'appelle Aérométrie ou Pneumatique. Voyez AEROMETRIE & PNEUMATIQUE. Chambers. (E)
MESURER, (Hydr.) on dit mesurer le courant d'une riviere, c'est le jauger, voyez JAUGE ; mesurer le contenu d'un bassin, c'est le toiser. Voyez TOISER. (K)
MESURER, c'est se servir d'une mesure certaine & connue pour déterminer & savoir précisément l'étendue, la grandeur, ou la quantité de quelque corps, ou la capacité de quelque vaisseau.
La jauge est l'art ou la maniere de mesurer toutes sortes de vaisseaux ou tonneaux à liqueur, pour en connoître la capacité, c'est-à-dire le nombre de setiers ou de pintes qu'ils contiennent. Voyez JAUGE.
Mesurer du blé, de l'avoine, de l'orge, du charbon, &c. c'est remplir plusieurs fois de ces choses une grande ou petite mesure fixée par la police & par les réglemens. On mesure comble quand on enfaîte le grain ou autre matiere seche sur la mesure ; & ras, quand on racle les bords ; ensorte que la chose mesurée n'excede pas les bords de la mesure.
En fait d'étoffes, de rubans, toiles, &c. on se sert plus ordinairement du mot auner, que de celui mesurer. Voyez AUNER.
Dans le même sens, on dit en quelques endroits verger & canner, parce qu'on s'y sert de verges & de cannes. Voyez VERGE & CANNE. Dictionnaire de Commerce.
|
| MESUREUR | S. m. (Com.) celui qui mesure. Voyez MESURER. A Paris les mesureurs sont des officiers de ville établis en titre : il y en a de plusieurs especes qui forment des communautés différentes, suivant leurs fonctions particulieres. Les uns sont destinés pour mesurer les grains & farines ; les autres les charbons de bois & de terre ; les autres le sel, les aulx, oignons, noix, & autres fruits ; & les autres la chaux.
On leur donne à tous le nom de jurés-mesureurs, parce qu'ils sont obligés lors de leur réception de jurer ou faire serment devant les prevôt des marchands & échevins, de bien & fidelement s'acquiter du devoir de leur charge.
Les jurés- mesureurs de grains qui s'étoient multipliés par diverses créations jusqu'au nombre de 68, sous le regne de Louis XIV. furent supprimés en 1719, & leur office confié à 68 commis. Il consiste à mesurer les grains & farines, juger si ces marchandises sont bonnes & loyales, tenir registre du prix des grains & en faire rapport au prevôt des marchands, ou au greffe de la ville. Leurs droits fixés par l'édit de septembre 1719, sont d'une livre quatre sols par muid de farine, de 12 s. par chaque muid de blé, de 18 s. par muid d'orge, de vesce, de grenailles, & d'une livre quatre sols par chaque muid d'avoine ; à proportion pour les petites mesures.
L'établissement des mesureurs de charbon est fort ancien ; il en est fait mention dans les reglemens de police du roi Jean, en 1350, & sous Charles VI en 1415 ; sous Louis XIV. ils étoient au nombre de vingt-neuf. Ils furent supprimés en 1719, & remplacés par des commis nommés par le prevôt des marchands. Le devoir de ces commis est de mesurer tous les charbons de bois & de terre qui se vendent sur les ports & dans les places ; de les contrôler, d'y mettre le prix, de recevoir les déclarations des marchands forains. Leurs droits ne sont que de deux sols par voie de charbon de bois, composée de deux minots ; & de 15 s. pour chaque voie de charbon de terre de quinze minots. Ces commis étoient au nombre de vingt ; mais les officiers en titre ont été rétablis par édit du mois de Juin 1730.
Les jurés-mesureurs de sel qui ont aussi la qualité d'étalonneurs des mesures de bois & de compteurs de salines, ont pour principales fonctions, 1°. de faire le mesurage des sels dans les greniers & bateaux ; 2°. de faire l'espallement ou étalonnement des mesures de bois sur les étalons ou mesures matrices ; 3°. de compter les marchandises des salines quand on les décharge des bateaux, d'en prendre déclaration, enregistrer la quantité & les noms des charretiers qui les enlevent ; 4°. de faire une visite une fois l'année chez les marchands qui font le regrat de grains, graines, fruits, légumes, &c. & de vérifier si leurs mesures sont justes. Ce sont les droits & priviléges que leur attribue l'ordonnance de la ville de Paris de l'an 1672.
La même ordonnance porte que les jurés- mesureurs d'aulx, oignons, noix, noisettes, châtaignes, & autres fruits, auront des mesures de continence marquées à la marque de l'année, pour mesurer toutes ces sortes de marchandises qui se vendent au minot, & en cas de défectuosité desdites marchandises, faire leur rapport au procureur du roi de la ville. Lorsque les regrattiers veulent vendre de ces denrées au-delà du boisseau, ils sont tenus d'appeller les jurés- mesureurs.
Les jurés-mesureurs & porteurs de chaux, qui avant leur suppression en 1719, étoient au nombre de deux mesureurs, deux contrôleurs, & trois porteurs, & que l'édit de Septembre de la même année, a réduit à deux mesureurs, contrôleurs, & porteurs, doivent empêcher qu'il ne soit exposé en vente aucune chaux qui ne soit bonne & loyale, & n'en doivent point eux-mêmes faire commerce. Leurs droits sont de 15 s. par muid de chaux, composé de 48 minots, & pour les mesures au-dessous à proportion.
Il y a aussi des mesureurs de plâtre, qu'on nomme plus ordinairement toiseurs, qui sont tenus d'avoir de bonnes mesures, & d'empêcher qu'on ne vende des plâtres défectueux. Leurs offices d'abord supprimés en 1719, pour être exercés par des commis, ont été rétablis en titre en 1730.
Les jaugeurs sont des mesureurs de futailles ou tonneaux à liqueurs. Voyez JAUGEURS. Les mouleurs de bois sont des mesureurs de bois à brûler. Voyez MOULEURS. Les auneurs de toile & étoffes de laine sont des mesureurs de ces sortes de marchandises. Voyez AUNEUR. Dictionnaire de Commerce, tom. III. page 377. & suivante.
|
| MESVE | (Géog.) en latin Massava, connu dans l'histoire pour être nommée dans les tables Théodosiennes. Ce n'est point la Charité-sur-Loire, comme Samson l'a crû ; mais c'est un village qui n'en est pas éloigné, & qui porte le nom de Mesve, qu'on écrivoit autrefois Maisve. Ce village, dont la cure est très-ancienne, est sur la Loire, à une lieue plus bas que la Charité, à l'endroit où le ruisseau de Mazou se décharge dans cette riviere. (D.J.)
|
| MÉTABOLE | S. f. (Rhétor.) figure de rhétorique, qui consiste à répéter une même chose, une même idée, sous des mots différens, iteratio unius rei, sub varietate verborum, dit Cassiodore. Il en donne pour exemple, ce passage d'un pseaume. Verba mea auribus percipe, Domine ; intellige clamorem meum ; intende aurem voci orationis meae. " Seigneur, daignez m'entendre ; écoutez-moi ; prêtez une oreille attentive à mes accens ". Cette figure est très-commune dans Ovide, qui se plaît à redire la même chose de plusieurs manieres : c'est une espece de pléonasme, qui est le langage des passions. (D.J.)
|
| MÉTACAL | (Poids égypt.) Pocock dit que le métacal est un poids d'usage en Egypte pour peser les perles. Ce poids est égal à deux karats, & chaque karat à quatre grains ; seize karats font la drachme, & douze drachmes font l'once. (D.J.)
|
| MÉTACARPE | S. m. ou METACARPIUM, en Anatomie, est la partie de la main entre le poignet & les doigts. Voyez nos Pl. d'Anat. voyez aussi MAIN. Le mot vient du grec , après, & , main.
Le métacarpe est composé de quatre os qui répondent aux quatre doigts, & dont celui qui soutient l'index est le plus gros & le plus long. Tous ces os sont longs & ronds, un peu convexes néanmoins vers le dos de la main, un peu concaves & applatis en-dedans. Ils sont creux au milieu, & pleins de moëlle ; ils se touchent les uns les autres à leurs extrémités, & laissent entr'eux des espaces où sont placés les muscles interosseux. Voyez INTEROSSEUX.
A leur extrémité supérieure est un enfoncement pour recevoir les os du carpe ; leur extrémité inférieure est ronde, & elle est reçue dans la cavité de la premiere phalange des doigts. Voyez DOIGT.
La partie interne du métacarpe se nomme la paume de la main, & la partie externe, le dos de la main. Voyez PAUME, &c.
|
| MÉTACARPIEN | ou GRAND HYPOTHENAR, en Anatomie, voyez ABDUCTEUR.
|
| MÉTACHRONISME | S. m. en Chronologie, marque une erreur dans le tems, soit par défaut, soit par excès. Voyez CHRONOLOGIE, ANACHRONISME. Ce dernier mot est aujourd'hui le seul usité.
|
| MÉTAGEITNIES | S. f. pl. (Antiq. greq.) ; ce mot ne se peut traduire que par une longue périphrase, fêtes où l'on célebroit le jour que l'on a quitté son pays, pour aller s'établir dans un pays voisin ; , ad, , gen. , vicinus. Les habitans de Mélite, bourg de l'Attique, avoient institué ces fêtes, & voici à quelle occasion. Ils quitterent le bourg qu'ils habitoient, & sous les auspices d'Apollon, ils choisirent pour lieu de leur demeure un bourg voisin, nommé Diomée. Cette transmigration leur ayant été favorable, ils donnerent à Apollon l'épithete de Metageitnios, comme qui diroit protecteur de ceux qui abandonnent leur pays, pour se transplanter dans une contrée voisine. L'épithete du dieu donna le nom à ces fêtes, & ces fêtes le donnerent au mois durant lequel on les célebroit. (D.J.)
|
| MÉTAGEITNION | (Antiq. greq.) , second mois de l'année des Athéniens ; il n'avoit que vingt-neuf jours, & répondoit, suivant l'ancien calendrier reçu précédemment en Angleterre, à la derniere partie de Juillet, & au commencement d'Août. Les Béotiens le nommoient panemus, & le peuple de Syracuse carnius. Il reçut son nom des métageitnies, qui étoit une des fêtes d'Apollon. Voyez Potter, Archaeol. greq. tome I. page 414. (D.J.)
|
| MÉTAGONIUM | (Géog. anc.) promontoire d'Afrique, sur la côte de la Mauritanie tingitane, selon Strabon, liv. XVII. Castald l'appelle caba de tres forcas, & Olivieri le nomme cabo de tres arcas. (D.J.)
|
| MÉTAL | au pl. METAUX, (Hist. nat. Chimie & Métallurgie) metalla. Ce sont des substances pesantes, dures, éclatantes, opaques, qui deviennent fluides & prennent une surface convexe dans le feu, mais qui reprennent ensuite leur solidité lorsqu'elles sont refroidies ; qui s'étendent sous le marteau ; qualités que les différens métaux ont dans des degrés differens.
On compte ordinairement six métaux ; savoir, l'or, l'argent, le cuivre, le fer, l'étain & le plomb. Mais depuis peu quelques auteurs en ont compté un septieme, que l'on nomme platine ou or blanc. Voyez PLATINE.
Il y a trois caracteres principaux & distinctifs des vrais métaux ; c'est 1°. la ductilité ou la faculté de s'étendre sous le marteau & de se plier, sur-tout lorsqu'ils sont froids ; 2°. d'entrer en fusion dans le feu ; & 3°. d'avoir de la fixité au feu, & de n'en être point entierement ou du moins trop promptement dissipés. Les substances qui réunissent ces trois qualités, doivent être regardées comme de vrais métaux. Il y a plusieurs substances minérales semblables en plusieurs points aux métaux, & qui ont une ou deux de ces propriétés, mais comme elles ne les ont point toutes, on les appelle demi-métaux ; ces substances ont bien à l'extérieur le coup d'oeil des vrais métaux, mais elles se brisent sous le marteau, & l'action du feu les dissipe & les volatilise entierement, quoiqu'elles ayent la faculté d'entrer en fusion dans le feu. Voyez l'art. DEMI-METAUX.
On divise les métaux en parfaits & en imparfaits. Les métaux parfaits, sont ceux qui n'éprouvent aucune alteration de la part du feu ; après les avoir fait entrer en fusion, il ne peut point les calciner ou les changer en chaux, ni en dissiper aucune partie ; l'air & l'eau ne produisent aucune altération sur les métaux parfaits ; on en compte deux, qui sont l'or & l'argent ; on appelle métaux imparfaits, ceux à qui l'action du feu fait perdre leur éclat & leur forme métallique, & dont à la fin il vient à bout de détruire, de décomposer & même de dissiper une grande partie. Tels sont le cuivre, le fer, l'étain & le plomb. L'air & l'eau sont en état d'altérer ces sortes de métaux.
Pour simplifier les choses, on peut dire que les métaux parfaits sont ceux à qui l'action du feu ne fait point perdre leur phlogistique ou la partie inflammable qui leur est nécessaire pour paroître sous la forme métallique qui leur est propre ; au lieu que les métaux imparfaits sont ceux que le feu prive de cette partie. Voyez PHLOGISTIQUE & voyez CHAUX METALLIQUE.
Les anciens Chimistes ont encore divisé les métaux, en solaires & en lunaires. Suivant eux, les métaux solaires sont l'or, le cuivre & le fer ; & les métaux lunaires sont l'argent, l'étain & le plomb. Les uns sont colorés & les autres sont blancs. M. Rouelle a trouvé que cette distinction n'étoit point si chimérique que quelques Chimistes l'ont cru ; & les métaux lunaires ou blancs ont en effet des propriétés qui les distinguent des métaux solaires ou jaunes. Voyez RAPPORT, table des.
Enfin, l'or & l'argent ont été appellés métaux précieux ou métaux nobles, à cause du prix que les hommes ont attaché à leur possession ; les autres métaux plus communs ont été appellés métaux ignobles ; cependant, si l'on ne consultoit que l'utilité pour attacher du prix aux choses, on verroit que le fer devroit sans difficulté, être regardé comme un métal plus précieux que l'or.
Les Alchimistes comptoient sept métaux, parce qu'ils joignoient le mercure aux six qui précedent ; ils croyoient aussi que chacun de ces sept métaux étoient sous l'influence d'une des sept planetes, ou bien, comme ils affectoient un style énigmatique, ils se sont servis des noms des planetes pour désigner les differens métaux. C'est ainsi qu'ils ont appellé l'or, Soleil ; l'argent, Lune ; le cuivre, Venus ; le fer, Mars ; l'étain, Jupiter ; le plomb, Saturne.
Quoique nous ayons dit que les métaux sont des corps pesans, ductiles, malléables & fixes au feu, il ne faut pas croire qu'ils possedent tous ces qualités au même degré. C'est ainsi que pour le poids, l'or surpasse tous les métaux ; le plomb tient le second rang ; l'argent, le cuivre, le fer & l'étain viennent ensuite.
Il en est de même de la ductilité des métaux, elle varie considerablement. L'or possede cette qualité dans le degré le plus éminent ; ensuite viennent l'argent, le cuivre, le fer, l'étain, & enfin le plomb. A l'égard de la malleabilité ou de la faculté de s'étendre sous les coups de marteau, le plomb & l'étain la possedent plus que les autres métaux ; ensuite vient l'or, l'argent, le cuivre & enfin le fer, qui est moins malléable que tous les autres.
Une autre propriété générale des métaux est d'entrer en fusion dans le feu, & d'y prendre une surface convexe, sans qu'il soit besoin pour cela de leur joindre d'additions ; mais tous ne se fondent point avec la même facilité. Il y en a qui se fondent avec une très-grande promptitude à un degré de feu très-foible, & avant que de rougir ; tels sont le plomb & l'étain : d'autres se fondent en même tems qu'ils rougissent, & exigent pour cela un feu beaucoup plus violent que les premiers ; tels sont l'or & l'argent. Enfin, le cuivre & le fer demandent un feu d'une violence extrème, & rougissent long-tems avant que d'entrer en fusion. Voyez FUSION.
Les métaux sont dissouts par differens menstrues ou dissolvans ; il y a des dissolvans qui agissent sur les uns sans rien faire sur d'autres ; c'est ainsi que l'esprit de nitre dissout l'argent, le cuivre, le fer, &c. sans agir sur l'or. Mais une vérité que M. Rouelle a découverte, c'est que tous les acides agissent sur les métaux ; il faut pour cela que leur aggrégation ait été rompue, c'est-à-dire qu'ils ayent été divisés en particules déliées. Cependant il est certain qu'il y a des métaux qui ont plus de disposition à se dissoudre dans un dissolvant, que d'autres métaux qui y sont pourtant déjà dissouts ; c'est ainsi que si de l'argent a été dissout par l'esprit de nitre, en trempant du cuivre dans cette dissolution, le dissolvant quitte l'argent pour s'unir avec le cuivre ; & alors on dit qu'un métal en a dégagé un autre. Voyez DISSOLVANT & PRECIPITATION.
La plûpart des métaux & des demi- métaux ont la propriété de s'unir ou de s'amalgamer avec le mercure, mais cette union ne se fait point avec autant de facilité pour tous, & il y en a qui n'ont aucune disposition à s'amalgamer. Voyez MERCURE.
L'action du feu dilate tous les métaux, & leur fait occuper plus d'espace qu'ils n'en occupoient auparavant, lorsqu'ils étoient froids. La chaleur de l'atmosphere suffit aussi pour dilater les métaux, mais cette dilatation est plus insensible.
A l'exception de l'or & de l'argent, le feu fait perdre à tous les métaux leur éclat & leur forme métallique, il les change en une espece de terre ou de cendre que l'on nomme chaux métallique ; par cette calcination ils perdent leur liaison, ils changent & augmentent de poids ; le plomb, par exemple, devient de la nature du verre ; ils changent de couleur ; ils sont rendus moins fusibles ; ils ne sont plus sonores ; ils ne sont plus en état de s'unir avec le mercure. Ces changemens s'operent plus ou moins promptement sur les différens métaux, mais on peut toujours rendre à ces cendres ou chaux leur premiere forme métallique, en leur joignant une matiere grasse ou inflammable, & en les exposant de nouveau à l'action du feu. Voyez l'article REDUCTION. Les chaux des métaux jointes avec la fritte, c'est-à-dire avec la matiere dont on fait le verre, la colore diversement, suivant la couleur propre à chaque métal. Voyez EMAIL & VERRERIE.
En fondant au feu les métaux, plusieurs s'unissent les uns aux autres, & forment ce qu'on appelle des alliages métalliques, c'est ainsi que l'or s'unit ou s'allie avec l'argent & avec le cuivre ; d'autres ne s'unissent point du tout par la fusion ; tels sont le fer & le plomb. Il y a aussi des métaux qui s'unissent avec les demi- métaux ; c'est ainsi que, par exemple, le cuivre s'unit avec le zinc, & forme le cuivre jaune ou laiton. Les métaux alliés par la fusion n'occupent point le même espace, qu'ils occupoient chacun pris séparément : il y en a dont le volume augmente par l'alliage, & d'autres dont le volume diminue. D'où l'on voit que le fameux problème d'Archimede, pour connoître l'alliage de la couronne d'Hiéron, étoit fondé sur une supposition entierement fausse. Il en est de même des alliages des métaux avec les demi- métaux. Voyez la métallurgie de M. Gellert, tom. I. de la traduction françoise.
La balance hydrostatique ne peut point non plus faire connoître exactement la pesanteur spécifique des métaux. Aussi, voit-on, que jamais deux hommes n'ont été parfaitement d'accord sur la pesanteur d'un métal : ces variations viennent, 1°. du plus ou du moins de pureté du métal que l'on a examiné ; 2°. du plus ou du moins de pureté de l'eau que l'on a employé pour l'expérience ; 3°. des différens degrés de chaleur de l'atmosphere qui influent considérablement sur les liquides, sans produire des effets si marqués sur des corps solides, tels que les métaux.
Telles sont les propriétés générales qui conviennent à tous les métaux : on trouvera à l'article de chaque métal en particulier, les caracteres qui lui sont propres & qui le distinguent des autres. Voyez OR, ARGENT, FER, PLOMB, &c.
Les sentimens des anciens Alchimistes & des Physiciens spéculatifs, qui ont voulu raisonner sur la nature des métaux, ont été très-vagues & très-obscurs ; ils regardoient le sel, le soufre & le mercure, comme les élémens des métaux ; ce système subsista jusqu'à ce que Beccher eut fait voir, que ces trois prétendus principes sont eux-mêmes des corps composés, & par conséquent ne peuvent point être regardés comme des élémens ; d'après ces reflexions, ce celebre chimiste regarde les métaux, ainsi que tous les corps de la nature, comme composés de trois substances qu'il appelle terres. La premiere de ces terres est la terre saline ou vitrescible ; la seconde est la terre grasse ou inflammable ; & la troisieme, est la terre mercurielle ou volatile. Suivant lui, ces trois terres entrent dans la composition de tous les métaux, & c'est de leur combinaison plus ou moins exacte & parfaite, que dépend la perfection des métaux, & leur différence ne vient que de ce que l'un de ces principes domine sur tous les autres, & des différentes proportions suivant lesquelles ils se trouvent combinés dans les métaux. Quoiqu'il soit très-difficile d'analyser les métaux, au point de faire voir ces trois principes distincts & séparés les uns des autres, Beccher s'efforce de prouver leur existence par des raisonnemens, & par des expériences qui doivent encore avoir plus de poids.
1°. il prouve l'existence d'une terre vitrescible, par la propriété que tous les métaux, à l'exception de l'or & de l'argent, ont de se calciner au feu, c'est-à-dire, de se changer en une terre ou cendre, qui exposée à un feu convenable, se convertit en un verre. Selon le même auteur, cette terre vitrescible se trouve dans le caillou, dans le quartz, & c'est à elle que les sels alkalis doivent la propriété qu'ils ont de se vitrifier.
2°. Le second principe constituant des métaux est, suivant Beccher, la terre onctueuse ou inflammable ; elle corrige & tempere la siccité de la terre vitrescible, elle sert à lui donner de la raison, & par cette terre, il a voulu désigner ce que l'on appelle le principe inflammable ou le phlogistique des métaux, dont on ne peut nier l'existence.
3°. Enfin, Beccher admet un troisieme principe constituant des métaux, qu'il appelle la terre mercurielle ; c'est cette derniere qu'il regarde comme la plus essentielle aux métaux, & qui leur donne la forme métallique. En effet, les deux principes ou terres qui précedent sont communs aux pierres, aux végétaux, &c. mais, selon lui, c'est la terre mercurielle, qui étant jointe avec les deux autres, donne aux métaux la ductilité qui leur est propre & qui les met dans l'état métallique, ou la métallicité.
Telle est la théorie de Beccher, sur la nature des métaux, depuis elle a été adoptée, modifiée & expliquée par Stahl & par la plûpart des Chimistes ; il paroît néanmoins qu'il sera toujours très-difficile d'établir rien de certain sur une matiere aussi obscure que celle qui s'occupe des élémens des corps ; sur-tout si l'on considere que les parties simples & élémentaires échappent toujours à nos sens, qui sont pourtant les seuls moyens que la nature fournisse pour juger des êtres physiques.
Cela posé, il n'est point surprenant que les sentimens des Naturalistes soient si variés sur la formation des métaux ; c'est encore une de ces questions que la nature semble avoir abandonnées aux spéculations & aux systèmes des Physiciens. Il y a deux sentimens géneraux sur cette formation ; les uns prétendent que les métaux se forment encore journellement dans le sein de notre globe, & que c'est par la différente élaboration & combinaison de leurs molécules élementaires qu'ils sont produits ; on prétend de plus, que ces molécules sont susceptibles d'être mûries & perfectionnées, & que par cette maturation, des substances métalliques, qui dans leur origine étoient imparfaites, acquierent peu-à-peu & à l'aide d'une sorte de fermentation, un plus grand degré de perfection. Les Alchimistes ont enchéri sur ces idées, & ont imaginé un grand nombre d'expressions figurées, telles que celles de semence ou de sperme mercuriel & métallique, de semence saline & vitriolique, &c. termes obscurs & inintelligibles pour ceux mêmes qui les ont inventés.
Le célebre Stahl croit que les métaux ont la même origine que le monde, & que les filons qui les contiennent ont été formés dès sa création ; ce savant chimiste pense que dès les commencemens, Dieu créa les métaux & les filons métalliques tels qu'ils sont actuellement ; il se fonde sur la régularité qui se trouve dans la direction de ces filons, sur leur conformation, qui ne semble nullement être un effet du hasard, & sur leur marche qui n'est jamais interrompue que par des obstacles accidentels que différentes révolutions arrivées à de certaines portions de la terre ont pu faire naître. Voyez l'article FILONS. Malgré l'autorité d'un si grand homme, il y a tout lieu de croire que les metaux & leurs mines se forment encore journellement, plusieurs observations semblent constater cette vérité, & nous convainquent que ces substances éprouvent dans le sein de la terre, des décompositions qui sont suivies d'une réproduction nouvelle. Voyez l'article MINES, minerae.
Les métaux se trouvent donc dans le sein de la terre ; on les y rencontre quelquefois purs, c'est-à-dire, sous la forme métallique qui leur est propre, & alors on les nomme métaux natifs ou vierges : mais l'état dans lequel les métaux se rencontrent le plus ordinairement est celui de mines, c'est-à-dire dans un état de combinaison, soit avec le soufre, soit avec l'arsenic, soit avec l'une & l'autre de ces substances à la fois ; alors on dit qu'ils sont minéralisés. Voyez MINERALISATION. C'est dans ces deux états que les métaux sont dans les filons ou veines métalliques ; leur combinaison avec le soufre & l'arsenic leur donne des formes, des couleurs & des qualités très différentes de celles qu'ils auroient s'ils étoient très-purs ; l'on est donc obligé de recourir à plusieurs travaux pour les purifier, c'est-à-dire, pour les délivrer des substances avec lesquelles ils sont combinés, pour les séparer de la roche ou de la terre à laquelle ils étoient attachés dans leurs filons, & pour les faire paroître sous la forme nécessaire pour servir aux différens usages de la vie. Ces travaux font l'objet de la métallurgie. Voyez METALLURGIE.
Cependant les métaux ne se trouvent point toujours dans des filons suivis & réguliers, on les rencontre souvent ainsi que leurs mines, soit mêlés dans les couches de la terre, soit répandus à sa surface, soit en masses roulées par les eaux, soit en paillettes éparses dans le sable des rivieres & des ruisseaux. Il y a lieu de présumer que les métaux & leurs mines qui se trouvent en ces états ont été arrachés des filons, & entraînés par la violence des torrens ou par quelqu'autres grandes inondations ou révolutions arrivées à notre globe ; c'est par ces eaux que les métaux & les fragmens de leurs mines & de leurs matrices ont été portés dans des endroits souvent fort éloignés de ceux où ils avoient pris naissance. Voyez MINES. (-)
METAL, dans l'Artillerie, est la composition des différens métaux dont on forme celui du canon & des mortiers. Voyez CANON.
METAL, les Fondeurs de cloches appellent ainsi la matiere dont les cloches sont faites, qui est trois parties de cuivre rouge, & une d'étain fin. Voyez l'article FONTE DES CLOCHES.
|
| MÉTALEPSE | S. f. (Gram.) ce mot est grec ; ; composé de la préposition , qui dans la composition marque changement, & de , capio, ou concipio : la métalepse est donc un trope, par lequel on conçoit la chose autrement que le sens propre ne l'annonce ; c'est le caractere de tous les tropes. (Voyez TROPE) ; & les noms propres de chacun rendent presque tous la même idée, parce qu'en effet les tropes ne different entr'eux que par des nuances délicates & difficiles à assigner. Mais la métalepse, en particulier, est reconnue par M. du Marsais pour une espece de métonymie (Voyez METONYMIE) ; & peut-être auroit-il été plus à propos de l'y rapporter, que de multiplier sans profit les dénominations. De quelque maniere qu'il plaise à chacun d'en décider, ce qui concerne la métalepse, ou l'espece de métonymie, que l'on désigne ici sous ce nom, mérite d'être connu ; & personne ne peut le faire mieux connoître, que M. du Marsais : c'est lui qui va parler ici, jusqu'à la fin de cet article. Tropes, part. II. art. 3.
" La métalepse est une espece de métonymie, par laquelle on explique ce qui suit, pour faire entendre ce qui précede, ou ce qui précede, pour faire entendre ce qui suit : elle ouvre, pour ainsi-dire, la porte, dit Quintilien, afin que vous passiez d'une idée à une autre ; ex alio in aliud viam praestat, Inst. VIII. 6. c'est l'antécédent pour le conséquent, ou le conséquent pour l'antécédent ; & c'est toujours le jeu des idées accessoires dont l'une éveille l'autre.
Le partage des biens se faisoit souvent, & se fait encore aujourd'hui, en tirant au sort. Josué se servit de cette maniere de partager : Cumque surrexissent viri, ut pergerent ad describendam terram, praecepit eis Josue dicens : circuite terram, & describite eam, ac revertimini ad me ; ut hîc, coram Domino, in Silo vobis mittam sortem. Josué XVIII. 8. Le sort précede le partage ; de-là vient que sors, en latin, se prend souvent pour le partage même, pour la portion qui est échue en partage ; c'est le nom de l'antécédent qui est donné au conséquent.
Sors signifie encore jugement, arrêt ; c'étoit le sort qui décidoit chez les Romains du rang, dans lequel chaque cause devoit être plaidée. En voici la preuve dans la remarque de Servius, sur ce vers de Virgile, Aen. v. 431. Nec vero hae sine sorte datae, sine judice sedes. Sur quoi Servius s'exprime ainsi : Ex more romano non audiebantur causae, nisi per sortem ordinatae. Tempore enim quo causae audiebantur, conveniebant omnes, unde & concilium, & ex sorte dierum ordinem accipiebant, quo post dies triginta suas causas exequerentur ; unde est, urnam movet. Ainsi quand on a dit sors pour jugement, on a pris l'antécédent pour le conséquent.
Sortes en latin, se prend encore pour un oracle ; soit parce qu'il y avoit des oracles qui se rendoient par le sort, soit parce que les réponses des oracles étoient comme autant de jugemens qui regloient la destinée, le partage, l'état de ceux qui les consultoient.
On croit avant que de parler ; je crois, dit le prophete, & c'est pour cela que je parle : credidi, propterea quod locutus sum. Ps. CXV. 1. Il n'y a point là de métalepse ; mais il y a une métalepse quand on se sert de parler ou dire pour signifier croire. Direz-vous après cela que je ne suis pas de vos amis ? c'est-à-dire, croirez-vous, aurez-vous sujet de dire ? "
[On prend ici le conséquent pour l'antécédent]
" Cedo veut dire dans le sens propre, je cede, je me rends ; cependant par une métalepse de l'antécédent pour le conséquent, cedo signifie souvent, dans les meilleurs auteurs, dites, donnez : cette signification vient de ce que quand quelqu'un veut nous parler, & que nous parlons toujours nous-mêmes, nous ne lui donnons pas le tems de s'expliquer : écoutez-moi, nous dit-il, eh bien je vous cede, je vous écoute, parlez : cedo, dic. Quand on veut nous donner quelque chose, nous refusons souvent par civilité ; on nous presse d'accepter, & enfin nous répondons je vous cede, je vous obéis, je me rends, donnez ; cedo, da : cedo qui est le plus poli de ces deux mots, est demeuré tout seul dans le langage ordinaire, sans être suivi de dic ou de da, qu'on supprime par ellipse : cedo signifie alors ou l'un ou l'autre de ces deux mots, selon le sens ; c'est ce qui précéde pour ce qui suit : & voilà pourquoi on dit également cedo, soit qu'on parle à une seule personne ou à plusieurs ; car tout l'usage de ce mot, dit un ancien grammairien, c'est de demander pour soi : cedo, sibi poscit & est immobile. Corn. Fronto, apud autores L. L. pag. 1335. verbo CEDO.
On rapporte de même à la métalepse ces façons de parler, il oublie les bienfaits, c'est-à-dire, il n'est pas reconnoissant : souvenez-vous de notre convention, c'est-à-dire, observez notre convention : Seigneur, ne vous ressouvenez point de nos fautes, c'est-à-dire, ne nous en punissez point, accordez-nous en le pardon : je ne vous connois pas, c'est-à-dire, je ne fais aucun cas de vous, je vous méprise, vous êtes à mon égard comme n'étant point, quem omnes mortales ignorant & ludificant. Plaut. Amphi. act. IV. sc. iij. 13.
Il a eté, il a vécu, veut dire souvent il est mort ; c'est l'antécédent pour le conséquent. C'en est fait madame, & j'ai vécu. (Rac. Mithrid. act. V. sc. derniere) c'est-à-dire, je me meurs.
Un mort est regretté par ses amis, ils voudroient qu'il fût encore en vie, ils souhaitent celui qu'ils ont perdu, ils le desirent : ce sentiment suppose la mort, ou du moins l'absence de la personne qu'on regrette. Ainsi, la mort, la perte, ou l'absence sont l'antécédent, & le desir, le regret sont le conséquent. Or en latin, desiderari, être souhaité, se prend pour être mort, être perdu, être absent ; c'est le conséquent pour l'antécédent, c'est une métalepse. Ex parte Alexandri triginta omninò & duo, ou selon d'autres, trecenti omninò, ex peditibus desiderati sunt (Q. Curt. III. 11. in fin.) du côté d'Alexandre il n'y eut en tout que trois cent fantassins de tués, Alexandre ne perdit que trois cent hommes d'infanterie. Nulla navis desiderabatur (Caes.), aucun vaisseau n'étoit désiré, c'est-à-dire aucun vaisseau ne périt, il n'y eut aucun vaisseau de perdu. Je vous avois promis que je ne serois que cinq ou six jours à la campagne, dit Horace à Mécénas, & cependant j'y ai déjà passé tout le mois d'Août. Epit. I. vij.
Quinque dies tibi pollicitus me rure futurum,
Sextilem totum, mendax, desideror :
où vous voyez que desideror veut dire, par métalepse, je suis absent de Rome, je me tiens à la campagne.
Par la même figure, desiderari signifie encore deficere, manquer, être tel que les autres aient besoin de nous. Cornélius Népos, Epam. 7, dit que les Thébains, par des intrigues particulieres, n'ayant point mis Epaminondas à la tête de leur armée, reconnurent bientôt le besoin qu'ils avoient de son habileté dans l'art militaire, desiderari coepta est Epaminondae diligentia. Il dit encore, (ibid. 5.) que Ménéclide jaloux de la gloire d'Epaminondas, exhortoit continuellement les Thébains à la paix, afin qu'ils ne sentissent point le besoin qu'ils avoient de ce général : hortari solebat Thebanos ut pacem bello anteferrent, ne illius imperatoris opera desideraretur.
La métalepse se fait donc lorsqu'on passe, comme par degrés, d'une signification à une autre : par exemple, quand Virgile a dit, Eclog. I. 70. "
Post aliquot, mea regna, videns mirabor aristas :
" après quelques épis, c'est-à-dire après quelques années : les épis supposent le tems de la moisson, le tems de la moisson suppose l'été, & l'été suppose la révolution de l'année. Les poëtes prennent les hivers, les étés, les moissons, les automnes, & tout ce qui n'arrive qu'une fois en une année, pour l'année même. Nous disons dans le discours ordinaire, c'est un vin de quatre feuilles, pour dire c'est un vin de quatre ans ; & dans les coutumes (cout. de Loudun. tit. xiv. art. 3.) on trouve bois de quatre feuilles, c'est-à-dire bois de quatre années.
Ainsi le nom des différentes opérations de l'Agriculture se prend pour le tems de ces opérations, c'est le conséquent pour l'antécédent ; la moisson se prend pour le tems de la moisson, la vendange pour le tems de la vendange ; il est mort pendant la moisson, c'est-à-dire dans le tems de la moisson. La moisson se fait ordinairement dans le mois d'Août, ainsi par métonymie ou métalepse, on appelle la moisson l'Août, qu'on prononce l'oû ; alors le tems dans lequel une chose se fait se prend pour la chose même, & toujours à cause de la liaison que les idées accessoires ont entr'elles.
On rapporte aussi à cette figure, ces façons de parler des Poëtes, par lesquelles ils prennent l'antécédent pour le conséquent, lorsqu'au lieu d'une description, ils nous mettent devant les yeux le fait que la description suppose. O Ménalque ! si nous vous perdions, dit Virgile, Eclog. IV. 19. qui émailleroit la terre de fleurs ? qui feroit couler les fontaines sous une ombre verdoyante ? Quis humum florentibus herbis spargeret, aut viridi fontes induceret umbrâ ? c'est-à-dire, qui chanteroit la terre émaillée de fleurs ? qui nous en feroit des descriptions aussi vives & aussi riantes que celles que vous en faites ? qui nous peindroit, comme vous, ces ruisseaux qui coulent sous une ombre verte ?
Le même poëte a dit, Ecl. VI. 6. que Silene enveloppa chacune des soeurs de Phaëton avec une écorce amere, & fit sortir de terre de grands peupliers : Tum Phaëtontiadas musco circumdat amarae corticis, atque solo proceras erigit alnos, c'est-à-dire que Silene chanta d'une maniere si vive la métamorphose des soeurs de Phaëton en peupliers, qu'on croit voir ce changement. Ces façons de parler, peuvent aussi être rapportées à l'hypothipose ". [Elles ne sont pas l'hypotipose ; mais elles lui prêtent leur secours]. (B. E. R. M.)
|
| MÉTALLÉITÉ | S. f. (Chimie) ce mot s'emploie quelquefois pour désigner l'état des métaux lorsqu'ils ont la forme, la ductilité, la pesanteur, l'éclat & les autres propriétés qui les caractérisent ; & alors le mot de métalléité distingue cet état de celui où sont les métaux quand ils sont privés de ces propriétés, c'est-à-dire, quand ils sont dans l'état de chaux, ou dans l'état de mine. Voyez METAUX, MINES, MINERALISATION. (-)
|
| MÉTALLIQUE | (Chimie) ce mot s'emploie comme substantif, ou comme adjectif : comme substantif, on s'en sert quelquefois pour désigner la partie de la Chimie qui s'occupe des travaux sur les métaux ; alors c'est un synonime de métallurgie : c'est ainsi que l'on dit, Agricola a écrit un traité de métallique. Voyez METALLURGIE. Comme adjectif, le mot métallique se joint au nom d'une substance de la nature des métaux ; c'est ainsi qu'on dit les substances métalliques, les mines métalliques, l'éclat métallique, &c. Voyez METAUX. (-)
METALLIQUE, en termes de médaille & d'Antiquaires, se dit d'une histoire où l'on a justifié tous les grands événemens par une suite de médailles frappées à leur occasion.
Le P. Romani a publié une histoire métallique des papes. La France métallique est un recueil de médailles imaginaires, par Jacques de Bie graveur, qui prétend avoir tiré des cabinets de divers curieux des monumens, qui n'ont jamais existé. M. Bizot a aussi donné au public une histoire métallique de Hollande.
|
| MÉTALLISATION | S. f. (Chimie) expression dont quelques chimistes se servent pour désigner une opération par laquelle des substances qui n'avoient ni la forme, ni les propriétés métalliques, prennent cette forme, & se montrent dans l'état qui est propre aux métaux. On sent aisément que ce terme appartient à la chimie transcendante, & indique une transmutation ou changement d'une substance dans une autre. Voyez TRANSMUTATION. Il est certain que la métallisation est un terme obscur & équivoque, qui a été souvent appliqué à des opérations où l'on a cru produire du métal, tandis qu'on n'avoit fait simplement qu'opérer une réduction. Voyez REDUCTION. (-)
|
| MÉTALLURGIE | S. f. (Chimie) c'est ainsi qu'on nomme la partie de la Chimie qui s'occupe du traitement des métaux, & des moyens de les séparer des substances avec lesquelles ils sont mêlés & combinés dans le sein de la terre, afin de leur donner l'état de pureté qui leur est nécessaire pour pouvoir servir aux différens usages de la vie.
Si la nature nous présentoit toujours les métaux parfaitement purs & dégagés de substances étrangeres, au point d'avoir la ductilité & la malléabilité, rien ne seroit plus aisé que la métallurgie ; cet art se borneroit à exposer les métaux à l'action du feu pour les faire fondre & pour leur faire prendre la forme que l'on jugeroit à propos. Mais il n'en est point ainsi, il est très-rare de trouver des métaux purs dans le sein de la terre ; & lorsqu'on en trouve de cette espece, ils sont ordinairement en particules deliées, & ils sont attachés à des terres ou à des pierres dont il faut les séparer avant que de pouvoir en former des masses d'une grandeur convenable aux usages auxquels on les destine.
L'état dans lequel on trouve le plus communément les métaux, est celui de mine ; alors ils sont combinés avec du soufre ou avec de l'arsenic, ou avec l'un & l'autre à la fois : souvent dans cet état, plusieurs métaux se trouvent confondus ensemble, & toutes ces combinaisons sont si fortes qu'il n'y a que l'action du feu, appliqué de différentes manieres, qui puisse les détruire. Joignez à cela que ces mines, qui contiennent les métaux, sont liées à des rochers & à des terres qu'il faut aussi commencer par en séparer, avant que de les exposer à l'action du feu. Toutes ces différentes vûes ont donné naissance à une infinité de travaux & d'opérations différentes dont la connoissance s'appelle métallurgie.
On voit donc que la métallurgie, dans toute l'étendue de sa signification, embrasse toutes les opérations qui se font sur les métaux ; par conséquent, elle comprend l'art d'essayer les mines ou les substances qui contiennent des métaux, qui n'en est qu'une partie & un préliminaire nécessaire : cette partie s'appelle docimasie ou l'art des essais, & le terme de métallurgie se donne par excellence aux travaux en grand, sur les matieres minérales du contenu desquelles on s'est assuré par la docimasie. Voyez DOCIMASIE & ESSAI. Comme ces opérations préliminaires ont été suffisamment développées dans ces deux articles, nous ne parlerons ici que des travaux en grand, c'est-à-dire de ceux qui se font sur un grand volume de mines.
Le travail du métallurgiste commence où celui du mineur finit, Voyez MINES. Lorsque le minerai a été détaché des filons, ou des couches qui le contenoient, on le porte à la surface de la terre dans les atteliers destinés aux opérations ultérieures, par lesquelles il doit passer. La premiere de ces opérations s'appelle le triage, elle consiste à briser le minerai à coups de marteau pour détacher, autant qu'il est possible, les substances qui contiennent du métal, de celles qui ne sont que de la pierre. Voyez TRIAGE.
Après que le minerai a été trié, on le porte au bocard, c'est-à-dire à un moulin à pilons, où il est écrasé & réduit en poudre, voyez PILONS. Cette opération est suivie de celle qu'on appelle lavage, qui consiste à laver dans de l'eau le minerai qui a été écrasé, pour que l'eau entraîne les parties terrestres & pierreuses, & les sépare de celles qui sont métalliques & pesantes ; ces dernieres tombent très-promptement au fond de l'eau à cause de leur poids qui est plus grand que celui des terres ou des pierres, voyez LAVAGE. Le minerai ainsi préparé, est appellé schlich par les Allemands.
Lorsque les mines sont fort chargées de soufre ou d'arsenic, soit avant, soit après les avoir écrasées, on les torréfie, c'est-à-dire on les arrange par couches & sur du bois ou sur des charbons ; on allume ces charbons, & à l'aide d'un feu doux on dissipe peu-à-peu ces substances avec lesquelles ce métal étoit combiné, & le métal ayant plus de fixité au feu, reste. On est quelquefois obligé de réitérer plusieurs fois cette opération sur le même minerai, à proportion qu'il soit plus ou moins chargé de substances que l'on a intérêt de séparer du métal : cette opération se nomme grillage. Voyez cet article.
Il y a très-peu de minerais que l'on soit dispensé de griller, du-moins légerement, avant que de les faire fondre. Lorsqu'on s'en dispense, il faut que ces mines contiennent du métal très-pur ; on ne grille pas les mines d'or qui contiennent ce métal tout formé, non plus que celles qui contiennent de l'argent natif, comme sont les mines du Pérou, du Chili & du Potosi ; il n'est besoin que de les amalgamer avec le mercure, ou de les passer à la coupelle ; cependant Alonzo Barba nous apprend que quelques-unes de ces mines mêmes ne peuvent s'amalgamer sans avoir été d'abord légerement chauffées.
Ce n'est qu'après le grillage que l'on porte le minerai au fourneau de fonte ; là on arrange la mine avec du charbon par couches alternatives, on donne un feu proportionné à la nature du minerai que l'on traite ; mais avant que de fondre le minerai on est souvent obligé de lui joindre des matieres propres à faciliter sa fusion ; ces matieres se nomment fondans, voyez cet article, c'est à l'expérience du métallurgiste à décider quelles sont les matieres les plus propres à faciliter la fusion de la mine qu'il traite, & à vitrifier les substances terreuses & pierreuses avec lesquelles elle est mêlée, voyez l'article FONDANT & FUSION. Pour en juger il faut beaucoup de lumieres en Chimie, une connoissance parfaite de la nature des terres & des pierres, & des effets que leurs différens mélanges produisent dans le feu.
Les fourneaux de fusion doivent être analogues à la nature des mines & des métaux que l'on y doit traiter, & proportionnés pour la hauteur & la capacité, à la durée & à l'intensité de la chaleur qu'on veut leur faire éprouver : cela est d'autant plus nécessaire, que certains métaux se fondant très-aisément, ne doivent, pour ainsi dire, que passer au-travers du fourneau, tandis que d'autres, qui ne se fondent qu'avec beaucoup de peine, doivent y séjourner très-long-tems. Il y a des métaux, tels que le plomb & l'étain, que l'action du feu dissipe, ou calcine & change promptement en chaux, tandis que d'autres resistent plus fortement à son action. Ce n'est point ici le lieu d'entrer dans le détail de toutes ces différences, elles sont indiquées en parlant de chaque métal en particulier, nous y renvoyons donc le lecteur. Voyez CUIVRE, FER, ÉTAIN, PLOMB, &c.
Il faut seulement observer en général que le fourneau de fusion soit construit de pierres qui résistent au feu, & qui ne soient point sujettes à se vitrifier ; il faut aussi prendre toutes sortes de précautions pour que ces fourneaux n'attirent point d'humidité du terrein sur lequel ils sont élevés ; c'est pour cela qu'on pratique en les construisant des conduits creux appellés évents, pour y laisser circuler l'air extérieur.
L'action du feu qui est allumé dans les fourneaux de fusion est augmentée par le vent des soufflets ; par-là le mineral se fond, la partie métallique qu'il contenoit tombe dans un bassin formé au bas du fourneau avec un enduit de glaise & de charbon pilé ; à ce degré de chaleur les mines de plomb & d'étain ne sont pas long-tems à se fondre ; mais il n'en est point de même des mines de cuivre ou de fer qui sont infiniment plus difficiles à faire entrer en fusion. Quand on juge que la matiere est dans un état de fluidité convenable, on perce au bas du fourneau l'oeil, c'est-à-dire un trou qui pendant l'opération étoit bouché avec de la terre grasse, alors la matiere devenue liquide découle par cette ouverture dans un bassin qui est au-devant du fourneau ; lorsqu'on traite de la mine d'étain, comme ce métal se calcine avec beaucoup de promptitude, on laisse l'oeil toujours ouvert, afin qu'il puisse découler à mesure qu'il se fond, sans avoir le tems de se changer en chaux, ni de se dissiper. Voyez ÉTAIN.
A la surface du métal fondu nagent des matieres vitrifiées que l'on nomme scories ; elles sont formées par les terres, les pierres, & les substances étrangeres que l'action du feu a changées en une espece de verre, & dans lesquelles il reste encore souvent des parties métalliques qui y sont demeurées attachées. Voyez SCORIES. Ces scories peuvent encore servir de fondans dans la fonte d'un nouveau mineral.
La matiere fondue produite par la premiere fonte est rarement un métal pur, il est communément encore chargé de parties sulfureuses & arsénicales, & quelquefois de parties métalliques étrangeres ; c'est ce mélange impur que l'on nomme matte ; on est souvent obligé, sur-tout quand on traite le cuivre, de faire passer cette mater par un grand nombre de feux différens, afin d'achever de dissiper & de détruire les substances étrangeres & nuisibles avec lesquelles le métal est encore uni ; les feux se multiplient en raison du plus ou du moins de pureté de la matte : ces opérations se nomment le grillage de la matte. Voyez MATTE. Ce qui reste après ces différens grillages est remis de nouveau au fourneau de fusion, où il passe par la même opération que la premiere fois, & produit encore une nouvelle matte, mais cette seconde matte est plus dégagée de parties étrangeres que la premiere fois.
Les travaux décrits en dernier lieu se pratiquent sur-tout pour le traitement du cuivre dont les mines sont les plus difficiles à travailler ; en effet les mines de cuivre sont communément chargées de soufre, d'arsenic, de parties ferrugineuses, & d'une portion d'argent plus ou moins grande ; sans compter les pierres & terres qui lui servent de matrice ou de miniere, d'où l'on voit que le métallurgiste a un grand nombre d'ennemis à combattre & à dissiper. Lorsque le cuivre contient une portion d'argent qui mérite qu'on fasse des frais pour la retirer, on lui joint du plomb, afin que ce métal qui a beaucoup de disposition à s'unir avec de l'argent s'en charge ; l'opération par laquelle on mêle du plomb avec le cuivre se nomme rafraîchissement. Voyez cet article. Lorsque le plomb a été fondu avec le cuivre dans le fourneau, l'on obtient un mélange de ces deux métaux que l'on nomme oeuvre ; il s'agit alors de séparer le plomb qui s'est chargé de la portion d'argent contenue dans le cuivre, d'avec ce métal ; cela se fait par une opération particuliere que l'on nomme liquation : on se sert à cet effet d'un fourneau particulier, sur lequel on place les masses ou pains de plomb & de cuivre ; le feu qu'on donne dans ce fourneau fait fondre le plomb qui s'est uni avec l'argent, il découle avec ce métal, & le cuivre étant plus difficile à fondre, reste sur le fourneau. Voyez LIQUATION.
Pour achever de séparer le plomb qui pourroit encore être resté avec le cuivre, on lui fait éprouver un nouveau feu dans un autre fourneau, que l'on nomme fourneau de ressuage. Voyez RESSUAGE.
Enfin le cuivre après avoir passé par toutes ces opérations & par des feux si multipliés, n'est point encore parfaitement pur ; l'on est obligé, pour lui donner la derniere main, de le raffiner, c'est-à-dire de l'exposer à un nouveau feu dans un nouveau fourneau. Voyez RAFFINAGE.
A l'égard du plomb qui s'est chargé de l'argent, on le sépare de ce métal par le moyen de la coupelle. Voyez COUPELLE.
Parmi les métaux il n'y en a point de plus difficiles à traiter que le cuivre & le fer ; cette difficulté vient, non-seulement de ce que ces métaux resistent plus long-tems que tous les autres à l'action du feu, & ont plus de peine à entrer en fusion, mais encore des matieres étrangeres qui se trouvent jointes à leurs mines. Voyez l'article CUIVRE, & l'article FORGES & FER.
Il est plus aisé de traiter les mines de plomb & d'étain ; cependant ces métaux sont quelquefois mêlés de substances étrangeres qui ne laissent pas de rendre leur traitement difficile. C'est ainsi que l'étain est très-souvent mêlé de substances ferrugineuses & arsénicales que l'on a beaucoup de peine à en séparer ; joignez à cela que la pierre qui sert de miniere ou de matrice à la mine d'étain est très-réfractaire & n'entre point en fusion. Voyez ÉTAIN.
Les mines d'or sont communément fort aisées à traiter : comme ce métal n'est jamais minéralisé, c'est-à-dire n'est jamais combiné ni avec le soufre ni avec l'arsenic, il ne s'agit que d'écraser la gangue ou la roche qui le contient ; alors on lave cette mine pour dégager la partie pierreuse ou le sable d'avec la partie métallique ; on triture ce qui reste avec du mercure qui se charge de tout l'or, après quoi on dégage le mercure par la distillation. Mais les travaux sur l'or deviennent beaucoup plus difficiles lorsqu'il est répandu en particules, souvent imperceptibles dans un grand volume de matieres étrangeres, & lorsqu'il se trouve combiné avec d'autres substances métalliques. Voyez OR, DEPART, COUPELLE.
A l'égard de l'argent, quand il se trouve tout formé, on le retire aussi par le moyen de l'amalgame avec le mercure ; mais comme ce métal est souvent combiné dans d'autres mines, & sur-tout avec des mines de plomb qui en sont rarement tout-à-fait dépourvûes, il faut des travaux & des précautions pour l'en retirer : de plus, l'argent est souvent minéralisé avec le soufre & l'arsenic, comme dans la mine d'argent nitreuse, dans la mine d'argent rouge, &c. alors il faut des soins pour le dégager de ces substances, & l'on ne peut point se contenter des amalgames. Voyez ARGENT, COUPELLE, DEPART.
C'est sur-tout dans la séparation des métaux unis les uns avec les autres que brille tout l'art de la Métallurgie. En effet, il est très-rare de trouver des métaux entierement purs ; l'or natif est presque toujours mêlé d'une portion d'argent ; l'argent est mêlé avec du plomb ; le cuivre est souvent mêlé avec du fer, & contient outre cela une portion d'argent, &c. Il a donc fallu imaginer une infinité de moyens, tant pour conserver les métaux que l'on avoit intérêt à garder, que pour détruire & dissiper ceux qui nuisoient à la pureté de ceux que l'on vouloit obtenir.
Les demi-métaux exigent aussi des traitemens différens, en raison de leur plus ou moins de fusibilité, de leur volatilité, & des autres propriétés qui les différencient. Voyez BISMUTH, ZINC, ANTIMOINE, &c.
Enfin tous les travaux de l'Alchimie qui ont pour objet les métaux, leur amélioration, leur maturation, leur transmutation, sont du ressort de la Métallurgie ; ces travaux, sans peut-être avoir eu les succès que se promettoient ceux qui les ont entrepris, n'ont pas laissé de jetter un très-grand jour sur les sciences chimiques & métallurgiques.
On voit, dans ce qui précede, un tableau abrégé des travaux de la Métallurgie ; on verra par leur variété & par leur multiplicité l'étendue des connoissances que cet art exige ; on sentira qu'il demande des notions exactes de la nature du feu, des propriétés des métaux, des mines, des terres, des pierres ; en un mot on voit que cet art exige les connoissances les plus profondes dans la Chimie, & les notions les plus exactes des propriétés qu'ont les substances du regne minéral, soit seules, soit combinées entr'elles. Ces connoissances ne peuvent être que le fruit d'une longue expérience & des méditations les plus sérieuses auxquelles peut-être les physiciens spéculatifs ne rendent point toute la justice qu'elles méritent. En effet, comme la nature des mines varie presqu'à l'infini, il est impossible d'établir des regles constantes, invariables, applicables à tous les cas. Celles que l'on suit avec le plus grand succès dans un pays, ne réussissent point du tout dans un autre ; il faut donc que le métallurgiste consulte les circonstances, la nature du mineral qu'il traite, les fondans qu'il est à propos de lui joindre. Il faut qu'il s'assure de la forme la plus avantageuse qu'il convient de donner à ses fourneaux pour que le feu y agisse d'une façon qui convienne aux substances qu'on y expose. Il faut qu'il sache les moyens d'éviter la perte des métaux que la trop grande violence du feu peut souvent dissiper. Il faut qu'il sache ménager le bois, sur-tout dans les pays où il n'est point abondant : c'est de ces connoissances que dépend le succès des travaux métallurgiques, & sans l'économie ce seroit en vain que l'on se promettroit de grands profits de ces sortes d'entreprises.
L'étude de la Métallurgie ne doit donc point être regardée comme un métier, elle mérite au contraire toute l'attention du physicien-chimiste, pour qui les différens travaux sur les métaux & sur les mines fourniront une suite d'expériences propres à faire connoître la vraie nature des substances du regne minéral. Il est vrai que souvent la Metallurgie est exercée par des gens foiblement instruits, sans vues, & peu capables de faire des réflexions utiles sur les phénomenes qui se passent sous leurs yeux ; pour toute science ils n'ont qu'une routine souvent fautive, & ne peuvent rendre raison de leur façon d'opérer, qu'en disant qu'ils suivent la voie qui leur a été tracée par leurs prédécesseurs : vainement attendroit-on que des gens de cette espece perfectionnassent un art si difficile. Mais d'un autre côté, nous voyons combien la Métallurgie a fait de progrès quand des hommes habiles dans la Chimie, tels que les Beccher, les Stahl, les Henckel ont voulu lui prêter leurs lumieres. Ces grands physiciens se sont occupés sérieusement d'un art si utile ; ils ont cherché à rendre raison des phénomenes que d'autres avoient vus sans y faire attention, ou du moins sans pouvoir en deviner les causes.
On ne peut douter de l'antiquité de la Métallurgie : le témoignage de l'Ecriture-sainte prouve que cet art étoit connu même avant le déluge ; elle nous apprend que Tubalcain eut l'art de travailler avec le marteau, & fut habile en toutes sortes d'ouvrages d'airain & de fer. Gen. chap. iv. v. 22. D'où l'on voit que dès ces premiers tems du monde, on connoissoit déja les travaux sur les deux métaux les plus difficiles à traiter. Après le déluge cet art se répandit, & l'histoire profane nous apprend que Sémiramis employoit les prisonniers qu'elle avoit faits à la guerre, aux travaux des mines & des métaux.
La nécessité rendit les hommes industrieux, & les travaux de la Métallurgie s'étendirent chez un grand nombre de peuples. Il paroît que les Egyptiens avoient de très-grandes connoissances dans cet art ; c'est ce que prouve sur-tout la destruction du veau d'or par Moïse, & son entiere dissolution dans des eaux qu'il fit boire aux Israëlites ; opération que le célebre Stahl attribue à l'hepar sulphuris, qui a la propriété de dissoudre l'or au point de le rendre miscible avec l'eau. Or l'Ecriture nous apprend que ce législateur des Juifs avoit été élevé dans toutes les sciences des Egyptiens.
Le hasard a encore pu contribuer à faire découvrir aux hommes de différens pays la maniere de traiter les métaux ; du bois allumé auprès d'un filon qui aboutissoit à la surface de la terre, a pu faire naître en eux les premieres idées de la Métallurgie ; les sauvages du Canada n'ont point même aujourd'hui d'autre méthode pour se procurer du plomb ; enfin, les richesses & la quantité des métaux précieux que l'histoire tant sacrée que profane dit avoir été possédées par des peuples différens, dans l'antiquité la plus reculée, prouve l'ancienneté des travaux de la Métallurgie.
Mais cet art semble en Europe avoir sur-tout été cultivé par les peuples septentrionaux, de qui les Allemands l'ont appris. C'est chez ces peuples que la Métallurgie exercée depuis un grand nombre de siecles, a pris un degré de perfection dont les autres nations n'ont point encore pu approcher. Ces travaux étoient des suites nécessaires de la quantité de mines de toute espece que la Providence avoit placées dans ces pays, & il étoit naturel que l'on tâchât de mettre à profit les richesses que la terre renfermoit dans son sein. Le goût pour la Métallurgie, fondé sur les avantages qui en résultent, ne s'est point affoibli chez les Suédois & les Allemands ; loin de diminuer, il a pris des accroissemens continuels : on ne s'est point rebuté de voir les mines devenir moins riches ; au contraire, on a redoublé de soins, & l'on a cherché des moyens de les traiter avec plus d'exactitude & d'économie. La plûpart des princes ont favorisé les entreprises de ce genre, & les ont regardées comme une branche essentielle du commerce de leurs états. Ces soins n'ont point été inutiles ; personne n'ignore les grands revenus que la maison électorale de Saxe tire depuis plusieurs siecles des mines de la Misnie ; on connoît aussi les produits considérables que les mines du Hartz fournissent à la maison de Brunswick. A l'égard des Suédois, on connoît à quel point la Métallurgie fleurit parmi eux ; encouragés par le gouvernement, assistés des conseils d'une académie que l'utilité de sa patrie occupe plus que les objets de spéculation ; cet art prend de jour en jour un nouveau lustre en Suede, & tout le monde sait que les métaux sont la branche principale du commerce de ce royaume.
C'est aussi de ces pays que nous sont venues les premieres notions de cet art. George Agricola peut être regardé comme fondateur de la Métallurgie. Il naquit à Glaucha en Misnie en 1494 : il se livra avec beaucoup de succès à l'étude des lettres grecques romaines. Après avoir étudié la Médecine en Italie, il alla l'exercer avec succès à Joachimstahl, & ensuite à Chemnitz, lieux fameux par leurs mines & par les travaux de la Métallurgie. L'occasion qu'il eut d'examiner par lui-même ces travaux, & de contempler la nature dans ses atteliers souterrains, lui fit naître l'envie de tirer l'art des mines & de la Métallurgie des ténébres & de la barbarie où ils avoient été ensevelis jusqu'à son tems. En effet, les Grecs, les Romains & les Arabes n'en avoient parlé que d'une façon très-confuse & fort peu instructive. Agricola entreprit de suppléer à ce défaut ; c'est ce qu'il fit en publiant les ouvrages suivans :
1°. Bermannus, seu Dialogi de rebus fossilibus.
2°. De causis subterraneorum, libri IV.
3°. De naturâ eorum quae effluunt ex terrâ, lib. IV.
4°. De natura fossilium, lib. X.
5°. De mensuris & ponderibus, libri V.
6°. De re metallicâ, libri XII.
7°. De praetio metallorum & monetis, libri II.
8°. De restituendis ponderibus & mensuris, liber I.
9°. Commentariorum, libri VI.
Il commença à publier quelques-uns de ces ouvrages en l'année 1530 ; les autres furent mis au jour successivement. C'est sur-tout dans son traité de re metallicâ, qu'Agricola décrit avec la plus grande précision & dans le plus grand détail, les différentes opérations de la Métallurgie. Cet ouvrage a toujours depuis été regardé comme le guide le plus sûr de ceux qui veulent s'appliquer à cet art. Il est vrai que depuis Agricola, plusieurs hommes habiles ont fait des découvertes importantes dans la Métallurgie ; mais il aura toujours le mérite d'avoir applani la voie à ses successeurs, & d'avoir tiré cet art du chaos où il étoit plongé avant lui.
Parmi ceux qui ont suivi Agricola, le célebre Beccher occupe un rang distingué. Son ouvrage, qui a pour titre Physica subterranea, a jetté un très-grand jour sur la connoissance des métaux. Quant à son traité de la Métallurgie, il doit être regardé comme un ouvrage imparfait & le fruit de sa jeunesse : il est rempli des idées des anciens alchimistes, & Stahl en a fait un commentaire en allemand, dans lequel il a fait sentir les fautes de Beccher qu'il a rectifiées par-tout où il en étoit besoin.
C'est sur-tout à Stahl que la Métallurgie a les plus grandes obligations ; il porta dans cet art son génie pénétrant & ses lumieres dans la Chimie. Ce grand homme rendit raison des différens phénomenes que les métaux présentent dans les différentes opérations par lesquelles on les fait passer. Nous avons de lui un traité latin fort abrégé, mais excellent de Métallurgie ; on le trouve à la suite de ses opuscules : d'ailleurs son traité du soufre, son specimen Becherianum, & son commentaire sur la métallurgie de Beccher, sont des ouvrages qui jettent un grand jour sur cette matiere.
Plusieurs autres auteurs allemands ont donné des ouvrages utiles sur la Métallurgie. Celui de M. de Laehneiss, publié en allemand en un vol. in-fol. sous le titre de Bericht vom Bergwerck, ou Description des travaux des mines, est un ouvrage estimable à plusieurs égards. On peut en dire autant de celui de Balthazar Roessler, qui porte le titre latin de Speculum Metallurgiae politissimum, quoique l'ouvrage soit allemand. Il parut à Dresde en 1700, en un volume in-fol.
Jean-Chrétien Orschall, inspecteur des mines & fonderies du landgrave de Hesse, mérite d'occuper une place distinguée parmi les Métallurgistes, on a de lui plusieurs traités de Métallurgie qui sont très-estimables ; savoir, Ars fusoria fundamentalis & experimentalis ; le Traité de trois merveilles ; une nouvelle Méthode pour la liquation du cuivre, & pour faire la macération des mines : tous ces ouvrages qui originairement ont été publiés en allemand, sont actuellement traduits en françois.
Emanuel Swedenborg suédois, a publié en latin trois vol. in-fol. sous le titre d'Opera mineralia ; dans les deux derniers volumes, il a rassemblé toutes les différentes méthodes de traiter le cuivre & le fer : son ouvrage ne peut être regardé que comme une compilation faite sans choix.
L'ouvrage le plus complet que les modernes nous ayent donné sur la Métallurgie, est celui de Christophe-André Schlutter ; il a paru en allemand sous le titre de Grundelicher unterricht von hutten wercken, & fut imprimé in-fol. à Brunswick en 1738. Il est accompagné d'un très-grand nombre de planches qui représentent les différens fourneaux qui servent aux travaux de la Métallurgie. La traduction françoise de cet important ouvrage a été publiée par M. Hellot, de l'académie royale des sciences de Paris, sous le titre de la Fonte des mines, en II. vol. in 4. Cependant il seroit à souhaiter que l'auteur eût joint des explications chimiques à ses descriptions, & qu'il eût donné les raisons des différentes opérations dont il parle ; cela eût rendu son livre plus intéressant & plus utile.
M. C. E. Geller a publié en 1751 un traité élémentaire de Métallurgie, dont j'ai donné la traduction françoise sous le titre de Chimie métallurgique, en 2. vol. in -12. à Paris chez Briasson.
Outre les auteurs principaux dont on vient de parler, l'Allemagne & la Suede en ont produit beaucoup d'autres qui ont donné plusieurs excellens ouvrages sur la Métallurgie, ou sur quelques-unes de ses parties. Parmi ces auteurs, on doit donner une place distinguée à Lazare Ercker, qui a suivi de près Agricola. On a de lui un ouvrage allemand fort estimé, sous le titre de Aula subterranea. On doit aussi mettre au rang des Métallurgistes ceux qui ont écrit sur la Docimasie, tels que Fachs, Schindler, Kiesling, Crammer, &c. Plusieurs autres chimistes & naturalistes ont contribué à jetter un très-grand jour sur l'art de travailler les métaux ; tels sont sur-tout Kunckel, le célebre Henckel, & son disciple Zimmermann. Nous avons encore parmi les auteurs vivans des hommes habiles qui ont rendu & qui rendent encore de très-grands services à la Métallurgie ; tels sont le célebre M. Pott, qui dans la Lithogéognosie fournit une infinité de vues excellentes pour le traitement des mines ; MM. Marggraf, Lehman, de l'académie des sciences de Berlin, méritent, ainsi que M. Brandt, de l'académie de Suede, une place distinguée parmi les Métallurgistes modernes. (-)
|
| MÉTAMBA | S. m. (Hist. nat. bot.) arbre fort commun en Afrique dans les royaumes de Congo, d'Angola & de Loango. On en tire une liqueur fort agréable & très-douce, mais moins forte que l'espece de vin que l'on tire des palmiers. Le bois sert à différens usages, & les feuilles servent à couvrir les maisons & à les défendre de la pluie ; on fait aussi une espece d'étoffe de ces feuilles qui sont la monnoie courante du pays.
|
| MÉTAMORPHISTES | S. m. (Hist. ecclés.) secte d'hérétiques du xij. siecle, auxquels on a donné ce nom, parce qu'ils prétendoient que le corps de Jesus-Christ lors de son ascension a été changé & métamorphosé en Dieu. Ce sont les mêmes que les Luthériens ubiquitaires. Voyez UBIQUITAIRES. On les a aussi nommés Transformateurs.
|
| MÉTAMORPHOSE | S. f. (Myth.) espece de fable, où communément les hommes seuls sont admis ; car il s'agit ici d'un homme transformé en bête, en arbre, en fleuve, en montagne, en pierre, ou tout ce qu'il vous plaira ; cependant cette regle reçoit plus d'une exception. Dans la métamorphose de Pyrame & de Thisbé, le fruit d'un mûrier est changé de blanc en noir. Dans celle de Coronis & d'Apollon, un corbeau babillard éprouve le même changement.
Les métamorphoses sont fréquentes dans la Mythologie ; il y en a de deux sortes ; les unes apparentes, les autres réelles. La métamorphose des dieux telle que celle de Jupiter en taureau, celle de Minerve en vieille, n'est qu'apparente, parce que ces dieux ne conservoient pas la nouvelle forme qu'ils prenoient ; mais les métamorphoses de Coronis en corneille, d'Arachné en araignée, de Lycaon en loup, étoient réelles, c'est-à-dire que les personnes ainsi changées restoient dans la nouvelle forme de leur transformation ; c'est ce que nous apprend Ovide, lui qui nous a donné le recueil le plus complet & le plus agréable des métamorphoses mythologiques.
Comme la métamorphose est plus bornée que l'apologue dans le choix de ses personnages, elle l'est aussi beaucoup plus dans son utilité ; mais elle a plusieurs agrémens qui lui sont propres : elle peut, quand elle veut, s'élever à la sublimité de l'Epopée, & redescendre à la simplicité de l'apologue. Les figures hardies, les descriptions brillantes ne lui sont point du tout étrangeres ; elle finit même toujours essentiellement par un tableau fidele des circonstances d'un changement de nature.
Pour donner à la métamorphose une partie de l'utilité des fables, un de nos modernes pense qu'on pourroit mettre dans tous les changemens qu'on feindroit un certain rapport d'équité, c'est-à-dire que la transformation fût toujours ou la récompense de la vertu, ou la punition du crime. Il croit que l'observation de cette regle n'altéreroit point les agrémens de la métamorphose, & qu'elle lui procureroit l'avantage d'être une fiction instructive. Il est du-moins vrai qu'Ovide l'a quelquefois pratiquée, comme dans sa charmante métamorphose de Philémon & de Baucis, & dans celle du barbare Lycaon, tyran d'Arcadie. (D.J.)
|
| METANAE | (Géog. ecclés.) mot grec, qui signifie pénitence ; ce nom fut donné à un palais de l'empereur Justinien, qu'il changea en monastere. Il y mit une troupe de femmes de Constantinople, qui, par la faim & la misere, se dévouoient aux embrassemens de toutes sortes d'inconnus. Justinien délivra ces sortes de femmes de leur état honteux de prostitution, en les délivrant de la pauvreté. Il fit du palais qu'il avoit sur le bord du détroit des Dardanelles un lieu de pénitence, dans lequel il les enferma, & tâcha, dit Procope, par tous les agrémens d'une maison de retraite, de les consoler en quelque sorte de la privation des plaisirs. (D.J.)
|
| MÉTANGISMONITES | S. m. pl. hérétiques, ainsi nommés du mot grec , qui veut dire vaisseau. Ils disoient que le verbe est dans son pere, comme un vaisseau dans un autre. On ne sait point qui fut l'auteur de cette secte. S. Augustin, her. 57. Castro, her. 6. Pratéole.
|
| MÉTANOEA | (Hist. de l'église greque) cérémonie religieuse qui est d'usage dans l'Eglise grecque. Métanoea signifie de profondes inclinations du corps ; elles consistent à se pancher fort bas, & à mettre la main contre terre avant que de se relever. C'est une sorte de pénitence des Chrétiens grecs, & leurs confesseurs leur en prescrivent toujours un certain nombre, quand ils leur donnent l'absolution. Cependant quoique le peuple regarde ces grandes inclinations du corps comme des devoirs essentiels, il condamne les génufléxions, & prétend qu'on ne doit adorer Dieu que debout. Lorsqu'il m'arrivoit, dit M. la Guilletiere, de trouver à Misitra des Grecs qui me reprochoient la génufléxion comme une hérésie, je leur fermois la bouche avec le bon mot d'un ancien lacédémonien un peu paraphrasé. Un étranger qui étoit venu voir la ville de Sparte, s'étant tenu fort long-tems sur un pié, pour montrer qu'il étoit infatigable dans les exercices du corps, dit à un lacédémonien : " Tu ne te tiendrois pas si longtems sur un pié. Non pas moi, répondit le spartiate ; mais il n'y a point d'oison qui n'en fît autant ". (D.J.)
|
| MÉTAPA | (Géog. anc.) ville de l'Arcanie. Polybe, l. V. c. vij, dit qu'elle étoit située sur le bord du lac Triconide. (D.J.)
|
| MÉTAPHORE | S. f. (Gram.) " c'est, dit M. du Marsais, une figure, par laquelle on transporte, pour ainsi dire, la signification propre d'un nom (j'aimerois mieux dire d'un mot) à une autre signification qui ne lui convient qu'en vertu d'une comparaison qui est dans l'esprit. Un mot pris dans un sens métaphorique perd sa signification propre, & en prend une nouvelle qui ne se présente à l'esprit que par la comparaison que l'on fait entre le sens propre de ce mot, & ce qu'on lui compare : par exemple, quand on dit que le mensonge se pare souvent des couleurs de la vérité ; en cette phrase, couleurs n'a plus de signification propre & primitive ; ce mot ne marque plus cette lumiere modifiée qui nous fait voir les objets ou blancs, ou rouges, ou jaunes, &c. il signifie les dehors, les apparences ; & cela par comparaison entre le sens propre de couleurs & les dehors que prend un homme qui nous en impose sous le masque de la sincérité. Les couleurs font connoître les objets sensibles, elles en font voir les dehors & les apparences ; un homme qui ment, imite quelquefois si bien la contenance & le discours de celui qui ne ment pas, que lui trouvant le même dehors & pour ainsi dire les mêmes couleurs, nous croyons qu'il nous dit la vérité : ainsi comme nous jugeons qu'un objet qui nous paroît blanc est blanc, de même nous sommes souvent la dupe d'une sincérité apparente ; & dans le tems qu'un imposteur ne fait que prendre les dehors d'homme sincere, nous croyons qu'il nous parle sincerement.
Quand on dit la lumiere de l'esprit, ce mot de lumiere est pris métaphoriquement ; car comme la lumiere dans le sens propre nous fait voir les objets corporels, de même la faculté de connoître & d'appercevoir, éclaire l'esprit & le met en état de porter des jugemens sains.
La metaphore est donc une espece de trope ; le mot, dont on se sert dans la métaphore, est pris dans un autre sens que dans le sens propre ; il est, pour ainsi dire, dans une demeure empruntée, dit un ancien, Festus, verbo metaphoram : ce qui est commun & essentiel à tous les tropes.
De plus, il y a une sorte de comparaison où quelque rapport équivalent entre le mot auquel on donne un sens métaphorique, & l'objet à quoi on veut l'appliquer ; par exemple, quand on dit d'un homme en colere, c'est un lion, lion est pris alors dans un sens métaphorique ; on compare l'homme en colere au lion, & voilà ce qui distingue la métaphore des autres figures ".
[Le P. Lami dit dans sa rhétorique, liv. II. ch. iij. que tous les tropes sont des métaphores car, dit-il, ce mot qui est grec, signifie translation, & il ajoute que c'est par antonomase qu'on le donne exclusivement au trope dont il s'agit ici. C'est que sur la foi de tous les Rhéteurs, il tire le nom des racines & en traduisant par trans, ensorte que le mot grec est synonyme au mot latin translatio, comme Cicéron lui-même & Quintilien l'ont traduit : mais cette préposition pouvoit aussi-bien se rendre par cùm, & le mot qui en est composé par collatio, qui auroit très-bien exprimé le caractere propre du trope dont il est question, puisqu'il suppose toujours une comparaison mentale, & qu'il n'a de justesse qu'autant que la similitude paroît exacte. Pour rendre le discours plus coulant & plus élégant, dit M. Warbuthon (Essai sur les hiéroglyphes, t. I. part. I. §. 13.), la similitude a produit la métaphore, qui n'est autre chose qu'une similitude en petit. Car les hommes étant aussi habitués qu'ils le sont aux objets matériels, ont toujours eu besoin d'images sensibles pour communiquer leurs idées abstraites.
La métaphore, dit-il plus loin ; (part. II. §. 35.) est dûe évidemment à la grossiereté de la conception.... Les premiers hommes étant simples, grossiers & plongés dans le sens, ne pouvoient exprimer leurs conceptions imparfaites des idées abstraites, & les opérations réfléchies de l'entendement qu'à l'aide des images sensibles, qui, au moyen de cette application, devenoient métaphores. Telle est l'origine véritable de l'expression figurée, & elle ne vient point, comme on le suppose ordinairement, du feu d'une imagination poétique. Le style des Barbares de l'Amérique, quoiqu'ils soient d'une compléxion très-froide & très-flegmatique, le démontre encore aujourd'hui. Voici ce qu'un savant missionnaire dit des Iroquois, qui habitent la partie septentrionale du continent. Les Iroquois, comme les Lacédémoniens, veulent un discours vif & concis. Leur style est cependant figuré & tout métaphorique (Moeurs des sauv. améric. par le P. Lafiteau, t. I. p. 480.) Leur phlegme a bien pu rendre leur style concis, mais il n'a pas pu en retrancher les figures.... Mais pourquoi aller chercher si loin des exemples ? Quiconque voudra seulement faire attention à ce qui échappe généralement aux réflexions des hommes, parce qu'il est trop ordinaire, peut observer que le peuple est presque toujours porté à parler en figures. ]
" En effet, disoit M. du Marsais, (Trop. part. I. art. j.) je suis persuadé qu'il se fait plus de figures un jour de marché à la Halle, qu'il ne s'en fait en plusieurs jours d'assemblées académiques ".
[ Il est vrai, continue M. Warburthon, que quand cette disposition rencontre une imagination ardente qui a été cultivée par l'exercice & la méditation, & qui se plaît à peindre des images vives & fortes, la métaphore est bientôt ornée de toutes les fleurs de l'esprit. Car l'esprit consiste à employer des images énergiques & métaphoriques en se servant d'allusions extraordinaires, quoique justes. ]
" Il y a cette différence, reprend M. du Marsais, entre la métaphore & la comparaison, que dans la comparaison on se sert de termes qui font connoître que l'on compare une chose à une autre ; par exemple, si l'on dit d'un homme en colere qu'il est comme un lion, c'est une comparaison ; mais quand on dit simplement, c'est un lion, la comparaison n'est alors que dans l'esprit & non dans les termes, c'est une métaphore ". [ Eoque distat, quod illa (la similitude) comparatur rei quam volumus exprimere ; haec, (la métaphore) pro ipsâ re dicitur. Quint. Inst. VIII. 6. de Tropis. ]
" Mesurer, dans le sens propre, c'est juger d'une quantité inconnue par une quantité connue, soit par le secours du compas, de la regle, ou de quelque autre instrument, qu'on appelle mesure. Ceux qui prennent bien toutes leurs précautions pour arriver à leurs fins, sont comparés à ceux qui mesurent quelque quantité ; ainsi on dit par métaphore qu'ils ont bien pris leurs mesures. Par la même raison, on dit que les personnes d'une condition médiocre ne doivent pas se mesurer avec les grands, c'est-à-dire vivre comme les grands, se comparer à eux, comme on compare une mesure avec ce qu'on veut mesurer. On doit mesurer sa dépense à son revenu, c'est-à-dire qu'il faut regler sa dépense sur son revenu ; la quantité du revenu doit être comme la mesure de la quantité de la dépense.
Comme une clé ouvre la porte d'un appartement & nous en donne l'entrée, de même il y a des connoissances préliminaires qui ouvrent, pour ainsi dire, l'entrée aux sciences plus profondes : ces connoissances ou principes sont appellés clés par métaphore ; la Grammaire est la clé des sciences : la Logique est la clé de la Philosophie. On dit aussi d'une ville fortifiée qui est sur une frontiere, qu'elle est la clé du royaume, c'est-à-dire que l'ennemi qui se rendroit maître de cette ville, seroit à portée d'entrer ensuite avec moins de peine dans le royaume dont on parle. Par la même raison, l'on donne le nom de clé, en terme de Musique, à certaines marques ou caracteres que l'on met au commencement des lignes de musique : ces marques font connoître le nom que l'on doit donner aux notes ; elles donnent, pour ainsi dire, l'entrée du chant.
Quand les métaphores sont régulieres, il n'est pas difficile de trouver le rapport de comparaison. La métaphore est donc aussi étendue que la comparaison ; & lorsque la comparaison ne seroit pas juste ou seroit trop recherchée, la métaphore ne seroit pas réguliere.
Nous avons déjà remarqué que les langues n'ont pas autant de mots que nous avons d'idées ; cette disette de mots a donné lieu à plusieurs métaphores : par exemple ; le coeur tendre, le coeur dur, un rayon de miel, les rayons d'une roue, &c. L'imagination vient, pour ainsi dire, au secours de cette disette ; elle supplée par les images & les idées accessoires aux mots que la langue peut lui fournir ; & il arrive même, comme nous l'avons déjà dit, que ces images & ces idées accessoires occupent l'esprit plus agréablement que si l'on se servoit de mots propres, & qu'elles rendent le discours plus énergique : par exemple, quand on dit d'un homme endormi qu'il est enseveli dans le sommeil, cette métaphore dit plus que si l'on disoit simplement qu'il dort. Les Grecs surprirent Troie ensevelie dans le vin & dans le sommeil, (invadunt urbem somno vinoque sepultam, Aen. II. 265.) Remarquez 1°, que dans cet exemple sepultam a un sens tout nouveau & différent du sens propre. 2°. Sepultam n'a ce nouveau sens que parce qu'il est joint à somno vinoque, avec lesquels il ne sauroit être uni dans le sens propre ; car ce n'est que par une nouvelle union des termes que les mots se donnent le sens métaphorique. Lumiere n'est uni dans le sens propre qu'avec le feu, le soleil & les autres objets lumineux ; celui qui le premier a uni lumiere à esprit, a donné à lumiere un sens métaphorique, & en a fait un mot nouveau par ce nouveau sens. Je voudrois que l'on pût donner cette interprétation à ces paroles d'Horace : (Art. poet. 47.)
Dixeris egregiè, notum si callida verbum
Reddiderit junctura novum.
La métaphore est très-ordinaire ; en voici encore quelques exemples. On dit dans le sens propre, s'enivrer de quelque liqueur ; & l'on dit par métaphore, s'enivrer de plaisirs ; la bonne fortune enivre les sots, c'est-à-dire qu'elle leur fait perdre la raison, & leur fait oublier leur premier état.
Ne vous enivrez point des éloges flatteurs
Que vous donne un amas de vains admirateurs.
Boil. Art. poét. ch. iv.
Le peuple qui jamais n'a connu la prudence,
S'enivroit follement de sa vaine espérance.
Henriade, ch. vij.
Donner un frein à ses passions, c'est-à-dire n'en pas suivre tous les mouvemens, les modérer, les retenir comme on retient un cheval avec le frein, qui est un morceau de fer qu'on met dans la bouche d'un cheval.
Mézerai, parlant de l'hérésie, dit qu'il étoit nécessaire d'arracher cette zizanie, (Abrégé de l'hist. de Fr. François II.) c'est-à-dire, cette semence de division ; zizanie est là dans un sens métaphorique : c'est un mot grec, , lolium, qui veut dire ivraie, mauvaise herbe qui croît parmi les blés & qui leur est nuisible. Zizanie n'est point en usage au propre, mais il se dit par métaphore pour discorde, mesintelligence, division, semer la zizanie dans une famille.
Materia (matiere) se dit dans le sens propre de la substance étendue, considérée comme principe de tous les corps ; ensuite on a appellé matiere par imitation & par métaphore ce qui est le sujet, l'argument, le thème d'un discours, d'un poëme ou de quelque autre ouvrage d'esprit. Le prologue du I. liv. de Phedre commence ainsi.
Aesopus autor, quam materiam reperit,
Hanc ego polivi versibus senariis ;
j'ai poli la matiere, c'est-à-dire, j'ai donné l'agrément de la poésie aux fables qu'Esope a inventées avant moi.
Cette maison est bien riante, c'est-à-dire, elle inspire la gaieté comme les personnes qui rient. La fleur de la jeunesse, le feu de l'amour, l'aveuglement de l'esprit, le fil d'un discours, le fil des affaires.
C'est par métaphore que les différentes classes ou considérations auxquelles se réduit tout ce qu'on peut dire d'un sujet, sont appellés lieux communs en rhétorique & en logique, loci communes. Le genre, l'espece, la cause, les effets, &c. sont des lieux communs, c'est-à-dire que ce sont comme autant de cellules où tout le monde peut aller prendre, pour ainsi dire, la matiere d'un discours & des argumens sur toutes sortes de sujets. L'attention que l'on fait sur ces différentes classes, réveille des pensées que l'on n'auroit peut-être pas sans ce secours. Quoique ces lieux communs ne soient pas d'un grand usage dans la pratique, il n'est pourtant pas inutile de les connoître ; on en peut faire usage pour réduire un discours à certains chefs ; mais ce qu'on peut dire pour & contre sur ce point n'est pas de mon sujet. On appelle aussi en Théologie par métaphore, loci theologici, les différentes sources où les Théologiens puisent leurs argumens. Telles sont l'Ecriture sainte, la tradition contenue dans les écrits des saints peres, des conciles, &c.
En termes de Chimie, regne se dit par métaphore, de chacune des trois classes sous lesquelles les Chimistes rangent les êtres naturels. 1° Sous le regne animal, ils comprennent les animaux. 2° Sous le regne végétal, les végétaux, c'est-à-dire ce qui croît, ce qui produit, comme les arbres & les plantes. 3° Sous le regne minéral, ils comprennent tout ce qui vient dans les mines.
On dit aussi par métaphore que la Géographie & la Chronologie sont les deux yeux de l'Histoire. On personnifie l'Histoire, & on dit que la Géographie & la Chronologie sont, à l'égard de l'Histoire, ce que les yeux sont à l'égard d'une personne vivante ; par l'une elle voit, pour ainsi dire, les lieux, & par l'autre les tems ; c'est-à-dire qu'un historien doit s'appliquer à faire connoître les lieux & les tems dans lesquels se sont passés des faits dont il décrit l'histoire.
Les mots primitifs d'où les autres sont dérivés ou dont ils sont composés, sont appellés racines par métaphore : il y a des dictionnaires où les mots sont rangés par racines. On dit aussi par métaphore, parlant des vices ou des vertus, jetter de profondes racines, pour dire s'affermir.
Calus, dureté, durillon, en latin callum, se prend souvent dans un sens métaphorique ; labor quasi callum quoddam obducit dolori, dit Cicéron, Tusc. II. n. 15. seu 36 ; le travail fait comme une espece de calus à la douleur, c'est-à-dire que le travail nous rend moins sensibles à la douleur ; & au troisieme livre des Tusculanes, n. 22. sect. 53, il s'exprime de cette sorte : Magis me moverant Corinthi subitò adspectae parietinae, quàm ipsos Corinthios, quorum animis diuturna cogitatio callum vetustatis obduxerat ; je fus plus touché de voir tout-d'un-coup les murailles ruinées de Corinthe, que ne l'étoient les Corinthiens mêmes, auxquels l'habitude de voir tous les jours depuis long-tems leurs murailles abattues, avoit apporté le calus de l'ancienneté, c'est-à-dire que les Corinthiens, accoutumés à voir leurs murailles ruinées, n'étoient plus touchés de ce malheur. C'est ainsi que callere, qui dans le sens propre veut dire avoir des durillons, être endurci, signifie ensuite par extension & par métaphore, savoir bien, connoître parfaitement, ensorte qu'il se soit fait comme un calus dans l'esprit par rapport à quelque connoissance. Quo pacto id fieri soleat calleo, (Ter. Heaut. act. III. sc. ij. v. 37.) la maniere dont cela se fait, a fait un calus dans mon esprit ; j'ai médité sur cela, je sais à merveille comment cela se fait ; je suis maître passé, dit madame Dacier. Illius sensum calleo, (id. Adelph. act. IV. sc. j. v. 17.) j'ai étudié son humeur, je suis accoutumé à ses manieres, je sais le prendre comme il faut.
Vûe se dit au propre de la faculté de voir, & par extension de la maniere de regarder les objets : ensuite on donne par métaphore le nom de vûe aux pensées, aux projets, aux desseins, avoir de grandes vûes, perdre de vûe une entreprise, n'y plus penser.
Goût se dit au propre du sens par lequel nous recevons les impressions des saveurs. La langue est l'organe du goût. Avoir le goût dépravé, c'est-à-dire trouver bon ce que communément les autres trouvent mauvais, & trouver mauvais ce que les autres trouvent bon. Ensuite on se sert du terme de goût par métaphore, pour marquer le sentiment intérieur dont l'esprit est affecté à l'occasion de quelque ouvrage de la nature ou de l'art. L'ouvrage plaît ou déplaît, on l'approuve ou on le desapprouve, c'est le cerveau qui est l'organe de ce goût là. Le goût de Paris s'est trouvé conforme au goût d'Athènes, dit Racine dans sa préface d'Iphigénie, c'est-à-dire, comme il le dit lui-même, que les spectateurs ont été émus à Paris des mêmes choses qui ont mis autrefois en larmes le plus savant peuple de la Grèce. Il en est du goût pris dans le sens figuré, comme du goût pris dans le sens propre.
Les viandes plaisent ou déplaisent au goût sans qu'on soit obligé de dire pourquoi : un ouvrage d'esprit, une pensée, une expression plaît ou déplaît, sans que nous soyons obligés de pénétrer la raison du sentiment dont nous sommes affectés.
Pour se bien connoître en mets & avoir un goût sûr, il faut deux choses ; 1°. un organe délicat ; 2° de l'expérience, s'être trouvé souvent dans les bonnes tables, &c. on est alors plus en état de dire pourquoi un mets est bon ou mauvais. Pour être connoisseur en ouvrage d'esprit, il faut un bon jugement, c'est un présent de la nature ; cela dépend de la disposition des organes ; il faut encore avoir fait des observations sur ce qui plaît ou sur ce qui déplaît ; il faut avoir su allier l'étude & la méditation avec le commerce des personnes éclairées, alors on est en état de rendre raison des regles & du goût.
Les viandes & les assaisonnemens qui plaisent aux uns, déplaisent aux autres ; c'est un effet de la différente constitution des organes du goût : il y a cependant sur ce point un goût général auquel il faut avoir égard, c'est-à-dire qu'il y a des viandes & des mets qui sont plus généralement au goût des personnes délicates. Il en est de même des ouvrages d'esprit : un auteur ne doit pas se flatter d'attirer à lui tous les suffrages, mais il doit se conformer au goût général des personnes éclairées qui sont au fait.
Le goût, par rapport aux viandes, dépend beaucoup de l'habitude & de l'éducation : il en est de même du goût de l'esprit ; les idées exemplaires que nous avons reçues dans notre jeunesse, nous servent de regle dans un âge plus avancé ; telle est la force de l'éducation, de l'habitude & du préjugé. Les organes accoutumés à une telle impression en sont flattés de telle sorte, qu'une impression indifférente ou contraire les afflige : ainsi, malgré l'examen & les discussions, nous continuons souvent à admirer ce qu'on nous a fait admirer dans les premieres années de notre vie ; & de-là peut-être les deux partis, l'un des anciens & l'autre des modernes. ".
(J'ai quelquefois ouï reprocher à M. de Marsais d'être un peu prolixe ; & j'avoue qu'il étoit possible, par exemple, de donner moins d'exemples de la métaphore, & de les développer avec moins d'étendue : mais qui est-ce qui ne porte point envie à une si heureuse prolixité ? L'auteur d'un dictionnaire de langues ne peut pas lire cet article de la métaphore sans être frappé de l'exactitude étonnante de notre grammairien, à distinguer le sens propre du sens figuré, & à assigner dans l'un le fondement de l'autre : & s'il le prend pour modele, croit-on que le dictionnaire qui sortira de ses mains, ne vaudra pas bien la foule de ceux dont on accable nos jeunes étudians sans les éclairer ? d'autre part, l'excellente digression que nous venons de voir sur le goût n'est-elle pas une preuve des précautions qu'il faut prendre de bonne heure pour former celui de la jeunesse ? N'indique-t-elle pas même ces précautions ? Et un instituteur, un pere de famille, qui met beaucoup au-dessus du goût littéraire des choses qui lui sont en effet préférables, l'honneur, la probité, la religion, verra-t-il froidement les attentions qu'exige la culture de l'esprit, sans conclure que la formation du coeur en exige encore de plus grandes, de plus suivies, de plus scrupuleuses ? Je reviens à ce que notre philosophe a encore à nous dire sur la métaphore.)
" Remarques sur le mauvais usage des métaphores. Les métaphores sont défectueuses, 1° quand elles sont tirées des sujets bas. Le P. de Colonia reproche à Tertullien d'avoir dit que le déluge universel fut la lessive de la nature : Ignobilitatis vitio laborare videtur celebris illa Tertulliani metaphora, quâ diluvium appellat naturae generale lixivium. De arte rhet.
2°. Quand elles sont forcées, prises de loin, & que le rapport n'est point assez naturel, ni la comparaison assez sensible ; comme quand Théophile a dit : Je baignerai mes mains dans les ondes de tes cheveux ; & dans un autre endroit il dit que la charrue écorche la plaine. Théophile, dit M. de la Bruyere, (Caract. chap. j. des ouvrages de l'esprit), la charge de ses descriptions, s'appesantit sur les détails ; il exagere, il passe le vrai dans la nature, il en fait un roman. On peut rapporter à la même espece les métaphores qui sont tirées de sujets peu connus.
3°. Il faut aussi avoir égard aux convenances des différens styles ; il y a des métaphores qui conduisent au style poétique, qui seroient déplacées dans le style oratoire. Boileau a dit, ode sur la prise de Namur.
Accourez, troupe savante,
Des sons que ma lyre enfante
Ces arbres sont réjouis.
On ne diroit pas en prose qu'une lyre enfante des sons. Cette observation a lieu aussi à l'égard des autres tropes : par exemple, lumen dans le sens propre, signifie lumiere. Les poétes latins ont donné ce nom à l'oeil par métonymie, voyez METONYMIE. Les yeux sont l'organe de la lumiere, & sont, pour ainsi dire le flambeau de notre corps. Lucerna corporis tui est oculus tuus. Luc, xj. 34. Un jeune garçon fort aimable étoit borgne ; il avoit une soeur fort belle qui avoit le même défaut : on leur appliqua ce distique, qui fut fait à une autre occasion sous le regne de Philippe II. roi d'Espagne.
Parve puer, lumen quod habes concede sorori ;
Sic tu caecus Amor, sic erit illa Venus.
où vous voyez que lumen signifie l'oeil. Il n'y a rien de si ordinaire dans les poëtes latins que de trouver lumina pour les yeux ; mais ce mot ne se prend point en ce sens dans la prose.
4°. On peut quelquefois adoucir une métaphore en la changeant en comparaison, ou bien en ajoutant quelque correctif : par exemple, en disant pour ainsi dire, si l'on peut parler ainsi, &c. L'art doit être, pour ainsi dire, enté sur la nature ; la nature soutient l'art & lui sert de base, & l'art embellit & perfectionne la nature.
5°. Lorsqu'il y a plusieurs métaphores de suite, il n'est pas toujours nécessaire qu'elles soient tirées exactement du même sujet, comme on vient de le voir dans l'exemple précédent : enté est pris de la culture des arbres ; soutien, base, sont pris de l'Architecture : mais il ne faut pas qu'on les prenne de sujets opposés, ni que les termes métaphoriques, dont l'un est dit de l'autre, excitent des idées qui ne puissent point être liées, comme si l'on disoit d'un orateur, c'est un torrent qui s'allume, au lieu de dire c'est un torrent qui entraîne. On a reproché à Malherbe d'avoir dit, liv. II. voyez les observ. de Ménage sur les poésies de Malherbe,
Prends ta foudre, Louis, & va comme un lion,
Il falloit plutôt dire comme Jupiter.
Dans les premieres éditions du Cid, Chimene disoit, act. III. sc. 4.
Malgré des feux si beaux qui rompent ma colere.
Feux & rompent ne vont point ensemble : c'est une observation de l'académie sur les vers du Cid. Dans les éditions suivantes on a mis troublent au lieu de rompent ; je ne sais si cette correction répare la premiere faute.
Ecorce, dans le sens propre, est la partie extérieure des arbres & des fruits, c'est leur couverture : ce mot se dit fort bien dans un sens métaphorique pour marquer les dehors, l'apparence des choses. Ainsi l'on dit que les ignorans s'arrêtent à l'écorce, qu'ils s'attachent, qu'ils s'amusent à l'écorce. Remarquez que tous ces verbes s'arrêtent, s'attachent, s'amusent, conviennent fort bien avec l'écorce pris au propre ; mais vous ne diriez pas au propre, fondre l'écorce ; fondre se dit de la glace ou du métal : vous ne devez donc pas dire au figuré fondre l'écorce. J'avoue que cette expression me paroît trop hardie dans une ode de Rousseau, l. III. ode 6. Pour dire que l'hiver est passé & que les glaces sont fondues, il s'exprime de cette sorte :
L'hiver qui si long-tems a fait blanchir nos plaines,
N'enchaîne plus le cours des paisibles ruisseaux ;
Et les jeunes zéphirs, de leurs chaudes haleines,
Ont fondu l'écorce des eaux.
6°. Chaque langue a des métaphores particulieres qui ne sont point en usage dans les autres langues : par exemple, les Latins disoient d'une armée, dextrum & sinistrum cornu ; & nous disons l'aîle droite & l'aîle gauche.
Il est si vrai que chaque langue a ses métaphores propres & consacrées par l'usage, que si vous en changez les termes par les équivalens même qui en approchent le plus, vous vous rendez ridicule. Un étranger qui depuis devenu un de nos citoyens, s'est rendu célebre par ses ouvrages, écrivant dans les premiers tems de son arrivée en France à son protecteur, lui disoit : Monseigneur vous avez pour moi des boyaux de pere ; il vouloit dire des entrailles.
On dit mettre la lumiere sous le boisseau, pour dire cacher ses talens, les rendre inutiles. L'auteur du poëme de la Madeleine, liv. VII. pag. 117, ne devoit donc pas dire, mettre le flambeau sous le nid ".
[Qu'il me soit permis d'ajouter à ces six remarques un septieme principe que je trouve dans Quintilien, Inst. VIII. vj. c'est que l'on donne à un mot un sens métaphorique, ou par nécessité, quand on manque de terme propre, ou par une raison de préférence, pour présenter une idée avec plus d'énergie ou avec plus de décence : toute métaphore qui n'est pas fondée sur l'une de ces considérations, est déplacée. Id facimus, aut quia necesse est, aut quia significantiùs, aut quia decentiùs : ubi nihil horum praestabit, quod transferetur, improprium erit.
Mais la Métaphore assujettie aux lois que la raison & l'usage de chaque langue lui prescrivent, & est non-seulement le plus beau & le plus usité des tropes, c'en est le plus utile : il rend le discours plus abondant par la facilité des changemens & des emprunts, & il prévient la plus grande de toutes les difficultés, en désignant chaque chose par une dénomination caractéristique. Copiam quoque sermonis auget permutando, aut mutuando quod non habet ; quoque difficillimum est, praestat ne ulli rei nomen deesse videatur. Quintil. inst. VIII. vj. Ajoutez à cela que le propre des métaphores, pour employer les termes de la traduction de M. l'abbé Colin, " est d'agiter l'esprit, de le transporter tout d'un coup d'un objet à un autre ; de le presser, de comparer soudainement les deux idées qu'elles présentent, & de lui causer par les vives & promptes émotions un plaisir inexprimable ". Eae propter similitudinem transferunt animos & referunt, ac movent huc & illuc ; qui motus cogitationis, celeriter agitatus, per se ipse delectat. Cicer. orat. n. xxxjx. seu 134. & dans la traduct. de l'abbé Colin, ch. xjx. " La métaphore, dit le P. Bouhours, man. de bien penser, dialog. 2. est de sa nature une source d'agrémens ; & rien ne flatte peut-être plus l'esprit que la représentation d'un objet sous une image étrangere. Nous aimons, suivant la remarque d'Aristote, à voir une chose dans une autre ; & ce qui ne frappe pas de soi-même surprend dans un habit étranger & sous un masque ". C'est la note du traducteur sur le texte que l'on vient de voir] (B. E. R. M.)
|
| MÉTAPHYSIQUE | S. f. c'est la science des raisons des choses. Tout a sa métaphysique & sa pratique : la pratique, sans la raison de la pratique, & la raison sans l'exercice, ne forment qu'une science imparfaite. Interrogez un peintre, un poëte, un musicien, un géometre, & vous le forcerez à rendre compte de ses opérations, c'est-à-dire à en venir à la métaphysique de son art. Quand on borne l'objet de la métaphysique à des considérations vuides & abstraites sur le tems, l'espace, la matiere, l'esprit, c'est une science méprisable ; mais quand on la considere sous un vrai point de vûe, c'est autre chose. Il n'y a guere que ceux qui n'ont pas assez de pénétration qui en disent du mal.
|
| MÉTAPLASME | S. m. , transformatio, du verbe , transformo ; c'est le nom général que l'on donne en Grammaire aux figures de diction, c'est-à-dire aux diverses altérations qui arrivent dans le matériel des mots ; de même que l'on donne le nom général de tropes aux divers changemens qui arrivent au sens propre des mots.
Le métaplasme ne pouvant tomber que sur les lettres ou les syllabes dont les mots sont composés, ne peut s'y trouver que par addition, par soustraction ou par immutation.
Le métaplasme par augmentation se fait ou au commencement, ou au milieu, ou à la fin du mot ; d'où résultent trois figures différentes, la prosthèse, l'épenthèse & la paragoge.
On rapporte encore au métaplasme par augmentation, la diérèse qui fait deux syllabes d'une seule diphtongue : ce qui est une augmentation, non de lettres, mais de syllabes. Voyez PROTHESE EPENTHESE, PARAGOGE, DIERESE.
Le métaplasme par soustraction produit de même trois figures différentes, qui sont l'aphérèse, la syncope & l'apocope, selon que la soustraction se fait au commencement, au milieu, ou à la fin des mots ; mais il se fait aussi soustraction dans le nombre des syllabes, sans diminution au nombre des lettres, lorsque deux voyelles qui se prononçoient séparément, sont unies en une diphtongue : c'est la synérèse. Voyez APHERESE, SYNCOPE, APOCOPE & SYNERESE. Voyez aussi CRASE & SYNALEPHE, mots presque synonymes à synérèse.
Le métaplasme par immutation donne deux différentes figures, l'antithèse, quand une lettre est mise pour une autre, comme olli pour illi ; & la métathèse, quand l'ordre des lettres est transposé, comme Hanovre pour Hanover. Voyez ANTITHESE & METATHESE.
Voici toutes les especes de métaplasme assez bien caractérisées dans les six vers techniques suivans :
Prosthesis apponit capiti ; sed aphaeresis aufert :
Syncopa de medio tollit : sed epenthesis addit :
Abstrahit Apocope fini ; sed dat paragoge :
Constringit crassis : distracta diaeresis effert :
Antithesin mutata dabit tibi littera : verùm
Littera si legitur transposta ; metathesis extat.
Rien de plus important dans les recherches étymologiques que d'avoir bien présentes à l'esprit toutes les différentes especes de métaplasme, non peut-être qu'il faille s'en contenter pour établir une origine, mais parce qu'elles contribuent beaucoup à confirmer celles qui portent sur les principaux fondemens, quand il n'est plus question que d'expliquer les différences matérielles du mot primitif & du dérivé. (B. E. R. M.)
|
| MÉTAPONTE | Metapontum, ou Metapontium, (Géog. anc.) ville d'Italie dans la grande Grece, sur le golfe de Lucanie, aujourd'hui Tarente. Elle fut bâtie par les Pyliens & par Nestor leur chef, au retour de la guerre de Troie. Pythagore s'y retira de Crotone, & y finit ses jours. Hipparque l'astronome y dressa ses tables. Quelques géographes veulent que ce soit à-présent Feliciore dans la Calabre ultérieure ; d'autres pensent que c'est Trébigazze : enfin d'autres prétendent que c'est Torre di Mare. (D.J.)
|
| MÉTAPTOSE | S. f. (Gram.) de , changer en pis ou en mieux, signifie le changement d'une maladie en une autre, soit en pis, soit en mieux. On l'appelle diadoche, lorsque le changement se fait en mieux, & par le transport de la matiere morbifique d'une partie noble dans une autre qui l'est moins ; ou métastase, quand le changement se fait en pis, & que la matiere morbifique passe dans une partie plus noble que celle où elle étoit auparavant.
|
| MÉTARY | S. f. (Saline) ouvriere occupée dans les fontaines salantes à détremper le sel en grain avec de la muire, voyez MUIRE, à en remplir une écuelle ou moule de bois, & à la présenter à la fassari. Voyez FASSARI & SALANTES FONTAINES.
|
| MÉTASTASE | S. f. (Méd.) Ce mot est entierement grec (), dérivé & formé de , qui signifie transporter, changer de place. Il désigne, suivant le sens littéral & le plus reçu en Médecine, un transport quelconque d'une maladie d'une partie dans une autre, soit qu'il se fasse du dehors en dedans, soit au contraire qu'il ait lieu du dedans au dehors. Quelques auteurs restreignent la signification de métastase au changement qui se fait en mal, lorsque la maladie passe dans une partie plus noble que celle où elle étoit auparavant. Ils en font une espece de métaptose, , qui, suivant eux, est le mot générique qui signifie tout changement en mal ou en bien, donnant les noms de ou au transport salutaire qui arrive lorsque la maladie va d'une partie noble à une autre qui l'est moins ; mais le nom de métastase est le plus usité, il est pris indifféremment dans presque tous les ouvrages de Médecine, pour exprimer un changement quelconque fait dans le siege d'une maladie. Galien dit qu'exactement () la métastase est le transport d'une maladie d'une partie dans une autre (comment. in aphor. 7. lib. V.) ; & Hippocrate, dans cet aphorisme, s'en sert pour marquer un changement salutaire ou même une entiere solution, lorsqu'il dit que les affections épileptiques, survenues avant l'âge de puberté, souffrent une métastase (), mais que celles qui viennent à vingt-cinq ans ne se guérissent jamais.
Les symptomes qui accompagnent la métastase varient extrèmement suivant l'espece, la gravité de la maladie, l'état, la disposition, la situation, l'usage de la partie que la maladie quitte & de celle où elle va se déposer, & le dérangement qu'elle y occasionne. Si la métastase se fait du dedans au dehors, les symptomes de la maladie primitive cessent, les fonctions des visceres affectés se rétablissent, & l'on apperçoit à l'extérieur des abscès, ulceres, éruptions cutanées, tumeurs, &c. On voit souvent des maladies invétérées de poitrine se terminer par des tumeurs aux testicules, des abscès aux jambes, des évacuations de pus par les urines ; des migraines, des coliques néphrétiques se changent en goutte ; à la mélancholie surviennent quelquefois des éruptions cutanées, des parotides jugent des fievres malignes, &c. Lorsqu'au contraire la métastase se fait du dehors au dedans, les tumeurs disparoissent, s'effacent entierement, les ulceres se ferment, les éruptions rentrent, les abscès se dissipent, la goutte remonte, &c. mais à l'instant on voit succéder des symptomes très-multipliés & pour l'ordinaire très-pressans. Il y a beaucoup d'observations qui font voir qu'en pareils cas les metastases ont déterminé des attaques d'apoplexie, d'épilepsie, des gouttes sereines, des toux opiniâtres, asthme suffoquant, dépôt dans la tête, la poitrine, le bas-ventre, hydropisie, ictere, cachexie, marasme, &c. il est inconcevable avec quelle rapidité ces métastases sont suivies des accidens les plus fâcheux & de la mort même. J'ai vû un homme qui avoit depuis longtems un vieux ulcere à la jambe ; peu satisfait de quelques applications indifférentes que je lui conseillois & qui entretenoient toûjours l'écoulement de l'ulcere, il s'adresse à un chirurgien qui lui promit des secours plus efficaces ; il réussit en effet à cicatriser l'ulcere : mais à-peine eut-il cessé de couler, que le malade tombe comme apoplectique avec une respiration stercoreuse ; les forces paroissent épuisées, le pouls est petit, foible, fuyant sous le doigt. Appellé de nouveau pour voir ce malade, je fais à l'instant rouvrir l'ulcere, appliquer un caustique puissant aux deux jambes, mais en-vain ; le malade mourut : deux heures après le cadavre ouvert, nous trouvâmes le poumon rempli de matiere purulente.
La maniere dont ces métastases s'operent est assez surprenante & obscure, pour fournir matiere à bien des disputes & des discussions. Elle a beaucoup exercé les esprits des Médecins dissertateurs : la plûpart, suivant par habitude la théorie vulgaire qu'ils ont la paresse de ne pas approfondir, ont cru bonnement qu'il y avoit toûjours un transport réel de la matiere qui avoit excité premierement la maladie dans la partie où elle établissoit son nouveau siege ; & qu'ainsi une tumeur extérieure disparoissant, ce sang coagulé qui la formoit étoit porté dans la poitrine, par exemple, & excitoit dans les poumons une semblable tumeur. Ils ont avancé que ce transport étoit opéré par un repompement de cette matiere morbifique par les vaisseaux absorbans qui la transmettoient aux vaisseaux sanguins, d'où elle étoit portée par le torrent de la circulation aux différentes parties du corps, & qu'en chemin faisant elle s'arrêtoit dans la partie la plus disposée à la recevoir. D'autres, frappés de la promptitude de cette opération, plus instruits des véritables lois de l'économie animale, moins embarrassés pour en expliquer les phénomenes, n'ont pû goûter un transport inutile, un repompement gratuit & souvent impossible ; ils ont fait jouer aux nerfs tout le méchanisme de cette action : ainsi le transport d'un abscès d'une partie du corps à l'autre leur a paru opéré par un simple changement dans la direction du spasme suppuratoire. Il est très-certain que pendant que la suppuration se forme, il y a dans toute la machine, & sur-tout dans la partie affectée, un état de gêne, d'irritation, de constriction, qui est très-bien peinte sur le pouls où l'on observe alors une roideur & une vibratilité très-marquée. La constriction spasmodique qui détermine dans la partie engorgée la suppuration, est formée & entretenue par un spasme particulier du diaphragme qui, changeant & de place & de direction, produit le même effet dans une autre partie & fait ainsi changer de place un abscès : ce changement est beaucoup plus simple dans les maladies sans matiere, qui sont exactement nerveuses. Cette idée isolée & prise séparément, est ici dénuée des preuves qui résultent de l'ensemble de toutes les parties de l'ingénieux système, que l'auteur a proposé dans l'idée de l'homme physique & moral, & institutiones ex novo Medicinae conspectu. Elle pourra paroître par-là moins vraisemblable ; mais pour en appercevoir mieux la liaison & la justesse, le lecteur peut consulter les ouvrages cités & l'art. ECONOMIE ANIMALE. Je ne dissimulerai cependant pas qu'elle ne peut guere s'appliquer à une observation faite à l'hôpital de Montpellier ; un malade avoit un abscès bien formé au bras, on appercevoit une fluctuation profonde, obscure ; on néglige cependant de donner issue au pus, dans la nuit le malade tombe dans un délire violent, il meurt le matin, on l'ouvre, on trouve le cerveau inondé de pus, on disseque le bras où l'on avoit apperçu l'abscès, on n'y voit qu'un vuide assez considérable entre les muscles & l'os du bras. Il paroît par-là qu'il y a eu un transport réel de matiere, mais rien n'empêche que les nerfs n'y aient concouru ; la maniere dont ils l'ont fait est fort difficile à déterminer. On voit aussi quelque chose de fort analogue dans les vomiques qui se vuident entierement par les urines ; mais ce qui favorise encore l'idée que nous venons d'exposer, c'est une espece d'uniformité qu'on observe dans quelques métastases, qui a donné naissance aux mots vagues de sympathie, si souvent employés, rarement définis, & jamais expliqués : ainsi des douleurs néphrétiques se changent communément en goutte, des dartres repercutées portent sur la poitrine, une gale rentrée donne lieu à des hydropisies, un abcès à la poitrine se vuide par les jambes, une tumeur aux testicules survenant à la toux la dissipe & disparoît à son tour quand la toux survient. Il y a bien d'autres exemples semblables qui mériteroient d'être examinés ; & ce seroit un point d'une grande importance en Médecine que de bien constater & classer la correspondance mutuelle des parties. Les metastases qui se font du dedans au dehors sont des especes de crises ouvrages de la nature ; les causes qui les déterminent & leur maniere d'agir sont tout-à-fait inconnues. On voit un peu plus clair sur les métastases qui se font des parties externes à l'intérieur ; on sait qu'elles sont souvent la suite de l'application imprudente des repercussifs, du froid, des remedes qui empêchent l'écoulement d'un ulcere, la formation des exanthemes ; elles sont aussi quelquefois excitées par des cardialgies, foiblesses, défaillances, par des passions d'ame, par des remedes internes qui changent la direction du spasme, qui entretient ces affections extérieures, par un excès dans le manger qui, en augmentant le ton de l'estomac, produit le même effet, &c.
On peut déduire de-là quelques canons pratiques sur les métastases : 1°. qu'il faut seconder autant qu'il est possible celles qui se font au dehors, il est même des occasions où il faut tâcher de les déterminer ; pour en venir sûrement à bout, il faudroit connoître la maniere de faire changer de direction aux forces phréniques, & les détourner vers l'organe extérieur ou vers quelque couloir approprié ; au défaut de cette connoissance, nous sommes obligés d'aller à tâtons, guidés par un empirisme aveugle, souvent insuffisant. Dans les maladies de la tête, la métastase la plus heureuse est celle qui se fait par les selles ; les purgatifs sont les plus propres à remplir cet objet : dans celles qui attaquent la poitrine, surtout les chroniques, la voie des urines & les abcès aux jambes sont les plus salutaires ; on peut par les diurétiques, & surtout par les vésicatoires, remplir la premiere vûe, & imiter par l'application des cauteres les abscès aux jambes. Dans les affections du bas-ventre, le flux hémorrhoïdal est le plus avantageux ; on peut le procurer par les fondans hémorrhoïdaux, aloétiques : dans quelques cas les maladies éruptives ont été une heureuse métastase, ici le hasard ou la nature peuvent plus que les remedes. 2°. Dans toutes les affections extérieures qui dépendent d'une cause interne, il faut éviter les remedes repercussifs, ou autres qui puissent empêcher la formation & l'étendue de la maladie ; & si, par quelque cause imprévue, la maladie souffre une métastase toûjours dangereuse, il faut tout aussi-tôt tâcher de la rappeller, 1°. en attaquant, s'il y a lieu, la cause qui l'a excitée, la foiblesse par des cordiaux, les excrétions opposées par les astringens appropriés, le poids des alimens dans l'estomac par l'émétique, &c. 2°. par des remedes topiques qui puissent renouveller l'affection locale, ainsi on rappelle la goutte par des incessus chauds, par des épispastiques & les vésicatoires ; si un ulcere fermé a donné lieu à la métastase, il ne faut que le rouvrir par un cautere mélé avec du suppuratif ; l'application des ventouses peut faire revenir une tumeur, un abscès repercuté ; les bains & les sudorifiques conviennent dans les maladies exanthématiques rentrées ; pour ce qui regarde la gale, l'expérience m'a appris qu'il n'y avoit pas de meilleur remede que de la faire reprendre : une jeune fille qui, à la suite d'une gale rentrée étoit devenue hydropique, fut par ce moyen guérie en peu de jours ; il est très-facile de reprendre la gale en couchant avec une personne qui en soit attaquée : le même expédient pourroit, j'imagine, réussir dans les cas semblables de dartres qui, étant repercutées, font à l'intérieur beaucoup de ravages ; personne n'ignore avec quelle facilité elles se communiquent en couchant ensemble. (m)
|
| MÉTASYNCRISE | S. f. (Med.) selon Thessalus, est un changement dans tout le corps, ou seulement dans quelques-unes de ses parties. Ce terme est relatif au sentiment d'Asclépiade touchant les corps des animaux, qu'il disoit avoir été formés par le concours des atomes de même que le reste de l'univers.
|
| MÉTATARSE | S. m. en Anatomie, est la partie moyenne du pié, située entre le tarse & les orteils. Voyez nos Planches d'Anatomie, & leur explication. Voyez aussi PIE. Ce mot vient du grec , au-delà, & de , tarse. Voyez TARSE.
Le métatarse est composé de cinq os. Celui qui soutient le gros orteil, est le plus gros de tous ; & celui qui soutient le second orteil, est le plus long. Les autres deviennent plus courts les uns que les autres. Les os du métatarse sont plus longs que ceux du métacarpe ; mais ils leur ressemblent dans le reste, & sont articulés avec les orteils, comme les os du métacarpe le sont avec les doigts. Voyez METACARPE.
|
| MÉTATEURS | S. m. pl. (Hist. anc.) c'étoient quelques centurions commandés par un tribun ; ils précédoient l'armée, & ils en marquoient le camp. On entendoit encore par ce mot des officiers subalternes qui partoient avant l'empereur, & qui alloient marquer son logis & celui de sa maison.
|
| MÉTATHÈSE | S. f. (Gram.) transpositio ; de , trans, & , pono. C'est un métaplasme par lequel les lettres dont un mot est composé sont mises dans un ordre différent de l'arrangement primitif. C'est par métathèse que les Latins ont formé anas du grec , caro de , forma de ; l'ancien verbe specio, qui n'est plus usité que dans les composés aspicio, conspicio, despicio, exspicio, inspicio, perspicio, prospicio, respicio, suspicio, &c. vient par la même voie du grec . C'est de même par métathèse que les Espagnols disent milagro au lieu de miraglo du latin miraculum ; que les Allemands disent operment au lieu d'orpement, comme nous disons orpiment d'auripigmentum ; & que nous-mêmes nous disons troubler pour tourbler de turbare, &c.
La principale cause de la métathèse, ainsi que des autres métaplasmes, c'est l'euphonie qui, dépendant immédiatement de l'organisation de chaque peuple, varie nécessairement comme les causes qui modifient l'organisation même. Je dis que c'est la principale cause ; car quand Virgile a dit (Aen. X. 394.) Nam tibi, Tymbre, caput evandrius abstulit ensis ; il a mis Tymbre pour Tymber qui est trois vers plus haut : & ce n'est, selon la remarque de Servius sur ce vers, que pour la mesure de son vers, metri causâ, qu'il s'est permis cette métathèse.
METATHESE, (Médec.) transport ou change, ment de place d'une cause morbifique que l'on fait passer dans les parties où elle ne peut pas causer un grand dommage, lorsqu'on ne peut l'évacuer par les voies ordinaires.
|
| METAURE | LE, (Géog. anc.) en latin Metaurus, nom commun à deux rivieres d'Italie. L'une étoit dans le duché d'Urbin : on la nomme à présent Metara ou Mitro. L'autre étoit dans l'Umbrie. Pline, lib. III. cap. v. & Strabon, l. VI. p. 255. parlent de cette derniere. Le P. Hardouin dit que c'est aujourd'hui le Marro. Elle a sa source sur les frontieres de Toscane, vers le bourg de Borgo di San-Sepolcro, & sortant du mont Appennin, prend son cours vers l'orient, se grossit d'autres petites rivieres, coule près de Fossombrone, & se jette dans le golfe de Venise, à quatre milles de Fano, du côté de Sinigallia. Son nom latin dans Pline, est Metaurus ; mais Horace, dans une de ses odes, le fait adjectif & du genre neutre, en disant Metaurum flumen, comme il dit Rhenum flumen, Medum flumen. Pomponius Mela nomme Metaurum une ville d'Italie qu'il donne aux Brutiens. (D.J.)
|
| MÉTAYER | S. m. (Gramm. Oecon. rust.) celui qui fait valoir des terres ou une métairie, soit à prix d'argent, soit à moisson ou à moitié fruit, ou comme domestique au profit de son maître.
|
| METE | S. f. (Jurispr.) du latin meta qui signifie limite. C'est un terme usité dans quelques coutumes & provinces pour exprimer le territoire d'une jurisdiction. Le juge, sergent ou autre officier, dit qu'il a fait tel acte ès metes de sa jurisdiction, c'est-à-dire dans l'étendue de son territoire & au dedans des limites. On doit écrire mete & non pas melte, comme l'écrit le dictionnaire de Trévoux. (A)
|
| MÉTEDORES | S. m. (Comm.) terme espagnol particulierement en usage à Cadix où il signifie des especes de braves qui favorisent la sortie de cette ville aux barres d'argent que les marchands ont été obligé d'y faire débarquer à l'arrivée des galions ou de la flotte des Indes.
Ces métédores sont les cadets des meilleures maisons du pays qui n'ont pas de bien, & qui moyennant un pour cent de tous les effets qu'ils sauvent aux marchands, s'exposent aux risques qui peuvent naître de cette contrebande.
Il y a aussi des métédores qui sauvent les droits des marchandises emballées, soit d'entrée, soit de sortie. Ils se partagent ordinairement en deux troupes, dont l'une attend au pié des remparts de la ville, les ballots que l'autre qui reste en dedans vient lui jetter par dessus les murs. Chaque ballot a sa marque, pour être reconnu. On en use à peu près de même pour faire entrer des ballots de marchandises dans la ville. Il est vrai que pour sauver ces effets avec plus de sureté, on a soin de gagner le gouverneur, le major, l'alcalde de Cadix ; même jusqu'aux sentinelles, ce qui revient environ à dix-sept piastres par ballot. Les métédores gagnent ordinairement à chaque arrivée de la flotte ou des galions, deux ou trois mille piastres chacun, qu'ils vont dépenser à Madrid où ils sont connus pour faire ce métier.
Outre ces métédores, il y a aussi des particuliers entre les peuples qui s'en mêlent ; mais les uns & les autres avec une si grande fidélité, que les étrangers n'ont jamais eu lieu de s'en plaindre. Dictionn. de Commerce.
|
| MÉTEIL | S. m. (écon. rust.) c'est un grain moitié seigle & moitié froment. Le meilleur blé bise d'année en année, & devient enfin méteil.
|
| METELIN | (Géog.) île considérable de l'Archipel ; c'est l'ancienne Lesbos, dont nous n'avons pas oublié de faire l'article.
L'île de Mételin est située au nord de Scio, & presqu'à l'entrée du golfe de Gueresto. Elle est le double plus grande que celle de Scio, & s'étend beaucoup du côté du Nord-Est. Il y a encore dans cette île plus de cent bourgs ou villages, sans compter Castro qui en est la capitale ; cependant elle a été beaucoup plus peuplée autrefois, & elle a produit un nombre étonnant d'hommes illustres. Eustathe remarque que cette île fut jadis appellée Mytilene, du nom de sa capitale : il est aisé de voir que de Mytilene on a fait Mételin.
Son terroir est fort bon ; les montagnes y sont fraîches, couvertes de bois & de pins en plusieurs endroits, dont on tire de la poix noire, & dont on emploie les planches à la construction de petits vaisseaux. On y recueille de bon froment, d'excellente huile, & les meilleures figues de l'Archipel. Ses vins même n'ont rien perdu de leur premiere réputation.
Son commerce consiste seulement en grains, en fruits, en beurre & en fromage ; cependant elle ne laisse pas de payer au grand seigneur dix-huit mille piastres de caratseh.
Ses principaux ports sont celui de Castro ou de l'ancienne Mytilene, celui de Caloni, celui de Sigre, & sur-tout le port Iéro, connu par les Francs sous le nom de port olivier, qui passe pour un des plus grands & des plus beaux de la Méditerranée. Long. 43. 52. - 44. 31. lat. 39. 15.
Mais ce qui touche le plus les curieux qui se rendent exprès dans l'île de Mételin, ce sont ses richesses antiques qui fourniroient encore bien des connoissances aux savans.
M. l'abbé Fourmont qui visita cette île en 1729, qui promit d'en donner une exacte description, y trouva des monumens de l'antiquité la plus reculée ; & y recueillit une vingtaine d'inscriptions singulieres échappées à Spon, Wheler, Tournefort, & autres voyageurs de cet ordre.
La plûpart de ces inscriptions étoient antérieures à la puissance des Romains ; d'autres étoient de leur tems ; & d'autres concernoient les Perses : toutes de conséquence, à ce qu'assuroit M. l'abbé Fourmont, en ce qu'elles prouvoient des faits importans cités par quelques auteurs, ou parce qu'elles nous apprenoient des choses dont ils n'ont fait aucune mention. C'est donc grand dommage que M. Fourmont n'ait pas exécuté sa promesse. (D.J.)
|
| METELIS | (Géog. anc.) ville d'Egypte à l'embouchure du Nil, capitale d'un nome auquel elle donnoit son nom. C'est présentement Fulva selon le P. Vansleb. (D.J.)
|
| MÉTEMPSYCOSE | S. f. (Métaph.) les Indiens, les Perses, & en général tous les orientaux, admettoient bien la métempsycose comme un dogme particulier, & qu'ils affectionnoient beaucoup ; mais pour rendre raison de l'origine du mal moral & du mal physique, ils avoient recours à celui des deux principes qui étoit leur dogme favori & de distinction. Origene qui affectoit un christianisme tout métaphysique, enseigne que ce n'étoit ni pour manifester sa puissance, ni pour donner des preuves de sa bonté infinie, que Dieu avoit créé le monde ; mais seulement pour punir les ames qui avoient failli dans le ciel, qui s'étoient écartées de l'ordre. Et c'est pour cela qu'il a entremêlé son ouvrage de tant d'imperfections, de tant de défauts considérables, afin que ces intelligences dégradées, qui devoient être ensevelies dans les corps, souffrissent davantage.
L'erreur d'Origene n'eut point de suite ; elle étoit trop grossiere pour s'y pouvoir méprendre. A l'égard de la métempsycose, on abusa étrangement de ce dogme, qui souffrit trois especes de révolutions. En premier lieu les orientaux & la plûpart des Grecs croyoient que les ames séjournoient tour-à-tour dans les corps des différens animaux, passoient des plus nobles aux plus vils, des plus raisonnables aux plus stupides ; & cela suivant les vertus qu'elles avoient pratiquées, ou les vices dont elles s'étoient souillées pendant le cours de chaque vie. 2°. Plusieurs disciples de Pythagore & de Platon ajouterent que la même ame, pour surcroit de peine, alloit encore s'ensevelir dans une plante ou dans un arbre, persuadé que tout ce qui végete a du sentiment, & participe à l'intelligence universelle. Enfin quand le Christianisme parut, & qu'il changea la face du monde en découvrant les folles impiétés qui y régnoient, les Celses, les Crescens, les Porphyres eurent honte de la maniere dont la métempsycose avoit été proposée jusqu'à eux ; & ils convinrent que les ames ne sortoient du corps d'un homme que pour entrer dans celui d'un autre homme. Par-là, disoient-ils, on suit exactement le fil de la nature, où tout se fait par des passages doux, liés, homogenes, & non pas des passages brusques & violens ; mais on a beau vouloir adoucir un dogme monstrueux au fond, tout ce qu'on gagne par ces sortes d'adoucissemens, c'est de le rendre plus monstrueux encore.
|
| MÉTEMPSYCOSISTES | S. m. pl. (Hist. ecclés.) anciens hérétiques qui croyoient la métempsycose conformément au système de Pythagore, ou la transmigration des ames. Voyez METEMPSYCOSE.
|
| MÉTEMPTOSE | S. f. en Chronologie, terme qui marque l'équation solaire à laquelle il faut avoir égard pour empêcher que la nouvelle lune n'arrive un jour trop tard. Ce mot vient du grec , post, après, & , cado, je tombe.
Il est opposé à celui de proemptose, qui marque l'équation lunaire, à laquelle il faut avoir égard pour empêcher que la nouvelle lune n'arrive un jour trop tôt.
Pour entendre la différence de ces deux mots, il faut se rappeller ce que nous avons dit à l'article EPACTE : savoir, que le cycle des épactes qui revient au bout de 19 ans, & qui fait retomber les nouvelles lunes aux mêmes jours, ne sauroit être perpétuel pour deux raisons ; la premiere, parce qu'au bout de 300 ans environ, les nouvelles lunes arrivent un jour plutôt qu'elles ne doivent arriver suivant le cycle de dix-neuf ans. La seconde, parce que de quatre années séculaires il n'y en a qu'une de bissextile suivant le nouveau style ; & que par conséquent dans les années séculaires qui ne sont point bissextiles, les nouvelles lunes doivent arriver un jour plus tard que l'épacte ne le donné. La métemptose est le changement qu'on fait au cycle des épactes dans les années séculaires non bissextiles : & la proemptose est le changement qu'on fait à ce cycle au bout de 300 ans, à cause du peu d'exactitude du cycle des 19 ans. On ne fait ces changemens qu'au bout de chaque siecle, parce que ce tems est plus remarquable & rend la pratique du calendrier plus aisée.
Pour pouvoir faire facilement ces changemens, on a construit deux tables. Dans la premiere on a disposé par ordre tous les cycles possibles des épactes, dont le premier commence à 30 ou *, & finit à 18 ; & le dernier commence à 1, & finit à 19 ; ce qui fait en tout 30 cycles d'épactes, & on a mis à la tête de chacun de ces cycles différentes lettres de l'alphabet pour les distinguer. Ensuite on a construit une autre table des années séculaires ; & à la tête de ces années on a mis la lettre qui répond au cycle des épactes dont on doit se servir durant le siecle par lequel chacune de ces années commence.
Ces lettres marquées ainsi au commencement de chaque cycle des épactes s'appellent leur indice. Ainsi le cycle 22, 3, 14, &c. qui est le cycle des épactes pour ce siecle, est marqué de l'indice C, & ainsi des autres. Voyez EPACTE.
Cela posé, il y a trois regles pour changer le cycle des épactes. 1°. Quand il y a métemptose, proemptose, il faut prendre l'indice suivant ou inférieur ; 2°. quand il y a proemptose sans métemptose, on prend l'indice précédent ou supérieur ; 3°. quand il y a proemptose & métemptose, ou qu'il n'y a ni l'une ni l'autre, on garde le même indice. Ainsi en 1600 on avoit le cycle 23, 4, 15, qui est marqué de l'indice D. En 1700 qui n'a point été bissextile, on a pris C. En 1800 il y aura proemptose & métemptose, & ainsi on retiendra l'indice C. En 1900 il y aura encore métemptose, & on prendra B qu'on retiendra en 2000, parce qu'il n'y aura ni l'une ni l'autre.
La raison de ces différentes opérations est 1°. que la métemptose fait arriver la nouvelle lune un jour plus tard ; ainsi il faut augmenter de l'unité chaque chiffre du cycle des épactes. Car si l'épacte est, par exemple, 23, la nouvelle lune devroit arriver suivant le calendrier des épactes, à tous les jours de chaque mois où le chiffre 23 est marqué. Mais à cause de l'année non bissextile elle n'arrivera que le jour suivant qui a 24 ; ainsi il faudra prendre 24 au lieu de 23 pour épactes, & ainsi des autres.
2°. Quand il y a proemptose seulement, la nouvelle lune arrive réellement un jour plutôt que ne le marque le calendrier des épactes. Ainsi il faut diminuer chaque nombre du cycle d'une unité, par conséquent on prend le cycle supérieur.
3°. Quand il n'y a ni métemptose ni proemptose, on garde le cycle où l'on est, parce que l'épacte donne alors assez exactement la nouvelle lune ; & on garde aussi ce même cycle, quand il y a métemptose & proemptose, parce que l'une fait retarder la nouvelle lune d'un jour ; & l'autre la fait avancer d'autant : ainsi elles détruisent réciproquement leur effet. Voyez Clavius qui a fait le calcul d'un cycle de 301800 ans, au bout duquel tems les mêmes indices reviennent, & dans le même ordre. Chambers. (O)
|
| MÉTÉORE | S. m. (Physiq.) corps ou apparence d'un corps qui paroît pendant quelque tems dans l'atmosphere, & qui est formé des matieres qui y nagent.
Il y en a de trois sortes : 1°. les météores ignés, composés d'une matiere sulphureuse qui prend feu ; tels sont les éclairs, le tonnerre, les feux follets, les étoiles tombantes, & d'autres qui paroissent dans l'air. Voyez TONNERRE, FEU FOLLET, &c.
2°. Les météores aériens, qui sont formés d'exhalaisons. Voyez EXHALAISON.
3°. Les météores aqueux qui sont composés de vapeurs, ou de particules aqueuses ; tels sont les nuages, les arcs-en-ciel, la grêle, la neige, la pluie, la rosée, & d'autres semblables. Voyez NUAGE, ARC-EN-CIEL, GRELE, PLUIE, &c. Chambers.
|
| MÉTÉORIQUE | REGNE (Chimie & Mat. médic.) Voyez sous le mot REGNE.
|
| MÉTÉORISME | S. m. (Med.) ; ce mot est dérivé de & , qui signifie je leve, je suspends, d'où sont formés & . Hippocrate se sert souvent de cette expression pour désigner une respiration sublime qu'on appelle athopnée, des douleurs superficielles, profondes, &c. c'est ainsi qu'il dit ; & il emploie le mot de météorisme pour exprimer une tumeur fort élevée (Epid. lib. V.), & il attache dans un autre endroit à ce mot une signification toute différente (Coac. praenot. n °. 494.) lorsqu'il l'applique à un malade qui se leve pour s'asseoir, & il en tire un bon signe quand il le fait d'une façon aisée. Dans les ouvrages récens de Médecine on appelle plus proprement météorisme une tension & élévation douloureuse du bas-ventre, qu'on observe dans les fievres putrides, & qui manque rarement dans celles qui sont strictement malignes ; ce symptôme en impose communément aux praticiens timides pour une inflammation du bas-ventre, & les empêche, ce qui dans bien des occasions n'est pas un mal, de donner des purgatifs un peu efficaces. Il est facile de distinguer le météorisme qu'on pourroit appeller inflammatoire, d'avec celui qui ne dépend vraisemblablement que d'un boursoufflement des boyaux, occasionné par des vents ou par des matieres vaporeuses, qui est propre aux fievres malignes. Dans le météorisme inflammatoire le pouls est dur, serré, convulsif ; les douleurs rapportées au bas-ventre sont extrêmement aigues ; elles augmentent par la pression qu'on fait avec la main en palpant le ventre. il y a assez ordinairement hocquet, constipation, &c. on peut encore tirer d'autres éclaircissemens des causes qui ont précédé ; l'autre espece de météorisme est pour l'ordinaire sans douleur, ou n'est accompagné que d'une douleur légere, & qu'on ne rend sensible qu'en pressant ; le pouls n'a point de caractere particulier différent de celui qui est propre à l'état & au tems de la maladie. Dans celui-ci on peut sans crainte donner les remedes qu'exigent la maladie : les purgatifs loin de l'augmenter le dissipent très-souvent ; les fomentations émollientes que la routine vulgaire a spécialement consacrées dans ce cas sont absolument inutiles, & ne font que fatiguer & inquiéter à pure perte le malade : les huiles dont on les gorge dans la même vue sont au moins très ineffaçables ; ces remedes sont moins déplacés dans le météorisme inflammatoire : les purgatifs forts, & sur-tout l'émétique, seroient extrêmement nuisibles, & même mortels ; du reste, les remedes vraiment curatifs ne different pas de ceux qui conviennent dans l'inflammation du bas-ventre. Voyez INFLAMMATION & BAS-VENTRE, maladie du (m).
|
| MÉTÉOROLOGIE | S. f. (Physiq.) est la science des météores, qui explique leur origine, leur formation, leurs différentes especes, leurs apparences, &c. Voyez METEORE.
|
| MÉTÉOROLOGIQUE | adj. (Physiq.) se dit de tout ce qui a rapport aux météores, & en général aux différentes altérations & changemens qui arrivent dans l'air & dans le tems.
Observations météorologiques d'une année sont les observations de la quantité de pluie & de neige qui est tombée pendant cette année-là dans quelque endroit ; des variations du barometre, du thermometre, &c. On trouve dans chaque volume des mémoires de l'académie des sciences de Paris les observations météorologiques pour l'année à laquelle ce volume appartient.
METEOROLOGIQUES, (instrumens) sont des instrumens construits pour montrer l'état ou la disposition de l'atmosphere, par rapport à la chaleur ou au froid, au poids, à l'humidité, &c. comme aussi pour mesurer les changemens qui lui arrivent à ces égards, & pour servir par conséquent à prédire les altérations du tems, comme pluie, vent, neige, &c. Sous cette classe d'instrumens sont compris les barometres, les thermometres, les hygrometres, manometres, anémometres, qui sont divisés chacun en différentes especes. Voyez les articles BAROMETRE, THERMOMETRE, HYGROMETRE, &c.
|
| MÉTÉOROMANCIE | S. f. (Divin.) divination par les météores ; & comme les météores ignés sont ceux qui jettent le plus de crainte parmi les hommes, la météoromancie désigne proprement la divination par le tonnerre & les éclairs. Cette espece de divination passa des Toscans aux Romains, sans rien perdre de ce qu'elle avoit de frivole. Seneque nous apprend que deux auteurs graves, & qui avoient exercé des magistratures, écrivoient à Rome sur cette matiere. Il semble même que l'un d'eux l'épuisa entierement ; car il donnoit une liste exacte des différentes especes de tonnerres. Il circonstancioit & leurs noms & les prognostics qui s'en pouvoient tirer ; le tout avec un air de confiance plus surprenant encore que les choses qu'il rapportoit. On eut dit, tant cette matiere météorologique lui étoit familiere, qu'il comptoit les tableaux de sa galerie, ou qu'il faisoit la description des fleurs de son jardin. La plus ancienne maladie, la plus invétérée, la plus incurable du genre humain, c'est l'envie de connoître ce qui doit arriver. Ni le voile obscur qui nous cache notre destinée, ni l'expérience journaliere, ni une infinité de tentatives malheureuses, n'ont pu guerir les hommes. Hé ! se dépréviennent-ils jamais d'une erreur agréablement reçue ? Nous sommes sur ce point aussi crédules que nos ancêtres ; nous prêtons comme eux l'oreille à toutes les impostures flatteuses. Pour avoir trompé cent fois, elles n'ont point perdu le droit funeste de tromper encore. (D.J.)
|
| MÉTÉOROSCOPE | S. m. (Physiq.) nom que les anciens Mathématiciens ont donné aux instrumens dont ils se servoient pour observer & marquer les distances, les grandeurs, & la situation des corps célestes, dont ils regardoient plusieurs comme des météores.
On peut donner avec plus de justesse le nom de météoroscopes aux instrumens destinés à faire les observations météorologiques. Voyez METEOROLOGIQUE. (O)
|
| METHER | S. m. (Hist. mod.) c'est ainsi que l'on nomme en Perse un des grands-officiers de la cour du roi, dont la fonction l'oblige à être toujours auprès de sa personne, pour lui présenter des mouchoirs lorsqu'il en a besoin ; ce sublime emploi est rempli par un eunuque, qui a communément le plus grand crédit.
|
| METHODE | S. f. (Logique) la méthode est l'ordre qu'on suit pour trouver la vérité, ou pour l'enseigner. La méthode de trouver la vérité s'appelle analyse ; celle de l'enseigner, synthese. Il faut consulter ces deux articles.
La méthode est essentielle à toutes les sciences, mais sur-tout à la Philosophie. Elle demande 1°. que les termes soient exactement définis, car c'est du sens des termes que dépend celui des propositions, & c'est de celui des propositions que dépend la démonstration. Il est évident qu'on ne sauroit démontrer une these avant que son sens ait été déterminé. Le but de la Philosophie est la certitude ; or il est impossible d'y arriver tant qu'on raisonne sur des termes vagues. 2°. Que tous les principes soient suffisamment prouvés : toute science repose sur certains principes. La Philosophie est une science, donc elle a des principes. C'est de la certitude & de l'évidence de ces principes que dépend la réalité de la Philosophie. Y introduire des principes douteux, les faire entrer dans le fil des démonstrations, c'est renoncer à la certitude. Toutes les conséquences ressemblent nécessairement aux principes dont elles découlent. De l'incertain ne peut naître que l'incertain, & l'erreur est toujours mere féconde d'autres erreurs. Rien donc de plus essentiel à la saine méthode que la démonstration des principes. 3°. Que toutes les propositions découlent, par voie de conséquence légitime, de principes démontrés : il ne sauroit entrer dans la démonstration aucune proposition, qui, si elle n'est pas dans le cas des axiomes, ne doive être démontrée par les propositions précédentes, & en être un résultat nécessaire. C'est la logique qui enseigne à s'assurer de la validité des conséquences. 4°. Que les termes qui suivent s'expliquent par les précédens : il y a deux cas possibles ; ou bien l'on avance des termes sans les expliquer, ou l'on ne les explique que dans la suite. Le premier cas peche contre la premiere regle de la méthode ; le second est condamné par celle-ci. Se servir d'un terme & renvoyer son explication plus bas, c'est jetter volontairement le lecteur dans l'embarras, & le retenir dans l'incertitude jusqu'à ce qu'il ait trouvé l'explication désirée. 5°. Que les propositions qui suivent se démontrent par les précédentes : on peut raisonner ici de cette façon. On vous avance des propositions dont la preuve ne se trouve nulle part, & alors votre démonstration est un édifice en l'air ; on vous renvoie la preuve de ces propositions à d'autres endroits postérieurs, & alors vous construisez un édifice irrégulier & incommode. Le véritable ordre des propositions est donc de les enchaîner, de les faire naître l'une de l'autre ; de maniere que celles qui précedent servent à l'intelligence de celles qui suivent : c'est le même ordre que suit notre ame dans le progrès de ses connoissances. 6°. Que la condition sous laquelle l'attribut convient au sujet soit exactement déterminée : le but & l'occupation perpétuelle de la Philosophie, c'est de rendre raison de l'existence des possibles, d'expliquer pourquoi telle proposition doit être affirmée, telle autre doit être niée. Or cette raison étant contenue ou dans la définition même du sujet, ou dans quelque condition qui lui est ajoutée, c'est au philosophe à montrer comment l'attribut convient au sujet, ou en vertu de sa définition, ou à cause de quelqu'autre condition ; & dans ce dernier cas, la condition doit être exactement déterminée. Sans cette précaution vous demeurez en suspens, vous ne savez si l'attribut convient au sujet en tout tems & sans condition, ou si l'existence de l'attribut suppose quelque condition, & quelle elle est. 7°. Que les probabilités ne soient données que pour telles, & par conséquent que les hypotheses ne prennent point la place des theses. Si la Philosophie étoit réduite aux seules propositions d'une certitude incontestable, elle seroit renfermée dans des limites trop étroites. Ainsi il est bon qu'elle embrasse diverses suppositions apparentes qui approchent plus ou moins de la vérité, & qui tiennent sa place en attendant qu'on la trouve : c'est ce qu'on appelle des hypotheses. Mais en les admettant il est essentiel de ne les donner que pour ce qu'elles valent, & de n'en déduire jamais de conséquence pour la produire ensuite comme une proposition certaine. Le danger des hypotheses ne vient que de ce qu'on les érige en theses ; mais tant qu'elles ne passent pas pour ainsi dire, les bornes de leur état, elles sont extrêmement utiles dans la Philosophie. Voyez cet article.
Toutes ces différentes regles peuvent être regardées comme comprises dans la maxime générale, qu'il faut constamment faire précéder ce qui sert à l'intelligence & à la démonstration de ce qui suit. La méthode dont nous venons de prescrire les regles est la même que celle des Mathématiciens. On a semblé croire pendant long-tems que leur méthode leur appartenoit tellement, qu'on ne pouvoit la transporter à aucune autre science. M. Wolf a dissipé ce préjugé, & a fait voir dans la théorie, mais sur-tout dans la pratique, & dans la composition de tous ses ouvrages, que la méthode mathématique étoit celle de toutes les sciences, celle qui est naturelle à l'esprit humain, celle qui fait découvrir les vérités de tout genre. N'y eut-il jamais eu de sciences mathématiques, cette méthode n'en seroit pas moins réelle, & applicable par-tout ailleurs. Les Mathématiciens s'en étoient mis en possession, parce qu'ayant à manier de pures abstractions, dont les idées peuvent toujours être déterminées d'une maniere exacte & complete , ils n'avoient rencontré aucun de ces obstacles à l'évidence, qui arrêtent ceux qui se livrent à d'autres idées, de-là un second préjugé, suite du premier ; c'est que la certitude ne se trouve que dans les Mathématiques. Mais en transportant la méthode mathématique à la Philosophie, on trouvera que la vérité & la certitude se manifestent également à quiconque sait ramener tout à la forme réguliere des démonstrations.
METHODE, on appelle ainsi en Mathématique, la route que l'on suit pour résoudre un probleme ; mais cette expression s'applique plus particulierement à la route trouvée & expliquée par un géometre pour résoudre plusieurs questions du même genre, & qui sont renfermées comme dans une même classe ; plus cette classe est étendue, plus la méthode a de mérite. Les méthodes générales pour résoudre à-la-fois par un même moyen un grand nombre de questions, sont infiniment préférables aux méthodes bornées & particulieres pour résoudre des questions isolées. Cependant il est facile quelquefois de généraliser une méthode particuliere, & alors le principal, ou même le seul mérite de l'invention, est dans cette derniere méthode. Voyez FORMULE & DECOUVERTE. (O)
METHODE, (Gram.) ce mot vient du grec, , composé de , trans ou per, & du nom , via. Une méthode est donc la maniere d'arriver à un but par la voie la plus convenable : appliquez ce mot à l'étude des langues ; c'est l'art d'y introduire les commençans par les moyens les plus lumineux & les plus expéditifs. De-là vient le nom de méthode, donné à plusieurs des livres élémentaires destinés à l'étude des langues. Tout le monde connoît les méthodes estimées de P. R. pour apprendre la langue grecque, la latine, l'italienne, & l'espagnole ; & l'on ne connoît que trop les méthodes de toute espece dont on accable sans fruit la jeunesse qui fréquente les colleges.
Pour se faire des idées nettes & précises de la méthode que les maîtres doivent employer dans l'enseignement des langues, il me semble qu'il est essentiel de distinguer 1°. entre les langues vivantes & les langues mortes ; 2°. entre les langues analogues & les langues transpositives.
I. 1°. Les langues vivantes, comme le françois, l'italien, l'espagnol, l'allemand, l'anglois, &c. se parlent aujourd'hui chez les nations dont elles portent le nom : & nous avons, pour les apprendre, tous les secours que l'on peut souhaiter ; des maîtres habiles qui en connoissent le méchanisme & les finesses, parce qu'elles en sont les idiomes naturels ; des livres écrits dans ces langues, & des interpretes sûrs qui nous en distinguent avec certitude l'excellent, le bon, le médiocre, & le mauvais : ces langues peuvent nous entrer dans la tête par les oreilles & par les yeux tout-à-la-fois. Voilà le fondement de la méthode qui convient aux langues vivantes, décidé d'une maniere indubitable. Prenons pour les apprendre, des maîtres nationaux : qu'ils nous instruisent des principes les plus généraux du méchanisme & de l'analogie de leur langue ; qu'ils nous la parlent ensuite & nous la fassent parler ; ajoutons à cela l'étude des observations grammaticales, & la lecture raisonnée des meilleurs livres écrits dans la langue que nous étudions. La raison de ce procédé est simple : les langues vivantes s'apprennent pour être parlées, puisqu'on les parle ; on n'apprend à parler que par l'exercice fréquent de la parole ; & l'on n'apprend à le bien faire, qu'en suivant l'usage, qui, par rapport aux langues vivantes, ne peut se constater que par deux témoignages inséparables, je veux dire, le langage de ceux qui par leur éducation & & leur état sont justement présumés les mieux instruits dans leur langue, & les écrits des auteurs que l'unanimité des suffrages de la nation caractérise comme les plus distingués.
2°. Il en est tout autrement dans les langues mortes, comme l'hébreu, l'ancien grec, le latin. Aucune nation ne parle aujourd'hui ces langues ; & nous n'avons, pour les apprendre, que les livres qui nous en restent. Ces livres même ne peuvent pas nous être aussi utiles que ceux d'une langue vivante ; parce que nous n'avons pas, pour nous les faire entendre, des interprêtes aussi sûrs & aussi autorisés, & que s'ils nous laissent des doutes, nous ne pouvons en trouver ailleurs l'éclaircissement. Est-il donc raisonnable d'employer ici la même méthode que pour les langues vivantes ? Après l'étude des principes généraux du méchanisme & de l'analogie d'une langue morte, débuterons-nous par composer en cette langue, soit de vive voix, soit par écrit ? Ce procédé est d'une absurdité évidente : à quoi bon parler une langue qu'on ne parle plus ? Et comment prétend-on venir à bout de la parler seul, sans en avoir étudié l'usage dans ses sources, ou sans avoir présent un moniteur instruit qui le connoisse avec certitude, & qui nous le montre en parlant le premier ? Jugez par-là ce que vous devez penser de la méthode ordinaire, qui fait de la composition des thèmes son premier, son principal, & presque son unique moyen. Voyez ETUDE, & la Méch. des langues, liv. II. §. j. C'est aussi par-là que l'on peut apprécier l'idée que l'on proposa dans le siecle dernier, & que M. de Maupertuis a réchauffée de nos jours, de fonder une ville dont tous les habitans, hommes & femmes, magistrats & artisans ne parleroient que la langue latine. Qu'avons-nous affaire de savoir parler cette langue ? Est-ce à la parler que doivent tendre nos études ?
Quand je m'occupe de la langue italienne, ou de telle autre qui est actuellement vivante, je dois apprendre à la parler, puisqu'on la parle ; c'est mon objet : & si je lis alors les lettres du cardinal d'Ossat, la Jérusalem délivrée, l'énéïde d'Annibal Caro, ce n'est pas pour me mettre au fait des affaires politiques dont traite le prélat, ou des avantures qui constituent la fable des deux poëmes ; c'est pour apprendre comment se sont énoncés les auteurs de ces ouvrages. En un mot, j'étudie l'italien pour le parler, & je cherche dans les livres comment on le parle. Mais quand je m'occupe d'hébreu, de grec, de latin, ce ne peut ni ne doit être pour parler ces langues, puisqu'on ne les parle plus ; c'est pour étudier dans leurs sources l'histoire du peuple de Dieu, l'histoire ancienne ou la romaine, la Mythologie, les Belles-Lettres, &c. La Littérature ancienne, ou l'étude de la Religion, est mon objet : & si je m'applique alors à quelque langue morte, c'est qu'elle est la clé nécessaire pour entrer dans les recherches qui m'occupent. En un mot, j'étudie l'Histoire dans Hérodote, la Mythologie dans Homere, la Morale dans Platon ; & je cherche dans les grammaires, dans les lexiques, l'intelligence de leur langue, pour parvenir à celle de leurs pensées.
On doit donc étudier les langues vivantes, comme fin, si je puis parler ainsi ; & les langues mortes, comme moyen. Ce n'est pas au reste que je prétende que les langues vivantes ne puissent ou ne doivent être regardées comme des moyens propres à acquérir ensuite des lumieres plus importantes : je m'en suis expliqué tout autrement au mot LANGUE ; & quiconque n'a pas à voyager chez les étrangers, ne doit les étudier que dans cette vûe. Mais je veux dire que la considération des secours que nous avons pour ces langues doit en diriger l'étude, comme si l'on ne se proposoit que de les savoir parler ; parce que cela est possible, que personne n'entend si bien une langue que ceux qui la savent parler, & qu'on ne sauroit trop bien entendre celle dont on prétend faire un moyen pour d'autres études. Au contraire nous n'avons pas assez de secours pour apprendre à parler les langues mortes dans toutes les occasions ; le langage qui résulteroit de nos efforts pour les parler ne serviroit de rien à l'intelligence des ouvrages que nous nous proposerions de lire, parce que nous n'y parlerions guere que notre langue avec les mots de la langue morte ; par conséquent nos efforts seroient en pure perte pour la seule fin que l'on doit se proposer dans l'étude des langues anciennes.
II. De la distinction des langues en analogues & transpositives, il doit naître encore des différences dans la méthode de les enseigner, aussi marquées que celle du génie de ces langues.
1°. Les langues analogues suivent, ou exactement ou de fort près, l'ordre analytique, qui est, comme je l'ai dit ailleurs, (voyez INVERSION & LANGUE) le lien naturel, & le seul lien commun de tous les idiomes. La nature, chez tous les hommes, a donc déja bien avancé l'ouvrage par rapport aux langues analogues, puisqu'il n'y a en quelque sorte à apprendre que ce l'on appelle la Grammaire & le Vocabulaire, que le tour de la phrase ne s'écarte que peu ou point de l'ordre analytique, que les inversions y sont rares ou legeres, & que les ellipses y sont ou peu fréquentes ou faciles à suppléer. Le degré de facilité est bien plus grand encore, si la langue naturelle de celui qui commence cette étude, est elle-même analogue. Quelle est donc la méthode qui convient à ces langues ? Mettez dans la tête de vos éleves une connoissance suffisante des principes grammaticaux propres à cette langue, qui se réduisent à-peu-près à la distinction des genres & des nombres pour les noms, les pronoms, & les adjectifs, & à la conjugaison des verbes. Parlez-leur ensuite sans délai, & faites-les parler, si la langue que vous leur enseignez est vivante ; faites-leur traduire beaucoup, premierement de votre langue dans la leur, puis de la leur dans la vôtre : c'est le vrai moyen de leur apprendre promptement & sûrement le sens propre & le sens figuré de vos mots, vos tropes, vos anomalies, vos licences, vos idiotismes de toute espece. Si la langue analogue que vous leur enseignez, est une langue morte, comme l'hébreu, votre provision de principes grammaticaux une fois faite, expliquez vos auteurs, & faites-les expliquer avec soin, en y appliquant vos principes fréquemment & scrupuleusement : vous n'avez que ce moyen pour arriver, ou plutôt pour mener utilement à la connoissance des idiotismes, où gissent toûjours les plus grandes difficultés des langues. Mais renoncez à tout desir de parler ou de faire parler hébreu ; c'est un travail inutile ou même nuisible, que vous épargnerez à votre éleve.
2°. Pour ce qui est des langues transpositives, la méthode de les enseigner doit demander quelque chose de plus ; parce que leurs écarts de l'ordre analytique, qui est la regle commune de tous les idiomes, doivent y ajoûter quelque difficulté, pour ceux principalement dont la langue naturelle est analogue : car c'est autre chose à l'égard de ceux dont l'idiome maternel est également transpositif ; la difficulté qui peut naître de ce caractere des langues est beaucoup moindre, & peut-être nulle à leur égard. C'est précisément le cas où se trouvoient les Romains qui étudioient le grec, quoique M. Pluche ait jugé qu'il n'y avoit entre leur langue & celle d'Athènes aucune affinité.
" Il étoit cependant naturel, dit-il dans la préface de la Méchanique des Langues, page vij. qu'il en coûtât davantage aux Romains pour apprendre le grec, qu'à nous pour apprendre le latin : car nos langues françoise, italienne, espagnole, & toutes celles qu'on parle dans le midi de l'Europe, étant sorties, comme elles le sont pour la plûpart, de l'ancienne langue romaine ; nous y retrouvons bien des traits de celle qui leur a donné naissance : la latine au contraire ne tenoit à la langue d'Athènes par aucun degré de parenté ou de ressemblance, qui en rendît l'accès plus aisé ".
Comment peut-on croire que le latin n'avoit avec le grec aucune affinité ? A-t-on donc oublié qu'une partie considérable de l'Italie avoit reçû le nom de grande Grece, magna Graecia, à cause de l'origine commune des peuplades qui étoient venues s'y établir ? Ignore-t-on ce que Priscien nous apprend, lib. V. de casibus, que l'ablatif est un cas propre aux Romains, nouvellement introduit dans leur langue, & placé pour cette raison après tous les autres dans la déclinaison ? Ablativus proprius est Romanorum, &.... quia novus videtur à Latinis inventus, vetustati reliquorum casuum concessit. Ainsi la langue latine au berceau avoit précisément les mêmes cas que la langue grecque ; & peut-être l'ablatif ne s'est-il introduit insensiblement, que parce qu'on prononçoit un peu différemment la finale du datif, selon qu'il étoit ou qu'il n'étoit pas complément d'une préposition. Cette conjecture se fortifie par plusieurs observations particulieres : 1°. le datif & l'ablatif pluriels sont toûjours semblables : 2°. ces deux cas sont encore semblables au singulier dans la seconde déclinaison : 3°. on trouve morte au datif dans l'épitaphe de Plaute, rapportée par Aulu-Gelle, Noct. Att. I. xxiv. & au contraire on trouve dans Plaute lui-même, oneri, furfuri, &c. à l'ablatif ; parce qu'il y a peu de différence entre les voyelles e & i, d'où vient même que plusieurs noms de cette déclinaison ont l'ablatif terminé des deux manieres : 4°. le datif de la quatrieme étoit anciennement en u, comme l'ablatif, & Aulu-Gelle, IV. xvj. nous apprend que César lui-même dans ses livres de l'Analogie, pensoit que c'étoit ainsi qu'il devoit se terminer : 5°. le datif de la cinquieme fut autrefois en e, comme il paroît par ce passage de Plaute, Mercat. I. j. 4. Amatores, qui aut nocti, aut die, aut soli, aut lunae miserias narrant suas : 6°. enfin l'ablatif en â long de la premiere, pourroit bien n'être long, que parce qu'il vient de la diphtongue ae du datif. La déclinaison latine offre encore bien d'autres traits d'imitation & d'affinité avec la déclinaison grecque. Voyez GENITIF, n. I.
Pour ce qui concerne les étymologies grecques de quantité de mots latins, il n'est pas possible de résister à la preuve que nous fournit l'excellent ouvrage de Vossius le pere, etymologicon linguae latinae ; & je suis persuadé que de la comparaison détaillée des articles de ce livre avec ceux du Dictionnaire étymologique de la langue françoise par Ménage, il s'ensuivroit qu'à cet égard l'affinité du latin avec le grec est plus grande que celle du françois avec le latin.
Je dirois donc au contraire qu'il doit naturellement nous en couter davantage pour apprendre le latin, qu'aux Romains pour apprendre le grec : car outre que la langue de Rome trouvoit dans celle d'Athènes les radicaux d'une grande partie de ses mots, la marche de l'une & de l'autre étoit également transpositive ; les noms, les pronoms, les adjectifs, s'y déclinoient également par cas ; le tour de la phrase y étoit également elliptique, également pathétique, également harmonieux ; la prosodie en étoit également marquée, & presque d'après les mêmes principes ; & d'ailleurs le grec étoit pour les Romains une langue vivante qui pouvoit leur être inculquée & par l'exercice de la parole, & par la lecture des bons ouvrages. Au contraire nos langues, françoise, Italienne, espagnole, &c. ne tiennent à celle de Rome, que par quelques racines qu'elles y ont empruntées ; mais elles n'ont au surplus avec cette langue ancienne aucune affinité qui leur en rende l'accès plus facile ; leur construction usuelle est analytique ou très-approchante ; le tour de la phrase n'y souffre ni transposition considérable, ni ellipse hardie ; elles ont une prosodie moins marquée dans leurs détails ; & d'ailleurs le latin est pour nous une langue morte, pour laquelle nous n'avons pas autant de secours que les Romains en avoient dans leur tems pour le grec.
Nous devons donc mettre en oeuvre tout ce que notre industrie peut nous suggérer de plus propre à donner aux commençans l'intelligence du latin & du grec ; & j'ai prouvé, article INVERSION, que le moyen le plus lumineux, le plus raisonnable, & le plus autorisé par les auteurs mêmes à qui la langue latine étoit naturelle, c'est de ramener la phrase latine ou grecque à l'ordre & à la plénitude de construction analytique. Je n'avois que cela à prouver dans cet article : j'ajoûte dans celui-ci, qu'il faut donner aux commençans des principes qui les mettent en état le plus promptement qu'il est possible d'analyser seuls & par eux-mêmes ; ce qui ne peut être le fruit que d'un exercice suivi pendant quelque tems, & fondé sur des notions justes, précises, & invariables. Ceci demande d'être développé.
Personne n'ignore que la tradition purement orale des principes qu'il est indispensable de donner aux enfans, ne feroit en quelque sorte qu'effleurer leur ame : la légereté de leur âge, le peu ou le point d'habitude qu'ils ont d'occuper leur esprit, le manque d'idées acquises qui puissent servir comme d'attaches à celles qu'on veut leur donner ; tout cela & mille autres causes justifient la nécessité de leur mettre entre les mains des livres élémentaires qui puissent fixer leur attention pendant la leçon, les occuper utilement après, & leur rendre en tout tems plus facile & plus prompte l'acquisition des connoissances qui leur conviennent. C'est sur-tout ici que se vérifie la maxime d'Horace, Art poét. 180.
Segniùs irritant animos demissa per aures,
Quàm quae sunt oculis subjecta fidelibus.
On pourroit m'objecter que j'insiste mal-à-propos sur la nécessité des livres élémentaires, puisqu'il en existe une quantité prodigieuse de toute espece, & qu'il n'y a d'embarras que sur le choix. Il est vrai que graces à la prodigieuse fécondité des faiseurs de rudimens, de particules, de méthodes, les enfans que l'on veut initier au latin ne manquent pas d'être occupés ; mais le sont-ils d'une maniere raisonnable, le sont-ils avec fruit ? Je ne prendrai pas sur moi de répondre à cette question ; je me contenterai d'observer que presque tous ces livres ont été faits pour enseigner aux commençans la fabrique du latin, & la composition des thèmes ; que la méthode des thèmes tombe de jour en jour dans un plus grand discrédit, par l'effet des réflexions sages répandues dans les livres excellens des instituteurs les plus habiles, & des écrivains les plus respectables, M. le Fevre de Saumur, Vossius le pere, M. Rollin, M. Pluche, M. Chompré, &c. Qu'il est à desirer que ce discrédit augmente, & qu'on se tourne entierement du côté de la version, tant de vive-voix que par écrit ; que l'un des moyens les plus propres à amener dans la méthode de l'institution publique cette heureuse révolution, c'est de poser les fondemens de la nouvelle méthode, en publiant les livres élémentaires dans la forme qu'elle suppose & qu'elle exige ; & qu'aucun de ceux qu'on a publiés jusqu'à-présent, ou du-moins qui sont parvenus à ma connoissance, ne peut servir à cette fin.
Dans l'intention de prévenir, s'il est possible, une fécondité toujours nuisible à la bonté des fruits, j'ajoute que les livres élémentaires, dans quelque genre d'étude que ce puisse être, sont peut-être les plus difficile à bien faire, & ceux dans lesquels on a le moins réussi. Deux causes y contribuent : d'une part, la réalité de cette difficulté intrinseque, dont on va voir les raisons dans un moment ; & de l'autre, une apparence toute contraire, qui est pour les plus novices un encouragement à s'en mêler, & pour les plus habiles, un véritable piége qui les fait échouer.
Il faut que ces élémens soient réduits aux notions les plus générales, & au nécessaire le plus étroit, parce que, comme le remarque très-judicieusement M. Pluche, il faut que les jeunes commençans voient la fin d'une tâche qui n'est pas de nature à les réjouir, & qu'ils n'en seront que plus disposés à apprendre le tout parfaitement. Ces notions cependant doivent être en assez grande quantité pour servir de fondement à toute la science grammaticale, de solution à toutes les difficultés de l'analyse, d'explication à toutes les irrégularités apparentes ; quoiqu'il faille tout-à-la-fois les rédiger avec assez de précision, de justesse, & de vérité, pour en déduire facilement & avec clarté, en tems & lieu, les développemens convenables, & les applications nécessaires, sans surcharger ni dégoûter les commençans.
L'exposition de ces élémens doit être claire & débarrassée de tout raisonnement abstrait ou métaphysique, parce qu'il n'y a que des esprits déja formés & vigoureux qui puissent en atteindre la hauteur, en saisir le fil, en suivre l'enchaînement, & qu'il s'agit ici de se mettre à la portée des enfans, esprits encore foibles & délicats, qu'il faut soutenir dans leur marche, & conduire au but par une rampe douce & presque insensible. Cependant l'ouvrage doit être le fruit d'une métaphysique profonde, & d'une logique rigoureuse, sinon les idées fondamentales auront été mal vûes ; les définitions seront obscures ou diffuses, ou fausses ; les principes seront mal digérés ou mal présentés ; on aura omis des choses essentielles, ou l'on en aura introduit de superflues ; l'ensemble n'aura pas le mérite de l'ordre, qui répand la lumiere sur toutes les parties, en en fixant la correspondance, qui les fait retenir l'une par l'autre en les enchaînant, qui les féconde en en facilitant l'application. Peut-être même faut-il à l'auteur une dose de métaphysique d'autant plus forte, que les enfans ne doivent pas en trouver la moindre teinte dans son ouvrage.
Ce n'est pas assez pour réussir dans ce genre de travail, d'avoir vû les principes un à un ; il faut les avoir vûs en corps, & les avoir comparés. Ce n'est pas assez de les avoir envisagés dans un état d'abstraction, & d'avoir, si l'on veut, imaginé le systême le plus parfait en apparence ; il faut avoir essayé le tout par la pratique : la théorie ne montre les principes que dans un état de mort ; c'est la pratique qui les vivifie en quelque sorte ; c'est l'expérience qui les justifie. Il ne faut donc regarder les principes grammaticaux comme certains, comme nécessaires, comme admissibles dans nos élémens, qu'après s'être assuré qu'en effet ils fondent les usages qui y ont trait, & qu'ils doivent servir à les expliquer.
Afin d'indiquer à-peu-près l'espece de principes qui peut convenir à la méthode analytique dont je conseille l'usage, qu'il me soit permis d'insérer ici un essai d'analyse, conformément aux vûes que j'insinue dans cet article, & dans l'article INVERSION, & dont on trouvera les principes répandus & développés en divers endroits de cet ouvrage. On y verra l'application d'une méthode que j'ai pratiquée avec succès, & que toutes sortes de raisons me portent à croire la meilleure que l'on puisse suivre à l'égard des langues transpositives ; je ne la propose cependant au public que comme une matiere qui peut donner lieu à des expériences intéressantes pour la religion & pour la patrie, puisqu'elles tendront à perfectionner une partie nécessaire de l'éducation.
Quelques lecteurs délicats trouveront peut-être mauvais que j'ose les occuper de pareilles minuties, & d'observations pédantesques : mais ceux qui peuvent être dans ces dispositions, n'ont pas même entamé la lecture de cet article. Je puis continuer sans conséquence pour eux ; les autres qui seroient venus jusqu'ici, & qui seroient insensibles au motif que je viens de leur présenter, je les plains de cette insensibilité ; qu'ils me plaignent, qu'ils me blâment, s'ils veulent, de celle que j'ai pour leur délicatesse ; mais qu'ils ne s'offensent point, si traitant un point de grammaire, j'emprunte le langage qui y convient, & descens dans un détail minutieux, si l'on veut, mais important, puisqu'il est fondamental.
Je reprens le discours de la mere de Sp. Carvilius à son fils, dont j'avois entamé l'explication (article INVERSION) d'après les principes de M. Pluche.
Quin prodis, mi Spuri, ut quotiescumque gradum facies,
Toties tibi tuarum virtutum veniat in mentem.
Quin est un adverbe conjonctif & négatif. Quin, par apocope, pour quine, qui est composé de l'ablatif commun quî, & de la négation ne ; & cet ablatif quî est le complément de la préposition sous-entendue pro pour ; ainsi quin est équivalent à pro quî ne, pour quoi ne ou ne pas ; quin est donc un adverbe ; puisqu'il équivaut à la préposition pro avec son complément quî ; & cet adverbe est lui-même le complément circonstanciel de cause du verbe prodis. Voyez REGIME. Quin est conjonctif, puisqu'il renferme dans sa signification le mot conjonctif quî ; & en cette qualité il sert à joindre la proposition incidente dont il s'agit (voyez INCIDENTE) avec un antécédent qui est ici sous-entendu, & dont nous ferons la recherche en tems & lieu : enfin quin est négatif, puisqu'il renferme encore dans sa signification la négation ne qui tombe ici sur prodis.
Prodis (tu vas publiquement) est à la seconde personne du singulier du présent indéfini (voyez PRESENT) de l'indicatif du verbe prodire, prodeo, is, ivi, & par syncope ii, itum, verbe absolu actif, (voyez VERBE) & irrégulier, de la quatrieme conjugaison : ce verbe est composé du verbe ire, aller, & de la particule pro, qui dans la composition signifie publiquement ou en public, parce qu'on suppose à la préposition pro le complément ore omnium, pro ore omnium (devant la face de tous) le d a été inséré entre les deux racines par euphonie (voyez EUPHONIE) pour empêcher l'hiatus : prodis est à la seconde personne du singulier, pour s'accorder en nombre & en personne avec son sujet naturel, mi Spuri. Voyez SUJET.
Mi (mon) est au vocatif singulier masculin de meus, a, um, adjectif hétéroclite, de la premiere déclinaison. Voyez PARADIGME. Mi est au vocatif singulier masculin, pour s'accorder en cas, en nombre & en genre avec le nom propre Spuri, auquel il a un rapport d'identité. Voyez CONCORDANCE & IDENTITE.
Spuri (Spurius) est au vocatif singulier de Spurius, ii, nom propre, masculin & hétéroclite, de la deuxieme déclinaison : Spuri est au vocatif, parce que c'est le sujet grammatical de la seconde personne, ou auquel le discours est adressé. Voyez VOCATIF.
Mi Spuri (mon Spurius) est le sujet logique de la seconde personne.
Ut (que) est une conjonction déterminative, dont l'office est ici de réunir à l'antécédent sous-entendu hunc finem, la proposition incidente déterminative, quotiescumque gradum facies, toties tibi tuarum virtutum veniat in mentem.
Quotiescumque (combien de fois) est un adverbe conjonctif ; comme adverbe, c'est le complément circonstanciel de tems du verbe facies ; comme conjonctif, il sert à joindre à l'antécédent toties la proposition incidente déterminative gradum facies.
Gradum (un pas) est à l'accusatif singulier de gradus, ûs, nom masculin de la quatrieme déclinaison ; gradum est à l'accusatif, parce qu'il est le complément objectif du verbe facies ; & par conséquent il doit être après facies dans la construction analytique.
Facies (tu feras) est à la seconde personne du singulier du présent postérieur, voyez PRESENT, de l'indicatif actif du verbe facere (faire) cio, cis, feci, factum, verbe relatif, actif & irrégulier, de la troisieme conjugaison : facies est à la seconde personne du singulier, pour s'accorder en personne & en nombre avec son sujet naturel mi Spuri.
Quotiescumque facies gradum (combien de fois tu feras un pas) est la totalité de la proposition incidente déterminative de l'antécédent toties ; & par conséquent l'ordre analytique lui assigne sa place après toties.
Toties (autant de fois) est un adverbe, complément circonstanciel de tems du verbe veniat.
Toties quotiescumque facies gradum (autant de fois combien de fois tu feras un pas) est la totalité du complément circonstanciel de tems du verbe veniat ; & doit par conséquent venir après veniat dans la construction analytique.
Tibi (à toi) est au datif singulier masculin de tu, pronom de la seconde personne : tibi est au datif, parce qu'il est le complément relatif du verbe veniat ; après lequel il doit donc être placé dans la construction analytique : tibi est au singulier masculin pour s'accorder en nombre & en genre avec son co-relatif Spurius. Voyez PRONOM.
Tuarum (tiennes) est au génitif pluriel feminin de tuus, a, um, adj. de la premiere déclinaison, pour s'accorder en genre, en nombre & en cas avec le nom virtutum, auquel il a un rapport d'identité, & qu'il doit suivre dans la construction analytique.
Virtutum (des vaillances) est au génitif pluriel de virtus, tutis, nom feminin de la troisieme déclinaison, employé ici par une métonymie de la cause pour l'effet, de même que le mot françois vaillance pour action vaillante : virtutum est au génitif, parce qu'il est le complément déterminatif grammatical du nom appellatif sous-entendu recordatio. Voyez GENITIF.
Virtutum tuarum (des vaillances tiennes) est le complément déterminatif logique du nom appellatif sous-entendu recordatio, & doit par conséquent suivre recordatio dans l'ordre analytique.
Il y a donc de sous-entendu recordatio (le souvenir), qui est le nominatif singulier de recordatio onis, nom feminin de la troisieme déclinaison : recordatio est au nominatif, parce qu'il est le sujet grammatical du verbe veniat.
Recordatio virtutum tuarum (le souvenir des vaillances tiennes) est le sujet logique du verbe veniat, & doit conséquemment précéder ce verbe dans la construction analytique.
Veniat (vienne) est à la troisieme personne du singulier du présent indéfini du subjonctif du verbe venire (venir) io, is, i, tum, verbe absolu, actif, de la quatrieme conjugaison : veniat est à la troisieme personne du singulier, pour s'accorder en nombre & en personne avec son sujet grammatical sous-entendu recordatio : veniat est au subjonctif, à cause de la conjonction ut qui doit être suivie du subjonctif, quand elle lie une proposition qui énonce une fin à laquelle on tend.
In (dans) est une préposition dont le complément doit être à l'accusatif, quand elle exprime un rapport de tendance vers un terme, soit physique, soit moral ; au lieu que le complément doit être à l'ablatif, quand cette préposition exprime un rapport d'adhésion à ce terme physique ou moral.
Mentem (l'esprit) est à l'accusatif singulier de mens, tis, nom feminin de la troisieme déclinaison : mentem est à l'accusatif, parce qu'il est le complément de la préposition in.
In mentem (dans l'esprit) est la totalité du complément circonstanciel de terme du verbe veniat, qui doit par conséquent précéder in mentem dans l'ordre analytique.
Voilà donc trois complémens du verbe veniat : le complément circonstanciel du tems, toties quotiescumque facies gradum ; le complément relatif tibi, & le complément circonstanciel de terme, in mentem : tous trois doivent être après veniat dans la construction analytique ; mais dans quel ordre ? Le complément relatif tibi doit être le premier, parce qu'il est le plus court ; le complément circonstanciel de terme in mentem doit être le second, parce qu'il est encore plus court que le complément circonstanciel de tems toties quotiescumque facies gradum ; celui-ci doit être le dernier, comme le plus long. La raison de cet arrangement est que tout complément, dans l'ordre analytique, doit être le plus près qu'il est possible du mot qu'il complete : mais quand un même mot a plusieurs complémens, vû qu'alors ils ne peuvent pas tous être immédiatement après le mot completté ; on place les plus courts les premiers, afin que le dernier en soit le moins éloigné qu'il est possible.
Ainsi, ut recordatio virtutum tuarum veniat tibi in mentem toties quotiescumque facies gradum (que le souvenir des vaillances tiennes vienne à toi dans l'esprit autant de fois combien de fois tu feras un pas), c'est la totalité de la préposition incidente déterminative de l'antécédente sous-entendu hunc finem : elle doit donc, dans l'ordre analytique, être à la suite de l'antécédent hunc finem.
Il y a donc de sous-entendu hunc finem. Hunc (cette) est à l'accusatif singulier masculin de hic, haec, hoc, adjectif de la seconde espece de la troisieme déclinaison. Voyez PARADIGME. Hunc est à l'accusatif singulier masculin pour s'accorder en cas, en nombre & en genre avec le nom finem, auquel il a un rapport d'identité. Finem (fin) est à l'accusatif singulier masculin de finis, is, nom douteux de la troisieme déclinaison. Voyez GENRE, n. IV. Finem est à l'accusatif, parce qu'il est le complément grammatical de la préposition sous-entendue in : finem est aussi l'antécédent grammatical de la proposition incidente déterminative, ut recordatio tuarum virtutum veniat tibi in mentem toties quotiescumque facies gradum ; & hunc finem (cette fin) en est l'antécédent logique.
Hunc finem ut recordatio virtutum tuarum veniat tibi in mentem toties quotiescumque facies gradum (cette fin que le souvenir des vaillances tiennes vienne à toi dans l'esprit autant de fois combien de fois tu feras un pas) ; c'est le complément logique de la préposition sous-entendue in, qui doit être après in par cette raison.
Il y a donc de sous-entendu in (à ou pour), qui est une préposition dont le complément est ici à l'accusatif, parce qu'elle exprime un rapport de tendance vers un terme moral.
In hunc finem ut recordatio virtutum tuarum veniat tibi in mentem toties quotiescumque facies gradum (à cette fin que le souvenir des vaillances tiennes vienne à toi dans l'esprit autant de fois combien de fois tu feras un pas) ; c'est la totalité du complement circonstanciel de fin du verbe prodis ; donc l'ordre analytique doit mettre ce complément après prodis.
Quid prodis, in hunc finem ut recordatio virtutum tuarum veniat tibi in mentem toties quotiescumque facies gradum (pour quoi tu ne vas pas publiquement, à cette fin que le souvenir des vaillances tiennes vienne à toi dans l'esprit autant de fois combien de fois tu feras un pas) ; c'est la totalité de la proposition incidente déterminative de l'antécédent sous-entendu causam, & doit conséquemment suivre l'antécédent causam dans l'ordre analytique.
Il y a donc de sous-entendu causam (la cause), qui est à l'accusatif singulier de causa, ae, nom feminin de la premiere déclinaison ; causam est à l'accusatif, parce qu'il est le complément objectif grammatical du verbe interrogatif sous-entendu dic.
Causam quin prodis, in hunc finem ut recordatio virtutum tuarum veniat tibi in mentem toties quotiescumque facies gradum (la cause pourquoi tu ne vas pas publiquement, à cette fin que le souvenir des vaillances tiennes vienne à toi dans l'esprit autant de fois combien de fois tu feras un pas) ; c'est le complément objectif logique du verbe interrogatif sous-entendu dic ; & doit par conséquent être après ce verbe dans la construction analytique.
Il y a donc de sous-entendu dic (dis) qui est à la seconde personne du singulier du présent postérieur de l'impératif actif du verbe dicere (dire) co, cis, xi, ctum, verbe, relatif, actif, de la troisieme conjugaison ; dic est à la seconde personne du singulier pour s'accorder en personne & en nombre avec son sujet grammatical Spuri : dic est à l'impératif, parce que la mere de Spurius lui demande de dire la cause pourquoi il ne va pas en public, qu'elle l'interroge ; & dic est le seul mot qui puisse ici marquer l'interrogation désignée par le point interrogatif, & par la position de quin adverbe conjonctif à la tête de la proposition écrite. Dic, au lieu de dice, par un apocope qui a tellement prévalu dans le latin, que dice n'y est plus usité, ni dans le verbe simple, ni dans ses composés.
Spuri, que l'on a déja dit le sujet grammatical de la seconde personne, est donc le sujet grammatical du verbe sous-entendu dic ; & par conséquent mi Spuri (mon Spurius) en est le sujet logique : donc mi Spuri doit précéder dic dans l'ordre analytique.
Voici donc enfin la construction analytique & pleine de toute la proposition : mi Spuri, dic causam quin prodis, in hunc finem ut recordatio virtutum tuarum veniat tibi in mentem toties quotiescumque facies gradum.
En voici la traduction littérale qu'il faut faire faire à son éleve mot-à-mot, en cette maniere : mi Spuri (mon Spurius), dic (dis) causam (la cause) quin prodis (pourquoi tu ne vas pas publiquement), in hunc finem (à cette fin) ut (que) recordatio (le souvenir) virtutum tuarum (des vaillances tiennes) veniat (vienne) tibi (à toi) in mentem (dans l'esprit) toties (autant de fois) quotiescumque (combien de fois) facies (tu feras) gradum (un pas) ?
En reprenant tout de suite cette traduction littérale, l'éleve dira : mon Spurius, dis la cause pourquoi tu ne vas pas publiquement, à cette fin que le souvenir des vaillances tiennes vienne à toi dans l'esprit autant de fois combien de fois tu feras un pas ?
Pour faire ensuite passer le commençant, de cette traduction littérale à une traduction raisonnable & conforme au génie de notre langue, il faut l'y préparer par quelques remarques. Par exemple, 1°. que nous imitons les Latins dans nos tours interrogatifs, en supprimant, comme eux, le verbe interrogatif & l'antécédent du mot conjonctif par lequel nous débutons, voyez INTERROGATIF ; qu'ici par conséquent nous pouvons remplacer leur quin par que ne, & que nous le devons, tant pour suivre le génie de notre langue, que pour nous rapprocher davantage de l'original, dont notre version doit être une copie fidele : 2°. qu'aller publiquement ne se dit point en françois, mais que nous devons dire paroître, se montrer en public : 3°. que comme il seroit indécent d'appeller nos enfans mon Jacques, mon Pierre, mon Joseph, il seroit indécent de traduire mon Spurius ; que nous devons dire comme nous dirions à nos enfans, mon fils, mon enfant, mon cher fils, mon cher enfant, ou du moins mon cher Spurius : 4°. qu'au lieu de à cette fin que, nous disions autrefois à icelle fin que, à celle fin que ; mais qu'aujourd'hui nous disons afin que ; 5°. que nous ne sommes plus dans l'usage d'employer les adjectifs mien, tien, sien avec le nom auquel ils ont rapport, comme nous faisions autrefois, & comme font encore aujourd'hui les Italiens, qui disent il mio libro, la mia casa (le mien livre, la mienne maison) ; mais que nous employons sans article les adjectifs possessifs prépositifs mon, ton, son, notre, votre, leur ; qu'ainsi au lieu de dire, des vaillances tiennes, nous devons dire de tes vaillances : 6°. que la métonymie de vaillances pour actions courageuses, n'est d'usage que dans le langage populaire, & que si nous voulons conserver la métonymie de l'original, nous devons mettre le mot au singulier, & dire de ta vaillance, de ton courage, de ta bravoure, comme a fait M. l'abbé d'Olivet, Pens. de Cic. chap. xij. pag. 359. 7°. que quand le souvenir de quelque chose nous vient dans l'esprit par une cause qui précede notre attention, & qui est indépendante de notre choix, il nous en souvient ; & que c'est précisément le tour que nous devons préférer comme plus court, & par-là plus énergique ; ce qui remplacera la valeur & la briéveté de l'ellipse latine.
De pareilles réflexions ameneront l'enfant à dire comme de lui-même : que ne parois-tu, mon cher enfant, afin qu'à chaque pas que tu feras, il te souvienne de ta bravoure ?
Cette méthode d'explication suppose, comme on voit, que le jeune éleve a déja les notions dont on y fait usage ; qu'il connoît les différentes parties de l'oraison, & celles de la proposition ; qu'il a des principes sur les métaplasmes, sur les tropes, sur les figures de construction, & à plus forte raison sur les regles générales & communes de la syntaxe. Cette provision va paroître immense à ceux qui sont paisiblement accoutumés à voir les enfans faire du latin sans l'avoir appris ; à ceux qui voulant recueillir sans avoir semé, n'approuvent que les procédés qui ont des apparences éclatantes, même aux dépens de la solidité des progrès ; & à ceux enfin qui avec les intentions les plus droites & les talens les plus décidés, sont encore arrêtés par un préjugé qui n'est que trop répandu, savoir que les enfans ne sont point en état de raisonner, qu'ils n'ont que de la mémoire, & qu'on ne doit faire fonds que sur cette faculté à leur égard.
Je réponds aux premiers, 1°. que la multitude prodigieuse de regles & d'exceptions de toute espece qu'il faut mettre dans la tête de ceux que l'on introduit au latin par la composition des thèmes, surpasse de beaucoup la provision de principes raisonnables qu'exige la méthode analytique. 2°. Que leurs rudimens sont beaucoup plus difficiles à apprendre & à retenir, que les livres élementaires nécessaires à cette méthode ; parce qu'il n'y a d'une part que désordre, que fausseté, qu'inconséquence, que prolixité ; & que de l'autre tout est en ordre, tout est vrai, tout est lié, tout est nécessaire & précis. 3°. Que l'application des regles quelconques, bonnes ou mauvaises, à la composition des thèmes, est épineuse, fatigante, captieuse, démentie par mille & mille exceptions, & deshonorée nonseulement par les plaintes des savans les plus respectables & des maîtres les plus habiles, mais même par ses propres succès, qui n'aboutissent enfin qu'à la structure méchanique d'un jargon qui n'est pas la langue que l'on vouloit apprendre ; puisque, comme l'observe judicieusement Quintilien, aliud est grammaticè, aliud latinè loqui : au lieu que l'application de la méthode analytique aux ouvrages qui nous restent du bon siecle de la langue latine, est uniforme & par conséquent sans embarras ; qu'elle est dirigée par le discours même qu'on a sous les yeux, & conséquemment exempte des travaux pénibles de la production, j'ai presque dit de l'enfantement ; enfin, que tendant directement à l'intelligence de la langue telle qu'on l'écrivoit, elle nous mene sans détour au vrai, au seul but que nous devions nous proposer en nous en occupant.
Je réponds aux seconds, à ceux qui veulent retrancher du nécessaire, afin de recueillir plûtôt les fruits du peu qu'ils auront semé ; sans même attendre le tems naturel de la maturité, que l'on affoiblit ces plantes & qu'on les détruit en hâtant leur fécondité contre nature ; que les fruits précoces qu'on en retire n'ont jamais la même saveur ni la même salubrité que les autres, si l'on a recours à cette culture forcée & meurtriere ; & que la seule culture raisonnable est celle qui ne néglige aucune des attentions exigées par la qualité des sujets & des circonstances, mais qui attend patiemment les fruits spontanés de la nature secondée avec intelligence, pour les recueillir ensuite avec gratitude.
Je réponds aux derniers, qui s'imaginent que les enfans en général ne sont guere que des automates, qu'ils sont dans une erreur capitale & démentie par mille expériences contraires. Je ne leur citerai aucun exemple particulier ; mais je me contenterai de les inviter à jetter les yeux sur les diverses conditions qui composent la société. Les enfans de la populace, des manoeuvres, des malheureux de toute espece qui n'ont que le tems d'échanger leur sueur contre leur pain, demeurent ignorans & quelquefois stupides avec des dispositions de meilleur augure ; toute culture leur manque. Les enfans de ce que l'on appelle la bourgeoisie honnête dans les provinces, acquierent les lumieres qui tiennent au système d'institution qui y a cours ; les uns se développent plutôt, les autres plus tard, autant dans la proportion de l'empressement qu'on a eu à les cultiver que dans celle des dispositions naturelles. Entrez chez les grands, chez les princes : des enfans qui balbutient encore y sont des prodiges, sinon de raison, du moins de raisonnement ; & ce n'est point une exagération toute pure de la flatterie, c'est un phénomene réel dont tout le monde s'assure par soi-même, & dont les témoins deviennent souvent jaloux, sans vouloir faire les frais nécessaires pour le faire voir dans leur famille : c'est qu'on raisonne sans cesse avec ces embryons de l'humanité que leur naissance fait déja regarder comme des demi-dieux ; & l'humeur singeresse, pour me servir du vieux mais excellent mot de Montagne, l'humeur singeresse, qui dans les plus petits individus de l'espece humaine ne demande que des exemples pour s'évertuer, développe aussi-tôt le germe de raison qui tient essentiellement à la nature de l'espece. Passez de là à Paris, cette ville imitatrice de tout ce qu'elle voit à la cour, & dans laquelle, comme dit La Fontaine, fab. III.
Tout bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs,
Tout petit prince a des ambassadeurs,
Tout marquis veut avoir des pages :
Vous y verrez les enfans des bourgeois raisonner beaucoup plutôt que ceux de la province, parce que dans toutes les familles honnêtes on a l'ambition de se modeler sur les gens de la premiere qualité que l'on a sous les yeux. Il est vrai que l'on observe aussi, qu'après avoir montré les premices les plus flatteuses, & donné les plus grandes espérances, les jeunes parisiens retombent communément dans une sorte d'inertie, dont l'idée se grossit encore par la comparaison sourde que l'on en fait avec le début : c'est que les facultés de leurs parens les forcent de les livrer, à un certain âge, au train de l'institution commune, ce qui peut faire dans ces tendres intelligences une disparate dangereuse ; & que d'ailleurs on continue, parce que la chose ne coûte rien, d'imiter par air les vices des grands, la mollesse, la paresse, la suffisance, l'orgueil, compagnes ordinaires de l'opulence, & ennemies décidées de la raison. Il y a peu de personnes au reste qui n'ait par-devers soi quelque exemple connu du succès des soins que l'on donne à la culture de la raison naissante des enfans ; & j'en ai, de mon côté, qui ont un rapport immédiat à l'utilité de la méthode analytique telle que je la propose ici. J'ai vû par mon expérience, qu'en supposant même qu'il ne fallût faire fonds que sur la mémoire des enfans, il vaut encore mieux la meubler de principes généraux & féconds par eux-mêmes, qui ne manquent pas de produire des fruits dès les premiers développemens de la raison, que d'y jetter, sans choix & sans mesure, des idées isolées & stériles, ou des mots dépouillés de sens.
Je réponds enfin à tous, que la provision des principes qui nous sont nécessaires, n'est pas absolument si grande qu'elle peut le paroître au premier coup d'oeil, pourvu qu'ils soient digérés par une personne intelligente, qui sache choisir, ordonner, & écrire avec précision, & qu'on ne veuille recueillir qu'après avoir semé ; c'est une idée sur laquelle j'insiste, parce que je la crois fondamentale.
Me permettra-t-on d'esquisser ici les livres élémentaires que je suppose nécessairement la méthode analytique ? Je dis d'abord les livres élémentaires, parce que je crois essentiel de réduire à plusieurs petits volumes la tâche des enfans, plutôt que de la renfermer dans un seul, dont la taille pourroit les effrayer : le goût de la nouveauté, qui est très-vif dans l'enfance, se trouvera flatté par les changemens fréquens de livres & de titres ; le changement de volume est en effet une espece de délassement physique, ou du moins une illusion aussi utile ; le changement de titre est un aiguillon pour l'amour-propre, qui se trouve déja fondé à se dire, je sai ceci, qui voit de la facilité à pouvoir se dire bientôt, je sai encore cela, ce qui est peut-être l'encouragement le plus efficace. Je réduirois donc à quatre les livres élémentaires dont nous avons besoin.
1°. Elémens de la grammaire générale appliquée à la langue françoise. Il ne s'agit pas de grossir ce volume des recherches profondes & des raisonnemens abstraits des Philosophes sur les fondemens de l'art de parler ; piscis hic non est omnium. Mais il faut qu'à partir des mêmes points de vûe, on y expose les résultats fondamentaux de ces recherches, & qu'on y trouve détaillées avec justesse, avec précision, avec choix, & en bon ordre, les notions des parties nécessaires de la parole ; ce qui se réduit aux élémens de la voix, aux élémens de l'oraison, & aux élémens de la proposition.
J'entends par les élémens de la voix, prononcée ou écrite, les principes fondamentaux qui concernent les parties élémentaires & intégrantes des mots, considérés matériellement comme des productions de la voix : ce sont donc les sons & les articulations, les voyelles, & les consonnes, qu'il est nécessaire de bien distinguer ; mais qu'il ne faut pas séparer ici, parce que les signes extérieurs aident les notions intellectuelles ; & enfin les syllabes, qui sont, dans la parole prononcée, des sons simples ou articulés ; & dans l'écriture des voyelles seules ou accompagnées de consonnes. Voyez LETTRE, CONSONNE, DIPHTONGUE, VOYELLE, HIATUS, &c. & les articles de chacune des lettres. La matiere que je présente paroît bien vaste ; mais il faut choisir & réduire ; il ne faut ici que les games des idées générales, & tout ce premier traité ne doit occuper que cinq ou six pages in -12. Cependant il faut y mettre les principaux fondemens de l'étymologie, de la prosodie, des métaplasmes, de l'ortographe ; mais peut-être que ces noms-là mêmes ne doivent pas y paroître.
J'entends par les élémens de l'oraison, ce qu'on en appelle communément les parties, ou les différentes especes de mots distinguées par les différentes idées spécifiques de leur signification ; savoir, le nom, le pronom, l'adjectif, le verbe, la préposition, l'adverbe, la conjonction & l'interjection. Il ne s'agit ici que de faire connoître par des définitions justes chacune de ces parties d'oraison, & leurs especes subalternes. Mais il faut en écarter les idées de genres, de nombres, de cas, de déclinaisons, des personnes, de modes : toutes ces choses ne tiennent à la grammaire, que par les besoins de la syntaxe, & ne peuvent être expliquées sans allusion à ses principes, ni par conséquent être entendues que quand on en connoît les fondemens. Il n'en est pas de même des tems du verbe, considérés avec abstraction des personnes, des nombres & des modes ; ce sont des variations qui sortent du fond même de la nature du verbe, & des besoins de l'énonciation, indépendamment de toute syntaxe : ainsi il sera d'autant plus utile d'en mettre ici les notions, qu'elles sont en grammaire de la plus grande importance ; & quoiqu'il faille en écarter les idées de personnes, on citera pourtant les exemples de la premiere, mais sans en avertir. On voit bien qu'il sera utile d'ajouter un chapitre sur la formation des mots, où l'on parlera des primitifs & des dérivés ; des simples & des composés ; des mots radicaux, & des particules radicales ; de l'insertion des particules euphoniques ; des verbes auxiliaires ; de l'analogie des formations, dont on verra l'exemple dans celle des tems, & l'utilité dans le système qui en facilitera l'intelligence & la mémoire. Je crois qu'en effet c'est ici la place de ce chapitre, parce que dans la génération des mots, on n'en modifie le matériel que relativement à la signification. Au reste, ce que j'ai déja dit à l'égard du premier traité, je le dis à l'égard de celui-ci : choisissez, rédigez, n'épargnez rien pour être tout-à-la-fois précis & clair. Voyez MOTS, & tous les articles des différentes especes de mots ; voyez aussi TEMS, PARTICULE, EUPHONIE, FORMATION, AUXILIAIRE, &c.
J'entends enfin par les élémens de la proposition, tout ce qui appartient à l'ensemble des mots réunis pour l'expression d'une pensée ; ce qui comprend les parties, les especes & la forme de la proposition. Les parties, soit logiques soit grammaticales, sont les sujets, l'attribut, lesquels peuvent être simples ou composés, incomplexes ou complexes ; & toutes les sortes de complémens des mots susceptibles de quelque détermination. Les especes de propositions nécessaires à connoître, & suffisantes dans ce traité, sont les propositions simples, composées, incomplexes & complexes, dont la nature tient à celle de leur sujet ou de leur attribut, ou de tous deux à la fois, avec les propositions principales, & les incidentes, soit explicatives, soit déterminatives. La forme de la proposition comprend la syntaxe & la construction. La syntaxe regle les inflexions des mots qui entrent dans la proposition, en les assujettissant aux lois de la concordance qui émanent du principe d'identité, ou aux lois du régime qui portent sur le principe de la diversité : c'est donc ici le lieu de traiter des accidens des mots déclinables, les genres, les nombres, les cas pour certaines langues, & tout ce qui appartient aux déclinaisons ; les personnes, les modes, & tout ce qui constitue les conjugaisons ; les raisons & la destination de toutes ces formes seront alors intelligibles, & conséquemment elles seront plus aisées à concevoir & à retenir : l'explication claire & précise de chacune de ces formes accidentelles, en en indiquant l'usage, formera le code le plus clair & le plus précis de la syntaxe. La construction fixe la place des mots dans l'ensemble de la proposition ; elle est analogue ou inverse : la construction analogue a des regles fixes qu'il faut détailler ; ce sont celles qui reglent l'analyse de la proposition : la construction inverse en a de deux sortes, les unes générales qui découlent de l'analyse de la proposition, les autres particulieres, qui dépendent uniquement des usages de chaque langue. Le champ de ce troisieme traité est plus vaste que le précédent ; mais quoiqu'il comprenne tout ce qui entre ordinairement dans nos grammaires françoises, & même quelque chose de plus, si l'on saisit bien les points généraux, qui sont suffisans pour les vûes que j'indique, je suis assuré que le tout occupera un assez petit espace, relativement à l'étendue de la matiere, & que tout ce premier volume ne sera qu'un in -12 très-mince. Voyez PROPOSITION, INCIDENTE, SYNTAXE, REGIME, INFLEXION, GENRE, NOMBRE, CAS, & les articles particuliers, PERSONNES, MODES & les articles des différens modes, DECLINAISON, CONJUGAISON, PARADIGME, CONCORDANCE, IDENTITE, CONSTRUCTION, INVERSION, &c.
Si je dis que ces élémens de la grammaire générale doivent être appliqués à la langue françoise ; c'est que j'écris principalement pour mes compatriotes : je dirois à Rome qu'il faut les appliquer à la langue italienne ; à Madrid, j'indiquerois la langue espagnole ; à Lisbonne, la portugaise ; à Vienne l'allemande ; à Londres, l'angloise ; par-tout, la langue maternelle des enfans. C'est que les généralités sont toujours les résultats des vûes particulieres, & même individuelles ; qu'elles sont toujours très-loin de la plûpart des esprits ; & plus loin encore de ceux des enfans ; & il n'y a que des exemples familiers & connus qui puissent les en rapprocher. Mais la méthode de descendre des généralités aux cas particuliers est beaucoup plus expéditive que celle de remonter des cas particuliers sans fruit pour la fin, puisqu'elle est inconnue, & que dans celle-là au contraire on envisage toujours le terme d'où l'on est parti.
Je conviens qu'il faut beaucoup d'exemples pour affermir l'idée générale, & que notre livre élémentaire n'en comprendra pas assez : c'est pourquoi je suis d'avis que dès que les éleves auront appris, par exemple, le premier traité des élémens de la voix, on les exerce beaucoup à appliquer ces premiers principes dans toutes les lectures qu'on leur fera faire, pendant qu'ils apprendront le second traité des élémens de l'oraison ; que celui-ci appris on leur en fasse pareillement faire l'application dans leurs lectures, en leur y faisant reconnoître les différentes sortes de mots, les divers tems des verbes, &c. sans négliger de leur faire remarquer de fois à autre ce qui tient au premier traité ; enfin que quand ils auront appris le troisieme, des élémens de la proposition, on les occupe quelque tems à en reconnoître les parties, les especes, & la forme dans quelque livre françois.
Cette pratique a deux avantages : 1°. celui de mettre dans la tête des enfans les principes raisonnés de leur propre langue, la langue qu'il leur importe le plus de savoir, & que communément on néglige le plus malgré les réclamations des plus sages, malgré l'exemple des anciens qu'on estime le plus, & malgré les expériences réitérées du danger qu'il y a à négliger une partie si essentielle ; 2°. celui de préparer les jeunes éleves à l'étude des langues étrangeres, par la connoissance des principes qui sont communs à toutes, & par l'habitude d'en faire l'application raisonnée. Il ne faudra donc point regarder comme perdu le tems qu'ils emploieront à ce premier objet, quoiqu'on ne puisse pas encore en tirer de latin : ce n'est point un détour ; c'est une autre route où ils apprennent des choses essentielles qui ne se trouvent point sur la route ordinaire : ce n'est point une perte ; c'est un retard utile, qui leur épargne une fatigue superflue & dangereuse, pour les mettre en état d'aller ensuite plus aisément, plus sûrement, & plus vîte quand ils entreront dans l'étude du latin, & qu'ils passeront pour cela au second livre élémentaire.
2°. Elémens de la langue latine. Ce second volume supposera toutes les notions générales comprises dans le premier, & se bornera à ce qui est propre à la langue latine. Ces différences propres naissent du génie de cette langue, qui a admis trois genres, & dont la construction usuelle est transpositive ; ce qui y a introduit l'usage des cas & des déclinaisons dans les noms, les pronoms & les adjectifs : il faut les exposer de suite avec des paradigmes bien nets pour servir d'exemples aux principes généraux des déclinaisons, & ajouter ensuite des mots latins avec leur traduction, pour être déclinés comme le paradigme : on joindra aux déclinaisons grammaticales des adjectifs la formation des degrés de signification, qui en est comme la déclinaison philosophique. L'usage des cas dans la syntaxe latine doit être expliqué immédiatement après ; 1°. par rapport aux adjectifs, qui se revêtent de ces formes, ainsi que de celles des genres & des nombres, par la loi de concordance ; 2°. par rapport aux noms & aux pronoms qui prennent tantôt un cas, & tantôt un autre, selon l'exigence du régime : & ceci, comme on voit, amenera naturellement, à propos de l'accusatif & de l'ablatif, les principaux usages des prépositions. Viendront ensuite les conjugaisons des verbes, dont les paradigmes, rendus les plus clairs qu'il sera possible, seront également précédés des regles de formation les plus générales, & suivis des verbes latins traduits pour être conjugués comme le paradigme auquel ils sont rapportés. Les conjugaisons seront suivies de quelques remarques générales sur les usages propres de l'infinitif, des gérondifs, des supins, & sur quelques autres latinismes analogues. Par-tout on aura soin d'indiquer les exceptions les plus considérables ; mais il faut attendre de l'usage la connoissance des autres. Voilà toute la matiere de ce second ouvrage élémentaire, qui sera, comme on voit d'un volume peu considérable. Voyez ceux des articles déjà cités qui conviennent ici, & spécialement SUPERLATIF, INFINITIF, GERONDIF, SUPIN.
On doit bien juger qu'il en doit être de ce livre, comme du précédent, qu'à mesure que l'enfant en aura appris les différens articles, il faudra lui en faire faire l'application sur du latin ; l'accoutumer à y reconnoître les cas, les nombres, les genres, à remonter d'un cas oblique qui se présente au nominatif, & de-là à la déclinaison, d'un comparatif ou d'un superlatif au positif : puis quand il aura appris les conjugaisons, les lui faire reconnoître de la même maniere, & se hâter enfin de l'amener à l'analyse telle qu'on l'a vûe ci-devant ; car cette provision de principes est suffisante, pourvu qu'on ne fasse analyser que des phrases choisies exprès. Mais j'avoue qu'on ne peut pas encore aller bien loin, parce qu'il est rare de trouver du latin sans figures, ou de diction ou de construction, & sans tropes, & que, pour bien entendre le sens d'un écrit, il saut au moins être en état d'entendre les observations qu'un maître intelligent peut faire sur ces matieres. C'est pourquoi il est bon, pendant ces exercices préliminaires sur les principes généraux, de faire apprendre au jeune éleve les fondemens du discours figuré dans le livre qui suit.
3°. Elémens grammaticaux du discours figuré, ou traité élémentaire des métaplasmes, des tropes, & des figures de construction. Ce livre élémentaire se partage naturellement en trois parties analogues & correspondantes à celles du premier ; & il appartient, comme le premier, à la grammaire générale : mais on en prendra les exemples dans les deux langues. Le traité des métaplasmes sera très-court, voyez METAPLASME : les deux autres demandent un peu plus de développement, quoiqu'il faille encore s'attacher à y réduire la matiere au moindre nombre de cas, & aux cas les plus généraux qu'il sera possible. Les définitions doivent en être claires, justes, & précises : les usages des figures doivent y être indiqués avec goût & intelligence : les exemples doivent être choisis avec circonspection, non-seulement par rapport à la forme, qui est ici l'objet immédiat, mais encore par rapport au fonds, qui doit toujours être l'objet principal. On trouvera d'excellentes choses dans le bon ouvrage de M. du Marsais sur les tropes ; & sur l'ellipse en particulier, qui est la principale clé des langues, mais surtout du latin ; il faut consulter avec soin, & pourtant avec quelque précaution, la Minerve de Sanctius, & si l'on veut, le traité des ellipses de M. Grimm, imprimé en 1743 à Francfort & à Léipsic : j'observerai seulement que l'un & l'autre de ces auteurs donne à-peu-près une liste alphabétique des mots supprimés par ellipses dans les livres latins ; & que j'aimerois beaucoup mieux qu'on exposât des regles générales pour reconnoître l'ellipse, & le supplément, ce qui me paroit très-possible en suivant à-peu-près l'ordre des parties de l'oraison avec attention aux lois générales de la syntaxe. V oyez TROPES & les articles de chacun en particulier, CONSTRUCTION, FIGURE, &c.
Je suis persuadé qu'enfin avec cette derniere provision de principes, il n'y a plus guere à ménager que la progression naturelle des difficultés ; mais que cette attention même ne sera pas long-tems nécessaire : tout embarras doit disparoître, parce qu'on a la clé de tout. La seule chose donc que je crois nécessaire, c'est de commencer les premieres applications de ces derniers principes sur la langue maternelle, & peut-être d'avoir pour le latin un premier livre préparé exprès pour le début de notre méthode : voici ma pensée.
4°. Selectae è probatissimis scriptoribus eclogae. Ce titre annonce des phrases détachées ; elles peuvent donc être choisies & disposées de maniere que les difficultés grammaticales ne s'y présentent que successivement. Ainsi on n'y trouveroit d'abord que des phrases très-simples & très-courtes ; puis d'autres aussi simples, mais plus longues ; ensuite des phrases complexes qui en renfermeroient d'incidentes ; & enfin des périodes ménagées avec la même gradation de complexité. Il faudroit y présenter les tours elliptiques avec la même discrétion, & ne pas montrer d'abord les grandes ellipses où il faut suppléer plusieurs mots.
Malgré toutes les précautions que j'insinue, qu'on n'aille pas croire que j'approuvasse un latin factice, où il seroit aisé de préparer cette gradation de difficultés. Le titre même de l'ouvrage que je propose me justifie pleinement de ce soupçon : j'entends que le tout seroit tiré des meilleures sources, & sans aucune altération ; & la raison en est simple. Je l'ai déjà dit ; nous n'étudions le latin que pour nous mettre en état d'entendre les bons ouvrages qui nous restent en cette langue, c'est le seul but où doivent tendre nos efforts : c'est donc le latin de ces ouvrages mêmes qui doit nous occuper, & non un langage que nous n'y rencontrerons pas ; nos premieres tentatives doivent entamer notre tâche, & l'abréger d'autant. Ainsi il n'y doit entrer que ce que l'on pourra copier fidelement dans les auteurs de la plus pure latinité, sans toucher le moins du monde à leur texte ; & cela est d'autant plus facile, que le champ est vaste au prix de l'étendue que doit avoir ce volume élémentaire, qui, tout considéré, ne doit pas excéder quatre à cinq feuilles d'impression, afin de mettre les commençans, aussi-tôt après aux sources mêmes.
Du reste, comme je voudrois que les enfans apprissent ce livre par coeur à mesure qu'ils l'entendroient, afin de meubler leur mémoire de mots & de tours latins ; il me semble qu'avec un peu d'art dans la tête du compilateur, il ne lui seroit pas impossible de faire de ce petit recueil un livre utile par le fonds autant que par la forme : il ne s'agiroit que d'en faire une suite de maximes intéressantes, qui avec le tems pourroient germer dans les jeunes esprits où on les auroit jettées sous un autre prétexte, s'y développer, & y produire d'excellens fruits. Et quand je dis des maximes, ce n'est pas pour donner une préférence exclusive au style purement dogmatique : les bonnes maximes se peuvent présenter sous toutes les formes ; une fable, un trait historique, une épigramme, tout est bon pour cette fin : la morale qui plaît est la meilleure.
Quel mal y auroit-il à accompagner ce recueil d'une traduction élégante, mais fidele vis-à-vis du texte ? L'intelligence de celui-ci n'en seroit que plus facile ; & il est aisé de sentir que l'étude analytique du latin empêcheroit l'abus qui résulte communément des traductions dans la méthode ordinaire. On pourroit aussi, & peut-être seroit-ce le mieux, imprimer à part cette traduction, pour être le sujet des premieres applications de la Grammaire générale à la langue françoise : cette traduction n'en seroit que plus utile quand elle se retrouveroit vis-à-vis de l'original : il seroit plutôt conçu ; la correspondance en seroit plutôt sentie ; & les différences des deux langues en seroient saisies & justifiées plus aisément. Mais dans ce cas le texte devroit aussi être imprimé à part, afin d'éviter une multiplication superflue.
J'ose croire qu'au moyen de cette méthode, & en n'adoptant que des principes de Grammaire lumineux & véritablement généraux & raisonnés, on menera les enfans au but par une voie sûre & débarrassée non-seulement des épines & des peines inséparables de la méthode ordinaire, mais encore de quantité de difficultés qui n'ont dans les livres d'autre réalité que celle qu'ils tirent de l'inéxactitude de nos principes, & de notre paresse à les discuter. Qu'il me soit permis pour justifier cette derniere reflexion, de rappeller ici un texte de Virgile que j'ai cité à l'article INVERSION, & dont j'ai donné la construction telle que nous l'a laissée Servius, & d'après lui saint Isidore de Séville, Aenéïd. II. 348. Voici d'abord ce passage avec la ponctuation ordinaire.
Juvenes, fortissima frustrà,
Pectora, si vobis, audentem extrema, cupido est
Certa sequi ; (quae sit rebus fortuna videtis :
Excessêre omnes, adytis arisque relictis,
Dî quibus imperium hoc steterat :) succurritis urbi
Incensae : moriamur, & in media arma ruamus.
On prétend que l'adverbe frustrâ, mis entre deux virgules dans les premiers vers, tombe sur le verbe succurritis du cinquieme vers ; & la construction d'Isidore & de Servius nous donne à entendre que le second vers avec les deux premiers mots du troisieme, sont liés avec ce qu'on lit dans le sixieme, moriamur & in media arma ruamus. Mais, j'ose le dire hardiment : si Virgile l'avoit entendu ainsi, il se seroit mépris grossierement ; ni la construction analytique ni la construction usuelle du latin ou de quelque langue que ce soit, n'autorisent ni ne peuvent autoriser de pareils entrelacemens, sous prétexte même de l'agitation la plus violente, ou de l'enthousiasme le plus irrésistible : ce ne seroit jamais qu'un verbiage répréhensible, & pour me servir des termes de Quintilien, Inst. VIII. 2. pejor est mistura verborum. Mais rendons plus de justice à ce grand poëte : il savoit très-bien ce qui convenoit dans la bouche d'Enée au moment actuel : que des discours suivis, raisonnés & froids par conséquent, ne pouvoient pas être le langage d'un prince courageux qui voyoit sa patrie subjuguée, la ville livrée aux flammes, au pillage, à la fureur de l'ennemi victorieux, sa famille exposée à des insultes de toute espece ; mais il savoit aussi que les passions les plus vives n'amenent point le phebus & le verbiage dans l'élocution : qu'elles interrompent souvent les propos commencés, parce qu'elles présentent rapidement à l'esprit des torrens, pour ainsi dire, d'idées détachées qui se succedent sans continuité, & qui s'associent sans liaison ; mais qu'elles ne laissent jamais assez de phlegme pour renouer les propos interrompus. Cherchons donc à interpréter Virgile sans tordre en quelque maniere son texte, & suivons sans résistance le cours des idées qu'il présente naturellement. J'en ferois ainsi la construction analytique d'après mes principes. (Je mets en parenthese & en caracteres différens les mots qui suppléent les ellipses.)
Juvenes pectora fortissima frustrà, (dicite) si cupido certa sequi (me) audentem (tentare pericula) extrema est vobis ? videtis quae fortuna sit rebus ; omnes dî (à) quibus hoc imperium steterat, excessêre (ex) adytis, que (ex) aris relictis : (dicite igitur in quem finem) succurritis urbi incensae ? (hoc negotium unum, ut) moriamur & (proinde ut) ruamus in arma media, (decet nos.)
Je conviens que cette construction fait disparoître toutes les beautés & toute l'énergie de l'original ; mais quand il s'agit de reconnoître le sens grammatical d'un texte, il n'est pas question d'en observer les beautés oratoires ou poétiques ; j'ajoute que l'on manquera le second point si l'on n'est d'abord assuré du premier, parce qu'il arrive souvent que l'énergie, la force, les images & les beautés d'un discours tiennent uniquement à la violation des lois minutieuses de la Grammaire, & qu'elles deviennent ainsi le motif & l'excuse de cette transgression. Comment donc parviendra-t-on à sentir ses beautés, si l'on ne commence par reconnoître le procédé simple dont elles doivent s'écarter ? Je n'irai pas me défier des lecteurs jusqu'à faire sur le texte de Virgile l'application du principe que je pose ici : il n'y en a point qui ne puisse la faire aisément ; mais je ferai trois remarques qui me semblent nécessaires.
La premiere concerne trois supplémens que j'ai introduits dans le texte pour le construire ; 1°. (dicite) si cupido, &c. Je ne puis suppléer dicite qu'en supposant que si peut quelquefois, & spécialement ici, avoir le même sens que an (voyez INTERROGATIF) ; or cela n'est pas douteux, & en voici la preuve : an marque proprement l'incertitude, & si désigne la supposition, mais il est certain que quand on connoît tout avec certitude, il n'y a point de supposition à faire, & que la supposition tient nécessairement à l'incertitude : c'est pourquoi l'un de ces deux mots peut entrer comme l'autre dans une phrase interrogative ; & nous trouvons effectivement dans l'Evangile, Matth. xij. 10, cette question : Si licet sabbatis curare ? (est-il permis de guérir les jours de sabbat). Et encore, Luc xxij. 49. Domine si percutimus in gladio ? (Seigneur, frappons-nous de l'épée ?) Et dans saint Marc, x. 2. Si licet viro uxorem dimittere ? (est-il permis à un homme de renvoyer son épouse ?) Ce que l'auteur de la traduction vulgate a surement imité d'un tour qui lui étoit connu, sans quoi il auroit employé an, dont il a fait usage ailleurs. Ajoutez qu'il n'y a ici que le tour interrogatif qui puisse lier cette proposition au reste, puisque nous avons vu que l'explication ordinaire introduisoit un véritable galimathias. 2°. (Dicite igitur in quem finem) succurritis urbi incensae ? C'est encore ici le besoin évident de parler raison, qui oblige à regarder comme interrogative une phrase qui ne peut tenir au reste que par là ; mais en la supposant interrogative, le supplément est donné tel ou à-peu-près tel que je l'indique ici. 3°. (Hoc negotium unum ut,) moriamur & (proinde ut) ruamus in arma media, (decet nos) : les subjonctifs moriamur & ruamus supposent ut, & ut suppose un antécédent (Voyez INCIDENTE & SUBJONCTIF), lequel ne peut guere être que hoc negotium ou hoc negotium unum ; & cela même combiné avec le sens général de ce qui précede, nous conduit au supplément decet nos.
La seconde remarque, c'est qu'il s'ensuit de cette construction qu'il est important de corriger la ponctuation du texte de Virgile en cette maniere :
Juvenes, fortissima frustrà
Pectora, si vobis, audentem extrema, cupido est
Certa sequi ? Quae sit rebus, fortuna videtis :
Excessêre omnes adytis arisque relictis
Dî quibus imperium hoc steterat. Succurritis urbi
Incensae ? moriamur & in media arma ruamus.
La troisieme remarque est la conclusion même que j'ai annoncée en amenant sur la scene ce passage de Virgile, c'est que l'analyse exacte est un moyen infaillible de faire disparoître toutes les difficultés qui ne sont que grammaticales, pourvu que cette analyse porte en effet sur des principes solides & avoués par la raison & par l'usage connu de la langue latine. C'est donc le moyen le plus sûr pour saisir exactement le sens de l'auteur, non-seulement d'une maniere générale & vague, mais dans le détail le plus grand & avec la justesse la plus précise.
Le petit échantillon que j'ai donné pour essai de cette méthode, doit prévenir apparemment l'objection que l'on pourroit me faire, que l'examen trop scrupuleux de chaque mot, de sa correspondance, de sa position, peut conduire les jeunes gens à traduire d'une maniere contrainte & servile, en un mot, à parler latin avec des mots françois. C'est en effet les défauts que l'on remarque d'une maniere frappante dans un auteur anonyme qui nous donna en 1750 (à Paris chez Mouchet, 2 vol. in-12) un ouvrage intitulé : Recherches sur la langue latine, principalement par rapport au verbe, & de la maniere de le bien traduire. On y trouve de bonnes observations sur les verbes & sur d'autres parties d'oraison : mais l'auteur, prévenu qu'Horace sans doute s'est trompé quand il a dit, art. poët. 133, Nec verbum verbo curabis reddere, fidus interpres, rend par-tout avec un scrupule insoutenable, la valeur numérique de chaque mot, & le tour latin le plus éloigné de la phrase françoise : ce qui paroît avoir influé sur sa diction, lors même qu'il énonce ses propres pensées : on y sent le latinisme tout pur : & l'habitude de fabriquer des termes rélatifs à ses vûes pour la traduction, le jette souvent dans le barbarisme. Je trouve, par exemple, à la derniere ligne de la page 780, tome II. on ne les expose à tomber en des défiguremens du texte original ou même en des écarts du vrai sens ; & vers la fin de la page suivante : En effet, après avoir proposé pour exemple dans son traité des études, & qu'il y a beaucoup exalté cette traduction.
On pourroit penser que ceci seroit échappé à l'auteur par inadvertance ; mais il y a peu de pages, dans plus de mille qui forment les deux volumes, où l'on ne puisse trouver plusieurs exemples de pareils écarts, & c'est par système qu'il défigure notre langue : il en fait une profession expresse dès la page 7 de son épitre qui sert de préface, dans une note très-longue, qu'il augmente dans son errata, page 859, de ce mot de Furetiere : Les délicats improuvent plusieurs mots par caprice, qui sont bien françois & nécessaires dans la langue, au mot improuver ; & il a pour ce système, sur-tout dans ses traductions, la fidélité la plus religieuse : c'est qu'il est si attaché au sens le plus littéral, qu'il n'y a point de sacrifices qu'il ne fasse, & qu'il ne soit prêt de faire pour en conserver toute l'intégrité.
Il me semble au contraire que je n'ai montré la traduction littérale qui résulte de l'analyse de la phrase, que comme un moyen de parvenir & à l'intelligence du sens, & à la connoissance du génie propre du latin : car loin de regarder cette interprétation littérale, comme le dernier terme où aboutit la méthode analytique, je ramene ensuite le tout au génie de notre langue, par le secours des observations qui conviennent à notre idiome.
On peut m'objecter encore la longueur de mes procédés : ils exigent qu'on repasse vingt fois sur les mêmes mots, afin de n'omettre aucun des aspects sous lesquels on peut les envisager : de sorte que pendant que j'explique une page à mes éleves, un autre en expliqueroit au-moins une douzaine à ceux qu'il conduit avec moins d'appareil. Je conviens volontiers de cette différence, pourvu que l'on me permette d'en ajouter quelques autres.
1°. Quand les éleves de la méthode analytique ont vu douze pages de latin, ils les savent bien & très-bien, supposé qu'ils y aient donné l'attention convenable ; au lieu que les éleves de la méthode ordinaire, après avoir expliqué douze pages, n'en savent pas profondément la valeur d'une seule, par la raison simple qu'ils n'ont rien approfondi, même avec les plus grands efforts de l'attention dont ils sont capables.
2°. Les premiers voyant sans cesse la raison de tous les procédés des deux langues, la méthode analytique est pour eux une logique utile qui les accoutume à voir juste, à voir profondément, à ne rien laisser au hazard. Ceux au contraire qui sont conduits par la méthode ordinaire, sont dans une voie ténébreuse, où ils n'ont pour guide que des éclairs passagers, que des lueurs obscures ou illusoires, où ils marchent perpétuellement à tâtons, & où, pour tout dire, leur intelligence s'abâtardit au lieu de se perfectionner, parce qu'on les accoutume à ne pas voir ou à voir mal superficiellement.
3°. C'est pour ceux-ci une allure uniforme & toujours la même ; & par conséquent c'est dans tous les tems la même mesure de progrès, aux différences près qui peuvent naître ou des développemens naturels & spontanés de l'esprit ou de l'habitude d'aller. Mais il n'en est pas ainsi de la méthode analytique, outre qu'elle doit aider & accélérer les développemens de l'intelligence, & qu'une habitude contractée à la lumiere est bien plus sûre & plus forte que celle qui nait dans les ténebres, elle dispose les jeunes gens par degrés à voir tout d'un coup l'ordre analytique, sans entrer perpétuellement dans le détail de l'analyse de chaque mot ; & enfin à se contenter de l'appercevoir mentalement, sans déranger l'ordre usuel de la phrase latine pour en connoître le sens. Ceci demande sur l'usage de cette méthode quelques observations qui en feront connoître la pratique d'une maniere plus nette & plus explicite ; & qui répandront plus de lumiere sur ce qui vient d'être dit à l'avantage de la méthode même.
C'est le maître qui dans les commencemens fait aux éleves l'analyse de la phrase de la maniere dont j'ai présenté ci-devant un modele sur un petit passage de Cicéron : il la fait répéter ensuite à ses auditeurs, dont il doit relever les fautes, en leur en expliquant bien clairement l'inconvénient & la nécessité de la regle qui doit les redresser. Cette premiere besogne va lentement les premiers jours, & la chose n'est pas surprenante ; mais la patience du maître n'est pas exposée à une longue épreuve : il verra bientôt croître la facilité à retenir & à repéter avec intelligence : il sentira ensuite qu'il peut augmenter un peu la tâche ; mais il le fera avec discrétion, pour ne pas rebuter ses disciples : il se contentera de peu tant qu'il sera nécessaire, se souvenant toujours que ce peu est beaucoup, puisqu'il est solide & qu'il peut devenir fécond ; & il ne renoncera à parler le premier qu'au bout de plusieurs semaines, quand il verra que les répétitions d'après lui ne coutent plus rien ou presque rien, ou quand il retrouvera quelques phrases de la simplicité des premieres par où il aura débuté, & sur lesquelles il pourra essayer les éleves en leur en faisant faire l'analyse les premiers, après leur en avoir préparé les moyens par la construction.
C'est ici comme le second degré par où il doit les conduire quand ils ont acquis une certaine force. Il doit leur faire la construction analytique, l'explication litérale, & la version exacte du texte ; puis quand ils ont répété le tout, exiger qu'ils rendent d'eux-mêmes les raisons analytiques de chaque mot : ils hésiteront quelquefois, mais bientôt ils trouveront peu de difficulté, à-moins qu'ils ne rencontrent quelques cas extraordinaires ; & je réponds hardiment que le nombre de ceux que l'analyse ne peut expliquer est très-petit.
Les éleves fortifiés par ce second degré, pourront passer au troisieme, qui consiste à préparer eux-mêmes le tout, pour faire seuls ce que le maître faisoit au commencement, l'analyse, la construction, l'explication littérale, & la version exacte. Mais ici, ils auroient besoin, pour marcher plus surement, d'un dictionnaire latin-françois qui leur présentât uniquement le sens propre de chaque mot, ou qui ne leur assignât aucun sens figuré sans en avertir & sans en expliquer l'origine & le fondement. Cet ouvrage n'existe pas, & il seroit nécessaire à l'exécution entiere des vûes que l'on propose ici ; & l'entreprise en est d'autant plus digne de l'attention des bons citoyens, qu'il ne peut qu'être très-utile à toutes les méthodes ; il seroit bon qu'on y assignât les radicaux latins des derivés & des composés, le sens propre en est plus sensible.
Exercés quelque tems de cette maniere, les jeunes gens arriveront au point de ne plus faire que la construction pour expliquer littéralement & traduire ensuite avec correction, sans analyser préalablement les phrases. Alors ils seront au niveau de la marche ordinaire ; mais quelle différence entr'eux & les enfans qui suivent la méthode vulgaire ! Sans entrer dans aucun détail analytique, ils verront pourtant la raison de tout par l'habitude qu'ils auront contractée de ne rien entendre que par raison : certains tours, qui sont essentiellement pour les autres des difficultés très-grandes & quelquefois insolubles, ou ne les arrêtent point du tout, ou ne les arrêtent que l'instant qu'il leur faudra pour les analyser : tout ce qu'ils expliqueront, ils le sauront bien, & c'est ici le grand avantage qu'ils auront sur les autres, pour qui il reste toujours mille obscurités dans les textes qu'ils ont expliqués le plus soigneusement, & des obscurités d'autant plus invincibles & plus nuisibles, qu'on n'en a pas même le soupçon : ajoutez-y que désormais ils iront plus vîte que l'on ne peut aller par la route ordinaire, & que par conséquent ils regagneront en célérité ce qu'ils paroissent perdre dans les commencemens ; ce qui assure à la méthode analytique la supériorité la plus décidée, puisqu'elle donne aux progrès des éleves une solidité qui ne peut se trouver dans la méthode vulgaire, sans rien perdre en effet des avantages que l'on peut supposer à celle-ci.
Je ne voudrois pourtant pas que, pour le prétendu avantage de faire voir bien des choses aux jeunes gens, on abandonnât tout-à-coup l'analyse pour ne plus y revenir : il convient, je crois, de les y exercer encore pendant quelque tems de fois à autre, en réduisant, par exemple, cet exercice à une fois par semaine dans les commencemens, puis insensiblement à une seule fois par quinzaine, par mois, &c. jusqu'à ce que l'on sente que l'on peut essayer de faire traduire correctement du premier coup sur la simple lecture du texte : c'est le dernier point où l'on amenera ses disciples, & où il ne s'agira plus que de les arrêter un peu pour leur procurer la facilité requise, & les disposer à saisir ensuite les observations qui peuvent être d'un autre ressort que de celui de la Grammaire, & dont je dois par cette raison m'abstenir de parler ici.
Je ne dois pas davantage examiner quels sont les auteurs que l'on doit lire par préférence, ni dans quel ordre il convient de les avoir : c'est un point déjà examiné & décidé par plusieurs bons littérateurs, après lesquels mon avis seroit superflu ; & d'ailleurs ceci n'appartient pas à la méthode méchanique d'étudier ou d'enseigner les langues, qui est le seul objet de cet article. Il n'en est pas de même des vûes proposées par M. du Marsais & par M. Pluche, lesquelles ont directement trait à ce méchanisme.
La méthode de M. du Marsais a deux parties, qu'il appelle la routine & la raison. Par la routine il apprend à son disciple la signification des mots tout simplement ; il leur met sous les yeux la construction analytique toute faite avec les supplémens des ellipses ; il met au-dessous la traduction littérale de chaque mot, qu'il appelle traduction interlinéaire : tout cela est sur la page à droite ; & sur celle qui est à gauche, on voit en haut le texte tel qu'il est sorti des mains de l'auteur, & au dessous la traduction exacte de ce texte. Il ne rend dans tout ceci aucune raison grammaticale à son disciple, il ne l'a pas même préparé à s'en douter ; s'il rencontre consilio, il apprend qu'il signifie conseil, mais il ne s'attend ni ne peut s'attendre qu'il trouvera quelque jour la même idée rendue par consilium, consilii, consilio, consiliorum, consiliis : c'est la même chose à l'égard des autres mots déclinables ; l'auteur veut que l'on mene ainsi son éleve, jusqu'à ce que frappé lui-même de la diversité des terminaisons des mêmes mots qu'il aura rencontrés, & des diverses significations qui en auront été les suites, il force le maître par ses questions à lui révéler le mystere des déclinaisons, des conjugaisons, de la syntaxe, qu'il ne lui a encore fait connoître que par instinct. C'est alors qu'a lieu la seconde partie de la méthode qu'il nomme la raison, & qui rentre à-peu-près dans l'esprit de celle que j'ai exposée : ainsi nous ne différons M. du Marsais & moi, que par la routine, dont il regarde l'exercice comme indispensablement préliminaire aux procédés raisonnés par lesquels je débute.
Cette différence vient premierement de ce que M. du Marsais pense que dans les enfans, l'organe, pour ainsi dire, de la raison n'est pas plus proportionné pour suivre les raisonnemens de la méthode analytique, que ne le sont leurs bras pour élever certains fardeaux : ce sont à-peu-près ses termes, (meth. p. 11.) quand il parle de la méthode ordinaire, mais qui ne peuvent plus être appliqués à la méthode analytique préparée selon les vûes & par les moyens que j'ai détaillés. Je ne présente aux enfans aucun principe qui tienne à des idées qu'ils n'ont pas encore acquises ; mais je leur expose en ordre toutes celles dont je prévois pour eux le besoin, sans attendre qu'elles naissent fortuitement dans leur esprit à l'occasion des secousses, si je puis le dire d'un instinct aveugle : ce qu'ils connoissent par l'usage non raisonné de leur langue maternelle me suffit pour fonder tout l'édifice de leur instruction ; & en partant de-là, le premier pas que je leur fais faire en les menant comme par la main, tend déjà au point le plus élevé ; mais c'est par une rampe douce & insensible, telle qu'elle est nécessaire à la foiblesse de leur âge. M. du Marsais veut encore qu'ils acquiérent un certain usage non raisonné de la langue latine, & il veut qu'on les retienne dans cet exercice aveugles jusqu'à ce qu'ils reconnoissent le sens d'un mot à sa terminaison (pag. 32). Il me semble que c'est les faire marcher long-tems autour de la montagne dont on veut leur faire atteindre le sommet, avant que de leur faire faire un pas qui les y conduise ; & pour parler sans allégorie, c'est accoutumer leur esprit à procéder sans raison.
Au reste, je ne désapprouverois pas que l'on cherchât à mettre dans la tête des enfans bon nombre de mots latins, & par conséquent les idées qui y sont attachées ; mais ce ne doit être que par une simple nomenclature, telle à-peu-près qu'est l'indiculus universalis du pere Pomey, ou telle autre dont on s'aviseroit, pourvû que la propriété des termes y fût bien observée. Mais, je le répete, je ne crois les explications non raisonnées des phrases bonnes qu'à abâtardir l'esprit ; & ceux qui croient les enfans incapables de raisonner, doivent pour cela même les faire raisonner beaucoup, parce qu'il ne manque en effet que de l'exercice à la faculté de raisonner qu'ils ont essentiellement, & qu'on ne peut leur contester. Les succès de ceux qui réussissent dans la composition des thèmes, en sont une preuve presque prodigieuse.
C'est principalement pour les forcer à faire usage de leur raison que je ne voudrois pas qu'on leur mît sous les yeux, ni la construction analytique, ni la traduction littérale ; ils doivent trouver tout cela en raisonnant : mais s'il est dans leurs mains, soyez sûr que les portes des sens demeureront fermées, & que les distractions de toute espece, si naturelles à cet âge, rendront inutile tout l'appareil de la traduction interlinéaire. J'ajoute que pour ceux-mêmes qui seront les plus attentifs, il y auroit à craindre un autre inconvénient ; je veux dire qu'ils ne contractent l'habitude de ne raisonner que par le secours des moyens extérieurs & sensibles, ce qui est d'une grande conséquence. J'avoue que dans la routine de M. du Marsais, la traduction interlinéaire & la construction analytique doivent être mises sous les yeux : mais en suivant la route que j'ai tracée, ces moyens deviennent superflus & même nuisibles.
Je n'insisterai pas ici sur la méthode de M. Pluche : outre ce qu'elle peut avoir de commun avec celle de M. du Marsais, je crois avoir suffisamment discuté ailleurs ce qui lui est propre. Voyez INVERSION. B. E. R. M.
METHODE, division méthodique des différentes productions de la nature, animaux, végétaux, minéraux, en classes, genres, especes, voyez CLASSE, GENRE, ESPECE. Dès que l'on veut distinguer les productions de la nature avant de les connoître, il faut nécessairement avoir une méthode. Au défaut de la connoissance des choses, qui ne s'acquiert qu'en les voyant souvent, & en les observant avec exactitude, on tâche de s'instruire par anticipation sans avoir vû ni observé : on supplée à l'inspection des objets réels par l'énoncé de quelques-unes de leurs qualités. Les différences & les ressemblances qui se trouvent entre divers objets étant combinées, constituent des caracteres distinctifs qui doivent les faire connoître, on en compose une méthode, une sorte de gamme pour donner une idée des propriétés essentielles à chaque objet, & présenter les rapports & les contrastes qui sont entre les différentes productions de la nature, en les réunissant plusieurs ensemble dans une même classe en raison de leurs ressemblances, ou en les distribuant en plusieurs classes en raison de leurs différences. Par exemple, les animaux quadrupedes se ressemblent les uns aux autres, & sont réunis en une classe distinguée, selon M. Linnoeus, de celle des oiseaux, des amphibies, des poissons, des insectes, & des vers, en ce que les quadrupedes ont du poil, que leurs piés sont au nombre de quatre, que les femelles sont vivipares, & qu'elles ont du lait. Les oiseaux sont dans une classe différente de celle des quadrupedes, des amphibies, des poissons, des insectes, & des vers, parce qu'ils ont des plumes, deux piés, deux aîles, un bec osseux, & que les femelles sont ovipares, &c.
La division d'une classe en genres & en especes ne seroit pas suffisante pour faire distinguer tous les caracteres différens des animaux compris dans cette classe, & pour descendre successivement depuis les caracteres généraux qui constituent la classe jusqu'aux caracteres particuliers des especes. On est donc obligé de former des divisions intermédiaires entre la classe & le genre ; par exemple, on divise la classe en plusieurs ordres, chaque ordre en plusieurs familles ou tribus, légions, cohortes, &c. chaque famille en genres, & le genre en especes. Les caracteres de chaque ordre sont moins généraux que ceux de la classe, puisqu'ils n'appartiennent qu'à un certain nombre des animaux compris dans cette classe, & réunis dans un des ordres qui en dérivent. Au contraire, ces mêmes caracteres d'un ordre sont plus généraux que ceux d'une des familles dans lesquelles cet ordre est divisé, puisqu'ils ne conviennent qu'aux animaux de cette famille : il en est ainsi des caracteres, des genres & des especes.
Plus il y a de division dans une distribution méthodique, plus elle est facile dans l'usage, parce qu'il y a d'autant moins de branches à chaque division. Par exemple, en supposant que la classe des animaux quadrupedes comprenne deux cent quarante especes, si elle n'étoit divisée qu'en deux genres, il y auroit cent vingt especes dans chacun de ces genres, il faudroit retenir de mémoire cent vingt caracteres différens pour distinguer chaque espece, ce qui seroit difficile ; au contraire en divisant la classe en deux ordres, & chaque ordre en deux genres, il n'y aura plus que soixante especes dans chaque genre : ce seroit encore trop. Mais si la classe étoit divisée en deux ordres, chacun de ces ordres en trois ou quatre familles, chaque famille en trois genres, il n'y auroit que dix especes dans chaque genre, plus ou moins, parce que le nombre des branches ne se trouve pas toujours égal dans chaque division. Dans une classe ainsi divisée, les caracteres spécifiques ne sont pas assez nombreux dans chaque genre pour surcharger la mémoire & pour jetter de la confusion dans l'énumération des especes. Par exemple, M. Klin a divisé les quadrupedes en deux ordres, dont l'un comprend les animaux qui ont de la corne à l'extrêmité des piés, & l'autre ceux qui ont des doigts & des ongles ; chacun de ces ordres est soudivisé en quatre familles ; la premiere de l'ordre des animaux qui ont de la corne à l'extrémité des piés est composée de ceux qui n'ont de la corne que d'une seule piece à chaque pié, & que l'on appelle solidipedes ; les animaux qui ont la corne des piés divisée en deux pieces, & que l'on appelle animaux à piés fourchus, sont dans la seconde famille ; le rhinocéros est dans la troisieme, parce que son pié est divisé en trois pieces ; & l'éléphant dans la quatrieme, parce qu'il a le pié divisé en quatre pieces : la plus nombreuse de ces familles est celle des piés fourchus, elle est soudivisée en cinq genres.
On voit par ces exemples de quelle utilité les distributions méthodiques peuvent être pour les gens qui commencent à étudier l'Histoire naturelle, & même pour ceux qui ont déjà acquis des connoissances dans cette science. Pour les premiers, une méthode est un fil qui les guide dans quelques routes d'un labyrinthe fort compliqué ; & pour les autres, c'est un tableau représentant quelques faits qui peuvent leur en rappeller d'autres s'ils les savent d'ailleurs.
Les objets de l'Histoire naturelle sont plus nombreux que les objets d'aucune autre science ; la durée complete de la vie d'un homme ne suffiroit pas pour observer en détail les différentes productions de la nature ; d'ailleurs pour les voir toutes il faudroit parcourir toute la terre. Mais supposant qu'un seul homme soit parvenu à voir, à observer, & à connoître toutes les diverses productions de la nature ; comment retiendra-t-il dans sa mémoire tant de faits sans tomber dans l'incertitude, qui fait attribuer à une chose ce qui appartient à une autre ? Il faudra nécessairement qu'il établisse un ordre de rapports & d'analogies, qui simplifie & qui abrege le détail en les généralisant. Cet ordre est la vraie méthode par laquelle on peut distinguer les productions de la nature les unes des autres, sans confusion & sans erreur : mais elle suppose une connoissance de chaque objet en entier, une connoissance complete de ses qualités & de ses propriétés. Elle suppose par conséquent la science de l'Histoire naturelle parvenue à son point de perfection. Quoiqu'elle en soit encore bien éloignée, on veut néanmoins se faire des méthodes avec le peu de connoissances que l'on a, & on croit pouvoir, par le moyen de ces méthodes, suppléer en quelque façon les connoissances qui manquent.
Pour juger des ressemblances & des différences de conformation qui sont entre les animaux quadrupedes, il faudroit avoir observé les parties renfermées dans l'intérieur de leur corps comme celles qui sont à l'extérieur, & après avoir combiné tous les faits particuliers, on en retireroit peut-être des résultats généraux dont on pourroit faire des caracteres de classes, d'ordres, de genres, &c. pour une distribution méthodique des animaux ; mais au défaut d'une connoissance exacte de toutes les parties internes & externes, les Méthodistes se sont contentés d'observer seulement quelques-unes des parties externes. M. Linnoeus a établi la partie de sa méthode (Systêma naturae), qui a rapport aux animaux quadrupedes, par des observations faites sur les dents, les mamelles, les doigts ; desorte qu'en combinant la position & la forme de ces différentes parties dans chaque espece d'animaux quadrupedes, il trouve des caracteres pour les distribuer en six ordres, & chaque ordre en plusieurs genres. Avant de proposer une telle division il auroit fallu prouver que les animaux qui se ressemblent les uns aux autres par les dents, les mamelles & les doigts, se ressemblent aussi à tout autre égard, & que par conséquent la ressemblance qui se trouve dans ces parties entre plusieurs especes d'animaux est un indice certain d'analogie entre ces mêmes animaux : mais il est aisé de prouver au contraire que cet indice est très-fautif. Pour s'en convaincre il suffit de jetter les yeux sur la division du premier ordre de la méthode de M. Linnoeus en trois genres, " qui ont pour caracteres communs quatre dents incisives dans chaque mâchoire, & les mamelles sur la poitrine. Je suis toujours surpris de trouver l'homme dans le premier genre, immédiatement au-dessus de la dénomination générale de quadrupedes, qui fait le titre de la classe : l'étrange place pour l'homme ! quelle injuste distribution, quelle fausse méthode met l'homme au rang des bêtes à quatre piés ! Voici le raisonnement sur lequel elle est fondée. L'homme a du poil sur le corps & quatre piés, la femme met au monde des enfans vivans & non pas des oeufs, & porte du lait dans ses mamelles ; donc les hommes & les femmes ont quatre dents incisives dans chaque mâchoire & les mamelles sur la poitrine ; donc les hommes & les femmes doivent être mis dans le même ordre, c'est-à-dire au même rang, avec les singes & les guenons, & avec les mâles & les femelles des animaux appellés paresseux. Voilà des rapports que l'auteur a singulierement combinés pour acquérir le droit de se confondre avec tout le genre humain dans la classe des quadrupedes, & de s'associer les singes & les paresseux pour faire plusieurs genres du même ordre. C'est ici que l'on voit bien clairement que le méthodiste oublie les caracteres essentiels, pour suivre aveuglément les conditions arbitraires de sa méthode ; car quoi qu'il en soit des dents, des poils, des mamelles, du lait & du foetus, il est certain que l'homme, par sa nature, ne doit pas être confondu avec aucune espece d'animal, & que par conséquent il ne faut pas le renfermer dans une classe de quadrupedes, ni le comprendre dans le même ordre avec les singes & les paresseux, qui composent le second & le troisieme genre du premier ordre de la classe des quadrupedes dans la méthode dont il s'agit ". Hist. nat. gen. & part. exp. des méth. tom. IV.
On voit par cet exemple, à quel point l'abus des distributions méthodiques peut être porté ; mais en parcourant plusieurs de ces méthodes, on reconnoît facilement que leurs principes sont arbitraires, puisqu'elles ne sont pas d'accord les unes avec les autres. L'élephant que M. Klein range dans un même ordre avec les solipedes & les animaux à pié fourchu, qui tous ont un ou plusieurs sabots à chaque pié, se trouvent dans la méthode de Rai, avec les animaux qui ont des doigts & des ongles. Et dans la méthode de M. Linnaeus, l'élephant a plus de rapport avec le lamantin, le paresseux, le tamandua & le lézard écailleux, qu'avec tout autre animal. L'auteur donne pour preuve de cette analogie le défaut de dents incisives à l'une ou l'autre des mâchoires, & la démarche difficile qui sont des caracteres communs à tous ces animaux. Mais pourquoi l'auteur a-t-il donné la préference à de tels caracteres, tandis qu'il s'en présentoit tant d'autres, plus apparens & plus importans entre des animaux si differens les uns des autres ? C'est parce qu'il a fait dépendre sa méthode, principalement du nombre & de la position des dents, & qu'en consequence de ce principe, il suffit qu'un animal ait quelque rapport à un autre par les dents, pour qu'il soit placé dans le même ordre.
Ces inconvéniens viennent de ce que les méthodes ne sont établies que sur des caracteres qui n'ont pour objet que quelques-unes des qualités ou des propriétés de chaque animal. Il vient encore de ce vice de principe une erreur presqu'inévitable, tant elle est séduisante. Plus une méthode semble abreger le tems de l'étude en applanissant les obstacles, & satisfaire la curiosité en présentant un grand nombre d'objets à la fois, plus on lui donne de préference & de confiance. Les distributions méthodiques des productions de la nature, telles qu'elles sont employées dans l'étude de l'histoire naturelle, ont tous ces attraits ; non-seulement elles font appercevoir d'un coup d'oeil les différens objets de cette science, mais elles semblent déterminer les rapports qu'ils ont entr'eux, & donner des moyens aussi sûrs que faciles pour les distinguer les unes des autres & pour les connoître chacun en particulier. On se livre volontiers à ces apparences trompeuses ; loin de méditer sur la validité des principes de ces méthodes, on se livre aveuglement à ces guides infideles, & on croit être parvenu à une connoissance exacte & complete des productions de la nature, lorsque l'on n'a encore qu'une idée très-imparfaite de quelques-unes de leurs qualités ou de leurs propriétés, souvent les plus vaines ou les moins importantes. Dans cette prévention on néglige le vrai moyen de s'instruire, qui est d'observer chaque chose dans toutes ses parties, d'examiner autant qu'il est possible toutes ces qualités & toutes ses proprietés. Voyez BOTANIQUE.
METHODE, s. f. (Arts & Sciences) en grec , c'est-à-dire ordre, regle, arrangement. La méthode dans un ouvrage, dans un discours, est l'art de disposer ses pensées dans un ordre propre à les prouver aux autres, ou à les leur faire comprendre avec facilité. La méthode est comme l'architecture des Sciences ; elle fixe l'étendue & les limites de chacune, afin qu'elles n'empiétent pas sur leur terrein respectif ; car ce sont comme des fleuves qui ont leur rivage, leur source, & leur embouchure.
Il y a des méthodes profondes & abrégées pour les enfans de génie, qui les introduisent tout-d'un-coup dans le sanctuaire, & levent à leurs yeux le voile qui dérobe les mysteres au peuple. Les méthodes classiques sont pour les esprits communs qui ne savent pas aller seuls. On diroit, à voir la marche qu'on suit dans la plûpart des écoles, que les maîtres & les disciples ont conspiré contre les Sciences. L'un rend des oracles avant qu'on le consulte ; ceux-ci demandent qu'on les expédie. Le maître, par une fausse vanité, cache son art ; & le disciple par indolence n'ose pas le sonder ; s'il cherchoit le fil, il le trouveroit par lui-même, marcheroit à pas de géant, & sortiroit du labyrinthe dont on lui cache les détours : tant il importe de découvrir une bonne methode pour réussir dans les Sciences.
Elle est un ornement non-seulement essentiel, mais absolument nécessaire aux discours les plus fleuris & aux plus beaux ouvrages. Lorsque je lis, dit Adisson, un auteur plein de génie, qui écrit sans méthode, il me semble que je suis dans un bois rempli de quantité de magnifiques objets qui s'élevent l'un parmi l'autre dans la plus grande confusion du monde. Lorsque je lis un discours méthodique, je me trouve, pour ainsi dire, dans un lieu planté d'arbres en échiquier, où, placé dans ses différens centres, je puis voir toutes les lignes & les allées qui en partent. Dans l'un on peut roder une journée entiere, & découvrir à tout moment quelque chose de nouveau ; mais après avoir bien couru, il ne vous reste que l'idée confuse du total. Dans l'autre, l'oeil embrasse toute la perspective, & vous en donne une idée si exacte, qu'il n'est pas facile d'en perdre le souvenir.
Le manque de méthode n'est pardonnable que dans les hommes d'un grand savoir ou d'un beau génie, qui d'ordinaire abondent trop en pensées pour être exacts, & qui, à cause de cela même, aiment mieux jetter leurs perles à pleines mains devant un lecteur, que de se donner la peine de les enfiler.
La méthode est avantageuse dans un ouvrage, & pour l'écrivain & pour son lecteur. A l'égard du premier, elle est d'un grand secours à son invention. Lorsqu'un homme a formé le plan de son discours, il trouve quantité de pensées qui naissent de chacun de ses points capitaux, & qui ne s'étoient pas offertes à son esprit, lorsqu'il n'avoit jamais examiné son sujet qu'en gros. D'ailleurs, ses pensées mises dans tout leur jour & dans un ordre naturel, les unes à la suite des autres, en deviennent plus intelligibles, & découvrent mieux le but où elles tendent, que jettées sur le papier sans ordre & sans liaison. Il y a toujours de l'obscurité dans la confusion ; & la même période qui, placée dans un endroit, auroit servi à éclairer l'esprit du lecteur, l'embarrasse lorsqu'elle est mise dans un autre.
Il en est à-peu-près des pensées dans un discours méthodique, comme des figures d'un tableau, qui reçoivent de nouvelles graces par la situation où elles se trouvent. En un mot, les avantages qui reviennent d'un tel discours au lecteur, répondent à ceux que l'écrivain en retire. Il conçoit aisement chaque chose, il y observe tout avec plaisir, & l'impression en est de longue durée.
Mais quelques louanges que nous donnions à la méthode, nous n'approuvons pas ces auteurs, & sur-tout ces orateurs méthodiques à l'excès, qui dès l'entrée d'un discours, n'oublient jamais d'en exposer l'ordre, la symmetrie, les divisions & les sous-divisions. On doit éviter, dit Quintilien, un partage trop détaillé. Il en résulte un composé de pieces & de morceaux, plutôt que de membres & de parties. Pour faire parade d'un esprit fécond, on se jette dans la superfluité, on multiplie ce qui est unique par la nature, on donne dans un appareil inutile, plus propre à brouiller les idées qu'à y répandre de la lumiere. L'arrangement doit se faire sentir à mesure que le discours avance. Si l'ordre y est regulierement observé, il n'échappera point aux personnes intelligentes.
Les savans de Rome & d'Athènes, ces grands modèles dans tous les genres, ne manquoient certainement pas de méthode, comme il paroît par une lecture réflechie de ceux de leurs ouvrages qui sont venus jusqu'à nous ; cependant ils n'entroient point en matiere par une analyse détaillée du sujet qu'ils alloient traiter. Ils auroient cru acheter trop cher quelques degrés de clarté de plus, s'ils avoient été obligés de sacrifier à cet avantage, les finesses de l'art, toujours d'autant plus estimable, qu'il est plus caché. Suivant ce principe, loin d'étaler avec emphase l'économie de leurs discours, ils s'étudioient plutôt à en rendre le fil comme imperceptible, tant la matiere de leurs écrits étoit ingénieusement distribuée, les differentes parties bien assorties ensemble, & les liaisons habilement ménagées : ils déguisoient encore leur méthode par la forme qu'ils donnoient à leurs ouvrages ; c'étoit tantôt le style épistolaire, plus souvent l'usage du dialogue, quelquefois la fable & l'allégorie. Il faut convenir à la gloire de quelques modernes, qu'ils ont imité avec beaucoup de succès, ces tours ingénieux des anciens, & cette habileté délicate à conduire un lecteur où l'on veut, sans qu'il s'apperçoive presque de la route qu'on lui fait tenir. (D.J.)
METHODE CURATIVE, (Médecine) ou traitement méthodique des maladies ; c'est-là l'objet précis d'une des cinq parties de la Médecine ; savoir de la Thérapeutique. Voyez THERAPEUTIQUE.
|
| MÉTHODIQUE | On appelloit ainsi une secte d'anciens médecins, qui réduisoient toute la Médecine à un petit nombre de principes communs. Voyez MEDECINS.
Les Méthodiques avoient pour chef Thessalus, d'où leur vint le nom de Thessalici. Galien combat leur doctrine avec force dans plusieurs de ses écrits, & soutient qu'elle détruit entierement ce qu'il y a de bon dans cet art.
Quincy donne mal-à-propos, le nom de Méthodiques aux Médecins qui suivent la doctrine de Galien & des écoles, & qui guérissent avec des purgations & des saignées faites à propos, par opposition aux Empiriques & aux Chymistes, qui usent de remedes violens & de prétendus secrets. Voyez EMPIRIQUE, CHYMISTE, &c.
METHODIQUES, adj. (Hist. de la Médec.) c'est le nom d'une secte fameuse d'anciens médecins, qui eut pour chef Thémison de Laodicée, lequel vivoit avant & sous le regne d'Auguste : il est regardé comme le fondateur du système des Méthodistes, dont Celse donne une si haute idée.
Ce fut la diversité d'opinions qui régna si long-tems entre les deux plus anciennes sectes de la Médecine, savoir les Dogmatiques & les Empyriques, avec les innovations faites dans cet art par Asclépiade entierement opposé à ces deux sectes, qui en fit éclorre une nouvelle appellée Méthodique, par rapport à son but qui étoit d'étendre la méthode, de connoître & de traiter les maladies, plus aisée dans la pratique, & de la mettre à la portée de tout le monde.
Les Méthodistes formoient la secte la plus ancienne des médecins organiques qui a fait le plus de progrès, & qui a le plus simplifié & généralisé les maladies organiques : ils faisoient consister les maladies dans le resserrement & le relâchement des solides (strictum, laxum) & dans le mélange de ces deux vices (mixtum). Ils pensoient qu'on ne pouvoit guere acquerir de connoissances sur les causes des maladies, & qu'on pouvoit moins encore en tirer des indications. En effet, ils ne les tiroient que des maladies mêmes, telles qu'ils les concevoient & qu'elles pouvoient tomber sous les sens : en quoi ils différoient des médecins dogmatiques ou philosophes, qui raisonnoient sur les causes invisibles, & qui croyoient y appercevoir les indications qu'on avoit à remplir : ils ne différoient pas moins aussi à cet égard, des médecins empiriques qui ne tiroient les indications que des symptomes ou des accidens qu'ils observoient dans les maladies.
Ils étoient, ainsi que les Empiriques, très-exacts dans la description des maladies, & ils suivoient Hippocrate dans la distinction des maladies aiguës & des maladies chroniques, & dans le partage de leur cours : savoir le commencement, le progrès, l'état & le déclin ; ils regardoient même ces distinctions comme ce qu'il y avoit de plus important dans la Médecine, réglant le traitement des malades, suivant le genre de leur maladie (c'est-à-dire l'une des trois mentionnées ci-devant), quelle qu'en fût la cause, dont ils se mettoient peu en peine. Ils observoient quelle partie souffroit davantage, l'âge, le sexe du malade, ce qui avoit rapport à la nature du pays qu'il habitoit & à la saison de l'année, &c. lorsque la maladie avoit commencé, & tout cela sans avoir aucun recours à la Philosophie ou à l'Anatomie raisonnée.
Ils s'accordoient avec les Empiriques, en ce qu'ils rejettoient comme eux tout ce qui étoit obscur ; & avec les Dogmatiques, en ce qu'ils admettoient cependant un peu de raisonnement dans leur pratique pour établir l'idée du vice dominant, pourvu que le raisonnement fût fondé sur quelque chose de sensible. C'est pourquoi ils ne faisoient aucun cas des pores, des corpuscules d'Asclepiade dont la doctrine n'étoit qu'imaginaire. Voyez EMPIRIQUE, DOGMATIQUE, MOLECULE, PORE.
Avec tout leur bon sens, ils étoient dans une grande erreur, lorsqu'ils négligeoient les observations particulieres, étant uniquement attachés aux maximes générales, & ne considérant dans les maladies, que ce qu'elles avoient de commun entr'elles. Car les rapports généraux dans les maladies ne sont pas plus l'objet du médecin, que ce qui s'y remarque de particulier en certains cas ; & ces particularités ne méritent pas moins d'attention de sa part, puisqu'il est absolument nécessaire de connoître l'espece particuliere de chaque maladie.
C'est ce que Galien a bien fait sentir, cap. iij. lib. III. acutorum, au sujet d'une morsure de chien enragé. Si une telle plaie est traitée comme les plaies ordinaires, il est indubitable que le malade deviendra bientôt hydrophobe & furieux ; mais étant traité comme ayant reçu cette plaie de la morsure d'un chien enragé, il peut être guéri.
Cependant les Méthodistes s'appliquoient fort soigneusement aux descriptions des maladies & à la recherche de leurs signes diagnostiques ; mais ce n'étoit que pour les rapporter selon qu'ils en jugeoient par ces signes, ou au resserrement ou au relâchement, ou à l'un & à l'autre ensemble : car lorsque les différentes especes de maladies étoient une fois fixées à devoir être regardées décidément comme un effet d'un de ces trois genres de lésion, elles ne leur paroissoient plus exiger aucune autre attention particuliere dans la pratique : leur cure se rapportoit tout simplement à la cause générale.
Ainsi on peut juger de-là combien cette secte de médecins a été pernicieuse à l'avancement de la Médecine : il faut convenir cependant que c'est elle qui a fait naître l'idée des maladies organiques, & qu'effectivement la doctrine de ces médecins renfermoit confusément quelque réalité que l'on pourroit trouver dans l'irritabilité & dans la sensibilité des parties solides de tous les animaux : mais ce n'est que d'une maniere trop générale, bien obscure & bien défectueuse que l'on peut entrevoir cette idée dans la doctrine des Méthodistes. Il ne faut jamais séparer, comme ils ont fait, la laxité & la rigidité des solides de leur action organique ; car ces vices produisent des effets fort différens, si cette action est vigoureuse, ou si elle est débile, ou si elle est spasmodique. C'est principalement par la connoissance de la puissance active des solides que l'on peut juger de leur état dans la santé & dans la maladie.
Il n'y avoit pas plus de cinquante ans que Thémison avoit établi la secte méthodique, lorsque Thessalus de Tralle en Lydie, parut avec éclat sous Neron. Il fut le premier qui étendit le système des Méthodistes, & il passa pour l'avoir porté à sa perfection ; il en étoit même regardé comme le fondateur, à en juger par ce qu'il dit de lui-même. Son imprudence étant si grande, selon Galien, meth. medend. lib. I. qu'il disoit souvent que ses prédécesseurs n'avoient rien entendu, non plus que tous les médecins de son tems, dans ce qui concernoit la conservation de la santé & la guérison des maladies. Il prétendoit avoir tellement simplifié l'art de la Médecine par sa méthode, qu'il disoit quelquefois qu'il n'y avoit personne à qui il ne pût aisément enseigner en six mois toutes les connoissances & les regles de cet art.
Thessalus fut le premier qui introduisit, ou plutôt qui rétablit (car on prétend qu'Asclépiade est auteur de cette pratique) les trois jours d'abstinence, par le moyen desquels les Méthodistes vouloient dans la suite guérir toutes sortes de maladies.
Soranus d'Ephese, qui vécut d'abord à Alexandrie & ensuite à Rome, sous Trajan & Adrien, mit la derniere main au système de la secte des Méthodistes ; & il en fut le plus habile, selon Coelius qui en est aussi un des partisans les plus distingués.
Il étoit africain, natif de Sicca ville de Numidie : on l'a cru contemporain de Galien : on lui est redevable du long détail que l'on a conservé sur la doctrine de la secte méthodique. C'est un écrivain très-exact, & tels étoient tous les Méthodistes. C'est de lui, sur-tout, que l'on sait qu'ils avoient beaucoup d'aversion pour les spécifiques, pour les purgatifs cathartiques (excepté dans l'hydropisie : car en ce cas, Themison lui-même purgeoit), pour les clysteres forts, pour les diurétiques ; pour les narcotiques & pour tous les remedes douloureux, tels que les cauteres, &c. Mais ils faisoient un grand usage des vomitifs, de la saignée, des fomentations & de toutes sortes d'exercices. Ils s'attachoient surtout à contenter les malades, comme faisoit Asclepiade, principalement par rapport à la maniere de se coucher, à la qualité de l'air & des alimens ; ayant parmi eux cette maxime, que les maladies devoient être guéries par les choses les plus simples, telles que celles dont on fait usage dans la santé, & qu'il ne falloit que les diversifier, suivant que les circonstances l'exigeoient.
Les Méthodistes furent encore célebres longtems après Coelius ; & Sextus Empiricus les fait plutôt approcher des Pyrrhoniens ou Sceptiques en Philosophie que les Empiriques : mais il y eut enfin tant de variations parmi eux, & leur doctrine fut si fort alterée, que ce ne furent plus entr'eux que des disputes & des querelles qui firent éclorre deux nouvelles sectes, savoir, les Episynthétiques & les Eclectiques.
Le chef des premiers, dont il n'a été rien dit dans ce Dictionnaire, fut Léonide d'Alexandrie qui vivoit quelque tems après Soranus. Il prétendoit avoir concilié les opinions & réuni les trois sectes dominantes ; savoir, celles des Dogmatiques, des Empiriques & des Méthodistes. C'est pour cette raison que lui & ses sectateurs furent appellés Episynthétiques, mot tiré d'un verbe grec qui signifie entasser ou assembler : c'est tout ce que l'on peut dire, n'ayant pas d'autres lumieres sur ce sujet.
A l'égard des Eclectiques, voyez ce qui en a été dit en son lieu.
Prosper Alpin aimoit tant la doctrine des Méthodistes, qu'il entreprit de faire revivre leur secte, comme il paroît par son livre de Medicina methodica, imprimé en 1611, & dont il a paru depuis une nouvelle édition à Leyde en 1719.
Mais la nouvelle Philosophie commençoit à paroître dans le tems de cet auteur ; & chacun fut bientôt plus attentif à la découverte de la circulation du sang, au système de Descartes, qu'au soin de la chercher, d'estimer ce que les anciennes opinions, même les plus célebres, pouvoient avoir de bon, d'avantageux pour l'avancement de la Médecine. Tel est le pouvoir de la nouveauté sur l'esprit humain !
Pour tout ce qui regarde plus en détail la secte méthodique, il faut consulter l'histoire de la Médecine de Leclerc, celle de Barchusen, l'état de la Médecine ancienne & moderne, traduit de l'anglois de Clifton, les généralités de la Médecine, dans le traité des fievres continues de M. Quesnay, &c. qui sont les différens ouvrages d'où on a extrait ce qui vient de faire la matiere de cet article : d'ailleurs, voyez MEDECINE, FIBRE, MALADIE.
|
| MÉTHODISTE | adj. (Méd.) on appelloit anciennement méthodistes les médecins de la secte méthodique. Voyez METHODIQUE.
|
| MÉTHON | CYCLE DE, Voyez METHONIQUE.
|
| MÉTHONE | (Géog. anc.) les Géographes distinguent plusieurs villes de ce nom dans la Grece. 1°. Méthone de Messénie que Pausanias écrit Mathon. Quelques modernes veulent que ce soit aujourd'hui Modon, & d'autres Mutune. 2°. Méthone de Laconie, selon Thucydide. 3°. Méthone de l'Eubée, selon étienne le géographe. 4°. Méthone de Thessalie. 5°. Enfin, Méthone de Thrace à 40 stades de Pydné. Ce fut, dit Strabon (in excerptis, l. VII.) au siege de Méthone de Thrace, qu'Aster dont Philippe avoit refusé les services, lui tira une fleche de la place ; & sur cette fleche, pour signe de sa vengeance, il avoit écrit : à l'oeil droit de Philippe ; cette fleche creva effectivement l'oeil droit de ce prince. Le siege fut long, & la résistance opiniâtre ; mais la ville se rendit finalement à discrétion. Philippe doublement irrité la ruina de fond en comble, ne permit aux soldats que d'emporter leurs habits, & distribua les terres à ses troupes. (D.J.)
|
| MÉTHONIQUE | ou MÉTONIQUE, adj. cycle méthonique, en Chronologie, est le cycle lunaire ou la période de 19 ans, qui s'appelle de la sorte de Méthon athénien, son inventeur. Voyez CYCLE & PERIODE.
Méthon, pour former cette période ou cycle de 19 ans, supposa l'année solaire de 365 jours 6 h. 18'56''50'''31''''34 v. & le mois lunaire de 29. j. 12 h. 45'47''26'''48''''30 v.
Lorsque le cycle méthonique est révolu, les lunaisons ou les pleines lunes reviennent au même jour du mois ; de façon que si les nouvelles & pleines lunes arrivent cette année à un certain jour, elles tomberont dans 19 ans, suivant le cycle de Méthon, précisément au même jour. Voyez LUNAISON.
C'est ce qui a fait qu'au tems du concile de Nycée, lorsqu'on eut réglé la maniere de déterminer le tems de la Pâque, on inséra dans le calendrier les nombres du cercle méthonique à cause de leur grand usage ; & le nombre du cycle pour chaque année, fut nommé le nombre d'or pour cette année. Voyez NOMBRE D'OR.
Cependant ce cycle a deux défauts ; le premier, de ne pas faire l'année solaire assez grande ; le second, d'être trop court, & de ne pas donner exactement les nouvelles lunes à la même heure, après 19 ans écoulés ; desorte qu'il ne peut servir que pendant environ 300 ans, au-bout desquels les nouvelles & pleines lunes rétrogradent d'environ un jour.
Calippus a prétendu corriger le cycle méthonique, en le multipliant par 4, & formant ainsi une période de 76 ans. Voyez PERIODE CALIPPIQUE, au mot CALIPPIQUE. (O)
|
| MÉTHYDRE | (Géog. anc.) , Methidrium ; ville du Péloponnèse en Arabie, ainsi nommée à cause de sa situation entre deux rivieres, dont l'une s'appelloit Malaeta, & l'autre Mylaon. Orchomene, qui en fut le fondateur, la bâtit sur une éminence. Il y avoit proche de cette ville un temple de Neptune équestre, & une montagne qu'on surnommoit Thaumasie, c'est-à-dire miraculeuse. On prétendoit que c'étoit-là que Cybele, enceinte de Jupiter, trompa Saturne, en lui donnant une pierre au-lieu de l'enfant qu'elle mit au monde. On y montroit aussi la caverne de cette déesse, où personne ne pouvoit entrer que les seules femmes consacrées à son culte. Méthydre n'étoit plus qu'un village du tems de Pausanias, & il appartenoit aux Magalopolitains. Polybe, Thucydide, Xénophon & Etienne le géographe en font mention. (D.J.)
|
| MÉTHYMNE | (Géog. anc.) en latin Methymnus ; ville de la partie occidentale de l'île de Lesbos, sur la lisiere du nord, vis-à-vis le promontorium lectum, aujourd'hui le cap Babourou ; Ptolomée, lib. V. c. ij. la place entre le promontoire Argenum & la ville Antissa. Elle étoit célébre par la bonté de ses vignobles, uvâ methymnaeâ, palmite methymnaeo comme disent Horace & Virgile. Elle l'étoit encore par la naissance d'Arion poëte lyrique qui fleurissoit vers la 38e. olympiade. La fable assure qu'ayant été jetté dans la mer, il fut sauvé par un dauphin, qui le porta sur son dos jusqu'au cap de Ténare près de Lacédémone.
Méthymne subsistoit du tems de Pline, mais à présent on ne voit plus que ses ruines dans l'île de Mételin : & Strabon a si bien décrit la situation de toutes les anciennes villes de l'île de Lesbos, qu'on découvre aisément les endroits qu'elles occupoient, en parcourant le pays son livre à la main.
J'oubliois de dire que nous avons encore des médailles grecques qui ont été frappées à Méthymne ; & qu'il y avoit du tems de Pausanias entr'autres statues de Poëtes & de Musiciens célébres, celle d'Arion le méthymnéen, assis sur un dauphin. J'ajoute enfin que cette ville avoit pris son nom de Methymna, qui étoit une fille de Macaris. (D.J.)
|
| METICAL | S. m. (Hist. mod. Com.) monnoie fictive suivant laquelle on compte dans le royaume de Maroc en Afrique. Dans ce pays les marchands comptent par onces ; chaque once vaut quatre blankits, & seize onces font un métical, qu'ils nomment aussi un ducat d'or : cependant dans le commerce on ne reçoit le vrai ducat que sur le pié de 17 1/3. onces. Le blankit vaut 20 fluces, monnoie de cuivre qui vaut environ un liard. Les maroquins ont de plus une petite monnoie d'argent, qui vaut environ 4 sols ; mais que les Juifs ont grand soin de rogner, ce qui est cause que l'on ne peut recevoir cette monnoie sans l'avoir pesée.
|
| METICHÉE | S. m. (Hist. anc.) tribunal d'Athènes. Il falloit avoir passé 30 ans, s'être fait considérer, & ne rien devoir à la caisse publique, afin d'être admis à l'administration de la justice. En entrant en charge, on juroit à Jupiter, à Apollon & à Cérès, de juger en tout suivant les lois ; & dans les cas où il n'y auroit point de loi, de juger selon la conscience. Le metichée fut ainsi nommé de l'architecte Metichius.
|
| METIER | S. m. (Gram.) on donne ce nom à toute profession qui exige l'emploi des bras, & qui se borne à un certain nombre d'opérations méchaniques, qui ont pour but un même ouvrage, que l'ouvrier repéte sans cesse. Je ne sais pourquoi on a attaché une idée vile à ce mot ; c'est des metiers que nous tenons toutes les choses nécessaires à la vie. Celui qui se donnera la peine de parcourir les atteliers, y verra par-tout l'utilité jointe aux plus grandes preuves de la sagacité. L'antiquité fit des dieux de ceux qui inventerent des metiers ; les siecles suivans ont jetté dans la fange ceux qui les ont perfectionnés. Je laisse à ceux qui ont quelque principe d'équité, à juger si c'est raison ou préjugé qui nous fait regarder d'un oeil si dédaigneux des hommes si essentiels. Le poëte, le philosophe, l'orateur, le ministre, le guerrier, le héros, seroient tout nuds, & manqueroient de pain sans cet artisan l'objet de son mépris cruel.
On donne encore le nom de metier à la machine dont l'artisan se sert pour la fabrication de son ouvrage ; c'est dans ce sens qu'on dit le metier à bas, le metier à draps, le metier à tisserand.
Si nous expliquions ici toutes les machines qui portent ce nom, cet article renfermeroit l'explication de presque toutes nos Planches ; mais nous en avons renvoyés la plûpart au nom des ouvriers ou des ouvrages. Ainsi à bas, on a le metier à bas ; à manufacture en laine, le metier à draps ; à soierie, les metiers en soie ; à gaze, le metier à gaze, & ainsi des autres.
METIER, terme & outil de Brodeur, qui sert pour tenir l'ouvrage en état d'être travaillé. Cette machine est composée de deux gros bâtons quarrés ; de la longueur de 2 à 3 piés, & de deux lattes, de la longueur de 2 piés & demi.
Les bâtons sont garnis tout du long en-dedans, d'un gros canevas, attaché avec des clous pour y coudre l'ouvrage que l'on veut broder. Les deux bouts de chaque bâton sont creusés & traversés par 4 mortaises, pour y faire passer les lattes, ce qui forme une espece de quarré long.
Les lattes sont de petites bandes de bois plat, percées de beaucoup de petits trous pour arrêter les bâtons & les assujettir au point qu'il faut. Voyez la fig.
METIER, en terme d'Epinglier, est un instrument qui leur sert à frapper la tête de leurs épingles. Il est composé d'une planche assez large & épaisse, qui en fait la base, de 2 montans de bois, liés ensemble par une traverse. Dans l'un de ces montans, qui est plus haut que l'autre d'environ un demi pié, passe une bascule, qui vient répondre par une de ses extrémités au milieu de la traverse des montans, & s'y attache à la corde d'un contre-poids assez pesant ; elle répond de l'autre bout à une planche qu'on abaisse avec le pié. Dans cette premiere cage sont 2 autres broches de fer, plantées sur la base du metier, & retenues dans la traverse d'en-haut. Au bas du contre-poids est une autre traverse de fer, qui coule le long de ces broches, & empêche que le contre-poids ne s'écarte du point sur lequel il doit tomber, qui est le trou du poinçon. Il y a dans ce contre-poids un têtoir pareil à celui de dessous, pour former la partie supérieure de la tête, pendant que celui-ci fait l'autre moitié, & par ce moyen la tête est achevée d'un seul coup. Voyez dans les fig. Pl. de l'Epinglier, les deux montans, la traverse, les deux broches, la traverse du contre-poids, le contre-poids, le têtoir supérieur, l'enclavure au têtoir inférieur : la bascule, son articulation avec le montant, la corde qui joint la bascule avec la marche, sur laquelle l'ouvrier appuye le pié pour faire lever le contre-poids, les épingles dont la tête n'est point achevée, les épingles dont la tête est entierement achevée. Les figures de ces Planches de l'Epinglier, représentent un metier à une place, & un metier à quatre ; & d'autres figures représentent le plan d'un metier à quatre places : les places, le contre-poids, l'enclume, la bascule.
METIERS, est un terme de Brasserie ; il signifie la liqueur qu'on tire après qu'on a fait tremper ou bouillir avec la farine ou houblon ; les premieres opérations se nomment premiers metiers, & les secondes seconds metiers ; car on ne leur donne le nom de biere, que lorsqu'ils sont étonnés dans les pieces. Voyez BRASSERIE.
METIER DU DRAPIER, voyez l'article MANUFACTURE EN LAINE.
METIER A PERRUQUIER, est une machine dont les Perruquiers se servent pour tresser les cheveux. Il est composé d'une piece de bois d'environ un pié & demi ou 2 piés de longueur, sur 4 pouces de largeur & 2 d'épaisseur ; cette piece de bois se nomme la barre, & sert de base au métier. Aux deux extrémités de la barre sont deux trous circulaires, destinés à recevoir deux cylindres de bois d'un pouce & demi de diametre, & d'un pié & demi de hauteur, qui se placent dans une situation verticale perpendiculaire à la barre. Ces 2 cylindres appellés les montans, servent à soutenir 5 brins de soie roulés sur eux par les extrémités, dans lesquels on entrelace les cheveux pour en former une tresse. Voyez nos Planches.
METIER DE RUBANIER, est un chassis sur lequel ces ouvriers fabriquent les rubans, &c. Le metier du Rubanier est plus ou moins composé, suivant les ouvrages qu'on veut y fabriquer. Les rubans unis ne demandent pas tant de parties que les rubans façonnés ; & ceux-ci beaucoup moins que les galons & tissus d'or & d'argent. Cependant comme les pieces principales & les plus essentielles de ces différens metiers sont à-peu-près les mêmes, on se contente de décrire ici un metier à travailler les gallons & tissus d'or & d'argent, & les rubans façonnés de plusieurs couleurs ; en faisant remarquer cependant les différences des uns & des autres, suivant que l'occasion s'en représentera. Le metier contient les parties suivantes.
1°. Le chassis, ou comme on dit en terme plus propre le bâti, est composé de 4 piliers ou montans de bois, placés sur un plan parallélogramme, ou carré long. Quatre traverses aussi de bois, joignent ces piliers par en-haut, & 4 autres traverses, dont celle de devant qui est un peu plus élevée s'appelle la poitriniere, les unissent à-peu-près au milieu de leur hauteur : enfin il y a une 9e. traverse au bas du bâti pour mettre les piés de l'ouvrier, où sont attachées les marches qui font lever ou baisser les fils de la chaîne. Les piliers ont 6 ou 7 piés de hauteur, & sont éloignés l'un de l'autre de presqu'autant dans la partie la plus longue du parallélogramme, & seulement de trois ou 4 piés dans la plus étroite.
2°. Le chatelet, c'est un chassis de forme à-peu-près triangulaire, placé au haut du métier, & posé sur 2 plus longues traverses.
3°. Dans le chatelet sont renfermées 24 poulies de chaque côté, autant qu'il y a de marches sous les piés du fabriquant. Les poulies servent à élever les lisserons par le raccourcissement des cordons.
4°. Les tirans, ce sont des ficelles qui étant tirées par les marches font monter les lisserons. Il y a 24 tirans, un tirant pour 2 poulies.
5°. Les harnois, qui est une suite de petites barres qui soutiennent les lisserons, & qui sont suspendues chacune à 2 cordons enroulés autour des poulies.
6°. Les lisserons c'est un nombre de petits filets, bandés vers le bas par un poids, & qui ont vers leur milieu des bouclettes pour recevoir des ficelles transversales appellés rames.
7°. Les platines, ce sont des plaques de plomb ou d'ardoises qu'on suspend sous chaque baguette qui termine chaque ligne des lisserons. Quand le pié de l'ouvrier abandonne une marche, la platine fait retomber les lisserons que le tirant avoit haussés.
8°. Les rames, sont des ficelles qui traversent les lisserons, & dont le jeu est le principal artifice de tout le travail de la Rubanerie ; comme la tire ou l'ordre des cordons qu'on tire pour fleuronner une étoffe, y produit l'exécution du dessein. Ici il ne faut point de second ouvrier pour tirer les cordons ; les marches operent tout sous les piés du tissutier, parce qu'il a pris soin, par avance, de n'étendre au travers des lisserons que le nombre de rames qu'il faut pour prendre certains fils de la chaîne, & en laisser d'autres. Ces rames sont attachées à l'extrémité du metier ; elles montent sur des roulettes qu'on appelle le porterames de derriere, traversent les bouclettes de certains lisserons, & passent entre les autres lisserons sans tenir aux bouclettes ; de-là elles arrivent au porterame de devant, qui est pareillement composé de petites roulettes pour faciliter le mouvement des rames. Celles-ci enfin sont attachées en-devant à d'autres ficelles qui tombent perpendiculairement à l'aide d'un fuseau de plomb au bas, & qu'on nomme lisses ou remises. Les rames ou ficelles transversales ne peuvent être haussées ou baissées par l'un ou l'autre des lisserons, qu'elles ne tirent & ne fassent monter quelques lisses de devant : or celles-ci ont aussi leurs bouclettes vers la main de l'ouvrier. Certains fils de chaîne passent dans une bouclette, d'autres passent à côté. Il y a des lisses qui saisissent tour-à-tour les fils dont la couleur est uniforme ; on les nomme lisses de fond, parce qu'elles produisent le fond de l'étoffe & la couleur qui soutient tous les ornemens : les autres lisses élevent par leurs bouclettes des fils de differentes couleurs, ce qui par l'alternative des points pris ou laissés, des points qui couvrent la trame, ou qui sont cachés dessous, rendent le dessein ou l'ornement qu'on s'est proposé.
9°. Le battant, c'est le chassis qui porte le rot, pour frapper la trame. Dans ce metier ce n'est point l'ouvrier qui frappe, il ne fait que repousser avec la main le battant qui, tenant à un ressort, est ramené de lui-même, ce qui soulage le rubanier.
11°. Le ton ou bandoir du battant, c'est une grosse noix, percée de plusieurs trous dans sa rondeur, & traversée de 2 cordes qui tiennent de part & d'autre au metier ; cette noix sert à bander ces 2 cordes par une cheville qu'on enfonce dans un de ces trous, & qui mene la noix à discrétion. Deux cordons sont attachés d'un bout à cette cheville, & de l'autre aux 2 barres du battant, qui par ce moyen, est toujours amené contre la trame.
12°. Les remises ou lisses, ce sont les lisses de devant qui par leurs bouclettes, saisissent certains fils de la chaîne & laissent tous les autres selon l'arrangement que l'ouvrier a conformé aux points de son dessein.
13°. Les fuseaux qui roidissent les remises ; ils sont de fer, ont environ un pié de longueur & un quarteron de pesanteur. Les fuseaux en roidissant les remises, font ouvrir la chaîne & la referment.
14°. Les bretelles, ce sont deux lisieres de drap qu'on passe entre ses bras pour les soutenir, parce qu'en travaillant on est obligé de se tenir dans une posture gênante, & qu'on n'est presque pas assis.
15°. Le siege ou banc sur lequel l'ouvrier est assis, c'est une planche ou banc de 3 piés de haut, & à demi panché vers le metier, desorte que l'ouvrier est presque debout.
16°. Le marchepié.
17°. La poitriniere, est une traverse qui passe d'un montant à l'autre à l'endroit de la poitrine de l'ouvrier. A cette poitriniere est attaché un rouleau sur lequel passe le ruban pour aller gagner l'ensuple un peu plus bas.
18°. La broche ou boulon qui enfile les vingt-quatre marches.
19°. Les marches ; dans les rubans unis il ne faut que 2, 3 ou 4 marches.
20°. Les las ou attaches qui unissent les marches aux lames.
21°. Les lames, qui sont de petites barres de bois qui haussent ou baissent comme les marches, & qui étant arrêtées sur une même ligne d'un côté & de l'autre, tiennent les lisserons dans un niveau parfait aux momens du repos.
22 & 23°. L'ensouple de devant, & celles de derriere ; celles-ci sont des rouleaux sur lesquels sont roulés les fils de la chaîne : il y a autant d'ensouples de derriere qu'il y a de fils de couleurs différentes. L'ensouple de devant sert à rouler l'ouvrage à mesure qu'il se fabrique.
24°. Les potenceaux qui soutiennent les ensouples.
25°. Les bâtons de retour.
26°. La planchette.
27°. L'échelette ou les roulettes des retours.
28°. Les boutons des retours.
Ce qu'on appelle les retours est encore un moyen de ménager plus de variété dans l'ouvrage, & de faire revenir les mêmes variétés, outre celles qu'on ménage par le jeu alternatif des lisserons, & par le changement de trame en prenant une autre navette.
Il y a communément trois bâtons de retour ; mais on peut en employer davantage. Ils sont attachés sur un boulon en forme de bascule, & ayant un poids pendu à un de leurs bouts, ils enlevent l'autre dès qu'ils sont libres ; l'ouvrier a auprès de lui plusieurs boutons arrêtés, par le moyen desquels il peut tirer des cordes, qui en passant par les tournans de l'échelette, vont gagner le bout supérieur des bâtons de retour. Un de ces bâtons tiré par le bouton s'abaisse, & en passant rencontre la planchette qui est mobile sur deux charnieres, & qui cede pour laisser descendre. Quand la tête du bâton est arrivée plus bas que la planchette, celle-ci rendue à elle-même, reprend toujours sa premiere place ; & elle assujettit alors la tête du bâton qui demeure arrêtée. Si on en tire un autre qui déplace la planchette, le premier se trouve libre & s'échappe. Le second tiré par la corde, demeurant un instant plus bas que la planchette, se trouve pris & arrêté par le retour de la planchette dans sa position naturelle : tel est le jeu des boutons & des bâtons de retour ; en voici l'effet. Au-dessus précisément, au milieu de ces bâtons ou bascules, est un anneau de métal ou de fil, auquel on fait tenir tant de rames ou de ficelles transversales qu'on juge à propos ; quand un bâton de retour est tiré & abaissé, les rames qui tiennent à sa boucle sont roidies : c'est donc une nécessité que les lisserons, dans les bouclettes desquelles ces rames ont été enfilées, les élevent avec eux ; ce qui fait monter certaines lisses ou remises, auxquelles ces rames sont attachées, & conséquemment certains fils de la chaîne, par préférence à d'autres. Quand l'ouvrier tire un autre retour, il laisse échapper & remonter le premier. Les rames qui tiennent à l'anneau du bâton remonté deviennent lâches, & les lisserons vont & viennent sans les bander, sans les hausser. Ces rames désoeuvrées ne produisent donc point d'effet ; celles d'un autre bâton ayant produit le leur, c'est à un troisieme qui dormoit à s'éveiller. Tous ces effets forment une suite de différentes portions de fleurs ou autres figures, qui revenant toujours les mêmes, produisent des figures complete s, toujours les mêmes, & justement appellées des retours.
Lorsqu'après que le métier est monté, l'ouvrier veut travailler, il se place au-devant sur le siege, panché de maniere qu'il est presque debout. Il appuie sa poitrine sur la traverse du métier, appellée la poitriniere ; & pour ne point retomber en devant, se passe par-dessous les bras, deux bretelles pour le soutenir : ces bretelles sont attachées par un bout à la traverse d'en-haut, & de l'autre à la poitriniere.
METIERS, (Soierie) Voyez l'article MANUFACTURE EN SOIE.
METIER DE TISSERAND, machine à l'usage du tisserand, & qui lui sert à tisser plusieurs brins de fil pour en faire une piece de toile. Les tisserands ont des métiers plus ou moins composés, suivant les différentes especes qu'ils ont à fabriquer. Les toiles ouvrées, damassées, &c. demandent des métiers plus garnis que les toiles unies. Voici la maniere dont le métier simple de tisserand est construit. Le chassis est composé de quatre montans de 5 piés de haut, qui forment un quarré de sept piés en tout sens. Ces quatre montans sont joints les uns aux autres par quatre traverses en haut, & quatre autres en bas qui sont à la hauteur de deux piés. Au bout du métier, à la hauteur d'environ 3 piés, est un rouleau de bois porté sur deux mantonnets ; ce rouleau s'appelle l'ensouple de derriere, sur laquelle sont roulés les fils de la chaîne que l'on veut tisser. Sur le devant à la même hauteur, est un autre rouleau appellé la poitriniere, parce que le tisserand, en travaillant, appuie sa poitrine dessus. Ce rouleau sert à recevoir la toile à mesure qu'elle se fabrique. Au-dessous de la poitriniere est un autre rouleau de bois appellé le déchargeoir, sur lequel on roule la toile fabriquée pour en décharger la poitriniere. Au milieu du métier, dans une position perpendiculaire, est la chasse ou battant, qui est suspendu au porte-chasse, & dans laquelle, par en bas est insinué le peigne ou rot ; derriere la chasse sont les lames soutenues par en-haut par le porte-lame & par les pouliots ; au bas du métier, immédiatement sous les piés du tisserand, sont les marches ; enfin derriere les lames sont placés les verges & le cartron. Voyez l'explication de tous ces termes, chacun à leur article. Voyez aussi l'article TISSERAND EN TOILE.
|
| METIOSEDUM | (Géog. anc.) lieu de la Gaule celtique, voisin de Paris, dont il est parlé dans César, lib. VII. de bello Gallico. Labinus général de l'armée romaine, voulant s'emparer de Paris, conduisit les troupes qu'il avoit à Metiosedum, vers cette ville en descendant la riviere, secundo flumine transducit. Ceux qui mettent Metiosedum au dessous de Paris, se persuadent que c'étoit Meudon ; d'autres imaginent que c'est Melun ; mais M. le Boeuf, par ses observations sur le Metiosedum de César, a prouvé l'erreur de ces deux opinions, sans oser décider quel est le lieu au-dessus de Paris appellé Métiosedum. Il incline seulement à croire que ce pourroit être Juvisy, Josedum, mot qui semble avoir été abrégé de Metiosedum. (D.J.)
|
| MÉTIS | S. f. (Mythol.) , ce mot grec signifie la Prudence. Les anciens Mythologistes en ont fait une déesse, dont les lumieres étoient supérieures à celles des dieux-mêmes. Jupiter l'épousa, c'est-à-dire selon Apollodore, qu'il fit paroître beaucoup de prudence dans toute sa conduite. (D.J.)
|
| METKA | ou MITKAL, s. m. (Com.) petit poids dont se servent les Arabes : il faut 12 metkals pour faire une once. Dict. du Com. tom. III. pag. 383.
|
| METL | S. m. (Hist. nat. Botan.) plante de la nouvelle Espagne, qui croît sur-tout très-abondamment au Mexique. C'est un arbrisseau que l'on plante & cultive à-peu-près de la même maniere que la vigne ; ses feuilles different les unes des autres, & servent à différens usages : dans leur jeunesse, on en fait des confitures, du papier, des étoffes, des nattes, des ceintures, des souliers, des cordages, du vin, du vinaigre & de l'eau-de-vie. Elles sont armées d'épines si fortes & si aigues, qu'on en fait des especes de scies propres à scier du bois. L'écorce brûlée est excellente pour les blessures, & la résine ou gomme qui en sort est, dit-on, un remede contre toute sorte de poison. Quelques auteurs croyent que cette plante est la même que celle que quelques voyageurs ont décrite sous le nom de maghey, & qu'on dit être semblable à la joubarbe, & non un arbrisseau. Carreri dit que ses feuilles donnent un fil dont on fait une espece de dentelle & d'autres ouvrages très-délicats. Lorsque cette plante est âgée de six ans, on en ôte les feuilles du milieu pour y former un creux, dans lequel se rassemble une liqueur que l'on recueille chaque jour de grand matin ; cette liqueur est aussi douce que du miel, mais elle acquiert de la force. Les indiens y mettent une racine qui la fait fermenter comme du vin, & qui la rend très-propre à enyvrer : c'est cette espece de vin qu'on nomme pulque ou poulcré. On peut en distiller une eau-de-vie très-forte. Les Indiens buvoient le pulque avec tant d'excès, que l'usage en fut défendu par les Espagnols jusqu'en 1692, quoique les droits qu'ils en retiroient montassent jusqu'à cent dix mille piastres par année ; mais l'inutilité de la défense l'a fait lever en 1697.
|
| METLING | ou MOTTLING, (Géog.) ville forte, & château d'Allemagne dans la Carniole, sur le Kulp. Quelques géographes croyent que c'est la Meclaria des anciens. Longit. 33. 35. latit. 45. 48.
|
| METOCHE | S. m. dans l'ancienne Architecture, terme dont s'est servi Vitruve pour marquer l'espace ou intervalle entre deux denticules. Voyez DENTICULE.
Baldus observe que dans une ancienne copie manuscrite de cet auteur, on trouve le mot métatomme, au lieu de métoche : c'est ce qui donne occasion à Daviler de soupçonner que le texte de Vitruve est corrompu ; ce qui lui fait conclure qu'il ne faut pas dire métoche, mais métatomme, c'est-à-dire, section.
|
| METOCIE | S. m. (Hist. anc.) tribut que les étrangers payoient pour la liberté de demeurer à Athenes. Il étoit de 10 ou 12 drachmes. On l'appelloit aussi énorchion ; mais ce dernier mot est l'habitatio des Latins, désignant plutôt un loyer qu'un tribut. Le metocie entroit dans la caisse publique ; l'énorchion étoit payé à un particulier propriétaire d'une maison.
MESCIES, s. f. pl. (Hist. anc.) fêtes célébrées dans Athenes à l'honneur de Thésée, & en mémoire de ce qu'il les avoit fait demeurer dans une ville où il les avoit rassemblé tous, des douze petits lieux où ils étoient auparavant dispersés.
|
| METOICIEN | (Litt. grec.) on appelloit métoïciens, , les étrangers établis à Athenes. Ils payoient un tribut à la république, un impôt nommé ; cet impôt étoit par année de 12 drachmes pour chaque homme, & de six drachmes pour chaque femme. La loi les obligeoit encore de prendre un patron particulier, qui les protégeât, & qui répondit de leur conduite. On nommoit ce patron . Le polémarque, l'un des neuf archontes, prononçoit sur les prévarications que les métoïciens pouvoient commettre.
Rien n'est plus sensé que les réflexions de Xénophon sur les moyens qu'on avoit d'accroître les revenus de la république d'Athenes, en faisant des loix favorables aux étrangers qui viendroient s'y établir. Sans parler, dit-il, des avantages communs que toutes les villes retirent du nombre de leurs habitans, ces étrangers, loin d'être à charge au public, & de recevoir des pensions de l'état, nous donneroient lieu d'augmenter nos revenus, par le payement des droits attachés à leur qualité. On les engageroit efficacement à s'établir parmi nous, en leur ôtant toutes ces especes de marques publiques d'infamie, qui ne servent de rien à un état ; en ne les obligeant point, par exemple, au danger de la guerre, & à porter dans les troupes une armure particuliere ; en un mot, en ne les arrachant point à leur famille & à leur commerce ; ce n'étoit donc pas assez faire en faveur des étrangers, que d'instituer une fête de leur nom, , comme fit Thésée pour les accoutumer au joug des Athéniens, il falloit sur-tout profiter des conseils de Xénophon & leur accorder le terrein vuide qui étoit renfermé dans l'enceinte des murs d'Athènes, pour y bâtir des édifices sacrés & profanes.
Il n'y avoit point dans les commencemens de distinction chez les Athéniens entre les étrangers & les naturels du pays ; tous les étrangers étoient promptement naturalisés, & Thucidide remarque que tous les Platéens le furent en même tems. Cet usage fut le fondement de la grandeur des Athéniens ; mais à mesure que leur ville devint plus peuplée, ils devinrent moins prodigues de cette faveur, & ce privilege s'accorda seulement dans la suite à ceux qui l'avoient mérité par quelque service important. (D.J.)
|
| METONOMASIE | S. f. (Littér. mod.) c'est-à-dire changement de nom. Les savans des derniers siecles se sont portés avec tant d'ardeur à changer leur nom, que ce changement dans des personnes de cette capacité méritoit qu'on fît un mot nouveau pour l'exprimer. Ce mot même devoit être au-dessus des termes vulgaires ; aussi l'a-t-on puisé chez les Grecs, en donnant à ce changement de nom celui de métonomasie. M. Baillet dit que cette mode se répandit en peu de tems dans toutes les écoles, & qu'elle est devenue un des phénomenes des plus communs de la république des Lettres. Jean-Victor de Rossi abandonna son nom, pour prendre celui de Janus Nicius Erythroeus ; Matthias Francowitz prit celui de Flaccus Illiricus ; Philippe Scharzerd prit celui de Mélancthon ; André Hozen prit celui d'Osiander, &c. enfin, un allemand a fait un gros livre de la liste des métonomasiens, ou des Pseudonymes. (D.J.)
|
| MÉTONYMIE | S. f. le mot de métonymie vient de , qui dans la composition marque changement, & de , nom ; ce qui signifie transposition ou changement de nom, un nom pour un autre.
En ce sens cette figure comprend tous les autres tropes ; car dans tous les tropes, un mot n'étant pas pris dans le sens qui lui est propre, il réveille une idée qui pourroit être exprimée par un autre mot. Nous remarquerons dans la suite ce qui distingue la métonymie des autres tropes. Voyez SYNECDOQUE.
Les maîtres de l'art restraignent la métonymie aux usages suivans.
I. La cause pour l'effet. Par exemple : vivre de son travail, c'est-à-dire, vivre de ce qu'on gagne en travaillant.
Les Payens regardoient Cérès comme la déesse qui avoit fait sortir le blé de la terre, & qui avoit appris aux hommes la maniere d'en faire du pain : ils croyoient que Bacchus étoit le dieu qui avoit trouvé l'usage du vin ; ainsi ils donnoient au blé le nom de Cérès, & au vin le nom de Bacchus : on en trouve un grand nombre d'exemples dans les poëtes.
Virgile, Aen. I. 219. a dit, un vieux Bacchus, pour du vin vieux :
Implentur veteris Bachi.
Madame des Houlieres a fait une ballade, dont le refrein est,
L'Amour languit sans Bacchus & Cérès :
c'est la traduction de ce passage de Terence, Eun. IV. 6. Sine Cerere & Libero friget Venus : c'est-à-dire, qu'on ne songe guere à faire l'amour, quand on n'a pas de quoi vivre.
Tum Cererem corruptam undis cerealiaque arma
Expediunt fessi rerum.
Scarron dans sa traduction burlesque, liv. I. se sert d'abord de la même figure ; mais voyant bien que cette façon de parler ne seroit point entendue en notre langue, il en ajoute l'explication.
Lors fut des vaisseaux descendue
Toute la Céres corrompue ;
En langage un peu plus humain,
C'est de quoi l'on fait du pain.
Ovide a dit, Trist. VI. v. 4. qu'une lampe prête à s'éteindre, se rallume quand on y verse Pallas :
Cujus ab alloquiis anima haec moribunda revixit,
Ut vigil infusâ Pallade flamma solet :
Pallas, c'est-à-dire, de l'huile. Ce fut Pallas, selon la fable, qui la premiere fit sortir l'olivier de la terre, & enseigna aux hommes l'art de faire de l'huile ; ainsi Pallas se prend pour l'huile, comme Bacchus pour le vin.
On rapporte à la même espece de figure les façons de parler où le nom des dieux du paganisme se prend pour la chose à quoi ils présidoient ; quoiqu'ils n'en fussent pas les inventeurs. Jupiter se prend pour l'air, Vulcain pour le feu. Ainsi pour dire, où vas-tu avec ta lanterne ? Plaute a dit, Amph. I. j. 185. Quò ambulas tu, qui Vulcanum in cornu conclusum geris ? (Où vas-tu, toi qui portes Vulcain enfermé dans une corne) ? Et Virgile, Aen. V. 662. furit Vulcanus : & encore au I. liv. des Géorgiques, voulant parler du vin cuit ou du raisiné que fait une ménagere de la campagne, il dit qu'elle se sert de Vulcain pour dissiper l'humidité du vin doux :
Aut dulcis musti Vulcano decoquit humorem. v. 295.
Neptune se prend pour la mer ; Mars, le dieu de la guerre ; se prend souvent pour la guerre même, ou pour la fortune de la guerre, pour l'événement des combats, l'ardeur, l'avantage des combattans. Les historiens disent souvent qu'on a combattu avec un Mars égal, aequo Marte pugnatum est, c'est-à-dire, avec un avantage égal ; ancipiti Marte, avec un succès douteux ; vario Marte, quand l'avantage est tantôt d'un côté & tantôt de l'autre.
C'est encore prendre la cause pour l'effet, que de dire d'un général ce qui, à la lettre, ne doit être entendu que de son armée : il en est de même lorsqu'on donne le nom de l'auteur à ses ouvrages ; il a lu Cicéron, Horace, Virgile, c'est-à-dire, les ouvrages de Cicéron, &c. Jesus-Christ lui-même s'est servi de la métonymie en ce sens, lorsqu'il a dit, parlant des Juifs, Luc. xvj. 29. Habent Moïsen & prophetas, ils ont Moïse & les prophetes, c'est-à-dire, ils ont les livres de Moïse & ceux des prophetes.
On donne souvent le nom de l'ouvrier à l'ouvrage : on dit d'un drap que c'est un Van-Robais, un Rousseau, un Pagnon, c'est-à-dire, un drap de la manufacture de Van-Robais, ou de celle de Rousseau, &c. C'est ainsi qu'on donne le nom du peintre au tableau : on dit, j'ai vu un beau Rembrant, pour dire un beau tableau fait par le Rembrant. On dit d'un curieux en estampes, qu'il a un grand nombre de Callots, c'est-à-dire, un grand nombre d'estampes gravées par Callot.
On trouve souvent dans l'Ecriture-sainte, Jacob, Israël, Juda, qui sont des noms de patriarches, pris dans un sens étendu pour marquer tout le peuple juif. M. Fléchier, Orais. fun. de M. de Turenne, parlant du sage & vaillant Macchabée, auquel il compare M. de Turenne, a dit : " Cet homme qui réjouissoit Jacob par ses vertus & par ses exploits ". Jacob, c'est-à-dire le peuple juif.
Au lieu du nom de l'effet, on se sert souvent du nom de la cause instrumentale qui sert à le produire : ainsi, pour dire que quelqu'un écrit bien, c'est-à-dire, qu'il forme bien les caracteres de l'écriture, on dit qu'il a une belle main. La plume est aussi une cause instrumentale de l'écriture, & par conséquent de la composition ; ainsi plume se dit par métonymie, de la maniere de former les caracteres de l'écriture, & de la maniere de composer. Plume se prend aussi pour l'auteur même : c'est une bonne plume, c'est-à-dire, c'est un auteur qui écrit bien ; c'est une de nos meilleures plumes, c'est-à-dire, un de nos meilleurs auteurs.
Style signifie aussi par figure la maniere d'exprimer les pensées. Les anciens avoient deux manieres de former les caracteres de l'écriture. L'une étoit pingendo, en peignant les lettres ou sur des feuilles d'arbres, ou sur des peaux préparées, ou sur la petite membrane intérieure de l'écorce de certains arbres : (cette membrane s'appelle en latin liber, d'où vient livre), ou sur de petites tablettes faites de l'arbrisseau papyrus, ou sur de la toile, &c. Ils écrivoient alors avec de petits roseaux, & dans la suite ils se servirent aussi de plumes comme nous. L'autre maniere d'écrire des anciens étoit incidendo, en gravant les lettres sur des lames de plomb ou de cuivre, ou bien sur des tablettes de bois enduites de cire. Or, pour graver les lettres sur ces lames ou sur ces tablettes, ils se servoient d'un poinçon qui étoit pointu par un bout & applati par l'autre : la pointe servoit à graver, & l'extrémité applatie servoit à effacer ; & c'est pour cela qu'Horace dit, I. Sat. x. 72. stylum vertere, tourner le style, pour dire effacer, corriger, retoucher à un ouvrage. Ce poinçon s'appelloit stylus, de , columna, columella, petite colonne ; tel est le sens propre de ces mots : dans le sens figuré, il signifie la maniere d'exprimer les pensées. C'est en ce sens que l'on dit le style sublime, le style simple, le style médiocre, le style soutenu, le style grave, le style comique, le style poétique, le style de la conversation, &c. Voyez STYLE.
Pinceau, outre son sens propre, se dit aussi quelquefois par métonymie, comme plume, style : on dit d'un habile peintre, que c'est un savant pinceau.
Voici encore quelques exemples tirés de l'Ecriture-sainte, où la cause est prise pour l'effet. Si peccaverit anima,... portabit iniquitatem suam, Levit. V. 1. elle portera son iniquité, c'est-à-dire, la peine de son iniquité. Iram Domini portabo, quoniam peccavi ei, Mich. VII. 9. où vous voyez que par la colere du Seigneur ; il faut entendre la peine qui est une suite de la colere. Non morabitur opus mercenarii tui apud te usquè mane, Levit. XIX. 13. opus, l'ouvrage, c'est-à-dire, le salaire, la récompense qui est dûe à l'ouvrier à cause de son travail. Tobie a dit la même chose à son fils tout simplement, iv. 15. Quicunque tibi aliquid operatus fuerit, statim ei mercedem restitue, & merces mercenarii tui apud te omninò non remaneat. Le prophete Osée dit, iv. 8. que les prêtres mangeront les péchés du peuple, peccata populi mei comedent, c'est-à-dire, les victimes offertes pour les péchés.
II. L'effet pour la cause. Comme lorsqu' Ovide, Metamorp. XII. 513. dit que le mont Pélion n'a point d'ombres, nec habet Pelion umbras ; c'est-à-dire qu'il n'a point d'arbres, qui sont la cause de l'ombre ; l'ombre, qui est l'effet des arbres, est prise ici pour les arbres mêmes.
Dans la Genese, xxv. 23. il est dit de Rébecca, que deux nations étoient en elle ; duae gentes sunt in utero tuo, & duo populi ex ventre tuo dividentur ; c'est-à-dire, Esaü & Jacob, les peres des deux nations ; Jacob des Juifs, Esaü des Iduméens.
Les Poëtes disent la pâle mort, les pâles maladies ; la mort & les maladies rendent pâle ; pallidamque Pyrenen, Pers. prol. la pâle fontaine de Pyrene ; c'étoit une fontaine consacrée aux muses : l'application à la poésie rend pâle, comme toute autre application violente. Par la même raison Virgile a dit : Aen. VI. 275.
Pallentes habitant morbi, tristisque senectus :
& Horace, I. Od. iv. pallida mors. La mort, la maladie & les fontaines consacrées aux muses ne sont point pâles, mais elles produisent la pâleur : ainsi on donne à la cause une épithete qui ne convient qu'à l'effet.
III. Le contenant pour le contenu. Comme quand on dit, il aime la bouteille, c'est-à-dire, il aime le vin. Virgile dit, Aen. I. 743. que Didon ayant présenté à Bitias une coupe d'or pleine de vin, Bitias la prit, & se lava, s'arrosa de cet or plein ; c'est-à-dire, de la liqueur contenue dans cette coupe d'or :
Ille impiger hausit
Spumantem pateram & pleno se proluit auro :
Auro est pris pour la coupe ; c'est la matiere pour la chose qui en est faite (voyez SYNECDOQUE), ensuite la coupe est prise pour le vin.
Le ciel où les anges & les saints jouissent de la présence de Dieu, se prend souvent pour Dieu même : implorer le secours du ciel ; grace au ciel ; pater, peccavi in coelum & coram te, mon pere, j'ai péché contre le ciel & contre vous, dit l'enfant prodigue à son pere, (Luc, ch. xv. 18.) le ciel se prend aussi pour les dieux du paganisme.
La terre se tut devant Alexandre, (I. Macchab. j. 3.) siluit terra in conspectu ejus ; c'est-à-dire, les peuples de la terre se soumirent à lui. Rome désapprouva la conduite d'Appius, c'est-à-dire, les Romains désapprouverent....
Lucrece a dit (V. 1250.) que les chiens de chasse mettoient une forêt en mouvement ; sepire plagis saltum, canibusque ciere : où l'on voit qu'il prend la forêt pour les animaux qui sont dans la forêt.
Un nid se prend aussi pour les petits oiseaux qui sont encore au nid.
Carcer (prison) se dit en latin d'un homme qui mérite la prison.
IV. Le nom du lieu où une chose se fait, se prend pour la chose même. On dit un caudebec, au lieu de dire un chapeau fait à Caudebec, ville de Normandie.
On dit de certaines étoffes, c'est une marseille, c'est-à-dire, une étoffe de la manufacture de Marseille : c'est une perse, c'est-à-dire, une toile peinte qui vient de Perse.
A-propos de ces sortes de noms, j'observerai ici une méprise de M. Ménage, qui a été suivie par les auteurs du Dictionnaire universel, appellé communément Dictionn. de Trév. c'est au sujet d'une sorte de lame d'épée qu'on appelle olinde : les olindes nous viennent d'Allemagne, & sur-tout de la ville de Sollingen, dans le cercle de Westphalie : on prononce Solingue. Il y a apparence que c'est du nom de cette ville que les épées dont je parle ont été appellées des olindes par abus. Le nom d'Olinde, nom romanesque, étoit déja connu comme le nom de Sylvie ; ces sortes d'abus sont assez ordinaires en fait d'étymologie. Quoi qu'il en soit, M. Ménage & les auteurs du Dictionnaire de Trévoux n'ont point rencontré heureusement, quand ils ont dit que les olindes ont été ainsi appellées de la ville d'Olinde dans le Brésil, d'où ils nous disent que ces sortes de lames sont venues. Les ouvrages de fer ne viennent point de ce pays-là : il nous vient du Brésil une sorte de bois que nous appellons brésil ; il en vient aussi du sucre, du tabac, du baume, de l'or, de l'argent, &c. mais on y porte le fer de l'Europe, & sur-tout le fer travaillé.
La ville de Damas en Syrie, au pié du mont Liban, a donné son nom à une sorte de sabres ou de couteaux qu'on y fait : il a un vrai damas, c'est-à-dire, un sabre ou un couteau qui a été fait à Damas. On donne aussi le nom de damas à une sorte d'étoffe de soie, qui a été fabriquée originairement dans la ville de Damas ; on a depuis imité cette sorte d'étoffe à Venise, à Gènes, à Lyon, &c. ainsi on dit damas de Venise, de Lyon, &c. On donne encore ce nom à une sorte de prune, dont la peau est fleurie de façon qu'elle imite l'étoffe dont nous venons de parler.
Faïence est une ville d'Italie dans la Romagne : on y a trouvé la maniere de faire une sorte de vaisselle de terre vernissée qu'on appelle de la faïence ; on a dit ensuite par métonymie, qu'on fait de fort belles faïances en Hollande, à Nevers, à Rouen, &c.
C'est ainsi que le Lycée se prend pour les disciples d'Aristote, ou pour la doctrine qu'Aristote enseignoit dans le Lycée. Le Portique se prend pour la Philosophie que Zénon enseignoit à ses disciples dans le Portique.... on ne pense point ainsi dans le Lycée, c'est-à-dire, que les disciples d'Aristote ne sont point de ce sentiment.... le Portique n'est pas toûjours d'accord avec le Lycée, c'est-à-dire, que les sentimens de Zénon ne sont pas toûjours conformes à ceux d'Aristote. Rousseau, pour dire que Cicéron dans sa maison de campagne méditoit la Philosophie d'Aristote & celle de Zénon, s'explique en ces termes : (liv. II. od. iij.)
C'est-là que ce romain, dont l'éloquente voix
D'un joug presque certain sauva sa république,
Fortifioit son coeur dans l'étude des loix.
Et du Lycée & du Portique.
Académus laissa près d'Athènes un héritage où Platon enseigna la Philosophie. Ce lieu fut appellé académie, du nom de son ancien possesseur ; de-là la doctrine de Platon fut appellée l'académie. On donne aussi par extension le nom d'académie à différentes assemblées de savans, qui s'appliquent à cultiver les Langues, les Sciences, ou les beaux Arts.
Robert Sorbon, confesseur & aumônier de saint Louis, institua dans l'université de Paris cette fameuse école de Théologie, qui, du nom de son fondateur, est appellée sorbonne : le nom de sorbonne se prend aussi par figure pour les docteurs de sorbonne, ou pour les sentimens qu'on y enseigne : la sorbonne enseigne que la puissance ecclésiastique ne peut ôter aux rois les couronnes que Dieu a mises sur leurs têtes, ni dispenser leurs sujets du serment de fidélité. Regnum meum non est de hoc mundo. Joann. xviij. 36.
V. Le signe pour la chose signifiée.
Dans ma vieillesse languissante,
Le sceptre que je tiens pese à ma main tremblante :
(Quin. Phaët. II. v.) c'est-à-dire, je ne suis plus dans un âge convenable pour me bien acquiter des soins que demande la royauté. Ainsi le sceptre se prend pour l'autorité royale ; le bâton de maréchal de France, pour la dignité de maréchal de France ; le chapeau de cardinal, & même simplement le chapeau, se dit pour le cardinalat.
L'épée se prend pour la profession militaire ; la robe, pour la magistrature & pour l'état de ceux qui suivent le barreau. Corneille dit dans le Menteur : (act. I. sc. j.)
A la fin j'ai quitté la robe pour l 'épée.
Cicéron a dit que les armes doivent céder à la robe :
Cedant arma togae, concedat laurea linguae ;
C'est-à-dire, comme il l'explique lui-même, (orat. in Pison. n. lxxiij. aliter xxx.) que la paix l'emporte sur la guerre, & que les vertus civiles & pacifiques sont préférables aux vertus militaires : more poëtarum locutus hoc intelligi volui, bellum ac tumultum paci atque otio concessurum.
" La lance, dit Mézerai, (Hist. de Fr. in-fol. tom. III. pag. 900.) étoit autrefois la plus noble de toutes les armes dont se servissent les gentilshommes françois " : la quenouille étoit aussi plus souvent qu'aujourd'hui entre les mains des femmes. De-là on dit en plusieurs occasions lance pour signifier un homme, & quenouille pour marquer une femme. Fief qui tombe de lance en quenouille, c'est-à-dire, qui passe des mâles aux femmes. Le royaume de France ne tombe point en quenouille, c'est-à-dire, qu'en France les femmes ne succedent point à la couronne : mais les royaumes d'Espagne, d'Angleterre & de Suede, tombent en quenouille ; les femmes peuvent aussi succéder à l'empire de Moscovie.
C'est ainsi que du tems des Romains les faisceaux se prenoient pour l'autorité consulaire ; les aigles romaines pour les armées des Romains qui avoient des aigles pour enseignes. L'aigle qui est le plus fort des oiseaux de proie, étoit le symbole de la victoire chez les Egyptiens.
Salluste a dit que Catilina, après avoir rangé son armée en bataille, fit un corps de réserve des autres enseignes, c'est-à-dire, des autres troupes qui lui restoient : reliqua signa in subsidiis arctiùs collocat.
On trouve souvent dans les auteurs latins pubes, poil follet, pour dire la jeunesse, les jeunes gens : c'est ainsi que nous disons familierement à un jeune homme, vous êtes une jeune barbe, c'est-à-dire, vous n'avez pas encore assez d'expérience. Canities, les cheveux blancs, se prend aussi pour la vieillesse. Non deduces canitiem ejus ad inferos. (III. Reg. ij. 6.) Deducetis canos meos cum dolore ad inferos. (Gen. xlij. 38.)
Les divers symboles dont les anciens se sont servis, & dont nous nous servons encore quelquefois pour marquer ou certaines divinités, ou certaines nations, ou enfin les vices & les vertus ; ces symboles, dis-je, sont souvent employés pour marquer la chose dont ils sont le symbole. Boileau dit dans son ode sur la prise de Namur :
En-vain au lion belgique
Il voit l 'aigle germanique
Uni sous les léopards :
Par le lion belgique, le poëte entend les Provinces-Unies des Pays-Bas ; par l'aigle germanique, il entend l'Allemagne ; & par les léopards, il désigne l'Angleterre, qui a des léopards dans ses armoiries.
Mais qui fait enfler la Sambre.
Sous les jumeaux effrayés ? (id. ibid.)
Sous les jumeaux, c'est-à-dire, à la fin du mois de Mai & au commencement du mois de Juin. Le roi assiégea Namur le 26 de Mai 1692, & la ville fut prise au mois de Juin suivant. Chaque mois de l'année est désigné par un signe, vis-à-vis duquel le soleil se trouve depuis le 21 d'un mois ou environ, jusqu'au 21 du mois suivant.
Sunt aries, taurus, gemini, cancer, leo, virgo,
Libraque, scorpius, arcitenens, caper, amphora, pisces.
Aries, le bélier, commence vers le 21 du mois de Mars, ainsi de suite.
" Les villes, les fleuves, les régions, & même les trois parties du monde avoient autrefois leurs symboles, qui étoient comme des armoiries par lesquelles on les distinguoit les unes des autres ". Montf. Antiq. explic. tom. III. p. 183.
Le trident est le symbole de Neptune : le paon est le symbole de Junon : l'olive ou l'olivier est symbole de la paix & de Minerve, déesse des beaux Arts : le laurier étoit le symbole de la victoire ; les vainqueurs étoient couronnés de laurier, même les vainqueurs dans les Arts & dans les Sciences, c'est-à-dire, ceux qui s'y distinguoient au-dessus des autres. Peut-être qu'on en usoit ainsi à l'égard de ces derniers, parce que le laurier étoit consacré à Apollon dieu de la poésie & des beaux Arts. Les poëtes étoient sous la protection d'Apollon & de Bacchus ; ainsi ils étoient couronnés quelquefois de laurier, & quelquefois de lierre : doctarum ederae praemia frontium. Horat. I. od. I. xxix.
La palme étoit aussi le symbole de la victoire. On dit d'un saint qu'il a remporté la palme du martyre : il y a dans cette expression une métonymie, palme se prend pour victoire ; & de plus l'expression est métaphorique, la victoire dont on veut parler est une victoire spirituelle.
" A l'autel de Jupiter, dit le pere de Montfaucon, (Ant. expl. tom. II. p. 129.) on mettoit des feuilles de hêtre : à celui d'Apollon, de laurier : à celui de Minerve, d'olivier : à l'autel de Vénus, de myrthe : à celui d'Hercule, de peuplier : à celui de Bacchus, de lierre : à celui de Pan, des feuilles de pin ".
VI. Le nom abstrait pour le concret.... Un nouvel esclavage se forme tous les jours pour vous, dit Horace, II. od. viij. 18, c'est-à-dire, vous avez tous les jours de nouveaux esclaves : tibi servitus crescit nova. Servitus est un abstrait, au lieu de servi ou novi amatores qui tibi serviant. Invidiâ major, (ib. xx.) audessus de l'envie, c'est-à-dire, triomphant de mes envieux.
Custodia, garde, conservation, se prend en latin pour ceux qui gardent : noctem custodia ducit insomnem. Aen. IX. 266.
Spes l'espérance, se dit souvent pour ce qu'on espere : spes quae differtur affligit animam. Prov. XIII. 12.
Petitio ; demande, se dit aussi pour la chose demandée : dedit mihi Dominus petitionem meam. I. R. g. j. 27.
C'est ainsi que Phedre a dit, I. fab. 3. tua calamitas non sentiret, c'est-à-dire, tu calamitosus non sentires : tua calamitas est un terme abstrait, au lieu que tu calamitosus est le concret. Credens colli longitudinem, (ib. 8.) pour colum longum : & encore (ib. 23.) corvi stupor, qui est l'abstrait, pour corvus stupidus, qui est le concret. Virgile a dit de même, (Georg. I. 143.) ferri rigor, qui est l'abstrait, au lieu de ferrum rigidum, qui est le concret.
VII. Les parties du corps qui sont regardées comme le siege des passions & des sentimens intérieurs, se prennent pour les sentimens mêmes. C'est ainsi qu'on dit il a du coeur, c'est-à-dire, du courage.
Observez que les anciens regardoient le coeur comme le siege de la sagesse, de l'esprit, de l'adresse : ainsi habet cor, dans Plaute, (Persa, act. IV. sc. iv. 17.) ne veut pas dire comme parmi nous, elle a du courage, mais elle a de l'esprit : si est mihi cor, id. Mostel. act. I. sc. ij. 3. si j'ai de l'esprit, de l'intelligence : vir cordatus, veut dire en latin un homme de sens, qui a un bon discernement. Cornutus, philosophe stoïcien, qui fut le maître de Perse, & qui a été ensuite le commentateur de ce poëte, fait cette remarque sur ces paroles, sum petulanti splene cachinno, de la premiere satyre : Physici dicunt homines splene ridere, felle irasci, jecore amare, corde sapere, & pulmone jactari. Aujourd'hui on a d'autres lumieres.
Perse dit (in prol.) que le ventre, c'est-à-dire, la faim, le besoin, a fait apprendre aux pies & aux corbeaux à parler.
La cervelle se prend aussi pour l'esprit, le jugement. O la belle tête, s'écrie le renard dans Phedre ; quel dommage, elle n'a point de cervelle ! ô quanta species, inquit, cerebrum non habet ! (1. 7.) On dit d'un étourdi que c'est une tête sans cervelle. Ulysse dit à Euryale, selon la traduction de Mad. Dacier, (odyss. tom. II. pag. 13.) jeune homme, vous avez tout l'air d'un écervelé, c'est-à-dire, comme elle l'explique dans ses savantes remarques, vous avez tout l'air d'un homme peu sage. Au contraire quand on dit, c'est un homme de tête, c'est une bonne tête, on veut dire que celui dont on parle est un habile homme, un homme de jugement. La tête lui a tourné, c'est-à-dire, qu'il a perdu le bon sens, la présence d'esprit. Avoir de la tête, se dit aussi figurément d'un opiniâtre. Tête de fer, se dit d'un homme appliqué sans relâche, & encore d'un entêté.
La langue, qui est le principal organe de la parole, se prend pour la parole : c'est une méchante langue, c'est-à-dire, c'est un médisant : avoir la langue bien pendue, c'est avoir le talent de la parole, c'est parler facilement.
VIII. Le nom du maître de la maison se prend aussi pour la maison qu'il occupe : Virgile a dit : (Aen. II. 312.) jam proximus ardet Ucalegon, c'est-à-dire, le feu a déja pris à la maison d'Ucalegon.
On donne aussi aux pieces de monnoie le nom du souverain dont elles portent l'empreinte. Ducentos philippos reddat aureos, (Plaut. bacchid. IV. ij. 8.) qu'elle rende deux cent philippes d'or : nous dirions deux cent louis d'or.
Voilà les principales especes de métonymie. Quelques-uns y ajoutent la métonymie, par laquelle on nomme ce qui précéde pour ce qui suit, ou ce qui suit pour ce qui précéde ; c'est ce qu'on appelle l'antécédent pour le conséquent, ou le conséquent pour l'antécédent : on en trouvera des exemples dans la métalepse, qui n'est qu'une espece de métonymie à laquelle on a donné un nom particulier voyez METALEPSE) ; au lieu qu'à l'égard des autres especes de métonymie, dont nous venons de parler, on se contente de dire, métonymie de la cause pour l'effet, métonymie du contenant pour le contenu, métonymie du signe, &c.
Cet article est tiré entierement du livre des tropes de M. du Marsais.
|
| MÉTOPE | S. m. terme d'Architecture, c'est l'intervalle ou quarré qu'on laisse entre les triglyphes de la frise de l'ordre dorique. Voyez aussi TRIGLYPHE & FRISE. Ce mot est originairement grec, & signifie dans cette langue la distance d'un trou à un autre, ou d'un triglyphe à un autre, parce que les triglyphes sont supposés être des solives ou poutrelles qui remplissent des trous, de , inter, entre, & , foramen, trou.
Les anciens ornoient autrefois les métopes d'ouvrages sculptés, comme de têtes de boeuf, & autres choses qui servoient aux sacrifices des payens ; c'est parce qu'il y a beaucoup de difficulté à bien disposer les métopes & les triglyphes dans la juste symmétrie que demande l'ordre dorique, que plusieurs architectes jugent à propos de ne se servir de cet ordre que pour des temples.
Demi- métope est l'espace un peu moindre que la moitié d'un métope, à l'encoignure de la frise dorique.
|
| MÉTOPON | (Géog. anc.) promontoire au voisinage de Constantinople. Il est près de Péra ; on le nomme aujourd'hui Acra spandonina. (D.J.)
|
| MÉTOPOSCOPIE | S. f. l'art de découvrir le tempérament, les inclinations, les moeurs, en un mot, le caractere d'une personne par l'inspection de son front ou des traits de son visage. Ce mot est composé du grec , front, & de , je considere.
La métoposcopie n'est qu'une partie de la physionomie, car celle-ci fonde ses conjectures sur l'inspection de toutes les parties du corps. L'une & l'autre sont fort incertaines pour ne pas dire entierement vaines, rien n'étant plus vrai que ce qu'a dit un poëte, fronti nulla fides. Voyez PHYSIONOMIE.
Ciro Spontoni qui a traité de la métoposcopie, dit que l'on peut distinguer sept lignes au front, & qu'à chaque ligne préside une planete ; Saturne à la premiere, Jupiter à la seconde, & ainsi des autres. On peut juger de-là combien de rêveries on peut débiter sur les personnes dont on veut juger par la métoposcopie. (G)
|
| MÉTOYERIE | S. f. en Architecture, est toute limite qui sépare deux héritages contigus, appartenans à deux propriétaires. Ainsi on dit que deux voisins sont en métoyerie, lorsque le mur qui sépare leur maison est mitoyen.
|
| METRE | S. m. (Litt.) en poësie, c'est tout pié ou mesure qui entre dans la composition des vers. Voyez PIE, VERS, MESURE. Aristide définit le metre, un système de piés composés de syllabes différentes & d'une étendue déterminée. Dans ce sens, metre veut dire à-peu-près la même chose qu'une sorte de vers en géneral, genus carminis, & on le trouve employé de la sorte dans les auteurs latins, pour désigner une cadence differente de celle de la prose qu'on nomme rythme. Voyez RYTHME.
Metre n'est pas proprement un mot françois, il a pourtant lieu dans le style marotique pour signifier des vers.
|
| METRETE | S. f. (Hist. eccles.) du grec sorte de mesure. L'auteur de la vulgate emploie le nom de metreta dans deux endroits de sa traduction de l'ancien testament ; savoir ; I. paralip. c. xj. . 10. & c. iv. . 5. mais dans l'un & dans l'autre endroit l'hebreu porte bathe ; qui étoit une grande mesure creuse, contenant vingt-neuf pintes, chopine, demiseptier, un poiçon & un peu plus mesure de Paris. La metrete des Grecs contenoit, selon quelques auteurs, cent livres, & selon d'autres quatre-vingt-dix livres de liqueur ; mais comme la livre d'Athènes étoit un peu moindre que celle de Paris, ces quatre-vingt-dix livres se peuvent réduire à soixante livres de France ; ce qui revient à-peu-près au bathe des hebreux. Voyez BATHE. Dict. de la bibl.
|
| METRICO | ou MITRICOL, s. m. (Comm.) petit poids de la sixieme partie d'une once, les apoticaires & droguistes portugais s'en servent dans les Indes orientales ; au-dessous du mitricol est le mitricoli, qui ne pese que la huitieme partie d'une once. Dictionn. de Commerce.
|
| METRICOL | ou MITRICOLI, petit poids dont on se sert à Goa, pour peser les drogues de la Médecine. Voyez l'article précedent.
|
| METRIQUE | adj. (Littér.) art métrique, ars metrica. C'est la partie de l'ancienne poétique qui a pour objet la quantité des syllabes, le nombre & la difference des piés qui doivent entrer dans les vers. C'est ce qu'on appelle autrement prosodie. Voyez QUANTITE, PROSODIE, VERS, &c.
METRIQUE, vers métrique. On appelle ainsi certains vers assujettis à un certain nombre de voyelles, longues ou breves, tels que les vers grecs & latins. Voyez QUANTITE.
Capellus observe, que le génie de la langue hébraique ne peut s'accommoder de cette distinction de longues & de breves ; elle n'a pas lieu non plus dans les langues modernes, du-moins jusqu'à faire une regle fondamentale de poésie. Voyez HEBREU & VERSIFICATION.
|
| MÉTRO | LE, (Géogr.) riviere d'Italie, dans la Marche d'Ancone. Elle a sa source dans l'Apennin, prend son cours d'occident en orient, & va se jetter dans la mer Adriatique, auprès de Fano, c'est le metaurus de Pline, liv. III. ch. xiv. (D.J.)
|
| MÉTROCOMIE | S. f. terme de l'hist. de l'ancienne Eglise, qui signifie un bourg qui en a d'autres sous sa jurisdiction, il vient du grec mere & de , bourg, village. Ce que les métropoles étoient parmi les villes, les métrocomies l'étoient parmi les bourgs à la campagne : les anciennes métrocomies avoient un chorévêque ou doyen rural, c'étoit son siege ou sa résidence. Voyez METROPOLE, CHOREVEQUE.
|
| MÉTROLITE | S. f. (Hist. nat.) nom donné par quelques auteurs, pour désigner les pierres qui se sont formées dans des coquilles. Voyez NOYAU.
|
| MÉTROMANIE | S. f. fureur de faire des vers. Nous avons une excellente comédie de M. Pyron sous ce titre ; elle a introduit le mot métromanie dans la langue, comme le Tartuffe y introduisit autrefois celui de tartuffe, qui devint, depuis le chef-d'oeuvre de Moliere, synonyme à hypocrite.
|
| MÉTROMETRE | S. f. (Musiq.) machine à déterminer le mouvement d'une piece de musique. Il faut avoir un pendule, jouer le morceau, & accourcir ou allonger le pendule, jusqu'à ce qu'il fasse exactement une de ses oscillations, tandis qu'on joue ou qu'on chante une mesure, & écrire au commencement de l'air, la longueur du pendule.
|
| MÉTRONOME | S. m. (Antiq. grecq.) Les métronomes, , étoient chez les Athéniens des officiers qui avoient l'inspection sur toutes les mesures, excepté sur celles de blé. Il y avoit cinq métronomes pour la ville, & dix pour le pyrée qui étoit le plus grand marché de toute l'Attique. Voyez Potter, Archaeol. lib. I. xv. tom. I. p. 83. (D.J.)
|
| MÉTROON | (Litter. greq.) nom du temple de la mere des dieux à Athènes, où se conservoient les actes publics. Favorin marquoit dans un de ses ouvrages, au rapport de Diogène Laerce, lib. II. qu'on y gardoit les pieces du procès de Socrate. Vossius a fait une grande bévue sur ce sujet ; il a crû que étoit le titre d'un livre. Il est étonnant qu'un habile homme comme Vossius, s'y soit trompé. (D.J.)
|
| MÉTROPOLE | S. f. (Jurisp.) dans sa juste signification veut dire, mere ville ou ville principale d'une province. Mais en matiere ecclésiastique, on entend par métropole une église archiépiscopale ; on donne aussi le titre de métropole à la ville où cette Eglise est située, parce qu'elle est la capitale d'une province ecclésiastique.
Usserius & de Marca prétendent, que la distinction des métropoles d'avec les autres églises est de l'institution des Apôtres ; mais il est certain que son origine ne remonte qu'au troisieme siecle, elle fut confirmée par le concile de Nicée, on prit modele sur le gouvernement civil : l'empire romain ayant été divisé en plusieurs provinces, qui avoient chacune leur métropole, on donna le nom & l'autorité de métropolitain aux évêques des villes capitales de chaque province, tellement que dans la contestation entre l'évêque d'Arles & l'évêque de Vienne, qui se prétendoient respectivement métropolitains de la province de Vienne, le concile de Turin décida, que ce titre appartenoit à celui dont la ville seroit prouvée être la métropole civile.
Comme le prefet des Gaules résidoit à Tours, à Treves, à Vienne, à Lyon ou à Arles, il leur communiquoit aussi tour-à-tour le rang & la dignité de métropole. Cependant tous les évêques des Gaules étoient égaux entr'eux, il n'y avoit de distinction que celle de l'ancienneté. Les choses resterent sur ce pié jusqu'au cinquieme siecle, & ce fut alors que s'éleva la contestation dont on a parlé.
Dans les provinces d'Afrique, excepté celles dont Carthage étoit la métropole, le lieu où résidoit l'évêque le plus âgé, devenoit la métropole ecclésiastique.
En Asie, il y avoit des métropoles de nom seulement, c'est-à-dire, sans suffragans ni aucun droit de métropolitain ; telle étoit la situation des évêques de Nicée, de Chalcedoine & de Beryte, qui avoient la préséance sur les autres évêques & le titre de métropolitain, quoiqu'ils fussent eux-mêmes soumis à leurs métropolitains.
On voit par-là que l'établissement des métropoles est de droit positif & qu'il dépend indirectement des souverains, aussi comme plusieurs évêques obtenoient par l'ambition, des rescrits des empereurs, qui donnoient à leur ville le titre imaginaire de métropole, sans qu'il se fît aucun changement ni démembrement de province : le concile de Chalcédoine dans le canon XII. voulut empêcher cet abus qui causoit de la confusion dans la police de l'Eglise. Voyez l'hist. des métropoles, par le P. Cantel, & ci-après METROPOLITAIN. (A)
|
| MÉTROPOLIS | (Géogr. anc.) les Géographes nomment douze à treize villes de ce nom ; savoir, deux en Phrygie, deux en Thessalie, une en Lydie, une en Isaurie, une en Acarnanie, une en Doride, une dans le Pont, une dans la Sarmatie européenne, une en Scythie, une en Eubée, & finalement une en Ionie. M. Spon cite deux médailles contorniates de cette derniere, sur lesquelles il s'est persuadé de trouver Solon. L'imagination des Antiquaires est très-féconde ; ne les privons point du seul plaisir qui leur reste.
|
| MÉTROPOLITAIN | S. f. (Jurisprud.) est l'évêque de la ville capitale d'une province ecclésiastique ; cependant quelques évêques ont eu autrefois le titre de métropolitain, quoique leur ville ne fût pas la capitale de la province. Voyez ci-devant METROPOLE.
Présentement les archevêques sont les seuls qui ayent le titre & le droit de métropolitain ; ils ont en cette derniere qualité une jurisdiction médiate & de ressort sur les diocèses de leur province, indépendamment de la jurisdiction immédiate qu'ils ont comme évêques dans leur diocèse particulier.
Les droits de métropolitains consistent 1°. à convoquer les conciles provinciaux, indiquer le lieu où il doit être tenu, bien entendu que ce soit du consentement du roi ; c'est à eux à interpréter par provision les decrets de ces conciles, & absoudre des censures & peines décernées par les canons de ces conciles.
2°. C'est aussi à eux à indiquer les assemblées provinciales qui se tiennent pour nommer des députés aux assemblées générales du clergé ; ils marquent le lieu & le tems de ces assemblées, & ils y président.
3°. Ils peuvent établir des grands-vicaires, pour gouverner les diocèses de leur province qui sont vacans, si dans huit jours après la vacance du siege le chapitre n'y pourvoit.
4°. Ils ont inspection sur la conduite de leurs suffragans, tant pour la résidence que pour l'établissement ou la conservation des séminaires. Ils sont aussi juges des différends entre leurs suffragans & les chapitres de ces suffragans.
5°. Ils peuvent célébrer pontificalement dans toutes les églises de leur province, y porter le pallium, & faire porter devant eux la croix archiépiscopale.
6°. L'appel des ordonnances & sentences des évêques suffragans, de leurs grands-vicaires, & officiaux, va au métropolitain, tant en matiere de jurisdiction volontaire que contentieuse, & le métropolitain doit avoir un official pour exercer cette jurisdiction métropolitaine.
7°. Quand un évêque suffragant a négligé de conférer les bénéfices dans les six mois de la vacance, ou du tems qu'il a pu en disposer, si c'est par dévolution, le métropolitain a droit d'y pourvoir.
8°. Les grands-vicaires du métropolitain peuvent, en cas d'appel, accorder des visa à ceux auxquels les évêques suffragans en ont refusé mal-à-propos, donner des dispenses, & faire tous les actes de la jurisdiction volontaire, même conférer les bénéfices vacans par dévolution, si le métropolitain leur a donné spécialement le droit de conférer les bénéfices.
9°. Suivant l'usage de France, les bulles du jubilé sont adressées au métropolitain qui les envoie à ses suffragans.
Le métropolitain assistoit autrefois à l'élection des évêques de sa province, confirmoit ceux qui étoient élus, recevoit leur serment ; mais l'abrogation des élections & le droit que les papes se sont insensiblement attribué pour la conservation, ont privé les métropolitains de ces droits. Ils ont aussi perdu par non-usage celui de visiter les églises de leur province. Voyez Freret, Tr. de l'abus, les lois ecclésiastiques tit. des métropolitains, les mémoires du clergé, & aux mots ARCHEVEQUE, OFFICIAL, PRIMAT. (A)
|
| MÉTROUM | S. m. (Hist. anc.) en général un temple consacré à Cibele ; mais en particulier celui que les Athéniens éleverent à l'occasion d'une peste, dont ils furent affligés pour avoir jetté dans une fosse un des prêtres de la mere des dieux.
|
| MÉTROVIS | ou MITROVITZ, (Géog.) ville de Hongrie sur la Save, au comté de Sirmium, entre Rastha vers le midi & Krsatz vers l'orient. On voit dans ce lieu, selon M. le comte de Marsilly, beaucoup de monumens d'antiquité ; ce qui le porte à croire que les Romains y avoient envoyé une grande colonie, & que c'étoit peut-être dans cet endroit qu'étoit bâtie la célebre métropole, nommée Sirmium. (D.J.)
|
| METS | (Géog.) ancienne & forte ville de France, capitale du pays Messin, avec une citadelle, un parlement & un évêché suffragant de Treves. Son nom latin est Divodurus, Divodurum Mediomatricorum, civitas Mediomatricorum, comme il paroît par Tacite, par Ptolomée, par la table de Peutinger, & par l'itinéraire d'Antonin. Peut-être que les sources des fontaines que cette ville a dans ses fossés, ont occasionné le nom de Divodurum, qui veut dire, eau de fontaine ; du-moins, selon M. de Valois, diu en langue gauloise est une fontaine, & dur signifie de l'eau.
Quoi qu'il en soit, dans le quatrieme siecle, cette ville commença à prendre le nom du peuple Médiomatrici, & ce nom fut adopté par les écrivains jusqu'à l'onzieme siecle. Néanmoins dès le commencement du cinquieme, le nom du peuple Médiomatrices & le nom de la ville furent changés en celui de Metis ou Metae, dont l'origine est inconnue.
Mets étoit illustre sous l'empire romain ; car Tacite (Hist. liv. IV.) lui donne le titre de socia civitas, ville alliée, & Ammian Marcellin l'estimoit plus que Treves sa métropole.
En effet, Mets est une des premieres villes des Gaules qui déposant son ancienne barbarie, se soit policée à la maniere des Romains, & d'après leur exemple. Elle se signala par de magnifiques ouvrages, & donna à ses rues les mêmes noms que portoient les rues de Rome les plus fréquentées, comme nous l'apprenons des inscriptions du pays. Elle avoit un amphithéâtre, ainsi qu'un beau palais dont parle Grégoire de Tours, & qui a servi dans la suite de demeure aux rois d'Austrasie pendant environ 170 ans. Elle fit construire ce bel aqueduc, dont les arches traversant la Moselle, s'élevoient plus de cent piés au-dessus du courant de la riviere, ouvrage presque égal à ce qui s'étoit jamais fait de plus magnifique en Italie dans ce genre.
Mais cette ville, après avoir été très-florissante, fut entierement ruinée par les Huns lorsqu'ils envahirent les Gaules sous Attila.
Les Francs, sous Childeric, s'emparerent des pays de Mets & de Treves, & y dominoient du tems de Sidonius Apollinaris. Clovis en resta le maître, ainsi que des pays voisins. Elle continua d'être le siege des rois de la France orientale & d'Austrasie, & devint encore plus considérable que sous les Romains, parce que ces rois d'Austrasie étendoient leur domination jusqu'en Saxe & en Pannonie. Les habitans de Mets les reconnurent pour leurs maîtres. Après eux, ils agréerent pour souverains les empereurs allemands, qui conquirent le royaume d'Austrasie.
Il est vrai que les évêques & les comtes qui étoient gouverneurs héréditaires de Mets y eurent beaucoup d'autorité, mais les empereurs seuls jouissoient du suprème domaine. Si les prélats de cette ville y battoient monnoie, ce droit leur étoit commun avec d'autres évêques & avec plusieurs abbés en France, qui pour cela ne prétendoient pas être souverains. Enfin il est constant que sous Charles-Quint Mets étoit une ville impériale libre, qui ne reconnoissoit pour chef que l'empereur.
Les choses étoient en cet état l'an 1552, lorsqu'Henri II. par brigue & par adresse s'empara de Mets & s'en établit le protecteur. Charles-Quint assiégea bientôt cette ville avec une puissante armée, mais il fut contraint d'en lever le siege par la défense vigoureuse du duc de Guise. Cependant les évêques de Mets admirent la souveraineté des empereurs, reçurent d'eux les investitures, & leur rendirent la foi & hommage. Cet arrangement subsista jusqu'à l'an 1633, que Louis XIII. se déclara seigneur souverain de Mets, Toul & Verdun, & du temporel des trois évêchés, ce qui fut confirmé par le traité de Westphalie en 1648. On ne réserva que le droit métropolitain sur ces évêchés à l'archevêque de Treves, électeur de l'empire.
Il faut observer qu'il y a 200 ans que Metz étoit trois fois plus grande qu'elle n'est aujourd'hui. Elle ne contient guere actuellement que 20 mille ames.
Son évêché subsiste depuis le commencement du iv. siecle, & c'est un des plus considérables qui soient à la nomination du roi. L'évêque prend le titre de prince du saint empire, & jouit de 90 mille livres de rente ; son diocèse contient environ 620 paroisses.
Mets est la seule ville du royaume où les Juifs ayent une synagogue, & où ils soient soufferts ouvertement. On eut bien de la peine en 1565 à accorder cette derniere grace, comme on s'exprimoit alors, à deux seules familles juives ; mais le besoin a engagé d'étendre insensiblement la tolérance, ensorte qu'en 1698 on comptoit dans Mets 300 familles juives, dont l'établissement confirmé par Louis XIV. a produit de grands avantages au pays. C'est assez de remarquer, pour le prouver, que pendant la guerre de 1700, les Juifs de Mets ont remonté la cavalerie de chevaux, & ont fait naître en ce genre un commerce de plus de 100 mille écus de bénéfice par an à l'état. Il falloit donc, en tolérant les Juifs, n'y point joindre de clause infamante qui éloignât les principaux d'entr'eux de se refugier à Mets ; telle est la condition qu'on leur a imposée de porter des chapeaux jaunes, pour les distinguer odieusement ; condition inutile à la police, contraire à la bonne politique, & qui, pour tout dire, tient encore de la barbarie de nos ayeux.
Les appointemens du gouverneur de Mets sont de 24 mille livres par an, les revenus de la ville de 100 mille, & sa dépense fixe de 50 mille.
Le pays se régit par une coutume particuliere, qu'on nomme coûtume de Mets ; & ce qui est fort singulier, c'est que cette coûtume n'a jamais été ni rédigée, ni vérifiée.
Mets est située entre Toul, Verdun & Treves, au confluent de la Moselle & de la Seille, à 10 lieues de Toul, autant de Nancy N. O. 12. S. de Luxembourg, 13 E. de Verdun, 19 S. O. de Treves, 72 N. E. de Paris. Long. selon Cassini, 23. 42'. 45''. lat. 49. 7. 7.
Les citoyens de cette ville ne se sont pas extrèmement distingués dans les sciences ; cependant Ancillon, Duchat, Ferri & Foés les ont cultivés avec honneur.
Ancillon (David) & son fils Charles, mort à Berlin en 1727, ont eu tous deux de la réputation en Belles-Lettres.
Duchat (Jacob le) a fait voir dans ses écrits beaucoup de connoissance de nos anciens usages & des vieux termes de notre langue ; on lui doit la meilleure édition de Rabelais. Il est mort à Berlin en 1735, à 78 ans.
Ferri (Paul) en latin Ferrius, fit à 20 ans un Catéchisme de réformation, auquel le célebre Bossuet crut devoir répondre. Ferri étoit l'homme le plus disert de sa province ; la beauté de sa taille, de son visage & de ses gestes relevoient encore son éloquence. Il est mort de la pierre en 1669, & on lui trouva plus de 80 pierres dans la vessie.
Foés, en latin Foesius (Anutius) ; décédé en 1596 à 68 ans, est un des grands Littérateurs qu'ait eu l'Europe en fait de médecine greque. Les Médecins lui doivent la meilleure interprétation qu'ils ayent en latin des oeuvres d'Hippocrate, dont la bonne édition parut à Geneve en 1657, in-fol. (D.J.)
|
| METTEUR | METTEUR
L'art du Metteur-en-oeuvre est sur-tout connu en Allemagne, en Flandres, en France & en Angleterre. Mais il n'y a guere dans ce dernier pays, que les Allemands & les François qui exercent la mise en oeuvre avec réputation. Quant aux Allemands & aux François, on croit communément que les premiers travaillent plus finement & plus régulierement ; mais le goût françois universellement goûté rend aux derniers ce qu'ils perdent du côté de l'habileté & de l'adresse. Les Metteurs-en-oeuvre ne différent des Bijoutiers qu'en ce qu'ils ne font que monter les pierres fines ou fausses sur des bagues, des colliers, des pendans, ou autres ornemens de cette espece, au lieu que les autres font & enjolivent des tabatieres, étuis, pommes de cannes, boîtes de montres, &c.
|
| METTEURS À PORT | terme de rivieres. Voyez BOUT-A-PORT.
|
| METTRE | v. act. (Gramm.) ce mot a un grand nombre d'acceptions, qui toutes ont quelque rapport au lieu & à la situation dans le lieu : exemples, mettre un fat en place, mettre en apprentissage un enfant, mettre des troupes sur pié, mettre à la loterie, se mettre au travail, mettre en couleur, mettre à mort, mettre bas, mettre hors, mettre à couvert, mettre à mal, mettre une chose en quelqu'endroit, &c. Voyez les articles suivans.
METTRE, appointement à, (Jurisprud.) voyez ce qui a été dit au mot APPOINTEMENT. On peut ajouter que dans ces appointemens l'instruction est fort sommaire ; le procureur ne donne ordinairement qu'une seule requête ou inventaire de production, & tous les frais ne doivent pas passer une certaine somme. On appointe à mettre dans les matieres provisoires. Voyez ce qui en est dit dans le praticien de Couchot, tome II. à la fin. (A)
METTRE, (Marine) ce mot est employé dans la marine à certains usages particuliers.
Mettre à la voile, c'est appareiller & sortir d'un port ou d'une rade.
Mettre les voiles dedans, c'est ferler & plier toutes les voiles, sans en avoir aucune qui soit déployée.
Mettre la grande voile à l'échelle, c'est amarrer le point de cette voile vis-à-vis de l'échelle par où on monte à bord, ou bien au premier des grands haubans.
Mettre les basses voiles sur les cargues, c'est se servir de cargues pour trousser les voiles par en-bas.
Mettre à terre, c'est descendre du monde, ou autre chose du vaisseau, à terre.
Mettre à bord, c'est tirer ou porter dans le vaisseau.
Mettre un matelot à terre, c'est le débarquer & le renvoyer quand il ne fait pas son devoir.
Mettre une ancre en place, c'est l'amener dans la place où elle doit être au côté de l'avant du vaisseau.
Mettre le linguet, c'est mettre la piece de bois, nommée linguet ou élinguet, contre une des fusées ou taquets du cabestan, pour l'empêcher de dériver ou de retourner en arriere.
METTRE, (Comm.) terme qui a différentes significations dans le commerce.
Mettre ses effets à couvert, se dit ordinairement en mauvaise part d'un négociant qui détourne ce qu'il a de meilleur & de plus précieux, dans le dessein d'une banqueroute frauduleuse. Voyez BANQUEROUTE.
Mettre au-dessus d'un autre, c'est enchérir sur le prix qui a été offert d'une marchandise dans une vente publique.
Mettre, signifie quelquefois s'enrichir, comme quand on dit mettre sol sur sol ; & quelquefois avancer ou dépenser pour la part qu'on prend dans une société ou entreprise de commerce. J'ai dépensé cent mille écus à cette manufacture, je n'y veux plus rien mettre.
Mettre de bon argent avec du mauvais, c'est faire des avances ou dépenses sans espérance de les retirer.
Mettre avec le pronom positif, signifie s'appliquer, s'employer. Ce jeune homme a eu raison de se mettre au commerce, il y réussit. Dict. de Commerce.
METTRE L'AME, les Boisseliers se servent de ce terme pour signifier l'action par laquelle ils garnissent les soufflets d'une sorte de soupape de cuir, par laquelle l'air s'introduit dans le soufflet quand on l'ouvre, & sort par la douille, quand on le ferme.
METTRE EN TENON en terme de Boisselier, c'est retenir les deux extrémités du corps du sceau dans un tenon ou espece de pinces de bois pour les clouer plus facilement ensemble.
METTRE EN SOIE, en terme de Boutonnier, c'est couvrir des morceaux de vélin découpés à l'emporte-piece, d'une soie qui s'étend dessus à mesure qu'on l'amene avec la bobine que l'on tient en sa main, montée sur une brochette à lier, voyez BROCHETTE A LIER. En même tems que la soie couvre le vélin, elle assujettit la cannetille sur ses bords, en se fixant sur chacun de ses crans. Voyez CANNETILLE.
METTRE EN CHANTIER, chez les Charpentiers, c'est lorsqu'on peut travailler une piece de bois, la poser sur deux autres pieces de bois qu'on nomme chantiers.
METTRE LES BOIS EN LEUR RAISON, chez les Charpentiers, c'est poser les pieces de bois qui doivent servir à un édifice, sur les chantiers, chaque morceau en son lieu.
METTRE UNE PIECE DE BOIS sur son roide ou sur son fort, (Charpentier) c'est lorsqu'elle est courbe mettre le bombement en contre-haut ou par-dessus.
METTRE EN TRAIN, terme d'imprimerie, c'est mettre une forme sur la presse, & la situer de façon qu'elle se trouve juste sous le milieu de la platine, l'arrêter avec des coins, abaisser dessus la frisquette pour couper ce qui pourroit mordre, & coller aux endroits qui pourroient barbouiller, faire la marge, placer les pointures, faire le registre, & donner la tierce. Voyez FRISQUETTE, REGISTRE, TIERCE.
METTRE, se dit, en terme de manege, des façons de dresser ou de manier un cheval. Ce cheval est propre à mettre aux courbettes, à caprioles, aux airs relevés. Voyez COURBETTE, AIR.
Mettre un cheval au pas, au trot, c'est le faire aller au pas, au trot, au galop. Voyez PAS, TROT, GALOP. Mettre un cheval dedans, c'est-à-dire le dresser, le mettre dans la main & dans les talons. On dit aussi mettre un cheval sous le bouton, pour dire le tenir en état par le moyen du bouton des rènes qu'on abaisse, comme si le cavalier étoit dessus.
Mettre un cheval hors d'haleine, c'est le faire courir au-delà de ses forces. Mettre sur le dos. Voyez VOLTE. Mettre sur les hanches. Voyez ASSEOIR. Mettre au vert. Voyez VERT. Mettre au filet, c'est lui tourner le cul à la mangeoire pour l'empêcher de manger, & lui mettre un filet dans la bouche. Mettre sur le crotin, c'est mettre du crotin mouillé sous les piés de devant du cheval. Mettre dans les piliers, c'est attacher un cheval avec un cavesson aux piliers du manege, pour l'accoutumer sur les hanches. Mettre la lance en arrêt, c'est disposer sa lance comme il est expliqué au mot lance. Voyez LANCE. Mettre la gourmette à son point. Voyez POINT. Mettre un rassis. Voyez RASSIS. Mettre ses dents, se dit d'un cheval à qui les dents qui succedent à celles de lait commencent à paroître. Mettre bas. Voyez POULINER.
METTRE EN FUT, chez les Menuisiers, c'est monter le fer d'un outil de la classe des rabots, varlopes, sur son bois qu'on appelle fut.
METTRE EN CIRE, opération du Metteur-en-oeuvre qui consiste à ranger sur un bloc de cire toutes les parties d'un ouvrage, dans l'ordre, & l'inclinaison qu'elles doivent avoir toutes montées pour les souder ensemble avec succès : comme il y a fort peu d'ouvrages de Metteurs-en-oeuvre, tels que les aigrettes, les noeuds, les colliers, &c. qui ne soit composé d'un nombre considérable de pieces séparées ; l'ouvrier prépare d'abord séparément chaque partie, & lorsqu'elles sont toutes disposées il prend une plaque de tôle sur laquelle il y a un bloc de cire, auquel il donne la forme de son dessein, & le mouvement qui lui convient ; sur ce bloc ramolli il arrange chaque partie selon l'ordre, l'élévation, & le mouvement qui est propre à chacune d'elles : de cette opération dépend souvent la bonne grace d'un ouvrage, parce qu'il ne sort plus de-là que pour être arrêté par la soudure, & que cette derniere opération une fois faite, il n'est plus possible d'en changer la disposition.
METTRE EN TERRE, opération du Metteur-en-oeuvre, qui suit celle de la mise en cire. Lorsque toutes les pieces d'un ouvrage sont arrangées sur la cire, telles que nous l'avons dit ci-dessus, on le couvre totalement d'une terre apprêtée exprès, & délayée avec un peu de sel pour y donner plus de consistance, de l'épaisseur d'environ un pouce ; on la fait sécher à très-petit feu, sur de la cendre chaude, & lorsque cela est entierement sec & cuit, on fait fondre la cire qui est au-dessous, on enleve cette terre qu'on fait recuire pour brûler le reste de la cire, & sur le dessous des chatons, & entre ces chatons, qui restent alors totalement à découvert, l'ouvrier pose les grains d'argent nécessaires pour joindre toutes les parties ensemble, & les paillons de soudure, que l'on couvre de borax, & en cet état on porte le tout au feu de la lampe, & on arrête ainsi par la soudure, toutes les parties qui ne sont plus qu'un tout ; alors on casse la terre, & l'ouvrier continue ses opérations.
METTRE EN OEUVRE, l'art de mettre en oeuvre est l'art de monter les pierres fines ou fausses, & les diamans, &c. sur l'or & l'argent.
METTRE AU BLEU, c'est un terme de Plumassier, qui signifie l'opération par laquelle on met les plumes dans de l'eau bleue faite avec de l'indigo, comme celle dont on se sert pour le linge.
METTRE EN PRESSE. Voyez PRESSE.
METTRE LES FICELLES A LA COLLE, (Relieure) quand les ficelles sont épointées, on prend un peu de colle de pâte dans ses doigts, & l'on en met aux ficelles ; on dit mettre les ficelles à la colle. Voyez TORTILLER, COUDRE.
METTRE EN MAIN, terme de fabrique des étoffes de soie, mettre en main la soie, c'est la préparer pour la mettre en teinture ; pour la mettre en main on défait les matteaux que l'on enfile à une cheville, qui fait partie de l'outil qu'on appelle mettage en main. On choisit la soie écheveau par écheveau pour en séparer les différentes qualités ; ensuite quand il y a une certaine quantité d'écheveaux, je veux dire trois ou quatre, suivant leur grosseur, on en fait une pantine que l'on tord, & à laquelle on fait une boucle ; on met autour de cette flotte un fil que l'on noue, afin que le Teinturier ne les confonde pas quand il les défait pour les teindre.
Quand il y a quatre pantines de faites, on les tord ensemble, & ces quatre pantines de soie unies ensemble s'appellent communément une main de soie.
METTRE SUR LE POT, en terme de Raffineur, c'est emboîter la tête du pain sur un pot d'une grandeur proportionnée à la forme qui le contient, & propre à recevoir le premier sirop qui en découle.
METTRE BAS ou QUITTER SON BOIS, c'est ce que le cerf fait au printems.
|
| METYCHIUM | (Antiq. grec.) nom d'un des cinq principaux tribunaux civils d'Athènes ; les quatre autres étoient l'Hélide, le Parasbyte, le Trigonum, & le tribunal des Arbitres. Le Metychium tiroit son nom de l'architecte Metychius, qui fut l'ordonnateur du bâtiment, où les juges s'assembloient. On le nommoit aussi Batrachioum & Phonikoum, soit à cause des peintures dont il étoit orné, soit parce qu'il étoit tendu de rouge. (D.J.)
|
| METZCUITLATL | (Hist. nat.) nom que suivant François Ximenez, les Mexicains donnent à une pierre qui ressemble à la pierre spéculaire ou au gypse en lames, mais qui est un vrai talc, vû que l'action du feu ne produit aucun changement sur elle. Cette pierre est d'un jaune d'or tirant un peu sur le pourpre. Voyez De Laet, de gemmis & lapidibus.
|
| MEUBLES | mobilia, (Gramm. & Jurisprud.) sont toutes les choses qui peuvent se transporter facilement d'un lieu à un autre sans être détériorées, tels que les habits, linges & hardes, les meubles meublans, c'est-à-dire les meubles qui servent à garnir les maisons, tels que les lits, tapisseries, chaises, tables, ustensiles de cuisine, les livres, papiers, &c. tels sont aussi les bestiaux, volailles, ustensiles de labour, de jardinage & autres ; l'argent comptant, les billets & obligations pour une somme à une fois payer ; les bijoux, pierreries, la vaisselle d'argent, les glaces & tableaux, lorsque ces meubles ne sont point attachés pour perpétuelle demeure.
Les matériaux préparés & amenés sur le lieu pour bâtir, sont aussi réputés meubles tant qu'ils ne sont point employés.
Il en est de même des presses d'Imprimerie, des moulins sur bateaux, des pressoirs qui se peuvent desassembler, du poisson en boutique ou reservoir, & des pigeons en voliere destinés pour l'usage de la maison.
C'est ainsi que le bois coupé, le blé, foin ou grain soyé ou fauché, est réputé meuble, quoiqu'il soit encore sur le champ & non transporté.
Il y a même des choses qui sont réputées meubles par fiction, quoiqu'elles ne le soient pas encore en effet.
Tels sont dans certaines coutumes les fruits naturels ou industriaux, lesquels sont réputés meubles après le tems de la maturité ou coupe ordinaire, quoiqu'ils ne soient pas encore séparés du fonds. Voyez les coutumes de Rheims, Bourbonnois, Normandie.
Les fruits pendans par les racines sont aussi réputés meubles relativement aux conjoints.
Un immeuble est réputé meuble en tout ou en partie, en vertu d'une clause d'ameublissement.
En Artois, les catheux secs, qui sont les bâtimens, & les catheux verds, qui sont les arbres, sont réputés meubles dans les successions.
Il y a au contraire des meubles qui dans certains cas sont réputés immeubles, tels que les deniers provenant du rachat d'une rente appartenante à un mineur. Coutume de Paris, article 94.
Les actions sont meubles ou immeubles selon leur objet : si l'action tend à avoir quelque chose de mobilier, elle est meuble ; si elle a pour objet un immeuble, elle est de même nature.
Dans quelques coutumes, comme Rheims & autres, les rentes constituées sont meubles, quoique suivant le droit commun elles soient réputées immeubles.
Les meubles suivent la personne & le domicile, c'est-à-dire qu'en quelque lieu qu'ils se trouvent de fait, ils sont toujours régis par la loi du domicile, soit pour les successions, soit pour les dispositions que l'on en peut faire.
Il faut excepter le cas de deshérence & de confiscation dans lequel les meubles appartiennent à chaque seigneur haut justicier dans le territoire duquel ils sont trouvés.
Le plus proche parent est héritier des meubles, ce qui n'empêche pas que l'on n'en puisse disposer autrement.
Celui qui est émancipé a l'administration de ses meubles.
La plûpart des coutumes permettent à celui qui est marié ou émancipé ayant l'âge de vingt ans, de disposer de ses meubles, soit entre-vifs ou par testament.
Il est permis, suivant le droit commun, de leguer tous ses meubles à un autre qu'à l'héritier présomptif, sauf la légitime pour ceux qui ont droit d'en demander une. Il y a aussi quelques coutumes qui restraignent la disposition des meubles quand le testateur n'a ni propres ni acquêts.
On dit en Droit que mobilium vilis est possessio, ce qui ne signifie autre chose, sinon que l'on n'a pas communément le même attachement pour conserver ses meubles en nature comme pour ses immeubles.
Suivant le droit romain, les meubles sont susceptibles d'hypotheque aussi bien que les immeubles ; non-seulement ils se distribuent par ordre d'hypotheque entre les créanciers lorsqu'ils sont encore en la possession du débiteur ; mais ils peuvent être suivis par hypotheque lorsqu'ils passent entre les mains d'un tiers.
Dans les pays coutumiers on tient pour maxime que les meubles n'ont point de suite par hypotheque, ce qui semble n'exclure que le droit de suite entre les mains d'un tiers ; néanmoins on juge aussi qu'ils ne se distribuent point par ordre d'hypotheque, quoiqu'ils soient encore entre les mains du débiteur : c'est le premier saisissant qui est préféré sur le prix.
Il y a néanmoins des créanciers privilégiés qui passent avant le premier saisissant, tel que le nanti du gage.
Il y a des meubles non-saisissables, suivant l'ordonnance, savoir le lit & l'habit dont le saisi est vêtu, les bêtes & ustensiles de labour. On doit aussi laisser au saisi une vache, trois brebis ou deux chevres ; & aux ecclésiastiques qui sont dans les ordres sacrés, leurs meubles destinés au service divin ou servans à leur usage nécessaire, & leurs livres jusqu'à cinquante écus. Voyez l'ordonnance de 1667, titre 33.
Voyez aux institutes le titre de rerum divisione, & au mot IMMEUBLE, HERITIER, HYPOTHEQUE & SUITE.
MEUBLE, adj. (Jardinage). On dit, quand on laboure une terre, qu'elle est meuble, c'est-à-dire qu'elle est propre à recevoir la semence qui lui convient.
|
| MEUDON | (Géogr.) en latin Medo dans les anciens titres ; maison royale de France sur un côteau qui s'éleve dans une plaine aux bords de la Seine, à deux lieues de Paris. Nicolas Sanson, M. Chatelain, M. de Valois, Cellarius, Wesseling, & M. de la Martiniere, se sont tous trompés en prenant Meudon pour le Metiosedum dont parle César au VII. liv. de la guerre des Gaules. Voyez METIOSEDUM. (D.J.)
|
| MEULAN | Mellentum, ou Medlintum, (Géogr.) petite ville de l'Isle de France, bâtie en forme d'amphithéâtre sur la Seine. C'est une ville ancienne, puisque dans les premiers siecles de la monarchie elle a été le partage d'un fils de France, que l'on nommoit le comte Galeran de Meulan. Elle est régie conjointement avec Mantes par une même coutume particuliere, qui fut rédigée en 1556. Sa situation est à 3 lieues de Mantes & de Poissy, & à 8 au-dessous de Paris. Long. 19. 32. lat. 49. 1. (D.J.)
|
| MEULE | S. f. (Art méchaniq. & Gramm.) bloc de pierre, d'acier ou de fer taillé en rond, & destiné à deux usages principaux, émoudre ou aiguiser les corps durs, ou les broyer. On broye au moulin les graines avec des meules de pierre ; on aiguise les instrumens tranchans chez les Couteliers & les Taillandiers à la meule de pierre. On fait les meules à broyer de pierre dure : celles à aiguiser de pierre qui ne soit ni dure ni tendre. Pour tailler les premieres, on se sert d'un moyen bien simple : on va à la carriere, on coupe en rond la meule de l'épaisseur & du diametre qu'on veut lui donner, ensorte qu'elle soit toute formée, excepté qu'elle tient à la masse de pierre de la carriere par toute sa surface inférieure, qu'il s'agit de détacher, travail qui seroit infini si l'on n'eût trouvé le moyen de l'abréger, en formant tout-au-tour une petite excavation prise entre la meule même & le banc de la carriere, & en enfonçant à coups de masse dans cette excavation des petits coins de bois blanc ; quand ces coins sont placés, on jette quelques seaux d'eau : l'eau va imbiber ces coins de bois ; ils se renflent, & telle est la violence de leur renflement, que le seul effort suffit pour séparer la meule du banc auquel elle tient, malgré sa pesanteur, & malgré l'étendue & la force de son adhésion au banc. Les meules à aiguiser des Taillandiers & des Fourbisseurs sont les plus grandes qui s'emploient : plus un instrument à émoudre est large & doit être plat, plus la meule doit être grande ; car plus elle est grande, plus le petit arc de sa circonférence sur lequel l'instrument est appliqué tandis qu'on l'aiguise, approche de la ligne droite. Il y a des meules à aiguiser de toutes grandeurs : elles sont de grès ni trop tendre ni trop dur, trop tendre, il prendroit trop facilement l'eau dans laquelle la meule trompe en tournant : la meule s'imbiberoit jusqu'à l'arbre sur lequel elle est montée, & la force centrifuge suffiroit pour la séparer en deux, accident où la perte de la meule est le moins à craindre : l'ouvrier peut en être tué. Si elle ne se fend pas, elle s'use fort vîte. Trop dur, & par conséquent d'un grain trop petit & trop serré, elle ne prend pas sur le corps dur & ne l'use point. Il est important que la meule sur laquelle on émout trempe dans l'eau par sa partie inférieure : sans cela le frottement de la piece sur elle échaufferoit la piece au point qu'elle bleuiroit & seroit détrempée. Les meules des Diamantaires sont de fer, &c.
MEULE de moulin, (Antiq.) Les meules de moulin de l'antiquité que l'injure des tems a conservées, sont toutes petites & fort différentes de nos meules modernes. Thoresby rapporte qu'on en a trouvé deux ou trois en Angleterre parmi d'autres antiquités romaines, qui n'avoient que vingt pouces de long & autant de large. Il est très-vraisemblable que les Egyptiens, les Juifs & les Romains ne se servoient point de chevaux, de vent ou d'eau, comme nous faisons, pour tourner leurs meules, mais qu'ils employoient à cet ouvrage pénible leurs esclaves & leurs prisonniers de guerre ; car Samson étant prisonnier des Philistins, fut condamné dans sa prison à tourner la meule. Il est expressément défendu dans l'Ecriture de les mettre en gage. Les Juifs désignoient le grand poids de l'affliction d'un homme, par l'expression proverbiale d'une meule qu'il portoit à son col ; ce qui ne peut guere convenir qu'à l'espece de petite meule que le hasard a fait découvrir dans ces derniers tems. (D.J.)
MEULE, outil de Charron. Cette meule est à-peu-près semblable à celle des Taillandiers, est montée sur un chassis, & est mue par une barre de fer faite en manivelle. Elle sert aux Charrons pour donner le fil & le tranchant à leurs outils.
MEULE, en terme de Cloutier d'épingle, est une roue d'acier trempé montée sur deux tampons, voyez TAMPONS, & mise en mouvement par une autre grande roue de bois tournée par toute la force d'un homme, & placée vis-à-vis la meule à quelque distance. Cette meule est couverte d'un chassis de planche des deux côtés & au-dessus, d'où pend un carreau de verre pour garantir l'ouvrier des parcelles de fer enflammées que la meule détache des clous qu'on y affine. Voyez AFFINER. Voyez les fig. & les Pl. du Cloutier d'épingle.
MEULE à l'usage des Couteliers. Voyez l'article COUTELIER.
MEULE, en terme d'Epinglier, est une roue de fer en plein tailladée sur les surfaces en dents plus ou moins vives, selon l'usage auquel on l'emploie. L'ébauchage exige qu'elles soient plus tranchantes, & l'affinage en demande de plus douces. Ces meules sont d'un fer bien trempé ; quand elles sont trop usées, on les remet au feu ; on lime ce qui reste de dents jusqu'à ce que la place soit bien égale, & on les refait ensuite avec un ciseau d'acier fort aigu, sur des traits qu'on marque au compas & à la regle. Les meules sont montées dans un billot percé à jour & en quarré sur des pivots où leur arbre joue ; elles tournent à l'aide d'une espece de roue de rouet, dont la corde vient se rendre sur une noix de l'arbre de la meule. Le billot n'est point ouvert par en haut ; il y a vis-à-vis du côté de la meule un établi ou maniere de sellette, plus haute derriere l'ouvrier que vers le billot : l'ouvrier y est assis les jambes croisées en-dessous à la maniere des Tailleurs. Voyez les figures & les Pl. de l'Epinglier, & la fig. de la meule en particulier, représentée parmi les Pl. du Cloutier d'épingles.
MEULE, terme de Fondeur de cloches, est un massif de maçonnerie dans lequel on assujettit un piquet de bois sur lequel tourne comme sur un pivot une des branches du compas de construction qui sert à construire le moule d'une cloche. Voyez les figures, Pl. de la fonderie des cloches, & l'article FONTE DES CLOCHES.
MEULE de foin, (Jardinage) est une grande élévation d'herbes que l'on arrange & que l'on tripe ou foule pour former une pyramide sur laquelle l'eau roule, & l'on dit que le foin est fanné quand il est ammeulé.
MEULE. Les Miroitiers-lunettiers ont des meules de grès qu'ils tirent de Lorraine, sur lesquelles ils arrondissent la circonférence des verres des lunettes, & autres ouvrages d'optique. Voyez GRES.
MEULES, s. f. (Verrerie) morceaux de verre qui s'attachent aux cannes pendant qu'on s'en sert, & qui s'en détachent quand elles se refroidissent.
MEULES, (Vénerie) c'est le bas de la tête d'un cerf, d'un daim & d'un chevreuil, ce qui est le plus proche du massacre ; c'est la fraise & les pierrures qui se forment. Les vieux cerfs ont le tour de la meule large & gros, bien pierré & près de la tête.
|
| MEULIERE | MOILON DE (Architect.) se dit de tout moilon de roche mal fait, plein de trous, & fort dur. Ce moilon est fort recherché pour construire des murs en fondation & dans l'eau.
MEULIERE, pierre de (Hist. nat. Minéral.) nom générique que l'on donne à des pierres fort dures, mais remplies de trous & d'inégalités, dont on se sert pour faire des meules de moulins. On sent que l'on peut employer des pierres de différentes especes pour cet usage, cependant il faut toujours qu'elles aient de la dureté & de la rudesse pour pouvoir mordre sur les grains. Dans quelques pays on fait des meules avec du granite ; dans d'autres on prend une espece de grais compacte & à gros grains. Wallerius donne le nom de pierres à meules à un quartz rempli de trous comme s'il étoit rongé des vers.
La pierre dont on se sert pour faire des meules aux environs de Paris se tire sur-tout de la Ferté-sur-Jouare ; c'est une pierre de la nature du caillou ou du quartz ; elle est opaque, très-dure, & remplie de petits trous ; on la trouve par grands blocs dans la terre. Quand on veut en faire des meules on commence par arrondir un bloc, & on lui donne le diametre convenable ; on lui donne aussi telle épaisseur qu'on juge à propos, en enlevant la terre qui est autour : pour lors à coups de ciseaux on forme une entaille qui regne tout-au-tour de la masse de pierre arrondie, & l'on y fait entrer des coins de bois, ensuite on remplit le creux avec de l'eau, qui en faisant gonfler les coins de bois qu'on a fait entrer dans l'entaille, font que la meule se fend & se sépare horisontalement. On continue de même à creuser pour ôter la terre, & à arrondir le bloc de pierre de meuliere, & l'on ne fait la même opération que pour la premiere meule.
On donne encore assez improprement le nom de pierre de meuliere à une pierre dure remplie de trous & comme rongée, qui se trouve en morceaux détachés dans quelques endroits des environs de Paris, à peu de profondeur en terre : cette pierre est très-bonne pour bâtir, parce que les inégalités dont elle est remplie font qu'elle prend très-bien le mortier. (-)
|
| MEUM | S. m. (Botan.) M. de Tournefort place cette plante parmi les fenouils, & l'auroit appellée volontiers foeniculum alpinum, perenne, capillaceo folio, odore medicato, si le nom de meum n'étoit approuvé par le long usage. Les Anglois la nomment spignel.
Les racines du meum sont longues d'environ neuf pouces, partagées en plusieurs branches, plongées dans la terre obliquement & profondément ; de leur sommet naissent des feuilles, dont les queues sont longues d'une coudée, & cannelées. Ces feuilles sont découpées jusqu'à la côte, en lanieres très-étroites comme dans le fenouil, plus nombreuses, plus molles & plus courtes.
Du milieu de ces feuilles s'élevent des tiges semblables à celles du fenouil, cependant beaucoup plus petites, striées, creuses, branchues & terminées par des bouquets de fleurs blanches, disposées en maniere de parasol. Elles sont composées de plusieurs pétales en rose, portés sur un calice qui se change en un fruit à deux graines, oblongues, arrondies sur le dos, cannelées & applaties de l'autre côté : elles sont odorantes, ameres, un peu âcres. Comme la racine du meum est de celles qui subsistent pendant l'hiver, elle reste garnie de fibres chevelues vers l'origine des tiges, & ces fibres sont les queues des feuilles desséchées.
Pline dit que le meum étoit de son tems étranger en Italie, & qu'il n'y avoit que des médecins en petit nombre qui le cultivoient ; présentement il vient de lui-même en abondance, non-seulement en Italie, mais encore en Espagne, en France, en Allemagne & en Angleterre.
On ne se sert que de la racine dans les maladies, quoiqu'il soit vraisemblable que la graine ne manqueroit pas de vertus pour atténuer & diviser les humeurs visqueuses & ténaces. On nous apporte cette racine séchée des montagnes d'Auvergne, des Alpes & des Pyrénées. Elle est oblongue, de la grosseur du petit doigt, branchue, couverte d'une écorce de couleur de rouille de fer en-dehors, pâle en-dedans, & un peu gommeuse. La moëlle qu'elle renferme est blanchâtre, d'une odeur assez suave, approchante de celle du panais, mais plus aromatique ; & d'un goût qui n'est pas désagréable, quoiqu'un peu âcre & amer.
Cette racine de meum n'étoit pas inconnue aux anciens Grecs ; ils l'appelloient athamantique, peut-être parce qu'ils estimoient le plus celle qu'on trouvoit sur la montagne de Thessalie, qui se nommoit athamante. Elle entre encore d'après l'exemple des anciens, dans le mithridate & la thériaque de nos jours. On multiplie la plante qui fournit le meum, soit de graine, soit de racine, & cette derniere méthode est la plus prompte. (D.J.)
MEUM, (Mat. méd.) meum athamantique, est chez les Droguistes une racine oblongue de la grosseur du petit doigt, branchue, dont la grosseur est de couleur de rouille de fer en-dehors, pâle en-dedans, un peu gommeuse, renfermant une moëlle blanchâtre d'une odeur assez agréable, presque comme celle du panais, mais cependant plus aromatique ; d'un goût qui n'est pas désagréable, quoiqu'il soit un peu âcre & amer. On nous l'apporte séchée des montagnes d'Auvergne, des Alpes & des Pyrénées.
Le meum n'étoit pas inconnu aux anciens Grecs ; ils l'appellent athamantique, ou parce qu'il a été inventé par Athamas, fils d'Eole & roi de Thebes, ou parce qu'on regardoit comme le plus excellent celui qui naissoit sur une montagne de Thessalie appellée athamante. Geoffroi, matiere medicale. Le meum est compté avec raison parmi les atténuans les plus actifs, les expectorans, les stomachiques, carminatifs, emmenagogues & diurétiques. On s'en sert fort peu cependant dans les prescriptions magistrales ; il entre dans plusieurs compositions officinales, & la thériaque. On en retire une eau distillée simple, qui étant aromatique, doit être une eau distillée simple, qui étant aromatique, doit être comptée parmi les eaux distillées utiles. Voyez EAU DISTILLEE. Cette racine est aussi un ingrédient utile de l'eau générale de la Pharmacopée de Paris. (b)
|
| MEUNIER | TÊTARD, VILAIN, CHEVESNE, CHOUAN, s. m. capito, (Hist. nat.) poisson de riviere que l'on trouve communément près des moulins ; il se plaît aussi dans les endroits fangeux & remplis d'ordures. Il a deux nageoires au-dessous des ouies, deux autres au bas du ventre, à-peu-près sur le milieu de sa longueur, une derriere l'anus, & une sur le dos. La tête est grosse ; la bouche dénuée de dents, & le palais charnu. La chair de ce poisson a un goût fade, elle est blanche & remplie d'arêtes. Rondelet, hist. des poiss. de riviere, chap. xij. Voyez POISSON.
MEUNIER, Voyez MARTIN-PECHEUR.
MEUNIER, ou BLANC, s. m. (Jardinage) est une maladie commune aux arbres, communément aux pêchers, aux fleurs & aux herbes potageres, telles que le melon & le concombre ; c'est une espece de lepre qui gagne peu après les feuilles, les bourgeons ou rameaux, les fruits, & les rend tout blancs & couverts d'une sorte de matiere cotonneuse, qui bouchant les pores, empêche leur transpiration, & par conséquent leur cause un grand préjudice. Quelques expériences que l'on ait faites, on n'a point encore pû y trouver du remede.
MEUNIER, (Pêche) est un poisson de riviere, espece de barbeau, qui a une grosse tête, les écailles luisantes, la chair blanche & molle : & qui est tout blanc, mais moins dessus le dos que sous le ventre : on lui donne plusieurs noms ; les uns l'appellent têtard ou têtu, parce qu'il a une grosse tête ; les autres meunier, parce qu'on le trouve le plus ordinairement autour des moulins, ou parce qu'il a la chair blanche ; enfin on lui donne aussi les noms de mulet, majon, ou menge, du mot latin mugil ; il a dans la tête un os entouré de pointes comme une chataigne : il se nourrit de bourbe, d'eau & d'insectes, qui nagent sur la superficie ; on le prend à la ligne, & on appâte l'hameçon avec des grillots qu'on trouve par les champs, ou des grains de raisin, ou avec une espece de mouche qu'on trouve cachée en hiver le long des rivieres. Il y en a qui se servent de cervelle de boeuf : ce poisson ne va jamais seul, ce qui fait qu'on en prend beaucoup, soit à la ligne, soit aux filets.
Il y en a encore une autre espece, dont les écailles sont plus transparentes, un peu plus larges & plus déliées ; elles approchent de la couleur de l'argent ; ce poisson est long, épais & charnu : il est rusé & difficile à prendre ; il reste souvent entre les bans de sable dans les rivieres : pour le prendre les pêcheurs se servent plutôt de la ligne que de toute autre chose. C'est dans le mois de Mai que cette pêche commence à être bonne jusqu'au mois de Mars : pour amorcer l'hameçon, on se sert d'autres petits poissons ; ce poisson s'amorce aussi avec des vers qu'on prend sur des charognes, & après en avoir fait amas, on les conserve dans des pots pleins de son, & si on veut n'en point manquer, on peut mettre du sang caillé dans des manequins.
MEUNIER, (Econ. rust.) c'est celui qui fait valoir un moulin à moudre le grain. Voyez MOULIN à FROMENT.
|
| MEURIR | MURE, (Jardin) quand les fruits sont trop mûrs, l'on dit qu'ils sont passés de tems. Le soleil fait meurir les fruits, & l'on peut avancer leur maturité en les exposant davantage au soleil ; si ce sont des arbres encaissés ou empotés. Si les arbres sont en place, on dégarnit les fruits de feuilles dans le tems de la maturité.
|
| MEURTE | (Géogr.) riviere de Lorraine. Elle prend sa source dans les montagnes de Vôges, aux frontieres de la haute Alsace ; elle se jette dans la Moselle, trois lieues au-dessus de Pont-à-Mousson. (D.J.)
|
| MEURTRE | S. m. (Jurisprud.) est un homicide commis de guet-à-pens & de dessein prémédité, & lorsque le fait n'est point arrivé dans aucune rixe ni duel.
Le meurtre différe du simple homicide, qui arrive par accident ou dans une rixe.
Ce crime est aussi puni de mort. Voyez HOMICIDE. (A)
|
| MEURTRIERES | S. f. sont en terme de Fortification, des ouvertures faites dans des murailles, par lesquelles on tire des coups de fusil sur les ennemis. Voyez CRENAU, Chambers.
|
| MEURTRIR | (Méd.) Voyez MEURTRISSURE.
MEURTRIR, MEURTRI, (Jardinage) se dit d'un fruit qui a été froissé, & est un peu écorché.
MEURTRIR, (Peint.) meurtrir en Peinture, c'est adoucir la trop grande vivacité des couleurs avec un vernis qui semble jetter une vapeur éparse sur le tableau. (D.J.)
|
| MEURTRISSURE | S. f. (Gramm. & Chirurgie) amas de sang qui se fait en une partie du corps ; lorsqu'elle a été offensée par quelque contusion, ce sang extravasé se corrompt, bleuit, noircit, & donne cette couleur à la partie meurtrie : cependant à la longue il s'atténue, ou de lui-même, ou par les topiques appropriés, se dissipe par la peau, & la meurtrissure disparoît.
|
| MEUSE | LA (Géogr.) en latin Mosa ; voyez ce mot : grande riviere qui prend sa source en France, dans la Champagne, au Bassigny, auprès du village de Meuse ; son cours est d'environ cent vingt lieues. Elle passe dans les évêchés de Toul & de Verdun, par la Champagne, le Luxembourg & le comté de Namur ; ensuite après avoir arrosé l'évêché de Liege, une partie des Pays-Bas Autrichiens & des Provinces-Unies, & avoir reçu le Wahal au-dessous de l'île de Bommel, elle prend le nom de Méruwe, & se perd dans l'Océan entre la Brille & Gravesend. Elle est très-poissonneuse.
Un physicien a remarqué qu'elle s'enfle ordinairement la nuit d'un demi-pié plus que le jour, si le vent ne s'y oppose ; mais c'est un fait qu'il faudroit bien constater avant que d'en chercher la cause.
On nomme vieille Meuse, le bras de la Meuse qui se sépare de l'autre à Dordrecht, & s'y rejoint ensuite vis-à-vis de Vlaerdingen. Le maréchal de Vauban avoit projetté de faire un canal pour joindre la Moselle à la Meuse, par le moyen d'un ruisseau qui tombe dans la Moselle à Toul, & d'un autre qui se perd dans la Meuse au-dessous de Pagny ; il croyoit ce projet également utile & facile à executer. Mais exécute-t-on les meilleurs projets ! (D.J.)
|
| MEUTE | S. f. (Vénerie) c'est un assemblage de chiens-courans destinés à chasser les bêtes fauves ou carnassieres, cerfs, sangliers, loups, &c. Pour mériter le nom de meute, il faut que l'assemblage soit un peu nombreux. Cinq ou six chiens-courans ne font pas une meute : il en faut au-moins une douzaine, & il y a des meutes de cent chiens & plus.
Pour réunir l'agrément & l'utilité, les chiens qui composent une meute doivent être de la même taille, & ce qu'on appelle du même pié, c'est-à-dire qu'il ne faut pas qu'il y ait d'inégalité marquée entr'eux pour la vîtesse & le fonds d'haleine. Un chien de meute trop vîte est aussi défectueux que celui qui est trop lent, parce que ce n'est qu'en chassant tous ensemble que les chiens peuvent s'aider, & prendre les uns dans les autres une confiance d'où dépend souvent le succès de la chasse. D'ailleurs le coup d'oeil & le bruit sont plus agréables lorsque les chiens sont rassemblés. Les chasseurs qui veulent louer leur meute, disent qu'on la couvriroit d'un drap. Mais c'est un éloge que certainement il ne faut jamais prendre à la lettre.
On parvient à avoir des chiens de même taille & du même pié par des accouplemens dirigés avec intelligence, & en reformant sévérement tout ce qui est trop vîte ou trop lent. En général on chasse plus sûrement avec une meute un peu pesante. La rapidité du train ne laisse pas le tems de gouter la voie au plus grand nombre des chiens. Ils s'accoutument à ne crier que sur la foi des autres, à ne faire aucun usage de leur nez. Par-là ils sont incapables de se redresser eux-mêmes, lorsqu'ils se sont fourvoyés, de garder le change, de relever un défaut. Ils ne servent à la chasse que par un vain bruit qui même fait souvent tourner au change une partie des autres chiens & des chasseurs.
Les soins nécessaires pour se procurer & entretenir une bonne meute, doivent précéder la naissance même des chiens, puisqu'on n'obtient une race qui ne dégenere pas qu'en choisissant avec beaucoup d'attention les sujets qu'on veut accoupler.
Lorsque les petits sont nés, on leur donne des nourrices au moins pendant un mois. Quand ils sont parvenus à l'âge de six, on juge de leur forme extérieure, & on réforme ceux dont la taille, autant qu'on peut le prévoir, s'accorderoit mal avec celle des autres chiens de la meute. Lorsqu'ils ont à-peu-près quinze mois, il est tems de les mener à la chasse. On les y prépare en les accoutumant à connoître la voix, & à craindre le fouet soit au chenil, soit en les menant à l'ébat, soit en leur faisant faire la curée avec les autres.
Il seroit presqu'impossible de former une meute toute composée de jeunes chiens.
Leur inexpérience, leur indocilité, leur fougue donneroient à tout moment dans le cours de la chasse, occasion à des désordres qui augmenteroient encore ces mauvaises qualités par la difficulté d'y remédier. Il est donc presque indispensable d'avoir d'abord un fonds de vieux chiens déja souples & exercés. Si on ne peut pas s'en procurer, il faut en faire dresser de jeunes par pelotons de quatre ou cinq, parce qu'en petit nombre ils sont plus aisés à retenir.
Lorsque les jeunes chiens sont accoutumés avec les autres, qu'on les a menés à l'ébat ensemble, qu'on leur a fait faire la curée, qu'ils sont accoutumés à marcher couplés, on les mene à la chasse. Il faut se donner de garde de mêler ces jeunes chiens avec ceux qui sont destinés à attaquer. Dans ces premiers momens de la chasse, il ne faut que des chiens sûrs, afin qu'on puisse les rompre aisément pour les remettre ensemble, & faire tourner toute la meute à l'animal qu'on veut chasser. On garde donc les jeunes chiens pour les premiers relais. Encore ne faut-il pas les y mettre seuls. On gâteroit tout si l'on en découpoit un trop grand nombre à-la-fois. Lorsque l'animal qu'on chasse est un peu échauffé, & qu'il commence à laisser sur la terre & aux portées un sentiment plus fort de son passage, on cherche l'occasion de donner un relais. Ce moment est souvent celui du désordre, si on ne le donne pas avec précaution. Il faut premierement laisser passer les chiens de meute. Ensuite on découple lentement ceux du relais, en commençant par les moins fougueux, afin que ceux qui le sont le plus, ayent le tems de s'essouffler avant de rejoindre les autres. Sans cela des chiens jeunes & pleins d'ardeur s'emporteroient audelà des voies, & on auroit beaucoup de peine à les redresser. Lorsque les jeunes chiens ont chassé pendant quelque tems, & qu'on est assuré de leur sagesse, ce sont eux dont on se sert pour attaquer, parce qu'ayant plus de vigueur que les autres, ils sont plus en état de fournir à la fatigue de la chasse toute entiere. Un relais étant donné, les piqueurs doivent s'attacher à ramener à la meute les chiens qui pourroient s'en être écartés. Pour faciliter cet ameutement, il est nécessaire d'arrêter souvent sur la voie, & de-là résultent divers avantages.
L'objet de la chasse est de prendre sûrement la bête que l'on suit, & de la prendre avec certaines conditions, d'où résulte un plus grand plaisir. Or pour être sûr, autant qu'il est possible, de prendre la bête qu'on a attaquée, il faut que les chiens soient dociles, afin qu'on puisse aisément les redresser : il faut que le plus grand nombre ait le nez fort-exercé, pour garder le change, c'est-à-dire, distinguer l'animal chassé d'avec tout autre qui pourroit bondir devant eux : il faut encore qu'ils soient accoutumés à chasser des voies froides, afin que s'il arrive un défaut, ils puissent rapprocher l'animal & le relancer. Lorsqu'une meute n'a pas cette habitude, qu'on pique au premier chien, & qu'on veut étouffer l'animal de vîtesse, au lieu de le chasser régulierement, on manque souvent son objet : le moindre défaut qui laisse refroidir les voies, n'est plus réparable, surtout lorsque le vent de nord-ouest souffle, ou que le tems est disposé à l'orage, les chiens ayant moins de finesse de nez, la voie une fois perdue ne se retrouve plus. On ne court pas ces risques à beaucoup près au même degré, avec des chiens accoutumés à chasser des voies un peu vieilles ; mais on ne leur en fait prendre l'habitude qu'en les arrêtant souvent lorsque le tems est favorable, & qu'on peut juger en commençant la chasse, que les chiens emporteront bien la voie. Ces arrêts répétés donnent aux chiens écartés le tems de se rameuter. Ils les mettent dans le cas de faire usage de leur nez, de gouter eux-mêmes la voie, & de s'en assurer de maniere à ne pas tourner au change. Le bruit qui n'est pas un des moindres agrémens de la chasse, en augmente : les chasseurs se rassemblent, le son des trompes, les cris des veneurs & des chiens donnent ainsi dans le cours d'une chasse différentes scenes qui deviennent plus chaudes à mesure que les relais se donnent, & que l'animal perd de sa force. Ces momens vifs & gradués préparent & amenent enfin la catastrophe, la mort tragique & solemnelle de l'animal. C'est donc par la docilité qu'on amene les chiens d'une meute à acquérir toutes les qualités qui peuvent rendre la chasse agréable & sûre. Ils y gagnent, comme on voit, du côté de la finesse du nez, & de son usage ; mais cette qualité est toujours inégale parmi les chiens malgré l'éducation ; & il en est quelques-uns que la nature a doués d'une sagacité distinguée : ceux-la ne changent jamais, quoi qu'il arrive. Le cerf a beau s'accompagner & se mêler avec une troupe d'autres animaux de son espece, ils le démêlent toujours, & en reconnoissent la voie à travers les voies nouvelles, desorte qu'ils chassent hardiment lorsque les autres chiens aussi sages, mais moins francs, balancent & semblent hésiter. On dit que ces chiens supérieurs sont hardis dans le change. Les piqueurs doivent s'attacher à les bien connoître, parce qu'ils peuvent toujours en sûreté y rallier les autres.
La plûpart des avantages qu'une meute puisse réunir, dépendent, comme on voit, de la docilité des chiens. Avec une meute sage, la chasse n'a presque point d'inconvéniens qu'on ne prévienne ou qu'on ne répare. Il faut que la voix du piqueur enleve toujours sûrement les chiens, qu'il soit le maître de les redresser lorsqu'ils se fourvoyent, & que lorsqu'ils le suivent, il n'ait rien à craindre de leur impatience. L'usage de mener les chiens couplés lorsqu'on va frapper aux brisées, annonce une défiance de leur sagesse, qui ne fait pas d'honneur à une meute. Il est très-avantageux de les avoir au point de docilité où ils suivent le piqueur posément & sans désir de s'échapper, parce qu'alors on attaque sans étourderie, & qu'on évite un partage de la meute qui est très-ordinaire au commencement des chasses. Il est toujours possible d'arriver à ce degré, lorsqu'on en prend la peine. L'alternative de la voix & du foüet est un puissant moyen ; & il n'est point de fougue qui résiste à l'impression des coups répétés. Les autres soins qui regardent la meute, consistent à tenir propres le chenil & les chiens, à leur donner une nourriture convenable & réglée, à observer avec le plus grand soin les chiens qui paroissent malades, pour les séparer des autres. Voyez PIQUEUR & VENERIE.
|
| MEVANIA | (Géog. anc.) ville d'Italie dans l'Umbrie. Ptolomée, liv. III. ch. j. la donne aux Vilumbres qui habitoient la partie orientale de l'Umbrie : ses habitans sont appellés Mévénates par Pline. Cette ville étoit renommée par la quantité de bêtes à cornes blanches, qu'on y élevoit pour les sacrifices, & & c'est ce que prouve ce vers de Lucain :
Tauriferis ubi sese Mevania campis
Explicat, liv. I. v. 473.
|
| MÉVAT | (Géog.) province des Indes, dans les états du grand-mogol.
|
| MEVÉLEVITES | S. m. pl. (Hist. mod.) espece de dervis ou de religieux turcs, ainsi nommés de Mevéleva leur fondateur. Ils affectent d'être patiens, humbles, modestes & charitables : on en voit à Constantinople conduire dans les rues un cheval chargé d'outres ou de vases remplis d'eau pour la distribuer aux pauvres. Ils gardent un profond silence en présence de leurs supérieurs & des étrangers, & demeurent alors les yeux fixés en terre la tête baissée & le corps courbé. La plûpart s'habillent d'un gros drap de laine brune : leur bonnet, fait de gros poil de chameau tirant sur le blanc, ressemble à un chapeau haut & large qui n'auroit point de bords. Ils ont toujours les jambes nues & la poitrine découverte, que quelques-uns se brûlent avec des fers chauds en signe d'austérité. Ils se ceignent avec une ceinture de cuir, & jeûnent tous les jeudis de l'année. Guer, moeurs des Turcs, tome I.
Au reste, ces mevélevites, dans les accès de leur dévotion, dansent en tournoyant au son de la flûte, sont grands charlatans, & pour la plûpart très-débauchés. Voyez DERVIS.
|
| MÉVENDRE | v. act. (Com.) vendre une marchandise à moindre prix qu'elle ne coûte.
MEVENDU ou MEVENDUE, adj. une marchandise mévendue est celle qu'on vend beaucoup au-dessous de son juste prix.
|
| MÉVENTE | S. f. vente à vil prix, sur laquelle il y a beaucoup à perdre. Il se trouve souvent de la mévente sur les marchandises sujettes à se gâter, ou qui ne sont plus de mode. Il est de la prudence d'un négociant de les vendre à tems. Dictionnaire de commerce.
|
| MÉWARI | (Géog.) ville considérable du Japon ; dans l'île de Niphon, avec un palais, où l'empereur séculier fait quelquefois son séjour. Elle est sur une colline, au pié de laquelle il y a de vastes campagnes, semées de blé & de ris, entrecoupées de vergers pleins de pruniers. Cette ville a quantité de tours, & de temples somptueux. (D.J.)
|
| MEWI | ou NEWIS, (Géog.) petite île de l'Amérique septentrionale, & l'une des Antilles, peu loin de S. Christophle. Elle n'a que 16 milles de circuit, & produit abondamment tout ce qui est avantageux à l'entretien des habitans, sucre, coton, gingembre, tabac, &c. Les Anglois en sont les possesseurs, depuis 1628, & y ont bâti un fort pour la mettre en sureté. Long. 315, lat. nord. 17, 16. (D.J.)
|
| MEXAT-ALI | (Géog.) ville de Perse, dans l'Irac-rabbi, ou l'Irac propre. Elle est renommée par la riche mosquée d'Aly, où les Persans vont en pélerinage de toutes parts. Cette ville néanmoins tombe tous les jours en ruine ; elle est entre l'Euphrate & le lac de Rehemat, à 18 lieues de Bagdat. Long. 62, 32, lat. 31. 40. (D.J.)
|
| MEXAT-OCE | ou RERBESA, (Géog.) ville de Perse, dans l'Irac-Rabbi. Elle prend son nom d'une mosquée dédiée à Ocem, fils d'Aly. Elle est dans un terroir fertile, sur l'Euphrate. Long. 62. 40. lat. 32. 20. (D.J.)
|
| MEXICAINE | TERRE (Hist. nat.) terra Mexicana, nom donné par quelques auteurs à une terre très-blanche, que l'on tire du lac de Méxique ; on la regarde comme astringente, dessicative, & comme un remede contre les poisons. Les Indiens la nomment Thicatlali.
|
| MEXICO | VILLE DE (Géog.) autrement ville de Mexique ; ville de l'Amérique septentrionale ; la plus considérable du Nouveau-Monde, capitale de la Nouvelle-Espagne, avec un archevêché érigé en 1547, une audiance royale, une université, si l'on peut nommer de ce nom les écoles de l'Amérique espagnole.
Elle fut la capitale de l'empire du Mexique jusqu'au 13 Août 1521, que Cortez la prit pour toujours, & que finit ce fameux empire. Voyons ce qu'elle étoit alors, avant que de parler de son état actuel.
Cette ville, fondée au milieu d'un grand lac, offroit aux yeux le plus beau monument de l'industrie américaine. Elle communiquoit à la terre par ses digues aux chaussées principales, ouvrage somptueux qui ne servoit pas moins à l'ornement qu'à la nécessité. Les rues étoient fort larges, coupées par quantité de ponts, & paroissoient tirées au cordeau. On voyoit dans la ville les canots sans nombre naviger de toutes parts pour les besoins, & le commerce. On voyoit à Mexico les maisons spacieuses & commodes construites de pierres, huit grands temples qui s'élevoient au-dessus des autres édifices, des places, des marchés, des boutiques qui brilloient d'ouvrages d'or & d'argent sculptés, de vaisselle de terre vernissée, d'étoffes de coton, & de tissus de plumes, qui formoient des desseins éclatans par les plus vives couleurs.
L'achat & la vente se faisoient par échange ; chacun donnoit ce qu'il avoit de trop, pour avoir ce qui lui manquoit. Le maïs & le cacao servoient seulement de monnoie pour les choses de moindre valeur. Il y avoit une maison où les juges de commerce tenoient leur tribunal ; pour regler les différends entre les négocians : d'autres ministres inférieurs alloient dans les marchés, maintenir par leur présence, l'égalité dans les traités.
Plusieurs palais de l'empereur Montézuma augmentoient la somptuosité de la ville. Un d'eux s'élevoit sur des colonnes de jaspe, & étoit destiné à récréer la vûe par divers étangs couverts d'oiseaux de mer & de riviere, les plus admirables par leurs plumages. Un autre étoit décoré d'une ménagerie pour les oiseaux de proie. Un troisieme étoit rempli d'armes offensives & défensives, arcs, fleches, frondes, épées avec des tranchans de cailloux, enchâssés dans des manches de bois, &c. Un quatrieme étoit consacré à l'entretien & nourriture des nains, des bossus, & autres personnes contrefaites ou estropiées des deux sexes & de tout âge. Un cinquieme étoit entouré de grands jardins, où l'on ne cultivoit que des plantes médecinales, que des intendans distribuoient gratuitement aux malades. Des médecins rendoient compte au roi de leurs effets, & en tenoient régistre à leur maniere, sans avoir l'usage de l'écriture. Les autres especes de magnificence ne marquent que le progrès des arts ; ces deux dernieres marquent le progrès de la morale, comme dit M. de Voltaire.
Cortez, après sa conquête, réfléchissant sur les avantages & la commodité de la situation de Mexico, la partagea entre les conquérans, & la fit rebâtir ; après avoir marqué les places pour l'hôtel-de-ville, & pour les autres édifices publics. Il sépara la demeure des Espagnols d'avec celle du reste des Indiens, promit à tous ceux qui voudroient y venir demeurer, des emplacemens & des privileges, & donna une rue entiere au fils de Montézuma, pour gagner l'affection des Mexicains. Les descendans de ce fameux empereur subsistent encore dans cette ville, & sont de simples gentilhommes chrétiens, confondus parmi la foule.
Mexico est actuellement située dans une vaste plaine d'eau, environnée d'un cercle de montagnes d'environ 40 lieues de tour. Dans la saison des pluies, qui commencent vers le mois de Mai, on ne peut entrer dans cette ville que par trois chaussées, dont la plus petite a une grande demi lieue de longueur ; les deux autres sont d'une lieue & d'une lieue & demi ; mais dans les tems de sécheresse, le lac au milieu duquel la ville est située, diminue considérablement. Les Espagnols se sont efforcés de faire écouler les eaux à-travers les montagnes voisines ; mais après des travaux immenses, exécutés aux dépens des jours des malheureux Mexicains, ils n'ont réussi qu'en partie dans l'exécution de ce projet ; néanmoins ils ont remédié par leurs ouvrages aux inondations, dont cette ville étoit souvent menacée.
Elle est actuellement bâtie régulierement, & traversée de quelques canaux, lesquels se remplissent des eaux qui viennent du lac. Les maisons y sont basses, à cause des fréquens tremblemens de terre ; les rues sont larges, & les églises très-belles. Il y a un très-grand nombre de couvents.
On comptoit au moins trois cent mille ames dans Mexico sous le regne de Montézuma ; on n'en trouveroit pas aujourd'hui soixante mille, parmi lesquels il y a au plus dix mille blancs ; le reste des habitans est composé d'Indiens, de négres d'Afrique, de mulâtres, de métis, & d'autres qui descendent du mélange de ces diverses nations entr'elles, & avec les Européens ; ce qui a formé des habitans de toutes nuances de couleurs, depuis le blanc jusqu'au noir.
C'est cependant une ville très-riche pour le commerce, parce que par la mer du nord une vingtaine de gros vaisseaux abordent tous les ans à S. Jean de Mhua ; qu'on nomme aujourd'hui la Vera-Crux, chargés de marchandises de la chrétienté, qu'on transporte ensuite par terre à Mexico. Par la mer du sud, elle trafique au Pérou & aux Indes orientales au moyen de l'entrepôt des Philippines, d'où il revient tous les ans deux galions à Acapulco, où l'on décharge les marchandises, pour les conduire par terre à Mexique.
Enfin ; si l'on considere la quantité d'argent qu'on apporte des mines dans cette ville, la magnificence des édifices sacrés, le grand nombre de carrosses qui roulent dans les rues, les richesses immenses de plusieurs Espagnols qui y demeurent, l'on pensera qu'elle doit être une ville prodigieusement opulente : mais d'un autre côté, quand on voit que les Indiens qui font les quatre cinquiemes des habitans, sont si mal vétus, qu'ils vont sans linge & nuds piés, on a bien de la peine à se persuader que cette ville soit effectivement si riche.
Elle est située à 22 lieues de la Puébla, 75 d'Acapulco, & à 80 de la Vera-Crux. Long. selon le P. Feuillée & des Places, 272 deg. 21 min. 30 sec. lat. 20. 10. Long. selon Cassini & Lieutaud, 273. 51. 30. lat. 20. Long. selon M. de Lisle, 275. 15. lat. 20. 10. (D.J.)
|
| MEXIQUE | L'EMPIRE DU (Géog.) vaste contrée de l'Amérique septentrionale, soumise aux rois du Mexique ; avant que Fernand Cortez en eût fait la conquête.
Lorsqu'il aborda dans le Mexique, cet empire étoit au plus haut point de sa grandeur. Toutes les provinces qui avoient été découvertes jusqu'alors dans l'Amérique septentrionale, étoient gouvernées par les ministres du roi du Mexique, ou par des caciques qui lui payoient tribut.
L'étendue de sa monarchie du levant au couchant étoit au moins de 500 lieues ; & sa largeur du midi au septentrion contenoit jusqu'à près de 100 lieues dans quelques endroits. Le pays étoit par-tout fort peuplé, riche & abondant en commodités. La mer Atlantique, que l'on appelle maintenant la mer du Nord, & qui lave ce long espace du côté étendu depuis Penuco jusqu'à Yucatan, bornoit l'empire du côté du septentrion. L'Océan, que l'on nomme asiatique, ou plus communément mer du Sud le bornoit au couchant, depuis le cap Mindosin, jusqu'aux extrémités de la nouvelle Galice. Le côté du sud occupoit cette vaste côte, qui court au long de la mer du Sud, depuis Acapulco jusqu'à Guatimala ; le côté du nord s'étendoit jusqu'à Panuco, en y comprenant cette province.
Tout cela étoit l'ouvrage de deux siecles. Le premier chef des Mexiquains, qui vivoient d'abord en république, fut un homme très-habile & très-brave ; & depuis ce tems-là, ils élurent, & déférerent l'autorité souveraine à celui qui passoit pour le plus vaillant.
Les richesses de l'empereur étoient si considérables, qu'elles suffisoient non-seulement à entretenir les délices de sa cour, mais des armées nombreuses pour couvrir les frontieres. Les mines d'or & d'argent, les salines, & autres droits, lui produisoient des revenus immenses. Un grand ordre dans les finances maintenoit la prospérité de cet empire. Il y avoit différens tribunaux pour rendre la justice, & même des juges des affaires de commerce. La police étoit sage & humaine, excepté dans la coutume barbare (& autrefois répandue chez tant de peuples) d'immoler des prisonniers de guerre à l'idole Vitztzilipuzli, qu'ils regardoient pour le souverain des dieux. L'éducation de la jeunesse formoit un des principaux objets du gouvernement. Il y avoit dans l'empire des écoles publiques établies pour l'un & l'autre sexe. Nous admirons encore les anciens Egyptiens, d'avoir connu que l'année est d'environ 365 jours ; les Mexiquains avoient poussé jusques-là leur astronomie.
Tel étoit l'état du Mexique lorsque Fernand Cortez, en 1519, simple lieutenant de Vélasquez, gouverneur de l'île de Cuba, partit de cette île avec son agrément, suivi de 600 hommes, une vingtaine de chevaux, quelques pieces de campagne, & subjuga tout ce puissant pays.
D'abord Cortez est assez heureux pour trouver un espagnol, qui, ayant été neuf ans prisonnier à Yucatan, sait le chemin du Mexique, lui sert de guide & de truchement. Une américaine, qu'il nomme dona Marina, devient à-la-fois sa maîtresse & son conseil, & apprend bientôt assez d'espagnol, pour être aussi une interprête utile. Pour comble de bonheur, on trouve un volcan plein de souphre & de salpètre, qui sert à renouveller au besoin la poudre qu'on consommeroit dans les combats.
Cortez avance devant le golphe du Mexique, tantôt caressant les naturels du pays, & tantôt faisant la guerre. La puissante république de Tlascala se joint à lui, & lui donne six mille hommes de ses troupes, qui l'accompagnent dans son expédition. Il entre dans l'empire du Mexique, malgré les défenses du souverain, qu'on nommoit Montezuma : " Mais ces animaux guerriers sur qui les principaux Espagnols étoient montés, ce tonnerre artificiel qui se formoit dans leurs mains, ces châteaux de bois qui les avoient apporté sur l'Océan, ce fer dont ils étoient couverts, leurs marches comptées par des victoires ; tant de sujets d'admiration, joints à cette foiblesse qui porte le peuple à admirer ; tout cela fit que quand Cortez arriva dans la ville de Mexico, il fut reçu de Montézuma comme son maître, & par les habitans, comme leur dieu. On se mettoit à genoux dans les rues, quand un valet espagnol passoit ".
Cependant, peu-à-peu, la cour de Montezuma s'apprivoisant avec leurs hôtes, ne les regarda plus que comme des hommes. L'empereur ayant appris qu'une nouvelle troupe d'Espagnols étoit sur le chemin du Mexique, la fit attaquer en secret par un de ses généraux, qui par malheur fut battu. Alors Cortez, suivi d'une escorte espagnole, & accompagné de sa dona Marina, se rend au palais du roi. Il emploie tout ensemble la persuasion & la menace, emmene à son quartier l'empereur prisonnier, & l'engage de se reconnoître publiquement vassal de Charles-Quint.
Montézuma, & les principaux de la nation, donnent pour tribut attaché à leur hommage, six cent mille marcs d'or pur, avec une incroyable quantité de pierreries, d'ouvrages d'or, & tout ce que l'industrie de plusieurs siecles avoit fabriqué de plus rare dans cette contrée. Cortez en mit à part le cinquieme pour son maître, prit un cinquieme pour lui, & distribua le reste à ses soldats.
Ce n'est pas là le plus grand prodige ; il est bien plus singulier que les conquérans de ce nouveau monde, se déchirant eux-mêmes, les conquêtes n'en souffrirent pas. Jamais le vrai ne fut moins vraisemblable. Vélasquez offensé de la gloire de Cortez, envoye un corps de mille Espagnols avec deux pieces de canon pour le prendre prisonnier, & suivre le cours de ses victoires. Cortez laisse cent hommes pour garder l'empereur dans sa capitale, & marche, suivi du reste de ses gens, contre ses compatriotes. Il défait les premiers qui l'attaquent, & gagne les autres, qui, sous ses étendards, retournent avec lui dans la ville de Mexico.
Il trouve à son arrivée cent mille Américains en armes contre les cent hommes qu'il avoit commis à la garde de Montézuma, lesquels cent hommes, sous prétexte d'une conspiration, avoient pris le tems d'une fête pour égorger deux mille des principaux seigneurs, plongés dans l'ivresse de leurs liqueurs fortes, & les avoient dépouillés de tous les ornemens d'or & de pierreries dont ils s'étoient parés. Montézuma mourut dans cette conjoncture ; mais les Mexicains animés du desir de la vengeance, élurent en sa place Quahutimoc, que nous appellons Gatimozin, dont la destinée fut encore plus funeste que celle de son prédécesseur.
Le désespoir & la haine précipitoient les Mexicains contre ces mêmes hommes, qu'ils n'osoient auparavant regarder qu'à genoux ; Cortez se vit forcé de quitter la ville de Mexico, pour n'y être pas affamé. Les Indiens avoient rompu les chaussées, & les Espagnols firent des ponts avec les corps des ennemis qui les poursuivoient. Mais dans leur retraite sanglante, ils perdirent tous les trésors immenses qu'ils avoient ravis pour Charles-Quint, & pour eux. Cortez n'osant s'écarter de la capitale, fit construire des bâtimens, afin d'y rentrer par le lac. Ces brigantins renverserent les milliers de canots chargés de Mexicains qui couvroient le lac, & qui voulurent vainement s'opposer à leur passage.
Enfin, au milieu de ces combats, les Espagnols prirent Gatimozin, & par ce coup funeste aux Mexiquains, jetterent la consternation & l'abattement dans tout l'empire du Mexique. C'est ce Gatimozin si fameux par les paroles qu'il prononça, lorsqu'un receveur des trésors du roi d'Espagne le fit mettre sur des charbons ardens, pour savoir en quel endroit du lac il avoit jetté toutes ses richesses. Son grand-prêtre condamné au même supplice, poussoit les cris les plus douloureux, Gatimozin lui dit sans s'émouvoir : " Et moi suis-je sur un lit de roses ? "
Ainsi Cortez se vit, en 1521, maître de la ville de Mexique, avec laquelle le reste de l'empire tomba sous la domination espagnole, ainsi que la Castille d'or, le Darien, & toutes les contrées voisines.
L'empire du Mexique se nomme aujourd'hui la nouvelle Espagne. Ce fut Jean de Grijalva, natif de Cuellar en Espagne, qui découvrit le premier cette vaste région, en 1518, & l'appella nouvelle Espagne. Vélazquez, dont j'ai parlé, lui en avoit donné la commission, en lui défendant d'y faire aucun établissement. Cette défense les ayant brouillés, Cortez fut chargé de la conquête, & ne tarda pas à faire repentir Vélasquez de son choix.
Ce grand pays est borné au nord par le nouveau Mexique, à l'orient par le golfe du Mexique, & par la mer du Nord, au midi par l'Amérique méridionale, & par la mer du Sud, & à l'occident encore par la mer du Sud.
Cette contrée est divisée en 23 gouvernemens, qui dépendent tous du viceroi du Mexique, dont la résidence est dans la ville de Mexico, desorte qu'il a plus de 400 lieues de pays sous ses ordres. Le roi d'Espagne lui donne cent mille ducats d'appointemens, à prendre sur les deniers de l'épargne, outre son casuel, qui n'est guere moins considérable, si l'avarice s'en mêle. L'exercice de sa viceroyauté est ordinairement de cinq ans.
Voilà toute l'histoire de l'empire du Mexique ; mais je ne conseille à personne de se former l'idée de la conquête qu'en firent les Espagnols, sur les mémoires d'Antonio de Solis. (D.J.)
MEXIQUE, province de, (Géog.) province principale de l'Amérique septentrionale dans l'empire du Mexique ou la nouvelle Espagne. Elle est bornée au nord par la province de Panuco, à l'orient par cette même province de Panuco, & par celle de Tlascala, au midi par la mer du Sud, & à l'occident par la province de Méchoacan. Les deux principaux lieux de cette province, en prenant du nord au midi, sont Mexico & Acapulco. Ce dernier est un bourg avec un port sûr, où les vaisseaux des Philippines abordent d'ordinaire vers les mois de Décembre & de Janvier, & en partent dans le mois de Mars. Il arrive souvent des tremblemens de terre dans ce bourg. (D.J.)
MEXIQUE, le lac de, (Géog.) ou lac de Mexico. On donne ce nom à un grand lac du Mexique, dans lequel est bâtie la ville de Mexico. Ce lac est double ; l'un est formé par une eau douce, bonne, saine, & tranquille ; & l'autre a une eau salée, amere, avec flux & reflux, selon le vent qui souffle. Tout ce lac d'eau douce & salée peut avoir cinquante-deux lieues de circuit.
Il y avoit autrefois environ quatre-vingt bourgs ou villes sur les bords de ce lac, & quelques-unes contenoient trois à quatre mille familles ; présentement il n'y a pas trente bourgs ou villages dans cette étendue de terrein ; & le plus grand bourg contient à peine quatre cent cabanes d'Espagnols ou d'Indiens. On prétend que la seule entreprise des travaux pénibles auxquels on occupe les Mexiquains, pour empêcher l'eau du lac d'inonder la ville de México, en a fait périr un million dans le dernier siecle : on ne peut épuiser le récit des différentes manieres dont les Espagnols se sont joués de la vie des Amériquains.
MEXIQUE, le golfe du, (Géog.) grand espace de mer sur la côte orientale de l'Amérique septentrionale. Il a au nord la côte de la Floride & l'île de Cuba qui est à son embouchure, au midi la presqu'île d'Incostan & la nouvelle Espagne, & à l'occident la côte du Mexique, qui lui a donné son nom. M. Buache a mis au jour en 1730 une bonne carte du golfe du Mexique.
MEXIQUE, nouveau, (Géog.) grand pays de l'Amérique septentrionale, découvert en 1553 par Antoine Despejo, natif de Cordoue & qui étoit venu demeurer à Mexique. Ce pays est habité par des Sauvages. M. Delisle le place entre le 28 & le 29 degré de latit. septentrionale ; il l'étend au nord jusqu'à Quivira, & à l'orient jusqu'à la Louisiane ; au midi, il lui donne pour bornes la nouvelle Espagne : & à l'occident la mer de Californie.
|
| MEYEN | ou MEYN, (Géog.) petite ville d'Allemagne dans l'électorat de Trèves, sur la riviere de Nette, assez près de Montreal. Henri de Finstingen archevêque de Trèves bâtit cette place en 1280. On la nommoit anciennement Magniacum, & elle donnoit à la campagne voisine le nom de Meynfeld, en latin magniacensis ager. Ce petit pays qui s'appelloit auparavant Ripuaria, à cause des Ripuaires ou Ubiens qui habitoient entre le Rhin, la Meuse & la Moselle du tems des Francs, faisoit un duché particulier sous l'empereur Conrard le salique. (D.J.)
|
| MEYENFELD | (Géog.) ville du pays des Grisons, dans la ligue des dix jurisdictions, chef-lieu de la cinquieme communauté. On l'appelle en latin Majaevilla & Lupinum. Elle est sur le Rhin dans une campagne agréable & fertile, sur-tout en excellent vin, à six lieues N. E. de Coire. Longit. 27. 15. lat. 47. 10.
|
| MEYRAN | ou MEYAN, (Géog.) cap de la mer Méditerranée sur la côte de Provence, environ sept à huit milles à l'est du cap Couronne. C'est une grosse pointe fort haute, & escarpée de toutes parts. Voyez Michelot, Portulan de la Méditerranée. (D.J.)
|
| MEZAIL | S. m. (Blas.) On appelle ainsi dans le Blason, le devant ou le milieu du heaume. Borel, qui rapporte ce mot comme un terme d'armoiries, le fait venir du grec , milieu.
|
| MEZANINE | S. f. (Architect.) terme dont se servent quelques Architectes, pour signifier un attique ou petit étage qu'on met par occasion sur un premier, pour y pratiquer une garde-robe ou autres choses semblables. Voyez ATTIQUE.
Le mot est emprunté des Italiens qui appellent mezanines ces petites fenêtres moins hautes que larges, qui servent à donner du jour à un attique ou entre-sol.
On appelle fenêtres mezanines celles qui servent à éclairer un étage d'entresol ou d'attique.
|
| MEZDAGA | (Géog.) ville d'Afrique dans la province de Curt, au royaume de Fez. Elle est ancienne, & bâtie au pié du mont Atlas : Ptolomée en met la long. à 10. 10. la lat. à 33. la latitude est assez juste, mais la longitude doit être à environ 13d. (D.J.)
|
| MEZELERIE | S. f. (Gram.) c'est-à-dire léproserie, vieux terme d'usage du tems de S. Louis, où la léproserie étoit fréquente parmi les François qui l'avoient apportée de la Terre-sainte. Joinville raconte dans la vie de ce prince, qu'un jour il lui fit cette question. " Sénéchal, lui dit-il, une demande vous fais-je, savoir, lequel vous aimeriez mieux, être mézeau, ladre, ou avoir commis un pechié mortel : & moi quiconque lui voulus mentir, lui répondis que j'aimerois mieux avoir commis trente pechiez mortels, que d'être mézeau ; &, quand les freres furent départis de-là, il me rappella tout seulet, me fit seoir à ses pieds, & me dit : comment avez-vous osé dire ce que m'avez dit ? & je lui réponds que encore je le disoye ; & il me va dire : Ha ! foul musart, vous y êtes deceu ; car vous savez que nulle si laide mézellerie n'est comme être en pechié mortel ; & bien est vrai, fit-il, car quand l'homme est mort, il est sane & guéri de sa mézellerie corporelle. Mais quand l'homme qui a fait pechié mortel meurt, il ne sait pas ni n'est certain qu'il ait eu en sa vie une telle repentance que Dieu lui veuille pardonner. Par quoi grand paour doit-il avoir que cette mézellerie de pechié lui dure longuement ; pourtant vous prie, fit-il, que pour l'amour de Dieu premier, puis pour l'amour de moi, vous resteigniez ce dit dans votre coeur, & que aimiez mieux que mézellerie & autres meschefs vous viennent au corps, que commettre un pechié mortel, qui est si infame mézellerie, &c. " Quel roi ! quel bon sentiment ! quelle sainteté ! Voyez M. Ducange, dans ses notes sur ce passage de Joinville. (D.J.)
MEZELERIE, s. f. (Commerce) espece de brocatelle, qu'on connoît mieux sous le nom d'étoffe de l'apport de Paris : elle est mêlée de laine & de soie.
|
| MEZERAY | (Géog.) village de France dans la basse Normandie, entre Argentan & Falaise. Il n'est connu, & nous n'en parlons ici, que parce qu'il a donné le jour à François Eudes de Mezeray, qui s'est fait un grand nom par son histoire de France. Il publia le premier volume in-fol. en 1643, le second en 1646, & le troisieme en 1651. Ensuite il donna l'abregé de cette histoire en 1668, trois vol. in -4. Comme il mit dans cet abregé l'origine des impôts du royaume, avec des réflexions, on lui supprima la pension de 4000 liv. dont il avoit été gratifié, mais on n'a pas pu détruire le goût de préférence du public pour cet abregé. Mezeray fut reçu à l'Académie françoise en 1648, & mourut en 1683, à 73 ans. (D.J.)
|
| MEZERÉO | ou BOIS-JOLI, s. m. (Jardin.) petit arbrisseau que l'on nomme communément bois-joli. Il se trouve dans les bois de la partie septentrionale de l'Europe & jusque dans la Laponie. Il s'éleve à environ quatre piés, donne peu de branches, à moins qu'il n'y soit contraint par la taille. Il fait une tige droite qui a du soutien, ainsi que les branches. Son écorce est lisse, épaisse, jaunâtre. Ses racines sont jaunes, molasses, courtes & lisses, sans presqu'aucunes fibres, ni chevelures. Sa feuille est longue, étroite, pointue, d'un verd-tendre en-dessus & bleuâtre en-dessous. Dès le mois de Février, l'arbrisseau bien avant la venue des feuilles, se couvre de fleurs d'une couleur de pourpre violet : elles sont belles, fort apparentes, de longue durée, & d'une odeur agréable. Les fruits qui leur succedent, sont des baies rouges, pulpeuses, rondes, de la grosseur d'un poids ; elles couvrent un noyau qui renferme la semence ; leur maturité arrive au mois d'Août.
Le bois-joli résiste aux plus grands froids. Il se plaît aux expositions du nord, dans les lieux froids & élevés, dans les terres franches & humides, mêlées de sable ou de pierrailles. Il vient sur-tout à l'ombre & même sous les arbres.
On peut multiplier cet arbrisseau de bouture ou de branches couchées ; mais ces méthodes sont longues & incertaines. La voie la plus courte est de faire prendre de jeunes plants d'environ un pié de haut dans les bois, qu'il faudra transplanter dès la fin du mois d'Octobre. A défaut de cette facilité, il faut faire semer les graines peu de tems après leur maturité, qui est à sa perfection lorsqu'elles commencent à tomber. En ce cas, elles leveront au printems suivant ; mais si on ne les semoit qu'après l'hiver, elles ne leveroient qu'à l'autre printems. Il faut semer ces graines dans une terre fraîche, à l'ombre d'un mur exposé au nord ou tout au plus au soleil levant. Au bout de deux ans, les jeunes plants auront cinq à six pouces, & seront en état d'être transplantés, ce qu'il faudra faire autant que l'on pourra avec la motte de terre. Par ce moyen, les plants auront deux ans après environ un pié de haut, & commenceront à donner des fleurs. Mais quand on tire des jeunes plants du bois, il n'en reprend pas la dixieme partie ; & ceux qui réussissent, sont deux ou trois ans à reprendre vigueur. Cependant il y a des terreins qui permettent de les enlever avec la motte de terre, par ce moyen on évite le retard & la langueur.
On peut tirer grand parti de cet arbrisseau dans les jardins, pour l'agrément. Il est très-susceptible d'une forme réguliere ; on peut lui faire prendre une tige droite de deux piés de hauteur, avec une tête bien arrangée. On peut le mettre en palissade contre un mur exposé au midi, où il fleurira dès le mois de Janvier. On peut en faire des haies de deux à trois piés de haut. En le taillant tous les ans, au printems, il se garnira de branches & il donnera quantité de fleurs, dont la beauté, la durée & la bonne odeur feront un ornement, dans une saison où la nature est encore dans l'engourdissement pour le plus grand nombre des végétaux.
Toutes les parties du bois-joli, à l'exception des fleurs, sont d'une âcreté si excessive qu'elles brûlent la bouche. Les fruits ne sont pas de mauvais goût & n'ont rien d'âcre en les mangeant ; mais ils sont si mordicans & si caustiques, que quelque tems après on sent à la gorge une chaleur extraordinaire qui cause pendant environ douze heures une ardeur des plus vives & très-incommode. Ce fruit est un violent purgatif ; cependant les oiseaux en mangent, sans qu'il en résulte d'inconvénient ; ils en sont même très-avides. Linnaeus rapporte qu'en Suede on prend les loups & les renards, en leur faisant manger de ce fruit caché sous l'appât des charognes, & qu'ils en meurent subitement.
On connoît quelques variétés de cet arbrisseau.
1°. Le bois-joli à fleurs rouges ; c'est celui qui est le plus commun.
2°. Le bois-joli à fleurs rougeâtres ; c'est une moindre teinte de couleur, dont le mérite est de contribuer à la variété.
3°. Le bois-joli à feuilles panachées de blanc ; autre variété qui est plus rare que belle. On peut la multiplier par la greffe en approche ou en écusson sur l'espece commune.
4°. Le bois-joli à fleurs blanches ; cette variété est très-rare & d'une grande beauté. Sa fleur est un peu plus grande que celle des autres bois-joli ; mais l'odeur en est plus délicieuse : elle tient du jasmin & de la jonquille. Son fruit est jaune, & les plants qui en viennent, donnent la même variété à fleurs blanches ; on peut aussi la multiplier par la greffe sur l'espece commune.
On peut encore multiplier toutes ces variétés, en les greffant en écusson ou en approche sur le laureole ou gason, qui est un arbrisseau toujours verd, du même genre. Voyez LAUREOLE. Article de M. DAUBENTON le subdélégué.
|
| MÉZIERES | en latin moderne Maceriae, (Géog.) ville de France en Champagne, avec une citadelle. Mézieres appartenoit dans le X. siecle à l'église de Rheims ; voyez l'abbé de Longuerue, & Baugier, Mém. hist. de Champagne. Une puissante armée de l'empereur Charles-Quint fut obligée d'en lever le siege en 1521, par la belle résistance du chevalier Bayard. Elle est bâtie en partie sur une colline, en partie dans un vallon, sur la Meuse, à 8 lieues de Rhétel, 5 N. E. de Sedan, 1 S. E. de Charleville, 51 N. E. de Paris. Long. 22d. 23'. 15''. lat. 59d. 44'. 47''.
|
| MÉZILLE | (Géog.) petite riviere de France ; elle a sa source dans le pays appellé Puisaye, au-dessus du bourg de Mézille, & se perd dans le Loin, auprès de Montargis. (D.J.)
|
| MÉZUNE | (Géogr.) ancienne ville d'Afrique, dans la province de Ténex, au royaume de Trémecen, entre Ténex & Mostagan, à 12 milles de la Méditerranée. On y trouve encore de beaux vestiges des Romains, quoique les Arabes ayent ruiné cette ville, & contraint les habitans d'aller s'établir ailleurs. Ptolomée en parle sous le nom d'Opidoneum colonia, & lui donne de long. 16d. & de lat. 23. 40.
|
| MÉZUZOTH | S. m. (Théol. rabbin.) c'est ainsi que les Juifs appellent certains morceaux de parchemin écrits qu'ils mettent aux poteaux des portes de leurs maisons, prenant à la lettre ce qui est prescrit au Deuteronome, ch. vj. . 9. mais pour ne pas rendre les paroles de la loi, le sujet de la profanation de personne, les docteurs ont décidé qu'il falloit écrire ces paroles sur un parchemin. On prend donc un parchemin quarré, préparé exprès, où l'on écrit d'une encre particuliere, & d'un caractere quarré, les versets 4, 5, 6, 7, 8, & 6 du chap. vj. du Deuteronome ; & après avoir laissé un petit espace, on ajoute ce qui se lit Deutéronome, chap. ij. . 13. jusqu'au . 20. Après cela on roule le parchemin, on le renferme dans un tuyau de roseau ou autre ; enfin on écrit à l'extrémité du tuyau le mot Saddaï, qui est un des noms de Dieu. On met de ces mezuzoth aux portes des maisons, des chambres, & autres lieux qui sont fréquentés ; on les attache aux battans de la porte au côté droit ; & toutes les fois qu'on entre dans la maison ou qu'on en sort, on touche cet endroit du bout du doigt, & on baise le doigt par dévotion. Le dictionnaire de Trévoux écrit mazuze, au-lieu de mezuzoth ; il ne devoit pas commettre une faute si grossiere. (D.J.)
|
| MEZZO-TINTO | (Grav.) on appelle une estampe imprimée en mezzo-tinto, celle que nous nommons en France piece noire ; ces sortes d'estampes sont assez du goût des Anglois ; elles n'exigent pas autant de travail que la gravure ordinaire ; mais elles n'ont pas le même relief ; d'un autre côté, on attrape mieux la ressemblance en mezzo-tinto, qu'avec le trait ou la hachure. (D.J.)
|
| MI | S. m. (Musique) une des six syllabes inventées par Guy-Arétin, pour nommer ou solfier les notes. Voyez E. SI, MI, & GRAMME. (S)
|
| MI-COT | ou DEMI-COTE, (Jardinage) se dit d'un terrein situé au milieu de la pente d'une montagne, d'un côteau : c'est la situation la plus agréable des jardins. Voyez SITUATION.
|
| MI-DENIER | S. m. (Jurisprud.) ce terme pris à la lettre ne signifie autre chose que la moitié d'une somme en général.
Mais dans l'usage on entend ordinairement par mi-denier, la récompense du mi-denier que l'un des conjoints ou ses héritiers doivent à l'autre conjoint ou à ses héritiers, pour les impenses ou améliorations qui ont été faites des deniers de la communauté sur l'héritage d'un des conjoints ; cette récompense n'est dûe dans ce cas, que quand les impenses ont augmenté la valeur du fond.
Quand la femme ou ses héritiers renoncent à la communauté, ils doivent la récompense pour le tout, & non pas seulement du mi-denier ; & dans ce même cas, si les impenses ont été faites sur le fond du mari, il n'a rien à rendre à la femme ou à ses héritiers, attendu qu'il reste maître de toute la communauté. Voyez Duplessis, Lebrun, Renusson.
Il y a aussi le retrait de mi-denier. Voyez RETRAIT. (A)
|
| MI-DOUAIRE | S. m. (Jurisprud.) pension assignée à une veuve, de la moitié de son douaire, comme le mot le porte.
|
| MI-ÉTÉ | La fête de saint Jean-Baptiste qui tombe le 24 de Juin. Voyez QUARTIER & TERME.
|
| MI-MAT | (Marine) voyez HUNIERS.
|
| MI-PARTI | adj. (Gramm.) qui est en deux couleurs, moitié par moitié, ou de deux matieres, & il se dit en général de la division d'un tout en deux parties égales de nature différente.
MI-PARTI, terme de Blason : il se dit de deux écus coupés par la moitié, & joints ensemble par un seul écu ; desorte qu'on ne voit que la moitié de chacun. Ceux qui veulent joindre les armoiries de leurs femmes à celles de leurs maisons, en usent ainsi. L'écu coupé & parti seulement en une de ses parties, s'appelle aussi écu mi-parti.
Salignon en Dauphiné, que bien des gens appellent mal à propos, saligdon, d'azur au chevron mi-parti d'or & d'argent.
MI-PARTIE, chambre (Jurisprud.) Voyez CHAMBRE MI-PARTIE.
|
| MIA | (Hist. mod.) c'est le nom que les Japonois donnent aux temples dédiés aux anciens dieux du pays : ce mot signifie demeure des ames. Ces temples sont très-peu ornés ; ils sont construits de bois de cèdre ou de sapin, ils n'ont que quinze ou seize piés de hauteur ; il regne communément une galerie tout-au-tour, à laquelle on monte par des degrés. Cette espece de sanctuaire n'a point de portes ; il ne tire du jour que par une ou deux fenêtres grillées ; devant lesquelles se prosternent les Japonois qui viennent faire leur dévotion. Le plafond est orné d'un grand nombre de bandes de papier blanc, symbole de la pureté du lieu. Au milieu du temple est un miroir, fait pour annoncer que la divinité connoît toutes les souillures de l'ame. Ces temples sont dédiés à des especes de saints appellés Cami, qui font, dit-on, quelquefois des miracles, & alors on place dans le mia ses ossemens, ses habits, & ses autres reliques, pour les exposer à la vénération du peuple : à côté de tous les mia, des prêtres ont soin de placer un tronc pour recevoir les aumones. Ceux qui vont offrir leurs prieres au cami, frappent sur une lame de cuivre pour avertir le dieu de leur arrivée. A quelque distance du temple est un bassin de pierre rempli d'eau, afin que ceux qui vont faire leurs dévotions puissent s'y laver ; on place ordinairement ces temples dans des solitudes agréables, dans des bois, ou sur le penchant des collines ; on y est conduit par des avenues de cèdres ou de cyprès. Dans la seule ville de Méaco on compte près de quatre mille mia, desservis par environ quarante mille prêtres ; les temples des dieux étrangers se nomment tira.
|
| MI | ou MIJAH, (Géog.) ville du Japon, dans la province d'Owari, sur la côte méridionale de l'île de Niphon, avec un palais fortifié, & regardé comme le troisieme de l'empire. Long. 153. 55. lat. 35.
|
| MIAFARKIN | (Géog.) ville du Courdistan. Long. selon Petit de la Croix, 75. lat. 38. (D.J.)
|
| MIAGOGUE | S. m. (Hist. anc.) nom qu'on donnoit, par plaisanterie, aux peres qui faisant inscrire leurs fils le troisieme jour des apaturies dans une tribu, sacrifioient une chevre ou une brebis, avec une quantité de vin, au-dessous du poids ordonné.
|
| MIAO-FSES LES | (Géog.) peuples répandus dans les provinces de Setchuen, de Koeittcheon, de Houquang, de Quangsi, & sur les frontieres de la province de Quangtong.
Les Chinois, pour les contenir, ont bâti d'assez fortes places dans plusieurs endroits, avec une dépense incroyable. Ils sont sensés soumis lorsqu'ils se tiennent en repos ; & même s'ils font des actes d'hostilité, on se contente de les repousser dans leurs montagnes, sans entreprendre de les forcer : le viceroi de la province a beau les citer de comparoître, ils ne font que ce que bon leur semble.
Les grands seigneurs Miao-fses ont sous eux de petits seigneurs, qui, quoique maîtres de leurs vassaux, sont comme feudataires, & obligés d'amener leurs troupes, quand ils en reçoivent l'ordre. Leurs armes ordinaires sont l'arc & la demi-pique. Les selles de leurs chevaux sont bien faites, & différentes des selles chinoises, en ce qu'elles sont plus étroites, plus hautes, & qu'elles ont les étriers de bois peint. Ils ont des chevaux fort estimés, soit à cause de la vîtesse avec laquelle ils grimpent les plus hautes montagnes, & en descendent au galop ; soit à cause de leur habileté à sauter des fossés fort larges. Les Miao-fses peuvent se diviser en Miao-fses soumis & en Miao-fses non soumis.
Les premiers obéissent aux magistrats chinois, & font partie du peuple chinois, dont ils se distinguent seulement par une espece de coëffure, qu'ils portent au-lieu du bonnet ordinaire, qui est en usage parmi le peuple à la Chine.
Les Miao-fses sauvages, ou non soumis, vivent en liberté dans leurs retraites, où ils ont des maisons bâties de briques à un seul étage. Dans le bas ils mettent leurs bestiaux, se logent au-dessus. Ces Miao-fses sont séparés en villages, & sont gouvernés par des anciens de chaque village. Ils cultivent la terre ; ils font de la toile, & des especes de tapis qui leur servent de couverture pendant la nuit. Ils n'ont pour habit qu'un caleçon, & une sorte de casque, qu'ils replient sur l'estomac. (D.J.)
|
| MIASME | S. m. (Méd.) , ce nom est dérivé du verbe grec , qui signifie souiller, corrompre ; cette étymologie fait voir qu'on doit écrire miasme par un i, & non par un y ; cette sorte d'orthographe est assez ordinaire, & notamment elle s'est glissée dans ce dictionnaire à l'article CONTAGION, voyez ce mot. Par miasme on entend des corps extrèmement subtils, qu'on croit être les propagateurs des maladies contagieuses ; on a pensé assez naturellement que ces petites portions de matiere prodigieusement atténuées s'échappoient des corps infectés de la contagion, & la communiquoient aux personnes non infectées, en pénétrant dans leurs corps, après s'être répandues dans l'air, ou par des voies plus courtes, passant immédiatement du corps affecté au non affecté ; ce n'est que par leurs effets qu'on est parvenu à en soupçonner l'existence : un seul homme attaqué de la peste a répandu dans plusieurs pays cette funeste maladie. Lorsque la petite vérole se manifeste dans une ville, il est rare qu'elle ne devienne pas épidémique ; il y a des tems où l'on voit des maladies entierement semblables par les symptomes, les accidens, & les terminaisons, se répandre dans tout un pays ; si un homme bien sain boit dans le même verre, s'essuie aux mêmes serviettes qu'une personne galeuse, ou s'il couche simplement à côté d'elle, il manque rarement d'attraper la gale ; il y a des dartres vives qui se communiquent aussi par le simple toucher ; la vérole exige pour se propager un contact plus immédiat, & l'application des parties dont les pores sont plus ouverts ou plus disposés ; la nature, les propriétés, & la façon d'agir de ces particules contagieuses ou miasmes sont entierement inconnues ; comme elles échappent à la vûe, on est réduit sur leur sujet à des conjectures toujours incertaines ; on ne peut conclure autre chose sinon que ce sont des corps qui par leur ténuité méritent d'être regardés comme les extrèmes des êtres immatériels, & comme placés sur les confins qui séparent la matiere des êtres abstraits. Voyez CONTAGION. Et le plus ou moins de proximité que les maladies différentes exigent pour se communiquer, fait présumer que leur fixité varie beaucoup : quelques auteurs ont voulu pénétrer plus avant dans ces mysteres, ils ont prétendu déterminer exactement la nature de ces miasmes, sur la simple observation que les ulceres des pestiférés étoient parsemés d'un grand nombre de vers, suite assez ordinaire de la corruption ; ils n'ont pas balancé à nommer ces petits animaux, auteurs & propagateurs de la contagion, & ils ont assuré que les miasmes n'étoient autre chose que ces vers qui s'élançoient des corps des pestiférés sur les personnes saines, ou qui se répandoient dans l'air. Desault, médecin de Bordeaux, ayant vû le cerveau des animaux morts hydrophobes remplis de vers, en a conclu que les miasmes hydrophobiques n'étoient autre chose ; il a porté le même jugement par analogie sur le virus vénérien. On ne s'est point appliqué à réfuter ces opinions, parce qu'elles n'ont aucunement influé sur la pratique ; & que d'ailleurs, dans des cas aussi obscurs, tous les systèmes ont à-peu-près le même degré de probabilité, & ne peuvent être combattus par des faits évidens. (M)
|
| MIATBIR | (Géog.) c'est, 1°. le nom d'une petite ville d'Afrique, dans la province de Hea, au royaume de Maroc ; 2°. c'est aussi le nom d'une montagne du grand Atlas de la province de Cutz, au royaume de Fez. (D.J.)
|
| MICA | S. m. (Hist. nat. Minéral.) c'est le nom que quelques auteurs donnent à une pierre apyre, c'est-à-dire que l'action du feu ne peut ni fondre ni convertir en chaux, & qui doit être regardée comme un vrai talc. Voyez TALC.
Le mica est composé de feuillets ou de lames minces, faciles à écraser quoique flexibles jusqu'à un certain point. Le mica doré, mica aurea, est composé de petites lames de couleur d'or, ce qui fait qu'on le nomme aussi or de chat. Le mica argenté, mica argentea, argyrites, argyrolytus, est d'un blanc brillant comme l'argent, on le nomme aussi argent de chat. La plombagine ou crayon s'appelle mica pictoria, il est de la couleur du plomb. Il y a de plus des mica rougeâtres, verdâtres. On appelle mica écailleux celui qui est en feuillets recourbés comme des écailles, en latin mica squammosa. Les différentes espece | | |