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| M | subs. fém. (Gram.) c'est la treizieme lettre & la dixieme consonne de notre alphabet : nous la nommons emme ; les Grecs la nommoient mu, , & les Hébreux men. La facilité de l'épellation demande qu'on la prononce me avec un e muet ; & ce nom alors n'est plus féminin, mais masculin.
L'articulation représentée par la lettre M est labiale & nasale : labiale, parce qu'elle exige l'approximation des deux levres, de la même maniere que pour l'articulation B ; nasale, parce que l'effort des levres ainsi rapprochées, fait refluer par le nez une partie de l'air sonore que l'articulation modifie, comme on le remarque dans les personnes fort enrhumées qui prononcent b pour m, parce que le canal du nez est embarrassé, & que l'articulation alors est totalement orale.
Comme labiale, elle est commuable avec toutes les autres labiales b, p, v, f ; c'est ainsi que scabellum vient de scamnum, selon le témoignage de Quintilien ; que fors vient de , que pulvinar vient de pluma : cette lettre attire aussi les deux labiales b & p, qui sont comme elle produites par la réunion des deux lettres ; ainsi voit-on le b attiré par m dans tombeau dérivé de tumulus, dans flambeau formé de flamme, dans ambigo composé de am & ago ; & p est introduit de même dans promptus formé de promotus, dans sumpsi & sumptum qui viennent de sumo.
Comme nasale, la lettre ou articulation M se change aussi avec N : c'est ainsi que signum vient de , nappe de mappa, & natte de matta, en changeant m en n ; au contraire amphora vient de , amplus de , abstemius d'abstineo, sommeil de somnus, en changeant n en m.
M obscurum in extremitate, dit Priscien (lib. I. de accid. lit.) ut templum : apertum in principio, ut magnus : mediocre in mediis, ut umbra. Il nous est difficile de bien distinguer aujourd'hui ces trois prononciations différentes de m, marquées par Priscien : mais nous ne pouvons guere douter qu'outre sa valeur naturelle, telle que nous la démêlons dans manie, moeurs, &c. elle n'ait encore servi, à peu-près comme parmi nous, à indiquer la nasalité de la voyelle finale d'un mot ; & c'est peut-être dans cet état que Priscien dit, M obscurum in extremitate, parce qu'en effet on n'y entendoit pas plus distinctement l'articulation m, que nous ne l'entendons dans nos mots françois nom, faim. Ce qui confirme ce raisonnement, c'est que dans les vers toute voyelle finale, accompagnée de la lettre m, étoit sujette à l'élision, si le mot suivant commençoit par une voyelle :
Divis um imperium cum Jove Caesar habet :
dans ce tems-là même, si l'on en croit Quintilien, Inst. IX. 4. ce n'est pas que la lettre m fût muette, mais c'est qu'elle avoit un son obscur : adeo ut penè cujusdam novae litterae sonum reddat ; neque enim eximitur, sed obscuratur. C'est bien là le langage de Priscien.
" On ne sauroit nier, dit M. Harduin, Rem. div. sur la prononc. p. 40. que le son nasal n'ait été connu des anciens. Nicod assûre, d'après Nigidius Figulus, auteur contemporain & ami de Cicéron, que les Grecs employoient des sons de ce genre devant les consonnes y, x ". Mais Cicéron lui-même & Quintilien nous donnent assez à entendre que m à la fin étoit le signe de la nasalité. Voici comme parle le premier, Orat. XLV. Quid illud ? non olet unde sit, quod dicitur cum illis ? cum autem nobis non dicitur, sed nobiscum ? Quia si ita diceretur, obscaenius concurrerent litterae, ut etiam modò, nisi autem interposuissem, concurrissent. Quintilien, Instit. VIII. 3. s'exprime ainsi dans les mêmes vûes, & d'après le même principe : Vitanda est junctura deformiter sonans, ut si cum hominibus notis loqui nos dicimus, nisi hoc ipsum hominibus medium sit, in videmur incidere : quia ultima prioris syllabae littera (c'est la lettre m de cum) quae exprimi nisi labris coëuntibus non potest, aut ut intersistere nos indecentissimè cogit, aut continuata cum N insequente in naturam ejus corrumpitur. Cette derniere observation est remarquable, si on la compare avec une autre remarque de M. Harduin : ibid. " Le même Nigidius, dit-il, donne à entendre que chez les Latins n rendoit aussi la voyelle nasale dans anguis, increpat, & autres mots semblables : in his, dit-il, non verum n ; sed adulterinum ponitur ; nam si ea littera esset, lingua palatum tangeret ". Si donc on avoit mis de suite cum nobis ou cum notis, il auroit fallu s'arrêter entre deux, ce qui étoit, selon la remarque de Quintilien, de très-mauvaise grace ; ou, en prononçant les deux mots de suite, vu que le premier étoit nasal, on auroit entendu la même chose que dans le mot obscène, cunno, où la premiere étoit apparemment nasale conformément à ce que nous venons d'apprendre de Nigidius.
Qu'il me soit permis, à cette occasion, de justifier notre orthographe usuelle, qui représente les voyelles nasales par la voyelle ordinaire suivie de l'une des consonnes m ou n. J'ai prouvé, article H, qu'il est de l'essence de toute articulation de précéder le son qu'elle modifie ; c'est donc la même chose de toute consonne à l'égard de la voyelle. Donc une consonne à la fin d'un mot doit ou y être muette, ou y être suivie d'une voyelle prononcée, quoique non écrite : & c'est ainsi que nous prononçons le latin même dominos, crepat, nequit, comme s'il y avoit dominose, crepate, nequite avec l'e muet françois ; au contraire, nous prononçons il bat, il promet, il fit, il crut, sabot, &c. comme s'il y avoit il ba, il promè, il fi, il cru, sabo sans t. Il a donc pu être aussi raisonnable de placer m ou n à la fin d'une syllabe, pour y être des signes muets par rapport au mouvement explosif qu'ils représentent naturellement, mais sans cesser d'indiquer l'émission nasale de l'air qui est essentielle à ces articulations. Je dis plus, il étoit plus naturel de marquer la nasalité par un de ces caracteres à qui elle est essentielle, que d'introduire des voyelles nasales diversement caractérisées : le méchanisme de la parole m'en paroît mieux analysé ; & l'on vient de voir, en effet, que les anciens Grecs & Latins ont adopté ce moyen suggéré en quelque sorte par la nature.
Quoi qu'il en soit, la lettre m à la fin du mot est en françois un simple signe de la nasalité de la voyelle précédente ; comme dans nom, pronom, faim, thim, &c. il faut excepter l'interjection hem, & les noms propres étrangers, où l'm finale conserve sa véritable prononciation ; comme Sem, Cham, Jérusalem, Krim, Stockholm, Salm, Surinam, Amsterdam, Rotterdam, Postdam, &c. Il y en a cependant quelques-uns où cette lettre n'est qu'un signe de nasalité, comme Adam, Absalom : & c'est de l'usage qu'il faut apprendre ces différences, puisque c'est l'usage seul qui les établit sans égard pour aucune analogie.
M au milieu des mots, mais à la fin d'une syllabe, est encore un signe de nasalité, quand cette lettre est suivie de l'une des trois lettres m, b, p ; comme dans emmener, combler, comparer. On en excepte quelques mots qui commence par imm, comme immodeste, immodestie, immodestement, immaculée conception, immédiat, immédiatement, immatriculé, immatriculation, immense, immensité, immodéré, immunité, &c. on y fait sentir la réduplication de l'articulation m.
On prononce aussi l'articulation m dans les mots où elle est suivie de n, comme indemniser, indemnité, amnistie, Agamemnon, Memnon, Mnémosine, &c. excepté damner, solemnel, & leurs dérivés où la lettre m est un signe de nasalité.
Elle l'est encore dans comte venu de comitis, dans compte venu de computum, dans prompt venu de promptus, & dans leurs dérivés.
M. l'abbé Regnier, Gramm. franç. in-12. p. 37. propose un doute sur quatre mots, contemptible, qui n'est, dit-il, plus guere en usage, exemption, rédemption & rédempteur, dans lesquels il semble que le son entier de m se fasse entendre. A quoi il répond : " Peut-être aussi que ce n'est qu'une illusion que fait à l'oreille le son voisin du p rendu plus dur par le t suivant. Quoi qu'il en soit, la différence n'est pas assez distinctement marquée pour donner lieu de décider là-dessus ". Il me semble qu'aujourd'hui l'usage est très-décidé sur ces mots : on prononce avec le son nasal exemt, exemption, exemtes sans p ; & plusieurs même l'écrivent ainsi, & entr'autres le rédacteur qui a rendu portatif le dictionnaire de Richelet ; le son nasal est suivi distinctement du p dans la prononciation & dans l'orthographe des mots contempteur, contemptible, rédemption, rédempteur.
M en chiffres romains signifient mille ; une ligne horisontale au-dessus lui donne une valeur mille fois plus grande, M vaut mille fois mille ou un million.
M, dans les ordonnances des Médecins, veut dire misce, mêlez, ou manipulus, une poignée ; les circonstances décident entre ces deux sens.
M, sur nos monnoies, indique celles qui sont frappées à Toulouse.
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| M | (Ecriture) dans sa forme italienne, ce sont trois droites & trois courbes ; la premiere est un I, sans courbe ; la seconde est un I parfait, en le regardant du côté de sa courbe ; la troisieme est la premiere, la huitieme, la troisieme, la quatrieme & la cinquieme partie de l'O. L'm coulée est faite de trois i liés ensemble. Il en est de même de l'm ronde.
Ces trois m se forment du mouvement composé des doigts & du poignet. Voyez les Planches d'Ecriture.
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| MA | S. f. (Mythol.) nom que la fable donne à une femme qui suivit Rhéa, & à qui Jupiter confia l'éducation de Bacchus. Ce nom se donnoit encore quelquefois à Rhéa même, sur-tout en Lydie, où on lui sacrifioit un taureau sous ce nom. Diction. de Trévoux.
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| MAAMETER | (Géog.) ville de Perse, autrement nommée Bafrouche. Elle est située, selon Tavernier, à 77. 35. de long. & à 36. 50. de latitude. (D.J.)
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| MAAYPOOSTEN | S. m. (Comm.) sorte d'étoffe de soie qui nous vient de la compagnie des Indes orientales hollandoise. Les cavelins ou lots sont de cinquante pieces. En 1720, chaque piece revenoit à 8 florins 1/2. Voyez le Dictionn. de Commerce.
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| MABOUJA | S. m. (Botan. exot.) nom donné par les sauvages d'Amérique à une racine, dont ils font leurs massues. Biron, dans ses curiosités de l'art & de la nature, dit que cette racine est extrêmement compacte, dure, pesante, noire, & toute garnie de noeuds gros comme des châtaignes. On trouve l'arbre qui la produit sur le haut de la montagne de la Souffriere dans la Guadaloupe, mais personne n'a décrit cet arbre. (D.J.)
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| MABOUYAS | S. m. (Hist. nat.) lézard des Antilles, ainsi appellé par les sauvages, parce qu'il est très-laid, & qu'ils donnent communément le nom de mabouyas à tout ce qui leur fait horreur. Ce lézard n'est pas des plus grands, il n'a jamais la longueur d'un pié. Ses doigts sont plats, larges, arrondis par le bout, & terminés par un petit ongle semblable à l'aiguillon d'une guêpe. On le trouve ordinairement sur les arbres & sur le faîte des cases. Lorsque cet animal est irrité, il se jette sur les hommes, & s'y attache opiniâtrement ; mais il ne mord, ni n'est dangereux ; cependant on le craint ; ce n'est sans doute qu'à cause de sa laideur. Pendant la nuit, il jette de tems en tems un cri effrayant, qui est un pronostic du changement de tems. Hist. nat. des Ant. par le P. du Tertre, tome II. page 315.
MABOYA ou MABOUYA, s. m. (Théolog. caraïbe) nom que les Caraïbes sauvages des îles Antilles donnent au diable ou à l'esprit dont ils craignent le malin vouloir ; c'est par cette raison qu'ils rendent au seul mabouya une espece de culte, fabriquant en son honneur de petites figures de bois bisarres & hideuses, qu'ils placent au-devant de leurs pirogues, & quelquefois dans leurs cases.
On trouve souvent en creusant la terre plusieurs de ces figures, formées de terre cuite, ou d'une pierre verdâtre, ou d'une résine qui ressemble à l'ambre jaune ; c'est une espece de copal qui découle naturellement d'un grand arbre nommé courbaril. Voyez COURBARIL.
Ces idoles anciennes ont différentes formes : les unes réprésentent des têtes de perroquet ou des grenouilles mal formées, d'autres ressemblent à des lézards à courte queue ou bien à des singes accroupis, toujours avec les parties qui désignent le sexe feminin. Il y en a qui ont du rapport à la figure d'une chauve-souris ; d'autres enfin sont si difformes, qu'il est presqu'impossible de les comparer à quoi que ce soit. Le nombre de ces idoles, que l'on rencontre à certaines profondeurs parmi des vases de terre & autres ustensiles, peut faire conjecturer que les anciens sauvages les enterroient avec leurs morts.
Il est d'usage parmi les Caraïbes d'employer encore le mot mabouya pour exprimer tout ce qui est mauvais : aussi lorsqu'ils sentent une mauvaise odeur, ils s'écrient, en faisant la grimace, mabouya, caye, en en, comme en pareil cas nous disons quelquefois, c'est le diable. M. LE ROMAIN.
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| MABY | S. m. boisson rafraîchissante fort en usage aux îles d'Amérique ; elle se fait avec de grosses racines nommées patates : celles dont l'intérieur est d'un rouge violet, sont préférables à celles qui sont ou jaunes ou blanches, à cause de la couleur qui donne une teinture très-agréable à l'oeil.
Après avoir bien nettoyé ou épluché ces racines, on les coupe par morceaux & on les met dans un vase propre pour les faire bouillir dans autant d'eau que l'on veut faire de maby ; cette eau étant bien chargée de la substance & de la teinture des patates, on y verse une suffisante quantité de sirop de sucre clarifié, y ajoutant quelquefois des oranges aigres & un peu de gingembre : on continue quatre à cinq bouillons, on retire le vase de dessus le feu ; & après avoir laissé fermenter le tout, on passe la liqueur fermentée au-travers d'une chausse de drap, en pressant fortement le marc. Il faut repasser deux ou trois fois la liqueur pour l'éclaircir, ensuite de quoi on la verse dans des bouteilles dans chacune desquelles on a eu soin de mettre un ou deux cloux de gérofle. Cette boisson est fort agréable à l'oeil & au goût, lorsqu'elle est bien faite : elle fait sauter le bouchon de la bouteille, mais elle ne se conserve pas, & elle est un peu venteuse. M. LE ROMAIN.
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| MACACOUAS | S. m. (Hist. nat.) oiseau du Brésil qui, suivant les voyageurs, est une espece de perdrix de la grosseur d'une oie.
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| MACAE | (Géog. anc.) Dans Strabon & Ptolémée ce sont des peuples de l'Arabie heureuse sur le golfe Persique ; dans Hérodote, ce sont des peuples d'Afrique, au voisinage de la Cyrénaïque. (D.J.)
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| MACAF | S. m. (Imprimerie) c'est la petite ligne horisontale qui joint deux mots ensemble dans l'écriture hébraïque ; comme dans cet exemple françois, vous aime-t-il ? Macaf vient de necaf, joindre. Les grammairiens hébraïsans prononcent maccaph, les autres macaf.
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| MACAM | S. m. (Hist. nat. Bot.) petit fruit des Indes orientales de la grosseur & de la forme de notre pomme sauvage ; il a un noyau fort dur au milieu, il est acide : l'arbre qui le porte est petit ; il ressemble assez par ses feuilles & son port au coignassier : sa feuille est d'un verd jaunâtre. Le mot macan est de la langue portugaise, il signifie pomme.
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| MACAN | (Géog.) ville de Corassane. Long. 95. 30. lat. 37. 35. (D.J.)
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| MACANDON | S. m. (Botan. exot.) arbre conifere qui croît au Malabar, où on l'appelle cada calava. Bontius dit que son fruit est semblable à la pomme de pin, avec cette seule différence, que ses cones ne sont pas si pointus, & qu'ils sont un peu mols, d'un goût assez insipide. Il lui donne des fleurs semblables à celles du mélianthe. Les habitans de Malabar font cuire ce fruit sous la cendre & le mangent dans la dyssenterie ; il est salutaire dans les maladies des poumons, telles que l'asthme, à cause de la vertu emplastique de ses parties muqueuses. Ray en parle dans son histoire des plantes. (D.J.)
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| MACANITAE | (Géogr. anc.) peuples de la Mauritanie Tingitane. Dion dit que le mont Atlas étoit dans la Macennitide. (D.J.)
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| MACAO | S. m. (Ornith.) nom d'un genre de perroquets qu'on distingue aussi par la longueur de leurs queues. Il y en a trois différentes especes qu'on nous apporte en Europe qui ne different pas seulement en grosseur & à d'autres égards, mais encore en couleur. La premiere espece, qui est la plus grosse, est joliment marquetée de bleu & de jaune ; la seconde, plus petite, est rouge & jaune, & la troisieme est rouge & bleue. Il n'est pas rare de voir des macao tout blancs, & ce sont ceux-là qu'on appelle en particulier cockatoou, quoique quelques-uns fassent ce nom synonyme à celui de la classe générale des macao. (D.J.)
MACAO, (Géog.) ville de la Chine située dans une île à l'embouchure de la riviere de Canton. Une colonie de portugais s'y établit il y a environ deux siecles, par une concession de l'empereur de la Chine, à qui la nation portugaise paie des tributs & des droits pour y jouir de leur établissement. On y compte environ trois mille portugais, presque tous métis. C'étoit autrefois une ville très-riche, très-peuplée, & capable de se défendre contre les gouverneurs des provinces de la Chine de son voisinage, mais elle est aujourd'hui entierement déchue de cette puissance. Quoiqu' habitée par des portugais & commandée par un gouverneur que le roi de Portugal nomme, elle est à la discrétion des Chinois, qui peuvent l'affamer & s'en rendre maîtres quand il leur plaira. Aussi le gouverneur portugais a grand soin de ne rien faire qui puisse choquer le moins du monde les Chinois. Longitude, selon Cassini, 130. 39'. 45''. lat. 22. 12. Long. selon les PP. Thomas & Noël, 130. 48'. 30''. lat. de même que Cassini. (D.J.)
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| MACAQUE | (Hist. nat.) Voyez SINGE.
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| MACAREAE | (Géogr. anc.) ville de l'Arcadie, dont Pausanias dit qu'on voyoit les ruines à deux stades du fleuve Alphée. (D.J.)
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| MACARÉE | S. m. (Mythol.) fils d'Eole. Macarée habita avec Canacé sa soeur. Eole ayant connu cet inceste, fit jetter l'enfant aux chiens, & envoya à Canacé une épée dont elle se tua. Macarée évita le même sort en fuyant ; il arriva à Delphes, où on le fit prêtre d'Apollon. Il y a encore un Macarée fils d'Hercule & de Déjanire, qui se sacrifia généreusement pour le salut des Héraclides.
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| MACARESE | (Géog.) en italien macaresa, étang d'Italie dans l'état de l'Eglise, près de la côte de la mer. Cet étang peut avoir trois milles de longueur, & un mille dans l'endroit le plus large ; il est assez profond, fort poissonneux, & communique à la mer par un canal. On pourroit en faire un port utile, mais la chambre apostolique n'ose y toucher, de peur d'infecter l'air par l'ouverture des terres. (D.J.)
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| MACARET | S. m. (Navigation) flot impétueux qui remonte de la mer dans la Garonne ; il est de la grosseur d'un tonneau ; il renverseroit les plus grands bâtimens s'ils n'avoient l'attention de l'éviter en tenant le milieu de la riviere. Le macaret suit toujours le bord, & son bruit l'annonce de trois lieues. Voyez l'article GARONNE.
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| MACARIA | (Géog. anc.) nom commun, 1°. à une île du golfe Arabique, 2°. à une ville de l'île de Cypre, 3°. à une fontaine célebre près de Marathon, selon Pausanias, liv. I. ch. 32. (D.J.)
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| MACARIENS | adj. (Hist. ecclésiast.) c'est ainsi qu'on designe les tems où le consul Macarius fut envoyé par l'empereur Constans, avec le consul Paul, pour ramener les Donatistes dans le sein de l'église. On colora le sujet de leur mission du prétexte de soulager la misere des pauvres par les libéralités de l'empereur : c'est un moyen qu'on emploiera rarement, & qui réussira presque toujours. On irrite l'hétérodoxie par la persécution, & on l'éteindroit presque toujours par la bienfaisance ; mais il n'en coûte rien pour exterminer, & il en coûteroit pour soulager. Optat de Mileve & S. Augustin parlent souvent des tems macariens ; ils correspondent à l'an de Jesus-Christ 348. Ils furent ainsi appellés du nom du consul Macarius.
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| MACARISME | S. m. (Théolog. & Liturg.) Les macarismes sont dans l'office grec des hymnes ou tropains à l'honneur des Grecs. On donne le même nom aux pseaumes qui commencent en grec par le mot macarios, & aux neuf versets du chapitre cinq de l'évangile selon saint Matthieu, depuis le troisieme verset jusqu'au onzieme. Macarios signifie heureux.
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| MACARON | S. m. (Diete) espece de pâtisserie friande dont les deux ingrédiens principaux sont le sucre & les amandes, & dont les qualités diététiques doivent être estimées par conséquent par celles du sucre & des amandes. Voyez SUCRE & AMANDES.
MACARON, (Diete) espece de pâte qu'on mange dans les potages, & dont on prépare aussi quelques autres mets. Voyez PATES D'ITALIE.
MACARON, (Tabletier) sorte de peigne arrondi par les deux côtés, ce qui lui donne la forme d'un macaron. On le façonne ainsi pour que les grosses dents des bouts ne blessent point.
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| MACARON-NÉSOS | (Géog. anc.) en grec ; c'étoit le nom de la citadelle de Thèbes, en Béotie, & Thèbes même porta ce nom. (D.J.)
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| MACARONI | S. m. (Pâtiss.) pâte faite avec de la farine de ris. Le macaroni ne differe du vermicelle que par la grosseur. Le vermicelle a à peine une ligne d'épaisseur, le macaroni est presque de la grosseur du petit doigt. Toutes les pâtes de ris s'appellent en général farinelli.
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| MACARONIQU | ou MACARONIEN, adj. (Littérat.) espece de poésie burlesque, qui consiste en un mêlange de mots de différentes langues, avec des mots du langage vulgaire, latinisés & travestis en burlesque. Voyez BURLESQUE.
On croit que ce mot nous vient des Italiens, chez lesquels maccarone signifie un homme grossier & rustique, selon Caelius Rhodiginus ; & comme ce genre de poésie rapetassée pour ainsi dire de différens langages, & pleins de mots extravagans, n'a ni l'aisance ni la politesse de la poésie ordinaire ; les Italiens chez qui il a pris naissance l'ont nommé par cette raison poésie macaronienne ou macaronique.
D'autres font venir ce nom des macarons d'Italie, à macaronibus, qui sont des morceaux de pâte, ou des especes de petits gâteaux faits de farine non blutée, de fromage, d'amandes-douces, de sucre & de blancs d'oeufs, qu'on sert à table à la campagne, & que les villageois sur-tout regardent comme un mets exquis. Ce mêlange d'ingrédiens a fait donner le même nom à ce genre de poésie bizarre, dans la composition duquel entrent des mots françois, italiens, espagnols, anglois, &c. qui forment ce que nous appellons en fait d'odeurs un pot pourri ; terme que nous appliquons aussi quelquefois à un style bigarré de choses qui ne paroissent point faites pour aller ensemble.
Par exemple, un soldat fanfaron dira en style macaronique :
Enfilavi omnes scadrones & regimentos.
ou cet autre
Archeros pistoliferos furiamque manantum
Et grandem esmentam quae inopinum facta Ruellae est,
Toxinumque alto troublantem corda clochero.
On attribue l'invention de ces sortes de vers à Théophile Folengio de Mantoue, moine bénédictin, qui florissoit vers l'an 1520. Car quoique nous ayons une macaronea ariminensis en lettres très-anciennes, qui commence par ces mots :
Est autor Typhis Leonicus atque parannis
qui contient six livres de poésies macaroniques, contre Cabrin, roi de Gogue Magogue ; on sait qu'elle est l'ouvrage de Guarino Capella, & ne parut qu'en 1526, c'est-à-dire, six ans après celle de Folengio qui fut publiée sous le nom de Merlin Coccaie en 1520, & qui d'ailleurs est fort supérieure à celle de Capella, soit pour le style, soit pour l'invention, soit par les épisodes dont Folengio enrichit l'histoire de Baldus qui est le héros de son poëme. On prétend que Rabelais a voulu imiter dans la prose françoise le style macaronique de la poésie italienne, & que c'est sur ce modele qu'il a écrit quelques-uns des meilleurs endroits de son Pentagruel.
Le prétendu Merlin Coccaie eut tant de succès dans son premier essai, qu'il composa un autre livre partie en style macaronique & qui a pour titre, il chars del tri per uno, mais celui-ci fut reçu bien différemment des autres. Il parut ensuite en Italie un autre ouvrage fort mauvais dans le même genre, intitulé, macaronica de syndicatu & condemnatione doctoris Samsonis Lembi, & un autre excellent ; savoir, macaronis forza, composé par un jésuite nommé Sthetonius en 1610. Bazani publia le carnavale tabula macaronica : le dernier italien qui ait écrit en ce style a été César Ursinius à qui nous devons les capricia macaronica magistri Stopini poetae Poujanensis, imprimés en 1636.
Le premier françois qui ait réussi en ce genre se nommoit dans son style burlesque, Antonio de arma Provençalis de bragardissima villa de Soleriis. Il nous a donné deux poëmes, l'un de arte dansandi, l'autre de guerrâ neapolitanâ romanâ & genuensi. Il fut suivi par un avocat qui donna l'historia bravissima Caroli V. imperat. à Provincialibus paysanis triumphanter fugati. La Provence, comme on voit, a été parmi nous le berceau de la muse macaronique, comme elle a été celui de notre poésie. Quelque tems après Remi Belleau donna avec ses poésies françoises, dictamen metrificum de Belle hugonotico & rusticorum pigliamine, ad sodales ; piece fort estimée, & qui fut suivie de cacasanga reistro suisso lansquenetorum per M. J. B. Lichiardum recatholicatum spaliporcinum peotam, à laquelle Etienne Tabourot plus connu sous le nom du sieur des Accords, répondit sur le même ton. Enfin, Jean Edouard Demonin nous a laissé inter teretismata sua carmina, une piece intitulée, arenaicum de quorumdam nugigerulorum piaffa insupportabili ; & une autre sous le titre de recitus veritabilis super terribili esmeuta paysannorum de Ruellio, dont nous avons cité quelques vers ci-dessus, & qui passe pour un des meilleurs ouvrages en ce genre.
Les Anglois ont peu écrit en style macaronique, à peine connoît-on d'eux en ce genre quelques feuilles volantes, recueillies par Camden. Au reste, ce n'est point un reproche à faire à cette nation, qu'elle ait négligé ou méprisé une sorte de poésie dont on peut dire en général : turpe est difficiles habere nugas, & stultus labor est ineptiarum. L'Allemagne & les Pays-bas ont eu & même en assez grand nombre leurs poëmes macaroniques, entr'autre le certamen catholicum cum calvinistis, par Martinius Hamconius Frinus, ouvrage de mille deux cent vers, dont tous les mots commencent par la lettre C.
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| MACARSKA | (Géog.) petite ville de Dalmatie, capitale de Primorgie, avec un évêché, suffragant de Spalatro. Elle est sur le golfe de Venise, à 8 lieues S. E. de Spalatro, & 9. N. E. de Narenta ; long. 35. 32. lat. 43. 42. (D.J.)
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| MACASSAR | (Géog.) MACAÇAR ou MANCAÇAR ; royaume considérable des Indes dans l'île de Célebes, dont il occupe la plus grande partie, sous la Zone Torride.
Les chaleurs y seroient insupportables sans les vents du nord, & les pluies abondantes qui y tombent quelques jours avant & après les pleines lunes, & pendant les deux mois que le soleil y passe.
Le pays est extrêmement fertile en excellens fruits, mangues, oranges, melons d'eau, figues, qui y sont mûrs en tous les tems de l'année. Le ris y vient en abondance ; les cannes de sucre, le poivre, le bétel & l'arek s'y donnent presque pour rien ; on trouve dans les montagnes des carrieres de belles pierres, chose très-rare aux Indes, quelques mines d'or, de cuivre & d'étain. On y voit des oiseaux inconnus en Europe ; mais on s'y passeroit bien de la quantité des singes à queue & sans queue, qui y fourmillent.
Le gouvernement y est monarchique & despotique, cependant la couronne y est héréditaire avec cette clause, que les freres succedent à l'exclusion des enfans. La religion y est celle de Mahomet, mêlée d'autres superstitions. Ils n'enmaillotent point les enfans, & se contentent après leur naissance, de les mettre nuds dans des paniers d'osier. Ils font consister la beauté, comme plusieurs autres peuples, dans l'applatissement du nez, qu'ils procurent artificiellement ; dans des ongles courts, & peints de différentes couleurs ainsi que les dents.
Gervaise a publié la description de ce royaume, & l'on s'apperçoit bien qu'il l'a faite en partie d'imagination. C'est un roman que son histoire de l'établissement du mahométisme dans ce pays-là, & du hasard qui lui donna la préférence sur le christianisme. (D.J.)
MACASSAR, (Géog.) grande ville de l'île de Célebes, capitale du royaume de Macassar, & la résidence ordinaire des rois. Les maisons y sont presque toutes de bois, & soutenues en l'air sur de grandes colonnes ; on y monte avec des échelles. Les toits sont couverts de grandes feuilles d'arbres, que la pluie ne perce qu'à la longue. Macassar est située dans une plaine très-fertile, près l'embouchure de la grande riviere, qui traverse tout le royaume du Nord au Sud ; long. 135. 20. lat. mérid. 5. (D.J.)
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| MACATUTAE | (Géog. anc.) peuple d'Afrique dans la Pentapole, selon Ptolémée, liv. IV. ch. iv. (D.J.)
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| MACAXOCOTL | S. m. (Bot. exot.) fruit des Indes occidentales. Il est rouge, d'une forme oblongue, de la grosseur d'une noix ordinaire, contenant des noyaux assez gros qui renferment une pulpe molle, succulente, jaune au-dedans comme le noyau. Ce fruit se mange, & les Européens qui y sont accoutumés, en font beaucoup de cas ; il est d'une douceur mêlée d'un peu d'acidité, ce qui le rend très-agréable au goût. L'arbre qui porte ce fruit, nommé par Nieremberg arbor Macaxocotlifera, a la grosseur d'un prunier commun, & croît dans les lieux chauds, en plein champ. On emploie son écorce pulvérisée pour dessécher les ulceres. Les femmes se servent des cendres de son bois pour peindre leurs cheveux en jaune. Voyez Ray, Hist. Plant. (D.J.)
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| MACCHABÉES | LIVRE DES, (Critiq. sacrée) nous avons quatre livres sous ce nom, qui méritent quelques détails approfondis.
Les livres qui contiennent l'histoire de Judas & de ses freres, & leurs guerres avec les rois de Syrie, pour la défense de leur religion & de leur liberté, sont appellés le premier & le second livre des Macchabées ; le livre qui fait l'histoire de ceux qui pour la même cause, avoient été exposés à Alexandrie aux éléphans de Philopator, est aussi appellé le troisieme des Macchabées ; & celui du martyre d'Eléazar & des sept freres, avec leur mere, écrit par Josephe, est nommé le quatrieme.
Le premier approche plus du style & du génie des livres historiques du canon qu'aucun autre livre ; il fut écrit en chaldaïque, tel qu'on le parloit à Jérusalem, qui étoit la langue vulgaire de toute la Judée, depuis le retour de la captivité de Babylone. Il se trouvoit encore dans cette langue du tems de saint Jérôme ; car il dit in prologo galeato, qu'il l'avoit vû. Le titre qu'il avoit alors, étoit sharbit sat bene el ; le sceptre du prince des fils de Dieu, titre qui convenoient fort bien à Judas, ce brave général du peuple de Dieu persécuté. Voyez Origene, in comment. ad psalm. vol. I. p. 47. & Eusebe, hist. eccl. VI. 25.
Quelques savans conjecturent qu'il a été écrit par Jean Hyrcan, fils de Simon, qui fut près de trente ans prince des Juifs & souverain sacrificateur, & qui entra dans cette charge au tems où finit l'histoire de ce livre. Il y a beaucoup d'apparence qu'il fut écrit effectivement de son tems, immédiatement après ces guerres, ou par lui-même, ou par quelqu'un sous lui : car il ne va pas plus loin que le commencement de son gouvernement, & comme on s'y sert des archives, & que l'on y renvoye dans cette histoire, il faut qu'elle ait été composée sous les yeux de quelqu'un qui fût en autorité.
Elle fut traduite du chaldaïque en grec, & ensuite du grec en latin. La version angloise est faite sur le grec. On croit que ce fut Théodotion qui la mit le premier en grec : mais il y a apparence que cette version est plus ancienne, parce qu'on voit que des auteurs aussi anciens que lui, s'en sont servis, comme Tertullien, Origene, & quelques autres auteurs.
Le second livre des Macchabées, est un recueil de différentes pieces ; on ne sait point du tout qui en est l'auteur. Il commence par deux lettres des Juifs de Jérusalem, à ceux d'Alexandrie en Egypte ; pour les exhorter à célébrer la fête de la dédicace du nouvel autel que fit faire Judas, quand il purifia le temple. Cette dédicace s'observoit le vingt-cinquieme jour de leur mois de Cisleu. La premiere de ces lettres est de l'an 169 de l'ere des Séleucides, c'est-à-dire, de l'an 144 avant J. C. & contient les neuf premiers versets du premier chapitre. La seconde est de l'an 188 de la même ere, ou de l'an 125 avant J. C. & commence au verset 10 du j. ch. & finit au 18. du suivant.
L'une & l'autre de ces lettres paroissent supposées ; il n'importe où le compilateur les a prises. La premiere appelle très-mal à-propos la fête de la dédicace, la fête des tabernacles du mois de Cisleu. Car quoiqu'ils pussent bien porter à la main quelque verdure pour marque de joie dans cette solemnité, ils ne pouvoient pas au coeur de l'hiver, coucher dans des cabinets de verdure, comme on faisoit à la fête des tabernacles. Ils n'auroient pas même trouvé assez de verdure pour en faire. Pour la seconde lettre, outre qu'elle est écrite au nom de Judas Macchabée, mort il y avoit alors trente-six ans, elle contient tant de fables & de puérilités, qu'il est impossible qu'elle ait été écrite par le grand conseil des Juifs, assemblé à Jerusalem pour toute la nation, comme on le prétend.
Ce qui suit dans ce chapitre, après cette seconde lettre, est la préface de l'auteur de l'abrégé de l'histoire de Jason, qui commence au 1. verset du iij. chapitre, & continue jusqu'au 37. du dernier. Les deux versets qui suivent sont la conclusion de l'auteur. Le Jason de l'histoire, dont presque tout ce livre ne contient que l'abregé, étoit un juif helléniste de Cyrene, descendu de ceux qui y avoient été envoyés par Ptolomée Soter. Il avoit écrit en grec, en cinq livres, l'histoire de Judas Macchabée & de ses freres ; la purification du temple de Jérusalem, la dédicace de l'autel, & les guerres contre Antiochus Epiphanes & son fils Eupator : ce sont ces cinq livres dont cet auteur donne ici l'abrégé.
C'est de cet abrégé fait aussi en grec, & des pieces dont j'ai parlé, qu'il a composé le recueil qui porte le titre de second livre des Macchabées. Cela prouve que l'auteur étoit aussi helléniste, & apparemment d'Alexandrie ; car il y a une expression particuliere qui revient souvent dans ce livre, qui en est une forte preuve ; c'est qu'en parlant du temple de Jérusalem, il l'appelle toujours le grand temple ; ce qui en suppose véritablement un moindre, & ce plus petit ne peut être que celui d'Egypte, bâti par Onias.
Les Juifs d'Egypte regardoient cette derniere maison comme une fille de la premiere, à qui ils faisoient toujours honneur comme à la mere. Alors il étoit naturel qu'ils la traitassent de grand temple, parce qu'ils en avoient un moindre ; ce que les Juifs des autres pays n'auroient pas pu faire ; car aucun d'eux ne reconnoissoit ce temple d'Egypte, & ils regardoient même comme schismatiques tous ceux qui offroient des sacrifices en quelqu'endroit que ce fût, excepté dans le temple de Jérusalem. Par conséquent, ce ne peut être qu'un Juif d'Egypte qui reconnoissoit le petit temple d'Egypte aussi bien que le grand temple de Jérusalem, qui se soit exprimé de cette maniere, & qui soit l'auteur de ce livre. Et comme de tous les Juifs d'Egypte, ceux d'Alexandrie étoient les plus polis & les plus savans, il y a beaucoup d'apparence que c'est-là qu'il a été écrit, mais ce second livre n'approche pas de l'exactitude du premier.
On y trouve même quelques erreurs palpables ; par exemple, c. iv. l'auteur dit que Ménélaüs qui obtint la souveraine sacrificature, étoit frere de Simon le Benjamite de la famille de Tobie. Or cela ne se peut pas ; car il n'y avoit que ceux de la famille d'Aaron qui pussent être admis à la charge de souverains pontifes. Josephe est plus croyable dans cette rencontre ; il dit positivement, Antiq. liv. XII. c. vj. que Ménélaüs étoit frere d'Onias & de Jason, & fils de Simon II. qui avoit été souverain sacrificateur, & qu'il fut le troisieme de ses fils qui parvint à cette charge. Son premier nom étoit Onias, comme celui de son frere aîné ; mais entêté aussi-bien que Jason, des manieres des Grecs ; il en prit un grec à son imitation, & se fit appeller Ménélaüs. Son pere & son frere aîné avoient été des hommes d'une grande vertu & d'une grande piété : mais il aima mieux suivre l'exemple de ce Jason que le leur ; car il l'imita dans sa fourberie, dans sa mauvaise vie, & dans son apostasie, & porta même toutes ces choses à de plus grands excès.
On remarque encore dans le second livre des Macchabées, chap. xj. . xxj. des fautes d'un autre genre. Par exemple, ch. xj. v. xxj. il est parlé d'une lettre de Lysias datée du mois Dioscorinthius (dans la vulgate Dioscorus, l'an 148) ; mais ces deux mois ne se trouvent ni dans le calendrier syro-macédonien ni dans aucun autre de ces tems-là. Usserius & Scaliger conjecturent que c'étoit un mois intercalaire que l'on plaçoit entre les mois de Dystrus & de Xanthicus dans le calendrier des Chaldéens, comme on mettoit le mois de Véadar entre ceux d'Adar & de Nisan dans celui des Juifs. Mais comme il est constant que les Chaldéens, les Syriens, & les Macédoniens n'avoient pas l'usage des mois intercalaires, il vaut mieux dire que Dioscorinthius ou Dioscorus est une faute de copiste, faite peut-être au lieu du mot Dystrus, qui est le nom d'un mois qui précede celui de Xanthicus dans le calendrier syro-macédonien.
Enfin, il paroît que les deux premiers livres des Macchabées sont de différens auteurs ; car en se servant tous deux de l'ere des Séleucides dans leurs dates, le premier de ces deux livres fait commencer cette ere au printems, & l'autre à l'automne de la même année.
Quoiqu'il en soit, il y a dans les polyglottes de Paris & de Londres, des versions syriaques des deux premiers livres des Macchabées ; mais elles sont assez modernes, & toutes deux faites sur le grec, quoiqu'elles s'en écartent quelquefois.
Passons au troisieme livre des Macchabées. On sait que ce nom de Macchabées fut donné d'abord à Judas & à ses freres ; & c'est pourquoi le premier & le second livre qui portent ce nom, contiennent leur histoire. Comme ils avoient souffert pour la cause de la Religion, il arriva que dans la suite les Juifs appellerent insensiblement Macchabées, tous ceux qui souffroient pour la même cause, & rendoient par leurs souffrances témoignage à la vérité. C'est ce qui fait que Josephe écrivant dans un traité particulier l'histoire de ceux qui avoient souffert le martyre dans la persécution d'Antiochus Epiphanes, donne le titre de Macchabées à son livre. C'est par la même raison que cette histoire de la persécution de Ptolomée Philopator contre les Juifs d'Egypte, est appellée le troisieme livre des Macchabées, quoique ce dût être le premier ; parce que les événemens qui y sont racontés, sont antérieurs à ceux des deux livres des Macchabées, qu'on appelle le premier & le second, dont les héros n'existoient pas encore. Mais ce livre n'étant pas de même poids que les deux dont il s'agit, on l'a mis après eux par rapport à la dignité quoiqu'il soit avant eux dans l'ordre des tems.
Il y a apparence qu'il a été écrit en grec par quelque juif d'Alexandrie, peu de tems après le fils de Sirach. Il est aussi en syriaque ; mais l'auteur de cette version n'entendoit pas bien le grec, car dans quelques endroits il s'écarte du sens de l'original ; & il est visible que c'est faute d'avoir entendu la langue greque. Il se trouve dans les plus anciens manuscrits des Septante, particulierement dans celui d'Alexandrie, qui est dans la bibliotheque du roi d'Angleterre à S. James, & dans celui du vatican à Rome, deux des plus anciens manuscrits de cette version qui soient au monde. Mais on ne l'a jamais mis dans la vulgate latine ; il n'y a pas un seul manuscrit qui l'ait. Je conviens que ce troisieme livre des Macchabées porte un habit de roman, avec des embellissemens & des additions qui sentent l'invention d'un juif. Cependant il est sûr que le fond de l'histoire est vrai, & qu'il y a eu réellement une persécution excitée par Philopator contre les Juifs d'Alexandrie, comme ce livre le dit. On a des relations d'autres persécutions aussi cruelles qu'ils ont eues à essuyer, dont personne ne doute. Voyez le livre de Philon contre Flaccus, & son histoire de l'ambassade auprès de Caligula.
Le premier ouvrage authentique qui fasse mention du troisieme livre des Macchabées, est la Chronique d 'Eusebe, pag. 185. Il est aussi nommé avec les deux autres livres des Macchabées dans le 85e. canon apostolique, mais on ne sait pas quand ce canon a été ajoûté aux autres. Quelques manuscrits des bibles greques ont, outre ce troisieme livre des Macchabées, l'histoire des martyrs de Josephe sous le regne d'Antiochus Epiphanes, sous le nom du quatrieme livre des Macchabées ; mais on n'en fait aucun cas, & on ne l'a mis dans aucune des bibles latines. (D.J.)
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| MACCHIA | (Peinture, Sculpture) terme italien, qui signifie une premiere ébauche faite par un peintre, un sculpteur, pour un ouvrage qu'il projette d'exécuter ; où rien cependant n'est encore digéré, & qui paroît comme un ouvrage informe, comme un assemblage de taches irrégulieres à ceux qui n'ont aucune connoissance des arts. Ce sont de legeres esquisses, dans lesquelles l'artiste se livre au feu de son imagination, & se contente de quelques coups de crayon, de plume, de ciseau, pour marquer ses intentions, l'ordre & le caractere qu'il veut donner à son dessein. Ces esquisses que nous nommons en françois premieres pensées, lorsqu'elles partent du génie des grands maîtres, sont précieuses aux yeux d'un connoisseur, parce qu'elles contiennent ordinairement une franchise, une liberté, un feu, une hardiesse, enfin un certain caractere qu'on ne trouve point dans des desseins plus finis. (D.J.)
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| MACCLESFIELD | (Géogr.) petite ville à marché d'Angleterre, avec titre de comté, en Cheshire, à 40 lieues N. O. de Londres. (D.J.)
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| MACCURAE | (Géog. anc.) peuples de la Mauritanie Césarienne, suivant Ptolémée, liv. IV. c. ij. qui les place au pié des monts Garaphi. (D.J.)
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| MACE-MUTINE | S. f. (Hist. mod.) monnoie d'or. Pierre II. roi d'Aragon, étant venu en personne à Rome, en 1204, se faire couronner par le pape Innocent III. mit sur l'autel une lettre patente, par laquelle il offroit son royaume au saint-siége, & le lui rendoit tributaire, s'obligeant stupidement à payer tous les ans deux cent cinquante mace-mutines. La mace-mutine étoit une monnoie d'or venue des Arabes ; on l'apelloit autrement mahoze-mutine. Fleuri, Hist. ecclés.
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| MACÉDOINE | EMPIRE DE (Hist. anc.) Ce n'est point ici le lieu de suivre les révolutions de cet empire ; je dirai seulement que cette monarchie sous Alexandre, s'étendoit dans l'Europe, l'Asie, & l'Afrique. Il conquit en Europe la Grece, la partie de l'Illyrie où étoient les Thraces, les Triballiens & les Daces. Il soumit dans l'Asie, la presqu'île de l'Asie mineure, l'île de Chypre, l'Assyrie, une partie de l'Arabie, & l'empire des Perses qui comprenoit la Médie, la Bactriane, la Perse proprement dite, &c. Il joignit encore à toutes ces conquêtes une partie de l'Inde en-deçà du Gange. Enfin, en Afrique il possédoit la Lybie & l'Egypte. Après sa mort, cette vaste monarchie fut divisée en plusieurs royaumes qui tomberent sous la puissance des Romains. Aujourd'hui cette prodigieuse étendue de pays renferme une grande partie de l'empire des Turcs, une partie de l'empire du Mogol, quelque chose de la grande Tartarie, & tout le royaume de la Perse moderne. (D.J.)
MACEDOINE, (Géog. anc. & mod.) royaume entre la Grece & l'ancienne Thrace. Tite-Live, liv. XL. c. iij. dit qu'on la nomma premierement Paeonie, à cause sans doute des peuples Paeons qui habitoient vers Rhodope ; elle fut ensuite appellée Aemathie, & enfin Macédoine, d'un certain Macedo, dont l'origine & l'histoire sont fort obscures.
Elle étoit bornée au midi par les montagnes de Thessalie, à l'orient par la Béotie & par la Pierie, au couchant par les Lyncestes, au septentrion par la Migdonie & par la Pélagonie : cependant ses limites n'ont pas toujours été les mêmes, & quelquefois la Macédoine est confondue avec la Thessalie.
C'étoit un royaume héréditaire, mais si peu considérable dans les commencemens, que ses premiers rois ne dédaignoient pas de vivre sous la protection tantôt d'Athènes & tantôt de Thèbes. Il y avoit eu neuf rois de Macédoine avant Philippe, qui prétendoient descendre d'Hercule par Caranus, & être originaires d'Argos ; ensorte que comme tels, ils étoient admis parmi les autres Grecs aux jeux olympiques.
Lorsque Philippe eut conquis une partie de la Thrace & de l'Illyrie, le royaume de Macédoine commença à devenir célebre dans l'histoire. Il s'étendit depuis la mer Adriatique jusqu'au fleuve Strymon, & pour dire plus, commanda dans la Grece ; enfin, il étoit reservé à Alexandre d'ajoûter à la Macédoine, non-seulement la Grece entiere, mais encore toute l'Asie, & une partie considérable de l'Afrique. Ainsi, par les mains de ce conquérant, s'éleva l'empire de Macédoine sous un tas immense de royaumes & de républiques grecques ; & le débris de leur gloire fit un nom singulier à des barbares qui avoient été long-tems tributaires des seuls Athéniens.
Aujourd'hui la Macédoine est une province de la Turquie européenne qui a des limites extrêmement étroites. Elle est bornée au septentrion par la Servie, & par la Bulgarie, à l'orient par la Romanie proprement dite, & par l'Archipel, au midi par la Livadie, & à l'occident par l'Albanie.
Les Turcs appellent cette province Magdonia. Saloniki en est la capitale : c'étoit autre fois Pella où nâquirent Philippe & Alexandre.
Mais la Macédoine a eu l'avantage d'être un des pays où S. Paul annonça l'évangile en personne. Il y fonda les églises de Thessalonique & de Philippe, & eut la consolation de les voir florissantes & nombreuses. (D.J.)
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| MACÉDONIEN | adj. (Jurisprud.) ou senatus-consulte-macédonien, étoit un decret du sénat, qui fut ainsi nommé du nom de Macédo fameux usurier à l'occasion duquel il fut rendu.
Ce particulier vint à Rome du tems de Vespasien ; & profitant du goût de débauche dans lequel étoit la jeunesse romaine, il prêtoit de l'argent aux fils de famille qui étoient sous la puissance paternelle, en leur faisant reconnoître le double de ce qu'il leur avoit prêté ; desorte que quand ils devenoient usans de leurs droits, la plus grande partie de leur bien se trouvoit absorbée par les usures énormes de ce Macédo. C'est pourquoi l'empereur fit rendre ce sénatus-consulte appellé macédonien, qui déclare toutes les obligations faites par les fils de familles nulles, même après la mort de leur pere.
La disposition du sénatus-consulte macédonien se trouve rappellée dans les capitulaires de Charlemagne.
Elle est observée dans tous les pays de droit écrit du ressort du parlement de Paris ; mais elle n'a pas lieu dans les pays coutumiers : les défenses qui y ont été faites en divers tems de prêter aux enfans de famille, ne concernent que les mineurs, attendu que les enfans majeurs ne sont plus en la puissance de leurs pere, mere, ni autres tuteurs ou curateurs. Voyez au digeste le titre ad senatus-consult. macédon. & le recueil de questions de M. Bretonnier, au mot fils de famille. (A)
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| MACÉDONIENS | S. m. plur. (Hist. ecclés.) hérétiques du iv. siecle qui nioient la divinité du S. Esprit, & qui furent ainsi nommés de Macedonius leur chef.
Cet hérésiarque qui étoit d'abord du parti des Ariens, fut élu par leurs intrigues patriarche de Constantinople en 342 ; mais ses violences & quelques actions qui déplurent à l'empereur Constance, engagerent Eudoxe & Acace prélats de son parti, qu'il avoit d'ailleurs offensés, à le faire déposer dans un concile tenu à Constantinople en 359. Macedonius piqué de cet affront devint aussi chef de parti : car s'étant déclaré contre Eudoxe & les autres vrais ariens, il soutint toujours le fils semblable en substance ou même consubstantiel au pere selon quelques auteurs ; mais il continua de nier la divinité du S. Esprit comme les purs ariens, soutenant que ce n'étoit qu'une créature semblable aux anges, mais d'un rang plus élevé. Tous les évêques qui avoient été déposés avec lui au concile de Constantinople, embrasserent la même erreur ; & quelques catholiques mêmes y tomberent, c'est-à-dire que n'ayant aucune erreur sur le fils, ils tenoient le Saint-Esprit pour une simple créature. Les Grecs les nommerent , c'est-à-dire ennemis du Saint-Esprit. Cette hérésie fut condamnée dans le onzieme concile général tenu à Constantinople, l'an de J. C. 381. Théodoret, liv. II. c. vj. Socrate, liv. II. c. xlv. Sozom. liv. IV. c. xxvij. Fleury, Hist. eccles. tom. III. liv. XIV. n. 30.
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| MACELLA | ou MACALLA. (Géog. anc.) Tite-Live & Polybe placent cette ville dans la Sicile. Bari en fait une ville de la Calabre, & prétend que c'est aujourd'hui Strongili à trois milles de la mer. (D.J.)
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| MACELLUM | S. m. (Antiq. rom.) Le macellum de Rome n'étoit point une boucherie, mais un marché couvert situé près de la boucherie, & où l'on vendoit non-seulement de la viande, mais aussi du poisson & autres victuailles. Térence nous la peint à merveille, quand il fait dire par Gnathon, dans l'Eunuque, act. II. scène iij.
Intereà loci ad macellum ubì advenimus,
Concurrunt laeti mi obviam cupedinarii omnes,
Cetarii, lanii, coqui, fartores, piscatores, aucupes.
" Nous arrivons au marché : aussi-tôt viennent au-devant de moi, avec de grands témoignages de satisfaction, tous les confiseurs, les vendeurs de marée, les bouchers, les traiteurs, les rôtisseurs, les pêcheurs, les chasseurs, &c. "
On peut voir la forme du macellum, dans une médaille de Néron, au revers de laquelle, sous un édifice magnifique on lit : mac. Aug. c'est-à-dire, Macellum Augusti.
Erizzo, dans ses dichiaraz. di medagl. ant. p. 117. est le premier qui ait publié cette médaille ; elle est de moyen bronze, & représente d'un côté la tête de Néron encore jeune, avec la légende Nero. Claud. Caesar. Aug. Ger. P. M. Tr. P. Imp. P. P. Au revers un édifice orné d'un double rang de colonnes, & terminé par un dôme. Dans le milieu on voit une porte à laquelle on monte sur quelques degrés qui forment un perron : en-dedans de cette porte est une statue de Néron debout ; la légende de ce revers est mac. Aug. dans le champ S. C. Erizzo a lû macellum Augusti, fondé sur un passage de Dion, qui dit expressément que Néron fit la dédicace d'un marché destiné à vendre toutes les choses nécessaires à la vie, obsoniorum mercatum macellum nuncupatum dedicavit.
L'explication d'Erizzo a été suivie par tous les antiquaires, jusqu'au P. Hardouin qui entreprit de la combattre, & qui a expliqué cette médaille, mausoleum Caesaris Augusti ; mais outre que les argumens du P. Hardouin contre l'explication commune, ne sont rien moins que convainquans, celle qu'il a donnée n'est pas heureuse. 1°. On ne voit pas pourquoi mausoleum seroit désigné par deux lettres, tandis que Caesaris est exprimé par une lettre seule. 2°. Les trois premieres lettres Mac. sont jointes ensemble, tout comme les trois dernieres Aug. le point est entre deux ; pourquoi donc les trois premieres formeront-elles deux mots, & les dernieres un seul ? 3°. L'édifice que nous voyons sur la médaille de Néron, ne ressemble point au mausolée d'Auguste. Voyez MAUSOLEE. (D.J.)
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| MACÉNITES | Macoenitae, (Géog. anc.) dans Ptolémée, peuples de la Mauritanie Tingitane, sur le bord de la mer. Le mont Atlas étoit dans le Macénitide. (D.J.)
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| MACER | S. m. (Hist. nat. des drog.) écorce médicinale d'un arbre des Indes orientales, dont il est fait mention dans les écrits de Dioscoride, de Pline, de Galien, & des Arabes ; mais ils ne s'accordent ni les uns ni les autres sur l'arbre qui produit cette écorce, sur la partie de l'arbre d'où elle se tire, sur la qualité de son odeur & de sa saveur ; c'est à la variété de leurs relations sur ce point, & à l'ignorance des commentateurs qui confondoient le macer avec le macis, qu'il paroît qu'on peut sur-tout attribuer la cause de l'oubli dans lequel a été chez nous cette drogue depuis Galien ; car pour ce qui est des Indes orientales d'où Pline, Sérapion, & Averroès conviennent qu'on la faisoit venir ; Garcias-ab-Horto, Acosta, & Jean Mocquet qui dans le pénultieme siecle y avoient voyagé, assurent qu'alors ce remede y étoit usité dans les hôpitaux, & qu'à Bengale il s'en faisoit un commerce assez considérable.
Dioscoride donne à cette écorce le nom & . Il dit qu'elle est de couleur jaunâtre, assez épaisse, fort astringente, & qu'on l'apportoit de Barbarie. C'est ainsi qu'on appelloit alors les pays orientaux les plus reculés. On faisoit de cette écorce une boisson pour remédier aux hémorragies, aux dyssenteries, & aux dévoiemens. Pline appelle des mêmes noms dont s'est servi Dioscoride, l'écorce d'un arbre qui étoit apporté des Indes à Rome, & qu'il dit être rougeâtre. Galien qui dans les descriptions qu'il en fait, & sur les vertus qu'il lui attribue, s'accorde avec ces deux auteurs, ajoute seulement qu'elle est aromatique ; il n'est pas étonnant qu'Averroès & d'autres médecins arabes connussent le macer, puisque l'arbre dont il est l'écorce, croissoit dans les pays orientaux.
Les relations de quelques-uns de nos voyageurs aux Indes orientales, c'est-à-dire à la côte de Malabar & à l'île sainte-Croix, parlent d'une écorce grisâtre qui étant desséchée, devient à ce qu'ils assurent, jaunâtre, fort astringente, & douée des mêmes vertus que le macer des anciens.
Christophe Acosta, l'un des premiers historiens des drogues simples qu'on apporte des Indes, & qui y étoit médecin du viceroi, dit que l'arbre qui porte cette écorce, étoit appellé arbore de las camaras, arbore sancto par les Portugais, c'est-à-dire, arbre pour les dyssenteries, & par excellence, arbre saint ; arbore de sancto Thome, arbre de saint Thomas par les chrétiens ; macruyre par les gens du pays, & macre par les médecins brachmans, ce qui est conforme avec l'ancien mot macer. Ce même historien qui est le seul qui nous ait donné la figure de cet arbre, le compare à un de nos ormes, & attribue des vertus admirables à l'usage de son écorce.
Enfin M. de Jussieu croit avoir retrouvé le macer des Indes orientales, dans le Simarouba d'Amérique ; mais il ne faut donner cette opinion que comme une légere conjecture ; car malgré la conformité qui se trouve dans les vertus entre le macer des anciens, le macre des Indiens orientaux, & le simarouba des occidentaux, il seroit bien étonnant que ce fût la même plante. Il est vrai pourtant que l'Asie & l'Amérique ont d'autres plantes qui leur sont communes, à l'exclusion de l'Europe. Le ginzing en est un bel exemple. Voyez GINZING. (D.J.)
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| MACERATA | (Géog.) ville d'Italie dans l'état de l'Eglise, dans la marche d'Ancone, avec un évêché suffragant de Fermo, & une petite université. Elle est sur une montagne, proche de Chiento, à 5 lieues S. O. de Lorette, 8 S. O. d'Ancone. Long. 31. 12. lat. 43. 5.
Macerata est la patrie de Lorenzo Abstemius, & d'Angelo Galucci, jésuites. Le premier se fit connoître en répandant dans ses fables des traits satyriques contre le clergé. Le second est auteur d'une histoire latine de la guerre des Pays-bas, depuis 1593 jusqu'à 1609. Cet ouvrage parut à Rome en 1671, in-folio, & en Allemagne en 1677, in-4°. (D.J.)
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| MACÉRATION | (Morale, Gramm.) C'est une douleur corporelle qu'on se procure dans l'intention de plaire à la divinité. Les hommes ont par-tout des peines, & ils ont très-naturellement conclu que les douleurs des êtres sensibles donnoient un spectacle agréable à Dieu. Cette triste superstition a été répandue & l'est encore dans beaucoup de pays du monde.
Si l'esprit de macération est presque toûjours un effet de la crainte & de l'ignorance des vrais attributs de la divinité, il a d'autres causes, sur-tout dans ceux qui cherchent à le répandre. La plûpart sont des charlatans qui veulent en imposer au peuple par de l'extraordinaire.
Le bonze, le talapoin, le marabou, le derviche, le faquir, pour la plûpart se livrent à différentes sortes de supplices par vanité & par ambition. Ils ont encore d'autres motifs. Le jeune faquir se tient debout, les bras en croix, se poudre de fiente de vache, & va tout nud ; mais les femmes vont lui faire dévotement des caresses indécentes. Plus d'une femme à Rome, en voyant la procession du jubilé monter à genoux la scala santa, a remarqué que certain flagellant étoit bien fait, & avoit la peau belle.
Les moyens de se macérer les plus ordinaires dans quelques religions, sont le jeûne, les étrivieres, & la mal-propreté.
Le caractere de la macération est par-tout cruel, petit, pusillanime.
La mortification consiste plus dans la privation des plaisirs ; la macération s'impose des peines. On mortifie ses sens, par ce qu'on leur refuse ; on macere son corps, parce qu'on le déchire ; on mortifie son esprit, on macere son corps ; il y a cependant la ma cération de l'ame ; elle consiste à se détacher des affections qu'inspirent la nature & l'état de l'homme dans la société.
MACERATION, (Chimie). C'est ainsi qu'on appelle en Chimie la digestion & l'infusion à froid. La macération ne differe de ces dernieres opérations, que pour le degré de chaleur qui anime le menstrue employé ; car l'état des menstrues désigné dans le langage ordinaire de l'art, par le nom de froid, est une chaleur très-réelle, quoique communément cachée aux sens. Voyez FROID & FEU (Chimie), INFUSION, DIGESTION, & MENSTRUE. (b)
MACERATION des mines, (Métallurg.) quelques auteurs ont regardé comme avantageux de mettre les mines en macération, c'est-à-dire de les faire séjourner dans des eaux chargées d'alcali fixe, de chaux vive, de matieres absorbantes, de fer, de cuivre, & même d'urine & de fiente d'animaux, avant que de les faire fondre. On prétend que cette méthode est sur-tout profitable pour les mines des métaux précieux, quand elles sont chargées de parties arsenicales, sulfureuses & antimoniales, qui peuvent contribuer à les volatiliser, & à les dissiper, dans un grillage trop violent.
Orschall a fait un traité de la macération des mines, dans lequel il prouve par un grand nombre d'exemples & de calculs, que les mines de cuivre qu'il a ainsi traitées, lui ont donné des produits beaucoup plus considérables que celles qu'il n'avoit point mises en macération. Voyez l'article de la fonderie d'Orschall.
Becker approuve cette pratique ; il en donne plusieurs procédés dans sa concordance chimique, part. XII. Il dit qu'il est avantageux de se servir de la macération pour les mines d'or qui sont mêlées avec des pyrites sulfureuses & arsenicales ; il conseille de commencer par les griller, de les pulvériser ensuite, & d'en mêler une partie contre quinze parties de chaux vive & de terre fusible ou d'argille, arrosée de vingt-cinq parties de lessive tirée de cendres, & d'y joindre quatre parties de vitriol, & autant de sel marin : pour les mines d'argent on mettra de l'alun au lieu du vitriol, & du nitre au lieu de sel marin : on mêlera bien toutes ces matieres, & on les laissera quelque tems en digestion ; après quoi on mettra le tout dans un fourneau, l'on donnera pendant vingt-quatre heures un feu de charbons très-violent, au point de faire rougir parfaitement le mêlange. Becker pense que par cette opération la mine est fixée, maturée, & même améliorée. Voy. CONCORDANCE CHIMIQUE.
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| MACERON | S. m. smyrnium, (Hist. nat. Bot.) genre de plante à fleur en rose, en ombelle & composé de plusieurs pétales disposés en rond, & soutenus par un calice qui devient quand la fleur est passée, un fruit presque rond composé de deux semences un peu épaisses, & quelquefois faites en forme de croissant, relevées en bosse striées d'un côté, & plattes de l'autre. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE.
Le maceron est appellé smyrnium semine nigro par Bauhin, J. B. III. 126. Smyrnium Dioscoridis, par C. B. P. 154. Smyrnium Matthioli, par Tournefort, I. R. H. 316. Hipposelinum, par Ray, Hist. 437.
Sa racine est moyennement longue, grosse, blanche, empreinte d'un suc âcre & amer, qui a l'odeur & le goût approchant en quelque maniere de la myrrhe : elle pousse des tiges à la hauteur de trois piés, rameuses, cannelées, un peu rougeâtres. Ses feuilles sont semblables à celles de l'ache, mais plus amples, découpées en segmens plus arrondis, d'un verd brun, d'une odeur aromatique, & d'un goût approchant de celui du persil. Les tiges & leurs rameaux sont terminés par des ombelles ou parasols qui soutiennent de petites fleurs blanchâtres composées chacune de cinq feuilles disposées en rose, avec autant d'étamines par le milieu. Lorsque ces fleurs sont passées, il leur succede des semences jointes deux-à-deux, grosses, presque rondes ; ou taillées en croissant, cannelées sur le dos, noires, d'un goût amer.
Cette plante croît aux lieux sombres, marécageux, & sur les rochers près de la mer. On la cultive aussi dans les jardins : elle fleurit au premier printems, & sa semence est mûre en Juillet. C'est une plante bis-annuelle, qui se multiplie aisément de graine, & qui reste verte tout l'hiver. La premiere année elle ne produit point de tige, & elle périt la seconde année, après avoir poussé sa tige, & amené sa graine à maturité : sa racine tirée de terre en automne, & conservée dans le sable pendant l'hiver, devient plus tendre & plus propre pour les salades. On mangeoit autrefois ses jeunes pousses comme le céleri ; mais ce dernier a pris le dessus, & l'a chassé de nos jardins potagers. Sa graine est de quelque usage en pharmacie, dans de vieilles & mauvaises compositions galéniques. (D.J.)
MACERON, (Mat. méd.) gros persil de Macédoine. On emploie quelquefois ses semences comme succédanées de celles du vrai persil de Macédoine. Voyez PERSIL DE MACEDOINE. (b)
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| MACHA-MONA | S. f. (Botan. exot.) calebasse de Guinée, ou calebasse d'Afrique ; c'est, dit Biron, un fruit de l'Amérique qui a la figure de nos calebasses. Il est long d'environ un pié, & de six pouces de diametre : son écorce est ligneuse & dure. On en pourroit fabriquer des tasses & d'autres ustensiles, comme on fait avec le coco. Quand le fruit est mûr, sa chair a un goût aigrelet, un peu styptique. On en prépare dans le pays une liqueur qu'on boit pour se rafraîchir, & dont on donne aux malades dans les cours de ventre. Ses semences sont grosses comme des petits pignons, & renferment une amande douce, agréable & bonne à manger. (D.J.)
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| MACHAERA | S. f. (Hist. anc.) machere, arme offensive des anciens. C'étoit l'épée espagnole que l'infanterie légionnaire des Romains portoit, & qui la rendit si redoutable, quand il falloit combattre de près ; c'étoit une espece de sabre court & renforcé, qui frappoit d'estoc & de taille, & faisoit de terribles exécutions. Tite-Live raconte que les Macédoniens, peuples d'ailleurs si aguerris, ne purent voir sans une extrême surprise, les blessures énormes que les Romains faisoient avec cette arme. Ce n'étoient rien moins que des bras & des têtes coupées d'un seul coup de tranchant ; des têtes à demi-fendues, & des hommes éventrés d'un coup de pointe. Les meilleures armes offensives n'y résistoient pas ; elles coupoient & perçoient les casques & les cuirasses à l'épreuve : on ne doit point après cela s'étonner si les batailles des anciens étoient si sanglantes. (G)
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| MACHAMALA | (Géog.) montagne d'Afrique dans le Royaume de Serra-lione, près des îles de Bannanes. Voyez Dapper, description de l'Afrique.
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| MACHAN | S. m. (Hist. nat.) animal très-remarquable, qui se trouve dans l'île de Java. On le regarde comme une espece de lion ; cependant sa peau est marquetée de blanc, de rouge & de noir, à peu près comme celle des tigres. On dit que le machan est la plus terrible des bêtes féroces ; il est si agile qu'il s'élance à plus de dix-huit piés sur sa proie, & il fait tant de ravage que les princes du pays sont obligés de mettre des troupes en campagne pour le détruire. Cette chasse se fait avec plus de succès la nuit que le jour, parce que le machan ne distingue aucun objet dans l'obscurité, au lieu qu'on le remarque très-bien à ses yeux enflammés comme ceux des chats. Voyez l'hist. génér. des voyages.
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| MACHAO | S. m. (Hist. nat. Ornitholog.) oiseau du Brésil, d'un plumage noir, mêlangé de verd, qui le rend très-éclatant au soleil. Il a les piés jaunes ; le bec & les yeux rougeâtres ; il habite le milieu du pays, on le trouve rarement vers les rivages.
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| MACHARI | S. m. (Comm.) sorte d'étoffe, dont il se fait négoce en Hollande. Les pieces simples portent 12 aunes ; les doubles qu'on nomme machari à deux fils, en portent 24.
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| MACHASOR | S. m. (Théol.) mot qui signifie cycle, est le nom d'un livre de prieres fort en usage chez les Juifs, dans leurs plus grandes fêtes. Il est très-difficile à entendre, parce que ces prieres sont en vers & d'un style concis. Buxtorf remarque qu'il y en a eu un grand nombre d'éditions, tant en Italie qu'en Allemagne & en Pologne ; & qu'on a corrigé dans ceux qui sont imprimés à Venise, quantité de choses qui sont contre les Chrétiens. Les exemplaires manuscrits n'en sont pas fort communs chez les Juifs ; cependant il y a un assez grand nombre de manuscrits dans la bibliotheque de Sorbonne à Paris. Buxtorf, in biblioth. rabbin. (G)
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| MACHE | S. f. (Hist. nat. Bot.) valerianella, genre de plante à fleur monopétale, en forme d'entonnoir, profondément découpée & soutenue par un calice qui devient dans la suite un fruit qui ne contient qu'une seule semence, mais dont la figure varie dans différentes especes. Quelquefois il ressemble au fer d'une lance, & il est composé de deux parties, dont l'une ou l'autre contient une semence ; d'autres fois il est ovoïde, il a un ombilic & trois pointes, ou la semence de ce fruit a un ombilic en forme de bassin, ou ce fruit est allongé de substance fongeuse. Il a la forme d'un croissant, & il renferme une semence à peu près cylindrique ; ou enfin ce fruit est terminé par trois crochets, & il contient une semence courbe. Tournefort, inst. rei herb. Voyez PLANTE.
C'est une des dix especes du genre de plante que les Botanistes nomment valérianelle. Voyez VALERIANELLE.
La mâche est la valerianella arvensis, praecox, humilis, semine compresso de Tournefort, I. R. H. 132. Valerianella campestris, inodora, major de C. B. P. 165. Raii hist. 392.
Sa racine est menue, fibreuse, blanche, annuelle, d'un goût un peu doux & presque insipide. Elle pousse une tige à la hauteur d'environ un demi-pié, foible, ronde, courbée souvent vers la terre, cannelée, creuse, nouée, rameuse, se subdivisant ordinairement en deux branches à chaque noeud, & ces dernieres en plusieurs rameaux. Ses feuilles sont oblongues, assez épaisses, molles, tendres, délicates, conjuguées ou opposées deux à deux, de couleur herbeuse, ou d'un verd pâle, les unes entieres, sans queue, & les autres crenelées, d'un goût douçâtre.
Ses fleurs sont ramassées en bouquets, ou en maniere de parasol, formées en tuyau évasé, & découpé en cinq parties ; elles sont assez jolies, mais sans odeur. Lorsque ces fleurs sont tombées, il leur succede des fruits arrondis, un peu applatis, ridés, blanchâtres, lesquels tombent avant la parfaite maturité. Cette plante croît presque par-tout dans les champs, parmi les blés. On la cultive dans les jardins pour en manger les jeunes feuilles en salade. (D.J.)
MACHE, (Diete & Mat. méd.) poule grasse, doucette, salade de chanoine. La mâche est communément regardée comme fort analogue à la laitue. Elle en differe pourtant en ce que son parenchyme est plus serré & plus ferme, lors même qu'il est aussi renflé & aussi ramolli qu'il est possible, par la culture & par l'arrosement ; cette différence est essentielle dans l'usage le plus ordinaire de l'une & de l'autre plante, c'est-à-dire lorsqu'on les mange en salade. La texture plus solide de la mâche, la rend moins facile à digérer ; & dans le fait la mâche ainsi mangée, est indigeste pour beaucoup de sujets.
L'extrait de ces deux plantes, c'est-à-dire la partie qu'elles fournissent aux décoctions, peut être beaucoup plus identique, & on peut les employer ensemble, ou l'une pour l'autre, dans les bouillons de veau & de poulet que l'on veut rendre plus adoucissans, plus tempérans, plus rafraîchissans par l'addition des plantes douées de ces vertus, & entre lesquelles la mâche doit être placée. Voyez RAFRAICHISSANS. (b)
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| MACHÉCHOU | ou MACHÉCOL, (Géog.) petite ville de France en Bretagne, diocèse & recette de Nantes, chef-lieu du duché de Retz, sur la petite riviere de Tenu, à 8 lieues de Nantes. Long. 15. 48. lat. 47. 2. (D.J.)
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| MACHECOIN | ou IRIAQUE, s. f. (Econ. rust.) machine à broyer le chanvre. Voyez l'article CHANVRE.
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| MACHEFER | S. m. (Arts) c'est ainsi qu'on nomme une substance demi-vitrifiée, ou même une espece de scorie, qui se forme sur la forge des Maréchaux, des Serruriers & de tous les Ouvriers qui travaillent le fer. Cette substance est d'une forme irréguliere, elle est dure, légere & spongieuse. Les Chimistes n'ont point encore examiné la nature du mâche-fer, cependant il y a lieu de présumer que c'est une masse produite par une fusion, occasionnée par la combinaison qui se fait dans le feu, des cendres du charbon avec une portion de fer, qui contribue à leur donner de la fusibilité.
Ce n'est pas seulement dans les forges des ouvriers en fer qu'il se produit du mâche-fer. Il s'en forme aussi dans les endroits des forêts où l'on fait du charbon de bois. Ce mâche-fer doit sa formation à la vitrification qui se fait des cendres avec une portion de sable, & avec la portion de fer contenue, comme on sait, dans toutes les cendres des végétaux.
MACHE-FER, (Méd.) en latin scoria ferri, & recrementum ferri. On en conseille l'usage en Médecine pour les pâles-couleurs, après l'avoir pulvérisé subtilement, lavé plusieurs fois, & finalement fait sécher. Mais il est inutile de prendre tant de peines, car la simple rouille du fer est infiniment préférable au mâche-fer, qu'il est si difficile de purifier après bien des soins, que le meilleur parti est d'en abandonner l'usage aux Taillandiers. (D.J.)
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| MACHELIERES | adj. en Anatomie, se dit des dents molaires. Voyez MOLAIRE.
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| MACHEMOURE | S. f. (Marine) On donne ce nom aux plus petits morceaux qui viennent du biscuit écrasé ou égrené. Lorsque les morceaux de biscuit sont de la grosseur d'une noisette, ils ne sont pas réputés machemoure, & les équipages doivent le recevoir comme faisant partie de leur ration, suivant l'ordonnance de 1689. liv. X. tit. III. art. 15. (Z)
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| MACHER | v. act. (Gram.) c'est briser & moudre un tems convenable les alimens sous les dents. Plus les alimens sont mâchés, moins ils donnent de travail à l'estomac. On ne peut trop recommander de mâcher, c'est un moyen sûr de prévenir plusieurs maladies, mais difficile à pratiquer. Il n'y a peut-être aucune habitude plus forte que celle de manger vîte. Mâcher se dit au figuré. Je lui ai donné sa besogne toute mâchée. Il y a des peuples septentrionaux qui tuent leurs peres quand ils n'ont plus de dents. Un habitant de ces contrées demandoit à un des nôtres ce que nous faisions de nos vieillards quand ils ne mâchoient plus. Il auroit pû lui répondre, nous mâchons pour eux. Il ne faut quelquefois qu'un mot frappant qui reveille dans un souverain le sentiment de l'humanité, pour lui faire reconnoître & abolir des usages barbares.
MACHER SON MORS, (Maréchal.) se dit d'un cheval qui remue son mors dans sa bouche, comme s'il vouloit le mâcher. Cette action attire du cerveau une écume blanche & liée, qui témoigne qu'il a de la vigueur & de la santé, & qui lui humecte & rafraîchit continuellement la bouche.
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| MACHERA | (Hist. nat.) pierre fabuleuse dont parle Plutarque dans son traité des fleuves, il dit qu'elle se trouvoit en Phrygie sur le mont Berecinthus ; qu'elle ressembloit à du fer, & que celui qui la trouvoit au tems de la célébration des mysteres de la mere des dieux, devenoit fou & furieux. Voyez Boetius de Boot, de lapidib.
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| MACHEROPSON | S. m. (Hist. anc.) voyez MACHAERA.
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| MACHETTE | (Ornith.) voyez HULOTE.
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| MACHIAN | (Géog.) l'une des îles Molucques, dans l'Océan oriental : elle a environ 7 lieues de tour. Long. 144. 50. lat. 16. (D.J.)
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| MACHIAVELISME | S. m. (Hist. de la Philos.) espece de politique détestable qu'on peut rendre en deux mots, par l'art de tyranniser, dont Machiavel le florentin a répandu les principes dans ses ouvrages.
Machiavel fut un homme d'un génie profond & d'une érudition très-variée. Il sut les langues anciennes & modernes. Il posséda l'histoire. Il s'occupa de la morale & de la politique. Il ne négligea pas les lettres. Il écrivit quelques comédies qui ne sont pas sans mérite. On prétend qu'il apprit à regner à César Borgia. Ce qu'il y a de certain, c'est que la puissance despotique de la maison des Médicis lui fut odieuse, & que cette haine, qu'il étoit si bien dans ses principes de dissimuler, l'exposa à de longues & cruelles persécutions. On le soupçonna d'être entré dans la conjuration de Soderini. Il fut pris & mis en prison ; mais le courage avec lequel il résista aux tourmens de la question qu'il subit, lui sauva la vie. Les Médicis qui ne purent le perdre dans cette occasion, le protégerent, & l'engagerent par leurs bienfaits à écrire l'histoire. Il le fit ; l'expérience du passé ne le rendit pas plus circonspect. Il trempa encore dans le projet que quelques citoyens formerent d'assassiner le cardinal Jules de Médicis, qui fut dans la suite élevé au souverain pontificat sous le nom de Clément VII. On ne put lui opposer que les éloges continuels qu'il avoit fait de Brutus & Cassius. S'il n'y en avoit pas assez pour le condamner à mort, il y en avoit autant & plus qu'il n'en falloit pour le châtier par la perte de ses pensions : ce qui lui arriva. Ce nouvel échec le précipita dans la misere, qu'il supporta pendant quelque tems. Il mourut à l'âge de 48 ans, l'an 1527, d'un médicament qu'il s'administra lui-même comme un préservatif contre la maladie. Il laissa un fils appellé Luc Machiavel. Ses derniers discours, s'il est permis d'y ajoûter foi, furent de la derniere impiété. Il disoit qu'il aimoit mieux être dans l'enfer avec Socrate, Alcibiade, César, Pompée, & les autres grands hommes de l'antiquité, que dans le ciel avec les fondateurs du christianisme.
Nous avons de lui huit livres de l'histoire de Florence, sept livres de l'art de la guerre, quatre de la république, trois de discours sur Tite-Live, la vie de Castruccio, deux comédies, & les traités du prince & du sénateur.
Il y a peu d'ouvrages qui aient fait autant de bruit que le traité du prince : c'est-là qu'il enseigne aux souverains à fouler aux piés la religion, les regles de la justice, la sainteté des pacts & tout ce qu'il y a de sacré, lorsque l'intérêt l'exigera. On pourroit intituler les quinzieme & vingt-cinquieme chapitres, des circonstances où il convient au prince d'être un scélérat.
Comment expliquer qu'un des plus ardens défenseurs de la monarchie soit devenu tout-à-coup un infâme apologiste de la tyrannie ? le voici. Au reste, je n'expose ici mon sentiment que comme une idée qui n'est pas tout-à-fait destituée de vraisemblance. Lorsque Machiavel écrivit son traité du prince, c'est comme s'il eût dit à ses concitoyens, lisez bien cet ouvrage. Si vous acceptez jamais un maître, il sera tel que je vous le peins : voilà la bête féroce à laquelle vous vous abandonnerez. Ainsi ce fut la faute de ses contemporains, s'ils méconnurent son but : ils prirent une satyre pour un éloge. Bacon le chancelier ne s'y est pas trompé, lui, lorsqu'il a dit : cet homme n'apprend rien aux tyrans, ils ne savent que trop bien ce qu'ils ont à faire, mais il instruit les peuples de ce qu'ils ont à redouter. Est quod gratias agamus Machiavello & hujus modi scriptoribus, qui apertè & indissimulanter proferunt quod homines facere soleant, non quod debeant. Quoi qu'il en soit, on ne peut guère douter qu'au moins Machiavel n'ait pressenti que tôt ou tard il s'éleveroit un cri général contre son ouvrage, & que ses adversaires ne réussiroient jamais à démontrer que son prince n'étoit pas une image fidele de la plûpart de ceux qui ont commandé aux hommes avec le plus d'éclat.
J'ai ouï dire qu'un philosophe interrogé par un grand prince sur une réfutation qu'il venoit de publier du machiavelisme, lui avoit répondu : " sire, je pense que la premiere leçon que Machiavel eût donné à son disciple, c'eût été de réfuter son ouvrage ".
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| MACHIAVELISTE | S. m. (Gramm. & Moral.) homme qui suit dans sa conduite les principes de Machiavel, qui consistent à tendre à ses avantages particuliers par quelques voies que ce soit. Il y a des Machiavelistes dans tous les états.
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| MACHICATOIRE | S. m. (Gramm. & Méd.) toute substance médicamenteuse qu'on ordonne à un malade de tenir dans sa bouche, & de mâcher, soit qu'il en doive avaler, soit qu'il en doive rejetter le suc. Le tabac est un machicatoire.
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| MACHICORE | (Géog.) grand pays de l'île de Madagascar : sa longueur peut avoir, selon Flacourt, 70 lieues de l'est à l'ouest, & autant du nord au sud ; il a environ 50 lieues de large ; mais tout ce pays des Machicores a été ruiné par les guerres, sans qu'on l'ait cultivé depuis. Les habitans vivent dans les bois, & se nourrissent de racines, & des boeufs sauvages qu'ils peuvent attraper. (D.J.)
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| MACHICOT | S. m. (Hist. ecclés.) c'est, dit le dictionnaire de Trévoux, un officier de l'église de Notre-Dame de Paris, qui est moins que les bénéficiers, & plus que les chantres à gage. Ils portent chape aux fêtes semi-doubles, & tiennent choeur. De machicot on a fait le verbe machicoter, qui signifie altérer le chant, soit en le rendant plus léger, soit en le rendant plus simple ou plus composé, soit en prenant les notes de l'accord, en un mot en ajoutant de l'agrément à la mélodie & à l'harmonie.
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| MACHICOULI | ou MASSICOULIS, s. m. sont en termes de Fortification, des murs dont la partie extérieure avance d'environ 8 ou 10 pouces sur l'inférieure ; elle est soûtenue par des especes de suports de pierre de taille, disposés de maniere qu'entre leurs intervalles on peut découvrir le pié du mur sans être découvert par l'ennemi. Ces machicoulis étoient fort en usage dans l'ancienne fortification. Dans la nouvelle on s'en sert quelquefois aux redoutes de maçonnerie, placées dans des endroits éloignés des places : comme ces sortes d'ouvrages ne sont pas flanqués, l'ennemi pourroit les détruire aisément par la mine, si l'accès du pié du mur lui étoit permis ; c'est un inconvénient auquel on remédie par les machicoulis. Voyez REDOUTES A MACHICOULIS. On n'employe pas cet ouvrage dans les lieux destinés à resister au canon, mais dans les forts qu'on veut conserver & mettre à l'abri des partis.
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| MACHINAL | adj. (Gram.) ce que la machine exécute d'elle-même, sans aucune participation de notre volonté : deux exemples suffiront pour faire distinguer le mouvement machinal, du mouvement qu'on appelle libre ou volontaire. Lorsque je fais un faux pas, & que je vais tomber du côté droit, je jette en avant & du côté opposé mon bras gauche, & je le jette avec la plus grande vîtesse que je peux ; qu'en arrive-t-il ? C'est que par ce moyen non réfléchi je diminue d'autant la force de ma chûte. Je pense que cet artifice est la suite d'une infinité d'expériences faites dès la premiere jeunesse, que nous apprenons sans presque nous en appercevoir, à tomber le moins rudement qu'il est possible dès nos premiers ans, & que ne sachant plus comment cette habitude s'est formée, nous croyons, dans un âge plus avancé, que c'est une qualité innée de la machine ; c'est une chimere que cette idée. Il y a sans doute actuellement quelque femme dans la société, déterminée à s'aller jetter ce soir entre les bras de son amant, & qui n'y manquera pas. Si je suppose cent mille femmes tout-à-fait semblables à cette premiere femme, de même âge, de même état, ayant des amans tous semblables, le même tempérament, la même vie antérieure, dans un espace conditionné de la même maniere ; il est certain qu'un être élevé au-dessus de ces cent mille femmes les verroit toutes agir de la même maniere, toutes se porter entre les bras de leurs amans, à la même heure, au même moment, de la même maniere : une armée qui fait l'exercice & qui est commandée dans ses mouvemens ; des capucins de carte qui tombent tous les uns à la file des autres, ne se ressembleroient pas davantage ; le moment où nous agissons paroissant si parfaitement dépendre du moment qui l'a précédé, & celui-ci du précédent encore ; cependant toutes ces femmes sont libres, & il ne faut pas confondre leurs actions quand elles se rendent à leurs amans, avec leur action, quand elles se secourent machinalement dans une chûte. Si l'on ne faisoit aucune distinction réelle entre ces deux cas, il s'ensuivroit que notre vie n'est qu'une suite d'instans nécessairement tels, & nécessairement enchaînés les uns aux autres ; que notre volonté n'est qu'un acquiescement nécessaire à être ce que nous sommes nécessairement dans chacun de ces instans, & que notre liberté est un mot vuide de sens : mais en examinant les choses en nous-mêmes, quand nous parlons de nos actions & de celles des autres, quand nous les louons ou que nous les blamons, nous ne sommes certainement pas de cet avis.
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| MACHINATION | (Droit françois). La machination est une action par laquelle on dresse une embuche à quelqu'un, pour le surprendre par adresse, ou par artifice ; l'attentat est un outrage & violence qu'on fait à quelqu'un. Suivant l'ordonnance de Blois, il faut pour établir la peine de l'assassinat, réunir la machination & l'attentat ; " nous voulons, dit l'ordonnance, la seule machination & attentat, être punis de peine de mort, " la conjonction &, est copulative : mais selon l'ordonnance criminelle, pour être puni de la peine de l'assassinat, la machination seule suffit, encore qu'il n'y ait eû que la seule machination, ou le seul attentat ; ou, est une conjonction disjonctive & alternative.
Suivant donc la jurisprudence de France, il n'est pas nécessaire que l'assassin ait attenté immédiatement à la vie de celui qui est l'objet de son dessein criminel, il suffit qu'il ait machiné l'assassinat. En conséquence, par arrêt du parlement, un riche juif ayant engagé son valet à donner des coups de bâton à un joueur d'instrumens, amant de sa maîtresse, ils furent tous deux condamnés à être roués, ce qui fut exécuté réellement à l'égard du valet, & en effigie à l'égard du maître : on punit donc alors la machination, qui n'avoit été suivie d'aucun attentat. M. de Montesquieu fait voir que cette loi est trop dure. (D.J.)
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| MACHINE | S. f. (Hydraul.) Dans un sens général signifie ce qui sert à augmenter & à regler les forces mouvantes, ou quelque instrument destiné à produire du mouvement de façon à épargner ou du tems dans l'exécution de cet effet, ou de la force dans la cause. Voyez MOUVEMENT & FORCE.
Ce mot vient du grec , machine, invention, art. Ainsi une machine consiste encore plutôt dans l'art & dans l'invention que dans la force & dans la solidité des matériaux.
Les machines se divisent en simples & composées ; il y a six machines simples auxquelles toutes les autres machines peuvent se réduire, la balance & le levier, dont on ne fait qu'une seule espece, le treuil, la poulie, le plan incliné, le coin & la vis. Voyez BALANCE, LEVIER, &c. On pourroit même réduire ces six machines à trois, le levier, le plan incliné & le coin ; car le treuil & la poulie se rapportent au levier, & la vis au plan incliné & au levier. Quoi qu'il en soit, à ces machines simples M. Varignon en ajoute une septieme qu'il appelle machine funiculaire, voyez FUNICULAIRE.
Machine composée, c'est celle qui est en effet composée de plusieurs machines simples combinées ensemble.
Le nombre des machines composées est à-présent presqu'infini, & cependant les anciens semblent en quelque maniere avoir surpassé de beaucoup les modernes à cet égard ; car leurs machines de guerre, d'architecture, &c. telles qu'elles nous sont décrites, paroissent supérieures aux nôtres.
Il est vrai que par rapport aux machines de guerre, elles ont cessé d'être si nécessaires depuis l'invention de la poudre, par le moyen de laquelle on a fait en un moment ce que les beliers des anciens & leurs autres machines avoient bien de la peine à faire en plusieurs jours.
Les machines dont Archimede se servit pendant le siége de Syracuse, ont été fameuses dans l'antiquité ; cependant on révoque en doute aujourd'hui la plus grande partie de ce qu'on en raconte. Nous avons de très-grands recueils de machines anciennes & modernes, & parmi ces recueils, un des principaux est celui des machines approuvées par l'académie des Sciences, imprimé en 6 volumes in-4°. On peut aussi consulter les recueils de Ramelli, de Leopold, & celui des machines de Zabaglia, homme sans lettres, qui par son seul génie a excellé dans cette partie.
Machine architectonique est un assemblage de pieces de bois tellement disposées, qu'au moyen de cordes & de poulies un petit nombre d'hommes peut élever de grands fardeaux & les mettre en place, telles sont les grues, les crics, &c. Voyez GRUE, CRIC, &c.
On a de la peine à concevoir de quelles machines les anciens peuvent s'être servis pour avoir élevé des pierres aussi immenses que celles qu'on trouve dans quelques bâtimens anciens.
Lorsque les Espagnols firent la conquête du Pérou, ils furent surpris qu'un peuple qu'ils croyoient sauvage & ignorant, fût parvenu à élever des masses énormes, à bâtir des murailles dont les pierres n'étoient pas moindres que de dix piés en quarré, sans avoir d'autres moyens de charrier qu'à force de bras, en traînant leur charge, & sans avoir seulement l'art d'échafauder ; pour y parvenir, ils n'avoient point d'autre méthode que de hausser la terre contre leur bâtiment à mesure qu'il s'élevoit, pour l'ôter après.
Machine hydraulique ou machine à eau, signifie ou bien une simple machine pour servir à conduire ou élever l'eau, telle qu'une écluse, une pompe, &c. ou bien un assemblage de plusieurs machines simples qui concourent ensemble à produire quelques effets hydrauliques, comme la machine de Marly. Dans cette machine le premier mobile est un bras de la riviere de Seine, lequel par son courant fait tourner plusieurs grandes roues qui menent des manivelles, & celles-ci des pistons qui élevent l'eau dans les pompes ; d'autres pistons la forcent à monter dans des canaux le long d'une montagne jusqu'à un réservoir pratiqué dans une tour de pierre fort élevée au-dessus du niveau de la riviere, & l'eau de ce réservoir est conduite à Versailles par le moyen d'un aqueduc. M. Weidler, professeur en Astronomie à Wirtemberg, a fait un traité des machines hydrauliques, dans lequel il calcule les forces qui font mouvoir la machine de Marly ; il les évalue à 1000594 livres, & il ajoute que cette machine éleve tous les jours 11700000 livres d'eau à la hauteur de 500 piés. M. Daniel Bernoulli, dans son hydrodynamique, section 9. a publié différentes remarques sur les machines hydrauliques, & sur le dernier degré de perfection qu'on leur peut donner.
Les pompes de la Samaritaine & du pont Notre-Dame à Paris, sont aussi des machines hydrauliques. La premiere a été construite pour fournir de l'eau au jardin des Tuileries, & la seconde en fournit aux différens quartiers de la ville. On trouve dans l'ouvrage de M. Belidor, intitulé, architecture hydraulique, le calcul de la force de plusieurs machines de cette espece. Voyez la description de plusieurs de ces machines, au mot HYDRAULIQUE.
Les machines militaires des anciens étoient de trois especes : les premieres servoient à lancer des fleches, comme le scorpion ; des pierres ou des javelines, comme la catapulte ; des traits ou des boulets, comme la baliste ; des dards enflammés, comme le pyrobole : les secondes servoient à battre des murailles, comme le bélier : les troisiemes enfin, à couvrir ceux qui approchoient des murailles des ennemis, comme les tours de bois, &c. Voyez SCORPION, CATAPULTE, &c.
Pour calculer l'effet d'une machine, on la considere dans l'état d'équilibre, c'est-à-dire dans l'état où la puissance qui doit mouvoir le poids ou surmonter la résistance, est en équilibre avec le poids ou la résistance. On a donné pour cela des méthodes aux mots ÉQUILIBRE & FORCES MOUVANTES, & nous ne les répéterons point ici ; mais nous ne devons pas oublier de remarquer qu'après le calcul du cas de l'équilibre, on n'a encore qu'une idée très-imparfaite de l'effet de la machine : car comme toute machine est destinée à mouvoir, on doit la considérer dans l'état de mouvement, & alors il faut avoir égard, 1°. à la masse de la machine, qui s'ajoute à la résistance qu'on doit vaincre, & qui doit augmenter par conséquent la puissance ; 2°. au frottement qui augmente prodigieusement la résistance, comme on le peut voir aux mots FROTTEMENT & CORDE, où l'on trouvera quelques essais de calcul à ce sujet. C'est principalement ce frottement & les lois de la résistance des solides, si différens pour les grands & pour les petits corps (voyez RESISTANCE) ; ce sont, dis-je, ces deux causes qui font souvent qu'on ne sauroit conclure de l'effet d'une machine en petit à celui d'une autre machine semblable en grand, parce que les résistances n'y sont pas proportionnelles aux dimensions des machines. Sur les machines particulieres, voyez les différens articles de ce dictionnaire, LEVIER, POULIE, &c. (O)
MACHINE DE BOYLE, est le nom qu'on donne quelquefois à la machine pneumatique, parce qu'on regarde ce physicien comme le premier inventeur de cette machine. Cependant il n'a fait réellement que la perfectionner, elle étoit inventée avant lui : c'est à Othon de Guericke, Bourguemestre de Magdebourg, que l'on en doit la premiere idée. Voyez MACHINE PNEUMATIQUE, au mot PNEUMATIQUE. (O)
MACHINES MILITAIRES, ce sont en général toutes les machines qui servent à la guerre de campagne & à celle des siéges. Ainsi les machines militaires des anciens étoient le bélier, la catapulte, la baliste, &c. celles des modernes sont le canon, le mortier, &c. Voyez chacun de ces mots à leur article.
Il n'est pas rare de trouver des gens qui proposent de nouvelles machines ou de nouvelles inventions pour la guerre. Le chevalier de Ville rapporte dans son traité de Fortification, " qu'au siége de Saint-Jean d'Angely il y eut un personnage qui fit bâtir un pont grand à merveille, soutenu sur quatre roues, tout de bois, avec lequel il prétendoit traverser le fossé, & depuis la contrescarpe jusque sur le parapet des remparts, faire passer par-dessus icelui 15 ou 20 soldats à couvert. Il fit faire la machine, qui coûta douze ou quinze mille écus ; & lorsqu'il fut question de la faire marcher avec 50 chevaux qu'on avoit attelés, soudain qu'elle fut ébranlée, elle se rompit en mille pieces avec un bruit effroyable. La même chose arriva d'une autre à Lunel qui coûtoit moins que celle-là, & réussit ainsi que l'autre.
J'en ai vu, continue le même auteur, qui promettoient pouvoir jetter avec une machine 50 hommes tout-à-la-fois depuis la contrescarpe jusque dans le bastion, armés à l'épreuve du mousquet ; d'autres de réduire en cendre les villes entieres, voire les murailles mêmes, sans que ceux de dedans y pussent donner remede, quand bien leurs maisons seroient terrassées. Enfin on ne voit aucun effet de ces promesses, & le plus souvent ou c'est folie ou malice pour attraper l'argent du prince qui les croit ". Le chevalier de Ville prétend & avec raison, qu'il ne faut pas se livrer aisément à ces faiseurs de miracles qui proposent des choses extraordinaires, à moins qu'ils n'en fassent premierement l'expérience à leurs dépens. Ce n'est pas, dit-il, que je blâme toutes sortes de machines : on en a fait, & on en invente tous les jours de très-utiles ; mais je parle de ces extraordinaires qu'on juge par raison de pouvoir être mises en oeuvre & faire les effets qu'on propose. Il ne faut jamais sur une chose si douteuse fonder totalement un grand dessein ; on doit en faire l'épreuve à loisir lorsqu'on n'en a pas besoin, afin d'être assuré de leur effet au besoin. (Q)
MACHINE INFERNALE, (Art milit.) c'est un bâtiment à trois ponts chargé au premier de poudre, au second de bombes & de carcasses, & au troisieme de barrils cerclés de fer pleins d'artifices, son tillac aussi comblé de vieux canons & de mitraille, dont on s'est quelquefois servi pour essayer de ruiner des villes & différens ouvrages.
Les Anglois ont essayé de bombarder ou ruiner plusieurs des villes maritimes de France, & notamment Saint Malo, avec des machines de cette espece, mais sans aucun succès.
Celui qui les mit le premier en usage, fut un ingénieur italien, nommé Frédéric Jambelli. Durant le siége qu'Alexandre de Parme avoit mis devant Anvers, où les Hollandois se défendirent long-tems avec beaucoup de constance & de bravoure ; l'Escaut est extraordinairement large au-dessus & au-dessous d'Anvers, parce qu'il approche-là de son embouchure ; Alexandre de Parme, malgré cela, entreprit de faire un pont de 2400 piés de long au-dessous de cette place pour empêcher les secours qui pourroient venir de Zélande. Il en vint à bout, & il ne s'étoit point fait jusqu'alors d'ouvrage en ce genre comparable à celui-là. Ce fut contre ce pont que Jambelli destina ses machines infernales. Strada dans cet endroit de son histoire, une des mieux écrites de ces derniers tems, fait une belle description de ces machines & de la maniere dont on s'en servoit. Je vais le traduire ici.
" Ceux qui défendoient Anvers, dit cet auteur, ayant achevé l'ouvrage qu'ils préparoient depuis long-tems pour la ruine du pont, donnerent avis de cela à la flotte qui étoit au-delà du pont du côté de la Zélande, que le quatrieme d'Avril leurs vaisseaux sortiroient du port d'Anvers sur le soir ; qu'ainsi ils se tinssent prêts pour passer avec le convoi des munitions par la breche qu'on feroit infailliblement au pont. Je vais, continue l'historien, décrire la structure des bateaux d'Anvers & leurs effets, parce qu'on n'a rien vu dans les siecles passés de plus prodigieux en cette matiere, & je tirerai ce que je vais en dire des lettres d'Alexandre de Parme au roi d'Espagne Philippe II. & de la relation du capitaine Tuc.
Frédéric Jambelli ayant passé d'Italie en Espagne pour offrir son service au roi, sans pouvoir obtenir audience, se retira piqué du mépris que l'on faisoit de sa personne, dit en partant que les Espagnols entendroient un jour parler de lui d'une maniere à se repentir d'avoir méprisé ses offres. Il se jetta dans Anvers, & il y trouva l'occasion qu'il cherchoit de mettre ses menaces à exécution. Il construisit quatre bateaux plats, mais très-hauts de bords, & d'un bois très-fort & très-épais, & imagina le moyen de faire des mines sur l'eau de la maniere suivante. Il fit dans le fond des bateaux & dans toute leur longueur une maçonnerie de brique & de chaux, de la hauteur d'un pié & de largeur de cinq. Il éleva tout à l'entour & aux côtés de petites murailles, & fit la chambre de sa mine haute & large de trois piés ; il la remplit d'une poudre très-fine qu'il avoit fait lui-même, & la couvrit avec des tombes, des meules de moulin, & d'autres pierres d'une extraordinaire grosseur : il mit par-dessus des boulets, des monceaux de marbre, des crocs, des clous & d'autre ferraille, & bâtit sur tout cela comme un toît de grosses pierres. Ce toît n'étoit pas plat, mais en dos d'âne, afin que la mine venant à crever l'effet ne s'en fit pas seulement en-haut, mais de tous côtés. L'espace qui étoit entre les murailles de la mine & les côtés des bateaux, fut rempli de pierres de taille maçonnées & de poutres liées avec les pierres par des crampons de fer. Il fit sur toute la largeur des bateaux un plancher de grosses planches, qu'il couvrit encore d'une couche de brique, & sur le milieu il éleva un bucher de bois poissé pour l'allumer, quand les bateaux démareroient, afin que les ennemis les voyant aller vers le pont, crussent que ce n'étoient que des bateaux ordinaires qu'on envoyoit pour mettre le feu au pont. Pour que le feu ne manquât pas de prendre à la mine, il se servit de deux moyens. Le premier fut une meche ensoufrée d'une certaine longueur proportionnée au tems qu'il falloit pour arriver au pont, quand ceux qui les conduiroient les auroient abandonnés & mis dans le courant. L'autre moyen dont il se servit pour donner le feu à la poudre étoit un de ces petits horloges à réveils-matin, qui en se détendant après un certain tems battent le fusil. Celui-ci faisant feu devoit donner sur une traînée de poudre qui aboutissoit à la mine.
Ces quatre bateaux ainsi préparés devoient être accompagnés de treize autres où il n'y avoit point de mine, mais qui étoient de simples brûlots. On avoit su dans le camp des Espagnols qu'on préparoit des brûlots dans le port d'Anvers ; mais on n'y avoit nul soupçon de l'artifice des quatre bateaux, & Alexandre de Parme crut que le dessein des ennemis étoit seulement d'attaquer le pont en même tems au-dessus du côté d'Anvers, & au-dessous du côté de la Zélande. C'est pourquoi il renforça les troupes qu'il avoit dans les forts des digues voisines, & sur-tout le pont, & y distribua ses meilleurs officiers, qu'il exposoit d'autant plus au malheur qui les menaçoit, qu'il sembloit prendre de meilleures mesures pour l'éviter. On vit sortir d'abord trois brûlots du port d'Anvers, & puis trois autres, & le reste dans le même ordre. On sonna l'allarme, & tous les soldats coururent à leurs postes sur le pont. Ces vaisseaux voguoient en belle ordonnance, parce qu'ils étoient conduits chacun par leurs pilotes. Le feu y étoit si vivement allumé qu'il sembloit que les vaisseaux mêmes brûloient, ce qui donnoit un spectacle qui eut fait plaisir aux spectateurs qui n'en n'eussent eu rien à craindre : car les Espagnols de leur côté avoient allumé un grand nombre de feux sur leurs digues & dans leurs forts. Les soldats étoient rangés en bataille sur les deux bords de la riviere & sur le pont, enseignes déployées, avec les officiers à leur tête ; & les armes brilloient encore plus à la flamme qu'elles n'auroient fait au plus beau soleil.
Les matelots ayant conduit leurs vaisseaux jusqu'à deux mille pas du pont, firent prendre, surtout aux quatre où étoient les mines, le courant de l'eau, & se retirerent dans leurs esquifs ; car pour ce qui est des autres ils ne se mirent pas si fort en peine de si bien diriger leur route ; ceux ci pour la plûpart échouerent contre l'estaccade & aux deux bords de la riviere. Un des quatre destinés à rompre le pont, fit eau & coula bas au milieu de la riviere ; on en vit sortir une épaisse fumée sans autre effet. Deux autres furent poussés par un vent qui s'éleva, & portés par le courant vers Calloo au rivage du côté de la Flandre ; il y eut pendant quelque tems sujet de croire que la même chose arriveroit au quatrieme, parce qu'il paroissoit aussi tourner du côté de la rive de Flandre ; les soldats voyant tout cela, & que le feu paroissoit s'éteindre sur la plûpart des bateaux, commencerent à se moquer de ce grand appareil qui n'aboutissoit à rien ; il y en eut même d'assez hardis pour entrer dans un des deux qui avoient échoué au bord, & ils y enfonçoient leurs piques sur le plancher pour découvrir ce qu'il y avoit dessous ; mais dans ce moment, ce quatrieme vaisseau, qui étoit beaucoup plus fort que les autres : ayant brisé l'estaccade, continua sa route vers le pont. Alors les soldats espagnols que l'inquiétude reprit, jetterent un grand cri. Le duc de Parme qui étoit aussi attentif à la flotte hollandoise qui étoit au-dessous du pont du côté de Lillo, qu'aux brûlots qui venoient d'Anvers, accourut à ce cri. Il commanda aussi-tôt des soldats & des matelots ; les uns pour détourner le vaisseau avec des crocs ; les autres pour sauter dedans, & y éteindre le feu, & se mit dans une espece de château de bois, bâti sur pilotis à la rive de Flandre, & auquel étoient attachés les premiers bateaux du pont. Il avoit avec lui les seigneurs de Roubais, Caëtan, Billi, Duguast, & les officiers du corps-de-garde de ce château.
Il y avoit parmi eux un vieux enseigne, domestique du prince de Parme, à qui ce prince fut en cette occasion redevable de la vie. Cet homme qui savoit quelque chose du métier d'ingénieur, soit qu'il fût instruit de l'habileté de Jambelli & du chagrin qu'on lui avoit fait en Espagne, soit par une inspiration de Dieu qui avoit voulu qu'Anvers fût pris par Alexandre de Parme, s'approcha de ce prince, & le conjura de se retirer puisqu'il avoit donné tous les ordres nécessaires. Il le fit jusqu'à trois fois, sans que ce prince voulût suivre son conseil ; mais l'enseigne ne se rebuta pas : & au nom de Dieu, dit-il à ce prince, en se jettant à ses piés, croyez seulement pour cette fois le plus affectionné de vos serviteurs. Je vous assure que votre vie est ici en danger ; & puis se relevant, il le tira après lui. Alexandre aussi surpris de la liberté de cet homme que du ton, en quelque façon inspiré, dont il lui parloit, le suivit, accompagné de Caëtan & Duguast.
A peine étoient-ils arrivés au fort de Sainte-Marie, sur le bord de la riviere du côté de Flandre, que le vaisseau creva avec un fracas épouvantable. On vit en l'air une nuée de pierres, de poutres, de chaînes, de boulets ; le château de bois, auprès duquel la mine avoit joué, une partie des bateaux du pont, les canons qui étoient dessus, les soldats furent enlevés & jettés de tous côtés. On vit l'Escaut s'enfoncer en abyme, & l'eau poussée d'une telle violence qu'elle passa sur toutes les digues, & un pié au-dessus du fort de Sainte-Marie ; on sentit la terre trembler à près de quatre lieues de-là ; on trouva de ces grosses tombes dont la mine avoit été couverte à mille pas de l'Escaut. "
Un des autres bateaux qui avoit échoué contre le rivage de Flandre, fit encore un grand effet ; il périt huit cent hommes de différent genre de mort ; une infinité furent estropiés, & quelques-uns échapperent par des hazards surprenans.
Le vicomte de Bruxelle, dit l'historien, fut transporté fort loin, & tomba dans un navire sans se faire aucun mal. Le capitaine Tuc, auteur d'une relation de cette avanture, après avoir été quelque tems suspendu en l'air tomba dans la riviere ; & comme il savoit nager, & que dans le mouvement du tourbillon qui l'emporta, sa cuirasse s'étoit détachée de son corps, il regagna le bord en nageant ; enfin, un des gardes du prince de Parme fut porté de l'endroit du pont qui touchoit à la Flandre, à l'autre rivage du côté du Brabant, & ne se blessa qu'un peu à l'épaule en tombant. Pour ce qui est du prince de Parme, on le crut mort ; car comme il étoit prêt d'entrer dans Sainte-Marie, il fut terrassé par le mouvement de l'air, & frappé en même tems entre les épaules & le casque d'une poutre ; on le trouva évanoui & sans connoissance : mais il revint à lui un peu après ; & la premiere chose qu'il fit fut de faire amener promtement quelques vaisseaux, non pas pour réparer la breche du pont, car il falloit beaucoup de tems pour cela, mais seulement pour boucher l'espace que la mine avoit ruiné, afin que le matin il ne parût point à la flotte hollandoise, qu'il y eût de passage ouvert ; cela lui réussit. Les Hollandois voyant des soldats dans toute la longueur du pont qui n'avoit point été ruinée, & dans les bateaux dont on avoit bouché la breche, & entendant sonner de tous côtés les tambours & les trompettes, n'oserent tenter de forcer le passage. Cela donna le loisir aux Espagnols de réparer leur pont ; & quelque tems après, Anvers fut contraint de capituler.
Voilà donc l'époque des machines infernales & de ces mines sur l'eau dont on a tant parlé dans les dernieres guerres, & qui ont fait plus de bruit que de mal ; car nulle n'a eu un si bon succès à beaucoup près que celui que Jambelli eut au pont d'Anvers, quoiqu'à ces dernieres l'on eût ajouté des bombes & des carcasses dont on n'avoit point encore l'usage dans le tems du siege de cette ville. Histoire de la milice françoise.
Pour donner une idée de la machine infernale échouée devant Saint-Malo, on en donne fig. 6. Pl. XI. de fortification, la coupe ou le profil.
B. C'est le fond de calle de cette machine, rempli de sable.
C. Premier pont rempli de vingt milliers de poudre, avec un pié de maçonnerie au-dessus.
D. Second pont garni de six cent bombes à feu & carcassieres, & de deux piés de maçonnerie audessus.
E. Troisieme pont au-dessus du gaillard, garni de cinquante barrils à cercle de fer, remplis de toutes sortes d'artifices.
F. Canal pour conduire le feu aux poudres & aux amorces.
Le tillac, comme on le voit en A, étoit garni de vieux canons & d'autres vieilles pieces d'artillerie de différentes especes.
" Si l'on avoit été persuadé en France que ces sortes d'inventions eussent pû avoir une réussite infaillible, il est sans difficulté que l'on s'en seroit servi dans toutes les expéditions maritimes, que l'on a terminées si glorieusement sans ce secours ; mais cette incertitude, & la prodigieuse dépense que l'on est obligé d'y faire, ont été cause que l'on a négligé cette maniere de bombe d'une construction extraordinaire, que l'on a vûe long-tems dans le port de Toulon, & qui avoit été coulée & préparée pour un pareil usage ; ce fut en 1688, & voici comme elle étoit faite, suivant ce qu'en écrivit en ce tems-là un officier de Marine.
La bombe qui est embarquée sur la Flûte le Chameau, est de la figure d'un oeuf ; elle est remplie de sept à huit milliers de poudre ; on peut de-là juger de sa grosseur ; on l'a placée au fond de ce bâtiment dans cette situation. Outre plusieurs grosses poutres qui la maintiennent de tous côtés, elle est encore appuyée de neuf gros canons de fer de 18 livres de balle, quatre de chaque côté, & un sur le derriere qui ne sont point chargés, ayant la bouche en bas. Par dessus on a mis encore dix pieces de moindre grosseur, avec plusieurs petites bombes & plusieurs éclats de canon, & l'on a fait une maçonnerie à chaux & à ciment qui couvre & environne le tout, où il est entré trente milliers de brique ; ce qui compose comme une espece de rocher au milieu de ce vaisseau, qui est d'ailleurs armé de plusieurs pieces de canon chargées à crever, de bombes, carcasses & pots à feu, pour en défendre l'approche. Les officiers devant se retirer après que l'ingénieur aura mis le feu à l'amorce qui durera une heure, cette flûte doit éclater avec sa bombe, pour porter de toutes parts les éclats des bombes & des carcasses, & causer par ce moyen l'embrasement de tout le port de la ville qui sera attaquée. Voilà l'effet qu'on s'en promet : on dit que cela coutera au roi quatre-vingt mille livres. "
Suivant M. Deschiens de Ressons " cette bombe fut faite dans la vûe d'une machine infernale pour Alger ; & celles que les ennemis ont exécutées à Saint-Malo & à Dunkerque, ont été faites à l'instar de celle-ci. Mais toutes ces machines ne valent rien, parce qu'un bâtiment étant à flot, la poudre ne fait pas la centieme partie de l'effort qu'elle feroit sur un terrein ferme ; la raison de cela est, que la partie la plus foible du bâtiment cédant lors de l'effet, cette bombe se trouvant surchargée de vieux canons, de bombes, carcasses & autres, tout l'effort se fait par-dessous dans l'eau, ou dans le vase ou le sable ; desorte qu'il n'en peut provenir d'autre incommodité que quelques débris qui ne vont pas loin, & une fraction de vitres, tuiles, portes & autres bagatelles, par la grande compression de l'air causée par l'agitation extraordinaire ; c'est pourquoi on l'a refondue, la regardant comme inutile.
Celle-ci contenoit huit milliers de poudre ; elle avoit neuf piés de longueur, & cinq de diametre en dehors, six pouces d'épaisseur ; mais quand je l'ai fait rompre, j'ai trouvé que le noyau avoit tourné dans le moule, & que toute l'épaisseur étoit presque d'un côté, & peu de choses de l'autre ; ce qui ne se peut guere éviter, parce que la fonte coulant dans le moule, rougit le chapelet de fer qui soutient le noyau, dont le grand poids fait plier le chapelet.
Il se rapportoit dessus un chapiteau, dans lequel étoit ajustée la fusée, qui s'arrêtoit avec deux barres de fer qui passoient dans les anses.
La fusée étoit un canon de mousquet rempli de composition bien battue ; ce qui ne valoit rien, par la raison que la crasse du salpêtre bouchoit le canon lorsque la fusée étoit brûlée à demi, ce qui faisoit éteindre la fusée. Ainsi les Anglois ont été obligés de mettre le feu au bâtiment de leur machine, pour qu'il parvînt ensuite à la poudre ". Mémoires d'Artillerie, par M. de Saint-Remy.
MACHINE A MATER, (Marine) c'est celle qui sert à élever & poser les mâts dans un vaisseau ; elle est faite à peu près comme une grue ou un engin que l'on place sur un ponton. Quelquefois on ne se sert que d'un ponton avec un mât, un vindas avec un cabestan & des seps de drisse. (Z)
MACHINE, en Architecture, est un assemblage de pieces de bois, disposées de maniere qu'avec le secours de poulies, mouffles & cordages, un petit nombre d'hommes peuvent enlever de gros fardeaux, & le poser en place, comme sont le vindas, l'engin, la grue, le grueau, le treuil, &c. qui se montent & démontent selon le besoin qu'on en a. Voyez nos Pl. de Charp.
MACHINE PYRIQUE, (Artificier) c'est un assemblage de pieces d'artifice, rangées sur une carcasse de tringles de bois ou de fer, disposées pour les recevoir & diriger la communication de leurs feux, comme sont celles qui paroissent depuis quelques années sur le théâtre italien à Paris.
MACHINE, (Peinture) terme dont on se sert en Peinture, pour indiquer qu'il y a une belle intelligence de lumiere dans un tableau. On dit voilà une belle machine ; ce peintre entend bien la machine. Et lorsqu'on dit une grande machine, il signifie non-seulement belle intelligence de lumieres, mais encore grande ordonnance, grande composition.
MACHINE A FORER, voyez l'article FORER. Cette machine soulage l'ouvrier, lorsque les pieces qu'il a à percer ne peuvent l'être à la poitrine. L'ouvrier fore à la poitrine, lorsqu'il pose la palette à forer contre sa poitrine, qu'il appuie du bout rond le foret contre la palette, & qu'en poussant & faisant tourner le foret avec l'archet, il fait entrer le bout aigu du foret dans la piece à percer. La machine qui le dispense de cette fatigue, est composée de trois pieces, la palette, la vis & l'écrou à queue. La palette est toute de fer ; le bout de sa queue est recourbé en crochet : ce crochet ou cette queue recourbée se place dans l'épaisseur de l'établi. Au-dessous de la palette il y a un oeil qui correspond à la boîte de l'étau, pour recevoir la vis de la machine à forer. A un des bouts de la vis il y a un crochet en rond, qui sert à accrocher cette vis sur la boîte, & la partie taraudée passe par l'oeil de la queue de la palette. C'est à la partie qui excede l'oeil, que se met l'écrou à queue, desorte que le compagnon qui a posé le crochet de la palette à une distance convenable de l'étau, suivant la longueur du foret, en tournant l'écrou, force la palette sur laquelle est posé le foret, à le presser contre la piece qu'il veut percer, & qui est entre les mâchoires de l'étau. Au moyen de la vis & des autres parties de cette machine, l'ouvrier a toute sa force, & réussit en très-peu de tems à forer une piece dont il ne viendroit peut-être jamais à bout.
MACHINE POUR LA TIRE, instrument du métier d'étoffe de soie. Ce qu'on appelle machine pour servir au métier des étoffes de soie est d'une si grande utilité, qu'avant qu'elle eut été inventée par le sieur Garon de Lyon, il falloit le plus souvent deux filles à chaque métier d'étoffes riches pour tirer ; depuis qu'elle est en usage, il n'en faut qu'une, ce qui n'est pas une petite économie, outre qu'au moyen de cette machine l'étoffe se fait infiniment plus nette.
Le corps de cette machine est simple ; c'est aussi sa simplicité qui en fait la beauté : c'est un bois de trois pouces en quarré qui descend de l'estave du métier au côté droit de la tireuse, qui va & vient librement. De ce bois quarré, il se présente à côté du temple deux fourches rondes, & une troisieme qui est aussi ronde qui tient les deux autres ; elle monte directement à côté du premier bois dont il est ci-dessus parlé. La fille pour se servir de cette machine, tire à elle son lacs, passe la main derriere, & entrelace ses cordes de semple entre les deux fourches qui sont à côté, & après les avoir enfilées, elle prend la fourche qui monte en haut, & à mesure qu'elle la descend en la tirant, elle fait faire en même tems un jeu aux deux fourches qui embrassent les cordes. Par ce mouvement elle tire net, & facilite l'ouvrier à passer sa navette sans endommager l'étoffe. Après que le coup est passé, elle laisse partir sa machine qui s'en retourne d'elle-même sans poids ni contrepoids pour la renvoyer ; la main seule de la tireuse suffit. Voyez cette machine dans nos Pl. de Soierie.
MACHINE, (Littérat.) en poëme dramatique se dit de l'artifice par lequel le poëte introduit sur la scene quelque divinité, génie, ou autre être surnaturel, pour faire réussir quelque dessein important, ou surmonter quelque difficulté supérieure au pouvoir des hommes.
Ces machines, parmi les anciens, étoient les dieux, les génies bons ou malfaisans, les ombres, &c. Shakespear, & nos modernes françois avant Corneille, employoient encore la derniere de ces ressources. Elles ont tiré ce nom des machines ou inventions qu'on a mis en usage pour les faire apparoître sur la scene, & les en retirer d'une maniere qui imite le merveilleux.
Quoique cette même raison ne subsiste pas pour le poëme épique, on est cependant convenu d'y donner le nom de machines aux êtres surnaturels qu'on y introduit. Ce mot marque & dans le dramatique & dans l'épopée l'intervention ou le ministere de quelque divinité ; mais comme les occasions qui peuvent dans l'une & l'autre amener les machines, ou les rendre nécessaires ne sont pas les mêmes, les regles qu'on y doit suivre sont aussi différentes.
Les anciens poëtes dramatiques n'admettoient jamais aucune machine sur le théâtre, que la présence du dieu ne fût absolument nécessaire, & ils étoient siflés lorsque par leur faute ils étoient réduits à cette nécessité, suivant ce principe fondé dans la nature, que le dénouement d'une piece doit naître du fond même de la fable, & non d'une machine étrangere, que le génie le plus stérile peut amener pour se tirer tout-à-coup d'embarras, comme dans Médée qui se dérobe à la vengeance de Créon, en fendant les airs sur un char traîné par des dragons aîlés. Horace paroît un peu moins sévere, & se contente de dire que les dieux ne doivent jamais paroître sur la scène à moins que le noeud ne soit digne de leur présence.
Nec deus intersit, nisi dignus vindice nodus
Inciderit. Art poet.
Mais au fonds, le mot dignus emporte une nécessité absolue. Voyez INTRIGUE. Outre les dieux, les anciens introduisoient des ombres, comme dans les Perses d'Eschyle, où l'ombre de Darius paroît. A leur imitation Shakespear en a mis dans hamlet & dans macbet : on en trouve aussi dans les pieces de Hardy ; la statue du festin de Pierre, le Mercure & le Jupiter dans l'Amphitrion de Moliere sont aussi des machines, & comme des restes de l'ancien goût dont on ne s'accommoderoit pas aujourd'hui. Aussi Racine dans son Iphigénie, a-t-il imaginé l'épisode d'Eriphile, pour ne pas souiller la scène par le meurtre d'une personne aussi aimable & aussi vertueuse qu'il falloit représenter Iphigénie, & encore parce qu'il ne pouvoit dénouer sa tragédie par le secours d'une déesse & d'une métamorphose, qui auroit bien pû trouver créance dans l'antiquité, mais qui seroit trop incroyable & trop absurde parmi nous. On a relégué les machines à l'Opéra, & c'est bien là leur place.
Il en est tout autrement dans l'épopée ; les machines y sont nécessaires à tout moment & par-tout. Homere & Virgile ne marchent, pour ainsi dire, qu'appuyés sur elles, Pétrone, avec son feu ordinaire, soutient que le poëte doit être plus avec les dieux qu'avec les hommes, & laisser par-tout des marques de la verve prophétique, & du divin enthousiasme qui l'échauffe & l'inspire ; que ses pensées doivent être remplies de fables, c'est-à-dire d'allégories & de figures. Enfin il veut que le poëme se distingue en tout point de l'Histoire, mais sur-tout moins par la mesure des vers, que par ce feu poétique qui ne s'exprime que par allégories, & qui ne fait rien que par machines, ou par l'intervention des dieux.
Il faut, par exemple, qu'un poëte laisse à l'historien raconter qu'une flotte a été dispersée par la tempête, & jettée sur des côtes étrangeres ; mais pour lui il doit dire avec Virgile, que Junon s'adresse à Eole, que ce tyran des mers déchaîne & souleve les vents contre les Troïens, & faire intervenir Neptune pour les préserver du naufrage. Un historien dira qu'un jeune prince s'est comporté dans toutes les occasions avec beaucoup de prudence & de discrétion ; le poëte doit dire avec Homere que Minerve conduisoit son héros par la main. Qu'il laisse raconter à l'historien, qu'Agamemnon dans sa querelle avec Achille, voulut faire entendre à ce prince, quoiqu'avec peu de fondement, qu'il pouvoit prendre Troie sans son secours ; le poëte doit représenter Thétis, irritée de l'affront qu'a reçu son fils, volant aux cieux pour demander vengeance à Jupiter, & dire que ce dieu pour la satisfaire envoie à Agamemnon un songe trompeur, qui lui persuade que ce même jour-là il se rendra maître de Troie.
C'est ainsi que les poëtes épiques se servent de machines dans toutes les parties de leurs ouvrages. Qu'on parcoure l'Iliade, l'Odyssée, l'Enéïde, on trouvera que l'exposition fait mention de ces machines, c'est-à-dire de ces dieux ; que c'est à eux que s'adresse l'invocation ; que la narration en est remplie, qu'ils causent les actions, forment les noeuds, & les démêlent à la fin du poëme ; c'est ce qu'Aristote a condamné dans ses regles du drame, mais ce qu'ont observé Homere & Virgile dans l'épopée. Ainsi Minerve accompagne & dirige Ulysse dans tous les périls ; elle combat pour lui contre tous les amans de Pénélope ; elle aide à cette princesse à s'en défaire, & au dernier moment, elle conclut elle-même la paix entre Ulysse & ses sujets, ce qui termine l'Odyssée. De même dans l'Enéïde, Vénus protege son fils, & le fait à la fin triompher de tous les obstacles que lui opposoit la haine invétérée de Junon.
L'usage des machines dans le poëme épique, est, à quelques égards, entierement opposé à ce qu'Horace prescrit pour le dramatique. Ici elles ne doivent être admises que dans une nécessité extrême & absolue ; là il semble qu'on s'en serve à tout propos, même lorsqu'on pourroit s'en passer, bien loin que l'action les exige nécessairement. Combien de dieux & de machines Virgile n'emploie-t-il pas pour susciter cette tempête qui jette Enée sur les côtes de Carthage, quoique cet évenement eût pû facilement arriver dans le cours ordinaire de la nature ? Les machines dans l'épopée ne sont donc point un artifice du poëte pour le relever lorsqu'il a fait un faux pas, ni pour se retirer de certaines difficultés particulieres à certains endroits de son poëme ; c'est seulement la présence d'une divinité, ou quelqu'action surnaturelle & extraordinaire que le poëte insere dans la plûpart de son ouvrage, pour le rendre plus majestueux & plus admirable, ou en même tems pour inspirer à ses lecteurs des idées de respect pour la divinité ou des sentimens de vertu. Or il faut employer ce mélange de maniere que les machines puissent se retrancher sans que l'action y perde rien.
Quant à la maniere de les mettre en oeuvre & de les faire agir, il faut observer que dans la Mythologie on distinguoit des dieux bons, des dieux malfaisans, & d'autres indifférens, & qu'on peut faire de chacune de nos passions autant de divinités allégoriques, ensorte que tout ce qui se passe de vertueux ou de criminel dans un poëme, peut être attribué à ces machines, ou comme cause, ou comme occasion, & se faire par leur ministere. Elles ne doivent cependant pas toutes, ni toûjours agir d'une même maniere ; tantôt elles agiront sans paroître, & par de simples inspirations, qui n'auront en elles-mêmes rien de miraculeux ni d'extraordinaire, comme quand nous disons que le démon suggere telle pensée, tantôt d'une maniere tout-à-fait miraculeuse, comme lorsqu'une divinité se rend visible aux hommes, & s'en laisse connoître, ou lorsque sans se découvrir à eux, elle se déguise sous une forme humaine. Enfin le poëte peut se servir tout à la fois de chacune de ces deux manieres d'introduire une machine, comme lorsqu'il suppose des oracles, des songes, & des inspirations extraordinaires, ce que le P. le Bossu appelle des demi-machines. Dans toutes ces manieres, il faut se garder avec soin de s'écarter de la vraisemblance ; car quoique la vraisemblance s'étende fort loin lorsqu'il est question de machines, parce qu'alors elle est fondée sur la puissance divine, elle a toujours néanmoins ses bornes. Voyez VRAISEMBLANCE.
Horace propose trois sortes de machines à introduire sur le théâtre : la premiere est un dieu visiblement présent devant les acteurs ; & c'est de celle-là qu'il donne la regle dont nous avons déja parlé. La seconde espece comprend les machines plus incroyables & plus extraordinaires, comme la métamorphose de Progné en hirondelle, celle de Cadmus en serpent. Il ne les exclut, ni les condamne absolument, mais il veut qu'on les mette en récit & non pas en action. La troisieme espece est absolument absurde, & il la rejette totalement ; l'exemple qu'il en donne, c'est un enfant qu'on retireroit tout vivant du ventre d'un monstre qui l'auroit dévoré. Les deux premiers genres sont reçus indifféremment dans l'épopée, & dans la distinction d'Horace, qui ne regarde que le théâtre. La différence entre ce qui se passe sur la scène, & à la vûe des spectateurs, d'avec ce qu'on suppose s'achever derriere le rideau, n'ayant lieu que dans le poëme dramatique.
On convient que les anciens poëtes ont pu faire intervenir les divinités dans l'épopée ; mais les modernes ont-ils le même privilége ? C'est une question qu'on trouvera examinée au mot merveilleux. Voyez MERVEILLEUX.
MACHINES DE THEATRE, chez les anciens. Ils en avoient de plusieurs sortes dans leurs théâtres, tant celles qui étoient placées dans l'espace ménagé derriere la scène, & qu'on appelloit , que celles qui étoient sous les portes de retour pour introduire d'un côté les dieux des bois & des campagnes, & de l'autre les divinités de la mer. Il y en avoit aussi d'autres au-dessus de la scène pour les dieux célestes, & enfin d'autres sous le théâtre pour les ombres, les furies, & les autres divinités infernales : ces dernieres étoient à-peu-près semblables à celles dont nous nous servons pour ce sujet. Pollux l. IV. nous apprend que c'étoient des especes de trapes qui élevoient les acteurs au niveau de la scène, & qui redescendoient ensuite sous le théâtre par le relâchement des forces qui les avoient fait monter. Ces forces consistoient comme celles de nos théâtres, en des cordes, des roues, des contrepoids ; c'est pour cela que les Grecs nommoient ces machines : pour celles qu'ils appelloient , & qui étoient sur les portes de retour, c'étoient des machines tournantes sur elles-mêmes, qui avoient trois faces différentes, & qui se tournoient d'un & d'autre côté, selon les dieux à qui elles servoient. Mais de toutes ces machines, il n'y en avoit point dont l'usage fût plus ordinaire que celles qui descendoient du ciel dans les dénouemens, & dans lesquelles les dieux venoient, pour ainsi dire, au secours du poëte, d'où vint le proverbe de . Ces machines avoient même assez de rapport avec celles de nos cintres ; car, au mouvement près, les usages en étoient les mêmes, & les anciens en avoient comme nous de trois sortes en général ; les unes qui ne descendoient point jusqu'en bas, & qui ne faisoient que traverser le théâtre, d'autres dans lesquelles les dieux descendoient jusques sur la scène, & de troisiemes qui servoient à élever ou à soutenir en l'air les personnes qui sembloient voler. Comme ces dernieres étoient toutes semblables à celles de nos vols, elles étoient sujettes aux mêmes accidens : car nous voyons dans Suétone, qu'un acteur qui jouoit le rôle d'Icare, & dont la machine eut malheureusement le même sort, alla tomber près de l'endroit où étoit placé Néron, & couvrit de sang ceux qui étoient autour de lui. Suétone, in Nerone, c. xij. Mais quoique ces machines eussent assez de rapport avec celles de nos cintres, comme le théâtre des anciens qui avoit toute son étendue en largeur, & que d'ailleurs il n'étoit point couvert, les mouvemens en étoient fort différens. Car au lieu d'être emportés comme les nôtres par des chassis courans dans des charpentes en plafond, elles étoient guindées à une espece de grue, dont le col passoit par dessus la scene, & qui tournant sur elle-même pendant que les contrepoids faisoient monter ou descendre ces machines, leur faisoit décrire des courbes composées de son mouvement circulaire & de leur direction verticale, c'est-à-dire une ligne en forme de vis de bas en haut, ou de haut em-bas, à celles qui ne faisoient que monter ou descendre d'un côté du théâtre à l'autre, & différentes demi-ellipses à celles, qui après être descendues d'un côté jusqu'au milieu du théâtre, remontoient de l'autre jusqu'au dessus de la scène, d'où elles étoient toutes rappellées dans un endroit du postscenium, où leurs mouvemens étoient placés. Diss. de M. Boindin, sur les théâtres des anciens. Mém. de l'acad. des Belles-Lettres, tome I. pag. 148. & suiv. (G)
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| MACHINISTE | S. m. (Art méchan.) est un homme qui par le moyen de l'étude de la Méchanique, invente des machines pour augmenter les forces mouvantes, pour les décorations de théâtre, l'Horlogerie, l'Hydraulique & autres. (K)
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| MACHINOIR | S. m. (Cordonnerie) petit outil de buis qui sert aux Cordonniers à ranger & décrasser les points de derriere du soulier. Il est fort pointu, long de quatre à cinq pouces, arrondi par les deux bouts, dentelé à l'un, le milieu est un peu excavé en arc, afin que l'ouvrier le tienne plus commodément. Ce sont des marchands de crépin qui vendent des machinoirs.
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| MACHLIS | S. m. (Hist. nat. Zoolog.) c'est un animal dont il est parlé dans Pline ; il est, dit-il, commun en Scandinavie. Il a les jambes toutes d'une venue, sans jointures, ainsi il ne se couche point ; il dort appuyé contre un arbre. Pour le prendre on scie l'arbre en partie ; l'animal s'appuyant, l'arbre tombe & l'animal aussi, qui ne peut se relever. Il est si vîte, qu'on ne pourroit le prendre autrement. Il ressemble à l'alcé. Il a la levre de dessus fort grande ; desorte qu'il est obligé d'aller à reculons pour paître.
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| MACHLYES | (Géog. anc.) en grec , ancien peuple d'Afrique aux environs des Syrtes, & dans le voisinage des Lotophages, selon Hérodote. (D.J.)
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| MACHO | S. m. (Commerce) on appelle en Espagne quintal-macho, un poids de cent cinquante livres, c'est-à-dire de cinquante livres plus fort que le quintal commun, qui n'est que de cent livres. Il faut six arobes pour le quintal macho, l'arobe de vingt-cinq livres, la livre de seize onces, & l'once de seize adarmes ou demi-gros ; le tout néanmoins un peu plus foible que le poids de Paris ; ensorte que les cent cinquante livres du macho ne rendent que cent trente-neuf livres & demi, un peu plus, un peu moins de cette derniere ville. Dict. de comm. (G)
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| MACHOIRE | S. f. en Anatomie ; c'est une partie d'un animal où les dents sont placées, & qui sert à mâcher les alimens. Voyez MASTICATION & DENT.
Les mâchoires sont au nombre de deux, appellées à causes de leur situation, l'une supérieure & l'autre inferieure.
La mâchoire supérieure est immobile dans l'homme & dans tous les animaux que nous connoissons, excepté dans le perroquet, le crocodile & le poisson appellé acus vulgaris. Voyez Ray, Synops. pisc. p. 109.
Elle est composée de treize os, joints les uns aux autres par harmonie, six de chaque côté & un au milieu. Leurs noms sont le zygomatique ou os de la pommette, l'os maxillaire, l'os unguis, l'os du nez, l'os du palais, le cornet inférieur du nez, & le vomer. Voyez ZYGOMATIQUE, &c. Il y a dans cette mâchoire des alveoles pour seize dents. Voyez nos Pl. d'Anat. & leur explic.
La mâchoire inférieure n'est composée que de deux os, qui d'abord sont unis au milieu du menton par le moyen d'un cartilage qui se durcit à mesure que l'enfant croît, & qui vers l'âge de sept ans, devenant osseux, unit tellement les deux os, qu'ils n'en forment plus qu'un seul de la figure de l' grec. Voyez nos Pl.
Cette mâchoire est composée de deux tables, entre lesquelles se trouve une substance spongieuse, qui est médullaire dans les enfans. La partie antérieure est mince, & garnie ordinairement de seize alvéoles pour autant de dents. Voyez ALVEOLE.
On distingue dans la mâchoire inférieure une arcade antérieure, qu'on appelle le corps, laquelle se termine sur les parties latérales en deux branches.
On remarque au bord supérieur de l'arcade, les alvéoles qui reçoivent les dents. On divise le bord inférieur en deux levres, une externe & l'autre interne. La face antérieure externe est convexe, plus ou moins inégale vers sa partie moyenne, que l'on appelle le menton, aux parties latérales duquel sont placés les trous mentonniers antérieurs, ou les orifices antérieurs des conduits qui traversent depuis ce trou jusqu'à la face postérieure des branches.
La face postérieure est concave ; on y voit vers la partie moyenne & inférieure une aspérité plus ou moins sensible, deux petites bosses sur les parties latérales de cette aspérité.
Chaque branche a 1°. deux faces, une latérale externe, & une latérale interne, concave, à la partie moyenne de laquelle se voit le trou mentonnier postérieur, ou l'orifice postérieur du conduit mentonnier. 2°. Deux apophyses à la partie supérieure, une antérieure nommée coronoïde, à la partie antérieure de laquelle se trouve une petite cavité oblongue ; une postérieure appellée condyloïde, entre ces deux apophyses, une échancrure. 3°. A la partie inférieure, un angle.
La structure de la mâchoire de quelques animaux n'est pas indigne de la curiosité des Physiciens ; mais on y a rarement porté les yeux.
Il faut pourtant remarquer en général que les animaux qui vivent d'autres animaux, qu'ils prennent & qu'ils étranglent, ont une force considérable aux mâchoires, à cause de la grandeur des muscles destinés aux mouvemens de cette partie ; ensorte que pour loger ces grands muscles, leur crâne a une figure particuliere, par le moyen d'une crête qui s'éleve sur le sommet. Cette crête est très-remarquable dans les lions, les tigres, les ours, les loups, les chiens & les renards. La structure & l'usage de cette crête est pareille à ce qui se voit dans le bréchet des oiseaux.
Comme le crocodile ouvre la gueule & ses mâchoires plus grandes qu'aucun animal, c'est peut-être ce qui a fait croire qu'il a la mâchoire supérieure mobile, quoiqu'en réalité il n'y ait rien de si immobile que cette mâchoire, dont les os sont joints avec les autres os du crâne aussi exactement qu'il est possible ; ainsi que M. Perrault l'a remarqué le premier contre l'opinion des anciens naturalistes. Mais la structure de la mâchoire inférieure du crocodile a quelque chose de fort particulier dans ce qui regarde le méchanique que la nature y a employée pour la faire ouvrir plus facilement ; ce méchanisme consiste en ce que cette mâchoire a comme une queue au-delà de l'endroit où elle est articulée ; car étant appuyée dans cet endroit contre l'os des tempes, lorsque la queue vient à être tirée en haut, par un muscle attaché à cette queue, l'extrêmité opposée de la machoire qui compose le menton descend en bas, & fait ouvrir la gueule.
La mâchoire des poissons ne seroit pas moins digne d'examen. Il y a par exemple, un poisson qui se pêche en Canada, dont les deux mâchoires, la supérieure & l'inférieure, sont également applaties, & font l'office de meule de moulin ; elles sont comme pavées de dents plates, serrées les unes contre les autres, & aussi dures que les cailloux : ce poisson s'en sert pour briser les coquilles des moules dont il vit.
A l'égard des hommes, il arrive quelquefois que la mâchoire inférieure s'ossifie tellement d'un côté, qu'elle ne peut avoir aucun mouvement. Eustachi, Columbus, Volcher, Coiter, Palfin & autres anatomistes, ont vû des crânes dans lesquels se rencontroit cette ossification.
Il me semble qu'on n'a pas eu raison de nommer la grande cavité de la mâchoire supérieure, l'antre d'Highmor, antrum Highmorianum, puisque cet anatomiste n'est pas le premier qui en ait fait la description, & que Cassérius en avoit parlé long-tems avant lui sous le nom d'antrum genae. (D.J.)
MACHOIRE DE BROCHET, (Mat. méd.) quoique les Pharmacologistes aient accordé plusieurs vertus particulieres à la mâchoire du brochet, on peut assurer cependant qu'elle ne possede en effet que la qualité absorbante, & qu'elle doit être rangée avec les écailles d'huitres, les perles, les coquilles d'oeufs, les yeux d'écrevisses, &c. du moins dans l'usage & la préparation ordinaire, car il est vraisemblable que si on rapoit cette substance osseuse, qu'on en prît une quantité considérable, & qu'on la traitât par une décoction convenable, on pourroit en tirer une matiere gélatineuse ; mais encore un coup, on ne s'en sert point à ce titre, & l'on fait bien, puisqu'on a mieux fait dans la corne de cerf. On ne l'emploie qu'en petite quantité, & réduite en poudre subtile, & encore rarement, parce qu'on a commodément & abondamment les yeux d'écrevisses, l'écaille d'huitres, &c. qui valent davantage. (b)
MACHOIRE, (Art méchan.) c'est dans presque toutes les machines destinées à serrer quelque chose, comme l'étau, les pinces, les mordaches, &c. les extrêmités qui embrassent la chose & qui la tiennent ferme.
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| MACHRONTICHOS | (Géogr. anc.) c'est-à-dire longue muraille ; aussi ce mot désigne les grandes murailles qui joignoient la ville d'Athènes au Pirée ; ce fut par la même raison, qu'on nomma du nom de machronticos, la grande muraille de la Thrace, bâtie par Justinien, avec des moles aux deux bouts, une galerie voûtée, & une garnison pour garantir l'isthme des incursions des ennemis.
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| MACHROPOGONES | (Géogr. anc.) peuples de la Sarmatie asiatique, aux environs du Pont-Euxin, ainsi nommés parce qu'ils laissoient croître leur barbe. (D.J.)
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| MACIGNO | (Hist. nat.) nom donné par Ferrante Imperato, à une espece de grais d'une couleur grise, verdâtre, d'un grain fort égal, & qui a de la ressemblance avec l'émeril, & est mêlangé de particules de mica. On dit qu'elle est propre à être sculptée. On s'en sert pour polir le marbre, & pour faire des meules à repasser les couteaux.
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| MACIS | S. f. (Bot. exot.) improprement dit fleur de muscade, car c'en est l'enveloppe réticulaire. On lui conserve en latin le même nom indien de macis. Sérapion l'appelle bisbese ; Avicenne besbahe, & Pison bongopala moluccensibus.
C'est une feuille, une enveloppe, qui couvre en maniere de réseau ou de laniere, la noix muscade, & qui est placée sous la premiere écorce. Elle est épaisse, huileuse, membraneuse & comme cartilagineuse, d'une couleur rougeâtre d'abord, & fort belle ; mais qui dans l'exposition à l'air, devient jaunâtre, d'une odeur aromatique, suave, d'un goût gracieux, aromatique, âcre & un peu amer.
La compagnie hollandoise fait transporter en Europe, des Indes orientales, le macis séparé des noix muscades, & lorsqu'il est séché. On estime celui qui est récent, flexible, odorant, huileux, & d'une couleur saffranée. Il a les mêmes vertus que la muscade, excepté qu'il est moins astringent ; mais si l'on en abuse, il dispose les membranes de l'estomac à l'inflammation, par ses parties actives, volatiles & huileuses.
En effet le macis donne encore plus d'huile essentielle & subtile par la distillation, que la muscade.
Celle qui paroît d'abord, est transparente & coulante comme l'eau, d'un goût & d'une odeur admirable ; celle qui vient ensuite est jaunâtre, & la troisieme est roussâtre, lorsqu'on presse fortement le feu. Toutes ces huiles sont en même tems si volatiles, que pour en éviter l'évaporation, il faut les garder dans des vaisseaux bouchés hermétiquement. On tire encore du macis par expression, une huile plus épaisse, approchante de la consistance de la graisse, plus subtile néanmoins que l'huile de noix muscade, & plus chere. Voyez la maniere dont on tire ces sortes d'huiles au mot MUSCADE.
Les Hollandois font un très-grand commerce du macis, & l'estiment plus que la noix. A la vente de la compagnie hollandoise des Indes orientales, chaque cavelin ou lot de macis, est ordinairement d'un boucaut, du poids environ de six cent livres. Son prix est depuis vingt sols jusqu'à vingt & demi sols de gros la livre. (D.J.)
MACIS, ou FLEUR DE MUSCADE, (Pharmac. & Mat. méd.) la drogue connue sous ce nom dans les boutiques est une certaine enveloppe réticulaire, ou plutôt partagée en plusieurs lanieres, épaisse & comme cartilagineuse, huileuse, qui couvre la coque ligneuse de la noix muscade, & qui est placée sous sa premiere écorce. Le macis a une odeur aromatique fort agréable ; un goût gracieux, aromatique, âcre & un peu amer. On nous l'apporte séparé des noix muscades, & lorsqu'il est séché. On estime celui qui est récent, flexible, huileux, très-odorant, & d'une couleur qui approche du safran. Geoffroy, Mat. méd.
Le macis possede à peu près les mêmes propriétés médicinales que la muscade ; & la Chimie en sépare par l'analyse, des substances très-analogues à celles de ce fruit. Le macis fournit par exemple, comme la muscade, une huile essentielle & une huile par expression. Voyez MUSCADE.
Il entre dans le plus grand nombre des compositions officinales, alexipharmaques, stomachiques, antispasmodiques, cordiales. Il est employé comme correctif dans les anciens électuaires purgatifs, tels que l'hiéra picra, &c. Voyez CORRECTIF. (b)
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| MACLE | S. f. (Hist. nat. Minér.) nom d'une pierre ou substance minérale que l'on trouve en Bretagne à trois lieues de Rennes ; sa forme est celle d'un prisme quadrangulaire, renfermé dans une ardoise ou pierre feuilletée d'un gris bleuâtre, qui en est pour ainsi dire entierement lardée en tout sens. Il y en a de plusieurs especes ; celles qui viennent du canton de la Bretagne, qu'on appelle les salles de Rohan, sont des prismes quadrangulaires plus ou moins longs, mais exactement quarrés dans toute leur longueur, qui est quelquefois de deux pouces à deux pouces & demi, sur environ un quart de pouce de diametre. Ces prismes ont des surfaces unies, & entierement couvertes d'une substance luisante, semblable au talc ou au mica. Sur leur extrêmité, c'est-à-dire sur la tranche, ces prismes présentent la figure d'une croix enfermée dans un quarré ou losange. Cette croix qui a la figure d'un X ou d'une croix de saint André, est formée par deux petites lignes bleuâtres ou noirâtres, qui partant de chaque angle de la pierre, se coupent à son centre ; & forment un noyau bleuâtre plus ou moins large, qui conserve toujours une forme quarrée ou de losange dans toute la longueur du prisme. Ces pierres se rompent & se partagent aisément en travers, & elles paroissent composées d'une matiere d'un blanc jaunâtre, striée, dont les stries sont paralleles & vont se diriger vers le centre du prisme, qui est du même tissu que l'ardoise qui leur sert d'enveloppe. Le centre de quelques-unes de ces macles ou prismes est quelquefois rempli d'ochre, ou d'une matiere ferrugineuse, qui semble avoir rempli leur intérieur, lorsque l'ardoise qui leur sert d'enveloppe est venu les couvrir. On trouve souvent dans ces ardoises deux ou même trois de ces macles, & plus, qui s'unissent, se croisent & se confondent ensemble. M. le président de Robien, qui a le premier donné une description exacte de ces pierres, les regarde comme une espece de crystallisation pyriteuse, formée par la combinaison du sel marin avec du soufre, du fer & du vitriol ; ces conjectures ne paroissent point assez constatées, cependant ces substances singulieres mériteroient bien d'être examinées & analysées.
Il y a encore une autre espece de macle qui se trouve dans les paroisses de Baud & de Quadry ; on les nomme pierres de croix, parce qu'elles sont formées de deux macles ou prismes, qui se coupent, & forment une croix ; elles sont revêtues d'une matiere talqueuse, mais on les trouve détachées, sans être enveloppées dans de l'ardoise comme les précédentes.
Les pierres qui viennent d'être décrites ressemblent beaucoup à la pierre de croix ou lapis crucifer de Compostelle en Galice, qui paroît être une crystallisation du même genre, excepté que celles de Galice ont la figure d'une croix à leur intérieur, au lieu que celles de Bretagne ont la forme de croix à l'extérieur & en relief. Voyez le livre qui a pour titre, nouvelles idées sur la formation des fossiles, imprimé à Paris, chez David l'aîné en 1751.
MACLES, ou MACQUES s. f. (Marine) ce sont des cordes qui traversent, & qui étant ridées en losange, font une figure de mailles.
MACLE, terme de Blason, espece de petite figure faite comme une maille de cuirasse, & percée en losange. La macle a la même dimension que le losange, auquel elle est tout-à-fait semblable, excepté qu'elle est aussi percée au milieu en forme de losange ; en quoi elle differe des rustres qui sont percées en rond. Voyez nos Pl. de Blason.
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| MACLER | (Verrerie) lorsque le verre est devenu cordeli, on prend le fer à macler, on le chauffe, & l'on travaille à mêler le verre dur avec celui qui est plus mol ; & cette manoeuvre s'appelle macler.
MACLER, (Verrerie) fer à macler. Quand le four est un peu refroidi, le verre devient dans le pot quelquefois cordeli : alors on prend le fer à macler, on le fait rougir dans le four, & l'on en presse le bout au fond du pot au-travers du verre ou de la matiere, & on l'éleve de bas en haut pendant quelque tems en la remuant avec le fer à macler.
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| MACOCK | S. m. (Botan. exot.) sorte de courge étrangere ; le macock de Virginie, pepo virginianus, C. B. est un fruit de Virginie rond ou ovale, ressemblant à une courge ou à un melon. Son écorce est dure, polie, de couleur brune ou rougeâtre en-dehors, noirâtre en-dedans. Il contient une pulpe noire, acide, dans laquelle sont enveloppés plusieurs grains rouges-bruns, faits en forme d'un coeur, & remplis d'une moëlle blanche. Le macocquer de Clusius est le macock de Virginie, décrit par Ray, dans son histoire des plantes.
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| MACOCO | (Géog.) Voyez ANSICO ; c'est le même nom d'une grande contrée d'Afrique, au nord de la riviere de Zaire. Son roi s'appelle le grand Macoco, & les habitans Mouzoles : Dapper nous les donne pour antropophages, décrit leur pays & leurs boucheries publiques d'hommes, comme s'il les eût vûes.
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| MACODAMA | (Géog. anc.) ville maritime de l'Afrique propre, sur la petite Syrte, l. IV. c. iij. c'est peut-être aujourd'hui la bourgade de Mahomette.
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| MACOLICUM | (Géog.) ville de l'Hibernie dans les terres, selon Ptolémée, l. II. c. ij. Est-ce Malek de nos cartes modernes ? nous n'en savons rien.
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| MACON | (Géog.) ancienne ville de France, en Bourgogne, capitale du Mâconnois, avec un évêché suffragant de Lyon. César en parle dans ses commentaires, l. VII. & l'appelle Matisco. Les tables de Peutinger en parlent aussi ; mais Strabon & Ptolémée n'en disent rien. Il y a cinq à six cent ans, que par une transposition assez ordinaire, on changea Matisco en Mastico ; & c'est de-là, qu'est venu la vicieuse orthographe qui écrit Mascon.
Cette ville appartenoit anciennement aux Eduéens, Aedui ; on ne sait pas précisément le tems où elle en a été séparée ; mais elle étoit érigée en cité, lorsque les Bourguignons s'en rendirent les maîtres.
L'évêché de Mâcon vaut environ vingt mille livres de rente, & n'est composé que de deux cent paroisses. On ignore le tems de cet établissement ; on sait seulement que le premier de ses évêques, dont on trouve le nom, est Placidus, qui assista au troisieme concile d'Orléans.
Cette petite ville où l'on ne compte qu'environ huit mille ames, se sentit cruellement des desordres que les guerres sacrées causerent en France dans le xvj. siecle ; siecle abominable, auprès duquel la génération présente, toute éloignée de la vertu qu'elle est, peut passer pour un siecle d'or, au-moins par son esprit de tolérance en matiere de religion ! Il n'est pas possible d'abolir la mémoire des jours d'aveuglement, de sang, & de rage, qui nous ont précédés. Quelque fâcheux qu'en soit le récit pour l'honneur du nom françois & du nom chrétien, les seules sauteries de Mâcon, exécutées par Saint-Point, sont mieux immortalisées, que celles que Tibere mit en usage dans l'île de Caprée, quoiqu'un célebre historien, traduit dans toutes les langues, & cent fois imprimé, les ait insérées dans la vie de cet empereur odieux.
Mâcon est situé sur le penchant d'un côteau, proche de la Saône, à quatre lieues S. de Tournus, quatre E. de Cluny, 15 N. de Lyon, 90 S. de Paris. Long. 22. 23. lat. 46. 20. (D.J.)
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| MAÇON | S. f. (Architect.) artisan employé ordinairement sous la direction d'un architecte à élever un bâtiment. Il y a des auteurs qui le dérivent du mot latin barbare machio, machiniste, parce que les Maçons sont obligés de se servir de machines pour élever les murailles. Ducange fait venir ce mot de maceria, nom qu'on donnoit à une longue clôture de mur pour fermer les vignes, à quoi on imagine que les Maçons ont été d'abord employés ; maçon est maceriarum constructor : M. Huet le dérive de mas, vieux mot qui signifie maison ; ainsi maçon est une personne qui fait des mas ou des maisons : dans la basse latinité on appelloit un maçon magister, comacinus, ce que Lindenbroeck fait venir de comacina. C'est dans la Romagne où se trouvoient les meilleurs architectes du tems des Lombards.
Le principal ouvrage du maçon est de préparer le mortier, d'élever les murailles depuis le fondement jusqu'à la cime, avec les retraites & les à-plombs nécessaires, de former les voûtes, & d'employer les pierres qu'on lui donne.
Lorsque les pierres sont grosses, c'est aux Tailleurs de pierres (que l'on confond souvent avec les Maçons) à les tailler, ou à les couper ; les ornemens de sculpture se font par les Sculpteurs en pierres ; les outils dont se servent les Maçons sont la ligne, la regle, le compas, la toise & le pié, le niveau, l'équerre, le plomb, la hachette, le marteau, le décintroir, la pince, le ciseau, le riflar, la truelle, la truelle brétée, l'auge, le sceau, le balai, la pelle, le tamis, le panier, le rabot, l'oiseau, la brouette, le bar, la pioche & le pic. Voyez ces différens noms, & nos Pl. de Maçon.
Outre les instrumens nécessaires pour la main, ils ont aussi des machines pour lever de grands fardeaux ; ce sont la grue, le gruau ou engin, le quindal, la chevre, le treuil, les mouffles, le levier. Pour conduire de grosses pierres, ce sont le chariot, le bar, les madriers, les rouleaux. Voyez nos Pl.
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| MAÇONNÉ | en termes de Blason, se dit des traits, des tours, pans de murs, châteaux, & autres bâtimens.
Pontevez en Provence, de gueules au pont de deux arches d'or, maçonné de sable.
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| MAÇONNERIE | sub. fém. (Arts méchaniques).
De la Maçonnerie en général. Sous le nom de Maçonnerie, l'on entend non-seulement l'usage & la maniere d'employer la pierre de différente qualité, mais encore celle de se servir de libaye, de moilon, de plâtre, de chaux, de sable, de glaise, de roc, &c. ainsi que celle d'excaver les terres pour la fouille des fondations (a) des bâtimens, pour la construction des terrasses, des taluds, & de tout autre ouvrage de cette espece.
Ce mot vient de maçon ; & celui-ci, selon Isidore, du latin machio, un machiniste, à cause des machines qu'il emploie pour la construction des édifices & de l'intelligence qu'il lui faut pour s'en servir ; & selon M. Ducange, de maceria, muraille, qui est l'ouvrage propre du maçon.
Origine de la Maçonnerie. La Maçonnerie tient aujourd'hui le premier rang entre les arts méchaniques qui servent à la construction des édifices. Le bois avoit d'abord paru plus commode pour bâtir, avant que l'on eût connu l'usage de tous les autres matériaux servant aujourd'hui à la construction.
Anciennement les hommes habitoient les bois & les cavernes, comme les bêtes sauvages, Mais, au rapport de Vitruve, un vent impétueux ayant un jour par hasard poussé & agité vivement des arbres fort près les uns des autres, ils s'entrechoquerent avec une si grande violence, que le feu s'y mit. La flamme étonna d'abord ces habitans : mais s'étant approchés peu-à-peu, & s'étant apperçu que la température de ce feu leur pouvoit devenir commode, ils l'entretinrent avec d'autres bois, en firent connoître la commodité à leurs voisins, & y trouverent par la suite de l'utilité.
Ces hommes s'étant ainsi assemblés, poussoient de leurs bouches des sons, dont ils formerent par la suite des paroles de différentes especes, qu'ils appliquerent chacune à chaque chose, & commencerent à parler ensemble, & à faire société. Les uns se firent des huttes (b) avec des feuillages, ou des loges qu'ils creuserent dans les montagnes. Les autres imitoient les hirondelles, en faisant des lieux couverts de branches d'arbres, & de terre grasse. Chacun se glorifiant de ses inventions, perfectionnoit la maniere de faire des cabanes, par les remarques qu'il faisoit sur celles de ses voisins, & bâtissoit toûjours de plus en plus commodément.
Ils planterent ensuite des fourches entrelacées de branches d'arbre, qu'ils remplissoient & enduisoient de terre grasse pour faire les murailles.
Ils en bâtirent d'autres avec des morceaux de terre grasse desséchés, élevés les uns sur les autres, sur lesquels ils portoient des pieces de bois en travers qu'ils couvroient de feuilles d'arbres, pour s'y mettre à l'abri du soleil & de la pluie ; mais ces couvertures n'étant pas suffisantes pour se défendre contre les mauvais tems de l'hiver, ils imaginerent des especes de combles inclinées qu'ils enduisirent de terre grasse pour faire écouler les eaux.
(a) On distingue ce mot d'avec fondement, en ce que le premier est l'excavation ou la fouille faite dans la terre pour recevoir un massif capable de supporter l'édifice que l'on veut construire, & le second est le massif même : cependant on confond quelquefois ces deux mots dans la pratique ; mais ce que l'on en dit les fait bientôt distinguer.
(b) Espece de baraque ou cabane.
Nous avons encore en Espagne, en Portugal, en Aquitaine & même en France, des maisons couvertes de chaume ou de bardeau. (c)
Au royaume de Pont dans la Colchide, on étend de part & d'autre sur le terrein des arbres ; sur chacune de leurs extrêmités on y en place d'autres, de maniere qu'ils enferment un espace quarré de toute leur longueur. Sur ces arbres placés horisontalement, on y en éleve d'autres perpendiculairement pour former des murailles que l'on garnit d'échalas & de terre grasse : on lie ensuite les extrêmités de ces murailles par des pieces de bois qui vont d'angle en angle, & qui se croisent au milieu pour en retenir les quatre extrêmités ; & pour former la couverture de ces especes de cabanes, on attache aux quatre coins, par une extrêmité, quatre pieces de bois qui vont se joindre ensemble par l'autre vers le milieu, & qui sont assez longues pour former un toît en croupe, imitant une pyramide à quatre faces, que l'on enduit aussi de terre grasse.
Il y a chez ces peuples de deux especes de toîts en croupe ; celui-ci, que Vitruve appelle testudinatum, parce que l'eau s'écoule des quatre côtés à-la-fois ; l'autre, qu'il appelle displuviatum, est lorsque le faîtage allant d'un pignon (d) à l'autre, l'eau s'écoule des deux côtés.
Les Phrygiens, qui occupent des campagnes où il n'y a point de bois, creusent des fossés circulaires ou petits tertres naturellement élevés qu'ils font les plus grands qu'ils peuvent, auprès desquels ils font un chemin pour y arriver. Autour de ces creux ils élevent des perches qu'ils lient par en haut en forme de pointe ou de cône, qu'ils couvrent de chaume, & sur cela ils amassent de la terre & du gason pour rendre leurs demeures chaudes en hiver & fraîches en été.
En d'autres lieux on couvre les cabanes avec des herbes prises dans les étangs.
A Marseille les maisons sont couvertes de terre grasse paîtrie avec de la paille. On fait voir encore maintenant à Athènes, comme une chose curieuse par son antiquité, les toîts de l'aréopage faits de terre grasse, & dans le temple du capitole, la cabane de Romulus couverte de chaume.
Au Pérou, les maisons sont encore aujourd'hui de roseaux & de cannes entrelacées, semblables aux premieres habitations des Egyptiens & des peuples de la Palestine. Celles des Grecs dans leur origine n'étoient non plus construites que d'argille qu'ils n'avoient pas l'art de durcir par le secours du feu. En Irlande, les maisons ne sont construites qu'avec des menues pierres ou du roc mis dans de la terre détrempée, & de la mousse. Les Abyssins logent dans des cabanes faites de torchis. (e)
Au Monomotapa les maisons sont toutes construites de bois. On voit encore maintenant des peuples se construire, faute de matériaux & d'une certaine intelligence, des cabanes avec des peaux & des os de quadrupedes & de monstres marins.
Cependant on peut conjecturer que l'ambition de perfectionner ces cabanes & d'autres bâtimens élevés par la suite, leur fit trouver les moyens d'allier avec quelques autres fossiles l'argile & la terre grasse, que
(c) C'est un petit ais de mairain en forme de tuile ou de latte, de dix ou douze pouces de long, sur six à sept de large, dont on se sert encore à-présent pour couvrir des hangards, appentis, moulins, &c.
(d) Pignon est, à la face d'un mur élevé d'à-plomb, le triangle formé par la base & les deux côtés obliques d'un toît dont les eaux s'écoulent de part & d'autre.
(e) Torchis, espece de mortier fait de terre grasse détrempée, mêlée de foin & de paille coupée & bien corroyée, dont on se sert à-présent faute de meilleure liaison : il est ainsi appellé à cause des bâtons en forme de torche, au bout desquels on le tortille pour l'employer.
leur offroient d'abord les surfaces des terreins où ils établissoient leurs demeures, qui peu-à-peu leur donnerent l'idée de chercher plus avant dans le sein de la terre non-seulement la pierre, mais encore les différentes substances qui dans la suite les pussent mettre à portée de préférer la solidité de la maçonnerie à l'emploi des végétaux, dont ils ne tarderent pas à connoître le peu de durée. Mais malgré cette conjecture, on considere les Egyptiens comme les premiers peuples qui aient fait usage de la maçonnerie ; ce qui nous paroît d'autant plus vraisemblable, que quelques-uns de leurs édifices sont encore sur pié : témoins ces pyramides célebres, les murs de Babylone construits de brique & de bitume ; le temple de Salomon, le phare de Ptolomée, les palais de Cléopatre & de César, & tant d'autres monumens dont il est fait mention dans l'Histoire.
Aux édifices des Egyptiens, des Assyriens & des Hébreux, succéderent dans ce genre les ouvrages des Grecs, qui ne se contenterent pas seulement de la pierre qu'ils avoient chez eux en abondance, mais qui firent usage des marbres des provinces d'Egypte, qu'ils employerent avec profusion dans la construction de leurs bâtimens ; bâtimens qui par la solidité immuable seroient encore sur pié, sans l'irruption des barbares & des siecles d'ignorance qui sont survenus. Ces peuples, par leurs découvertes, exciterent les autres nations à les imiter. Ils firent naître aux Romains, possédés de l'ambition de devenir les maîtres du monde, l'envie de les surpasser par l'incroyable solidité qu'ils donnerent à leurs édifices ; en joignant aux découvertes des Egyptiens & des Grecs l'art de la main-d'oeuvre, & l'excellente qualité des matieres que leurs climats leur procuroient : ensorte que l'on voit aujourd'hui avec étonnement plusieurs vestiges intéressans de l'ancienne Rome.
A ces superbes monumens succéderent les ouvrages des Goths ; monumens dont la legereté surprenante nous retrace moins les belles proportions de l'Architecture, qu'une élégance & une pratique inconnue jusqu'alors, & qui nous assurent par leurs aspects que leurs constructeurs s'étoient moins attachés à la solidité qu'au goût de l'Architecture & à la convenance de leurs édifices.
Sous le regne de François I. l'on chercha la solidité de ces édifices dans ceux qu'il fit construire ; & ce fut alors que l'Architecture sortit du cahos où elle avoit été plongée depuis plusieurs siecles. Mais ce fut principalement sous celui de Louis XIV. que l'on joignit l'art de bâtir au bon goût de l'Architecture, & où l'on rassembla la qualité des matieres, la beauté des formes, la convenance des bâtimens, les découvertes sur l'art du trait, la beauté de l'appareil, & tous les arts libéraux & méchaniques.
De la maçonnerie en particulier. Il y a de deux sortes de maçonnerie, l'ancienne, employée autrefois par les Egyptiens, les Grecs & les Romains, & la moderne, employée de nos jours.
Vitruve nous apprend que la maçonnerie ancienne se divisoit en deux classes ; l'une qu'on appelloit ancienne qui se faisoit en liaison, & dont les joints étoient horisontaux & verticaux ; la seconde, qu'on appelloit maillée, étoit celle dont les joints étoient inclinés selon l'angle de 45 degrés, mais cette derniere étoit très-défectueuse, comme nous le verrons ci-après.
Il y avoit anciennement trois genres de maçonnerie ; le premier de pierres taillées & polies, le second de pierres brutes, & le troisieme de ces deux especes de pierres.
La maçonnerie de pierres taillées & polies étoit de deux especes ; savoir la maillée, fig. premiere, appellée par Vitruve reticulatum, dont les joints des pierres étoient inclinés selon l'angle de 45 degrés, & dont les angles étoient faits de maçonnerie en liaison, pour retenir la poussée de ces pierres inclinées, qui ne laissoit pas d'être fort considérable ; mais cette espece de maçonnerie étoit beaucoup moins solide ; parce que le poids de ces pierres qui portoient sur leurs angles les faisoit éclater ou égrainer, ou dumoins ouvrir par leurs joints, ce qui détruisoit le mur. Mais les anciens n'avoient d'autres raisons d'employer cette maniere que parce qu'elle leur paroissoit plus agréable à la vûe. La maniere de bâtir en échiquier selon les anciens, que rapporte Palladio dans son I. liv. (Voyez la fig. 9.), étoit moins défectueuse, parce que ces pierres, dont les joints étoient inclinés, étoient non-seulement retenues par les angles du mur, faits de maçonnerie de brique en liaison, mais encore par des traverses de pareille maçonnerie, tant dans l'intérieur du mur qu'à l'extérieur.
La seconde espece étoit celle en liaison (fig. 2. & 3.), appellée insertum, & dont les joints étoient horisontaux & verticaux : c'étoit la plus solide, parce que ses joints verticaux se croisoient, ensorte qu'un ou deux joints se trouvoient au milieu d'une pierre, ce qui s'appelloit & s'appelle encore maintenant maçonnerie en liaison. Cette derniere se subdivise en deux, dont l'une étoit appellée simplement insertum, fig. 2, qui avoit toutes les pierres égales par leurs paremens ; l'autre, fig. 3, étoit la structure des Grecs, dans laquelle se trouve l'une & l'autre ; mais les paremens des pierres étoient inégaux : en sorte que deux joints perpendiculaires se rencontroient au milieu d'une pierre.
Le second genre étoit celui de pierre brute, fig. 4. 5. & 6 ; il y en avoit de deux especes, dont l'une étoit appellée, comme la derniere, la structure des Grecs (fig. 4. & 5.), mais qui différoit en ce que les pierres n'en étoient point taillées, à cause de leur dureté, que les liaisons n'étoient pas régulieres, & qu'elles n'avoient point de grandeur reglée. Cette espece se subdivisoit encore en deux, l'une que l'on appelloit isodomum (fig. 4.), parce que les assises étoient d'égale hauteur ; l'autre pseudisodomum (fig. 5.), parce que les assises étoient d'inégale hauteur. L'autre espece, faite de pierres brutes, étoit appellée amplecton (fig. 6.), dans laquelle les assises n'étoient point déterminées par l'épaisseur des pierres ; mais la hauteur de chaque assise étoit faite de plusieurs si le cas y échéoit, & l'espace d'un parement (f) à l'autre étoit rempli de pierres jettées à l'aventure, sur lesquelles on versoit du mortier que l'on enduisoit uniment ; & quand cette assise étoit achevée ; on en recommençoit une autre par dessus : c'est ce que les Limousins appelloient des arrases, & que Vitruve nomme erecta coria.
Le troisieme genre appellé revinctum (fig. 7.) étoient composé de pierres taillées posées en liaison & cramponées ; ensorte que chaque joint vertical se trouvoit au milieu d'une pierre, tant dessus que dessous, entre lesquelles on mettoit des cailloux & d'autres pierres jettées à l'aventure mêlées de mortier.
Table des manieres anciennes de bâtir, présentées sous un même aspect.
Il y avoit encore deux manieres anciennes de bâtir ; la premiere étoit de poser les pierres les unes sur les autres sans aucune liaison ; mais alors il falloit que leurs surfaces fussent bien unies & bien planes. La seconde étoit de poser ces mêmes pierres les unes sur les autres, & de placer entre chacune d'elles une lame de plomb d'environ une ligne d'épaisseur.
Ces deux manieres étoient fort solides, à cause du poids de la charge d'un grand nombre de ces pierres, qui leur donnoit assez de force pour se soûtenir ; mais les pierres étoient sujettes par ce même poids à s'éclater & à se rompre dans leurs angles, quoiqu'il y ait, selon Vitruve, des bâtimens fort anciens où de très-grandes pierres avoient été posées horisontalement, sans mortier ni plomb, & dont les joints n'étoient point éclatés, mais étoient demeurés presque invisibles par la jonction des pierres, qui avoient été taillées si juste & se touchoient en un si grand nombre de parties, qu'elles s'étoient conservées entieres ; ce qui peut très-bien arriver, lorsque les pierres sont démaigries, c'est-à-dire plus creuses au milieu que vers les bords, tel que le fait voir la figure 8, parce que lorsque le mortier se seche, les pierres se rapprochent, & ne portent ensuite que sur l'extrêmité du joint ; & ce joint n'étant pas assez fort pour le fardeau, ne manque pas de s'éclater. Mais les mâçons qui ont travaillé au louvre ont imaginé de fendre les joints des pierres avec la scie, à mesure que le mortier se séchoit, & de remplir lorsque le mortier avoit fait son effet. On doit remarquer que par là un mur de cette espece a d'autant moins de solidité que l'espace est grand depuis le démaigrissement jusqu'au parement de devant, parce que ce mortier mis après coup n'étant compté pour rien, ce même espace est un moins dans l'épaisseur du mur, mais le charge d'autant plus.
Palladio rapporte dans son premier livre, qu'il y avoit anciennement six manieres de faire les murailles ; la premiere en échiquier, la seconde de terre cuite ou de brique, la troisieme de ciment fait de cailloux de riviere ou de montagne, la quatrieme de pierres incertaines ou rustiques, la cinquieme de pierres de taille, & la sixieme de remplage.
Nous avons expliqué ci-dessus la maniere de bâtir en échiquier rapportée par Palladio, fig. 9.
La deuxieme maniere étoit de bâtir en liaison, avec des carreaux de brique ou de terre cuite grands ou petits. La plus grande partie des édifices de Rome connue, la rotonde, les thermes de Dioclétien & beaucoup d'autres édifices, sont bâtis de cette maniere.
La troisieme maniere (fig. 10.) étoit de faire les
(f) Parement d'une pierre est sa partie extérieure ; elle peut en avoir plusieurs selon qu'elle est placée dans l'angle saillant ou rentrant d'un bâtiment.
deux faces du mur de carreaux du pierre ou de briques en liaison ; le milieu, de ciment ou de cailloux de riviere paîtris avec du mortier ; & de placer de trois piés en trois piés de hauteur, trois rangs de brique en liaison ; c'est-à-dire le premier rang vû sur le petit côté, le second vû sur le grand côté, & le troisieme vû aussi sur le petit côté. Les murailles de la ville de Turin sont bâties de cette maniere ; mais les garnis sont faits de gros cailloux de riviere cassés par le milieu, mêlés de mortier, dont la face unie est placée du côté du mur de face. Les murs des arenes à Vérone sont aussi construits de cette maniere avec un garni de ciment, ainsi que ceux de plusieurs autres bâtimens antiques.
La quatrieme maniere étoit celle appellée incertaine ou rustique (fig. 11.) Les angles de ces murailles étoient faits de carreaux de pierre de taille en liaison ; le milieu de pierres de toutes sortes de forme, ajustées chacune dans leur place. Aussi se falloit-il servir pour cet effet d'un instrument (fig. 70.) appellé sauterelle ; ce qui donnoit beaucoup de sujétion, sans procurer pour cela plus d'avantage. Il y a à Preneste des murailles, ainsi que les pavés des grands chemins faits de cette maniere.
La cinquieme maniere (fig. 12.), étoit en pierres de taille ; & c'est ce que Vitruve appelle la structure des Grecs. Voyez la fig. 3. Le temple d'Auguste a été bâti ainsi ; on le voit encore par ce qui en reste.
La sixieme maniere étoit les murs de remplage (fig. 13.) ; on construisoit pour cet effet des especes de caisses de la hauteur qu'on vouloit les lits, avec des madriers retenus par des arcs-boutans, qu'on remplissoit de mortier, de ciment, & de toutes sortes de pierres de différentes formes & grandeurs. On bâtissoit ainsi de lit en lit : il y a encore à Sirmion, sur le lac de Garda, des murs bâtis de cette maniere.
Il y avoit encore une autre maniere ancienne de faire les murailles (fig. 14.), qui étoit de faire deux murs de quatre piés d'épaisseur, de six piés distans l'un de l'autre, liés ensemble par des murs distans aussi de six piés, qui les traversoient, pour former des especes de coffres de six piés en quarré, que l'on remplissoit ensuite de terre & de pierre.
Les anciens pavoient les grands chemins en pierre de taille, ou en ciment mêlé de sable & de terre glaise.
Le milieu des rues des anciennes villes se pavoit en grais & les côtés avec une pierre plus épaisse & moins large, que les carreaux. Cette maniere de paver leur paroissoit plus commode pour marcher.
La derniere maniere de bâtir, & celle dont on bâtit de nos jours, se divise en cinq especes.
La premiere (fig. 15.) se construit de carreaux (g) & boutisse (h) de pierres dures ou tendres bien posées en recouvrement les unes sur les autres. Cette maniere est appellée communément maçonnerie en liaison, où la différente épaisseur des murs détermine les différentes liaisons à raison de la grandeur des pierres que l'on veut employer : la fig. 2 est de cette espece.
Il faut observer, pour que cette construction soit bonne, d'éviter toute espece de garni & remplissage, & pour faire une meilleure liaison, de piquer les paremens intérieurs au marteau ; afin que par ce moyen les agens que l'on met entre deux pierres puissent les consolider. Il faut aussi bien équarrir les pierres, & n'y souffrir aucun tendre ni bouzin (i), parce que l'un & l'autre émousseroit les parties de la chaux & du mortier.
La seconde est celle de brique, appellée en latin lateritium, espece de pierre rougeâtre faite de terre grasse, qui après avoir été moulée d'environ huit pouces de longueur sur quatre de largeur & deux d'épaisseur, est mise à sécher pendant quelque tems au soleil & ensuite cuite au four. Cette construction se fait en liaison, comme la précédente. Il se trouve à Athènes un mur qui regarde le mont Hymette, les murailles du temple de Jupiter, & les chapelles du temple d'Hercule faites de brique, quoique les architraves & les colonnes soient de pierre. Dans la ville d'Arezzo en Italie, on voit un ancien mur aussi en brique très-bien bâti, ainsi que la maison des rois attaliques à Sparte ; on a levé de dessus un mur de brique anciennement bâti, des peintures pour les encadrer. On voit encore la maison de Crésus aussi bâtie en brique, ainsi que le palais du roi Mausole en la ville d'Halicarnasse, dont les murailles de brique sont encore toutes entieres.
On peut remarquer ici que ce ne fut pas par économie que ce roi & d'autres après lui, presque aussi riches, ont préféré la brique, puisque la pierre & le marbre étoient chez eux très-communs.
Si l'on défendit autrefois à Rome de faire des murs en brique, ce ne fut que lorsque les habitans se trouvant en grand nombre, on eut besoin de ménager le terrein & de multiplier les surfaces ; ce qu'on ne pouvoit faire avec des murs de brique, qui avoient besoin d'une grande épaisseur pour être solides : c'est pourquoi on substitua à la brique la pierre & le marbre ; & par-là on put non-seulement diminuer l'épaisseur des murs & procurer plus de surface, mais encore élever plusieurs étages les uns sur les autres ; ce qui fit alors que l'on fixa l'épaisseur des murs à dix-huit pouces.
Les tuiles qui ont été long-tems sur les toîts, & qui y ont éprouvé toute la rigueur des saisons, sont, dit Vitruve, très-propres à la maçonnerie.
La troisieme est de moilon, en latin caementitium ; ce n'est autre chose que des éclats de la pierre, dont il faut retrancher le bouzin & toutes les inégalités, qu'on réduit à une même hauteur, bien équarris, & posés exactement de niveau en liaison, comme ci-dessus. Le parement extérieur de ces moilons peut être piqué (l) ou rustiqué (m), lorsqu'ils sont apparens & destinés à la construction des soûterreins, des murs de cloture, des caves, mitoyens, &c.
La quatrieme est celle de limousinage, que Vitruve appelle amplecton, (fig. 6.) ; elle se fait aussi de moilons posés sur leurs lits & en liaison, mais sans être dressés ni équarris, étant destinés pour les murs que l'on enduit de mortier ou de plâtre.
Il est cependant beaucoup mieux de dégrossir ces moilons pour les rendre plus gissans & en ôter toute espece de tendre, qui, comme nous l'avons dit précédemment, absorberoit ou amortiroit la qualité de la chaux qui compose le mortier. D'ailleurs si on ne les équarrissoit pas au-moins avec la hachette (fig. 106), les interstices de différentes grandeurs produiroient une inégalité dans l'emploi du mortier, & un tassement inégal dans la construction du mur.
La cinquieme se fait de blocage, en latin structura ruderaria, c'est-à-dire de menues pierres qui s'emploient avec du mortier dans les fondations, & avec
(g) Carreau, pierre qui ne traverse point l'épaisseur du mur, & qui n'a qu'un ou deux paremens au plus.
(h) Boutisse, pierre qui traverse l'épaisseur du mur, & qui fait parement des deux côtés. On l'appelle encore pamieresse, pierre parpeigne, de parpein, ou faisant parpein.
(i) Bouzin, est la partie extérieure de la pierre abreuvée de l'humidité de la carriere, & qui n'a pas eu le tems de sécher, après en être sortie.
(l) Piqué, c'est-à-dire dont les paremens sont piqués avec la pointe du marteau.
(m) Rustiqué, c'est-à-dire dont les paremens, après avoir été équarris & hachés, sont grossierement piqués avec la pointe du marteau.
du plâtre dans les ouvrages hors de terre. C'est-là, selon Vitruve, une très-bonne maniere de bâtir, parce que, selon lui, plus il y a de mortier, plus les pierres en sont abreuvées, & plus les murs sont solides quand ils sont secs. Mais il faut remarquer aussi que plus il y a de mortier, plus le bâtiment est sujet à tasser à mesure qu'il se seche ; trop heureux s'il tasse également, ce qui est douteux. Cependant on ne laisse pas que de bâtir souvent de cette maniere en Italie, où la pozzolane est d'un grand secours pour cette construction.
Des murs en général. La qualité du terrein, les différens pays où l'on se trouve, les matériaux que l'on a, & d'autres circonstances que l'on ne sauroit prévoir, doivent décider de la maniere que l'on doit bâtir : celle où l'on employe la pierre est sans doute la meilleure ; mais comme il y a des endroits où elle est fort chere, d'autres où elle est très-rare, & d'autres encore où il ne s'en trouve point du tout, on est obligé alors d'employer ce que l'on trouve, en observant cependant de pratiquer dans l'épaisseur des murs, sous les retombées des voûtes, sous les poutres, dans les angles des bâtimens & dans les endroits qui ont besoin de solidité, des chaînes de pierre ou de grais si on en peut avoir, ou d'avoir recours à d'autres moyens pour donner aux murs une fermeté suffisante.
Il faut observer plusieurs choses en bâtissant : premierement, que les premieres assises au rez-de-chaussée soient en pierre dure, même jusqu'à une certaine hauteur, si l'édifice est très-élevé : secondement, que celles qui sont sur un même rang d'assises soient de même qualité, afin que le poids supérieur, chargeant également dans toute la surface, trouve aussi une résistance égale sur la partie supérieure : troisiemement, que toutes les pierres, moilons, briques & autres matériaux, soient bien unis ensemble & posés bien de niveau. Quatriemement, lorsqu'on emploie le plâtre, de laisser une distance entre les arrachemens A, fig. 16. & 17, & les chaînes des pierres B, afin de procurer à la maçonnerie le moyen de faire son effet, le plâtre étant sujet à se renfler & à pousser les premiers jours qu'il est employé ; & lors du ravalement général, on remplit ces interstices. Cinquiemement enfin, lorsque l'on craint que les murs ayant beaucoup de charge, soit par leur très-grande hauteur, soit par la multiplicité des planchers, des voûtes &c. qu'ils portent, ne deviennent trop foibles & n'en affaissent la partie inférieure, de faire ce qu'on a fait au Louvre, qui est de pratiquer dans leur épaisseur (fig. 16. & 17.) des arcades ou décharges C, appuyées sur des chaînes de pierres ou jambes sous poutres B, qui en soutiennent la pesanteur. Les anciens, au lieu d'arcades, se servoient de longues pieces de bois d'olivier (fig. 17.) qu'ils posoient sur toute la longueur des murs, ce bois ayant seul la vertu de s'unir avec le mortier ou le plâtre sans se pourrir.
Des murs de faces & de refend. Lorsque l'on construit des murs de face, il est beaucoup mieux de faire ensorte que toutes les assises soient d'une égale hauteur, ce qui s'appelle bâtir à assise égale ; que les joints des paremens soient le plus serrés qu'il est possible. C'est à quoi les anciens apportoient beaucoup d'attention ; car, comme nous l'avons vu, ils appareilloient leurs pierres & les posoient les unes sur les autres sans mortier, avec une si grande justesse, que les joints devenoient presqu'imperceptibles, & que leur propre poids suffisoit seul pour les rendre fermes. Quelques-uns croient qu'ils laissoient sur tous les paremens de leurs pierres environ un pouce de plus, qu'ils retondoient lors du ravalement total, ce qui paroît destitué de toute vraisemblance, par la description des anciens ouvrages dont l'Histoire fait mention. D'ailleurs l'appareil étant une partie très essentielle dans la construction, il est dangereux de laisser des joints trop larges, non-seulement parce qu'ils sont désagréables à la vûe, mais encore parce qu'ils contribuent beaucoup au défaut de solidité, soit parce qu'en liant des pierres tendres ensemble, il se fait d'autant plus de cellules dans leurs pores, que le mortier dont on se sert est d'une nature plus dure ; soit parce que le bâtiment est sujet à tasser davantage, & par conséquent à s'ébranler ; soit encore parce qu'en employant du plâtre, qui est d'une consistance beaucoup plus molle & pour cette raison plus tôt pulvérisée par le poids de l'édifice, les arêtes des pierres s'éclatent à mesure qu'elles viennent à se toucher. C'est pour cela que dans les bâtimens de peu d'importance, où il s'agit d'aller vîte, on les calle avec des lattes D, fig. 18, entre lesquelles on fait couler du mortier, & on les jointoie, ainsi qu'on peut le remarquer dans presque tous les édifices modernes. Dans ceux qui méritent quelqu'attention, on se sert au contraire de lames de plomb E, fig. 19, ainsi qu'on l'a pratiqué au péristile du Louvre, aux châteaux de Clagny, de Maisons & autres.
Quoique l'épaisseur des murs de face doive différer selon leur hauteur, cependant on leur donne communément deux piés d'épaisseur, sur dix toises de hauteur, ayant soin de leur donner six lignes par toise de talut ou de retraite en dehors A, fig. 20, & de les faire à plomb par le dedans B. Si on observe aussi des retraites en dedans B, fig. 21, il faut faire ensorte que l'axe C D du mur se trouve dans le milieu des fondemens.
La hauteur des murs n'est pas la seule raison qui doit déterminer leur épaisseur ; les différens poids qu'ils ont à porter doivent y entrer pour beaucoup, tels que celui des planchers, des combles, la poussée des arcades, des portes & des croisées ; les scellemens des poutres, des solives, sablieres, corbeaux, &c. raison pour laquelle on doit donner des épaisseurs différentes aux murs de même espece.
Les angles d'un bâtiment doivent être non-seulement élevés en pierre dure, comme nous l'avons vû, mais aussi doivent avoir une plus grande épaisseur, à cause de la poussée des voûtes, des planchers, des croupes & des combles ; irrégularité qui se corrige aisément à l'extérieur par des avant-corps qui font partie de l'ordonnance du bâtiment, & dans l'intérieur par des revétissemens de lambris.
L'épaisseur des murs de refend doit aussi différer selon la longueur & la grosseur des pieces de bois qu'ils doivent porter, sur-tout lorsqu'ils séparent des grandes pieces d'appartement, lorsqu'ils servent de cage à des escaliers, où les voûtes & le mouvement continuel des rampes exigent une épaisseur relative à leurs poussées, ou enfin lorsqu'ils contiennent dans leur épaisseur plusieurs tuyaux de cheminées qui montent de fond, seulement séparés par des languettes de trois ou quatre pouces d'épaisseur.
Tous ces murs se payent à la toise superficielle, selon leur épaisseur.
Les murs en pierre dure se payent depuis 3 liv. jusqu'à 4 liv. le pouce d'épaisseur. Lorsqu'il n'y a qu'un parement, il se paye depuis 12 liv. jusqu'à 16 livres ; lorsqu'il y en a deux, le premier se paye depuis 12 jusqu'à 16 livres, & le second depuis 10 livres jusqu'à 12 livres.
Les murs en pierre tendre se payent depuis 2 liv. 10 sols jusqu'à 3 liv. 10 sols le pouce d'épaisseur. Lorsqu'il n'y a qu'un parement, il se paye depuis 3 liv. 10 sols jusqu'à 4 liv. 10 sols. Lorsqu'il y en a deux, le premier se paye depuis 3 liv. 10 sols jusqu'à 4 liv. 10 sols ; & le second depuis 3 liv. jusqu'à 3 liv. 10 sols.
Les murs en moilon blanc se payent depuis 18 fols jusqu'à 22 sols le pouce ; & chaque parement, qui est un enduit de plâtre ou de chaux, se paye depuis 1 liv. 10 sols jusqu'à 1. liv. 16 sols.
Tous ces prix different selon le lieu où l'on bâtit, selon les qualités des matériaux que l'on emploie, & selon les bonnes ou mauvaises façons des ouvrages ; c'est pourquoi on fait toujours des devis & marchés avant que de mettre la main à l'oeuvre.
Des murs de terrasse. Les murs de terrasse different des précédens en ce que non-seulement ils n'ont qu'un parement, mais encore parce qu'ils sont faits pour retenir les terres contre lesquelles ils sont appuyés. On en fait de deux manieres : les uns (fig. 22.) ont beaucoup d'épaisseur, & coutent beaucoup ; les autres (fig. 23.) fortifiées par des éperons ou contreforts E, coutent beaucoup moins. Vitruve dit que ces murs doivent être d'autant plus solides que les terres poussent davantage dans l'hiver que dans d'autres tems ; parce qu'alors elles sont humectées des pluies, des neiges & autres intempéries de cette saison : c'est pourquoi il ne se contente pas seulement de placer d'un côté des contreforts A (fig. 24. & 25), mais il en met encore d'autres en-dedans, disposés diagonalement en forme de scie B (fig. 24.) ou en portion de cercle C (fig. 25.), étant par-là moins sujets à la poussée des terres.
Il faut observer de les élever perpendiculairement du côté des terres, & inclinés de l'autre. Si cependant on jugeoit à-propos de les faire perpendiculaires à l'extérieur, il faudroit alors leur donner plus d'épaisseur, & placer en-dedans les contreforts que l'on auroit dû mettre en-dehors.
Quelques-uns donnent à leur sommet la sixieme partie de leur hauteur, & de talut la septieme partie : d'autres ne donnent à ce talut que la huitieme partie. Vitruve dit que l'épaisseur de ces murs doit être relative à la poussée des terres, & que les contreforts que l'on y ajoute sont faits pour le fortifier & l'empêcher de se détruire ; il donne à ces contreforts, pour épaisseur, pour saillie, & pour intervalle de l'un à l'autre, l'épaisseur du mur, c'est-à-dire qu'ils doivent être quarrés par leur sommet, & la distance de l'un à l'autre aussi quarrée ; leur empatement, ajoute-t-il, doit avoir la hauteur du mur.
Lorsque l'on veut construire un mur de terrasse, on commence d'abord par l'élever jusqu'au rez-de-chaussée, en lui donnant une épaisseur & un talut convenables à la poussée des terres qu'il doit soutenir : pendant ce tems-là, on fait plusieurs tas des terres qui doivent servir à remplir le fossé, selon leurs qualités : ensuite on en fait apporter près du mur & à quelques piés de largeur, environ un pié d'épaisseur, en commençant par celles qui ont le plus de poussée, réservant pour le haut celles qui en ont moins. Précaution qu'il faut nécessairement prendre, & sans laquelle il arriveroit que d'un côté le mur ne se trouveroit pas assez fort pour retenir la poussée des terres, tandis que de l'autre il se trouveroit plus fort qu'il ne seroit nécessaire. Ces terres ainsi apportées, on en fait un lit de même qualité que l'on pose bien de niveau, & que l'on incline du côté du terrein pour les empêcher de s'ébouler, & que l'on affermit ensuite en les battant, & les arrosant à mesure : car si on remettoit à les battre après la construction du mur, non-seulement elles en seroient moins fermes, parce qu'on ne pourroit battre que la superficie, mais encore il seroit à craindre qu'on n'ébranlât la solidité du mur. Ce lit fait, on en recommence un autre, & ainsi de suite, jusqu'à ce que l'on soit arrivé au rez-de-chaussée.
De la pierre en général. De tous les matériaux compris sous le nom de maçonnerie, la pierre tient aujourd'hui le premier rang ; c'est pourquoi nous expliquerons ses différentes especes, ses qualités, ses défauts, ses façons & ses usages ; après avoir dit un mot des carrieres dont on la tire, & cité les auteurs qui ont écrit de l'art de les réunir ensemble, pour parvenir à une construction solide, soit en enseignant les développemens de leur coupe, de leurs joints & de leurs lits relativement à la pratique, soit en démontrant géométriquement la rencontre des lignes, la nature des courbes, les sections des solides, & les connoissances qui demandent une étude particuliere.
On distingue deux choses également intéressantes dans la coupe des pierres, l'ouvrage & le raisonnement, dit Vitruve ; l'un convient à l'artisan, & l'autre à l'artiste. Nous pouvons regarder Philibert Delorme, en 1567, comme le premier auteur qui ait traité méthodiquement de cet art. En 1642, Mathurin Jousse y ajouta quelques découvertes, qu'il intitula, le secret de l'Architecture. Un an après, le P.Deraut fit paroître un ouvrage encore plus profond sur cet art, mais plus relatif aux besoins de l'ouvrier. La même année, Abraham Bosse mit au jour le système de Desargue. En 1728, M. de la Rue renouvella le traité du P.Deraut, le commenta, & y fit plusieurs augmentations curieuses ; ensorte que l'on peut regarder son ouvrage comme le résultat de tous ceux qui l'avoient précédé sur l'art du trait. Enfin, en 1737, M. Fraizier, ingénieur en chef des fortifications de Sa Majesté, en a démontré la théorie d'une maniere capable d'illustrer cette partie de l'Architecture, & la mémoire de ce savant.
Il faut savoir qu'avant que la géométrie & la méchanique fussent devenues la base de l'art du trait pour la coupe des pierres, on ne pouvoit s'assurer précisément de l'équilibre & de l'effort de la poussée des voutes, non plus que de la résistance des piés droits, des murs, des contreforts, &c. de maniere que l'on rencontroit lors de l'exécution des difficultés que l'on n'avoit pu prévoir, & qu'on ne pouvoit résoudre qu'en démolissant ou retondant en place les parties défectueuses jusqu'à ce que l'oeil fût moins mécontent ; d'où il résultoit que ces ouvrages coutoient souvent beaucoup, & duroient peu, sans satisfaire les hommes intelligens. C'est donc à la théorie qu'on est maintenant redevable de la légéreté qu'on donne aux voutes de différentes especes, ainsi qu'aux voussures, aux trompes, &c. & de ce qu'on est parvenu insensiblement à abandonner la maniere de bâtir des derniers siecles, trop difficile par l'immensité des poids qu'il falloit transporter & d'un travail beaucoup plus lent. C'est même ce qui a donné lieu à ne plus employer la méthode des anciens, qui étoit de faire des colonnes & des architraves d'un seul morceau, & de préférer l'assemblage de plusieurs pierres bien plus faciles à mettre en oeuvre. C'est par le secours de cette théorie que l'on est parvenu à soutenir des plates-bandes, & à donner à l'architecture ce caractere de vraisemblance & de légéreté inconnue à nos prédécesseurs. Il est vrai que les architectes gothiques ont poussé très-loin la témérité dans la coupe des pierres, n'ayant, pour ainsi dire, d'autre but dans leurs ouvrages que de s'attirer de l'admiration. Malgré nos découvertes, nous sommes devenus plus modérés ; & bien-loin de vouloir imiter leur trop grande hardiesse, nous ne nous servons de la facilité de l'art du trait que pour des cas indispensables relatifs à l'économie, ou à la sujétion qu'exige certain genre de construction : les préceptes n'enseignant pas une singularité présomptueuse, & la vraisemblance devant toujours être préférée, sur-tout dans les arts qui ne tendent qu'à la solidité.
On distingue ordinairement de deux especes de pierres : l'une dure, & l'autre tendre. La premiere est, sans contredit, la meilleure : il arrive quelquefois que cette derniere résiste mieux à la gelée que l'autre ; mais cela n'est pas ordinaire, parce que les parties de la pierre dure ayant leurs pores plus condensés que celles de la tendre, doivent résister davantage aux injures des tems, ainsi qu'aux courans des eaux dans les édifices aquatiques. Cependant, pour bien connoître la nature de la pierre, il faut examiner pourquoi ces deux especes sont sujettes à la gelée, qui les fend & les détruit.
Dans l'assemblage des parties qui composent la pierre, il s'y trouve des pores imperceptibles remplis d'eau & d'humidité, qui, venant à s'enfler pendant la gelée, fait effort dans ses pores, pour occuper un plus grand espace que celui où elle est resserrée ; & la pierre ne pouvant résister à cet effort, se fend & tombe par éclat. Ainsi plus la pierre est composée de parties argilleuses & grasses, plus elle doit participer d'humidité, & par conséquent être sujette à la gelée. Quelques-uns croient que la pierre ne se détruit pas seulement à la gelée, mais qu'elle se mouline (n) encore à la lune : ce qui peut arriver à de certaines especes de pierres, dont les rayons de la lune peuvent dissoudre les parties les moins compactes. Mais il s'ensuivroit de-là que ses rayons seroient humides, & que venant à s'introduire dans les pores de la pierre, ils seroient cause de la séparation de ses parties qui tombant insensiblement en parcelles, la feroit paroître moulinée.
Des carrieres & des pierres qu'on en tire. On appelle communément carriere des lieux creusés sous terre A (fig. 26.), où la pierre prend naissance. C'est de-là qu'on tire celle dont on se sert pour bâtir, & cela par des ouvertures B en forme de puits, comme on en voit aux environs de Paris, ou de plain-pié, comme à S. Leu, Trocy, Maillet, & ailleurs ; ce qui s'appelle encore carriere découverte.
La pierre se trouve ordinairement dans la carriere disposée par banc, dont l'épaisseur change selon les lieux & la nature de la pierre. Les ouvriers qui la tirent, se nomment carriers.
Il faut avoir pour principe dans les bâtimens, de poser les pierres sur leurs lits, c'est-à-dire dans la même situation qu'elles se sont trouvé placées dans la carriere, parce que, selon cette situation, elles sont capables de résister à de plus grands fardeaux ; au lieu que posées sur un autre sens, elles sont très-sujettes à s'éclater, & n'ont pas à beaucoup près tant de force. Les bons ouvriers connoissent du premier coup-d'oeil le lit d'une pierre ; mais si l'on n'y prend garde, ils ne s'assujettissent pas toujours à la poser comme il faut.
La pierre dure supportant mieux que toute autre un poids considérable, ainsi que les mauvais tems, l'humidité, la gelée, &c. il faut prendre la précaution de les placer de préférence dans les endroits exposés à l'air, réservant celles que l'on aura reconnu moins bonnes pour les fondations & autres lieux à couvert. C'est de la premiere que l'on emploie le plus communément dans les grands édifices, surtout jusqu'à une certaine hauteur. La meilleure est la plus pleine, serrée, la moins coquilleuse, la moins remplie de moye (o), veine (p) ou moliere (q), d'un grain fin & uni, & lorsque les éclats sont sonores & se coupent net.
La pierre dure & tendre se tire des carrieres par gros quartiers que l'on débite sur l'attelier, suivant le besoin que l'on en a. Les plus petits morceaux servent de libage ou de moilon, à l'usage des murs de fondation, de refends, mitoyens, &c. on les unit les unes aux autres par le secours du mortier, fait de ciment ou de sable broyé avec de la chaux, ou bien encore avec du plâtre, selon le lieu où l'on bâtit. Il faut avoir grand soin d'en ôter tout le bouzin, qui n'étant pas encore bien consolidé avec le reste de la pierre, est sujet à se dissoudre par la pluie ou l'humidité, de maniere que les pierres dures ou tendres, dont on n'a pas pris soin d'ôter cette partie défectueuse, tombent au bout de quelque tems en poussiere, & leurs arêtes s'égrainent par le poids de l'édifice. D'ailleurs ce bouzin beaucoup moins compacte que le reste de la pierre, & s'abreuvant facilement des esprits de la chaux, en exige une très-grande quantité, & par conséquent beaucoup de tems pour la sécher : de plus l'humidité du mortier le dissout, & la liaison ne ressemble plus alors qu'à de la pierre tendre réduite en poussiere, posée sur du mortier, ce qui ne peut faire qu'une très-mauvaise construction.
Mais comme chaque pays a ses carrieres & ses différentes especes de pierres, auxquelles on s'assujettit pour la construction des bâtimens, & que le premier soin de celui qui veut bâtir est, avant même que de projetter, de visiter exactement toutes celles des environs du lieu où il doit bâtir, d'examiner soigneusement ses bonnes & mauvaises qualités, soit en consultant les gens du pays, soit en en exposant une certaine quantité pendant quelque tems à la gelée & sur une terre humide, soit en les éprouvant encore par d'autres manieres ; nous n'entreprendrons pas de faire un dénombrement exact & général de toutes les carrieres dont on tire la pierre. Nous nous contenterons seulement de dire quelque chose de celles qui se trouvent en Italie, pour avoir occasion de rapporter le sentiment de Vitruve sur la qualité des pierres qu'on en tire, avant que de parler de celles dont on se sert à Paris & dans les environs.
Les carrieres dont parle Vitruve, & qui sont aux environs de Rome, sont celles de Pallienne, de Fidenne, d'Albe, & autres, dont les pierres sont rouges & très-tendres. On s'en sert cependant à Rome en prenant la précaution de les tirer de la carriere en été, & de les exposer à l'air deux ans avant que de les employer, afin que, dit aussi Palladio, celles qui ont résisté aux mauvais tems sans se gâter, puissent servir aux ouvrages hors de terre, & les autres dans les fondations. Les carrieres de Rora, d'Amiterne, & de Tivoli fournissent des pierres moyennement dures. Celles de Tivoli résistent fort bien à la charge & aux rigueurs des saisons, mais non au feu qui les fait éclater, pour le peu qu'il les approche ; parce qu'étant naturellement composées d'eau & de terre, ces deux élémens ne sauroient lutter contre l'air & le feu qui s'insinuent aisément dans ses porosités. Il s'en trouve plusieurs d'où l'on tire des pierres aussi dures que le caillou. D'autres encore dans la terre de Labour, d'où l'on en tire que l'on appelle tuf rouge & noir. Dans l'Ombrie, le Pisantin, & proche de Venise, on tire aussi un tuf blanc qui se coupe à la scie comme le bois. Il y a chez les Tarquiniens des carrieres appellées avitiennes, dont les pierres sont rouges comme celles d'Albe, & s'amassent près du lac de Balsenne & dans le gouvernement Statonique : elles résistent très-bien à la gelée & au feu, parce qu'elles sont composées de très-peu d'air, de fer, & d'humidité,
(n) Une pierre est moulinée, lorsqu'elle s'écrase sous le pouce, & qu'elle se réduit en poussiere.
(o) Moye est une partie tendre qui se trouve au milieu de la pierre, & qui suit son lit de carriere.
(p) Veine, défaut d'une pierre à l'endroit où la partie tendre se joint à la partie dure.
(q) Moliere, partie de la pierre remplie de trous ; ce qui est un défaut de propreté dans les paremens extérieurs.
mais de beaucoup de terrestre ; ce qui les rend plus fermes, telles qu'il s'en voit à ce qui reste des anciens ouvrages près de la ville de Ferente où il se trouve encore de grandes figures, de petits bas-reliefs, & des ornemens délicats, de roses, de feuilles d'acanthe, &c. faits de cette pierre, qui sont encore entiers malgré leur vieillesse. Les Fondeurs des environs la trouvent très-propre à faire des moules ; cependant on en emploie fort peu à Rome à cause de leur éloignement.
Des différentes pierres dures. De toutes les pierres dures, la plus belle & la plus fine est celle de liais, qui porte ordinairement depuis sept jusqu'à dix pouces de hauteur de banc (r).
Il y en a de quatre sortes. La premiere qu'on appelle liais franc, la seconde liais ferault, la troisieme liais rose, & la quatrieme franc liais de S. Leu.
La premiere qui se tire de quelques carrieres derriere les Chartreux fauxbourg S. Jacques à Paris, s'emploie ordinairement aux revêtissemens du dedans des pieces où l'on veut éviter la dépense du marbre, recevant facilement la taille de toutes sortes de membres d'architecture & de sculpture : considération pour laquelle on en fait communément des chambranles de cheminées, pavés d'anti-chambres & de salles à manger, ballustres, entrelas, appuis, tablettes, rampes, échiffres d'escaliers, &c. La seconde qui se tire des mêmes carrieres, est beaucoup plus dure, & s'emploie par préférence pour des corniches, bazes, chapiteaux de colonnes, & autres ouvrages qui se font avec soin dans les façades extérieures des bâtimens de quelqu'importance. La troisieme qui se tire des carrieres proche S. Cloud, est plus blanche & plus pleine que les autres, & reçoit un très-beau poli. La quatrieme se tire le long des côtes de la montagne près S. Leu.
La seconde pierre dure & la plus en usage dans toutes les especes de bâtimens, est celle d'Arcueil, qui porte depuis douze jusqu'à quinze pouces de hauteur de banc, & qui se tiroit autrefois des carrieres d'Arcueil près Paris ; elle étoit très-recherchée alors, à cause des qualités qu'elle avoit d'être presqu'aussi ferme dans ses joints que dans son coeur, de résister au fardeau, de s'entretenir dans l'eau, ne point craindre les injures des tems : aussi la préféroit-on dans les fondemens des édifices, & pour les premieres assises. Mais maintenant les bancs de cette pierre ne se suivant plus comme autrefois, les Carriers se sont jettés du côté de Bagneux près d'Arcueil, & du côté de Montrouge, où ils trouvent des masses moins profondes dont les bancs se continuent plus loin. La pierre qu'on en tire est celle dont on se sert à-présent, à laquelle on donne le nom d'Arcueil. Elle se divise en haut & bas appareil : le premier porte depuis dix-huit pouces jusqu'à deux piés & demi de hauteur de banc ; & le second depuis un pié jusqu'à dix-huit pouces. Celui-ci sert à faire des marches, seuils, appuis, tablettes, cimaises de corniches, &c. Elle a les mêmes qualités que celle d'Arcueil, mais plus remplie de moye, plus sujette à la gelée, & moins capable de résister au fardeau.
La pierre de cliquart qui se tire des mêmes carrieres, est un bas appareil de six à sept pouces de hauteur de banc, plus blanche que la derniere, ressemblante au liais, & servant aussi aux mêmes usages. Elle se divise en deux especes, l'une plus dure que l'autre : cette pierre un peu grasse est sujette à la gelée : c'est pourquoi on a soin de la tirer de la carriere, & de l'employer en été.
La pierre de bellehache se tire d'une carriere près d'Arcueil, nommée la carriere royale, & porte depuis dix-huit jusqu'à dix-neuf pouces de hauteur de banc. Elle est beaucoup moins parfaite que le liais ferault, mais de toutes les pierres la plus dure, à cause d'une grande quantité de cailloux dont elle est composée : aussi s'en sert-on fort rarement.
La pierre de souchet se tire des carrieres du fauxbourg S. Jacques, & porte depuis douze pouces jusqu'à vingt un pouces de hauteur de banc. Cette pierre qui ressemble à celle d'Arcueil, est grise, trouée & poreuse. Elle n'est bonne ni dans l'eau ni sous le fardeau : aussi ne s'en sert-on que dans les bâtimens de peu d'importance. Il se tire encore une pierre de souchet des carrieres du fauxbourg S. Germain, & de Vaugirard, qui porte depuis dixhuit jusqu'à vingt pouces de hauteur de banc. Elle est grise, dure, poreuse, grasse, pleine de fils, sujette à la gelée, & se moulinant à la lune. On s'en sert dans les fondemens des grands édifices & aux premieres assises, voussoirs, soupiraux de caves, jambages de portes, & croisées des maisons de peu d'importance.
La pierre de bonbave se tire des mêmes carrieres, & se prend au-dessus de cette derniere. Elle porte depuis quinze jusqu'à vingt-quatre pouces de hauteur de banc, fort blanche, pleine & très-fine : mais elle se mouline à la lune, résiste peu au fardeau, & ne sauroit subsister dans les dehors ni à l'humidité : on s'en sert pour cela dans l'intérieur des bâtimens, pour des appuis, rampes, échiffres d'escaliers, &c. on l'a quelquefois employée à découvert où elle n'a pas gelé, mais cela est fort douteux. On en tire des colonnes de deux piés de diametre ; la meilleure est la plus blanche, dont le lit est coquilleux, & a quelques molieres.
Il se trouve encore au fauxbourg S. Jacques un bas appareil depuis six jusqu'à neuf pouces de hauteur de banc, qui n'est pas si beau que l'arcueil, mais qui sert à faire des petites marches, des appuis, des tablettes. &c.
Après la pierre d'Arcueil, celle de S. Cloud est la meilleure de toutes. Elle porte de hauteur de banc depuis dix-huit pouces jusqu'à deux piés, & se tire des carrieres de S. Cloud près Paris. Elle est un peu coquilleuse, ayant quelques molieres ; mais elle est blanche, bonne dans l'eau, résiste au fardeau, & se délite facilement. Elle sert aux façades des bâtimens, & se pose sur celle d'Arcueil. On en tire des colonnes d'une piece, de deux piés de diametre ; on en fait aussi des bassins & des auges.
La pierre de Meudon se tire des carrieres de ce nom, & porte depuis quatorze jusqu'à dix-huit pouces de hauteur de banc. Il y en a de deux especes. La premiere qu'on appelle pierre de Meudon, a les mêmes qualités que celles d'Arcueil, mais pleine de trous, & incapable de résister aux mauvais tems. On s'en sert pour des premieres assises, des marches, tablettes, &c. Il s'en trouve des morceaux d'une grandeur extraordinaire. Les deux cimaises des corniches rampantes du fronton du Louvre sont de cette pierre, chacune d'un seul morceau. La seconde qu'on appelle rustique de Meudon, est plus dure, rougeâtre & coquilleuse, & n'est propre qu'aux libages & garnis des fondations de piles de ponts, quais & angles de bâtimens.
La pierre de S. Nom, qui porte depuis dix-huit jusqu'à vingt-deux pouces de hauteur de banc, se tire au bout du parc de Versailles, & est presque de même qualité que celle d'Arcueil, mais grise & coquilleuse : on s'en sert pour les premieres assises.
La pierre de la chaussée, qui se tire des carrieres près Bougival, à côté de S. Germain en Laye, & qui porte depuis quinze jusqu'à vingt pouces de hauteur de banc, approche beaucoup de celle de
(r) La hauteur d'un banc est l'épaisseur de la pierre dans la carriere ; il y en a plusieurs dans chacune.
liais, & en a le même grain. Mais il est nécessaire de moyer cette pierre de quatre pouces d'épaisseur par-dessus, à cause de l'inégalité de sa dureté : ce qui la réduit à quinze ou seize pouces, nette & taillée.
La pierre de montesson se tire des carrieres proche Nanterre, & porte neuf à dix pouces de hauteur de banc. Cette pierre est fort blanche, & d'un très-beau grain. On en fait des vases, balustres, entrelas, & autres ouvrages des plus délicats.
La pierre de Fécamp se tire des carrieres de la vallée de ce nom, & porte depuis quinze jusqu'à dix-huit pouces de hauteur de banc. Cette pierre qui est très-dure, se fend & se feuillette à la gelée, lorsqu'elle n'a pas encore jetté toute son eau de carriere. C'est pourquoi on ne l'emploie que depuis le mois de Mars jusqu'au mois de Septembre, après avoir long-tems séché sur la carriere : celle que l'on tiroit autrefois étoit beaucoup meilleure.
La pierre dure de saint-Leu se tire sur les côtes de la montagne d'Arcueil.
La pierre de lambourde, ou seulement la lambourde, se tire près d'Arcueil, & porte depuis dixhuit pouces jusqu'à cinq piés de hauteur de banc. Cette pierre se délite (s), parce qu'on ne l'emploie pas de cette hauteur. La meilleure est la plus blanche, & celle qui résiste au fardeau autant que le Saint-Leu.
On tire encore des carrieres du fauxbourg saint Jacques & de celles de Bagneux, de la lambourde depuis dix-huit pouces jusqu'à deux piés de hauteur de banc. Il y en a de deux especes : l'une est graveleuse & se mouline à la lune ; l'autre est verte, se feuillette, & ne peut résister à la gelée.
La pierre de Saint-Maur qui se tire des carrieres du village de ce nom, est fort dure, résiste très-bien au fardeau & aux injures des tems. Mais le banc de cette pierre est fort inégal, & les quartiers ne sont pas si grands que ceux d'Arcueil : cependant on en a tiré autrefois beaucoup, & le château en est bâti.
La pierre de Vitry qui se tire des carrieres de ce nom, est de même espece.
La pierre de Passy dont on tiroit autrefois beaucoup des carrieres de ce nom, est fort inégale en qualité & en hauteur de banc. Ces pierres sont beaucoup plus propres à faire du moilon & des libages que de la pierre de taille.
La pierre que l'on tire des carrieres du fauxbourg Saint Marceau, n'est pas si bonne que celle des carrieres de Vaugirard.
Toutes les pierres dont nous venons de parler se vendent au pié-cube, depuis 10 sols jusqu'à 50, quelquefois 3 livres ; & augmentent ou diminuent de prix, selon la quantité des édifices que l'on bâtit.
La pierre de Senlis se tire des carrieres de S. Nicolas, près Senlis, à dix lieues de Paris, & porte depuis douze jusqu'à seize pouces de hauteur de banc ; cette pierre est aussi appellée liais. Elle est très-blanche, dure & pleine, très-propre aux plus beaux ouvrages d'Architecture & de Sculpture. Elle arrive à Paris par la riviere d'Oise, qui se décharge dans la Seine.
La pierre de Vernon à douze lieues de Paris, en Normandie, qui porte depuis deux piés jusqu'à trois piés de hauteur de banc, est aussi dure & aussi blanche que celle de S. Cloud. Elle est un peu difficile à tailler, à cause des cailloux dont elle est composée ; on en fait cependant plusieurs usages, mais principalement pour des figures.
La pierre de Tonnerre à trente lieues de Paris, en Champagne, qui porte depuis seize jusqu'à dix-huit pouces de hauteur de banc, est plus tendre, plus blanche, & aussi pleine que le liais ; on ne s'en sert à cause de sa cherté, que pour des vases, termes, figures, colonnes, retables d'autels, tombeaux & autres ouvrages de cette espece. Toute la fontaine de Grenelle, ainsi que les ornemens, les statues du choeur de S. Sulpice, & beaucoup d'autres ouvrages de cette nature, sont faits de cette pierre.
La pierre de meuliere ainsi appellée, parce qu'elle est de même espece à peu près, que celles dont on fait des meules de moulins, est une pierre grise, fort dure & poreuse, à laquelle le mortier s'attache beaucoup mieux qu'à toutes autres pierres pleines, étant composée d'un grand nombre de cavités. C'est de toutes les maçonneries la meilleure que l'on puisse jamais faire, sur-tout lorsque le mortier est bon, & qu'on lui donne le tems nécessaire pour sécher, à cause de la grande quantité qui entre dans les pores de cette pierre : raison pour laquelle les murs qui en sont faits sont sujets à tasser beaucoup plus que d'autres. On s'en sert aux environs de Paris, comme à Versailles, & ailleurs.
La pierre fusiliere est une pierre dure & seche, qui tient de la nature du caillou : une partie du pont Notre-Dame en est bâti. Il y en a d'autre qui est grise ; d'autre encore plus petite que l'on nomme pierre à fusil, elle est noire, & sert à paver les terrasses & les bassins de fontaines ; on s'en sert en Normandie pour la construction des bâtimens.
Le grais est une espece de pierre ou roche qui se trouve en beaucoup d'endroits, & qui n'ayant point de lit, se débite sur tous sens & par carreaux, de telle grandeur & grosseur que l'ouvrage le demande. Mais les plus ordinaires sont de deux piés de long, sur un pié de hauteur & d'épaisseur. Il y en a de deux especes ; l'une tendre, & l'autre dure. La premiere sert à la construction des bâtimens, & sur-tout des ouvrages rustiques, comme cascades, grottes, fontaines, reservoirs, aqueducs, &c. tel qu'il s'en voit à Vaux-le-vicomte & ailleurs. Le plus beau & le meilleur est le plus blanc, sans fil, d'une dureté & d'une couleur égale. Quoiqu'il soit d'un grand poids, & que les membres d'architecture & de sculpture s'y taillent difficilement, malgré les ouvrages que l'on en voit, qui sont faits avec beaucoup d'adresse ; cependant la nécessité contraint quelquefois de s'en servir pour la construction des grands édifices, comme à Fontainebleau, & fort loin aux environs ; ses paremens doivent être piqués, ne pouvant être lissés proprement, qu'avec beaucoup de tems.
Le grais dans son principe, étant composé de grains de sable unis ensemble & attachés successivement les uns aux autres, pour se former par la suite des tems un bloc ; il est évident que sa constitution aride exige, lors de la construction, un mortier composé de chaux & de ciment, & non de sable ; parce qu'alors les différentes parties anguleuses du ciment, s'insinuant dans le grais avec une forte adhérence, unissent si bien par le secours de la chaux, toutes les parties de ce fossile, qu'ils ne font pour ainsi dire qu'un tout : ce qui rend cette construction indissoluble, & très-capable de résister aux injures des tems. Le pont de Ponts-sur-Yonne en est une preuve ; les arches ont soixante-douze piés de largeur, l'arc est surbaissé, & les voussoirs de plus de quatre piés de long chacun, ont été enduits de chaux & de ciment, & non de sable : il faut cependant avoir soin de former des cavités en zigzag dans les lits de cette pierre, afin que le ciment puisse y entrer en plus grande quantité, & n'être pas sujet à se sécher trop promptement par
(s) Déliter une pierre, c'est la moyer ou la fendre par sa moye, ou par des parties tendres qui suivent le lit de la pierre.
la nature du grais, qui s'abreuve volontiers des esprits de la chaux ; parce que le ciment se trouvant alors dépourvû de cet agent, n'auroit pas seul le pouvoir de s'accrocher & de s'incorporer dans le grais, qui a besoin de tous ces secours, pour faire une liaison solide.
Une des causes principales de la dureté du grais, vient de ce qu'il se trouve presque toujours à découvert, & qu'alors l'air le durcit extrêmement ; ce qui doit nous instruire qu'en général, toutes les pierres qui se trouvent dans la terre sans beaucoup creuser, sont plus propres aux bâtimens que celles que l'on tire du fond des carrieres ; c'est à quoi les anciens apportoient beaucoup d'attention : car pour rendre leurs édifices d'une plus longue durée, ils ne se servoient que du premier banc des carrieres, précautions que nous ne pouvons prendre en France, la plûpart de nos carrieres étant presque usées dans leur superficie.
Il est bon d'observer que la taille du grais est fort dangereuse aux ouvriers novices, par la subtilité de là vapeur qui en sort, & qu'un ouvrier instruit évite, en travaillant en plein air & à contrevent. Cette vapeur est si subtile, qu'elle traverse les pores du verre ; expérience faite, à ce qu'on dit, avec une bouteille remplie d'eau, & bien bouchée, placée près de l'ouvrage d'un tailleur de grais, dont le fond s'est trouvé quelques jours après, couvert d'une poussiere très-fine.
Il faut encore prendre garde lorsque l'on pose des dalles, seuils, canivaux & autres ouvrages en grais de cette espece, de les bien caler & garnir par-dessous pour les empêcher de se gauchir ; car on ne pourroit y remédier qu'en les retaillant.
Il y a plusieurs raisons qui empêchent d'employer le grais à Paris ; la premiere est, que la pierre étant assez abondante, on le relegue pour en faire du pavé. Le seconde est, que sa liaison avec le mortier n'est pas si bonne, & ne dure pas si long-tems que celle de la pierre, beaucoup moins encore avec le plâtre. La troisieme est, que cette espece de pierre couteroit trop, tant pour la matiere, que pour la main-d'oeuvre.
La seconde espece de grais qui est la plus dure, ne sert qu'à faire du pavé, & pour cet effet se taille de trois différentes grandeurs. La premiere, de huit à neuf pouces cubes, sert à paver les rues, places publiques, grands chemins, &c. & se pose à sec sur du sable de riviere. La seconde, de six à sept pouces cubes, sert à paver les cours, basses-cours, perrons, trotoirs, &c. & se pose aussi à sec sur du sable de riviere, comme le premier, ou avec du mortier de chaux & de ciment. La troisieme, de quatre à cinq pouces cubes, sert à paver les écuries, cuisines, lavoirs, communs, &c. & se pose avec du mortier de chaux & ciment.
La pierre de Caën, qui se tire des carrieres de ce nom, en Normandie, & qui tient de l'ardoise, est fort noire, dure, & reçoit très-bien le poli ; on en fait des compartimens de pavé dans les vestibules, salles à manger, sallons, &c.
Toutes ces especes de pavés se payent à la toise superficielle.
Il se trouve dans la province d'Anjou, aux environs de la ville d'Angers, beaucoup de carrieres très-abondantes en pierre noire & assez dure, dont on fait maintenant de l'ardoise pour les couvertures des bâtimens. Les anciens ne connoissant pas l'usage qu'on en pouvoit faire, s'en servoient dans la construction des bâtimens, tel qu'il s'en voit encore dans la plûpart de ceux de cette ville, qui sont faits de cette pierre. On s'en sert quelquefois dans les compartimens de pavé, en place de celle de Caën.
Des différentes pierres tendres. Les pierres tendres ont l'avantage de se tailler plus facilement que les autres, & de se durcir à l'air. Lorsqu'elles ne sont pas bien choisies, cette dureté ne se trouve qu'aux paremens extérieurs qui se forment en croute, & l'intérieur se mouline : la nature de ces pierres doit faire éviter de les employer dans des lieux humides ; c'est pourquoi on s'en sert dans les étages supérieurs, autant pour diminuer le poids des pierres plus dures & plus serrées, que pour les décharger d'un fardeau considérable qu'elles sont incapables de soutenir, comme on vient de faire au second ordre du portail de S. Sulpice, & au troisieme de l'intérieur du Louvre.
La pierre de Saint-Leu qui se tire des carrieres, près Saint-Leu-sur-Oise, & qui porte depuis deux, jusqu'à quatre piés de hauteur de banc, se divise en plusieurs especes. La premiere qu'on appelle, pierre de Saint-Leu, & qui se tire d'une carriere de ce nom, est tendre, douce, & d'une blancheur tirant un peu sur le jaune. La seconde qu'on appelle de Maillet, qui se tire d'une carriere appellée ainsi, est plus ferme, plus pleine & plus blanche, & ne se délite point : elle est très-propre aux ornemens de sculpture & à la décoration des façades. La troisieme qu'on appelle de Trocy, est de même espece que cette derniere ; mais de toutes les pierres, celle dont le lit est le plus difficile à trouver ; on ne le découvre que par des petits trous. La quatrieme s'appelle pierre de Vergelée : il y en a de trois sortes. La premiere qui se tire d'un des bancs des carrieres de Saint-Leu, est fort dure, rustique, & remplie de petits trous. Elle résiste très-bien au fardeau, & est fort propre aux bâtimens aquatiques ; on s'en sert pour faire des voûtes de ponts, de caves, d'écuries & autres lieux humides. La seconde sorte de vergelée qui est beaucoup meilleure, se tire des carrieres de Villiers, près Saint-Leu. La troisieme qui se prend à Carriere-sous-le-bois, est plus tendre, plus grise & plus remplie de veines que le Saint-Leu, & ne sauroit résister au fardeau.
La pierre de tuf, du latin tophus, pierre rustique, tendre & trouée, est une pierre pleine de trous, à-peu-près semblable à celle de meuliere, mais beaucoup plus tendre. On s'en sert en quelques endroits en France & en Italie, pour la construction des bâtimens.
La pierre de craye est une pierre très-blanche & fort tendre, qui porte depuis huit pouces jusqu'à quinze pouces de hauteur de banc, avec laquelle on bâtit en Champagne, & dans une partie de la Flandres. On s'en sert encore pour tracer au cordeau, & pour dessiner.
Il se trouve encore à Belleville, Montmartre, & dans plusieurs autres endroits, aux environs de Paris, des carrieres qui fournissent des pierres que l'on nomme pierres à plâtre, & qui ne sont pas bonnes à autre chose. On en emploie quelquefois hors de Paris, pour la construction des murs de clôture, baraques, cabanes, & autres ouvrages de cette espece. Mais il est défendu sous de séveres peines aux entrepreneurs, & même aux particuliers, d'en employer à Paris, cette pierre étant d'une très-mauvaise qualité, se moulinant & se pourrissant à l'humidité.
De la pierre selon ses qualités. Les qualités de la pierre dure ou tendre, sont d'être vive, fiere, franche, pleine, trouée, poreuse, choqueuse, gelisse, verte ou de couleur.
On appelle pierre vive celle qui se durcit autant dans la carriere que dehors, comme les marbres de liais, &c.
Pierre fiere, celle qui est difficile à tailler, à cause de sa grande sécheresse, & qui résiste au ciseau, comme la belle hache, le lais ferault, & la plûpart des pierres dures.
Pierre franche, celle qui est la plus parfaite que l'on puisse tirer de la carriere, & qui ne tient ni de la dureté du ciel de la carriere, ni de la qualité de celles qui sont dans le fond.
Pierre pleine, toute pierre dure qui n'a ni cailloux, ni coquillages, ni trous, ni moye, ni molieres, comme sont les plus beaux liais, la pierre de tonnerre, &c.
Pierre entiere, celle qui n'est ni cassée ni fêlée, dans laquelle il ne se trouve ni fil, ni veine courante ou traversante ; on la connoît facilement par le son qu'elle rend en la frappant avec le marteau.
Pierre trouée, poreuse, ou choqueuse, celle qui étant taillée ou remplie de trous dans ses paremens, tel que le rustic de Meudon, le tuf, la meuliere, &c.
Pierre gelisse ou verte, celle qui est nouvellement tirée de la carriere, & qui ne s'est pas encore dépouillée de son humidité naturelle.
Pierre de couleur, celle qui tirant sur quelques couleurs, cause une variété quelquefois agréable dans les bâtimens.
De la pierre selon ses défauts. Il n'y a point de pierre qui n'ait des défauts capables de la faire rebuter, soit par rapport à elle-même, soit par la négligence ou mal-façon des ouvriers qui la mettent en oeuvre, c'est pourquoi il faut éviter d'employer celles que l'on appelle ainsi.
Des défauts de la pierre par rapport à elle-même. Pierre de ciel, celle que l'on tire du premier banc des carrieres ; elle est le plus souvent défectueuse ou composée de parties très-tendres & très-dures indifféremment, selon le lieu de la carriere où elle s'est trouvée.
Pierre coquilleuse ou coquilliere, celle dont les paremens taillés sont remplis de trous ou de coquillages, comme la pierre S. Nom, à Versailles.
Pierre de soupré, celle du fond de la carriere de S. Leu, qui est trouée, poreuse, & dont on ne peut se servir à cause de ses mauvaises qualités.
Pierre de souchet, en quelques endroits, celle du fond de la carriere, qui n'étant pas formée plus que le bouzin, est de nulle valeur.
Pierre humide, celle qui n'ayant pas encore eu le tems de sécher, est sujette à se feuilleter ou à se geler.
Pierre grasse, celle qui étant humide, est par conséquent sujette à la gelée, comme la pierre de cliquart.
Pierre feuilletée, celle qui étant exposée à la gelée, se délite par feuillet, & tombe par écaille, comme la lambourde.
Pierre délitée, celle qui après s'être fendue par un fil de son lit, ne peut être taillée sans déchet, & ne peut servir après cela que pour des arrases.
Pierre moulinée, celle qui est graveleuse, & s'égraine à l'humidité, comme la lambourde qui a particulierement ce défaut.
Pierre félée, celle qui se trouve cassée par une veine ou un fil qui court ou qui traverse.
Pierre moyée, celle dont le lit n'étant pas également dur, dont on ôte la moye & le tendre, qui diminue son épaisseur, ce qui arrive souvent à la pierre de la chaussée.
Des défauts de la pierre, par rapport à la main-d'oeuvre. On appelle pierre gauche, celle qui au sortir de la main de l'ouvrier, n'a pas ses paremens opposés paralleles, lorsqu'ils doivent l'être suivant l'épure (t), ou dont les surfaces ne se bornoyent point, & qu'on ne sauroit retailler sans déchet.
Pierre coupée, celle qui ayant été mal taillée, & par conséquent gâtée, ne peut servir pour l'endroit où elle avoit été destinée.
Pierre en délit, ou délit en joint, celle qui dans un cours d'assises, n'est pas posée sur son lit de la même maniere qu'elle a été trouvée dans la carriere, mais au contraire sur un de ses paremens. On distingue pierre en délit de délit en joint, en ce que l'un est lorsque la pierre étant posée, le parement de lit fait parement de face, & l'autre lorsque ce même parement de lit fait parement de joint.
De la pierre selon ses façons. On entend par façons la premiere forme que reçoit la pierre, lorsqu'elle sort de la carriere pour arriver au chantier, ainsi que celle qu'on lui donne par le secours de l'appareil, selon la place qu'elle doit occuper dans le bâtiment ; c'est pourquoi on appelle.
Pierre au binard, celle qui est en un si gros volume, & d'un si grand poids, qu'elle ne peut être transportée sur l'attelier, par les charrois ordinaires, & qu'on est obligé pour cet effet de transporter sur un binard, espece de chariot tiré par plusieurs chevaux attelés deux à deux, ainsi qu'on l'a pratiqué au Louvre, pour des pierres de S. Leu, qui pesoient depuis douze jusqu'à vingt-deux & vingt-trois milliers ; dont on a fait une partie des frontons.
Pierre d'échantillon, celle qui est assujettie à une mesure envoyée par l'appareilleur aux carrieres, & à laquelle le carrier est obligé de se conformer avant que de la livrer à l'entrepreneur ; au lieu que toutes les autres sans aucune mesure constatée, se livrent à la voie, & ont un prix courant.
Pierre en debord, celle que les carrieres envoient à l'attelier, sans être commandée.
Pierre velue, celle qui est brute, telle qu'on l'a amenée de sa carriere au chantier, & à laquelle on n'a point encore travaillé.
Pierre bien faite, celle où il se trouve fort peu de déchet en l'équarissant.
Pierre ébouzinée, celle dont on a ôté tout le tendre & le bouzin.
Pierre tranchée, celle où l'on a fait une tranchée avec le marteau, fig. 89. dans toute sa hauteur, à dessein d'en couper.
Pierre débitée, celle qui est sciée. La pierre dure & la pierre tendre ne se débitent point de la même maniere. L'une se débite à la scie sans dent, fig. 143. avec de l'eau & du grais comme le liais, la pierre d'Arcueil, &c. & l'autre à la scie à dent, fig. 145. comme le S. Leu, le tuf, la craie, &c.
Pierre de haut & bas appareil, celle qui porte plus ou moins de hauteur de banc, après avoir été atteinte jusqu'au vif.
Pierre en chantier, celle qui se trouve callée par le tailleur de pierre, & disposée pour être taillée.
Pierre esmillée, celle qui est équarrie & taillée grossierement avec la pointe du marteau, pour être employée dans les fondations, gros murs, &c. ainsi qu'on l'a pratiqué aux cinq premieres assises des fondemens de la nouvelle église de Sainte Génevieve, & à ceux des bâtimens de la place de Louis XV.
Pierre hachée, celle dont les paremens sont dressés avec la hache A du marteau bretelé fig. 93. pour être ensuite layée ou rustiquée.
Pierre layée, celle dont les paremens sont travaillés au marteau bretelé, fig. 91.
Pierre rustiquée, celle qui ayant été équarrie & hachée, est piquée grossierement avec la pointe du marteau, fig. 89.
Pierre piquée, celle dont les paremens sont piqués avec la pointe du marteau, fig. 91.
Pierre ragrée au fer, ou riflée, celle qui a été passée au riflard, fig. 114 & 115.
(t) Une épure est un dessein ou développement géométrique des lignes droites & courbes des voûtes.
Pierre traversée, celle qui après avoir été bretelée, les trans des bretelures se croisent.
Pierre polie, celle qui étant dure ; a reçu le poli au grais, ensorte qu'il ne paroît plus aucunes marques de l'outil avec lequel on l'a travaillée.
Pierre taillée, celle qui ayant été coupée, est taillée de nouveau avec déchet : on appelle encore de ce nom celle qui provenant d'une démolition, a été taillée une seconde fois, pour être derechef mise en oeuvre.
Pierre faite, celle qui est entierement taillée, & prête à être enlevée, pour être mise en place par le poseur.
Pierre nette, celle qui est équarrie & atteinte jusqu'au vif.
Pierre retournée, celle dont les paremens opposés sont d'équerre & paralleles entr'eux.
Pierre louvée, celle qui a un trou méplat pour recevoir la louve, fig. 163.
Pierre d'encoignure, celle qui ayant deux paremens d'équerre l'un à l'autre se trouve placée dans l'angle de quelques avants ou arrieres corps.
Pierre parpeigne, de parpein, ou faisant parpein, celle qui traverse l'épaisseur du mur, & fait parement des deux côtés ; on l'appelle encore pamieresse.
Pierre fusible, celle qui change de nature, & devient transparente par le moyen du feu.
Pierre statuaire, celle qui étant d'échantillon, est propre & destinée pour faire une statue.
Pierre fichée, celle dont l'intérieur du joint est rempli de mortier clair ou de coulis.
Pierres jointoyées, celles dont l'extérieur des joints est bouché, & ragréé de mortier serré, ou de plâtre.
Pierres feintes, celles qui pour faire l'ornement d'un mur de face, ou de terrasse, sont séparées & comparties en maniere de bossage en liaison, soit en relief ou seulement marquées sur le mur par les enduits ou crepis.
Pierres à bossages, ou de refend, celles qui étant posées, représentent la hauteur égale des assises, dont les joints sont refendus de différentes manieres.
Pierres artificielles, toutes especes de briques, tuiles, carreaux, &c. pétries & moulées, cuites ou crues.
De la pierre selon ses usages. On appelle premiere pierre, celle qui avant que d'élever un mur de fondation d'un édifice, est destinée à renfermer dans une cavité d'une certaine profondeur, quelques médailles d'or ou d'argent, frappées relativement à la destination du monument, & une table de bronze, sur laquelle sont gravées les armes de celui par les ordres duquel on construit l'édifice. Cette cérémonie qui se fait avec plus ou moins de magnificence, selon la dignité de la personne, ne s'observe cependant que dans les édifices royaux & publics, & non dans les bâtimens particuliers. Cet usage existoit du tems des Grecs, & c'est par ce moyen qu'on a pu apprendre les époques de l'édification de leurs monumens, qui sans cette précaution seroit tombée dans l'oubli, par la destruction de leurs bâtimens, dans les différentes révolutions qui sont survenues.
Derniere pierre, celle qui se place sur l'une des faces d'un édifice, & sur laquelle on grave des inscriptions, qui apprennent à la postérité le motif de son édification, ainsi qu'on l'a pratiqué aux piédestaux des places Royales, des Victoires, de Vendôme à Paris, & aux fontaines publiques, portes S. Martin, saint Denis, saint Antoine, &c.
Pierre percée, celle qui est faite en dale (u), & qui se pose sur le pavé d'une cour, remise ou écurie, ou qui s'encastre dans un chassis aussi de pierre, soit pour donner de l'air ou du jour à une cave, ou sur un puisard pour donner passage aux eaux pluviales d'une ou de plusieurs cours.
Pierre à chassis, celle qui a une couverture circulaire, quarrée, ou rectangulaire, de quelque grandeur que ce soit, avec feuillure ou sans feuillure, pour recevoir une grille de fer maillée ou non maillée, percée ou non percée, & servir de fermeture à un regard, fosse d'aisance, &c.
Pierre à évier, du latin emissarium, celle qui est creuse, & que l'on place à rez-de-chaussée, ou à hauteur d'appui, dans un lavoir ou une cuisine, pour faire écouler les eaux dans les dehors. On appelle encore de ce nom une espece de canal long & étoit, qui sert d'égout dans une cour ou allée de maison.
Pierre à laver, celle qui forme une espece d'auge plate, & qui sert dans une cuisine pour laver la vaisselle.
Pierre perdue, celle que l'on jette dans quelques fleuves, rivieres, lacs, ou dans la mer, pour sonder, & que l'on met pour cela dans des caissons, lorsque la profondeur ou la qualité du terrein ne permet pas d'y enfoncer des pieux ; on appelle aussi de ce nom celles qui sont jettées à baies de mortier dans la maçonnerie de blocage.
Pierres incertaines, ou irrégulieres, celles que l'on emploie au sortir de la carriere, & dont les angles & les pans sont inégaux : les anciens s'en servoient pour paver ; les ouvriers la nomment de pratique, parce qu'ils la font servir sans y travailler.
Pierres jectices, celles qui se peuvent poser à la main dans toute sorte de construction, & pour le transport desquelles on n'est pas obligé de se servir de machines.
Pierres d'attente, celles que l'on a laissé en bossage, pour y recevoir des ornemens, ou inscriptions taillées, ou gravées en place. On appelle encore de ce nom celles qui lors de la construction ont été laissées en harpes (x), ou arrachement (y), pour attendre celle du mur voisin.
Pierres de rapport, celles qui étant de différentes couleurs, servent pour les compartimens de pavés mosaïques (z), & autres ouvrages de cette espece.
Pierres précieuses, toutes pierres rares, comme l'agate, le lapis, l'aventurine, & autres, dont on enrichit les ouvrages en marbre & en marqueterie, tels qu'on en voit dans l'église des carmelites de la ville de Lyon, où le tabernacle est composé de marbre & de pierres précieuses, & dont les ornemens sont de bronze.
Pierre spéculaire, celle qui chez les anciens étoit transparente comme le talc, qui se débitoit par feuillet, & qui leur servoit de vîtres ; la meilleure, selon Pline, venoit d'Espagne : Martial en fait mention dans ses épigrammes, livre II.
Pierres milliaires ; celles qui en forme de socle, ou de borne, chez les Romains, étoient placées sur les grands chemins, & espacées de mille en mille, pour marquer la distance des villes de l'empire, & se comptoient depuis la milliaire dorée de Rome, tel que nous l'ont appris les historiens par les mots de primus, secundus, tertius, &c. ab urbe lapis ; cet usage existe encore maintenant dans toute la Chine.
Pierres noires, celles dont se servent les ouvriers dans le bâtiment pour tracer sur la pierre : la plus tendre sert pour dessiner sur le papier. On appelle
(u) Dale est une pierre platte & très-mince.
(x) Harpes, pierres qu'on a laissées à l'épaisseur d'un mur alternativement en saillie, pour faire liaison avec un mur voisin qu'on doit élever par la suite.
(y) Arrachemens sont des pierres ou moilons aussi en saillie, qui attendent l'édification du mur voisin.
(z) Mosaïque, ouvrage composé de verres de toutes sortes de couleurs, taillés & ajustés quarrément sur un fond de stuc, qui imitent très-bien les diverses couleurs de la peinture, & avec lesquels on exécute différens sujets.
encore pierre blanche ou craye, celle qui est employée aux mêmes usages : la meilleure vient de Champagne.
Pierre d'appui, ou seulement appui, celle qui étant placée dans le tableau inférieur d'une croisée, sert à s'appuyer.
Auge, du latin lavatrina, une pierre placée dans des basses-cours, pour servir d'abreuvoir aux animaux domestiques.
Seuil, du latin limen, celle qui est posée au rez-de-chaussée, dont la longueur traverse la porte, & qui formant une espece de feuillure, sert de battement à la traverse inférieure du chassis de la porte de menuiserie.
Borne, celle qui a ordinairement la forme d'un cône de deux ou trois piés de hauteur, tronqué dans son sommet, & qui se place dans l'angle d'un pavillon, d'un avant-corps, ou dans celui d'un piédroit de porte cochere, ou de remise, ou le long d'un mur, pour en éloigner les voitures, & empêcher que les moyeux ne les écorchent & ne les fassent éclater.
Banc, celle qui est placée dans des cours, basses-cours, ou à la principale partie des grands hôtels, pour servir de siege aux domestiques, ou dans un jardin, à ceux qui s'y promenent.
Des libages. Les libages sont de gros moilons ou quartiers de pierre rustique & malfaite, de quatre, cinq, six & quelquefois sept à la voie, qui ne peuvent être fournis à la toise par le carrier, & que l'on ne peut équarrir que grossierement, à cause de leur dureté, provenant le plus souvent du ciel des carrieres, ou d'un banc trop mince. La qualité des libages est proportionnée à celle de la pierre des différentes carrieres d'où on les tire : on ne s'en sert que pour les garnis, fondations, & autres ouvrages de cette espece. On emploie encore en libage les pierres de taille qui ont été coupées, ainsi que celles qui proviennent des démolitions, & qui ne peuvent plus servir.
On appelle quartier de pierre, lorsqu'il n'y en a qu'un à la voie.
Carreaux de pierre, lorsqu'il y en a deux ou trois.
Libage, lorsqu'il y en a quatre, cinq, six, & quelquefois sept à la voie.
Du moilon. Le moilon, du latin mollis, que Vitruve appelle caementum, n'étant autre chose que l'éclat de la pierre, en est par conséquent la partie la plus tendre ; il provient aussi quelquefois d'un banc trop mince. Sa qualité principale est d'être bien équarri & bien gisant, parce qu'alors il a plus de lit, & consomme moins de mortier ou de plâtre.
Le meilleur est celui que l'on tire des carrieres d'Arcueil. La qualité des autres est proportionnée à la pierre des carrieres dont on le tire, ainsi que celui du faubourg saint Jacques, du faubourg saint Marceau, de Vaugirard & autres.
On l'emploie de quatre manieres différentes ; la premiere qu'on appelle en moilon de plat, est de le poser horisontalement sur son lit, & en liaison dans la construction des murs mitoyens, de refend & autres de cette espece élevés d'à-plomb. La seconde qu'on appelle en moilon d'appareil, & dont le parement est apparent, exige qu'il soit bien équarri, à vives arêtes, comme la pierre, piqué proprement, de hauteur, & de largeur égale, & bien posé de niveau, & en liaison dans la construction des murs de face, de terrasse, &c. La troisieme qu'on appelle en moilon de coupe, est de le poser sur son champ (&) dans la construction des voûtes. La quatrieme qu'on appelle en moilon piqué, est après l'avoir équarri & ébouriné, de le piquer sur son parement avec la pointe du marteau, fig. 91, pour la construction des voûtes des caves, murs de basses-cours, de clôture, de puits, &c.
Du moilon selon ses façons. On appelle moilon blanc, chez les ouvriers, un platras, & non un moilon ; ce qui est un défaut dans la construction.
Moilon esmillé, celui qui est grossierement équarri & ébouziné avec la hachette, fig. 106, à l'usage des murs de parcs de jardin, & autres de peu d'importance.
Moilon bourru ou de blocage, celui qui est trop mal-fait & trop dur pour être équarri, & que l'on emploie dans les fondations, ou dans l'intérieur des murs, tel qu'il est sorti de la carriere.
Le moilon de roche, dit de meuliere, est de cette derniere espece.
Toutes ces especes de moilons se livrent à l'entrepreneur à la voie ou à la toise, & dans ce dernier cas l'entrepreneur se charge du toisé.
Du marbre en général. le marbre, du latin marmor, dérivé du grec , reluire, à cause du poli qu'il reçoit, est une espece de pierre de roche extrêmement dure, qui porte le nom des différentes provinces où sont les carrieres dont on le tire. Il s'en trouve de plusieurs couleurs ; les uns sont blancs ou noirs, d'autres sont variés ou mêlés de taches, veines, mouches, ondes & nuages, différemment colorés ; les uns & les autres sont opaques, le blanc seul est transparent, lorsqu'il est débité par tranches minces. Aussi M. Félibien rapporte-t-il que les anciens s'en servoient au lieu de verres pour les croisées des bains, étuves & autres lieux qu'on vouloit garantir du froid ; & qu'à Florence, il y avoit une église très-bien éclairée, dont les croisées en étoient garnies.
Le marbre se divise en deux especes ; l'une qu'on appelle antique, & l'autre moderne : par marbre antique, l'on comprend ceux dont les carrieres sont épuisées, perdues ou inaccessibles, & que nous ne connoissons que par les ouvrages des anciens : par marbres modernes, l'on comprend ceux dont on se sert actuellement dans les bâtimens, & dont les carrieres sont encore existantes. On ne l'emploie le plus communément, à cause de sa cherté, que pour revêtissement ou incrustation, étant rare que l'on en fasse usage en bloc, à l'exception des vases, figures, colonnes & autres ouvrages de cette espece. Il se trouve d'assez beaux exemples de l'emploi de cette matiere dans la décoration intérieure & extérieure des châteaux de Versailles, Trianon, Marly, Sceaux, &c. ainsi que dans les différens bosquets de leurs jardins.
Quoique la diversité des marbres soit infinie, on les réduit cependant à deux especes ; l'une que l'on nomme veiné, & l'autre breche ; celui-ci n'étant autre chose qu'un amas de petits cailloux de différente couleur fortement unis ensemble, de maniere que lorsqu'il se casse, il s'en forme autant de breches qui lui ont fait donner ce nom.
Des marbres antiques. Le marbre antique, dont les carrieres étoient dans la Grece, & dont on voit encore de si belles statues en Italie, est absolument inconnu aujourd'hui ; à son défaut on se sert de celui de Carrare.
Le lapis est estimé le plus beau de tous les marbres antiques ; sa couleur est d'un bleu foncé, moucheté d'un autre bleu plus clair, tirant sur le céleste, & entremêlé de quelques veines d'or. On ne s'en sert, à cause de sa rareté que par incrustation, tel qu'on en voit quelques pieces de rapport à plusieurs tables dans les appartemens de Trianon & de Marly.
Le porphyre, du grec , pourpre, passe pour le plus dur de tous les marbres antiques, &, après le lapis, pour un des plus beaux ; il se tiroit
(&) Le champ d'une pierre platte, est la surface la plus mince & la plus petite.
autrefois de la Numidie en Afrique, raison pour laquelle les anciens l'appelloient lapis Numidicus ; il s'en trouve de rouge, de verd & de gris. Le porphyre rouge est fort dur ; sa couleur est d'un rouge foncé, couleur de lie de vin, semé de petites taches blanches, & reçoit très-bien le poli. Les plus grands morceaux que l'on en voye à présent, sont le tombeau de Bacchus dans l'église de sainte Constance, près celle de Sainte Agnès hors les murs de Rome ; celui de Patricius & de sa femme dans l'église de sainte Marie majeure ; celui qui est sous le porche de la Rotonde, & dans l'intérieur une partie du pavé ; une frise corinthienne, plusieurs tables dans les compartimens du lambris ; huit colonnes aux petits autels, ainsi que plusieurs autres colonnes, tombeaux & vases que l'on conserve à Rome. Les plus grands morceaux que l'on voye en France, sont la cuve du roi Dagobert, dans l'église de saint Denis en France, & quelques bustes, tables ou vases dans les magasins du Roi. Le plus beau est celui dont le rouge est le plus vif, & les taches les plus blanches & les plus petites. Le porphyre verd, qui est beaucoup plus rare, a la même dureté que le précédent. & est entremêlé de petites taches vertes & de petits points gris. On en voit encore quelques tables, & quelques vases. Le porphyre gris est tacheté de noir & est beaucoup plus tendre.
Le serpentin, appellé par les anciens ophites, du grec , serpent, à cause de sa couleur qui imite celle de la peau d'un serpent, se tiroit anciennement des carrieres d'Egypte. Ce marbre tient beaucoup de la dureté du porphyre ; sa couleur est d'un verd brun, mêlé de quelques taches quarrées & rondes, ainsi que de quelques veines jaunes, & d'un verd pâle couleur de ciboule. Sa rareté fait qu'on ne l'emploie que par incrustation. Les plus grands morceaux que l'on en voit, sont deux colonnes dans l'église de S. Laurent, in lucina, à Rome, & quelques tables dans les compartimens de pavés, ou de lambris de plusieurs édifices antiques, tel que dans l'intérieur du panthéon, quelques petites colonnes corinthiennes au tabernacle de l'église des Carmélites, de la ville de Lyon, & quelques tables dans les appartemens & dans les magasins du roi.
L'albâtre, du grec , est un marbre blanc & transparent, ou varié de plusieurs couleurs, qui se tire des Alpes & des Pyrénées ; il est fort tendre au sortir de la carriere, & se durcit beaucoup à l'air. Il y en a de plusieurs especes, le blanc, le varié, le moutahuto, le violet & le roquebrue. L'albâtre blanc sert à faire des vases, figures & autres ornemens de moyenne grandeur. Le varié se divise en trois especes ; la premiere se nomme oriental ; la seconde le fleuri, & la troisieme l'agatato. L'oriental se divise encore en deux, dont l'une, en forme d'agate, est mêlée de veines roses, jaunes, bleues, & de blanc pâle ; on voit dans la galerie de Versailles plusieurs vases de ce marbre, de moyenne grandeur. L'autre est ondé & mêlé de veines grises & rousses par longues bandes. Il se trouve dans le bosquet de l'étoile à Versailles, une colonne ionique de cette espece de marbre, qui porte un buste d'Alexandre. L'albâtre fleuri est de deux especes ; l'une est tachetée de toutes sortes de couleurs, comme des fleurs d'où il tire son nom ; l'autre, veiné en forme d'agate, est glacé & transparent ; il se trouve encore dans ce genre d'albâtre qu'on appelle en Italie à pecores, parce que ses taches ressemblent en quelque sorte à des moutons que l'on peint dans les paysages. L'albâtre agatato est de même que l'albâtre oriental ; mais dont les couleurs sont plus pâles. L'albâtre de moutahuto est fort tendre ; mais cependant plus dur que les agathes d'Allemagne, auxquelles il ressemble. Sa couleur est d'un fond brun, mêlée de veine grise qui semble imiter des figures de cartes géographiques ; il s'en trouve une table de cette espece dans le sallon qui précede la galerie de Trianon. L'albâtre violet est ondé & transparent. L'albâtre de Roquebrue, qui se tire du pays de ce nom en Languedoc, est beaucoup plus dur que les précédens ; sa couleur est d'un gris foncé & d'un rouge brun par grandes taches ; il y a de toutes ces especes de marbres dans les appartemens du roi, soit en tables, figures, vases, &c.
Le granit, ainsi appellé, parce qu'il est marqué de petites taches formées de plusieurs grains de sables condensés, est très-dur & reçoit mal le poli ; il est évident qu'il n'y a point de marbre dont les anciens ayent tiré de si grands morceaux, & en si grande quantité ; puisque la plûpart des édifices de Rome, jusqu'aux maisons des particuliers, en étoient décorés. Ce marbre étoit sans doute très-commun, par la quantité des troncs de colonnes qui servent encore aujourd'hui de bornes dans tous les quartiers de la ville. Il en est de plusieurs especes ; celui d'Egypte, d'Italie & de Dauphiné ; le verd & le violet. Le granit d'Egypte, connu sous le nom de Thebaïcum marmor, & qui se tiroit de la Thébaïde, est d'un fond blanc sale, mêlé de petites taches grises & verdâtres, & presque aussi dur que le porphyre. De ce marbre sont les colonnes de sainte Sophie à Constantinople, qui passent 40 piés de hauteur. Le granit d'Italie qui, selon M. Félibien, se tiroit des carrieres de l'île d'Elbe, a des petites taches un peu verdâtres, & est moins dur que celui d'Egypte. De ce marbre sont les seize colonnes corinthiennes du porche du Panthéon ; ainsi que plusieurs cuves de bains servant aujourd'hui à Rome de bassins de fontaines. Le granit de Dauphiné qui se tire des côtes du Rhône, près de l'embouchure de l'Isere, est très-ancien, comme il paroît par plusieurs colonnes qui sont en Provence. Le granit verd est une espece de serpentin ou verd antique, mêlé de petites taches blanches & vertes ; on voit à Rome plusieurs colonnes de cette espece de marbre. Le granit violet qui se tire des carrieres d'Egypte, est mêlé de blanc, & de violet par petites taches. De ce marbre sont la plûpart des obélisques antiques de Rome, tels que ceux de saint Pierre du Vatican, de saint Jean de Latran, de la porte du Peuple, & autres.
Le marbre de jaspe, du grec , verd, est de couleur verdâtre, mêlé de petites taches rouges. Il y a encore un jaspe antique noir & blanc par petites taches, mais qui est très-rare.
Le marbre de Paros se tiroit autrefois d'une île de l'Archipel, nommée ainsi, & qu'on appelle aujourd'hui Peris ou Parissa. Varron lui avoit donné le nom de marbre lychnites, du grec , une lampe, parce qu'on le tailloit dans les carrieres à la lumiere des lampes. Sa couleur est d'un blanc un peu jaune & transparent, plus tendre que celui dont nous nous servons maintenant, approchant de l'albâtre, mais pas si blanc ; la plûpart des statues antiques sont de ce marbre.
Le marbre verd antique, dont les carrieres sont perdues, est très-rare. Sa couleur est mêlée d'un verd de gazon, & d'un verd noir par taches d'inégales formes & grandeur ; il n'en reste que quelques chambranles dans le vieux château de Meudon.
Le marbre blanc & noir, dont les carrieres sont perdues, est mêlé par plaques de blanc très-pur, & de noir très-noir. De ce marbre sont deux petites colonnes corinthiennes dans la chapelle de S. Roch aux Mathurins, deux autres composites dans celle de Rostaing aux Feuillans rue S. Honoré, une belle table au tombeau de Louis de la Trémouille aux Célestins, ainsi que les piés d'estaux & le parement d'autel de la chapelle de S. Benoît dans l'église de S. Denys en France, qui en sont incrustés.
Le marbre de petit antique est de cette derniere espece, c'est-à-dire blanc & noir, mais plus brouillé ; & par petites veines, ressemblant au marbre de Barbançon. On en voit deux petites colonnes ïoniques dans le petit appartement des bains à Versailles.
Le marbre de brocatelle se tiroit autrefois près d'Andrinople en Grece : sa couleur est mêlée de petites nuances grises, rouges, pâles, jaunes, & isabelles : les dix petites colonnes corinthiennes du tabernacle des Mathurins, ainsi que les huit composites de celui de sainte Génevieve, sont de ce marbre. On en voit encore quelques chambranles de cheminées dans les appartemens de Trianon, & quelques tables de moyenne grandeur dans les magasins du roi.
Le marbre africain est tacheté de rouge brun, mêlé de quelques veines de blanc sale, & de couleur de chair, avec quelques filets d'un verd foncé. Il se trouve quatre consoles de ce marbre en maniere de cartouche, au tombeau du marquis de Gesvres dans l'église des peres Célestins à Paris. Scamozzi parle d'un autre marbre africain très-dur, recevant un très-beau poli, d'un fond blanc, mêlé de couleur de chair, & quelquefois couleur de sang, avec des veines brunes & noires fort déliées, & ondées.
Le marbre noir antique étoit de deux especes ; l'un qui se nommoit marmor luculleum, & qui se tiroit de Grece, étoit fort tendre. C'est de ce marbre que Marcus Scaurus fit tailler des colonnes de trente-huit piés de hauteur, dont il orna son palais ; l'autre appellé par les Grecs , pierre de touche, & par les Italiens, pietra di paragone, pierre de comparaison, que Vitruve nomme index ; parce qu'il sert à éprouver les métaux, se tiroit de l'Ethiopie, & étoit plus estimé que le premier : ce marbre étoit d'un noir gris tirant sur le fer. Vespasien en sit faire la figure du Nil, accompagnée de celle des petits enfans, qui signifioient les crues & recrues de ce fleuve, & qui de son tems fut posée dans le temple de la paix. De ce marbre sont encore à Rome deux sphynx au bas du Capitole ; dans le vestibule de l'orangerie de Versailles une figure de reine d'Egypte ; dans l'église des peres Jacobins rue S. Jaques à Paris, quelques anciens tombeaux, ainsi que quelques vases dans les Jardins de Meudon.
Le marbre de cipolin, de l'italien cipolino, que Scamozzi croit être celui que les anciens appelloient augustum ou tiberium marmor, parce qu'il fut découvert en Egypte du tems d'Auguste & Tibere, est formé de grandes ondes ou de nuances de blanc, & de verd pâle couleur d'eau de mer ou de ciboule, d'où il tire son nom. On ne l'employoit anciennement que pour des colonnes ou pilastres. Celles que le roi fit apporter de Lebeda autrefois Leptis, près de Tripoli, sur les côtes de Barbarie, ainsi que les dix corinthiennes du temple d'Antonin & de Faustine, semblent être de ce marbre. On en voit encore plusieurs pilastres dans la chapelle de l'hôtel de Conti, près le collége Mazarin, du dessein de François Mansard.
Le marbre jaune est de deux especes ; l'une appellée jaune de sienne, est d'un jaune isabelle, sans veine, & est très-rare : aussi ne l'emploie-t-on que par incrustation dans les compartimens. On voit de ce marbre dans le sallon des bains de la reine au Louvre, des scabellons de bustes, qui sans doute sont très-précieux. L'autre appellé dorée, plus jaune que le précédent, est celui à qui Pausanias a donné le nom de marmor croceum, à cause de sa couleur de safran : il se tiroit près de la Macédoine ; les bains publics de cette ville en étoient construits. Il se trouve encore à Rome dans la chapelle du mont de piété, quatre niches incrustées de ce marbre.
Le marbre de bigionero, dont les carrieres sont perdues, est très-rare. Il y en a quelques morceaux dans les magazins du roi.
Le marbre de lumachello, appellé ainsi, parce que sa couleur est mêlée de taches blanches, noires & grises, formées en coquilles de limaçon, d'où il tire son nom, est très-rare, les carrieres en étant perdues : on en voit cependant quelques tables dans les appartemens du roi.
Le marbre de picciniseo, dont les carrieres sont aussi perdues, est veiné blanc, & d'une couleur approchante de l'isabelle : les quatorze colonnes corinthiennes des chapelles de l'église de la Rotonde à Rome, sont de ce marbre.
Le marbre de breche antique, dont les carrieres sont perdues, est mêlé par taches rondes de différente grandeur, de blanc, de noir, de rouge de bleu & de gris. Les deux corps d'architecture qui portent l'entablement où sont nichées les deux colonnes de la sépulture de Jacques de Rouvré, grand-prieur de France, dans l'église de S. Jean de Latran à Paris, sont de ce marbre.
Le marbre de breche antique d'Italie, dont les carrieres sont encore perdues, est blanc, noir, & gris : le parement d'autel de la chapelle de S. Denys à Montmartre, est de ce marbre.
Des marbres modernes. Le marbre blanc qui se tire maintenant de Carrare, vers les côtes de Gènes, est dur & fort blanc, & très-propre aux ouvrages de sculpture. On en tire des blocs de telle grandeur que l'on veut ; il s'y rencontre quelquefois des crystallins durs. La plûpart des figures modernes du petit parc de Versailles sont de ce marbre.
Le marbre de Carrare, que l'on nomme marbre vierge, est blanc, & se tire des Pyrénées du côté de Bayonne. Il a le grain moins fin que le dernier, reluit comme une espece de sel, & ressemble au marbre blanc antique, dont toutes les statues de la Grece ont été faites ; mais il est plus tendre, pas si beau, sujet à jaunir & à se tacher : on s'en sert pour des ouvrages de sculpture.
Le marbre noir moderne est pur & sans tache, comme l'antique ; mais beaucoup plus dur.
Le marbre de Dinant, qui se tire près de la ville de ce nom dans le pays de Liége, est fort commun & d'un noir très-pur & très-beau : on s'en sert pour les tombeaux & sépultures. Il y a quatre colonnes corinthiennes au maître autel de l'église de S.Martin-des-Champs, du dessein de François Mansard ; six colonnes de même ordre au grand autel de S. Louis des peres Jésuites, rue S. Antoine, quatre autres de même ordre dans l'église des peres Carmes déchaussés ; & quatre autres composites à l'autel de sainte Thérese de la même église, sont de ce marbre. Les plus belles colonnes qui en sont faites, sont les six corinthiennes du maître autel des Minimes de la Place royale à Paris.
Le marbre de Namur est aussi fort commun, & aussi noir que celui de Dinant, mais pas si parfait, tirant un peu sur le bleuâtre, & étant traversé de quelques filets gris : on en fait un grand commerce de carreau en Hollande.
Le marbre de Thée qui se tire du pays de Liege du côté de Namur, est d'un noir pur, tendre, & facile à tailler ; recevant un plus beau poli que celui de Namur & de Dinant. Il est par conséquent très-propre aux ouvrages de sculpture. On en voit quelques chapiteaux corinthiens dans les églises de Flandres, & plusieurs têtes & bustes à Paris.
Le marbre blanc veiné qui vient de Carrare, est d'un bleu foncé sur un fond blanc, mêlé de taches grises & de grandes veines. Ce marbre est sujet à jaunir & à se tacher. On en fait des piédestaux, entablemens, & autres ouvrages d'Architecture ; de ce marbre est la plus grande partie du tombeau de M. le Chancelier le Tellier, dans l'église de S. Gervais à Paris.
Le marbre de Margorre qui se tire du Milanez, est fort dur & assez commun. Sa couleur est d'un fond bleu, mêlé de quelques veines brunes, couleur de fer ; une partie du dôme de Milan en a été bâti.
Le marbre noir & blanc qui se tire de l'abbaye Leff près de Dinant, a le fond d'un noir très-pur avec quelques veines fort blanches. De ce marbre sont les quatre colonnes corinthiennes du maître-autel de l'Eglise des Carmélites du faubourg S. Jacques.
Le marbre de Barbançon qui se tire du pays de Hainaut, est un marbre noir veiné de blanc qui est assez commun. Les six colonnes torses composites du baldaquin du Val-de-Grace, l'architrave de corniche corinthienne de l'autel de la chapelle de Créqui aux Capucines, sont de ce marbre. Le plus beau est celui dont le noir est le plus noir, & dont les veines sont les plus blanches & déliées.
Le marbre de Givet se tire près de Charlemont, sur les frontieres de Luxembourg. Sa couleur est d'un noir veiné de blanc, mais moins brouillé que le Barbançon. Les marches du baldaquin du Val-de-Grace sont de ce marbre.
Le marbre de Portor se tire du pié des Alpes, aux environs de Carrare. Il en est de deux sortes ; l'un qui a le fond très-noir mêlé de quelques taches & veines jaunes dorées, est le plus beau ; l'autre dont les veines sont blanchâtres est moins estimé. On voit de ce marbre deux colonnes ioniques au tombeau de Jacques de Valois duc d'Angoulême, dans l'église des Minimes de la Place royale ; deux autres de même ordre dans la chapelle de Rostaing de l'église des Feuillans rue S. Honoré ; plusieurs autres dans l'appartement des bains à Versailles, & plusieurs tables, chambranles de cheminées, foyers, &c. au même château, à Marly & à Trianon.
Le marbre de S. Maximin est une espece de portor, dont le noir & le jaune sont très-vifs : on en voit quelques échantillons dans les magasins du roi.
Le marbre de serpentin moderne vient d'Allemagne, & sert plutôt pour des vases & autres ornemens de cette espece, que pour des ouvrages d'Architecture.
Le marbre verd moderne est de deux especes ; l'une que l'on nomme improprement verd d'Egypte, se tire près de Carrare sur les côtes de Gènes. Sa couleur est d'un verd foncé, mêlé de quelques taches de blanc & de gris-de-lin. Les deux cuves rectangulaires des fontaines de la Gloire, & de la Victoire dans le bosquet de l'arc de triomphe à Versailles, la cheminée du cabinet des bijoux, & celle du cabinet de monseigneur le dauphin à S. Germain en Laye, sont de ce marbre ; l'autre qu'on nomme verd de mer, se tire des environs. Sa couleur est d'un verd plus clair, mêlé de veines blanches. On en voit quatre colonnes ioniques dans l'église des Carmélites du faubourg saint Jacques à Paris.
Le marbre jaspé est celui qui approche du jaspe antique ; le plus beau est celui qui en approche le plus.
Le marbre de Lumachello moderne vient d'Italie, & est presque semblable à l'antique ; mais les taches n'en sont pas si bien marquées.
Le marbre de Breme qui vient d'Italie, est d'un fond jaune mêlé de taches blanches.
Le marbre occhio di pavone, oeil de paon, vient aussi d'Italie, & est mêlé de taches blanches, bleuâtres, & rouges, ressemblantes en quelque sorte aux especes d'yeux qui sont au bout des plumes de la queue des paons ; ce qui lui a fait donner ce nom.
Le marbre porta sancta ou serena, de la porte sainte ou seraine, est un marbre mêlé de grandes taches & de veines grises, jaunes & rougeâtres : on en voit quelques échantillons dans les magasins du roi.
Le marbre fior di persica, ou fleur de pêcher, qui vient d'Italie, est mêlé de taches blanches, rouges & un peu jaunes : on voit de ce marbre dans les magasins du roi.
Le marbre di Vescovo, ou de l'évêque, qui vient aussi d'Italie, est mêlé de veines verdâtres, traversées de bandes blanches, allongées, arrondies & transparentes.
Le marbre de brocatelle, appellé brocatelle d'Espagne, & qui se tire d'une carriere antique de Tortose en Andalousie, est très-rare. Sa couleur est mêlée de petites nuances de couleurs jaune, rouge, grise, pâle & isabelle. Les quatre colonnes du maître-autel des Mathurins à Paris sont de ce marbre ; ainsi que quelques chambranles de cheminées à Trianon, & quelques petits blocs dans les magasins du roi.
Le marbre de Boulogne est une espece de brocatelle qui vient de Picardie, mais dont les taches sont plus grandes, & mêlées de quelques filets rouges. Le jubé de l'église métropolitaine de Paris en est construit.
Le marbre de Champagne qui tient de la brocatelle, est mêlé de bleu par taches rondes comme des yeux de perdrix ; il s'en trouve encore d'autres mêlés par nuances de blanc & de jaune pâle.
Le marbre de Sainte Baume se tire du pays de ce nom en Provence. Sa couleur est d'un fond blanc & rouge, mêlé de jaune approchant de la brocatelle. Ce marbre est fort rare, & a valu jusqu'à 60 livres le pié cube. Il s'en voit deux colonnes corinthiennes à une chapelle à côté du maître-autel de l'église du Calvaire au Marais.
Le marbre de Tray qui se tire près Sainte Baume en Provence, ressemble assez au précédent. Sa couleur est un fond jaunâtre, tacheté d'un peu de rouge, de blanc & de gris mêlé. Les pilastres ioniques du sallon du château de Seaux, quelques chambranles de cheminées au même château, quelques autres à Trianon, sont de ce marbre.
Le marbre de Languedoc est de deux especes ; l'une qui se tire près de la ville de Cosne en Languedoc, est très-commun. Sa couleur est d'un fond rouge, de vermillon sale, entremêlé de grandes veines & taches blanches. On l'emploie pour la décoration des principales cours, vestibules, péristiles, &c. Les retraites de la nef de S. Sulpice, l'autel de Notre-Dame de Savonne dans l'église des Augustins déchaussés à Paris, ainsi que les quatorze colonnes ioniques de la cour du château de Trianon, sont de ce marbre ; l'autre qui vient de Narbonne, & qui est de couleur blanche, grise & bleuâtre, est beaucoup plus estimé.
Le marbre de Roquebrue qui se tire à sept lieues de Narbonne, est à-peu-près semblable à celui du Languedoc, & ne différe qu'en ce que ses taches blanches sont toutes en forme de pommes rondes : il s'en trouve plusieurs blocs dans les magasins du roi.
Le marbre de Caen en Normandie, est presque semblable à celui de Languedoc, mais plus brouillé, & moins vif en couleur. Il se trouve de ce marbre à Valery en Bourgogne, au tombeau de Henri de Bourbon prince de Condé.
Le marbre de griotte, ainsi appellé, parce que sa couleur approche beaucoup des griottes ou cerises, se tire près de Cosne en Languedoc, & est d'un rouge foncé, mêlé de blanc sale ; le chambranle de la cheminée du grand appartement du roi à Trianon, est de ce marbre.
Le marbre de bleu turquin vient des côtes de Gènes. Sa couleur est mêlée de blanc sale, sujette à jaunir & à se tacher. De ce marbre sont l'embassement du piédestal de la statue équestre de Henri IV. sur le pont-neuf, & les huit colonnes respectivement opposées dans la colonnade de Versailles.
Le marbre Serancolin se tire d'un endroit appellé le Val d'or, ou la vallée d'or, près Serancolin & des Pyrénées en Gascogne. Sa couleur est d'un rouge couleur de sang, mêlé de gris, de jaune, & de quelques endroits transparens comme l'agate ; le plus beau est très-rare, la carriere en étant épuisée. Il se trouve dans le palais des tuileries quelques chambranles de cheminées de ce marbre. Les corniches & bases des piédestaux de la galerie de Versailles, le pié du tombeau de M. le Brun dans l'église de S. Nicolas du Chardonnet, sont aussi de ce marbre : on en voit dans les magasins du roi des blocs de douze piés, sur dix-huit pouces de grosseur.
Le marbre de Balvacaire se tire au bas de Saint-Bertrand, près Comminges en Gascogne. Sa couleur est d'un fond verdâtre, mêlée de quelques taches rouges, & fort peu de blanches : il s'en trouve dans les magasins du roi.
Le marbre de campan se tire des carrieres près Tarbes en Gascogne, & se nomme de la couleur qui y domine le plus : il y en a de blanc, de rouge, de verd & d'isabelle, mêlé par taches & par veines. Celui que l'on nomme verd de campan est d'un verd très-vif, mêlé seulement de blanc, & est fort commun. On en fait des chambranles, tables, foyers, &c. Les plus grands morceaux que l'on en ait, sont les huit colonnes ioniques du château de Trianon.
Le marbre de siguan qui est d'un verd brun mêlé de taches rouges, qui sont quelquefois de couleur de chair mêlée de gris, & de quelques filets verds dans un même morceau ; il ressemble assez au moindre campan verd. Le piédestal extraordinaire de la colonne funéraire d'Anne de Montmorency, Connétable de France, aux Célestins ; les piédestaux, socles & appuis de l'autel des Minimes de la Place royale, & les quatre pilastres corinthiens de la chapelle de la Vierge dans l'église des Carmes déchaussés à Paris, sont de ce marbre.
Le marbre de Savoie qui se tire du pays de ce nom, est d'un fond rouge, mêlé de plusieurs autres couleurs, qui semblent être mastiquées. De ce marbre sont les deux colonnes ioniques de la porte de l'hôtel-de-ville de Lyon.
Le marbre de gauchenet qui se tire près de Dinant, est d'un fond rouge brun, tacheté & mêlé de quelques veines blanches. On voit de ce marbre quatre colonnes au tombeau du cardinal de Birague, dans l'église de la Couture sainte Catherine ; quatre aux autels de saint Ignace & de saint François Xavier, dans l'église de Saint Louis des peres Jésuites, rue saint Antoine ; six au maître-autel de l'église de saint Eustache ; quatre à celui de l'église des Cordeliers, & quatre au maître-autel de l'église des Filles-Dieu, rue saint Denis, toutes d'ordre corinthien.
Le marbre de Leff, abbaye près de Dinant, est d'un rouge pâle, avec de grandes plaques & quelques veines blanches. Le chapiteau du sanctuaire derriere le baldaquin du Val-de-grace à Paris, est de ce marbre.
Le marbre de rance qui se tire du pays de Hainaut, & qui est très-commun, est aussi de différente beauté. Sa couleur est d'un fond rouge sale, mêlé de taches, & de veines bleues & blanches. Les plus grands morceaux que l'on en ait à Paris, sont les six colonnes corinthiennes du maître-autel de l'église de la Sorbonne. On en voit à la chapelle de la Vierge de la même église, quatre autres de même ordre & de moyenne grandeur ; & huit plus petites aux quatre autres petits autels. Les huit colonnes ioniques de la clôture de saint Martin des champs, les huit composites aux autels de sainte Marguerite, & de saint Casimir dans l'église de saint Germain des Prés, sont de ce marbre. Les plus beaux morceaux que l'on en voit, sont les quatre colonnes & les quatre pilastres françois de la galerie de Versailles, les vingt-quatre doriques du balcon du milieu du château ; ainsi que les deux colonnes corinthiennes de la chapelle de Créqui aux Capucines.
Le marbre de Bazalto a le fond d'un brun clair & sans tache, avec quelques filets gris seulement, mais si déliés, qu'ils ressemblent à des cheveux qui commencent à grisonner : on en voit quelques tables dans les appartemens du Roi.
Le marbre d'Auvergne, qui se tire de cette province, est d'un fond couleur de rose, mêlé de violet, de jaune & de verd ; il se trouve dans la piece entre la salle des ambassadeurs & le sallon de la grande galerie à Versailles, un chambranle de cheminée de ce marbre.
Le marbre de Bourbon, qui se tire du pays de ce nom, est d'un gris bleuâtre & d'un rouge sale, mêlé de veines de jaune sale. On en fait communément des compartimens de pavé de sallons, vestibules, péristiles, &c. Le chambranle de la cheminée de la salle du bal à Versailles, & la moitié du pavé au premier étage de la galerie du nord, de plein-pié à la chapelle, sont de ce marbre.
Le marbre de Hon, qui vient de Liege, est de couleur grisâtre & blanche, mêlé d'un rouge couleur de sang. Les piédestaux, architraves & corniches du maître autel de l'église de S. Lambert à Liege, sont de ce marbre.
Le marbre de Sicile est de deux especes ; l'un que l'on nomme ancien, & l'autre moderne. Le premier est d'un rouge brun, blanc & isabelle, & par taches quarrées & longues, semblables à du taffetas rayé ; ses couleurs sont très-vives. Les vingt-quatre petites colonnes corinthiennes du tabernacle des PP. de l'Oratoire rue saint Honoré, ainsi que quelques morceaux de dix à douze piés de long dans les magasins du Roi, sont de ce marbre. Le second, qui ressemble à l'ancien, est une espece de breche de Vérone ; voyez ci-après. On en voit quelques chambranles & attiques de cheminée dans le château de Meudon.
Le marbre de Suisse est d'un fond bleu d'ardoise, mêlé par nuance de blanc pâle.
Des marbres de breches modernes. La breche blanche est mêlée de brun, de gris, de violet, & de grandes taches blanches.
La breche noire ou petite breche est d'un fond gris, brun, mêlé de taches noires & quelques petits points blancs. Le socle & le fond de l'autel de Notre-Dame de Savonne, dans l'église des PP. Augustins déchaussés à Paris, sont de ce marbre.
La breche dorée est mêlée de taches jaunes & blanches. Il s'en trouve des morceaux dans les magasins du Roi.
La breche coraline ou serancoline a quelques taches de couleur de corail. Le chambranle de la principale piece du grand appartement de l'hôtel de Saint-Pouange à Paris, est de ce marbre.
La breche violette ou d'Italie moderne a le fond brun, rougeâtre, avec de longues veines ou taches violettes mêlées de blanc. Ce marbre est très-beau pour les appartemens d'été ; mais si on le néglige & qu'on n'ait pas soin de l'entretenir, il passe, se jaunit, & est sujet à se tacher par la graisse, la cire, la peinture, l'huile, &c.
La breche isabelle est mêlée de taches blanches, violettes & pâles, avec de grandes plaques de couleur isabelle. Les quatre colonnes doriques isolées dans le vestibule de l'appartement des bains à Versailles, sont de ce marbre.
La breche des Pyrénées est d'un fond brun, mêlé de gris & de plusieurs autres couleurs. De ce marbre sont deux belles colonnes corinthiennes au fond du maître autel de Saint Nicolas des Champs à Paris.
La breche grosse ou grosse breche, ainsi appellée parce qu'elle a toutes les couleurs des autres breches, est mêlée de taches rouges, grises, jaunes, bleues, blanches & noires. Des quatre colonnes qui portent la châsse de Sainte Génevieve dans l'église de ce nom à Paris, les deux de devant sont de ce marbre.
La breche de Vérone est entremêlée de bleu, de rouge pâle & cramoisi. Il s'en trouve un chambranle de cheminée dans la derniere piece de Trianon, sous le bois du côté des sources.
La breche sauveterre est mêlée de taches noires, grises & jaunes. Le tombeau de la mere de M. Lebrun premier peintre du Roi, qui est dans sa chapelle à Saint Nicolas du chardonnet, est de ce marbre.
La breche saraveche a le fond brun & violet, mêlé de grandes taches blanches & isabelles. Les huit colonnes corinthiennes du maître autel des grands Augustins, sont de ce marbre.
La breche saraveche petite, ou petite breche saraveche n'est appellée ainsi que parce que les taches en sont plus petites.
La breche sette bazi ou de sept bases, a le fond brun, mêlé de petites taches rondes de bleu sale. Il s'en trouve dans les magasins du Roi.
Il se trouve encore à Paris plusieurs autres marbres, comme celui d'Antin, de Laval, de Cerfontaine de Bergoopzom, de Montbart, de Malplaquet, de Merlemont, de Saint-Remy & le royal, ainsi que quelques breches, comme celle de Florence, de Florieres, d'Alet, &c.
Les marbres antiques s'emploient par corvée, & se payent à proportion de leur rareté ; les marbres modernes se payent depuis douze livres jusqu'à cent livres le pié cube, façon à part, à proportion de leur beauté & de leur rareté.
Des défauts du marbre. Le marbre, ainsi que la pierre, a des défauts qui peuvent le faire rebuter : ainsi on appelle.
Marbre fier celui qui, à cause de sa trop grande dureté, est difficile à travailler, & sujet à s'éclater comme tous les marbres durs.
Marbre pouf, celui qui est de la nature du grais, & qui étant travaillé ne peut retenir ses arêtes vives, tel est le marbre blanc des Grecs, celui des Pyrénées & plusieurs autres.
Marbre terrasseux, celui qui porte avec lui des parties tendres appellées terrasses, qu'on est souvent obligé de remplir de mastic, tel que le marbre du Languedoc, celui de Hon, & la plûpart des breches.
Marbre filardeux, celui qui a des fils qui le traversent, comme celui de Sainte-Baume, le serancolin, le rance, & presque tous les marbres de couleur.
Marbre camelotté, celui qui étant de même couleur après avoir été poli, paroît tabisé, comme le marbre de Namur & quelques autres.
Du marbre selon ses façons. On appelle marbre brut celui qui étant sorti de la carriere en bloc d'échantillon ou par quartier, n'a pas encore été travaillé.
Marbre dégrossi, celui qui est débité dans le chantier à la scie, ou seulement équarri au marteau, selon la disposition d'un vase, d'une figure, d'un profil, ou autre ouvrage de cette espece.
Marbre ébauché, celui qui ayant déjà reçu quelques membres de sculpture ou d'architecture, est travaillé à la double pointe (fig. 89.) pour l'un, & approché avec le ciseau pour l'autre.
Marbre piqué, celui qui est travaillé avec la pointe du marteau (fig. 91.) pour détacher les avant-corps des arriere-corps dans l'extérieur des ouvrages rustiques.
Marbre matte, celui qui est frotté avec de la prêle (a) ou de la peau de chien de mer (b), pour détacher des membres d'architecture ou de sculpture de dessus un fond poli.
Marbre poli, celui qui ayant été frotté avec le grais & le rabot (c) & ensuite repassé avec la pierre de ponce, est poli à force de bras avec un tampon de linge, & de la potée d'émeril pour les marbres de couleur, & de la potée d'étain pour les marbres blancs, celle d'émeril les roussissant. Il est mieux de se servir, ainsi qu'on le pratique en Italie, d'un morceau de plomb au lieu de linge, pour donner au marbre un plus beau poli & de plus longue durée ; mais il en coûte beaucoup plus de tems & de peine. Le marbre sale, terne ou taché, se repolit de la même maniere. Les taches d'huile, particulierement sur le blanc, ne peuvent s'effacer, parce qu'elles pénétrent.
Marbre fini, celui qui ayant reçu toutes les opérations de la main-d'oeuvre, est prêt à être posé en place.
Marbre artificiel, celui qui est fait d'une composition de gypse en maniere de stuc, dans laquelle on met diverses couleurs pour imiter le marbre. Cette composition est d'une consistance assez dure & reçoit le poli, mais sujette à s'écailler. On fait encore d'autres marbres artificiels avec des teintures corrosives sur du marbre blanc, qui imitent les différentes couleurs des autres marbres, en pénétrant de plus de quatre lignes dans l'épaisseur du marbre : ce qui fait que l'on peut peindre dessus des figures & des ornemens de toute espece : ensorte que si l'on pouvoit débiter ce marbre par feuilles très-minces, on en auroit autant de tableaux de même façon. Cette invention est de M. le comte de Cailus.
Marbre feint, peinture qui imite la diversité des couleurs, veines & accidens des marbres, à laquelle on donne une apparence de poli sur le bois ou sur la pierre, par le vernis que l'on pose dessus.
De la brique en général. La brique est une espece de pierre artificielle, dont l'usage est très-nécessaire dans la construction des bâtimens. Non-seulement on s'en sert avantageusement au lieu de pierre, de moilon ou de plâtre, mais encore il est de certains genres de construction qui exigent de l'employer préférablement à tous les autres matériaux, comme pour des voûtes legeres, qui exigent des murs d'une moindre épaisseur pour en retenir la poussée ; pour des languettes (d) de cheminées, des contre-coeurs, des foyers, &c. nous avons vu ci-devant que cette pierre étoit rougeâtre & qu'elle se jettoit en moule ; nous allons voir maintenant de quelle maniere elle se fabrique, connoissance d'autant plus nécessaire, que dans de certains pays il ne s'y trouve souvent point de carrieres à pierre ni à plâtre, & que par-là on est forcé de faire usage de brique, de chaux & de sable.
De la terre propre à faire de la brique. La terre la plus propre à faire de la brique est communément appellée terre glaise ; la meilleure doit être de couleur grise ou blanchâtre, grasse, sans graviers ni cailloux, étant plus facile à corroyer. Ce soin étoit fort recommandé par Vitruve, en parlant de celles dont les anciens se servoient pour les cloisons, murs, planchers, &c. qui étoient mêlées de foin & de paille hachée, & point cuites, mais seulement séchées au soleil pendant quatre ou cinq ans, parce
(a) Prêle, espece de plante aquatique très-rude.
(e) Chien de mer, sorte de poisson de mer dont la peau d'une certaine rudesse est très-bonne pour cet usage.
(b) Rabot, est un morceau de bois dur avec lequel on frotte le marbre.
(d) Espece de cloison qui sépare plusieurs tuyaux de cheminée dans une souche.
que, disoit-il, elles se fendent & se détrempent lorsqu'elles sont mouillées à la pluie.
La terre qui est rougeâtre est beaucoup moins estimée pour cet usage, les briques qui en sont faites étant plus sujettes à se feuilleter & à se réduire en poudre à la gelée.
Vitruve prétend qu'il y a trois sortes de terre propres à faire de la brique ; la premiere, qui est aussi blanche que de la craie ; la seconde, qui est rouge ; & la troisieme, qu'il appelle sablon mâle. Au rapport de Perrault, les interpretes de Vitruve n'ont jamais pu décider quel étoit ce sablon mâle dont il parle, & que Pline prétend avoir été employé de son tems pour faire de la brique. Philander pense que c'est une terre solide & sablonneuse ; Barbaro dit que c'est un sable de riviere gras que l'on trouve en pelotons, comme l'encens mâle : & Baldus rapporte qu'il a été appellé mâle, parce qu'il étoit moins aride que l'autre sable. Au reste, sans prendre garde scrupuleusement à la couleur, on reconnoîtra qu'une terre est propre à faire de bonnes briques, si après une petite pluie on s'apperçoit qu'en marchant dessus elle s'attache aux piés & s'y amasse en grande quantité, sans pouvoir la détacher facilement, ou si en la paîtrissant dans les mains on ne peut la diviser sans peine.
De la maniere de faire la brique. Après avoir choisi un espace de terre convenable, & l'ayant reconnu également bonne par-tout, il faut l'amasser par monceaux & l'exposer à la gelée à plusieurs reprises, ensuite la corroyer avec la houe (fig. 118.) ou le rabot (fig. 117.), & la laisser reposer alternativement jusqu'à quatre ou cinq fois. L'hiver est d'autant plus propre pour cette préparation, que la gelée contribue beaucoup à la bien corroyer.
On y mêle quelquefois de la bourre & du poil de boeuf pour la mieux lier, ainsi que du sablon pour la rendre plus dure & plus capable de resister au fardeau lorsqu'elle est cuite. Cette pâte faite, on la jette par motte dans des moules faits de cadres de bois de la même dimension qu'on veut donner à la brique ; & lorsqu'elle est à demi seche, on lui donne avec le couteau la forme que l'on juge à-propos.
Le tems le plus propre à la faire sécher, selon Vitruve, est le printems & l'automne, ne pouvant sécher en hiver, & la grande chaleur de l'été la séchant trop promtement à l'extérieur, ce qui la fait fendre, tandis que l'intérieur reste humide. Il est aussi nécessaire, selon lui, en parlant des briques crues, de les laisser sécher pendant deux ans, parce qu'étant employées nouvellement faites, elles se resserrent & se séparent à mesure qu'elles se sechent : d'ailleurs l'enduit qui les retient ne pouvant plus se soutenir, se détache & tombe ; & la muraille s'affaissant de part & d'autre inégalement, fait périr l'édifice.
Le même auteur rapporte encore que de son tems dans la ville d'Utique il n'étoit pas permis de se servir de brique pour bâtir qu'elle n'eût été visitée par le magistrat, & qu'on eût été sûr qu'elle avoit séché pendant cinq ans. On se sert encore maintenant de briques crues, mais ce n'est que pour les fours à chaux (fig. 29.), à tuile ou à brique (fig. 27.)
La meilleure brique est celle qui est d'un rouge pâle tirant sur le jaune, d'un grain serré & compacte, & qui lorsqu'on la frappe rend un son clair & net. Il arrive quelquefois que les briques faites de même terre & préparées de même, sont plus ou moins rouges les unes que les autres, lorsqu'elles sont cuites, & par conséquent de différente qualité : ce qui vient des endroits où elles ont été placées dans le four, & où le feu a eu plus ou moins de force pour les cuire. Mais la preuve la plus certaine pour connoître la meilleure, sur-tout pour des édifices de quelque importance, est de l'exposer à l'humidité & à la gelée pendant l'hiver, parce que celles qui y auront résisté sans se feuilleter, & auxquelles il ne sera arrivé aucun inconvénient considérable, pourront être mises en oeuvre en toute sûreté.
Autrefois on se servoit à Rome de trois sortes de briques ; la premiere qu'on appelloit didodoron, qui avoit deux palmes en quarré ; la seconde, tetradoron, qui en avoit quatre ; & la troisieme, pentadoron, qui en avoit cinq : ces deux dernieres manieres ont été long-tems employées par les Grecs. On faisoit encore à Rome des demi-briques & des quarts de briques, pour placer dans les angles des murs & les achever. La brique que l'on faisoit autrefois, au rapport de Vitruve, à Calente en Espagne, à Marseille en France, & à Pitence en Asie, nageoit sur l'eau comme la pierre-ponce, parce que la terre dont on la faisoit étoit très-spongieuse, & que ses pores externes étoient tellement serrés lorsqu'elle étoit seche, que l'eau n'y pouvoit entrer, & par conséquent la faisoit surnager. La grandeur des briques dont on se sert à Paris & aux environs, est ordinairement de huit pouces de longueur, sur quatre de largeur & deux d'épaisseur, & se vend depuis 30 jusqu'à 40 livres le millier.
Il faut éviter de les faire d'une grandeur & d'une épaisseur trop considérable, à moins qu'on ne leur donne pour sécher un tems proportionné à leur grosseur ; parce que sans cela la chaleur du feu s'y communique inégalement, & le coeur étant moins atteint que la superficie, elles se gersent & se fendent en cuisant.
La tuile pour les couvertures des bâtimens, le carreau pour le sol des appartemens, les tuyaux de grais pour la conduite des eaux, les boisseaux pour les chausses d'aisance, & généralement toutes les autres poteries de cette espece, se font avec la même terre, se préparent & se cuisent exactement de la même maniere. Ainsi ce que nous avons dit de la brique, peut nous instruire pour tout ce que l'on peut faire en pareille terre.
Du plâtre en général. Le plâtre du grec propre à être formé, est d'une propriété très-importante dans le bâtiment. Sa cuisson fait sa vertu principale. C'est sans doute par le feu qu'il acquiert la qualité qu'il a, non-seulement de s'attacher lui-même, mais encore d'attacher ensemble les corps solides. Comme la plus essentielle est la promtitude de son action, & qu'il se suffit à lui-même pour faire un corps solide, lorsqu'il a reçu toutes les préparations dont il a besoin, il n'y a point de matiere dont on puisse se servir avec plus d'utilité dans la construction.
De la pierre propre à faire le plâtre. La pierre propre à faire du plâtre se trouve dans le sein de la terre, comme les autres pierres. On n'en trouve des carrieres qu'aux environs de Paris, comme à Montmartre, Belleville, Meudon, & quelques autres endroits. Il y en a de deux especes : l'une dure, & l'autre tendre. La premiere est blanche & remplie de petits grains luisans : la seconde est grisâtre, & sert, comme nous l'avons dit ci-devant, à la construction des bicoques & murs de clôtures dans les campagnes. L'une & l'autre se calcinent au feu, se blanchissent & se réduisent en poudre après la cuisson. Mais les ouvriers préferent la derniere, étant moins dure à cuire.
De la maniere de faire cuire le plâtre. La maniere de faire cuire le plâtre consiste à donner un degré de chaleur capable de dessecher peu-à-peu l'humidité qu'il renferme, de faire évaporer les parties qui le lient, & de disposer aussi le feu de maniere que la chaleur agisse toujours également sur lui. Il faut encore arranger dans le four les pierres qui doivent être calcinées, ensorte qu'elles soient toutes également embrasées par le feu, & prendre garde que le plâtre ne soit trop cuit ; car alors il devient aride & sans liaison, & perd la qualité que les ouvriers appellent l'amour du plâtre ; la même chose peut arriver encore à celui qui auroit conservé trop d'humidité, pour s'être trouvé pendant la cuisson à une des extrêmités du four.
Le plâtre bien cuit se connoît lorsqu'en le maniant on sent une espece d'onctuosité ou graisse, qui s'attache aux doigts ; ce qui fait qu'en l'employant il prend promtement, se durcit de même, & fait une bonne liaison ; ce qui n'arrive point lorsqu'il a été mal cuit.
Il doit être employé le plus tôt qu'il est possible, en sortant du four, si cela se peut : car étant cuit, il devient une espece de chaux, dont les esprits ne peuvent jamais être trop-tôt fixés : du-moins si on ne peut l'employer sur le champ, faut-il le tenir à couvert dans les lieux secs & à l'abri du soleil ; car l'humidité en diminue la force, l'air dissipe ses esprits & l'évente, & le soleil l'échauffe & le fait fermenter : ressemblant en quelque sorte, suivant M. Belidor, à une liqueur exquise qui n'a de saveur qu'autant qu'on a eu soin d'empêcher ses esprits de s'évaporer. Cependant lorsque dans un pays où il est cher, on est obligé de le conserver, il faut alors avoir soin de le serrer dans des tonneaux bien fermés de toute part, le placer dans un lieu bien sec, & le garder le moins de tems qu'il est possible.
Si l'on avoit quelque ouvrage de conséquence à faire, & qu'il fallût pour cela du plâtre cuit à propos, il faudroit alors envoyer à la carriere, prendre celui qui se trouve au milieu du four, étant ordinairement plus tôt cuit que celui des extrêmités. Je dis au milieu du four, parce que les ouvriers ont bien soin de ne jamais le laisser trop cuire, étant de leur intérêt de consommer moins de bois. Sans cette précaution, on est sûr d'avoir toujours de mauvais plâtre : car, après la cuisson, ils le mêlent tout ensemble ; & quand il est en poudre, celui des extrêmités du four & celui du milieu sont confondus. Ce dernier qui eût été excellent, s'il avoit été employé à part, est altéré par le mêlange que l'on en fait, & ne vaut pas à beaucoup près ce qu'il valoit auparavant.
Il faut aussi éviter soigneusement de l'employer pendant l'hiver ou à la fin de l'automne, parce que le froid glaçant l'humidité de l'eau avec laquelle il a été gaché (e), & l'esprit du plâtre étant amorti, il ne peut plus faire corps ; & les ouvrages qui en sont faits tombent par éclats, & ne peuvent durer long-tems.
Le plâtre cuit se vend 10 à 11 livres le muid, contenant 36 sacs, ou 72 boisseaux, mesure de Paris, qui valent 24 piés cubes.
Du plâtre selon ses qualités. On appelle plâtre cru la pierre propre à faire le plâtre, qui n'a pas encore été cuite au four, & qui sert quelquefois de moilons après l'avoir exposé long-tems à l'air.
Plâtre blanc, celui qui a été rablé, c'est-à-dire dont on a ôté tout le charbon provenant de la cuisson ; précaution qu'il faut prendre pour les ouvrages de sujétion.
Plâtre gris, celui qui n'a pas été rablé, étant destiné pour les gros ouvrages de maçonnerie.
Plâtre gras, celui qui, comme nous l'avons dit, étant cuit à-propos, est doux & facile à employer.
Plâtre vert, celui qui ayant été mal cuit, se dissout en l'employant, ne fait pas corps, & est sujet à se gerser, à se fendre & à tomber par morceau à la moindre gelée.
Plâtre mouillé, celui qui ayant été exposé à l'humidité ou à la pluie, a perdu par-là la plus grande partie de ses esprits, & est de nulle valeur.
Plâtre éventé, celui qui ayant été exposé trop long-tems à l'air, après avoir été pulvérisé, a de la peine à prendre, & fait infailliblement une mauvaise construction.
Du plâtre selon ses façons. On appelle gros plâtre celui qui ayant été concassé grossierement à la carriere, est destiné pour la construction des fondations, ou des gros murs bâtis en moilon ou libage, ou pour hourdir (f) les cloisons, bâtis de charpente, ou tout autre ouvrage de cette espece. On appelle encore de ce nom les gravois criblés ou rebattus, pour les renformis (g), hourdis ou gobetayes. (h)
Plâtre au panier, celui qui est passé dans un manequin d'osier clair (fig. 139.), & qui sert pour les crépis (i), renformis, &c.
Plâtre au sas, celui qui est fin, passé au sas (k), & qui sert pour les enduits (l) des membres d'architecture & de sculpture.
Toutes ces manieres d'employer le plâtre exigent aussi de le gacher serré, clair ou liquide.
On appelle plâtre gaché-serré celui qui est le moins abreuvé d'eau, & qui sert pour les gros ouvrages, comme enduits, scellement, &c.
Plâtre gaché clair, celui qui est un peu plus abreuvé d'eau, & qui sert à traîner au calibre des membres d'architectures, comme des chambranles, corniches, cimaises, &c.
Plâtre gaché liquide, celui qui est le plus abreuvé d'eau, & qui sert pour couler, caler, ficher & jointoyer les pierres, ainsi que pour les enduits des cloisons, plafonds, &c.
De la chaux en général. La chaux, du latin calx, est une pierre calcinée, & cuite au four, qui se détrempe avec de l'eau, comme le plâtre : mais qui ne pouvant agir seule comme lui pour lier les pierres ensemble, a besoin d'autres agens, tels que le sable, le ciment ou la pozzolane, pour la faire valoir. Si l'on piloit, dit Vitruve, des pierres avant que de les cuire, on ne pourroit en rien faire de bon : mais si on les cuit assez pour leur faire perdre leur premiere solidité & l'humidité qu'elles contiennent naturellement, elles deviennent poreuses & remplies d'une chaleur intérieure, qui fait qu'en les plongeant dans l'eau avant que cette chaleur soit dissipée, elles acquierent une nouvelle force, & s'échauffent par l'humidité qui, en les refroidissant, pousse la chaleur au-dehors. C'est ce qui fait que quoique de même grosseur, elles pesent un tiers de moins après la cuisson.
De la pierre propre à faire de la chaux. Toutes les pierres sur lesquelles l'eau-forte agit & bouillonne, sont propres à faire de la chaux ; mais les plus dures & les plus pesantes sont les meilleures. Le marbre même, lorsqu'on se trouve dans un pays où il est commun, est préférable à toute autre espece de pierre. Les coquilles d'huitres sont encore très-propres pour cet usage : mais en général celle qui est tirée fraîchement d'une carriere humide & à l'ombre, est très-bonne. Palladio rapporte que dans les montagnes de Padoue, il se trouve une espece de pierre écaillée, dont la chaux est excellente pour les ouvrages exposés à l'air, & ceux qui sont dans l'eau, parce qu'elle prend promtement & dure très-long-tems.
(e) Gâcher du plâtre, c'est le mêler avec de l'eau.
(f) Hourdir, est maçonner grossierement avec du mortier ou du plâtre ; c'est aussi faire l'aire d'un plancher sur des lattes.
(g) Renformis, est la réparation des vieux murs.
(h) Gobeter, c'est jetter du plâtre avec la truelle, & le faire entrer avec la main dans les joints des murs.
(i) Crépis, plâtre ou mortier employé avec un balai, sans passer la main ni la truelle par-dessus.
(k) Sas, est une espece de tamis, fig. 140.
(l) Enduit, est une couche de plâtre ou de mortier sur un mur de moilon, ou sur une cloison de charpente.
Vitruve nous assûre que la chaux faite avec des cailloux qui se rencontrent sur les montagnes, dans les rivieres, les torrens & ravins, est très-propre à la maçonnerie ; & que celle qui est faite avec des pierres spongieuses & dures, & que l'on trouve dans les campagnes, est meilleure pour les enduits & crépis. Le même auteur ajoute que plus une pierre est poreuse, plus la chaux qui en est faite est tendre ; plus elle est humide, plus la chaux est tenace ; plus elle est terreuse, plus la chaux est dure ; & plus elle a de feu, plus la chaux est fragile.
Philibert Delorme conseille de faire la chaux avec les mêmes pierres avec lesquelles on bâtit, parce que, dit-il, les sels volatils dont la chaux est dépourvue après sa cuisson, lui sont plus facilement rendus par des pierres qui en contiennent de semblables.
De la maniere à faire cuire la chaux. On se sert pour cuire la chaux de bois ou de charbon de terre, mais ce dernier est préférable, & vaut beaucoup mieux ; parce que non-seulement il rend la chaux beaucoup plus grasse & plus onctueuse, mais elle est bien plutôt cuite. La meilleure chaux, selon cet auteur, est blanche, grasse, sonore, point éventée ; en la mouillant, rend une fumée abondante ; & lorsqu'on la détrempe, elle se lie fortement au rabot, fig. 117. On peut encore juger de sa bonté après la cuisson, si en mêlant un peu de pulvérisée avec de l'eau que l'on bat un certain tems, on s'apperçoit qu'elle s'unit comme de la colle.
Il est bon de savoir que plus la chaux est vive, plus elle foisonne en l'éteignant, plus elle est grasse & onctueuse, & plus elle porte de sable.
Si la qualité de la pierre peut contribuer beaucoup à la bonté de la chaux, aussi la maniere de l'éteindre avant que de l'unir avec le sable ou le ciment, peut réparer les vices de la pierre, qui ne se rencontre pas également bonne par-tout où l'on veut bâtir.
De la maniere d'éteindre la chaux. L'usage ordinaire d'éteindre la chaux en France, est d'avoir deux bassins A & B, fig. 30 & 31. L'un A tout-à-fait hors de terre, & à environ deux piés & demi d'élévation, est destiné à éteindre la chaux : l'autre B creusé dans la terre à environ six piés plus ou moins de profondeur, est destiné à la recevoir lorsqu'elle est éteinte. Le premier sert à retenir les corps étrangers, qui auroient pu se rencontrer dans la chaux vive, & à ne laisser passer dans le second que ce qui doit y être reçu. Pour cet effet, on a soin de pratiquer non-seulement dans le passage C qui communique de l'un à l'autre, une grille pour retenir toutes les parties grossieres, mais encore de tenir le fond de ce bassin plus élevé du côté du passage C ; afin que ces corps étrangers demeurent dans l'endroit le plus bas, & ne puissent couler dans le second bassin. Ces précautions une fois prises, on nettoyera bien le premier qu'on fermera hermétiquement dans sa circonférence, & que l'on emplira d'eau & de chaux en même tems. Il faut prendre garde de mettre trop ou trop peu d'eau ; car le trop la noye & en diminue la force, & le trop peu la brûle, dissout ses parties & la réduit en cendre : ceci fait, on la tourmentera à force de bras avec le rabot (fig. 117.) pendant quelque tems, & à diverses reprises ; après quoi on la laissera couler d'elle-même dans le second bassin, en ouvrant la communication C de l'un à l'autre, & la tourmentant toujours jusqu'à ce que le bassin A soit vuidé. Ensuite on refermera le passage C, & on recommencera l'opération jusqu'à ce que le second bassin soit plein.
La chaux ainsi éteinte, on la laissera refroidir quelques jours, après lesquels on pourra l'employer. Quelques-uns prétendent que c'est-là le moment de l'employer, parce que ses sels n'ayant pas eu le tems de s'évaporer, elle en est par conséquent meilleure.
Mais si on vouloit la conserver, il faudroit avoir soin de la couvrir de bon sable, d'environ un pié ou deux d'épaisseur. Alors elle pourroit se garder deux ou trois ans sans perdre sa qualité.
Il arrive quelquefois que l'on trouve dans la chaux éteinte des parties dures & pierreuses, qu'on appelle biscuits ou recuits, qui ne sont d'aucun usage, & qui pour cela sont mis à part pour en tenir compte au marchand. Ces biscuits ne sont autre chose que des pierres qui ont été mal cuites, le feu n'ayant pas été entretenu également dans le fourneau ; c'est pour cela que Vitruve & Palladio prétendent que la chaux qui a demeuré deux ou trois ans dans le bassin, est beaucoup meilleure ; & leur raison est que s'il se rencontre des morceaux qui ayent été moins cuits que les autres, ils ont eu le tems de s'éteindre & de se détremper comme les autres. Mais Palladio en excepte celle de Padoue, qu'il faut, dit-il, employer aussi-tôt après sa fusion : car si on la garde, elle se brûle & se consomme de maniere qu'elle devient entierement inutile.
La maniere que les anciens pratiquoient pour éteindre la chaux, étoit de faire usage seulement d'un bassin creusé dans la terre, comme seroit celui B de la figure 30, qu'ils remplissoient de chaux, & qu'ils couvroient ensuite de sable, jusqu'à deux piés d'épaisseur : ils l'aspergeoient ensuite d'eau, & l'entretenoient toujours abreuvée, de maniere que la chaux qui étoit dessous pouvoit se dissoudre sans se brûler ; ce qui auroit très-bien pû arriver, sans cette précaution. La chaux ainsi éteinte, ils la laissoient, comme nous l'avons dit, deux ou trois ans dans la terre, avant que de l'employer ; & au bout de ce tems cette matiere devenoit très-blanche, & se convertissoit en une masse à-peu-près comme de la glaise, mais si grasse & si glutineuse, qu'on n'en pouvoit tirer le rabot qu'avec beaucoup de peine, & faisoit un mortier d'un excellent usage pour les enduits ou pour les ouvrages en stucs. Si pendant l'espace de ce tems on s'appercevoit que le sable se fendoit dans sa superficie, & ouvroit un passage à la fumée, on avoit soin aussi-tôt de refermer les fentes avec d'autre sable.
Les endroits qui fournissent le plus communément de la chaux à Paris & aux environs, sont Boulogne, Senlis, Corbeil, Melun, la Chaussée près Marly, & quelques autres. Celle de Boulogne qui est faite d'une pierre un peu jaunâtre, est excellente & la meilleure. On emploie à Mets & aux environs une chaux excellente qui ne se fuse point. Des gens qui n'en connoissoient pas la qualité s'aviserent d'en fuser dans des trous bien couverts de sable. L'année suivante, ils la trouverent si dure, qu'il fallut la casser avec des coins de fer, & l'employer comme du moilon. Pour bien éteindre cette chaux, dit M. Belidor, il la faut couvrir de tout le sable qui doit entrer dans le mortier, l'asperger ensuite d'eau à différente reprise. Cette chaux s'éteint ainsi sans qu'il sorte de fumée au dehors, & fait de si bon mortier, que dans ces pays-là toutes les caves en sont faites sans aucun autre mêlange que de gros gravier de riviere, & se change en un mastic si dur, que lorsqu'il a fait corps, les meilleurs outils ne peuvent l'entamer.
Comme il n'est point douteux que ce ne peut être que l'abondance des sels que contiennent de certaines pierres, qui les rendent plus propres que d'autres à faire de bonne chaux ; il est donc possible par ce moyen d'en faire d'excellente dans les pays où elle a coutume d'être mauvaise, comme on le va voir.
Il faut d'abord commencer, comme nous l'avons dit ci-dessus, par avoir deux bassins A & B, fig. 31 ; l'un A plus élevé que l'autre, mais tous deux bien pavés, & revêtus de maçonnerie bien enduite dans leur circonférence. On remplira ensuite le bassin supérieur A de chaux que l'on éteindra, & que l'on fera couler dans l'autre B comme à l'ordinaire. Lorsque tout y sera passé, on jettera dessus autant d'eau qu'on en a employé pour l'éteindre, qu'on broyera bien avec le rabot, & qu'on laissera ensuite reposer pendant vingt-quatre heures, ce qui lui donnera le tems de se rasseoir, après lequel on la trouvera couverte d'une quantité d'eau verdâtre qui contiendra presque tous ses sels, & qu'on aura soin de mettre dans des tonneaux ; puis on ôtera la chaux qui se trouvera au fond du bassin B, & qui ne sera plus bonne à rien : ensuite on éteindra de la nouvelle chaux dans le bassin supérieur A, & au lieu de se servir d'eau ordinaire, on prendra celle que l'on avoit versée dans les tonneaux, & on fera couler à l'ordinaire la chaux dans l'autre bassin B. Cette préparation la rend sans doute beaucoup meilleure, puisqu'elle contient alors deux fois plus de sel qu'auparavant. S'il s'agissoit d'un ouvrage de quelqu'importance fait dans l'eau, on pourroit la rendre encore meilleure, en recommençant l'opération une seconde fois, & une troisieme s'il étoit nécessaire. Mais la chaux qui resteroit dans le bassin B cette seconde & cette troisieme fois, ne seroit pas si dépourvue de sels, qu'elle ne pût encore servir dans les fondations, dans le massif des gros murs, ou à quelqu'autre ouvrage de peu d'importance. A la vérité il en coûtera pour cela beaucoup plus de tems & de peine ; mais il ne doit point être question d'économie lorsqu'il s'agit de certains ouvrages qui ont besoin d'être faits avec beaucoup de précaution. Ainsi, comme dit M. Bélidor, faut-il que parce que l'on est dans un pays où les matériaux sont mauvais, on ne puisse jamais faire de bonne maçonnerie, puisque l'art peut corriger la nature par une infinité de moyens ?
Il faut encore remarquer que toutes les eaux ne sont pas propres à éteindre la chaux ; celles de riviere & de source sont les plus convenables : celle de puits peut cependant être d'un bon usage, mais il ne faut pas s'en servir sans l'avoir laissée séjourner pendant quelque tems à l'air, pour lui ôter sa premiere fraîcheur qui ne manqueroit pas sans cela de resserrer les pores de la chaux, & de lui ôter son activité. Il faut sur-tout éviter de se servir d'eau bourbeuse & croupie, étant composée d'une infinité de corps étrangers capables de diminuer beaucoup les qualités de la chaux. Quelques-uns prétendent que l'eau de la mer n'est pas propre à éteindre la chaux, ou l'est très-peu, parce qu'étant salée, le mortier fait de cette chaux seroit difficile à sécher. D'autres au contraire prétendent qu'elle contribue à faire de bonne chaux, pourvû que cette derniere soit forte & grasse, parce que les sels dont elle est composée, quoique de différente nature, concourent à la coagulation du mortier ; au lieu qu'étant foible, ses sels détruisent ceux de la chaux comme leur étant inférieurs.
De la chaux selon ses façons. On appelle chaux vive celle qui bout dans le bassin lorsqu'on la détrempe.
Chaux éteinte ou fusée, celle qui est détrempée, & que l'on conserve dans le bassin. On appelle encore chaux fusée, celle qui n'ayant point été éteinte, est restée trop long-tems exposée à l'air, & dont les sels & les esprits se sont évaporés, & qui par conséquent n'est plus d'aucun usage.
Lait de chaux, ou laitance, celle qui a été détrempée claire, qui ressemble à du lait, & qui sert à blanchir les murs & plafonds.
La chaux se vend à Paris, au muid contenant douze septiers, le septier deux mines, & la mine deux minots, dont chacun contient un pié cube. On la mesure encore par futailles, dont chacune contient quatre piés cubes : il en faut douze pour un muid dont six sont mesurés combles, & les autres rases.
Du sable. Le sable, du latin sabulum, est une matiere qui differe des pierres & des cailloux ; c'est une espece de gravier de différente grosseur, âpre, raboteux & sonore. Il est encore diaphane ou opaque, selon ses différentes qualités, les sels dont il est formé, & les différens terreins où il se trouve : il y en a de quatre especes ; celui de terrein ou de cave, celui de riviere, celui de ravin, & celui de mer. Le sable de cave est ainsi appellé, parce qu'il se tire de la fouille des terres, lorsque l'on construit des fondations de bâtiment. Sa couleur est d'un brun noir. Jean Martin, dans sa traduction de Vitruve, l'appelle sable de fossé. Philibert de Lorme l'appelle sable de terrein. Perrault n'a point voulu lui donner ce nom, de peur qu'on ne l'eût confondu avec terreux, qui est le plus mauvais dont on puisse jamais se servir. Les ouvriers l'appellent sable de cave, qui est l'arena di cava des Italiens. Ce sable est très-bon lorsqu'il a été séché quelque tems à l'air. Vitruve prétend qu'il est meilleur pour les enduits & crépis des murailles & des plafonds, lorsqu'on l'emploie nouvellement tiré de la terre ; car si on le garde, le soleil & la lune l'alterent, la pluie le dissout, & le convertit en terre. Il ajoute encore qu'il vaut beaucoup mieux pour la maçonnerie que pour les enduits, parce qu'il est si gras & se seche si promtement, que le mortier se gerse ; c'est pourquoi, dit Palladio, on l'emploie préférablement dans les murs & les voutes continues.
Ce sable se divise en deux especes ; l'une que l'on nomme sable mâle, & l'autre sable femelle. Le premier est d'une couleur foncée & égale dans son même lit ; l'autre est plus pâle & inégale.
Le sable de riviere est jaune, rouge, ou blanc, & se tire du fond des rivieres ou des fleuves, avec des dragues, fig. 119. faites pour cet usage ; ce qu'on appelle draguer. Celui qui est près du rivage est plus aisé à tirer ; mais n'est pas le meilleur, étant sujet à être mêlé & couvert de vase ; espece de limon qui s'attache dessus dans le tems des grandes eaux & des débordemens. Alberti & Scamozzi prétendent qu'il est très-bon lorsqu'on a ôté cette superficie qui n'est qu'une croute de mauvaise terre. Ce sable est le plus estimé pour faire de bon mortier, ayant été battu par l'eau, & se trouvant par-là dégorgé de toutes les parties terrestres dont il tire son origine : il est facile de comprendre que plus il est graveleux, pourvû qu'il ne le soit pas trop, plus il est propre par ses cavités & la vertu de la chaux à s'agraffer dans la pierre, ou au moilon à qui le mortier sert de liaison. Mais si au contraire, on ne choisit pas un sable dépouillé de toutes ses parties terreuses, qu'il soit plus doux & plus humide, il est capable par-là de diminuer & d'émousser les esprits de la chaux, & empêcher le mortier fait de ce sable de s'incorporer aux pierres qu'il doit unir ensemble, & rendre indissolubles.
Le sable de riviere est un gravier, qui selon Scamozzi & Alberti, n'a que le dessus de bon, le dessous étant des petits cailloux trop gros pour pouvoir s'incorporer avec la chaux & faire une bonne liaison. Cependant on ne laisse pas que de s'en servir dans la construction des fondemens, gros murs, &c. après avoir été passé à la claye. (m)
Le sable de mer est une espece de sablon fin, que l'on prend sur les bords de la mer & aux environs,
(m) Une claie est une espece de grille d'osier qui sert à tamiser le sable.
qui n'est pas si bon que les autres. Ce sable joint à la chaux, dit Vitruve, est très-long à sécher. Les murs qui en sont faits ne peuvent pas soutenir un grand poids, à moins qu'on ne les bâtisse à différente reprise. Il ne peut encore servir pour les enduits & crépis, parce qu'il suinte toujours par le sel qui se dissout, & qui fait tout fondre. Alberti prétend qu'au pays de Salerne, le sable du rivage de la mer est aussi bon que celui de cave, pourvû qu'il ne soit point pris du côté du midi. On trouve encore, dit M. Bélidor, une espece de sablon excellent dans les marais, qui se connoît lorsqu'en marchant dessus, on s'apperçoit qu'il en sort de l'eau ; ce qui lui a fait donner le nom de sable bouillant.
En général, le meilleur sable est celui qui est net, & point terreux ; ce qui se connoît de plusieurs manieres. La premiere, lorsqu'en le frottant dans les mains, on sent une rudesse qui fait du bruit, & qu'il n'en reste aucune partie terreuse dans les doigts. La seconde lorsqu'après en avoir jetté un peu dans un vase plein d'eau claire & l'avoir brouillé ; si l'eau en est peu troublée, c'est une marque de sa bonté. On le connoît encore, lorsqu'après en avoir étendu sur de l'étoffe blanche, ou sur du linge, on s'apperçoit qu'après l'avoir secoué, il ne reste aucune partie terreuse attachée dessus.
Du ciment. Le ciment n'est autre chose, dit Vitruve, que de la brique ou de la tuile concassée ; mais cette derniere est plus dure & préférable. A son défaut, on se sert de la premiere, qui étant moins cuite, plus tendre & plus terreuse, est beaucoup moins capable de résister au fardeau.
Le ciment ayant retenu après sa cuisson la causticité des sels de la glaise, dont il tire son origine, est bien plus propre à faire de bon mortier, que le sable. Sa dureté le rend aussi capable de résister aux plus grands fardeaux, ayant reçu différentes formes par sa pulvérisation. La multiplicité de ses angles fait qu'il peut mieux s'encastrer dans les inégalités des pierres qu'il doit lier, étant joint avec la chaux dont il soutient l'action par ses sels ; & qui l'ayant environné, lui communique les siens ; de façon que les uns & les autres s'animant par leur onctuosité mutuelle, s'insinuent dans les pores de la pierre, & s'y incorporent si intimement qu'ils cooperent de concert à recueillir, & à exciter les sels des différens minéraux auxquels ils sont joints : de maniere qu'un mortier fait de l'un & de l'autre est capable, même dans l'eau, de rendre la construction immuable.
De la pozzolane, & des différentes poudres qui servent aux mêmes usages. La pozzolane, qui tire son nom de la ville de Pouzzoles, en Italie, si fameuse par ses grottes & ses eaux minérales, se trouve dans le territoire de cette ville, au pays de Bayes, & aux environs du Mont-Vésuve ; c'est une espece de poudre rougeâtre, admirable par sa vertu. Lorsqu'on la mêle avec la chaux, elle joint si fortement les pierres ensemble, fait corps, & s'endurcit tellement au fond même de la mer, qu'il est impossible de les désunir. Ceux qui en ont cherché la raison, dit Vitruve, ont remarqué que dans ces montagnes & dans tous ces environs, il s'y trouve une quantité de fontaines bouillantes, qu'on a cru ne pouvoir venir que d'un feu souterrain, de soufre, de bitume & d'alun, & que la vapeur de ce feu traversant les veines de la terre, la rend non-seulement plus légere, mais encore lui donne une aridité capable d'attirer l'humidité. C'est pourquoi lorsque l'on joint par le moyen de l'eau ces trois choses qui sont engendrées par le feu, elles s'endurcissent si promtement & font un corps si ferme, que rien ne peut le rompre ni dissoudre.
La comparaison qu'en donne M. Bélidor, est que la tuile étant une composition de terre, qui n'a de vertu pour agir avec la chaux, qu'après sa cuisson & après avoir été concassée & réduite en poudre : de même aussi la terre bitumineuse qui se trouve aux environs de Naples, étant brûlée par les feux souterrains, les petites parties qui en résultent & que l'on peut considérer comme une cendre, composent la poudre de pozzolane, qui doit par conséquent participer des propriétés du ciment. D'ailleurs la nature du terrein & les effets du feu peuvent y avoir aussi beaucoup de part.
Vitruve remarque que dans la Toscane & sur le territoire du Mont-Appenin, il n'y a presque point de sable de cave ; qu'en Achaïe vers la mer Adriatique, il ne s'en trouve point du tout ; & qu'en Asie au-delà de la mer, on n'en a jamais entendu parler. Desorte que dans les lieux où il y a de ces fontaines bouillantes, il est très-rare qu'il ne s'y fasse de cette poudre, d'une maniere ou d'une autre ; car dans les endroits où il n'y a que des montagnes & des rochers, le feu ne laisse pas que de les pénétrer, d'en consumer le plus tendre, & de n'y laisser que l'âpreté. C'est pour cette raison, que la terre brûlée aux environs de Naples, se change en cette poudre. Celle de Toscane se change en une autre à-peu-près semblable, que Vitruve appelle carbunculus, & l'une & l'autre sont excellentes pour la maçonnerie ; mais la premiere est préférée pour les ouvrages qui se font dans l'eau, & l'autre plus tendre que le tuf, & plus dure que le sable ordinaire, est reservée pour les édifices hors de l'eau.
On voit aux environs de Cologne, & près du bas-Rhin, en Allemagne, une espece de poudre grise, que l'on nomme terrasse de Hollande, faite d'une terre qui se cuit comme le plâtre, que l'on écrase & que l'on réduit en poudre avec des meules de moulin. Il est assez rare qu'elle soit pure & point falsifiée ; mais quand on en peut avoir, elle est excellente pour les ouvrages qui sont dans l'eau ; résiste également à l'humidité, à la sécheresse, & à toutes les rigueurs des différentes saisons : elle unit si fortement les pierres ensemble, qu'on l'emploie en France & aux Pays-Bas, pour la construction des édifices aquatiques, au défaut de pozzolane, par la difficulté que l'on a d'en avoir à juste prix.
On se sert encore dans le même pays au lieu de terrasse de Hollande, d'une poudre nommée cendrée de Tournay, que l'on trouve aux environs de cette ville. Cette poudre n'est autre chose qu'un composé de petites parcelles d'une pierre bleue, & très-dure, qui tombe lorsqu'on la fait cuire, & qui fait d'excellente chaux. Ces petites parcelles en tombant sous la grille du fourneau, se mélent avec la cendre du charbon de terre, & ce mélange compose la cendrée de Tournay, que les marchands débitent telle qu'elle sort du fourneau.
On fait assez souvent usage d'une poudre artificielle, que l'on nomme ciment de fontainier ou ciment perpétuel, composé de pots & de vases de grais cassés & pilés, de morceaux de machefer, provenant du charbon de terre brûlé dans les forges, aussi réduit en poudre, mêlé d'une pareille quantité de ciment, de pierre de meule de moulin & de chaux, dont on compose un mortier excellent, qui résiste parfaitement dans l'eau.
On amasse encore quelquefois des cailloux ou galets, que l'on trouve dans les campagnes ou sur le bord des rivieres, que l'on fait rougir, & que l'on réduit ensuite en poudre ; ce qui fait une espece de terrasse de Hollande, très-bonne pour la construction.
Du mortier. Le mortier, du latin mortarium, qui, selon Vitruve, signifie plutôt le bassin où on le fait, que le mortier même, est l'union de la chaux avec le sable, le ciment ou autres poudres ; c'est de cet alliage que dépend toute la bonté de la construction. Il ne suffit pas de faire de bonne chaux, de la bien éteindre, & de la mêler avec de bon sable, il faut encore proportionner la quantité de l'un & de l'autre à leurs qualités, les bien broyer ensemble, lorsqu'on est sur le point de les employer ; & s'il se peut n'y point mettre de nouvelle eau, parce qu'elle surcharge & amortit les esprits de la chaux. Perrault, dans ses commentaires sur Vitruve, croit que plus la chaux a été corroyée avec le rabot, plus elle devient dure.
La principale qualité du mortier étant de lier les pierres les unes avec les autres, & de se durcir quelque tems après pour ne plus faire qu'un corps solide ; cette propriété venant plutôt de la chaux que des autres matériaux, il sera bon de savoir pourquoi la pierre, qui dans le four a perdu sa dureté, la reprend étant mêlée avec l'eau & le sable.
Le sentiment des Chimistes étant que la dureté des corps vient des sels qui y sont répandus, & qui servent à lier leurs parties ; desorte que selon eux, la destruction des corps les plus durs qui se fait à la longueur des tems, vient de la perte continuelle de leurs sels qui s'évaporent par la transpiration ; & que s'il arrive que l'on rende à un corps les sels qu'il a perdus, il reprend son ancienne dureté par la jonction de ses parties.
Lorsque le feu échauffe & brûle la pierre, il emporte avec lui la plus grande partie de ses sels volatils & sulfurés qui lioient toutes ses parties ; ce qui la rend plus poreuse & plus légere. Cette chaux cuite & bien éteinte, étant mêlée avec le sable, il se fait dans ce mêlange une fermentation causée par les parties salines & sulfurées qui restent encore dans la chaux, & qui faisant sortir du sable une grande quantité des sels volatils, se mêlent avec la chaux, & en remplissent les pores ; & c'est la plus ou moins grande quantité de sels qui se rencontrent dans de certains sables, qui fait la différence de leurs qualités. De-là vient que plus la chaux & le sable sont broyés ensemble, plus le mortier s'endurcit quand il est employé, parce que les frottemens réitérés font sortir du sable une plus grande quantité de sels. C'est pour cela que le mortier employé aussitôt, n'est pas si bon qu'au bout de quelques jours, parce qu'il faut donner le tems aux sels volatils du sable de passer dans la chaux, afin de faire une union indissoluble ; l'expérience fait encore voir que le mortier qui a demeuré long-tems sans être employé, & par conséquent dont les sels se sont évaporés, se desseche, ne fait plus bonne liaison, & n'est plus qu'une matiere seche & sans onctuosité ; ce qui n'arrive pas étant employé à propos, faisant sortir de la pierre d'autres sels, qui passent dans les pores de la chaux, lorsqu'elle-même s'insinue dans ceux de la pierre ; car quoiqu'il semble qu'il n'y ait plus de fermentation dans le mortier lorsqu'on l'emploie, elle ne laisse pas cependant que de subsister encore fort long-tems après son emploi, par l'expérience que l'on a d'en voir qui acquierent de plus en plus la dureté par les sels volatils qui passent de la pierre dans le mortier, & par la transpiration que sa chaleur y entretient ; ce que l'on remarque tous les jours dans la démolition des anciens édifices, où l'on a quelquefois moins de peine à rompre les pierres qu'à les désunir, sur-tout lorsque ce sont des pierres spongieuses, dans lesquelles le mortier s'est mieux insinué.
Plusieurs pensent que la chaux a la vertu de brûler certains corps, puisqu'elle les détruit. Il faut se garder de croire que ce soit par sa chaleur : cela vient plutôt de l'évaporation des sels qui lioient leurs parties ensemble, occasionnée par la chaux, & qui sont passés en elle, & qui n'étant plus entretenus se détruisent, & causent aussi une destruction dans ces corps.
La dose du sable avec la chaux est ordinairement de moitié ; mais lorsque le mortier est bon, on y peut mettre trois cinquiemes de sable sur deux de chaux, & quelquefois deux tiers de sable sur un de chaux, selon qu'elle foisonne plus ou moins ; car lorsqu'elle est bien grasse & faite de bons cailloux, on y peut mettre jusqu'à trois quarts de sable sur un de chaux ; mais cela est extraordinaire, car il est fort rare de trouver de la chaux qui puisse porter tant de sable. Vitruve prétend que le meilleur mortier est celui où il y a trois parties de sable de cave, ou deux de sable de riviere ou de mer, contre une de chaux, qui, ajoute-t-il, sera encore meilleur, si à ce dernier on ajoute une partie de tuileau pilé, qui n'est autre chose que du ciment.
Le mortier fait de chaux & de ciment se fait de la même maniere que le dernier ; les doses sont les mêmes plus ou moins, selon que la chaux foisonne. On fait quelquefois aussi un mortier composé de ciment & de sable, à l'usage des bâtimens de quelque importance.
Le mortier fait avec de la pozzolane se fait aussi à-peu-près comme celui de sable. Il est, comme nous l'avons dit ci-devant, excellent pour les édifices aquatiques.
Le mortier fait de chaux & de terrasse de Hollande se fait en choisissant d'abord de la meilleure chaux non éteinte, & autant que l'on peut en employer pendant une semaine ; on en étend un pié d'épaisseur dans une espece de bassin, que l'on arrose pour l'éteindre ; ensuite on le couvre d'un autre lit de terrasse de Hollande, aussi d'environ un pié d'épaisseur ; cette préparation faite, on la laisse reposer pendant deux ou trois jours, afin de donner à la chaux le tems de s'éteindre, après quoi on la brouille & on la mêle bien ensemble avec des houes (fig. 118.), & des rabots (fig. 117.), & on en fait un tas qu'on laisse reposer pendant deux jours, après quoi on en remue de nouveau ce que l'on veut en employer dans l'espace d'un jour ou deux, la mouillant de tems en tems jusqu'à ce qu'on s'apperçoive que le mortier ne perd point de sa qualité.
En plusieurs provinces le mortier ordinaire se prépare ainsi, cette maniere ne pouvant que contribuer beaucoup à sa bonté.
Comme l'expérience fait voir que la pierre dure fait toujours de bonne chaux, & qu'un mortier de cette chaux mêlé avec de la poudre provenant du charbon ou mâche-fer que l'on tire des forges, est une excellente liaison pour les ouvrages qui sont dans l'eau ; il n'est pas étonnant que la cendrée de Tournay soit aussi excellente pour cet usage ; participant en même tems de la qualité de ces deux matieres ; car il n'est pas douteux que les parties de charbon qui se trouvent mêlées avec la cendrée, ne contribuent beaucoup à l'endurcir dans l'eau.
Pour faire de bon mortier avec la cendrée de Tournay, il faut d'abord bien nettoyer le fond d'un bassin B fig. 31, qu'on appelle batterie, qui doit être pavé de pierres plates & unies, & construit de la même maniere dans sa circonférence, dans lequel on jettera cette cendrée. On éteindra ensuite dans un autre bassin A, à côté de la chaux, avec une quantité d'eau suffisante pour la dissoudre, après quoi on la laissera couler dans le bassin B, où est la cendrée, à travers une claie C, faite de fil d'archal ; tout ce qui ne pourra passer au travers de cette claie sera rebuté. Enfin on battra le tout ensemble dans cette batterie pendant dix à douze jours consécutifs, & à différente reprise, avec une damoiselle, fig. 147, espece de cylindre de bois ferré par-dessous, du poids d'environ trente livres, jusqu'à ce qu'elle fasse une pâte bien grasse & bien fine. Ainsi faite, on peut l'employer sur le champ, ou la conserver pendant plusieurs mois de suite sans qu'elle perde de sa qualité, pourvû que l'on ait soin de la couvrir & de la mettre à l'abri de la poussiere, du soleil & de la pluie.
Il faut encore prendre garde quand on la rebat pour s'en servir de ne mettre que très-peu d'eau, & même point du tout s'il se peut, car à force de bras, elle devient assez grasse & assez liquide ; c'est pourquoi ce sera plutôt la paresse des ouvriers, & non la nécessité, qui les obligera d'en remettre pour la rebattre ; ce qui pourroit très-bien, si l'on n'y prenoit garde, la dégraisser, & diminuer beaucoup de sa bonté.
Ce mortier doit être employé depuis le mois d'Avril jusqu'au mois de Juillet, parce qu'alors il n'éclate jamais, ce qui est une de ses propriétés remarquables, la plûpart des cimens étant sujets à se gerser.
Il arrive quelquefois qu'on la mêle avec un sixieme de tuileau pilé ; M. Belidor souhaiteroit qu'on la mêlât plutôt avec de la terrasse de Hollande ; ce qui seroit, dit-il, un ciment le plus excellent qu'il fût possible d'imaginer, pour la construction des ouvrages aquatiques.
Dans les provinces où la bonne chaux est rare, on en emploie quelquefois de deux especes en même tems ; l'une faite de bonne pierre dure, qui est sans contredit la meilleure, & qu'on appelle bon mortier, sert aux ouvrages de conséquence ; & l'autre faite de pierre commune, qui n'a pas une bonne qualité, & qu'on appelle pour cela mortier blanc, s'emploie dans les fondations & dans les gros ouvrages. On se sert encore d'un mortier qu'on appelle bâtard, & qui est fait de bonne & mauvaise chaux, qu'on emploie aussi dans les gros murs, & qu'on se garde bien d'employer dans les édifices aquatiques.
Quelques-uns prétendent que l'urine dans laquelle on a détrempé de la suie de cheminée, mêlée avec l'eau dont on se sert pour corroyer le mortier, le fait prendre promtement ; mais ce qu'il y a de vrai, c'est que le sel armoniac dissout dans l'eau de riviere, qui sert à corroyer le mortier, le fait prendre aussi promtement que le plâtre ; ce qui peut être d'un bon usage dans les pays où il est très-rare ; mais si au lieu de sable on pulvérisoit de la même pierre avec laquelle on a fait la chaux, & qu'on s'en servît au lieu de plâtre, ce mortier seroit sans-doute beaucoup meilleur.
Le mortier, dit Vitruve, ne sauroit se lier avec lui-même, ni faire une bonne liaison avec les pierres, s'il ne reste longtems humide ; car lorsqu'il est trop tôt sec, l'air qui s'y introduit dissipe les esprits volatils du sable & de la pierre à mesure que la chaux les attire à elle, & les empêche d'y pénétrer pour lui donner la dureté nécessaire ; ce qui n'arrive point lorsque le mortier est longtems humide ; ces sels ayant alors le tems de pénétrer dans la chaux. C'est pourquoi dans les ouvrages qui sont dans la terre, on met moins de chaux dans le mortier, parce que la terre étant naturellement humide, il n'a pas tant besoin de chaux pour conserver son humidité ; ainsi une plus grande quantité de chaux ne fait pas plus d'effet pendant peu de tems, qu'une moindre pendant un long tems. C'est par cette raison-là que les anciens faisoient leurs murs d'une très-grande épaisseur, persuadés qu'ils étoient qu'il leur falloit à la vérité beaucoup de tems pour sécher, mais aussi qu'ils en devenoient beaucoup plus solides.
Des excavations des terres, & de leurs transports. On entend par excavation, non-seulement la fouille des terres pour la construction des murs de fondation, mais encore celles qu'il est nécessaire de faire pour dresser & applanir des terreins de cours, avant-cours, basse-cours, terrasses, &c. ainsi que les jardins de ville ou de campagne ; car il n'est guere possible qu'un terrein que l'on choisit pour bâtir, n'ait des inégalités qu'il ne faille redresser pour en rendre l'usage plus agréable & plus commode.
Il y a deux manieres de dresser le terrein, l'une qu'on appelle de niveau, & l'autre selon sa pente naturelle ; dans la premiere on fait usage d'un instrument appellé niveau d'eau, qui facilite le moyen de dresser sa surface dans toute son étendue avec beaucoup de précision ; dans la seconde on n'a besoin que de raser les butes, & remplir les cavités avec les terres qui en proviennent. Il se trouve une infinité d'auteurs qui ont traité de cette partie de la Géométrie pratique assez amplement, pour qu'il ne soit pas besoin d'entrer dans un trop long détail.
L'excavation des terres, & leur transport, étant des objets très-considérables dans la construction, on peut dire avec vérité que rien ne demande plus d'attention ; si on n'a pas une grande expérience à ce sujet, bien loin de veiller à l'économie, on multiplie la dépense sans s'en appercevoir ; ici parce qu'on est obligé de rapporter des terres par de longs circuits, pour n'en avoir pas assez amassé avant que d'élever des murs de maçonnerie ou de terrasse ; là, parce qu'il s'en trouve une trop grande quantité, qu'on est obligé de transporter ailleurs, quelquefois même auprès de l'endroit d'où on les avoit tirés : de maniere que ces terres au-lieu de n'avoir été remuées qu'une fois, le sont deux, trois, & quelquefois plus, ce qui augmente beaucoup la dépense ; & il arrive souvent que si on n'a pas bien pris ses précautions, lorsque les fouilles & les fondations sont faites, on a dépensé la somme que l'on s'étoit proposée pour l'ouvrage entier.
La qualité du terrein que l'on fouille, l'éloignement du transport des terres, la vigilance des inspecteurs & des ouvriers qui y sont employés, la connoissance du prix de leurs journées, la provision suffisante d'outils qu'ils ont besoin, leur entretien, les relais, le soin d'appliquer la force, ou la diligence des hommes aux ouvrages plus ou moins pénibles, & la saison où l'on fait ces sortes d'ouvrages, sont autant de considérations qui exigent une intelligence consommée, pour remédier à toutes les difficultés qui peuvent se rencontrer dans l'exécution. C'est-là ordinairement ce qui fait la science & le bon ordre de cette partie, ce qui détermine la dépense d'un bâtiment, & le tems qu'il faut pour l'élever. Par la négligence de ces différentes observations & le desir d'aller plus vîte, il résulte souvent plusieurs inconvéniens. On commence d'abord par fouiller une partie du terrein, sur laquelle on construit ; alors l'attelier se trouve surchargé d'équipages, & d'ouvriers de différente espece, qui exigent chacun un ordre particulier. D'ailleurs ces ouvriers, quelquefois en grand nombre, appartenant à plusieurs entrepreneurs, dont les intérêts sont différens, se nuisent les uns aux autres, & par conséquent aussi à l'accélération des ouvrages. Un autre inconvénient est, que les fouilles & les fondations étant faites en des tems & des saisons différentes, il arrive que toutes les parties d'un bâtiment où l'on a préféré la diligence à la solidité ayant été bâtis à diverses reprises, s'affaissent inégalement, & engendrent des surplombs, lézardes (n), &c.
Le moyen d'user d'économie à l'égard du transport des terres, est non-seulement de les transporter le moins loin qu'il est possible, mais encore d'user des charrois les plus convenables ; ce qui doit en décider, est la rareté des hommes, des bêtes de somme ou de voitures, le prix des fourrages, la situation des lieux, & d'autres circonstances encore
(n) Especes de crevasses.
que l'on ne sauroit prévoir ; car lorsqu'il y a trop loin, les hottes, fig. 134. brouettes, fig. 135. bauveaux, fig. 136. ne peuvent servir. Lorsque l'on bâtit sur une demi-côte, les tombereaux ne peuvent être mis en usage, à moins que, lorsqu'il s'agit d'un bâtiment de quelque importance, on ne pratique des chemins en zigzague pour adoucir les pentes.
Cependant la meilleure maniere, lorsqu'il y a loin, est de se servir de tombereaux qui contiennent environ dix à douze piés cubes de terre chacun, ce qui coûte beaucoup moins, & est beaucoup plus promt que si l'on employoit dix ou douze hommes avec des hottes ou brouettes, qui ne contiennent guère chacune qu'un pié cube.
Il faut observer de payer les ouvriers préférablement à la toise, tant pour éviter les détails embarrassans que parce qu'ils vont beaucoup plus vîte, les ouvrages traînent moins en longueur, & les fouilles peuvent se trouver faites de maniere à pouvoir élever des fondemens hors de terre avant l'hiver.
Lorsque l'on aura beaucoup de terre à remuer, il faudra obliger les entrepreneurs à laisser des témoins (o) sur le tas jusqu'à la fin des travaux, afin qu'ils puissent servir à toiser les surcharges & vuidanges des terres que l'on aura été obligé d'apporter ou d'enlever, selon les circonstances.
Les fouilles pour les fondations des bâtimens se font de deux manieres : l'une dans toute leur étendue, c'est-à-dire dans l'intérieur de leurs murs de face : lorsqu'on a dessein de faire des caves souterraines, acqueducs, &c. on fait enlever généralement toutes les terres jusqu'au bon terrein : l'autre seulement par partie, lorsque n'ayant besoin ni de l'un ni de l'autre, on fait seulement des tranchées, de l'épaisseur des murs qu'il s'agit de fonder, que l'on trace au cordeau sur le terrein, & que l'on marque avec des repaires.
Des différentes especes de terreins. Quoique la diversité des terreins soit très-grande, on peut néanmoins la réduire à trois especes principales ; la premiere est celle de tuf ou de roc, que l'on connoît facilement par la dureté, & pour lesquels on est obligé d'employer le pic, fig. 128. l'aiguille, fig. 116. le coin, fig. 78. la masse, fig. 79. & quelquefois la mine : c'est une pierre dont il faut prendre garde à la qualité. Lorsqu'on emploie la mine pour la tirer, on se sert d'abord d'une aiguille, fig. 116. qu'on appelle ordinairement trépan, bien acéré par un bout, & de six à sept piés de longueur, manoeuvré par deux hommes, avec lequel on fait un trou de quatre ou cinq piés de profondeur, capable de contenir une certaine quantité de poudre. Cette mine chargée on bouche le trou d'un tampon chassé à force, pour faire faire plus d'effet à la poudre ; on y met ensuite le feu par le moyen d'un morceau d'amadou, afin de donner le tems aux ouvriers de s'éloigner ; la mine ayant ébranlé & écarté les pierres, on en fait le déblai, & on recommence l'opération toutes les fois qu'il est nécessaire.
La seconde est celle de rocaille, ou de sable, pour lesquels on n'a besoin que du pic, fig. 128. & de la pioche, fig. 130. l'une, dit M. Bélidor, n'est autre chose qu'une pierre morte mêlée de terre, qu'il est beaucoup plus difficile de fouiller que les autres ; aussi le prix en est-il à peu près du double. L'autre se divise en deux especes ; l'une qu'on appelle sable ferme, sur lequel on peut fonder solidement ; l'autre sable mouvant, sur lequel on ne peut fonder qu'en prenant des précautions contre les accidens qui pourroient arriver. On les distingue ordinairement par la terre que l'on retire d'une sonde de fer, fig. 155. dont le bout est fait en tariere, & avec laquelle on a percé le terrein. Si la sonde resiste & a de la peine à entrer, c'est une marque que le sable est dur ; si au contraire elle entre facilement, c'est une marque que le sable est mouvant. Il ne faut pas confondre ce dernier avec le sable bouillant, appellé ainsi parce qu'il en sort de l'eau lorsque l'on marche dessus, puisqu'il arrive souvent que l'on peut fonder dessus très-solidement, comme on le verra dans la suite.
La troisieme est de terres franches, qui se divise en deux especes ; les unes que l'on appelle terres hors d'eau, se tirent & se transportent sans difficultés ; les autres qu'on appelle terres dans l'eau, coûtent souvent beaucoup, par les peines que l'on a de détourner les sources, ou par les épuisemens que l'on est obligé de faire. Il y en a de quatre sortes, la terre ordinaire, la terre grasse, la terre glaise, & la terre de tourbe. La premiere se trouve dans tous les lieux secs & élevés ; la seconde que l'on tire des lieux bas & profonds, est le plus souvent composée de vase & de limon, qui n'ont aucune solidité ; la troisieme qui se tire indifféremment des lieux bas & élevés, peut recevoir des fondemens solides, surtout lorsqu'elle est ferme, que son banc a beaucoup d'épaisseur, & qu'elle est par-tout d'une égale consistance ; la quatrieme est une terre grasse, noire, & bitumineuse, qui se tire des lieux aquatiques & marécageux, & qui étant séche se consume au feu. On ne peut fonder solidement sur un pareil terrein, sans le secours de l'art & sans des précautions que l'on connoîtra par la suite. Une chose très-essentielle, lorsque l'on voudra connoître parfaitement un terrein, est de consulter les gens du pays : l'usage & le travail continuel qu'ils ont fait depuis long-tems dans les mêmes endroits, leur ont fait faire des remarques & des observations dont il est bon de prendre connoissance.
La solidité d'un terrein, dit Vitruve, se connoît par les environs, soit par les herbes qui en naissent, soit par des puits, citernes, ou par des trous de sonde.
Une autre preuve encore de sa solidité, est lorsque laissant tomber de fort haut un corps très-pesant, on s'apperçoit qu'il ne raisonne ni ne tremble, ce que l'on peut juger par un tambour placé près de l'endroit où doit tomber ce corps, ou un vase plein d'eau dont le calme n'en est pas troublé.
Mais avant que d'entrer dans des détails circonstanciés sur la maniere de fonder dans les différens terreins, nous dirons quelque chose de la maniere de planter les bâtimens.
De la maniere de planter les bâtimens. L'expérience & la connoissance de la géométrie sont des choses également nécessaires pour cet objet, c'est par le moyen de cette derniere que l'on peut tracer sur le terrein les tranchées des fondations d'un bâtiment, qu'on aura soin de placer d'alignement aux principaux points de vûe qui en embellissent l'aspect : cette observation est si essentielle, qu'il y a des occasions où il seroit mieux de préférer les alignemens directs des principales issues, à l'obliquité de la situation du bâtiment.
Il faut observer de donner des desseins aux traits, les coter bien exactement, marquer l'ouverture des angles, supprimer les saillies au-dessus des fondations, exprimer les empatemens nécessaires pour le retour des corps saillans ou rentrans, intérieurs ou extérieurs, & prendre garde que les mesures particulieres s'accordent avec les mesures générales.
Alors pour faciliter les opérations sur le terrein, on place à quelque distance des murs de face, des
(o) Des Témoins sont des mottes de terre de la hauteur du terrein, qu'on laisse de distance à autre, pour pouvoir le toiser après le déblais ou remblais.
pieces de bois bien équarries, que l'on enfonce assez avant dans la terre, & qui servent à recevoir des cordeaux bien tendus, pour marquer l'épaisseur des murs, & la hauteur des assises. On aura soin de les entretenir par des especes d'entretoises, non-seulement pour les rendre plus fermes, mais afin qu'ils puissent aussi entretenir les cordeaux à demeure tels qu'on les a placés, selon les cotes du plan.
Il ne sera pas inutile encore, lorsque les fondations seront hors de terre, de recommencer les opérations d'alignement, afin que les dernieres puissent servir de preuves aux premieres, & par-là s'assurer de ne s'être pas trompé.
Des fondemens en général. Les fondemens exigent beaucoup d'attention pour parvenir à leur donner une solidité convenable. C'est ordinairement de-là que dépend tout le succès de la construction : car, dit Palladio, les fondemens étant la base & le pié du bâtiment, ils sont difficiles à réparer ; & lorsqu'ils se détruisent, le reste du mur ne peut plus subsister. Avant que de sonder, il faut considérer si le terrein est solide : s'il ne l'est pas, il faudra peut-être fouiller un peu dans le sable ou dans la glaise, & suppléer ensuite au défaut de la nature par le secours de l'art. Mais, dit Vitruve, il faut fouiller autant qu'il est nécessaire jusqu'au bon terrein, afin de soutenir la pesanteur des murs, bâtir ensuite le plus solidement qu'il sera possible, & avec la pierre la plus dure ; mais avec plus de largeur qu'au rez-de-chaussée. Si ces murs ont des voutes sous terre, il leur faudra donner encore plus d'épaisseur.
Il faut avoir soin, dit encore Palladio, que le plan de la tranchée soit de niveau, que le milieu du mur soit au milieu de la fondation, & bien perpendiculaire ; & observer cette méthode jusqu'au faîte du bâtiment ; lorsqu'il y a des caves ou souterrains, qu'il n'y ait aucune partie du mur ou colonne qui porte à faux ; que le plein porte toûjours sur le plein, & jamais sur le vuide ; & cela afin que le bâtiment puisse tasser bien également. Cependant, dit-il, si on vouloit les faire à plomb, ce ne pourroit être que d'un côté, & dans l'intérieur du bâtiment, étant entretenues par les murs de refend & par les planchers.
L'empatement d'un mur que Vitruve appelle stéréobatte, doit, selon lui, avoir la moitié de son épaisseur. Palladio donne aux murs de fondation le double de leur épaisseur supérieure ; & lorsqu'il n'y a point de cave, la sixieme partie de leur hauteur : Scamozzi leur donne le quart au plus, & le sixieme au moins ; quoiqu'aux fondations des tours, il leur ait donné trois fois l'épaisseur des murs supérieurs. Philibert de Lorme, qui semble être fondé sur le sentiment de Vitruve, leur donne aussi la moitié ; les Mansards aux Invalides & à Maisons, leur ont donné la moitié ; Bruaut à l'hôtel de Belle-Isle, leur a donné les deux tiers. En général, l'épaisseur des fondemens doit se regler, comme dit Palladio, sur leur profondeur, la hauteur des murs, la qualité du terrein, & celle des matériaux que l'on y employe ; c'est pourquoi n'étant pas possible d'en regler au juste l'épaisseur, c'est, ajoute cet auteur, à un habile architecte qu'il convient d'en juger.
Lorsque l'on veut, dit-il ailleurs, ménager la dépense des excavations & des fondemens, on pratique des piles A, fig. 32. & 33. que l'on pose sur le bon fond B, & sur lesquelles on bande des arcs C ; il faut faire attention alors de faire celle des extrêmités plus fortes que celles du milieu, parce que tous ces arcs C, appuyés les uns contre les autres, tendent à pousser les plus éloignés ; & c'est ce que Philibert de Lorme a pratiqué au château de Saint-Maur, lorsqu'en fouillant pour poser les fondations de ce château, il trouva des terres rapportées de plus de quarante piés de profondeur. Il se contenta alors de faire des fouilles d'un diametre convenable à l'épaisseur des murs, & fit élever sur le bon terrein des piles éloignées les unes des autres d'environ douze piés, sur lesquelles il fit bander des arcs en plein ceintre, & ensuite bâtir dessus comme à l'ordinaire.
Léon Baptiste Alberti, Scamozzi, & plusieurs autres, proposent de fonder de cette maniere dans les édifices où il y a beaucoup de colonnes, afin d'éviter la dépense des fondemens & des fouilles audessous des entrecolonnemens ; mais ils conseillent en même tems de renverser les arcs C, fig. 33. de maniere que leurs extrados soient posés sur le terrein, ou sur d'autres arcs bandés en sens contraire, parce que, disent-ils, le terrein où l'on fonde pouvant se trouver d'inégale consistance, il est à craindre que dans la suite quelque pile venant à s'affaisser, ne causât une rupture considérable aux arcades, & par conséquent aux murs élevés dessus. Ainsi par ce moyen, si une des piles devient moins assurée que les autres, elle se trouve alors arcboutée par des arcades voisines, qui ne peuvent céder étant appuyées sur les terres qui sont dessous.
Il faut encore observer, dit Palladio, de donner de l'air aux fondations des bâtimens par des ouvertures qui se communiquent ; d'en fortifier tous les angles, d'éviter de placer trop près d'eux des portes & des croisées, étant autant de vuides qui en diminuent la solidité.
Il arrive souvent, dit M. Belidor, que lorsque l'on vient à fonder, on rencontre des sources qui nuisent souvent beaucoup aux travaux. Quelques-uns prétendent les éteindre en jettant dessus de la chaux vive mêlée de cendre ; d'autres remplissent, disent-ils, de vif argent les trous par où elles sortent ; afin que son poids les oblige à prendre un autre cours. Ces expédiens étant fort douteux, il vaut beaucoup mieux prendre le parti de faire un puits au-delà de la tranchée, & d'y conduire les eaux par des rigoles de bois ou de brique couvertes de pierres plates, & les élever ensuite avec des machines : par ce moyen on pourra travailler à sec. Néanmoins pour empêcher que les sources ne nuisent dans la suite aux fondemens, il est bon de pratiquer dans la maçonnerie des especes de petits aqueducs, qui leur donnent un libre cours.
Des fondemens sur un bon terrein. Lorsque l'on veut fonder sur un terrein solide, il ne se trouve pas alors beaucoup de difficultés à surmonter ; on commence d'abord par préparer le terrein, comme nous l'avons vû précédemment, en faisant des tranchées de la profondeur & de la largeur que l'on veut faire les fondations. On passe ensuite dessus une assise de gros libages, ou quartiers de pierres plates à bain de mortier ; quoique beaucoup de gens les posent à sec, ne garnissant de mortier que leurs joints. Sur cette premiere assise, on en éleve d'autres en liaison à carreau & boutisse alternativement. Le milieu du mur se remplit de moilon mêlé de mortier : lorsque ce moilon est brut, on en garnit les interstices avec d'autres plus petits que l'on enfonce bien avant dans les joints, & avec lesquels on arrose les lits. On continue de même pour les autres assises, observant de conduire l'ouvrage toûjours de niveau dans toute sa longueur ; & des retraites ; on talude en diminuant jusqu'à l'épaisseur du mur au rez-de-chaussée.
Quoique le bon terrein se trouve le plus souvent dans les lieux élevés, il arrive cependant qu'il s'en trouve d'excellens dans les lieux aquatiques & profonds, & sur lesquels on peut fonder solidement, & avec confiance ; tels que ceux de gravier, de marne, de glaise, & quelquefois même sur le sable bouillant, en s'y conduisant cependant avec beaucoup de prudence & d'adresse.
Des fondemens sur le roc. Quoique les fondemens sur le roc paroissent les plus faciles à faire par la solidité du fonds, il n'en faut pas pour cela prendre moins de précautions. C'est, dit Vitruve, de tous les fondemens les plus solides, parce qu'ils sont déjà fondés par le roc même. Ceux qui se font sur le tuf & la seareute (p), ne le sont pas moins, dit Palladio, parce que ces terreins sont naturellement fondés eux-mêmes.
Avant que de commencer à fonder sur le roc A, fig. 34. & 35. il faut avec le secours de la sonde, fig. 155. s'assurer de la solidité ; & s'il ne se trouvoit dessous aucune cavité, qui par le peu d'épaisseur qu'elle laisseroit au roc, ne permettroit pas d'élever dessus un poids considérable de maçonnerie, alors il faudroit placer dans ces cavités des piliers de distances à autres, & bander des arcs pour soutenir le fardeau que l'on veut élever, & par-là éviter ce qui est arrivé en bâtissant le Val-de-Grace, où, lorsqu'on eut trouvé le roc, on crut y asseoir solidement les fondations ; mais le poids fit fléchir le ciel d'une carriere qui anciennement avoit été fouillée dans cet endroit ; desorte que l'on fut obligé de percer ce roc, & d'établir par-dessous oeuvre dans la carriere des piliers pour soutenir l'édifice.
Il est arrivé une chose à-peu-près semblable à Abbeville, lorsque l'on eut élevé les fondemens de la manufacture de Vanrobais. Ce fait est rapporté par M. Briseux, dans son traité des maisons de campagne, & par M. Blondel, dans son Architecture françoise. Ce bâtiment étant fondé dans sa totalité, il s'enfonça également d'environ six piés en terre : ce fait parut surprenant, & donna occasion de chercher le sujet d'un événement si subit & si général. L'on découvrit enfin, que le même jour on avoit achevé de percer un puits aux environs, & que cette ouverture ayant donné de l'air aux sources, avoit donné lieu au bâtiment de s'affaisser. Alors on se détermina à le combler ; ce que l'on ne put faire malgré la quantité de matériaux que l'on y jetta ; de maniere que l'on fut obligé d'y enfoncer un rouet de charpente de la largeur du puits, & qui n'étoit point percé à jour. Lorsqu'il fut descendu jusqu'au fond, on jetta dessus de nouveaux matériaux jusqu'à ce qu'il fût comblé : mais en le remplissant, on s'apperçut qu'il y en étoit entré une bien plus grande quantité qu'il ne sembloit pouvoir en contenir. Cependant lorsque cette opération fut finie, on continua le bâtiment avec succès, & il subsiste encore aujourd'hui.
Jean-Baptiste Alberti, & Philibert de Lorme, rapportent qu'ils se sont trouvés en pareil cas dans d'autres circonstances.
Lorsque l'on sera assuré de la solidité du roc A, fig. 34 & que l'on voudra bâtir dessus, il faudra y pratiquer des assises C, par ressauts en montant ou descendant, selon la forme du roc, leur donnant le plus d'assiette qu'il est possible. Si le roc est trop uni, & qu'il soit à craindre que le mortier ne puisse pas s'agraffer, & faire bonne liaison, on aura soin d'en piquer les lits avec le têtu, fig. 87. ainsi que celui des pierres qu'on posera dessus ; afin que cet agent entrant en plus grande quantité dans ces cavités, puisse consolider cette nouvelle construction.
Lorsque l'on y adossera de la maçonnerie B, fig. 35. on pourra réduire les murs à une moindre épaisseur, en pratiquant toûjours des arrachemens piqués dans leurs lits, pour recevoir les harpes C des pierres.
Lorsque la surface du roc est très-inégale, on peut s'éviter la peine de le tailler, en employant toutes les menues pierres qui embarrassent l'attelier, & qui avec le mortier remplissent très-bien les inégalités du roc. Cette construction étoit très-estimée des anciens, & souvent préférée dans la plûpart des bâtimens. M. Belidor en fait beaucoup de cas, & prétend que lorsqu'elle s'est une fois endurcie, elle forme une masse plus solide & plus dure que le marbre ; & que par conséquent elle ne peut jamais s'affaisser, malgré les poids inégaux dont elle peut être chargée, ou les parties de terreins plus ou moins solides sur lesquels elle est posée.
Ces sortes de fondemens sont appellés pierrées, & se font de cette maniere.
Après avoir creusé le roc A, fig. 36. d'environ sept à huit pouces, on borde les alignemens des deux côtés B & C, de l'épaisseur des fondemens, avec des cloisons de charpente, ensorte qu'elles composent des coffres dont les bords supérieurs B & C, doivent être posés le plus horisontalement qu'il est possible ; les bords inférieurs D, suivant les inégalités du roc. On amasse ensuite une grande quantité de menues pierres, en y mêlant si l'on veut les décombres du roc, lorsqu'ils sont de bonne qualité, que l'on corroie avec du mortier, & dont on fait plusieurs tas. Le lendemain ou le surlendemain au plus, les uns le posent immédiatement sur le roc, & en remplissent les coffres sans interruption dans toute leur étendue, tandis que les autres le battent également par-tout avec la damoiselle, fig. 147. à mesure que la maçonnerie s'éleve ; mais sur-tout dans le commencement, afin que le mortier & les pierres s'insinuent plus facilement dans les sinuosités du roc. Lorsqu'elle est suffisamment seche, & qu'elle a déja une certaine solidité, on détache les cloisons pour s'en servir ailleurs. Cependant lorsque l'on est obligé de faire des ressauts en montant ou en descendant, on soutient la maçonnerie par les côtés avec d'autres cloisons E ; & de cette maniere, on surmonte le roc jusqu'à environ trois ou quatre piés de hauteur, selon le besoin ; ensuite on pose d'autres fondemens à assises égales, sur lesquels on éleve des murs à l'ordinaire.
Lorsque le roc est fort escarpé A, fig. 37. & que l'on veut éviter les remblais derriere les fondemens B, on se contente quelquefois d'établir une seule cloison sur le devant C, pour soutenir la maçonnerie D, & on remplit ensuite cet intervalle de pierrée comme auparavant.
La hauteur des fondemens étant établie, & arasée convenablement dans toute l'étendue que l'on a embrassée ; on continue la même chose en prolongeant, observant toûjours de faire obliques les extrêmités de la maçonnerie déja faite, jetter de l'eau dessus, & bien battre la nouvelle, afin de les mieux lier ensemble. Une pareille maçonnerie faite avec de bonne chaux, dit M. Bélidor, est la plus excellente & la plus commode que l'on puisse faire.
Lorsque l'on est dans un pays où la pierre dure est rare, on peut, ajoûte le même auteur, faire les soubassemens des gros murs de cette maniere, avec de bonne chaux s'il est possible, qui, à la vérité renchérit l'ouvrage par la quantité qu'il en faut ; mais l'économie, dit-il encore, ne doit pas avoir lieu lorsqu'il s'agit d'un ouvrage de quelque importance. Cependant, tout bien considéré, cette maçonnerie coute moins qu'en pierre de taille ; ses paremens ne sont pas agréables à la vûe à cause de leurs inégalités ; mais il est facile d'y remédier, comme nous allons le voir.
Avant que de construire on fait de deux especes de mortier ; l'un mêlé de gravier, & l'autre, comme nous l'avons dit, de menues pierres. Si on se trouvoit dans un pays où il y eût de deux especes de
(p) La seareute est une espece de pierre très-suffisante pour supporter les grands bâtimens, tant dans l'eau que dehors.
chaux, la meilleure serviroit pour celui de gravier, & l'autre pour celui des menues pierres. On commence par jetter un lit de mortier fin dans le fond du coffre, s'agraffant mieux que l'autre sur le roc ; ensuite d'une quantité d'ouvriers employée à cela, les uns jettent le mortier fin de part & d'autre sur les bords intérieurs du coffre qui soutiennent les paremens ; d'autres remplissent le milieu de pierrée, tandis que d'autres encore le battent. Si cette opération est faite avec soin, le mortier fin se liant avec celui du milieu, formera un parement uni qui, en se durcissant, deviendra avec le tems plus dur que la pierre, & fera le même effet : on pourra même quelque tems après, si on juge à propos, y figurer des joints.
Il est cependant beaucoup mieux, disent quelques-uns, d'employer la pierre, ou le libage, s'il est possible, sur-tout pour les murs de face, de refend ou de pignons ; & faire, si l'on veut, les remplissages en moilon à bain de mortier, lorsque le roc est d'inégale hauteur dans toute l'étendue du bâtiment.
On peut encore par économie, ou autrement, lorsque les fondations ont beaucoup de hauteur, pratiquer des arcades B, fig. 28, dont une retombée pose quelquefois d'un côté sur le roc A, & de l'autre sur un pié droit ou massif C, posé sur un bon terrein battu & affermi, ou sur lequel on a placé des plates formes. Mais alors il faut que ces pierres qui composent ce massif, soient posées sans mortier, & que leurs surfaces ayent été frottées les unes sur les autres avec l'eau & le grais, jusqu'à ce qu'elles se touchent dans toutes leurs parties ; & cela jusqu'à la hauteur D du roc ; & si on emploie le mortier pour les joindre ensemble, il faut lui donner le tems nécessaire pour sécher ; afin que d'un côté ce massif ne soit pas sujet à tasser, tandis que du côté du roc il ne tassera pas. Il ne faut pas cependant négliger de remplir de mortier les joints que forment les extrémités des pierres ensemble, & avec le roc, parce qu'ils ne sont pas sujets au tassement, & que c'est la seule liaison qui puisse les entretenir.
Des fondemens sur la glaise. Quoique la glaise ait l'avantage de retenir les sources au-dessus & au-dessous d'elle, de sorte qu'on n'en est point incommodé pendant la bâtisse, cependant elle est sujette à de très-grands inconvéniens. Il faut éviter, autant qu'il est possible, de fonder dessus, & prendre le parti de l'enlever, à moins que son banc ne se trouvât d'une épaisseur si considérable, qu'il ne fût pas possible de l'enlever sans beaucoup de dépense ; & qu'il ne se trouvât dessous un terrein encore plus mauvais, qui obligeroit d'employer des pieux d'une longueur trop considérable pour atteindre le bon fonds ; alors il faut tourmenter la glaise le moins qu'il est possible, raison pour laquelle on ne peut se servir de pilotis ; (q) l'expérience ayant appris qu'en enfonçant un pilot, fig. 43, à une des extrêmités de la fondation, où l'on se croyoit assuré d'avoir trouvé de bon fonds, on s'appercevoit qu'en en enfonçant un autre à l'autre extrêmité, le premier s'élançoit en l'air avec violence. La glaise étant très-visqueuse, & n'ayant pas la force d'agraffer les parties du pilot, le défichoit à mesure qu'on l'enfonçoit ; ce qui fait qu'on prend le parti de creuser le moins qu'il est possible, & de niveau dans l'épaisseur de la glaise, on y pose ensuite un grillage de charpente A, fig. 39, d'un pié ou deux plus large que les fondemens, pour lui donner plus d'empatement, assemblé avec des longrines B, & des traversines C, de neuf ou dix pouces de grosseur, qui se croisent, & qui laissent des intervalles ou cellules que l'on remplit ensuite de brique, de moilon ou de cailloux à bain de mortier, sur lequel on pose des madriers, bien attachés dessus avec des chevilles de fer à têtes perdues ; ensuite on éleve la maçonnerie à assises égales dans toute l'étendue du bâtiment, afin que le terrein s'affaisse également partout.
Lorsqu'il s'agit d'un bâtiment de peu d'importance, on se contente quelquefois de poser les premieres assises sur un terrein ferme, & lié par des racines & des herbes qui en occupent la totalité, & qui se trouvent ordinairement de trois ou quatre piés d'épaisseur posés sur la glaise.
Des fondemens sur le sable. Le sable se divise en deux especes ; l'une qu'on appelle sable ferme, est sans difficulté le meilleur, & celui sur lequel on peut fonder solidement & avec facilité ; l'autre qu'on appelle sable bouillant, est celui sur lequel on ne peut fonder sans prendre les précautions suivantes.
On commence d'abord par tracer les alignemens sur le terrein, amasser près de l'endroit où l'on veut bâtir, les matériaux nécessaires à la construction, & ne fouiller de terre que pour ce que l'on peut faire de maçonnerie pendant un jour ; poser ensuite sur le fond, le plus diligemment qu'il est possible, une assise de gros libages, ou de pierres plates, sur laquelle on en pose une autre en liaison, & à joint recouvert avec de bon mortier ; sur cette derniere on en pose une troisieme de la même maniere, & ainsi de suite, le plus promtement que l'on peut, afin d'empêcher les sources d'inonder le travail, comme cela arrive ordinairement. Si l'on voyoit quelquefois les premieres assises flotter, & paroître ne pas prendre une bonne consistance, il ne faudroit pas s'épouvanter, ni craindre pour la solidité de la maçonnerie, mais au contraire continuer sans s'inquiéter de ce qui arrivera ; & quelque tems après on s'appercevra que la maçonnerie s'affermira comme si elle avoit été placée sur un terrein bien solide. On peut ensuite élever les murs, sans craindre jamais que les fondemens s'affaissent davantage. Il faut sur-tout faire attention de ne pas creuser autour de la maçonnerie, de peur de donner de l'air à quelques sources, & d'y attirer l'eau, qui pourroit faire beaucoup de tort aux fondemens. Cette maniere de fonder est d'un grand usage en Flandre, principalement pour les fortifications.
Il se trouve à Bethune, à Arras, & en quelques autres endroits aux environs, un terrein tourbeux, qu'il est nécessaire de connoître pour y fonder solidement. Dès que l'on creuse un peu dans ce terrein, il en sort une quantité d'eau si prodigieuse, qu'il est impossible d'y fonder sans qu'il en coute beaucoup pour les épuisemens. Après avoir employé une infinité de moyens, on a enfin trouvé que le plus court & le meilleur étoit de creuser le moins qu'il est possible, & de poser hardiment les fondations, employant les meilleurs matériaux que l'on peut trouver. Cette maçonnerie ainsi faite, s'affermit de plus en plus, sans être sujette à aucun danger. Lorsque l'on se trouve dans de semblables terreins que l'on ne connoît pas, il faut les sonder un peu éloignés de l'endroit où l'on veut bâtir, afin que si l'on venoit à sonder trop avant, & qu'il en sortit une source d'eau, elle ne pût incommoder pendant les ouvrages. Si quelquefois on employe la maçonnerie de pierrée, dit M. Belidor, ce devroit être principalement dans ce cas ; car étant d'une promte exécution, & toutes ses parties faisant une bonne liaison, sur-tout lorsqu'elle est faite avec de la pozzolane, de la cendrée de Tournay, ou de la terrasse de Hollande, elle fait un massif, ou une espece de banc, qui ayant reçu deux piés ou deux piés & demi d'épaisseur, est si solide, que l'on peut fonder dessus avec confiance. Cependant, lorsque l'on est obligé d'en faire usage, il faut donner plus d'empatement à la fondation, afin que comprenant plus de
(q) Pilotis est un assemblage de pilots fichés près-à-près dans la terre.
terrein, elle en ait aussi plus de solidité.
On peut encore fonder d'une maniere différente de ces dernieres, & qu'on appelle par coffre, fig. 40 : on l'emploie dans les terreins peu solides, & où il est nécessaire de se garantir des éboulemens & des sources. On commence d'abord par faire une tranchée A, d'environ quatre ou cinq piés de long, & qui ait de largeur l'épaisseur des murs. On applique sur le bord des terres, pour les soutenir, des madriers B, d'environ deux pouces d'épaisseur, soutenus à leur tour de distance en distance par des pieces de bois C en travers, qui servent d'étrésillons. Ces coffres étant faits, on les remplit de bonne maçonnerie, & on ôte les étrésillons C, à mesure que les madriers B se trouvent appuyés par la maçonnerie ; ensuite on en fait d'autres semblables à côté, dont l'abondance plus ou moins grande des sources, doit déterminer les dimensions, pour n'en être pas incommodé. Cependant s'il arrivoit, comme cela se peut, que les sources eussent assez de force pour pousser sans qu'on pût les en empêcher, malgré toutes les précautions que l'on auroit pu prendre, il faut selon quelques-uns, avoir recours à de la chaux vive, & sortant du four, que l'on jette promtement dessus, avec du moilon ou libage, mêlé ensuite de mortier, & par ce moyen on bouche la source, & on l'oblige de prendre un autre cours, sans quoi on se trouveroit inondé de toutes parts, & on ne pourroit alors fonder sans épuisement. Lorsque l'on a fait trois ou quatre coffres, & que la maçonnerie des premiers est un peu ferme, on peut ôter les madriers qui servoient à la soutenir, pour s'en servir ailleurs ; mais si on ne pouvoit les retirer sans donner jour à quelques sources, il seroit mieux alors de les abandonner.
Lorsque l'on veut fonder dans l'eau, & qu'on ne peut faire des épuisemens, comme dans de grands lacs, bras de mer, &c. si c'est dans le fond de la mer, on profite du tems que la marée est basse, pour unir le terrein, planter les repaires, & faire les alignemens nécessaires. On doit comprendre pour cela non-seulement le terrein de la grandeur du bâtiment, mais encore beaucoup au-delà, afin qu'il y ait autour des murailles, une berme assez grande pour en assurer davantage le pié ; on emplit ensuite une certaine quantité de bateaux, des matériaux nécessaires, & ayant choisi le tems le plus commode, on commence par jetter un lit de cailloux, de pierres, ou de moilons, tels qu'ils sortent de la carriere, sur lesquels on fait un autre lit de chaux, mêlé de pozzolane, de cendrée de Tournay, ou de terrasse de Hollande. Il faut avoir soin de placer les plus grosses pierres sur les bords, & leur donner un talut de deux fois leur hauteur ; ensuite on fait un second lit de moilon ou de cailloux que l'on couvre encore de chaux & de pozzolane comme auparavant, & alternativement un lit de l'un & un lit de l'autre. Par la propriété de ces différentes poudres, il se forme aussi-tôt un mastic, qui rend cette maçonnerie indissoluble, & aussi solide que si elle avoit été faite avec beaucoup de précaution ; car quoique la grandeur des eaux & les crues de la mer empêchent qu'on ne puisse travailler de suite, cependant on peut continuer par reprises, sans que cela fasse aucun tort aux ouvrages. Lorsque l'on aura élevé cette maçonnerie au-dessus des eaux, ou au rez-de-chaussée, on peut la laisser pendant quelques années à l'épreuve des inconvéniens de la mer, en la chargeant de tous les matériaux nécessaires à la construction de l'édifice, afin qu'en lui donnant tout le poids qu'elle pourra jamais porter, elle s'affaisse également & suffisamment par-tout. Lorsqu'au bout d'un tems on s'apperçoit qu'il n'est arrivé aucun accident considérable à ce massif, on peut placer un grillage de charpente, comme nous l'avons déjà vu fig. 39, & bâtir ensuite dessus avec solidité, sans craindre de faire une mauvaise construction. Il seroit encore mieux, si l'on pouvoit, de battre des pilots autour de la maçonnerie, & former un bon empatement, qui garantiroit le pié des dégradations qui pourroient arriver dans la suite.
On peut encore fonder dans l'eau d'une autre maniere (fig. 41.) en se servant de caissons A, qui ne sont autre chose qu'un assemblage de charpente & madriers bien calfatés, dans l'intérieur desquels l'eau ne sauroit entrer, & dont la hauteur est proportionnée à la profondeur de l'eau où ils doivent être posés, en observant de les faire un peu plus hauts, afin que les ouvriers ne soient point incommodés des eaux. On commence par les placer & les arranger d'alignement dans l'endroit où l'on veut fonder ; on les attache avec des cables qui passent dans des anneaux de fer attachés dessus ; quand ils sont ainsi préparés on les remplit de bonne maçonnerie. A mesure que les ouvrages avancent, leur propre poids les fait enfoncer jusqu'au fond de l'eau ; & lorsque la profondeur est considérable, on augmente leur hauteur avec des hausses, à mesure qu'elles approchent du fond : cette maniere est très-en usage, d'une grande utilité, & très-solide.
Des fondemens sur pilotis. Il arrive quelquefois qu'un terrein ne se trouvant pas assez bon pour fonder solidement, & que voulant creuser davantage, on le trouve au contraire encore plus mauvais : alors il est mieux de creuser le moins que l'on pourra, & poser dessus un grillage de charpente A, fig. 42, assemblé comme nous l'avons vu précédemment, sur lequel on pose quelquefois aussi un plancher de madriers, mais ce plancher B ne paroissant pas toujours nécessaire, on se contente quelquefois d'élever la maçonnerie sur ce grillage, observant d'en faire les paremens en pierre jusqu'au rez-de-chaussée, & plus haut, si l'ouvrage étoit de quelque importance. Il est bon de faire regner autour des fondations sur le bord des grillages des heurtoirs C ou especes de pilots, enfoncés dans la terre au refus du mouton (fig. 153.) pour empêcher le pié de la fondation de glisser, principalement lorsqu'il est posé sur un plancher de madriers ; & par-là prévenir ce qui est arrivé un jour à Bergue-Saint-Vinox, où le terrein s'étant trouvé très-mauvais, une partie considérable du revêtement de la face d'une demi-lune s'est détachée & a glissé tout d'une piece jusque dans le milieu du fossé.
Mais lorsqu'il s'agit de donner encore plus de solidité au terrein, on enfonce diagonalement dans chacun des intervalles du grillage, un ou deux pilots D de remplage ou de compression sur toute l'étendue des fondations ; & sur les bords du grillage, des pilots de cordage ou de garde E près-à-près, le long desquels on pose des palplanches pour empêcher le courant des eaux, s'il s'en trouvoit, de dégrader la maçonnerie. Palladio recommande expressément, lorsque l'on enfonce des pilots, de les frapper à petits coups redoublés, parce que, dit-il, en les chassant avec violence, ils pourroient ébranler le fond. On acheve ensuite de remplir de charbon, comme dit Vitruve, ou, ce qui vaut encore mieux, de cailloux ou de moilons à bain de mortier, les vuides que la tête des pilots a laissés : on arase bien le tout, & on éleve dessus les fondemens.
Pour connoître la longueur des pilots, que Vitruve conseille de faire en bois d'aune, d'olivier ou de chêne, & que Palladio recommande sur-tout de faire en chêne, il faut observer, avant que de piloter, jusqu'à quelle profondeur le terrein fait une assez grande résistance, & s'oppose fortement à la pointe d'un pilot que l'on enfonce exprès. Ainsi sachant de combien il s'est enfoncé, on pourra déterminer la longueur des autres en les faisant un peu plus longs, se pouvant rencontrer des endroits où le terrein résiste moins & ne les empêche point d'entrer plus avant. Palladio conseille de leur donner de longueur la huitieme partie de la hauteur des murs qui doivent être élevés dessus ; lorsque la longueur est déterminée, on en peut proportionner la grosseur en leur donnant, suivant le même auteur, environ la douzieme partie de leur longueur, lorsqu'ils ne passent pas douze piés, mais seulement douze ou quatorze lorsqu'ils vont jusqu'à dix-huit ou vingt piés ; & cela pour éviter une dépense inutile de pieces de bois d'un gros calibre.
Comme ces pilots ont ordinairement une de leurs extrêmités faite en pointe de diamant, dont la longueur doit être depuis une fois & demie de leur diametre jusqu'à deux fois, il faut avoir soin de ne pas leur donner plus ni moins ; car lorsqu'elles ont plus, elles deviennent trop foibles & s'émoussent lorsqu'elles trouvent des parties dures ; & lorsqu'elles sont trop courtes, il est très-difficile de les faire entrer. Quand le terrein dans lequel on les enfonce ne résiste pas beaucoup, on se contente seulement, selon Palladio, de brûler la pointe pour la durcir, & quelquefois aussi la tête, afin que les coups du mouton ne l'éclatent point ; mais s'il se trouve dans le terrein des pierres, cailloux ou autres choses qui résistent & qui en émoussent la pointe, on la garnit alors d'un sabot ou lardoir A, fig. 43, espece d'armature de fer (fig. 44.) faisant la pointe, retenue & attachée au pilot par trois ou quatre branches. L'on peut encore en armer la tête B d'une virole de fer qu'on appelle frette, pour l'empêcher de s'éclater, & l'on proportionne la distance des pilots à la quantité que l'on croit avoir besoin pour rendre les fondemens solides. Mais il ne faut pas les approcher l'un de l'autre, ajoute encore Palladio, de plus d'un diametre, afin qu'il puisse rester assez de terre pour les entretenir.
Lorsque l'on veut placer des pilots de bordage ou de garde A, fig. 45, entrelacés de palplanches B le long des fondemens, on fait à chacun d'eux, après les avoir équarris, deux rainures C opposées l'une à l'autre de deux pouces de profondeur sur toute leur longueur, pour y enfoncer entre deux des palplanches B qui s'y introduisent à coulisse, & dont l'épaisseur differe selon la longueur : par exemple, si elles ont six piés, elles doivent avoir trois pouces d'épaisseur ; si elles en ont douze, qui est la plus grande longueur qu'elles puissent avoir, on leur donne quatre pouces d'épaisseur, & cette épaisseur doit déterminer la largeur des rainures C sur les pilots, en observant de leur donner jusqu'aux environs d'un pouce de jeu, afin qu'elles y puissent entrer plus facilement.
Pour joindre les palplanches avec les pilots, on enfonce d'abord deux pilots perpendiculairement dans la terre, distant l'un de l'autre de la largeur des palplanches, qui est ordinairement de douze à quinze pouces, en les plaçant de maniere que deux rainures se trouvent l'une vis-à-vis de l'autre. Après cela on enfonce au refus du mouton une palplanche entre les deux, & on la fait entrer à force entre les deux rainures ; ensuite on pose à la même distance un pilot, & on enfonce comme auparavant une autre palplanche, & on continue ainsi de suite à battre alternativement un pilot & une palplanche. Si le terrein résistoit à leur pointe, on pourroit les armer comme les pilots, d'un sabot de fer par un bout, & d'une frette par l'autre.
On peut encore fonder sur pilotis, en commençant d'abord par enfoncer le long des fondemens, au refus du mouton, des rangées de pilots (fig. 46.) éloignés les uns des autres d'environ un pié ou deux, plus ou moins, disposés en échiquier ; en observant toujours de placer les plus forts & les plus longs dans les angles, ayant beaucoup plus besoin de solidité qu'ailleurs pour retenir la maçonnerie : ensuite on récépera tous les pilots au même niveau, sur lesquels on posera un grillage de charpente A, comme ci-devant, de maniere qu'il se trouve un pilot sous chaque croisée, pour l'arrêter dessus avec une cheville à tête perdue (fig. 47.), après quoi on pourra enfoncer des pilots de remplage & élever ensuite les fondemens à l'ordinaire : cette maniere est très-bonne & très-solide.
Quoiqu'il arrive très-souvent que l'on emploie les pilots pour affermir un mauvais terrein, cependant il se trouve des circonstances où on ne peut les employer, sans courir un risque évident. Si l'on fondoit, par exemple, dans un terrein aquatique, sur un sable mouvant, &c. alors les pilots seroient nonseulement très-nuisibles, mais encore éventeroient les sources, & fourniroient une quantité prodigieuse d'eau qui rendroit alors le terrein beaucoup plus mauvais qu'auparavant : d'ailleurs on voit tous les jours que ces pilots ayant été enfoncés au refus du mouton avec autant de difficulté que dans un bon terrein, sortent de terre quelques heures après, ou le lendemain, l'eau des sources les ayant repoussés, en faisant effort pour sortir ; de maniere que l'on a renoncé à les employer à cet usage.
Si l'on entreprenoit de rapporter toutes les manieres de fonder, toutes les différentes qualités de terreins, & toutes les différentes circonstances où l'on se trouve, on ne finiroit jamais. Ce que l'on vient de voir est presque suffisant pour que l'on puisse de soi-même, avec un peu d'intelligence & de pratique, faire un choix judicieux des différens moyens dont on peut se servir, & suppléer aux inconvéniens qui surviennent ordinairement dans le cours des ouvrages.
Des outils dont se servent les carriers pour tirer la pierre des carrieres. La fig. 48 est une pince de fer quarré, arrondi par un bout A, & aminci par l'autre B, d'environ six à sept piés de long, sur deux pouces & demi de grosseur, servant de levier.
La fig. 49 est une semblable pince, mais de deux pouces de grosseur sur quatre à cinq piés de long, employée aux mêmes usages.
La fig. 50 est un rouleau qui se place dessous les pierres ou toute espece de fardeau, pour les transporter, & que l'on fait rouler avec des leviers, fig. 158 & 159, dont les bouts A entrent dans les trous B du rouleau, fig. 50, ne pouvant rouler d'eux-mêmes, à cause du grand fardeau qui pese dessus.
La fig. 51 est aussi un rouleau de bois, mais sans trous, & qui pouvant rouler seul en poussant le fardeau, n'a pas besoin d'être tourné avec des leviers, comme le précédent.
Les fig. 52 & 53 sont des instrumens de fer, appellés esses, qui ont depuis dix jusqu'à treize & quatorze pouces de long, sur quinze à vingt lignes de grosseur, ayant par chaque bout une pointe camuse aciérée ; le manche a depuis quatre jusqu'à huit piés de long. Ces esses servent à souchever entre les lits des pierres pour les dégrader.
La fig. 54 est la même esse vûe du côté de l'oeil.
Les fig. 55 & 57 sont des masses de fer quarrées, appellées mails, qui ont depuis trois jusqu'à quatre pouces & demi de grosseur, sur neuf à quatorze pouces de long, avec un manche d'environ deux piés à deux piés & demi de longueur, fort menu & élastique, pour donner plus de coup à la masse. Ils servent à enfoncer les coins, fig. 62 & 63, dans les filieres (r) des pierres, ou les entailles que l'on y a
(r) Des filieres sont des espèces de joints qui se trouvent naturellement entre les pierres dans les carrieres.
faites avec le marteau, fig. 61, pour le rompre.
Les fig. 56 & 58 sont les mêmes mails vûs du côté de l'oeil.
La fig. 59 est un instrument appellé tire-terre, fait à-peu-près comme une pioche, dont le manche differe, comme celui des esses, fig. 52 & 53. Il sert à tirer la terre que l'on a souchevée avec ces mêmes esses entre les lits des pierres ; ce qui lui a donné le nom.
La fig. 60 est le même tire-terre vû du côté de l'oeil.
Les fig. 62 & 63 sont deux coins de fer, depuis vingt lignes jusqu'à trois pouces de grosseur, & depuis neuf pouces jusqu'à un pié de long, amincis par un bout pour placer dans des filieres ou entailles faites dans les pierres pour les séparer.
La fig. 64 est un cric composé d'une barre de fer plat, enfermé dans l'intérieur d'un morceau de bois, ayant des dents sur sa longueur, & mû en montant & en descendant, par un pignon arrêté à demeure sur la manivelle A ; ce qui fait qu'en tournant cette manivelle, & qu'en posant le croc B du cric sous un fardeau, on peut l'élever à la hauteur que l'on juge à propos.
La fig. 65 est une espece de plateau appellé baquet, suspendu sur des cordages A, & ensuite à l'esse B, qui répond au treuil du singe, fig. 26, qui sert à monter les moilons que l'on arrange dessus.
Des outils dont se servent les maçons & tailleurs de pierre dans les bâtimens. La fig. 66 est une regle de bois plate, de six piés de long, qui sert aux maçons pour tirer des lignes sur des planchers, murs, &c. Il s'en trouve de cette espece jusqu'à douze piés de long.
La fig. 67 est aussi une regle de bois de six piés de long, mais quarrée, qui se place dans les embrasures (s) des portes & croisées, pour en former la feuilleure.
La fig. 68 est une regle de bois de quatre piés de long, quarrée comme la derniere, & servant aux mêmes usages. Ces trois especes de regles se posent souvent & indifféremment à des surfaces sur lesquelles on pose les deux piés A du niveau, fig. 75, afin d'embrasser un plus long espace, & par-là prendre un niveau plus juste.
La fig. 69 est une équerre de fer mince, depuis dix-huit pouces jusqu'à trois piés de longueur chaque branche, à l'usage des tailleurs de pierre.
La fig. 70 est un instrument de bois appellé fausse-équerre, sauterelle ou beuveau droit, fait pour prendre des ouvertures d'angle.
La fig. 71 est un instrument aussi de bois, appellé beuveau concave, fait pour prendre des angles mixtes.
La fig. 72 est encore un instrument appellé beuveau convexe, fait aussi pour prendre des angles mixtes. Ces trois instrumens se font depuis un pié jusqu'à deux piés de longueur chaque branche, & la longueur à proportion. Ils peuvent s'ouvrir & se fermer tout-à-fait par le moyen des charnieres A & des doubles branches B.
La fig. 73 est une fausse-équerre ou grand compas, qui sert à prendre des ouvertures d'angles & des espaces, & que les appareilleurs portent souvent avec eux pour appareiller les pierres.
La fig. 74 est un petit compas à l'usage des tailleurs de pierre.
La fig. 75 est un instrument appellé niveau, qui avec le secours d'une grande regle, pour opérer plus juste, sert à poser les pierres de niveau, à mesure que les murs s'élevent.
La fig. 76 est aussi un niveau, mais d'une autre espece.
La fig. 77 est une regle d'appareilleur, ordinairement de quatre piés de long, sur laquelle les piés & les pouces sont marqués, & que les appareilleurs portent toujours avec eux dans les bâtimens.
La fig. 78 est un coin de fer d'environ deux ou trois pouces de grosseur, & depuis huit jusqu'à douze pouces de long, pour fendre les pierres, & les débiter.
La fig. 79 est une masse de fer appellée grosse masse, d'environ deux à trois pouces de grosseur, sur dix à quatorze pouces de long, & qui avec le secours du coin, comme nous l'avons vû ci-devant, sert à fendre & débiter les pierres.
La fig. 80 est le même mail vû du côté de l'oeil.
La fig. 81 est une autre masse de fer plus petite que la précédente, appellée petite masse, d'environ dixhuit lignes ou deux pouces de grosseur, sur six à huit pouces de long, qui avec la pointe ou poinçon, fig. 110, sert à faire des trous dans la pierre.
La fig. 82 est la même masse vûe du côté de l'oeil.
La fig. 83 & 85 sont des marteaux appellés têtus, à l'usage des tailleurs de pierre, lorsqu'ils ont des masses de pierre à rompre. Ces especes de marteaux ont depuis deux jusqu'à trois pouces de gros, & depuis neuf pouces jusqu'à un pié de long, & les deux bouts en sont creusés en forme d'un V.
La fig. 84 & 86 sont les mêmes têtus vûs du côté de l'oeil.
La fig. 87 est aussi un têtu, mais plus petit & plus long, & dont un côté est fait en pointe, à l'usage des maçons pour démolir.
La fig. 88 est le même vu du côté de l'oeil.
La fig. 89 est un marteau à deux pointes, dont se servent les tailleurs de pierre pour dégrossir les pierres dures, les piquer & les rustiquer.
La fig. 90 est le même marteau vu du côté de l'oeil.
La fig. 91 est un marteau à pointe du côté A, servant aux mêmes usages que le précédent, & de l'autre B, aminci en forme de coin, avec un tranchant taillé de dents qu'on appelle bretelures ; ce côté sert pour brételer les pierres dures ou tendres lorsqu'elles ont été dégrossies avec la pointe A du même marteau, ou celle A du marteau fig. 95.
La fig. 92 est le même vu du côté de l'oeil.
La fig. 93 est un marteau dont le côté brételé B sert aux mêmes usages que le précédent, & l'autre côté appellé hache, sert pour hacher les pierres & les finir lorsqu'elles ont été brételées. Ce côté A est fait comme le côté B, excepté qu'il n'y a point de brételures.
La fig. 94 est le même vu du côté de l'oeil.
La fig. 95 est un marteau dont le côté B sans brételure est appellé hache, & l'autre aussi appellé hache, mais plus petite, est fait pour dégrossir les pierres tendres.
La fig. 96 est le même vu du côté de l'oeil.
La fig. 97 est un marteau dont les deux côtés sont faits pour tailler & dégrossir la pierre tendre.
La fig. 98 est le même vu du côté de l'oeil.
La fig. 99 est un ciseau large, mince & aciéré par un bout, qui avec le secours du maillet, fig. 111, sert à tailler les pierres & à les équarrir.
La fig. 100 est un marteau à l'usage des maçons, dont un côté est quarré & l'autre est fait en hache, pour démolir les cloisons ou murs faits en plâtre.
La fig. 101 est le même vu du côté de l'oeil.
La fig. 102 est un marteau à deux pointes aussi à l'usage des maçons, pour démolir toutes especes de murs en plâtre, moilon ou pierre.
La fig. 103 est le même vu du côté de l'oeil.
(s) Une embrasure est l'intervalle d'une porte ou d'une croisée, entre la superficie extérieure du mur & la superficie intérieure.
La fig. 104 est un marteau quarré d'un côté & à pointe de l'autre, ainsi que le précédent, aussi à l'usage des maçons pour démolir.
La fig. 105 est le même vu du côté de l'oeil.
La fig. 106 est un marteau plus petit que les autres ; & appellé pour cela hachette, à cause de la petite hache A qu'il a d'un côté ; l'autre B est quarré.
La fig. 107 est le même vu du côté de l'oeil.
La fig. 108 est un marteau appellé décintroir ; les deux côtés sont faits en hache, mais l'une est tournée d'un sens & l'autre de l'autre. Il sert aussi aux maçons pour démolir les murs & cloisons en plâtre.
La fig. 109 est le même décintroir vu du côté de l'oeil.
La fig. 110 est un poinçon qui, avec la masse fig. 81, & le maillet, fig. 111, sert à percer des trous dans la pierre.
La fig. 111 est une espece de marteau de bois appellé maillet, moins pesant que la masse, & par conséquent plus commode pour tailler la pierre avec le ciseau fig. 99, ou le poinçon fig. 110.
La fig. 112 est un ciseau à main à l'usage des maçons, pour tailler les moulures plates des angles des corniches en plâtre : il y en a de plusieurs largeurs selon les moulures.
La fig. 113 est une gouge, espece de ciseau arrondi fait pour tailler les moulures rondes des mêmes angles de corniche en plâtre : il y en a aussi de plusieurs grosseurs, selon les moulures, & plus ou moins cintrées, selon les courbes.
La fig. 114 est un instrument appellé riflard sans brételure, à l'usage des maçons & tailleurs de pierre, pour rifler & unir la pierre, ou les murs en plâtre lorsqu'ils sont faits.
La fig. 115 est un semblable riflard, mais avec brételures, servant aux mêmes usages que le précédent.
La fig. 116 est une aiguille ou trépan aciéré par le bout A, pour percer la pierre ou le marbre avec le secours d'un levier à deux branches, comme celui A de la sonde, fig. 155, sur-tout lorsque l'on veut faire jouer la mine.
La fig. 117 est un rabot tout de bois, dont le manche a environ depuis six jusqu'à huit piés de longueur, qui sert aux Limousins dans les bâtimens pour corroyer le mortier, éteindre la chaux, &c.
La fig. 118 est un instrument de fer appellé houe, emmanché sur un bâton à-peu-près de même longueur que le précédent, servant aux mêmes usages, surtout en Allemagne.
La fig. 119 est un instrument de fer appellé drague, très-mince, & percé de plusieurs trous du côté A, le côté B ayant une douille sur laquelle s'emmanche une perche depuis sept jusqu'à dix & douze piés de longueur, avec laquelle on tire le sable du fond des rivieres.
La fig. 120 est un petit morceau de bois A sur lequel on enveloppe un cordeau ou une ligne, espece de ficelle qu'on appelle fouet, au bout de laquelle pend un petit cylindre B de cuivre, de plomb ou de fer, appellé plomb, qui sert à prendre des à-plombs, niveaux & alignemens. La piece C est une petite plaque aussi de fer ou de cuivre, mince & quarrée, du même diametre que le plomb, & que l'on appuie le long d'un mur pour former, avec l'espace B C & la ligne du mur, deux paralleles qui font juger si le mur est d'à-plomb.
La fig. 121 est un instrument de fer appellé rondelle, large, mince & coudé par un bout A, & appointé par l'autre B, enfoncé dans un manche de bois C, pour rifler la pierre & sur-tout le plâtre dans des parties circulaires.
La fig. 122 est un pareil instrument de fer appellé crochet sans brételure, fait aussi pour rifler la pierre ou le plâtre dans des parties plates & unies.
La fig. 123 est un semblable instrument de fer, mais avec des brételures, servant aussi aux mêmes usages.
La fig. 124 est un instrument de fer appellé aussi riflard, composé d'une plaque de tôle forte, aminci de deux côtés B & C, avec des brételures d'un côté B, & sans brételure de l'autre C, attaché au bout d'une tige de fer à deux branches d'un côté C & à pointe de l'autre D, entrant dans un manche de bois, à l'usage des maçons, pour rifler les murs en plâtre lorsqu'ils sont faits.
La fig. 125 est un instrument de cuivre appellé truelle, ayant par un bout A une plaque large, mince, arrondie & coudée, & par l'autre B, une pointe coudée, enfoncée dans un manche de bois, dont les Maçons se servent pour employer le plâtre. Cet instrument est plutôt de cuivre que de fer, parce que le fer se rouillant par l'humidité, laisseroit souvent des taches jaunes sur les murs en plâtre.
La fig. 126 est une autre truelle de fer, plate, large, mince & pointue par un bout A, & a une pointe coudée de l'autre B, emmanchée dans un manche de bois, pour employer le mortier ; elle est plutôt de fer que de cuivre, parce que les sels de la chaux & du sable la rongeroient, & feroient qu'elle ne seroit jamais unie ni lisse.
La fig. 127, est une semblable truelle, mais avec des bretelures, pour faire des enduits de chaux sur les murs.
La fig. 128 est un instrument appellé pic d'environ douze à quinze pouces de long, à pointe d'un côté A, & à douille par l'autre B ; emmanché sur un bâton d'environ trois ou quatre piés de long, à l'usage des Terrassiers.
La fig. 129 est le même pic, vu du côté de la douille.
La fig. 130 est un instrument appellé pioche, d'environ douze à quinze pouces de long, dont un bout A est aminci en forme de coin, & l'autre B, à douille, emmanché aussi sur un bâton de trois ou quatre piés de long.
La fig. 131 est la même pioche vue du côté de la douille.
La fig. 132, est une pelle de bois, trop connue pour en faire la description ; elle sert aux Terrassiers & aux Limousins dans les bâtimens.
La fig. 133 est un bâton rond, appellé batte, plus gros par un bout que par l'autre, fait pour battre le plâtre, en le prenant par le plus petit bout.
La fig. 134 est une hotte contenant environ un pié cube de terre, qui sert aux Terrassiers & aux Limousins dans les bâtimens, pour transporter les terres.
La fig. 135 est une brouette, traînée par un seul homme ; elle contient environ un pié cube de terre, & sert aussi aux Terrassiers & aux Limousins pour transporter des terres, de la chaux, du mortier, &c.
La fig. 136 est un banneau, traîné par deux hommes ; il contient environ cinq à six piés cubes de terre, & sert aux mêmes usages que les brouettes.
La fig. 137 est un instrument de bois, appellé oiseau, à l'usage des Limousins pour transporter le mortier sur les épaules.
La fig. 138 est une auge de bois à l'usage des Maçons, dans laquelle on gache le plâtre pour l'employer.
La fig. 139 est un panier d'osier clair, d'environ deux piés à deux piés & demi de diametre, à l'usage des Maçons pour passer le plâtre propre à faire des crépis.
La fig. 140 est une espece de tamis, appellé sas fait aussi pour tamiser le plâtre ; mais plus fin que le précédent, & propre à faire des enduits.
La fig. 141 est un instrument de bois, appellé bar, d'environ six à sept piés de long sur deux piés de large, avec des traverses A, porté par deux ou plusieurs hommes, fait pour transporter des pierres d'un moyen poids dans les bâtimens ; les trous B sont faits pour y passer, en cas de besoin, un boulon de fer claveté pour rendre le bar plus solide.
La fig. 142 est un instrument aussi de bois, appellé civiere, avec des traverses comme le précédent, servant aussi aux mêmes usages.
La fig. 143 est une scie sans dent pour débiter la pierre dure ; elle est manoeuvrée par un ou deux hommes, lorsque les pierres sont fort longues.
La fig. 144 est une espece de cuilliere de fer, emmanchée sur un petit bâton, depuis six jusqu'à dix piés de long, à l'usage des scieurs de pierres, pour arroser avec de l'eau & du grais les pierres qu'ils débitent à la scie sans dent.
La fig. 145 est une scie avec dent pour débiter la pierre tendre, manoeuvrée par deux ou quatre hommes, selon la grosseur de la pierre.
La fig. 146, est une scie à main avec dent, faite pour scier les joints des pierres tendres, & par-là, livrer passage au mortier ou au plâtre, & faire liaison.
La fig. 147, est un instrument appellé demoiselle, dont on se sert en Allemagne pour corroyer le mortier ; c'est une espece de cône tronqué dans son sommet, dont la partie inférieure A est armée d'une masse de fer, & la partie supérieure d'une tige de bois en forme de T, pour pouvoir être manoeuvrée par plusieurs hommes.
La fig. 148 est une scie à main sans dent, faite pour scier les joints des pierres dures, & faire passage au mortier ou au plâtre, pour former liaison.
La fig. 149 est une lame de fer plate, d'environ trois piés de long, appellée fiche, faite pour ficher le mortier dans les joints des pierres.
La fig. 150 est un assemblage de charpente, appellé brancard, d'environ cinq à six piés de long, sur deux ou trois piés de large & de hauteur, fait avec le secours du gruau, fig. 160, ou de la grue, fig. 162, pour monter sur le bâtiment des pierres de sujétions ou des moilons.
La fig. 151 est un instrument appellé bouriquet, avec lequel, par le secours du gruau, fig. 160, ou de la grue, fig. 162, on monte des moilons sur le bâtiment ; les cordages A s'appellent brayer du bouriquet ; & B, l'esse du même bouriquet.
La fig. 152 est un chassis de bois, appellé manivelle, de deux ou trois piés de hauteur, sur environ dix-huit pouces de large, percé de plusieurs trous pour y placer un boulon A à la hauteur que l'on juge à propos, à l'usage des Maçons & Tailleurs de pierre, pour servir avec le secours du levier, fig. 158, à lever les pierres ou toute espece de fardeau.
La fig. 153 est un assemblage de charpente, appellé mouton, d'environ quinze à vingt piés d'élévation, dont on se sert pour planter des pilotis A. Cet assemblage est composé de plusieurs pieces, dont la premiere marquée B, est un gros billot de bois, appellé mouton, fretté par les deux bouts, attaché au bout des deux cordages C, tiré & lâché alternativement par des hommes ; ce cordage roule sur des poulies D ; & c'est ce qu'on appelle sonnettes. E, est le sol ; F, la fourchette ; G, les moutons ; H, les bras ou liens ; I, le ranche garni de chevilles ; K, la jambette.
La fig. 154 est un échafaud adossé à un mur A, dont se servent les Maçons dans les bâtimens ; il est composé de perches B, de boulins C, attachés dessus avec des cordages, & des planches ou madriers D posés dessus, & sur lesquels les Maçons travaillent à la surface des murs.
La fig. 155 est une seconde composée de plusieurs tringles de fer B, selon la profondeur du terrein que l'on veut sonder, chacune de six à sept piés de long, sur quinze à dix-huit lignes de grosseur en quarré, portant par le bout d'en haut une vis C, & par l'autre une douille D, creusée, & à écrou qui se visse sur le bout C ; E, est une espece de cuillere en forme de vrille pour percer le terrein ; F, est une fraise pour percer le roc ; A, est le manche ou levier avec lequel on manoeuvre la sonde.
La fig. 156 est une chevre faite pour lever des fardeaux d'une moyenne pesanteur, composée d'un treuil A, d'un cordage B, de deux leviers C, d'une poulie D, de deux bras E, & de deux traverses F.
La fig. 157 est un cabestan appellé dans les bâtimens vindas, qui sert à transporter des fardeaux, en faisant tourner par des hommes les leviers A, qui entrent dans les trous du treuil B, & qui en tournant, enfile d'un côté C le cordage D ; & de l'autre E, le défile.
Les fig. 158 & 159 sont des leviers ou boulins de différente longueur à l'usage des bâtimens.
La fig. 160 est un gruau d'environ trente à quarante piés de hauteur, fait pour enlever les pierres, les grosses pieces de charpente, & toute espece de fardeau fort lourd, pour les poser ensuite sur le bâtiment ; il est composé de leviers A, d'un treuil B, d'un cordage C, de deux ou trois poulies D, d'un poids quelconque E. F, est le sol du gruau ; G, la fourchette ; H, les bras ; I, la jambette ; K, le ranche garni de chevilles ; L, la sellette ; M, le poinçon ; N, le lien ; & O, les moises, retenues de distances en distances par des boulons clavetés.
La fig. 161 est la partie supérieure d'un gruau d'une autre espece ; A, en est le poinçon ; B, la sellette ; C, le fauconneau ou estourneau ; D, les liens ; E, le cordage ; & F, les poulies.
La fig. 162, est une grue d'environ cinquante à soixante piés de hauteur, servant aussi à enlever de grands fardeaux, & est composée d'une roue A, fermée dans sa circonférence, & dans laquelle des hommes marchent, & en marchant font tourner le treuil B, qui enveloppe la corde ou chable C, attaché de l'autre côté à un grand poids D ; au lieu de cette roue, on y en place quelquefois une autre, comme celle de la fig. 26. E, est l'empatement de la grue ; F, l'arbre ; G, les bras ou liens en contrefiches ; H, le poinçon ; I, le ranche garni de chevilles ; K, les liens ; L, les petites moises ; M, la grande moise ; N, la soupente ; O, le mamelon du treuil ; & P, la lumiere du même treuil.
La fig. 163, est un instrument appellé louve, qui s'engage jusqu'à l'oeil A dans la pierre que l'on doit enlever & poser sur le bâtiment, afin d'éviter par-là d'écorner ses arêtes, en y attachant des cordages, & en même tems afin que les pierres soient mieux posées, plus tôt, & plus facilement ; ce qui produit de l'accélération nécessaire dans la bâtisse. B, est la louve ; C, sont les louveteaux, espece de coins qui retiennent la louve dans l'entaille faite dans la pierre ; D en est l'esse.
La fig. 164 est un ciseau à louver, d'environ dixhuit pouces de long. M. LUCOTTE.
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| MACONNOIS | (Géog.) pays de France en Bourgogne, que Louis XI. conquit & réunit à la couronne en 1476 : il est situé entre le Beaujolois & le Châlonnois, & est séparé vers l'orient de la Bresse par la riviere de Saône. On sait qu'il est fertile en bons vins, & qu'il a ses états particuliers, dont Piganiol de la Force vous instruira.
J'ajoute seulement que Mrs. du Ryer & S. Julien, connus par leurs ouvrages, sont de cette province, & que Guichenon & Sénécé ont eu Mâcon pour partie.
André du Ryer, sieur de Malézair, différent de Pierre du Ryer, l'un des quarante de l'Académie françoise, apprit, pendant son long séjour à Constantinople & en Egypte, les langues turque & arabe ; ce qui nous a valu non-seulement la traduction de l'alcoran dont je ne ferai point l'éloge, mais celle du Gulistan, ou de l'empire des Roses de Saadi, que j'aime beaucoup.
M. de S. Julien, surnommé de Balleure, premier chanoine séculier de Mâcon en 1557, mort en 1593, étudia beaucoup l'histoire particuliere de son pays ; ses mêlanges historiques & ses antiquités de Tournus sont pleines de recherches utiles.
Guichenon (Samuel) s'est fait honneur par son histoire de Bresse & du Bugey, en 3 vol. in-folio, auxquels il faut joindre son recueil des actes & des titres de cette province. Il fut comblé de biens par le duc de Savoie, pour récompense de son histoire généalogique de la maison de ce prince, en 2 vol. in-fol. Il mourut en 1604, à 57 ans.
Sénécé (Antoine Bauderon), né à Mâcon en 1643, mort en 1737, poëte d'une imagination singuliere, a mis des beautés neuves dans ses travaux d'Apollon. Ses mémoires sur le cardinal de Retz amusent sans intéresser. Son conte de Kaïmac, au jugement de M. de Voltaire, est, à quelques endroits près, un ouvrage distingué. Je crois l'épithete trop forte. Quoi qu'il en soit, Sénécé conserva jusqu'à la sin de ses jours une gaieté pure, qu'il appelloit avec raison le baume de la vie. (D.J.)
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| MACOQUER | S. m. (Hist. nat. Bot.) fruit commun aux îles de l'Amérique, & dans la plus grande partie du continent. Il a la forme de nos courges, & il est d'un goût agréable. Cependant sa figure & sa grosseur varient. Son écorce est dure, ligneuse, polie, brune ou rougeâtre en-dehors, noire en-dedans. Il contient une pulpe qui de blanche devient violette en mûrissant. Dans cette pulpe sont parsemés plusieurs grains plats & durs. Les chasseurs mangent le macoquer ; ils lui trouvent le goût du vin cuit ; il étanche la soif, mais il resserre un peu le ventre. Les Indiens en font une espece de tambour, en le vuidant par une ouverture, & le remplissant ensuite de petits cailloux. Dutertre appelle le macoquer, calebassier, d'autres cohyne ou hyguero.
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| MACORIS | (Géog.) riviere poissonneuse & navigable de l'île Hispaniola, qui se décharge dans la mer à la côte du sud, à environ 7 lieues de san Domingo. (D.J.)
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| MACOUBA | TABAC DU, s. m. (Botan.) c'est un excellent tabac d'une couleur foncée, ayant naturellement l'odeur de la rose ; il tire son nom d'un canton situé dans la partie du nord de la Martinique, où quelques habitans en cultivent, sans toutefois en faire le principal objet de leur commerce ; c'est pourquoi ce tabac est fort rare en Europe. Les sieurs J. Bapt. le Verrier & Josué Michel en ont toujours fabriqué d'une qualité supérieure à celui qu'on recueille dans le reste du canton. M. LE ROMAIN.
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| MACOUTE | S. f. (Com.) espece de monnoie de compte, en usage parmi les Négres, dans quelques endroits des côtes de l'Afrique, particulierement à Loango. Compter par macoutes ou par dix, c'est la même chose.
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| MACPHÉLA | (Géog. sacrée) c'est le lieu Cham, dont il est parlé dans la Genese, chap. xvij. vers. 23. & qu'on traduit ordinairement par caverne Macphéla. On pourroit traduire la caverne fermée. En arabe Macphéla signifie fermé, muré. La caverne Macphéla, achetée par Abraham pour y enterrer Sara sa femme, étoit apparemment son tombeau creusé dans le roc, & fermé exactement ou muré, de peur qu'on n'y entrât. On voit encore dans l'Orient des tombeaux fermés & murés. (D.J.)
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| MACQUE | S. m. (Econ. rustiq.) instrument de bois dont on se sert pour briser le chanvre, & le réduire en filasse. Voyez l'article CHANVRE.
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| MACRA | (Géog. anc.) c'est 1°. une riviere d'Italie, aujourd'hui le Magra, qui séparoit l'Etrurie de la Ligurie. 2°. Une île du Pont-Euxin, dans le golfe de Carcine, selon Pline, l. IV. c. xiij. 3°. Une ville de Macédoine, aussi nommée Orthagoria, & plus anciennement Stagira. Voyez STAGIRA. (D.J.)
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| MACRE | S. f. tribuloides, (Hist. nat. Bot.) genre de plante à fleur en rose, composée de plusieurs pétales disposés en rond. Il s'élève du calice un pistil, qui devient dans la suite avec le calice un fruit arrondi pointu, qui n'a qu'une capsule, & qui renferme une seule semence semblable à une châtaigne : les pointes du fruit sont formées par les feuilles du calice. Tournefort, Inst. rei herb. appendix. Voyez PLANTE.
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| MACRÉNI | (Géog. anc.) peuple de l'île de Corse, dans la partie septentrionale, selon Ptolémée, l. III. c. ij.
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| MACREUSE | S. f. anas niger, Ald. (Hist. nat. Ornith.) oiseau qui est plus gros que le canard domestique, il a le bec large, court, & terminé par un angle rouge ; le milieu du bec est noir, & tout le reste jaunâtre : la tête & la partie supérieure du cou sont d'un noir verdâtre ; tout le reste du corps est noir, à l'exception d'une bande blanche, transversale, & de la largeur d'un pouce, qui se trouve sur le milieu des ailes ; il y a aussi de chaque côté derriere l'oeil une tache blanche. Les pattes & les piés ont la face extérieure rouge, & la face intérieure jaune. La membrane qui tient les doigts unis ensemble & les ongles sont très-noirs. Raii, Synop. meth. Voyez OISEAU.
MACREUSE, (Diete & Cuisine) cet oiseau qui est regardé comme aliment maigre, est ordinairement dur, coriace, & sent le poisson ou le marécage. M. Bruhier conclut très-raisonnablement de cette observation, dans ses additions au traité des alimens de Louis Lemery, qu'il ne faut pas nous reprocher l'indulgence de l'Eglise, qui nous en permet l'usage pendant le carême. Le même auteur nous apprend que la meilleure maniere d'apprêter la macreuse, pour la rendre supportable au goût, est de la faire cuire à demi à la broche, & de la mettre en salmi, avec le vin, le sel & le poivre. Par cette méthode, on dépouille la macreuse d'une partie de son huile, d'où vient en bonne partie son goût desagréable ; mais il en reste encore assez pour nager sur le ragoût, & il faut avoir soin de l'enlever avec une cuillere. Cette préparation de la macreuse la rend aussi plus saine. (b)
Les macreuses de la riviere de la Plata, fulica menilopos, ne different de quelques-unes de nos macreuses européennes que par la tête. Leur grosseur égale celle de nos poules domestiques : leurs piés sont composés de trois serres fort longues sur le devant, & d'une petite sur le derriere, armées d'ongles durs, noirs & pointus. Les trois serres du devant sont bordées d'un cartilage qui leur sert de nageoire : ce cartilage est taillé à triple de bordure, & toujours étranglé à l'endroit des articulations des phalanges, dont trois composent la serre du milieu. (D.J.)
MACREUSE, (Pêche) voici la maniere dont cela se fait dans les bayes de Mesquet & de Pennif, ressort de l'amirauté de Vannes. Le fond y est garni de moules. C'est-là que se tendent les filets. Les mailles en ont trois ou quatre pouces en quarré. On choisit le tems des grandes marées. Les pieces du rets ont sept à huit brasses en quarré : elles sont montées & garnies à l'entour d'une petite corde, & de flottes de liége qui les soutiennent. On les tend de basse mer sur les rochers ou moulieres : les macreuses viennent paître de ces coquillages. On remarque leur présence par le dépouillement des rochers. On arrête les quatre coins du filet avec des pierres, de maniere cependant qu'il puisse s'élever de haute mer sur la mouliere d'environ deux piés. Les macreuses plongent pour tomber sur les fonds, ou remontent des fonds où elles ont plongé, & tirent alors le filet & s'y prennent par les ailes ou le col dans les mailles, à-travers lesquelles leur corps ne peut passer. Si elles se noyent, le pêcheur ne peut les retirer que de basse eau. Le rets est teint, afin que l'oiseau ne puisse le distinguer du gouesmont ou du rocher. La pêche se fait depuis le commencement de Novembre jusqu'à la fin de Mars, mais seulement pendant les six jours de la nouvelle lune, & les six autres jours de la pleine lune. On tend aussi le rets aux macreuses sur des piquets. Les pêcheurs bas-normands l'appellent alors courtine à macreuse. Voyez nos Planches de Pêche. Outre le rets, dont nous venons de parler, il y a l'agrès qui se tend de plat, pierré & flotté ; c'est une sorte de cibaudiere. Il y a les petits pieux, les crayers, les demi-folles, les ravoirs ou raviers, les macrolieres, les berces, &c. ceux de mer se tendent de plat, flottés & pierrés ; les autres, de plat aussi, mais montés sur des piquets comme les folles, &c. Lorsque les agrès sont tendus de plat sans piquet, ils ressemblent à une nappe flottée tout autour. Pour les arrêter, on se sert des alingues ou cordages faits d'une double ligne, au bout desquelles le pêcheur frappe une petite cabliere ou gros galet, laissant au filet la liberté de s'élever seulement de 18 à 20 pouces, comme on le pratique aux mêmes filets établis en piquets, berces, berceaux, courtines ou chariots.
On ne tend les agrès qu'en hiver, lorsque le grand froid amene les oiseaux marins de haute mer à la côte.
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| MACRI | (Géog.) village de la Turquie en Europe, dans la Romanie, sur le détroit des Dardanelles, auprès de Rodosto. C'étoit anciennement une ville, appellée Machronteichos, parce qu'elle étoit à l'extrêmité de la longue muraille, bâtie par les empereurs de Constantinople, depuis la Propontide jusqu'à la mer Noire, afin de garantir la capitale des insultes des Barbares qui venoient souvent jusqu'aux portes. Mais que servent des murailles aux états qui tombent en ruine ?
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| MACRIS | (Géog. anc.) nom commun 1°. à une île de la mer de Pamphylie ; 2°. à une île de la mer de Rhodes ; 3°. à une île de la mer Ionienne. (D.J.)
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| MACROCÉPHALE | S. m. (Médecine) marque une personne qui a la tête plus large ou plus longue qu'on ne l'a naturellement. Ce mot est composé des mots grecs , long, large, & , tête.
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| MACROCÉPHALI | (Géog. anc.) peuples d'Asie voisins de la Colchide ; ils étoient ainsi nommés à cause de la longueur de leur tête. (D.J.)
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| MACROCOLUM | S. m. (Littér.) sorte de grand papier des anciens, que Catulle appelle regia charta ; c'est un terme qui se trouve dans les lettres de Cicéron à Atticus. Ce mot vient du grec, & est dérivé de long, & de je colle. On colloit ensemble chez les anciens les feuillets des livres ; & lorsqu'on en faisoit faire une derniere copie au net, pour les mettre dans sa bibliotheque, ou l'écrivoit ordinairement sur de grandes feuilles. Macrocollum est donc la même chose qu'un écrit, un livre, un ouvrage en grand papier. Voyez Pline lib. III. cap. xij. Cette sorte de grand papier avoit au moins seize pouces de long, & communément vingt-quatre. (D.J.)
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| MACROCOSME | S. m. (Cosmogr.) signifie le monde entier, c'est-à-dire l'univers. Ce mot qui ne se trouve que dans quelques ouvrages anciens, & qui n'est plus aujourd'hui en usage, est composé des mots grecs grand, & monde. Dans ce sens, il est opposé à microcosme. Voyez MICROCOSME. Chamb.
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| MACRONE | (Géog. anc.) peuples du Pont sur les bords du fleuve Absarus & dans le voisinage du fleuve Sydenus, selon Pline l. VI. c. iv. (D.J.)
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| MACRONISI | (Géog.) île de Grece dans l'Archipel ; elle est abandonnée, mais fameuse, & de plus admirable pour herboriser. Pline prétend qu'elle avoit été séparée de l'île Eubée par les violentes secousses de la mer. Elle n'a pas plus de trois milles de large, sur sept ou huit de longueur : ce qui lui a valu le nom de Macris ou d'île longue. Les Italiens l'appellent encore isola longa. Strabon assure qu'elle se nommoit autrefois Crané, raboteuse & rude ; mais qu'elle reçut le nom d'Helene après que Pâris y eut conduit cette belle lacédémonienne qu'il venoit d'enlever. Cette île selon M. de Tournefort est encore dans le même état que Strabon l'a décrite, c'est-à-dire que c'est un rocher sans habitans ; & suivant les apparences, ajoûte notre illustre voyageur, la belle Hélene n'y fut pas trop bien logée ; mais elle étoit avec son amant, & n'avoit pas reçu l'éducation délicate d'une sybarite. Macronisi n'a présentement qu'une mauvaise cale dont l'entrée regarde l'est. M. de Tournefort coucha dans une caverne près de cette cale, & eut belle peur pendant la nuit, des cris épouvantables de quelques veaux marins qui s'étoient retirés dans une caverne voisine pour y faire l'amour à leur aise. (D.J.)
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| MACROPHYSOCÉPHALE | S. m. terme de Chirurgie, peu usité. Il signifie la tuméfaction de la tête d'un foetus, qui seroit produite par des ventosités. Le dictionnaire de Trévoux rapporte ce terme d'après le dictionnaire de James, & l'applique à celui dont la tête est distendue au-delà de sa longueur naturelle par quelque affection flatulente. Ambroise Paré s'est servi de ce terme dans son livre de la génération. " Si, dit-il, la femme ne peut accoucher à raison du volume excessif de la tête de l'enfant qui se présente la premiere, soit qu'elle soit remplie de ventosités que les Grecs appellent macrophysocéphale, ou d'aquosités qu'ils nomment hydrocéphale ; si la femme est en un extrême travail & qu'on connoisse l'enfant être mort, il faut ouvrir la tête de l'enfant, &c. " Voyez HYDROCEPHALE, CROCHET, COUTEAU A CROCHET. Le mot de cet article vient de long, de flatulence, & de tête. (Y)
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| MACROPOGONES | (Géog. anc.) comme qui diroit longues barbes ; peuples de la Sarmatie asiatique, aux environs du pont Euxin, selon Strabon liv. XI. pag. 492. (D.J.)
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| MACROSTICHE | adj. (Hist. ecclés.) écrite à longues lignes. Ce fut ainsi qu'on appella dans le quatrieme siecle, la cinquieme formule de foi que composerent les Eusébiens au concile qu'ils tinrent à Antioche l'an 345. Elle ne contient rien qu'on puisse absolument condamner. Elle prit son nom de macrostiche, de la maniere dont elle étoit écrite.
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| MACROULE | S. f. (Hist. nat. Ornit.) diable de mer, fulica major Bellonii. Oiseau qui est entierement noir : il ressemble parfaitement à la poule d'eau, dont il ne differe qu'en ce qu'il a la tache blanche de la tête plus large, & en ce qu'il est un peu plus gros. Cet oiseau cherche toujours les eaux douces. Willughby. Voyez OISEAU.
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| MACSARA | ou MACZARAT, s. m. (Hist. mod.) habitation où les Negres se retirent pour se mettre à couvert des incursions de leurs ennemis. Le macsarat est grand, spacieux, & fortifié à la maniere de ces nations.
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| MACSURAH | S. m. (Hist. mod.) lieu séparé dans les mosquées, & fermé de rideaux : c'est-là que se placent les princes. Le macsurah ressemble à la courtine des Espagnols, espece de tour de lit qui dérobe les rois & princes à la vûe des peuples, pendant le service divin.
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| MACTIERNE | S. m. & f. (Hist. mod.) ancien nom de dignité, d'usage en Bretagne. Il signifie proprement fils de prince. L'autorité des princes, tyrans, comtes ou mactiernes, tous noms synonymes, étoit grande : il ne se faisoit rien dans leur district, qu'ils n'eussent autorisé. Les Evêques se sont fait quelquefois appeller mactiernes, soit des terres de leur patrimoine, soit des fiefs & seigneuries de leurs églises. Ce titre n'étoit pas tellement affecté aux hommes, que les femmes n'en fussent aussi quelquefois décorées par les souverains : alors elles en faisoient les fonctions. Il y avoit peu de mactiernes au douzieme siecle : ils étoient déjà remplacés par les comtes, vicomtes, barons, vicaires & prévôts.
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| MACTORIUM | (Géog. anc.) ville ancienne de Sicile, au-dessus de celle de Gela. Il est fort douteux que ce soit la petite ville de Mazarino. (D.J.)
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| MACUCAQUA | S. f. (Ornith.) grande poule sauvage du Brésil. Elle est grosse, puissante, sans queue ; son bec est fort, noir, & un peu crochu au bout ; sa tête & son col sont tachetés de noir & de jaune ; son jabot est blanc ; son dos, son ventre, & sa poitrine sont cendrés-brun ; ses aîles olivâtres & diaprées de noir, mais ses longues pennes sont toutes noires ; ses oeufs sont plus gros que ceux de la poule ordinaire ; leur couleur est d'un bleu-verdâtre. Cet oiseau vit de fruits qui tombent des arbres ; il court fort vîte ; mais il ne peut voler ni haut ni loin ; il est excellent à manger. Marggrave Histor. brasil. (D.J.)
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| MACULATURE | S. f. (Imprimerie) Les Imprimeurs appellent maculatures les feuilles de papier grises ou demi-blanches, & très-épaisses qui servent d'enveloppe aux rames. Ils s'en servent pour conserver le papier blanc, qu'ils posent toujours sur une de ces feuilles, à fur & à mesure qu'ils le trempent ou qu'ils l'impriment. Les Imprimeurs, ainsi que les Libraires entendent aussi par maculatures, les feuilles qui se trouvent mal imprimées, pochées, peu lisibles, & entierement défectueuses.
MACULATURE, (Graveurs en bois) feuilles de papier servant aux Graveurs en bois. Ce sont les papiers de tapisseries & de contr'épreuves à mettre entre les épreuves & les feuilles blanches qu'ils contr'épreuvent entre les rouleaux de la presse en taille-douce. Ces maculatures sont plus grandes d'un pouce tout-autour que les épreuves & que les feuilles contr'éprouvées, elles servent à empêcher que par l'envers l'impression ne macule, & ne tache les unes & les autres en passant sous la presse : ce qui pourroit même salir & embrouiller le côté de l'impression. Aucun Dictionnaire n'a parlé de ces maculatures à l'usage des contr'épreuves de la gravure en bois. A force de servir, elles deviennent fort noires dans le carré où elles reçoivent les épreuves & les feuilles que ces dernieres contr'épreuvent : on en change, & l'on en fait d'autres de tems en tems. Voyez CONTR'EPREUVES & PASSEE.
MACULATURE, terme de Papeterie, qui signifie une sorte de gros papier grisâtre dont on se sert pour empaqueter les rames de papier. On le nomme aussi trace. Voyez PAPIER.
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| MACULE | terme de l'économie animale. Ce sont des taches du sang sur le foetus faites par la force de l'imagination de la mere enceinte, en desirant quelque chose, qu'elle croit ne pouvoir obtenir, ou qu'elle n'ose demander. On prétend que dans ce cas le foetus se trouve marqué sur la partie du corps qui répond à celui de la mere où elle s'est grattée ou frottée. Voyez ci-après un plus grand détail sous l'article MONSTRE ; Voyez aussi FOETUS & IMAGINATION.
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| MACULER | v. act. (Imprim.) Feuilles d'impression maculées ou qui maculent, sont des feuilles qui, ayant été battues par le relieur, en sortant pour ainsi dire de la presse, & avant d'être bien seches, sont peu lisibles, les lignes paroissant se doubler les unes dans les autres ; ce qui arrive quand l'encre qui soutiendroit par elle-même le battement considérable du marteau, ne peut plus le soutenir, parce que l'humidité du papier l'excite à s'épancher & à sortir des bornes de l'oeil de la lettre ; effet que l'on évitera presque toujours si le papier & l'encre ont eu un tems raisonnable pour sécher.
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| MACYNIA | (Géograp. anc.) ville de l'Etolie, selon Strabon & selon Pline. Macynium est une montagne de la même contrée.
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| MACZARA | ou MACSARAT, (Géog.) nom des cases ou habitations des negres dans l'intérieur de l'Afrique sur le Niger ou Nil occidental. C'est une maison grande, spacieuse & forte, à la maniere du pays, où les negres se retirent pour se garantir des incursions de leurs ennemis.
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| MADAGASCAR | (Géogr.) île immense sur les côtes orientales d'Afrique. Sa longit. selon Harris, commence à 62d 1' 15''. Sa latit. méridionale tient depuis 12d 12' jusqu'à 25d 10', ce qui fait 336 lieues françoises de longueur. Elle a 120 lieues dans sa plus grande largeur, & elle est située nord-nord-est & sud-sud-ouest. Sa pointe au sud s'élargit vers le cap de Bonne-Espérance ; mais celle du nord, beaucoup plus étroite, se courbe vers la mer des Indes. Son circuit peut aller à 800 lieues, ensorte que c'est la plus grande île des mers que nous connoissions.
Elle a été visitée de tous les peuples de l'Europe qui navigent au-delà de la ligne, & particulierement des Portugais, des Anglois, des Hollandois & des François. Les premiers l'appellerent l'île de Saint-Laurent, parce qu'ils la découvrirent le jour de la fête de ce saint en 1492. Les autres nations l'ont nommée Madagascar, nom peu différent de celui des naturels du pays, qui l'appellent Madécasse.
Les anciens Géographes l'ont aussi connue, quoique plus imparfaitement que nous. la Cerné de Pline est la Menuthias de Ptolémée, qu'il place au 12d 30' de latit. sud, à l'orient d'été du cap Prassum. C'est aussi la situation que nos cartes donnent à la pointe septentrionale de Madagascar. D'ailleurs, la description que l'auteur du Périple fait de sa Ménuthias, convient fort à Madagascar.
Les François ont eu à Madagascar plusieurs habitations, qu'ils ont été obligés d'abandonner. Flacourt nous fait l'histoire naturelle de cette île qu'il n'a jamais pu connoître, & Rennefort en a forgé le Roman.
Tout ce que nous en savons se réduit à juger qu'elle se divise en plusieurs provinces & régions, gouvernées par diverses nations, qui sont de différentes couleurs, de différentes moeurs, & toutes plongées dans l'idolatrie ou dans les superstitions du mahométisme.
Cette île n'est point peuplée à proportion de son étendue. Tous les habitans sont noirs à un petit nombre près, descendans des Arabes qui s'emparerent d'une partie de ce pays au commencement du quinzieme siecle. Les hommes y éprouvent toutes les influences du climat ; l'amour de la paresse & de la sensualité. Les femmes qui s'abandonnent publiquement n'en sont point deshonorées. Les gens du peuple vont presque tout nuds ; les plus riches n'ont que des caleçons ou des jupons de soie. Ils n'ont aucunes commodités dans leurs maisons, couchent sur des nattes, se nourrissent de lait, de riz, de racines & de viande presque crue. Ils ne mangent point de pain qu'ils ne connoissent pas, & boivent du vin de miel.
Leurs richesses consistent en troupeaux & en pâturages, car cette île est arrosée de cent rivieres qui la fertilisent. La quantité de bétail qu'elle produit est prodigieuse. Leurs moutons ont une queue qui traîne de demi-pié par terre. La mer, les rivieres & les étangs fourmillent de poisson.
On voit à Madagascar presque tous les animaux que nous avons en Europe, & un grand nombre qui nous sont inconnus. On y cueille des citrons, des orangés, des grenades, des ananas admirables ; le miel y est en abondance, ainsi que la gomme de tacamahaca, l'encens & le benjoin. On y trouve du talc, des mines de charbon, de salpètre, de fer ; des minéraux de pierreries, comme crystaux, topases, améthystes, grenats, girasoles & aigues-marines. Enfin, on n'a point encore assez pénétré dans ce vaste pays, ni fait des tentatives suffisantes pour le connoître & pour le décrire.
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| MADAIN | (Géog.) ville d'Asie en Perse, dans l'Iraque babilonienne en Chaldée, sur le Tygre, à 9 lieues de Bagdat, avec un palais bâti par Khosroès surnommé Nurshivan. Les tables arabiques donnent à Madain 79 degrés de long. & 33. 10. de latit. septentrionale.
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| MADAMS | S. m. pl. (terme de relation) on appelle ainsi dans les Indes orientales, du moins dans le royaume de Maduré, un bâtiment dressé sur les grands chemins pour la commodité des passans ; ce bâtiment supplée aux hôtelleries, dont on ignore l'usage. Dans certains madams on donne à manger aux brames, mais communément on n'y trouve que de l'eau & du feu, il faut porter tout le reste.
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| MADAROSE | S. f. madarosis, (Medec.) chûte des poils des paupieres. Milphosis est cette chûte des cils dans laquelle le bord des paupieres est rouge ; & ptilosis, en latin desquammatio, est cet état dans lequel le bord des paupieres est épais, dur & calleux. Nos auteurs ont eu grand soin de donner des noms grecs aux moindres maladies des paupieres comme aux plus grandes ; mais leurs cils tombés, ne renaissent par aucuns remedes, quand leurs racines sont consommées, ou quand les pores de la peau, dans lesquels ils étoient implantés, sont détruits.
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| MADASUMMA | (Géog.) ville de l'Afrique propre, à 18 mille pas de Suses. Dans la notice épiscopale d'Afrique, on trouve entre les évêques de la Byzacène le siege de Madasumma, qui étoit alors vacant.
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| MADAURE | (Géog. anc.) en latin Madaura, & Medaura, ancienne ville d'Afrique proprement dite, ou de la Numidie ; elle n'étoit pas éloignée de Tagaste, patrie de S. Augustin : cette ville avoit anciennement appartenu à Siphax. Les Romains la donnerent ensuite à Masinisse, & avec le tems elle devint une colonie très-florissante, parce que des soldats vétérans s'y établirent. Personne n'ignore que c'étoit la patrie d'Apulée, célebre philosophe qui vivoit l'an 160 de J. C. sous Antonin & Marc-Aurele. Ses ouvrages ont été publiés à Paris en 1688, en 2 vol. in-4°. & c'est, je crois, la meilleure édition qu'on en cite. J'ajoute que Martianus-Mineus-Felix-Capella étoit aussi de Madaure ; il fleurissoit à Rome au milieu du cinquieme siecle, sous Léon de Thrace. Il est fort connu par son ouvrage de littérature, moitié vers, moitié prose, intitulé de Nuptiis Philologiae & Mercurii. Grotius en a donné la bonne édition, réimprimé à Leyde, Lugd. Batav. 1734, in-8°. (D.J.)
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| MADÉFACTION | S. f. (Pharmacie) action d'humecter ; c'est la même chose que humectation. On entend par madéfactibles, toutes les substances capables d'admettre au-dedans d'elles-mêmes une humidité accidentelle, telles que la laine & l'éponge. Cette préparation se fait souvent en Chimie & en Pharmacie, pour attendrir & ramollir les parties que l'on veut préparer.
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| MADELEINE | riviere de la, (Géog.) Il y a plusieurs grandes rivieres de ce nom. 1°. Celle de la Guadeloupe en Amérique. 2°. Celle de la Louisiane, qui se dégorge dans le golfe du Mexique, après un cours de 60 lieues dans de belles prairies. 3°. La Madeleine est encore une grande riviere de l'Amérique septentrionale, qui prend sa source dans le nouveau royaume de Grenade, s'appelle ensuite Riogrande, & se jette dans la mer du nord. (D.J.)
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| MADERE | ou MADERA, (Géog.) île de l'Océan atlantique, située à environ 13 lieues de Portosanto, à 60 des Canaries, entr'elles & le détroit de Gibraltar, par les 32 degrés 27 minutes de latitude septentrionale, & à 18 de longitude, à l'ouest du méridien de Londres.
Elle fut découverte en 1420 par Juan Gonzalès & Tristan Vaz, Portugais. Ils la nommerent Madeira, c'est-à-dire bois ou forêt, parce qu'elle étoit hérissée de bois lorsqu'ils la découvrirent. On dit même qu'ils mirent le feu à une de ces forêts pour leurs besoins ; que ce feu s'étendit beaucoup plus qu'ils n'avoient prétendu, & que les cendres qui resterent après l'incendie, rendirent la terre si fertile, qu'elle produisit dans les commencemens soixante pour un ; desorte que les vignes qu'on y planta, donnoient plus de grappes que de feuilles.
Madere a, suivant Sanut, 6 lieues de largeur, 15 de longueur de l'orient à l'occident, & environ 40 de circuit. Elle forme comme une longue montagne qui court de l'est à l'ouest sous un climat des plus agréables & des plus tempérés. La partie méridionale est la plus cultivée, & on y respire toujours un air pur & serein.
Cette île fut divisée par les Portugais en quatre quartiers, dont le plus considérable est celui de Funchal. On comptoit déjà dans Madere en 1625 jusqu'à quatre mille maisons, & ce nombre a beaucoup augmenté. Elle est arrosée par sept ou huit rivieres & plusieurs ruisseaux qui descendent des montagnes.
La grande richesse du lieu sont les vignobles qui donnent un vin exquis ; le plan en a été apporté de Candie. On recueille environ 28 mille pieces de vin de Madere de différentes qualités ; on en boit le quart dans le pays ; le reste se transporte ailleurs, sur-tout aux Indes occidentales & aux Barbades. Un des meilleurs vignobles de l'île appartient aux jésuites, qui en tirent un revenu considérable.
Tous les fruits de l'Europe réussissent merveilleusement à Madere. Les citrons en particulier, dont on fait d'excellentes confitures, y croissent en abondance ; mais les habitans font encore plus de cas des bananes. Cette île abonde aussi en sangliers, en animaux domestiques, & en toutes sortes de gibier. Elle retire du bled des Açores, parce qu'elle n'en recueille pas assez pour la nourriture des insulaires.
Ils sont bigots, superstitieux au point de refuser la sépulture à ceux qu'ils nomment hérétiques ; en même tems ils sont très-débauchés, d'une lubricité effrénée, jaloux à l'excès, punissant le moindre soupçon de l'assassinat, pour lequel ils trouvent un asyle assuré dans les églises. Ce contraste de dévotion & de vices prouve que les préjugés ont la force de concilier dans l'esprit des hommes les oppositions les plus étranges ; ils les dominent au point, qu'il & rare d'en triompher, & souvent dangereux de les combattre.
MADERE, la, (Géog.) ou rio da Madeira ; c'est-à-dire riviere du Bois, ainsi nommée par les Portugais peut-être à cause de la quantité d'arbres déracinés qu'elle charrie dans le tems de ses débordemens ; c'est une vaste riviere de l'Amérique méridionale, & l'une des plus grandes du monde. On lui donne un cours de six à sept cent lieues, & sa grande embouchure dans le fleuve des Amazones. Il seroit long & inutile d'indiquer les principales nations qu'elle arrose, c'est assez pour présenter une idée de l'étendue de son cours, de dire que les Portugais qui la fréquentent beaucoup, l'ont remontée en 1741, jusqu'aux environs de Santa-Crux de la Sierra, ville épiscopale du haut Pérou, située par 17. de latitude australe. Cette riviere porte le nom de Marmora dans sa partie supérieure, où sont les missions des Moxes ; mais parmi les différentes sources qui la forment, la plus éloignée est voisine du Potosi. (D.J.)
MADERE, (Géog.) vaste riviere de l'Amérique méridionale, elle est autrement nommée riviere de la Plate, & les Indiens l'appellent Cuyati. (D.J.)
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| MADIA | (Géog.) autrement MAGIA, & par les Allemands Meyn, riviere de Suisse, au bailliage de Locarno en Italie. Elle a sa source au mont Saint-Gothard, & baigne la vallée, qui en prend le nom de Val-Madia. (D.J.)
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| MADIA VAL | (Géog.) ou MAGIA, & par les Allemands Meynthal, pays de la Suisse, aux confins du Milanès ; c'est le quatrieme & dernier bailliage des douze cantons en Lombardie. Ce n'est qu'une longue vallée étroite, serrée entre de hautes montagnes, & arrosée dans toute sa longueur par une riviere qui lui donne son nom. Le principal endroit de ce bailliage, est la ville ou bourg de Magia. Les baillifs qui y sont envoyés tous les deux ans par les cantons, y ont une autorité absolue pour le civil & pour le criminel. Lat. du bourg de Magia, 45. 56. (D.J.)
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| MADIAN | (Hist. nat. Bot.) suc semblable à l'opium, que les habitans de l'Indostan & des autres parties des Indes orientales prennent pour s'enivrer.
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MADIANITES LES | (Géog. sacrée) Madianitae, peuples d'Arabie, où ils habitoient deux pays très-différens, l'un sur la mer Morte, l'autre sur la mer Rouge, vers la pointe qui sépare les deux golfes de cette mer. Chacun de ces peuples avoit pour capitale, & peut-être pour unique place, une ville du nom de Madian. Josephe nomme Madiéné, Masin'un, celle de la mer Rouge. (D.J.)
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| MADIERS | S. m. pl. (Marine) grosses planches, épaisses de cinq à six pouces. (Q)
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| MADONIA | (Geog.) Madoniae montes, anciennement Néebrodes, montagnes de Sicile. Elles sont dans la vallée de Démona, & s'étendent au long entre Traina à l'orient, & Termine à l'occident. (D.J.)
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| MADRA | (Géog.) royaume d'Afrique, dans la Nigritie. Sa capitale est à 45. 10. de long. & à 11. 20. de latitude. (D.J.)
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| MADRACHUS | S. m. (Mythol.) surnom que les Syriens donnerent à Jupiter, lorsqu'ils eurent adopté son culte. M. Huet tire l'origine de ce mot des langues orientales, & croit qu'il signifie présent | |