L'Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné
des sciences, des arts et des métiers
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PESCHE PHYSIQUE MONNOYAGE MOSAIQUE MOULIN
 
Nsubst. f. selon l'ancienne épellation enne ; subst. m. selon l'épellation moderne ne. C'est la quatorzieme lettre, & la onzieme consonne de notre alphabet : le signe de la même articulation étoit nommé nu, , par les Grecs, & nun ou noun, par les Hébreux.

L'articulation représentée par la lettre N, est linguale, dentale & nasale : linguale, parce qu'elle dépend d'un mouvement déterminé de la langue, le même précisement que pour l'articulation D ; dentale, parce que pour opérer ce mouvement particulier, la langue doit s'appuyer contre les dents supérieures, comme pour D & T ; & enfin nasale, parce qu'une position particuliere de la langue, pendant ce mouvement, fait refluer par le nez une partie de l'air sonore que l'articulation modifie, comme on le remarque dans les personnes enchifrenées qui prononcent d pour n, parce que le canal du nez étant alors embarrassé, l'émission du son articulé est entierement orale.

Comme nasale, cette articulation se change aisément en m dans les générations des mots, voyez M : comme dentale, elle est aussi commuable avec les autres de même espece, & principalement avec celles qui exigent que la pointe de la langue se porte vers les dents supérieures, savoir d & t : & comme linguale, elle a encore un degré de commutabilité avec les autres linguales, proportionné au degré d'analogie qu'elles peuvent avoir dans leur formation ; N se change plus aisément & plus communément avec les liquides L & R, qu'avec les autres linguales, parce que le mouvement de la langue est à-peu-près le même dans la production des liquides, que dans celle de N. Voyez L & LINGUALE.

Dans la langue françoise la lettre N a quatre usages différens, qu'il faut remarquer.

1°. N, est le signe de l'articulation ne, dans toutes les occasions où cette lettre commence la syllabe, comme dans nous, none, nonagénaire, Ninus, Ninive, &c.

2°. N, à la fin de la syllabe, est le signe orthographique de la nasalité de la voyelle précédente, comme dans an, en, ban, bon, bien, tien, indice, onde, fondu, contendant, &c. voyez M. il faut seulement excepter les trois mots examen, hymen, amen, où cette finale conserve sa signification naturelle, & représente l'articulation ne.

Il faut observer néanmoins que dans plusieurs mots terminés par la lettre n, comme signe de nasalité, il arrive souvent que l'on fait entendre l'articulation ne, si le mot suivant commence par une voyelle ou par un h muet.

Premierement si un adjectif, physique ou métaphysique, terminé par un n nasal, se trouve immédiatement suivi du nom auquel il a rapport, & que ce nom commence par une voyelle, ou par un h muet, on prononce entre deux l'articulation ne : bon ouvrage, ancien ami, certain auteur, vilain homme, vain appareil, un an, mon ame, ton honneur, son histoire, &c. On prononce encore de même les adjectifs métaphysiques un, mon, ton, son, s'ils ne sont séparés du nom que par d'autres adjectifs qui y ont rapport : un excellent ouvrage, mon intime & fidele ami, ton unique espérance, son entiere & totale défaite, &c. Hors de ces occurrences, on ne fait point entendre l'articulation ne, quoique le mot suivant commence par une voyelle ou par un h muet : ce projet est vain & blâmable, ancien & respectable, un point de vûe certain avec des moyens sûrs, &c.

Le nom bien en toute occasion se prononce avec le son nasal, sans faire entendre l'articulation ne : ce bien est précieux, comme ce bien m'est précieux ; un bien honnête, comme un bien considérable. Mais il y a des cas où l'on fait entendre l'articulation ne après l'adverbe bien ; c'est lorsqu'il est suivi immédiatement de l'adjectif, ou de l'adverbe, ou du verbe qu'il modifie, & que cet adjectif, cet adverbe, ou ce verbe commence par une voyelle, ou par un h muet : bien aise, bien honorable, bien utilement, bien écrire, bien entendre, &c. Si l'adverbe bien est suivi de tout autre mot que de l'adjectif, de l'adverbe ou du verbe qu'il modifie, la lettre n n'y est plus qu'un signe de nasalité : il parloit bien & à-propos.

Le mot en, soit préposition soit adverbe, fait aussi entendre l'articulation ne dans certains cas, & ne la fait pas entendre dans d'autres. Si la préposition en est suivie d'un complément qui commence par un h muet ou par une voyelle, on prononce l'articulation : en homme, en Italie, en un moment, en arrivant, &c. Si le complément commence par une consonne, en est nasal : en citoyen, en France, en trois heures, en partant, &c. Si l'adverbe en est avant le verbe, & que ce verbe commence par une voyelle ou par un h muet, on prononce l'articulation ne : vous en êtes assûré, en a-t-on parlé ? pour en honorer les dieux, nous en avons des nouvelles, &c. Mais si l'adverbe en est après le verbe, il demeure purement nasal malgré la voyelle suivante : parlez-en au ministre, allez-vous-en au jardin, faites-en habilement revivre le souvenir, &c.

On avant le verbe, dans les propositions positives, fait entendre l'articulation ; on aime, on honorera, on a dit, on eût pensé, on y travaille, on en revient, on y a réfléchi, quand on en auroit eu repris le projet, &c. Dans les phrases interrogatives, on étant après le verbe, ou du moins après l'auxiliaire, est purement nasal malgré les voyelles suivantes : a-t-on eu soin ? est-on ici pour long-tems ? en auroit-on été assuré ? en avoit-on imaginé la moindre chose ? &c.

Est-ce le n final qui se prononce dans les occasions que l'on vient de voir, ou bien est-ce un n euphonique que la prononciation insere entre deux ? Je suis d'avis que c'est un n euphonique, différent du n orthographique ; parce que si l'on avoit introduit dans l'alphabet une lettre, ou dans l'orthographe un signe quelconque, pour en représenter le son nasal, l'euphonie n'auroit pas moins amené le n entre-deux, & on ne l'auroit assurement pas pris dans la voyelle nasale ; or on n'est pas plus autorisé à l'y prendre, quoique par accident la lettre n soit le signe de la nasalité, parce que la différence du signe n'en met aucune dans le son représenté.

On peut demander encore pourquoi l'articulation inserée ici est ne, plutôt que te, comme dans a-t-il reçu ? c'est que l'articulation ne est nasale, que parlà elle est plus analogue au son nasal qui précéde, & conséquemment plus propre à le lier avec le son suivant que toute autre articulation, qui par la raison contraire seroit moins euphonique. Au contraire, dans a-t-il reçu, & dans les phrases semblables, il paroît que l'usage a inseré le t, parce qu'il est le signe ordinaire de la troisieme personne, & que toutes ces phrases y sont relatives.

Enfin on peut demander pourquoi l'on a inséré un n euphonique dans les cas mentionnés, quoiqu'on ne l'ait pas inseré dans les autres où l'on rencontre le même hiatus. C'est que l'hiatus amene une interrogation réelle entre les deux sons consécutifs, ce qui semble indiquer une division entre les deux idées : or dans le cas où l'usage insere un n euphonique, les deux idées exprimées par les deux mots sont si intimement liées qu'elles ne font qu'une idée totale ; tels sont l'adjectif & le nom, le sujet & le verbe, par le principe d'identité ; c'est la même chose de la préposition & de son complément, qui équivalent en effet à un seul adverbe, & l'adverbe qui exprime un mode de la signification objective du verbe, devient aussi par-là une partie de cette signification. Mais dans les cas où l'usage laisse subsister l'hiatus, il n'y a aucune liaison semblable entre les deux idées qu'il sépare.

On peut par les mêmes principes, rendre raison de la maniere dont on prononce rien, l'euphonie fait entendre l'articulation ne dans les phrases suivantes : je n'ai rien appris, il n'y a rien à dire, rien est-il plus étrange ? Je crois qu'il seroit mieux de laisser l'hiatus dans celle-ci, rien, absolument rien, n'a pu le déterminer.

3°. Le troisieme usage de la lettre n, est d'être un caractere auxiliaire dans la représentation de l'articulation mouillée que nous figurons par gn, & les Espagnols par : comme dans digne, magnifique, regne, trogne, &c. Il faut en excepter quelques noms propres, comme Clugni, Regnaud, Regnard, où n a sa signification naturelle, & le g est entierement muet.

Au reste je pense de notre gn mouillé, comme du l mouillé ; que c'est l'articulation n suivie d'une diphtongue dont le son prépositif est un i prononcé avec une extrême rapidité. Quelle autre différence trouve-t-on, que cette prononciation rapide, entre il denia, denegavit, & il daigna, dignatus est ; entre cérémonial & signal ; entre harmonieux & hargneux ? D'ailleurs l'étymologie de plusieurs de nos mots où il se trouve gn, confirme ma conjecture, puisque l'on voit que notre gn répond souvent à ni suivi d'une voyelle dans le radical ; Bretagne de Britannia ; borgne de l'italien bornio ; charogne ou du grec , lieu puant, ou de l'adjectif factice caronius, dérivé de caro par le génitif analogue caronis, syncopé dans carnis, &c.

4°. Le quatrieme usage de la lettre n est d'être avec le t, un signe muet de la troisieme personne du pluriel à la suite d'un e muet ; comme ils aiment, ils aimerent, ils aimeroient, ils aimoient, &c.

N capital suivi d'un point, est souvent l'abregé du mot nom, ou nomen, & le signe d'un nom propre qu'on ignore, ou d'un nom propre quelconque qu'il faut y substituer dans la lecture.

En termes de Marine, N signifie nord ; N E, veut dire nord est ; N O, nord ouest ; N N E, nord-nord-est ; N N O, nord nord-ouest ; E N E, est-nord-est ; O N O, ouest-nord-ouest.

N sur nos monnoies, désigne celles qui ont été frappées à Montpellier.

N chez les anciens, étoit une lettre numérale qui signifioit 900, suivant ce vers de Baronius :

N quoque nongintos numero designat habendos.

Tous les lexicographes que j'ai consultés, s'accordent en ceci, & ils ajoûtent tous que avec une barre horisontale au-dessus, marque 9000 ; ce qui en marque la multiplication par 10 seulement, quoique cette barre indique la multiplication par 1000, à l'égard de toutes les autres lettres ; & l'auteur de la méth. lat. de P. R. dit expressément dans son Recueil d'observations particulieres, chap. II. num. iv. qu'il y en a qui tiennent que lorsqu'il y a une barre sur les chiffres, cela les fait valoir mille, comme, , , cinq-mille, dix-mille. Quelqu'un a fait d'abord une faute dans l'exposition, ou de la valeur numérique de N seule, ou de la valeur de barré ; puis tout le monde a répété d'après lui sans remonter à la source. Je conjecture, mais sans l'assurer, que = 900000, selon la regle générale. (B. E. R. M.)

N, dans le Commerce, ainsi figurée N°. signifie en abregé numero, dans les livres des Marchands, Banquiers & Négocians. N. C. veut dire notre compte. Voyez ABREVIATION. (G)


N N N(Ecriture) cette lettre considerée par rapport à sa figure, a les mêmes racines que l'm. Voyez en la définition à la lettre m, ainsi que la méthode de son opération.

N DOUBLE, en terme de Boutonnier, un ornement ou plutôt un rang de bouillon qui tombe de chaque côté d'une cordeliere ou d'un épi sur le rostage, & qui avec l'épi ou la cordeliere, forme à-peu-près la figure de cette lettre de l'alphabet. Voyez EPI, CORDELIERE & BOUILLON.


Nou NAGI, subst. m. (Hist. nat. Botan.) espece de laurier fort rare qui passe au Japon pour un arbre de bon augure. Il conserve ses feuilles toute l'année. Des forêts où la nature le produit, on le transporte dans les maisons, & jamais on ne l'expose à la pluie. Sa grandeur est celle du cerisier : le tronc en est fort droit ; son écorce est de couleur bai-obscur ; elle est molle, charnue, d'un beau verd dans les petites branches, & d'une odeur de sapin balsamique : son bois est dur, foible & presque sans fibres ; sa moëlle est à-peu-près de la nature du champignon, & prend la dureté du bois dans la vieillesse de l'arbre. Les feuilles naissent deux-à-deux, sans pédicule ; elles n'ont point de nerfs, leur substance est dure ; enfin elles ressemblent fort à celles du laurier d'Alexandrie. Les deux côtés sont de même couleur, lisses, d'un verd-obscur avec une petite couche de bleu tirant sur le rouge, larges d'un grand pouce & longues à proportion. Sous chaque feuille sortent trois ou quatre étamines blanches, courtes, velues, mêlées de petites fleurs qui laissent, en tombant, une petite graine rarement dure, à-peu-près de la figure d'une prune sauvage, & d'un noir-purpurin dans sa maturité : la chair en est insipide & peu épaisse. Cette baie renferme une petite noix ronde de la grosseur d'une cerise, dont l'écaille est dure & pierreuse, quoique mince & fragile. Elle contient un noyau couvert d'une petite peau rouge, d'un goût amer & de figure ronde, mais surmonté d'une pointe qui a sa racine dans le milieu du noyau même.


NAANSI(Géog.) peuple nombreux de l'Amérique septentrionale, auprès des Nabiri, entre les Cénis & les Cadodaquios.


NAAS(Géog.) petite ville d'Irlande dans la province de Leinster, au comté de Kildare, proche la Lisse, au nord-est de Kildare. Elle envoie deux députés au parlement de Dublin. Long. 11. 2. latit. 53. 15. (D.J.)


NAATSMES. m. (Hist. nat. Botan.) c'est un arbre du Japon qui est une espece de paliurus, que Kempfer prend pour celui de Prosper Alpinus. Son fruit est de la grosseur d'une prune & d'un goût austere. On le mange confit au sucre. Son noyau est pointu aux deux extrêmités.


NAB(Géog.) riviere d'Allemagne ; elle sort des montagnes de Franconie, traverse le palatinat de Baviere & le duché de Neubourg, & va se jetter dans le Danube un peu au-dessus de Ratisbonne. (D.J.)


NABABS. m. (Hist. mod.) c'est le nom que l'on donne dans l'Indostan aux gouverneurs préposés à une ville ou à un district par le grand-mogol. Dans les premiers tems ce prince a conféré le titre de nabab à des étrangers : c'est ainsi que M. Dupleix, gouverneur de la ville de Pondichery pour la compagnie des Indes de France, a été nommé nabab ou gouverneur d'Arcate par le grand-mogol. Les gouverneurs du premier ordre se nomment soubas ; ils ont plusieurs nababs sous leurs ordres.


NABAON(Géog.) petite riviere de Portugal dans l'Estramadure ; elle se décharge dans le Zézar, un peu avant que ce dernier mêle ses eaux avec celles du Tage.


NABATHÉENSS. m. pl. (Géog. anc.) en latin Nabathaei, peuples de l'Arabie pétrée, dont il est beaucoup parlé dans l'Ecriture. Diodore de Sicile liv. XI. ch. xlviij. après avoir dit que l'Arabie est située entre la Syrie & l'Egypte, & partagée entre différens peuples, ajoute que les Arabes Nabathaei occupent un pays desert qui manque d'eau, & qui ne produit aucun fruit, si ce n'est dans un très-petit canton. Les Nabathéens habitoient, selon le même auteur, aux environs du golfe Elanitique, qui est à l'occident de l'Arabie, & en même tems dans l'Arabie pétrée. Strabon, livre XVI. & Pline, liv. VI. ch. xxviij. disent que la ville de Petra leur appartenoit. Josephe, antiquit. liv. XIII. ch. jx. nous apprend que Jonathas Macchabée étant entré dans l'Arabie, battit les Nabathéens & vint à Damas.


NABEL(Géog.) autrement Nébel ou Nabis, comme les Maures l'appellent ; petite ville ou plutôt bourgade de l'Afrique, dans la seigneurie de la Goulette. C'étoit autrefois une ville très-peuplée, & on n'y trouve aujourd'hui que quelques paysans. Ptolémée, l. IV. c. iij. en fait mention sous le nom de Neapolis colonia ; les habitans la nomment encore Napoli de Barbarie. Les Romains l'ont bâtie ; elle est située près de la mer Méditerranée, à trois lieues de Tunis, vers l'orient. Long. 28. 24. lat. 36. 40.


NABIANI(Géog. anc.) peuples errans de la Sarmatie asiatique, selon Strabon, qui les place sur le Palus-méotide.


NABIRI(Géog.) peuple de l'Amérique septentrionale dans la Louisiane ; il habitoit au dernier siecle auprès des Naansi, mais il s'est retiré plus bas au nord de la riviere Rouge, & il a maintenant changé de nom. (D.J.)


NABLUMS. m. (Musique des Hébreux) en hébreu nébel ; instrument de musique chez les Hébreux. Les septante & la vulgate traduisent quelquefois ce mot par psaltérion, lyra, cythara, & plus communément par nablum. C'étoit, à ce que conjecturent quelques critiques, un instrument à cordes, approchant de la forme d'un , dont on jouoit des deux mains avec une espece d'archet. Voyez la dissertation du P. Calmet sur les instrumens de musique des anciens Hébreux. (D.J.)


NABOS. m. (Mythol.) ou Nebo ; grande divinité des Babyloniens, laquelle tenoit le premier rang après Bel. Il en est parlé dans Isaïe, ch. xlviij. Vossius croit que Nabo étoit la lune, & Bel le soleil ; mais Grotius pense que Nabo avoit été quelque prophete célebre du pays, & ce sentiment seroit conforme à l'étymologie du nom, qui, selon S. Jérôme, signifie celui qui préside à la prophétie. Les Chaldéens & les Babyloniens, peuples entêtés de l'Astrologie, pouvoient bien avoir mis au rang de leurs dieux un homme supérieur en cet art. Quoi qu'il en soit, la plûpart des rois de Babylone portoient le nom de ce dieu joint avec le leur propre. Nabo-Nassar, Nabopolassar, Nabu-sardan, Nabu-chodonosor, &c. Au reste le Nabahas des Héviens étoit le même dieu que Nabo. (D.J.)

NABO, (Géog.) ou Napon, cap du Japon que les Hollandois nomment cap de Gorée. C'est le plus septentrional de la côte orientale de la grande île Niphon, par les 39d. 45'. de lat. nord. (D.J.)


NABONASSAR(Chronologie.) L'ere de Nabonassar est célebre : nous ne savons presque rien de l'histoire de ce prince, sinon qu'il étoit roi de Babylone, & qu'on l'appelloit aussi Belesus, quoique suivant quelques auteurs il soit le même que le Baladan dont il est parlé dans Isaïe, xxxjx. & dans le second livre des rois, xx. 12. Quelques-uns même conjecturent qu'il étoit mede, & qu'il fut élevé sur le trône par les Babyloniens, après qu'ils eurent secoué le joug des Medes.

Le commencement du regne de ce prince est une époque fort importante dans la Chronologie, par la raison que c'étoit, selon Ptolémée, l'époque du commencement des observations astronomiques des Chaldéens ; c'est pour cela que Ptolémée & les autres astronomes commencent à compter les années à l'ere de Nabonassar. Voyez ASTRONOMIE.

Il résulte des observations rapportées par Ptolémée, que la premiere année de cette ere est environ la 747e année avant Jésus-Christ, & la 3967e de la période Julienne. Voyez éPOQUE.

Les années de cette époque sont des années égyptiennes de 365 jours chacune, commençant au 29 Février & à midi, selon le calcul des Astronomes. Voyez ANNEE. (G)


NABOTHOEUF DE, (Anat.) Naboth, professeur de Medecine dans l'université de LÉipsick, a découvert une espece d'ovaire du cou de la matrice, & on l'appelle oeuf de Naboth. Nous avons de lui une dissertation intitulée, Mart. Naboth de sterilitate. LÉïps. 1707. (L)


NACARATS. m. & adj. (Teinture) rouge clair & uni. Les nacarats appellés de bourre, sont teints de gaude & de bourre de poil de chevre, fondue avec la cendre gravelée, & il est défendu d'y employer le fustel.


NACCHIVAN(Géog.) ville d'Arménie, capitale de la province de même nom. Elle étoit autrefois très considérable, mais Amurat la ruina. On peut juger de son ancienne grandeur par le grand amas de ses débris. Il n'y a que le centre de la ville qui soit rebâti : il contient un millier de maisons, avec des bazars remplis de boutiques de diverses marchandises. Nacchivan sert de titre à l'archevêque des Arméniens catholiques. Les Dominicains sont leurs seuls ecclésiastiques, & c'est parmi eux qu'ils choisissent l'archevêque : le pape confirme son élection. Longit. marquée sur les astrolabes persans, est de 81. 34. lat. 38. 40. (D.J.)


NACELLES. f. (Anat.) c'est la cavité qui est entre les deux circuits de l'oreille, l'extérieur qui se nomme helice ou helix, & l'intérieur, qui se nomme anthelice ou anthelix. Dionis dit de la nacelle que c'est la plus grande cavité de l'oreille.

NACELLE, (Architecture civile) On appelle ainsi dans les profils un membre quelconque, creux en demi-ovale, que les ouvriers nomment gorge. On entend encore par nacelle la scotie. Voyez SCOTIE. (D.J.)

NACELLE, (Marine) petit bateau qui n'a ni mâts ni voiles, & dont on se sert pour passer une riviere. (Q)


NACHÉS(Géog.) peuples de l'Amérique septentrionale dans la Louisiane. Voyez NATCHES.


NACHSHAB(Géog.) ville de la grande Tartarie, dans le Mawaralnahar, sur la frontiere, dans une plaine. Les Arabes la nomment Nasaph. Sa longitude, suivant Albiruni, est 88. 10. lat. 39. 50.


NACOLEIA(Géog. anc.) ville de la grande Phrygie, selon Strabon & Ptolémée. Etienne le géographe & Ammian Marcellin écrivent Nacolia ; Suidas dit Nacoleum. Selon d'Herbelot, cette ville est située auprès d'un lac que les Turcs appellent, ainsi que la ville ou bourg, Ainchghiol. (D.J.)


NACRES. f. (Hist. nat.) On a donné ce nom à la substance de certains coquillages, qui est blanche & orientée comme les perles. La surface intérieure de la plûpart des coquillages est de cette qualité ; il y en a aussi qui étant dépouillés de leur écorce, ont à l'extérieur une très-belle nacre, comme le burgau. Voyez COQUILLE. (I)

NACRE, (Chimie & Mat. med.) nacre des perles ou mere des perles ; c'est un des terreux absorbans usités en Médecine. On prépare la nacre par la porphyrisation ; on en fait un sel avec l'esprit de vinaigre, & un magistere par la précipitation de ce sel. On réduit la nacre préparée en tablettes : toutes ces préparations, aussi-bien que ses vertus medicinales, lui sont communes avec tous les autres absorbans terreux. Voyez REMEDES TERREUX, au mot TERRE, Mat. med.

La nacre entre dans la poudre pectorale ou looch sec, dans la confection d'hyacinthe, & dans les tablettes absorbantes & roborantes de la pharmacopée de Paris. (b.)

NACRE DE PERLES, voyez MERE-PERLE.

NACRE DE PERLE, (Conchyliolog.) voyez PINNE MARINE.

NACRE DE PERLES, (Jouaillerie) On nomme nacre de perles les coquilles où se forment les perles ; elles sont en-dedans du poli & de la blancheur des perles, & ont le même éclat en dehors, quand avec un touret de lapidaire on en a enlevé les premieres feuilles, qui sont l'enveloppe de ce riche coquillage. Les nacres entrent dans les ouvrages de marqueterie & de vernis de la Chine : on en fait aussi divers bijoux, entr'autres de très-belles tabatieres. (D.J.)

NACRE, (Jouaillerie) Ce mot chez les Lapidaires se dit d'un cercle qui se trouve quelquefois dans le fond des coquilles de nacre. Les Lapidaires ont souvent l'adresse de les scier & de les faire entrer dans divers ouvrages de Jouaillerie, comme de véritables perles. On les nomme plus ordinairement des loupes.


NADELLEMELETTE, APHYE-PHALERIQUE, s. f. (Ictthiol.) poisson de mer qui ne differe de la sardine qu'en ce qu'il est plus mince & plus large. Il a la queue fourchue, & les nageoires sont en même nombre, & situées comme dans la sardine. La nadelle a la chair molle & très-grasse. Si on garde dans un vase pendant quelque tems plusieurs de ces petits poissons entassés les uns sur les autres, on voit bientôt surnager de la graisse qui est bonne à brûler, & dont les pêcheurs se servent pour leurs lampes. Rondelet, histoire des poissons, premiere partie, liv. VII. chap. jv. Voyez SARDINE, poisson. (I)


NADERS. m. (Hist. mod.) c'est le nom d'un des principaux officiers de la cour du grand-mogol, qui commande à tous les eunuques du palais. Il est chargé de maintenir l'ordre dans le maal ou serrail, ce qui suppose une très-grande sévérité. Il regle la dépense des sultanes & des princesses ; il est garde du trésor & des joyaux, & grand-maître de la garderobe du monarque ; enfin c'est lui qui fait toute la dépense de sa maison. Cette place éminente est toujours remplie par un eunuque, qui a communément un crédit sans bornes.

NADER, (Géogr.) ville des Indes orientales dans l'Indostan, sur la route d'Agra à Surate, à 4 lieues de Gate. Elle est située sur la pente d'une montagne ; ses maisons sont couvertes de chaume & n'ont qu'un étage. Long. 92. 20. lat. 24. 30. (D.J.)


NADIRS. m. se dit en Astronomie du point du ciel immédiatement opposé au zénith. Voyez ZENITH.

Ce mot est purement arabe ; nadir en arabe signifie la même chose qu'ici.

Le nadir est le point du ciel qui est directement sous nos piés, c'est-à-dire un point qui se trouve dans la ligne tirée de nos piés par le centre de la terre, & terminée à l'hémisphere opposé au nôtre.

Le zénith & le nadir sont les deux poles de l'horison : ces deux points en sont chacun éloignés de 90°, & par conséquent sont tous deux dans le méridien. Le nadir est proprement le zénith de nos antipodes, dans la supposition que la terre soit exactement sphérique ; mais comme elle ne l'est pas, il n'y a proprement que les lieux situés sous l'équateur ou sous les poles dont le nadir soit le zénith de leurs antipodes. Voyez ZENITH, ANTIPODES & HORISON.

Nadir du soleil est le nom que quelques anciens astronomes ont donné à l'axe du cone formé par l'ombre de la terre ; ils l'appellent ainsi, parce que cet axe coupe l'écliptique en un point diamétralement opposé au soleil, mais cette dénomination n'est plus en usage. Chambers. (O)


NADOUBAH(Géogr.) ville du pays que les Arabes appellent Kofarhaqui, c'est la Cafrerie. Cette ville est à environ trois journées de Mélinde, qui est dans le Zanguebar.


NADOUESSANSS. f. (Géogr.) autrement dits Nadouessioux ; peuples sauvages dans l'Amérique septentrionale ; ils ont leur demeure avec plusieurs autres nations barbares, vers le lac des Issati, à 70 lieues à l'ouest du lac supérieur.


NADRAVIE(Géog.) province du royaume de Prusse, dans le cercle de Tamland. Elle est arrosée d'un grand nombre de rivieres. Lubiaw en est le lieu le plus considérable. (D.J.)


NAENIAS. f. (Mythol.) déesse qui présidoit aux pleurs, aux lamentations & aux funérailles ; je dis que c'est une déesse, parce que Festus en parle sur ce ton, & qu'il marque même l'endroit où on avoit pris soin de lui consacrer un temple ; c'étoit près de Rome, & ce temple n'étoit plus de son tems qu'une chapelle. Naeniae deae sacellum ultrà portam viminalem, nunc tantùm habet aediculum ; mais le mot Naenia dans les auteurs, signifie plus communément une chanson lugubre, qu'on chantoit aux funérailles ; il se prend aussi quelquefois pour un chant magique, pour un proverbe reçu parmi les enfans, & finalement pour une hymne. (D.J.)


NAEPS. m. (Hist. mod.) terme de relation ; juge subalterne établi par les cadis dans les villages de Turquie, ou par les mulas des grandes villes, pour être comme leurs lieutenans. (D.J.)


NAERDEN(Géog.) forte ville des Pays-bas dans la Hollande, à la tête des canaux de la province, & capitale du Goyland. Guillaume de Baviere en jetta les fondemens en 1350. Elle est sur le Zuiderzée, à 4 lieues d'Amsterdam, & environ à même distance N. E. d'Utrecht. Long. 22. 38. lat. 52. 20.

La ville de Naerden fut presque réduite en cendre en 1486 par un embrasement accidentel. En 1572, elle fut prise & saccagée avec une barbarie incroyable par les Espagnols. Il y en a dans la bibliotheque d'Utrecht une description en manuscrit qui fait dresser les cheveux. Les François prirent cette ville en 1672, & le P. d'Orange la reprit sur eux l'année suivante. (D.J.)


NAEVIA SYLVA(Géog. anc.) forêt à quatre milles de Rome, ainsi nommée d'un certain Naevius, qui avoit sa maison de plaisance dans ce quartier. Varron fait mention de cette Naevia sylva & de Naevia porta ; c'est aujourd'hui Porta majore.


NAFIAou NAPHIA, (Géog.) petit lac de la vallée de Noto en Sicile, auprès de Minéo en tirant vers le nord. On le nommoit anciennement Palicorum lacus, & l'on voit sur ses bords, les ruines de l'ancienne Palica. (D.J.)


NAGAMS. m. (Hist. nat.) nom malais d'un grand arbre qui porte des siliques, & qui est fort commun dans les îles des Indes orientales ; le suc de ses fécules mêlé avec l'huile de noix d'Inde, & employé en onguent, chasse les enflures de ventre périodiques.


NAGARA(Géog. anc.) ville métropole dans l'Arabie heureuse, selon Ptolémée liv. VI. ch. cvij. c'est aussi une ville des Indes en-deçà du Gange, autrement nommée Dionysopolis. (D.J.)


NAGES. f. terme de Batelier ; c'est un morceau de bois du bachot où l'on pose la platine, l'aviron, quand son anneau est au touret.

Nage à bord, commandement aux gens de la chaloupe de venir au vaisseau.

Nage à faire abattre, commandement aux gens de la chaloupe qui tanent un vaisseau de nager du côté où l'on veut que le vaisseau s'abbatte.

Nage au vent, commandement aux gens de l'équipage qui touent un vaisseau, de nager du côté où le vent vient.

Nage de force, commandement aux gens de l'équipage de redoubler leurs efforts.

Nage qui est paré, commandement de nager à qui est prêt ; ce qui se fait lorsqu'il n'est pas d'une nécessité absolue que les gens de l'équipage de la chaloupe nagent tous ensemble.

Nage sec, commandement à l'équipage de la chaloupe de tremper dans l'eau l'aviron, en nageant de telle sorte qu'il ne la fasse pas sauter, & qu'on ne mouille pas ceux qui y sont.

Nage stribord & serre bas bord, ou nage bas bord & serre stribord : commandement à l'équipage d'une chaloupe de la faire naviger & gouverner en moins d'espace.

Nager, ramer, & voguer, c'est se servir des avirons pour faire siller un bâtiment.

Nager à sec ; c'est toucher la terre avec les avirons.

Nager en arriere, c'est faire arrêter ou reculer un petit vaisseau avec des avirons : cela se pratique sur tous les bâtimens à rames afin d'éviter le revirement, & de présenter toujours la proue. (Z)


NAGEANTadj. terme de Blason, dont on se sert pour représenter dans les armoiries un poisson couché horisontalement, ou en-travers de l'écusson. Voyez POISSON.


NAGEOIRESS. f. pl. (Ichthiolog.) c'est une partie du poisson qui est faite comme une plume. Voyez l'article POISSON.

Il faut ajouter un mot de l'usage des nageoires. Comme en tous les corps qui flottent dans l'eau, la partie la plus lourde tend toujours en bas, selon les loix de l'hydrostatique, ne s'ensuivroit-il pas de-là que, puisque le dos du poisson est la partie la plus pesante de son corps, il devroit être toujours dans l'eau le ventre en haut, comme il arrive communément dans le poisson mort, puisqu'alors l'air qu'il contient venant à se dilater, le poisson est obligé de surnager, & de tourner le ventre en haut, tant à cause que le dos est plus pesant que le reste, que parce que le ventre, par la dilatation de l'air de la petite vessie, se trouve alors plus leger que lorsque le poisson est vivant. Mais la sagesse du créateur y a pourvu en formant les poissons, auxquels il a donné la faculté de nager, le ventre toujours tourné en bas avec deux nageoires posées sous le ventre. Cette matiere est parfaitement traitée dans Borelli, qui, ayant jetté dans l'eau un poisson auquel il avoit coupé les nageoires, observa qu'il alloit toujours sur un côté ou sur l'autre, sans pouvoir se soutenir dans la situation ordinaire & naturelle des autres poissons. Enfin, comme ces animaux devoient pouvoir s'arrêter commodément, se tourner à droite ou à gauche dans leur route, la nature les a pourvus de deux nageoires aux côtés, avec lesquelles ils s'arrêtent lorsqu'ils les étendent toutes les deux ; & s'ils n'en étendent qu'une, ils peuvent se tourner du même côté de la nageoire étendue. Nous voyons précisément la même chose dans un bateau, qui tourne du côté où l'on tient l'aviron dans l'eau pour l'arrêter. (D.J.)

NAGEOIRE, morceau de bois mince, rond & plat que les porteurs d'eau mettent sur leurs seaux lorsqu'ils sont pleins. Il contient l'eau, & l'empêche de se répandre facilement. On appelle aussi cet instrument tailloir.


NAGERv. n. l'art ou l'action de nager consiste à soutenir le corps vers la surface de l'eau, & à s'avancer ou faire du chemin dans l'eau par le mouvement des bras & des jambes, &c. Voyez ANIMAL.

L'homme est le seul des animaux qui apprenne à nager ; beaucoup d'autres animaux nagent naturellement ; mais un grand nombre d'animaux ne nagent point du tout.

Chez les anciens Grecs & Romains, l'art de nager faisoit une partie si essentielle de l'éducation de la jeunesse, qu'en parlant d'un homme ignorant, grossier, & mal élévé, ils avoient coutume de dire proverbialement, qu'il n'avoit appris ni à lire ni à nager.

A l'égard des poissons, c'est leur queue qui contribue le plus à les faire nager, & non pas leurs nageoires, comme on se l'imagine assez généralement ; c'est pour cette raison que la nature leur a donné plus de force & plus de muscles dans cette partie que dans toutes les autres, tandis que nous remarquons le contraire dans tous les autres animaux, dont les parties motrices sont toujours les plus fortes, comme les cuisses dans l'homme, pour le faire marcher ; les muscles pectoraux dans les oiseaux pour les faire voler, &c. Voyez MARCHE, VOL, &c.

La maniere dont les poissons s'avancent dans l'eau est parfaitement bien expliquée dans Borelli, de motu animal. part. I. cap. xxiij. ils ne se servent de leurs nageoires que pour tenir leurs corps en balance & en équilibre, & pour empêcher qu'il ne vacille en nageant. Voyez NAGEOIRE & QUEUE.

M. Thevenot a publié un livre curieux intitulé, l'art de nager, démontré par figures. Et avant lui Everard Digby, anglois, & Nicolas Winman, allemand, avoient deja donné les regles de cet art. Thevenot n'a fait, pour ainsi dire, que copier ces deux auteurs ; mais s'il se fût donné la peine de lire le traité de Borelli, avec la moitié de l'application qu'il a lu les deux autres, il n'auroit pas soutenu, comme il l'a fait, que l'homme nageroit naturellement, comme les autres animaux, s'il n'en étoit empêché par la peur qui augmente le danger.

Nous avons plusieurs expériences qui détruisent ce sentiment : en effet, que l'on jette dans l'eau quelque bête qui vient de naître, elle nagera ; que l'on y jette un enfant qui ne puisse point encore être susceptible de peur, il ne nagera point ; & il ira droit au fond. La raison en est que la structure & la configuration de la machine du corps humain sont très-différentes de celles des bêtes brutes, & sur-tout, ce qui est fort extraordinaire, par rapport à la situation du centre de sa gravité. Dans l'homme c'est la tête qui est d'une pesanteur excessive, eu égard à la pesanteur du reste de son corps, ce qui vient de ce que sa tête est garnie d'une quantité considérable de cervelle, & que toute sa masse est composée d'os, & de parties charnues, sans qu'il y ait des cavités remplies de la seule substance de l'air : desorte que la tête de l'homme s'enfonçant par sa propre gravité dans l'eau, celle-ci ne tarde gueres à remplir le nez & les oreilles, & que le fort ou le pesant emportant le foible ou le leger, l'homme se noie, & périt en peu de tems.

Mais dans les bêtes brutes, comme leur tête ne renferme que très-peu de cervelle, & que d'ailleurs il s'y trouve beaucoup de sinus, ou cavités pleines d'air, sa pesanteur n'est pas proportionnée au reste de leurs corps, desorte qu'elles n'ont aucune peine à soutenir le nez au-dessus de l'eau, & que suivant les principes de la statique pouvant ainsi respirer librement, elles ne courent aucun risque de se noyer.

En effet, l'art de nager, qui ne s'acquiert que par l'expérience & par l'exercice, consiste principalement dans l'adresse de tenir la tête hors de l'eau, desorte que le nez & la bouche étant en liberté l'homme respire à son aise, le mouvement & l'extension de ses piés & de ses mains lui suffisent pour le soutenir vers la surface de l'eau, & il s'en sert comme de rames pour conduire son corps. Il suffit même qu'il fasse le plus petit mouvement, car le corps de l'homme est à-peu-près de la même pesanteur qu'un égal volume d'eau, d'où il s'ensuit par les principes de l'hydrostatique que le corps de l'homme est déja presque de lui-même en équilibre avec l'eau, & qu'il ne faut que peu de forces pour le soutenir.

M. Bazin, correspondant de l'académie royale des Sciences de Paris, a fait imprimer il y a quelques années à Strasbourg un petit ouvrage dans lequel il examine pourquoi les bêtes nagent naturellement, & pourquoi au contraire l'homme est obligé d'en chercher les moyens. Il en donne des raisons prises dans la différente structure du corps de l'homme & de celui des animaux, mais ces raisons sont différentes de celles que nous avons apportées ci-dessus. Selon lui les bêtes nagent naturellement parce que le mouvement naturel qu'elles font pour sortir de l'eau quand elles y sont jettées, est un mouvement propre par lui-même à les y soutenir : en effet, un animal à quatre piés qui nage est dans la même situation, & fait les mêmes mouvemens que quand il marche sur la terre ferme. Il n'en est pas de même de l'homme ; l'effort qu'il feroit pour marcher dans l'eau, en conservant la même situation que quand il marche naturellement, ne serviroit qu'à le faire enfoncer, ainsi l'art de nager ne lui peut être naturel.

NAGER, l'action de nager, (Medecine) il y a peu de maladies chroniques dans lesquelles la nage soit bienfaisante, aussi l'ordonne-t-on rarement ; on prend cet exercice seulement en été ; il maigrit les personnes pléthoriques, facilite la transpiration, échauffe, attenue, & rend ceux qui y sont accoutumés moins sensibles aux injures de l'air, la nage ou le bain dans la mer est salutaire à ceux qui sont attaqués d'hydropisie, de gales, de maladies inflammatoires, d'exanthemes, d'élephanthiasis, de fluxion sur les jambes, ou sur quelqu'autre partie du corps.

La nage, soit dans l'eau douce, soit dans l'eau salée, qui est trop fraîche, porte à la tête ; & si on y demeure trop longtems, sa fraîcheur attaque les nerfs.

La nage dans l'eau naturellement chaude peut être aussi préjudiciable, cependant bien des gens s'y exposent sans en être endommagés.

La nage se faisoit anciennement en se précautionnant & se préparant contre tous les accidens, soit par les onctions, soit par les frictions, & en se précipitant de quelque lieu élevé. Oribase, liv. VI. ch. xxij.

La nage a les mêmes avantages & les mêmes inconveniens que le bain, ainsi on peut la considérer comme un exercice ; car on s'y donne de grands mouvemens qui sont fort salutaires. Voyez GYMNASE & GYMNASTIQUE. Quant à son avantage comme bain, voyez BAIN. C'est la meilleure façon de se laver & nettoyer le corps quand on peut la supporter.

NAGER A SEC, (Maréchall.) opération que les Maréchaux ont inventée pour les chevaux qui ont eu un effort d'épaule ; elle consiste à attacher la jambe saine en faisant joindre le pié au coude, au moyen d'une longe qu'ils passent par-dessous le garrot, & dans cet état ils contraignent le cheval à marcher à trois jambes, & par conséquent à faire de nouveaux efforts sur la jambe malade, sous prétexte que par ce moyen il s'échauffe l'épaule, & qu'ainsi les remedes pénetrent plus avant les pores étant plus ouverts ; mais il est aisé de voir que cet expédient ne fait qu'irriter la partie, augmenter la douleur, & rendre par conséquent le mal plus considérable qu'il n'étoit.


NAGERAautrement NAXERA, (Géog.) ville d'Espagne, dans la nouvelle Castille, au territoire de Rioja, avec titre de duché. Elle est fameuse par la bataille de 1369, & est située dans un terrein très-fertile, sur le ruisseau de Nagerilla, à 12 lieues N. O. de Calahorra, 53 N. E. de Madrid. Long. 15. 15. lat. 42. 25. (D.J.)


NAGIA(Géog. anc.) ville de l'Arabie heureuse, dans le pays des Gébanites selon Pline, liv. VI. chap. xxviij. qui ajoûte que cette ville étoit très-grande ; on n'en connoît pas même aujourd'hui les ruines.


NAGIADou NÉGED, (Géog.) petite province de l'Arabie, dans laquelle la ville de Médine est située. Voyez MEDINE.


NAGIAGAH(Géog.) petite ville du pays de Nabaschac, qui est l'Ethiopie. Elle est à huit journées de Giambita, sur une riviere qui se décharge dans le Nil. On dit qu'au-delà de ce bourg en tirant vers le midi on ne trouve plus de lieu qui soit habité.


NAGIDOS(Géog. anc.) ville située entre la Pamphylie & la Cilicie selon Strabon, liv. XIV. & selon Etienne le géographe.


NAGNATA(Géog. anc.) ville de l'ancienne Hibernie, que Ptolémée, liv. XI. chap. j. qualifie de ville considérable, & qu'il place sur la côte occidentale : quelques savans pensent que c'est aujourd'hui Lemerik.


NAGRACUT-AYOUD(Géog.) royaume des Indes, dans les états du grand-mogol. Il est borné au nord par le royaume du petit Tibet, à l'orient par le grand Tibet, au midi par les royaumes de Siba & de Pengat, à l'occident par ceux de Bankich & de Cachemir.

NAGRACUT, (Géog.) ville des Indes, capitale du royaume de même nom, dans les états du grand-mogol, avec un temple où les Indiens vont en pélerinage. Elle est sur le Ravi, à 120 lieues N. d'Agra. Long. 96. lat. 32.


NAGRAou NEDGERAN, (Géog.) petite ville de la province d'Iémen en Arabie, dont le terroir est couvert de palmiers contre l'ordinaire de ce pays-là. Elle est habitée par des familles des tributs de l'Iémen, de qui l'on tire des maroquins.


NAHAR(Géog. arabe) ce nom signifie en arabe un fleuve, ou une riviere ; de-là vient qu'il se trouve joint au nom de quelques villes situées sur des rivieres ; ainsi Nahar-Al-Malek est le nom d'une ville de l'Iraque arabique, située sur ce bras de l'Euphrate, que les anciens ont appellé Fossa regia, ou Basilicus-fluvius ; de même Nahar-Al-Obolla, est le nom d'un vallon des plus délicieux de l'Asie, coupé par une petite riviere. (D.J.)

NAHAR MALEK, ou Nahar-Mélik, (Géog.) c'est-à-dire fleuve du roi, c'est proprement le bras de l'Euphrate, que les anciens ont appellé Fossa-regia, & Basilicus fluvius.


NAHARUALI(Géog. anc.) ancien peuple de la Germanie. Tacite, de mor. Germ fait entendre qu'il habitoit entre la Ouarte & la Vistule, où il avoit un bois sacré. Il ajoûte que le prêtre étoit vêtu en femme, & que la divinité qu'on adoroit dans ce bois s'appelloit Alcé.


NAHARUAN(Géog.) ancienne ville de l'Irac-Arabi, sur un bras de l'Euphrate, à 2 lieues de Coufah. Long. 63. 12. lat. 31. 25.


NAHASES. m. (Chron.) nom du dernier mois de l'année des Ethiopiens : il commence le 26 Juillet du calendrier Julien.


NAHERS. m. (Hist. mod.) noble indien. Les habitans du Malabar se divisent en castes ou tribus qu'on appelle des nambouris, des bramines, & des nahers. Les nambouris sont prêtres, les bramines philosophes, les nahers nobles. Ceux-ci portent seuls les armes ; le commerce leur est interdit ; ils se dégradent en le faisant. Dans ces trois castes on peut s'approcher, se parler, se toucher sans se laver ; mais on se croit souillé par l'attouchement le plus léger de quelqu'un qui n'en est pas.


NAIADESS. m. pl. (Mythologie) espece de nymphes ou divinités payennes, que l'on croyoit présider aux fontaines & aux rivieres. Voyez NYMPHE & DIEU. Ce mot dérive du grec , je coule, ou de , je séjourne.

Strabon dit que les naïades étoient des prêtresses de Bacchus.

Nonnus prétend que les naïades étoient meres des satyres ; on les peint assez ordinairement appuyées sur une urne qui verse de l'eau, ou tenant un coquillage à la main. On leur offroit en sacrifice des chevres & des agneaux avec des libations de vin, de miel, & d'huile ; plus souvent on se contentoit de mettre sur leurs autels du lait, des fruits & des fleurs ; mais ce n'étoit que des divinités champêtres, dont le culte ne s'étendoit pas jusqu'aux villes. On distinguoit les naïades en naïades potamides & en naïades limnades, celles-ci étoient les nymphes des étangs ou des marais du mot , un étang, un lac ; les potamides étoient celles des fleuves & des rivieres, leur nom étant dérivé de , fleuve. (G)


NAIFVoyez l'article NAIVETE.


NAIKou NAIGS, s. m. (Hist. mod.) c'est le nom sous lequel on désigne dans quelques parties de l'Indostan les nobles ou premiers officiers de l'état ; c'est la même chose que naïres. Voyez cet article.


NAIM(Géog. sacrée) ville de la Palestine, peu éloignée de Capharnaüm, & où Jesus-Christ ressuscita le fils d'une veuve, dans le tems qu'on le portoit en terre. Luc, chap. vij. 11. Naïm étoit entre Eudor & Thoebor, à 12 stades de ce dernier endroit. (D.J.)


NAIMA(Géog.) village d'Afrique au royaume de Tripoli, dans la province de Macellata, sur la côte. Je ne parle de ce village que parce qu'il est le tombeau des Philènes, ces deux illustres freres, qui s'immolerent pour leur patrie, & à qui les Carthaginois avoient consacré des autels. Naïma est donc la petite ville que les anciens appellerent Phileni vicus.


NAINS. m. (Physique) on nomme nain, quelqu'un qui est de taille excessivement petite ; ce siecle m'offre, pour former cet article, deux exemples vivans de nains, tous deux à-peu-près de même âge, & tous deux fort différens de figure, d'esprit, & de caractere. L'un est le nain de S. M. le roi Stanislas, & l'autre est à la suite de madame la comtesse de Humiecska, grande porte-glaive de la couronne de Pologne.

Je commence par le nain de S. M. le roi de Pologne, duc de Lorraine. Il se nomme Nicolas Ferry ; il est né le 19 Novembre 1741 ; sa mere alors âgée de 35 ans a eu trois enfans dont il est l'aîné. Malgré toutes les apparences ordinaires, elle ne pouvoit se persuader d'être grosse, lorsqu'elle le fut de cet enfant ; cependant au bout de neuf mois elle le mit au monde, après avoir souffert les douleurs de l'accouchement pendant deux fois vingt-quatre heures ; il étoit long dans sa naissance, d'environ neuf pouces, & pesoit environ quinze onces. Un sabot à moitié rempli de laine lui servit, dit-on, de berceau pendant quelque tems, car c'est le fils d'une paysanne des montagnes de Vosges.

Le 25 Juillet 1746, M. Kast, médecin de la reine duchesse de Lorraine le mesura, & le pesa avec grande attention ; il pesoit étant nud neuf livres sept onces. Depuis ce tems-là il a porté sa croissance jusqu'à environ trente-six pouces. Il a eu la petite vérole à l'âge de trois mois ; son visage n'étoit point laid dans son enfance, mais il a bien changé depuis.

Bébé, c'est le nom qu'on lui donne à la cour du roi Stanislas, Bébé, dis-je, qui est présentement, (en 1760) dans sa 20e année, paroît avoir déjà le dos courbé par la vieillesse ; son teint est flétri ; une de ses épaules est plus grosse que l'autre ; son nez aquilin est devenu difforme, son esprit ne s'est point formé, & on n'a jamais pu lui apprendre à lire.

Le nain de madame Humiecska, nommé M. Borwilasky, gentilhomme polonois, est bien différent de celui du roi Stanislas ; & ce jeune gentilhomme peut être regardé comme un être fort singulier dans la nature.

Il a aujourd'hui (1760) 22 ans ; sa hauteur est de vingt-huit pouces ; il est bien formé dans sa taille ; sa tête est bien proportionnée ; ses yeux sont assez beaux ; sa physionomie est douce, ses genoux, ses jambes, & ses piés sont dans toutes les proportions naturelles : on assure qu'il est en pleine puberté.

Il ne boit que de l'eau, mange peu, dort bien, resiste à la fatigue, & jouit en un mot d'une bonne santé.

Il joint à des manieres gracieuses des réparties spirituelles ; sa mémoire est bonne ; son jugement est sain, son coeur est sensible & capable d'attachement.

Le pere & la mere de M. Borwilasky sont d'une taille fort au-dessus de la médiocre ; ils ont six enfans ; l'aîné n'a que trente-quatre pouces, & est bien fait ; le second nommé Joseph (& qui est celui dont nous parlons ici) n'en a que vingt-huit ; trois freres cadets de celui-ci, & qui le suivent tous à un an les uns des autres, ont tous les trois environ cinq piés six pouces, & sont forts & bien faits. Le sixieme des enfans est une fille âgée de près de six ans, que l'on dit être jolie de taille & de visage, & qui n'a que vingt à vingt-un pouce, marche, parle aussi librement que les autres enfans de cet âge, & annonce autant d'esprit que le second de ses freres.

M. Joseph Borwilasky est néanmoins demeuré long-tems sans éducation ; ce n'est que depuis deux ans que madame Humiecska en a pris soin. Présentement il sait lire, écrire, l'arithmétique, un peu d'allemand & de françois ; enfin il est d'une grande adresse pour tous les ouvrages qu'il entreprend.

Les singularités assez remarquables sur la naissance des enfans de madame Borwilasky, sont qu'elle est toujours accouchée à terme de ses six enfans ; mais dans l'accouchement des trois nains, chacun d'eux en venant au monde avoit à peine une figure humaine ; la tête rentrée entre les deux épaules qui l'égaloient en hauteur, donnoit dans la partie supérieure une forme quarrée à l'enfant : ses cuisses & ses jambes croisées & rapprochées de l'os sacrum & du pubis, donnoient une forme ovale à la partie inférieure, le tout ensemble représentoit une masse informe presque aussi large que longue, qui n'avoit presque d'humain que les traits du visage. Ces trois enfans ne se sont déployés que par degrés ; cependant aucun d'eux n'est resté difforme, ils sont au contraire bien proportionnés, n'ont jamais porté de corps, & nul art n'a été employé pour rectifier la nature.

Je trouve dans l'Histoire d'Angleterre l'opposé de ces deux nains. En 1731 un paysan du comté de Berks amena à Londres son fils âgé de six ans, qui avoit près de cinq piés d'Angleterre de haut, robuste, fort, & à peu-près de la grosseur d'un homme fait. (D.J.)

NAINS, s. m. pl. (Hist. mod.) ces sortes de pygmées dans la race humaine sont recherchés pour les amusemens du grand-seigneur ; ils tâchent de le divertir par leurs singeries, & ce prince les honore souvent de quelques coups de pié. Lorsqu'il se trouve un nain qui est né sourd, & par conséquent muet, il est regardé comme le phénix du palais ; on l'admire plus qu'on ne feroit le plus bel homme du monde, sur-tout si ce magot est eunuque ; cependant ces trois défauts qui devroient rendre un homme méprisable, forment, à ce que dit M. Tournefort, la plus parfaite de toutes les créatures, aux yeux & au jugement des Turcs. (D.J.)

NAIN, (Jardinage) est un arbre de basse tige que l'on nomme aussi buisson. (K)

NAIN-LONDRINS, s. m. pl. (Comm.) draps fins d'Angleterre, tous fabriqués de laine d'Espagne, & destinés pour le levant.


NAIRANGIES. f. espece de divination qui est en usage parmi les Arabes, & qui est fondée sur plusieurs phénomenes du soleil & de la lune, voyez DIVINATION, ce terme est formé de l'arabe nairan, pluriel de nair, lumiere. (G)


NAIRESNAHERS ou NAYERS, (Hist. mod.) c'est le nom que les Malabares donnent aux militaires de leur pays, qui forment une classe ou tribu très-nombreuse, & qui, comme ailleurs, se croit infiniment au-dessus du reste de la nation ; c'est dans cette tribu que les rois ou souverains du Malabare choisissent leurs gardes-du-corps. Les Malabares portent l'orgueil de la naissance à un point d'extravagance encore plus grand qu'en aucune contrée de l'Europe ; ils ne veulent pas même souffrir que leurs alimens soient préparés par des gens d'une tribu inférieure à la leur ; ils ne souffrent pas que ces derniers entrent dans leurs maisons, & quand par hasard cela est arrivé, un bramine est obligé de venir faire des prieres pour purifier la maison. Une femme ne peut point épouser un homme d'un rang inférieur au sien, cette mésalliance seroit punie par la mort des deux parties : or si la femme est de la tribu des nambouris, c'est-à-dire du haut clergé ou de celles des bramines, le souverain la fait vendre comme une esclave. Les faveurs d'une femme de qualité, accordées à un homme d'une tribu inférieure, non-seulement coutent la vie à ce dernier lorsque l'intrigue vient à se découvrir, mais encore les plus proches parens de la dame ont le droit pendant trois jours de massacrer impunément tous les parens du coupable.

Malgré la fierté des naïres, ils servent communément de guides aux étrangers & aux voyageurs, moyennant une rétribution très légere. Ces naïres sont, dit-on, si fidéles qu'ils se tuent, lorsque celui qu'ils conduisent vient à être tué sur la route. Les enfans des naïres portent un bâton qui indique leur naissance ; ils servent aussi de guides & de sûreté aux étrangers, parce que les voleurs malabares ont pour principe de ne jamais faire de mal aux enfans.


NAIRN(Géog.) petite ville d'Ecosse, chef-lieu d'une contrée de même nom appellée communément The Shire of Nairn. Sa capitale est à l'embouchure de la riviere de Nairn, dans la province de Murray, à 35 lieues N. O. d'Edimbourg, 111 N. O. de Londres. Long. 14. 12. lat. 57. 42. (D.J.)


NAISAGES. m. (Jurispr.) droit de faire rouir son chanvre ou son lin dans une riviere, étang ou autre place remplie d'eau.

On entend aussi par naisage le droit que le seigneur ou propriétaire de l'eau prenoit en quelques endroits pour la permission par lui accordée de mettre rouir du chanvre ou du lin dans son eau. Voyez Revel, sur les statuts de Bresse, p. 276. Collet, sur les statuts de Savoye, l. III. sect. 2. pag. 95. & ROISE & ROTEUR. (A)


NAISERvoyez ROUIR.


NAISSANCENAISSANCE

La naissance prématurée s'appelle avortement. Voyez AVORTEMENT & AVORTER.

Naissances extraordinaires, celles qui arrivent par la voie de l'anus, du nombril, de la bouche, &c. Voyez DELIVRANCE.

Au sujet du nombre des naissances, voyez MARIAGE, & la proportion observée des naissances aux mariages, des naissances aux enterremens, & des naissances mâles à celles des femelles.

NAISSANCE, s. f. (Société civile) race, extraction illustre & noble ; c'est un heureux présent de la fortune, qu'on doit considérer & respecter dans les personnes qui en jouïssent, non-seulement par un principe de reconnoissance envers ceux qui ont rendu de grands services à l'état, mais aussi pour encourager leurs descendans à suivre leurs exemples. On doit prendre les intérêts des gens de naissance, parce qu'il est utile à la république, qu'il y ait des hommes dignes de leurs ancêtres : les droits de la naissance doivent encore être révérés, parce qu'elle est le soutien du trône. Si l'on abat les colonnes, que deviendra l'édifice qu'elles appuyoient. De plus la naissance paroît être un rempart entre le peuple & le prince, & un rempart qui les défend contre les entreprises mutuelles de l'un sur l'autre ; enfin, la naissance donne avec raison des privileges distinctifs, & un grand ascendant sur les membres d'un état qui sont d'une extraction moins élevée. Aussi ceux qui jouissent de ce bonheur, n'ont qu'à ne rien gâter par leur conduite, pour être sûrs d'obtenir légitimement de justes préférences sur les autres citoyens.

Mais ceux que la naissance démêle heureusement d'avec le peuple, & qu'elle expose davantage à la louange ou à la censure, ne sont-ils pas obligés en conséquence de soutenir dignement leur nom ? Quand on se pare des armes de ses peres, ne doit-on pas songer à hériter des vertus qu'ils peuvent avoir eues ? autrement, ceux qui vantent leurs ancêtres, sans imiter leurs belles actions, disposent les autres hommes à faire des comparaisons qui tournent au desavantage de telles personnes qui deshonorent leur nom. Le peuple est si porté à respecter les gens de naissance, qu'il ne tient qu'à eux d'entretenir ce favorable préjugé. En voyant le jour ils entrent en possession des honneurs : les grands emplois, les dignités, le maniement des affaires, le commandement des armées, tombent naturellement dans leurs mains. De quoi peuvent-ils se plaindre que d'eux-mêmes, quand l'envie & la malignité les attaquent ? Sans doute, qu'alors ils ne sont pas faits pour leur place, quoique la place semblât faite pour eux.

On reprochoit à Ciceron, d'être un homme nouveau ; la réponse est toute simple : j'aime mieux, répondit-il, briller par mon propre mérite, que par un nom hérité de mes ancêtres ; & il est beau de commencer sa noblesse par les exemples de vertu qu'on laisse à sa postérité. Satius est enim me meis rebus florere, quàm majorum opinione niti, & ità vivere, ut ego sim potius meae nobilitatis initium & virtutis exemplum. A la vérité, on soupçonne les gens qui tiennent ce propos, de faire, si l'on peut parler ainsi, de nécessité vertu. Mais que dire à ceux qui ayant en partage une grande naissance, en comptent pour rien l'éclat, s'ils ne le soutiennent & ne l'illustrent de tous leurs efforts, par de belles actions. Voyez NOBLESSE. (D.J.)

NAISSANCE, JOUR DE LA, (Hist. rom.) Le jour de la naissance étoit particulierement honoré chez les Romains. Des mouvemens de tendresse & de religion consacroient chez eux une journée, où il sembloit qu'ils recevoient leurs enfans des dieux mêmes, & pour ainsi dire de la main à la main. On les saluoit avec cérémonie, & dans ces termes, hodiè natte salve : ils invoquoient le Génie comme une divinité qui présidoit à la nativité de tous les hommes.

La solemnité du jour de cette naissance se renouvelloit tous les ans, & toujours sous les auspices du Génie. On dressoit un autel de gazon, entouré de toutes les herbes sacrées, & sur lequel on immoloit un agneau. On étaloit chez les grands tout ce qu'on avoit de plus magnifique, des tables, des cuvettes, des bassins d'or & d'argent, mais dont la matiere étoit encore moins précieuse que le travail. Auguste avoit toute l'histoire de sa famille gravée sur des meubles d'or & d'argent : le sérieux d'une cérémonie religieuse étoit égayé, par ce que les fêtes ont de plus galant ; toute la maison étoit ornée de fleurs & de couronnes, & la porte étoit ouverte à la compagnie la plus enjouée. Envoyez-moi Philis, dit un berger dans Virgile à Iolas ; envoyez-moi Philis, car c'est aujourd'hui le jour de ma naissance, mais pour vous ne venez ici que lorsque j'immolerai une génisse pour les biens de la terre.

Les amis ce jour-là ne manquoient guere d'envoyer des présens ; Martial raille finement Clyté, qui pour en avoir, faisoit revenir le jour de sa naissance sept ou huit fois l'année :

Nasceris octies in anno.

On célébroit même souvent l'honneur de ces grands hommes, dont la vertu consacre la mémoire, & qui enlevés aux yeux de leurs contemporains, se réveillent pour la postérité qui en connoît le mérite dans toute son étendue, & quelquefois les dédommage de l'injustice de leur siecle. Pourquoi, dit Séneque, ne fêterai-je pas le jour de la naissance de ces hommes illustres ? Pline dans le troisieme livre de ses épîtres, rapporte que Silius Italicus célébroit le jour de la naissance de Virgile, plus scrupuleusement que le sien même.

La flatterie tenant une coquille de fard à la main ne manqua pas de solemniser la nativité des personnes que la fortune avoit mis dans les premieres places, & par qui se distribuoient les graces & les bienfaits : Horace invite une de ses anciennes maîtresses à venir célébrer chez lui la naissance de Mécénas ; & afin que rien ne trouble la fête, il tâche de la guérir de la passion qu'elle avoit pour Téléphus. Philis, j'ai chez-moi, dit-il, du vin de plus de neuf feuilles, mon jardin me fournit de l'ache pour faire des couronnes. J'ai du lierre propre à relever la beauté de vos cheveux : l'autel est couronné de verveine ; les jeunes garçons & les jeunes filles qui doivent nous servir, courent déja de tous côtés. Venez donc célébrer le jour des ides qui partage le mois d'Avril consacré à Vénus ; c'est un jour solemnel pour moi, & presque plus sacré que le jour de ma naissance, car c'est de ce jour-là que Mécénes compte les années de sa vie.

On voit dans ce propos une image bien vive d'une partie destinée à la célébration d'un jour de naissance ; il ne s'agit pas de savoir, si elle étoit conforme à l'esprit de l'institution ; sans doute que ce vin délicieux, cette parure galante, cette propreté, ce luxe, cette liberté d'esprit que le poëte recommande à Philis, plus dangereuse que la passion même ; enfin, cette troupe de jeunes filles & de jeunes garçons n'étoient guère appellés dans les fêtes religieuses, où on songeoit sérieusement à honorer les dieux.

Le jour de la naissance des princes étoit sur-tout un jour consacré par la piété ou par la flatterie des peuples. Leur caractere, la distinction de leur rang & de leur fortune, devenoit la mesure des honneurs & des réjouissances établies à cette occasion. La tyrannie même, bien loin d'interrompre ces sortes de fêtes, en rendoit l'usage plus nécessaire, & dans la dureté d'un regne où chacun craignoit de laisser échapper ses sentimens, on entroit avec une espece d'émulation dans toutes les choses dont on pouvoit se servir pour couvrir la haine qu'on portoit au prince ; tous ces signes équivoques d'amour & de respect, n'empêcherent pas que les empereurs n'en fussent extrêmement jaloux. Suétone remarque que Caligula fut si piqué de la négligence des consuls, qui oublierent d'ordonner la célébration du jour de sa naissance, qu'il les dépouilla du consulat, & que la république fut trois jours sans pouvoir exercer l'autorité souveraine.

Ces honneurs eurent aussi leur contraste : on mit quelquefois avec cérémonie au rang des jours malheureux, le jour de la naissance, & c'étoit-là la marque la plus sensible de l'exécration publique. La mémoire d'Agrippine, veuve de Germanicus, fut exposée à cette flétrissure, par l'injustice & la cruauté de Tibere. Diem quoque natalem ejus, inter nefastos suasit. C'est à ce sujet que M. Racine, si exact dans la peinture des moeurs, fait dire par Narcisse à Néron, en parlant de Britannicus & d'Octavie.

Rome sur les autels prodiguant les victimes,

Fussent-ils innocens, leur trouvera des crimes ;

Et saura mettre au rang des jours infortunés,

Ceux où jadis la soeur & le frere sont nés.

(D.J.)

Act. IV. scen. 4.

NAISSANCE, (Archit. civile) c'est l'endroit où un corbeau, une voute, une poutre, ou quelque chose, en un mot, commence à paroître.

Naissance de colonne. C'est la partie de la colonne qui joint le petit membre quarré en forme de listel, qui pose sur la base de la colonne & qui fait le commencement du fust. On la nomme aussi congé.

Naissance de voûte. C'est le commencement de la courbure d'une voûte, formé par les retombées ou premieres assises, qui peuvent subsister sans ceintre.

Naissances d'enduits. Ce sont dans les enduits, certaines plates-bandes au circuit des croisées & ailleurs, qui ne sont ordinairement distinguées que par du badigeon, des panneaux de crépi, ou d'enduit qu'elles entourent. (D.J.)

NAISSANCE, (Jardinage) est le commencement de la broderie d'un parterre ; ce peut être aussi l'endroit d'où part un rinceau, une palmette, un fleuron, &c.

NAISSANCE D'UNE JUMENT, (Maréc.) V. NATURE.

NAISSANT, adj. en terme de Blason, se dit d'un lion, ou autre animal, qui ne montre que la tête, les épaules, les piés, & les jambes de devant avec la pointe de la queue, le reste du corps demeurant caché sous l'écu, sous la fasce, ou sous le second du coupé, d'où il semble naître ou sortir. Voyez les Planches de Blason.

Naissant differe d'issant, en ce que dans le premier cas, l'animal sort du milieu de l'écu, & que dans le second, il sort du fond de l'écu. Voyez ISSANT.

Le pere Menestrier veut que naissant se dise des animaux qui ne montrent que la tête, comme sortant de l'extrêmité du chef ou du dessus de la fasce, ou du second du coupé.

La baume de Suze en Dauphiné, d'or à trois chevrons de sable, au chef d'azur, chargé d'un lion naissant d'argent.


NAITREv. neut. (Gram.) venir au monde. S'il falloit donner une définition bien rigoureuse de ces deux mots, naître & mourir, on y trouveroit peut-être de la difficulté. Ce que nous en allons dire est purement systématique. A proprement parler, on ne naît point, on ne meurt point ; on étoit dès le commencement des choses, & on sera jusqu'à leur consommation. Un point qui vivoit s'est accru, développé, jusqu'à un certain terme, par la juxtaposition successive d'une infinité de molécules. Passé ce terme, il décroît, & se résout en molécules séparées qui vont se répandre dans la masse générale & commune. La vie ne peut être le résultat de l'organisation ; imaginez les trois molécules A, B, C ; si elles sont sans vie dans la combinaison A, B, C, pourquoi commenceroient-elles à vivre dans la combinaison B, C, A, ou C, A, B ? Cela ne se conçoit pas. Il n'en est pas de la vie comme du mouvement ; c'est autre chose : ce qui a vie a mouvement ; mais ce qui se meut ne vit pas pour cela. Si l'air, l'eau, la terre, & le feu viennent à se combiner, d'inerts qu'ils étoient auparavant, ils deviendront d'une mobilité incoercible ; mais ils ne produiront pas la vie. La vie est une qualité essentielle & primitive dans l'être vivant ; il ne l'acquiert point ; il ne la perd point. Il faut distinguer une vie inerte & une vie active : elles sont entr'elles comme la force vive & la force morte : ôtez l'obstacle, & la force morte deviendra force vive : ôtez l'obstacle, & la vie inerte deviendra vie active. Il y a encore la vie de l'élément, & la vie de l'aggrégat ou de la masse : rien n'ôte & ne peut ôter à l'élément sa vie : l'aggrégat ou la masse est avec le tems privée de la sienne ; on vit en un point qui s'étend jusqu'à une certaine limite, sous laquelle la vie est circonscrite en tout sens ; cet espace sous lequel on vit diminue peu-à-peu ; la vie devient moins active sous chaque point de cet espace ; il y en a même sous lesquels elle a perdu toute son activité avant la dissolution de la masse, & l'on finit par vivre en une infinité d'atomes isolés. Les termes de vie & de mort n'ont rien d'absolu ; ils ne désignent que les états successifs d'un même être ; c'est pour celui qui est fortement instruit de cette philosophie, que l'urne qui contient la cendre d'un pere, d'une mere, d'un époux, d'une maîtresse, est vraiment un objet qui touche & qui attendrit : il y reste encore de la vie & de la chaleur : cette cendre peut peut-être encore ressentir nos larmes & y répondre ; qui sçait si ce mouvement qu'elles y excitent en les arrosant, est tout-à-fait dénué de sensibilité ? Naître a un grand nombre d'acceptions différentes : l'homme, l'animal, la plante, naissent ; les plus grands effets naissent souvent des plus petites causes ; les passions naissent en nous, l'occasion les développe, &c.


NAIVETÉ UNENAIVETé LA, s. f. (Gram.) il faut que les étrangers apprennent la différence que nous mettons dans notre langue entre la naïveté, & une naïveté.

Ce qu'on appelle une naïveté, est une pensée, un trait d'imagination, un sentiment qui nous échappe malgré nous, & qui peut quelquefois nous faire tort à nous-mêmes. C'est l'expression de la vivacité, de l'imprudence, de l'ignorance des usages du monde. Telle est la réponse de la femme à son mari agonisant, qui lui désignoit un autre époux : prends un tel, il te convient, crois-moi : Hélas, dit la femme, j'y songeois.

La naïveté est le langage du beau génie, & de la simplicité pleine de lumieres ; elle fait les charmes du discours, & est le chef-d'oeuvre de l'art dans ceux à qui elle n'est pas naturelle.

Une naïveté sied bien à un enfant, à un villageois, parce qu'elle porte le caractere de la candeur & de l'ingénuité : mais la naïveté dans les pensées & dans le style, fait une impression qui nous enchante, à proportion qu'elle est la peinture la plus simple d'une idée, dont le fonds est fin & délicat ; c'est pour cela que nous goûtons ce madrigal de Chapelain.

Vous n'écrivez que pour écrire

C'est pour vous un amusement,

Moi qui vous aime tendrement

Je n'écris que pour vous le dire.

Nous mettons enfin de la différence entre le naturel & le naïf ; le naturel est opposé au recherché, & au forcé ; le naïf est opposé au réflechi, & n'appartient qu'au sentiment. Tel que cette aimable rougeur, qui tout-à-coup, & sans le consentement de la volonté, trahit les mouvemens secrets d'une ame ingénue. Le naïf échappe à la beauté du génie, sans que l'art l'ait produit ; il ne peut être ni commandé, ni retenu. (D.J.)


NAJAC(Géog.) petite ville de France en Rouergue, diocèse de Rhodez, élection de Ville-Franche. Elle est située sur la riviere d'Avéirou, à 6 lieues au nord d'Albi. Long. 19. 45. lat. 43. 55. (D.J.)


NAJAS-NAIDE(Hist. nat. Botan.) nom donné par Linnaeus au genre de plante appellé par Vaillant & Micheli fluvialis : voici ses caracteres. Il produit des fleurs mâles & femelles distinctes. Le calice particulier des fleurs mâles est d'une seule feuille de forme cylindrique tronquée à la base, s'appetissant vers le sommet, & dont la levre est divisée en deux segmens opposés, panchés en arriere. La fleur mâle est composée d'un seul pétale, qui est un tuyau de la longueur du calice, partagé en quatre quartiers ; il n'y a aucune étamine, mais le milieu de la fleur produit une bossette droite & oblongue. La fleur femelle n'a ni calice ni pétale, mais seulement un pistil, dont le germe ovoïde se termine en un style délié ; les stigmates sont simples, le fruit est une capsule ovale contenant une seule graine de même figure. Linnaei gen plant. 443. (D.J.)


NAKIBS. m. (Hist. mod.) c'est ainsi que les Turcs nomment un officier fort considéré, dont la fonction est de porter l'étendart de Mahomet. Il n'est point inférieur au muphti même ; cette dignité est toûjours conférée par le sultan à un des émirs descendans de la fille de Mahomet ; & sans son consentement, le prince n'oseroit offenser ni faire du mal à aucun des émirs ; le sultan a soin de ne pas laisser un personnage de cette importance jouir long-tems d'une dignité si incommode à son despotisme ; il change souvent de nakib, mais il ne lui en ôte que l'exercice ; les émolumens lui restent comme les fruits d'un caractere indélébile. Voyez Cantemir, Histoire ottomane.


NAKOUSS. m. (Musique égyptienne) instrument de musique d'Egypte : il est fait de deux plaques de cuivre de différentes grandeurs, depuis deux pouces jusqu'à un pié de diamêtre. Elles sont fermement attachées par des cordes dans le milieu, & on les frappe l'une contre l'autre pour battre la mesure. On fait usage de cet instrument dans les églises des Cophtes, & dans les processions musulmanes. Voy. POCOK. (D.J.)


NALBANE(Géog.) montagne de Perse à une petite lieue de la ville d'Amadan. Le sieur Paul Lucas dit des merveilles sur les herbes médicinales qu'elle produit, sur la bonté de son air, & les agréables odeurs qu'on y respire. (D.J.)


NALIS. m. (Commerce) sorte de poids des Indes orientales. Voyez NALI, Dictionnaire de Commerce. (G)


NALUGAS. m. (Hist. nat. Bot.) nom d'un arbrisseau baccifere qui croît au Malabar, & fleurit deux fois l'an ; sa racine prise en décoction, calme les douleurs d'estomac, la colique, & les tranchées ; la décoction de son bois étanche la soif ; ses feuilles broyées, torréfiées, & appliquées sur la tête, soulagent dans le vertige & dans la foiblesse du cerveau ; la vapeur de sa décoction suspend les douleurs de la goutte ; le suc exprimé de ses feuilles tendres pris en boisson, aide la digestion.


NAMANTINS. m. voyez LAMANTIN.


NAMAQUAS(Géog.) nation d'Afrique, sur la côte occidentale, entre l'Ethiopie & le cap de Bonne-Espérance. Quelques hollandois découvrirent les Namaquas en 1632, & leur firent des présens pour se les attacher. (D.J.)


NAMAZS. m. (Hist. mod.) c'est ainsi que les Mahométans nomment les prieres qu'ils sont obligés par leurs lois de faire tous les jours ; elles se répetent cinq fois en vingt-quatre heures. Les Turcs sont si scrupuleux, qu'ils croient que si on manque à une de ces prieres à l'heure marquée, il est inutile de la réciter après. Les armées font leurs prieres très-régulierement ; mais on peut y manquer sans pécher, lorsque la bataille est commencée, parce qu'ils croyent que de tuer des chrétiens, est une action plus méritoire encore que de prier. Tel est l'aveuglement où porte l'esprit d'intolérance.

Le vendredi on fait six prieres, & on les appelle salah namazi. Voyez Cantemir, Hist. ottomane.


NAMBI(Hist. nat. Botan.) espece de plante américaine dont la feuille est large, & qui a la forme d'un arbrisseau assez touffu ; elle porte à l'extrêmité de ses rameaux des baies, ou un fruit assez semblable à des cerises : la graine en est ovale, d'une couleur grise. Cette plante croît naturellement dans les bois ; on la cultive aussi dans les jardins ; elle est d'un goût aromatique & pénétrant. On lui attribue plusieurs vertus, comme de fortifier l'estomac, d'être sudorifique, de soulager les douleurs de la pierre, de la vessie, &c.


NAMBOURIS(Hist. mod.) c'est ainsi qu'on nomme chez les Malabares le premier ordre du clergé, dans lequel il y a une hiérarchie. Les nambouris exercent dans quelques cantons l'autorité souveraine & sacerdotale à-la-fois : dans d'autres endroits les souverains séculiers ne laissent pas d'être soumis à l'autorité spirituelle des nambouris, & même des bramines, qui sont des prêtres du second ordre. Les prêtres du troisieme ordre se nomment buts : ces derniers sont regardés comme des sorciers, & le peuple a pour eux une très-grande vénération.


NAMBU(Géog.) province du Japon, dans la grande île Niphon : c'est la plus septentrionale de toutes, & elle a un bon port sur la mer du Japon. (D.J.)


NAMDUI(Hist. nat.) c'est une espece d'araignée qui se trouve au Brésil ; elle est fort longue, & brillante comme de l'argent. A la partie antérieure qui est fort petite, elle a huit pattes de la longueur du doigt, qui sont d'un brun rouge. On dit que sa morsure est dangereuse : dans les fievres quartes on suspend cette araignée au cou du malade, & l'on prétend qu'elle attire le venin de la maladie.


NAMPSS. m. pl. (Jurisprud.) est un terme usité principalement dans la coutume de Normandie, qui signifie meuble saisi. Ce mot vient de nantir, qui dans la coutume de Normandie, veut dire saisir & exécuter des meubles & autres choses mobiliaires. Namps paroît un diminutif de nantissement : l'édit de François I. de 1540, distingue deux sortes de namps ou meubles : les uns vifs, ce sont les bestiaux : les autres morts, qui comprennent tous les autres meubles de quelque qualité & valeur qu'ils soient.

Le titre 4 de la coutume de Normandie est intitulé de délivrance de namps. Elle ordonne que si le seigneur ayant saisi les namps de son vassal est refusant de les délivrer à caution ou plege, le sergent de la querelle, c'est-à-dire le sergent ordinaire de l'action & du lieu où la contestation est pendante, peut les délivrer à caution, & assigner les parties aux prochains plaids ou assises.

Les namps saisis doivent être mis en garde sur le fief & en lieu convenable où ils n'empirent point, & où celui à qui ils appartiennent, puisse aller une fois le jour pour leur donner à manger ; ce qui s'entend si ce sont des namps vifs. Les seigneurs doivent avoir un parc pour garder ces namps vifs quand il s'agit des droits de la seigneurie. Voyez le titre 4 de la coutume de Normandie, & les commentateurs sur cet article, & le gloss. de M. de Lauriere, au mot Namps. (A)


NAMURCOMTE DE, (Géog.) province des Pays-bas, avec titre de comté. Elle est bornée du côté du nord par le Brabant wallon ; à l'orient par l'évêché de Liége ; au midi par le même évêché, & par la terre d'Agimont, entre Sambre & Meuse ; à l'occident par le pays entre Sambre & Meuse qui dépend de Liége, & de ce côté-là elle touche au Hainaut.

Le comté de Namur, autrefois partie du pays des Eburons & des Tongriens, fut mis sous la seconde Germanie par les Romains. Il fut ensuite occupé par les François, qui le mirent sous le royaume d'Austrasie. Ce royaume ayant été conquis par Othon le Grand, & possédé par son fils & son petit-fils, ils y établirent des ducs, & entr'autres, Charles, frere de Lothaire, roi de France. Ermengarde, fille de Charles, ayant épousé l'an 1000 un seigneur nommé Albert, il fut premier comte de Namur. Jean de Flandre, dernier comte de cette province, vendit tous ses biens l'an 1421 à Philippe duc de Bourgogne. Ce comté porté dans la maison d'Autriche par le mariage de Marie de Bourgogne, y est encore aujourd'hui.

Le territoire du comté de Namur, est arrosé de la Meuse, de la Sambre, & de la Méhagne. Il est rempli de forêts, sur-tout dans sa partie méridionale : il renferme les villes de Namur, Charleroi, Charlemont, Mariembourg, Bouvine, Walcourt. On les divise en sept bailliages.

Les états du comté de Namur sont composés du clergé, de la noblesse, & des députés des villes. L'évêque de Namur est le chef de l'état ecclésiastique, & le gouverneur de la province est le chef de la noblesse ; les états ne s'assemblent que lorsque le souverain l'ordonne ; mais chaque corps choisit ses députés. (D.J.)

NAMUR, (Géog.) en latin moderne Namucum, & dans la suite Namurcum, forte ville des Pays-Bas, capitale du comté de Namur, avec un évêché suffragant de Cambray. Louis XIV. la prit en 1692. Guillaume III. roi d'Angleterre la reprit en 1695 ; le feld-maréchal Auwerkerque la bombarda en 1704. Elle fut cédée à la maison d'Autriche par la paix d'Utrecht en 1713, & la garde en fut confiée aux Etats-Généraux par le traité de Barrieres ; Louis XV. la prit en 1746, & la rendit par le traité d'Aix-la-Chapelle. Elle est entre deux montagnes, au confluent de la Meuse & de la Sambre, à cinq lieues S. O. de Huy, six N. de Dinant, 10 S. O. de Liége, 10 S. E. de Bruxelles, 10 de Louvain, 12 E. de Mons, 58 N. E. de Paris. Long. 22. 32. lat. 50. 25. (D.J.)


NAN(Hist. mod.) c'est ainsi que les Lapons nomment des especes de mouches, communes dans leur pays ; ils sont dans l'idée que ces insectes sont des esprits ; ils les renferment dans des sacs de cuir, & les portent avec eux, parce qu'ils esperent par leur moyen se garantir des maladies.


NANCHANG(Géog.) ville de la Chine, premiere métropole de la province de Kiangsi. Elle est renommée par le nombre des lettrés qui s'y trouvent. Long. 129. 10. lat. 29. 13.


NANCY(Géog.) ville de France, capitale de la Lorraine, avec une cour souveraine, & un chapitre, dont le chef prend le titre de primat. Elle est divisée en deux villes, la ville vieille & la ville neuve. On voit dans l'église des Cordeliers, les tombeaux des anciens ducs : Charles dernier duc de Bourgogne, prit Nancy en 1475. Le duc René la reprit après la bataille de Morat en 1476. Charles l'assiégea de nouveau en 1477, mais il y fut tué, & son armée défaite. Les rois de France depuis Louis XIII. s'en sont souvent rendus les maîtres. Elle fut cédée à la France par le traité de Vienne en 1736, pour en jouir après la mort du roi Stanislas. Nancy est sur la Meuse, à 24 lieues S. E. de Luxembourg, 30 de Strasbourg, 10 S. E. de Metz, quatre N. E. de Toul, neuf S. E. de Pont-à-Mousson, 72 S. E. de Paris. Longit. suivant Cassini, 23. 36. 30. latit. 48. 40.

Cette ville n'est point le Nasium de l'itinéraire d'Antonin ; c'est une ville moderne qui n'a pas été connue avant le douzieme siecle. Elle a commencé par un château qui appartenoit à un seigneur nommé Drogon. Matthieu I. du nom duc de Lorraine, acquit ce château l'an 1153, pour y faire sa résidence. Thibault comte de Champagne, qui fut depuis roi de Navarre, investit Matthieu II. du nom, duc de Lorraine, de Nancy, & de ses dépendances l'an 1220. Depuis la réunion de la Champagne à la couronne, il paroît que les ducs de Lorraine ont toûjours été souverains à Nancy, & qu'ils n'ont point reconnu les rois de France ou les comtes de Champagne, pour cette ville ou son territoire.

C'est la patrie de Maimbourg (Louis), jésuite, qui y naquit en 1610, & mourut d'apoplexie à saint Victor, en 1686. Ses oeuvres forment 16 volumes in-4 °. & sont de vrais romans écrits avec du feu & de la rapidité dans le style : on n'en fait point de cas aujourd'hui. Le plus singulier dans la vie du pere Maimbourg, c'est qu'il fut obligé de quitter les Jésuites, pour avoir écrit en faveur du clergé de France ; mais le roi le gratifia d'une pension. Son cousin Maimbourg fut un Protée dans ses sentimens de religion. De catholique il se fit protestant, ensuite rentra dans l'Eglise catholique, redevint de nouveau calviniste, & mourut socinien à Londres, vers l'an 1693. On a de lui pendant sa derniere épreuve du Protestantisme, une réponse à l'exposition de la foi catholique de M. Bossuet. (D.J.)


NANDI-ERRATAMS. m. (Hist. nat. Botan.) arbrisseau des Indes orientales ; toutes ses parties sont laiteuses. Si l'on en exprime le suc, qu'on le mêle avec de l'huile, & qu'on en frotte la tête, il guérira les maladies des yeux. Sa racine gardée dans la bouche calme le mal de dent ; bouillie dans l'huile, elle fournit un fort bon onguent pour toutes les affections de la tête, sur-tout pour les douleurs. Broyée & prise dans l'eau, elle tue les vers ; broyée avec du jus de limon & distillée dans les yeux, elle les nettoye. Ray, hist. plant.


NANDSTOKF(Hist. nat. Botan.) c'est un arbrisseau du Japon d'environ la hauteur d'une coudée, qui de loin a l'apparence d'un roseau. Ses branches sont disposées l'une vis-à-vis de l'autre, & s'étendent à angles droits. Ses feuilles sont longues d'un pouce & demi, & figurées comme celles du saule. Ses fleurs sont blanches, à cinq petales, semblables à celles du solanum ligneux, & ne durent qu'un jour. Ses baies sont rouges, de la grosseur d'un pois, & contiennent deux semences de figure hémisphérique.


NANDUBANDAGAR(Géogr. anc.) ville de l'Inde en-deçà du Gange, selon Ptolémée, lib. VII. c. j. qui la place dans la Sandrabatide.


NANÉES. f. (Mytholog.) c'étoit la lune ou la Diane des Perses, du-moins la même divinité qu'Anaïtis. Antiochus VII. fils de Démétrius Soter, étant passé en Perse dans l'intention de piller le temple de la déesse, il déclara qu'il venoit l'épouser & recevoir les richesses qu'elle pouvoit avoir, & qui devoient faire partie de son douaire : alors les prêtres de Nanée feignirent d'entrer dans ses vûes, l'admirent dans l'enclos du temple où étoient les trésors de la déesse ; & en ayant fermé les portes, ils l'assommerent, avec quelques-uns des gens qui l'accompagnoient, d'une grêle de pierres qu'ils firent pleuvoir sur eux, par une ouverture du lambris : Cecidit in templo Naneae, consilio deceptus sacerdotum Naneae. C'est ainsi que l'auteur des livres des Maccabées raconte la mort de ce prince, liv. II. ch. j. v. 13. & suiv. mais les historiens profanes, Appien, Justin & autres, rapportent qu'il fut tué dans un combat contre les Parthes, l'an 130 avant Jesus-Christ. (D.J.)


NANFIO(Géog.) en grec ; île de l'Archipel vers la mer de Candie. C'est une de ces îles qui faisoient partie du duché de Naxie, sous les princes des maisons de Sanudo & de Crispo. Strabon nous apprend que le premier nom de l'île de Nanfio a été Membliaros, nom qui lui vint de Membliarès, parent de Cadmus, qui s'établit à Thera, au lieu de suivre les avantures de ce héros. Nanfio ne fut appellée Anaphé qu'à l'occasion des Argonautes, qui la découvrirent après une tempête horrible qui les jetta au fond de l'Archipel. La découverte ne fut pas grande, car l'île n'a que 16 milles de tour, point de port, & des montagnes toutes pelées ; elles fournissent cependant de belles sources, capables de porter la fécondité dans les campagnes, pour peu qu'on sût les employer utilement.

Les habitans de Nanfio sont tous du rit grec, & soumis à l'évêque de Siphuo ; on n'y voit ni turcs ni latins ; le cadi & le vaivode sont ambulans. En 1700 ils payerent cinq cent écus pour toutes sortes de droits, la capitation n'y étant qu'à un écu & demi par tête. Leur fainéantise est blâmable, & tout leur négoce consiste en oignons, en cire & en miel ; ils n'ont de vin & d'orge que pour leur entretien. Quant au bois, il n'y en a pas assez pour faire rôtir les perdrix qu'on y pourroit manger ; la quantité de cette espece de gibier est si prodigieuse, que pour conserver les blés, on amasse par ordre des consuls tous les oeufs qu'on peut trouver vers les fêtes de Pâques, & l'on convient qu'ils se montent ordinairement à plus de dix ou douze mille. On les met à toutes sortes de sausses, & sur-tout en omelettes ; cependant malgré cette précaution, on ne peut pas faire un pas dans l'île sans voir lever des perdrix. La race en est ancienne ; elles sont venues d'Astypalia ou Stampalia, s'il en faut croire Hégésander. Un habitant d'Astypalia n'en porta qu'une paire à Anaphé, mais elle multiplia prodigieusement, c'est depuis ce tems-là qu'on s'est avisé d'en casser les oeufs. Longit. 43. 55. lat. 36. 15. (D.J.)


NANGASAKI(Géog.) ville impériale du Japon, à l'extrêmité occidentale de l'île de Ximo, dans la province de Figen, avec un bon port fréquenté par les Hollandois & les Chinois. C'est une très-grande ville & fort peuplée : on lui donne trois quarts de lieue de longueur, & presqu'autant de largeur.

Les étrangers demeurent hors de la ville dans des endroits séparés, où ils sont épiés comme des personnes suspectes. Il y a environ 62 temples tant au-dedans qu'au-dehors de la ville ; dans ce nombre il y en a 50 en l'honneur des idoles étrangeres, dont le culte a été apporté d'outre-mer. Ces temples sont non-seulement consacrés à la dévotion, mais ils servent encore aux récréations & aux plaisirs ; c'est pourquoi ils sont accompagnés de jardins, d'allées & d'appartemens. Après les temples, les lieux les plus fréquentés sont les maisons de débauche ; il y a un quartier entier qui leur est destiné, & qui contient les plus jolies maisons de particuliers, toutes habitées par des courtisannes.

Le havre de Nangasaki commence au nord de la ville ; il y a rarement moins de 50 navires dans le port, dont la plûpart sont des joncs de la Chine, outre quelques centaines de bateaux de pêcheurs & autres petits bâtimens. L'ancrage est au bout de la baie, à une portée de mousquet de la ville. Elle est sans château, sans murailles, sans fortifications, sans aucune défense. Trois rivieres la traversent, & cependant elles ne donnent pas quelquefois assez d'eau pour arroser les champs de riz, & pour faire aller quelques moulins. Voy. de plus grands détails dans Kempfer. Long. suivant le même Kempfer, 151. lat. 32. 36. Long. suivant Harris, 145 d. 16'. 15''. & suivant le P. Spinola, 146. 17. 30. lat. suivant ce dernier, 23. 43. Mais je m'en tiendrois plus volontiers à l'estimation de Kempfer. (D.J.)


NANGIS(Géog.) petite ville de France dans la Brie, diocèse de Sens, avec titre de marquisat : elle est à 14 lieues de Paris. Long. 20. 58. lat. 48. 33.

C'est la patrie de Louis Carré, fils d'un bon laboureur. Son pere vouloit qu'il fût ecclésiastique, pour le sauver de l'indigence, mais il aima mieux tomber dans l'indigence que de se faire ecclésiastique. Le P. Malebranche le prit pour écrire sous lui ; il devint métaphysicien, géometre, & de l'académie des Sciences. Il a donné le premier corps d'ouvrage qui ait paru sur le calcul intégral ; il est vrai qu'il y commit plusieurs fautes, mais il les reconnut sans détour. Il mourut en 1711, âgé de 48 ans ; il fit l'académie sa légataire universelle, c'est-à-dire qu'il lui laissa quelques traités qu'il avoit composés sur des sujets de Physique & de Mathématique. (D.J.)


NANKIN(Géogr.) autrement Kiangning, fameuse ville de la Chine dans la province du même nom, dont elle est la premiere métropole. Selon les Chinois, elle surpassoit toutes les villes du monde en magnificence, en beauté & en grandeur, quand les empereurs y tenoient leur cour. Aujourd'hui elle est sort déchûe de son ancien état, quoiqu'on dise qu'il y a autant de monde qu'à Pekin : on en fait monter le nombre à un million d'habitans. Le palais impérial, qui avoit une lieue de circuit, n'est plus qu'une masure de ruines. Long. suivant Cassini, 155. 55'. 30''. lat. 32. 7'. 45''.


NANNETES(Géog. anc.) peuples de la Gaule Celtique au diocèse de Nantes, selon Jules-César, l. III. c. jx. Presque tous les autres écrivains disent Namnetes au lieu de Nannetes. Strabon, l. IV. les met dans l'Armorique, aux frontieres de l'Aquitaine. Ce sont les , Namnetae de Ptolomée, l. II. c. viij. & leur ville s'appelloit Condivienum. Elle étoit située sur la Loire, au lieu où est aujourd'hui la ville de Nantes. Dans le moyen âge, comme cela est arrivé à beaucoup d'autres villes, celle de Condivienum perdit son ancien nom pour prendre celui du peuple ; & non-seulement on l'appella civitas Namnetum & civitas Namnetica, mais même on se contenta de l'appeller simplement Namnetes ou Namnetae, comme Ptolémée, d'où s'est formé le nom vulgaire de Nantes. Voyez NANTES. (D.J.)


NANNIESTPIERRE DE, (Hist. nat.) pierre précieuse fort singuliere, découverte en 1752 à Nanniest en Moravie, & dont M. de Justi a le premier donné la description dans un ouvrage allemand qui a pour titre : Nouvelles vérités relatives à l'histoire Naturelle, &c. partie I.

Cette pierre est d'un blanc de lait, très-peu transparente, & même tout-à-fait opaque, pour peu qu'on lui laisse d'épaisseur. Elle est entierement traversée par des raies d'un brun rougeâtre, qui approche souvent de la couleur de l'améthyste : ces raies, qui ne sont pas plus larges que la moitié d'une paille, ont pénétré toute la pierre ; & un lapidaire de Vienne qui étoit présent à la découverte, a assuré M. de Justi que ces raies ou lignes marchoient parallélement, & comme si on les eût tracées avec une regle l'espace de dix à douze piés, & continuoient, suivant toute apparence, à s'étendre de même dans toute la couche dont cette pierre est composée. Comme le blanc de cette pierre a de la largeur, le comte de Haugwitz, qui en est le propriétaire, en a fait tailler & polir des morceaux, pour en faire des tables, des guéridons, &c. De plus, toute la pierre est remplie de petits grenats qui lui sont si fortement attachés, qu'ils ne s'en détachent point, & qu'ils prennent le poli avec elle. Cette pierre prend un très-beau poli ; elle est plus dure que le marbre, mais elle l'est moins que l'agathe ou la chalcédoine ; elle ne peut point être mise au rang des marbres, vû qu'elle ne fait aucune effervescence avec les acides ; elle ne fait point feu lorsqu'on la frappe avec un briquet ; son tissu differe de celui du spath, & sa dureté n'est point aussi grande que celle du porphyre, du jaspe ou du caillou : d'où M. de Justi conclud que c'est une pierre d'une nouvelle espece. (-)


NANQUES. m. (Comm.) c'est le plus petit poids des cinq dont on se sert parmi les habitans de Madagascar, pour peser l'or & l'argent : il ne pese que dix grains, au-dessus sont le sompi, le vari, le sacare & le nanqui. Voyez SOMPI, &c. Dictionnaire de Commerce. (G)


NANQUIS. m. (Comm.) c'est aussi un des cinq poids dont les habitans de l'île Dauphine ou Madagascar en Afrique se servent pour peser l'or & l'argent ; il n'a au-dessous de lui que le nanque, qui vaut six grains, & au-dessus le sompi, le vari & le sacare, dont le sompi, qui est le plus fort, revient à la dragme ou gros, poids de l'Europe ; le nanqui en est le demi-scrupule. Voyez SOMPI, SCRUPULE. Dictionnaire de Commerce. (G)


NANSOO(Hist. nat. Botan.) c'est une plante du Japon à grandes feuilles pointues, dont les baies sont très-chaudes : c'est ce qu'on appelle dracunculus.


NANTERRE(Géog.) en latin moderne Neptodurum ou Nemetodurum, bourg à deux lieues de Paris, connu par la naissance de sainte Génevieve, morte en 511 à Paris, dont elle est la patrone. La tradition veut ridiculement que cette sainte fût une paysanne, une gardeuse de moutons. Plusieurs peintres ont été fideles à nous la représenter en bergere, avec un bavolet, une quenouille à la main, & gardant un troupeau ; mais l'exhortation que lui fit saint Germain, évêque d'Auxerre, de renoncer à la braverie, & de ne plus porter à l'avenir aucun bijou, seroit une exhortation risible, si elle avoit été adressée à une pauvre paysanne. Il est cependant vrai que nous ne savons rien de la vie de cette illustre sainte : les tems sont trop éloignés, & dans le v. siecle nos plus savans chrétiens, nos évêques se bornoient à prédire l'avenir par l'inspection de la sainte-Ecriture. Toutefois Nanterre a gagné dernierement, par la naissance de sainte Génevieve, l'établissement d'un collége, où les religieux de son nom instruisent la jeunesse. (D.J.)


NANTESCOMTE DE, (Géog.) ou pays Nantois ; il est divisé en deux parties par la Loire : on nomme l'une la partie d'outre-Loire, & l'autre la partie d'en-deçà la Loire. Cette derniere a été réunie à la Bretagne il y a plusieurs siecles. La capitale de tout le pays Nantois est Nantes, dont nous parlerons ci-après. Il y a dans le comté Nantois une redevance seigneuriale appellée la quintaine. Voyez QUINTAINE.

NANTES, (Géogr.) ancienne, riche & considérable ville de France, la seconde de la Bretagne, avec un évêché suffragant de Tours, & une université. Elle est à 15 lieues S. O. d'Angers, 27 N. O. de la Rochelle, 27 S. O. de Paris, 23 S. E. de Rennes. Long. suivant Cassini, 15. 52. 45. lat. 47. 13. 10.

Cette ville, que les Latins appellent Condivienum, civitas Namnetum, Namneta, est sur la Loire & l'Ardre, ce qui lui donne une heureuse situation pour le commerce, aussi en fait-elle un des plus considérables du royaume. C'est une ville fort ancienne, dont Strabon, César, Pline & Ptolémée font mention. Elle a été souvent la résidence des ducs de Bretagne : ils demeuroient dans le château S. Hermine, qui subsiste encore.

On dit que saint Clair fut le premier évêque de Nantes, vers l'an 277 ; cependant il n'est point parlé de ses successeurs avant Nonnechius, qui assista en 468 au concile de Vannes. Cet évêché vaut 35 à 40 mille livres de revenu. On y compte 212 paroisses & huit abbayes.

L'université de Nantes fut fondée vers l'an 1460, mais c'est l'université du commerce qui brille dans cette ville ; ils arment tous les ans plusieurs vaisseaux pour la traite des Negres dans les colonies françoises. Le débit de toutes sortes de marchandises est plus aisé & plus vif à Nantes que dans les autres villes du royaume. Ils ont avec les négocians de Bilbao une société particuliere qui s'appelle la contractation, & dont le tribunal réciproque est en forme de jurisdiction consulaire.

Le comté de Nantes est divisé en deux parties par la Loire ; l'une qu'on nomme la partie d'outre-Loire ; est à gauche en descendant la riviere, & celle d'en-deçà la Loire est à la droite.

On fait du sel en très-grande quantité dans le pays Nantois, soit à la baie de Bourgneuf, soit dans les marais salans de Guérande & du Croisic.

Anne de Bretagne, dont on connoît l'histoire, naquit à Nantes en 1476, & mourut en 1513. La destinée de cette princesse, comme le remarque M. le président Hénault, a été fort étrange. Elle fut femme de Charles VIII. en faisant une espece de divorce avec Maximilien, qu'elle avoit épousé par procureur, & elle ne se maria avec Louis XII. qu'après un autre divorce de ce prince avec Jeanne sa premiere femme. Il avoit épousé celle-ci avec des protestations de la violence que Louis XI. lui avoit faite. A la mort de Charles VIII. il demanda au pape que son mariage fût déclaré nul ; & sur l'affirmation que fit Louis XII. qu'il n'avoit eu aucun commerce avec Jeanne, la nullité fut prononcée. On a dit que l'inclination de Louis XII. avoit décidé son mariage avec Anne de Bretagne ; mais Varillas, dont il ne faut pas toujours rejetter l'autorité, pense que ce pouvoit bien être autant un coup politique qu'une affaire de passion. Il étoit porté, par le traité conclu avec les états de Bretagne, que si Charles VIII. mouroit sans enfans avant la duchesse, elle épouseroit son successeur.

On nous a beaucoup vanté l'esprit, la beauté (cela se peut) & la piété d'Anne de Bretagne ; c'est-là une autre affaire. Je sais bien qu'elle fonda les Bons-hommes, & qu'elle blâma la guerre que le roi fit au saint Pere ; mais on m'avouera que sa haine implacable contre le maréchal de Gié & la comtesse d'Angoulême, n'étoit pas trop chrétienne.

M. Hénault parle d'une autre chose singuliere touchant Louis XII. & Anne de Bretagne. Elle avoit aimé Louis XII. qu'elle épousa après le décès de son mari ; & cependant elle fut si touchée à la mort de Charles VIII. qu'elle porta son deuil en noir, quoique jusque-là les reines l'eussent porté en blanc. D'un autre côté, Louis XII. son second mari, qui porta aussi son deuil en noir contre l'usage, se remaria l'année suivante avec Marie d'Angleterre, pour qui son amour lui coûta la vie. Anne de Bretagne, à la mort de Charles VIII. mit une cordeliere à ses armes, & cet usage s'est conservé.

Nantes n'a pas été trop fertile en gens de lettres, du-moins ma mémoire ne m'en fournit que deux dans le siecle passé, j'entends M. le Pays & M. de la Croze.

Pays (René le), poëte françois, naquit à Nantes en 1636. Son esprit étoit aisé, vif & agréable ; il composoit en vers & en prose avec facilité. En 1664 il publia des lettres & des poësies sous le titre d'amitiés, amours & amourettes. Il prit en galant homme la raillerie de M. Despréaux : Sans mentir le Pays est un bouffon plaisant ! Et il écrivit de Grenoble, où il étoit alors, une lettre badine & assez jolie sur ce sujet. Il fit plus ; étant de retour à Paris, il vint voir Despréaux, & soutint toujours son caractere enjoué. M. Despréaux fut d'abord embarrassé de la visite d'un homme qui avoit eu droit de se plaindre de lui ; mais M. le Pays le mit à son aise, & ils se séparerent fort amicalement. Il mourut à Paris en 1690, & fut enterré à S. Eustache, où Voiture, dont on le nommoit le singe, avoit aussi sa sépulture.

De Veissieres (Mathurin de la Croze) né à Nantes en 1661, bénédictin à Paris. Sa liberté de penser & un prieur contraire à cette liberté, lui firent quitter son ordre & sa religion. C'étoit une bibliotheque vivante, & sa mémoire passoit pour un prodige. Outre les choses utiles & agréables qu'il savoit, il en avoit étudié d'autres qu'on ne peut savoir, comme l'ancienne langue égyptienne. Il y a de lui un ouvrage fort estimé, c'est l'histoire du christianisme des Indes, en deux volumes in -12, imprimé en Hollande en 1724. On y trouve cent choses bien curieuses. Il nous a donné dans cet ouvrage une histoire exacte de la plûpart des communions orientales, entr'autres des chrétiens malabares, qui rejettent la suprématie du pape, nient la transubstantiation, le culte des images, & le purgatoire. Il nous apprend encore que les brachmanes croient l'unité d'un Dieu, & laissent les idoles au peuple. Quand on leur demande pourquoi ils ne rendent point de culte au souverain Créateur, ils répondent que c'est un être incompréhensible & sans figure, duquel l'homme ne peut se former d'idées corporelles. En même tems les guanigueuls, qui sont à proprement parler les sages des Indes, rejettent eux-mêmes le culte des idoles & les cérémonies extérieures. M. de la Croze est mort à Berlin en 1739. (D.J.)


NANTEUIL(Géogr.) en latin du moyen âge Nantogilum, Nantoïlum & Nantolium ; tous ces mots barbares viennent de nant, vieux mot dont les Gaulois & les Bretons se servoient pour designer une eau courante ou une quantité d'eau qui se ramassoit dans un lieu. Il y a divers villages en France qui s'appellent Nanteuil, & quelqu'autres lieux dont le nom formé du mot nant ont la même origine. (D.J.)


NANTIRv. act. (Comm.) donner des assurances pour le payement d'une dette, soit en meubles, argenterie, soit en effets ou autre nature de biens qu'on met actuellement entre les mains de son créancier. Dictionn. de Comm. Voyez l'article suivant. (G)


NANTISSEMENTS. m. (Jurispr.) signifie sûreté & gage. On donne en nantissement des effets mobiliers, des titres & papiers, &c. & celui auquel on a donné des effets en nantissement n'est point obligé de les rendre qu'en lui payant ce qui lui est dû. Voyez GAGE.

Nantissement signifie aussi une espece de tradition feinte & simulée que l'on pratique dans certains pays, à l'effet d'acquérir droit de propriété ou d'hypotheque sur un héritage ; c'est pourquoi ces pays sont appellés coutumes ou pays de nantissement, telles sont les provinces de Picardie & Champagne.

Le nantissement se fait de trois manieres :

La premiere est par dessaisine & saisine, autrement par vest & devest ; pour cet effet le vendeur ou le débiteur se dépouille de la propriété de l'héritage ès mains du seigneur, & l'acquéreur ou créancier hypothécaire s'en fait ensaisiner par le seigneur du lieu où est situé l'héritage, lequel lui donne un bâton en signe de tradition & de mise en possession. Cette forme de nantissement se pratique plutôt dans les ventes que dans les engagemens & obligations des héritages.

La seconde espece de nantissement se fait par main assise, c'est-à-dire que le créancier auquel un héritage est obligé, y fait mettre & asseoir la main du roi ou de justice, & fait ordonner par le juge, le débiteur & le seigneur appellés, que la main mise tiendra jusqu'à-ce qu'il soit payé de son dû.

La troisieme se fait par prise de possession de l'héritage obligé, lorsque le créancier, en vertu de commission du juge, se fait mettre de fait en possession réelle & actuelle de l'héritage qui lui est hypothéqué, ayant ajourné pour cet effet le débiteur & le seigneur direct. L'acte de cette sorte de prise de possession porte : " Nous avons nanti, réalisé & hypothéqué un tel sur tels & tels héritages, & pour une telle somme ".

Le nantissement produit deux effets.

L'un est que le créancier acquiert un droit réel sur la chose, tellement que l'héritage sur lequel il s'est fait nantir ne peut plus être engagé ni aliéné au préjudice de son dû, & qu'il est préféré à tous autres créanciers hypothécaires qui ne seroient point inscrits sur les registres du nantissement, ou qui ne le seroient qu'après lui.

L'autre effet du nantissement est que par son moyen le commerce est plus assuré, en ce qu'étant public, celui qui veut prêter avec sûreté peut, par le moyen du nantissement, connoître l'état des affaires de celui avec lequel il traite, ou du-moins savoir s'il y a quelque créancier nanti avec lui.

De quelque maniere que le nantissement se fasse, il est toujours public ; car si c'est par vest ou devest entre les mains du seigneur, celui-ci doit avoir un registre pour ces sortes d'actes, dont il doit donner communication à tous ceux qui y ont recours.

Les nantissemens qui se font par main assise ou par mise en possession, sont pareillement publics, car il faut que le créancier se transporte sur les héritages avec un huissier, qui dresse un procès-verbal de la main assise ou de la mise en possession, en conséquence de quoi le créancier obtient une sentence du juge, qui lui en donne acte, le débiteur & le seigneur dûement appellés. On peut par conséquent consulter les registres où sont ces sortes de sentences.

On a tenté plusieurs fois d'établir dans tout le royaume la formalité du nantissement, sous prétexte de rendre les hypotheques notoires, & de prévenir les stellionats ; mais cela n'a point eu lieu.

Dans les provinces de Vermandois, Picardie & Artois, on pratique une quatrieme espece de nantissement par un simple acte, en la forme qui suit : l'acquéreur d'un héritage ou un créancier fait nantir son titre d'acquisition ou de créance, expédié en forme authentique sur les héritages énoncés dans sa requisition, à l'effet d'avoir hypotheque dessus, & qu'il ne soit reçu aucun autre nantissement, si ce n'est à la charge de son dû ou vente, & de la priorité de son droit. L'acte de nantissement doit être délivré & endossé en ses lettres d'acquisition ou de créance, & doit aussi être enregistré au greffe des lieux où sont assis les héritages.

Dans les coutumes de nantissemens les contrats quoique passés devant notaire, n'emportent point hypotheque contre des tierces personnes, s'ils ne sont nantis & réalisés par les officiers des lieux où sont assis les héritages ; sans cette formalité ils sont réputés purs personnels & mobiliers.

Les hypotheques notoires & publiques, telles que les hypotheques légales du mineur sur les biens de son tuteur, de la femme sur les biens de son mari & sur ceux de son pere qui a promis de la doter, n'ont pas besoin de nantissement, non plus que les dettes privilégiées, les soutes de partage, ni les sentences.

Il faut néanmoins excepter l'Artois, où les sentences n'emportent pas hypotheque, parce que l'ordonnance de Moulins n'y a pas été enregistrée : on n'y connoît pas non plus les hypotheques tacites. Voyez Maillart sur Artois, art. 1. n. 39. art. 72. n. 269. art. 74. n. 265.

Sur le nantissement en général, voyez Louet, lettre H, somm. 26. & lettre L. somm. 25 ; l'ordonnance de 1539, art. 82, & M. Bourdin, sur l'art. 92 ; M. le Maitre, traité des criées, chap. xxxj. n. 4 ; de Heu, sur Amiens, art. 139, & Dumolin, ibid. (A)


NANTUA(Géog.) petite ville de France, la seconde du Bugey ; on la trouve nommée en latin, Nantuadis, Namtoacum, Nantuacum. Elle est située entre deux hautes montagnes, à l'extrêmité d'un petit lac de même nom, à 9 lieues S. E. de Bourg-en-Bresse. Long. 33. 19. lat. 46. 8.

C'est à Nantua, dans le prieuré de l'ordre de S. Benoît, que fut enterré Charles le Chauve, mort en 877 à 54 ans, dans un village du mont Cenis. Il fut empoisonné par un juif son médecin, qui avoit toute sa confiance. Ce prince ne sut ni défendre les droits de sa couronne contre les papes, ni ses sujets contre les invasions des Normands. Il regna 38 ans, & avoit été deux ans empereur. (D.J.)


NANTWICH(Géog.) petite ville d'Angleterre, remarquable par ses mines de sel. Long. 14. 28. lat. 53. 12.


NAOPOURA(Géog.) ville d'Asie dans l'Indoustan, au royaume de Décan, sur la riviere de Tapti. Le terroir y produit du bon riz, du coton & des cannes de sucre. Long. 91. 30. lat. 21. 20.


NAPARIS(Géog. anc.) fleuve de la Scythie, & l'un des cinq qui, selon Hérodote, lib. IV. cap. lxviij. se jette dans l'Ister.


NAPÉESS. f. (Mytholog.) nymphes dans l'antiquité fabuleuse qui présidoient aux forêts & aux collines. Vossius croit qu'elles étoient les nymphes des vallées seulement, parce qu'il tire leur nom du grec ou , qui signifie un lieu humide, telles que sont ordinairement les vallées. On leur rendoit à peu-près le même culte qu'aux naïades. Voyez NAÏADES. (G)


NAPELS. m. (Botan.) c'est l'espece d'aconit nommé par Tournefort aconitum coeruleum, I. R. H. 425 ; par Morisson, aconita spicâ florum pyramidali ; & par Linnaeus, aconitum foliorum laciniis linearibus, superne latioribus, linea exaratis. Hort. Cliffort. 214.

Sa racine qui est de la grosseur d'un petit navet, noire en dehors, blanchâtre en dedans, produisant souvent d'autres navets collatéraux, jette plusieurs tiges à la hauteur de trois piés, rondes ordinairement, lisses, remplies de moëlle, roides, difficiles à rompre ; elles sont garnies depuis le bas jusqu'en haut de feuilles amples, ovoïdes, disposées alternativement, ou plutôt sans ordre, attachées à des longues queues faites en tuyau, d'un verd obscur, polies, nerveuses, découpées profondément, ou subdivisées en beaucoup de lanieres plus remarquables que dans toute autre espece d'aconit.

Aux sommités des tiges sortent plusieurs fleurs comme en épi, portées chacune sur un pédicule long d'un pouce ; elles sont composées de cinq pétales inégaux, dont le supérieur creusé en façon de casque, cache deux especes de crosse ; les deux feuilles latérales plus larges représentent les oreillettes, & les deux inférieures la mentonniere d'un heaume ; elles sont de couleur bleue, rayées & revêtues en-dedans de quelques poils.

Quand les fleurs sont passées, il leur succede des fruits, à plusieurs fourreaux ou gaînes membraneuses, lisses, oblongues, disposées en maniere de tête, au nombre de trois, quelquefois de quatre & de cinq, renfermant plusieurs semences menues, noires dans leur maturité, anguleuses, chagrinées ou ridées.

Cette plante croît naturellement sur les Alpes, dans la forêt Noire, en Silésie & ailleurs, aux lieux montagneux ; on la cultive aussi dans les jardins. Elle fleurit en Mai & en Juin, quelquefois plus tard dans les pays froids, & donne sa graine en Août. Il seroit sans doute prudent de bannir de nos jardins un poison aussi dangereux que le napel, d'autant plus que dans une si grande abondance de fleurs agréables & salutaires, ou qui du moins ne sont point nuisibles, nous pourrions aisément nous passer de celle-ci. De plus, comme sa racine est très-vivace, de sorte que transplantée dans les jardins ou vergers elle y prospere, & y dure fort long-tems, quelque peu de soin qu'on en prenne, il ne faudroit point négliger de la détruire. (D.J.)

NAPEL, (Hist. médec. des végét. venéneux) les Médecins réunis aux Botanistes, s'accordent à regarder le napel & toutes ses parties comme un des plus puissans poisons de la famille des végétaux ; mais c'est dans les transactions philosophiques, n °. 432, qu'il faut lire le détail des tristes effets de cette plante sur un homme bien portant qui en avoit mangé dans une salade avec de l'huile & du vinaigre ; il en pensa mourir malgré les prompts & bons secours de la Médecine.

Immédiatement après avoir mangé de cette salade, cet homme sentit une chaleur accompagnée de picotement sur la langue & le palais, avec une irritation dans tout le visage, qui s'étendit jusqu'au milieu du corps. Ces symptomes furent bien-tôt suivis d'une grande foiblesse dans les jointures avec des tressaillemens dans les tendons, & une interception si sensible de la circulation du sang, qu'on ne put s'empêcher de soupçonner qu'il étoit empoisonné. Il avala beaucoup d'huile & d'infusion de chardon-béni, qui lui procurerent le vomissement de tout ce qu'il avoit mangé : cependant les vertiges, l'égarement de la vue, le bourdonnement des oreilles & des syncopes succéderent. Le médecin lui versa de tems à autre dans la bouche quelques gouttes d'esprit de corne-de-cerf ; & dans les intervalles des vomissemens, il lui faisoit prendre une quarantaine de gouttes de sel volatil & de teinture de safran dans du vin : enfin il lui prescrivit du petit-lait avec du vin d'Espagne & un peu de thériaque. La crise de la maladie se termina par une douce chaleur, accompagnée d'une sueur modérée & d'un sommeil de quelques heures.

Il paroît que la nature de ce poison végétal est d'intercepter la circulation du sang & des esprits, & qu'en conséquence les sels volatils de corne-de-cerf, les vomitifs tempérés, le posset du vin d'Espagne, la teinture de safran & la thériaque conviennent beaucoup pour y porter remede. (D.J.)


NAPHTES. m. (Hist. nat. Minéral.) en latin naphta. C'est le nom que les Naturalistes donnent à un bitume blanc, transparent, très-fluide & léger qui surnage à l'eau. Cette substance est très-inflammable, au point d'attirer le feu même à une certaine distance ; son odeur est pénétrante ; elle brûle sans laisser aucun résidu.

Il est très-rare de trouver du naphte dans cet état de pureté : la substance à qui on donne communément ce nom, est d'un jaune plus ou moins clair ; c'est-à-dire, de la couleur du succin, & alors elle ne paroît point si pure que celle qui est parfaitement blanche.

Le naphte doit son origine à des arbres résineux ensevelis sous terre, ainsi que les autres substances bitumineuses, le charbon de terre, le jais, le succin, &c. la seule différence vient de ce que la substance qui produit le naphte semble avoir été filtrée, fondue &, pour ainsi dire, distillée dans l'intérieur de la terre ; en effet, ce bitume a beaucoup de rapport avec les huiles essentielles que la Chimie tire de certaines plantes. M. Rouelle croit que le naphte le plus pur & le plus clair vient du succin ; selon ce savant chimiste, les embrasemens souterreins ne se manifestent point toujours par des effets sensibles & éclatans, ils agissent souvent paisiblement & sans produire d'éruptions dans le sein de la terre ; alors ils peuvent distiller &, pour ainsi dire, rectifier les substances bitumineuses solides qui s'y trouvent, les rendre fluides, les forcer à s'élever & à suinter au-travers des couches de la terre & des pierres-mêmes, & alors ces substances ainsi élaborées se montrent sous la forme de naphte, c'est-à-dire, d'une huile ténue & légere que l'on trouve quelquefois nageante à la surface des eaux thermales.

Cette conjecture très-vraisemblable paroît confirmée par plusieurs faits. En effet, on nous apprend que dans le voisinage d'Astrakan, pour avoir du naphte, on n'a que la peine de creuser des puits, qui ne tardent point à se remplir de ce bitume liquide. On s'en sert dans le pays au lieu d'huile pour le brûler dans les lampes, & même au lieu de bois, qui est très-rare, pour se chauffer & pour cuire les alimens. Pour cet effet, on ne fait que jetter sur l'âtre des cheminées quelques poignées de terre, on les arrose de naphte auquel on met le feu ; il s'allume sur le champ ; & avec la précaution de remuer ce mélange, on parvient à cuire les viandes plus promptement qu'on ne feroit avec du bois. Il est vrai que par ce moyen toutes les maisons se trouvent remplies de noir-de-fumée & d'une odeur désagréable pour tout autre que des tartares.

A une lieue de l'endroit où sont ces puits d'où l'on tire le naphte, est un lieu appellé Baku, où le terrein brûle perpétuellement. C'est un espace qui a environ un demi-quart de lieue de tour. Le terrein n'y paroît point visiblement enflammé ; pour s'appercevoir du feu il faut y faire un trou d'un demi-pié de profondeur, & alors on n'a qu'à y présenter un bouchon de paille, il s'allumera sur le champ. Les Gaures ou Persans qui adorent le feu & qui suivent la religion de Zoroastre, viennent en cet endroit pour rendre leur culte à Dieu, qu'ils adorent sous l'emblême du feu. C'est-là le feu perpétuel de Perse ; il a cela de particulier qu'il ne répand, en brûlant, aucune odeur, & qu'il ne laisse point de cendres. Ce détail est tiré d'une lettre allemande, datée d'Astrakan le 2 de Juillet 1735, & insérée dans un ouvrage de M. Zimmermann, intitulé Académie minéralogique.

On trouve encore du naphte en plusieurs endroits de la Perse, de la Chine, de l'Italie, & sur-tout aux environs de Modene. On en trouve aussi en Allemagne & en France ; mais il n'a que rarement la limpidité & la transparence du naphte le plus pur. (-)


NAPITIA(Géog. anc.) ville de la Calabre dans le pays des Brutiens. Scipion Mazella prétend que Napitia est aujourd'hui Pizzo, château de la Calabre ultérieure au royaume de Naples, dans le golfe Hipponiate, qui est aussi nommé Napitinus sinus, vulgairement le golfe de sainte - Euphémie, environ à 6 milles nord d'Hipponium.


NAPLES(Géogr.) belle, grande & ancienne ville d'Italie sur un petit golfe. On sait qu'elle est la capitale & la métropole du royaume auquel elle donne son nom, avec un archevêché, une université & des châteaux pour sa défense.

L'avantage de sa situation & la douceur de son climat l'ont toujours faite regarder comme le séjour des délices & de l'oisiveté ; otiosa Neapolis, c'est l'épithete que lui donne Horace : In otia natam Parthenopem, dit Ovide. Les Napolitains étoient autrefois ce qu'ils sont aujourd'hui, épris de l'amour du repos & de la volupté.

Le nom grec de Naples, , veut dire la nouvelle ville, pour la distinguer de la petite ville Paloepolis, c'est-à-dire l'ancienne ville, qui en étoit peu éloignée ; ou plutôt les Chalcidiens originaires de l'Attique, envoyerent des colonies en Italie, qui fonderent la ville de Cumes, dont une partie des habitans se détacha bien-tôt après pour élever une autre ville qu'ils nommerent la ville neuve. Elle fut appellée Parthénope, à cause, disent quelques-uns, de Parthénope fille d'Euméléus roi de Thessalie, qui y mena une colonie des états de son pere. Quoi qu'il en soit, Naples passe pour être plus ancienne que la ville de Rome, à laquelle neanmoins elle se soumit. Elle lui garda toujours inviolablement la fidélité, & en reconnoissance, la république & les empereurs la mirent au nombre des villes libres & confédérées.

Malgré les assauts terribles que Naples a essuyés, c'est encore une des belles villes du monde, & une des plus également belles. Elle est toute pavée d'un grand carreau d'échantillon. La plûpart de ses maisons sont à toits plats, & d'une structure uniforme. La mer y fait un petit golfe qui l'arrose au midi, & vers le nord elle a de riches côteaux, qui montent insensiblement à la campagne-heureuse. Plusieurs de ses églises sont magnifiques, & enrichies des ouvrages des grands peintres. Le dôme de l'église des Jésuites est de la main de Lanfranc : la Nativité, du Guide, & en outre quatre tableaux de la cene, qui sont de l'Espagnolet, d'Annibal Carrache & de Paul Véronese, ornent le choeur de l'église de S. Martin.

Mais les richesses prodigieuses ensevelies dans les églises de Naples, les dépenses excessives que fait cette ville pour l'entretien du prince & des garnisons, enfin le nombre exorbitant de couvens, de monasteres, de prêtres, de religieux & de religieuses qui fourmillent dans cette ville, la consument & l'appauvrissent tous les jours davantage. Si l'on y compte près de trois cent mille ames, il y en a cinquante mille qui ne vivent que d'herbes, & qui n'ont pour tout bien que la moitié d'un habit de toile. Ces gens-là également pauvres & misérables, tombent dans l'abattement à la moindre fumée du Vésuve. Ils ont la sottise de craindre de devenir malheureux, dit l'auteur de l'Esprit des lois ; cependant il est difficile de ne pas appréhender que la ville de Naples ne vienne à crouler, & à disparoître un jour comme Herculanum. Cette ville est toute creusée par-dessous, & bâtie sur un grand nombre de vastes cavernes, où se trouvent des abîmes d'eau & de matieres combustibles, qui ne peuvent à la fin que s'enflammer, & renverser Naples de fond en comble, par quelque affreux tremblement de terre ; ajoutez-y le voisinage du volcan & ses terribles éruptions.

Naples arrosée par la petite riviere que les anciens nommoient Sebethus, aujourd'hui le Fornello, est à 43 lieues S. E. de Rome, 70 N. E. de Palerme, 86 S. E. de Florence, & 120 S. E. de Venise. Long. suivant Cassini, 32. 11. 30. lat. 40. 48.

C'en est assez sur la Parthénope moderne ; parlons à présent de quelques gens célebres dans les lettres & dans les arts dont elle a été la patrie ; car leurs noms embellissent l'article de cette ville.

Paterculus Caïus (d'autres disent Publius ou Marcus) Velleïus, historien latin du premier ordre, naquit, selon les apparences, l'an de Rome 735. Il occupa les emplois qu'il pouvoit se promettre par ses talens distingués & par son illustre naissance. Il fut tribun des soldats, commanda la cavalerie des légions en Allemagne sous Tibere, suivit ce prince pendant neuf ans dans toutes ses expéditions, en reçut des récompenses honorables, & devint préteur de Rome l'année de la mort d'Auguste ; c'est ce qu'il nous apprend lui-même avec une tournure qui montre la finesse & la délicatesse de son esprit : Quo tempore, dit-il, mihi fratrique meo, candidatis Caesaris proximè à nobilissimis ac sacerdotibus viris, destinari praetoribus contigit ; consecutis ut neque post nos, quemquam D. Augustus, neque ante nos Caesar commendaret Tiberius. lib. II. cap. CXXIV.

Il étoit éclairé par des voyages dans les provinces de Thrace, de Macédoine, d'Achaie, de l'Asie mineure, & d'autres régions encore plus orientales, principalement sur les deux bords du Pont-Euxin ; on peut juger de-là combien nous devons regretter la perte de l'histoire entiere & étendue qu'il promet si souvent, & qui devoit renfermer toutes ces choses, dont il avoit été non-seulement témoin oculaire, mais en partie exécuteur ; cependant dans l'abrégé incomplet de l'Histoire romaine qui nous reste de cet homme célebre, on y apprend beaucoup de particularités, d'autant plus estimables, qu'elles ne se trouvent point ailleurs, soit par le silence des autres historiens, soit par la perte trop ordinaire d'une partie de leurs travaux. Il y marque avec exactitude l'origine des villes & des nouveaux établissemens, & tous ses portraits des grands hommes sont de main de maître.

Son style enchanteur est du beau langage du siecle d'Auguste. Il excelle sur-tout quand il blâme ou loue ceux dont il parle ; c'est toujours dans les plus beaux termes & avec les expressions les plus délicates. J'aime beaucoup le discours qu'il met dans la bouche du fils de Tigranes à Pompée pour se le rendre favorable ; mais entre toutes les figures de rhétorique dont il se sert, il emploie l'épiphonème à la fin de ses narrations avec tant de grace & de jugement, que personne ne l'a surpassé dans cette partie ; comme personne n'a jamais loué plus dignement Ciceron, qu'il le fait dans ce bel endroit de ses écrits, où il avoue que sans un tel personnage, la Grece vaincue par les armes romaines, auroit pû se vanter d'être victorieuse par la force de l'esprit.

On blâme néanmoins Velleïus Paterculus, & avec raison, d'avoir prostitué sa plume aux louanges d'un Tibere & d'un Séjan ; mais voilà ce qui doit toujours arriver aux écrivains qui travailleront pour donner pendant leur vie l'histoire de leur tems, celle des princes, ou de ceux de qui les fils regnent encore.

L'ouvrage de Velleïus Paterculus a été publié pour la premiere fois par Rhénanus en 1520, & depuis lors on en a fait grand nombre d'éditions : je ne les citerai point ici, c'est assez de remarquer que celle de Dodwelt à Oxfort en 1693, in -8°. est d'autant meilleure que ses Annales velleïani qu'il a mises à la tête, sont un morceau précieux de littérature, par la vaste connoissance de l'antiquité qui s'y rencontre. Mais si nous avons d'excellentes éditions de Paterculus, nous n'avons point de bonnes traductions en aucune langue de cet habile historien. M. Doujat en donna une version françoise en 1679, & suppléa à ce qui manque dans l'original. Il devoit plutôt songer à perfectionner sa traduction, car il siéroit mal à un chinois, dans mille ans d'ici, de remplir les vuides de l'Histoire de Louis XIV. de Pélisson.

Stace, célebre poëte, né & mort à Naples, fleurissoit sous l'empereur Domitien ; nous réservons son article au mot POEME EPIQUE.

Entre les modernes, je trouve d'abord Majus (Junianus) qui vivoit dans le XV. siecle, & qui ne dédaigna point, quoique gentilhomme, d'enseigner les belles-lettres dans sa patrie. Il eut entr'autres disciples le célebre Sannazar, qui en poëte reconnoissant, éleve jusqu'au ciel les talens de son maître. Il est sûr qu'il contribua par ses leçons & par ses livres, à rétablir le bel usage de la langue latine. Son traité de proprietate priscorum verborum, parut à Naples en 1475, & nous apprenons par cette édition, que celui qui commença d'exercer l'imprimerie dans cette ville, étoit un allemand nommé Matthias le Morave. Mais Majus se distingua sur tout par l'explication des songes. Ce fut le plus grand oneirocritique de son siecle, & l'on recouroit à lui de toutes parts, pour savoir ce que présageoit tel ou tel songe. C'est une triste & ancienne maladie des hommes, d'avoir imaginé qu'il y a des songes qui présagent l'avenir ; car la plûpart des personnes qui sont une fois imbues de cette extravagance, se persuadent que les images qui leur passent dans l'esprit pendant leur sommeil, sont autant de prédictions menaçantes, & pour un fou qui les envisage du côté favorable, il y en a cent qui les considerent comme des augures malheureux.

Sannazar (Jacques) né en 1458, s'est fait un nom considérable par ses poësies latines & italiennes : il a composé en latin des élégies, des églogues, & un poëme sur les couches de la sainte Vierge, qui est estimé malgré le mêlange qui s'y trouve des fictions de la fable avec les mysteres de la religion. Son Arcadie est la plus célebre de ses pieces italiennes : les vers & la prose de cet ouvrage plaisent par la délicatesse des expressions, & par la naïveté des images. Il mourut en 1530. Ses oeuvres latines ont été publiées à Amsterdam en 1689, & plus complete ment à Naples en 1718, avec l'éloge de l'auteur à la tête. Il se fit appeller Actius Syncerus Sannasarius, selon l'usage des savans de son tems, qui changeoient volontiers leur nom. Il se composa lui-même l'épitaphe suivante :

Actius hic situs est, cineres gaudete sepulti :

Jam vaga post obitus umbra dolore vacat.

Bembo lui fit celle-ci qui est d'une latinité plus pure.

Da sacro cineri illi flores ; hic ille Maroni

Syncerus Musâ proximus, & tumulo.

Marini (Jean-Baptiste) connu sous le nom de Cavalier marin, naquit à Naples en 1569, & se fit de la réputation par ses poësies italiennes ; on estime sur-tout son poëme d'Adonis : il est mort en 1625.

Borelli (Jean Alphonse) célebre mathématicien, est connu de tous les gens de l'art par deux excellens traités, l'un de motu animalium, & l'autre de vi percussionis, imprimé à Rome en 1680, in-4 °. Il mourut dans cette ville le 31 Décembre 1699.

Gravina (Janus Vincentius) littérateur & célebre jurisconsulte, a été successivement comblé de bienfaits par Innocent XII. & par Clément XI. Il mourut à Rome en 1718, à 58 ans. La meilleure édition de ses ouvrages est celle de Leipsic en 1737, in -4°. avec les notes de Mascovius : on regarde ses trois livres de l'origine du Droit, originum Juris, libri tres, comme le plus excellent traité qui ait paru jusqu'ici sur cette matiere.

Je puis nommer certainement trois grands artistes napolitains, l'un en Peinture, l'autre en Sculpture, & le troisieme en Musique.

Rosa (Salvator) peintre & graveur, naquit en 1615, il a fait des tableaux d'histoire, mais il a principalement réussi à peindre des combats, des marines, des sujets de caprice, des animaux, des figures de soldats, & sur-tout des paysages, dans lesquels on admire le feuiller de ses arbres ; on a aussi quelques morceaux gravés de sa main qui sont d'une excellente touche. Il mourut à Rome en 1673.

Bernini (Jean-Laurent, surnommé le Cavalier) né en 1598, mort en 1680, étoit un génie bien rare par ses talens merveilleux dans la Sculpture & l'Architecture. Il a embelli Rome de plusieurs monumens d'architecture qui font l'admiration des connoisseurs ; tels sont le maître autel, le tabernacle, & la chaire de l'église de saint Pierre, la colonade qui environne la place de cette église, les tombeaux d'Urbain VIII. & d'Alexandre VII. la statue équestre de Constantin, la fontaine de la place Navonne, &c. tous ces ouvrages ont une élégance, une expression dignes de l'antique. Personne n'a donné à ses figures plus de vie, plus de tendresse, & plus de vérité. Louis XIV. l'appella à Paris en 1665, pour travailler au dessein du Louvre, & le récompensa magnifiquement, quoique les desseins de Claude Perrault aient été préférés aux siens pour la façade de ce bâtiment du côté de saint Germain l'Auxerrois.

Le Pergolèse, un des plus grands musiciens de ce siecle : son mérite supérieur & prématuré parut un crime aux yeux de l'envie. On sait que l'école de Naples est la plus féconde en génies nés pour la musique, mais personne ne l'a porté plus loin que le Pergolèse, dans l'âge où l'on est encore sous la discipline des maîtres ; par la facilité de la composition, la science de l'harmonie, & la richesse de la mélodie. Sa musique parle à l'esprit, au coeur, aux passions. Ses ouvrages sont des chefs-d'oeuvre, la serva Padrona ; il maestro di musica intermedes ; un Salve regina, & le Stabat mater, qu'on regarde comme son chef-d'oeuvre ; il est mort à l'âge de 22 ans, en finissant la musique du dernier verset. (D.J.)

NAPLES, royaume de, (Géog.) grand pays d'Italie, dont il occupe toute la partie méridionale. Il est borné au N. O. par l'état ecclésiastique, & de tous les autres côtés par la mer. Il a environ 300 milles de longueur, & près de 80 milles de largeur. Les tremblemens de terre y sont fréquens, mais d'ailleurs c'est une contrée délicieuse, où l'air est très-sain, & la terre très-fertile en grains, vins, & fruits excellens. On divise ce royaume en douze parties, savoir la terre d'Otrante, celle de Bari, la Capitanate, le comté de Molise, l'Abruzze ultérieure & citérieure, la Basilicate, la Principauté citérieure & ultérieure, la terre de Labour. Il y a quantité de fleuves, mais qui doivent tous être considérés comme des torrens.

Cet état, le plus grand de l'Italie, passa dans le v. siecle de la domination des Romains à celle des Goths, ensuite les Lombards en furent les maîtres, jusqu'à ce que leur roi Didier eût été vaincu & pris par Charlemagne. Les enfans de ce grand empereur partagerent cet état avec les Grecs, qui n'y voulurent point de compagnons, & prirent la part des autres. Les Sarrasins leur en enleverent une grande partie vers la fin du ix. siecle & au commencement du x. Ils y étoient très-puissans, lorsque dans le siecle suivant, les enfans de Tancrède, gentilhomme normand, les en chasserent. Les descendans de ceux-ci y regnerent jusqu'à Guillaume III. qui ne laissa point d'enfans. Constance, fille posthume de Roger, duc de la Pouille, porta cette riche succession à l'empereur Henri VI.

Après la mort de Conrad leur petit-fils en 1257, Mainfroi son frere bâtard, fut reconnu pour son héritier : mais Charles de France, frere de S. Louis, comte d'Anjou, de Provence, &c. ayant été investi du royaume de Naples & de Sicile par le pape Clément IV. en 1265, défit & tua Mainfroi l'année suivante ; ensuite ayant pris dans une bataille en 1268 le jeune Conradin, véritable héritier du royaume de Naples, il fit trancher la tête à ce prince, ainsi qu'à son parent Frédéric, duc d'Autriche, au-lieu d'honorer leur courage ; enfin il irrita tellement les Napolitains par ses oppressions, que les François & lui furent en horreur.

Le sang de Conradin & de Mainfroi fut vengé, mais sur d'autres que celui qui l'avoit répandu. Pierre III. roi d'Aragon, qui avoit épousé Constance, fille de Mainfroi, fit égorger à Palerme tous les François en 1282, le jour de Pâques, au premier coup du son des vêpres. Ce massacre servit à attirer encore de nouveaux malheurs à ces peuples d'Italie, qui nés dans le climat le plus fortuné de la terre, n'en étoient que plus misérables ; de-là commença les fameuses querelles des deux maisons, d'Anjou & d'Aragon, dont on sait l'histoire. C'est assez de dire ici que Jeanne II. fille de Charles de Duras, qui s'étoit établie sur le trône de Naples, adopta Alphonse V. roi d'Aragon l'an 1420. Celui-ci y laissa en mourant Fernando son fils naturel : la bâtardise n'excluoit point alors du trône. C'étoit une race bâtarde qui regnoit en Castille ; c'étoit encore la race bâtarde de dom Pedro le Sévere qui étoit sur le trône de Portugal ; Fernando regnant à ce titre dans Naples, avoit reçu l'investiture du pape, au préjudice des héritiers de la maison d'Anjou qui réclamoient leurs droits ; mais il n'étoit aimé ni du pape son suzerain, ni de ses sujets. Il mourut en 1494, laissant une famille infortunée, à qui Charles VIII. ravit le trône, sans pouvoir le garder, & qu'il persécuta pour son propre malheur.

La destinée des François, qui étoit de conquérir Naples dans le XV. siecle, étoit aussi d'en être chassés. Gonsalve de Cordoue, qui mérita si bien le titre de grand capitaine, & non de vertueux, trompa d'abord les troupes de Louis XII. & ensuite les vainquit. Louis XII. perdit sa part du royaume de Naples sans retour. Nous avons une bonne histoire de toutes ces révolutions par Giannone traduite en françois, en quatre volumes in -4°.

Ce royaume passa au roi d'Espagne Philippe V. en 1700, & tomba en 1705 entre les mains de l'Archiduc Charles, depuis empereur, sous le nom de Charles VI. il fut donné par le traité de Vienne en 1736, à l'infant dom Carlos qui le posséde aujourd'hui conjointement avec le royaume d'Espagne.

Ce royaume est un fief de l'Eglise, dont le possesseur rend tous les ans au pape le tribut d'une bourse de sept mille écus d'or & d'une haquenée blanche. C'est-là un témoignage encore subsistant de ce droit que les pontifes de Rome surent prendre autrefois avec tant d'art, de créer & de donner des royaumes. (D.J.)

NAPLES, golfe de, (Géog.) le golfe, ou la baie de Naples, est une des plus agréables qu'on puisse voir ; elle est presque ronde, d'environ trente milles de diamêtre. Les côtés sont couverts de forêts & de montagnes. Le haut promontoire de Surrentum sépare cette baie de celle de Salerne. Entre l'extrêmité de ce promontoire & l'île de Caprée, la mer se fait jour par un détroit large d'environ trois milles. Cette île est comme un vaste mole fait pour rompre la violence des vagues qui entrent dans le golfe. Elle est en long, presque dans une ligne parallele à Naples. La hauteur excessive de ses rochers sert d'abri contre une grande partie des vents & des ondes. La baie de Naples est appellée le Crater par les anciens géographes, probablement à cause de sa ressemblance à une boule à moitié pleine de liqueur.

Virgile qui composoit à Naples une partie de son énéide, a pris sans doute de cette baie le plan de ce beau havre, dont il donne la description dans son premier livre, car le port Lybien n'est que la baie de Naples en petit.

Est in secessu longo locus, insula portum

Efficit objectu laterum, quibus omnis ab alto,

Frangitur, inque sinus scindit sese unda reductos :

Hinc atque hinc vastae rupes geminique minantur

In coelum scopuli, quorum sub vertice late,

Aequora tuta silent, tum sylvis scena coruscis,

Desuper, horrentique antrum nemus imminet umbra, &c.

Aeneid. l. I. v. 163.

" On voit dans l'éloignement une baie assez profonde, & à son entrée une île qui met les vaisseaux à l'abri des vents, & forme un port naturel. Les flots de la mer se brisent contre le rivage ; à droite & à gauche sont de vastes rochers, dont deux semblent toucher le ciel, tandis qu'ils entretiennent le calme dans le port ; de l'autre côté s'éleve une épaisse forêt en forme d'amphithéâtre : c'est dans cette rade que les vaisseaux n'ont besoin ni d'ancres, ni de cables pour se garantir de la fureur des aquilons ".

Ce golfe étoit nommé par les Grecs un vase, un bassin, à cause de sa forme. Ciceron l'appelle delicatus, parce que Bayes, l'endroit le plus délicieux de toute l'Italie, étoit située sur ce golfe ; les grands de Rome, & Ciceron en particulier, y avoient des maisons de plaisance. (D.J.)

NAPLES, gros de, (Soier.) Voyez l'article GROS DE TOURS.


NAPLOUSE(Géog.) ancienne ville de la Palestine, dans une vallée fertile en oliviers. Elle est à 10 lieues N. de Jérusalem : c'est la même que Sichem ou Pichari de l'Ecriture. Cette ville a eu le nom de Flava caesarea, que lui donna l'empereur Flavien-Domitien ; on en a des médailles avec des inscriptions abrégées. Flaviae neapolis syriae palaestinae ; enfin elle fut simplement nommée Neapolis, d'où vient que les Arabes l'appellent Naplos. Elle est sans murailles, sans portes, au fond d'une vallée entre deux montagnes. On y trouve encore quelques juifs samaritains. Voyez Thevenot & le pere Nau, Voyage de la Terre-Sainte. Long. 56. 40. lat. 31. 45.


NAPOLI(Géog.) ville de Grece dans l'ancienne Argie, qui est aujourd'hui la Saccania ou la Romanie mineure, riche contrée de la Morée. De toutes les villes de l'ancienne Argie, Napoli est pour ainsi dire la seule qui ait conservé jusqu'à présent les restes de sa premiere splendeur. Les anciens l'appelloient Anaplia, & Ptolémée l. III. c. xvj. la nomme Nauplia navale. Cette ville fut bâtie par Nauplio, fils de Neptune & d'Amimone, dans l'endroit le plus reculé du golfe, appellé communément le golfe de Napoli, & par Ptolémée Argolicus sinus, sur le haut d'un petit promontoire qui se sépare en deux pointes. Son port est très-bon. Elle est habitée par des Turcs, des Grecs & des Juifs : ces derniers, à ce que prétend la Guilletiere, ont inventé l'art de lire dans la main sans aucun secours de la chiromancie. Quand deux hommes veulent faire quelque complot secret devant le monde, de tromper les témoins, ils tiennent tous deux les mains couchées sur l'estomac, ensuite feignant de faire un geste d'étonnement ou de joie, selon la nature des affaires & le sujet de la conversation, ils levent le bras, & se montrent plus ou moins de doigts ouverts, de la maniere qu'ils ont concertée : c'est ainsi qu'ils expliquent leurs pensées en assûrance.

Napoli a un petit château & un archevêque grec. Elle a passé sous la domination de différens princes. Elle fut prise en 1205 par les Venitiens. En 1539, la république l'abandonna au grand-seigneur pour acheter la paix. Elle la reprit en 1686, mais Napoli retourna aux Turcs en 1715.

Elle est située à 19 lieues N. E. de Misitra, 21 S. O. d'Athenes. Long. 40. 59. lat. 37. 45. (D.J.)


NAPOULE(Géog.) ce nom est commun : 1°. à un golfe dans la mer Méditerranée sur la côte de France, à l'entrée duquel sont les îles de Ste Marguerite & de S. Honorat ; 2°. au cap entre lequel est le golfe ; 3°. au village qui est sur la côte occidentale du même golfe. Quelques-uns ont cru que le village nommé la Napoule, étoit l'ancienne Athénopolis.


NAPPE(Littérat.) les Latinistes se sont fort tourmentés sur le nom latin de nappe ; les uns disent mappa, d'autres mantile. Il est vrai que quand ces deux mots sont ensemble, le premier signifie une nappe, & le second une serviette ; mais quand on les a employés séparément, on leur a donné indifféremment l'une & l'autre signification. Mappa signifie en général tout le linge de table que devoit fournir le maître du repas, c'est-à-dire les nappes qui couvroient les tables, & quelquefois les lits & les serviettes dont on se servoit pour s'essuyer les mains avant que de se mettre à table ; car pour ce qui est des serviettes que les convives avoient devant eux pendant le repas, l'usage étoit que chacun les apportât de chez soi, comme il paroît par deux épigrammes, dont l'une est de Catulle & l'autre de Martial. (D.J.)

NAPPE, (Venerie) c'est la peau des bêtes fauves, & principalement celle du cerf qu'on étend quand on veut donner la curée aux chiens.

Nappe se dit de la partie la plus déliée d'un filet.

La nappe dans un tramail est la toile du milieu qui a de petites mailles de fil délié qui entre dans les grandes mailles, & qui sert à y engager le gibier qui donne dedans.

On appelle nappes les filets à prendre des alouettes au miroir, les ortolans & les canards sauvages dans l'eau ; ce sont deux longues paires de filets quarrés, & à-peu-près égaux ; on les tend bien roides avec des piquets, en laissant entre les nappes autant d'espace qu'elles en peuvent couvrir en se refermant comme les deux battans d'une porte, ce qui se fait par le moyen de deux cordes attachées au bout des battans qui viennent se réunir en une, & sont tirées par un homme caché qui ferme les nappes quand il voit les oiseaux à portée d'y être enveloppés.

Les mailles des nappes aux ortolans ne doivent avoir que trois quarts de pouce, celles des alouettes un pouce, & celles des canards trois pouces ; le filet doit avoir douze toises de long, les nappes pour les alouettes & les ortolans ne passent guere neuf toises de longueur.

NAPPE-D'EAU, s. f. (Arch. hydr.) espece de cascade dont l'eau tombe en forme de nappe mince sur une ligne droite (telle est celle qui est à la tête de l'allée-d'eau à Versailles) ou sur une ligne circulaire, comme le bord d'un bassin rond. Les plus belles nappes sont celles qui sont les plus garnies, mais elles ne doivent pas tomber d'une grande hauteur, parce qu'elles se déchirent. Pour éviter ce déchirement, on ne doit donner aux grandes nappes que deux pouces d'eau par chaque pié courant, & un pouce aux petites nappes des buffets & pyramides. Lorsqu'on n'a pas assez d'eau pour suivre ces proportions, on déchire la nappe ; ce qui se fait en pratiquant sur les bords de la coquille ou de la coupe des ressauts de pierre ou de plomb, de maniere que l'eau ne tombe que par lames ; & ces lames d'eau n'ont guere moins d'agrément qu'une belle nappe, quand elles sont bien ménagées. (D.J.)

NAPPE DE BOUCHERIE, terme de Boucherie, ce qu'on appelle nappe de boucherie est un morceau de toile blanche de deux ou trois aunes de long ou moins, & de trois quarts de large, que les Bouchers attachent à la tringle, où ils suspendent avec des allonges les pieces de viande à mesure qu'ils la dépecent.


NAR(Géog. anc.) riviere de l'Umbrie ; elle coule entre l'Umbrie & le pays des Sabins, & se décharge dans le Tibre. Le mot de nar dans la langue des Sabins signifioit du soufre ; c'est pourquoi Virgile dit sulphureâ nar albus aquâ, les eaux blanches & sulphureuses du Nar. Tacite, Annal. l. I. c. lxxix, dit que le lac Vélinus (aujourd'hui Lago di pie di Luco) y décharge ses eaux. Le Nar donna son nom, suivant Tite-Live, l. X. c. x, à une colonie que les Romains envoyerent dans l'Umbrie. Cette riviere, selon LÉandre, s'appelle aujourd'hui la Négra ; d'autres disent la Néra.


NARA(Géog.) ville du Japon dans l'île de Niphon, à 10 lieues nord de Méaco. Long. 150. 50. lat. 36. 10. (D.J.)


NARAGGARITANUS(Géog. anc.) siege épiscopal d'Afrique, dans la province proconsulaire. Dans une lettre synodale des évêques de cette province au concile de Latran, on lit entre les souscriptions, Benenatus episcop. ecclesiae Naraggaritanae. C'est la bonne orthographe, car Ptolémée, lib. IV. cap. iij. nomme la ville Naraggara. Tite-Live, lib. XXX. cap. xxix. l'appelle Nadagara. Antonin la met entre Tagaste & Sica veneria, à vingt-cinq milles pas de la premiere, & à trente-deux milles de la seconde.


NARANGIA(Géog.) ville d'Afrique au royaume de Fez, dans la province de Habad, à 3 milles d'Ezagen près du fleuve Licus.


NARBASI(Géog. anc.) nation qui selon Ptolémée, lib. II. cap. vj. se trouvoit entre les peuples de l'Espagne Tarragonoise. Il donne à cette nation une ville appellée Forum Narbasorum. Ses interpretes la prennent pour Aruas, entre Léon & Oviédo.


NARBATENE(Géog.) canton de la Palestine, auquel la ville de Narbata qui en étoit la capitale, donnoit le nom. ce canton selon Josephe, de bello, lib. II. c. xxij. étoit voisin de Césarée de Palestine.


NARBO MARTIUS(Géog. anc.) fleuve de la Gaule selon Polybe, liv. III. chap. xxxvij. qui par ce mot, paroît avoir entendu la riviere de Narbonne, c'est-à-dire l'Atax, aujourd'hui l'Aude, à l'embouchure de laquelle Strabon dit que Narbonne est située.


NARBONNE(Géog. anc. & mod.) en latin Narbo ; ville de France dans le bas Languedoc, avec un archevêché dont celui qui en est revêtu, se dit primat, & préside aux états de Languedoc. Narbonne est à 12 lieues N. E. de Perpignan, 17 S. O. de Montpellier, 45 S. O. de Toulouse, & 160 S. E. de Paris. Long. selon Cassini, 20. 32. 30. lat. 43. 11.

Mais cette ville mérite que nous entrions dans de plus grands détails. Elle est située sur un canal tiré de la riviere d'Aude, qu'on appelle en latin Atax : elle est à 2 lieues de la mer près du lac nommé par Pline & par Méla Rubresus ou Rubrensis, & en françois l'étang de la Rubine. Il formoit autrefois un port dans lequel les vaisseaux abordoient, ce qui procuroit aux états de Narbonne le moyen de faire un grand commerce dans toutes les provinces qui sont sur la mer Méditerranée jusqu'en Egypte ; mais il y a longtems que ce port a été bouché, la mer s'étant retirée de ses côtes où les navires ne peuvent plus aborder à cause des bas-fonds.

Narbonne a donné son nom à la province ou Gaule-narbonnoise dont elle étoit la capitale, & à cette partie de la mer Méditerranée qui mouilloit les côtes de la province narbonnoise, & que Strabon appelle mare Narbonense. Cette ville étoit la plus ancienne colonie des Romains dans la Gaule-transalpine. Elle fut fondée l'an de Rome 636, sous le consulat de Porcius & de Marcius, par l'orateur Licinius Crassus, qui avoit été chargé de la conduite de la colonie.

Il donna à Narbonne, en latin Narbo, le surnom de martius & de decanorum colonia, à cause qu'il y établit des soldats vétérans de la dixieme légion surnommée Martia. Narbonne fut pendant quelque tems un boulevard de l'empire romain contre les nations voisines qui n'étoient pas encore soumises ; c'est Ciceron qui nous l'apprend dans son oraison pour Fonteïus. Pomponius Mela qui vivoit sous l'empereur Claude, parle de cette ville comme d'une colonie qui l'emportoit sur les autres ; voici ses termes : sed ante stat omnes Atacinorum Decumanorumque colonia, unde olim his terris auxilium fuit, nunc & nomen & decus est Martius Narbo. On voit par-là que Narbonne s'appelloit non-seulement decumanorum, mais Atacinorum colonia, à cause de la riviere Atax ou Aude, sur laquelle cette ville avoit été bâtie. On nommoit en conséquence ses habitans Attacini.

Narbonne après les premiers Césars, fut obligée de céder la primatie à Vienne sur le Rhône, à qui les Romains avoient donné de grandes prérogatives ; mais depuis Constantin, Narbonne fut reconnue la métropole de tout le pays qui est entre le Rhône & la Garonne.

Cette ville vint au pouvoir des Visigoths sur la fin du regne de Valentinien III. au milieu du v. siecle, & ils l'ont conservée jusqu'à la mort de leur dernier roi Rodoric, tué en Espagne par les Sarrasins. Ces derniers conquérans ayant passé les Pyrénées l'an 721, ils établirent une colonie de mahométans à Narbonne, qui devint leur place d'armes au-deçà des Monts ; enfin ils en furent chassés par Charlemagne. Lors du déclin de la race de ce prince, les comtes de Toulouse & de Carcassone, & même plusieurs vicomtes, eurent part à la seigneurie de Narbonne & de son territoire ; mais l'archevêque y dominoit principalement, ce qui dura jusqu'à la fin de l'onzieme siecle. On sait la suite de l'histoire de Narbonne. Jeanne d'Albret apporta les droits du vicomté de Narbonne à Antoine de Bourbon, pere d'Henri IV. roi de France, qui réunit à la couronne ses biens patrimoniaux.

Il y avoit autrefois à Narbonne grand nombre de bâtimens antiques, un capitole, un cirque, un amphithéâtre, &c. mais tout cela a été ruiné, & on s'est servi des matériaux pour bâtir les fortifications de cette ville, qui étoit un boulevard de la France dans le tems que les Espagnols occupoient Perpignan. Cependant Narbonne a encore conservé un plus grand nombre d'inscriptions antiques qu'aucune ville des Gaules, & on y en déterre de tems à autre ; mais il n'y reste pas la moindre trace de ses anciens monumens.

Cette ville est située dans un fonds environné de montagnes qui la rendent des plus bourbeuses pour peu qu'il y pleuve. Bachaumont & Chapelle l'éprouverent sans doute, lorsqu'ils apostropherent ainsi cette ville dans un moment de mauvaise humeur.

Digne objet de notre courroux,

Vieille ville toute de fange,

Qui n'es que ruisseaux & qu'égouts,

Pourrois tu prétendre de nous

Le moindre vers à ta louange ?

L'archevêché de Narbonne est considérable par son ancienneté, & c'étoit autrefois le seul qu'il y eût dans le Languedoc ; par sa primatie ; par son droit de présider aux états de la province ; & par son revenu qui est d'environ quatre-vingt-dix mille livres. Il a dix suffragans, & son diocese n'est cependant composé que de cent quarante paroisses. On y compte quatre abbayes d'hommes & deux de filles.

Le Fabius qu'Horace, dans sa I. satyre, liv. I. marque au coin des grands parleurs, étoit de Narbonne, & avoit composé des livres sur la philosophie stoïcienne dont il faisoit profession. Le poëte qui étoit épicurien, trouvoit apparemment plus de babil que de solidité dans ses discours.

Montanus de Narbonne, vivoit dans les commencemens de la chûte de l'éloquence romaine ; c'étoit un génie rare, mais peu exact. Ses plaidoyers couloient de la même source que ses déclamations ; il gâtoit ses pensées en les tournant de trop de manieres. Enfin ses fleurs étoient si fort entassées qu'elles fatiguoient l'admiration ; Tibere cependant craignit son éloquence, & le rélegua aux îles Baléares.

Carus (M. Aurelius) élu empereur en 282, étoit natif de Narbonne. Il est connu par des victoires sur les Sarmates & les Perses, & pour être mort d'un coup de foudre dont il fut frappé à Ctésiphonte après seize mois de regne.

Les tems modernes n'offrent à ma mémoire ni orateurs, ni gens de lettres illustres, natifs de Narbonne. Il faut pourtant en excepter Bosquet (François) évêque de Montpellier, mort en 1676, & un des plus savans prélats de France au xvij siecle. Nous avons de lui l'abregé de la jurisprudence de Psellus, qu'il traduisit du grec en latin avec des notes : Pselli synopsis legum, Paris 1632, in-8 °. Nous avons encore du même auteur, l'histoire de l'église gallicane depuis Constantin, avec ce titre : Ecclesiae gallicanae historiarum liber primus, apud Joann. Camusat, 1633 in-8 °. C'est la premiere édition ; la seconde est chez le même libraire, en 1636 in-4 °. Un passage que M. Bosquet retrancha de cette seconde édition, en la faisant réimprimer, montre que s'il menageoit les abus, il ne les ignoroit pas. Il montre, dis-je, que cet homme illustre demeuroit d'accord, que le faux zele des moines étoit la premiere cause des traditions fabuleuses, qui ont couvert d'obscurité l'origine de l'église gallicane. Voici les propres paroles du savant prelat : elles méritent de se trouver en plus d'un livre.

Primos, si verum amamus, hujusmodi zelatos monachos in Galliis habuimus. Illi simplici ac fervidâ, adeoque minus cautâ, & saepe inconsultâ religione per culsi, ad illiciendas hominum mentes, & augustiori sanctorum nomine, ad eorum cultum revocandas ; illustres eorum titulos primùm sibi, deinde crudelae plebi persuasos, proposuerunt. Ex horum officinâ, Martialis Lemovicensis apostolatus, Ursini Bituricensis discipulatus, Dionysii Parisiensis areopagitica, Pauli Narbonensis proconsularis dignitas, amborum apostoli Pauli magisterium, & in aliis ecclesiis similia prodiere. Quibus quidem sano judicio & constanti animo, Galli primùm episcopi restitere. Ast ubi ecclesiae gallicanae parentibus sanctissimis, fidei praeconibus, detractis his spoliis, injuriam fieri mentibus ingenuis & probis persuasum est, paulatim error communi consensu consurgere, & tandem antiquitate suâ, contra veritatem praescribere.

Je ne sais, dit un habile critique, si ce fut par une politique bien entendue que l'on supprima ces belles paroles dans la seconde édition. Ce retranchement ne fait-il pas voir à tout le monde, le servile ménagement qu'on a pour l'erreur, & la délicatesse excessive, ou plutôt la sensibilité scandaleuse, de ceux qui ont intérêt à maintenir le mensonge ? Après tout, un tel moyen n'est propre qu'à attirer l'attention de tout le monde sur ces paroles. Tel qui les auroit lues sans beaucoup de réflexion, apprend à les regarder comme quelque chose de la derniere importance. Enfin, on peut dire de ce passage, ce qu'un historien de Rome a dit de Brutus & de Cassius, dont les images ne parurent point dans une pompe funebre : sed praefulgebant Cassius atque Brutus, eo ipso quod effigies eorum non videbantur. Par cela même, qu'on a tâché d'éclipser le passage dont nous parlons, on lui a donné un éclat brillant & durable. (D.J.)

NARBONNE, GOLFE DE, (Géog.) en latin Narbonense mare ; c'est une partie du golfe de Lion : il commence au port ou cap de Canfranqui, & finit au cap de Cette.

NARBONNE, CANAL DE, (Archit. marit.) après qu'on eut fait dans le dernier siecle le grand canal de Languedoc, on trouva praticable l'exécution de celui de Narbonne ; & dès l'an 1684 la ville de Narbonne obtint la permission de travailler à une communication avec le grand canal. L'ouvrage fut même conduit aux deux tiers ; mais les fonds manquerent, & les malheurs de la guerre qui survint, firent suspendre l'entreprise. La postérité ne croira pas qu'un corps aussi respectable que les états de Languedoc, se soit opposé à un ouvrage intéressant, & d'autant plus nécessaire, que la communication des deux mers se trouve souvent interrompue sur le grand canal. Si le Languedoc ne connoît pas ses vrais intérêts, ou s'il veut les dissimuler, il paroît injuste qu'une nation entiere soit la victime de ses fautes. Celle-ci est de nature à faire penser qu'elle est le fruit d'une surprise, plutôt que d'un conseil dicté par de petits intérêts particuliers : ce n'est pas que le canal de Narbonne suffise seul pour faire jouir la France de tous les avantages que lui offre la communication des deux mers ; la durée du grand canal, la facilité de la navigation & l'économie du commerce, gagneront préalablement beaucoup, lorsque le roi rentrera dans cette aliénation de son domaine, ou qu'il la transportera aux états de la province qui y a contribué pour près de moitié. L'achat de la jurisdiction du canal, est la seule propriété des cessionnaires dans cet ouvrage, & n'est pas un remboursement onéreux. En attendant, il est clair que si le canal de Narbonne n'est pas utile au commerce, les entrepreneurs seuls y perdront ; & l'état aura toûjours une ville commerçante de plus : s'il est utile, il doit s'achever. L'heureuse constitution des provinces d'états, les rend responsables de tout le bien qui peut exister dans leur intérieur. Recher. sur les finances, tom. I. (D.J.)


NARBONNOISEGAULE, (Géog. anc.) en latin, Gallia Narbonensis ou provincia romana. Avant la division des Gaules par Auguste, les Romains appelloient provincia romana, tous les pays de la Gaule qui étoient compris depuis les Pyrénées, ou les frontieres d'Espagne, jusqu'aux Alpes ou jusqu'à l'Italie, & entre la mer Méditerranée, les Cevennes, le Rhône avant qu'il soit joint à la Saone, & le lac de Genève. On lui avoit donné le nom de provincia, parce qu'elle étoit la premiere & la seule province des Romains au-delà des Alpes. Lorsqu' Auguste eut fait la division des Gaules, la province romaine fut appellée Gallia Narbonensis, Gaule Narbonnoise. Pline en donne les bornes, liv. III. ch. iv. & remarque qu'elle étoit alors si peuplée de colonies romaines & de villes municipales, qu'il paroît tenté de la regarder plutôt comme l'Italie même, que comme une province dépendante de l'Italie.

Après Auguste, mais avant Constantin, la province de Narbonne fut démembrée, & forma deux autres provinces ; savoir la province des Alpes, & la province Viennoise. Enfin dans la suite, la province Narbonnoise fut divisée en premiere & seconde Narbonnoise ; mais elle fut toujours regardée comme appartenante aux Gaules, jusqu'au regne des Goths qui la mirent sous la dépendance de l'Espagne, & elle y demeura jusque près du huitieme siecle.

Si vous êtes curieux de connoître la division de la Gaule Narbonnoise du tems d'Auguste, vous la trouverez détaillée dans le P. Briet. (D.J.)


NARCÉA(Mythol.) surnom de Minerve, tiré d'un temple qui lui fut bâti en Elide par Narcée, fils de Bacchus & de la nymphe Physcoa.


NARCISSEnarcissus, s. m. (Hist. nat. Bot.) genre de plante à fleur liliacée, monopétale, campaniforme, & divisée en six parties qui entourent le milieu de la fleur en forme de couronne. Le calice qui est ordinairement enveloppé d'une gaine membraneuse, devient dans la suite un fruit oblong ou arrondi, qui a trois pointes, & qui s'ouvre en trois parties. Ce fruit est divisé en trois loges, & renferme des semences arrondies. Tournefort, inst. rei herb. Voyez PLANTE. (I)

Le narcisse blanc automnal, & celui d'Espagne à fleur jaune, qui a six feuilles rangées en forme d'étoile, sont aussi délicats que le premier. Le petit narcisse à fleurs doubles veut une terre plus humide. Le grand narcisse, appellé le nompareil, celui des Indes à fleur-de-lys, & de couleur rouge-pâle, exigent une terre meilleure, & d'être mis dans des pots. Tous ces narcisses ont un calice qui devient un fruit partagé en trois loges enfermant des semences un peu rondes qui, outre les bulbes, en multiplient l'espece. La culture en est ordinaire.

On distingue encore le narcisse à longue tige, panaché, chargé de fleurs, & nommé cou de chameau, parce que cette plante représente en quelque sorte le col de cet animal.

Le narcisse aime mieux être élevé de cayeux que de graine ; il fleurit dans le printems. (K)

NARCISSE, s. f. (Littérat.) c'étoit, dit Sophocle, la fleur chérie des divinités infernales, à cause du malheur arrivé au jeune Narcisse. On offroit aux furies des couronnes & des guirlandes de narcisse, parce que, selon le commentateur d'Homere, les furies engourdissoient les scélerats : signifie assoupissement.

NARCISSE FONS, (Géog. anc.) en grec ; fontaine d'un village nommé Hédonacon, situé aux confins des Therpiens, selon Pausanias, liv. IX. ch. xxxj. c'est la fontaine où l'on prétendoit que Narcisse se regarda, & entra en admiration de sa figure. Ovide a décrit élégamment cette fable dans le III. liv. de ses métamorphoses. C'est une leçon utile pour nous développer les funestes effets de l'amour propre. (D.J.)


NARCISSITES. f. (Hist. nat.) c'est une pierre dont parle Pline, & dont il ne nous apprend rien, sinon que l'on y voit des veines ou taches semblables à des narcisses.


NARCISSO-LEUCOIUM(Botan.) genre de plante que nous nommons en François perce-neige. Voyez PERCE-NEIGE.


NARCOTIQUEadj. (Méd. thérap.) , narcoticus, soporiferus, obstupefaciens. Ce mot tiré du grec , sopor, stupor, que l'on trouve fréquemment employé dans Hippocrate, pour signifier la diminution du sentiment & du mouvement, par l'effet de celle de la distribution du fluide nerveux, d'où s'ensuit le relachement des nerfs.

Ainsi, on a appellé narcotiques les médicamens que l'on emploie pour diminuer le ton des solides trop augmenté par l'influence du cerveau ; par conséquent, pour relâcher le systême nerveux : ensorte que ces médicamens sont absolument opposés aux stimulans, qui servent à relever, à augmenter le ton de ces mêmes solides.

Le ton est trop augmenté, ou il péche par excès ; lorsqu'il y a trop de sensibilité, ou de contractilité, ou de mouvement dans tout le corps, ou dans quelques-unes de ses parties : le trop de mouvement suit ordinairement le trop de sensibilité.

Tous les secours de l'art que l'on emploie pour faire cesser cet état violent, sont regardés comme relâchans : les anciens distinguoient trois sortes de relâchans ; & voici sur quoi ils se fondoient.

Le ton peut être généralement augmenté dans tous les solides du corps humain par des causes internes ; ou bien il peut être augmenté seulement dans une partie déterminée, & de-là, par communication, dans toute sa machine. Par exemple, supposé qu'une épine soit fichée dans une partie tendineuse ; le ton des solides des nerfs de cette partie paroît évidemment augmenté ; puisqu'il y survient des mouvemens convulsifs : souvent même les convulsions s'étendent à tout le corps : dans ce cas-là, par conséquent, le ton est augmenté dans toutes les parties du corps ; mais seulement par une suite de l'augmentation du ton dans la partie affectée.

Cela posé, les anciens considéroient les médicamens qui agissoient immédiatement, & diminuoient l'éréthisme dans la partie affectée, dont le vice se communiquoit à toutes les autres parties : ils appelloient anodins, ceux qui diminuoient le ton excessif en diminuant la sensibilité.

Il peut aussi se faire, que ce ton soit diminué en faisant cesser la cause qui l'avoit augmenté : comme lorsque dans la supposition qui a été faite, on parvient à ôter, à tirer l'épine qui étoit fichée dans une partie bien sensible ; car ce corps étranger étant emporté, le ton, & par conséquent la sensibilité, diminuent dans cette partie presque sur le champ, & par conséquent dans toutes les autres où ils n'étoient augmentés que conséquemment à la partie affectée.

Les médicamens qui diminuent ainsi le ton, en servant à ôter la cause qui l'avoit trop augmenté, sont ceux que les anciens appelloient parégoriques ; c'est-à-dire, consolans ; parce que la cause du mal étant ôtée, les malades se sentent promptement soulagés, & comme consolés d'en être délivrés.

Les anciens considéroient encore une autre sorte de médicamens relâchans, en tant qu'ils concevoient des moyens qui n'opéroient le relâchement qu'en diminuant la faculté de sentir, & l'irritabilité, sans agir immédiatement & spécialement sur la partie affectée ; mais en portant leur effet sur tout le systême nerveux, sur l'origine même des nerfs : ce sont les médicamens qu'ils appelloient narcotiques. Les médicamens qui, en relâchant de cette maniere, procurent en même tems le sommeil, sont ceux qu'ils appelloient hypnotiques.

Ce qui vient d'être dit n'empêche pas qu'en général, par le mot anodin, on n'entende tout médicament qui calme la douleur par le relâchement ; mais le même mot pris à la rigueur, signifie un médicament qui calme la douleur, en agissant immédiatement & spécialement sur la partie affectée, dont il diminue le ton : & de même on entend en général par narcotique, les médicamens qui font dormir, en agissant sur l'origine des nerfs, sur tout le systême nerveux ; quoique les médicamens qui produisent cet effet soient appellés proprement hypnotiques. Voyez RELACHANT, ANODIN, HYPNOTIQUE, PAREGORIQUE, CALMANT, SEDATIF, NERF, SENSIBILITE, IRRITABILITE, DOULEUR, SOMMEIL.

Comme les anodins proprement dits appartiennent à la matiere médicale externe, il ne sera question ici que des médicamens de la troisieme classe, c'est-à-dire, des narcotiques, qui sont presque tous tirés du pavot & de ses préparations.

Les effets sensibles des narcotiques sont généraux ou particuliers : on entend par effets généraux des narcotiques, ceux qu'ils produisent le plus constamment. Les effets particuliers sont ceux qu'ils produisent par rapport à certaines circonstances.

Voici l'exposition des effets généraux : quelque tems après qu'on a donné un narcotique à une personne qui en a besoin, l'exercice des sens diminue peu-à-peu ; elle se sent appesantie : les organes du mouvement se refusent de plus en plus à leurs actions ordinaires ; l'assoupissement vient ; la chaleur animale augmente ; le pouls devient plus élevé, plus plein, plus souple, ou plus mou, sans augmenter cependant en fréquence ; la peau paroît moette, & se couvre ensuite de sueur, pendant que toutes les autres sécrétions & excrétions diminuent. Le sommeil est plus ou moins long, plus ou moins profond, suivant l'activité des narcotiques & la disposition du sujet. La personne en s'éveillant sent sa tête appesantie, se trouve comme engourdie, & se plaint d'une espece de langueur d'estomac : ce qui arrive toujours, si le reméde n'a pas été donné avec une certaine précaution.

Les effets particuliers des narcotiques dépendent 1°. de l'idiosyncrasie ; 2°. de l'habitude ; 3°. de certaines causes particulieres.

A l'égard de l'idiosyncrasie, l'expérience fait voir que les narcotiques, bien loin de produire les effets ci-devant, procurent, au contraire, des insomnies, des veilles opiniâtres, des agitations d'estomac, des nausées, des vomissemens, des mouvemens convulsifs, des délires maniaques, furieux, dans les tempéramens vifs, bilieux, dans ces personnes dont la tête se prend aisément, comme dans les femmes hystériques.

L'habitude ou la coutume met aussi de grandes différences dans les effets des narcotiques ; car on observe tous les jours que les personnes qui se sont habituées peu-à-peu aux narcotiques, ont besoin quelquefois d'une grande dose d'opium pour faire leurs fonctions dans la veille avec une certaine aisance ; autrement ils sont pesans, engourdis pour l'esprit comme pour le corps. C'est ainsi que les Turcs habitués à l'opium, au lieu de prendre de l'eau-de-vie, comme nos soldats, pour s'animer au combat, prennent, au contraire, une forte dose d'opium ; par où l'on voit que les effets particuliers sont bien différens des généraux, tant à cause du tempérament, qu'à cause de la coutume.

Il arrive assez souvent que les excrétions, comme celles de l'urine, de l'expectoration, &c. sont supprimées, à cause du spasme, de l'éréthisme des parties, surtout des sphincters : c'est ainsi que les lochies peuvent être supprimées, à cause du spasme, de l'éréthisme dominant, comme cela arrive aux femmes hystériques : en ce cas-là, les narcotiques, qui diminuent naturellement les excrétions, étant administrés convenablement, bien loin de diminuer ou de supprimer ces excrétions, les rétablissent, en faisant cesser la cause qui occasionnoit cette suppression. Ainsi, il est des causes singulieres qui font que les narcotiques produisent, en apparence, des effets opposés à ceux qu'ils produisent généralement.

Les narcotiques sont indiqués 1°. dans les maladies aiguës, dolorifiques : la douleur dépend de la distraction des fibres nerveuses, qui sont en disposition de se rompre, si le tiraillement dure ; ainsi une partie affectée de douleur est une partie dont la tension, la sensibilité, le ton sont trop augmentés, par conséquent tout ce qui diminuera la sensibilité, relâchera aussi le ton : les narcotiques produisent cet effet, comme il a été dit ci-devant ; ils sont donc indiqués dans les maladies dolorifiques : car, s'il y a des douleurs vives, aiguës, c'est principalement alors que les narcotiques conviennent : si les douleurs sont sourdes, gravatiques, on ne doit employer ce reméde qu'avec beaucoup de circonspection.

2°. Dans les insomnies fatigantes, dans les veilles opiniâtres, qu'elles soient essentielles ou symptomatiques : elles sont essentielles, lorsqu'elles proviennent d'une trop grande contention, d'un trop grand travail d'esprit, de quelque forte passion de l'ame : elles sont symptomatiques, comme dans la plûpart des maladies aiguës, fiévreuses, le sommeil est nécessaire pour rétablir les forces ; ainsi, on doit tâcher de le procurer par les secours de l'art.

3°. Dans les maladies spasmodiques, convulsives ; mais seulement dans celles qui dépendent d'une tension dolorifique, comme il arrive dans une attaque de passion hystérique, ou à l'occasion d'une piquûre, d'une blessure : dans l'épilepsie essentielle, l'usage des narcotiques seroit très-dangereux.

4°. Dans les maladies évacuatoires ; lorsqu'elles affoiblissent trop les malades : les narcotiques conviennent, en tant qu'ils sont propres à suspendre & à arrêter les évacuations ; soit que les évacuations soient séreuses, comme dans les cours de ventre séreux, dans le vomissement de même nature, dans le cholera morbus ; soit qu'elles soient sanguines, comme dans le vomissement de sang, dans la dyssenterie, l'haemophthysie produite par un sang âcre, qui a rongé les vaisseaux capillaires des poumons ; lorsque les malades toussent presque continuellement & expectorent peu : en un mot, dans toutes les maladies évacuatoires qui affoiblissent notablement, excepté cependant le cas de grande sueur ; parce que, comme il a été dit, les narcotiques, bien loin de diminuer cette excrétion, l'augmentent ou la procurent.

5°. Dans les cas où les excrétions naturelles, où les évacuations périodiques ou critiques sont difficiles, laborieuses, suspendues ou supprimées, à cause de l'éréthisme, de la convulsion de quelque partie, sur-tout de quelque sphincter, comme dans le cas d'une espece d'ischurie, d'une entiere suppression d'urine, qui dépend de l'éréthisme du sphincter de la vessie : dans le cas d'un accouchement difficile & laborieux ; lorsqu'il dépend du spasme de l'uterus ; dans le cas des menstrues, des lochies, du flux hémorrhoïdal, supprimés par une cause de cette nature ; dans le cas d'expectoration difficile : lorsqu'elle est occasionnée par l'irritation, l'éréthisme des vésicules pulmonaires, ou des vaisseaux aëriens.

En faisant attention aux effets que les narcotiques produisent, on sent aisément les cas où ils sont contr'indiqués. On a observé, & l'expérience journaliere fait voir que les narcotiques relâchent & diminuent le ton, la sensibilité, la contractilité, le mouvement des parties. Ils peuvent donc affoiblir, sur-tout lorsqu'ils ne sont pas donnés avec toute la précaution requise, laissant des lassitudes, des pesanteurs de tête, & dérangeant souvent l'estomac : souvent aussi en diminuant la sensibilité, ils peuvent produire l'effet, quelquefois nuisible, de pallier ou de masquer la maladie & de la rendre méconnoissable au médecin, sur-tout dans les maladies évacuatoires, où les douleurs peuvent disparoître par l'usage de ces remedes, & par-là on ne pourra plus distinguer les maladies dont les évacuations peuvent être une suite avantageuse, ou fournir des indications essentielles. De-là on peut aisément déduire les cas où les narcotiques sont contr'indiqués. En général, puisque les narcotiques affoiblissent, il s'ensuit qu'on doit souvent s'en abstenir, ou ne les donner qu'avec beaucoup de précautions dans les cas de foiblesse.

A l'égard des phthisiques, par exemple, il est très-important de calmer la toux, de diminuer autant qu'il est possible, l'agitation des poumons, pour prévenir de plus grandes irritations, d'où pourroit s'ensuivre des déchirures de vaisseaux plus considérables, un renouvellement d'hémophthysie, qu'il faut empêcher autant qu'on le peut : d'ailleurs le sommeil rétablit les forces, ou au moins empêche qu'elles ne continuent à s'épuiser. Ces différentes raisons paroissent donc indiquer les narcotiques dans le cas dont il s'agit ; aussi les y emploie-t-on beaucoup à Montpellier, & en suivant la pratique des médecins de cette ville, on ne doit cependant le faire qu'avec beaucoup de circonspection ; car d'abord, quoique le sommeil rétablisse les forces, cela ne paroît bien décidé que par rapport au sommeil naturel, parce que celui qui est procuré par les narcotiques est ordinairement agité par des réves ; & bien que les malades paroissent refaits par le sommeil qu'ils procurent, il arrive souvent qu'ils se plaignent d'être plus foibles, après avoir bien dormi par ce moyen. De plus les narcotiques excitent la sueur à laquelle sont disposés la plûpart des phthisiques : ce qui forme une raison de plus pour que les narcotiques ne puissent pas servir à rétablir leurs forces ; mais au contraire, pour qu'ils contribuent à les diminuer.

Outre cela les narcotiques dérangent l'estomac dans ses fonctions, à quoi l'on doit encore faire beaucoup d'attention, par rapport aux phthisiques, parce que cet effet rend très-difficile l'usage du lait, qui est si nécessaire dans ce cas, & souvent même le rend impraticable.

Mais comme il reste toujours très-certain que les narcotiques calment la toux des phthisiques, ce qui est un grand avantage à leur procurer, on doit faire une espece de comparaison des différens symptomes, & se déterminer pour le parti qui souffre le moins d'inconvéniens. Si la toux n'est pas trop violente, trop fréquente, il faut s'abstenir des narcotiques, & n'y avoir recours que lorsque l'irritation devient si considérable, qu'elle surpasse les inconvéniens qui résultent de l'usage des narcotiques, attendu que pendant le sommeil les matieres s'accumulent dans les voies aériennes, & peuvent occasionner ensuite une plus grande irritation, & quelque nouvelle rupture ou dilatation forcée de vaisseau, qui cause l'hémophthisie.

Quant aux évacuations, il est des cas où les narcotiques sont bien indiqués ; mais il en est bien d'autres où ils sont très-fort contr'indiqués, comme il a déja été dit, & où il faut user de beaucoup de prudence pour ne pas faire de faute à cet égard.

Quoique les évacuations soient très-considérables, & qu'elles soient accompagnées de mouvemens convulsifs, il ne faut pas se presser d'employer les narcotiques : par exemple, dans le commencement du cholera morbus, le laudanum seroit très-préjudiciable ; il pourroit causer des symptomes fâcheux, en faisant cesser trop tôt l'évacuation de la matiere morbifique ; en la retenant dans les premieres voies, où elle peut produire des météorismes, des irritations inflammatoires, en tant que, comme l'on dit, le loup se trouve alors renfermé dans la bergerie : ainsi dans ce cas, il ne faut d'abord que laisser agir la nature, dont les efforts ne tendent qu'à épuiser l'ennemi ; il ne faut que l'aider par les délayans & les adoucissans, qui peuvent faciliter l'évacuation & corriger la qualité irritante des matieres. Les narcotiques ne doivent être employés que pour faire cesser les impressions douloureuses qui restent après l'évacuation, ou lorsqu'il ne se fait plus que des efforts inutiles.

On doit en user de même à l'égard des superpurgations : les narcotiques ne doivent être placés que lorsqu'on a adouci, corrigé l'acrimonie irritante des drogues trop actives qui ont été employées : on a vû quelquefois des effets très-funestes des inflammations gangreneuses, & la mort s'ensuivre de l'administration trop prompte des narcotiques, dans ce cas, qui exige le même traitement que l'effet des poisons irritans dans les premieres voies dont il faut les délivrer par l'évacuation, & non pas par les remedes palliatifs.

Il faut être aussi très-circonspect dans l'usage des narcotiques, lorsqu'il s'agit de quelque évacuation naturelle trop considérable, comme d'un flux menstruel excessif. Voyez HEMORRHAGIE. Il est aussi très-important à l'égard des femmes qui peuvent être actuellement dans l'état critique ordinaire, de ne pas se presser d'employer les narcotiques pour les cas qui les indiquent, sans avoir pris des informations sur cela, parce que ces remedes pouvant aisément causer une suppression, leur effet seroit plus nuisible qu'il ne pourroit être utile d'ailleurs : ainsi on doit s'en abstenir dans cette circonstance, à moins qu'il n'y ait des douleurs très-puissantes, ou tout autre symptome très-dangereux à calmer, alors urgentiori succurrendum.

En général on doit s'abstenir de l'usage des narcotiques dans les commencemens de toutes les maladies dont le caractere n'est pas encore bien connu, pour ne pas le masquer davantage, & pour éviter d'embarrasser, de gêner la nature dans ses opérations, en ne faisant que pallier ce qu'elle tend à corriger.

Enfin les précautions que l'on doit prendre dans l'usage des narcotiques doivent être déterminées par les cas où ils sont indiqués, comparés avec ceux où ils sont contr'indiqués ; il faut aussi avoir égard au tempérament, à l'habitude ; interroger les malades sur l'effet qu'ils ont éprouvé de ces remedes, s'ils en ont déja usé ; sur l'espece de narcotique dont ils ont usé ; sur la dose à laquelle ils en ont usé.

Les narcotiques que l'on emploie le plus communément dans la pratique de la Médecine, sont les pavots & leurs différentes préparations. Voyez pavot, opium, laudanum. Extrait des leçons sur la matiere médicale, de M. de la Mure, professeur en Médecine à Montpellier.

La Pharmacologie rationnelle n'apprend rien jusqu'à présent de bien satisfaisant sur la maniere dont les narcotiques operent leurs effets. On fait mention dans les écoles d'un grand nombre d'opinions à cet égard, tant anciennes que modernes, dont l'exposition doit se trouver aux articles OPIUM, SOMMEIL. Il suffira de dire ici que ce qui paroît de plus vraisemblable à cet égard, c'est qu'il n'y a que les connoissances que l'on a acquises de nos jours sur la propriété inhérente aux fibres du corps animal, qui produit ce qu'on entend par l'irritabilité & la sensibilité, qui puissent fixer l'idée que l'on peut se faire de l'action des narcotiques. Voyez IRRITABILITE, SENSIBILITE, SOMMEIL, OPIUM.


NARDS. m. (Botan.) genre de plante graminée dont voici les caracteres distinctifs selon Linnaeus. Il n'y a point de calice ; la fleur est composée de deux valvules qui finissent en épi. Les étamines sont trois filets capillaires. Les antheres & le germe du pistil sont oblongs. Les stiles sont au nombre de deux, chevelus, réfléchis, cotonneux. La fleur est ferme, même attachée à la graine. La semence est unique, longue, étroite, pointue aux deux extrêmités.

Le nard est une plante célebre chez les anciens, qu'il importe de bien décrire pour en avoir une idée claire & complete .

On a donné le nom de nard à différentes plantes. Dioscoride fait mention de deux sortes de nards, l'un indien, l'autre syriaque, auxquels il ajoute le celtique & le nard de montagne, ou nard sauvage ; enfin il distingue deux especes de nard sauvage, savoir l'asarum & le phu.

Le nard indien, ou spic nard des Droguistes, s'appelle chez les Botanistes, nardus indica, spica, spica nardi, & spica indica, , Dioscor.

C'est une racine chevelue, ou plutôt un assemblage de petits cheveux entortillés, attachés à la tête de la racine, qui ne sont rien autre chose que les filamens nerveux des feuilles fausses, desséchées, ramassées en un petit paquet, de la grosseur & de la longueur du doigt, de couleur de rouille de fer, ou d'un brun roussâtre ; d'un goût amer, âcre, aromatique ; d'une odeur agréable, & qui approche de celle du souchet.

Cette partie filamenteuse de la plante dont on fait usage, n'est ni un épi ni une racine ; mais c'est la partie inférieure des tiges, qui est d'abord garnie de plusieurs petites feuilles, lesquelles en se fanant & se desséchant tous les ans, se changent en des filets ; de sorte qu'il ne reste que leurs fibres nerveuses qui subsistent.

Le nard a cependant mérité le nom d'épi, à cause de sa figure ; il est attaché à une racine de la grosseur du doigt, laquelle est fibreuse, d'un roux foncé, solide & cassante. Parmi ces filamens, on trouve quelquefois des feuilles encore entieres, blanchâtres, & de petites tiges creuses, cannelées ; on voit aussi quelquefois sur la même racine, plusieurs petits paquets de fibres chevelues.

Le nard indien vient aux Indes orientales, & croît en quantité dans la grande Java, cette île que les anciens ont connue, & ce qui est remarquable, qui portoit déja ce nom du tems de Ptolémée. Les habitans font beaucoup d'usage du nard indien dans leurs cuisines, pour assaisonner les poissons & les viandes.

Dioscoride distingue trois especes de nard indien, savoir le vrai indien, celui de Syrie, celui du Gange. On n'en trouve présentement que deux especes dans les boutiques, qui ne different que par la couleur & la longueur des cheveux.

Il le faut choisir récent, avec une longue chevelure, un peu d'odeur du souchet, & un goût amer.

La plante s'appelle gramen cyperoides, aromaticum, indicum, Breyn. 2°. Prodr. On n'en a pas encore la description. Ray avance comme une chose vraisemblable, que la racine pousse des tiges chargées a leurs sommets d'épis ou de pannicules, ainsi que le gramen ou les plantes qui y ont du rapport. Si l'on en juge par le goût & l'odeur, les vertus du nard indien dépendent d'un sel volatil huileux, mêlé avec beaucoup de sel fixe & de terre.

Il passe pour être céphalique, stomachique & néphrétique, pour fortifier l'estomac, aider la digestion, exciter les mois, & lever les obstructions des visceres. On le réduit en poudre très fine, & on le donne dans du bouillon ou dans quelqu'autre liqueur. On en prescrit la dose depuis demi-drachme jusqu'à deux drachmes en substance, & depuis demi-once en infusion, jusqu'à une once & demie.

Cependant toutes les vertus qu'on lui donne sont exagérées. Celle d'être céphalique ne signifie rien ; sa vertu néphrétique n'est pas vraie ; son utilité dans les maladies malignes n'est pas mieux prouvée : l'éloge qu'en fait Riviere pour la guérison de l'hémorrhagie des narines est sans fondement ; mais cette plante par sa chaleur, son aromat & son amertume, peut être utile dans les cas où il s'agit d'inciser, d'atténuer, d'échauffer, d'exciter la sueur, les regles, ou de fortifier le ton des fibres de l'estomac.

Dans les Indes, suivant le rapport de Bontius, on fait infuser dans du vinaigre le nard indien séché, & on y ajoute un peu de sucre. On emploie ce remede contre les obstructions du foie, de la rate & du mésentere, qui sont très-fréquentes. On en applique aussi sur les morsures des bêtes venimeuses.

Les anciens en préparoient des collyres, des essences & des onguens précieux. L'onguent de nard se faisoit de nard, de jonc odorant, de costus, d'amome, de myrrhe, de baume, d'huile de ben ou de verjus ; on y ajoutoit quelquefois de la feuille indienne. Galien a guéri Marc-Aurele, & jamais il n'a guéri personne qui valût mieux que ce prince, d'une foiblesse d'estomac qui faisoit difficilement la digestion, en appliquant sur la partie de l'onguent de nard. Quel bonheur pour les peuples, s'il eût pû prolonger les jours de cet empereur, corriger son fils corrompu dans ses inclinations, & sa femme diffamée par son incontinence !

Le nard indien entre dans un grand nombre de compositions, dont l'usage est intérieur ou extérieur. Il est employé dans la thériaque, le mithridat, l'hiera picra de Galien, l'hiera de coloquinte, les trochisques de camphre, les pilules fétides, le syrop de chicorée composé, l'huile de nard, l'huile de scorpion de Mathiole, l'onguent martiatum, la poudre aromatique de roses, &c.

Il ne paroît guere douteux que notre spic-nard ne soit le nard indien des anciens, quoi qu'en disent Anguillara & quelques autres botanistes. La description de la plante, son lieu natal, ses vertus, tout s'accorde. Garcias nous assure qu'il n'y a point différentes especes de nard dans les Indes, & les gens qui ont été depuis sur les lieux nous confirment la même chose. Il ne faut pas inférer du grand prix où le nard étoit chez les anciens, comme Pline nous l'apprend, que notre spic-nard soit une plante différente. Les Romains recevoient leur nard par de longs détours, indirectement, rarement, & l'employoient à des essences, des parfums qui renchérissoient beaucoup le prix de cette plante ; tout cela n'a pas lieu parmi nous.

Les anciens ignoroient quelle est la partie du nard qu'il faut regarder comme l'épi, ou le . Galien croyoit que c'étoit la racine ; mais nous savons que ce n'est ni la racine ni l'épi de la plante, & que c'est la partie inférieure de ses tiges. On a donné le nom d'épi aux petites tiges de cette plante, parce qu'elles sont environnées de feuilles capillacées, qui ont quelque ressemblance à des racines.

Le nard celtique s'appelle nardus celtica, spica gallica, spica romana, & , Dioscor. Alnardin Alsimbel, Arab.

C'est une racine fibreuse, chevelue, roussâtre, garnie de feuilles ou de petites écailles d'un verd jaunâtre ; d'un goût âcre, un peu amer, aromatique ; d'une odeur forte & un peu désagréable. On doit choisir cette racine récente, fibreuse & odorante.

Elle a été célebre dès le tems de Dioscoride. On la nomme celtique, parce qu'autrefois on la recueilloit dans les montagnes de la partie des Gaules, appellée Celtique. On en trouve encore aujourd'hui dans les montagnes des Alpes qui séparent l'Allemagne de l'Italie, dans celles de la Ligurie & de Gènes.

La plante est appellée valeriana celtica par Tournefort, I. R. H. nardus celtica Dioscoridis, par C. B. P. nardus alpina, par Clusius. Sa racine rampe de tous côtés, & se répand sur la superficie de la terre parmi la mousse : les petits rameaux qu'elle jette sont longs, couchés sur terre, couverts de plusieurs petites feuilles en maniere d'écailles seches ; ils poussent par intervalle des fibres un peu chevelues & brunes ; ils donnent naissance dans leur partie supérieure à une ou deux petites têtes, chargées de quelques feuilles, étroites d'abord & ensuite plus larges, assez épaisses & succulentes, qui sont vertes en poussant, jaunâtres au commencement de l'automne, & d'un goût un peu amer.

Du milieu de ces feuilles s'éleve une petite tige à la hauteur d'environ neuf pouces, & quelquefois plus, assez ferme, noueuse, ayant sur chaque noeud deux petites feuilles opposées : à l'extrêmité de l'aisselle des feuilles, naissent de petits pédicules qui portent deux ou trois petites fleurs de couleur pâle, d'une seule piece, en forme d'entonnoir, découpées en plusieurs quartiers, soutenues chacune sur un calice qui dans la suite devient une petite graine oblongue & aigrettée.

Toute la plante est aromatique, elle imite l'odeur de la racine de la petite valériane. Selon Clusius, elle fleurit au mois d'Août, presque sous les neiges sur le sommet des Alpes de Styrie : les feuilles paroissent ensuite lorsque les fleurs commencent à tomber. Les habitans la ramassent sur la fin de l'été & lorsque les feuilles viennent à jaunir ; car alors son odeur est très-agréable.

Le nard celtique a les mêmes vertus que le spica indien, & convient dans les mêmes maladies. Quelques-uns prétendent, j'ignore sur quelles expériences, qu'on l'emploie plus utilement pour fortifier l'estomac & dissiper les vents. Il entre dans la thériaque, le mithridat, l'emplâtre de mélilot, & dans quelques autres onguens échauffans, ainsi que dans les lotions céphaliques.

Le nard de montagne se nomme, en Botanique, nardus montana ou nardus montana tuberosa ; , Diosc. Alnardin Gebali, Arab. C'est une racine oblongue, arrondie, & en forme de navet, de la grosseur du petit doigt ; sa tête est portée sur une petite tige rougeâtre, & est garnie de fibres chevelues, brunes ou cendrées, & un peu dures ; son odeur approche de celle du nard, & elle est d'un goût âcre & aromatique.

La description que fait Dioscoride du nard de montagne, est si défectueuse, qu'il est difficile de décider si nous connoissons le vrai nard de montagne de cet auteur, ou s'il nous est encore inconnu.

On nous apporte deux racines de plantes sous le nom de nard de montagne. La premiere s'appelle valeriana maxima, pyrenaïca, cacaliae folio, D. Fagon, I. R. H. Cette plante pousse en terre, une racine épaisse, longue, tubéreuse, chevelue, vivace, d'une odeur semblable à celle du nard indien, mais plus vive, d'un goût amer. De cette racine s'éleve une tige de trois coudées, & même plus haute, cylindrique, lisse, creuse, noueuse, rougeâtre, de l'épaisseur d'un pouce. Ses feuilles sont deux à deux, opposées, lisses, crenelées, semblables aux feuilles du cacalia, de la longueur d'une palme, & appuyées sur de longues queues. Au haut de la tige naissent des fleurs purpurines, & des graines qui sont semblables aux fleurs & aux graines de la valériane.

La seconde s'appelle valeriana alpina minor, C. B. P. nardus montana, radice olivari, C. B. P. nardus montana, radice oblongâ, C. B. P. Sa racine tubéreuse, tantôt plus longue, tantôt plus courte, se multiplie chaque année par de nouvelles radicules. Elle a beaucoup de fibres menues à sa partie inférieure ; & vers son collet elle donne naissance à des rejettons qui, dans leur partie inférieure, sont chargés de feuilles opposées, d'un verd foncé & luisant, unies, sans dentelures, & ensuite d'autres feuilles découpées, à-peu-près comme celles de la grande valériane, mais plus petites ; & à mesure que les rejettons grandissent, les feuilles sont plus découpées. Au sommet des tiges, naissent de gros bouquets de fleurs semblables à celles de la petite valériane ; elles sont odorantes, moins cependant que n'est la racine de cette plante. Le nard de montagne a les mêmes vertus que le celtique, peut-être plus foibles.

Nous avons dit que les anciens composoient avec le nard une essence dont l'odeur étoit fort agréable. Les femmes de l'Orient en faisoient un grand usage ; le nard dont j'étois parfumée, dit l'épouse dans le Cantique des Cantiques, répandoit une odeur exquise. La boîte de la Magdeleine, quand elle oignit les piés du Sauveur (Marc, ch. xiv. . 3. Luc, vij. . 37. Jean, xij. . 3.), étoit pleine de nard pistique, c'est-à-dire selon la plûpart des interpretes, de nard qui n'étoit point falsifié, du mot grec , fides, comme qui diroit du nard fidele, sans mélange, ni tromperie.

Les latins on dit nardus, f. & nardum, n. Le premier signifie communément la plante, & le second la liqueur, l'essence aromatique. Horace, l. V. ode 13. donne au nard l'épithete d'achaemenio, c'est-à-dire, de Perse, où Achémene avoit régné :

Nunc & achaemenio

Perfundi nardo juvat :

Ne songeons qu'à nous parfumer des essences des Indes. Les Indiens vendoient le nard aux Persans, & ceux-ci aux Syriens chez qui les Romains alloient le chercher. De-là vient que dans un autre endroit Horace l'appelle assyrium. Mais après l'année 727 qu'Auguste conquit l'Egypte, les Romains allerent eux-mêmes aux Indes chercher les aromates & les marchandises du pays, par le moyen de la flotte qui fut établie pour cela dans le golfe arabique. (D.J.)

NARD-SAUVAGE, (Botan.) asarum, nardus rustica. Voyez CABARET, (Botan.)


NARDO(Géog.) en latin Neritum ; ville du royaume de Naples, dans la terre d'Otrante, dans une plaine, à 4 milles de la côte du golfe de Tarente, à 9 au N. de Gallipoli, & à 15 S. O. de Leccé, avec titre de duché & un évêché suffragant de Brindes. Elle fut presqu'entierement détruite par un tremblement de terre en 1743. Long. 35. 44. lat. 40. 18.


NAREou ENAREA, ou ENARIA, (Géog.) car M. Ludolf préfere ces deux derniers noms ; c'est un des royaumes d'Afrique dans l'Abyssinie, entre le huitieme & le neuvieme degrés de latitude septentrionale.


NARÉGAM(Botan. exot.) espece de limonier nain qui croit à Céylan & au Malabar ; il a toûjours des fleurs & du fruit.


NARENTA(Géog.) ville de Dalmatie, dans l'Herzegovine, avec un évêché suffragant de Raguse. Elle est sur le golfe de même nom à 20 lieues N. E. de Raguse, 21. S. E. de Spalatro.

Cette ville fut anciennement nommée Naro & Narona. Son territoire consiste en une vallée d'environ 30 milles de longueur, que le fleuve Narenta inonde & fertilise dans certains mois de l'année. Du tems de Ciceron, Narenta étoit une forteresse de conséquence, comme on le voit dans la lettre où Vatinius lui mande la peine qu'il avoit eu à emporter cette place. Elle fut une des villes où les Romains envoyerent des colonies après la conquête du royaume de l'Illyrie. Dans la suite, elle eut des souverains indépendans des rois des deux Dalmaties. L'Evangile n'y fut reçu que dans le onzieme siecle. Elle dépend aujourd'hui des Turcs. Long. 36. 4. lat. 43. 35. (D.J.)

NARENTA, (Géog.) fleuve de Dalmatie qui se nommoit autrefois Naro ou Naron. Il baigne la ville de Narenta, & se décharge dans le golfe de ce nom par diverses embouchures.

NARENTA, (Géog.) golfe de la mer de Dalmatie ; il est entre les côtes de l'Herzegovine au nord, celles de Raguse à l'orient, celles de Sabioncelo au midi, & l'île de Liesina à l'occident.


NAREW(Géog.) riviere de Pologne, qui prend sa source dans le duché de Lithuanie, traverse les palatinats de Poldaquie & de Mazovie, & va se jetter dans le Bourg, au-dessus de Sérolzeck.


NARIMou NARYM, (Géog.) pays de la Tartarie en Sibérie, au nord du fleuve Kéta, & au midi de la contrée d'Ostiaki. On n'y connoît qu'une seule ville ou bourgade de même nom, située sur le bord oriental de l'Oby. Ce pays n'est qu'un triste désert.


NARINARI(Ichthyolog.) nom brésilien d'un poisson de l'espece de l'aigle marine, & qui est appellé par les Hollandois pülstert.

C'est un poisson plat dont le corps est presque triangulaire, élargi sur les côtés. Sa tête est très-grosse, & creusée d'une raie dans le milieu ; son museau est arrondi dans les coins ; ce poisson n'a point de dents, mais un os dans la partie inférieure de la gueule, lequel est long de quatre pouces & large d'un pouce & demi : la partie supérieure du museau est revêtue d'un os semblable ; & c'est entre ces deux os qu'il écrase & brise sa proie. L'os de la mâchoire inférieure est composé de dix-sept petites pieces dures, fermes, & jointes ensemble par des cartilages. L'os supérieur est aussi composé de quatorze pieces semblablement liées par des cartilages. Le corps du narinari est ordinairement d'un à deux piés de long, & sa queue de quatre piés. Sa chair est délicieuse ; les os de sa gueule & ceux des poissons de son espece, sont les fossiles que les Naturalistes appellent siliquastra. (D.J.)


NARINESNARINES

Il faut remarquer que les narines internes comprennent tout l'espace qui est entre les narines externes & les arrieres- narines, immédiatement au-dessous de la voûte du palais, d'où les cavités s'étendent en-haut jusqu'à la lame cribleuse de l'os éthmoïde, où elles communiquent en-devant avec les sinus frontaux, & en-arriere avec les sinus sphénoïdaux. Latéralement, ces cavités sont terminées par les conques, entre lesquelles elles communiquent avec les sinus maxillaires.

Toutes ces choses doivent être observées pour pouvoir comprendre un fait fort singulier, rapporté dans les Mémoires de l'académie des Sciences, année 1722 ; il s'agit d'un tour que saisoit un homme à la foire à Paris. Il s'enfonçoit en apparence un grand clou dans le cerveau par les narines ; voici comment : il prenoit un clou de l'épaisseur d'une grosse plume, long environ de cinq pouces, & arrondi par la pointe. Il le mettoit avec sa main gauche dans une de ses narines, & tenant un marteau avec sa main droite, il disoit qu'il alloit enfoncer le clou dans sa tête, ou comme il s'expliquoit, dans sa cervelle. Effectivement il l'enfonçoit presqu'entier par plusieurs petits coups de marteau ; il en faisoit autant avec un autre clou dans l'autre narine ; ensuite il pendoit un seau plein d'eau par une corde sur les têtes de ces clous, & le portoit ainsi sans aucun autre secours.

Ces deux opérations parurent d'abord surprenantes non-seulement au vulgaire, mais même aux Physiciens anatomistes les plus éclairés. Leur premiere idée fut de soupçonner quelque artifice, quelque industrie cachée, quelque tour de main ; mais M. Winslow, après avoir réfléchi sur la structure, la situation, & la connexion des parties, en trouva l'explication suivante.

Le creux interne de chaque narine va tout droit depuis l'ouverture antérieure jusqu'à l'ouverture postérieure, qui est au-dessus de la cloison du palais. Dans tout ce trajet, les parties osseuses ne sont revêtues que de la membrane pituitaire ; les cornets inférieurs n'y occupent pas beaucoup d'espace, & laissent facilement passer entr'eux & la cloison des narines, le tuyau d'une plume à écrire, que l'on peut sans aucune difficulté glisser directement jusqu'à la partie antérieure de l'os occipital. Ainsi un clou de la même grosseur pour le moins, mais arrondi dans toute sa longueur & sa pointe, ou fort émoussé, peut y glisser sans peine & sans coups de marteau, dont le joueur se servoit pour déguiser son tour d'adresse.

Cette premiere opération fait comprendre la seconde. Les clous étant introduits jusqu'à l'os occipital, & leurs têtes étant près du nez, il est aisé de juger que si on met quelque fardeau sur les têtes de ces clous, ils appuieront en-bas sur le bord osseux de l'ouverture antérieure des narines, pendant que leurs extrêmités ou pointes s'élevent contre l'allongement de l'os occipital, qui fait comme la voûte du gosier. Les clous représentent ici la premiere espece de levier, dont le bras court est du côté du fardeau, & le bras long du côté de la resistance. Si l'on objecte que cela ne se peut faire sans causer une contusion très-considérable aux parties molles qui couvrent ces deux endroits, on peut répondre que l'habitude perpétuelle est propre à rendre avec le tems ces parties comme calleuses & presque insensibles.

Mais la pesanteur du fardeau est une autre difficulté plus grande ; car ce sont les os maxillaires qui soutiennent le poids, & leur connexion avec les autres pieces du crâne paroît si légere, qu'elle donne lieu de craindre qu'un tel effort ne les arrache. Cependant il faut considérer, 1°. que souvent ces os se soudent entierement avec l'âge, & que pour-lors il n'y a rien à craindre ; 2°. ces deux os unis ensemble sont engrenés par deux bouts avec l'os frontal, ce qui augmente leur force ; 3°. ils le sont encore avec l'os sphénoïde, par des entailles qui en empêchent la séparation de haut en bas ; 4°. ils sont de plus appuyés en arriere par les apophyses ptérigoïdiennes, comme par des arcs-boutans, ce qui leur est d'autant plus avantageux, qu'ils y sont enclavés par le moyen des pieces particulieres des os du palais ; 5°. le périoste ligamenteux qui tapisse toutes ces jointures, contribue beaucoup à leur fermeté ; 6°. enfin ajoutons que les muscles de la mâchoire inférieure y ont bonne part, principalement ceux qu'on appelle crotaphites. On sait qu'ils sont très-puissans, fortement attachés, non-seulement à une assez grande étendue de la partie latérale de la tête, mais encore aux apophyses coronoïdes de la mâchoire inférieure : ainsi elles sont assez capables de soulever cette mâchoire contre la supérieure, & par-là de soutenir celle - ci pendant qu'elle porte le seau plein d'eau. (D.J.)

NARINES DES POISSONS, (Ichthyolog.) les narines sont placées dans les poissons d'une maniere si variée, & elles ont tant de différence dans leur nombre, leur figure, leur situation, & leur proportion, qu'elles forment une suite très-essentielle de caracteres, pour servir à distinguer les genres & les especes les unes des autres.

Par rapport au nombre, 1°. quelques poissons n'ont point-du-tout de narines, comme le pétremyzon, genre de poisson, qui renferme sous lui les diverses especes de lamproies ; 2°. plusieurs poissons n'ont qu'une narine de chaque côté, placée comme celle des oiseaux & des quadrupedes ; 3°. plusieurs ont deux narines de chaque côté, comme les carpes, les perches, &c.

Quant à la figure des narines elles sont, 1°. rondes dans quelques poissons ; 2°. ovales dans quelques autres ; 3°. oblongues dans plusieurs.

Les narines des poissons different aussi beaucoup par rapport à leur situation ; 1°. dans quelques-uns elles sont placées très-près du museau, comme dans les clupeae & le congre ; 2°. dans plusieurs genres de poissons elles sont placées près des yeux, comme dans le brochet, la perche, & leurs semblables ; 3°. elles se trouvent placées dans quelques-uns à moitié distance entre les yeux & la fin du museau, comme dans les anguilles qui vivent dans le sable.

Enfin les narines des poissons different aussi beaucoup en proportion ; car dans les poissons qui en ont deux paires, elles sont, 1°. dans quelques-unes placées si près les unes des autres, qu'elles paroissent presque se toucher, comme dans la carpe ; 2°. dans d'autres, comme dans le congre, la perche, & plusieurs autres poissons, elles se trouvent au contraire fort éloignées. En un mot, quoique les narines soient une partie des poissons, à laquelle on fait en général peu d'attention, il n'en est pas moins vrai qu'on doit les regarder comme d'une grande utilité pour la distinction des especes. (D.J.)


NARISQUES(Géog. anc.) Narisci, anciens peuples de la Germanie selon Tacite. Ils sont nommés Varisti par Ptolémée, liv. II. chap. xj. & Naristae par Dion, liv. LXXI. Il y a quelque apparence que ces peuples tiroient leur nom de la riviere nommée Navus, la Naw, qui traversoit leur pays, & que les Romains changerent l'u en r.

Le lieu qu'ils habitoient s'étendoit au midi du Danube, des deux côtés de la Naw, & selon la position que Ptolémée leur donne, ils étoient bornés au nord par les montagnes Hercyniennes, à l'orient par la forêt Hercynienne, au midi par le Danube, & au couchant par les Hermaudures : de cette façon leur pays renfermoit le haut palatinat ou le palatinat de Baviere, avec le landgraviat de Leuchtenberg. Nous apprenons de Dion, que ces peuples subsistoient encore du tems des Antonins, car il les met au nombre des nations qui conspirerent contre les Romains. (D.J.)


NARNI(Géogr.) on l'appelloit Nequinum selon Tite-Live, liv. X. chap. ix. à cause de la difficulté des chemins qui y conduisent ; petite ville très-ancienne d'Italie au duché de Spolete, dans l'état ecclésiastique, avec un évêché suffragant du pape. L'an de Rome 454, le consul M. Fulvius Petunius triompha des Néquiniens & des Samnites confédérés. Elle résista plus heureusement aux forces d'Annibal dans le tems qu'il ravageoit l'Italie ; mais dans le xvj. siecle, l'armée de Charles V. & des Vénitiens, s'en rendit maître, & y commit des ravages inexprimables ; elle est heureusement ressuscitée de ses cendres : on y voit encore quelques restes d'un pont magnifique, qu'on dit avoir été construit par Auguste, après la défaite des Sicambres, & de leurs dépouilles : il étoit bâti de grands quartiers de marbre joints ensemble par des bandes de fer scellées en plomb.

Narni est en partie située sur la croupe, & en partie sur la pente d'une montagne escarpée, à 7 lieues S. O. de Spolete, & à 15 N. E. de Rome : la Néra passe au bas de Narni ; sa long. est 30. 15. lat. 42. 32.

Cette petite ville a produit quelques gens de lettres, mais elle doit principalement se vanter d'avoir donné la naissance à l'empereur Nerva. Vieillard vénérable quand il monta sur le trône pour remplacer un monstre odieux, il se fit adorer par sa sagesse, par sa douceur, & par ses vertus. Il n'eut pas de plus grande joie que de penser & de dire en lui-même.

Par-tout en ce moment on me bénit, on m'aime,

On ne voit point le peuple à mon nom s'allarmer,

Le Ciel dans tous leurs pleurs ne m'entend point nommer,

Leur sombre inimitié ne fuit point mon visage,

Je vois par-tout les coeurs voler à mon passage.

Enfin il mit le comble à sa gloire en adoptant Trajan, l'homme le plus propre à honorer la nature humaine : ainsi le premier Antonin adopta Marc-Aurele. (D.J.)


NARO(Géogr.) Nara, ville de Sicile, dans la vallée de Mazara, près de la source de la riviere de Naro, à 10 milles au levant de Gergenti. Long. 31. 25. lat. 37. 20.

NARO, (Géog.) riviere de la Sicile, dans la vallée de Mazara. Elle prend sa source auprès de la ville qui porte son nom, court du côté du midi, & se jette dans la mer d'Afrique, auprès de Valone di Mole.


NARRAGA(Géog. anc.) fleuve aux environs de la Babylonie, selon Pline, l. VI. c. xxvj. C'est le canal ou la branche la plus occidentale de l'Euphrate, & ce canal a été creusé de main d'homme. Ptolémée, l. V. c. xx. l'appelle Maarsares, & Ammien Marcellin, l. XXIII. le nomme Martias. (D.J.)


NARRATIONS. f. (Belles-Lettres) dans l'éloquence & dans l'histoire est un récit ou relation d'un fait ou d'un événement comme il est arrivé, ou comme on le suppose arrivé.

Il y en a de deux sortes, l'une simple & historique, dans laquelle l'auditeur ou le lecteur est supposé entendre ou lire un fait qui lui est transmis de la seconde main : l'autre artificielle & fabuleuse, où l'imagination de l'auditeur échauffée prend part au récit d'une chose, comme si elle se passoit en sa présence.

La narration, selon les Rhéteurs, est la seconde partie du discours, c'est-à-dire, celle qui doit suivre immédiatement l'exorde. Voyez ORAISON ou DISCOURS.

Dans l'histoire, la narration fait le corps de l'ouvrage ; & si l'on en retranche les réflexions incidentes, les épisodes, les digressions, l'histoire se réduit à une simple narration. Voyez HISTOIRE.

Ciceron demande quatre qualités dans la narration, savoir, clarté, probabilité, briéveté & agrément.

On rend la narration claire, en y observant l'ordre des tems, ensorte qu'il ne résulte nulle confusion dans l'enchaînement des faits, en n'employant que des termes propres & usités, & en racontant l'action sans interruption.

Elle devient probable par le degré de confiance que mérite le narrateur, par la simplicité & la sincérité de son récit, par le soin qu'on a de n'y rien faire entrer de contraire au sens commun ou aux opinions reçues, par le détail précis des circonstances & par leur union, ensorte qu'elles n'impliquent point contradiction, & ne se détruisent point mutuellement.

La briéveté consiste à ne point reprendre les choses de plus haut qu'il n'est nécessaire, afin d'éviter le défaut de cet auteur ridicule dont parle Horace, qui gemino bellum trojanum orditur ab ovo, & à ne la point charger de circonstances triviales ou de détails inutiles.

Enfin on donne à la narration de l'agrément en employant des expressions nombreuses d'un son agréable & doux, en évitant dans leur arrangement les hiatus & les dissonnances, en choisissant pour objet de son récit des choses grandes, nouvelles, inattendues, en embellissant sa diction de tropes & de figures, en tenant l'auditeur en suspens sur certaines circonstances intéressantes, & en excitant des mouvemens de tristesse ou de joie, de terreur ou de pitié. Voyez NOMBRE, CADENCE, FIGURES, PASSIONS, &c.

C'est principalement la narration oratoire qui compose ces ornemens ; car la narration historique n'exige qu'une simplicité mâle & majestueuse, qui coûte plus à un écrivain que tous les agrémens du style qu'on peut répandre sur les sujets qui sont du ressort de l'éloquence.

Il ne sera pas inutile d'ajouter ici quelques observations sur les qualités propres à la narration oratoire.

1°. Quoiqu'on recommande dans la narration la simplicité, on n'en exclut pas toujours le pathétique. Ciceron, par exemple, remue vivement les passions, en décrivant les circonstances du supplice de Gavius, citoyen romain, qui fut condamné à être battu de verges, par l'injustice & par la cruauté de Verrès. Rien n'est plus touchant que le récit qu'il fait de la mort des deux Philodamus pere & fils, tous deux immolés à la fureur du même Verrès, le pere déplorant le sort de son fils, & le fils gémissant sur le malheur de son pere. Il y a donc des causes qui demandent une narration touchante & passionnée, comme il en est qui n'exigent qu'une exacte & tranquille exposition du fait. C'est à l'orateur sensé à distinguer ces convenances & à varier son style, selon la différence des matieres.

2°. Pour les causes de peu d'importance, comme sont la plûpart des causes privées, il faut relever la médiocrité du sujet par une diction simple en apparence, mais pure, élégante, variée. Sans cette parure elles paroissent tristes, seches, ennuyeuses ; on doit même y jetter quelques pensées ingénieuses, quelques traits vifs, qui piquent la curiosité, & qui soutiennent l'attention.

3°. A l'égard des causes où il s'agit d'un crime ou d'un fait grave, d'un intérêt public, elles admettent des mouvemens plus forts ; on y peut ménager des surprises qui tiennent l'esprit en suspens, y faire entrer des mouvemens de joie, d'admiration, d'étonnement, d'indignation, de crainte & d'espérance, pourvu que l'on se souvienne que ce n'est pas là le lieu de terminer ces grands sentimens, & qu'il suffit de les ébaucher ; car l'exorde & la narration ne doivent avoir d'autres fonctions que de préparer l'esprit des juges à la preuve & à la peroraison. (G)

NARRATION, est un mot dont on fait particulierement usage en poësie, pour signifier l'action ou l'événement principal d'un poëme. Voyez ACTION ou FABLE.

Le P. le Bossu observe que l'action en poësie est susceptible de deux sortes de narrations oratoires, & que ces deux sortes de narrations constituent deux especes de grands poëmes.

Les actions dont le récit est sous une forme artificielle ou active constituent les poëmes dramatiques. Voyez DRAME.

Celles qui sont seulement racontées par le poëte, comme historien, forment les poëmes épiques. Voyez EPOPEE.

Dans le drame, la narration mise en action est le fond unique & total du poëme : dans l'épopée, l'action mise en récit n'en fait qu'une partie ; mais à la vérité la partie principale. Elle est précédée par une proposition & une invocation que le même auteur appelle prélude, & que d'autres nomment début, & elle est fréquemment interrompue par le poëte dans les endroits où il parle en personne, pour demander aux lecteurs & aux dieux de la bienveillance, de l'indulgence, du secours, & dans ceux où il raconte les faits en historien. Voyez INVOCATION.

La narration du poëme épique renferme l'action entiere, avec ses épisodes, c'est-à-dire, avec les ornemens dont le poëte l'accompagne. Voyez EPISODE.

Dans cette partie l'action doit être commencée, continuée & finie, c'est-à-dire, qu'on doit apprendre les causes des événemens qui font la matiere du poëme qu'on y doit proposer, & résoudre les difficultés, développer les caracteres & les qualités des personnages, soit humains, soit divins, qui prennent part à l'action ; exposer, & ce qu'ils font, & ce qu'ils disent ; démêler les intérêts, & terminer le tout d'une maniere satisfaisante. Tout cela doit être traité en vers nobles, harmonieux, dans un style rempli de sentimens, de comparaisons & d'autres ornemens convenables au sujet en général, & à chacune de ses parties en particulier. Voyez STYLE.

Les qualités d'une narration épique sont, la vraisemblance, l'agrément, la clarté. Elle doit être également noble, vive, énergique, capable d'émouvoir & de surprendre, conduisant, pour ainsi dire, à chaque pas le lecteur de merveilles en merveilles. Voyez MERVEILLEUX.

Selon Horace l'utile & l'agréable sont inséparablement nécessaires dans un poëme épique.

Omne tulit punctum qui miscuit utile dulci.

Le P. le Bossu prétend que l'utile y est de nécessité absolue, & que l'agréable n'est que de nécessité accessoire ; d'autres au contraire veulent qu'on ne s'y propose que l'agrément, & que l'instruction morale n'en fasse pas une partie essentielle. Voyez FABLE, EPIQUE, EPOPEE.


NARSAPOUR(Géog.) ville de l'Inde, dans le golfe de Bengale, sur la côte de Coromandel, au Royaume de Golconde, à l'embouchure méridionale de la riviere de Vénéron, environ à 12 lieues au-dessus de Masulipatan, du côté du N. E. Long. 102. lat. 17. 30. (D.J.)


NARSINGAPATAN(Géog.) ou Narsingue, ville de l'Inde, dans le golfe de Bengale, à l'extrêmité de la côte de Coromandel, dans la partie orientale du royaume de Golconde, sur la riviere de Narsepille à la droite, & environ à 10 lieues de son embouchure, en tirant vers le nord. Long. suivant Harris, 103. 21. 30. Lat. 18. 15.


NARTHECION(Géog. anc.) autrement Narthaciensium mons, ou Anthraceorum mons, c'est-à-dire, montagne des charbonniers, montagne de Thessalie qui termine la plaine du côté de Pharsale. On trouve dans toute cette montagne quantité de belles fontaines, dont les eaux s'assemblent dans la plaine, & forment beaucoup de petits ruisseaux qui se vont jetter dans le Pénée. Ce fut sur cette montagne qu'Agésilaüs, à son retour d'Asie, éleva un trophée pour la victoire qu'il remporta sur les Pharsaliens ; l'éphore Diphridas vint trouver ce roi dans le camp de Narthécion, un peu avant la bataille de Coronée, qu'il ne faut pas confondre avec celle de Chéronée, quoique toutes deux ayent été gagnées sur les Athéniens.


NARVA(Géog.) ou Nerva, riviere de Livonie. Elle sort du lac de Peipis, baigne la ville de Narva, à laquelle elle donne le nom ; & à deux lieues au-dessous elle va se jetter dans le golfe de Finlande. Cette riviere est presqu'aussi large que l'Elbe, mais beaucoup plus rapide ; & à demi-lieue au-dessus de la ville, elle a un très-grand saut qui fait qu'on est contraint de décharger dans cet endroit-là toutes les marchandises que l'on envoie de Plescow & de Derpt à Narva.

NARVA, (Géog.) ou Nerva, ville forte de l'empire russien, dans la Livonie, sur la riviere de Narva, à 66 lieues N. de Riga, & à 36 S. O. de Vibourg. On croit que cette ville fut bâtie par Valdemar II, Roi de Danemarck, en 1213. Jean Basilowitz, grand duc de Moscovie, la prit en 1558, & Pontus de la Gardie l'enleva aux Russes en 1581. Les Suédois en demeurerent les maîtres jusqu'en 1704, qu'elle fut reprise par le czar Pierre le Grand. Long. 46. 34. lat. 59. 7.


NARVAR(Géog.) ville des Indes, aux états du grand-mogol, dans la province de Narvar, à 34 lieues au midi d'Agra. Long. 96. 40. lat. 25. 6.

La province de Narvar, appartenante au grand Mogol, est bornée au nord & à l'occident par le royaume d'Agra, à l'orient par celui de Patna, & au midi par celui de Bengale.

La riviere de Narvar a sa source près de la ville de Maudoa, & a son embouchure dans le golfe de Cambaye. (D.J.)


NARWALS. m. (Hist. anc. Icthyolog.) Pl. XIII. fig. 9. NHARWAL, licorne de mer, unicornu monoceros, unicornu marinum Charlet. monoceros piscis, Nharwal islandis Raii, poisson cétacée, appellé par les Groenlandois touwack, & auquel on a donné le nom de licorne, parce qu'il a au bout de la mâchoire supérieure, tantôt à droite & tantôt à gauche, une très-longue dent, qui ressemble à une corne. On pourroit présumer d'après la position de cette dent, qu'il est naturel à ce poisson d'en avoir deux. M. Anderson est d'un avis contraire : il donne cependant la description d'un narwal qui a deux dents. Il regarde ce fait comme très-rare : voici ce qu'il en dit.

Le capitaine Dirck Petersen a rapporté à Hambourg en 1684 l'os de la tête d'un narwal, avec deux dents, qui sortent en droite ligne du devant de la tête. Ces dents sont à deux pouces de distance au sortir de la mâchoire, ensuite elles s'éloignent de plus en plus l'une de l'autre, de façon qu'il y a entr'elles treize pouces de distance à l'extrêmité. La dent gauche a sept piés cinq pouces de longueur, sur neuf pouces de circonférence ; celle qui est à droite n'a que sept piés de longueur, sur huit pouces de tour. Elles entrent toutes les deux de la longueur de treize pouces dans la tête. Ce narwal étoit une femelle pleine. On ne trouva au foetus aucune apparence de dent.

M. Anderson a vu à Hambourg en 1736 un narwal qui étoit entré dans l'Elbe par une marée. Ce cétacée étoit plus gros qu'allongé ; il n'avoit que deux nageoires, la tête étoit tronquée ; la dent sortoit du côté gauche de la mâchoire supérieure audessus de la lévre. Elle étoit contournée en spirale, & elle avoit cinq piés quatre pouces de longueur. Le côté droit du museau étoit fermé & couvert par la peau, sous laquelle on ne sentoit aucune cavité dans l'os de la tête. La queue étoit fort large, & couchée horisontalement sur l'eau. La peau avoit beaucoup d'épaisseur ; elle étoit très-blanche & parsemée d'une grande quantité de taches noires, qui pénétroient fort avant dans sa substance. Il n'y avoit point de ces taches sur le ventre ; il étoit entierement blanc, luisant & doux au toucher, comme du velours. Ce poisson n'avoit point de dent au-dedans de la gueule, dont l'ouverture étoit très-petite ; car elle n'excédoit pas la largeur de la main. La langue remplissoit toute la largeur de la gueule. Les bords du museau étoient un peu durs & raboteux. Il y avoit au-dessus de la tête un trou ou un tuyau garni d'une soupape, qui s'ouvroit & qui se fermoit au gré du poisson, par où il rejettoit l'eau en expirant l'air. Les yeux étoient petits, situés au bas de la tête, & garnis d'une espece de paupiere. Ce narwal étoit mâle ; mais la verge ne sortoit pas hors du corps. La longueur totale de ce poisson étoit de dix piés & demi depuis le bout du museau jusqu'à l'extrémité de la queue, qui avoit trois piés deux pouces & demi de largeur ; chaque nageoire n'avoit que neuf pouces de longueur.

Comme on trouve des dents de narwal qui, au lieu d'être tournées en spirale, sont entierement unies, M. Anderson soupçonne qu'il peut y avoir plusieurs especes de ces poissons. Leur longueur ordinaire est d'environ vingt à vingt-deux piés ; on en trouve qui ont jusqu'à soixante piés.

Les Groenlandois regardent ces poissons comme les avant-coureurs de la baleine ; car dès qu'ils en voient, ils se préparent promptement pour faire la pêche de la baleine. Le narwal se nourrit comme elle de petits poissons, de vers & d'autres insectes marins ; mais il n'a point de barbes pour les retenir dans sa gueule. Hist. d'Isl. & de Groenlande, par M. Anderson. Voyez CETACEE. (I)


NASABATH(Géog. anc.) fleuve de la Mauritanie césariense, selon Ptolémée, l. IV. c. ij. Pline, l. V. c. ij. le nomme Nabar. Marmol dit que ce fleuve ou cette riviere a son embouchure au levant de la ville de Bugie, & qu'elle est très-poissonneuse. (D.J.)


NASALadj. (Gram.) On distingue dans l'alphabet des voyelles & des consonnes nasales.

Les voyelles nasales sont celles qui représenteroient des sons dont l'unisson se feroit en partie par l'ouverture de la bouche, & en partie par le canal du nez. Nous n'avons point de caracteres destinés exclusivement à cet usage ; nous nous servons de m ou de n après une voyelle simple pour en marquer la nasalité, an ou am, ain ou aim, eun ou un, on ou om. On donne quelquefois aux sons mêmes le nom de voyelles ; & dans ce sens, les voyelles nasales sont des sons dont l'émission se fait en partie par le canal du nez. M. l'abbé de Dangeau les nomme encore voyelles sourdes ou esclavones ; sourdes, apparemment parce que le reflux de l'air sonore vers le canal du nez occasionne dans l'intérieur de la bouche une espece de retentissement moins distinct que quand l'émission s'en fait entierement par l'ouverture de la bouche ; esclavones, parce que les peuples qui parlent l'esclavon ont, dit-il, des caracteres particuliers pour les exprimer. La dénomination de nasale me paroît préférable, parce qu'elle indique le méchanisme de la formation de ces sons.

Les consonnes nasales sont les deux m & n : la premiere, labiale ; & la seconde, linguale & dentale : toutes deux ainsi nommées, parce que le mouvement organique qui produit les articulations qu'elles représentent, fait passer par le nez une partie de l'air sonore qu'elles modifient. Voyez LETTRE, VOYELLE, M. N. (B. E. R. M.)

NASAL, LE, adject. en Anatomie, ce qui appartient au nez. Voyez NEZ.

L'apophyse nasale de l'os maxillaire. Voyez MAXILLAIRE.

L'apophyse nasale de l'os coronal. Voyez APOPHYSE & CORONAL.

Le canal nasal osseux est un conduit dont l'orifice supérieur est situé à la partie latérale interne & antérieure de la fosse orbitaire & l'orifice inférieur sous la partie antérieure des cornets inférieurs du nez. Ce conduit est fermé par l'apophyse montante de l'os maxillaire, par l'os unguis, & les petites apophyses antérieures des cornets inférieurs du nez. Voyez MAXILLAIRE, UNGUIS, &c.

Les fosses nasales sont deux cavités dans le nez auxquelles le vomer & la lame verticale de l'os ethmoïde servent de cloison mitoyenne, & dont les narines antérieures sont les orifices externes, & les postérieures les orifices internes. Voyez NARINE.

Le canal nasal membraneux descend du sac lacrymal dans le canal nasal. Il le resserre un peu, descend en arriere, se courbe légérement dans l'os même, intérieurement voisin du sinus maxillaire & de son appendice supérieur, & il s'ouvre enfin dans les narines, & il est couvert dans son extrêmité inférieure par le cornet inférieur du nez, près de l'extrêmité antérieure de cet os par un orifice un peu plus étroit qu'il n'est lui-même, suivant Morgagni & Monro, & il se termine par une membrane plus longue dans sa partie interne, qui en se prolongeant un peu en-bas, forme une espece de valvule que Bianchi a décrite avec trop d'emphase.

Salomon Albert a le premier donné une ample description de ce canal ; & Drelincourt l'a mis au rang des conduits lacrymaux, parce que les larmes viennent quelquefois dans la bouche. Galien a connu ce chemin des larmes aux narines, auxquelles il dit que parvient le goût des collyres ; ensuite Massa, Gabriel & Zerbit. L'air retenu dans la bouche, la fumée de tabac, le sang même peuvent aussi passer de la cavité du nez dans les points lacrymaux.

L'observation que M. Petit a faite sur un paon, (Mém. de l'Acad. 1735.) a été quelquefois faite dans l'homme. Plempius dit d'après Spigel qu'une eau versée dans les yeux vuida le ventre. Les Chinois font passer un fil par un point lacrymal dans les narines, & ils le remuent de tous les sens pour se faire pleurer. Haller, Comment. Boerhaav. (L)

NASAL, terme de Blason. Il se dit de la partie supérieure d'ouverture d'un casque ou d'un heaume, qui tomboit sur le nez du chevalier lorsqu'il le baissoit, du latin nasus, nez.


NASAMMONITE(Hist. nat.) nom donné par les anciens Naturalistes à des pierres qui selon Pline, étoient d'un rouge de sang, remplies de veines noires : on ne sait si c'étoit jaspe ou agate. (-)


NASAMONES(Géog. anc.) peuples d'Afrique qui habitoient la Syrte, selon Hérodote, l. II. c. xxxij. qui a décrit fort au long leurs moeurs & leurs usages. Il dit, entr'autres particularités, que ces peuples prenoient plusieurs femmes ; mais que la premiere nuit des noces, la femme qu'ils épousoient s'abandonnoit à tous les convives qui, après avoir obtenu ses faveurs, lui faisoient chacun un présent. Ptolémée, l. IV. c. v. place ces peuples dans la partie septentrionale de la Marmarique. Pline leur donne la même position, & dit que les Nasamones avoient été nommés Mesammones par les Grecs, parce qu'ils étoient situés au milieu des sables. (D.J.)


NASARDS. m. terme d'Organiste, est un jeu fait de plomb, & en forme de fuseau par le haut, comme la fig. 38. Pl. d'orgue, le représente. Il sonne la quinte au-dessus du prestant ou 4e pié. Voyez la table du rapport & de l'étendue des jeux de l'orgue, & l'article ORGUE, où la facture de ce jeu est expliquée.

Dans quelques orgues, le nasard n'est point en fuseau ; dans ce cas, les basses sont à cheminées, & les dessus ouverts.

NASARD, GROS, terme d'Organiste. Ce jeu ne differe du nasard (Voyez NASARD, & la fig. 36. Pl. d'orgue) qu'en ce qu'il sonne l'octave au-dessous & la quarte au-dessous du prestant. Voyez la table du rapport & de l'étendue des jeux de l'orgue.


NASCARO(Géog.) riviere d'Italie au royaume de Naples, dans la Calabre ultérieure. Les anciens l'appelloient Cirus. Elle a sa source dans l'Apennin, & son embouchure dans le golfe Squilaci. (D.J.)


NASCI(Géog. anc.) peuples de la Sarmatie européenne, selon Ptolémée, l. III. c. iv. qui les met au voisinage des monts Riphées, auprès des Acibi. (D.J.)


NASEAUXterme de Maréchal. On appelle ainsi les ouvertures du nez du cheval.


NASIS. m. (Hist. anc. & mod.) c'est-à-dire en hébreu prince, qui se trouve souvent dans les livres des Juifs. On le donnoit autrefois au souverain juge & grand président de leur sanhedrin. Les Juifs modernes ont encore retenu ce titre, & leurs rabbins qui s'imaginent être les princes & les chefs de ce peuple dispersé, s'attribuent cette autorité comme une marque de leur prétendue autorité. (G)


NASIBINE(Géog.) ville de Perse dans le Kurdistan. Elle est située à 76. 30. de long. sous les 37. de lat.


NASIUM(Géog. anc.) ancienne ville ou forteresse des Gaules chez les Leuci, sur la riviere d'Orne entre Andelot & Toul. Comme il se trouve encore aujourd'hui sur l'Orne, en allant de Langres à Toul, & passant par Andelot, deux villages ; l'un nommé le petit Nancy, & le second le grand Nancy, il paroît que l'un ou l'autre doivent être le Nasium des anciens, puisqu'ils en conservent le nom & la situation. En conséquence ceux qui veulent que Nasium soit le village de Nas dans le duché de Bar, à 12 milles de Nancy, ne sont pas fondés. Voyez Hadr. Valesii Not. gall. p. 371. (D.J.)


NASO-PALATINconduits naso-palatins, en Anatomie, est la même chose que les conduits incisifs. Voyez CONDUIT & INCISIF.


NASQUou NESQUE, (Géog.) riviere de France en Provence. Elle prend sa source dans les omergues de Forcalquier, au diocèse de Sisteron, & finit par se joindre à la Sorgue un peu avant que cette derniere riviere se décharge dans le Rhône.


NASR(Mythologie & Hist. anc.) nom d'une divinité des anciens Arabes idolâtres, qui la représentoient sous la forme d'un aigle.


NASSANGI
BACHI
S. m. (Hist. mod.) officier en Turquie, dont la charge est de sceller tous les actes expédiés par le teskeregi-bachi ou premier secrétaire du grand visir, & quelquefois les ordres du sultan.

Le nom de nassangi se donne à tous les officiers du sceau, & celui de nassangi-bachi à leur chef. Il n'est pourtant pas proprement garde des sceaux de l'empire ottoman, puisque c'est le grand visir qui est chargé par le sultan même du sceau impérial, & qui le porte ordinairement dans son sein. Le nassangi-bachi a seulement la fonction de sceller sous les ordres du premier ministre ses dépêches, les délibérations du divan, & les ordonnances ou kat-cherifs du grand-seigneur.

Si cet officier n'est que bacha à deux queues, ou simplement effendi, c'est-à-dire homme de loi, il n'entre point au divan ; il applique seulement son sceau sur de la cire-vierge contenue dans une petite demi-pomme d'or creuse, si l'ordre ou la dépêche s'adresse à des souverains, & sur le papier pour les autres. Il se tient tous les jours de divan dans une petite chambre qui n'en est pas éloignée, où il cachette les dépêches & les sacs d'aspres & de sultanins qui doivent être portés au trésor. S'il est bacha à trois queues, il a entrée & séance au conseil parmi les visirs de banc.

Tous les ordres du grand-seigneur qui émanent de la chancellerie du grand-visir pour les provinces, de même que ceux qui sortent du bureau du defterdar, doivent être lus au nassangi-bachi par son secrétaire qu'on nomme nassangi-kassedar-effendi. Il en tire une copie qu'il remet dans une cassette. Les ordres qui ne s'étendent pas au-delà des murs de Constantinople n'ont pas besoin pour avoir force de loi d'être scellés par cet officier, il suffit qu'ils soient signés du grand-visir.

Le nassangi-bachi doit toujours être auprès de la personne du prince, & ne peut en être éloigné que son emploi ne soit donné à un autre. Lorsque le grand-visir marche à quelque expédition sans le sultan, le nassangi-bachi le fait accompagner par un nassangi-effendi, qui est comme son substitut. Enfin aux ordres émanés immédiatement de sa hautesse, le nassangi-bachi applique lui-même le tura ou l'empreinte du nom du monarque, non pas au bas de la feuille, comme cela se pratique chez les autres nations, mais au haut de la page avant la premiere ligne, comme les Romains en usoient dans leurs lettres. Ce tura est ordinairement un chiffre en lettres arabes formé des lettres du nom du grand-seigneur. Guer. Moeurs des Turcs, tom. II. (G)


NASSARou NAUSARI, (Géog.) petite ville des Indes dans les états du grand-mogol, au royaume de Guzarate, à 6 lieues de la ville de Surate & à 2 de la mer. Long. 89. 55. lat. 21. 5.


NASSAU(Géog.) petite ville d'Allemagne dans le cercle du haut Rhin, capitale d'un comté de même nom, dont les comtes sont souverains.

On voit près de cette ville une montagne sur laquelle est le château de Nassau, d'où est sortie l'illustre maison de ce nom, qui a donné un empereur à l'Allemagne, un roi à l'Angleterre, des stadhouders à la république des Provinces-unies, & des ducs à la Gueldre.

Nassau est sur la riviere de Lohn à 5 lieues S. E. de Coblentz, 8 N. O. de Mayence, 12 S. E. de Bonn. Long. 25. 30. lat. 50. 13. (D.J.)

NASSAU, (Géog.) pays d'Allemagne avec titre de comté ; ce pays renferme plusieurs autres comtés partagés en diverses branches, qui portent les unes le titre de Prince, les autres celui de comte, & qui prennent chacune le nom de leur résidence ; savoir, Siegen, Dillembourg, Schaumbourg, Diets, Hadamar, Verburg & Idstem. La Lohn, le Dill & le Siegen sont les principales rivieres qui arrosent ce pays. Le comté de Nassau est mis au nombre des fiefs libres de l'empire, jouissant de tous les privileges des comtes de l'empire, & particulierement du pouvoir de battre monnoie. La maison de Nassau possede encore aux confins de la Lorraine le comté de Saarbruck & le comté de Saarwerden. (D.J.)


NASSE(Pêche) engin à prendre du poisson. Il est fait d'osier ; ce sont comme deux paniers ronds, pointus par le bout, enfoncés l'un dans l'autre & à ventres renflés comme la cruche. A l'ouverture est une espece de bord de 4 à 5 pouces.

La pêche à la nasse se fait dans les rivieres & à la mer. Il y a plusieurs sortes de nasses, clayes, paniers ou bouteilles de mer. Celles dont on se sert dans l'amirauté de Dieppe pour prendre des congres & des homards, est une espece de panier tel que celui sous lequel on tient la poule avec ses poussins. Sa forme est ronde & un peu applatie, comme on voit dans nos Planches de Pêche. Il y a au milieu de la partie supérieure un petit goulet. On en construit qui sont toutes d'osier : d'autres sont formées de cercles couverts de filets. Aux deux côtés sont deux anses sur lesquelles sont amarrées de lourdes cablieres qui tiennent ferme cet engin que les Pêcheurs placent ordinairement entre deux roches, lieux que les congres & homards fréquentent volontiers. Ils mettent dans ce filet de petits poissons attachés à des ains ; & au défaut de petits poissons, ils se servent de petits morceaux de marne blanche qui trompent le congre & le homard. Le congre & le homard entrent par le goulet & ne peuvent plus sortir.

Pour conserver vivans les homards, & les empêcher de s'entretuer & de se dévorer, on les cheville aux mordans, en fichant une petite cheville plate dans la membrane de la petite serre qui est fléxible. On empêche ainsi le homard de serrer & d'agir.

Il y a deux autres sortes de nasses, d'osier ou de rets : on les voit dans nos Planches. Ces nasses ont deux goulets qui donnent entrée au poisson. Les Pêcheurs en mettent plusieurs sur un cablot d'osier : ils les relevent tous les matins : plus la marée est forte & l'eau trouble, meilleure est la pêche qui se fait deux fois l'année, aux tems des équinoxes. Ces engins sont les mêmes que ceux des rivieres qui ont même nom. Les plus gros prennent le gros poisson ; les plus petits sont pour les anguilles, & les moyens pêchent l'éperlan.

On applique quelquefois une nasse à l'extrêmité du verveux ; des guideaux lui servent d'entonnoirs. On s'y prend ainsi pour arrêter tout le poisson qui se présente sous l'anse d'un pont, ou entre les palis d'un gord.

Les nasses, paniers ou bouteilles en usage dans l'amirauté de Tonques & de Dives, sont comme pour les rivieres. Elles peuvent avoir trois ou quatre piés de long. L'ouverture en est plus ou moins large : elles sont plus grosses vers le milieu ; le goulet est ferme comme le corps. Elles sont faites de tiges d'osier ou de bois. Elles ont du ventre en diminuant jusqu'au bout qui finit en pointe. A l'extrêmité il y a une ouverture fermée d'une grille de bois ou d'un tampon de paille. On les expose l'ouverture vers le flot. Pour cet effet on a deux petits pieux ou piquets qui passent dans deux anses qui sont aux côtés de la nasse qu'ils tiennent saisie, de maniere que la marée ne peut la déranger.

Les pêcheries qu'on nomme dans l'amirauté de Bayonne nasses ou petites écluses sont construites de deux manieres différentes. Les premieres, en équerres ouvertes comme les pans de bois ou buchots ; d'autres, droites & traverses sur le canal ou le bras d'eau sur lequel elles sont placées. Au milieu du courant, on enfonce deux gros pieux distans l'un de l'autre de 8 à 10 piés, arrêtés par une traverse sur laquelle est posé le flet qui cale au moyen des pierres ou du plomb dont le bas est chargé. C'est au milieu de ce rets qu'est mis le cassin, le bertaut ou la tonnelle qu'on tient ouverte comme le verveux par cinq ou six cercles. Les mailles des rets sont assez serrées pour que rien n'échappe, pas même les plus petites anguilles. Le poisson est obligé de tomber dans le bertaut d'où il ne sort plus. Pour cet effet on pratique de côté & d'autre, soit en droite ligne, soit en équerre, des levées formées de pieux & garnies de terrasses, de clayonnages ou de pierres : on les éleve jusqu'à la hauteur la plus grande que les eaux puissent atteindre au tems des lavasses & ravines. On ne pêche de cette maniere qu'en hiver, depuis la S. Martin jusqu'au mois de Mars, & la pêche ne se fait que de nuit. De jour on releve le rets traversant le bertaut. Ces pêcheries sont inutiles en été.


NASSELLEvoyez MERLUS.


NASSIBS. m. (Hist. mod.) nom que les Turcs donnent au destin qui se trouve, selon eux, dans un livre qui a été écrit au ciel & qui contient la bonne ou mauvaise fortune de tous les hommes, qu'ils ne peuvent éviter, quoi qu'ils fassent en quelque maniere que ce soit. De cette créance naît en eux la persuasion d'une prédestination absolue qui les porte à affronter les plus grands périls, parce qu'il n'en arrivera, disent-ils, que ce que porte le nassib ; il faut pourtant observer que cette opinion n'est pas si générale parmi eux qu'ils n'ayent des sectes qui reconnoissent l'existence & le pouvoir du libre arbitre, mais le grand nombre tient pour le destin. Ricaut, de l'emp. turc. (G)


NASTRANDES. m. (Mythol.) c'est ainsi que les anciens Celtes Scandinaves appelloient le second enfer, ou le séjour malheureux qui, après l'embrasement du monde & la consommation de toutes choses, étoit destiné à recevoir les lâches, les parjures & les meurtriers. Voici comme le nastrande ou rivage des morts est décrit dans l'Edda des Islandois. " Il y a un bâtiment vaste & infâme dont la porte est tournée vers le nord ; il n'est construit que de cadavres de serpens, dont toutes les têtes sont tournées vers l'intérieur de la maison, ils y vomissent tant de venin qu'ils forment un long fleuve empoisonné ; c'est dans ce fleuve que flottent les parjures & les meurtriers, & ceux qui cherchent à séduire les femmes d'autrui : d'autres sont déchirés par un loup dévorant ". Il faut distinguer l'enfer, appellé nastrande dont nous parlons, de celui que ces peuples appelloient nifléheim, qui étoit destiné à servir de séjour aux méchans jusqu'à la fin du monde seulement. Voyez NIFLEHEIM, & voyez l'Edda des Islandois, publié par M. Mallet, p. 112.


NASTURCEvoyez CRESSON.

NASTURCE ou CRESSON D'INDE, (Jardinage) on l'appelle encore petite capucine ou capres capucines ; sa tige est longue & rampante : de ses feuilles rondes s'élévent des pédicules rougeâtres, qui soutiennent des fleurs très-odorantes à cinq feuilles jaunes tachetées de rouge. Leur calice d'une seule piece découpée en cinq parties a une longue queue faite en capuchon, & devient, lorsque la fleur est passée, un fruit à trois capsules qui renferment sa graine.

Cette plante se cultive à l'ordinaire dans les jardins, & l'on mange en salade sa fleur confite dans du vinaigre.


NATA(Géogr.) ville de l'Amérique méridionale dans le gouvernement de Panama. Elle est située sur la baie de Parita à 30 lieues de Panama vers l'ouest, dans un terrein fertile, plat & agréable. Long. 299. 10. lat. 8. 20.


NATAGAIS. m. (Mythol.) idole que les Tartares adorent comme le dieu de la terre & de tous les animaux. Il n'y a point de maison où l'on n'en garde avec respect une image accompagnée des figures de sa femme & de ses enfans, comme les anciens païens conservoient leurs lares & leurs pénates ; & au lieu que ceux-ci leur faisoient des libations & des sacrifices, les Tartares, persuadés que Natagai & leurs autres idoles vivent, & ont besoin de nourriture, leur présentent des viandes, & leur frottent la bouche avec la graisse des mets qu'ils servent sur leurs tables. Kircher, de la Chine.


NATALadj. (Gramm.) il se dit du tems ou du lieu de la naissance. Le jour natal ; le pays natal. Dans quelques communautés religieuses, la maison natale est celle où l'on a fait profession. Les anciens ont célébré la naissance des hommes illustres par des jeux appellés natals. Les chrétiens ont eu leurs fêtes natales ; Noël, Pâques, la Pentecôte & la Toussaint. On aime son pays natal ; il est rare qu'on n'y laisse des parens, des amis ou des connoissances : & puis, on n'y peut faire un pas sans y rencontrer des objets intéressant par la mémoire qu'ils nous rappellent de notre tems d'innocence. C'est ici la maison de mon pere ; là je suis né : ici j'ai fait mes premieres études ; là j'ai connu cet homme qui me fut si cher : ici cette femme qui alluma mes premiers desirs : & voilà ce qui forme cette douceur dont Virgile & Ovide se seroient rendu raison s'ils y avoient un peu réfléchi.

NATAL, (Géog.) pays d'Afrique dans la Cafrerie, situé entre le 31. 30. 28. Ses habitans demeurent les uns dans des cavernes ou trous de rochers, les autres dans de petites maisons, qui sont si serrées & si bien couvertes de roseaux ou de branches d'arbres, que les vents & la pluie ne sauroient y pénétrer. Les Hottentots sont leurs voisins au sud.

Le pays Natal est borné au nord par la riviere della Goa qui est navigable ; il est borné à l'est par la mer des Indes ; mais on ne sait pas encore jusqu'où il s'étend à l'ouest. Le quartier qui regarde la mer est un pays de plaines & de forêts. On n'y manque pas d'eau, parce que les montagnes fournissent une quantité de petits ruisseaux qui se joignent ensemble, & forment la riviere de Natal. Les savanes y sont couvertes d'herbes fort épaisses.

Entre les animaux terrestres, on y voit des tigres, des éléphans, des bufles, des boeufs, des vaches montagnardes & des bêtes fauves. Les éléphans y fourmillent. La volaille y abonde en canards sauvages & domestiques, sarcelles, coqs, poules, outre une infinité d'oiseaux qui nous sont inconnus. La mer & les rivieres sont extrêmement poissonneuses ; mais les habitans ne prennent guere que des tortues.

Les naturels de ce pays sont déja différens des Hottentots ; ils sont beaucoup moins mal-propres & moins laids. Ils sont aussi naturellement plus noirs ; ils ont les cheveux crépus, le visage en ovale, le nez plat de naissance, à ce que dit Kolbe, & les dents blanches ; mais ils ont aussi un peu de goût pour la graisse, car ils portent des bonnets élevés de huit à dix pouces & faits de suif de boeuf. Ils cultivent la terre, y sement une espece de blé-de-turquie dont ils font leur pain.

Les hommes vont presque tous nuds, ainsi que les femmes. Lorsqu'il pleut, ils jettent sur leurs épaules un simple cuir de vache, dont ils se couvrent comme d'un manteau. Ils boivent du lait aigri pour se desaltérer.

Il est permis à chaque homme d'avoir autant de femmes qu'il en peut entretenir ; mais il faut qu'il les achete, puisque c'est la seule marchandise qu'on achete & qu'on vende dans la terre de Natal. On donne des vaches en troc pour des femmes ; desorte que le plus riche est celui qui a le plus de filles ou de soeurs à marier.

Ils demeurent ensemble dans de petits villages composés de familles toutes alliées les unes aux autres. C'est ainsi qu'ils vivent dans l'innocence de la nature en se soumettant volontiers au plus âgé d'entr'eux, lequel les gouverne tous. Voyez de plus grands détails dans les voyages de Dampierre. (D.J.)


NATANGEN(Géograph.) cercle du royaume de Prusse sur le Prégell. Il contient quatre provinces ; le Natangen propre, le Bartenland, la Sudavie & la Galindie. Brandebourg en est la capitale.


NATATIONS. f. (Med. gymnast.) c'est l'action de nager, sorte de mouvement progressif dont est susceptible un grand nombre d'animaux qui s'en servent pour transporter leur corps d'un lieu à un autre sur la surface ou au-travers des eaux sans aucun appui solide, de façon qu'ils se meuvent dans le fluide comme les oiseaux se meuvent & courent dans les espaces de l'air.

Cependant il y a cette différence entre l'action de voler & celle de nager, que pour se soutenir dans les airs, les animaux volatiles ont besoin d'une force très-grande, à cause que leur corps est d'une gravité spécifique beaucoup plus considérable que celle du fluide dans lequel ils ont à se soutenir suspendus ; au lieu que les animaux qui nagent naturellement n'ont point à employer de forces pour se soutenir suspendus dans l'eau ou sur la surface, parce que leur corps est moins pesant qu'un égal volume de ce fluide dont d'ailleurs la consistance leur sert de soutien.

Ce qui le prouve, c'est que si les animaux terrestres, les oiseaux même tombent dans l'eau, & y sont plongés fort avant, ils reviennent d'eux-mêmes sur l'eau comme un morceau de bois ; ils sont, pour ainsi dire, repoussés du fond vers la surface avec une sorte d'effort, comme pour être lancés au-dessus, sans qu'il y ait aucun mouvement tendant à cet effet de la part de l'animal.

Il n'est personne qui étant dans le bain, n'ait éprouvé qu'en étendant horisontalement les piés & les mains, on sent que dès qu'on ne fait pas un continuel effort pour s'appesantir & se fixer au fond du vase, l'eau souleve d'elle-même tout le corps jusqu'à ce qu'il y en ait une partie qui surnage.

Ainsi lorsqu'un animal quadrupede ou volatile est jetté vivant, ou se jette dans l'eau, de quelque maniere que cela se fasse, il revient toujours sur la surface, après avoir plongé plus ou moins avant, en sorte qu'il reparoît bientôt une grande partie de son corps qui surnage ; c'est constamment la partie supérieure, puisque tandis qu'il a le ventre toujours plongé, le dos & la tête restent au-dessus de l'eau, & il conserve l'attitude qui lui est naturelle en marchant, parce que le centre de gravité de l'animal répond au milieu du bas-ventre qui est toujours tourné en bas comme un pendule, & que la poitrine, le dos & la tête sont moins pesans que le reste du corps.

Il n'en est pas de même par rapport à l'homme, attendu qu'il a la tête, tout étant égal, beaucoup plus pesante que celle d'aucun autre animal, parce qu'il a la masse du cerveau d'un beaucoup plus grand volume ; qu'il lui est par conséquent difficile de tenir la tête élevée hors de l'eau ; ce qu'il ne peut faire que par l'action de ses piés & de ses mains, qui en pressant par reprises l'eau de haut en bas, en imitant en quelque sorte l'effet des rames, font faire à son corps incliné, de la tête aux piés, comme des élancemens, des sauts du dedans au dehors de l'eau, qui se répetent avec assez de promptitude pour tenir toujours la tête au-dessus de ce fluide ; ce qui se fait sans aucune peine à l'égard des quadrupedes laissés à eux-mêmes, & sans aucun mouvement de leur part.

C'est ainsi que les poissons se soutiennent, se reposent même & dorment à la surface des eaux, ayant le dos au-dessus & seulement le ventre plongé ; ils ne peuvent s'enfoncer qu'en se rendant plus pesans par la compression de l'air de la vessie qu'ils ont particulierement destinée à cet usage ; voyez POISSON, & les autres animaux ne peuvent aussi plonger que par l'action musculaire des organes avec lesquels ils nagent, ou en s'efforçant de tendre vers le fond de l'eau, ou par le moyen de quelque corps pesant dont ils se saisissent pour ajouter à leur pesanteur naturelle. Voyez PLONGEUR.

Il suit donc de ce qui vient d'être dit de la comparaison des animaux terrestres & des volatiles avec l'homme par rapport à la disposition respective de leur corps dans l'eau, que celle de l'homme s'oppose à ce qu'il puisse nager naturellement, comme le font tous les autres animaux, parce qu'il n'a pas l'avantage comme eux, que par l'effet de la gravité spécifique, les parties nécessaires à la respiration restent hors de l'eau, & empêchent par ce moyen la suffocation qu'il ne peut éviter, à moins qu'il ne sache industrieusement se soutenir la tête hors de l'eau ; ce que les animaux quadrupedes font par la disposition naturelle de leurs parties, sur-tout de leur tête, qui, outre qu'elle est plus légere, est figurée de maniere que par l'allongement, l'élévation du museau, ils ont beaucoup de facilité pour conserver la respiration.

Ainsi l'on voit pourquoi les animaux nagent comme par instinct, au lieu que c'est un art dans l'homme de pouvoir nager ; art qui suppose une adresse qui ne s'acquiert que par l'exercice propre à cet effet, pour apprendre à soutenir hors de l'eau la tête contre son propre poids, & à plier le cou en arriere pour élever le nez & éviter le défaut de respiration, qui arriveroit infailliblement si son corps étoit abandonné à sa disposition naturelle & à son poids, selon les lois de la gravité spécifique, qui tend toujours à ce que la tête ne soit jamais la partie du corps qui surnage.

Ensorte que quelqu'un qui se noie, après avoir d'abord plongé, reparoît ordinairement sur l'eau à plusieurs reprises ; mais rarement montre-t-il alors la tête, à moins que ce ne soit par l'effet des mouvemens de ses bras étendus, qui lui servent dans ce cas comme de balancier, pour se tenir en équilibre avec le poids de l'eau & élever la tête au-dessus de la surface ; mais la force des bras ne pouvant le soutenir long-tems, lorsqu'il n'a pas l'habitude de nager, il retombe par son propre poids & replonge la tête à plusieurs reprises, jusqu'à ce que l'eau ayant pénétré dans la poitrine & rempli les voies de l'air, rend le corps plus pesant, & fait qu'il ne reparoît plus sur l'eau que lorsqu'après avoir resté au fond un certain tems après la mort, la putréfaction qui s'ensuit développe de l'air dans les boyaux, & même dans la substance des parties molles dont la raréfaction augmente le volume du corps, sans augmenter le poids & le rend plus léger qu'un égal volume d'eau ; d'où résulte que le cadavre est soulevé & paroît surnager. Voyez NOYE.

Ce n'est donc pas, selon le préjugé assez généralement reçu, la crainte de se noyer, qui fait que l'homme ne nage pas naturellement, comme les quadrupedes, mais le défaut de disposition dans les parties & dans la figure de son corps, puisque l'on voit des enfans & des imbécilles se jetter hardiment dans l'eau, qui ne laissent pas d'y périr faute de nager, & par conséquent par le seul défaut de disposition à se soutenir dans l'eau comme les animaux, sans y être exposés à la suffocation. Extrait de Borelli de motu animalium, part. I. cap. xxiij.

Quoiqu'on trouve peu dans les ouvrages de Médecine tant anciens que modernes, que l'action de nager soit mise au nombre des exercices utiles à la santé ; cependant il paroît qu'elle peut y tenir un rang distingué par les bons effets qu'elle peut produire, étant employée avec les ménagemens, les précautions convenables. En effet, il paroît hors de doute que, outre l'action musculaire dans presque toutes les parties du corps, à laquelle donne lieu cette espece d'exercice, comme bien d'autres, l'application de l'eau froide, dans laquelle on nage, contribue, non seulement par son poids sur la surface du corps, mais encore par sa qualité froide, qui ne cesse d'être telle, attendu le changement continuel qui se fait des surfaces du fluide ambiant, par une suite de la progression qu'opere l'action de nager, à condenser, à fortifier les fibres, à augmenter leur élasticité, & à rendre plus efficace leur action sur les fluides, dont il empêche aussi la dissolution & la trop grande dissipation en diminuant la transpiration, selon Sanctorius, Static. medic. sect. II. aphor. xiv. ce qui ne peut qu'être d'un grand avantage dans l'été, où les grandes chaleurs produisent un relâchement général dans les solides, & causent un grand abattement de forces ; voyez CHALEUR ANIMALE, pourvu que la natation ne succede pas à un exercice violent, comme le fait observer cet auteur.

D'où s'ensuit que l'action de nager dans un fleuve ou dans tout autre amas d'eau froide, bien pure, peut joindre le bon effet de l'exercice à celui du bain froid pourvu que cette action ne soit pas excessive, & qu'elle soit suivie des soins, des ménagemens que l'on doit avoir, après cette sorte de bain. Voyez BAIN FROID, oecon. anim. Voyez aussi la dissertation de M. Raymond médecin à Marseille, sur le bain aqueux simple, qui a remporté le prix de l'académie de Dijon en 1755.

On observera ici, en finissant, qu'il ne faut pas confondre la natation, qui est l'action de nager, avec une sorte de natation, qui dans le sens des anciens, étoit une maniere de se baigner dans un vase beaucoup plus grand que les baignoires ordinaires : c'est ce qui est désigné par les grecs sous le nom de , qui est aussi rendu en latin par le mot de natatio, selon qu'on le trouve dans les oeuvres de Galien, lib. II. de tem. cap. ij. où cette sorte de vase est encore appellée dexamene. Voyez Gorrh. pag. 101.


NATCHEZ(Géogr.) peuple de l'Amérique septentrionale dans la Louisiane, sur le bord oriental du Mississipi, & à environ 80 lieues de l'embouchure de ce fleuve.

Si l'on croit les relations, le gouvernement de ces peuples sauvages est despotique. Leur chef dispose des biens de tous ses sujets, & les fait travailler à sa fantaisie ; ils ne peuvent lui refuser leur tête ; il est comme le grand seigneur ; lorsque l'héritier présomptif vient à naître, on lui donne tous les enfans à la mammelle pour le servir pendant sa vie ; vous diriez que c'est le grand Sésostris. Ce chef est traité dans sa cabane avec les cérémonies qu'on feroit à un empereur du Japon ou de la Chine. Les préjugés de la superstition, dit l'auteur de l'esprit des lois, sont supérieurs à tous les autres préjugés, & ses raisons à toutes les autres raisons. Ainsi, quoique les peuples sauvages ne connoissent pas naturellement le despotisme, ce peuple-ci le connoît : ils adorent le soleil, & si leur chef n'avoit pas imaginé qu'il étoit le frere du soleil, ils n'auroient trouvé en lui qu'un misérable comme eux.

Lorsqu'un de ces sauvages meurt, ses parens viennent pleurer sa mort pendant un jour entier : ensuite on le couvre de ses plus beaux habits, c'est-à-dire, qu'on lui peint les cheveux & le visage, & qu'on l'orne de ses plumages ; après quoi on le porte dans la fosse qui lui est préparée, en mettant à ses côtés une chaudiere & quelques vivres. Ses parens vont, dès la pointe du jour, pleurer sur sa fosse, plus ou moins long-tems, suivant le degré de parenté. Leur deuil consiste à ne pas se peindre le corps, & à ne pas se trouver aux assemblées de réjouissance.

Le P. de Charlevoix qui vit leur temple du soleil en 1721, dit que c'étoit une espece de cabane longue, avec un toit couvert de feuilles de latanier. Au milieu de ce temple il y avoit sur le sol qui étoit de simple terre, trois buches disposées en triangle, & qui brûloient par les bouts qui se touchoient, ce qui remplissoit de fumée le temple, où il n'y avoit point de fenêtres.

En 1630, les François firent la guerre aux Natchez, en tuerent un grand nombre, & les disperserent tellement, qu'ils ne font plus un corps de nation. Ils raserent ensuite leurs villages & leur temple du soleil. (D.J.)


NATEL(Géog.) ville de Perse, située, selon Tavernier, à 77d. 40'. de long. sous les 36d. 7'. de latit.


NATEMBÈS(Géogr. anc.) peuple de la Libye intérieure ; il étoit, selon Pline, liv. IV. ch. vj. plus au nord que la montagne Usargala.


NATHINÉENSS. m. pl. (Théolog.) ce mot vient de l'hébreu nathan, qui signifie donner. Les Nathinéens ou Néthinéens étoient des serviteurs qui avoient été donnés & voués au service du tabernacle & du temple chez les Juifs pour les emplois les plus pénibles & les plus bas, comme de porter le bois & l'eau.

On donna d'abord les Gabaonites pour remplir ces fonctions, Josué ix. 27. Dans la suite, on assujettit aux mêmes charges ceux des Chananéens qui se rendirent, & auxquels on accorda la vie. On lit dans Esdras, c. viij. que les Nathinéens étoient des esclaves voués par David & par les princes pour le ministere du temple, & ailleurs, qu'ils étoient des esclaves donnés par Salomon. En effet, on voit dans les livres des rois, que ce prince avoit assujetti les restes des Chananéens, & les avoit contraints à diverses servitudes, & il y a toute apparence qu'il en donna un nombre aux prêtres & aux lévites, pour leur servir dans le temple. Les Nathinéens furent emmenés en captivité avec la tribu de Juda, & il y en avoit un grand nombre vers les portes caspiennes d'où Esdras en ramena quelques-uns au retour de la captivité ; ils demeurerent dans les villes qui leur furent assignées ; il y en eut aussi dans Jérusalem qui occuperent le quartier d'Ophel. Le nombre de ceux qui revinrent avec Esdras & Nehemie ne se montant à guere plus de 600, & ne suffisant pas pour remplir les charges qui leur étoient imposées, on institua dans la suite une fête nommée xilophorie, dans laquelle le peuple portoit en solemnité du bois au temple pour l'entretien du feu de l'autel des holocaustes. Voyez XILOPHORIE. Calmet, diction. de la bible.


NATIFadj. (Gram.) terme relatif au lieu où l'on a pris naissance. Il se dit de la personne : je suis natif de Langres, petite ville du Bassigny, dévastée en cette année (1760) par une maladie épidémique, qui dure depuis quatre mois, & qui m'a emporté trente parens. On distingue natif de né, en ce que natif suppose domicile fixe des parens, au lieu que né suppose seulement naissance. Celui qui naît dans un endroit par accident, est né dans cet endroit ; celui qui naît, parce que son pere & sa mere y ont leur séjour, en est natif. J. C. est natif de Nazareth, & né à Bethléem.

NATIF, (Hist. nat. Minéral.) dans l'histoire naturelle du regne minéral, on appelle natif un métal ou un demi-métal qui se trouve dans le sein de la terre sous la forme qui lui est propre, sans être minéralisé, c'est-à-dire, sans être combiné ni avec du souffre, ni avec de l'arsenic, du moins en assez grande quantité pour qu'on puisse le méconnoître. L'or se trouve toujours natif ; on rencontre aussi de l'argent, du cuivre, du fer, du mercure, du régule d'antimoine, du bismuth, de l'arsenic, natifs ; quant au plomb & à l'étain, on ne les a point encore trouvés natifs. On voit que natif est dans ce sens un synonyme de vierge, on dit de l'argent vierge ou de l'argent natif, &c. (-)


NATIOS. f. (Mythol.) déesse qui dans l'opinion vulgaire, présidoit à l'accouchement, à la naissance. Elle avoit un temple dans le territoire d'Ardée. Si cette Natio est déesse, dit un des interlocuteurs de Cicéron, la Pudeur, la Foi, l'Esprit, la Concorde, l'Espérance, & Moneta, seront aussi des déesses : or tout cela n'est pas probable. (D.J.)


NATIONS. f. (Hist. mod.) mot collectif dont on fait usage pour exprimer une quantité considérable de peuple, qui habite une certaine étendue de pays ; renfermée dans de certaines limites, & qui obéit au même gouvernement.

Chaque nation a son caractere particulier : c'est une espece de proverbe que de dire, leger comme un françois, jaloux comme un italien, grave comme un espagnol, méchant comme un anglois, fier comme un écossois, ivrogne comme un allemand, paresseux comme un irlandois, fourbe comme un grec, &c. Voyez CARACTERE.

Le mot de nation est aussi en usage dans quelques universités pour distinguer les supôts ou membres qui les composent, selon les divers pays d'où ils sont originaires. Voyez UNIVERSITE.

La faculté de Paris est composée de quatre nations ; savoir, celle de France, celle de Picardie, celle de Normandie, celle d'Allemagne : chacune de ces nations, excepté celle de Normandie, est encore divisée en tribus, & chaque tribu a son doyen, son censeur, son procureur, son questeur & ses appariteurs ou massiers.

La nation d'Allemagne comprend toutes les nations étrangeres, l'Angloise, l'Italienne, &c.

Les titres qu'elles prennent dans leurs assemblées, actes, affiches, &c. sont pour la nation de France, honoranda Gallorum natio, pour celle de Picardie, fidelissima Picardorum natio ; on désigne celle de Normandie par veneranda Normanorum natio ; & celle d'Allemagne, par constantissima Germanorum natio. Chacune a ses statuts particuliers pour regler les élections, les honoraires, les rangs, en un mot tout ce qui concerne la police de leur corps. Ils sont homologués en parlement, & ont force de loi.

Synode national. Voyez les articles SYNODE & CONCILE.


NATISO(Géog. anc.) fleuve des Vénetes, selon Pline, liv. III. ch. xviij. qui dit qu'il passoit auprès d'Aquileia Colonia. LÉander le nomme Natisone ; il prend sa source dans les Alpes, & finit par se rendre dans la Lisonze au dessous de Gradisca. Il est vrai que les anciens nous font entendre que le Natiso se jettoit dans la mer ; mais alors ils donnoient le nom de Natiso à la Lisonze, avec laquelle il se joint. (D.J.)


NATIVITÉ(Théol.) nativitas, natalis dies, natalitium, expressions qui sont principalement d'usage en style de calendrier ecclésiastique, & quand on parle des saints, comme la nativité de la sainte Vierge, la nativité de saint Jean-Baptiste, &c quand on dit simplement la nativité, on entend le jour de la naissance de Notre Seigneur, ou la fête de Noel. Voyez FETE & NOEL.

On croit communément que c'est le pape Thelesphore qui a ordonné que la fête de la nativité se célebreroit le 25 Décembre. Jean, archevêque de Nice, dans une lettre sur la nativité de J. C. rapporte qu'à la priere de S. Cyrille de Jerusalem le pape Jules I. fit faire des recherches très-exactes sur le jour de la nativité de N. S. & qu'ayant trouvé qu'elle étoit arrivée le 25 de Décembre, on commença dèslors à célebrer cette fête ce jour-là. Voyez INCARNATION.

Les mots natalis dies, natalitium, étoient autrefois usités parmi les Romains pour signifier la fête que l'on célebroit le jour de l'anniversaire de la naissance d'un empereur ; depuis ce tems on les a étendus peu-à-peu à signifier toutes sortes de fêtes ; c'est pourquoi l'on trouve dans les fastes des anciens, natalis solis pour la fête du soleil. Voyez FETE.

Quelques auteurs pensent que les premiers chrétiens trouvant ces expressions consacrées par l'usage pour signifier une fête, les employerent aussi dans le même sens ; & que c'est pour cela qu'on trouve dans les anciens martyrologes, natalis calicis, pour dire le jeudi-saint, ou la fête de l'institution de l'eucharistie ; natalis cathedrae, pour la fête de la chaire de S. Pierre ; natalis ou natalitium ecclesiae N, pour la fête de la dédicace de telle ou telle église. Mais outre qu'on n'a pas des preuves bien certaines de cette opinion, il est probable que comme la naissance, natalitium, se prend communément pour le commencement de la vie de l'homme, les chrétiens employerent le même terme par analogie pour exprimer l'anniversaire du commencement ou de l'institution de telle ou telle céremonie religieuse.

NATIVITE DE LA SAINTE VIERGE, fête que l'église romaine célebre tous les ans en l'honneur de la naissance de la vierge Marie, mere du Sauveur, le 8 Septembre. Cette fête n'est pas à beaucoup près si ancienne que celle de la nativité de J. C. & de S. Jean. Le pape Sergius I. qui fut élevé sur le saint siege en 687, est le premier qui ait mis la nativité au nombre des fêtes de la sainte Vierge ; car le natalitium de la bien-heureuse Vierge Marie, que l'on célebroit auparavant en hiver, étoit la fête de son assomption. On trouve depuis la fête de la vierge Marie, au 7 de Septembre, dans les martyrologes, & dans le sacrementaire de saint Grégoire. Elle n'a été établie en France que sous le regne de Louis le Debonnaire ; & elle a été depuis insérée dans les martyrologes de Florus, d'Adon & d'Usuard. Gauthier, évêque d'Orléans, l'introduisit dans son diocese, & Paschase Ratbert en parle dans son livre de la virginité de Marie. Ainsi, ceux qui disent qu'elle n'a été établie que dans le neuvieme siecle, se sont trompés. Cependant cette fête n'a été chomée en France & en Allemagne que dans le x. siecle. Mais saint Fulbert l'établit à Chartres dès le ix. Les Grecs & les Orientaux n'ont commencé à la célebrer que dans le xij. siecle ; mais ils le font avec beaucoup de solemnité. Baillet, vie des Saints.

NATIVITE DE S. JEAN BAPTISTE, fête que l'église romaine célebre tous les ans en mémoire de la naissance de S. Jean, fils de Zacharie & de sainte Elisabeth, & précurseur de Jesus-Christ, le 24 de Juin, avec office solemnel & octave. Voyez OCTAVE.

L'institution de cette fête est très-ancienne dans l'église. Elle étoit déja établie au 24 de Juin du tems de S. Augustin, qui a fait sept sermons pour cette solemnité. Le concile d'Agde, tenu en 506, la met au rang des fêtes les plus célebres. Il a été un tems qu'on y célebroit trois messes, comme on fait encore à Noël. On a aussi autrefois célebré la fête de la conception de saint Jean-Baptiste au 24 de Septembre.

C'est la coutume en France, la veille de cette fête, dans toutes les paroisses, que le clergé aille processionnellement allumer un feu en signe de réjouissance ; on dit même que les Musulmans ont la mémoire de S. Jean en telle vénération, qu'ils la célebrent aussi par diverses marques de joie.

NATIVITE, nativitas, chez les anciens Jurisconsultes signifie quelquefois villenage, c'est-à-dire esclavage ou servitude. Voyez VILLENAGE. (G)

NATIVITE en Astrologie, c'est le thème ou la figure des cieux, & principalement des douze maisons célestes au moment de la naissance de quelqu'un. On l'appelle autrement horoscope. Voyez HOROSCOPE.

Tirer l'horoscope de quelqu'un, c'est-à-dire, chercher par le calcul le tems qu'il avoit à vivre, étoit autrefois en Angleterre un crime qu'on punissoit du même supplice que le crime de félonie, comme il paroît par les statuts de la 25 année de la reine Elisabeth, ch. ij.


NATOLIou ANATOLIE, (Géog. anc.) on l'appelloit anciennement l'Asie-mineure, grande presqu'île qui s'avance entre la mer Méditerranée & la mer noire, jusqu'à l'Archipel & la mer de Marmara. Les Turcs l'appellent Anatol-Vilaïcte. On la divisoit autrefois en plusieurs royaumes ou provinces ; on mettoit la Cappadoce, la Galatie, la Lycaonie & la Pisidie vers le milieu : la Bithynie, la Paphlagonie & le royaume de Pont vers la mer noire ; l'Arménie-mineure à l'occident de l'Euphrate ; la Cilicie, la Pamphylie, la Carbalie, l'Isaurie & la Lycie, vers la mer Méditerranée ; la Carie, la Doride, la Lydie, l'Ionie, l'Aeolide, la grande & petite Phrygie, la grande & petite Mysie & la Troade sur l'Archipel. Tous ces royaumes & provinces se divisoient encore en plusieurs autres ; aujourd'hui c'est la Natolie, divisée en quatre principales parties, dont la plus occidentale & la plus grande est encore appellée du même nom, voyez NATOLIE PROPRE. Les trois autres sont la Caramanie, l'Amasie & l'Aladulie.

Ses principales rivieres sont Zagarie & Casalmach, qui se jettent dans la mer Noire ; Kara ou la riviere Noire, qui se décharge dans l'Euphrate ; Satalie qui a son embouchure dans la mer Méditerranée ; Madre & Sarabat qui se rend dans l'Archipel. (D.J.)


NATOLIE
PROPRE
(Géog.) contrée de la Turquie en Asie. Elle occupe presque la moitié de la presqu'île, s'étendant depuis la riviere de Casalmach sur la mer Noire, sur la mer Marmara, sur l'Archipel & sur la Méditerranée, jusqu'à la côte qui est entre l'île de Rhodes & le Xante. La ville de Chiutaye, située sur le fleuve Ayala, est la capitale de cette province, & le siége d'un béglierbey. On compte dans son gouvernement 336 ziamets, & 1136 timars. (D.J.)


NATRUMNATRON ou NATÈR, s. m. (Hist. nat. Minéralog.) c'est un sel alkali fixe, tout formé par la nature, qui se trouve ou dans le sein de la terre, ou qui se montre à sa surface ; c'est sur-tout en Egypte, en Syrie, dans l'Assyrie, dans l'Asie-mineure & dans les Indes orientales, que l'on rencontre le natrum. Les voyageurs nous apprennent qu'en Egypte sur-tout, il s'en trouve un amas immense dans un endroit que l'on appelle la mer séche, l'on en tire tous les ans une quantité prodigieuse qui se débite dans tout le levant ; on s'en sert pour faire du savon, & pour blanchir le linge. C'est un sel de cette espece que l'on trouve encore abondamment aux environs de Smyrne, où on l'emploie à faire du savon. Voyez SMYRNE terre de.

Le natrum tel qu'il se trouve dans la terre, est ordinairement d'un blanc rougeâtre & en masses informes ; il est mêlé de particules terreuses & d'une portion plus ou moins grande de vrai sel marin. Quelquefois on le trouve sous la forme d'une poudre blanche, qui se montre à la surface de la terre ; quelquefois il forme une espece de croûte feuilletée & friable. Ce sel est légerement caustique sur la langue, il fait effervescence avec tous les acides, comme les sels alkalis tirés des végétaux ; il fait du savon avec les huiles, & mêlé avec du sable, il entre en fusion & fait du verre, d'où l'on voit que ce sel a tous les caracteres des sels alkalis fixes, tirés des cendres des végétaux. Cependant il en differe à d'autres égards ; quand il a été purifié par la dissolution, l'évaporation & la crystallisation, il forme des crystaux en paralélépipédes quadrangulaires oblongs, applatis par les extrêmités ; cette figure peut venir du sel marin avec qui il est très-communément mêlé. Un autre phénomene singulier du natrum, c'est que lorsqu'il est sous une forme seche & concrete, il fait une effervescence très-forte avec tous les acides, au lieu qu'il n'en fait aucune même avec les acides les plus concentrés, lorsqu'il a été mis parfaitement en dissolution dans l'eau, & lorsque la dissolution est devenue claire.

Quelques auteurs disent, que le natrum contient une portion d'alkali volatil, cela peut venir des végétaux pourris dont quelques particules se joignent à lui accidentellement, mais l'alkali volatil ne doit point être regardé comme faisant une des parties constituantes de ce sel.

M. Rouelle ayant reçu des échantillons du natrum d'Egypte, a eu occasion d'en faire l'examen. Il a trouvé qu'il y en a de deux especes, l'un est le plus parfait & le plus pur, c'est un alkali fixe que ce savant chimiste regarde comme précisément de la même nature que le sel de soude, qui lui-même est l'alkali qui sert de base au sel marin, voyez SOUDE. Le natrum de la seconde espece est mêlé de sel marin & de sel de Glauber ; & par conséquent est un alkali fixe impur. Suivant Hérodote, les anciens Egyptiens se servoient de natrum dans leurs embaumemens, ils y laissoient séjourner les corps morts pendant long-tems, afin de les dessécher avant que de les embaumer. Voyez les mémoires de l'académie des Sciences année 1750.

Le natrum ou sel alkali minéral dont nous parlons, differe des autres sels alkalis fixes, tirés des cendres des végétaux, par les mêmes côtés que la soude ; combiné avec l'acide vitriolique il fait du vrai sel de Glauber ; il se dissout plus facilement dans l'eau que les autres alkalis fixes ; il n'attire point l'humidité de l'air comme eux, & il est beaucoup moins caustique. Voyez SOUDE.

Il paroît indubitable que le natrum qui vient d'être décrit, est le sel que Dioscoride, Pline & les anciens connoissoient sous le nom de nitrum. La description qu'ils en donnent ne convient nullement au sel que nous appellons nitre aujourd'hui, & ses propriétés annoncent un vrai alkali fixe. L'Ecriture-Sainte sert à prouver cette vérité ; Salomon compare la gaieté d'un homme triste à l'action du nitre avec le vinaigre : & Jérémie dit, que quand le pécheur se laveroit avec du nitre, il ne seroit point purifié de ses souillures. On voit que ces effets ne peuvent s'appliquer qu'à un sel alkali fixe, & non à un sel neutre, connu des modernes sous le nom de nitre. Voyez NITRE.

Ce qui vient d'être dit dans cet article suffit pour faire connoître la nature du natrum, & pour faire sentir le peu de fondement de ce que des voyageurs peu instruits nous ont rapporté de sa formation. Quelques-uns ont voulu nous persuader que ce sel étoit produit par une rosée qui causoit une espece de fermentation & de gonflement dans la terre & qui en faisoit sortir le natrum ; on sentira aussi l'erreur dans laquelle sont tombés plusieurs Naturalistes modernes, qui ont pris pour du natrum du vrai sel marin ou sel gemme, & d'autres sels qu'ils ont trouvé dans quelques fontaines & dans quelques terreins. La description qui vient d'être donnée suffira pour faire reconnoître le vrai natrum partout où on en pourra trouver.

Quant à la formation de ce sel, on pourroit conjecturer avec assez de vraisemblance, qu'il doit son origine au sel marin dont le terrein de l'Egypte est sur-tout rempli, la chaleur du climat a pû dégager une portion de l'acide de ce sel ; ensorte qu'il ne reste plus que sa base alkaline, qui est encore mêlée d'une partie de sel marin qui n'a point été décomposée. (-)


NATTAterme de Chirurgie, excroissance charnue ou grosse tumeur, qui vient en différentes parties du corps ; on dit aussi nasa, nasda & napta.

Blancard la définit, une grosse tumeur mollasse, sans douleur & sans couleur, qui vient le plus ordinairement au dos, & quelquefois aux épaules & en plusieurs autres parties. La racine du natta est fort petite, cependant il augmente quelquefois si prodigieusement qu'il égale la grosseur d'un melon ou d'une gourde, il se forme souvent des nattes au col qui ressemblent à des taupes. Voyez TAUPES. Cette tumeur est de l'espece des enkistées.

Bartholin dit qu'une dame se fit mordre un natta qui commençoit, & qu'elle en fut guérie par ce moyen. Voyez LOUPE.


NATTES. f. (Ouvrage de Nattier) espece de tissu fait de paille, de jonc, de roseau ou de quelques autres plantes, écorces, ou semblables productions faciles à se plier & à s'entrelacer.

Les nattes de paille sont composées de divers cordons, de diverses branches, ordinairement de trois. On met aux branches depuis quatre brins jusqu'à douze, & plus suivant l'épaisseur qu'on veut donner à la natte ou l'usage auquel elle est destinée.

Chaque cordon se natte, ou comme on dit en terme de nattiers, se trace séparément & se travaille au clou. On appelle travailler au clou, attacher la tête de chaque cordon à un clou à crochet, enfoncé dans la barre d'en-haut d'un fort treteau de bois qui est le principal instrument dont se servent ces ouvriers. Il y a trois clous à chaque treteau pour occuper autant de compagnons, qui à mesure qu'ils avancent la trace, remontent leur cordon sur le clou, & jettent par-dessus le treteau la partie qui est nattée ; lorsqu'un cordon est fini, on le met sécher à la gaule avant de l'ourdir à la tringle.

Pour joindre ces cordons & en faire une natte, on les coud l'un à l'autre avec une grosse aiguille de fer longue de dix à douze pouces. La ficelle dont on se sert est menue, & pour la distinguer des autres ficelles que font & vendent les cordiers, se nomme ficelle à natte.

Deux grosses tringles longues à volonté & qu'on éloigne plus ou moins, suivant l'ouvrage, servent à cette couture, qui se fait en attachant alternativement le cordon au clou à crochet, dont ces tringles sont comme hérissées d'un côté, à un pouce ou dixhuit lignes de distance. On appelle cette façon, ourdir ou bâtir à la tringle.

La paille dont on fait ces sortes de nattes, doit être longue & fraîche ; on la mouille, & ensuite on la bat sur une pierre avec un pesant maillet de bois à long manche, pour l'écraser & l'applatir.

La natte de paille se vend au pié ou à la toise quarrée plus ou moins, suivant la récolte des blés. Elle sert à couvrir les murailles & les planchers des maisons ; on en fait aussi des chaises & des paillassons, &c.

Les nattes de palmiers servent à faire les grands & les petits cabats, dans lesquels s'emballent plusieurs sortes de marchandises.

NATTE, TRACER LA, terme de Nattier en paille, c'est en faire les cordons au clou, c'est-à-dire passer alternativement les unes sur les autres les trois branches de pailles dont le cordon est composé.


NATTERNATTER


NATTESen Anatomie, est un terme dont on se sert pour exprimer deux protuberances circulaires de la substance du cerveau, qui sont situées derriere la moëlle allongée proche le cervelet. Voyez CERVEAU & MOELLE. (L)


NATTIERS. m. (Corps d'artisans) ouvrier qui fait des nattes. Le peu d'outils & d'instrumens qui suffisent aux Nattiers en paille, sont la pierre & le maillet pour battre leur paille après qu'elle a été mouillée, afin de la rendre plus pliante & moins cassante ; le treteau avec ses clous pour tracer la natte, c'est-à-dire pour en faire les cordons ; les tringles aussi avec leurs clous pour bâtir & ourdir les cordons, & l'aiguille pour les coudre & les joindre.


NATURALISATIONS. f. (Jurisprudence) est l'acte par lequel un étranger est naturalisé, c'est-à-dire qu'au moyen de cet acte, il est réputé & considéré de même que s'il étoit naturel du pays, & qu'il jouit de tous les mêmes privileges ; ce droit s'acquiert par des lettres de naturalité. Voyez ci-après NATURALITE.

NATURALISATION, (Hist. d'Anglet.) acte du parlement qui donne à un étranger, après un certain séjour en Angleterre, les privileges & les droits des naturels du pays.

Comme cet acte coûte une somme considérable que plusieurs étrangers ne seroient pas en état de payer, on agite depuis long-tems dans la Grande-Bretagne la question importante, s'il seroit avantageux ou desavantageux à la nation, de passer un acte en parlement qui naturalisât généralement tous les étrangers, c'est-à-dire qui exemptât des formalités & de la dépense d'un bil particulier, ou de lettres-patentes de naturalisation, tout étranger qui viendroit s'établir dans le pays, & les protestans par préférence.

Les personnes qui sont pour la négative craignent que cette naturalisation générale n'attirât d'un côté en Angleterre un grand nombre d'étrangers, qui par leur commerce ou leur industrie, ôteroient les moyens de subsister aux propres citoyens, & de l'autre côté quantité de pauvres familles qui seroient à charge à l'état, au-lieu de lui être utiles.

Les personnes qui tiennent pour l'affirmative (& ce sont les gens les plus éclairés de la nation) répondent, 1°. que de nouveaux sujets industrieux acquis à l'Angleterre, loin de lui être à charge, augmenteroient ses richesses, en lui apportant de nouvelles connoissances, de manufacture ou de commerce, & en ajoûtant leur industrie à celle de la nation. 2°. Qu'il est vraisemblable que parmi les étrangers ceux-là principalement viendroient profiter du bienfait de la loi, qui auroient déjà dans leur fortune ou dans leur industrie des moyens de subsister. 3°. Que quand même dix ou vingt mille autres étrangers pauvres, qu'on naturaliseroit, ne retireroient de leur travail que la dépense de leur consommation sans aucun profit, l'état en seroit toujours plus fort de douze ou vingt mille hommes. 4°. Que le produit des taxes sur la consommation en augmenteroit, en diminution des autres charges de l'état, qui n'augmenteroient aucunement par ces nouveaux habitans. 5°. Que l'Angleterre peut aisément nourrir une moitié en sus de sa population actuelle, si l'on en juge par ses exportations de blé, & l'étendue de ses terres incultes ; que ce royaume est un des plus propres de l'Europe à une grande population par sa fertilité, & par la facilité des communications entre ses différentes provinces, au moyen des trajets de terre ou de mer assez courts qui les produisent. 6°. Que les avantages immenses de la population justifient la nécessité d'inviter les étrangers à venir l'augmenter.

Enfin, on cite aux Anglois jaloux, ou trop réservés sur la naturalisation des étrangers, ce beau passage de Tacite, liv. XII. de ses Annales : " Nous repentons-nous d'avoir été chercher les familles des Balbes en Espagne, & d'autres non moins illustres dans la Gaule narbonnoise ? leur postérité fleurit encore parmi nous, & ne nous cede en rien dans leur amour pour la patrie. Qu'est-ce qui a causé la ruine de Sparte & d'Athènes qui étoient si florissantes, que d'avoir fermé l'entrée de leur république aux peuples qu'ils avoient vaincus ? Romulus notre fondateur fut bien plus sage, de faire de ses ennemis autant de citoyens dans un même jour ". Le chancelier Bacon ajoûteroit : " On ne doit pas tant exiger de nous, mais on peut nous dire : naturalisez vos amis, puisque les avantages en sont palpables ". (D.J.)


NATURALISTES. m. se dit d'une personne qui a étudié la nature, & qui est versée dans la connoissance des choses naturelles, particulierement de ce qui concerne les métaux, les minéraux, les pierres, les végétaux, & les animaux. Voyez ANIMAL, PLANTE, MINERAL, &c.

Aristote, Elien, Pline, Solin, & Théophraste, ont été les plus grands naturalistes de l'antiquité ; mais ils sont tombés dans beaucoup d'erreurs, que l'heureuse industrie des modernes a rectifiées. Aldrovandus est le plus ample & le plus complet des naturalistes modernes ; son ouvrage est en 13 volumes in-fol.

On donne encore le nom de naturalistes à ceux qui n'admettent point de Dieu, mais qui croyent qu'il n'y a qu'une substance matérielle, revêtue de diverses qualités qui lui sont aussi essentielles que la longueur, la largeur, la profondeur, & en conséquence desquelles tout s'exécute nécessairement dans la nature comme nous le voyons ; naturaliste en ce sens est synonyme à athée, spinosiste, matérialiste, &c.


NATURALITÉS. f. (Jurisprudence) est l'état de celui qui est naturel d'un pays ; les droits de naturalité ou de regnicolat sont la même chose. Les lettres de naturalité sont des lettres de chancellerie, par lesquelles le prince déclare que quelqu'un sera réputé naturel du pays, & jouira des mêmes avantages que ses sujets naturels.

Ceux qui ne sont pas naturels d'un pays, ou qui n'y ont pas été naturalisés, y sont étrangers ou aubains, quasi alibi nati.

La distinction des naturels du pays d'avec les étrangers, & l'usage de naturaliser ces derniers, ont été connus dans les anciennes républiques.

A Athènes, suivant la premiere institution, un étranger ne pouvoit être fait citoyen que par les suffrages de six mille personnes, & pour de grands & signalés services.

Ceux de Corinthe, après les grandes conquêtes d'Alexandre, lui envoyerent offrir le titre de citoyen de Corinthe qu'il méprisa d'abord ; mais les ambassadeurs lui ayant remontré qu'ils n'avoient jamais accordé cet honneur qu'à lui & à Hercule, il l'accepta.

On distinguoit aussi à Rome les citoyens ou ceux qui en avoient la qualité de ceux qui ne l'avoient pas.

Les vrais & parfaits citoyens, qui optimâ lege cives à Romanis dicebantur, étoient les Ingemes, habitans de Rome & du territoire circonvoisin ; ceux-ci participoient à tous les privileges indistinctement.

Il y avoit des citoyens de droit seulement, c'étoient ceux qui demeuroient hors le territoire particulier de la ville de Rome, & qui avoient néanmoins le nom & les droits des citoyens romains, soit que ce privilege leur eût été accordé à eux personnellement, ou qu'ils demeurassent dans une colonie ou ville municipale qui eût ce privilege : ces citoyens de droit ne jouïssoient pas de certains privileges qui n'étoient propres qu'aux vrais & parfaits citoyens.

Il y avoit enfin des citoyens honoraires, c'étoient ceux des villes libres qui restoient volontairement adjointes à l'état de Rome quant à la souveraineté, mais non quant aux droits de cité, ayant voulu avoir leur cité, leurs lois, & leurs officiers à part ; les privileges de ceux-ci avoient encore moins d'étendue que ceux des citoyens de droit.

Ceux qui n'étoient point citoyens de fait ni de droit, ni même honoraires, étoient appellés étrangers, ils avoient un juge particulier pour eux appellé praetor peregrinus.

En France, tous ceux qui sont nés dans le royaume & sujets du roi sont naturels François ou régnicoles ; ceux qui sont nés hors le royaume, sujets d'un prince étranger, & chez une nation à laquelle le roi n'a point accordé le privilege de jouir en France, des mêmes privileges que les régnicoles, sont réputés aubains ou étrangers, quoiqu'ils demeurent dans le royaume, & ne peuvent effacer ce vice de pérégrinité qu'en obtenant des lettres de naturalité.

Anciennement ces lettres se nommoient lettres de bourgeoisie, comme s'il suffisoit d'être bourgeois d'une ville pour être réputé comme les naturels du pays. Il y a au trésor des chartes un grand nombre de ces lettres de bourgeoisie, qui ne sont autre chose que des lettres de naturalité accordées à des étrangers ; du tems de Charles VI. on se faisoit encore recevoir bourgeois du roi pour participer aux privileges des regnicoles.

Dans la suite ces lettres ont été appellées lettres de naturalité.

Il n'appartient qu'au roi seul de naturaliser les étrangers, aucun seigneur, juge, ni cour souveraine n'a ce droit.

Néanmoins la naturalisation se fait sans lettres pour les habitans de Tournay, suivant les lettres-patentes de François I. & Henri II. de 1521 & 1552, une simple déclaration de naturalité suffit, elle s'accorde quelquefois par les juges royaux. Voyez l'Inst. au Droit belgique, pag. 34.

Il y a des lettres de naturalité accordées à des nations entieres qui sont alliées de la France, de maniere que ceux de ces pays qui viennent s'établir en France y jouissent de tous les privileges des régnicoles sans avoir besoin d'obtenir des lettres particulieres pour eux.

Les lettres de naturalité s'accordent en la grande chancellerie, elles doivent être registrées en la chambre du domaine & en la chambre des comptes. Voyez Bacquet, du droit d'aubaine, & AUBAIN, ÉTRANGER, LETTRES DE NATURALITE, NATURALISATION. (A)


NATURES. f. (Philos.) est un terme dont on fait différens usages. Il y a dans Aristote un chapitre entier sur les différens sens que les Grecs donnoient au mot ; nature ; & parmi les Latins, ses différens sens sont en si grand nombre, qu'un auteur en compte jusqu'à 14 ou 15. M. Boyle, dans un traité exprès qu'il a fait sur les sens vulgairement attribués au mot nature, en compte huit principaux.

Nature signifie quelquefois le système du monde, la machine de l'univers, ou l'assemblage de toutes les choses créées. Voyez SYSTEME.

C'est dans ce sens que nous disons l'auteur de la nature, que nous appellons le soleil l'oeil de la nature, à cause qu'il éclaire l'univers, & le pere de la nature, parce qu'il rend la terre fertile en l'échauffant : de même nous disons du phénix ou de la chimere, qu'il n'y en a point dans la nature.

M. Boyle veut qu'au lieu d'employer le mot de nature en ce sens, on se serve, pour éviter l'ambiguité ou l'abus qu'on peut faire de ce terme, du mot de monde ou d'univers.

Nature s'applique dans un sens moins étendu à chacune des différentes choses créées ou non créées, spirituelles & corporelles. Voyez ETRE.

C'est dans ce sens que nous disons la nature humaine, entendant par-là généralement tous les hommes qui ont une ame spirituelle & raisonnable. Nous disons aussi nature des anges, nature divine. C'est dans ce même sens que les Théologiens disent natura naturans, & natura naturata ; ils appellent Dieu natura naturans, comme ayant donné l'être & la nature à toutes choses, pour le distinguer des créatures, qu'ils appellent natura naturata, parce qu'elles ont reçu leur nature des mains d'un autre.

Nature, dans un sens encore plus limité, se dit de l'essence d'une chose, ou de ce que les philosophes de l'école appellent sa quiddité, c'est-à-dire l'attribut qui fait qu'une chose est telle ou telle. Voyez ESSENCE.

C'est dans ce sens que les Cartésiens disent que la nature de l'ame est de penser, & que la nature de la matiere consiste dans l'étendue. Voyez AME, MATIERE, ETENDUE. M. Boyle veut qu'on se serve du mot essence au lieu de nature. Voyez ESSENCE.

Nature est plus particulierement en usage pour signifier l'ordre & le cours naturel des choses, la suite des causes secondes, ou les lois du mouvement que Dieu a établies. Voyez CAUSES & MOUVEMENT.

C'est dans ce sens qu'on dit que les Physiciens étudient la nature.

Saint Thomas définit la nature une sorte d'art divin communiqué aux êtres créés, pour les porter à la fin à laquelle ils sont destinés. La nature prise dans ce sens n'est autre chose que l'enchaînement des causes & des effets, ou l'ordre que Dieu a établi dans toutes les parties du monde créé.

C'est aussi dans ce sens qu'on dit que les miracles sont au-dessus du pouvoir de la nature ; que l'art force ou surpasse la nature par le moyen des machines, lorsqu'il produit par ce moyen des effets qui surpassent ceux que nous voyons dans le cours ordinaire des choses. Voyez ART, MIRACLE.

Nature se dit aussi de la réunion des puissances ou facultés d'un corps, sur-tout d'un corps vivant.

C'est dans ce sens que les Medecins disent que la nature est forte, foible ou usée, ou que dans certaines maladies la nature abandonnée à elle-même en opere la guérison.

Nature se prend encore en un sens moins étendu, pour signifier l'action de la providence, le principe de toutes choses, c'est-à-dire cette puissance ou être spirituel qui agit & opere sur tous les corps pour leur donner certaines propriétés ou y produire certains effets. Voyez PROVIDENCE.

La nature prise dans ce sens, qui est celui que M. Boyle adopte par préférence, n'est autre chose que Dieu même, agissant suivant certaines lois qu'il a établies. Voyez DIEU.

Ce qui paroît s'accorder assez avec l'opinion où étoient plusieurs anciens, que la nature étoit le dieu de l'univers, le qui présidoit à tout & gouvernoit tout, quoique d'autres regardassent cet être prétendu comme imaginaire, n'entendant autre chose par le mot de nature que les qualités ou vertus que Dieu a données à ses créatures, & que les Poëtes & les Orateurs personnifient.

Le P. Malebranche prétend que tout ce qu'on dit dans les écoles sur la nature, est capable de nous conduire à l'idolâtrie, attendu que par ces mots les anciens payens entendoient quelque chose qui sans être Dieu agissoit continuellement dans l'univers. Ainsi l'idole nature devoit être selon eux un principe actuel qui étoit en concurrence avec Dieu, la cause seconde & immédiate de tous les changemens qui arrivent à la matiere. Ce qui paroît rentrer dans le sentiment de ceux qui admettoient l'anima mundi, regardant la nature comme un substitut de la divinité, une cause collatérale, une espece d'être moyen entre Dieu & les créatures.

Aristote définit la nature, principium & causa motus & ejus in quo est primo per se & non per accidens ; définition si obscure, que malgré toutes les gloses de ses commentateurs, aucun d'eux n'a pu parvenir à la rendre intelligible.

Ce principe, que les Péripatéticiens appelloient nature, agissoit, selon eux, nécessairement, & étoit par conséquent destitué de connoissance ou de liberté. Voyez FATALITE.

Les Stoïciens concevoient aussi la nature comme un certain esprit ou vertu répandue dans l'univers, qui donnoit à chaque chose son mouvement ; desorte que tout étoit forcé par l'ordre invariable d'une nature aveugle & par une nécessité inévitable.

Quand on parle de l'action de la nature, on n'entend plus autre chose que l'action des corps les uns sur les autres, conforme aux lois du mouvement établies par le Créateur.

C'est en cela que consiste tout le sens de ce mot, qui n'est qu'une façon abrégée d'exprimer l'action des corps, & qu'on exprimeroit peut-être mieux par le mot de méchanisme des corps.

Il y en a, selon l'observation de M. Boyle, qui n'entendent par le mot de nature que la loi que chaque chose a reçue du Créateur, & suivant laquelle elle agit dans toutes les occasions ; mais ce sens attaché au mot nature, est impropre & figuré.

Le même auteur propose une définition du mot de nature plus juste & plus exacte, selon lui, que toutes les autres, & en vertu de laquelle on peut entendre facilement tous les axiomes & expressions qui ont rapport à ce mot. Pour cela il distingue entre nature particuliere & nature générale.

Il définit la nature générale l'assemblage des corps qui constituent l'état présent du monde, considéré comme un principe par la vertu duquel ils agissent & reçoivent l'action selon les lois du mouvement établies par l'auteur de toutes choses.

La nature particuliere d'un être subordonné ou individuel, n'est que la nature générale appliquée à quelque portion distincte de l'univers : c'est un assemblage des propriétés méchaniques (comme grandeur, figure, ordre, situation & mouvement local) convenables & suffisantes pour constituer l'espece & la dénomination d'une chose ou d'un corps particulier, le concours de tous les êtres étant consideré comme le principe du mouvement, du repos, &c.

NATURE, lois de la, sont des axiomes ou regles générales de mouvement & de repos qu'observent les corps naturels dans l'action qu'ils exercent les uns sur les autres, & dans tous les changemens qui arrivent à leur état naturel.

Quoique les lois de la nature soient proprement les mêmes que celles du mouvement, on y a cependant mis quelques différences. En effet, on trouve des auteurs qui donnent le nom de lois du mouvement aux lois particulieres du mouvement, & qui appellent lois de la nature les lois plus générales & plus étendues, qui sont comme les axiomes d'où les autres sont déduites.

De ces dernieres lois M. Newton en établit trois.

1°. Chaque corps persevere de lui-même dans son état de repos ou de mouvement rectiligne uniforme, à moins qu'il ne soit forcé de le changer par l'action de quelque cause étrangere.

Ainsi les projectiles perséverent dans leur mouvement jusqu'à ce qu'il soit éteint par la résistance de l'air & par la gravité ; de même une toupie dont les parties sont continuellement détournées de leur mouvement rectiligne par leur adhérence mutuelle, ne cesse de tourner autour d'elle-même qu'à cause de la résistance de l'air & du frottement du plan sur lequel elle se meut. De même encore les masses énormes des planetes & des cometes qui se meuvent dans un milieu non resistant, conservent long-tems leur mouvement sans altération. Voyez FORCE D'INERTIE, RESISTANCE & MILIEU.

2°. Le changement qui arrive dans le mouvement est toujours proportionnel à la force qui le produit, & se fait dans la direction suivant laquelle cette force agit.

Si une certaine force produit un certain mouvement, une force double produira un mouvement double, une force triple un mouvement triple, soit que ce mouvement soit imprimé tout à-la-fois, ou successivement & par degrés ; & comme la direction de ce mouvement doit toujours être celle de la force motrice, il s'ensuit que si avant l'action de cette force le corps avoit un mouvement, il faut y ajouter le nouveau mouvement s'il le fait du même côté, ou l'en retrancher s'il le fait vers le côté opposé, ou l'y ajouter obliquement s'il lui est oblique, & chercher le mouvement composé de ces deux mouvemens, eu égard à la direction de chacun. Voyez COMPOSITION DU MOUVEMENT.

3°. La réaction est toujours contraire & égale à l'action, c'est-à-dire que les actions de deux corps l'un sur l'autre sont mutuellement égales & de directions contraires.

Tout corps qui en presse ou en tire un autre, en est réciproquement pressé ou tiré. Si je presse une pierre avec mon doigt, mon doigt est également pressé par la pierre. Si un cheval tire un poids par le moyen d'une corde, le cheval est aussi tiré vers le poids ; car la corde étant également tendue partout, & faisant un effort égal des deux côtés pour se relâcher, tire également le cheval vers la pierre, & la pierre vers le cheval, & empêchera l'un d'avancer, autant qu'elle fait avancer l'autre.

De même si un corps qui en choque un autre en change le mouvement, il doit recevoir par le moyen de l'autre corps un changement égal dans son mouvement, à cause de l'égalité de pression.

Dans toutes ces actions des corps les changemens sont égaux de part & d'autre, non pas dans la vîtesse, mais dans le mouvement, tant que les corps sont supposés libres de tout empêchement. A l'égard des changemens dans la vîtesse, ils doivent être en raison inverse des masses, lorsque les changemens dans les mouvemens sont égaux. Voyez ACTION & REACTION.

Cette même loi a aussi lieu dans les attractions. Voyez ATTRACTION. Chambers. (O)

NATURE DE BALEINE, voyez BLANC DE BALEINE.

NATURE, (Mythol.) chez les Poëtes la nature est tantôt mere, tantôt fille, & tantôt compagne de Jupiter. La nature étoit désignée par les symboles de la Diane d'Ephese.

NATURE, la, (Poësie) La nature en Poësie est, 1°. tout ce qui est actuellement existant dans l'univers ; 2°. c'est tout ce qui a existé avant nous, & que nous pouvons connoître par l'histoire des tems, des lieux & des hommes ; 3°. c'est tout ce qui peut exister, mais qui peut-être n'a jamais existé ni n'existera jamais. Nous comprenons dans l'Histoire la fable & toutes les inventions poëtiques, auxquelles on accorde une existence de supposition qui vaut pour les Arts autant que la réalité historique. Ainsi il y a trois mondes où le génie poëtique peut aller choisir & prendre ce qui lui convient pour former ses compositions : le monde réel, le monde historique, qui comprend le fabuleux, & le monde possible ; & ces trois mondes sont ce qu'on appelle la nature. (D.J.)

NATURE, (Critique sacrée) Les mots de nature & naturellement se trouvent souvent employés dans l'Ecriture, ainsi que dans les auteurs grecs & latins, par opposition à la voie de l'instruction, qui nous fait connoître certaines choses. C'est ainsi que saint Paul parlant d'une coutume établie de son tems, dit : " La nature elle-même ne nous enseigne-t-elle pas que si un homme porte des cheveux longs cela lui est honteux, au lieu qu'une longue chevelure est honorable à une femme, &c. ". C'est qu'il suffit de voir des choses qui se pratiquent tous les jours, pour les regarder enfin comme des choses naturelles. A plus forte raison peut-on dire que les gentils, qui étoient privés de la révélation, connoissoient d'eux-mêmes sans ce secours les préceptes de morale que les lumieres naturelles de la raison leur faisoient découvrir, & qui étoient les mêmes que ceux que la loi de Moïse enseignoit aux Juifs ; desorte que quand un payen agissoit selon ces préceptes, il faisoit naturellement ce que la loi de Moïse prescrivoit : il montroit par-là que l'oeuvre de la loi (terme qui signifie les commandemens moraux de la loi) étoit écrite dans son coeur & dans son esprit, c'est-à-dire qu'il pouvoit aisément s'en former des idées. (D.J.)

NATURE BELLE, LA, (beaux Arts) la belle nature est la nature embellie, perfectionnée par les beaux arts pour l'usage & pour l'agrément. Développons cette vérité avec le secours de l'auteur des Principes de littérature.

Les hommes ennuyés d'une jouissance trop uniforme des objets que leur offroit la nature toute simple, & se trouvant d'ailleurs dans une situation propre à recevoir le plaisir, ils eurent recours à leur génie pour se procurer un nouvel ordre d'idées & de sentimens, qui réveillât leur esprit, & ranimât leur goût. Mais que pouvoit faire ce génie borné dans sa fécondité & dans ses vues, qu'il ne pouvoit porter plus loin que la nature, & ayant d'un autre côté à travailler pour des hommes, dont les facultés étoient resserrées dans les mêmes bornes ? Tous ses efforts dûrent nécessairement se réduire à faire un choix des plus belles parties de la nature, pour en former un tout exquis, qui fût plus parfait que la nature elle-même, sans cependant cesser d'être naturel. Voilà le principe sur lequel a dû nécessairement se dresser le plan des arts, & que les grands artistes ont suivi dans tous les siecles. Choisissant les objets & les traits, ils nous les ont présentés avec toute la perfection dont ils sont susceptibles. Ils n'ont point imité la nature telle qu'elle est en elle-même ; mais telle qu'elle peut être, & qu'on peut la concevoir par l'esprit. Ainsi puisque l'objet de l'imitation des arts est la belle nature, représentée avec toutes ses perfections, voyons donc comment se fait cette imitation.

On peut diviser la nature par rapport aux arts en deux parties : l'une dont on jouit par les yeux, & l'autre par la voie des oreilles ; car les autres sens sont absolument stériles pour les beaux arts. La premiere partie est l'objet de la peinture qui représente en relief, & enfin celui de l'art du geste, qui est une branche des deux autres arts que je viens de nommer, & qui n'en differe, dans ce qu'il embrasse, que parce que le sujet auquel on attache les gestes dans la danse est naturel & vivant, au lieu que la toile du peintre & le marbre du sculpteur ne le sont point.

La seconde partie est l'objet de la musique, considérée seule & comme un chant ; en second lieu, de la poësie qui emploie la parole, mais la parole mesurée & calculée dans tous les tons.

Ainsi la peinture imite la belle nature par les couleurs ; la sculpture, par les reliefs ; la danse, par les mouvemens & par les attitudes du corps. La musique l'imite par les sons inarticulés, & la poësie enfin par la parole mesurée. Voilà les caracteres distinctifs des arts principaux : & s'il arrive quelquefois que ces arts se mêlent & se confondent, comme par exemple dans la poësie ; si la danse fournit des gestes aux acteurs sur le théâtre ; si la musique donne le ton de la voix dans la déclamation, si le pinceau décore le lieu de la scene, ce sont des services qu'ils se rendent mutuellement, en vertu de leur fin commune, & de leur alliance réciproque ; mais c'est sans préjudice à leurs droits particuliers & naturels. Une tragédie sans gestes, sans musique, sans décoration est toujours un poëme. C'est une imitation exprimée par le discours mesuré. Une musique sans paroles est toujours musique : elle exprime la plainte & la joie indépendamment des mots qui l'aident, à la vérité, mais qui ne lui apportent ni ne lui ôtent rien de sa nature ni de son essence. Son expression essentielle est le son, de même que celle de la peinture est la couleur, & celle de la danse le mouvement du corps.

Mais il faut remarquer ici que comme les arts doivent choisir les desseins de la nature, & les perfectionner, ils doivent chercher aussi à perfectionner les expressions qu'ils empruntent de la nature. Ils ne doivent point employer toutes sortes de couleurs, ni toutes sortes de sons : il faut en faire un juste choix, & un mêlange exquis ; il faut les allier, les proportionner, les nuancer, les mettre en harmonie. Les couleurs & les sons ont entr'eux des sympathies & des répugnances. La nature a droit de les unir, suivant ses volontés ; mais l'art doit le faire selon les regles. Il faut non-seulement qu'il ne blesse point le goût, mais qu'il le flatte, & le flatte autant qu'il peut être flatté. De cette maniere on peut définir la peinture, la sculpture, la danse une imitation de la belle nature, exprimée par les couleurs, par le relief, par les attitudes ; & la musique & la poësie, l'imitation de la belle nature, exprimée par les sons ou par le discours mesuré.

Les arts dont nous venons de parler ont eu leur commencement, leur progrès & leurs révolutions dans le monde. Il y eut un tems où les hommes occupés du seul soin de soutenir ou de défendre leur vie, n'étoient que laboureurs ou soldats : sans lois, sans paix, sans moeurs, leurs sociétés n'étoient que des conjurations. Ce ne fut point dans ces tems de trouble & de ténebres qu'on vit éclorre les beaux arts ; on sent bien par leur caractere qu'ils sont les enfans de l'abondance & de la paix.

Quand on fut las de s'entre-nuire, & qu'ayant appris par une funeste expérience, qu'il n'y avoit que la vertu & la justice qui pussent rendre heureux le genre humain, on eut commencé à jouir de la protection des lois, le premier mouvement du coeur fut pour la joie. On se livra aux plaisirs qui vont à la suite de l'innocence. Le chant & la danse furent les premieres expressions du sentiment ; & ensuite le loisir, le besoin, l'occasion, le hasard donnerent l'idée des autres arts, & en ouvrirent le chemin.

Lorsque les hommes furent un peu dégrossis par la société, & qu'ils eurent commencé à sentir qu'ils valoient mieux par l'esprit que par le corps, il se trouva sans - doute quelque homme merveilleux, qui, inspiré par un génie extraordinaire, jetta les yeux sur la nature.

Après l'avoir bien contemplée, il se considéra lui-même. Il reconnut qu'il avoit un goût né pour les rapports qu'il avoit observés ; qu'il en étoit touché agréablement. Il comprit que l'ordre, la variété, la proportion tracée avec tant d'éclat dans les ouvrages de la nature, ne devoient pas seulement nous élever à la connoissance d'une intelligence suprême, mais qu'elles pouvoient encore être regardées comme des leçons de conduite, & tournées au profit de la société humaine.

Ce fut alors, à proprement parler, que les arts sortirent de la nature. Jusques-là tous leurs élémens y avoient été confondus & dispersés, comme dans une sorte de cahos. On ne les avoit guere connus que par soupçon, ou même par une sorte d'instinct. On commença alors à démêler quelques principes : on fit quelques tentatives, qui aboutirent à des ébauches. C'étoit beaucoup : il n'étoit pas aisé de trouver ce dont on n'avoit pas une idée certaine, même en le cherchant. Qui auroit cru que l'ombre du corps, environné d'un simple trait, pût devenir un tableau d'Apelle ; que quelques accens inarticulés pussent donner naissance à la musique, telle que nous la connoissons aujourd'hui ? Le trajet est immense. Combien nos peres ne firent-ils point de courses inutiles, ou mêmes opposées à leur terme ! Combien d'effets malheureux, de recherches vaines, d'épreuves sans succès ! Nous jouissons de leurs travaux ; & pour toute reconnoissance, ils ont nos mépris.

Les arts en naissant, étoient comme sont les hommes : ils avoient besoin d'être formés de nouveau par une sorte d'éducation ; ils sortoient de la barbarie. C'étoit une imitation, il est vrai ; mais une imitation grossiere, & de la nature grossiere elle-même. Tout l'art consistoit à peindre ce qu'on voyoit, & ce qu'on sentoit ; on ne savoit pas choisir. La confusion régnoit dans le dessein, la disproportion & l'uniformité dans les parties, l'excès, la bisarrerie, la grossiereté dans les ornemens. C'étoit des matériaux plutôt qu'un édifice : cependant on imitoit.

Les Grecs, doués d'un génie heureux, saisirent enfin avec netteté les traits essentiels & capitaux de la belle nature, & comprirent clairement qu'il ne suffisoit pas d'imiter les choses, qu'il falloit encore les choisir. Jusqu'à eux les ouvrages de l'art n'avoient guere été remarquables, que par l'énormité de la masse ou de l'entreprise. C'étoient les ouvrages des Titans. Mais les Grecs plus éclairés, sentirent qu'il étoit plus beau de charmer l'esprit, que d'étonner ou d'éblouir les yeux. Ils jugerent que l'unité, la variété, la proportion, devoient être le fondement de tous les arts ; & sur ce fond si beau, si juste, si conforme aux lois du goût & du sentiment, on vit chez eux la toile prendre le relief & les couleurs de la nature ; l'ivoire & le marbre s'animer sous le ciseau. La musique, la poësie, l'éloquence, l'architecture enfanterent aussitôt des miracles ; & comme l'idée de la perfection, commune à toutes les arts, se fixa dans ce beau siecle, on eut presqu'à la fois dans tous les genres des chefs-d'oeuvre, qui depuis servirent de modeles à toutes les nations polies. Ce fut le premier triomphe des arts. Arrêtons-nous à cette époque, puisqu'il faut nécessairement puiser dans les monumens antiques de la Grece, le goût épuré & les modeles admirables de la belle nature, qu'on ne rencontre point dans les objets qui s'offrent à nos yeux.

La prééminence des Grecs, en fait de beauté & de perfection, n'étant pas douteuse, on sent avec quelle facilité leurs maîtres de l'art purent parvenir à l'expression vraie de la belle nature. C'étoit chez eux qu'elle se prétoit sans cesse à l'examen curieux de l'artiste dans les jeux publics, dans les gymnases, & même sur le théâtre. Tant d'occasions fréquentes d'observer firent naître aux artistes grecs l'idée d'aller plus loin. Ils commencerent à se former certaines notions générales de la beauté, nonseulement des parties du corps ; mais encore des proportions entre les parties du corps. Ces beautés devoient s'élever au-dessus de celles que produit la nature. Les originaux se trouvoient dans une nature idéale, c'est-à-dire, dans leur propre conception.

Il n'est pas besoin de grands efforts pour comprendre que les Grecs durent naturellement s'élever de l'expression du beau naturel, à l'expression du beau idéal, qui va au-delà du premier, & dont les traits, suivant un ancien interprete de Platon, sont rendus d'après les tableaux qui n'existent que dans l'esprit. C'est ainsi que Raphaël a peint sa Galatée. Comme les beautés parfaites, dit-il dans une lettre au Comte Balthasar Castiglione, sont si rares parmi les femmes, j'exécute une certaine idée conçue dans mon imagination.

Ces formes idéales, supérieures aux matérielles, fournirent aux Grecs les principes selon lesquels ils représentoient les dieux & les hommes. Quand ils vouloient rendre la ressemblance des personnes, ils s'attachoient toujours à les embellir en même tems ; ce qui suppose nécessairement en eux l'intention de représenter une nature plus parfaite qu'elle ne l'est ordinairement. Tel a été constamment le faire de Polygnote.

Lorsque les auteurs nous disent donc que quelques anciens artistes ont suivi la méthode de Praxitele, qui prit Cratine, sa maîtresse, pour modele de la Vénus de Gnide, ou que Lais a été pour plus d'un peintre l'original des Graces, il ne faut pas croire que ces mêmes artistes se soient écartés pour cela des principes généraux, qu'ils respectoient comme leurs lois suprêmes. La beauté qui frappoit les sens, présentoit à l'artiste la belle nature ; mais c'étoit la beauté idéale qui lui fournissoit les traits grands & nobles : il prenoit dans la premiere la partie humaine, & dans la derniere la partie divine, qui devoit entrer dans son ouvrage.

Je n'ignore pas que les artistes sont partagés sur la préférence que l'on doit donner à l'étude des monumens de l'antiquité, ou à celle de la nature. Le cavalier Bernin a été du nombre de ceux qui disputent aux Grecs l'avantage d'une plus belle nature, ainsi que celui de la beauté idéale de leurs figures. Il pensoit de plus, que la nature savoit donner à toutes ses parties la beauté convenable, & que l'art ne consistoit qu'à la saisir. Il s'est même vanté de s'être enfin affranchi du préjugé qu'il avoit d'abord sucé à l'égard des beautés de la Vénus de Médicis. Après une application longue & pénible, il avoit, disoit-il, trouvé en différentes occasions les mêmes beautés dans la simple nature. Que la chose soit ou non, toujours s'ensuit-il, de son propre aveu, que c'est cette même Vénus qui lui apprit à découvrir dans la nature des beautés, que jusqu'alors il n'avoit apperçues que dans cette fameuse statue.

On peut croire aussi avec quelque fondement, que sans elle il n'auroit peut-être jamais cherché ces beautés dans la nature. Concluons de-là que la beauté des statues greques est plus facile à saisir que celle de la nature même, en ce que la premiere beauté est moins commune, & plus frappante que la derniere.

Une seconde vérité découle de celle qu'on vient d'établir ; c'est que, pour parvenir à la connoissance de la beauté parfaite, l'étude de la nature est au moins une route plus longue & plus pénible que l'étude des antiques. Le Bernini, qui de préférence recommandoit aux jeunes artistes d'imiter toujours ce que la nature avoit de plus beau, ne leur indiquoit donc pas la voie la plus abrégée pour arriver à la perfection.

Ou l'imitation de la nature se borne à un seul objet, ou elle rassemble dans un seul ouvrage ce que l'artiste a observé en plusieurs individus. La premiere façon d'imiter produit des copies ressemblantes des portraits. La derniere éleve l'esprit de l'artiste jusqu'au beau général, & aux notions idéales de la beauté. C'est cette derniere route qu'ont choisi les Grecs qui avoient sur nous l'avantage de pouvoir se procurer ces notions, & par la contemplation des plus beaux corps, & par les fréquentes occasions d'observer les beautés de la nature. Ces beautés, comme on l'a dit ailleurs, se montroient à eux tous les jours, animées de l'expression la plus vraie, tandis qu'elles s'offrent rarement à nous, & plus rarement encore de la maniere dont l'artiste desireroit qu'elles se présentassent.

La nature ne produira pas facilement parmi nous un corps aussi parfait que celui d'Antinoüs. Jamais, de même, quand il s'agira d'une belle divinité, l'esprit humain ne pourra concevoir rien au-dessus des proportions plus qu'humaines de l'Apollon du Vatican. Tout ce que la nature, l'art & le génie ont été capables de produire, s'y trouvent réunis. N'est-il pas naturel de croire que l'imitation de tels morceaux doit abréger l'étude de l'art. Dans l'un, on trouve le précis de ce qui est dispersé dans toute la nature ; dans l'autre, on voit jusqu'où une sage hardiesse peut élever la plus belle nature au-dessus d'elle-même. Lorsque ces morceaux offrent le plus grand point de perfection auquel on puisse atteindre, en représentant des beautés divines & humaines, comment croire qu'un artiste qui imitera ces morceaux, n'apprendra point à penser & à dessiner avec noblesse & fermeté, sans crainte de tomber dans l'erreur ?

Un artiste qui laissera guider son esprit & sa main par la regle que les Grecs ont adoptée pour la beauté, se trouvera sur le chemin qui le conduira directement à l'imitation de la nature. Les notions de l'ensemble & de la perfection, rassemblées dans la nature des anciens, épureront en lui & lui rendront plus sensibles les perfections éparses de la nature que nous voyons devant nous. En découvrant les beautés de cette derniere, il saura les combiner avec le beau parfait ; & par le moyen des formes sublimes, toujours présentées à son esprit, il deviendra pour lui-même une regle sûre.

Que les artistes sur-tout se rappellent sans cesse que l'expression la plus vraie de la belle nature n'est pas la seule chose que les connoisseurs & les imitateurs des ouvrages des Grecs admirent dans ces divins originaux ; mais que ce qui en fait le caractere distinctif, est l'expression d'un mieux possible, d'un beau idéal, en-deçà duquel reste toujours la plus belle nature.

Ce principe lumineux peut s'étendre à tous les arts, sur-tout à la poësie, à la musique, à l'architecture, &c. mais en même tems il faut bien se mettre dans l'esprit, que le beau physique est le fondement, la base & la source du beau intellectuel, & que ce n'est que d'après la belle nature que nous voyons, que nous pouvons créer, comme les Grecs, une seconde nature, plus belle sans doute, mais analogue à la premiere ; en un mot, le beau idéal ne doit être que le beau réel perfectionné.

Rome devint disciple d'Athenes. Elle admira les merveilles de la Grece : elle tâcha de les imiter : bientôt elle se fit autant estimer par ses ouvrages de goût, qu'elle s'étoit fait craindre par ses armes. Tous les peuples lui applaudirent ; & cette approbation prouva que les Grecs qui avoient été imités par les Romains, étoient en effet les plus excellens modeles.

On sait les révolutions qui suivirent. L'Europe fut inondée de barbares ; & par une conséquence nécessaire, les sciences & les arts furent enveloppés dans le malheur des tems, jusqu'à ce qu'exilés de Constantinople, ils vinrent encore se réfugier en Italie. On y réveilla les manes d'Horace, de Virgile & de Ciceron : on alla fouiller jusque dans les tombeaux qui avoient servi à la sculpture & à la peinture. On vit reparoître l'antiquité avec les graces de la jeunesse. Les artistes s'empresserent à l'imiter ; l'admiration publique multiplia les talens ; l'émulation les anima, & les beaux arts reparurent avec splendeur. Ils vont se corrompre & se perdre. On charge déjà la belle nature, on l'ajuste, on la farde ; on la pare de colifichets, qui la font méconnoître. Ces raffinemens opposés à la grossiereté sont plus difficiles à détruire que la grossiereté même. C'est par eux que le goût s'émousse, & que commence la décadence. (D.J.)


NATURELadj. (Philos.) se dit de quelque chose qui se rapporte à la nature, qui vient d'un principe de la nature, ou qui est conforme au cours ordinaire & à l'ordre de la nature. Voyez NATURE.

Quand une pierre tombe de haut en bas, le vulgaire croit que cela lui arrive par un mouvement naturel, en quoi le vulgaire est dans l'erreur. Voyez l'article FORCE, p. 112. du VII. vol. j. col.

Les guérisons faites par les Médecins, sont des opérations naturelles ; mais celles de Jésus-Christ étoient miraculeuses & surnaturelles. Voyez MIRACLE, voyez aussi l'article NATUREL qui suit.

Enfans naturels, sont ceux qui ne sont point nés d'un légitime mariage. Voyez BASTARD.

Horison naturel, se dit de l'horison physique & sensible. Voyez HORISON.

Jour naturel, voyez JOUR.

Philosophie naturelle, c'est la science qui considere les propriétés des corps naturels, l'action mutuelle des uns sur les autres ; on l'appelle autrement Physique. Voyez PHYSIQUE, NATURE.

L'illustre M. Newton nous a donné un ouvrage intitulé : Principes mathématiques de la philosophie naturelle, où ce grand géometre détermine par des principes mathématiques les lois des forces centrales, de l'attraction des corps, de la résistance des fluides, du mouvement des planetes dans leurs orbites, &c. Voyez CENTRAL, PLANETE, RESISTANCE, &c. voyez aussi NEWTONIANISME, ATTRACTION, GRAVITATION, &c. Chambers. (O)

NATUREL, (Métaph.) nous avons à considerer ici ce mot sous deux regards. 1°. En-tant que les choses existent, & qu'elles agissent conformément aux lois ordinaires que Dieu a établies pour elles ; & par-là ce que nous appellons naturel, est opposé au surnaturel ou miraculeux. 2°. En-tant qu'elles existent ou qu'elles agissent, sans qu'il survienne aucun exercice de l'industrie humaine ou de l'attention de notre esprit, par rapport à une fin particuliere : dans ce sens, ce que nous appellons naturel, est opposé à ce que nous appellons artificiel, qui n'est autre chose que l'industrie humaine.

Il paroît difficile quelquefois de démêler le naturel en-tant qu'opposé au surnaturel ; dans ce dernier sens, le naturel suppose des lois générales & ordinaires : mais sommes-nous capables de les connoître sûrement ? On distingue assez un effet qui n'est point surnaturel ou miraculeux ; on ne distingue pas si déterminément ce qui l'est. Tout ce que nous voyons arriver régulierement ou fréquemment, est naturel ; mais tout ce qui arrive d'extraordinaire dans le monde est-il miraculeux ? C'est ce qu'on ne peut assurer. Un événement très-rare pourroit venir du principe ordinaire, qui dans la suite des révolutions & des changemens auroit formé une sorte de prodige, sans quitter la regle de son cours, & l'étendue de sa sphere. Ainsi voit-on quelquefois des monstres du caractere le plus inoui, sans qu'on y trouve rien de miraculeux & de surnaturel. Comment donc nous assurer, demandera-t-on, que les événemens regardés comme surnaturels & miraculeux le sont réellement, ou comment savoir jusqu'où s'étend la vertu de ce principe ordinaire, qui par une longue suite de tems & de combinaisons particulieres, peut faire les choses les plus extraordinaires ?

J'avoue qu'en beaucoup d'événemens qui paroissent des merveilles au peuple, un homme sage doit avec prudence suspendre son jugement. Il faut avouer aussi qu'il est des événemens d'un tel caractere, qu'il ne peut venir à l'esprit des personnes sensées, de juger qu'ils sont l'effet de ce principe commun des choses, & que nous appellons l'ordre de la nature : tel est, par exemple, la résurrection d'un homme mort.

On aura beau dire qu'on ne sait pas jusqu'où s'étendent les forces de la nature, & qu'elle a peut-être des secrets pour opérer les plus surprenans effets, sans que nous en connoissions les ressorts. La passion de contrarier, ou quelqu'autre intérêt, peut faire venir cette idée à l'esprit de certaines gens ; mais cela ne fait nulle impression sur les personnes judicieuses, qui font une sérieuse réflexion, & qui veulent agir de bonne foi avec eux-mêmes comme avec les autres. L'impression de vérité commune qui se trouve manifestement dans le plus grand nombre des hommes sensés & habiles, est la regle infaillible pour discerner le surnaturel d'avec le naturel : c'est la regle même que l'Auteur de la nature a mise dans tous les hommes ; & il se seroit démenti lui-même s'il leur avoit fait juger vrai ce qui est faux, & miraculeux ce qui n'est que naturel.

Le naturel est opposé à l'artificiel aussi-bien qu'au miraculeux ; mais non de la même maniere. Jamais ce qui est surnaturel & miraculeux ne sauroit être dit naturel ; mais ce qui est artificiel peut s'appeller naturel, & il l'est effectivement en-tant qu'il n'est point miraculeux.

L'artificiel n'est donc que ce qui part du principe ordinaire des choses, mais auquel est survenu le soin & l'industrie de l'esprit humain, pour atteindre à quelque fin particuliere que l'homme se propose.

La pratique d'élever avec des pompes une masse d'eau immense, est quelque chose de naturel ; cependant elle est dite artificielle & non pas naturelle, en-tant qu'elle n'a été introduite dans le monde que moyennant le soin & l'industrie des hommes.

En ce sens là, il n'est presque rien dans l'usage des choses, qui soit totalement naturel, que ce qui n'a point été à la disposition des hommes. Un arbre, par exemple, un prûnier est naturel lorsqu'il a crû dans les forêts, sans qu'il ait été ni planté ni greffé ; aussi-tôt qu'il l'a été, il perd en ce sens là, autant de naturel qu'il a reçu d'impressions par le soin des hommes. Est-ce donc que sur un arbre greffé, il n'y croît pas naturellement des prûnes ou des cerises ? Oui en-tant qu'elles n'y croissent pas surnaturellement ; mais non pas en-tant qu'elles y viennent par le secours de l'industrie humaine, ni en tant qu'elles deviennent telle prûne ou telle cerise, d'un goût & d'une douceur qu'elles n'auroient point eu sans le secours de l'industrie humaine ; par cet endroit la prûne & la cerise sont venues artificiellement & non pas naturellement.

On demande ici, en quel sens on dit, parlant d'une sorte de vin, qu'il est naturel, tout vin de soi étant artificiel ; car sans l'industrie & le soin des hommes il n'y a point de vin : desorte qu'en ce sens là le vin est aussi véritablement artificiel que l'eau-de-vie & l'esprit-de-vin. Quand donc on appelle du vin naturel, c'est un terme qui signifie que le vin est dans la constitution du vin ordinaire ; & sans qu'on y ait rien fait que ce qu'on a coutume de faire à tous les vins qui sont en usage dans le pays & dans le tems où l'on se trouve.

Il est aisé après les notions précédentes, de voir en quel sens on applique aux diverses sortes d'esprit la qualité de naturel & de non- naturel. Un esprit est censé & dit naturel, quand la disposition où il se trouve ne vient ni du soin des autres hommes, dans son éducation, ni des réflexions qu'il auroit fait lui-même en particulier pour se former.

Au terme de naturel, pris en ce dernier sens, on oppose les termes de cultivé ou d'affecté, dont l'un se prend en bonne & l'autre en mauvaise part : l'un qui signifie ce qu'un soin & un art judicieux a sçu ajouter à l'esprit naturel ; l'autre ce qu'un soin vain & mal-entendu y ajoute quelquefois.

On en peut dire à proportion autant des talens de l'esprit. Un homme est dit avoir une logique ou une éloquence naturelle, lorsque sans les connoissances acquises par l'industrie & la réflexion des autres hommes, ni par la sienne propre, il raisonne cependant aussi juste qu'on puisse raisonner ; ou quand il fait sentir aux autres, comme il lui plait, avec force & vivacité ses pensées & ses sentimens.

NATUREL, LE, s. m. (Morale) le tempérament, le caractere, l'humeur, les inclinations que l'homme tient de la naissance, est ce qu'on appelle son naturel. Il peut être vicieux ou vertueux, cruel & farouche comme dans Néron, doux & humain comme dans Socrate, beau comme dans Montesquieu, infâme comme dans C..., F... ou P..., &c.

L'éducation, l'exemple, l'habitude peuvent à la vérité rectifier le naturel dont le penchant est rapide au mal, ou gâter celui qui tend le plus heureusement vers le bien ; mais quelque grande que soit leur puissance, un naturel contraint, se trahit dans les occasions imprévues : on vient à bout de le vaincre quelquefois, jamais on ne l'étouffe. La violence qu'on lui fait, le rend plus impétueux dans ses retours ou dans ses emportemens. Il est cependant un art de former l'ame comme de façonner le corps, c'est de proportionner les exercices aux forces, & de donner du relâche aux efforts. Il y a deux tems à observer : le mouvement de la bonne volonté pour se fortifier, & le moment de la répugnance pour se roidir. De ces deux extrêmités, résulte une certaine aisance propre à maintenir le naturel dans un juste tempérament. Nos sentimens ne tiennent pas moins au naturel, que nos actions à l'habitude. La superstition seule surmonte le penchant de la nature, & l'ascendant de l'habitude, témoin le moine Clément.

Le bon naturel semble naître avec nous ; c'est un des fruits d'un heureux tempérament que l'éducation peut cultiver avec gloire, mais qu'elle ne donne pas. Il met la vertu dans son plus grand jour, & diminue en quelque maniere la laideur du vice ; sans ce bon naturel, du moins sans quelque chose qui en revêt l'apparence, on ne sauroit avoir aucune société durable dans le monde. De-là vient que pour en tenir lieu, on s'est vu réduit à forger une humanité artificielle, qu'on examine par le mot de bonne éducation ; car si l'on examine de près l'idée attachée à ce terme, on verra que ce n'est autre chose que le singe du bon naturel, ou si l'on veut, l'affabilité, la complaisance & la douceur du tempérament, réduite en art. Ces dehors d'humanité rendent un homme les délices de la société, lorsqu'ils se trouvent fondés sur la bonté réelle du coeur ; mais sans elle, ils ressemblent à une fausse montre de sainteté, qui n'est pas plutôt découverte, qu'elle rend ceux qui s'en parent, l'objet de l'indignation de tous les gens de bien.

Enfin, comme c'est du naturel que notre sort dépend, heureux est celui qui prend un genre de vie conforme au caractere de son coeur & de son esprit, il trouva toujours du plaisir & des ressources dans le choix de son attachement ! (D.J.)

NATURELLE, loi, s. f. (Droit naturel) on définit la loi naturelle, une loi que Dieu impose à tous les hommes, & qu'ils peuvent découvrir par les lumieres de leur raison, en considérant attentivement leur nature & leur état.

Le droit naturel est le systême de ces mêmes lois, & la jurisprudence naturelle est l'art de développer les lois de la nature, & les appliquer aux actions humaines.

Le savant évêque de Péterborough définit les lois naturelles, certaines propositions d'une vérité immuable, qui servent à diriger les actes volontaires de notre ame dans la recherche des biens ou dans la fuite des maux, & qui nous imposent l'obligation de régler nos actions d'une certaine maniere, indépendamment de toute loi civile, & mises à part les conventions par lesquelles le gouvernement est établi. Cette définition du docteur Cumberland revient au même que la nôtre.

Les lois naturelles sont ainsi nommées parce qu'elles dérivent uniquement de la constitution de nôtre être avant l'établissement des sociétés. La loi, qui en imprimant dans nous-mêmes l'idée d'un créateur, nous porte vers lui, est la premiere des lois naturelles par son importance, mais non pas dans l'ordre de ses lois. L'homme dans l'état de nature, ajoute M. de Montesquieu, auroit plutôt la faculté de connoître, qu'il n'auroit des connoissances. Il est clair que ses premieres idées ne seroient point ses idées spéculatives, il songeroit à la conservation de son être avant que de chercher l'origine de son être.

Un homme pareil ne sentiroit d'abord que sa foiblesse ; sa timidité seroit extrême ; & si l'on avoit là-dessus besoin de l'expérience, l'on a trouvé dans les forêts des hommes sauvages ; tout les fait trembler, tout les fait fuir. Les hommes dans cet état de nature ne cherchent donc point à s'attaquer, & la paix est la premiere loi naturelle.

Au sentiment de sa foiblesse, l'homme joint le sentiment de ses besoins. Ainsi une autre loi naturelle est celle qui lui inspire de chercher à se nourrir.

Je dis que la crainte porteroit les hommes à se fuir ; mais les marques d'une certaine bienveillance réciproque les engageroit bientôt à s'approcher. Ils y seroient portés d'ailleurs par le plaisir qu'un animal sent à l'approche d'un animal de son espece. De plus, ce charme que les deux sexes s'inspirent par leur différence, augmenteroit ce plaisir ; & la priere naturelle qu'ils se font toujours l'un à l'autre, seroit une troisieme loi.

Les hommes parvenant à acquérir des connoissances, ont un nouveau motif de s'unir pour leur bien commun ; ainsi le desir de vivre en société est une quatrieme loi naturelle.

On peut établir trois principes généraux des lois naturelles, savoir 1°. la religion : 2°. l'amour de soi-même : 3°. la sociabilité, ou la bienveillance envers les autres hommes.

La religion est le principe des lois naturelles qui ont Dieu pour objet. La raison nous faisant connoître l'être suprême comme notre créateur, notre conservateur & notre bienfaiteur : il s'ensuit que nous devons reconnoître notre dépendance absolue à son égard. Ce qui par une conséquence naturelle, doit produire en nous des sentimens de respect, d'amour & de crainte, avec un entier dévouement à sa volonté ; ce sont là les sentimens qui constituent la religion. Voyez RELIGION.

L'amour de soi-même, j'entends un amour éclairé & raisonnable, est le principe des lois naturelles qui nous concernent nous-mêmes. Il est de la derniere évidence que Dieu en nous créant, s'est proposé notre conservation, notre perfection & notre bonheur. C'est ce qui paroît manifestement, & par les facultés dont l'homme est enrichi, qui tendent à ces fins, & par cette forte inclination qui nous porte à rechercher le bien & à fuir le mal. Dieu veut donc que chacun travaille à sa conservation & à sa perfection, pour acquérir tout le bonheur dont il est capable, conformément à sa nature & à son état. Voyez AMOUR DE SOI-MEME.

La sociabilité, ou la bienveillance envers les autres hommes, est le principe d'où l'on peut déduire les lois naturelles qui regardent nos devoirs réciproques, & qui ont pour objet la société, c'est-à-dire les humains avec lesquels nous vivons. La plûpart des facultés de l'homme, ses inclinations naturelles, sa foiblesse & ses besoins, sont autant de liens qui forment l'union du genre humain, d'où dépend la conservation & le bonheur de la vie. Ainsi tout nous invite à la sociabilité ; le besoin nous en impose la nécessité, le penchant nous en fait un plaisir, & les dispositions que nous y apportons naturellement, nous montrent que c'est en effet l'intention de notre créateur.

Mais la société humaine ne pouvant ni subsister, ni produire les heureux effets pour lesquels Dieu l'a établie, à moins que les hommes n'aient les uns pour les autres des sentimens d'affection & de bienveillance, il s'ensuit que Dieu veut que chacun soit animé de ces sentimens, & fasse tout ce qui est en son pouvoir pour maintenir cette societé dans un état avantageux & agréable, & pour en resserrer de plus en plus les noeuds par des services & des bienfaits réciproques. Voyez SOCIABILITE.

Ces trois principes, la religion, l'amour de soi-même & la sociabilité, ont tous les caracteres que doivent avoir des principes de lois ; ils sont vrais puisqu'ils sont pris dans la nature de l'homme, dans sa constitution, & dans l'état où Dieu l'a mis. Ils sont simples, & à la portée de tout le monde ; ce qui est un point important, parce qu'en matiere de devoirs, il ne faut que des principes que chacun puisse saisir aisément, & qu'il y a toujours du danger dans la subtilité d'esprit qui fait chercher des routes singulieres & nouvelles. Enfin ces mêmes principes sont suffisans & très-féconds, puisqu'ils embrassent tous les objets de nos devoirs, & nous font connoître la volonté de Dieu dans tous les états, & toutes les relations de l'homme.

1°. Les lois naturelles sont suffisamment connues des hommes, car on en peut découvrir les principes, & de-là déduire tous nos devoirs par l'usage de la raison cultivée ; & même la plûpart de ces lois sont à la portée des esprits les plus médiocres.

2°. Les lois naturelles ne dépendent point d'une institution arbitraire ; elles dépendent de l'institution divine fondée d'un côté sur la nature & la constitution de l'homme ; de l'autre sur la sagesse de Dieu, qui ne sauroit vouloir une fin, sans vouloir en même tems les moyens qui seuls peuvent y conduire.

3°. Un autre caractere essentiel des lois naturelles, c'est qu'elles sont universelles, c'est-à-dire qu'elles obligent tous les hommes sans exception ; car nonseulement tous les hommes sont également soumis à l'empire de Dieu, mais encore les lois naturelles ayant leur fondement dans la constitution & l'état des hommes, & leur étant notifiées par la raison, il est bien manifeste qu'elles conviennent essentiellement à tous, & les obligent tous sans distinction, quelque différence qu'il y ait entr'eux par le fait, & dans quelqu'état qu'on les suppose. C'est ce qui distingue les lois naturelles des lois positives ; car une loi positive ne regarde que certaines personnes, ou certaines sociétés en particulier.

4°. Les lois naturelles sont immuables, & n'admettent aucune dispense. C'est encore là un caractere propre de ses lois, qui les distingue de toutes lois positives, soit divines, soit humaines. Cette immutabilité des lois naturelles n'a rien qui répugne à l'indépendance, au souverain pouvoir, ou à la liberté de l'être tout parfait. Etant lui-même l'auteur de notre constitution, il ne peut que prescrire ou défendre les choses qui ont une convenance ou une disconvenance nécessaire avec cette même constitution, & par conséquent il ne sauroit rien changer aux lois naturelles, ni en dispenser jamais. C'est en lui une glorieuse nécessité que de ne pouvoir se démentir lui-même.

Je couronne cet article par ce beau passage de Ciceron ; la loi, dit-il, legum, lib. II. n'est point une invention de l'esprit humain, ni un établissement arbitraire que les peuples aient fait ; mais l'expression de la raison éternelle qui gouverne l'univers. L'outrage que Tarquin fit à Lucrece n'en étoit pas moins un crime, parce qu'il n'y avoit point encore à Rome de loi écrite contre ces fortes de violences. Tarquin pécha contre la loi éternelle, qui étoit loi dans tous les tems, & non pas seulement depuis l'instant qu'elle a été écrite. Son origine est aussi ancienne que l'esprit divin ; car la véritable, la primitive, & la principale loi n'est autre chose que la souveraine raison du grand Jupiter.

Cette loi, dit-il ailleurs, est universelle, éternelle, immuable ; elle ne varie point selon les lieux & les tems : elle n'est pas différente aujourd'hui de ce qu'elle étoit anciennement. Elle n'est point autre à Rome, & autre à Athènes. La même loi immortelle regle toutes les nations, parce qu'il n'y a qu'un seul Dieu qui a donné & publié cette loi. Cicer. de Repub. lib. III. apud Lactant. instit. div. lib. VI. cap. viij.

C'en est assez sur les lois naturelles considérées d'une vue générale ; mais comme elles sont le fondement de toute la morale & de toute la politique, le lecteur ne peut en embrasser le systême complet, qu'en étudiant les grands & beaux ouvrages sur cette matiere : ceux de Grotius, de Puffendorf, de Thomasius, de Buddé, de Sharrock, de Selden, de Cumberland, de Wollaston, de Locke, & autres savans de cet ordre. (D.J.)

NATUREL, (Arithmét.) dans les tables des logarithmes, on appelle nombres naturels ceux qui expriment les nombres consécutifs 1, 2, 3, 4, 5, &c. à l'infini, pour les distinguer des nombres artificiels, qui en sont les logarithmes. Voyez LOGARITHME, Chambers. (E)

NATUREL, adj. ce mot en Musique, a plusieurs sens : 1°. musique naturelle se dit du chant formé par la voix humaine, par opposition à la musique artificielle, qui se fait avec des instrumens : 2°. on dit qu'un chant est naturel quand il est aisé, doux, gracieux ; qu'une harmonie est naturelle quand elle est produite par les cordes essentielles & naturelles du mode. 3°. Naturel se dit encore de tout chant qui n'est point forcé, qui ne va ni trop haut ni trop bas, ni trop vîte, ni trop lentement. Enfin la signification la plus commune de ce mot, & la seule dont l'abbé Brossard n'a point parlé, s'applique aux tons ou modes dont les sons se tirent de la gamme ordinaire, sans altérations. Desorte qu'un mode naturel est celui où l'on n'emploie ni dièse ni bémol. Dans la rigueur de ce sens, il n'y auroit qu'un seul mode naturel, qui seroit celui d'ut majeur ; mais on étend le nom de naturel à tout mode, dont les cordes essentielles seulement ne portent ni dièse ni bémol ; tels sont les modes majeurs de sol & de fa ; les modes mineurs de la & de ré, &c. Voyez MODE, TRANSPOSITION, CLE TRANSPOSEE. (S)

NATUREL, est en usage dans le Blason, pour signifier des animaux, des fruits, des fleurs, qui sont peints dans un écu avec leurs couleurs naturelles, quoique différentes des couleurs ordinaires dans le Blason ; ce mot sert à empêcher qu'on n'accuse des armoiries d'être fausses, quand elles portent des couleurs inconnues dans le blason. Voyez COULEUR & BLASON. Berthelas en Forêt, d'azur à un tigre au naturel.


NAU(Géogr.) autrement Nave ou Nahe, en latin Nava, riviere d'Allemagne. Tacite, l. IV. c. lxx. fait mention de cette riviere, & dit qu'elle se joint au Rhin près de Bingium, aujourd'hui Bingen : en effet Bingen est encore située au lieu où la Nau se jette dans le Rhin. Ausone en parlant de cette riviere dit :

Transieram celerem nebuloso lumine Navam.

Elle a sa source dans la Lorraine à l'orient de Neukirch, prend son cours du S. O. au N. E. & tournant enfin du midi au nord, elle va se jetter dans le Rhin au-dessous de Bingen. (D.J.)


NAU-MU(Hist. nat. Bot.) c'est un arbre de la Chine qui s'éleve fort haut, & dont le bois est incorruptible, comme celui du cédre, dont il differe cependant pour la forme & par ses feuilles. On s'en sert à la Chine pour faire des pilastres, des colonnes, des portes & des fenêtres, ainsi que les ornemens des temples & des palais.


NAUBARUM(Géog. anc.) ville de la Sarmatie européenne, que Ptolémée, l. III. c. v. met la derniere ville dans les terres.


NAUCRARIENS(Littérat. greq.) on nommoit Naucrariens, en grec , chez les Athéniens, les principaux magistrats des bourgs & villes maritimes. Ils furent ainsi appellés, parce qu'ils étoient obligés de fournir deux cavaliers & un bâtiment pour le service de la république, lorsqu'elle le requéroit. Voyez Potter, Archaeol. graec. liv. I. ch. xiij. tome I. page 78.


NAUCRATIS(Géog. anc.) ville d'Egypte dans le Delta, au-dessus de Mételis, à main gauche en remontant le Nil. Elle étoit ancienne, & fut bâtie par les Milésiens, selon Strabon ; mais il ne s'accorde pas avec lui-même ; & il y a bien des raisons, dit Bayle, qui combattent son sentiment, outre que Diodore de Sicile ne lui est point favorable. Si nous avions l'ouvrage d'Apollonius Rhodius sur la fondation de Naucratis, nous pourrions décider la querelle. Ce qu'il y a de bien certain, c'est que cette ville a été fort célébre par son commerce, qui fut tel qu'on ne souffroit pas en Egypte qu'aucun navire marchand déchargeât dans un autre port. Cette prérogative lui procura un grand concours d'étrangers & des courtisannes, qui au rapport d'Hérodote, y prenoient un soin extrême de leur beauté. Rhodope y gagna des sommes immenses, & Archidice qui eut un si grand renom par toute la Grece, vint aussi s'y établir. Enfin, cette ville prétendoit avoir bonne part à la protection de Vénus, & se vantoit de posséder une image miraculeuse de cette déesse, que l'on consacra dans son temple.

Origène remarque qu'on y honoroit particulierement le dieu Sérapis, quoiqu'anciennement on y eût adoré d'autres dieux. Athénée, Julius Pollux, Lycéas, & Polycharme, ne sont pas les seuls auteurs dont Naucratis soit la patrie ; car selon quelques-uns, Aristophane & Philistus y naquirent aussi.

Athénée & Julius Pollux étoient contemporains : le premier fut surnommé le Pline des Grecs, & passoit pour un des plus savans hommes de son tems ; il florissoit à la fin du second siecle. Il ne nous reste de lui que les Disnosophistes, c'est-à-dire les Sophistes à table, en 15 livres, dont il nous manque les deux premiers, une partie du troisieme, & la plus grande partie du quinzieme. On y trouve une variété surprenante de faits, qui en rendent la lecture très-agréable aux amateurs de l'antiquité. La bonne édition en grec & en latin est Lugd. 1612. 2 vol. in - fol.

Julius Pollux étoit un peu plus jeune qu'Athénée ; il obtint la protection de Commode, fils de Marc-Aurele, & devint professeur de Rhétorique à Athènes. On connoît son Onosmaticon, ou dictionnaire grec, ouvrage précieux, dont la meilleure édition est d'Amsterdam, en 1706, in-fol. en grec & en latin avec des notes.

Voilà les habiles gens qui ont contribué à la gloire de Naucratis ; mais elle a tiré infiniment plus de profit de ses poteries & de son nitre. (D.J.)


NAUDS. m. (Fontaines salantes) c'est un réservoir placé à l'une des quatre faces de chaque berne ; ce réservoir ou bassin a la forme d'un grand coffre d'environ cinq piés de profondeur, & de pareille largeur, sur trente-six piés de long ; il est hors de terre, composé de madriers épais de plus de quatre pouces d'équarrissage, entouré de six en six piés de liens de fer, & calfaté dans les joints avec des étoupes, de la mousse, & de la terre glaise couverte de douves. C'est dans ces nauds qui contiennent chacun plus d'une cuite, ou plus de 63 muids, que les échenées amenent les eaux d'où elles se distribuent dans les poëles. Voyez SELS, SALANTES FONTAINES.


NAUFRAGES. m. (Marine) Il se dit d'un vaisseau qui va se perdre & se briser contre des rochers, ou qui coule à fond, & périt par la violence des vents & de la tempête. (Z)

NAUFRAGE, DROIT DE, (Usage des Barbares) Les Barbares qui envahirent l'empire romain en Occident, ne le regarderent d'abord que comme un objet de leur brigandage, & ce fut en conséquence dans ces tems-là, que s'établit sur toutes les côtes de la mer le droit insensé de naufrage : ces peuples pensant que les étrangers ne leur étoient unis par aucune communication de droit civil, ils ne leur devoient ni justice ni pitié. Dans les bornes étroites où se trouvoient les peuples du Nord, tout leur étoit étranger ; & dans leur pauvreté, tout étoit pour eux un objet de richesse. Etablis avant leurs conquêtes, sur les côtes d'une mer resserrée & pleine d'écueils, ils avoient tiré parti de ces écueils mêmes, pour piller les vaisseaux qui avoient le malheur d'échouer dans leur pays, au - lieu de consoler par tous les services de l'humanité, ceux qui venoient d'éprouver ce triste accident : mais les Romains qui faisoient des lois pour tout l'univers, en avoient fait de très-humaines sur les naufrages. Ils réprimerent à cet égard les brigandages de ceux qui habitoient les côtes, & ce qui étoit plus encore, la rapacité de leur propre fisc. Esprit des Lois. (D.J.)


NAUFRAGÉadj. (Jurispr.) se dit de ce qui a fait naufrage soit sur mer ou sur quelque fleuve ou riviere : comme un bateau ou bâtiment naufragé, des marchandises naufragées. L'article xxvij. du titre IX. du livre IV. de l'Ordonnance de la marine porte que, si les effets naufragés ont été trouvés en pleine mer ou tirés de son fond, la troisieme partie en sera délivrée incessamment & sans frais, en especes ou en deniers à ceux qui les auront sauvés. Et l'article iij. du titre V. de l'Ordonnance des cinq grosses fermes de 1687, veut que les droits d'entrée soient payés pour cette troisieme partie des effets naufragés qui sera délivrée à ceux qui les auront sauvés. Voyez BRIS, GAYVES, VARECH. (A)

NAUFRAGES, s. m. pl. (Hist. anc.) Les naufragés étoient obligés, arrivés à la terre, de se faire couper les cheveux & de les sacrifier à la mer, & de suspendre leurs vêtemens humides dans le temple de Neptune, avec un tableau où leur désastre étoit représenté. Ceux qui avoient perdu encore leur fortune, en portoient un autre au cou, & alloient ainsi demander l'aumône ; ou s'il ne leur restoit pas de quoi faire peindre leurs aventures, ils demandoient les piés nus, avec un bâton entortillé d'une banderolle à la main.


NAUGATO(Géog.) royaume du Japon dans la grande île Niphon dont il est la partie la plus occidentale. Sa ville capitale est Amauguchi ou Amauguci, une des plus riches villes de l'empire, dont on met la Longit. à 148. 20. lat. 43. 54. (D.J.)


NAULAGES. m. (Marine) c'est un vieux terme pour dire ce qu'on paie au patron ou maître d'un bâtiment pour le passage. (Z)

NAULAGE, (Mythol.) ce mot signifie chez les Mythologues, le droit de passage de la barque à Caron, sur lequel les Poëtes se sont tant égayés.

Dès qu'on eut une fois imaginé que Caron ne passoit personne gratis sur le rivage des morts, on établit la coutume de mettre sous la langue du défunt une piece de monnoie, que les Latins appellent naulus, & les Grecs , pour le droit du passage, autrement dit naulage. Cette coutume venoit des Egyptiens, qui donnoient quelque chose à celui qui passoit les morts au-delà du marais Achéruse. Lucien assure que l'usage de mettre une obole dans la bouche des morts, pour payer le droit de naulage, étoit universel chez les Grecs & chez les Romains ; on ne connoît que les Hermoniens qui s'en dispensoient, parce qu'ils se disoient si près de l'enfer, qu'ils ne croyoient pas qu'il fût nécessaire de rien payer pour le voyage. Mais Caron n'y perdoit pas grand chose ; car si ce peuple ne lui payoit pas ses émolumens, les Athéniens prétendirent qu'il falloit donner quelque chose de plus pour leurs rois, afin de les distinguer du vulgaire, & ils mirent dans leurs bouches jusqu'à trois pieces d'or.

Il importe fort de remarquer qu'on ne se contentoit pas de cette piece de monnoie ; mais qu'afin de mieux assurer le passage, on mettoit dans le cercueil du défunt une attestation de vie & de moeurs.

Nous avons pour garant de ce singulier fait Eustathe sur Homere, & le Scholiaste de Pindare. Cette attestation de vie & de moeurs étoit une espece de sauf-conduit, qu'on requéroit pour le défunt. Un ancien auteur (Fab. Cel. lib. III. Anthol.) nous a conservé le formulaire de cette attestation. Ego Sextus Anicius pontifex, testor hunc honeste vixisse ; manes ejus inveniant requiem. " Moi soussigné Anicius Sextus pontife, j'atteste qu'un tel a été de bonne vie & moeurs ; que ses manes soient en paix ". Il paroît de ce formulaire, qu'afin que cette attestation fût reçue dans l'autre monde, il falloit que le pontife lui-même l'écrivit ou la signât. (D.J.)


NAULOCHIUM(Géog. anc.) lieu de la Sicile sur la côte, entre Pelorum & Mylas. Auguste y remporta une victoire sur Pompée.


NAUMou NAUN, (Géog.) riviere de la grande Tartarie, qui prend sa source au midi d'Albasiuskoi, ville des Russes ruinée, arrose le bourg auquel elle donne son nom, & finit par se joindre au Chingal, qui se décharge dans le fleuve Amur.


NAUMACHIES. f. (Antiq. rom.) combat donné fur l'eau. Ces combats sur l'eau ont été les plus superbes spectacles de l'antiquité ; c'étoit un cirque entouré de sieges & de portiques, dont l'enfoncement, qui tenoit lieu d'arene, étoit rempli d'eau par le moyen de vastes canaux ; & c'étoit dans ce cirque qu'on donnoit le spectacle d'un combat naval & sanglant.

Jules César ayant trouvé un endroit favorable sur le bord du Tibre, & assez proche de la ville, appellé Codette, le fit creuser, & y donna le premier le divertissement d'une naumachie. On y vit combattre des vaisseaux tyriens & égyptiens, & les apprêts qu'on fit pour ce nouveau spectacle, piquerent tellement la curiosité des peuples, qu'il fallut loger sous des tentes les étrangers qui s'y rendirent presque en même tems de tous les endroits de la terre. Suétone, vie de César, ch. xxxix.

Ensuite Lollius, sous le regne d'Auguste, donna, pour lui faire sa cour, le second spectacle d'un combat naval, en mémoire de la victoire d'Actium. Les empereurs imiterent à leur tour cet exemple.

Dans la naumachie de Claudius, qui se donna sur le lac Fuem, il fit combattre douze vaisseaux contre un pareil nombre sous le nom de deux factions, l'une rhodienne, & l'autre tyrienne. Elles étoient animées au combat par les chamades d'un triton, qui sortit du milieu de l'eau avec sa trompe. L'empereur eut la curiosité de voir passer devant lui les combattans, parmi lesquels se trouvoient plusieurs hommes condamnés à mort : ils lui dirent en passant : seigneur, recevez le salut des troupes qui vont mourir pour votre amusement ; ave, imperator, morituri te salutant. Il leur répondit en deux mots, avete, vos ; & le combat se donna.

Néron fit exécuter une naumachie encore plus horrible & plus considérable ; car il perça exprès pour cet effet la montagne qui sépare le lac Tucin de la riviere de Lyre. Il arma des galeres à trois & quatre rangs, mit dessus 19 mille hommes de combat, & fit paroître sur l'eau toutes sortes de monstres marins.

Cependant la plus singuliere de toutes les naumachies, & la plus fameuse dans l'histoire, est celle que donna l'empereur Domitien, quoiqu'il ne fît paroître dans ce combat naval que trois mille combattans en deux partis, dont il appella l'un celui des Athéniens, & l'autre, celui des Syracusains ; mais il entoura tout le spectacle de portiques d'une grandeur prodigieuse, & d'une exécution admirable. Suétone, dans la vie de cet empereur, ch. lj. nous a conservé la description de cette naumachie ; & les curieux la trouveront représentée dans la 6e. pl. de l'essai historique d'Architecture de Fischer. (D.J.)


NAUMBOURG(Géog.) ville d'Allemagne dans le cercle de haute Saxe, en Misnie, autrefois impériale, avec un évêché suffragant de Magdebourg, qui a été sécularisé. Elle est sur la Sale, à 15 lieues N. E. d'Erfort, 22 S. O. de Wittemberg, 25 O. de Dresde. Long. 29. 54. lat. 51. 12. Il y a aussi dans la Silésie deux petites villes ou bourgs qui portent le nom de Naumbourg. (D.J.)


NAUPACTE(Géog. anc.) en latin Naupactus ; c'étoit d'abord une ville de la Locride occidentale. Les Héraclides y firent construire la flotte qui les transporta dans le Péloponnèse, d'où elle se nomma Naupacte, comme qui diroit lieu où les vaisseaux avoient été construits, c'est Strabon qui nous l'apprend.

Cette ville appartenoit anciennement aux Locriens ozoles. Les Athéniens, après l'avoir prise, la donnerent aux Messéniens chassés du Péloponnèse par les Lacédémoniens. Mais quand Lisander eut entierement défait les Athéniens à Egos-Potamos, les Lacédémoniens attaquerent Naupacte, & en dépouillerent les Messéniens. Alors les Locriens rentrerent en possession de leur ancien patrimoine, & en jouirent jusqu'à ce que Philippe donna Naupacte aux Etoliens, qu'elle accommodoit par sa proximité. Polybe & Tite-Live la mettent entre les villes les plus considérables de ce pays-là, & en parlent même comme de la capitale de l'Etolie.

On voit par ce détail que Naupacte essuya plusieurs dominations, & changea souvent de maîtres. Les Grecs modernes l'appellerent Nepactos ou Epactos. Elle se nomme aujourd'hui LÉpante, à 7 lieues de Patras ; & elle donna son nom au golfe près duquel elle est située. Voyez LEPANTE. (D.J.)


NAUPLIAou NAUPLIANAVALE, (Géog. anc.) ville & port de mer dans l'Argie, dont Hérodote, Strabon, Ptolémée & Pausanias ont fait mention. Ces auteurs en ayant parle comme d'un port fort commode, on a jugé que ce devoit être Napoli de Romanie ; du moins voit-on encore des ruines d'une ancienne ville auprès de Napoli de Romanie. La montagne de Palamede est dans le voisinage ; mais on ne peut plus démêler, dit la Guilletiere, la célebre fontaine de Canathus, où la déesse Junon alloit souvent se baigner, & d'où elle sortoit toujours en état de vierge : sans doute que les femmes du pays ayant inutilement essayé si elles en sortiroient comme la reine des dieux, ont laissé perdre exprès la mémoire du nom de Canathus. (D.J.)


NAUPORTUM(Géog. anc.) ville des Taurisques vers la source de la riviere Nauportus, dont elle tiroit son nom, selon Pline, liv. III. ch. xvij. On juge de la table de Peutinger que Nauportum étoit précisément au lieu où est aujourd'hui Ober-Laubach, & que la riviere Nauportus est le Laubach.


NAUPORTUSou NAUPONTUS, (Géog. anc.) riviere qui, selon Pline, l. III. ch. xvij. prend sa source dans les Alpes, entre Aemona & les Alpes, auprès de Longaticum, à 6 milles de la ville Nauportus. Cette riviere passoit à Aemona, & à un mille au-dessous de cette ville, elle se joignoit avec la Save. On croit que cette riviere est le Laubach.


NAUROUSE(Géog.) lieu de France où l'on fait le point de partage des eaux qu'on a assemblées pour fournir aux canaux qui font la jonction de la mer océane avec la mer méditerranée. C'est une petite éminence située dans la route qui conduit du bas au haut Languedoc, & où il y a deux vallons qui naissent. Pour former la jonction desirée, d'un côté on a fait aboutir les canaux qui viennent à Naurouse, & qui communiquent à l'Océan ; & de l'autre côté, on y a joint un canal qui, en traversant la plage, se rend dans la mer Méditerranée. Ce canal, qui est profond de deux toises, en a seize d'ouverture, huit de base, & environ 800 de longueur. On l'appelle en conséquence canal royal.


NAUSÉES. f. (Médec.) l'aversion qu'on a pour tous les alimens, ou pour certains alimens en particulier, s'appelle dégoût ; c'est un symptome qui semble composé du défaut du vice de l'appétit & de la nausée.

Si l'on a pris des substances pourries, corrompues, rances, nidoreuses, visqueuses, grasses, oléagineuses, dégoutantes, il les faut éviter dans la suite, & les chasser du corps soit par le vomissement, soit par les selles.

Si la corruption des humeurs de la bouche, des narines, des dents, du gosier ; si la matiere capable de causer des catharres, des aphthes, vient à produire cette maladie, on évite la déglutition de ces humeurs viciées ; on la détourne autre part ; on se lave fréquemment la bouche avec les antiseptiques.

Quand le ventricule & le pancréas sont remplis d'un suc morbifique, & qu'une bile de mauvaise qualité vient à couler dans le premier de ces visceres, & qu'il s'y trouve en même-tems un amas de cacochylie crue, il faut employer les évacuans pour chasser par haut & par bas toutes ces matieres, ensuite recourir aux stomachiques pour empêcher qu'elles ne se reforment de nouveau.

La nausée qui vient sur mer, ou lorsqu'on est en voiture sur le devant d'un carrosse fermé, ou celle qui est la suite de quelqu'autre mouvement extraordinaire & de quelque passion de l'ame, se dissipe en ôtant les causes, en changeant de position, en prenant les acides, &c. mais elle est dangereuse dans la lienterie, la dyssenterie, le cholera ; il la faut alors traiter par les anodins stomachiques.

Celle qui accompagne les fievres aiguës, ardentes, érésipélateuses, putrides, purulentes, malignes, hectiques, la phthysie, la goutte des piés, est un fâcheux symptome qui demande ordinairement les acides agréables, les délayans & les anodins ; mais ce ne sont là que des remedes palliatifs.

Dans la constipation, la suppression d'un ulcere, ou de quelqu'autre évacuation ordinaire, il convient de rétablir l'évacuation, ou d'en procurer une autre qui fasse le même effet.

En général les présages varient autant que les causes. Dans cette maladie on doit attendre que le sujet qui en est constamment attaqué, prendra moins d'alimens que de coutume, qu'il en résultera une mauvaise chylification, la maigreur du corps, la foiblesse, le dépérissement sensible de toute la machine, & finalement sa destruction. (D.J.)


NAUSTATHMUS(Géog. anc.) nom commun à divers ports : 1°. au port de Sicile, selon Pline, lib. III. cap. viij. c'est aujourd'hui Fontane Bianche, entre Syracuse & le fleuve Acettaro, autrefois nommé Elorus : 2°. à un port d'Afrique dans la Pentapole, selon Ptolémée, lib. IV. cap. iv. 3°. à un port qui étoit dans le golfe Canthi, à l'embouchure du fleuve Indus : 4°. à un port d'Asie aux environs de la Troade, selon Strabon.


NAUTES. m. (Littérat.) en latin nauta, s. m. Ce mot signifie non-seulement un matelot, mais aussi un marchand, un riche négociant qui équipe des vaisseaux à ses frais, & fait un commerce considérable. Il paroît même par quantité d'inscriptions que les nautae composoient un corps dont des magistrats & des chevaliers romains ont souvent fait partie.

Les nautes étoient dans la ville d'honorables citoyens unis & associés pour faire le commerce par eau. Les inscriptions trouvées au mois de Mars 1711, en creusant la terre sous le choeur de Notre-Dame, nous apprennent que sous le regne de Tibere, la compagnie des nautes établie à Paris, éleva un autel à Eoüs, à Jupiter, à Vulcain, à Castor & à Pollux. Voyez une dissertation de M. le Roi mise à la tête du premier volume de l'histoire de Paris, par le P. Félibien.

Il est assez naturel de présumer que les mercatores aquae parisiaci, dont il est parlé sous les regnes de Louis le Gros & de Louis le Jeune, avoient succédé, sous un autre nom, à ces anciens commerçans, & qu'il ne faut point chercher ailleurs l'origine du corps municipal, connu depuis sous le nom d'hôtel-de-ville de Paris, & chargé de la police générale de la navigation, & des marchandises qui viennent par eau. (D.J.)


NAUTILES. m. (Conchyliol.) genre de coquillage, dont le caractere générique est de ressembler à un vaisseau. Il a été ainsi nommé du mot grec , qui veut dire le poisson & le nautonnier.

Le nautile pris pour le coquillage, est une coquille univalve, de forme ronde & oblongue, mince, épaisse, à oreilles, sans oreilles, unie & quelquefois cannelée, imitant la figure d'un vaisseau.

Différens auteurs ont appellé le nautile en latin pompilus, nauplius, nauticus, cymbium, polypus testaceus, & plusieurs le nomment en françois le voilier.

On distingue en général deux genres de nautile ; le nautile mince, applati, & le nautile à coquilles épaisses. Le premier est le papyracé, dont la coquille n'est guere plus épaisse qu'une feuille de papier.

Le nautile papyracé n'est point attaché à sa coquille, & même, selon Pline, il la quitte souvent pour venir paître sur la terre. On dit que quand il veut nager, il vuide son eau pour être plus léger ; il étend en haut deux de ses bras, entre lesquels est une membrane légere qui lui sert de voile, & les deux autres en bas dans la mer, qui lui tiennent lieu d'aviron : sa queue est son gouvernail. Dans une forte tempête, ou quand il entend du bruit, il retire ses piés, remplit sa coquille d'eau, & par-là se donne plus de poids pour s'enfoncer. La maniere de vuider son eau quand il veut s'élever & naviger, se fait par un grand nombre de trous qui se trouvent le long de ses jambes.

Le nautile à coquille épaisse, nommé par Rumphius nautilus major, seu crassus, ne quitte jamais sa maison. Sa coquille est partagée en quarante cellules ou cloisons, qui diminuent de plus en plus à mesure qu'elles approchent de leur centre. Entre chacune de ses cloisons & les voisines, il y a une communication par le moyen d'un trou qui est au centre de chaque cellule. Il est vraisemblable que le poisson occupe l'espace le plus large de sa coquille, depuis son ouverture jusqu'à la premiere cloison, & que le nerf qui passe au-travers de toutes ses cloisons, sert à le retenir dans sa demeure, à donner la vie à toutes les cellules, & à y porter l'air & l'eau par le petit canal, proportionnellement au besoin qu'en a l'animal pour nager ou s'enfoncer dans l'eau.

Aristote a décrit bien nettement deux especes de nautiles, mais non pas trois, comme Belon l'a imaginé.

Hook remarque que dans le creux des cellules du nautile, on trouve des efflorescences de sel marin ; & qu'ainsi l'air y a passé avec l'eau de la mer.

Ce testacé est commun à Amboine, à Batavia, aux Moluques & au cap de Bonne-Espérance. Rumphius en a donné des figures, ainsi que Ruysch. On dit que les nautiles à cloison ou à coques épaisses, ne vivent pas long-tems hors de leur coquille. Leur ventre est rempli d'une quantité d'oeufs rouges, bons à manger, & faits comme de petits grains ronds, qui ont chacun un petit point noir comme un oeil ; ils forment une masse entourée d'une pellicule mince qu'on appelle ovaire, placée comme un coussin sur le cou.

Ces animaux se trouvent assez rarement avec leurs coquilles, dont ils se détachent très - aisément. Il faut que les pêcheurs soient bien adroits pour les prendre ensemble. Quand ils sont poursuivis, ils tournent leur nacelle tantôt à droite, tantôt à gauche. Enfin, les pêcheurs remarquant qu'ils veulent faire eau & se couler à fond, se jettent souvent à la nage pour les pouvoir joindre.

Les quatre principales différences de la classe des nautiles, c'est que les uns sont papyracés, les autres à cloison, les autres à oreilles & les autres ombiliqués.

Mais les diverses especes de nautiles décrites par les naturalistes, sont les suivantes : 1°. le nautile de la grande espece, poli & épais ; 2°. le nautile de la petite espece à coquilles épaisses & polies ; 3°. le même nautile ombiliqué ; 4°. le nautile commun, chambré & partagé en plusieurs cellules ; 5°. le nautile cannelé, vuide, sans aucune séparation en - dedans ; 6°. le papyracé, applati & mince ; 7°. le nautile à oreilles & à large carene ; 8°. le même nautile à carene ondée en sillon, & dentelée des deux côtés ; 9°. le nautile dont la carene est par-tout dentelée ; 10°. le nautile dit corne d'ammon.

Si cependant la pensée de M. de Jussieu, dans les mémoires de l'acad. des Sciences, année 1722. pag. 235. est vraie, savoir que toutes les cornes d'ammon se sont moulées dans les nautiles, il se trouveroit autant d'especes de nautiles que de cornes d'ammon ; & par conséquent le nombre des especes de nautiles encore inconnues seroit bien grand par rapport au nombre des especes connues. (D.J.)


NAUTIQUEadj. (Astron. & Géog.) se dit de ce qui a rapport à la navigation. Voyez NAVIGATION.

Astronomie nautique est l'Astronomie propre aux navigateurs. Voyez ASTRONOMIE, COMPAS NAUTIQUE ou COMPAS DE MER. Voyez BOUSSOLE & COMPAS. (O)

NAUTIQUES CARTES, voyez CARTES MARINES.


NAUTODICE(Ant. grecq.) officier subalterne chez les Athéniens. Les nautodices terminoient les différends survenus entre les marchands, les matelots & les étrangers dans les affaires de commerce maritime. Leur audience générale se tenoit le dernier jour de chaque mois.


NAUTONNIERNAUTONNIER


NAVALadj. se dit d'une chose qui concerne les vaisseaux, ou la navigation. Voyez VAISSEAU & NAVIGATION.

C'est dans ce sens qu'on dit quelquefois forces navales, combat naval, &c.

Couronne navale, corona navalis, parmi les anciens Romains, étoit une couronne ornée de figures des proues de vaisseaux ; on la donnoit à ceux qui dans un combat naval avoient les premiers monté sur le vaisseau ennemi.

Quoiqu' Aulugelle semble avancer comme une chose générale, que la couronne navale étoit ornée de figures de proues de vaisseaux, cependant Juste Lipse distingue deux sortes de couronnes navales ; l'une simple, l'autre garnie d'éperons de navires.

Selon lui, la premiere se donnoit communément aux moindres soldats ; la seconde beaucoup plus glorieuse, ne se donnoit qu'aux généraux, ou amiraux, qui avoient remporté quelque victoire navale considérable. Chambers. (G)

NAVALE, (Géogr. anc.) ce mot latin peut avoir beaucoup de significations différentes : il peut signifier un port, un havre, quelquefois le lieu du port où l'on construit les vaisseaux, comme à Venise ; ou le bassin où ils sont conservés & entretenus, comme au Havre-de-Grace ; mais ce n'est point là le principal usage de ce mot. Il y avoit des villes qui étoient assez importantes pour avoir un commerce maritime, & qui néanmoins n'étoient pas situées assez près de la mer pour faire un port. En ce cas on en choisissoit un le plus près & le plus commode qu'il étoit possible. On bâtissoit des maisons à l'entour, & ce bourg ou cette ville devenoit le navale de l'autre ville. C'est ainsi que Corinthe située dans l'isthme du Péloponnèse avoit deux ports, duo navalia, savoir, Lechacum dans le golfe de Corinthe, & Cenchrées dans le golfe Salonique. Quelquefois une ville se trouvoit bâtie en un lieu qui n'avoit pas un port suffisant pour ses vaisseaux, parce que son commerce auquel des barques avoient suffi au commencement, étoit devenu plus florissant, & demandoit un havre où de gros bâtimens pussent entrer ; alors quoique la ville eût déjà une espece de port, elle s'en procuroit un autre plus large, plus profond, quoiqu'à quelque distance, & souvent il s'y formoit une colonie qui devenoit aussi florissante que la ville même. C'est une erreur de croire que le port ou navale fût toujours contigu à la ville dont il dépendoit, il y avoit quelquefois une distance de plusieurs milles.


NAVALIA(Géog. anc.) ville de la Germanie inférieure selon Ptolémée, qui la met entre Assiburgium & Mediolanium : quelques savans croient que c'est la ville de Zwol. (D.J.)


NAVAN(Géog.) petite ville d'Irlande dans la province de Leinster, au comté d'Est-Meath sur la Boyne, à 10 milles de Duleck, & à 7 de Kello. Elle a droit d'envoyer deux députés au parlement d'Irlande. Long. 11. 19. lat. 53. 42.


NAVARETTE(Géograph.) petite ville d'Espagne de la petite province de Rioxa, qui est dans la vieille Castille. Elle est située sur une montagne à environ deux lieues de Logrono, du côté du couchant. Long. 15. 30. lat. 42. 28.


NAVARINou ZONCHIO, (Géog.) ville de Grece dans la Morée, au Belvédere, au-dessus de Modon, en tirant vers le nord. Il y a apparence que c'est la même ville que Ptolémée, l. III. c. xvj. nomme Pylus. Navarin est à 10 milles de Coron, sur une hauteur, au pié de laquelle est un bon & vaste port, défendu par deux châteaux. Les Turcs ont enlevé pour la derniere fois cette place aux Vénitiens en 1715, avec toute la Morée. Long. 39. 26. lat. 37. 2.


NAVARQUES. m. (Hist. anc.) celui qui commandoit un ou plusieurs vaisseaux, selon que chaque allié en envoyoit. Il s'appella aussi praefectus, magister navis, trierarchus.


NAVARRE(Géog.) royaume d'Europe, situé entre la France & l'Espagne, & divisé en haute & basse Navarre. La premiere appartient à l'Espagne, & la seconde à la France ; & toutes les deux ensemble se divisent encore en plusieurs districts ou bailliages, qu'on appelle en Espagne mérindades. La haute Navarre en comprend cinq qui ont pour leurs capitales Pampelune, Ertella, Tudele, Olete, & Sanguersa. La basse Navarre ne contient qu'un de ces bailliages, & a pour seule ville S. Jean-Pié-de-Port.

NAVARRE, la haute, (Géog.) elle a au nord une partie des provinces de Guipuscoa & d'Alava, les Pyrénées, le Béarn, & le pays de Labour, autrement le pays des Basques ; à l'orient une partie du royaume d'Aragon, les Pyrénées, & les vallées qui se jettent au-dedans de l'Espagne par Roncevaux, par le val de Salazar, & par celui de Roncal, jusqu'à Ysara. Ses rivieres principales sont l'Ebre, l'Aragon, l'Arga, l'Elba ; & ses principales vallées sont celles de Roncevaux, Salazar, Roncal, Thescoa, & Bartan. Ce royaume avoit autrefois une étendue bien plus grande que celle qu'il a aujourd'hui ; car il ne comprend guere que 28 lieues de long, 23 de large, & tout au plus 15 à 20 mille familles.

L'air de ce pays est plus doux & plus tempéré, que celui des provinces plus voisines de l'Espagne ; mais le terrein est hérissé de montagnes, & abonde en mines de fer.

Ignigo-Arista est le premier qui ait regné dans la haute Navarre, & ses descendans en jouirent jusqu'en 1234. En 1316, Jeanne, comme fille de Louis Hutin, devint héritiere de ce royaume, qu'elle apporta à son mari Philippe, comte d'Evreux. En 1512, Ferdinand s'en empara sur Jean sire d'Albret, qui en étoit roi, du chef de Catherine de Foix sa femme, derniere héritiere de Charles, comte d'Evreux. Le pape le seconda dans cette entreprise ; & leur prétexte fut que ce prince étoit allié de Louis XII. ce fauteur du concile de Pise. Louis XII. secourut Jean d'Albret ; mais l'activité du duc d'Albe rendit cette entreprise inutile, & força le roi de Navarre & la Palice, à lever le siége de Pampelune. Catherine de Foix disoit au roi son mari, après la perte de ce royaume : " dom Jean, si nous fussions nés, vous Catherine, & moi dom Jean, nous n'aurions jamais perdu la Navarre ".

Récapitulons en deux mots l'histoire de ce royaume : les Navarrois se donnerent à Inigo, qui commença le royaume de Navarre. Ensuite trois rois d'Aragon joignirent à l'Arragonois, la plus grande partie de la Navarre, dont les Maures musulmans occuperent le reste. Alphonse le Batailleur, qui mourut en 1134, fut le dernier de ces rois. Alors la Navarre fut séparée de l'Aragon, & redevint un royaume particulier, qui passa depuis par des mariages aux comtes de Champagne, appartint à Philippe-le-Bel, & à la maison de France ; ensuite tomba dans celles de Foix & d'Albret, & est absorbée aujourd'hui dans la monarchie d'Espagne.

NAVARRE, la basse, (Géog.) c'est une des mérindades ou bailliages, dont tout le royaume de Navarre étoit composé. Elle est séparée de la Navarre espagnole par les Pyrénées. Ce pays fut occupé des premiers par les Vascons ou Gascons, lorsqu'ils passerent les monts, pour s'établir dans la Novempopulanie sur la fin du vj. siecle : aussi tous les habitans sont basques, & parlent la langue basque, qui est la même que celle des Biscayens espagnols.

Tout ce que Jean d'Albret & Catherine reine de Navarre sa femme, purent recouvrer des états que Ferdinand roi d'Aragon & de Castille leur enleva en 1512, se réduisit à la basse-Navarre, qui n'a que huit lieues de long sur cinq de large, & pour toute ville Saint-Jean-Pié-de-Port. On lui donne pourtant le nom de royaume, & nos rois ajoutent encore ce titre à celui de France, par un usage qui semble bien au-dessous de leur grandeur.

Ce petit pays est montueux & presque stérile ; il est arrosé par la Nive & la Bidouse. Henri d'Albret, fils de Jean, en fit un pays d'états, conformément à l'usage qui est observé dans la haute-Navarre ; & ce privilége subsiste toûjours. Les dons ordinaires que les états de basse-Navarre font au roi, vont à environ 6860 ; mais ils allouent au gouverneur 7714 livres, & au lieutenant de roi 2714.


NAVARREINS(Géog.) petite ville de France dans le Béarn, sur le gave d'Oléron, à cinq lieues de cette ville, dans la sénéchaussée de Sauveterre : elle fut bâtie par Henri d'Albret roi de Navarre, dans une plaine très-fertile. Il y a dans cette ville un état major. Long. 16. 50. lat. 43. 20.


NAVAS
DE TOLOSA
(Géog.) montagne d'Espagne, dans la partie septentrionale de l'Andalousie à l'orient de Sierra Morena. Elle est remarquable par la victoire que les Chrétiens y remporterent sur les Maures le 16 Juillet 1212, sous les ordres d'Alphonse, roi de Castille.


NAVÉES. f. termes de Mariniers, vaisseau chargé de poisson. Ce mot n'est en usage que dans quelques ports de mer de France, particulierement du côté de Normandie ; & l'on ne s'en sert guere que dans le négoce de la saline.

NAVEE, (Architect. civile) c'est le nom que donnent les Maçons à la charge d'un bateau de pierre de saint Leu, qui contient plus ou moins de tonneaux, selon la crue ou décrue de la riviere. (D.J.)


NAVETnapus, s. m. (Hist. nat. Bot.) genre de plante qui ne differe de la rave que par le port de la plante ; ce caractere fait distinguer très-aisément ces deux genres l'un de l'autre. Voyez RAVE. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE. (I)

Des cinq especes de navets que compte M. de Tournefort, nous ne décrirons que le plus commun, c'est-à-dire le navet cultivé, napus sativa, radice albâ, I. R. H. 229. Il a la racine oblongue, ronde, grosse par le collet, cependant moins grosse que la rave, charnue, tubéreuse, plus menue vers le bas, de couleur blanche ou jaune, quelquefois noirâtre en-dehors, blanche en-dedans, d'une saveur douce & piquante, agréable, plus suave & plus délicate que le raifort. Elle pousse une tige de la hauteur d'une coudée & davantage, qui se divise en rameaux. Ses feuilles sont oblongues, profondément découpées, rudes, vertes, sans pédicules, ou attachées à des pédicules membraneux ; les inférieures sont sinuées, embrassent la tige, & finissent en pointe.

Sa fleur est à quatre pétales disposés en croix, jaune comme celle du chou ; quand elle est passée, il lui succede une silique longue d'environ un pouce, ronde, qui se divise en deux loges, remplies de semences assez grosses, presque rondes, de couleur rougeâtre, ou purpurine, d'un goût âcre & piquant qui tient de l'amer. Cette âcreté est moindre que celle de la graine de moutarde, quoiqu'elle en approche.

On seme le navet, & on le cultive dans les jardins & dans les champs : il se multiplie de graine, & veut une terre légere & sablonneuse, quoiqu'il vienne également dans les terres fortes, quand elles sont bien labourées. Il y en a de plusieurs sortes, de gros & de petits ; les petits navets sont estimés les meilleurs & les plus agréables au goût. On fait cas à Paris des navets de Vaugirard, & de ceux de Freneuze, près de Poissy. Il y a beaucoup de navets qui sont tout-à-fait insipides, ce qui vient du défaut de culture, & de dégénération de la graine. Il ne faut pas confondre cette graine avec celle qu'on appelle navette. Voyez NAVETTE. (D.J.)

NAVET, (Chimie, Pharmacie, Diete, & Mat. med.) navet cultivé, navet commun. Ce n'est que la racine de cette plante qui est employée soit en Médecine, soit pour l'usage de nos tables. Aussi est-ce proprement la racine de navet qui est désignée dans l'usage commun par le mot de navet.

Les navets donc, pour parler le langage ordinaire, ont, lorsqu'ils sont cruds, un goût sucré, relevé d'un montant vif & piquant, qui s'évapore facilement par la suite, pour ne laisser au navet que la simple saveur douce. Les principes par lesquels ils excitent l'un & l'autre sentiment, sont bien connus. Leur goût sucré & fixe est dû au corps muqueux-doux qu'ils contiennent abondamment ; & le goût piquant & fugitif a une petite portion d'alkali volatil spontané. Voyez DOUX, MUQUEUX, VEGETAL.

Le corps doux-muqueux contenu dans le navet, est de l'espece de ce corps qui a le plus d'analogie avec le mucus, ou la substance gélatineuse des animaux, & qui peut être regardée comme étant, à cet égard, le dernier chaînon par lequel la série des végétaux se lie au regne animal. Voyez VEGETAL, & SUBSTANCES ANIMALES.

Cette espece de corps muqueux, & celui que contient le navet en particulier, fournit aux animaux une nourriture abondante, un aliment pur, & peut-être l'aliment végétal par excellence. Voyez NOURRISSANT. Aussi le navet est-il généralement reconnu pour être très-nourrissant, de bon suc, & de facile digestion. Son usage diététique est trop connu, trop manifestement, & trop généralement salutaire, pour que la Médecine ait des préceptes à donner sur cet objet. Mais c'est pour cela même qu'il y a peu à compter sur les éloges que les Médecins ont donnés au bouillon & au syrop de navet, employés à titre de remede dans les toux, les phthysies, l'asthme, &c. Un aliment si pur, & si propre à tous les sujets, ne sauroit exercer chez quelques-uns une vertu véritablement médicamenteuse. Si quelque médecin se proposoit cependant de soutenir un malade par un aliment doux, léger, pur, de prescrire une diete plus tenue que celle des bouillons de viande ; les bouillons de navet pourroient être regardés comme remplissant très-bien cette vûe. Cette diete mérite au-moins d'être tentée, & comparée à la diete lactée, & à la diete farineuse, sur laquelle les observations manquent absolument aussi. Voyez REGIME.

On employe quelquefois dans les compositions officinales la semence de ce navet, au lieu de celle de navet sauvage. (b)

NAVETTE, s. f. (Comm. des grains) graine d'une espece de choux sauvage que les Flamands nomment colsa & colzat. Voyez l'article COLSAT.

C'est de cette graine que l'on tire par expression l'huile que les mêmes Flamands appellent huile de colsa ou de colzat, & les François huile de navette ou de rabette. La navette ou colsa est cultivée avec grand soin en Flandre & en Hollande ; on la cultive encore en Brie, en Champagne & en Normandie, où il se fait un assez grand négoce d'huile exprimée de cette graine, dont l'usage le plus ordinaire est pour les ouvriers qui fabriquent des étoffes de laine & pour ceux qui font des ouvrages de bonnetterie : il s'en consomme aussi beaucoup par les Couverturiers, & pour brûler dans la lampe, sur-tout lorsque l'huile de baleine manque, soit parce que la pêche n'a pas été heureuse, soit parce que la guerre empêche les Pêcheurs d'y aller, & les Marchands d'en tirer des pays étrangers.

Les qualités de la bonne huile de navette sont une couleur dorée, une odeur agréable, & qu'elle soit douce au goût. On la mêlange quelquefois d'huile de lin, ce qui se reconnoît à l'amertume & à l'odeur moins agréable.

Il faut remarquer que la navette ou graine de colsa qui croît en Hollande ou en Flandre, est beaucoup plus grosse & mieux nourrie que celle de France ; ce qui lui fait donner le nom de grosse navette, au lieu que celle de France est appellée navette ordinaire ou petite navette, parce qu'effectivement elle est plus menue. (D.J.)

NAVET SAUVAGE, Navette. (Mat. méd.) Sa semence entre dans la composition de la theriaque. On en prépare dans plusieurs pays une huile par expression, très-connue, qui ne possede que les qualités connues de cette espece d'huile, mais qui parce qu'elle est communément des moins douces, ne s'emploie point pour l'usage intérieur. (b)


NAVETTES. f. terme de manufacture. Ce mot signifie une espece d'outil dont les Tisseurs, Tissutiers ou Tisserands se servent pour former, avec un fil qu'elle renferme, de laine, de soie, de chanvre, ou d'autre matiere, la trame de leurs étoffes, toiles, rubans, &c. ce qui se fait en jettant alternativement la navette de droite à gauche, & de gauche transversalement entre les fils de la chaîne qui sont placés en longueur sur le métier.

Au milieu de la navette est une espece de creux que l'on nomme la boîte ou la poche, quelquefois la chambre de la navette, dans lequel est renfermé l'espoulle ou espolin qui est une partie du fil destiné pour la trame, lequel est devidé sur un tuyau ou canon de roseau, qui est une espece de petite bobine sans bords, que quelques-uns appellent buhot, & d'autres canette.

Il y a des manufacturiers que l'on nomme ouvriers de la grande navette, & d'autres, ouvriers de la petite navette. Les premiers sont les marchands maîtres ouvriers en draps d'or, d'argent, de soie, & autres étoffes mêlangées, & les derniers, sont les maîtres-Tissutiers-Rubaniers. Voyez TISSUTIER-RUBANIER. Voyez aussi à l'article DRAPIER ou MANUFACTURIER EN LAINE, l'usage & la description de la navette angloise.

NAVETTE PLATE, de buis comme la navette, mais de forme différente. Celle-ci est presque ovale, percée comme celle-là d'outre en outre. L'ouverture en est plus petite que dans la navette ordinaire, puisque le canon est aussi plus petit : elle en differe encore en ce que le côté par lequel sort la trame, est garni d'une armure de fer dans toute sa longueur, & dont voici la nécessité. Comme la plate navette fait l'office du battant en frappant continuellement contre la trame, elle l'useroit trop vîte, outre qu'elle n'auroit pas même assez de coup, si elle n'étoit rendue plus pesante par cette armure ; cependant, aux ouvrages extrêmement legers, & auxquels il suffit que la trame soit seulement arrangée, on s'en sert sans être armée ; son usage est le même que celui de la navette, & a le frapper de plus.

NAVETTE, s. f. (Hydr.) Voyez SAUMON.

NAVETTE, s. f. (Marine) C'est un petit bâtiment dont se servent quelques Indiens, qui est fait d'un tronc d'arbre creusé, & dont la forme ressemble à une navette. (Z)

NAVETTE, terme de Plombiers, & des marchands qui font négoce de plomb, est une masse de plomb faite à-peu-près de la même figure qu'une navette de Tisserand. On l'appelle plus ordinairement saumon. Voyez PLOMB.

NAVETTE, terme de Rubaniers, est un instrument de buis plus ou moins grand, fait en forme de navire plat, ce qui lui a fait donner ce nom. Son fond est percé comme le dessus, pour laisser la place du canon qui porte la trame. La navette a plusieurs trous dans l'intérieur de son épaisseur : savoir, un dans le milieu d'un de ses côtés, que l'on revêt en-dedans d'un petit annelet d'émail, pour empêcher que la soie ne s'accroche en passant par ce trou ; deux autres trous au milieu du fond percé dont j'ai parlé, pour loger les deux bouts de la brochette qui porte le canon ; l'un de ces deux trous est évidé à son entrée & par le haut, pour laisser glisser le bout de cette brochette qui par l'autre bout entre un peu avant dans l'autre trou non évidé comme celui-ci. La navette a encore à ses deux bouts qui sont très-aigus, de petites armures de fer, pour garantir les angles lors des chûtes que la navette peut faire ; sa longueur est depuis 3 pouces jusqu'à 8 ou 10 ; son usage est de porter le canon de la trame dont il est chargé par le moyen de la brochette qui lui sert comme de moyeu ; le bout de cette trame qui passe par l'annelet ci-dessus, s'unit à la chaîne, & s'y arrête toutes les fois que l'ouvrier enfonce une nouvelle marche, en même tems qu'il enfonce cette nouvelle marche, & qu'il se leve par ce pas une partie de la chaîne pendant que le reste demeure en-bas ; il recule le battant d'une main du côté des lisses, & de l'autre main il lance la navette à-travers cette levée de chaîne, & la reçoit dans sa main qui vient de pousser le battant ; puis il lâche le battant qui vient de frapper contre cette trame à chaque coup de navette, observant de lâcher le battant avant que son pié ait quitté la marche, ce qui s'appelle frapper à pas ouvert.


NAVICULAIRE
OS
terme d'Anatomie. C'est le nom du troisieme os du tarse entre l'astragal & les os cunéiformes, & du premier carpe entre le semilunaire & le trapeze. Voyez TARSE & CARPE.

Ils sont ainsi appellés du mot latin navis vaisseau, avec quoi il a quelque ressemblance, c'est pourquoi on l'appelle aussi cymbiforme du mot cymba, barque, & scaphoïde, du mot scapha, esquif.

On observe dans l'os naviculaire du tarse deux faces articulaires revêtues d'un cartilage : l'une est concave, postérieure & articulée avec la convexité antérieure de l'astragal ; l'autre convexe antérieure, divisée en quatre facettes pour l'articulation avec l'os cuboïde & les trois cunéiformes. La circonférence décrit par son contour un ovale qui se rétrecit peu-à-peu, & se termine obliquement par une pointe incusse. Un côté du contour a plus de convexité que l'autre, & est tourné en-haut. La pointe de l'ovale va aboutir à une tubérosité qui est tournée en-bas & en-dedans.

On remarque dans l'os naviculaire du carpe une éminence oblongue revêtue d'un cartilage, & articulée avec le trapeze & le trapezoïde, trois facettes articulaires : une convexe qui s'articule avec le rayon ; l'autre concave, & s'articule avec le grand ; la troisieme est plate & articulée avec l'os semilunaire ; deux faces dont l'externe est inégale & distinguée de l'interne par une espece de petite gouttiere qui regne tout le long de la longueur de l'os. (L)


NAVIGABLEadj. (Marine) se dit d'une riviere ou d'un canal qui a assez d'eau pour porter des bateaux ou bâtimens chargés. (Z)


NAVIGATEURS. m. (Marine) ce nom ne se donne qu'à ceux qui entreprennent des voyages de long cours ; & même entre ceux-ci il semble particulierement consacré à des hommes éclairés, courageux & hardis, qui ont fait par mer de nouvelles découvertes importantes de lieux & de pays.

Personne n'ignore que la mer est devenue par la navigation le lien de la société de tous les peuples de la terre, & que c'est par elle que se répandent en tous lieux les commodités & l'abondance. On se tourmenteroit vainement à chercher quel fut le premier navigateur, il suffit de savoir qu'on doit le trouver parmi les premiers hommes. La navigation sur les rivieres doit avoir été presque aussi ancienne que le monde. La nature aida les hommes à découvrir cet art si nécessaire. Après avoir vu flotter des arbres & des solives, ils en joignirent plusieurs pour passer des rivieres. Après avoir vu des coupes & des tasses de bois, ils donnerent quelques creux à des pieces de charpente liées ensemble, pour aller plus sûrement sur l'eau. Le tems, le travail & l'industrie perfectionnerent peu-à-peu ces sortes de maisons flottantes ; on hasarda de se mettre dedans pour passer des bras de mer ; ainsi l'on vit aux radeaux succéder des barques taillées par l'avant & par l'arriere, & finalement d'autres especes de vaisseaux & de galeres, qui reçurent aussi peu-à-peu de nouvelles perfections.

Les Phéniciens avides de s'enrichir, & plus curieux encore à mesure qu'ils s'enrichirent, saisirent promptement ces différentes inventions : & comme ils ne pouvoient reculer par terre les bornes de leurs états, ils songerent à se former sur la mer un nouvel empire, dont ils ne furent redevables qu'à leur industrie & à leur hardiesse. Il falloit avoir infiniment de l'un & de l'autre pour tenter au milieu des abîmes un chemin sans trace, & où il est aussi périlleux d'avancer que de reculer. Cependant Strabon remarque que ces peuples peu d'années après la guerre de Troie se hasarderent à passer les colonnes d'Hercule & à braver le terrible Océan. Enfin ce sont les premiers qui ayent osé perdre de vûe leur patrie, pour entreprendre des voyages de long cours. Mais comme je ne fais point ici l'histoire importante de la navigation, je passe tout-d'un-saut à celle des Européens, qui nous ont découvert de nouvelles parties du monde inconnues à l'antiquité.

Ce fut dans le royaume de Portugal que s'éleva au commencement du XV. siecle, & malgré toute l'ignorance de ces tems-là, cet esprit de découverte si glorieux pour toutes les nations, si profitable pour le commerce, & qui depuis environ 260 ans a jetté des richesses immenses dans l'Europe, & a porté ses forces maritimes à un si haut point, qu'on la regarde avec raison comme la maîtresse de la plus grande partie de notre globe.

Il est vrai que les premiers essais des Portugais ne furent que des voyages fort courts qu'ils firent le long des côtes du grand continent de l'Afrique. Devenus bientôt plus hardis & plus expérimentés sur mer, le succès de leurs entreprises les anima à en essayer d'autres. Ils navigerent les premiers d'entre les nations sur l'Océan atlantique. Ils découvrirent en 1419 l'île de Madere, en 1448 les îles des Açores, en 1499 les îles du Cap-verd, & en 1486 le cap de Bonne-Espérance, ainsi nommé de l'espérance qu'ils concevoient avec raison par cette découverte de trouver de ce côté un passage aux Indes. Mais c'est à un seul homme, à l'infant dom Henri, que les Portugais furent sur-tout redevables de leurs vastes entreprises contre lesquelles ils murmurerent d'abord. Il ne s'est rien fait de si grand dans le monde, dit M. de Voltaire, que ce qui se fit par le génie & la fermeté d'un homme qui lutte contre les préjugés de la multitude.

Gama (Vasco de) est le navigateur portugais qui eut le plus de part aux grandes choses de cette nation. Il découvrit les Indes orientales par le cap de Bonne-Espérance, & s'y rendit pour la premiere fois en 1497. Il y retourna en 1502, & revint à Lisbonne avec treize vaisseaux chargés de richesses. Il fut nommé, comme il le méritoit, viceroi des Indes portugaises par le roi Jean III. & mourut à Cochin en 1525. Dom Etienne & dom Christophe de Gama ses fils lui succéderent dans sa viceroyauté, & sont célebres dans l'histoire.

Magalhaens (Ferdinand), que les François nomment Magellan, compatriote de Gama, a rendu pareillement sa mémoire immortelle par la découverte qu'il fit l'an 1520 du détroit qui de son nom est appellé Magellanique. Ce fut cependant sous les auspices de Charles-Quint, vers lequel il s'étoit retiré, qu'il fit cette découverte : piqué contre son roi qui lui avoit refusé une légere augmentation de ses appointemens, Magellan partit de Séville l'an 1519 avec cinq vaisseaux, passa le détroit Magellanique jusqu'alors inconnu, & alla par la mer du sud jusqu'aux îles de Los-Ladrones (les Philippines) où il mourut bientôt après, les uns disent de poison, les autres disent dans un combat. Un de ses vaisseaux arriva le 8 Septembre 1522 dans le port de Séville sous la conduite de Jean-Sébastien Catto, après avoir fait pour la premiere fois le tour de la terre.

Un troisieme navigateur portugais, dont je ne dois point taire le nom, est Mendès Pinto (Ferdinand), né à Monté-Mor-O-Velho, qui s'embarqua pour les Indes en 1537, dans le dessein de relever sa naissance par le secours de la fortune. Il y fut témoin pendant 20 ans des plus grands événemens qui arriverent dans ce pays, & revint en Portugal en 1558, après avoir été treize fois esclave, vendu seize fois, & avoir essuyé un grand nombre de naufrages. Ses voyages écrits en portugais & traduits en françois sont intéressans.

Les bruits que firent dans le monde le succès des merveilleuses entreprises des Portugais, éveilla Christophe Colomb, génois, homme d'un grand savoir & d'un génie du premier ordre ; il imagina une méthode encore plus sûre & plus noble de poursuivre glorieusement les mêmes desseins de découverte. Il eut une infinité de difficultés à combattre, & telles qu'elles auroient rebuté tout autre que lui. Il les surmonta à la fin, & il entreprit à l'âge de 50 ans cette heureuse & singuliere expédition, à laquelle on doit la découverte de l'Amérique.

Ferdinand & Isabelle qui régnoient en Espagne, goûtant foiblement son projet, ne lui accorderent que trois vaisseaux. Il partit du port de Palos en Andalousie le 11 Octobre 1492, & aborda la même année à Guanahani, l'une des Lucayes. Les insulaires, à la vûe de ces trois gros bâtimens, se sauverent sur les montagnes, & on ne put prendre que peu d'habitans auxquels Colomb donna du pain, du vin, des confitures & quelques bijoux. Ce traitement humain fit revenir les naturels de leur frayeur, & le cacique du pays permit par reconnoissance à Colomb de bâtir un fort de bois sur le bord de la mer : mais la jalousie, cette passion des ames basses, excita contre lui les plus violentes persécutions. Il revint en Espagne chargé de fers, & traité comme un criminel d'état. Il est vrai que la reine de Castille avertie de son retour lui rendit la liberté, le combla d'honneur, & déposa le gouverneur d'Hispaniola qui s'étoit porté contre lui à ces affreuses extrêmités. Il fut si sensible à la mort de cette princesse, qu'il ne lui survécut pas long-tems ; il ordonna tranquillement ses obséques, & les fers qu'il avoit portés furent placés dans son cercueil. Ce grand homme finit sa carriere à Valladolid en 1506 à 64 ans.

Les Espagnols dûrent à cet illustre étranger & à Vespucci (Americo) florentin, la découverte de la partie du monde qui porte le nom de ce dernier, au lieu que la nation portugaise ne doit qu'à elle seule le passage du cap de Bonne-Espérance.

Vespuce étoit un homme de génie, patient, courageux & entreprenant. Après avoir été élevé dans le commerce, il eut occasion de voyager en Espagne, & s'embarqua en qualité de marchand en 1497 sur la petite flotte d'Ojeda, que Ferdinand & Isabelle envoyoient dans le Nouveau-monde. Il découvrit le premier la terre-ferme qui est au-delà de la ligne ; & par un honneur que n'ont pu obtenir tous les rois du monde, il donna son nom à ces grands pays des Indes occidentales, non-seulement à la partie septentrionale ou méxiquaine, mais encore à la méridionale ou péruane, qui ne fut découverte qu'en 1525 par Pizaro. Un an après ce premier voyage, il en fit en chef un second, commanda six vaisseaux, pénétra jusques sur la côte de Guayane & de Venezuela, & revint à Séville.

Eprouvant à son retour peu de reconnoissance de toutes ses peines, il se rendit auprès d'Emmanuel, roi de Portugal, qui lui donna trois vaisseaux pour entreprendre un troisieme voyage aux Indes. C'est ainsi qu'il partit de Lisbonne le 13 Mai de l'an 1501, parcourut la côte d'Angola, passa le long de celle du Brésil qu'il découvrit toute entiere jusques par-delà la riviere de la Plata, d'où il revint à Lisbonne le 7 Septembre de l'an 1502.

Il en repartit l'année suivante avec le commandement de six vaisseaux, & dans le dessein de découvrir un passage pour aller par l'occident dans les Moluques, il fut à la baie de tous les Saints jusqu'à la riviere de Curabado. Enfin manquant de provisions, il arriva en Portugal le 18 Juin de l'an 1504, où il fut reçu avec d'autant plus de joie qu'il y apporta quantité de bois de Brésil & d'autres marchandises précieuses. Ce fut alors qu'Américo Vespucci écrivit une relation de ses quatre voyages, qu'il dédia à René II. duc de Lorraine. Il mourut en 1509, comblé de gloire & d'honneurs.

Pizaro (François), né en Espagne, découvrit le Pérou en 1525, se joignit à dom Diégo Almagro ; & après avoir conquis cette vaste région, ils y exercerent des cruautés inouies sur les Indiens ; mais s'étant divisés pour le partage du butin, Ferdinand frere de Pizaro tua Almagro, & un fils de celui-ci tua François Pizaro.

Pour ce qui regarde Cortès (Fernand) qui conquit le Mexique, & qui y exerça tant de ravages, j'en ai déja fait mention à l'article de MEDELLIN sa patrie.

Les navigateurs, dont on a parlé jusqu'ici, ne sont pas les seuls dont la mémoire soit célebre ; les Hollandois en ont produit d'illustres, qui, soutenus des forces de la nation lorsqu'elle rachetoit sa liberté, ont établi son empire au cap, dans l'île de Java, & ont servi à conquérir les îles Moluques sur les Portugais mêmes. On sait aussi que Jacques le Maire étant parti du Texel avec deux vaisseaux, découvrit en 1616, vers la pointe méridionale de l'Amérique, le détroit qui porte son nom. La relation détaillée de son voyage est imprimée.

Mais la grande Bretagne s'est encore plus éminemment distinguée par les actions hardies de ses illustres navigateurs ; & ce pays continue toujours de faire éclorre dans son sein les premiers hommes de mer qu'il y ait au monde.

Bien des gens savent que Christophe Colomb avoit proposé son entreprise de l'Amérique par son frere Barthelemi à Henri VII. roi d'Angleterre. Ce prince lui avoit tout accordé, mais Colomb ne le sut qu'après avoir fait sa découverte ; & il n'étoit plus tems pour les Anglois d'en profiter : cependant le penchant que le roi avoit montré pour encourager les entreprises de cette nature ne fut pas tout-à-fait sans effet. Jean Cabot, Venitien & habile marin, qui avoit demeuré pendant quelques années à Londres, saisit cette occasion. Il offrit ses services pour la découverte d'un passage aux Indes du côté du nord-ouest. Il obtint des lettres-patentes datées de la onzieme année du regne d'Henri VII. qui l'autorisoient à découvrir des pays inconnus, à les conquérir & à s'y établir, sans parler de plusieurs autres privileges qui lui furent accordés, à cette condition seule qu'il reviendroit avec son vaisseau dans le port de Bristol.

Il fit voile de ce port au printems de l'année suivante 1497 avec un vaisseau de guerre & trois ou quatre petits navires frettés par des marchands de cette ville, & chargés de toutes sortes d'habillemens, en cas de quelque découverte. Le 24 Juin, à 5 heures du matin, il apperçut la terre, qu'il appella par cette raison Prima-Vista, ce qui faisoit partie de Terre-neuve. Il trouva en arriere une île plus petite, à laquelle il donna le nom de S. Jean ; & il ramena avec lui trois sauvages, & une cargaison qui rendit un bon profit. Il fut fait chevalier & largement récompensé. Comme il monta en ce voyage jusqu'à la hauteur du cap Floride, on lui attribue la premiere découverte de l'Amérique septentrionale ; c'est du-moins sur ce fait que les rois de la grande Bretagne fondent leur prétention sur la souveraineté de ce pays, qu'ils ont depuis soutenue si efficacement pour leur gloire & pour les intérêts de la nation. C'est ainsi qu'il paroît que les Anglois doivent l'origine de leurs plantations & de leur commerce en Amérique à un simple plan de la découverte du passage du nord-ouest aux Indes.

Mais il faut parler de quelques-uns de leurs propres navigateurs. Il y en a quatre sur-tout, qui sont célebres, Drake, Rawleigh, Forbisher & le lord Anson.

Drake (François), l'un des plus grands hommes de mer de son siecle, né proche de Tavistock en Devonshire, fut mis par son pere en apprentissage auprès d'un maître de navire, qui lui laissa son vaisseau en mourant. Drake le vendit en 1567 pour servir sur la flotte du capitaine Hawkins en Amérique. Il partit en 1577 pour faire le tour du monde qu'il acheva en trois ans, & ramena plusieurs vaisseaux espagnols richement chargés. Il se signala par un grand nombre d'autres belles actions, fut fait chevalier, vice-amiral d'Angleterre, prit sur l'Espagne plusieurs villes en Amérique, & mourut sur mer en allant à Porto-belo le 28 Janvier 1596.

Forbisher (Martin), natif de Yorckshire, n'est guere moins fameux. Il fut chargé en 1576, par la reine Elisabeth, d'aller à la découverte d'un détroit qu'on croyoit être entre les mers du nord & du Sud, & qui devoit servir à passer par le nord de l'occident en orient ; il trouva en effet un détroit dans le 63 degré de latitude, & on appella ce détroit Forbisher Streight. Les habitans de ce lieu avoient la couleur basanée, des cheveux noirs, le visage applati, le nez écrasé, & pour vêtement des peaux de veaux marins. Le froid ayant empêché Forbisher d'aller plus avant, il revint en Angleterre rendre compte de sa découverte. Il tenta deux ans après le même voyage, & éprouva les mêmes obstacles des montagnes de glace & de neige : mais sa valeur intrépide en différens combats contre les Espagnols le fit créer chevalier en 1588. Il mourut à Plimouth d'un coup de mousquet qu'il reçut en 1594 au siege du fort de Grodon en Bretagne, que les Espagnols occupoient alors.

Rawleigh (Walter) naquit en Devonshire d'une famille ancienne, & devint par son mérite amiral d'Angleterre ; ses actions, ses ouvrages & sa mort tragique ont immortalisé son nom dans l'histoire.

Doué des graces de la figure, du talent de la parole, d'un esprit supérieur, & d'un courage intrépide, il eut la plus grande part aux expéditions de mer du regne de la reine Elisabeth. Il introduisit la premiere colonie angloise dans Mocosa en Amérique, & donna à ce pays le nom de Virginie en l'honneur de la reine sa souveraine. Elle le choisit en 1592 pour commander une flotte de quinze vaisseaux de guerre, afin d'agir contre les Espagnols en Amérique, & il leur enleva une caraque estimée deux millions de livres sterlings. En 1595, il fit une descente dans l'île de la Trinité, emmena prisonnier le gouverneur du pays, brûla Comona dans la nouvelle Andalousie, & rapporta de son voyage quelques statues d'or, dont il fit présent à sa souveraine. En 1597, il partit avec la flotte commandée par le comte d'Essex pour enlever les galions d'Espagne ; mais le comte d'Essex, jaloux de Rawleigh, lui ordonna de l'attendre à l'île de Fayal ; il le fit & s'en empara.

Après le couronnement de Jacques I. en 1603, il fut envoyé à la tour de Londres sur des accusations qu'on lui intenta d'avoir eu dessein d'établir sur le trône Arbelle Stuard, dame issue du sang royal. Il composa pendant sa prison, qui dura treize ans, son histoire du monde, dont la premiere partie parut en 1614. Ayant obtenu sa liberté en 1616, il se mit en mer avec douze vaisseaux pour attaquer les Espagnols sur les côtes de la Guyane ; mais son entreprise n'ayant pas réussi, il fut condamné à mort à la poursuite de l'ambassadeur d'Espagne, qui pouvoit tout sur l'esprit foible de Jacques I. Rawleigh eut la tête tranchée dans la place de Westminster le 29 Octobre 1618, âgé de 76 ans.

Anson (George), aujourd'hui le lord Anson, fut en 1739 déclaré commodore ou chef d'escadre, pour faire avec cinq vaisseaux une irruption dans le Pérou par la mer du sud ; il cotoya le pays inculte des Patagons, entra dans le détroit de le Maire, & franchit plus de cent degrés de latitude en moins de cinq mois. Sa petite frégate de huit canons, nommée, le Triat, l'épreuve, fut le premier navire de cette espece qui osa doubler le cap Horn : elle s'empara depuis dans la mer du sud d'un bâtiment espagnol de 600 tonneaux, dont l'équipage ne pouvoit comprendre comment il avoit été pris par une barque venue de Londres dans l'Océan pacifique.

En doublant le cap Horn, des tempêtes extraordinaires disperserent les vaisseaux de George Anson, & le scorbut fit périr la moitié de l'équipage. Cependant s'étant reposé dans l'île deserte de Fernandez, il avança jusque vers la ligne équinoxiale, & prit la ville de Paita ; mais n'ayant plus que deux vaisseaux, il réduisit ses entreprises à tâcher de se saisir du galion immense, que le Méxique envoie tous les ans dans les mers de la Chine à l'île de Manille.

Pour cet effet, George Anson traversa l'Océan pacifique & tous les climats opposés à l'Afrique entre notre tropique & l'équateur. Le scorbut n'abandonna point l'équipage sur ces mers, & l'un des vaisseaux du commodore faisant eau de tous côtés, il se vit obligé de le brûler au milieu de la mer ; n'ayant plus de toute son escadre qu'un seul vaisseau délabré, nommé le Centurion, & ne portant que des malades, il relâche dans l'île de Tinian, à Macao, pour radouber ce seul vaisseau qui lui reste.

A peine l'eut-il mis en état, qu'il découvre le 9 Juin 1743 le vaisseau espagnol tant desiré ; alors il l'attaque avec des forces plus que de moitié inférieures, mais ses manoeuvres savantes lui donnerent la victoire. Il entre vainqueur dans Canton avec cette riche proie, refusant en même tems de payer à l'empereur de la Chine des impôts que doivent tous les navires étrangers ; il prétendoit qu'un vaisseau de guerre n'en devoit pas : sa conduite ferme en imposa : le gouverneur de Canton lui donna une audience, à laquelle il fut conduit à travers deux haies de soldats au nombre de dix mille. Au sortir de cette audience, il mit à la voile pour retourner dans sa patrie par les îles de la Sonde & par le cap de Bonne-Espérance. Ayant ainsi fait le tour du monde en victorieux, il aborde en Angleterre le 4 Juin 1744, après un voyage de trois ans & demi.

Arrivé dans sa patrie, il fit porter à Londres en triomphe sur 32 chariots, au son des tambours & des trompettes, & aux acclamations de la multitude, les richesses qu'il avoit conquises. Ses différentes prises se montoient en or & en argent à dix millions monnoie de France, qui furent le prix du commodore, de ses officiers, des matelots & des soldats, sans que le roi entrât en partage du fruit de leurs fatigues & de leur valeur. Il fit plus, il créa Georges Anson pair de la grande Bretagne, & dans la nouvelle guerre contre la France il l'a nommé chef de l'amirauté. C'est dans ce haut poste, récompense de son mérite, qu'il dirige encore les expéditions, la gloire & les succès des forces navales d'Angleterre. (D.J.)


NAVIGATIONS. f. (Hydrographie) c'est l'art ou l'action de naviguer ou de conduire un navire d'un lieu dans un autre par le chemin le plus sûr, le plus court & le plus commode. Voyez NAVIRE, &c.

Cet art, dans le sens le plus étendu qu'on puisse donner au mot qui l'exprime, comprend trois parties ; 1°. l'art de construire, de bâtir les vaisseaux, voyez CONSTRUCTION ; 2°. l'art de les charger, voyez LEST & ARRIMAGE ; 3°. l'art de les conduire sur la mer, qui est l'art de la Navigation proprement dit.

Dans ce dernier sens limité, la Navigation est commune ou propre.

La Navigation commune, autrement appellée Navigation le long des côtes, est celle qui se fait d'un port dans un autre situé sur la même côte ou sur une côte voisine, pourvu que le vaisseau s'éloigne presqu'entierement de la vûe des côtes & ne trouve plus de fond. Voyez CABOTAGE.

Dans cette navigation il suffit d'avoir un peu de connoissance des terres, du compas, & de la ligne avec laquelle les marins sondent. Voyez COMPAS, SONDE, &c.

Navigation propre se dit quand le voyage est long & se fait en plein Océan.

Dans ces voyages, outre les choses qui sont nécessaires dans la Navigation commune, il faut encore des cartes réduites de Mercator, des compas d'azimuth & d'amplitude, un lock, & d'autres instrumens nécessaires pour les observations astronomiques, comme quart de cercle, quartier anglois. Voyez chacun de ces instrumens en son lieu, CARTE, QUART DE CERCLE, &c.

Tout l'art de la Navigation roule sur quatre choses, dont deux étant connues, les deux autres sont connues aisément par les tables, les échelles & les cartes.

Ces quatre choses sont la différence en latitude, la différence en longitude, la distance ou le chemin parcouru, & le rhumb de vent sous lequel on court.

Les latitudes se peuvent aisément déterminer, & avec une exactitude suffisante. Voyez LATITUDE.

Le chemin parcouru s'estime par le moyen du lock. Voyez LOCK.

Ce qui manque le plus à la perfection de la Navigation, c'est de savoir déterminer la longitude. Les Géometres se sont appliqués de tous les tems à résoudre ce grand problème, mais jusqu'à-présent leurs efforts n'ont pas eu beaucoup de succès, malgré les magnifiques récompenses promises par divers princes & par divers états à celui qui le résoudroit.

Si on veut connoître les différentes méthodes dont on se sert aujourd'hui en mer pour trouver la longitude, on les trouvera au mot LONGITUDE. Chambers. (O)

Les Poëtes attribuent à Neptune l'invention de l'art de naviguer ; d'autres l'attribuent à Bacchus, d'autres à Hercule, d'autres à Jason, d'autres à Janus, qu'on dit avoir eu le premier un vaisseau. Les Historiens attribuent cet art aux Eginetes, aux Phéniciens, aux Tyriens, & aux anciens habitans de la Grande-Bretagne. L'Ecriture attribue l'origine d'une si utile invention à Dieu même, qui en donna le premier modele dans l'arche qu'il fit bâtir par Noé. En effet, ce patriarche paroit dans l'Ecriture avoir construit l'arche sur les conseils de Dieu même : les hommes étoient alors non-seulement ignorans dans l'art de naviguer, mais même persuadés que cet art étoit impossible. Voyez ARCHE.

Cependant les Historiens nous représentent les Phéniciens, & particulierement les habitans de Tyr, comme les premiers navigateurs ; ils furent, dit-on, obligés d'avoir recours au commerce avec les étrangers, parce qu'ils ne possédoient le long des côtes qu'un terrein stérile & de peu d'étendue ; de plus, ils y furent engagés, parce qu'ils avoient deux ou trois excellens ports ; enfin ils y furent poussés par leur génie, qui étoit naturellement tourné au commerce.

Le mont Liban & d'autres montagnes voisines leur fournissoient d'excellens bois pour la construction des vaisseaux ; en peu de tems ils se virent maîtres d'une flotte nombreuse, en état de soutenir des voyages réitérés ; augmentant par ce moyen leur commerce de jour en jour, leur pays devint en peu de tems extraordinairement riche & peuplé, au point qu'ils furent obligés d'envoyer des colonies en différens endroits, principalement à Carthage. Cette derniere ville conservant le goût des Phéniciens pour le commerce, devint bientôt non-seulement égale, mais supérieure à Tyr. Elle envoyoit ses flottes par les colonnes d'Hercule (aujourd'hui le détroit de Gibraltar) le long des côtes occidentales de l'Europe & de l'Afrique ; & même, si on en croit quelques auteurs, jusque dans l'Amérique même, dont la découverte a fait tant d'honneur à l'Espagne plusieurs siecles après.

La ville de Tyr, dont les richesses & le pouvoir immense sont tant célébrés dans les auteurs sacrés & prophanes, ayant été détruite par Alexandre le Grand, sa navigation & son commerce furent transférés par le vainqueur à Alexandrie, ville que ce prince avoit bâtie, admirablement située pour le commerce maritime, & dont Alexandre vouloit faire la capitale de l'empire de l'Asie qu'il méditoit. C'est ce qui donna naissan