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| O | S. m. (Gram.) c'est la quinzieme lettre, & la quatrieme voyelle de l'alphabet françois. Ce caractere a été long-tems le seul dont les Grecs fissent usage pour représenter le même son, & ils l'appelloient du nom même de ce son. Dans la suite on introduisit un second caractere , afin d'exprimer par l'ancien l'o bref, & par le nouveau, l'o long : l'ancienne lettre O ou o, fut alors nommée , o parvum ; & la nouvelle, ou , fut appellée , O magnum.
Notre prononciation distingue également un o long & un o bref ; & nous prononçons diversement un hôte (hospes), & une hotte (sporta dossuaria) ; une côte (costa), & une cotte (habillement de femme) ; il saute (saltat), & une sotte (stulta) ; beauté (pulchritudo), & botté (ocreatus), &c. Cependant nous n'avons pas introduit deux caracteres pour désigner ces deux diverses prononciations du même son. Il nous faudroit doubler toutes nos voyelles, puisqu'elles sont toutes ou longues ou breves : a est long dans cadre, & bref dans ladre ; e est long dans tête, & bref dans il tette ; i est long dans gîte, & bref dans quitte ; u est long dans flûte, & bref dans culbute ; eu est long dans deux, bref dans feu, & plus bref encore dans me, te, de, & dans les syllabes extrêmes de fenêtre ; ou est long dans croûte, & bref dans déroute.
Je crois, comme je l'ai insinué ailleurs (voyez LETTRES), que la multiplication des lettres pour désigner les différences prosodiques des sons n'est pas sans quelques inconvéniens. Le principal seroit d'induire à croire que ce n'est pas le même son qui est représenté par les deux lettres, parce qu'il est naturel de conclure que les choses signifiées sont entr'elles comme les signes : de-là une plus grande obscurité sur les traces étymologiques des mots ; le primitif & le dérivé pourroient être écrits avec des lettres différentes, parce que le méchanisme des organes exige souvent que l'on change la quantité du radical dans le dérivé.
Ce n'est pas au reste que je ne loue les Grecs d'avoir voulu peindre exactement la prononciation dans leur orthographe : mais je pense que les modifications accessoires des sons doivent plutôt être indiquées par des notes particulieres ; parce que l'ensemble est mieux analysé, & conséquemment plus clair ; & que la même note peut s'adapter à toutes les voyelles, ce qui va à la diminution des caracteres & à la facilité de la lecture.
L'affinité méchanique du son o avec tous les autres, fait qu'il est commuable avec tous, mais plus ou moins, selon le degré d'affinité qui résulte de la disposition organique : ainsi o a plus d'affinité avec eu, u, & ou, qu'avec a, ê, é, i ; parce que les quatre premieres voyelles sont en quelque sorte labiales, puisque le son en est modifié par une disposition particuliere des levres ; au lieu que les quatre autres sont comme linguales, parce qu'elles sont différenciées entr'elles par une disposition particuliere de la langue, les levres étant dans le même état pour chacune d'elles : l'abbé de Dangeau, opusc. pag. 62. avoit insinué cette distinction entre les voyelles.
Voici des exemples de permutations entre les voyelles labiales, & la voyelle o.
O changé en eu : de mola vient meule ; de novus, neuf ; de soror, soeur, qui se prononce seur ; de populus, peuple ; de cor, coeur.
O changé en u : c'est ainsi que l'on a dérivé humanus & humanitas de homo ; cuisse de coxa ; cuir de corium ; cuit de coctus ; que les Latins ont changé en us la plûpart des terminaisons des noms grecs en os ; qu'ils ont dit, au rapport de Quintilien & de Priscien, huminem pour hominem, frundes pour frondes, &c.
Au contraire u changé en o : c'est par cette métamorphose que nous avons tombeau de tumulus, comble de culmen, nombre de numerus ; que les Latins ont dit Hecoba pour Hecuba, colpa pour culpa ; que les Italiens disent indifféremment fosse ou fusse, facoltà ou facultà, popolo ou populo.
O changé en ou : ainsi mouvoir vient de movere, moulin de moletrina, pourceau de porcus, glousser de glocio, mourir de mori, &c.
Les permutations de l'o avec les voyelles linguales sont moins fréquentes ; mais elles sont possibles, parce que, comme je l'ai déja remarqué d'après M. le président de Brosses (art. Lettres), il n'y a proprement qu'un son diversement modifié par les diverses longueurs ou les divers diametres du tuyau : & l'on en trouve en effet quelques exemples. O est changé en a dans dame, dérivé de domina : en e dans adversùs, au lieu de quoi les anciens disoient advorsùs, comme on le trouve encore dans Térence ; en i dans imber, dérivé du grec .
Nous représentons souvent le son o par la diphtongue oculaire au, comme dans aune, baudrier, cause, dauphin, fausseté, gaule, haut, jaune, laurier, maur, naufrage, pauvre, rauque, sauteur, taupe, vautour : d'autres fois nous représentons o par eau, comme dans eau, tombeau, cerceau, cadeau, chameau, fourneau, troupeau, fuseau, gâteau, veau. Cette irrégularité orthographique ne nous est pas propre : les Grecs ont dit & , sulcus (sillon) ; & , vulnus, (blessure) : & les Latins écrivoient indifféremment cauda & coda (queue) ; plaustrum & plostrum (char) ; lautum & lotum au supin du verbe lavare (laver).
La lettre o est quelquefois pseudonyme, en ce qu'elle est le signe d'un autre son que de celui pour lequel elle est instituée ; ce qui arrive par-tout où elle est prépositive dans une diphtongue réelle & auriculaire : elle représente alors le son ou ; comme dans bésoard, bois, soin, que l'on prononce en effet bésouard, boues, souèn.
Elle est quelquefois auxiliaire, comme quand on l'associe avec la voyelle u pour représenter le son ou qui n'a pas de caractere propre en françois ; comme dans bouton, courage, douceur, foudre, goutte, houblon, jour, louange, moutarde, nous, poule, souper, tour, vous. Les Allemands, les Italiens, les Espagnols, & presque toutes les nations, représentent le son ou par la voyelle u, & ne connoissent pas le son u, ou le marquent par quelqu'autre caractere.
O est encore auxiliaire dans la diphtongue apparente oi, quand elle se prononce ê ou è ; ce qui est moins raisonnable que dans le cas précédent, puisque ces sons ont d'autres caracteres propres. Or oi vaut ê : 1°. dans quelques adjectifs nationaux, anglois, françois, bourbonnois, &c : 2°. aux premieres & secondes personnes du singulier, & aux troisiemes du pluriel, du présent antérieur simple de l'indicatif, & du présent du suppositif ; comme je lisois, tu lisois, ils lisoient ; je lirois, tu lirois, ils liroient : 3°. dans monnoie, & dans les dérivés des verbes connoître & paroître où l'oi radical fait la derniere syllabe, ou bien la pénultieme avec un e muet à la derniere ; comme je connois, tu reconnois, il reconnoît ; je comparois, tu disparois, il reparoît ; connoître, méconnoître : que je reconnoisse ; comparoître, que je disparoisse, que tu reparoisses, qu'ils apparoissent. Oi vaut è : 1°. dans les troisiemes personnes singulieres du présent antérieur simple de l'indicatif, & du présent du suppositif ; comme il lisoit, il liroit : 2°. dans les dérivés des verbes connoître & paroître où l'oi radical est suivi d'une syllabe qui n'a point d'e muet ; comme connoisseur, reconnoissance, je méconnoitrai ; vous comparoitrez, nous reparoitrions, disparoissant.
La lettre o est quelquefois muette : 1°. dans les trois mots paon, faon, Laon (ville), que l'on prononce pan, fan, Lan ; & dans les dérivés, comme paonneau (petit paon) qui differe ainsi de panneau (terme de Menuiserie), laonnois (qui est de la ville ou du pays de Laon) : 2°. dans les sept mots oeuf, boeuf, moeuf, choeur, coeur, moeurs & soeur, que l'on prononce euf, beuf, neuf, keur, keur, meurs & seur : 3°. dans les trois mots oeil, oeillet & oeillade, soit que l'on prononce par è comme à la fin de soleil, ou par eu comme à la fin de cercueil. On écrit aujourd'hui économe, économie, écuménique, sans o ; & le nom Oedipe est étranger dans notre langue.
O 'apostrophé devant les noms de famille, est en Irlande un signe de grande distinction, & il n'y a en effet que les maisons les plus qualifiées qui le prennent : o' Briem, o' Carrol, o' Cannor, o' Néal.
En termes de Marine, O veut dire ouest ; S. O. sud-ouest ; S. S. O. sud sud-ouest ; O. S. O. ouest-sud-ouest. Voyez N & RHUMB.
Sur nos monnoies, la lettre o désigne celles qui sont fabriquées à Riom.
Chez les anciens, c'étoit une lettre numérale qui valoit 11 ; & surmontée d'une barre, valoit 11000, selon la regle ordinaire :
O numerum gestat qui nunc undecimus extat.
(B. E. R. M.)
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| O | S. m. (Théol.) nom qu'on a donné aux sept ou neuf antiennes qu'on chante dans l'Avent pendant sept ou neuf jours auparavant la fête de Noël, & qui précedent le cantique Magnificat. On les appelle encore ainsi parce que chacune d'elles commence par cette exclamation : comme O rex gentium. O Emmanuel, &c. Voyez ANTIENNE.
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| O | O, O, (Ecriture) considéré dans sa forme, c'est une ligne courbe continue, dont tous les points supérieurs & inférieurs sont plus éloignés du centre que ceux des flancs ; elle est presque racine de toutes les mineures ; elle se forme sans interruption du mouvement mixte des doigts & du poignet : dans l'italienne les angles de l'o sont beaucoup plus obtus que ceux de l'o coulé ; ce qui fait que celui-ci est moins ouvert que celui-là. A l'égard de l'o rond, il est ainsi appellé, parce qu'il approche du cercle, que ses points supérieurs & inférieurs sont à un point près aussi proche du centre que ceux des flancs. Voyez le volume des Planches à la table de l'Ecriture des figures radicales mineures.
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| O | (Comm.) dans les livres des marchands, banquiers, ou négocians, joint à quelques autres lettres, marque différentes abréviations : ainsi C. O. est l'abréviation de compte ouvert ; O N C. ou O N. signifient onces. Dictionn. de Comm. (G)
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| O | majuscule (Musique) qui est proprement un cercle, ou double C, est dans nos musiques anciennes, la marque de ce qu'ils appelloient tems parfait, c'est-à-dire, de la mesure triple ou à trois, à la différence du tems imparfait ou de la mesure double, qu'ils marquoient par un C simple, ou par un O tronqué à droite ou à gauche C, ou .
Le tems parfait se marquoit par un O simple, ou pointé en-dedans, ou barré. Voyez TEMS. (S)
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| O MI-TO | (Hist. mod.) c'est le nom que les Chinois idolâtres, qui suivent la secte de Fo, donnent à une divinité pour laquelle ils ont la plus grande vénération. On croit que c'est le même dieu que les Japonois adorent sous le nom d'Amida. Les Chinois croient qu'il suffit de l'invoquer pour obtenir le pardon des crimes les plus atroces. Ils joignent son nom avec celui de Fo, & en font un même mot O-mito-fo. Ce dieu prétendu, de l'aveu de ses adorateurs, étoit un homme du royaume de Bengale, fameux par la sainteté de ses moeurs.
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| OA | (Géog. anc.) village de Grece en Attique, sous la tribu Pandionide, comme le prouve une inscription rapportée par Spon. Il ne faut pas confondre ce village avec Oé qui étoit de la tribu Oénéide.
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| OACCO | (Géog.) province d'Afrique dans l'Ethiopie au royaume d'Angola. C'est une espece de désert habité, dont les peuples n'ont pas l'industrie de cultiver les terres avec art : & pourquoi l'auroient-ils, ils n'ont point de terres en propriété ? Tout ce qu'en dit le pere Labat ne mérite aucune créance.
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| OAKHAM | (Géog.) ville d'Angleterre dans le Rutland, au diocèse de Péterboroug. Elle est dans la belle & riche vallée de Cathmoss, à 74 milles de Londres. Long. 16. 45. lat. 52. 38.
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| OANNÈS | S. m. (Mythol.) les Babyloniens rendirent leurs hommages à l'eau en général, comme élément, sous le nom d'Oannes, moitié femme & moitié poisson, telle qu'étoit la figure que Lucien en avoit vue en Phénicie. Les Syriens représentoient de même leur Atergatis, & les Scythes leur Thamysades ; c'étoient des symboles de la lune & de la mer. (D.J.)
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| OANUS | (Géog. anc.) fleuve de Sicile selon Pindare ; Fazell croit que le nom moderne est Frascolari, riviere qui coule sur la côte méridionale.
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| OARII | (Géog.) province de l'Ethiopie occidentale au royaume d'Angola, sur le bord septentrional de la Coanza. (D.J.)
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| OARISSE | S. m. (Belles lettres) terme en usage dans la poésie grecque, qui signifie un dialogue entre un mari & une femme ; tel par exemple que celui qu'on trouve au sixieme livre de l'Iliade, entre Hector & Andromaque. Voyez DIALOGUE.
Scaliger remarque que l'oaristus n'est point à proprement parler, un petit poëme particulier, ni une piece de vers détachée ; mais qu'il fait toûjours partie de quelque grand poëme. Il ajoute que l'endroit d'Homere dont nous venons de parler, est proprement le seul oariste qui se trouve dans les anciens poëtes grecs.
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| OASIS | (Géog. anc.) ville & desert de l'Egypte, aux confins de la Libye. Il y avoit deux villes nommées Oasis, & que l'on distinguoit par les surnoms de grande & de petite. Auprès de la plus grande de ces deux villes, étoit l'affreux desert d'Oasis. Chacune de ces villes avoit un nom. Pline, Strabon, Ptolémée, Hérodote & les autres historiens en parlent ; mais ils ne s'accordent point entr'eux, tant les pays de l'Egypte étoient peu connus des étrangers.
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| OAXACA | (Géog.) vallée de l'Amérique, & province de la nouvelle Espagne, c'est la même que Guaxaca. Voyez GUAXACA.
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| OAXIS | (Géog. anc.) ville de l'île de Crete dans la côte septentrionale selon Hérodote, l. IV. ch. cliv. Varron dit qu' Oaxe, fils d'Apollon & d'Anchiale, bâtit en Crete une ville qu'il appella de son nom. Servius assure la même chose, en expliquant la premiere églogue de Virgile où est ce vers :
Et rapidum Cretae veniemus Oaxem.
(D.J.)
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| OB | (Art. numismat.) M. Patin rapporte une médaille frappée à l'honneur de l'empereur Adrien (peut-être à cause de la connoissance qu'il avoit de la Médecine), où l'on voit d'un côté Esculape avec Hygéia, & de l'autre Télesphore, avec cette inscription autour : . Auprès de Télesphore il y a ces lettres ob. Cet antiquaire explique les premiers mots de cette maniere, pergamenorum sub cephalione, ajoutant en caracteres italiques Telesphorus. Il dit ensuite, après Pausanias, que Télesphore étoit une divinité des Pergaméniens, qui avoit été ainsi nommée par le commandement de l'oracle, & que quelques - uns traduisoient ce mot par celui de devin ou de ventriloque.
Voici comme en parle Selden. " On traduit ordinairement le mot ob, par celui de python ou de magicien ; mais Ob étoit un esprit ou un demon, qui donnoit ses réponses comme si les paroles étoient sorties des parties que l'honnêteté ne permet pas de nommer, ou quelquefois de la tête, & quelquefois des aisselles ; mais d'une voix si basse, qu'il sembloit qu'elle vînt de quelque cavité profonde, comme si un mort avoit parlé dans le tombeau ; ensorte que celui qui le consultoit, ne l'entendoit souvent point du tout, ou plutôt entendoit tout ce qu'il vouloit ". Selden ajoute peu après ce qui suit. " Voyez l'histoire de Samuel, dont la figure fut montrée à Saül par une femme, des parties honteuses de laquelle Ob parloit, ou étoit censé parler. L'Ecriture, dans le premier livre de Samuel, ch. xxxviij. appelle cette femme pythonisse ou ventriloque, comme traduisent les septante, une femme qui avoit Ob. De-là vient que Saül lui parle ainsi : prophétise-moi, je te prie, par Ob, ce que les septante ont traduit, prophétise-moi par le ventriloque. Ob étoit donc un esprit qui parloit du ventre. Nos traducteurs ont rendu le mot des septante, , par esprit familier ".
Buxtorf interprete le mot hébreu ob, par celui de python, ou d'esprit qui rend des réponses par quelque puissance diabolique, & qui travaille à éloigner les hommes de Dieu. Levit. xix. 31. & xx. 27. Il remarque que ob, signifie encore en hébreu, bouteille, Job, xxxij. 19. Ce qui a fait dire à Aben-Esra, qu'on l'avoit transporté par métaphore à un esprit qui enfloit le ventre de celui qui en étoit possédé, comme une bouteille, & rendoit ses oracles par cette partie, d'où le possédé étoit appellé .
On a vu de nos jours des gens qui savoient ménager leur voix, de façon qu'elle sembloit sortir de quelque endroit hors d'eux, soit éloigné de leur corps, soit voisin, & cela d'un ton tel que celui de l'Ob, décrit par Selden. Il y avoit aux environs de Londres un garçon âgé de 25 ans, qu'on appelloit en anglois The speaking-smith (ce qui revient à vocifaber, qu'on ne peut rendre en françois), qui possédoit ce talent dans une grande perfection. Il ne lui eût pas été difficile de se faire passer pour sorcier parmi la populace ; mais il se contentoit d'effrayer des portiers, des charretiers, & d'autres gens de cette espece, qui ne connoissoient point son art.
J'ai entendu parler d'une femme qui parcouroit l'Angleterre en mendiant, & qui savoit si bien menager sa voix qu'elle paroissoit s'entretenir avec plusieurs personnes à la fois ; elle disoit, pour émouvoir la compassion, que les interlocuteurs étoient son mari & ses enfans, qu'elle avoit perdus il y avoit plusieurs années, & qui pendant leur vie, avoient mangé tout son bien. (D.J.)
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OBACATIARAS LES | (Géog.) peuples de l'Amérique méridionale dans le Brésil. Ils habitent les îles de la riviere de S. François. De Laët les donne pour anthropophages, & vraisemblablement sans en avoir de preuves.
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| OBA | ou ROBAI, (Hist. nat. Botan.) c'est une sorte de jasmin du Japon qui a des fleurs doubles. Son écorce est brune ; son bois foible & rempli de moëlle ; ses feuilles alternativement opposées & terminées par une pointe un peu recourbée ; ses fleurs, qui paroissent au mois de Février avant ses feuilles, & qui sortent d'un calice écailleux, sont d'un jaune pâle, & composées de deux sortes de pétales, dont les extérieurs sont d'ordinaire au nombre de huit, longs d'un demi pouce en oval ; & les intérieurs, plus petits, de grandeur inégale, au nombre de huit & plus, marquetés de points couleur de sang ; l'odeur de la fleur tire sur celle de la violette, mais devient dégoutante à la longue, & le goût est très-désagréable. Cet arbrisseau, qu'on croit apporté de la Chine, est d'une beauté qui le fait cultiver soigneusement dans les jardins.
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| OBARÉNIENS | LES, (Géog. anc.) en grec, ; peuples qui habitoient une partie considérable de l'Arménie, aux environs du fleuve Cyrus.
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| OBBA | S. m. (Hist. anc.) vase fort creux dont on se servoit aux repas funebres.
OBBA, (Géog.) ville d'Afrique dans la Mauritanie Césariense. Au cinquieme concile général assista Valérien évêque d'Obba en Afrique. La conférence de Carthage fournit aussi Félicissime évêque d'Obba, Obbensis.
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| OBDOR | ou L 'OBDORIE, (Géog.) autrefois Lucomorie ; contrée de la Tartarie moscovite, au couchant du Jénisréa & à l'orient de l'Oby, qui la sépare de la Coudora. Ce pays est coupé par le cercle polaire en deux parties à-peu-près égales, sous le soixantieme degré de latitude : il fait partie de la Sibérie. Pierre-le-Grand y avoit commencé quelques habitations qui n'ont pas été continuées. (D.J.)
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| OBEANCIER | S. m. (Jurisprud.) est un titre usité dans l'église collégiale de S. Just de Lyon ; le grand obéancier est la premiere dignité. Le premier chanoine après les dignitaires, a aussi le titre d'obéancier. Ce terme paroît être venu par corruption d'obédiencier ; il y a apparence que ces obéanciers ont été ainsi nommés, parce que dans l'origine ils étoient envoyés par l'archevêque de Lyon pour desservir cette église. Voyez OBEDIENCIER.
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| OBÉDIENCE | S. f. (Jurisprud.) ce terme dans son origine étoit toûjours synonyme d'obéissance ; dans la suite on lui a attribué différentes significations en matiere ecclésiastique.
En général obédience signifie soumission à un supérieur ecclésiastique ; quelquefois ce terme se prend pour l'autorité même du supérieur ; quelquefois enfin on entend par obédience, la permission que le supérieur donne d'aller quelque part, ou de faire quelque chose.
Pendant le grand schisme d'Avignon on se servoit du terme d'obédience pour désigner le territoire dans lequel chacun des deux papes étoit reconnu comme légitimement élu. Presque toutes les villes de Toscane & de Lombardie, toute l'Allemagne, la Bohème, la Hongrie, la Pologne, la Prusse, le Danemarck, la Suede, la Norwege, l'Angleterre étoient de l'obédience de Clément VII. qui s'étoit retiré à Avignon ; la France, la Lorraine, l'Ecosse, la Savoie & le royaume de Naples, se rangerent sous l'obédience d'Urbain : l'Espagne prit d'abord le même parti, ensuite elle se mit sous l'obédience de Clément VII.
C'est en ce même sens que l'on appelle ambassadeurs d'obédience, ceux que des princes envoient au pape, pour lui rendre hommage de quelques fiefs qui relevent de lui : c'est ainsi que le roi d'Espagne envoie un ambassadeur d'obédience au pape, auquel il présente la haquenée que ce prince doit au pape à cause du royaume de Naples.
Les provinces dans lesquelles le concordat n'a pas lieu, & qui sont soumises à toutes les regles de chancellerie, que l'on observoit avant le concordat, telles que la Bretagne, la Provence, la Lorraine, sont appellées communément pays d'obédience, ce qui est une expression très-impropre, vû que ces pays ne sont point soumis au pape plus particulierement que les autres ; toute la différence est que la regle de mensibus & alternativa y a lieu, c'est-à-dire que le pape y confere les bénéfices pendant huit mois de l'année, les autres collateurs n'ont que quatre mois, à la réserve des évêques, lesquels en faveur de la résidence, ont l'alternative, c'est-à-dire qu'ils ont la collation pendant un mois, & le pape pendant l'autre, & ainsi de suite alternativement.
Le pape n'use point de prévention dans les pays d'obédience, dans les six mois de l'alternative des évêques ni dans les quatre mois des autres collateurs.
OBEDIENCE, se prend aussi pour un acte qu'un supérieur ecclésiastique donne à un inférieur, soit pour le faire aller en quelque mission, soit pour le transferer d'un lieu dans un autre, ou pour lui permettre d'aller en pelérinage ou en voyage : un prêtre ne doit point être admis à dire la messe dans un diocese étranger, qu'il ne montre son obédience. On doit arrêter les moines vagabonds, qui errent par le monde, & qui ne montrent point leur obédience.
On a aussi appellé obédiences les maisons, églises, chapelles & métairies qui ne sont pas des titres de bénéfices séparés, & dans lesquels un supérieur ecclésiastique envoie un religieux pour les desservir ou administrer. On les a ainsi appellés obédience, parce que le religieux qui les dessert n'y est envoyé qu'en vertu d'un acte d'obédience, & qu'il est révocable ad nutum.
Dans les premiers siecles de l'état monastique, tous les prieurés n'étoient que des obédiences. Il y a encore quelques abbayes où les prieurés qui en dépendent, ne sont que de simples obédiences. Voyez l'histoire de l'église de Meaux, t. I. pag. cxix ; les Mémoires du clergé ; les lois ecclésiastiques & la Jurisprudence canoniq. de de Lacombe. (A)
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| OBÉDIENCIER | S. m. (Jurisprud.) est un religieux qui va, par l'ordre de son supérieur, desservir une église dont il n'est point titulaire. Voyez OBEDIENCE. (A)
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| OBÉIR | v. n. (Gram.) c'est se soumettre à la volonté d'un autre. Celui qui commande est censé supérieur, & celui qui obéit subalterne. On obéit à Dieu, en suivant sa loi ; aux rois, en remplissant leurs lois ; à la nécessité, aux passions, &c.
Obéir se prend encore dans un sens différent, lorsqu'il se dit d'un corps roide, inflexible, qu'on ne plie pas à volonté ; le fer trempé n'obéit pas, &c.
OBEIR, se dit d'un cheval qui répond aux aides. Voyez AIDES.
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| OBÉISSANCE | S. f. (Droit naturel & politique.) Dans tout état bien constitué, l'obéissance à un pouvoir légitime est le devoir le plus indispensable des sujets. Refuser de se soumettre aux souverains, c'est renoncer aux avantages de la société, c'est renverser l'ordre, c'est chercher à introduire l'anarchie. Les peuples, en obéissant à leurs princes, n'obéissent qu'à la raison & aux lois, & ne travaillent qu'au bien de la société. Il n'y a que des tyrans qui commanderoient des choses contraires ; ils passeroient les bornes du pouvoir légitime, & les peuples seroient toujours en droit de reclamer contre la violence qui leur seroit faite. Il n'y a qu'une honteuse flatterie & un avilissement odieux, qui ait pu faire dire à Tibere par un sénateur romain : Tibi summum rerum judicium dii dedere, nobis obsequii gloria relicta est. Ainsi l'obéissance ne doit point être aveugle. Elle ne peut porter les sujets à violer les lois de la nature. Charles IX. dont la politique inhumaine le détermina à immoler à sa religion ceux de ses sujets qui avoient embrassé les opinions de la réforme, non content de l'affreux massacre qu'il en fit sous ses yeux & dans sa capitale, envoya des ordres aux gouverneurs des autres villes du royaume, pour qu'on exerçât les mêmes cruautés sur ces sectaires infortunés. Le brave d'Orte, commandant à Bayonne, ne crut point que son devoir pût l'engager à obéir à ces ordres sanguinaires. " J'ai communiqué, dit-il au Roi, le commandement de V. M. à ses fideles habitans & gens de guerre de la garnison, je n'y ai trouvé que bons citoyens & braves soldats, mais pas un bourreau : c'est pourquoi eux & moi supplions très-humblement V. M. de vouloir employer nos bras & nos vies en choses possibles ; quelque hasardeuses qu'elles soient, nous y mettrons jusqu'à la derniere goutte de notre sang ". Le comte de Tende & Charny répondirent à ceux qui leur apportoient les mêmes ordres, qu'ils respectoient trop le roi pour croire que ces ordres inhumains pussent venir de lui. Quel est l'homme vertueux, quel est le chrétien qui puisse blâmer ces sujets généreux d'avoir desobéi ?
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| OBELE | S. m. (Belles-Lettres) désignoit chez les anciens une petite ligne, semblable à une aiguille, d'où lui est venu le nom d'obelus, , qui signifie aiguille en grec.
Ce mot est principalement d'usage, en parlant des Hexaples d'Origène ; cet auteur ayant distingué par un astérique ou étoile les supplémens qu'il a ajoutés au texte des septante dans les endroits où ils n'ont point entendu l'hébreu, & ayant marqué d'un obele, ou de la petite ligne (-) les endroits où ce qui se trouve dans les septante, n'est point dans l'hébreu. Voyez HEXAPLE.
S. Jerôme dit que l'obele se trouvoit seulement dans les endroits où on avoit retranché quelque chose des septante, comme superflu ; & l'astérique, dans ceux où il manquoit quelque chose. Ces sortes de marques se rencontrent fréquemment dans les anciens manuscrits. Ordinairement l'obele est accompagné de deux points, l'un au-dessus, l'autre audessous de la ligne (), & l'asterique est une croix de S. André, accompagnée de quatre points. ()
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| OBÉLISQUE | S. m. (Archit. & Antiq. égyptiennes) espece de pyramide quadrangulaire longue & étroite, qui est ordinairement d'une seule pierre, & qu'on éleve dans une place pour y servir d'ornement. La proportion de la hauteur à la largeur est presque la même en tous les obélisques. Cette proportion est telle : leur hauteur est de neuf parties ou neuf parties & demie, & quelquefois dix de leur grosseur par le bas ; par le haut la largeur n'est jamais moindre de la moitié, ni plus grande que les trois quarts de celle d'en-bas, & on place un ornement sur sa pointe, qui est émoussée ; mais nous nous proposons d'entretenir ici le lecteur des obélisques d'Egypte, parce que ce sont les seuls monumens qui subsistent de l'ancienne sagesse de ce peuple.
Sésostris, roi d'Egypte, après s'être rendu maître de la plus grande partie de l'Asie & de l'Europe, s'appliqua sur la fin de son regne à élever des ouvrages publics pour l'ornement du pays, & pour l'utilité des peuples. Entre les plus considérables de ses ouvrages, on compte les deux obélisques que ce prince fit élever dans la ville d'Héliopolis. Ils sont d'une pierre très-dure, tirée des carrieres de la ville de Syene en Egypte, tout d'une piece, & chacun de 120 coudées de haut.
Auguste, après avoir réduit l'Egypte en province, ayant fait transporter à Rome ces deux obélisques, il en fit dresser un dans le grand cirque, & l'autre dans le champ de Mars, avec cette inscription sur la base, Caes. D. F. Augustus Pont. max. Imp. XII. Cos. XI. Trib. Pot. XV. Aegypto in potestatem populi rom. redact. soli donum dedit.
Le corps de ces obélisques est tout chargé de figures hiéroglyphiques, ou écritures symboliques, qui marquent, selon Diodore, la grande puissance de ce roi, le détail des tributs qu'on lui payoit, & le nombre des nations qu'il avoit vaincues. Un de ces obélisques est aujourd'hui rompu en pieces, & couvert de terre ; l'autre, qu'Auguste avoit fait placer dans le cirque, avec la même inscription, a été mis par le pape Sixte V. à la porte del popolo l'an 1589.
Le successeur de Sésostris, nommé par Hérodote Pharon, & par Pline Nimcoreus, fit élever deux obélisques, à l'imitation de son pere. Ils avoient chacun cent coudées de haut, & huit coudées de diametre. On voit encore de nos jours un de ces obélisques à Rome devant l'église de S. Pierre, où il a été élevé par le pape Sixte V. Caïus César l'avoit fait venir d'Egypte sur un vaisseau d'une fabrique si singuliere, qu'au rapport de Pline, on n'en avoit jamais vu de pareil. Cet obélisque est tout uni, sans aucun hiéroglyphe.
Ramessès, autre roi d'Egypte, crut devoir consacrer au soleil un obélisque d'une grande hauteur. On dit qu'il y eut vingt mille hommes employés à le tailler, & que le jour qu'on devoit l'élever, le roi fit attacher son fils au haut de l'obélisque, afin que les ingénieurs disposassent leurs machines avec assez d'exactitude pour sauver la vie au jeune prince, & pour conserver en même tems un ouvrage fait avec tant de soin. Pline qui rapporte cette histoire, ajoute que Cambyse ayant pris la ville d'Héliopolis, & y ayant fait mettre le feu, il le fit éteindre, dès qu'il s'apperçut que l'embrasement avoit gagné jusqu'à l'obélisque.
Auguste, après avoir soumis l'Egypte, n'osa toucher à cet obélisque, soit par religion, soit par la difficulté qu'il trouva à transporter cette grande masse. Constantin ne fut pas si timide ; il l'enleva pour en orner la nouvelle ville qu'il avoit fait bâtir. Il le fit descendre le long du Nil jusqu'à Alexandrie, où il avoit fait mettre un bâtiment exprès pour le transporter à Constantinople. Mais sa mort, qui arriva dans ce tems-là, fit différer cette entreprise jusqu'à l'an 357 de J. C.
Alors Constance l'ayant fait mettre sur un vaisseau, il fut amené par le Tibre jusqu'à un village à trois milles de Rome, d'où on le fit venir avec des machines dans le grand cirque, où il fut élevé avec celui qu'Auguste y avoit fait mettre long-tems auparavant. Depuis le tems de Constance, il y avoit donc deux obélisques dans le cirque ; & c'est de ceux-là dont parle Cassiodore avec assez peu d'exactitude, quand il dit qu'il y en avoit un consacré au soleil, & l'autre à la lune, & que les caracteres qui y sont gravés, sont des figures chaldaïques, qui marquent les choses sacrées des anciens : ce discours sent bien l'ignorance du bas empire.
Enfin cet obélisque qui étoit tombé, a été relevé par le pape Sixte V. devant l'église de saint Jean de Latran l'an 1588, 1231 ans depuis qu'il avoit été amené par Constance, & 2420 ans depuis qu'il avoit été taillé par les soins de Ramessès.
Hermapion avoit autrefois donné en grec l'interprétation des figures hiéroglyphiques qui sont gravées sur ce monument ; ce qui marque que de son tems on avoit encore l'intelligence de ces figures. On peut lire cette interprétation dans Ammien Marcellin, qui nous en a conservé une partie. Elle contient d'abord les titres pompeux du roi " Ramessès, fils du soleil, chéri du soleil & des autres dieux, à qui ils ont donné l'immortalité, qui a soumis les nations étrangeres, & qui est le maître du monde, &c. " Mais outre ces titres flatteurs, cet obélisque contenoit une histoire de ses conquêtes.
Il en étoit de même de tous les autres obélisques en général : voici ce que dit Diodore de Sicile. Sésostris éleva deux obélisques d'une pierre très-dure de cent vingt coudées de haut, sur lesquels il fit graver le dénombrement de ses troupes, l'état de ses finances, & le nombre des nations qu'il avoit soumises.
A Thebes, suivant Strabon, il y avoit des obélisques avec des inscriptions, qui constatoient les richesses & le pouvoir de leurs rois ; l'étendue de leur domination, qui embrassoit la Scythie la Bactriane, l'Inde & le pays appellé aujourd'hui Ionis : enfin la grande quantité de tributs qu'ils recevoient & le nombre de leurs troupes, qui montoit à un million d'hommes.
Proclus, dans son commentaire sur le Timée, nous dit que les choses passées sont toujours nouvelles chez les Egyptiens ; que la mémoire s'en conserve par l'histoire ; que l'histoire chez eux est écrite sur des colomnes, sur lesquelles on a le soin de marquer tout ce qui mérite l'admiration des hommes, soit pour les faits, soit pour les nouvelles inventions & pour les arts.
Germanicus, au rapport de Tacite, alla voyager en Egypte pour connoître l'antiquité. Il voulut voir les ruines de l'ancienne ville de Thebes ; il n'y avoit pas long-tems qu'elle étoit ruinée, car elle ne le fut que sous Auguste par Cornelius Gallus, premier gouverneur d'Egypte. On voyoit encore, dit Tacite, sur des colomnes des lettres qui marquoient les grandes richesses des Egyptiens ; & Germanicus ayant demandé à un prêtre du pays de lui expliquer ces hiéroglyphes, ce prêtre lui dit que ces lettres marquoient qu'il y avoit eu autrefois dans la ville sept cent mille hommes en âge de porter les armes, & que c'étoit avec cette armée que le roi Ramessès s'étoit rendu maître de la Lybie, de l'Ethiopie, des Medes, des Perses, des Bactres, de la Scythie, de la Syrie, de l'Arménie & de la Cappadoce ; qu'il avoit étendu son empire jusque sur les côtes de Bithinie & de Lycie. On lisoit aussi sur ces colomnes les tributs qu'on levoit sur ces nations, le poids de l'or & de l'argent, le nombre des armes & des chevaux, l'ivoire & les parfums, le bled & les autres tributs que chaque nation devoit payer, qui n'étoient pas moins magnifiques, ajoute Tacite, que ceux que les Parthes ou les Romains exigent aujourd'hui.
En un mot les obélisques nous ont laissé des vestiges étonnans de l'opulence des rois d'Egypte, & l'explication que les prêtres donnent dans Tacite, répond si bien aux figures que nous voyons gravées au sommet des obélisques qui nous restent, singulierement de celui élevé à Thebes par Ramessès, qui est actuellement dans la place de saint Jean de Latran, & dont on a donné une estampe au commencement de ce siecle, qu'il nous paroîtroit déraisonnable de révoquer en doute une puissance dont il reste tant de témoins & de monumens.
Il semble même que les Romains aient été effrayés d'imiter les obélisques des rois d'Egypte. Ces beaux ouvrages ont été pour l'Italie des bornes sacrées. La grandeur romaine a cru, en les transportant, faire tout ce qu'elle pouvoit, & n'a pas osé en construire de nouveaux pour les mettre en parallele avec les anciens. Au lieu donc que la pyramide de Cestius prouve qu'une famille particuliere a tenté un modele de ces pyramides si superbes & si exhaussées des rois d'Egypte, la circonstance singuliere que personne n'a imité la structure des obélisques, constate pleinement que les empereurs eux-mêmes ne se sont pas hasardés d'opposer des ouvrages de ce genre à ceux de ces monarques. Ils tiroient leur marbre d'une carriere unique dans le monde. Cette carriere étoit située près de la ville de Thebes & des montagnes qui s'étendent vers le midi de l'Ethiopie & les cataractes du Nil. Cinq obélisques d'Egypte, relevés par les soins de Sixte V. servent à justifier la magnificence de Sesostris & de Ramessès en ce genre : cependant le nom de Dominique Fontana qui les rétablit, est encore célebre à Rome, tandis que celui des artistes qui les taillerent & les transporterent de si loin, est pour jamais inconnu. Mais le lecteur curieux de s'éclairer davantage sur cette matiere, peut consulter Bargaei de obelisco. Il est inséré dans le beau recueil des antiquités romaines de Graevius commentarius, tom. IV. (D.J.)
OBELISQUE (Hydr.) s'entend de certaines fontaines qui forment un rocher large par en-bas, terminé en pointe en forme d'un obélisque ; telle est la belle fontaine de Versailles qui porte ce nom. Il y en a encore quatre dans le bosquet nommé l'arc de triomphe, qui sont à jour & triangulaires, formés par des corps de cuivre doré, d'où sortent des nappes d'eau à divers étages, imitant des cristaux.
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| OBER | (Géog.) mot allemand, qui, en géographie, signifie haut, élevé, & qui se compose avec un nom propre, ayant pour opposé le mot nieder, bas : ainsi les Allemands disent ober-Baden, nieder-Baden, le haut, le bas pays de Bade ; ober-Bayern, nieder Bayern, la haute & la basse Baviere ; ober-Elsasz, nieder-Elsasz, la haute & la basse Alsace, & ainsi des autres lieux & pays distingués en haut & bas. (D.J.)
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| OBÉRÉ | adj. (Comm.) celui qui est endetté, qui, à cause de ses dettes considérables, est hors d'état de continuer son commerce, ou de payer ses créanciers. Dictionn. de commerce.
S'OBERER, s'endetter, contracter de continuelles & de grandes dettes. Id. ibid.
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| OBERKIRCH | (Géograph.) c'est-à-dire, haute église, petite ville & château d'Alsace, au-delà du Rhin, vers la forêt Noire, à une lieue de Strasbourg. Elle appartient à l'Evêque de Strasbourg. Long. 25. 55. lat. 48. 35. (D.J.)
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| OBERNDORFF | (Géog.) petite ville d'Allemagne au cercle de Souabe, dans la forêt Noire. Elle appartient à la maison d'Autriche : on la divise en haute & en basse. Elle est sur le Necker. Long. 28. 18. lat. 48. 10. (D.J.)
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| OBERNPERG | (Géog.) petite ville d'Allemagne dans la Baviere, avec un château. Elle appartient à l'évêque de Passau, & en est à 4 milles. Long. 30. 54. lat. 48. 33. (D.J.)
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| OBERWESEL | (Géog.) ancienne petite ville d'Allemagne, au cercle du bas Rhin, autrefois impériale, mais à présent sujette à l'électeur de Treves. Elle est sur le Rhin. (D.J.)
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| OBÉSITÉ | S. f. (Médec.) la quantité de graisse dans le corps humain, plus considérable que les autres humeurs, & que les parties solides ne le demandent, s'appelle en Médecine obésité, obesitas, & plus expressivement encore par Caelius - Aurelianus, quoique peut-être improprement, polysarcia, car l'obésité n'est pas une surabondance de chair, mais de graisse ; on pourroit dire polystearcia ; c'est un embonpoint excessif ; c'est une maladie opposée au marasme.
Ceux dont le corps est maigre, sans être décharné, ou charnu sans être gras, sont beaucoup plus vigoureux que ceux qui deviennent gras ; dès que la surabondance de la nourriture a pris cette route, & qu'elle commence à former de la graisse, c'est toujours aux dépens de la force. Ce n'est point par l'augmentation des solides que se fait celle du volume de tout le corps dans les personnes grasses ; mais cet embonpoint consiste, en ce que les solides forment par leur extension de plus grandes cavités, qui se remplissent d'un plus grand amas d'humeurs, & par conséquent l'excès d'embonpoint nuit, affoiblit, suffoque : un médecin sait donc bien distinguer la nutrition de la réplétion, puisque la premiere donne de la force & de la densité aux vaisseaux, au lieu que l'autre les dilate, les relâche & les affoiblit.
La différence qu'il y a d'une personne maigre à une personne grasse, c'est que la personne grasse a ses vaisseaux entourés d'une graisse croupissante dans les cellules de la membrane adipeuse qui en sont gonflées. La personne maigre, au contraire, a une graisse rougeâtre, formant des globules légers & circulaires : plus il s'amasse de graisse dans les cellules, plus les humeurs perdent de leur masse & de leur nature. Les vaisseaux retrécis par le volume énorme de la graisse, produisent la foiblesse, la paresse, l'inaction & l'inaptitude aux mouvemens.
Lorsque l'accroissement de toutes les parties du corps est entierement achevé, & que ces parties du corps ne peuvent presque plus admettre de nourriture, alors la graisse commence à se former dans les hommes & dans les femmes qui menent une vie oisive. Mais de plus, certains sujets y ont une disposition naturelle, qui augmente à proportion de la plus grande quantité d'alimens que l'on prend, du repos du corps, de celui de l'esprit, de l'interruption des exercices ordinaires, de la suppression d'une hémorrhagie accoutumée, & de la suppression des mois dans les vieilles femmes. Cette disposition est encore favorisée par l'amputation de quelque membre.
La différence des climats & des degrés de transpiration, contribue sans doute à cet état. On remarque que pour une personne d'un embonpoint excessif dans les provinces méridionales de France, il y en a cent en Angleterre & en Hollande, ce qu'on peut attribuer en partie au climat, & en partie à l'usage habituel des bieres récentes & féculentes, dans lesquelles la partie oléagineuse n'est pas suffisamment atténuée.
Les Grecs, sur-tout les Lacédémoniens, ne pouvoient souffrir ce massif embonpoint ; aussi les jeunes Spartiates étoient obligés de se montrer nus tous les mois aux éphores, & l'on imposoit un régime austere à ceux qui avoient de la disposition à devenir trop gras. En effet, l'équilibre se détruit chez les personnes d'un embonpoint excessif ; ensorte qu'elles deviennent asthmatiques & quelquefois apoplectiques. Les solides se relâchent, la respiration s'embarrasse, le pouls est plus profond & plus caché par la graisse dominante ; souvent dans les femmes le retour des regles plus tardif, & la stérilité sont une suite de l'obésité : dans les enfans elle annonce une dentition pénible.
Le moyen de diminuer l'obésité, est de manger moins, d'augmenter le mouvement des solides & des fluides par la promenade, à pié ou à cheval, & généralement en pratiquant tous les exercices du corps. On employera les frictions en pressant légerement les vaisseaux, & en repoussant doucement les fluides : on usera avec prudence & modération des acides, des médicamens acides austeres, & des spiritueux qui ayent fermenté. On pourra prévenir l'obésité par les mêmes secours, quoiqu'on voie des personnes, sur-tout dans certains climats qui y ont une si grande disposition naturelle, que tous les moyens échouent, si on ne les met en usage consécutivement & de très-bonne heure.
Il y a peu de modernes qui ayent écrit sur cette maladie ; mais entre les anciens, Caelius-Aurélianus l'a traitée avec une intelligence supérieure, en établissant solidement les symptomes & la méthode curative.
Il considere d'abord l'obésité comme une espece de cachéxie qui produit l'inaction, la foiblesse, la difficulté de respirer, l'oppression & les sueurs copieuses dans lesquelles on tombe pour peu qu'on fasse d'exercice. On guérit, selon lui, cette maladie de deux manieres ; savoir, en empêchant que le corps ne reçoive trop de nourriture, soit par le moyen de la gestation, & par l'usage des alimens peu nutritifs ; ou en observant certaines regles, & pratiquant par degré certains exercices laborieux, & propres à causer du changement dans le corps.
Il entre dans toutes les directions particulieres & relatives à la cure ; il enjoint aux malades de faire beaucoup d'exercice à cheval ou en voiture ; de voyager sur mer, de lire haut, de lutter, & de marcher à grands pas pour mieux exercer les jambes. Il leur prescrit de se frotter avec une serviette grossiere, bien séche, & se saupoudrer le corps de sable ; il veut qu'ils excitent la sueur à l'aide de la chaleur des étuves ; usant, tantôt de bains chauds pour aider la transpiration, & tantôt de bains froids, pour resserrer le corps. Il leur ordonne de se couvrir de sable chaud, de se baigner dans des fontaines médicinales, & après avoir sué dans le bain, de se saupoudrer avec du sel. Il conseille ensuite d'employer les frictions avec du nitre pulvérisé, boire légerement, & user dans la boisson d'un peu de vin médiocrement âcre. Leurs alimens seront du pain de son qui est peu nourrissant, des herbes potagères apéritives, comme asperges, panais, carottes, ache, fenouil, porreaux, &c. des viandes dont la chair soit séche & dépouillée de graisse. Il leur défend de dormir après le repas, & de dormir longtems, parce que le défaut de sommeil joint à l'exercice ne peut que tendre à diminuer l'embonpoint.
Enfin, Caelius-Aurélianus examine toutes les autres méthodes de ses prédécesseurs, & condamne en particulier celle des Médecins qui ordonnoient contre l'obésité la saignée, les purgatifs, les clysteres, l'usage des femmes au sortir du bain, la pratique de vomir après souper, & autres remedes de ce genre dont il n'est pas difficile de sentir le ridicule ou les mauvais effets.
Je finis par un exemple bien singulier d'embonpoint excessif, que j'ai lû dans les nouvelles publiques de Londres du 31 Octobre 1754. sur Jacques Powell, mort dans le comté d'Essex, son obésité monstrueuse l'avoit rendu célébre ; il avoit environ quinze piés d'Angleterre de circonférence, & il pesoit six cent cinquante livres. (D.J.)
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| OBIER | S. m. (Hist. nat. Bot.) opulus ; genre de plante qui porte deux sortes de fleurs monopétales ; l'une est en forme de rosette & stérile, elle est percée dans son milieu par un pistil qui sort du calice ; l'autre fleur a la forme d'un bassin, elle est aussi percée par le sommet d'un pistil qui devient dans la suite un fruit, ou une baie molle dans laquelle on trouve une semence applatie & en forme de coeur. Tournefort, inst. rei herb. Voyez PLANTE. (I)
OBIER, opulus, arbrisseau qui se trouve en Europe & dans l'Amérique septentrionale. Il donne plusieurs tiges dont la plûpart s'élevent à 12 ou 15 piés. Ses feuilles sont assez grandes, chargées de rides, découpées en trois parties, & d'un verd brun. Ses fleurs qui sont blanches, viennent au mois de Mai en grandes ombelles au bout des branches, mais les fleurons qui bordent l'ombelle, sont stériles ; & néanmoins plus blancs, plus grands & beaucoup plus apparens que ceux du centre qui portent les fruits. Ce sont des baies rondes, succulentes & rouges qui renferment une graine dure & plate, figurée en coeur.
Cet arbrisseau vient assez bien par-tout ; cependant il se plaît dans les lieux frais & couverts, à l'exposition du nord, dans les terres grasses & humides, au bord des ruisseaux ; mais s'il se trouve dans un terrein sec & trop exposé au soleil, il y fait peu de progrès, & ces feuilles tombent de bonne heure. Il est extrêmement robuste. On le multiplie aisément de graines, de rejettons, de branches couchées & de bouture. Tous ces derniers moyens sont plus prompts que la semence qui ne leve que la seconde année, si on ne l'a pas semée en automne. L'obier fait une grande quantité de racines noires & chevelues qui assurent sa transplantation. On peut donner à cet arbrisseau une forme réguliere, & lui faire une jolie tête ; mais il convient sur-tout à faire des palissades de six ou huit piés de haut, qui réussissent sous d'autres arbres. Ses fruits mûrissent à la fin de Septembre, alors ils sont fades & de mauvais goût ; mais après l'hiver ils sont acides & de même goût que l'épinevinette ; ils sont d'un rouge vif & très-apparent, & ils restent sur l'arbre long-tems après la chûte des feuilles. C'est un bon appât pour attirer les oiseaux qui en sont très-avides, & c'est aussi une bonne nourriture pour la volaille.
Cet arbrisseau a des variétés qui ont de l'agrément.
1. L'obier ordinaire.
2. L'obier à fleurs doubles, ou la rose de Gueldres. Dans l'espece à fleurs simples qui précede, les seules fleurs de la circonférence de l'ombelle sont stériles, mais plus grandes & d'une blancheur plus apparente que toutes celles du centre, qui sont fort petites, d'un blanc sale peu apparent, & néanmoins fécondes ; au lieu que dans la rose de Gueldres, toutes les fleurs du centre de l'ombelle sont de la même forme que celles de la circonférence ; & comme leur volume est plus considérable, & qu'il leur faut plus d'espace pour s'étaler, c'est ce qui force l'ombelle à se former en rond, comme si c'étoit une boule ; ce qui a fait donner à cette fleur le nom de pelote de neige. Cet arbrisseau est de même accroissement que le précédent. Ses fleurs paroissent aussi au mois de Mai ; il en donne en quantité & d'une si belle apparence, qu'on ne peut lui refuser une place dans les plantations que l'on fait pour l'agrément.
3. La rose de Gueldres à feuilles panachées. Ses feuilles sont joliment tachées de jaune ; c'est tout ce qui en fait la différence avec le précédent ; mais il ne faut pas mettre cet arbrisseau dans un terrein gras & humide, où un accroissement trop vigoureux effaceroit peu-à-peu la bigarure qui fait son mérite.
4. L'obier de Canada, ou le pemina. Cet arbrisseau ressemble à l'obier ordinaire, si ce n'est qu'il est plus précoce, & que les belles fleurs de la circonférence de l'ombelle sont plus grandes, & ont plus belle apparence.
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| OBIT | voyez l'article suivant.
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| OBITUAIRE | S. m. (Jurisprud.) se dit d'un registre où l'on écrit les obits, c'est-à-dire, où l'on fait mention des décès & sépultures de certaines personnes. Ailleurs on dit registre mortuaire, quelquefois on dit l'obituaire simplement pour registre mortuaire. On entend ordinairement par obituaire le registre sur lequel on inscrit les obits, c'est-à-dire, les prieres & services fondés pour les défunts, & les autres fondations qui ont été faites dans une église. On appelle aussi ces sortes de registres nécrologe ou martyrologe. (A)
OBITUAIRE, est aussi un bénéficier pourvu d'un bénéfice per obitum, c'est-à-dire, par le décès du précédent titulaire. Le résignataire est préféré à l'obituaire. Voyez RESIGNATION. Dans la chancellerie romaine il y a un officier appellé dataire ou reviseur per obitum. Voyez DATAIRE. (A)
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| OBJECTER | v. act. (Gram.) c'est montrer le faux d'un raisonnement, par la raison contraire qu'on y oppose ; les suites fâcheuses d'un projet, la vanité d'une entreprise, le ridicule d'une prétention, &c. si l'on a tort d'objecter à quelqu'un sa naissance, on a tort aussi de se prévaloir de la sienne.
La raison objectée s'appelle objection ; il arrive de tems en tems, qu'il faudroit mettre la preuve en objection & l'objection en preuve.
On se fait quelquefois des objections si fortes, que l'on entraîne son auditeur dans l'opinion contraire à celle qu'on s'étoit proposé de leur inspirer.
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| OBJECTIF | S. m. adj. (Dioptr.) verre objectif se dit de celui des verres d'une lunette ou d'un microscope à plusieurs verres qui est tourné vers l'objet : on l'appelle ainsi pour le distinguer de l'oculaire qui est tourné vers l'oeil. Voyez MICROSCOPE, TELESCOPE, &c. on dit aussi l'objectif tout court. (O)
Dans le télescope l'objectif doit être d'un plus grand foyer que l'oculaire, c'est tout le contraire dans les microscopes. Voyez TELESCOPE & MICROSCOPE.
Pour s'assurer de la régularité & de la bonté d'un verre objectif, on décrira sur un papier deux cercles concentriques tels que le diametre de l'un soit égal à la largeur du verre objectif, & le diametre de l'autre égal à la moitié de cette largeur ; on divisera la circonférence intérieure en six parties égales, & on y fera six petits trous avec une éguille ; ensuite on couvrira avec ce papier une des faces du verre, & l'exposant au soleil, on recevra les rayons qui passeront par chaque trou, sur un plan qui soit à une juste distance du verre ; en reculant ou approchant le plan, on doit trouver un endroit, où les six rayons qui passent par les six trous, se réunissent exactement : s'ils se réunissent en effet ainsi, c'est une marque que le verre objectif est bien fait, & le point de réunion est le foyer de ce verre.
Mais il n'y a peut-être pas de meilleur moyen de s'assurer de la bonté d'un verre objectif, que de le placer dans un tube, & de l'essayer avec un petit verre oculaire sur des objets placés à différentes distances ; car le verre objectif est d'autant meilleur, qu'il représente les objets plus distinctement & plus clairement, & qu'il embrasse un plus grand champ, & souffre un verre oculaire plus concave ou plus convexe, sans colorer & obscurcir les objets.
Pour s'assurer si un verre objectif est bien centré, il faut tenir le verre à une distance convenable de l'oeil, & observer les deux images d'une chandelle, réfléchies par ses deux faces, l'endroit où les images se réunissent ou se confondent, est le vrai centre : si ce point répond au milieu ou au point central du verre, il est bien centré. Voyez CENTRER. (T)
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| OBJET | S. m. (Logique) signifie la matiere d'un art, d'une science, ou le sujet sur lequel on s'exerce. Dans l'école on distingue différens objets de la même science : savoir, l'objet matériel, l'objet formel, & l'objet total ou adéquat.
L'objet matériel, c'est la chose même que la science considere ou dont elle traite. Ainsi le corps humain est l'objet de la Médecine.
L'objet formel, c'est la maniere de considérer l'objet matériel. Ainsi le corps humain, considéré dans le dessein de le guérir, est l'objet formel de la Médecine.
L'objet total ou adéquat, c'est la réunion de l'objet matériel & de l'objet formel.
Il faut observer qu'une chose n'est l'objet matériel d'une science, que lorsqu'elle y est considérée pour elle-même. Ainsi la Botanique & la Chimie ne peuvent être regardées comme l'objet matériel de la Médecine ; parce que la Médecine n'envisage pas ces deux parties pour elles-mêmes, mais seulement en tant qu'elles contribuent, par l'application qu'on en fait, à la guérison du corps. Ainsi les mots ne font point partie de l'objet de la Logique, puisque cette science ne les emploie pas pour eux-mêmes ; mais seulement parce qu'ils sont l'unique moyen que les hommes aient pour se transmettre leurs pensées.
Comme l'objet matériel signifie chez les Philosophes la même chose qu'un objet commun, il suit de-là que deux sciences peuvent avoir le même objet matériel. Ainsi la Médecine & l'Anatomie ont-elles pour objet matériel le corps humain ; mais ce qui les distingue l'une de l'autre, c'est que la premiere considere le corps humain pour le guérir, au lieu que la seconde l'envisage seulement pour le connoître.
OBJET, (Peinture) c'est ce qui attire nos regards. Il vaut mieux dans un tableau laisser quelque chose à desirer, que de fatiguer les yeux du spectateur par une trop grande multiplicité d'objets. On reconnoît le goût sûr & délicat d'un artiste, au choix des incidens qu'il fait entrer dans un sujet, à son attention de n'employer rien que de piquant, à rejetter ce qui est fade & puérile, enfin à composer un tout auquel chaque objet en particulier soit comme nécessairement lié ; mais voyez des détails plus intéressans au mot SUJET, Peinture. (D.J.)
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| OBLADO | voyez NIGROIL.
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| OBLAT | S. m. (Hist. ecclés.) enfant consacré à Dieu dans une maison religieuse. Un oblat étoit autant engagé par sa propre volonté que par la dévotion de ses parens. On le regardoit comme apostat s'il quittoit. L'oblat embrassoit l'état monastique dans son enfance, le convers dans un âge plus avancé. Ce fut au commencement du onzieme siecle que la coutume absurde des oblats s'institua. On nommoit oblat ou oblate celui ou celle qui vouoit sa personne & son bien à quelque couvent. L'oblat s'appelloit aussi donné. On voit dans les archives de l'abbaye de saint Paul de Verdun une permission accordée à un homme de se marier, à condition que la moitié de ses enfans appartiendroit à l'abbaye, & l'autre moitié à l'évêque. O tems stupides ! ô corrupteurs des moeurs ! Un oblat étoit encore un moine lai que le roi plaçoit dans certaines maisons riches, abbayes, prieurés, &c. Il sonnoit les cloches, balayoit l'église, étoit nourri, vêtu, même pensionné. C'est ainsi que le souverain récompensoit ceux qui avoient été blessés à son service. Le laïc qui obtenoit de la cour une pension sur un bénéfice, s'appelloit oblat.
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| OBLATA | (Hist. ecclés.) mot qui veut dire offrande. C'est sous ce mot que des souverains & des particuliers donnerent autrefois à l'église leurs biens de patrimoine, pour en jouir moyennant une légere redevance. On prit cette précaution dans les tems de troubles & de rapines ; c'étoit la ressource des foibles dans les gouvernemens orageux de l'Italie ; les Normands même, quoique puissans, l'employerent comme une sauve-garde contre des empereurs qui pouvoient devenir plus puissans. (D.J.)
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| OBLATAE | S. f. (Hist. ecclés.) oublies consacrées ou hosties qu'on distribuoit aux communians à la messe. On donnoit aussi quelquefois le nom d'oblatae aux repas ordinaires qu'on faisoit dans les maisons religieuses.
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| OBLATE | S. f. (Hist. ecclés.) congrégation de religieuses, fondée en 1425 par sainte Françoise. Le pape Eugene IV. en approuva les constitutions. On les appelle aussi collatrices.
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| OBLATION | S. f. (Théolog.) l'action d'offrir ; se prend quelquefois pour les dons mêmes & les choses offertes, qu'on nomme autrement offrandes. Voyez OFFRANDES.
Les oblations que les fideles faisoient à l'autel étoient en quelque sorte des sacrifices qu'ils offroient au Seigneur, des marques de leur reconnoissance pour les prêtres, des effets de leur charité pour les pauvres. Elles consistoient d'abord en pain & en vin. On en offroit pour les pénitens qui étoient morts avant que d'avoir été reconciliés, mais non pour les catéchumenes qui étoient morts avant que d'avoir reçu le baptême. Les fideles, vivans ou morts, n'étoient distingués des excommuniés que pour le droit qu'ils avoient de faire recevoir leurs oblations. Depuis, elles furent converties en argent ; & quelques conciles particuliers ont excommunié ceux qui refuseroient de les payer dans les tems prescrits. Mais on les a ensuite laissées à la volonté des fideles, & il n'y en a plus aujourd'hui de reglées que celle qu'on fait du pain beni tous les dimanches à la messe de paroisse. Voyez PAIN BENI & OFFRANDES.
OBLATION, se dit encore parmi les catholiques romains de la partie de la messe qui suit immédiatement l'évangile, ou le chant du credo, & qui consiste dans l'offrande que le prêtre fait d'abord du pain destiné au sacrifice, posé sur la patene, puis du vin mêlé d'un peu d'eau dans le calice qu'il tient quelque tems élevé au milieu de l'autel, accompagnant ces deux actions de prieres qui y sont relatives & qui en expriment la fin. C'est-là proprement que commence le sacrifice qui consiste dans l'oblation du corps & du sang de Jesus - Christ. On dit en ce sens que la messe est à l'oblation, que le credo précede l'oblation, que la préface suit l'oblation, &c.
OBLATION, (Jurisprud.) signifie tout ce qui est offert à l'église en pur don ; c'est la même chose qu'offrande. Dans les premiers siecles de l'église, ses ministres ne vivoient que d'oblation & d'aumônes : l'usage qui s'est établi de payer la dixme n'a pas empêché que les fideles n'aient continué à faire des oblations ; mais il y a des églises qui ne jouissant pas des dixmes, n'ont d'autre revenu que les oblations & le casuel. Il y a eu dans chaque église divers réglemens pour le partage des oblations entre les clercs. Le concile de Merida en Espagne, tenu en 666, ordonne, canon xiv. que les oblations faites à l'église pendant la messe se partageront en trois : que la premiere part sera pour l'évêque ; la seconde, pour les prêtres & les diacres ; la troisieme, pour les sous-diacres & les clercs inférieurs. Les oblations des paroissiens appartiennent aux curés à l'exclusion des curés primitifs, des patrons & marguilliers, &c. Les oblations casuelles & incertaines ne sont point imputées sur la portion congrue. Voyez le traité de M. Duperray sur les portions congrues & dixmes, & au mot PORTION CONGRUE. (A)
OBLATION, étoit aussi un droit que les seigneurs levoient en certaines occasions sur leurs hommes, comme il se voit dans la coutume de celles de l'an 1216. Voyez le gloss. de M. de Lauriere. (A)
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| OBLATIONNAIRE | S. m. (Jurisprud.) dans la basse latinité, oblationarius, étoit un officier ecclésiastique qui recevoit les offrandes & oblations des fideles. C'étoit un diacre ou sous diacre qui avoit cet emploi ; oblationnaire ou diacre des oblations étoit la même chose. Quand le pape célébroit l'oblationnaire apportoit du palais les oblations, c'est-à-dire, le pain & le vin, & les donnoit à l'archidiacre. Voyez l'ordo romanus, l'hist. de la translat. de S. Sébast. & Anastas. bibliot. ad VIII. synod. art. 2. (A)
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| OBLIAGE | S. m. (Jurisprud.) est une redevance annuelle dûe en certains lieux au seigneur. Quelques-uns ont prétendu qu'obliage se disoit pour oubliage, & que ce terme venoit d'oubli ; c'est ainsi que l'interprete de la coutume de Blois, sur l'art. 40, dit que l'obliage est l'amende que le sujet doit à son seigneur, pour ne lui avoir pas payé la rente ou devoir annuel au jour accoutumé, & pour l'avoir oublié. En effet, les cens & rentes emportent communément une amende faute de payement ; mais M. de Lauriere remarque avec raison que c'est une imagination ridicule de faire venir obliage du mot oubli.
Le droit appellé obliage vient du latin oblata. C'étoit le nom que l'on donnoit autrefois aux pains qui étoient présentés pour la communion, ainsi qu'il se voit dans le seizieme concile de Tolede, ch. xvj.
On donna aussi le même nom à des pains ronds & plats que les sujets étoient tenus de présenter à leur seigneur. Ces ains furent appellés oblata quasi munera oblata, seu oblationes ab offerendo, à cause qu'ils étoient présentés au seigneur, & peut-être aussi parce qu'ils étoient à l'instar de ceux que l'on donnoit pour la communion. On les appella en françois oblies, & par corruption oublies ; c'est de-là qu'on appelle oublies ces menues pâtisseries rondes & plates que les pâtissiers font avec de la farine & du miel ; & c'est aussi de-là que les pâtissiers sont appellés oblayers dans le livre noir du châtelet.
Du mot oblie l'on fit obliage & oubliage, pour exprimer la redevance des oublies ou pains dûs au seigneur ; & en effet, dans la coutume de Dunois, pains & oublies sont employés indifféremment & dans la même signification.
Ces oublies étoient plus ou moins grands & de divers prix, selon la convention ou l'usage de chaque lieu.
Ce terme d'obliage a aussi été employé pour exprimer toute sorte de redevance dûe au seigneur, comme oublies de vin, oublies de froment, oublies de chapons ; mais quand on disoit oublies simplement, ou oubliage sans autre explication, cela s'entendoit toûjours d'une redevance en pain.
Dans presque toutes les seigneuries, ces droits d'obliage ont été convertis en argent. Voyez le gloss. de Ducange, au mot oblata ; & celui de M. de Lauriere, au mot obliages. (A)
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| OBLIGATION | (Droit nat.) On peut définir l'obligation considérée en général, une restriction de la liberté naturelle produite par la raison, dont les conseils sont autant de motifs qui déterminent l'homme à une certaine maniere d'agir préférablement à toute autre.
Telle est la nature de l'obligation primitive, qui peut être plus ou moins forte, selon que les raisons qui l'établissent ont plus ou moins de poids sur notre volonté ; car il est manifeste que plus les motifs seront puissans, & plus aussi la nécessité d'y conformer nos actions sera forte ou indispensable.
M. Barbeyrac établit pour principe de l'obligation proprement ainsi nommée, la volonté d'un être supérieur, duquel on se reconnoît dépendant. Il pense qu'il n'y a que cette volonté, ou les ordres d'un tel être, qui puissent mettre un frein à la liberté, & nous assujettir à regler nos actions d'une certaine maniere. Il ajoute que ni les rapports de proportion & de convenance que nous reconnoissons dans les choses mêmes, ni l'approbation que la raison nous donne, ne nous mettent point dans une nécessité indispensable de suivre leurs idées comme des regles de conduite. Que notre raison n'étant au fond autre chose que nous-mêmes, personne ne peut, à proprement parler, s'imposer à soi-même une obligation ; enfin, il conclut que les maximes de la raison, considérées en elles-mêmes, & indépendamment de la volonté d'un supérieur qui les autorise, n'ont rien d'obligatoire.
Il nous paroît cependant que cette maniere d'expliquer la nature de l'obligation, & d'en poser le fondement, ne remonte pas jusqu'à la source primitive. Il est vrai que la volonté d'un supérieur oblige ceux qui sont dans sa dépendance ; mais cette volonté ne peut produire cet effet, qu'autant qu'elle se trouve approuvée par notre raison, & qu'elle tend à notre bonheur. Sans cela on ne sauroit concevoir que l'homme se puisse soumettre volontairement aux ordres d'un supérieur, ni se déterminer de bon gré à l'obéissance. J'avoue que suivant le langage des jurisconsultes, l'idée d'un supérieur qui commande, intervient pour établir l'obligation, telle qu'on l'envisage ordinairement. Mais si l'on ne fonde l'autorité même de ce supérieur sur l'approbation que la raison lui donne, elle ne produira jamais qu'une contrainte extérieure, bien différente de l'obligation morale, qui par elle-même a la force de pénétrer la volonté & de la fléchir par un sentiment intérieur ; ensorte que l'homme est porté à obéir de son propre mouvement, de son bon gré, & sans aucune violence.
Il convient donc de distinguer deux sortes d'obligations : l'une interne & l'autre externe. J'entends par obligation interne, celle qui émane de notre propre raison considérée pour la regle primitive de notre conduite, & en conséquence de ce qu'une action a en elle-même de bon ou de mauvais. L'obligation externe sera celle qui vient de la volonté de quelque être, dont on se reconnoît dépendant, & qui commande ou défend certaines choses sous la menace de quelque peine : ces deux obligations ne sont point opposées entr'elles ; car comme l'obligation externe peut donner une nouvelle force à l'obligation interne, aussi toute la force de l'obligation externe dépend en dernier ressort de l'obligation interne ; & c'est de l'accord & du concours de ces deux obligations que résulte le plus haut degré de nécessité morale, le lien le plus fort ou le motif le plus propre à faire impression sur l'homme, pour le déterminer à suivre constamment certaines regles de conduite, & à ne s'en écarter jamais.
On pourroit donc regarder, avec Cumberland, l'obligation morale, comme un acte du législateur, par lequel il donne à connoître que les actions conformes à sa loi sont nécessaires pour ceux à qui il les prescrit. Une action est regardée comme nécessaire à un agent raisonnable, lorsqu'il est certain qu'elle fait partie des causes absolument nécessaires pour parvenir à la félicité qu'il recherche naturellement, & par conséquent nécessairement. Ainsi nous sommes obligés à rechercher toujours & en toute occasion le bien commun, parce que la nature même des choses nous montre que cette recherche est absolument nécessaire pour la perfection de notre bonheur, qui dépend naturellement de l'attachement à procurer le bien de tous les êtres raisonnables.
L'obligation d'avancer le bien commun, comme une fin nécessaire, étant une fois établie, il s'ensuit que l'obligation commune de tous les hommes à suivre les maximes de la raison sur les moyens nécessaires pour le bonheur de tous, est suffisamment connue. Or toutes les maximes sont renfermées dans la proportion générale sur la bienveillance de chaque être raisonnable envers tous les autres. D'où il paroît clairement qu'une guerre de tous contre tous, ou la volonté que chacun auroit de nuire à tout autre, tendant à la ruine de tous, ne sauroit être un moyen propre à les rendre heureux, ni s'accorder avec les moyens nécessaires pour cette fin ; & par conséquent ne peut être ni ordonné ni permis par la droite raison. (D.J.)
OBLIGATION, (Jurisprudence) signifie en général un lien de droit ou d'équité, & quelquefois de l'un & de l'autre, par lequel quelqu'un est tenu de faire ou de donner quelque chose.
Il y a des obligations purement naturelles, d'autres purement civiles, d'autres naturelles & civiles tout ensemble.
Les Romains distinguoient encore les obligations civiles des obligations prétoriennes.
Les diverses sortes d'obligations seront expliquées dans les subdivisions qui suivront cet article.
L'obligation procede de quatre causes ; savoir, d'un contrat, ou d'un quasi-contrat, d'un délit, ou quasi-délit. Voyez CONTRAT, DELIT, QUASI-CONTRAT, QUASI-DELIT.
Les obligations ou contrats se forment en quatre manieres ; re, verbis, litteris, & solo consensu. Voyez CONTRAT.
On dit en droit que l'obligation est la mere de l'action, parce qu'en effet toute action est produite par une obligation ; & quand il n'y a point d'obligation, il n'y a point d'action. Mais il y a des obligations qui ne produisent point d'action ; les obligations naturelles, les obligations sans cause, les obligations contre les bonnes moeurs. Voyez ACTION.
On entend quelquefois par obligation l'écrit qui contient l'engagement ; & quand ce terme est pris dans ce sens, on entend ordinairement par obligation un contrat passé devant notaire, portant promesse de payer une somme qui est exigible en tout tems, ou du moins au bout d'un certain tems. Voyez aux Institutes les titres de obligationibus quibus modis re contrahitur obligatio ; de verborum obligationibus ; de litterarum obligat. de obligat. quae in consensu ; de obligat. quae ex delicto nascuntur. (A)
OBLIGATION ACCESSOIRE, est celle qui est ajoutée à l'obligation principale pour procurer au créancier plus de sûreté ; telles sont les obligations des gages, & les hypothéques relativement à l'obligation personnelle qui est la principale ; telles sont aussi les obligations des cautions & fidéjusseurs, lesquelles ne sont qu'accessoires relativement à l'obligation du principal obligé. Les obligations accessoires cessent lorsque l'obligation principale est acquittée. Voyez l'art. 132. des Placités du parlement de Rouen, voyez OBLIGATION PRINCIPALE.
OBLIGATION AUTHENTIQUE, est celle qui est contractée devant un officier public, ou qui résulte d'un jugement.
OBLIGATION EN BREVET, est celle qui est passée devant notaire sans qu'il en reste de minute chez le notaire, mais dont l'original est remis au créancier. Voyez BREVET.
OBLIGATION CAUSEE, est celle dont la cause est exprimée dans l'acte, comme cela doit être pour la validité de l'obligation, mais toute obligation sans cause est nulle.
OBLIGATION CIVILE, est celle qui descend de la loi, mais qui peut être détruite par quelque exception péremptoire, au moyen de laquelle cette obligation devient sans effet ; telle est l'obligation que l'on a extorquée de quelqu'un par dol ou par violence. Pour former une obligation valable, il faut que l'obligation naturelle concoure avec la civile, auquel cas elle devient mixte. Voyez OBLIGATION MIXTE & OBLIGATION NATURELLE.
OBLIGATION CONDITIONNELLE, est un engagement qui n'est contracté que sous condition : par exemple, si navis ex Asiâ venerit ; elle est opposée à l'obligation pure & simple.
OBLIGATION CONFUSE, est celle qui est éteinte en la personne du créancier par le concours de quelque qualité ou obligation passive qui anéantit l'action ; telle est l'obligation que le défunt avoit droit d'exercer contre son héritier, laquelle se trouve confuse en la personne de celui-ci par le concours des qualités de créancier & de débiteur qui se trouvent réunies en sa personne.
OBLIGATION ad dandum, est un contrat par lequel on s'engage à donner quelque chose ; ce qui peut tenir de deux sortes de contrats spécifiés au droit romain, do ut des, facio ut des. Voyez les Institutes, liv. XII. tit. 14. (A)
OBLIGATION ECRITE ou PAR ECRIT, est celle qui est rédigée par écrit, soit sous seing privé, ou devant notaire, ou qui résulte d'un jugement, à la différence de celles qui sont verbales, ou qui résultent d'un délit ou quasi-délit.
OBLIGATION ETEINTE, est celle qui ne subsiste plus, soit qu'elle ait été acquittée par un payement, ou par quelque compensation, soit qu'elle soit présumée acquittée par le moyen de la prescription, ou qu'elle soit anéantie par l'effet de quelque fin de non-recevoir.
OBLIGATION ad faciendum, est celle qui consiste à faire quelque chose, comme de bâtir ou réparer une maison, de fournir des pieces, &c. c'est le cas des contrats innommés do ut facias, facio ut des. Instit. lib. II. tit. 14.
OBLIGATION EN FORME, ou EN FORME PROBANTE ET EXECUTOIRE, est celle qui est mise en grosse, intitulée du nom du juge & scellée ; au moyen de quoi elle emporte exécution parée. Voy. FORME EXECUTOIRE.
OBLIGATION GENERALE, est celle par laquelle celui qui s'engage oblige tous ses biens meubles & immeubles présens & à venir, à la différence de l'obligation spéciale, par laquelle il n'oblige que certains biens seulement qui sont spécifiés, à moins qu'il ne soit dit que l'obligation spéciale ne dérogera point à la générale, ni la générale à la spéciale, comme on le stipule presque toujours.
OBLIGATION A LA GROSSE, ou CONTRAT A LA GROSSE, on sous-entend avanture. Voyez GROSSE AVENTURE.
OBLIGATION A JOUR, on appelle ainsi en Bresse les obligations payables dans un certain tems : comme les contrats de constitution ne sont point usités dans cette province, il est permis d'y stipuler l'intérêt des obligations à jour, quoique le principal n'en soit pas aliéné. (A)
OBLIGATION MIXTE, est celle qui est partie personnelle & partie réelle ; comme de l'obligation du preneur à rente & de ses héritiers, & même celle du tiers détenteur pour les arrérages échus de son tems.
OBLIGATION NATURELLE, est celle qui n'engage que par les liens du droit naturel & de l'équité, mais qui ne produit pas d'action suivant le droit civil ; telle est l'obligation du fils de famille, lequel ne laisse pas d'être obligé naturellement, quoiqu'on ne puisse le contraindre. Cette obligation naturelle ne produit point d'action, mais on peut l'opposer pour faire une compensation.
OBLIGATION DEVANT NOTAIRE, est celle qui est contractée en présence d'un notaire, & par lui rédigée. Voyez CONTRAT DEVANT NOTAIRE.
OBLIGATION PERSONNELLE, est celle qui engage principalement la personne, & où l'obligation des biens n'est qu'accessoire à l'obligation personnelle.
OBLIGATION PRETORIENNE, étoit chez les Romains celle qui n'étoit fondée que sur le droit prétorien ; comme le constitut & quelques autres semblables. Voyez CONSTITUT.
OBLIGATION PREPOSTERE, est un acte par lequel on commence par promettre quelque chose, ensuite on y met une condition.
Ces sortes d'obligations étoient nulles par l'ancien droit romain.
L'empereur Léon les admit en matiere de dot.
Justinien les autorisa dans les testamens & dans toutes sortes de contrats ; de maniere néanmoins que la chose ne pouvoit être demandée qu'après l'événement de la condition, à quoi notre usage est conforme. Voyez la loi 25. au cod. de testamentis.
OBLIGATION PRINCIPALE, est celle du principal obligé à la différence de celle de ses cautions & fidejusseurs, qui ne sont que des obligations accessoires & pour plus de sûreté.
On entend aussi quelquefois par obligation principale, celle qui fait le principal objet de l'acte ; comme quand on dit que dans le bail-à-rente l'obligation des biens est la principale, & que celle de la personne n'est qu'accessoire. (A)
OBLIGATION PURE & SIMPLE, est celle qui n'est restrainte par aucune condition, ni terme ; à la différence de l'obligation conditionnelle, dont on ne peut demander l'exécution que quand la condition est arrivée. Voyez OBLIGATION CONDITIONNELLE.
OBLIGATION REELLE, est celle qui a pour objet principal un immeuble ; comme dans un bail-à-rente, où l'héritage est la principale chose qu'on oblige à la rente.
OBLIGATION SANS CAUSE, est un contrat où l'obligé n'exprime aucun motif de son engagement : une telle obligation est nulle, parce qu'on ne présume point que quelqu'un s'engage volontairement sans quelque raison ; & pour qu'on puisse juger de sa validité, il faut l'exprimer. Voyez OBLIGATION CAUSEE.
OBLIGATION SOLIDAIRE, est celle de plusieurs personnes qui s'obligent chacun, soit conjointement ou séparément, d'acquiter la totalité d'une dette. Voyez SOLIDITE.
OBLIGATION SOLUE, est celle qui a été acquittée. On dit quelquefois solue & acquittée ; ce qui semble un pléonasme, à moins qu'on n'entende par solue, que l'obligation est dissoute.
OBLIGATION SPECIALE, est celle qui ne porte que sur certains biens seulement. Voyez ci-devant OBLIGATION GENERALE.
OBLIGATION TERME, est celle dont l'acquittement est fixé à un certain tems. Voyez TERME.
OBLIGATION VERBALE, est une promesse ou contrat que l'on fait de vive-voix & sans écrit ; la preuve par témoins de ces sortes d'obligations n'est point admise pour somme au-dessus de 100 livres, si ce n'est dans les cas exceptés par l'ordonnance. Voy. PREUVE PAR TEMOINS. (A)
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| OBLIGATOIRE | adj. (Jurisprud.) se dit de ce qui oblige la personne ou les biens, & quelquefois l'un & l'autre. On dit des lettres obligatoires, c'est-à-dire, un contrat portant obligation. Il y a des actes qui ne sont obligatoires que d'un côté ; comme une promesse ou billet, lequel n'oblige que celui qui le souscrit. Il y a au contraire des actes ou contrats synallagmatiques, c'est-à-dire, qui sont obligatoires des deux côtés ; comme un bail, un contrat de vente, &c. Voyez BAIL, CONTRAT, OBLIGATION, SYNALLAGMATIQUE. (A)
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| OBLIGÉ | adj. pris subst. (Jurisprud.) est celui qui a contracté quelque obligation ou autre engagement, soit par écrit, soit verbalement ou autrement. Voyez CONTRAT, ENGAGEMENT, OBLIGATION. (A)
OBLIGE, s. m. (Comm.) acte par lequel un jeune homme se met en apprentissage chez un maître pour le nombre d'années portées par les réglemens de chacun des corps & communautés des marchands ou des arts & métiers. Ces actes doivent être passés par-devant deux notaires, & enregistrés par les jurés sur le registre du corps & communauté.
L'obligé porte un engagement réciproque des apprentifs envers leurs maîtres, & des maîtres envers leurs apprentifs ; aux uns, de servir fidelement & assiduement tout le tems de leur apprentissage ; aux autres, de leur montrer leur profession ou métier, les garder chez eux & les nourrir tant qu'ils sont apprentifs. Voy. APPRENTIF.
Un maître peut engager un apprentif à plus d'années qu'il n'est ordonné par les statuts, mais jamais à moins. Diction. de comm.
OBLIGE, adj. en Musique, on appelle partie obligée celle qu'on ne sauroit retrancher sans gâter l'harmonie ou le chant, à la différence des parties de remplissage qui ne sont ajoutées que pour une plus grande perfection d'harmonie, mais par le retranchement desquelles la piece n'est point mutilée.
Brossard dit qu'obligé se prend aussi pour contraint ou assujetti. Je ne sache pas que ce mot ait aujourd'hui un pareil sens en Musique. Voy. CONTRAINT. (S)
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| OBLIGER | v. a. (Gramm.) ce verbe a plusieurs acceptions diverses. Obliger, c'est contraindre ou lier. Voyez les articles OBLIGATIONS. Révolter un poltron, c'est l'obliger à se défendre ; obliger quelqu'un ou lui rendre un service, c'est la même chose. Voyez les articles suivans.
OBLIGER UN APPRENTIF, (Comm.) c'est l'engager chez un maître de quelque corps ou communauté, pour y apprendre pendant un certain nombre d'années réglées par les statuts la profession ou métier du maître chez qui il entre.
On dit aussi qu'un maître ne peut obliger qu'un ou deux apprentifs à-la-fois, pour dire qu'il ne peut avoir que ce nombre d'apprentifs, suivant les réglemens. Dictionn. de comm. Voyez l'article OBLIGE.
OBLIGER, s'obliger pour quelqu'un, c'est lui servir de caution, s'engager à payer pour lui, répondre des pertes & dommages qui peuvent arriver par sa faute. Voyez CAUTION & CAUTIONNEMENT.
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| OBLIQUANGLE | adj. (Géom.) triangle obliquangle est celui dont tous les angles sont obliques, c'est-à-dire ou aigus ou obtus. Voyez TRIANGLE. De même un parallelogramme obliquangle est un parallelogramme, dont aucun angle n'est droit. Voy. PARALLELOGRAMME, RHOMBE, LOZANGE, RHOMBOÏDE. (O)
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| OBLIQUATION | S. f. terme en usage dans les anciens auteurs de Catoptrique. Cathete d'obliquation, cathetus obliquationis, est une ligne droite perpendiculaire au miroir, dans le point d'incidence ou de réflexion du rayon. Voyez CATHETE, MIROIR, &c. (O)
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| OBLIQUE | adj. (Gramm.) ce mot en Grammaire est opposé à direct ; on s'en sert pour caractériser certains cas dans les langues transpositives, & dans toutes pour distinguer certains modes & certaines propositions.
1. Il y a six cas en latin : le premier est le nominatif, qui sert à désigner le sujet de la proposition dont le nom ou le pronom fait partie ; & comme la principale cause de l'institution des noms a été de présenter à l'esprit les différens sujets dont nous appercevons les attributs par nos pensées, ce cas est celui de tous qui concourt le plus directement à remplir les vûes de la premiere institution : de-là le nom qu'on lui a donné de cas direct, rectus. Les autres cas servent à présenter les êtres déterminés par les noms ou les pronoms sous des aspects différens ; ils vont moins directement au but de l'institution, & c'est pour cela qu'on les a nommés obliques, obliqui. Voyez CAS.
Priscien & les autres Grammairiens ont imaginé d'autres causes de cette dénomination, mais elles sont si vagues, si peu raisonnables, & si peu fondées, qu'on ne peut s'empêcher d'être surpris du ton serieux avec lequel on les expose, ni gueres moins de celui avec lequel Scaliger (de caus. l. l. lib. IV. cap. lxxx.) en fait la réfutation.
2. On distingue dans les verbes deux especes générales de modes, les uns personnels, & les autres impersonnels. Les premiers sont ceux qui servent à énoncer des propositions, & le verbe y reçoit des terminaisons par lesquelles il s'accorde en personne avec le sujet ; les autres ne servent qu'à exprimer des idées partielles de la proposition, & non la proposition même ; c'est pourquoi ils n'ont aucune terminaison relative aux personnes.
C'est entre les modes personnels que les uns sont directs, & les autres obliques. Les modes directs sont ceux dans lesquels le verbe sert à énoncer une proposition principale, c'est-à-dire l'expression immédiate de la pensée que l'on veut manifester : tels sont l'indicatif, l'impératif & le suppositif, voyez ces mots. Les modes obliques sont ceux qui ne peuvent servir qu'à énoncer une proposition incidente subordonnée à un antécédent, qui n'est qu'une partie de la proposition principale. Voyez MODE & INCIDENTE. Tels sont le subjonctif qui est presque dans toutes les langues, & l'optatif qui n'appartient guere qu'aux Grecs. Voyez OPTATIF, SUBJONCTIF.
Le verbe a été introduit dans le systême de la parole pour énoncer l'existence intellectuelle des sujets sous leurs attributs, ce qui se fait par des propositions. Quand le verbe est donc à un mode où il sert primitivement à cette destination, il va directement au but de son institution, le mode est direct ; mais si le mode est exclusivement destiné à exprimer une énonciation subordonnée & partielle de la proposition primitive & principale, le verbe y va d'une maniere moins directe à la fin pour laquelle il est institué, le mode est oblique.
3. On distingue pareillement des propositions directes & des propositions obliques.
Une proposition directe est celle par laquelle on énonce directement l'existence intellectuelle d'un sujet sous un attribut : Dieu est éternel ; soyez sage ; il faut que la volonté de Dieu soit faite ; nous serions ineptes à tout sans le concours de Dieu, &c. Le verbe d'une proposition directe est à l'un des trois modes directs, l'indicatif, l'impératif ou le suppositif.
Une proposition oblique est celle par laquelle on énonce l'existence d'un sujet sous un attribut, de maniere à présenter cette énonciation comme subordonnée à une autre dont elle dépend, & à l'intégrité de laquelle elle est nécessaire, il faut que la volonté de Dieu soit faite ; quoi que vous fassiez, faites-le au nom du Seigneur, &c. Le verbe d'une proposition oblique est au subjonctif ou en grec à l'optatif : il n'est pas vrai, même en latin, que le verbe à l'infinitif constitue une proposition oblique, puisque n'étant & ne pouvant être appliqué à aucun sujet, il ne peut jamais énoncer par soi-même une proposition qui ne peut exister sans sujet. Voyez INFINITIF.
Toute proposition oblique est nécessairement incidente, puisqu'elle est nécessaire à l'intégrité d'une autre proposition dont elle dépend : il faut que la volonté de Dieu soit faite, la proposition oblique, que la volonté de Dieu soit faite, est une incidente qui tombe sur le sujet il dont elle restraint l'étendue ; il (cette chose) que la volonté de Dieu soit faite, est nécessaire ; quoi que vous fassiez, faites-le au nom du Seigneur, la proposition oblique, que vous fassiez, est une incidente qui tombe sur le complément objectif le du verbe faites, & elle en restraint l'étendue, c'est pour dire, faites au nom du Seigneur le quoi que vous fassiez.
Mais toute proposition incidente n'est pas oblique, parce que le mode de toute incidente n'est pas lui-même oblique, ce qui est nécessaire à l'obliquité, si on peut le dire, de la proposition. Ainsi quand on dit : Les savans qui sont plus instruits que le commun des hommes, devroient aussi les surpasser en sagesse ; la proposition incidente, qui sont plus instruits que le commun des hommes, n'est point oblique, mais directe, parce que le verbe sont est à l'indicatif, qui est un mode direct.
La proposition opposée à l'incidente, c'est la principale ; la proposition opposée à l'oblique, c'est la directe : l'incidente peut être ou n'être pas nécessaire à l'intégrité de la principale, selon qu'elle est explicative ou déterminative, voy. INCIDENTE ; mais l'oblique l'est à l'intégrité de la principale d'une nécessité indiquée par le mode du verbe ; la principale peut être ou directe ou oblique, & la directe peut être ou incidente ou principale, selon l'occurrence. Voy. PRINCIPALE. (B. E. R. M.)
OBLIQUE se dit en Géométrie de ce qui s'écarte de la situation droite ou perpendiculaire. Voyez DROIT & PERPENDICULAIRE.
Angle oblique est un angle qui est ou aigu ou obtus, c'est-à-dire toute sorte d'angle, excepté l'angle droit. Voyez ANGLE.
Ligne oblique est une ligne qui tombant sur une autre, fait avec elle un angle oblique. Voyez LIGNE.
Une ligne qui tombe sur une autre obliquement, fait d'un côté un angle aigu, de l'autre un angle obtus ; & la somme de ces angles est égale à deux droits.
Plans obliques se dit dans la Gnomonique des plans qui s'écartent du zénith, & qui s'inclinent vers l'horison. Voyez CADRAN & PLAN.
L'obliquité d'un tel plan ou la quantité de son écartement du zénith se mesure aisément par un quart de cercle, puisqu'elle n'est autre chose que l'arc de quelque azimuth ou cercle vertical, intercepté entre le zénith & le plan proposé. Cet azimuth ou cercle vertical est toujours perpendiculaire au plan dont on veut mesurer l'obliquité.
Percussion oblique est celle dans laquelle la direction du corps choquant n'est point perpendiculaire au corps choqué, ou n'est point dans la ligne du centre de gravité de ce dernier corps. Voyez PERCUSSION.
Projection oblique en Méchanique est celle par laquelle un corps est jetté suivant une ligne qui fait avec l'horison un angle oblique. Voyez PROJECTILE, BALISTIQUE, JET DES BOMBES, &c.
Sphere oblique en Géographie est cette situation de la sphere, dans laquelle l'horison coupe l'équateur obliquement, & dans laquelle l'un des poles est élevé au-dessus de l'horison d'un angle moindre que 90 degrés, mais qui n'est pas zéro ou nul. Voyez SPHERE & DROIT.
C'est cette obliquité qui occasionne l'inégalité des jours & des nuits. Voyez NUIT & JOUR.
Ceux qui ont la sphere oblique, comme nous & tous les habitans des zones tempérées, n'ont jamais les jours égaux aux nuits que dans les équinoxes. Voyez EQUINOXE.
Ascension oblique en Astronomie est l'arc de l'équateur, compris entre le premier point d'aries & le point de l'équateur qui se leve avec une étoile, &c. dans la sphere oblique. Voyez ASCENSION.
Descension oblique est l'arc de l'équateur, compris entre le premier point d'aries & le point de l'équateur qui se couche avec une étoile &c. dans la sphere oblique ; cet arc se compte de l'occident vers l'orient. Voyez DESCENSION.
Pour trouver, par le moyen du globe, l'ascension & la descension oblique, voyez GLOBE.
Navigation oblique se dit de la route que fait un vaisseau lorsque courant sous quelque rhumb intermédiaire entre les quatre points cardinaux, il fait un angle oblique avec le méridien, & change à chaque instant de latitude & de longitude. Voyez RHUMB, NAVIGATION & LOXODROMIE.
La navigation oblique est de trois sortes ; savoir la navigation plane, la navigation de Mercator, & la navigation par un grand cercle. Voyez NAVIGATION.
OBLIQUE, en Anatomie, nom de différentes parties dont la situation est oblique, par rapport aux différens plans du corps. Voyez CORPS. C'est dans ce sens, qu'on dit les apophyses obliques des vertebres, voyez OBLIQUES. Les muscles obliques ou simplement les obliques supérieurs & inférieurs de la tête, le grand & petit oblique de l'oeil, les grands & petits obliques du bas-ventre, &c. Voyez VERTEBRE, MUSCLE, VENTRE, &c.
L'oblique inférieur de la tête part de l'apophyse épineuse de la seconde vertebre du cou, & va en se grossissant s'insérer obliquement à l'apophyse transverse de la premiere. Quelques auteurs le rangent au nombre des muscles du cou. Voyez COU.
L'oblique supérieur ou le petit oblique de la tête part de l'apophyse transverse de la premiere vertebre du cou, & va en montant obliquement s'insérer latéralement à la partie inférieure de l'occipital, au-dessous de la tubérosité.
L'oblique supérieur ou le grand oblique de l'oeil. Voyez OEIL.
Il a son origine dans le fond de l'orbite ; & venant gagner le grand angle de l'oeil, il passe à travers une membrane en partie cartilagineuse située à la partie latérale externe de l'apophyse angulaire interne, & qu'on appelle trochlée ou poulie, ce qui le fait appeller lui-même trochléateur ; de-là il se réfléchit dans son extrêmité vers la sclérotique, sur la partie postérieure du globe de l'oeil où il se termine.
L'oblique inférieur ou le petit oblique de l'oeil, sort du bord extérieur de la partie inférieure de l'orbite, près de l'angle interne ; & de-là s'élevant vers l'angle externe, il se termine auprès de l'autre.
Oblique descendant, paire de muscles de l'abdomen, fort larges, & dont chacun couvre une moitié de l'abdomen & une partie du thorax. On le nomme de la sorte par rapport à l'obliquité de ses fibres. Il vient des deux ou trois dernieres vraies côtes & des cinq fausses ; & il est entrelacé par sa partie supérieure avec le grand pectoral, le grand dentelé, au moyen de cinq à six digitations, dont chacune reçoit un nerf des interstices de la côte. Il s'attache inférieurement au bord de la levre externe ou de l'os des isles ; de-là plusieurs de ses fibres tendineuses étant parvenues à l'épine antérieure supérieure, le réfléchissent en formant un replis intérieurement, auquel on a donné le nom de ligament de Fallope ou de Poupart ; elles s'inserent à l'os pubis, & forment le pilier postérieur, tandis que les fibres tendineuses qui se remarquent au-dessus de celle-ci, vont s'attacher à l'os pubis du côté opposé, & former le pilier antérieur. C'est l'écartement qui se remarque entre ces fibres, qu'on appelle l'anneau. Les plans tendineux des digitations supérieures vont se croiser avec celles du côté opposé. Voyez nos Planches anatomiques & leur explication.
L'oblique ascendant est au-dessous de la partie inférieure de l'autre ; il va précisément en sens contraire, c'est-à-dire, de la partie inférieure & postérieure à la partie supérieure & antérieure. Il prend son origine à la crête de l'os des isles, aux apophyses transverses des vertebres des lombes, & se termine au bord cartilagineux formé par la derniere des vraies côtes & par toutes les fausses, & antérieurement à la ligne blanche en formant une espece de gaîne dans laquelle une grande partie du muscle droit est placée. Voyez nos Pl.
L'oblique de l'oreille est attaché dans la partie extérieure du canal de l'aqueduc ; d'où montant par derriere, il entre dans le tambour par une sinuosité oblique qui se trouve immédiatement audessous du cercle osseux, auquel le timpan est attaché, & il s'insere ensuite dans la petite apophyse du marteau.
L'oblique du nez ou latéral est étroitement uni avec le pyramidal ; il vient de l'apophyse nasale de l'os maxillaire, & se termine en cartilage mobile près l'os maxillaire.
Oblique ascendant du nez. Voyez MYRTI-FORME.
OBLIQUE, (Ecrivains) se dit aussi, dans l'Ecriture, des lignes de pente gauche & droite, sur lesquelles se trouve placée la plus grande partie des traits de l'écriture.
OBLIQUE, OBLIQUITE. (Morale) Il se dit de toutes les actions qui s'écartent de la vérité, de la justice, de la décence, en un mot de tout ce qui est considéré comme regle de droiture parmi les hommes. Mais outre l'idée d'injustice & d'écart, il s'en trouve encore une autre à l'obliquité, c'est la feinte, la tromperie, la trahison secrette.
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| OBLIQUITÉ | S. f. (Géom.) c'est la quantité dont une ligne ou surface est oblique à une autre ligne, une autre surface, &c. Voyez OBLIQUE.
L'obliquité de l'axe terrestre sur l'écliptique est la cause de la différence des saisons, des nuits & des jours. Voyez PARALLELISME.
Obliquité de l'écliptique est l'angle que l'écliptique fait avec l'équateur. Voyez ECLIPTIQUE.
Il est certain, 1°. que cet angle n'est pas toujours le même, & qu'il est sujet à une inégalité provenante de la nutation de l'axe de la terre, & qui est d'environ 18''en 19 ans, voyez NUTATION. 2°. Il est même impossible qu'indépendamment de cette inégalité, l'angle de l'écliptique avec l'équateur ne diminue continuellement ; c'est aujourd'hui le sentiment de plusieurs astronomes, quoiqu'il ne soit peut-être pas encore suffisamment prouvé. Ce qu'il y a de certain, c'est que presque toutes les observations depuis Pythéas, donnent cette obliquité décroissante ; ceux qui adoptent cette opinion, donnent à l'obliquité de l'écliptique une diminution d'environ 30''par siecle. Voyez la Connoissance des tems pour l'année 1760. pag. 140. Voyez ECLIPTIQUE. (O)
OBLIQUITE, terme d'Ecrivains, se dit aussi dans l'Ecriture, des degrés obliques, droits & gauches sur lesquels sont fondées toutes les parties de l'écriture ; majeurs, mineurs, traits & passes. Voyez le volume des Planches, à la table de l'Ecriture.
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| OBLONG | adj. se dit en Géométrie, d'une figure qui est plus longue que large. Voyez FIGURE. Ainsi un parallélogramme rectangle, dont les côtés sont inégaux, est un parallélogramme oblong. Voyez PARALLELOGRAMME : de même une ellipse, un ovale est aussi une figure oblongue. Voyez ELLIPSE & OVALE. (O)
OBLONG, (Géom.) sphéroïde oblong est la même chose que sphéroïde allongé, qui est plus usité. Voyez ALLONGE & APPLATI. Voyez aussi FIGURE DE LA TERRE.
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| OBMISSION | Voyez OMISSION.
OBMISSION ou OMISSION, en terme de Commerce, se dit des articles de recette & de dépense qu'on a oublié de porter dans un compte.
En fait de finances, lorsque l'omission de recette est frauduleuse & prouvée telle, le comptable est condamné à restituer le quadruple. Dictionnaire de Commerce. Voyez OMISSION.
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| OBNONCIATION | (Hist. anc.) obnuntiatio. S'il arrivoit que les augures remarquassent au ciel quelque signe sinistre, ils faisoient dire, obnuntiabant, à celui qui tenoit les comices, alio die, à un autre jour. La loi Aelia & la loi Fusia avoient institué l'obnonciation ; mais elle fut abolie cent ans après par la loi Clodia, les augures abusant de la liberté qu'ils avoient de remettre les comices, pour conduire les affaires comme ils le jugeoient à propos.
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| OBOCA | (Géog. anc.) en grec , riviere de l'Irlande, selon Ptolémée qui en met l'embouchure dans la partie orientale de l'île. Si le Modonus est, comme on le croit, la Liffe qui coule à Dublin, l'Oboca devroit être la Boyne, & non la riviere d'Arklow, comme le prétendent les interprêtes de ce géographe. (D.J.)
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| OBOLCOLA | (Géog. anc.) ou OBULCOLA, ville des Turdetains, dans la Bétique, selon Ptolémée. liv. II. c. 4. Rodericus Carus dit que c'est il castelio de la Moncloua, château de l'Andalousie. (D.J.)
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| OBOLE | S. f. (Monnoie antique) monnoie ancienne d'Athènes, qui faisoit la sixieme partie d'une dragme. L'obole valoit 20 deniers ; trois oboles 60 ; & six oboles faisoient une dragme. La dragme attique pesoit 67 de nos grains ; la sixieme partie de 67 est 11 + 1/6. L'obole pesoit donc 11 de nos grains plus un 6e. de grain ; ensorte que si l'argent étoit à 32 livres le marc, la dragme attique seroit 1 sol 8 den. 5/6, c'est-à-dire, près d'un sol 9. den. Mais comme l'argent est actuellement à 52 liv. le marc, l'obole attique reviendroit à 2. s. & 6. deniers. Le docteur Brerewood estime la dragme d'Athènes environ 15 s. de notre monnoie, ce qui revient à notre même calcul.
Obole est tirée du mot grec qui s'étoit fait de , aiguille ; & cette monnoie avoit pris ce nom, parce qu'elle étoit marquée d'une espece d'aiguille : sa figure étoit ronde comme celle des dragmes & des didragmes. (D.J.)
OBOLE, (Monnoie moderne) monnoie de cuivre valant une maille ou deux pites, ou la moitié d'un denier. Nicod & Borel pensent que maille & obole ne sont qu'une même chose ; mais M. le Blanc estime que sous la seconde race, l'obole ne faisoit que la moitié du denier. On fabriqua des oboles sous Louis VIII. & sous les regnes suivans. Les historiens de France parlent d'oboles d'argent du poids d'un den. 15 grains, & d'oboles d'or qui eurent cours pendant le regne de Philippe-Auguste, de Saint-Louis & de Philippe-le-Bel. Sous ce dernier, l'obole d'or est estimée cinq sous ; le demi-gros tournois étoit appellé maille ou obole d'argent, à cause qu'il valoit la moitié du gros-tournois. Le tiers du gros se nommoit aussi maille ou obole tierce, parce qu'il valoit le tiers du gros-tournois. Il est fait mention des oboles tierces sous l'an 1310. (D.J.)
OBOLE, (Poids anciens) L'obole chez les Juifs étoit une espece de poids nommé gérach qui pesoit 16 grains d'orge ; mais chez les Siciliens l'obole étoit le poids d'une livre, & même une espece de monnoie.
OBOLE, (Poids médicinal) poids dont on se sert en Medecine pour peser les drogues. L'obole pese 10 grains ou un demi-scrupule. Il faut trois scrupules pour faire une dragme ou un gros, & huit dragmes pour faire une once. (D.J.)
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OBOLÉE DE TERRE | (Jurisprud.) est la quantité de terre que l'on tient sous la redevance d'une obole. Ainsi, comme l'obole étoit la moitié d'un denier, l'obolée de terre est la moitié d'une denrée de terre, c'est-à-dire de la quantité que l'on en tient pour un denier, eu égard au taux courant du cens. Voyez le gloss. de Ducange, au mot obolata. (A)
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| OBOLLAH | (Géog.) ville de Perse dans l'Iraque babylonienne, sur un bras du Tigre, près de Bassora. Les Orientaux la vantent comme un des quatre endroits les plus délicieux de l'Asie, qu'ils appellent paradis, parce que l'on y voyoit une longue suite de jardins & de portiques qui se répondoient symmétriquement les uns aux autres. Long. 65. 50. latit. 30. 15.
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| OBOTRITES | LES, (Géog. anc.) en latin Obotritae ou Obotriti, étoient entre les Varnaves, d'un côté, & de l'autre confinoient à la Trave, riviere qui coule à Lubec. C'étoit un peuple d'entre les Slaves qui avoit ses princes particuliers, ainsi que les Vagriens. On croit qu'ils ont bâti les anciens lieux ou forteresses de leurs pays, comme Mecklenbourg, Werle, Kissim, &c. (D.J.)
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| OBRANG | (Botan. exot.) nom donné par les habitans de Guinée à une plante fort singuliere, dont nous n'avons point encore d'exacte description. Ses feuilles ont une fausse ressemblance avec celles de la réglisse ; d'où vient que Petivier nomme cet arbrisseau glycyrrhizae folio singulari, frutex guineensis, spinis gemellis. Philos. Trans. n°. 232. (D.J.)
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| OBREPTICE | adj. (Jurisprud.) est un terme de palais & de chancellerie qui se dit des lettres dans l'exposé desquelles on a caché quelque fait essentiel, pour obtenir par surprise quelque grace, comme un bénéfice, ou l'admission d'une pension en cour de Rome, ou pour obtenir du prince une commission, des lettres de rescision, &c. Ces lettres sont appellées obreptices, à la différence de celles où l'on a avancé quelque fausseté pour les obtenir plus facilement. Quand la grace est obreptice, c'est-à-dire obtenue sur des lettres obreptices, elle est nulle. Voy. ci-après OBREPTION. (A)
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| OBREPTION | S. f. (Jurisprud.) est la surprise que l'on fait à quelque supérieur de qui on obtient quelque grace, en lui taisant une vérité dont la connoissance auroit été un obstacle à sa concession. Les lettres où il y a obreption sont appellées obreptices. L'obreption annulle de droit le titre ou la grace qui se trouve ainsi accordée : par exemple, celui qui en demandant un bénéfice n'exprime point ceux dont il est déja pourvu, est déchu, par cette réticence, du bénéfice qu'il a impétré.
Le défaut d'expression d'une chose nécessaire, quoique de bonne foi & sans en avoir connoissance, ne laisse pas d'être fatal & de rendre les provisions nulles, parce que l'on fait attention à la volonté & à l'intention du collateur, & non à la faute de l'impétrant. Voyez Panorme, sur le chapitre constitutus de rescriptis, & le traité de l'usage & pratique de cour de Rome, tome I. page 280. (A)
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| OBRIMAS | (Géog. anc.) riviere d'Asie en Phrygie, qui tomboit dans le Méandre. Pline, liv. V. ch. xxjx. & Tite-Live, liv. XXXVIII. ch. xv. en font mention.
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| OBRINE | (Hist. mod.) chevaliers de l'obrine, ordre militaire institué dans le xiij. siecle par Conrad, duc de Mazovie & de Cujavie, que quelques auteurs appellent aussi duc de Poland.
Il donna d'abord à cet ordre le nom de chevaliers de Jesus-Christ. Leur premier grand-maître fut Bruno. Leur principale destination étoit de défendre le pays des courses des Prussiens, qui étoient pour lors idolâtres, & y commettoient de grandes cruautés.
Le duc Conrad mit ces chevaliers en possession du fort de l'Obrine, d'où ils prirent leur nouveau nom ; & ils convinrent ensemble que toutes les terres qu'ils envahiroient sur les Prussiens seroient également partagées entr'eux.
Mais les Prussiens ayant bloqué le fort de maniere qu'aucun des chevaliers n'en pouvoit sortir, l'ordre dont il s'agit devint inutile, & fut aussi-tôt supprimé, & Conrad appella à son secours l'ordre Teutonique. Voyez TEUTONIQUE.
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| OBRINGA | (Géogr. anc.) riviere ainsi nommée par Ptolémée, liv. II. chap. jx. qui la met dans la Gaule belgique, & la donne pour bornes entre la haute & la basse Germanie. Quoique le savant Adrien de Valois pense que l'Obringa de Ptolémée est la Moselle, il paroît cependant qu'il se trompe, & que c'est vraisemblablement l'Aar. (D.J.)
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| OBRIZUM AURUM | (Hist. nat.) nom donné dans l'antiquité à un or qui avoit été purifié plusieurs fois par le feu. Pline dit, auri experimento ignis est, ut simili colore rubeat quo ignis ; atque ipsum obrizum vocant ; c'est-à-dire c'est le feu qui peut servir à éprouver l'or ; & quand en le faisant rougir il devient de la même couleur que le feu, on l'appelle obrizum. Voyez Pline, Hist. nat. lib. XXXIII. cap. xxiij.
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| OBRON | S. m. terme de Serrurier, morceau de fer percé par le milieu, qui est attaché à l'obronniere du coffre, & dans lequel, par le moyen de la clé, on fait aller le pêne de la serrure quand on ferme le coffre. Il y a d'ordinaire trois ou quatre obrons attachés à l'obronniere du coffre fort.
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| OBRONNIERE | S. f. terme de Serrurier, bande de fer à charniere qui est attachée dedans au couvercle d'un coffre-fort.
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| OBSCENE | adj. (Gramm.) il se dit de tout ce qui est contraire à la pudeur. Un discours obscene, une peinture obscene, un livre obscene. L'obscénité du discours marque la corruption du coeur. Il y a peu d'auteurs anciens entierement exempts d'obscénité. La présence d'une honnête femme chasse l'obscénité de la compagnie des hommes. L'obscénité dans la conversation est la ressource des ignorans, des sots & des libertins. Il y a des esprits mal faits qui entendent à tout de l'obscénité. On évite l'obscénité en se servant des expressions consacrées par l'art ou la science de la chose.
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| OBSCUR | adj. (Gramm.) privé de lumiere. Il se dit d'un lieu : cette chapelle, ce vestibule est obscur ; d'une couleur qui réfléchit peu de lumiere, ce brun est obscur ; d'un homme qui n'est distingué dans la société par aucune qualité, qu'il est obscur ; d'une vie retirée, qu'on vit obscurément ; d'un auteur difficile à entendre, qu'il est obscur. D'obscur on a fait obscurcir & obscurité.
OBSCUR, (Phys.) Chambre obscure. Voy. CHAMBRE & BOETE CATOPTRIQUE. Voy. aussi LANTERNE MAGIQUE & OEIL ARTIFICIEL.
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| OBSCURITÉ | S. f. (Logique & Belles-Lettres) c'est la dénomination d'une chose obscure. L'obscurité peut être ou dans la perception ou la diction.
L'obscurité dans la perception vient principalement de ce qu'on ne conçoit pas les choses comme elles sont ou comme on trouve qu'elles sont, mais comme on juge qu'elles doivent être avant de les avoir connues ; desorte que notre jugement précede alors notre connoissance, & devient la regle & pour ainsi dire l'étendart de nos conceptions : au lieu que la nature & la raison nous disent que les choses ne doivent être adjugées que comme elles sont connues, & que nous les connoissons non comme elles sont en elles-mêmes, mais telles qu'il a plu à Dieu de nous les faire connoitre. Voyez CONNOISSANCE.
L'obscurité dans la diction peut venir en premier lieu de l'ambiguité du sens des mots ; secondement, des figures ou ornemens de rhétorique, 3°. de la nouveauté ou de l'ancienneté surannée des mots.
OBSCURITE, achlys, . Ce mot signifie en général un air épais & rempli de brouillards : de-là un oeil noir & trouble, ou qui ne voit qu'avec peine : ce qu'Hippocrate regarde comme un mauvais symptôme dans les maladies aiguës, Praedic. lib. I. xlvj. & dans les prognostics de Cos 218. Il appelle encore les vents méridionaux, aphor. 5. l. III. à cause qu'ils offusquent la vûe, & comme Celse le remarque, qu'ils émoussent tous les sens, liv. II. ch. j. On appelle encore ceux qui ont la vue trouble de la fievre, coac. praenot. xxxv. Quelques-uns croient cependant qu'Hippocrate veut parler de ceux dont les humeurs sont extrêmement agitées, ou dont la couleur & le tempérament sont altérés & obscurcis par la maladie ; mais Galien donne ce nom à ceux qui pendant la maladie perdent cette vivacité & cet éclat qu'on observe autour de la prunelle lorsque le corps jouit d'une parfaite santé.
Ce terme signifie aussi une petite marque ou cicatrice devant la prunelle de l'oeil, laissée sur la cornée par une ulcération superficielle, suivant l'interprétation de Galien. Enfin, suivant le commun des Medecins, c'est une espece d'obscurité dans les yeux qu'on rapporte à l'amblyopie ou obscurcissement de la vûe.
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| OBSÉCRATION | S. f. (Belles - Lettres) figure de Rhétorique par laquelle l'orateur implore l'assistance de Dieu ou de quelqu'homme. Voy. FIGURE.
Ciceron fait un admirable usage de cette figure dans la harangue pour le roi Dejotarus, lorsqu'il dit à César : Per dexteram te istam oro, quam regi Dejotaro, hospes hospiti porrexisti ; istam inquam dexteram, non tam in bellis & in praeliis, quam in promissis & fide firmiorem. De même Virgile dit :
Quod te per coeli jucundum lumen & auras,
Per genitorem oro, per spem surgentis Iuli
Eripe me his, invicte, malis. Aeneïd. VI.
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| OBSÉDER | voyez OBSESSION.
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| OBSEQUES | S. f. pl. (Usages) derniers devoirs ou services, obsequia, qu'on rend à un mort : on trouvera, sous le mot FUNERAILLES, la pratique de cette cérémonie chez plusieurs peuples du monde. " Je ne crois pas, dit Lucien, après en avoir fait la peinture, que les monumens, les colonnes, les pyramides, les inscriptions, & les oraisons funèbres à la mémoire des défunts, puissent leur servir là-bas d'attestations valables de vie & de moeurs ". La pompe des obseques regarde la coutume ou la consolation des vivans, & jamais le besoin des morts. Criton demandoit à Socrate comment il vouloit être enterré. Comme vous voudrez, répondit-il, ou comme vous pourrez, rien ne m'est plus indifférent. La religion chrétienne a eu raison de réprimer en plusieurs lieux la dépense des obseques ; car, comme le remarque l'auteur de l'Esprit des lois, qu'y a-t-il de plus naturel que d'ôter la différence des fortunes dans une chose & dans les momens qui égalisent toutes les fortunes. (D.J.)
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| OBSERVANCES | (Hist. ecclésiast.) ce sont des statuts, des ordonnances ecclésiastiques ; Tertullien de Oratione cap. xij. donne une excellente regle sur la conduite qu'il convient de tenir au sujet des observances : il faut, dit-il, rejetter celles qui sont vaines en elles-mêmes, celles qui ne sont appuyées d'aucun précepte du Seigneur ou de ses apôtres, celles qui ne sont pas l'ouvrage de la religion, mais de la superstition, celles qui ne sont fondées sur aucune raison solide, enfin celles qui ont de la conformité avec les cérémonies payennes. (D.J.)
OBSERVANCE, (Hist. ecclésiast.) se dit en particulier d'une communauté de religieux qui sont obligés à l'observation perpétuelle de la même regle ; ce mot pris en ce sens signifie la même chose que congrégation ou ordre. Voyez ORDRE.
Les Cordeliers prennent le nom de religieux de l'observance, de la grande & de la petite observance. Voyez CORDELIERS.
Parmi les Bernardins, il y a des religieux de l'étroite observance, strictioris observantiae, lesquels font toujours maigre. Voy. BERNARDINS.
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| OBSERVANTINS | S. m. pl. (Hist. eccles.) religieux cordeliers de l'observance : en Espagne il y a des Observantins déchaussés.
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| OBSERVATEUR | S. m. (Astronom.) on donne ce nom à un astronome qui observe avec soin les astres & les autres phénomenes célestes. Hipparque & Ptolémée ont été célèbres sous ce nom parmi les anciens. Alboetegnius qui leur a succédé l'an 882, & Ulugh-Beigh, petit-fils du grand Tamerlan l'an 1437, ont aussi mérité ce nom parmi les Sarrasins. En Allemagne les observateurs sont Jean Regiomontant en 1457, Jean Wermer, Bernard Walther en 1475, Nicolas Copernic en 1509, Tycho-Brahé en 1582, Guillaume landgrave de Hesse, & Jean Hévélius dans le siecle précédent. En Italie Galilée & Riccioli ; en Angleterre Horocce, Flamstéed & Bradley ; & en France Gassendi, les Cassini, de la Hire pere & fils, le chevalier de Louville, Maraldi, Delisle.
OBSERVATEUR, (Phys. & Astr.) se dit en général de tous ceux qui observent les phénomenes de la nature ; il se dit plus particulierement des astronomes ou observateurs du mouvement des astres, Voyez ASTRONOMIE & OBSERVATION. (O)
OBSERVATEUR, (Gram. Physiq. Méd.) celui qui observe. Voyez OBSERVATION. On a donné le nom d'observateur au physicien qui se contente d'examiner les phénomenes tels que la nature les lui présente ; il differe du physicien expérimental, qui combine lui-même, & qui ne voit que le résultat de ses propres combinaisons ; celui-ci ne voit jamais la nature telle qu'elle est en effet, il prétend par son travail la rendre plus sensible, ôter le masque qui la cache à nos yeux, il la défigure souvent & la rend méconnoissable ; la nature est toujours dévoilée & nue pour qui a des yeux, ou elle n'est couverte que d'une gase légere que l'oeil & la réflexion percent facilement, & le prétendu masque n'est que dans l'imagination, assez ordinairement bornée, du manouvrier d'expériences. Celui-là au-contraire, lorsqu'il a les lumieres & les talens nécessaires pour observer, suit pas-à-pas la nature, dévoile les plus secrets mysteres, tout le frappe, tout l'instruit, tous les résultats lui sont égaux parce qu'il n'en attend point, il découvre du même oeil l'ordre qui regne dans tout l'univers, & l'irrégularité qui s'y trouve ; la nature est pour lui un grand livre qu'il n'a qu'à ouvrir & à consulter ; mais pour lire dans cet immense livre, il faut du génie & de la pénétration, il faut beaucoup de lumieres ; pour faire des expériences il ne faut que de l'adresse : tous les grands physiciens ont été observateurs. Les académiciens qui allerent déterminer la figure de la terre n'y réussirent que par l'observation ; le fameux Newton a vû tomber une poire d'un arbre sur la terre ; il n'a jamais détourné la nature pour l'approfondir & l'interprêter, ç'a été un des plus grands génies. M. *** qui sait tourner si joliment une expérience, est un très-mauvais physicien ; il n'a, dit-on, de l'esprit qu'au bout des doigts. Je ne suis pas surpris, que la prodigieuse quantité d'expériences qu'il y a, aient si peu éclairci la Physique, & que cette physique qui n'est fondée que sur des expériences ait été si inutile à la vraie philosophie ; mais je suis surpris que les Physiciens négligent l'observation, qu'ils courent après l'expérience, & qu'ils préferent le titre si facile à acquérir de faiseurs d'expériences à la qualité si rare, si lumineuse, & si honorable d'observateurs. Voyez OBSERVATION.
Ce qu'il y a encore de plus étonnant, c'est que nos moralistes soient si peu observateurs, ils composent dans leur cabinet des traités de morale sans avoir jetté un coup-d'oeil sur les hommes ; remplis d'idées vagues, chimériques, ensevelis dans les préjugés les plus grossiers, les plus contraires à la vérité, ils se représentent les hommes tout autrement qu'ils sont & qu'ils doivent être, & dictent des regles, des arrêts qu'ils prétendent être émanés du sein de la divinité, dont l'exécution est très-souvent contraire à la raison, au bon sens, quelquefois impossible. Qu'il seroit à souhaiter qu'on observât, qu'on vît avec des yeux bien disposés & bien organisés les choses telles qu'elles sont ! peut-être se convaincroit-on qu'elles sont comme elles doivent être, & que vouloir les faire aller autrement est une prétention imaginaire & ridicule ; mais le talent d'observateur est plus difficile qu'on ne pense, & sur-tout celui qui a pour objet les moeurs & les actions des hommes. Voyez MORALE. Il est cependant dans ce cas absolument indispensable. Le meilleur traité de morale seroit une peinture de la vie humaine ; la Bruyere n'a fait un si bon ouvrage que parce qu'il a été dans le cas de voir & qu'il a bien observé. Un auteur qui n'auroit jamais vû le monde que par un trou & à travers un verre mal fait, sale, obscurci, peut-il raisonnablement se flatter de le connoître ? est-il en état de l'observer, de le peindre, & de le réformer ?
Le nom d'observateur est en Médecine un titre honorable qui est, ou plutôt qui doit être le partage du médecin, qui assidu auprès de son malade, s'instruit des causes qui l'ont réduit en cet état, observe attentivement la marche réguliere ou anomale de la maladie, les symptômes qui la caractérisent, les changemens qui arrivent dans son cours, ses différentes terminaisons, & qui ne perd de vûe son malade que lorsqu'il est assuré d'une parfaite guérison ; ou si la maladie a eu une issue facheuse, si le malade est mort, il pousse ses observations jusque sur le cadavre, il cherche les causes de la mort, les dérangemens, les altérations qui ont pu l'occasionner, & auxquels, si on les avoit mieux connus, on auroit peut-être pû remédier ; enfin il décrit exactement, avec sincérité & candeur tout ce qu'il a vû : tel est l'emploi de l'observateur en Médecine, qui se réduit à bien voir & à raconter de même ; mais pour remplir & exécuter comme il faut ces deux points, que de qualités paroissent nécessaires ! 1°. Pour bien voir, ou observer (je prends ici ces deux mots comme synonymes), il ne suffit pas d'une application quelconque des sens, il faut que les sens soient bien organisés, bien disposés nonseulement par la nature, mais par l'art & l'habitude, & que cette application se fasse sans passion, sans intérêt, sans préjugés, &c.
Ainsi il faut en premier lieu que l'observateur n'ait dans les organes des sens aucun vice de conformation qui en empêche l'usage libre & complet, que les yeux soient clairvoyans, le tact fin, l'odorat bon : &c. 2°. qu'ils soient propres à recevoir les impressions des phénomenes qui se présentent, quelque difficiles qu'ils soient à appercevoir, & à les transmettre inaltérés au principe du sentiment, de la réflexion & de la mémoire ; c'est l'art & l'habitude qui donnent cette faculté de sentir, cette finesse dans le sentiment, & cette justesse dans la perception. Il y a des symptômes assez enveloppés pour se dérober à la vûe d'un homme qui n'a que des sens, qui exigent des lumieres précédentes appropriées. Tous les phénomenes ne se présentent pas de la même façon que la dureté de la pierre frappe le manoeuvre le plus ignorant, que la couleur jaune du visage dans l'ictere que tout assistant voit, que la violence du pouls, que le dernier chirurgien & la moindre femmelette peuvent appercevoir ; mais la couleur jaune n'est pas frappante dans tous les ictériques, il faut que le médecin la cherche dans les yeux ou les urines ; il y a une infinité de modifications dans le pouls que bien des médecins même peu instruits ne savent pas distinguer. Il y a certaines connoissances préliminaires qui sont indispensables à tout médecin observateur ; quelque teinture d'Anatomie grossiere qui suffise pour connoître le siege des maladies, des blessures, & sur-tout pour les observations cadavériques, une bonne Physiologie qui ne soit qu'un détail des phénomenes que présente l'état de santé, leur méchanisme qui suppose toujours beaucoup d'incertitude est absolument inutile ; cette partie n'est nécessaire que pour mieux faire appercevoir, dans l'état de maladie, en quoi & comment une fonction est dérangée ; mais il doit sur-tout posséder la science des signes, être bien instruit de leur nature, de la maniere dont il faut s'y prendre pour les saisir comme il faut, de leur valeur & de leur signification : c'est par - là que le médecin éclairé differe & se met infiniment au-dessus de tous ceux qui n'ont aucune connoissance ou qui n'en ont que d'imparfaites & fautives ; du reste, pour acquérir encore plus de facilité à saisir les symptômes les plus obscurs, à se former une idée nette de ceux qui sont les plus embrouillés, il faut de l'habitude, il faut familiariser ses sens avec les malades, on les rend plus fins & plus justes ; l'on ne peut mieux prendre ce coup d'oeil observateur, cette expérience si nécessaire que dans les hôpitaux, où la maladie entée sur la misere, attire un grand concours de personnes. L'hôpital de la Charité de Paris est un de ces établissemens avantageux, où le malade indigent est sûr de trouver tous les secours réunis administrés gratuitement avec beaucoup de zèle, de soin, & de propreté, & où les jeunes médecins peuvent très-commodément, favorisés & attirés par les religieux complaisans, examiner les malades & observer les maladies aussi souvent & aussi longtems qu'ils le desirent ; éprouvant nous-mêmes tous les jours ces avantages, nous devons ce témoignage public à la reconnoissance & à la vérité.
Le médecin muni de ces connoissances suit exactement son malade, instruit par sa bouche ou par celle des assistans des causes qui ont donné lieu à sa maladie, de l'erreur qu'il peut avoir commise dans les six choses non-naturelles, il considere lui-même les maladies regnantes, s'il n'y a point quelque épidémie qui ait influé sur la maladie qu'il observe ; il examine après chaque symptôme l'état des différens visceres, manifesté par l'exercice des fonctions appropriées, il consulte le pouls, la langue, les urines, ne dédaigne point de porter sa curiosité jusques sur les excrémens les plus fétides ; il considere aussi attentivement tout l'extérieur du corps, les extrêmités des oreilles, le nez, les yeux, le visage ; il marque exactement le chaud ou le froid, les changemens dans la couleur & dans toutes les autres qualités, la sueur, la transpiration, l'humidité ou la sécheresse de la peau, &c. tous ces signes peuvent donner des lumieres pour le diagnostic, le prognostic, & la guérison des maladies. Voyez tous ces articles particuliers SEMEIOTIQUE.
S'il ordonne quelques remedes il doit en savoir distinguer l'effet d'avec les changemens dûs à la marche de la maladie ; le médecin qui sortant de chez le malade rempli du portrait qu'il s'en est fait, va le mettre sur le papier, peut sans doute en donner un journal fidele ; mais pour que le portrait soit ressemblant, il faut qu'il ait vû les objets tels qu'ils étoient, que l'imagination bouillante ne les ait pas grossis, que la préoccupation ne les ait pas défigurés, que l'attente vive d'un résultat ne l'ait pas fait appercevoir aulieu de la réalité, que la passion n'ait rien changé, que l'envie & l'espérance du succès n'ait pas diminué, ou la crainte augmenté la gravité des symptômes ; que de difficultés, que d'obstacles à vaincre, que d'écueils à éviter ! mais qu'il est rare qu'on y resiste & qu'on y échappe ! Les uns remplis d'idées théoriques, persuadés que l'acrimonie des humeurs est la cause de la maladie qu'ils veulent observer, s'imaginent sentir sous le doigt les petites pointes des humeurs âcres qui picotent l'artere, & substituent ainsi la façon dont ils conçoivent les objets à leur façon propre d'exister ; d'autres emportés par une imagination active, préoccupée, ne voient les choses que comme ils voudroient qu'elles fussent, & souvent tout autrement qu'elles ne sont en effet. Le médecin tant pis verra toujours noir dans les maladies ; le moindre symptôme paroîtra mortel à ses yeux, la crainte lui grossira les objets. Le médecin tant mieux ne fera attention qu'aux symptômes qui peuvent flatter l'espérance ; les signes fâcheux prendront chez lui une signification avantageuse, & la maladie sera toujours douce & favorable. Il y en a qui regardant plusieurs signes comme peu intéressans, négligeront de les consulter ; celui-ci ne tâtera pas le pouls ; celui-là ne regardera pas la langue : l'un trop délicat dédaignera d'aller jetter les yeux sur les excrémens, l'autre n'ajoutera pas foi à l'ouromantie ou n'aura pas la commodité d'examiner les urines, & quelques-uns trop pressés ne jetteront qu'un coup d'oeil en passant sans entrer dans le moindre détail ; il y en a d'autres qui confondront les signes les plus significatifs avec ceux qui ne disent rien, passeront rapidement sur les premiers, & s'étendront minutieusement sur ce dont on n'a que faire ; comme ce médecin allemand, qui regardant le mouvement comme un obstacle à la crise, qui, suivant lui, demande un repos absolu de tous les membres & une extrême tranquillité, avoit soin d'observer scrupuleusement toutes les fois que son malade remuoit les piés ou les mains ; & ainsi pour bien voir, c'est-à-dire tout ce qu'il faut comme il faut, & pas plus qu'il ne faut, il faut des lumieres, de la sagacité, du génie, il faut être instruit, assidu au lit des malades, pénétrant, desintéressé, dépouillé de toute idée théorique, de préjugé, & de passion.
2°. Pour bien raconter ce qu'on a vu ; à ces qualités, qui sont encore pour la plûpart nécessaires ici, il faut joindre beaucoup de candeur & de bonne foi ; le style doit être simple, le détail circonstancié sans être minutieux ; les faits exposés dans l'ordre qu'ils ont suivi, de la maniere dont ils se sont succédés, sans raisonnement, sans théorie. Les mauvais succès doivent être décrits avec la même sincérité que les heureux, même dans le cas où ils pourroient être attribués à l'inopportunité d'un remede ; ces cas sont les plus instructifs. Que la candeur de Sydenham est admirable, lorsqu'il dit, qu'enthousiasmé de l'efficacité du syrop de nerprun dans l'hydropisie, il voulut se servir de ce remede dans tous les cas qui se présentoient ; qu'il l'ordonna à une dame hydropique dont la maladie empiroit toujours ; que lassée d'un remede dont elle éprouvoit de si mauvais effets, elle le congédia, appella un autre médecin, qui suivant une route opposée, vint à-bout de la guérir en peu de tems. Ainsi que l'intérêt ou la passion ne guident jamais la plume du médecin observateur, qu'il les fasse plutôt céder à la vérité ; & sur-tout s'il n'a pas le courage de la publier, qu'il la laisse plutôt ensevelie dans un profond silence, comme ces médecins qui rougissent d'avouer qu'il leur est mort quelque malade entre les mains ; mais qu'ils se gardent bien de la défigurer, de transformer en succès glorieux les suites les plus funestes, à l'exemple de ces charlatans, qui n'ayant jamais la vérité pour eux, sont obligés de recourir au mensonge pour accréditer un remede souvent dangereux, & pour acquérir une réputation qui sera pernicieuse. A cet obstacle qui s'oppose à la fidélité des observateurs, on peut en ajouter un autre encore très-fréquent, c'est que la plûpart ne font des observations que pour confirmer quelque idée, quelqu'opinion, quelque découverte, & alors ou ils voyent mal & racontent de bonne foi, ou ce qui est le plus ordinaire, ils détournent l'observation en leur faveur, ils l'interpretent à leur fantaisie, & arrangent de façon qu'il paroît que le systême a plutôt servi à créer l'observation, que l'observation n'a été faite pour favoriser le systême. C'est pour cela qu'il nous parvient peu d'observations exactes, & que pendant plus de vingt siecles à peine pourroit-on compter huit ou dix médecins observateurs.
Hippocrate a été le premier & le meilleur de tous les médecins observateurs ; nous n'hésitons pas à le proposer pour modele à quiconque veut suivre une semblable route, c'est-à-dire, s'adonner à la partie de la médecine la plus sûre, la plus utile & la plus satisfaisante. Ses ouvrages annoncent à chaque ligne son génie observateur ; peu de raisonnement & beaucoup de faits, voilà ce qu'ils renferment. Ses livres d'épidémie sont un morceau très-précieux & unique en ce genre : il commence par donner une histoire fidele des saisons, des variations qu'il y a eu, des changemens dans l'air, des météores, &c. Il passe au détail des maladies différentes ou analogues qui ont regné : il vient enfin à la description de chaque maladie, telle que chaque malade en particulier l'a éprouvée ; c'est-là sur-tout qu'il est inimitable. Quand on lit ces histoires, on se croit transporté au lit des malades ; on croit voir les symptomes qu'il détaille ; il raconte simplement, sans y mêler rien d'étranger ; & ces narrations simples, fideles, qui, dénuées de tout ornement, paroissent devoir être séches, ennuyeuses, ont un attrait infini, captivent le lecteur, l'occupent & l'instruisent sans le lasser, sans lui inspirer le moindre dégoût. Il n'a point honte de terminer souvent ses observations par ces mots si injustement critiqués, , il est mort ; on voit là une candeur, une bonne foi qu'on ne sçauroit assez louer. Que je l'admire aussi lorsqu'il avoue ses erreurs, lorsqu'il dit, qu'ayant confondu la suture du crâne avec une fente, il fit trépaner mal-à-propos un homme ! A quel point de certitude auroit été portée la médecine, si tous les médecins l'avoient imité ? Que les médecins mériteroient bien ce qu'on dit assez mal-à-propos d'eux, qu'ils sont les hommes qui approchent le plus de la divinité, en conservant la vie & rétablissant la santé ! Que la médecine me paroît belle quand je la vois dans ses écrits ; mais que je reviens de cette bonne opinion quand je jette les yeux sur la maniere dont on la pratique aujourd'hui, sur les bassesses auxquelles on a recours, sur le charlatanisme qui devient dominant, sur les morts qui,.... Mais tirons le rideau sur un spectacle aussi révoltant. Hippocrate a principalement observé la maladie laissée à elle-même, & il nous a laissé tirer cette heureuse conséquence, donc la maladie se guérit souvent par les seuls efforts de la nature. Nous ne dissimulerons cependant pas que ce genre d'observations, quelqu'avantage qu'il ait apporté ensuite, a été quelquefois pernicieux aux malades sur qui il les faisoit. On peut aussi reprocher à Hippocrate qu'il a un peu trop négligé l'anatomie & les observations cadavériques. Galien, son illustre commentateur, a été aussi très-bon observateur ; mais il a trop donné dans la théorie, & ses observations s'en ressentent. Parmi les médecins qui ont marché sur ses traces, on peut compter les Aretée, les Baillou, les Duret, les Baglivi, les Sydenham. Riviere, Fernel, Sennert mériteroient aussi à quelques égards d'être mis dans cette classe. Sydenham a été appellé avec raison l'Hippocrate anglois ; il a comme ce divin législateur, vu exactement & décrit avec beaucoup de simplicité & de naïveté ; il a eu la candeur d'avouer que dans les épidémies, les premiers malades qui étoient confiés à ses soins, couroient un grand danger, qu'ils étoient immolés ou à la force de la maladie, ou à l'irrégularité de sa pratique. Il différe d'Hippocrate, en ce qu'il nous a sur-tout fait connoître ce que peut l'art d'accord avec la nature dans le traitement des maladies ; mais on peut lui passer d'avoir prétendu dans la pleurésie avoir en son pouvoir la matiere morbifique par la saignée, & de regarder le trou fait au bras par la lancette, comme très-propre à suppléer la trachée artere & à en faire la fonction, Sydenh. oper. sect. VI. cap. iv. On pourroit mettre au même rang quelques médecins estimables qui se sont appliqués à des observations particulieres, à constater la valeur de certains signes, à en déterminer la signification, à les classer, &c. De ce nombre sont Prosper Alpin ; Bellini pour les urines ; Solano, Nihell & Bordeu pour le pouls, &c.
On voit par-là combien le nombre des médecins observateurs est petit ; cependant la flatterie, l'abus, l'ignorance avoient avili ce titre honorable en le prodiguant indifféremment à l'ignorant empirique, au praticien routinier, au systêmatique préoccupé, au compilateur d'observations, au descripteur de maladie, &c. mais on n'est pas observateur pour avoir inséré deux ou trois observations dans quelques journaux, collections ou mémoires d'académie ; pour avoir rassemblé, abregé & défiguré des observations, & en avoir composé des suites de volumes sans choix & des gros in-folio. On n'est pas non plus observateur, parce qu'on a vu bien des malades ; il faut voir des maladies. On l'est encore moins quand on n'a vu ni l'un ni l'autre, quoiqu'on donne des descriptions fort méthodiques ; c'est ce qui est arrivé au fameux Boerhaave, qui a composé ses aphorismes dans un tems où quelques mauvais succès lui avoient ôté la confiance du public, & l'avoient relegué dans son cabinet : il lui est arrivé aussi de décrire les maladies, plutôt comme il imaginoit qu'elles devoient être, que comme elles étoient en effet. De-là cette division multipliée à l'infini, ces regles toujours générales, & jamais des particularités : de-là aussi cette grande méthode à classer les maladies, à y rapporter toutes les causes avec une extrême facilité, cet ordre si bien soutenu dans cet ouvrage, qui décele toujours le travail du cabinet, & qui est si différent de l'irrégularité qu'on observe au lit du malade, qui est si bien peinte dans les ouvrages d'Hippocrate & de Sydenham, & dont la description affiche & caracterise infailliblement le médecin observateur. (m)
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| OBSERVATIONS | OBSERVATIONS
Les observations se font avec différens instrumens, dont les principaux sont le télescope, le quart de cercle, l'instrument des passages, le secteur, la machine parallactique, &c. Voyez ces mots, voyez aussi ASTRONOMIQUE & ASTRONOMIE.
Les observations faites de jour ont cet avantage que les fils du micrometre qui sont placés au foyer de l'objectif du télescope, s'apperçoivent sans aucun secours ; au lieu que dans celles qu'on fait la nuit, il faut les éclairer.
Pour y parvenir on se sert d'une lumiere dont on fait tomber obliquement les rayons sur l'objectif, afin que la fumée n'intercepte pas ceux de l'astre qu'on observe, & lorsqu'on en a la commodité, on fait une ouverture à la lunette auprès du foyer de l'objectif, & c'est alors vis-à-vis de cette ouverture qu'on place la lumiere afin d'éclairer les fils.
M. de la Hire, par un moyen fort simple, a beaucoup perfectionné la premiere de ces deux méthodes : il veut qu'on couvre le bout du tube vers l'objectif d'une piece de gase ou de crepe fin de soye blanche ; avec cette seule précaution, il suffit de placer le flambeau à une bonne distance du tube pour rendre visible les fils du micrometre.
Les observations du soleil demandent absolument qu'on place entre l'oeil & l'oculaire du télescope, un verre noirci par la fumée d'une chandelle ou d'une lampe, afin d'intercepter par ce moyen la plus grande partie des rayons du soleil qui troubleroient la vue & endommageroient l'oeil.
Les observations astronomiques se font ordinairement avec des lunettes à deux verres qui renversent les objets ; parce qu'il importe peu pour l'astronomie que les astres soient renversés, & qu'on gagne beaucoup à n'avoir que deux verres.
On peut observer les corps célestes dans toute l'étendue du ciel visible ; mais on distingue ordinairement les observations en deux sortes, celles qui sont faites à leur passage par le méridien, ou à leur passage dans les autres verticaux. Voyez MERIDIEN & VERTICAL.
Les observations des anciens étoient beaucoup moins exactes que les nôtres, faute d'instrumens suffisans & convenables. L'invention du télescope, l'application de la lunette au quart de cercle, & celle du micrometre à la lunette ; enfin la perfection de l'horlogerie pour la mesure du tems, ont rendu les observations astronomiques modernes d'une precision qui semble ne laisser plus rien à desirer. Voyez MICROMETRE, HORLOGE, PENDULE, &c. (O)
OBSERVATION, s. f. en termes de mer, signifie l'action de prendre la hauteur méridienne du soleil, d'une étoile, & principalement du soleil, afin de déterminer la latitude. Voyez HAUTEUR, MERIDIENNE & LATITUDE.
Trouver la latitude par l'observation de la hauteur méridienne, s'appelle chez les marins faire l'observation.
OBSERVATION, (Gram. Physiq. Méd.) c'est l'attention de l'ame tournée vers les objets qu'offre la nature. L'expérience est cette même attention dirigée aux phénomenes produits par l'art. Ainsi, l'on doit comprendre sous le nom générique d'observation l'examen de tous les effets naturels, non-seulement de ceux qui se présentent d'abord, & sans intermede à la vue ; mais encore de ceux qu'on ne pourroit découvrir sans la main de l'ouvrier, pourvu que cette main ne les ait point changés, altérés, défigurés. Le travail nécessaire pour parvenir jusqu'à une mine, n'empêche pas que l'examen qu'on fait de l'arrangement des métaux qu'on y trouve, de leur situation, de leur quantité, de leur couleur, &c. ne soit une simple observation ; c'est aussi par l'observation qu'on connoît la géographie intérieure, qu'on sait le nombre, la situation, la nature des couches de la terre, quoiqu'on soit obligé de recourir à des instrumens pour la creuser & pour se mettre en état de voir ; on ne doit point regarder comme expérience les ouvertures des cadavres, les dissections des plantes, des animaux, & certaines décompositions, ou divisions méchaniques des substances minérales qu'on est obligé de faire pour pouvoir observer les parties qui entrent dans leur composition. Les lunettes des Astronomes, la loupe du Naturaliste, le microscope du Physicien n'empêchent pas que les connoissances qu'on acquiert par ce moyen ne soient exactement le produit de l'observation : toutes ces préparations, ces instrumens ne servent qu'à rendre plus sensibles les différens objets d'observation, emporter les obstacles qui empêchoient de les appercevoir, ou à percer le voile qui les cachoit ; mais il n'en résulte aucun changement, pas la moindre altération dans la nature de l'objet observé ; il ne laisse pas de paroître tel qu'il est ; & c'est principalement en cela que l'observation differe de l'expérience qui décompose & combine, & donne par-là naissance à des phénomenes bien différens de ceux que la nature présente ; ainsi, par exemple, si lorsqu'on a ouvert une mine, le chimiste prend un morceau de métal, & le jette dans quelque liqueur qui puisse le dissoudre ; l'union artificielle de ces deux corps, effet indispensable de la dissolution, formera un nouveau composé, produira des nouveaux phénomenes, & sera proprement une expérience, par laquelle aux résultats naturels on en aura substitué d'arbitraires ; si le physiologiste mêle avec du sang nouvellement tiré d'un animal vivant quelque liqueur, il fera alors une expérience ; & la connoissance qu'on pourra tirer de-là sur la nature du sang, & sur les altérations qu'il reçoit de cette liqueur, ne sera plus le fruit d'une simple observation ; nous remarquerons en passant que les connoissances acquises par ce moyen sont bien médiocres & bien imparfaites, pour ne pas dire absolument nulles, & que les conséquences qu'on a voulu en tirer sur l'action des remedes sont très-fautives, & pour l'ordinaire démenties par l'observation ; &, en général, on tire peu d'utilité de l'expérience dans l'examen des animaux & des végétaux, même des expériences chimiques, qui, de toutes les expériences, sont, sans contredit, les plus sûres & les plus lumineuses, & la partie de la Chimie qui traite des corps organisés est bien peu riche en faits duement constatés, & bien éloignée de la perfection où l'on a porté la Minéralogie ; & l'on ne pourra vraisemblablement parvenir à ce point dans cette partie, que par la découverte des lois du méchanisme de l'organisation, & de ce en quoi elle consiste ; découverte précieuse & féconde, qu'on ne doit attendre que de l'observation. L'expérience sur les corps bruts inanimés est beaucoup plus utile & plus satisfaisante : cette partie de la chimie a été poussée très-loin ; le chimiste est parvenu à décomposer & à récomposer ces corps, soit par la réunion des principes séparés, soit avec des principes tirés d'autres corps en entier, comme dans le soufre artificiel, ou en partie comme cela se pratique à l'égard des métaux qu'on récompose, en ajoutant à la terre métallique déterminée un phlogistique quelconque.
L'observation est le premier fondement de toutes les sciences, la voie la plus sure pour parvenir, & le principal moyen pour en étendre l'enceinte, & pour en éclairer tous les points : les faits, quels qu'ils soient, la véritable richesse du philosophe, sont la matiere de l'observation : l'historien les recueille, le physicien rationnel les combine, & l'expérimental vérifie le résultat de ces combinaisons ; plusieurs faits pris séparément paroissent secs, stériles & infructueux ; dès qu'on les rapproche, ils acquierent une certaine action, prennent une vie qui par-tout résulte de l'accord mutuel, de l'appui réciproque, & d'un enchaînement qui les lie les uns aux autres ; le concours de ces faits, la cause générale qui les enchaîne, sont des sujets de raisonnement, de théorie, de systême, les faits sont des matériaux ; dès qu'on en a ramassé un certain nombre, on se hâte de bâtir ; & l'édifice est d'autant plus solide, que les matériaux sont plus nombreux, & qu'ils trouvent chacun une place plus convenable ; il arrive quelquefois que l'imagination de l'architecte supplée au défaut qui se trouve dans le nombre & le rapport des matériaux, & qu'il vient à bout de les faire servir à ses desseins, quelques défectueux qu'ils soient ; c'est le cas de ces théoriciens hardis & éloquens, qui, dépourvus d'une patience nécessaire pour observer, se contentent d'avoir recueilli quelques faits, les lient tout de suite par quelque systême ingénieux, & rendent leurs opinions plausibles & séduisantes par les coloris des traits qu'ils emploient, la variété & la force des couleurs, & par les images frappantes & sublimes sous lesquelles ils savent présenter leurs idées ; peut-on se refuser à l'admiration, & presque à la croyance, quand on lit Epicure, Lucrece, Aristote, Platon, & M. de Buffon ? Mais quand on s'est trop pressé (c'est un défaut ordinaire) de former l'enchaînement des faits qu'on a rassemblés par l'observation, on risque à tout moment de rencontrer des faits qui ne sauroient y entrer, qui obligent de changer le systême, ou qui le détruisent entierement ; & comme le champ des découvertes est extrêmement vaste, & que ses limites s'éloignent encore à mesure que la lumiere augmente, il paroît impossible d'établir un systême général qui soit toujours vrai, & on ne doit point être étonné de voir des grands hommes de l'antiquité attachés à des opinions que nous trouvons ridicules, parce qu'il y a lieu de présumer que dans le tems elles embrassoient toutes les observations déja faites, & qu'elles s'y accordoient exactement, & si nous pouvions exister dans quelques siecles, nous verrions nos systêmes dominans qui paroissent les plus ingénieux & les plus certains, détruits, méprisés & remplacés par d'autres qui éprouveront ensuite les mêmes vicissitudes.
L'observation a fait l'histoire, ou la science des faits qui regardent Dieu, l'homme & la nature ; l'observation des ouvrages de Dieu, des miracles, des religions &c. a formé l'histoire sacrée ; l'observation de la vie, des actions, des moeurs & des hommes a donné l'histoire civile ; & l'observation de la nature, du mouvement des astres, des vicissitudes des saisons, des météores, des élémens, des animaux, végétaux & minéraux, des écarts de la nature, de son emploi, des arts & métiers, a fourni les matériaux de différentes branches de l'histoire naturelle. Voyez ces mots.
L'observation & l'expérience sont les seules voies que nous ayons aux connoissances, si l'on reconnoît la vérité de l'axiome : qu'il n'y a rien dans l'entendement qui n'ait été auparavant dans le sens ; au-moins ce sont les seuls moyens par lesquels on puisse parvenir à la connoissance des objets qui sont du ressort des sens ; ce n'est que par eux qu'on peut cultiver la physique, & il n'est pas douteux que l'observation même dans la physique des corps bruts ne l'emporte infiniment en certitude & en utilité sur l'expérience ; quoique les corps inanimés, sans vie, & presque sans action, n'offrent à l'observateur qu'un certain nombre de phénomenes assez uniformes, & en apparence aisés à saisir & à combiner ; quoiqu'on ne puisse pas dissimuler que les expériences, sur-tout celles des Chimistes, n'ayent répandu un grand jour sur cette science ; on voit que les parties de cette physique, qui sont entierement du ressort de l'observation, sont les mieux connues & les plus perfectionnées ; c'est par l'observation qu'on a déterminé les lois du mouvement, qu'on a connu les propriétés générales des corps ; c'est à l'observation que nous devons la découverte de la pesanteur, de l'attraction, de l'accélération des graves, & le systême de Newton, celui de Descartes est bâti sur l'expérience. C'est enfin l'observation qui a créé l'Astronomie, & qui l'a portée à ce point de perfection où nous la voyons aujourd'hui, & qui est tel qu'elle surpasse en certitude toutes les autres sciences ; l'éloignement immense des astres qui a empêché toute expérience, sembloit devoir être un obstacle à nos connoissances ; mais l'observation à qui elle étoit totalement livrée, a tout franchi, l'on peut dire aussi que la physique céleste est le fruit & le triomphe de l'observation. Dans la Chimie, l'observation a ouvert un vaste champ aux expériences ; elle a éclairé sur la nature de l'air, de l'eau, du feu, sur la fermentation, sur les décompositions & dégénérations spontanées des corps ; c'est l'observation qui a fourni presque tous les matériaux de l'excellent traité du feu que Boerhaave a rassemblé de divers physiciens ; il y a dans la Minéralogie une partie qui ne pourra être éclairée que par le flambeau de l'observation ; c'est l'accroissement, la maturation & la dégénération des métaux dans les mines ; & si jamais on parvient à la découverte de la pierre philosophale, ce ne peut être que lorsqu'on aura vu les moyens dont la nature se sert pour porter les métaux aux différens points de maturation qui constituent chaque métal en particulier, alors l'art rival & imitateur de la nature pourra peut-être hâter & opérer la parfaite maturité, qui, suivant l'idée assez vraisemblable des adeptes, fait l'or.
En passant de la physique des corps bruts à celle des corps organisés, nous verrons diminuer les droits de l'expérience, & augmenter l'empire & l'utilité de l'observation ; la figure, le port, la situation, la structure, en un mot l'anatomie des plantes & des animaux, les différens états par lesquels ils passent, leurs mouvemens, leurs fonctions, leur vie, &c. n'ont été apperçus que par le naturaliste observateur, & l'histoire naturelle n'a été formée que par un recueil d'observations : les différens systêmes de botanique & de zoologie, ne sont que des manieres différentes de classer les plantes & les animaux en conséquence de quelques propriétés qu'on a observé être communes à un certain nombre, ce sont autant de points où se place l'observateur, & auxquels il vient rapporter & ranger les faits qu'il a rassemblés ; l'effet même de ces corps, pris par l'homme en remede, ou en nourriture, n'est constaté que par l'observation ; les expériences n'ont presque apporté aucune lumiere sur leur maniere d'agir, la pharmacologie rationelle de la plûpart des medicamens est absolument ignorée ; celle que nous avons sur quelques-uns est très-imparfaite, on n'en connoît que les vertus, les propriétés & les usages, & c'est à l'observation que nous devons cette connoissance ; il en a été à-peu-près des autres remedes comme du quinquina, dont la vertu fébrifuge s'est manifestée par hasard à quelques indiens attaqués de fievres intermittentes, qui allerent boire dans une fontaine où étoient tombées des feuilles ou de l'écorce de l'arbre appellé quinquina ; ils furent aussi-tôt guéris, le bruit s'en répandit, l'observateur recueillit ces faits, les vérifia, & ce remede fut d'abord regardé comme spécifique ; d'autres observations en firent appercevoir les inconvéniens, & sur cela, on fixa les cas où il étoit indiqué, ceux où il étoit contr'indiqué, & l'on établit des regles & des précautions pour en prévenir les mauvais effets ; c'est ainsi que notre matiere médicale s'est enrichie, & que la Pharmacologie, produit de l'expérience, est restée si imparfaite.
L'homme enfin de quelque côté qu'on l'envisage, est le moins propre à être sujet d'expérience ; il est l'objet le plus convenable, le plus noble, & le plus intéressant de l'observation, & ce n'est que par elle qu'on peut faire quelque progrès dans les sciences qui le regardent ; l'expérience est ici souvent plus qu'inutile. On peut considérer l'homme sous deux principaux points de vûe, ou comme relatif à la Morale, ou dans ses rapports à la Physique. Les observations faites sur l'homme moral sont, ou doivent être la base de l'histoire civile, de la morale, & de toutes les sciences qui en émanent. Voyez MORALE. L'histoire de l'élévation & de la décadence de l'empire romain, & le livre immortel de l'esprit des lois, excellens traités de morale, ne sont presque qu'un immense recueil d'observations fait avec beaucoup de génie, de choix, & de sagacité, qui fournirent à l'illustre auteur des réflexions d'autant plus justes, qu'elles sont plus naturelles. Les observations faites sur l'homme considéré dans ses rapports à la Physique, forment cette science noble & divine qu'on appelle Médecine, qui s'occupe de la connoissance de l'homme, de la santé, de la maladie, & des moyens de dissiper & prévenir l'une, & de conserver l'autre ; comme cette science est plus importante que toute autre, qu'elle doit beaucoup plus à l'observation, & qu'elle nous regarde personnellement, nous allons entrer dans quelque détail.
L'observation a été le berceau & l'école de la Médecine, en remontant aux siecles les plus reculés où la nécessité l'inventa, où la maladie força de recourir aux remedes, avant que quelques particuliers sacrifiassent leur tranquillité, leur santé, & leur vie à l'intérêt public, en s'adonnant à une science longue, pénible, respectable, & souvent peu respectée, la Médecine étoit entre les mains de tout le monde ; on exposoit les malades à la porte de leurs maisons, dans les rues, ou dans les temples ; chaque passant venoit les examiner, & proposoit les remedes qu'il avoit vû réussir dans une occasion semblable, ou qu'il jugeoit telle : les prêtres avoient soin de copier ces recettes, de noter le remede & la maladie, si le succès étoit favorable ; l'observation des mauvais succès eût été bien avantageuse, & dans quelques endroits on écrivoit ces observations sur les colonnes des temples ; dans d'autres on en formoit des especes de recueils qu'on consulta ensuite lorsqu'ils furent assez considérables. De-là naquit l'empirisme dont les succès parurent d'abord si surprenans, qu'on déïfia les Médecins qui s'y étoient adonnés. Toutes leurs observations sont perdues, & on doit d'autant plus les regretter, qu'elles seroient sûrement simples, dépouillées de toute idée de théorie, de tout systême, & par conséquent plus conformes à la vérité. La Médecine qui se conservoit dans la famille des Asclépiades, & qui se transmettoit de pere en fils, n'étoit sans doute autre chose que ce recueil intéressant ; les premieres écoles de Médecine n'eurent pas d'autres livres, & les sentences cnidienes n'étoient, au rapport d'Hippocrate, que de pareils recueils d'observations. Tel a été l'état de la Médecine clinique jusqu'au tems mémorable de ce divin législateur. Quelques philosophes après Pythagore, avoient essayé d'y joindre le raisonnement ; ils avoient commencé d'y mêler les dogmes de la physique regnante ; ils étoient devenus théoriciens, mais ils n'étoient médecins que dans le cabinet ; ils ne voyoient aucun malade ; les empiriques seuls qui avoient fondé la Médecine, l'exerçoient ; l'observation étoit leur unique guide ; serviles, mais aveugles imitateurs, ils risquoient souvent de confondre des maladies très-différentes, n'en ayant que des descriptions peu exactes, & nullement instruits de la valeur des vrais signes caractéristiques ; l'empirisme étoit alors nécessaire, mais il étoit insuffisant ; la Médecine ne peut absolument exister sans lui, mais il n'est pas seul capable de la former. Le grand & l'immortel Hippocrate rassembla les observations de ses prédécesseurs ; il paroît même s'être presque uniquement occupé à observer lui-même, & il a poussé si loin l'art de l'observation, qu'il est venu à bout de changer la face de la Médecine, & de la porter à un point de perfection, que depuis plus de vingt siecles on n'a pû encore atteindre. Quoique possédant bien des connoissances théoriques, les descriptions qu'il a donné des maladies, n'en sont point altérées, elles sont purement empiriques ; ses observations sont simples & exactes, dépouillées de tout ornement étranger ; elles ne contiennent que des faits & des faits intéressans ; il détaille les observations dans ses livres d'épidémies, ses aphorismes, ses prénotions coaques, & les prorrhétiques, & les livres de prognostics supposent une quantité immense d'observations, & en sont une espece d'extrait précieux. A quel degré de certitude ne seroit point parvenue la Médecine, si tous les Médecins qui l'ont suivi, eussent marché sur ses traces ? Si chacun se fût appliqué à observer & à nous transmettre ses observations avec la simplicité & la candeur d'Hippocrate, quelle immense collection de faits n'aurions-nous pas aujourd'hui ? Quelles richesses pour le médecin ? Quel avantage pour l'humanité ? Mais, avouons-le, la Médecine d'aujourd'hui, & encore plus la Médecine du siecle passé, est bien éloignée, malgré les découvertes anatomiques, l'augmentation de la matiere médicale, les lumieres de la Physique, de la perfection que lui a donné un seul homme. La raison en est bien évidente : c'est qu'au lieu d'observer, on a raisonné, on a préféré le titre brillant de théoricien, au métier pénible & obscur d'observateur ; les erreurs de la Physique ont de tout tems infecté la Médecine ; la théorizo-manie a gagné ; plus on s'y est livré, & moins on a cultivé l'observation ; les théories vicieuses dans leur principe, l'ont été encore plus dans leurs conséquences, Asclépiade médecin hardi & présomptueux, blâma publiquement l'observation qu'avoit suivi Hippocrate, & il eut des sectateurs. Il se forma aussi dans le même tems une nouvelle secte d'empiriques par systême ; mais l'insuffisance de leur méthode les fit bien-tôt disparoître ; long-tems après parut le fameux commentateur d'Hippocrate, Galien qui a beaucoup observé, mais trop raisonné, il a monté la Médecine sur le ton de la Philosophie ; les Grecs l'ont suivi dans ce défaut, & ont négligé l'observation ; ils ont donné dans les hypothèses, & ont été imités en cela par les Arabes, qui ont presque entierement défiguré la Médecine. Nous n'avons d'eux que quelques observations de Chirurgie, & une description très-exacte de la petite vérole qu'on trouve dans Rhasis. La Médecine passa des mains des Galénistes ignorans & servilement attachés aux décisions de leur maître, dans celles des Chimistes médecins actifs, remplis d'imagination que la vapeur de leurs fourneaux échauffoit encore. Les principes de leur médecine étoient totalement opposés à l'observation, à l'étude de la nature ; ils vouloient toûjours agir, & se vantoient de posséder des spécifiques assûrés ; leurs idées étoient très-belles, très-spécieuses : qu'il seroit à souhaiter qu'elles eussent été vraies ? Les Méchaniciens s'emparerent de la Médecine, la dépouillerent de toutes les erreurs qu'y avoit introduit la chimie, mais ce fut pour en substituer de nouvelles. On perdit totalement de vue l'observation, & on prétendit la suppléer par des calculs algébriques, par l'application des Mathématiques au corps humain. La prétendue découverte de la circulation éblouit tous les esprits, augmenta le délire & la fureur des hypothèses, & jetta dans l'esprit des Médecins le goût stérile des expériences toujours infructueuses ; les théories qu'on bâtit sur ces fondemens devinrent la regle de la pratique, & il ne fut plus question de l'observation. Le renouvellement des Sciences procura à la Médecine quelques connoissances étrangeres à la pratique, plus curieuses qu'utiles, plus agréables que nécessaires. L'Anatomie, par exemple, & l'Histoire naturelle, devinrent l'objet des recherches des Médecins, qui furent par-là détournés de l'observation, & la médecine clinique en fut moins cultivée & plus incertaine, & nous n'y gagnâmes d'ailleurs que quelques détails minutieux absolument inutiles ; la Physiologie parut faire quelques progrès ; la connoissance des maladies & la science des signes furent beaucoup plus négligées ; la Thérapeutique s'enrichit du côté des remedes, mais elle en fut moins sûre dans les indications, & moins simple dans les applications ; dans les derniers tems le Chiracisme étant devenu dominant, la médecine active fut mise à la mode, & avec elle l'usage inconsideré des saignées & des purgations. L'observation fut moins suivie que jamais, & elle étoit peu nécessaire, parce que ces remedes s'appliquoient indifféremment dans tous les cas ; ou si l'on donnoit quelques observations, il n'étoit pas difficile de s'appercevoir qu'on voyoit avec des yeux préoccupés, & qu'on avoit des intérêts à ménager en racontant.
Telle a été la Médecine depuis Hippocrate jusqu'à nos jours, passant sans cesse d'un sectaire à l'autre, continuellement altérée & obscurcie par des hypothèses & des systêmes qui se succédoient & s'entre-détruisoient réciproquement, avec d'autant plus de facilité, que le vrai n'étoit d'aucun côté ; plongée par le défaut d'observation dans la plus grande incertitude, quelques médecins observateurs en petit nombre, ont de tems en tems élevé la voix ; mais elle étoit étouffée par les cris des Théoriciens, ou l'attrait des systêmes empêchoit de la suivre. Voyez OBSERVATEUR. Le goût de l'observation paroît avoir repris depuis quelque tems : les écrits de Sydenham, de Baglivi, de Stahl, ont servi à l'inspirer ; le pouvoir de la nature dans la guérison des maladies, rappellé par cet illustre auteur sous le nom impropre d'ame, n'y a pas peu contribué ; ce systême qui n'est vicieux que parce qu'on veut déterminer la qualité de la nature & la confondre avec l'ame, est très-favorable à la Médecine pratique, pourvû qu'on ne le pousse pas à l'excès ; il a fait beaucoup de partisans, qui sont tout autant de sectateurs zelés de l'observation. L'esprit philosophique qui s'introduit heureusement dans la Médecine, qui veut principalement des faits, qui porte à tout voir, à tout examiner, à saisir avec ardeur le vrai & à l'aimer par-dessus tout ; la quantité prodigieuse d'erreurs passées, qui nous en laisse moins à craindre, peut-être aussi les lumieres de notre siecle éclairé, toutes ces causes réunies, favorisent le retour de l'observation, & servent à rallumer ce flambeau. La Médecine paroît être sur le point d'une grande révolution ; les systêmes bien appréciés sont réduits à leur juste valeur ; plusieurs médecins s'appliquent comme il faut à l'observation ; ils suivent la nature, ils ne tarderont pas à faire revivre la Médecine d'Hippocrate, qui est la véritable Médecine d'observation. Ainsi, après bien des travaux, cette science pourra être avancée & portée au point où elle étoit il y a deux mille ans. Heureux encore les hommes, si les Médecins qui viendront après, continuent de suivre cette route, & si toujours guidés par le fil de l'observation, ils évitent des égaremens si honteux pour eux-mêmes, & si funestes aux autres.
En parcourant toutes les parties de la Médecine, nous verrons qu'elles sont toutes formées par l'observation, & qu'elles sont d'autant plus certaines & plus claires, que l'observation y a plus de part ; on pourroit assurer la même chose de toute la Physique ; & de cet examen naîtront les différentes especes d'observations qui sont du ressort des Médecins. 1°. L'Anatomie résulte de l'observation simple, de l'arrangement, de la figure, de la situation &c. des parties qui composent le corps humain ; l'observation des fonctions qui sont produites par le mouvement ou la vie de ces différentes parties bien disposées, constitue la partie historique de la Physiologie & la séméiotique de la santé ; d'où l'on tire plus ou moins directement la Physiologie théorique. L'observation appliquée à l'homme malade, fait connoître les dérangemens qui se trouvent dans les fonctions qui constituent proprement l'état de maladie, & les causes éloignées qui les ont fait naître : c'est la vraie Pathologie, & ses deux branches essentielles l'Aitiologie & la Symptomatologie ; on doit aussi se rapporter à la seméiotique de la maladie. L'observation de l'effet que produisent sur le corps sain l'air, les alimens, le sommeil, l'exercice, les passions, & les excrétions, en un mot, les choses non-naturelles, forme l'Hygiene, & sert de fondement & de principe aux regles diététiques. L'observation des changemens que produisent les remedes sur le corps malade & dans la marche des maladies, a établi la Thérapeutique, ou la science des indications, d'où est née la matiere médicale. Telles sont les différentes sources d'observations qui se présentent au médecin, & dans lesquelles il peut & doit puiser la vraie Médecine : nous allons les suivre chacune en particulier, mais en peu de mots.
1°. Observations anatomiques cadavériques. Ces observations peuvent se faire sur des cadavres d'hommes morts de mort violente dans la simple vûe d'acquérir des connoissances anatomiques ; ou elles peuvent avoir lieu sur ceux qui sont morts de maladie, & elles ont alors pour but de découvrir les causes de la mort & les dérangemens intérieurs qui y ont donné lieu : la premiere espece d'observation, que nous appellerons simplement anatomique, peut aussi se faire sur les animaux, leur structure interne est, à peu de chose près, semblable à celle de l'homme, & c'est par la dissection des animaux que l'anatomie a commencé dans un tems où l'ignorance, la superstition & le préjugé faisoient regarder comme une souillure de toucher aux cadavres humains, & empêchoient à plus forte raison d'y porter le couteau anatomique pour en connoître l'intérieur ; & même dans notre siecle que nous croyons devoir appeller modestement le plus savant, le plus éclairé & le plus exempt de préjugés ; si l'on ne donne pas dans le ridicule outré de se croire souillé par la dissection d'un cadavre ; on se fait une peine d'en accorder au zele louable & aux recherches avantageuses des Anatomistes, & dans quelques endroits où l'on accorde (pour de l'argent) les cadavres des hommes, on refuse ceux des femmes, comme si l'un étoit plus sacré que l'autre pour le médecin, & qu'il ne lui fût pas aussi utile & nécessaire de connoître la structure des femmes que celle des hommes. Hérophile & Erasistrate passent pour être les premiers qui ont osé secouer le préjugé en dissequant non-seulement des cadavres humains, mais des hommes vivans criminels, que les princes zélés pour le bien public & philosophes leur faisoient remettre. Dès que le premier pas a été fait, les médecins qui les ont suivis se sont empressés de marcher sur leurs traces, & les rois éclairés ont favorisé leurs tentatives par les permissions les plus authentiques & les récompenses les plus honorables ; de-là les progrès rapides de l'Anatomie, les découvertes fréquentes qui se sont faites successivement. Voyez -en l'histoire à l'article ANATOMIE, voyez aussi au même endroit les recueils d'observations anatomiques dans les ouvrages qui y sont cités, auxquels on peut ajouter les mémoires des différentes académies, & sur - tout de l'académie royale des Sciences, où l'on trouve dans chaque volume des observations singulieres, curieuses & intéressantes, ces mémoires sont devenus des monumens qui attestent & classent les découvertes qui se font chaque jour. Comme cette science, qui ne demande que de la dextérité dans la main & une bonne vûe, & qui est par conséquent du ressort immédiat & exclusif de l'observation, a été bientôt portée à une certaine perfection, il reste à présent peu d'objets d'observations, peu de chose à découvrir ; aussi n'ajoute-t-on, à présent que la science est faite, que quelques observations de monstres qui ne seront pas encore épuisées, parce que les écarts de la nature peuvent varier à l'infini, que quelques divisions futiles, quelques détails minutieux qui ne sont d'aucune utilité ; on ne peut même dissimuler que les avantages de l'Anatomie ne sont pas aussi grands qu'on devoit se le promettre. Il paroissoit tout naturel de croire que le corps humain étant une machine, plus on en connoîtroit les ressorts, plus il seroit facile de découvrir les causes, les lois, le méchanisme de leurs mouvemens, plus aussi on seroit éclairé sur la maniere d'agir & sur les effets des causes qui dérangeoient ces ressorts & troubloient ces mouvemens, & qu'enfin ces connoissances devoient répandre un grand jour sur l'art de guérir, c'est-à-dire de corriger des altérations si bien connues ; mais l'évenement n'a pas justifié un raisonnement en apparence si juste & si conséquent ; toutes les observations & les découvertes anatomiques ne paroissent avoir servi jusqu'ici qu'à exercer la pénétration, la dextérité & la patience des hommes, & à enrichir la Médecine d'une science très-curieuse, très-satisfaisante, & un des plus forts argumens, selon Hoffman, & tous les médecins & philosophes, de l'existence & de l'opération de Dieu. Cette espece d'observation auroit sans doute été plus utile, si l'on avoit examiné, comme Hérophile, la structure du corps dans l'homme vivant ; l'Anatomie raisonnée ou Physiologique auroit été principalement éclairée sur l'usage & la nécessité des différentes parties. On ne doit point regarder l'exécution de ce projet comme une action barbare & inhumaine ; il y a tant de gens qui ont mérité par leurs crimes de finir leur vie sur un échafaud dans les tourmens les plus cruels, auxquels il seroit au-moins très-indifférent d'être mis entre les mains d'un anatomiste, qui ne regarderoit pas l'emploi de bourreau qu'il rempliroit alors comme déshonorant, mais qui ne le verroit que comme un moyen d'acquérir des lumieres, & d'être utile au public, le crime fait la honte & non pas l'échafaud. Le criminel pourroit encore avoir l'espérance de survivre aux observations qu'on auroit fait sur lui, & on pourroit proportionner le danger & la longueur des épreuves à la gravité des crimes : mais quand même une mort assûrée attendroit ce coupable, ou même un autre, soumis au couteau anatomique, il est des cas où il est expédient qu'un homme meure pour le public, & l'humanité bien entendue, peut adopter cette maxime judicieuse d'un auteur moderne, qu'un homme vis-à-vis de tous les autres n'est rien, & qu'un criminel est moins que rien.
Le seul usage qu'on pût tirer des observations anatomiques, ou de l'Anatomie telle qu'on la cultive aujourd'hui, ce seroit sans doute d'éclairer pour les observations cadavériques, j'appelle ainsi celles qui se font pour découvrir les causes de mort sur des sujets que quelque maladie a mis au tombeau. Nous sommes encore forcés d'avouer ici qu'on n'a pas retiré beaucoup de lumiere sur la connoissance des causes de cette espece d'observation ; la Médecine clinique n'étoit pas moins avancée lorsqu'il ne se faisoit point d'ouverture de cadavres du tems d'Hippocrate qu'elle l'est aujourd'hui ; est-ce un vice attaché à la nature de cette observation, ou un défaut dépendant de la maniere dont on la fait ? Si l'on y fait attention, on verra que ces deux causes y concourent, 1° il est bien certain que les choses ne sont pas dans le même état dans un homme mort de maladie, que dans un homme mort subitement, ou encore vivant ; les gangrenes qu'on trouve à la suite des maladies aiguës inflammatoires sont une suite ordinaire de la cessation de la vie dans ces parties, on en trouve quelquefois des traces dans des parties où il n'y a point eu d'inflammation ; les obstructions, suppurations que présentent les cadavres de ceux qui sont morts de maladie chronique, n'ont souvent eu lieu qu'à la fin de la maladie, lorsqu'elle tendoit à sa fin & qu'elle étoit incurable ; quelles lumieres de pareilles observations peuvent-elles répandre sur la connoissance & la guérison de ces maladies ? On raisonneroit bien mal, & on pratiqueroit bien plus mal encore si l'on établissoit des indications curatives sur les observations cadavériques. Pour avoir quelque chose de certain, il faudroit avoir ouvert cinquante personnes attaquées de la même maladie, & morts dans des tems différens par quelqu'autre cause, on pourroit alors voir les progrès de la maladie & des dérangemens qu'elle occasionne, ou qui l'ont produite ; observation presque impossible à suivre. Un des cas où l'on regarde l'observation cadavérique comme inutile, savoir celui où l'on ne trouve aucun vestige de maladie, aucune cause apparente de mort, où tous les visceres bien examinés paroissent sains & bien disposés : ce cas, dis-je, est précisément celui où cette observation me semble plus lumineuse, parce qu'elle démontre qu'il n'y avoit qu'un vice dans les nerfs, & que la maladie étoit strictement nerveuse : un des cas encore où l'observation peut avoir quelqu'utilité, c'est pour déterminer le siege de la maladie ; il arrive souvent qu'on attribue des toux, des symptomes de phthisie, à des tubercules du poumon, tandis qu'il n'y a que le foie d'affecté : la même chose arrive dans certaines prétendues péripneumonies, & alors l'observation cadavérique peut faire réfléchir dans une occasion semblable, rectifier le jugement qu'on porte sur la maladie, & faire suivre une pratique différente. La seconde cause de l'inutilité des observations cadavériques, c'est qu'on les fait mal. Un malade auroit-il eu une douleur vive au côté, après sa mort le médecin qui croit que c'étoit une pleurésie, fait ouvrir la poitrine, n'y voit aucun dérangement, s'en va tout étonné, & ne s'éclaire point ; s'il eût ouvert le bas-ventre, il eût vû le foie ou la face inférieure du diaphragme enflammée. Un homme meurt dans les fureurs d'un délire phrénétique : on se propose de voir la dure-mere engorgée, tout le cerveau délabré, on scie le crâne, la dure-mere & le cerveau paroîtront dans leur état naturel, & on ne va pas s'imaginer & chercher le siege de la maladie dans le bas-ventre. Quand on veut examiner un cadavre pour y découvrir quelque cause de mort, il faut tout le parcourir, ne laisser aucune partie sans l'observer. On trouve souvent des causes de mort dans des endroits où on les auroit le moins soupçonnées : un autre inconvénient qui s'oppose à la bonté des observations cadavériques, c'est de fouiller les cadavres avec un esprit préoccupé, & avec l'envie d'y trouver la preuve de quelqu'opinion avancée ; cette prévention qui fait trouver tout ce qu'on cherche, est d'une très-grande conséquence en Médecine ; on prépare par-là de nouveaux écueils aux médecins inhabiles, & on taille des matériaux pour des systêmes erronés ; c'est un défaut qu'on reproche à certains infatigables faiseurs d'expériences de nos jours. J'ai vû des médecins qui ayant annoncé dans un malade une suppuration dans la poitrine, & en conséquence une impossibilité de guérison, prétendoient la trouver dans le cadavre, prenoient pour du pus l'humeur écumeuse qui sortit des vesicules bronchiques dans le poumon très-sain : il y en a d'autres qui ayant imaginé le foyer d'une maladie dans quelque viscere, trouvent toujours dans l'ouverture des cadavres quelques vices, mais ils sont les seuls à faire ces observations. Ceux qui seront curieux de lire beaucoup d'observations cadavériques dont je me garde bien de garantir l'exactitude & la vérité, peuvent consulter le Sepulchretum Boneti, les recueils d'observations de Tulpius, Forestus, Hoffman, Riviere, Sennert, Schenckius, Zacutus Lusitanus, Italpart Van-der-vic, les miscellanea natur. curiosor. & le synopsis, & Wepfer histor. apoplectic. cum observat. celebr. medicor. Manget, bibliothec. med. practic. Lieutaud, son précis de la Médecine, remarquable par les observations cadavériques qu'il a faites lui-même, ou qu'il a rassemblé des autres, mais qu'on est fâché de voir si abrégée, Morton, sa Phthisiologie ; Senac, son immortel traité du coeur ; & un petit, mais excellent ouvrage sur les fievres intermittentes & remittentes, où il y a un chapitre particulier qui renferme les observations faites sur les cadavres de ceux qui sont morts de fievres intermittentes, &c. on trouve aussi de ces observations dans une foule de petits traités particuliers sur chaque maladie ; les mémoires de différentes académies ; les essais de la société d'Edimbourg, & le journal de Médecine en renferment aussi beaucoup.
Observations physiologiques. Ce sont des observations sur l'homme vivant & en bonne santé, par lesquelles on s'instruit de tous les phénomenes qui résultent du concours, de l'ensemble & de l'intégrité des fonctions humaines ; le recueil de ces observations, bien fait & tel que je le conçois, formeroit une histoire de l'homme physique très-complete , très-féconde & absolument nécessaire pour bâtir solidement un systême bien raisonné d'économie animale : ce genre d'observations a cependant été presque généralement négligé ; inondés de traités de Physiologie, à peine en avons-nous un qui soit fait d'après l'observation exacte de l'homme, aussi quelle inexactitude dans les descriptions, quelles inconséquences dans les explications ! quel vague, quelles erreurs dans les systêmes ! Tous les physiologistes n'ont fait que se copier dans les descriptions, & semblent n'avoir eu en vûe que de se combattre dans les théories ; loin d'aller examiner la nature, de s'étudier soi-même, de consulter les autres, ils n'ont cherché qu'à se former une liste des fonctions de l'homme, & ils les ont expliqué ensuite chacune en particulier, comme si elles n'avoient pas les unes sur les autres une action, une influence réciproque ; il semble dans leurs écrits qu'il y ait dans l'homme autant d'animaux différens qu'il y a de parties & de fonctions différentes ; ils sont censés vivre séparément, & n'avoir ensemble aucune communication. On lit dans ces ouvrages un traité de la circulation après un chapitre de la digestion, & il n'est plus question de l'estomac, des intestins, de leur action sur le coeur & les arteres après qu'on en a fait sortir le chyle, & qu'on l'a fait monter méchaniquement jusqu'à la souclaviere gauche. On pourroit, suivant l'idée de ces auteurs, comparer l'homme à une troupe de grues qui volent ensemble dans un certain ordre, sans s'entr'aider réciproquement & sans dépendre les unes des autres. Les Médecins ou Philosophes qui ont étudié l'homme & qui ont bien observé par eux mêmes, ont vû cette sympathie dans tous les mouvemens animaux, cet accord si constant & si nécessaire dans le jeu des différentes parties les plus éloignées & les plus disparates ; ils ont vû aussi le dérangement qui résultoit dans le tout du désaccord sensible d'une seule partie. Un médecin célebre (M. de Bordeu) & un illustre physicien (M. de Maupertuis) se sont accordés à comparer l'homme envisagé sous ce point de vûe lumineux & philosophique à un grouppe d'abeilles qui font leurs efforts pour s'attacher à une branche d'arbre, on les voit se presser, se soutenir mutuellement, & former une espece de tout, dans lequel chaque partie vivante à sa maniere, contribue par la correspondance & la direction de ses mouvemens à entretenir cette espece de vie de tout le corps, si l'on peut appeller ainsi une simple liaison d'actions. Le traité intitulé, recherches anatomiques sur la position & l'usage des glandes, où M. de Bordeu donne cette comparaison composée en 1749, fut imprimé & parut au commencement de 1751. La dissertation de M. de Maupertuis où il en est question, a été aussi imprimée à Erlang en 1751 sous ce titre.
Pour faire une bonne physiologie, il faudroit d'abord l'histoire exacte & bien détaillée de toutes les fonctions du corps humain, de la maniere apparente extérieure dont elles s'exécutent, c'est-à-dire des phénomenes qui en sont le produit, & enfin des changemens qu'operent sur l'ordre successif de ces fonctions les causes naturelles de la durée de la vie. Voyez OECONOMIE ANIMALE & PHYSIOLOGIE. On ne peut obtenir cela que par une observation assidue, désintéressée & judicieuse de l'homme ; ce plan a été suivi par l'illustre auteur du specimen medicinae conspectus, de l'idée de l'homme physique & moral &c. qui n'a donné dans ces ouvrages un système très-naturel & très-ingénieux d'économie animale qu'après s'être long-tems étudié & observé lui-même & les autres, nous l'exposerons à l'article OECONOMIE ANIMALE. Ce fameux médecin pense que pour tirer un plus grand parti de l'observation, il faut déja avoir une espece de théorie, un point de vûe général qui serve de point de ralliement pour tous les faits que l'observation vient d'offrir ; mais il est à craindre que cette théorie antérieure dont l'esprit est préoccupé, ne lui déguise les objets qui se présentent ; elle ne peut être indifférente ou même utile qu'entre les mains d'un homme de génie, qui ne sait pas se prévenir, qui voit du même oeil les objets contraires à son système que ceux qui lui sont favorables, & qui est assez grand pour savoir sacrifier quand il le faut les idées les plus spécieuses à la simple vérité.
Nous rapportons aux observations physiologiques la séméiotique de la santé, ou la science des signes qui caractérisent cet état si désirable, & qui peuvent faire promettre qu'il sera constant & durable ; pour déterminer exactement la valeur, la signification & la certitude de ces signes, il faut avoir fait un grand nombre d'observations : la séméiotique n'en est qu'un extrait digéré & rapproché.
Les observations hygiétiques trouvent aussi naturellement leur place ici, parce qu'elles nous apprennent ce que peut, pour maintenir la santé, l'usage réglé des six choses non-naturelles. Cette connoissance, fruit d'une observation suivie, est proprement la Médecine, & ce n'est qu'en l'exerçant qu'on peut l'obtenir. Hippocrate la recommande beaucoup ; il faut principalement, dit ce divin vieillard, s'appliquer à connoître l'homme dans ses rapports avec ce qu'il boit & ce qu'il mange, & les effets qui en résultent dans chaque individu : omni studio annitatur ut percipiat quid sit homo, collatione factâ ad ea quae eduntur & bibuntur, & quid à singulis cuique eventurum sit, lib. de veter. medicin. Ce n'est qu'après avoir rassemblé beaucoup d'observations qu'on a pu établir les différentes regles d'hygiéne, dont la principale, la plus sûre & la plus avantageuse est pour les personnes qui ont un tempérament assez robuste de n'en point observer. Voyez DIETE, HYGIENE, REGIME. On trouvera des observations & des regles d'hygiene dans les ouvrages d'Hippocrate, de Galien & de Celse, dans l'école de Salerne ; on peut consulter aussi deux traités du docteur Arbuthnot, l'un intitulé : an essay concerning the nature of aliments and the choice of them, according to the different constitutions of human bodies in which, &c. London. 1731 ; & l'autre a pour titre : practical rules of diet in the various constitutions and diseases of human bodies. London. 1732, &c.
Observations pathologiques ou pratiques. Ce sont les observations qui se font au lit des malades, & qui ont, ou doivent avoir pour objet, les causes de la maladie, les symptomes qui la caractérisent, la marche qu'elle fait, les bons ou mauvais effets qui resultent de l'administration des remedes, & ses différentes terminaisons ; c'est cette espece d'observation, cultivée dans les tems les plus reculés, si bien & si utilement suivie par le grand Hippocrate, qui a été le fondement de la médecine clinique. Nous ne repéterons pas ce que nous avons dit plus haut sur les avantages de cette observation, & sur les qualités nécessaires à un bon observateur, voyez ce mot. Il ne nous reste plus qu'à donner un exposé des détails que doit embrasser une observation ; nous l'extrairons encore des ouvrages d'Hippocrate, que nous ne pouvons nous lasser de citer, & de proposer pour modele sur-tout dans cette partie : ce n'est point une prévention ridicule pour les anciens, un mépris outré des modernes, ou un enthousiasme aveugle pour cet auteur qui nous conduit, c'est la simple vérité, c'est l'attrait puissant qui en est inséparable, & que sentent très-bien ceux qui ont lu & relu ses écrits. On peut se former un plan très-instructif d'observations, en lisant celles qu'il rapporte dans ses épidémies, & sur-tout dans le premier & le troisieme livres qui ne sont point altérés, & que personne ne lui conteste. Mais il a soin d'avertir lui-même, avant d'entrer dans le récit circonstancié de ses observations, de la maniere dont il faut s'y prendre pour parvenir à la connoissance des maladies, & des points sur lesquels doit rouler l'observation : voici comme il s'exprime. " Nous connoissons les maladies par leur nature commune, particuliere & individuelle ; par la maladie présente ; par le malade ; par les choses qui lui sont offertes, & même par celui qui offre (ce qui n'est pas toujours indifférent), par la constitution partiale ou totale des corps célestes, (& non pas simplement de l'air, comme l'a traduit le D. Freind), & du pays qu'il habite ; par la coutume, le genre de vie, par les études ; par l'âge de chacun ; par les discours que tient le malade, ses moeurs, son silence, ses méditations, ses pensées, son sommeil, ses veilles, ses songes ; par les inquiétudes, les démangeaisons, les larmes, les redoublemens, les déjections, les urines, les crachats, les vomissemens. Il faut aussi voir, continue cet illustre observateur, quelles sont les excrétions, & par quoi elles sont déterminées, ; quelles sont les vicissitudes des maladies, en quoi elles dégénerent ; quels sont les abscès ou métastases nuisibles, quels sont les favorables ; la sueur, les frissons, le refroidissement, la toux, l'éternuement, le hoquet, l'haleine, les renvois, les vents chassés sans bruit, ou avec bruit : les hémorragies, les hémorrhoïdes, doivent encore être mûrement examinées ; il est enfin nécessaire de s'instruire de ce qui arrive de toutes ces choses, & de ce qui en est l'effet ". Morbor. vulgar. l. I. sect. iij. n°. 20. Telle est la table des objets que l'observateur doit recueillir auprès d'un malade. Il nous seroit facile de démontrer combien chaque article est important ; mais ce détail nous meneroit trop loin : il n'est d'ailleurs point de médecins, qui ayant vu des malades & des maladies, n'en sentent toute l'utilité. Les observations qui regardent les corps célestes, l'air, le pays, qui ont paru absolument indifférentes à plusieurs, ne laissent pas d'avoir beaucoup d'utilité ; l'influence des astres n'étant plus regardée comme chimérique lorsqu'elle est restrainte dans des justes bornes, suffit pour constater les avantages des observations de la constitution des corps célestes, voyez INFLUENCE des astres, & plus bas, OBSERVATIONS météorologiques. On pourroit ajouter à l'exposition d'Hippocrate, les observations qui se font sur le pouls, & qu'on a de nos jours beaucoup cultivées, rendues plus justes & plus propres à éclairer la marche des maladies, que tous les autres signes, voyez POULS. Parmi les observations de cette espece, celles qui sont les plus utiles, sont celles qu'on fait sur des maladies épidémiques, dans lesquelles, malgré quelque variété accidentelle, on voit toujours un caractere général ; on observe le génie épidémique, même marche dans les symptomes, même succès des remedes, même terminaison, &c. Mais il faut sur-tout dans ces observations, bannir toute conjecture, tout raisonnement, tout fait étranger ; il n'est pas même nécessaire de rapprocher les faits, de faire voir leur liaison ; il suffit, après avoir exposé la constitution du tems, les saisons, les causes générales, de donner une liste & une notice des maladies qui ont regné, & d'entrer après cela dans le détail. Voyez les épidémies d'Hippocrate, de Baillou, de Sydenham. Les recherches des causes prochaines ne doivent jamais entrer dans les observations. Celse voudroit qu'on les bannît de l'art ; il ne devroit pas permettre qu'on les laissât dans l'esprit des médecins : causis, dit-il, non ab artificis mente, sed ab arte rejectis. Elles sont toujours obscures, incertaines, & plus ou moins systématiques. Si un auteur a fait sur ses observations quelques remarques qu'il juge utiles, il peut en faire part à la fin & en peu de mots ; ces petits corollaires, sans jetter de la confusion dans le cours d'une observation, font quelquefois naître des vûes avantageuses. Quoique les observations dénuées de raisonnement & d'application, paroissent stériles, sans sel & sans usage, elles sont, suivant l'expression de Baglivi, comme les lettres de l'alphabet qui, prises séparément, sont inutiles, & qui dès qu'elles sont rassemblées & diversement rapprochées, forment le vrai langage de la nature. Un avantage bien précieux qu'on peut & qu'on doit tirer des observations recueillies en grande quantité, c'est d'en extraire tout ce qu'on voit d'exactement semblable, de noter les particularités qui ont eu les mêmes signes, les excrétions qui ont eu les mêmes avant-coureurs : on peut former par ce moyen un code extrêmement intéressant, de sentences ou d'aphorismes vérifiés par une observation constante. C'est en suivant ce plan qu'Hippocrate a formé, par un travail immense & avec une sagacité infinie, tous ces ouvrages aphoristiques qui sont la base de la séméiotique, & qui font tant d'honneur au médecin qui en sait profiter : c'est en marchant sur ses traces qu'on peut procurer à l'art des richesses inaltérables & des fondemens assurés. Hippocrate après avoir vu mourir plusieurs phrénétiques qui avoient eu des urines pâles, limpides, &c. il fit cet aphorisme : quibus phreneticis urina alba, limpida, mala, l. IV. aphor. lxxij. L'observation de plusieurs fievres, qui ont été bientôt terminées lorsqu'il est survenu des convulsions, & qu'elles ont cessé le même jour, lui a fait dire : convulsio in febre orta, & eâdem die desinens, bona est, coac. praenot. l. I. ch. iij. n°. 52. & ainsi des autres, par où l'on voit que chaque aphorisme, chaque prédiction est le résultat de plusieurs observations. Quelle quantité n'a-t-il pas été obligé d'en rassembler ! Quand on lit ses ouvrages, & qu'on voit le génie & le travail qu'ils exigent, on a de la peine à croire qu'un seul homme y ait pu suffire.
La table que M. Clifton a proposée, peut servir de modele à ceux qui s'appliquent à l'observation. Une société illustre qui travaille avec fruit aux progrès de notre art l'a adoptée ; elle renferme six colomnes. Il met dans la premiere le sexe, l'âge, le tempérament, les occupations & le genre de vie du malade ; dans la seconde, les jours de la maladie ; dans la troisieme, les symptomes ; dans la quatrieme, les jours du mois ; dans la cinquieme, les remedes administrés ; & dans la sixieme, la terminaison de la maladie. Il y auroit bien des remarques à faire sur la maniere dont il faut remplir chaque colomne ; mais chaque observateur doit consulter là-dessus ses propres lumieres, & ce que nous avons dit dans le courant de cet article, que plus d'une raison nous force d'abréger : je remarquerai seulement qu'il me paroît qu'on devroit ajouter à la tête une colomne qui renfermât les observations météorologiques, l'état de l'air & du ciel pendant que cette maladie a eu son cours, & avant qu'elle se décidât : cette attention est sur-tout nécessaire lorsqu'on décrit les maladies épidémiques. La seconde colomne dans la façon de vivre, comprendroit les causes éloignées, ou un détail des erreurs commises dans les six choses non-naturelles, s'il y en a eu. Enfin on pourroit y joindre une derniere colomne qui contînt les observations cadavériques ; quoique nous ayons dit que ces observations n'avoient pas jetté jusqu'ici beaucoup de lumieres sur le diagnostic des maladies, je n'ai point prétendu décider une absolue inutilité ; j'ai encore moins pensé qu'on ne pourroit jamais perfectionner ce genre d'observations, & le rendre plus utile : je serois bien volontiers de l'avis de ceux qui regardent comme très-avantageuse une loi qui ordonneroit que les cadavres ne fussent remis entre les mains des prêtres, qu'au sortir de celles des Anatomistes ; la connoissance des maladies ne seroit même pas le seul bien qui en resulteroit. Les observations seroient infiniment plus utiles si chaque médecin s'appliquoit à suivre avec candeur, le plan que nous venons d'exposer, ou tel autre semblable ; le lecteur se mettroit d'un coup d'oeil au fait des maladies. Et qu'on ne dise pas qu'il n'y a plus rien de nouveau à observer, & que les sujets d'observations sont épuisés ; car 1°. il y a des maladies qui ne sont pas encore assez bien connues, telles que les maladies de la peau, du nez, des yeux, de la bouche, des oreilles, de l'estomac, du foie, des nerfs, &c. la goutte, la migraine, beaucoup de fievres, &c. Des observations bien suivies sur ces maladies seroient neuves, curieuses & importantes. Il nous manque encore des distinctions bien constatées des maladies nerveuses d'avec les humorales, des maladies incurables d'avec celles où l'art n'est pas absolument inutile ; nous aurions aussi besoin de signes assurés, qui nous fissent connoître ces maladies dès le commencement. Nous ne sommes que très-peu éclairés sur la valeur des signes qu'on tire des urines & des selles, & ce n'est que depuis peu de tems que de nouvelles observations ont perfectionné ceux que le pouls fournit ; elles méritent & ont encore besoin d'être confirmées : nous ne finirions pas si nous voulions suivre tous les sujets nouveaux d'observations. Baglivi en indique quelques-uns, voyez les ouvrages excellens que nous avons de lui, Praxeos medic. l. II. ch. vij. Mais en second lieu, quand les observations qu'on feroit ne serviroient qu'à vérifier celles qui sont dejà faites, à leur donner plus de force, de poids & de célébrité, ne seroit-ce pas un grand avantage, & j'ose même dire plus grand que celui qu'on procureroit par des découvertes qui, quelqu'intéressantes qu'elles soient, ont toujours des contradicteurs dans les commencemens ; & ensuite, qui pis est, des enthousiastes outrés ? Quoique nous n'ayons pas beaucoup de médecins qui méritent le titre glorieux d'observateur, il y a cependant une assez grande quantité d'observations. Plusieurs médecins ont pris la peine d'en former des recueils, & nous leur avons obligation de nous avoir conservé & rassemblé des faits quelquefois intéressans, qui sans cette précaution, se seroient perdus, ou seroient restés épars ça & là, & par conséquent ignorés. La plûpart des auteurs de ces recueils se sont principalement attachés aux observations des faits merveilleux, qui nous montrent plutôt les écarts peu fréquens de la nature, que sa marche uniforme, & qui par-là sont bien moins utiles ; d'autres pour rassembler un plus grand nombre de faits, les ont tronqués, & ont prétendu nous donner des observations en deux ou trois lignes ; quelques-uns pour les plier à leurs opinions, sont allés jusqu'à les défigurer. Les principaux auteurs qui nous ont transmis des collections générales, sont Schenckius, Tulpius, Benivenius, Zacutus & Amatus Lusitanus, Forestus, Riviere, Manget, Stalpart Van-der wiel, Hoffman, Bonet, Chesneau, Albert qui a fait une espece de lexicon d'observations, Gherli auteur italien. On trouve beaucoup d'observations semblables dans les mémoires des différentes académies, dans les acta natur. curiosor. les essais & observations de médecine de la société d'Edimbourg ; dans les miscellanea di medicina, che contiene dissertazioni, lettere, é osservazioni di alcuni celebri professori, &c. dans les medical observations and inquiries, by à society of physicians in London ; dans les ouvrages de Freind ; dans les transactions philosophiques & leurs différens extraits & abregés. Nous avons ensuite des observations sur des maladies particulieres. Hippocrate en a donné sur les maladies épidémiques, de même que Sydenham, Huxham, Baillou, Ramazzini, Cleghorn on the epidemical diseases in minorca from the year 1744, to 1749. Bianchi, sur les maladies du foie ; Morton, sur la phthisie ; Senac, sur les maladies du coeur, dans l'immortel traité qu'il a fait sur cette matiere, &c. On travaille à présent à un recueil d'observations de médecine, sous forme de journal. Le projet en étoit beau, louable ; il étoit dirigé par un célebre médecin, tout sembloit devoir promettre une heureuse exécution, mais l'événement n'y a pas répondu. Nous sommes bien éloignés d'en attribuer la faute à l'auteur ; nous savons que la jalousie peut faire échouer les desseins les plus utiles & les mieux concertés. La plûpart des observations sont très-mal faites, remplies de raisonnemens à perte de vûe, de théorie, de conjectures, & ces défauts ne sont pas pour le journaliste un motif d'exclusion ; elles sont inserées sans choix, & l'on y reçoit également l'observation d'un chirurgien, qui dit avoir guéri une maladie interne, que celle d'un apoticaire qui raconteroit une amputation qu'il auroit faite. Quoique ce défaut n'en soit pas un rigoureusement, on ne peut cependant s'empêcher d'être surpris qu'un chirurgien se vante d'avoir exercé une profession qu'il n'entend pas, & dont l'exercice lui est défendu par les lois & les arrêts les plus formels ; & qu'un médecin publie bonnement ce fait, quoiqu'il ne soit ni rare, ni curieux, ni en aucune maniere intéressant, & qu'il n'ait d'extraordinaire que la qualité de l'auteur.
OBSERVATIONS METEOROLOGIQUES. L'état de l'air, les différens changemens qui arrivent dans l'athmosphere, les météores, la température & la constitution des saisons, sont en général le sujet de ces observations. Le physicien y trouve un objet intéressant de curiosité, de recherches & d'instruction, & elles sont ou peuvent être pour le médecin attentif une source féconde de lumiere dans la connoissance & même la curation de bien des maladies, & surtout des épidémiques. Ce n'est point notre but ni notre dessein de faire voir combien la Physique doit à ces observations, de combien de faits précieux & satisfaisans elle s'est enrichie par-là ; plusieurs physiciens ont écrit sur cette matiere. On trouve d'excellens mémoires là-dessus dans la collection de ceux de l'académie royale des Sciences. Voyez d'ailleurs dans ce Dictionnaire les articles AIR, ATHMOSPHERE, AURORE BOREALE, CHALEUR, FROID, METEORE, PLUIE, TONNERRE, VENT, &c. Physique.
Quant à leur utilité en Médecine, il sera facile de s'en appercevoir, si l'on fait attention que nous vivons dans l'air, que ce fluide pénetre par bien des endroits toutes les parties du corps ; qu'il est un principe de vie & de santé lorsqu'il est bien constitué, & qu'il doit en conséquence devenir nécessairement un principe de maladie lorsqu'il y a quelque changement subit dans sa température, ou qu'il éprouve une altération considérable. Combien de maladies n'observe-t-on pas tous les jours qui doivent évidemment leur origine à un air vicieux, trop chaud, trop froid, sec ou pluvieux (voyez AIR, CHALEUR, FROID, &c.), combien qui dépendent d'un vice inconnu, indéterminé de l'athmosphere ? J'ai démontré par un grand nombre d'observations, que l'état particulier de l'air dans les voisinages de la mer, des étangs, des marais, étoit la principale & presque l'unique cause des fievres intermittentes, Mémoire lu à la société royale des Sciences année 1759. Les maladies épidémiques sont évidemment dûes à quelque vice de l'air. On ne peut, dit Hippocrate, recourir qu'à des causes générales communes à tout le monde (& par conséquent qu'à l'air), pour la production des maladies qui attaquent indifféremment tous les sexes, tous les âges & toutes les conditions, quoique la façon de vivre soit aussi variée qu'il y a d'états différens. C'est aussi dans ces maladies que les Medecins se sont particulierement attachés à ces observations : nous en trouvons le premier exemple dans Hippocrate, qui, avant d'entrer dans le détail des maladies qui ont regné pendant la constitution qu'il va décrire, donne une idée exacte, souvent très-étendue, de l'état de l'air, des saisons, des vents, des pluies, des chaleurs ou des froids qui ont regné. Il a été suivi en cela par Sydenham & les autres auteurs qui ont écrit des maladies épidémiques. Il est très-important de remarquer la température des saisons : on ne sauroit croire jusqu'à quel point elles influent sur les maladies, sur leur genie & sur leur curation. Les maladies qui viendront à la suite d'un été très-chaud, demanderont souvent une autre méthode curative que ces mêmes maladies précédées d'un été tempéré ou pluvieux. J'ai fait principalement cette observation sur les diarrhées & les dyssenteries, qui sont pour l'ordinaire assez fréquentes sur la fin de l'été. Lorsque les chaleurs avoient été douces, modérées par les pluies, & les fruits d'été en conséquence peu murs, aqueux ou glaireux, l'hypécacuana donné dans les dyssenteries les dissipoit avec une extrême promptitude, & comme par enchantement ; lorsqu'au contraire l'été avoit été sec & brûlant, & les fruits mûrs, vifs & spiritueux, tous les dyssenteriques auxquels on ordonnoit inconsidérément l'hypécacuana, mouroient en peu de tems, victimes de cette aveugle & dangereuse routine. Les rafraîchissemens mucilagineux, anti-phlogistiques étoient beaucoup plus efficaces. Voyez SAISONS. Hippocrate ne se contente pas de décrire les maladies propres à chaque saison, il a poussé ses observations assez loin pour pouvoir déterminer les accidens qui sont à craindre lorsque deux ou trois saisons ont été de telle ou telle température. Destitué des instrumens de physique imaginés & exécutés depuis peu, qui sont extrêmement propres à mesurer les différentes altérations de l'athmosphere, il n'y employoit que l'usage de ses sens, & il les appliquoit bien sans se perdre dans les questions inutiles à la Médecine, savoir si l'ascension du mercure dans le barometre est dûe à la gravité ou à l'élasticité de l'air, si elle présage de la pluie ou du vent ; il se contentoit d'observer ces effets & de les décrire. Cependant on ne sauroit disconvenir qu'avec l'aide de ces instrumens, ces observations ne soient devenues plus faciles & moins équivoques : nous connoissons même plus sûrement avec le thermometre les différens degrés de chaleur ; l'hygrometre sert à marquer l'humidité de l'air ; le barometre est une mesure qui me paroît assez suspecte & très-peu nécessaire, car la pluie & le vent ne demandent pour être observés que l'usage des sens ; la girouette bien mobile & située sur un toît ou un clocher bien élevé, sert à déterminer la direction des vents. Il y a quelques machines propres à en évaluer la force, mais elles sont fautives & très-peu d'usage, & ne valent jamais, comme l'a remarqué M. Jurin, le simple usage des sens. On se sert aussi, pour savoir la quantité de pluie tombée dans un mois ou un an, d'un vaisseau cubique ou cylindrique élevé & placé dans un endroit isolé dont on connoît exactement la capacité, & qui est divisé en pouces & en lignes ; & pour éviter dans ce cas toute erreur que pourroit introduire l'évaporation, il faut avoir soin ou de mesurer tous les jours, ou de prendre des précautions pour empêcher l'eau tombée de s'évaporer. Voyez tous ces articles particuliers.
L'observateur muni de tous ces instrumens, peut les consulter à différentes heures de la journée : il y en a d'assez patiens, d'assez scrupuleux pour ne pas laisser passer une ou deux heures sans aller examiner les variations qui peuvent être arrivées dans l'état de leurs mesures. Ces détails minutieux peuvent avoir quelqu'utilité en Physique ; mais pour l'usage medicinal, trois observations par jour sur le thermometre, savoir le matin, à midi & le soir, autant ou même moins sur le barometre & l'hygrometre, sont très-suffisantes. Du reste, on ne peut donner là-dessus aucune regle rigoureuse ; les changemens considérables qu'on peut appercevoir, doivent décider dans bien des cas. On a construit des tables suivant lesquelles on peut disposer les observations qu'on aura faites : l'académie royale des Sciences fait imprimer tous les ans un livre intitulé la connoissance des tems, où l'on trouvera une table commode pour ces observations. La société des medecins d'Edimbourg a regardé ces observations comme un objet intéressant, digne de l'application de ses membres. A la tête de chaque volume qu'elle donne au public, on voit une table très-exacte des observations météorologiques, & une description assez détaillée des maladies qui ont regné pendant ce tems ; & on a fait fort judicieusement précéder ces observations d'une description de la ville d'Edimbourg qui a paru, disent les éditeurs, nécessaire, parce que sa situation & d'autres particularités peuvent influer sur la disposition de l'air ou occasionner des maladies. Essais & observat. tom. I. préface. L'auteur du journal de Medecine a rendu cet ouvrage plus intéressant & plus utile, en y joignant aussi des observations météorologiques faites sur le plan de celles d'Edimbourg, & suivies d'un exposé trop court des maladies épidémiques, & auxquelles il manque la description ou la carte topographique de Paris & des environs, avec une notice des vents les moins salutaires. Recueil périodique d 'observations de Medecine, &c. Janvier 1757, tom. VI. & suiv.
La table dont se servent les medecins d'Edimbourg est composée de huit colomnes ; la premiere contient le jour du mois, dont le nom est mis au-dessus de la table ; la seconde les heures ; la troisieme le barometre ; la quatrieme le thermometre, la cinquieme le hygroscope ; la sixieme la direction & la force du vent ; la septieme les variations du tems ; la huitieme enfin, la quantité de pluie tombée dans le vaisseau. Nous transportons ici, pour donner une idée plus claire de cette table, les premieres lignes qui renferment les observations faites le premier de Juin 1731.
Juin 1731.
Les observations que nous venons de proposer ne peuvent nous instruire que des qualités physiques de l'athmosphere. Il y a lieu de croire qu'il ne seroit pas moins important de connoître la nature des corps hétérogenes, des miasmes vicieux qui la remplissent & l'infectent. Les observations & les expériences chimiques sont les seuls moyens que nous ayons pour parvenir à cette connoissance : déjà elles nous ont appris qu'un acide universel étoit répandu dans l'air, que cet acide étoit le vitriolique, & qu'il étoit plus abondant dans certains pays, comme dans les montagnes des Pyrénées ; que sur les côtes de la mer l'acide marin domine ; que les mouffetes devoient leurs mauvais effets le plus souvent à une surabondance d'acide sulphureux, volatil, constaté par la noirceur de l'argent & du verre de Saturne, &c. On pourroit s'assurer encore mieux & plus utilement de l'état de l'air dans les maladies épidémiques, si on analysoit la pluie, la grêle, la rosée, la neige, &c. si on exprimoit des linges imbibés de ces eaux dans quelque liqueur ; si on exposoit à l'air des fils de soie teints de différentes couleurs. Les Chimistes connoissent que l'air est infecté de miasmes arsénicaux, lorsqu'ils voient les métaux des mines voisines devenir friables & s'en aller en poussiere, & le cuivre acquérir l'éclat de l'argent. Nous proposons ces vûes, que nous présumons pouvoir être utiles à quelque chimiste éclairé qui veuille bien sacrifier une partie de son tems à l'intérêt public : il en résulteroit de-là une nouvelle preuve des avantages que la Medecine même pratique peut tirer de la chimie bien dirigée. M. Broussonnet, illustre medecin de Montpellier, a répondu d'une maniere très-satisfaisante à cette belle question, qui lui fut proposée avec plusieurs autres aussi intéressantes, lors de la dispute d'une chaire dans l'université de Montpellier en 1759, savoir si on peut par les moyens chimiques découvrir les différens états de l'air, & de nuisible le rendre salutaire. L'extrême briéveté du tems accordé dans ces sortes d'occasions, ne l'a pas empêché de discuter savamment & de résoudre exactement ces deux questions. On peut voir le recueil de ses theses, imprimé à Montpellier en 1759 ; l'on ne s'appercevra pas en les lisant qu'elles ont été composées & imprimées, suivant l'usage, en moins de douze jours.
Enfin, pour complete r les observations météorologiques, il me paroît qu'on devroit avoir égard à l'état du ciel, y joindre quelques observations astronomiques : l'influence des astres est une question qui a eu assez de célébrité chez les anciens pour mériter d'être vérifiée. Plusieurs célebres medecins modernes y sont revenus (voyez cet article au mot INFLUENCE), & nous avons prouvé qu'il y avoit assez de réel dans cette prétention pour faire soupçonner qu'il peut y avoir de l'utile, & qu'il ne manque pour l'en retirer que des observations bien suivies. Hippocrate a recommandé & cultivé lui-même ce genre d'observations ; il marque soigneusement au commencement des épidémies, l'état du ciel tel qu'il le connoissoit, le lieu du soleil, la situation des pleïades, de l'arcture, &c. voyez INFLUENCE. Les observations, aujourd'hui que l'Astronomie a été si perfectionnée, sont devenues plus faciles à faire, peuvent être plus sûres & plus détaillées : on pourroit marquer les heures du lever & du coucher du soleil, son lieu dans le ciel, les phases de la lune, les éclipses, la situation & les conjonctions des planetes, &c. il faudroit ensuite comparer ces observations avec celles qu'on feroit sur les maladies ; & quand on en auroit rassemblé un assez grand nombre, on verroit si elles sont contraires ou favorables aux opinions des anciens, si elles confirment ou détruisent leurs prétentions, & l'on se déclareroit conséquemment avec connoissance de cause ou contr'eux ou en leur faveur.
OBSERVATIONS THERAPEUTIQUES, elles ont pour objet l'effet des différens secours tirés de la diete, de la Chirurgie & de la Pharmacie, sur la marche & la guérison des maladies, & pour but ou pour avantage, la connoissance des cas où il faut les employer, & la maniere dont on doit les varier ; la superstition, les préjugés, l'ignorance, l'enthousiasme, la théorisomanie & l'intérêt même ont presque toujours présidé aux observations qui se sont faites sur les remedes, & plus particulierement sur ceux que la Pharmacie fournit, qu'on appelle plus strictement médicamens. Les premiers médecins observateurs, qui étoient des prêtres d'Esculape, attribuoient tous les bons effets qui résultoient de l'application des remedes, à l'opération secrette du dieu dont ils étoient les ministres, guidés en cela par l'intérêt qui leur revenoit de la grande célébrité de leur dieu, & par une aveugle superstition, causes qui ne sont pas sans exemples : par ce moyen on n'avoit aucune observation assurée sur l'effet d'un remede. Quelque tems après l'ignorance & les erreurs dominantes couvrirent les vertus des médicamens sous le voile épais & mystérieux de la magie ; un faux genre d'analogie tiré de la couleur, de la figure, de la dureté de quelques médicamens, leur fit attribuer des vertus spécifiques ; l'esprit prévenu supposa des observations, defigura ou altéra les faits qui se présentoient. Lorsqu'on fut ou qu'on crut être plus éclairé, on s'avisa de raisonner sur les remedes, sur le méchanisme de leur action, & on donna pour des observations les théories les plus absurdes & les moins vraisemblables ; le défaut d'une regle sûre pour évaluer l'effet des remedes, fit tomber les plus prudens dans l'erreur, & donna lieu à une foule d'observations erronnées, quoique fideles en apparence ; parce qu'on attribua à l'effet d'un remede donné, les changemens qui étoient la suite ordinaire de la marche de la maladie ; on regarda certains remedes comme curatifs dans bien des maladies, qu'ils n'auroient pas manqué d'aigrir, s'ils avoient eu quelque efficacité ; c'est ainsi qu'on a vanté la saignée & les purgatifs dans la guérison des fievres inflammatoires & putrides, où ils auroient produit des mauvais effets ; ils en avoient produit quelqu'un, ils avoient été assez forts pour n'être pas indifférens : & nous voyons dans une foule d'observations des guérisons attribuées à ces sortes de remedes, parce qu'elles sont venues à la suite ; on donnoit dans cette mauvaise & pernicieuse Logique, post hoc ergo propter hoc, axiome dont l'usage a été souvent renouvellé par les ignorans & les fripons ; enfin l'espece de fureur avec laquelle on s'est porté à tous les remedes nouvellement découverts, a beaucoup nui à ce genre d'observations ; on les a regardés & donnés comme des remedes merveilleux, polychrestes, pour des panacées infaillibles ; & ce n'est pas seulement en Médecine qu'on a vu cet acharnement & cette confiance démesurée pour le nouveau : quid in miraculo non est, a dit Pline, ubi primum in notitiam venit ? La confiance avec laquelle les malades prenoient ces remedes a, dans les premiers momens, beaucoup contribué à faire naître & à favoriser l'illusion : c'est une des meilleures dispositions pour aider à la vertu des remedes, & qui quelquefois seule suffit pour guérir. Aussi a-t-on vu constamment les remedes faire plus de bien dans les commencemens qu'après quelque tems ; on a vu aussi quelquefois les meilleurs remedes & les plus indifférens, & même les mauvais, avoir dans les momens d'un enthousiasme à-peu-près les mêmes succès ; mais avec le tems la confiance diminue, l'illusion cesse, les masques tombent, les mauvais remedes sont proscrits, & les bons restent & s'accréditent. Ainsi pour faire des observations justes, il faut attendre que ce tems de vogue ait passé. Un des grands défauts de ces observations, c'est de ne contenir que les bons effets d'un remede : l'histoire des événemens fâcheux qui en seroient la suite, auroit bien plus d'utilité ; on pourroit y ajouter celle des précautions qu'il faut prendre dans leur usage. Presque tous les auteurs qui ont écrit sur un remede particulier en font des éloges outrés. M. Geoffroy a donné dans ce défaut ; quoiqu'il ait entrepris un traité général de matiere médicale, il semble à chaque article n'être occupé que d'un seul remede, & que ce remede soit découvert depuis peu, tant il est prodigue en éloges ; il n'y en a presque point qui ne possede toutes sortes de vertus. Nous aurions besoin d'une histoire critique de tous les médicamens, semblable à celle que Tralles a donnée sur les terreux dans son examen rigoureux, &c. M. Bordeu, dans ses recherches sur le pouls, a indiqué quelques moyens de reconnoître par le pouls l'effet de plusieurs remedes, & de distinguer ceux qui sont efficaces d'avec ceux qui sont indifférens. Les regles & les observations qu'il donne là-dessus méritent par leur utilité d'être vérifiées & plus étendues. Le chapitre xxxiv. de son excellent ouvrage doit être sur-tout consulté. Cette méthode, pour évaluer l'effet des remedes, est bien sûre & bien lumineuse pour un observateur éclairé. (m)
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| OBSERVATOIRE | S. m. (Astron.) lieu destiné pour observer les mouvemens des corps célestes ; c'est un bâtiment qui est ordinairement fait en forme de tour, élevé sur une hauteur, & couvert d'une terrasse, pour y faire des observations astronomiques.
Les observatoires les plus célebres sont, 1°. l'observatoire de Greenwich, que Chambers, comme écrivain anglois, cite le premier, quoiqu'il ne soit pas le plus ancien. Cet observatoire fur bâti en 1676 par ordre du roi Charles II. à la priere de MM. Jonas Moor & Christophe Wren, & pourvu par ce roi de toutes sortes d'instrumens très-exacts, principalement d'un beau sextant de 7 piés de rayon, & de télescopes.
Le premier qui fut chargé d'observer à Greenwich, fut M. Flamsteed, astronome, qui, selon l'expression de M. Halley, sembloit né pour un pareil travail. En effet, il y observa pendant plusieurs années, avec une assiduité infatigable, tous les mouvemens des planetes, principalement ceux de la Lune, qu'on l'avoit principalement chargé de suivre ; afin que par le moyen d'une nouvelle théorie de cette planete, qui feroit connoître toutes ses irrégularités, on pût déterminer la longitude.
En l'année 1690, ayant fait dresser lui-même un arc mural de 7 piés de diametre, exactement situé dans le plan méridien, il commença à vérifier son catalogue des étoiles fixes, que jusqu'alors il n'avoit dressé que sur les distances des étoiles mesurées avec le sextant : il se proposoit de déterminer de nouveau la position de ces étoiles par une méthode nouvelle & fort différente ; cette méthode consistoit à prendre la hauteur méridienne de chaque étoile, & le moment de sa culmination, ou son ascension droite & sa déclinaison. Voyez ETOILE.
Flamsteed prit tant de goût pour son nouvel instrument qu'il abandonna presqu'entierement l'usage du sextant. Telle fut l'occupation de cet astronome durant 30 ans ; pendant tout ce tems il ne fit rien paroître qui répondit à tant de dépenses & d'apprêts ; desorte que ses observations paroissent avoir été plutôt faites pour lui & pour quelques amis, que pour le public : cependant il étoit certain que les observations qu'il avoit faites étoient en très-grand nombre, & qu'il avoit laissé une prodigieuse quantité de papiers.
C'est ce qui engagea le prince George de Danemarck, époux de la reine Anne, à nommer en 1704, un certain nombre de membres de la société royale, savoir MM. Wren, Newton, Gregory, Arbuthnot, pour examiner les papiers de Flamsteed, & en extraire tout ce qu'ils jugeroient digne d'être imprimé, se proposant de le faire paroître à ses dépens ; mais le protecteur de cet ouvrage étant mort avant que l'impression fût à moitié, elle fut interrompue pendant quelque tems, jusqu'à ce qu'enfin elle fut reprise par l'ordre de la reine Anne, qui chargea le docteur Arbuthnot de veiller à l'impression, & le docteur Halley de corriger & de fournir la copie.
Ainsi parut enfin l'histoire céleste, dont la principale partie contient un catalogue des étoiles fixes, autrement appellé le catalogue de Greenwich. Voyez ÉTOILE & ASTRONOMIE.
La latitude de l'observatoire de Greenwich a été déterminée par des observations très-exactes, de 51d. 28'. 30''. nord.
Après la mort de Flamsteed, sa place fut donnée au célebre M. Halley : elle fut demandée pour lui au feu roi George par les comtes de Macclesfield, chancelier d'Angleterre, & de Sunderland, secrétaire d'état, qui l'obtinrent sur le champ. C'est-là que M. Halley a observé le ciel jusqu'en 1740 ; & qu'il a rassemblé entr'autres une très-grande suite d'observations sur les lieux de la Lune, pour les comparer avec ses calculs, & pour réduire enfin à quelque loi le cours bizarre de cet astre. Voyez LUNE.
M. Halley étant mort en 1742, on lui a donné pour successeur le celebre M. Bradley son ami, si connu par sa belle découverte de l'aberration des étoiles fixes, & par celle de la nutation de l'axe de la Terre. Voyez ABERRATION & NUTATION. L'astronome de Greenwich, qui a le titre d'astronome de sa majesté britannique, est presque le seul savant en Angleterre qui soit pensionné par le gouvernement ; cependant cette nation n'en cultive pas moins les sciences : ce qui prouve à l'honneur des lettres, que ce ne sont pas toujours les récompenses qui en hâtent le succès.
2°. Le deuxieme observatoire célebre, & qui a même la primauté d'existence sur celui de Greenwich, est celui de Paris, bâti par ordre de Louis XIV. au bout du fauxbourg S. Jacques. Il fut commencé en 1664, & achevé en 1672. C'est un fort beau bâtiment, mais d'une architecture singuliere ; les desseins en ont été donnés par Cl. Perrault ; mais les mémoires de Ch. Perrault son frere, imprimés en 1759, nous apprennent que ces desseins n'ont pas été suivis en tout, & on n'en a pas mieux fait. L'observatoire de Paris a 80 piés de haut, & une terrasse au-dessus. C'est-là qu'ont travaillé M. de la Hire, M. Cassini, &c. Sa différence en longitude d'avec l'observatoire de Greenwich est de 20. 2'. vers l'ouest.
Dans l'observatoire de Paris il y a une cave à 170 piés de profondeur, destinée aux expériences qui doivent être faites loin du Soleil, & principalement à celles qui ont rapport aux congélations, réfrigérations, &c.
Il y a dans cette même cave un ancien thermometre de M. de la Hire, qui se soutient toujours dans la même hauteur ; ce qui prouve que la température y est toujours la même. Elle est taillée dans le roc, & l'on y voit les pierres couvertes d'une eau qui à la longue se pétrifie : sur quoi voyez STALACTITE & LABYRINTHE DE CANDIE. Depuis le haut de la plate-forme jusqu'en bas de la cave, il y a une espece de puits dont on s'est servi autrefois pour les expériences de la chûte des corps. Ce puits est une espece de long tuyau de lunette, par lequel on voit les étoiles en plein midi. L'observatoire est garni d'une prodigieuse quantité d'instrumens pour servir aux observations astronomiques. On y a tracé aussi avec beaucoup de soin une méridienne, sur laquelle sont tracés les signes du zodiaque avec leurs divisions. Par malheur ce bâtiment tombe en ruine dans le tems où nous écrivons, & la plûpart de nos astronomes ne l'habitent plus. Il seroit à souhaiter néanmoins qu'on ne laissât pas dépérir un pareil monument.
3°. Le troisieme observatoire célebre, est celui de Tycho-brahé, qui étoit dans la petite île de Ween, ou l'île Scarlet, entre les côtes de Schonen & de Zélande, dans la mer Baltique. Cet astronome avoit fait élever ce bâtiment, & l'avoit fourni d'instrumens à ses dépens, il lui donna le nom d'Uranibourg, & il y passa 20 ans à observer : ses observations produisirent son catalogue & plusieurs autres découvertes utiles à l'Astronomie. Voyez ÉTOILE.
M. Gordon remarque dans les Transactions philosophiques, que l'endroit où étoit l'observatoire de Tycho, n'étoit pas des plus commodes pour certaines observations, principalement pour celles des levers & des couchers, attendu qu'il étoit trop bas, & n'avoit de vue que par trois côtés, & que l'horison n'en étoit pas uni. On trouvera à l'article URANIBOURG un plus grand détail sur cet observatoire.
Enfin le quatrieme observatoire est celui de Pekin. Le pere le Comte nous fait la description d'un grand & magnifique édifice qu'un des derniers empereurs de la Chine a fait élever dans cette capitale, à la priere de quelques jésuites astronomes, principalement du pere Verbiest, que l'empereur fit le premier astronome de cet observatoire.
Les instrumens en sont prodigieusement grands, mais ils sont moins exacts par leurs divisions, & moins commodes que ceux des Européens. Les principaux sont une sphere zodiacale armillaire, c'est-à-dire, dont les poles sont ceux du zodiaque, de 6 piés de diametre ; une sphere équinoxiale, c'est-à-dire, dont les poles sont ceux de l'équateur, de 6 piés de diametre ; un horison azimuthal, de 6 piés de diametre ; un grand quart-de-cercle de 6 piés de rayon ; un sextant, de 8 piés de rayon, & un globe céleste, de 6 piés de diametre. Chambers. (O)
OBSERVATOIRE DE GREENWICH, (Hist. Astr. mod.) c'est une rodomontade d'un étranger établi à Londres, qui a occasionné la belle fondation de l'observatoire de Greenwich. En voici l'histoire qui est fort plaisante.
Le sieur de Saint-Pierre, françois de nation, qui avoit quelque légere connoissance de l'Astronomie, & qui s'étoit acquis la faveur de la duchesse de Portsmouth, ne proposa pas moins que la découverte des longitudes. Il obtint du roi Charles II. une espece de commission à milord Brouncker, aux docteurs Setward, évêque de Salisbury, Christophle Wren, aux chevaliers Charles Scarborough, Jonas Moore, au colonel Titus, au docteur Pell, au chevalier Robert Murray, à M. Hooke, & à quelques autres savans de la ville & de la cour, d'écouter ses propositions, avec le pouvoir de recevoir parmi eux les autres habiles gens qu'ils jugeroient à propos, & ordre de donner leur avis là-dessus au roi. Le chevalier Jonas Moore mena N. Flamsteed dans leurs assemblées, où il fut choisi pour être de leur compagnie.
On lut ensuite les propositions du françois, qui étoient les suivantes : I. Avoir l'année & le jour des observations ; II. la hauteur de deux étoiles, & savoir de quel côté du méridien elles paroissent ; III. la hauteur des deux limbes de la Lune ; IV. la hauteur du pole, le tout en degrés & minutes.
Il étoit aisé de voir, par ces demandes, que le sieur de Saint-Pierre ignoroit que les meilleures tables lunaires different du ciel ; & par conséquent, que ce qu'il demandoit, ne suffisoit pas pour déterminer la longitude du lieu où ces observations auroient été faites ou se feroient, par rapport à celui pour lequel les tables lunaires étoient faites. C'est ce que M. Flamsteed représenta sur le champ à la compagnie. Mais ces messieurs faisant réflexion sur le crédit que la protectrice du sieur de Saint-Pierre avoit à la cour, souhaiterent qu'on lui fournît ce qu'il demandoit. M. Flamsteed s'en chargea, & ayant trouvé le véritable lieu de la Lune par des observations faites à Derby le 23 Février 1673, & le 12 Novembre de la même année, il donna au sieur de Saint-Pierre des observations telles qu'il les demandoit. Comme il avoit cru qu'on ne pourroit pas les lui fournir, il dit qu'elles étoient supposées.
M. Flamsteed les délivra au docteur Pelle le 19 Février 167 4/5 ; & celui-ci lui ayant rendu réponse quelque tems après, M. Flamsteed écrivit une lettre aux commissaires en Anglois, & une autre en latin au sieur de Saint-Pierre, pour l'assurer que les observations n'étoient point supposées, & pour lui prouver, que, quand même elles le seroient, si nous avions seulement des tables astronomiques qui puissent nous donner le véritable lieu des étoiles fixes, tant en longitude qu'en latitude, à moins d'une demi-minute près, nous pourrions espérer de trouver la longitude des lieux, par des observations lunaires, quoique différentes de celles qu'il demandoit ; mais que tant s'en falloit que nous eussions le véritable lieu des étoiles fixes, que les catalogues de Tycho-Brahé erroient souvent de dix minutes & plus ; qu'ils étoient incertains jusqu'à trois ou quatre minutes, parce que Ticho supposoit une fausse obliquité de l'écliptique ; &c. que les meilleures tables lunaires différoient d'un 1/4, sinon d'un 1/3 d'un degré du ciel ; & enfin qu'il auroit pu apprendre de meilleures méthodes de Morin son compatriote, qu'il auroit dû consulter avant que de s'avancer à faire des demandes de cette nature.
M. Flamsteed n'entendit plus parler du sieur de Saint-Pierre après cela ; mais il apprit que ses lettres ayant été montrées au roi Charles II, ce prince avoit été surpris de ce qu'il assuroit que les lieux des étoiles fixes étoient marqués faussement dans les catalogues, & avoit dit avec quelque vivacité " qu'il vouloit qu'on les observât de nouveau, qu'on les examinât, & qu'on les corrigeât pour l'usage de ses mariniers. "
On lui représenta qu'on auroit besoin d'un bon corps d'observations pour corriger les mouvemens de la Lune & des planetes, il repondit avec le même feu, qu'il vouloit que cela se fît ; & comme on lui demanda qui feroit, ou pourroit faire ces observations, il répliqua, " le même homme qui vous en fait connoître la nécessité. " Ce fut alors que M. Flamsteed fut nommé astronome du roi, avec 100 liv. sterlings d'appointement, & il reçut en même tems des assurances qu'on lui fourniroit de plus tout ce qui pourroit être nécessaire pour avancer l'ouvrage.
On pensa donc sans délai au lieu où l'on feroit l'observatoire. On en proposa plusieurs, comme Hyde-Park, & le college de Chelsea. M. Flamsteed vint visiter les ruines de ce dernier ; & jugea qu'on pourroit s'y établir, d'autant plus qu'il seroit proche de la cour. Le chevalier Moore panchoit pour Hyde-Park ; mais le docteur Christophle Wren ayant parlé de Greenwich, on se détermina pour ce dernier endroit. Le roi accorda 500 liv. sterlings en argent, avec des briques de Tilbury-Fort, où il y en avoit un magasin ; il donna aussi du bois, du fer, & du plomb ; & il promit de fournir tout ce qui seroit nécessaire d'ailleurs. Enfin le 10 Août 1675 on posa les fondemens de l'observatoire royal de Greenwich, & il fut achevé très-promptement.
La différence du méridien de l'observatoire de Greenwich à celui de l'observatoire de Paris (qui fut bâti en 1665), est de 2. 1. 15. occid. La latitude de l'observatoire de Greenwich est 51. 28. 30. (D.J.)
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| OBSERVER | (Critiq. sacr.) Ce mot signifie épier, prendre garde à quelque chose. Job, xxiv. 15. L'adultere qui a peur d'être reconnu, observe à ne marcher que dans l'obscurité. Observer la bouche de quelqu'un c'est épier ses paroles pour le surprendre ; observer la bouche du roi, os regis observare, Ecclés. viij. 2. c'est garder ses commandemens. Seigneur, si vous entrez dans un examen rigoureux de nos fautes : si iniquitates observaveris, qui pourra soutenir votre jugement ? dit David, ps. cxxix. 3. (D.J.)
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| OBSESSION | OBSESSION
Il faut mettre au rang des obsessions ce que le 1er. liv. des Rois, c. xvj. v. 23. raconte de Saül qui de tems en tems étoit agité du mauvais esprit ; de même que ce qui est rapporté dans le livre de Tobie du démon Asmodée qui faisoit mourir tous les maris qui vouloient approcher de Sara, fille de Raguel. Ce mauvais esprit obsédoit proprement cette jeune fille ; mais il n'exerçoit sa malice que contre ceux qui vouloient l'épouser. Il est aussi fort probable que ceux dont il est parlé dans S. Matthieu, c. iv. 24. & c. xvij. 14, & qui étoient principalement tourmentés pendant les lunaisons, étoient plutôt obsédés que possédés.
On regarde à bon droit, tant les obsessions que les possessions du demon, comme des punitions de la justice de Dieu, envoyées ou pour punir des péchés commis, ou pour s'être livré au démon, ou pour exercer la vertu & la patience des gens de bien ; car on sait qu'il y a des personnes obsédées, qui ont vécu d'une maniere très-innocente aux yeux des hommes.
Les marques de l'obsession sont, d'être élevé en l'air, & ensuite d'être rejetté contre terre avec force, sans être blessé ; de parler des langues étrangeres, qu'on n'a jamais apprises ; de ne pouvoir dans l'état de l'obsession, s'approcher des choses saintes, ni des Sacremens ; d'en avoir de l'aversion, jusqu'à n'en pouvoir entendre parler ; de connoître & de prédire des choses cachées, & de faire des choses qui surpassent les forces ordinaires de la personne ; si elle dit ou fait des choses qu'elle n'oseroit ni faire ni dire, si elle n'y étoit poussée d'ailleurs, & si les dispositions de son corps, de sa santé, de son tempérament, de ses inclinations, &c. n'ont nulle proportion naturelle à ce qu'on lui voit faire par la force de l'obsession ; si les meilleurs remedes n'y font rien ; si le malade fait des contorsions de membres extraordinaires, & que ses membres après cela se remettent dans leur état naturel sans violence & sans effort, tous ces symptomes ou une partie d'entr'eux peuvent faire juger qu'une personne est réellement obsédée du démon.
L'Eglise ne prescrit point d'autres remedes contre ces sortes de maux que la priere, les bonnes oeuvres, les exorcismes ; mais elle ne condamne pas les moyens naturels que l'on peut employer pour calmer les humeurs & diminuer les mauvaises dispositions du corps du malade, par exemple, la mélancolie, la tristesse, les humeurs noires, la bile, le défaut de transpiration, l'obstruction de certaines parties, & tout ce qui peut corrompre ou épaissir ou aigrir le sang & les humeurs. Aussi voyons-nous que Saül étoit notablement soulagé dans les accès de son mal par le son des instrumens de musique que David touchoit devant lui. On a d'autres expériences de pareilles guérisons opérées par des herbes, des fumigations, des essences. Calmet, Dictionn. de la Bible.
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| OBSIDIENNE | PIERRE, (Hist. nat.) lapis obsidianus ou marmor obsidianum ; nom donné par Théophraste, par Pline & les anciens naturalistes à un marbre noir, très-dur & prenant un très-beau poli. Ils le tiroient de la haute Egypte & d'Ethiopie ; on en trouvoit aussi, suivant Pline, aux Indes, en Italie & en Espagne. On prétend qu'il se trouve en France, dans le Roussillon, des fragmens d'une pierre noire & luisante, qu'on regarde comme de la même nature que la pierre obsidienne, mais les carrieres n'en sont point ouvertes. Les anciens, à cause du beau poli que prend ce marbre, en faisoient des miroirs de réfléxion. Saumaise & M. Hill croient qu'obsidianus est venu par corruption du mot grec , la vûe. Quelques auteurs ont regardé cette pierre comme la vraie pierre-de-touche. Voyez TOUCHE PIERRE DE. (-)
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| OBSIDIONALE | COURONNE, (Antiq. rom.) Cette couronne s'accordoit pour récompense à celui qui avoit obligé les ennemis de lever le siege d'une ville ou d'un camp, qu'ils assiégeoient : elle n'étoit composée que de gazon, pris dans le lieu même d'où l'on avoit fait lever le siege. Pline, liv. XXII. c. iv, dit que cette couronne, toute méprisable qu'elle étoit en apparence, se préféroit à toutes les autres couronnes, quelque précieuses qu'elles fussent ; parce que les troupes la donnoient au général qui les avoit délivrées, & que les autres couronnes étoient distribuées par le général aux soldats, ou par les soldats à leurs camarades. (D.J.)
OBSIDIONALE, (Monnoie) On appelle ainsi des pieces de monnoie frappées dans une ville assiégée, pour suppléer pendant le siege, au défaut ou à la rareté des especes.
Ce mot est dérivé du latin obsidio qui signifie siege d'une place de guerre. L'usage de frapper des monnoies particulieres, qui pendant le siege ont cours dans les villes assiégées, doit être fort ancien, dit M. de Boze, puisque c'est la nécessité qui l'a introduit. En effet, ces pieces étant alors reçues dans le commerce pour un prix infiniment au-dessus de leur valeur intrinseque, c'est une grande ressource pour les commandans, pour les magistrats, & même pour les habitans de la ville assiégée.
Ces sortes de monnoies se sentent ordinairement de la calamité qui les a produites : elles sont d'un mauvais métal & d'une fabrique grossiere. Il y en a de rondes, d'ovales, de quarrées, d'autres en losange, & d'autres en octogone, en triangle, &c. leur type & leurs inscriptions n'ont pas des regles plus certaines. Les unes sont marquées des deux côtés, mais cela est rare ; d'autres n'ont qu'une seule marque. On y trouve quelquefois le nom de la ville assiégée ou ses armes, ou celles du souverain, ou celles du gouverneur, avec le millésime, & d'autres chiffres qui dénotent la valeur de la piece.
Les plus anciennes monnoies obsidionales qu'on connoisse, ont été frappées en Italie au commencement du xvj. siecle, aux sieges de Pavie & de Cremone, sous François I. On en frappa depuis à Vienne assiégée par Soliman, & à Nicosie en Chypre assiégée par les Turcs en 1570.
Dans les guerres des Pays-bas, après leur révolte contre l'Espagne, on en frappa à Harlem, à Leyde, à Middelbourg, &c. Celle de Campen en 1578, est marquée des deux côtés, & porte dans l'un & dans l'autre, le nom de la ville, le millésime, la note de la valeur de la piece, & au-dessus ces deux mots extremum subsidium, ce qui revient assez au nom de pieces de nécessité qu'on leur donne en Allemagne.
Au reste, ce ne sont pas proprement des monnoies autorisées par la loi & l'usage ; elles en tiennent lieu à la vérité pendant quelque tems ; mais au fond on ne doit les regarder que comme des especes de mereaux, ou de gages publics de la foi & des obligations contractées par le gouverneur ou par les magistrats dans des tems aussi difficiles que ceux d'un siege.
Elles peuvent donc être marquées du nom & des armes d'un gouverneur ; mais il seroit plus convenable d'y mettre le nom du prince, comme firent deux gouverneurs d'Aire, l'un espagnol, l'autre françois, qui firent mettre le nom de Louis XIII. & celui de Philippe IV. sur la monnoie qu'ils firent frapper dans cette ville pendant les deux différens sieges qu'elle soutint en 1641. Il faut se donner de garde de confondre ce qu'on appelle monnoie obsidionale avec les médailles frappées à l'occasion d'un siege, de ses divers évenemens, ou de la prise d'une ville. Mém. de l'acad. des Bell. Lettr. tom. I.
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| OBSIGNATION | (Hist. anc.) obsignatio, scel. On se servoit de cire & d'un cachet pour sceller. Dans les premiers tems, au lieu du cachet, c'étoit un morceau de bois pourri. On scelloit les portes, les armoires, les coffres, les effets des absens, ceux des criminels en fuite, les lettres, les papiers, les actes, les obligations, les testamens, &c.
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| OBSTACLE | S. m. (Méchan.) On appelle ainsi en Physique, tout ce qui résiste à une puissance qui le presse. L'effet d'une puissance qui presse un obstacle, l'impulsion par laquelle cet obstacle passe d'un lieu dans un autre, en cas qu'il puisse être mu par la puissance qui le presse.
L'effet d'une puissance qui presse, est momentané. Si l'effet continue, il est composé de diverses pressions qui se succedent, & qui ont toutes produit leur effet dans un moment indivisible : elles se suivent l'une l'autre comme les momens du tems, qui se succedent les uns aux autres sans aucune interruption : par conséquent un effet simple d'une puissance qui presse, dépend d'une action momentanée ; mais un effet continu dépend de l'action continuée d'une puissance : nous ne traiterons ici que de l'action d'une puissance qui presse, laquelle se fait dans chaque moment indivisible.
L'action d'une pression qui pousse un obstacle, peut différer, tant à l'égard de la grandeur de l'obstacle que par rapport à la vîtesse avec laquelle il est mu : par conséquent on peut découvrir l'action d'une puissance par la grandeur de l'obstacle en mouvement, & par la vîtesse avec laquelle l'obstacle est mu. Pour estimer la grandeur d'une pression, il faut en comparer deux l'une avec l'autre : ces deux pressions peuvent alors agir sur des obstacles égaux ou inégaux ; elles peuvent les mouvoir avec une vîtesse égale ou inégale. Si deux pressions poussent deux obstacles égaux, & avec une égale vîtesse ; les actions de ces pressions seront égales, si deux pressions poussent des obstacles inégaux avec une égale vîtesse, leurs actions seront en raison des grandeurs des obstacles.
L'action momentanée d'une puissance dépend de la grandeur de l'obstacle ; desorte que l'action est d'autant plus grande que l'obstacle est plus grand, ou qu'il fait plus de résistance. Or comme la grandeur d'un obstacle peut varier infiniment, l'action momentanée d'une puissance peut aussi varier infiniment.
Voici quelques propositions qui suivent des principes exposés dans cet article. Si deux puissances poussent deux obstacles égaux, mais avec une vîtesse inégale, leurs actions seront en raison des vîtesses. Si deux obstacles de grandeur inégale sont mus avec des vîtesses inégales, les actions des puissances qui pressent, seront en raison composée, tant des vîtesses que des grandeurs des obstacles. Si les actions des deux puissances sont égales, & les obstacles inégaux, les grandeurs des obstacles seront en raison renversée des vîtesses ; & si les grandeurs des obstacles sont en raison renversée des vîtesses, les puissances seront égales. Si l'on divise les actions de deux puissances par les grandeurs des obstacles qui sont poussés, on aura leurs vîtesses : si l'on divise ces mêmes actions par les vîtesses des obstacles, on aura les grandeurs des obstacles. Enfin, si deux puissances qui agissent également fort, se pressent l'une l'autre avec une direction opposée, elles resteront toutes deux dans la même place ; & elles anéantiront leurs pressions mutuelles, tandis qu'elles se presseront. Voyez Musschenbroeck, Essai de Phys. §. 145 & suiv. Article de M. FORMEY. Voyez FORCE & PERCUSSION, & les autres articles épars dans cet ouvrage, & relatifs à la masse, à la vîtesse & au mouvement.
OBSTACLE, (Jurisprud.) dans certaines coutumes, signifie saisie & empêchement, & singulierement la saisie censuelle que le seigneur fait des fruits.
Dans la coutume d'Orléans, art. 103, le seigneur de censive pour les arrérages de son cens, & son défaut, & droits censuels, peut empêcher & obstacler l'héritage tenu de lui à cens, si c'est maison, par obstacle & barreau mis à l'huis, & si c'est terre labourable ou vigne, par brandon mis ès fruits ; les auteurs des notes sur cette coutume observent que dans l'usage on fait mention dans le procès-verbal de saisie de cette apposition de barreaux & brandons, mais qu'on n'en appose point.
La coutume d'Orléans, art. 125, porte aussi que pour être payé des relevoisons à plaisir & arrérages de cens, & d'un défaut qui en seroient dûs, le seigneur censier peut obstacler & barrer l'héritage qui doit lesdites relevoisons jusqu'à payement desdites relevoisons, cens, & un défaut ou provision de justice ; mais la coutume ajoute que le seigneur censier ne peut procéder par obstacle que quinze jours après la mutation, ni enlever les huis & fenêtres obstaclés que huit jours après l'obstacle fait.
Les auteurs des notes observent que ce droit d'enlever les portes & fenêtres est particulier à ces censives ; que par ce terme enlever on entend les ôter de dessus leurs gonds & les mettre en-travers, mais que cet enlevement se pratique peu. Voyez la coutume d'Orléans avec les notes de Fornier, & les nouvelles notes. (A)
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| OBSTINATION | S. f. (Gramm.) volonté permanente de faire quelque chose de déraisonnable. L'obstination est un vice qui tient au caractere naturel & au défaut de connoissances. Si on se donnoit le tems d'entendre, de regarder & de voir, on se départiroit d'un projet insensé ; on ne formeroit pas ce projet si l'on étoit plus éclairé. Il y a des hommes qui voyent moins d'inconvénient à faire le mal qu'à revenir sur leurs pas. On dit que la fortune s'obstine à poursuivre un homme, qu'il ne faut pas obstiner les enfans ; en ce sens, obstiner signifie s'opposer à leurs volontés sans aucun motif raisonnable.
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| OBSTRUANS | (Médecine) ce sont des remedes qui incrassent & épaississent les humeurs trop subtiles, & qui les arrêtent ; tels sont les narcotiques & les astringens.
Tous les emplâtres, les onguens & les onctueux, sont en cette qualité bons pour attirer la suppuration, parce qu'en fermant les pores ils empêchent la transpiration de la partie, & sont cause que la résolution qui d'ailleurs n'étoit pas possible ne se faisant point, la matiere engorgée fermente, se broie, se divise & devient plus âcre, consomme les parties solides & les vaisseaux qui la contenoient par sa corrosion, & par-là devient une cause de la suppuration. Les suppuratifs sont donc des remedes obstruans. Voyez AGGLUTINATIFS, SARCOTIQUES, SUPPURATIFS.
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| OBSTRUCTION | (Médecine) L'obstruction est une obturation de canal qui empêche l'entrée du liquide vital, sain ou morbifique, qui doit y passer, & qui a pour cause la disproportion qui se trouve entre la masse du liquide, & le diamêtre du vaisseau.
Elle vient donc de l'étroite capacité du vaisseau, de la grandeur de la masse qui doit y passer, ou du concours des deux. Un vaisseau se rétrécit, quand il est extérieurement comprimé par sa propre contraction, ou par l'épaississement de ses membranes. La masse des molécules s'augmente par la viscosité du fluide, ou par le vice du lieu où il coule, & par ces deux causes à la fois, lorsque les causes de l'un & de l'autre mal concourent ensemble.
Les vaisseaux sont extérieurement comprimés, 1°. par une tumeur voisine pléthorique, inflammatoire, purulente, skirrheuse, chancreuse, oedémateuse, empoulée, variqueuse, anévrismale, topheuse, pituiteuse, calculeuse, calleuse : 2°. par la fracture, la luxation, la distorsion, la distraction des parties dures qui compriment les vaisseaux qui sont des parties molles : 3°. par toute cause qui tiraille trop & allonge les vaisseaux, soit une tumeur, soit la pression d'une partie dérangée de sa place, soit l'action d'une force externe : 4°. par des vêtemens étroits, par des bandages, par le poids du corps tranquillement couché sur une partie, par le frottement, par le travail.
La cavité d'un vaisseau se retrécit, quand sa propre contraction, celle des fibres longitudinales, & principalement de ses fibres spirales, augmente. Cette contraction a pour cause 1°. tout ce qui augmente le ressort des fibres, des vaisseaux & des visceres ; 2°. la trop grande plénitude des petits vaisseaux qui forment les parois & la cavité des grands ; 3°. la diminution de la cause qui dilatoit les vaisseaux, soit que ce fût l'inaction ou l'inanition. C'est pourquoi les vaisseaux coupés retiennent bien-tôt leurs liquides.
L'augmentation de l'épaisseur des membranes mêmes du vaisseau, vient 1°. de toute tumeur qui se forme dans les vaisseaux qui composent ces membranes ; 2°. de callosités membraneuses, cartilagineuses, osseuses qui s'y forment.
La masse des parties fluides s'augmente jusqu'au point de devenir imméable, 1°. lorsque leur figure sphérique se change en une autre qui présente plus de surface à l'ouverture du vaisseau ; ou 2°. lorsque plusieurs particules qui étoient auparavant séparées se réunissent en une seule petite masse. Ce changement de figure arrive principalement lorsque les molécules fluides n'étant plus également ni en même tems pressées de toutes parts, sont abandonnées à leur propre ressort, c'est-à-dire, lorsque le mouvement languit, ou que le tissu du vaisseau est relâché, ou que la quantité du fluide est diminuée.
L'union des molécules vient du repos, du froid, de la gelée, du desséchement, de la chaleur, de la violence de la circulation, & de la forte pression du vaisseau, de coagulans acides, austeres, spiritueux, absorbans, de matieres visqueuses, huileuses.
Les parties d'un fluide deviennent imméables par le vice du lieu où il coule, lorsqu'elles ont été poussées avec force dans un vaisseau dilaté vers sa base & trop étroit vers son extrêmité, dans laquelle elles ne peuvent finir leur circulation. La pléthore, l'augmentation du mouvement, la raréfaction des liqueurs, le relâchement du vaisseau, sont les principales causes de cette dilatation, sur-tout lorsqu'elles sont immédiatement suivies des causes contraires.
On connoît par-là les causes & la nature de toutes sortes d'obstructions.
Quand elles se trouvent formées dans un corps vivant, elles s'opposent au passage des humeurs qui y doivent couler, elles arrêtent tout ce qui vient heurter contr'elles, elles en reçoivent l'effort, expriment les parties les plus subtiles, réunissent les plus épaisses, distendent les vaisseaux, les dilatent, les atténuent, les brisent, condensent le fluide dont elles causent la stagnation, suppriment les fonctions qui dépendent de l'intégrité de la circulation, désemplissent & desséchent les vaisseaux qui en doivent être arrosés, diminuent la capacité qui leur est nécessaire pour transmettre les liqueurs, augmentent la quantité & la vélocité des liqueurs dans les vaisseaux libres, & produisent enfin tous les maux qui en peuvent dépendre.
Ces effets se manifestent différemment selon la différente nature du vaisseau obstrué, & de la matiere de l'obstruction.
Elle produit une inflammation du premier genre dans les arteres sanguines, une autre du second genre dans les arteres lymphatiques, un oedeme dans les grands vaisseaux lymphatiques, des douleurs sans tumeur apparente dans les petits ; d'autres effets dans les conduits adipeux, osseux, médullaires, nerveux, biliaires.
Celui qui connoîtra bien le siege, la nature, la matiere, les causes, les effets des différentes obstructions, ne se trompera point aux signes qui manifestent l'obstruction, à ceux qui font prévoir celle qui doit arriver, & ses effets. Toutes les especes de ce mal étant connues, il ne sera pas difficile de trouver la cure propre à chacune.
En effet, celle qui vient d'une compression externe, indique la nécessité d'ôter la cause de cette compression ; &, si la chose est possible, on emploiera la maniere d'y parvenir qui sera indiquée dans la suite.
L'obstruction qui vient de l'augmentation de la contraction des fibres se connoît non-seulement par les signes de la rigidité des fibres des vaisseaux, des visceres, mais encore par les signes clairs de sa cause.
Cette obstruction se dissipe 1°. par les remedes propres à corriger la trop grande rigidité des fibres, des vaisseaux : 2°. principalement, si on peut les appliquer à la partie même affectée sous la forme de vapeurs, de fomentations, de bains, de linimens, de clysteres : 3°. en désemplissant les vaisseaux trop pleins par des évacuans en général, mais sur-tout par des laxatifs, des délayans, des dissolvans, des atténuans, des détersifs, des purgatifs : 4°. par des médicamens qui ont la vertu de fondre les callosités. Mais il est bien rare que l'on guérisse, si on le fait jamais, l'obstruction qui naît de cette cause dans la vieillesse. Les meilleurs remedes sont les émolliens & les relâchans. Tant il est vrai que la mort est inévitable, & qu'il est très-difficile de se procurer une vie longue par le secours de la Médecine.
La difficulté qu'ont les fluides à passer par les vaisseaux, laquelle vient de ce qu'ils ont perdu leur figure sphérique, se fait aisément connoître par l'examen de ses causes ; car elles sont ordinairement sensibles. L'on y remédie en rétablissant cette figure, c'est-à-dire, en augmentant le mouvement des liqueurs dans les vaisseaux & dans les visceres par les irritans, les fortifians, l'exercice.
Quant aux concrétions du sang, elles se forment par tant de causes différentes qu'elles exigent divers remedes, ou diverses méthodes selon la circonstance. C'est cette variété soigneusement recherchée en chaque maladie, qui indique les secours nécessaires & la maniere de s'en servir. Cependant on les guérit en général par le mouvement réciproque du vaisseau ; 2°. par les délayans ; 3°. en y portant une liqueur fluide qui attenue la matiere par son mêlange & son mouvement ; 4°. en faisant cesser la cause coagulante.
On donne du ressort aux vaisseaux 1°. en diminuant leur tension par la saignée ; 2°. par les fortifians ; 3°. par le frottement & l'action des muscles ; 4°. par les irritans.
L'eau délaye sur-tout si on la prend chaude en boisson, en injection, sous la forme de fomentations ou de vapeurs déterminées vers le siege de la concrétion ; les attractifs, dérivatifs, propulsifs sont bons aussi à cet usage.
Les atténuans sont 1°. l'eau ; 2°. le sel marin, le sel gemme, le sel ammoniac, le sel de nitre, le borax, le sel fixe alkali, volatil ; 3°. les savons faits d'alkali & d'huile, naturels, composés, fuligineux, volatils, fixes, la bile ; 4°. les préparations mercurielles qu'on détermine vers la partie affectée par des dérivatifs, des attractifs, des propulsifs. On détruit la cause coagulante en la faisant passer dans une autre qui l'attire. C'est ainsi que les alkalis absorbent les acides, les huiles, &c. & c'est principalement par des expériences chimiques qu'on fait ces découvertes.
Lorsqu'un fluide qui a été poussé dans des lieux étrangers y devient impénétrable, & forme par-là des obstructions, plusieurs maladies malignes s'ensuivent ; c'est pourquoi ce genre de mal mérite d'être examiné attentivement.
On le connoît, lorsqu'on sait 1°. qu'il a été précédé de ses causes qu'il est ordinairement assez aisé d'observer ; 2°. que des causes contraires leur ont ensuite succédé ; 3°. enfin, quand on voit clairement ses effets, il est assez facile d'en prévoir les suites.
La cure consiste 1°. à faire rétrograder la matiere de l'obstruction dans de plus grands vaisseaux ; 2°. à la résoudre ; 3°. à relâcher les vaisseaux ; 4°. à la faire suppurer.
Ce mouvement de rétrogradation se procure 1°. en évacuant par de grandes & subites saignées les liqueurs qui, par leurs mouvemens, forçoient la matiere de s'engager davantage, &, par ce moyen, le vaisseau à force de se contracter, la fait rétrograder ; 2°. par des frictions faites de l'extrêmité du vaisseau vers sa base.
Tel est le systême de Boerhaave sur l'obstruction ; il est le premier médecin qui ait donné des idées claires & de vrais principes sur cette maladie. (D.J.)
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| OBTEMPÉRER | v. n. (Gramm. & Jurisprud.) c'est la même chose qu'obéir ; on dit obtempérer à un commandement ; obtempérer à un ordre, à une loi.
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| OBTENIR | v. act. (Gramm.) est relatif à solliciter. J'ai obtenu du roi la grace que je sollicitois. Il y a des occasions où l'importunité supplée au mérite, & où l'on obtient presqu'aussi sûrement de la lassitude des grands que de leur bienveillance & de leur justice. Et puis, le moyen de ne pas imaginer que celui qui s'obstine à demander, n'ait quelque droit d'obtenir ?
OBTENIR d'un cheval, (Maréchal) c'est venir à bout de lui faire faire ce qu'il refusoit auparavant.
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| OBTRINCESIMAE-OPPIDO | (Géog. anc.) c'est ainsi qu'on lit dans un passage d'Ammien-Marcellin, liv. XX. ch. viij. mais MM. de Valois ne doutent point qu'il ne faille lire Tricesimae-Oppido, & que ce ne soit la même ville que Colonia Trajana, ainsi nommée du séjour de la légion tricesima. (D.J.)
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| OBTURATEUR | TRICE, adj. en Anatomie, se dit de certaines parties relatives à l'ouverture du trou ovalaire de l'os des îles, dont quelques-unes le ferment.
Le muscle obturateur interne est attaché à presque toute la circonférence interne du trou ovalaire : toutes ses fibres se réunissent en un fort tendon qui se glisse dans une sinuosité, située entre l'épine & la tubérosité de l'ischium, & va se terminer en passant entre les deux jumeaux avec lesquels il se confine dans la cavité du grand trochanter.
L'obturateur externe vient de la partie antérieure & inférieure de la circonférence externe du trou ovale, & se termine à la partie inférieure de la cavité du grand trochanter.
Le nerf obturateur est formé par des rameaux de la seconde, troisieme & quatrieme paires lombaires ; il sort du bas-ventre par la partie supérieure des muscles obturateurs & du trou ovalaire de l'os innominé ; il donne en sortant plusieurs filets à ces muscles & aux autres muscles voisins.
Le ligament obturateur est un composé de plusieurs fibres ligamenteuses qui se croisent différemment, & qui ferment le trou ovale de l'os des hanches, en laissant des petits intervalles, sur-tout à la partie supérieure, pour le passage de l'artere, de la veine & du nerf.
OBTURATEUR, instrument de chirurgie destiné à boucher un trou contre nature à la voûte du palais. Les plaies d'armes à feu ou d'autres causes extérieures peuvent causer une déperdition de substance à la voûte du palais : elle arrive plus communément par la carie des os & les ulcères que causent le virus vénérien ou le scorbut.
Lorsqu'une ouverture établit contre l'ordre naturel une communication entre les fosses nasales & la bouche, les personnes ne peuvent presque plus se faire entendre en parlant, parce que l'air qui doit former le son de la voix s'échappe par la breche de la voûte du palais, & la déglutition est fort difficile, parce que les alimens que le mouvement de la langue doit porter dans l'arriere-bouche, passent en partie par le nez.
Le traitement le plus méthodique des causes virulentes qui ont occasionné la maladie, l'exfoliation parfaite des os viciés ou l'extraction des esquilles dans les fracas de la voûte du palais par cause extérieure, laissent un vice d'organisation auquel il faut suppléer par une machine qui empêche les inconvéniens que nous venons de décrire. On y réussit par l'application d'une plaque d'argent ou d'or assez mince, qui a un peu plus d'étendue que l'ouverture qu'elle doit boucher. Cette plaque doit être légérement convexe du côté de la voûte du palais, & un peu concave du côté qui regarde la langue. Toute la difficulté est de contenir cette plaque. Ambroise Paré a donné la description des obturateurs du palais, qu'il a imaginés & appliqués avec succès. Du milieu de la surface supérieure de la plaque obturatrice s'élevent deux tiges d'argent plates & élastiques, destinées à embrasser une petite éponge. Elle est portée dans le nez par l'ouverture du palais ; & les humidités du nez gonflant l'éponge, l'instrument est retenu en situation.
M. de Garengeot dans son traité des instrumens de chirurgie ; donne la description d'un autre obturateur. Voyez Planche XXIII. figures 4 & 5. Du milieu de la convexité de la plaque s'éleve une tige haute de huit lignes, & d'une ligne & demie de diamêtre. Elle se termine à son sommet par une petite vis haute de deux lignes ; un petit écrou quarré, de trois lignes de diamêtre en tout sens, est la seconde piece de l'obturateur. Pour s'en servir, on prend une éponge coupée de façon qu'elle ait une surface plate ; avec des ciseaux on donne au reste la figure d'un demi globe, qu'on enfile par le milieu avec la tige de l'instrument, & on fixe l'éponge par le moyen de l'écrou. On trempe l'éponge dans quelque liqueur ; on l'exprime bien ensuite, & on l'introduit avec la tige dans le trou de la voûte du palais.
L'expérience a démontré que l'éponge, par son gonflement, ne retenoit pas l'obturateur avec assez de stabilité, & qu'elle avoit en outre un inconvénient très-désagréable ; c'est de contracter dès le premier jour une odeur insupportable. On doit donc les construire sans éponge ; Ambroise Paré même en a fait graver qui sont retenues dans le nez au moyen d'une plaque qu'on tourne avec un bec de corbin. Cette plaque est comme une traverse ou un verrou dans la fosse nasale. Fauchard, dans son traité du chirurgien dentiste, décrit cinq especes d'obturateurs, qui sont des machines plus ou moins compliquées, & qui, dans certains cas, peuvent avoir leur utilité : mais M. Bourdet, dentiste de la reine, dans un traité qui a pour titre : recherches & observations sur toutes les parties de l'art du dentiste, vient de donner de très-bonnes remarques sur l'usage des obturateurs du palais. Il trouve que dans la plûpart des cas, on fait très-mal de se servir d'un obturateur avec une tige qui passe par le trou de la voûte du palais, parce que cette tige est un corps étranger qui empêche la réunion des parties, lesquelles sont susceptibles de se rapprocher peu-à-peu, & de fermer enfin à la longue le trou qu'un instrument mal construit entretient constamment. On a vu en effet au bout de six mois ou d'un an, plusieurs breches de palais absolument fermées par l'extension des parties molles. Dans cette vue, il faut se contenter d'une plaque, avec deux branches assez étendues pour être attachées avec des fils d'or à une dent de chaque côté. Cette espece d'obturateur remplit parfaitement les intentions qu'on a dans l'usage de cet instrument, & il ne met aucun obstacle au rapprochement des parties qui peuvent diminuer considérablement l'ouverture & même la boucher entierement.
Dans le cas où la partie de l'os maxillaire détruite avoit des alvéoles & portoit des dents, il faut que l'obturateur soit en même tems dentier. On trouve des machines ingénieusement imaginées pour ce cas dans le chirurgien dentiste de Fauchard. Voyez aussi dans le livre cité de M. Bourdet, l'article des palais artificiels ou obturateurs. (Y)
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| OBTURATION | terme de Chirurgie, qui se dit de la maniere dont les ouvertures se bouchent. La voûte du palais est sujette à être trouée contre l'ordre naturel : on y remedie par l'application d'un instrument. Voyez OBTURATEUR.
On a mis en question utile pour la pratique de savoir comment se referment les ouvertures du crane après l'opération du trépan. Ambroise Paré parle de certains abuseurs qui trompoient les malades, en leur demandant une piece d'or, qu'ils tailloient de la figure convenable à la perte de substance du crane, & qui faisoient croire qu'ils la mettoient au lieu & place de l'os. Ce grand chirurgien pense que la breche de l'os est irréparable ; & les observations les plus exactes sur cet objet font voir que le trou du trépan se bouche par une substance membraneuse, fournie par la dure mere, à laquelle se joignent les bourgeons charnus qui naissent du diploé dans toute la circonférence du trou, & que les tégumens fortifient. Cette espece de tampon calleux, formé de la substance préexistante de toutes les parties qui ont contribué à le produire, a été pris pour une substance nouvelle, une génération particuliere, parce que cette production ressemble à une corne naissante par sa couleur & sa consistance. Dans les grandes déperditions de substance, la dure mere produit des bourgeons charnus, qui, en se dessechant de la circonférence de la plaie vers le centre, deviennent assez fermes pour mettre le cerveau en sureté. On sent le mouvement du cerveau au-travers de cette membrane. Pour éviter les injures extérieures, on doit faire porter aux personnes qui sont dans ce cas une calotte. M. de la Peyronie a vu des inconvéniens d'une calotte d'argent : elle s'échauffe & devient fort incommode. Ambroise Paré a fait porter une calotte de cuir bouilli à un homme, pour mettre la cicatrice en sureté, jusqu'à ce qu'elle fût devenue assez ferme. Il y auroit de la prudence à ne jamais être au moins sans une calotte de carton, après la cure des plaies où l'on a perdu une partie d'os du crane. On peut tenir pour suspecte l'observation d'un auteur, qui dit que pour suppléer à une grande partie du pariétal, on appliqua une plaque d'argent percée de plusieurs trous, à-travers desquels les chairs se joignirent par-dessus la plaque, qu'elles enfermerent. On ajoute qu'on sentoit cette plaque & ses trous, lorsqu'on portoit le doigt sur la cicatrice.
Belloste loue beaucoup dans son traité intitulé le chirurgien d'hôpital, un instrument de son invention pour boucher le trou du crane d'un pansement à l'autre. C'est une plaque de plomb percée de plusieurs trous, pour laisser suinter les matieres purulentes, & qui retient le cerveau très-disposé en certaines occasions à faire hernie par l'ouverture. Mais si l'on fait attention que souvent c'est une excroissance fongueuse de la tumeur qu'on prend pour une hernie du cerveau, on concevra qu'une plaque de plomb ne peut qu'être préjudiciable, & qu'il faut attaquer l'excroissance par des cathéretiques capables de la détruire. En la contenant par la plaque de Belloste, on fait une compression sur le cerveau, dont il peut résulter des accidens. Si c'est la substance même du cerveau qui se tumefie, il faut remédier à cet accident par des saignées, qui diminuent le volume du sang, & l'action impulsive des vaisseaux. Il faut de plus se servir de remedes convenables. M. de la Peyronie a observé que l'usage de l'esprit-de-vin, qui s'oppose à la pourriture dans toutes les parties du corps, qui coagule la lymphe & excite la crispation des vaisseaux, produisoit des effets tout contraires au cerveau. Il rarefie sa substance ; & en lui faisant occuper plus de volume, il en favorise la dissolution putride. L'huile de térébenthine, ou le baume du commandeur, font sur le crane une espece de vernis, qui empêche l'action putréfiante de l'air ; & ces médicamens, en resserrant le tissu de ce viscere, répriment la force expansive qui lui vient de l'action de ses vaisseaux ; la saignée modere efficacement cette action. La plaque obturatrice de Belloste ne produit point ces effets salutaires. (Y)
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| OBTURATRICE | (Anat.) l'artere obturatrice vient quelquefois de l'épigastrique, d'autres fois de l'hypogastrique : elle passe par la sinuosité qui s'observe à la partie supérieure du trou ovale des os des hanches, & se distribue dans toutes ces parties.
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| OBTUS | adj. angle obtus en Géométrie est un angle de plus de 90 degrés, c'est-à-dire, qui contient plus d'un quart de cercle, ou qui est plus grand qu'un angle droit. Voyez ANGLE AIGU & DROIT.
OBTUSANGLE, adj. (Géom.) On appelle triangle obtusangle celui qui a un angle obtus. Voyez ANGLE & OBTUS.
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| OBULARIA | S. f. (Botan.) nom donné par Linnaeus à un genre de plante, dont voici les caracteres. La fleur n'a point de calice, & est monopétale ; c'est un tube en forme de cloche, percé, dont le bord est divisé en quatre quartiers, plus courts que le tuyau. Les étamines sont quatre filets qui s'élevent des segmens de la fleur ; & deux de ces filets sont un peu plus courts que les deux autres. Les bossettes des étamines sont courtes ; le germe du pistil est ovale & applati ; le stile est cylindrique & de la longueur des étamines ; le stigma est oblong, fendu en deux & subsistant ; la capsule est d'une figure ovale comprimée, & renferme quantité de semences aussi menues que la poussiere. (D.J.)
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| OBULCON | (Géog. anc.) en grec, , ville d'Espagne dans la Bétique, selon Ptolémée, lib. II. c. iv. Mariana croit que c'est présentement Porcuna, petite place entre Cordoue & Jaen. On y a trouvé une ancienne inscription rapportée dans le recueil de Gruter, où on lit, Ordo Pontificiensis Obulconensis. (D.J.)
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| OBUS | HAUBITZ ou OBUSIER, c'est dans l'artillerie une espece de mortier, qui se tire horisontalement comme le mortier ordinaire, & qui a un affut à roues de même que le canon. Les Anglois & les Hollandois sont les inventeurs de ces sortes de pieces. Les premiers que l'on vit en France furent pris à la bataille de Nerwinde, que M. le maréchal de Luxembourg gagna sur les alliés en 1693. Outre 77 pieces de fonte qu'ils abandonnerent, on trouva deux obus anglois & six hollandois. Les obus anglois pesoient environ quinze cent livres, & les hollandois neuf cent. (q)
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| OBVIER | v. neut. (Gram.) c'est prévenir, empêcher, aller au-devant. On crie sans cesse contre les formalités, & on ne sait pas à combien de maux elles obvient. Les enregistremens, par exemple, obvient presqu'à borner les actes de despotisme, que les ministres ne seroient que trop souvent tentés d'exercer sur les peuples au nom du souverain.
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| OBY | (Géog.) grande riviere d'Asie. Elle prend sa source dans la grande Tartarie du lac Osero Teleskoi vers les 52 deg. de lat. L'Irtis se jette dans l'Oby, à 60 d. 40 m. de lat. ensuite elle tourne au nord, & va se décharger vers les 65 d. de lat. dans la Guba-Tassaukoya, par laquelle ses eaux sont portées dans la mer glaciale vers les 70 deg. de lat. après une course d'environ 400 lieues. Cette vaste riviere est extrêmement abondante en toutes sortes d'excellens poissons ; ses eaux sont blanches & légeres, & ses bords fort élevés sont par-tout couverts de forêts. On trouve sur ses rives des pierres fines, transparentes, rouges & blanches, dont les Russes font beaucoup de cas. Il n'y a point de villes sur les bords de cette riviere, mais seulement des bourgs, que les Russes y ont bâtis, depuis qu'ils possedent la Siberie. La source de l'Oby est à 160d. 12'. 45''. de long. & à 49d. 50'. de lat. (D.J.)
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| OCA | S. f. (Gram. & Bot.) racine dont les Indiens occidentaux se servent au lieu de maïs dans les provinces où ce dernier ne vient point. L'oca est grosse & longue comme le pouce ; on la mange crue, & est douce au goût ; on la mange aussi crue, séchée au soleil. Elle s'appelle cavi.
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| OCAIGNER | OCAIGNER
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| OCAK | (Géog.) ville ruinée de la Tartarie, sur la rive occidentale du Wolga, & autrefois habitée par les Tartares nogais. (D.J.)
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| OCALÉE | (Géog. anc.) en grec, , ancienne ville de Grece en Béotie, dont parle Homere, & dont Pline, l. IV. c. vij. met la situation sur la côte. Strabon nous apprend qu'elle étoit à distance égale, savoir à trente stades d'Haliarte & d'Alalcomene. (D.J.)
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| OCANA | (Géog.) ville d'Espagne, dans la nouvelle Castille, dans une plaine qui abonde en tout ce qui est nécessaire à la vie, à 9 lieues de Madrid. Long. 14. 36. lat. 39. 56. (D.J.)
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| OCANG | ou OCANGA, (Géog.) petite contrée très-peu connue de l'Ethiopie occidentale, à l'orient du Congo, entre le Zaire au N. O. la Zambre au N. & le Coango.
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| OCCA | (Géogr.) ce nom est commun à deux rivieres bien éloignées ; savoir, 1°. à une riviere d'Espagne dans la vieille Castille, qui prend sa source aux montagnes de Burgos, & qui se jette dans la mer au-dessous de Frias : 2°. Occa est une riviere de l'empire russien, qui a sa source dans l'Ukraine, & qui se perd dans le Wolga. (D.J.)
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| OCCABUS | S. m. (Hist. anc.) terme d'inscription que M. de Bose croit être la même chose que le , & le des Grecs, qui répond au circulus ou à l'armilla des Romains ; & en ce cas l'occabus est un ornement de cou ou de bras, un collier ou un bracelet garni de pierres précieuses, & d'où pendoient quelques petites chaînes, que les sacrificateurs portoient dans les cérémonies éclatantes, & sur-tout dans celle du taurobole.
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| OCCASARY | (Hist. mod.) c'est le titre que l'on donne dans le royaume de Bénin, en Afrique, au général en chef des forces de l'état. Quoique dans ce pays l'on ignore l'art de la guerre, la discipline des troupes est extrêmement sévere, & la moindre transgression est punie de mort.
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| OCCASE | S. m. (Astronom.) amplitude occase est la même chose qu'amplitude occidentale. Voyez AMPLITUDE.
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| OCCASION | S. f. (Gram.) moment propre par le concours de différentes circonstances pour agir ou parler avec succès. Je chercherai l'occasion de vous servir ; il a montré de la fermeté dans une occasion difficile ; fuyez l'occasion de faillir ; l'occasion fait le larron.
OCCASION, (Mythologie) les Grecs personnifierent l'Occasion, qu'ils nommerent , & qu'un poëte a dit être le plus jeune des fils de Jupiter. Les Eléens lui avoient érigé un autel. Les Romains en firent une déesse, parce qu'en latin son nom est féminin. On représentoit ordinairement cette divinité sous la figure d'une femme nue & chauve par derriere. Elle portoit un pié en l'air & l'autre sur une roue, tenant un rasoir de la main droite & un voile de la main gauche. Ausone l'a peinte ainsi dans une de ses épigrammes, & l'explication de ces symboles n'est pas difficile. (D.J.)
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| OCCIDENT | S. m. (Astronom.) est la partie de l'horison où le soleil se couche, c'est-à-dire par laquelle le soleil paroit passer pour entrer dans l'hémisphere inférieur & pour se cacher. Voyez ORIENT.
Occident d'été, est le point de l'horison où le soleil se couche lorsqu'il entre dans le signe de l'écrevisse, & que les jours sont les plus longs.
Occident d'hiver, est le point de l'horison où le soleil se couche lorsqu'il entre dans le signe du capricorne, & que les jours sont les plus courts.
Occident équinoxial, est le point de l'horison où le soleil se couche lorsqu'il entre dans le bélier ou dans la balance ; l'occident équinoxial est proprement ce qu'on appelle couchant, parce que le point de l'occident équinoxial est également éloigné du midi & du nord. Voyez COUCHANT & HARRIS. (O)
OCCIDENT, dans la Géographie, s'applique aux pays qui sont situés au coucher du soleil par rapport à d'autres pays, c'est ainsi qu'on appelloit autrefois l'empire d'Allemagne l'empire d'occident par opposition à l'empire d'orient qui étoit celui de Constantinople. L'église romaine s'appelle l'église d'occident, par opposition à l'église grecque, &c. Les François, les Espagnols, les Italiens, &c. sont appellés des nations occidentales à l'égard des Asiatiques, & l'Amérique Indes occidentales à l'égard des Indes orientales. Chambers. (O)
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| OCCIDENTAL | (Gnom.) se dit de tout ce qui a rapport à l'occident, qui est tourné vers l'occident, qui est à l'occident d'un lieu, &c. Voyez OCCIDENT.
Cadran occidental, est un cadran vertical dont la surface regarde directement le couchant. Voyez CADRAN.
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| OCCIPITAL | LE, adj. en Anatomie, qui appartient à l'occiput. Voyez OCCIPUT.
On divise l'os occipital en deux faces, une postérieure externe convexe, unie à la partie supérieure, inégale & raboteuse à la partie inférieure ; une antérieure interne concave & inégale.
On remarque à la partie moyenne de la face externe la protubérance ou bosse occipitale, sur les parties latérales de cette protubérance deux arcades transversales qui sont plus ou moins sensibles, au-dessous une ligne perpendiculaire appellée épine ou crête de l'occipital, qui divise la partie inférieure de la face externe, & les deux parties égales & symmétriques jusqu'au grand trou occipital, deux plans raboteux aux parties latérales de cette ligne, les deux condyles de l'occipital sur les parties latérales antérieures du grand trou occipital, deux fossettes condyloïdiennes antérieures, & deux trou ; condyloïdiens antérieurs à la partie antérieure de ces condyles ; deux fosses condyloïdiennes postérieures, & deux trous condyloïdiens postérieurs (ils ne s'y trouvent pas toujours) à leur partie postérieure ; l'apophyse basilaire ou l'apophyse cunéiforme, qui se termine antérieurement & inférieurement ; sur les parties latérales de cette apophyse une échancrure, qui avec celle de l'os des tempes, forme le trou déchiré postérieur. Voyez TROU DECHIRE, &c.
On voit dans la partie moyenne de la face interne un tubercule vis-à-vis la protubérance externe, à la partie supérieure de ce tubercule, & sur ses parties latérales une gouttiere, à sa partie inférieure une crête ou épine occipitale interne (c'est quelquefois une gouttiere) qui répond à l'épine externe ; cette épine & les trois gouttieres forment une espece de croix qui divise la face interne en quatre fosses, deux supérieures & deux inférieures, sur les parties latérales antérieures du grand trou occipital, les trous condyloïdiens antérieurs, sur l'apophyse basilaire, la fosse basilaire. Voyez CRETE, éPINE, &c.
Cet os est articulé avec les pariétaux, les temporaux, le sphénoïde, & la premiere vertebre du cou par ginglyme, il est composé de quatre pieces dans les enfans nouveaux nés ; mais ces pieces s'unissent avec le tems, & n'en forment plus qu'une.
Le sinus occipital postérieur de la dure-mere est quelquefois double & se trouve situé sur les parties latérales d'une espece de petite faux formée par la tente du cervelet tout le long de l'épine interne de l'os occipital ; ce sinus s'abouche avec les sinus occipitaux inférieurs.
Ces sinus forment en partie un sinus circulaire tout-au-tour du rebord supérieur du trou occipital ; ils s'appellent aussi sinus latéraux inférieurs.
L'artere occipitale vient de la carotide externe, elle passe obliquement sur la jugulaire interne, se glisse entre les apophyses stiloïde & mastoïde, & va se distribuer aux tégumens de l'occiput. Voyez OCCIPUT.
OCCIPITAUX, les muscles occipitaux sont au nombre de deux, un de chaque côté, situés obliquement de la partie externe à l'interne, de bas en haut sur l'occipital ; il s'attache par ses fibres charnues à la cime supérieure demi-circulaire de l'occipital, entre la tubérosité & la partie supérieure de l'apophyse mastoïde ; enfin lorsqu'il est parvenu vers la suture lambdoïde, ses fibres sont tendineuses, & vont s'entrelacer avec celles du côté opposé, celles des muscles frontaux, des eleveurs de l'oreille, & se perdent en partie à la peau, qu'ils tirent en haut lorsqu'ils agissent. Voyez nos Pl. anat. & leur explication.
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| OCCIPUT | en Anatomie, la partie postérieure de la tête. Voyez TETE.
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| OCCITANIA | (Géog. anc.) c'est le nom que quelques auteurs du moyen âge ont donné à la province du Languedoc ; mais ce nom étoit commun à tous les peuples qui disoient oc pour oui, c'est-à-dire, aux habitans de la Gascogne, de la Provence, du Dauphiné, ainsi que du Languedoc, dont le nom moderne a été formé. (D.J.)
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| OCCLIS | (Géog. anc.) ancienne ville de l'Arabie heureuse, autrefois marchande, & port de mer fameux par le commerce des Indes ; mais ce n'est aujourd'hui qu'une aiguade. Ptolémée la met à 75d. de long. & à 12d. 30'. de lat. (D.J.)
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| OCCRE | L '(Géog.) petite riviere de France en Berry. Elle vient d'auprès de Cernoi, & tombe dans la Loire entre Gien & le canal de Briare. (D.J.)
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| OCCULTATION | S. f. (Astron.) se dit du tems pendant lequel une étoile ou une planete est cachée à notre vue par l'interposition du corps de la lune, ou de quelqu'autre planete. Voyez ECLIPSE.
Cercle d'occultation perpétuelle est dans la sphere oblique, un parallele aussi éloigné du pole abaissé, que le pole élevé est distant de l'horison.
Toutes les étoiles renfermées entre ce cercle & le pole abaissé, ne se levent jamais sur l'horison ; mais demeurent toujours au-dessous, &c. Ainsi, dans nos climats, toutes les étoiles qui sont à moins de 48°. 50'. de distance du pole austral ou méridional, ne peuvent jamais être vues sur notre horison. C'est ce qui obligea M. Halley de se transporter, en 1677, à l'île de Sainte Helene, pour donner un catalogue de ces étoiles. Voyez ÉTOILES, CIRCUMPOLAIRE, & CERCLE. (O)
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| OCCULTE | se dit de quelque chose de secret, de caché, ou d'invisible. Les sciences occultes sont la Magie, la Nécromancie, la Cabale, &c. sciences toutes frivoles, & sans objets réels. Voyez MAGIE, CABALE, NECROMANCIE, &c.
Agrippa a fait plusieurs livres de philosophie occulte, remplis de folies & de réveries ; & Fludd a fait neuf volumes de cabale, ou science occulte, où presque tout est entortillé de figures & de caracteres hébreux. Voyez ROSECROIX.
Les anciens Philosophes attribuoient à des vertus, à des causes, à des qualités occultes les phénomenes dont ils ne sont pas capables de trouver la raison.
Si par ce mot de qualité occulte ces philosophes n'entendent autre chose, sinon une cause dont la nature & la maniere d'agir est inconnue ; il faut avouer que leur philosophie est, à plusieurs égards, plus sage que la notre. Voyez ATTRACTION & NEWTONIANISME.
OCCULTE, se dit en Géometrie d'une ligne qui s'apperçoit à peine, & qui a été tirée ou avec la pointe du compas, ou au craion.
Les lignes occultes sont fort en usage dans différentes opérations, comme quand on leve des plans, qu'on dessine un bâtiment, un morceau de perspective ; on efface ces lignes quand l'ouvrage est fini. Chambers. (E)
OCCULTE, couvé, se dit des maladies qui ne sont annoncées par aucun symptome avant de se manifester ; qui font sentir toute leur violence dès le premier abord, & dont le malade est accablé brusquement, & sans qu'on puisse lui reprocher d'y avoir donné lieu. Ces sortes de maladies sont causées, pour l'ordinaire, par la disposition pléthorique & cacochyme du malade, qui occasionne l'attaque subite par l'irruption de la matiere morbifique qui se fait tout-à-coup, soit sur un viscere, soit sur un nombre considérable de vaisseaux.
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| OCCUPANT | (Jurisprud.) se dit d'un procureur constitué sur une cause, instance ou procès. Il ne peut pas y avoir deux procureurs occupans en même tems pour une même partie.
Premier occupant se dit de celui qui se saisit le premier d'une chose & qui s'en rend le maître. Les choses abandonnées sont au premier occupant. Voyez les institutes, liv. II. tit. premier, & ci-après OCCUPATION. (A)
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| OCCUPATION | S. f. figure de Rhétorique, qui consiste à prévenir une objection que l'on prévoit, en se la faisant à soi-même & en y répondant. M. Flechier a mis cette figure en usage dans cet endroit de l'oraison funebre de M. de Turenne. " Quoi donc n'y a-t-il point de valeur & de générosité chrétienne ? L'Ecriture qui commande de se sanctifier, ne nous apprend-elle pas que la piété n'est point incompatible avec les armes ?... Je sai, messieurs, que ce n'est pas en vain que les princes portent l'épée, que la force peut agir quand elle se trouve jointe avec l'équité, que le Dieu des armées préside à cette redoutable justice, que les souverains se font à eux-mêmes, que le droit des armes est nécessaire pour la conservation de la société, & que les guerres sont permises pour assurer la paix, pour protéger l'innocence, pour arrêter la malice qui se déborde, & pour retenir la cupidité dans les bornes de la justice. "
On nomme ainsi cette figure du mot latin occupare, occuper, s'emparer, parce qu'elle sert à s'emparer, pour ainsi dire, de l'esprit de l'auditeur. On l'appelle autrement préoccupation. Voyez PREOCCUPATION.
OCCUPATION, (Jurisprud.) signifie quelquefois habitation, c'est-à-dire, ce qu'un locataire occupe, & le tems qu'il a à garder les lieux. C'est ainsi que l'article 162 de la coutume de Paris porte : que s'il y a des sous-locatifs, leurs biens peuvent être pris pour le loyer & charge de bail, & néanmoins qu'ils leur seront rendus en payant le loyer pour leur occupation. (A)
Occupation est aussi un moyen d'acquérir du droit des gens, suivant lequel les choses appellées nullius, c'est-à-dire, qui n'ont point de maîtres, & les choses appartenantes aux ennemis sont au premier occupant.
Il y a, suivant le droit romain, cinq manieres d'acquérir ainsi par occupation ; savoir, venatus, la chasse aux bêtes fauves ; aucupium, qui est la chasse à l'oiseau ; piscatio, la pêche ; inventio, comme quand on trouve des perles sur le bord de la mer, des choses abandonnées, ou un trésor ; enfin, praeda bellica, c'est-à-dire, le butin que l'on fait sur les ennemis. Voyez les instit. liv. II. tit. 1.
Ces manieres d'acquérir n'ont pas toutes également lieu dans notre usage. Voyez CHASSE, PECHE, INVENTION, TRESOR, ENNEMIS, BUTIN. (A)
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| OCCURRENCE | S. f. (Gram.) il est synonyme à conjoncture ; il marque seulement un peu plus de hasard. S'il est prudent, il n'est pas toujours honnête de changer de conduite selon les occurrences.
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| OCÉAN | S. m. (Géog.) c'est cette immense étendue de mer qui embrasse les grands continens du globe que nous habitons. Les Grecs nous ont donné le mot Océan, , formé d', rapidement, & de , couler.
On dit la mer simplement pour signifier la vaste étendue d'eaux qui occupent une grande partie du globe. L'Océan a quelque chose de plus particulier, & se dit de la mer en général par opposition aux mers qui sont enfermées dans les terres. L'Océan n'environne pas moins le nouveau monde que l'ancien ; mais dans les mers resserrées dans de certains espaces de terre, le nom d'Océan ne convient plus.
L'Océan lui-même se partage en diverses mers, non qu'il soit divisé par aucune borne, comme les mers enfermées entre des rivages, & où l'on entre par quelques détroits, mais parce qu'une aussi grande étendue de mer que l'Océan est parcourue par des navigateurs qui ont besoin de distinguer en quel lieu ils se sont trouvés, on a imaginé des parties que l'on distingue par des noms plus particuliers.
Mais en général plusieurs géographes ont divisé l'Océan principal en quatre grandes parties, dont chacune est appellée aussi Océan, & qui répondent aux quatre continens ou grandes îles de la terre, telles sont :
1°. L'Océan atlantique, qui est situé entre la côte occidentale du vieux monde, & la côte orientale du nouveau. On l'appelle aussi Océan occidental, parce qu'il est à l'occident de l'Europe. L'équateur le divise en deux parties, dont l'une est contiguë à l'Océan hyperboréen, & l'autre à la mer Glacée ou mer Méridionale.
2°. L'Océan pacifique, ou grande mer du sud, qui est située entre la côte occidentale d'Asie & d'Amérique, & s'étend jusqu'à la Chine, & aux îles Philippines.
3°. L'Océan hyperboréen ou septentrional, qui environne le continent arctique.
4°. L'Océan méridional, qui regne autour du continent méridional, & dont l'Océan indien fait partie.
D'autres géographes divisent aussi l'Océan principal en quatre parties de la maniere suivante : l'Océan atlantique, selon eux, en fait une partie ; mais ils ne l'étendent pas au-delà de l'équateur, où ils font commencer l'Océan éthiopique. Ils comptent aussi avec nous l'Océan pacifique, & ils y ajoutent l'Océan indien. Mais nous avons plus d'égards dans notre division aux quatre grands continens. Quelques-uns ne le divisent qu'en trois parties ; savoir, l'atlantique, le pacifique & l'indien ; mais alors ils donnent plus d'étendue à l'Océan pacifique. Chacun peut s'attacher à la division qui lui semblera la meilleure ; cela n'est pas fort important ; car cette division n'est point faite par la nature même, c'est l'ouvrage de l'imagination seule.
L'Océan dans son étendue continuée environne toute la terre & toutes ses parties. Sa surface n'est interrompue nulle part par l'interposition de la terre ; il y a seulement des endroits où la communication ne se fait que par des trajets plus étroits.
La vérité de cette proposition ne peut se prouver que par l'expérience qu'on a acquise principalement en navigeant autour de la terre ; ce qui a été plusieurs fois entrepris & exécuté heureusement ; premierement par les Espagnols sous le capitaine Magellan, qui a découvert le premier le détroit auquel il a donné son nom ; ensuite par les Anglois, savoir, par François Drak, Thomas Cavendish & autres ; & postérieurement par les Hollandois, &c.
Les anciens n'ont jamais douté que l'Océan ne fût ainsi continué ; car ils supposoient que l'ancien monde étoit élevé au-dessus des eaux qui l'environnoient de toutes parts ; quelques uns même ont cru qu'il étoit flottant. Mais quand on eut découvert l'Amérique, qui a beaucoup d'étendue du nord au sud, & qui semble interrompre la continuité de l'Océan, & que l'on eût trouvé les continens arctique & antarctique ; alors on commença à changer de sentiment ; car on s'imagina que l'Amérique étoit jointe à quelque partie du continent méridional ; ce qui n'étoit pas sans vraisemblance, de même que la plûpart de nos géographes modernes supposent que l'Amérique méridionale est jointe au Groenland. Si ces deux conjectures eussent été justes, il s'en seroit suivi à la vérité que l'Océan n'environnoit pas toute la terre ; mais Magellan a levé tous les scrupules, & écarté tous les doutes à cet égard, en découvrant, en 1520, les détroits qui séparent l'Amérique d'avec le continent du sud, & qui joignent l'Océan atlantique avec la mer pacifique. Ainsi, ce que les anciens avoient supposé par une mauvaise forme de raisonner, l'expérience nous a démontré que c'est une vérité certaine. On en peut dire autant de l'Afrique ; car les Anciens supposoient sans hésiter qu'elle étoit bornée au sud par l'Océan, & qu'elle ne s'étendoit pas si loin au-delà de l'équateur, ce qui s'est trouvé exactement vrai ; mais quand les Portugais eurent navigé le long de la côte occidentale d'Afrique, & découvert qu'elle s'étendoit bien au-delà de l'équateur, on douta alors si on pourroit en faire le tour de maniere à pouvoir y trouver un passage pour aller aux Indes ; c'est-à-dire, si l'Afrique s'étendoit bien loin au midi, & si elle étoit entourée de l'Océan. Mais Vasco de Gama leva encore ce doute ; car, en 1497, il côtoya d'abord la partie la plus méridionale du promontoire d'Afrique, appellé le Cap de bonne espérance ; nom qui lui fut donné par Jean II. roi de Portugal, en 1494, lorsque Barthelemi Diaz, qui d'abord en revint, quoiqu'il n'eut pas doublé ce cap faute de provision, & à cause des temps orageux, lui eût donné une description détaillée de l'état tempestueux & orageux de la mer auprès de ce promontoire.
On fait bien des questions curieuses sur l'Océan ; nous n'en toucherons que quelques-unes d'entre celles que Varenius n'a pas dédaigné de résoudre. Les voici.
I. On recherche pourquoi l'Océan apperçu du rivage paroît s'élever à une grande hauteur, à mesure qu'il s'éloigne ?
Je réponds que c'est une erreur de la vue, ou pour parler plus exactement, une faute de calcul, qui a jetté bien des gens dans l'erreur, & leur a fait croire qu'en beaucoup d'endroits la mer est plus élevée de quelques stades que la terre. Mais il est bien surprenant que ces personnes n'aient jamais pensé à une expérience qu'on est à portée de faire tous les jours, & qui découvre aisément cette tromperie des sens. Quand nous regardons une longue allée d'arbres ou une rangée de colonnes, la partie la plus éloignée nous paroît toujours plus haute que celle qui est auprès de nous ; & toute l'allée semble s'élever petit-à-petit, à mesure que ses parties s'éloignent de nous, quoique réellement elle soit partout au même niveau : c'est ainsi que nous estimons aussi la hauteur de la mer ; car, si nous prenions un niveau, & que du rivage nous observassions les parties éloignées de la mer, nous ne les trouverions pas plus hautes que nous ; au contraire elles se trouveroient un peu plus basses que l'horison sur lequel nous sommes.
II. On demande si l'Océan est partout de la même hauteur ?
Il paroît que les différentes parties de l'Océan & les baies ouvertes sont toutes de la même hauteur ; mais les baies en longueur, & principalement celles que forment des détroits serrés, sont un peu plus basses, surtout à leurs extrêmités. Il seroit cependant à souhaiter que nous eussions des observations meilleures & plus exactes que celles qu'on a faites jusqu'à ce jour sur ce sujet. Il seroit desirable que ceux qui sont à portée de les faire, travaillassent à lever, s'il est possible, les doutes suivans : savoir, 1°. si l'Océan indien, pacifique & atlantique n'est pas plus bas que les deux autres ; 2°. si l'Océan septentrional auprès du pole, & sous la zone froide est plus élevé que l'atlantique ; 3°. si la mer rouge est plus haute que la Méditerranée ; 4°. si la mer pacifique est plus haute que la baie de Mexique ; 5°. si la mer baltique est aussi haute que l'Océan atlantique. Il faudroit encore observer ces différences dans la baie de Hudson, au détroit de Magellan, & dans d'autres endroits.
Le flux & reflux continuel de la mer, & les courans, font changer la face de l'Océan, & rendent les parties d'une hauteur différente dans différens tems : mais ce changement est opéré par des causes étrangeres, & nous n'examinons ici que la constitution naturelle de l'eau ; d'ailleurs, il ne paroît pas que ce changement de hauteur soit si sensible au milieu de l'Océan qu'auprès des côtes.
III. La profondeur de l'Océan n'est-elle pas variable, & telle dans quelques endroits qu'on n'en peut pas trouver le fond ?
La profondeur de l'Océan varie suivant que son lit est plus ou moins enfoncé ; on la trouve quelquefois de 1/10, 1/40, 1/20, 1/4, 1/2, &c. mille d'Allemagne, &c. Il y a des endroits où l'on trouve un mille & plus, & où la sonde ne se trouve pas communément assez longue pour atteindre au fond ; cependant il est assez vraisemblable que, même dans ce cas, le fond n'est pas aussi éloigné qu'on le croit, si ce n'est peut-être aux endroits où il se rencontre des trous extraordinaires, ou des passages souterrains.
La profondeur des baies n'est pas si grande que celle de l'Océan, & leurs lits sont d'autant moins creux, qu'ils se trouvent plus proches de la terre : par la même raison l'Océan n'est pas si profond auprès des côtes que plus avant, ce qui est occasionné par la figure concave de son lit.
Les marins trouvent la profondeur de la mer avec un plomb de figure pyramidale, & d'environ douze livres de pesanteur ; qu'ils attachent à une ligne de 200 perches de longueur ; quelquefois on prend un plomb plus pesant. Cependant ils peuvent bien être trompés dans cette observation lorsque la sonde est entraînée par un courant ou un tournant d'eau : car alors elle ne descend pas perpendiculairement, mais dans une direction oblique. Lorsque la profondeur est si grande que la sonde ne suffit pas pour y parvenir, on peut employer la méthode donnée par le docteur Hook dans les Transactions philosophiques, n°. 9.
Il paroît pourtant que la profondeur de l'Océan est limitée par-tout, & qu'elle ne va pas jusqu'aux Antipodes ; car si deux portions de terre étoient divisées par quelque partie de l'Océan qui pût être continuée à-travers le centre du globe jusqu'au côté opposé, elles tomberoient ensemble au centre, à moins d'être soutenues par les arcades, par la raison que la terre est plus pesante que l'eau. D'ailleurs toute la masse de la terre & de l'eau est limitée, & conséquemment la profondeur de l'Océan ne peut pas être infinie.
D'ailleurs les observations qu'on a faites en divers endroits à ce sujet, prouvent clairement que la profondeur de la mer équivaut à-peu-près à la hauteur des montagnes & des lieux méditerranés, c'est-à-dire qu'autant les unes sont élevées, autant l'autre est déprimée ; & que comme la hauteur de la terre augmente à mesure qu'on s'éloigne des côtes, de même la mer devient de plus en plus profonde en avançant vers son milieu, où communément sa profondeur est la plus grande.
La profondeur de la mer est souvent altérée dans le même lieu par quelques-unes des causes suivantes : 1°. par le flux & reflux ; 2°. par l'accroissement & le décroissement de la lune ; 3°. par les vents ; 4°. par les dépôts du limon qui vient des côtes : ce qui fait qu'avec le tems les sables & le limon rendent petit-à-petit le lit de la mer plus plat.
IV. Pourquoi l'Océan qui reçoit tant de rivieres, ne s'aggrandit-il point ? Cette question est très-curieuse.
Puisque l'Océan reçoit perpétuellement une quantité prodigieuse d'eau, tant des rivieres qui s'y déchargent que de l'air par les pluies, les rosées & les neiges qui y tombent, il seroit impossible qu'il n'augmentât pas considérablement, s'il ne diminuoit de la même quantité par quelqu'autre moyen ; mais comme on n'a remarqué aucun accroissement considérable dans la mer, & que les limites de la terre & de l'Océan sont les mêmes dans tous les siecles, il faut chercher par quel moyen l'Océan perd autant d'eau qu'il en reçoit par les pluies & les rivieres. Il y a à ce sujet deux hypothèses chez les Philosophes : l'une est que l'eau de la mer est portée par des conduits souterrains jusqu'aux sources des rivieres, où se filtrant à-travers les crevasses, elle perd sa salure : l'autre hypothèse est que cette perte se fait par les vapeurs qui s'élevent de sa surface. La premiere opinion est presqu'abandonnée de tout le monde, parce qu'il est bien difficile, pour ne pas dire impossible, d'expliquer comment l'eau de l'Océan, étant plus basse que l'embouchure des rivieres, peut remonter aux sources, qui sont la plûpart sur de hautes montagnes. Mais dans la seconde hypothèse on n'a point cette difficulté à expliquer, ni à empêcher l'accroissement de l'Océan, ni à fournir d'eau les sources : ce qui se doit faire aisément par les vapeurs que nous savons certainement être attirées de la surface de l'Océan.
La quantité de vapeurs qui s'éleve de la mer a été calculée par M. Halley de la maniere suivante. Trans. philos. n°. 189.
Il a trouvé, par une expérience faite avec beaucoup de soin, que l'eau salée au même degré que l'est ordinairement l'eau de mer, & échauffée au degré de chaleur de l'air dans nos étés les plus chauds, exhale l'épaisseur d'un soixantieme de pouce d'eau en deux heures : d'où il paroît qu'une masse d'eau d'un dixieme de pouce se perdra en vapeurs dans l'espace de douze heures. Desorte que connoissant la surface de tout l'Océan ou d'une de ses parties, comme la Méditerranée, on peut aussi connoître combien il s'en éleve d'eau en vapeurs en un jour, en supposant que l'eau soit aussi chaude que l'air l'est en été.
Il s'ensuit de ce qui vient d'être dit, qu'une surface de dix pouces quarrés perd tous les jours un pouce cubique d'eau ; un pié quarré une demi-pinte, le quarré de quatre piés, un gallon ; un mille quarré 6914 tonneaux ; & un degré quarré de 69 milles anglois, 33 millions de tonneaux.
Le savant Halley suppose que la Méditerranée est d'environ 40 degrés de longueur & 4 de largeur, compensation faite des lieux où elle est plus large avec ceux où elle est plus étroite : desorte que toute sa surface peut être estimée à 160 degrés quarrés ; & par conséquent toute la Méditerranée, suivant la proportion ci-devant établie, doit perdre en vapeurs au moins 5 milliars 280 millions de tonneaux d'eau dans un jour d'été. A l'égard de la quantité d'eau que les vents emportent de dessus la surface de la mer, qui quelquefois est plus considérable que celle qui s'exhale par la chaleur du soleil, il me paroît impossible d'établir aucune regle pour la fixer.
Il ne reste qu'à comparer cette quantité d'eau avec celle que les rivieres portent tous les jours à la mer : ce qu'il est difficile de calculer, puisqu'on ne peut mesurer ni la largeur du lit de ces rivieres, ni la vîtesse de leur courant. Il n'y a qu'une ressource, c'est d'établir une comparaison entr'elles & la Tamise ; & en les supposant plus grandes qu'elles ne sont réellement, on peut avoir une quantité d'eau plus considérable qu'elles n'en fournissent réellement dans la Méditerranée.
La Méditerranée reçoit neuf rivieres considérables, savoir l'Ebre, le Rhône, le Tibre, le Pô, le Danube, le Niester, le Boristhène, le Tanaïs & le Nil ; toutes les autres sont peu de chose en comparaison. Cet ingénieux auteur suppose chacune de ces rivieres dix fois plus grande que la Tamise, non qu'il y en ait aucune de si forte, mais afin de compenser toutes les petites rivieres qui vont se rendre dans la même mer.
Il suppose que la Tamise au pont de Kingston, où la marée monte rarement, a 190 aunes de large & trois de profondeur, & que ses eaux parcourent l'espace de deux milles par heure. Si donc on multiplie 190 aunes de largeur de l'eau par trois aunes de profondeur, & le produit 390 aunes quarrées par 48 milles ou 84 milles 480 aunes, qui est la vîtesse que l'eau parcourt en un jour, le produit sera 25 millions 344 mille aunes cubiques d'eau, ou 20 millions 300 mille tonneaux qui se rendent chaque jour dans la mer Méditerranée.
Or si chacune de ces neuf rivieres fournit dix fois autant d'eau que la Tamise, il s'ensuivra que chacune d'elle porte tous les jours dans la mer 203 millions de tonneaux d'eau, & conséquemment toutes les neuf ensemble donneront 1827 millions de tonneaux d'eau par jour.
Or cette quantité ne fait guere plus que le tiers de ce qui s'en exhale en vapeurs de la Méditerranée en douze heures de tems : d'où il paroît que la Méditerranée, bien loin d'augmenter ou de déborder par l'eau des rivieres qui s'y déchargent, seroit bien-tôt desséchée si les vapeurs qui s'en exhalent n'y retournoient pas en partie au moyen des pluies & des rosées qui tombent sur sa surface.
V. Il y a des parties de l'Océan dont la couleur est différente des autres, & l'on en cherche la raison.
On observe que vers le pole du nord la mer paroît être de couleur noire, brune sous la zone torride, & verte dans les autres endroits ; sur la côte de la nouvelle Guinée elle paroît blanche & jaune par endroits, & dans les détroits elle paroît blanchâtre sur la côte de Congo. Vers la baie d'Alvaro, où la petite riviere Gonzales se jette dans la mer, l'Océan est d'une couleur rouge, & cette teinture lui vient d'une terre minérale rouge sur laquelle la riviere coule. Mais l'eau la plus singuliere pour sa couleur, est celle du golfe Arabique, qu'on appelle aussi par cette raison la mer Rouge. Il est probable que ce nom lui a été donné à cause du sable rouge qui se trouve sur son rivage, & qui contre sa nature se mêle souvent avec l'eau par la violence du flux & reflux, qui est extraordinaire dans ce golfe : desorte qu'il le balotte comme des cendres, & l'empêche de tomber au fond par sa violente agitation. Les marins confirment ce fait, & disent que cette mer paroît quelquefois aussi rouge que du sang ; mais que si on met de cette eau dans un vase sans le remuer, le sable rouge se précipite, & qu'on peut le voir dans le fond. Il arrive souvent que de fortes tempêtes exerçant leur furie sur la mer Rouge vers l'Arabie & l'Afrique, emportent avec elles des monceaux de sable rouge capables d'engloutir des caravanes entieres, & des troupes d'hommes & d'animaux, dont par succession de tems les corps se changent en véritables momies.
VI. Pourquoi la mer paroît-elle claire & brillante pendant la nuit, sur-tout quand les vagues sont fort agitées dans une tempête ?
Ce phénomene nous paroît être expliqué par ce passage de l'optique de Newton, pag. 314. " Tous les corps fixes, dit-il ne luisent-ils pas & ne jettent-ils pas de la lumiere lorsqu'ils sont échauffés jusqu'à un certain point ? Cette émission ne se fait-elle pas par le mouvement de vibration de leurs parties ? Tous les corps qui ont beaucoup de parties terrestres & sur-tout de sulphureuses, ne jettent-ils pas de la lumiere toutes les fois que leurs parties sont suffisamment agitées, soit que cette agitation se fasse par la chaleur, par la friction, la percussion, la putréfaction, par quelque mouvement vital, ou autre cause semblable ? Par exemple, l'eau de la mer brille la nuit pendant une violente tempête, &c. "
VII. Comment arrive-t-il que l'Océan abandonne ses côtes en certains endroits, desorte qu'il se trouve de la terre ferme où il y avoit autrefois pleine mer ?
En voici les principales causes : 1°. si la violence des vagues qui s'élancent contre la côte est arrêtée par des rochers, des bas fonds, & des bancs répandus çà & là sous l'eau, la matiere terrestre contenue dans l'eau, comme la boue, la vase, &c. fait un dépôt & augmente la hauteur des bancs de sable, au moyen de quoi ils opposent de plus en plus de la résistance à la violence de l'Océan, ce qui lui fait déposer encore plus de sédiment : desorte qu'à la longue les bancs de sable étant devenus fort hauts, excluent tout-à-fait l'Océan & se changent en terre seche.
2°. Ce qui contribue beaucoup à augmenter les bas-fonds, c'est quand ils sont de sable & de rocher : car alors la mer venant s'y briser & s'en retournant, n'en peut rien détacher ; au lieu que toutes les fois qu'elle en approche elle y laisse un sédiment qui les augmente, comme je l'ai déja dit.
3°. Si quelque rivage voisin est d'une terre legere ; poreuse, & qui se détache aisément, le flux de la mer en emporte des parties qui se mêlent avec l'eau, & qu'elle dépose sur quelqu'autre côte adjacente qui se trouve plus dure. D'ailleurs quand la mer anticipe sur une côte, elle quitte autant de terrein sur une autre voisine.
4°. Les grandes rivieres apportent une grande quantité de sable & de gravier à leurs embouchures ou à l'endroit où elles se déchargent dans la mer, & l'y laissent, soit parce que le lit est plus large & moins profond à cet endroit, soit parce que la mer résiste à leur mouvement. C'est une observation que l'on fait principalement dans les pays où les rivieres débordent tous les ans.
5°. Si les vents soufflent fréquemment de la mer vers les côtes, & que la côte elle-même soit de rocailles ou d'une terre dure sans sable, elle amasse la vase & les sédimens, ce qui la rend plus haute.
6°. Si la marée y monte vîte & sans beaucoup d'effort, & qu'elle descende lentement, elle apporte beaucoup de matieres étrangeres sur le rivage, & n'en remporte point.
7°. Si la côte a une longue pente oblique dans la mer, la violence des vagues se trouve ralentie & diminuée par degrés, au moyen de quoi la mer y dépose sa vase & sa bourbe.
Il y a plusieurs endroits ou cantons de terrein que l'on sait certainement avoir été couverts autrefois par l'Océan. L'endroit où est actuellement l'Egypte étoit une mer autrefois, comme le démontre l'expérience & le témoignage des anciens : car le Nil venant des régions éloignées de l'Ethiopie, quand il est débordé, couvre toute l'Egypte pour un tems ; & ensuite diminuant insensiblement, il dépose de la vase & une matiere terrestre, que le cours violent du fleuve avoit entraînées avec lui ; au moyen de quoi l'Egypte devient plus élevée d'année en année. Mais avant que le Nil eût apporté cette quantité si prodigieuse de matiere, la mer, qui maintenant est repoussée par la hauteur que l'Egypte a acquise, couvroit alors tout son terrein.
Le Gange & l'Inde, deux fameuses rivieres de l'Inde, font le même effet que le Nil par leurs inondations, aussi-bien que le Rio de la Plata au Brésil. Il est probable que la Chine s'est formée de la même maniere, ou du-moins qu'elle s'est considérablement étendue, parce que le fleuve rapide appellé Hoambo, qui coule de la Tartarie dans la Chine, & qui est sujet à des débordemens fréquens, quoique non annuels, contient tant de sable & de gravier, que ces matieres font presque le tiers de ses eaux.
Ces exemples démontrent la quatrieme cause ; savoir que les rivieres font que la mer abandonne la côte ; mais il y a plusieurs pays où la mer elle-même est cause de cet abandon, parce qu'elle apporte & dépose sur le rivage assez de matiere & de sédiment pour augmenter la hauteur de la côte, de maniere qu'elle n'est plus en état de la couvrir de ses eaux. C'est ainsi que la Hollande, la Zélande & la Gueldres ont été formées, car la mer couvroit autrefois ces pays, comme il est démontré, tant par les anciens monumens conservés dans l'Histoire, que par la qualité même de leur terrein. On trouve dans les montagnes de Gueldres, près de Nimegue, des coquillages de mer ; & en creusant la terre en Hollande, on a trouvé à une grande profondeur des arbrisseaux de mer & des matieres marécageuses. Outre cela, la mer même y est plus haute que les terres, qui en seroient submergées si on ne la retenoit par des digues & des écluses. D'un autre côté, il y a des gens qui croient avec assez de vraisemblance que la Hollande & la Zélande ont été formées des sédimens déposés par le Rhin & la Meuse. De même la Prusse & les pays voisins s'aggrandissent de jour en jour, parce que la mer se retire.
VIII. Il n'est pas difficile de comprendre par quelle raison l'Océan couvre la terre dans des lieux où il n'y avoit point d'eau auparavant.
Cela peut arriver de plusieurs manieres : 1°. quand il se fait passage dans les terres en formant des baies & des détroits, comme la Méditerranée, la baie de Bengale, le golfe d'Arabie, &c. Ainsi se sont formés les détroits d'entre la Sicile & l'Italie, entre Ceylan & l'Inde, entre la Grece & le Négrepont ; les détroits de Magellan, de Manille & du Sund. Quelques-uns même prétendent que l'Océan atlantique a été ainsi formé, & qu'il a séparé l'Amérique d'avec l'Europe, afin de pouvoir par ce moyen expliquer plus aisément comment ses habitans descendent d'Adam. Il est certain qu'un prêtre égyptien dit à Solon l'athénien, qu'environ 600 ans avant Jesus-Christ (comme on le voit dans le Timée de Platon) il y avoit vis-à-vis du détroit de Gibraltar une île plus grande que l'Afrique & l'Asie, qu'on appelloit Atlantis, & que par un grand tremblement de terre & une inondation, la plus grande partie fut submergée en un jour & une nuit : ce qui nous fait voir qu'il y avoit parmi les savans d'Egypte une tradition que l'Amérique avoit été séparée du vieux monde plusieurs siecles auparavant.
2°. Quand les eaux de la mer sont poussées par de gros vents sur les côtes, & qu'elles minent les rivages & les bancs formés par la nature ou par l'industrie des hommes, il y a plusieurs exemples d'inondations considérables, comme autrefois en Thessalie, & plus récemment dans la Frise & le pays de Holstein.
3°. Quand par les mêmes causes l'Océan se répand dans les terres, & y forme des îles en plusieurs endroits, comme dans les Indes orientales.
4°. Quand la mer mine ses bords & entre dans les terres, par exemple, la mer Baltique s'est étendue dans la Poméranie, & a détruit Vineta port de mer très-célébre. La mer a miné la côte de Norwege, & séparé du continent quelques îles. L'Océan germanique est entré dans la Hollande auprès du village de Catti, & a submergé un grand espace de terrein. Les ruines de l'ancien château Breton qui étoit un lieu de garnison des Romains, sont fort avancées dans la mer, & ensevelies sous les eaux. Dans la partie méridionale de Ceylan, auprès de l'Inde, la mer a mangé 20 milles de terrein, & forme une petite île ; on pourroit citer encore beaucoup d'autres exemples.
On conçoit aisément, par ce détail historique, que l'Océan occupe maintenant des lieux qui faisoient autrefois partie du continent, & qui pourront retourner à leur premier état, si le monde dure encore des milliers d'années.
IX. Enfin, on demande pourquoi, il y a peu d'îles dans le milieu de l'Océan, & qu'on ne trouve jamais de petites îles ramassées, qu'auprès des grandes îles ou du continent.
L'expérience confirme la vérité de ce fait, & personne n'en doute. On trouve à peine une petite île dans le milieu de l'Océan pacifique ; & il y en a très-peu dans le grand Océan, entre l'Afrique & le Brésil, si ce n'est Sainte-Hélene & l'île de l'Ascension ; mais c'est sur les côtes de l'Océan & du grand continent que se trouvent toutes les îles, excepté celles que je viens de nommer, & sur-tout les bouquets d'îles. Celles de la mer Egée sont auprès de l'Europe & de l'Asie & le continent méridional : il n'y a que les Açores qui semblent être au milieu de l'Océan, entre l'Amérique & le vieux Monde, quoiqu'elles soient plus proches du dernier.
La cause de ce phénomène paroît venir de ce que la mer les a séparées du continent, en se faisant passage dans les terres, & qu'elle n'a pas pû les couvrir, à cause de leur hauteur ; peut-être aussi que quelques-unes ont été formées de la maniere suivante. La mer ayant miné quelque étendue de terrein, & ne pouvant pas en emporter les petites parties, les a déposées insensiblement auprès de la terre, ce qui a formé à la fin des îles : mais on voit peu d'îles dans le milieu de l'Océan. 1°. Parce que la mer n'a pas pû emporter si loin les particules qu'elle détachoit des côtes ; 2°. parce que l'eau y a beaucoup de force & un mouvement qui tend à augmenter la profondeur de la mer, plutôt qu'à former des îles ; 3°. parce que n'y ayant point là de continent, il n'a pas pû se former des grappes d'îles de la maniere dont j'ai dit qu'elles se formoient. Cependant dans les tems reculés, lorsque le milieu de l'Océan n'étoit pas où il est maintenant, il a pû y avoir des grappes d'îles, que la force de l'eau aura pû miner & détruire par la suite des siecles. (D.J.)
OCEAN, (Mythol.) les Poëtes ont jugé à propos d'en faire une divinité : Hésiode nous dit que l'Océan eut de Thétis prise pour la terre, tous les fleuves dispersés dans le monde, & la plûpart des Nymphes qui, par cette raison porterent le nom d'Océanides. Homere va plus loin, il atteste que l'Océan est le premier de tous les dieux ; les hymnes attribués à Orphée nous débitent la même idée. Virgile lui-même l'appelle le pere de toutes choses, Oceanum patrem rerum, suivant la doctrine de Thalès, qui enseignoit d'après les Egyptiens, que l'eau étoit la matiere premiere dont tous les corps étoient composés.
Homere fait faire aux dieux de fréquens voyages chez l'Océan, où ils passoient douze jours de suite dans la bonne chere & les festins : c'est une allusion que le poëte grec fait à une ancienne coutume des peuples qui habitoient sur les bords de l'Océan atlantique, lesquels célébroient dans une certaine saison de l'année des fêtes solemnelles, où ils portoient en procession la statue de Jupiter, de Neptune & des autres dieux, & leur offroient des sacrifices.
Les Grecs & les Romains n'oublierent point de leur côté de sacrifier à la divinité de l'eau, sous le nom de l'Océan, ou sous celui de Poseidon chez les uns, & de Neptune chez les autres. De-là, tant d'autels & de temples que le paganisme éleva à la gloire de ce dernier, dont la souveraineté bornée d'abord à la Méditerranée, s'étendit depuis à toutes les autres mers. Nous apprenons de Diodore de Sicile, que les Egyptiens donnerent le nom d'Océan au Nil, & qu'ils le reconnurent pour une divinité suprême.
D'anciens monumens nous représentent l'Océan sous la figure d'un vieillard, assis sur les ondes de la mer, & ayant près de lui un monstre marin ; ce vieillard tient une urne, dont il verse de l'eau, symbole de la mer, des fleuves & des fontaines. (D.J.)
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| OCÉANIDES | S. f. pl. (Mythol.) c'étoient les filles de l'Océan & de Thétis. Hésiode compte soixante-douze nymphes Océanides, dont il a forgé les noms, qu'il n'est pas nécessaire de transcrire ici. (D.J.)
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| OCELLI | OCELLI
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| OCELU | ou OCELUS, (Géog. anc.) ancienne ville ou bourg de la Gaule dans les Alpes, que César dit être la derniere ville de la province citérieure, oppidum citerioris provinciae extremum. MM. de Valois & Sanson croient que c'est Exiles en Dauphiné, dans la vallée de la Doria, entre le mont Genèvre & la ville de Suze. (D.J.)
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| OCHÉ | (Géog. anc.) en grec ; montagne de l'île d'Eubée, selon Strabon, qui met la ville de Caryste au pié de cette montagne. (D.J.)
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| OCHES | S. f. (Charpent.) entailles ou marques que font les Charpentiers sur des regles de bois, pour marquer des mesures. (D.J.)
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| OCHIO | (Géog.) contrée du Japon dans l'île de Niphon, elle comprend onze provinces, & a pour capitale Jedo. (D.J.)
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| OCHLOCRATIE | S. f. (Gouvern.) ; abus qui se glisse dans le gouvernement démocratique, lorsque la vile populace est seule maîtresse des affaires. Ce mot vient d', multitude, & , puissance.
L'ochlocratie doit être regardée comme la dégradation d'un gouvernement démocratique : mais il arrive quelquefois que ce nom dans l'application qu'on en fait, ne suppose pas tant un véritable défaut ou une maladie réelle de l'état, que quelques passions ou mécontentemens particuliers qui sont cause qu'on se prévient contre le gouvernement présent. Des esprits orgueilleux qui ne sauroient souffrir l'égalité d'un état populaire, voyant que dans ce gouvernement chacun a droit de suffrage dans les assemblées où l'on traite des affaires de la république, & que cependant la populace y fait le plus grand nombre, appellent à tort cet état une ochlocratie ; comme qui diroit un gouvernement où la canaille est la maîtresse, & où les personnes d'un mérite distingué, tels qu'ils se croyent eux-mêmes, n'ont aucun avantage par-dessus les autres ; c'est oublier que telle est la constitution essentielle d'un gouvernement populaire, que tous les citoyens ont également leur voix dans les affaires qui concernent le bien public. Mais, dit Ciceron, on auroit raison de traiter d'ochlocratie, une république où il se feroit quelque ordonnance du peuple, semblable à celle des anciens Ephésiens, qui, en chassant le philosophe Hermodore, déclarerent que personne chez eux ne devoit se distinguer des autres par son mérite. Nemo de nobis unus excellat. Cic. Tusc. quaest. lib. V. cap. xxxvj. (D.J.)
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| OCHNA | (Botan. exot.) genre de plante que le pere Plumier 32, & Linnaeus, gen. plant. p. 819. caractérisent ainsi.
Le calice de la fleur est composé de cinq petites feuilles ovales, pointues à l'extrêmité, & qui tombent avec la fleur. Cette fleur est formée de deux pétales, arrondis & obtus. Les étamines sont des filets extrêmement déliés qui se réunissent à leur extrêmité. Le germe du pistil est ovale, & se termine en un stile pointu, droit, & plus long que les étamines. Le fruit est un placenta charnu, arrondi, contenant dans chacun de ses côtés, une seule baie ovoïde. Ses semences sont uniques, & pareillement de forme ovale. (D.J.)
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| OCHRE | S. f. (Hist. nat. Bot.) ochrus, genre de plante à fleur papilionacée ; le pistil sort du calice & devient dans la suite une silique le plus souvent cylindrique, qui renferme des semences arrondies. Ajoutez aux caracteres de ce genre, que les feuilles sont rangées une à une ou par paire, & toujours terminées par une main. Tournefort, inst. rei herb. Voyez PLANTE. (I)
OCHRES, (Hist. nat. Minéral.) ochrae terrae metallicae ; c'est ainsi qu'on nomme dans l'histoire naturelle des terres colorées & métalliques, formées par la décomposition des métaux qui se vitriolisent, tels que le fer, le cuivre & le zinc ; l'on voit par-là qu'il y a différentes especes d'ochres, & elles varient considérablement pour la couleur, pour la densité & par les autres terres étrangeres avec lesquelles elles sont mêlées.
L'ochre de fer doit être regardée comme une vraie mine de fer, dont on tire ce métal en y joignant une matiere inflammable qui lui rend le phlogistique qu'il avoit perdu. On trouve de l'ochre rouge que l'on nomme quelquefois rubrica ou ochre rouge naturelle ; l'ochre jaune ; elle est quelquefois d'un jaune de safran, d'autres fois elle est d'un jaune moins vif, elle est très-fine & colore les doigts ; on l'appelle quelquefois moëlle de pierre ; l'ochre brune est d'un brun plus ou moins foncé.
Toutes les ochres varient pour la consistance, il y en a qui ont la dureté des pierres, tandis que d'autres sont très-friables & se trouvent même sous la forme d'une poudre légere. Il y a de l'ochre qui a la forme d'écailles minces ou de feuillets ; telle est celle qui forme les enveloppes, dont les étites ou pierres d'aigle sont composées.
Il sera aisé de se former une idée de la formation de l'ochre, si l'on fait attention que le vitriol, toutes les fois qu'on en fait la dissolution dans l'eau, dépose une substance terreuse jaune, qui n'est autre chose que du fer privé de son phlogistique ; cette substance terreuse est une ochre pure. De même dans le sein de la terre les pyrites martiales se décomposent peu-à-peu, se changent en vitriol, qui lui-même, par l'humidité & le contact de l'air, souffre de l'altération & dépose cette terre jaune que nous appellons ochre.
Quelques auteurs parmi lesquels on compte MM. Hill & Emanuel Mendez d'Acosta, ont distingué les ochres & en ont fait différentes classes, suivant qu'elles font ou ne font point effervescence avec les acides, c'est-à-dire, d'après les différentes terres avec lesquelles les ochres se trouvent accidentellement mêlées ; mais l'ochre pure, c'est-à-dire, la terre métallique produite par la décomposition de la pyrite vitriolique, ne fait point d'effervescence avec les acides ; quand cela lui arrive, c'est un signe que l'ochre est jointe avec quelque terre calcaire. Cependant comme l'ochre est une vraie mine de fer que l'on exploite très-souvent, il est à-propos de connoître la nature des terres avec lesquelles elle peut être mêlée, afin de savoir quel fondant il sera àpropos d'y joindre pour en tirer le fer avec profit. En effet, si l'ochre est mêlée, par exemple, avec une terre calcaire, on sent qu'il sera bon de lui joindre une terre argilleuse, parce que la terre argilleuse se vitrifie avec la terre calcaire. Voyez l'art. FONDANT. Cette observation peut être utile, vû que l'ochre est la mine de fer la plus commune en France, & que l'on exploite le plus ordinairement ; en effet, les ochres font des couches souvent très-considérables, & qui s'étendent dans un très-grand espace de terrein.
La substance que les Minéralogistes appellent ochre de cuivre, est un cuivre décomposé & produit par le vitriol cuivreux. Cette ochre est ou verte ou bleue ; la premiere, s'appelle vert de montagne ; la seconde, s'appelle bleu de montagne, & toutes deux sont comprises sous le nom de chrysocolle. Voyez ces différens articles.
Comme le zinc a aussi la propriété de se vitrioliser, on compte aussi une ochre de zinc, c'est la terre ou pierre calaminaire.
L'ochre qui est produite par le fer lorsqu'elle est bien pure, s'emploie dans la peinture pour les jaunes & pour les bruns ; en faisant réverberer ces ochres sous une moufle, elles deviennent d'un rouge plus ou moins vif, suivant que l'ochre est plus ou moins mêlée avec des terres étrangeres, ou suivant que la partie ferrugineuse y domine ; en essayant les ochres de nos pays de cette maniere, on verroit que souvent on fait venir de bien loin des couleurs que l'on pourroit se procurer à beaucoup moins de frais, sur-tout si on vouloit un peu examiner la terre. Le giallolino ou jaune de Naples, n'est autre chose que de l'ochre. L'ochre de rue est une ochre d'un jaune tirant sur le rouge : la couleur qu'on appelle brun rouge, est aussi une espece d'ochre. Quant à la terre d'ombre, on la regarde plutôt comme une terre bitumineuse, que comme de l'ochre.
Dans la Médecine, l'ochre comme toutes les substances ferrugineuses, est regardée comme désiccative & comme astringente. (-)
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| OCHRIDA | LAC D ', (Géog.) lac de la Turquie en Europe, entre l'Albanie au couchant, & le Coménolitari au levant. Ce lac n'a qu'une demi-lieue de large sur dix lieues de long, & une seule ville du même nom, autrement dite Giustandil. Les anciens ont connu ce lac sous le nom de lacus Lycuicus.
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| OCHSENFURT | (Géogr.) ville d'Allemagne en Franconie, dans l'évêché de Wurtzbourg. Elle est sur le Mein, à 5 lieues S. E. de Wurtzbourg. Long. 27. 50. lat. 49. 40.
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| OCHUMS | (Géog.) riviere de la Mingrelie, qui, selon le pere Archange Lamberti, a deux sources dans le Caucase, & se jette dans la mer Noire.
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| OCHUS | (Géog. anc.) riviere d'Asie dans la Bactriane, selon Ptolémée, l. VI. c. xj. Il en met sa source à 110 degrés de long. & 59 degrés de lat. Cette riviere se perd dans l'Oxus à 119 degrés de long. & 44 degrés 20'de lat. Strabon parle de ce fleuve d'une maniere inintelligible. Selon M. Delisle, le Zotale est l'Ochus de Strabon. Arrien parle de l'Ochus, montagne de la Perse proprement dite. (D.J.)
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| OCKER | L ', (Géog.) riviere d'Allemagne en basse-Saxe, dans les états de la maison de Brunswick. Elle se perd dans l'Aller, environ trois lieues audessous de Gifhorn.
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| OCNUS | (Littér.) c'étoit un homme laborieux, dit Pausanias, qui avoit une femme fort peu ménagere ; desorte qu'elle dépensoit en un moment tout ce qu'il pouvoit gagner à la sueur de son visage. Dans le fameux tableau de Polignote, il est représenté assis, faisant une corde avec du jonc ; une ânesse qui est auprès, mange cette corde à mesure, & rend inutile tout le travail du cordier. Ce tableau donna lieu à un proverbe chez les Grecs : pour dire, c'est bien de la peine perdue, on disoit, c'est la corde d'Ocnus. (D.J.)
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| OCOCOLIN | S. m. (Hist. nat. Orn.) perdrix de montagne, perdix montana, oiseau de la grosseur de la perdrix grise. Il a près de dix pouces de longueur depuis la pointe du bec jusqu'au bout des ongles : la tête, la gorge & le haut du cou sont fauves ; le bas du cou, la poitrine, la partie antérieure du ventre, les côtés du corps & les plumes du dessous de la queue ont une couleur de marron clair : celle des plumes du dos, du croupion, des épaules & du dessus de la queue est la même, excepté que le bord de chaque plume est brun ; le bas-ventre & les jambes sont d'un fauve très-clair : la fausse aîle & les grandes plumes de l'aîle ont une couleur grise, mêlée de brun, à l'exception du bord extérieur qui a un peu de roussâtre. La queue est composée de vingt plumes ; les six du milieu sont de couleur de marron, mêlée de brun, & à l'extrêmité est un peu blanchâtre : les sept autres de chaque côté ont une couleur de marron clair. On trouve cette espece de perdrix sur les montagnes ; elle descend quelquefois dans les plaines, & elle se mêle avec les perdrix grises. Ornit. de M. Brisson, tom. I. Voyez OISEAU.
OCOCOLIN du Mexique, perdrix de montagne du Mexique, seu perdix montana Hernandezii Raii ; cet oiseau est plus gros que la perdrix grise, il a un pié à neuf pouces de longueur, depuis la pointe du bec jusqu'à l'extrêmité des ongles. Les couleurs dominantes de cet oiseau sont le brun, le jaunâtre & le fauve mêlés ensemble. Il y a quelques plumes grises & blanches sur la tête & sur le cou, dont la couleur est fauve. Le dessus de la tête, la gorge & les côtés du corps ont des taches noires ; la face intérieure des aîles est cendrée, & la face supérieure est grise, avec des taches blanches & des taches rousses. Le bec & les piés sont d'un rouge pâle. On trouve cet oiseau au Mexique. Ornit. de M. Brisson, tom. I. V. OISEAU.
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| OCOS | OQUA, ou OCQUE, (Comm.) poids de Turquie qui pese quatre cent dragmes, ou trois livres deux onces, poids de Marseille. quarante-quatre ocques, & en quelques échelles du Levant, quarante-cinq, composent le quintal de Turquie de cent rottes ou rotons. Voyez ROTTES, Dictionn. de Comm.
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| OCOSCOL | (Hist. nat.) nom d'un arbre qui croît en Amérique, dans la nouvelle Espagne. Ses feuilles ressemblent à celles du lierre ; son écorce est grise & épaisse. Lorsqu'on y fait une incision, il en sort une substance résineuse, rougeâtre & transparente, qui est le liquidambar. Voyez cet article.
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| OCRA | (Géogr. anc.) montagne qui fait partie des Alpes, & qui, selon Strabon, servoit de bornes entre les peuples Carni & le Norique. Ce sont aujourd'hui les Alpes entre Gorice, Laubach & Trieste.
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| OCRÉATULE | S. f. (Hist. nat.) nom donné par Llwyd à une pierre inconnue, semblable à la jambe d'un homme.
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| OCRICULUM | (Géogr. anc.) ville qui étoit sur la voie Flaminienne & dans l'Apennin. Strabon, Tite-Live, liv. XX. ch. xj. Tacite liv. III. c. lxxviij. Pline le jeune, epist. xxv. l. VI. & Ptolémée, l. III. t. j. en font mention. Le nom vulgaire est aujourd'hui Otricoli.
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| OCRINUM | PROMONTORIUM, (Géog. anc.) promontoire de l'île d'Albion, dont parle Ptolémée, liv. II. ch. ij. Quelques-uns croient que c'est aujourd'hui Landsend, & d'autres la pointe du LÉsard.
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| OCTAÉTÉRIDE | CYCLE, (Chronol.) en grec , c'étoit chez les Grecs, un cycle ou terme de huit ans, au bout desquels on ajoutoit trois mois lunaires. Ce cycle fut en usage, jusqu'à ce que Meton l'Athénien réforma le calendrier, en inventant le nombre d'or, ou le cycle de dix-neuf ans. Voyez Potter, Archaeol. graec. tom. I. p. 460. (D.J.)
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| OCTAHEDRE | ou OCTAEDRE, s. m. nom qu'on donne en Géométrie à l'un des cinq corps réguliers, qui consiste en huit triangles égaux équilatéraux. Voyez CORPS REGULIER.
On peut regarder l'octahedre comme composé de deux pyramides quadrangulaires, qui s'unissent par leurs bases (voyez PYRAMIDE) : ainsi on peut trouver la solidité de l'octahedre en multipliant la base quarrée d'une de ces pyramides par le tiers de sa hauteur, & en doublant ensuite le produit.
Le quarré du côté de l'octahedre est la moitié du quarré du diamêtre de la sphere circonscrite.
Euclide a donné dans ses élémens une méthode pour inscrire un cube dans un octahedre. Le pere Lamy, dans ses élémens de Géométrie, ayant voulu résoudre ce problême d'une autre maniere qu'Euclide, a commis un parallogisme. On en peut voir la preuve & le détail dans les mémoires de l'académie de 1726. M. de Mairan y prouve que le prétendu octahedre inscrit par le pere Lamy n'en est pas un, & fait sur cette matiere plusieurs autres remarques utiles & curieuses. (E)
Le cube inscrit par Euclide a ses angles appuyés sur les faces de l'octahedre ; le prétendu cube inscrit par le pere Lamy, a au contraire ses angles contigus aux angles de l'octahedre. M. de Mairan fait voir, & cela est très-facile, qu'on peut corriger le cube du pere Lamy, en laissant ses angles appuyés à ceux de l'octahedre, & qu'on peut d'ailleurs inscrire une infinité de cubes dans l'octahedre dont les angles seront placés sur les faces de l'octahedre, & placés dans une courbe. Ainsi M. de Mairan a non-seulement corrigé le pere Lamy, mais étendu la théorie d'Euclide. (O)
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| OCTAN | ou OCTILE, s. m. se dit en Astronomie, d'une espece d'aspect ou position de deux planetes, dans laquelle elles sont distantes l'une de l'autre de la huitieme partie d'un cercle, c'est-à-dire de 45 degrés. Voyez ASPECT.
On appelle aussi octant un instrument d'Astronomie qui renferme 45 degrés. Voyez INSTRUMENT DE M. HADLEY. (E)
On dit que la Lune est dans les octans, lorsqu'elle est à 45, 135, 225, 315 degrés du lieu du Soleil, c'est-à-dire à 45° + 0, 45° + 90°, ou 45° + 180, ou 45 + 270. C'est dans ces octans que l'inégalité découverte par Ticho, & appellée variation, est la plus grande qu'il est possible. En effet, cette inégalité est proportionnelle au sinus du double de la distance de la Lune au Soleil, qui dans les octans devient égal au sinus total. (O)
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| OCTAPLES | (Littér. sacrée) les octaples étoient une espece de bible polyglotte d'Origene à huit colonnes. Elle contenoit 1°. le texte hébreu en caracteres hébraïques ; 2°. le même texte en caracteres grecs ; 3°. la version d'Aquila ; 4°. celle de Symmaque ; 5°. celle des septante ; 6°. celle de Théodotion ; 7°. celle qui s'appelloit la cinquieme grecque ; 8°. enfin celle qu'on nommoit la sixieme. Voyez pour vous éclairer sur toutes les différentes versions des livres sacrés, rassemblées par ce pere de l'Eglise en plusieurs colonnes, le mot ORIGENE, HEXAPLES, Critique sacrée. (D.J.)
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| OCTATEUQUE | S. m. en Théologie & en littérature sacrée, signifie les huit premiers livres de l'ancien Testament ; savoir, la Genese, l'Exode, le LÉvitique, les Nombres, le Deuteronome, le livre de Josué, le livre des Juges & de Ruth. Ce mot est formé du grec , huit & , livre ; ouvrage. Voyez BIBLE & PENTATEUQUE. Procope de Gaze a fait dix livres de commentaires sur l'Octateuque.
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| OCTAVA subst | f. (Hist. anc.) le huitieme du gain des porteurs. Sous le triumvirat d'Antoine, d'Auguste & de LÉpide, les affranchis étoient tenus de donner le huitieme de leurs revenus. Dans la suite, on exigea le même impôt de toutes les marchandises qui entroient. On appella les receveurs, octaviarici, octaviaires. Les soldats qu'on assignoit à quelqu'un pour le défendre des insultes du peuple, s'appellerent aussi octaviarici.
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| OCTAVANORUM | OCTAVANORUM
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| OCTAVE | S. f. (Hist. eccl.) se dit dans l'église romaine d'un espace de tems de huit jours destiné à la célébration d'une fête, dont on en répete en grande partie l'office ; comme les hymnes, les antiennes, les versets, & toujours à matines une leçon relative à cette fête. L'office dans l'octave est ordinairement semi-double, excepté le huitieme & dernier jour, qu'on nomme proprement l'octave, où il est double majeur. Ainsi il y a l'octave de Noël, de Pâques, de la Pente côte, de la fête Dieu, de la dédicace, &c. Voyez DOUBLE, SEMI-DOUBLE, &c.
OCTAVE, se dit aussi d'une station de prédicateur qui prêche plusieurs sermons pendant l'octave de la fête-Dieu. Cette coutume a été établie en France, sur-tout depuis l'hérésie des sacramentaires, pour instruire les peuples plus particulierement sur le sacrement de l'Eucharistie, & les affermir dans la foi de la présence réelle. Ainsi l'on dit que tel prédicateur a prêché l'octave dans telle ville, telle cathédrale, telle paroisse.
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| OCTAVIER | v. n. en Musique, quand on force le vent dans un instrument à vent, le son monte aussi-tôt à l'octave, c'est ce qu'on appelle octavier. En renforçant ainsi l'inspiration, l'air renfermé dans le tuyau & contraint par l'air extérieur, est obligé, pour céder à la vîtesse des oscillations, de se partager en deux colonnes égales, ayant chacune la moitié de la longueur du tuyau : & c'est ainsi que chacune de ces moitiés sonne l'octave du tout. Une corde de violon celle octavie par un principe semblable, quand le coup d'archet est trop brusque ou trop voisin du chevalet. C'est un défaut dans l'orgue quand un tuyau octavie, cela vient de ce qu'il prend trop de vent. (S)
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| OCTAVINE | S. f. (Musique) cet instrument de musique est une espece de petite épinette, qui, pour être transportée plus commodément, n'a que la petite octave, ou le petit jeu du clavecin. (D.J.)
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| OCTAVO | S. m. (Comm. Monnoie) monnoie de cuivre qui a cours en Espagne. L'octavo ou ochavo vaut deux maravédis de vellon, & il en faut dix-sept pour une réale aussi de vellon. Il y a des octavos de quatre ou de huit maravédis ; mais on les appelle ordinairement les uns des quartas, & les autres des doubles quartas.
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| OCTAVUM | (Géog. anc.) ville d'Afrique & siege épiscopal en Numidie. Il ne faut pas confondre celui-ci avec un autre siége épiscopal de même nom, situé dans la Byzacene. (D.J.)
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| OCTIL | ou OCTANT, s. m. terme d'Astrologie, qui signifie l'aspect de deux planetes éloignées l'une de l'autre de 45 degrés, ou de la huitieme partie de la circonférence du zodiaque, c'est-à-dire d'un signe & demi. Voyez OCTANT & TRIOCTILE.
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| OCTIREME | octoremis, s. f. (Marine des anc.) bâtiment des anciens, selon les uns, à huit rangs de rames ; & selon les autres, ou à huit rangs de rameurs, ou à huit rameurs sur chaque rame ; car les sentimens des savans sont fort partagés ; nous traiterons ailleurs cette matiere.
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| OCTOBRE | (Calendrier de l'ancienne Rome) huitieme mois de l'année dans le calendrier de Romulus, & le dixieme dans celui de Numa ; il a toujours gardé son premier nom, malgré les noms différens que le sénat & les empereurs romains lui ont voulu donner. En vain le sénat desira qu'on appellât ce mois Faustinus, en l'honneur de Faustine, femme de l'empereur Antonin. Commode ne réussit pas mieux en le nommant Invictus, ni Domitien en l'appellant Domitianus. Ce mois étoit sous la protection de Mars.
Le 4 Octobre, on faisoit la solemnité du Mundus patens.
Le 12 fut consacré par un autel à la Fortune de retour, Fortunae reduci, pour flatter Auguste qui revenoit à Rome après avoir pacifié la Sicile, la Grece, la Syrie, l'Asie & les Parthes.
Le 13 arrivoit la fête Fontinalia, les Fontinales.
Le 15, on sacrifioit un cheval à Mars, nommé October equus.
Le 19, on solemnisoit dans les armées la fête nommée Armilustrium.
Le 28 & les suivans, se donnoient les jeux de la victoire, institués par Sylla.
On célébroit à la fin de ce mois les vortumnales & les jeux sarmatiques. (D.J.)
OCTOBRE, (Calendrier des modernes) nom du dixieme mois de notre année. Il a 31 jours ; & c'est le 23 que le Soleil entre dans le signe du Scorpion. Le nom d'Octobre qu'il a vient de ce qu'il étoit le huitieme de l'année romaine, qui n'étoit composée que de dix. (D.J.)
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| OCTODORU | ou OCTODURUS, (Géogr. anc.) village dont parle Jules César de bello Gallico, l. III. c. j. & le donne au peuple Veragri. Sanson estime que c'est Martigny ou Martignach, comme disent les Allemands, sur les côtes de la Dranse, qui tombe incontinent dans le Rhône. Ce lieu a été la capitale du bas Vallais, comme Sion du haut Vallais. Voyez les mém. des Inscrip. tome XIV. le plan d'un camp que Galba établit autrefois à Octodurum. Stewechius avoit tiré ce plan sur les lieux, & le fit le premier graver dans son commentaire sur Végece. (D.J.)
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| OCTOGENAIRE | adj. & subst. (Gramm.) qui a atteint l'âge de 80 ans, on dit c'est un octogenaire.
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| OCTOGESA | (Géogr. anc.) ancienne ville de l'Espagne Tarragonoise au pays des Itergetes. César en parle de bello civili, l. I. c. lxj. M. de Marca pense qu'Octogésa devoit être au lieu où est aujourd'hui Mequicenza au confluent de la Segre & de l'Ebre : cette conjecture est des plus vraisemblables. (D.J.)
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| OCTOGONE | S. m. (Géom.) se dit en Géométrie d'une figure de huit côtés & de huit angles. Voyez FIGURE & POLYGONE.
Quand tous les côtés & les angles de cette figure sont égaux, on l'appelle octogone régulier ou octogone inscriptible dans un cercle. (E)
Le côté de l'octogone régulier est la corde de 45 degrés ; or nommant 1 le rayon, le sinus de 45 degrés est (1/2), & la corde est (1/2+[1-1/2]2) = (2 - 2). Par cette formule on peut calculer ou le côté d'un octogone dont le rayon est donné, ou le diamêtre d'un octogone dont on connoît le côté. Je me souviens d'avoir employé, il y a plus de 25 ans, cette derniere méthode pour trouver le diamêtre du grand bassin octogone du jardin des Tuileries, j'ai trouvé, s'il m'en souvient bien, par la mesure actuelle le côté de 77 piés, d'où j'ai conclu le diamêtre de 32 à 33 toises ; car les nombres précis ne sont plus présens à ma mémoire. On prétend que ce diamêtre est égal à la hauteur des tours de Notre-Dame, mais je le crois plus petit de quelques toises. (O)
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| OCTOPHORE | S. m. (Hist. anc.) litiere portée par huit esclaves ; elle étoit plus encore à l'usage des femmes que des hommes ; on s'en servoit à la ville, quand on étoit indisposé, pour aller en visite, & en tout tems pour aller à la campagne.
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| OCTOPODE | S. m. (Antiq. ecclés.) c'étoit une banniere des papes divisée en huit flammes ou huit languettes. Voyez Bollandus, Act. SS. Febr. tome II. page 26.
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| OCTOSTYLE | S. m. (Archit. civile) face d'un bâtiment orné de huit colonnes ; c'est une ordonnance de huit colonnes disposées sur une ligne droite, comme le temple pseudo-diptere de Vitruve, & le portique du Panthéon à Rome, ou sur une ligne circulaire, comme le monoptere rond ou temple d'Apollon Pythien à Delphes, & toute autre tour de dôme ayant huit colonnes en son pourtour. Le mot octostyle est dérivé de deux mots grecs, dont l'un signifie huit, & l'autre colonne.
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| OCTROI | S. m. (Jurisprud.) signifie concession de quelque grace ou privilege faite par le prince.
Les octrois ou deniers d'octrois sont des levées de certains droits en deniers, que le prince permet à des communautés de faire sur elles-mêmes pour leurs besoins & nécessités, comme pour les fortifications des villes, réparations des bâtimens, entretien du pavé, &c.
Ces octrois se levent sur la vente du vin, du charbon, du bois à brûler, & autres denrées & marchandises, selon ce qui a été octroyé par le prince.
Les deniers d'octrois & autres deniers communs & patrimoniaux des villes & communautés sont perçus par le receveur de la ville ou communauté.
Ces receveurs des octrois ont été érigés en titre d'office dans les villes par divers édits ; on leur a aussi donné des contrôleurs, mais tous ces offices ont été supprimés & rétablis par divers édits : l'édit du mois de Juin 1725, qui les a rétablis, forme le dernier état ; la ville de Paris a été exceptée de ces créations.
Les comptes des deniers d'octrois se rendent à la chambre des comptes. Sur les fonctions, créations & suppressions des receveurs des octrois, voyez le Dictionnaire des arrêts au mot Octrois.
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| OCTULAINS | (Géog. anc.) en latin Octulani, anciens peuples d'Italie dans le Latium, & l'un de ceux qui avoient part à la distribution des viandes sur le mont Albano, selon Pline, l. III. c. v. (D.J.)
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| OCTUPLE | adj. (Gramm. & Arith.) qui est huit fois plus grand.
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| OCULAIRE | adj. en Anatomie, qui appartient à l'oeil. Nerfs oculaires communs, nerfs oculaires externes. Voyez MOTEURS.
OCULAIRE, s. m. (Dioptr.) on appelle ainsi celui des verres d'une lunette, ou d'un microscope qui est tourné vers l'oeil. Voyez LUNETTE, MICROSCOPE, TELESCOPE, &c. voyez aussi OBJECTIF. (O)
OCULAIRE, pierre, (Hist. nat.) lapis ocularis. Mercati a donné ce nom à une espece d'opercule de coquille qui est l'umbilicus maximus.
Les anciens semblent aussi avoir donné indifféremment le nom de pierres oculaires à toutes les pierres dans lesquelles ils trouvoient ou croyoient trouver la ressemblance d'un oeil. Les pierres qu'ils nommoient lapides ocellati, paroissent n'avoir été que des boules avec lesquelles les enfans jouoient comme les nôtres font avec les gobilles. (-)
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| OCULATION | S. f. (Jardinage) c'est l'action d'ébourgeonner ou d'ôter les bourgeons inutiles des plantes, & sur-tout de la vigne : ce mot vient d'oculus, qui veut dire oeil ou bourgeon. (K)
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| OCULÉE | PIERRE, (Hist. nat.) lapis oculatus, nom donné par Mercati à une pierre formée par l'assemblage d'un grand nombre de petits cailloux, telles que les pierres que les Anglois nomment pudding ; ce nom vient, suivant toute apparence, des cailloux ronds & roulés, renfermés dans cette pierre qui ressemblent à des yeux. Voyez Mercati, Metallotheca.
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| OCULISTE | S. m. chirurgien qui s'applique particulierement à toutes les maladies des yeux, ocularius chirurgus, ophthalmiater.
Dans les statuts des Chirurgiens de Paris il y a un article qui porte, que ceux qui voudront être reçus pour exercer seulement la partie de la Chirurgie qui concerne la vûe, subiront un examen, dans lequel ils seront interrogés sur la théorie & sur la pratique, & qu'ils auront le titre d'expert pour les yeux, sans pouvoir y joindre celui de chirurgien.
Celui qui se destine aux maladies des yeux devroit néanmoins avoir toutes les connoissances qu'on exige dans les autres Chirurgiens, car les maladies sont presque toutes les mêmes, c'est les lieux qu'elles occupent qui en font la différence : l'inflammation de l'oeil n'est pas d'une autre nature que l'inflammation du foie & des poumons. Les principes généraux sont les mêmes, il faut seulement en faire des applications particulieres aux différentes parties, & les maladies y ont des symptômes relatifs aux fonctions lésées. On ne peut guere attendre de grands progrès de ceux qui se sont livrés spécialement à un genre d'exercice, sans avoir puisé dans les sources de l'art les grands principes qui doivent les diriger : le public qui n'est pas au fait des choses, croit aisément qu'un homme qui s'applique uniquement à la connoissance des maladies d'un organe doit avoir des lumieres supérieures à un autre, & cela seroit vrai s'il étoit d'ailleurs profondément instruit des principes de l'art. Mais souvent on ne choisit une partie que par l'incapacité où l'on se sent de s'adonner à l'exercice complet de l'art : il est certain que les auteurs qui ont le mieux traité des maladies des yeux, étoient des chirurgiens également versés dans la connoissance de toutes les maladies, & qui pratiquoient indistinctement toutes les grandes opérations de la Chirurgie : parmi les anciens, Guillemeau, éleve d'Ambroise Paré, & premier chirurgien du roi après son maître. Au commencement de ce siecle, Antoine Maître-Jean, chirurgien à Mery-sur-Seine, qui termine son traité des maladies de l'Oeil, le plus estimé que nous ayons, par ces mots.... " Je sais que la plûpart des chirurgiens négligent de s'appliquer aux maladies des yeux, parce qu'elles sont si nombreuses qu'on s'en est fait un monstre, & que l'on croit qu'elles demandent toute l'application d'un homme, & une adresse toute singuliere pour exécuter toutes les opérations qui leur conviennent. Il n'est rien de tout cela ; elles sont nombreuses à la vérité, mais elles sont très-faciles à apprendre à un chirurgien déjà éclairé dans sa profession : elles n'ont point d'autres regles pour leur traitement que celles que l'on suit pour traiter les autres maladies, pourvû seulement qu'on ait égard à la nature de l'oeil : & il n'est besoin que d'une adresse médiocre & d'un peu de jugement pour en faire les plus difficiles opérations ". Voilà l'avis d'un très-habile oculiste sur un point où il ne doit pas être suspect. Il pouvoit mettre à un très-haut degré d'estime les talens nécessaires pour exercer convenablement cette partie de l'art, & personne n'avoit plus mérité d'en être cru sur sa parole. Il a été excellent oculiste, parce qu'il étoit très-bon chirurgien, & personne n'ignore que les opérations les mieux concertées de la chirurgie oculaire, sont dûes à des chirurgiens qui n'en ont point fait leur capital ; la fistule lacrymale par M. Petit, la cataracte dont M. Chery a connu la possibilité de l'extraction, pratiquée si heureusement de nos jours par M. Daviel, &c. (Y)
Voici la notice des auteurs qu'un bon oculiste doit connoître.
Anel, Méthode pour guérir les fistules lacrymales. Turin 1713 & 1714, in-4°. Item, Dissertation sur la nouvelle découverte de l'hydropisie du conduit lacrymal. Paris 1716, in-12.
Aquapendente (Hieronymus Fabricius ab), Tractatus de oculo visus organo. Patav. 1601, fol. Francof. 1605, 1613, fol. & dans ses ouvrages anatom. & physiol. Lips. 1687, fol. cum Albini praefatione, L. B. 1738, fol.
Bailly, on the preservation of the Sigh. London, 1560, in-12.
Banister (Richard), Traité des yeux, contenant la connoissance & la cure de onze cent treize maladies, auxquelles cette partie & les paupieres sont sujettes. Londres, 1622, in -4°. en anglois.
Bastisch, des maladies des yeux. Dresdae 1583, fol. fig. en allemand.
Beddevole, remarques sur les yeux des oiseaux. Genève 1680, in-8 °.
Beneventus Hierosolimitanus, de oculis, corumque aegritudinibus & curis. Venetiis 1550, in-fol. & in -4°.
Boye, à disquisition about the final causes of natural things, &c. with some uncommon observations about vitiated sight. Lond. 1689, in-8 °. rare.
Brisseau, de la cataracte & du glaucoma. Paris 1709, in-12. fig.
Briggs (Guillelm.) ophthalmographia. Cantabridgiae 1675, in -8°. il y donne une exacte description de l'oeil avec la méthode de le disséquer.
Burgos (Joh. de), de pupillâ oculi. Romae 1543, in-8 °. Le P. Paul, Fra Paolo, beau génie, est le premier, pour le dire en passant, qui ait observé la contraction & la dilatation de la prunelle de l'oeil.
Barrhus (Joseph Frider.) epistola de artificio humores oculorum restaurandi. Hafn. 1669, in-4 °.
Carcanus (Joh. Bapt.) de cordis vasorum in foetu unione, & de musulis palpebrarum & oculorum. Ticini 1764, in-8 °.
Cocchi (Anton.) epistola ad Morgagnum de lente crystalinâ oculi humani, verâ suffusionis sede. Romae 1721, in-8 °.
Coward (Guillelm.) ophthalmomiatria, sive oculorum medela. London. 1706. in-8 °.
Dubois, des maladies qui arrivent à l'oeil, & des remedes les plus convenables pour les guérir sans opération manuelle. Paris 1733, in-12.
Friderici (Petri), tractatus de oculis. Lips. 1576, in-8 °.
Guenelloni, epistola ad D. Carletonum, &c. de anatome oculorum, &c. Amstael. 1686, in-8 °.
Heisteri (Laurent.) de cataracta, glaucomate, & amaurosi. Altorf. 1713, in-8 °.
Henricus (Joh.) de morbis oculorum, aurium, nasi, dentium. Antverp. 1608, in -4.
Hodierna (Joh. Bapt.) de oculo muscae. Pauormi 1644, in-4 °. cet ouvrage rare est fort bon.
Hoferus (Tobias), de ophthalmia tractatus. Basileae 1653, in-8 °.
Hovius (Jacobus), de circulari humorum motu in oculis. Lugd. Bat. 1716, cum fig. c'est un bon ouvrage.
Huyghens (Chrétien), opera varia. Lugd. Bat. 1682, in -4°. & opera reliqua. Amstael. 1728, 2 vol. in-4 °.
Kennedy, ophthalmographia, &c. Lond. 1713, in-8 °. en anglois.
Maître-Jan (Antoine), des maladies de l'oeil. Troyes 1707, in 4°. prem. édit. c'est le meilleur auteur sur cette matiere.
Manelphi (Johannis), tractatus de fletu & lacrymis. Romae 1618, in-8 °.
Marini (Girol.) pratique des opérations chirurgicales sur les yeux, & dans la lithotomie. Rome 1723, in-8 °. en Italien.
Michael (Joh.) oculi fabrica, actio, usus, &c. Lugd. Bat. 1649, in-8 °.
Monavius (Frider.) elenchus affectuum ocularium. Cryphiswaldiae 1644, in-4 °, 1654, in -4°.
Moaline (Antoine), à relation of new anatomical observations in the eyes of animals. Lond. 1682, in-4 °. c'est un ouvrage très-curieux.
Newton (le chev. Isaac), optique, livre immortel.
Petit (le médecin), lettre où l'on démontre que le crystallin est fort près de l'uvée, avec de nouvelles preuves concernant l'opération de la cataracte. Paris 1729, in-4 °. rare & curieuse.
Panamusali de Buldac, liber super praeparationibus rerum quae ad oculorum medicinas faciunt. Venet. 1500, in-fol.
Plempii (Vopisc. Fortun.) ophthalmographia. Lovani 1648, fol. il a fait sa réputation par cet ouvrage.
Read (Guillelm.) on the diseases of the eyes. Lond. 1704, in-8 °.
Ruschius (Joh. Bapt.) super visus organo, libri quatuor. Pisis, 1631, in-4 °.
Schelhammeri (Christoph.) ophthalmographia & opsioscopia, &c. Jenae 1640, in -4°.
Severus (Nicolaus), observationes anatomicae de glandulis oculorum, novisque eorum vasis. Hafniae 1664, in -4°.
Taylor (Joh.) of the cataract and glaucoma. London 1736, in-8°. Item, le méchanisme du globe de l'oeil. Paris 1738, opérateur adroit & charlatan habile.
Trinchusii, dissertatio de caecis sapientiâ & eruditione claris. Jenae 1672, in-4 °. c'est un ouvrage pour les Littérateurs.
Varolius (Constantius), de nervis opticis. &c. Patavii 1573 Francof. 1591, in-8 °.
Woolhouse, dissertationes de cataracta & glaucomate. Francof. 1719, in-8 °.
Yves (Saint) traité des maladies des yeux. Paris 1722, in-8 °.
Zahu, oculus artificialis teledriopticus, &c. Norimb. 1722. in-fol. fig.
Thé perfect oculist. 1603, in-8 °. par un anonyme.
A tous ces traités particuliers il faut joindre les observations qui se trouvent éparses dans les Mémoires de l'académie des Sciences, les Transactions philosophiques, le Recueil d'Edimbourg, les Actes des curieux de la nature, & autres ouvrages de ce genre.
Boerhaave avoit donné dans des leçons publiques un traité sur la structure de l'oeil, & ses principales maladies ; c'est un morceau précieux que messieurs Van-Swieten & Tronchin pourroient mettre au jour. (D.J.)
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| OCULUS BEL | ou OCULUS SOLIS, (Hist. Botan.) Voyez OEIL DE CHAT.
OCULUS MUNDI. Voyez OEIL DU MONDE.
OCULUS MARIS ou OCULUS VENERIS, nom d'une coquille que l'on connoît mieux sous le nom d'umbilicus veneris.
OCULUS CHRISTI, (Botan.) espece d'astérisque, nommé par Tournefort asteriscus annuus, foliis ad florem rigidis. Voyez ASTERISQUE.
On le cultive quelquefois dans les jardins à cause de sa fleur ronde, radiée & de couleur jaune, qui sert à embellir les parterres ; mais l'astérisque préférable pour ce dessein est l'espece qui fleurit la plus grande partie de l'année, & que Tournefort appelle asteriscus maritimus, perennis, patulus. (D.J.)
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| OCYMOPHILLON | S. m. (Botan.) nom donné par Buxbaum à un nouveau genre de plante dont voici les caracteres. La fleur est sans pétale ; elle porte sur un embrion qui devient ensuite un vaisseau séminal, oblong, quadrangulaire, divisé en quatre loges, qui contiennent des graines arrondies & très-petites. Les feuilles de ce genre de plante sont semblables à celles du basilique, ocymum, d'où lui vient son nom. Elle croît dans les lieux humides. Bocconé la décrit sous le nom impropre de glaux, en l'appellant la grande glaux de marais, à fleur jaune. Act. petropol. vol. IV. pag. 421.
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| OCYMUM | S. m. (Botan.) genre de plante que nous appellons en françois basilic, & c'est sous ce nom que vous la trouverez caractérisée. Tournefort en compte dix-neuf especes, & Boerhaave vingtquatre ; elles possedent une qualité balsamique & tempérée.
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| OCZAKOW | (Géogr.) ville forte de Turquie, dans la Bessarabie, capitale d'un pays de même nom, & fameuse par la bataille de 1644 : c'est où sont les galeres turques qui gardent l'embouchure du Niéper contre les courses des Cosaques. Elle est défendue par plusieurs châteaux, & est à 126 lieues S. O. de Bialogrod, 164 N. E. de Constantinople. Long. 47. 35. lat. 46. 30.
La ville d'Oczakow, nommée par les Turcs Dsian-Crimenda, est située à l'embouchure du Borysthène qui s'y jette dans la mer Noire ; on nommoit autrefois cette ville Obia ou Miletopole, & elle étoit alors le centre du commerce des Milésiens avec les peuples septentrionaux de ces quartiers.
Le pays d'Oczakow est séparé de la Tartarie Crimée par le Borysthène ; il a l'Ukraine au N. O. la mer Noire au S. E. le Budziac au S. O. & la Moldavie au couchant. (D.J.)
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| ODA | S. f. terme de relation, chambre, classe des pages du grand-seigneur dans le serrail : voici ce qu'en dit du Loir.
Les pages du grand-seigneur sont divisés en cinq classes, qui sont autant de chambres appellées oda. La premiere plus basse en dignité porte la qualité de grande, pour le nombre de ceux qui la composent : ce sont les plus jeunes à qui on enseigne à lire & à écrire, à bien parler les langues, qui sont la turque pour ce monde, l'arabe pour le paradis, & la persane pour l'enfer, à cause, disent les Turcs, de l'hérésie de la nation qui la parle.
La seconde s'appelle la petite oda, où depuis l'âge de 14 ou 15 ans, jusqu'à 20 ou environ, ils sont exercés aux armes, à piquer des chevaux, à l'étude des sciences dont les Turcs ont quelque teinture, comme est l'Arithmétique, la Géométrie & l'Astrologie. Dans chacune de ces chambres il y a un page de la chambre privée, qui leur commande.
La troisieme chambre nommée kilan-oda, comprend bien deux cent pages, qui outre leurs exercices ordinaires, sont commandés par le kilerdgibachi, pour le service de la sommellerie & de la fruiterie.
La quatrieme n'en a que vingt-quatre, qui sous le khazinéda-bachi, ont soin du trésor qui est dans l'appartement du grand-seigneur, où ils n'entrent jamais avec des habits qui aient des poches.
La cinquieme chambre appellée kas-oda, c'est-à-dire classe privée, est composée de quarante pages qui servent à la chambre du prince.
Toutes les nuits un nombre fixe de pages de ces chambres sont de garde, quand leur prince est couché ; ils sont posés en divers endroits, les uns plus près de lui que les autres, selon le degré de leur chambre ; & ceux qui sont de la chambre privée les commandent. Ils prennent garde aussi que la lumiere, qu'ils tiennent toujours dans sa chambre, ne lui donne point dans les yeux, craignant qu'il ne s'éveille ; & s'ils le voient travaillé de quelque songe qui l'inquiete & qui le tourmente, ils en avertissent l'aga pour qu'il le réveille. (D.J.)
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| ODABACH | ou ODDOBASSI, s. m. (Hist. mod.) est un officier de l'armée des Turcs, qui répond à-peu-près à ce que nous appellons parmi nous un sergent, ou un caporal.
Les simples soldats & les janissaires, appellés oldachis, lorsqu'ils ont servi un certain nombre d'années, sont avancés, & deviennent biquelars : de biquelars ils sont faits odabachis, c'est-à-dire, caporaux de compagnie, ou chefs de certaines divisions dont le nombre n'est pas fixé, étant quelquefois de dix hommes, quelquefois de vingt.
Leur paye est de six doubles par mois, & ils portent pour marque distinctive un grand feutre, large d'un pié, & encore plus long que large, qui pend par derriere, & orné par devant de deux grandes plumes d'autruches.
L'odabachi est proprement un chef de chambrée des janissaires, comme le porte son nom composé de deux mots turcs savoir, oda, chambre, & bachi, chef. Lorsque les janissaires entrent pour la premiere fois dans cette chambre, l'odabachi les frappe sur le cou, & leur fait baisser la tête pour preuve de l'obéissance à laquelle ils sont engagés. Ils ne peuvent s'absenter sans sa permission, & lorsqu'ils négligent de la lui demander, il leur fait donner par le cuisinier de la chambrée des coups de baguette sur les fesses & non sur les piés, afin de ne pas les mettre hors d'état de marcher où le bien du service le requiert. S'ils commettent quelque crime grave, il les fait étrangler mais secrettement, & jetter leurs corps dans la mer. Que s'il est forcé de rendre leur punition publique, il doit auparavant les dégrader de leur qualité de janissaire, ce qui se fait en mettant en pieces le collet de leur habit. Guer, moeurs des Turcs, tome II.
On donne encore en Turquie le nom d'odabachi au directeur de chaque chambre des ichoglans ou pages du grand-seigneur. Il veille à leur conduite, à leurs exercices, & les fait châtier lorsqu'il leur échappe quelque faute.
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| ODAGLANDARI | S. m. (Hist. mod. terme de relation) on écrit aussi odeglandari, odoglandari, oddoglandari. Ce sont les pages de la cinquieme chambre ou oda ; voyez ODA.
Ces pages sont au nombre de quarante qui servent à la garderobe du grand-seigneur. Ils ont dix aspres par jour, bouche à cour, & deux habits de velours, satin ou damas, tous les ans. Vigenere, illustrat. sur chalcondyle, p. 359. (D.J.)
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| ODALIQUE | ou ODALISQUES, s. f. (Hist. mod.) c'est ainsi qu'on nomme en Turquie les simples favorites du grand-seigneur, renfermées dans le serrail pour servir à ses plaisirs. Elles y sont gardées par des eunuques, & occupent chacune un appartement où elles sont servies par des femmes. Les odaliques qui n'ont eu que des filles, ont la liberté de sortir & de se marier à qui il leur plaît ; mais celles qui ont donné des fils au grand-seigneur, & sont arrivées par-là au titre d'asekis, sont renvoyées dans le vieux serrail quand le sultan se dégoûte d'elles, & n'en sortent jamais à-moins que leur fils ne monte sur le trone, & pour-lors on les nomme validé ou sultane-mere. Ce mot odalique vient d'oda, qui en turc signifie une chambre, parce que toutes ces femmes sont logées séparément. C'est entr'elles à qui employera le plus de manege pour plaire au sultan, & d'intrigues pour supplanter ses rivales.
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| ODAXISME | (Médecine) mot grec dérivé de , je mords, & employé par différens auteurs pour désigner une sensation desagréable, plus forte que la démangeaison, & fort analogue à celle qui est l'effet d'une morsure. C'est dans ce sens général que van-Helmont l'emploie ; Dioscoride l'applique aussi à une affection des reins où le malade ressentoit cette espece de douleur, il dit qu'alors les reins étoient , comme mordus. Hippocrate, suivi en cela par le plus grand nombre de médecins, restreint le nom d'odaxisme à cette démangeaison vive & quelquefois douloureuse que les enfans éprouvent aux gencives, lorsqu'elles sont un peu percées & déchirées par les dents qui font effort pour sortir : pendant la dentition, dit-il, non-seulement il y a odaxisme, mais encore il survient des convulsions, &c. aphorism. 25. lib. III. d'où il paroît que ce mot seul signifie une affection des gencives, que presque tous les auteurs ont rendu par démangeaison.
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| ODE | S. f. (Poësie lyriq.) Dans la poësie grecque & latine, l'ode est une piece de vers qui se chantoit, & dont la lyre accompagnoit la voix. Le mot ode signifie chant, chanson, hymne, cantique.
Dans la poësie françoise, l'ode est un poëme lyrique, composé d'un nombre égal de rimes plates ou croisées, & qui se distingue par strophes qui doivent être égales entr'elles, & dont la premiere fixe la mesure des autres.
L 'ode avec plus d'éclat, & non moins d'énergie,
Elevant jusqu'au ciel son vol ambitieux,
Entretient dans ses vers commerce avec les dieux ;
....
Chante un vainqueur poudreux au bout de la carriere ;
Mene Achille sanglant au bord du Simoïs,
Ou fait fléchir l'Escaut sous le joug de Louis ;
....
Son style impétueux souvent marche au hasard,
Chez elle un beau desordre est un effet de l'art.
C'est M. Boileau qui parle, & qui dans ses beaux vers si dignes de la sublime matiere qu'il traite, donne sur cette espece de poësie des préceptes excellens qu'il a essayé de pratiquer lui-même avec assez peu de succès.
Comme l'ode est une poësie faite pour exprimer les sentimens les plus passionnés, elle admet l'enthousiasme, le sublime lyrique, la hardiesse des débuts, les écarts, les digressions, enfin le desordre poëtique. Nous pouvons en croire Rousseau sur ce sujet : écoutons-le.
Si pourtant quelque esprit timide
Du Pinde ignorant les détours,
Opposoit les regles d'Euclide
Au desordre de mes discours ;
Qu'il sache qu'autrefois Virgile
Fit même aux Muses de Sicile
Approuver de pareils transports :
Et qu'enfin cet heureux délire
Des plus grands maîtres de la lyre
Immortalise les accords.
L'enthousiasme ou fureur poëtique est ainsi nommée, parce que l'ame qui en est remplie est toute entiere à l'objet qui le lui inspire. Ce n'est autre chose qu'un sentiment quel qu'il soit, amour, colere, joie, admiration, tristesse, &c. produit par une idée.
Ce sentiment n'a pas proprement le nom d'enthousiasme, quand il est naturel, c'est-à-dire, qu'il existe dans un homme qui l'éprouve par la réalité même de son état ; mais seulement quand il se trouve dans un artiste, poëte, peintre, musicien ; & qu'il est l'effet d'une imagination échauffée artificiellement par les objets qu'elle se représente dans la composition.
Ainsi l'enthousiasme des artistes n'est qu'un sentiment vif, produit par une idée vive, dont l'artiste se frappe lui-même.
Il est aussi un enthousiasme doux qu'on éprouve quand on travaille sur des sujets gracieux, délicats, & qui produisent des sentimens forts, mais paisibles.
Le sublime qui appartient à l'ode est un trait qui éclaire ou qui brûle. Voici comment il se forme, dit l'auteur des Beaux-Arts réduits au même principe.
Un grand objet frappe le poëte : son imagination s'éleve & s'allume : elle produit des sentimens vifs qui agissent à leur tour sur l'imagination & augmentent encore son feu. De-là les plus grands efforts pour exprimer l'état de l'ame : de-là les termes riches, forts, hardis, les figures extraordinaires, les tours singuliers. C'est alors que les prophetes voient les collines du monde qui s'abaissent sous les pas de l'éternité ; que la mer fuit ; que les montagnes tressaillissent. C'est alors qu'Homere voit le signe de tête que Jupiter fait à Thétis, & le mouvement de son front immortel qui fait balancer l'univers.
Le sublime de l'ode consiste donc dans l'éclat des images & dans la vivacité des sentimens. C'est cette vivacité qui produit la hardiesse des débuts, les écarts, les digressions & le desordre lyrique, dont nous allons maintenant parler.
Le début de l'ode est hardi, parce que quand le poëte saisit sa lyre, on le suppose fortement frappé des objets qu'il se représente. Son sentiment éclate, part comme un torrent qui rompt la digue : & en conséquence il n'est guere possible que l'ode monte plus haut que son début ; mais aussi le poëte, s'il a du goût, doit s'arrêter précisément à l'endroit où il commence à descendre.
Les écarts de l'ode sont une espece de vuide entre deux idées, qui n'ont point de liaison immédiate. On sait quelle est la vîtesse de l'esprit. Quand l'ame est échauffée par la passion, cette vîtesse est incomparablement plus grande encore. La fougue presse les pensées & les précipite : & comme il n'est pas possible de les exprimer toutes, le poëte seulement saisit les plus remarquables, & les exprimant dans le même ordre qu'elles avoient dans son esprit, sans exprimer celles qui leur servoient de liaison, elles ont l'air d'être disparates & décousues. Elles ne se tiennent que de loin, & laissent par conséquent entr'elles quelques vuides qu'un lecteur remplit aisément, quand il a de l'ame & qu'il a saisi l'esprit du poëte.
Les écarts ne doivent se trouver que dans les sujets qui peuvent admettre des passions vives, parce qu'ils sont l'effet d'une ame troublée, & que le trouble ne peut être causé que par des objets importans.
Les digressions dans l'ode sont des sorties que l'esprit du poëte fait sur d'autres sujets voisins de celui qu'il traite, soit que la beauté de la matiere l'ait tenté, ou que la stérilité de son sujet l'ait obligé d'aller chercher ailleurs dequoi l'enrichir.
Il y a des digressions de deux sortes : les unes qui sont des lieux communs, des vérités générales, souvent susceptibles des plus grandes beautés poëtiques ; comme dans l'ode où Horace, à-propos d'un voyage que Virgile fait par mer, se déchaîne contre la témérité sacrilege du genre humain que rien ne peut arrêter. L'autre espece est des traits d'histoire ou de la fable, que le poëte emploie pour prouver ce qu'il a en vûe. Telle est l'histoire de Régulus, & celle d'Europe dans le même poëte. Ces digressions sont plus permises aux lyriques qu'aux autres, pour la raison que nous avons dite.
Le desordre poëtique de l'ode consiste à présenter les choses brusquement & sans préparation, ou à les placer dans un ordre qu'elles n'ont pas naturellement : c'est le desordre des choses. Il y a celui des mots d'où résulte des tours qui, sans être forcés, paroissent extraordinaires & irréguliers.
En général les écarts, les digressions, le desordre, ne doivent servir qu'à varier, animer, enrichir le sujet. S'ils l'obscurcissent, le chargent, l'embarassent, ils sont mauvais. La raison ne guidant pas le poëte, il faut au-moins qu'elle puisse le suivre : sans cela l'enthousiasme n'est qu'un délire, & les égaremens qu'une folie.
Des observations précédentes, on peut tirer deux conséquences.
La premiere est que l'ode ne doit avoir qu'une étendue médiocre. Car si elle est toute dans le sentiment, & dans le sentiment produit à la vûe d'un objet, il n'est pas possible qu'elle se soutienne longtems : animorum incendia, dit Ciceron, celeriter extinguuntur. Aussi voit-on que les meilleurs lyriques se contentent de présenter leur objet sous les différentes faces qui peuvent produire ou entretenir la même impression ; après quoi ils l'abandonnent presqu'aussi brusquement qu'ils l'avoient saisi.
La seconde conséquence est qu'il doit y avoir dans une ode, unité de sentiment, de même qu'il y a unité d'action dans l'épopée & dans le drame. On peut, on doit même varier les images, les pensées, les tours, mais de maniere qu'ils soient toûjours analogues à la passion qui regne : cette passion peut se replier sur elle-même, se développer plus ou moins, se retourner ; mais elle ne doit ni changer de nature, ni céder sa place à une autre. Si c'est la joie qui a fait prendre la lyre, elle pourra bien s'égarer dans ses transports, mais ce ne sera jamais en tristesse : ce seroit un défaut impardonnable. Si c'est par un sentiment de haine qu'on débute, on ne finira point par l'amour, ou bien ce sera un amour de la chose opposée à celle qu'on haïssoit : & alors c'est toûjours le premier sentiment qui est seulement déguisé. Il en est de même des autres sentimens.
Il y a des odes de quatre especes. L'ode sacrée qui s'adresse à Dieu, & qui s'appelle hymne ou cantique. C'est l'expression d'une ame qui admire avec transport la grandeur, la toute-puissance, la sagesse de l'être suprême, & qui lui témoigne son ravissement. Tels sont les cantiques de Moïse, ceux des prophetes, & les pseaumes de David.
La seconde espece est des odes héroïques, ainsi nommées, parce qu'elles sont consacrées à la gloire des héros. Telles sont celles de Pindare sur-tout, quelques-unes d'Horace, de Malherbe, de Rousseau.
La troisieme espece peut porter le nom d'ode morale ou philosophique. Le poëte frappé des charmes de la vertu ou de la laideur du vice, s'abandonne aux sentimens d'amour ou de haine que ces objets produisent en lui.
La quatrieme espece naît au milieu des plaisirs, c'est l'expression d'un moment de joie. Telles sont les odes anacréontiques, & la plûpart des chansons françoises.
La forme de l'ode est différente suivant le goût des peuples où elle est en usage. Chez les Grecs elle étoit ordinairement partagée en stances, qu'ils appelloient formes, .
Alcée, Sapho, & d'autres lyriques, avoient inventé avant Pindare d'autres formes, où ils mêloient des vers de différentes especes, avec une symmétrie qui revenoit beaucoup plus souvent. Ce sont ces formes qu'Horace a suivies. Il est aisé de s'en faire une idée d'après ses poësies lyriques.
Les François ont des odes de deux sortes : les unes qui retiennent le nom générique, & les autres qu'on nomme cantates, parce qu'elles sont faites pour être chantées, & que les autres ne se chantent pas.
Le caractere de l'ode de quelque espece qu'elle soit, ce qui la distingue de tous les autres poëmes, consiste dans le plus haut degré de pensée & de sentiment dont l'esprit & le coeur de l'homme soient capables. L'ode choisit ce qu'il y a de plus grand dans la religion, de plus surprenant dans les merveilles de la nature, de plus admirable dans les belles actions des héros, de plus aimable dans les vertus, de plus condamnable dans les vices, de plus vif dans les plaisirs de Bacchus, de plus tendre dans ceux de l'amour ; elle ne doit pas seulement plaire, étonner, elle doit ravir & transporter.
Les cantiques de l'Ecriture & les pseaumes de David célebrent de grandes merveilles ; cependant Rousseau & les autres poëtes judicieux n'ont pas traduit toutes ces odes sacrées, ils n'ont choisi que celles qui leur ont paru les plus propres à notre poësie lyrique. Tout est admirable dans l'univers : mais tous ses phénomenes ne doivent pas entrer également dans l'ode. Il faut préférer dans chaque espece les premiers êtres aux êtres moins sensibles & moins bienfaisans ; le soleil, par exemple, aux autres astres. Il faut rassembler dans leur description les circonstances les plus intéressantes, & placer, pour ainsi dire, ces êtres dans l'excès des biens & des maux qu'ils peuvent produire. Si vous décrivez un tremblement de terre, il doit paroître seul plus terrible que ceux que l'Histoire a jamais fait connoître : si vous peignez un paysage, il faut qu'il réunisse tous les charmes de ceux que la Peinture a jamais représentés. Une ode doit parler à l'esprit, au jugement, aux sens, au coeur, & leur offrir tour à tour les objets les plus capables de les occuper entierement.
Autant Erato est rebelle à ceux qui, sans autre guide que l'esprit, osent mettre un pié profane dans son sanctuaire, autant elle est favorable à ceux qui y sont introduits par le génie. Elle leur ouvre le champ le plus vaste, le plus noble & le plus beau ; elle leur permet & leur ordonne même de lâcher la bride à leur imagination, de prendre l'essor le plus rapide & le plus élevé, de se dérober aux regards des foibles mortels à-travers les feux & les éclairs, de s'élancer jusqu'au plus haut des cieux, tels que des aigles intrépides, d'aller prendre la foudre dans les mains de Jupiter pour en frapper les impies Salmonées & les orgueilleux Titans, &c.
Des mouvemens imprévus, des idées saillantes, des expressions hardies, des images fortes, mais gracieuses, un ordre qui soit caché avec art sous le voile d'un désordre apparent, beaucoup d'harmonie, des écarts éclatans, mais réglés par la raison, des transports sublimes, de nobles fureurs, &c. voilà les ornemens qui conviennent à l'ode : elle abhorre la médiocrité ; si elle n'échauffe, elle glace. Si elle ne nous enleve, si elle ne nous transporte par son divin enthousiasme, elle nous laisse transis & morfondus. C'est dans ce genre qu'on peut presque affirmer qu'il n'est point de degré du médiocre au pire. Le poëte, pour donner de la vie aux sujets qu'il traite, doit les animer par la fiction, & les soutenir par les peintures & par la cadence nombreuse. Tous les trésors de la fable, de la poësie, de l'imagination, & de toute la nature, lui sont ouverts ; il peut y puiser à son gré tout ce qu'ils renferment de plus frappant & de plus précieux.
J'ai déja pris soin d'insinuer, & je le répete encore ici, que tous les sublimes transports de l'ode doivent être réglés par la raison, & que tout ce désordre apparent ne doit être en effet qu'un ordre plus caché. Il ne s'agit point de lancer au hasard des idées éblouissantes, ni d'étaler avec emphase un galimatias pompeux. Ce désordre même que l'ode exige, ce qui est une de ses plus grandes beautés, ne doit peut-être avoir pour objet que le retranchement des liaisons grammaticales, & de certaines transitions scrupuleuses qui ne feroient qu'énerver la poësie lyrique. Quoi qu'il en soit, c'est à l'art de régler le désordre apparent de l'ode. Toutes les figures si variées & si hardies doivent tendre à une même fin, & s'entreprêter des beautés mutuelles.
L'ode où l'on chante les dieux ou les héros, doit briller dès le début même. L'hyperbole est son langage favori. Le poëte y peut promettre des miracles. La carriere qu'il doit fournir est si courte, qu'il n'aura pas le tems de perdre haleine, ni de réfroidir ses lecteurs : c'est là l'ode pindarique. Elle commence souvent dans Pindare par la description sublime de quelques phénomenes naturels, dont il fait ensuite l'application à son sujet. La surprise est le sentiment qu'elle doit produire. Toutes les odes de ce genre qui ne portent pas ces caractères, ne meritent que le nom de stances.
Il est un autre genre d'odes moins superbe, moins éclatant, mais non moins agréable ; c'est l'ode anacréontique. Elle chante les jeux, les ris folâtres, les plaisirs & les agrémens de la vie champêtre, &c. Jamais la lyre du voluptueux Anacréon ne résonne pour célébrer les héros & les combats. Partagé entre Bacchus & l'Amour, il ne produit que des chansons inspirées par ces deux divinités.
Il tient parmi les Poëtes le même rang qu'Epicure parmi les Philosophes. Toutes ses odes sont courtes, pleines de douceur, d'élégance, de naïveté, & animées d'une fiction toujours galante, ingénieuse & naturelle. Son imagination livrée toute entiere aux plaisirs, ne lui fournit que des idées douces & riantes, mais souvent trop capables d'allarmer la vertu.
La dixieme muse, la tendre & fidele Sapho, a composé un petit nombre d'odes consacrées aussi à l'amour. On connoît celle qui a été traduite si élégamment par Catulle, Despréaux & Adisson ; trois traductions admirables sans qu'on ait pu dire laquelle méritoit la préférence. Le lecteur les trouvera, je pense, au mot GRADATION.
Horace s'est montré tantôt Pindare, & tantôt Anacréon ; mais s'il imite Pindare dans ses nobles transports, il le suit aussi quelquefois un peu trop dans son désordre ; s'il imite la délicatesse & la douceur naïve d'Anacréon, il adopte aussi sa morale voluptueuse, & la traite d'une maniere encore plus libre, mais moins ingénue.
Malherbe s'est distingué par le nombre & l'harmonie ; il est inimitable dans la cadence de ses vers, & l'on doit excuser la foiblesse de ceux qu'il n'a fait que pour servir de liaisons aux autres. Il faut encore avoir la force de lui passer ses expressions surannées.
Rousseau a été tout-à-la-fois Pindare, Horace, Anacréon, Malherbe, &c. Il a rassemblé tous les talens partagés entre ces grands poëtes ; son génie vigoureux, né pour la lyre, en a embrassé tous les genres, & y a excellé.
Avant lui M. de la Motte avoit composé des odes pleines d'élégance & de délicatesse dans le goût d'Anacréon. Je ne reprocherai point à cet aimable poëte d'avoir été trop moral dans le genre lyrique, parce que Rousseau ne l'est pas moins. Je dirai seulement que l'un moralise en poëte, & l'autre en philosophe ; l'un est sublime dans ses sentences, & l'autre n'est qu'ingénieux ; l'un éclairant, échauffe & transporte ; l'autre en instruisant se contente d'amuser.
Il est sans doute permis dans le lyrique d'étaler de belles & solides maximes ; mais il faut qu'elles soient revêtues des brillantes couleurs qui conviennent à ce genre de poësie. Ainsi le vrai défaut de M. de la Motte est de n'être pas assez animé ; ce défaut se trouve dans ses descriptions & dans ses peintures qui sont trop uniformes, froides & mortes en comparaison de la force, de la variété, & des belles images de celles du célebre Rousseau. Mais j'entrerai dans d'autres détails sur les poëtes dont je viens de parler, au mot POETE LYRIQUE, & je tâcherai en même tems de ne me pas répéter.
Les Anglois seroient sans doute les premiers poëtes lyriques du monde, si leur goût & leur choix répondoient à la force de leur esprit & à la fécondité de leur imagination. Ils apperçoivent ordinairement dans un objet plus de faces que nous n'en découvrons ; mais ils s'arrêtent trop à celles qui ne méritent point leur attention : ils éteignent & ils étouffent le feu de notre ame à force d'y entasser idées sur idées, sentimens sur sentimens.
Jamais la Gréce & la république Romaine n'ont fourni un aussi vaste champ pour l'ode, que celui que l'Angleterre offre à ses poëtes depuis deux siécles. Le regne florissant d'Elisabeth ; la mort tragique de la reine d'Ecosse ; les trois couronnes réunies sur la tête de Jacques I. le despotisme qui renversa le trône de Charles & qui le fit périr sur un échafaud ; l'interregne odieux, mais brillant de l'usurpateur ; le rétablissement du roi légitime ; les divisions & les guerres civiles renaissantes sous ce prince ; une nouvelle révolution sous son successeur ; la nation entiere divisée en autant de sectes dans la religion, que de partis dans le gouvernement ; le roi chassé de son trône & de sa patrie ; un étranger appellé pour régner en sa place ; une nation épuisée par des guerres & des défaites malheureuses ; mais qui se releve tout-à-coup, & qui monte au plus haut point de sa gloire sous le regne d'une femme : en faudroit-il davantage pour livrer toutes les muses à l'enthousiasme ? Rousseau auroit-il été réduit, s'il eût vêcu en Angleterre, à dresser une ode à M. Duché sur les affaires de sa famille, & une autre à M. de Pointis, sur un procès que lui firent les Flibustiers ? (D.J.)
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| ODÉE | S. m. (Archit. & antiq. Grecq.) Odéon, & en latin Odeum, mot dérivé du grec , chant, parce que c'étoit chez les anciens un lieu destiné pour la répétition de la musique qui devoit être chantée sur le théâtre ; c'est du moins la signification que Suidas donne de ce terme.
Le plus superbe odée de l'antiquité étoit celui d'Athènes, où tant de grands musiciens disputerent le prix que la république décernoit aux plus habiles. Pausanias, Plutarque, Appian, Vitruve & autres écrivains grecs & latins en ont célébré la grandeur & la magnificence.
Ce bâtiment étoit une espece de théâtre élevé par Périclès ; l'intérieur en étoit orné de colonnes & garni de sieges. Il étoit couvert en pointe de mâts & d'antennes de navires pris sur les Perses ; & il se terminoit en cône sous la forme d'une tente ou d'un pavillon royal.
Avant la construction du grand théâtre d'Athènes, les musiciens & les poëtes s'assembloient dans l'Odeum pour y jouer & représenter leurs pieces, d'où le lieu fut surnommé . On avoit placé à l'entrée une statue de Bacchus pour rappeller l'origine de la tragédie qui commença chez les Grecs par des hymnes en l'honneur de ce dieu. On continua de réciter dans l'Odeum les nouvelles pieces avant que de les représenter sur le théâtre. Comme l'édifice étoit vaste & commode, les archontes y tenoient quelquefois leur tribunal, & l'on y faisoit au peuple la distribution des blés & des farines.
Ce bâtiment fut brûlé l'an de Rome 668, 86 ans avant l'ere chrétienne, pendant le siege d'Athènes par Sylla. Aristion qui défendoit la ville pour Mithridate, craignant que le général romain ne se servît des bois & autres matériaux de l'Odeum pour attaquer l'acropole ou le château, y fit mettre le feu. Dans la suite Ariobarzane le fit rebâtir. C'étoit Ariobarzane Philopator, second du nom, qui regna en Cappadoce depuis l'an 690 de Rome, jusque vers l'an 703. Ce prince n'épargna aucune dépense pour rendre à cet édifice sa premiere splendeur. Strabon, Plutarque, Pausanias qui ont écrit depuis le rétablissement de cet édifice, le mettent au nombre des plus magnifiques ornemens d'Athènes. Le rhéteur Hérodès Atticus, qui vivoit sous les Antonins, ajouta de nouveaux embellissemens à l'Odeum. Athènes, il est vrai, n'étoit plus la souveraine de la Gréce ; mais elle conservoit encore quelque empire dans les Sciences & dans les Arts ; titre qui lui mérita l'amour, le respect & la bienveillance des princes & des peuples étrangers.
L'édifice d'Ariobarzane étoit d'une grande solidité, si l'on en juge par les vestiges qui subsistent encore après dix-huit siecles. Voici la description que Whéler en a faite dans son voyage d'Athènes. " Les fondemens, dit-il, en sont de prodigieux quartiers de roche taillés en pointe de diamans, & bâtis en demi cercle, dont le diamêtre peut être de 140 pas ordinaires ; mais ses deux extrêmités se terminent en angle obtus sur le derriere qui est entiérement taillé dans le roc, & élevé de cinq à six pieds. On y monte par des degrés, & à chaque côté sont des bancs ciselés pour s'asseoir le long des deux branches du demi cercle. " Ainsi l'édifice de forme semi-circulaire pouvoit avoir dans son diamêtre, suivant notre mesure, 350 pieds, ou 58 toises. Whéler prouve d'après ce témoignage de Pausanias, & par les circonstances locales, que ce monument dont il donne le plan est l'Odeum d'Ariobarzane. On ne doit pas le confondre avec le théâtre qui s'appelle encore le théâtre de Bacchus, & dont notre savant voyageur anglois a fait aussi la description.
Il y avoit cinq bâtimens à Rome portant le nom d'Odeum. Ils servoient à instruire les musiciens & les joueurs d'instrumens, ainsi que ceux qui devoient jouer quelque personnage aux comédies & tragédies, avant que de les produire au théâtre devant le peuple. (D.J.)
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| ODENSÉE | (Géog.) ville considérable de Danemark dans l'île de Funen, avec un évêché suffragant de Lunden. Elle est à 18 lieues de Sleswig, 26 S. O. de Copenhague. Long. 28. 2. lat. 55. 28.
On prétend que cette ville reçut le nom d'Odensée, ou plutôt Ottensée, en latin Ottonia, de l'empereur Otton I. l'an 948, ainsi que le passage du Belte, Ottensund, ou détroit d'Otton.
Baugias (Thomas), professeur en Théologie, & homme versé dans les langues orientales, étoit d'Odensée. Il finit ses jours en 1661, après avoir donné quantité d'ouvrages théologiques qu'on ne lit plus aujourd'hui.
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| ODER | L '(Géog.) riviere considérable d'Allemagne, qui prend sa source dans la Moravie au village de Giebe, passe à Oder, bourgade, d'où elle a tiré son nom ; arrose ensuite plusieurs pays, entre dans la Silésie, traverse Breslaw, coule dans le Brandebourg qu'elle sépare de la Lusace, passe à Francfort, arrive ensuite à Gartz & à Stetin, & se jette enfin dans la mer par trois embouchures.
ODER, l '(Géog.) petite riviere de France en Bretagne. Elle a sa source au village de Corai, passe à Quimpercorentin, & se perd dans la mer trois lieues au-dessous de cette ville.
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| ODERZO | (Géog.) c'est l'Opitergium des anciens, petite ville d'Italie dans l'état de Venise, dans la marche Trevisane, sur le ruisseau de Motégan, & à dix milles de Ceneda. Long. 29. 45. lat. 46. 10.
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| ODESSUS | (Géog. anc.) ville bâtie par les Milésiens au rapport de Pline, liv. IV. c. ij. Elle étoit entre Calatis & Apollonie. C'est l'Odyssus de Ptolémée, liv. III. chap. xj. Entr'autres médailles, il y en a une d'Antonin Severe dans le recueil de Patin, sur laquelle on lit ce mot, OHCCEITON. (D.J.)
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| ODEUM | S. m. , étoit chez les anciens un lieu destiné à la répétition de la musique qui devoit être chantée sur le théatre.
On donnoit quelquefois le nom d'odeum à des bâtimens qui n'avoient point de rapport au théatre. Périclès fit bâtir à Athènes un odeum, où l'on disputoit les prix de Musique. Pausanias dit que Hérode l'athénien fit construire un magnifique odeum pour le tombeau de sa femme.
Les écrivains ecclésiastiques désignent aussi quelquefois le choeur d'une église par le mot odeum. Voyez CHOEUR, ODEE. (S)
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| ODEUR | S. f. (Physique) sensation dont le siége est dans l'intérieur du nez, & qui est produite par des particules très-subtiles, qui s'échappant des corps, viennent frapper le siége de cette sensation.
L'intérieur du nez est revêtu d'une membrane appellée pituitaire ; elle est composée en grande partie des fibres du nerf olfactif. Voyez NERF. Ces fibres ébranlées par l'action des corpuscules odorans, produisent la sensation de l'odorat. On peut voir un plus grand détail sur cette membrane dans les livres d'Anatomie, & dans les articles anatomiques de ce Dictionnaire, qui y ont rapport, comme NEZ, MEMBRANE PITUITAIRE. On perd le sentiment de l'odorat dans les engorgemens de cette membrane, comme dans les rhumes de cerveau.
Les sensations de l'odorat & du goût, ont beaucoup de rapport entr'elles ; non-seulement les organes de l'un & de l'autre sont voisins, & se communiquent, mais on peut même regarder l'odorat comme une espece de goût ; ordinairement le premier des sens avertit le second de ce qui pourroit lui être desagréable. Voyez GOUT.
Le principal objet de l'odorat consiste vraisemblablement dans les sels volatils ; ces corpuscules capables d'ébranler l'organe de l'odorat, sont d'une extrême divisibilité ; c'est ce que l'expérience journaliere démontre. Un morceau d'ambre ou de musc mis successivement dans plusieurs chambres, les remplit d'odeur en un instant ; & cette odeur subsiste très-long-tems sans qu'on apperçoive de diminution sensible dans le poids de ce morceau d'ambre, ni par conséquent dans la substance. Quand on met dans une cassolette de verre une liqueur odorante, & que la liqueur commence à bouillir, il en sort une vapeur très-forte qui se répand en un instant dans toute la chambre, sans que la liqueur paroisse avoir rien perdu de son volume. Voyez l'article DIVISIBILITE, & la premiere leçon de l'introductio ad veram physicam de Keill, où la divisibilité de la matiere est prouvée par des calculs tirés de la propagation même des odeurs. (O)
Voici un abrégé de ce calcul : il y a, dit M. Keill, plusieurs corps dont l'odeur se fait sentir à cinq piés à la ronde : donc ces corps répandent des particules odorantes au-moins dans toute l'étendue de cet espace ; supposons qu'il n'y ait qu'une seule de ces parties dans chaque quart de pouce cubique. Cette supposition est vraisemblablement fort au-dessous de la vérité, puisqu'il est probable qu'une émanation si rare n'affecteroit point l'odorat ; on trouvera dans cette supposition, qu'il y a dans la sphere de cinq piés de rayon 57839616 particules échappées du corps, sans que ce corps ait perdu sensiblement de sa masse & de son poids.
M. Boyle a observé que l'assa foetida exposée à l'air, avoit perdu en six jours une huitieme partie de grain de son poids ; d'où M. Keill conclut qu'en une minute elle a perdu 1/69120 de grain, & par un calcul auquel nous renvoyons, il fait voir que chaque particule est 2/10000 000 000 000 000 d'un pouce cube.
Dans ce calcul, on suppose les particules également distantes dans toute la sphere de cinq piés de rayon ; mais comme elles doivent être plus serrées vers le centre, (voyez QUALITE) en raison inverse du quarré de la distance, M. Keill recommence son calcul d'après cette supposition, & trouve qu'en ce cas il faut multiplier par 21 le nombre de particules 57839616 ci-dessus trouvé ; ce qui donne 1214631-936 ; il trouve de plus que la grandeur de chaque particule est 38/1000 000 000 000 000 000 de pouce. Voyez les articles DIVISIBILITE & DUCTILITE. Voyez aussi ÉCOULEMENS, ÉMANATIONS, &c. (O)
1°. Du mêlange de deux corps, qui par eux-mêmes n'ont aucune odeur, on peut tirer une odeur d'urine, en broyant de la chaux vive avec du sel ammoniac.
2°. Au moyen du mêlange de l'eau commune, qui par elle-même ne sent rien avec un autre corps sans odeur, il peut en résulter une bien mauvaise odeur : ainsi le camphre dissous dans l'huile de vitriol, n'a point d'odeur ; mais si on y mêle de l'eau, il répand aussi-tôt une odeur très-forte.
3°. Les corps composés peuvent répandre des odeurs qui ne ressemblent en rien à l'odeur des corps simples dont ils sont composés. Ainsi l'huile de térébenthine mêlée avec une double quantité d'huile de vitriol, & ensuite distillée, ne répand qu'une odeur de soufre après la distillation. Mais si on met sur un feu plus violent ce qui est resté dans la retorte, il en résultera une odeur semblable à celle de l'huile de cire.
4°. Il y a plusieurs odeurs qu'on ne tire des corps que par l'agitation & le mouvement. Ainsi le verre, les pierres, &c. qui ne répandent point d'odeur, même quand elles sont échauffées, en répandent cependant une forte, quand on les frotte, & qu'on les agite d'une maniere particuliere : principalement le bois d'hêtre quand on le travaille au tour, laisse une espece d'odeur de rose.
5°. Un corps dont l'odeur est forte étant mêlée avec un autre qui ne sent rien, peut perdre tout-à-fait son odeur. Ainsi si on répand de l'eau-forte dont on n'a pas bien ôté le phlegme, sur du sel de tartre, jusqu'à ce qu'il ne fermente plus, la liqueur, lorsqu'elle est évaporée, laisse un crystal sans odeur, qui ressemble beaucoup au sel de nitre ; mais en le brûlant il répand une très-mauvaise odeur.
6°. Du mêlange de deux corps, dont l'un sent très-mauvais, & l'autre ne sent pas bon, il peut résulter une odeur aromatique très-gracieuse : par exemple, du mêlange de l'eau-forte ou de l'esprit de nitre avec l'esprit-de-vin inflammable.
7°. L'esprit-de-vin, mêlé avec le corps qui a le moins d'odeur, peut former une odeur aromatique bien agréable. Ainsi l'esprit-de-vin inflammable, & l'huile de vitriol de Dantzic mêlés ensemble en égale quantité, & ensuite digérés, & enfin distillés, donnent un esprit d'une odeur bien gracieuse.
8°. Le corps le plus odoriférant peut dégénérer en une odeur puante, sans y rien mêler. Ainsi si on garde dans un vase bien fermé, l'esprit dont il est parlé dans la premiere expérience, elle se changera aussi-tôt en une odeur d'ail.
9°. De deux corps dont l'un n'a point d'odeur, & l'autre en a une mauvaise, il peut résulter une odeur agréable, semblable à celle du musc : par exemple, en jettant des perles dans l'esprit de vitriol : car quand les perles sont dissoutes, le tout répand une fort bonne odeur.
On employe souvent les odeurs dans les maladies hystériques & hypocondriaques ; ce sont, par exemple, l'assa foetida, le camphre, &c.
Les odeurs sont pernicieuses aux uns, & sur-tout aux femmes : cependant cela varie selon les tems & les modes. Autrefois qu'en cour les odeurs étoient proscrites, les femmes ne les pouvoient supporter ; aujourd'hui qu'elles sont à la mode, elles en sont infatuées ; elles se plaisent à se parfumer & à vivre avec ceux qui sont parfumés.
Les odeurs ne produisent donc pas toujours l'effet qu'on leur a attribué depuis long-tems, qui est de donner des vapeurs ; puisqu'aujourd'hui toutes les femmes sont attaquées de vapeurs, & que d'ailleurs elles aiment si fort les odeurs ; qui plus est, c'est qu'on ordonne aujourd'hui le musc pour l'épilepsie, les mouvemens convulsifs, & les spasmes. Il faut donc que l'on lui reconnoisse quelque chose d'anti-spasmodique.
Il faut convenir que les odeurs fortes, disgracieuses, & fétides, tels que le castoreum, l'assa foetida, la savatte brûlée, & autres de cette nature, sont excellentes dans les accès de vapeurs, de quelque maniere qu'elles produisent leur effet. Cela ne peut arriver, qu'en remettant les esprits dans leur premier ordre, & en leur rendant leurs cours ordinaires. Voyez MUSC.
ODEUR, (Critique sacrée) ce mot signifie figurément plusieurs choses dans l'Ecriture : par exemple, 1°. un sacrifice offert à Dieu : Non capiam odorem coetuum vestrorum, Amos, v. 21. je n'accepterai point les victimes que vous m'offririez dans vos assemblées. Odoratus est Dominus odorem suavitatis, Genèse, viij. 21. Dieu agréa le sacrifice de Noé. 2°. Il signifie une mauvaise réputation, Exode, v. 21. Jacob se plaint pareillement à ses fils, de ce que par le meurtre de Sichem, ils l'avoient mis en mauvaise odeur, chez les Cananéens. 3°. Odor ignis, l'odeur du feu, se met pour la flamme même, quoniam odor ignis non transiisset per eos, ils n'avoient point senti l'activité du feu, Daniel, iij. 94. 4°. Le mot bonne odeur, veut dire une chose excellente : sicut balsamum aromatisans odorem dedi, Ecclés. xxiv. 20. J'ai répandu une bonne odeur, l'odeur d'un baume précieux ; cette bonne odeur étoit celle de la doctrine & des préceptes de la loi. (D.J.)
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| ODIEL | (Géog.) riviere d'Espagne, dans l'Andalousie : elle a sa source aux frontieres de l'Estramadure & du Portugal, & son embouchure dans le golfe de Cadix. (D.J.)
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| ODIEUX | (Gramm.) digne de haine. Voyez HAINE. Les méchans sont odieux même les uns aux autres : de tous les méchans, les tyrans sont les plus odieux, puisqu'ils enlevent aux hommes des biens inaliénables, la liberté, la vie, la fortune, &c. On déguise les procédés les plus odieux sous des expressions adroites qui en dérobent la noirceur : ainsi un homme leste est un homme odieux, qui sait faire rire de son ignominie. Si un homme se rend le délateur d'un autre, celui-ci fût-il coupable, le délateur fera toujours aux yeux des honnêtes gens un rôle odieux. Combien de droits odieux que le souverain n'a point prétendu imposer, & dont l'avidité des traitans surcharge les peuples ! Le dévolu est licite, mais il a je ne sais quoi d'odieux : celui qui l'exerce paroît envier à un autre le droit de faire l'aumône ; & au lieu d'obéir à l'Evangile qui lui ordonne d'abandonner son manteau à celui qui lui en disputera la moitié, il ne me montre qu'un homme intéressé qui cherche à s'approprier le manteau d'un autre. Mais n'est-ce pas une chose fort étrange, que dans un gouvernement bien ordonné, une action puisse être en même-tems licite & odieuse ? N'est-ce pas une chose plus étrange encore, que les magistrats chargés de la police, soient quelquefois forcés d'encourager à ces actions ? & n'est-ce pas là sacrifier l'honneur de quelques citoyens mal nés, à la sécurité des autres ? Odieux vient du mot latin odium ; les médisans sont moins insupportables & plus odieux que les sots. Il se dit des choses & des personnes ; un homme odieux, des procédés odieux, des applications, des comparaisons odieuses, &c.
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| ODIN | OTHEN, ou VODEN, s. m. (Mythol.) c'est ainsi que les anciens Celtes qui habitoient les pays du nord, appelloient le plus grand de leurs dieux, avant que la lumiere de l'évangile eût été portée dans leur pays. On croit que dans les commencemens les peuples du septentrion n'adoroient qu'un seul Dieu, suprême auteur & conservateur de l'univers. Il étoit défendu de le représenter sous une forme corporelle, on ne l'adoroit que dans les bois ; de ce Dieu souverain de tout, étoient émanés une infinité de génies ou de divinités subalternes, qui résidoient dans les élémens, & dans chaque partie du monde visible qu'ils gouvernoient sous l'autorité du Dieu suprême. Ils faisoient à lui seul des sacrifices, & croyoient lui plaire, en ne faisant aucun tort aux autres, & en s'appliquant à être braves & intrepides. Ces peuples croyoient à une vie à venir ; là des supplices cruels attendoient les méchans, & des plaisirs ineffables étoient réservés pour les hommes justes, religieux & vaillans. On croit que ces dogmes avoient été apportés dans le nord par les Scythes. Ils s'y maintinrent pendant plusieurs siecles : mais enfin ils se lasserent de la simplicité de cette religion. Environ soixante-dix ans avant l'ere chrétienne, un prince scythe, appellé Odin, étant venu faire la conquête de leur pays, leur fit prendre des idées nouvelles de la divinité, & changea leurs lois, leurs moeurs & leur religion. Il paroît même que ce prince asiatique fut dans la suite confondu avec le Dieu suprême qu'ils adoroient auparavant, & à qui ils donnoient aussi le nom d'Odin. En effet ils semblent avoir confondu les attributs d'un guerrier terrible & sanguinaire & d'un magicien, avec ceux d'un Dieu tout puissant, créateur & conservateur de l'univers. On prétend que le véritable nom de ce scythe étoit Sigge, fils de Tridulphe, & qu'il prit le nom d'Odin, qui étoit le nom du Dieu suprême des Scythes, dont il étoit peut-être le pontife. Par-là il voulut peut-être se rendre plus respectable aux yeux des peuples qu'il avoit envie de soumettre à sa puissance. On conjecture que Sigge ou Odin quitta la Scythie ou les Palus méotides au tems où Mithridate fut vaincu par Pompée, à cause de la crainte que cette victoire inspira à tous les alliés du roi de Pont. Ce prêtre conquérant quitta sa patrie ; il soumit une partie des peuples de la Russie ; & voulant se faire un établissement au septentrion de l'Europe, il se rendit maître de la Saxe, de la Westphalie & de la Franconie, & par conséquent d'une grande portion de l'Allemagne, où l'on prétend que plusieurs maisons souveraines descendent encore de lui. Après avoir affermi ses conquêtes, Odin marcha vers la Scandinavie par la Cimbrie, le pays de Holstein. Il bâtit dans l'île de Fionie la ville d'Odensée, qui porte encore son nom : de-là il étendit ses conquêtes dans tout le nord. Il donna le royaume de Danemark à un de ses fils. Le roi de Suede Gulfe se soumit volontairement à lui, le regardant comme un dieu. Odin profita de sa simplicité, & s'étant emparé de son royaume, il y exerça un pouvoir absolu, & comme souverain, & comme pontife. Non content de toutes ces conquêtes, il alla encore soumettre la Norwege. Il partagea tous ses royaumes à ses fils, qui étoient, dit-on, au nombre de vingt-huit, & de trente-deux, selon d'autres. Enfin, après avoir terminé ces exploits, il sentit approcher sa fin : alors ayant fait assembler ses amis, il se fit neuf grandes blessures avec une lance, & dit qu'il alloit en Scythie prendre place avec les dieux à un festin éternel, où il recevroit honorablement tous ceux qui mouroient les armes à la main. Telle fut la fin de ce législateur étonnant, qui, par sa valeur, son éloquence & son enthousiasme, parvint à soumettre tant de nations, & à se faire adorer comme un dieu.
Dans la mythologie qui nous a été conservée par les Islandois, Odin est appellé le dieu terrible & sévere, le pere du carnage, le dépopulateur, l'incendiaire, l'agile, le bruyant, celui qui donne la victoire, qui ranime le courage dans les combats, qui nomme ceux qui doivent être tués, &c. tantôt il est dit de lui, qu'il vit & gouverne pendant les siecles ; qu'il dirige tout ce qui est haut & tout ce qui est bas, ce qui est grand & ce qui est petit : il a fait le ciel & l'air & l'homme, qui doit toujours vivre ; & avant que le ciel & la terre fussent, ce dieu étoit déja avec les géans, &c.
Tel étoit le mêlange monstrueux de qualités que ces peuples guerriers attribuoient à Odin. Ils prétendoient que ce dieu avoit une femme appellée Frigga ou Fréa, que l'on croit être la même que la déesse Hertus ou Hertha, adorée par des Germains, & qui étoit la terre. Il ne faut point la confondre avec Frey ou Freya, déesse de l'amour. V. FRIGGA. De cette femme Odin avoit eu le dieu Thor. Voyez THOR.
Selon ces mêmes peuples, Odin habitoit un palais céleste appellé Valhalla, où il admettoit à sa table ceux qui étoient morts courageusement dans les combats. Voyez VALHALLA. Malgré cela, Odin venoit dans les batailles se joindre à la mêlée, & exciter à la gloire les guerriers qui combattoient. Ceux qui alloient à la guerre, faisoient voeu de lui envoyer un certain nombre de victimes.
Odin étoit représenté une épée à la main ; le dieu Thor étoit à sa gauche, & Frigga étoit à la gauche de ce dernier. On lui offroit en sacrifice des chevaux, des chiens & des faucons ; & par la suite des tems, on lui offrit même des victimes humaines. Le temple le plus fameux du nord étoit celui d'Upsal en Suede ; les peuples de la Scandinavie s'y assembloient pour faire faire des sacrifices solemnels tous les neuf ans.
On voit encore des traces du culte rendu à Odin par les peuples du nord, le quatriéme jour de la semaine, ou le mercredi, appellé encore onsdag, vonsdog, vodensdag, le jour d'Odin. Les Anglois l'appellent wednes-day. Voyez l'introduction à l'histoire de Danemark par M. Mallet, & l'art. EDDA des Islandois.
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| ODOMANTICA | (Géog. anc.) contrée de la Thrace, dont parle Tite-Live, l. XLV. c. iv. ainsi qu'Hérodote & Thucydide. Elle étoit presque toute à l'orient du Strymon, au nord de la Bisaltie & de l'Edonide. (D.J.)
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| ODOMETRE | en Arpentage, est un instrument pour mesurer les distances par le chemin qu'on a fait. On l'appelle aussi pédometre ou compte-pas, & roue d'arpenteur. Voyez PEDOMETRE, &c. Ce mot vient des deux mots grecs , chemin, & , mesure.
L'avantage de cet instrument consiste en ce qu'il est d'un usage fort facile & sort expéditif. Sa construction est telle qu'on peut l'attacher à une roue de carrosse. Dans cet état, il fait son office, & mesure le chemin, sans causer aucun embarras.
Il y a quelques différences dans la maniere de construire cet instrument. Voici l'odometre qui est à présent le plus en usage, & qui paroît le plus commode.
Construction de l'odometre. Celui qui est réprésenté, Planche de l'arpent. fig. 23. consiste en une roue de deux piés sept pouces & demi de diamêtre, & dont la circonférence est par conséquent d'environ huit piés trois pouces. A un des bouts de l'axe est un pignon de trois quarts de pouces de diamêtre, divisé en huit dents, qui viennent quand la roue tourne s'engrener dans les dents d'un autre pignon c, fixé à l'extrêmité d'une verge de fer, de maniere que cette verge tourne une fois, pendant que la roue fait une révolution. Cette verge qui est placée le long d'une rainure pratiquée sur le côté de l'affut B de cet instrument, porte à son autre bout un trou quarré, dans lequel est placé le bout b du petit cylindre P. Ce cylindre est disposé sous un cadran à l'extrêmité de l'affut B, de telle maniere qu'il peut se mouvoir autour de son axe. Son extrêmité a est faite en vis sans fin, & s'engrene dans une roue de trente-deux dents, qui lui est perpendiculaire. Quand l'instrument est porté en avant, la roue fait une révolution à chaque sixieme perche. Sur l'axe de cette roue est un pignon de six dents, qui rencontre une autre roue de soixante dents, & lui fait faire un tour sur cent soixante perches ou un demi mille.
Cette derniere roue porte un index ou aiguille, qui peut tourner sur la surface du cadran, dont le limbe extérieur est divisé en cent soixante parties répondantes aux cent soixante perches, & l'aiguille indique le nombre de perches que l'on a faites. De plus, sur l'axe de cette derniere roue est un pignon de vingt dents, qui s'engrene dans une troisieme roue de quarante dents, & lui fait faire un tour sur trois cent vingt perches ou un mille. Sur l'axe de cette roue est un pignon, lequel s'engrenant dans une autre roue, qui a soixante-douze dents, lui fait faire un tour en douze milles.
Cette quatrieme roue porte un autre index, qui répond au limbe intérieur du cadran. Ce limbe est divisé en douze parties pour les milles, & chaque mille est subdivisé en moitiés, en quarts, &c. & sert à marquer les révolutions de l'autre aiguille, ainsi qu'à connoître les demi-milles, les milles, &c. jusqu'à douze milles, que l'on a parcourus.
Usage de l'odometre. La maniere de se servir de cet instrument est facile à comprendre par sa construction. Il sert à mesurer les distances dans les cas où l'on est pressé, & où l'on ne demande pas une si grande exactitude.
Il est évident qu'en faisant agir cet instrument, & observant les tours des aiguilles, on a la longueur de l'espace qu'on veut mesurer, comme si on l'arpentoit à la chaîne ou à la toise. Chambers. (E)
L'odometre ci-dessus est celui qui est destiné à compter le chemin par les tours de roue d'un carrosse ou d'une voiture.
L'odometre à compter les pas s'ajuste dans le gousset, où il tient à un cadran qu'on fait passer au-dessous du genou, & qui, à chaque pas, fait avancer l'aiguille. Du reste, ces deux odometres different peu l'un de l'autre.
C'est par le moyen d'un odometre que Fernel mesura les degrés de Paris à Amiens ; & malgré la grossiereté de ce moyen, il le trouva très-approchant du vrai. Voyez FIGURE DE LA TERRE & DEGRE.
M. Meynier présenta à l'académie des Sciences en 1724 un odometre qui parut fort bien construit, & dans lequel chaque pas & chaque tour de roue donnoit exactement un pas d'aiguille, & n'en donnoit qu'un : cependant cet odometre avoit un inconvénient, c'est que dans le recul il s'arrêtoit ; & reprenant ensuite son mouvement, donnoit sur le cadran autant de tours de roue ou de pas de trop en avant qu'on avoit eus en arriere. M. l'abbé Outhier a remédié à cet inconvénient dans un odometre qu'il a présenté à l'académie en 1742, & dans lequel l'aiguille recule quand le voyageur recule ; ensorte que l'odometre décompte de lui-même tous les pas de trop que l'on a fait en arriere. Voyez Hist. acad. 1742, pag. 145. (O)
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| ODONTALGIE | S. f. terme de Médecine & de Chirurgie, douleur de dents. Ce mot est composé du grec , dent, & de , douleur. Le mal de dents est des plus ordinaires & des plus cruels, au point qu'on a vu des gens attenter à leur vie pour s'en délivrer. Les violentes douleurs de dents sont presque toujours occasionnées par la carie, qui, mettant le nerf de la dent à découvert, permet sur ce nerf l'action des causes extérieures qui excitent la douleur. Les auteurs admettent une odontalgie idiopathique, qui dépend d'une fluxion sur les nerfs & les vaisseaux nourriciers de la dent. Mauquest de la Motte, dans son traité de chirurgie, assure avoir délivré des personnes qui souffroient violemment de la douleur de dents, en les faisant saigner du bras ; ce qui prouve qu'une fluxion inflammatoire étoit la cause formelle de cette douleur. Charles le Pois, dans son excellent traité de morbis a colluvie serosâ, met l'engorgement séreux au nombre des causes de l'odontalgie, & il rapporte un cas qui s'est passé sur lui-même. Il prit un remede purgatif contre une douleur de dents, qui le tourmentoit depuis plusieurs jours ; il vomit une assez grande quantité d'eaux, avec un tel succès, qu'il fut plus de dix ans sans être incommodé du même mal. On a remarqué que les dents arrachées dans le tems de la douleur, avoient leurs vaisseaux fort engorgés, & le tissu cellulaire qui les soutient, comme oedemateux. On peut faire cette observation quand ces vaisseaux se rompent dans le fond de l'alvéole, & non pas précisément à l'extrêmité des racines de la dent dont on fait l'extraction.
Les causes externes de la douleur de dents sont, l'air froid & humide, la trop grande chaleur qui raréfie le sang & les humeurs, les intempérances dans le boire & dans le manger, la négligence de se chausser tout en sortant du lit, &c.
S'il n'y a aucune dent cariée, il faut procéder à la guérison du mal de dents par les remedes généraux, qui consiste à diminuer le volume des humeurs, & à discuter celles qui font l'engorgement local. Dans les fluxions inflammatoires, la saignée, les boissons délayantes, la diete humectante & rafraîchissante détruiront la cause de la douleur. La saignée sera moins indiquée que la purgation, si l'engorgement est formé par des sucs pituiteux. On fait ensuite usage extérieurement des remedes odontalgiques qui sont en très-grand nombre. Voyez ODONTALGIQUE. On peut avoir recours aux narcotiques pris intérieurement pour calmer la vive douleur, lorsqu'on a suffisamment diminué le volume redondant du sang & des humeurs, suivant les diverses indications.
Quoique les dents ne paroissent pas cariées, il n'est pas sûr que la douleur des dents ne soit pas causée par la carie occulte de la partie de la dent qui est cachée dans l'alvéole. Il est à propos de frapper les dents sur leur couronne avec un instrument d'acier, tel que seroit un poinçon obtus, ou autre corps semblable. Ce contact a souvent découvert le mal, par la sensation douloureuse qu'il a exercée sur une dent saine en apparence. Dans ce cas il faut faire sans hésiter le sacrifice de la dent, pour pouvoir faire cesser efficacement le mal présent, & en prévenir de plus grands, tels que l'abscès du sinus maxillaire. Voyez ce que nous avons dit de cette maladie, en parlant de celles qui attaquent les gencives à la suite du mot GENCIVES.
Quand la carie des dents est apparente, si elle est disposée de façon que l'on puisse plomber la dent avec succès, on peut la conserver par ce moyen. Voyez PLOMBER. Lorsque cela n'est pas possible, les personnes timides, qui craignent de s'exposer à la douleur de l'extraction de la dent, en laissent détruire le nerf par le cautere actuel. Voyez CAUTERE & CAUTERISATION. Mais hors le cas où le plomb peut conserver la dent, les odontalgiques ne sont que des secours palliatifs dans le cas de carie ; & le parti le plus sûr est de faire ôter la dent, pour s'épargner les douleurs cruelles, si sujettes à récidive, pour se délivrer de la puanteur de la bouche, qui est causée par une dent gâtée, & empêcher la communication de la carie à d'autres dents.
La carie est une suite assez ordinaire de leur érosion, maladie nouvellement découverte, & dont l'étiologie est due aux observations du feu sieur Bunon, dentiste des enfans de France, & expert reçu à saint Côme. Le séjour des alimens dans le creux de l'érosion, le chaud & le froid alternatif des boissons, la qualité des liqueurs, &c. alterent l'émail, & causent la carie des dents.
Les académiciens curieux de la nature, decad. xj. parlent d'une odontalgie qui fut guérie par un soufflet que reçut la personne souffrante. Bien des gens sont délivrés de la douleur d'une façon bien plus surprenante : ils cessent de sentir leur mal, lorsqu'ils voient le dentiste qui doit leur arracher la dent. (Y)
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| ODONTALGIQUE | S. m. & adj. terme de Chirurgie concernant la matiere médicale externe, remede propre pour calmer la douleur des dents.
Ces remedes sont en très-grand nombre, & il n'y a presque personne qui n'en vante un dont il assure l'efficacité.
On applique avec succès un emplâtre de mastic ou de gomme élemi à la région des tempes. L'emplâtre d'opium a souvent produit un très-bon effet, de même que le cataplasme de racine de grande consoude pour réprimer la fluxion.
Quelques-uns appliquent des médicamens dans l'oreille du côté de la douleur. L'huile d'amandes ameres, ou la vapeur du vinaigre dans lequel on a fait bouillir du pouillot ou de l'origan. Le vinaigre est recommandé contre les fluxions chaudes ou inflammatoires : & quand l'engorgement vient d'une cause froide ou humorale, on coule dans l'oreille du jus d'ail cuit avec de la thériaque, & employé chaudement, ou bien un petit morceau de gousse d'ail cuit sous la cendre, & introduit dans l'oreille en forme de tente.
Il n'y a sorte de cataplasmes astringens, émolliens, résolutifs, discussifs, dont on ne trouve des formules pour appliquer sur la machoire & la joue, contre les fluxions qu'occasionne la douleur des dents. On conseille aussi des gargarismes, avec des noix de galles cuites dans le vinaigre ; avec du vinaigre dans lequel on a éteint des cailloux rougis au feu ; de la décoction de verveine, de la décoction de gayac dans l'eau ou le vin, en y ajoutant un peu de sel. D'autres font mâcher de la racine de pyrethre pour faire dégorger les glandes salivaires ; la racine de calamus aromaticus a produit souvent de très-bons effets : mais c'est sur-tout les remedes qu'on applique sur la dent, dans le creux que forme la carie, qui méritent essentiellement le nom d'odontalgiques. L'huile de gayac, celles de buis, de gerofle, de camphre, de canelle, portées dans le creux de la dent avec un peu de coton, dessechent la carie, empêchent ses progrès, & brûlent le nerf. C'est un préparatif à l'opération de plomber une dent. Si la douleur est très-violente, le coton trempé dans les gouttes anodynes, calme puissamment : on peut même introduire avec succès dans la dent deux ou trois grains d'opium. Mais l'extraction de la dent est le moyen le plus sûr, comme nous l'avons dit à l'article ODONTALGIE.
Les personnes du peuple mettent dans le creux d'une dent cariée un morceau d'encens : ce remede pourrit la dent & la fait tomber par parcelles ; mais on a remarqué que cela étoit dangereux pour les dents voisines. Les autres parlent d'un trochisque fait avec le lait de tithymale, l'encens en poudre & temperé d'amidon, pour procurer la chute spontanée de la dent. L'adresse de nos dentistes doit faire préferer leurs secours, tout douloureux qu'ils sont, à des remedes incertains, qui ont tant d'inconveniens d'ailleurs. (Y)
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| ODONTOIDE | , en Anatomie, apophyse dans le milieu de la seconde vertebre, à laquelle on a donné ce nom par rapport à la ressemblance qu'elle a avec une dent. Voyez PYRENOÏDE & VERTEBRE.
Ce mot est formé du grec , dent, & de , forme.
Sa surface est un peu inégale, afin que le ligament qui en sort & qui la lie avec l'occiput, s'y attache mieux.
Elle est aussi environnée par un ligament solide & rond, fait d'une maniere industrieuse, pour empêcher que la moëlle de l'épine ne soit comprimée par cette apophyse. (L)
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| ODONTOIDES | ODONTOIDES
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| ODONTOLOGIE | S. f. partie de l'Anatomie qui traite des dents, ce mot est composé des deux grecs , dent & , traité. (L)
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| ODONTOPETRES | (Hist. nat.) nom donné par quelques naturalistes aux dents de poissons que l'on appelle communément glossopetres ou langues de serpent ; on les appelle aussi bufonites, crapaudines, ichthyodontes, chelonite, &c.
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| ODONTOTECHNIE | S. f. terme de Chirurgie, dérivé du mot grec , dent, & , art, ce qui signifie à proprement parler l'art du dentiste en général : quelques-uns entendent particulierement par ce terme, la partie de l'art du dentiste qui a pour objet les dents artificielles.
La perte des dents à l'occasion d'un coup, d'une chûte, ou de leur extraction indiquée par la carie dont elles étoient gâtées, défigure la bouche, nuit à la mastication & à la prononciation. L'art a des ressources efficaces pour réparer cette perte.
Les dents qu'on emploie ne sont pas toujours artificielles ; on peut faire porter dans l'alvéole une dent naturelle semblable en dimension & de la même espece que celle qu'on a perdue. Les dentistes ont à cet effet beaucoup de dents tirées des mâchoires des personnes mortes, qui avoient les dents fort saines. Pour placer une dent naturelle, il faut le faire immédiatement après l'extraction de la mauvaise ; & on l'assujettit pendant quelque tems aux dents voisines avec des liens de soie cirés, ou avec des fils d'or. On monte quelquefois une dent artificielle à vis sur la racine qui remplit l'alvéole, lorsque la couronne seule étoit cariée, & qu'on a cru pouvoir se contenter de la scier sans faire l'extraction de sa racine. La matiere dont on forme les dents artificielles, est la dent d'hippopotame ; elle est bien préférable à l'ivoire dont on se servoit anciennement, qui n'est ni si dure, ni si blanche que la dent de cheval marin, & qui jaunit très-promptement. On en fait des rateliers complets d'une seule piece, lorsque toutes les dents manquent ; (voyez RATELIER). Guillemeau donne la recette d'une composition pour faire des dents artificielles ; (voyez le tome IV. de l'Encyclopédie à l'article DENT, pag. 840). Cette pâte servira plus utilement à remplir une dent cariée, " afin d'empêcher, suivant l'expression de l'auteur, qu'il ne tombe & se cache quelque viande en mangeant, qui la pourrit davantage, & excite souvent grande douleur ". Au déf | |