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| P | S. m. c'est la seizieme lettre & la douzieme consonne de notre alphabet. Nous la nommons communément pé ; les Grecs l'appelloient pi, . Le système naturel de l'épellation exige qu'on la désigne plutôt par le nom pe, avec un e muet. Les anciennes langues orientales ne paroissent pas avoir fait usage de cette consonne.
L'articulation représentée par la lettre p, est labiale & forte, & l'une de celles qui exigent la réunion des deux levres. Comme labiale, elle est commuable avec toutes les autres de même organe. Voyez LABIALE. Comme formée par la réunion des deux levres, elle se change plus aisément & plus fréquemment avec les autres labiales de cette espece b & m, qu'avec les sémilabiales v & f. Voyez B & M. Enfin comme forte, elle a encore plus d'analogie avec la foible b, qu'avec toutes les autres, & même qu'avec m.
Cette derniere propriété est si marquée, que quoique l'on écrive la consonne foible, le méchanisme de la voix nous mene naturellement à la prononcer forte, souvent même sans que nous y pensions. Quintilien, inst. orat. I. vij. en fait la remarque en ces termes : Cùm dico obtinuit, secundam B litteram ratio poscit, aures magis audiunt P. L'oreille n'entend l'articulation forte que parce que la bouche la prononce en effet, & qu'elle y est contrainte par la nature de l'articulation suivante t, qui est forte elle-même ; & si l'on vouloit prononcer b, ou il faudroit insérer après b un e muet sensible, ce qui seroit ajouter une syllabe au mot obtinuit, ou il faudroit affoiblir le t & dire obdinuit, ce qui ne le défigureroit pas moins. Nous prononçons pareillement optus, optenir, apsent, apsoudre, quoique nous écrivions obtus, obtenir, absent, absoudre. C'est par une raison contraire que nous prononçons prezbytere, dizjoindre, quoique l'on écrive presbytere, disjoindre ; la seconde articulation b ou j étant foible, nous mene à affoiblir le s & à le changer en z.
M. l'abbé de Dangeau, opusc. 148. remarque que si dans quelque mot propre il y a pour finale un b ou un d, comme dans Aminadab ou David, on prononce naturellement Aminadap, Davit, parce que si l'on vouloit prononcer la finale foible, on seroit nécessité à prononcer un petit e féminin. Mais, dit M. Harduin, secrétaire perpétuel de l'académie d'Arras, Rem. div. sur la prononc. p. 120, " il me semble qu'on prononce naturellement & aisément Aminadab, David comme ils sont écrits. Si nos organes en faisant sonner le b ou le d à la fin de ces mots, y ajoutent nécessairement un e féminin, ils l'ajoutent certainement aussi après le p ou le t, & toute autre consonne articulée ". Cette remarque est exacte & vraie, & l'on peut en voir la raison article H.
Si l'on en croit un vers d'Ugution, le p étoit une lettre numérale de même valeur que c, & marquant cent.
P Similem cùm C numerum monstratur habere.
Cependant le p surmonté d'une barre horisontale, vaut, dit-on, 400000 ; c'est une inconséquence dans le système ordinaire : heureusement il importe assez peu d'éclaircir cette difficulté ; nous avons dans le système moderne de la numération, de quoi nous consoler de la perte de l'ancien.
Dans la numération des Grecs, ' signifie 80.
Les Latins employoient souvent p par abréviation. Dans les noms propres, P. veut dire Publius ; dans S. P. Q. R. c'est populus, & le tout veut dire Senatus Populusque Romanus ; R. P, c'est-à-dire Respublica ; P. C, c'est Patres conscripti, C. P, c'est Constantinopolis, &c.
La lettre P sur nos monnoies indique qu'elles ont été frappées à Dijon. (M. E. R. M.)
P P P (Ecriture) dans sa figure est le milieu de la lettre t, la 4, 5, 6, 7 & 8e parties d'o, & la queue de la premiere partie d'x. L'o italien & le coulé se forment en deux tems du mouvement simple des doigts dans leur premiere partie, & des doigts & du poignet dans leur seconde. L'o rond se fait du mouvement mixte des doigts & du poignet. Voyez le volume des Planches à la table de l'Ecriture, Pl. I. des alphabets.
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| P | en Musique par abréviation, signifie piano ou doux. Voyez DOUX. Le double pp signifie très-doux. (S)
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| P | dans le Commerce, seul ou joint à quelques autres lettres, forme plusieurs abréviations usitées parmi les banquiers, marchands, teneurs de livres, &c. Ainsi P signifie protesté, A. S. P. accepté sous protêt ; A. S. P. C. accepté sous protêt pour mettre à compte ; P pour cent. Voyez ABREVIATION. Dictionnaire de Commerce, tome III. p. 663.
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| PA-Y | (Hist. mod.) titre que le roi de Siam confere aux principaux seigneurs de sa cour, & qui répond à celui de prince en Europe. Le roi ne donne ce titre qu'à ceux qu'il veut favoriser, car souvent les princes de son sang ne l'ont point.
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| PAAL-GOWAM | S. m. (Hist.) douzieme mois de l'année des Indiens. Voyez l'Inde de Dapper, & la description de la côte de Malabar de Boile.
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| PABONS | S. m. (Hist.) c'est en Perse le baiser des piés, cérémonie dont on fait remonter l'institution jusqu'à Caioumarrath, le premier roi de la Perse. C'est la marque du respect des seigneurs envers le souverain, & c'est aussi la marque de foi & hommage à l'égard des seigneurs.
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| PACA | S. m. (Zoolog.) animal d'Amérique du genre des cochons de Guinée ; il tient des caracteres du rat, avec le poil & le cri du cochon ; il a la taille d'un petit cochon de lait, sa tête est faite comme celle d'un lapin. Sa moustache ressemble à celle du lievre, ses oreilles sont lisses, un peu pointuës, ses narines sont fort larges ; sa mâchoire supérieure est plus longue que l'inférieure. Ses piés ont chacun quatre orteils ; ses jambes de derriere sont plus grandes que celles de devant. Son poil est rude comme celui du cochon, & de couleur brune foncée. Il est tacheté en long sur les côtés ; son ventre est blanc ; il ne se sert pas de ses piés de devant en guise de mains, mais il les porte sur la terre comme le porc. Il est ordinairement fort gras, & d'une chair de très-bon goût. Ray, synops. quadruped. (D.J.)
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| PACAG | ou PASCAGE, s. m. (Jurisprud.) du latin pascere ; est un pâturage humide dont on ne fauche point l'herbe, & qui sert pour la nourriture des bestiaux. Quand le pâturage est sec, on le nomme patis ou pâquis ; il faut néanmoins avouer que dans l'usage on confond souvent les termes de prés, prairies, pâturages, pâtures, patis ou pasquis, pascage ou pâcage, pasqueirage, herbages, communes.
Quelquefois le terme de pascage est pris pour le droit de faire paître les bestiaux dans un certain lieu ; quelquefois on entend par-là l'exercice de ce droit ; quelquefois enfin c'est le terrein sur lequel ce droit s'exerce.
On distingue ordinairement les pâtures en vives ou grasses, & en vaines.
Les pâtures vives ou grasses sont les prés, les pascages ou communes, les bois, les droits de pâturage & de panage que plusieurs communautés d'habitans ont dans les forêts & autres bois dont ils sont voisins, & qui consistent à y mener paître leurs chevaux & bêtes aumailles dans le tems de la paisson, & leurs cochons dans le tems de la glandée.
L'usage des pâtures grasses ou vives n'appartient qu'au propriétaire ou à celui qui est en ses droits, tel qu'un locataire ou fermier, parce que la pâture de ces fonds est un fruit domanial.
Quand ces pâtures vives ou grasses sont des communes, c'est-à-dire des pâturages appartenans à une communauté d'habitans, l'usage n'en appartient qu'aux habitans qui ont la propriété du fonds ; du reste chaque habitant a la liberté d'y mettre tel nombre de bestiaux qu'il veut, même un troupeau étranger, pourvu qu'il soit hébergé dans le lieu auquel ces communes sont attachées. Voyez COMMUNES & TRIAGE.
Les droits de pâturage & de pacage que les riverains ont dans les forêts voisines, dépendent des titres particuliers des usagers ; & pour en jouir, il faut se conformer aux regles établies par l'ordonnance des eaux & forêts, titre XVIII. & XIX.
Les vaines pâtures sont les chemins publics, places, carrefours, les terres à grain après la dépouille, les jacheres, les guérets, les terres en friche, & généralement toutes les terres où il n'y a ni fruits ni semences.
Les prés sont aussi réputés vaines pâtures après la dépouille du foin, supposé que le pré ne soit pas clos & défendu d'ancienneté ; si l'on a coutume d'y faire du regain, ces prés ne sont réputés vaine pâture qu'après la dépouille de la seconde herbe. Voyez REGAIN.
Les landes ou patis sont aussi sujets à la vaine pâture, si ce n'est dans quelques coutumes qui les en exceptent pour le tems de l'herbe, c'est-à-dire depuis la mi-Mars jusqu'en Septembre.
Les bois taillis de trois, quatre ou cinq ans de recrûe, plus ou moins, selon la qualité du bois & l'usage du pays, pour le tems pendant lequel les bois sont défensables, les accrues de bois au-delà de leurs bornes, & les bois de haute futaie, pour les herbes qui croissent dessous, sont aussi des endroits de vaine pâture pour les propriétaires & pour leurs fermiers, à la différence de la glandée ou autre récolte de fruits sauvages, qui est toujours reservée au propriétaire, sauf les droits de pâturage & de panage pour ceux qui en ont dans les bois d'autrui.
Le droit de mener les bestiaux dans les vaines pâtures, quoique le fond appartienne à autrui, est un reste de l'ancien droit naturel & primitif, suivant lequel toutes choses étoient communes entre les hommes ; c'est une espece de droit commun que la plûpart des coutumes ont conservé pour la commodité publique, & pour maintenir l'abondance des bestiaux.
Il est pourtant libre en tout tems à celui qui est propriétaire d'une vaine pâture, de la faire clorre pour en empêcher l'usage commun, à moins que la coutume ne contienne quelque disposition contraire.
En vaine pâture, il y a dans quelques coutumes droit de parcours entre les habitans des paroisses voisines, c'est-à-dire que les habitans d'un village peuvent mener leurs bestiaux de clocher à clocher, ou jusqu'au milieu du village voisin, ou du-moins jusqu'aux clos, selon l'usage des lieux.
A l'égard des bêtes blanches, il est d'usage dans les pays où le parcours a lieu, qu'on les peut mener si loin que l'on veut, pourvu qu'elles retournent de jour à leur gîte.
Mais l'usage le plus commun & en même tems le plus naturel & le plus équitable, est que chaque paroisse a son territoire distinct & séparé de celui des paroisses voisines pour le pâturage ; il y a même des endroits où chaque village, chaque hameau, chaque cense a son triage ou canton séparé.
Il y a pourtant une exception à l'égard du propriétaire & de son fermier, lesquels peuvent faire pâturer leurs bestiaux sur toutes les terres qui leur appartiennent, quoiqu'elles soient situées en différentes paroisses ou cantons.
Dans quelques coutumes la vaine pâture suit la haute justice ; & moyennant une redevance que les justiciables payent au seigneur pour son droit de blairie ou permission de vaine pâture, ils y ont seuls droit : les étrangers sont sujets à l'amende & à la prise de leurs bestiaux.
Dans les communes tout habitant a droit de faire paître ses bestiaux, quand même il n'auroit pas dans la paroisse des terres en propriété ou à ferme ; il n'en est pas de même des terres sujettes à la vaine pâture, le droit de pacage dans ces sortes de pâtures est réel & non personnel ; & comme on n'y a droit que par une société qui se contracte tacitement pour cet objet, chacun n'a droit dans cette sorte de pâturage qu'à proportion de la quantité de terres qu'il posséde lui-même dans le lieu. Chaque propriétaire ou fermier n'a la vaine pâture sur les autres que parce que les autres l'ont sur lui : desorte que ceux qui n'ont point de terres n'ont pas le droit de mener ni envoyer leurs bestiaux en vaine pâture, tellement qu'il est passé en maxime que qui n'a labourage n'a pascage.
Suivant les arrêts du parlement de Paris, dont la jurisprudence paroît avoir été adoptée en ce point par les autres cours, on ne peut envoyer dans les vaines pâtures des moutons qu'à raison d'un par chaque arpent de terre labourable que l'on possede dans la paroisse.
Pour les chevaux & bêtes à cornes, il est de regle, suivant quelques coutumes, qu'on ne peut mettre dans les pâturages publics que les bestiaux de son crû ou ceux qui sont nécessaires à son usage, & en même quantité que l'on en a nourri pendant l'hiver précédent du produit de sa récolte.
Les regles que l'on observe pour le nombre de bestiaux que chacun peut envoyer dans les vaines pâtures, sont pour les nobles comme pour les roturiers, & pour le seigneur même du lieu, sauf son triage dans les communes.
On permet par humanité le pâturage d'une vache ou de deux chevres aux pauvres gens qui n'ont que l'habitation.
Pour jouir de la vaine pâture sur les terres d'autrui, il faut laisser le tiers de ses terres en jacheres, étant juste que chacun contribue au pâturage qui est au commun.
Les vignes, garennes & jardins clos ou non clos, sont toujours en défends, & conséquemment ne sont point sujets à la vaine pâture.
Les terres labourables sont de même en défends tant qu'il y a des grains dessus, soit en semailles, sur pié, en javelles ou en gerbes.
Pour les prés & les bois, il faut observer ce qui a été dit ci-devant.
Il est défendu de mettre dans les pâturages, soit publics ou particuliers, des bêtes attaquées de maladies contagieuses, comme gale, claveau, morve, &c.
Il en est de même des bêtes malfaisantes, telles que les boeufs sujets à frapper de la corne, les chevaux qui ruent ou qui mordent.
Il est aussi défendu de mener dans les prés ni dans les bois, les chevres, les porcs, les brebis & moutons, & les oies dans les prés ; on excepte seulement pour les porcs le tems de la glandée, pendant lequel on peut les mener dans les bois.
Dans les pâturages qui sont près de la mer, il est permis d'y envoyer les bêtes à laine, mais on observe à cet égard quelques arrangemens qui dépendent de l'usage de chaque lieu.
Le propriétaire ou fermier qui trouve des bestiaux en délit sur ses héritages, peut les saisir lui-même sans ministere d'huissier, & les mettre en fourriere, soit dans le parc du seigneur ou dans quelqu'autre lieu public ; il ne doit pas le tuer ni se les approprier ; il doit intenter son action en dommages & intérêts dans le tems prescrit par la coutume, lequel en quelques endroits est de 20 ou 30 jours, en d'autres un an. Voyez l'ordonnance des eaux & forêts, titres XVIII. XIX. XX. XXIII. XXIV. XXV. XXVI. XXVII. & les mots COMMUNAUX & COMMUNES. (A)
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| PACAL | S. m. (Botan.) grand arbre de l'Amérique ; il croît aux environs de Lima, sur les bords des eaux. On sent assez le ridicule de cette description ; il faudroit qu'il n'y eût dans toute la contrée qu'un grand arbre. On ajoute que les Indiens brûlent le bois du pacal, en mêlent les cendres avec du savon, & s'en servent contre les dartres & feux volages : ce mêlange passe pour en dissiper jusqu'aux vieilles taches.
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| PACALE | ou PACALIES, s. f. pl. (Hist. anc.) fêtes qu'on célébroit chez les anciens Romains en l'honneur de la déesse de la Paix. Voyez PAIX.
Alnhelmus, de laud. virg. parlant des fêtes & cérémonies impures des payens, les appelle poenalia. Gronovius s'est imaginé que ce passage étoit fautif, prétendant qu'il n'y avoit point de fêtes de ce nom, mais qu'apparemment il devoit y avoir en cet endroit pacalia, ou peut-être palilia. Voyez PALILIA.
Les anciens, qui personnifioient & même déifioient tout, n'avoient pas oublié la Paix : elle avoit un autel à Rome & un temple magnifique, où on l'invoquoit avec beaucoup de solemnité. Voyez PAIX.
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| PACAMO | S. m. (Icthyolog.) nom d'un poisson du Brésil du genre des lamproies, & qu'on prend parmi les rochers. Marggrave vous en donnera la description.
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| PAÇAMORES | (Géog. mod.) gouvernement de l'Amérique méridionale au Pérou, dans l'Audience de Quito. L'air y est tempéré, le terrein abondant en bétail, en grains & en mines. (D.J.)
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| PACAY | S. m. (Hist. nat. Botan.) arbre du Pérou qui a la feuille du noyer, mais de grandeur inégale, rangée par paire sur une même côte, & croissant en longueur à mesure qu'elle s'éloigne de la tige ; la fleur de l'inga de Pison & du P. Plumier, mais le fruit différent, & la gousse non héxagone, mais à quatre faces, dont les deux grandes ont 16 à 18 lignes, & les deux petites 7 à 8 de longueur variable, depuis un pié jusqu'à quatre pouces, divisée en-dedans en plusieurs loges qui contiennent chacune un grain semblable à une feve plate, enveloppé dans une substance blanche & filamenteuse qu'on prendroit pour du coton, mais qui n'est qu'une espece d'huile prise qu'on mange pour se rafraîchir & qui laisse dans la bouche un petit goût musqué fort agréable, ce qui lui a fait donner le nom parmi les François de pois sucrin. Frez. pag. 155. 156.
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| PACCASJETTI | (Hist. nat. Botan.) arbrisseau des Indes orientales, dont les feuilles pulvérisées & appliquées sur les ulceres, dissipent les excrescences & les chairs baveuses ; prises intérieurement, elles sont sudorifiques & diminuent les accès des fievres intermittentes.
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| PACEM | (Géog. mod.) bourgade de l'île Sumatra, au royaume d'Achem. Elle étoit autrefois capitale d'un royaume dont s'est emparé le roi d'Achem. Long. 115. lat. 5. 2.
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| PACF | ou PAFI, le grand pacfi, s. m. (Marine) c'est la grande voile, la plus basse voile qui est au grand mât.
Pacfi, le petit pacfi, c'est la voile de misene. Voyez VOILE. Etre aux deux pacfis, c'est être aux deux basses voiles. (Z)
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| PACHA D'EGYPTE | (Hist. mod.) autrement bacha d'Egypte. La partie de ce pays soumise au grand-seigneur, est gouvernée par un pacha qui a cependant très-peu de pouvoir réel, mais qui semble principalement y être envoyé pour que les ordres du divan, des beys & des ogiacs militaires, soient exécutés par leurs propres officiers. S'il afferme les terres du grand-seigneur, les taxes imposées sur les terres lors de la mort du fermier lui appartiennent. Originairement toutes les terres de l'Egypte appartenoient au grand-seigneur, & la Porte les regarde encore comme de son domaine ; mais le pouvoir du grand-seigneur étant présentement perdu dans ce pays, les terres reviennent au plus proche héritier, qui en reçoit cependant l'investiture du pacha, qui est très-aise d'en traiter avec lui à bon marché. Sa charge demande d'être fort attentif à faire avorter tous les desseins qui peuvent devenir préjudiciables à la Porte ottomane : aussi est-il souvent désagréable au pays, & déposé en conséquence ; mais il ne s'en embarrasse guere, parce que sa personne est sacrée, & que la perte de son poste lui en procure toujours un autre fort considérable. Pocock, description de l'Egypte. (D.J.)
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| PACHAA | (Hist. nat. Botan.) plante des Indes orientales ; elle est très-aromatique, ainsi que sa fleur qui est aussi verte que la plante qui la produit.
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| PACHACAMAC | S. m. (Hist. mod.) nom que les idolâtres du Pérou donnoient au souverain être qu'ils adoroient avec le soleil & d'autres fausses divinités. Le principal temple de Pachacamac étoit situé dans une vallée à quatre lieues de Lima, & avoit été fondé par les incas ou empereurs du Pérou. Ils offroient à cette divinité ce qu'ils avoient de plus précieux, & avoient pour son idole une si grande vénération, qu'ils n'osoient la regarder. Aussi les rois & les prêtres même entroient-ils à reculons dans son temple, & en sortoient sans se retourner. Les Péruviens avoient mis dans ce temple plusieurs idoles qui, dit-on, rendoient des oracles aux prêtres qui les consultoient. Jovet, histoire des religions. Ferdinand Pizaro tira de grandes richesses du temple de Pachacamac : les ruines qui en subsistent encore donnent une grande idée de sa magnificence.
PACHACAMAC, Vallée de, (Géog. mod.) vallée de l'Amérique méridionale au Pérou, située environ à quatre lieues au sud de Lima. Cette vallée admirable par sa fertilité, étoit fameuse avant la conquête du Pérou, par le riche temple de son idole, qui lui avoit donné son nom. Les Historiens disent que Ferdinand Pizaro tira de ce temple plus de 900 mille ducats en or, sans compter le pillage de ses soldats. Cette vallée est arrosée par une riviere de son nom, qui a son embouchure dans la mer du Sud ; & les rochers de la côte qui sont tout blancs, portent aussi le nom de Pachacamac. (D.J.)
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| PACHACAMALI | c'est le même que Pachacamac.
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| PACHAMAMA | nom d'une déesse des habitans du Pérou.
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| PACHISUS | (Géog. anc.) fleuve de Sicile, selon Vibius Sequester, de fluminib. qui dit que le jeune Pompeius y fut tué ; mais il y a certainement une faute dans le passage de Vibius, car outre qu'aucun auteur ancien n'a connu de fleuve nommé Pachisus, les Historiens nous apprennent que Sextus Pompeius se sauva en Asie & qu'il y fut tué.
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| PACHON | (Chronolog.) nom que les Egyptiens donnent au neuvieme mois de l'année. Il commence le 26 Avril du calendrier Julien, & le 7 Mai du Grégorien. (D.J.)
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| PACHTLI | S. m. (Hist. mod.) le onzieme & douzieme des dix-huit mois de 20 jours qui composent l'année des Mexicains. Ils nomment encore le onzieme Hécolti, & le douzieme Hiteipachtli.
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| PACHYNEO | (Géogr. anc.) Pachynum promontorium ou Pachymus ; promontoire de la Sicile dans la partie orientale de cette île du côté du midi : c'est l'un des trois promontoires qui ont fait donner à la Sicile le nom de Trinacrie. Plutarque parle de ce promontoire ; on le nomme présentement le cap de Passaro. (D.J.)
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| PACHYNTIQUES | (Médecine) de , épais, dense, &c. sont des remedes incrassans ou d'une nature épaississante, mais d'ailleurs froids. Ces remedes en se mêlant dans un suc fort délayé en joignent les parties, l'épaississent & le rendent d'une composition plus dense & plus ferme. Blancard. Voyez INCRASSANS.
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| PACHYS | S. m. (Médecine) , épais. Hippocrate décrit dans son Traité des maladies intérieures, une indisposition ou plutôt différentes maladies, sous le nom de , maladie épaisse. On fait quatre especes de cette maladie.
On ne trouve point que nos praticiens modernes, ni même ceux d'entre nos anciens qui sont venus après lui, aient décrit aucune maladie particuliere qui fût accompagnée de tant d'accidens à-la-fois, & si peu analogues les uns aux autres, d'où quelques-uns ont inféré, ou que ces maladies ont cessé & n'attaquent plus personne aujourd'hui, ou qu'elles n'ont jamais été, & que ce sont des maladies feintes dont la description est faite à plaisir. Mais ces conjectures n'ont aucune probabilité ; il est beaucoup plus raisonnable de supposer que le livre où ces maladies sont décrites n'est point d'Hippocrate, mais que c'est l'ouvrage des Médecins cnidiens, que l'on accuse d'un défaut fort remarquable dans le livre où l'on trouve la description de la maladie épaisse. Ce défaut est de multiplier les classes de maladies sans aucune nécessité ; c'est à cette multiplication & à cette distinction inutile qu'il faut attribuer l'obscurité dans ce que nous venons de dire du pachys. Le Clerc Hist. de la Med. liv. III. chap. xj.
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| PACIAIRE | S. m. (Hist. ecclésiast.) Le concile de Montpellier de l'an 1214, & celui de Toulouse de 1229, appellent paciaires, ceux qui étoient commis par le pape pour faire observer la paix. Clement IV. conféra le nom & la dignité de paciaire dans la Toscane, à Charles I. roi de Sicile. Les échevins des villes ont été paciaires entre les bourgeois.
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| PACIFERE | (Art numismat.) Dans une médaille de Marc-Aurele, Minerve est surnommée pacifera ; & dans une de Maximin on lit, Mars paciferus.
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| PACIFICATEUR | PACIFICATEUR
Wicquefort cependant met de la différence entre médiateur & pacificateur. La paix ayant été conclue entre l'Angleterre & la France en 1621, les actes furent remis de part & d'autre dans les mains de quelques ambassadeurs qui avoient été employés comme pacificateurs, non comme médiateurs, & ils furent chargés de garder ces actes jusqu'à l'échange des ratifications. De même l'archevêque de Pise, ambassadeur du grand duc de Toscane à Madrid, ne fut jamais regardé comme médiateur dans les conférences de la France avec l'Espagne, quoique les ambassadeurs françois lui eussent permis d'y assister, & de se porter pour pacificateur des différens qui étoient entre les deux nations. Le grand duc n'avoit point offert sa médiation, & la France d'ailleurs n'auroit pas voulu l'accepter. Wicquefort, p. 2. §. 11.
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| PACIFICATION | S. f. (Hist. mod.) l'action de remettre ou de rétablir la paix & la tranquillité dans un état.
Dans notre histoire, on entend par édits de pacification plusieurs ordonnances des rois de France, rendues pour pacifier les troubles de religion qui s'éleverent dans le royaume pendant le xvj. siecle.
François I. & Henri II. avoient rendu des édits très-séveres contre ceux qui feroient profession des nouvelles opinions de Luther & de Calvin. Charles IX. en 1561 suivit à cet égard les traces de ses prédécesseurs ; mais les hommes souffriront toujours impatiemment qu'on les gène sur un objet, dont ils croyent ne devoir compte qu'à Dieu ; aussi le prince fut-il obligé au mois de Janvier 1562, de révoquer son premier édit par un nouveau qui accordoit aux Prétendus Réformés le libre exercice de leur religion, excepté dans les villes & bourgs du royaume. En 1563, il donna à Amboise un second édit de pacification qui accordoit aux gentilshommes & hauts-justiciers, la permission de faire faire le prêche dans leurs maisons pour leur famille & leurs sujets seulement. On étendit même ce privilege aux villes, mais avec des restrictions qui le rendirent peu favorable aux Calvinistes ; au lieu qu'on les obligea à restituer aux Catholiques les Eglises qu'ils avoient usurpées. L'édit de Lonjumeau suivit en 1568 ; mais les deux partis qui cherchoient à s'y tromper mutuellement, étant peu de tems après rentrés en guerre, Charles IX. par un édit donné à Saint-Maur au mois de Septembre 1568, révoqua tous les précédens édits de pacification. Cependant la paix ayant été faite le 8 Août 1570, dès le 10 du même mois, ce prince rendit un nouvel édit, qui, aux privileges accordés par les précédens, ajouta celui d'avoir quatre places de sûreté ; savoir, la Rochelle, Montauban, Coignac & la Charité, pour leur servir de retraite pendant deux ans.
Le massacre de la saint Barthelemi & un édit qui le suivit de près, annulla toutes ces conditions ; mais Henri III. en 1576 donna un nouvel édit de pacification, plus favorable aux Calvinistes qu'aucun des précédens ; la ligue qui commença alors, le fit révoquer aux états de Blois sur la fin de la même année ; mais le roi se vit obligé de faire en leur faveur l'édit de Poitiers du 8 Septembre 1577, par lequel en rétablissant à certains égards, & en restraignant à d'autres les privileges accordés par les précédens édits pour le libre exercice de leur religion, il leur accorda de plus d'avoir des chambres mi-parties, & huit places de sureté pour six ans ; savoir, Montpellier, Aiguesmortes, Nyons, Seyne, la Grand'Tour, & Serres en Dauphiné ; Périgueux, la Réole, & le mas de Verdun en Guienne. Mais en 1585 & 1588, la ligue obtint de ce prince la révocation totale de ces édits.
Enfin Henri IV. en 1591, cassa les derniers édits d'Henri III. & en 1598 donna à Nantes ce fameux édit de pacification, qui entr'autres choses permettoit aux prétendus Réformés l'exercice public de leur religion dans tous les lieux où il avoit été fait publiquement pendant les années 1596 & 1597, & leur en accordoit l'exercice particulier à deux lieues des principales villes, pour chaque bailliage où on n'en pouvoit établir l'exercice public sans trouble. Louis XIII. le confirma à Nîmes en 1610, & Louis XIV. en 1652, pendant les troubles de la minorité ; mais il le révoqua en 1656, & le supprima en 1685.
Les Protestans se sont plaints avec amertume de la révocation de l'édit de Nantes, & leurs plaintes ont été fortifiées de celles de tous les gens de bien Catholiques, qui tolerent d'autant plus volontiers l'attachement d'un protestant à ses opinions, qu'ils auroient plus de peine à supporter qu'on les troublât dans la profession des leurs ; de celles de tous les philosophes, qui savent combien notre façon de penser religieuse dépend peu de nous, & qui prêchent sans cesse aux souverains la tolérance générale, & aux peuples l'amour & la concorde ; de celles de tous les bons politiques qui savent les pertes immenses que l'état a faites par cet édit de révocation, qui exila du royaume une infinité de familles, & envoya nos ouvriers & nos manufactures chez l'étranger.
Il est certain qu'on viola à l'égard des Protestans, la foi des traités & des édits donnés & confirmés par tant de rois ; & c'est ce que Bayle démontre sans réplique dans ses lettres critiques sur l'histoire du Calvinisme. Sans entrer ici dans la question, si le prince a droit ou non de ne point tolérer les sectes opposées à la religion dominante dans son état, je dis que celui qui penseroit aujourd'hui qu'un prince doit ramener par la force tous ses sujets à la même croyance, passeroit pour un homme de sang ; que graces à une infinité de sages écrivains, on a compris que rien n'est plus contraire à la saine religion, à la justice, à la bonne politique & à l'intérêt public que la tyrannie sur les ames.
On ne peut nier que l'état ne soit dans un danger imminent lorsqu'il est divisé par deux cultes opposés, & qu'il est difficile d'établir une paix solide entre ces deux cultes ; mais est-ce une raison pour exterminer les adhérans à l'un des deux ? n'en seroit-ce pas plutôt une au contraire pour affoiblir l'esprit de fanatisme, en favorisant tous les cultes indistinctement ; moyen qui appelleroit en même tems dans l'état une infinité d'étrangers, qui mettroit sans cesse un homme à portée d'en voir un autre séparé de lui par la maniere de penser sur la religion, pratiquer cependant les mêmes vertus, traiter avec la même bonne foi, exercer les mêmes actes de charité, d'humanité & de bienfaisance ; qui rapprocheroit les sujets les uns des autres ; qui leur inspireroit le respect pour la loi civile qui les protegeroit tous également ; & qui donneroit à la morale que la nature a gravée dans tous les coeurs, la préférence qu'elle mérite.
Si les premiers chrétiens mouroient en bénissant les empereurs payens, & ne leur arrachoient pas par la force des armes des édits favorables à la Religion, ils ne s'en plaignoient pas moins amèrement de la liberté qu'on leur ôtoit, de servir leur Dieu selon la lumiere de leur conscience.
En Angleterre, par édit de pacification on entend ceux que fit le roi Charles I. pour mettre fin aux troubles civils entre l'Angleterre & l'Ecosse en 1638. Voyez EDIT.
On appelle aussi pacification en Hongrie des conditions proposées par les états du royaume, & acceptées par l'archiduc Léopold en 1655 ; mais ce prince devenu empereur, ne se piqua pas de les observer exactement, ce qui causa de nouveaux troubles dans ce royaume pendant tout son regne.
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| PACIFICIS | REGLE DE, (Jurisprud.) Voyez au mot REGLE. (A)
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| PACIFIER | v. act. (Gramm.) appaiser, rétablir la paix. Les troubles du royaume ont été pacifiés par les soins de ce ministre.
PACIFIER, SE PACIFIER, (Marine) on se sert de ce terme sur mer. La mer se pacifia ; l'air fut pacifié par un grand calme.
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| PACIFIQUE | adj. (Gram.) qui aime la paix. On dit ce fut un prince pacifique. Le Christ dit bienheureux les pacifiques, parce qu'ils seront appellés enfans de Dieu. Voilà un titre auquel l'auteur de l'apologie de la révocation de l'édit de Nantes doit renoncer. Un regne pacifique est celui qui n'a été troublé ni par des séditions ni par des guerres. Un possesseur pacifique est celui dont le tems de la jouissance tranquillise & assure la possession. Un bénéfice pacifique celui dont le titre n'est & ne peut être contesté.
PACIFIQUES ou PACIFICATEURS, s. m. (Hist. eccl.) est le nom qu'on donna dans le vj. siecle à ceux qui suivoient l'hénotique de l'empereur Zénon, & qui sous prétexte d'union entre les Catholiques & les Hérétiques, détruisoient la vérité de la foi, exprimée dans le concile de Chalcédoine. Evagre, liv. III. Sanderus, Haer. 103. Baronius A. C. 582. n. 25. Voyez HENOTIQUE.
PACIFIQUES, (Hist. ecclés.) on donna dans le xvj. siecle ce nom à certains anabaptistes qui courant dans les bourgs, se vantoient d'annoncer la paix, & par cet artifice trompoient les peuples. Prateole V. pacif. foedere. Haer. 232.
PACIFIQUES, (Jurisprud.) voyez LETTRES PACIFIQUES, & le mot PACIFICIS.
PACIFIQUE, adj. (Géog.) les Géographes appellent la mer du Sud mer pacifique, mare pacificum, parce qu'elle est, dit-on, beaucoup moins sujette aux tempêtes que l'Océan atlantique ou mer du Nord. Cependant quelques navigateurs assurent qu'elle ne mérite point ce nom, & qu'ils y ont essuyé des tempêtes aussi violentes que dans aucune autre mer. Mais Magellan ayant vogué sur cette vaste mer avec un vent favorable, & y ayant fait un voyage fort tranquille lorsqu'il la traversa pour la premiere fois en 1520, lui donna le nom de mer pacifique, qu'elle a toujours conservé depuis.
Les vents y sont ordinairement si réglés, que les vaisseaux peuvent aller de l'Amérique aux îles Philippines en dix semaines de tems ou environ. Voyez ALISE & VENT. Chambers.
La mer Pacifique en Géographie, s'appelle mer du Sud. Voyez MER DU SUD. L'Océan pacifique ou grande mer du Sud est située entre la côte occidentale d'Asie & d'Amérique ; elle s'étend jusqu'à la Chine & aux îles Philippines.
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| PACKBUYS | S. m. (Commerce) on nomme ainsi en Hollande les magasins de dépôt où l'on serre les marchandises soit à leur arrivée, soit à la sortie du pays, lorsque pour quelque raison légitime on n'en peut sur-le-champ payer les droits, ou qu'elles ne peuvent être retirées par les marchands & propriétaires, ou dans quelqu'autre pareille circonstance. Diction. de Comm.
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| PACO | S. m. (Minéralog.) c'est ainsi que les Espagnols d'Amérique nomment une substance minérale que l'on tire des mines d'argent du Pérou & du Chily. Elle est d'un rouge jaunâtre, tendre & naturellement brisée par morceaux ; elle est peu riche, c'est-à-dire qu'elle ne produit que très-peu d'argent.
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| PACO-CAATINGA | S. m. (Botan. exot.) genre de canne conifere du Brésil qui contient quelques especes distinguées les unes par des fleurs tétrapétales rouges, les autres par des fleurs tétrapétales bleues. Ray, hist. plant.
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| PACOBA | S. m. (Hist. nat. Botan.) petit arbre qui croît dans plusieurs provinces des Indes orientales & occidentales ; il s'appelle autrement musa. V. MUSA.
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| PACONIA | (Géog. anc.) île sur la côte septentrionale de la Sicile. Ptolémée la place vers l'embouchure du fleuve Bathys. Cluvier juge que cette île est celle que l'on nomme aujourd'hui isola di Fimi, ou isola delle Femine.
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| PACOS | S. m. (Zoologie) espece de chameau qui passe si communément pour être une espece de mouton, qu'on l'appelle le mouton des Indes, le mouton du Pérou. Il ressemble fort au chameau nommé glama par les Naturalistes ; mais il est beaucoup plus petit, moins traitable, & même très-revêche.
Ce qui a fait regarder cet animal comme une espece de mouton, c'est qu'il est prodigieusement couvert d'un long poil qui imite de la laine ; sa tête & son col seulement en sont plus garnis qu'il n'y a de laine sur les gros moutons d'Angleterre ; tout le reste de son corps n'est pas moins chargé de poil laineux & très-fin.
Le pacos est un animal si foible, qu'on ne peut l'employer par cette raison à porter aucun fardeau ; mais on le parque comme nos moutons, à cause de son poil laineux & de sa chair qui est délicieuse. (D.J.)
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| PACOSEROCA | S. f. (Botan. exot.) c'est une plante du Brésil & de la Martinique, dont parlent Marggrave & Pison ; elle a le port & le feuillage du cannacorus ou de la canne d'Inde, & s'éleve à six ou sept piés. Sa principale tige est droite, spongieuse, verte, & ne produit point de fleurs ; mais il s'éleve à ses côtés & de sa racine, deux ou trois autres petites tiges à la hauteur d'un pié & demi, grosses comme le petit doigt, chargées de fleurs rouges ; il leur succede un fruit gros comme une prune, oblong, triangulaire, rempli d'une pulpe filamenteuse, succulente, de couleur safranée, d'une odeur vineuse, agréable, renfermant des semences triangulaires, jaunâtres, rassemblées en pelotons, contenant chacune une amande blanche. Le fruit de cette plante donne une teinture rouge qui s'efface avec peine ; en y mêlant du jus de citron, cette teinture fait un beau violet. La racine de cette plante bouillie dans de l'eau, fournit aussi une teinture jaune. Les Indiens employent cette plante dans leurs bains. (D.J.)
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| PACOTILL | ou PAQUOTILLE, s. f. terme de Commerce de mer, qui signifie un certain poids, volume ou quantité de marchandises qu'il est permis aux officiers, matelots & gens de l'équipage d'embarquer pour en faire commerce pour leur compte. On l'appelle aussi portée, voyez PORTEE. Dictionn. de Comm.
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| PACOUZII | S. m. (Botan. exot.) grand arbre du Brésil ; ses feuilles ressemblent à celles du poirier ; sa fleur est blanche, & son fruit est de la grosseur des deux poings, avec une écorce qui a environ un demi-pouce d'épaisseur. On la cuit & on en fait avec du sucre une espece de conserve. (D.J.)
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| PACQUING | S. m. (Ornitholog.) petit oiseau des îles Philippines, du genre des passereaux, mais d'un plumage admirable. Il ne vit que de graines, sur-tout de celles de l'herbe.
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| PACQUIRES | S. m. pl. (Hist. natur. quadrup.) animaux qui se trouvent dans l'île de Tabago ; ce sont des especes de porcs que les Sauvages ont ainsi nommés ; ils ont le lard ferme, peu de poil, & le nombril sur le dos, à ce que l'on ajoute.
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| PACTA-CONVENTA | (Hist. mod. politiq.) c'est ainsi que l'on nomme en Pologne les conditions que la nation polonoise impose aux rois qu'elle s'est choisi dans la diete d'élection. Le prince élu est obligé de jurer l'observation des pacta-conventa, qui renferment ses obligations envers son peuple, & sur-tout le maintien des privileges des nobles & des grands officiers de la république dont ils sont très-jaloux. Au premier coup-d'oeil on croiroit d'après cela que la Pologne jouit de la plus parfaite liberté ; mais cette liberté n'existe que pour les nobles & les seigneurs, qui lient les mains de leur monarque afin de pouvoir exercer impunément sur leurs vassaux la tyrannie la plus cruelle, tandis qu'ils jouissent eux-mêmes d'une indépendance & d'une anarchie presque toujours funeste au repos de l'état ; en un mot, par les pacta-conventa les seigneurs polonois s'assurent que le roi ne les troublera jamais dans l'exercice des droits, souvent barbares, du gouvernement féodal, qui subsiste aujourd'hui chez eux avec les mêmes inconvéniens que dans une grande partie de l'Europe, avant que les peuples indignés eussent recouvré leur liberté, ou avant que les rois, devenu plus puissans eussent opprimé les nobles ainsi que leurs vassaux.
Lorsqu'une diete polonoise est assemblée, on commence toujours par faire lecture des pacta-conventa, & chaque membre de l'assemblée est en droit d'en demander l'observation, & de faire remarquer les infractions que le roi peut y avoir faites.
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| PACTE | S. m. pactum, signifie en général un accord, une convention.
Ulpien, dans la loi I. § ff. de pactis, fait venir ce mot de pactio, dont on prétend que le mot pax a aussi pris son origine ; & en effet dans nos anciennes ordonnances le terme de paix signifie quelquefois convention.
Chez les Romains on distinguoit les contrats & obligations des simples pactes ou pactes nuds, appellés aussi pactum solum.
Le pacte nud étoit ainsi appellé quasi nudatum ab omni effectu civili ; c'étoit une simple convention naturelle, une convention sans titre, une simple promesse, qui n'étant fondée que sur la bonne foi & le consentement de ceux qui contractoient, ne produisoit qu'une obligation naturelle qui n'entraînoit avec elle aucuns effets civils. Voyez la loi 23. Cod. de pign. & hyp. & la loi 15. cod. de transact.
Le droit de propriété ne pouvoit être transmis par un simple pacte : ces sortes de conventions ne produisoient point d'action, mais seulement une exception. Voyez OBLIGATION NATURELLE.
Parmi nous on confond le terme de pacte, accord & convention. Tout pacte est obligation, pourvû qu'il soit conforme aux regles. Le terme de pacte est néanmoins encore usité pour désigner certaines conventions.
Pacte appellé in diem addictio, étoit chez les Romains une convention qui étoit quelquefois ajoutée à un contrat de vente, par laquelle les contractans convenoient que si dans un certain tems quelqu'un offroit un plus grand prix de la chose vendue, on rendroit dans un certain tems la condition de celui qui vendoit meilleure par quelque moyen que ce fût ; le vendeur pouvoit retirer la chose vendue des mains de l'acheteur. Voyez le tit. 2 du liv. XVIII. du Digeste.
Le pacte n'est point admis parmi nous pour les ventes volontaires, mais on peut le rapporter aux adjudications par decret qui se font sauf quinzaine, pendant laquelle chacun est admis à enchérir sur l'adjudicataire. Voyez DECRET & RABATTEMENT DE DECRET.
Pacte de famille, est un accord fait entre les personnes d'une même famille, & quelquefois entre plusieurs familles, pour régler entre les contractans & leurs descendans, l'ordre de succéder autrement qu'il n'est réglé par la loi.
L'usage des pactes de famille paroît être venu d'Allemagne, où il commença à s'introduire dans le xiij. siecle, en même tems que le droit romain.
Les anciennes lois des Allemands ne permettoient pas que les filles concourussent avec les mâles dans les successions allodiales.
Lorsque le Droit romain commença d'être observé en Allemagne, ce qui arriva dans le xiij. siecle, la noblesse allemande jalouse de ses anciens usages & de la splendeur de son nom, craignit que l'usage du Droit romain ne fît passer aux filles une partie des allodes : ce fut ce qui donna la naissance aux pactes de famille.
Ces pactes ne sont en effet autre chose que des protestations domestiques, par lesquelles les grandes maisons se sont engagées de suivre dans l'ordre des successions allodiales l'ancien droit de l'empire, qui affecte aux mâles tous les allodes, c'est-à-dire tous les biens patrimoniaux à l'exclusion des filles.
Il est d'usage de fixer dans ces pactes la quotité des dots qui doivent être données aux filles, & pour une plus grande précaution, la famille convient de faire en toute occasion, renoncer les filles à toutes successions en faveur des mâles : ces sortes de pactes sont très communs dans les grandes maisons d'Allemagne.
En France au contraire ils sont peu usités ; nous n'en connoissons guere d'autre exemple parmi nous que celui des différentes familles qui sont propriétaires des étaux de boucherie de l'apport Paris, & des maisons de la rue de Gêvres, entre lesquels, par un ancien pacte de famille, les mâles sont seuls habiles à succéder à ces biens, à l'exclusion des filles ; il y a même droit d'accroissement à défaut de mâles d'une famille au profit des mâles des autres familles.
Ces sortes de pactes ne peuvent produire parmi nous aucun effet, à moins qu'ils ne soient autorisés par lettres-patentes. Voyez Berengarius, Ferrandus, Francisc. Marc. & Charondas en ses réponses.
Pacte de la loi commissoire, est une convention qui se fait entre le vendeur & l'acheteur, que si le prix de la chose vendue n'est pas payé dans un certain tems, la vente sera nulle s'il plaît au vendeur.
Ce pacte est appellé loi, parce que les pactes sont les lois des contrats, & commissoire, parce que la chose vendue, venditori committitur, c'est-à-dire que dans ce cas elle lui est rendue comme si la vente n'avoit point été faite.
L'effet de ce pacte n'est pas de rendre la vente conditionnelle, mais il opere la résolution au cas que la condition prévûe arrive, savoir le défaut de payement du prix dans le tems convenu.
Il n'est pas besoin pour cela que le vendeur ait averti l'acheteur de payer, parce que, dies interpellat pro homine.
Ce pacte étant en faveur du vendeur, il est à son choix de se servir de la faculté qu'il lui donne, ou de poursuivre l'acheteur pour l'exécution de la vente ; mais quand une fois le vendeur a opté l'un ou l'autre des deux partis, il ne peut plus varier.
Le vendeur d'un héritage qui demande la résolution de la vente en vertu d'un tel pacte, peut faire condamner l'acheteur à la restitution des fruits, à moins que l'acheteur n'ait payé des arrhes, ou une partie du prix, auquel cas les jouissances se compensent jusqu'à dûe concurrence.
On ne peut pas demander la résolution de la vente faute de payement, lorsque l'acheteur a fait au vendeur, dans le tems convenu, des offres réelles du prix, ou qu'il a consigné, ou qu'il n'a pas tenu à lui de payer à cause de quelque saisie ou empêchement procédant du fait du vendeur.
Quoiqu'on n'ait pas apposé dans la vente le pacte de la loi commissoire, le vendeur ne laisse pas d'avoir la faculté de poursuivre l'acheteur pour résilier la vente faute de payement du prix convenu.
En fait de prêt sur gage, on ne peut pas opposer le pacte de la loi commissoire, c'est-à-dire stipuler que si le débiteur ne satisfait pas dans le tems convenu, la chose engagée sera acquise au créancier ; un tel pacte seroit usuraire, & comme tel il étoit réprouvé par les lois romaines, lib. ult. cod. de pact. pign. à moins que le créancier n'achetât la chose son juste prix, l. XVI. § ult. ff. de pign. & hyp. Voyez Henrys, tom. I. liv. IV. ch. vj. quest. xlj. & xlij. (A)
PACTE de quotâ litis, est une convention par laquelle le créancier d'une somme difficile à recouvrer, en promet une portion, comme le tiers ou le quart, à quelqu'un qui se charge de lui procurer son payement.
Cette convention est valable quand elle est faite en faveur de quelqu'un qui ne fait que l'office d'ami & qui veut bien avancer son argent pour la poursuite d'un procès.
Mais elle est vicieuse & illicite quand elle est faite au profit du juge ou de l'avocat ou procureur du créancier, ou de quelque solliciteur de procès, parce que l'on craint que de telles personnes n'abusent du besoin que l'on peut avoir de leur ministere pour se faire ainsi abandonner une certaine portion de la créance. Voyez Papon, l. XII. tit. 2. n °. 1. Louet & son commentateur, let. L. s. 2. & Mornac sur la loi 6. § maurus ff. mandati, & sur la loi sumptus ff. de pactis, & la loi si qui advocatorum, cod. de postulando. (A)
PACTE DE SUCCEDER, est la même chose que pacte de famille. Voyez ci-devant PACTE DE FAMILLE.
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| PACTION | S. f. (Jurisprud.) signifie convention. Chez les Romains on distinguoit un simple pacte ou paction d'un contrat. Voyez ci-devant PACTE.
Parmi nous le terme de paction n'est guere usité qu'en parlant de certaines conventions qui ne sont pas légitimes, & qu'on appelle pactions illicites. Voyez CONTRAT, CONVENTION. (A)
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| PACTOLE | (Géog. anc.) Pactolus, fleuve d'Asie, dans la Lydie ; c'est le Ludon, Lydon flumen de Varron, & le Lydius amnis de Tibulle. Il prenoit sa source dans le mont Tmolus, mouilloit la ville de Sardes & se jettoit dans l'Hermus, qui va se perdre dans le golfe de Smyrne selon Ptolémée, l. V. c. ij. & Strabon, l. XI. p. 526.
Son lit est étroit & sans profondeur, son cours très borné ; mais le canton qu'il traverse est un des plus beaux de la province. Il passe aujourd'hui près des ruines de Sardes ; mais autrefois il couloit au milieu de cette ville, l'une des plus anciennes & des plus riches de l'Asie mineure.
Le Pactole, à peine remarqué de nos jours dans les lieux qu'il arrose, étoit jadis fameux par plusieurs choses, dont la plus considérable est un mêlange de parcelles d'or avec le sable qui rouloit dans son lit. Les auteurs anciens parlent de cette singularité ; les Poëtes sur-tout l'ont célébrée comme à l'envi, & les continuelles allusions que les modernes font au Pactole, lui conservent encore une réputation qu'il ne mérite plus depuis long-tems.
Le Pactole a reçu le nom de Chrysorrhoas, épithete commune autrefois à plusieurs rivieres dont les eaux bienfaisantes fertilisoient leurs bords. Le Pactole la méritoit à ce titre & par une raison plus forte, les paillettes d'or qu'il entraînoit justifioient à son égard le surnom de Chrysorrhoas, lequel pris à la lettre, désigne une riviere qui coule des flots chargés d'or.
Suivant Ovide, Hygin, & Planciades, c'est à Midas, roi de Phrygie, que le Pactole a dû ses richesses. Ce prince avoit obtenu de Bacchus, le don de convertir en or tout ce qu'il touchoit : don funeste, dont il sentit bien-tôt les affreuses conséquences. Pour s'en délivrer il implora la pitié du dieu, qui lui dit de se baigner dans le Pactole, dont les eaux en le recevant acquirent la propriété qu'il perdit. Nous rapportons cette tradition fabuleuse empruntée des Grecs par les mythologues latins, pour montrer qu'il fut un tems où le Pactole passoit pour n'avoir point roulé d'or avec ses eaux. Mais quand a-t-il commencé ? C'est ce qu'il est impossible de déterminer. Hésiode ne fait aucune mention du Pactole, quoiqu'il ait donné dans sa Théogonie une liste de la plûpart des rivieres de l'Asie mineure, dont quelques-unes n'ont qu'un cours très-peu étendu. Homere n'en parle jamais ; ce poëte étoit géographe : auroit-il ignoré que dans le voisinage des lieux où il place l'Iliade, & de ceux mêmes, où selon quelques écrivains, il avoit pris naissance, couloit un fleuve qui, pour nous servir de l'expression de Virgile, arrosoit de son or les campagnes de la Lydie ? Et s'il ne l'ignoroit pas, auroit-il pu négliger cette singularité, si susceptible des ornemens de la poésie ? Ce fut donc long-tems après que les eaux du Pactole commencerent à rouler de l'or, & nous savons seulement que Xerxès I. en tiroit de cette riviere ; elle en fournissoit encore du tems d'Hérodote ; mais enfin la source s'en tarit insensiblement, & long-tems avant Strabon qui vivoit sous Tibere, le Pactole avoit perdu cette propriété.
Si l'on demande de quelle nature étoit cet or, nous répondrons avec l'auteur du traité sur les fleuves, & le scholiaste de Licophron, que c'étoit des paillettes mêlées le plus souvent avec un sable brillant, & quelquefois attachées à des pierres que les courans d'eau enlevoient de la mine. Au rapport de quelques anciens, de Varron entr'autres, & de Dion Chrysostôme, la quantité de ces paillettes étoit comparable à celui qu'on retire des mines les plus abondantes. Le Pactole, à les entendre, fut la principale source des richesses de Crésus ; il en tira la matiere de ces briques d'or d'un si grand prix, dont il enrichit le temple d'Apollon ; mais gardons-nous de prendre au pié de la lettre ces témoignages de deux écrivains, qui n'ont consulté qu'une tradition vague des plus exagérées par les Grecs.
Ils apprirent avec admiration qu'un métal que la nature leur avoit refusé, couloit ailleurs dans les sables d'une riviere : singularité frappante, sur-tout pour des hommes épris du merveilleux. De-là vint la gloire du Pactole. Long-tems après la découverte des mines de la Thrace, le pillage du temple de Delphes, & sur-tout les conquêtes d'Alexandre, rendirent l'or plus commun dans la Grece ; mais la réputation du Pactole étoit faite, elle subsista sans s'affoiblir, & dure encore, du-moins parmi nos Poëtes, dont le langage est l'asyle de bien des faits proscrits ailleurs.
Rabattons donc infiniment du récit des anciens, pour avoir une juste idée des richesses du Pactole, qui toutefois étoient considérables. Si cette riviere n'avoit que détaché par hasard quelques parcelles d'or des mines qu'elle traversoit, elle n'auroit pas mérité l'attention de Crésus & de ses ayeux, moins encore celle des rois de Perse successeurs de Crésus. Les souverains s'attachent rarement à des entreprises dont la dépense excede le profit. Le soin avec lequel les rois de Lydie ramassoient l'or du Pactole, suffit pour montrer que la quantité en valoit la peine.
Le peu de profondeur du Pactole, & la tranquillité de son cours, facilitoient le travail nécessaire pour en retirer les parcelles de ce métal précieux ; ce que les ouvriers laissoient échapper alloit se perdre dans l'Hermus, que les anciens mirent par cette raison au nombre des fleuves qui roulent l'or, comme on y met parmi nous la Garonne, quoiqu'elle ne doive ce foible avantage qu'à l'Ariège, Aurigera, qui lui porte de tems-en-tems quelques paillettes d'or avec ses eaux.
Au reste, celui du Pactole étoit au meilleur titre, car l'auteur du traité des fleuves lui donne le nom d'or darique, monnoie des Perses qui étoit à 23 karats, d'où il résulteroit que l'or du Pactole, avant que d'être mis en oeuvre, n'avoit qu'une 24. partie de matiere hétérogène.
Ajoutons à la gloire du Pactole, que l'on trouvoit dans ses eaux argentines une espece de crystal ; que les cygnes s'y plaisoient autant que dans celles du Caystre & du Méandre ; & que ses bords étoient émaillés des plus belles fleurs. Si l'on étoit assuré que la pourpre, si connue dans l'antiquité sous le nom de pourpre sardique, se teignît à Sardes & non pas en Sardaigne, on pourroit dire encore à la louange des eaux du Pactole, qu'elles contribuoient à la perfection de ces fameuses teintures. Enfin l'on sait que les habitans de Sardes avoient sous Septime-Sévere établi des jeux publics, dont le prix paroit tout-ensemble faire allusion aux fleuves qui embellissoient les rives du Pactole, & à l'or qu'il avoit autrefois roulé dans son lit : ce prix étoit une couronne de fleurs d'or.
Tout a changé de face ; à peine le Pactole est-il connu de nos jours : Smith, Spon, Whéeler, & d'autres voyageurs modernes n'en parlent que comme d'une petite riviere, qui n'offre rien aujourd'hui de particulier, & peut-être nous serions nous borné à le dire séchement, sans les recherches de M. l'abbé Barthélemi, dont nous avons eu le plaisir de profiter. (D.J.)
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| PACTOLIDES | (Mythol.) nymphes qui habitoient les bords du Pactole. Voyez PACTOLE.
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| PACTYA | (Géog. anc.) ville de Thrace. Ptolémée, liv. I. ch. xj. la met dans la Propontide, & Sophian l'appelle Panido. Ce fut depuis la ville de Cardie jusqu'à celle de Pactye, que Miltiade voulant mettre à couvert des invasions ordinaires le Chersonese où il s'étoit établi avec titre de souverain, fit bâtir une muraille qui fut en divers tems tantôt abattue, tantôt relevée, & enfin rétablie par Dercyllide, général lacédémonien, que ceux du pays avoient fait venir d'Asie. (D.J.)
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| PACY | (Géog. mod.) ville de France en Normandie, sur l'Eure, à 3 lieues de Vernon. Long. 19. 3. lat. 19. 1.
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| PADAN | S. m. (monnoie du Mogol) un padan de roupies vaut cent courons de roupies, & un couron cent lacks, un nil vaut cent padans ; le lack vaut cent mille roupies.
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| PADANG | (Géog. mod.) ville des Indes dans l'île de Sumatra, sur la côte occidentale, au midi de Priaman. Elle est sur une riviere. Long. 113. 40. lat. 5. 10. (D.J.)
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| PADELIN | (Verrerie) c'est le grand pot, ou le creuset où l'on met la matiere à vitrifier.
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| PADERBORN | (Géog. mod.) ancienne ville d'Allemagne en Westphalie, capitale d'un petit état souverain possédé par son évêque suffragant de Mayence, prince de l'empire qui réside ordinairement à Neuhaus. Paderborn est sur un ruisseau nommé Pader, à 16 lieues N. O. de Cassel, 17 E. de Munster, 15. S. O. de Minden, 154 N. O. de Vienne. Long. 26. 28'. lat. 51. 46'.
L'évêché de Paderborn a été fondé par Charlemagne, & l'empereur Henri II. en a augmenté le temporel. Il est assez fertile quoique ce soit un pays de montagnes. On y trouve des mines de fer, & l'on compte plusieurs villes dans son district.
Ferdinand de Furstemberg, évêque de Munster & de Paderborn, a donné les antiquités de cette ville en 1672, sous le titre de Monumenta paderbornensia. Les allemands curieux peuvent consulter cet ouvrage, qui intéresse peu les étrangers.
Thierri de Niem, natif de Paderborn, dans le xiv. siecle, devint sous-secrétaire du pape Urbain VI. & mourut vers l'an 1417. On a de lui 1°. une histoire du schisme, qui est assez médiocre ; 2°. un journal du concile de Constance, qui est assez partial ; 3°. un traité des droits des empereurs aux investitures des évêques. Le style de cet auteur est dur & desagréable ; mais on trouve plus de fidélité dans sa narration, qu'on ne l'attendroit d'un écrivain qui s'étoit attaché à la cour de Rome. (D.J.)
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| PADINATES | (Géog. anc.) peuples d'Italie, selon Pline. Cluvier & le P. Hardouin ont pensé qu'ils demeuroient vers l'embouchure du Panaro dans le Pô, dans l'endroit où est aujourd'hui le bourg de Bodeno.
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| PADISCHAH | S. m. (Hist. mod.) en langue turque veut dire empereur ou grand roi. C'est le titre que le grand seigneur donne au roi de France seul, à l'exclusion de tous les autres princes de l'Europe, & même de l'empereur d'Allemagne. La raison qu'on en apporte, c'est qu'il regarde le roi de France comme son parent, & le nomme en conséquence padischah, titre qu'il prend lui-même dans les actes qu'il souscrit. Les Turcs fondent cette parenté sur ce qu'une princesse du sang de France qui alloit à Jérusalem, fut prise par des corsaires, présentée à Soliman, devint sultane favorite, & obtint du sultan qu'il qualifieroit le roi de padischah, & donneroit à ses ambassadeurs le pas sur tous les ministres étrangers.
Le prince Démétrius Cantimir qui rapporte cette histoire, ne balance pas à la traiter de fable ; & en effet il ne s'en trouve aucune trace ni dans les historiens, ni dans les généalogistes. Vican observe que ce titre, qu'il écrit podeshair, fut obtenu par surprise par les François ; mais il s'est fondé sur la tradition populaire dont nous venons de parler. Il suffit de penser que le grand seigneur accorde ce titre au roi en considération de sa puissance, du rang qu'il tient dans le monde, & de la bonne intelligence qui regne entre la cour de France & la porte Ottomane.
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| PADOEI | (Géog. anc.) peuples de l'Inde, selon Hérodote, liv. III. ch. lxix. qui dit qu'ils se nourrissoient de chair crue. Tibulle fait aussi mention de ces peuples, liv. IV. éleg. I. v. 145.
Ultima vicinus Phaebo tenet arva Padoeus.
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| PADOLIM | (Hist. nat. Botan.) plante des Indes orientales, qui produit une fleur blanche, ainsi qu'un fruit assez agréable qui ressemble à un concombre.
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| PADOU | S. m. (Rubanier) espece de ruban fait de soie & de fleuret, qui sert à border des jupes, robes & autres habillemens de femmes. Les Tailleurs en employent aussi dans plusieurs ouvrages de leur métier.
Il y a des padous de toute sorte de couleurs, & même de plusieurs largeurs, qui sont distingués par des numeros 2. 3. & 5.
Le n°. 2 a 9 lignes de largeur.
Le n°. 3 est large de 15 lignes.
Le n°. 5 est d'un pouce & demi.
Le dernier numero qui n'est désigné par aucun chiffre, a au moins trois pouces & demi de largeur : c'est le plus large de tous les padous. Les padous contiennent ordinairement 24 aunes la piece.
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| PADOUAN | S. m. (Art numismat.) est le nom que les antiquaires donnent aux médailles modernes faites à l'imitation de l'antique, c'est-à-dire, aux médailles modernes qui semblent frappées au coin de l'antique, & avoir tous les caracteres de l'antiquité. Voyez MEDAILLES.
Ce mot vient d'un célebre peintre italien, qui réussissoit si bien dans la fabrique de ces sortes de médailles, que les plus habiles avoient beaucoup de peine à les distinguer des médailles antiques. Ce peintre fut appellé le Padouan, du nom de Padoue sa ville natale ; son vrai nom étoit Giovanni Carino, ou, selon d'autres, Levis Lee. Il fleurissoit dans le xvij. siecle. Gosher Rink prétend qu'il avoit un associé dans la fabrique de ses médailles, qui s'appelloit Alexander Bassianus. Son fils Octavien, quoique né à Rome, fut aussi appellé le Padouan.
Padouan s'appliqua principalement aux médailles frappées sur les matrices de l'ancien Padouan, & que l'on conserve encore. Cependant on s'en sert en général pour désigner toutes les médailles d'une espece semblable à celles-là.
Le pere Jobert observe qu'en Italie le Padouan, le Parmesan & Carteron en Hollande, ont eu le talent d'imiter parfaitement l'antique. Le Parmesan s'appelloit Laurentius Parmesanus. Il y a eu aussi un autre italien qui a excellé dans ce genre, savoir Valerius Belus Vincentinus ; mais ses médailles ne sont pas si communes que celles des autres. Voyez MONNOIE & MONNOYAGE.
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| PADOUE | (Géog. mod.) ancienne & célebre ville d'Italie, capitale du Padouan, qui est une contrée de l'état de Venise, avec une université fondée par Charlemagne, & un évêché suffragant d'Aquilée.
Padoue se nomme en latin Patavium, & en italien Padoua. Les Romains lui accorderent le droit de bourgeoisie, & le pouvoir de choisir ses sénateurs. Elle fut ruinée par Attila. Narsès l'ayant rétablie, les Lombards la détruisirent. Cependant elle jouissoit de sa liberté du tems de Charlemagne & de ses successeurs ; mais la république de Venise s'empara de Padoue & du Padouan au commencement du xv. siecle, & depuis ce tems-là les Venitiens en sont restés les maîtres.
Quoique Padoue se trouve dans le terroir le plus fertile de l'Italie, elle est triste, sale, mal peuplée, mal bâtie, mal pavée. Elle est sur les rivieres de la Brenta & de Bachiglione, à 6 lieues S. E. de Vicence, 16 S. O. de Venise, 90 N. de Rome. Long. suivant Cassini, 29. 36. lat. 45. 28.
Cette ville toute pauvre qu'elle est, a produit de tout tems des gens de lettres illustres. Thomasini vous en instruira dans son Parnasse padouan. Il a lui-même donné deux ouvrages latins estimés, l'un sur l'hospitalité, & l'autre sur les tableaux votifs.
Il auroit bien fait de ne pas oublier dans son recueil Sperone Speroni, poëte de Padoue, mort en 1688 à l'âge de 84. ans. Il mit au jour une tragédie intitulée Canacée, qui peut passer pour une des meilleures pieces dramatiques écrites en italien. Cependant l'action de cette tragédie révolta les beaux esprits d'Italie, parce que Canacée y commet un inceste avec son frere ; mais on a été obligé de condamner la délicatesse italienne, quand on a lu la défense que l'auteur écrivit pour justifier le choix de son sujet ; car la destinée de Canacée est semblable à celle de Phedre.
L'article de Pignorius (Laurent) méritoit, dans le parnasse de Thomasini quelques détails choisis, parce qu'il se distingua, comme antiquaire, dans le xvij. siecle. Il mourut de la peste en 1631 à l'âge de 60 ans. On a de lui un traité complet de servis, eorumque apud veteres ministeriis.
Enfin pourquoi Thomasini obmet-il dans sa liste la fameuse Andreini (Isabelle), née à Padoue sur la fin du xvj. siecle ? Ce fut une des plus belles, des plus spirituelles & des meilleures comédiennes qu'ait eu l'Italie. Elle parloit bien le françois & l'espagnol, chantoit à ravir, & jouoit admirablement des instrumens. Pour complete r son éloge, elle s'illustra par de charmantes poësies imprimées plusieurs fois à Milan & à Venise, & les académiciens de Pavie se firent un honneur d'aggréger cette illustre virtuosa à leur corps. Comme belle & excellente actrice, elle charmoit sur le théâtre & les yeux & les oreilles en même tems. La France vouloit se la procurer, lorsqu'elle mourut d'une fausse couche à Lyon en 1634, dans la quarante-deuxieme année de son âge. Tout le Parnasse en fut en pleurs.
Mais Padoue tirera toujours sa plus grande gloire d'avoir été la patrie d'Asconius Pedianus & de Tite-Live.
Asconius Pedianus le jeune, excellent grammairien, vivoit sous l'empire d'Auguste, & fut ami particulier de Virgile & de Tite-Live son compatriote. C'est à lui que l'on attribue sur diverses harangues de Ciceron, plusieurs remarques qu'il avoit écrites pour ses enfans, & qui lui acquirent beaucoup d'estime. Nous avons perdu une partie de cet ouvrage. Servius expliquant dans la troisieme églogue ces vers :
Dic quibus in terris, & eris mihi magnus Apollo,
Tres pateat caeli spatium non amplius ulnas.
Asconius Pedianus, ajoute-t-il, assure avoir ouï dire à Virgile même, que ces paroles donneroient la torture à tous les grammairiens.
Pline cite Asconius entre les auteurs dont il s'étoit servi pour composer le huitieme livre de son histoire naturelle. La famille Ascania étoit illustre à Padoue, & fut surnommée Pediana. Elle avoit produit des hommes de mérite, entr'autres Asconius Gabinus Modestus, qui fut proconsul, & qui eut l'administration des finances.
Tite-Live naquit à Padoue l'an de Rome 685, & mourut l'an 770 de la fondation de cette ville. Gronovius a donné une excellente édition de ses oeuvres, Amst. 1693, trois vol. in-8 °. & M. Crevier, Paris, 1733, in-4 °. Je me propose de parler ailleurs du mérite de cet excellent historien. Cependant Asinius Pollion prétendoit que le style de Tite-Live se ressentoit de son pays, & qu'on voyoit bien qu'il étoit né à Padoue. Si ce jugement n'est point une injustice de la part de ce fameux romain, il faut avouer que nos plus fins critiques modernes seroient fort embarrassés de découvrir cette patavinité du style de Tite-Live, & qu'ils sont bien éloignés de se connoître en langue latine.
" Mais que de choses ne pourrois-je pas dire sur le mérite particulier de cet illustre auteur ! N'avez-vous jamais lu qu'un citoyen de Cadix, charmé de la réputation & de la gloire de ce grand homme, vint des extrémités du monde pour le voir, le vit, & s'en retourna. Il faut être sans goût, sans littérature, sans émulation, peu s'en faut que je n'ajoute sans honneur, pour n'être pas piqué de cette curiosité, la plus agréable, la plus belle, la plus digne d'un honnête homme ". C'est Pline le jeune qui fait cette réflexion dans une de ses lettres.
Un grand homme, philosophe stoïcien, natif de Padoue, & qui vivoit peu de tems après Tite-Live, est Paetus Thrasea qui écrivit la vie de Caton d'Utique. Cet homme d'une probité austere & intrépide, osa défendre en plein sénat le préteur Sosianus accusé de lese-majesté, & que Neron vouloit perdre. La liberté de Thrasea sauva le préteur : mais Neron fit périr le philosophe ; & sa femme Arria, à l'exemple de sa mere, voulut mourir avec son mari. Elle ne céda à ses instantes prieres, que lorsqu'il lui représenta vivement le devoir qu'elle devoit remplir d'élever Fannia leur fille commune. Il faut lire Tacite, Annal. lib. XIII. cap. lxix. lib. XIV. cap. xij. lib. XV. cap. xx. & xxiij. lib. XVI. cap. xxj. xxij. xxiv. xxxiij. xxxv. Les tableaux de Thrasea sont de la plus grande beauté.
On peut consulter sur Padoue moderne, & les gens de lettres qu'elle a produits, outre Thomasini, Ricoboni, de Gymnasio patavino. Scardeoni, de illust. patav. Patavii, 1560, in-4 °. & ses origin. di Padoua. Angelo Portenari, della felicita di Padua. Cortusio, de novit. Pad. Orsato (Sertorio) istoria di Padoua, & ses monumenta patavina. Orsato étoit né lui-même à Padoue en 1617. Il est connu par son commentaire de notis Romanorum, ouvrage rare, fort estimé, & qui se trouve dans le trésor des antiquités romaines de Graevius. (D.J.)
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| PADOUIR | vieux terme de droit coutumier, qui signifie mener ses bestiaux paître dans des landes, ou pâturages communs.
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| PADRI | S. m. (Botan. exot.) arbre à siliques du Malabar. Sa fleur est pentapétaloïdale ; ses siliques sont longues, étroites, quarrées & recourbées. La décoction de ses feuilles s'emploie dans les tensions du bas-ventre : son suc mêlé avec celui de limon, est un remede qu'on donne dans les maladies aiguës.
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| PADRON | (Géog. mod.) petite ville d'Espagne dans la Galice, à l'embouchure de l'Ulla, à 4 lieues de Compostelle. Long. 9. 18. lat. 42. 40. (D.J.)
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| PADUS | (Géog. anc.) nom latin du Pô, fleuve d'Italie. Les anciens le nomment premierement Eridanus. Lucain lib. IV. v. 427. lui donne le nom de Padus, dans ce vers :
Sic Venetus, stagnante Pado, fusoque Britannus
Navigat Oceano.
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| PAEAN | S. m. (Littérat.) , c'est-à-dire, hymne, cantique en l'honneur des dieux ou des grands hommes. Thucydide donne seulement ce nom aux hymnes que les Grecs chantoient après une victoire en l'honneur d'Apollon, ou pour détourner quelque malheur ; & cette idée est aussi fort juste : ensuite on nomma paeans, paeanes, les cantiques qui étoient chantés par de jeunes gens à la gloire de Minerve dans les panathénées. Il paroît par Zosime, qu'entre les chants séculaires, il devoit y avoir des cantiques & des paeans ; ces deux pieces ne differoient que par le style, qui devoit être plus relevé & plus pompeux dans la seconde que dans la premiere.
Le nom de paean tire son origine d'une avanture qu'Athénée nous a conservée, sur le rapport de Cléarque de Soles, disciple d'Aristote. Il dit que Latone étant partie de l'île d'Eubée avec ses deux enfans Apollon & Diane, passa auprès de l'antre où se retiroit le serpent Python ; le monstre étant sorti pour les assaillir, Latone prit Diane entre ses bras, & cria à Apollon , frappe, mon fils. En même tems les nymphes de la contrée étant accourues, pour encourager le jeune dieu, crierent, à l'imitation de Latone, , ce qui servit insensiblement de refrain à toutes les hymnes qu'on fit en l'honneur d'Apollon.
Dans la suite on fit de ces paeans ou cantiques pour le dieu Mars ; & on les chantoit au son de la flûte en marchant au combat. Il y en a divers exemples dans Thucydide & dans Xénophon ; sur quoi le scholiaste du premier observe qu'au commencement d'une action, l'on invoquoit dans ces paeans le dieu Mars ; au lieu qu'après la victoire, Apollon devenoit le seul objet du cantique. Suidas dit la même chose ; mais enfin les paeans ne furent plus renfermés dans l'invocation de ces deux divinités : ils s'étendirent à celle de quantité d'autres ; & dans Xénophon les Lacédémoniens entonnent un paean à l'honneur de Neptune.
On fit même des paeans pour illustrer les grands hommes. On en composa un où l'on célébroit les grandes actions du lacédémonien Lysandre, & qu'on chantoit à Samos. On en fit un autre qui rouloit sur les louanges de Cratère le macédonien, & qu'on chantoit à Delphes au son de la lyre. Aristote honora d'un pareil cantique l'eunuque Hermias d'Atarne son ami ; & fut, dit-on, mis en justice pour avoir prodigué à un mortel un honneur qu'on ne croyoit dû qu'aux dieux. Ce paean nous reste encore aujourd'hui, & Jules César Scaliger ne le trouve point inférieur aux odes de Pindare ; mais Athénée qui nous a conservé ce cantique d'Aristote, ne tombe point d'accord que ce soit un véritable paean, parce que l'exclamation , qui devroit le caractériser, dit-il, ne s'y rencontre en nul endroit ; au lieu qu'elle ne manque point, selon lui, dans les paeans composés en l'honneur d'Agémon corinthien, de Ptolomée fils de Lagus roi d'Egypte, d'Antigone & de Démétrius Poliorcete. Nous sommes redevables au même Athénée de la conservation d'un autre paean adressé par le poëte Ariphron sicyonien à Hygiée, ou la déesse de la santé. (D.J.)
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| PAEANITES | ou PAEONITES, (Hist. nat.) pierre connue des anciens, & entierement ignorée des modernes. On ne nous en apprend rien, sinon qu'elle facilitoit les accouchemens. Il paroît que c'est la même pierre que celle que les anciens nommoient peantides ou pheantides, que l'on croit avoir été une espece de stalactite, spathique & calcaire, produite dans les grottes de la Péonie contrée de Macédoine.
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| PAECILIA | S. f. (Ichthyolog.) nom donné par Schomveldt & quelques autres, à une espece de cobitis ou de loche, appellée par Artedi le cobitis bleuâtre, marqué de cinq raies longitudinales sur le corps.
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| PAEDARTHROCACÉ | S. m. (terme de Chirurgie) maladie qui consiste dans une carie interne des os, & qui attaque principalement les articulations. Voyez SPINA VENTOSA M. A. Severinus a écrit un traité sur cette maladie.
Ce mot est composé de trois mots grecs, , puer, enfant, jeune personne ; , articulus, articulation ; & , malum, mal, à cause que ce mal attaque principalement les enfans & les jeunes gens, rarement ceux de 25 ou 30 ans, & parce qu'il commence presque toujours par les jointures. (Y)
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| PAEDEROS | (Hist. nat.) nom donné par Pline, d'après les Grecs, à l'opale. Voyez cet article. Quelques auteurs ont aussi entendu par-là l'amethyste.
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| PAEDEROTA | adj. pris subst. (Botan.) c'est dans le systême de Linnaeus, un genre distinct de plantes dont voici les caracteres. Le calice est une enveloppe de la fleur divisée en quatre segmens, droits, pointus, & qui subsistent après que la fleur est tombée. La fleur est composée d'un seul pétale qui forme un tuyau cylindrique partagé en deux levres ; la levre supérieure est longue, creuse & étroite ; l'inférieure est légérement divisée en trois parties égales : les étamines sont deux filets panchés en bas, & de la même longueur que le calice ; le pistil a un embryon arrondi, & un stile délié de la même longueur que ses étamines : le fruit est une capsule applatie, de figure ovale, fendue & pointue au sommet ; elle consiste en deux loges qui contiennent des graines nombreuses, obtuses & adhérentes aux panneaux de la capsule. (D.J.)
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| PAEDOTHYSIE | S. f. (Hist. du Paganis.) , coutume inhumaine pratiquée par quelques payens, de sacrifier aux dieux ses propres enfans pour appaiser leur colere. Nous lisons dans l'Ecriture, que le roi de Moab étant assiégé par les Israélites dans sa capitale, & réduit aux dernieres extrémités, prit son fils aîné qui devoit lui succéder, l'offrit en holocauste sur les murs de la ville, & le siege fut levé. Voyez SACRIFICE, VICTIME HUMAINE, ENFANT, &c.
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| PAEDOTRIBA | S. m. (Hist. anc.) officier du gymnase chez les anciens, dont les fonctions se bornoient à enseigner méchaniquement aux jeunes gens les exercices du corps : c'est ce que nous appellerions un prevôt de salle. Les anciens auteurs confondent quelquefois le paedotriba avec le gymnaste, mais Galien établit entr'eux cette différence, que le gymnaste joignoit à la science des exercices un discernement exact de toutes leurs propriétés par rapport à la santé ; au lieu que le paedotriba, peu inquiet sur ce dernier article, bornoit ses connoissances au détail méchanique de ces mêmes exercices, & ses soins à former de bons athletes ; c'est pourquoi Galien compare le gymnaste à un médecin, ou à un général qui prescrivent avec connoissance de cause, & le paedotriba à un cuisinier, ou à un soldat qui se contentent d'exécuter sans rien approfondir. Mém. de l'acad. tome premier.
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| PAEMANI | (Géog. anc.) peuples que César de bell. Gall. l. II. c. iv. place dans la Gaule belgique. Sanson croit que c'est le pays de Famene ou de Famine, où est Marche en Famine dans le duché de Luxembourg. D'autres géographes mettent les Paemani dans la forêt d'Ardenne, précisément dans le lieu où est le village de Pémont.
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| PAÉNOÉ | S. m. (Bot. exot.) grand arbre de Malabar. On tire de son tronc une gomme résineuse qu'on fait bouillir dans de l'huile en consistance de poix dure. Les Indiens en brûlent quelquefois dans leurs temples, au lieu d'encens. La même résine de cet arbre fondue dans de l'huile de sésame leur sert d'un baume médicinal.
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| PAENSAJIE | S. f. (monn. de Perse) c'est une monnoie d'argent qui vaut deux mamoudis & demi, & le mamoudi vaut environ vingt sous de France.
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| PAEON | S. m. (Poës. lat.) mesure de la poësie latine. Les anciens versificateurs latins comptoient quatre sortes de piés qu'ils appelloient paeons. On leur donna ce nom parce qu'on les employoit particulierement dans les hymnes d'Apollon, qu'on nommoit paeans. Le premier paean est composé d'une longue & trois breves, comme colligere ; le second est composé d'une breve, une longue & deux breves, comme resolvere ; le troisieme est composé de deux longues, une breve & une longue, comme communicant ; & le quatrieme est composé de trois breves & une longue, comme temeritas. (D.J.)
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| PAEONIE | Paeonia, (Géog. anc.) contrée de la Macédoine. Elle tira son nom, suivant Pausanias, de Paeon, fils d'Endimion, qui, vaincu à la course par son frere, en fut si désolé, qu'il abandonna sa patrie, & se retira vers le fleuve Axius. Philippe subjugua les Paeoniens, & Mégabise, qui commandoit pour Darius dans la Thrace, eut ordre d'envoyer dans l'Asie des peuplades de paeoniens aussi-tôt qu'il les eut assujettis. Voici le fait.
Les Paeoniens prétendoient descendre d'une colonie athénienne. Les hommes & les femmes étoient également forts & laborieux. Une avanture assez plaisante, racontée par Hérodote, l. V. mit Darius fils d'Hystaspe, en goût d'avoir des paeoniens & des paeoniennes dans ses états. Un jour qu'il passoit à Sardes ville de Lydie, il apperçut une femme qui en même tems filoit, portoit une cruche & menoit un cheval. La nouveauté du spectacle frappa Darius, & lui fit naître la curiosité d'apprendre le pays de cette femme. On lui dit qu'elle étoit paeonienne ; & sur l'idée avantageuse qu'il se forma d'une nation où le sexe le plus foible & le plus délicat embrassoit à la fois tant de travaux différens, il ordonna à Mégabise qui commandoit pour lui dans la Thrace, d'envoyer en Asie des peuplades de paeoniens. Dès que ce gouverneur eut assujetti ce peuple, il exécuta fidelement l'ordre de son maître.
Les Paeoniens, selon Thucydide, étoient habitués sur le bord du Strymon ; mais par la suite des tems, on confondit les Paeoniens avec les Illyriens, les Thraces & les Getes ; ensorte qu'il semble que ce nom a été une désignation vague donnée à la plûpart des peuples de la nation des Mysiens.
Strabon appelle Paeoniens, une partie des peuples de la Macédoine, & assure que les Pélagons étoient paeoniens. Dion ne veut pas que ce nom soit le même que celui des Pannoniens : cependant plusieurs écrivains les ont confondus ; & vraisemblablement il avoit la même origine, quoique les Romains eussent restraint le nom de Pannonie au pays compris entre le Danube, la Drave & la Save. En un mot, le nom de paeoniens se donnoit à des peuples très-éloignés les uns des autres. Homere joint les Paeoniens aux LÉleges & aux Pélasges de l'Asie mineure, sujets de Priam. (D.J.)
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| PAEONIENNE | adj. f. (Hist. anc.) surnom qu'on donnoit à Minerve, conservatrice de la santé.
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PAESTANUS SINUS | (Géog. anc.) golfe d'Italie, sur la côte du pays des Brutiens, selon Pline, l. III. c. V. Il prenoit son nom de la ville de Pastum, bâtie sur la côte ; c'est aujourd'hui le golfe de Salerne.
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| PAESTUM | (Géog. anc.) ville de Lucanie à l'embouchure du fleuve Silaris. Elle s'appelloit anciennement Posidonia, selon Strabon, liv. I. pag. 251. & elle changea de nom lorsque les Romains y envoyerent une colonie, l'an de Rome 380.
Paestum étoit dans son origine une colonie des Grecs qu'ils consacrerent à Neptune ; & c'est pour cela que Paterculus l'appelle Neptunia. Elle étoit sur la côte du pays des Picentins.
La ville de Paestum n'est plus aujourd'hui qu'un village appellé Pierti dans la Lucanie, c'est-à-dire dans la Calabre. Ce pays étoit autrefois célebre pour ses belles roses qui croissoient deux fois dans l'année. Biferique rosaria Paesti.
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| PAESUS | (Géog. anc.) 1. Ville de la Troade, entre Lampsaque & Parium. Strabon, liv. XIII. p. 589. dit que cette ville ayant été détruite, les habitans passerent dans celle de Lampsaque. Homere l'appelle Paesum, Iliad. l. II. v. 828. & Apaesum, l. V. v. 612.
2. Paesus, fleuve de la Troade, selon Strabon, l. XIII. p. 589.
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| PAETICA | (Géog. anc.) contrée de la Thrace, entre les fleuves Hebrul & Melana, selon Arrien, l. I. c. xj.
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| PAFFENHOFFEN | (Géog. mod.) petite ville de France, dans la basse Alsace, sur la pente d'une montagne, près de la Metter. Elle est à 3 lieues O. d'Haguenau. Long. 26. 20. lat. 48. 46. (D.J.)
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| PAG | (Hist. nat.) animal quadrupede du Brésil, qui est à-peu-près de la grandeur d'un chien. Sa peau qui est tachetée de blanc, de gris & de noir, est fort belle ; sa chair a le même goût que celle d'un veau ; sa tête est d'une forme bizarre.
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| PAGA | ou PAGAE, (Géog. anc.) ville de la Mégaride en Achaïe ; ce nom donne à entendre que c'étoit dans son enceinte qu'on trouvoit les sources des eaux qui arrosoient le pays. Le mot signifie source, eau qui sort de terre. On voyoit à Paga le tombeau du héros Egialée, fils d'Adraste, qui fut tué à la seconde guerre des Argiens contre Thèbes. Cette ville s'appelle aujourd'hui Livadosta, au bord du golfe de Corinthe, près l'isthme, à 20 milles de Mégra, ou l'ancienne Mégare.
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| PAGALLE | S. f. (Marine) autre espece d'armure d'usage aux îles ; c'est une espece de pelle longue de cinq à six piés. C'est peut-être la même chose que la poignée.
PAGALLE, s. f. (Sucrerie) grande spatule de bois semblable à la pagalle ou pagaye des canots, excepté qu'elle est plus petite. On s'en sert pour remuer le sucre quand il rafraîchit afin d'en former le grain.
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| PAGANA | ou PAGO, (Géog. anc.) lieu de la Morée. Ce n'est aujourd'hui qu'un bourg, dont la côte forme un cap. Les anciens le nommoient le promontoire de Diane Dyctimne ; & le bourg s'est formé du débris de l'ancienne ville de Las, célebre par les trophées qu'on y éleva pour la défaite des Macédoniens, & par les temples que Castor & Pollux y bâtirent à leur retour de la conquête de la toison.
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| PAGANALES | S. f. (Hist. anc.) anciennes fêtes rurales, ainsi appellées parce qu'on les célébroit dans les villages in pagis. Voyez PAYEN.
Dans les paganales, les paysans alloient solemnellement en procession autour de leur village, faisant des lustrations pour les purifier. Ils faisoient aussi des sacrifices dans lesquels ils offroient des gâteaux sur les autels de leurs dieux. Voyez FETE.
Denis d'Halicarnasse & S. Jerôme attribuent l'institution des paganales à Servius Tullius, & la rapportent à un principe de politique de ce prince : car, selon ces auteurs, tous les habitans de chaque village étoient tenus d'assister à ces fêtes, & d'y porter chacun une petite piece de monnoie de différente espece, les hommes d'une façon, les femmes d'une autre, & les enfans d'une autre encore ; ensorte qu'en mettant à part chaque espece différente de monnoie, & en les comptant, celui qui présidoit à ces sacrifices, connoissoit le nombre, l'âge & le sexe des habitans d'un canton, & en faisoit son rapport au prince. Cette maniere de compter prouveroit que l'usage de l'écriture n'étoit pas encore introduit chez les Romains. On célébroit les paganales dans le mois de Janvier, & l'argent que les habitans de la campagne y apportoient, étoit une espece de tribut ou de redevance annuelle envers l'état, à laquelle Servius les avoit assujettis.
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| PAGANISME | S. m. (Hist. anc.) religion & discipline des payens, ou adoration des idoles & des faux dieux. Voyez PAYEN & IDOLATRIE.
Les dieux du Paganisme étoient, ou des hommes, comme Jupiter, Hercule, Bacchus, &c. ou des êtres fictifs & personnifiés, comme la Victoire, la Faim, la Fievre, &c. ou des animaux, comme en Egypte, les crocodiles, les chats ; ou des choses inanimées, comme les oignons, le feu, l'eau, &c. Voyez DIEU & ECONOMIE POLITIQUE.
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| PAGARANS | (Hist. mod.) c'est ainsi que l'on nomme dans l'île de Sumatra des princes particuliers, qui sont ou alliés ou tributaires du roi d'Achem, le plus puissant des souverains de l'île.
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| PAGARQUE | S. m. (Hist. anc.) nom donné dans l'antiquité aux magistrats de village, ou à ceux qui avoient quelque autorité dans le plat pays ; tels que peuvent être les baillis, & les procureurs fiscaux des jurisdictions seigneuriales à la campagne. Il en est quelquefois fait mention dans les Novelles, & leur nom vient de , village, & d', puissance, commandement.
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| PAGASE | (Géog. anc.) Pagasa, ou Bagasae ; ville maritime de la Magnesie, selon Apollonius. Strabon dit que c'étoit autrefois le port de la ville de Pherae, qui en étoit éloignée de 90 stades. Il nous apprend que les habitans de Pagase furent transférés à Démétriade avec tout le commerce qui se faisoit auparavant dans la premiere de ces villes. On prétend que ce fut à Pagase que les Argonautes s'embarquerent pour aller à la conquête de la toison d'or. Properce le dit dans sa xx. élégie du liv. I. v. 17.
Namque ferunt olim Pagasae navalibus Argo
Egressam longè Phasidos isse viam.
Diodore de Sicile appelle cette ville Pagas. Harpocration & Pline décrivent sa situation & ses dépendances. Pour moi je crois que Volo est l'ancien Pagasa. Voyez VOLO, Géogr. (D.J.)
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| PAGAYE | S. f. il faut faire sentir le second a après le g ; c'est une espece de rame dont se servent les sauvages caraïbes pour conduire leurs canots & leurs pirogues. Cette rame, qui n'a guere que cinq piés de long en tout, est faite en forme de grande pelle, étroite & échancrée par le bas, ayant un manche long de trois piés, terminé par une petite traverse servant de poignée, à-peu-près comme on en voit aux cannes en bequilles. Les pagayes caraïbes font construites de bois dur, très-proprement travaillé & bien poli. Celles dont les negres canotiers & les pêcheurs font usage, n'ont ni la légereté ni l'élégance des précédentes, mais elles servent également, soit pour ramer, soit pour gouverner les petits canots. On donne encore le nom de pagayes à de grands couteaux de bois, especes de spatules de trois piés de longueur, servant au travail du sucre. Voyez SUCRERIE. (M. LE ROMAIN. )
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| PAGE | S. m. (Hist. mod.) c'est un enfant d'honneur qu'on met auprès du prince & des grands seigneurs, pour les servir, avec leurs livrées, & en même tems y recevoir une honnête éducation, & y apprendre leurs exercices.
On voit par les Mémoires de Philippes de Comines, que les pages qui servoient les princes & les seigneurs de son tems, étoient nobles enfans, qui par-tout suivoient leurs maîtres pour apprendre la vertu & les armes. Le chevalier d'Accily, qui ne vivoit pas de ce tems-là, a dit au contraire :
S'il est beau le fils de Climene,
Quoiqu'elle ait un homme assez laid,
Cela n'a rien qui me surprenne ;
Son page est un garçon bien fait.
Loiseau remarque, dans son traité des Ordres, qu'anciennement les jeunes gentilshommes étoient pages des seigneurs, & les jeunes demoiselles étoient filles-de-chambre des dames ; car, comme nous enseigne fort bien Ragueau, les pages sont paedagogia, sive paedagogiani pueri.
On distinguoit alors deux sortes de pages, savoir les pages d'honneur, & les communs. Les pages d'honneur n'étoient que chez les princes & les souverains, & étoient ordinairement fils de barons ou chevaliers, desquels la fonction est, pour ainsi dire, décrite par Quinte-Curce, l. VIII. haec cohors veluti seminarium ducum praefectorum est ; en effet, quand ils étoient hors de page, ils devenoient bacheliers ou damoiseaux. Bachelier signifie prétendant à chevalerie : damoiseau est le diminutif de dant, qui signifie seigneur, jusqu'à ce qu'étant devenus chefs de maison, ils soient qualifiés seigneurs tout-à-fait. Les pages communs sont issus de simple noblesse, & servent les chevaliers ou seigneurs ; car un simple gentilhomme ne doit point avoir pages, mais seulement laquais qui sont roturiers.
Lancelot dérive le mot page du grec , qui veut dire un enfant. Ménage & Caseneuve le tirent de paedagogium. Cujas & Jacques Godefroi témoignent que les enfans d'honneur étoient nommés chez les Européens paedagogiani pueri. Dans la suite on appella pages & enfans de cuisine, les petits officiers servant à la cuisine du roi. Le président Fauchet dit, que jusqu'au regne des rois Charles VI. & Charles VII. on nommoit pages de simples valets-de-pié ; & que de son tems les Tuilliers appelloient pages certains valets qui portoient sur des palettes les tuiles vertes pour les faire sécher : il ajoute, que c'étoit seulement depuis quelque tems qu'on avoit distingué les pages nobles des pages vilains servant-à-pié, qui ont été nommés naquets ou laquais.
Il est vrai que les pages du tems de l'ancienne chevalerie, se nommoient autrement varlets ou damoiseaux, & qu'ils remplissoient alors l'emploi de domestiques auprès de la personne de leurs maîtres ou de leurs maîtresses ; ils les accompagnoient à la chasse, dans leurs voyages, dans leurs visites ou promenades, faisoient leurs messages, & même les servoient à table : le célebre chevalier Bayard avoit versé à boire & fait les autres fonctions de page auprès de l'évêque de Grenoble.
C'étoit ordinairement les dames qui se chargeoient de leur apprendre leur catéchisme & la galanterie, l'amour de Dieu & des dames ; car l'un ne pouvoit aller sans l'autre, & l'amant qui entendoit à loyaument servir une dame, étoit sauvé, suivant la doctrine de la dame des belles cousines.
On prenoit grand soin de les instruire aux exercices des écuyers & chevaliers, qui étoient les grades auxquels ils devoient aspirer. Ils ne quittoient point l'état de page sans passer par une cérémonie religieuse. Le gentilhomme mis hors de page étoit présenté à l'autel par son pere & sa mere, qui chacun un cierge à la main alloient à l'offrande : le prêtre célébrant prenoit de dessus l'autel une epée & une ceinture qu'il attachoit au côté du jeune gentilhomme, après les avoir bénis. Voyez l'Histoire de la chevalerie, par M. de Saint-Palaye. (D.J.)
PAGES-MOUSSES, GARÇONS, (Marine) ce sont les jeunes gens de l'équipage, apprentis matelots, ou éleves de la navigation. Voyez MOUSSES.
Page de la chambre du ca pitaine, c'est le garçon qui sert le capitaine.
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| PAGÉENS | (Géog. anc.) peuple dont les guerres avec les Géraniens ont donné lieu, selon quelques-uns, à la fable des Pygmées. Un savant allemand, nommé Wonderhart, en expliquant cette fable, dit qu'Homere fait allusion à l'histoire des guerres des Pagéens avec les Géraniens, en la représentant sous le symbole des grues & des Pygmées, se fondant en cela sur la ressemblance des noms. Les Poëtes, pour donner le change à leurs lectures, se servoient souvent de semblables figures, & l'artifice de la Poësie consistoit alors à transporter l'histoire des peuples connus dans des pays éloignés : on ne doit cependant pas faire beaucoup de fond sur cette opinion de Wonderhart, parce qu'il n'apporte pas de preuves pour l'établir. (D.J.)
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| PAGEL | S. m. (Hist. nat. Ichthyol.) rubellio erythrinus, poisson de mer, que l'on confond souvent avec le pagre ; on le nomme à Rome phragolino, c'est-à-dire petit pagre. Le pagel se retire en hiver dans la haute mer, & il reste sur le bord des côtes pendant l'été ; on en prend rarement quand il fait froid. Ce poisson est d'une couleur rousse tirant sur le rouge ; il a deux taches de couleur d'or & le ventre blanc, les yeux sont grands, l'ouverture de la bouche est petite, & les dents sont rondes, pointues & fort petites ; il ressemble au pagre par la forme du corps, par le nombre & la position des nageoires ; mais il en differe en ce qu'il a le museau plus pointu & plus étroit. Il change de couleur avec l'âge : il devient gris. La chair du pagel est nourrissante & d'assez bon goût ; elle se digere aisément & elle n'est pas visqueuse, comme quelques-uns l'ont dit. Rondelet, Hist. nat. des poissons, premiere part. liv. V. chap. xvij. Voyez POISSON. (I)
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| PAGESIE | S. f. (Jurisprud.) quasi tenementum paganorum, est une espece de tenure solidaire, en vertu de laquelle le seigneur peut s'adresser à celui des co-détenteurs qu'il juge à propos, & le contraindre au payement de la totalité des cens & rentes. Cette espece de tenure se trouve spécifiée dans les terriers de plusieurs seigneuries dans le Velay, le Forès, le Bourbonnois, & l'Auvergne ; c'est la même chose que ce qu'on appelle tenir en fraresche dans les pays d'Anjou, Touraine, & Maine, ou que les masures en Normandie. Voyez Henrys. (A)
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| PAGIAVELLE | S. m. (Comm.) certain compte de pieces de marchandise, dont on se sert en quelques lieux des Indes orientales, lorsque l'on vend en gros, ce qui est à proportion comme ce que nous appellons une grosse. Voyez GROSSE. Au Pégu les toiles se vendent au pagiavelle de quatre pieces. Diction. de Commerce.
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| PAGLION | (Géog. mod.) riviere de Savoie, dans le comté de Nice. Elle a sa source dans les Alpes, & se jette dans la Méditerranée, à l'orient de la ville de Nice. (D.J.)
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| PAGNA | S. m. (Hist. nat. Botan.) arbre des Indes orientales. Il est fort élevé, & produit une espece de coton renfermé dans une écorce fort dure, longue d'une palme, & large d'un doigt : ce coton ne se file point, mais on s'en sert pour remplir des coussins & des matelas.
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| PAGNE | terme de Rélation, c'est un morceau de toile de coton dont les peuples de la côte de Guinée s'enveloppent le corps depuis les aisselles jusqu'aux genoux, & quelquefois jusqu'au milieu des jambes, & dont les Caraibes à leur imitation se servent aujourd'hui. La pagne fait ordinairement deux tours, & sert également aux hommes & aux femmes ; c'est un habillement de cérémonie, car les peuples de Guinée vont ordinairement tous nuds, & les Caraïbes n'ont que leur camusa. (D.J.)
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| PAGNONES | (Art méchan.) pieces de bois qui forment la fusée ou le rouet d'un moulin, & auxquelles les fuseaux sont assemblés.
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| PAGO | (Géog.) île de la mer d'Istrie, à une lieue de la côte de Croatie, dont elle n'est séparée que par un canal qui a 3 milles de large ; elle est sujette aux Vénitiens, & pour le spirituel à l'évêque d'Arbe. Elle a 60 milles de tour, & un château pour sa défense. L'air y est froid & le terroir stérile, mais on y trouve des salines qui font son seul revenu. Cette île a été connue de Pline sous le nom de Gissa, les Esclavons l'appellent Pagh. Venise y avoit deux de ses nobles, l'un pour la gouverner, & l'autre pour recevoir le produit. Long. 32. 40. lat. 44.
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| PAGODE | S. m. & f. (Archit. asiat.) nom général qu'on donne aux temples des Indiens & des Idolâtres ; c'est un bâtiment qui n'a qu'un seul appentis par-devant, & un autre par-derriere : il y a trois toîts, un qui domine destiné pour l'idole, & les deux autres pour le peuple.
Son principal ornement consiste en des pyramides de chaux & de briques, décorées d'ornemens fort grossiers. Il y en a de grandes, aussi hautes que nos clochers, & de petites qui n'ont que deux toises. Elles sont toutes rondes, & elles diminuent peu en grosseur, à mesure qu'elles s'élevent, desorte qu'elles se terminent comme un dôme : sur celui de celles qui sont basses s'éleve une aiguille de calin, fort pointue & assez haute, par rapport au reste de la pyramide.
On voit encore autour des pagodes d'autres especes de pyramides qui grossissent & diminuent quatre ou cinq fois dans leur hauteur, de telle sorte que leur profil est ondé ; mais ces diverses grosseurs sont moindres à mesure qu'elles sont en une partie plus élevée. Ces pyramides sont ornées en trois ou quatre endroits de leur contour, de plusieurs cannelures à angles droits, qui, diminuant peu-à-peu, à proportion de la diminution de la pyramide, vont se terminer en pointe au commencement de la grosseur immédiatement supérieure, d'où s'élevent d'autres cannelures.
Les plus beaux pagodes sont ceux des Chinois & des Siamois ; les offrandes qu'on y fait sont si considérables, qu'on en nourrit une quantité prodigieuse de pélerins.
Le pagode de Jagranate produit un revenu immense à ceux de son idole. M. de la Loubere a décrit les pagodes de Siam, & les missionnaires ceux de la Chine, qui sont quelquefois incrustés de marbre, de jaspe, de porcelaine, & de lames d'or : on trouve la représentation d'un de ces temples dans l'essai d'Architecture de Fischer.
On appelle aussi pagode l'idole qui est adoré dans le temple élevé à son honneur, & dans ce sens le mot pagode est féminin.
Ce nom pagode tire son origine des mots persans pout, qui veut dire une idole, & de gheda, un temple ; de ces deux mots pout-gheda, on en a formé en françois celui de pagode, en estropiant le nom persan.
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| PAGOMEN | S. m. (Calendrier) les Egyptiens & les Ethiopiens donnent ce nom au résidu de cinq jours de leur année, ou de six, si l'année est bissextile ; ils ajoutent ces jours à leur dernier mois, parce qu'ils ne comptent que quatre jours pour chacun.
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| PAGON | (Géog. mod.) petite île de la mer du sud, une des îles des Larrons, ou des îles Marianes, entre celle d'Agrignan au nord oriental, & celle d'Amalagnant au midi. On lui donne 14 lieues de circuit : les Espagnols la nomment l'île de Saint-Ignace.
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| PAGRE | S. m. (Hist. nat. Ichthyol.) pagrus, poisson de mer qui ressemble à une petite dorade par la forme du corps & par le nombre & la position des nageoires ; mais il en differe par la couleur & par la queue. Voyez DORADE. Le pagre change de couleur en différentes saisons ; il est d'un roux tirant sur le rouge pendant l'été, & il devient bleu en hiver : on le confond avec le pagel quand il a sa couleur rouge ; mais on le distingue aisément en hiver, car le pagel ne change pas de couleur. Le pagre differe encore du pagel en ce qu'il a le museau plus épais, plus arrondi & plus arqué, & le corps plus large & plus rond. Ce poisson vit de petites séches, de coquillages, & d'algue : sa chair est séche, de bon goût, & fort nourrissante. Rondelet, Hist. nat. des poissons, premiere partie, liv. V. chap. xv. Voyez POISSON. (I)
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| PAGRIAE | (Géog. anc.) 1°. ville de la Syrestique de Syrie, dans le territoire d'Antioche, près la ville Gendarum, selon Strabon, liv. XVI. p. 751. & selon Pline, l. V. c. xxiij. mais Ptolémée, liv. V. ch. xv. la met dans la Pierie, province voisine ; c'est aujourd'hui Begras, entre Alexandrette & Antioche, place à demi-déserte.
2°. Pagrae, port de la Sarmatie asiatique, sur le Pont-Euxin.
3°. Pagrae, ville de la Cilicie, selon Cédrène.
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| PAGURUS LAPIS | S. f. (Hist. nat.) nom donné par des naturalistes à une pierre qui portoit l'empreinte d'un homard ou d'une cercine de mer.
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| PAGUS | (Géog. anc.) ce mot a divers sens, & vient lui-même de , mot dorique, pour , fontaine, parce que, dit Festus, les Pagi prennent à une même fontaine l'eau dont ils ont besoin.
Pagus differe de vicus, en ce qu'il n'exige pas une disposition en forme de rue, & qu'il suffit que les maisons aient un rapport de voisinage entr'elles, quoique dispersées & rangées confusément.
Le pagos des Grecs veut dire une colline, & par conséquent n'est point la même chose que le pagus des Latins. Ainsi, , veut dire, la colline de Mars ; c'étoit le nom qu'on donnoit à l'aréopage d'Athènes, parce qu'elle étoit sur une colline consacrée au dieu de la guerre. On peut voir dans Alde Manuce, lib. III. de quaesit. epist. vij. la différence qui distingue, selon lui les mots castellum, pagus, vicus, opidum, urbs, & villa.
Paganus dans sa signification primitive, signifie un homme qui demeure à la campagne, où il s'occupe à l'agriculture, en un mot un paysan. Comme les gens de la campagne n'ont point cette politesse qui regne dans les villes, il semble que la grossiereté soit leur partage ; c'est dans ce sens que Perse se qualifie lui-même de demi-paysan :
Ipse semi-paganus
Ad sacra vatum carmen adfero nostrum.
Varron, de lingua lat. lib. V. appelle pagantiae feriae, certaines fêtes communes aux gens de la campagne ; au-lieu que paganalia étoient des fêtes particulieres à chaque village. Pline, l. XXVIII. c. ij. nomme pagana lex, une loi par laquelle il étoit defendu aux femmes qui étoient en voyage de tourner un fuseau, ni de le porter à découvert, parce que l'on croyoit que par cette action on pouvoit jetter un maléfice sur la campagne, & nuire aux biens de la terre.
Dans les anciens tems de la république romaine, l'agriculture & l'art militaire n'étoient pas incompatibles, & on voyoit les premiers hommes de l'état conduire eux-mêmes la charrue, de la même main dont ils venoient de gagner une bataille. Mais avec le tems le luxe augmenta les possessions, & la vanité peupla les champs d'hommes serviles, que l'on chargea du travail des terres ; il ne demeura avec eux dans les villages que les pauvres gens qui n'avoient pas de quoi subsister dans les villes.
Comme ces gens-là n'étoient point enrôlés dans les armées romaines ; de-là vint ce contraste que l'on trouve entre les mots miles, un homme de guerre, & paganus, un homme qui ne va point à la guerre. Cette opposition est fréquente dans les Jurisconsultes ; mais elle est bien expressément marquée dans ces vers de Juvenal, Sat. xvj. v. 32.
Citiùs falsum producere testem
Contrà paganum posses, quam vera loquentem
Contrà fortunam armati.
" Le soldat trouvera bien plus tôt un faux témoin contre le villageois, que le villageois n'en trouvera un véritable contre le soldat ".
De paganus nous avons fait les mots de payen & de paganisme, parce que, comme les gens de la campagne, occupés d'un travail pénible, & destitués des secours de l'éducation, qui prépare l'esprit aux matieres de raisonnement, sont toujours plus attachés que les autres aux sentimens qu'ils ont sucés avec le lait, il arriva lorsque la religion chrétienne eut fait de grands progrès dans les villes, que les gens de la campagne conserverent l'idolâtrie long-tems après la conversion des villes. Les mots de paganus & d'idolâtre devinrent alors synonymes, & nous avons adopté ce mot en l'accommodant à notre langue : ainsi nous appellons payens les idolâtres, & paganisme l'idolâtrie, qui est la religion des payens.
Nous avons aussi adopté le mot pagus, mais dans un sens que les anciens lui donnoient semblablement, & nous en avons fait le mot de pays. Les Romains l'ont employé dans le sens de canton ou contrée. La Thrace & l'Arménie étoient divisées en stratégies ou préfectures militaires ; la Judée en toparchies ou seigneuries ; l'Egypte en nomes : de même la Gaule & la Germanie étoient partagées en pagi, cantons : c'est sur ce pié-là que Jules-César dit que les Sueves, peuples de Germanie, étoient divisés en cent cantons, centum pagos.
Samson divise les peuples en grands & en petits. Les grands peuples étoient ce que les anciens ont appellé civitas, & chaque civitas étoit divisée en pagi ; mais il faut aussi remarquer que les grands cantons nommés pagi étoient eux-mêmes divisés en des cantons ou pagi subalternes, qui en faisoient partie. Ainsi pagus Patavus, le Poitou, comprenoit pagus Lausdunensis, le Loudunois ; pagus Toarcensis, le pays de Thouars ; pagus Ratiatensis, le duché de Rets, &c. Ainsi les grands cantons ou pagi du premier ordre, ne sont point différens des cantons appellés civitas, c'est-à-dire des grands peuples ; mais les minores pagi, c'est-à-dire les petits cantons, en différoient beaucoup. (D.J.)
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| PAHAN | (Géog. mod.) ville des Indes, dans la presqu'île de Malaca, capitale d'un petit royaume de même nom, qui fournit du poivre & des éléphans ; les maisons sont faites de roseaux & de paille, le seul palais du roi est bâti de bois ; les rues sont pleines de cocos & d'autres arbres. Long. 122. lat. 3. 30.
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| PAIANELI | S. m. (Botan. exot.) arbre à siliques du Malabar ; on en compte deux especes ; l'une a la feuille faite en coeur, & le fruit oblong, plat, & contenant une semence membraneuse ; l'autre a les feuilles larges & pointues : on vante beaucoup leurs vertus en cataplasme pour la guérison des ulcères.
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| PAIDOPHILE | S. f. (Mythol.) surnom qu'on donnoit à Cérès, qui signifie qu'elle aime les enfans, & qu'elle les entretient ; c'est pourquoi on représente souvent cette déesse ayant sur son sein deux petits enfans, qui tiennent chacun une corne d'abondance, pour marquer qu'elle est comme la nourrice du genre humain. (D.J.)
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| PAILLASSE | S. f. (Architecture) on nomme ainsi dans une cuisine & près de la cheminée, un solide de brique ou de maçonnerie, de la longueur d'environ six piés, sur deux ou trois de large, & de neuf à dix pouces de hauteur, sur lequel on entretient les mets dans un degré de chaleur convenable, avant d'être servis sur la table. (P)
PAILLASSE, s. f. terme de Pailleur, ouvrage de grosse toile, creux & fendu par le milieu, qu'on remplit de paille, & qu'on met sur le bois de lit, & sous le matelas ou le lit de plume.
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| PAILLASSONS | S. m. (Jardinage) ce sont des especes de claies faites de grande paille avec des perches posées en maille, & attachées les unes aux autres avec de l'osier pour entretenir la paille. Rien n'est si utile que les paillassons pour garantir les couches & les espaliers des vents froids. On les soutient sur les couches par le moyen de perches posées en long & en-travers de la couche en maniere de chassis. (K)
PAILLASSON, (ouvrage de Nattier) piece de natte couverte par-dehors d'une grosse toile, que le peuple en Italie & en Espagne met l'été devant les fenêtres pour se garantir de l'ardeur du soleil. On hausse & on baisse ces paillassons avec des cordes autant qu'on veut. En France on a des stores, des jalousies en bois peint en verd, qui conviennent mieux au climat. (D.J.)
PAILLASSON en terme d'Orfévre, est un amas de nattes de paille tournées en rond en commençant au centre, & finissant à sa circonférence. L'on en éleve plusieurs lits l'un sur l'autre jusqu'à la hauteur qu'on veut ; ces rangs ou lits sont cousus l'un à l'autre avec de la ficelle ; il doit avoir plus de diamêtre que le billot qu'il porte ; il sert à rompre l'effet du marteau lorsque l'on frappe sur l'enclume.
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| PAILLE | S. f. (Maréchallerie) c'est le tuyau des gros & menus grains, après qu'ils ont été battus à la grange. Il y a la paille du blé, du segle, de l'avoine. La paille hachée mêlée avec l'avoine, sert dans quelques pays de nourriture aux chevaux : on la hache avec une machine appellée hachoir ou coupe-paille ; la paille pour la litiere est communément sans épis & sans grain.
PAILLE, (Commerce) il se fait un grand commerce de paille pour l'engrais des terres, après qu'elle a été réduite en fumier, & avant ce tems-là pour la nourriture de divers animaux, ainsi que pour des ouvrages de Nattiers, & de Tourneurs-Empailleurs de chaise. On se sert aussi de paille pour les emballages de caisses de marchandises.
PAILLES DE BITTES, (Marine) ce sont de longues chevilles de fer qu'on met à la tête des bittes pour tenir le cable sujet. (Z)
PAILLE, (Métallurgie) c'est un endroit défectueux dans les métaux, qui les rend cassans & difficiles à forger ; on le dit sur-tout du fer & de l'acier.
PAILLE DE FER, (Forgerie) ce sont des especes d'écailles qui tombent de ce métal quand on le forge à chaud. Elles servent à faire le noir, & quelques autres couleurs des Peintres sur verre.
PAILLE, (Jouaillerie) ce mot désigne un défaut qui se trouve dans les pierres précieuses, particulierement dans les diamans ; c'est quelque petit endroit obscur, étroit, & un peu long, qui se trouve dans le corps de la pierre précieuse, & qui en interrompt l'éclat & le brillant. Quelques personnes confondent la paille avec la glace & la surdité ; mais ces trois défauts sont différens ; les pailles diminuent davantage le prix du diamant.
PAILLE, courir à la, (Salines) c'est hâter la cuisson du sel par une addition subite de bois ; ce qui arrive toutes les fois que la formation du sel & partant l'évaporation, a été retardée par quelque cause que ce soit.
PAILLE EN CUL, FETU EN CUL, s. m. oiseau de tropique, oiseau de mer. Il ne se rencontre jamais audelà des bornes de la Zone torride ; c'est ce qui l'a fait nommer par quelques voyageurs oiseau de tropique. Il est à-peu-près de la figure d'un pigeon, mais plus gros & plus vigoureux, ayant des aîles fort grandes lorsqu'elles sont étendues ; il a la tête menue, les yeux assez beaux, le bec bien proportionné, d'une couleur jaune tirant sur le rouge, ainsi que ses pattes qui sont un peu courtes ; son plumage est blanc mêlé quelquefois de petites plumes noires sur les aîles. Du milieu de sa queue qui s'ouvre en éventail quand il vole, sortent deux grandes plumes très-fines, longues d'environ seize à dix-huit pouces, & tellement appliquées l'une contre l'autre, qu'elles ne forment qu'un seul brin apparent ; ce qui lui a fait donner le nom de paille en cul. On en voit qui ont trois de ces plumes un peu écartées l'une de l'autre, formant trois longues queues. Les pailles en cul font leurs nids dans des trous au sommet des plus hauts rochers ; ils vivent de poisson, & prennent leur essor en haute mer, fort loin des côtes ; leur chair est maigre & médiocre au goût.
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| PAILLÉ | adj. en termes de Blason, se dit des fasces, peaux, & autres pieces bigarrées de différentes couleurs. Clere en Normandie, d'argent à la fasce d'azur, paillée d'or.
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| PAILLER | DU PAILLER, (Maréchal.) c'est de la paille qui ne sert qu'à la litiere.
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| PAILLET | S. m. (Serrurerie) petite piece de fer ou d'acier, mince, qu'on place entre la platine & le verrouil pour lui servir de ressort & le tenir en état, lorsqu'il est levé.
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| PAILLETTE | ou ÉTAMINE, (Jardinage) voyez ÉTAMINE.
PAILLETTE D'OR, s. f. (Minéralog.) petit grain d'or, qu'on trouve dans le sable des rivieres. Toutes les paillettes d'or ont des formes assez irrégulieres ; elles ont pourtant cela de constant, qu'elles sont de petites lames ; je veux dire, qu'on ne doit pas se les représenter faites comme des grains de sable ; elles ont moins en épaisseur que dans les autres sens. Selon les observations qu'on en a faites, il semble qu'elles sont arrangées par couches, par feuilles dans la mine ; quelquefois elles paroissent feuilletées à la loupe. On ne doit pas non plus les imaginer plus minces que les feuilles des Batteurs d'or ; elles ont une épaisseur qui se laisse appercevoir, & qui est capable de leur donner de la solidité. Leurs figures, malgré leurs irrégularités, tiennent toujours de la ronde ; leurs bords sont aussi arrondis ; ce sont des especes de petits gâteaux ; les frottemens ont abattu leurs angles ; pendant que l'eau les entraîne, elles rencontrent un sable qui les use.
Parmi les paillettes des rivieres de Ceze & du Gardon, on en rencontre quelquefois qui ont une ligne & demie de diamêtre ; mais il y en a davantage qui n'ont qu'une ligne, & même qu'une demi-ligne. Nous en avons de l'Ariége, qui ont deux lignes dans le sens où elles sont les plus grandes ; les paillettes du Rhin sont beaucoup plus petites, & celles du Rhône plus petites encore ; mais on trouve aux plus petites une figure approchante des plus grosses.
On assure pourtant qu'on a quelquefois ramassé dans le Rhône des paillettes grosses comme des grains de millet. Les Allemands en citent tirées de leurs rivieres grosses comme des féves ; mais ce ne sont, pour ainsi dire, que des miettes, si on les compare avec ces gros morceaux d'or trouvés dans le Pérou & le Méxique, & grossis peut-être encore par le récit des voyageurs. Cependant le pere Feuillée, à qui on peut se fier, assure avoir vu une pépite, c'est le nom qu'on donne à ces morceaux, d'une grosseur extraordinaire, du poids de soixante-six marcs & quelques onces, dans le cabinet d'Antonio Porto-Carrero : on en fit voir une en 1716 à l'académie, qui pesoit, dit-on, cinquante-six marcs. Sa figure approchoit de celle d'un coeur ; elle appartenoit à dom Juan de Mur, qui avoit été corrégidor d'Arica. M. Frézier a fait mention de cette pépite dans son voyage. Il en cite aussi une autre de soixante-quatre marcs, qui fut achetée par le comte de la Moncloa, viceroi du Pérou, pour en faire présent au roi d'Espagne. Mais ces pépites paroissent extraordinaires aux habitans des Indes, comme à nous. Ce sont des morceaux de mine entiers, qui sont détachés ou découverts par des torrens rapides ; & nous ne savons pas quelle est la grosseur des morceaux d'or qui fournissent depuis si long-tems nos rivieres de paillettes. Nous verrions peut-être des pépites chez nous, si un coup brusque, un torrent extraordinaire, détachoit à-la-fois ce qui n'est enlevé que par parcelles en plusieurs années. La nature travaille dans de grands laboratoires ; mais peut-être aussi que son laboratoire dans nos montagnes n'est pas en or ; elle en a de toutes matieres. Mém. de l'académie des Sciences, 1718. (D.J.)
PAILLETTE, (Broderie) ce mot se dit des petits grains d'or ou d'argent ronds, applatis & percés au milieu, dont on parseme quelquefois les broderies, les ornemens d'église, & les habits de théatre. On fait aussi des paillettes d'acier qu'on mêle dans les jais blancs & noirs pour des broderies du petit deuil des femmes.
PAILLETTES COMPTEES, en terme de Brodeur au métier ; ce sont des paillettes arrangées l'une sur l'autre comme de l'argent monnoyé. Pour les arrêter ainsi, on fait un point au bord de la premiere en-dehors, un autre dans le trou de cette premiere au bord de la seconde en-dehors, un autre dans le trou de cette seconde en-dedans ; ainsi des autres, en les approchant à l'aiguille l'une sur l'autre.
PAILLETTES COURONNEES, sont en terme de Brodeur au métier, celles qui sont environnées tout-autour d'ornemens ou de points de bouillon. Voyez BOUILLON.
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| PAILLEUR | S. m. (Commerce de paille) celui qui vend & fournit de la paille dans les maisons de Paris & autres villes du royaume pour la nourriture des chevaux des particuliers.
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PAILLEUX METAL | (Métallurgie) c'est-à-dire, métal qui a des pailles. C'est un grand défaut pour le fer & pour l'acier d'être pailleux ; car outre que ce défaut les rend cassans, ils souffrent un grand déchet à la forge.
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| PAILLIER | S. m. il se dit 1°. de la paille fourragée par des bestiaux, qui ont mangé l'épi & le grain, & qui n'est plus bonne qu'à faire litiere & fumier ; 2°. de l'endroit où l'on nourrit les bestiaux & où l'on porte les pailles & fourrages dont on fait des meulons, pour les conserver jusqu'à ce qu'on les mette en litiere ou fumier.
PAILLIER, (Hydr.) on pratique des pailliers ou repos entre les rampes & avec tournans les escaliers de pierre ou de gazon qui accompagnent une cascade ; on en fait plusieurs de suite dans les rampes un peu longues. (K)
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| PAILLONS | S. m. pl. (Jouaillerie) nom que l'on donne à de petites feuilles quarrées de cuivre battu, très-minces, & colorées d'un côté, que l'on met par petits morceaux au fond des chatons des pierres précieuses, & des crystaux.
PAILLON DE SOUDURE, (Orfévrerie) petit morceau de soudure, ou métal mince & allié, qui sert à souder les ouvrages d'orfévrerie. Lorsqu'on veut souder quelque chose, on coupe la soudure par paillons.
PAILLON & PAILLONNER, la vaisselle d'étain, c'est une façon qu'on donne à la vaisselle d'étain fin, après qu'elle est apprêtée avant de la tourner ; pour cela on prépare d'abord le paillon avec un lingot d'étain commun dont on fait tomber avec le fer chaud à souder, une quantité suffisante de gouttes sur une platine de cuivre ; ce qui forme des feuilles d'étain minces, rondes, grandes environ comme des pieces de vingt-quatre sols, plus ou moins. Voilà comme se fait le paillon : il faut dire en passant qu'on emploie de ce paillon dans la teinture de l'écarlate. Autrefois on se servoit d'étain en ratures, c'est-à-dire, ce que les crochets ôtent sur l'étain en le tournant.
On fait ensuite un tampon de filasse qu'on roule en long d'environ un demi-pié & gros comme le poignet pour de grands plats, & moins gros pour de plus petites pieces ; on a soin de le tenir chaud par le bout qui sert, en le mettant sur une petite plaque de fer sous laquelle il y a un petit feu ; cela se fait après avoir allumé du feu de braise de charbon dans une bassine, qui est comme le fond d'une chaudiere dont la hausse est environ de trois ou quatre pouces de haut & applatie sur le bord, & il faut disposer son feu si également, qu'il ne chauffe pas plus d'un côté que de l'autre, & qu'il chauffe plus la circonférence de la piece que son milieu. Ensuite on prend sa piece avec une tenaille à paillonner de la main gauche, & on la met chauffer sur le feu ; on a un morceau de poix-résine dont on enduit sa piece dessus & dessous en frottant par-tout, parce que la résine fond dessus à mesure que la piece s'échauffe ; on prend plusieurs feuilles de paillon qu'on met sur sa piece, & ensuite avec le tampon on promene partout cet étain fondu qui se dilate & s'étend comme un étamage, on retourne sa piece, & on en fait autant dedans comme dessous ; apres quoi on retire doucement sa piece de dessus le feu, & on remet son tampon en place, & on prend une autre piece pour faire de même jusqu'à la fin, observant de maintenir toujours son feu égal ; puis on reprend, s'il est nécessaire, ses pieces l'une après l'autre pour paillonner l'endroit des tenailles qu'on nomme le contre-jet. Ce paillon sert à boucher les gromelures, & empêche les cassures ; c'est un étamage plus subtil & plus difficile à faire que celui des Chauderonniers.
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| PAIN | S. m. (Boulangerie) les diverses especes de farine dont les Boulangers font leur pain, sont la pure fleur de farine pour le pain mollet ; la farine blanche d'après la fleur, pour le pain blanc ; les fins gruaux mêlés avec cette derniere, pour le pain bis-blanc ; les gros gruaux, avec partie de farine blanche & de fin gruau, pour le pain bis.
Le pain se fait de farine de mays dans la plus grande partie de l'Asie, de l'Afrique & de l'Amérique ; outre le mays, l'Amérique a encore la racine de cassave, dont le suc récent est un poison, mais dont la racine que l'on en tire fait un pain délicat & nourrissant.
PAIN BIS, en Boulangerie ; est le nom de la moindre espece de pain ; on le fait avec une partie de farine blanche, & des gruaux fins & gros. On y mêle aussi des recoupettes, mais ce n'est que dans les chertés.
PAIN BIS-BLANC, terme de Boulanger, qui signifie le pain au-dessous du blanc, & fait de farine blanche & de fin gruau.
PAIN BLANC, en terme de Boulanger, est le nom qu'on donne au pain fait de farine blanche, & tirée au bluteau d'après la fleur de farine.
PAIN DE BRANE, terme de Boulanger, pour dire, le pain de douze livres.
PAIN CHALAND, en Boulangerie, est un pain très-blanc, fait de pâte broyée.
PAIN CHAPELE, en Boulangerie, est un petit pain fait avec une pâte bien battue & fort légere, assaisonnée de beurre ou de lait.
PAIN CHAPELE, se dit encore parmi les Boulangers, d'une espece de petit pain dont on a enlevé la plus grosse croute avec un couteau.
PAIN DE CHAPITRE, en terme de Boulanger, est une espece de pain supérieure au pain chaland, qu'on peut regarder comme le pain mollet de ce dernier.
PAIN CORNU, nom que les Boulangers donnent à cette espece de pain qui a quatre cornes, & quelquefois plus. C'est de toutes les especes de petit pain celui qui se fait avec la pâte la plus forte & la plus ferme.
PAIN A LA REINE, est chez les Boulangers, un pain fendu, qui ne differe du pain de festin que par l'assaisonnement, qui y est moindre que dans ce dernier. On fait le pain à la reine avec une pâte qui n'est proprement ni forte, ni douce, & qu'on appelle pour cela pâte moyenne. Quelques-uns l'appellent encore pâte bâtarde.
PAIN A LA SIGOVIE, terme de Boulanger, pour signifier une sorte de pain qui a une tête au milieu. Il est fait avec une pâte d'un tiers plus forte & plus dure que celle du pain à la reine.
PAIN PETIT, en terme de Boulanger, est un pain fait avec une pâte plus ou moins légere, selon l'espece de pain, du beurre, du lait ou de levure. Le petit pain se divise en pain à la reine, pain à la sigovie, pain chapelé, pain cornu, &c. Voyez ces termes à leur article.
Quelques Boulangers de Paris font leur petit pain avec les gruaux qu'ils font remoudre : il bouffe en effet davantage ; mais n'est jamais si bon que celui de fleur de farine.
Des façons à donner aux principales sortes de pains en usage parmi nous. Pain d'avoine. Il faut que le levain soit fort ; prendre l'eau un peu chaude, & tenir le four chaud : le bien cuire & long-tems ; & le garder au four suivant la grosseur du pain, parce que le dedans en est toujours gras. Il demande un grand apprêt. La pâte doit en être bien travaillée & bien ronde.
Pain d'orge. Il ne lui faut en levain que le tiers de la masse de la pâte. Trop de levain le rend trop lourd & trop gras en-dedans. Il veut être bien travaillé. On le paîtrit à l'eau douce, parce qu'il semble porter son levain avec lui-même. Il ne lui faut pas beaucoup d'apprêt. Le four doit être chaud. Ce pain porte bien la cuisson.
Pain de seigle. Il faut faire de grands levains, à moitié de la quantité de la pâte ; prendre l'eau fraîche, & faire la pâte forte : donnez bien de l'apprêt, parce que le seigle est toujours doux. Travaillez-le beaucoup. Que votre four soit très-chaud : que le pain y reste long-tems ; cependant selon sa grosseur.
Biscuit de mer. Il faut en levain un bon tiers de la quantité de la pâte. Il faut que ce levain soit bon, naturel, bien fait, fort travaillé ; un four bien chaud, où on le laisse au moins trois heures.
Pain de blé, façon de Gonesse. Ayez de grands levains, & l'eau douce. Faites la pâte forte & bien soutenante. Travaillez-la beaucoup ; ensuite remettez-y un peu d'eau fraîche par-dessus, afin d'éclaircir ou délayer la pâte, & travaillez ensuite. Quand votre pâte sera bien travaillée, tirez-la du paîtrin, & la tournez tout de suite. Il ne faut pas qu'elle entre en levain, mais point du tout. Distribuez-la aux poids que les pains doivent avoir. Tournez les plus petits les premiers ; tournez ensuite les gros. Que les bannes ou sacs soient toujours frais. Que les couvertures soient un peu humides. Que le four soit très-chaud, afin que le milieu soit cuit. Que le four soit plus chaud au premier quartier qu'au dernier. On s'assure de la cuisson presqu'à la main.
Pain en pâte, ou quantité de pâte à employer pour avoir, après la cuisson, un pain d'un poids déterminé. Un pain de quatre livres veut quatre livres onze onces de pâte ; un pain de trois livres, trois livres & demi de pâte ; un pain de six livres, six livres & trois quarts de pâte ; un pain de huit livres, neuf livres de pâte ; un pain de douze livres, treize livres & demie de pâte : voilà à-peu-près la regle en pâte qui détermine le poids après la cuisson.
Gros pain de Paris. Faites la pâte un peu plus douce que celle de Gonesse. Il y en a qui substituent au levain, le levain de biere. Faites du reste, comme au pain précédent.
Pain demi-mollet. Il ne faut en levain qu'un quart de la pâte. Il ne le faut pas laisser trop apprêter. Quand vous le voyez à moitié prêt, vous faites un autre levain de levure de biere. Lorsque vos levains sont prêts, vous aurez votre eau un peu dégourdie, & en quantité proportionnée à la masse de votre pâte. Vous ferez votre pâte un peu ronde ; vous lui donnerez deux ou trois tours. Vous prendrez un peu d'eau fraîche, que vous jetterez par-dessus votre pâte, jusqu'à ce qu'elle vous paroisse assez douce. Vous ne la laisserez point entrer en levain avant que de la tourner. Cela fait, vous la distribuerez ; vous couvrirez vos pains avec de la toile humide, ou des couvertures de laine. Votre pâte ne prenant point l'air, le pain en viendra plus jaune au four. Que votre four ne soit pas si chaud que pour le gros pain. Regardez de tems en tems dans le four, pour voir si votre fournée a assez de couleur. Lorsqu'elle a assez de couleur, vous laissez achever la cuisson à four ouvert.
Pain fendu. Prenez les ratissures du pain demi-mollet. Renforcez-les avec de la farine. Travaillez-les bien ; & distribuez cette pâte en pains de quatre livres, de deux & d'une ; tournez toujours les plus petits les premiers. Fendez ceux-ci avec la main ; les gros avec le bras. Placez-les dans les moules, & les moules au four au premier quartier de la chaleur.
Pain mollet. Prenez de la pâte du pain demi-mollet, le quart de la pâte du pain mollet que vous voulez faire. Ayez du levain fait à la levure de biere. Laissez la pâte un peu entrer en levain ; ensuite distribuez-la. Pour le pain d'une livre cuit, il faut une livre & un quart en pâte ; pour un pain d'une demi-livre cuit, il faut dix onces en pâte. Ayez des planches & des toiles qui s'appellent couches, pour couvrir ; tournez les pains les moins gros les premiers, ensuite les autres. Que votre four ne soit point trop chaud au dernier quartier.
Pain plat, ou autrement dit pain manqué. Prenez de la pâte du pain mollet. Remettez un peu d'eau fraîche & de farine par-dessus. Retravaillez bien la pâte. Battez-la ; mettez-la dans une corbeille ; tenez-la au frais. Tournez les pains que vous en ferez les derniers de tous vos pains. Menagez-leur une place à bouche de four entre vos pains mollets. Quand ils y seront placés, donnez-leur un coup de main pardessus ; & lorsque vous aurez tiré votre premier quartier, vous enfoncerez dans le four ces pains -ci que vous y laisserez achever leur cuisson.
Pain à la reine. Faites un bon levain à levure de biere. Quand il sera prêt, façonnez votre pâte tout ensemble. Après l'avoir un peu travaillée, faites les petits pains, qu'on appelle aussi pains à caffé ; travaillez votre pâte derechef ; battez-la avec la main. Levez-la du paîtrin. Placez-la dans une sebille ; couvrez-la avec des sacs ou bannes. Renforcez le reste de votre pâte avec de la farine. Détournez ensuite une portion pour les pains de sigovie & pour les pains cornus. Cela fait, achevez votre pain à la reine avec du beurre. Le beurre mis, travaillez-le encore un peu ; ensuite tirez la pâte du paîtrin ; couvrez-la pour la faire entrer en levain. Alors revenez au sigovie. Vous en renforcerez la pâte un peu plus qu'au pain à la reine. Vous en tournerez les pains les derniers. Après quoi, de la ratissure du paîtrin, vous faites votre pain cornu avec un peu de beurre. Vous en travaillez la pâte, & vous la mettez dans une sebille. Vous ferez les artichaux de la même pâte que les pains cornus ; les pains cornus les premiers, les artichaux les seconds, les pains à caffé les troisiemes, les pains à la reine les quatriemes, les pains de sigovie les derniers. Vous enfournez les pains à caffé les premiers ; puis les pains cornus, ensuite les artichaux ; après ceux-ci les pains à la reine ; enfin les pains de sigovie qui se trouveront à la bouche du four.
Pain de festin. Ayez un bon levain de levure de biere. Faites-en le tiers de la pâte que vous avez à préparer. Quand il sera prêt, ayez du lait dégourdi seulement ; délayez votre levain avec ce lait : travaillez un peu votre pâte. Ensuite prenez votre beurre & vos oeufs. Ajoutez-les à la pâte. Que la pâte ne soit pas trop douce ; faites-la bonne & ronde. Laissez-la entrer en levain un peu ; puis tournez-la. Tournez les petits pains les premiers. Echauffez votre four doux. Le four chaud, coupez vos pains en s par-dessus ; dorez-les avec des oeufs, & les enfournez. Quand ils auront pris de la couleur, vous laisserez achever la cuisson à four ouvert.
Espiotte. Faites de grands levains ; ayez-en le tiers de la pâte. Que votre pâte soit forte. Après l'avoir un peu travaillée, jettez-y un peu d'eau fraîche. Retravaillez & tournez sur des sacs. Que le four soit bien chaud. Enfournez les pains ronds les premiers, ensuite les longs, & laissez bien cuire ; car ces pains sont toujours gras en-dedans.
Pain de blé noir ou sarrasin. Ayez du levain la moitié de ce que vous ferez de pâte. Prenez de l'eau fraîche au sortir du puits. Faites votre pâte un peu ronde. Après l'avoir un peu travaillée, vous l'arroserez un peu d'eau fraîche ; & la retravaillerez bien. Que votre four soit bien chaud. Vous tournerez vos pains tout de suite, les plus petits les premiers. Vous les couvrirez de sacs humides ; vous répandrez un peu d'eau fraîche sur ces sacs, & vous laisserez votre pâte ainsi disposée, s'apprêter. Ensuite vous enfournerez les pains ronds les premiers.
Pain de blé de Turquie. Ayez du levain le tiers de la quantité de votre pâte : que votre eau soit dégourdie. Faites votre pâte forte. Travaillez-la bien. Tirez-la du paîtrin ; tournez-la tout de suite, non sans l'avoir bien broyée sur le paîtrin ; applatissez les pains ronds. Couvrez-les tous de sacs humides. Que votre four soit bien chaud. Laissez vos pains s'apprêter ; ensuite enfournez. Laissez long-tems au four ; ce pain devient très-jaune.
La bonne façon du pain tient donc à la juste quantité du levain, à la juste quantité d'eau ; sur-tout au travail long qui distribue également le levain & l'eau dans toute la masse, & à la cuisson convenable. Sans levain le pain est matte ; avec le levain sans eau le pain est matte ; avec du levain & de l'eau sans travail, le pain est matte ; avec du levain, de l'eau & du travail, sans juste cuisson, même défaut ; il est encore matte. Ces quatre conditions sont donc nécessaires pour rendre le pain léger & plein d'yeux. Quelle est celle qui y contribue le plus ? cela peut être aussi difficile qu'inutile à décider.
PAIN, (Jurisprudence) dans cette matiere se prend quelquefois pour jouissance. Etre en pain, dans les coutumes de Hainaut & de Mons, c'est être sous la puissance de son pere ; comme être hors de pain, signifie, être hors de cette puissance, mettre hors de pain, émanciper. (A)
PAIN D'ACIER, (Comm.) c'est une sorte d'acier qui vient d'Allemagne ; il est différent de celui que l'on appelle acier en bille.
PAIN D'AFFINAGE, (Fonderie de métaux) c'est ainsi qu'on nomme la petite portion de matiére d'argent qui reste toujours dans le fond de la coupelle ; on l'appelle autrement plaque.
PAIN BENI, (Hist. ecclés.) c'est un pain que l'on bénit tous les dimanches à la messe paroissiale, & qui se distribue ensuite aux fideles.
L'usage étoit dans les premiers siecles du christianisme, que tous ceux qui assistoient à la célébration des saints mysteres participoient à la communion du pain qui avoit été consacré ; mais l'Eglise ayant trouvé de l'inconvénient dans cette pratique, à cause des mauvaises dispositions où pouvoient se trouver les chrétiens, restraignit la communion sacramentelle à ceux qui s'y étoient duement préparés. Cependant pour conserver la mémoire de l'ancienne communion, qui s'étendoit à tous, on continua la distribution d'un pain ordinaire, que l'on bénissoit, comme l'on fait de nos jours.
Au reste, le goût du luxe & d'une magnificence onéreuse à bien du monde, s'étant glissé jusque dans la pratique de la religion, l'usage s'est introduit dans les grandes villes de donner au lieu de pain, du gâteau plus ou moins délicat, & d'y joindre d'autres accompagnemens coûteux & embarrassans ; ce qui constitue les familles médiocres en des dépenses qui les incommodent, & qui seroient employées plus utilement pour de vrais besoins. On ne croiroit pas, si on ne le montroit par un calcul exact, ce qu'il en coûte à la nation tous les ans pour ce seul article.
On sait qu'il y a dans le royaume plus de quarante mille paroisses où l'on distribue du pain béni, quelquefois même à deux grand'messes en un jour, sans compter ceux des confrairies, ceux des différens corps des arts & du négoce. J'en ai vu fournir vingt-deux pour une fête par les nouveaux maîtres d'une communauté de Paris. On s'étonne qu'il y ait tant de misere parmi nous ; & moi en voyant nos extravagances & nos folies, je m'étonne bien qu'il n'y en ait pas encore davantage.
Quoi qu'il en soit, je crois qu'on peut du fort au foible, estimer la dépense du pain béni, compris les embarras & les annexes, à quarante sols environ pour chaque fois qu'on le présente. S'il en coûte un peu moins dans les campagnes, il en coûte beaucoup plus dans les villes, & bien des gens trouveront mon appréciation trop foible ; cependant quarante mille pains à 40 s. piece, font quatre-vingt mille livres, somme qui multipliée par cinquante-deux dimanches, fait plus de 4 millions par an, ci 4000000 liv.
Qui empêche qu'on n'épargne cette dépense au public ? On l'a déja dit ailleurs, le pain ne porte pas plus de bénédiction que l'eau qu'on emploie pour le bénir ; & par conséquent on peut s'en tenir à l'eau, qui ne coûte rien, & supprimer la dépense du pain laquelle devient une vraie perte.
Par la même occasion, disons un mot du luminaire. Il n'y a guere d'apparence de le supprimer tout-à-fait ; nous sommes encore trop enfans, trop esclaves de la coutume & du préjugé, pour sentir qu'il est des emplois du bien plus utiles & plus religieux, que de brûler des cierges dans une église. Néanmoins tout homme éclairé conviendra qu'on peut épargner les trois quarts du luminaire qui se prodigue aujourd'hui, & qui n'est proprement qu'une pieuse décoration. Cela posé, il y a dans le royaume plus de quarante mille églises en paroisses ; on en peut mettre un pareil nombre pour les églises collégiales, couvens, communautés, &c. ce qui fait quatre-vingt mille églises pour le tout. J'estime du plus au moins l'épargne du luminaire qu'on peut faire en chacune à 50 liv. par année ; cette somme, bien que modique multipliée par 80000 églises, produit 4 millions par an. Voilà donc avec les quatre millions ci-dessus, une perte annuelle de huit millions dans le royaume ; & cela pour de petits objets & de menus frais auxquels on n'a peut-être jamais pensé, ci.... 8000000 livres.
Combien d'autres inutilités coûteuses en ornemens superflus, en sonneries, processions, reposoirs, &c. Populus hic labiis me honorat, cor autem eorum longè est à me. Matt. xv. 8.
La religion ne consiste pas à décorer des temples, à charmer les yeux ou les oreilles ; mais à révérer sincérement le créateur, & à nous rendre conformes à Jesus-Christ. Aimons Dieu d'un amour de préférence, & craignons de lui déplaire en violant ses commandemens ; aimons notre prochain comme nous-mêmes, & soyons en conséquence toujours attentifs à lui faire du bien, ou du moins toujours en garde pour ne lui point faire de mal ; enfin remplissons le devoir de notre état : voilà précisément la religion que Dieu nous prescrit, & c'est celle-là tout juste que les hommes ne pratiquent point ; mais ils tâchent de compenser ces manquemens d'une autre maniere : ils se mettent en frais, par exemple, pour la décoration des autels, & pour la pompe des cérémonies ; les ornemens, le luminaire, le chant, la sonnerie ne sont pas épargnés ; tout cela fait proprement l'ame de leur religion, & la plûpart ne connoissent rien au-delà. Piété grossiere & trompeuse, peu conforme à l'esprit du Christianisme, qui n'inspire que la bienfaisance & la charité fraternelle !
Que de biens plus importans à faire, plus dignes des imitateurs de Jesus-Christ ! Combien de malheureux, estropiés, infirmes, sans secours & sans consolation ! Combien de pauvres honteux sans fortune & sans emploi ! Combien de pauvres ménages accablés d'enfans ! Combien enfin de misérables de toute espece, & dont le soulagement devroit être le grand objet de la commisération chrétienne ! objet par conséquent à quoi nous devrions consacrer tant de sommes que nous prodiguons ailleurs sans fruit & sans nécessité.
PAIN, en terme de Cirier, c'est un morceau de cire plat & rond, à qui il ne manque plus pour être parfaitement blanc, que d'être mis encore une fois sur les toiles. Voyez TOILES, & l'article BLANCHIR.
PAIN, (mettre en) en terme de Blanchisserie, est l'action de former des morceaux de cire plats & ronds, quand la matiere a acquis un certain degré de blancheur. Cela se fait en versant la cire fondue pour la troisieme fois sur des moules nommés pour cela planches à pain. Voyez PLANCHES A PAIN, & l'art. BLANCHIR.
PAIN DE BOUGIE, (Cirerie) c'est la bougie filée que l'on a tortillée ou pliée d'une certaine maniere, pour s'en pouvoir servir plus commodément.
PAIN A CHANTER, (Oublieur) c'est du pain sans levain qui sert à la consécration dans le sacrifice des Catholiques. Il est fait de la plus pure farine de froment entre deux plaques de fer gravées en forme de gaufrier, que l'on frotte un peu de cire blanche, pour empêcher que la pâte n'y tienne. Ce sont les Patissiers-Oublieurs qui font les pains à chanter. Il y a des maîtres qui vivent de ce métier.
PAIN DE CHAPITRE, (terme ecclésiastiq.) on lit dans la satyre Menippée : il n'est que d'avoir un roi légitime, etiam discole, pourvu qu'il nous laisse le pain de chapitre & le purgatoire. On appelle pain de chapitre celui qu'on distribue tous les jours aux chanoines dans quelques églises. Il étoit autrefois si excellent, qu'on appelloit pain de chapitre les meilleures choses. " S'il est question, dit Henri Etienne, de parler d'un pain ayant toutes les qualités d'un bon & friand pain, (voire tel que celui de la ville Eresias, pour lequel Mercure prenoit bien la peine de descendre du ciel, & en venir faire provision pour les dieux, si nous en croyons le poëte Archestrate), ne faut-il pas venir au pain de chapitre, je dis au vrai pain de chapitre, dont celui que vendent à Paris les boulangers, a retenu le nom, mais non la bonté, sinon qu'en partie ". Ainsi l'auteur de la satyre a entendu, sous le nom de pain de chapitre, les grands biens dont les ecclésiastiques sont en possession. Richelet. (D.J.)
PAIN CONJURE, étoit un pain d'épreuve fait de farine d'orge, que les Anglois, Saxons donnoient à manger à un criminel non convaincu, après que le prêtre avoit proféré des imprécations sur ce pain ; persuadés que s'il étoit innocent, le pain ne lui feroit point de mal ; mais que s'il étoit coupable, il ne pourroit l'avaler, ou qu'après l'avoir avalé il étoufferoit. Voyez PURGATION, EPREUVE, &c.
Le prêtre qui faisoit cette cérémonie, demandoit à Dieu dans une priere faite exprès, " que les mâchoires du criminel restassent roides, que son gosier s'étrecît, qu'il ne pût avaler, & qu'il rejettât le pain de sa bouche ". Voyez JUGEMENT DE DIEU, ORDALIE, &c.
PAIN A COUCOU (Botan.) voyez ALLELUIA.
PAIN A COUCOU, ou ALLELUIA, (Mat. médic.) plante. Voyez ALLELUIA, Médec. cette plante a les mêmes qualités extérieures & les mêmes vertus que l'oseille. Voyez OSEILLE, Mat. méd. & Diete.
PAIN DE CRAIE, (Amidonnier) c'est un morceau de craie de forme quarrée, arrondie, long de six pouces, & épais de trois à quatre.
PAIN D'EPICE, est un pain de miel & de farine de seigle. Avant d'employer le miel dans le pain d'épice, il faut qu'il ait bouilli long-tems, & qu'on l'ait bien écumé. On y détrempe la farine de seigle pendant qu'il est encore chaud, avec une espece de gache exprès.
Le pain d'épice peut servir utilement en Chirurgie ; il tient lieu de cataplasme maturatif dans la formation des abscès qui surviennent dans la bouche, à la racine des dents, & aux gencives entre les mâchoires & les joues. On coupe une tranche de pain d'épice, de l'épaisseur d'un écu de six livres, & de la grandeur convenable : on la trempe dans du lait chaud, & on l'applique sur les tumeurs inflammatoires disposées à suppuration. Ce topique n'a aucun désagrément ; il tient sans aucun moyen sur le lieu malade, & il remplit parfaitement les intentions de l'art en favorisant celle de la nature. Voyez MATURATIF & MATURATION, SUPPURATIF & SUPPURATION. Voyez pour le cas particulier, l'article maladies des gencives, à la suite du mot GENCIVES. (Y)
PAIN-D'EPICIER, qui fait & vend du pain d'épice. Les pains-d'épiciers composent une communauté fort ancienne à Paris. Leurs ouvrages étoient fort à la mode avant que les Pâtissiers fussent érigés en corps de jurande : mais la pâtisserie, d'invention plus moderne, & plus variée dans ses ouvrages, a prévalu sur le pain d'épice, quoiqu'il soit beaucoup plus sain que la pâtisserie qui est lourde & pesante.
PAIN FOSSILE, (Hist. nat.) artolithus, pains daemonum ; quelques auteurs ont donné ce nom à des pierres à qui la nature a donné la forme d'un pain. Il s'en trouve de fort grands ensemble dans le voisinage de la ville de Rothweil : on dit qu'il s'en trouve aussi dans les montagnes des environs de Boulogne en Italie. On en a rencontré qui pesoient plusieurs quintaux dans le voisinage d'Ilefeld, près de Nordhausen, dans le Hartz. On assure que dans la grotte de Baumann au Hartz, on voit une cavité semblable à un four, dans laquelle sont plusieurs pains ou gâteaux. Il y a encore plusieurs autres endroits où l'on a trouvé de ces prétendus pains, & même des biscuits fossiles, que quelques personnes ont eu la simplicité de regarder comme des pains pétrifiés ; qui n'ont pris cette forme que par hasard, & qui sont de vrais jeux de la nature propres à amuser ceux qui ne cherchent que le singulier & non l'instruction dans l'histoire naturelle. Voyez Bruckmanni epistolae itinerariae, Centuria I. epist. 66.
PAIN DE LIE, (Vinaigriers) c'est la lie seche que les Vinaigriers tirent de leurs presses, après en avoir exprimé tout le vin pour faire leur vinaigre. Les Chapeliers se servent aussi du pain de lie pour la fabrique de leurs chapeaux. Savary.
PAINS DE LIQUATION, (Métallurgie) ce sont les gâteaux de cuivre qui restent sur le fourneau de liquation, après que le plomb & l'argent en ont été dégagés. On les nomme aussi pieces de liquation. Voyez les articles LIQUATION & CUIVRE.
PAIN DE MUNITION, est à la guerre, le pain qu'on distribue aux troupes en campagne, & qui contient deux rations. Voyez RATION & MUNITIONS. (O)
PAIN DE POURCEAU, (Botan.) cyclamen ; genre de plante à fleur monopétale, ronde, en forme de rosette, & découpée ordinairement en cinq parties recourbées en haut. Le pistil sort du calice ; il est attaché comme un clou à la partie postérieure de la fleur, & il devient dans la suite un fruit presque rond & membraneux, qui s'ouvre de plusieurs façons, & qui renferme des semences le plus souvent oblongues, anguleuses & attachées à un placenta. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE.
Il contient trente especes, dont la plus commune est nommée cyclamen orbiculato folio, infernè purpurascente, dans les I. R. H. 154.
Sa racine est sphérique, épaisse, charnue, un peu applatie, noirâtre en dehors, blanchâtre en dedans, & garnie de fibres noirâtres. Sa saveur est âcre, piquante, brûlante, désagréable, sans odeur ; ses feuilles nombreuses, presque rondes, portées sur des queues longues d'environ une palme, sont assez semblables aux feuilles de cabaret ; cependant moins épaisses, d'un verd foncé en dessus, parsemé de quelques taches blanches, de couleur de pourpre endessous, un peu sinuées à leur bord.
Ses fleurs panchées vers la terre, sont portées sur des pédicules longs & tendres ; elles sont d'une seule piece en rosette, taillées en maniere de godet, de couleur pourpre clair ou foncé, & d'une odeur suave. Leur calice est partagé en cinq quartiers ; il en sort un pistil attaché à la partie postérieure en maniere de clou ; ce pistil est porté sur un pédicule faisant plusieurs spirales. Après que la fleur est tombée, il se replie jusqu'à ce qu'il touche la terre sur laquelle il croît, & devient un fruit presque sphérique, membraneux, & qui s'ouvre en plusieurs parties. Il renferme des graines oblongues, anguleuses, d'un brun jaunâtre, attachées à un placenta.
Cette graine semée dans la terre ne germe pas, mais elle se change en un tubercule, ou en une racine qui pousse des feuilles. Dans la suite ses fleurs paroissent sur la fin de l'été, ou au commencement de l'automne ; ensuite ses feuilles ayant duré tout l'hiver, se perdent en Avril ou en Mai. On cultive cette plante dans nos jardins. Ses racines sont d'usage. (D.J.)
PAIN DE POURCEAU, (Mat. médic.) la racine de cette plante, qui est sa seule partie usuelle, est d'une saveur âcre, brûlante, désagréable lorsqu'elle est fraîche. Cette saveur disparoit presqu'entierement par la dessication. Cette racine est inodore.
Soit fraîche, soit seche, c'est un très-violent purgatif hydragogue, que les paysans les plus robustes peuvent prendre cependant jusqu'à la dose d'un gros en substance, & jusqu'à celle de demi-once en décoction ; mais même dans ces sujets très-vigoureux, elle excite souvent des inflammations à l'oesophage, & dans tout le trajet intestinal. Voyez PURGATIF.
On se sert aussi extérieurement de cette racine. Elle est comptée parmi les plus puissans résolutifs & apéritifs. Elle possede même ces vertus aussi-bien que la qualité purgative à un degré qui les rend capables de porter leur action jusques sur les parties intérieures, lorsqu'on l'applique sur les régions qui contiennent ces parties. Etant appliquée, par exemple, en forme de cataplasme sur les régions de la rate, elle passe pour en fondre les tumeurs. Si on frotte le ventre avec sa décoction ou son suc, elle lâche le ventre, tue les vers, fait revenir les regles, peut chasser le foetus mort & l'arriere-faix, & a tous les effets propres aux purgatifs violens.
C'est à cette plante que doit son nom l'onguent appellé de arthanita, qui est composé d'ailleurs de tous les purgatifs végétaux les plus violens ; savoir, la coloquinte, le concombre sauvage, le glayeul, la scammonée, le turbith, le garou, l'aloës, l'euphorbe, la maroute ; de plusieurs gommes, résines & d'aromates exotiques les plus âcres, tels que le poivre long & le gingembre ; onguent qui étant appliqué sur le creux de l'estomac, fait vomir, qui vuide puissamment les eaux des hydropiques par les selles & par les urines, si on en frotte la région ombilicale & celle des reins ; qui excite les regles, si on l'applique au pubis & à la région hypogastrique, qui est un insigne fondant des tumeurs skirrheuses, &c. & qui est, malgré toutes ces vertus, un fort mauvais remede. (b)
PAIN DE PROPOSITION, (Critiq. sac.) les pains de proposition étoient des pains qu'on offroit tous les samedis sur la table d'or posée dans le saint : pones super mensam panes propositionis in conspectu meo, Exod. 25. 30. Il devoit y en avoir douze, en mémoire des douze tribus, au nom desquelles ils étoient offerts. Ces pains se faisoient sans levain ; on les présentoit tout chauds chaque jour de sabbat, & en même tems on ôtoit les vieux, qui devoient être mangés par des prêtres, à l'exclusion des laïcs, à qui il étoit défendu d'en manger ; c'est ce qui faisoit appeller le pain de proposition panis sanctus, I. Reg. xxj. 4.
Les anciens Hébreux cuisoient leur pain sous la cendre, & quelquefois on le faisoit cuire avec de la bouse de vache allumée. Voyez encore PROPOSITION, pains de. (D.J.)
PAIN DE RHEIMS, les pains-d'épiciers donnent ce nom à des pains qu'ils font selon la maniere qu'on en fait dans la ville de Rheims, avec de la pâte d'assortiment, que l'on assaisonne d'écorce de citron, d'anis, d'épices, &c.
PAIN DE RIVE, (terme de Boulanger) c'est du pain qui n'a point de biseau, ou qui en a très-peu. Il ne manquera pas, dit Moliere dans son Bourgeois-Gentilhomme, act. IV. scène I. de vous parler d'un pain de rive, relevé de croûtes croquantes sous la dent.
PAIN DE ROSES, en Pharmacie, remede composé avec les roses, ramassées & comme paîtries en forme de pain, que l'on trempe dans le vin ou dans le vinaigre.
On s'en sert dans la diarrhée, dans la dyssenterie, dans le vomissement, & dans les épuisemens des humeurs après les remedes généraux.
On applique avec un heureux succès un pain de roses que l'on a fait tremper dans le vin rouge ; dans le cas d'une indisposition chaude, on le mettra trempé dans une liqueur composée d'oxycrat & d'une eau calmante.
Voici comme on s'en sert :
Prenez encens, mastic, roses, corail rouge ; de chacun un gros : mettez-les en poudre ; saupoudrez-en un pain de roses qui aura trempé dans l'eau-rose avec une troisieme partie de vinaigre, ou dans du vinaigre rosat : appliquez-le chaudement sur le bas-ventre.
On le laisse pendant trois heures sur la partie, que l'on frotte ensuite avec un peu d'huile de lin ou d'amandes douces, ou d'huile rosat.
PAIN DE ROSES, (Parfumeur) on le nomme aussi chapeau de roses ; c'est le marc des roses qui reste dans les alambics après qu'on en a tiré l'eau, l'huile exaltée, & le sel volatil.
PAIN, terme de Potier de terre, c'est proprement la terre en motte telle qu'elle vient chez le potier, qui ne lui a encore donné qu'une façon.
PAIN DE SAVON, (Savonnerie) on l'appelle plus ordinairement table de savon ; c'est du savon dressé dans des moules d'un pié & demi en quarré, & d'environ trois pouces de hauteur ; il y a cependant quelque différence entre la table & le pain de savon, la table s'entendant du savon au sortir du moule, & le pain lorsque la table a été coupée en morceaux. Savary.
PAIN DE SUCRE, (Raffinerie) c'est du sucre affiné, que l'on dresse dans des moules de figure conique, & que l'on vend enveloppé de gros papier bleu ou gris : les pains de sucre pesent 3, 4, 5, jusqu'à 12 livres.
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| PAINBOEUF | (Géog. mod.) bourgade de France, dans la Bretagne, sur la rive gauche de la Loire, à 6 lieues au-dessous de Nantes ; c'est-là que les plus gros vaisseaux demeurent à la rade, ne pouvant pas aller jusqu'à Nantes : on n'y voit qu'hôtelleries & cabarets. (D.J.)
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| PAINE | S. m. (Hist. mod.) sixieme mois des Coptes, qui répond à notre mois de Juin ; ils l'appellent aussi bauna, & les Abyssins peuni & penni.
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| PAINES | ou PESNES, ou PEINES, s. f. (Art méchan.) morceaux de drap ou d'étoffe de laine, dont les Corroyeurs font leur gipon. Voyez GIPONS, Corroyeur.
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| PAIPAZOCA | S. m. (Botan. exot.) arbrisseau du Malabar toujours verd. Il porte des baies plates, rondes, velues, contenant quatre noyaux. On fait dans le pays, de ses feuilles, de ses racines, & de son fruit, bouillis dans de l'eau, un apozeme qu'on vante contre la goutte. (D.J.)
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| PAIR | (Arithm.) adj. c'est une des branches de la division la plus simple & la plus générale des nombres. Un nombre pair est celui qui se peut exactement diviser par 2.
Tout nombre pair est essentiellement terminé vers la droite par un chiffre pair ou par 0 ; car ceux qui précedent étant tous des multiples de 10 = 5.2, sont conséquemment divisibles par 2, & jusque-là le nombre est pair. Pour qu'il reste tel, il faut donc que le dernier chiffre ait lui-même la propriété, ou du-moins qu'il ne l'altere point, c'est-à-dire qu'il soit pair ou 0.
Un nombre pair devient impair par l'addition ou par la soustraction de l'unité ; car dès-là la division exacte par 2 ne peut plus avoir lieu.
Deux nombres sont dits de même nom, quand ils sont tous deux pairs ou tous deux impairs ; & de différent nom, quand l'un étant pair l'autre est impair. Un nombre pair étant combiné avec un autre nombre quelconque a ; si c'est par addition ou par soustraction, la somme ou la différence sont de même nom que a.
Si c'est par multiplication, le produit est toujours pair.
De-là même il suit qu'un nombre pair ne peut diviser exactement un nombre impair, car il ne peut diviser que ce qu'il a produit.
S'il s'agit d'exaltation & d'extraction, une racine exprimée par un nombre pair donne une puissance de même nom, & réciproquement.
Telles sont les principales propriétés du nombre pair pris en général.
On pourroit demander ici à quel nom il convient de rapporter.... Il est certain qu'il n'est ni nombre pair ni nombre impair, puisqu'il n'est point nombre ni grandeur ; mais à le considérer purement comme signe ou chiffre, on ne peut s'empêcher de reconnoître que tous les caracteres de pair lui conviennent parfaitement.
1°. Il détermine à être pair le nombre qu'il termine.
2°. Il devient impair, & même nombre impair par l'addition ou par la soustraction de l'unité.
3°. Il est, par lui-même, & sans être associé à d'autres chiffres, habile à figurer en certaines progressions arithmétiques, comme dans celle-ci (0. m. 2m. 3m, &c.) & il y figure toujours comme terme pair. En effet, si m est pair, les termes de la progression le sont tous, & par conséquent celui que représente 0 : si m est impair, les termes de la progression ne sont pairs que de deux-en-deux, mais 0 appartient invariablement à la suite des termes pairs.
Mais , ou l'infini, de quel nom sera-t-il ? Dans cette suite, par exemple, (0. 1. 2.... ) le nombre des termes est-il pair ou impair ? On ne peut prendre parti ni d'un ni d'autre côté, qu'on ne s'expose à des objections accablantes. On pourroit dire qu'il n'est ni l'un ni l'autre en particulier, & qu'il est tous les deux ensemble. Si cela n'est pas clair, qu'on fasse attention qu'il s'agit de l'infini.
Ce qu'on ne peut au reste déterminer pour le moins, se détermine avec la plus grande facilité pour le plus. Cette autre suite (-.... -2. -1. 0. 1. 2.... ), infinie des deux côtés, est plus grande que la premiere. Or il est évident que le nombre des termes y est impair, puisqu'elle a un terme du milieu, autour duquel deux termes quelconques, pris à égale distance chacun de son côté, donnent des sommes égales entr'elles.
Il suit que, si l'on supprime le terme 0, les termes restans seront en nombre pair ; mais on n'en peut rien conclure pour le nom particulier de chacune des deux suites opposées prises séparément, parce qu'une somme paire est tout aussi-bien celle des deux impairs que de deux pairs. Article de M. RALLIER DES OURMES.
PAIR OU NON, (Jeux d'hasard) s'il y a quelque chose qui paroisse communément contestable, c'est qu'au jeu de pair ou non, lorsqu'on vous présente une main fermée pleine de jettons, & que l'on vous demande si le nombre en est pair ou non-pair, il vaut autant répondre l'un que l'autre ; car certainement il y a autant de nombres pairs que d'impairs ; cette raison si simple déterminera tout le monde. Cependant à y regarder de plus près, cela ne se trouve plus ainsi, tant ces sortes de questions sur les probabilités sont délicates. M. de Mairan a trouvé qu'il y avoit de l'avantage à dire non-pair plutôt que pair.
Les jettons, cachés dans la main du joueur qui propose le pari, ont été pris au hasard dans un certain tas, que le joueur a pû même prendre tout entier. Supposons que ce tas ne puisse être qu'impair. S'il est 3, le joueur n'y peut prendre que 1 ou 2, ou 3 jettons ; voilà donc deux cas où il prend des nombres impairs, & un seul où il prend un nombre pair. Il y a donc 2 à parier contre 1 pour l'impair, ce qui fait un avantage de 1/2. Si le tas est 5, le joueur y peut prendre trois impairs & seulement deux pairs ; il y a 3 à parier contre 2 pour l'impair, & l'avantage est d'un tiers. De même si le tas est 7, on trouvera que l'avantage de l'impair est 1/4, desorte que tous les tas impairs, les avantages de l'impair correspondans à chaque tas, seront la suite d'1/1, 1/2, 1/3, 1/4, 1/5, où l'on voit que le tas 1 donneroit un avantage infini, y ayant 1 à parier contre 0, parce que les dénominateurs de toutes ces fractions diminuées de l'unité, expriment le sort du pair contre l'impair.
Si on suppose au contraire que les tas ne puissent être que pairs, il n'y aura aucun avantage ni pour le pair ni pour l'impair, il est visible que dans tous les tas pairs il n'y a pas plus de nombres pairs à prendre que d'impairs, ni d'impairs que de pairs.
Quand on joue, on ne sait si les jettons ont été pris dans un tas pair ou impair, si ce tas a été 2 ou 3, 4 ou 5, &c. & comme il a pu être également l'un ou l'autre, l'avantage de l'impair est diminué de moitié à cause de la possibilité que le tas ait été pair. Ainsi la suite 1/1, 1/2, 1/3, 1/4, &c. devient 1/2, 1/4, 1/6, 1/8, &c.
On peut se faire une idée plus sensible de cette petite théorie. Si on imagine un toton à 4 faces, marquées 1, 2, 3, 4, il est évident que quand il tournera, il y a autant à parier qu'il tombera sur une face paire que sur une impaire ; s'il avoit 5 faces il en auroit donc une impaire de plus, & par conséquent il y auroit de l'avantage à parier qu'il tomberoit sur une face impaire ; mais s'il est permis à un joueur de faire tourner celui de ces deux totons qu'il voudra, certainement l'avantage de l'impair, est la moitié moindre qu'il n'étoit dans le cas où le seul toton impair auroit tourné ; ce qui fait précisément le cas du jeu de pair ou non.
On voit par la suite 1/1, 1/2, 1/3, 1/4, &c. ou par l'autre 1/2, 1/4, 1/6, 1/8, que l'avantage de l'impair va toujours en diminuant, selon que les tas ou le nombre de jettons qu'on peut prendre est plus grand. La raison essentielle en est, que 1 étant toujours la différence dont le nombre des impairs excede celui des pairs dans un impair quelconque, cet 1 est toujours moindre par rapport à un plus grand nombre. Ces joueurs si raffinés, qui ont soupçonné quelque avantage pour l'impair, n'y eussent certainement pas soupçonné cette diminution.
Si l'on vouloit jouer à jeu égal, il faudroit que le joueur qui présente le pari dît si le tas où il a pris les jettons est pair ou impair ; & dans ce second cas quel impair il est. S'il est dit qu'il est pair, il n'en faut pas davantage pour savoir que le pari est égal, quelque pair que ce soit. S'il dit que le tas est impair, il faut qu'il le détermine ; par exemple 7, afin qu'on sache qu'il y a 1/4 de plus à parier pour l'impair, & que celui qui prend ce parti, mette ce 1/4 de plus que l'autre, qu'il mette 4 contre 3, alors le jeu est parfaitement égal. Nous prenons ici 1/4, avantage de l'impair, dans la premiere suite, & non dans la seconde, où il seroit 1/8, parce que cette seconde suppose que le tas puisse être également pair ou impair, ce qui n'est pas ici.
On voit donc que si au-lieu de l'alternative d'un tas pair ou impair ; on supposoit plus de possibilité à l'un qu'à l'autre, ou, ce qui revient au même, 3 tas au-lieu de 2, l'avantage du joueur qui dit non-pair, pourroit diminuer dans un cas, & augmenter dans l'autre. Il diminueroit dans le cas où il pourroit y avoir un seul des 3 tas impair contre 2 pairs ; & il augmenteroit au contraire, s'il y avoit possibilité de deux tas impairs contre un pair ; par exemple, si le joueur qui présente le pari vous disoit, que le tas sur lequel il va prendre des jettons, & où vous avez à dire pair ou non, est 6, 7, ou 8, il est évident que la seule possibilité d'un tas qui seroit 7, où l'avantage 1/4 qui s'ensuivroit à dire impair, doit être divisé par 3 à cause des trois cas possibles, ce qui donneroit 1/12 plus petit que 1/8 ; comme au contraire si les 3 tas possibles étoient 5, 6, & 7, l'avantage étant alors 1/3 dans le premier cas, 0 dans le second, & 1/4 dans le troisieme, on auroit 4/12 plus 0, plus 3/12, qui font 7/12 à diviser par 3, ce qui donneroit 7/36, avantage plus grand que 1/6, & par conséquent que 1/8.
De sorte que l'avantage qu'il y a à dire non-pair dans un nombre de tas possibles quelconques, ou pairs avec non-pairs, ou seulement impairs, sera toujours exprimé par la somme des avantages de chacun des cas possibles, divisée par le nombre des tas, en y comprenant les pairs, s'il y en a, lesquels donnent toujours 0 d'avantage : c'est-là la formule ou la regle générale.
On fait encore cette question, si le joueur qui présente le pari disoit, le tas dans lequel j'ai à prendre ne passera pas un certain nombre de jettons, par exemple 7 ou 12, &c. mais il pourra être plus petit à mon choix ; quel est l'avantage qu'il y a alors à dire non-pair ? Il est évident qu'il sera composé du sort ou de l'avantage de tous les tas possibles, depuis 7 ou 12 jusqu'à un inclusivement : ainsi dans la condition qu'il ne peut passer 7, la regle donnera 1/1, plus 0, plus 1/2, divisés par 7, ce qui fait en tout 25/84, près d'un tiers de la mise de celui qui dit impair. Si le plus grand tas possible avoit été 12, l'avantage eût été moindre, non-seulement parce que le nombre des tas possibles, où le diviseur eût été plus grand, mais encore parce qu'il auroit pû y avoir autant de tas pairs que d'impairs ; il y auroit donc 147/720, ou environ 1/5 d'avantage à dire impair dans cette supposition.
Entre toutes les objections qu'on peut faire contre l'inégalité du jeu de pair ou non, & la maniere ci donnée de l'évaluer, une des plus spécieuses est celle-ci : soit le tas de 3 jettons, selon ce qui a été dit ci-dessus, il y a deux impairs contre un pair, ou 2 contre 1 à parier pour l'impair, & partant 1/2 d'avantage. Cela est vrai, dit-on, à l'égard d'un toton à 3 faces, marquées 1, 2, 3 ; mais il n'en est pas de même du tas des 3 jettons, car je puis prendre chacun de ces jettons seul, ce qui fait trois cas, où tous les trois ensemble, ce qui fait un quatrieme cas, & toujours pour l'impair ; & parce que trois choses peuvent être prises deux-à-deux de trois manieres différentes, il y aura en même tems trois cas favorables pour le pair, ce qui donne à parier 4 contre 3, ou 1/4 d'avantage, & non 1/2, comme il avoit été trouvé.
Mais on doit prendre garde, que de ce que le joueur porte sa main sur le premier, le second, ou le troisieme des jettons du tas, il n'en résulte pas trois évenemens différens, en faveur de l'impair, comme de ce qu'il aura pris le second & le troisieme, ou le premier & le second, n'en fait pas deux en faveur du pair, mais un seul & même évenement, & une même attente pour les joueurs ; car dès que le hasard ou le caprice, ou quelque raison de prudence, a déterminé celui qui porte sa main sur le tas de 3 jettons, pour y en prendre un ou deux, il n'importe lequel des trois il prenne, cela ne change rien au jeu : & pour rendre ceci plus sensible, il n'y a qu'à remarquer que dans le cas où le joueur prendroit sur un tas de 2 jettons, & où l'on convient que le jeu est parfaitement égal, il y auroit inégalité, & 2 contre 1 pour l'impair, si l'objection avoit lieu, puisque par le même raisonnement il pourroit prendre seul l'un ou l'autre des deux jettons pour l'impair, & seulement tous les deux ensemble pour le pair. Le tas de 3 jettons ne donne donc pas quatre possibilités pour l'impair, par rapport au sort & à l'attente des joueurs, mais deux seulement. Les combinaisons, les changemens d'ordre, & les configurations des nombres, sont des spéculations applicables en tout ou en partie, aux questions du hasard & du jeu, selon l'hypothèse, & la loi qui en fait le fondement, & il est clair qu'ici la droite ou la gauche, & le premier & le second jetton, ne m'engagent pas plus l'un que l'autre à les prendre seuls ou accompagnés : ce sont donc des circonstances étrangeres au sort des joueurs dans la question présente.
Il y auroit plusieurs manieres d'introduire l'égalité dans le jeu de pair ou non ; celles qu'on pratique quelquefois se réduisent toutes au cas de 2 jettons, l'un blanc & l'autre noir, comme si le joueur qui présente le pari demandoit blanc ou noir. Hist. de l'acad. des Sciences, année 1728. (D.J.)
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PAIR DE FRANCE | (Jurisprudence) est la premiere dignité de l'état ; les pairs sont les grands du royaume & les premiers officiers de la couronne : ce sont eux qui composent la cour du roi, que par cette raison l'on appelle aussi la cour des pairs.
L'origine des pairs en général, est beaucoup plus ancienne que celle de la pairie, laquelle n'a commencé d'être réelle de nom & d'effet, que quand les principaux fiefs de la couronne commencerent à devenir héréditaires.
Sous la premiere & la seconde race, on entendoit par le terme pares, des gens égaux & de même condition, des confreres.
Il est parlé de pairs dans la loi des Allemands rédigée sous Clotaire.
Dagobert I. donne le nom de pair à des moines.
Le nom de pairs est aussi usité dans les formules de Marculphe, lequel vivoit en 660. On lit dans cet auteur ces mots : qui cum reliquis paribus qui eum secuti fuerant interfecit.
Godegrand évêque de Metz, du tems de Charlemagne, appelle pares, des évêques & des abbés.
Tassillon roi de Baviere, fut jugé au parlement de l'an 788, & les pairs, c'est-à-dire les seigneurs assemblés, le jugerent digne de mort ; il fut par ordre du roi enfermé dans un monastere.
Les enfans de Louis le Débonnaire s'appellerent de même pares, dans une entrevue de l'an 851.
Au x. siecle, le terme de pair commença à s'introduire dans le langage gallo-tudesque que l'on parloit en France ; les vassaux d'un même seigneur s'accoutumerent à s'appeller pairs, c'est-à-dire, qu'ils étoient égaux entr'eux, & non pas qu'ils fussent égaux à leur seigneur. C'étoit un usage chez les Francs, que chacun avoit le droit d'être jugé par ses pairs ; dans les premiers tems de la monarchie, ce droit appartenoit à tout citoyen libre ; mais il appartenoit plus particulierement aux grands de l'état, que l'on appelloit alors principes, parce qu'indépendamment de la peine capitale qui ne se prononçoit que dans une assemblée du parlement, leur sort formoit toujours une de ces causes majeures que les rois ne devoient juger qu'au parlement ; & comme le roi y présidoit, c'est de-là que dans les causes criminelles des pairs, il est encore d'usage au parlement d'inviter le roi d'y venir prendre place.
Chacun dans son état étoit jugé par des personnes de même grade ; le comte étoit jugé par d'autres comtes, le baron par des barons, un évêque par des évêques, & ainsi des autres personnes. Les bourgeois eurent aussi leurs pairs, lorsqu'ils eurent obtenu le droit de commune. La loi des Allemands, rédigée sous Clotaire I. porte chap. xlv. que pour se venger d'un homme on assemble ses pairs, si mittunt in vicino & congregant pares.
Cela s'observoit encore même pour le civil sous la seconde race.
Dans le xj. siecle Geoffroy Martel, comte d'Anjou, fit faire ainsi le procès à Guerin de Craon, parce qu'il avoit fait hommage de la baronie de Craon à Conan duc de Bretagne, & Conan fut condamné quoique absent.
Matthieu Paris, (année 1226) dit : nullus in regno Francorum debet ab aliquo jure spoliari, nisi per judicium parium.
On verra néanmoins dans la suite, que l'on ne tarda pas long-tems à mettre des bornes à ce privilege.
Les Anglois qui ont emprunté une grande partie de leurs lois & de leurs usages de notre ancien droit françois, pratiquent encore la même chose. La grande charte n°. 29. dit : nec super eum (liberum hominem) ibimus, nec super eum mittemus nisi per legale judicium parium suorum. Tous accusés y sont encore jugés par leurs pairs, c'est-à-dire, par des personnes de même état & condition, à la réserve des bourreaux & Bouchers, qui par rapport à la dureté de leur métier ne sont point juges. Cet usage ne vint pas, comme quelques-uns l'ont crû, de la police féodale qui devint universelle à la fin de la seconde race. Elle ne fit qu'affermir le droit de pairie, sur-tout au criminel ; le supérieur ne peut être jugé par l'inférieur ; c'est le principe annoncé dans les capitulaires & puisé dans la nature même.
Au commencement de la monarchie, les distinctions personnelles étoient les seules connues ; les tribunaux n'étoient pas établis ; l'administration de la justice ne formoit point un système suivi, sur lequel l'ordre du gouvernement fût distribué ; le service militaire étoit l'unique profession des Francs ; les dignités, les titres acquis par les armes, étoient les seules distinctions qui pussent déterminer entr'eux l'égalité ou la supériorité. Tel fut d'abord l'état de la pairie, ce que l'on peut appeller son premier âge.
Le choix des juges égaux en dignité à celui qui devoit être jugé, ne pouvoit être pris que sur le titre personnel ou grade de l'accusé.
L'établissement des fiefs ne fit qu'introduire une nouvelle forme dans un gouvernement, dont l'esprit général demeura toujours le même ; la valeur militaire fut toujours la base du système politique ; la distribution des terres & des possessions ; l'ordre de la transmission des biens, tout fut reglé sur le plan d'un système de guerre ; les titres militaires furent attachés aux terres mêmes, & devinrent avec ces terres la récompense de la valeur ; chacun ne pouvoit être jugé que par les seigneurs de fief du même degré.
La pairie étoit alors une dignité attachée à la possession d'un fief, qui donnoit droit d'exercer la justice conjointement avec ses pairs ou pareils dans les assises du fief dominant, soit pour les affaires contentieuses, soit par rapport à la féodalité.
Tout fief avoit ses pairies, c'est-à-dire, d'autres fiefs mouvans de lui, & les possesseurs de ces fiefs servans qui étoient censés égaux entr'eux, composoient la cour du seigneur dominant, & jugeoient avec lui ou sans lui toutes les causes dans son fief.
Il falloit quatre pairs pour rendre un jugement.
Si le seigneur en avoit moins, il en empruntoit de son seigneur suzerain.
Dans les causes où le seigneur étoit intéressé, il ne pouvoit être juge, il étoit jugé par ses pairs.
C'est de cet usage de la pairie, que viennent les hommes de fief en Hainaut, Artois, & Picardie.
On trouve dès le tems de Lothaire un jugement rendu en 929, par le vicomte de Thouars avec ses pairs, pour l'église de saint Martin de Tours.
Le comte de Champagne avoit sept pairs, celui de Vermandois six ; le comte de Ponthieu avoit aussi les siens, & il en étoit de même dans chaque seigneurie. Cette police des fiefs forme le second âge du droit de pairie, laquelle depuis cette époque, devint réelle, c'est-à-dire, que le titre de pair fut attaché à la possession d'un fief de même valeur que celui des autres vassaux.
Il se forma dans la suite trois ordres ou classes ; savoir, de la religion, des armes, & de la justice : tout officier royal devint le supérieur & le juge de tous les sujets du roi, de quelque rang qu'ils fussent ; mais dans chaque classe, les membres du tribunal supérieur conserverent le droit de ne pouvoir être jugés que par leurs confreres, & non par les tribunaux inférieurs qui ressortissent devant eux. De-là vient cette éminente prérogative qu'ont encore les pairs de France, de ne pouvoir être jugés que par la cour de parlement suffisamment garnie de pairs.
Il reste encore quelques autres vestiges de cet ancien usage des Francs, suivant lequel chacun étoit jugé par ses pairs. De-là vient le droit que la plûpart des compagnies souveraines ont de juger leurs membres : telle est aussi l'origine des conseils de guerre, du tribunal des maréchaux de France. Delà vient encore la jurisdiction des corps-de-ville, qui ont porté long-tems le nom de pairs bourgeois. Enfin, c'est aussi de-là que vient la police que tous les ordres du royaume exercent sur leurs membres ; ce qui s'étend jusques dans les communautés d'arts & métiers.
Le troisieme âge de la pairie, est celui où les pairs de France commencerent à être distingués des autres barons, & où le titre de pair du roi cessa d'être commun à tous les vassaux immédiats du roi, & fut reservé à ceux qui possédoient une terre à laquelle étoit attaché le droit de pairie.
Les pairs étoient cependant toujours compris sous le terme général de barons du royaume ; parce qu'en effet tous les pairs étoient barons du royaume ; mais les barons ne furent plus tous qualifiés de pairs : le premier acte authentique où l'on voye la distinction des pairs d'avec les autres barons, est une certification d'arrêt fait à Melun l'an 1216, au mois de Juillet. Les pairs nommés sont l'archevêque de Rheims, l'évêque de Langres, l'évêque de Châlons, celui de Beauvais : l'évêque de Noyon, & Eudes duc de Bourgogne ; ensuite sont nommés plusieurs autres évêques & barons.
Anciens pairs. Dans l'origine tous les Francs étoient pairs ; sous Charlemagne tous les seigneurs & tous les grands l'étoient encore. La pairie dépendant de la noblesse du sang étoit personnelle ; l'introduction des grands fiefs fit les pairies réelles, & les arriere-fiefs formerent des pairies subordonnées ; il n'y eut plus de pairs relativement à la couronne du roi, que les barons du roi, nommés barons du royaume, ou pairs de France : mais il y en avoit bien plus de douze, & chaque baron, comme on l'a dit, avoit lui-même ses pairs.
Les plus anciens pairs sont donc ceux auxquels on donnoit cette qualité du tems de la premiere & de la seconde race, & même encore au commencement de la troisieme ; tems auquel la pairie étoit encore personnelle : on les appelloit alors principes, ou primates, magnates, proceres, barones ; ces différentes dénominations se trouvent employées indifféremment dans plusieurs chartes & anciennes ordonnances, notamment dans un acte où Eudes, comte de Chartres, se plaignant au roi Robert de Richard duc de Normandie, se sert des termes de pair & de prince en un même sens. Boulainvilliers, de la Pairie.
L'origine de la pairie réelle remonte aussi loin que celle des fiefs ; mais les pairies ne devinrent héréditaires, que comme les fiefs auxquels elles étoient attachées ; ce qui n'arriva que vers la fin de la seconde race, & au commencement de la troisieme.
M. de Boulainvilliers, en son histoire de la Pairie, prétend que du tems de Hugues Capet, ceux que l'on appelloit pairs de France, n'étoient pas pairs du roi ; que c'étoient les pairs de Hugues Capet, comme duc de France ; qu'ils étoient pairs de fiefs, & ne se mêloient que du domaine du roi & non du reste de l'état ; le duc de Bourgogne, les comtes de Flandres & de Champagne, ayant de même leurs pairs.
Quoi qu'il en soit de cette opinion, on entend communément par le terme d'anciens pairs de France, les douze barons auxquels seuls le titre de pairs de France, appartenoit du tems de Louis VII. dit le Jeune.
L'institution de ces douze anciens pairs ne doit point être attribuée à Charlemagne ; c'est une fable qui ne mérite pas d'être refutée sérieusement.
Viguier dit qu'avant Louis le Begue, presque toutes les terres du royaume étoient du domaine royal ; le roi en faisant la part à ses sujets comme bon lui sembloit ; mais sous Charles III. dit le Simple, le royaume fut distribué en sept grandes & principales provinces, & en plusieurs moindres & petites comtés, qui dépendoient des grandes seigneuries.
Ces sept principales seigneuries furent données aux maisons les plus puissantes de l'état.
Tel étoit encore l'état du royaume à l'avenement de Hugues Capet à la couronne ; il n'y avoit en tout que sept pairies qui étoient toutes laïques ; savoir, le duché de France, qui étoit le domaine de Hugues Capet, les duchés de Bourgogne, de Normandie, & de Guyenne, & les comtés de Champagne, de Flandres, & de Toulouse. La pairie de France ayant été réunie à la couronne, il ne resta plus que les six autres pairs.
Favin & quelques autres pensent que la pairie fut instituée par le roi Robert, lequel établit un conseil secret d'état, composé de six ecclésiastiques & de six laics qu'il honora du titre de pairs. Il fixe cette époque à l'an 1020, qui étoit la vingt-quatrieme année du regne de ce prince ; mais cet auteur ne s'appuie d'aucune autorité ; il n'a pas fait attention qu'il n'y avoit pas alors six pairs ecclésiastiques : en effet, l'évêque de Langres relevoit encore du duc de Bourgogne sous Louis VII. lequel engagea le duc de Bourgogne à unir le comté de Langres à l'évêché, afin que l'évêque relevât du roi ; ce prince étant alors dans le dessein de faire sacrer son fils Philippe-Auguste, & de rendre cette cérémonie mémorable par la convocation des douze pairs.
Ainsi l'évêque de Langres n'étant devenu propriétaire du comté de Langres qu'en l'année 1179 il est certain que l'époque où on le comptoit pair, ne peut être antérieure à cette époque, soit que Louis VII. ait institué les douze anciens pairs, ou qu'il ait seulement réduit le nombre des pairs, à douze.
Plusieurs tiennent que ce fut Louis VII. qui institua les douze anciens pairs ; ce qui n'est fondé que sur ce que les douze plus anciens pairs connus, sont ceux qui assisterent sous Louis VII. au sacre de Philippe-Auguste, le premier Novembre 1179, & qui sont qualifiés de pairs ; savoir Hugues III. duc de Bourgogne ; Henri le jeune roi d'Angleterre, duc de Normandie ; Richard d'Angleterre son frere, duc de Guyenne, Henri I. comte de Champagne ; Philippe d'Alsace, comte de Flandres ; Raymond vicomte de Toulouse ; Guillaume de Champagne, archevêque duc de Rheims, Roger de Rosay, évêque duc de Laon ; Manassés de Bar, évêque duc de Langres ; Barthélemi de Montcornet, évêque comte de Beauvais ; Gui de Joinville, évêque comte de Châlons ; Baudouin, évêque & comte de Noyon.
Mais on ne peut pas prétendre que ce fut Louis VII. qui eût institué ces douze pairs ; en effet, toutes les anciennes pairies laïques avoient été données en fief long-tems avant le regne de Louis VII. savoir le comté de Toulouse en 802, le duché d'Aquitaine en 844, le comté de Flandres en 864, le duché de Bourgogne en 890, celui de Normandie en 912, le comte de Champagne en 999. Il ne faut pas croire non plus que Louis le jeune eût fixé ou réduit les pairs au nombre de douze, si ce n'est que l'on entende par-là qu'aux onze pairs qui existoient de son tems, il ajoûta l'évêque de Langres qui fit le douzieme ; mais le nombre des pairs n'étoit pas pour cela fixé ; il y en avoit autant que de vassaux immédiats de la couronne ; la raison pour laquelle il ne se trouvoit alors que douze pairs, est toute naturelle ; c'est qu'il n'y avoit dans le domaine de nos rois que six grands vassaux laïques, & six évêques aussi vassaux immédiats de la couronne, à cause de leurs baronies.
Lorsque dans la suite il revint à nos rois d'autres vassaux directs, ils les admirent aussi dans les conseils & au parlement, sans d'autre distinction que du rang & de la qualité de pair, qui appartenoit primitivement aux anciens. Traité de la Pairie de Boulainvilliers.
Quoi qu'il en soit, ces anciennes pairies parurent avec éclat sous Philippe-Auguste ; mais bien-tôt la plûpart furent réunies à la couronne ; ensorte que ceux qui attribuent l'institution des douze pairs à Louis VII. ne donnent à ces douze pairs qu'une existence pour ainsi dire momentanée. En effet, la Normandie fut confisquée sur Jean sans Terre, par Philippe-Auguste ; ensuite usurpée par les Anglois sous Charles VI. & reconquise par Charles VII.
L'Aquitaine fut aussi confisquée en 1202, sur Jean sans Terre, & en 1259, saint Louis en donna une partie à Henri roi d'Angleterre, sous le titre de duché de Guyenne. Le comté de Toulouse fut aussi réuni à la couronne sous saint Louis en 1270, par le décès d'Alphonse son frere sans enfans ; le comté de Champagne fut réuni à la couronne en 1284, par le mariage de Philippe le Bel, avec Jeanne reine de Navarre & comtesse de Champagne.
Lettres d'érection. Les anciens pairs n'avoient point de lettres d'érection de leur terre en pairie, soit parce que les uns se firent pairs eux-mêmes, soit parce que l'on observoit alors peu de formalités dans la concession des titres & dignités ; on se passa même encore long-tems de lettres, après que la pairie eut été rendue réelle. Les premieres lettres que l'on trouve d'érection en pairie sont celles qui furent données en 1002 à Philippe le Hardi, chef de la seconde maison de Bourgogne. Le roi Jean son pere le créa pair de ce duché.
Plusieurs des anciennes pairies laïques étant réunies à la couronne, telles que le comté de Toulouse, le duché de Normandie, & le comté de Champagne, on en créa de nouvelles, mais par lettres-patentes.
Ces nouvelles érections de pairies ne furent d'abord faites qu'en faveur des princes du sang. Les deux premieres nouvelles pairies furent le comté d'Artois & le duché de Bretagne, auxquels Philippe le Bel attribua le titre de pairie en 1297, en faveur de Robert d'Artois, & de Jean duc de Bretagne.
Ce qui est remarquable dans l'érection du duché de Bretagne en pairie, c'est que la Bretagne n'étoit pas contente de cette érection, craignant que ce ne fût une occasion au roi de s'emparer de ce pays ; tellement que le roi donna une déclaration à Yolande de Dreux, veuve du duc Artus, que l'érection en pairie ne préjudicieroit à elle, ni à ses enfans, ni aux pays & coutumes. Boulainv. Hist. des parlemens, tom. I. p. 226.
On érigea dans la suite plusieurs autres nouvelles pairies en faveur des princes du sang, notamment le duché de Normandie, qui fut rétabli par le roi Jean en 1355, en faveur de Charles son fils, dauphin de France, qui fut depuis le roi Charles V.
On érigea de même successivement en pairies pour divers princes de la maison de France, le duché d'Alençon en 1268, celui de Bourbon en 1308, celui d'Orléans en 1345, celui de Normandie, qui fut rétabli en 1355. Il y en eut encore d'autres par la suite. Les princes du sang ne jouissoient point alors du titre ni des prérogatives de la pairie, à moins qu'ils ne possédassent quelque terre érigée en pairie. Les princes non pairs étoient précédés par les pairs, soit que ceux-ci fussent princes ou non, & les princes mêmes qui avoient une pairie, n'avoient à la cour & au parlement d'autre rang que celui de leur pairie ; mais présentement tous les princes sont pairs nés, sans qu'ils ayent besoin de posséder de pairie ; ils précédent tous les autres pairs, ils jouissent tous du titre de pair & des prérogatives qui y sont attachées, quoiqu'ils ne possédent point de terre érigée en pairie ; ce fut Henri III. qui leur donna ce titre de pair né. Ce sont les seuls pairs nés que l'on connoisse parmi nous. Voyez l'hist. de la pairie par Boulainv. tom. I. pag. 58.
Lorsque l'on érigea de nouvelles pairies pour des princes du sang, il subsistoit encore quatre des anciennes pairies laïques ; mais sous Charles VII. il y en eut trois qui furent réunies à la couronne ; savoir, le duché de Normandie en 1465, celui de Bourgogne en 1467, & celui de Guienne en 1468 ; desorte qu'il ne resta plus que le comté de Flandres qui dans la suite des tems a été partagé entre plusieurs souverains, & la portion qui en est demeurée à la France, a été réunie à la couronne ; c'est pourquoi lors du second procès qui fut fait au duc d'Alençon, Louis XI. créa de nouveaux pairs pour représenter la pairie de France assemblée.
Il ne subsiste plus présentement aucune des six anciennes pairies laïques, & conséquemment les six pairies ecclésiastiques sont sans contredit les plus anciennes de toutes les pairies qui subsistent présentement.
Long-tems après les nouvelles créations de pairies faites pour des princes du sang, on en fit aussi en faveur de princes étrangers ; le premier qui obtint cette faveur fut le duc de Nevers en 1549.
Enfin on en créa aussi en faveur d'autres seigneurs, qui n'étoient ni princes du sang, ni princes étrangers.
La premiere qui fut érigée pour un autre qu'un prince, fut celle de Roannes par François I. en Avril 1519, pour Artus de Gouffier, seigneur de Boissy ; mais comme il mourut au mois de Mai suivant, l'érection n'eut pas lieu ; ce qui a fait dire à plusieurs que Guise étoit la premiere terre érigée en pairie en faveur d'un autre que d'un prince du sang, quoique son élection ne soit que de 1527. Mais l'érection du duché de Guise en pairie étoit en faveur d'un prince étranger, & même issu originairement du sang de France. La premiere érection de pairie qui eut lieu en faveur d'un simple seigneur non prince, fut, selon quelques-uns, celle de la baronie de Montmorency en 1551 (Henault) ; mais il s'en trouve une plus ancienne, qui est celle du duché de Nemours, en faveur de Jacques d'Armagnac en 1462. Le parlement n'enregistra ses lettres qu'après plusieurs jussions. Duclos, hist. de Louis XI.
Depuis ce tems, les érections de duchés-pairies en faveur de simples seigneurs non princes, ont été multipliées à mesure que nos rois ont voulu illustrer quelques-uns des seigneurs de leur cour.
Présentement les pairs de France sont :
1°. Les princes du sang, lesquels sont pairs nés lorsqu'ils ont atteint l'âge de 20 ans, qui est la majorité féodale.
2°. Les princes légitimés, lesquels sont aussi pairs nés.
3°. Les pairs ecclésiastiques, qui sont présentement au nombre de sept ; savoir, les six anciens pairs, & l'archevêque de Paris, duc de S. Cloud ; mais le rang de cette pairie se regle par celui de son érection, qui n'est que de 1622.
4°. Les ducs & pairs laïques : ces pairs, suivant la date de leur érection, & l'ordre de leur séance au parlement, sont :
Il y a en outre quelques ducs héréditaires vérifiés au parlement, & quelques ducs par simple brevet, mais les uns & les autres n'ont point le titre de pair, ni aucune des prérogatives attachées à la pairie.
Pairs ecclésiastiques, sont des archevêques & évêques qui possedent une terre érigée en pairie, & attachée à leur bénéfice. Le roi est le seul en France qui ait jamais eu des pairs ecclésiastiques ; les autres seigneurs avoient chacun leurs pairs, mais tous ces pairs étoient laïcs.
Les six anciens pairs ecclésiastiques sont présentement les plus anciens de tous les pairs : il n'y a eu aucun changement à leur égard, soit pour le titre de leurs pairies, soit pour le nombre.
L'article 45. de l'édit de 1695 maintient les pairs ecclésiastiques dans le rang qui leur a été donné jusqu'à présent auprès de la personne du roi dans le conseil, & dans les parlemens.
Pairie mâle, est celle qui ne peut être possédée que par des mâles, à la différence de la pairie femelle, qui est érigée en faveur de quelque femme ou fille, ou qui est créée avec faculté de pouvoir être possédée par les femelles au défaut des mâles.
Pair femelle. Anciennement les femelles étoient exclues des fiefs par les mâles, mais elles y succédoient à leur défaut, ou lorsqu'elles étoient rappellées à la succession par leurs pere & mere ; elles succédoient même ainsi aux plus grands fiefs, & en exerçoient toutes les fonctions.
En effet, dans une charte de l'an 1199, qui est au trésor des chartes, donnée par Alienor reine d'Angleterre, pour la confirmation des immunités de l'abbaye de Xaintes, cette princesse prend aussi la qualité de duchesse de Normandie & d'Aquitaine, & de comtesse d'Anjou.
Blanche, comtesse de Troyes, prenoit aussi la qualité de comtesse palatine.
Mahault ou Mathilde, comtesse d'Artois, nouvellement créée pair de France, signa en cette qualité l'ordonnance du 3 Octobre 1303 ; elle assista en personne au parlement en 1314, & y eut séance & voix délibérative comme les autres pairs de France, dans le procès criminel fait à Robert, comte de Flandres ; elle fit aussi en 1316, les fonctions de pair au sacre de Philippe le Long, où elle soutint avec les autres pairs la couronne du roi son gendre.
Une autre comtesse d'Artois fit fonction de pair en 1364, au sacre de Charles V.
Jeanne, fille de Raimond comte de Toulouse, prêta le serment, & fit la foi & hommage au roi de cette pairie.
Jeanne, fille de Baudouin, fit le serment de fidélité pour la pairie de Flandres ; Marguerite sa soeur en hérita, & assista, comme pair, au célebre jugement des pairs de France donné pour le comte de Clermont en Beauvoisis.
Au parlement tenu le 9. Decembre 1378, pour le duc de Bretagne, la duchesse d'Orléans s'excusa par lettres, de ce qu'elle ne s'y trouvoit pas. Traité de la pairie, pag. 131.
Mais depuis long-tems les pairs femelles n'ont plus entrée au parlement. On a distingué avec raison la possession d'une pairie, d'avec l'exercice des fonctions de pairs : une femme peut posséder une pairie, mais elle ne peut exercer l'office de pair, qui est un office civil, dont la principale fonction consiste en l'administration de la justice.
Ainsi mademoiselle de Montpensier, Anne-Marie-Louise, duchesse de Montpensier, comtesse d'Eu, &c. prenoit le titre de premier pair de France, mais elle ne siégeoit point au parlement. Voyez le Gendre, des moeurs des François ; lettres historiques sur le parlement.
En Angleterre il y a des pairies femelles, mais les femmes qui les possédent n'ont pas non plus entrée au parlement. Voy. le traité de la pairie d'Angleterre, pag. 343.
Premier pair de France. Avant que les princes du sang eussent été déclarés pairs nés, c'étoit le premier pair ecclésiastique qui se disoit premier pair de France. On voit qu'en 1360, l'archevêque de Rheims se qualifiant premier pair de France, présenta requête au parlement de Paris ; le duc de Bourgogne se qualifioit doyen des pairs de France au mois d'Octobre 1380 ; il eut en cette qualité la préséance au sacre de Charles VI. sur son frere aîné duc d'Anjou. On conserve au trésor des chartes un hommage par lui fait au roi le 23 Mai 1404, où il est dit qu'il a fait foi & hommage lige de la pairie & doyenné des pairs de France, à cause dudit duché. Il prit la même qualité de doyen des pairs dans un autre hommage de 1419. Chassanée, en son ouvrage intitulé, catalogus gloriae mundi, lui donne le titre de primus par regni Franciae ; & en effet, dans des lettres de Louis XI. du 14. Octobre 1468, il est dit que le duché de Bourgogne est la premiere pairie, & qu'au moyen d'icelle, le duc de Bourgogne est le premier pair & doyen des pairs ; dans d'autres du même jour, il est dit que, comme premier pair & doyen des pairs de France, il a une chancellerie dans son duché, & un scel authentique en sa chancellerie pour ses contrats, & le roi veut que ce scel emporte garnison de mairs ; mais depuis par une déclaration donnée à Blois par Henri III. au mois de Décembre 1576, registrée le 8 Janvier 1577, il a été réglé que les princes précéderont tous les pairs, soit que ces princes ne soient pas pairs, soit que leurs pairies soient postérieures à celles des autres pairs ; au moyen de quoi le premier prince du sang, autre que ceux de la famille royale, a présentement seul droit de se qualifier premier pair de France : une princesse du sang peut prendre cette qualité, lorsqu'elle a le premier rang entre les princes. C'est ainsi que mademoiselle de Montpensier se qualifioit premier pair de France. Cependant l'archevêque de Rheims, qui est le premier pair ecclésiastique, se qualifie encore premier duc & pair de France. Anselme, tom. II. p. 1. & 47.
Doyen des pairs. C'étoit autrefois le duc de Bourgogne qui étoit le doyen des pairs. Il joignoit cette qualité de doyen avec celle de premier pair, parce que son duché étoit le plus ancien, ayant été institué dès le tems de Charles le Chauve, au festin qui suivit le sacre de Charles VI. encore mineur. Le duc de Bourgogne, doyen des pairs, se mit de fait & de force en possession de la premiere place au-dessous du roi, avant le duc d'Anjou son frere aîné, qui étoit régent du royaume. Hist. de la pairie par Boulainv. tom. I. pag. 103.
Hommage. Les pairs faisoient autrefois deux hommages au roi, un pour le fief auquel étoit attaché la pairie, à cause du royaume, l'autre pour la pairie, & qui avoit rapport à la royauté. Il y a de ces anciens hommages à la chambre des comptes ; mais depuis long-tems le fief & la pairie sont unis, & les pairs ne font plus qu'un seul hommage pour l'un & l'autre. Boulainv. Les rois & autres princes étrangers ne sont pas dispensés de l'hommage pour les pairies qu'ils possedent en France.
Jean Sans-Terre, roi d'Angleterre & duc de Normandie & de Guienne, & à cause de ces deux duchés pair de France, refusant de prêter la foi & hommage à Philippe-Auguste, & étant accusé d'avoir fait perdre la vie à Artus, comte de Bretagne son neveu, ayant été ajourné plusieurs fois, sans qu'il eût aucunement comparu, fut en 1202 condamné à mort par jugement des pairs de France, qui déclarent la Guyenne & la Normandie confisquées sur lui.
Le duché de Guyenne étant retourné depuis au pouvoir du roi d'Angleterre, celui-ci en fit hommage lige & serment de fidélité au roi saint Louis en 1259. Edouard fit pareillement hommage en 1282 pour ce duché, lequel fut confisqué sur lui en 1286. Edouard étant rentré dans ce duché en 1303, fut poursuivi pour la foi & hommage ; on lui donna pour cet effet un sauf-conduit en 1319. Il fit la foi à Amiens la même année, & le 30 Mars 1331 il reconnut que la foi & hommage qu'il devoit à cause de son duché-pairie de Guyenne, étoit un hommage lige ; enfin la Guyenne ayant encore été confisquée en 1378, & donnée à Louis de France, dauphin de Viennois, il en fit hommage au roi le dernier Février 1401.
On voit dans la chronique de Flandre, la forme de l'hommage que le comte de Flandre rendoit au roi ; ce prince s'asseyoit dans sa chaise royale, il étoit autrefois accompagné des pairs de France, & depuis de tels que bon lui sembloit ; le comte marchoit vers lui la tête nue & déceint, & se mettoit un genou en terre si le roi le permettoit ; le roi assis mettoit ses mains en celles du comte, & le chancelier, ou autre que le roi, à ces fins ordonnoit, s'adressant au comte lui parloit de cette sorte : " Vous devenez homme lige du roi votre souverain seigneur, pour raison de la pairie & comté de Flandre, & de tout ce que vous levez & tenez de la couronne de France, & lui promettez foi & hommage, & service contre tous jusqu'à la mort inclusivement, sauf au roi ses droits en autre chose, & l'autrui en toutes ". Le comte répondoit, oui sire, je le promets. Ainsi cela dit, il se levoit & baisoit le roi en la joue ; le comte ne donnoit rien pour relief, mais les hérauts & sergens à marche du roi butinoient la robe du comte, son chapeau & bonnet, sa ceinture, sa bourse, son épée, &c.
On doit sur-tout voir le procès-verbal de l'hommage fait à Louis XII. en 1499 par Philippe, archiduc d'Autriche, pour son comté de Flandre ; l'archiduc vint jusqu'à Arras, où le chancelier de France vint pour recevoir son hommage. Le chancelier étant assis dans une chaise à bras, l'archiduc nue tête se présente à lui disant : " Monseigneur, je suis venu devers vous pour faire l'hommage que tenu suis faire à monseigneur le roi touchant mes pairies de Flandre, comtés d'Artois & de Charolois, lesquelles tiens de monseigneur le roi à cause de sa couronne ". M. le chancelier assis & couvert lui demanda, s'il avoit ceinture, bague ou autre bague ; l'archiduc en levant sa robe qui étoit sans ceinture, dit que non. Cela fait, M. le chancelier mit les deux mains entre les siennes, & les tenant ainsi jointes, l'archiduc voulut s'incliner, le chancelier ne le voulant souffrir, & le soulevant par ses mains qu'il tenoit, lui dit ces mots : il suffit de votre bon vouloir ; puis M. le chancelier lui tenant toujours les mains jointes, & l'archiduc ayant la tête nue, & s'efforçant toujours de se mettre à genoux, le chancelier lui dit : " Vous devenez homme du roi votre souverain seigneur, & lui faites foi & hommage lige pour raison des pairie & comté de Flandre & aussi des comtés d'Artois & de Charolois, & de toutes autres terres que tenez & qui sont mouvans & tenus du roi à cause de sa couronne, lui promettez de la servir jusqu'à la mort inclusivement, envers & contre tous ceux qui peuvent vivre & mourir sans nul réserver, de procurer son bien & éviter son dommage, & vous conduire & acquiter envers lui comme envers votre souverain seigneur, " A quoi fut par l'archiduc répondu : " Par ma foi ainsi le promets & ainsi le ferai ". Ensuite M. le chancelier lui dit : " Je vous y reçois, sauf le droit du roi en autre chose & l'autrui en toutes " ; puis l'archiduc tendit la joue en laquelle M. le chancelier le baisa, & il demanda à M. le chancelier lettres de cet hommage.
Réception des Pairs. Depuis l'arrêt du 30 Avril 1643, qui fut rendu les chambres assemblées, pour être reçu en l'office de pair, il faut être âgé au-moins de 25 ans.
Il faut aussi faire profession de la foi & religion catholique, apostolique & romaine.
Un ecclésiastique peut posséder une pairie laïque, mais un religieux ne peut être pair.
On voit dans les registres du parlement, sous la date du 11 Septembre 1557, que les grand-chambre & tournelle assemblées firent difficulté de recevoir l'évêque de Laon pair de France, parce qu'il avoit fait profession monastique en l'ordre de saint Benoît, il fut néanmoins reçu suivant que le roi le desiroit.
Le nouveau pair n'est reçu qu'après information de ses vie & moeurs.
Il est reçu par la grand-chambre seule ; mais lorsqu'il s'agit d'enregistrer des lettres d'érection d'une nouvelle pairie, elles doivent être vérifiées toutes les chambres assemblées.
Le récipiendaire est obligé de quitter son épée pour prêter serment ; il la remet entre les mains du premier huissier, lequel la lui remet après la prêtation de serment.
Serment des Pairs. Il paroît qu'anciennement le serment des pairs n'étoit que conditionnel, & relatif aux engagemens réciproques du seigneur & du vassal. En effet dans un traité fait au mois d'Avril 1225, entre le roi saint Louis & Ferrand, comte de Flandre, ce comte promet au roi de lui être fidele tant que le roi lui fera droit en sa cour par jugement de ses pairs, quamdiu dominus rex velit facere nobis jus in curiâ suâ per judicium parium nostrorum ; mais il y a apparence qu'à mesure qu'on est venu plus éclairé, on a senti qu'il ne convenoit pas à un sujet d'apposer une telle restriction vis-à-vis de son souverain. On trouve des exemples du serment des pairs dès l'an 1407, dans les registres du parlement, où il est dit, que le 9 Septembre de ladite année, Jean duc de Bourgogne, prêta serment comme pair. La forme du serment qu'ils prêtoient autrefois au parlement, est exprimée dans celui qu'y fit Charles de Genlis, évêque & comte de Noyon, le 16 Janvier 1502 ; il est dit qu'il a fait avec la cour de céans le serment qu'il est tenu de faire à cause de sa dignité de pair, à savoir de s'acquiter en sa conscience ès jugemens des procès où il se trouvera en ladite cour sans acception de personne, ni révéler les secrets de ladite cour, obéir & porter honneur à icelle.
Pierre de Gondy, évêque & duc de Langres, prêta serment le 13 Août 1566 ; mais les registres du parlement disent seulement, que la main mise au pis (id est ad pectus comme ecclésiastique), il a fait & prêté le serment accoûtumé de pair de France.
Pendant long-tems la plûpart des pairs ont prêté serment comme conseillers de la cour. François de Bourbon, roi de Navarre, dit qu'il étoit conseiller né au parlement.
Ce ne fut que du tems de M. le premier président de Harlay que l'on établit une formule particuliere pour le serment des pairs.
Jusqu'au tems de M. de Harlay, premier président, il y a la moitié des sermens des pairs qui sont conçus dans les mêmes termes que ceux des conseillers.
Présentement ils jurent de se comporter comme un sage & magnanime duc & pair, d'être fidele au roi, & de le servir dans ses très-hautes & très-puissantes affaires.
Ils prêtent serment derriere le premier barreau, après avoir ôté leur épée, qui reste pendant cette cérémonie entre les mains du premier huissier.
Présentation des roses. Anciennement les pairs présentoient chacun en leur rang des roses & chapeaux à Mrs. du parlement ; cette présentation se faisoit dans les mois de Mai & de Juin ; chaque pair avoit son jour pour cette cérémonie suivant son ancienneté. Il est fait mention de ces présentations de roses dans les registres du parlement jusqu'en 1586. Voyez aussi le Recueil du pere Anselme, tom. III. p. 525. & 536.
Fonctions des pairs. Les pairs de France ont été créés pour soutenir la couronne, comme les électeurs furent établis pour le soutien de l'empire ; c'est ainsi que le procureur général s'en expliqua les 19 & 26 Fevrier 1410, en la cause des archevêque & archidiacre de Rheims.
Aussi dans une cause plaidée au parlement contre l'évêque de Châlons le 3 Février 1364, le procureur général dit que, " plus les pairs de France sont près du roi, & plus ils sont grands dessous lui de tant ils sont tenus & plus astraints de garder les droits & l'honneur de leur roi & de la couronne de France, & de ce ils font serment de fidélité plus espéciale que les autres sujets du roi ; & s'ils font ou attentent à faire au contraire, de tant sont-ils plus à punir ".
Au sacre du roi les pairs font une fonction royale, ils y représentent la monarchie, & y paroissent avec l'habit royal & la couronne en tête, ils soutiennent tous ensemble la couronne du roi, & ce sont eux qui reçoivent le serment qu'il fait d'être le protecteur de l'Eglise & de ses droits, & de tout son peuple. Boulainv. tom. I. on a même conservé dans cette cérémonie, suivant l'ancien usage, la forme & les termes d'une élection, ainsi qu'on le peut voir dans du Tillet ; mais aussi-tôt après cette action les pairs rentrent dans le devoir de véritables sujets ; ensorte que leur fonction au sacre est plus élevée que celle des électeurs, lesquels font simplement la fonction de sujets au couronnement de l'empereur. Boulainv.
Outre ces fonctions qui sont communes à tous les pairs, ils en ont encore chacun de particulieres au sacre.
L'archevêque de Rheims a la prérogative d'oindre, sacrer, & couronner le roi ; ce privilege a été confirmé aux archevêques de Rheims par le pape Sylvestre II. & par Alexandre III. l'évêque de Laon & celui de Beauvais accompagnent l'archevêque de Rheims lorsqu'il va recevoir sa majesté à la porte de l'église la veille de la cérémonie ; & le lendemain ces deux évêques sont toujours députés, l'un comme duc, & l'autre comme premier comte ecclésiastique, pour aller querir le roi au palais archiépiscopal, le lever de dessus son lit & l'amener à l'église, enfin d'accompagner sa majesté dans toute la cérémonie de l'onction sacrée ; & dans la cérémonie l'évêque de Laon porte la sainte ampoule, celui de Langres le sceptre, & il a la prérogative de sacrer le roi en l'absence de l'archevêque de Rheims ; celui de Beauvais porte & présente le manteau royal ; l'évêque de Châlons porte l'anneau royal ; l'évêque de Noyon la ceinture ou baudrier. Les six anciens pairs laïcs sont représentés dans cette cérémonie par d'autres pairs que le roi commet à cet effet ; le duc de Bourgogne porte la couronne royale & ceint l'épée au roi ; le duc de Guyenne porte la premiere banniere quarrée ; le duc de Normandie porte la seconde ; le comte de Toulouse les éperons ; le comte de Champagne la banniere royale où est l'étendart de la guerre ; le comte de Flandres l'épée du roi.
Anciennement les pairs étoient appellés aux actes publics de leur seigneur pour les rendre plus authentiques par leur souscription, & c'étoit comme pairs de fief, & comme gardiens du droit des fiefs que leur présence y étoit requise, afin que le seigneur ne le dissipât point ; tellement que pour rendre valable une aliénation, un seigneur empruntoit quelquefois des pairs d'un autre seigneur pour l'assister en cette occasion.
Le roi faisoit de même signer des chartes & ordonnances par ses pairs, soit pour les rendre plus authentiques, soit pour avoir leur consentement aux dispositions qu'il faisoit de son domaine, & aux réglemens qu'il faisoit, lorsque son intention étoit que ces réglemens eussent aussi leur exécution dans les terres de ses barons ou pairs.
Ce fut sans doute par une suite de cet ancien usage, qu'au traité d'Arras en 1482, l'empereur Maximilien demanda à Louis XI. pour garantie de ce traité l'engagement des princes du sang, subrogés, est-il dit, au lieu des pairs.
Les pairs sont aussi près du roi lorsqu'il tient ses états-généraux.
Mais la principale cause pour laquelle les pairs de France ont été institués, a été pour assister le roi de leurs conseils dans ses affaires les plus difficiles, & pour lui aider à rendre la justice dans sa cour, de même que les autres pairs de fiefs y étoient obligés envers leur seigneur : les pairs de France étoient juges naturels des nobles du royaume en toutes leurs causes réelles & personnelles.
Charles V. dans des lettres de 1359, portant érection du comté de Mâcon en pairie, ad consilium & juramentum rei publicae duodecim pares qui regni Franciae in arduis consiliis & judiciis assisterint & statuerint.
Tous les pairs en général étoient obligés de juger dans la cour du seigneur, sous peine de saisie de leurs fiefs, & d'établissement de garde, se ainsi n'étoit (disent les assises de Jérusalem) le seigneur ne pourroit cour tenir telle comme il doit, ne les gens avoir leur raison, &c.
Ces pairs de fiefs étoient les juges du seigneur ; il en falloit au moins deux avec lui pour juger, Henault. C'est peut-être de-là que quand le parlement eut été rendu sédentaire à Paris, & que le roi eut commis des gens de loi pour tenir ordinairement le parlement, il fut néanmoins ordonné qu'il y auroit toujours au moins deux barons ou pairs au parlement.
Personne, dit Beaumanoir, pour tel service qu'il eût, n'étoit excusé de faire jugement en la cour ; mais s'il avoit loyale exoine, il pouvoit envoyer un homme qui, selon son état, pût le représenter.
Mais ce que dit ici Beaumanoir des pairs de fief, n'a jamais eu lieu pour les pairs de France, lesquels ne peuvent envoyer personne pour les représenter, ni pour siéger & opiner en leur place, ainsi qu'il fut déclaré dans un arrêt du parlement du 20 Avril 1458.
Séance au parlement. Les pairs étant les plus anciens & les principaux membres de la cour, ont entrée, séance & voix délibérative en la grand'chambre du parlement & aux chambres assemblées, toutes les fois qu'ils jugent à propos d'y venir, n'ayant pas besoin pour cela de convocation ni d'invitation.
La place des pairs aux audiences de la grand'chambre est sur les hauts sieges, à la droite du premier président ; les princes occupent les premieres places ; après eux sont les pairs ecclésiastiques, ensuite les pairs laïcs, suivant l'ordre de l'érection de leurs pairies.
Lorsque le premier banc ne suffit pas pour contenir tous les pairs, on forme pour eux un second rang avec des banquettes couvertes de fleurs-de-lis.
Le doyen des conseillers laïcs, ou autre plus ancien, en son absence, doit être assis sur le premier banc des pairs, pour marquer l'égalité de leurs fonctions ; le surplus des conseillers laïcs se place après le dernier des pairs laïcs.
Lorsque la cour est au conseil, ou que les chambres sont assemblées, les pairs sont sur les bas siéges.
Aux lits de justice, les pairs laïcs précédent les évêques pairs ; les laïcs ont la droite : les ecclésiastiques furent obligés au lit de justice de 1610, de la laisser aux laïcs. M. de Boulainv. croit que cela vient de ce que les laïcs avoient entrée aux grandes assemblées avant que les évêques y fussent admis.
Aux séances ordinaires du parlement, les pairs n'opinent qu'après les présidens & les conseillers clercs, mais aux lits de justice ils opinent les premiers.
Autrefois les pairs quittoient leur épée pour entrer au parlement ; ce ne fut qu'en 1551 qu'ils commencerent à en user autrement malgré les rémontrances du parlement, qui représenta au roi que de toute antiquité cela étoit reservé au roi seul, en signe de spéciale prérogative de sa dignité royale, & que le feu roi François I. étant dauphin, & messire Charles de Bourbon y étoient venus laissant leur épée à la porte. Voyez le président Henault, à l'an 1551.
Cour des pairs, appellée aussi la cour de France, ou la cour du roi, est le tribunal où le roi, assisté des pairs, juge les causes qui concernent l'état des pairs, ou les droits de leurs pairies.
Dès le commencement de la monarchie, le roi avoit sa cour qui étoit composée de tous les francs qui étoient pairs ; dans la suite ces assemblées devenant trop nombreuses, furent réduites à ceux qui étoient chargés de quelque partie du gouvernement ou administration de l'état, lesquels furent alors considérés comme les plus grands du royaume ; ce qui demeura dans cet état jusques vers la fin de la seconde race de nos rois, auquel tems le gouvernement féodal ayant été introduit, les vassaux immédiats du roi furent obligés de se trouver en la cour du roi pour y rendre la justice avec lui, ou en son nom : ce fut une des principales conditions de ces inféodations ; la cour du roi ne fut donc plus composée que des vassaux immédiats de la couronne, qui prirent le nom de barons & de pairs de France, & la cour de France, ou cour du roi prit aussi le nom de cour des pairs ; non pas que ce fut la cour particuliere de ces pairs, mais parce que cette cour étoit composée des pairs de France.
Cette cour du roi étoit au commencement distincte des parlemens généraux, auxquels tous les grands du royaume avoient entrée ; mais depuis l'institution de la police féodale, les parlemens généraux ayant été réduits aux seuls barons & pairs, la cour du roi ou des pairs & le parlement furent unis & confondus ensemble, & ne firent plus qu'un seul & même tribunal ; c'est pourquoi le parlement a depuis ce tems été qualifié de cour de France, cour du roi, ou cour des pairs.
Quelque tems après se firent plusieurs réunions à la couronne, par le moyen desquelles les arriere-vassaux du roi devenant barons & pairs du royaume, eurent entrée à la cour du roi comme les autres pairs.
C'étoit donc la qualité de vassal immédiat du roi qui donnoit aussi la qualité de baron ou pair, & qui donnoit conséquemment l'entrée à la cour du roi, ou cour des pairs ; tellement que sous Lothaire en 964, Thibaud le Trichard, comte de Blois, de Chartres & de Tours, fut exclu d'un parlement, quelque considérables que fussent les terres qu'il possédoit, parce qu'il n'étoit plus vassal du roi, mais de Hugues duc de France.
La cour des pairs fut plus ou moins nombreuse, selon que le nombre des pairs fut restraint ou multiplié ; ainsi lorsque le nombre des pairs fut réduit aux six anciens pairs laïques, & aux six pairs ecclésiastiques, eux seuls eurent alors entrée, comme pairs à la cour du roi ou parlement, avec les autres personnes qui étoient nommées pour tenir le parlement.
Depuis que le parlement & la cour du roi ont été unis ensemble, le parlement a toujours été considéré comme la cour des pairs, c'est-à-dire, comme le tribunal où ils ont entrée, séance & voix délibérative ; ils sont toujours censés y être présens avec le roi dans toutes les causes qui s'y jugent ; c'est aussi le tribunal dans lequel ils ont droit d'être jugés, & auquel ressortit l'appel de leurs justices pairies lorsqu'elles sont situées dans le ressort du parlement.
Le parlement est ainsi qualifié de cour des pairs dans plusieurs ordonnances, édits & déclarations, notamment dans l'édit du mois de Juillet 1644, registré le 9 Août suivant, " laquelle cour, porte cet édit, a rendu de tout tems de grands & signalés services aux rois, dont elle fait regner les lois, & reconnoître l'autorité & la puissance légitime.
Il est encore qualifié de même dans la déclaration du 28 Décembre 1724, registrée le 29 qui porte telle que le parlement est encore aujourd'hui, la cour des pairs, & la premiere & la principale du royaume.
Anciennement les pairs avoient le privilege de ne répondre qu'au parlement pour toutes leurs causes civiles ou criminelles ; mais depuis ce privilege a été restraint aux causes où il s'agit de leur état, ou de la dignité & des droits de leur pairie.
Les pairs ayant eu de tout tems le privilege de ne pouvoir être jugés que par leurs pairs ; c'est sur-tout lorsqu'il s'agit de juger un pair, que le parlement est considéré comme la cour des pairs, c'est-à-dire le tribunal seul compétent pour le juger.
C'est sur-tout dans ces occasions que le parlement est qualifié de cour des pairs.
Le pere Labbé en ses mémoires rapporte un arrêt de 1224, rendu en la cour des pairs contre une comtesse de Flandres ; le chancelier, les grands bouteiller & chambellan, le connétable & autres officiers de l'hôtel du roi y étoient.
Froissard, ch. cclxvij., dit que le prince de Galles, fils d'Edouard III. roi d'Angleterre, ayant voulu exiger du Languedoc un subside considérable, la province en appella à la cour des pairs, où le prince fut cité ; & que n'étant point comparu, il fut réassigné : il y eut en 1370 un arrêt rendu contre lui par défaut, qui confisqua la Guyenne & toutes les terres que la maison d'Angleterre possédoit en France.
Un autre exemple plus récent où il est fait mention de la cour des pairs, est celui d'Henri IV. lequel s'opposant à l'excommunication qui avoit été prononcée contre lui, en appella comme d'abus à la cour des pairs de France, desquels il avoit, disoit-il, cet honneur d'être le premier.
On peut voir dans le recueil du pere Anselme, tome III. les différens exemples de la jurisdiction exercée par la cour des pairs sur ses membres, & ses prérogatives expliquées ci-après au mot PARLEMENT.
Il ne faut pas confondre la cour des pairs, ou cour commune des pairs, avec la cour particuliere de chaque pair : en effet, chaque pair avoit anciennement sa cour qui étoit composée de ses vassaux, ou pairs appellés pares, parce qu'ils étoient égaux entr'eux : on appelloit aussi quelquefois simplement franci, francs, les juges qui tenoient la cour d'un pair, comme il se voit en l'ordonnance de Philippe de Valois, du mois de Décembre 1344.
Présentement ces cours particulieres des pairs sont ce que l'on appelle les justices des pairies ; voyez ci-après l'art. JUSTICE DES PAIRIES.
Cour suffisamment garnie de pairs, n'est autre chose que le parlement ou la cour des pairs, lorsqu'il s'y trouve au moins douze pairs, qui est le nombre nécessaire pour juger un pair, lorsqu'il s'agit de son état.
On en trouve des exemples dès le xj. siecle.
Richard, comte de Normandie, dit, en parlant du différend d'Eudes de Chartres avec le roi Robert, en 1025, que le roi ne pouvoit juger cette affaire, sine consensu parium suorum.
Le comte de Flandres revendiqua de même en 1109 le droit d'être jugé par ses pairs, disant que le roi devoit le faire juger par eux, & hoc per pares suos qui eum judicare debent.
Jean sans Terre, roi d'Angleterre, fut jugé en 1202, par arrêt du parlement suffisamment garni de pairs. Du Tillet, Matthieu Paris, à l'an 1216, dit, en parlant du jugement rendu contre ce prince, pro quo facto condemnatus fuit ad mortem in curiâ regis Francorum per judicium parium suorum.
On voit dans les registres du parlement, que quand on convoquoit les pairs, cela s'appelloit fortifier la cour de pairs, ou garnir la cour de pairs : curiam vestram parisius Franciae vultis habere munitam, 1312 ; curia est sufficienter munita, 1315.
Au procès de Robert d'Artois en 1331, Philippe VI. émancipa son fils Jean, duc de Normandie, & le fit pair, afin que la cour fût suffisamment garnie de pairs ; ce qui prouve que les pairs n'étoient pas seuls juges de leurs pairs, mais qu'ils étoient jugés par la cour, & conséquemment par tous les membres dont elle étoit composée, & qu'il falloit seulement qu'il y eut un certain nombre de pairs ; en effet, dans un arrêt solemnel rendu en 1224, par le roi en sa cour des pairs en faveur des grands officiers contre les pairs de France, il est dit " que, suivant l'ancien usage & les coutumes observées dès long-tems, les grands officiers de la couronne, savoir les chancelier, bouteillier, chambrier, &c. devoient se trouver au procès qui se feroit contre un des pairs, pour le juger avec les autres pairs, & en conséquence ils assisterent au jugement de la comtesse de Flandres. " Henault.
Les pairs ont quelquefois prétendu juger seuls leurs pairs, & que le roi ne devoit pas y être présent, surtout lorsqu'il y avoit intérêt pour la confiscation. Ils firent des protestations à ce sujet en 1378 & 1386 ; mais cette prétention n'a jamais été admise : car quant au jugement unique de 1247, où trois pairs paroissent juger seuls, du Tillet remarque que ce fut par convention expresse portée dans le traité du comte de Flandres ; en effet la regle, l'usage constant s'y opposoient.
Il a toujours été pareillement d'usage d'inviter le roi à venir présider au parlement pour les procès des pairs, au moins quand il s'agit d'affaires criminelles, & nos rois y ont toujours assisté jusqu'à celui du maréchal de Biron, auquel Henri IV. ne voulut pas se trouver. Lettres historiques sur le parlement, tome II. On observe encore la même chose présentement, & dans ce cas le dispositif de l'arrêt qui intervient, est conçu en ces termes : la cour suffisamment garnie de pairs ; au lieu que dans d'autres affaires où la présence des pairs n'est pas absolument nécessaire, lorsque l'on fait mention qu'ils ont assisté au jugement, on met seulement dans le dispositif, la cour, les princes & les pairs présens, &c.
L'origine de cette forme qui s'observe pour juger la personne d'un pair, vient de ce qu'avant l'institution des fiefs, il falloit au moins douze échevins dans les grandes causes ; l'inféodation des terres ayant rendu la justice féodale, on conserva le même usage pour le nombre des juges dans les causes majeures ; ainsi comme c'étoient alors les pairs ou barons qui jugeoient ordinairement, il fallut douze pairs pour juger un pair, & la cour n'étoit pas réputée suffisamment garnie de pairs, quand ils n'étoient pas au moins douze.
Lors du différend entre le roi Louis Hutin & Robert, comte de Flandres, les pairs de France assemblés ; savoir, l'archevêque de Rheims, Charles, comte de Valois & d'Anjou, & Mahaut, comtesse d'Artois, firent savoir qu'à jour assigné ils tiendroient cour avec douze autres personnes, ou prélats, ou autres grands ou hauts hommes. Voyez du Cange, verbo pares, & M. Bouque, tome I. p. 183.
Robert d'Artois, en présence du roi, de plusieurs prélats, barons & autres suffisans conseillers, dit contre Mahaut, comtesse de Flandres, qu'il n'étoit pas tenu de faire ses demandes, que la cour ne fût suffisamment garnie de pairs ; il fut dit par arrêt qu'elle l'étoit, quod absque vocatione parium Franciae, quantum ad praesens, curia parlamenti, maxime domino rege ibidem existente cum suis praelatis, baronibus & aliis ejus consiliariis, sufficienter erat munita. Robert d'Artois n'ayant pas voulu procéder, Mahaut obtint congé. Voyez les registres olim.
Mais pour juger un pair il suffit que les autres pairs soient appellés ; quand même ils n'y seroient pas tous, ou même qu'il n'y en auroit aucun qui fut présent, en ce cas les pairs sont représentés par le parlement qui est toujours la cour des pairs, soit que les pairs soient présens ou absens.
Causes des pairs. Anciennement les pairs avoient le droit de ne plaider, s'ils vouloient, qu'au parlement, soit dans les procès qu'ils avoient en leur nom, soit dans ceux où leur procureur fiscal se vouloit adjoindre à eux, se rendre partie, ou prendre l'aveu, garantie & défense : il est fait mention de cette jurisprudence dans les ordonnances du Louvre, tom. VII. p. 30.
Ce privilege avoit lieu tant en matiere civile que criminelle ; on en trouve des exemples dès le tems de la seconde race : les plus mémorables sont le jugement rendu par la cour des pairs contre Tassillon, roi de Baviere en 788. Le jugement rendu contre un bâtard de Charlemagne en 792. Celui de Bernard, roi d'Italie en 818. Celui de Carloman, auquel on fit le procès en 871, pour cause de rebellion. Celui de Jean sans Terre, roi d'Angleterre, lequel en 1202 fut déclaré criminel de leze-majesté, & sujet à la loi du royaume. Le jugement rendu contre le roi Philippe le Hardi, & Charles, roi des deux Siciles, pour la succession d'Alphonse, comte de Poitiers. Celui qui intervint entre Charles le Bel, & Eudes, duc de Bourgogne, au sujet de l'apanage de Philippe le Long, dont Eudes prétendoit que sa femme, fille de ce roi, devoit hériter en 1316 & en 1328, pour la succession à la couronne, en faveur de Philippe le Long & de Philippe de Valois. Le jugement de Robert d'Artois en 1331. Celui de Charles, roi de Navarre, en 1349. Celui qui intervint entre Charles V. & Philippe, duc d'Orléans.
Jean, duc d'Alençon, fut condamné deux fois à mort par les pairs, pour crime de leze-majesté, savoir le 10 Octobre 1458, & le 14 Juillet 1474 ; l'exécution fut chaque fois remise à la volonté du roi, lequel usa de clémence par respect pour le sang royal.
Il seroit facile d'en rapporter un grand nombre d'autres : on les peut voir dans le recueil du pere Anselme ; mais depuis on y a mis quelques restrictions.
On trouve dans les registres olim, qu'en 1259 l'archevêque de Rheims demanda au parlement, où le roi étoit présent, d'être jugé par ses pairs ; ce qui lui fut refusé. Il y a apparence que l'on jugea qu'il ne s'agissoit pas de la dignité de sa pairie, & que dès lors les pairs, même de France, n'avoient plus le droit de plaider au parlement dans toutes sortes de cas ; mais seulement dans les causes qui intéressoient l'honneur & les droits de la pairie.
En matiere civile, les causes des pairs, quant au domaine ou patrimoine de leurs pairies, doivent être portées au parlement, comme il fut dit par le procureur-général le 25 Mai 1394, en la cause du duc d'Orléans ; ils y ont toujours plaidé pour ces sortes de matieres, lors même qu'ils plaidoient tous en corps, témoin l'arrêt rendu contr'eux en 1224, dont on a déja parlé ci-devant.
A l'égard de leurs causes en matiere criminelle, toutes celles qui peuvent toucher la personne des pairs, comme quand un pair est accusé de quelque cas criminel qui touche ou peut toucher son corps, sa personne, son état, doivent être jugées la cour suffisamment garnie de pairs.
Les pairs ont toujours regardé ce privilege comme un des principaux attributs de la pairie : en effet, au lit de justice du 2 Mars 1386, ils ne réclamerent d'autre droit que celui de juger leurs pairs ; ce qui leur fut octroyé de bouche, & les lettres commandées, mais non expédiées.
Il est dit dans les registres du parlement, que le duc de Bourgogne, comme doyen des pairs, remontra à Charles VI. au sujet du procès criminel qu'on faisoit au roi de Navarre, qu'il n'appartenoit qu'aux seuls pairs de France d'être jugés des pairs leurs pareils. Il prouva en plein parlement, par le témoignage d'un chancelier, & d'un premier & second président au même parlement, que le feu roi avoit reconnu ce privilege ; & l'affaire mise en délibération, il lui en fut décerné acte, & ordonné qu'il en seroit fait registre.
Le premier Décembre 1373, l'évêque de Laon requit d'être renvoyé en parlement, selon le privilege de sa pairie ; ce privilege fut reconnu par l'évêque de Langres le 19 Novembre 1484.
Ce privilege est d'ailleurs confirmé par l'ordonnance du mois de Décembre 1365 ; par celle de 1366 ; celle du mois d'Avril 1453, art. 6. & encore plus récemment par l'édit du mois de Septembre 1610, art. 7. où en parlant des pairs, il est dit que c'est de leur nature & droit que les causes dans lesquelles leur état est intéressé doivent y être introduites & traitées.
Convocation des Pairs. Quoique les pairs aient droit de venir prendre leur place au parlement lorsqu'ils le jugent à propos, néanmoins comme ils y sont moins assidus que les magistrats, il arrive de tems en tems qu'on les convoque, soit pour juger un pair, soit pour quelqu'autre affaire qui intéresse l'honneur & la dignité de la pairie, ou autre affaire majeure pour laquelle il paroît à propos de réunir le suffrage de tous les membres de la compagnie.
L'usage de convoquer les pairs est fort ancien, puisqu'ils furent convoqués dès l'an 1202 contre Jean sans Terre, roi d'Angleterre, duc de Normandie & de Guyenne.
Ils furent aussi convoqués à Melun en 1216 sous Philippe-Auguste, pour décider le différend au sujet du comte de Champagne, entre le jeune Thibaut & Erard de Brienne ; les pairs étoient dèslors distingués des autres barons.
Dans le xiv. siecle, ils furent convoqués deux fois pour le procès du duc d'Alençon : en 1378, pour le duc de Bretagne, quoique la pairie lui fût contestée : en 1386, pour faire le procès au roi de Navarre sous Charles VII : en 1458, pour le procès du duc d'Alençon.
On peut voir dans le pere Anselme plusieurs exemples de ces convocations ou semonces des pairs faites en divers tems, selon que les occasions se sont présentées.
Une des dernieres est celle qui fut faite en 1727 pour le procès du duc de la Force.
Cette convocation des pairs ne se fait plus en matiere civile, même pour leur pairie ; mais elle se fait toujours pour leurs affaires criminelles.
Jusqu'au procès du maréchal de Biron, sous Henri IV. les rois ont assisté au jugement des procès criminels des pairs ; c'est pourquoi il est encore d'usage d'inviter le roi de venir prendre place au parlement lorsque l'on convoque les pairs.
Le cérémonial que l'on observe pour convoquer ou semoncer les pairs, est que pour inviter les princes du sang, lesquels sont pairs nés, on envoie un des greffiers de la grand'chambre, qui parle au prince ou à quelque officier principal de sa maison, sans laisser de billet ; à l'égard des autres pairs, le greffier y va la premiere fois, & s'il ne les trouve pas chez eux, il laisse un billet qui contient la semonce ; quand l'affaire dure plusieurs séances, c'est un autre que le greffier qui porte les billets aux pairs. C'est ainsi que l'on en usa dans l'affaire du duc de la Force ; les pairs furent priés de trouver bon qu'on ne fît que leur envoyer les billets, parce que les greffiers ne pouvoient suffire à tant de courses, sur-tout lorsque les affaires pressoient, ce qui fut agréé par les pairs.
Il y a des occasions, où sans convocation judiciaire, tous les pairs se réunissent avec les autres membres du parlement, comme ils firent le lendemain de la mort de Louis XIV. pour statuer sur le testament de ce prince & sur l'administration du royaume. Lett. hist. sur le parlement.
Ajournement des pairs. C'étoit autrefois un privilege des pairs de ne pouvoir être ajournés que par deux autres pairs, ce que l'on appelloit faire un ajournement en pairie. On tient que cette maniere d'ajourner étoit originairement commune à tous les Francs, qu'elle se conserva ensuite pour les personnes de distinction ; elle subsistoit encore au xiij. siecle en Normandie pour les nobles & pour les évêques.
A l'égard des pairs, cela fut pratiqué diversement en plusieurs occasions.
Sous le roi Robert, par exemple, le comte de Chartres fut cité par celui de Normandie.
Sous Louis le Jeune en 1153, les derniers ajournemens furent faits au duc de Bourgogne per nuntium ; mais il n'est pas dit quelle étoit la qualité de ce député.
Lors du différend que Blanche, comtesse de Champagne, & Thibaut son fils, eurent avec Erard de Brienne & Philippe sa femme, au sujet du comté de Champagne, la comtesse Blanche fut ajournée par le duc de Bourgogne & par deux chevaliers.
Dans un arrêt donné en 1224 contre la comtesse de Flandres, il est dit que c'étoit un privilege des pairs de ne pouvoir être ajournés que par deux chevaliers.
Ducange dit qu'en 1258 on jugea nécessaire un certain cérémonial, pour assigner un évêque, baron du royaume, quand il s'agissoit de sa baronie.
Philippe le Bel fit en 1292 ajourner Edouard I. roi d'Angleterre, à la cour des pairs, par les évêques de Beauvais & de Noyon, tous deux pairs de France.
Ce même Edouard ayant été ajourné en 1295, comme duc de Guyenne, pour assister en personne au procès d'entre Robert, duc de Bourgogne, & Robert, comte de Nevers, touchant le duché de Bourgogne, la publication de l'ajournement fut faite par le sénéchal de Périgord & par deux chevaliers.
Robert d'Artois fut ajourné en 1331 par des chevaliers & conseillers ; cependant l'ordonnance de Philippe VI. du mois de Décembre 1344, porte que quand un pair en ajournoit un autre, c'étoit par deux pairs, comme cela s'étoit déja pratiqué ; mais il paroît aussi qu'au lieu de pairs, on commettoit souvent des chevaliers & conseillers pour ajourner.
En effet, le prince de Galles fut ajourné en 1368, par un clerc de Droit, moult bien enlangagé, & par un moult noble chevalier.
Dans une cause pour l'évêque de Beauvais, le 23 Mars 1373, il fut dit que, suivant les ordonnances & style de la cour, les pairs avoient le privilege de ne pouvoir être ajournés que par deux pairs de lettres ; on entendoit apparemment par-là deux chevaliers en lois.
Ces formalités que l'on observoit pour ajourner un pair, avoient lieu même dans les affaires civiles des pairs ; mais peu-à-peu elles ne furent pratiquées que pour les causes criminelles des pairs ; encore pour ces causes criminelles les ajournemens en pairie ont paru si peu nécessaires, que sous Louis XI. en 1470, le duc de Bourgogne accusé de crime d'état, fut assigné en la cour des pairs par un simple huissier du parlement, d'où est venu le proverbe que sergent du roi est pair à comte ; c'est-à-dire qu'un sergent royal peut ajourner un pair de même que l'auroit fait un comte- pair.
Les pairs sont ajournés en vertu de lettres-patentes, lesquelles sont publiées par cri public : lorsqu'ils font défaut sur le premier ajournement, ils sont réassignés en vertu d'autres lettres ; l'ajournement doit être à long terme, c'est-à-dire que le délai doit être de trois mois, ainsi qu'il est dit dans un traité fait entre le roi Philippe le Bel, & les enfans de Guy, comte de Flandres, & les Flamans.
Rangs des pairs. Autrefois les pairs précédoient les princes non pairs, & entre les simples pairs & les princes qui étoient en même tems pairs, le rang se régloit selon l'ancienneté de leur pairie ; mais par une déclaration donnée à Blois en 1576, en réformant l'ancien usage, il fut ordonné que les princes précéderoient tous les pairs, soit que ces princes ne fussent pas pairs, ou que leurs pairies fussent postérieures à celles des autres pairs, & que le rang des princes qui sont les premiers pairs, se réglât suivant leur proximité à la couronne.
Les nouveaux pairs ont les mêmes droits que les anciens, ainsi que la cour l'observa à Charles VII. en 1458, lors du procès du duc d'Alençon ; & le rang se regle entr'eux, non pas suivant l'ordre de leur réception, mais suivant la date de l'érection de leurs pairies.
L'avocat d'un pair qui plaide en la grand'chambre doit être in loco majorum, c'est-à-dire à la place de l'appellant, quand même le pair pour lequel il plaide seroit intimé ou défendeur.
Les ambassadeurs du duc de Bourgogne, premier pair de France, eurent la préséance sur les électeurs de l'Empire au concile de Basle ; l'évêque & duc de Langres, comme pair, obtint la préséance sur l'archevêque de Lyon, par un arrêt du 16 Avril 1152, auquel l'archevêque de Lyon se conforma ; & à l'occasion d'une cause plaidée au parlement le 16 Janvier 1552, il est dit dans les régistres que les évêques pairs de France doivent précéder au parlement les nonces du pape.
Pair, alimens. Les auteurs qui ont parlé des pairs, tiennent que le Roi seroit obligé de nourrir un pair s'il n'avoit pas d'ailleurs de quoi vivre, mais on ne trouve pas d'exemple qu'aucun pair ait été réduit à cette extrémité.
Douaire des veuves des pairs. En 1306 Marguerite de Hainaut, veuve de Robert, comte d'Artois, demanda contre Mahaut, qui étoit alors comtesse d'Artois, que son douaire fût assigné sur les biens de ce comté, suivant la coutume qu'elle alléguoit être observée en pareil cas entre les pairs de France, au cas que l'on pût vérifier ladite coutume, sinon selon les conventions qui avoient été faites entre les parties ; après bien des faits proposés de part & d'autre, par arrêt donné ès enquêtes, des octaves de la Toussaint 1306, il fut jugé qu'il n'y avoit point de preuve suffisante d'aucune loi ni coutume pour les douaires des veuves des pairs, & il fut dit que ladite Marguerite auroit pour son douaire dans les biens du comté d'Artois, 3500 liv. tournois ; ce qui avoit été convenu entre les conjoints.
Amortissement. Par une ordonnance faite au parlement, de l'Epiphanie en 1277, il fut permis à l'archevêque de Rheims, & autres évêques pairs de France, d'amortir non pas leur domaine ni les fiefs qui étoient tenus d'eux immédiatement, mais seulement leurs arriere-fiefs ; au lieu qu'il fut défendu aux évêques non pairs d'accorder aucun amortissement.
Mais dans les vrais principes, le roi a seul vraiment le pouvoir d'amortir des héritages dans son royaume ; desorte que quand d'autres seigneurs, & les pairs même amortissent des héritages pour ce qui les touche, cet amortissement ne doit pas avoir d'effet ; & les gens d'église acquéreurs, ne sont vraiment propriétaires que quand le Roi leur a donné ses lettres d'amortissement, ainsi qu'il résulte de l'ordonnance de Charles V. du 8 Mai 1372.
Extinction de pairie. Lorsqu'il ne se trouve plus de mâles, ou autres personnes habiles à succéder au titre de la pairie, le titre de la pairie demeure éteint ; du reste la seigneurie qui avoit été érigée en pairie se regle à l'ordinaire pour l'ordre des successions.
Continuation de pairie. Quoiqu'une pairie soit éteinte, le roi accorde quelquefois des lettres de continuation de pairie en faveur d'une personne qui n'étoit pas appellée au titre de la pairie ; ces lettres different d'une nouvelle érection en ce qu'elles conservent à la pairie le même rang qu'elle avoit suivant son érection.
Justices des pairies. Suivant un arrêt du 6 Avril 1419, l'archevêque de Rheims avoit droit de donner des lettres de committimus dans l'étendue de sa justice.
Les pairs ont droit d'établir des notaires dans tous les lieux dépendans de leur duché.
Suivant la déclaration du 26 Janvier 1680, les juges des pairs doivent être licenciés en Droit, & avoir prêté le serment d'avocat.
Ressort des pairies au parlement. Autrefois toutes les affaires concernant les pairies ressortissoient au parlement de Paris, comme les causes personnelles des pairs y sont encore portées ; & même par une espece de connexité, l'appel de toutes les autres sentences de leurs juges, qui ne concernoient pas la pairie, y étoit aussi relevé sans que les officiers royaux ou autres, dont le ressort étoit diminué, pussent se plaindre. Ce ressort immédiat au parlement causoit de grands frais aux justiciables ; mais François I. pour y remédier, ordonna en 1527 que désormais les appels des juges des pairies, en ce qui ne concernoit pas la pairie, seroient relevés au parlement du ressort du parlement où la pairie seroit située, & tel est l'usage qui s'observe encore présentement.
Mouvance des pairies. L'érection d'une terre en pairie faisoit autrefois cesser la féodalité de l'ancien seigneur supérieur, sans que ce seigneur pût se plaindre de l'extinction de la féodalité ; la raison que l'on en donnoit, étoit que ces érections se faisoient pour l'ornement de la couronne ; mais ces graces étant devenues plus fréquentes, elles n'ont plus été accordées qu'à condition d'indemniser les seigneurs de la diminution de leur mouvance.
Sieges royaux ès pairies. Anciennement dans les villes des pairs, tant d'église que laïcs, il n'y avoit point de siege de bailliages royaux. Le roi Charles VI. en donna déclaration à l'évêque de Beauvais le 22 Avril 1422 ; & le 10 Janvier 1453, l'archevêque de Rheims, plaidant contre le roi, allégua que l'évêque de Laon, pour endurer audit Laon un siege du Bailli de Vermandois, avoit 60 liv. chacun an sur le roi ; mais cela n'a pas continué, & plusieurs des pairs l'ont souffert pour l'avantage de leurs villes. Il y eut difficultés pour savoir s'ils étoient obligés d'y admettre les officiers du grand maître des eaux & forêts, comme le procureur du roi le soutint le dernier Janvier 1459 ; cependant le 29 Novembre 1460, ces officiers furent par arrêt condamnés envers l'évêque de Noyon, pour les entreprises de jurisdiction qu'ils avoient faites en la ville de Noyon, où l'évêque avoit toute justice comme pair de France. Dutillet & Anselme. (A)
PAIRS, (Hist. d'Anglet.) le mot pairs, veut dire citoyens du même ordre. On doit remarquer qu'en Angleterre, il n'y a que deux ordres de sujets, savoir, les pairs du royaume & les communes. Les ducs, les marquis, les comtes, les vicomtes, les barons, les deux archevêques, les évêques, sont pairs du royaume, & pairs entr'eux ; de telle sorte, que le dernier des barons ne laisse pas d'être pair du premier duc. Tout le reste du peuple est rangé dans la classe des communes. Ainsi à cet égard, le moindre artisan est pair de tout gentilhomme qui est audessous du rang de baron. Quand donc on dit que chacun est jugé par les pairs, cela signifie que les pairs du royaume sont jugés par ceux de leur ordre, c'est-à-dire par les autres seigneurs, qui sont, comme eux, pairs du royaume. Tout de même un homme du peuple est jugé par des gens de l'ordre des communes, qui sont ses pairs à cet égard, quelque distance qu'il y ait entr'eux par rapport aux biens, ou à la naissance.
Il y a pourtant cette différence entre les pairs du royaume & les gens des communes ; c'est que tout pair du royaume a droit de donner sa voix au jugement d'un autre pair ; au lieu que les gens des communes ne sont jugés que par douze personnes de leur ordre. Au reste, ce jugement ne regarde que le fait : ces douze personnes, après avoir été témoins de l'examen public que le juge a fait des preuves produites pour & contre l'accusé, prononcent seulement qu'il est coupable ou innocent du crime dont on l'accuse : après quoi le juge le condamne ou l'absout, selon les lois. Telle est la prérogative des citoyens anglois depuis le tems du roi Alfred. Peut-être même que ce prince ne fit que renouveller & rectifier une coutume établie parmi les Saxons depuis un tems immémorial.
Le chevalier Temple prétend qu'il y a suffisamment de traces de cette coutume depuis les constitutions mêmes d'Odin, le premier conducteur des Goths asiatiques ou Getes en Europe, & fondateur de ce grand royaume qui fait le tour de la mer Baltique, d'où tous les gouvernemens gothiques de nos parties de l'Europe, qui sont entre le nord & l'ouest, ont été tirés. C'est la raison pourquoi cet usage est aussi ancien en Suede, qu'aucune tradition que l'on y ait ; & il subsiste encore dans quelques provinces. Les Normands introduisirent les termes de juré & de verdict, de même que plusieurs autres termes judiciaires ; mais les jugemens de douze hommes sont mentionnés expressément dans les lois d'Alfred & d'Ethelred.
Comme le premier n'ignoroit pas que l'esprit de domination, dont l'oppression est une suite naturelle, s'empare aisément de ceux qui sont en autorité, il chercha les moyens de prévenir cet inconvénient. Pour cet effet, il ordonne que dans tous les procès criminels, on prendroit douze personnes d'un même ordre, pour décider de la certitude du fait, & que les juges ne prononceroient leur sentence que sur la décision de ces douze.
Ce droit des sujets anglois, dont ils jouissent encore aujourd'hui, est sans doute un des plus beaux & des plus estimables qu'une nation puisse avoir. Un anglois accusé de quelque crime, ne peut être jugé que par ses pairs, c'est-à-dire par des personnes de son rang. Par cet auguste privilége, il se met hors de danger d'être opprimé, quelque grand que soit le crédit de ses ennemis. Ces douze hommes ou pairs, choisis avec l'approbation de l'accusé entre un grand nombre d'autres, sont appellés du nom collectif de jury. (D.J.)
PAIRS BOURGEOIS. Lorsque les villes eurent acquis le droit de commune, & de rendre elles-mêmes la justice à leurs citoyens, elles qualifierent leurs juges de pairs bourgeois, apparemment à l'instar des pairs de fief, qui y rendoient auparavant la justice pour les seigneurs.
PAIRS DE CHAMPAGNE. L'arrêt du parlement de 1388, rendu entre la reine Blanche & le comte de Joigny, fait mention que le comté de Champagne étoit décoré de sept comtes pairs & principaux membres de Champagne, lesquels siégeoient avec le comte de Champagne en son palais pour le conseiller. Ces sept pairs étoient les comtes de Joigny, de Rhetel, Brienne, Portier, Grandpré, Roucy, & Brairé, Traité de la Pairie, page 63.
PAIRS DES ECCLESIASTIQUES ; les cardinaux sont les pairs du pape, soit comme évêque de Rome, ou comme souverain.
Les évêques avoient autrefois pour pairs les dignités de leurs chapitres, qui souscrivoient leurs actes, tant pour les statuts de l'Eglise, que pour les graces qu'ils accordoient.
Pour ce qui regardoit le domaine de l'Eglise & les fiefs qui en dépendoient, les évêques avoient d'autres pairs qu'on appelloit les barons de l'évêque, ou de l'évêché, lesquels étoient les pairs & les juges des causes des fiefs des autres vassaux laïques des évêques. Voyez l'hist. de la Pairie, par Boulainvilliers : on peut voir aussi l'hist. de Verdun, aux preuves, page 88, où il est parlé des pairs ou barons de l'évêché de Verdun, qui étoient au nombre de quatre.
PAIRS DE HAINAULT. Dumées, titre 6, de sa Jurisprudence du Hainault, dit que leur origine est assez incertaine. L'auteur des annales de la province, tient que ces pairs & autres officiers héréditaires, furent institués par la comtesse Richilde & son fils Baudouin, après l'an 1076, lorsque se voyant dépossédés par Robert le Frison, du comté de Flandres où il y avoit des pairs, & voulant faire marcher en même rang leur comté de Hainault, ils instituerent douze pairs, qui étoient les seigneurs d'Avesnes, Lens, Roeux, Chimay, Barbençon, Rebaix, Longueville, Silly, Walincourt, Baudour, Chievres, & Quevy. Il y eut dans la suite d'autres terres érigées en pairies, telle que celle de Berlaymont, qui appartient aujourd'hui au comte d'Egmond.
Les princes rendoient autrefois la justice eux-mêmes ; les pairs étoient leur conseil, auquel on associa les prélats, barons & chevaliers.
Les guerres presque continuelles ne permettant pas aux princes & aux seigneurs de vaquer exactement à rendre la justice, on institua certain nombre de conseillers de robe choisis du corps des Avocats.
Cependant les pairs, prélats, barons, & chevaliers, n'ont pas cessé d'être membres du conseil de Hainault, auquel on donna le titre de noble & souveraine cour de Hainault.
C'est de-là que l'art. 30 de la coutume générale de Hainault, dit qu'en matiere de grande importance, si les parties plaidantes ou l'une d'elles, insistent au renforcement de cour, & qu'il soit jugé nécessaire, les pairs, prélats, nobles, & autres féodaux, seront convoqués pour y assister & donner leur avis.
PAIR DES MONNOIES REELLES, est le rapport qu'il y a entre les especes d'or & d'argent d'un état, & celles des états étrangers, ou le résultat de la comparaison faite de leur poids, titre & valeur intrinseque. Toutes les monnoies en général n'ont point de valeur réelle ; leur valeur est de convention, & dépend de la volonté du souverain : on appelle monnoie réelle, la valeur que la monnoie a par rapport à celle d'un autre pays, & ce rapport est le pair des monnoies.
PAIRS ou PRUDHOMMES, quelques coutumes se servent du terme de pairs, pour exprimer des prudhommes ou gentilshommes choisis à l'effet de faire des estimations. Voyez les Institutes, cout. de Loisel, liv. IV. tit. 3. nomb. 13. & les observations de Lauriere.
PAIRS DE VERMANDOIS ; les chanoines de Saint-Quentin sont appellés pares Viromandiae, & leur doyen est le douzieme des prélats appellés à la consécration de l'archevêque de Rheims.
PAIRS DES VILLES, ce sont les échevins ; ces officiers étant choisis entre les plus notables bourgeois pour être juges de leurs concitoyens, au-moins c'étoient eux qui rendoient autrefois la justice avec les comtes dont ils étoient comme les pairs ou les assesseurs ; & encore actuellement dans plusieurs villes, ils ont conservé quelque portion de l'administration de la justice. Voyez ECHEVINS, & Loiseau, en son Traité des Offices. (A)
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| PAIRE | S. f. (Gram.) ce mot signifie deux choses semblables, dont l'une ne se vend guere sans l'autre ; comme une paire de pendans d'oreilles, de bas, de gants, de jarretieres, de souliers, de manchettes, &c. Ce mot se dit aussi de certaines marchandises composées de deux parties pareilles, encore qu'elles ne soient point divisées : on dit en ce sens une paire de lunettes, de ciseaux, de mouchettes, &c. Enfin, ce mot se dit par extension d'une chose seule qui n'est point appareillée. Ainsi on dit une paire de tablettes, une paire de vergettes, pour dire, des tablettes, des vergettes. (D.J.)
PAIRE, en Anatomie, signifie un assemblage de deux nerfs qui ont tiré origine commune de la moëlle allongée, ou de la moëlle de l'épine, & qui se distribuent de-là dans toutes les parties du corps, l'un d'un côté, & l'autre de l'autre. Voyez NERF.
C'est dans ce sens que nous disons les dix paires de nerfs de la moëlle allongée, la premiere, la seconde, la troisieme, &c. les sept paires de nerfs cervicaux, la premiere, la seconde, la troisieme, &c. les douze paires dorsales, la premiere, la seconde, &c. les cinq paires lombaires, &c. Voyez CERVICAL, DORSAL, & LOMBAIRE.
PAIRE VAGUE, ou la huitieme paire, est une très-considérable conjugaison des nerfs de la moëlle allongée ; ils sont ainsi appellés à cause de leur distribution large & étendue dans plusieurs parties du corps. Voyez leur origine, leur cours, leur distribution, sous l'article VAGUE.
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| PAIREMENT | adv. (Arithmétique) un nombre pairement pair, est celui qu'un nombre pair mesure par un nombre pair ; ainsi 16 est un nombre pairement pair, parce que le nombre pair huit le mesure par le nombre pair deux, qui est aussi un nombre pair.
Au contraire, un nombre pairement impair, ou impairement pair, est celui qu'un nombre pair mesure par un nombre impair ; tel est le nombre pair 18, que le nombre pair 2, mesure par le nombre impair 9. Voyez NOMBRE & PAIR.
Le nombre pairement pair est divisible exactement par quatre, c'est-à-dire, peut se diviser en quatre nombres entiers égaux ; le nombre pairement impair, ou impairement pair ne l'est point, & n'est divisible exactement que par deux, c'est-à-dire, n'est divisible qu'en deux nombres entiers égaux. (E)
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| PAIRIE | voyez l'article PAIR.
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| PAIRLE | S. m. (Blason) figure composée de trois latis mouvans des deux angles du chef & de la pointe, & qui se joignent au fort de l'écu, en forme d'y grec, ou espece de pal qui, mouvant du pié de l'écu, se divise en arrivant au milieu en deux parties égales, qui vont aboutir aux deux angles du chef. On dérive le mot pairle, les uns de palirum, parce qu'il en a la figure, n'étant représenté qu'à moitié ; d'autres ou de pergula, perche fourchue dont on se servoit autrefois pour suspendre les lampes & étendre les habits sacrés dans les sacristies ; ou de pariles, parce qu'il est fait de trois branches de longueur égale. Issoudun porte d'azur au pairle d'or, accompagné de trois fleurs de lis mal ordonnées de même.
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| PAIS | Voyez PAYS.
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| PAISAGE | Voyez PAYSAGE.
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| PAISAGISTES | Voyez PAYSAGISTES.
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| PAISAN | Voyez PAYSAN.
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| PAISIBLE | adj. (Gram.) qui aime le repos & la paix. Il se dit des personnes ; un homme paisible ; une vie paisible.
PAISIBLE POSSESSION, (Jurisprud.) Voyez POSSESSION PAISIBLE.
PAISIBLE, (Maréchal) un cheval paisible est celui qui n'a aucune ardeur.
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| PAISSANT | adj. en terme de Blason, se dit des vaches & des brebis qui ont la tête baissée pour paître. Berbisay en Bourgogne, d'azur à une brebis paissante d'argent sur une terrasse de sinople.
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| PAISSE | Voyez MOINEAU.
PAISSE DE BOIS. Voyez PINÇON-MONTAIN.
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| PAISSEAU | S. f. (Sergerie) c'est une étoffe de laine croisée, une espece de serge qui se fabrique en Languedoc, particulierement à Sommieres, & aux environs.
PAISSEAU, s. m. PAISSELER, v. act. (Gram. écon. rustique) c'est en quelques provinces un synonyme d'échalat. On dit dans ces endroits paisseler la vigne, pour la garnir d'échalats ; & on appelle paisselure, les brins menus de chanvre dont on se sert pour attacher l'échalat au sep.
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| PAISSOMME | S. m. (Marine) c'est un bas-fond où il y a peu d'eau.
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| PAISSON | S. m. (Jurisprud.) terme ancien, qui vient du latin pascere, & qui est encore usité en matiere d'eaux & forêts, pour exprimer le droit de pacage, ou l'exercice même de ce droit, c'est-à-dire l'acte même de faire paître les bestiaux ; il signifie aussi quelquefois les herbes & fruits que les bestiaux paissent dans les forêts & dans la campagne.
Le réglement général pour les eaux & forêts fait par Henri IV. au mois de Mai 1597, pour éviter les fraudes & les abus qui se commettoient par le passé sous couleur de délivrance d'arbres faite aux marchands adjudicataires de la paisson & glandée pour leur chauffage, ordonne qu'à l'avenir les paissons & glandées soient adjugées, sans qu'aux marchands paissonniens soient délivrés aucuns arbres pour leur chauffage ; mais seulement que ceux qui auront en garde les porcs à leur loge de bois traînant ès forêts ou de bois sec abattu au crochet.
L'article suivant porte, que dans les publications qui se feront des paissons & glandées avant l'adjudication d'icelles, sera comprise la quantité de porcs que pourra porter la glandée de la forêt, suivant l'estimation qui en aura été faite, & que le nombre des officiers usagers, & autres privilégiés ayant droit de paisson, sera restraint à proportion de ladite estimation.
Enfin l'article 35 défend aux usagers, officiers & autres ayant droit de paisson, d'y mettre d'autres porcs que de leur nourriture, sans qu'ils puissent vendre leur droit (de paisson) aux marchands paissonniers, ni que les marchands les puissent acheter d'eux, sous peine d'amende arbitraire & confiscation des porcs, & privation desdits droits & offices pour les usagers, officiers & privilégiés, & contre les marchands, sur peine d'amende arbitraire.
Le titre xviij. de l'ordonnance des eaux & forêts est intitulé, des ventes & adjudication des pascages, glandées & paissons ; il n'est cependant point parlé de paisson nommément dans le corps du titre, mais seulement du cas où il y aura assez de glands & de feines pour faire vente de glandée, & que l'on reglera le nombre des porcs qui seront mis en pacage ou glandée, tant pour les usagers que pour les officiers, ce qui fait connoître que paisson & pacage sont quelquefois synonymes ; & que la glandée est aussi prise le plus souvent pour paisson, parce que le gland est le fruit qui se trouve le plus communément dans les bois, propre à la nourriture des porcs. Voyez PACAGE.
Dans les bois de haute futaye la glandée n'est ouverte que depuis le premier Octobre jusqu'au premier Février ; il n'y a pendant ce tems-là que les propriétaires ou leurs fermiers, & les usagers, qui puissent envoyer des bestiaux dans la futaye. Voyez le titre xviij. de l'Ordonnance de 1669. (A)
PAISSON, s. m. terme de Gantier & de Peaussier, morceau de fer ou d'acier délié qui ne coupe pas, fait en maniere de cercle, large d'un demi-pié ou environ, & monté sur un pié de bois, servant à déborder & à ouvrir le cuir pour le rendre plus doux : les Gantiers disent paissonner, pour signifier étendre & tirer une peau sur le paisson. (D.J.)
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| PAITA | (Géog. mod.) petite ville de l'Amérique méridionale, au Pérou, dans l'audience de Quito, avec un port qui ne peut guère passer que pour une baie. Long. 296. 56. lat. 5. 12.
La ville de Paita est située dans un canton fort stérile, dont le terrein n'est composé que de sable & d'ardoise. Elle ne contient qu'environ deux cent familles ; les maisons n'y sont que d'un étage, & n'ont que des murs de roseaux refendus & d'argille, & des toits de feuilles séches : cette maniere de bâtir, toute légere qu'elle paroît, est assez solide pour un pays où la pluie est un phénomène rare.
L'amiral Anson prit cette ville en 1741, avec cinquante soldats, la brûla, & partit avec un butin considérable qu'il enleva aux Espagnols. (D.J.)
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| PAITRE | v. act. (Gramm.) il se dit des animaux, c'est l'action de se nourrir des substances végétales éparses dans les campagnes. Les moutons paissent aux prés, les chevres aux collines, les cochons aux forêts.
PAITRE L'OISEAU, (Fauconnerie) la maniere de le faire est de le laisser manger par poses, & lui cacher quelquefois la chair de peur qu'il ne se débatte ; on lui fait plumer de petits oiseaux comme il faisoit aux bois ; la bonne chair est un peu de la cuisse ou du cou d'une vieille geline ; les entrailles aussi lui dilatent le boyau.
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| PAITRIN | S. m. (Boulang.) vaisseau dans lequel on pêtrit & l'on fait la pâte. Les paitrins des Boulangers sont des especes de huches ou coffres de bois à quatre ou six piés, suivant sa grandeur ; car il y en a où l'on peut paitrir jusqu'à vingt & vingt-quatre boisseaux de farine à-la-fois. Dans les petits paitrins, c'est-à-dire dans ceux qui ne peuvent contenir que sept ou huit boisseaux, le couvercle est attaché avec des couplets, & se leve sur le derriere comme aux bahus. Pour les grands, ils ont un couvercle coupé en deux, qui se tire à coulisse, par le moyen d'une piece de bois à rainure qui traverse la largeur du paitrin, & qui étant mobile, s'ôte & se remet à volonté ; près du paitrin se placent deux tables, l'une qu'on appelle le tour, ou table à tourner, & l'autre la table à coucher. (D.J.)
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| PAITRIR | ou PETRIR, v. n. (Boulang.) faire de la pâte pour en former ensuite du pain ou des pâtisseries, en les mettant cuire au four ; l'on commence toujours à paitrir la pâte destinée à faire du pain avec les mains ; mais souvent, lorsque l'ouvrage est difficile, & qu'il y a beaucoup de farine, on l'acheve avec les piés, quelquefois nuds, & quelquefois pour plus de propreté, enfermés dans un sac. Cette maniere de paitrir aux piés se fait assez souvent dans les paitrins même s'ils sont grands & solides, mais plus souvent encore sur une table placée à terre, où l'on étend la pâte qu'on veut achever aux piés. Les Pâtissiers en France paitrissent sur une espece de dessus de table mobile, qui a des bords de trois côtés, qu'ils appellent un tour, & quelquefois sur une table ordinaire. Savary. (D.J.)
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| PAITRISSEUR | ou PETRISSEUR s. m. (Boulang.) celui qui paitrit dans la boulangerie où l'on fait du biscuit de mer. Les Boulangers sont pour ainsi dire de deux ordres, savoir les paitrisseurs & les gindres ou maîtres de pelle ; ceux-ci sont seuls chargés d'enfourner les galettes ; les autres ne font seulement que pêtrir la pâte & de la dresser en galettes : dans chaque boulangerie il y a deux paitrisseurs & un gindre.
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| PAIX | S. f. (Droit nat. politique & moral) c'est la tranquillité dont une société politique jouit ; soit au-dedans, par le bon ordre qui regne entre ses membres, soit au-dehors, par la bonne intelligence dans laquelle elle vit avec les autres peuples.
Hobbes a prétendu que les hommes étoient sans cesse dans un état de guerre de tous contre tous ; le sentiment de ce philosophe atrabilaire ne paroît pas mieux fondé que s'il eût dit, que l'état de la douleur & de la maladie est naturel à l'homme. Ainsi que les corps physiques, les corps politiques sont sujets à des révolutions cruelles & dangereuses ; quoique ces infirmités soient des suites nécessaires de la foiblesse humaine, elles ne peuvent être appellées un état naturel. La guerre est un fruit de la dépravation des hommes ; c'est une maladie convulsive & violente du corps politique, il n'est en santé, c'est-à-dire dans son état naturel que lorsqu'il jouit de la paix ; c'est elle qui donne de la vigueur aux empires ; elle maintient l'ordre parmi les citoyens ; elle laisse aux lois la force qui leur est nécessaire ; elle favorise la population, l'agriculture & le commerce ; en un mot elle procure aux peuples le bonheur qui est le but de toute société. La guerre au contraire dépeuple les états ; elle y fait regner le désordre ; les lois sont forcées de se taire à la vûe de la licence qu'elle introduit ; elle rend incertaines la liberté & la propriété des citoyens ; elle trouble & fait négliger le commerce ; les terres deviennent incultes & abandonnées. Jamais les triomphes les plus éclatans ne peuvent dédommager une nation de la perte d'une multitude de ses membres que la guerre sacrifie ; ses victoires mêmes lui font des plaies profondes que la paix seule peut guérir.
Si la raison gouvernoit les hommes ; si elle avoit sur les chefs des nations l'empire qui lui est dû, on ne les verroit point se livrer inconsidérément aux fureurs de la guerre, ils ne marqueroient point cet acharnement qui caractérise les bêtes féroces. Attentifs à conserver une tranquillité de qui dépend leur bonheur, ils ne saisiroient point toutes les occasions de troubler celle des autres ; satisfaits des biens que la nature a distribués à tous ses enfans, ils ne regarderoient point avec envie ceux qu'elle a accordés à d'autres peuples ; les souverains sentiroient que des conquêtes payées du sang de leurs sujets, ne valent jamais le prix qu'elles ont coûté. Mais par une fatalité déplorable, les nations vivent entr'elles dans une défiance réciproque ; perpétuellement occupées à repousser les entreprises injustes des autres, ou à en former elles-mêmes, les prétextes les plus frivoles leur mettent les armes à la main, & l'on croiroit qu'elles ont une volonté permanente de se priver des avantages que la Providence ou l'industrie leur ont procurés. Les passions aveugles des princes les portent à étendre les bornes de leurs états ; peu occupés du bien de leurs sujets, ils ne cherchent qu'à grossir le nombre des hommes qu'ils rendent malheureux. Ces passions allumées ou entretenues par des ministres ambitieux, ou par des guerriers dont la profession est incompatible avec le repos, ont eu dans tous les âges les effets les plus funestes pour l'humanité. L'histoire ne nous fournit que des exemples de paix violées, de guerres injustes & cruelles, de champs dévastés, de villes réduites en cendres. L'épuisement seul semble forcer les princes à la paix ; ils s'apperçoivent toujours trop tard que le sang du citoyen s'est mêlé à celui de l'ennemi ; ce carnage inutile n'a servi qu'à cimenter l'édifice chimérique de la gloire du conquérant, & de ses guerriers turbulens ; le bonheur de ses peuples est la premiere victime qui est immolée à son caprice ou aux vûes intéressées de ses courtisans.
Dans ces empires, établis autrefois par la force des armes, ou par un reste de barbarie, la guerre seule mene aux honneurs, à la considération, à la gloire ; des princes ou des ministres pacifiques sont sans cesse exposés aux censures, au ridicule, à la haine d'un tas d'hommes de sang, que leur état intéresse au desordre. Probus guerrier doux & humain, est massacré par ses soldats pour avoir décelé ses dispositions pacifiques. Dans un gouvernement militaire le repos est pour trop de gens un état violent & incommode ; il faut dans le souverain une fermeté inaltérable, un amour invincible de l'ordre & du bien public, pour résister aux clameurs des guerriers qui l'environnent. Leur voix tumultueuse étouffe sans cesse le cri de la nation, dont le seul intérêt se trouve dans la tranquillité. Les partisans de la guerre ne manquent point de prétextes pour exciter le desordre & pour faire écouter leurs voeux intéressés : " c'est par la guerre, disent-ils, que les états s'affermissent ; une nation s'amollit, se dégrade dans la paix ; sa gloire l'engage à prendre part aux querelles des nations voisines, le parti du repos n'est celui que des foibles ". Les souverains trompés par ces raisons spécieuses, sont forcés d'y céder ; ils sacrifient à des craintes, à des vûes chimériques la tranquillité, le sang & les trésors de leurs sujets. Quoique l'ambition, l'avarice, la jalousie, & la mauvaise foi des peuples voisins ne fournissent que trop de raisons légitimes pour recourir aux armes, la guerre seroit beaucoup moins fréquente, si on n'attendoit que des motifs réels ou une nécessité absolue de la faire ; les princes qui aiment leurs peuples, savent que la guerre la plus nécessaire est toujours funeste, & que jamais elle n'est utile qu'autant qu'elle assure la paix. On disoit au grand Gustave, que par ses glorieux succès il paroissoit que la Providence l'avoit fait naître pour le salut des hommes ; que son courage étoit un don de la toute-puissance, & un effet visible de sa bonté. Dites plûtôt de sa colere, répartit le conquérant ; si la guerre que je fais est un remede, il est plus insupportable que vos maux.
PAIX, TRAITE DE, (Droit Politique) Les conventions qui mettent fin à la guerre, sont ou principales ou accessoires. Les conventions principales sont celles qui terminent la guerre, ou par elles-mêmes comme un traité de paix, ou par une suite de ce dont on est convenu, comme quand on a remis la fin de la guerre à la décision du sort, ou au succès d'un combat, ou au jugement d'un arbitre. Les conventions accessoires sont celles qu'on ajoute quelquefois aux conventions principales pour les confirmer & en rendre plus sûre l'exécution. Tels sont les ôtages, les gages, les garanties.
La premiere question qui se présente ici, c'est, si les conventions publiques, les traités de paix sont celles que les peuples doivent regarder comme les plus sacrées & les plus inviolables, rien n'est plus important au repos & à la tranquillité du genre humain. Les princes & les nations n'ayant point de juge commun qui puisse connoître & décider de la justice de la guerre, on ne pourroit jamais compter sur un traité de paix, si l'exception d'une crainte injuste avoit ici lieu ordinairement : je dis ordinairement, car dans les cas où l'injustice des conditions d'un traité de paix est de la derniere évidence, & que le vainqueur injuste abuse de sa victoire, au point d'imposer au vaincu les conditions les plus dures, les plus cruelles, & les plus insupportables, le droit des nations ne sauroit autoriser de semblables traités, ni imposer aux vaincus l'obligation de s'y soumettre soigneusement. Ajoutons encore, que bien que le droit ordonne qu'à l'exception du cas dont nous venons de parler, les traités de paix soient observés fidelement, & ne puissent pas être annullés sous le prétexte d'une contrainte injuste, il est néanmoins incontestable que le vainqueur ne peut pas profiter en conscience des avantages d'un tel traité, & qu'il est obligé par la justice intérieure, de restituer tout ce qu'il peut avoir acquis dans une guerre injuste.
Une autre question, c'est de savoir si un souverain ou un état doit tenir les traités de paix & d'accommodement qu'il a faits avec des sujets rébelles. Je réponds,
1°. Que lorsqu'un souverain a réduit par les armes les sujets rébelles, c'est à lui à voir comment il les traitera.
2°. Mais s'il est entré avec eux dans quelque accommodement, il est censé par cela seul leur avoir pardonné tout le passé ; desorte qu'il ne sauroit légitimement se dispenser de tenir sa parole, sous prétexte qu'il l'avoit donnée à des sujets rébelles. Cette obligation est d'autant plus inviolable, que les souverains sont sujets à traiter de rébellion une désobéissance ou une résistance, par laquelle on ne fait que maintenir ses justes droits, & s'opposer à la violation des engagemens les plus essentiels des souverains ; l'histoire n'en fournit que trop d'exemples.
Il n'y a que celui qui a droit de faire la guerre, qui ait le droit de la terminer par un traité de paix : en un mot, c'est ici une partie essentielle de la souveraineté. Mais un Roi prisonnier pourroit-il conclure un traité de paix valable & obligatoire pour la nation ? Je ne le pense pas : car il n'y a nulle apparence, & l'on ne sauroit présumer raisonnablement, que le peuple ait voulu conférer la souveraineté à quelqu'un, avec pouvoir de l'exercer sur les choses les plus importantes, dans le tems qu'il ne seroit pas maître de sa propre personne ; mais à l'égard des conventions qu'un roi prisonnier auroit faites, touchant ce qui lui appartient en particulier, elles sont valides sans contredit. Que dirons-nous d'un roi chassé de ses états ? S'il n'est dans aucune dépendance de personne, il peut sans doute faire la paix.
Pour connoître sûrement de quelles choses un roi peut disposer par un traité de paix, il ne faut que faire attention à la nature de la souveraineté, & à la maniere dont il la possede.
Dans les royaumes patrimoniaux, à les considérer en eux-mêmes, rien n'empêche que le roi n'aliene la souveraineté, ou une partie.
Mais les rois qui ne possedent la souveraineté qu'à titre d'usufruit, ne peuvent par aucun traité aliéner de leur chef, ni la souveraineté entiere, ni aucune de ses parties : pour valider de telles aliénations, il faut le consentement de tout le peuple, ou des états du royaume.
3°. A l'égard du domaine de la couronne, il n'est pas non plus pour l'ordinaire au pouvoir du souverain de l'aliéner.
4°. Pour ce qui est des biens des particuliers, le Souverain a, comme tel, un droit éminent sur les biens des sujets, & par conséquent il peut en disposer, & les aliéner par un traité, toutes les fois que l'utilité publique ou la nécessité la demandent, bien entendu que l'état doit dans ce cas là dédommager les particuliers du dommage qu'ils souffrent au-delà de leur quote-part.
Pour bien interprêter les clauses d'un traité de paix, & pour en bien déterminer les effets, il ne faut que faire attention aux regles générales de l'interprétation, & à l'intention des parties contractantes.
1°. Dans tout traité de paix, s'il n'y a point de clause au contraire, on présume que l'on se tient réciproquement quittes de tous les dommages causés par la guerre ; ainsi les clauses d'amnistie générale ne sont que pour une plus grande précaution.
2°. Mais les dettes des particuliers à particuliers déja contractées avant la guerre, & dont on n'avoit pas pu pendant la guerre exiger le payement, ne sont point censées éteintes par le traité de paix.
3°. Les choses mêmes que l'on ignore avoir été commises, soit qu'elles l'ayent été avant ou pendant la guerre, sont censées comprises dans les termes généraux, par lesquelles on tient quitte l'ennemi de tout le mal qu'il nous a fait.
4°. Il faut rendre tout ce qui peut avoir été pris depuis la paix conclue, cela n'a point de difficulté.
5°. Si dans un traité de paix on fixe un certain terme pour l'accomplissement des conditions dont on est convenu, ce terme doit s'entendre à la derniere rigueur ; ensorte que lorsqu'il est expiré, le moindre retardement n'est pas excusable, à moins qu'il ne provînt d'une force majeure, ou qu'il ne paroisse manifestement que ce délai ne vient d'aucune mauvaise intention.
6°. Enfin il faut remarquer que tout traité de paix est par lui-même perpétuel, & pour parler ainsi, éternel de sa nature, c'est-à-dire, que l'on est censé de part & d'autre être convenu de ne prendre jamais plus les armes au sujet des démêlés qui avoient allumé la guerre, & de les tenir désormais pour entiérement terminés.
Je crois, (c'est M. de Montesquieu qui me fournit cette derniere observation) " Je crois, dit-il, que le plus beau traité de paix dont l'histoire ait parlé, est celui que Gélon, roi de Syracuse, fit avec les Carthaginois. Il voulut qu'ils abolissent la coutume d'immoler leurs enfans. Chose admirable ! Après avoir défait trois cent mille Carthaginois, il exigeoit une condition qui n'étoit utile qu'à eux, ou plutôt il stipuloit pour le genre humain. " (D.J.)
PAIX RELIGIEUSE, (Hist. mod. Politique) pax religiosa ; c'est ainsi qu'on nomme en Allemagne une convention ou traité conclu en 1555, entre l'empereur Charles - Quint & les princes & états Protestans, par lequel l'exercice de la religion Luthérienne ou confession d'Augsbourg étoit permis dans tout l'Empire. Les princes Protestans demeuroient en possession des biens ecclésiastiques dont ils s'étoient emparés, sans cependant pouvoir s'en approprier de nouveaux ; tous les Protestans étoient soustraits à la jurisdiction du pape. Cet acte est encore regardé comme faisant une des loix fondamentales de l'empire d'Allemagne. En 1629 l'empereur Ferdinand II. poussé par un zele aveugle, ou peut-être par l'envie d'exercer un pouvoir absolu dans l'Empire, sans avoir égard à la paix religieuse, publia un édit, par lequel il ordonnoit aux Protestans de l'Empire, de restituer aux ecclésiastiques catholiques les biens qui leur avoient été enlevés durant les troubles précédens. Les princes protestans, comme il étoit facile de le prévoir, ne voulurent point se soumettre à une loi qui leur paroissoit si dure, ce qui donna lieu à une guerre civile qui désola toute l'Allemagne pendant 30 ans, & qui ne fut terminée que par la paix de Westphalie en 1648.
PAIX, (Critiq. sacrée) ce mot a dans l'Ecriture une signification fort étendue, & toujours favorable. Il se prend pour alliance, amitié, concorde, bonheur, prospérité. La justice & la paix sont étroitement liées ensemble, dit David, Ps. lxxxiv. 11. en parlant d'un heureux gouvernement. L'Evangile de paix, Eph. ij. 17. c'est l'Evangile de J. C. Etre enséveli en paix, c'est mourir dans la sécurité d'une bonne conscience. On lit dans les Juges vj. 23. ces paroles, que la paix soit avec vous, ne craignez point, vous ne mourrez point ; c'est que c'étoit une opinion commune chez les Juifs, que quiconque avoit vu un ange, devoit s'attendre à mourir bien-tôt.
Ce qui est ferme & stable, est encore appellé du nom de paix ; do ei pacem foederis, Nomb. xxv. 12. c'est-à-dire, je lui fais une promesse irrévocable. Enfin la paix de l'Evangile, signifie le bonheur à venir que J. C. le prince de la paix, promet à tous les fideles. (D.J.)
PAIX, LE BAISER DE, (Hist. eccles.) Le baiser de paix se donnoit dans la liturgie gallicane après la lecture des diptyques, & de la priere qu'on nommoit la collecte. Ce baiser ou cette action de s'embrasser & de se baiser alors, s'appelle aussi paix. L'archidiacre donnoit la paix au premier évêque qui la donnoit au suivant, & ainsi successivement par ordre. Le peuple en faisoit de même, les hommes & les femmes séparément. L'eglise Romaine ne donnoit la paix qu'après la consécration. Le pape Innocent I. reprend ceux qui donnoient la paix auparavant.
PAIX, (Mythol. & Littérat.) Les Grecs & les Romains honoroient la paix comme une grande déesse. Les Athéniens lui dresserent des statues sous le nom d' ; mais elle fut encore plus célébrée chez les Romains qui lui érigerent dans la rue sacrée le plus grand & le plus magnifique temple qui fût dans Rome. Ce temple dont les ruines, & même une partie des voûtes restent encore sur pié, fut commencé par Agrippine, & depuis achevé par Vespasien. Josephe dit que les empereurs Vespasien & Titus y déposerent les riches dépouilles qu'ils avoient enlevées au temple de Jerusalem.
C'étoit dans le temple de la paix que s'assembloient ceux qui professoient les beaux Arts, pour y discuter leurs prérogatives, afin qu'en présence de la divinité, toute aigreur fût bannie de leurs disputes. Ce temple fut ruiné par un incendie sous le regne de l'empereur Commode.
Baronius a raison, de soutenir qu'il n'y a jamais eu à Rome d'autre temple de la paix, & que ce que quelques modernes débitent de celui qui vint à tomber à la naissance de Jesus-Christ, est une pure fable. Il est vrai cependant que cette déesse eut à Rome, avant Vespasien, des autels, un culte & des statues. Ovide dit au I. livre des fastes :
Ipsum nos carmen deduxit pacis ad aram,
Frondibus Actiacis comtos redimita capillos
Pax ades, & toto mitis in orbe mane.
Nous voyons là un autel de la paix ; voici des statues de cette déesse. Dion nous apprend que le peuple Romain ayant fourni une somme d'argent considérable pour ériger une statue en l'honneur d'Auguste, ce prince aima mieux employer cette somme à faire élever des statues au salut du public, à la concorde & à la paix.
La légende pax Augusti, est fréquente sur les médailles de Galba. A la mort de Néron, diverses parties de l'empire s'ébranlerent : Nymphidius Sabinus à Rome, Fonteius Capito en Germanie, Clodius Macer en Afrique, étoient sur le point de causer de grands troubles qui furent prévenus par la mort des rebelles ; ces heureux commencemens donnerent occasion de représenter la paix, brûlant d'une main les instrumens de la guerre, & portant de l'autre les fruits de la tranquillité. (D.J.)
PAIX, (Iconol. & Monum. antiq.) Chez les Grecs la paix étoit figurée par une déesse qui porte à bras ouverts le dieu Plutus, enfant. Chez les Romains on trouve ordinairement la paix représentée avec un rameau d'olivier, quelquefois avec des aîles, tenant un caducée, & ayant un serpent à ses piés. On lui donne aussi une corne d'abondance. L'olivier est le symbole de la paix. Le caducée est le symbole du négociateur Mercure, pour marquer la négociation qui a procuré la paix. Dans une médaille d'Antonin le Pieux, la paix tient de la main droite une branche d'olivier, & brûle de la gauche des boucliers & des cuirasses. Cette idée n'étoit pas nouvelle, mais elle étoit ingénieuse. (D.J.)
PAIX, (Jurisprud.) du latin pacisci. Dans les anciennes ordonnances ce terme est quelquefois pris pour convention. Voyez l'ordonnance de Charles V. du mois de Janvier 1364, tome IV. page 527, & le mot PACTE. (A)
PAIX, ou tréve de Dieu, étoit une cessation d'armes, depuis le soir du mercredi de chaque semaine, jusqu'au lundi matin, que les ecclésiastiques & les princes religieux firent observer dans le tems où il étoit permis aux particuliers de tuer le meurtrier de leur parent, ou de se venger par leurs mains en tel autre cas que ce fût. Voyez FAIDE.
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| PAJOMIRIOBA | S. f. (Botan. exot.) nom donné par Pison à un petit arbrisseau légumineux du Brésil, que Tournefort appelle cassia americana foetida, foliis oblongis glabris, en françois le cassier puant, sena occidentalis, odore opii viroso, orobi pannonici foliis mucronatis, glabra. Hort. Lugd. Bat.
Il pousse de sa racine plusieurs tiges, longues d'environ trois piés, ligneuses, vertes, noueuses, divisées chacune en beaucoup de rameaux, & chaque rameau portant huit à neuf feuilles rangées vis-à-vis l'une de l'autre, par paires sur une côte, assez longues, pointues ; ses fleurs naissent au sommet des rameaux, petites, composées chacune de cinq feuilles semblables à celles de la casse, mais plus petites & tout-à-fait jaunes : à ces fleurs succedent des gousses longues de cinq ou six pouces, rondes, un peu applaties, courbées ; elles prennent en mûrissant une couleur brune ; la racine de la plante est longue, grosse de deux pouces, ligneuse, droite, de couleur jaunâtre en-dehors, blanche en-dedans, sans odeur ni goût apparent : ce cassier fleurit toute l'année ; ses feuilles sont purgatives & d'un goût très-desagréable. (D.J.)
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| PAJONISTES | S. m. (Hist. ecclés.) nom que les Protestans ont donné aux sectateurs de Pajon : ce Pajon parut parmi les Calvinistes ; il raffina sur l'Arminianisme. Ceux d'entre les ministres que la diversité des sentimens de Calvin sur la grace efficace & la prédestination avoit révoltés, embrasserent ses sentimens, qui furent condamnés à Rotterdam en 1686, dans un synode appellé le synode Wallon.
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| PAK | S. m. (Hist. nat. Zoolog.) paca, animal quadrupede, qui a environ un pié de longueur, depuis le bout du museau jusqu'à l'origine de la queue. La tête est grosse ; il a les oreilles petites & pointues, la queue courte & cinq doigts à chaque pié. Le poil est court & rude ; le dessous du corps a une couleur fauve foncée, & le dessous est d'un blanc jaunâtre. Il y a sur les côtés trois bandes étroites & longitudinales d'un blanc jaunâtre. Cet animal se trouve dans la Guyane & au Brésil. On l'a rapporté au genre du lapin. M. Brisson, regn. anim. Le pak est très bon à manger. Voyez Pison, hist. nat. lib. III. (I)
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| PAKLAKENS | S. m. (draperie étrang.) sorte de draps qui se fabriquent en Angleterre ; ils s'envoient ordinairement en blanc & non teints ; les pieces sont de trente-sept à trente-huit aunes.
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| PAL | voyez MILANDRE.
PAL, s. m. (Charpent.) ou pieux ; c'est une piece de bois longue & taillée en pointe, que l'on fiche en terre pour servir de défense ou de barriere, & pour fermer ou servir de clôture. (D.J.)
PAL, s. m. (Terme de Blason) piece honorable de l'écu ; c'est la représentation du pal ou pieu posé debout qui comprend toute la hauteur de l'écu, depuis le dessus du chef jusqu'à la pointe. Quand il est seul il doit contenir le tiers de la largeur de l'écu ; quand il est nombre impair, on le rétrécit de façon, que si l'on en met deux, ils comprennent deux cinquiemes de l'écu ; si l'on en met trois, ils comprennent les trois septiemes ; & alors on spécifie le nombre des pieces, aussi-bien que celles dont ils sont accotés & chargés.
Il y a aussi des pals cometés & flamboyans qui sont pointus & en ondes. Les cometés sont mouvans du chef, les flamboyans de la pointe. Les pals dans les armoiries sont des marques de jurisdiction. On appelle un écu palé, quand il est chargé également de pals, de métal & de couleur. Contrepalé se dit lorsque l'écu est coupé, & que les demi pals du chef, quoique d'émaux semblables à ceux de la pointe, sont néanmoins différens en leur rencontre ; ensorte que si le premier du chef est de métal, celui qui lui répond au-dessous, doit être de couleur. On l'appelle palissé, quand il y a des pals aiguisés, dont on fait les palissades pour la défense des places. Ducange croit que ce mot vient de pallea, qui signifioit un tapis, ou une piece d'étoffe de soie ; & que les anciens appelloient pales les tapisseries qui couvroient les murailles, & disoient paler, pour dire, tapisser. Ménetrier.
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| PAL-A-PLANCHE | S. m. (Arch. hydraul.) dosse affutée par un bout pour être pilotée, & entretenir une fondation, un batardeau, &c. Cet affutement est tantôt à moitié de la planche, tantôt en écharpe, & toujours d'un même sens afin qu'il soit plus solide. On coupe ces dosses en onglet, & à chanfrin, pour mieux couler dans la rainure les unes dans les autres.
On appelle vannes les pal-à-planches, quand on les couche en long du bâtardeau. Voyez le traité des ponts & chaussées, p. 184. Daviler.
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| PALA | S. m. (Botan. exot.) grand arbre du Malabar, qui porte des siliques à cinq pieces fort étroites, fort longues, & pleines d'un suc laiteux. Son écorce réduite en décoction, passe pour relâcher le ventre. On la prescrit avec du sel & du poivre pour fortifier l'estomac ; mais elle doit plutôt l'enflammer. (D.J.)
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| PALABRE | S. f. (Commerce) On appelle ainsi sur les côtes d'Afrique, particuliérement à Loango de Boirie, à Melindo & à Cabindo, situés sur celles d'Angola, ce qu'on nomme avanie dans le levant, c'est-à-dire, un présent qu'il faut faire aux petits rois & aux capitaines negres, sur le moindre sujet de plainte qu'ils ont réellement, ou qu'ils feignent d'avoir contre les Européens qui font la traite, sur-tout lorsqu'ils se croient les plus forts. Ces palabres se payent en marchandises, en eau-de-vie & autres choses semblables, suivant la qualité de l'offense, ou plutôt la volonté de ces Barbares. Voyez AVANIE, Diction. de commerce. (G)
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| PALACIOS | (Géog. mod.) ville ou bourg d'Espagne dans l'Andalousie, sur la route de Séville à Cadix. Long. 12. 24. lat. 37. 4. (D.J.)
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| PALADE | S. f. (Marine) mouvement des pales des rames, par lequel, en entrant dans l'eau, elles font avancer le bâtiment. Chaque palade ne fait avancer la meilleure de nos galeres que de dix-huit piés.
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| PALADIN | S. f. (Hist. de la Chevalerie) On appelloit autrefois paladins, ces fameux chevaliers errans, qui cherchoient des occasions pour signaler leur valeur & leur galanterie. Les combats & l'amour étoient leur unique occupation ; & pour justifier qu'ils n'étoient pas des hommes vulgaires, ils publioient de toutes parts, que leurs maîtresses étoient les plus belles personnes qui fussent au monde, & qu'ils obligeoient ceux qui n'en conviendroient pas volontairement, de l'avouer, ou de perdre la vie.
On dit que cette manie commença dans la cour d'Artus, Roi d'Angleterre, qui recevoit avec beaucoup de politesse & de bonté les chevaliers de son royaume & ceux des pays étrangers, lorsqu'ils s'étoient acquis par leur défi, la réputation de braves & de galans chevaliers. Lancelot étant arrivé à la cour de ce prince, devint amoureux de la reine Genevre, & se déclara son chevalier ; il parcourut toute l'île ; il livra divers combats dont il sortit victorieux, & se rendant ainsi fameux par ses faits guerriers, il publia la beauté de sa maîtresse, & la fit reconnoître pour être infiniment au-dessus de toutes les autres beautés de la terre. Tristan, d'un autre côté, amoureux de la reine Issorte publioit de même la beauté & les graces de sa maîtresse, avec un défi à tous ceux qui ne le reconnoîtroient pas.
L'amour qui est fondé sur le bonheur attaché au plaisir des sens, sur le charme d'aimer & d'être aimé, & encore sur le desir de plaire aux femmes, se porte plus vers une de ces trois choses, que vers les deux autres, selon les circonstances différentes dans chaque nation & dans chaque siecle. Or dans le tems des combats établis par la loi des Lombards, ce fut, dit M. de Montesquieu, l'esprit de galanterie qui dut prendre des forces. Des paladins, toujours armés dans une partie du monde pleine de châteaux, de forteresses & de brigands, trouvoient de l'honneur à punir l'injustice, & à défendre la foiblesse. De-là encore, dans nos romans, la galanterie fondée sur l'idée de l'amour, jointe à celle de force & de protection. Ainsi naquit la galanterie, lorsqu'on imagina des hommes extraordinaires, qui, voyant la vertu jointe à la beauté & à la foiblesse, furent portés à s'exposer pour elle dans les dangers, & à lui plaire dans les actions ordinaires de la vie. Nos romans de chevalerie flatterent ce desir de plaire, & donnerent à une partie de l'Europe cet esprit de galanterie, que l'on peut dire avoir été peu connu par les anciens.
Le luxe prodigieux de cette immense ville de Rome flatta l'idée des plaisirs des sens. Une certaine idée de tranquillité dans les campagnes de la Grece, fit décrire les sentimens de l'amour, comme on peut le voir dans les romans grecs du moyen âge. L'idée des paladins, protecteurs de la vertu & de la beauté des femmes, conduisit à celle de galanterie. Cet esprit se perpétua par l'usage des Tournois, qui, unissant ensemble les droits de la valeur & de l'amour, donnerent encore à la galanterie une grande importance. Esprit des lois. (D.J.)
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| PALAEA | (Géog. anc.) ville de l'île de Cypre, Strabon la place entre Citium & Amathus. Lusignan dit qu'elle se nomme aujourd'hui Pélandre.
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| PALAEAPOLI | ou PALAEOPOLIS, (Géog. anc.) ville d'Italie dans la Campanie, & au même endroit où est aujourd'hui la ville de Naples. Palaeapolis étoit, à ce qu'on croit, une partie de l'ancienne Parthénope. On lui donne le nom de Palaeapolis, c'est-à-dire vieille ville, pour la distinguer de Naples, dont le nom vouloit dire nouvelle ville, & qui étoit bâtie tout auprès. C'étoit le même peuple qui habitoit les deux villes, & c'étoit une colonie de Cumes. L'auteur des Délices d'Italie parle de Palaeapolis comme d'une ville détruite, dont le terrein est aujourd'hui renfermé dans Naples. Il dit qu'il falloit que Palaeapolis fût bien grande, puisque depuis l'archevêché jusqu'à S. Pierre à Mazella on voit encore beaucoup de masures, que les antiquaires prétendent être des restes de cette ancienne Palaeapolis. (D.J.)
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| PALAEOCHORI | (Géog. mod.) nom moderne de l'ancien Rhus, bourg de l'Attique, dont parle Pausanias. MM. Spon & Whéeler disent qu'on y voit d'anciennes inscriptions, & cela est si vrai, que M. Fourmont y en a encore trouvé de son côté en 1729, une entr'autres fort singuliere, à l'occasion de ces tonnerres qui se firent entendre aux Perses, lorsqu'ils voulurent descendre dans la plaine, quelque tems avant la bataille de Platée. Le prêtre grec à la priere duquel on crut que ces tonnerres avoient grondés, & la patrie des troupes pour lesquelles il prioit, y sont désignées. (D.J.)
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| PALAESCEPSIS | (Géog. anc.) ville de la Troade, auprès d'Adramyte. Pline, l. V. c. xxx. & Ptolomée, l. V. c. ij. parlent de cette ville. Strabon, l. XIII. dit qu'elle étoit bâtie au-dessus de Cébrene, auprès de la plus haute partie du mont Ida, & qu'elle avoit reçu ce nom à cause qu'on la pouvoit voir de loin ; il ajoute qu'elle fut depuis transférée 40 stades plus bas, & que la nouvelle ville fut nommée Scepsis, Palaescepsis s'appelle maintenant Elmachini.
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| PALAESTINA-AQUA | (Géog. anc.) on trouve ce mot dans un vers d'Ovide, Frastor. l. II. v. 464.
Inque Palaestinae margine sedit aquae.
Il s'agit ici des eaux du Tigre dans l'endroit où il mouille la Sittacene, contrée nommée Palestine par Pline, l. XII. c. xvij. (D.J.)
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| PALAIS | S. m. en Anatomie, est la chair qui compose le dedans, c'est-à-dire la partie supérieure & intérieure de la bouche. Voyez BOUCHE.
Du Laurens dit que ce mot vient du latin pali, parce que le palais est enfermé par deux rangs de dents, semblables à de petits pieux, que les Latins nommoient pali.
Le palais est une espece de petite voûte ou ceintre ; il est tapissé d'une tunique glanduleuse, sous laquelle sont un grand nombre de petites glandes visibles, conglomérées, de la grosseur d'un grain de millet à la partie antérieure, avec quantité de petits interstices, dont les conduits excrétoires perçant la membrane, s'ouvrent dans la bouche, mais sont beaucoup plus drues vers le fond, & forment un amas si considérable vers la racine de la luette, que toutes ensemble elles paroissent former une grosse glande conglomérée, que Verheyen appelle en effet glandula conglomerata palatina.
Vers le fond du palais derriere la luette, il y a un grand trou qui tout près de son origine se partage en deux, dont chacun des deux va aboutir à l'une des deux narines. Plusieurs prétendent que le palais est l'organe du goût. Voyez GOUT.
L'os du palais est un petit os quarré, qui forme la partie enfoncée du palais, & se joint à la partie de l'os maxillaire, qui forme le devant du palais. Voyez MACHOIRE SUPERIEURE.
Les os du palais sont au nombre de deux, situés aux parties latérales & postérieures des narines.
On distingue dans ces os deux plans, un petit horisontal, qui fait portion de la voûte du palais des fosses nasales, & est appellée portion palatine ; l'autre grand vertical, qui fait partie des fosses nasales : dans le plan horisontal deux faces ; une supérieure légerement concave dans sa longueur ; une inférieure plate & raboteuse : quatre bords, un latéral interne épais & un peu élevé en-dedans des fosses nasales ; un latéral externe rencontré à angle droit par le plan vertical ; un antérieur déchiré ; un postérieur tranchant légerement échancré, & se terminant à sa partie latérale interne en une pointe.
On remarque dans le plan vertical deux faces ; une latérale interne unie & divisée vers sa partie inférieure par une petite ligne saillante transversale, sur laquelle s'appuie l'extrémité postérieure des cornets intérieurs du nez ; une latérale interne raboteuse & creusée dans sa longueur en forme de gouttiere, qui se termine quelquefois au milieu du bord de rencontre des deux plans par un creux ; d'autres fois ce trou est formé en partie par l'os maxillaire avec lequel il est joint, on l'appelle trou palatin postérieur : quatre bords, un bord inférieur qui rencontre le bord latéral externe du plan horisontal ; à l'angle postérieur de rencontre une grosse éminence, appellée portion ptérygoïdienne ; dans la partie postérieure de cette éminence deux fossettes pour recevoir l'extrémité inférieure antérieure des aîles de l'apophyse ptérygoïde ; dans sa partie antérieure une petite apophyse qui s'engrene dans l'os maxillaire ; au bord supérieur sur la partie antérieure duquel on remarque une apophyse, nommée portion orbitaire, qui est unie à sa face supérieure & postérieur cellulaire, à sa face latérale interne, à la partie postérieure de cette apophyse ; une échancrure qui, avec l'os sphénoïde, forme le trou sphéno-palatin ou ptérygo-palatin ; un bord postérieur terminé par la portion ptérygoïdienne ; un bord antérieur mince, en forme d'angle, & quelquefois replié en dehors, & qui forme la partie postérieure de l'ouverture du sinus maxillaire.
Cet os est articulé avec son pareil, avec l'os sphénoïde, l'os éthmoïde, l'os maxillaire, le vomer & le cornet inférieur du nez. Voyez SPHENOÏDE, ÉTHMOÏDE, &c.
PALAIS, s. m. (Botan.) dans les fleurs, le palais est cette partie qui se trouve entre deux autres, semblables aux mâchoires ; ainsi l'espace qui est compris entre les deux mâchoires de la fleur du mélampyrum, s'appelle son palais.
PALAIS, (Géograph. mod.) petite place forte de France en Bretagne, capitale de l'île de Belle-Isle. Long. 14. 20. lat. 47. 20.
Il ne faut pas confondre ce Palais, capitale de Belle-Isle, avec Palais, village à 4 lieues de Nantes en Bretagne. Ce village, quoique pauvre village, est bien célebre dans l'histoire, pour avoir donné le jour à Pierre Abélard, que sur de fausses apparences d'infidélité les parens d'Héloïse firent cruellement mutiler ; lui qui n'aimoit au monde que cette savante fille, & qui l'aima jusqu'au tombeau ; lui qui étoit un des plus fameux & des plus habiles docteurs du xij. siecle, le plus grand dialecticien, & le plus subtil esprit de son tems.
Ce n'est pas tout, il eut encore à essuyer coup sur coup malheurs sur malheurs, par la jalousie de ses rivaux, & quelquefois par son imprudence. C'est ainsi qu'il lui échappa de dire étant au couvent de S. Denis, qu'il ne pensoit pas que leur S. Denis fût Denis l'Aréopagite, dont il est parlé dans l'Ecriture. L'abbé étant instruit de ces discours hors de saison, déclara qu'il livreroit à la justice du roi celui qui avoit l'audace de renverser la gloire & la couronne du royaume. Abélard se sauva de nuit en Champagne, & se crut trop heureux d'obtenir après la mort de l'abbé de S. Denis la permission de vivre monastiquement loin de Paris.
Il vint au Paraclet, des écoliers l'y suivirent en foule ; & ses ennemis en plus grand nombre lui rendirent dans cet hermitage même la vie tellement amere, qu'il fut sur le point de se retirer hors de la chrétienté ; mais son étoile ne lui permit pas de se procurer ce repos.
On lui fit un procès d'hérésie devant l'archevêque de Sens, & l'on convoqua sur cette affaire l'an 1140 un concile provincial, auquel le roi Louis VIII. voulut assister en personne. S. Bernard étoit l'accusateur, Abélard fut bientôt condamné. Le pape Innocent II. confirma la condamnation, en ordonnant que les livres de l'hérétique seroient brûlés, qu'il ne pourroit plus enseigner, & qu'on l'emprisonnât.
Il étoit perdu sans Pierre le Vénérable, qui, touché de son triste sort & de la beauté de son génie, le reçut favorablement dans son abbaye de Clugny, & lui réconcilia S. Bernard, le promoteur de l'oppression que l'innocence avoit soufferte dans le concile de Sens & à Rome. Mais de si longs malheurs consécutifs avoient tellement délabré la santé d'Abélard, qu'il n'étoit plus tems d'y porter remede. Envain l'abbé de Clugny l'envoya pour le rétablir dans le prieuré de S. Marcel, lieu pur & agréable, situé sur la Saône auprès de Châlons ; il y mourut bientôt après le 21 Avril 1142, à l'âge de 63 ans. Voyez dans Bayle son article, joignez-y les articles Héloïse, Berenger de Poitiers, Amboise, (François), Foulques, & vous aurez dans le même dictionnaire l'histoire complete d'Abélard. (D.J.)
PALAIS, s. m. (Architect.) bâtiment magnifique, propre à loger un roi ou un prince. On distingue les palais en palais impérial, royal, pontifical, épiscopal, cardinal, ducal, &c. selon la dignité des personnes qui l'occupent.
On appelle aussi palais le lieu où une cour souveraine rend la justice au nom du roi, parce qu'anciennement on la rendoit dans les palais des rois.
Selon Procope, le mot palais vient d'un certain grec, nommé Pallas, lequel donna son nom à une maison magnifique qu'il avoit fait bâtir. Auguste fut le premier qui nomma palais la demeure des empereurs à Rome sur le mont qu'on nomme à cause de cela le mont palatin. (D.J.)
PALAIS, (Antiq. rom.) le nom de palais vient du mont palatin à Rome, sur lequel étoit assise la maison des empereurs. De-là les hôtels ou maisons des rois, princes & grands seigneurs, prirent le nom de palais : Nam quia imperii sedes in eo constituta fuit, cujusvis principis aulam, aut splendidi hominis domum, palatium dicimus. Auguste fut le premier qui se logea au mont palatin, faisant son palais de la maison de l'orateur Hortensius, qui n'étoit ni des plus grandes, ni des mieux ornées de Rome. Suétone nous la dépeint, quand il dit : Habitavit posteà in palatio, sed aedibus modicis Hortensianis, neque cultis, neque conspicuis.
Ce palais fut ensuite augmenté par Tibere, Caligula, Alexandre fils de Mammée, & autres. Il subsista jusqu'au regne de Valentinien III. sous lequel n'étant ni habité, ni entretenu, il vint à tomber en ruine. Les seigneurs romains avoient leurs palais, ou plutôt leurs hôtels sous le nom de domus, qui ressembloient par leur grandeur à de petites villes, domos cognoveris, dit Salluste, in urbium modum aedificatas. Ce sont ces maisons que Séneque appelle, aedificia privata, laxitatem urbium magnarum vincentia. Le grand-seigneur de Rome s'estimoit être logé à l'étroit, si sa maison n'occupoit autant de place que les terres labourables de Cincinnatus. Pline dit plus, lorsqu'il assûre que quelques-uns y avoient des vergers, des étangs, des viviers & des caves si vastes, qu'elles passoient en étendue les terres de ces premiers citoyens de Rome que l'on tiroit de la charrue à la dictature. Ces palais contenoient divers édifices, qui formoient autant d'appartemens d'été & d'hiver, ornés chacun de galeries, salles, chambres, cabinets, bains, tous enrichis de peintures, dorures, statues, bronzes, marbres, & de pavés superbes de marqueterie & de mosaïque. (D.J.)
PALAIS GALIENNE, (Antiq.) nom d'un reste d'amphithéâtre que l'on voit près de Bordeaux à la distance d'environ quatre cent pas. Il est le moins bien conservé de tous ceux qui sont en France, si l'on en excepte celui de Lyon ; & ce qui a été détruit, faisoit près de trois quarts de l'édifice : ce qui reste, peut cependant faire juger de son ancienne beauté. Il étoit bâti de petites pierres fort dures toutes taillées, de trois pouces de haut & autant de large sur le parement de la muraille, & rentrant en-dedans d'environ cinq à six pouces. Ce parement étoit entrecoupé d'un rang de trois grosses briques qui regnoit tout à l'entour de chaque côté. Les arceaux des portes étoient aussi entrecoupés de brique, ce qui, pour la couleur, contrastoit agréablement avec la pierre ordinaire, & présentoit un coup - d'oeil symmétrique & varié. Ces matériaux étoient si fortement unis ensemble par leur assemblage & par une certaine espece de ciment, que depuis près de douze siecles il ne s'est détaché aucune pierre de tout ce qui reste d'entier. La solidité, dont on juge que cet édifice devoit être, fait croire que nous l'aurions encore dans son premier état, si l'on n'eût travaillé tout exprès à le détruire. Sa forme étoit elliptique ou ovale. Il y avoit six enceintes, en y comprenant l'arène, c'est-à-dire le lieu où se faisoient les combats d'hommes ou d'animaux. On a trouvé que sa longueur devoit être de 226 piés, & sa largeur de 166.
Comme on n'a découvert aucune inscription qui puisse fixer l'époque de l'érection de ce monument, on ne peut assûrer rien de positif à ce sujet. Le nom de palais galienne qui lui est resté pourroit donner lieu de croire qu'il fut élevé sous le regne de cet empereur.
Une fable, conservée par Rodéric de Tolede, attribue la construction de ce prétendu palais à Charlemagne, qui le destina, dit-il, à Galienne son épouse, fille de Galastre, roi de Tolede : mais l'ignorance seule des derniers siecles a pu accréditer ce conte. La forme du monument ne laisse aucun lieu de douter que ce ne soit un amphithéâtre. Outre cela de vieux titres latins de l'église de S. Severin qui en est voisine, & qui ont plus de 500 ans d'antiquité, lui donnent le nom d'arènes, que la tradition lui avoit sans doute conservé. Voyez le recueil de littérat. tome XII. in -4°. (D.J.)
PALAIS, comte du, (Hist. de France) charge éminente sous la seconde race des rois de France : sous la premiere race, le comte du Palais étoit fort inférieur au maire, quoiqu'il fût cependant le juge de tous les officiers de la maison du roi, & qu'il confondît dans sa personne tous les autres offices que l'on a vû depuis, tels que le bouteiller, le chambrier, &c. Cette charge s'éleva sous la deuxieme race, tandis que celle de maire fut anéantie ; & sous les rois de la troisieme, celle de sénéchal anéantit celle de comte du palais, dont l'idée nous est restée dans le grand-prevôt de l'hôtel. Le connétable, qui ne marchoit qu'après le comte du palais sous la deuxieme race, devint le premier homme de l'état sous la troisieme, & la charge de sénéchal finit en 1191. P. Henaut. (D.J.)
PALAIS, (Jurisprud.) est une maison dans laquelle un roi ou autre prince souverain fait sa demeure ordinaire.
Le palais qui est à Paris dans la cité & dans lequel le parlement & plusieurs autres cours & tribunaux tiennent leurs séances est ainsi appellé, parce que c'étoit la demeure de plusieurs de nos rois jusqu'au tems de Louis Hutin, qui l'abandonna entierement pour y faire rendre la justice.
A l'imitation de ce palais de Paris, on a aussi dans plusieurs grandes villes donné le titre de palais à l'édifice dans lequel se rend la principale justice royale, parce que ces sortes d'édifices où l'on rend la justice au nom du roi sont censés sa demeure.
Les maisons des cardinaux sont aussi qualifiées de palais, témoin le palais cardinal à Paris, appellé vulgairement le palais royal.
Les maisons des archevêques & évêques n'étoient autrefois qualifiées que d'hôtel, aussi-bien que la demeure du roi, présentement on dit palais archiépiscopal, palais épiscopal.
Du reste aucune personne quelque qualifiée qu'elle soit, ne peut faire mettre sur la porte de sa maison le titre de palais, mais seulement celui d'hôtel. (A)
PALAIS, terme de Pêche, usité dans le ressort de l'amirauté de Marennes. La description en est faite à l'article SALICOTS.
PALAIS, Saint, (Géog. mod.) petite ville de France dans la basse Navarre, au diocese de Bayonne, sur la Bidouse, à 5 lieues de S. Jean Pié-de-Port, à qui elle dispute l'honneur d'être la capitale de la Navarre. Long. 16. 35. latit. 43. 20.
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| PALALACA | S. m. (Ornithol.) oiseau des îles Philippines, qui tient de la hupe, & qui est de la grosseur de nos poules. Le P. Camelli l'a décrit ainsi : Son cri est rude & désagréable : sa tête est brune & hupée ; son bec est assez fort pour percer les arbres, les creuser & y faire son nid. Sa couleur est d'un beau verd, quelquefois nuancé d'autres couleurs. Cet oiseau est, selon les apparences, une espece de grimpereau.
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| PALAMOS | (Géog. mod.) petite, mais forte ville d'Espagne, dans la Catalogne, avec un port. Les François la prirent en 1694, & la rendirent en 1697 par la paix de Riswick ; elle est sur la méditerranée à 5 lieues S. E. de Girone, 19 N. E. de Barcelone. Long. 20. 46. latit. 41. 48. (D.J.)
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| PALAN | (Marine & Méchan.) assemblage de poulies jointes ensemble de maniere qu'elles soient les unes à côté des autres, ou les unes au-dessus des autres dans la même boîte ou moufle : cet assemblage de poulies avec leur cordage est ce qu'on appelle palan ou caliorne. Pour savoir combien la force est multipliée dans le palan, il n'y a qu'à compter le nombre de branches de la corde qui soutient le fardeau ; car il est aisé de voir que si cette corde a par exemple quatre branches, chacune soutiendra le quart du poids, & que par conséquent la puissance appliquée à l'extrémité d'une de ces branches soutiendra ce même quart. Voyez la manoeuvre des vaisseaux de M. Bouguer, p. 7 ; voyez aussi p. 78 du même ouvrage l'évaluation de l'effet d'un palan lorsque le frottement & la roideur des cordes sont fort considérables. (O)
On se sert du palan pour embarquer & pour débarquer des marchandises & autres pesans fardeaux. Une de ces cordes s'appelle étague, mantel ; & l'autre garant. Le palan, dit un autre auteur, est la corde qu'on attache à l'étai, ou à la grande vergue, ou à la vergue de misene pour tirer quelque fardeau, ou pour bander les étais. Il est composé de trois cordes ; savoir, celle du palan, l'étague & la drisse. Il a des pattes de fer au bout qui descendent en bas. Il a trois poulies, l'une desquelles est double. Celui du mât de misene ne s'en détache jamais, comme étant du service ordinaire.
Grands palans. Ce sont ceux qui tiennent au grand mât.
Palan simple, palan de misene ; ce sont ceux qui sont attachés au mât de misene, & qui servent à haler à abord les ancres & la chaloupe, à rider les haubans, &c.
Palan à caliorne ; c'est la caliorne entiere. Voyez CALIORNE.
Palan à candelette. Voyez CANDELETTE.
Palan d'étai. On entend ceux qui sont amarrés à l'étai.
Palan de surpente.
Palan d'amure ; c'est un petit palan dont l'usage est d'amurer la grande voile par un gros vent.
Palans de bout ; ce sont des petits palans frappés à la tête du mât de beaupré par-dessus, dont l'usage est de tenir la vergue de civadiere en son lieu, & d'aider à la hisser lorsqu'on la met à la place.
Palans pour rider les haubans.
Palans de retraite ; ce sont aussi de petits palans dont les canonniers se servent pour remettre le canon dedans, quand il a tiré, lorsque le vaisseau est à la bande.
Palans de canon. Voyez DROSSE ou TRISSE. (Z)
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| PALANCHE | S. f. termes de Porteurs d'eau ; c'est un instrument de bois, long d'environ trois piés, un peu concave dans le milieu, au bout duquel il y a deux entaillures pour y accrocher deux sceaux d'eau, qu'on porte ainsi sur l'épaule. En d'autres endroits on appelle cet instrument chamblon, mot qui, selon les apparences, dérive de celui de chambriere, instrument à porter l'eau. (D.J.)
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| PALANÇONS | S. m. pl. (Archit.) morceaux de bois qui retiennent le torchis. Voyez TORCHIS.
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| PALANDEAUX | S. m. (Marine) bouts de planches que l'on couvre de bourre & de goudron pour boucher les écubiers & les trous du bordage.
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| PALANGRES | S. f. terme de Pêche, usité dans le ressort de l'amirauté de Brest ; ce sont les moyennes & petites lignes garnies de moyens hameçons entraînées ou cordées à la mer avec lesquelles les pêcheurs prennent diverses especes de poissons saxatiles.
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| PALANKA | (Géog. mod.) petite ville de la haute Hongrie, au comté de Novigrad, sur la riviere d'Ibola, à 7 lieues N. de Novigrad, 15 N. de Bude. Long. 36. 58. lat. 48. 3.
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| PALANQUE | (Marine) c'est un commandement pour faire servir ou tirer sur le palan.
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| PALANQUER | v. a. (Commerce) se servir des palans pour charger les marchandises dans les navires, ou pour les en décharger.
Il y a des especes de marchandises que les matelots des navires marchands sont tenus de palanquer, c'est-à-dire, de charger & décharger, sans qu'ils en puissent demander de salaire au maître ou au marchand. Tels sont, par exemple, les planches, le mairain, & le poisson verd & sec ; ce qui se comprend tout sous le terme de maléage. Ils sont aussi tenus de la décharge des grains, des sels, &c. ce qui s'appelle paléage.
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| PALANQUINES | Voyez BALANCINES.
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| PALANQUINS | ou PALANKINS, ou PALEKIS, (Hist. mod.) espece de voiture portée par des hommes, fort en usage dans les différentes parties de l'Indostan. Le palankin est une espece de brancard terminé des deux côtés par une petite balustrade de cinq à six pouces de hauteur. Il y a un dossier semblable à celui du berceau d'un enfant. Au-lieu d'être porté par deux brancards, comme nos litieres, ou chaises-à-porteurs, le palankin est suspendu par des cordes à un long morceau de bois de bambou, qui a cinq à six pouces de diamêtre, & qui est courbé par le milieu, & porté sur les épaules de deux ou d'un plus grand nombre d'hommes. Ces voitures portatives sont plus ou moins ornées, suivant la qualité & les facultés des personnes à qui elles appartiennent. Lorsque le tems est mauvais, le palankin se recouvre de toile cirée. Ceux que l'on porte sont couchés sur des coussins & sur des tapis plus ou moins riches. Quand c'est une femme, elle est cachée par des rideaux de toile, ou de quelque étoffe de soie. Ces voitures sont fort cheres ; le bâton de bambou auquel le palankin est attaché, coûte quelquefois jusqu'à 5 ou 600 liv. mais les porteurs se contentent du prix modique de 10 à 12 francs par mois. Les meilleurs palankins se font à Tatta, dans la province d'Azmir, dépendant du grand-mogol.
PALANQUIN, (Marine) c'est un petit palan qui sert à lever de médiocres fardeaux. Il y en a de doubles & de simples.
Palanquins de ris ; ce sont des palanquins que l'on met au bout des vergues des huniers, par le moyen desquels on y amene les bouts des ris, quand on les veut prendre.
Palanquins simples de racage ; on s'en sert pour guinder ou amener le racage de la grande vergue, lorsqu'il faut guinder ou amener la vergue.
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| PALANTIU | ou PALLANTIUM, (Géog. anc.) ville de l'Arcadie, selon Etienne le géographe & Trogue Pompée. Elle avoit été premierement ville, elle fut ensuite réduite en village ; mais l'empereur Antonin lui rendit, selon Pausanias, le titre de ville, avec la liberté & la franchise, la regardant comme la mere de Pallanchium ; ville d'Italie, qui devint une partie de la ville de Rome. Tite-Live écrit Palanteum, & Virgile dit Pallanteum.
Pallantis proavi de nomine Pallanteum.
(D.J.)
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| PALAPARIJA | S. m. (Ophyologie) espece de serpent de l'île de Ceylan, qui vit sous terre. Il est très-gros, marqué de belles couleurs, entre lesquelles le rouge domine. Ray.
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| PALAPOLI | (Géog. mod.) petite ville de la Natolie, dans la Caramanie, sur la côte au nord de l'île de Chypre, presque à l'embouchure d'une petite riviere. Long. 51. 1. lat. 36. 52.
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| PALARDEAUX | S. m. (Marine) ce sont des bouts de planches que les calfateurs couvrent de goudron & de bourre, pour boucher les trous qui se font dans le bordage. Quelques-uns appellent aussi palardeaux des tampons qui servent à boucher les écubiers. (Z)
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| PALARIA | S. f. (Gymnast. milit.) espece d'exercice militaire en usage chez les Romains ; ils plantoient un poteau en terre, & les jeunes soldats, étant à six pas de distance, s'avançoient vers ce poteau avec un bâton au-lieu d'épée, faisant toutes les évolutions d'attaque ou de défense, comme s'ils étoient réellement engagés avec un ennemi. On peut traduire palaria par palaries. Les pieux enfoncés en terre, s'en élevoient dehors environ de la hauteur de six piés. Chaque soldat muni d'une épée de bois & d'un bouclier tressé d'osier, entreprenant un de ses pieux, l'attaquoit comme un ennemi, lui portoit des coups sur toutes les parties, tantôt avançant, tantôt reculant, tantôt sautant. Ils le perçoient aussi avec le javelot. Il y avoit des femmes qui prenoient quelquefois l'épée de bois & le bouclier d'osier, & qui se battoient contre les pieux. Mais on avoit meilleure opinion de leur courage & de leur vigueur que de leur honnêteté.
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| PALATIN | NE, adj. en Anatomie, qui appartient au palais. On remarque trois trous palatins dans les fosses palatines, un à la partie moyenne & antérieure formé par l'union des deux os maxillaires & nommé trou incisif, à cause de sa situation ; deux aux parties latérales externes, formés par l'union des os maxillaires & des os du palais ; on les appelle aussi gustatifs. Voyez MAXILLAIRE, PALAIS, &c.
Portion palatine de l'os du palais. Voyez PALAIS.
Les fosses palatines, ou la voute du palais est formée par la face inférieure des os maxillaires, & celle de la partie inférieure du plan horisontal, de l'os du palais, au moyen de l'union de ces quatre os. Voyez MAXILLAIRE & PALAIS.
L'artere palatine est une branche de la carotide externe.
PALATIN, adj. (Hist. anc.) nom donné à Apollon par Auguste, qui ayant fait bâtir sur le mont Palatin un temple consacré à ce dieu, lui donna le surnom d'Apollo Palatinus, parce que les augures lui avoient déclaré, que telle étoit la volonté d'Apollon. Ce temple fut enrichi par le même empereur d'une bibliotheque nombreuse & choisie, qui devint le rendez-vous des savans. Lorsque l'académie françoise fut placée au louvre, elle fit allusion à cet événement, en faisant frapper une médaille où l'on voit Apollon tenant sa lyre, appuyé sur le trépié, d'où sortoient ses oracles ; dans le fond paroît la principale façade du louvre, avec cette légende, Apollo Palatinus, Apollon dans le palais d'Auguste.
PALATIN, MONT, Palatinus mons, (Géog. anc.) montagne d'Italie, l'une des sept sur lesquelles la ville de Rome étoit bâtie. C'étoit celle que Romulus environna de murailles pour faire la premiere enceinte de la ville. Il choisit ce lieu, parce qu'il y avoit été apporté avec son frere Remus par le berger Faustulus, qui les avoit trouvés sur les bords du Tibre, & qu'il vit d'ailleurs douze vautours qui voloient sur cette montagne, au lieu que Remus n'en vit que six sur le mont Aventin.
Les uns veulent que ce mont fût appellé Palatin, de Palès, déesse des bergers, qu'on y adoroit : d'autres le dérivent de Palatia, femme de Latinus ; & d'autres des Pallantes, originaires de la ville de Pallantium, dans le Péloponnèse, & qui vinrent s'habituer en cet endroit avec Evander.
La maison des rois, qu'on a appellée de-là palatium, c'est-à-dire palais, étoit sur cette montagne. Pausanias, l. VIII. p. 525. dit que les lettres L & N. ayant été ôtées du mot pallantium, on forma le nom de cette maison.
L'empereur Héliogabale fit faire une galerie soutenue de piliers de marbre, qui joignoient le mont Palatin, avec le mont Capitolin. On y a vu dix temples magnifiques, seize autres petits, & quantité de superbes bâtimens, dont on admiroit l'architecture, entr'autres celle du palais d'Auguste ; mais ce quartier de la ville n'a plus aujourd'hui que quelques jardins, qui sont assez beaux. (D.J.)
PALATIN, TEMPLE, (Antiq. rom.) Voyez TEMPLE D'APOLLON.
PALATIN, ELECTEUR, PALATINAT, s. m. (Gram. Hist. mod. Droit public) on appelle en Allemagne électeur palatin, ou comte palatin du Rhin, un prince feudataire de l'empire, dont le domaine s'appelle Palatinat. Voyez PALATINAT. Ce prince jouit de très-grandes prérogatives, dont la plus éminente est celle de faire les fonctions de vicaire de l'empire pendant la vacance du trône impérial dans les contrées du Rhin, de la Souabe & de la Franconie. Ce droit lui a été quelquefois disputé par l'électeur de Baviere ; mais enfin l'électeur palatin d'aujourd'hui a consenti à le partager avec lui. Dans la bulle d'or l'électeur palatin est appellé le juge de l'empereur. Il porte aussi le titre de grand-trésorier de l'empire, il a le droit d'annoblir, & il jouit d'un droit singulier, appellé wildfangiat. Voyez cet article.
Les comtes palatins étoient autrefois des officiers attachés aux palais des empereurs ; ils avoient un chef à qui ils étoient subordonnés ; & les empereurs lui avoient accordé de très-grandes prérogatives, afin de rendre sa dignité plus éminente. On comptoit plusieurs comtes palatins ; il y avoit celui du Rhin, celui de Baviere, celui de Franconie, celui de Saxe & celui de Souabe. Aujourd'hui le titre de comte palatin, en allemand pfalzgraff, ne se prend que par les princes de Sultzbach, de Deuxponts, & de Birckenfeld, qui sont de trois différentes branches d'une même maison. C'est un prince de la premiere de ces branches, qui est actuellement électeur palatins. (-)
PALATIN DE HONGRIE, (Hist. mod.) c'est le titre qu'on donne en Hongrie à un seigneur qui possede la plus éminente dignité de l'état. Les états du pays élisent le palatin ; c'est lui qui a droit de les convoquer ; il est le tuteur des mineurs ; il commande les troupes en tems de guerre. En un mot, il est l'administrateur du royaume. Cette dignité n'est point héréditaire, & elle se perd par mort.
En Pologne les gouverneurs des provinces nommés par le roi, prennent aussi le titre de palatin. (-)
PALATINS, JEUX, (Antiq. rom.) ces jeux furent institués par l'impératrice Livie, pour être célebrés sur le mont palatin, en l'honneur d'Auguste. Les douze prêtres de Mars, ou saliens, furent aussi surnommés palatins. (D.J.)
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| PALATINAT | Voyez PALATIN.
PALATINAT, (Géog. mod.) province considérable d'Allemagne, divisée en haut & en bas Palatinat.
Le haut-Palatinat, appellé aussi le Palatinat de Baviere, est entre la Baviere, la Franconie & la Bohème, & appartient au duc de Baviere ; Amberg en est la capitale.
Le bas Palatinat, ou Palatinat du Rhin, ou l'électorat, est borné par l'archevêché de Mayence, le haut-comté de Catzenellebogen, le comté d'Erpach, le duché de Wirtemberg, l'Alsace, le Marquisat de Bade & l'archevêché de Trèves. L'électeur palatin fait tantôt sa résidence à Manheim, tantôt à Heidelberg, & tantôt à Dusseldorff. Il possede encore les duchés de Neubourg, de Berg & de Juliers, la principauté de Sultzbach, & la seigneurie de Ravestein. Le terroir du bas-Palatinat est fertile, arrosé par le Rhin & le Necker. Il y a plusieurs petits états renfermés dans le Palatinat, qui ont leurs souverains particuliers, & indépendans de l'électeur palatin.
Scioppius (Gaspard), l'un des plus redoutables critiques du xvij. siecle, naquit dans le Palatinat, en 1576, & mourut à Padoue en 1649, à 74 ans. Il ne se contenta pas d'écrire avec passion contre des particuliers, il attaqua même le roi Jacques I. & la personne d'Henri IV. Il fit d'autres ouvrages où regne beaucoup d'esprit, de critique & de littérature, mais la bile avec laquelle il déchira tout le monde, rendit sa mémoire odieuse. (D.J.)
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| PALATINE | S. f. terme de Marchand de mode ; c'est un ornement qui sert aux femmes pour couvrir leur poitrine, & qu'elles se mettent sur le col. L'on en fait de blonde, de ruban & de dentelle, de chenille, de souci d'hanneton, de nompareil & de fil.
Cet ornement différe selon les modes ; aujourd'hui ce sont plusieurs blondes qui sont montées sur un ruban large d'un doigt, & qui forment plusieurs plis, cela peut avoir trois quarts de long sur quatre doigts de large.
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| PALATITE | ou PALATINS, (Hist. nat.) nom donné par quelques auteurs à l'espece de rubis que l'on appelle rubis balais. Voyez RUBIS.
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| PALATO-PHARYNGIEN | en Anatomie, nom de deux muscles du pharynx. Voyez PERISTAPHILO-PHARYNGIEN.
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| PALATO-STAPHYLIN | en Anatomie ; nom d'une paire de muscles qui viennent de part & d'autre du bord postérieur du plan inférieur des os du palais, & qui vont en formant un angle s'insérer à la luette.
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| PALATRE | S. f. (Serrur.) c'est la piece de fer qui couvre toutes les garnitures d'une serrure, & contre laquelle sont montés & attachés tous les ressorts nécessaires pour une fermeture. (D.J.)
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| PALATUA | (Mythol.) déesse qui présidoit au mont Palatin, & qui gardoit sous sa tutele le palais des empereurs. Elle avoit un prêtre particulier nommé Palatinalis, & les sacrifices qu'on lui offroit s'appelloient palatualia.
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| PALAZZUOL | ou PALAZOLO, (Géog. mod.) petite ville de Sicile, dans le val de Noto, sur le bord de la riviere Bufaro, à 20 lieues O. de Syracuse. Long. 32. 40. lat. 37. 3. (D.J.)
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| PALE | Voyez PALETTE.
PALE, s. f. (Hydr.) est une petite vanne qui sert à ouvrir & fermer la chaussée d'un moulin ou d'un étang pour le mettre en cours. Quand on veut donner l'eau à la roue d'un moulin, on leve une pale qui est différente du déversoir d'un moulin. (K)
PALE D'AVIRON ; c'est le bout plat de l'aviron qui entre dans l'eau.
PALE, s. f. carton quarré couvert d'un côté ordinairement d'une toile de lin, de l'autre de la même étoffe que le reste des ornemens, & qui est alors chargé d'une croix. Il sert à couvrir le calice. On l'appelle aussi volet. On leve la pale ou le volet pour découvrir le calice à la consécration.
PALE, adj. PALEUR, s. f. (Gram.) la pâleur est une nuance de la blancheur. On l'attribue à tout ce qui est blanc, à tout ce qui tient à cette couleur, & qui ne devroit pas l'être, ou qui devroit l'être, ou en tenir moins. Des roses pâles ; un rouge pâle ; un visage pâle ; le soleil est pâle ; ce bleu est pâle. La pâleur est donc presque toujours la marque d'un défaut, excepté en amour, s'il en faut croire M. de Montcrif. On lit dans une de ses romances :
En lui toute fleur de jeunesse
Apparoissoit ;
Mais longue barbe, air de tristesse,
Les ternissoit.
Si de jeunesse on doit attendre
Beau coloris,
Pâleur qui marque une ame tendre
A bien son prix.
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| PALÉ | adj. terme de Blason ; on dit qu'un écu est pâlé, quand il est chargé également de pals, de métal & de couleur ; & qu'il est contre-pâlé lorsqu'il est coupé, & que les deux demi-pals du chef, quoique de couleurs semblables à ceux de la pointe, sont néanmoins différens à l'endroit où ils se rencontrent ; ensorte que, si le premier du chef est de métal, celui qui y répond au-dessous est de couleur.
On dit que l'écu est palissé, quand les pals sont aiguisés, & semblables à ceux dont on fait usage dans la défense des places. Briqueville en Normandie, pâlé d'or & de gueules.
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| PALÉAGE | S. m. (Marine) c'est l'action de mettre hors d'un vaisseau les grains, les sels & autres marchandises qui se remuent avec la pelle, & l'obligation où les matelots sont de les décharger. Les matelots n'ont point de salaire pour le paléage & le maléage, mais ils en ont pour le guindage & le remuage. (Z)
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| PALÉE | S. f. (Hydr.) est un rang de pieux espacés assez près les uns des autres, liernés, moisés, boulonnés de chevilles de fer, & enfoncés avec le mouton, suivant le fil de l'eau, pour porter quelque fardeau de maçonnerie, ou les travées d'un pont de bois. (K)
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| PALÉE | S. f. (Marine) c'est l'extrémité plate de la rame ou de l'aviron ; celle qui entre dans l'eau lorsqu'on s'en sert.
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| PALEFRENIER | S. m. (Maréchall.) On appelle ainsi un domestique destiné à panser & entretenir les chevaux. Les instrumens propres à son usage sont l'étrille, la brosse, le peigne de corne, l'éponge, l'époussette, le couteau de chaleur, les ciseaux ou le rasoir, le sceau, la pelle, la fourche de bois, le balai de bouleau, le balai de jonc, la fourche de fer, la pince à poil, le bouchon de foin, le cure pié, le couteau à poinçon, &c. Voyez la description & la figure de ces instrumens aux lettres & aux figures qui leur conviennent.
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| PALEFROI | S. m. (Maréchall.) cheval de parade & de pompe sur lequel les princes & les grands seigneurs faisoient autrefois leur entrée. Ce mot n'est plus usité. On distinguoit trois sortes de chevaux ; les destruis ou chevaux de bataille, les palefrois ou chevaux de parade, & les roussins ou chevaux de bagage.
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| PALEMENTE | S. f. (Marine) nom collectif ; il se dit des rames d'une galere. Quand on veut armer le caiq, les matelots passent sur la palemente en sautant d'une rame à l'autre.
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| PALÉMON | S. m. (Mythol.) c'est le Mélicerte des Phéniciens, & le Portumnus des Latins. Les Corinthiens signalant leur zele envers Mélicerte, dit Pausanias, lui changerent son nom en celui de Palémon, & instituerent les jeux isthmiques en son honneur. Il eut une chapelle dans le temple de Neptune, avec une statue ; & sous cette chapelle il y en avoit une autre où l'on descendoit par un escalier dérobé. Palémon y étoit couché, disoit-on ; & quiconque osoit faire un faux serment dans le temple, soit citoyen ou étranger, étoit aussi-tôt puni de son parjure. (D.J.)
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| PALEMPUREZ | S. m. (Toile peinte) tapis de toile peinte qui viennent des Indes ; ils portent ordinairement deux aunes & un quart.
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| PALENCIA | (Géog. mod.) ville d'Espagne au royaume de Léon, avec un riche évêché suffragant de Burgos. Elle fut bâtie par le roi Sanche le grand dans un terroir fertile, aux frontieres de la Castille, à 17 lieues S. O. de Burgos, 25 S. E. de Léon, 46 N. de Madrid. Long. 13. 26. lat. 42. 11.
Vela, (Joseph) jurisconsulte espagnol naquit dans cette ville en 1588. Quoique ses ouvrages soient très-médiocres, ils ont été imprimés plusieurs fois, & ont un grand débit en Espagne, parce qu'ils roulent principalement sur des matieres ecclésiastiques qu'il a étayées des décisions de la rote de Rome. Les dernieres éditions ont été faites à Genève en 1726 & 1740. Vela mourut à Grenade en 1643, âgé de 55 ans. (D.J.)
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| PALÉOCASTRO | (Géogr. mod.) , ville ruinée de l'île de Crete dans les terres, à quelques milles au midi du port de Chisamo. Il est vraisemblable que c'étoit la ville d'Aptere, près de laquelle on voyoit ce fameux champ où les sirenes vaincues par les muses dans un défi de musique, perdirent leurs aîles.
Paleocastrodi Sitia est encore le nom italien d'une forteresse de l'île de Candie.
C'est aussi le nom d'une ville ruinée dans l'ile de Thermie, une des cyclades, à 40 milles de Serfanto. (D.J.)
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| PALÉOPOLIS | (Géog. anc. & mod.) ville ruinée de l'île d'Andros dans l'Archipel, une des cyclades, au S. E. de Negrepont.
Les ruines de Paléopolis sont à deux milles d'Arna vers le S. S. O. au-delà du port Gaurio : cette ville qui portoit le nom de l'île, comme l'assurent Hérodote & Galien, étoit fort grande, & située avantageusement sur le penchant d'une montagne qui domine toute la plage ; il en reste encore des quartiers de muraille très-solides, sur-tout dans un endroit remarquable, où, suivant les apparences, étoit la citadelle dont Tite-Live fait mention.
Outre les vieux marbres renversés dans ces ruines, on y trouvoit encore dans le dernier siecle, de belles colomnes, des chapiteaux, des bases, & quelques inscriptions, qui ne sauroient être presque d'aucun usage. Nous tirâmes, dit Tournefort, ce que nous pûmes de celle qui nous parut la moins effacée ; il y est parlé du sénat du peuple d'Andros & des prêtres de Bacchus, ce qui fait conjecturer qu'elle avoit été placée sur les murailles, ou dans le fameux temple de ce dieu, & que conséquemment elle pouvoit marquer la situation de ce bâtiment.
En avançant dans ces ruines, le hasard nous fit découvrir, continue-t-il, une figure de marbre sans tête & sans bras, le tronc avoit trois piés dix pouces de haut, & la draperie en étoit fort belle. Le long d'un petit ruisseau qui fournit de l'eau à la ville, nous remarquâmes deux autres troncs de marbre où le grand goût du sculpteur paroissoit encore. Ce ruisseau fait souvenir de la fontaine appellée le présent de Jupiter ; mais elle s'est perdue dans ces ruines, ou c'est le ruisseau même à qui on avoit donné ce nom.
Quoi qu'il en soit, cette fontaine, au rapport de Mutianus, avoit le goût du vin dans le mois de Janvier, & ne devoit pas être loin de l'endroit des ruines de nos jours, puisque Pline la place proche le temple de Bacchus, mentionné dans l'inscription dont on vient de parler. Le même auteur dit que ce miracle duroit sept jours de suite, & que ce vin devenoit de l'eau si on l'emportoit hors de la vue du temple. Pausanias ne parle point de ce changement ; mais il avance que l'on croyoit que tous les ans pendant les fêtes de Bacchus, il couloit du vin du temple consacré à ce dieu dans l'île d'Andros. Les prêtres sans doute ne manquoient pas d'entretenir cette croyance en vuidant quelques muids de vin par des canaux cachés. (D.J.)
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| PALERME | (Géogr. mod.) en latin Panormus ; ville détruite de la Sicile, dans le val de Mazara, avec un archevêché & un petit port. Palerme avant sa destruction par un tremblement de terre, disputoit à Messine le rang de capitale.
Elle étoit sur la côte septentrionale de l'île, au fond du golfe de même nom, dans une belle plaine, à 44 lieues O. de Messine, 68 S. O. de Naples, 96 S. de Rome. Long. 31. 15. lat. 38. 10.
Cette ville s'est glorifiée d'avoir produit sainte Agathe, saint Agathon, religieux bénédictin, élu pape le 11 Avril 679. Giberti (Jean-Matthieu), évêque de Vérone, mort le 30 Décembre 1543. Ce dernier prélat aimoit les lettres, & avoit chez lui une imprimerie, d'où sortit en 1529, une belle édition grecque des homélies de saint Jean Chrisostôme sur les épitres de saint Paul. Antoine dit Palerme, vendit sa maison pour un manuscrit de Tite-Live. Je supprime les noms d'une foule de jésuites & autres moines nés à Palerme, & qui pendant deux siecles ont inondé l'Europe d'ouvrages aujourd'hui ignorés, sur le droit canon, la théologie scholastique, & autres sujets semblables.
Mais Palerme a été la patrie de quelques vrais savans, cités dans la bibliotheca sicula de Mongitore. Je me contenterai de remarquer que quoique l'un d'eux, j'entends Ingrassia (Jean-Philippe), célebre médecin du xvj. siecle, se dise de Palerme dans un endroit de ses ouvrages, c'est apparemment parce qu'on lui avoit donné la bourgeoisie dans cette ville ; car il naquit réellement en 1510 à Rochalbuto, bourgade de la vallée de Demona.
Il a découvert en Anatomie l'étrier, stapedem, petit os de l'oreille, & a décrit la structure de l'os cribreux beaucoup mieux qu'on ne l'avoit fait avant lui. Il s'est encore acquis une haute réputation en Anatomie & en Médecine par divers ouvrages, entr'autres par son commentarium in Galeni librum de ossibus, qui vit le jour après sa mort, Panormi, 1603, & Venetiis, 1604, in-fol.
Il a aussi publié pendant sa vie un livre de tumoribus praeter naturam, tom. I. Neapoli 1553, in-fol. Il promettoit dans ce volume six autres tomes sur cette matiere, mais qui n'ont pas vu le jour. Galien n'a distingué que soixante-une especes de tumeurs, & Ingrassia a presque triplé ce nombre. Il seroit trop long de citer tous les autres ouvrages de ce savant médecin, car il a prodigieusement écrit.
En 1563, Philippe II. roi d'Espagne, le nomma premier médecin de la Sicile & des îles adjacentes, poste qu'il remplit avec honneur : il donna de grandes preuves de son habileté & de son zele pour le bien public en l'année 1575, qu'une furieuse peste affligea la ville de Palerme, & une grande partie de la Sicile. Le sénat de Palerme, pour lui marquer sa reconnoissance, lui assigna 250 ducats aurea par mois ; mais il n'accepta qu'une modique somme pour embellir une chapelle du couvent des dominicains. Il cultivoit les belles-lettres & la poësie dans ses momens de loisir, & mourut fort regretté en 1580, âgé de 70 ans.
On peut consulter sur Palerme, l'ouvrage de Inveges (Augustino), intitulé Palermo antiquo, sacro & nobile, in Palermo 1649, 1650 & 1651, 3. vol. in-fol. complet. (D.J.)
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| PALERNODE | S. f. sorte de vers ecclésiastiques, où plusieurs nombres se rejettent au corps principal ; définition qui n'est pas claire.
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| PALERON | S. m. (terme de Chaircutier.) c'est la partie du porc qui est jointe au jambon de devant.
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| PALÉS | S. f. (Mythol.) divinité des bergers, qui avoit les troupeaux sous sa garde & sous sa protection ; aussi les villageois célébroient à la campagne en son honneur une grande fête qu'on nommoit palilies. Voyez PALILIES.
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| PALESTE | S. f. (Mesure anc.) , mesure grecque, que les Latins, au rapport de saint Jerôme, nommoient palmus. Pollux nous apprend que la paleste étoit composée des quatre doigts de la main joints ensemble, & qu'en y ajoutant le pouce dans son état naturel, on avoit la spitame, autre mesure que saint Jerôme nomme en latin palma ; en deux mots, la paleste équivaloit à quatre travers de doigts, & c'étoit la même mesure de longueur que le dochme ou le doron. Voyez MESURES DES GRECS. (D.J.)
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| PALESTÉS | (Mythol.) surnom donné à Jupiter, parce qu'Hercule s'étant présenté au combat de la lutte, & n'ayant trouvé personne qui osât se mesurer avec lui, pria son pere de lutter contre lui ; & le dieu eut la complaisance d'accepter le combat, & de se laisser vaincre pour accroître la gloire de son fils.
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| PALESTINE | (Géogr. mod.) la Palestine, ou la Terre-sainte, ou le pays de-Chanaan, est un pays d'Asie, aujourd'hui soumis à la Porte Ottomane ; il est sec, désert, entierement dépeuplé, & d'ailleurs couvert par-tout de rochers arides : sans doute qu'il étoit aussi cultivé qu'il peut l'être, quand les Juifs le possédoient. Ils avoient des palmiers, des oliviers, des ruches de miel ; ils avoient porté de la terre sur les rochers pour y planter des vignes, qui donnoient du bon vin ; cette terre liée avec des éclats de rocher, étoit soutenue par de petits murs. Cependant malgré tous les efforts des anciens Juifs, la Palestine n'eut jamais de quoi nourrir ses habitans ; de-là vint qu'ils se répandoient par-tout ; & alors, comme de nos jours, ils alloient faire le métier de courtiers en Asie & en Afrique ; à peine Alexandrie fut bâtie, qu'ils y étoient établis. Il y en avoit huit mille à Rome du tems d'Auguste.
L'état actuel de la Palestine est plus misérable que jamais : on n'y voit que des petites bourgades, villages dépeuplés, & quelques vieux châteaux délabrés. Le plat-pays est la proie des Arabes, qui le courent de toutes parts ; & comme il n'est cultivé & semé qu'en peu de lieux, ils attaquent le voyageur & les étrangers pour en tirer quelque chose. Les garnisons turques sont trop foibles & trop écartées les unes des autres pour réprimer ces brigandages.
Le peu de chrétiens qui se trouvent en Palestine, sont ramassés dans les vallées du Liban, sous leurs évêques maronites. Ils dépendent pour le temporel d'un seigneur arabe, qui se dit emir de Tripoli, & qui est tributaire du Turc. L'anti-Liban est habité par les Druses, gens qui ont une religion différente des Chrétiens, des Turcs, & de tous les autres peuples de la terre.
Toute la Palestine peut avoir 70 lieues d'étendue du midi au nord, sous les trois degrés paralleles 31. 32. & 33. Sa largeur peut être de 30 lieues.
Les pélerins la divisent en trois provinces ; la Judée, la Samarie & la Galilée, gouvernées chacune par un émir, sous le bon plaisir du grand-seigneur, qui, outre cet émir, y entretient deux sangiacs subordonnés au bacha de Damas.
Ces trois émirs sont l'émir de Seide, l'émir de Caesair & l'émir de Gaza ; les deux sangiacs prennent les noms de leur résidence, Jérusalem & Naplouse. Au-delà du Jourdain est ce qu'on appelle le royaume des Arabes ; ce royaume consiste en des déserts immenses, dont le roi est un souverain indépendant, qui ne reconnoît point l'autorité de la Porte.
Suivant le pere Nau, la Palestine comprend aujourd'hui le pays de Gaza, le pays d'Elkahill, ou d'Hébron, le pays d'Elkolds, ou de Jérusalem, le pays de Naplos, ou Naplouse, le pays de Harcté, le pays de Jouret-Cafre-Kanna, ou de Nazareth, le pays de Sapheth, & enfin le pays au-dessus du Jourdain, où il est dangereux de voyager à cause des Arabes qui l'occupent. Il ajoute que ces divers pays forment autant de gouvernemens, dont cependant le nombre n'est point fixe, parce que le grand-seigneur partage quelquefois un gouvernement en deux, & quelquefois il en unit deux en un.
Il faut bien se défier de la description des lieux que l'Ecriture-sainte a rendus mémorables. On nous en a donné des descriptions circonstanciées très-suspectes. Que ne prétend-on point faire voir à ceux qui entreprennent le voyage de la Palestine, & que ne leur produit-on point pour les dédommager de leurs fatigues ? On leur montre d'imagination le lieu où saint Epiphane, né en Palestine vers l'an 320, fonda lui-même un monastere. Ce pere de l'Eglise mourut en 403, âgé de plus de 80 ans. La meilleure édition de ses oeuvres est celle que le pere Petau publia en 1622, in-fol. en grec & en latin avec des savantes notes ; mais dans lesquelles il n'a pu rectifier & les erreurs, & le peu d'exactitude de saint Epiphane dans les faits qu'il rapporte. (D.J.)
PALESTINE, s. f. (Fondeur de caracteres d'Imprimerie) quatorzieme corps des caracteres d'imprimerie. Sa proportion est de quatre lignes mesure de l'échelle ; voyez proportions des caracteres d'Imprimerie, & l'exemple à l'article CARACTERES.
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| PALESTRE | S. f. (Art. gymnast.) palaestra ; lieu où les anciens s'exerçoient pour la gymnastique médicinale & athlétique, à la lutte, au palet, au disque, au jeu du dard & autres jeux semblables ; ce lieu d'exercice s'appelloit palaestra, du mot , la lutte.
Le terrein chez les Grecs & les Romains destiné à cet usage, étoit couvert de sable & de boue, pour empêcher que les athletes ne se tuassent en se renversant par terre. La longueur de la palestre étoit réglée par stades, qui valoient chacun 125 pas géométriques, & le nom de stade s'appliquoit à l'arene sur laquelle on couroit. Vitruve nous a donné dans son architecture, liv. V. ch. xj. la description & le plan d'une palestre.
Les combats même où l'on disputoit de la course & de l'adresse à lancer un dard, ont été nommés palestrae par Virgile dans son Aeneid. lib. V.
Pars in gramineis exercent membra palaestris.
Et quand il veut dépeindre dans ses Géorg. lib. II. v. 531. les jeux de ceux qui habitent la campagne, il dit que le laboureur propose au berger un combat de fleches ; qu'on tire contre un but attaché à un orme, & que chacun d'eux quitte ses habits pour être plus propre à cette palestre :
Pecorisque magistris
Velocis jaculi certamina ponit in ulmo,
Corporaque agresti nudat praedura palaestrâ.
Mais ce qui n'est point une fiction poëtique, & ce qui étoit particulier à Lacédémone, c'est que les filles s'exerçoient dans la palestre aussi-bien que les hommes. Si vous en voulez voir une belle description en vers, Properce vous la donnera dans une de ses élégies du troisieme livre. Cependant vous n'en trouverez point de peinture plus élégante en prose, que celle qu'en fait Ciceron dans ses Tusculanes, où après avoir parlé de la mollesse avec laquelle les autres nations élevoient les filles, il peint les occupations de celles de Sparte. Il leur est bien plus doux, dit-il, de s'exercer dans la palestre, de nager dans l'Eurotas, de s'exposer au soleil, à la poussiere, à la fatigue des gens de guerre, qu'il ne leur seroit flatteur de ressembler aux filles barbares. Il se mêle à la vérité de la douleur dans la violence de leurs exercices ; on les choque, on les frappe, on les repousse, mais ce travail même est un remede contre la douleur.
Pyrrhus a une fois employé bien heureusement le mot palestre au figuré. Comme il ne pouvoit se rendre maître de la Sicile, il s'embarqua pour l'Italie ; & tournant la vue vers cette île, il dit à ceux qui l'accompagnoient : " Mes amis, quelle palestre nous laissons-là aux Carthaginois & aux Romains ! " (D.J.)
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| PALESTRINE | (Géog. mod.) autrefois Praeneste, petite ville d'Italie dans la campagne de Rome, avec un évêché, dont l'évêque est un des anciens cardinaux. Elle est sur la pente d'une montagne, à 8 lieues de Rome. Long. 30. 28. lat. 41. 50.
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| PALESTRIQUE | EXERCICE (Gymnastiq.) les exercices palestriques sont au nombre de neut ; savoir, la lutte, le pugilat, le pancrace, la course, l'hoplomachie, le saut, l'exercice du disque, celui du trait & celui du cerceau, trochus. On les nommoit palestriques, à cause qu'ils avoient presque tous pour scène cette partie des gymnases appellée palestre, & qui tiroit son nom de la lutte, en grec , l'un des plus anciens de ces exercices. Voyez LUTTE, PALESTRE, & les autres exercices palestriques que je viens de nommer. (D.J.)
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| PALESTROPHYLACE | S. m. (Hist. anc.) officier subalterne des palestres ou gymnases, qu'on a mal-à-propos confondu avec le chef ou directeur du gymnase, qui dans les anciens n'est jamais appellé que gymnasiarque ou xystarque. Le palestrophylace ne peut donc être exactement rendu en notre langue que par concierge de la palestre, comme le porte le mot , dont son nom est composé, & qui à la lettre signifie garde, ou gardien, titre que les anciens n'auroient pas donné au gymnasiarque, qu'ils regardoient comme un personnage important, & dont les fonctions passoient pour très-honorables.
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| PALET | (terme de Pêche) sorte de pêcherie sédentaire que l'on peut rapporter à l'espece des bas-parcs ou cibaudieres. Ce terme est usité dans le ressort de l'amirauté de Bordeaux.
Les pêcheurs, pour faire cette pêche, choisissent une espece de petite anse dont les deux extrémités forment une hauteur, & laissent un fond plus bas dans le milieu ; autour de cette anse ils plantent des perches ou piquets éloignés les uns des autres de deux brasses en deux brasses, de la longueur d'environ huit ou dix piés, ensorte qu'ils sortent du terrein de six à sept piés au plus. Ils sont placés en demi-cercle, & embrassent un espace de quatre à cinq cent brasses de long ou environ : ces perches ou pieux ne changent point, & restent toujours placés de même, au contraire de ceux qui forment la petite pêcherie du palicot, comme nous l'expliquerons ci-après.
Avant d'étendre le rets pour faire la pêche du palet, les maîtres des pêcheurs qui y sont de parc, & qui pour cet effet fournissent chacun les filets nécessaires à former le contour du palet, viennent visiter le fond du terrein de l'enceinte de la pêcherie, pour voir par les traces qui y restent, si le poisson y fréquente ; ce qu'ils reconnoissent très-bien aux empreintes qui paroissent encore sur le fond après que la mer s'est retirée, distinguant même aisément les diverses especes de poisson qui y peuvent venir paître.
Quand le maître a reconnu qu'on peut y faire la pêche avec succès, les pêcheurs alors font de basse-mer un sillon ou petit fossé d'environ deux piés de largeur sur un au plus de profondeur le long du contour des perches : ils y étendent le rets du palet qui a environ une demi-brasse de hauteur, ordinairement le même que celui de la Seine à la côte, à la différence qu'il n'est ni flotté, ni plombé ou pierré ; le bas du filet est arrêté au moyen de petits crochets de bois d'environ deux piés de long, placés à demi-brasse l'un de l'autre ; ensuite ils ramassent le filet dans le creux de la fosse, & le recouvrent du sable ou de la vase sur laquelle la tente du palet est placée : d'espace en espace on frappe sur la tête de la tente, qui reste libre & posée en-dedans des perches, sept à huit petites lignes que l'on arrête sur le haut d'autant de pieux. Tout ce travail se fait avant que la marée ait commencé à monter dans la tente du palet : à mesure qu'elle monte, elle recouvre ou plutôt efface le sillon qui a été fait, ensorte que le poisson qui est accoutumé d'y venir, ne trouve aucun obstacle pour y entrer, ni aucun changement sur les fonds qui le puisse effaroucher. Pendant que la marée monte, & amene avec elle le poisson, les pinasses des pêcheurs restent un peu éloignées du palet ; & d'abord qu'on a jugé que le poisson a monté, & qu'il est prêt à retourner, ce qui arrive immédiatement au plein de la marée ; autant de pinasse ou de tillolles qu'on a amarré de lignes à la tête du rets, viennent le relever & arrêter le filet de la tente en-haut de toutes les perches, ce qui ferme exactement toute l'enceinte, dont aucun poisson ne peut plus sortir, excepté les petits qui s'échappent au travers des mailles. Pendant que la marée se retire, le poisson se tient dans le fond du palet, où il y a plus d'eau qu'aux côtés qui sont élevés, jusqu'à ce qu'elle soit entierement écoulée : pour lors les pêcheurs ramassent tous les poissons qui se trouvent dans l'enceinte du palet.
Cette pêche est quelquefois si abondante, qu'on a vu prendre d'une seule tente de palet, jusqu'à cent charges de cheval de poisson de diverses especes : on y pêche des bars, des loubines, des sardines, des mulets & de toutes les autres especes de poissons, tant plats que ronds, qui viennent terrer à la côte, surtout durant l'été, & même jusqu'à des marsouins.
Avec des rets ayant les mailles de deux pouces en quarré, comme l'ordonnance l'a déterminé pour les bas-parcs, ces pêcheurs n'en feront pas moins une bonne pêche, & ne détruiront point le frai, ni les petits poissons, comme il arrive souvent.
Il y a autour du bassin d'Arcasson six tentes de palet, où l'on fait la pêche de la même maniere. Trois de ces tentes appartiennent aux pêcheurs de la tête, & sont placées au pié des dunes qui sont vers le cap Ferret, & à la bande du nord de la baie ; les trois autres sont au Pila à l'ouest du Ferret. Ceux qui veulent fournir des filets pour la tente, le peuvent faire, & y sont reçus à part : ces pêcheries sont libres & non exclusives. Il faut un tems calme pour faire cette pêche avec succès, parce qu'alors le poisson de tous genres monte en abondance & en troupe à la côte.
Avec ces rets à larges mailles, cette tente, comme nous venons de l'observer, ne peut être que très-lucrative & avantageuse à ces pêcheurs, parce que les fonds de cette baie sont excellens, ainsi que la qualité des poissons qui s'y prennent.
PALET, à la longue paume, ce sont des battoirs qui ont la queue plus courte que les autres, dont les tiers se servent pour mieux rabattre la bale. Voy. TIERS.
PALET, jeu du, s. m. ce jeu se joue à plusieurs personnes : on ne s'associe point ensemble ordinairement, quoique cela se puisse à la rigueur ; mais chacun est pour soi. On a chacun une pierre assez grande, platte, & ronde, ou un morceau de fer. Quand on a vu à qui joueroit le premier, ce qui se fait ou en jettant une piece de monnoie vers une brique, ou son palet même, le plus près de cette brique est le premier ; les autres selon qu'ils en sont plus près, ont leur rang qu'ils observent toute la partie. Le plus loin d'elle est le dernier & met le but. Quand cela est fait, chacun met la même piece de monnoie sur une autre pierre, qu'on appelle brique dans de certains pays, peut-être parce qu'étant de brique elle est plus commode, & dreu dans d'autres, & chacun joue à son tour. Il faut pour gagner renverser la brique avec son palet, & les liards ou autres pieces qui sont plus près du palet du joueur, ou de ceux qui ont été joués devant lui, que de la brique, appartiennent aux joueurs à qui sont ces palets. Quand tout ce qui n'est point à la brique est ramassé, les choses restent en cet état, & le suivant va jouer son coup ; s'il place son palet plus près des pieces qu'elles ne le sont de la brique, il les gagne ; & s'il en a envoyé quelqu'une vers les autres palets, les maîtres du palet de qui elle est la plus proche, les ramassent, & on rejoue jusqu'à ce que toutes les pieces soient gagnées de cette sorte. Si elles n'ont pas été renversées toutes ensemble de la brique, on y remet celles qui l'ont été. Si le vent, ou l'ébranlement de la terre les en avoient fait tomber, & non le palet, on les y remet encore. Si étant tombées elles touchent la brique toutes ou en partie, on ne peut gagner celles qui y sont appuyées qu'en la chassant. Un palet soutenu par la brique ne peut rien gagner, quand il couvriroit toutes les pieces. Quand deux palets se touchent, ce qu'on appelle vulgairement brûler, ils ne valent plus, & on les releve. Quand l'un de ces deux palets tient à la brique, on ne les releve point ; mais si le joueur dont le palet touche à la brique est à jouer devant l'autre, celui-ci avance son palet à la place du premier. Si les pieces sont l'une sur l'autre, la premiere qui est du côté des palets est plus près d'eux que de la brique, on la ramasse, & toutes celles qui sont trop loin de la brique ; les autres restent. On perd son coup lorsqu'on le joue devant son tour, parce que cela est de conséquence, le jeu pouvant être découvert alors, & les pieces sont plus aisées à gagner.
Le jeu du petit palet se joue avec des écus ou des morceaux de plomb ou de fer applatis, de leur grandeur. Il y a diverses manieres de jouer le jeu du petit palet : à but fixe, quand les joueurs ne changent point ce but de place : à but courant, quand on est convenu de le changer ; au clou, sur le bord d'une table, &c. Le but courant est d'autant plus amusant, qu'on semble ne faire que se promener ; il est même d'un avantage plus égal pour les joueurs ; puisque chacun ayant un jeu différent & une certaine portée où il joue mieux qu'à une distance plus ou moins grande, il peut jetter le but dans cette portée quand il a gagné le coup. Et d'ailleurs, ce but qu'il a jetté peut lui servir de regle pour mesurer son coup, qu'il joue tout de suite : au lieu qu'il est moins aisé de se regler au but fixe, où il y a toujours beaucoup d'intervalles entre les coups, & où l'on ne peut guere se ressouvenir du degré de force qu'on a donné à son palet le coup précédent ; l'habitude & le juste mouvement du bras dépendant moins d'une action fréquente & mécanique, que d'une considération réfléchie de l'effet qu'a produit cette action, il est clair que plus cet effet est éloigné de sa cause, plus il doit être difficile à connoître.
Au clou. Cette maniere est difficile, & demande beaucoup d'adresse : on plante un clou, ou quelque chose semblable, sur une table, sur un coffre, &c. celui qui en approche le plus près avec son palet gagne le coup.
Sur le bord d'une table. C'est sans contredit la maniere de jouer au petit palet la plus difficile ; puisqu'il faut toujours tâcher à mettre le plus près du bord qu'il est possible, & qu'on jette souvent son petit palet à bas.
Dans toutes ces manieres de jouer au petit palet, on peut être plusieurs : il n'y a guere de regles que celles qu'on établit sur les circonstances ; les rangs se prennent quelquefois au gré des joueurs, & quelquefois ils sont déterminés par le plus ou le moins d'éloignement qu'il y a du palet d'un joueur au but. On entend sans doute que ce sont toujours ceux qui mettent leur petit palet plus près de ce but, qui gagnent un, ou plusieurs points, s'ils y ont plusieurs palets. C'est aux joueurs à fixer le nombre des points qu'il faut pour faire une partie.
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| PALETOT | S. m. (Ouvrage de Tailleur) c'est un juste-au-corps d'étoffe grossiere & sans manches, qui ne vient que jusqu'au genou, & dont sont vétus les paysans, principalement en Espagne. (D.J.)
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| PALETTE | S. f. POCHE, CUILLIER, BEC A CUILLIER, PLAT, PALE, PALE PAUCHE, CUILLIER TRUBLE, POCHE, platea, leucorodius, albardeola, (Hist. nat. Ornithologie) Willughbi, (Pl. XI. figure 3.) oiseau qu'on ne peut confondre avec aucun autre par la forme singuliere de son bec, qui est plat dans toute sa longueur ; il s'élargit à son extrémité, où il a une figure presque ronde à-peu-près comme une cuillier ; ce qui a fait donner à cet oiseau le nom de bec à cuillier. La palette est en entier d'une belle couleur blanche, comme celle du cygne, à l'exception d'un peu de noir qui est sur les premieres des grandes plumes extérieures de l'aîle, & sur les premieres du second rang. On trouve cet oiseau en Europe ; il se perche & niche sur le sommet des arbres qui sont près de la mer ou de quelque fleuve ; il vit de poisson ; ses oeufs ressemblent à ceux de la poule ; ils sont blancs, & ils ont quelques taches de couleur de sang, ou d'un cendré roussâtre. Willughbi, Ornith. Voyez OISEAU. (I)
PALETTE DU MEXIQUE, platea mexicana, Tlauhquechul, oiseau qui ressemble beaucoup au précédent, & qui n'en differe qu'en ce qu'il est d'une belle couleur rouge ou d'un blanc rougeâtre ; le bec a une couleur cendrée ; la tête, le cou, & une partie de la poitrine, sont dégarnis de plumes & blancs ; il y a un large trait noir entre la tête & le cou. On trouve cet oiseau au Méxique sur le bord de la mer ou des fleuves. Willughbi, Ornith. Voyez OISEAU. (I)
PALETTE DU GENOU, voyez ROTULE.
PALETTE, terme de Chirurgie, petit vaisseau d'étain ou d'argent, qui reçoit le sang qu'on tire dans l'opération de la saignée.
On dit que ce mot vient de poëlette ou petite poële, & qu'on le trouve écrit ainsi dans Villon. Dionis écrit poilette, contre l'ancien usage, puisque Paré appelloit palette, l'espece de petite écuelle à une oreille, dont on s'est toujours servi pour mesurer le sang qu'on tire dans la saignée.
Chaque palette doit tenir trois onces, afin qu'on sache au juste la quantité de sang qu'on a tiré. La mesure ordinaire est de trois palettes dans les saignées communes ; on les met sur trois assiettes différentes, ou sur un plat où elles puissent être de niveau.
Il y a des circonstances qui exigent une saignée plus forte, & d'autres où l'on ne tire que deux palettes, & quelquefois une seulement.
Au rapport de Dionis, quand on saigne le roi ou quelqu'un de la famille royale, c'est le premier médecin qui tient la bougie ; il se fait un honneur de rendre ce service, aussi-bien que le premier apoticaire de tenir les palettes. S'il y avoit quelqu'un dans la chambre que le chirurgien ne crût pas de ses amis, il pourroit le faire sortir, parce qu'il ne faut point qu'il ait pour spectateurs des gens qui pourroient l'inquiéter & le chagriner par leur présence : aujourd'hui, continue l'auteur, on n'use plus de ce privilége. Toutes les fois, dit-il, que j'ai saigné madame la dauphine, ou quelqu'un des princes, la chambre étoit pleine de monde, & même monseigneur & les princes se mettoient sous le rideau du lit sans que cela m'embarrassât.
On est dans l'usage d'avoir des palettes numérotées ; ou bien le chirurgien les marque, en mettant un morceau de papier sur la premiere, deux sur la seconde, & trois sur la troisieme.
Dans les saignées du pié on ne se sert point de palettes ; on juge de la quantité du sang tiré, par le tems qu'il y a qu'il sort, comparé avec la grosseur du jet ; par la couleur plus ou moins rouge que l'eau reçoit, & par la teinture que cette eau communique à une serviette qu'on y trempe. Quelques chirurgiens mesurent avec un bâton la hauteur de l'eau, lorsque le pié y trempe. Ils retirent autant d'eau qu'ils veulent tirer de sang ; & après avoir ouvert la veine, ils en laissent sortir jusqu'à ce que l'eau soit au niveau de la marque faite au bâton. Voyez SAIGNEE. (Y)
PALETTE, (Méch.) est la même chose qu'aube dans les moulins à eau. Voyez AUBE.
PALETTE, (Peint.) la palette est une planche de bois qui est ordinairement de figure ovale. On y fait vers le bord un trou de figure ovale, assez grand pour pouvoir y passer tout le pouce de la main gauche, & un peu plus. Le bois de sa palette est d'ordinaire de pommier ou de noyer : on enduit le dessus de la palette, quand elle est neuve, d'huile de noix seccative à plusieurs reprises, jusqu'à ce que l'huile ne s'imbibe plus dans le bois. La palette supporte les couleurs broyées à l'huile qu'on arrange au bord d'en-haut par petits tas ; le milieu & le bas de la palette servent à faire les teintes & le mélange des couleurs avec le couteau qui doit être pour cet effet d'une lame extrêmement mince. Ceux qui travaillent à détrempe ont aussi une palette, mais elle est de fer blanc, pour pouvoir la mettre sur le feu lorsque la colle se fige sur la palette en travaillant.
On dit de certains tableaux, & on l'a dit de ceux de M. le Brun, qu'ils sentent la palette ; ces mots signifient que les couleurs n'en sont point assez vraies, que la nature y est mal caractérisée, & qu'on n'y trouve point cette parfaite imitation, seule capable de séduire & de tromper les yeux ; ce qui doit être un des premiers soins des maîtres de l'art. (D.J.)
PALETTE DU PEINTRE EN EMAIL, c'est un morceau d'agathe ou de verre, sur lequel il fait ses teintes avec son couteau à couleur.
PALETTE, en terme de Doreur sur bois, est une peau à longs poils montée en demi-cercle sur une petite planche de bois, qui entre dans un manche fendu à un bout, & garni à l'autre d'un pinceau. C'est avec cette peau qu'on a mouillée legerement avec la langue, qu'on prend les feuilles d'or, & qu'on les pose sur l'ouvrage. Voyez nos explications & nos Planches du Doreur, où l'on a représenté un ouvrier qui pose de l'or avec la palette sur une bordure montée sur le chevalet.
La palette du Doreur se définit encore un instrument fait de la queue de l'animal qu'on appelle petit-gris. Il sert à prendre les feuilles d'or de dessus le coussinet pour les placer & les étendre sur l'or couleur, si l'on dore en huile, ou sur l'assiette, si c'est en détrempe. (D.J.)
PALETTE, terme dont les Horlogers se servent pour désigner une petite aîle que la roue de rencontre pousse, & par laquelle elle entretient les vibrations du régulateur. Dans l'échappement ordinaire des montres, il y a deux palettes réservées sur la verge du balancier ; elles forment entr'elles un angle droit. Dans l'échappement à levier des pendules, les deux palettes sont sur deux tiges différentes. Voyez ÉCHAPPEMENT, VERGE, & nos Planches d'Horlogerie. (P)
PALETTE, (Imprimerie) les Imprimeurs nomment ainsi l'ustencile avec lequel ils relevent & rassemblent en un tas l'encre sur leur encrier, après qu'ils l'ont broyée, comme le bon usage l'exige. C'est une petite plaque de fer taillée en triangle, montée sur un manche de bois rond : elle sert aussi à prendre l'encre dans le barril en telle quantité qu'on en a besoin, & à la transporter dans l'encrier. Voyez nos Pl. d'Imprimerie & leur explication.
PALETTE, (Instrum. de jeu) petit battoir, ou instrument de bois, qui sert aux enfans à jouer. C'est de cette palette, que plusieurs outils ou instrumens qui servent à divers artisans & ouvriers, ont pris leur nom : quoiqu'il y en ait plusieurs qui n'y ont guere de rapport, soit pour la matiere, soit pour la figure. Savary. (D.J.)
PALETTE, (Poterie) les Potiers de terre fournalistes, c'est-à-dire, ceux qui ont été reçus à la cour des monnoies, pour faire exclusivement tous les fourneaux & creusets qu'on emploie à la fonte des métaux, ont diverses palettes de bois, qui sont presque leurs seuls instrumens pour dresser, battre, & arrondir leur ouvrage.
Les plus grandes de ces palettes sont ovales avec un manche, en tout parfaitement semblables à la palette des enfans ; les autres sont rondes ou échancrées en forme triangulaire ; d'autres enfin sont faites à la maniere d'un grand couteau, & ont une espece de tranchant ; ces dernieres servent à ôter & ratisser ce qu'il y a de trop sur les moules, ou aux ouvrages que les potiers font à la main, comme les fourneaux & les réchaux à blanchisseuses. Savary. (D.J.)
PALETTE, (chez les Potiers, les Faiseurs de creusets, &c.) est un instrument de bois, presque l'unique dont ils se servent pour former, battre, & arrondir leurs ouvrages. Voyez POTIER.
Ils en ont de plusieurs especes ; les plus larges sont de figure ovale avec un manche ; d'autres sont arrondies ou creusées triangulairement ; d'autres enfin ressemblent à deux couteaux larges ; elles servent à couper tout ce qu'il y a de superflu dans les moules de leurs ouvrages.
PALETTE, (Reliure) les Relieurs ont deux instrumens de ce nom : l'un & l'autre sont de petits fers qui servent à dorer.
La palette simple doit être de cuivre ; on l'appelle simple, parce qu'elle n'a qu'un filet : elle est emmanchée de bois. Voyez cet outil dans nos Planches. Il sert à côté des nerfs dans les entre-nerfs.
La palette à queue & des nerfs, est plus large que la palette simple : on l'emploie pour pousser au bas du dos des livres le dessein qui termine l'ornement, & quelquefois à la tête des volumes sur le dos ; c'est pourquoi on la nomme palette à queue ; on s'en sert aussi sur les nerfs. Voyez nos Planches de Reliure.
PALETTE A FORER, (Serrurerie) c'est un instrument qui sert aux Serruriers & autres ouvriers en fer, lorsqu'ils veulent percer ou forer quelque piece. La palette est de bois, de forme ovale, d'un pouce d'épais, avec un manche & quelquefois deux ; le tout d'un pié ou environ de long. Une bande ou morceau de fer de quatre à cinq pouces de longueur, & de quatre à cinq lignes d'épaisseur, percée de quelques trous qui ne la traversent pas tout-à-fait, est attachée dans le milieu de la palette. Lorsque l'ouvrier veut forer, il appuie la palette sur son estomac, & mettant la tête du foret dans l'un des trous de la bande de fer, il le fait tourner par le moyen de l'arçon ou archet, dont la corde passe sur la boîte du foret. (D.J.)
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| PALEUR | S. f. (Médec.) obstacle quelconque, qui ne permet pas au sang de passer dans les arteres cutanées, où il passe ordinairement dans la circulation libre ; la nature & les causes de cet obstacle, en font une maladie plus ou moins grave.
La couleur des humeurs & des parties visibles qui est naturellement blanche, & d'un rouge vif & brillant, semblable à celle de la rose, dégénere en pâleur, par le défaut de préparation des humeurs, par le manquement des globules rouges, & par un commencement de corruption. Le changement de couleur s'observe dans le sang, les crachats, le pus, l'urine, & les autres humeurs, soit qu'elles s'écoulent, ou qu'elles croupissent dans leurs vaisseaux.
De-là naît la pâleur, qui accompagne les maladies de l'estomac, des intestins, des visceres, des poûmons. Le relâchement des parties, la foiblesse, la crudité des humeurs, le repos excessif du corps, les inquiétudes de l'esprit, le chagrin, le rallentissement de la circulation, les évacuations trop abondantes, soit des excrémens, soit de l'urine, les fleurs blanches, la gonorrhée, la salivation, causent aussi la pâleur. On observe encore la pâleur dans les femmes qui alaitent trop ; mais la pâleur disparoît dès qu'on a guéri les maladies qu'on vient de nommer par le secours des corroborans, & par l'exercice du corps.
Un commencement de corruption dans les humeurs, produit une plus grande pâleur, comme on le remarque dans le scorbut, la cachexie, le catarrhe, les pâles-couleurs, l'hydropisie, la leucophlegmatie, la passion hystérique, la suppression des mois, la vérole, & dans une longue maladie ; car il n'est guere possible de corriger toute la corruption. Outre les spécifiques propres à ces maladies, il faut employer les antiseptiques corroborans.
La pâleur produite par une trop grande évacuation du sang, qu'on a une fois arrêtée, doit être traitée par des alimens bien nourrissans pris en petite quantité, en même tems que par les stomachiques, & ensuite par les corroborans ; mais celle qui arrive dans la syncope, & qui est causée par un paroxysme fébrile, dont l'accès arrête sur le champ la circulation du sang dans les petits vaisseaux, se dissipe naturellement, ou à la faveur des frictions & des stimulans, si elle duroit trop long-tems. (D.J.)
PALEUR, (Mythol.) les Romains avoient fait un dieu de la pâleur, parce qu'en latin pallor est masculin. Tullus Hostilius, roi de Rome, dans un combat où ses troupes prénoient la fuite, fit voeu d'élever un temple à la Crainte & à la Pâleur ; ce temple fut en effet élevé hors de la ville. On lui donna des prêtres qui furent appellés palloriens, & on lui offrit en sacrifice un chien & une brebis. (D.J.)
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| PALI | S. m. terme de Pêche, usité dans le ressort de l'amirauté d'Abbeville ; c'est une sorte de rets ou filet tendu en maniere de haut parc.
Les rets de hauts parcs ou pali, sont de deux sortes ; les plus serrés ont neuf lignes & un pouce en quarré pour la pêche des maquereaux ou roblots, des harengs & autres poissons passagers ; les plus larges mailles ont dix-huit à dix-neuf lignes, & servent à la pêche des soles & autres poissons plats ; c'est plutôt une espece de cibaudiere non flottée ou montée sur piquets ; le pié du rets est enfoui dans le sable, sans quoi il seroit impossible d'arrêter aucun poisson autre que ceux qui se maillent ; ce qui n'arrive point au poisson plat, mais seulement au poisson rond, les premiers ne se prenant qu'au pié du filet, où ils restent à sec de basse marée.
Les rets de bas parcs commencent à être en regle par le soin & la vigilance des officiers du ressort, qui ont fait brûler à Berclk un grand nombre de filets abusifs par leur usage, & par la petitesse de leurs mailles ; ces rets ont leurs mailles de dix-neuf, vingt-une à vingt-trois lignes en quarré ; ces dernieres approchent fort de la police ordonnée par la déclaration de sa majesté du 18 Mars 1727.
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| PALIACATE | (Géogr. mod.) autrement Palicat, Palicate, Paléacate, ville des Indes, sur la côte de Coromandel, au royaume de Carnate, sur la route de Masulipatan à Gaudicote, au nord de Madras, dans une plaine sablonneuse & stérile. Les Hollandois y ont un comptoir & un petit fort appellé le fort de Gueldres. Cette ville est peuplée de maures & de gentils. Long. 98. 8. lat. sept. 136. 30.
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| PALIBOTHRA | (Géog. anc.) ville de l'Inde, en-deçà du Gange, suivant Ptolémée, liv. VII. ch. iv. cette ville est vraisemblablement la même que la Polibothra de Diodore de Sicile, liv. II. terme qui veut dire une ville dans un fond. (D.J.)
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| PALIBOTRE | S. m. (Hist. anc.) nom que les rois de Perse ont long-tems porté dans l'antiquité ; ce nom venoit d'un roi persan très-révéré, dont il étoit le nom propre. Un souverain est bien vain d'oser prendre le nom d'un prédécesseur illustre ; conçoit-il la tâche qu'il s'impose ? la comparaison continuelle qu'on fera de lui avec celui dont il porte le nom ? Mais ce n'est pas la vanité des rois qui leur fait prendre un titre si incommode, & qui leur prescrit leur devoir chaque fois qu'on leur prononce, ou qu'on leur reproche d'y manquer ; c'est la bassesse des peuples qui le leur donne ; ou si ce n'est pas leur bassesse, mais une invitation honnête faite au prince de leur restituer l'homme chéri, le bon maître qu'ils ont perdu ; je les loue de ce moyen, quoiqu'il leur réussisse assez mal. Ce qui me fâche, c'est que l'avenir projettant les siecles les uns sur les autres, réduisant à rien la distance qui les sépare, le nom célebre d'un homme de bien se trouve deshonoré par la multitude des méchans qui l'ont osé prendre après lui ; un seul homme est chargé de l'iniquité d'une infinité d'autres. Les rois de Perse s'appelloient palibotres, comme les rois d'Egypte Pharaon, comme les rois de France aujourd'hui Louis.
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| PALICA | (Géog. anc.) ville de Sicile selon Diodore & Etienne le Géographe. On en voit les ruines sur une hauteur au nord oriental du lac appellé Palicinus Fons, & Palicorum lacus ; c'est ce lac que les anciens nommoient stagnum Palicorum ; ils éprouvoient la vérité des sermens, en jettant dans ce lac des tablettes sur lesquelles le serment de celui qui juroit, étoit écrit ; si les tablettes s'enfonçoient, on le regardoit comme un parjure ; & si elles surnageoient, son serment passoit pour véritable. La ville Palica prit son nom d'un temple bâti dans le voisinage, & dans lequel on rendoit un culte aux dieux Palices.
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| PALICE | LA (Géog. mod.) petite ville de France dans le Bourbonnois, sur la Besbre, entre Paris & Lyon. Il s'y tient plusieurs foires & marchés ; mais on n'y compte pas 400 habitans. Long. 20. 57. lat. 46. 33.
PALICES, DIEUX, (Mythol.) Palici dii, ces dieux Palices sont fort inconnus. Ils étoient fils de Jupiter & de la nymphe Thalie. Ce maître des dieux, dit la fable, craignant tout des emportemens de Junon, cacha sous terre son amante pendant le tems de sa grossesse. Elle ne reparut qu'après l'avoir fait pere de deux jumeaux. Dans la suite, les habitans de la Sicile les choisirent pour leurs dieux, & leur bâtirent auprès de la ville de Palica un temple magnifique qui en avoit pris son nom. Leur autel devint l'asyle des malheureux, & en particulier des esclaves fugitifs.
Diodore dit que dans le temple de ces dieux, on prêtoit les sermens qui regardoient les affaires les plus importantes, & que la punition suivoit toujours le parjure. La persuasion, ajoute-t-il, où l'on est de la sévérité des divinités qui l'habitent, fait qu'on termine les plus grands procès par la voie seule du serment, & qu'il n'y a point d'exemple que ces sermens aient été violés. Quelquefois on écrivoit son serment, qu'on jettoit dans un bassin d'eau, & le serment surnageant, l'accusé étoit absous. Il y avoit dans le voisinage de Palice, un lac appellé Palicorum stagnum, où l'on imagina d'éprouver de la même maniere la vérité des sermens. Le temple de Trézoene étoit aussi fameux par de pareilles épreuves. On trouve encore au bout de l'orient, dans le Japon, des usages semblables, fondés sur la simplicité des premiers tems, & sur la superstition commune à tous les peuples.
Enfin on juroit en Sicile, le long du fleuve Symethe, par les dieux Palices.
Symaethia circùm,
Flumina, pinguis ubi & placabilis ara Palici.
Aeneid. lib. IX. v. 584.
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| PALICOT | ou PETIT PALET, s. m. terme de pêche, usité dans le ressort de l'amirauté de Bordeaux, est proprement une espece de cibaudiere, ou bas parcs. Voyez CIBAUDIERE, BAS PARCS, & PALET.
La pêche du palicot est la diminutive de celle du palet, dont on a fait la description à l'article PALET ; elle n'en differe qu'en ce que les lieux & les fonds du terrein où les pêcheurs la pratiquent, sont variables, & que ceux qui la font, plantent leurs petits pieux à chaque fois qu'ils veulent tendre leurs filets ; pour cet effet, ils embarquent dans une tillole ou pinasse, avec les filets qui doivent servir à la tessure du palicot, les pieux qui leur sont nécessaires. Cette petite tente se fait le long des bords des canaux ou cheneaux, dans les crassats ou petites gorges, dont la baie est toute bordée. Quand les pêcheurs ont reconnu par les traces du poisson, les lieux qu'il fréquente, ils plantent leurs pieux ou petits paux en demi-cercle ; & comme c'est toujours dans des lieux unis & plats, ils forment aux bouts de la tente plusieurs tours de rets qui sont amarrés à la tête des pieux, & arrêtés par le bas avec des crochets de bois de distance en distance, comme le filet du grand palet ; le poisson qui s'en retourneroit par les bouts de la tente se trouve ainsi retenu, parce qu'en suivant toujours le filet pour sortir & rencontrer un passage, il y est insensiblement arrêté jusqu'à la basse mer, qu'il reste alors à sec dans la pêcherie.
Cette pêche avec des rets d'une maille de deux pouces en quarré, ne pourroit faire aucun tort ; mais avec de petites mailles & très-serrées, il est certain qu'elle sera du-moins aussi nuisible que la seine & le coleret. Comme elle se fait sur les fonds plats, soit de sable, soit de vase, qui sont dans les fonds des gorges & des canaux, elle y détruit tout le fretin & le poisson du premier âge qui y éclôt & s'y multiplie d'autant mieux, que les côtes de la grande mer & de la baie ont les bords en talus, & les eaux si profondes, que le petit poisson n'y peut sejourner, en est même chassé & contraint de se réfugier dans le fond du bassin, où les vents ne levent jamais les lames, comme à la côte & à l'entrée des passes, où les tentes du palicot ne se peuvent aucunement pratiquer.
La tente du palicot est la même que les cibaudieres non flottées, ou montées sur piquets des pêcheurs flamands & picards, & les tessures & tessons des pêcheurs bretons. Les uns & les autres font à-peu-près leurs pêches de même, à la différence que les premiers ne se servent point de bateaux, qu'ils font pêche à pié, & qu'ils ne tendent leurs rets qu'aux bords de la grande côte, & souvent même plus à la basse eau, que ne sont placées les pêcheries exclusives construites sur les greves & les sables de la mer.
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| PALICOURS | LES (Géogr. mod.) peuples sauvages de la France équinoxiale, entre les rivieres Epicouli & Agairi. Ils sont bien faits & affables envers les étrangers, que la traite du Lamentin attire chez eux.
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| PALIER | ou REPOS, s. m. (Archit.) c'est un espace ou une sorte de grande marche entre les rampes & aux tournans d'un escalier. Les paliers doivent avoir au moins la largeur de deux marches dans les grands perrons, & ils doivent être aussi longs que larges, quand ils sont dans le retour des rampes des escaliers.
On appelle demi-palier, un palier qui est quarré sur la longueur des marches. Philibert Delorme nomme double marche, un palier triangulaire dans un escalier à vis.
Palier de communication ; on appelle ainsi le palier qui sépare & communique deux appartemens de plein pié.
Palier circulaire ; c'est le palier de la cage ronde ou ovale, d'un escalier en limace.
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| PALIFICATION | S. f. (Archit. hydraul.) c'est l'action de fortifier un sol avec des pilotis. Dans les endroits humides ou marécageux, on enfonce ces pilotis avec un mouton, afin qu'on puisse bâtir dessus en toute sureté.
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| PALILICIUM | S. m. (Astronom.) est le nom d'une étoile fixe de la premiere grandeur dans l'oeil du taureau. On l'appelle aussi aldebaran, & ce dernier nom est aujourd'hui plus en usage. Voyez ALDEBARAN & TAUREAU. Voyez aussi ASCENSION & DECLINAISON, vous y trouverez l'ascension droite & la déclinaison de cette étoile pour le milieu de ce siecle.
Pline donne le nom de palilicium aux hyades, dont palilicium est une étoile. Voyez HYADES. Chambers. (O)
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| PALILIES | S. f. (Mythol.) fêtes célébrées en l'honneur de la déesse Palès, que les bergers prenoient pour leur divinité tutelaire, & celle de leurs troupeaux chez les Romains. On célébroit tous les ans le 19 Avril ces fêtes dans les campagnes. Ce jour-là les paysans avoient soin de se purifier avec des parfums mêlés de sang de cheval, de cendres d'un jeune veau qu'on avoit consumé dans le feu & de tiges de feves. On purifioit aussi les bergeries & les troupeaux avec de la fumée de sabine & de soufre ; ensuite on offroit en sacrifice à la déesse du lait, du vin cuit & du millet. La fête se terminoit par des feux de paille, & les jeunes gens sautoient par-dessus au son des flûtes, des timbales & des tambours. Ovide qui décrit au long toutes ces cérémonies, liv. IV. des fastes, ajoute qu'à pareil jour, Remus & Romulus avoient jetté les premiers fondemens de Rome. Cependant Manilius & Solin assurent que la premiere construction de cette ville se fit en automne. Quoi qu'il en soit, les palilies étoient fixées au mois d'Avril, & l'on en faisoit aussi la solemnité dans les villes, mais avec moins d'appareil qu'à la campagne, où on les croyoit très-salutaires pour écarter loin des bestiaux les loups & les maladies.
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| PALIMBUAN | ou PALEMBAN, (Géograph. mod.) ville capitale d'un royaume de même nom, dans l'île de Sumatra, sur sa côte orientale. Long. 122. 45. lat. mérid. 3. 8.
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| PALINDROME | S. m. (Belles Lettres) sorte de vers ou de discours qui se trouve toujours le même, soit qu'on le lise de gauche à droite, soit qu'on le lise de droite à gauche. Voyez RETROGRADE.
Ce mot est grec, , retro currens, courant en arriere, formé des mots , de nouveau, & , course.
On en cite pour exemple un vers attribué au diable.
Signa te, signa temerè me tangis & angis
Roma tibi subitò motibus ibit amor.
Mais des gens oisifs ont raffiné sur lui en composant des vers dont les mots séparés, & sans enjamber les uns sur les autres, sont toujours les mêmes de gauche à droite, ou de droite à gauche. Tel est l'exemple que nous en fournit Cambden.
Odo tenet mulum, madidam mappam tenet anna,
Anna tenet mappam madidam, mulum tenet odo.
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| PALINDROMIE | S. f. (Médec. anc.) , de , derechef, & , courir, terme employé par Hippocrate & autres médecins grecs, pour signifier le retour ou reflux contre nature, des humeurs morbifiques, vers les parties intérieures & nobles du corps. Le remede est de les attirer de nouveau aux parties extérieures, d'en corriger la nature, & de les évacuer. (D.J.)
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| PALINGENESE | secret pour ramener des choses détruites à leur premier état ; on s'en sert non-seulement à l'égard des corps destitués d'organes, mais encore à l'égard des plantes, & même des animaux.
A l'égard des corps destitués d'organes, les Chimistes prétendent que par leur art, on peut faire revenir un corps qu'on a détruit par le feu, & lui rendre sa premiere forme. Olaüs Borrichius dit que du vif-argent, qu'il avoit tourmenté durant un an entier par plusieurs feux, jusqu'à le réduire en eau, turbith, cendre, reprit sa premiere forme par l'attraction du sel de tartre. Il assure encore que le plomb étant reverberé en mercure, fondu en verre, réduit en ceruse, brûlé en litarge, reprend pareillement sa premiere forme dans un moment, quand on lui applique avec adresse un sel lixiviel. Cela ne peut se faire par ce moyen, mais bien par toute matiere grasse. M. Boyle a reconnu que le nitre se restitue, & se révivifie de maniere qu'après l'avoir fait passer par une longue suite d'opérations, il s'est à la fin retrouvé en son entier poids pour poids.
A l'égard des Plantes, écoutons M. Digby, (De la végét. des Plantes, part. II. p. 64.) grand admirateur des miracles de la palingénésie. " Nous pouvons, dit-il, ressusciter une plante morte, la rendre immortelle, & en la faisant revivre du milieu de ses cendres, lui donner une espece de corps glorifié, & tel, pour ainsi dire, que nous espérons voir le nôtre après la résurrection. Quercetan, médecin du roi Henri IV. nous raconte une histoire admirable d'un certain polonois, qui lui faisoit voir douze vaisseaux de verre, scellés hermétiquement, dans chacun desquels étoit contenue la substance d'une plante différente ; savoir dans l'un étoit une rose ; dans l'autre une tulipe, & ainsi du reste. Or il faut observer qu'en montrant chaque vaisseau, on n'y pouvoit remarquer autre chose, sinon un petit amas de cendres qui se voyoit dans le fond ; mais aussitôt qu'il l'exposoit sur une douce & médiocre chaleur, à cet instant même il apparoissoit peu-à-peu l'image d'une plante qui sortoit de son tombeau ou de sa cendre ; & dans chaque vaisseau les plantes & les fleurs se voyoient ressuscitées en leur entier, selon la nature de la cendre, dans laquelle leur image étoit invisiblement ensevelie. Chaque plante ou fleur croissoit de toutes parts en une juste & visible grandeur, sur laquelle étoient dépeintes ombratiquement leurs propres couleurs, figures, grandeurs, & autres accidens pareils ; mais avec telle exactitude & naïveté, que le sens auroit pû ici tromper la raison, pour croire que c'étoit des plantes & des fleurs substantielles & véritables. Or dès qu'il venoit à retirer le vaisseau de la chaleur, & qu'il l'exposoit à l'air, il arrivoit que la matiere & le vaisseau venant à se refroidir, l'on voyoit sensiblement que ces plantes ou fleurs commençoient à diminuer peu-à-peu, tellement que leur teint éclatant & vif, venant à pâlir, leur figure alors n'étoit plus qu'une ombre de la mort, qui disparoissoit soudain, & s'enveloppoit derechef sous les cendres. Tout cela, quand il vouloit approcher les vaisseaux, se réitéroit avec les mêmes circonstances. Athanase Kircher à Rome m'a souvent assuré pour certain qu'il avoit fait cette même expérience, & me communiqua le secret de la faire, quoique je n'aye jamais pû y parvenir, après beaucoup de travail ". Voici ce secret, qu'on nomme secret impérial, à cause que l'empereur Ferdinand III. qui l'avoit acheté d'un chimiste, le donna au P. Kircher, qui en a publié le procédé dans son mundus subterraneus. Lib. XII. sect. 4. c. v. exper. 1.
1. Prenez quatre livres de graines de la plante que vous desirez faire renaître de ses cendres ; cette graine doit être bien mûre. Pilez-la dans un mortier ; mettez le tout dans un vaisseau de verre, qui soit bien propre, & de la hauteur de la plante dont vous avez pris la graine ; bouchez exactement le vaisseau, & le gardez dans un lieu tempéré.
2. Choisissez un soir, où le ciel soit bien pur & bien serein, & exposez votre graine pilée à la rosée de la nuit dans un large plat, afin que la graine s'impregne fortement de la vertu vivifiante qui est dans la rosée.
3. Avec un grand linge bien net, attaché à quatre pieux dans un pré, ramassez huit pintes de cette même rosée, & la versez dans un vaisseau de verre qui soit propre.
4. Remettez vos graines imbibées de la rosée dans leur vaisseau, avant que le soleil se leve, parce qu'il feroit évaporer la rosée ; posez ce vaisseau, comme auparavant, dans un lieu tempéré.
5. Quand vous aurez amassé assez de rosée, il faut la filtrer, & puis la distiller, afin qu'il n'y reste rien d'impur. Les feces qui restent seront calcinées pour en tirer un sel qui fait plaisir à voir.
6. Versez la rosée distillée & imbue de ce sel sur les graines, & puis rebouchez le vaisseau avec du verre pilé & du borax. Le vaisseau en cet état est mis pour un mois dans du fumier neuf de cheval.
7. Retirez le vaisseau, vous verrez au fond la graine qui sera devenue comme de la gelée ; l'esprit sera comme une petite peau de diverses couleurs, qui surnage au-dessus de toute la matiere. Entre la peau & la substance limoneuse du fond, on remarque une espece de rosée verdâtre, qui représente une moisson.
8. Exposez durant l'été ce vaisseau bien bouché de jour au soleil, & de nuit à la lune. Lorsque le tems est brouillé & pluvieux, il faut le garder en un lieu sec & chaud, jusqu'au retour du beau tems. Il arrive quelquefois que cet ouvrage se perfectionne en deux mois, & quelquefois il y faut un an. Les marques du succès, c'est quand on voit que la substance limoneuse s'enfle & s'éleve, que la petite peau ou l'esprit diminue tous les jours, & que toute la matiere s'épaissit. Lorsqu'on voit dans le vaisseau, par la réflexion du soleil, naître des exhalaisons subtiles, & se former de legers nuages, ce sont les premiers rudimens de la plante naissante.
9. Enfin de toute cette matiere, il doit se former une poussiere bleue ; de cette poussiere, lorsqu'elle est élevée par la chaleur, il se forme un tronc, des feuilles, des fleurs, & en un mot on apperçoit l'apparition d'une plante qui sort du milieu de ses cendres. Dès que la chaleur cesse, tout le spectacle s'évanouit, toute la matiere se dérange & se précipite dans le fond du vaisseau pour y former un nouveau chaos. Le retour d'une nouvelle chaleur ressuscite toujours ce phénix végétal caché sous les cendres.
Pour les animaux, rapportons d'abord à ce sujet un passage de Gaffarel, dans ses curiosités inouies, pag. 100. " M. du Chêne (c'est le même qu'on vient de citer sous le nom de Quercetan), dit-il, un des meilleurs chimistes de notre siecle, rapporte qu'il a vû un très-habile polonois, médecin de Cracovie, qui conservoit dans des phioles la cendre de presque toutes les plantes ; de façon que, lorsque quelqu'un par curiosité, vouloit voir par exemple, une rose dans ces phioles, il prenoit celle dans laquelle la cendre du rosier étoit gardée, & la mettant sur une chandelle allumée, &c.... A présent, continue-t-il, ce secret n'est plus si rare, car M. de Claves, un des excellens chimistes de notre tems, le fait voir tous les jours. D'ici on peut tirer cette conséquence, que les ombres des trépassés, qu'on voit souvent paroître aux cimetieres, sont naturelles, étant la forme des corps enterrés en ces lieux, ou leur figure extérieure, non pas l'ame, ni des fantômes bâtis par les démons, ni des génies, comme quelques-uns ont cru. Il est certain que ces apparitions peuvent être fréquentes aux lieux où il s'est donné des batailles ; & ces ombres ne sont que les figures des corps morts, que la chaleur ou un petit vent doux, excite & éleve en l'air ". Voici quelque chose de plus réel, si tant est qu'on puisse compter sur la vérité du fait. C'est ce que le S. Schot rapporte du chimiste françois, qu'on a déja nommé, de Claves, qui faisoit voir à qui vouloit, la résurrection non-seulement des végétaux, mais celle d'un moineau. Non solum in vegetalibus se praestitisse, sed etiam in passerculo se vidisse, pro certo quidam mihi narravit. Et sunt qui publico scripto confirmarunt, quod hoc ipsum Claveus Gallus, quasi publicè pluribus demonstraverit. M. Digby a fait encore davantage : d'animaux morts, broyés, pilés, il en a tiré de vivans de la même espece. Voici comment il s'y prenoit, & c'est la derniere sorte de palingénésie dont nous ferons mention. " Qu'on lave des écrevisses pour en ôter la terre fretée, qu'on les cuise durant deux heures dans une suffisante quantité d'eau de pluie ; gardez cette décoction ; mettez les écrevisses dans un alambic de terre, & les distillez jusqu'à ce qu'il ne monte plus rien ; conservez cette liqueur, calcinez ce qui reste au fond de l'alambic, & le réduisez en cendres par le réverbératoire, desquelles cendres vous tirerez le sel avec votre premiere décoction ; filtrez ce sel, & lui ôtez toute son humidité superflue ; sur ce sel, qui vous restera fixe, versez la liqueur que vous avez tiré par distillation, & mettez cela dans un lieu humide, comme dans du fumier, afin qu'il pourrisse, & dans peu de jours vous verrez dans cette liqueur de petites écrevisses se mouvoir, & qui ne seront pas plus grosses que des grains de millet. Il les faut nourrir avec du sang de boeuf jusqu'à ce qu'elles soient devenues grosses comme une noisette ; il les faut mettre ensuite dans une auge de bois remplie d'eau de riviere avec du sang de boeuf, & renouveller l'eau tous les trois jours. De cette maniere, vous aurez des écrevisses de la grandeur que vous voudrez " Recueil des secrets, pag. 74, 76. Voilà bien des expériences ; mais peut-on s'en promettre une réussite constante, ou même fréquente ? C'est ce que j'ai peine à croire ; je juge même que la derniere est absolument impossible.
PALINGENESIE, (Critiq. sacrée) régénération ; ce mot est grec, , ne se trouve que dans deux endroits de l'Ecriture, savoir dans saint Mat. ch. xix. v. 28. & dans l'épître à Tite, ch. iij. v. 5. Dans saint Matthieu il signifie la résurrection, & rien n'empêche de prendre ce mot en ce sens ; dans Tite l'ablution de la régénération, , est la purification par le baptême, qui peut être regardé comme le sceau de la résurrection des morts. Dans les écrivains ecclésiastiques, Eusebe, Polycarpe, Théodoret, , veut dire aussi la résurrection. Hésiode appelle , l'âge où tout est renouvellé, c'est l'âge d'or. Le renouvellement de vie du chrétien, est aussi ce que l'on entend par régénération, espece de résurrection dans un sens figuré. (D.J.)
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| PALINOD | S. m. (Poësie) espece de poësie, chant royal, & ballade, qu'on faisoit autrefois en l'honneur de la vierge à Caen, à Rouen, & à Dieppe ; mais il n'y a plus que les écoliers & les poëtes médiocres qui fassent des palinods.
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| PALINODIE | S. f. (Belles Lettres) discours par lequel on rétracte ce que l'on avoit avancé dans un discours précédent. De-là vient cette phrase, palinodiam canere, chanter la palinodie, c'est-à-dire faire une rétractation. Voyez RETRACTATION.
Ce mot vient du grec , de nouveau, de rechef, & , chanter, ou , chant, en latin recantatio, ce qui signifie proprement un désaveu de ce qu'on avoit dit : c'est pourquoi tout poëme, & en général toute piece qui contient une rétractation de quelque offense faite par un poëte à qui que ce soit, s'appelle palinodie.
On en attribue l'origine au poëte Stesichore & à cette occasion. Il avoit maltraité Hélene dans un poëme fait à dessein contr'elle. Castor & Pollux, au rapport de Platon, vengerent leur soeur outragée en frappant d'aveuglement le poëte satyrique ; & pour recouvrer la vûe, Stesichore fut obligé de chanter la palinodie. Il composa en effet un autre poëme, en soutenant qu'Hélene n'avoit jamais abordé en Phrygie. Il louoit également ses charmes & sa vertu, & félicitoit Menélas d'avoir obtenu la préférence sur ses rivaux.
Les premiers défenseurs de la religion chrétienne, saint Justin, saint Clément, & Eusebe, ont cité sous ce titre une hymne qu'ils attribuent à Orphée : elle est fort belle pour le fond des choses & pour la grandeur des images ; le lecteur en va juger, même par une foible traduction.
" Tel est l'Etre suprême que le ciel tout entier ne fait que sa couronne ; il est assis sur un trône d'or, & entouré d'anges infatigables ; ses piés touchent la terre ; de sa droite il atteint jusqu'aux extrémités de l'Océan, à son aspect les plus hautes montagnes tremblent, & les mers frissonnent dans leurs plus profonds abîmes. "
Mais il est difficile de se persuader qu'Orphée qui avoit établi dans la Grece jusqu'à trois cent divinités, ait pû changer ainsi de sentiment, chanter une semblable palinodie ; aussi la critique range celle-ci parmi les fraudes pieuses qui ne furent pas inconnues aux premiers siecles du christianisme.
La sixieme ode du premier livre des Odes d'Horace, qui commence par ces mots, ô matre pulchra filia pulchrior, est une vraie palinodie, mais la plus mignone & la plus délicate.
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| PALINTOCIE | S. m. (Mytholog.) nom tiré du grec , de nouveau, & , du verbe , je mets au monde, par lequel les anciens exprimoient la renaissance, ou la seconde naissance d'un enfant. Il n'y a guere que la fable de Bacchus tiré des entrailles de sa mere expirante, renfermé ensuite dans la cuisse de Jupiter, d'où il sortit à terme, à laquelle on puisse ajouter une pareille expression.
Palintocie est aussi en usage pour signifier la restitution d'une usure, ou le remboursement des intérêts. Les habitans de Mégare, après avoir chassé leur tyran, ordonnerent la palintocie, c'est-à-dire qu'ils obligerent par une loi tous les créanciers à rembourser à leurs débiteurs les intérêts qu'ils avoient reçus de ceux-ci pour toutes les sommes prêtées. Voyez INTERET & USURE.
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| PALINURUS | (Géog. anc.) promontoire d'Italie, à l'extrémité du golfe Paestanus, aujourd'hui le cap Palinure, Palenudo, ou Palmiro. Virgile raconte que ce cap a pris son nom de Palinure, pilote d'Enée, qui étant accablé de sommeil, se laissa tomber dans la mer avec son gouvernail. Les flots ayant porté son corps jusqu'au port de Velia, les habitans le dépouillerent & le rejetterent dans la mer, ce qui leur attira une grande peste : peu de tems après, ayant consulté sur ce fléau l'oracle d'Apollon, il leur fut répondu d'appaiser les manes de Palinure ; après cette réponse ils lui dédierent un bois sacré, & lui éleverent un tombeau sur le promontoire voisin, qui a retenu le nom de Palinure.
Et statuent tumulum, & tumulo solemnia mittent,
Aeternumque locus Palinuri nomen habebit.
Aenéid. l. VI. v. 380.
Pline, Mela, Paterculus en parlent ; mais Denis d'Halicarnasse est le seul qui y joigne un port de même nom. (D.J.)
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| PALIQUES | S. m. pl. (Mythol.) c'est ainsi que l'on a nommé deux enfans jumeaux que Jupiter eut de la nymphe Thalie. Thalie craignit tellement la colere de Junon, qu'elle pria la Terre de l'engloutir. Elle fut exaucée. Elle accoucha dans le sein de la Terre de deux enfans qui en sortirent un jour par une seconde ouverture. Ces deux enfans appellés paliques de leur renaissance, furent adorés comme des dieux. Il se forma sur la seconde ouverture une fontaine qu'on nomma paliune, & qui étoit en telle vénération, qu'elle servoit à l'épreuve des parjures. L'accusé écrivoit sur des tablettes ce qu'il prétendoit être vrai, & les jettoit dans l'eau ; si elles demeuroient suspendues à la surface, il étoit innocent, si elles alloient au fond, il étoit coupable. On sacrifioit aux dieux paliques des victimes humaines ; toutes ces merveilles se passerent en Sicile, où la coûtume barbare de répandre le sang humain aux autels des paliques, fut abolie avec le tems. Voyez PALICES.
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| PALIR | Voyez PALE & PALEUR. Les passions qui viennent presque toutes se répandre sur le visage, y produisent des effets si différens, qu'il ne nous manque que plus d'expérience & de meilleurs yeux pour les y reconnoître comme dans un miroir fidele, & lire sur le front de l'homme l'histoire de son ame, à mesure qu'elle se forme, ses desirs, ses haines, ses aversions, la colere, la peur, l'incertitude, &c. La honte fait rougir ; la crainte fait pâlir.
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| PALIS | S. m. (Charpenterie) c'est un petit pal pointu, dont plusieurs arrangés ensemble, font une clôture ou séparation dans des cours, ou dans des jardins. (D.J.)
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| PALISSADES | S. f. pl. en terme de Fortification, sont des pieux de chêne épointés, d'environ neuf piés de hauteur, qu'on enfonce de trois dans les terres. On en met sur la banquette du chemin couvert, & on s'en sert aussi pour faire des retranchemens dans les ouvrages qu'on veut disputer à l'ennemi ; on les met à deux pouces ou deux pouces & demi les uns des autres ; les pieux des palissades sont quarrés & rangés en losange, c'est-à-dire qu'ils ont deux angles sur la ligne, un angle du côté de la campagne, & l'autre angle du côté de la place. Les palissades sont debout ou à-peu-près perpendiculaires à l'horison, en quoi elles different des fraises dont les pieux sont posés presque horisontalement. Voyez FRAISE.
Les palissades servent à fortifier les avenues des postes ouverts, des gorges, des demi-lunes, le fond des fossés, les parapets des chemins couverts, & en général tous les postes où l'on craint des surprises & dont les approches sont faciles.
Il y a différens sentimens sur la maniere de planter les palissades. M. le maréchal de Vauban a fait une dissertation sur ce sujet dont on croit devoir donner ici l'extrait.
" On plante les palissades des chemins couverts de quatre manieres différentes.
La premiere & la plus ancienne est celle qui les établit sur le haut du parapet, à deux piés près du bord qu'elle surmonte ordinairement de trois piés & demi ; les meilleures qualités de ces palissades sont d'empêcher les bestiaux d'entrer dans le chemin couvert, & de faire obstacle à ceux qui voudroient insulter les chemins couverts avant l'ouverture des tranchées ; les mauvaises sont, 1°. de servir de mantelet à l'ennemi, & de lui rompre la plus grande partie du feu de la place, quand il est appuyé contre ; 2°. d'être aisée à couper, parce qu'elle se peut aborder de plain pié ; 3°. de ne pouvoir remplacer les rompues dans une attaque sans se mettre à découvert ; 4° d'être fort sujets aux éclats de canon quand l'ennemi vient attaquer le chemin couvert, il en fait rompre ce qu'il lui plaît par ses batteries, pour lui faire des ouvertures sans que les assiégés y puissent remédier ; c'est pourquoi on ne s'en sert plus ".
M. Blondel les avoit condamnés avant M. de Vauban, parce que, dit-il, il est facile d'en rompre avec le canon, telle quantité que l'on veut, & d'en garder ce qu'on juge à propos pour s'en servir à appuyer les fascines & autres matieres que l'on porte pour se couvrir. Les Espagnols les plantoient autrefois de cette maniere, selon que leur reproche M. Coulon : voici ce qu'il dit dans ses Mémoires pour l'attaque & pour la défense.
" De la maniere que les Espagnols mettent leurs palissades, qui étant sur le parapet du chemin couvert, ôtent la moitié du feu de la place, & donnent aux travailleurs la faculté de faire le logement ; quoique naturellement bêtes, les soldats ne savent ce qu'ils font ni où on les mene ; mais dans cette rencontre n'étant question que d'aller en avant, ils marchent avec les ingénieurs & après leurs officiers, jusqu'à ce que la palissade leur donne contre la tête ou contre l'estomac, les oblige à laisser tomber la fascine à leurs piés, ce qui trace le logement, lequel se perfectionne sans peine par le savoir faire des ingénieurs.
La deuxieme, est celle où l'on les plante en dedans le chemin couvert, & joignant le parapet contre lequel elles sont appuyées, & le surmontent de trois piés & demi. Les bonnes qualités de cette deuxieme espece de palissades, sont de pouvoir remplir les rompues à couvert, & d'empêcher les bestiaux & l'insulte prématurée du chemin couvert, comme à la précédente ; du surplus, elle en a tous les autres défauts, c'est pourquoi on ne s'en sert point présentement.
La troisieme, est celles qui sont plantées sur les banquettes, près du bas du parapet, à la distance d'un pié & demi de haut, à mesurer de l'intérieur du linteau au sommet dudit parapet, la pointe surmontant d'un pié ; les bonnes qualités de cette troisieme espece sont, 1°. de ne pouvoir être coupée ; 2°. de ne pouvoir être enlevée que très-difficilement & avec grand péril ; 3°. de ne pouvoir être presque point endommagée du canon, parce que ne pouvant en toucher que les pointes, il n'y fait pas grand éclat, ne déplace jamais les corps des palissades, & ne plonge que très-rarement jusqu'au linteau ; 4°. de pouvoir remplacer & ôter en sureté celles qui viennent à manquer, parce que l'on peut le faire à couvert ; 5°. de ne faire nul embarras dans le chemin couvert, étant jointe au parapet, à qui elle fait même un bel ornement. Elle a pour défaut, 1°. l'arrangement des sacs à terre, qu'on ne sauroit placer qu'en se mettant à découvert, ou en les soutenant avec des especes de chevalets par-derriere ; l'un est difficile & embarrassant & l'autre trop dangereux ; 2°. supposant les sacs à terre arrangés sur le haut du parapet, on ne peut tirer que directement devant soi, parce que l'entre-deux des palissades & les creneaux de sacs à terre ne permettent pas le biaisement du mousquet à droite ou à gauche ; 3°. on lui reproche encore que les barrieres, qui obligent à défiler les gens commandés pour sortir, les font trop découvrir, & empêchent que les sorties ne soient d'un si grand effet, ce qui n'exclut pas cependant les barrieres, puisqu'il est nécessaire d'en avoir, non-seulement pour les entrées & les sorties de la cavalerie, mais encore pour l'infanterie ; ainsi ce défaut ne peut être considéré que comme un défaut mêlé de bonnes qualités : cette maniere de planter les palissades est en usage dans toutes nos places.
La quatrieme maniere est nouvelle, & n'a été pratiquée que dans trois ou quatre sieges, où l'on prétend s'en être bien trouvé. On plante la palissade à quatre piés & demi ou cinq piés près du parapet, dont elle égale la hauteur ; on la coupe par les barrieres & des petits passages de trois piés & demi d'ouverture, de dix toises en dix toises. Cette espece de palissade a pour bonnes qualités, 1°. d'être encore moins sujette aux éclats du canon que la précédente, parce qu'il ne la voit point du tout ; 2°. de ne pouvoir être sautée ni coupée lorsque les assiégés la défendront de pié ferme, car autrement elle seroit plus aisée à couper que la précédente, parce que l'ennemi en se jettant entre la palissade & le parapet, peut y être à demi-couvert par la palissade même ; 3°. la facilité de remplacer les parties rompues à couvert ; 4°. la commodité de l'arrangement des sacs à terre qui se fait aussi à couvert ; 5°. celles des sorties à l'improviste qui peuvent passer par-dessus le parapet & y rentrer de même en s'y jettant ; 6°. le moyen de pouvoir mieux défendre le chemin couvert de pié ferme en se tenant collé contre le derriere de la palissade ; celui-ci est très-hasardeux & peu pratiquable. Ses défauts sont, 1°. d'être fort plongé de front & par les côtés du feu de l'ennemi quand il gagne le haut du parapet ; 2°. d'exposer les gens qui défendent le chemin couvert de pié ferme au feu hasardé du rampart & des demi-lunes qui les protegent ; donc les parapets étant fort en desordre dans le tems des attaques, il est presque impossible que ceux de la place n'en échappent beaucoup sur les leurs quand elle se fait de jour, & à plus forte raison quand elle se fait de nuit, ce qui joint à la quantité de grenades qui tombent là de la part des assiégeans, rendent cette défense extraordinairement dangereuse pendant le jour, & absolument insoutenable pendant la nuit ; 3°. elle expose beaucoup les soldats qui sont entre le parapet & la palissade, tant à l'éclat des grenades qu'au péril de ne pouvoir se retirer à tems, quand l'ennemi sort de ses places d'armes pour l'attaquer ; 4°. les bords du parapet sont en peu de tems étrangement ébranlés par les sorties & la rentrée des troupes qui s'y précipitent plutôt qu'ils ne s'y jettent ; ce défaut est médiocre & facile à réparer. "
M. de Vauban dit avoir vû une autre espece de palissade la campagne d'Hollande, au chemin couvert de Nimegue, sur le haut du parapet : " ce n'étoit, dit-il, que des piés d'arbres branchus, plantés par la tige avec les principales branches, aiguisées comme elles se trouvoient, de trois ou quatre piés de long, recroisés & embarrassés l'une dans l'autre ; elle a cela de commun avec celle des lignes d'Alesia. Elle seroit plus propre à de semblables retranchemens qu'à border un chemin couvert ; elle a tous les défauts de la premiere & seconde espece, c'est pourquoi elle ne mérite pas de tenir place ici.
Il y a des ingénieurs qui doublent les palissades des places d'armes sur les angles rentrans suivant la méthode des troisiemes & quatriemes especes, pour les pouvoir défendre de pié ferme : on prétend s'en être bien trouvé à Grave, Mayence, & en dernier lieu à Keisevert.
Il est sans difficulté que les palissades de la troisieme & quatrieme especes sont les meilleures, mais l'une & l'autre ont de très-grands défauts ; la derniere est à préférer à l'autre, parce qu'on hasarde moins à défendre le chemin couvert de pié ferme à celle-ci ; la place pouvant en certains cas, & en plein jour, hasarder de tirer par-dessus la tête de ceux qui la défendent, parce qu'ils sont plus bas, mais non à l'autre où on est plus élevé. La meilleure défense des chemins couverts n'est pas à mon sens celle de pié ferme, il en coûte trop, & tôt ou tard vous en êtes chassés avec perte : j'aimerois mieux la défendre en cédant les parties plus à portée de l'ennemi, & y revenant après lui avoir fait essuyer une demi-heure ou trois quarts d'heure le feu de la place & des dehors, dont les défenses étant bien bordées & non contraintes, doivent pour-lors faire un grand effet : on pourroit au plus soutenir les places d'armes de pié ferme au moyen des doubles palissades, pendant que le feu de la place agissant à droite & à gauche sur les angles saillans, ne laisseroit pas d'être encore fort dangereux, même de jour, parce que le soldat est maladroit & ne prend pas assez garde où il tire ; c'est pourquoi je tiens que le meilleur parti à prendre, du-moins le plus sûr, est de ne tenir que peu de monde dans le chemin couvert, avec ordre de se retirer aux places d'armes plus voisines de la gauche des attaques, où il faudroit tenir de forts détachemens prêts pour revenir de part & d'autre, les uns par-dessus le glacis, & les autres par le chemin couvert, ce qui sera bon à répéter diversement, tant qu'elles réussiront.
Le vrai parti à prendre en ce fait, est de planter la haute palissade, quand on gasonne le parapet du chemin couvert tout autour de la place, de l'entretenir à perpétuité, & de tenir la basse en reserve dans des magasins ou en piles de charbonnier couvertes de paille, pour ne la planter que dans le tems d'un siege, & seulement quand les attaques seront déclarées, & sur le long du front ; il n'en faudra pas pour cela mettre en provision davantage, je serois même d'avis de ne doubler la palissade qu'aux places d'armes des angles rentrans, comme les seules parties qu'on peut soutenir de pié ferme, ne me paroissant pas qu'il y en ait d'autres que celle-là qui le puisse être ; & quant à la haute palissade, on peut la corriger & la planter en espaçant, tant plein que vuide, un clou coudé avec une pointe élevée de trois pouces, occupant le milieu du vuide, & tenant dans le bois par une autre pointe à-peu-près de pareille grandeur, bien ébarbilée & enfoncée à force dans le linteau, après avoir été précédée d'un petit trou de vilebrequin & battu jusqu'à ce que tout le coude soit entré dans le bois, pour lequel faciliter, il y faut une petite coche avec un fermoir ou ciseau ; la pointe dudit clou s'alignant avec la palissade dont le linteau doit être chevillé à un pié ou cinq pouces plus bas que le sommet du parapet, lequel sommet sera surmonté de neuf pouces par la pointe de la palissade qui sera aussi aiguisée de douze de long, & plantée de six ou huit pouces près du pié du parapet, ensorte que de ladite palissade au sommet, il y ait un pié & demi de distance mesuré horisontalement, l'épaisseur de la palissade non compris ; ce qui fera deux piés d'éloignement du soldat qui tire au sommet du parapet, supposant après que les sacs à terre un peu applatis occupent un pié de large ; le fusil qui en a trois & huit pouces de canon, passera de huit pouces au-delà des sacs à terre, ce qui est ce que l'on peut desirer de mieux en cas pareil ". Dissertation de M. de Vauban, sur la maniere de planter les palissades.
Il est incontestable qu'en ouvrant davantage l'entre-deux des palissades, en aiguisant les pointes de plus loin, & en ne les faisant surmonter le parapet que de neuf pouces, on remédie, ainsi que dit M. de Vauban, aux éclats, au défaut de ne pouvoir assez biaiser du mousquet, & à la difficulté d'arranger les sacs à terre ; cependant dans les dernieres défenses des places, cette méthode n'a pas entierement été suivie ; on a supprimé le clou coudé & on a rapproché les palissades à la distance de quatre pouces les unes des autres.
M. de Coëhorn a donné une nouvelle maniere de palissades, faites ensorte qu'on les peut mettre debout & les baisser quand on veut. Elles sont attachées le long d'un arbre tournant, long environ de deux toises, & enclavé dans les têtes de deux pieux plantés en terre. Il fait grand cas de ces sortes de palissades ; premierement, pour l'épargne, parce qu'on ne les met qu'au tems d'attaque ; secondement, pour ne pouvoir être ruinées par le canon, parce qu'elles ne sont vûes des assiégeans pendant le jour que lorsqu'on donne l'assaut au chemin couvert. Tout ce qu'on peut dire contre ces palissades, c'est que si un poteau ou un pieux vient à être renversé par une bombe, l'espace de quatre toises se trouve sans palissades pendant un certain tems. Traité de la sureté des états par le moyen de forteresses. (Q)
PALISSADES TOURNANTES, sont celles de l'invention de M. Coëhorn, qui se tournent de haut en bas. Voyez PALISSADES.
PALISSADE, s. f. (Jardin) espece de barriere de pieux fichés en terre à claire voie, qu'on fait au lieu d'un petit fossé, aux bouts d'une avenue nouvellement plantée, pour empêcher que les charrois n'endommagent les jeunes arbres.
Palissade de jardin, c'est un rang d'arbres feuillus par le pié, & taillés en maniere de mur le long des allées, ou contre les murailles d'un jardin. Les palissades de charme sont celles qui viennent les plus hautes, & qui s'unissent le mieux. On fait de petites palissades avec de la charmille, des ifs, des buis, &c. pour les allées ; & des palissades à hauteur d'appui, avec du jasmin, des grenadiers, & sur-tout du filaria, qui est très-propre pour les palissades de moyenne hauteur. Il y a aussi des palissades à banquettes, qui n'excedent jamais trois piés & demi. Elles servent à borner les allées lorsqu'on ne veut plus borner toutes les vues d'un jardin. On y met des arbres d'espace en espace, & quand on veut les décorer, on y enclave des ormes à tête ronde.
La hauteur d'une palissade en général, doit être les deux tiers de la largeur de l'allée. Les palissades plus hautes font paroître les allées étroites, & les rendent tristes. Leur beauté consiste à être bien garnies par le bas ; lorsqu'elles se dégarnissent, on y rémedie avec des ifs soutenus d'un petit treillage : on les tond ordinairement des deux côtés à-plomb.
Les utilités des palissades consistent, 1°. à couvrir les murs de clôture, pour boucher en des endroits des vûes désagréables, & en ouvrir d'autres : 2°. à corriger & à racheter les biais qui souvent se trouvent dans un terrein, & les coudes que forment certains murs : 3°. à servir de clôture aux bosquets, cloitres & autres compartimens qui doivent être séparés, & où l'on pratique d'espace en espace des renforcemens le long des allées : 4°. à revêtir le mur d'appui d'une terrasse : 5°. à former des niches qui décorent des jets d'eau, des figures, ou des vases : 6°. enfin à dresser des portiques, & à former des galeries & des arcades.
On appelle palissades crénelées les palissades qui sont couvertes d'espace en espace en maniere de créneaux au-dessus d'une hauteur d'appui, comme il y en a, par exemple, autour de la piece d'eau appellée l'île royale, à Versailles.
Tondre une palissade, c'est la dresser avec le croissant, qui est une espece de faulx. Daviler. (D.J.)
PALISSADE, ARBRE DE, (Hist. nat.) arbre de l'Amérique méridionale, qui se trouve sur-tout à Surinam. Les Indiens s'en servent pour construire leurs cabanes. Il porte des fleurs en si grande abondance, que ses rameaux s'affaissent sous son poids ; ces rameaux ressemblent à des balais de bouleau. Les gousses que produit cet arbre contiennent une graine semblable à du millet.
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| PALISSAIRE | PALISSAIRE
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| PALISSE | adj. en terme de Blason, se dit d'un rang de palissades représentées sur une fasce, qui s'élevent d'une hauteur considérable, & qui sont aiguisées par le bout d'en-haut, à-travers lesquelles on apperçoit le champ. Voyez nos Pl. hérald.
Il se dit aussi chez nous des pieces à paux au fasce, aiguisées & enclavées les unes dans les autres.
Die Mystinkofe à Lubeck, d'azur à trois troncs écotés d'or, enclos dans une enceinte ronde palissée de même.
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| PALISSER | PALISSAGE, (Jardinage) le palissage est l'art de placer & d'attacher sur des murailles, ou sur des treillages, dans un certain ordre, les branches des arbres qui sont plantés à leur pié.
Ce travail se fait au printems, durant la taille & suivant les divers bourgeons qui ont poussé depuis cette taille ; on recommence en été d'attacher chaque branche & chaque bourgeon au treillage, qui couvre le mur, ou à la loque qu'on y a mise.
Le palissage n'est pas plus dans l'ordre de la nature, que la transplantation, la taille & l'ébourgeonnement ; cette opération demande que les arbres soient dans leur liberté, dardant en avant leurs rameaux pour suivre la direction & l'impression de l'air. En effet, on a beau retenir, arrêter, attacher avec du jonc ou de l'osier les bourgeons, ils s'écartent toujours du mur par leurs extrémités. L'air est autant l'élement des branches & des rameaux, que la terre est celui des racines. Les arbres en plein vent ne cherchent qu'à s'étendre ; on les voit passer horisontalement leurs rameaux allongés, en même tems qu'ils élevent leurs | |