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| R | S. f. (Gram.) C'est la dix-huitieme lettre & la quatorzieme consonne de notre alphabet. Nous l'appellons erre, nom feminin en effet ; mais le nom qui lui conviendroit pour la justesse de l'épellation est re, s. m. C'est le des Grecs, & le des Hébreux.
Cette lettre représente une articulation linguale & liquide, qui est l'effet d'un trémoussement fort vif de la langue dans toute sa longueur. Je dis dans toute sa longueur, & cela se vérifie par la maniere dont prononcent certaines gens qui ont le filet de la langue beaucoup trop court ; on entend une explosion gutturale, c'est-à-dire qui s'opere vers la racine de la langue, parce que le mouvement n'en devient sensible que vers cette région. Les enfans au contraire, pour qui, faute d'habitude, il est très-difficile d'opérer assez promtement ces vibrations longitudinales de la langue, en élevent d'abord la pointe vers les dents supérieures & ne vont pas plus loin ; delà l'articulation l au lieu de r, & ils disent mon pèle, ma mèle, mes flèles, paller pour parler, coulil pour courir, &c.
Les trois articulations l, r, n, sont commuables entr'elles, comme je l'ai montré ailleurs. (Voyez L.) Les articulations s & r sont aussi commuables entr'elles, parce que pour commencer r la langue se dispose comme pour le sifflement s ; elle n'a qu'à garder cette situation pour le produire. Delà vient, comme le remarque l'Auteur de la Méthode de P. R. (Traité des lettres, ch. xj.) que tant de noms latins se trouvent en er & en is, comme vomer & vomis, ciner & cinis, pulver & pulvis ; & des adjectifs, saluber & salubris, volucer & volucris : que d'autres sont en or & en os ; labor & labos, honor & honos. Le sçavant Vossius (de art. gramm. I. 15.) fait cette remarque : Attici pro aïunt : & veteres latini dixere, Valesii, Fusii, Papisii, Auselii ; quae posteriores per R maluerunt, Valerii, Furii, Papirii, Aurelii.
La lettre r est souvent muette dans la prononciation ordinaire de notre langue : 1°. à la fin des infinitifs en er & en ir, même quand ils sont suivis d'une voyelle, & l'on dit aimer à boire, venir à ses fins, comme s'il y avoit aimé à boire, veni à ses fins ; on prononce r dans la lecture & dans le discours soutenu. 2°. R ne se prononce pas à la fin des noms polysyllabes en ier, que l'on prononce pour ié, comme officier, sommelier, teinturier, menuisier, &c. c'est la même chose des adjectifs polysyllabes en ier, comme entier, particulier, singulier, &c. 3°. R est encore une lettre muette à la fin des noms polysyllabes en er, comme danger, berger, &c. M. l'abbé Girard (tom. ij. pag. 397.) excepte ceux où la terminaison er est immédiatement précédée de f, m ou v, comme enfer, amer, hyver.
L'usage est sur cela le principal maître qu'il faut consulter ; & c'est l'usage actuel : celui dont les décisions sont consignées dans les grammaires écrites, cesse quelquefois assez tôt d'être celui qu'il faut suivre.
La lettre R étoit chez les anciens une lettre numérale valant 80 ; & si elle étoit surmontée d'un trait horisontal, elle valoit 1000 fois 80 ; = 80000.
Dans la numération des Grecs le surmonté d'un petit trait marquoit 100 ; si le trait étoit au-dessous il valoit 1000 fois 100, & = 100000.
Dans la numération hébraïque le vaut 200 ; & s'il est surmonté de deux points disposés horisontalement, il vaut 1000 fois 200, ainsi = 200000.
Nos monnoies qui portent la lettre R, ont été frappées à Orléans. B. E. R. M.
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| R | commerce, sert pour les abréviations suivantes, Rs. remises. R, reçu : Ro. recto ; RX. ou RE. richedale ou rixdale. Diction. de Com. (G)
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| R | Médecine, est l'abregé de recipe, prenez.
RRr, (Ecriture) quant à la figure italienne, c'est la seconde partie d'i & le premier courbe d'm, dans l'r coulé & rond, c'est un accent circonflexe & la premiere moitié d'o ; ils se forment tous trois en trois tems, du mouvement mixte des doigts & du poignet. Voyez le volume des Planches.
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| RAAB | autrement JAVARIN, (Géog. mod.) ville de la basse-Hongrie, capitale du comté du même nom, au confluent du Raab & du Rabnitz qui se rendent peu après dans le Danube. C'est une place fortifiée & dont les rues ne sont point pavées. L'évÊChé est suffragant de Gran. Les Turcs prirent Raab sous le sultan Amurat III, mais les comtes de Schwartzenbourg & de Palfi leur reprirent cette ville en 1664. Long. 35. 40. lat. 47. 46. (D.J.)
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| RAAGDAER | S. m. (Commerce) officier en Perse qui reçoit les droits de raagdarie. V. RAAGDARIE.
Ce sont des especes de voyers qui sont partagés par cantons, & chacun d'eux ne répond que des lieux dont il s'est chargé. En conséquence des droits qu'on leur paye, ils sont obligés de veiller à l'entretenement & à la sûreté des grands chemins & de restituer aux propriétaires la valeur des marchandises ou autres effets qu'on leur a volé, lorsqu'ils ne peuvent pas les recouvrer ; mais s'ils les recouvrent, ils en retiennent le tiers pour leur peine. Ils ont sous eux plusieurs escouades de soldats pour la sûreté des voyageurs & des marchands ; mais cet ordre si admirable en apparence est souvent mal exécuté, & les gardes des grands chemins en sont quelquefois eux-mêmes les plus déterminés voleurs. Diction. de Trév. & Chamb. (G)
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| RAAGDARIE | S. f. (Commerce) On nomme ainsi en Perse un droit qu'on exige sur toutes les marchandises pour la sûreté des grands chemins, sur-tout dans les lieux dangereux & où l'on rencontre fréquemment des voleurs. Id. ibid. (G)
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| RAARSA | (Géog. mod.) petite île de la mer d'Ecosse, une des Westernes, au nord & près de l'île de Skie ; elle a 7 milles de long & 2 de large.
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| RABAIS | S. m. (Jurisprud.) signifie diminution & est opposé à encheres. On appelle adjudication au rabais celle où les offres se font non pas par encheres mais au rabais ; par exemple l'un a offert de faire ce dont il s'agit pour 20000 l. un autre offre de le faire pour 18000 l. un troisieme pour 15000 l. l'adjudication se fait à celui qui offre de faire la chose à meilleur compte ; c'est ce que l'on appelle adjudication au rabais. Ces sortes d'adjudications sont usitées pour les étapes, fourrages, munitions & fournitures des troupes du roi, pour l'entreprise des travaux publics, & dans certains pays, pour l'entretien des mineurs dont on fait un bail au rabais. Voyez ADJUDICATION, BAIL, BATIMENT, ETAPE, DEVIS, MARCHE, FOURNITURES, MUNITIONS, VIVRES, TUTELE.
RABAIS, (Commerce) diminution de valeur ou de quantité. Il se dit des monnoies, des marchandises, & quelquefois des grains & des liqueurs ; mais on dit plus ordinairement déchet quand il s'agit de diminution de quantité. Voyez DECHET.
Rabais se dit aussi quand on retire moins qu'on ne l'esperoit d'un fond ou d'une entreprise de commerce. Ce vaisseau devoit me rapporter 30000 livres ; mais il y a bien du rabais, par les avaries & autres frais. Voyez AVARIE.
Rabais se prend encore pour la remise dont on convient pour payer une somme avant l'échéance du payement. Voulez-vous me faire un tel rabais, je vous payerai comptant. Quelques-uns disent rabat, mais plus improprement que rabais ; le véritable terme est escompte. Voyez ESCOMPTE. Diction. de com. (G)
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| RABAISSE | RABAISSE
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| RABAISSER | v. a. (Gram.) c'est mettre au-dessous de la valeur réelle ou prétendue. On rabaisse un homme pour s'élever soi-même ; l'occupation de l'envie est de rabaisser ; on se rabaisse quelquefois par politique.
RABAISSER, v. n. (Commerce) c'est diminuer de prix. Les blés sont bien rabaissés.
RABAISSER, v. a. (Gram.) c'est ôter du prix, de la quantité, de la qualité, ou de la hauteur. Il se dit au simple & au figuré : il faut rabaisser ce mur, ce toît, cet étage. Je rabaisserai un peu de cet orgueil, de cette hauteur qui le rend insupportable aux autres.
RABAISSER, (Jardinage) c'est diminuer de quelques piés une palissade trop haute ; c'est aussi ôter un étage de branches à un arbre, ce qui le rabaisse beaucoup.
RABAISSER, SE RABAISSER, se dit en terme de Manege, du cheval qui n'a pas assez de force pour continuer ses courbettes aussi élevées qu'il les a commencées. Voyez COURBETTE.
RABAISSER LE CARTON, (Relieure) c'est couper avec une pointe d'acier le carton qui fait la partie la plus solide de la couverture d'un livre, & le rendre de tous côtés égal à la tranche, ensorte néanmoins qu'il l'excede de quelques lignes. (D.J.)
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| RABANER | v. a. (Marine) c'est passer des rabans dans quelque chose : ainsi rabaner une voile, c'est y passer des rabans afin de l'amarrer à la vergue. Voyez RABANS. (Q)
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| RABAN | ou COMMANDES, (Marine) petites cordes faites de vieux cables dont on se sert pour garnir les voiles afin de les ferler, & à plusieurs autres amarrages, comme aussi à renfoncer les manoeuvres. Les garçons de vaisseaux sont obligés d'en porter toujours à leur ceinture sous peine de châtiment.
Rabans d'avuste, ce sont des cordages faits à la main de quatre ou six fils de carret.
Rabans de pavillon, rabans qui sont passés dans la gaîne du pavillon, pour les amarrer au bâton du pavillon.
Rabans de points, ce sont de longues & menues cordes qui servent à passer autour des voiles & des vergues pour les lier ensemble.
Rabans de sabords, rabans qui servent à fermer & à ouvrir les sabords.
Rabans de voile, rabans qui servent à amarrer les voiles aux vergues. (Q)
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| RABASTENS | (Géog. mod.) en latin du moyen âge castrum Rabastense, ville de France dans le haut Languedoc, au diocèse & à six lieues d'Alby, sur le Tarn. C'est un siége de la judicature de l'Albigeois, qui a une collégiale ; il y avoit autrefois un prieuré de l'ordre de Cluni, qui a été uni au college des Jésuites de Toulouse. Long. 19. 22. lat. 43. 48.
Antesignan (Pierre) l'un des plus laborieux grammairiens du xvj. siecle, étoit de Rabastens. Sa grammaire de la langue grecque a été imprimée plusieurs fois ; mais sa grammaire universelle n'a point eu de succès, parce qu'elle est sans ordre & sans principes. (D.J.)
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| RABAT | S. m. (Gram.) partie du vêtement des ecclésiastiques, & de la plûpart des gens de robe, des marguilliers, des officiers de communautés, &c. c'est un morceau de toile qui fait le tour du cou, monté sur un porte-rabat, qui couvre le porte-rabat, & qui descend divisé en deux portions oblongues & ourlées, plus ou moins bas sur la poitrine. Autrefois, il bordoit le collet du pourpoint ; tous les hommes portoient le rabat ; il y en avoit à dentelle, à point, d'uni, de plissé, d'empesé. Aujourd'hui il n'est plus d'usage que dans l'église, au palais, & dans les fonctions de quelques dignités ; les ecclésiastiques l'ont court ; les gens de robe & autres, long. Il a été appellé rabat, parce qu'autrefois ce n'étoit que le col de la chemise rabattu en-dehors sur le vêtement. Lorsque le rabat n'a point de barbes ou d'aîles pendantes, mais que ce n'est qu'une simple bande de toile ourlée & attachée sur le porte-collet, on l'appelle collet ; c'est de cette bande de toile qu'on a appellé nos jeunes ecclésiastiques, des petits collets.
RABAT, (Géog. mod.) ville d'Afrique, dans la province de Trémecen, au royaume de Fez, entre la ville de Fez & celle de Tanger, à l'embouchure de la riviere de Burregreg, du côté du couchant, bâtie par Jacob Almanzor. Du vivant de ce prince, elle étoit très-brillante ; on y voyoit plusieurs mosquées, & quelques palais ; à peine y a-t-il aujourd'hui 400 feux ; son château n'est bon que pour un coup de main ; le port est à demi-lieue de la ville, en remontant le fleuve. Long. 11. 28. latit. 33. 42. (D.J.)
RABAT, terme de Commerce, fort usité à Amsterdam : c'est un escompte ou diminution que l'on fait sur le prix de certaines marchandises, lorsque l'acheteur avance le payement de la somme dont il étoit convenu avec le vendeur. Voyez ESCOMPTE.
Le rabat s'estime par mois, & s'accorde seulement pour certaines sortes de marchandises, qui, suivant l'usage d'Amsterdam sont,
C'est-à-dire, que ces marchandises se vendent à payer comptant, en déduisant ou rabattant l'intérêt de l'argent qu'on ne devroit payer qu'au bout de quinze, de dix-huit, de vingt-un, ou de trente-trois mois.
Cet intérêt qu'on appelle rabat, est pour l'ordinaire reglé à huit pour cent par an, qui sont incorporés dans le prix de la marchandise par le vendeur, lequel pouvant donner sa marchandise pour cent florins argent comptant, la vend cent-huit florins, s'il la vend à un an de terme.
Les Marchands n'étant pas toujours en état de payer comptant les marchandises qu'ils achetent, ont imaginé le rabat, tant pour donner le moyen à ceux qui le font de payer comptant, que pour engager les autres à se libérer le plus tôt qu'ils peuvent, en vûe de cet escompte. Dictionnaire de Commerce, Trévoux & Chambers.
RABAT, (Outil de Charron) cet outil est une petite planche quarrée de la grandeur de trois à quatre pouces, qui est percée au milieu d'un trou quarré dans lequel passe un morceau de bois long d'un pié & demi, & de la grosseur en quarré du trou qui est à la planche ; de façon cependant qu'en cognant, l'on peut faire reculer ou avancer le morceau de bois quarré ; le long de ce morceau de bois sont placées de petites pointes qui marquent, quand on les passe sur un autre morceau de bois.
Les Charrons se servent de cet outil pour tracer des lignes droites, de même que les Menuisiers se servent du trusquin dont le rabat est une espece. Voyez TRUSQUIN.
RABAT, (Cirerie) les Blanchisseurs de cire nomment de la sorte, un morceau de grosse toile qu'on met sur le tour ou tourillon de la greloire à quelque distance, pour rabattre ce qui s'éleve de la baignoire en tournant. Savary. (D.J.)
RABATS, (Jardinage) est un terme chez les Fleuristes, qui exprime les feuilles d'une fleur qui tombant à côté des feuilles supérieures, forment comme une espece de rabat ; les balsamines, les iris ont des rabats.
RABAT, (Lutherie) c'est dans les soufflets d'orgue une piece de peau triangulaire & parée sur tous les bords, qui assemble les éclisses par leur bout étroit les unes avec les autres. Voyez a b c, fig. 23. Planche d'orgue, & l'article SOUFFLETS D'ORGUE. Cette peau, comme toutes les autres pieces, est collée avec de bonne colle forte de Menuisier.
RABAT, (Manufacture en soie) lisse sous la maille de laquelle les fils de chaîne sont passés ; elle sert à les faire baisser.
RABAT, terme de Teinturier ; c'est une légere façon de teinture qu'on donne aux étoffes de peu de valeur ; on dit aussi donner un rabat dessiné aux couleurs brunes, comme celle d'olive passée en verd.
RABAT, terme de Vannier, c'est le dessus d'une cage.
RABAT, on appelle chasse au rabat, celle où on va la nuit avec des filets pour rabattre sur le gibier qu'on pousse dedans par le moyen des chiens secrets.
RABAT, (Jeu de paume) c'est le toît d'un ou de deux des côtés du jeu de paume, qui couvre la galerie & forme les dedans.
RABAT, (au jeu de quille) le coup de rabat, est celui qu'on joue de l'endroit où la boule s'est arrêtée après avoir été poussée vers les quilles dressées au coup précédent. Il y a deux coups ; le premier qu'on joue d'une distance marquée, c'est le coup de boule ; le second qu'on joue de la distance à laquelle la boule s'arrête au premier coup, c'est le coup de rabat. On joue autant de coups de rabat, qu'on a abattu de quilles au premier coup de boule, & tous ces coups de rabats se jouent tous de la distance à laquelle la boule s'éloigne du quillier. Il faut donc ménager son premier coup & les coups de rabat, de maniere qu'on abatte le plus de quille possible, & que la boule s'éloigne le moins du quillier. Si en rabattant, on abat plus de quilles qu'il n'en faut, on perd la partie.
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| RABATAGE | S. m. (Commerce) on nomme ainsi à Bordeaux ce qu'ailleurs, & sur-tout à Amsterdam, on appelle rabat, c'est-à-dire une espece d'escompte qui s'accorde par le vendeur à l'acheteur en faveur du promt payement. Rabatage signifie aussi quelquefois la même chose que tare. Voyez RABAT & TARE. Diction. de commerce.
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| RABATEAU | S. m. (Couteliers & autres ouvriers qui se servent de la meule) c'est un morceau ou de semelle ou de vieux chapeau qu'on tient appliqué contre la meule, au dessus de l'auge plein d'eau, où elle trempe par sa partie inférieure. La fonction du rabateau est d'arrêter l'eau qui suivroit la meule dans son mouvement circulaire, & qui seroit porté au visage de l'ouvrier couché sur la planche. Il y a un petit morceau de carte placé devant la polissoire pour une fin toute semblable ; elle sépare le superflu de l'émeril dont la polissoire s'enduit, à mesure que l'on polit, & l'empÊChe de moucheter l'ouvrier beaucoup plus qu'il ne l'est.
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| RABATTEMENT | RABATTEMENT
RABATTEMENT DE DECRET, (Jurisprud.) est une espece de regrès ou rachat dont use celui qui a été évincé de ses biens au moyen d'une adjudication par decret, le droit romain accordoit deux ans à la partie évincée pour exercer ce rachat, & regardoit cette faculté comme très-favorable, comme on voit en la loi derniere au code de jure dominii impetrando.
Cette restitution contre les decrets n'est pourtant point généralement admise, il y a même trois de nos coutumes qui la rejettent formellement ; savoir Auvergne, la Marche & Bourbonnois ; & dans le droit commun, la lésion d'outre-moitié, ni même la lésion énorme, ne font point un moyen de restitution contre un decret.
Quelques auteurs, tels que Dumolin, Gouget & Brodeau, ont prétendu qu'il seroit de l'équité dans ces cas d'admettre la restitution, mais la jurisprudence est contraire.
L'ordonnance de 1629 a fait une exception pour les mineurs, & sa disposition est suivie au parlement de Dijon & dans quelques autres parlemens, dans lesquels on juge même qu'une lésion considérable suffit pour faire restituer le mineur, mais cela n'a pas lieu au parlement de Paris.
Les statuts de Bresse donnent aux parties saisies six mois pour rentrer dans leurs biens subhastés, en remboursant à l'acquéreur le prix principal & les frais.
Mais le rabattement de decret, proprement dit, n'a lieu que dans le Languedoc : ce rachat ou regrès y est fondé sur le droit romain, mais le parlement de Toulouse en a prorogé la durée jusqu'à dix ans.
Quand le bien avoit été adjugé par un arrêt, & quand sur la demande en rabattement il étoit intervenu un arrêt qui permettoit à la partie d'exercer l'action en rabattement, cette action pouvoit être exercée pendant trente années, comme étant personnelle : la jurisprudence n'étoit pas bien certaine sur cette matiere, mais elle a été fixée par une déclaration du roi du 16 Janvier 1736.
Suivant cette déclaration, il n'y a que les propriétaires des biens decrétés ou leurs descendans qui puissent se pourvoir en rabattement de decret. Cette action ne dure que dix ans, en quelque jurisdiction que le decret ait été fait ; le délai ne court que du jour de la mise en possession ; il court contre les pupilles & les mineurs, sauf leur recours, s'il y échoit, contre les tuteurs ou curateurs. La demande en rabattement ne peut être formée qu'au parlement de Toulouse ou à la cour des aydes de Montpellier chacun pour ce qui les concerne : quoique les decrets ayent été faits devant les juges inférieurs, le demandeur doit faire des offres réelles à l'adjudicataire, & en cas de refus, consigner au greffe, les loyaux-coûts se remboursant suivant la liquidation reçue. Les fruits des biens decrétés appartiennent à celui qui a obtenu le rabattement du decret du jour que le prix a été reçu par l'adjudicataire, ou qu'il a été consigné, mais il doit aussi payer les intérêts des loyaux-coûts : l'adjudicataire ne peut même être dépossedé qu'en lui payant la somme liquidée pour les loyaux-coûts & les intérêts, à-moins qu'il n'y eût retardement affecté de la part de l'adjudicataire, auquel cas on peut se pourvoir pour faire cesser les intérêts, & même condamner l'adjudicataire au délaissement, sauf à lui à se pourvoir pour la liquidation. Voyez le traité de la vente des immeubles par decret de M. de Héricourt, chap. xij. n. 6. & les mots ADJUDICATION, CRIEES, DECRET, SAISIE REELLE.
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| RABATTRE | v. act. (Gramm.) c'est abattre pour la seconde fois. Il a fallu rabattre plusieurs fois ce pan de muraille.
Il signifie aussi retrancher, diminuer, déduire. On rabattroit beaucoup de l'estime qu'on porte à certains personnages, si on connoissoit leur conduite particuliere & secrette. Je vous rabattrai de vos gages. On n'en veut rien rabattre, c'est un prix fait. Il m'a donné un à-compte, en rabattant sur ce qu'il me doit. Le vent rabat la fumée dans mon appartement. J'ai rabattu les coups. Dans ces dernieres acceptions, rabattre, c'est déterminer en-bas. Se rabattre se dit encore de la derniere course qu'on fait, & de l'endroit où l'on l'arrête. La perdrix s'est rabattue dans ce taillis. Après avoir fait mes visites, je me rabattrai chez moi. Poussé dans ce retranchement, il s'est rabattu sur cette question, &c.
RABATTRE, (Jurisprud.) en terme de palais signifie lever, supprimer : ce terme n'est usité qu'en parlant d'un défaut ou sentence par défaut prise à l'audience, lorsque le défaillant ou son défenseur se présente avant que l'audience soit levée, il peut demander à celui qui préside de rabattre le défaut, & ordinairement on prononce en ces termes le défaut rabattu : mais s'il y avoit de l'affectation de la part du défaillant, & qu'il laissât toujours prendre un défaut, & vînt ensuite à la fin de l'audience seulement pour faire rabattre le défaut, & par ce moyen éluder de plaider contradictoirement ; il dépend de la prudence du juge, dans ce cas, de ne point rabattre le défaut, & en ce cas on ordonne que le défaut tiendra, ou, s'il est encore tems, les parties plaideront.
Quand le défaut n'est pas rabattu, il n'y a plus que la voie d'opposition, si le défaut n'est pas fatal ; ou s'il est fatal, la voie d'appel.
Il est parlé du rabattement des défauts dans quelques anciennes ordonnances, telles que celle de Louis XII. en 1498, & celle de François I. en 1539. Voyez le glossaire de Lauriere aux mots Rabat, Rabattre, Défaut, Opposition, Appel, &c.
RABATTRE, (Comm.) ôter, diminuer, déduire, retrancher du prix d'une marchandise. Je vous rabattrai quatre pour cent, si vous payez comptant. Dict. du Commerce.
RABATTRE, en terme de Boutonnier, c'est l'action de couper en biseau avec une langue de serpent la sertissure d'un bouton ; opération par laquelle on enterre, pour ainsi dire, la calotte dans le moule, pour qu'elle y tienne plus solidement, ce qui se fait sur le tour. Voyez TOUR.
RABATTRE, v. n. (Coutellerie) c'est une des façons qu'on donne sur l'enclume à la forge & au marteau à une piece de coutellerie, qui doit être tranchante. Voyez l'article RASOIR.
RABATTRE, v. act. terme de Laboureur, c'est rouler, adoucir & applanir la terre lorsqu'elle est mouillée & que les avoines sont levées. (D.J.)
RABATTRE, en terme de Manege, se dit d'un cheval qui manie à courbette ; & on dit qu'il les rabat bien, lorsqu'il porte à terre les deux jambes de derriere à la fois, lorsque ses deux jambes touchent terre ensemble, & que le cheval suit tous les tems avec la même justesse. Un cheval qui harpe des deux jarrets & qui a les jambes basses en maniant, rabat bien ses courbettes & avec beaucoup de grace.
RABATTRE, en terme d'Orfévre, c'est abaisser & rendre insensibles les côtes trop vives & trop marquées que le traçoir ou le perloir ont faites sur un champ, ce qui se fait avec un planoir. Voyez PLANOIR.
RABATTRE, terme de Serrurerie, il est commun à tous les Forgerons ; c'est la même chose que réparer, ce qui se fait après que les Forgerons ont fini de forger une piece ; alors ils effacent à petits coups toutes les inégalités que les grands coups de marteau ont pu laisser.
RABATTRE, terme de Tailleur & de Couturiere, c'est prendre un morceau de l'étoffe, la remplir & la coudre. On dit aussi rabattre une couture lorsqu'on l'affaisse en la pressant, soit du dé, soit du fer à repasser ; c'est dans le même sens qu'on rabat un pli.
RABATTRE, terme de Tannerie, qui signifie jetter les cuirs dans un vieux plain, après les avoir tirés de l'eau. Voyez TANNER.
RABATTRE, (Teinture) ce mot se dit pour corriger une couleur trop vive. Par les statuts des Teinturiers, il est porté, article xxij. que les verds-bruns seront alunés & gaudés avec gaude ou sarrette, puis rabattus avec le verdet & le bois d'Inde, & couperose. Les feuilles mortes ne sont rabattues qu'avec la seule couperose ; c'est l'article xxiij. qui étoit aussi inutile que le précédent. Tous les reglemens de M. Colbert sur les Teinturiers ne font pas un grand honneur à ses lumieres.
RABATTRE, terme de Tireur d'or, c'est, par le moyen d'un rouet, faire passer sur la rochette le trait qui est autour de la bobine ; rabattre du trait ; trait rabattu. Diction. du comm. (D.J.)
RABATTRE, se dit, en terme de Chasse, lorsqu'un limier ou un chien-courant tombe sur les voies d'une bête qui va de tems qu'il s'en rabat, & rencontre & en donne la connoissance à celui qui le mene.
RABATTRE, c'est, à la longue Paume, renvoyer de bas, en rasant la terre de plus près possible, à sa partie adverse, la balle qu'il doit servir.
RABATTRE, au jeu de quille, c'est jouer un second coup sur les quilles de l'endroit où la boule a été après le premier jet ; ceux qui font choux-blanc, ne rabattent point. Voyez l'article RABAT.
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| RABBANI | (Hist. des Arabes) le mot de rabbani ou de rabbana signifie en arabe, aussi-bien qu'en hébreu, notre maître, notre docteur. Les Mahométans appellent aussi rabbanian ou rabbaniou, au pluriel, ceux de leurs docteurs qu'ils estiment les plus savans & les plus dévots.
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| RABBANITE | S. m. (Hist. des Juifs) on appelle rabbanites les Juifs qui suivent la doctrine de leurs ancêtres, appellés rabbanim ; & ce sont proprement ceux qui ont adopté les traditions des pharisiens qui sont ainsi nommés. On les distingue par-là de la secte des Caraïtes qui s'attachent principalement à l'Ecriture. (D.J.)
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| RABB | ou RABBIN, s. m. (Hist. des Juifs) nom des docteurs juifs que les Hébreux appellent rab, rabbi & rabboni, qui dans leur langue signifie maître ou docteur. Quoique tous ces mots aient la même signification, on s'en sert néanmoins différemment. Quand on parle en général & sans appliquer ce terme à aucun nom propre, on dit un rabbin, les rabbins : par exemple, les rabbins ont débité beaucoup de RÊVeries. Mais quand on dénote particulierement un docteur juif, on dit rabbi, comme rabbi Salomon Jarchi, rabbi Manassès ont pensé telle & telle chose ; mais en les nommant plusieurs ensemble, on dit, les rabbins Juda Ching & Juda Ben Chabin sont les auteurs de deux anciennes grammaires hébraïques.
Quelques-uns ont remarqué que rab étoit un titre d'honneur pour ceux qui avoient été reçus docteurs dans la Chaldée ; que rabbi étoit propre aux israélites de la Terre-sainte, & que rabboni ne s'attribuoit qu'aux sages qui étoient de la maison de David. Selden dit que rabbi étoit le titre de celui qu'on avoit ordonné juge ou sénateur de sanhedrin, dans la Terre-sainte, & qu'on donnoit celui de rhab à tout docteur ordonné dans un pays de captivité. Quoiqu'il en soit, il y avoit plusieurs degrés pour parvenir à cette qualité de rabbi ; le premier étoit de ceux que les Juifs appelloient bachur, c'est-à-dire élu au nombre des disciples ; le second étoit de ceux qu'on nommoit chaber ou collegue de rabbins qu'on élevoit à ce grade par l'imposition des mains, dans une cérémonie qu'on appelloit semichach. Enfin lorsqu'on jugeoit ces postulans capables d'élever les autres, on les qualifioit de rabbi. Dans les assemblées publiques, les rabbins étoient assis sur des chaises élevées, les collegues sur des bancs, & les disciples aux piés de leurs maîtres.
Les rabbins modernes sont fort respectés parmi les Juifs ; ils occupent les premieres places dans les synagogues, prononcent sur les matieres de religion, & décident même des affaires civiles ; ils célebrent aussi les mariages, jugent les causes de divorce, prÊChent, s'ils en ont le talent, reprennent & excommunient les désobéissans. Les écrits de leurs prédécesseurs, & leurs propres commentaires, contiennent un nombre infini de traditions singulieres, & presque toutes extravagantes, qu'ils observent néanmoins aussi scrupuleusement que le fond de la loi. Ils sont divisés en plusieurs sectes, dont les principales sont les Cabalistes, les Caraïtes, les Talmudistes, & les Massorethes. Voyez ces noms en leur lieu, suivant l'ordre alphabétique.
Les anciens rabbins donnoient fort dans les allégories, dont leurs commentaires sur l'Ecriture ne sont qu'un tissu ; & les modernes n'ont fait qu'enchérir sur eux. On leur attribue aussi un grand nombre de regles & de manieres d'interpreter & de citer les écritures, qu'on prétend que les apôtres ont suivies dans leurs citations & interprétations des prophéties de l'ancien Testament. Stanhope & Jenkius se plaignent beaucoup de la perte de ces regles, par lesquelles, disoient-ils, on rétabliroit les discordances qui se trouvent entre l'ancien & le nouveau Testament.
Surenhusius, professeur en hébreu à Amsterdam, a cru les avoir trouvées dans les anciens écrits des Juifs ; & il observe que les rabbins interpretoient l'Ecriture en changeant le sens littéral en un sens plus noble & plus spirituel. Et pour cela, selon lui, tantôt ils changeoient les points & les lettres, ou ils transposoient les mots, ou les divisoient, ou en ajoutoient : ce qu'il prétend confirmer par la maniere dont les apôtres ont expliqué & cité les prophéties.
Mais qui ne voit que tout ceci n'est qu'un artifice pour rendre moins odieuse la pratique des Sociniens, qui au moyen de quelques points ou virgules ajoutés ou transposés dans les livres saints, y forment des textes favorables à leurs erreurs ? Mais, après tout, l'exemple des rabbins ne les autoriseroit jamais dans cette innovation, ni eux ni leurs semblables, puisque Jesus-Christ a formellement reproché à ces faux docteurs qu'ils corrompoient le texte & pervertissoient le sens des Ecritures. Les apôtres n'ont point eu d'autre maître que l'esprit saint ; & si l'application qu'ils ont quelquefois faite des anciennes écritures au Messie a quelque trait de conformité avec celles qu'on attribue aux rabbins, c'est qu'il arrive souvent à l'erreur de copier la vérité, & que les rabbins ont imité les apôtres, mais avec cette différence qu'ils n'étoient pas inspirés comme eux, & que suivant uniquement les lumieres de la raison, ils ont donné dans des égaremens qui ne peuvent jamais devenir des regles en matiere de religion révélée, où tout doit se décider par autorité.
Mais ce qu'on doit principalement aux rabbins, c'est l'astrologie judiciaire ; car malgré les défenses si souvent réitérées dans leur loi de se servir d'augures & de divinations, ou d'ajouter foi aux prédictions tirées de l'observation des astres, leurs plus fameux docteurs ont approuvé cette superstition, & en ont composé des livres qui l'ont répandue dans tout l'univers, & sur-tout en Europe durant les siecles d'ignorance, au sentiment de M. l'abbé Renaudot, qui connoissoit à fond toute la science rabbinique. Voyez CABALE.
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| RABBINIQUE | adj. (Gram.) qui est des rabbins. On dit le caractere rabbinique, une interprétation, une vision rabbinique.
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| RABBINISME | S. m. (Gramm.) doctrine des rabbins.
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| RABBINISTE | S. m. (Gram.) qui suit la doctrine rabbinique.
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| RABBOTH | S. m. (Histoire des Juifs.) Les Juifs donnent ce nom à certains commentaires allégoriques sur les cinq livres de Moïse. Ces commentaires sont d'une grande autorité chez eux, & sont considérés comme très-anciens. Les Juifs prétendent qu'ils ont été composés vers l'an 30 de Jesus-Christ. Ils contiennent un recueil d'explications allégoriques des docteurs hébreux, où il y a quantité de fables & de contes faits à plaisir. On peut prouver aisément que ces livres n'ont pas l'antiquité que les rabbins leur attribuent : c'est ce que le P. Morin a montré évidemment dans la seconde partie de ses exercitations sur la Bible. Quand ils veulent citer ces livres, ils les marquent par le premier mot de chaque livre de Moïse : par exemple ils nomment la Genese Bereschit rabba ; l'Exode ; Scemot rabba ; les Nombres, Bammidbar rabba, & ainsi des autres ; & ils les nomment au pluriel rabboth, comme qui diroit grandes gloses. Il y en a eu diverses éditions, tant en Italie que dans le Levant. M. Simon témoigne s'être servi d'une édition de Salonique.
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| RABDOID | ou RHABDOIDE, suture, (Anatomie) c'est la seconde vraie suture du crâne : on l'appelle aussi sagittale. Rabdoïde vient de , verge.
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| RABDOLOGIE | S. f. (Arith.) maniere d'exécuter facilement les deux opérations les plus compliquées de l'Arithmétique, la multiplication & la division, par la voie de l'addition & de la soustraction, & cela au moyen de bâtons, verges ou languettes séparés, & marqués de nombres. C'est une des inventions de Neper. Voyez BATONS DE NEPER.
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| RABDOMANCIE | S. f. (Divination) art de deviner par des verges ou bâtons, comme l'indique son nom, composé du grec , baguette, & , divination.
La rabdomancie se pratiquoit en différentes manieres. On croit, par exemple, la trouver dans ce qui est rapporté au chap. xxj. d'Ezéchiel, d'une superstition du roi de Babylone, qui se trouvant à l'entrée de deux chemins, dont l'un alloit à Jérusalem, métropole de la Judée, & l'autre vers Rabbath, métropole des Ammonites, & ne sachant lequel il devoit prendre il voulut que le sort décidât la chose. C'est pourquoi il mêla ses fleches, pour voir de quel côté elles tomberoient. Stetit rex Babylonis in bivio, in capite duarum viarum, divinationem quaerens, commiscens sagittas.... ad dexteram ejus facta est divinatio super Jerusalem. . 21. & 22.
On prétend aussi la trouver dans ces paroles du prophete Osée, où Dieu dit de son peuple adonné à l'idolâtrie, populus meus in ligno suo interrogavit & baculus ejus annuntiavit ei. chap. jv. . 12. S. Jérome croit que dans l'un & l'autre passage il s'agit de la bélomancie, voyez BELOMANCIE.
Mais Theophylacte semble d'abord entendre celui d'Osée de la rabdomancie proprement dite, & voici, selon lui, comme elle se pratiquoit : Virgas duas statuentes, carmina & incantationes quasdam submurmurabant : Deinde virgis, daemonum operatione aut effectu, cadentibus, considerabant, quoniam utraque earum caderet, antrorsum ne an retrorsum, ad dexteram vel sinistram. Sicque tandem responsa dabant insipientibus, virgarum casu pro signis usi. Mais ce qu'il ajoute ensuite fait connoître qu'il la confond, aussi-bien que S. Jérome, avec la bélomancie : Eundem ad modum, dit-il, Nabuchodonosor vaticinabatur ut Ezechiel habet.
On confond assez ordinairement ces deux sortes de divination, car les septante traduisent le d'Ezéchiel par le mot grec , quoique le mot hébreu signifie une fleche. Il est cependant certain que les instrumens de divination dont Osée fait mention, sont différens de ceux dont parle Ezéchiel ; car le premier dit etso, maklo, bois, bâton ; & le dernier écrit hhitsim, fleche. Au reste il se peut faire qu'on se servît de baguettes ou de fleches indifféremment, les gens de guerre de fleches, & les autres de baguettes.
Rabbi Moïse Samson, dans l'explication du cinquante-deuxieme précepte négatif, explique ainsi la divination par les bâtons dont il est parlé dans le ch. jv. d'Osée. " On écorçoit, dit-il, seulement d'un côté & dans toute sa longueur une baguette qu'on lançoit en l'air ; si en retombant elle présentoit à la vue sa partie écorcée, & qu'en la jettant une seconde fois elle montrât le côté qui n'étoit pas dépouillé de son écorce, on en tiroit un heureux présage. Au contraire il passoit pour funeste quand à la premiere chûte la baguette montroit le côté écorcé ; mais quand à toutes les deux fois elle présentoit la même face, soit couverte, soit dépouillée, on en auguroit que le succès seroit mêlé de bonheur & de malheur ". Apud Delrio, lib. IV. cap. ij. sect. 3. quaest. 7. pag. 561. Or ce n'étoit point-là la bélomancie, dans laquelle on se contentoit de marquer deux fleches de certains caracteres relatifs à l'événement qu'on méditoit ; on les lançoit en l'air, & selon qu'elles retomboient à droite ou à gauche, en avant ou en arriere, on en auguroit bien ou mal pour l'entreprise en question. Quoiqu'il en soit, toutes ces pratiques étoient également condamnables.
Ce n'étoit pas chez les Hébreux seuls qu'elles étoient en vogue. Strabon, liv. XIV. rapporte celle dont se servoient les Perses ; & selon Caelius Rhodiginus, leurs mages employoient à cet effet des branches de laurier, de myrte, & des brins de bruyere. Les Scythes se servoient de baguettes de saule ; & les Tartares, qui en sont descendus, ont aussi une espece de rabdomancie, si on en croit Paul Vénitien, l. I. c. xliij. Les Algériens dans la Barbarie en ont encore une autre espece.
Elle a été également connue en occident. Voici comment Tacite s'exprime sur celle des Germains, dans ce qu'il a écrit des moeurs de ces peuples. " Ils sont, dit-il, fort adonnés aux augures & aux sorts, & n'y observent pas grande cérémonie. Ils coupent une branche de quelque arbre fruitier en plusieurs morceaux, & les marquent de certains caracteres, puis les jettent à l'aventure sur un drap blanc : alors le prêtre ou le pere de famille leve chaque brin trois fois, après avoir prié les dieux, & les interpretes selon les marques qu'il y a faites ". Ammien Marcellin, l. XXXI. représente ainsi la rabdomancie des Alains : " Ils devinent, dit-il, l'avenir d'une maniere merveilleuse : les femmes coupent des baguettes bien droites, ce qu'elles font avec des enchantemens secrets & à certains jours marqués exactement. Ils connoissent par ces baguettes ce qui doit arriver ".
On peut rapporter à cette espece de divination, la fameuse fleche d'Abaris, sur laquelle les anciens ont débité tant de fables qu'on peut voir dans Bayle, & la baguette divinatoire qui a fait tant de bruit sur la fin du siecle dernier.
On entend communément par la baguette divinatoire, une petite branche de quelque arbre que ce soit, qui tourne sur tout ce qu'on veut découvrir, quand on vient à passer par-dessus ou à s'en approcher. Dans les premiers tems de l'usage de cette baguette, on se servoit d'une petite houssine de coudre ou d'amandier ; mais dans la suite on a employé des baguettes de toute sorte de bois : on s'est même servi de verges de fer, d'argent, de fil-d'archal, &c. Les gens à baguettes se sont servi de baguettes figurées de trois différentes manieres : 1°. les uns se sont servi de baguettes fourchues par le milieu, qu'ils tenoient des deux mains la pointe en haut ou en bas, ou parallele à l'horison. Voyez la fig. A.
A
2°. D'autres se servoient d'une baguette toute droite, ou fourchue au bout, comme dans les fig. B. C. qu'ils tenoient d'une main, ou qu'ils mettoient sur le dessus ou sur le dedans de la main dans une ligne parallele à l'horison.
B
C
3°. D'autres enfin se servoient d'une baguette coupée en deux parties, dont l'une étoit pointue par un bout pour entrer dans l'autre, dont le bout étoit creux, telle qu'on la voit dans la fig. D. & ils tenoient cette baguette par l'extrêmité des doigts de différente main.
D
La baguette tourne dès qu'on passe sur quelque chose qu'on veut découvrir, soit eaux, soit métaux, soit voleurs, soit bornes de champs, soit reliques de saint, &c. Ce mouvement est quelquefois si violent, que la baguette se brise quand on ne la laisse pas libre.
Dès 1671 on avoit écrit sur la baguette divinatoire, & les effets en étoient connus ; mais rien ne la mit plus en vogue que les découvertes que fit ou prétendit faire par ce moyen Jacques Aymar, paysan né en Dauphiné le 8 Septembre 1622. C'étoit par elle, disoit-on, qu'il avoit découvert les auteurs d'un assassinat commis à Lyon : sa baguette avoit remué sur la serpe qui avoit servi à l'un d'eux ; elle avoit encore remué sur la table d'une hôtellerie où ils avoient mangé ; enfin elle l'avoit conduit dans les prisons de Beaucaire, où ils étoient détenus. Ce phénomene excita bien-tôt l'attention du public : Aymar vint à Paris, & en imposa d'abord aux yeux les moins clairvoyans ; mais ses ruses n'échapperent pas à ceux du prince de Condé, qui fit cacher de l'or & de l'argent en plusieurs trous de son jardin, que ce faux devin ne trouva pas. Il avoua même au prince de Condé que par un mouvement insensible du poignet il faisoit tourner la baguette.
Mais l'imposture d'Aymar ne prouve pas qu'il y en ait dans toutes les autres personnes qui ont fait usage de la baguette, puisque le P. le Brun, dans son histoire critique des superstitions, tome II. p. 332 & 333, atteste, comme témoin oculaire, qu'un président du parlement de Grenoble lui ayant dit que la baguette avoit tourné plusieurs fois entre ses mains, & le P. le Brun ne pouvant le croire, l'occasion se présenta peu de jours après d'en faire l'expérience au Villars, près de Tencin, l'une des terres du président. " Je tins, dit le P. le Brun, la main droite du président avec mes deux mains ; une autre personne lui tint la gauche, dans une allée du jardin sous laquelle il y avoit un tuyau qui conduisoit de l'eau dans un bassin ; en un instant la baguette se tordit si fort entre ses mains, que M. le président demanda quartier, parce qu'elle lui blessoit les doigts ". M. le Royer, avocat à Rouen, & juge des gabelles, & M. le Gentil, religieux prémontré, prieur de Dorenie, près de Guisex, & plusieurs autres personnes fort au-dessus de tout soupçon d'imposture, ont fait usage de la baguette divinatoire qui tournoit de son propre mouvement, sans effort ni secours de la part de la personne qui la tenoit. L'effet est certain, constaté par des expériences sans nombre. D'où ce tournoyement provient-il ? est-il naturel ? est-il surnaturel ?
C'est à ces deux questions que se réduit tout ce qu'on a écrit pour ou contre la baguette. Parmi les savans, les uns en ont regardé le mouvement comme naturel, & par conséquent explicable par les lois de la physique : les autres l'ont regardé comme surnaturel, inexpliquable & produit par des intelligences supérieures à l'homme. Nous allons donner au lecteur l'analyse de l'un & de l'autre sentiment, d'après M. l'abbé de la Chambre dans son traité de la religion, tome II. troisieme part. ch. x. p. 473. & suiv.
Ceux qui ont regardé comme naturel le tournoyement de la baguette, ont pris différentes routes pour en développer la cause & le principe.
1°. Willenius & Frommann croyent que le tournoyement de la baguette vient de la communication du mouvement à l'occasion de la rencontre & du choc des corps, quoiqu'ils ne puissent absolument expliquer le méchanisme de ce phénomene ; & aux objections qu'on leur fait que la baguette ne tourne pas entre les mains de toutes sortes de personnes, & qu'elle ne tourne pas toujours dans les mains de la même personne, ils répondent 1°. qu'il faut que la vertu de la baguette soit aidée de celle du tempérament qui est différent dans tous les hommes. 2°. Que la variation du mouvement de la baguette vient ou de ce que la même personne n'est pas toujours dans les mêmes circonstances pour le sang & les humeurs, ou de ce que les influences des astres s'unissent & se fortifient quelquefois, & quelquefois se combattent. Traité de la baguette imprimé en 1671 ; traité de la fascination, en 1674.
2°. M. de S. Romain explique le mouvement de la baguette par le mouvement des corpuscules qui sortent des corps qu'on cherche, & qui viennent agraffer la baguette. Si la baguette ne tourne pas entre les mains de tout le monde, c'est qu'il y a, dit cet auteur, des tempéramens qui ralentissent la force de ces corpuscules ; & si elle ne tourne pas toujours entre les mains de la même personne, c'est que le tempérament n'est pas toujours dans la même situation & le même état. Traité de la science naturelle dégagée des chican. de l'école 1679.
3°. D'autres disent que les particules qui s'exhalent des sources d'eaux & des métaux empreignent la verge de coudrier, & la déterminent à se baisser pour la rendre parallele aux lignes verticales qu'elles décrivent en se levant. Ces particules d'eau sont poussées au-dehors par le feu central, & par les fermentations qui se font dans les entrailles de la terre. Or, la baguette étant d'un bois poreux, il donne aisément passage à ces corpuscules, qui sont extrêmement subtils & déliés. Ces vapeurs pressées par celles qui les suivent, & pressées par l'air qui pese dessus, sont forcées d'entrer dans les petits intervalles de la baguette, & par cet effort elles la contraignent à s'incliner perpendiculairement, afin de se rendre parallele avec les colomnes que forment ces vapeurs en s'élevant. Les objections ne sont pas moins difficiles à résoudre dans ce sentiment que dans les deux précédens.
4°. L'abbé de Vallemont dans le traité qu'il a donné sur cette matiere, édit. de 1696, p. 379, s'efforce de prouver que cette baguette n'a rien de commun avec toutes les especes de divinations comprises sous le nom de rabdomanie, & que ses effets sont purement physiques. " On conjecture, dit-il, par son mouvement, qu'il y a de l'eau dans la terre, comme on juge par le mouvement d'un hygrometre qu'il y a des vapeurs aqueuses dans l'air, & que conséquemment il y aura de la pluie ". Mais cette raison qui satisfait pour un phénomene, ne satisfait pas pour tous, & ne leve point les difficultés ci-dessus proposées.
5°. M. le Royer prétendoit expliquer le mouvement de la baguette par l'antipathie & la sympathie des Péripatéticiens ; si la baguette ne remue pas entre les mains de tout le monde, c'est qu'il y a, dit-il, des personnes qui ont une antipathie à la vertu de la baguette, & qui en arrêtent l'effet. Si elle ne remue pas toujours entre les mains de la même personne, c'est qu'il y a, ajoute-t-il, auprès de la baguette un corps qui lui ôte toute sa force. L'aimant, par exemple, perd sa vertu quand il y a de l'ail ou un diamant auprès de lui. Mais outre que cet exemple est faux, on sent que ces grands mots d'antipathie & de sympathie sont vuides de raison, & aussi peu propres à expliquer le point en question, que l'opinion de Peucer sur la même matiere ; elle est conçue en ces termes : ad seu divinationem ex plantis, pertinent certae in plantis aliquibus notae indicantes initia, finesve aut conditiones quatuor universalium anni temporum. Eodem divinationes pertinent metallariis usitatae quae fiunt sciotericis & virgulâ divinâ. Ea est ex corylo decisus bifidus surculus, quo venas illi auri argentive feraces explorant, inclinante sese eo virgula quà sub terrâ venae feruntur atque incedunt. Qua vi id soli corylorum praestant surculi, & non item caeterarum arborum quae in iisdem proveniunt locis, eodem terrae altae refectaeque succo obscurum est : nisi quod conjicio habere corylos ad metalla connatam & occultam, &c. Solution merveilleuse qui suppose faux & ne débrouille rien.
Ceux, au contraire, qui rejettent le mouvement de la baguette sur des êtres intelligens, supérieurs à l'homme, l'attribuent au démon. C'est le sentiment de Tollius, de M. Hennin & du P. Malebranche.
Ils avancent 1°. que la baguette ne tourne naturellement ni sur l'eau, ni sur les métaux, ni sur quelqu'autre chose que ce soit : car elle tourne souvent où il n'y a rien, & ne tourne pas toujours où il y a quelque chose ; on a des exemples de l'un & de l'autre. D'ailleurs, elle ne remue que sur ce qu'on a envie de trouver ; or une pensée, un desir ne peuvent faire remuer un bâton. 2°. Que le mouvement de la baguette ne vient point d'un tour de poignet, ni d'une certaine pression de doigts, puisqu'elle tourne sans art entre les mains de plusieurs personnes, & même malgré elles. L'exemple du président de Grenoble que cite le P. le Brun en est une preuve. 3°. Que le mouvement de la baguette doit être rejetté sur l'action des intelligences supérieures à l'homme, & ces intelligences ne pouvant être ni Dieu, ni les anges, parce que le mouvement de la baguette est équivoque, & qu'il est quelquefois fautif dans son opération, ils en concluent que ces intelligences supérieures sont les démons, à qui Dieu permet quelquefois de séduire les hommes, & qui agissent quelquefois par notre ministere, sans que nous ayons fait aucun pacte avec eux. Si ces raisons ne paroissent pas évidentes, on conviendra que les systèmes des Physiciens ne sont pas plus satisfaisans. Traité de la religion, t. II. troisieme partie, chapitre x. p. 473 & suiv.
N. B. Cet article est tiré en partie des mémoires de M. Formey, historiographe de l'académie royale de Prusse.
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RABES DE MORUE | (Commerce) ce sont les oeufs de la morue que l'on sale, & qu'on met en barriques. Ce terme n'est en usage qu'à la Rochelle ; ailleurs on dit des raves.
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| RABETTE | (Com.) on dit huile & graine de rabette. La rabette est une espece de choux, dont la graine donne une huile par expression, qu'on emploie dans la pharmacie & dans la draperie.
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RABIA POSTERIOR | (Chronolog.) nom du quatrieme mois de l'année arabique. Il a 29 jours.
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| RABIA PRIOR | (Chronolog.) nom du troisieme mois de l'année arabique. Il a 30 jours.
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| RABIH | S. m. (Hist. nat. Bot.) espece de fruit qui se trouve dans le royaume de Fez. Il ressemble à la cerise, & a le goût de la jujube.
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| RABILLAG | ou RHABILLAGE, s. m. terme de PÊCheur ; c'est le raccommodage des filets.
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| RABILLE | ou RHABILLER, (Soierie) se dit d'une corde de semple, d'une corde de rame, d'une arcade, &c. C'est substituer une corde neuve à celle qui s'est cassée.
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| RABLE | S. m. (Gram.) c'est dans les animaux quadrupédes la partie située vers les reins, & comprise entre les épaules & les cuisses. Il se dit particulierement des lievres & des lapins ; & quelquefois des hommes. Un homme bien rablé.
RABLES, terme de riviere ; pieces de bois rangées comme des solives, qui traversent le fond des bateaux, & sur lesquelles on attache les semelles, les planches & les bordages du fond. (Q)
RABLE, (Pâtisserie & Boulangerie) instrument à douelle & à long manche de bois, au bout duquel il y a un fer plat recourbé en forme de crosse ou de rateau, pour remuer facilement les tisons & manier la braise dans le four.
Le rable est à l'usage de beaucoup d'autres ouvriers. Il y a des atteliers où il est tout de fer, comme dans les grosses forges, les verreries, les salines, &c. Voyez les articles suivans & les articles FORGES, VERRERIE & SALINES.
RABLE, sorte de boîte sans fond dont les facteurs d'orgues se servent pour couler le plomb ou l'étain fondu, & en faire des tables pour fabriquer les tuyaux d'orgue. Voyez la fig. 60. Pl. d'orgue qui représente le rable & la fig. 59. même Planche, qui représente le rable en situation sur la table. Voyez ORGUE, où le travail du plomb & de l'étain est expliqué, & l'article suivant RABLE, Plomberie.
RABLE, (Plomberie) instrument de bois dont les Plombiers se servent pour couler les tables de plomb & les rendre par-tout égales.
Les Plombiers ont deux rables fort différens, & qui n'ont rien de commun que leur nom & leur usage. L'un sert pour les grandes tables, & l'autre pour les petites.
Le rable pour les grandes tables est une piece de bois épaisse d'un pouce, haute de quatre, & qui occupe toute la largeur des moules ou tables à jetter le plomb. Ce rable porte sur les éponges ou bordures, & y est comme enchâssé par les deux bouts au moyen de deux entailles qu'on y pratique, (fig. 10. Pl. du Plombier.) Il y a au milieu du rable un long manche de bois, au moyen duquel on le conduit. Quand on a levé la poële à verser, & que le plomb fondu commence à se répandre sur le moule, les compagnons poussent le rable, & le conduisent par le manche jusqu'au bout. Voyez PLOMBIER.
Le rable dont on se sert pour les petites tables est une espece de caisse de bois sans fond, & seulement fermée de trois côtés. La piece principale qui communique aux deux autres est haute de six pouces, & de la longueur qu'on veut donner aux petites tables de plomb. Les deux pieces paralleles sont faites en triangle, & vont en diminuant depuis l'endroit où elles sont jointes à la grande, & se terminent en pointe. On verse le plomb fondu dans cette caisse pour couler les petites tables de plomb. Voyez l'usage de cet instrument à l'article PLOMBIER.
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| RABLURE | S. f. (Marine) cannelure ou entaille que le charpentier fait le long de la quille du vaisseau, pour emboîter les gabords, & à l'étrave & à l'étambord, pour placer les bouts des bordages & des ceintes. (Q)
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| RABOT | S. m. (Archit.) sorte de liais rustique dont on se sert pour paver certains lieux, pour faire les bordures des chaussées, & pour paver les églises, les jeux de paume, & autres lieux publics. Les Latins l'appelloient rudus novum, quand il étoit neuf, & rudus redivivum, lorsqu'il étoit manié à-bout, & qu'on le faisoit reservir. Daviler. (D.J.)
RABOT, terme d'ouvrier en bois ; c'est un outil à courroyer le bois, & à le rendre uni. Il y en a de plusieurs sortes, de différentes grandeurs, & à divers usages, mais qui tous ont leurs noms particuliers.
L'instrument que l'on nomme proprement rabot, est composé de trois pieces, deux de bois & une de fer ; de celles qui sont de bois, la principale s'appelle le fust ; c'est une espece de billot de dix à douze pouces de longueur, & de deux pouces ou deux pouces & demi d'équarrissage. La face de dessous est fort polie pour couler plus aisément sur le bois ; au milieu de ce billot est une entaille diagonale, qu'on appelle la lumiere, plus ou moins large, suivant la qualité du fer qu'on y veut placer : elle traverse de la partie supérieure du fust à la partie inférieure. Le coin est la seconde piece de bois ; elle est échancrée par le bas, & coupée en chanfrain ; elle sert a arrêter le fer dans la lumiere à la hauteur convenable. Le rabot n'est que pour polir l'ouvrage après qu'on l'a courroyé & dégrossi avec la varlope, ou la demi-varlope, &c.
Les autres sortes de rabots qui servent aux menuisiers, sont le riflard, la grande & petite varlope, la varlope à onglet, divers guillaumes, les deux mouchettes, le bonnet, le bouvet, le bec-de-canne & le feuilleret.
Les Menuisiers-Ebénistes, c'est-à-dire, ceux qui travaillent en placage & en marqueterie, ont tous les rabots des Menuisiers ordinaires ; & outre ceux-là, ils en ont d'autres dont les fers sont différens, & qu'ils taillent, ou font tailler suivant la dureté des bois qu'ils emploient. Les uns ont le fer demi-couché, d'autres où il est debout, & quelques autres qui ont des dents en façon de limes, ou en maniere de truelles brettées : ceux-là servent à dégrossir leur bois. Ils ont aussi des rabots de fer, c'est-à-dire, dont le fust est garni par-dessous d'une plaque de fer fort unie : ceux-ci servent à raboter l'ouvrage quand les pieces de rapport ont été collées, afin de courir moins de risque d'en emporter quelqu'une.
Les rabots des Charpentiers sont le rabot rond, semblable à celui des Menuisiers, & la galere. Le rabot des Serruriers, sert à planir le fer, & à y pousser des filets & des moulures. Voyez l'article MENUISERIE & les Pl. (D.J.)
RABOT A BAGUETTE, (outil d'Arquebusier) ce rabot est long & plat, la face de dessous est faite en moulure creuse, & sert aux Arquebusiers pour polir & tourner en rond les baguettes de fusil. Voyez la figure.
Leur rabot à canon est un rabot long d'un pié, plat & épais de deux pouces, dont la face de dessous est arrondie, & sert aux Arquebusiers pour former la moulure dessus le bois de fusil pour y placer le canon de fusil.
Le rabot plat est fait comme la demi-varlope des Menuisiers, & sert aux Arquebusiers pour diminuer d'épaisseur les bois de fusil avant de les sculpter.
RABOT, (bas au métier & métier à bas) ceux qui travaillent les métiers à bas ont un si grand nombre de pieces à égaliser, qu'ils ont besoin de rabots. Ils en ont sur-tout pour les verges. Voyez l'article BAS AU METIER, & l'article RABOT, fondeur en caracteres d'Imprimerie.
RABOT, (terme de Boueur) outil de bois au bout duquel il y a une petite douve dont les Boueurs se servent sur les ports de Paris pour pousser la boue à l'écart.
RABOT, (Fondeurs de gros ouvrages) les fondeurs de gros ouvrages appellent un rabot une bande ou plaque de fer plate, en forme de douve de tonneau, de douze ou quinze pouces de longueur, & de cinq ou six de hauteur, qui a un long manche en partie de fer, en partie de bois ; elle sert à ces ouvriers comme d'écumoire, pour ôter les scories qui s'élevent sur le métal fondu. Savary. (D.J.)
RABOT, outil servant aux fondeurs de caracteres d'Imprimerie, pour couper, ébarber & donner les dernieres façons aux lettres lorsqu'elles sont serrées dans le justifieur ; sa figure est relative au coupoir dans lequel il coule, & est composé de plusieurs pieces de fer & de cuivre. On arrête au bout de ce rabot, avec des vis, un fer tranchant, taillé exprès pour enlever les parties qu'il doit couper. Voyez COUPOIR, JUSTIFIEUR, & nos Planches.
RABOT, (outil de Gaînier en gros ouvrages) ce rabot est un peu plus long que large, & sert aux Gaîniers en gros ouvrages, pour polir les planches dont ils font leurs coffres ou caisses. Cet outil est semblable à celui des Menuisiers. Voyez MENUISERIE.
RABOT, (terme de Jardinier) le rabot des Jardiniers est simplement une des douves du fond d'une futaille, qui est la plus ceintrée & percée au milieu d'un trou de tariere, pour y attacher la perche qui lui sert de manche. Les Jardiniers s'en servent pour unir les allées de leurs jardins, après qu'ils ont employé le rateau.
RABOT, en terme de Layetier, est un outil composé d'un fût percé à jour & garni d'une poignée. Dans le trou pratiqué environ vers le milieu de ce fût, entre un fer tranchant qui déborde tant-soit-peu le fût afin qu'il puisse enlever toutes les inégalités du bois sur lequel on promene le rabot. Voyez la fig. Planches du Layetier.
RABOT, (Lutherie) les Luthiers ont aussi leurs rabots ; mais ils ne different pas assez des rabots des autres ouvriers en bois pour en faire des articles séparés. Voyez nos Planches de Lutherie.
RABOT, (instrument des Maçons & des Paveurs) instrument dont se servent les Maçons, Limousins, Paveurs, &c. pour éteindre la chaux, & pour la courroyer avec le ciment ou le sable qu'ils emploient au lieu de plâtre dans plusieurs de leurs ouvrages ; c'est un billot de bois de huit à dix pouces de longueur & de deux ou trois pouces de grosseur, emmanché par le milieu d'une longue perche. Dictionnaire du Commerce. (D.J.)
RABOT, on donne en général ce nom à un outil avec lequel les Menuisiers & les Charpentiers dressent les bois ; mais les Menuisiers appellent rabot un petit outil fait d'un morceau de bois de sept à huit pouces de long sur deux pouces de large & trois de haut. Au milieu est une ouverture qu'on nomme lumiere, où se met le fer qui est en pente, & forme un angle de 45 degrés qui serre ledit fer. Le bois de rabot se nomme le fût, ainsi que tous les outils de la même espece qui sont pour l'usage de la menuiserie. L'on se sert du rabot pour planir l'ouvrage lorsque les bois ont été dressés à la varlope, & assemblés ensemble.
Le rabot ceintré sert à planir dans les parties courbes des ceintres où le rabot plat ne peut aller.
Le rabot debout est celui dont le fer n'a aucune inclinaison, & sert pour les bois de racine & des Indes, & autres bois durs.
Le rabot denté est celui dont le fer est cannelé & aussi debout ; il a le même usage que le rabot debout.
Le rabot ceintré & rond est d'usage aux voussures ou culs-de-lampe des niches.
Le rabot rond differe des précédens en ce que son fer est posé dans une entaille faite de côté à moitié de l'épaisseur du fût, & serre avec un coin qui a un épaulement par le haut qui sert à le faire sortir plus facilement de son entaille, comme les autres outils à moulure.
Le rabot rond à joue est celui à qui on a laissé une joue pour soutenir la main lorsqu'on s'en sert pour faire quelque gorge aux bords d'une piece d'ouvrage. Voyez à l'article MENUISERIE le détail de tous ces instrumens.
RABOT, diamant à, (Miroiterie) le diamant à rabot est un instrument dont se servent les Miroitiers pour équarrir leurs glaces, & les vitriers pour couper les verres épais, comme celui qu'on nomme verre de Lorraine. On l'appelle diamant, parce que véritablement la principale piece consiste en une piece de diamant fin. Dict. du Comm.
RABOT, terme de Plombier, est la même chose que l'instrument appellé plus communément rable. Voyez RABLE.
RABOT, (Soierie) outil dont l'usage est de couper plus sûrement le poil du velours. Voyez l'article VELOURS.
RABOT, (outil de Manufact. de glaces) c'est un outil dont on se sert aux verreries de S. Gobin pour couler les glaces de grand volume ; le rabot des Plombiers pour faire ce qu'ils appellent les tables de plomb, est de bois ; mais on le nomme plus ordinairement un rable. Voyez RABLE.
RABOT, (terme de Vinaigrier) bâton au bout duquel il y a une petite douve dont le vinaigrier se sert pour remuer la lie.
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| RABOTER | v. act. c'est en général travailler au rabot.
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| RABOTEUR | S. m. (Charpent.) c'est un compagnon de chantier, qui pousse les moulures sur les bois apparens, comme les huisseries des portes, les noyaux, limons, sabots, marches d'escalier, &c. Daviler.
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| RABOTEUX | adj. (Gramm.) il se dit des corps & des chemins dont la surface est inégale.
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| RABOTIER | S. m. (terme d'ancien monnoyage) lorsque l'on monnoyoit au marteau, le rabotier étoit une grande table cannelée en sillons, dans lesquels on plaçoit les quarrés sur la tranche les uns à côté des autres, afin de les prendre plus facilement avec de longues tenailles pour les rechausser.
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| RABOUGRIR | (terme de Forestier) le forestier se sert de ce mot grossier pour désigner des bois qui ne sont pas de belle venue, qui sont ébranchés, qui ne profitent point, qui ont le tronc court, noueux & raboteux. L'ordonnance défend d'étêter les arbres parce que cet étêtement les rabougrit. (D.J.)
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| RABOUILLIERES | S. f. (Chasse) ce sont des creux à l'écart où la lapine fait ses petits afin d'empÊCher qu'ils ne soient mangés par les gros lapins.
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| RABRI | RANIO, RAMAI, (Hist. nat.) noms barbares par lesquels on a voulu désigner le bol d'Arménie.
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| RACA | adj. (Critique sacrée) mot syriaque en usage du tems de Jesus-Christ, & qui renfermoit une injure pleine de mépris. Celui qui dira à son frere raca, sera punissable par le conseil, Matt. v. 22. c'est-à-dire, sera puni, . Ainsi I. Macchab. xjv. 45. quiconque aura violé quelqu'une de ces ordonnances, sera puni, . L'interprête grec de S. Matthieu a conservé ce mot syriaque qui étoit dans l'original, parce qu'il étoit fort usité chez les Juifs. La version angloise, celle de Luther, de Genève, de Louvain, de Port-Royal, du P. Amelotte, ont toutes conservé le même mot ; mais le P. Bouhours a mieux aimé en exprimer l'idée, & traduire : celui qui dira à son frere homme de peu de sens, méritera d'être condamné par le tribunal du conseil ; mais le pere Bouhours n'a pas vu que sa traduction péchoit en ce que raca désignoit une injure des plus méprisantes, & que ce reproche homme de peu de sens, ne renferme rien de pareil. Raca signifioit tout ensemble une tête vuide, un homme vain, un imbécille, un sot. (D.J.)
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| RACAGE | S. f. (Marine) assemblage de petites boules enfilées l'une avec l'autre, comme les grains d'un chapelet, qu'on met autour du mât, vers le milieu de la vergue, pour accoler l'une & l'autre, afin que le mouvement de cette verge soit plus facile, & qu'on puisse par conséquent l'amener plus promtement. La vergue de civadiere n'a point de racages, parce qu'on ne l'amene point. (Q)
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| RACAH | (Géog. mod.) ville de l'Iraque babylonienne ou Chaldée, que quelques-uns mettent en Mésopotamie. Elle est située au 73 degré 15 de longitude, & à 36 de latitude septentrionale. C'est la même qui a été appellée Aracta, d'où étoit natif Albathani, célebre astronome, qui est ordinairement nommé par les Latins Albategnius aractensis. (D.J.)
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| RACAILLE | S. f. terme de mépris, qui se dit de ce qui est de moindre valeur en chaque chose. Ainsi on appelle racaille, de la marchandise de rebut. Payer en racaille, c'est faire des payemens en especes de cuivre ou de billon. Diction. de com. Il se dit aussi de la partie la plus vile du peuple.
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| RACAMBEAU | S. m. (Marine) anneau de fer fort menu, par le moyen duquel la vergue d'une chaloupe est assujettie au mât ; il lui tient lieu de racage. (Q)
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| RACANELLO | LE, (Géog. mod.) fleuve d'Italie, dans la Calabre citérieure ; il a sa source dans l'Apennin, & se jette dans le golfe de Venise. Magin dit que le Racanello est le Cylistarnus des anciens. (D.J.)
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| RACAXIPE-VELITZLI | (Hist. mod.) c'est le nom que les Mexicains donnoient à des sacrifices affreux qu'ils faisoient à leurs dieux, dans de certaines fêtes ; ils consistoient à écorcher plusieurs captifs. Cette cérémonie étoit faite par des prêtres qui se revêtoient de la peau de la victime, & couroient de cette maniere dans les rues de Mexique, pour obtenir des libéralités du peuple. Ils continuoient à courir ainsi jusqu'à ce que la peau commençât à se pourrir. Cette coutume barbare leur produisoit un revenu immense, vû que les prêtres frappoient impunément ceux qui refusoient de les récompenser de leur sacrifice infâme.
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| RACCOMMODER | v. act. (Gramm.) il se dit en général de l'action de remettre en état tout ce qui est dérangé. On raccommode un habit déchiré, une montre dérangée, un discours mal fait, un propos indiscrétement tenu, une affaire mal commencée, des amis, des amans, des parens brouillés. Il est difficile que l'attachement reste le même après des raccommodemens multipliés.
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| RACCORDEMENT | S. m. (Archit.) c'est la réunion de deux corps à un même niveau, ou à une même superficie, ou d'un vieux ouvrage avec un neuf, comme il a été pratiqué avec beaucoup d'intelligence, par François Mansard, à l'hôtel de Carnavalet, rue Couture Sainte Catherine, à Paris, pour conserver la sculpture de la porte, faite par Jean Gougeon, où la façade neuve, qui est un bel ouvrage d'architecture, se raccorde extrêmement bien, tant au-dedans qu'au dehors, avec le reste de cette ancienne maison, qu'on dit être de Jean Bulan, architecte. On appelle encore raccordement, la jonction de deux terreins inégaux, par pentes ou perrons, dans un jardin. (D.J.)
RACCORDEMENT, (Hydr.) est la réunion de deux corps à un même niveau ou superficie, comme de deux montagnes d'inégale hauteur, où on doit faire passer des conduits d'eau. C'est encore la jonction de tuyaux inégaux de diametre, par un tambour de plomb, réunissant les différentes grosseurs qui se distribuent aux fontaines que l'on a à fournir. (K)
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| RACCOURCI | S. m. (Peinture) il se dit de certains aspects de figures d'animaux, ou de quelqu'une de leurs parties dans un tableau. Par exemple, si une figure assise sur un plan horisontal, est représentée par la plante des piés, ses jambes & ses cuisses seront ce qu'on appelle un raccourci. Si la figure étoit couchée, & qu'on la vît de la même maniere, elle seroit toute entiere en raccourci, & ainsi des autres parties.
On dit voilà un raccourci bien entendu, de beaux raccourcis.
Ce seroit parler improprement en Peinture, que d'employer le terme de raccourci en parlant des bâtimens qui cependant sont raccourcis ; on ne dit point le raccourci de ce bâtiment.
RACCOURCI, adj. terme de Blason, ce mot se dit des pieces honorables qui ne touchent point les bords de l'écu ; c'est la même chose que coupé, alaisé ou alisé. (D.J.)
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| RACCOURCIR | v. act. (Gram.) c'est diminuer de longueur. On raccourcit une perche, un mur, un ouvrage, une corde.
RACCOURCIR, (Jardinage) une branche, c'est la rapprocher du corps de l'arbre.
RACCOURCIR, en terme de Raffinerie, n'est autre chose que de faire bouillir les syrops exprimés des écumes, pour en évaporer l'eau de chaux qu'on y avoit mise.
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| RACCROCHER | v. act. (Gram.) c'est rattacher à un crochet ce qui s'en étoit séparé. Raccrocher une tapisserie. Se raccrocher à quelqu'un, & à quelque chose ; on se raccroche à un magistrat, quand on a perdu la protection d'un autre. On se raccroche à tout ce qu'on trouve sous sa main, quand on se noye, ou quand on est dans la misere.
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| RACE | S. f. (Généalog.) extraction, lignée, lignage ; ce qui se dit tant des ascendans que des descendans d'une même famille : quand elle est noble, ce mot est synonyme à naissance. Voyez NAISSANCE, NOBLESSE, &c.
Madame de Lambert dit dans ce dernier sens, que vanter sa race, c'est louer le mérite d'autrui. Si le mérite des peres rehausse la gloire des enfans qui les imitent, il est leur honte quand ils dégénerent : il éclaire également leurs vertus & leurs vices. C'est un heureux présent de la fortune qu'un beau nom, mais il faut savoir le porter. " Je serai le premier de ma race, & toi peut-être le dernier de la tienne ", répondit Iphicrate à Hermodius, qui lui reprochoit la bassesse de sa naissance. Iphicrate tint parole ; il commanda en chef les armées d'Athènes, battit les Thraces, rétablit la ville de Seuthée, & tailla en pieces une bande de lacédémoniens. (D.J.)
RACE, (Maréchal.) se dit des especes particulieres de quelques animaux, & sur-tout des chevaux. Les Anglois ne souffrent pas qu'on ait de la race de leurs guilledins. Pour faire race, il faut choisir de bonnes cavales. Cheval de premiere race, est celui qui vient d'un cheval étranger connu pour excellent.
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| RACHALANDER | v. act. (Comm.) remettre une boutique en chalandise, faire revenir les chalands. Voyez CHALANDS.
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| RACHAT | S. m. (Jurisprud.) signifie en général, l'action de racheter quelque chose. Il y a plusieurs sortes de rachats.
Rachat ou remeré, en cas de vente d'un héritage ou autre immeuble, est l'action par laquelle le vendeur rentre dans le bien qu'il avoit vendu, en vertu de la faculté de rachat, qui étoit stipulée dans la vente.
Le domaine du roi, lorsqu'il est aliéné, est sujet à rachat ; cette faculté est toujours sousentendue, & est imprescriptible, de même que le domaine.
Dans les contrats de vente des biens des particuliers, la faculté de rachat n'a point lieu si elle est stipulée par cette clause ; le vendeur se réserve le droit de rentrer dans l'héritage vendu, en remboursant à l'acheteur le prix qu'il en a reçu.
La condition du rachat fait que l'acquéreur n'est point propriétaire incommutable tant que dure la faculté de rachat ; dans ce cas la vente n'est que conditionnelle ; c'est pourquoi l'acquéreur d'une maison ne peut expulser les locataires : il peut néanmoins dès le moment de son contrat, commencer à prescrire les hypotheques de son vendeur, & elle est entierement résolue & comme non faite, lorsque le vendeur rentre dans la chose en payant le prix ; c'est pourquoi il la reprend libre & franche de toutes charges que l'acheteur auroit pu y imposer.
Quand le tems de faculté de rachat n'est pas déterminé par le contrat, elle se prescrit comme toute action personnelle par 30 ans.
Il en est de même lorsque la faculté de rachat est stipulée indéfiniment, elle ne dure toujours que 30 ans.
Lorsque le délai du rachat est fixé par le contrat, il faut se conformer à la convention, néanmoins lorsque ce délai est fixé au-dessous de 30 ans, si à l'expiration du terme l'acquéreur ne fait pas déchoir le vendeur de la faculté de rachat, elle se proroge jusqu'à 30 ans. Pour empÊCher cette prorogation, & purger le rachat, il faut obtenir un jugement qui déclare le vendeur déchu de la faculté de rachat, c'est ce que l'on appelle un jugement de purification.
Cette prorogation de la faculté de rachat, n'a pas lieu néanmoins, quand la faculté est stipulée par contrat de mariage, en donnant en dot une maison ou autre immeuble.
Le tems du rachat ayant commencé contre le vendeur majeur, continue à courir contre le mineur, sans espérance de restitution, sauf son recours contre son tuteur.
En cas d'exercice de la faculté de rachat, le vendeur gagne les fruits du jour de la demande.
Lorsque le rachat ou remeré est exercé dans le tems porté par le contrat, la vente ne produit point de droits au profit du seigneur.
Voyez Dumoulin de contr. usur. quaest. 52, n. 372, Henrys, tome I. liv. IV, quest. 76. Bretonn. eod. Coquille, sur Nivernois, ch. iv, art. 23, & quest. 260. Recueil de la Combe, & les mots FACULTE, REMERE, VENTE.
Rachat, ou remboursement d'une rente ou pension, est l'acte par lequel on éteint cette rente ou pension en remboursant le sort principal de cette rente ou pension.
Le rachat n'a pas lieu ordinairement pour les rentes ou pensions viageres, à moins que cela ne soit reglé autrement par le titre, ou par convention entre les parties intéressées.
Mais on peut toujours racheter les rentes constituées à prix d'argent ; cette faculté de rachat ne se prescrit point.
A l'égard des rentes foncieres, elles sont non-rachetables de leur nature, à moins que le contraire ne soit stipulé.
Mais la faculté qui est donnée par le contrat, de racheter des rentes de bail d'héritage, assises sur des maisons de la ville & fauxbourgs de Paris ou autres villes, est imprescriptible ; ce qui a été ainsi établi pour la décoration des villes, & afin que les maisons ne soyent pas abandonnées ; on excepte néanmoins de cette regle les rentes, qui sont les premieres après le cens. Voyez Paris, art. 121 ; Orleans, 271, & les commentateurs. Voyez aussi les mots, OFFRES, PRINCIPAL, REMBOURSEMENT, RENTE.
Rachat ou relief, en matiere féodale, pris dans son véritable sens, signifie l'action de racheter du seigneur un fief qui étoit éteint, mais dans l'usage présent, il signifie le droit que le nouveau vassal paye au Seigneur pour les mutations qui sont sujettes à ce droit.
Dans quelques coutumes singulieres, telles que la rue d'Indre, art. 9, le droit de vente en héritage s'appelle aussi rachat, & est de 20 deniers pour livre ; mais communément quand on parle de rachat, ou relief, cela ne s'entend qu'en matiere féodale.
L'origine & l'étymologie du mot rachat, vient de ce que les fiefs dans leur premiere institution, n'étoient point héréditaires, mais seulement pour la vie de celui qui en avoit été investi ; de maniere qu'à la mort du vassal, le fief servant étoit éteint à son égard, & retournoit au seigneur dominant, à moins qu'il n'en fît une nouvelle inféodation en faveur de quelqu'un des héritiers.
Le fief ainsi éteint, étoit censé tombé en la main du seigneur ; & c'est pourquoi, lorsque le seigneur dominant le rétablissoit en faveur d'un nouveau vassal, cela s'appelloit relever le fief, & l'acte, par lequel on le rétablissoit ainsi, s'appelloit le relief, ou comme qui diroit le relévement du fief qui étoit tombé ou devenu caduc : le terme de relief est employé en ce sens dans plusieurs coutumes, telles que Péronne, Auxerre, Hesdin, &c.
Pour obtenir du seigneur ce relief ou relevement du fief, on composoit avec lui à une certaine somme pour laquelle on rachetoit de lui le fief, & cette composition s'appelloit le rachat, ou droit de rachat, c'est-à-dire, ce que l'on payoit pour le rachat. De sorte qu'anciennement le rachat étoit différent du relief. On entendoit par relief, le rétablissement du fief ; & par le terme de rachat, l'on entendoit la finance qui se payoit pour ce rétablissement.
Mais bien-tôt on confondit le rachat avec le relief, de maniere que ces deux termes furent reputés synonymes, quoiqu'ils ne le soyent pas en effet ; car le relief du fief est constamment différent du rachat, ou droit qui se paye pour le relief, ou pour relever le fief. Néanmoins dans l'usage on confond tous ces termes, relief, droit de relief, rachat, droit de rachat ; & l'on se sert indifféremment, des termes relief & rachat, tant pour exprimer l'investiture accordée au nouveau vassal, que pour désigner la finance qui se paye en ce cas au seigneur pour le relief du fief, c'est-à-dire pour en obtenir la prorogation.
Les fiefs étant devenus héréditaires, ce qui n'étoit d'abord qu'une grace de la part du seigneur, passa en coutume, & devint un droit. Il ne dépendit plus des seigneurs d'accorder ou refuser le relief du fief ; ils conserverent seulement le droit d'exiger le rachat pour ce relief dans les mutations sujettes au rachat.
Le droit de rachat ou relief est inconnu dans la plûpart des pays de droit écrit. Les fiefs y sont simplement d'honneur ; mais il y a des lods & mi-lods, qui sont une espece de rachat ou relief pour les rotures.
En Lorraine, ce droit se nomme reprise du fief ; en Dauphiné, placitum vel placimentum ; en Poitou, rachat ou plect, qui est un droit moins fort que le rachat, mais qui a lieu à toute mutation de vassal. En d'autres pays on l'appelle mutagium ; en Languedoc on l'appelle à capto, arriere-capte ; & en Bourbonnois, mariage, une espece de rachat, qui se paye pour les rotures ; celle d'Orleans appelle ce rachat des rotures, relevaisons à plaisir ; & celle de Rheims, essoignes.
On ne connoît point le rachat ou relief en Bourgogne.
Quelques coutumes ne l'admettent que de convention ; telles sont les coutumes de Nevers, la Rochelle, Aunis & Auvergne.
Le droit de relief ou rachat n'a pas toujours été fixé ; les seigneurs l'exigeoient, suivant leur autorité ou leurs besoins, ainsi que l'observe Galand, en son traité du franc-aleu, chap. vj. Presque toutes les coutumes n'étoient encore que des usages non écrits & fort incertains ; mais Charles VII. ayant ordonné en 1453, qu'elles seroient mises par écrit, la rédaction des coutumes mit un frein aux exactions des seigneurs, en fixant ce qu'ils pourroient prétendre pour les profits de fief.
La plûpart des coutumes fixent le relief ou rachat au revenu d'un an, les unes donnent le revenu de la premiere année qui suit la foi & hommage ; d'autres une année prise dans les trois précédentes ; d'autres, comme Paris, article 47, donnent au seigneur le choix de trois choses ; savoir le revenu d'un an, ou une somme offerte par le vassal, ou le dire de prudhommes ; d'autres coutumes ont fixé le rachat, suivant la qualité du fief ; d'autres enfin, suivant le nombre des mesures de terre qu'il contient ; mais le droit le plus général pour le rachat ou relief, est le revenu d'un an ; c'est pourquoi anciennement on l'appelloit aussi annate, ainsi que l'observe Galand, du franc-aleu, p. 170.
Le rachat ou relief féodal, n'a lieu en général que dans les mutations qui arrivent autrement que par vente ou autre acte équipollent à vente.
Quelques coutumes dans lesquelles il n'est jamais dû de quint, donnent le relief ou rachat à toutes mutations ; tel est l'usage pour les fiefs qui se gouvernent suivant la coutume du Vexin françois.
Le droit de relief ou rachat n'est pas acquis du moment que le fief est ouvert ; il faut qu'il y ait mutation de propriétaire, c'est-à-dire, un nouveau vassal.
Le droit est dû aux mutations de vassal, mais toute mutation de vassal ne donne pas ouverture au rachat ou relief. En effet, suivant le droit commun, les mutations en directe en sont exemptes.
La mutation par la succession collatérale, est le cas le plus ordinaire du rachat ou relief. Il est pareillement dû pour démission de biens & donation en collatérale, ou à un étranger : le curateur créé à une succession vacante par la renonciation de l'héritier, doit aussi le relief. Il en est dû pareillement en cas de substitution, lorsque celui qui est appellé est simplement collatéral du dernier possesseur.
Le mari ni la femme ne doivent rien, pour ce qui leur demeure de la communauté, soit jusqu'à concurrence de leur moitié, ou même au-delà, à cause du droit indivis que chacun d'eux a en la totalité.
Le don en usufruit ne produit point de rachat, ni le don mutuel en propriété, lorsque les biens compris dans ce don sont de la communauté.
Quoique le relief ne soit dû communément que pour la mutation de propriétaire, néanmoins lorsqu'une fille, propriétaire d'un fief, vient à se marier, son mari doit la foi & le rachat ou relief, qu'on appelle relief de mariage, le mari est considéré en ce cas comme un nouveau vassal ; mais la coutume de Paris & plusieurs autres, exemptent de ce droit le premier mariage des filles, & cette jurisprudence a été étendue aux autres coutumes qui ne distinguent point.
La mort du bénéficier donne aussi ouverture au rachat ; & pour les chapitres, colleges ou communautés, c'est la mort de l'homme vivant & mourant, mais cela n'a lieu qu'au profit des seigneurs particuliers, nos rois ayant affranchi de ces droits les bénéficiers qui ont des fiefs dans leur mouvance.
On appelle rachat abonné ou ameté, celui par lequel le seigneur est convenu à perpétuité à une certaine somme.
Enfin on appelle rachat rencontré, lorsque deux causes de rachat concourent en même tems, ou que pen dant le cours du premier il y a ouverture à un second.
Le seigneur qui a le choix d'une des trois choses dont on a parlé pour le relief ou rachat, doit consommer son option dans les 40 jours, après les offres du vassal.
Lorsque le seigneur opte le revenu d'une année, il doit jouir en bon pere de famille, & comme auroit fait le vassal ; il a tous les fruits naturels, civils & industriaux, même les profits casuels du fief ; il ne peut pas déloger le vassal, sa femme, ni ses enfans : il doit se contenter des lieux nécessaires pour serrer les fruits.
Le seigneur qui jouit du fief de son vassal pour le rachat, doit pendant cette année acquiter les charges du fief qui sont inféodées.
Quand le fief du vassal se trouve affermi sans fraude, le seigneur doit se contenter de la redevance portée par le bail.
Si le fief ne consiste qu'en une maison occupée par le vassal, celui-ci doit en payer le loyer, à dire d'experts.
Sur le rachat, ou relief, voyez les coutumes au titre des fiefs, & leurs commentateurs, les traités des fiefs, notamment celui de Guyot, titre du relief. Voyez aussi les mots FIEF, MUTATION, PROFITS DE FIEF, RELIEF. (A)
RACHAT DES AUTELS, (Hist. ecclés.) droit que s'arrogerent les moines, dans le neuf, dix & onzieme siecles, de faire le service divin, en succédant aux vicaires des églises. Les évêques à la mort des vicaires, avoient le droit incontestable de pourvoir aux autels ; mais dans ces tems malheureux, les moines avides, souffrant avec peine d'être privés de l'administration des autels, userent de leur crédit pour retirer le culte divin des mains des évêques, moyennant une certaine somme que l'on appella pour lors le rachat des autels, redemptio altarium ; ce fut-là la principale plainte d'Yves de Chartres dans la lettre qu'il écrivit au pape Urbain, qui tint en 1094 le concile de Clermont, où par le septieme canon, les évêques furent rétablis dans leur ancien droit, mais le rachat des autels ne laissa pas que de subsister encore long-tems. (D.J.)
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| RACHE | S. m. (Hist. mod.) c'est ainsi que l'on nomme à la cour du roi d'Ethiopie & d'Abyssinie, le principal de ses ministres, qui est en même tems généralissime de ses troupes ; il a sous lui deux inspecteurs, dont l'un s'appelle bellatinoche-gouta, c'est-à-dire seigneur des esclaves, qui fait les fonctions de grand maître de la maison du roi, & qui commande aux vicerois, gouverneurs, & même aux magistrats du royaume. Le second s'appelle takak, ou zekase bellatinoche-gouta ou seigneur des moindres esclaves.
RACHE DE GOUDRON, (Marine) c'est la lie du mauvais goudron.
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| RACHETABLE | adj. (Jurisprud.) se dit de ce qui est sujet au rachat, comme le domaine du roi ou un domaine particulier : en vertu de la faculté de rachat, une rente constituée est rachetable de sa nature, & la rente fonciere l'est par convention. Voyez RACHAT, REMERE, DOMAINE, RENTE. (A)
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| RACHETER | v. act. (Jurisprud.) signifie quelquefois reprendre, comme racheter un fief, ou payer le droit de rachat ou relief ; on dit aussi racheter une rente, une pension, c'est-à-dire la rembourser. Voyez REMBOURSEMENT.
RACHETER, (Archit.) c'est corriger un biais par une figure réguliere, comme une plate-bande qui n'étant pas parallele, raccorde un angle hors d'équerre avec un angle droit dans un compartiment. Ce mot signifie encore, dans la coupe des pierres, joindre par raccordement deux voûtes de différentes especes ; ainsi on dit qu'un cul-de-lampe rachette un berceau, lorsque le berceau y vient faire lunette ; que quatre pendentifs rachettent une voûte sphérique, ou la tour ronde d'un dôme, parce qu'ils se raccordent avec leur plan circulaire, &c. Voyez Daviler. (D.J.)
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| RACHITI | ou RHACHITIS, (Médec. prat.) maladie ainsi appellée de , épine du dos, parce que la cause & les principaux symptomes paroissent resider dans cette partie du corps ; elle n'a point été connue avant le milieu du seizieme siecle, où elle commença ses ravages par les provinces occidentales de l'Angleterre, d'où elle se répandit avec beaucoup de promtitude dans tous les pays septentrionaux de l'Europe. Les enfans sont les seules victimes que le rachitis immole à ses fureurs ; elle les prend au berceau depuis le sixieme mois environ de leur naissance, jusqu'à l'âge d'un an & demi, & plus rarement jusqu'à ce qu'ils ayent atteint la moitié de leur premier lustre ; son invasion est marquée par les signes suivans.
La proportion de grosseur qui se trouve entre les différentes parties du corps, commence à cesser de façon que les parties musculeuses, les extrêmités, le col s'amincissent, deviennent grêles & décharnés, cependant la tête grossit, le visage se boursouffle, le ventre se porte en-dehors & présente au toucher une enflure mollasse, la peau perd sa force & son coloris ; elle est d'une blancheur fade, lâche & flasque ; les jointures des os ressortent davantage, leurs épiphyses augmentent en volume, tandis que le corps de l'os est délié & diversement recourbé ; ce vice très-considérable dans l'épine du dos & dans les côtés, retrécit la poitrine par derriere, & la porte en pointe sur le devant, les carotides & les jugulaires dans qui le mouvement du sang est sans-doute gêné par cette disposition vicieuse de la poitrine, paroissent au col très-amples & très-dilatées ; on remarque enfin dans ces malades un développement plus promt de l'esprit, & beaucoup plus de vivacité qu'à l'ordinaire ; à mesure que ces enfans grandissent & que le mal s'invétère, de nouvelles facultés découvrent en eux de nouveaux maux ; dans le tems où suivant l'ordre de la nature & les lois de l'éducation, l'usage des piés leur est accordé, à peine peuvent-ils en profiter, quelques pas les fatiguent ; leurs jambes énervées, engourdies au moindre mouvement, ne leur permettent pas de courir, de sauter, d'aller & de venir, jeux & occupations de leur âge ; on les voit aussi en choisir auxquels ils puissent vaquer étant assis ; leurs bras n'ont pas plus de force, ils ne sauroient vaincre la plus petite résistance, & leur col délié ne soutient qu'avec peine le poids considérable de leur tête grossie, qui chancelle de côté & d'autre ; à ces symptomes propres au rachitis, se joignent en divers tems la dentition difficile, des dévoyemens presque continuels, des sueurs fréquentes, difficulté de respirer, digestion laborieuse, &c. & enfin survient la fievre lente qui hâte le funeste coup d'une mort prématurée.
Parmi les causes, qui, suivant une observation repetée, donnent le plus communément naissance au rachitis, on n'en voit point à qui l'on puisse attribuer l'origine de cette maladie, il n'y en a point qui n'agît avant le seizieme siecle ; cependant, ou elle ne produisoit pas cet effet, ou cet effet produit n'étoit pas observé, ce qui n'est guere vraisemblable ; car le silence des auteurs antérieurs est général sur ce sujet, & tous ceux qui sont venus après s'accordent à en reconnoître la nouveauté, & à fixer la même époque ; comme on peut voir dans les dissertations particulieres que Glisson, Mayow, Hoffman, &c. en ont données ; il ne paroît pas même que ces écrivains se soient beaucoup occupés à rechercher la cause qui a déterminé pour la premiere fois l'invasion de cette fâcheuse maladie ; y auroit-il eu dans ce tems-là une disposition singuliere dans l'air qui dirigeât à cet effet particulier les causes générales d'atrophie, de consomption, ou d'autres maladies ? C'est ce qu'il n'est pas possible d'assurer ; on peut seulement le présumer, & cette conjecture pourra se soutenir par le défaut d'autres plus vraisemblables ; mais laissons cette frivole aitiologie que le raisonnement seul pourroit établir, pour passer à l'examen des causes qu'une observation constante a démontré concourir plus efficacement à la production du rachitis.
Ces causes sont, 1°. l'air froid & nébuleux chargé de mauvaises exhalaisons : la preuve en est que cette maladie est très-fréquente à Londres, où l'air est un espece de cloaque épais, rempli d'exhalaisons & des vapeurs du charbon de terre ; dans les endroits maritimes, ou situés sur le bord des rivieres & des marais. 2°. La mauvaise constitution des parens : le rachitis est très-familier aux enfans, dont les pere & mere sont d'un tempérament foible & lâche, qui vivent dans l'oisiveté & la mollesse ; qui usent d'alimens de mauvais sucs, visqueux, affadissans ; qui sont épuisés par les maladies chroniques, sur-tout véneriennes, & par des excès en différens genres. 3°. Le défaut d'une bonne nourrice : ces tendres victimes susceptibles des moindres impressions ne tardent pas à se ressentir des qualités pernicieuses d'un lait fourni par une nourrice colere, ivrogne, intempérante, vérolée, phthisique, scrophuleuse, ou attaquée de quelqu'autre maladie, ou enfin enceinte, & c'est, à ce que l'on prétend, le vice du lait le plus propre à produire le rachitis & celui qui doit en favoriser les progrès. Des nourrices mercenaires à qui par une coutume barbare introduite par la mollesse, on confie les enfans, se gardent bien de déclarer aux parens leur grossesse, dans la crainte qu'on ne retire avec les enfans le salaire qu'on leur payoit, elles font par une punissable avarice avaler à ces pauvres innocens un lait empoisonné, germe fécond d'un grand nombre de maladies, & principalement du rachitis. J'ai vû plusieurs enfans attaqués de cette maladie, qui la devoient à une semblable cause ; les nourrices sont encore en faute, lorsqu'elles portent entre les bras pendant des journées entieres ces enfans emmaillotés dans une situation gênée, qui leur tient l'épine du dos courbée & les jambes inégalement tendues ; de même aussi lorsque par défaut d'attention, elles leur laissent faire des chûtes sur le dos. 4°. La disposition vicieuse des enfans qui peut avoir pris naissance d'un mauvais régime, de l'usage d'alimens peu convenables à leur âge ; tels sont les substances aqueuses & muqueuses, les fruits d'été cruds, les poissons, le pain non levé & toutes ces panades indigestes, dont on engorge les enfans à Paris, & qu'un homme fait a de la peine à soutenir ; les maladies précedentes mal traitées ne contribuent pas peu à entretenir ou former cette mauvaise disposition ; la petite vérole, par exemple, la rougeole, des dartres, la teigne, la gale, la croûte de lait repercutées donnent souvent lieu au rachitis.
L'action de ces différentes causes tend à déranger la nutrition, à la distribuer inégalement dans les diverses parties du corps, de façon que quelques-unes regorgent de parties nutritives, tandis que d'autres en sont dépourvues ; de là vient l'inégalité d'accroissement ; mais on observe dans cette inégale distribution d'embonpoint, une sorte de régularité. On a cru que la nutrition avoit lieu dans tous les organes qui tiroient leurs nerfs du cerveau, & que les parties dont les nerfs naissoient de la moëlle épiniere étoient les seules qui ne fussent pas suffisamment nourries ; l'observation est conforme sur ce point à ce sentiment ; l'ouverture des cadavres y ajoute encore un nouveau poids. Il paroît évidemment que tous les visceres du bas-ventre, & sur-tout le foie, sont beaucoup plus gros qu'à l'ordinaire ; du reste, les glandes du mesentere sont gorgées, plus apparentes & plus dures ; les poumons sont à la vérité plus petits, mais les parois retrécies du thorax s'opposoient à leur accroissement ; on les trouve en revanche surchargés d'humeurs, remplis de concrétions ; quelquefois de petits abscès, & presque toujours adhérens à la plevre. Le cerveau n'offre rien de remarquable qu'un volume bien au-delà du naturel ; toutes ces parties sont munies de nerfs qui sortent du cerveau : les parties musculeuses externes, les extrêmités qui n'ont que des nerfs spinaux sont toutes dans l'amaigrissement ; d'où l'on a tiré une conclusion qui n'est pas sans fondement, donc il y a un engorgement dans la moëlle épiniere qui empÊChe la distribution du suc nourricier par les nerfs auxquels elle donne naissance ; il doit donc refluer dans les nerfs que fournit le cerveau absolument libre ; de là le promt accroissement de cet organe & de tous ceux qui en dépendent ; de là aussi le développement de l'esprit, sa vivacité prématurée proportionnée à la force des nerfs, à la facilité avec laquelle ils reçoivent & retiennent les impressions, & forment les idées, tant le matériel influe sur le spirituel des opérations de l'ame. Il faut, suivant ce système, reconnoître que les nerfs sont les principaux organes de la nutrition ; & par conséquent, priver de cette fonction les extrêmités capillaires des vaisseaux sanguins ou lymphatiques, que la théorie ordinaire leur avoit accordée ; mais je ne vois rien dans cette idée que de très-vraisemblable & très-conforme aux expériences, aux observations & aux lois bien connues de l'économie animale. C'est une expérience connue que la section totale d'un nerf fait tomber dans l'atrophie la partie dans laquelle il se distribuoit ; il paroît d'ailleurs que l'humeur qu'on observoit dans les nerfs est plus propre à cet usage qu'à exécuter les mouvemens & les sensations, à quoi les nerfs solides auroient pû suffire ; en creusant cette opinion, on y trouveroit la solution satisfaisante de plusieurs phénomenes regardés comme inexplicables ; nous sommes obligés de passer sous silence ces détails intéressans qui ne seroient pas ici à leur place. Voyez NERF. Revenons à notre sujet ; la courbure des os & la grosseur de leurs épiphyses dépendent de leur ramollissement, des obstacles qui se trouvent dans le corps de l'os, qui retiennent toutes les humeurs dans les extrêmités spongieuses & faciles à se dilater. Plusieurs auteurs ont pensé que les os étoient courbés par la force des muscles, qui dépourvûs de nourriture, restoient toujours de la même longueur, par conséquent ne pouvoient s'étendre, s'allonger sans faire un arc afin que les deux extrêmités conservassent toujours la même distance entr'elles, mesurée par la longueur constante du muscle. Cette explication est éclaircie par la comparaison d'un arbre qui seroit tiré par une corde ; il seroit obligé en croissant d'obéir à cette action, & de se couder ; elle est encore fondée sur ce théoreme de Géométrie, que toute ligne posée entre deux points fixes ne sauroit s'allonger sans devenir oblique, ou courbe ; ce qui y ajoute un nouveau poids, c'est l'observation qui fait voir que les os ne se plient que du côté où il y a des muscles qui tirent ; par exemple, que la jambe est convexe par-devant, & courbée en arriere du côté qui donne attache au solaire, aux gastronumieres, &c. Cette remarque n'a pas échappé aux bonnes femmes qui se mêlent de traiter les enfans rachitiques ; elles ont toujours soin d'appliquer les remedes, de faire les frictions du côté concave, & le succès justifie la bonté de leur méthode.
Cette maladie fâcheuse par les accidens qu'elle entraîne & qui servent à l'établir, l'est encore plus par les suites funestes qu'elle manque rarement d'attirer lorsqu'elle n'est pas prévenue par une mort prochaine ; c'est dans les premiers instans où l'enfant jouit de la vie, que doivent se jetter les fondemens d'une santé durable. Mais quels affreux commencemens ; il n'est pas un seul viscere qui soit dans son assiete naturelle, & qui exerce ses fonctions d'une maniere convenable ; alors se forment ces dérangemens qui sont le noyau des maladies longues, habituelles, qui se développeront après un certain âge, ou de cet état languissant & maladif qui n'aura d'autres bornes que celles de la vie ; victimes infortunées, elles commencent à souffrir en naissant, & sont destinées à des souffrances presque continuelles. Telle est l'horrible perspective qui se présenteroit à leurs regards, si leur vue pouvoit percer dans l'avenir ; la mort d'un côté, & de l'autre la vie la plus desagréable, cent fois plus à craindre que la mort ; & le tout pour expier innocemment les crimes & les débauches de leurs parens, ou l'intempérance & les vices d'une malheureuse nourrice. Souvent à l'incommodité d'une foible santé se joint le desagrément d'une mauvaise conformation ; il n'est pas rare de voir les enfans rachitiques devenir bossus ou boiteux à l'âge de sept à huit ans, & être ainsi défigurés pour le reste de leurs jours ; peut-être que la gibbosité & le rachitis ne sont que les divers périodes d'une même maladie dépendante d'une cause commune. On doit s'attendre que ces accidens succedent au rachitis, s'il n'est pas terminé & détruit entierement à l'âge de cinq ans : la mort est à craindre s'il a dégénéré en phthisie, en fievre lente, en hydropisie de poitrine ou de bas-ventre ; si les autres symptomes sont considérables, si la disproportion des parties est notable, & l'amaigrissement extrême, si l'enfant est né rachitique, ou si cette maladie s'est déclarée peu de tems après la naissance, elle est en général d'autant plus dangereuse, qu'elle a commencé plus tôt. On peut espérer de la guérir dans les cas contraires ; la guerison n'est pas eloignée dès que les symptomes commencent à diminuer ; les éruptions cutanées survenues pendant le rachitis sont d'un très-bon augure ; elles annoncent & operent la guérison ; on vient aussi plus aisément à bout du rachitis qui provient du défaut de régime, de la mauvaise constitution de l'air, de la suppression de la gale, de la teigne, &c. que de celui qui est héréditaire ; enfin on peut toujours fonder quelque espérance sur les résolutions générales qui arrivent fréquemment aux enfans, & sur celle enfin qui est plus remarquable à l'âge de puberté.
Lorsqu'on entreprend le traitement d'un enfant rachitique, il ne faut pas oublier que les différens remedes que la Pharmacie fournit font moins d'effets à cet âge que dans d'autres, & qu'ils sont plus souvent pernicieux ; ainsi on doit bien se garder de surcharger de médicamens ces machines délicates, déja assez affaissées par la maladie : ajoutez à cela que les enfans encore dans l'état de nature, plus conduits par les sensations agréables ou le plaisir, que par la raison, répugnent toujours aux remedes dont le goût est pour l'ordinaire détestable, & refusent absolument de les prendre. C'est pour quoi il faut principalement compter sur les secours que le régime fournit ; & en conséquence si l'enfant est encore en nourrice, lui en procurer une bien portante, & qui ait le moins de mauvaises qualités, ou à son défaut, nourrir l'enfant avec du lait de chevre ou de vache, qui trop épais a besoin d'être coupé avec de l'eau, ou avec la décoction de quelque plante appropriée, mais qui n'ait point de goût desagréable, telle qu'est le chiendent ; car il ne faut pas leur donner de la répugnance pour les alimens en en corrompant la saveur. Si l'enfant peut supporter des alimens plus solides, on aura soin de ne lui en présenter que de facile digestion, secs & sans graisse, assaisonnés même de quelque léger aromate ; leur boisson doit être de l'eau aiguisée de quelques gouttes de vin vieux, ou de l'eau ferrée, ou des eaux minérales légérement ferrugineuses, qui n'ayent rien de rebutant ; on doit tâcher de les tenir dans un endroit sec, bien airé & modérément chaud ; il faut aussi que leurs linges ne soyent ni humides ni froids. Les habillemens & même les chemises de laine leur conviendroient très-bien ; on pourroit les imprégner de quelque vapeur spiritueuse, de même que le lit dans lequel on les couche, qu'on pourroit aussi remplir de simples aromatiques. L'exercice ne doit pas être négligé : si l'enfant ne peut pas marcher, il faut le promener en voiture, l'agiter, le balancer, &c.
Les remedes intérieurs par lesquels on peut seconder l'effet de ces secours diététiques, sont les purgatifs, les extraits amers, les préparations de mars & les absorbans. Les purgatifs ne sont jamais indifférens à cet âge, sur-tout ceux qui poussent par les selles ; les émétiques sont cependant très-appropriés dans le cas présent, moins par l'évacuation qu'ils procurent, que par la secousse générale qu'ils excitent ; on doit préférer l'hypecacuana aux préparations d'antimoine ; les cathartiques les plus convenables sont la rhubarbe, le diagrede, le jalap & le mercure doux. On peut associer ces médicamens, en former des poudres ou des bols, en continuer l'usage pendant plusieurs jours, & réitérer souvent cette purgation ; la manne, la casse, les huileux, tous purgatifs indigestes si peu efficaces & si usités, seroient ici très-déplacés. A ces remedes on fera succéder les opiates, ou les poudres stomachiques, toniques, absorbantes. Parmi les amers on pourra choisir la fougere, que l'observation ou le préjugé ont consacré particulierement dans ce cas, & qu'on regarde comme éminemment anti-rachitique. Si l'engourdissement étoit considérable, & que l'effet des remedes précédens ne fût pas assez sensible, il seroit à propos de leur joindre des médicamens un peu plus actifs, tels que les plantes aromatiques, quelques gouttes d'élixir de propriété de Paracelse, ou même d'esprit volatil de corne de cerf succiné, & autres semblables. Si la suppression de quelque éruption cutanée avoit donné naissance au rachitis, il faudroit faire tous ses efforts pour la rappeller ; ou même ne seroit-il pas avantageux de procurer ces maladies ? on pourroit le faire en couchant les enfans avec des galeux, des teigneux, &c.
A l'extérieur conviennent principalement les frictions seches, avec des étoffes de laine imprégnées de vapeurs aromatiques, les linimens avec des baumes spiritueux, les douches avec des eaux minérales chaudes sur les différentes parties du corps exténuées, & sur-tout sur l'épine du dos ; les bains ou demi-bains aromatiques, ou avec des eaux thermales ; les fomentations avec les mêmes matieres, & quelquefois aussi l'application des vésicatoires derriere les oreilles ou à la nuque du cou ; quelques auteurs proposent aussi les cauteres & les setons ; mais le bien incertain qui pourroit en résulter ne sauroit compenser le désagrément, les douleurs & l'incommodité qu'ils occasionnent ; d'autres conseillent les sangsues ; mais ce remede n'est approprié ni à la maladie, ni à l'age du sujet. Les charlatans anglois comptent beaucoup sur les scarifications des oreilles ; ils prétendent qu'on ne peut guérir aucun rachitique sans cette operation : ce qui est démontré faux par l'expérience journaliere ; cependant ce secours peut avoir l'avantage d'évacuer quelques humeurs de la tête ; son effet est assez analogue à celui des vésicatoires, quoique moins puissant, & à celui de l'opération de percer les oreilles, qu'on voit quelquefois dissiper les fluxions invétérées. Lorsque les os ont commencé à se courber, il faut tâcher de prévenir un vice plus considérable, & même corriger doucement celui qui est formé, par des ligatures, des bandages, des cors, des bottines, &c. convenables à la partie pour laquelle ils sont destinés, & à la gravité du mal.
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| RACINAGE | S. m. c'est en terme de Teinture, le bouillon ou la décoction de la racine, écorce, feuille de noyer & coque de noix.
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| RACINAL | S. m. (Archit. hydraul.) piece de bois dans laquelle est encastrée la crapaudine du seuil d'une porte d'écluse.
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| RACINAUX | S. m. pl. (Archit. hydraul.) pieces de bois, comme des bouts de solives, arrêtées sur des pilots & sur lesquelles on pose les madriers & plateformes pour porter les murs de douve des réservoirs. On appelle aussi racinaux des pieces de bois plus larges qu'épaisses qui s'attachent sur la tête des pilots, & sur lesquelles on pose la plateforme. Ainsi lorsqu'on a enfoncé les pilots, on remplit tout le vuide avec des charbons, & par-dessus les pieux, d'espace en espace, on met les racinaux qu'on cloue sur la tête des pieux. C'est sur ces racinaux qu'on attache de grosses planches de cinq pouces d'épaisseur, qui forment la plateforme. Daviler. (D.J.)
RACINAUX DE COMBLE, (Archit.) espece de corbeaux de bois qui portent en encorbellement sur des consoles le pié d'une forme ronde, qui couvre en saillie le pignon d'une vieille maison.
Racinaux d'écurie, petits poteaux qui, arrêtés de bout dans une écurie, servent à porter la mangeoire des chevaux.
Racinaux de gruë, pieces de bois croisées qui font l'empatement d'une gruë, & dans lesquelles sont assemblés l'arbre & les arcboutans. Lorsqu'elles sont plates, on les nomme soles. Daviler.
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| RACINE | S. f. (Botan.) la racine est la partie de la plante qui reçoit la premiere le suc de la terre, & qui le transmet aux autres ; cette partie est presque toujours dans la terre ; il y a très-peu de plantes où elle soit hors de terre, & nous n'avons presque que le lierre & la cuscute qui ayent une partie de leurs racines découvertes ; mais on ne connoît aucune plante qui n'ait sa racine attachée à la terre ou à quelque corps terrestre.
Toutes les racines sont garnies de fibres & d'une écorce plus ou moins épaisse ; mais comme les differences des racines se tirent de leur principale partie, on n'emploie guere le terme de fibre que lorsqu'elles font cette principale partie.
On peut considérer les racines par rapport à leur tissu, à leur structure & à leur figure.
Le tissu des racines est ou charnu, ou composé de fibres sensibles. Les racines charnues, ou d'un tissu charnu, sont celles dont le corps est une espece de chair, dans laquelle on ne découvre pas de fibres sensibles ; telles sont les racines de l'iris, du cyclamen, du safran, du lis, &c.
Les racines dont le corps est tissu de fibres entrelassées & serrées à-peu-près comme des brins de filasse, sont ou molles ou dures. Les molles sont semblables à celles du fenouil, du chardon-rolland ; on peut les appeller racines à trognons. Les racines dures & ligneuses sont celles du poirier, de l'amandier, du chêne, &c.
Par rapport à la structure, les racines sont composées ou de fibres, ou de plusieurs autres racines, ou d'écailles, ou enfin de tuniques.
Les racines composées de fibres sont ou chevelues ou fibrées ; on appelle chevelues celles dont les fibres sont très-menues & semblables aux cheveux, comme celles du froment, du seigle, &c. on nomme fibrées les racines dont les fibres sont d'une grosseur considérable, comme celles de la violette, de la primevere, &c. Il y en a quelques-unes parmi celles-ci qui poussent des jets qui courent entre deux terres ; on peut les appeller racines fibrées & traçantes.
Les racines composées d'autres racines ont les mêmes racines disposées en bottes, & se nomment racines en botte, comme celles de la guimauve ; ou bien elles ont les mêmes racines disposées sans ordre dans leur longueur, comme celles du poirier. Lorsque ces racines sont plusieurs navets joints ensemble, on les appelle racine à navet, comme celles de l'asphodele, de la pivoine, &c. Si ce sont des grumeaux entassés, on les nomme racines grumeleuses, comme celles de plusieurs renoncules. Il y a quelques racines composées, qui sont des tubercules appliqués l'un sur l'autre, comme on le voit dans le safran & dans le glayeul. On en trouve quelques-unes qui sont des tubercules attachés l'un contre l'autre, savoir celles de la fritillaire, du colchique, &c.
Les racines à écailles ou écailleuses sont composées de plusieurs écailles attachées à un pivot. Il ne faut pas confondre les racines écailleuses avec les racines écaillées ; car les racines écaillées sont d'une seule piece, dont la surface est taillée en écailles comme celles de la dentaire, au lieu que les racines écailleuses sont à plusieurs écailles séparées les unes des autres.
Les racines bulbeuses ou les racines à oignons sont composées de plusieurs peaux ou tuniques appliquées les unes sur les autres, & emboîtées, pour ainsi dire, les unes dans les autres ; elles forment un massif presque rond ou oblong, telles sont les racines de l'oignon commun, du narcisse, de la jacinthe, &c.
Par rapport à la figure, les racines sont rondes & tubéreuses, comme celles du cyclamen, du safran, du bulbo-castanum ; ovales comme celles de plusieurs oignons, & de quelques especes d'orchis, longues & en pivot, que l'on appelle racines piquantes, comme celles de la rave ; à genouillet, comme celles de l'iris, du sceau de Salomon ; en perruque comme la plûpart des racines chevelues.
Les fonctions des racines & la maniere dont elles s'exercent, ne sont encore que fort peu connues. On peut seulement conjecturer que la racine est destinée à affermir la plante dans terre, ou à en tirer de la nourriture ; quelquefois même toute sa surface est propre à cette fonction, comme cela paroît dans les truffes ou dans les pommes de terre. Alors cette surface des racines est parsemée d'une infinité de petites bouches qui sucent le suc nourricier, & l'introduisent dans les vaisseaux dont elles sont les ouvertures, d'où ce suc se distribue dans tout le corps de la plante. Dès que le suc nourricier y est entré, il est crud, & retient la nature des corps qui le fournissent. Ces corps sont ordinairement la terre ou l'eau, qui reçoivent de nouveau tôt ou tard ce que les plantes en tirent ; car toutes celles qui naissent sur la terre ou dans l'eau, quand elles meurent, redeviennent partie de cette même terre ou de cette même eau, ou bien elles se dispersent dans l'air d'où elles retombent dans le sein de la terre ou dans l'eau en forme de rosée, de brouillard, de neige, de grêle, de gelée-blanche & de pluie. La terre est un chaos de tous les corps passés, présens & futurs dont ils tirent leur origine, ou dans lequel tous retombent.
L'eau, les esprits, les huiles, les sels, & toutes les autres choses qui entrent dans la formation des plantes sont renfermées dans la terre ; un feu souterrein, un feu artificiel, ou la chaleur du soleil les met en mouvement, fait qu'elles se mêlent avec l'eau, & s'appliquent aux racines des plantes qui pénetrent dans la terre. Ces sucs cruds circulent dans les plantes, sur tout au printems ; si pour-lors on les examine, on les trouve aqueux, fort délayés, & quelque peu acides ; on en a la preuve dans les liqueurs qui distillent au mois de Mars par des incisions faites au bouleau, à la vigne & au noyer.
Ensuite ces sucs poussés dans les divers organes de la plante, par un effet de sa fabrique, par la chaleur du soleil, par le ressort de l'air, par la vicissitude de son intempérie, qui est tantôt humide, tantôt seche, aujourd'hui froide & demain chaude, par le changement du jour & de la nuit, & par celui des saisons ; ces sucs, dis-je, se changent insensiblement, se cuisent, se perfectionnent par degrés, se distribuent dans chaque partie des plantes, & deviennent ainsi les sucs qui sont propres à leur végétation.
Ainsi les racines deviennent fécondes en troncs, en branches & en rameaux. On le voit dans les ormes des avenues nouvelles ; car étant ordinairement fossoyées & les racines de cet arbre courant beaucoup entre deux terres, le fossé met à nud plusieurs branches de racines qui poussent des jets feuillés, d'où il arrive que ces fossés sont ordinairement tapissés de touffes, de bouquets, de feuilles d'ormes, qui sont l'effet d'un assez grand nombre de rameaux qui sortent de toutes parts des branches souterraines de ces racines. Si on coupoit au pié les arbres portés sur ces racines, il arriveroit qu'un ou plusieurs de ces jets deviendroient à leur tour des troncs du même arbre, & sur-tout si, laissant les plus forts, on retranchoit les plus foibles.
Comme les racines se trouvent fécondes en troncs, & par conséquent en branches & en rameaux, &c. aussi les troncs & les branches sont réciproquement féconds en racines, lorsque l'occasion les met en état de montrer cette fécondité cachée, non-seulement dans les troncs, mais encore dans les branches ; on en a les preuves par les plantes rampantes, par les arbres enterrés au pié, & par les marcottes.
Enfin on sait depuis plus de deux mille ans, par le témoignage de Théophraste, hist. l. I. c. xij. & toutes les relations modernes confirment que les branches du figuier d'Inde jettent des racines pendantes, qui s'allongeant peu-à-peu, prennent terre, poussent une nouvelle tige, & couvrent ainsi la terre qui est autour du principal tronc d'une forêt très-épaisse. (D.J.)
RACINE, (Agricult.) la culture qu'on donne aux productions de la terre agit principalement sur les racines. Les labours, les arrosemens, les améliorations ont un rapport plus immédiat à cette partie des plantes qu'à toute autre. On distingue les racines en pivotantes & rampantes ; les premieres s'enfoncent presque perpendiculairement dans le terrein, les autres s'étendent suivant une direction presque horisontale. Les racines qui sortent immédiatement de la semence sont toujours du genre des pivotantes, elles pénetrent perpendiculairement dans la terre jusqu'à ce qu'elles trouvent le sol trop dur. Ces racines pivotantes, quand la terre facile à percer a du fonds, pénetrent quelquefois à plusieurs brasses de profondeur, à-moins qu'on ne les coupe, ou qu'on ne les rompe, soit de dessein prémédité, soit par accident, car alors elles changent de direction. Quand ces sortes de racines s'étendent horisontalement, on les nomme rampantes ; celles-ci sont d'autant plus vigoureuses qu'elles sont moins profondes en terre, les plus fortes se trouvant à la superficie dans cette épaisseur de terre qui est remuée par la charrue. Elles s'éloignent quelquefois assez considérablement de la plante qui les a produites, & deviennent si fines qu'elles échappent à la vûe, sur-tout quand elles ont pris la couleur de la terre qui les environne, ce qui arrive assez souvent. (D.J.)
RACINE, (Mat. méd.) on ignore généralement le tems propre à cueillir les racines de toutes les plantes qui sont employées dans la matiere médicale, ensorte que la plûpart ont perdu toute leur efficace, faute d'être tirées de terre à propos & avec connoissance. On les laisse gâter dans les jardins & les campagnes, dans l'idée qu'elles s'y conservent, & elles y pourrissent. Il faut les cueillir d'abord que les feuilles de leurs plantes tombent, & avant que les racines poussent de nouveau ; car c'est alors qu'elles ont plus de vertu, & qu'on peut les employer utilement. Mais tantôt le médecin fait une ordonnance de racines qui n'existent pas encore, & tantôt de celles qui sont vieilles, pourries & sans vertu. Telle est la honte de l'art ; ce que je dis des racines, on doit l'appliquer également aux feuilles, aux fleurs & aux graines des plantes ; cependant le vieux médecin clinique meurt dans sa routine & dans son ignorance, incapable de se corriger à un certain âge, & même trop occupé pour s'en donner la peine. (D.J.)
RACINE DE S. CHARLES, (Botan.) cette racine se trouve dans des climats tempérés, & spécialement dans Méchoacan, province de l'Amérique. Son écorce est d'une odeur aromatique, d'un goût amer, & tant-soit-peu âcre. La racine même est composée de fibrilles menues, qui se séparent aisément les unes des autres. L'écorce passe pour sudorifique, & fortifie l'estomac & les gencives. Les Espagnols lui attribuent de grandes vertus.
RACINE DE STE HELENE, (Bot.) Hernand la nomme cyperus americanus. Cette racine est longuette, pleine de noeuds, noire en-dehors, blanche en dedans, & d'un goût aromatique, à-peu-près semblable à celui du Galanga. On nous l'apporte du port de Ste Helene dans la Floride, province d'Amérique, où elle croît. Cette racine est extrêmement apéritive. On la recommande dans la colique néphrétique. Quelques-uns l'appliquent écrasée sur des parties foibles, pour les fortifier. (D.J.)
RACINE DE RHODES, (Botan.) nom vulgaire de l'espece d'orpin nommé par Tournefort anacampseros radice rosam spirante ; cette plante pousse ses tiges à la hauteur d'environ un pié, revêtues de beaucoup de feuilles oblongues, pointues, dentelées en leur bord : ses sommités sont chargées d'ombelles ou bouquets qui soutiennent de petites fleurs à plusieurs pétales disposés en rose, de couleur jaune pâle ou rougeâtre, tirant sur le purpurin. Quand ces fleurs sont passées, il leur succede des fruits composés de gaînes rougeâtres, ramassées en maniere de tête, & remplies de semences oblongues & menues : sa racine est grosse, tubéreuse, blanche en-dedans, charnue, succulente, ayant le goût & l'odeur de la rose quand on l'a écrasée. Cette plante croît sur les Alpes. On nous envoie sa racine seche parce qu'elle est de quelque usage dans la Médecine. (D.J.)
RACINE SALIVAIRE, (Botaniq.) voyez PYRETHRE.
RACINE, s. f. (terme de Grammaire) on donne en général le nom de racine à tout mot dont un autre est formé, soit par dérivation ou par composition, soit dans la même langue ou dans une autre : avec cette différence néanmoins qu'on peut appeller racines génératrices les mots primitifs à l'égard de ceux qui en sont divisés ; & racines élémentaires, les mots simples à l'égard de ceux qui en sont composés. Voyez FORMATION.
L'étude d'une langue étrangere se réduit à deux objets principaux, qui sont le vocabulaire & la syntaxe ; c'est-à-dire, qu'il faut apprendre tous les mots autorisés par le bon usage de cette langue & le véritable sens qui y est attaché, & approfondir aussi la maniere usitée de combiner les mots pour former des phrases conformes au génie de la langue. Ce n'est pas de ce second objet qu'il est ici question ; c'est du premier.
L'étude des mots reçus dans une langue est d'une étendue prodigieuse ; & si on ne prétend retenir les mots que comme mots, c'est un travail infini, & peut-être inutile : les premiers appris seroient oubliés avant que l'on eût atteint le milieu de la carriere ; qu'en resteroit-il quand on seroit à la fin, si on y arrivoit ? L'abbé Danet, dans la preface de son Dictionnaire françois & latin, jugeant de cette tâche par son étendue physique, dit qu'elle ne paroît pas infinie, puisqu'on enferme tous les mots d'une langue dans un dictionnaire qui ne fait qu'un médiocre volume. " Et c'est en effet en cette maniere, selon lui, que Joseph Scaliger, Casaubon & autres savans hommes les apprenoient. Ils en lisoient les divers dictionnaires, ils les augmentoient même de divers mots qu'ils trouvoient dans le cours de leurs études, ils ne croyoient point les savoir qu'ils ne fussent arrivés à ce degré ". Il n'est pas croyable, & je ne croirai jamais que la lecture d'un dictionnaire, quelque répétée qu'elle puisse être, soit un moyen propre pour apprendre avec succès les mots d'une langue, si ce n'est peut-être qu'il ne s'agisse d'un esprit stupide à qui il ne reste que la mémoire organique, & qui l'a d'autant meilleure que toute la constitution méchanique est tournée à son profit.
" Les langues, dit l'auteur des racines grecques, préface, ne s'apprennent que par l'usage ; & l'usage n'est autre chose qu'une répétition continuelle des mêmes mots appliqués en cent façons & en cent rencontres différentes. Il est à notre égard comme un sage maître, qui sait prudemment faire choix de ce qui nous est utile, & qui peut adroitement faire passer une infinité de fois devant nos yeux les mots les plus nécessaires, sans nous importuner beaucoup des plus rares, lesquels il nous apprend néanmoins peu-à-peu, & sans peine, ou par le sens des choses, ou par la liaison qu'ils ont avec ceux dont nous avons déja la connoissance. Mais cet usage, pour les langues mortes, ne se peut trouver que dans les anciens auteurs. Et c'est ce qui nous montre clairement que ce qu'on peut appeller l'entrée des langues, allusion au Janua linguarum de Coménius, ne doit être qu'une méthode courte & facile, qui nous conduise au plus tôt à la lecture des livres les mieux écrits ".
On a vu, article METHODE, qu'il faut commencer par de bons élemens, & passer tout d'abord à l'analyse de la phrase propre à la langue qu'on étudie. Mais comme cet exercice ne met pas dans la tête un fort grand nombre de mots, on a pensé à imaginer quelques moyens efficaces pour y suppléer. La connoissance des racines est pour cela d'une utilité dont tout le monde demeure d'accord ; & de très-habiles gens ont songé à préparer de leur mieux cette connoissance aux jeunes gens. Dom Lancelot est, à mon gré, celui qui a imaginé la meilleure forme dans son Jardin des racines grecques mises en vers françois. M. Etienne Fourmont, cet homme né avec une mémoire prodigieuse & des dispositions extraordinaires pour étudier les langues, a fait pour le latin ce que dom Lancelot avoit fait pour le grec : les racines de la langue latine mises en vers françois, parurent en 1706, livre devenu rare, trop peu connu, & qui mériteroit d'être tiré de l'oubli où il semble enseveli. Un habile disciple de Masclef a donné depuis au public, sous la même forme, les Racines hébraïques sans points-voyelles.
Ces vers sont aisés à retenir, parce que l'ordre alphabétique qui y est suivi, la mesure & les rimes régulierement disposées, conspirent à les imprimer aisément & solidement dans la mémoire.
Or il est certain que quand on sait les racines primitives, & que l'on s'est mis un peu au fait des particules propres à une langue, on n'est plus guere arrêté par les mots dérivés & composés, qui font en effet la majeure partie du vocabulaire.
RACINE D'UNE EQUATION, en Algebre, signifie la valeur de la quantité inconnue de l'équation. Voy. EQUATION.
Ainsi si l'équation est a2 + b2 = x2, la racine de l'équation est la racine quarrée de a2 + b2, ainsi (a2 + b2).
C'est une vérité reçue en Algebre, qu'une équation a toujours autant de racines qu'il y a d'unités dans la plus haute dimension de l'inconnue ; par exemple, une équation du deuxieme degré a deux racines, une du troisieme en a trois : ainsi l'équation x2 = a2 + b2, que nous venons de donner, a deux racines ou deux valeurs de x ; savoir x = + , & x = - . Cette propriété générale des équations peut se démontrer de la maniere suivante.
Soit xn + a xn + 1 + b xn - 1 +.... p = 1, une équation d'un degré quelconque ; & soit c une valeur de l'inconnue x, telle que substituant c au lieu de x dans l'équation, tous les termes se détruisent par des signes contraires, je dis que xn + a xn - 1 + b xn - 2.... + p, se divisera exactement par x = c. Car soit Q le quotient de cette division, le reste r, s'il y en a un, ne contiendra point de x, puisque x ne passe pas le premier degré dans le diviseur, & on aura (x - c) x Q + r égal & identique à xn + a xn - 1 + b xn - 2.... + p. Donc substituant c pour x dans (x - c) x Q + r, tous les termes doivent se détruire, & le résultat être c = 0. Donc cette substitution donnera (c - c) x Q + r = 0 & r = 0. Donc la division se fait sans reste.
On aura donc un quotient xn - 1 + A xn - 2+ B xn - 3 +.... + P. Et s'il y a une petite quantité C qui étant substituée par x dans ce quotient, fasse évanouir tous les termes, on prouvera de même que ce quotient peut se diviser exactement par x - c. En continuant ainsi, on trouvera que la quantité xn + a xn - 1 + b xn - 2, &c. peut être regardée comme le produit d'un nombre n d'équations simples x - c, x - C, x - D, x - E, &c. Donc puisque xn + a xn - 1 + b xn - 2.... &c. = 0, on aura x x x , &c. = 0. Or ce produit sera = 0 dans tous les cas suivans : 1°. x = c ; 2°. x = C ; 3°. x = D ; 4°. x = E, &c. Donc x a autant de valeurs qu'il y a de facteurs linéaires x - c x - C, &c. c'est-à-dire autant qu'il y a d'unités dans n.
Au reste, il ne faut pas croire que toutes ces valeurs soient ni toujours réelles, ni toujours positives. On les distingue en vraies, fausses, & imaginaires.
Racine vraie. Si la valeur de x est positive, c'est-à-dire si x est égale à une quantité positive ; par exemple, si x = r, la racine est appellée racine vraie ou positive. Voyez POSITIF.
Racine fausse. Si la valeur de x est négative, par exemple si x = - 5, on dit que la racine est fausse ou négative. Voyez NEGATIF. Par exemple, l'équation x x + 3 x - 10 - 0, a deux racines, l'une vraie, l'autre fausse, savoir x = 2 & x = - 5.
Racine imaginaire. Si la valeur de x est la racine quarrée d'une quantité négative, par exemple, si x = - 5, on dit alors que la racine est imaginaire.
C'est ce qui arrive dans l'équation x x + 5 = 0, qui a deux racines imaginaires x = + - 5 & x = - - 5. Si on multiplioit l'équation x x + 5 = 0 par l'équation x x + 3 x - 10 = 0, on formeroit une équation du quatrieme degré, qui auroit deux racines imaginaires + - 5 & - - 5, & deux racines réelles, l'une vraie + 2, l'autre fausse - 5.
Dans une équation quelconque, les racines imaginaires, s'il y en a, sont toujours en nombre pair. Cette proposition assez mal démontrée dans les livres d'Algebre, l'est beaucoup plus exactement dans une dissertation que j'ai imprimée au tome II. des Mém. françois de l'académie de Berlin. Voyez aussi IMAGINAIRE & EQUATION. Delà il s'ensuit que dans toute équation d'un degré impair, il y a au-moins une racine réelle.
L'Algebre est principalement d'usage pour mettre les problèmes en équations, & ensuite pour réduire ces équations, ou les présenter dans la forme la plus simple qu'elles puissent avoir. Voyez REDUCTION.
Quand l'équation est réduite à la forme la plus simple, il ne reste plus, pour achever la solution du problème, que de chercher par les nombres ou par une construction géométrique, les racines de l'équation. Voyez EQUATION & CONSTRUCTION.
M. l'abbé de Gua, dans les mémoires de l'académie royale des sciences de Paris, année 1741, nous a donné deux excellentes dissertations sur les racines des équations. Le premier de ces mémoires a pour titre : Démonstration de la regle de Descartes pour connoître le nombre des racines positives & négatives dans les équations qui n'ont point de racines imaginaires ; nous allons rapporter en entier l'espece de préface que M. l'abbé de Gua a mise à la tête de cet ouvrage : elle contient une discussion historique très-intéressante.
" Descartes, dit M. l'abbé de Gua, a donné sans démonstration, à la pag. 108. de sa géométrie, édit. de Paris, année 1705, la fameuse regle que j'entreprens de démontrer. On connoît de ceci, dit cet auteur, combien il peut y avoir de racines vraies & combien de fausses en chaque équation ; à savoir, s'il y en peut avoir autant de vraies que les signes + & - s'y trouvent de fois être changés, & autant de fausses qu'il s'y trouve de fois deux signes +, ou deux signes - qui s'ensuivent, &c.
Ces mots il peut y avoir, que Descartes repete deux fois dans cette proposition, évitant au contraire constamment l'expression il y a, marquent assez qu'il n'a pas regardé la regle qu'il avoit découverte, comme absolument générale, & qu'il a vu au contraire qu'elle devroit seulement avoir lieu, lorsque les racines que les équations peuvent avoir seroient toutes réelles ". M. l'abbé de Gua prouve cette vérité par d'autres endroits du même ouvrage, & il ajoute : " cet auteur s'est expliqué lui-même dans la suite de ce point, d'une maniere précise. Il trouve cette explication dans la lxvij. lettre du troisieme tome. Sa seconde objection, dit Descartes dans cette lettre, en parlant de Fermat, est une fausseté manifeste ; car je n'ai pas dit dans l'article 8. du troisieme livre ce qu'il veut que j'aie dit, à savoir qu'il y a autant de vraies racines que les signes + & - se trouvent de fois changés, ni n'ai eu aucune intention de le dire : j'ai dit seulement qu'il y en peut autant avoir, & j'ai montré expressément, art. 17. du III. liv. quand c'est qu'il n'y en a pas tant, à savoir, quand quelques-unes de ces vraies racines sont imaginaires. "
Quelque nombre de disciples & de commentateurs qu'ait eu ce grand géometre dans l'espace de près d'un siecle, il paroît néanmoins que personne, avant M. l'abbé de Gua, n'étoit encore parvenu à démontrer la regle dont nous parlons.
C'est sans-doute le xlj. chapitre du traité d'Algebre de Wallis, qui a été l'occasion de l'erreur de M. Wolf & de M. Saunderson, qui attribuent l'un & l'autre l'invention de cette regle à Harriot, algébriste anglois. On n'ignore pas que Wallis n'a rien oublié dans cet ouvrage pour arracher en quelque façon à Viete & à Descartes leurs découvertes algébriques, dont il se plait au contraire à revêtir Harriot son compatriote.
" Pour réfuter Wallis, sur l'article dont il est principalement question, nous ne nous servirons, continue M. l'abbé de Gua, que du témoignage de Wallis lui-même, & de Wallis parlant dans le même ouvrage. Il conteste, dans l'endroit que nous venons de citer, que la regle pour le discernement des racines, appartient à Descartes ; plus bas, au chap. lxiij. pag. 215. il continue à la vérité de proscrire cette regle à cause de son prétendu défaut de limitation, mais commençant alors à se contredire, il ne fait plus difficulté de la donner à son véritable auteur.
Wallis au reste n'est pas le seul qui ait attaqué la regle que nous nous proposons de démontrer.
Le journal des savans de l'année 1684, nous apprend, à la page 250. que Rolle la taxoit aussi de fausseté. Le journaliste donne ensuite deux exemples de ce genre ; mais dans ces exemples il se trouve des racines imaginaires.
C'est ce que remarque fort bien le pere Prestet de l'oratoire, dans la seconde édition des élém. liv. VIII. pag. 362.
La remarque de Rolle insérée dans le journal des savans, & la réponse du pere Prestet ne pouvoient manquer de réveiller l'attention de l'académie. Duhamel, qui en étoit alors secrétaire, fit donc mention dans son histoire, de l'observation de Rolle ; & il ajouta que l'académie ayant chargé Cassini & de la Hire d'examiner sa critique, ils avoient rapporté que Schooten avoit déja fait la même remarque, mais que cet auteur prétendoit que Descartes même n'avoit pas donné sa regle pour générale.
Si cette décision a dû en effet fixer le sens véritable de la regle de Descartes, n'auroit-elle pas dû exciter de plus en plus les géometres à chercher une démonstration rigoureuse de cette regle, aulieu de se contenter de la déduire par induction, comme on doit présumer que Descartes l'avoit fait, ou de l'inspection seule des équations algébriques par la multiplication de leurs racines supposées connues ? Un silence si constant sur une vérité qu'on pouvoit désormais regarder presque comme un principe, & dont ce pendant on n'appercevoit point encore l'évidence, n'étoit-il point en quelque sorte peu honorable pour les mathématiques " ? Nous renvoyons le lecteur, pour la démonstration de cette regle, au mémoire de M. l'abbé de Gua, qui l'a démontré de deux manieres différentes. Voyez à l'article ALGEBRE, l'histoire des obligations que cette science a aux différens mathématiciens qui l'ont perfectionnée, & sur-tout à Viete & à Descartes.
RACINE D'UN NOMBRE, en Mathématique, signifie un nombre qui étant multiplié par lui-même rend le nombre dont il est la racine ; ou en général le mot racine signifie une quantité considérée comme la base & le fondement d'une puissance plus élevée. Voyez PUISSANCE, &c.
En général la racine prend la dénomination de la puissance dont elle est racine ; c'est-à-dire qu'elle s'appelle racine quarrée si la puissance est un quarré ; racine cubique si la puissance est un cube, &c. ainsi la racine quarrée de 4 est 2, parce que 2 multiplié par 2 donne 4. Le produit 4 est appellé le quarré de 2, & 2 en est la racine quarrée, ou simplement la racine.
Il est évident que l'unité est à la racine quarrée, comme la racine quarrée est au quarré : donc la racine quarrée est moyenne proportionnelle entre le quarré & l'unité ; ainsi 1 : 2 : : 2 : 4.
Si un nombre quarré comme 4 est multiplié par sa racine 2, le produit 8 est appellé le cube ou la troisieme puissance de 2 ; & le nombre 2, considéré par rapport au nombre 8, en est la racine cubique.
Puisque l'unité est à la racine comme la racine est au quarré, & que l'unité est à la racine comme le quarré est au cube, il s'ensuit que l'unité, la racine, le quarré & le cube sont en proportion continue, c'est-à-dire que 1 : 2 : : 2 : 4 : : 4 : 8. par conséquent la racine cubique est la premiere de deux moyennes proportionnelles entre l'unité & le cube.
Extraire la racine d'un nombre ou d'une puissance donnée, comme 8, c'est la même chose que de trouver un nombre comme 2, qui étant multiplié par lui-même un certain nombre de fois, par exemple deux fois, produise ce nombre 8. Voyez EXTRACTION.
Une racine quelconque, quarrée ou cubique, ou d'une puissance plus élevée, est appellée racine binome, ou simplement binome quand elle est composée de deux parties ; comme 20 + 4 ou a + b. Voyez BINOME.
Si la racine est composée de trois parties, on l'appelle trinome, comme 200 + 40 + 5 ou a + b + c. Voyez TRINOME. Si la racine a plus de trois parties, on l'appelle multinome, comme 2000 + 400 + 50 + 6, ou a + b + c + d. Voyez MULTINOME.
M. l'abbé de Gua nous a donné de plus, dans un mémoire imprimé p. 455 du même vol. une méthode sur le nombre des racines imaginaires, réelles positives ou réelles négatives. Ne pouvant entrer dans aucun détail sur ce sujet, nous nous contenterons de dire avec l'auteur qu'on trouve sur cette méthode quelques vues générales, mais fort obscurément énoncées dans une lettre de Collins au docteur Wallis ; qu'ensuite M. Stirling a poussé ces vues un peu plus loin dans son énumération des lignes du troisieme ordre ; mais qu'il s'en faut bien que la méthode de ce géometre ne laisse plus rien à desirer. Nous croyons pouvoir en dire autant de la méthode de M. l'abbé de Gua, puisque cette méthode, de son propre aveu, suppose la résolution des équations qui n'est pas même trouvée absolument pour le 3e degré. Nous avons parlé à la fin de l'art. EQUATION, du travail de M. Fontaine sur le même sujet. (O)
RACINE, terme d'Astronomie, qui signifie une époque ou instant duquel on commence à compter les mouvemens des planetes. Il est avantageux chaque fois qu'on veut connoître le lieu moyen d'une planete, pour un tems donné, de le trouver calculé dans les tables astronomiques, où l'on a eu soin de reduire le lieu moyen ou l'anomalie moyenne des planetes au tems de quelque ere célebre, telle que l'ere chrétienne, l'ere de Nabonassar, celle de la création du monde, la fondation de Rome, le commencement de la période julienne, &c. Il a donc fallu trouver dans ces tables le lieu moyen des planetes pour ces eres proposées, & sur-tout pour les midis de tems moyen, & non pas de tems vrai ou apparent. Ces lieux moyens des planetes ainsi déterminés, se nomment les époques ou les racines des moyens mouvemens, puisque ce sont autant de points fixes d'où l'on part pour calculer tous les autres mouvemens. Voyez EPOQUE & TABLES. Inst. astr. p. 547. &c.
RACINE, partie des plantes par laquelle elles s'attachent à la terre ; il y a des racines bulbeuses, des tubéreuses & des fibreuses. La racine bulbeuse est ce que l'on appelle vulgairement un oignon, qui est le plus souvent garnie à sa base de racines fibreuses : les bulbes sont solides, radices bulbosae solidae ; par couches, tunicatae ; écailleuses, squamosae ; deux à deux, duplicatae ; ou plusieurs ensemble, aggregatae : elles sont aussi de différentes figures. La racine tubéreuse ou en tubercule est charnue & solide, elle devient plus grosse que la tige, elle y adhere ou y est suspendue par un filet, elle a différentes figures. La racine fibreuse est composée de plusieurs autres racines plus petites que leur tronc ; elle est perpendiculaire ou horisontale, charnue ou filamenteuse, simple ou branchue. Florae par. prod. par M. Dalibard.
RACINE, en Anatomie, se dit assez ordinairement de l'endroit dans lequel les parties font attachées.
On appelle racine des dents la partie de ces os qui est renfermée dans les alvéoles. Voyez ALVEOLE.
La racine du nez est cette partie qui répond à l'articulation des os du nez avec le coronal. Voyez NEZ & CORONAL.
Racine de la langue. Voyez LANGUE.
RACINE, (Critique sacrée) ; ce mot se prend au figuré dans l'Ecriture, soit en bonne, soit en mauvaise part, pour origine, principes, descendans, soit au propre soit au figuré. Racine amere. Hébr. xij. 15. , c'est une méchante racine. Il y a, dit l'Ecclés. xxj. 15. une finesse pleine d'amertume, c'est-à-dire une méchanceté. L'auteur du I. liv. des Macch. j. 2. appelle Antiochus une racine criminelle, , c'est-à-dire un prince dont les actions sont criminelles. L'Ecriture donne aussi figurément des racines aux vertus. La racine de la sagesse, dit le fils de Syrach, c. j. 24. est la crainte du Seigneur, & ses branches donnent une longue vie. (D.J.)
RACINES, (Chronolog.) certains points qu'on prend pour époques.
RACINE, couleur de (terme de Teinturier) on appelle couleur de racine, en terme de teinturier, la couleur fauve qui est une des cinq couleurs simples & matrices. Elle se fait communément avec de l'écorce de noyer, de la feuille & de la coque de noix. (D.J.)
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| RACK | ou ARAK, (Hist. mod.) liqueur spiritueuse très-forte, que les habitans de l'Indostan tirent par la fermentation & la distillation du suc des cannes de sucre, mêlé avec l'écorce aromatique d'un arbre appellé jagra. Cette liqueur est très-propre à enivrer ; son usage immodéré attaque les nerfs, suivant Bernier, & produit un grand nombre de maladies dangereuses. On ne sait si c'est la même que les Anglois apportent des Indes orientales, & dont ils font le punch le plus estimé parmi eux, quoiqu'il ait communément une odeur de vernis assez désagréable pour ceux qui n'y sont point accoutumés ; cependant on prétend que ce rack ou arak est une eau-de-vie tirée du ris par une distillation qui vraisemblablement a été mal faite, à en juger par le goût d'empyreume ou de brûlé qu'on y trouve. On apporte pourtant quelquefois des Indes orientales une espece de rack plus pur & plus aromatisé, qui paroît avoir été fait avec plus de soin & qui peut-être a été rectifié ou distillé de nouveau comme l'esprit de vin. Une très-petite quantité de ce rack mêlé avec une grande quantité d'eau, fait un punch beaucoup plus agréable que celui que les Anglois nomment rack-punch ordinaire. Quoi qu'il en soit, les voyageurs semblent s'être beaucoup plus occupés de boire ces liqueurs dans le pays, que de nous les faire connoître.
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| RACKELSBURG | (Géog. mod.) petite ville d'Allemagne dans la basse Stirie, nommée par les anciens Raclitanum, & par les Vandales Radcony. Elle est sur la gauche du Muer, à 8 milles au-dessous de Gratz. Elle a été incendiée & rebâtie plusieurs fois ; Elle a pour sa défense un château sur une montagne ; les Turcs furent battus devant cette place l'an 1418. Long. 34. 30. latit. 46. 55. (D.J.)
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| RACL | ou GRATTOIR, s. f. (Marine) petit ferrement tranchant qui est emmanché de bois, & qui sert à ratisser les vaisseaux pour les tenir propres.
La racle double, est une racle à deux tranchans.
Grande racle, est celle qui sert à nettoyer les parties qui sont sous l'eau.
Et la petite racle, est celle qui sert à nettoyer les parties qui sont hors de l'eau. (Z)
RACLE, terme de riviere, est l'endroit d'une riviere, où le terrein pendant un certain espace a plus de profondeur.
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| RACLER | v. act. (Grammaire) ratisser quelque chose, en ôter les inégalités & le superflu. Les Parcheminiers & les Corroyeurs raclent, ceux-ci leurs cuirs, ceux-là les peaux dont ils fabriquent le parchemin & le vélin.
RACLER, en terme de Mesureurs de grains, signifie ôter avec la racloire ou radoire, ce qu'il y a de trop de grains sur les minots, boisseaux, & autres mesures lorsqu'elles ne doivent pas être données combles. Voyez MESURE & COMBLE ; on dit aussi rader. Voyez RADER, Dictionn. de comm.
RACLER, (Jardinage) se dit d'une allée où il n'y a point d'herbes, & où il ne faut que passer le racloir pour la nettoyer.
RACLER ou GRATTER, en terme d'Orfevre en grosserie, c'est polir avec le grattoir les parties creuses d'une piece d'orfevrerie, où la lime, de quelque espece qu'elle soit, ne peut être introduite. Voyez GRATTER & GRATTOIR.
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| RACLEUR | S. m. terme de Mesureur de grains, c'est une sorte de morceau de bois, qui est large d'environ trois doigts, avec un rebord, & qui sert à couper le blé quand on le mesure sur les ports de Paris.
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| RACLIA | (Géog. mod.) écueil de l'Archipel, à 3 milles de Skinosa, entre les îles de Naxie & de Nio, à environ 4 lieues de l'une & de l'autre. Cet écueil a une douzaine de milles de circuit. Les moines d'Amorgos qui habitent Raclia, y font nourrir huit ou neuf cent chevres ou brebis.
Il semble d'abord que le nom de Raclia soit tiré d'Héraclée ; mais outre que les géographes anciens n'ont fait mention d'aucune île de ce nom, il y a beaucoup d'apparence que celle dont il s'agit ici a été connue sous le nom de Nicasia, que Pline, Etienne le géographe, Suidas, & Eustathe, placent auprès de Naxos. (D.J.)
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| RACLIN | ou RACLINDE, (Géog. mod.) île de la mer d'Ecosse, au-delà du cap de Cantyr, du côté de l'est-sud-ouest, & à quatre milles seulement des côtes d'Irlande ; on la prend pour l'île Ricina de Pline. Voyez RICINA.
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| RACLOIR | S. m. terme de Serrurier, fer tortillé, gros comme le pouce ou environ, qui est attaché à de certaines portes, & accompagné d'un anneau de fer, avec lequel on touche le racloir, afin d'avertir les gens du logis, qu'ils aient à ouvrir la porte. (D.J.)
RACLOIR, (Relieure) les Relieurs-doreurs se servent de cet outil pour unir les tranches du livre & les gouttieres avant d'y mettre l'or, & pour en ôter la superficie de la marbrure. C'est un morceau de bon acier d'environ un pié de long, évidé dans sa longueur, & ayant au milieu une queue de fer emmanchée comme un marteau à un morceau de bois arrondi. Le racloir est arrondi pour ratisser les gouttieres ; de l'autre bout il est quarré pour les tranches de la tête & de la queue des volumes. On a de ces outils de différentes largeurs pour les volumes plus ou moins gros. Voyez Pl. de la Relieure.
RACLOIR, (Tonnelier) instrument avec lequel les Tonneliers nettoyent les douves des futailles en-dedans ; cet outil se nomme une essette. Voyez ESSETTE.
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| RACLOIRE | S. f. instrument destiné à racler la langue pour enlever une pituite limoneuse qui exude de ses glandes. Dans l'état de santé, la langue est chargée, sur-tout au réveil, d'une lymphe blanchâtre & mucilagineuse : c'est cette humeur qui se porte sur les dents, s'y attache, & produit ces incrustations tartareuses qui sont les causes éloignées de la carie. On prévient ces inconvéniens dans leur principe, en s'assujettissant à se bien racler & nettoyer la langue tous les matins, avant que de se rincer la bouche ; il faut aussi avoir la précaution d'ôter le limon dont les dents sont couvertes. Bien des personnes se servent d'une petite regle d'écaille, souple & flexible, longue de sept à huit pouces, & large d'environ trois lignes. On la tient par les deux bouts, qu'on approche l'un de l'autre à un pouce de distance ; le centre courbé en arc est porté dans la bouche & sert à racler la langue : en considérant sa forme à sa partie supérieure, on voit qu'elle a une dépression dans le milieu, & qu'elle est composée de deux corps musculeux qui font sur les côtés deux éminences, selon toute sa longueur. On s'est déterminé en conséquence de cette structure, à faire des racloires d'argent dont la lame est pour-ainsi-dire festonnée, suivant la concavité du milieu de la langue, & les deux convexités de ses parties latérales. Les extrêmités un peu plus fortes sont configurées en coeur, & servent à être maintenues entre le pouce & le doigt indicateur de chaque main.
Il y a des racloires faites en espece de rateau sans dents & qui ont une queue, qui leur sert de manche ; cet instrument s'appelle aussi gratte-langue. Le sieur de Lescluze, dans un traité qui a pour titre, nouveaux élémens d'odontologie, publiés en 1754, dit qu'il a remarqué qu'il est presque impossible de nettoyer exactement les dents à leur partie postérieure, & qu'il a imaginé un gratte-langue, dont la queue est à pinces courbes. Les branches de cette pince se serrent par un anneau, comme un porte-crayon ; on met une éponge entre ces branches, & par ce moyen on enleve aisément de dessus les surfaces de toutes les dents, le limon qui forme le tartre, si préjudiciable à leur durée & à celle des gencives. (Y)
RACLOIRE, (Artillerie) instrument de fer qui, dans l'artillerie, sert à nettoyer l'ame & la chambre du mortier. Voyez MORTIER, AME, & CHAMBRE. (Q)
RACLOIRE, (Outil de divers ouvriers) instrument avec lequel on racle. Les Chauderonniers ont des racloires pour gratter les ustensiles de cuivre qu'ils veulent étamer ; les Graveurs au burin, pour ratisser les faux traits de leur gravure ; les Tonneliers, pour nettoyer les douves par le dedans des futailles ; ceux des Graveurs & Chauderonniers se nomment plus proprement des grattoirs, & la racloire des Tonneliers est ce qu'on appelle essette. Savary. (D.J.)
RACLOIRE, terme d'Ebeniste, c'est un outil dont se servent les menuisiers de placage & de marqueterie ; il est partie d'acier & partie de bois : ce qui est d'acier est une espece de lame de trois à quatre pouces de longueur, & de deux ou trois de haut ; la partie de bois qui sert de poignée est de même longueur, arrondie par le haut, avec une rainure par le bas, dans laquelle la lame est engagée. (D.J.)
RACLOIRE, pour graver en mezatinta ou en maniere noire, est un outil d'acier plat & emmanché d'un manche de bois ; cet outil est aiguisé en biseau & diagonalement comme on le voit représenté dans nos Planches ; les graveurs en maniere noire s'en servent pour racler le grain du cuivre & le rendre uni. Voyez GRAVURE EN MANIERE NOIRE.
RACLOIRE, (Horlogerie) lame tranchante des deux côtés, portée par un manche. Les Horlogers & d'autres artistes se servent de cet outil pour racler les plaques & les platines, & pour en effacer promtement les traits de la lime. Voyez nos Planches de l'Horlogerie.
RACLOIRE, instrument de bois fait en forme de regle, qui sert à racler ou rader les mesures de grains quand elles sont trop pleines & qu'on ne veut pas les rendre comble. Voyez RACLER.
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| RACLURE | S. f. c'est la poussiere ou les parties détachées d'un corps avec la racloire ; on dit de la raclure de corne de cerf ; de la raclure de parchemin, &c.
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| RACOLEUR | S. m. (Grammaire) espece de coquin, dont le métier est d'engager des hommes d'adresse ou de force. Au milieu d'une campagne, il y a peu d'officiers qui se fassent un scrupule d'employer des racoleurs.
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| RACONI | (Géog. mod.) ou RACONIGI ; ville d'Italie dans le Piémont, entre Savillan & Turin, dans un pays charmant, sur les petites rivieres de Grana & de Macra. Il y a dans cette ville deux paroisses, onze couvens, dix d'hommes, un de filles, & environ sept mille habitans. Long. 25. 16. latit. 44. 35. (D.J.)
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| RACONTER | v. act. (Gramm.) c'est faire le récit d'un fait, sans ajouter ni retrancher aux circonstances ; sans cela le récit devient un mensonge. L'histoire du faux Arnauld est une fourberie si compliquée, qu'elle est devenue presque impossible à raconter. On raconte d'Alexandre qu'il fit traîner à un char celui qui commandoit dans Gaza, quoique cet homme brave ne fût coupable à ses yeux que de s'être bien défendu. Il faut rabattre la moitié, & quelquefois le tout, de la plûpart des choses merveilleuses qu'on entend raconter. Celui qui raconte sans cesse, fatigue ; il montre beaucoup de mémoire, & peu de jugement. Le talent de bien raconter est rare.
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| RACORNIR | SE, v. passif. (Gram.) c'est prendre la consistance & la couleur de la corne. Le feu racornit le parchemin, le cuir, la peau, le blanc d'oeuf, la viande.
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| RACOUR | S. m. (Manufact. en laine) c'est la quantité dont l'étoffe se raccourcit au moulin, à la teinture, & aux différens apprêts qu'on lui donne.
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| RACOVI | (Géog. mod.) ou ARACOVI ; village de Grece, dans la Livadie. George Wheler, voyage, tom. II. pag. 16. dit : Dans ce village composé de grecs & d'albanois, avec un soubachi ou vayvode turc qui les gouverne, il n'y a point de mosquée ; mais il y a plusieurs églises, dont la meilleure est panagia, ou l'église de la sainte Vierge : les autres sont dédiées à S. George, à S. Démétrius & à S. Nicolas, & quelques autres petites chapelles. Les femmes ajustent là de petites pieces de monnoie, qui leur pendent sur le cou & sur les épaules : elles en parent aussi leurs corps-de-jupes & leurs manches. Elles peignent leurs cheveux en arriere, qu'elles tressent fort joliment sur leur dos, & y pendent à l'extrêmité des boutons d'argent : le reste de leur habillement est une longue veste de drap blanc. Ce sont tous des bergers & des bergeres qui paissent leurs troupeaux sur les montagnes.
On trouve quelques fragmens d'antiquité dans une église ; on y voit quelques morceaux de colonnes de marbre, & des chapiteaux d'ordre corinthien, ce qui fait croire que Racovi est une place ancienne. M. Spon a jugé que c'étoit l'ancienne Amphrysus ; mais Wheler, voyage de Zante à Athènes, liv. I. pag. 58. n'est point de ce sentiment, qui, dit-il, ne s'accorde ni avec Strabon, ni avec Pausanias, qui placent Amphrysus fort loin de l'endroit où est Racovi. (D.J.)
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| RACOVIE | (Géog. mod.) ville ruinée de la petite Pologne, dans le palatinat de Sendomir. Elle est fameuse dans l'histoire par l'école & l'imprimerie que les Sociniens y ont eue, & elle étoit alors le siege de leur secte, qui s'est répandue dans tout le monde. Depuis qu'ils furent chassés de cette ville, en 1645, elle est devenue déserte.
Lubienietski (Stanislas), gentilhomme polonois, y prit naissance en 1623. Il est connu par son theatrum cometicum, & par quelques ouvrages dont on trouve les titres dans la bibliotheque des unitaires. Il étoit en grand commerce de lettres par toute l'Europe, & mourut empoisonné en 1675, à 52 ans.
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| RACQUITTER | v. act. & passif, (Gram.) c'est en général réparer une perte faite au-delà de ses fonds. Celui qui se racquitte au jeu, s'y étoit endetté par une perte qui alloit au-delà de son argent comptant. Il se prend au figuré ; on racquitte le tems perdu ; on se racquitte d'une défaite par une victoire, &c.
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| RADAINUS | S. m. (Hist. nat.) nom d'une pierre à qui l'on attribue des vertus fabuleuses. On dit qu'elle est noire & transparente ; qu'elle se trouve dans la tête d'un coq ou d'un chat de mer.
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| RADARIE | S. f. terme de relation, on nomme ainsi un droit qu'on paye en Perse au gouverneur de la province, sur toutes les marchandises, pour la sureté des grands chemins, particulierement dans les lieux dangereux, & où la rencontre des voleurs est ordinaire. Voyez RADARS. (D.J.)
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| RADARS | S. m. pl. (Hist. mod.) nom qu'on donne en Perse à des especes d'archers, ou gardes des grands chemins, postés en certains endroits, & particulierement aux passages des rivieres & des défilés, pour la sureté publique. Ils demandent aux voyageurs où ils vont, d'où il viennent, & courent au moindre bruit d'un vol, pour tâcher d'arrêter celui qui l'a commis. On est bientôt informé par leur moyen de ce qu'est devenu une personne qui a commis une mauvaise action. Quelques-uns de ces radars rodent dans les montagnes & dans les lieux écartés, & s'ils y trouvent quelqu'un, ils s'en saisissent sur le moindre soupçon, pour savoir pourquoi il suit des routes détournées. Leurs appointemens fort modiques d'ailleurs, sont composés par les petits présens qu'ils reçoivent des marchands & autres voyageurs, en leur remontrant la peine qu'ils ont de veiller à la sureté des chemins. Tavernier, de qui nous tirons ces détails, ajoute que la coutume est en Perse, lorsqu'un marchand a été volé, que le gouverneur de la province lui restitue ce qui lui a été pris, pour vû qu'il fasse serment en représentant son livre, ou faisant entendre quelques témoins ; & qu'ensuite c'est au gouverneur à faire la recherche du voleur. Tavernier, voyag. de Perse.
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| RADE | (Géog. mod.) mot françois qui signifie un espace de mer, à quelque distance de la côte, où les grands vaisseaux peuvent jetter l'ancre, & demeurer à l'abri de certains vents quand ils ne veulent pas prendre port. Ce mot vient d'un ancien nom gaulois radis, qui vouloit dire la même chose, & d'où l'on avoit formé le nom latin de l'île de Ré.
On appelle rade foraine, une rade où il est permis à toutes sortes de bâtimens de mouiller l'ancre, sans craindre le canon des forteresses qui commandent ces rades.
Bonne rade, est un lieu où le fond est net de roche, où la tenue est bonne, c'est-à-dire où le fond est bon pour tenir l'ancre, & où l'on est à l'abri du vent. On dit aussi bonne rade, à l'égard d'un tel vent, comme d'est & de sud ; c'est-à-dire que de ces vents la rade est bonne, & qu'on y est à l'abri. (D.J.)
RADE, s. f. (Marine) espace de mer, à quelque distance de la côte, qui est à l'abri de certains vents, & où l'on peut jetter l'ancre.
Les vaisseaux y mouillent même ordinairement, en attendant le vent ou la marée propre pour entrer dans le port, ou pour faire voile. Voyez l'ordonnance de la Marine de 1681, liv. IV. tit. 8.
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| RADEAU | (Fortification) c'est un assemblage de plusieurs pieces de bois qui forment ensemble un plancher, ou une espece de bateau plat, sur lequel on peut mettre des hommes & de petites pieces de canon, pour passer des rivieres, ou transporter des troupes dans des lieux peu éloignés. Voyez PONT. (Q)
RADEAU, terme de riviere, espece de train de bois ou à brûler, ou de charpente, ou de planches, que l'on fait venir à flot sur une riviere.
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| RADEGAST | (Idolat. germaniq.) idole des anciens Slaves. Quelques auteurs disent que Radagaise roi des Huns, qui se distingua dans la guerre du tems des empereurs Arcadius & Honorius, fut après sa mort révéré comme un dieu, sous le nom de Radegast ; mais la malheureuse issue de ses desseins n'étoit guere propre à persuader à des guerriers de l'adorer comme une divinité. Quoi qu'il en soit, il y avoit une statue de Radegast à Rhethra, dans le Mecklenbourg. L'empereur Othon I. en 960, fit briser cette statue, sans qu'aucun historien l'ait décrite ; mais dans les siecles postérieurs, chacun en a forgé des descriptions fabuleuses. Telle est celle de ceux qui nous représentent cette idole d'or massif, ayant sur la tête un casque de même métal, surmonté d'un aigle avec ses aîles déployées ; les Slaves ne savoient pas alors tant de choses. (D.J.)
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| RADELSTORFF | (Géog. mod.) ou Rittelsdorff ; petite ville d'Allemagne dans la Franconie, à 2 milles de la ville de Bamberg. Long. 28. 29. lat. 50. 1.
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| RADER | (Marine) c'est mettre à la rade.
On dit aussi dérader, lorsqu'un vaisseau étant mouillé dans une rade, un coup de vent le force de quitter la rade, de mettre au large. (Q)
RADER, v. act. (Commer.) en termes de Mesureurs de grains, signifie passer la radoire par-dessus les bords de la mesure, pour en ôter ce qu'il y a de trop, & la rendre juste. On dit aussi racler. Voyez RACLER. Diction. de com.
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| RADERIE | voyez RAAGDARIE.
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| RADEUR | S. m. (Com.) celui qui est chargé de la radoire, lorsqu'on mesure des grains, des graines ou du sel. Il y avoit autrefois des radeurs en titre d'office dans les greniers à sel.
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| RADIAL | LE, adj. en Anatomie, se dit des parties qui ont quelque relation avec le radius. Voyez RADIUS. L'artere radiale est une branche de la brachiale, qui serpente le long du radius. Elle jette d'abord un ou deux rameaux, qui se portent vers la partie inférieure du bras, & qu'on appelle à cause de cela, rameaux recurrens, qui s'anastomosent avec d'autres rameaux de la brachiale ; puis chemin faisant, elle en fournit aux différentes parties qui l'environnent, & gagne la partie supérieure de la main, au-dessus du pouce, où elle se divise en deux rameaux principaux, dont l'un entre dans la main, & s'anastomose avec la cubitale ; & l'autre tourne autour de la partie supérieure externe du pouce, & se porte en-dedans de la main pour s'anastomoser de nouveau avec la cubitale, & former une arcade de laquelle partent tous les rameaux qui viennent se distribuer aux doigts. Voyez BRACHIALE & CUBITALE.
Le muscle radial interne vient du condyle interne de l'humérus, & se termine à la partie supérieure de l'os du métacarpe, qui soutient le doigt indice.
Le radial externe est composé de deux muscles ; l'un vient de l'épine, qui se trouve au-dessus du condyle externe de l'humérus ; l'autre vient du condyle même, & ils se terminent, le premier, à l'os du métacarpe qui soutient le doigt indice, le second, à l'os du métacarpe qui soutient le doigt du milieu.
Le nerf radial naît de l'union des trois branches composées, dont la premier vient de la quatrieme & de la cinquieme paire cervicale ; la seconde, de la sixieme paire, & de la troisieme de la septieme paire cervicale, & de la premiere dorsale. Le tronc du nerf radial se tourne de devant en arriere, & fait un contour particulier autour de l'os du bras, & gagne le condyle externe de cet os, & se distribue tout le long au tégument qui couvre le rayon antérieurement & extérieurement à ceux qui couvrent les parties antérieures du poignet & la convexité de la main. Il se distribue aussi aux différens muscles qui sont situés dans ces parties, & communique avec un rameau du nerf musculo-cutané.
RADIAL, adj. (Géom.) courbes radiales ; est un nom que quelques auteurs donnent aux courbes, dont les ordonnées vont toutes se terminer en un point, & sont comme autant de rayons partant d'un même centre. C'est de-là que ces courbes ont tiré leur nom. Telle est la spirale dont les ordonnées partent toutes du centre du cercle qui la renferme. Telle est aussi la quadratrice de Dinostrate. Voyez SPIRALE, QUADRATRICE, voyez aussi ORDONNEE & COURBE. On trouve dans ce dernier article l'équation de certaines courbes algébriques, comme l'ellipse, entre des ordonnées partant d'un centre, & les angles correspondans. (O)
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| RADIATION | S. f. en termes de Physique, se dit de l'émission des rayons qui partent d'un corps lumineux comme centre. Voyez RAYON.
Tout corps visible est radiant, car tout corps ou point visible envoie des rayons à l'oeil, puisqu'il ne peut être vu que pour ces rayons. Il y a pourtant de la différence entre radiant & radieux, ce dernier mot se dit principalement des corps qui reçoivent leur lumiere d'eux-mêmes. Le soleil, une chandelle sont des corps radieux ; les planetes, & presque tous les corps subluminaires sont radians.
La surface d'un corps radiant peut être conçue comme consistant en point radieux. Voyez RADIEUX.
En effet, chaque point d'un corps lumineux envoie des rayons en tout sens ; & chaque point d'un corps non lumineux reçoit des rayons de tous côtés, & par conséquent en renvoie aussi de tous côtés. Car une infinité de rayons qui tombent sur le même point d'une surface droite ou courbe, sont renvoyés de maniere que l'angle d'incidence de chacun de ces rayons est égal à l'angle de réflexion. Voyez LUMIERE. (O)
RADIATION, (Jurisprud.) en terme de palais, signifie l'action de rayer quelque chose : on ordonne la radiation d'un article dans un compte ou dans une déclaration de dépens ; la radiation de l'écroue d'un homme qui a été mal emprisonné ; la radiation des termes injurieux qui sont contenus dans quelque écrit ou imprimé ; la radiation des titres ou qualités qui ont été donnés mal-à-propos à quelqu'un dans un acte ; la radiation d'une personne du rôle des tailles, de la matricule ou liste dans laquelle un officier est inscrit ; on ordonne aussi la radiation de son nom dans le tableau des interdits, lorsqu'on le rétablit dans ses fonctions. Voyez BIFFER, LIBELLE, INTERDICTION, SUPPRESSION, RATURE. (A)
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| RADICALES | LETTRES, (Grammaire) ce sont les lettres qui se trouvent dans le mot primitif, & qui se conservent dans le mot dérivé. (D.J.)
RADICALES, lettres, (Ecriture) se dit des lettres qui servent à former les autres.
Il y en a de deux sortes, les radicales des majuscules ou majeurs, & celles des mineurs. Voyez le volume des Planches, à la table de l'Ecriture. Voyez les Pl. qui contiennent les figures radicales.
RADICAL, adj. (Alg.) on appelle ainsi les quantités qui sont affectées du signe , & qui désigne la racine de quelque quantité : par exemple, a, b, sont des quantités radicales. Voyez RACINE, voyez aussi EXPOSANT.
RADICAL, VINAIGRE, (Chymie) voyez la fin de l'article VINAIGRE.
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| RADICATION | S. f. (Botan.) action par laquelle les plantes poussent leurs racines ; c'est une partie de la botanique, sur laquelle on n'a pas encore assez multiplié les observations & les expériences. (D.J.)
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| RADICOFANI | (Géog. mod.) ville d'Italie en Toscane, dans le Siennois, entre Sienne & Orviete, fondée, à ce qu'on croit, par Didier, roi des Lombards. Cette ville & le château sont la moitié du tems, ainsi que la montagne, enveloppés de nues. On y entend le tonnerre comme grondant sous les piés, ce qui fait juger qu'il y a quelques creux souterrains qui causent ce retentissement. Le terroir produit de bons vins, qu'on garde dans une grotte qui est taillée dans le roc. Long. 29. 30. lat. 42. 52.
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| RADICULE | S. f. (Botan.) c'est la partie inférieure du germe d'une graine qui commence à se développer sensiblement, & qui contient en raccourci la véritable racine. La partie supérieure qui renferme le reste de la plante, s'appelle plume.
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| RADIÉ | adj. en terme de Botanique, est une épithete qu'on donne à des fleurs rondes & planes, composées d'un disque & d'un simple rang de feuilles longuettes & pointues, disposées à l'entour en forme de rayons ou de rais. Voyez FLEUR.
Les fleurs radiées sont proprement celles qui ont plusieurs demi-fleurons rangés à l'entour du disque, ensorte qu'elles ressemblent à une étoile rayonnante ; telles sont la marguerite, la camomille, &c.
On les appelle aussi fleurs en disque radiées. Voyez DISQUE.
Radié, en terme de Blason, se dit des couronnes antiques, qu'on appelle couronnes radiées.
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| RADIER | S. m. (Hydraul.) c'est un parc de pilotis & de palplanches rempli de maçonnerie, pour élever & rendre solide une plateforme ou plancher garni de madriers & de planches, pour y établir un moulin, ou autre machine hydraulique. (K)
RADIER, terme de riviere ; c'est l'ouverture & l'espace entre les piles & les culées d'un pont, qu'on nomme autrement raies ou le bas radier.
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| RADIEUX | adj. (Optique) se dit du point d'un objet visible, d'où il part des rayons de lumiere. Voy. RAYON & LUMIERE, voyez aussi RADIATION.
Tout point radieux envoie une infinité de rayons ; mais il n'est visible que quand on peut tirer des lignes droites depuis ce point jusqu'à la prunelle ; car tout rayon visuel est une ligne droite.
Tous les rayons qui partent du même point sont divergens, mais il sont rassemblés & réunis par le crystallin, & par les autres humeurs de l'oeil, ensorte qu'ils se réunissent à un seul point au fond de l'oeil, ce qui rend la vision vive & distincte.
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| RADIOMETRE | S. m. voyez ARBALESTRILLE.
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| RADIS | S. m. raphanus, (Jardinage) est une plante qui s'éleve d'un pié ou deux avec des feuilles larges, découpées profondément, & semblables à celles de la rave. Ses fleurs ont quatre feuilles purpurines ; elles forment une croix, & se convertissent en fruits spongieux imitant une corne, & renfermant des semences rouges & âpres au goût. Sa racine que l'on mange, plus ronde que le navet, en a la figure, son goût est piquant & agréable.
Celui qui est appellé raphanus rusticanus, & cram par les Anglois, est une plante que Tournefort a mise entre les especes du cochlearia ; on en mange la racine.
RADIS, (Mat. méd.) cette racine n'est qu'une variété du raifort. Voyez RAIFORT.
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| RADIUS | S. m. terme d'Anatomie, est un os long & mince, qui accompagne le cubitus depuis le coude jusqu'au poignet. Voyez nos Pl. d'Anat. & leur explication.
Le rayon ne touche l'os du coude que par ses extrêmités, dont la supérieure, qui a la figure d'une petite tête arrondie, est reçue par ce dernier, qu'il reçoit à son tour, formant par cette double articulation, une espece de ginglyme imparfait. Voyez CUBITUS.
Son extrêmité supérieure, qui roule dans la petite cavité sigmoïde de l'os du coude, est couverte d'un cartilage, & a à son sommet une petite cavité ronde qui reçoit l'apophyse externe de l'humerus, au-dessous une tubérosité pour l'attache du biceps.
L'extrêmité intérieure des rayons est plus grosse que la supérieure, & a, outre la cavité sigmoïde latérale interne, deux autres cavités à son extrêmité, qui reçoivent les os du poignet ; & à la partie latérale externe, une petite apophyse nommée stiloïde.
Le rayon & l'os du coude sont un peu courbés, ce qui fait qu'ils ne se touchent que par leurs extrêmités. Ils sont tous deux attachés par un ligament membraneux très-fort. Voyez BRAS.
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| RADMANSDORF | (Géog. mod.) petite ville d'Allemagne, dans la haute Carniole, près de la Save, non loin de sa source. Lazius veut que ce soit l'ancienne Quadrata ; cependant il dit ailleurs que c'est Gurckfeld.
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| RADNOR | (Géog. mod.) ville d'Angleterre, au pays de Galles, capitale du Radnorshire, à 120 milles au nord-ouest de Londres.
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| RADNOR-SHIRE | (Géog. mod.) province d'Angleterre, au pays de Galles, dans le diocèse de Héréford ; elle est regardée comme une des plus stériles provinces du comté de Galles ; on lui donne 90 milles de circuit, qui renferment environ trois cent dix mille arpens ; elle a trois bourgs avec droit de marché, & pour ville Radnor.
Lucas (Richard), savant théologien, naquit dans cette comté en 1648 ; il a fait en anglois un traité de la félicité, des sermons, & la pratique des vertus chrétiennes, dont on a des traductions en françois. Il mourut en 1715, après avoir perdu la vue longtems auparavant. (D.J.)
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| RADOIRE | S. f. ou RACLOIRE, (Mesure de grains) instrument de bois plat en maniere de regle, d'environ deux piés de long, dont les côtés, l'un quarré, & l'autre rond, s'appelle rives. Les jurés-mesureurs de grains s'en servent pour rader ou racler les mesures par-dessus le bord quand elles sont pleines, afin de les rendre justes & sans comble ; ce qui s'appelle mesurer ras. Les grains, la farine, les graines, &c. se radent ou se raclent du côté de la rive quarrée, & l'avoine par le côté de la rive ronde, à cause que ce grain est long & difficile à rader autrement ; les mesureurs de sel se servent aussi de radoires. (D.J.)
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| RADOM | (Géog. mod.) petite ville de la petite Pologne, dans le palatinat de Sendomir, chef-lieu d'un territoire de même nom, près de la Vistule, à 22 lieues au midi de Varsovie : elle fut prise en 1656 par les Suédois, & elle ne s'est pas rétablie depuis. Quelques-uns prétendent que c'est le Carrodunum de Ptolémée, liv. II. ch. xj. mais la plûpart des modernes disent que Carrodunum est Cracovie ; le plus sûr est de ne rien décider. Long. 39. 12. latit. 51. 16. (D.J.)
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| RADOUB | S. m. (Marine) c'est le travail qu'on fait pour réparer quelque dommage qu'a reçu le corps du vaisseau. Les matieres dont on se sert, sont des planches, des plaques de plomb, des étoupes, du bray, du goudron, & en général tout ce qui peut arrêter les voies d'eau. (Q)
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| RADOUBER | v. act. (Marine) c'est donner le radoub. Voyez RADOUB. On dit raccommoder, lorsqu'il s'agit de réparer les manoeuvres.
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| RADOUCIR | v. act. (Gram.) rendre plus doux. La fonte réiterée radoucit les métaux ; la pluie radoucit l'air ; on radoucit l'humeur par des égards ; cet homme si sévere, se radoucit bien-tôt auprès d'une jolie femme.
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| RADSHEER | S. m. (Hist. nat.) c'est le nom que les navigateurs hollandois ont donné à un oiseau qui se trouve à Spitzberg. Ce mot signifie conseiller ; il lui a été appliqué à cause de la gravité de son port ; il a le bec aigu, étroit & mince ; aux piés il n'a que trois ongles qui sont joints par une peau noire ; il n'en a point derriere les piés ; ses jambes sont noires ainsi que ses yeux ; le reste du corps est d'une blancheur éblouissante ; sa queue est longue & très-garnie, & forme une espece d'éventail ; il se nourrit de poisson sans être un oiseau aquatique ; il mange aussi la fiente des vaches marines.
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| RADSTADT | (Géog. mod.) ville d'Allemagne, dans l'archevÊChé de Saltzbourg, sur l'Ens. Il ne faut pas la confondre avec Rastat, bourg de Souabe, où se fit le traité de paix de 1714, entre l'empereur & le roi de France. Long. 31. 3. latit. 47. 14.
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| RAETIARIA | (Géog. anc.) ville de la haute Mysie, selon Ptolémée, l. III. c. ix. L'itinéraire d'Antonin, qui écrit Ratiaria, marque cette ville sur la route de Viminacium à Nicomédie : le nom moderne est Ressana, selon Lazius. (D.J.)
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| RAFFAISSER SE | v. p. c'est s'affaisser derechef, ou perdre de son volume, ou de sa hauteur. On dit ce mur s'est raffaissé ; cette meule de foin s'est raffaissée.
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| RAFFALES | ou RAFFALS, s. m. (Marine) ce sont de certaines bouffées de vent, qui choquent les voiles avec tant de force, que si l'on ne baisse avec diligence les huniers, & qu'on ne largue point promtement les écoutes, on est en danger de démâter ou de sombrer sous voiles.
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| RAFFERMIR | v. act. (Gramm.) c'est rendre ou plus solide, ou plus stable, ou plus compacte. On raffermit un mur par des étaies ; la pâte se raffermit en se séchant ; il se prend au simple & au figuré ; on se raffermit dans ses idées, on raffermit des troupes ébranlées ; on raffermit la santé par le régime.
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| RAFFES | S. f. plur. (Mégisserie) ce sont les rognures des peaux que les Tanneurs & Mégissiers ont préparées, ou que les divers ouvriers qui travaillent en cuir ont débitées. (D.J.)
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| RAFFINAGE | RAFFINERIE, RAFFINER ; tous ces termes sont relatifs à la purification d'un grand nombre de substances, telles que les métaux, les sucres, les sels, le camphre, le borax, &c. Le mot raffinage est relatif à la main d'oeuvre, c'est l'art ; le mot raffinerie, aux bâtimens, c'est l'usine ; le verbe raffiner à l'action. Voyez les articles suivans.
RAFFINAGE, s. m. (Métallurgie) c'est une opération par laquelle on cherche à dégager le cuivre noir des substances métalliques étrangeres qui nuisent à sa pureté & à sa ductilité, & qui l'empÊChent de paroître sous la couleur rouge qui lui est propre.
Le raffinage de cuivre passe pour une des opérations les plus difficiles de l'art de la Fonderie ; elle demande beaucoup d'expérience & d'habileté, & varie en raison de la différente nature des mines qui ont fourni le cuivre sur lequel on doit opérer. Dans cette opération on se propose d'achever de purifier le cuivre de substances qui sont très-étroitement combinées avec lui ; il faut pour cela le réduire dans une fusion bien liquide & bien parfaite, afin que les matieres qui lui sont étrangeres se mettent en scories. On ne peut produire ces effets sans un degré de feu très-violent ; & d'un autre côté il faut avoir attention que le cuivre ne soit trop raffiné ; ce qui seroit un inconvénient, & nuiroit à la beauté de sa couleur, joint à ce que l'action du feu convertiroit une portion du cuivre en chaux.
Le fourneau de raffinage varie pour les dimensions ; c'est communément un quarré de mâçonnerie, qui s'éleve à environ deux piés au-dessus du sol ; il a six piés de largeur & quatre piés de profondeur ; il est entouré de murs par trois côtés, qui se terminent en un arc surmonté de la cheminée. Au milieu du fourneau contre le mur qui le ferme par-derriere, on forme un vuide quarré dont le fond est une voûte de mâçonnerie qui porte sur le sol, & qui est destiné à servir d'évent, c'est-à-dire à donner passage à l'humidité que le feu pourroit faire sortir du terrein.
Quand le fourneau est ainsi préparé, on couvre le quarré dont nous avons parlé, avec une brasque composée de charbon pilé, de terre grasse, & de pierres, qui résistent au feu pulvérisées & tamisées. On mêle bien ces matieres ; on les humecte avec de l'eau, & l'on en couvre le fourneau. On bat fortement cette brasque avec des palettes de bois, jusqu'à ce qu'elle soit devenue dure & compacte comme une pierre. Lorsque le vuide dont on a parlé, est entierement rempli de cette brasque rendue compacte, & est au niveau de la surface du fourneau, on y forme une cavité ou casse de la forme d'un cône renversé, qui soit propre à contenir deux quintaux de cuivre ; on la rend bien unie & on la saupoudre avec de la pierre pulvérisée. Pour sécher cette casse on y met des charbons ardens, & lorsqu'elle est parfaitement séchée au point d'avoir été rougie, on la remplit de charbon, sur lequel on jette le cuivre noir qui doit être raffiné ; en se fondant, il va couler dans la casse au-travers des charbons. Pour cet effet, on fait aller le vent des soufflets, dont la tuyere doit être au niveau de la casse, & relevée par derriere, afin de porter sur le métal fondu ; mais on ne donne grand feu que lorsque le cuivre est parfaitement fondu. C'est de la disposition de la tuyere que dépend la perfection de cette opération ; le vent en donnant sur le métal fondu, facilite la formation des scories. A mesure qu'il s'en forme, on a soin d'écarter les charbons pour détacher les scories avec un outil de fer, & on les enleve promtement ; après quoi on recommence à faire aller les soufflets, & l'on remet de nouveau cuivre afin que la casse demeure toujours pleine. Lorsque le cuivre ne donne plus de fumée, ce qui vient du plomb avec lequel il s'est uni dans la liquation, ou lorsqu'il ne donne plus que peu ou point de scories, un ouvrier passe derriere le fourneau, & par l'ouverture de la tuyere il trempe dans le métal fondu une baguette de fer dont le bout est d'acier poli, dont il a eu soin de bien chauffer l'extrêmité ; il la retire sur le champ, & la trempe dans de l'eau ; si le cuivre qui est resté attaché à cette baguette ou verge s'en détache facilement, c'est un signe qu'il a été bien purifié ; s'il se détache avec peine, c'est un signe qu'il n'est point encore parfaitement pur, & il faut continuer l'opération jusqu'à ce que l'essai de cuivre se détache aisément de la verge de fer, & qu'il soit d'un beau rouge mêlé de jaune & semblable au laiton. Alors on cesse de souffler, on écarte les charbons, pour découvrir le métal fondu, & l'on attend que le cuivre commence à se figer ; pour lors on trempe un balai de bouleau dans de l'eau froide, & l'on en arrose le cuivre fondu ; par ce moyen le cuivre se partage en un gâteau que l'on appelle pain de raffinage, que l'on enleve avec des tenailles & que l'on jette de biais tout rouge dans de l'eau. On continue la même opération jusqu'à ce que le cuivre fondu qui étoit dans la casse soit entierement vuidé ; & à mesure qu'elle se vuide, les pains ou gâteaux deviennent d'un diametre plus petit ; ce qui vient de la forme conique de la casse. Le cuivre qui a été obtenu dans cette opération s'appelle rosette, ou cuivre de rosette. Voyez ROSETTE.
Lorsque le raffinage a été bien fait, ces gâteaux ou pains sont par-dessous d'un beau rouge vif, & les plaques sont minces par le milieu, & plus épaisses à la circonférence, & intérieurement dans la fracture, elles sont d'un beau rouge de cuivre.
Dans quelques raffinages le cuivre en se raffinant donne une grande quantité de petits globules de cuivre très-petits & semblables à de la graine ; c'est ce qu'on nomme cendrée de cuivre ; ces grains sont produits par le bouillonnement du cuivre dans la casse.
En Suede le raffinage du cuivre se fait dans des casses beaucoup plus grandes que celle que nous avons décrite ; elles contiennent quelquefois jusqu'à 21 quintaux de cuivre ; sur quoi l'on observera que le cuivre qui vient de Suede & de Hongrie passe pour le meilleur de l'Europe ; ce qui vient non-seulement du soin que l'on prend à le raffiner ; mais sur-tout parce qu'au sortir du raffinage, on donne encore une nouvelle fonte à ces cuivres pour les mettre en culot ; ce qui contribue à les purifier davantage ; après quoi on les bat sous de gros marteaux.
Dans le Hartz on fait le raffinage du cuivre avec un feu de bois, usage qui, suivant Schlutter, s'y est introduit en 1732, parce qu'on y raffine du cuivre noir qui est joint avec une portion de plomb ou de litharge.
A Gruenthal en Saxe, le raffinage du cuivre se fait dans un fourneau de réverbere, que l'on chauffe avec du bois. On y raffine quelquefois jusqu'à quarante quintaux de cuivre à-la-fois ; ce qui est plus avantageux que de le raffiner par petites portions. Voyez le traité de la fonte des mines de Schlutter.
RAFFINAGE, s. m. (Sucrerie, Saline) on le dit des métaux, du sucre & du sel ; de celui-ci, quand à force de le faire bouillir, on le fait devenir blanc ; de celui-là, lorsque le clarifiant à plusieurs fois, & en le faisant cuire à diverses reprises, on lui donne certain degré de blancheur, & assez de solidité pour le mettre dans des moules, & le dresser en pains ; on le dit des métaux, en leur donnant plusieurs fusions.
Il n'y a guere de villes en Europe où il y ait plus de raffineries de toutes sortes qu'à Amsterdam ; il y en a jusqu'à soixante, seulement pour le sucre, & à proportion encore davantage pour le camphre, le vermillon, le soufre, l'azur, le sel, le borax, le brai & la résine. (D.J.)
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| RAFFINEMENT | S. m. (Gram.) c'est la manie de s'écarter de la simplicité dans la conduite avec les autres, qu'on se propose de tromper, sans qu'ils s'en apperçoivent ; ou dans la maniere de penser, de parler & d'écrire, afin de surprendre, de paroître neuf, subtil, ingénieux, délicat. Le raffinement dans les actions est tout voisin de la fausseté ; il n'y a point de raffinement dans l'expression ou dans les idées, qui ne marque de la puérilité, & qui ne vise au galimathias. Fuyons le raffinement, même dans la religion & dans la probité.
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| RAFFINER | voyez l'article RAFFINAGE.
RAFFINER, en terme de Raffineur de sucre, est l'action de purifier & de pétrifier le sucre qui vient des Indes en sable, fort sale & pêle-mêle, sans distinction de qualité. La premiere des opérations du raffinage est donc de trier le sucre pour ne mêler ensemble que les especes qui se conviennent. Quand ce triage est fait, on débarrasse les matieres de leurs excrémens ou écumes par l'ébullition. Voyez CLARIFIER. On les fait cuire. Voyez CUIRE ou CUITE. On les transporte dans des rafraîchissoirs. Voyez RAFRAICHISSOIRS. Quand on a une certaine quantité de sucre cuit, on mouve bien dans le rafraîchissoir, afin de mêler les cuites ensemble. On met cette matiere cuite de hauteur dans des formes plantées dans l'empli, voyez METTRE DE HAUTEUR, PLANTER FORMES & EMPLI, on les emplit (voyez EMPLIR,) on les opale, on les mouve, on les monte, on les met sur le pot, on les change, on les plante, on les couvre, on les rafraîchit, on les estrique, on les loche, on les plamote, on les recouvre, s'il le faut encore, on les change, on les étuve, & pour derniere opération, on les habille. Voyez tous ces termes à leurs articles.
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| RAFLE DE DES | (Analyse des hazards) c'est un coup où les dés jettés viennent tous sur le même point. Si vous voulez savoir le parti de celui qui voudroit entreprendre d'amener en un coup avec deux ou plusieurs dés, une rafle déterminée, par exemple terne, vous considérerez que s'il l'entreprenoit avec deux dés, il n'auroit qu'un hazard pour gagner, & 35 pour perdre, parce que deux dés peuvent se combiner en 36 façons différentes ; c'est-à-dire, que leurs faces qui sont au nombre de six, peuvent avoir 36 assietes différentes, comme vous le voyez dans cette table,
ce nombre 36 étant le quarré du nombre 6 des faces de deux dés. S'il y avoit 3 dés, au lieu de 36 quarrés de 6, on auroit le 216 pour le nombre des combinaisons entre 3 dés ; s'il y avoit 4 dés, on auroit le quarré 1296 du même nombre 6, pour le nombre des combinaisons entre 4 dés, & ainsi de suite.
Il suit de-là qu'on ne doit mettre que 1 contre 35, pour faire une rafle déterminée avec deux dés en un coup. On connoîtra par un semblable raisonnement, qu'on ne doit mettre que 3 contre 213, pour faire une rafle déterminée avec trois dés en un coup, & 6 contre 1290, ou 1 contre 215 avec quatre dés, & ainsi de suite, parce que des 216 hazards qui se trouvent en trois dés, il y en a 3 pour celui qui tient le dé, puisque 3 choses se peuvent combiner 2 à 2, en trois façons, & par conséquent 213 contraires à celui qui tient le dé : & que des 1296 hazards qui se trouvent entre quatre dés, il y en a 6 qui sont favorables à celui qui tient le dé, puisque quatre choses se combinent deux à deux en six façons, & par conséquent 1290 contraires à celui qui tient le dé.
Mais si vous voulez savoir le parti de celui qui entreprendroit de faire une rafle quelconque du premier coup avec deux ou plusieurs dés, il ne sera pas difficile de connoître qu'il doit mettre 6 contre 30, ou un contre 5 avec deux dés, parce que, si des 36 hazards qui se trouvent entre deux dés, on ôte six hazards qui peuvent produire une rafle, il reste 30. On connoîtra aussi très-aisément qu'avec trois dès, il peut mettre 18 contre 198, ou 1 contre 11, parce que si des 216 hazards qui se rencontrent entre trois dez, on ôte 18 hazards qui peuvent produire une rafle, il reste 198, &c. (D.J.)
RAFLE, (Oecon. rustiq.) est le petit rameau tendre de la vigne où étoient attachés les grains de raisin ; on s'en sert à faire du vinaigre ; elle fait tourner le vin & le rend sur ; mais il faut pour cela la mettre en lieu où elle puisse devenir sure elle-même, avant que de la jetter dans le vinaigre, & pour cet effet, à présent, dès que la vendange est faite, on enferme les rafles dans des barrils, de peur qu'elles n'ayent de l'air, parce que, si elles en avoient, elles s'échaufferoient & se gâteroient. On n'a pas jusqu'à présent trouvé d'autre moyen de les conserver que de remplir le vaisseau où on les a enfermées, de vin ou de vinaigre.
RAFLE, s. f. (terme d'Oiselier & de PÊCheur) sorte de filet triple ou contremaillé, pour prendre de petits oiseaux & des poissons.
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| RAFLEUX | en terme de Raffinerie, il se dit d'un sucre qui a été mouvé trop froid, & a contracté pour cette raison des inégalités qui se remarquent sur sa surface. Voyez MOUVER.
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| RAFRAîCHIR | v. act. (Gram.) ce verbe a quelques acceptions très-diverses. Rafraîchir, c'est communément rendre frais, diminuer la chaleur. L'orgeat rafraîchit. La pluie rafraîchit l'air. La glace rafraîchit le vin. Rafraîchir, c'est échanger, réparer, raccommoder, ravitailler ; on rafraîchit une place de munitions & de soldats ; on se rafraîchit ou l'on reprend des forces, on rafraîchit un mur, un habit, un tableau ; on rafraîchit ses cheveux, en les faisant couper légerement par la pointe ; dans le même sens on rafraîchit des arbres, des bois, un chapeau, un manteau. On se rafraîchit la mémoire, l'imagination, &c.
RAFRAICHIR, (Marine) ce terme a plusieurs significations. On dit rafraîchir le canon, lorsqu'on met du vinaigre & de l'eau dans la volée, lorsqu'il a tiré environ sept coups ; rafraîchir la fourrure, quand on fait changer de place à la fourrure qu'on met tout-autour d'un cable ; & que le vent se rafraîchit, lorsqu'il devient plus fort.
RAFRAICHIR, (Métallurgie) c'est ainsi qu'on nomme dans les fonderies une opération qui consiste à joindre du plomb, de la litharge ou quelqu'autre substance qui contienne du plomb, avec une mine ou un métal, afin que ce plomb se charge de l'argent qui y est contenu. Voyez l'article LIQUATION.
RAFRAICHIR LE GRAIN, (Brasserie) c'est lui donner de l'eau nouvelle, lorsqu'il est à moitié trempé.
RAFRAICHIR, terme de Chapelier, on rafraichit les chapeaux en en rognant les bords, & les lustrant avec de l'eau.
RAFRAICHIR, v. act. terme de Jardinier, ce mot se dit des racines des arbres, & signifie couper un peu de l'extrêmité d'une racine, pour ôter ce qui pouvoit s'être séché ou rompu. (D.J.)
RAFRAICHIR, en terme de Raffineur de sucre, c'est mettre la seconde terre desséchée & une autre terre presque en eau, après que l'autre a été estriquée (Voyez ESTRIQUER), afin d'achever de faire tomber le syrop que les deux premieres esquives n'ont pu chasser.
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| RAFRAICHISSANT | (Thérapeutique) remede rafraîchissant. On donne premierement ce nom à des médicamens destinés à l'usage intérieur, qu'on croit capables de remédier à un état contre nature, assez mal défini par une prétendue augmentation de chaleur naturelle : ce qui fait que cette qualité de rafraîchissant n'est souvent prise que dans un sens figuré ; car la plûpart des remedes intérieurs auxquels on donne ce titre, sont bien capables de calmer la plûpart des symptômes, de l'état appellé échauffement, & même de remédier entierement à cette incommodité (Voyez l'article ÉCHAUFFANT & ÉCHAUFFEMENT) ; mais ils ne sont point capables de diminuer la chaleur naturelle, ou de ramener à l'état naturel la chaleur excessive contre nature, du moins par un effet direct & immédiat.
Les remedes rafraîchissans internes sont premierement les boissons actuellement froides, comme l'eau à la glace, & les liqueurs glacées ou les glaces. Voyez GLACES, Médecine.
2°. Les liqueurs aqueuses acidules, telles que sont les sucs acides des végétaux étendus de beaucoup d'eau, par exemple, la limonade (voyez LIMONADE), l'oxicrat (voyez OXICRAT & VINAIGRE) & enfin les liqueurs aqueuses chargées jusqu'à agréable acidité de quelque acide minéral. Voyez ACIDE sous le mot SEL.
3°. Tous les remedes appellés délayans. Voyez DELAYANS.
4°. Enfin les esprits ardens fermentés très-affoiblis, en les noyant d'une grande quantité d'eau ; ainsi un filet d'eau-de-vie dans un grand verre d'eau fournit un mêlange vraiment rafraîchissant. C'est à cette classe qu'il faut rapporter la petite biere, qui prise en petite quantité est véritablement rafraîchissante.
Il y a aussi des rafraîchissans extérieurs : & ceux-ci le sont à la rigueur, ou à la lettre ; car ils diminuent réellement le degré de chaleur animale. Voyez l'article suivant.
Les rafraîchissans sont employés contre les incommodités, & dans le traitement des maladies proprement dites ; il est traité assez au long de leur emploi au premier égard dans les articles CHALEUR ANIMALE CONTRE NATURE, ECHAUFFANT, & ECHAUFFEMENT.
Quant au second usage des rafraîchissans, savoir, leur emploi dans le traitement des maladies aiguës, on doit le considérer sous deux points de vue, ou comme fournissant le fond, la ressource principale d'une méthode curative générale, telle, par exemple, que celle que professa Hecquet, & qui regne encore assez communément en France. L'usage des rafraîchissans est encore jugé à cet égard dans l'article CHALEUR ANIMALE CONTRE NATURE, pag. 36, col. 2, & pag. 37. col. 1.
L'autre usage des rafraîchissans dans le traitement des maladies aiguës, est de remédier par leur moyen à quelques symptomes graves de ces maladies, savoir, la chaleur véritablement excessive, & portée à un degré dangereux (voyez CHALEUR CONTRE NATURE), mais principalement les sueurs symptomatiques excessives, & qui jettent le malade dans un véritable état d'épuisement.
On a recours dans ces derniers cas aux rafraîchissans extérieurs qui sont les plus directs & les plus efficaces, & même aux plus énergiques d'entr'eux : on découvre un malade, on l'évente dans son lit, on l'arrose d'eau à la glace, & même on le couvre de neige ou de glace. Ces secours, quoiqu'on les employe rarement, sont pourtant le plus souvent suivis des plus heureux succès.
Le plus efficace des rafraîchissans destinés à l'usage intérieur sont les liqueurs acidules qui sont indiquées aussi contre les symptomes des maladies aiguës dont nous venons de parler ; & il est souvent utile, quoique cela soit rarement pratiqué, de donner ces liqueurs rafraîchies, & même à la glace.
Les liqueurs aqueuses actuellement froides, sont aussi comme telles, c'est-à-dire par leur froideur, des remedes qu'on employe utilement dans le même cas.
Tous les autres rafraîchissans, dont nous avons fait mention au commencement de cet article, méritent à peine ce nom, & ne produisent absolument que l'effet délayant. Voyez DELAYANT. (b)
RAFRAICHISSANS, terme de Chirurgie concernant la matiere médicale externe. Ce sont des médicamens qui ont la vertu de tempérer & de calmer la chaleur extraordinaire qu'on sent dans une partie ; telles sont les lotions faites avec les sucs de laitue, de pourpier, de grande & de petite joubarbe, l'eau de plantain, de mouron, de fleur de lis blancs, de nénuphar, de morelle, le petit-lait, l'eau de frai de grenouilles, &c. l'onguent blanc, l'onguent de céruse, le nutritum fait avec la litharge, l'huile & le vinaigre ; le cérat rafraîchissant de Galien, camphré ou non camphré, l'emplâtre de saturne, & différentes préparations de plomb ; le sel de saturne, les trochisques blancs de rhasis, &c.
Ces remedes agissent sur les solides & sur les fluides, en resserrant les premiers, ou en les disposant à se contracter, & en diminuant le mouvement intestin des liqueurs. On met les rafraîchissans au nombre des repercussifs, & ils en font effectivement une classe. Ils seront donc nuisibles lorsqu'il y aura à craindre de repercuter, même modérément ; mais l'application de ce remede sera très-utile quand on devra borner la force expansive des liqueurs & la végétation concomitante des solides : ce qu'on observe principalement dans les cancers ulcérés. C'est pourquoi les rafraîchissans en diminuant le mouvement du sang qui afflue sur la partie, & en réprimant l'expansion & l'orgasme des humeurs qui y sont en stagnation, & les repoussant légerement par la contraction ou le resserrement qu'elles occasionnent aux solides, la douleur, la chaleur & l'inflammation de la partie diminuent.
Ambroise Paré recommande l'usage de l'huile d'oeufs agitée long-tems dans un mortier de plomb, jusqu'à ce qu'elle soit épaissie & devenue noire : on y ajoûte un peu de camphre & de poudre d'écrevisse brûlée ; ce liniment calme la douleur des cancers. Le sucre de saturne dans de l'eau de plantain, est un très-bon remede, ainsi que les sucs de morelle ou de semper vivum battus long-tems dans un mortier de plomb avec un pilon de même métal, &c. Voyez RAFRAICHISSEMENT. (Y)
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| RAFRAICHISSEMENT | S. m. l'action de rafraîchir, de rendre frais. Tout le monde sait que le corps humain est affecté des changemens qui arrivent dans l'air par le chaud & par le froid : un certain degré de chaleur pas assez fort pour dessécher ou détruire les solides, allonge & relâche les fibres ; de-là l'abattement & la foiblesse qu'on sent dans les jours chauds. L'effet de ce relâchement des fibres, & l'expansion des fluides par la chaleur, sont évidens à la vûe & au toucher ; car les parties extérieures du corps sont plus gonflées en tems chaud qu'en tems froid. Ces considérations, qui établissent une cause de la gangrene qui survient si fréquemment aux plaies pendant les grandes chaleurs, nous indiquent les moyens de la prévenir par des secours fort simples. Une infinité d'accidens procedent de ce qu'on tient la chambre d'un homme attaqué de fievre, trop chaude ; car on l'expose par-là aux mauvais effets des vapeurs animales qui détruisent l'élasticité de l'air, & on le prive de l'avantage de la refrigération par l'air frais, dont on sait par expérience que les malades recherchent avidement la jouissance, jusque là même qu'ils sortent du lit pour se procurer du frais. Le rafraîchissement de la place qu'occupe un membre fracturé, prévient les prurits & les démangeaisons érésipellateuses que la chaleur occasionne. Nous en avons parlé au mot FLABELLATION.
Le renouvellement de l'air dans la chambre d'un malade, en donnant à ce fluide une libre entrée par l'ouverture des portes, des rideaux du lit, & même en quelque cas par l'ouverture des fenêtres, ou le faisant entrer par des tuyaux ; en un mot la juste distribution de l'air en général devroit faire, selon le docteur Arbuthnot, une des principales branches du régime dans les maladies inflammatoires. Les soins trop scrupuleux des gardes ignorantes à cet égard, augmentent, dit-il, allongent & rendent souvent la maladie fatale ; cette erreur est encore plus dangereuse dans les personnes robustes, & dont les solides sont d'un tissu serré, que dans ceux dont l'habitude est lâche ; les corps retenant la chaleur à raison de leur densité. (Y)
RAFRAICHISSEMENT, (Marine) nom général ou collectif qu'on donne à toutes sortes de vivres agréables ou nécessaires, comme du pain frais, de la viande fraîche, des herbes, du fruit, &c. & pour les matelots, du tabac, de l'ail & de l'eau-de-vie.
RAFRAICHISSEMENT, quartiers de rafraîchissement, voyez QUARTIER.
RAFRAICHISSEMENT des liqueurs, voyez REFROIDISSEMENT.
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| RAFRAICHISSOIR | S. m. terme de Raffineur, est un grand vase de cuivre rouge composé de plusieurs pieces assemblées, où l'on rassemble plusieurs cuites pour emplir un nombre de formes proportionné à celui des ouvriers, qui ne pourroient ni emplir, ni opaler, ni mouver au tems nécessaire, si le nombre surpassoit leurs forces. Voyez ces mots à leurs articles. On y coule doucement la matiere de la seconde cuite, pour ne point rompre la croûte que la premiere a formée.
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| RAFUTER | RAFUTER
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| RAGAE | (Géog. anc.) ville de Médie, située dans les montagnes qui séparent ce pays de celui des Parthes. Il en est parlé dans Tobie, ch. v. vers. 8, ch. vj. vers. 5. Strabon, liv. II. p. 524, parle aussi de cette ville, mais il écrit Rageia. Il dit que Nicator en fut le fondateur, qu'il l'appella Europus, que les Parthes la nommoient Arsacia, & qu'elle étoit à 500 stades des portes Caspiennes, du côté du midi. (D.J.)
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| RAGBIL | (Géograph. mod.) nom d'une ville du royaume de Ganah, dans le pays des Negres, sur le bord d'un lac que les gens du pays appellent Bahe-Alhalou, mer douce, à cause que ses eaux ne sont pas salées comme celles des autres lacs de ce pays-là, qui sont presque tous salés ou saumaches. D'Herbelot, bibl. orient. (D.J.)
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| RAGE | S. f. (Maladie) voyez l'article HYDROPHOBIE. On en distingue de sept sortes pour les chiens.
1°. La rage mue : le chien qui en est attaqué, ne veut point manger, ouvrant toujours la gueule comme s'il avoit quelque embarras dans le gosier, qu'il tâche d'ôter avec sa patte ; il cherche les endroits frais, & se jette dans l'eau quand il en trouve.
Remede. Prenez de la racine de passe-rage, du jus de rhue, & du jus d'hellebore noir, de chacun le poids de quatre écus : mettez le tout dans un pot de terre verni, où vous le laisserez pendant quelque tems ; & après l'avoir passé dans un linge, mettez la liqueur dans un verre avec du vin blanc : ajoutez-y deux dragmes de scamonée non préparée : faites avaler ce remede au chien en lui tenant la gueule en-haut ; saignez-le aussi-tôt à la gueule, laissez-le reposer, & votre chien guérira.
2°. Rage tombante. Le chien qui en est attaqué ne peut se soutenir, & tombe à chaque instant à terre.
Remede. Prenez des feuilles ou de la graine de beone, de jus de croisette, du jus de racine du parc, de chacun le poids de quatre écus ; & quatre dragmes de staphisaigre : mêlez le tout ensemble, & faites avaler cette mixtion au chien, après quoi il faut lui fendre les deux oreilles, ou bien le saigner aux erres.
3°. Rage endormie. Le chien attaqué de cette maladie se tient toujours couché, & veut toujours dormir.
Remede. Prenez le poids de six écus de jus d'absinthe, le poids de deux écus de poudre d'aloës, le poids de deux écus de corne de cerf brûlée, deux dragmes d'agaric, & le poids de six écus de vin blanc : mêlez le tout ensemble, & le faites avaler au chien.
4°. La rage efflanquée. Cette maladie n'attaque que les vieux chiens ; leurs flancs sont fort resserrés, & leur battent continuellement.
Cette rage est incurable, & il faut tuer le chien.
5°. Rage rhumatique. Le chien attaqué de cette maladie a la tête enflée & les yeux si gros, qu'ils lui sortent de la tête.
Remede. Prenez du fenouil, faites-en une décoction dont vous prendrez le poids de six écus ; faites une autre décoction de gui, dont vous prendrez le poids de quatre écus ; faites-en encore une de lierre, dont vous prendrez le poids de quatre écus ; & prenez aussi le poids de quatre écus du jus de polipode : mêlez le tout ensemble dans un poëlon : faites-le bouillir avec vin blanc ; & lorsque ce breuvage sera refroidi, faites-le prendre au chien, & laissez-le ensuite en repos.
6°. Rage chaude. Le chien attaqué de cette maladie porte la queue toute droite ; il se jette indifféremment sur toutes sortes d'animaux, sans prendre garde où il se jette ; sa gueule est toute noire, & n'a point d'écume : c'est la plus à craindre. Il n'y a point de remede, il faut tuer le chien enragé.
7°. Rage courante. Le chien qui en est attaqué porte la queue entre les jambes, & marche comme un renard ; il ne se jette que sur les chiens, sans toucher aux autres animaux, ni aux hommes. Il n'y a point de remede.
Remede pour empÊCher que les chiens mordus ne deviennent enragés. Prenez du lait de vache nouvellement tiré ; faites-y tremper de la pimprenelle sauvage, & faites-en boire aux chiens tous les matins pendant neuf jours.
RAGE, (Passion) c'est l'excès de certaines passions violentes, telles que l'amour, la haine, la colere. On aime & l'on hait à la rage. Il y a des hommes qui dans la colere ressemblent à des enragés. Le mot rage s'applique encore à certains penchans outrés & malheureux. On dit d'un mauvais poëte qu'il a la rage de faire des vers, de les réciter. Il a la rage de parler de cette affaire, qu'il n'entend point.
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| RAGEMEHALE | (Géog. mod.) ville des Indes, dans les états du Mogol, au royaume de Bengale, sur la droite du Gange, qui en est à demi-lieue ; mais autrefois il arrosoit ses murs. Cette ville étoit alors très-commerçante, & la résidence du gouverneur de la province. Latit. 23. 18. (D.J.)
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| RAGGRAVE | (Jurisprud.) Voyez REAGGRAVE.
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| RAGHLES | (Géogr. mod.) petite île d'Irlande, dans le lac qui porte le nom de Dirg. Ce lac est dans l'Irlande septentrionale, au comté de Dungall, vers les confins du comté de Fermanagh, & s'appelloit autrefois Liffer. Au milieu de ce lac est l'île de Raghles, fort célebre avant la réformation, parce qu'on la regardoit comme le fauxbourg du purgatoire. Les moines y avoient bâti une cellule auprès d'une profonde caverne, & faisoient accroire au peuple que quiconque auroit le courage d'entrer dans cette caverne, iroit de-là en purgatoire, où il verroit & entendroit des choses extraordinaires.
Pour accréditer cette fourberie, ils disoient que saint Patrice prÊChant dans cette île à des Irlandois incrédules, obtint de Dieu par ses prieres que la terre s'ouvrît dans cet endroit jusqu'au purgatoire, afin que ses auditeurs fussent convaincus par leurs propres yeux de la vérité de sa prédication, au sujet des peines des méchans après cette vie. Mais il est certain que dans le tems de saint Patrice on ne connoissoit pas même cette petite île, & qu'on n'en a oui parler que plusieurs siecles après sa mort.
Vers la fin du regne de Jacques I. deux seigneurs, Richard Boyle, comte de Corck, & Adam Lostus, chancelier d'Irlande, avides de découvrir le vrai, envoyerent faire d'exactes perquisitions sur les lieux, par des personnes de probité. L'on trouva que cette caverne, que l'on donnoit pour être le chemin du purgatoire, n'étoit autre chose qu'une cellule assez étroite creusée dans le roc, où il n'entroit de jour que par la porte, qui étoit si basse, qu'un homme de grande taille pouvoit à peine s'y tenir debout.
Quand il venoit quelqu'un dans l'île assez curieux pour hasarder le voyage du purgatoire, un petit nombre de moines qui demeuroient proche de la caverne, le faisoient long-tems jeûner & veiller en même-tems ; ils ne l'entretenoient que des étranges choses qu'il verroit. Toutes ces idées affreuses de diables, de flammes, de feu, de damnés, s'imprimoient fortement dans la cervelle affoiblie par les jeûnes & les insomnies ; & le pauvre voyageur croyoit avoir vu tout ce qu'on lui avoit dit.
Les seigneurs qu'on a nommés ayant découvert ces honteuses impostures, qui déshonoroient la religion, obligerent les moines à se retirer de-là ; & pour empÊCher à l'avenir leurs fourberies, ils firent démolir leurs habitations & ouvrir la caverne, qui a toujours été découverte & exposée aux yeux du public depuis ce tems-là. (D.J.)
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| RAGOT | adj. (Maréchal.) on appelle ainsi un cheval qui a les jambes courtes & la taille renforcée & large du côté de la croupe ; il differe du goussaut en ce que celui-ci a l'encolure plus épaisse & qu'il a plus d'épaules. Voyez GOUSSAUT.
RAGOT, terme de Chasse, nom que l'on donne au sanglier qui n'a que deux ans & demi.
RAGOT, s. m. (terme de voiturier) sorte de crampon de fer qui est attaché au limon, & où on attache la chaîne de l'avaloire. (D.J.)
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| RAGOUT | S. m. (Cuisine) sausse ou assaisonnement pour chatouiller ou exciter l'appétit, quand il est émoussé ou perdu.
RAGOUT, se dit aussi du mets même assaisonné ; comme un plat de viande, de poisson, de légume, ou d'autres choses, dont on a fait une étuvée en le faisant cuire avec du lard, du sel, du poivre, des clous de girofle & autres épices.
Toutes les différentes façons de préparer les viandes ou autres mets, sont autant de ragoûts différens.
RAGOUT, (Hist. rom.) quoique le luxe des Romains fût porté fort loin sur la fin de la république, il est à remarquer qu'ils conservoient encore dans leurs tables des restes de leur premiere frugalité, & leur bonne chère tenoit encore à l'ancienne cuisine. Ciceron se plaint dans la lettre 26 du VII liv. à ses amis, d'une dyssenterie causée par l'excès des ragoûts qu'il avoit mangés. Quels étoient ces ragoûts ? Des légumes & toutes sortes d'herbes ; herbas omnes ita condiunt, ut nihil possit esse suavius. Ces herbes si délicatement apprêtées, étoient des cardes de poirée & des mauves, car, ajoûte le consul de Rome, moi qui sçavois bien m'abstenir des murènes & des huitres, je n'ai pas su me défendre des cardes de poirée, ni des mauves : ita ego qui me facilè ostreis & muranis abstinebam, à betâ & malvâ deceptus sum. (D.J.)
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| RAGRAFFER | v. a. (Gram.) c'est rattacher avec des agraffes.
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| RAGRANDIR | v. a. (Gram.) c'est rendre plus grand. Il se dit d'une ouverture, d'une mesure, d'un corps.
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| RAGRÉER | v. a. (Archit.) c'est après qu'un bâtiment est fait, repasser le marteau & le fer aux paremens de ses murs pour les rendre unis & ôter les balévres. En menuiserie & en serrurerie, ragréer, c'est mettre la derniere main à un ouvrage. On dit aussi faire un ragréement, pour ragréer. (D.J.)
RAGREER, (terme de Jardinier) ce mot se dit des branches d'arbres qui ont été sciées. C'est couper avec la serpette la superficie de la partie sciée & comme brûlée par le mouvement de la scie. Il faut ragréer les parties sciées, parce qu'elles pourriroient autrement & ne se recouvriroient jamais. (D.J.)
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| RAGUÉ | adj. terme de riviere. Un cable ragué, c'est un cable ou cordage gâté, écorché ou coupé.
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| RAGUET | S. m. (Com. de morue) c'est une sorte de petite morue verte en Bretagne ; dans le triage que l'on fait des différentes especes & qualités de morues, le raguet tient le troisieme rang. Savary.
RAGUNDONA, (Géog. anc.) ville de la Pannonie ; l'itinéraire d'Antonin la marque sur la route d'Ariminum à Cesena, entre Celcia & Poctovios, à 18 milles de la premiere, & à égale distance de la seconde. (D.J.)
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| RAGUSA | (Géog. mod.) petite ville de Sicile, dans le val de Noto, avec titre de baronie. Cette ville est située dans les terres au nord occidental de Modica, sur la riviere de Giarratana, qui, au-dessous de la ville jusqu'à la mer, se nomme Fiume di Mauli, ou Fiume di Agusa. (D.J.)
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| RAGUSAN | LE, (Géog. mod.) ou l'état de Raguse ; petit état d'Europe dans la Dalmatie, qui subsiste depuis plusieurs siecles sous un gouvernement aristocratique, & depuis plus de 250 ans sous la protection des Vénitiens & du grand-seigneur, auquel cette république paye chaque année ving-cinq mille écus d'or. Raguse en est la capitale. La ville ou bourg de Stagno, ainsi que les îles Méléda, Augusta & Cazola, dépendent de l'état de Raguse, en sorte que son domaine consiste (dans le petit comme dans le grand comme celui de la république de Venise) en terre ferme & en îles. (D.J.)
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| RAGUSE | (Géog. mod.) ville capitale de la république de même nom, dans la Dalmatie proche la mer, à 26 lieues au nord-ouest de Scutari, avec un port défendu par un fort appellé S. Nicolas. Elle fut presqu'entierement détruite par un tremblement de terre en 1667. On l'a rebâtie depuis, plus belle & plus grande qu'auparavant ; elle est ornée de beaux édifices, fortifiée de bons ouvrages, & munie d'une forteresse qui met son port en sureté contre les entreprises de ses ennemis. L'évÊChé qui étoit à Epidaure (aujourd'hui Raguse la vieille), fut transféré à Raguse dans le septieme siecle & érigé en archevÊChé dans le dixieme. Long. de cette ville, 36. lat. 42. 48.
Raguse a été autrefois connue sous les noms d'Hybla minima, d'Hera, ou d'Heraea, d'où l'on a lieu de conjecturer que les monts Hérées de Diodore de Sicile & de Vibius Sequester, sont ceux qu'on trouve près de Raguse. Fazellus & Cluvier se sont persuadés par enthousiasme, que c'étoient les Monti-Sori.
Tout le monde sçait que Raguse est une très-petite république, située sur les côtes de la mer Adriatique ; sa foiblesse l'oblige de ménager toutes les puissances, & même d'acheter du sultan des Turcs, par une espece de tribut, une protection qui la met à couvert des courses des Dulcignotes : ce sont des pirates qui désolent les côtes du golphe adriatique, comme les corsaires de Barbarie désolent celles de la Méditerranée.
Les habitans de Raguse sont riches, parce qu'ils font tous le commerce ; ils se gouvernent à-peu-près comme à Venise, mais conformément à leur petit état. Le grand conseil est composé des nobles qu'on y reçoit à l'âge de vingt-quatre ans ; un noble ne sçauroit découcher sans en avoir donné avis au sénat. Les étrangers qui se trouvent dans la ville, y sont enfermés à clef durant la nuit : les portes se ferment au coucher du soleil & s'ouvrent à son lever.
Le chef de la république de Raguse qu'on nomme recteur, change tous les mois ; les autres officiers toutes les semaines ; le gouverneur du château tous les jours. Cette forme d'administration ne peut être excusée que dans une petite république environnée de puissances formidables, qui corromproient aisément de petits magistrats : car, comme le dit M. de Montesquieu, quoiqu'il soit vrai que dans toute magistrature il faille compenser la grandeur de la puissance par la briéveté de sa durée, cependant il ne faut pas si fort diminuer cette briéveté, qu'elle en devienne une cause de corruption. Qui est-ce qui voudroit gouverner ainsi ses affaires domestiques ?
Banduri (D. Anselme) bénédictin, a fait honneur à Raguse sa patrie. On lui doit une espece de corps complet des antiquités de Constantinople ; il en composa deux volumes in-folio, qui parurent à Paris en 1711, sous le titre d'Imperium orientale. Il y ajouta, outre divers plans topographiques, deux cartes relatives à l'état de l'empire de Constantinople, sous Constantin Porphyrogenète, dressées toutes les deux par Guillaume Delisle, & le bas relief de la colonne historiée de Théodose, gravé d'après les desseins originaux de Gentile Bellini, qui sont conservés dans le cabinet de l'académie de peinture & de sculpture.
On doit encore à D. Anselme une collection de toutes les médailles des empereurs romains, depuis Trajan Dece jusqu'au dernier Paléologue, c'est-à-dire jusqu'à la prise de Constantinople. L'ouvrage parut à Paris en 1718 ; il est dédié à M. le Duc d'Orléans, & forme deux volumes in-fol. L'auteur a mis à la tête de ce recueil, sous le titre de Bibliotheca nummaria, un catalogue ample, raisonné & très-bien fait, de tous les ouvrages qui ont quelque rapport à la connoissance des médailles.
D. Anselme avoit été nommé en 1715 de l'académie des inscriptions. Il mourut à Paris en 1743, âgé de 72 ou 73 ans.
Hodierna (Jean-Baptiste) naquit aussi à Raguse en 1597, & mourut à Palerme en 1660, à 63 ans. Il étoit versé dans l'astronomie, comme il paroît par quelques ouvrages qu'il a publiés en ce genre. (D.J.)
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| RAHABAT | (Géog. mod.) ville aux frontieres de la Syrie sur l'Euphrate. M. Petit de la Croix dit que cette ville est à 65 deg. de long. & à 34 de lat. M. Otter qui la nomme Rahabé, n'en fait qu'un village. Long. selon lui, 66 55. latit. 34. (D.J.)
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| RAIE | RAYE, s. f. raia, (Hist. nat. Ichthyol.) nom générique que l'on a donné à des poissons plats & cartilagineux, qui ont de chaque côté du corps de longues appendices que l'on nomme ailes ou ailerons. On divise les raies en trois classes ; la premiere comprend les raies lisses, c'est-à-dire celles qui n'ont point d'aiguillons sur les ailes, & peu sur le corps & sur la queue ; la seconde renferme les raies étoilées ; enfin on a donné le nom de raies piquantes, à celles de la troisieme classe, parce qu'elles ont des aiguillons longs & en grand nombre sur tout le corps, sur les ailes & sur la queue. Toutes les raies ont une taie nommée par les Latins nebula, placée à la paupiere inférieure qui peut couvrir l'oeil en entier ; elles restent presque toutes dans la fange près des rivages, & elles vivent de petits poissons : la plûpart ont la chair dure & de mauvaise odeur.
RAIE BOUCLEE, RAIE CLOUEE, CLAVELADE, raia clavata ; on a donné ces noms à une espece de raie, parce qu'elle a des aiguillons qui ressemblent à des clous ou à des boucles, la plûpart étant courbes & crochus, principalement ceux du milieu du dos, ceux des ailes, & ceux de deux rangées latérales qui sont sur la queue. Ces aiguillons ont pour base des os ronds ; ceux d'une rangée qui est sur le milieu de la queue sont moins forts que ceux des deux rangées latérales ; enfin il s'en trouve plusieurs sur la partie antérieure de la tête. La face supérieure de ce poisson est noire ; sa chair est fort dure.
RAIE AU LONG BEC, sot, ou lentillade ; cette espece de raie est de la classe des raies lisses, parce qu'elle n'a pas d'aiguillons aux ailes ; la partie antérieure de la tête est très-allongée, & fort pointue, ce qui lui a fait donner aussi le nom d'alêne ; elle a trois rangées d'aiguillons à la queue, qui sont de différentes grandeurs ; le premier est plus grand que le second ; le troisieme a presque autant de longueur que le premier, & le quatrieme ressemble au second, &c. les autres différent également entr'eux, & ils ont tous la pointe dirigée en arriere ; celle des aiguillons de la nageoire de la queue est dirigée au contraire sur les côtés ; & ceux qui sont au-dessous de la nageoire ont la pointe tournée en avant du côté de la tête ; il y a quatre aiguillons courts près des yeux, deux de chaque côté, & plusieurs autres très-pointus sous la partie antérieure de la tête. Cette raie est fort grande, & elle a sur le corps plusieurs petites taches de la figure d'une lentille ; c'est à cause de ces taches qu'on la nomme lentillade. Les dents sont dirigées en arriere, & non pas sur les côtés. La chair est moins dure que celle de la plûpart des autres raies.
RAIE FLASSADE ; cette espece de raie est de la classe des raies lisses ; elle ressemble à la raie au long bec, en ce qu'elle a la partie antérieure de la tête allongée ; elle en differe principalement par les aiguillons ; elle n'en a qu'une seule rangée sur la queue, & il n'y en a point d'autres sur le reste du corps. Les ailes sont fort grandes & fort larges ; le corps est étroit, & il va toujours en diminuant de largeur & d'épaisseur depuis le derriere de la tête jusqu'à la queue. Cette espece de raie a la chair moins dure que les autres raies, & elle n'a point d'odeur desagréable, principalement quand elle est jeune.
RAIE A FOULON, raia fullonica. Rondelet a donné ce nom à une espece de raie, parce qu'elle est hérissée d'aiguillons semblables aux pointes de l'outil dont on se sert pour fouler les draps, non-seulement sur le corps, mais encore sur la tête, sur les ailes & sur la queue, même au-delà des nageoires : elle a le bec long & pointu ; les aiguillons de la queue sont courbes, & disposés de façon qu'ils forment trois rangées.
RAIE LISSE, raia laevis, on a donné à cette espece de raie le nom de raie lisse, parce qu'elle a des aiguillons beaucoup moins longs que les autres especes de raies, excepté deux qui sont à la tête près de chaque oeil ; ceux du dos ont peu de longueur, & sont en petit nombre. La queue en a trois rangs, mais ils sont petits ; il y en a quelques-uns en-dessous qui sont recourbés en avant. Le museau est cartilagineux, transparent, & de moyenne longueur. Les yeux ont une sorte de taie appellée par les Latins nebula, qui se trouve dans toutes les especes de raies. La bouche est très-reculée en-arriere, desorte que ce poisson ne peut rien saisir qu'il ne soit renversé ; cette espece de raie n'a point de dents ; l'intérieur de la bouche est garni d'os durs & rudes ; les ailes ou ailerons sont minces, & de moyenne grandeur ; la face supérieure de ce poisson est presqu'entierement noire, & toute la face inférieure a au contraire une couleur blanche. On lui a donné en Languedoc le nom de fumat.
RAIE LISSE ETOILEE, raia asterias ; on a surnommé cette raie étoilée, parce qu'elle a sur la face supérieure des ailes & de tout le corps jusqu'à la premiere nageoire de la queue, des taches qui ont la figure d'une étoile. La queue est plus petite que dans les autres especes de raies, & la tête ressemble plus à la pastenague qu'à celle des autres raies. La raie étoilée vit dans la haute mer ; sa chair n'a pas une odeur desagréable comme la plûpart des autres raies ; elle est plus tendre, plus facile à digérer, & d'un meilleur goût que toutes les autres especes de raie.
RAIE CARDAIRE, raia spinosa ; on a donné le nom de cardaire à une espece de raie, parce qu'elle est couverte d'aiguillons semblables aux pointes des cardes dont on se sert pour carder la laine ; elle en a nonseulement sur le corps, sur la queue & sur les ailes, mais encore sur les côtés de la tête & au-devant des yeux.
RAIE MIRAILLET, ou RAIE A MIROIR, raia oculata ; on a donné ces noms à une espece de raie qui a deux grandes taches rondes semblables à des yeux ou à de petits miroirs, une de chaque côté. La queue a cinq rangées d'aiguillons, & le dos une seule ; il se trouve aussi quelques aiguillons autour des yeux. La face supérieure du corps est brune, & a un grand nombre de petites taches de forme irréguliere : la chair est dure. Cette raie est de la classe des raies lisses.
RAIE ONDEE, ou CENDREE ; cette espece de raie est encore au rang des raies lisses, parce qu'elle a les aiguillons plus courts & en plus petit nombre que les autres raies ; cependant ils sont plus longs & plus nombreux que ceux de la raie lisse ; le corps a moins la figure d'un losange que celui des autres raies, & il approche plus de la figure ovale. Cette espece de raie à laquelle on a donné le nom de coliart, a trois rangées d'aiguillons à la queue, & une sur le milieu du dos ; il y en a aussi quelques-uns près des yeux. On a donné à ce poisson le nom de raie ondée, parce qu'il a une couleur cendrée avec plusieurs traits ondoyans.
RAIE PIQUANTE, raia aspera ; elle differe des autres en ce que ses ailes sont couvertes en entier de petits aiguillons, & qu'elle n'en a aucun sur le corps. La queue est garnie de trois rangées d'aiguillons longs & forts, comme dans la plûpart des autres especes de raies ; ses rangées d'aiguillons s'étendent jusqu'à l'extrêmité de la queue, au lieu que dans les autres raies il n'y a pas d'aiguillons après la nageoire de la queue. La raie piquante a le museau pointu ; la chair en est dure & de mauvais suc.
RAIE PIQUANTE ETOILEE ; cette espece de raie est couverte pour ainsi dire par tout le corps d'aiguillons ; elle en a beaucoup de petits & pointus entre les deux yeux. Il y en a sur le dos une rangée de fort grands ; la queue en a trois rangées de grands & plusieurs petits hors des rangs ; il y en a aussi beaucoup d'épars sur le corps. Toute la face supérieure de ce poisson est brune, & il a un très-grand nombre de taches en forme d'étoiles, ce qui lui a fait donner le nom de raie étoilée ; sa chair est dure & seche.
RAIE PIQUANTE OEILLEE ; cette espece de raie est de la classe des raies piquantes, parce qu'elle a des aiguillons de chaque côté de la tête ; sur le dos, sur la queue & sur les ailes, près d'une tache ronde qui est sur chaque aile, & qui lui a fait donner le nom de raie oeillée : ces deux taches ressemblent à des yeux ; sa chair est dure.
RAIE PIQUANTE par-dessus & par-dessous, toute la face supérieure du corps, des ailes & la queue de cette espece de raie est couverte d'aiguillons, la face inférieure des ailes en est aussi garnie, desorte qu'on ne peut saisir ce poisson que par l'extrêmité de la queue qui n'a point d'aiguillons depuis la premiere nageoire ; au reste cette raie ressemble aux autres. Rondelet, Hist. nat. des poissons de mer, liv. XIII. Voyez POISSON.
RAIE, pÊChe de la, voici la maniere d'en faire la pÊChe telle qu'elle se pratique dans le ressort de l'amirauté de Quimper en Bretagne. Cette pÊChe commence vers Pâque, & finit à la S. Jean, parce qu'alors les PÊCheurs se disposent à faire la pÊChe de la sardine.
Chaque pÊCheur fournit un nombre de filets, dont on fait une tissure ou continuité de rets de la longueur de plus de 1800 brasses. Les posteaux (sorte de poisson) se trouvent sur les fonds où le bas du rets reste tendu au moyen des pierres dont il est chargé. Ce poisson, comme les autres, ne recule jamais, mais pousse toujours en avant, quelque résistance qu'il trouve. Les PÊCheurs ne relevent leurs filets que de deux jours en deux jours, & ils reviennent chez eux dans cet intervalle ; outre les raies, on prend encore des turbots, quelquefois des anges, & souvent des crabes & des homards, ou écrevisses de mer.
On fait sécher les posteaux sans les saler : pour cet effet, on leur ôte les intestins ; & pour les faire sécher plus vîte & plus aisément, on les découpe en plusieurs endroits. On laisse entieres les petites raies ; on les étend sur la côte pour les faire sécher, évitant que le poisson soit mouillé, car l'eau douce le fait noircir, & le met hors de vente.
Ce poisson ainsi préparé ne se vend point au poids, mais au compte. Les marchands l'envoyent à Nantes. La consommation s'en fait par les gens de la campagne durant le tems des vendanges. Les marchands de Nantes y vendent le cent de compte de ces raies depuis 70 jusqu'à 80 livres.
On vend séparément les têtes, que l'on nomme goules rondes ; on en fait des paquets de vingt têtes. Cette denrée est fort courue par ceux qui en font usage, & est regardée comme un mets délicat.
RAIE, (Ecrit. & Comm.) trait ou ligne qui marque, qui sépare, ou qui diversifie les choses. Les livres des marchands ont différentes raies ordinairement de haut en-bas, pour marquer la position des chiffres suivant leur valeur en livres, sols & deniers. Voyez LIVRES DES MARCHANDS. On trouve à cet article des modeles des différentes rayures à l'usage des livres de commerce. Diction. de comm.
RAIES, terme de Charron, ce sont les barres de bois qui partent du moyeu, & vont se terminer dans les mortaises des gentes ; ce sont les raies qui soutiennent toute la circonférence de la roue. Il en faut environ douze pour une grande roue, & six ou huit pour une petite. Voyez les fig. du Sellier, & les Pl. du Charron.
RAIE, (Jardinage) est une trace que l'on fait sur la terre, & c'est une vraie ligne tracée.
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| RAIFORT | S. m. (Hist. nat. Botan.) raphanus, genre de plante à fleur en croix, composée de quatre pétales. Le pistil sort du calice, & devient dans la suite un fruit ou une silique en forme de corne, épaisse, & d'une substance spongieuse, qui renferme deux rangées de semences arrondies. Ces rangées sont séparées l'une de l'autre par une pellicule très-mince. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE.
Les racines du raifort sont assez longues, blanches en-dedans, d'un rouge vif en-dehors, & d'un goût moins piquant que le radis ; mais pour décrire cette plante en botaniste, il faut nécessairement abandonner les mots du vulgaire, & se servir des termes de l'art : ainsi, pour instruire le lecteur, nous le renvoyons au mot latin RAPHANUS, & au mot françois RAVE ; car dans Paris même on confond le raifort avec la rave. (D.J.)
RAIFORT D'EAU, (Botan.) espece de cresson ou de sisymbrium. Voyez SISYMBRIUM, Botan.
RAIFORT SAUVAGE, (Diet. & Mat. méd.) grand raifort, grand raifort sauvage, cram, mouterdelle ; les feuilles de cette plante sont en usage en Médecine, mais sa racine l'est beaucoup davantage. Les gens de la campagne mangent cette derniere partie dans plusieurs pays. Elle est si âcre qu'il n'y a que les estomacs les plus forts, & les tempéramens les moins irritables à qui elle puisse convenir comme véritable aliment. On la rape dans plusieurs provinces d'Allemagne, & l'on en fait une espece d'assaisonnement pour les viandes, dont on se sert comme nous faisons de la moutarde ; aussi cette racine est-elle connue sous le nom de moutarde des Allemands. On emploie plus communément le raifort sauvage à titre de remede. Cette plante qui est de la classe des cruciferes de Tournefort, est une de celles dont l'alkali volatil spontané est le plus abondant & le plus développé ; elle tient par conséquent un rang distingué parmi les anti-scorbutiques alkalins. Elle est parfaitement analogue non-seulement quant aux qualités absolues, mais même quant au degré d'activité, au cochlearia. Elle est plus forte que le cresson, que la passerage, & même que la moutarde. Voyez tous ces articles, & sur-tout COCHLEARIA. On retire comme de cette derniere plante, des feuilles & des racines du raifort sauvage une eau distillée qui a aussi les mêmes vertus. Cette eau distillée est d'ailleurs éminemment recommandée comme un puissant diurétique. Sa dose ordinaire est d'environ quatre onces. On la mêle, selon les indications, avec du petit lait, avec du vin blanc, avec un bouillon, ou avec un aposème approprié. Le suc de la racine donné de la même maniere & à la même dose est encore meilleur. Ces remedes sont regardés comme une sorte de spécifique contre l'hydropisie & le rhumatisme, & ils réussissent en effet assez souvent dans le traitement de ces maladies. On les donne aussi avec succès dans l'asthme humide, & dans toutes les affections vraiment catharrales de la poitrine. On peut corriger le goût piquant du suc, & châtrer ou modérer son activité, en le réduisant sous forme de syrop, qu'on doit préparer par le bain-marie, comme le syrop anti-scorbutique de la pharmacopée de Paris dont cette racine est un ingrédient.
La racine du grand raifort sauvage entre encore dans la composition du vin anti-scorbutique, de l'eau antiscorbutique & de l'eau générale de la pharmacopée de Paris. Les feuilles & les racines entrent dans l'emplâtre diabotanum. (b)
RAIFORT, (Diete & Mat. médic.) raifort cultivé ou des jardins, rave des Parisiens, raifort ou rave des Parisiens rouge, raifort blanc, gros raifort blanc du Languedoc, où il est appellé rabé de segairé, c'est-à-dire, rave ou raifort de Moissonneur, radis blanc & radis noir.
C'est à une seule espece de plante qu'appartiennent les différentes racines désignées par ces différens noms ; elles ne sont que des variétés de la racine de raifort cultivé : les unes & les autres ont outre ces différences prises de leur forme & de la couleur de leur peau, d'autres variétés aussi accidentelles, fondées principalement sur leur diverse grosseur, sur la différente vivacité de leur goût, & enfin sur ce que leur tissu est plus ou moins dense, plus ou moins fibreux, plus ou moins succulent, fondant ou rempli d'eau ; mais tout cela ne met que très-peu de différences réelles entre les qualités diététiques & médicamenteuses de toutes ces racines, on peut les considérer comme une seule & unique matiere.
Le raifort tendre, tel qu'il est toujours quand il a été cultivé dans un terrein léger & assidument arrosé, & qu'on le cueille avant qu'il ait poussé sa tige, est un aliment très-agréable qui réveille par son goût vif l'appétit & le jeu des organes de la digestion, en même tems qu'il imprime à tous ces organes un sentiment de fraîcheur très-agréable par l'abondance de son eau ; c'est un alkali volatil spontané qui constitue le piquant de son goût : mais ce principe étant noyé dans une très-grande quantité d'eau, ne produit l'effet échauffant qui lui est propre que dans les sujets les plus sensibles, ou lorsqu'on mange des raiforts avec excès, sans les mêler avec d'autres alimens, ou enfin lorsqu'on mange ceux qui sont les plus piquans, ou ce qu'on appelle vulgairement les plus forts. Ces derniers ne sont bons que pour les estomacs vigoureux des paysans & des manoeuvres ; mais tout bon estomac d'un sujet ordinaire de tout âge & de tout état digere très-bien plusieurs douzaines de petites raves de Paris, où elles sont douces & d'ailleurs excellentes, sur-tout lorsqu'on les mange pendant le repas, en les entremêlant avec les alimens ordinaires. Celles-là même pourroient plutôt nuire comme crudité aux estomacs foibles qui craignent les crudités ; elles ne sont pas propres non plus aux personnes qui sont très-sujettes aux coliques venteuses ; le raifort est réellement un peu venteux.
L'usage des raiforts entiers, c'est-à-dire mangés à l'ordinaire, peut être regardé au contraire comme vraiment médicamenteux, & très-utile pour aider la digestion dans les estomacs paresseux & sujets aux congestions de sucs acides, par exemple, chez les mélancoliques : cet aliment est encore éminemment propre aux scorbutiques. Voyez SCORBUT.
Le suc de raifort cultivé est un diurétique des plus éprouvés, qu'on emploie fort communément & avec succès toutes les fois que les puissans diurétiques sont indiqués, dans le traitement de l'hydropisie, les affections des voies urinaires, de l'asthme, &c. la dose ordinaire est de trois à quatre onces prises le matin à jeun pendant quelques jours consécutifs. On édulcore quelquefois ce suc avec le sucre, ou quelque syrop approprié, & principalement lorsqu'on l'ordonne contre l'asthme.
On pourroit retirer par la distillation une eau & un esprit de raifort qui seroient fort analogues quant à leurs vertus absolues, aux mêmes produits du cochlearia, du cresson, du raifort sauvage, &c. mais comme ceux du raifort seroient très-inférieurs en degré de concentration, & par conséquent d'activité à ces dernieres substances, qu'on peut d'ailleurs affoiblir au besoin autant qu'on veut, on n'emploie point ordinairement l'eau ni l'esprit de raifort.
Les semences de raifort s'emploient aussi quelquefois en Médecine, mais fort rarement ; elles contiennent les mêmes principes médicamenteux que la racine ; mais comme ces semences sont plus succulentes, il faut les écraser dans de l'eau, ou dans une liqueur aqueuse, les y laisser macérer pendant une heure, & les exprimer ; la liqueur qui provient de cette opération équivaut à-peu-près au suc de la racine. (b)
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| RAILLE | S. m. (Font. salante) instrument à remuer les braises du fourneau. C'est une longue perche au bout de laquelle est un morceau de planche.
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| RAILLÉE | S. f. (Fontaine salante) partie du travail qui consiste à remuer les braises à une certaine heure marquée.
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| RAILLERIE | S. f. (Morale) discours quelquefois innocent, & très-souvent condamnable. Un bel esprit du siecle dernier, comparoit les railleries innocentes à des éclairs qui éblouissent sans brûler. La raillerie piquante offense plus que la médisance, parce qu'elle porte deux coups à la fois, l'un à l'honneur, l'autre à l'amour-propre ; elle flétrit & déconcerte ; le tour malicieux qu'elle emploie, ajoute presque toujours au chagrin qu'on éprouve d'être taxé d'un travers, ou d'un défaut qu'on veut cacher. On aimeroit mieux être décrié dans l'absence, que d'essuyer des plaisanteries en face. Quelque spirituelle que soit la raillerie, son usage n'est presque jamais bien placé. Elle ne peut s'exercer sur ceux que l'âge ou le caractere ont mis au-dessus de nous, sur ceux qui sont au-dessous, parce que l'éminence du rang se trouve à couvert de la repartie, & rarement sur nos égaux ; si on se la permet dans ce dernier cas, elle doit être très-sobre, très-délicate, très-modérée, & ne toucher qu'à des fautes légeres, à des foiblesses permises, ou à des défauts dont on puisse soi-même plaisanter ; autrement, c'est un jeu trop dangereux à jouer. On sait les raisons de la haine implacable de la duchesse de Montpensier contre Henri III. Elle ne lui pardonna jamais ses railleries, & porta, dit Brantome " sa bonne part de matieres d'inventions de son gentil esprit, & du travail de son corps, à bâtir la funeste ligue qui fit périr ce prince ; qu'après avoir bâti cette ligue, jouant un jour à la prime, ainsi qu'on lui disoit qu'elle mêlat bien les cartes, elle répondit, devant beaucoup de gens ; je les ai si bien mêlées, qu'elles ne se sauroient mieux mêler ni démêler. " (D.J.)
RAILLERIE ENTENDRE, & entendre la RAILLERIE, (Lang. françoise) entendre raillerie & entendre la raillerie, sont deux choses différentes ; entendre raillerie, c'est prendre bien ce qu'on nous dit, c'est ne s'en point fâcher ; c'est non-seulement savoir souffrir les railleries, mais aussi les détourner avec adresse, & les repousser avec esprit ; entendre la raillerie, c'est entendre l'art de railler, comme entendre la poésie, c'est entendre l'art & le génie des vers. Néanmoins, on ne dit guere entendre la raillerie tout seul ; on ajoute d'ordinaire une épithete à raillerie ; on dit, il entend la fine raillerie. Il y a peu de personnes qui entendent l'agréable & l'innocente raillerie. (D.J.)
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| RAILLEUR | S. m. (Gram.) un railleur de profession est communément un petit esprit & un mauvais caractere. Quelle occupation que celle de chercher perpétuellement le ridicule qu'il peut y avoir dans les choses & dans les personnes, & de le faire sortir ! Sans compter que cette habitude, qui est presque toujours applaudie par les autres, dégénere en une manie de voir tout d'un oeil défavorable, ce qui marque de la fausseté dans l'esprit.
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| RAIN | (Géog. mod.) petite ville fortifiée d'Allemagne, dans la haute Baviere, située sur une petite riviere nommée Acha, près du Lech, à 3 lieues au levant de Donavert. Le général Tilly y fut blessé à mort, en 1632. Long. 28. 35. lat. 48. 39. (D.J.)
RAIN, s. m. (Lang. françoise) cet ancien mot veut dire un rameau, une petite branche d'arbre. Le roman de la rose dit :
Rose sur rain, & noix sur branche
N'est si vermeille, ni si blanche.
On mettoit en possession des fiefs par le rain & le bâton, c'est-à-dire, en mettant dans la main de l'acquéreur une petite branche d'arbre, ou un bâton. Aubert.
RAIN, terme des Eaux & Forêts ; c'est l'orée d'un bois, la lisiere d'une forêt ; c'est en ce sens que ce mot est employé dans les ordonnances des eaux & forêts ; quand elles défendent de tenir des atteliers pour façonner des bois au rain des forêts, cela veut dire à la lisiere, & aux lieux voisins des bois. (D.J.)
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| RAINE | voyez RENNETTE.
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| RAINEAU | S. m. (Architect.) c'est ainsi qu'on nomme des pieces de charpente qui tiennent en liaison les têtes des pilotis dans une digue, ou dans les fondations de quelqu'autre édifice.
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| RAINURE | S. f. (Menuis.) c'est un petit canal fait sur l'épaisseur d'une planche, pour recevoir une languette, ou pour servir de coulisse. (D.J.)
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| RAIPONC | ou REPONCE, s. f. rapunculus, (Hist. nat. Bot.) genre de plante à fleur monopétale, & à-peu-près en forme de cloche, mais ouverte & découpée de façon qu'elle représente une étoile. Le pistil est ordinairement fourchu, & le calice de la fleur devient dans la suite un fruit divisé en trois loges, qui renferme des semences le plus souvent petites. Tournefort, inst. rei herb. Voyez PLANTE.
Tournefort compte dix especes de ce genre de plante, dont la principale est à fleur bleue, à racine bonne à manger, rapunculus flore caeruleo, radice esculentâ, I. R. H. 113. en anglois the blue spiked rampion.
Sa racine est longue & grosse comme le petit doigt, ordinairement simple & blanche ; elle pousse une ou plusieurs tiges à la hauteur de deux piés, grêles, anguleuses, cannelées, velues, garnies de feuilles étroites, pointues, sans queue, collées ou adhérentes à la tige par une base un peu large, légerement dentelées sur les bords, & empreintes d'un suc laiteux.
Ses fleurs naissent aux sommets de la tige & des branches sur de longs pédicules : chacune de ces fleurs est une cloche évasée, & coupée ordinairement sur les bords en cinq parties, de couleur bleue ou purpurine, quelquefois blanche, soutenue sur un calice fendu en cinq pieces. Lorsque la fleur est passée, il lui succéde un fruit membraneux, divisé en trois loges, qui renferment plusieurs semences, menues, luisantes, roussâtres.
Toute la plante donne du lait comme les autres campanules. Elle vient sur les bords des fossés, dans les prés, & dans les champs. Elle fleurit en Juin, & on la cultive aussi dans les potagers. (D.J.)
RAIPONCE, (Diete, Mat. méd.) petite raiponce de carême, raiponce sauvage ou grande raiponce, & raiponce d'Amérique ou cardinale bleue, espece de lobelia de Linnaeus.
La racine des deux premieres plantes, & surtout celle de la premiere, se mange assez communément en salade, soit crue, soit cuite. Lorsqu'elle est jeune & tendre, les bons estomacs la digerent assez bien ; elle passe même pour fortifier ce viscere, & pour aider à la digestion. On l'emploie fort rarement à titre de remede. Elle est mise cependant au rang des apéritifs diurétiques, & regardée même comme utile dans la gravelle.
La troisieme est une des plantes que M. Kalm, savant naturaliste suédois, a proposées comme un spécifique contre les maladies véneriennes, dont il a appris le secret des sauvages de l'Amérique septentrionale, & qu'il a publié dans les mém. de l'acad. royale des Sciences de Suede, pour l'année 1750.
C'est la racine de cette plante qui fournit ce spécifique. On en prend cinq ou six soit fraîches, soit séchées. On les fait bouillir pour en faire une sorte de coction ; on en fait boire abondamment au malade, dès qu'il est reveillé ; & il continue d'en faire sa boisson ordinaire dans le cours de la journée ; elle doit être légerement purgative ; si elle agissoit trop vivement, il faudroit la faire moins forte. Pendant l'usage du remede, il faut s'abstenir de liqueurs fortes, & des alimens trop assaisonnés : le malade continue sa boisson ; il s'en sert même pour bassiner & fomenter les parties extérieures du corps sur lesquelles le mal a fait impression : il ne faut que quinze jours ou trois semaines pour parvenir à une guérison totale. Extrait du mémoire ci-dessus cité dans le journal de médecine, Février 1760. Quand le mal est très-invétéré, & que le remede ci-dessus décrit est insuffisant, on le rend plus efficace en y joignant une petite quantité de racine de la renoncule de Virginie. Voyez RENONCULE, Mat. méd. (b)
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| RAIR | ou RÉER, v. n. (Vénerie) c'est le cri des cerfs lorsqu'ils sont en rut : on dit les cerfs raient.
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RAIS DE CHOEUR | S. m. (Architect.) ornement accompagné de feuilles d'eau, qui se taille sur les talons.
RAIS, s. m. (Charronage) ce sont les rayons d'une roue de carrosse, qui sont enclavés dans le noyau, & qui portent les jantes. Le mot françois est rayon. Voyez RAYES.
RAIS, (Poterie) ce mot signifie les quatre barres de fer qui suspendent & attachent la roue à la noix. Ces rais ne sont pas placés comme dans les roues ordinaires, mais pendent en lignes diagonales du haut de l'arbre ; ils ont deux usages, l'un de lier & de former la roue, l'autre de lui donner le mouvement lorsque l'ouvrier les pousse avec le tournoir. Savary. (D.J.)
RAIS, terme de Blason ; ce mot se dit de l'escarboucle qu'on peint sur les écus avec huit rayons ou bâtons pommetés, qui en sortent en croix & en sautoir.
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| RAISIN | S. m. (Botan. Agricult.) c'est le fruit de la vigne qui vient en grappes, qui est bon à manger & à faire du vin.
Les principales especes de raisin, les plus estimées, les plus ordinaires, ou les plus étendues, soit pour le jardin, pour le vin, ou pour le verjus, sont les morillons, & entr'autres les pineaux, les chasselas, les muscats, les corinthes, les malvoisies, les bourguignons, les bourdelais, les saumoiraux ou prunelles, les méliers, les gamets, les gouais.
Il y a plusieurs sortes de morillons connues presque par-tout, tant aux champs qu'aux jardins, c'est-à-dire, tant propres à faire du vin qu'à manger.
Le raisin précoce, ou raisin de la Magdelaine, est appellé morillon hâtif, parce que c'est un fruit hâtif, qui est souvent mûr dès la Magdelaine. Les Botanistes le nomment vitis praecox columellae, H. R. P. en anglois, the july-grappe. Ce raisin est noir, plus curieux que bon, parce qu'il a la peau dure. On l'estime seulement, parce qu'il vient de bonne heure, mais il n'est bon que dans quelque coin de jardin bien exposé au midi, & à couvert des vents.
Le morillon taconne, vitis subhirsuta, C. B. P. est meilleur que le précédent pour faire du vin, vient bien-tôt après le hâtif, & charge beaucoup. On le nomme aussi meunier, parce qu'il a les feuilles blanches & farineuses. Il se plaît dans les terres sablonneuses & légeres.
Le morillon noir ordinaire est le vitis praecox columellae acinis dulcibus, nigricantibus ; on l'appelle en Bourgogne pineau, & à Orleans auvernat, parce que la plante en est venue d'Auvergne ; il est fort doux, sucré, noir, excellent à manger ; il vient en toutes sortes de terres, & passe aux environs de Paris, pour le raisin qui fait le meilleur vin. Son bois a la coupe plus rouge qu'aucun autre raisin ; le meilleur est celui qui est court, dont les noeuds ne sont pas espacés de plus de trois doigts. Il a le fruit entassé & la feuille plus ronde que les autres de la même espece.
Il y a une seconde espece de morillon, qu'on appelle pineau aigret, qui porte peu, & donne de petits raisins peu serrés ; mais le vin en est fort, & même meilleur que celui du premier morillon. Le pineau aigret a le bois long, plus gros, plus moëlleux, & plus lâche que l'autre ; les noeuds éloignés de quatre doigts au-moins ; l'écorce, fort rouge en-dehors, & la feuille découpée en patte d'oie, comme le figuier.
Il y a une troisieme espece de morillon qu'on appelle franc-morillon ; il fleurit avant les autres plans, & fait d'aussi bon vin que les deux autres morillons. Il a le bois noir, & le fruit de même, fait belle montre en fleur & en verd, mais à la maturité, il déchet de moitié, & quelquefois davantage. Il croît plus qu'aucun autre en bois, en longueur & en hauteur, & les noeuds de ses jettés sont les plus espacés.
Il y a finalement une espece de morillon blanc excellent à manger, mais qui a la peau plus dure que le morillon noir ordinaire.
Le chasselas, vitis uvâ peramplâ, acinis albidis, dulcibus, durioribus, I. R. H. autrement dit muscadet, ou bar-sur-aube blanc, c'est un raisin gros, blanc, excellent, soit à manger, à garder, à sécher, ou à faire de bon vin. Ses grains ne sont pas pressés. Il réussit surtout dans les vignes pierreuses, parce qu'il y meurit plus facilement. Le gros corinthe, dont nous parlerons ci-après, est une espece de chasselas noir-blanc.
Le chasselas noir, vitis uvâ peramplâ, acinis dulcibus nigricantibus, I. R. H. s'appelle en Provence, en Languedoc raisin grec ; il est plus rare & plus curieux que le blanc, & même que le rouge, dont les grappes sont plus grosses. Il prend peu de couleur, & ils sont tous deux excellens.
Il y a beaucoup de sortes de muscats, qui sont exquises la plûpart ; le muscat blanc, ou de Frontignan, vitis Apiana, C. B. P. a la grappe longue, grosse & pressée de grains ; il est excellent à manger, à faire des confitures, de bon vin, & à sécher au four ou au soleil. Il y a une espece de muscat blanc hâtif de Piémont, qui a la grappe plus longue, le grain moins serré & plus onctueux, dont on fait une estime particuliere.
Le muscat rouge, ou de corail, à cause de la vivacité de sa couleur, a les mêmes qualités. Son grain est encore plus ferme, & il demande du soleil pour bien mûrir ; c'est le vitis acinis rubris nigricantibus, dulcissimis, de Garidel.
Le muscat noir est plus gros & fort pressé de grains ; il a le goût moins relevé, mais il est fort sucré, & très-recherché, parce qu'il charge beaucoup, & est hâtif.
Le muscat violet est d'un noir plus clair ; il a la couleur violette, les grappes fort longues, garnies de grains qui sont gros, très-musqués, & des meilleurs.
Le muscat de rizebate est musqué, a le grain plus petit que les autres ; son suc est si doux & si agréable, que ce seroit un de nos premiers raisins, s'il ne couloit point tant ; mais il dégénere presque toujours en raisin de Corinthe, ainsi que le damas ; l'un & l'autre n'ont point de pepin à cause de leur coulure.
Le muscat long, ou passe-musqué d'Italie, est fort gros, fort musqué, excellent en confitures & à manger crud ; ses grappes sont très-grosses & très-longues. Il est rare, curieux, & veut une pleine exposition du midi contre un mur ; il est le meilleur, & le plus parfumé des muscats en confiture.
Il y a le muscat long violet de Madere, qui est un raisin très-rare, & extraordinaire pour sa beauté & sa bonté.
Il y a encore le muscat de Jésu, dont le grain est fort gros, rond, des plus musqués, & des plus rares.
On compte aussi parmi les muscats, le jennetin, autrement dit le muscat d'Orléans, ou de saint Memin ; il est fort sucré, sujet à la coulure, & ressemble à la malvoisie ; c'est pourquoi quelques-uns l'appellent malvoisie blanche. Les limonadiers & les cabaretiers de Paris vendent quelquefois le vin de jennetin pour le muscat de Frontignan.
Le raisin de Corinthe, vitis corinthiaca, sive apyrina. J. B. est un raisin délicieux & sucré. Il a le grain fort menu & pressé, la grappe longue & sans pepin. Voyez RAISIN DE CORINTHE.
Le corinthe violet est un peu plus gros ; il est aussi excellent & sans pepin, mais fort sujet à couler, c'est pourquoi il veut être taillé plus long que les autres vignes.
Le raisin sans pepins est une espece de bar-sur-aube, dont le grain est moins gros, & un peu aigre ; il est très-bon à mettre au four n'ayant pas de pepins, d'où vient qu'on le nomme gros corinthe.
On remarque que tous les muscats & les corinthes sont sujets à la coulure, c'est pourquoi il faut les tailler longs ; on les greffe sur le bordelais quand on ne se soucie pas de les avoir musqués.
La malvoisie est un raisin gris, qui charge beaucoup ; le grain en est petit, sucré, relevé, hâtif, & si plein de jus qu'il passe, ainsi que l'auvernat gris d'Orléans, pour un des raisins les plus fondans ; la malvoisie rouge est de couleur de feu, & a les mêmes qualités que le précédent. La malvoisie blanche est plus rare & moins hâtive ; au reste la malvoisie grise est plus en usage, & on l'estime la meilleure des trois.
Il y a aussi la malvoisie musquée, autrement dit, muscat de malvoisie ; c'est un raisin excellent pour le relief de son musc, qui passe tous les autres ; il vient du Montferrat ; les environs de Turin en sont remplis.
Le bourguignon ou tresseau, est un raisin noir, assez gros, meilleur à faire du vin qu'à manger ; il charge des plus, & donne de grosses grappes.
Le bourguignon blanc, qu'on appelle en quelques endroits mourlon, a les noeuds à deux doigts & demi de distance, le fruit à courte queue & entassé, la feuille fort ronde, comme les gouais, & il résiste à la gelée.
Le noiraut, autrement dit teinturier ou plan d'Espagne, est une autre espece de bourguignon noir. Il a, comme le précédent, le bois dur, noir, la moëlle serrée & petite, les noeuds près l'un de l'autre, la feuille moyenne & ronde, la queue rouge, le grain serré, & qui teint noir ; il résiste à la gelée mieux qu'aucun autre, mais son suc est très-plat, & ne sert plus qu'à couvrir le vin, c'est pourquoi on en plante peu dans chaque vigne. Quand on en a un plan entier, on en fait du vin pour teindre les draps. Le raisin qu'on appelle simplement raisin noir ou raisin d'Orléans, est presque la même chose que le noiraut. Le ploqué lui ressemble aussi, mais il ne teint point ; c'est un raisin qui a dégénéré, & son suc n'étant ni bon ni délicat, il vaut mieux en ruiner l'espece que de la provigner.
Le bourdelais ou bourdelas, vitis uvâ peramplâ, acinis ovatis. I. R. H. s'appelle en Bourgogne grey, & en Picardie grégeoir ; il est de trois sortes, blanc, rouge & noir. Il a la grappe & les grains très-gros ; il est principalement propre à faire du verjus & des confitures. Il est encore excellent pour y greffer toutes sortes de raisins, entr'autres ceux qui sont sujets à couler, comme le damas & les corinthes ; à l'égard des muscats, ils ne seroient plus musqués si on les greffoit sur une autre sorte que sur des muscats même.
Le raisin d'abricot, la vigne grecque, & le farineau, sont trois especes de bourdelais. Le raisin d'abricot est ainsi appellé parce que son fruit est jaune & doré comme l'abricot, la grappe en est belle & des plus grosses.
La vigne grecque, vitis acino rubro, duricori, sapore dulci, Garidel nomme ainsi le raisin merveilleux ou le saint-Jacques en Galice, parce que ce canton espagnol en est plein ; il est rouge & a le grain gros & rond, le fruit doux, hâtif, & bon à faire du vin. Sa grappe est des plus belles & des plus grosses, & sa feuille, dans la maturité du fruit, devient panachée de rouge, ce qui est assez ordinaire aux raisins colorés de noir, de violet, & de rouge.
Le farineau ou rognon de coq est blanc, a le grain petit & long, & il est meilleur à faire du verjus que du vin.
Le sau-moireau s'appelle quille de coq aux environs d'Auxerre ; c'est un raisin noir, excellent à manger & à faire du vin ; il a le grain longuet, ferme, & peu pressé. Il y en a de trois sortes ; la premiere & la meilleure a le bois dur, & des provins noués courts ; la seconde approche fort de la premiere ; la troisieme se nomme sau-moireau chiqueté, ou prunelas blanc, parce qu'il a le bois plus blanc que les autres ; il fait du vin assez plat, ne porte que par année, & il est sujet à s'égrener entierement avant qu'on le cueille.
Le prunelas rouge ou négrier a la côte rouge, le bois noué, la moëlle grosse, la feuille découpée, la grappe grande, claire & fort rouge ; il mûrit des derniers, fait le vin âpre & de durée, c'est pourquoi on n'en met que peu dans les plans de vignes noires, & seulement pour noircir & affermir le vin ; il resiste à la gelée.
Le mélier blanc est un des meilleurs raisins pour faire du vin & pour manger ; il charge beaucoup, a bon suc, se garde, & est excellent à faire sécher au four.
Le mélier noir n'est pas si bon, & il n'a pas tant de force en vin.
Le mélier verd, qu'on appelle en quelques endroits simplement plan verd, est le plus recherché, parce qu'il charge beaucoup, ne coule point, & son vin n'en devient pas jaune.
Le surin est une espece de mélier un peu pointu, d'un bon goût, & fort aimé en Auvergne.
Le gamet est un raisin commun, qui charge beaucoup, & vient mieux que tout autre, mais le vin en est petit, de peu de saveur, & son plan dure peu d'années. Il y a le gamet blanc & noir ; on appelle du vin grossier, gros gamet.
Le gouais est fort commun ; son plan dure cent ans en terre, & il a la grappe plus grosse & plus longue que le gamet ; mais il est de pareille qualité pour faire du vin. Il est infiniment meilleur en verjus, soit liquide ou confit, qu'en vin.
Outre ces onze especes de raisins les plus générales, il y en a d'autres particulieres qu'il est bon de connoître.
Le beaunier, ainsi nommé parce qu'il est fort connu & fort estimé à Beaune, est un raisin qui charge beaucoup, & tire sur le gouais blanc, mais il est bien meilleur ; on l'appelle à Auxerre servinien.
Le fromenteau est un raisin exquis & fort connu en Champagne ; il est d'un gris rouge, ayant la grappe assez grosse, le grain fort serré, la peau dure, le suc excellent, & fait le meilleur vin ; c'est à ce raisin que le vin de Sillery doit son mérite.
Le sauvignon est un raisin noir, assez gros, long, hâtif, d'un goût très-relevé & des meilleurs. Il y a aussi le sauvignon blanc, qui a les mêmes qualités que le noir ; l'un & l'autre sont rares & peu connus.
Le piquant-paul est un raisin blanc, fort doux ; on l'appelle autrement bec d'oiseau, & en Italie pizutelli, c'est-à-dire, pointu, parce qu'il a le grain gros, très-long, & pointu des deux côtés.
Il y a aussi le pizutelli violet, dit dent de loup, qui a le grain long, mais moins pointu ; c'est un des plus beaux raisins & des plus fleuris ; il est assez bon, & se garde long-tems. Nous avons encore un autre raisin qu'on appelle le gland, parce qu'il lui ressemble ; il est jaune, doux, de garde.
La blanquette de limous, est un raisin blanc & pellucide comme du verre ; la grappe en est longue & assez grosse. Il charge beaucoup, & son jus est délicieux.
La roche blanche & noire charge aussi beaucoup, la grappe en est grosse & longue, le grain assez menu & fort serré ; il mûrit avec peine, parce que c'est une espece de petit bourdelais.
Le gros noir d'Espagne, ou la vigne d'Alicante, donne une grosse grappe garnie de gros grains bons à manger, & encore plus à faire le vin d'Alicante, si vanté.
Le raisin d'Afrique a ses grains gros comme des prunes. Il y a le rouge & le blanc. Ses grappes sont extraordinaires pour leur grosseur ; le grain est plus long que rond ; le bois en est épais, la feuille très-grande & large ; il veut un soleil brûlant pour mûrir.
Le maroquin ou barbarou, est un gros raisin violet, dont les grappes sont aussi d'une grosseur extraordinaire ; le grain en est gros, rond & dur, le bois rougeâtre, & la feuille rayée de rouge. Il y en a de cette espece qui rapporte extraordinairement.
Le damas, vitis damascena, H. R. P. est encore un excellent raisin à manger ; la grappe en est fort grosse & longue, le grain très-gros, long, ambré, & n'a qu'un pepin ; il coule souvent & veut être taillé long ; il y en a de blanc & de rouge.
Le raisin d'Italie, autrement dit pergoleze, vitis pergulana, uvâ peramplâ, acino oblongo, duro, majore, subviridi, de Garidel, est de deux sortes, blanc & violet ; il a la grappe grosse & longue, le grain longuet & clair semé, mais il mûrit avec peine en France.
La vigne de Mantoue donne un fruit fort hâtif, mûrit dès le commencement d'Août. Le grain est assez gros, plus long que rond, fort jaune, ambré, & d'un sûr extraordinaire.
Le raisin d'Autriche ou ciouta, a la feuille découpée comme le persil. Il est blanc, doux, charge beaucoup, ressemble au chasselas, mais il est peu relevé en vin.
Le raisin suisse est plus curieux que bon ; il a la grappe grosse & longue, les grains rayés de blanc & de noir, & quelquefois mi-partis.
Voilà une énumération bien ample des diverses especes de raisin, car j'aurois peut-être dû n'en parler que comme Pline l'a fait de son tems. Les grappes de raisin, dit-il, different entr'elles par leur couleur, leur goût, & leurs grains ; il résulte de ces différences une multitude innombrable d'especes qui va se multipliant tous les jours ; ici elles sont purpurines, là de couleur de rose, vertes ailleurs ; mais les noires & les blanchâtres sont les plus communes. Les unes ressemblent à des mamelles gonflées, les autres s'allongent & portent le grain long comme la datte ; en un mot les terreins ne different pas plus entr'eux que les grappes de raisin, ensorte qu'on peut assurer qu'il en est de la vigne comme des poiriers & des pommiers, c'est-à-dire qu'on en trouve une infinité d'especes différentes ; il s'en produit & s'en peut produire tous les jours de nouvelles. (D.J.)
RAISIN BARBU, (Botan.) on sait que la cuscute grimpe jusqu'au haut de la plante à laquelle elle est adhérente, lorsque cela lui est plus facile. Si la plante est basse, comme le thym & le serpolet, elle s'y étend horisontalement ; si la plante est très-haute & qu'elle puisse pousser vers le bas, elle jette de longs filets qui semblent vouloir chercher la terre ; c'est ce qui arrive lorsqu'elle est attachée à une grappe de raisin, on diroit qu'elle affecte alors de laisser pendre ses tiges qui deviennent très-longues ; leur entre la cement forme une masse qui va toujours en se retrécissant, & qui donne à cette grappe de raisin un certain air de monstruosité ; ce phénomene en a imposé, & a valu au raisin ainsi fait le nom de raisin barbu ou chevelu.
Lycosthène, dont l'esprit étoit tout porté pour le merveilleux, témoin son ouvrage intitulé, prodigiorum & ostentorum chronicon ; Lycosthène, dis-je, ne trouva dans ce fait naturel qu'une prodigieuse monstruosité, & tous ceux qui l'ont suivi ont vû par les mêmes yeux ; la nature a paru même à Jean Bauhin s'écarter ici de ses lois générales.
Il est moins étonnant que Licet ait regardé ce raisin comme un vrai monstre, désirant de prouver qu'il y en avoit dans tous les genres d'êtres, il a cité ces grappes de raisin pour un exemple des monstres de la végétation.
Enfin Borel est le premier qui ait reconnu que cette prétendue monstruosité n'étoit dûe qu'à la cuscute qui s'attachoit à la grappe de raisin, & qui selon lui s'y agglutinoit ; l'usage qu'il vouloit tirer de ce fait, l'a engagé à l'observer un peu plus attentivement que ceux qui l'avoient précédé. Comme il vouloit expliquer comment un fil de soie pouvoit s'être enté sur l'oeil d'un particulier, rien ne lui parut plus propre à justifier cette ente que la cuscute. Il se persuada que c'étoit par une glu qu'elle s'attachoit aux raisins, & qu'il en avoit été ainsi de ce fil de soie ; cependant il s'est trompé dans l'une & l'autre de ses observations. La cuscute n'a point la glu qu'il lui attribue, ce n'est point par elle qu'elle s'attache aux autres plantes, & jamais fil de soie ne s'est enté sur l'oeil de personne ; en un mot Borel a expliqué par une ridicule supposition un fait imaginaire.
Les tems ont changé ; il n'y a plus aujourd'hui de physicien qui ne sache la raison de la prétendue monstruosité du raisin barbu : mais le commun des hommes est encore frappé de cet accident, comme d'une chose qui tient du merveilleux ; & même quantité de gens qui se piquent de connoissances au-dessus du vulgaire, ignorent que le raisin barbu n'est autre chose qu'un raisin où la cuscute se crampone, étend ses tiges, & y insinue la partie avec laquelle elle tire son suc nourricier. Voy. CUSCUTE. (D.J.)
RAISIN DE CORINTHE, (Hist. des drog.) voyez-en l'article au mot RAISIN SEC, Botan. (D.J.)
RAISIN DE MER, ephedra, genre de plante dont la fleur n'a point de pétales ; elle est composée de plusieurs étamines & stériles ; les embryons naissent sur d'autres parties de cette plante, ou sur d'autres plantes du même genre qui ne rapportent point de fleurs ; ils deviennent dans la suite un fruit mou, ou une baie garnie d'une capsule, qui renferme des semences le plus souvent oblongues. Tournefort, Inst. rei herb. corol. Voyez PLANTE.
Le raisin de mer est une espece d'ephedra, nommée par Tournefort ephedra maritima major ; c'est un arbrisseau qui croît à la hauteur d'un homme, & son tronc est quelquefois gros comme le bras ; il jette plusieurs rameaux grêles, déliés presque comme ceux du jonc, séparés par des noeuds comme dans l'equisetum, de couleur noirâtre ; ces rameaux se divisent en plusieurs autres dont les extrêmités ou sommets sont pointus, durs & épineux : cet arbrisseau ne porte point de feuilles ; ses fleurs sortent des noeuds des branches attachées à un pédicule menu ; elles sont disposées en petites grappes de couleur herbeuse, blanchâtre ; il leur succede des baies ou fruits pleins de jus, soutenues par un calice en forme de calotte, & prenant une couleur rouge quand ils sont mûrs ; leur goût est acide & agréable ; ils renferment des semences triangulaires, pointues, dures, astringentes ; la racine est oblongue, noueuse : cette plante vient aux lieux sablonneux & maritimes, en Languedoc, en Provence, & autres pays chauds. (D.J.)
RAISIN D'OURS, (Botan.) Tournefort ne compte qu'une seule espece de ce genre de plante qu'il nomme ursiva, I. R. H. 599. c'est un petit arbrisseau bas qui ressemble à l'airelle ou mirtille ; mais ses feuilles sont plus épaisses, oblongues, arrondies, approchantes de celles du buis, rayées des deux côtés, nerveuses, d'un goût astringent, accompagné d'amertume ; ces feuilles sont attachées à des rameaux ligneux, longs d'un pié, couverts d'une écorce mince & facile à séparer ; ses fleurs naissent en grappes aux sommités des branches, formées en grelots, de couleur rouge : lorsqu'elles sont passées, il leur succede des baies presque rondes, molles, rouges, renfermant chacune cinq osselets, rangés ordinairement en côte de melon, arrondis sur le dos, applatis dans les autres côtés ; ces baies ont un goût styptique. Cet arbrisseau croît aux pays chauds, comme en Espagne, en Italie, & autres contrées méridionales. (D.J.)
RAISIN DE RENARD, herba Paris ; genre de plante à fleur en croix, composée de quatre pétales, & d'autant d'étamines pour l'ordinaire. Le pistil sort du calice & devient dans la suite un fruit mou, presque rond, divisé en quatre loges, qui renferme des semences le plus souvent oblongues. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE.
RAISIN DE RENARD, (Mat. méd.) cette plante est alexipharmaque, cephalique, résolutive & anodine, s'il faut en croire certains auteurs ; & elle est venimeuse, s'il faut en croire certains auteurs qui paroissent avoir été trompés par les noms de solanum & d'aconitum, que quelques Botanistes lui ont donné. Quoi qu'il en soit, elle est presque absolument inusitée pour l'usage intérieur, & fort rarement employée dans l'usage extérieur. Plusieurs auteurs recommandent pourtant beaucoup l'application extérieure des feuilles & des baies de raisin de renard, contre les bubons pestilentiels, les phlegmons, l'inflammation des bourses, des testicules & de la verge. Ettmuller propose, comme un excellent remede pour calmer les douleurs atroces du cancer, l'application des feuilles de cette plante pilées dans un mortier de plomb. (b)
RAISIN SEC, (Botan.) les raisins secs sont des fruits mûrs de la vigne, qu'on a séchés au soleil ou au four. On les nommoit autrefois passes en françois, uva passa en latin, & par Dioscoride , qui désigne tout raisin séché. Les anciens Grecs en distinguent de deux sortes ; savoir, les raisins dont on coupoit légerement avec un couteau le pédicule, jusqu'à la moitié, ou qu'on lioit fortement & qu'on laissoit au cep, afin qu'ils se séchassent au soleil ; c'est ce qu'ils appelloient ; mais ceux que l'on séparoit du cep & que l'on faisoit sécher au soleil dans un lieu particulier, ils les nommoient . Dioscoride se sert très-souvent de ce mot, & Columelle nous a indiqué les soins que l'on prenoit pour cette opération ; signifie l'endroit où l'on faisoit sécher les raisins.
On distingue chez les Epiciers trois principales sortes de raisins secs ; savoir, ceux de Damas qui sont les plus gros ; ceux qui tiennent le milieu, tels que les nôtres ; & ceux qui sont les plus petits, ou ceux de Corinthe.
Les raisins de Damas se nomment dans nos auteurs, uvae passae maximae, seù passulae damascena, vitis damascena, dans Tournefort I. R. H. zibib chez les Arabes. Ce sont des raisins desséchés, ridés, applatis, d'environ un pouce de longueur & de largeur, bruns, à demi-transparens, charnus, couverts d'un sel essentiel semblable au sucre, contenant peu de graines ; leur goût, quoique doux, n'est pas agréable.
On les appelle raisins de Damas, parce que l'on les recueille & qu'on les prépare dans la Syrie, aux environs de Damas ; cette ville fameuse qui subsistoit dès le tems d'Abraham, qui a souffert tant de révolutions, & qui est enfin tombée avec toute la Syrie en 1516, sous la domination de l'empire Ottoman. On nous les envoye dans des bustes, especes de boîtes de sapin à demi rondes, & de différentes grandeurs, du poids depuis quinze livres jusqu'à soixante.
Ces raisins tels qu'on les apporte en France, sont égrenés, plats, de la longueur & grosseur du bout du pouce, ce qui doit faire juger de leur grosseur extraordinaire quand ils sont frais, & empÊCher qu'on trouve tout-à-fait incroyable, ce que des voyageurs ont écrit dans leurs relations, qu'il y a des grappes de ces raisins qui pesent jusqu'à douze livres. Nous pouvons d'autant moins leur refuser croyance, que nous avons en Provence & en Languedoc, des grappes de raisin du poids de six livres.
On aime les raisins de Damas, nouveaux, gros, bruns, charnus & bien nourris ; on rejette ceux qui sont trop gras, qui s'attachent aux doigts, qui sont couverts de farine, cariés, & sans suc. Au lieu de raisins de Damas, on nous vend quelquefois des raisins de Calabre, ou des raisins aux jubis, applatis, & mis dans des bustes ou boîtes des véritables Damas ; la fourberie n'est pas difficile à découvrir pour peu qu'on s'y connoisse. Les raisins de Damas sont gros, grands, secs & fermes, d'un goût fade & désagréable : ceux de Calabre aussi-bien que les jubis, sont gras, mollasses, & d'un goût sucré. De plus, il est facile de distinguer dans les boîtes, des raisins qui y ont été mis exprès & après coup, d'avec ceux qui n'ont jamais été remués, & qui ont été empaquetés en Syrie. Après tout, la tricherie n'est mauvaise que dans le prix ; car pour l'usage, les raisins de Calabre méritent la préférence.
La vigne qui porte le raisin de Damas, s'appelle vitis damascena, H. R. R. elle differe des autres especes de vignes, sur-tout par la grosseur prodigieuse de ses grains, qui ont la figure d'une olive d'Espagne, ou qui ressemblent à une prune. Il n'y a que quelques curieux qui cultivent en Europe ce raisin par singularité, parce qu'il déplaît au goût, & qu'il ne mûrit qu'à force de chaleur.
Les raisins passes ou passerilles, ou raisins de Provence s'appellent en latin uvae passae minores, seu vulgares ; ce sont des raisins séchés au soleil, semblables aux premiers, mais plus petits, doux au goût, agréables & comme confits ; on les substitue aux raisins de Damas, & ils valent bien mieux. On les prépare en Provence & en Languedoc, mais non pas de la même espece de vigne précisément ; car les uns prennent les raisins muscats, ou les fruits de la vigne appellée vitis apiana, C. B. P. 298 ; d'autres se servent des picardans, d'autres des aujubines, &c.
Les habitans de Montpellier attachent les grappes deux à deux avec un fil, après en avoir ôté les grains gâtés avec des ciseaux ; ils les plongent dans l'eau bouillante, à laquelle ils ont ajoûté un peu d'huile, jusqu'à-ce que les grains se rident & se fanent ; ensuite ils placent ces grappes sur des perches pour les sécher, & trois ou quatre jours après, ils les mettent au soleil. Pour qu'ils soient de la qualité requise, ils doivent être nouveaux, secs, c'est-à-dire les moins gras & les moins égrenés qu'il se pourra, en belles grappes, claires, luisantes, d'un goût doux & sucré. Les raisins muscats sont de moyenne grosseur, d'un goût musqué & fort délicat ; ils se tirent de Languedoc, particulierement des environs de Frontignan, en petites boîtes de sapin arrondies, qui pesent depuis cinq livres jusqu'à quinze. Les raisins picardans approchent assez des jubis, mais ils sont petits, secs, arides, & de qualité inférieure. Voilà nos meilleurs raisins de France qui servent au dessert, en collation de carême, & dont on peut faire des boissons & des décoctions pectorales, convenables dans toutes les maladies qui naissent de l'acrimonie alkaline des humeurs. On peut employer au même but des raisins de Calabre qui nous viennent par petits barrils, où les grappes sont enfilées d'une même ficelle, à-peu-près comme des morilles.
L'on peut également leur substituer les raisins de Malaga, qu'on nomme raisins sol ; ce sont des raisins égrenés, de couleur rougeâtre, bleuâtre, ou violette, secs, d'un très-bon goût, avec lesquels on fait les vins d'Espagne, & que l'on tire de ce pays-là : voici comme on les prépare ; on trempe les grappes de raisins mûrs dans de la lie bouillante, faite des cendres du sarment ; on les en retire sur le champ, on les étend sur des clayes ; on les laisse sécher au soleil ; on en remplit ensuite des cabas, & on les reçoit en barrils de quarante à cinquante livres. Il y a encore les marocains qui sont d'autres raisins d'Espagne, mais très-peu connus en France.
Je passe aux raisins de Corinthe, uvae passae minimae, ou passulae corinthianae ; ce sont de petits raisins secs égrenés, de différentes couleurs, rouges ordinairement, ou plutôt noirs purpurins, de la grosseur des grains de groseilles communes, ou des baies de sureau, sans pepin, doux au goût, avec une légere & agréable acidité ; on les transporte de plusieurs endroits de l'Archipel, & entr'autres de l'isthme de Corinthe, d'où ils ont pris leur nom. On les cultivoit autrefois dans tous les alentours de Corinthe, & en particulier aux environs de ce bois de cyprès, où Diogène jouissoit d'un loisir philosophique, lorsqu'il prit envie à Alexandre de l'y aller surprendre ; mais aujourd'hui, soit par la négligence des habitans de ce pays-là, soit par d'autres raisons, la culture en a passé dans les îles soumises aux Vénitiens.
Ce que raconte Wheler dans son voyage de Grece & de Dalmatie, des divers lieux d'où se tirent ces sortes de raisins, de la maniere qu'on les y prépare, & de la quantité qu'on en transporte en Europe, est assez curieux pour que le lecteur ne soit pas fâché d'en trouver ici le précis.
Il n'y a pas long-tems, dit ce voyageur anglois, qu'on recueilloit encore un peu de raisins de Corinthe à Vasilica, qui est l'ancienne Sicyone, éloignée de Corinthe seulement de six à sept milles ; mais comme on n'en trouvoit pas le débit chez les Turcs, on les a négligés. Depuis que les Chrétiens ont été dépossédés de la Grece, & que le sultan a bâti deux châteaux aux bouches du golfe de LÉpante, il ne permet pas aux grands vaisseaux d'entrer dans ce golfe, de peur de quelque surprise, sous prétexte d'aller chercher des raisins de Corinthe. On cultive néanmoins ces raisins sur la côte du golfe & à Vobtilsa, & on les porte à Patras où il en croît aussi. Ces trois lieux en peuvent fournir la charge d'un vaisseau médiocre.
Vis-à-vis de Patras, dans le pays des anciens étoliens, il y a un village nommé Anatolico, bâti comme Venise dans un marais, & peuplé d'environ 200 feux. Ses habitans y cultivent dans la terre-ferme du voisinage le raisin de Corinthe, qui y réussit merveilleusement. Il est beau & bon, & deux fois plus gros que celui de Zante. Ils en peuvent charger avec ceux du village de Messalongi, un grand vaisseau. Le raisin de Corinthe croît encore dans l'île de Céphalonie, & sur-tout dans celle de Zante.
Boterus n'a pas eu tort d'appeller cette derniere île, l'île d'or, à cause de sa fertilité & de sa beauté ; mais elle mérite encore mieux ce nom, depuis que les Vénitiens ont trouvé le moyen d'en tirer tous les ans du profit par le trafic en général, & en particulier par celui de ses raisins. Cette île de la mer Ionienne, au couchant de la Morée dont elle est éloignée d'environ 15 lieues, & au midi de la Céphalonie, gouvernée par un provéditeur vénitien, est le principal endroit où on les cultive. Ils ne viennent pas sur des buissons comme des groseilles rouges & blanches, quoiqu'on le croye ordinairement, mais sur des vignes comme l'autre raisin ; excepté que les feuilles sont un peu plus épaisses, & que la grappe est un peu plus petite. Ils n'ont aucun pepin, & ils sont à Zante tout rouges, ou plutôt noirs.
Ils croissent dans une belle plaine de douze milles de long, & de quatre ou cinq de large, à l'abri des montagnes qui bordent les rivages de l'île ; desorte que le soleil rassemblant ses rayons dans ce fonds, y fait parfaitement mûrir les raisins de Corinthe, le raisin muscat & le raisin ordinaire, dont l'on fait du vin très-fort. Cette plaine est séparée en deux vignobles où il y a quantité d'oliviers, de cyprès, & quelques maisons de campagne qui, avec la forteresse & la croupe du mont di Scoppo, présentent un aspect charmant.
On vendange ces raisins dans le mois d'Août, on en fait des couches sur terre jusqu'à ce qu'ils soient secs. Après qu'on les a rassemblés, on les nettoie, & on les apporte dans la ville pour les mettre dans des magasins qu'ils appellent seraglio : on les y jette par un trou jusqu'à ce que le magasin soit plein. Ils s'entassent tellement par leur poids, qu'il faut les fouir avec des instrumens de fer ; quand on les met en barrils pour les envoyer quelque part, des hommes se graissent les jambes, & les pressent avec les piés nus afin qu'ils se conservent mieux, & qu'ils ne tiennent pas tant de place. Le millier pesant revient à l'acquéreur à environ 24 écus, quoique le premier achat ne soit que de 12 écus ; mais on paye autant de douanne à l'état de Venise que pour l'achat même. On fait quelquefois par curiosité du vin de ce raisin, il est cependant si violent, qu'il pourroit passer pour de l'eau-de-vie.
L'île de Zante fournit tous les ans assez de raisins de Corinthe, pour en charger cinq ou six vaisseaux ; Céphalonie pour en charger trois ou quatre ; Nachaligo ou Anatolico, Messalongi & Patras, pour en charger un : on en transporte aussi quelque peu du golfe de LÉpante. Les Anglois ont un comptoir à Zante, qui est conduit par un consul, & cinq ou six marchands pour ce commerce. Les Hollandois y ont un consul, & un ou deux marchands ; & les François n'y ont qu'un commis, qui est le consul & le marchand tout ensemble. Les Anglois achetent presque tout le raisin de Corinthe.
Les Zantins n'ont pas beaucoup de connoissance de l'usage que l'on en fait en Europe ; ils sont persuadés que l'on ne s'en sert que pour teindre les draps, & ils n'ont pu imaginer la consommation prodigieuse qu'en font les Anglois dans leurs mets, leurs pâtés de Noël, leurs gâteaux, leurs tartes, leurs puddings, &c.
Les apothicaires sont ceux qui en débitent la moindre partie.
Ils viennent ordinairement en France par la voie de Marseille, dans des balles du poids de deux à trois cent livres, où ils sont extrêmement pressés & entassés. Les Anglois & les Hollandois en tems de paix, en apportent aussi quantité à Bordeaux, à la Rochelle, à Nantes & à Rouen.
Les raisins de Corinthe doivent se choisir nouveaux, petits, en grosses masses, point frottés de miel, ni mangés de mites. Quand ils sont bien emballés, ils peuvent se garder deux ou trois ans, en ne les remuant point, & ne leur donnant aucun air. La vigne qui les porte, vitis corinthiaca, sive apyrina, J. B. 2. 72. est semblable aux autres ; les feuilles sont seulement plus grandes, moins découpées, obtuses, plus épaisses, & blanches en-dessous.
Tous les raisins secs dont nous avons parlé, se vendent au quintal de cent livres à Amsterdam : le prix de ceux de Corinthe y est depuis 10 jusqu'à 17 florins le quintal : leur tare est de 16 pour 100, leur déduction de 2 par 100 pour le bon poids, & autant pour le promt paiement. Les raisins longs s'y vendent depuis 10 jusqu'à 12 florins les cent livres ; leur tare est de 10 pour 100. Les raisins ronds de cabas, s'achetent depuis 7 jusqu'à 9 florins le quintal. Ils ne déduisent en tout que un pour 100, pour le promt paiement.
Dans les pays septentrionaux on se sert de raisins secs pour faire un vin artificiel, vigoureux, & qui n'est pas désagréable. En pilant ces raisins dans de l'eau bouillante, & les laissant macérer & fermenter, on retire de ce vin de l'eau-de-vie & un esprit de vin. (D.J.)
RAISIN, (Diete & Mat. méd.) le raisin est sur-tout connu par le suc qu'on en exprime, qui étant récent porte le nom de mout, & qui est changé par une espece de fermentation dont il est éminemment susceptible, en cette liqueur si connue sous le nom de vin. Voyez MOUT & VIN. Il ne s'agit dans cet article que des qualités diététiques, des usages & des vertus médicamenteuses du raisin même. Sous ce point de vûe on doit le considérer dans deux états différens ; savoir lorsqu'il est récent, ou du moins frais & bien conservé, ou lorsqu'il est réduit par une dessication artificielle en raisin sec, appellé aussi dans les boutiques passe ou raisins passes, en latin uvae passae.
Les raisins frais sont un aliment très-sain, pourvû qu'on les mange dans un état de parfaite maturité. Ils sont pourtant sujets à l'inconvénient de fournir un suc qui épaissit la salive, qui empâte la bouche & l'ésophage, & qui excite la soif par cette raison. Les raisins qui donnent le meilleur vin sont précisement ceux qui ont éminemment cette qualité, ou plutôt ce vice diététique. Mais il y a quelques especes de raisin dont le suc est très-aqueux, & qui en sont presque absolument exempts : ceux-là n'excitent dans la bouche que le sentiment de fraîcheur, joint à une douceur agréable, & à un goût assez relevé quoique sans parfum proprement dit, ce qui les fait regarder avec raison, comme le plus excellent des fruits, sur-tout dans les pays chauds où les fruits très-aqueux sont aussi salutaires qu'agréables. Le raisin qui est connu en bas Languedoc sous le nom d'aspiran, sous celui de verdal, & sous celui de rabaieren, est vraisemblablement le premier, le plus excellent des raisins à manger. Il joint aux qualités du suc que nous venons d'exposer, la circonstance d'avoir des grains très-gros ; d'avoir une peau extrêmement mince, & de n'avoir qu'un ou deux très-petits pepins. Le village de Pignan, à une lieue & demie de Montpellier, & ceux de Nefie, de Fontés, de Nizas, de Caux & de Peret, aux environs de Pézenas, sont les cantons où ce raisin est le plus beau & le meilleur.
Une observation d'agriculture singuliere à-propos de la vigne qui porte ces raisins aux environs de Pézenas, c'est que la plûpart des seps sont plantés dans des fentes de rochers, qui sont dans tout ce canton une lave très-dure, sans que le fruit dont ces seps se chargent très-abondamment, souffre notablement de la chaleur du climat, & des longues sécheresses qui y sont très-communes en automne.
Le chasselas de Champagne, & celui de Fontainebleau, est encore un très-bon raisin à manger ; & il ne fait aussi-bien que l'aspiran du Languedoc, qu'un petit vin sans corps & peu durable.
Le raisin muscat n'est presque plus mangeable dès qu'il est parfaitement mûr, & cela à cause de la viscosité de son suc, dont nous avons parlé au commencement de cet article ; viscosité qui dégénere même en une certaine âcreté ; & lors même qu'on le mange avant qu'il soit parvenu à ce point, il n'est jamais très-salutaire ; il est venteux, sujet à donner des coliques, on le croit même propre à procurer des accès de fievre ; mais il y a apparence qu'il ne produit ces mauvais effets, que parce qu'on le mange ordinairement étant encore verd : or il est assez bien observé qu'en général le raisin verd est très-fiévreux.
Les raisins mûrs au contraire, non-seulement sont très-salutaires, comme nous l'avons observé plus haut, mais il est très-vraisemblable que l'opinion populaire qui les fait regarder comme une ressource assurée contre les restes des maladies d'été, & surtout contre les reliquats ordinaires des fievres intermittentes, savoir, la maigreur, la jaunisse, les obstructions naissantes, les petites toux seches, &c. que cette opinion, dis-je, n'est pas absolument dénuée de fondement. Laissez-nous attraper les raisins, disent communément dans les provinces où ils sont très-abondans, les convalescens dont nous venons de parler ; ils se gorgent en effet de ce fruit lorsque la saison en est venue, & la plûpart s'en trouvent très-bien. Au reste ce n'est pas par une action purement occulte qu'ils produisent cette merveille, ils entretiennent une liberté de ventre, & même une légere purgation continue, dont l'efficacité est observée contre les incommodités dont nous venons de parler.
Les raisins secs sont employés en médecine de toute antiquité. On en distingue à-présent dans les boutiques des apothicaires de trois especes ; savoir, le raisin de Damas, le raisin de notre pays, qu'on appelle communément à Paris passerille ou raisin de Provence, & le raisin de Corinthe.
On peut très-bien se passer des raisins de Damas, moyennant les raisins de Provence, je veux dire quant à l'usage pharmaceutique ; car quant à l'usage diététique, les premiers sont d'un goût peu agréable, & on ne les sert jamais sur nos tables. Les raisins de Corinthe ne paroissent pas non-plus dans nos desserts, on les emploie seulement dans quelques ragoûts, & dans quelques pâtisseries ; mais beaucoup plus chez quelques peuples nos voisins, que chez nous.
Les raisins secs contenant ce suc doux & mielleux, dont nous avons parlé au commencement de cet article, beaucoup plus concentré ou rapproché que le raisin frais le plus doux & le plus mûr, on peut déduire les qualités diététiques des uns, de ce que nous avons observé de celles des autres. Cependant si on mange modérément des raisins secs à la fin du repas, ils n'incommodent point ordinairement, & sur-tout si on boit par-dessus de l'eau pure ; car l'eau est le remede direct & infaillible de l'épaississement incommode de la salive qu'occasionnent tous les corps très-doux : ainsi on en boit utilement encore sur le raisin frais très-doux. Les usages pharmaceutiques des raisins secs sont plus étendus, on les emploie d'abord dans plusieurs compositions magistrales, ils font ordinairement avec les autres fruits doux & secs, comme figues, dattes, &c. la base ordinaire des tisanes pectorales. On les regarde comme éminemment pectoraux. Voyez PECTORAL & FIGUE, Matiere médicale. On vante chez eux une qualité adoucissante, plus générale & capable d'affecter les reins, la vessie, le foie, &c. tous effets fort douteux, aussi-bien que le pectoral ; car ce suc doux n'est autre chose que le suc nourrissant végétal, très-pur, qui ne peut arriver aux reins, à la vessie, &c. qu'après avoir été digéré, & par conséquent changé, réduit à l'état très-commun de chyle, &c. Voyez DOUX, chymie ; DOUX, diete, INCRASSANT, MUQUEUX, NOURRISSANT, &c. On les emploie plus utilement à masquer le goût de certains remedes désagréables, & principalement du séné. Il est encore suffisamment parlé de cet usage, qui est aussi propre à la figue seche, & aux autres substances analogues, à l'article FIGUE, Matiere médicale, voyez cet article. Voyez aussi l'article CORRECTION, Pharmacie.
Les raisins secs entrent dans plusieurs compositions pharmaceutiques, ceux de Provence en particulier, sont demandés dans la pharmacopée de Paris, pour le syrop d'érysimum, pour celui de guimauve, de Fernel, & pour l'électuaire lénitif ; & ceux de Damas, pour le syrop de Rossolis composé, & pour le syrop de tortue. (b)
RAISIN, (Critiq. sacrée) l'abondance des vignobles de la Palestine a donné lieu dans le vieux Testament à des comparaisons & façons de parler communes, tirées du raisin qui croissoit merveilleusement dans ce pays-là. Nous lisons dans les Nomb. xiij. 24. qu'on en choisit un sep exprès, qui fut porté par deux hommes sur un bâton au camp de Cadé-borne. Aussi Moïse défendit aux Israélites d'être trop exacts à couper toutes les grappes des seps, & leur ordonna d'en laisser subsister pour les pauvres, Deuter. xxiv. 21. & LÉvit. xix. 10. C'est par cette raison que l'Ecriture désigne une destruction totale par la similitude d'une vigne que l'on dépouille jusqu'à la derniere grappe. LÉvit. vj. 9.
Le sang du raisin, c'est le vin. Il lavera son manteau dans le sang du raisin. Genèse, xlix. 11. C'étoit un proverbe qui signifioit, il établira sa demeure dans un pays de vignoble.
Les peres ont mangé le raisin verd, & les dents des enfans en sont agacées. Ce passage d'Ezéchiel, xviij. 2. ou plutôt cette façon de parler proverbiale, vouloit dire que les peres ont transgressé la loi, & que leurs enfans en ont souffert. (D.J.)
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| RAISINÉ | S. m. (Econom. rustiq.) espece de confiture qu'on prépare en faisant cuire le raisin écrasé, & dont on a séparé les grains, & quelquefois la peau, avec le vin doux, réduisant à une consistance convenable. Ce mets est d'un goût aigrelet assez agréable.
RAISINE BLANC, le raisiné blanc ou la résine blanche, est la térébenthine épaisse ou liquide qui découle des lentisques, sapins & pins ; il en découle aussi des cyprès, qui a la même vertu ; elle sert à la Peinture & à la Médecine.
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| RAISINIER | S. m. (Botan. exot.) arbre des îles Antilles, nommé par Jean Bauhin papyracaea arbor guajabara ; par les Caraibes, oulienis, & par les Espagnols, vero. Cet arbre croît à une hauteur médiocre, & rampe presque par terre au bord de la mer ; mais dans un bon terroir il devient assez haut. Sous l'écorce de son tronc, après qu'on a enlevé un aubier blanc de l'épaisseur de deux pouces, on trouve un bois rouge, solide, propre à des ouvrages de menuiserie. Ses feuilles sont rondes, larges comme la paume de la main, épaisses, vertes au fort de l'été, & rouges sur le déclin. Ses fleurs sont de petites fleurs comme celles de la vigne ; il leur succede des baies rougeâtres, & de la grosseur d'une noisette. Au lieu de pepins, chaque grain a sous une tendre pellicule, & sous fort peu de substance aigrelette, rafraîchissante, & d'assez bon goût, un noyau fort dur. (D.J.)
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| RAISON | S. f. (Logique) on peut se former diverses notions du mot raison. 1°. On peut entendre simplement & sans restriction cette faculté naturelle dont Dieu a pourvû les hommes, pour connoître la vérité, quelque lumiere qu'elle suive, & à quelque ordre de matieres qu'elle s'applique.
2°. On peut entendre par raison cette même faculté considérée, non absolument, mais uniquement en tant qu'elle se conduit dans ses recherches par certaines notions, que nous apportons en naissant, & qui sont communes à tous les hommes du monde. D'autres n'admettent point ces notions, entendent par la lumiere naturelle, l'évidence des objets qui frappent l'esprit, & qui lui enlevent son consentement.
3°. On entend quelquefois par la raison, cette lumiere naturelle même, par laquelle la faculté que nous désignons par ce même nom, se conduit. C'est ainsi qu'on l'entend ordinairement, lorsqu'on parle d'une preuve, ou d'une objection prise de la raison, qu'on veut distinguer par-là des preuves & des objections prises de l'autorité divine ou humaine. Au contraire, on entend cette faculté que nous appellons raison, lorsqu'on dit que cette raison se trompe, ou qu'elle est sujette à se tromper, qu'elle est aveugle, qu'elle est dépravée ; car il est visible que cela convient fort bien à la faculté, & nullement à la lumiere naturelle.
4°. Par raison on peut aussi entendre l'enchaînement des vérités auxquelles l'esprit humain peut atteindre naturellement, sans être aidé des lumieres de la foi. Les vérités de la raison sont de deux sortes ; les unes sont ce qu'on appelle les vérités éternelles, qui sont absolument nécessaires ; ensorte que l'opposé implique contradiction ; & telles sont les vérités dont la nécessité est logique, métaphysique ou géométrique, qu'on ne sauroit renverser sans être mené à des absurdités. Il y en a d'autres qu'on peut appeller positives, parce qu'elles sont les lois qu'il a plû à Dieu de donner à la nature, ou parce qu'elles en dépendent. Nous les apprenons ou par l'expérience, c'est-à-dire à posteriori, ou par la raison, & à priori, c'est-à-dire par des considérations tirées de la convenance, qui les ont fait choisir. Cette convenance a aussi ses regles & ses raisons ; mais c'est le choix libre de Dieu, & non pas une nécessité géométrique qui fait préférer le convenable. Ainsi on peut dire que la nécessité physique est fondée sur la nécessité morale, c'est-à-dire sur le choix du sage, digne de sa sagesse, & que l'une aussi bien que l'autre doit être distinguée de la nécessité géométrique. Cette nécessité physique est ce qui fait l'ordre de la nature, & consiste dans les regles du mouvement & dans quelques autres lois générales, que Dieu a établies en créant cet univers. Les lois de la nature sont toujours sujettes à la dispensation du législateur, qui peut, quand il lui plaît, les arrêter & les suspendre ; au lieu que les vérités éternelles, comme celles de la Géométrie, ne sont assujetties à aucune loi arbitraire. Or c'est à ces dernieres vérités que la foi ne sauroit jamais être contraire. La vérité ne peut jamais être attaquée par une objection invincible ; car si c'est une démonstration fondée sur des principes ou sur des faits incontestables, formée par un enchaînement de vérités éternelles, la conclusion est certaine & indispensable ; & ce qui y est opposé doit être nécessairement faux, autrement deux contradictoires pourroient être vraies en même tems. Que si l'objection n'est point démonstrative, elle ne peut former qu'un argument vraisemblable, qui n'a point de force contre la foi, puisqu'on convient que les mysteres de la religion sont contraires aux apparences. Voyez l'article MYSTERES, où l'on prouve contre Bayle la conformité de la foi avec la raison prise pour cet enchaînement de vérités éternelles, qui sont absolument nécessaires. Il faut maintenant marquer les bornes précises qui se trouvent entre la foi & la raison.
1°. Nulle proposition ne peut être reçue pour révélation divine, si elle est contradictoirement opposée à ce qui nous est connu, ou par une intuition immédiate, telles que sont les propositions évidentes par elles-mêmes, ou par des déductions évidentes de la raison, comme dans les démonstrations ; parce que l'évidence qui nous fait adopter de telles révélations ne pouvant surpasser la certitude de nos connoissances, tant intuitives que démonstratives, si tant est qu'elle puisse l'égaler, il seroit ridicule de lui donner la préférence ; & parce que ce seroit renverser les principes & les fondemens de toute connoissance & de tout assentiment : desorte qu'il ne resteroit plus aucune marque caractéristique de la vérité & de la fausseté, nulles mesures du croyable & de l'incroyable, si des propositions douteuses de voient prendre la place devant des propositions évidentes par elles-mêmes. Il est donc inutile de presser comme articles de foi des propositions contraires à la perception claire que nous avons de la convenance ou de la disconvenance de nos idées. Par conséquent, dans toutes les choses dont nous avons une idée nette & distincte, la raison est le vrai juge compétent ; & quoique la révélation en s'accordant avec elle puisse confirmer ces décisions, elle ne sauroit pourtant dans de tels cas invalider ses decrets ; & par-tout où nous avons une décision claire & évidente de la raison, nous ne pouvons être obligés d'y renoncer pour embrasser l'opinion contraire, sous prétexte que c'est une matiere de foi. La raison de cela, c'est que nous sommes hommes avant que d'être chrétiens.
2°. Comme Dieu, en nous accordant la lumiere de la raison, ne s'est pas ôté la liberté de nous donner, lorsqu'il le juge à propos, le secours de la révélation sur des matieres où nos facultés naturelles ne sauroient atteindre ; dans ce cas, lorsqu'il a plû à Dieu de nous fournir ce secours extraordinaire, la révélation doit l'emporter sur toutes les résistances de notre raison ; ces résistances n'étant ici fondées que sur des conjectures probables ; parce que l'esprit n'étant pas certain de la vérité de ce qu'il ne connoît pas évidemment, mais se laissant seulement entraîner à la probabilité, il est obligé de donner son assentiment à un témoignage qu'il sait venir de celui qui ne peut tromper ni être trompé. Lorsque les principes de la raison ne nous font pas voir évidemment qu'une proposition est vraie ou fausse, dans ce cas la révélation manifeste a lieu de déterminer l'esprit, comme étant un autre principe de vérité : & ainsi la proposition appuyée de la révélation devient matiere de foi, & audessus de la raison. La raison ne pouvant s'élever audessus de la probabilité, la foi a déterminé l'esprit où la raison est venue à manquer.
Jusques-là s'étend l'empire de la foi ; & cela sans faire aucune violence à la raison, qui n'est point blessée ou troublée, mais assistée & perfectionnée par de nouvelles lumieres émanées de la source éternelle de toute connoissance. Tout ce qui est du ressort de la révélation doit prévaloir sur nos opinions, sur nos préjugés & sur nos intérêts, & est en droit d'exiger de l'esprit un parfait assentiment. Mais une telle soumission de notre raison à la foi ne renverse pas pour cela les limites de la connoissance humaine, & n'ébranle pas les fondemens de la raison ; elle nous laisse la liberté d'employer nos facultés à l'usage pour lequel elles nous ont été données.
Si l'on n'a pas soin de distinguer les différentes jurisdictions de la foi & de la raison par le moyen de ces bornes, la raison n'aura point de lieu en matiere de religion ; & l'on n'aura aucun droit de se moquer des opinions & des cérémonies extravagantes qu'on remarque dans la plûpart des religions du monde. Qui ne voit que c'est là ouvrir un vaste champ au fanatisme le plus outré, aux superstitions les plus insensées ! Avec un pareil principe, il n'y a rien de si absurde qu'on ne croie. Par-là il arrive que la religion, qui est l'honneur de l'humanité, & la prérogative la plus excellente de notre nature sur les bêtes, est souvent la chose du monde en quoi les hommes paroissent les plus déraisonnables.
RAISON, (os de) en Anatomie, est l'os du devant de la tête, autrement appellé coronal. Voyez CORONAL.
RAISON, en terme d'Arithmétique & de Géométrie, est le résultat de la comparaison que l'on fait entre deux grandeurs homogenes, soit en déterminant l'excès de l'une sur l'autre, ou combien de fois l'une contient l'autre, ou y est contenue. Voyez RAPPORT.
Les choses homogenes ainsi comparées, s'appellent les termes de la raison ou du rapport ; la chose que l'on compare se nomme l'antécédent, & celle à laquelle on la compare, le conséquent. Voyez TERME.
On confond souvent le mot de raison avec celui de proportion, quoiqu'ils soient tout-à-fait différens l'un de l'autre. En effet, la proportion est une identité ou similitude de deux raisons. Voyez PROPORTION.
Par exemple, si la quantité A est triple de la quantité B, le rapport de A à B, c'est-à-dire de 3 à 1, est appellé la raison de A à B. Si deux autres quantités C & D ont la même raison l'une à l'autre que A & B ont entr'elles, c'est-à-dire que l'une soit le triple de l'autre, cette similitude de raisons constitue une proportion, & les quatre quantités A : B : : C : D sont en proportion ou proportionnelles.
La raison peut donc exister entre deux termes, mais il en faut un plus grand nombre pour former une proportion. Il y a deux manieres de comparer les grandeurs entr'elles : on trouve par la premiere de combien elles different entr'elles, c'est-à-dire de combien d'unités l'antécédent est plus grand ou plus petit que le conséquent.
Cette différence est appellée raison arithmétique, ou exposant du rapport arithmétique de deux nombres.
Ainsi, en comparant 5 & 7, on trouve que leur raison arithmétique est 2.
On trouve, en employant la seconde maniere de comparer, combien de fois l'antécédent contient ou est contenu dans le conséquent, c'est-à-dire quelle partie de la plus grande est égale à la plus petite.
Cette raison s'appelle pour l'ordinaire raison géométrique, ou simplement raison.
Wolf distingue la raison, eu égard à la quantité en général, en rationnelle & irrationnelle.
Raison rationnelle est celle de nombre à nombre, par exemple, comme 3 à 4. Voyez NOMBRE.
Raison irrationnelle est celle qu'on ne peut exprimer par aucun nombre rationnel.
Supposons, pour éclaircir la chose par un exemple, deux quantités A & B, dont A soit la plus petite ; si l'on retranche A de B autant de fois qu'elle le peut être, par exemple, cinq fois, il ne restera rien, ou bien il restera quelque chose. Dans le premier cas, A sera à B comme 1 à 5, c'est-à-dire, sera contenu cinq fois dans B ou A = 1/5 B ; cette raison sera donc rationnelle.
Dans le dernier cas, ou il restera quelques parties qui étant retranchées un certain nombre de fois de A, par exemple, trois fois, & pareillement de B, par exemple, sept fois, ne laissera aucun reste ; ou bien il ne restera aucune partie de cette espece. Dans le premier cas A est à B comme 3 à 7, ou A = 3/7 B, & la raison sera rationnelle. Dans le dernier cas, la raison de A à B ne peut être exprimée par des nombres rationnels, ni d'aucune autre maniere, excepté par des lignes ou par une série infinie. Voyez SERIE.
L'exposant d'une raison géométrique est le quotient qui nait de la division de l'antécédent par le conséquent ; l'exposant de la raison de 3 à 2 est 1/2 ; celui de la raison de 2 à 3 est 2/3 : car lorsque le moindre terme est l'antécédent, la raison, ou plutôt l'exposant est une fraction impropre ; d'où il suit que la fraction 3/4 = 3 : 4. Si l'unité tient lieu de conséquent, l'antécédent lui-même sera l'exposant de la raison : par exemple, la raison de 4 à 1 est 4. Voyez EXPOSANT.
Lorsque l'on compare deux quantités sans l'intervention d'une troisieme, ou l'une est égale à l'autre, ou inégale ; ce qui constitue une raison d'égalité ou d'inégalité.
Lorsque les termes de la raison sont inégaux, ou l'on compare le plus petit au plus grand, ou celui-ci au moindre, c'est-à-dire ou le moindre au plus grand, comme une partie à son tout, ou le plus grand au plus petit, comme le tout à sa partie. La raison détermine donc combien de fois le plus petit est contenu dans le plus grand, ou combien celui-ci contient le plus petit, c'est-à-dire à quelle partie du grand le petit est égal.
La raison que le plus grand terme a au plus petit, par exemple, 6 à 3, est appellée raison de plus grande inégalité ; & celle que le plus petit terme a au plus grand, par exemple, 3 à 6, est appellée raison de moindre inégalité.
Cette raison correspond à toutes sortes de quantités en général, soit discrettes ou continues, commensurables ou incommensurables ; mais la quantité discrette ou continue admet une autre espece de raison.
Lorsque le moindre terme d'une raison est une partie aliquote du plus grand, la raison de plus grande inégalité s'appelle multiple, multiplex, & la raison de moindre inégalité, sous-multiple. Voyez MULTIPLE.
Dans le premier cas particulierement, si l'exposant est 2, la raison s'appelle double ; triple, si c'est 3, &c. Dans le second cas, si l'exposant est 1/2, la raison est appellée sous-double ; si c'est 1/3, sous-triple, &c. Par exemple, la raison de 6 à 2 est triple, à cause qu'elle contient 2 trois fois : celle au contraire de 2 à 6 est sous-triple, à cause que 2 est le tiers de 6.
Si le plus grand terme contient le plus petit une ou plusieurs fois, plus une ou plusieurs parties, la raison de plus grande ou de moindre inégalité reçoit encore différens noms. Nous allons les donner ici, quoique la plûpart soient aujourd'hui peu en usage, mais ces noms pourront être utiles à ceux qui lisent les anciens auteurs.
Dans le premier cas, si l'exposant est 1 1/2, la raison est sesquialtere ; si 3 1/3, sesquitierce. Dans l'autre, si l'exposant est 2/3, la raison est appellée sous-sesquialtere ; si 3/4, sous-sesquitierce.
Par exemple, 3 est à 2 en raison sesquialtere, & 2 à 3 en raison sous-sesquialtere.
Lorsque le plus grand terme contient le plus petit une fois, & outre cela plus d'une de ses parties, la raison de plus grande inégalité s'appelle surpartiente, & celle de moindre inégalité sous-surpartiente.
Si l'exposant est 1 2/3, la raison s'appelle surbipartiente tierce ; si 1 3/4, surtripartiente quarte ; si 1 4/7, surquadripartiente septieme, &c. Dans le dernier cas, si l'exposant est 3/5, la raison s'appelle sous-surbipartiente tierce ; si 4/7, sous-surbipartiente quarte ; si &c. Voyez EUCLIDE.
Par exemple, la raison de 5 à 3 est surbipartiente tierce ; celle de 3 à 5 sous-surbipartiente tierce.
Lorsque le plus grand terme contient le plus petit plusieurs fois, & plus d'une de ses parties, la raison de plus grande inégalité s'appelle multiple surparticuliere ; & celle de moindre inégalité, sous-multiple, sous-surparticuliere.
Particulierement dans le premier cas, si l'exposant est 2 1/2, la raison est appellée double sesquialtere ; si 3 1/4 triple sesquiquarte, &c. Dans le dernier, la raison est appellée sous-double, sous sesquialtere, si l'exposant est 2/5, & sous-triple sous-sesquiquarte, s'il est 1/12, &c.
Par exemple, la raison de 16 à 5 est triple sesquiquinte ; celle de 4 à 9, sous-double sous-sesquiquarte.
Enfin, lorsque le plus grand terme contient le plus petit plusieurs fois, & de plus, plusieurs de ses parties aliquotes, la raison de plus grande inégalité est appellée multiple surpartiente ; celle de moindre inégalité, sous-multiple sous surpartiente.
Dans le premier cas, par exemple, si l'exposant est 2 2/3, la raison est appellée double surbipartiente tierce ; si 3 4/7, triple surbiquadripartiente septieme, &c. Dans le dernier cas, si l'exposant est 3/8, on l'appelle sous double sous surquadripartiente tierce ; si 7/25, sous triple sous-surquadripartiente septieme.
Par exemple, la raison de 25 à 7 est triple surquadripartiente septieme ; celle de 3 à 8, sous-double sous-surbipartiente tierce.
Telles sont les diverses especes de raisons rationnelles, dont le nom est absolument nécessaire à ceux qui lisent les anciens auteurs, quoiqu'elles se rencontrent rarement dans les auteurs modernes, qui les expriment par les exposans de la raison, par exemple, par 2 : 1 : si la raison est double ; par 3 : 2 si elle est sesquialtere.
Les raisons égales ou identiques sont celles dont les antécédens ont un rapport égal avec leurs conséquens, c'est-à-dire dont les antécédens divisés par les conséquens, donnent des exposans égaux. On peut concevoir par-là l'identité des raisons irrationnelles.
D'où il suit, 1°. que deux raisons étant égales, l'antécédent de l'une doit contenir autant de fois son conséquent que l'antécédent de l'autre contient le sien. Secondement, si A est à B comme C est à D, cela s'exprime ainsi : A : B : : C : D ; ou A : B = C : D. La premiere expression est celle dont on se sert pour l'ordinaire pour exprimer l'identité des raisons ; l'autre est celle de Wolf, qui a cet avantage sur la premiere, que le caractere du milieu = exprime l'égalité des raisons.
Nous avons déja observé que deux raisons égales, par exemple B : C = D : E, forment une proportion ; si l'on a deux raisons inégales, par exemple A : B & C : D, nous appellerons A : B la plus grande, & nous écrirons A : B > C : D ; au contraire nous appellerons C : D la moindre, & nous écrirons C : D < A : B.
Les raisons composées sont celles qui sont faites par la multiplication de deux ou plusieurs raisons multipliées les unes par les autres, c'est-à-dire par le produit des antécédens & des conséquens. Par exemple, la raison de 6 à 72 est une raison composée de 2 à 6, & de 3 à 12, c'est-à-dire formée du produit des antécédens 2 & 3, & des conséquens 6 & 12.
Une raison composée de deux raisons égales, s'appelle doublée ; triplée, quand elle est composée de trois ; quadruplée, quand elle l'est de quatre ; & en général multipliée, quand elle est composée de plusieurs raisons semblables : par exemple, 48 : 3 est une raison doublée de 4 : 1 & 12 : 3. Voyez DOUBLEE, &c.
Propriétés des raisons. 1°. Les raisons égales à une troisieme, sont égales entr'elles.
2°. Si A : B = C : D, alors en raison inverse B : A = D : C.
3°. Les parties semblables P & p ont même raison aux touts T & t ; & si les touts ont la même raison que leurs parties, les parties sont semblables.
4°. Si A : B = C : D, pour lors en raison alterne A : C = B : D. D'où il suit que si B = D : A = C, & A : B = C : D, & A : F = C : G, nous aurons B : F = D : G. Donc encore si A : B = C : D ; & F : A = G : C, nous aurons F : B = G : D.
5°. Les choses qui ont même raison à une troisieme, sont égales entr'elles, & vice versâ.
6°. Si l'on multiplie des quantités égales A & B par les mêmes quantités, ou par des quantités égales, les produits D & E seront l'un à l'autre comme A & B.
7°. Si l'on divise telle quantité que l'on voudra, comme A & B par les mêmes quantités, ou par des quantités égales, les quotiens seront l'un à l'autre comme A & B.
8°. Si l'on divise les antécédens ou les conséquens des raisons égales A : B & C : D par la même quantité E ; dans le premier cas les quotiens F & G auront même raison aux conséquens B & D ; dans le second les antécédens A & B auront même raison aux quotiens H & K.
9°. Si l'on a plusieurs quantités en raison continue A, B, C, D, E, &c. la premiere A sera à la troisieme C en raison doublée ; à la quatrieme D en raison triplée ; à la cinquieme E en raison quadruplée, &c. de la raison de la premiere A à la seconde B.
10°. Si l'on a une suite de quantités en même raison, A, B, C, D, E, F, &c. la raison de la premiere A à la derniere F, sera composée des raisons intermédiaires A : B, B : C, C : D, D : E, E : F, &c.
11°. Les raisons composées de raisons égales, sont égales. Ainsi les raisons 90 : 3 = 960 : 32, sont composées de 6 : 3 = 4 : 2, & 3 : 1 = 12 : 4, & 5 : 1 = 20 : 4. Pour les autres propriétés des raisons égales, voyez PROPORTIONS. Voyez aussi EXPOSANT. (E)
Moyenne & extrême raison, voyez EXTREME.
RAISON INVERSE, ou RENVERSEE, ou RECIPROQUE ; on dit que deux choses sont en raison inverse de deux autres, lorsque la premiere est à la seconde, comme la quatrieme est à la troisieme. Par exemple, quand on dit que la gravitation est en raison inverse du quarré des distances, cela veut dire que la gravitation à la distance A, est à la gravitation à la distance B, comme le quarré de la distance B est au quarré de la distance A. Voyez GRAVITATION, & voyez aussi INVERSE, &c.
RAISON D'ETAT, (Droit politiq.) Quelques auteurs ont cru qu'il y avoit des occasions dans lesquelles les souverains étoient autorisés à se départir des lois séveres de la probité, & qu'alors le bien de l'état qu'ils gouvernent, leur permettoit des actions injustes à l'égard des autres états, & que l'avantage de leur peuple justifioit l'irrégularité de leurs actions. Ces injustices, autorisées par la raison d'état, sont d'envahir le territoire d'un voisin, dont les dispositions sont suspectes, de se rendre maître de sa personne, enfin de le priver des avantages dont il a droit de jouir, sans motif avoué, ou sans déclaration de guerre. Ceux qui maintiennent un sentiment si étrange, le fondent sur le principe que les souverains, devant chercher tout ce qui peut rendre heureux & tranquilles les peuples qui leur sont soumis, ils sont en droit d'employer tous les moyens qui tendent à un but si salutaire. Quelque spécieux que soit ce motif, il est très-important pour le bonheur du monde, de le renfermer dans de justes bornes ; il est certain qu'un souverain doit chercher tout ce qui tend au bien-être de la société qu'il gouverne ; mais il ne faut point que ce soit aux dépens des autres peuples. Les nations ont, ainsi que les particuliers, des droits réciproques ; sans cela tous les souverains, ayant les mêmes droits, & se prétendant animés par les mêmes motifs, seroient dans un état de défiance & de guerre continuelle. Concluons donc que les représentans des peuples ne peuvent, non plus que les individus de la société, s'exempter des lois de l'honneur & de la probité ; ce seroit ouvrir la porte à un désordre universel, que d'établir une maxime qui détruiroit les liens des nations, & qui exposeroit les plus foibles aux oppressions des plus forts ; injustices qui ne peuvent être permises, sous quelque nom que l'on cherche à les déguiser.
Une autre question est de savoir, si la raison d'état autorise le souverain à faire souffrir quelque dommage à un particulier, lorsqu'il s'agit du bien de l'état : elle sera facile à résoudre, si l'on fait attention qu'en formant la société, l'intention & la volonté de chaque individu a dû être de sacrifier ses propres intérêts à ceux de tous, sans cela la société ne pourroit point subsister. Il est certain que le tout est préférable à sa partie ; cependant dans ces occasions, toujours fâcheuses, le souverain se souviendra qu'il doit une justice à tous ses sujets, dont il est également le pere ; il ne donnera point pour des raisons d'état, des motifs frivoles ou corrompus qui l'engageroient à satisfaire ses passions personnelles ou celles de ses favoris ; mais il gémira de la nécessité qui l'oblige de sacrifier quelques-uns des membres pour le salut réel de toute la société.
RAISON SUFFISANTE, Voyez l'article SUFFISANT.
RAISON, (Jurisprud.) signifie quelquefois un droit qui appartient à quelqu'un, comme quand on dit, noms, raisons & actions : quelquefois raison est pris pour justice ; comme quand on dit, demander raison, faire raison. Souvent raison est pris pour compte, c'est en ce sens que les marchands appellent livres de raison, ceux qui contiennent l'état de tout leur commerce, tant pour eux que pour leurs associés. Voyez ACTION, COMPTE, DROIT, JOURNAUX, LIVRES, MARCHAND, OBLIGATION. (A)
RAISON, (Comm.) se dit du compte qu'un officier inférieur est obligé de rendre à celui à qui il est subordonné. Ainsi l'on dit qu'un tel officier à été mandé pour rendre raison de sa conduite. Voyez VENIAT.
RAISON, en termes de teneurs de livres. On nomme livre de raison, un gros registre sur lequel on forme tous les comptes en débit & en crédit, dont on trouve les sujets, c'est-à-dire les articles sur le livre journal. On l'appelle livre de raison, parce qu'il sert à un marchand à se rendre raison à soi-même & à ses associés de l'état de son commerce. Voyez LIVRES.
Raison signifie aussi la part d'un associé dans le fonds d'une société. On dit ma raison est du quart, du sixieme, d'un douzieme, &c.
Raison, signifie encore dans le commerce, proportion, rapport. Le change d'Amsterdam est à raison de dix pour cent.
RAISON, en termes de commerce de mer, est la quantité de biscuit, de boisson & autres vivres que l'on regle pour la pitance journaliere de chaque matelot sur les navires marchands. En quelques endroits on l'appelle ordinaire, & sur les vaisseaux de guerre ration.
RAISON, terme de société générale. On appelle la raison d'une société, les noms des associés rangés & énoncés de la maniere que la société signera les lettres missives, billets & lettres-de-change. Ainsi l'on dit, la raison de la société sera Jacques Perrin, Guillaume & François Caron. Dictionn. de comm.
RAISON, (Charpent. Art méchan.) Mettre les pieces de bois en leur raison, c'est quand on dispose les pieces qui doivent servir à un bâtiment, & qu'étant mises en chantier, on met chaque morceau & chaque piece en sa place. (D.J.)
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| RAISONNABLE | adj. (Gramm.) Il se dit des personnes & des choses. Un homme raisonnable, ou dont la conduite est conforme à la raison ; une action raisonnable, ou dont le motif est conforme à la raison. Ce mot a une acception un peu détournée, lorsqu'il est appliqué à la femme ; une femme raisonnable est celle qui ne se laisse point emporter à l'esprit regnant de la galanterie. Raisonnable est quelquefois synonyme à juste ; & en effet, la raison dans la conduite, ou la philosophie, ou la justice, c'est la même chose. Je ne lui refuserai rien de ce qu'il est raisonnable d'exiger en pareil cas. Savoir bien raisonner, est un, & être raisonnable, un autre. Raisonnable se prend aussi quelquefois pour modique. On vit en province à un prix raisonnable.
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| RAISONNEMENT | S. m. (Logique & Métaphysique) le raisonnement n'est qu'un enchaînement de jugemens qui dépendent les uns des autres. L'accord ou la discordance de deux idées ne se rend pas toujours sensible par la considération de ces deux seules idées. Il faut en aller chercher une troisieme, ou même davantage, si cela est nécessaire, pour les comparer avec ces idées intermédiaires conjointement ou séparément ; & l'acte par lequel nous jugeons, cette comparaison faite, que l'une ou l'autre de ces deux idées, ou toutes les deux s'accordent ou ne s'accordent pas avec la troisieme, s'appelle raisonnement.
Le pere Malebranche prouve d'une maniere assez plausible, que toute la différence qui se trouve entre la simple perception, le jugement & le raisonnement, consiste en ce que, par la simple perception, l'entendement perçoit une chose sans rapport à une autre : que, dans le jugement, il perçoit le rapport qui est entre deux choses ou un plus grand nombre : & qu'enfin, dans le raisonnement, il perçoit les rapports perçus par le jugement ; desorte que toutes les opérations de l'ame se ramenent à des perceptions.
Il y a différentes sortes de raisonnemens ; mais le plus parfait & le plus usité dans les écoles, c'est le syllogisme, qui se définit, un tissu de trois propositions, fait de maniere, que si les deux premieres sont vraies, il est impossible que la troisieme ne le soit pas. La conséquence ou conclusion est la proposition principale du syllogisme, & à laquelle les deux autres doivent se rapporter ; car on ne fait un syllogisme que pour obliger quelqu'un d'avouer une troisieme proposition qu'il n'avouoit pas auparavant. Supposé la vérité des deux prémisses du syllogisme, il faut que la conséquence soit nécessairement vraie, parce qu'elle est enfermée équivalemment dans les prémisses. Pour rendre ceci intelligible, il faut se souvenir qu'une proposition est vraie, lorsque l'idée du sujet contient l'idée de l'attribut. Comme donc il ne s'agit dans un syllogisme, que de faire sentir que la troisieme proposition, dite la conséquence, est vraie, il ne s'agit aussi que de faire appercevoir comment dans cette conséquence, l'idée du sujet contient l'idée de l'attribut. Or que fait-on pour montrer que la conséquence contient l'idée de l'attribut ? On prend une troisieme idée appellée moyen terme (parce qu'en effet elle est mitoyenne entre le sujet & l'attribut) : de maniere qu'elle est contenue dans le sujet, & qu'elle contient l'attribut ; car si une premiere chose en contient une seconde, dans laquelle seconde une troisieme soit contenue, la premiere nécessairement contiendra la troisieme. Si une liqueur contient du chocolat dans lequel est contenu du cacao, il est clair que cette liqueur contient aussi du cacao. Voyez SYLLOGISME.
Ce que les Logiciens ont dit du raisonnement dans bien des volumes, paroît entierement superflu & de nul usage ; car, comme le remarque l'auteur de l'art de penser, la plûpart de nos erreurs viennent bien plus de ce que nous raisonnons sur des principes faux, que non pas de ce que nous ne raisonnons pas suivant nos principes. Raisonner, dans le sens précis & philosophique, n'est autre chose que de donner son aveu ou son assentiment à la convenance que l'esprit apperçoit entre des idées qui sont actuellement présentes à l'esprit ; or comme nos idées sont pour nous autant de perceptions intimes, & que toutes nos perceptions intimes nous sont évidentes, il nous est impossible de ne pas appercevoir évidemment, si de ces deux idées que nous avons actuellement dans l'esprit, l'une est la même que l'autre ; ou si elle n'est pas la même. Or appercevoir qu'une idée est ou n'est pas une autre idée, c'est raisonner juste : donc il est impossible à tout homme de ne pas bien raisonner.
Quand donc nous trouvons qu'un homme raisonne mal, & qu'il tire une mauvaise conséquence, ce n'est pas que cette conséquence ne soit juste par rapport à l'idée ou au principe d'où il la tire, mais c'est qu'il n'a pas actuellement dans l'esprit l'idée que nous lui supposons. Mais, dira-t-on, il arrive souvent qu'un autre convient avec moi d'une même pensée ou idée, & cependant il en tire une conséquence toute différente de celle que je tire : c'est donc que lui ou moi nous raisonnons mal, & que sa conséquence ou la mienne ne sont pas justes : à quoi je réponds que la pensée ou idée dont vous convenez avec lui, n'est pas au juste la même pensée ou idée que la vôtre ; vous en convenez seulement dans l'expression, & non pas dans la réalité. Rien n'est plus ordinaire que d'user de la même expression qu'un autre, sous laquelle je n'ai pas la même idée que lui. Vous ajoutez qu'un même homme employant le même mot, & se rappellant la même pensée, en tire une conclusion différente de celle qu'il avoit tirée auparavant, & qu'il avoue lui-même qu'il avoit mal raisonné : je réponds de nouveau qu'il a tort de s'en prendre à son raisonnement : mais croyant se rappeller la même pensée, à cause que c'est peut-être le même mot, la pensée d'où il tire aujourd'hui une conclusion différente de celle d'hier ; que cette pensée, dis-je, est différente de celle d'hier, & cela par quelque altération d'idées partiales imperceptibles ; car si c'étoit la même pensée, comment n'y trouveroit-il plus la même convenance avec la conclusion d'hier, une pensée & sa conclusion étant une même idée par rapport à la convenance qu'y trouve notre esprit ?
A prendre la chose de ce biais, un art des plus inutiles seroit l'art de raisonner, puisqu'on ne peut jamais manquer à bien raisonner, suivant les idées qu'on a dans l'esprit actuellement. Tout le secret de penser juste consistera donc à se mettre actuellement dans l'esprit avec exactitude, la premiere idée qu'il faut avoir des choses dont on doit juger ; mais c'est ce qui n'est point du ressort de la Logique, laquelle n'a pour but essentiel que de trouver la convenance ou disconvenance de deux idées qui doivent être présentes actuellement à l'esprit.
La justesse de cette premiere idée peut manquer par divers endroits : 1°. du côté de l'organe de nos sens, qui n'est pas disposé de la même maniere dans tous les hommes : 2°. du côté de notre caractere d'esprit, qui étant quelquefois tourné autrement que celui des autres hommes, peut nous donner des idées particulieres avec lesquelles nous tirons des conséquences impertinentes, par des raisonnemens légitimes : 3°. la justesse des idées manque encore faute d'usage du monde, faute de réflexion, faute d'être assez en garde contre les sources de nos erreurs : 4°. faute de mémoire, parce que nous croyons nous bien souvenir d'une chose que nous avons bien sue, mais qui ne se rappelle pas assez dans notre esprit : 5°. par le défaut du langage humain, qui étant souvent équivoque, & signifiant selon diverses occasions, des idées diverses, nous fait prendre très fréquemment l'une pour l'autre.
Quoi qu'il en soit, l'erreur d'une premiere idée, d'où nous tirons une conséquence toujours conforme à cette premiere idée, ne regarde point la nature de la vérité interne & logique, ou du raisonnement pris dans la précision philosophique. Elle regarde ou la Métaphysique qui nous instruit des premieres vérités & des premieres idées des choses : ou la Morale, qui modere les passions dont l'agitation trouble dans notre esprit les vraies idées des objets : ou l'usage du monde, qui fournit les justes idées du commerce de la société civile, par rapport aux tems & aux pays divers : ou l'usage des choses saintes, & surtout de la loi de Dieu, qui seul nous fournit les idées les plus essentielles à la conduite de l'homme : mais encore une fois, l'erreur ne regarde nullement le raisonnement, entant que raisonnement, c'est-à-dire, entant que la perception de la convenance ou disconvenance d'une idée qui est actuellement dans notre esprit, avec une autre idée qui y est actuellement aussi, & dont la convenance ou disconvenance s'apperçoit toujours infailliblement & nécessairement. Logique du pere Buffier.
Je ne puis mieux terminer ce que j'ai à dire du raisonnement, qu'en rendant raison d'une expérience. On demande comment on peut dans la conversation développer, souvent sans hésiter, des raisonnemens fort étendus. Toutes les parties en sont-elles présentes dans le même instant ? Et, si elles ne le sont pas, comme il est vraisemblable, puisque l'esprit est trop borné pour saisir tout-à-la fois un grand nombre d'idées, par quel hazard se conduit-il avec ordre ? Voici comme l'explique l'auteur de l'essai sur l'origine des connoissances humaines.
Au moment qu'un homme se propose de faire un raisonnement, l'attention qu'il donne à la proposition qu'il veut prouver, lui fait appercevoir successivement les propositions principales, qui sont le résultat des différentes parties du raisonnement qu'il va faire. Si elles sont fortement liées, il les parcourt si rapidement, qu'il peut s'imaginer les voir toutes ensemble. Ces propositions saisies, il considere celle qui doit être exposée la premiere. Par ce moyen, les idées propres à la mettre dans son jour se réveillent en lui selon l'ordre de la liaison qui est entr'elles ; de-là il passe à la seconde, pour répéter la même opération, & ainsi de suite jusqu'à la conclusion de son raisonnement. Son esprit n'en embrasse donc pas en même tems toutes les parties ; mais par la liaison qui est entr'elles, il les parcourt avec assez de rapidité, pour devancer toujours la parole, à-peu-près comme l'oeil de quelqu'un qui lit haut, devance la prononciation. Peut-être demandera-t-on comment on peut appercevoir les résultats d'un raisonnement, sans en avoir saisi les différentes parties dans tout leur détail. Je réponds que cela n'arrive que quand nous parlons sur des matieres qui nous sont familieres, ou qui ne sont pas loin de l'être, par le rapport qu'elles ont à celles que nous connoissons davantage. Voilà le seul cas, où le phénomène proposé peut être remarqué. Dans tout autre l'on parle en hésitant : ce qui provient de ce que les idées étant liées trop foiblement, se réveillent avec lenteur : ou l'on parle sans suite, & c'est un effet de l'ignorance.
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| RAISONNER | terme de commerce de mer ; il se dit de l'obligation qu'ont les capitaines & maîtres des vaisseaux marchands lorsqu'ils rentrent dans les ports, d'envoyer montrer à l'officier ou commis qui est en garde sur la patache, leur congé & leur charte-partie, leur manifeste de chargement & autres papiers & instructions, qu'ils sont tenus de communiquer en conséquence des ordonnances de la marine. Voyez PATACHE, CONGE, CHARTE-PARTIE, MANIFESTE, &c. Dictionnaires de Commerce & de Trévoux.
Raisonner signifie encore expliquer, déclarer la marchandise dans les bureaux des douannes & des traites, pour en payer les droits portés par les tarifs, suivant leur poids, mesure, nombre & qualité. Ce terme n'est guere d'usage que dans les provinces de France du côté du Rhône. Voyez DECLARATION, Dictionnaire de Commerce.
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| RAITHI REGIO | (Géog. anc.) contrée dans la partie méridionale de l'Arabie pétrée, vers les montagnes de l'Arabie heureuse, & aux environs du mont Sinaï, du côté de l'occident, selon le P. Lubin. Les peuples de cette contrée sont appellés Ratheni par Ptolémée, l. V. c. xvij. La contrée de Raithi ou Raithe, s'étend vers la mer rouge dans une longue plaine, large d'environ cinq lieues, & arrosée de plusieurs ruisseaux. Cet endroit est appellé Elim dans le livre de l'Exode, c. xxv. (D.J.)
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| RAJAH-POURSON | S. m. (Hist. mod.) ce mot signifie roi des prêtres dans la langue des Indiens du royaume de Kamboje. C'est le chef suprême de tous les talapoins ou prêtres du pays ; il réside à Sombrapour ; son vicaire ou substitut s'appelle tivinia ; il a de plus un conseil sacerdotal, à la tête duquel il préside, & qui décide souverainement de toutes les matieres de sa compétence ; elles sont fort étendues, vû que dans ce pays l'autorité des prêtres s'étend même sur les choses civiles.
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| RAJAHS | S. m. (Hist. mod.) c'est ainsi que l'on nomme dans l'Indostan ou dans l'empire du Mogol, des princes descendus des Kuttereys ou de la race des anciens souverains du pays, avant que les Tartares monjuls ou mogols en eussent fait la conquête. Le mot rajahs signifie rois ; ils avoient autrefois des états plus ou moins étendus, qu'ils gouvernoient avec une autorité absolue ; depuis que les Mahométans ont fait la conquête de l'Indostan, la plûpart des princes ou souverains de cette contrée furent obligés de se soumettre à leurs vainqueurs qui les rendirent vassaux & tributaires. D'autres rajahs se retirerent dans des lieux inaccessibles où ils vivent dans l'indépendance ; ils font des courses sur les terres de l'obéissance du grand-mogol ; lorsqu'ils font ces sortes d'expéditions, ils ont sous leurs ordres des soldats courageux & déterminés que l'on nomme rajahpoutes, c'est-à-dire fils de rajahs ; ils sont descendus des anciens nobles de l'Inde ; parmi eux le métier de la guerre est héréditaire. Ces rajahpoutes sont exercés aux fatigues & à la discipline militaire ; les rajahs leur accordent des terres à condition d'être toujours prêts à monter à cheval sur l'ordre qu'ils leur donnent, d'où l'on voit que ce sont des especes de feudataires. Le grand-mogol tient plusieurs de ces rajahs à son service, tant à cause de la bonté de leurs troupes, que pour tenir en bride les gouverneurs des provinces, les omrahs ou seigneurs de secours & les autres rajahs qui ne dépendent point de lui. Le plus considérable des rajahs qui sont au service du grand-mogol, est celui de Sedussia, dont la capitale s'appelle Usépour ; il prétend descendre de Porus qui fut vaincu par Alexandre le grand. Tous les princes de sa famille prennent le titre de rana, ce qui signifie homme de bonne mine. Il peut mettre sur pié 250000 hommes. Les rajahs de Rator & de Chaga sont aussi très-puissans ; tous ces princes sont idolâtres.
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| RAJANIA | S. f. (Hist. nat. Bot.) nom donné par Linnaeus à un genre de plante en l'honneur du célebre Ray. En voici les caracteres : il produit séparément des fleurs mâles ou femelles ; dans la fleur mâle le calice est divisé en six segmens longs & pointus ; il forme une espece de cloche évasée au sommet. Cette fleur n'a point de pétales ; les étamines sont six filets soyeux plus courts que le calice, & terminés par de simples sommets. Le calice de la fleur femelle est monopétale en cloches, fixé sur le germe, & tombant ensuite ; il est semblablement partagé en six segmens, & n'a point de pétales. Le germe du pistil est applati, & bordé d'une membrane sur un des côtés. Les stiles, au nombre de trois, sont de la longueur du calice. Les stygmats sont simples & obtus. Le fruit est sphérique, revêtu d'une pellicule qui s'étend presque tout autour ; il contient une simple graine arrondie. Linnaei, gen. plant. p. 479. Plum. 29 & 98.
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| RAJAPOUR | (Géogr. mod.) ville des Indes au royaume de Visapour, près de la côte de Malabar, sur une riviere de même nom, au nord de Goa. Les François y ont un comptoir. Le commerce qui s'y fait consiste en toiles, poivre & salpêtre. Les forêts sont remplies de singes. Latit. 17.
RAJAPOUR, (Géogr. mod.) ville des Indes aux états du Mogol, dans la province de Bécar ; c'est la même que nos cartes placent dans la province de Jésuat, dont ils font la capitale, sur la rive gauche du Gader. (D.J.)
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| RAJEUNIR | voyez l'article RAJEUNISSEMENT.
RAJEUNIR, en Jardinage, se dit de la maniere de procurer à un arbre une vigueur qui paroît lui manquer. On le taille à cet effet sur les branches de la nouvelle pousse, & l'on supprime la plus grande partie du vieux bois. Cette opération demande une main ménagere qui n'ôte point trop de branches, & les coupe vers la fin de l'automne. Ces plaies seront recouvertes avec de la terre humectée, appellée l'onguent de S. Fiacre, & on mettra un linge attaché autour des plaies les plus considérables.
On n'approuve nullement la maniere de quelques anciens jardiniers qui coupoient de grosses racines pour rajeunir un arbre. Ces grosses racines ôtées font mourir, suivant de bons physiciens, autant de branches, & c'est le vrai moyen de ruiner l'arbre en peu de tems.
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| RAJEUNISSEMENT | S. m. (Médecine) sortir de l'état languissant d'une affreuse caducité ; quitter les incommodités, les rides, la foiblesse, la maigreur qui en sont les compagnes inséparables ; cesser de ressentir un froid continuel, image terrible & avant-coureur de celui de la mort ; retirer enfin un pié chancelant déja engagé dans la fosse pour entrer dans le printems d'une riante jeunesse, pour recommencer la carriere des plaisirs & des jeux, pour reprendre avec facilité l'exercice complet de toutes les fonctions de l'esprit & du corps, & en même-tems la force, la vigueur, la santé, & tous les agrémens qui sont attachés à cet âge charmant, & pouvoir enfin se préparer une longue chaîne de jours purs & sereins : telle est la révolution prodigieuse qui transforme le vieillard en jeune homme ; telle est la perspective séduisante que présente le rajeunissement, objet bien capable d'attirer les desirs empressés des foibles humains ; l'art précieux de produire ces grandes merveilles si célebrées par les poëtes, s'est enfin réalisé dans l'imagination échauffée des Alchymistes ; entraînés par un enthousiasme présomptueux, ils se sont crus les arbitres de la vie & de la mort, les maîtres de faire revivre les plantes desséchées, de multiplier leurs fruits, de changer & transformer les saisons & les âges, &c.
Le plus ancien exemple de rajeunissement qu'on trouve dans les poëtes est rapporté par Ovide, dans le VII. l. des métamorphoses, où il raconte qu'au retour de l'expédition des Argonautes, Jason pria Médée son épouse, fameuse enchanteresse, de rajeunir Aeson son pere accablé sous le poids des ans & hors d'état de mêler les témoignages de sa joie à l'allégresse publique ; deme meis annis, lui dit ce fils généreux, & demptos adde parenti. Elle fut touchée d'une demande si désintéressée ; & après un sacrifice nocturne à la triple Hécate, & aux dieux des forêts & de la nuit où elle implore leur assistance pour lui aider à découvrir des sucs qui puissent renouveller dans Aeson la fleur de la jeunesse ; elle part inspirée par ces divinités, monte dans un char magique, & parcourt dans l'espace de neuf jours & neuf nuits la vallée de Tempé, le mont Ossa, le Pélion, l'Othrys, le Pinde, l'Olympe, les bords de l'Apidane, de l'Amphryse, du Pénée, du Sperchée, du Boelus & de l'Anthédon, & dans tous ces endroits elle cueille des plantes favorables à son expédition ; les dragons attelés à son char, qui respirent l'odeur de ces plantes merveilleuses, sont à l'instant rajeunis, annosae pellem posuere senectae ; étant arrivée chez le vieux Aeson, elle fait des sacrifices, l'un à Hécate & l'autre à la Jeunesse, & implore le secours des divinités terrestres ; elle fait apporter ensuite ce vieillard qui retenoit encore à peine un dernier souffle de vie prêt à s'échapper, & le fait coucher endormi & à demi-mort sur un tas des herbes qu'elle avoit apportées ; alors ayant écarté tout profane, elle commence ces terribles mysteres, elle le purifie trois fois avec du feu, du soufre & de l'eau, cependant elle fait bouillir dans une chaudiere d'airain la composition qui doit opérer le rajeunissement ; outre les plantes dont nous avons parlé, elle y met des pierres précieuses venues d'Orient, du sable ramassé sur les bords de l'Océan, de l'écume que la lune répand la nuit sur les herbes, la chair & les aîles d'une chouette, les entrailles d'un de ces loup-garoux qui paroissent quelquefois sous la figure humaine, la tendre écaille d'une jeune tortue du fleuve Cinyphe, le foie d'un vieux cerf, le bec & la tête d'une corneille qui avoit vécu neuf siecles ; elle ajoute encore une infinité d'autres drogues inconnues, une branche d'olivier depuis long-tems desséchée lui sert pour agiter tout ce mêlange, mais à l'instant cette branche reverdit, & bientôt après se charge de feuilles & de fruits ; l'écume que la violence du feu fait tomber par terre hors du bassin y renouvelle le même prodige, l'herbe y croît aussi-tôt, & des fleurs y naissent dans le moment ; à cette vûe Médée plonge le coûteau dans le sein du fortuné vieillard, & en fait sortir un sang glacé pour y en substituer un nouveau formé par les sucs qu'elle vient de préparer, dont elle fait rentrer une partie par la bouche, & l'autre par la blessure. L'effet du remede est aussi promt que merveilleux, la maigreur, la pâleur & les rides ont disparu de dessus le visage d'Aeson, ses cheveux blancs sont tombés, une longue chevelure noire orne sa tête, ses membres sont remplis de vigueur, en un mot Aeson rempli d'admiration se voit métamorphosé en un homme robuste tel qu'il étoit avant qu'il eût atteint son huitieme lustre.
Aeson miratur & olim
Ante quater denos hunc se reminiscitur annos
Dissimilemque animum subiit aetate relictâ.
Les Alchymistes, aux yeux de qui toute la Mythologie n'est qu'une allégorie soutenue des travaux du grand oeuvre, & qui expliquent si naturellement dans leur systême l'enlevement de la toison d'or, revendiquent l'opération de Médée comme leur appartenant, comme un des principaux procédés de la pierre philosophale, & ne doutent pas un moment de sa réalité & de son succès : les personnes qui n'ont pas pénétré dans les secrets hermétiques, imaginent avec assez de fondement que tout ce récit d'Ovide n'est qu'une fiction agréable, dont le seul but étoit de donner l'essor à son imagination & d'amuser ses lecteurs ; au reste, les explications morales qu'on a voulu donner de cette fable, ainsi que de bien d'autres, sont beaucoup moins satisfaisantes que celles qui sont fondées sur les prétentions des Alchymistes.
La fameuse fontaine de Jouvence qui avoit le pouvoir de rappeller à ceux qui s'y baignoient & qui en bûvoient, la jeunesse passée, ou de la rendre immortelle, quand on en éprouvoit la vertu avant d'en être privé, ne passe pareillement que pour une invention poétique : cependant Deodatus, médecin spagyrique, qui a très-longuement écrit sur les moyens de vivre plus de 120 ans, pense que cette fontaine se trouve réalisée dans le nouveau monde : il s'appuie sur le témoignage de plusieurs historiens dignes de foi qu'il ne nomme pas, & qui rapportent qu'on a trouvé une île connue sous le nom de Bonica, dans laquelle il y a une fontaine dont les eaux plus précieuses que le vin le plus délicat ont l'admirable vertu de changer la vieillesse en jeunesse. Panthem hygiastic. hippocratico-hermetic. lib. I. cap. viij.
Il n'en est pas des alchymistes comme des poëtes ; ceux-ci n'ont jamais parlé sérieusement des méthodes de rajeunir, ils ne les ont exposé que comme les autres fables dont leurs ouvrages sont remplis, se gardant bien d'y ajouter foi eux-mêmes, & ne prétendant nullement en prouver & faire croire la réalité ; mais ceux-là ont regardé le rajeunissement comme un des principaux effets de leur médecine universelle. Robertus Vallensis, Arnaud de Villeneuve, Raymond Lulle, & autres fameux adeptes ont tous assuré positivement que ce remede avoit la vertu d'éloigner ou de dissiper la vieillesse, & de conserver ou de faire renaître la jeunesse ; & ces auteurs ne s'en sont pas tenus, ajoute Deodatus leur partisan zélé, à de simples promesses, ils ont confirmé leurs prétentions par des faits authentiques.
Ils prouvent la possibilité du rajeunissement par l'exemple de différens animaux, 1° de l'aigle, dont il est dit dans les anciennes Ecritures, renovabitur ut aquilae juventus tua : lorsqu'elle est venue à une extrême vieillesse, elle prend entre ses serres une tortue qu'elle éleve fort haut d'où elle la précipite sur un rocher, son écaille se brise, & l'aigle en dévore la chair & les entrailles, & rajeunit ainsi ; de façon qu'elle ne meurt point ni de vieillesse, ni de maladie, mais d'inanition, parce que la partie supérieure de son bec devient tellement crochue, qu'elle lui empÊChe de l'ouvrir & de prendre la nourriture. 2° Le cerf devenu vieux attire, par la force de son haleine, les serpens du fond des cavernes, les foule aux piés, les mange, cervinus gelidum, dit Martial, sorbet sic halitus anguium, & reprend, par leur vertu, toute la vigueur de la jeunesse ; mais pour parer aux mauvais effets qu'il pourroit ressentir de leur venin, il se plonge en entier jusqu'au museau dans une riviere, alors ses larmes épaissies dans le coin des yeux s'en détachent sous la forme de petites pierres, & passent pour d'excellens alexipharmaques. 3° Les serpens qui tous les printems & les automnes quittent leur peau & leurs années, & reprennent la vivacité de leur vûe & l'agilité de leurs mouvemens ; ce qui arrive de même aux écrevisses, qui changent souvent d'enveloppe. 4° Les éperviers, suivant le rapport de Jean-Baptiste Porta dans son Phytogironicum, lorsqu'ils tardent trop de jetter leurs vieilles plumes, y sont excités par le remede suivant, dont l'effet s'étend encore plus loin ; car outre les nouvelles plumes qu'il fait repousser, il leur redonne la santé, la force, la prestesse, & les autres attributs de la jeunesse ; ce remede consiste à faire cuire un serpent qui vient de naître, & qui a par conséquent peu de venin, avec du froment, à en nourrir une poule, & ensuite la donner à manger à l'épervier, & lui faire boire l'eau qui a servi à la décoction. Si tous ces animaux peuvent rajeunir, pourquoi cet avantage précieux seroit-il refusé à l'homme, s'écrie douloureusement l'auteur que nous avons cité ? Sans doute que l'âne chargé de ce présent que Jupiter envoyoit aux humains, a eu l'imprudence de le laisser prendre aux serpens.
Cependant cet auteur pourroit trouver des motifs de consolation dans les histoires qu'il rapporte, si leur vérité est bien attestée ; car non-seulement le rajeunissement est démontré possible, mais elles constatent évidemment sa réalité. Galien fait mention d'un homme qui cherchant à terminer une vie malheureuse, rendue plus insupportable encore par une lépre générale dont il étoit couvert, se résolut d'avaler une bouteille de vin qu'il croyoit empoisonné par une vipere qui s'y étoit glissée, y avoit été étouffée & y étoit restée pendant quelque tems morte ; à peine eut-il mis ce terrible dessein à exécution qu'il est tourmenté par d'affreux vomissemens, & qu'enfin il tombe dans un assoupissement létargique qui paroissoit mortel ; ce sommeil se dissipe, les vomissemens cessent, & bientôt après tous les poils de son corps se détachent, les ongles se déracinent, tous les membres se dessechent, la mort sembloit prête à l'envelopper ; des moissonneurs qui l'avoient vu avaler ce prétendu poison & qui le lui avoient même fourni s'attendoient au dénouement naturel de ce spectacle tragique ; mais il se termina bien autrement, une étincelle de vie parut ranimer pour un moment cet infortuné moribond, & les spectateurs virent avec une admiration mêlée de crainte de nouvelles chairs se former, les poils & les ongles renaître, la figure s'embellir, la vieille peau se séparer, en un mot un homme tout nouveau. Galen. libr. de simpl. Valescus de Taranta écrit que dans une ville du royaume de Valence il y avoit une abbesse courbée sous le poids des ans à qui tout-à-coup les regles parurent, les dents se renouvellerent, les cheveux noircirent, la fraîcheur & l'égalité du teint revinrent, les mamelles flasques & desséchées reprirent la fermeté & la rondeur propre au sein naissant des jeunes filles, à qui, en un mot, il ne manqua aucun attribut de la plus parfaite jeunesse ; elle fut si frappée de la nouveauté de cet évenement, & en conçut une telle honte, qu'elle se cacha pour se soustraire aux yeux des spectateurs que la curiosité attiroit en foule. Les nouveaux historiens portugais parlent d'un noble indien qui a vécu trois cent quarante ans, & qui a éprouvé trois fois l'admirable vicissitude de la jeunesse & de la caducité. Ici se présente encore l'histoire merveilleuse de Jean Montanus, fameux médecin archispagyriste, qui, par le moyen de son élixir philosophique, revint d'un âge très-avancé dans la fleur de la jeunesse : le même élixir opéra le même miracle, suivant le témoignage de Torquemada, sur un vieillard de cent ans, qui avec la jeunesse obtint encore cinquante ans de vie ; quelques autres ont attribué ces effets à la constitution particuliere de ces deux personnes, dans le dessein de frustrer de la vertu rajeunissante le remede dont ils s'étoient servi, mais on leur répond que cet élixir peu soigneusement gardé ayant été trouvé & pris par des poules, aussi-tôt leurs plumes tomberent, & il en revint de nouvelles.
Tous les alchymistes qui croient au rajeunissement, s'accordent à penser que le vrai specifique propre à opérer ce merveilleux changement, est ce qu'ils appellent la médecine universelle, ou la pierre philosophale ; c'est-là cet élixir incomparable auquel Crollius ne fait pas difficulté de donner les titres fastueux & hyperboliques de feu céleste non brûlant, d'ame & de vie de toute substance créée, de sujet rempli & impregné de toutes les influences, opérations & facultés des corps célestes & terrestres ; de théâtre de tous les secrets de la nature, de miracle de la nature universelle, de quintessence de la machine humaine, de monde régénéré dans lequel est caché le trésor de toute la nature ; de fils du soleil & de la lune, &c. Mais quelle est la composition de ce divin remede ? c'est-là le point principal & malheureusement ignoré ; c'est la même préparation qui peut transformer les métaux en or en purifiant ceux qui sont imparfaits de toutes leurs impuretés, qui peut, disent-ils, en même-tems rétablir l'humide radical dissipé, temperer l'aridité de la vieillesse, cette ennemie naturelle, substituer aux sucs dépravés des humeurs salutaires, suppléer enfin tout ce qui paroît manquer pour produire une santé perpétuelle, le rajeunissement & la guérison de toutes les maladies. Ce secret précieux toujours voilé par les alchymistes jaloux, sous les figures, les emblèmes, les énigmes, les allégories, les hiéroglyphes, les allusions continuelles à la fable ou à l'Ecriture sainte, & sous une variété innombrable de noms, a été perdu avec leurs inventeurs.
On ne sauroit douter que quelques chymistes n'aient découvert la pierre philosophale, voyez ce mot, c'est-à-dire le secret de la transmutation des métaux en or, il ne paroît pas qu'on puisse se refuser à l'authenticité de plusieurs faits rapportés par des témoins irréprochables ; mais il s'en faut bien que la propriété qu'on lui attribue de rajeunir soit aussi solidement constatée. Nous n'entrerons pas dans l'examen critique des observations qui paroissent étayer cette prétention, nous laissons au lecteur curieux & oisif le soin de ces recherches intéressantes ; nous nous contenterons de remarquer que les exemples tirés du prétendu rajeunissement des animaux, pour en démontrer la possibilité, ne sont rien moins que concluans : il en résulte seulement que ces animaux changent de peau ou de plumes ; qu'après cette opération, dont les apprêts sont une espece de maladie, ils sont plus agiles & plus vigoureux parce qu'ils sont déchargés d'un fardeau qui les incommodoit ; mais ils ne perdent pas pour cela une seule année, ils n'en éprouvent pas moins dans la suite les langueurs de la vieillesse, & enfin ils ne succombent pas moins à la mort inévitable qui en est le dernier degré & la fatale terminaison : ajoutez à cela que la plûpart des exemples rapportés sont destitués de preuves suffisantes, & le plus souvent hasardés.
Mais pour se convaincre combien peu le rajeunissement est praticable, qu'on se retrace le tableau de l'homme vivant, qu'on y examine les phénomenes & les effets de la vie, on verra que chaque instant de la vie est un pas vers la vieillesse & la mort ; que telle est la structure de notre machine, que chaque mouvement qui entretient la vie est une cause qui en prépare de loin le ralentissement & la cessation ; & plus l'exercice des fonctions est parfait, plus il tend directement & efficacement à ce but. Dans le jeune homme tous les vaisseaux ouverts & déployés entretiennent l'abord facile & continuel des humeurs dans les différentes parties qui y portent la nourriture, la souplesse, la mollesse & l'humidité nécessaires ; les fluides sont actifs & spiritueux ; ils sont conservés dans cet état par les efforts conspirans de toutes les parties, par la réaction proportionnée des vaisseaux ; mais les efforts nécessaires pour opérer les divers mouvemens, dissipent à chaque instant les humeurs, appliquent plus fortement les petits vaisseaux les uns contre les autres, en expriment les sucs, les collent ensemble, les dessechent, & les fortifient en même-tems ; ainsi dans l'âge d'adulte cette vigueur, cette force mâle qui le caractérisent, sont l'effet de l'anéantissement, de l'exsiccation de plusieurs vaisseaux qui en devenant solides acquierent plus de consistance & de fermeté, & sont plus propres à résister aux efforts qu'exigent les travaux de cet âge. A mesure que cet homme vit, qu'il exécute les mouvemens nécessaires, les causes qui dessechent & détruisent les vaisseaux agissent plus efficacement, bientôt commencent à diminuer la souplesse des ressorts, l'aisance de leur jeu, la réaction des vaisseaux sur le sang, cette liqueur n'est plus dans cet orgasme, dans ce feu de la jeunesse, elle roule plus tranquillement dans ses canaux moins irritables & moins mobiles ; par la succession de tems, ces effets augmentent au point que les nerfs trop rafermis perdent leur tension & leur vibratilité, ils ne représentent que foiblement les objets des sensations ; peu sensibles aux différentes impressions, ils n'exécutent qu'avec peine & lenteur les mouvemens qu'elles excitent ; les forces sont épuisées, la graisse se fond, la peau cesse d'être humectée, elle se ride, se racornit, les tendons, les cartilages des ligamens s'ossifient, les muscles & les vaisseaux durcissent, & deviennent presque incapables de mouvement ; alors un sang glacé coule difficilement dans les veines, un froid mortel s'empare de tout le corps, le tronc n'est plus soutenu par les muscles affoiblis, il obéit à son poids, se courbe vers la terre, & bientôt par une gradation invariable, ce corps qui n'est plus qu'un squelete décharné, tombera tout-à-fait, & cessera de vivre sans s'en appercevoir. Tels sont les changemens qu'éprouve la machine par la succession des âges, changemens opérés par les forces même de la vie, & qui sont d'une nature que tout l'art du monde s'y opposeroit en vain, encore moins pourroit-il les faire cesser quand ils sont formés ; d'où il me paroît que le rajeunissement non-seulement n'a jamais eu lieu, mais même est impossible. La reproduction des cheveux noirs ou des dents dans quelques vieillards, phénomenes bien attestés, ne décident rien du tout, & sont des attributs frivoles qui caractérisent mal la jeunesse quand ils ne sont pas joints aux autres signes plus nécessaires & plus distinctifs. Voyez JEUNESSE & VIEILLESSE.
Mais si le corps des vieillards ne rajeunit pas, dumoins peut-on dire que leur esprit éprouve cette révolution ? Non, car ils ne reprennent ni cette pénétration, ni cette vivacité d'imagination, ni cette activité de la mémoire propre aux jeunes gens ; mais ils franchissent un intervalle en apparence plus grand, ils retombent, comme on dit, dans l'enfance ; ils reprennent la façon de penser conforme à la foiblesse de cet âge, dépourvus de soucis, d'inquiétude, délivrés de tous les objets de crainte, de tristesse, de mécontentement qu'offre la raison à ceux qui sont encore soumis à son empire, ils prennent plaisir aux jeux des enfans, s'amusent de leurs poupées, & comme eux, equitantin arundine longâ ; ce changement est une suite très-naturelle de la foiblesse de leur machine, & surtout des fibres du cerveau ; la force qui leur est nécessaire pour penser, pour imaginer ayant cessé chez eux, ils sont au niveau des enfans, qui ne l'ont pas encore obtenue. (b)
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| RAJUSTER | v. act. (Gram. & Arts méch.) c'est remettre dans l'ordre ; on rajuste un habit, une machine ; la mort dérange & rajuste bien des choses.
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| RAKKUM | S. m. (Hist. mod.) espece de dard fait de bois ou de fer, dont les Hottentots se servent, & qu'ils lancent avec une adresse admirable, au point qu'ils ne manquent presque jamais leur but. Ils se servent de cette arme à la chasse & dans leurs guerres.
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| RAKONICK | (Géog. mod.) petite ville d'Allemagne, dans la Bohème, sur la petite riviere de même nom, qui se jette dans la Miza, au cercle de Rakonick, à 15 lieues au couchant de Prague. Long. 31. 30. latit. 52. 8. (D.J.)
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| RALE D'EAU | S. m. Rallus aquaticus Aldrovandi, (Hist. nat. Ornithologie) oiseau plus gros que la caille, & plus petit que la poulette d'eau, à laquelle il ressemble pour la forme du corps qui est mince & applati sur les côtés ; cet oiseau a environ un pié deux pouces & demi de longueur depuis la pointe du bec jusqu'au bout des ongles, & seulement onze pouces jusqu'à l'extrêmité de la queue ; l'envergure est d'un pié deux pouces & demi ; la tête & le bec sont applatis sur les côtés ; la tête est petite ; le bec ressemble à celui du paon de mer ; il a environ deux pouces de longueur ; la piece inférieure & la base de la piece du dessus sont rougeâtres, & l'extrêmité de la piece supérieure a une couleur noirâtre ; la langue s'étend jusqu'au bout du bec, & elle est terminée par des sortes de poils ; il y a sur le front un tubercule charnu rond & dégarni de plumes ; ce tubercule est beaucoup plus petit que celui des poules d'eau ; le dessus de la tête, les épaules, le dos, les petites plumes des aîles, & en général toute la face supérieure de l'oiseau, sont panachés de noirâtre & de jaunâtre, ou de jaune verdâtre ; le milieu de chaque plume est noir, & les bords sont jaunâtres ; le menton est blanc ; les plumes de la gorge ont une couleur roussâtre mêlée de cendré, à l'exception des bords qui sont blanchâtres ; la poitrine est d'une couleur bleue, & elle a sur son milieu une bande blanche ; les plumes des cuisses, des côtés du corps & du dessous de l'aîle, sont noires & ont des lignes blanches transversales ; le ventre est roux ; les plumes du dessous de la queue sont blanches & ont quelques taches noires ; les aîles ont chacune vingt-deux grandes plumes qui sont courtes, noires ou noirâtres ; il y a une ligne blanche sur la base de chaque aîle ; la queue est courte & noire, excepté les bords des plumes du milieu qui sont roussâtres ; les piés ont une couleur de chair obscure ; les doigts sont fort longs, comme dans tous les autres oiseaux de ce genre. Le râle d'eau court très-vîte & se tient sur le bord des ruisseaux & des rivieres ; il marche dans l'eau plutôt qu'il ne nage. Willughbi, Ornitholog. Voyez OISEAU.
RALE DE GENET, ou ROI DE CAILLE, ortygometra Aldrovandi, oiseau auquel on a donné le nom de roi de caille, parce qu'on prétend qu'il précede les cailles, & qu'il leur sert de guide lorsqu'elles quittent ces pays-ci pour aller dans un climat plus tempéré ; il pese cinq onces un tiers ; il a treize à quatorze pouces de longueur depuis la pointe du bec jusqu'au bout des doigts, & environ dix pouces & demi jusqu'à l'extrêmité de la queue ; l'envergure est de plus d'un pié cinq pouces ; le bec a un peu plus d'un pouce de longueur depuis la pointe jusqu'aux coins de la bouche ; le corps est applati par les côtés, & ressemble par sa forme à celui des poules d'eau ; la partie postérieure de la poitrine & le ventre sont blancs ; la gorge est d'un blanc sale ; il y a sur la tête deux larges lignes noires & une blanche sur les épaules ; les plumes du dos ont chacune le milieu noir & les bords d'un cendré roussâtre ; les cuisses sont traversées par de petites bandes blanches ; il y a vingt-trois grandes plumes dans chaque aîle ; les petites sont d'un jaune couleur de safran ; les bords des grandes plumes ont la même couleur ; la queue est composée de douze plumes, & elle a près de deux pouces de longueur ; le bec ressemble à celui des poules d'eau ; la piece supérieure a une couleur blanchâtre, & l'inférieure est brune ; les jambes sont dégarnies de plumes jusqu'au-dessus de l'articulation du genou. On a donné à cet oiseau le nom de râle de genet, parce qu'il se plaît dans les lieux plantés de genets ; sa chair est très-délicate & a un goût excellent. Willughbi, Ornith. Voyez OISEAU.
RALE, (Diete) on donne ce nom à deux genres d'oiseaux très-différens, dont l'un est appellé râle de genet, & l'autre râle d'eau. Ce dernier qui peut être regardé comme une espece de poule d'eau, a dumoins évidemment les mêmes qualités que les oiseaux connus sous ce dernier nom. Voyez POULE D'EAU.
Le premier ou le râle de genet, qui est aussi appellé roi de cailles, ne differe absolument en rien de la caille lorsqu'on le considere comme aliment, c'est-à-dire qu'étant gras, état dans lequel on le mange ordinairement, il a une chair fondante très-succulente, & d'un goût assez relevé, qui est pourtant un peu fastidieuse à cause de sa graisse qui manque de consistance, qui est même la plus fluide de toutes celles dont sont chargées les diverses chairs que les hommes mangent. Ainsi cet aliment peut être regardé comme ayant éminemment les qualités, les défauts, &c. des viandes grasses. Voyez GRAISSE, diete, & VIANDE, diete. (b)
RALE ou RALEMENT, (Médecin. séméiotique) on appelle ainsi une espece de son qui se fait entendre dans le gosier de quelques malades, & qui imite assez bien, suivant la remarque d'Hippocrate, le bruit de l'eau bouillante ; il est un peu plus fort que le ronflement. Voyez ce mot. Son nom est sans-doute tiré de la sensation qu'il excite dans l'oreille, & il en exprime assez bien la nature. Il semble en effet que les malades au râle prononcent ce mot à chaque expiration ; les Grecs l'appellent , & les Latins stertor, d'où est venu le terme de respiration stertoreuse, synonyme à râlement. Cette espece de son paroît d'abord occasionnée par l'air qui étant exprimé par la trachée-artere, rencontre dans sa cavité ou dans la gorge des humeurs qui s'opposent à son passage, il les agite, les divise, se mêle avec elles en forme de bulles, & les fait, pour ainsi dire, bouillonner : telle est l'idée que présente naturellement la nature de ce bruit. Cette aitiologie si simple n'est point démentie par l'examen plus approfondi des malades dans lesquels on observe ce symptome ; on voit en effet qu'il est très-familier aux moribonds, à quelques apoplectiques, à ceux qui ont quelque maladie de poitrine ou de la gorge, & dans lesquels les crachats sont supprimés. Il est évident que dans tous ces cas il se ramasse beaucoup d'humeurs dans les poûmons & le gosier ; dans les uns elles sont fournies par la matiere des crachats ; dans les autres par les différens liquides qui abordent continuellement à ces parties, & qui par leur relâchement local, ou par la foiblesse générale de la nature, ne peuvent être ni resorbés ni employés à différens usages, ni enfin chassés par leurs conduits affaissés. Il y a lieu de présumer que dans cet état les cordes vocales abreuvées d'humeurs & dans une extrême atonie, ne contribuent pas peu à la gravité de ce son. Voyez VOIX.
Il est facile de juger par-là que ce symptome doit être d'un très-mauvais augure dans toutes les maladies ; l'observation est ici d'accord avec le raisonnement, & elle est si généralement connue, qu'elle a donné lieu à cette façon de parler usitée même parmi le peuple : il est au râle, dit-on d'un malade, lorsqu'on veut signifier qu'il n'y a plus d'espoir, & que la mort est très-prochaine. Le râlement est regardé communément comme un signe d'agonie. Presque tous les malades dans lesquels Hippocrate l'a observé, sont morts, epidem. lib. VI. text. 9. 16. 20. 27. 47, &c. Cependant pour que ce signe soit plus décisivement mortel, il faut qu'il soit joint aux autres signes fâcheux ; & ce n'est que sur l'ensemble des différens signes, qu'un médecin prudent établit son prognostic. Ainsi lorsque le râlement paroît au commencement d'une maladie, lorsque la nature est encore forte, & que la mort n'est annoncée par aucun autre accident, on peut espérer que le râlement se dissipera, & que l'issue de la maladie n'en sera pas moins heureuse. Il arrive alors que les humeurs qui l'occasionnoient étant bien cuites, sont enfin expectorées, & dégagent par-là les voies aëriennes ; c'est ce que Hippocrate a observé dans Pisistrate qui eut un râlement. Néanmoins sa maladie eut son cours à l'ordinaire sans autre signe mortel, sans délire, &c. les excrétions critiques se firent, la fievre fut calmée, le râlement se dissipa, & la santé se rétablit, epidem. lib. VII. text. 86. Ceux, dit le même auteur, qui jouissent d'une bonne santé, sont tout-à coup attaqués d'une violente douleur de tête, avec aphonie & râlement, meurent en sept jours, à-moins que la fievre ne survienne, aphor. 51. lib. VI. On voit aussi dans ce dernier cas, que le râlement n'est pas toujours mortel, & en même tems de quelle utilité est la fievre que tant de médecins redoutent si fort, & qu'ils ne cessent mal-à-propos de combattre comme un ennemi toujours pernicieux, & manifestement opposé au principe vital. (b)
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| RALENTIR | v. act. & passif, (Gram.) c'est rendre plus lent. Il se prend au simple & au figuré ; il commence à ralentir sa course ; la chaleur a ralenti ses vibrations ; voulez-vous connoître le vrai motif qui les anime, examinez les circonstances dans lesquelles ils ralentiront & redoubleront leurs efforts ; l'ardeur des passions se ralentit avec l'âge ; on en fait quelquefois honneur à la raison ; le ralentissement suit le déchet de la force impulsive.
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| RALINGUER | v. n. (Marine) on sous-entend le verbe faire. C'est faire couper le vent par la ralingue, ensorte qu'il ne donne point dans les voiles. Voyez l'article suivant.
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| RALINGUES | (Marine) ce sont des cordes cousues en ourlet tout autour de chaque voile, & de chaque branle, pour en renforcer les bords. On dit tenir en ralingue ou mettre en ralingue ; c'est tenir un vaisseau, ou le disposer de maniere, que le vent ne donne point dans les voiles. On dit encore, mets en ralingue, ou fais ralinguer ; c'est un commandement au timonier de faire ralinguer les voiles.
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| RALLIER | v. act. se dit dans l'art militaire de l'action de rassembler & de mettre en bataille des troupes dispersées ou mises en desordre. Après la perte d'une bataille, le premier soin du général doit être de rallier ses troupes pour faire sa retraite en bon ordre. Voyez RETRAITE. Lorsque des troupes ont pliées dans un combat, on les rallie aussi pour les faire charger de nouveau. Si dans une bataille la premiere ligne a été enfoncée & mise en déroute, la seconde doit s'avancer pour soutenir le combat, pendant qu'on fait ensorte de rallier les troupes de la premiere derriere la seconde ligne. Voyez BATAILLE & ORDRE DE BATAILLE. (Q)
RALLIER, (Marine) on sous-entend le pronom SE, & on dit se rallier à quelque chose, c'est s'en approcher ; ainsi se rallier de terre, c'est s'approcher de terre.
Rallier un vaisseau au vent, c'est mener un vaisseau au vent.
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| RALLONGEMENT | S. m. (Gram.) c'est la même chose que ralonge. Voyez CELURE.
RALLONGEMENT D'ARRESTIER, (Architect.) c'est une ligne diagonale depuis le poinçon d'une croupe jusqu'au pié de l'arrestier, qui porte sur l'encoignure de l'entablement ; on l'appelle aussi reculement ou trait rameneret. (D.J.)
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| RALLONGER | v. act. (Gram.) c'est ajouter à la longueur. On ralonge des manches, un habit, des jupes, &c. On ralonge une corde, une piece de bois, une barre de fer. On ralonge le tems.
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| RALLUMER | v. act. (Gram.) c'est allumer derechef un feu qui s'est éteint. Il se dit au simple & au figuré. L'incendie qu'on croyoit éteint se ralluma pendant la nuit. Sa passion s'est rallumée. Il est difficile de rallumer l'amour de l'honneur, le sentiment de l'indépendance, le zèle de la liberté, dans des ames qu'un long esclavage a avilies. La colere se rallume. L'esprit se rallume. Le discours se rallume. La querelle s'est rallumée. On pourra employer cette expression figurée dans toutes les occasions où la chose pourra se comparer au feu & à son action.
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| RALONGE | S. f. (Gram. & Arts méchaniq.) portion qu'on ajoute à un tout trop court, pour lui donner la juste longueur qui convient à l'usage qu'on en veut faire. Le morceau qu'on rapporte dans ce cas à une piece d'etoffe, de toile, &c. s'appelle ralonge.
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| RALONGÉE | adj. (Coupe des pierres) se dit d'une ligne courbe à laquelle on donne plus de tension sur un diamêtre ou une corde, qu'elle n'en avoit sans changer sa hauteur : ainsi des voûtes surbaissés éliptiques pourroient passer pour des cercles ralongés.
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| RA | ou BRAMA, s. m. (Hist. mod. Mythol.) c'est le nom que les idolâtres de l'Indostan donnent au principal des trois dieux du premier ordre, qui sont l'objet de leur culte ; les deux autres sont Vistnou & Ruddiren. Voyez ces articles. La religion primitive des Indiens n'admettoit qu'un seul dieu. Il paroît par le livre appellé vedam, qui contient leur loi & leur théologie, que l'être suprême créa Ram ou Brama ; malgré cela leur religion s'étant corrompue, & ayant dégéneré en idolâtrie, les bramines ou prêtres substituerent un grand nombre de divinités ridicules au seul dieu de l'univers, que les Indiens adoroient dans les tems les plus reculés. Telle fut la source de la fortune de Brama, de créature il devint dieu. Les différentes sectes des idolâtres de l'Indostan attribuent des origines ridicules à ce dieu. Quelques-uns croient qu'il fut créé le premier, & qu'il doit être préféré à Vistnou & à Ruddiren ; d'autres au contraire donnent la préférence à l'un de ces derniers. Quoi qu'il en soit de ces importantes querelles, on dit que le Tout-puissant après avoir créé Brama, lui donna le pouvoir de créer l'univers, & tous les êtres qui s'y trouvent ; en conséquence il créa les différens mondes & les hommes ; il se reposa sur des ministres ou dieux subalternes du soin des créations du détail, telles que les plantes, les herbes, &c. Les Malabares au contraire, prétendent que la faculté de créer lui fut donnée par Vistnou, quoique d'autres assurent que ce dernier n'a eu dans son département que le soin de veiller à la conservation des êtres créés par Ram ou Brama. Quant aux bramines ou prêtres, qui prétendent tirer leur origine de Brama, ils soutiennent sa primauté, & disent que le Tout-puissant lui donna le pouvoir de créer & de gouverner l'univers. Ils ajoutent que Dieu, semblable à un grand roi, dédaigne de se mêler des affaires de ce monde qu'il fait gouverner par des ministres. La fonction de Brama est, selon eux, de fixer la bonne ou la mauvaise fortune, le tems de la durée de la vie ; en un mot, tous les événemens qui arrivent dans les huit mondes. Pour le soulager on lui donne un grand nombre de subdélégués & un premier ministre qui préside sur eux. Suivant les fictions des Bramines, le dieu Brama fut créé avec cinq têtes ; mais il ne lui en reste plus que quatre, parce que Vistnou, suivant les uns, & Ruddiren ou Issuren, suivant les autres, lui coupa une de ces têtes. Suivant les sectateurs de Brama, ce dieu réside dans brama-logum, qui est le huitieme ciel, c'est-à-dire, le plus proche de celui où réside le Dieu suprême. Brama, selon eux, est sujet à la mort ; & quelques-uns prétendent même qu'il meurt & revient à la vie tous les ans. On lui donne deux femmes : la premiere est Sarasvati, qui est sa propre fille ; la seconde s'appelle Quiatri. De la premiere il eut un fils nommé Dacha ; il en eut un autre, qui fut produit par le sang qui découla de sa tête coupée, on l'appelle Sagatrakavashen, il a 500 têtes & 1000 bras. Brama eut encore un autre fils appellé Kassiopa, qui fut le pere des bons & des mauvais anges. Quoique suivant le vedam, ou livre de la loi, Brama ait été créé le premier, il y a une secte de Banians qui lui refuse les honneurs divins, le second des triumvirs célestes. Voyez VISTNOU.
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| RAMA | (Géog. mod.) ce mot signifie hauteur. De là vient qu'il y a tant de lieux dans la Palestine où se trouve le nom de Rama, Ramath, Ramatha, Ramot, Ramathaïm, Ramola, Ramatham. Quelquefois la ville s'appellera tout-à-la-fois Rama, Ramatha, Ramot & Ramathaïm ; tous ces mots ne signifiant qu'une hauteur. Quelquefois Rama ou Ramoth est joint à un autre nom, pour déterminer l'endroit où est la hauteur, ou la ville dont on parle. Quelquefois enfin Ramath est mis simplement pour une hauteur, & ne signifie pas une ville, ni un village. Il y a plusieurs lieux du nom de Rama, dont il est parlé dans l'Ecriture-sainte. Le principal est une ville, ou plutôt un bourg de la Palestine, entre Jafa & Jérusalem, à trois lieues de la premiere & à huit de la derniere. Les Turcs y ont cinq mosquées, car tout ce bourg est presque mahométan ; il n'y a que quelques chrétiens maronites, quelques grecs & arméniens. Latit. 32. (D.J.)
RAMA, (Géog. mod.) petite contrée de la Dalmatie, aux confins de la Bosnie, à l'occident de la riviere de Narenta, & des deux côtés de celle de Rama, qui donne apparemment le nom à la contrée.
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| RAMADA | (Géog. anc.) ville de l'Amérique méridionale, dans le gouvernement de Sainte-Marthe, au nouveau royaume de Grenade, à 40 lieues au levant de Sainte-Marthe. Elle étoit appellée autrefois Salamanque. Latit. 11. 12.
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| RAMADAN | ou RAMAZAN, s. m. (Religion des Turcs) nom de la lune, pendant laquelle les Turcs font le carême avec un jeûne aussi patient qu'austere. Ni la condition des personnes, ni la longueur des jours, ni la chaleur, ni la fatigue du travail, ne les dispensent de cette abstinence. Dans la marche des troupes, où il semble que l'exercice de la guerre bannit celui des institutions religieuses, les soldats turcs qui fatiguent beaucoup en passant les deserts de l'Arabie pétrée, jeûnent avec autant de rigueur que les personnes les plus oisives : voici les détails que Tournefort donne du ramazan ou carême des Turcs ; car le nom du mois a passé à celui de leur carême.
Le carême, dit-il, a été établi pendant la lune de ramazan, parce que Mahomet publia que l'alcoran lui avoit été envoyé du ciel dans ce tems-là. Le jeûne qu'il ordonna est différent du nôtre, en ce qu'il est absolument défendu durant tout le cours de cette lune de manger, de boire, ni de mettre aucune chose dans la bouche, pas même de fumer, depuis que le soleil se leve, jusqu'à ce qu'il soit couché. En récompense, tant que la nuit dure, ils peuvent manger & boire, sans distinction de viande ni de boisson, si l'on en excepte le vin ; car ce seroit un grand crime d'en goûter, & ce crime ne s'expioit autrefois qu'en jettant du plomb fondu dans la bouche des coupables ; on n'est pas si sévere aujourd'hui, mais on ne laisseroit pas d'être puni corporellement. L'eau-de-vie n'est pas épargnée la nuit pendant ce tems de pénitence, encore moins le sorbet & le caffé. Il y en a même qui, sous prétexte de pénitence, se nourrissent alors plus délicieusement que tout le reste de l'année.
L'amour propre, qui est ingénieux par-tout, leur inspire de faire meilleure chere dans les tems destinés à la mortification : les confitures consolent l'estomac des dévots, quoiqu'elles ne soient ordinairement qu'au miel & au résiné. Les riches observent le carême aussi séverement que les pauvres, les soldats de même que les religieux, & le sultan comme un simple particulier. Chacun se repose pendant le jour, & l'on ne pense qu'à dormir, ou au-moins à éviter les exercices qui alterent ; car c'est un grand supplice que de ne pouvoir pas boire de l'eau pendant les grandes chaleurs. Les gens de travail, les voyageurs, les campagnards souffrent beaucoup ; il est vrai qu'on leur pardonne de rompre le jeûne, pourvu qu'ils tiennent compte des jours, & à condition d'en jeûner par la suite un pareil nombre, quand leurs affaires le leur permettront : tout bien considéré, le carême chez les Musulmans n'est qu'un dérangement de leur vie ordinaire.
Quand la lune de Caban, qui précede immédiatement celle de ramazan, est passée, on observe avec soin la nouvelle lune. Une infinité de gens de toutes sortes d'états, se tiennent sur les lieux élevés, & courent avertir qu'ils l'ont apperçue ; les uns agissent par dévotion, les autres pour obtenir quelque récompense. Dès le moment qu'on est assuré du fait, on le publie par toute la ville, & on commence à jeûner. Dans les endroits où il y a du canon, on en tire un coup au coucher du soleil. On allume une si grande quantité de lampes dans les mosquées, qu'elles ressemblent à des chapelles ardentes, & l'on prend soin de faire de grandes illuminations sur les minarets pendant la nuit.
Les muezins au retour de la lune, c'est-à-dire, à la fin du jour du premier jeûne, annoncent à haute voix, qu'il est tems de prier & de manger. Les pauvres mahométans, qui ont alors le gosier fort sec, commencent à avaler de grandes potées d'eau, & donnent avidement sur les jattes de ris. Chacun se régale avec ses meilleures provisions, & comme s'ils appréhendoient de mourir de faim, ils vont chercher à manger dans les rues, après s'être bien rassasiés chez eux ; les uns courent au caffé, les autres au sorbet. Les plus charitables donnent à manger à tous ceux qui se présentent. On entend les pauvres crier dans les rues : je prie Dieu qu'il remplisse la bourse de ceux qui me donneront pour remplir mon ventre. Ceux qui croyent raffiner sur les plaisirs, se fatiguent la nuit autant qu'ils peuvent, pour mieux reposer le jour, & pour laisser passer le tems du jeûne sans en être incommodés. On fume donc pendant les ténebres, après avoir bien mangé ; on joue des instrumens ; on voit jouer les marionnettes à la faveur des lampes.
Tous ces divertissemens durent jusqu'à ce que l'aurore éclaire assez, pour distinguer, comme ils disent, un fil blanc d'avec un fil noir ; alors on se repose, & l'on donne le nom de jeûne à un sommeil tranquille, qui dure jusqu'à la nuit. Il n'y a que ceux que la nécessité oblige de travailler, qui vont à leur ouvrage ordinaire. Où est donc, selon eux, l'esprit de mortification qui doit purifier l'ame des musulmans ? Ceux qui aiment la vie déréglé, souhaiteroient que ce tems de pénitence durât la moitié de l'année, d'autant mieux qu'il est suivi du grand bairam, pendant lequel, par une alternative agréable, on dort toute la nuit, & l'on ne fait que se rejouir tant que le jour dure. (D.J.)
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| RAMAGE | terme d'Oiseleur, c'est le chant naturel des oiseaux ou leur cri ; mais pour spécifier celui d'un grand nombre en particulier, on disoit autrefois en françois que la colombe roucoule, le pigeon caracoule, la perdrix cacabe, le corbeau croasse ; on dit des poulets pioler, des poules glousser, du coq coqueliquer, du dindon glougouter, du pinson fringoter, de l'hirondelle gazouiller, du milan huir, des hupes pupuler, des cailles carcailler, des tourterelles gémir, &c. mais presque tous ces mots sont passés d'usage. (D.J.)
RAMAGE, (Jurisprud.) dans quelques coutumes, comme dans celle de Bretagne, signifie branche particuliere d'une ligne, car chaque ligne paternelle ou maternelle se subdivise en plusieurs branches. On dit communément que quand le ramage défaut le lignage succede, c'est-à-dire qu'au défaut d'une ligne, l'autre succede. Voyez la coutume de Bretagne, articles 298, 306, 322, 323, 325, 326, 330, 331, 482, 541, 593. Hevin sur Frain, chap. lxj. tome I. le gloss. de Lauriere, au mot Ramage.
RAMAGE, jus ramale, c'est le droit ou faculté que dans quelques lieux les sujets ont de couper des rameaux ou branches d'arbres dans les forêts de leur seigneur. (A)
RAMAGE, (Jardinage) est un terme peu usité pour signifier un rameau, une branche d'arbre ; cependant on dit encore un arbre qui a de grands ramages.
RAMAGE, ouvrage à, terme de manufacture, ce mot se dit des broderies & représentations qui se font de toutes sortes de figures & de fleurs, soit avec l'aiguille, soit avec la navette. Les Latins l'ont nommé ars polymitaria, opus plumarium.
RAMAGE, s. m. (Draperie) ce mot se dit de la façon que l'on donne aux draps & étoffes de laine, en les mettant & étendant sur une machine qu'on appelle rame. (D.J.)
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| RAMAILLER | terme de Chamoiseur, qui signifie donner aux peaux de boucs, de chevres & de chevreaux, la façon nécessaire pour les passer en chamois. Voyez l'article CHAMOIS. Cette façon ne se donne qu'après que les peaux ont été passées à l'huile.
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| RAMANA | (Géogr. mod.) ville des Indes, au royaume d'Orixa, sur la rive droite de la riviere de Balassor. Elle est la résidence du roi d'Orixa.
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| RAMANANÇOR | (Géog. mod.) île des Indes, sur la côte de la PÊCherie, près du pays de Maravas, dont elle est séparée par un détroit. On donne à cette île 8 à 9 lieues de circuit. Elle est célebre par son pagode. Lat. 9. 26. (D.J.)
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| RAMART | voyez RENARD MARIN.
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| RAMASSÉ | part. Voyez l'article RAMASSER.
RAMASSE, (Maréchal.) cheval ramassé, c'est la même chose que ragot, excepté qu'il se dit de chevaux de toute sorte de taille. Voyez RAGOT.
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| RAMASSER | v. act. (Gram.) ce verbe a plusieurs acceptions. On dit ramasser une pierre, son chapeau, ses gants, lorsqu'ils sont tombés ; & ramasser, c'est relever de terre. On dit ramasser des tableaux, des coquilles, des médailles ; & ramasser signifie recueillir, rassembler. On dit ramasser des soldats dans toutes les contrées ; & ramasser est synonyme à rassembler. On dit cet homme ramasse toutes les choses qui peuvent m'affliger ; où avez vous ramassé cet homme là, &c ?
RAMASSER, (Hydr.) Voyez AMASSER.
RAMASSER L'EMAIL, terme d'Emailleur, qui signifie le prendre encore chaud & liquide dans la cuillier où il a été fondu avec du verre, pour en tirer du canon, c'est-à-dire des bâtons ou filets de grosseurs différentes, dont on se sert pour travailler les ouvrages à la lampe.
Pour cet effet on prend deux bouts de tuyaux de pipes à fumer, qu'on enfonce ensemble dans la matiere qui est en fusion, & comme on les tient avec les deux mains, on les éloigne tant qu'on veut. Si on veut avoir des filets plus longs que le bras d'un homme, un compagnon en tire un des bouts toujours attaché au tuyau de pipe ; c'est ce qu'on appelle tirer l'émail à la course. Voyez ÉMAIL.
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| RAMBADES | S. f. pl. (Marine) ce sont deux élévations égales, d'environ quatre piés 1/2 chacune, divisées par le coursier. Sur chacune d'elles quatorze ou quinze hommes peuvent se placer pour combattre. Voyez Pl. IV. de Marine, fig. 2. la rambade marquée &.
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| RAMBERGE | S. f. (Marine) sorte de petit vaisseau propre à aller faire des découvertes. Autrefois on appelloit ainsi en Angleterre des vaisseaux de guerre, & on donne aujourd'hui ce nom à de petits bâtimens qui servent dans les rivieres de ce pays.
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| RAMBERT | SAINT, (Géog. mod.) bourg qu'on nomme une petite ville de France, dans le Forès, au diocèse de Lyon, sur le bord de la Loire qu'on y passe sur un pont, à 4 lieues de Montbrison, & à 3 de S. Etienne. Il y a un chapitre.
RAMBERT-LE-JOUX, (Géog. mod.) petite ville, ou gros bourg de France, dans le Bugey, près d'une branche du mont Jura. Il y a une paroisse, un petit college, & une abbaye de bénédictins. Latit. 35. 54.
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| RAMBERVILLIERS | ou plutôt RAMBERVILLERS, (Géog. mod.) petite ville de Lorraine, chef-lieu d'une des plus belles châtellenies de l'évÊChé de Metz ; c'étoit une ancienne seigneurie qui appartenoit à des seigneurs particuliers, il y a 650 ans. Etienne de Bar, qui fut fait évêque de Metz vers l'an 1120, acquit Rambervillers, & le ferma de murailles. Le même évêque y fonda une abbaye de chanoines réguliers. Long. 24. 19. lat. 48. 22.
Serarius (Nicolas), savant jésuite, interprête de l'Ecriture, naquit à Rambervillers en 1558, & mourut à Mayence en 1609. On a de lui, 1°. des commentaires sur plusieurs livres de la Bible : 2°. des prolégomenes estimés sur l'Ecriture-sainte : 3°. un livre des trois plus fameuses sectes des Juifs ; savoir, des Pharisiens, des Saducéens & des Esséniens. Il a mêlé trop d'érudition inutile dans ses questions & dans ses commentaires ; mais il regne plus de briéveté & de jugement dans ses prolégomenes sur la Bible.
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| RAMBOUILLET | (Géog. mod.) bourg de l'île de France, dans le Hurepoix, à 10 lieues de Paris, avec un château qui appartient au duc de Penthievre. Louis XIV. érigea ce bourg en duché pairie en 1714. Long. 19. 20. latit. 48. 32.
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| RAMBOURER | v. act. c'est remplir de crin, de coton, de lin ou de quelque autre substance pareille. Ainsi on dit une chaise rambourée de laine, &c.
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| RAME | S. f. (Marine) longue piece de bois, dont l'une des extrêmités est applatie, & qui étant appuyée sur le bord d'un bâtiment, sert à le faire siller. La partie qui est hors du vaisseau & qui entre dans l'eau, s'appelle le plat ou la pale, & celle qui est en-dedans, où les rameurs appliquent leurs mains afin de la mettre en mouvement, se nomme le manche de la rame. Pour faire siller un bâtiment par le moyen de cette piece de bois, les rameurs tournent le dos à la proue, & tirent le manche de la rame vers eux, c'est-à-dire la tirent vers la proue afin que la pale avance vers la poupe ; mais la pale ne peut point avancer dans ce sens sans frapper l'eau ; & comme cette impulsion est la même que si l'eau frappoit la pale de poupe à proue, le bâtiment est mu selon cette direction. De-là il suit que plus la pale se meut dans l'eau avec force, c'est-à-dire plus son choc est grand, plus le vaisseau sille vîte. Pour augmenter ce choc, presque tous les mathématiciens prétendent qu'on doit situer tellement la rame sur le bord du bâtiment, qu'elle soit divisée en deux parties égales par l'apostis, ou le point autour duquel elle se meut. Cette prétention est fondée sur ce que dans cette situation le produit des deux parties de la rame est un maximum, c'est-à-dire le plus grand qu'il est possible. Cependant malgré cette raison, M. Euler qui a publié là-dessus un beau mémoire, parmi les derniers de l'académie royale des Sciences de Berlin ; M. Euler, dis-je, veut que la partie extérieure excede l'autre. Il a inséré aussi un long chapitre sur les effets de cette machine, dans sa science navale : Scientia navalis, de actione remorum, cap. vij. Il y a des choses bien curieuses dans ce chapitre. L'auteur y calcule la vîtesse que doit acquérir le vaisseau, suivant l'action des rames ; il propose des machines qu'il estime plus efficaces que cette action, &c. & tout cela doit être lu dans l'ouvrage même. Voyez aussi l'article suivant. On trouvera aussi de nouvelles idées sur ces machines qu'on veut substituer aux rames, dans le Dictionnaire universel de Mathématique, &c. & la théorie en quelque sorte de ces avirons.
Les Latins appelloient les rames, remi, & quelquefois palmae ou palmulae. On leur donnoit aussi autrefois le nom de tonsae, à cause qu'elles frappent les flots, & qu'elles les coupent : Et in lento luctantur marmore tonsae. Un quatrieme nom qu'avoient les rames dans l'antiquité, étoient scalmes, qui signifie cheville, parce qu'il y avoit une cheville à chaque rame.
Plutarque dit que César s'embarqua à Brindes, pour passer un trajet de mer, sur une barque à douze scalmes. A l'égard des bancs où étoient assis ceux qui les faisoient mouvoir, les Grecs les appelloient , & les Latins transtra.
Quasi transversim strata considunt transtris.
Virg. Aenéid. liv. V.
RAME, RAMILLE, (Jardinage) est une petite branche qui se ramasse dans l'exploitation des bois, après qu'on en a tiré le bois de corde, les coterets & les fagots ; elle n'est bonne qu'à faire des bourrées.
RAME, s. f. (Draperie) machine ou instrument dont on se sert dans les manufactures de draperie pour allonger ou élargir les draps, ou seulement pour les unir & dresser quarrément.
Cette machine qui est haute d'environ quatre piés & demi, & qui a plus de longueur que la plus longue piece de drap, est composée de plusieurs petites solives ou morceaux de bois quarrés, placés de même que ceux qui forment les barrieres d'un manege ; en sorte néanmoins que les traverses d'en-bas puissent se hausser & se baisser, suivant qu'on le juge à propos, & être arrêtées solidement par le moyen de quelques chevilles. Il y a le long des traverses tant hautes que basses, des clous à crochet placés de distance en distance. Indiquons en peu de mots la maniere de mettre une piece de drap sur la rame.
La piece de drap étant encore toute mouillée, le chef en est attaché à l'un des bouts de la rame, puis on la tire, à force de bras, par le côté de la queue, pour la faire aller au point de longueur que l'on s'est proposé. La queue du drap étant bien arrêtée, on accroche la lisiere d'en-haut aux traverses d'en-bas, que l'on fait descendre par force jusqu'à ce que le drap soit à la largeur qu'on desire. Ayant été ainsi bien étendu & arrêté tant sur son long que sur son large, on brosse la piece à poil, & on la laisse sécher, ensuite on la leve dessus la rame, & tant qu'elle n'est point remouillée, elle conserve toujours la même largeur & longueur que cette machine lui a donnée. Dict. du Comm. (D.J.)
RAME, s. f. (Papeterie) c'est un paquet de papier composé de vingt mains, chaque main de vingt-cinq feuilles, ensorte que la rame contient en tout cinq cent feuilles. La premiere & la derniere main doit être de même pâte & de même compte que le reste de la rame. Dict. de Trévoux.
RAME, mettre à la (terme de Librairie) mettre un livre à la rame signifie ranger par rame une partie de l'impression d'un livre dont on a eu peu ou point de débit, pour le vendre de la sorte à vil prix aux épiciers & aux beurrieres, & à tous ceux qui en ont besoin, pour envelopper leurs marchandises, ou en faire autre usage. Richelet dit qu'Amelot pensa devenir fou, lorsqu'il apprit qu'on alloit mettre son Tacite à la rame. (D.J.)
RAME, (Manuf. en soierie) faisceau de cordes de fil, au nombre de 400 dans les métiers ordinaires, de la longueur de 15 piés plus ou moins, auxquelles sont attachées les 400 cordes de semple, & qui ont au bout les arcades. L'endroit où les cordes du rame sont gansées & doublées sur le bâton, s'appelle la queue du rame.
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| RAM | ou ROAMé, (Géogr. anc.) ville d'Italie dans les Alpes. L'Itinéraire d'Antonin la marque sur la route de Milan à Arles, en prenant par les Alpes cottiennes. Elle étoit entre Brigantio & Eburodunum, à 19 milles du premier de ces lieux, & à 18 milles du second. C'est maintenant un village du Dauphiné sur la Durance, à 2 lieues au-dessous d'Embrun, près du passage des Alpes appellé le Pertuis-Rostau.
RAME, adj. en termes de Blason, a la même signification que chevillé, & se dit des ramures d'une corne de cerf. Fredorf en Baviere, d'argent au cerf de gueules, ramé d'or.
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| RAMÉADES | (terme de Galeres) ce sont deux postes auprès de l'éperon & de l'arbre du trinquet, hauts d'environ quatre piés & demi, sur chacun desquels quatorze ou quinze hommes peuvent se placer pour combattre.
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| RAMEAU | S. m. (Jardinage) se dit d'une jeune branche.
RAMEAU, (Anatomie) se dit de la subdivision des vaisseaux. Chaque artere se divise en différentes branches, & chacune de ces branches se subdivise en plusieurs rameaux.
RAMEAU, (Fortificat.) ce mot se dit des mines & de leurs divers conduits qui s'appellent aussi branches, canaux, retours, araignées, galeries. Les rameaux partent ou du chemin couvert, ou du fossé, & prolongent jusqu'au pié du glacis, ou même quelquefois jusque sur des ouvrages hors du glacis. De ces rameaux principaux il s'en tire d'autres à droite & à gauche sur le glacis, & le long du chemin couvert. On ne peut se parer de l'effet de ces mines qu'en découvrant leurs rameaux. Il faut toujours prendre le dessous de ces rameaux, sans quoi on n'est jamais en sûreté. Dict. milit.
RAMEAU, (Hydraul.) est une veine, un filet d'eau qui se détache d'une source ; ce peut être encore une pierrée droite faite en forme de patte d'oie, pour ramasser le plus d'eau que l'on peut.
RAMEAU, (Hist. & Généalog.) il se dit dans les généalogies de diverses branches qui sortent d'un même tronc. Cette illustre famille s'est divisée en plusieurs rameaux dont les uns se sont portés en France, les autres en Italie.
RAMEAUX, s. m. pl. (terme de Mines) ce mot se dit des mines d'or, d'argent & d'autres métaux qui se trouvent dans les mines, & qui sont plus ou moins abondantes en minérai. (D.J.)
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| RAMÉE | S. f. (Gramm. & Oeconom. rustique) assemblage de plusieurs branches d'arbres entrelacées naturellement ou par art. Il se dit aussi de plusieurs branches vertes, couvertes de feuilles & séparées de l'arbre. Au village on danse sous la ramée. On tapisse les rues de ramée aux grandes fêtes. Un bucheron courbé sous le faix de la ramée.
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| RAMENDABLE | (Comm.) ce qui peut se ramender, voyez RAMENDER.
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| RAMENDER | diminuer de prix, être à meilleur marché.
RAMENDER, v. act. (Arts méchan.) se dit aussi de toute besogne & ouvrage des artisans où ils sont obligés de retoucher pour les remettre en meilleur état ; lorsqu'ils sont poursuivis en justice pour un mauvais travail, ils sont tenus à ramender, si la chose est ramendable. Dict. du Comm. & de Trévoux.
RAMENDER, (terme de Doreur) c'est réparer & recouvrir les endroits de l'or qui se sont gersés ou cassés en les appliquant. On ramende d'abord avec de petits morceaux du même or ; mais quand c'est pour finir l'ouvrage, on se sert d'or à coquille ; ce qui s'appelle boucher d'or moulu.
RAMENDER, (Teinture) on dit ramender une étoffe, quand ayant été jugée défectueuse par les gardes & jurés, on est obligé de la remettre a la teinture. Une étoffe ramendée est toujours plus dure & moins bonne que celle qui a eu sa perfection dès le premier teint. Dict. du Comm.
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| RAMENER | v. act. (Gramm.) on dit cet officier a ramené plusieurs fois sa troupe à la charge ; alors c'est le reduplicatif d'amener ou conduire. On dit les bergers ramenent leurs troupeaux des champs ; & ramener signifie alors remettre à l'endroit d'où l'on est parti. C'est un correlatif d'amener dans ces phrases & autres, il a amené des marchandises de clinquaille, & il a ramené des vins. Il a encore une acception particuliere, lorsqu'on dit, il commandoit, dans cette action, huit cent hommes, dont il n'a ramené que deux cent. Le printems ramene l'hirondelle. Un sage conseil ramene un homme à son devoir. Un juge habile ramene les autres à son opinion. Il ne faut pas ramener tout à soi. C'est un esprit difficile à ramener. J'ai ramené cette affaire de loin.
RAMENER, en termes de Manege, c'est faire baisser le nez à un cheval qui porte au vent, qui leve le nez aussi haut que les oreilles, qui ne porte pas en beau lieu. On met des branches hardies, ou la martingale aux chevaux pour les ramener. Voyez BRANCHE, MARTINGALE.
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| RAMENERET | TRAIT, (Charpentier) on tire un trait rameneret avec le cordeau, pour prendre la longueur des arrestiers.
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| RAMEQUIN | est en terme de Cuisinier, un appareil de roignons hachés avec du persil, un ail & un jaune d'oeuf, qu'on étend sur du pain, & qu'on fait rôtir dans une poële, ou sur le gril ; on en fait de fromage, de sucre, &c. de la même maniere.
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| RAMER | voyez NAGER & RAME.
RAMER, v. act. (Draperie) terme qui signifie mettre une piece de drap encore toute mouillée sur une espece de machine ou instrument de bois que l'on appelle rame, pour, en tirant l'étoffe à force de bras, la faire venir au point de la longueur & de la largeur que l'on s'est proposée. Voyez RAME. (D.J.)
RAMER, (terme de Jardinier) c'est ficher en terre de petites branches ou de petits rameaux d'arbres, pour soutenir les pois, & autres légumes, à mesure qu'ils croissent.
RAMER, en Fauconnerie, on dit, l'oiseau rame en l'air, c'est-à-dire, qu'il se sert de ses aîles comme de deux avirons.
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| RAMEREAU | nom que l'on a donné aux jeunes ramiers. Voyez RAMIER.
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| RAMES | LES, (Rubanier & autres ouvriers Tissutiers) sont de longues ficelles de moyenne grosseur attachées aux arcades des bâtons de retour ; on en met jusqu'à 160 à chacune des arcades à chaque retour ; ainsi lorsqu'il y a 20 retours sur un métier, il y a par conséquent 3200 rames. On va donner la description d'une seule de ces rames qui suffira pour toutes les autres. Cette rame, comme toutes les autres, doit être assez longue pour passer au-travers du porte rame de derriere, ensuite à-travers les hautes-lisses, puis traverser le porte-rame de devant, & descendre encore environ un pié & demi plus bas que le porte rame, pour pouvoir y attacher les lissettes qu'elles doivent faire hausser.
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| RAMETTE | S. f. (ustensile d'Imprimerie) c'est un grand chassis de fer qui n'a point de barre dans le milieu ; il y en a de différente grandeur ; les plus grands servent à imposer les placards, les affiches & ouvrages de cette sorte. Voyez CHASSIS. Voyez les fig. Planches de l'Imprimerie.
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| RAMEUR | S. m. (Marine) c'est celui qui rame. Voyez l'article RAME.
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| RAMIER | pigeon ramier. Mansart, Coulon. palumbus torquatus Aldrovandi, Wil. s. m. (Hist. nat. Ornithologie) oiseau qui est de la grosseur du pigeon romain ; il a un pié cinq pouces & demi de longueur depuis la pointe du bec jusqu'à l'extrêmité de la queue, & seulement un pié un pouce jusqu'au bout des doigts ; l'envergure est de deux piés cinq pouces ; le bec a un pouce deux lignes de longueur depuis la pointe jusqu'au coin de la bouche ; les aîles étant pliées, s'étendent de deux pouces au-delà du bout de la queue ; la face supérieure & les côtés du cou sont d'un verd doré changeant, qui paroît à certains aspects de couleur de cuivre bronzé ou bleu. Il y a de chaque côté du cou au milieu de ces couleurs une tache blanche disposée de façon que cet oiseau semble avoir une sorte de collier. La partie antérieure du dos & les petites plumes des aîles sont d'un cendré brun ; la partie inférieure du dos, le croupion & les plumes du dessus de la queue ont une couleur cendrée claire. La face inférieure du cou depuis la tête jusques vers le milieu de sa longueur est cendrée ; le reste du cou & la poitrine ont une couleur vineuse mêlée d'un peu de cendré. Le ventre, les côtés du corps, les jambes & les plumes du dessous de la queue sont d'un cendré blanchâtre. La couleur des grandes plumes de l'aîle est brune ; la seconde & les six qui suivent, ont les bords extérieurs blancs ; dans les autres plumes ces bords sont d'un gris brun : il y a sur l'origine de la fausse aîle une grande tache blanche, qui s'étend selon la longueur de l'aîle. Les plumes de la queue ont la face supérieure d'un cendré foncé, à l'exception de l'extrêmité qui est noirâtre ; elles sont au contraire noires en-dessous à l'origine & à l'extrêmité, tandis que le milieu est d'un gris blanchâtre. Les yeux ont l'iris d'un jaune pâle ; le bec est jaunâtre ; la membrane qui se trouve au-dessus des narines, a une couleur rouge, & elle est couverte d'une matiere farineuse & blanchâtre. Les piés sont garnis de plumes presque jusqu'à la naissance des doigts ; leur couleur est rouge, ainsi que celle des doigts ; les ongles sont noires. Brisson, ornit. tom. I. Voyez OISEAU.
RAMIER D'AMBOINE, palumbus amboinensis, oiseau qui est à-peu-près de la grosseur de la tourterelle ; il a dix pouces de longueur depuis la pointe du bec jusqu'à l'extrêmité de la queue, & neuf pouces & demi jusqu'au bout des ongles ; la longueur du bec est de dix lignes depuis la pointe jusqu'aux coins de la bouche ; les aîles étant pliées s'étendent jusqu'aux deux tiers de la longueur de la queue. Le devant de la tête est blanc : cette couleur se prolonge de chaque côté en une bande étroite qui passe sur les yeux : le dessus de la tête a une couleur bleuâtre foncée ; les côtés de la tête, le cou & la poitrine sont rougeâtres ; les plumes de la partie antérieure du dos, & les petites des aîles ont une belle couleur verte dorée qui change à différens aspects en une belle couleur de cuivre bronzé. Il y a quelques petites plumes de l'aîle dont l'extrêmité est blanche : ce qui forme autant de petites taches de cette couleur vers le haut de l'aîle. La partie postérieure du dos & le croupion sont cendrés ; le ventre, les côtés du corps, les jambes & les plumes du dessous de la queue ont une couleur brune mêlée d'une légere teinte de rouge. La face inférieure de l'aîle est rousse, & la face supérieure a une couleur brune foncée, à l'exception des barbes intérieures de chaque plume qui sont rousses depuis leur origine jusqu'environ aux deux tiers de leur longueur. La couleur des plumes de la queue est noire, excepté les deux plumes extérieures de chaque côté qui sont cendrées & terminées par du noir. Le bec est rouge, & la membrane du dessus des narines a une couleur bleuâtre. Les piés sont rouges, & les ongles ont une couleur brune claire. On trouve cet oiseau à Amboine. Ornit. de M. Brisson, tom. I. Voyez OISEAU.
RAMIER BLEU DE MADAGASCAR, palumbus caeruleus madagascariensis, oiseau plus petit que le pigeon domestique : il a dix pouces & demi de longueur depuis la pointe du bec jusqu'à l'extrêmité de la queue, & seulement huit pouces neuf lignes jusqu'au bout des doigts ; la longueur du bec est de onze lignes depuis la pointe jusqu'aux coins de la bouche ; les aîles étant pliées, s'étendent presque jusqu'au bout de la queue. Cet oiseau est presque entierement d'un bleu très-foncé presque noir & brillant ; les plumes de la queue & celles du dessous de la queue sont d'un pourpre violet éclatant ; le col est couvert de plumes longues & étroites, qui semblent avoir un peu de cendré mêlé avec leur couleur bleue. Les yeux sont entourés d'une peau rouge & dégarnie de plumes. Le bec, les piés & les doigts ont une couleur rouge ; celle des ongles est noire. Les piés sont couverts de plumes presque jusqu'à l'origine des doigts. On trouve cet oiseau à Madagascar. Ornit. de M. Brisson, tom. I. Voyez OISEAU.
RAMIER DES MOLUQUES, palumbus moluccensis, oiseau qui est à peu près de la grosseur du ramier de ces pays-ci ; il a un pié cinq pouces de longueur depuis la pointe du bec jusqu'à l'extrêmité de la queue, & un pié trois pouces jusqu'au bout des ongles ; la longueur du bec est d'un pouce cinq lignes depuis la pointe jusqu'aux coins de la bouche. Les aîles étant pliées s'étendent environ au tiers de la longueur de la queue. La tête, la gorge, le cou, la poitrine, le ventre & les jambes sont d'un gris blanc mêlé d'une teinte de rougeâtre ; la couleur du dos, du croupion, des petites plumes des aîles & de celles du dessus de la queue est d'un verd doré qui paroît à certains aspects de couleur de cuivre bronzé. Les plumes des côtés du corps, & celles de la face inférieure des aîles ont une couleur grise blanchâtre ; les plumes du dessous de la queue sont d'une couleur de marron pourprée ; celle des grandes plumes de l'aîle est cendrée ; les moyennes ont le côté extérieur & l'extrêmité de même couleur que le dos, & le côté intérieur est cendré. Il y a dans la queue douze plumes toutes d'égale longueur, cendrées en-dessous & de la même couleur que le dos en-dessus. Les piés sont couverts de plumes jusques vers la moitié de leur longueur. Le bec, les piés & les ongles ont une couleur verdâtre. On trouve cet oiseau aux Moluques. Ornit. de M. Brisson, tom. I. Voyez OISEAU.
RAMIER VERT DE MADAGASCAR, palumbus viridis madagascariensis, oiseau qui est à peu près de la grosseur du pigeon domestique ; il a onze pouces & demi de longueur depuis la pointe du bec jusqu'à l'extrêmité de la queue, & seulement dix pouces jusqu'au bout des ongles ; les aîles étant pliées s'étendent jusqu'à la moitié de la longueur de la queue ; le bec a près d'un pouce de longueur depuis la pointe jusqu'aux coins de la bouche. La tête, le cou, la poitrine, le ventre & les côtés du corps sont d'un verd olivâtre ; le dos, les petites plumes des aîles & celles du dessus de la queue ont la même couleur ; mais elle est plus foncée ; il y a sur le premier pli de l'aîle une petite tache rougeâtre ; les grandes plumes de l'aîle sont noirâtres en-dessus, & cendrées en-dessous. Les plumes du bas-ventre & des jambes ont du jaune & du noirâtre mêlés avec du vert olivâtre ; la queue est cendrée. Les piés sont rouges, & couverts presque jusqu'à la naissance des doigts, de plumes qui ont les mêmes couleurs que celles des jambes. On trouve cet oiseau à Madagascar, où on l'appelle Founingo maïlsou. Ornit. de M. Brisson, tom. I. Voyez OISEAU.
RAMIER, (Diete & Mat. méd.) Voyez PIGEON.
RAMIER, s. m. (Jardinage) se dit d'un tas de bois que l'on range, lorsqu'il est coupé, dans les places les moins garnies de rochées. Il faut ranger ces ramiers avant la pousse, de crainte qu'ils n'étouffent le bois quand il veut pousser.
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| RAMIFICATION | S. f. (terme d'Anatomie) division, distribution de différens vaisseaux du corps, qui sont regardés comme des branches par rapport aux rameaux qu'ils fournissent. La ramification des arteres, des veines, &c.
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| RAMIFIER | v. act. en Anatomie, se dit de la division des vaisseaux. Telle artere se ramifie en un nombre infini de petits rameaux, & se distribue, &c.
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| RAMILLES | S. f. (Jurisprud.) ramalia minora, ce sont, en termes d'eaux & forêts, les menues branches d'arbres qui restent dans les bois, après qu'on en a tiré le bois de corde & les coterets, & qui ne sont bons qu'à mettre dans les fagots ou dans les bourrées. (A)
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| RAMILLIES | (Géogr. mod.) village des Pays-Bas, dans le Brabant, au quartier de Louvain, près de la source de la Géete. Ce village n'est remarquable que par la bataille que le duc de Malborough, le duc de Virtemberg, & M. d'Owerkerque y gagnerent en 1706, le 23 Mai, jour de la Pentecôte, sur les François commandés par le duc de Baviere & le maréchal de Villeroy ; la défaite des François devint une déroute affreuse par la confiance perdue, & par le trouble qui s'empara des esprits. (D.J.)
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| RAMINGUE | adj. On appelle ainsi, en terme de Manege, un cheval rétif, qui résiste aux éperons & s'y attache, qui rue, qui recule, qui saute plusieurs fois en l'air pour jetter le cavalier en bas ; en quoi il differe du chatouilleux, qui après y avoir résisté quelque tems, obéit ensuite, & va beaucoup mieux par la peur d'un jarret vigoureux, lorsqu'il sent étendre la jambe, qu'il ne va par le coup même. Les ramingues sont dangereux, en ce qu'ils sont sujets à doubler des reins, & à faire des ponts-levis. Voyez PONT-LEVIS.
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| RAMISTE | CONSONNE, (Gramm.) On nomme consonnes ramistes l'i & l'v, lorsqu'ils sont consonnes. Ce fut vers le milieu du xvj. siecle, qu'on commença à distinguer les j & les v consonnes, des i & u voyelles. Pierre Ramus ou de la Ramée, imagina cette distinction fort utile dans notre orthographe, d'où ces deux lettres ont retenu le nom de consonnes ramistes. Il mit en usage cette invention dans sa grammaire latine, imprimée en 1557 ; ensuite Gilles Beys, libraire à Paris, ayant connu l'utilité des deux consonnes ramistes, les employa dans l'édition des commentaires de Claude Mignault, sur les épîtres d'Horace, qu'il fit imprimer en 1584 chez Denys Duval. (D.J.)
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| RAMNE | ou RAMNENSES, (Antiq. rom.) espece de tribu formée de chevaliers romains. Acron le dit formellement, & préfere ce sentiment à l'opinion de ceux qui croyoient que c'étoit seulement une des tribus romaines ; Ramnes, Luceres, Tatienses, tribus erant, vel ut veriùs Equites. Cornelius Nepos, plus croyable encore que le scholiaste, réunit ces deux sentimens, & les applique aux chevaliers. C'est dans la vie de Romulus, où il dit : tres equitum centurias instituit, quas à suo nomine Ramnenses, à Tito Tatio Tatienses, à Lucumone Luceres appellavit. C'étoit donc une centurie, ou une espece de tribu de chevaliers romains.
Un ancien poëte, mais dont on ignore le nom, dans une piece aussi élégante que modeste sur les fêtes de Vénus, a ramassé en quatre petits vers toutes les parties de la république ; savoir, le peuple Quirites, les chevaliers Ramnes, le sénat Patres, & les empereurs Caesares.
Romuleas ipsa fecit
Cum Sabinis nuptias ;
Unde Ramnes & Quirites,
Proque prole posterâ
Romuli, patres creavit,
Et nepotes Caesares.
Enfin Horace a donné à Ramnes une épithete, qui convient particulierement aux chevaliers romains ; il les nommoit celsi : or celsus vient du grec , qui signifie également un cheval & un cavalier, comme nous l'apprenons de Festus Pompeius. (D.J.)
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| RAMOITIR | v. act. (Gramm.) c'est rendre moite pour la premiere ou pour la seconde fois. Le brouillard ramoitit le linge. La vapeur de l'haleine ramoitit le papier.
RAMOITIR, terme d'Imprimerie, c'est passer l'éponge imbibée d'eau, sur les ustensiles auxquels il faut communiquer une humidité convenable. Les ouvriers de la presse ramoitissent le cuir de leurs balles, leur tympan, & le papier, quand ces choses précédemment trempées ont trop perdu de leur humidité, dans le tems qu'ils viennent à les mettre en oeuvre.
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| RAMOLADE | S. f. (Cuisine) On appelle de ce nom une espece de sauce que l'on prépare pour la viande & le poisson. La ramolade est ordinairement composée d'anchois, de persil, de capres, & de ciboules hachées ensemble dans du jus de boeuf ; mais on peut y ajouter plusieurs autres assaisonnemens. (D.J.)
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| RAMOLLIR | v. act. (Gramm.) c'est rendre la mollesse pour la premiere fois ou pour la seconde. Ramollissez ce cuir ; ramollissez ce parchemin.
RAMOLLIR L'OISEAU, c'est ramollir son pennage avec une éponge trempée.
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| RAMOLLISSANT | adj. terme de Chirurgie concernant la matiere médicale externe, c'est la même chose qu'émollient. On donne ce nom à tous les médicamens qui ont la vertu de rendre la souplesse aux parties solides trop tendues, & de redonner de la fluidité aux liqueurs épaissies. Les liquides forment, par la lenteur de leur circulation, ou par leur stagnation, deux especes de tumeurs, des douloureuses, & des indolentes ; il y a des émolliens qui agissent dans le premier cas, en calmant la douleur, ce sont des émolliens anodins ; on en employe d'autres dans le second cas ; on les appelle émolliens résolutifs, parce qu'ils ont la vertu de résoudre les fluides épaissis. Il y en a qui agissent principalement sur les solides trop tendus, ce sont des émolliens relâchans.
La premiere classe d'émolliens que nous disons être anodins, sont des remedes remplis de mucilages aqueux & adoucissans, dont les particules s'attachent aisément aux vaisseaux, assouplissent leurs fibres, & les rendent moins susceptibles d'agacement & d'irritation. A l'aide de la chaleur qu'on donne à ces médicamens, leurs parties déliées s'insinuent dans les pores, raréfient insensiblement les humeurs, & leur font reprendre les voies ordinaires. Tels sont l'eau tiede, le lait, l'althea, la mauve, la pariétaire, le bouillon blanc, le violier, les semences de lin, de fenugrec, de psyllium, &c. Ils conviennent en fomentations & en cataplasmes dans les engorgemens inflammatoires.
La seconde classe d'émolliens est composée de médicamens qui unissent la vertu résolutive à l'émolliente ; ils contiennent des parties actives, qui donnent un peu de ressort aux vaisseaux, & qui les font agir sur les liqueurs stagnantes ; la résolution se fait, si ces liqueurs ont assez de fluidité pour obéir à cette action : & dans le cas contraire les vaisseaux se brisent sur les fluides épaissis, & il en résulte une suppuration, ou purulente, ou putride, suivant la nature de l'humeur qu'on a mise en dissolution dans le lieu de sa stagnation, en excitant à faux le jeu des vaisseaux. Les médicamens émolliens, résolutifs, ou maturatifs, se tirent principalement des matieres gommeuses, telles que le galbanum, l'opopanax, le sagapenum, la gomme ammoniaque. Les quatre farines résolutives, les fleurs de camomille & de mélilot réduites en poudre, servent aussi à faire des cataplasmes émolliens résolutifs, & les gommes susdites entrent dans la composition d'emplâtres, qu'on met avec succés sur des tumeurs dures, dont on a calmé l'inflammation précédente, avec les cataplasmes émolliens anodins, & qui ont ensuite été prédisposées par les cataplasmes émolliens résolutifs. Les emplâtres de vigo, de savon, de ciguë, de diabotanum, de diachylon gommé, sont propres à fondre les tumeurs rénitentes. Voyez RENITENTE.
Les émolliens relâchans, ou chalastiques, doivent produire dans les fibres un changement, par lequel elles deviennent plus allongées sans se rompre. Il suffit pour cet effet, que des particules lubrifiantes s'insinuent entre les solides & les assouplissent. Les émolliens des deux premieres classes ont cette vertu, mais elle réside éminemment dans les remedes onctueux, tels que le beurre, les huiles de lys, de lin, d'amandes douces, les graisses de différens animaux, & leurs moëlles. Les composés sont l'onguent d'althea, de populeum, les huiles de chien, de vers, l'emplâtre de mucilages, celui de diachylon simple, &c. Ces remedes gras ne conviennent point sur les parties enflammées ; ils deviendroient stimulans & suppuratifs ; mais on les employera avec succès sur la peau saine du ventre, pour remédier à l'inflammation des parties internes, comme dans le cas des hernies avec étranglement, de disposition inflammatoire des intestins, pour ramollir les articulations qui ne jouent pas, à cause de la sécheresse ou de la roideur des muscles & des liqueurs, &c. Voyez dans le second tome du recueil des pieces qui ont concouru pour le prix de l'académie royale de Chirurgie, plusieurs mémoires sur les remedes émolliens. (Y)
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| RAMONNER | v. act. (Oecon. domest.) il ne se dit que des cheminées ; c'est l'action de les nettoyer. Ce sont de jeunes savoyards qui ramonnent ici les cheminées, & on les appelle pour cela ramonneurs.
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| RAMPANO | RAPANI, ou RAPINI, (Géog. mod.) port & bourgade de la Morée, dans le Brazzo di Maina, sur la côte du golfe de Colochine. Le port Rapani, selon la Guilletiere, étoit autrefois la ville de Geronthrae. Ce port se découvre de loin, sur-tout quand on vient du sud-sud-est, à cause de deux montagnes extrêmement rondes qui l'enferment. Il y a dans cet endroit de la côte, des eaux douces qui sont excellentes. (D.J.)
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| RAMPANT | adj. (Gramm.) il se dit au simple de tout ce qui rampe à terre. Les serpens rampent. Il y a des plantes rampantes. Il se dit au figuré de ceux qui s'abaissent devant les grands, & qui captent leurs faveurs par des voies viles & basses. Du style, un style rampant ; de la conduite, une conduite rampante.
RAMPANT, adj. (Architect.) épithete qu'on donne à tout ce qui n'est pas de niveau, & qui a de la pente, comme un arc rampant, une descente. Voyez ARC. (D.J.)
RAMPANT, adj. terme de Chirurgie, c'est le nom d'un bandage qui se fait avec une bande dont les circonvolutions entourent la partie en forme de spirale, & en laissant entr'elles des espaces découverts. Ce bandage a la figure d'un serpent qui se traîne le long d'un arbre en l'entourant. Voyez BANDE & BANDAGE.
On voit l'application du bandage rampant, au bras gauche de la fig. 1. Pl. XXX.
Ce bandage n'est employé que pour contenir des compresses sur un membre dans une grande étendue avec une bande assez courte, soit que la nécessité oblige de se servir de celle qu'on a sous la main, & souvent aussi par choix, pour ne pas surcharger la partie du poids d'une longue bande. Dans ce cas elle doit toujours être appliquée fort légérement, surtout dans le cas de gonflement ; parce que serrant un peu, on augmenteroit la tuméfaction dans les intervalles que laissent entr'elles les circonvolutions de la bande. (Y)
RAMPANT, adj. terme de Blason ; ce mot se dit des animaux terrestres, comme lions, ours, chiens, loups, &c. qui sont distingués, comme s'ils vouloient s'élever & monter le long d'une rampe. On doit spécifier leur action, à la réserve du lion & du griffon, parce que c'est leur assiette naturelle ; mais pour les autres, ils ont des termes particuliers ; comme le cheval, la licorne, le bélier, le loup, &c. à l'égard desquels on dit effarouchés, effrayés, ravissans, saillans, sautans, &c. Ménétrier. (D.J.)
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| RAMPE | RAMPE
Rampe courbe ; c'est une portion d'escalier à vis, suspendue, ou à noyau, laquelle se trace par une cherche ralongée, & dont les marches portent leur délardement pour former une coquille, ou sont posées sur une voute rampante, comme la vis saint-Gilles, ronde.
Rampe de chevron ; c'est l'inclinaison des chevrons d'un comble ; ainsi on dit, faire un exhaussement audessus d'un dernier plancher, jusque sous la rampe des chevrons.
Rampe de menuiserie ; c'est une rampe qui est droite & sans sujétion, comme on en fait pour de petits escaliers dégagés. C'est aussi une rampe courbe qui suit le contour d'un pilier, comme il y en a à plusieurs chaires de prédicateurs. Cet ouvrage est un des plus difficiles de la menuiserie.
Rampe par ressaut ; rampe dont le contour est interrompu par des paliers ou quartiers tournans. Daviler. (D.J.)
RAMPE, (Fortificat.) pente extrêmement douce, qu'on fait le long des talus intérieurs. On les place selon l'occasion & le besoin, tantôt à l'angle du rempart, vis-à-vis l'entrée du bastion, quand le bastion est plein ; tantôt le long des flancs, où à l'angle flanqué, quand le bastion est vuide. (D.J.)
RAMPE, (Hydr.) se dit dans une cascade qui descend en pente douce, d'une suite de chandeliers qui accompagnent les cercles d'une cascade, ou qui se trouvent placés sur les paliers ou repos d'un escalier, ou sur des rampes de gazon, ce qui forme des rampes de jets. (K)
RAMPES DE GAZON, (J | |