L'Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné
des sciences, des arts et des métiers
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SCULPTURE SELLIER SERRURERIE SOIERIE SUCRERIE
 
SS. f. (Gramm.) c'est la dix-neuvieme lettre & la quinzieme consonne de notre alphabet. On la nomme communément esse, qui est un nom féminin ; le systême du bureau typographique, beaucoup plus raisonnable qu'un usage aveugle, la nomme se, s. m. Le signe de la même articulation étoit ou chez les Grecs, & ils l'appelloient sigma ; c'étoit chez les Hébreux, qui lui donnoient le nom de samech.

Cette lettre représente une articulation linguale, sifflante & forte, dont la foible est ze. Voyez LINGUALE. Ce dont elle est le signe est un sifflement, hoc est, dit Wa hter (Proleg. sect. 2. §. 29.), habitus fortis, à tumore linguae palato allisus, & à dentibus in transitu oris laceratus. Ce savant étymologiste regarde cette articulation comme seule de son espece, nam unica sui organi littera est (Ib. sect. 3. §. 4. in s.) ; & il regarde comme incroyable la commutabilité, si je puis le dire, des deux lettres r & s, dont on ne peut, dit-il, assigner aucune autre cause que l'amour du changement, suite naturelle de l'instabilité de la multitude. Mais il est aisé de voir que cet auteur s'est trompé, même en supposant qu'il n'a considéré les choses que d'après le systême vocal de sa langue. Il convient lui-même que la langue est nécessaire à cette articulation, habitus fortis, à TUMORE LINGUAE palato allisus. Or il regarde ailleurs (Sect. 2. §. 22.), comme articulations ou lettres linguales, toutes celles quae motu linguae figurantur ; & il ajoute que l'expérience démontre que la langue se meut pour cette opération en cinq manieres différentes, qu'il appelle tactus, pulsus, flexus, tremor & TUMOR. Voilà donc par les aveux mêmes de cet écrivain, la lettre s attachée à la classe des linguales, & caractérisée dans cette classe par l'un des cinq mouvemens qu'il attribue à la langue, tumor ; & il avoit posé, sans y prendre garde, les principes nécessaires pour expliquer les changemens de r en s, & de s en r, qui ne devoient pas lui paroître incroyables, mais très-naturels, ainsi que bien d'autres qui portent tous sur l'affinité des lettres commuables.

La plus grande affinité de la lettre s est avec la lettre z, telle que nous la prononçons en françois : elles sont produites l'une & l'autre par le même mouvement organique, avec la seule différence du plus ou du moins de force ; s est le signe de l'articulation ou explosion forte ; z est celui de l'articulation ou explosion foible. De-là vient que nous substituons si communément la prononciation du z à celle de s dans les mots qui nous sont communs avec les Latins, chez qui s avoit toujours la prononciation forte : ils disoient mansio, nous disons maizon en écrivant maison ; ils écrivoient miseria, & prononçoient comme nous ferions dans miceria ; nous écrivons d'après eux misere, & nous prononçons mizere.

Le second degré d'affinité de l'articulation s est avec les autres articulations linguales sifflantes, mais surtout avec l'articulation che, parce qu'elle est forte. C'est l'affinité naturelle de s avec ch, qui fait que nos grassayeuses disent de messants soux pour de méchans choux, des seveux pour des cheveux ; M. le sevalier pour M. le chevalier, &c. C'est encore cette affinité qui a conduit naturellement les Anglois à faire de la lettre s une lettre auxiliaire, qui avec h, représente l'articulation qui commence chez nous les mots chat, cher, chirurgien, chocolat, chûte, chou : nous avons choisi pour cela la lettre c, que nous prononçons souvent comme s ; & c'est la raison de notre choix : les Allemands ont pris ces deux lettres avec h pour la même fin, & ils écrivent schild (bouclier), que nous devons prononcer child, comme nous disons dans Childeric. C'est encore par la même raison d'affinité que l'usage de la prononciation allemande exige que quand la lettre s est suivie immédiatement d'une consonne au commencement d'une syllabe, elle se prononce comme leur sch ou le ch françois, & que les Picards disent chelui, chelle, cheux, chent, &c. pour celui, celle, ceux, cent, que nous prononçons comme s'il y avoit selui, selle, seux, sent.

Le troisieme degré d'affinité de l'articulation s est avec l'articulation gutturale ou l'aspiration h, parce que l'aspiration est de même une espece de sifflement qui ne differe de ceux qui sont représentés par s, z, & même v & f, que par la cause qui le produit. Ainsi c'est avec raison que Priscien, lib. I. a remarqué que dans les mots latins venus du grec, on met souvent une s au lieu de l'aspiration, comme dans semis, sex, septem, se, si, sal, qui viennent de : il ajoute qu'au contraire, dans certains mots les Beotiens mettoient h pour s, & disoient par exemple, muha pour musa, propter cognationem litterae s cum h.

Le quatrieme degré d'affinité est avec les autres articulations linguales ; & c'est ce degré qui explique les changemens respectifs des lettres r & s, qui paroissent incroyables à Wachter. Voyez R. De - là vient le changement de s en c dans corne, venu de sorba ; & de c en s dans raisin venu de racemus ; de s en g dans le latin tergo, tiré du grec éolien ; & de g en s dans le supin même tersum venu de tergo, & dans miser tiré de ; de s en d dans medius, qui vient de , & dans tous les génitifs latins en idis venus des noms en s, comme lapis, gén. lapidis pour lapisis ; glans, gen. glandis pour glansis ; & de d en s dans raser du latin radere, & dans tous les mots latins ou tirés du latin, qui sont composés de la particule ad & d'un radical commençant par s, comme asservare, assimilare, assurgere, & en françois assujettir, assidu, assomption ; de s en t dans saltus qui vient de ; & dans tous les génitifs latins en tis venus avec crément des noms terminés par s, comme miles, militis ; pars, partis ; lis, litis, &c. ce changement étoit si commun en grec, qu'il est l'objet d'un des dialogues de Lucien, où le sigma se plaint que le tau le chasse de la plûpart des mots ; de t en s dans nausea venu de , & presque par-tout où nous écrivons ti avant une voyelle, ce que nous prononçons par s, action, patient, comme s'il y avoit acsion, passient.

Enfin le dernier & le moindre degré d'affinité de l'articulation s, est avec celles qui tiennent à d'autres organes, par exemple, avec les labiales. Les exemples de permutation entre ces especes sont plus rares, & cependant on trouve encore s changée en m dans rursùm pour rursùs, & m en s dans sors venu de ; s changée en n dans sanguinaire venu de sanguis ; & n changée en s dans plus tiré de , &c.

Il faut encore observer un principe étymologique qui semble propre à la lettre s relativement à notre langue, c'est que dans la plûpart des mots que nous avons empruntés des langues étrangeres, & qui commencent par la lettre s suivie d'une autre consonne, nous avons mis e avant s, comme dans esprit de spiritus, espace de spatium, espérance ou espoir de spes, esperer de sperare, escarbot de , esquif de , &c.

Il me semble que nous pouvons attribuer l'origine de cette prosthèse à notre maniere commune de nommer la lettre s que nous appellons esse ; la difficulté de prononcer de suite deux consonnes, a conduit insensiblement à prendre pour point d'appui de la premiere le son e que nous trouvons dans son nom alphabétique.

Mais, dira-t-on, cette conséquence auroit dû influer sur tous les mots qui ont une origine semblable, & elle n'a pas même influé sur tous ceux qui viennent d'une même racine : nous disons esprit & spirituel, espece & spacieux, &c. Henri Etienne dans ses hypomnèses, pag. 114. répond à cette objection : sed quin haec adjectiva longè substantivis posteriora sint, non est quòd dubitemus. Je ne sais s'il est bien constaté que les mots qui ont conservé plus d'analogie avec leurs racines, sont plus récens que les autres : je serois au-contraire porté à les croire plus anciens, par la raison même qu'ils tiennent plus de leur origine. Mais il est hors de doute que spirituel, spacieux, & autres semblables, se sont introduits dans notre langue, ou dans un autre tems, ou par des moyens plus heureux, que les mots esprit, espace, &c. & que c'est-là l'origine de leurs différentes formations.

Quoi qu'il en soit, cette prosthèse a déplu insensiblement dans plusieurs mots ; & l'euphonie, au-lieu de supprimer l'e qu'une dénomination fausse y avoit introduit, en a supprimé la lettre s elle-même, comme on le voit dans les mots que l'on prononçoit & que l'on écrivoit anciennement estude, estat, establir, escrire, escureuil, que l'on écrit & prononce aujourd'hui étude, état, établir, écrire, écureuil, & qui viennent de studium, status, stabilire, scribere, . Si l'on ne conservoit cette observation, quelque étymologiste diroit un jour que la lettre s a été changée en e : mais comment expliqueroit-il le méchanisme de ce changement ?

Les détails des usages de la lettre s dans notre langue occupent assez de place dans la grammaire françoise de M. l'abbé Regnier, parce que de son tems on écrivoit encore cette lettre dans les mots de la prononciation desquels l'euphonie l'avoit supprimée : aujourd'hui que l'orthographe est beaucoup plus approchée de la prononciation, elle n'a plus rien à observer sur les s muets, si ce n'est dans le seul mot est, ou dans des noms propres de famille, qui ne sont pas, rigoureusement parlant, du corps de la langue.

Pour ce qui concerne notre maniere de prononcer la lettre s quand elle est écrite, on peut établir quelques observations assez certaines.

1°. On la prononce avec un sifflement fort, quand elle est au commencement du mot, comme dans savant, sermon, sinon, soleil, supérieur, &c. quand elle est au milieu du mot, précédée ou suivie d'une autre consonne, comme dans absolu, converser, conseil, &c. bastonnade, espace, disque, offusqué, &c. & quand elle est elle - même redoublée au milieu du mot, comme dans passer, essai, missel, bossu, prussien, mousse, &c.

2°. On la prononce avec un sifflement foible, comme z, quand elle est seule entre deux voyelles, comme dans rasé, hésiter, misantrope, rose, exclusion, &c. & quand à la fin d'un mot il faut la faire entendre à cause de la voyelle qui commence le mot suivant, comme dans mes opérations, vous y penserez, de bons avis, &c.

On peut opposer à la généralité de la seconde regle, que dans les mots parasol, présupposer, monosyllabe, &c. la lettre s a le sifflement fort, quoique située entre deux voyelles ; & contre la généralité de la premiere, que dans les mots transiger, transaction, transition, transitoire, la lettre s, quoique précédée d'une consonne, a le sifflement doux de z.

Je réponds que ces mots font tout-au-plus exception à la regle ; mais j'ajoute, quant à la premiere remarque, qu'on a peut-être tort d'écrire ces mots comme on le fait, & qu'il seroit apparemment plus raisonnable de couper ces mots par un tiret, parasol, pré-supposer, mono - syllabe, tant pour marquer les racines dont ils sont composés, que pour ne pas violer la regle d'orthographe ou de prononciation à laquelle ils sont opposés sous la forme ordinaire : c'est ainsi, & pour une raison pareille, que l'on écrit arc-en-ciel ; parce que, comme l'observe Th. Corneille, (not. sur la rem. 443. de Vaugelas) " si l'on écrivoit arcenciel sans séparer par des tirets les trois mots qui le composent, cela obligeroit à le prononcer comme on prononce la seconde syllabe du mot encenser, puisque cen se prononce comme s'il y avoit une s au - lieu d'un c, & de la même sorte que la premiere syllabe de sentiment se prononce ".

Pour ce qui est de la seconde remarque, si l'on n'introduit pas le tiret dans ces mots pour écrire transiger, transaction, transition, transitoire, ce qui seroit sans-doute plus difficile que la correction précédente ; ces mots feront une exception fondée sur ce qu'étant composés de la préposition latine trans, la lettre s y est considérée comme finale, & se prononce en conséquence conformément à la seconde regle.

La lettre S se trouve dans plusieurs abréviations des anciens, dont je me contenterai d'indiquer ici celles qui se trouvent le plus fréquemment dans les livres classiques. S, veut dire assez souvent Servius, nom propre, ou sanctus ; S S, sanctissimus. S. C, senatus-consultum ; S. D, salutem dicit, sur-tout aux inscriptions des lettres ; S. P. D. salutem plurimam dicit ; S E M P. Sempronius ; S E P T. Septimius ; S E R. Servilius ; S E X T. Sextus ; S E V. Severus ; S P. Spurius ; S. P. Q. R. senatus populusque romanus.

C'étoit aussi un caractere numéral, qui signifioit sept. Chez les Grecs / vaut 200, & / vaut 200000 ; le sigma joint au tau en cette maniere vaut six. Le samech des Hébreux valoit 50, & surmonté de deux points , il valoit 50000.

Nos monnoies frappées à Rheims sont marquées d'une S.


S(Comm.) la lettre S toute seule, soit en petit, soit en grand caractere, mise dans les mémoires, parties, comptes, registres des marchands, banquiers, & teneurs de livres, après quelque chiffre que ce soit, signifie sou tournois. Diction. de comm. & de Trévoux.

S S S, (Ecriture) considérée dans sa forme, est la premiere partie d'une ligne mixte, & la queue de la premiere partie d'x ; elle se fait du mouvement mixte des doigts & du poignet. Voyez le volume des Planches à la table de l'Ecriture, Pl. des alphabets.


S(Art méchaniq.) se dit d'un gros fil-de-fer, recourbé à chacune de ses extrêmités en sens contraire, ce qui produit à-peu-près la forme de la lettre S. L'S des Eperonniers sert à attacher la gourmette à l'oeil de la branche d'un mords, & pour cette raison se nomme S de la gourmette. Voyez GOURMETTE, & Pl. de l'Eperonnier.


Sen terme de Cloutier d'épingle, c'est une mesure recourbée par les deux extrêmités, & formant deux anneaux fort semblables à ceux de la lettre S, dans lesquels on fait entrer le fil, & par ce moyen on fait le clou au numero qu'on veut, puisqu'on le cherche dans une S qui est à ce numero. Voyez Pl. du Cloutier d'épingle.


VA CHIENS' href=http://fr.wikipedia.org/wiki/s'en va chiens>S'EN
VA CHIENS
(Vénerie) c'est une expression dont se servent les piqueurs pour se faire entendre des chiens qui chassent ; voici encore d'autres termes qui signifient la même chose, il vala, chiens coutrevaux, chiens ; le piqueur doit les prononcer les uns après les autres & suivant sa discrétion.


SC. (Art numism.) ce sont deux lettres ordinairement gravées sur les revers des médailles, quand elles ne sont point en légende ou en inscription : il n'est pas aisé de deviner ce qu'elles signifient par rapport à la médaille.

Quelques-uns disent qu'on gravoit ces deux lettres S. C. sur les médailles pour autoriser le métal, & faire voir qu'il étoit de bon aloi, tel que devoit être celui de la monnoie courante ; d'autres disent que c'étoit pour en fixer le prix ou le poids ; d'autres enfin, pour témoigner que le sénat avoit choisi le revers, & que c'est pour cela que S. C. est toujours sur ce côté de la médaille ; mais tout cela n'est pas sans difficulté.

Car s'il est vrai que S. C. soit la marque de la vraie monnoie, d'où vient qu'il ne se trouve presque jamais sur les monnoies d'or & d'argent, & qu'il manque souvent sur le petit bronze, même dans le haut empire & durant la république, tems où l'autorité du sénat devoit être plus respectée ?

Je dis, presque jamais, parce qu'il y a quelques consulaires où l'on voit S. C. comme dans les médailles de la famille Norbana, Municia, Mescinia, Maria, Terentia, &c. sans parler de celles où il y a ex S. C. qui souvent a rapport au type plutôt qu'à la médaille. Par exemple, dans la famille Calpurnia, on lit ad frumentum emundum, ex S. C. ce qui signifie, que le sénat avoit donné ordre aux édiles d'acheter du blé. Il s'en trouve dans les impériales d'argent quelques-unes avec ex S. C. tel qu'il se voit sur le bronze ; d'où je conclus que cette marque n'est point celle de la monnoie courante.

La même raison empêche de dire que S. C. désigne le bon aloi, ou le prix de la monnoie. A ces deux opinions sur la signification des lettres S. C. il faut ajouter celle du sénateur Buonarotti. Il conjecture dans ses Observaz. istoriche sopra medagli Antichi, que cette espece de formule avoit été conservée sur les monnoies de bronze, pour spécifier les trois modules qui étoient déjà en usage à Rome, avant qu'on y frappât des pieces d'or & d'argent ; usage qui a toujours subsisté malgré les changemens arrivés dans le prix & dans le poids de la monnoie. Ce savant ajoute qu'Enée Ucio s'est déjà servi de cette explication, pour rendre raison de ce que le S. C. ne se trouvoit presque jamais sur l'or, ni sur l'argent ; parce que, dit-il, les Romains n'ont voulu marquer sur leurs monnoies que les anciens sénatus-consultes, où il ne s'agissoit que des pieces de bronze. Il explique de même pourquoi le S. C. ne se trouve pas communément sur les médailles ; car c'étoient, dit-il encore, des pieces de nouvelle invention, dont la fabrication & l'usage avoient été inconnus aux anciens Romains.

Quelque respectable que soit l'autorité de M. Buonarotti, il ne paroît pas que son explication ait été jusqu'à présent adoptée par les Antiquaires. En effet, si la marque de l'autorité du sénat n'avoit rapport qu'aux anciens usages de la république sur le fait des monnoies, comme il est certain que la monnoie d'or & d'argent s'introduisit dès le tems de la république, & en vertu des decrets du sénat, pourquoi se seroit-on contenté sous les empereurs, de conserver le S. C. sur le bronze seulement, puisque le bronze n'étoit pas le seul métal qui eût servi de monnoie en vertu des anciens senatus-consultes ?

Le sentiment le plus généralement reçu, c'est que les empereurs avoient obtenu le droit de disposer de tout ce qui concernoit la fabrication des especes d'or & d'argent ; & que le sénat étoit resté maître de la monnoie de bronze : qu'ainsi la marque de l'autorité du sénat s'étoit conservée sur les médailles de bronze, tandis qu'elle avoit disparu du champ de celles d'argent & d'or.

Quoique les historiens ne nous disent rien de ce partage de la monnoie entre le sénat & les empereurs, les médailles suffisent pour le faire présumer. Car 1°. il est certain que le S. C. ou ne se trouve point sur les médailles impériales d'or & d'argent, ou dumoins qu'il s'y trouve si rarement, qu'on est bien fondé à croire que dans celles où il se rencontre, il a rapport au type gravé sur la médaille, & non au métal dans lequel l'espece est frappée. 2°. Cette marque de l'autorité du sénat paroît sur toutes les médailles de grand & de moyen bronze, depuis Auguste jusqu'à Florien & Probus ; & sur celles de petit bronze, jusqu'à Antonin Pie, après lequel on cesse de trouver du petit bronze qu'on doive croire frappé à Rome jusqu'à Trajan Dece, sous lequel on en rencontre avec S. C. Une différence si constante, & en même tems si remarquable, puisque les especes d'or & d'argent n'avoient d'autres titres pour être reçues dans le commerce, que l'image du prince qu'elles représentoient ; tandis que les monnoies de bronze joignoient à ce même titre, le sceau de l'autorité du sénat ; une telle différence, dis-je, peut-elle avoir d'autre cause que le partage qui s'étoit fait de la monnoie entre le sénat & l'empereur ?

Mais quand on soutient que le sénat étoit demeuré en possession de faire frapper la monnoie de bronze, on ne prétend parler que de celle qui se fabriquoit à Rome ou dans l'Italie. A l'égard des colonies & des municipes, & même de quelques autres villes de l'Empire, on ne disconvient pas que les empereurs n'aient pu aussi-bien que le sénat, leur accorder la permission de frapper de la monnoie de bronze. C'est par cette raison qu'on trouve sur quelques médailles de colonies, permissu Augusti, indulgentiâ Augusti ; sur les médailles latines d'Antioche sur l'Oronte, S. C. jusqu'à Marc Aurele ; & sur celles d'Antioche de Pisidie S. R. c'est-à-dire Senatus Romanus. Les proconsuls même qui gouvernoient au nom du sénat, les provinces dont l'empereur avoit laissé l'administration au sénat & au peuple romain, donnoient quelquefois de ces sortes de permissions. Nous en avons des exemples sur des médailles frappées dans des villes de l'Achaïe & de l'Afrique.

A l'égard des villes grecques, comme les Romains conserverent à plusieurs de ces villes leurs loix & leurs privileges, on ne les priva point du droit de battre monnoie, lorsqu'elles furent réunies à l'empire romain. Elles continuerent donc de faire frapper des pieces qui avoient cours dans le commerce qu'elles faisoient entr'elles, & même avec le reste de l'Empire, quand ces pieces portoient l'image du prince. Ces villes n'avoient pas eu besoin d'un senatus-consulte particulier pour obtenir la permission de battre monnoie, puisque cette permission étoit comprise dans le traité qu'elles avoient fait avec les Romains en se donnant à eux.

Dans le bas Empire, l'autorité du sénat se trouvant presque anéantie, les empereurs resterent seuls maîtres de la fabrication des monnoies. Alors la nécessité où ils se trouverent souvent de faire frapper, pour le paiement de leurs troupes, de la monnoie à leur coin dans les différentes provinces où ils étoient élus, donna lieu à l'établissement de divers hôtels de monnoie, dans les Gaules, dans la grande Bretagne, en Illyrie, en Afrique, & ensuite dans l'Italie, après que Constantin l'eût mise sur le même pié que les provinces, en la divisant en différens gouvernemens. On ne doit donc pas être étonné, si après Trajan Dece, on ne trouve plus le S. C. sur le petit bronze, puisqu'il étoit presque toujours frappé hors de Rome, & sans l'intervention du sénat.

Quant à ce qui concerne les médaillons, on peut juger que quelques-unes de ces pieces ayant été destinées à avoir cours dans le commerce, après qu'elles auroient été distribuées dans des occasions où les empereurs faisoient des largesses au peuple ; il n'est pas étonnant qu'on en trouve avec la marque usitée sur les monnoies de bronze, S. C. (D.J.)


SC. A. (Hist. rom.) ces trois lettres signifioient senatûs-consulti autoritate, titre ordinaire de tous les arrêts du sénat.

A la suite de ces trois lettres suivoit l'arrêt du sénat, qui étoit conçu en ces termes, que le consul prononçoit à haute voix.

Pridie kalend. Octobris, in aede Apollinis, scribendo adfuerunt L. Domitius, Cn. Filius, Aenobarbus, Q. Caecilius, Q. F. Metellus, Pius Scipio, &c. Quod Marcellus consul V. F. (id est verba fecit), de provinciis consularibus, D. E. R. I. C. (c'est-à-dire de eâ re ita censuerunt), uti L. Paulus, C. Marcellus coss. cum magistratum inissent, &c. de consularibus provinciis ad senatum referrent, &c.

Après avoir exposé l'affaire dont il étoit question, & la résolution du sénat, il ajoutoit : Si quis huic senatus-consulto intercesserit, senatui placere auctoritatem perscribi, & de eâ re ad senatum populumque referri. Après cela si quelqu'un s'opposoit, on écrivoit son nom au bas : Huic senatus-consulto intercessit talis.

Auctoritatem ou auctoritates perscribere, c'étoit mettre au greffe le nom de ceux qui ont conclu à l'arrêt, & qui l'ont fait enregistrer.

Les consuls emportoient chez eux au commencement les minutes des arrêts ; mais à cause des changemens qu'on y faisoit quelquefois, il fut ordonné, sous le consulat de L. Valerius & de M. Horatius, que les arrêts du sénat seroient mis dans le temple de Cérès, à la garde des édiles ; & enfin les censeurs les portoient dans le temple de la Liberté, dans des armoires appellées tabularia. Mais César dérangea tout après avoir opprimé sa patrie ; il poussa l'insolence jusqu'à faire lui-même les arrêts, & les souscrire du nom des premiers sénateurs qui lui venoient dans l'esprit. " J'apprens quelquefois, dit Cicéron, Lettres familieres, liv. IX. qu'un senatus-consulte, passé à mon avis, a été porté en Syrie & en Arménie, avant que j'aie sçu qu'il ait été fait ; & plusieurs princes m'ont écrit des lettres de remercimens sur ce que j'avois été d'avis qu'on leur donnât le titre de rois ; que non-seulement je ne savois pas être rois, mais même qu'ils fussent au monde ". (D.J.)


SAADCH(Géogr. mod.) ville d'Asie, dans l'Yémen, à environ 120 lieues de Sanaa. Elle est très-peuplée, selon Alazizi, fertile, & a des manufactures pour la préparation des cuirs, & leur teinture. Long. dans les tables d'Abulféda 66 d 30'. lat. 15 d. 140'. (D.J.)


SAALLA, (Géogr. mod.) riviere d'Allemagne dans la Franconie. Elle a sa source aux confins du comté de Henneberg, & se perd dans le Mein à Gemund, entre l'évêché de Wurtzbourg, & le comté de Reineck qu'elle sépare. (D.J.)


SAAMOUNAS. m. (Hist. nat. Bot.) arbre des Indes orientales dont le tronc est également gros par le bas que par le haut, & par le milieu il est renflé considérablement. Son bois est épineux, gris par-dehors & blanc à l'intérieur, moëlleux, leger & spongieux comme du liége. Ses feuilles sont oblongues, dentelées & remplies de veines, attachées cinq à cinq par des queues assez longues. Cet arbre produit des siliques oblongues qui contiennent des pois rouges. En coupant les épines encore vertes de cet arbre, on en tire un suc qui passe pour un remede souverain dans toutes les maladies des yeux.


SAANLA, ou SAINA, (Géog. mod.) riviere d'Allemagne au cercle d'Autriche. Elle a sa source dans les montagnes de la basse Carniole, & tombe dans la Save aux confins du Windismarck. (D.J.)


SABA(Géog. anc. & sacr.) royaume dont étoit reine la princesse qui vint à Jérusalem pour voir Salomon. Elle est nommée par J. C. la reine du midi, Matth. xij. 42. Marc. xj. 31.

Le nom de reine du midi dénote que le pays de cette princesse devoit être au midi de la Palestine, ce qui convient à l'Arabie heureuse. Le même passage allégué ci-dessus porte qu'elle vint des extrêmités de la terre. L'Arabie enfermée entre deux golfes, & terminée par l'Océan, répond à cette idée dans le style de l'Ecriture. Elle apporta en présent des choses qui se trouvoient autrefois assez communément en Arabie ; savoir de l'or, des parfums & des pierres précieuses. Enfin, les anciens parlent d'un peuple de l'Arabie heureuse, nommé Sabaei, qui admettoit les femmes à la couronne. Claudien, in Eutrop. liv. II. vers. 320. dit :

Medis, levibusque Sabaeis

Imperat his sexus : reginarumque sub armis

Barbariae pars magna jacet.

Le nombre des interprêtes de l'Ecriture qui cherchent dans l'Arabie heureuse, les états de la reine de Saba, est assez grand, & fournit des hommes illustres.

Il n'y a pas moins d'interprêtes célebres qui mettent en Ethiopie la reine de Saba. Josephe qui a ouvert le premier cette opinion, prétend, Antiq. liv. II. c. v. que la capitale de l'Ethiopie s'appelloit Saba, avant que Cambise lui eût donné le nom de sa soeur Méroë.

Les Géographes connoissent une autre Saba, ville d'Asie, dans l'Arabie déserte, à environ six journées de Jérusalem : le nom moderne est Simiscazar, selon Guillandin de papyro commentar. Cependant Ptolémée, l. V. c. xix. nomme cette ville .

Saba est encore un port de l'éthiopie sur le golfe Arabique, selon Strabon, liv. XVI. p. 770. (D.J.)

SABA, ILE DE, (Géog. mod.) Cette île est au nombre des petites Antilles. Sa situation est par les 17 d 86'de lat. au nord de l'équateur, à deux lieues & demie sous le vent de Saint-Eustache, ce n'est proprement qu'un rocher d'environ quatre lieues de circonférence, fort escarpé, & qui n'est accessible que par un seul endroit, au-dessus duquel les Hollandois habitans dudit lieu, ont élevé plusieurs rangs de murailles construites en pierres seches & disposées de telle sorte qu'on peut fort aisément les renverser par partie ou en total sur ceux qui voudroient escalader cette forteresse naturelle : le dessus de ce rocher est occupé par quelques habitations de peu de valeur.

SABA, ou SAVA, (Géog. mod.) & selon M. Delisle, Saua, ville de Perse, dans l'Irac-agemi, ou l'Irac persienne, sur la route de Sultanie à Cont. Elle est située dans une plaine sablonneuse & stérile, à la vue du mont Elvend. C'est une ville toute dépeuplée, & dont les murs sont ruinés. Son commerce ne consiste qu'en peaux d'agneaux. Long. 85. lat. 34. 56. (D.J.)


SABADIBAE(Géog. anc.) îles de l'Océan dans l'Inde, au-delà du Gange. Ptolémée, liv. VII. c. ij. en compte trois habitées par des antropophages. Il les met au couchant de Habadin, qui paroît être l'île de Java. (D.J.)


SABAE(Géog. anc.) nom commun à différens peuples. 1°. Sabae, ancien peuple d'Asie dans les Indes, selon Denys-le-Periégete, vers. 1141. 2°. Sabae, ancien peuple de Perse selon le même, vers. 1069. 3°. Sabae, ancien peuple de Thrace, selon Eustathe, qui ajoute que Bacchus prenoit d'eux le surnom de sabasius, sous lequel les Thraces lui rendoient un culte particulier. 4°. Sabae, ville de la Lybie intérieure, selon Ptolémée, l. IV. c. vj. qui met cette ville vers la source du Cynyphe. 5°. Sabae, sont les Sabéens, peuple de l'Arabie. Enfin, sabae arae étoit un lieu particulier d'Asie dans la Médie, près la mer Caspienne, & à peu de distance de l'embouchure du fleuve Cyrnus, selon Ptolémée, l. VI. c. ij. (D.J.)


SABAENSSABANS, ou SABEENS, s. m. pl. (Hist. anc.) sectateurs du sabaïsme, ou sabiisme. Voyez l'article SABIISME.

SABEENS, LES, Sabaei, (Géog. anc.) ancien peuple de l'Arabie heureuse. Pline, l. VI. c. xxviij. en parle ainsi : Les Sabéens, dit-il, sont les plus célébres d'entre les Arabes, à cause de l'encens ; ce peuple s'étend d'une mer à l'autre. Diodore de Sicile, après avoir parlé des Sabéens, l. III. c. iv. ajoute, la métropole de ce peuple, appellée Saba, est située sur une montagne. Virgile dit dans ses Géorgiques,

India mittit ebur, molles sua thura Sabaei.

Pline met la métropole sur une montagne remplie d'arbres, & lui donne un roi qui en avoit d'autres sous lui. Les Atramites étoient une des dépendances du royaume des Sabéens. C'est de ces Sabéens que bien des critiques prétendent qu'étoit souveraine la reine de Saba, qui alla voir Salomon.

Il y avoit encore un ancien peuple au voisinage de l'Idumée, qui portoit le nom de Sabéen. (D.J.)


SABAISMEou SABIISME, s. m. (Théol.) comme le nomme M. Fourmont l'aîné. C'est le nom de la premiere sorte d'idolâtrie qui soit entrée dans le monde. Voyez IDOLATRIE.

Le Sabaïsme consistoit à adorer les étoiles, ou, comme le porte le texte de l'Ecriture, tuba schamaïm, ou seba schamaïm, omnes militias coeli ; & l'on sait que par ces termes, les Hébreux entendoient les astres & les étoiles : d'où les modernes ont formé le mot Sabaïsme, pour exprimer l'idolâtrie, qui consiste à adorer les corps célestes, & celui de Sabéens pour signifier ceux qui les adorent. Mais comme le mot hébreu d'où celui-ci est formé, est écrit avec un tzade, que les langues modernes rendent par une S ou par un Z, d'autres par T S ou par T Z : de-là vient qu'on trouve ce mot écrit avec différentes lettres initiales.

Quelques-uns croyent que le Sabaïsme étoit la plus ancienne religion du monde, & ils en mettent l'origine sous Seth fils d'Adam, d'autres sous Noë, d'autres sous Nachor pere de Tharé & ayeul d'Abraham. Maimonides qui en parle fréquemment dans son More Nevochim, remarque qu'elle étoit généralement répandue au tems de Moyse, & qu'Abraham la professoit avant qu'il fût sorti de la Chaldée. Il ajoute que les Sabéens enseignoient que Dieu est l'esprit de la sphere & l'ame du monde ; qu'ils n'admettoient point d'autres dieux que les étoiles, & que dans leurs livres traduits en arabe, ils assurent que les étoiles fixes sont des dieux inférieurs, mais que le Soleil & la lune sont les dieux supérieurs. Enfin, ajoutent-ils, Abraham par la suite abandonna cette religion & enseigna le premier qu'il y avoit un dieu différent du Soleil. Le roi des Euthéens le fit mettre en prison ; mais ce prince voyant qu'il persistoit dans son opinion, & craignant que cette innovation ne troublât son état & ne détruisit l'idée qu'on avoit des divinités adorées jusqu'alors, confisqua ses biens, & le bannit à l'extrêmité de l'orient. Cette relation se trouve dans le livre intitulé la religion des Nabathéens.

Maimonides dit encore que les Sabéens joignoient à l'adoration des étoiles un grand respect pour l'agriculture & pour les bêtes à cornes & les moutons, enseignant qu'il étoit défendu de les tuer ; qu'ils adoroient le démon sous la figure d'un bouc, & mangeoient le sang des animaux, quoiqu'ils le jugeassent impur, parce qu'ils pensoient que les démons eux-mêmes s'en nourrissoient : tout cela approche fort de l'idolâtrie.

M. Hyde, dans son histoire de la religion des Perses, s'est au contraire attaché à prouver que le Sabaïsme étoit fort différent du Paganisme. Il prétend que Sem & Elam sont les premiers auteurs de cette religion ; que si dans la suite elle parut être altérée de sa premiere pureté, Abraham la réforma & soutint sa réformation contre Nemrod qui la persécuta ; que Zoroastre vint ensuite & rétablit le culte du vrai Dieu qu'Abraham avoit enseigné ; que le feu des anciens Persans étoit la même chose que celui que conservoient les prêtres dans le temple de Jérusalem ; & qu'enfin les premiers ne rendoient au Soleil qu'un culte subalterne & subordonné au culte du vrai Dieu.

Selon M. Prideaux, le Sabaïsme étoit encore moins criminel. L'unité d'un Dieu & la nécessité d'un médiateur étoit originairement une persuasion générale & régnante parmi tous les hommes. L'unité d'un Dieu se découvre par la lumiere naturelle : le besoin que nous avons d'un médiateur pour avoir accès auprès de l'être suprême, est une suite de cette premiere idée. Mais les hommes n'ayant pas eu la connoissance, ou ayant oublié ce que la révélation avoit appris à Adam des qualités du médiateur, ils en choisirent eux-mêmes, & ne voyant rien de plus beau ni de plus parfait que les astres dans lesquels ils supposoient que résidoient des intelligences qui animoient & qui gouvernoient ces grands corps, ils crurent qu'il n'y en avoit point de plus propre pour servir de médiateur entre Dieu & eux. Et enfin, parce que les planetes étoient de tous les corps célestes les plus proches de la terre & celles qui avoient le plus d'influence sur elle, ils lui donnerent le premier rang parmi ces médiateurs ; & sur ce pié-là ils firent le Soleil & la Lune les premiers objets de leur culte. Voilà, selon M. Prideaux, la premiere origine de l'ancien Sabaïsme. hist. des Juifs. I. part. l. iij. p. 319.

Nous disons l'ancien Sabaïsme ; car il subsiste encore une religion de ce nom dans l'orient, qui paroît être un composé du Judaïsme, du Christianisme & du Mahométisme ; ce qui a fait conjecturer à Spencer qu'elle est récente, & ne surpasse point le tems de Mahomet, puisqu'on n'en trouve le nom ni la religion marqués dans aucun auteur ancien, ni grec ni latin, ni dans aucun autre ouvrage écrit avant l'alcoran. Voyez SABEENS.


SABAKZAR(Géog. mod.) ville de l'empire Russien, au royaume de Casan, au midi du Volga & de l'île de Mokritz, dont elle est à trois verstes ; les habitations de cette ville ne sont que de bois, comme dans le reste de la Tartarie. Long. 68. 40. lat. 53. 38. (D.J.)


SABALINGIENS(Géog. anc.) Sabalingii ; ancien peuple de la grande Germanie, dans la Chersonese cimbrique, selon Ptolémée, l. II. c. xj. Ils avoient pour voisins les Singulones & les Cobandi. (D.J.)


SABANIS. m. (Hist. nat. Bot.) espece de sénevé ou de moutarde, qui croît dans les Indes orientales, & dont on se sert pour assaisonner les alimens.


SABARIE(Géog. anc.) Sabaria ; ville & colonie romaine, dans la Pannonie. Une médaille rapportée par Golzius & par le P. Hardouin, la nomme Col. Sabaria Claudina Augusta ; & dans le même lieu, on trouve une pierre avec cette inscription, insérée au recueil de Gruter.

L. Val. L. Fil. Cl. Censorinus

D. C. C. S. §. item ve, leg. j.

Les quatre premieres lettres de la seconde ligne, signifient decurio coloniae Claudianae Sabariae. Ptolémée nomme Savariae, dans la haute Pannonie, . Sulpice Sévere dit que S. Martin étoit de Sabarie en Pannonie.

L'abregé d'Aurelius Victor, in Didio Juliano, remarque que dans le même tems on fit deux empereurs, Niger Pescennius à Antioche, & Septime Sévere à Sabarie de Pannonie.

On croit que c'est présentement Sarwar, place forte de Hongrie, au confluent de la riviere de Guntz & du Rab, au comté de Sarwar. Quelques auteurs prétendent qu'Ovide ayant obtenu la permission de revenir de son exil, mourut en chemin à Sabarie.

Gaspard Bruschius dit qu'en 1508, on trouva à Sabarie une voûte avec une inscription, qui marquoit que c'étoit le tombeau d'Ovide : voici l'inscription.

Fatum necessitatis lex.

Hîc situs est vates, quem divi Caesaris ira

Augusti, patriâ cedere jussit humo.

Saepè miser voluit patriis occumbere terris ;

Sed frustrà : hunc illi fata dedêre locum.

Lazius croit que Sabarie est Stainam-Auger, bourgade située sur la riviere de Guntz, qu'il appelle Sabaria ou Sabarius fluvius.

On a vu ci-dessus que S. Martin naquit à Sabarie. Il commença par la profession des armes, & finit par celle de solitaire. Il reçut le baptême à l'âge de 18 ans, fut nommé évêque de Tours dans un âge fort avancé ; bâtit le monastere de Marmoutier que l'on croit la plus ancienne abbaye de France, & y vécut long-tems en anachorete à la tête de plusieurs moines. Il fit une belle action, ce fut de s'opposer tant qu'il put auprès de Maxime, pour empêcher qu'on ne condamnât à mort les Priscillianistes. Il décéda à Tours l'an 397. C'est le premier des saints confesseurs auquel l'église latine ait rendu un culte public. On prêta long-tems des sermens sur sa châsse & sur ses reliques. Venance Fortunat a écrit la vie de S. Martin dans un poëme en quatre livres ; mais ce n'est pas un chef-d'oeuvre pour la diction & pour les faits. Il avoue qu'il l'avoit composé pour le remercier de ce qu'il avoit été guéri d'un mal des yeux par son intercession. (D.J.)


SABASIESS. f. pl. (Mytholog.) fêtes & sacrifices que l'on célébroit en l'honneur de plusieurs dieux surnommés sabasiens. On trouve dans d'anciens monumens ce titre donné à Mithras dieu des Perses ; mais on l'avoit sur-tout donné à Bacchus à cause des Sabes, peuples de Thrace dont il étoit particulierement honoré.

Ce surnom aussi affecté à Jupiter, paroît être le même que celui d'Aegiochus, parce que comme ce dernier vient du grec , qui signifie une chevre, l'autre vient du phénicien tsebaoth, qui veut dire des chevreuils. Ainsi on a dit que Bacchus étoit fils de Caprius, pour signifier qu'il avoit pour pere Jupiter sabazius. Quoi qu'il en soit de cette étymologie, il est sûr qu'on célébroit en Grece, à l'honneur de ce dernier, des fêtes nocturnes nommées sabasiennes, dont Meursius fait mention dans son livre intitulé, Graecia feriata. Quant à celles de Bacchus, on n'en sait point de détail ; mais on conjecture qu'elles n'étoient pas moins tumultueuses que toutes les autres cérémonies du culte de ce dieu. Voyez BACCHANALES.


SABATA(Géogr. anc.) selon Ptolémée, lib. III. ch. iv. ou Sabatia, selon Pomponius Mela, lib. II. c. v. ancienne ville d'Italie dans la Ligurie. Antonin fait mention de Vada Sabatia, dans son itinéraire maritime, & met ce port entre Gènes & Albengue, à 30 mille pas de la premiere, & à 18 mille pas de la seconde. Pline, lib. III. c. v. le nomme portus vadum, Sabatium Strabon, lib. IV. p. 201, dit , nominata, Sabbatûm vada.

Brutus, dans une lettre insérée dans celles de Ciceron, lib. XI. epist. x. dit : " Antoine est venu à Vada, c'est un lieu que je veux vous faire connoître. Il est entre l'Apennin & les Alpes ; & il n'est pas facile d'y passer, à cause de la difficulté des chemins ". Par cette difficulté, il entend les montagnes & les marais ; ce sont même ces marais qui ont donné lieu au mot vada.

La difficulté à-présent, est de savoir si Sabata & Sabatum vada, sont des noms d'un même lieu. Cluvius l'assure ; mais Holstenius dans ses Remarques sur l'ancienne Italie de Cluvier, l'en reprend comme d'une erreur & met entre deux, une distance de 6 ou 7 mille pas. Il prétend que quand Antonin met sur la voie Aurélienne, Cannalicum Vada Sabatia M. P. XII, Pullopicem M. P. XII. Albingannum M. P. VII. Selon lui, Vada Sabatia, est Vadi ou Vaï, Pollupice, est Final ; Albengannum, est Albengue ; & Sabata simplement, est Savonne.

Mais voici une difficulté : si la ville de Savonne, aujourd'hui siege épiscopal, est l'ancienne Sabata, comment a-t-elle pris le nom moderne, car Savonne est un nom ancien, déjà connu du tems des guerres puniques. Tite-Live dit qu'elle étoit dans les Alpes, Savonne, oppido Alpino. De Savo, Savonis, s'est fait Savonne, comme de Narbo, Narbonne ; de Salo, Salone, &c. Ce qui est certain, c'est que l'ancienne Savonne étoit dans les Alpes, & qu'elle doit être différente de Savonne d'aujourd'hui qui est maritime.

Il n'est pas moins certain que l'ancienne Sabata étoit au commencement des Alpes. Strabon le dit, l'Apennin commence à Gènes, & les Alpes commencent à Sabata.

Il paroît que Vada Sabatia étoit jadis un lieu plus fameux que Sabata, ce dernier n'est nommé que par Strabon & par Ptolémée ; l'autre a été connu de Strabon, de Pline, de Brutus, de Mela, d'Antonin, de l'auteur de la table de Peutinger, & de Capitolinus dans la vie de Pertinax, de qui il dit, ch. ix. qu'étant encore simple particulier, il fut taxé d'avarice, lorsqu'à Vada Sabatia, ayant accablé d'usure les propriétaires, il en profita pour étendre son domaine.

Sabata ou Sabatha, est encore le nom d'une ville d'Asie, dans l'Assyrie. Elle est nommée Sambana par Diodore de Sicile. Elle étoit à 30 stades de la Séleucie de Médie. (D.J.)


SABATou SABAT, (Géog. mod.) ville d'Asie au Mawaralnarh, voisine d'Osrushnah, à 20 parasangues de Samarcande. Long. selon Alfaras 89. 55. lat. 40. 20. (D.J.)


SABATHRA(Géog. anc.) ville de l'Afrique proprement dite, entre les deux Syrtes, selon Ptolémée ; c'est la même ville maritime que la Sabrata de Pline, d'Antonin & des Notices. (D.J.)


SABATIASTAGNA, (Géog. anc.) lac d'Italie dans l'Etrurie. Strabon met entre les lacs de l'Etrurie. Silius Italicus, lib. VIII. vers. 491. fait mention du lac Sabat, qu'il appelle Sabatia stagna ; & Columelle le nomme Sabaticius lacus. Ce lac est aujourd'hui le lac de Bracciano. (D.J.)


SABATICELA, (Géog. anc.) contrée d'Asie dans la Médie. Elle prenoit son nom de la ville de Sabata, comme la Sitacène prenoit le sien de la ville Sitace. La Sabatice étoit à l'orient de la Sitacène, & située de telle façon que quelques-uns la donnoient à la Médie, d'autres à l'Elimaïde, selon Strabon, lib. XI. 524. (D.J.)


SABATINCA(Géog. anc.) ancien lieu du Norique, selon Antonin, sur la route d'Aquilée à Lauriacum. Lazius croit que c'est présentement Neumarck au-dessus de Slaming. (D.J.)


SABATINIENSLES, (Géog. anc.) ancien peuple d'Italie, dans la Campanie, selon la conjecture d'Ortelius, qui cite Tite-Live. Sa conjecture est fort juste. Cet historien, l. XXVI. ch. xxxiij. dit : omnes Campani, Atellani, Galatini, Sabatini, qui se dediderunt in arbitrium, &c. On voit que Campani est un nom général qui comprend les noms suivans, comme étant des peuples de Galatia ou d'Atella, villes de la Campanie, on ne peut pas douter que Sabatine n'en fût aussi un peuple. (D.J.)


SABATO(Géog. mod.) riviere d'Italie, au royaume de Naples, dans la principauté ultérieure ; elle reçoit dans son cours le Calore, arrose Bénévent, & se perd dans le Volturno, vis - à - vis de Caiazzo ; son nom latin est Sabbatus, voyez ce mot. (D.J.)


SABAUCÉS. m. (Hist. nat. Botan.) arbre du Brésil, qui porte un fruit gros comme les deux poings, qui renferme des petits noyaux semblables à nos amandes par le goût & par la forme.


SABAZIENadj. (Mythol.) , c'étoit nonseulement le surnom de Jupiter chez les Grecs, mais encore le surnom de Bacchus parmi les Sabes, peuples de Thrace, chez lesquels il étoit particulierement honoré sous le nom du dieu Saboué. Le Mithra des Perses se trouve aussi sur d'anciens monumens avec la même épithete. (D.J.)


SABBATS. m. (Hist. jud.) c'est parmi les Juifs le septieme jour de la semaine qu'ils solemnisent en mémoire de ce que Dieu, après avoir créé le monde en six jours, se reposa le septieme. Voyez SEMAINE.

Ce mot est purement hébreu, , & signifie cessation ou repos. Philon le nomme , le jour de la naissance du monde. Quelques-uns prétendent que dès le premier tems de la création, Dieu commanda aux hommes d'observer le jour du sabbat, parce qu'il est dit dans la Genes. chap. xj. 2 & 3, que Dieu sanctifia le jour auquel il se reposa, & qu'il le bénit. C'est le sentiment de Philon, de S. Clément d'Alexandrie, & de quelques rabbins ; mais la plûpart des peres pensent que cette sanctification & cette bénédiction dont parle Moïse, n'étoient que la destination que Dieu fit alors du septieme jour, pour être dans la suite sanctifié par son peuple. On ne voit pas en effet que les patriarches l'aient observé, ni que Dieu ait eu dessein de les y assujettir.

Mais il en fit un précepte exprès & formel aux Hébreux, sous peine de mort, comme on le voit dans l'Exod. xx. & xxj. aussi l'observerent-ils exactement comme un jour consacré particulierement au culte de Dieu, en s'abstenant de toute oeuvre servile. On dit même qu'ils portoient le scrupule à cet égard jusqu'à penser qu'il ne leur étoit pas permis de se défendre ce jour-là s'ils étoient attaqués, & à se laisser égorger plutôt que de combattre. On voit dans l'Evangile que les pharisiens en avoient encore de plus mal fondés. Le sabbat commençoit le vendredi au soir, suivant l'usage des Juifs qui célebrent leurs fêtes d'un soir à l'autre. Les rabbins ont marqué exactement à ceux-ci tout ce qui leur est défendu de faire le jour du sabath ; ce qu'ils réduisent à trente-neuf chefs, qui ont chacun leurs dépendances. Ces trente-neuf chefs sont ainsi rapportés par LÉon de Modene, cérémon. des Juifs, part. III. chap. j. Il leur est défendu de labourer, de semer, de moissonner, de botteler & lier les gerbes, de battre le grain, de vanner, de cribler, de moudre, de bluter, de paîtrir, de cuire, de tordre, de blanchir, de peigner ou de carder, de filer, de retordre, d'ourdir, de taquer, de teindre, de lier, de délier, de coudre, de déchirer ou mettre en morceaux, de bâtir, de détruire, de frapper avec le marteau, de chasser ou de pêcher, d'égorger, d'écorcher, de préparer & racler la peau, de la couper pour en travailler, d'écrire, de raturer, de régler pour écrire, d'allumer, d'éteindre, de porter quelque chose dans un lieu public ou particulier. Ces trente-neuf chefs renferment diverses especes, par exemple, limer est une dépendance de moudre ; & les rabbins ont exposé toutes ces especes avec de grands raffinemens.

Le sabbat commence chez eux environ une demi-heure avant le coucher du soleil, & alors toutes ces défenses s'observent. Les femmes sont obligées d'allumer dans la chambre une lampe qui a ordinairement six lumignons, au-moins quatre, & qui dure une grande partie de la nuit : de plus, elles dressent une table couverte d'une nappe blanche, & mettent du pain dessus qu'elles couvrent d'un autre linge long & étroit, en mémoire, disent-elles, de la manne qui tomboit de la sorte, ayant de la rosée dessus & dessous. On va ensuite à la synagogue, où on récite des prieres ; de retour à la maison, chaque chef de famille bénit du pain & du vin, en faisant mémoire de l'institution du sabbat, puis en donne aux assistans. Le matin du sabbat, on s'assemble à la synagogue où l'on chante des pseaumes ; on lit une section du Pentateuque & une des Prophêtes ; suit un sermon ou exhortation qui se fait quelquefois l'après-dînée. Quand la nuit vient, & qu'après la priere du soir faite dans la synagogue chacun est de retour dans sa maison ; on allume un flambeau ou une lampe à deux méches ; le maître du logis prend du vin dans une tasse & quelques épiceries de bonne odeur, les bénit, puis flaire les épiceries & jette le vin par terre en signe d'allégresse : ainsi finit la cérémonie du sabbat.

Les auteurs profanes qui ont voulu parler de l'origine du sabbat, n'ont fait que montrer combien peu ils étoient instruits de ce qui concernoit les Juifs. Tacite, par exemple, a cru qu'ils chommoient le sabbat en l'honneur de Saturne, à qui le samedi étoit consacré chez les payens. Tacit. histor. lib. V. Plutarque au contraire, sympos. liv. IV. avance qu'ils le célébroient en l'honneur de Bacchus qui est nommé sabbos, parce que dans les fêtes de ce dieu on crioit saboï. Appion le grammairien soutenoit que les Juifs célébroient le sabbat en mémoire de ce qu'ils avoient été guéris d'une maladie honteuse nommée en égyptien sabboni. Enfin Perse & Pétrone reprochent aux Juifs de jeûner le jour du sabbat. Or il est certain que le jeûne leur étoit défendu ce jour-là. Calmet, Dict. de la Bible, tom. III. lettre S, page 407.

Le sabbat étoit institué sur un motif aussi simple que légitime, en mémoire de la création du monde, & pour en glorifier l'auteur. Les Chrétiens ont substitué au sabbat le dimanche, en mémoire de la résurrection de Jésus-Christ. Voyez DIMANCHE.

Sabbat se prend encore en différens sens dans l'Ecriture sainte ; 1°. simplement pour le repos, & quelquefois pour la félicité éternelle, comme hebr. ix. 9. & iv. 4. 2°. pour toutes les fêtes des Juifs : sabbatha mea custodite, Levit. xix. 3°. gardez mes fêtes, c'est-à-dire la fête de pâques, de la pentecôte, des tabernacles, &c. 4°. sabbatum se prend aussi pour toute la semaine : jejuno bis in sabbatho, je jeûne deux fois la semaine, dit le pharisien superbe, en S. Luc, xviij. 12. Una sabbathi, le premier jour de la semaine, Joan. xx. 1. Calmet, Dict. de la Bible, tome III. lettre S, page 403.

SABBAT, (Divinat.) assemblée nocturne à laquelle on suppose que les sorciers se rendent par le vague de l'air, & où ils font hommage au démon.

Voici en substance la description que Delrio donne du sabbat. Il dit que d'abord les sorciers ou sorcieres se frottent d'un onguent préparé par le diable, certaines parties du corps, & sur-tout les aines, & qu'ensuite ils se mettent à cheval sur un bâton, une quenouille, une fourche, ou sur une chevre, un taureau ou un chien, c'est-à-dire, sur un démon qui prend la forme de ces animaux. Dans cet état ils sont transportés avec la plus grande rapidité, en un clin d'oeil, à des distances très-éloignées, & dans quelque lieu écarté, tel qu'une forêt ou un désert. Là, dans une place spacieuse, est allumé un grand feu, & paroit élevé sur un trône le démon qui préside au sabbat sous la forme d'un bouc ou d'un chien ; on fléchit le genouil devant lui, ou l'on s'en approche à reculons tenant à la main un flambeau de poix ; & enfin on lui rend hommage en le baisant au derriere. On commet encore pour l'honorer diverses infamies & impuretés abominables. Après ces préliminaires, on se met à table, & les sorciers s'y repaissent des viandes & des vins que leur fournit le diable, ou qu'eux-mêmes ont soin d'apporter. Ce repas est tantôt précédé, & tantôt suivi de danses en rond, où l'on chante, ou plutôt l'on hurle d'une maniere effroyable ; on y fait des sacrifices ; chacun y raconte les charmes qu'il a employés, les maléfices qu'il a donnés ; le diable encourage ou reprimande, selon qu'on l'a bien ou mal servi ; il distribue des poisons, donne de nouvelles commissions de nuire aux hommes. Enfin un moment arrive, où toutes les lumieres s'éteignent. Les sorciers & même les démons se mêlent avec les sorcieres, & les connoissent charnellement ; mais il y en a toujours quelques-unes, & sur-tout les nouvelles venues, que le bouc honore de ses caresses, & avec lesquelles il a commerce. Cela fait, tous les forciers & sorcieres sont transportés dans leurs maisons de la même maniere qu'ils étoient venus, ou s'en retournent à pié, si le lieu du sabbat n'est pas éloigné de leur demeure. Delrio, disquisit. magic. lib. II. quaest. XVI. pag. 172. & suiv.

Le même auteur prouve la possibilité de ce transport actuel des sorciers par le vague de l'air. Il n'oublie pour cela ni la puissance des démons, ni celle des bons anges, ni le transport d'Habacuc à Babylone par un ange, ni celui du diacre Philippe, qui baptisa l'eunuque de Candace, & qui du désert se trouva tout-d'un-coup dans la ville d'Azoth. La fleche d'Abaris, le vol de Simon le magicien, d'Eric, roi de Suede, rapporté par Joannes Magnus, celui de l'hérétique Berenger, qui dans la même nuit se trouva à Rome, & chanta une leçon dans l'église de Tours, si l'on en croit la chronique de Nangis, & quelques histoires des sorciers, lui suffisent pour conclure de la possibilité à l'existence. Peu s'en faut qu'il ne traite d'hérétiques ceux qui soutiendroient le contraire, au moins maltraite-t-il fort Wyer & Godelman, pour avoir prétendu que tout ce que les sorciers racontent du sabbat, n'est que l'effet d'une imagination vivement échauffée ou d'une humeur atrabilaire, une illusion du démon, & que leur voyage en l'air à cheval sur un manche à balai, aussi bien que tout le reste, n'est qu'un rêve dont ils sont fortement affectés. Idem, ibid.

Les preuves de Delrio montrent qu'il avoit beaucoup d'érudition & de lecture ; mais il n'y regne pas une certaine force de raisonnement qui satisfasse le lecteur ; aussi pensons-nous que tout ce qu'on a dit jusqu'à présent de plus raisonnable sur le sabbat, se trouve dans ce qu'on va lire du p. Malebranche qui explique fort nettement pourquoi tant de personnes se sont imaginées ou s'imaginent avoir assisté à ces assemblées nocturnes.

" Un pastre dans sa bergerie, dit cet auteur, raconte après souper à sa femme & à ses enfans les avantures du sabbat. Comme il est persuadé lui-même qu'il y a été, & que son imagination est modérément échauffée par les vapeurs du vin, il ne manque pas d'en parler d'une maniere forte & vive. Son éloquence naturelle étant donc accompagnée de la disposition où est toute sa famille, pour entendre parler d'un sujet aussi nouveau & aussi effrayant. Il n'est pas naturellement possible que des imaginations aussi foibles que le sont celles des femmes & des enfans, ne demeurent persuadées. C'est un mari, c'est un pere qui parle de ce qu'il a vu, de ce qu'il a fait : on l'aime, on le respecte, & pourquoi ne le croiroit-on pas ? Ce pastre le répete donc en différens jours. L'imagination de la mere & des enfans en reçoit peu-à-peu des traces plus profondes ; ils s'y accoutument ; & enfin la curiosité les prend d'y aller. Ils se frottent, ils se couchent, leur imagination s'échauffe encore de cette disposition de leur coeur, & les traces que le pastre avoit formées dans leur cerveau, s'ouvrent assez pour leur faire juger dans le sommeil, comme presentes toutes les choses dont il leur avoit fait la description. Ils se levent, ils s'entredemandent, & ils s'entredisent ce qu'ils ont vu. Ils se fortifient de cette sorte les traces de leur vision ; & celui qui a l'imagination la plus forte, persuadant mieux les autres, ne manque pas de régler en peu de nuits, l'histoire imaginaire du sabbat. Voilà donc des sorciers achevés que le pastre a faits, & ils en feront un jour beaucoup d'autres, si ayant l'imagination forte & vive, la crainte ne les retient pas de faire de pareilles histoires.

Il se trouve, ajoute-t-il, plusieurs fois des sorciers de bonne foi qui disoient généralement à tout le monde qu'ils alloient au sabbat, & qui en étoient si persuadés, que quoique plusieurs personnes les veillassent, & les assurassent qu'ils n'étoient point sortis du lit, ils ne pouvoient se rendre à leur témoignage. " Recherch. de la vérité, tom. I. liv. II. chap. vj.

Cette derniere observation suffit seule pour renverser toutes les raisons que Delrio a accumulées pour prouver la réalité du transport corporel des sorciers au sabbat, à moins qu'on ne dise avec Bodin, que ce sont leurs ames seules qui y assistent, que le démon a le privilege de les tirer de leur corps pour cet effet pendant le sommeil, & de les y renvoyer après le sabbat : idée ridicule, & dont Delrio lui-même a senti toute l'absurdité.

C'est sans-doute par cette considération que l'assistance au sabbat ne gît que dans l'imagination, que le parlement de Paris renvoie tous les sorciers, qui n'étant point convaincus d'avoir donné du poison, ne se trouvent coupables que de l'imagination d'aller au sabbat. Le jurisconsulte Duaren approuve cette coutume. De aniculis, dit-il, quae volitare per aera, & nocturno tempore saltitare & choreas agere dicuntur, quaeritur ? Et solent plaerique quaestores, in eas acerbius animadvertere quam jus & ratio postulet, cùm synodus ancyrana definiverit quaedam esse quae à cacodoemone multarum mulierum mentibus irrogantur : itaque curia parisiensis (si nihil aliud admiserint) eas absolvere ac dimittere merito consuevit. Ayrault & Alciat sont du même sentiment. Ce dernier se fonde sur ce qu'il est faux que les sorciers aillent en personne au sabbat. Mais cette raison est bien foible ; car c'est un assez grand crime que de vouloir y aller, & que de s'y préparer par des onguens qu'elles croyent nécessaires à cette horrible expédition. Ce qui fait penser au p. Malebranche qu'elles sont punissables. François Hotman consulté sur cette question, répondit qu'elles méritoient la mort. Thomas Erastus a soutenu la même chose, & c'est le sentiment le plus ordinaire des jurisconsultes & des casuistes, soit catholiques, soit protestans. Bayle. Répons. aux quest. d'un provincial, chap. xxxix. pag. 577 de l'édit. de 1737. in-fol.


SABBATAIRENSS. m. pl. (Hist. ecclés.) nom que quelques auteurs ont donné à une secte d'anabaptistes, qui s'éleverent dans le xvj. siecle, & qui observoient le sabbat des juifs, prétendant qu'il n'avoit jamais été aboli dans le nouveau Testament, par aucune loi positive. Voyez SABBAT & ANABAPTISTES.


SABBATAIRESS. m. (Hist. mod.) c'est ainsi que quelques anciens ont nommé les juifs, de leur scrupuleuse observance du sabbat.

SABBATAIRES, s. m. (Gram. Hist. ecclés.) hérétiques protestans qui font le sabbat avec les juifs, blâment les guerres, les lois politiques, les jugemens. & prétendent qu'il ne faut adresser sa priere qu'à Dieu le Pere, & qu'il faut négliger le Fils & le S. Esprit.


SABBATIENSS. m. pl. (Hist. ecclés.) hérétiques du jv. siecle, ainsi nommés de Sabbathius leur chef, qui ayant d'abord été juif, puis élevé à la prêtrise par Marcien, l'un des évêques des Novatiens, tâcha d'introduire parmi ceux-ci les cérémonies judaïques, en leur persuadant qu'on devoit célébrer la pâque le quatorzieme jour de la lune de Mars. Il forma même un schisme ; mais les Novatiens qui regardoient sa prétention comme une chose indifférente, conclurent que pour cela il ne falloit pas se diviser. Les sectateurs de Sabbathius furent peu nombreux ; ils affectoient une singularité remarquable, sans qu'on sache sur quel fondement ; c'étoit d'avoir tellement en horreur l'usage de la main droite, qu'ils se faisoient un point de religion de ne rien recevoir de cette main ; ce qui leur fit donner le nom d', sinistri, gauchers.


SABBATINES. f. (Gram.) terme d'école, petite thèse que les écoliers soutiennent les samedis, pour s'exercer à la grande thèse de la fin de l'année.


SABBATIQUELE FLEUVE : Sabbaticus fluvius, (Géog. anc.) riviere que quelques auteurs mettent dans la Palestine, & dont d'autres écrivains nient l'existence ; le P. Calmet a traité au long ce sujet.

Josephe, l. VII. c. xiij. parle ainsi de cette riviere. Ce prince, dit-il, (Titus) rencontra en son chemin une riviere qui mérite bien que nous en parlions ; elle passe entre les villes d'Arcé & de Raphanée, qui sont du royaume d'Agrippa, & elle a quelque chose de merveilleux, car après avoir coulé six jours en grande abondance, & d'un cours assez rapide, elle se seche tout d'un coup, & recommence le lendemain à couler durant six autres jours comme auparavant, & à se sécher le septieme jour, sans jamais changer cet ordre, ce qui lui a fait donner le nom de Sabbatique, parce qu'il semble qu'elle fête le septieme jour, comme les juifs fêtent celui du sabbat. Telle est la traduction de ce fameux passage de Josephe, par M. Arnaud d'Andilli, homme très-versé dans la langue grecque, & aidé dans ce travail par de très-habiles gens de sa famille.

D. Calmet, sur ce même passage, nous donne de cette riviere une idée bien différente. Selon lui, Josephe dit que Titus allant en Syrie, vit entre la ville d'Arcé, qui étoit du royaume d'Agrippa, & la ville de Raphanée en Syrie, le fleuve nommé Sabbatique, qui tombe du Liban dans la mer Méditerranée. Ce fleuve, ajoute-t-il, ne coule que le jour du sabbat, ou plutôt au bout de sept jours ; tout le reste du tems son lit demeure à sec ; mais le septieme jour il coule avec abondance dans la mer. De-là vient que les habitans du pays lui ont donné le nom de fleuve Sabbatique.

Pline a voulu apparemment parler du même fleuve, lorsqu'il dit, l. XXXI. c. ij. qu'il y a un ruisseau dans la Judée, qui demeure à sec pendant tous les septiemes jours ; in Judaea rivus omnibus sabbathis siccatur, Voilà certainement Pline d'accord avec la traduction de M. d'Andilli ; cependant D. Calmet a raison, le texte grec de Josephe, porte que ce fleuve ne coule que le samedi ; & comme les savans ont vu que Pline, & la notion que l'on doit avoir du repos du sabbat, conduisent naturellement à dire que ce fleuve couloit six jours, & cessoit le septieme jour ; ils ont tâché de concilier cette idée avec les paroles de Josephe, en les transposant, & lui ayant fait dire le contraire de ce qu'on y lisoit ; & c'est sur ce changement que M. d'Andilli a travaillé. Il semble en effet, que la riviere Sabbatique ne marqueroit pas bien le repos du sabbat, si elle ne couloit que ce jour là ; pour bien faire, observe D. Calmet, elle devoit cesser de couler pour imiter le repos des Juifs.

Mais une autre remarque plus importante, c'est que Josephe est le seul & premier auteur du fleuve Sabbatique, qui vraisemblablement n'a jamais existé ; du moins on n'en connoit point aujourd'hui, & aucun voyageur ni géographe n'en a jamais fait mention : car pour Pline, il est évident qu'il a tiré de Josephe ce qu'il en dit, & même selon les apparences, il n'en croyoit rien. (D.J.)


SABBATUSou SABATUS, (Géog. anc.) riviere d'Italie, au royaume de Naples ; elle coule à Bénévent, & se jette dans le Vulturne. Cette riviere à Bénévent en reçoit une autre nommée Calor, & qui s'appelle encore Calore. Le sabbatus s'appelle sabato.

Sabbatus ou sabatus, est aussi le nom d'une autre riviere d'Italie, selon Antonin, à 18 mille pas au-delà de Consentiae, en allant vers la colomne, le dernier terme de l'Italie pour passer en Sicile. (D.J.)


SABDARIFFAS. f. (Hist. nat. Bot. exot.) espece de ketmia des Indes, nommée ketmia indica vitis folio ampliore, I. R. H. elle pousse une tige à la hauteur de trois ou quatre piés, droite, cannelée, purpurine, rameuse, garnie de feuilles amples comme celles de la vigne, partagées en plusieurs parties dentelées. Ses fleurs sont grandes, & semblables à celles de la mauve, d'un blanc pâle, & d'un purpurin noirâtre ; il leur succede des fruits oblongs, pointus, remplis de semences rondes, que l'on mange comme un légume, ce qui fait qu'on la cultive aux Indes. (D.J.)


SABÉ(Géog. anc.) nom de deux villes d'Arabie, selon Ptolémée, l. VI. c. vij. il appelle l'une, Sabé regia, dont la longitude est selon lui, 76. lat. 13. Long. de l'autre Sabé, 73. 40. latit. 16. 56. (D.J.)


SABECHS. m. (Faucon) est la cinquieme espece d'autour ; le sabech ressemble à l'épervier.


SABELLI(Géog. anc.) diminutif de Sabini, & qui signifie, des petits Sabins, ou plutôt des descendans des Sabins. Horace, l. II. sat. j. v. 35. dit :

Nam Venusinus arat finem sub utrumque colonus,

Missus ad hoc, pulsis, vetus est ut fama, Sabellis,

Quo ne per vacuum Romano incurreret hostis :

Sive quod Appula gens, seu quod Lucania bellum

Incuteret violenta.

" Si je voulois copier Lucile, je vous dirois dans son style, que je ne sais pas trop si je suis de la Lucanie, ou de la Pouille, parce que Vénuse, ma patrie, est sur la frontiere de ces deux provinces. J'ajouterois qu'il y a une vieille tradition que les Romains, après en avoir chassé les Samnites, y envoyerent une colonie, de peur que si le pays étoit dépourvû de garnisons, il ne prît envie aux Apuliens & aux Lucaniens, deux nations belliqueuses, de nous faire la guerre, & de passer au-travers pour entrer sur les terres de la république ".

Je suis ici la traduction du P. Sanadon, qui rend le Sabelli d'Horace par les Samnites & non par les Sabins. Plusieurs savans s'y sont trompés ; M. Dacier prétend aussi que ce sont les Samnites ; & Desprez, dans son Horace à l'usage du Dauphin, a ouvert le même sentiment.

Par ces Sabelli ou Samnites, il faut entendre ceux que l'on appelloit Hirpini, qui touchoient la Pouille au nord, & la Lucanie à l'est. Tous ces peuples descendoient originairement des Ausones, qui depuis prirent le nom d'Osques, & ensuite celui de Sabins ; ceux-ci formerent différentes peuplades, qui furent les Aurunces, les Fidicins, les Samnites, les Picentins, les Vestins, les Marrucins, les Pélignes, les Marses, les Eques, & les Herniques ; les Samnites produisirent les Trentaniens, les Lucaniens, les Campaniens, & les Hirpins ; enfin les Lucaniens donnerent naissance aux Brutiens.

Il est bien vrai que les Samnites étant descendus des Sabins, on a dit quelquefois Sabelli pour Sabini, par une variation de dialecte ; mais ici il ne peut signifier que les Samnites, parce que ces derniers étant dans le voisinage de Vénuse, étoient aussi beaucoup plus à portée de s'en rendre les maîtres, que les Sabins, qui en étoient fort éloignés. (D.J.)


SABELLIENSS. m. pl. (Hist. ecclés.) secte d'hérétiques qui parurent en Orient dans le iij. siecle ; ils réduisoient les trois personnes de la sainte Trinité, à trois relations, ou plutôt ils les confondoient, reduisant la Trinité à la seule personne du Pere, dont ils disoient que le Fils & le S. Esprit n'étoient que les vertus, les émanations, ou les fonctions. Voyez TRINITE & PERSONNE.

Sabellius, leur chef, natif de Ptolémaïde ville de Lybie, y sema ses erreurs vers l'an 260, confondant la trinité des personnes ; il enseignoit qu'il n'y avoit point de distinctions entr'elles, mais qu'elles étoient une, comme le corps, l'ame & l'esprit ne font qu'un homme ; il ajoutoit que le pere de toutes choses étoit dans les cieux, que c'étoit lui qui étoit descendu dans le sein de la vierge, qu'il en étoit né, & qu'ayant accompli le mystere de notre rédemption, il s'étoit lui-même répandu sur les apôtres en forme de langues de feu, d'où on l'avoit appellé le Saint-Esprit.

S. Epiphane dit que le dieu des Sabelliens, qu'ils appelloient le Pere, ressembloit selon eux, au soleil, & étoit un pur substratum, dont le Fils étoit la vertu, ou la qualité illuminative, & le S. Esprit, la vertu échauffante ; que le Verbe en avoit été tiré ou dardé comme un rayon divin, pour accomplir l'ouvrage de la rédemption, & qu'étant remonté aux cieux, comme un rayon remonte à sa source, la vertu échauffante du Pere, avoit ensuite été communiquée aux apôtres.

Cette hérésie trouva des partisans parmi les évêques en Afrique, en Asie, & jusqu'à Rome ; mais elle fut condamnée en 319 dans le concile d'Alexandrie ; elle étoit au fond la même que celle de Praxeas, aussi donna-t-on aux Sabelliens en Occident le nom de Patripassiens ou Patropassiens. Voyez PATRIPASSIENS.

Les Sociniens ont renouvellé dans ces derniers siecles, le sabellianisme, en ne reconnoissant le S. Esprit que comme une vertu, ou une efficace de la divinité. Voyez SOCINIENS.


SABIA(Géog. mod.) nom d'un royaume & d'une riviere de la Cafrerie en Afrique. On ne connoît ni port, ni ville dans ce royaume. La riviere de Sabia le baigne au nord & au sud. Elle a sa source vers le 47. degré de longitude, & un peu au-delà du 21. degré de latitude méridionale. Son cours est d'occident en orient, & peut avoir 40 lieues de longueur. (D.J.)


SABIISME(Relig. orient. mod.) religion des anciens Sabéens, appellés aujourd'hui Sabis, Sabaïtes, Mandaïtes ou les chrétiens de S. Jean. Voyez sur leurs prédécesseurs l'article SABAÏSME.

Les mahométans de la secte d'Ali répandus dans la Perse paroissent l'occuper toute entiere ; cependant il se trouve encore entre ces peuples deux religions fort anciennes.

1°. Celle des Guebres ou Parsis qui sont les adorateurs du feu, les successeurs des mages, les disciples du fameux Zerdascht ou Zoroastre.

2°. Celle des Sabiens ou Mandaïtes, que l'on nomme ordinairement les chrétiens de S. Jean, mais qui de l'aveu de tous les voyageurs ne sont ni juifs, ni chrétiens, ni mahométans. On dit au reste qu'ils regardent S. Jean-Baptiste comme un de leurs prophetes.

Ces deux sortes de sectaires se donnent une origine très-ancienne, se vantent aussi d'avoir des livres de la premiere antiquité.

Les Parsis prétendent posséder ceux de Zoroastre, le Zend, le Pazend, l'Ousta, & ils ont le Sadder pour leur canon ecclésiastique.

Les Sabiens, selon M. Simon, hist. crit. liv. I. ont le Sidra laadam ou la révélation adressée à Adam lui-même, les livres de Seth & ceux de quelques autres patriarches.

Eutychès, patriarche d'Alexandrie, donne pour auteur du Sabiisme Zoroastre, qui l'est certainement du Magisme ; & ce qui prouveroit qu'il avoit là-dessus quelques traditions, c'est qu'il indique par son nom jusqu'au premier grand-prêtre de la secte. Selon M. Prideaux, les Mages & les Sabiens étoient très-distingués sous les rois de Perse d'après Cyrus.

Nous apprenons de R. Moïse, fils de Maimon ou de Rambam, de plusieurs passages du thalmud, des commentateurs juifs, de la plûpart des écrivains orientaux soit chrétiens, soit mahométans, qu'Abraham avoit été élevé dans le Sabiisme. Le passage de Josué sur l'idolâtrie de Tharé est un texte irréfragable : la ville de Charan où ce patriarche, en quittant celle de Our, alla faire sa demeure, étoit dès - lors & a toujours été même jusqu'aux derniers tems le siege principal du Sabiisme. Bâtie, dit Abulfaradge, par Caïnan, fils d'Arphaxad, (mettons Arphaxad lui-même, puisque ce Caïnan est intrus), & illustrée par les observations astronomiques qu'il y fit, ses habitans se porterent d'eux-mêmes à lui dresser des simulacres, & de - là le culte des astres & des statues ; des astres comme d'êtres à la vérité subordonnés, mais médiateurs entre Dieu & les hommes ; des statues comme représentant ces astres en leur absence, par exemple, la lune lorsqu'elle ne paroît plus sur l'horison, les grands hommes lorsqu'ils ne sont plus ou après leur mort.

Voici ce qui dans tous les tems a distingué plus particulierement le Sabiisme : 1°. la connoissance des astres : 2°. l'art de juger par le cours des astres de tous les événemens : 3°. la science des talismans, l'apparition des génies, les enchantemens & les sorts.

Simulacres, arbres dévoués, bois sacrés, temples, fêtes, hiérarchie réglée, adoration, priere, croyance, idée de métempsycose, les Sabiens avoient toutes ces marques de religion intérieures & extérieures ; Corra, astronome sabien illustre, soutenoit encore par des écrits publics, il y a quelques siecles, que toutes ces pratiques leur venoient des anciens Chaldéens.

D'un autre côté, les mathématiciens qui les gouvernoient se livroient à toutes les idées que leur imagination leur présentoit : chacun selon ses calculs & ses systèmes, ils se forgoient des dogmes ou rejettoient ceux des autres. Par exemple, selon quelques-uns, la résurrection devoit se faire au bout de 9000 ans, parce qu'ils fixoient à 9000 ans le tour entier de tous les orbes célestes. D'autres plus subtils vouloient une résurrection parfaite & totale, c'est-à-dire de tous les animaux, de toutes les plantes, de toute la nature ; cela étant, ils ne l'attendoient qu'au bout de 36426 ans.

Enfin plusieurs d'entre eux soutenoient dans le monde ou dans les mondes une espece d'éternité, pendant laquelle tour-à-tour ces mondes étoient détruits & refaits.

Cette secte obligée par sa propre constitution à observer le cours des astres, a produit plusieurs philosophes, & sur-tout plusieurs astronomes du premier ordre.

Mahomet, Alcoran, sura ou chap. ij. a mis le Sabiisme au rang des religions révélées ; mais comme par-là il a embarrassé les docteurs du Musulmanisme, parce qu'enfin en examinant le Sabiisme de près, ils y ont vu des opinions superstitieuses & ridicules, il ne doit pas être surprenant que ce soit à eux que l'on renvoye pour une connoissance plus intime du Sabiisme. Ainsi après Maimonides, Juda Hallevi & quelques autres espagnols, il faudroit encore consulter Scharestani, Beydawi, Ibn Gannan, Ibn Nedun, Kessai, & parmi nos auteurs Golius, d'Herbelot, Hottinger, & quelques autres.

Il faut observer que si l'on n'a pas une notion raisonnable de cette secte & de ses pratiques, quoiqu'absurdes la plûpart, il y a dans Moïse, & en général dans l'Ecriture plusieurs passages que l'on n'entendra jamais.

Nous parlerons maintenant de l'étendue du Sabiisme : Maimonides & Ephodi, & R. Schem Tob ses commentateurs ont envisagé presque toute l'idolâtrie comme une suite des idées sabiennes, & par-là ils y ont enveloppé nécessairement les cultes de toute la terre. Eutychius avoit la même idée, puisqu'après avoir pris le Sabiisme en Chaldée, de-là, dit-il, il est passé en Egypte, de l'Egypte il fut porté chez les Francs, c'est-à-dire en Europe, d'où il s'étendit dans tous les ports de la Méditerranée. Et comme le culte du soleil & des étoiles, la vénération des ancêtres, l'érection des statues, la consécration des arbres constituerent d'abord l'essence du Sabiisme ; cette espece de religion, toute bizarre qu'elle est, se trouva assez vîte répandue dans toutes les parties du monde alors connu, jusqu'à l'Inde & jusqu'à la Chine ; desorte même que ces vastes empires ont toujours été pleins de statues adorées, & ont toujours donné la créance la plus folle aux visions de l'astrologie judiciaire, preuve incontestable de Sabiisme, puisque c'en est le fond & le premier dogme ; la conclusion est simple que soit par tradition, soit par imitation & identité d'idées, le monde presqu'entier s'est vu & se voit encore sabien. Ce qu'on ne peut pas nier, c'est que pour les régions orientales, le Magisme paroît avoir été resserré dans la Perse & dans quelques contrées voisines, & que le Sabiisme paroît avoir été reçu également dans la Chaldée, dans l'Egypte, dans la Phénicie, dans la Bactriane & dans l'Inde ; car s'il étoit clair que les opinions de la religion égyptienne étoient passées & y subsistent encore aujourd'hui, il est évident aussi qu'il s'y étoit mêlé du sabiisme, ce que prouvent assez & Batroncheri & la plûpart des romans indiens.

Ajoutons un mot de la durée du Sabiisme. Qui croiroit que pendant que tant d'autres hérésies, même depuis le Christianisme, se sont éteintes & presque évanouies à nos yeux ; qui s'imagineroit, dis-je, que celle-ci la premiere de toutes, connue avant Abraham, est demeurée jusqu'à nos jours entre le Judaïsme, le Christianisme & le Musulmanisme ? Nous avons une Homélie de S. Gregoire de Nazianze contre les Sabiens, ainsi de son tems il y en avoit dans la Cappadoce. L'alcoran, tous les historiens, tous les auteurs persans en parlent comme d'une religion subsistante chez eux, & cela n'est pas étonnant, puisque Charan & Bassora sont si proches de l'Arabie & de la Perse.

Une circonstance curieuse, ce seroit de savoir pourquoi & depuis quel siecle les Sabiens s'appellent mendaï Jahia, les disciples ou les chrétiens de S. Jean. Il n'est pas facile de le déterminer ; mais il semble que l'histoire arabe nous en donne une époque assez vraisemblable du tems d'Almamon. Ce prince passant par Charan, & sans-doute en ayant entendu parler comme d'une ville de Sabiens, en fit assembler les principaux habitans ; il voulut savoir quelle étoit véritablement la religion qu'ils professoient. Les Charaniens chagrins d'une telle demande, & ne sachant où elle tendoit, ne se dirent ni juifs, ni chrétiens, ni mahométans, ni sabiens, mais charaniens, comme si c'eût été un nom de religion. Cette réponse assez fondée d'ailleurs, mais que le prince musulman prit ou pour une impiété, ou pour une dérision, leur pensa couter la vie. Almamon en colere leur déclara qu'ils pouvoient opter entre les quatre religions permises par le prophete, sans quoi à son retour leur ville seroit passée au fil de l'épée. Là-dessus un vieillard leur conseilla en reprenant leur ancien nom de religion de se dire sabiens. Cela étoit fort sensé ; mais apparemment qu'alors entre les Charaniens & leurs freres les véritables Sabiens il y avoit des divisions & des haines. Plusieurs d'entr'eux aimerent mieux se faire chrétiens ou musulmans : mais ce qui sera arrivé, c'est qu'avec les Musulmans ils se seront dits chrétiens, & qu'avec les Chrétiens ils auront affecté de se faire nommer chrétiens de S. Jean, ou chrétiens mendaï Jahia, disciples de S. Jean.

Il est vrai que du tems de l'Evangile S. Jean a eu des disciples, & que nous n'avons aucune preuve, malgré la prédication du précurseur, qu'ils ayent tous embrassé le Christianisme. Il est vrai encore que les Sabiens d'aujourd'hui font par-tout, & dans leurs liturgies, & dans leurs livres, une commémoration honorable de S. Jean ; desorte que le nom de chrétiens de S. Jean ou de disciples de Jean pourroit avoir une époque plus ancienne, & être des premiers tems du Christianisme : on a même quelques livres de missionnaires qui les ont prêchés, où l'on voit les articles de leur créance, & il y est parlé du baptême. Mais une secte ne se connoît jamais à fond que par la lecture de ses propres livres, & comme nous en avons à la bibliotheque du roi trois manuscrits assez considérables, ces livres examinés en détail pourront mettre en état d'en parler avec plus de certitude. Extrait des Mémoires de l'acad. des Inscr. t. XII. (D.J.)


SABINA SYLV(Géog. anc.) forêt d'Italie dans la Sabine. Martial, l. IX. épigr. 55. dit,

Si mihi Picenâ Turdus palleret olivâ

Tenderet aut nostras sylvas Sabina plagas.

Nous ne voyons pas dans ce passage que Sabina soit une forêt particuliere ainsi nommée : il y avoit sans-doute des bois dans la Sabine, & on y chassoit ; mais voici un passage plus particulier. Horace, l. I. ode 22. dit qu'étant occupé de ses amours, il s'enfonça trop avant dans cette forêt, où il trouva un loup qui pourtant s'enfuit de lui, quoiqu'il n'eût point d'armes pour se défendre, s'il en eût été attaqué.

Namque me sylvâ lupus in Sabinâ

Dum meam canto Lalagen & ultrà

Terminum curis vagor expeditus

Fugit inermem.

Cette forêt ne devoit pas être fort éloignée de la maison de campagne qu'il désigne par ces mots vallis Sabina, puisqu'il alloit s'y promener seul & à pié. (D.J.)


SABINAE AQUAE(Géog. anc.) petit lac, ou plutôt étang dans le pays des Sabins, selon Pline & Denys. Strabon l'appelle aquae Costicoliae ; c'est maintenant, selon Cluvier, le Pozzo Ratignano, proche du bourg de Cotila. (D.J.)


SABINEou SAVIGNER, (Botan.) sabina, arbrisseau toujours verd, qui vient naturellement dans l'Italie, le Portugal & l'Arménie, dans la Sibérie & dans le Canada. Il peut, avec l'aide de la culture, s'élever à dix piés ; mais ses branches étant fort chargées de rameaux qui se dirigent d'un seul côté, elles ont tant de disposition à s'incliner & à ramper près de terre, que si l'arbrisseau est livré à lui-même, il prend à peine quatre ou cinq piés de hauteur. Ses feuilles ressemblent à celles du tamarin ou du cyprès, mais elles sont si petites, & si peu distinctes, qu'on doit plutôt les regarder comme un fanage mousseux qui enveloppe les jeunes rameaux. Ses fleurs mâles sont de très-petits chatons coniques & écailleux de peu d'apparence. Ses fruits qui viennent séparément, sont des especes de baies bleuâtres, de la grosseur d'un pois, qui contiennent trois semences osseuses ; elles sont convexes d'un côté & applaties sur les faces qui se touchent.

Cet arbrisseau est absolument des plus robustes, il vient dans les pays chauds comme dans les climats très-froids ; il résiste aux plus cruels hivers & à toutes les autres intempéries des saisons ; il s'accommode de tous les terreins, ne craignant ni l'humidité, ni la sécheresse ; il vient sur les lieux pierreux & très-exposés au vent : mais il se plait davantage dans les terres grasses, & il aime mieux l'ombre que le grand soleil. Il se multiplie très-aisément de branches couchées, & tout aussi-bien de bouture. On ne s'avise guere d'en semer la graine, ce seroit la méthode la plus longue & la plus incertaine. Il reprend, à la transplantation, plus facilement qu'aucun autre arbre toujours verd, pourvu qu'on observe les tems propres à planter ces sortes d'arbres ; savoir le mois d'Avril & le commencement des mois de Juillet ou de Septembre.

La sabine seroit extrêmement propre à former de moyennes palissades toujours vertes, de petites haies très-régulieres ; à garnir les massifs des bosquets pour donner de la verdure dans la saison des frimats, & à l'embellissement de diverses parties des jardins, parce que le verd en est agréable & uniforme, & que d'ailleurs cet arbrisseau a la facilité de venir dans les lieux serrés & à l'ombre des autres arbres : mais il répand une odeur si forte & si désagréable, qu'on est forcé de le reléguer dans les endroits éloignés & peu fréquentés. Le bois de la sabine est très-dur, & il n'est point sujet à se gerser. On ne cultive guere cet arbrisseau que par rapport à ses propriétés. C'est un incisif très-pénétrant. Les médecins, les chirurgiens & les maréchaux en font quelque usage.

On connoît peu de variétés de cet arbrisseau.

1°. La sabine à feuilles de tamarisc, c'est la plus commune.

2°. La sabine à feuilles de cyprès, c'est celle qui a le plus d'agrément.

3°. La sabine panachée est d'une fort médiocre apparence.

SABINE, s. f. (Botan.) quoique la sabine soit une espece de génévrier, il importe de faire connoître, & celle qu'on nomme sabine ou savinier, à feuilles de tamarisc, & la sabine ou le savinier à feuilles de cyprès.

La premiere, sabina folio tamarisci Dioscoridis, C. B. jette de sa racine un petit arbrisseau, qui s'étend plus en large qu'en hauteur, & qui est toujours verd ; ses feuilles sont assez semblables à celles du tamarisc d'Allemagne, mais plus dures & un peu épineuses, d'une odeur forte & desagréable, d'un goût âcre ou piquant & brûlant. Cet individu, qu'on appelle mâle ou stérile, porte au sommet des branches de petits chatons ou fleurs à trois étamines par le bas, sans pétales ; il ne leur succede aucun fruit, du-moins pour l'ordinaire, car lorsque l'arbrisseau est vieux ou planté depuis long-tems dans le même endroit, il s'éleve d'entre les feuilles de petites fleurs verdâtres, qui se changent en de petites baies applaties, moins grosses que celles du genevrier, & qui acquierent comme elles en mûrissant une couleur bleue, noirâtre. On le cultive dans les jardins ; mais dans nos climats, il donne si rarement du fruit, qu'on le regarde comme stérile.

La sabine à feuilles de cyprès, sabina folio cupressi, C. B. P. produit un tronc plus élevé que celui de la premiere espece, approchant beaucoup du cyprès par son rapport, & faisant comme un arbre à tige assez grosse, dont le bois est rougeâtre, médiocrement épais. Ses feuilles sont semblables à celles du cyprès, mais plus compactes, d'une odeur forte & pénétrante, d'un goût amer & aromatique, résineux. Ses fleurs sont composées de trois pétales, fermes, pointus, permanens, ainsi que le calice, qui est divisé en trois parties, d'une couleur jaune, herbeuse. Ses baies sont charnues, arrondies, chargées dans leur partie inférieure de trois tubercules opposés, avec un ombilic armé de trois petites dents ; elles contiennent trois osselets ou noyaux oblongs, d'un côté convexe & de l'autre anguleux.

Cet arbrisseau croît sur les montagnes, dans les bois, & autres lieux incultes. On le cultive aussi dans les jardins. (D.J.)

SABINE, (Mat. méd.) sabine à feuilles de tamarisc, & sabine à feuilles de cyprès.

La premiere espece est principalement employée en Médecine tant extérieurement qu'intérieurement, & elle a en effet plus de vertus.

Les feuilles de sabine ont une odeur balsamique forte, & un goût amer, âcre, aromatique. Elles contiennent une quantité très-considérable d'huile essentielle. M. Cartheuser a retiré plus de deux onces & demie d'huile essentielle d'une livre marchande de feuilles de sabine à feuille de tamarisc.

Cette plante tient le premier rang parmi les remedes emmenagogues & ecboliques, c'est-à-dire propres à faire couler les regles & à chasser le foetus de la matrice. Elle a le grand caractere des remedes véritablement efficaces, c'est-à-dire que l'abus en est dangereux. Cependant sa dose même excessive ne procure pas aussi constamment & aussi promtement l'avortement qu'on a coutume de le croire. Quoique ce remede produise le plus souvent des accidens qui obligent d'emprunter le secours d'autrui, & par conséquent d'avoir à pure perte des témoins d'un crime & de la honte qu'on vouloit cacher, il seroit à souhaiter que cette vérité, qui est fondée sur l'observation d'un très-grand nombre de faits, pût détruire la funeste opinion qui est répandue dans le public sur cette prétendue propriété de la sabine. Une autre vérité, fondée aussi sur un grand nombre d'expériences, & qu'il est très-utile de publier dans la même vue, c'est que l'avortement procuré par le secours de ce genre, est encore plus souvent accompagné que celui qui dépend de toute autre cause, d'une hémorrhagie violente qui tue la mere avec l'enfant.

Les feuilles fraîches de sabine s'ordonnent dans les suppressions des regles, & pour chasser l'arrierefaix & le foetus mort, en infusion dans de l'eau ou dans du vin, à la dose d'une pincée ou de deux ; & en poudre, lorsqu'elles sont seches, à celle d'un demi-gros dans un verre de vin blanc, d'eau, de thé, &c. L'huile essentielle de cette plante, donnée à la dose de quelques gouttes, sous forme d'oleo-sacharum, est regardée aussi comme un remede très - efficace dans les mêmes cas.

Ces mêmes remedes sont aussi de très-puissans vermifuges.

Pour ce qui regarde l'usage extérieur de cette plante, elle est mise au rang des plus puissans discussifs & détersifs. Ses feuilles seches, réduites en poudre, s'emploient assez communément pour mondifier, dessécher & consolider les vieux ulceres.

Cette même poudre mêlée avec du miel, ou les feuilles fraîches pilées avec la même matiere, passent aussi pour très-propres à tuer les vers des enfans, si on leur en frotte le nombril.

Les feuilles de sabine entrent dans l'eau hystérique, les trochisques hystériques, le syrop d'armoise, l'onguent martiatum, la poudre d'acier de la pharmacopée de Paris, & l'huile essentielle dans le baume hystérique & dans l'essence appellée dans la même pharmacopée anti-hystérique, & qu'il faut appeller hystérique ; car ce remede est fait pour la matrice & non pas contre la matrice. (b)

SABINE, la, (Géog. mod.) pays d'Italie, dans l'état de l'Eglise, borné au nord par l'Ombrie, au midi par la campagne de Rome dont le Teveronne la sépare, au levant par l'Abruzze ultérieure, & au couchant par le patrimoine dont elle est séparée par le Tibre.

On la partage en nouvelle Sabine, la Sabina nuova, qui est entre Ponte-Mole & le ruisseau d'Aja, & la Sabine vieille qui est au delà du ruisseau d'Aja ; mais malgré cette division, la province entiere n'en est pas moins la plus petite province de l'état ecclésiastique. Elle n'a qu'environ 9 lieues de long sur autant de large, ensorte qu'elle ne comprend qu'une partie du pays des anciens Sabins, dont elle conserve le nom ; & la seule ville qu'il y ait dans cette province est Magliano ; mais plusieurs petites rivieres arrosent le pays : il est fertile en huile, en vin & en passes, qui est une sorte de raisin sec sans pepin. (D.J.)


SABINIENadj. (Gramm. & Jurisprud.) senatus-consulte sabinien, voyez au mot SENATUS-CONSULTE.

SABINIEN, (Jurisprud. rom.) on nommoit Sabiniens, sous les empereurs romains, les jurisconsultes attachés au parti d'Atteius Capito, qui florissoit sous Auguste. Ce parti tiroit son nom de Mazurius Sabinus, qui vivoit sous Tibere. Ils étoient opposés en plusieurs choses aux Proculiens. Ces deux partis régnerent à Rome jusqu'au tems que les empereurs, privant les jurisconsultes de leur ancienne autorité, deciderent les affaires selon leur bon plaisir, sans égard aux loix & à leurs interprétations. (D.J.)


SABINITESS. f. (Hist. nat. Lithol.) nom donné par Pline à une pierre sur laquelle se trouvoit empreinte de la sabine.


SABINS(Géog. anc.) Sabini, ancien peuple d'Italie, dans les terres, à l'orient du Tibre ; une partie de leur région conserve l'ancien nom.

Leur pays étoit bien plus étendu que la Sabine d'aujourd'hui ; il comprenoit encore tout ce qui est au midi oriental de la Néra jusqu'à celle de ses sources, qui est présentement dans la marche d'Ancone, excepté, vers l'embouchure de cette riviere dans le Tibre, une petite lisiere aux environs de Narni, qui étoit de l'Ombrie ; mais Otricoli étoit dans la Sabine. Ainsi tous les lacs aux environs de Riéti, & toute la riviere de Velino qui les forme, étoient dans cette province, jusqu'à la source du Nomano, qui est aujourd'hui dans l'Abruzze ultérieure ; il étoit alors dans le pays des Sabins, & s'étendoit même au delà de la Pescara, où étoit Amiternum, dont les ruines s'appellent encore AmiternoRovinato.

A la reserve de la ville d'Otricoli, qui est aujourd'hui du duché de Spolete, la Sabine n'a rien perdu du côté du Tibre ; & le Teveronne la borne comme il faisoit autrefois, à-peu-près jusqu'au même lieu, excepté qu'elle avoit au midi de cette riviere la ville de Collatia.

Ainsi l'ancienne Sabine étoit bornée au nord-ouest par l'Ombrie ; au nord-est par des montagnes qui la séparoient du Picenum ; à l'orient par le peuple Vestini ; au sud-est par les Marses & les Eques ; au midi par le Latium, & au couchant par le Tibre qui la séparoit des Falisques & des Véïens.

Les uns dérivent le nom de Sabin, de Sabus, capitaine lacédémonien ; les autres tirent ce nom de Sabinus, fils de Sancus, génie de cette contrée, nommé autrement Medius-Fidius, & que quelques-uns ont pris pour Hercule.

Il y a trois opinions différentes sur l'origine des Sabins ; Plutarque, in Numa, & Denys d'Halicarnasse, liv. II. les font lacédémoniens, & disent qu'ils se rendirent d'abord dans le territoire de Pometia, ville des Volsques, & que partant de-là, ils vinrent dans ce pays, & se mêlerent avec les habitans qui y étoient déja. La seconde opinion est celle de Zénodote de Troezene. Il dit que ce sont des peuples de l'Ombrie, qui étant chassés de leur patrie par les Pélasges, se retirerent dans ce pays, & y furent appellés Sabins. La troisieme est de Strabon, liv. III. qui croit qu'ils étoient Autochtons, , & du peuple Opici, avec lequel ils avoient un langage commun. Il paroît que les Pélasges passerent pour la plûpart chez les Sabins.

On sait que les Sabins eurent avec les Romains de grandes guerres, auxquelles donna lieu le fameux enlevement des sabines. Tatius avoit sur les Sabins une supériorité de prééminence ; & après la paix, il passa à Rome où il s'établit ; & du nom de la ville de Cures se forma, selon quelques-uns, le nom de quirites, affecté par les Romains. Les autres demeurerent en repos quelque tems ; mais ils remuerent sous Tullus Hostilius, Ancus Martius & sous les Tarquins. Ils soutinrent encore la guerre sous les consuls, & disputerent assez long-tems la primauté aux Romains. On peut voir dans Florus, liv. I. ch. xiv. comment ils furent vaincus & subjugués. Les Samnites étoient un détachement des Sabins.

Le pere Briet divise le pays de l'ancienne Sabine en trois parties ; savoir, au-delà de Velino : c'est aujourd'hui une partie du duché de Spolete qui est au pape, & de l'Abruzze ultérieure qui est du royaume de Naples : les Sabins en-deçà du Velino, aujourd'hui la Sabine, ou comme il l'appelle Sabio, & les villes dont la possession a été incertaine entre les Sabins & les Latins. Cela fait trois tables différentes, que voici :

Il résulte de ce détail, que les Sabins occupoient cette contrée de l'Italie qui est située entre le Tibre, le Téverone & les Apennins. Ils habitoient de petites villes, & différentes bourgades, dont les unes étoient gouvernées par des princes, & d'autres par de simples magistrats, & en forme de république. Mais quoique leur gouvernement particulier fût différent, ils s'étoient unis par une espece de ligue & de communauté qui ne formoit qu'un seul état de tous les peuples de cette nation. Ces peuples vivoient avec beaucoup de frugalité ; ils étoient les plus laborieux, les plus belliqueux de l'Italie & les plus voisins de Rome. Leurs femmes étoient regardées comme des modeles de pudeur, & passoient pour être fort attachées à leur ménage & à leurs maris.

Romulus fut à peine sur le trône, qu'il envoya des députés aux Sabins pour leur demander leurs filles en mariage, & pour leur proposer de faire une étroite alliance avec Rome ; mais comme le nouvel établissement de Romulus leur étoit devenu suspect, ils rejetterent sa proposition avec mépris. Romulus s'en vengea, & l'enlevement qu'il fit des sabines causa une longue guerre entre les deux peuples. Les Céniniens, les Antemnates & les Crustumeniens furent vaincus. Enfin, Tatius roi des Cures, dans le pays des Sabins, prit les armes, s'empara de Rome, & pénétra jusques dans la place. Il y eut un combat sanglant & très-opiniâtre sans qu'on en pût prévoir le succès, lorsque les sabines qui étoient devenues femmes des romains, & dont la plûpart en avoient déja eu des enfans, se jetterent au milieu des combattans, & par leurs prieres & leurs larmes, suspendirent l'animosité réciproque. On en vint à un accommodement ; les deux peuples firent la paix ; & pour s'unir encore plus étroitement, la plûpart de ces sabins qui ne vivoient qu'à la campagne, ou dans des bourgades & de petites villes, vinrent s'établir à Rome. Ainsi, ceux qui le matin avoient conjuré la perte de cette ville, en devinrent avant la fin du jour, les citoyens & les defenseurs. Romulus associa à la souveraineté Tatius roi des Sabins ; cent des plus nobles de cette nation furent admis en même tems dans le sénat. Cet événement qui ne fit qu'un seul peuple des Sabins & des Romains, arriva l'an 7 de Rome, 747 avant Jesus-Christ. (D.J.)


SABIONCELLO(Géog. mod.) presqu'île de la Dalmatie, dans les états de la république de Raguse, sur la côte du golfe de Venise ; elle est bornée au nord par le golfe de Narenta, & au midi par l'île de Cursola. On lui donne environ 20 milles de tour ; mais dans toute cette étendue elle ne contient que quelques villages, & un couvent de dominicains. (D.J.)


SABIONETA(Géog. mod.) ville forte d'Italie, sur les confins du duché de Mantoue & du Cremonese, capitale d'un duché de même nom, à 15 milles de Parme, & à 25 de Crémone. Par le traité d'Aix-la-Chapelle, la maison d'Autriche l'a cédée en 1748 à dom Philippe duc de Parme. Long. 27. 58. lat. 45. 4.

Gérard de Sabioneta, écrivain célebre du xij. siecle, mais moins connu sous le nom de Sabioneta, que sous celui de Gérard de Crémone, étoit un ecclésiastique versé dans les langues grecque, latine & arabe. Il s'attacha néanmoins particulierement à la Médecine, & l'exerça avec succès en Italie & en Espagne. Il traduisit du grec & de l'arabe en latin divers ouvrages considérables, & en composa lui - même quelques-uns.

Entre ses traductions de l'arabe & du grec, il faut mettre d'abord les oeuvres d'Avicenne, avec des commentaires imprimés à Venise, chez les Juntes, en 1544 & 1555, deux vol. in-fol. 2°. Les oeuvres de Rhasis, Basileae, en 1544, in fol. 3°. Serapionis practica, Venet. 1497, in-fol. 4°. La chirurgie d'Albucasis, imprimée à Venise en 1500, in-fol. 5°. Gebri arabis astrologiae, lib. IX. Norimbergae, 1533, infolio. La seule version latine faite du grec par Gérard de Crémone, est l'Ars parva de Galien.

Cet homme rare dans son siecle par ses études, ne se contenta pas de traduire, il composa même plusieurs ouvrages en Médecine, entr'autres, 1°. Commentarius in pronostica Hippocratis ; 2°. Commentarius in Viaticum Constantini africani, monachi Cassinensis ; 3°. Modus medendi ; 4°. Geomantia astronomica, car il s'appliqua aussi à l'Astrologie. Son style est assurément fort dur & fort barbare, au point qu'il dégoûte les lecteurs les plus patiens ; mais enfin c'étoit beaucoup dans le xij. siecle de pouvoir écrire en latin, & ce qui est plus étonnant, d'entendre le grec & l'arabe. (D.J.)


SABISS. m. (Mythol.) nom d'un dieu des anciens Arabes. Ces peuples payoient la dixme au dieu Sabis. On croit que c'est le même que Sabazeus & Sabur.


SABLEarena, sabulum, glarea, (Hist. nat. Minéralogie) sable n'est autre chose qu'un amas de petites pierres détachées ; il est rude au toucher, & insoluble dans l'eau. De même qu'il y a des pierres de différentes especes, il y a aussi du sable de différentes qualités ; il varie pour la figure, la couleur & la grandeur des parties qui le composent. Le sable le plus grossier se nomme gravier. Voyez cet article. Le sable le plus fin s'appelle sablon : ce dernier paroît n'être autre chose qu'un amas de petits cailloux arrondis, ou de crystaux transparens, dont souvent les angles ont disparu par le frottement. C'est à cette substance que l'on doit proprement donner le nom de sable : tel est celui que l'on trouve sur le bord de la mer ; il est très-fin, très-mobile, & très-blanc, lorsqu'il n'est point mêlé de substances étrangeres ; tel est aussi le sable que l'on trouve dans une infinité de pays ; l'on a tout lieu de conjecturer qu'il a été apporté par les inondations de la mer, ou par le séjour qu'elle a fait anciennement sur quelques portions de notre globe, d'où elle s'est retirée par la suite des tems.

On a dit que c'étoit à cette derniere substance que convenoit proprement le nom de sable : en effet, les autres substances à qui on donne ce nom, n'ont point les mêmes caracteres ; elles paroissent n'être que de la terre, produite par les débris de certaines pierres, & dont les parties n'affectent point de figure déterminée, & qui ne differe en rien de la poussiere. Wallerius a mis le sable dans une classe particuliere distincte des terres & des pierres ; il en distingue plusieurs especes ; mais ses distinctions ne sont fondées que sur des circonstances purement accidentelles ; telles que la couleur, la finesse des parties, & les substances avec lesquelles le sable est mêlé. Il appelle le vrai sable ou sablon dont nous avons parlé en dernier lieu, arena quarzosa ; peut-être eût-il été plus exact de l'appeller arena crystallisata.

Quoi qu'il en soit, c'est-là le sable dont on se sert pour faire du verre ; le sablon d'Etampes & celui de Nevers sont de cette espece ; il varie pour la finesse, la blancheur, & la pureté : celui dont les parties sont les plus déliées, s'appelle glarea mobilis, sable mouvant.

Presque tous les sables sont mêlés de parties étrangeres qui leur donnent des couleurs & des qualités différentes ; ces parties sont des terres, des parties végétales, des parties animales, des parties métalliques, &c.

Le sable noir des Indes, qui est attirable par l'aimant, dont parle M. Musschenbroeck, est un sable mêlé de parties ferrugineuses ; en joignant à ce sable mis dans un creuset un grand nombre de matieres grasses, ce savant physicien n'a fait que réduire ces parties ferrugineuses en fer ; c'est pour cela qu'il a trouvé que ce sable étoit devenu plus attirable par l'aimant qu'auparavant. Les Physiciens, faute de connoissances chymiques, ne savent pas toujours apprécier les expériences qu'ils font.

Le sable verd qui, suivant la remarque de M. Rouelle, se trouve assez constamment au-dessous des couches de la terre, dans lesquelles on trouve des coquilles & des corps marins, semble redevable de sa couleur à la destruction des animaux marins qui l'ont ainsi coloré.

Outre le sable que nous avons décrit, il s'en trouve qui est composé de fragmens ou de petites particules de pierres de différente nature, & qui ont les propriétés de ces sortes de pierres ; tel est le sable luisant qui est un amas de petites particules de mica ou de talc ; il est infusible & ne se dissout point dans les acides. On sent aussi que le sable spatique ou calcaire doit avoir d'autres propriétés : en général, il paroît que les Naturalistes n'ont considéré les sables que très-superficiellement ; ils ne sont entrés dans aucun détail sur leurs figures, qui ne peuvent être observées qu'au microscope, ni sur leurs qualités essentielles, par lesquelles ils different les uns des autres ; il semble que l'on ne se soit occupé que des choses qui lui sont accidentelles. Cependant une connoissance exacte de cette substance pourroit jetter un grand jour sur la formation des pierres, vu qu'un grand nombre d'entre elles ne sont que des amas de grains de sable liés par un suc lapidifique : de cette espece, sont sur-tout les grais, &c.

Le sable mêlé avec de la glaise contribue à la diviser & à la fertiliser ; en Angleterre on se sert du sable de la mer pour le mêler avec des terres trop fortes ; par-là elles deviennent perméables aux eaux du ciel, & propres par conséquent à favoriser la végétation. (-)

SABLE DE LA MER, (Médecine) le sable de la mer est d'usage en Médecine pour les bains que l'on en fait sur les côtes maritimes, & que l'on ordonne aux gens attaqués de paralysie & de rhumatisme ; ce sable est sur-tout recommandé dans ces occasions aux personnes qui habitent les côtes maritimes de Provence & de Languedoc. On fait échauffer le sable pendant les jours les plus chauds de l'été aux rayons du soleil le plus ardent après l'avoir étendu ; ensuite on le ramasse & on enfonce les malades dans ces tas de sable, de façon qu'ils y soient comme ensevelis, lorsqu'ils y ont resté environ un quart-d'heure ou une demi-heure, on les en voit sortir, à-peu-près comme des morts de leur tombeau, de façon que cette espece de bain imite une résurrection ; d'autant que l'on voit tous les soirs les malades sortir des tas de sable, à-peu-près comme des morts de leur tombeau.

L'efficacité de ce bain est dûe à la chaleur, à la salure, & à la volatilité des principes que l'eau de la mer a communiquées au sable, ces principes exaltés par les rayons du soleil, n'en deviennent que plus propres à donner du ressort aux fibres, à résoudre les concrétions lymphatiques, & tous les vices de la lymphe.

SABLE, bain de, (Chymie) voyez BAIN, FEU, INTERMEDE.

SABLE, (Marine) terme synonyme à horloge, voyez HORLOGE. On dit manger son sable, lorsqu'on tourne l'horloge avant que le sable ne soit écoulé, afin que le quart soit plus court ; ce qui est une friponnerie punissable, & à laquelle le quartier-maître doit avoir l'oeil.

SABLE, (Agriculture) on employe dans l'Agriculture plusieurs especes de sable ; les uns sont stériles, comme ceux de la mer, des rivieres, des sablieres, &c. Les autres sont gras & fertiles : de ceux-ci, les uns le sont plus, & c'est ce qui fait les bonnes terres ; les autres le sont moins, ou ne le sont point du tout ; & c'est ce qui fait les terres médiocrement bonnes, ou les terres mauvaises, & sur-tout les terres légeres, arides, & sablonneuses. De plus, les uns sont plus doux, & ceux-là font ce qu'on nomme une terre douce & meuble ; les autres sont plus grossiers, & ceux-ci font ce qu'on appelle une terre rude & difficile à gouverner ; enfin, il en est d'onctueux & d'adhérens les uns aux autres ; ceux qui le sont médiocrement font les terres fortes ; ceux qui le sont un peu plus font les terres franches ; & ceux qui le sont extrêmement font les terres argilleuses & les terres glaises, incapables de culture. (D.J.)

SABLE, FONDEUR EN, (Arts méch.) les Fondeurs en sable ou de petits ouvrages, composent une partie très-nombreuse de la communauté des Fondeurs, qui se partage en plusieurs parties par rapport aux différens ouvrages qu'ils fabriquent, comme fondeur de cloches, de canons, de figures équestres, ou grande fonderie (voyez tous ces articles), & de petits ouvrages moulés en sable. C'est de cette derniere espece de fondeurs dont il est mention dans cet article, & celle qui est la plus commune, parce que les occasions de faire de grandes fonderies sont rares à proportion de celles que les fondeurs de petits ouvrages ont de faire usage de leurs talens.

Pour fondre en sable, on commence par préparer les moules ; ce qui se fait en cette maniere : on corroye le sable dont on doit faire les moules avec le rouleau de bois, représenté figure 12. Planche du fondeur en sable, dans la caisse à sable, qui est un coffre A B C D, non couvert, de 4 piés de long B C, & 2 de large A B, de 10 pouces de profondeur B E, monté fur quatre piés f f f f qui le soutiennent à hauteur d'appui. Voyez la figure 14. Planche du fondeur en sable. Corroyer le sable, c'est en écraser toutes les mottes avec le rouleau ; on rassemble ensuite le sable dans un coin de la caisse, avec une petite planche de six pouces de long, appellée ratisse-caisse ; voyez la figure 14. n °. 2. on recommence plusieurs fois la même opération jusqu'à ce que le sable soit mis en poudre ; c'est ce qu'on appelle corroyer.

Tous les sables ne sont pas également propres aux Fondeurs ; ceux qui sont trop secs, c'est-à-dire, sans aucun mêlange de terre, ne peuvent point retenir la forme des modeles : celui dont les fondeurs de Paris se servent vient de Fontenay-aux-roses, village près de Paris ; sa couleur est jaune, mais devient noire par la poussiere de charbon, dont les Fondeurs saupoudrent leurs modeles.

Pour faire le moule, le sable médiocrement humecté, on pose le chassis A B C D, figure 16. sur un ais, figure 17. & le tout sur un autre ais g h i k, posé en-travers sur la caisse, figure 14. le côté inférieur en-dessus ; on emplit l'intérieur du chassis de sable que l'on bat avec un maillet de bois pour en assûrer toutes les parties, & le faire tenir au chassis dont toutes les barres ont une rainure à la partie intérieure ; ensorte que le sable ainsi battu avec le maillet, forme une table que l'on peut lever avec le chassis ; avant de le retourner on affleure (avec le racloir représenté figure 13. qui est une lame d'épée emmanchée) le sable du moule aux barres du chassis, en coupant tout ce qui est plus élevé qu'elle. On retourne ensuite le moule sur lequel on place les modeles, soit de cuivre ou de bois, &c. que l'on veut imiter. On fait entrer les modeles dans ce premier chassis à moitié de leur épaisseur, observant avant de poser les modeles, de poncer le sable du chassis avec de la poussiere de charbon contenue dans un sac de toile, au-travers de laquelle on l'a fait passer. L'usage de cette poudre est de faciliter la retiration de modeles que l'on doit faire ensuite : le ponsif, qui est une sorte de sable très fin, sert au même usage.

Lorsque les modeles sont placés dans le sable du premier chassis, & que leur empreinte y est parfaitement imprimée, on place le second chassis, fig. 15. qui a trois chevilles, que l'on fait entrer dans les trous correspondans du premier chassis. Ces chevilles servent de repaires, pour que les creux des deux parties du moule se présentent vis-à-vis les uns des autres ; le chassis ainsi placé, on ponce soit avec de la poussiere de charbon ou du ponsif contenu dans un sac de toile les modeles & le sable du premier chassis ; on souffle ensuite avec un soufflet à main, semblable à celui qui est représenté dans les planches du ferblantier, sur le moule & les modeles pour faire voler toutes les parties du charbon ou du ponsif, qui ne sont point attachés au moule ou au modele où on a placé des verges de laiton ou de fer cylindriques, qui doivent former les jets & évents après qu'elles sont retirées : la verge du jet aboutit par un bout contre le premier modele, & de l'autre passe par la breche e pratiquée à une des barres C D, c d de chaque chassis ; ces breches servent d'entonnoir pour verser le métal fondu dans le moule.

Ce premier chassis ainsi préparé, & le second placé dessus ; on l'emplit de sable, que l'on bat de même avec le maillet pour lui faire prendre la forme des modeles & des jets placés entre deux : on commence par mettre un peu de sable sur les modeles que l'on bat légerement avec le cogneux, qui est un cylindre de bois d'un pouce de diametre, & de quatre ou cinq de long, voyez la fig. 11. dont on se sert comme du maillet, pour faire prendre au sable la forme du modele ; par-dessus ce premier sable, on en met d'autre, jusqu'à ce que le chassis soit rempli. On affleure ce sable comme celui du premier chassis avec le racloir, fig. 13. & le moule est achevé.

Pour retirer les modeles qui occupent la place que le métal fondu doit remplir, on leve le premier chassis qui a les chevilles, ce qui sépare le moule en deux, & laisse les modeles à découvert que l'on retire du chassis où ils sont retirés, en cernant tout-autour avec la tranche, sorte de couteau de fer représenté fig. 10. Le même outil sert à tracer les jets de communication d'un modele à l'autre, lorsque le chassis en contient plusieurs, & les évents particuliers de chaque modele. Le moule ainsi préparé, & reparé avec des ébauchoirs de fer, s'il est besoin, est, après avoir été séché, en état d'y couler le métal fondu.

Pour faire secher le moule, on allume du charbon, que l'on met par terre en forme de pyramide, que l'on entoure de quatre chassis, ou demi-moules ; savoir, deux appuyés l'un contre l'autre par le haut, comme un toît de maison, & deux autres à côté de ceux-ci, ensorte que le feu en est entierement entouré ; ce qui fait évaporer des moules toute l'humidité qui ne manqueroit pas d'en occasionner la rupture, lorsqu'on y verse le métal fondu, si les moules n'étoient pas bien séchés auparavant.

Pendant qu'un ouvrier prépare ainsi les moules, un autre fait fondre le métal, qui est du cuivre, dans le fourneau représenté, fig. 1. Le fourneau est un prisme quadrangulaire de 10 pouces ou environ en tous sens, & d'un pié & demi de profondeur, formé par un massif de maçonnerie ou de briques revêtues intérieurement avec des carreaux de terre cuite, capables de résister au feu. Le prisme creux A B C D, c b d, fig. 9. est séparé en deux parties par une grille de terre cuite f f, percée de plusieurs trous : la partie supérieure, qui a environ un pié de hauteur, sert à mettre le creuset E & le charbon allumé : la partie intérieure est le cendrier, dont on forme l'ouverture avec une pâte de terre x. fig. 1. bien latée avec de la terre glaise ou de la cendre ; c'est dans le cendrier que le porte-vent h g F du soufflet aboutit, d'où le vent qu'il porte passe dans le fourneau proprement dit, par les trous de la grille f f, ce qui anime le feu de charbon dont il est rempli, & fait rougir le creuset & fondre le métal qu'il contient. Pour augmenter encore la force du feu, on couvre le fourneau avec un carreau de terre A, qui glisse entre deux coulisses, c d, f e, on a aussi un couvercle de terre pour couvrir le creuset. Voyez CREUSET. Celui des fondeurs a 10 pouces de haut & 4 de diametre. On se sert pour mettre le cuivre dans le creuset d'une cuillere représentée, fig. 4. appellée cuillere aux pelotes, qui est une gouttiere de fer enmanchée d'un manche de même métal ; la cuillere est creuse & ouverte dans toute sa longueur, pour que les pelotes de cuivre puissent couler plus facilement dans le creuset. Les pelotes sont des amas de petits morceaux de cuivre que l'on ploie ensemble pour en diminuer le volume, & faire qu'elles puissent entrer en un paquet dans le creuset ; on se sert aussi au fourneau d'un outil appellé tisonnier, représenté fig. 5. C'est une verge de fer de 2 1/2 piés de long, pointu par un bout, qui sert à déboucher les trous de la grille sur laquelle pose le creuset. On se sert aussi des pincettes, fig. 2. pour arranger les charbons, ou retirer du creuset les morceaux de fer qui peuvent s'y trouver.

Le soufflet I de la forge est composé de deux soufflets d'orgue, qu'on appelle soufflet à double vent, voyez SOUFFLET A DOUBLE VENT, suspendu à une poutre P par deux suspentes de fer P Q, qui soutiennent la table du milieu ; le mouvement est communiqué à la table inférieure par la bascule 10, qui fait charniere au point N ; l'extrêmité O de la bascule est attachée par une chaîne o k, qui tient à la table inférieure où est attaché un poids k, dont l'usage est de faire ouvrir le soufflet, que l'on ferme en tirant la bascule I O, par la chaîne I M, terminée par une poignée M, que l'ouvrier tient dans sa main. Voyez la fig. 1. Le vent passe par le porte-vent de bois ou de fer H G dans le cendrier, d'où il passe dans le fourneau par les trous de la grille, comme il a été dit plus haut.

Pendant que le métal est en fusion, deux ouvriers placent les moules dans la presse, fig. 18. on commence par mettre un ais, fig. 17. de ceux qui ont servi à former les moules sur la couche A B de la presse, qui est posée sur le baquet plein d'eau, fig. 6. sur cet ais on étale un peu de sable, pour que le moule que l'on pose dessus porte dans tous ses points sur le premier moule, composé de deux chassis, on met une couche de sable, sur lequel on pose un autre moule ; ainsi de suite jusqu'à ce que la presse soit remplie ; par-dessus le sable qui couvre le dernier moule on met un ais, par-dessus lequel on met la traverse C D de la presse, que l'on serre également avec les deux écroues E F, taraudés de pas semblables à ceux des vis e f ; toute cette machine est de bois.

Lorsque l'on veut couler le métal, on incline la presse, ensorte que les ouvertures e e des chassis qui servent d'entonnoirs pour les jets, regardent en en-haut ; ce qui se fait en appuyant les moules par la partie opposée sur le bord du baquet, ensorte que leur plan fasse avec l'horison un angle d'environ 30 degrés.

Avant de verser le métal, le fondeur l'écume avec une écumoire représentée fig. 8. c'est une cuillere de fer percée de plusieurs trous, au-travers desquels le métal fondu passe, & qui retient les scories que le fondeur jette dans un coin du fourneau ; après que le métal est écumé, on prend le creuset avec les happes, représenté fig. 3. & on verse le métal fondu dans les moules. Lorsque le métal a cessé d'être liquide, on verse de l'eau sur les chassis pour éteindre le feu que le métal fondu y a mis ; on releve ensuite les moules, & on desserre la presse, d'où on retire les moules, que l'on ouvre pour en tirer les ouvrages. Le sable est ensuite remis dans la caisse, où on le corroie de nouveau pour en former d'autres moules.

Les happes avec lesquelles on prend les creusets dans le fourneau, sont des pinces de fer dont les deux branches sont recourbées en demi-cercle, qui embrassent le creuset ; le plan du cercle, que les courbures des branches forment, est perpendiculaire à la longueur des branches de la tenaille. L'ouvrier qui prend le creuset, a la précaution de mettre à sa main gauche un gros gant mouillé, qui l'empêche de se brûler en tenant la tenaille près du creuset, ce qui ne manqueroit pas d'arriver sans cette précaution, tant par la chaleur des tenailles, que par la vapeur enflammée du métal fondu qui est dans le creuset.

Les fondeurs coupent les jets des ouvrages qu'ils ont fondus, & les remettent à ceux qui les ont commandés sans les réparer.

SABLE, s. m. (Jardin.) terre légere sans aucune consistance, mêlée de petits graviers, qu'on mêle avec de la chaux pour faire du mortier, & dont on se sert pour couvrir les allées. Il y a du sable blanc, du rouge & du noir ; celui-ci se tire des caves. Il a de gros grains comme des petits cailloux, & fait du bruit quand on le manie : c'est le meilleur de tous les sables. On connoît leur bonté en les mettant sur de l'étoffe : si le sable la salit, & qu'il y demeure attaché, il ne vaut rien.

On appelle sable mâle, celui qui dans un même lit est d'une couleur plus forte qu'une autre, qu'on nomme sable femelle. Le gros sable s'appelle gravier, & on en tire le sable fin & délié en le passant à la claie serrée, pour sabler les aires battues des allées des jardins. (D.J.)

SABLE, (Plomberie) les plombiers se servent de sable très-blanc pour mouler plusieurs de leurs ouvrages, & particulierement pour jetter & couler les grandes tables de plomb. Pour préparer le sable de ces tables, on le mouille légerement, & on le remue avec un bâton ; ce qu'on apelle labourer le sable ; après quoi on le bat, & on le plane avec la plane de cuivre. (D.J.)

SABLE, terme de Blason ; le sable est la quatrieme couleur des armoiries ; c'est le noir. Il y a deux opinions sur l'origine de ce terme : plusieurs écrivains le dérivent des martes zibelines, que l'on nommoit anciennement zables ou sables ; d'autres croient que la terre étant ordinairement noire, on s'est servi du mot sable pour exprimer la couleur noire que l'on voit souvent dans les armoiries ; mais quand on considere que la marte est presque noire, & qu'on l'a toujours appellée zibeline, on vient à penser qu'elle est la véritable origine du mot sable en terme de blason. C'est aussi le sentiment de Borel. (D.J.)

SABLES D'OLONE, les, (Géog. mod.) ville maritime de France en Poitou, à 8 lieues de Luçon. Voyez OLONE.


SABLÉ(Géog. mod.) en latin du moyen âge, Saboloium, Sabloium, &c. petite ville de France, dans le bas-Maine, sur la Sarte, à 10 lieues au sud-ouest du Mans, & à égale distance au nord-est d'Angers. Elle est fort ancienne, car elle fut donnée avant l'an 628 à l'église du Mans par un seigneur nommé Alain. Elle fut érigée en marquisat par Henri IV. en 1602, en faveur d'Urbain de Laval, maréchal de France. Gilles Ménage a publié à Paris l'histoire de cette petite ville, en 1683, in-fol. Son pere, Guillaume Ménage y étoit né. Longitude 17. 14. latit. 47. 49. (D.J.)


SABLÉEFONTAINE, (Chauderonn.) on appelle fontaine sablée un vaisseau de cuivre étamé, ou de quelqu'autre métal, dans lequel on fait filtrer l'eau à travers le sable, pour la rendre plus claire, & pour l'épurer ; on ne devroit jamais se servir de vaisseau de cuivre à cause du verd-de-gris, ou du moins cela n'est permis qu'aux peuples de la propreté la plus recherchée, tels que sont les Hollandois. (D.J.)


SABLERL'ACTION DE, (Physiolog.) c'est une façon de boire dans laquelle on verse brusquement la boisson tout-à-la-fois dans la bouche ; & la langue conduit le tout dans le gosier avec la même vîtesse. C'est cette façon de boire qu'Horace appelle thraciae amystis.

Pour sabler, il y a deux moyens ; l'un de fermer la valvule du gosier en la baissant sur la langue, ou en retirant la langue sur elle, afin de prendre son tems pour avaler. L'autre est d'ouvrir cette valvule, en éloignant la langue de cette valvule, pour laisser passer tout d'un coup la liqueur dans le gosier, sur lequel la langue se retire aussitôt, pour pousser le liquide dans l'oesophage, & pour baisser l'épiglotte, afin de garantir la trachée-artere.

Cette maniere débauchée de boire, peut n'être utile qu'à ceux qui ont quelque médicament dégoutant à prendre. Ce moyen est assez bon pour éviter le dégoût, parce que la boisson passe avec tant de vîtesse, qu'elle n'a pas le tems de frapper desagréablement la bouche ni le nez.

La façon de boire au galet ou à la régalade, comme on dit vulgairement, ne differe de sabler qu'en ce que le sabler se fait en un seul coup, & que le galet se fait en plusieurs.

Pour boire ainsi on renverse la tête, on ouvre la bouche fort grande, on retire la langue en arriere pour boucher le gosier, afin d'éviter la chûte trop promte du liquide, qui incommoderoit la trachée-artere ; on verse de haut, mais doucement, pour donner le tems à la langue & à la valvule du gosier de s'éloigner pour le passage de la boisson, & lorsqu'il en est passé environ une gorgée, la langue & la valvule se rapprochent subitement, pour empêcher que ce qui est encore dans la bouche, ne suive ce qui est déja dans le gosier, & on profite de cet instant, pour respirer par le nez.

A l'égard du sabler, j'ai dit qu'il différoit peu du galet ; & ce que je vais ajouter de la déglutition dans cette façon de boire, servira pour l'un & pour l'autre.

Quand on boit au galet, la racine de la langue & la valvule se rapprochent mutuellement pour retenir le liquide, jusqu'à ce qu'on ait pris son tems pour avaler ; lequel tems est toujours après l'inspiration ou l'expiration ; & quand on veut avaler, on éleve la valvule, on retire la langue en-devant, pour donner passage à une partie du liquide ; ensuite la langue se retire dans le fond du gosier, pour pousser le liquide dans l'oesophage ; de maniere qu'elle ne fait qu'avancer sa racine en devant, pour laisser entrer l'eau, & ensuite se retirer jusqu'au fond du gosier, tant pour pousser le liquide dans le fond de l'oesophage, que pour boucher les narines & la glotte : ces mouvemens instantanés sont répétés, jusqu'à ce que l'on ait achevé de boire. Voyez BOIRE & DEGLUTITION, mém. de l'acad. de Scienc. ann. 1715 & 1716.

J'ajoute seulement qu'il n'y a pas le moindre plaisir à sabler une liqueur agréable, parce qu'on ne la savoure point en l'avalant tout-d'un-coup, & d'une seule gorgée. Il y a plus : dans cette maniere brusque de boire, on risque de s'étouffer, si par hasard la langue n'a pas pu en baissant promtement l'épiglotte, garantir la trachée - artere du torrent d'un vin fumeux ; c'est là-dessus qu'est fondé ce couplet d'une de nos meilleures chansons bacchiques,

Chers enfans de Bacchus, le grand Grégoire est mort !

Une pinte de vin imprudemment sablée,

A fini son illustre sort :

Et sa cave est son mausolée.

(D.J.)

SABLER une allée, (terme de Jardinier) c'est couvrir avec art une allée de sable, pour empêcher que l'herbe n'y vienne. Avant que de sabler une allée, il faut la dresser, ensuite la battre à deux ou trois volées ; car, sans cette façon, le sable se mêle en peu de tems avec la terre. Enfin on met dessus l'allée battue, deux pouces d'épaisseur de sable de riviere, sur lequel on passe le rouleau. (D.J.)


SABLESTANLE, (Géog. mod.) Olearius écrit Sablustan, & d'Herbelot Zablestan ; province de Perse, sur les confins de l'Indoustan, bornée au nord par le Khorassan, au midi par le Ségestan, au levant par le Candahar, & au couchant par le pays d'Héri. Ce pays a pour ville principale Gagnah, si fameuse dans l'histoire orientale. Il est arrosé de rivieres, de sources & de fontaines. Les montagnes dont il est rempli, ont été connues des anciens sous le nom de Paropamisus, & le pays répond en effet, pour la plus grande partie, aux Paropamisades de Quinte-Curce. Le Paropamise est une branche du mont Taurus, toute couverte de bois. Le peuple du pays, dit Olearius, est encore aujourd'hui aussi grossier qu'il l'étoit du tems d'Alexandre. (D.J.)


SABLIERS. m. ou HORLOGE DE SABLE, c'est proprement une clepsydre, dans laquelle on emploie le sable au lieu d'eau. Voyez CLEPSYDRE. (O)

SABLIER, (Ecriture) c'est un petit vaisseau où l'on met du sable ou de la poussiere, qu'on répand sur l'écriture, afin de la sécher plus vîte, ou d'user du papier écrit, comme si l'écriture étoit seche, la poussiere attachée aux lettres buvant le superflu de l'encre, & empêchant que les lettres ne s'effacent.


SABLIERES. f. (Gram. & Oecon. rustiq.) lieu creusé dans la terre d'où l'on tire du sable.

SABLIERE, (Charpent.) piece de bois qui se pose sur un poitrail, ou sur une assise de pierres dures, pour porter un pan de bois ou une cloison. C'est aussi la piece qui à chaque étage d'un pan de bois, en reçoit les poteaux, & porte les solives du plancher.

Sabliere de plancher, piece de bois de sept à huit pouces de gros, qui étant soutenue par des corbeaux de fer, sert à porter les solives d'un plancher. Daviler. (D.J.)

SABLIERES, s. f. pl. (Charpent.) especes de membrures qu'on attache aux côtés d'une poutre, pour n'en pas altérer la force, & qui reçoivent par enclave, les solives dans leurs entailles. (D.J.)


SABLONS. m. (Gram.) sable blanchâtre & grossier, dont on se sert pour écurer la vaisselle qui en est promtement détruite. On dit passer au sablon.

SABLON, (Conchyliolog.) en latin natica ; on pourroit dire natice. C'est un limaçon à bouche demi-ronde ou ceintrée, qui differe de la nérite, en ce qu'il n'a ni dents, ni palais chagriné, ni gencive, ni umbilic comme elle. Il se nourrit sur le rocher, porte une opercule, & rampe comme le limaçon nommé guignette à la Rochelle. Le col, la bouche, le mantelet qui l'enveloppent dans l'intérieur de sa coquille, ressemblent aussi beaucoup, excepté pour la grandeur, à ces trois parties de la guignette. Ses cornes sont assez longues, pointues & très-fines ; l'animal dans sa marche les balance sans interruption du haut en bas, & de bas en haut. Il est rare que dans ce mouvement l'une précede l'autre. Elles se suivent toujours avec beaucoup de justesse, comme si elles battoient en quelque sorte une espece de mesure. (D.J.)


SABLONES(Géog. anc.) lieu de la Belgique. Antonin le met sur la route de colonia Trajana à Cologne, entre Mediolanum & Mederiacum, à huit mille pas de la premiere, & à dix mille pas de la seconde. On croit que c'est Santen sur le Rhin ; du moins Ortelius adopte ce sentiment. (D.J.)


SABLONNERv. act, (Oecon. domestiq.) passer au sablon. C'est une maniere de nettoyer la vaisselle dans les cuisines. Si elle est de cuivre, le sablon enleve l'étamage, & rend les vaisseaux d'un usage dangereux. Si elle est d'argent, elle perd ses formes, & souffre un déchet considérable.


SABLONNEUXadj. (Gram.) abondant en sable ou sablon. Une plaine sablonneuse. Les lieux sablonneux rendent peu de fruits. Sablonneux se dit aussi pour pierreux, de certains fruits dont la pulpe est dure & grumeleuse, telle est la poire appellée doyenné.


SABLONNIERS. m. (Gram.) homme qui va puiser du sablon dans la riviere, ou qui en tire des sablonnieres, & qui en fait commerce.


SABLONNIERES. f. lieu d'où l'on tire le sable.

SABLONNIERE, (terme de Fondeurs) c'est un grand coffre de bois à quatre piés, garni de son couvercle, où les Fondeurs conservent, & sur lequel ils corroyent le sable dont ils font leurs moules. (D.J.)


SABOR LE(Géog. mod.) ou Sor, petite riviere de Portugal. Elle a sa source en Espagne, au royaume de Galice, sur les confins des royaumes de LÉon & de Portugal. Elle passe à Bragance, s'accroît dans son cours de quelques ruisseaux, & se perd enfin dans le Duero. (D.J.)


SABORDS. f. (Marine) embrasure ou canonniere dans le bordage d'un vaisseau, par laquelle passe un canon. La grandeur de cette embrasure est proportionnée au calibre du canon. La plûpart des constructeurs lui donnent trois piés deux pouces pour un calibre de 48, trois piés pour un calibre de 36, deux piés neuf pouces pour un calibre de 24, deux piés sept pouces pour un calibre de 18, &c. ainsi des autres calibres à proportion. Il y a sur un vaisseau autant de rangs de sabords qu'il y a de ponts. Leur distance dans ces rangs est d'environ sept piés, & ils ne sont jamais percés les uns au-dessus des autres. Au reste on appelle feuillets leur partie inférieure & supérieure. Voyez encore BATTERIE.

On dit qu'il y a tant de sabords par bande : cela signifie qu'il y a un tel nombre de sabords par chaque batterie. Voyez Planche I. fig. 1. & fig. 2, les sabords & leur situation, & Planche IV. fig. 1, les sabords de la premiere batterie, cotés 197, & les sabords de la seconde cotés 198.


SABOTS. m. (Hist. nat. Bot.) calceolus, genre de plante à fleur polypétale, anomale, & composée de six pétales inégaux, dont quatre sont disposés en croix ; les deux autres occupent le milieu de la fleur. L'un de ces deux pétales est fourchu & placé sur l'autre, qui est gonflé & concave, & qui ressemble à un sabot. Le calice devient dans la suite un fruit ou une espece d'outre à trois angles auxquels adherent trois panneaux qui s'ouvrent, & qui sont chargés de semences aussi menues que de la sciure de bois. Tournefort, inst. rei herb. Voyez PLANTE.

SABOT, s. m. (Hist. nat. bot.) trochus, nom générique que l'on a donné à différentes especes de coquilles. Voyez COQUILLE, & les figures 10, 11 & 13 de la XXI. Planche.

SABOT, (Conchyliolog.) en latin trochus, genre de limaçon de mer de forme conique, & qui ont la bouche applatie en ovale.

Les caracteres de ce genre de limaçons, sont les suivans, selon M. Dargenville ; c'est une coquille univalve, dont la figure est faite en cône ; le sommet est élevé, quelquefois applati, ou tout-à-fait plat. Sa bouche ovale est à dents & sans dents, umbiliquée, & ayant intérieurement la couleur d'un blanc de perle.

La figure conique de ce genre de coquille & la bouche applatie en ovale, déterminent son caractere générique.

Cette famille de limaçons que nous nommons sabots, renferme des especes fort singulieres, qu'on indiquera dans la suite. Il y en a dont la tête en pyramide, forme plusieurs spirales, & ce sont-là les vrais sabots ; d'autres s'élevent la moitié moins & conservent mieux la figure des vrais limaçons ; d'autres sont entierement applatis, tels que la lampe antique & l'escalier ; il résulte de-là que l'élévation de la figure ne détermine pas le vrai caractere d'un coquillage. Il y a des especes de sabots qui sont umbiliqués, & d'autres qui ne le sont pas. Les Bretons appellent sorciere, une espece de sabot qui est petite & plate. Voyez SORCIERE.

Les classes générales de sabots, sont les trois suivantes ; 1°. celle des sabots dont le sommet est élevé ; 2°. celle des sabots dont le sommet est moins élevé, & qui ont la bouche grande, presque ronde & umbiliquée ; 3°. celle des sabots dont le sommet est applati.

Les principales coquilles de sabots à sommet élevé, sont ; 1°. le sabot marbré ; 2°. le sabot tacheté de rouge & de blanc à pointes étagées ; 3°. le sabot pointillé ; 4°. le sabot de couleur verte & chagriné. On trouve aussi dans cette classe le sabot plein de noeuds dont la couleur est, tantôt verte, tantôt rougeâtre, tantôt cendrée, quelquefois jaune, & d'autres fois couleur de rose.

Parmi les sabots de la seconde classe, on distingue ; 1°. la veuve, 2°. la pie, 3°. le tigre, 4°. le sabot à côtes élevées, & à sommet pointu ; 5°. le sabot armé de pointes & de boutons ; 6°. le cul-de-lampe, autrement dit la pagode ou le toît chinois ; 7°. le sabot tout blanc, avec des côtes relevées ; 8°. le sabot garni de pointes en compartimens ; 9°. le sabot brut avec une opercule ; 10°. le bouton de camisole chagriné & qui a des dents : 11°. l'éperon ou la molette d'éperon, 12°. le petit éperon, 13°. le sabot doré à umbilic argenté.

Il faut remarquer ici, que la premiere & la seconde classe de sabots, reçoivent dans plusieurs de leurs especes de tels changemens en passant par les mains de ceux qui les polissent, & quand ces coquilles ont été gardées dans des cabinets, qu'on a de la peine à les connoître.

Par exemple, le sabot marbré paroît alors tacheté de rouge & de blanc ; le sabot verd étant dépouillé, brille comme la nacre de perle ; le sabot doré paroît tout entier couleur d'argent, &c.

Dans la classe des sabots dont le sommet est applati, on compte les especes suivantes ; 1°. la lampe antique, à bouche étendue & plate ; 2°. le sabot rayé de blanc & de rouge, 3°. le sabot, dont la bouche a des dents, 4°. le sabot nommé le cornet de S. Hubert, à levres repliées ; 5°. le sabot, dont le sommet est creusé & fauve ; 6°. le sabot à sommet tout jaune ; 7°. le sabot applati, dont la bouche est presque ronde ; 8°. le sabot nommé l'escalier ou le cadran, à bouche applatie ; 9°. le sabot brun rayé de lignes jaunes & blanches ; 10°. le sabot blanchâtre, marqueté de taches & de raies jaunes ; 11°. le petit sabot applati, tirant sur le blanc, & la couleur de rose.

On trouvera la représentation de toutes ces différentes especes de sabots, dans les auteurs de conchyliologie. L'on verra en même tems, que le nom de sabot conformément à l'origine de ce mot, est fort mal appliqué à différentes especes de ces coquilles, puisqu'il n'y en a que quelques-unes qui ayent la figure du sabot ou de la toupie des enfans. Il vaut donc mieux nommer avec M. Dargenville ces sortes de coquilles, limaçons à bouche applatie ; ajoutons un mot de l'animal même.

Le limaçon habitant du sabot, a la chair d'un blanc sale tirant sur le jaune ; sa bouche est brune, ses yeux sont gros, noirs, & placés à l'ordinaire : les cornes sont coupées dans toute leur largeur par une ligne fauve, ce qui les rend épaisses, & d'une pointe fort camuse.

Ce même animal a un avantage sur le limaçon à bouche ronde, & sur le limaçon à bouche demi ronde, c'est de n'être point sujet comme eux par la configuration & la juste proportion du poids de son corps avec la plaque charnue sur laquelle il rampe, à se renverser en passant dans les endroits escarpés, au lieu que les autres allant par les mêmes endroits, entraînés par le poids de leur coquille peu proportionnée pour la grosseur à la force de l'animal, sont renversés, froissés & blessés, avant qu'ils ayent pû s'en garantir en retirant leurs cornes, leur bouche, & en rentrant promtement dans leur coquille. (D.J.)

SABOT, (Archit.) est un morceau de bois quarré d'environ huit pouces de grosseur, dans lequel s'emboîte l'extrêmité d'un calibre, & sert à le diriger le long de la regle pour pousser les moulures.

SABOT, (Boissellerie) sorte de chaussure de bois léger & creusé, dont les paysans se servent en France, faute de souliers ; les plus propres viennent du Limousin. Ce sont à Paris les Boisseliers, les Chandeliers, & les regrattiers qui en font le commerce en détail. Il y a quelques années qu'un médecin de Londres conseilla de porter des sabots à un jeune enfant de qualité qui commençoit à être attaqué du rachitis ; mais on ne trouva pas une seule paire de sabots dans toute la grande-Bretagne, il en fallut faire venir de France ; je sais pourtant que les anciens connoissoient les sabots, & qu'ils en faisoient ; c'étoit la chaussure des plus pauvres laboureurs ; mais ce qu'il y a de particulier, c'est que c'étoit aussi celle des parricides lorsqu'on les enfermoit dans un sac pour les jetter dans la mer ; Ciceron nous apprend cette derniere particularité prescrite par la loi : Si quis parentes occiderit, vel verberarit, ei damnato obvolvatur os folliculo lupino, soleae ligneae pedibus inducantur. (D.J.)

SABOT, en terme de Boutonnier ; c'est une espece de pompon formant un demi-cercle en-bas, & enhaut s'ouvrant en deux oreillettes de coeur, mis en soie & bordé de cannetille pour entrer dans la composition d'un ornement quelconque. Voyez METTRE EN SOIE & CANNETILLE.

SABOT, instrument de Passementier - Boutonnier ; c'est un petit outil de bois à plusieurs coches, de cinq ou six pouces de longueur dont on se sert pour fabriquer les cordons de chapeaux, c'est-à-dire pour assembler plusieurs cordons ou fils, & les tortiller ensemble pour en faire un plus gros.

SABOT, terme de Cordier ; outil de bois à plusieurs coches, dont le cordier se sert pour cabler le cordage en trois, quatre, ou en plus grand nombre. (D.J.)

SABOT, en terme d'Epinglier ; sa forme est trop connue pour en parler. Les Epingliers s'en servent ordinairement pour frapper sur les bouts d'une dressée qu'ils cueillent. Ils enlevent encore quelquefois le dessus pour s'en servir comme d'une boîte à mettre des têtes, Voyez ce mot à son article.

SABOT, (Maréchallerie) c'est toute la corne du pié du cheval au-dessous de la couronne, ce qui renferme le petit pié, la sole & la fourchette. Le sabot se détache quelquefois entierement, à cause des maladies qui attaquent cette partie ; telles sont les encloueures, le javart encorné, & les bleimes. Un cheval à qui le sabot est tombé, n'est plus propre aux grands travaux.

Le sabot blanc est ordinairement d'une corne trop tendre, le noir est le meilleur : on divise le sabot en trois parties ; la pince, qui est le devant ; les quartiers, qui sont les deux côtés ; & les talons qui sont derriere. On appelle encore le sabot, l'ongle ou les parois du pié.

SABOT, en terme de marchand de modes, est proprement la manche d'étoffe d'une robe de cour ou d'enfant, sur laquelle on met la garniture par étages du haut en-bas. Voyez GARNITURES.

SABOT, (Rubanerie) est une espece de navette de même matiere & à-peu-près de même forme, excepté ce qui suit ; le sabot est d'abord plus épais & plus grand que la navette ; il porte à sa face de devant trois trous placés horisontalement les uns à côté des autres à peu de distance, chaque trou revêtu de son annelet d'émail. Voyez ANNELET. Le sabot contient trois petits canons à bords plats, excepté les deux bords des deux canons des deux bouts qui sont un peu convexes, pour mieux remplir la concavité des deux bouts du sabot contigus à la brochette, & profiter par-là de toute la place ; en outre les bords plats de ces canons qui se touchent dans le sabot n'y laissent pas de vuide, & les bords des deux bouts se trouvant convexes, sont plus conformes à la figure du sabot où ils aboutissent ; l'usage du sabot est de porter, comme la navette, au lieu de trame sur ses trois petits canons, autant de brins de cablé ou grisette, pour en enrichir les bords du galon, le sabot ne se lance jamais en plein comme la navette, il passe seulement à mains reposées à-travers la levée de chaîne qui lui est destinée, après quoi il se pose sur le carton, jusqu'à ce qu'il soit nécessaire de le reprendre ; on entend parfaitement qu'il en faut deux, c'est-à-dire un pour chaque bord, l'un exécutant comme l'autre, les desseins, coquilles, &c. que l'on voit à chaque bord ; cet outil a beaucoup de connexité avec la navette. Voyez NAVETTE.

SABOT, (Tireur d'or) est une partie du rouet du fileur d'or, qu'on peut regarder comme la principale piece du rouet. C'est une roue à plusieurs crans qui décroissent par proportion sur le devant. Elle est traversée par l'arbre qui va de-là passer dans le noyau de la grande roue. C'est sur ce sabot qu'est la corde qui descend par trois poulies différentes sur la roue de la fusée. La raison de l'inégalité de ces crans, de ceux de la fusée, & de ceux des cazelles, est le plus ou le moins de mouvement qu'il faut à certaines marchandises qu'on travaille.

SABOT, (Jeu) turbo, sorte de toupie qui est sans fer au bout d'en bas, & dont les enfans jouent en le faisant tourner avec un fouet de cuir.

Le jeu de sabot est fort ancien. Tibulle a dit dans la cinquieme élégie du premier livre : J'avois autrefois " du courage, & je supportois les disgraces sans m'émouvoir ; mais à présent je sens bien ma foiblesse, & je suis agité comme une toupie fouetée par un enfant dans un lieu propre à cet exercice. "

Asper eram, & benè dissidium me ferre loquebar ;

Ac verò nunc longè gloria fortis abest,

Namque agor, ut per plana citus sola verbere turbo

Quem celer assuetâ versat ab arte puer.


SABOTA(Géog. anc.) ou Sabotale, comme Pline l'écrit, l. VI. c. xxviij. en disant que c'est une ville de l'Arabie heureuse, capitale des Atramites, & que dans l'enceinte de ses murailles on y comptoit soixante temples. (D.J.)


SABOTIERS. m. (Gramm.) ouvrier qui fait des sabots. Ce travail se fait ou dans la forêt ou aux environs. La maîtrise des eaux & forêts veut que le sabotier se tienne à demi-lieue de la forêt.


SABOU(Géog. mod.) les Hollandois écrivent Saboë, qu'ils prononcent Sabou ; petit royaume d'Afrique en Guinée, sur la côte d'Or, entre le royaume d'Acanni au nord, & la mer au midi. Il est fertile en grains, patates & autres fruits. Les Hollandois y ont bâti le fort Nassau, qui étoit leur chef-lieu en Guinée, avant qu'ils eussent pris Saint-George de la Mine, qu'ils nomment Elmina. Les Anglois ont aussi maintenant un fort à Sabou. (D.J.)


SABRAN(Géog. anc.) ville d'Asie en Tartarie, au Capschac, à 98 degrés de longitude, & à 47 degrés de latitude. (D.J.)


SABRAQUESLES (Géog. anc.) Sabracae ; ancien peuple de l'Inde, selon Quinte-Curce, l. IX. c. viij. Ils étoient dans l'espace qui est entre l'Indus & le Gange, mais assez près de l'Indus. Cet historien dit : " Le roi commanda à Craterus de mener l'armée par terre en cotoyant la riviere, où s'étant lui-même embarqué avec sa suite ordinaire, il descendit par la frontiere des Malliens, & de-là passa vers les Sabraques, nation puissante entre les Indiens, & qui se gouverne selon ses loix en forme de république : ils avoient levé jusqu'à soixante mille hommes de pié, & six mille chevaux, avec cinq cent chariots, & choisi trois braves chefs pour les commander. Ce pays étoit rempli de villages. "

Quinte-Curce qui marque leur soumission à Alexandre, ne fait point mention de leurs vies. On lit dans Justin, l. XII. c. ix. hinc in Ambros & Sugambros navigat. Les critiques sont persuadés que c'est la même expédition.

Il y a bien de l'apparence que les Sabracae de Quinte-Curce sont le même peuple que les Sydracae ou Syndraci de Pline, l. XII. c. vj. Cet auteur parlant d'une sorte de figue, dit plurima est in Sydracis expeditionum Alexandri termino. Ailleurs, il nomme les Syndraci entre les Bactriens & les Dangalae. (D.J.)


SABRATA(Géog. anc.) Sabrata colonia, ville maritime & colonie romaine en Afrique, dans la Tripolitaine. Ptolémée, l. IV. c. iij. en fait mention. Antonin & la table de Peutinger, la mettent dans leurs deux itinéraires. C'est aujourd'hui la tour de Sabart. Elle étoit le siege d'un évêque. (D.J.)


SABREou CIMETERRE, s. m. (Art milit.) espece d'épée tranchante qui a beaucoup de largeur, & dont la lame est forte, pesante, épaisse par le dos, & terminée en arc vers la pointe. Ce mot vient de sabel, qui a la même signification en allemand, ou du mot sclavon, sabla, espece de sabre.

Les Turcs se servent fort adroitement de cette arme, qui est celle qu'ils portent ordinairement à leur col. On dit qu'ils peuvent couper d'un seul coup de sabre un homme de part en part. Chambers.


SABUGAL(Géog. mod.) petite ville de Portugal dans la province de Béira, sur le bord de la riviere de Coa, à cinq lieues de la Guarda ; quoiqu'elle soit érigée en comté, elle n'a qu'environ deux cent feux. Long. 10. 20. lat. 40. 22. (D.J.)


SABURES. m. (Médecine) c'est l'humeur grossiere qui enduit quelquefois la langue & le palais d'un homme malade ; & celle qui dans l'état même de santé, tapisse les intestins.

SABURE, (Marine) grosse arme dont on leste un bâtiment.


SABUSS. m. (Mythol.) nom propre du premier roi des Aborigenes, qui fut mis au nombre des dieux. Il étoit fils de Sabatius, que Saturne vainquit & chassa de son pays. Il ne faut point le confondre avec Sabazius. Voyez Vossius, de idololatria Gentilium, l. I. c. xij. (D.J.).


SACS. m. terme général ; espece de poche faite d'un morceau de cuir, de toile, ou d'autre étoffe que l'on a cousue par les côtés & par le bas, de maniere qu'il ne reste qu'une ouverture par le haut. Les sacs sont ordinairement plus longs que larges. On se sert de sacs pour mettre plusieurs sortes de marchandises, comme la laine, le pastel, le safran, le blé, l'avoine, la farine, les pois, les feves, le plâtre, le charbon, & beaucoup d'autres choses semblables. (D.J.)

SAC, (Critiq. sacrée) ce mot d'origine hébraique, a passé dans presque toutes les langues, pour signifier un sac ; outre son acception ordinaire, il se prend pour un cilice, ou pour un habillement grossier ; mais ce n'étoit pas un habillement qui couvrit la tête, car on le mettoit autour des reins, comme il paroît par un passage de Judith, 4. 8. Ils se ceignirent les reins d'un sac. Isaie ôta le sac, qu'il portoit sur ses reins, Isaie, XX. ij. On prenoit le sac dans le deuil, II. Rois, iij. 31. Dans la douleur amere, III. Rois, xx. 32. Dans la pénitence, ibid. xxj. 27. Enfin dans les calamités publiques, Mardochée prit le sac & la cendre, Esther, IV. j. Ils ne jettoient point la cendre sur la tête nue, car les orientaux avoient la tête couverte, mais ils en répandoient , sur leurs mitres. Ce n'étoient pas des mitres épiscopales, mais des especes de bonnets. Dans les tems de bonnes nouvelles, qui succédoient subitement aux événemens malheureux ; on témoignoit sa joie en déchirant le sac qu'on avoit autour de ses reins. (D.J.)

SAC A TERRE, (Art milit.) est un sac de moyenne grandeur qu'on emplit de terre, & dont les soldats bordent une tranchée ou les parapets des ouvrages, pour pouvoir tirer entre deux ensemble. On les fait de bonne toile d'étoupes, ou toile faite de bon fil, le plus fort qu'il se peut, & d'une bonne fabrique, bien serrée. Le sac à terre doit avoir environ deux piés de hauteur sur 8 ou 10 pouces de diametre. Quand le terrein est dur & de roche, on se sert dans les tranchées de sacs à terre & de gabions. On en fait aussi des batteries dans plusieurs occasions. Voyez Pl. XIII.

SAC A LAINE, est un sac qui ne differe du sac à terre, que parce qu'il est plus grand, & qu'il est rempli de laine. On s'en sert pour les batteries & les logemens dans les endroits où il y a peu de terre.

SACS A POUDRE, sont des sacs remplis de poudre qui en contiennent quatre ou cinq livres, & qu'on jette sur l'ennemi avec la main, comme les grenades. Il y en a de plus gros qui contiennent 40 ou 50 livres de poudre, & qui s'exécutent avec le mortier. Voyez sur ce sujet, notre traité d'Artillerie, seconde édition. (Q)

SAC, (Commerce) le sac est aussi une certaine mesure dont on se sert en plusieurs villes de France ou des pays étrangers, pour mesurer les grains, graines, légumes ; ou pour mieux dire, une estimation à laquelle on rapporte les autres mesures. Agen, Clerac, Tonneins, Tournon, Valence en Dauphiné, aussi-bien que Thiel, Bruxelles, Rotterdam, Anvers & Grenade, réduisent leurs mesures de grains au sac, dont voici les proportions avec le septier de Paris.

Cent sacs d'Agen font 56 septiers de Paris, ceux de Clerac de même ; cent sacs de Tonneins font 49 septiers de Paris ; cent sacs de Tournon 48 ; cent sacs de Valence 62 1/2 ; 25 sacs de Bruxelles 19 ; 28 de Thiel, pareillement 19, & cent sacs de Grenade, 43 septiers de Paris. A Anvers les quatorze sacs font le tonneau de Nantes, qui contient neuf septiers & demi de Paris. L'on se sert aussi à Amsterdam du sac pour mesurer les grains ; quatre scheppels font le sac, & 36 sacs le last. Voyez LASN, SCHEPPEL, MESURES. Dict. de Commerce & de Trévoux.

SAC, (Agriculture) les vignerons appellent sac une certaine quantité de marc qui reste après le pressurage du vin ou du cidre, qui est ordinairement la quantité de pressurage que porte un pressoir ; on dit couper, lever un sac. (D.J.)

SAC A POUDRE, (Artificier) les Artificiers appellent ainsi l'enveloppe de papier qui contient la chasse des pots à feu ou à aigrette.

SAC, ou Barril de trompes, (Artificier) pour faire sortir d'un bassin d'eau une grande quantité de feux de toutes especes, préparés pour cet élément ; il n'y a rien de plus naturel que de rassembler plusieurs trompes en faisceau ; cependant on se borne ordinairement au nombre de sept, parce que sept cartouches égaux rangés autour d'un, se touchent mutuellement, laissent entr'eux le moins d'intervalle vuide qu'il est possible, & forment une circonférence susceptible d'une enveloppe cylindrique, qui laisse aussi en-dedans les intervalles de vuides égaux encore plus petits que les autres nombres au-dessus de sept.

Tout l'artifice de cet assemblage consiste donc à lier un paquet de sept trompes faites exprès pour jetter des grenouillieres, des plongeons, des fusées courantes, des serpentaux & des globes, pour brûler sur l'eau. Cette ligature peut se faire par le moyen de ficelles croisées alternativement en entrelas de l'une à l'autre trompe, y ajoutant, si l'on veut, un peu de colle forte pour empêcher qu'elles ne glissent.

Cet assemblage fait, on le fait entrer dans un sac de toile goudronnée fait exprès, dont le fond est un plateau de planche sciée en rond, d'un diametre égal à la somme de trois de ceux de la trompe, sur les bords duquel la toile en sac est clouée & goudronnée. On attache au-dessous du plateau un anneau ou un crochet pour y suspendre un petit sac de sable, dans lequel on y en met autant qu'il en faut pour faire entrer cet artifice dans l'eau jusqu'auprès de son bord supérieur, pour qu'il y soit presque tout caché.

SAC ; en terme de Boursier, est une espece d'étui fait d'étoffe, sans bois, dans lequel on peut mettre telle ou telle chose ; il y a des sacs pour les livres, pour les flacons, & de plus grands encore pour recevoir les livres des dames, & pour l'utilité des voyageurs.

SAC A CHARBON, terme de Charbonnier, on l'appelle aussi charge, parce que c'est tout ce que peut porter un homme. Il contient une mine ; chaque mine composée de deux minots ou seize boisseaux ; le minot de charbon doit se mesurer charbon sur bord. Savary. (D.J.)

SAC DE GRAINS, (Commerce de grains) c'est une certaine mesure dont on se sert dans plusieurs villes de France & des pays étrangers, pour mesurer les grains, légumes ; ou pour mieux dire, c'est une estimation à laquelle on rapporte les autres mesures. Agen, Clérac, Tonneins, Tournon, Valence en Dauphiné, aussi-bien que Bruxelles, Roterdam, Anvers, & Grenade, réduisent leurs mesures de grains au sac. Voyez SAC, Commerce. (D.J.)

SAC A OUVRAGE, en terme de Marchand de modes, est une espece de grande bourse diversement enrichie, & se fermant avec des cordons comme une bourse. Autrefois les dames s'en servoient pour renfermer les ouvrages dont elles s'occupoient. Aujourd'hui ils sont devenus partie de la parure ; on ne sort pas plus sans sac à ouvrage dans le bras que sans fichu sur le cou ; cependant fort souvent l'un est aussi inutile que l'autre.

SAC DE PLATRE, (Plâtrerie) suivant les ordonnances de police de Paris, le sac de plâtre doit renfermer la valeur de deux boisseaux mesurés ras, & les douze sacs font ordinairement une voie. (D.J.)

SACS DE CINQUANTE, en terme de Fondeur de plomb à tirer, sont des sacs de toile contenant cinquante livres de plomb. Il n'y en a ni de plus petits ni de plus grands.

SAC ou CHAUSSE, terme de Pêche. Voyez CHAUSSE.

SAC A RESEAU, (Littérat.) Voyez RETICULUM.


SACA(Géog. mod.) nom commun à une petite contrée de Madagascar, & à une ville ruinée d'Afrique, sur la côte de la Méditerranée, autrefois nommée Tipasa, & qui étoit alors une colonie romaine ; quelques auteurs disent qu'Alger a été bâtie sur ses ruines. (D.J.)


SACALS. m. (Hist. nat. Minéralog.) nom sous lequel on a quelquefois désigné le succin ou l'ambre jaune. Voyez l'article SUCCIN.


SACANIE(Géogr. mod.) la Sacuanie, Zacanie, & Zaconie, sont un seul & même nom. Voyez ZACONIE.

On appelle ainsi la partie de la Morée la plus voisine de l'isthme de Corinthe, entre cet isthme, le duché de Clarence, les golfes de LÉpante & d'Engia. Elle comprenoit autrefois les royaumes de Sicile, de Corinthe & d'Argos, aujourd'hui Corinthe & Napoli de Romanie, en sont les principaux lieux. (D.J.)


SACARES. m. (Com.) petit poids dont les habitans de la grande île de Madagascar se servent pour peser l'or & l'argent. Il pese autant que le denier ou scrupule de l'Europe. Au - dessus du sacare sont le sompi & le vari ; au-dessous le nanqui & le nanque. Voyez SOMPI, &c. Dictionn. de commerce.


SACASINA(Géog. anc.) contrée aux confins de l'Arménie & de l'Albanie. Elle va jusqu'au fleuve Cyrus, selon Strabon, liv. XI. pag. 528. Il nomme ce lieu, liv. II. pag. 73. Sacassina, ; au livre XI. pag. 50. Sacasena, ; & dans un autre endroit, pag. 528. qui est celui dont il est principalement ici question, Sacassene, . C'est apparemment le même pays qu'il dit ailleurs avoir été occupé par les peuples Sacae, qui lui avoient donné leur nom. Pline a pris de la Sacassene de Strabon, liv. VI. ch. ix. le nom de Sacassani, qu'il donne aux habitans ; il les place près du Cyrus. (D.J.)


SACAURAQUES(Géogr. anc.) Sacauraci, ancien peuple d'entre les Scythes. Lucien, in Macrobiis, dit que Sinatoclès, roi des Parthes, étant ramené de son exil par les Sacauraques, scythes, à l'âge de 90 ans, commença de régner, & regna encore 7 ans. Ce sont les Saragaucae de Ptolémée, l. VI. c. xiv. dans la Scythie, en-deçà de l'Imaüs, entre le Iaxarte & l'Oxus. (D.J.)


SACCADES. f. en terme de Manége, est une violente secousse que le cavalier donne au cheval en levant avec promtitude les deux rênes à la fois. On s'en sert lorsque le cheval pese trop sur la main ou qu'il s'arme. Voyez S'ARMER.

La saccade est une correction dont on fait rarement usage dans la crainte de gâter la bouche du cheval. Voyez BOUCHE.

SACCADE, (Ecriture) se dit, dans l'écriture, des inégalités de traits, des tourbillons d'encre, des passes trop longues, accidens causés par une plume dont le mouvement est trop rapide & nullement réglé, ou par des soulevées de bras & de poignet trop considérables.


SACCADERv. act. (Maréchal.) c'est mener un cheval en lui donnant continuellement des saccades. Voyez SACCADE.


SACCAGE(Droit de Seigneurs) on appelle ainsi dans quelques coutumes ce qu'on appelle en d'autres minage, c'est-à-dire le droit que les Seigneurs se sont attribués de prendre en nature, une certaine quantité de grains ou de légumes sur chaque sachée de ces marchandises qui s'exposent en vente dans leurs marchés. (D.J.)


SACCAGERv. act. (Gram.) c'est abandonner une ville aux soldats quand elle est prise. Rome a été saccagée plusieurs fois. Nous nous en servons pour des désordres moins grands. Lafontaine a dit du vieillard qui avoit deux maîtresses, l'une vieille, l'autre jeune, que celle-là saccageoit tous les poils noirs & l'autre tous les poils gris. Ce vieillard est l'image de ceux qui n'ont point d'opinion à eux, ils sont dépouillés à mesure qu'ils tombent sous différentes mains.


SACCAI(Géog. mod.) Kempfer ne dit rien de cette ville, peut-être parce qu'elle ne subsistoit plus de son tems ; mais les auteurs de l'ambassade des Hollandois au Japon, en parlent fort au long, & nous la donnent pour une des cinq villes impériales du Japon, dans l'île de Niphon, sur la côte orientale de la baie d'Osaca, à 3 lieues au midi de cette ville. Longit. 152. 27. latit. 35. 46.


SACCARIIS. m. pl. (Littérature) on nommoit ainsi chez les Romains, une compagnie de portefaix, qui avoit seule le privilege de transporter toutes les marchandises du port dans les magazins, personne n'ayant droit d'employer à cet effet ses propres esclaves, & moins encore les esclaves d'autrui. (D.J.)


SACCHISACCHO ou SACS, s. m. pl. (Com.) mesure des grains, dont on se sert à Livourne ; quarante sacchi font le last d'Amsterdam. Le saccho de blé pese environ 150 livres poids de Livourne. Voyez LAST. Dict. de Comm.


SACCILAIRES. m. (Gram. & Divinat.) ceux qui sembloient se servir de magie & de maléfice pour s'approprier l'argent des autres.


SACCOMEUSES. f. (Gram.) Voyez CORNEMUSE.


SACCOPHORESS. m. (Hist. ecclés.) secte d'anciens hérétiques, ainsi nommés parce qu'ils se couvroient de sacs, & faisoient profession de mener une vie pénitente.

Ce mot est grec , formé de , un sac, & , je porte.

Il y a apparence que ces saccophores étoient les mêmes que les Encratites & les Messaliens. Théodose fit une loi contre les Saccophores & les Manichéens. Voyez ENCRATITES & MESSALIENS.


SACCOTTAY(Géog. mod.) ville d'Asie au royaume de Siam, située vers les montagnes qui séparent le Siam & le Pégu.


SACÉESS. f. (Hist. anc.) en grec ; fêtes qu'on célébroit autrefois à Babylone en l'honneur de la déesse Anaïtis. Elles étoient dans l'Orient ce qu'étoient à Rome les saturnales, une fête instituée en faveur des esclaves ; elle duroit cinq jours pendant lesquels, dit Athénée, les esclaves commandoient à leurs maîtres ; & l'un d'entr'eux revêtu d'une robe royale qu'on appelloit zogane, agissoit comme s'il eût été le maître de la maison. Une des cérémonies de cette fête étoit de choisir un prisonnier condamné à mort, & de lui permettre de prendre tous les plaisirs qu'il pouvoit souhaiter avant que d'être conduit au supplice. Voyez SATURNALES.


SACELLAIRES. m. (Empire grec) c'étoit dans l'empire grec, le nom de celui qui avoit soin de la bourse de l'empereur, ou comme nous parlerions aujourd'hui, de la cassette du prince, & qui donnoit à la cour, aux soldats, aux ouvriers, aux officiers du prince, & dans l'Eglise aux pauvres, leurs gages, ou les aumônes que l'empereur leur faisoit. Le pape a eu aussi un sacellaire jusqu'à Adrien. Ce mot vient de saccus, un sac, une bourse. (D.J.)


SACERSACRA, SACRUM, (Littér.) le mot sacer signifie deux choses bien différentes ; ou ce qui est consacré à la religion, ou ce qui est exécrable.

Sacrum, regarde ce qui étoit consacré aux dieux par les pontifes ; sanctum, ce qui étoit saint & inviolable ; religiosum, concerne les tombeaux & les sépulcres des mânes.

Sacer sanguis, est le sang des victimes ; aedes sacra, un temple consacré à quelque dieu ; sacrum ritu ; un rite consacré.

J'ai dit que sacer désignoit aussi ce qui est exécrable. De-là vient que Virgile a dit au figuré auri sacra fames, exécrable faim des richesses. Servius prétend que l'étymologie du mot sacer, en tant qu'il veut dire exécrable, vient d'une ancienne coutume des habitans de Marseille. " Lorsque la peste, dit-il, régnoit dans cette ville, on choisissoit un mendiant, un misérable, qui après avoir été nourri & engraissé pendant quelque tems aux dépens du public, étoit promené par les rues, & ensuite sacrifié. Tout le peuple lui donnoit avant son sacrifice mille malédictions, & prioit les dieux d'épuiser sur lui leur colere. Ainsi cet homme, comme sacer, c'est-à-dire dévoué au sacrifice, étoit maudit & exécrable " (D.J.)

SACER, (Géog. anc.) cet adjectif latin pour le genre masculin, veut dire sacré ; on sait qu'il fait au féminin sacra, & au neutre sacrum. Les grecs l'exprimoient en leur langue, par ; mais ces mots, soit latins, soit grecs, deviennent noms propres & particuliers à un lieu, lorsqu'ils sont attachés à quelqu'autre mot qui les détermine à ce lieu : en voici quelques exemples.

1°. Sacer ager, la campagne sacrée, lieu de l'Asie mineure, au voisinage de Clazomène, selon Tite-Live, l. I. ch. xxxix.

2°. Sacer campus, le champ sacré, lieu dans une île du Nil, auprès des montagnes d'Ethiopie & d'Egypte, en un endroit nommé Philès, selon Diodore de Sicile, lib. I. c. xxij. Le tombeau d'Osiris qui étoit dans cette île, a bien pu donner le nom de sacré à cet endroit.

3°. Sacer collis, la colline sacrée, colline d'Italie, qui selon Tite-Live, lib. II. c. xxxij. étoit à 3 milles de Rome, sur l'autre bord du Téverone.

4°. Sacer fons, la fontaine sacrée, fontaine de l'Epire, selon Solin, ch. vij. " Il y a, dit-il, en Epire une fontaine sacrée, plus froide qu'aucune autre eau, qui produit deux effets très-opposés ; car si on y plonge un flambeau allumé, elle l'éteint ; si de loin, & sans aucun feu, on lui présente un flambeau éteint, elle l'allume ". Le même Solin donne le nom de sacer fons, à une riviere apparemment plutôt qu'à une fontaine, où l'on plongeoit le boeuf consacré au dieu Apis, pour le faire mourir lorsque son tems seroit fini.

5°. Sacer lucus, le bois sacré, bois d'Italie à l'embouchure du Garigliano près de Minturnes, selon Strabon, lib. V. p. 234. Scipion Mazella croit que ce lieu s'appelle aujourd'hui Hami. Il y avoit aussi plusieurs bois sacrés dans la Grece.

6°. Sacer mons, montagne sacrée. Il y avoit une telle montagne dans la Thrace, entre la ville de Byzance & la Quersonnèse de Thrace, selon Xénophon, lib. VII. Il y en avoit une autre en Italie, comme il paroît par une inscription trouvée en cet endroit. Justin, lib. XLIV. c. iij. parle aussi d'une montagne sacrée à l'extrêmité de la Galice. On appelle encore à-présent cette montagne Pico-Sagro. Elle est entre Orense & Compostelle.

7°. Sacer portus, le port sacré, port de la Sarmatie asiatique, sur le pont-Euxin, à 180 stades du port de Pagrae, & à 300 de Sindique, selon Arrien dans son périple du Pont-Euxin.

8°. Sacer sinus, le golfe sacré, golfe de l'Arabie heureuse, sur le golfe Persique, selon Ptolémée, qui le met au pays du peuple Abucaei. (D.J.)


SACERDOCES. m. (Antiq. grec. & rom.) Toute religion suppose un sacerdoce, c'est-à-dire des ministres qui aient soin des choses de la religion. Le sacerdoce appartenoit anciennement aux chefs de famille, d'où il a passé aux chefs des peuples, aux souverains qui s'en sont déchargés en tout, ou en partie sur des ministres subalternes. Les Grecs & les Romains avoient une véritable hiérarchie, c'est-à-dire des souverains pontifes, des prêtres, & d'autres ministres subalternes. A Delphes il y avoit cinq princes des prêtres, & avec eux, des prophetes qui annonçoient les oracles. Le sacerdoce à Syracuse étoit d'une très-grande considération, selon Cicéron, mais il ne duroit qu'un an. Il y avoit quelques villes grecques, comme Argos, où les femmes exerçoient le sacerdoce avec autorité.

C'étoit principalement à Rome que cette hiérarchie avoit lieu. Le sacerdoce fut d'abord exercé par 60 prêtres, élus deux de chaque curie ; dans la suite ce nombre fut augmenté. Au commencement c'étoient les seuls patrices qui exerçoient le sacerdoce, auquel étoient attachées de grandes prérogatives ; mais les plébéïens s'y firent admettre dans la suite, comme ils avoient fait dans les premieres charges de l'état. L'élection se fit d'abord par le college des prêtres : bientôt après le peuple s'attribua les élections, & les conserva jusqu'au tems des empereurs. Le sacerdoce avoit à Rome différens noms & différentes fonctions : le souverain pontife, le roi des sacrifices, les pontifes, les flamines, les augures, les aruspices, les saliens, les arvales, les luperces, les sibylles, les vestales.

Ajoutons que le sacerdoce étoit fort honoré à Rome, & jouissoit de grands privileges. Les prêtres pouvoient monter au capitole sur des chars, ils pouvoient entrer au sénat : on portoit devant eux une branche de laurier, & un flambeau pour leur faire honneur. On ne pouvoit les prendre pour la guerre, ni pour tout autre office onéreux ; mais ils fournissoient leur part des frais de la guerre. Ils pouvoient se marier, & leurs femmes, pour l'ordinaire, prenoient part au ministere. Quand il s'agissoit d'élire un prêtre, on examinoit sa vie, ses moeurs, & même ses qualités corporelles ; car il falloit qu'il fût exempt de ces défauts qui choquent, comme d'être borgne, boiteux, bossu, &c. Romulus avoit ordonné que les prêtres auroient au moins cinquante ans accomplis. (D.J.)

SACERDOCE, (Critiq. sacrée) prétrise, dignité sacerdotale. On peut distinguer dans l'Ecriture trois sortes de sacerdoces : 1°. celui des rois, des chefs de familles, des premiers nés à qui appartenoit le droit d'offrir des sacrifices à Dieu, & qui pour cela étoient appellés prêtres, sacerdotes. 2°. Le sacerdoce d'Aaron & de sa famille, Ecclés. xlv. 8. 3°. Le sacerdoce de Jesus-Christ qui sera sans succession, Hébreux, vij. 24. Quant au sacerdoce chrétien, un pere de l'Eglise l'a fort bien défini, une oblation de prieres & d'instructions par lesquelles on gagne les ames que l'on offre à Dieu. (D.J.)


SACERDOTALadj. (Jurisprud.) se dit de ce qui est attaché à la qualité de prêtre.

Un bénéfice est sacerdotal quand il doit être desservi par un prêtre ; il est sacerdotal à lege, quand c'est la loi qui exige que le pourvu ait l'ordre de prêtrise ; à fundatione, quand c'est le titre qui le requiert. Voyez BENEFICE. (A)


SACESLES, (Géog. anc.) ou Saques, Sacae ; ancien peuple d'entre les Scythes. Diodore de Sicile, liv. II. ch. lxiij. dit, en parlant des Scythes, qu'on les distingue par des noms particuliers ; que quelques-uns sont appellés Sacae, d'autres Massagetes, d'autres Arimaspes. Strabon, liv. II. p. 511. 512 & 513. dit, les Scythes qui commencent à la mer Caspienne, s'appellent Dacae, (Dahae) ; plus à l'orient sont les Massagetes, & les Sacae. Le même auteur nous apprend qu'ils avoient envahi la Bactriane, & le meilleur canton de l'Arménie, qu'ils avoient appellé Sacasena de leur nom, & qu'ils s'étoient avancés jusqu'à la Cappadoce, près de la mer noire. Tandis qu'ils célébroient une fête pour se réjouir du butin qu'ils avoient fait, les officiers persans prirent leur tems pendant la nuit, les attaquerent, & les taillerent en pieces.

D'autres, dont Strabon rapporte aussi le sentiment, mettent cet événement sous Cyrus. Ils disent que ce roi faisant la guerre au peuple Sacae, fut mis en déroute, & s'enfuit avec son armée jusqu'en un lieu où il avoit laissé ses bagages, que là ayant trouvé des vivres en abondance, il avoit fait reprendre des forces à ses troupes. Comme l'ennemi les poursuivoit, il laissa en ce même lieu quantité de vin, & de quoi faire bonne chere, & continua de s'enfuir. Les barbares trouvant des tentes remplies de tout ce qui flattoit leur goût, se livrerent aux plaisirs de la table. Cyrus, qui n'étoit pas fort éloigné, tomba sur eux pendant qu'ils étoient desarmés, & ne songeoient qu'à boire & à danser : il remporta une victoire complete , en mémoire de laquelle fut instituée la fête nommée sacaea.

Ptolémée, qui a pris à tâche de faire connoitre ce peuple, le place entre la Sogdiane & l'Imaüs. Il est, dit-il, borné au couchant par la Sogdiane depuis le coude du Jaxarte jusqu'à sa source, & de-là par une ligne qui va vers le midi, le long d'une branche de l'Imaüs, qui le borne au midi ; il est borné au nord par la Scythie, & à l'orient par l'Ascatancas, qui est une branche de l'Imaüs.

Selon lui, les Sacae étoient nomades, vivoient dans les huttes qu'ils transportoient où ils vouloient ; ils n'avoient point de villes, & se logeoient dans les bois ; il les partage entre plusieurs peuples ; près du Jaxarte étoient les Carates ; dans les pays des montagnes, les Comedes ; près de l'Ascatancas, les Massagetes ; entre ceux-là les Grinéens scythes ; & enfin plus au midi, près de l'Imaüs, les Byltes.

Mais voici ce que je pense de plus vraisemblable sur les Saques. Ils étoient originairement une nation de Scythes établis au-delà du Jaxarte, dans la grande Scythie ; tous les géographes anciens sont d'accord là-dessus ; & les Perses donnoient le nom général de Saques aux peuples que les Grecs nommoient Scythes, & que nous appellons aujourd'hui Tartares. Les Scythes ou les Saques occuperent ensuite la plus grande partie de la Sogdiane, ou du pays qui est entre l'Oxus & le Jaxartes. Ceux qui étoient à l'occident, portoient plus communément les noms de Massagetes & de Corasmiens ; mais les uns & les autres avoient passé l'Oxus, & s'étoient établis en-deçà de ce fleuve.

Les Perses donnoient le nom de Dacae à ceux de ces Scythes qui habitoient des villages ; car ils ne menoient pas tous une vie errante ; & l'on retrouve encore aujourd'hui le nom de Dehistan donné au pays occupé par une nation de Tartares sur le bord de la mer Caspienne, dans le même lieu où les anciens placent les Dacae.

Il semble même que le nom de Saques ou de Massagettes désignoit les Scythes nomades habitant sous des tentes, & vivant de leur chasse ou du lait de leurs troupeaux. L'histoire de Genghizkan & celle de Tamerlan donnent le nom de Ghel au pays des Tartares qui menent une vie errante ; & ce mot semble un reste du nom de Massagetes ; le nom de Capschak, que les Arabes donnent aux plaines desertes qui sont au nord de la mer Caspienne, paroît de même formé sur le nom de Saques ; car on sait que les Grecs n'ayant pas le son du schin des Orientaux, l'exprimoient par une s, comme font chez nous les personnes qui grasseyent. (D.J.)


SACHALITESLES, (Géog. anc.) Sachalitae ; ancien peuple de l'Arabie heureuse, sur la côte de l'Océan, dans un golfe qui dans l'état présent de l'Arabie n'est nullement reconnoissable ; mais cependant on peut dire, sur une combinaison d'indices, que Ptolémée, liv. VI. ch. viij. concevoit ce golfe entre le cap Fartaque & le cap de Razalgate.

Les Sachalites occupoient, selon lui, toute la côte de ce golfe, in quo, disent les traducteurs latins de cet auteur, colymbesi Pinici super utribus navigant, Comme la pêche des perles colymbesi Pinici, se fait par des plongeurs qui vont ramasser au fond de la mer cette sorte d'huitre où elle se trouve : pour traduire Ptolémée d'une maniere intelligible, il falloit dire : in quo est margaritarum piscatio, incolae super utribus transnavigant. En effet, Ptolémée parlant du peuple Sachalitae, dit qu'ils demeuroient dans le golfe Sachalite ; & avant que de nommer les lieux de la côte, il ajoute, à l'occasion de ce golfe, que l'on y pêchoit des perles, & que les habitans le traversoient sur des outres.

Ptolémée, liv. I. ch. xvij. ne borne pas les Sachalites au golfe de ce même nom, il les étend encore le long de la côte jusques dans le golfe Persique. Ainsi leur pays répondoit au royaume de Caresen, au pays de Mahré, au royaume de Mascate, & à une partie du pays d'Oman. Il appelle ce pays Sachalithes regio.

La profondeur que Ptolémée donne au golfe Sachalite, & qui se tire des positions de chaque lieu dont il le borde, ne paroît plus aujourd'hui, à-moins qu'on ne veuille dire que le golfe étoit celui que nous connoissons sous le nom de Taphar, qui est fort étroit ; & par conséquent il répond mal à l'idée des anciens, qui le prenoient depuis le cap Siagros jusqu'au cap Corodamum, c'est-à-dire depuis le Fartaque jusqu'au Razalgate. (D.J.)


SACHÉES. f. (Comm.) ce qu'un sac peut contenir de grains, de légumes, ou de marchandises. Une sachée de laine, une sachée de blé, une sachée de pois.

SACHEE, est aussi la mesure à laquelle on vend les broquettes qui se font à Tranchebray près Falaise, Elle est du poids de soixante livres pour toutes les broquettes communes, & de trente seulement pour celles qui sont du plus fin échantillon. En d'autres endroits on appelle cette mesure une pochée. Id. ibid.


SACHETS. m. (Gramm.) petit sac. Voyez l'article SAC, & les articles suivans. Un sachet odorant.

SACHET, terme de Chirurgie concernant la matiere médicale externe, c'est une composition de médicamens secs & pulvérisés mis en un petit sac. Les sachets doivent avoir la figure des parties sur lesquelles on les applique. Ceux qu'on destine à couvrir la tête sont fait en maniere de bonnet ou de coëffe. Ils sont triangulaires pour couvrir l'oeil. Les anciens donnoient la figure d'une cornemuse aux sachets qu'ils appliquoient sur la région de l'estomac : ils faisoient oblongs, en forme de langue de boeuf, ceux qu'ils destinoient pour la rate, &c. La matiere des sachets est fournie par des feuilles, des fleurs, des fruits de différentes plantes. Les auteurs en donnent plusieurs formules. On a décrit, dans ce Dictionnaire, au mot CUCUPHE, la composition des bonnets piqués aromatiques pour fortifier la tête. Ambroise Paré en fournit une autre contre les affections froides du cerveau. Prenez du son, une poignée ; du millet, une once ; du sel, deux gros ; roses rouges, fleurs de romarin, de stoechas, de cloux de girofles, de chacun deux gros ; feuilles de betoine & de sauge, de chacune demi-poignée : on coud toutes ces drogues en poudre dans une coëffe, qu'on fait chauffer à la fumée de la poudre d'encens & de sandarac, jettée sur des charbons ardens. On applique sur les yeux des sachets discussifs & résolutifs, composés avec les poudres de fleurs de melilot, de camomille, de sureau, les sommités de romarin, les fleurs de stoechas, &c. auxquelles on ajoute de la poudre de café brûlé.

Pour discuter & dissiper des ventosités, on ajoute aux plantes ci-dessus spécifiées, les poudres de semences d'anis, de fenouil, &c. Pour soutenir les poudres & empêcher qu'elles ne se jettent de côté & d'autre, on les met sur du coton, & l'on pique la toile qui fait le sachet. On arrose quelquefois les sachets avec du vin chaud, ou des eaux distillées ; quelquefois on les expose à la vapeur de quelques parfums, à l'humidité vaporeuse de quelque eau distillée jettée sur une pelle rougie au feu, &c. Voyez FUMIGATION. Les plantes émollientes bouillies dans de l'eau s'appliquent aussi entre deux linges, sous la dénomination de sachets ; mais ce sont plutôt des cataplasmes, que pour plus grande propreté on ne fait pas toucher immédiatement à la peau.

Il y a à Paris un empirique qui vend un sachet dit anti-apoplectique, que l'on porte au cou avec un ruban, qui laisse pendre ledit sachet, grand comme l'extrêmité du pouce, sur la région inférieure du sternum. Quoi qu'on ait dit, à l'article AMULETE, de la vertu de ces sortes de parfums, il est difficile que la raison se prête à croire que les causes de l'apoplexie ne peuvent prévaloir contre l'efficacité du sachet. Quelques personnes n'en blâment pas l'usage, parce qu'il est certain, dit - on, qu'il ne fait aucun mal ; mais n'en est - ce pas un très - grand que de mettre toute sa confiance à une pratique inutile qui empêche de se précautionner d'ailleurs par le régime, & des attentions séveres contre l'atteinte d'un accident aussi formidable que l'apoplexie ? Populus vult decipi, decipiatur. (Y)

SACHETS de mitraille, (Artillerie) ce sont de petits sacs de toile qu'on remplit de mitrailles, soit pour armer des canons, soit pour armer des pierriers.


SACHETTESS. f. pl. (Hist. ecclés.) religieuses de l'ordre de la pénitence, ou du sac, ou des sachets ; elles avoient une maison proche Saint-André-des-arcs, dans une rue qu'on appelle encore la rue des sachettes.


SACIENSS. m. pl. (Hist. ecclés.) c'est la même secte que les Anthropomorphites. Voyez ANTHROPOMORPHITES.


SACILÉ(Géog. mod.) petite ville de l'état de Venise, dans la Marche trévisane, à 10 milles de Ceneda. Elle est peuplée & à son aise. Quelques auteurs croyent que c'étoit autrefois un siege épiscopal suffragant d'Aquilée ; mais d'autres savans prétendent que ce siege étoit à Sacileto, bourg du Frioul. Long. 29. 55. lat. 46. 3. (D.J.)


SACILIS(Géog. anc.) ou Sacilimartialium, ville ancienne d'Espagne, en Bétique, au pays des Turdules dans les terres. On croit que c'est présentement Alcorrucen.


SACLÉSS. m. (Gramm.) nom que l'hérésiarque Manès donnoit au mauvais principe.


SACOCHES. f. (Gramm.) partie de l'équipage du cavalier ; c'est un sac de cuir qui est pendu à l'arçon de la selle.


SACODION(Hist. nat. Minéralog.) nom donné par Pline & les anciens naturalistes à l'améthyste lorsqu'elle a un oeil jaunâtre.


SACOMES. m. (Archit.) c'est le profil de tout marbre & moulure d'architecture. Quelques architectes donnent ce nom à la moulure même. Ce terme vient de l'italien sacoma. (D.J.)


SACOUAGEou SACCAGE, s. m. (Comm.) on nomme ainsi dans quelques coutumes, ce qu'on appelle dans d'autres minage ; c'est-à-dire le droit que les seigneurs ont de prendre en nature une certaine quantité de grains ou de légumes sur chaque sachée de ces marchandises qu'on expose en vente dans les marchés. Voyez MINAGE. Dict. de Commerce & de Trévoux.


SACQUEBUTES. f. (Musique instrum.) instrument de Musique qui est à vent, & une espece de trompette harmonique, qui differe de la militaire en figure & en grandeur. Elle a son embouchure ou son bocal & son pavillon semblables ; mais elle a quatre branches qui se démontent, se brisent à l'endroit des noeuds, & souvent au tortil, qui est le même tuyau qui se tortille deux fois, ou qui fait deux cercles au milieu de l'instrument ; ce qui le fait descendre d'une quarte plus bas que son ton naturel. Elle contient aussi deux branches intérieures, qui ne paroissent que quand on les tire par le moyen d'une barre qu'on pousse jusque vers a potence, & qui l'allonge comme on veut, pour faire toutes sortes de tons ; les branches visibles servent d'étui aux invisibles. La sacquebute ordinairement a huit piés, lorsqu'elle n'est point allongée, & qu'on n'y comprend point son tortil. Quand elle est tirée de toute sa longueur, elle va jusques à quinze piés. Son tortil est de deux piés neuf pouces ; elle sert de base dans toutes sortes de concerts d'instrumens à vent, comme font le serpent & la fagot ou basson, & elle sert de basse-taille aux hautbois. (D.J.)


SACQUIERSS. m. pl. (Comm.) mesureurs de sel. On appelle ainsi à Livourne de petits officiers nommés par la ville au nombre de vingt-quatre, pour faire la mesure de tous les sels qui y arrivent. On leur donne ce nom à cause des sacs qu'ils fournissent pour le transport de ces sels. Leur droit de mesurage consiste en une mine de sel comble & deux pellées pour chaque barque qu'ils mesurent. Ils donnent à ces deux pellées surabondantes le nom de sainte-goutte. Ce droit en total produit environ cinq cent écus par an. Id. ib.


SACRA(Hist. anc.) nom que les Romains donnoient en général à toutes les cérémonies religieuses tant publiques que particulieres. Pour celles de la premiere espece, Voyez FETE.

Quant aux autres, outre celles qui étoient propres à chaque curie, il n'y avoit point de famille un peu considérable qui n'eût ses fêtes domestiques & annuelles qu'on nommoit sacra gentilitia, qui se célébroient dans chaque maison, & devoient être régulierement observées, même en tems de guerre & de calamités, sous peine de la vengeance céleste. On célébroit aussi le jour de l'anniversaire de sa naissance, qu'on appelloit sacra natalitia ; celui où l'on prenoit la robe virile, sacra liberalia, & plusieurs autres où l'on invitoit ses parens & ses amis à un grand festin en signe de réjouissance.

SACRA GENTILITIA, (Hist. rom.) On nommoit ainsi chez les Romains les fêtes de famille, qu'ils célébroient régulierement dans chaque maison, dans la crainte de s'attirer la colere des dieux, s'ils y manquoient.

Il n'y avoit point de famille un peu considérable qui n'eût de ces sortes de fêtes annuelles & domestiques, indépendamment de celles de la naissance, qu'ils appelloient natilitia ; & des jours de la prise de la toge qu'ils nommoient liberalia, & auxquels les amis étoient invités comme à une noce.

Tous les anciens écrivains font mention des sacra gentilitia ; mais nous avons là-dessus deux exemples éclatans de l'observation & de l'inobservation de ces fêtes de famille : le premier est tiré du livre sept de la premiere décade de Tite - Live. Le jeune Fabius, dit cet historien, étant dans le capitole, pendant qu'il étoit assiégé par les Gaulois, en descendit chargé de vases & des ornemens sacrés, traversa l'armée ennemie ; & au grand étonnement des assiégeans & des assiégés, alla sur le mont Quirinal faire le sacrifice annuel, auquel sa famille étoit obligée. Le second est du même auteur, livre neuf de la même décade. La famille Potilia étoit très - nombreuse, elle étoit divisée en douze branches, & comptoit plus de trente personnes en âge de puberté, sans les ensans : tout cela périt dans la même année, pour avoir fait faire par des esclaves, les sacrifices qu'ils devoient faire eux-mêmes à Hercule. Ce n'est pas tout, il en couta la vue au censeur Appius, par les conseils duquel ils avoient cru pouvoir s'affranchir de cette sujetion. C'est Tite - Live qui parle ainsi. " De tout tems les hommes ont attribué aux dieux les événemens qui dépendent des causes naturelles. " (D.J.)

1. SACRAVIA, (Géog. anc.) ou le chemin sacré, chemin de Grece dans l'Attique, par où l'on alloit d'Athènes à éleusine.

2. Sacra via, autre chemin dans le Peloponèse, par où l'on alloit d'élide à Olympie.

3. Sacra via, la rue sacrée ; c'étoit une des rues de Rome, qui est nommée dans ces vers d'Horace, l. I. sat. 9.

Ibam fortè viâ sacrâ, sicut meus est mos. (D.J.)


SACRAMACOU(Diète) nom que les habitans de la Martinique donnent au phitolacca, dont ils apprêtent & mangent fort communément les feuilles comme on mange les épinars en Europe. Voyez PHITOLACCA. (b)


SACRAMARONS. m. (Botan. exot.) nom qu'on donne, aux îles françoises, à une herbe potagere haute de quatre à cinq piés ; sa feuille qui est la seule partie de la plante, bonne à manger, en la mettant dans le potage avec d'autres herbes, est longue d'environ six pouces, assez épaisse, fort verte, & bien nourrie. Ses fleurs sont à plusieurs pétales, panachées de verd, de rouge, de violet & de pourpre. (D.J.)


SACRAMENTAIRES. m. (Hist. ecclés.) nom d'un ancien livre d'église dans lequel étoient renfermées les cérémonies de la liturgie & de l'administration des sacremens. Voyez LITURGIE & SACREMENT.

Le pape Gelase fut le premier auteur du sacramentaire, dont Saint Gregoire retrancha plusieurs choses, en changea quelques-unes & en ajouta d'autres. Il recueillit le tout en un volume qu'on nomme le sacramentaire de S. Gregoire.

C'est la même chose quant au fond, que nos rituels & que les eucologes des Grecs. Voyez RITUEL & EUCOLOGE.

SACRAMENTAIRES, s. m. pl. (Hist. ecclés.) nom qu'on donne à tous les hérétiques qui ont enseigné quelques erreurs capitales contre le sacrement de l'eucharistie, mais principalement à ceux qui l'ont attaqué dans sa substance, en niant la présence réelle ou la transubstantiation, comme ont fait dans le seizieme siecle les Luthériens, les Calvinistes, les Zuingliens, &c. Voyez PRESENCE REELLE & TRANSUBSTANTIATION.


SACRAMENTUMJUSJURANDUM, (Litt.) Sacramentum étoit proprement le serment de fidélité que les soldats prêtoient en corps, lorsqu'ils étoient enrôlés. Jusjurandum étoit le serment formel que chacun faisoit en particulier. (D.J.)

SACRAMENTUM, (Littérat.) c'étoit chez les Romains un dépôt que les plaideurs étoient obligés de consigner, & qui restoit dans le trésor selon Valere Maxime. La portion consignée par celui qui succomboit en justice, étoit confisquée, pour le punir de la témérité de sa contestation, & on l'employoit à payer l'honoraire des juges.

Le même usage s'observoit à Athènes, où l'on nommoit ou , une certaine somme que les plaideurs devoient consigner avant que d'avoir audience ; & cette somme montoit selon quelques-uns, à la dixieme partie de l'objet de la contestation que le demandeur & le défendeur étoient obligés de consigner ; mais, selon Démosthène & Isocrate qui devoient en être bien instruits, & selon le scholiaste d'Aristophane sur les nuées, la consignation n'étoit que de trois drachmes si le fonds étoit au-dessous de mille drachmes, & de trente drachmes s'il excédoit. (D.J.)


SACRANIENSLES, (Géog. anc.) Sacrani, ancien peuple d'Italie. Virgile, Aeneid. l. VII. vers. 796. dit :

Et sacranae acies, & picti scuta labici.

Festus fait ici cette remarque : on dit qu'un certain Corybante consacré à Cybèle, étant venu en Italie, occupa le canton qui est au voisinage de Rome, & que de-là les peuples qui tirent de lui leur origine, ont été nommés Sacrani. D'autres croyent que sacranae acies étoient des soldats ardéates, qui autrefois étant affligés de la peste, vouerent un printems sacré, d'où ils furent appellés sacrani. Ce second sentiment rentre assez dans celui de Festus qui ajoute qu'on appelle sacrani ceux qui, venus de Riéti, chasserent des sept montagnes les Liguriens & les Sicules ; car ils étoient nés durant un printems sacré : le premier sentiment rapporté par Servius touchant les Corybantes, ne convient pas mal avec le culte de Cybèle établi à Riéti, selon Silius Italicus, l. VIII.

Magnaeque Reate dicatum

Caelicolum matri.

(D.J.)


SACRARIUM(Antiq. rom.) On nommoit ainsi chez les Romains une espece de chapelle de famille ; elle différoit du lararium, en ce qu'elle étoit consacrée à quelque divinité particuliere, au-lieu que le lararium étoit dédié à tous les dieux de la maison en général. (D.J.)


SACRES. m. (Hist. mod.) cérémonie religieuse qui se pratique à l'égard de quelques souverains, sur-tout des catholiques, & qui répond à celle que dans d'autres pays on appelle couronnement ou inauguration.

Cette cérémonie en elle-même est très-ancienne. On voit dans les livres saints dès l'établissement de la monarchie des Hébreux, que les rois étoient sacrés. Saül & David le furent par Samuël, & les rois de Juda conserverent cette pratique d'être consacrés ou par des prophetes ou par le grand-prêtre. Il paroit aussi par l'Ecriture, que la cérémonie de cette consécration s'étoit conservée dans le royaume d'Israël malgré le schisme, puisque Jéhu fut sacré par un des enfans, c'est-à-dire des disciples des prophetes.

Sous la loi nouvelle, les princes chrétiens ont imité cet exemple, pour marquer sans-doute par cette cérémonie que leur puissance vient de Dieu même. Nous ne parlerons ici que du sacre du roi de France & de celui de l'empereur.

Le lieu destiné pour le sacre des rois de France est l'église cathédrale de Rheims. On remarque néanmoins que les rois de la seconde race n'y ont point été sacrés, si ce n'est Louis le Begue, roi & empereur ; mais ceux de la troisieme race ont préféré ce lieu à tout autre, & Louis VII. dit le Jeune, qui y fut sacré par le pape Innocent II. fit une loi pour cette cérémonie lors du couronnement de Philippe-Auguste son fils en 1179. Henri IV. fut sacré à Chartres, parce qu'il n'étoit pas maître de Rheims qui tenoit pour la ligue. La sainte-ampoule dont l'huile sert au sacre des rois, est gardée dans l'église de l'abbaye de S. Remi, & les ornemens dans le trésor de S. Denis. Le jour de cette cérémonie le roi entre dans l'église de Rheims, revêtu d'une camisole de satin rouge, garnie d'or, ouverte au dos & sur les manches, avec une robe de toile d'argent & un chapeau de velours noir, garni d'un cordon de diamans, d'une plume blanche & d'une aigrette noire. Il est précédé du connétable, tenant l'épée nue à la main, accompagné des princes du sang, des pairs de France, du chancelier, du grand-maître, du grand-chambellan, des chevaliers de l'ordre, & de plusieurs princes & seigneurs. Le roi s'étant mis devant l'autel dans sa chaire, le prieur de S. Remi monté sur un cheval blanc, sous un dais de toile d'argent porté par les chevaliers de la sainte-ampoule, apporte cette sainte-ampoule au bruit des tambours & des trompettes ; & l'archevêque ayant été la recevoir à la porte de l'église, la pose sur le grand autel, où l'on met aussi les ornemens préparés pour le sacre, qui sont la grande couronne de Charlemagne, l'épée, le sceptre & la main de justice, les éperons & le livre de la cérémonie. Les habits du roi pour le sacre sont une camisole de satin rouge garnie d'or, une tunique & une dalmatique qui représentent les ordres de soudiacre & de diacre, des bottines, & un grand manteau royal, doublé d'hermine & semé de fleurs de lys d'or. Pendant cette auguste cérémonie, les douze pairs de France ont chacun leur fonction. L'archevêque de Rheims sacre le roi en lui faisant des onctions en forme de croix sur les épaules & aux deux bras par les ouvertures pratiquées pour cet effet à la camisole dont nous avons parlé. L'évêque de Laon tient la sainte ampoule ; l'évêque de Langres, le sceptre ; l'évêque de Beauvais, le manteau royal ; l'évêque de Châlons, l'anneau ; l'évêque de Noyon, le ceinturon ou baudrier. Entre les pairs laïcs, le duc de Bourgogne porte la couronne royale, & ceint l'épée au roi ; le duc de Guienne porte la premiere banniere quarrée ; le duc de Normandie, la seconde ; le comte de Toulouse, les épérons ; le comte de Champagne, la banniere royale ou l'étendart de guerre ; & le comte de Flandres, l'épée royale. Ces pairs ont alors sur la tête un cercle d'or en forme de couronne. Lorsque ces dernieres pairies étoient occupées par les grands vassaux de la couronne, ils assistoient en personne au sacre & y faisoient leurs fonctions, mais depuis que de ces six pairies cinq ont été réunies à la couronne, & que celle de Flandres est en partie en main étrangere, le roi choisit six princes ou seigneurs pour représenter ces pairs, & un autre pour tenir la place de connétable depuis que cette charge a été supprimée. C'est ainsi qu'on l'a pratiqué au sacre de Louis XIV. & de Louis XV. Au reste le sacre du roi ne lui confere aucun nouveau droit, il est monarque par sa naissance & par droit de succession ; & le but de cette pieuse cérémonie n'est sans-doute que d'apprendre aux peuples par un spectacle frappant, que la personne du roi est sacrée, & qu'il n'est pas permis d'attenter à sa vie, parce que, comme l'Ecriture dit de Saül, il est l'oint du seigneur.

Au sacre de l'empereur, lorsque ce prince marche en ordre avec les électeurs laïques & ses officiers à l'église où se doit faire la cérémonie, l'archevêque officiant, qui est toujours un électeur ecclésiastique, & les deux autres électeurs de son ordre vont le recevoir ; ensuite on célebre la messe jusqu'à l'Evangile, alors on ôte à l'empereur le manteau royal, & deux des électeurs ecclésiastiques le conduisent à l'autel où, après quelques prieres, l'électeur officiant lui demande s'il veut professer la foi catholique, défendre l'Eglise, gouverner l'empire avec justice & le défendre avec valeur, en conserver les droits, protéger les foibles & les pauvres, & être soumis au saint siege. Lorsqu'il en a reçu des réponses convenables, confirmées par un serment sur les évangiles, & fait quelques autres oraisons, les suffragans de l'archevêque officiant découvrent l'empereur pour le sacrer, & l'archevêque prend l'huile benite dont il l'oint en forme de croix sur le sommet de la tête, entre les épaules, au col, à la poitrine, au poignet du bras droit, & en dernier lieu dans la main droite, disant à chaque onction la priere que porte le rituel de cette cérémonie. Les deux autres archevêques électeurs essuyent l'huile avec du coton, ensuite on revêt l'empereur de ses habits impériaux & des autres marques de sa dignité, comme le sceptre, le globe, &c. Quoique la bulle d'or prescrive de faire le couronnement de l'empereur à Aix-la-Chapelle, il se fait cependant ailleurs, comme à Francfort, Augsbourg, Nuremberg.

SACRE ou SACRET, (Art milit.) ce nom se donnoit anciennement à des pieces de canon de fonte, qui pesoient depuis 2500 livres jusqu'à 2850. Elles chassoient des boulets de 4 & de 5 livres, & elles avoient environ 13 piés de longueur. Ces pieces ne sont plus d'usage, mais il est nécessaire qu'un officier d'artillerie en ait connoissance, afin de n'être point embarrassé dans les inventaires qu'il peut être chargé de faire, & dans lesquels il peut se trouver de ces anciennes pieces. (Q)

SACRE, s. m. (Faucon.) c'est une espece de faucon femelle, dont le mâle s'appelle sacret, il a les plumes d'un roux foncé, le bec, les jambes & les doigts bleus ; il est excellent, & courageux pour la volerie, mais difficile à traiter ; il est propre au vol du milan, du héron, des buses & autres oiseaux de montée : le sacre est passager, & vient du côté de Grece ; celui qui est pris après la mue, est le meilleur & le plus vîte.


SACRÉ(Gram. & Théolog.) se dit d'une chose particulierement offerte & destinée à Dieu, ou attachée à son culte par des cérémonies religieuses & des bénédictions. Voyez CONSECRATION.

Les rois, les prélats, les prêtres sont des personnes sacrées. Les abbés sont seulement bénis. Le soudiaconat, le diaconat & la prêtrise sont des ordres sacrés, qui impriment un caractere saint, & qui ne se perd jamais. Voyez ORDRE.

La coutume de consacrer les rois avec de l'huile sainte vient, selon Guntlingius, des Hébreux. Grotius est du même sentiment ; mais il ajoute que chez ce peuple on ne sacroit que les rois qui n'avoient pas un droit évident à la couronne. On croit que les empereurs chrétiens ne se firent point sacrer avant Justin, de qui les Goths emprunterent cette coutume, que les autres nations chrétiennes d'Occident imiterent depuis. Voyez ONCTION & ROI.

Ce terme s'applique aussi à tout ce qui regarde Dieu & l'Eglise. Ainsi la terre des églises & des cimetieres est tenue pour sacrée, c'est pourquoi ce mot locus sacer signifie en droit la place où quelqu'un a été enterré, & c'est un crime capital que de violer les sépultures. Les vases & les ornemens qui servent au sacrifice sont également nommés vases & ornemens sacrés, avec cette différence que les vases ont ce nom d'une maniere plus particuliere, servant à recevoir & à renfermer le corps de Jesus-Christ ; aussi punit-on du feu les voleurs & autres qui les profanent. On donne aussi au college des cardinaux le titre de sacré college.

On appelle l'empereur & le roi d'Angleterre sacrée majesté, sacra majestas. Titre qui mal à propos a scandalisé quelques écrivains qui l'ont traité de blasphême. L'Ecriture ne nous apprend-elle pas que les rois sont les images de Dieu, qu'ils lui sont spécialement consacrés, & ne les appelle-t-elle pas les oints du Seigneur ?

Les anciens regardoient comme sacrée une place où le tonnerre étoit tombé. Voyez BIDENTAL, FULGURITUM & TONNERRE.

SACRE, adj. ce qui appartient à l'os sacrum. Les nerfs sacrés passent en partie par le grand trou antérieur de l'os sacrum, & par les échancrures latérales de l'extrêmité de cet os & du coccyx : ils sont au nombre de six paires. La premiere est fort grosse, la seconde l'est moins, & les autres diminuent successivement. Les quatre premieres paires s'unissent ensemble dès leur entrée dans le bassin pour former le nerf sciatique : elles fournissent outre cela plusieurs filets aux vésicules séminales, aux prostates, à l'uterus, aux trompes de Fallope, à la vessie, au rectum, au corps caverneux, à leurs muscles, & aux autres parties voisines.

Les deux dernieres paires des nerfs sacrés sont très-petites, & se distribuent à l'anus & au tégument voisin.

Les arteres sacrées sont des rameaux de l'aorte inférieure & de l'hypogastrique ; elles se distribuent à l'os sacrum.

SACRE, cap, (Géog. anc.) sacrum promontorium, nom commun à plusieurs caps, dont l'un est, selon Ptolémée, un cap de Lusitanie, aujourd'hui le cap de S. Vincent en Portugal.

Un autre de ce nom est en Irlande, dans la partie méridionale de la côte orientale, selon le même Ptolémée, l. II. c. ij. Ce cap est aujourd'hui nommé Concarne sur les cartes.

Un troisieme est dans l'île de Corse, au nord de la côte orientale. C'est aujourd'hui cabo Corso.

Un autre est dans la Sarmatie en Europe. C'est la pointe orientale de la langue de terre, que les anciens appelloient Achilleos dromos, la course d'Achille.

Un cinquieme est en Asie dans la Lycie, entre l'embouchure du fleuve Limyros & la ville d'Olympe, selon Ptolémée, l. V. c. iij. Sophien l'appelle cabo Chelidoni, d'où les interpretes ont pris leur caput Chelidoniae.

Un sixieme est à l'entrée du Pont-Euxin, selon Zozime, l. II. à 200 stades de Chalcédoine, c'est-à-dire à 25 milles anciens, qui font 5 lieues, de 4000 pas géométriques ; d'autres le nomment Hieron Oros. (D.J.)

SACRES jeux, (Antiq. grecq. & rom.) c'étoit ainsi qu'on nommoit chez les Grecs & chez les Romains tous les jeux faits pour rendre un culte public à quelque divinité. Comme ces jeux ou spectacles entroient dans les cérémonies de la religion, c'est pour cela qu'on les appelloit sacrés & divins. Tels étoient les quatre principaux jeux de la Grece, appellés olympiques, pythiques, néméens & isthmiques : tels étoient chez les Romains les capitolins, les apollinaires, les céréaux, les martiaux, &c. Les honneurs divins ayant été déférés dans la Grece aux empereurs ; les Grecs firent célébrer en l'honneur de ces princes des jeux sacrés sur le modele de ceux qui avoient été primitivement institués en l'honneur des dieux. (D.J.)

SACREE année, (Art numismatiq.) , & année nouvelle sacrée, , inscriptions qu'on lit sur plusieurs médailles frappées par des villes grecques de l'Orient.

Les villes d'Orient offroient des sacrifices, des voeux publics, & donnoient des spectacles magnifiques à l'avénement des empereurs au commencement de leur année civile, & aux jours anniversaires de leur avénement à l'empire.

Ces villes donnoient le nom d'année sacrée à leurs années, à cause de la solemnité des sacrifices & des jeux qui faisoient partie du culte religieux.

Elles appelloient à l'exemple des Romains année nouvelle premiere le jour de l'avénement des princes en quelque mois de l'année qu'il arrivât, comme Séneque l'assûre de l'avénement de Néron, & comme une médaille de la ville d'Anazarbe le prouve pour l'avénement de Trajan Dece.

Elles distinguoient la solemnité du commencement de l'année civile, & la solemnité anniversaire de l'avénement à l'empire par l'inscription de l'année nouvelle sacrée, & par l'inscription de l'année sacrée que l'on gravoit sur les médailles que l'on faisoit frapper pour-lors. (D.J.)

SACREE chose, (Antiq. rom.) les loix romaines ont divisé les choses en sacrées, religieuses & saintes. Celles qui avoient été consacrées aux dieux solemnellement par les pontifes, ou qui avoient été dédiées au culte des dieux étoient appellées sacrées. Les devoirs rendus aux morts, & tout ce qui concernoit la sépulture, étoient du nombre des choses religieuses. L'on appelloit choses saintes celles qui étoient en quelque maniere sous la protection des dieux, comme les murs & les portes d'une ville. On a indiqué dans cet ouvrage la formule qu'on employoit pour la consécration des choses qu'on dévouoit au service des dieux, & nous avons une infinité d'inscriptions qui font connoître que les sépulchres rendoient sacré le lieu où ils étoient élevés. (D.J.)

SACREE guerre, (Hist. grecq.) il y a eu trois guerres sacrées. La premiere éclata contre les Crisséens, qui exigerent de gros droits des pélerins de Delphes, & pillerent le temple d'Apollon ; la guerre leur fut déclarée par l'ordre de l'oracle & des amphyctions ; ils soutinrent un siege de dix ans dans leur ville, qui fut enfin emportée d'assaut. La seconde guerre sacrée s'éleva contre les Phocéens & les Lacédémoniens ; elle dura neuf ans, & finit par la mort de Philomélus, chef des Phocéens, qui voyant son armée défaite, se précipita du haut d'un rocher. La troisieme guerre sacrée, autrement nommée la guerre des confédérés, se renouvella entre les mêmes peuples ; les Phocéens soutenus d'Athènes & de Lacédémone, s'unirent contre les Thébains & les Thessaliens ; & ces derniers appellerent à leur secours Philippe de Macédoine, qui, par son génie & son habileté, devint maître de toute la Grece. Diodore de Sicile & Pausanias ont eu l'art de nous intéresser à leurs descriptions de toutes ces guerres, comme si elles se faisoient de nos jours. (D.J.)

SACREE colline, (Géog. anc.) sacer collis ; colline d'Italie, au bord du Teveronne. Elle étoit, selon Tite-Live, l. II. c. xxxij. à 3 milles de Rome, & à l'autre bord du Teveronne. Il l'appelle sacer mons, & il panche plus pour ceux qui croyent que le peuple romain s'y retira, lorsqu'il se brouilla avec ses magistrats, que pour ceux qui disent que ce fut sur le mont Aventin. Valere Maxime, l. VIII. c. ix. nomme aussi la colline sacrée en parlant de cette sédition du peuple. Il dit : Regibus exactis, plebs dissidens à patribus, juxtà ripam Anienis, in colle qui sacer appellatur, armata consedit. (D.J.)


SACREMENTS. m. (Théologie) en général est un signe d'une chose sainte ou sacrée. Voyez SIGNE.

Ce mot vient du latin sacramentum, qui signifie un serment, & singulierement celui que chez les anciens les soldats prêtoient entre les mains de leurs généraux, & dont Polybe nous a conservé cette formule. Obtemperaturus sum & facturus quidquid mandabitur ab imperatoribus juxta vires. J'obéirai à mes généraux, j'exécuterai leurs ordres en tout ce qui sera en mon pouvoir.

Dans un sens général, on peut dire avec S. Augustin que nulle religion, soit vraie, soit fausse, n'a pu s'attacher les hommes sans employer des signes sensibles ou des sacremens. Ainsi la loi de nature a eu les siens, telle que l'offrande du pain & du vin, pratiquée par Melchisédech ; & l'on trouve dans celle de Moïse la circoncision, l'agneau paschal, les purifications, la consécration des pontifes. Le paganisme pourra mettre aussi au nombre de ses sacremens les lustrations, les expiations, les cérémonies des mysteres d'Eleusine & de Samothrace, car tout cela étoit symbolique & significatif.

Mais dans la loi nouvelle, le mot sacrement signifie un signe sensible d'une grace spirituelle, institué par notre Seigneur Jesus-Christ pour la sanctification des hommes.

Socin & ses disciples enseignent que les sacremens ne sont que de pures cérémonies, qui ne servent tout-au-plus qu'à unir extérieurement les fideles ensemble, & à les distinguer des juifs & des gentils.

Les Protestans n'en disent guere davantage, en prétendant que les sacremens ne sont que de pures cérémonies instituées de Dieu, pour sceller & confirmer les promesses de la grace, pour soutenir notre foi & pour nous exciter à la piété. Ils n'en admettent communément que deux, le baptême & l'eucharistie, ou, comme ils l'appellent, la sainte cène ; les Anglicans y ajoutent la confirmation.

Les Catholiques au contraire, qui pensent que les sacremens produisent par eux-mêmes la grace sanctifiante, en admettent sept après toute la tradition, savoir le baptême, la confirmation, l'eucharistie, la pénitence, l'extrême-onction, l'ordre, & le mariage ; nous avons traité de chacun en particulier sous leur article. Voyez BAPTEME, &c.

Les sacremens sont des êtres moraux qui sont essentiellement composés de deux parties, de quelque chose de sensible, & de quelques paroles. C'est de l'union de ces deux parties que résulte le sacrement ; audit verbum ad elementum, dit S. Augustin, tract. 8. in Joan. & fit sacramentum. Les théologiens scholastiques ont donné le nom de matiere aux choses sensibles, & le nom de forme aux paroles. Voyez MATIERE & FORME.

Les Protestans soutiennent que les paroles qui entrent essentiellement dans la composition des sacremens, doivent renfermer une instruction ou contenir une promesse. Mais l'une & l'autre prétention n'ont nul fondement dans l'Ecriture ou dans la tradition, & d'ailleurs la fin prochaine des sacremens n'est pas d'instruire les hommes, ou de leur promettre la grace, mais de la leur conférer ; ainsi ces paroles sont proprement consécratoires, soit en retirant de l'usage profane la chose sensible qui forme la matiere, soit en initiant aux mysteres divins, celui qui reçoit les sacremens.

Mais outre l'application de la forme & de la matiere, on exige encore dans le ministre qui confere les sacremens, l'intention de faire ce que fait l'Eglise. On dispute beaucoup dans les écoles sur la nature de cette intention, savoir si elle doit être intérieure & actuelle, ou si une intention habituelle, ou virtuelle, ou extérieure, est suffisante pour la validité du sacrement. Voyez INTENTION.

Les sacremens considérés en général se divisent en sacremens des morts & sacremens des vivans. On entend par sacremens des morts ceux qui sont destinés à rendre la vie spirituelle ou aux personnes qui ne l'ont pas encore reçue, comme le baptême, ou à celles qui l'ont perdue après en avoir été favorisés, comme la pénitence. Par sacremens des vivans, on entend ceux qui sont destinés à fortifier les justes & à augmenter en eux la vie spirituelle de la grace ; tels que sont la confirmation, l'eucharistie, &c. On les divise encore en sacremens qui se réïterent, c'est-à-dire qu'on reçoit plusieurs fois, comme la pénitence, l'eucharistie, l'extrême onction, & le mariage ; & en sacremens qui ne se réïterent point, comme le baptême, la confirmation & l'ordre. La raison de cette différence vient de ce que ces derniers impriment caractere. Voyez CARACTERE.

Les sacremens de la nouvelle loi produisent la grace par eux-mêmes, ou, comme parlent les scholastiques, ex opere operato, c'est-à-dire par la simple application du rit extérieur. Mais agissent-ils en cette occasion comme cause physique ou comme cause morale ? L'école est partagée sur cette question ; les Thomistes soutenant que les sacremens produisent d'eux-mêmes la grace par une influence réelle en agissant immédiatement sur l'ame ; les Scotistes au contraire prétendant que l'application & l'administration extérieure des sacremens déterminent Dieu à donner la grace, parce qu'il s'est engagé d'une maniere fixe & invariable à l'accorder à ceux qui les reçoivent dignement. Ce dernier sentiment paroît le plus vraisemblable, car il n'est pas aisé de concevoir comment les sacremens qui sont des êtres corporels, peuvent immédiatement agir sur l'ame qui est une substance spirituelle.

Quoiqu'on convienne en général que Jesus-Christ a institué tous les sacremens, parce que lui seul a pu attacher à des choses corporelles & sensibles la vertu de communiquer la grace sanctifiante, il n'est pas également constant s'il les a tous institués immédiatement, c'est-à-dire par lui-même, ou médiatement, c'est-à-dire par ses apôtres & par son Eglise. Il n'y a point de difficulté par rapport au baptême & à l'eucharistie. Quant aux autres, le sentiment le plus suivi est qu'il les a institués immédiatement, mais ce n'est pas un point de foi, puisque les Théologiens soutiennent librement le contraire.

Les sacremens sont nécessaires pour obtenir la justification, mais non pas tous au même degré. Les uns, comme le baptême & la pénitence, sont nécessaires d'une nécessité de moyen, c'est-à-dire que sans le baptême ou son desir les enfans ni les adultes ne peuvent être sauvés, non plus que les pécheurs ne peuvent être justifiés sans la pénitence ou une contrition parfaite qui en renferme le desir dans le cas de nécessité. Les autres sont nécessaires de nécessité de précepte ; les négliger ou les mépriser, c'est se retrancher volontairement à soi-même des secours spirituels que Jesus-Christ n'a pas voulu préparer en vain.

Enfin l'administration des sacremens suppose des cérémonies ou essentielles ou accidentelles prescrites par l'Eglise. Les premieres qui intéressent la validité du sacrement ne doivent être omises en aucun cas. Les autres peuvent être supprimées dans le cas de nécessité. Voyez CEREMONIE.

SACREMENS, (Hist. ecclésiastiq.) les différentes sectes des chrétiens ont beaucoup varié sur le nombre des sacremens ; & pour abréger ce sujet dont le détail seroit très-étendu, je me contenterai de dire que les Chrétiens de S. Thomas ne reconnoissent que trois sacremens, le baptême, l'ordre & l'eucharistie. S. Bernard mettoit au nombre des sacremens la cérémonie de laver les piés qui se pratique le jeudi-saint. Damien établissoit douze sacremens. Isidore de Séville ne compte pour sacremens que le baptême, le chrême & l'eucharistie. Les Arméniens en général ne mettent point la confirmation & l'extrême-onction entre les sacremens ; mais Vardanès, un de leurs docteurs, établit sept sacremens, savoir le baptême, la célébration de la liturgie, la bénédiction du myron, l'imposition des mains, le mariage, l'huile dont on oint les malades, & la cérémonie des funérailles. (D.J.)


SACRERv. act. (Gram.) dédier à Dieu par le sacre ou par la consécration ; par le sacre, si c'est une personne ; par la consécration, si c'est une chose. Voyez SACRE & CONSECRATION. On sacre les rois. On sacroit autrefois les pierres.


SACRIFICATEURS. m. (Gram.) celui qui sacrifie à l'autel. Voyez SACRIFICE.

SACRIFICATEUR, (Hist. des Juifs) voyez PRETRE des Juifs. J'ajouterai seulement que par ces mots, souverain sacrificateur pour toujours, I. Macchab. xiv. 21, les Juifs entendoient celui dont le sacerdoce seroit perpétué dans ses descendans. (D.J.)


SACRIFICES. f. (Gram.) culte qu'on rend à la divinité par l'oblation de quelque victime, ou par quelqu'autre présent.

SACRIFICE D'ABEL, (Critique sacrée) plusieurs lecteurs vont me demander avec curiosité, que je leur dise dans cet article, en quoi consistoit le sacrifice d'Abel, pourquoi l'être suprême eut égard à son offrande, & non à celle de Caïn, qui cependant lui présentoit les prémices de son travail & le fruit de sa sueur ; enfin comment Dieu fit connoître que l'oblation d'Abel lui étoit seule agréable. Je vais répondre de mon mieux à ces trois questions qui partagent les interpretes de l'Ecriture, anciens & modernes.

L'auteur de la Genèse, c. iv. v. 4. dit, suivant nos traductions, qu'Abel offrit des premiers nés de son bétail, & de leur graisse ; c'est sur ce passage que la plûpart des commentateurs, d'après les rabbins, croyent qu'Abel offrit à Dieu les premiers nés de son troupeau en holocauste, & ils prétendent que cet ordre de sacrifice étoit le seul qui fût en usage avant la loi ; mais divers savans, au nombre desquels est l'illustre Grotius, sont d'une autre opinion. Ils pensent qu'Abel n'offrit que du lait, ou de la crême de son bétail ; ils remarquent, pour appuyer leur sentiment, que l'on n'offroit à Dieu que ce qui servoit de nourriture aux hommes ; & comme avant le déluge ils n'usoient point de viande, ils ne sacrifioient aussi aucune créature vivante.

Nos versions disent qu'Abel offrit des premiers nés de sa bergerie, & de leur graisse. Grotius & M. le Clerc observent que par les premiers nés, il faut entendre les meilleurs, & que le terme signifie souvent tout ce qui excelle dans son genre. Ils remarquent encore que le mot khalab, que l'on a traduit par celui de graisse, signifie aussi du lait, ou la graisse du lait, c'est-à-dire de la crême ; que c'est ainsi que les septante l'ont souvent rendu, & en particulier Genèse xviij. 8. où nos versions portent du lait. Les anciens égyptiens offroient aussi du lait à leurs dieux. Diodore de Sicile rapporte que les habitans de l'île de Méroé avoient coutume de remplir tous les jours trois cent soixante vaisseaux de lait, en invoquant les noms des divinités qu'ils adoroient.

Quant au défaut du sacrifice de Caïn, Philon le fait consister en deux choses : 1°. qu'il ne l'offrit pas assez promtement, mais , après quelques jours ; 2°. qu'il n'offrit que des fruits de la terre, & non les premiers nés de son bétail. L'auteur sacré de l'épître aux Hébreux, c. xj. v. 4. dit bien mieux, que ce fut la foi d'Abel qui fit préférer son sacrifice à celui de Caïn ; cette foi, qui est une subsistance, ou une ferme attente, , des choses qu'on espere, c'est-à-dire, la persuasion que Dieu récompensera les gens de bien dans cette vie ou dans une autre.

Selon la plûpart des commentateurs, Dieu fit descendre le feu du ciel pour marquer que le sacrifice d'Abel lui étoit agréable ; mais il est fort permis de penser différemment. On convient qu'il y a dans l'histoire sainte des exemples de sacrifices consumés par un feu miraculeux ; mais lorsque cela est arrivé, l'Ecriture l'a dit en termes exprès ; au lieu que dans l'occasion dont il s'agit ici, il n'est point fait mention d'un tel feu ; & nous ne devons pas supposer des miracles sans nécessité. D'ailleurs il y a tout lieu de croire que l'impie Caïn se seroit mis peu en peine que son sacrifice fût consumé par le feu ou non. Il est donc naturel de chercher quelqu'autre marque de l'approbation de Dieu dont Caïn ait pu être touché, & qui ait été capable d'exciter son ressentiment contre son frere ; or voici l'idée ingénieuse d'un professeur de Leyde sur cette troisieme question.

Il convient que Moïse rapporte (immédiatement après avoir dit que Caïn & Abel offrirent des sacrifices) que Dieu eut égard à l'oblation d'Abel, & qu'il n'eut point d'égard à celle de Caïn ; mais l'on ne doit pas conclure de-là que les marques de l'approbation divine suivirent d'abord le sacrifice. La maniere dont cette histoire nous est rapportée, nous insinue qu'Abel & Caïn vécurent plusieurs années, l'un comme berger, & l'autre comme laboureur ; & l'on peut supposer, sans faire violence au texte, que lorsqu'ils retirerent quelque profit de leur travail, ils en offrirent les fruits à Dieu, & qu'ils continuerent pendant plusieurs années. Abel, dit l'historien sacré, étoit berger ; mais Caïn étoit laboureur, & il arriva au bout de quelque tems, &c. Ces paroles, au bout de quelque tems, en hébreu mikketz jamin, signifient quelquefois au bout de quelques ou plusieurs années, comme on peut le voir Deut. c. xiv. v. 28. au bout de trois ans, où le mot de trois détermine le nombre des années ; mais comme il n'y a point de nombre marqué dans le passage en question, on pourroit le traduire, au bout de quelques années.

En effet, il est très-probable que ce ne fut qu'au bout de quelques années qu'Abel connut qu'il étoit agréable à Dieu, & Caïn qu'il ne l'étoit point. Le premier prospéra, & vit son troupeau augmenter : Caïn au contraire s'apperçut qu'il ne fleurissoit point, & que la terre ne lui fournissoit pas d'abondantes récoltes : ce furent-là les voies par lesquelles Dieu fit connoître qu'il avoit agréé le sacrifice d'Abel, & qu'il n'avoit point eu égard à celui de Caïn ; & c'est ce qui aigrit le jaloux Caïn contre son frere. Voyant que Dieu le bénissoit beaucoup plus que lui, il résolut enfin de le tuer, & exécuta cet horrible dessein.

On sait de quelle maniere attendrissante & pathétique l'auteur spirituel du poëme de la mort d'Abel a traité tout récemment ce sujet de notre religion. Non-seulement c'est un ouvrage neuf par sa structure, sa forme & son ton ; mais M. Gesner a encore eu l'art d'augmenter l'intérêt que nous prenons à cet événement de l'histoire sainte, par la maniere vive & touchante dont il peint les diverses passions de nos premiers ayeux, & par les graces & la vérité qu'il met dans ses tableaux, lorsqu'il décrit les moeurs des premiers hommes qui ont habité la terre. A l'égard du sacrifice qu'Abel offrit à Dieu, il a cru devoir préférer l'opinion d'une victime en holocauste, au sentiment de Grotius, & voici comme il s'exprime à ce sujet dans la traduction soignée qu'en a faite M. Huber. C'est un trop beau morceau pour n'en pas décorer mon article. Lisez-le.

Le soleil ne donnant plus qu'une lumiere adoucie, dardoit encore ses derniers rayons à-travers le feuillage, prêt à s'aller cacher derriere les montagnes ; les fleurs distribuoient leurs parfums sur les zéphirs, comme pour les charger de les exhaler sur lui ; & les oiseaux à l'envi lui donnoient l'agréable amusement de leurs concerts. Caïn & Abel arriverent sous le feuillage, & virent avec une joie délicieuse leur pere rendu à leurs yeux. Sa priere finissoit ; il se leva, & embrassa les larmes aux yeux, sa femme & ses enfans ; après quoi il s'en retourna dans sa cabane. Cependant Abel dit à Caïn : mon cher frere, quelles actions de graces rendrons-nous au seigneur de ce qu'il a exaucé nos gémissemens, & de ce qu'il nous rend notre précieux pere ? Je vais pour moi, à cette heure où la lune se leve, m'acheminer vers mon autel, pour y offrir au seigneur en sacrifice le plus jeune de mes agneaux. Et toi, mon cher frere, es-tu dans la même idée ? Voudrois-tu aussi sur ton autel, faire un sacrifice au seigneur ?

Caïn le regardant d'un oeil chagrin : oui, dit-il, je vais aller à mon autel offrir en sacrifice au seigneur, ce que la pauvreté des champs me donne. Abel lui répondit gracieusement : mon frere, le seigneur ne compte pour rien l'agneau qui brûle devant lui, ni les fruits de la campagne que la flamme consume, pourvu qu'une piété sans tache brûle dans le coeur de celui qui donne l'un ou l'autre.

Caïn repartit : il est vrai, le feu tombera tout d'abord du ciel pour consumer ton holocauste ; car c'est par toi que le seigneur a envoyé du secours ; pour moi il m'a dédaigné ; mais je n'en irai pas moins lui offrir mon sacrifice.

Abel alors se jetta tendrement au cou de Caïn, en disant : ah, mon frere, mon cher frere, est-ce que tu te fais un nouveau sujet de chagrin de ce que le seigneur s'est servi de moi pour porter du secours à mon pere ? S'il s'est servi de moi, c'est une commission dont il m'a chargé pour nous tous. O mon frere, écarte, je t'en supplie, ces fâcheuses idées ; le seigneur qui lit dans nos ames, sait bien y découvrir les pensées injustes & les murmures sourds. Aime-moi, comme je t'aime. Vas offrir ton sacrifice ; mais ne permets pas que des dispositions impures en souillent la sainteté ; & compte qu'alors le seigneur recevra favorablement tes louanges & tes actions de graces, & qu'il te bénira du haut de son trône.

Caïn ne répondit point ; il prit le chemin de ses champs, & Abel le regardant avec tristesse, prit celui de ses pâturages, chacun s'avançant vers son autel. Abel égorgea le plus jeune de ses agneaux, l'étendit sur l'autel, le parsema de branches aromatiques & de fleurs, & mit le feu à l'holocauste ; puis échauffé d'une piété fervente, il s'agenouilla devant l'autel, & fit à Dieu les actions de graces & les louanges les plus affectueuses. Pendant ce tems, la flamme du sacrifice s'élevoit en ondoyant à-travers les ombres de la nuit ; le seigneur avoit défendu aux vents de souffler, parce que le sacrifice lui étoit agréable.

De son côté, Caïn mit des fruits de ses champs sur son sacrifice, & se prosterna devant son autel ; aussitôt les buissons s'agiterent avec un bruit épouvantable, un tourbillon dissipa en mugissant, le sacrifice, & couvrit le malheureux de flammes & de fumée. Il recula de l'autel en tremblant, & une voix terrible, qui sortit de la nuée, lui dit : pourquoi trembles-tu, & pourquoi la terreur est-elle peinte sur ton visage ? Il en est encore tems, corrige-toi, je te pardonnerai ton péché ; sinon ton péché & son châtiment te poursuivront jusque dans ta cabane. Pourquoi haïs-tu ton frere ? il t'aime & t'honore. La voix se tut, & Caïn saisi de frayeur quitta ce lieu affreux pour lui, & s'en retourna ; le vent furieux chassoit encore après lui la fumée infecte du sacrifice ; son coeur frissonnoit, & une sueur froide coula de ses membres.

Cependant, en promenant ses regards, il vit dans la campagne les flammes du sacrifice de son frere qui s'élevoient en tournoyant dans les airs. Désespéré par ce spectacle, il tourna ses pas ailleurs, & traîna loin de-là sa noire mélancolie, jusqu'à ce qu'enfin il s'arrêta sous un buisson, & bientôt le sommeil déploya sur lui ses sombres aîles.

Depuis long-tems un génie que l'enfer appelloit Anamalech, observoit ses démarches. Il suivit en secret les traces de Caïn, & saisit ce moment pour troubler son ame par toutes les images que pouvoient faire naître en lui l'égarement, l'envie à la dent corrosive, la colere emportée, & toutes les passions furieuses. Tandis que l'esprit impur travailloit à troubler ainsi l'ame de Caïn, un bruit épouvantable se fit entendre sur la cime des montagnes, un vent mugissant agitoit les buissons, & rabattoit les boucles des cheveux de Caïn le long de son front & de ses joues. Mais en vain les buissons mugirent ; en vain les boucles de ses cheveux battirent son front & ses joues, le sommeil s'étoit appesanti sur ses yeux ; rien ne put les lui faire ouvrir.

Caïn frémissoit encore de son songe, lorsqu'Abel qui l'avoit apperçu dans le bocage au pié du rocher, s'approcha, & jettant sur lui des regards pleins d'affection, il dit avec cette douceur qui lui étoit propre : ah mon frere, puisses-tu bientôt te réveiller, pour que mon coeur gros de tendresse, te puisse exprimer ses sentimens, & que mes bras puissent t'embrasser ! Mais plutôt modérez-vous, desirs empressés. Peut-être que ses membres fatigués ont encore besoin des influences restaurantes du sommeil. Mais... comme le voilà étendu, défait... inquiet ;.... la fureur paroît peinte sur son front. Eh pourquoi le troublez-vous, songes effrayans ? laissez son ame tranquille ; venez, images agréables, peintures des douces occupations domestiques & des tendres embrassemens, venez dans son coeur. Que tout ce qu'il y a de beau & de flatteur dans la nature, remplisse son imagination de charmes & de délices ; qu'elle soit riante comme un jour de printems ! que la joie soit peinte sur son front, & qu'à son réveil les hymnes éclosent de ses levres. A ces mots, il fixa son frere avec des yeux animés d'un tendre amour & d'une attente inquiete.

Tel qu'un lion redoutable dormant au pié d'un rocher, glace par sa criniere hérissée le voyageur tremblant, & l'oblige à prendre un détour pour passer, si d'un vol rapide une fleche meurtriere vient à lui percer le flanc, il se leve soudain avec des rugissemens affreux, & cherche son ennemi en écumant de rage ; le premier objet qu'il rencontre, sert de pâture à sa fureur ; il déchire un enfant innocent qui se joue avec des fleurs sur l'herbe. Ainsi se leva Caïn les yeux étincelans de fureur. Maudite soit l'heure, s'écria-t-il, à laquelle ma mere, en me mettant au monde, a donné la premiere preuve de sa triste fécondité. Maudite soit la région où elle a senti les premieres douleurs de l'enfantement. Périsse tout ce qui y est né. Que celui qui veut y semer, perde ses peines, & qu'une terreur subite fasse tressaillir tous les os de ceux qui y passeront.

Telles étoient les imprécations du malheureux Caïn, lorsqu'Abel pâle, comme on l'est au bord du tombeau, risqua de s'avancer à pas chancelans. Mon frere, lui dit-il d'une voix entrecoupée par l'effroi : mais non... Dieu !... je frissonne !... un des séditieux reprouvés que la foudre de l'Eternel a précipités du ciel, a sans-doute emprunté sa figure, sous laquelle il blasphême ? Ah fuyons. Où es-tu, mon frere, que je te bénisse ?

Le voici s'écria Caïn avec une voix de tonnerre, le voici ce favori du vengeur éternel & de la nature ; ah toute la rage de l'enfer est dans mon coeur. Ne pourrai-je ?... Caïn, mon frere, dit Abel, en l'interrompant avec une émotion dans la voix & une altération dans le visage, qui exprimoit tout-à-la-fois sa surprise, son inquiétude & son affection, quel songe affreux a troublé ton ame ? Je viens dès l'aurore pour te chercher, pour t'embrasser, avec le jour naissant ; mais quelle tempête intérieure t'agite ? Que tu reçois mal mon tendre amour ! Quand viendront hélas, les jours fortunés, les jours délicieux où la paix & l'amitié fraternelle rétablies feront revivre dans nos ames le doux repos & les plaisirs rians, ces jours après lesquels notre pere affligé & notre tendre mere soupirent avec tant d'ardeur ? O Caïn, tu ne comptes donc pour rien ces plaisirs de la réconciliation, à quoi tu feignis toi-même d'être sensible, lorsque tout transporté de joie je volai dans tes bras ? Est-ce que je t'aurois offensé depuis ? Dis-moi si j'ai eu ce malheur ; mais tu ne cesses pas de me lancer des regards furieux. Je t'en conjure par tout ce qu'il y a de sacré, laisse-toi calmer, souffre mes innocentes caresses ! En disant ces derniers mots, il se mit en devoir d'embrasser les genoux de Caïn ; mais celui-ci recula en-arriere ;... ah, serpent, dit-il, tu veux m'entortiller !... & en même tems ayant saisi une lourde massue, qu'il éleva d'un bras furieux, il en frappa violemment la tête d'Abel. L'innocent tomba à ses piés, le crane fracassé ; il tourna encore une fois ses regards sur son frere, le pardon peint dans les yeux, & mourut ; son sang coula le long des boucles de sa blonde chevelure, aux piés même du meurtrier.

A la vue de son crime, Caïn épouvanté étoit d'une pâleur mortelle ; une sueur froide couloit de ses membres tremblans ; il fut témoin des dernieres convulsions de son frere expirant. La fumée de ce sang qu'il venoit de verser, monta jusqu'à lui. Maudit coup ! s'écria-t-il, mon frere !... reveille-toi.... reveille-toi, mon frere ? Que son visage est pâle ! Que son oeil est fixe ! Comme son sang inonde sa tête... Malheureux que je suis.... Ah, qu'est-ce que je pressens !... Il jetta loin de lui la massue sanglante. Puis se baissant sur la malheureuse victime de sa rage, il voulut la relever de terre. Abel !.... mon frere.... crioit-il au cadavre sans vie ; Abel, réveille-toi.... Ah, l'horreur des enfers vient me saisir ! O mort.... c'en est donc fait pour toujours, mon crime est sans remede. (D.J.)

SACRIFICES du paganisme, (Mythol. antiq. Lit.) Théophraste rapporte que les Egyptiens furent les premiers qui offrirent à la divinité des prémices, non d'encens & de parfums, bien moins encore d'animaux, mais de simples herbes, qui sont les premieres productions de la terre. Ces premiers sacrifices furent consumés par le feu, & de là viennent les termes grecs , qui signifient sacrifier, &c. On brula ensuite des parfums, qu'on appella , du grec , qui veut dire prier. On ne vint à sacrifier les animaux que lorsqu'ils eurent fait quelque grand dégât des herbes ou des fruits qu'on devoit offrir sur l'autel. Le même Théophraste ajoute qu'avant l'immolation des bêtes, outre les offrandes des herbes & des fruits de la terre, les sacrifices des libations étoient fort ordinaires, en versant sur les autels de l'eau, du miel, de l'huile, & du vin, & ces sacrifices s'appelloient Nephalia, Melitosponda, Eloeosponda, Aenosponda.

Ovide assure que le nom même de victime marque qu'on n'en égorgea qu'après qu'on eut remporté des victoires sur les ennemis, & que celui d'hostie fait connoître que les hostilités avoient précédé. En effet, lorsque les hommes ne vivoient encore que de légumes, ils n'avoient garde d'immoler des bêtes dont la loi du sacrifice vouloit qu'on mangeât quelque partie.

Ante Deos homini quod conciliare valeret,

Fas erat, & puri lucida mica satis.

Pythagore s'éleva contre ce massacre des bêtes, soit pour les manger, ou les sacrifier. Il prétendoit qu'il seroit tout au plus pardonnable d'avoir sacrifié le pourceau à Céres, & la chevre à Bacchus, à cause du ravage que ces animaux font dans les blés & dans les vignes ; mais que les brebis innocentes, & les boeufs utiles au labourage de la terre, ne peuvent s'immoler sans une extrême dureté, quoique les hommes tâchent inutilement de couvrir leur injustice du voile de l'honneur des dieux : Ovide embrasse la même morale.

Nec satis est quod tale nefas committitur ipsos

Inscripsere deos sceleri ; numenque supernum,

Caede laboriferi credunt gaudere juvenci.

Horace déclare aussi que la plus pure & la plus simple maniere d'appaiser les dieux, est de leur offrir de la farine, du sel, & quelques herbes odoriférantes.

Te nihil attinet

Tentare multâ caede bidentium,

Mollibis aversos penates,

Farre pio, & saliente mica.

Les payens avoient trois sortes de sacrifices, de publics, de domestiques, & d'étrangers.

Les publics, dont nous décrirons les cérémonies avec un peu d'étendue, se faisoient aux dépens du public pour le bien de l'état, pour remercier les dieux de quelque faveur signalée, ou les prier de détourner les calamités qui menaçoient, ou qui affligeoient un peuple, un pays, une ville.

Les sacrifices domestiques se pratiquoient par ceux d'une même famille, & à leurs dépens, dont ils chargeoient souvent leurs héritiers. Aussi Plaute fait dire à un valet nommé Ergasile, dans ses captifs, qui avoit trouvé une marmite pleine d'or, que Jupiter lui avoit envoyé tant de biens, sans être chargé de faire aucun sacrifice.

Sine sacris haereditatem suam adeptus effertissimam.

" J'ai obtenu une bonne succession, sans être obligé aux frais des sacrifices de la maison ".

Les sacrifices étrangers étoient ceux qu'on faisoit lorsqu'on transportoit à Rome les dieux tutélaires des villes ou des provinces subjuguées, avec leurs mysteres & les cérémonies de leur culte religieux.

De plus, les sacrifices s'offroient encore ou pour l'avantage des vivans, ou pour le bien des défunts, car la fête des morts est ancienne, les Romains l'avoient avant les catholiques ; elle se célébroit chez eux au mois de Février, ainsi que Ciceron nous l'apprend : Februario mense, qui tunc extremus anni mensis erat, mortuis parentari voluerant.

La matiere des sacrifices étoit comme nous l'avons dit, des fruits de la terre, ou des victimes d'animaux, dont on présentoit quelquefois la chair & les entrailles aux dieux, & quelquefois on se contentoit de leur offrir seulement l'ame des victimes, comme Virgile fait faire à Entellus, qui immole un taureau à Eryx, pour la mort de Darès, donnant ame pour ame,

Hanc tibi, Eryx, meliorem animam pro morte Daretis, Persolvo.

Les sacrifices étoient différens par rapport à la diversité des dieux que les anciens adoroient ; car il y en avoit aux dieux célestes, aux dieux des enfers, aux dieux marins, aux dieux de l'air, & aux dieux de la terre. On sacrifioit aux premiers des victimes blanches en nombre impair ; aux seconds des victimes noires, avec une libation de vin pur & de lait chaud qu'on repandoit dans des fosses avec le sang des victimes ; aux troisiemes on immoloit des hosties noires & blanches sur le bord de la mer, jettant les entrailles dans les eaux, le plus loin que l'on pouvoit, & y ajoutant une effusion de vin.

cadentem in littore taurum,

Constitutam ante aras voti reus, extaque salsos

Porriciam in fluctus, & vina liquentia fundam.

On immoloit aux dieux de la terre des victimes blanches, & on leur élevoit des autels comme aux dieux célestes ; pour les dieux de l'air, on leur offroit seulement du vin, du miel, & de l'encens.

On faisoit le choix de la victime, qui devoit être saine & entiere, sans aucune tache ni défaut ; par exemple elle ne devoit point avoir la queue pointue, ni la langue noire, ni les oreilles fendues, comme le remarque Servius, sur ce vers du 6 de l'Enéïde.

Totidem lectas de more bidentes.

Id est, ne habeant caudam aculeatam, nec linguam nigram, nec aurem fissam : & il falloit que les taureaux n'eussent point été mis sous le joug.

Le choix de la victime étant fait, on lui doroit le front & les cornes, principalement aux taureaux, aux génisses, & aux vaches :

Et statuam ante aras auratâ fronte juvencum.

Macrobe rapporte au I. liv. des saturnales, un arrêt du sénat, par lequel il est ordonné aux décemvirs, dans la solemnité des jeux apollinaires, d'immoler à Apollon un boeuf doré, deux chevres blanches dorées, & à Latone une vache dorée.

On leur ornoit encore la tête d'une infule de laine, d'où pendoient deux rangs de chapelets, avec des rubans tortillés, & sur le milieu du corps une sorte d'étole assez large qui tomboit des deux côtés ; les moindres victimes étoient seulement ornées de chapeaux de fleurs & de festons, avec des bandelettes ou guirlandes blanches.

Les victimes ainsi parées, étoient amenées devant l'autel, & cette action s'exprimoit par ce mot grec , agere, ducere ; la victime s'appelloit agonia, & ceux qui la conduisoient, agones. Les petites hosties ne se menoient point par le lien, on les conduisoit seulement, les chassant doucement devant soi ; mais on menoit les grandes hosties avec un licou, au lieu du sacrifice ; il ne falloit pas que la victime se débattît, ou qu'elle ne voulût pas marcher, car la résistance qu'elle faisoit, étoit tenue à mauvais augure, le sacrifice devant être libre.

La victime amenée devant l'autel, étoit encore examinée & considerée fort attentivement, pour voir si elle n'avoit pas quelque défaut, & cette action se nommoit probatio hostiarum, & exploratio. Après cet examen le prêtre revêtu de ses habits sacerdotaux, & accompagné des victimaires, & autres ministres des sacrifices, s'étant lavé & purifié suivant les cérémonies prescrites, commençoit le sacrifice par une confession qu'il faisoit tout haut de son indignité, se reconnoissant coupable de plusieurs péchés, dont il demandoit pardon aux dieux, espérant que sans y avoir égard, ils voudroient bien lui accorder ses demandes.

Cette confession faite, le prêtre crioit au public, hoc age, soyez recueilli & attentif au sacrifice ; aussitôt une espece d'huissier tenant en main une baguette qu'on nommoit commentaculum, s'en alloit par le temple, & en faisoit sortir tous ceux qui n'étoient pas encore instruits dans les mysteres de la religion, & ceux qui étoient excommuniés. La coutume des Grecs, de qui les Romains l'emprunterent, étoit que le prêtre venant à l'autel demandoit tout haut, , qui est ici ? Le peuple répondoit , plusieurs personnes & gens de bien. Alors l'huissier crioit dans tous les coins du temple , c'est-à-dire loin d'ici méchans ; ou bien , loin d'ici profanes. Les Latins disoient ordinairement, nocentes, profani, abscedite ; chez les Grecs, tous ceux qu'on chassoit des temples, étoient compris sous ces mots généraux, , &c.

Ovide a nommé dans ses fastes liv. II. la plûpart des pécheurs qui ne pouvoient assister aux mysteres des dieux. Voici sa liste qui devroit nous servir de regle.

Innocui veniant, procul hinc, procul impius esto

Frater, & in partus mater acerba suos :

Cui pater est vivax : qui matris digerit annos,

Quae premit invisam socrus amica nurum.

Tantalidae fratres absint, & Jasonis uxor,

Et quae ruricolis semina tosta dedit !

Et soror, & Progne, Tereusque duabus iniquus ;

Et quicumque suas per scelus auget opes.

Nous apprenons de ces beaux vers, qu'à parler en général, il y avoit deux sortes de personnes à qui on défendoit d'assister aux sacrifices ; savoir les profanes, c'est-à-dire ceux qui n'étoient pas encore instruits dans le culte des dieux, & ceux qui avoient fait quelque action énorme, comme d'avoir frappé leur pere ou leur mere. Il y avoit certains sacrifices en Grece, dont les filles & les esclaves étoient bannis. Dans la Chéronée, le prêtre tenant en main un fouet, se tenoit à la porte du temple de Matuta, & défendoit à haute voix aux esclaves étoliens d'y entrer. Chez les Mages ceux qui avoient des taches de rousseur au visage, ne pouvoient point approcher des autels, selon le témoignage de Pline, livre XXX. chap. ij. Il en étoit de même chez les Germains, de ceux qui avoient perdu leur bouclier dans le combat ; & parmi les Scythes, de celui qui n'avoit point tué d'ennemi dans la bataille. Les dames romaines ne devoient assister aux sacrifices que voilées.

Les profanes & les excommuniés s'étant retirés, on crioit favete linguis ou animis, & pascite linguam, pour demander le silence & l'attention pendant le sacrifice. Les Egyptiens avoient coutume, dans le même dessein, de faire paroître la statue d'Harpocrate, dieu du silence, qu'ils appelloient . Pour les Romains, ils mettoient sur l'autel de Volupia, la statue de la déesse Angéronia, qui avoit la bouche cachetée, pour apprendre que dans les mysteres de la religion, il faut être attentif de corps & d'esprit.

Cependant le prêtre bénissoit l'eau pour en faire l'aspersion avec les cérémonies ordinaires, soit en y jettant les cendres du bois qui avoit servi à bruler les victimes, soit en y éteignant la torche du sacrifice ; il aspergeoit de cette eau lustrale, & les autels & tout le peuple, pendant que le choeur des musiciens chantoit des hymnes en l'honneur des dieux.

Ensuite on faisoit les encensemens aux autels, aux statues des dieux, & aux victimes ; le prêtre ayant le visage tourné vers l'orient, & tenant les coins de l'autel, lisoit les prieres dans le livre des cérémonies, & les commençoit par Janus & Vesta, en leur offrant avant toute autre divinité, du vin & de l'encens. Héliogabale ordonna cependant qu'on adressât la préface des prieres au dieu Héliogabale. Domitien voulut aussi qu'on les commençat en s'adressant à Pallas, dont il se disoit fils, selon le témoignage de Philostrate. Toutefois les Romains restituerent cet honneur à Janus & à Vesta.

Après cette courte préface, l'officiant faisoit une longue oraison au dieu à qui il adressoit le sacrifice, & ensuite à tous les autres dieux qu'on conjuroit d'être propices à ceux pour lesquels on offroit le sacrifice, d'assister l'empire, les empereurs, les principaux ministres, les particuliers, & l'état en général. C'est ce que Virgile a religieusement observé dans la priere qui fut faite à Hercule par les Saliens, ajoutant, après avoir rapporté ses belles actions :

Salve vera Jovis proles, decus addite divis,

Et nos & tua dexter adi pede sacra secundo.

Aeneid. l. VIII.

Apulée rend à la déesse Isis une action de grace qui mérite d'être ici rapportée, à cause de sa singularité.

Tu quidem sancta & humani generis sospitatrix perpetua, semper fovendis mortalibus munifica, dulcem matris affectionem miserorum casibus tribuis, nec dies, nec quies ulla, ac ne momentum quidem tenue tuis transcurris beneficiis otiosum, quâ mari terrâque protegas homines, & depulsis vitae procellis salutarem porrigas dexteram, quâ fatorum etiam inextricabiliter contorta retractas licia, & fortunae tempestates mitigas, & stellarum varios meatus cohibes.

Te superi colunt, observant inferi, tu rotas orbem, luminas solem, regis mundum, calcas tartarum ; tibi respondent sidera, redeunt tempora, gaudent numina, serviunt elementa, tuo nutu spirant flumina, nutriunt nubila, germinant semina, crescunt gramina. Tuam majestatem perhorrescunt aves coelo meantes, ferae montibus errantes, serpentes solo latentes, belluae, ponto natantes.

At ego referendis laudibus tuis exilis ingenio, & adhibendis sacrificiis tenuis patrimonio. Nec mihi vocis ubertas, ad dicenda quae de tuâ majestate sentio, sufficit, nec ora mille, linguaeque totidem, vel indefensi sermonis aeterna series. Ergo quod solùm potest religiosus quidem, sed pauper, alioquin efficere curabo, divinos tuos vultus, numenque sanctissimum, intra pectoris mei secreta conditum, perpetuò custodiens, imaginabor.

Ces prieres se faisoient debout, tantôt à voix basse, & tantôt à voix haute ; ils ne les faisoient assis que dans les sacrifices pour les morts.

Multis dum precibus Jovem salutat,

Stans summos resupinus usque in ungues.

Mart. l. XII. épigr. 78.

Virgile dit :

Luco tùm fortè parentis,

Pilumni Turnus sacratâ valle sedebat.

Aeneid. l. IX.

Le prêtre récitoit ensuite une espece de prône, pour la prospérité des empereurs & de l'état, comme nous l'apprenons d'Apulée, livre II. de l'âne d'or. Après, dit-il, qu'on eut ramené la procession dans le temple de la déesse Isis, un des prêtres appellé grammateus, se tenant debout devant la porte du choeur, assembla tous les pastophores, & montant sur un lieu élevé, prit son livre, lut à haute voix plusieurs prieres pour l'empereur, pour le sénat, pour les chevaliers romains, & pour le peuple, ajoutant quelque instruction sur la religion : Tunc ex iis quem cuncti grammateum vocabant, pro foribus assistens, caetu pastophorum (quod sacro sancti collegii nomen est) velut in concionem vocato, indidem de sublimi suggestu, de libro, de litteris faustâ voce praefatus principi magno, senatuque, equiti, totique populo, noticis, navibus, &c.

Ces cérémonies finies, le sacrificateur s'étant assis, & les victimaires étant debout, les magistrats ou les personnes privées qui offroient les prémices des fruits avec la victime, faisoient quelquefois un petit discours ou maniere de compliment ; c'est pour cela que Lucien en fait faire un par les ambassadeurs de Phalaris aux prêtres de Delphes, en leur présentant de sa part un taureau d'airain, qui étoit un chef-d'oeuvre de l'art.

A mesure que chacun présentoit son offrande, il alloit se laver les mains en un lieu exprès du temple, pour se préparer plus dignement au sacrifice, & pour remercier les dieux d'avoir bien voulu recevoir leurs victimes. L'offrande étant faite, le prêtre officiant encensoit les victimes, & les arrosoit d'eau lustrale ; ensuite remontant à l'autel, il prioit à haute voix le dieu d'avoir agréables les victimes qu'il lui alloit immoler pour les nécessités publiques, & pour telles ou telles raisons particulieres ; & après cela le prêtre descendoit au bas des marches de l'autel, & recevoit de la main d'un des ministres, la pâte sacrée appellée mola salsa, qui étoit de farine d'orge ou de froment, pâitrie avec le sel & l'eau, qu'il jettoit sur la tête de la victime, répandant par-dessus un peu de vin ; cette action se nommoit immolatio, quasi molae illatio, comme un épanchement de cette pâte, mola salsa, dit Festus, vocatur far totum, & sale sparsum, quo deo molito hostiae aspergantur.

Virgile a exprimé cette cérémonie en plusieurs endroits de son poëme ; par exemple,

Jamque dies infanda aderat mihi sacra parari,

Et salsae fruges, & circùm tempora vittae.

Eneïd. l. II.

Le prêtre ayant répandu des miettes de cette pâte salée sur la tête de la victime, ce qui en constituoit la premiere consécration, il prenoit du vin avec le simpule, qui étoit une maniere de burette, & en ayant gouté le premier, & fait gouter aux assistans, il le versoit entre les cornes de la victime, & prononçant ces paroles de consécration, mactus hoc vino inferio esto, c'est-à-dire que cette victime soit honorée par ce vin, pour être plus agréable aux dieux. Cela fait il arrachoit des poils d'entre les cornes de la victime, & les jettoit dans le feu allumé.

Et summa scarpens media inter cornua setas,

Ignibus imponit sacris.

Il commandoit ensuite au victimaire de frapper la victime, & celui-ci l'assommoit d'un grand coup de maillet ou de hache sur la tête : aussi-tôt un autre ministre nommé popa, lui plongeoit un couteau dans la gorge, pendant qu'un troisieme recevoit le sang de l'animal, qui sortoit à gros bouillons, dont le prêtre arrosoit l'autel.

Supponunt alii cultros, tepidumque cruorem

Suscipiunt pateris. Virgile.

La victime ayant été égorgée, on l'écorchoit, excepté dans les holocaustes, où on brûloit la peau avec l'animal ; on en détachoit la tête, qu'on ornoit de guirlandes & de festons, & on l'attachoit aux piliers des temples, aussi-bien que les peaux, comme des enseignes de la religion, qu'on portoit en procession dans quelque calamité publique, c'est ce que nous apprend ce passage de Ciceron contre Pison. Et quid recordaris cùm omni totius provinciae pecore compulso, pellicum nomine omnem quaestum illum domesticum paternumque renovasti ? Et encore par cet autre de Festus, pellem habere Hercules fingitur, ut homines cultus antiqui admoneantur ; lugentes quoque diebus luctûs in pellibus sunt.

Ce n'est pas que les prêtres ne se couvrissent souvent des peaux des victimes, ou que d'autres n'allassent dormir dessus dans le temple d'Esculape, & dans celui de Faunus, pour avoir des réponses favorables en songe, ou être soulagés dans leurs maladies, comme Virgile nous en assure par ces beaux vers.

Huc dona sacerdos

Cum tulit & caesarum ovium sub nocte silenti

Pellibus incubuit stratis, somnosque petivit ;

Multa modis simulacra videt volitantia miris,

Et varias audit voces, fruiturque deorum

Colloquio, atque imis acheronta affatur avernis.

Hic & tum pater ipse petens responsa Latinus,

Centum lanigeras mactabat ritè bidentes,

Atque harum effultus tergo, stratisque jacebat

Velleribus. Eneïde, l. VII. v. 86.

Lorsque le prêtre a conduit les victimes à la fontaine, & qu'il les y a immolées, il en étend pendant la nuit les peaux sur la terre, se couche dessus & s'y endort. Alors il voit mille fantômes voltiger autour de lui ; il entend différentes voix ; il s'entretient avec les dieux de l'olympe, avec les divinités même des enfers. Le roi pour s'éclaircir sur le sort de la princesse, sacrifia donc dans cette forêt cent brebis au dieu Faune, & se coucha ensuite sur leurs toisons étendues.

Cappadox, marchand d'esclaves, se plaint dans la comédie de Plaute intitulée Curculio, qu'ayant couché dans le temple d'Esculape, il avoit vu en songe ce dieu s'éloigner de lui ; ce qui le fait résoudre d'en sortir, ne pouvant espérer de guérison.

Migrare certum est jam nunc è fano foras.

Quandò Aesculapi ita sentio sententiam :

Ut qui me nihili faciat, nec salvum velit.

On ouvroit les entrailles de la victime ; & après les avoir considérées attentivement pour en tirer des présages, selon la science des aruspices, on les saupoudroit de farine, on les arrosoit de vin, & on les présentoit aux dieux dans des bassins, après quoi on les jettoit dans le feu par morceaux, reddebant exta diis : de-là vient que les entrailles étoient nommées porriciae, quod in arae foco ponebantur, diisque porrigebantur : de-sorte que cette ancienne maniere de parler, porricias inferre, veut dire, présenter les entrailles en sacrifice.

Souvent on les arrosoit d'huile, comme nous lisons, liv. VI. de l'Eneïde.

Et solida imponit taurorum viscera flammis,

Pingue super oleum fundens ardentibus extis.

Quelquefois on les arrosoit de lait & du sang de la victime, particulierement dans les sacrifices des morts, ce que nous apprenons de Stace, l. VI. de la Thébaïde.

Spumantisque mero paterae verguntur & atri

Sanguinis, & rapti gratissima cymbia lactis.

Les entrailles étant consumées, toutes les autres cérémonies accomplies, ils croyoient que les dieux étoient satisfaits, & qu'ils ne pouvoient manquer de voir l'accomplissement de leurs voeux ; ce qu'ils exprimoient par ce verbe, litare, c'est-à-dire tout est bien fait ; & non litare au contraire, vouloit dire qu'il manquoit quelque chose à l'intégrité du sacrifice, & que les dieux n'étoient point appaisés. Suétone parlant de Jules-César, dit qu'il ne put jamais sacrifier une hostie favorable le jour qu'il fut tué dans le sénat. Caesar victimis caesis litare non potuit.

Le prêtre renvoyoit le monde par ces paroles, I licet dont on se servoit pareillement à la fin des pompes funebres & des comédies, pour congédier le peuple, comme on le peut voir dans Térence & dans Plaute. Les Grecs se servoient de cette expression pour le même sujet, , & le peuple répondoit feliciter. Enfin on dressoit aux dieux le banquet ou le festin sacré, epulum ; on mettoit leurs statues sur un lit, & on leur servoit les viandes des victimes offertes ; c'étoit là la fonction des ministres des sacrifices, que les Latins nommoient epulones.

Il résulte du détail qu'on vient de lire, que les sacrifices avoient quatre parties principales ; la premiere se nommoit libatio, la libation, ou ce léger essai de vin qu'on faisoit avec les effusions sur la victime ; la seconde immolatio, l'immolation, quand après avoir répandu sur la victime des miettes d'une pâte salée, on l'égorgeoit ; la troisieme étoit appellée redditio, quand on en offroit les entrailles aux dieux ; & la quatrieme s'appelloit litatio, lorsque le sacrifice se trouvoit accompli, sans qu'il y eût rien à y redire.

Je ne dois pas oublier de remarquer qu'entre les sacrifices publics, il y en avoit qu'on nommoit stata, c'est-à-dire fixes, immobiles, qui se faisoient tous les ans à un même jour ; & d'autres extraordinaires nommés indicta, indiqués, parce qu'on les ordonnoit extraordinairement pour quelque occasion importante & inopinée ; mais les curieux trouveront de plus grands détails dans Stuckius, de sacrificiis veterum, & dans d'autres auteurs qui ont traité cette matiere à fond. Voyez aussi les articles HOSTIE & VICTIME.

Je n'ajouterai qu'un mot sur les sacrifices des Grecs en particulier. Ils distinguoient quatre sortes de sacrifices généraux ; savoir, 1°. les offrandes de pure volonté, & qu'on faisoit en conséquence d'un voeu, en grec , ou , comme pour le gain d'une victoire ; c'étoit encore les prémices des fruits offerts par les laboureurs, pour obtenir des dieux une abondante récolte ; 2°. l'offrande propiciatoire, , pour détourner la colere de quelque divinité offensée, & tels étoient tous les sacrifices d'usage dans les expiations ; 3°. les sacrifices supplicatoires, , pour le succès de toutes sortes d'entreprises ; 4°. les sacrifices expressément ordonnés par tous les prophetes ou oracles qu'on venoit consulter, . Quant aux rites de tous ces divers sacrifices, il faut consulter Potter, Archoeol. graec. tom. I. p. 209. & suivantes.

Pour ce qui regarde les sacrifices humains j'en déchargerai la lettre S, qui sera fort remplie, & je porterai cet article au mot VICTIME HUMAINE. (D.J.)

SACRIFICES DES HEBREUX, (Critiq. sacrée) avant la loi de Moïse, la matiere des sacrifices, la qualité, les circonstances, le ministere, tout étoit arbitraire. On offroit les fruits de la terre, la graisse ou le lait des animaux, le sang ou la chair des victimes. Chacun étoit prêtre ou ministre de ses propres sacrifices, ou c'étoit volontairement qu'on déféroit cet honneur aux plus anciens, aux chefs de famille, & aux plus gens de bien. La loi fixa aux Juifs ce qu'ils devoient offrir, & la maniere de le faire ; & elle déféra à la seule famille d'Aaron le droit de sacrifier.

Les Hébreux avoient deux sortes de sacrifices, les sanglans & les non sanglans. Il y en avoit trois de la premiere espece ; 1°. l'holocauste, l'hostie pacifique, & le sacrifice pour le péché. Dans l'holocauste, la victime étoit brûlée en entier, sans que le prêtre ni celui qui l'offroit pussent en rien réserver, LÉvit. j. 13. parce que ce sacrifice étoit institué pour être une reconnoissance publique de la suprême majesté devant qui tout s'anéantit, & pour apprendre à l'homme qu'il doit se consacrer entierement & sans réserve à celui de qui il tient tout ce qu'il est. 2°. L'hostie pacifique étoit offerte pour rendre grace à Dieu, ou pour lui demander quelque bienfait, ou pour acquiter un voeu ; on n'y brûloit que la graisse & les reins de la victime, la poitrine & l'épaule droite étoient pour le prêtre, & le reste appartenoit à celui qui avoit fourni la victime. Il n'y avoit point de tems marqué pour ce sacrifice ; on l'offroit quand on vouloit, & la loi n'avoit rien ordonné sur le choix de l'animal ; il falloit seulement que la victime fût sans défaut. LÉv. iij. 1. 3°. Dans le sacrifice pour le péché, le prêtre avant que de répandre le sang de la victime au pié de l'autel, trempoit son doigt, & en touchoit les quatre cornes de l'autel. Celui pour qui le sacrifice étoit offert n'en remportoit rien ; on en faisoit brûler la graisse sur l'autel. La chair étoit toute entiere pour les prêtres, & devoit être mangée dans le lieu saint, c'est-à-dire dans le parvis du tabernacle. Deutéron. xxvij. 7. Si le prêtre offroit pour ses péchés ou pour ceux de tout le peuple, il faisoit sept fois l'aspersion du sang de la victime devant le voile du sanctuaire, & répandoit le reste au pié de l'autel des holocaustes. LÉv. iv. 6.

On employoit cinq sortes de victimes dans ces sacrifices, des vaches, des taureaux ou des veaux, des brebis ou des béliers, des chevres ou des boucs, des pigeons, des tourterelles ; & on ajoutoit à la victime immolée qu'on faisoit brûler sur l'autel, une offrande de gâteaux cuits au four ou sur le gril, ou frits sur la poele ; ou une certaine quantité de fleur de farine, avec de l'huile, de l'encens, du vin, & du sel.

Cette oblation qui accompagnoit presque toujours le sacrifice sanglant, pouvoit être faite seule, sans être précédée de l'effusion du sang, & c'est ce qu'on appelloit sacrifice non sanglant ; on l'offroit à Dieu comme principe & auteur de tous les biens. On y employoit l'encens, dont la flamme par l'odeur agréable qu'elle répand, étoit regardée comme le symbole de la priere, & des saints désirs de l'ame. Moïse défendit qu'on y mêlât le vin & le miel, figure de tout ce qui peut corrompre l'ame par le péché, & l'amollir par les délices. Le prêtre prenant une poignée de cette farine arrosée d'huile, avec l'encens, les répandoit sur le feu de l'autel, & tout le reste étoit à lui. Il devoit manger la farine sans levain dans le tabernacle, & nul autre que les prêtres n'avoit droit d'y toucher.

Il y avoit encore des sacrifices où la victime demeuroit vivante & en son entier, tels que le sacrifice du bouc émissaire au jour de l'expiation, & le sacrifice du passereau pour la purification d'un lépreux. Le sacrifice perpétuel, est celui où l'on immoloit chaque jour sur l'autel des holocaustes deux agneaux, l'un le matin, lorsque le soleil commençoit à éclairer, & celui du soir, lorsque les ombres commençoient à s'étendre sur la terre ; voilà quels étoient les sacrifices des Hébreux.

Tertullien en a fort bien indiqué l'origine ; ce n'est pas, dit-il, que Dieu se souciât de ces sacrifices, mais Moïse les institua pour ramener les Juifs de la multitude des dieux qui étoient alors adorés, à la connoissance du seul véritable. Dieu a commandé à vos peres, dit Justin martyr à Tryphon, de lui offrir des oblations & des victimes, non qu'il en eût besoin, mais à cause de la dureté de leurs coeurs, & de leur penchant à l'idolâtrie. (D.J.)

SACRIFICES des chrétiens, (Critique sacrée) S. Paul, Hébr. ch. xiij. nous les indique en deux mots, louanges du seigneur, confession de son nom, bénéficence & communion. En voici le commentaire par Clément d'Alexandrie, Strom. l. VIII. p. 729. Les sacrifices du chrétien éclairé sont les prieres, les louanges de Dieu, les lectures de l'Ecriture-sainte, les pseaumes & les hymnes. Mais n'a-t-il point encore, ajoute-t-il, d'autres sacrifices ? Oui, il connoît la libéralité & la charité ; qu'il exerce l'une à l'égard de ceux qui ont besoin de secours temporels, l'autre à l'égard de ceux qui manquent de lumieres & de connoissances. (D.J.)


SACRIFICIOSISLA DE LOS, (Géog. mod.) en françois l'île des sacrifices, & plus communément la baye du sacrifice ; petite île de la nouvelle Espagne, dans le golfe du Méxique, auprès de la Vera-Cruz. (D.J.)


SACRIFIERv. act. (Gram.) offrir en sacrifice. Voyez l'article SACRIFICE. Il se prend aussi au figuré. Je me suis sacrifié pour elle. Il m'a sacrifié à son ambition. Je lui ai sacrifié toutes mes fantaisies.


SACRILEGE(jurisprud.) ce terme pris dans sa signification générale s'entend de toute profanation de choses saintes ou dévouées à Dieu. Mais dans l'usage ce terme s'entend principalement des profanations qui se commettent à l'égard des hosties & vases sacrés, des sacremens, des images & reliques des saints & des églises.

La profanation des hosties & vases sacrés est ordinairement punie de la peine du feu avec l'amende-honorable & le poing coupé.

Celle des sacremens est aussi punie du feu ; quelquefois les prêtres sont condamnés à la potence & ensuite brûlés.

La peine de la profanation des images & reliques des saints & des églises est plus ou moins grave ; quelquefois elle est punie de mort, & même du feu, suivant les circonstances. Voyez DIMANCHE, ÉGLISES, FETES, IMAGES, PROFANATION, RELIQUES, SACREMENS, SEPULCRE, SERVICE DIVIN, TOMBEAUX, VASES SACRES. Voyez l'institut au droit criminel de M. de Vouglans, tr. des crimes, tit. 1. ch. ij. (A)

SACRILEGE, (Critique sacrée) sacrilegium ; mot formé de sacra & de legere, ramasser, dérober les choses sacrées. Sacrilege est donc le larcin des choses saintes ; & celui qui les vole, se nomme aussi sacrilege, sacrilegus. Il est dit au II. des Macch. iv. 39. que Lysimachus commit plusieurs sacrileges dans le temple, dont il emporta beaucoup de vases d'or.

Le mot de sacrilege se prend encore dans l'Ecriture, pour la profanation d'une chose, d'un lieu sacré par l'idolâtrie ; c'est ainsi qu'est nommée l'action par laquelle les Israëlites, pour plaire aux filles madianites, se laisserent entraîner à l'adoration de Béel-phégor. Nomb. xxv. 18.

Comme les sacrileges choquent la religion, leur peine doit être uniquement tirée de la nature de la chose ; elle doit consister dans la privation des avantages que donne la religion, l'expulsion hors des temples, la privation de la société des fideles pour un tems ou pour toujours ; la fuite de leur présence, les exécrations, les détestations, les conjurations. Mais si le magistrat va rechercher le sacrilege caché, il porte une inquisition sur un genre d'action où elle n'est point nécessaire ; il détruit la liberté des citoyens en armant contr'eux le zèle des consciences timides, & celui des consciences hardies. Le mal est venu de cette fausse idée, qu'il faut venger la divinité ; mais il faut faire honorer la divinité, & ne la venger jamais ; c'est une excellente réflexion de l'auteur de l'esprit des loix. (D.J.)


SACRIMA(Littérat.) nom que donnoient les Romains au vin nouveau qu'ils offroient à Bacchus, en reconnoissance de la recolte abondante qu'ils avoient obtenue par sa protection. Pitiscus.


SACRISTAINS. m. terme d'Eglise ; officier ecclésiastique qui a le soin & la garde des vases & des ornemens sacrés ; mais le premier sacristain dans l'église romaine, est celui de la chapelle du pape, dont l'office est annexé à l'ordre des hermites de S. Augustin. C'est ainsi qu'Alexandre VI. l'a ordonné par une bulle de l'an 1497, sans qu'il soit même nécessaire que ledit religieux soit dans la prélature. Cependant depuis longtems le pape donne un évêché in partibus à celui auquel il confere cet office ; & quand même il ne seroit point évêque, il peut porter le mantelet & la mosette à la maniere des prélats de Rome. Ce sacristain prend le titre de préfet de la sacristie du pape. Il a en sa garde tous les ornemens, les vases d'or, d'argent, & les reliquaires de cette sacristie. Il distribue aux cardinaux les messes qu'ils doivent célebrer solemnellement, mais ce n'est que d'après l'aveu du premier cardinal prêtre, qui en est proprement le distributeur. Il dit tous les jours la messe aux cardinaux, & leur administre les sacremens ainsi qu'aux conclavistes. (D.J.)


SACRISTIES. f. (Hist. ecclés.) c'est un endroit attenant les anciennes églises, où l'on serre les habits sacrés, les vases, & les autres ornemens de l'autel.

Ce mot est grec ; il est formé de , je sers, à cause que l'on y prenoit tout ce qui étoit d'usage pour le service divin. On l'appelloit aussi , & en latin salutatorium, parce qu'en cet endroit l'évêque recevoit & saluoit les étrangers. Quelquefois aussi il étoit appellé ou , mensa, table, à cause qu'il y avoit des tables sur lesquelles on mettoit les ornemens sacrés, ou , une sorte d'hôtellerie ou de maison dans laquelle on logeoit des soldats.

Le premier concile de Laodicée, dans le 21 St. canon, défend aux prêtres de vivre dans la sacristie, , ou de toucher aux ustensiles sacrés. Une ancienne version latine de ces canons se rend par les mots in secretario ; mais la copie qui en est à Rome, aussi-bien que Denis le Petit, retiennent le mot diaconicon en latin. Il est vrai que Zonaras & Balsamon entendent cette expression dans le 21 St. canon, de l'ordre d'un diacre, & non pas d'un bâtiment. Leo Allatius suit cette opinion dans son traité de templis graecorum ; mais tous les autres interprêtes s'accordent à prendre ce mot pour l'expression d'une sacristie. Outre les ornemens de sacrificature & de l'autel, l'on y déposoit pareillement les reliques de l'église.


SACRO-COCCYGIENen Anatomie ; nom de deux muscles qu'on appelle aussi coccygiens postérieurs. Voyez COCCYGIEN.


SACRO-LOMBAIREen Anatomie ; nom d'un muscle situé sur le dos entre les angles des côtes & leurs apophyses transverses.

Ce muscle est intimément uni par sa partie inférieure avec le long dorsal, & il en est distingué à sa partie supérieure par une petite ligne graisseuse. Il paroît tendineux extérieurement, & charnu intérieurement. Il s'attache au moyen de son plan tendineux à l'os sacrum à levre externe, & à la portion postérieure de l'os des isles, aux apophyses transverses des lombes par des plans charnus, qui paroissent se détacher du plan tendineux, à la partie inférieure des angles de toutes les côtes, à la tubérosité de la premiere aux apophyses transverses des deux vertebres inférieures du col, par des bandelettes tendineuses, & par des plans charnus qui croisent les tendineuses.

Ce muscle est aussi appellé lumbo-dorsal, & dorsal moyen. Winslow.


SACRO-SCIATIQUEen Anatomie ; nom de deux ligamens qui unissent l'os sacrum avec l'os yschium.


SACROSS. m. (Poids) poids des anciens Arabes répondant à une de nos onces. (D.J.)


SACRUMen Anatomie ; nom d'un os qui est la base & le soutien de toute l'épine du dos, ce qui lui a fait donner aussi le nom d'os basiliaire.

On le divise en partie supérieure, en base, en pointe, en deux bords & en deux faces.

Il paroît composé de plusieurs fausses vertebres, qui vont toujours en décroissant vers la pointe : ces fausses vertebres, dans les jeunes sujets, sont unies ensemble par des cartilages mitoyens, mais le tout s'ossifie dans l'adulte, & elles ne forment plus qu'une seule piece.

La face antérieure est concave, on y observe sur les parties latérales quatre trous, quelquefois cinq.

La face postérieure est convexe & fort inégale. On y remarque sur les parties latérales quatre trous placés vis-à-vis de ceux de la face interne ; dans la partie moyenne une espece d'épine ouverte vers sa partie inférieure.

A la base de l'os sacrum il y a deux apophyses obliques circulaires, qui répondent aux inférieures de la derniere vertebre des lombes ; on y voit la face supérieure du corps de la premiere fausse vertebre, entre la partie postérieure & les apophyses obliques, une échancrure, & une ouverture du canal triangulaire fort applati entre les deux faces, lequel communique avec les trous de l'une & l'autre face ; il est continu avec le grand canal de l'épine du dos.

Les parties latérales de cet os sont un peu évasées par en haut, où l'on voit à chaque côté une grande facette cartilagineuse, semblable à celle de la face interne de l'os iléon avec lequel il est articulé. Voyez ILEON.

L'os sacrum est terminé par le coccyx. Voyez COCCYX.


SADAou ALSADOR, s. m. (Botan. exot.) nom donné par les Arabes au lotus, décrit par Dioscoride & autres anciens. Ce buisson est nommé par quelques-uns acanthus, acanthe, à cause qu'il étoit plein d'épines, plante que plusieurs écrivains ont confondue soit avec l'acanthe ordinaire, soit avec l'acanthe de Théophraste, qui n'étoit autre chose que l'acacia. Le fruit de cet arbre, nommé par Virgile baie d'acanthe, est le nabac des Arabes. Sérapion déclare nettement que le sadar ou l'acanthus de Virgile, est la même plante que le lotus cyrénien d'Hérodote, & que le lotus de Dioscoride. Belon l'a aussi décrit sous le nom de napeca, nom qui dérive probablement du mot arabe nabac. Il dit que c'est un arbuste toujours verd, appellé par quelques écrivains grecs aenoplia. Prosper Alpin dans ses plantes d'Egypte parle du nabeca, comme d'un buisson épineux. LÉon l'Africain fait mention du même arbre, qu'il appelle par erreur rabech au lieu de nabech ; il dit que c'est un buisson épineux donnant des fruits semblables à la cerise, mais plus petits, & du goût du zizyphe. Ce sont-là les baies de l'acanthe de Virgile. (D.J.)


SADAVAA(Géog. mod.) bourgade d'Espagne, en Aragon, aux confins de la Navarre, dans une plaine très-fertile, sur la riviere de Riguel, qui se jette dans l'Ebre. Quoique cette bourgade n'ait pas cent feux, elle a titre de ville, des murailles, & le droit d'envoyer des députés aux Cortez.


SADou SASJU, (Géogr. mod.) grande île du Japon, située au nord de cet empire, vis-à-vis des provinces de Jectoju & de Jetsingo. On lui donne trois journées & demie de circuit, & on la divise en trois districts. Elle est très-fertile, ne manque ni de bois, ni de pâturage, & abonde en blé, en ris & en gokokf. La mer la fournit aussi de poisson & d'écrevisses. (D.J.)


SADOURS. m. terme de Pêche, est une sorte de filet tramaillé à l'usage des pêcheurs.

Les trameaux aux poissons que les pêcheurs de Bouin, dans le ressort de l'amirauté du Poitou ou des sables d'Olone nomment sadours, sont ordinairement tannés ; ce sont des vrais trameaux sédentaires d'un calibre beaucoup plus grand, tant pour la nappe, que pour les hameaux, que l'ordonnance ne la fixe pour ces sortes de filets, les mailles des hameaux ou homails ayant dix pouces trois lignes en quarré, & celle de la menue flue, toile ou ret du milieu quinze à huit lignes en quarré, ces trameaux sont flottés en pierres, comme les flottes dont on se sert à pié & avec bateaux.

Les pêcheurs nomment aussi sadours les trameaux qui servent en hiver à faire la pêche des macreuses, & autres especes d'oiseaux marins ; ce sont les alourets & aloureaux des pêcheurs des autres lieux, à la différence que ceux de Bouin sont tramaillés, & les autres simplement toiles. Quand ils sont tendus pour la pêche des oiseaux marins, ils sont sur des perches éloignées les unes des autres de neuf brasses ; on plante les perches suivant le vent, qui doit souffler de maniere qu'il batte toujours la côte.

Le ret a 45 brasses de long ou environ, & une brasse de chûte ; il est tendu de maniere qu'il se trouve élevé de 5 à 6 piés au-dessus de l'eau, afin que de haute mer il soit toujours élevé au-dessus de la marée.

La pêche du sadour commence un peu après la S. Michel, & dure ordinairement jusqu'à Pâque, les vents de mer & les nuits les plus sombres & les plus noires sont les plus avantageuses.

Les trameaux ou sadours de la Limagne, ont la maille de la menue toile, nappe ou ret du milieu de deux pouces six lignes en quarré, & celle des hameaux ou homails de 11 pouces six lignes en quarré, & les plus serrées ont les leurs de onze pouces trois lignes aussi en quarré ; les pêcheurs nomment ces sortes de rets des sadours à gibasse.


SADRASou SADRASTPATAN, (Géog. mod.) ville des Indes, en-deçà du Gange, sur la côte de Coromandel, au midi de S. Thomé, à l'embouchure de la riviere de Palaru. Elle est à l'empereur du Mogol. Long. 100. 30. lat. 12. 40. (D.J.)


SADSINS. m. (Hist. nat. Bot.) plante du Japon, qui est un lychnis sauvage ; elle a ses feuilles comme celles de la giroflée ; sa tige est d'environ un pié de hauteur, & ses fleurs blanches ont cinq pétales. Sa racine est longue de 3 ou 4 pouces, d'un goût fade, qui tire sur celui du panais. Il se trouve des imposteurs japonois qui la vendent pour du ginseng.


SADUCÉEN(Hist. des sectes juiv. & Crit. sacr.) La secte des Saducéens, , étoit une des quatre principales sectes des juifs. Il en est beaucoup parlé dans le nouveau Testament.

Ce fut l'an 263 avant J. C. du tems d'Antigone de Socho, président du grand sanhédrin de Jérusalem, que commença la secte des Saducéens, & lui-même y donna occasion ; car ayant souvent inculqué à ses disciples qu'il ne falloit pas servir Dieu par un esprit mercénaire, pour la récompense qu'on en attendoit, mais purement & simplement par l'amour & la crainte filiale qu'on lui doit ; Sadoc & Baithus, deux de ses éleves, conclurent de-là qu'il n'y avoit point de récompense après cette vie ; & faisant secte à-part, ils enseignerent que toutes les récompenses que Dieu accordoit à ceux qui le servent, se bornoient à la vie présente. Quantité de gens ayant goûté cette doctrine, on commença à distinguer leur secte par le nom de saducéens, pris de celui de Sadoc leur fondateur. Ils différoient des Epicuriens en admettant la puissance qui a créé l'univers, & la providence qui le gouverne ; au lieu que les Epicuriens nioient l'un & l'autre.

Les Saducéens n'étoient d'abord que ce que sont aujourd'hui les Caraïtes, c'est-à-dire qu'ils rejettoient les traditions des anciens, & ne s'attachoient qu'à la parole écrite ; & comme les Pharisiens étoient les zèlés protecteurs de ces traditions, leur secte & celle des Saducéens se trouverent directement opposées. Si les Saducéens s'en étoient tenus là, ils auroient eu toute la raison de leur côté ; mais ils goûterent d'autres opinions impies. Ils vinrent à nier la résurrection & l'existence des anges, & des esprits des hommes après la mort, comme il paroît par Matt. xxij. 23 ; Marc, xij. 18 ; Act. xxiij. 8. Ils reconnoissoient à la vérité, que Dieu avoit créé le monde par sa puissance ; qu'il le gouvernoit par sa providence ; & que pour le gouverner, il avoit établi des récompenses & des peines : mais ils croyoient que ces récompenses & ces peines se bornoient toutes à cette vie, & c'étoit pour cela seul qu'ils servoient Dieu, & qu'ils obéissoient à ses loix. Du reste ils n'admettoient, comme les Samaritains, que le seul Pentateuque pour livre sacré.

Quelques savans, & entr'autres Scaliger, prétendent qu'ils ne rejettoient pas le reste de l'Ecriture ; mais seulement qu'ils donnoient la préférence aux livres de Moïse. Cependant la dispute que l'Evangile rapporte que J. C. eut avec eux, Matt. xxij. Marc, xij. Luc, xx. milite contre l'opinion de Scaliger ; car J. C. ayant en main plusieurs passages formels des prophêtes & des hagiographes, qui prouvent une vie à venir, & la résurrection des morts, on ne sauroit assigner de raison qui l'obligeât à les abandonner, pour tirer de la loi un argument qui n'est fondé que sur une conséquence, si ce n'est parce qu'il combattoit des gens qui rejettoient ces prophêtes & ces hagiographes, & que rien ne convaincroit que ce qui étoit tiré de la loi même.

Les Saducéens différoient aussi des Esséniens & des Pharisiens, sur le libre-arbitre & la prédestination ; car les Esséniens croyoient que tout est prédéterminé dans un enchaînement de causes infaillibles ; & les Pharisiens admettoient la liberté avec la prédestination. Mais les Saducéens, au rapport de Josephe, nioient toute prédestination & soutenoient que Dieu avoit fait l'homme maître absolu de ses actions, avec une entiere liberté de faire, comme il veut, le bien ou le mal, sans aucune assistance pour l'un, ni aucun empêchement pour l'autre. En un mot, cette opinion saducéenne étoit précisément la même que fut celle de Pélage parmi les Chrétiens, qu'il n'y a point de secours de Dieu, ni par une grace prévenante, ni par une grace assistante ; mais que sans ce secours, chaque homme a eu lui-même le pouvoir d'éviter tout le mal que défend la loi de Dieu, & de faire tout le bien qu'elle ordonne.

La secte des Saducéens étoit la moins nombreuse de toutes ; mais elle avoit pour partisans les gens de la premiere qualité, ceux qui avoient les premiers emplois de la nation, & les plus riches. Or comme ils périrent tous à la destruction de Jérusalem par les Romains, la secte saducéenne périt avec eux. Il n'en est plus parlé depuis ce tems-là pendant plusieurs siecles ; jusqu'à ce que leur nom ait commencé à revivre, avec quelques modifications, dans les Caraïtes. (D.J.)


SAEPINUM(Géogr. anc.) ancienne ville d'Italie, au pays des Samnites, près de l'Apennin, à la source du Tamarus, selon Ptolémée, lib. III. c. j. Tite-Live parle du siege de cette place par Papirius. La table de Peutinger fait mention de ce lieu, & le nomme Sepinum, à 12 milles de Sirpium. Pline liv. III. ch. xij. met le peuple saepinates entre les Samnites ; & une inscription dans le recueil de Gruter, fait mention d'eux ; municipes saepinates. C'est aujourd'hui Supino, au comté de Molise, dans le royaume de Naples. (D.J.)


SAEPRUS(Géog. anc.) riviere de l'île de Sardaigne, selon Ptolémée, lib. III. c. iij. qui en met l'embouchure sur la côte orientale. Elle conserve son nom ; c'est encore à présent le Sepro, selon le P. Coroneli. (D.J.)


SAETABIS(Géogr. anc.) ville de l'Espagne tarragonoise, au pays du peuple Contestani, dans les terres. Elle étoit sur une hauteur, comme il paroît par ces vers de Silius Italicus. lib. III. v. 873.

Celsa mittebat Saetabis arce.

Saetabis & telas Arabum sprevisse superba,

Et Pelusiaco filum componere lino.

Ces vers font voir non-seulement que Saetabis étoit au haut d'une colline, mais encore qu'il s'y faisoit des toiles qui surpassoient en finesse & en beauté celles d'Arabie, & que le fil qu'on y employoit, valoit bien celui de Péluse en Egypte.

On y travailloit aussi à des étoffes de laine, & Catulle, épigr. xxv. parle des mouchoirs de ce lieu-là, qu'il nomme sudaria Saetaba. Pline donne le troisieme rang au lin de Saetabis, entre les meilleurs & les plus estimés dans toute l'Europe. On prétend que c'est présentement Xativa.

Saetabes est aussi le nom d'une riviere de l'Espagne tarragonoise, dans les terres, au pays du peuple Contestani, selon Ptolémée, lib. II. c. vj. qui en met l'embouchure entre Alone & Illicitanus portus. Il paroît que c'est aujourd'hui Rio d'Alcoy. (D.J.)


SAETTELE CAP DE, (Géog. mod.) en italien punta della Saetta ; cap du royaume de Naples, sur la côte méridionale de la Calabre ultérieure, à une des extrêmités du mont Apennin, entre le cap delli Armi & celui de Spartivento. C'est le Brutium promontorium des anciens, selon Cluvier. (D.J.)


SAFANI-AL-BAHR(Géog. mod.) c'est-à-dire éponge de mer ; petite île d'Egypte, sur la côte occidentale de la mer Rouge, à 13 lieues au nord de Kossir. Elle n'a que deux lieues de longueur sur un quart de lieue de large. Latit. 27. (D.J.)


SAFARSAFER ou SAPHAR, s. m. (Hist. mod.) second mois des Arabes & des Turcs ; il répond à notre mois d'Octobre.


SAFIE(Géog. mod.) les Africains la nomment Asfi, & les Portugais Asafie ; ville d'Afrique dans la Barbarie, au royaume de Maroc, sur la côte de l'Océan, à l'extrêmité de la province de Duquela. Elle est environnée de murs & de tours, avec un château dont les Portugais ont été maîtres depuis l'an 1507, jusqu'en 1641 qu'ils l'abandonnerent. Plusieurs juifs s'y sont retirés pour le trafic. Le pays d'alentour est fertile en blé & en troupeaux. Long. 9. 38. latit. 32. (D.J.)


SAFRA(Géog. mod.) petite ville d'Espagne dans l'Estramadoure. Voyez ZAFRA.


SAFRANS. m. (Hist. nat. Bot.) crocus ; genre de plante à fleur liliacée & monopétale ; la partie inférieure est en forme de tuyau qui a un pédicule : ce tuyau s'évase par le haut, & il est divisé en six parties. Le pistil s'éleve du fond de cette fleur, & il se divise en trois filamens, terminés par une sorte de tête & par une aigrette. Le calice de la fleur devient dans la suite un fruit oblong, qui a trois angles & trois loges, & qui renferme des semences arrondies. Ajoutez aux caracteres de ce genre que la racine est composée de deux tubercules, dont l'un est plus petit que l'autre. Le plus gros se trouve placé au-dessous du plus petit, & il est charnu & fibreux. Ces deux tubercules sont recouverts d'une enveloppe membraneuse. Tournefort, inst. rei herb. Voyez PLANTE.

La plante dont on tire ces filamens, est nommée crocus ou crocus sativus, par tous les Botanistes. Sa racine est tubéreuse, charnue, de la grosseur d'une noisette, & quelquefois d'une noix, blanche, douce, double, dont la supérieure est plus petite, l'inférieure plus grosse & chevelue. Elles sont revêtues l'une & l'autre de quelques tuniques arides, roussâtres & en forme de réseau. De cette racine sortent sept ou huit feuilles, longues de 6 & même de 9 pouces, très-étroites & d'un verd foncé. Parmi ces feuilles s'éleve une tige courte, qui soutient une seule fleur en lys, d'une seule piece, blanche, fistuleuse par sa partie inférieure, & divisée en six segmens arrondis, de couleur gris-de-lin.

Il sort du fond de la fleur trois étamines, dont les sommets sont jaunâtres, & un pistil blanchâtre qui se partage comme en trois branches, larges à leur extrêmité supérieure, & découpées en maniere de crête, charnue, d'un rouge foncé, & comme de couleur vive d'oranger, lesquelles sont appellées par excellence du nom de safran. L'embryon qui soutient la fleur, se change en un fruit oblong, à trois angles, partagé en trois loges qui contiennent des semences arrondies.

Le safran croît dans la plûpart des pays, soit chauds, soit froids, en Sicile, en Italie, en Hongrie, en Allemagne, en Irlande, en Angleterre, dans plusieurs provinces de la France, dans la Guienne, dans le Languedoc, aux environs d'Orange, dans la Normandie & le Gâtinois. Le safran du Gâtinois & d'Angleterre passe pour le meilleur du monde, & on le préfere, avec raison, à l'oriental.

Le safran se multiplie commodément & communément par le moyen de ses bulbes, qui croissent tous les ans en grande quantité ; car lorsqu'on en seme la graine, il est plus long-tems à venir. On plante ses bulbes au printems, dans des sillons égaux & éloignés les uns des autres de six pouces. Ces bulbes ne produisent que des feuilles dans l'année où elles ont été plantées, & des fleurs l'année suivante au mois d'Octobre. Les fleurs ne durent qu'un ou deux jours après leur épanouissement. Quand elles sont tombées, il sort des feuilles qui sont vertes pendant l'hiver : elles sechent, se perdent au printems, & ne paroissent jamais pendant l'été.

Il arrive de-là qu'aussitôt que les fleurs du safran s'épanouissent, on les cueille au lever, ou au coucher du soleil, & on sépare les filamens du milieu de la fleur ; ensuite on les nettoie bien, on les seche & on les garde. Quelques jours après la premiere cueillette il s'éleve de nouvelles fleurs, on les cueille de nouveau, cette opération dure près de 30 jours.

Au mois d'Octobre, lorsque la plante fleurit, la racine n'est composée que d'une bulbe ; le printems & l'été suivant, elle en a deux l'une sur l'autre. Car lorsque les feuilles croissent au commencement de la belle saison, la partie supérieure de la racine d'où sortent les feuilles, croît aussi dans le même tems, jusqu'à ce qu'elle soit aussi grosse l'été que l'est la bulbe mere ; alors ayant acquis une constitution solide, pleine & succulente, la bulbe mere devient languissante, sans suc, flasque, & disparoît entierement dans le cours de l'automne : c'est l'image de la vie humaine.

Après que les fleurs sont passées, on retire les bulbes de la terre sur la fin d'Octobre ; on les garde dans un lieu sec sans les couvrir de terre ; on les tient éloignées des rayons du soleil de peur qu'elles ne se sechent, & cependant afin qu'elles murissent davantage, ce que l'on connoît quand les feuilles se fannent. Au retour du printems, on les plante de nouveau dans la terre.

Il est peu de plantes d'un aussi grand usage que le safran ; ses fleurs sont agréables à la vûe & à l'odorat. Son pistil est considéré comme une chose précieuse ; il entre dans les apprêts de cuisine ; il sert aux peintres en miniature ; il fournit aux teinturiers une très-belle couleur, & les Médecins l'employent dans plusieurs maladies. La fanne même & les pétales du safran servent dans les pays où on le cultive, à faire du fourrage pour les bestiaux.

Mais le safran, semblable aux plantes les plus précieuses, est tendre, délicat, & ne peut être conservé que par des soins proportionnés à ses usages ; aussi est-il attaqué de plusieurs maladies, qui toutes ensemble tendent à le détruire : cependant il n'en éprouve aucune plus dangereuse, ni qui lui soit plus nuisible, que celle que les habitans du Gâtinois appellent la mort. En effet, elle tue infailliblement le safran ; & de plus elle paroît contagieuse, & toujours en rond. D'une premiere plante attaquée, le mal se répand à celles d'alentour, selon des circonférences circulaires, & qui augmente toujours. On ne peut arrêter le mal que par des tranchées que l'on fait dans le champ pour empêcher la communication, à-peu-près comme dans une peste. C'est dans le printems, dans le tems de la seve, & lorsque le safran devroit avoir plus de force pour résister au mal, qu'il souffre ses plus grands ravages.

Comme il peut causer des dommages considérables, M. du Hamel, à qui d'ailleurs la simple curiosité de physicien auroit pû suffire, en étudia l'origine, & après un nombre de recherches, car il est très-rare que les premieres aillent droit au but, il la découvrit.

Une plante parasite, qui ne sort jamais de terre, & ne s'y tient guere à-moins de demi-pié de profondeur, se nourrit aux dépens de l'oignon du safran qu'elle fait périr, en tirant toute sa substance. Cette plante est un corps glanduleux ou tubercule, dont il sort des filamens violets, velus & menus comme des fils, qui sont ses racines ; ces racines produisent encore d'autres tubercules, & puisque les plantes qui tracent, tracent en tous sens, & que celle-ci ne peut que tracer, on voit évidemment pourquoi la maladie du safran s'étend toujours à la ronde. Aussi quand M. du Hamel examina un canton de safrans attaqués, il trouva toujours les oignons de ceux qui étoient au centre plus endommagés, plus détruits, & les autres moins, à proportion de leurs distances.

On voit pareillement pourquoi des tranchées rompent le cours du mal ; mais il faut qu'elles soient au moins profondes de demi-pié. Les laboureurs avoient trouvé ce remede sans le connoître, & apparemment sur la seule idée très-confuse de couper la communication d'une plante de safran à une autre. Il faut prendre garde de ne pas renverser la terre de la tranchée sur la partie saine du champ, on y renverseroit la plante funeste.

M. du Hamel a observé qu'elle n'attaque pas seulement le safran, mais encore les racines de l'hyeble, du coronilla flore vario, de l'arrête-boeuf, les oignons de muscari, & elle les attaque, tandis qu'elle ne touche pas au blé, à l'orge, &c. Ce n'est pas tant, comme on le pourroit croire, parce qu'elle fait un certain choix de sa nourriture, que parce qu'il lui est impossible à cause de la profondeur où elle se tient, de rencontrer des plantes dont les racines ou les oignons, ne sont qu'à une profondeur moindre. Hist. de l'acad. 1728. (D.J.)

SAFRAN, (Chymie, Diete & Mat. méd.) ses filamens blanchâtres ou d'un jaune pâle par une de leur extrêmité, & d'un rouge orangé ou purpurin par l'autre, d'une odeur assez agréable quoique forte, d'une saveur amere, &c. que tout le monde connoît sous le nom de safran, sont les étamines des fleurs d'une plante à qui appartient proprement le nom de safran ; mais d'après un usage fort reçu, on a transporté le nom de la plante à la seule de ses parties dont on fasse usage, comme on dit blé au lieu de semence de blé ; navets, au lieu de racines de navets, &c.

On doit choisir le safran récent, en filets larges, rouges, flexibles & gras au toucher, quoique sec, d'une odeur très-aromatique, & on doit rejetter celui qui est pâle & en brins menus, trop secs, peu odorans, ou noirâtre, & ayant l'odeur de moisi. On doit outre cela, monder pour l'usage le safran choisi de la partie de ses filets qui est blanche ou jaunâtre.

Le safran contient un principe aromatique très-abondant, très-expansible, & capable de parfumer une grande quantité d'eau, d'esprit-de-vin, d'huile par expression, &c.

Le safran contient aussi une partie colorante extrêmement divisible, & dont une très-petite portion peut teindre une quantité très-considérable de liquide aqueux ou spiritueux ; car cette substance est également soluble par ces deux menstrues, & n'est point miscible au menstrue huileux.

Enfin le safran contient une matiere fixe, qui est également soluble par l'esprit-de-vin & par l'eau ; ensorte que l'extrait de safran peut également s'obtenir par l'application convenable de l'un ou de l'autre de ces menstrues.

M. Cartheuser observe que le safran ne donne point d'huile essentielle ; ou du-moins qu'il n'a jamais retiré un pareil principe du safran ; car quant à ce que cet auteur ajoute, que si on le distille en une quantité considérable, celle d'une livre par exemple, on pourra obtenir jusqu'à une dragme & demie d'huile essentielle très-aromatique & très-pénétrante ; il ne rapporte ce fait que sur un témoignage d'autrui, sur un oui-dire.

Selon le même auteur, une once de bon safran donne environ six gros & demi de cette matiere également soluble par l'esprit-de-vin & par l'eau dont nous avons déja parlé, & qui est d'une nature véritablement singuliere, ayant, lorsqu'elle n'est rapprochée qu'en consistance médiocrement épaisse, l'aspect d'une huile très-rouge, une odeur très-pénétrante, une saveur amere aromatique très-vive, & étant capable d'être entierement redissoute, nonseulement dans l'eau & dans l'esprit-de-vin, mais même dans l'huile, s'il en faut croire Boerhaave. C'est principalement cette miscibilité à l'huile qui, si elle est réelle, constitue la véritable singularité de cette substance ; ensorte que Boerhaave, qui est prodigieusement enclin à voir dans tous les produits & les phénomenes chymiques, des merveilles, des nouveautés, des prodiges, est pardonnable d'avoir trouvé cet extrait de safran, prorsus singulare quid, quoiqu'il eût bien pû se passer de commenter cette assertion en observant que cet extrait n'étoit ni une huile, ni un esprit, ni une gomme, ni une résine, ni une gomme résine, ni une cire, ni un baume.

Le safran est employé dans les cuisines à titre d'assaisonnement, chez quelques peuples de l'Europe, fort peu en France, du-moins dans les bonnes tables ; mais il est généralement employé comme remede. Il est même placé à ce titre dans le rang le plus distingué. Il est célébré du consentement unanime des Médecins, comme un remede des plus précieux, des plus efficaces, une panacée, ou remede universel. Il a été appellé or végétal, aromate des Philosophes. Boerhaave croit qu'il est le véritable aroph de Paracelse ; ce dernier mot n'est que l'abréviation d'aroma philosophorum.

Les qualités du safran plus reconnues, & pour lesquelles il est plus communément employé, sont les qualités cordiales, stomachiques, utérines, antispasmodiques, apéritives, pectorales, anodines, cicatrisantes.

On le mêle très-communément dans les opiates & les autres compositions cordiales, stomachiques, & sur-tout dans les emmenagogues & hystériques. On l'a souvent mêlé à l'opium, soit dans des compositions officinales, soit dans les prescriptions magistrales. Geoffroi doute si cette addition modere l'effet de l'opium, ou si elle l'augmente.

Entr'autres vertus attribuées au safran, mais beaucoup moins constatées que celles dont nous venons de parler, on doit compter sa qualité pectorale, sa vertu specifique contre la jaunisse, sa qualité lythontriptique, & sa vertu alexipharmaque.

La vertu emmenagogue & hystérique du safran nous paroît aussi beaucoup mieux prouvée par l'observation que par l'expérience d'Amatus Lusitanus, qui rapporte qu'une femme ayant pris pendant sa grossesse un médicament qui contenoit du safran, accoucha de deux filles teintes de couleur jaune ; & par celle de J. F. Hertode, qui rapporte dans sa crocologie, qu'ayant mêlé pendant quelque tems du safran dans les alimens dont il nourrissoit une chienne pleine, il trouva la liqueur de l'amnios & la peau des petits chiens teinte de jaune, tandis que le chyle contenu dans les veines lactées avoit sa couleur blanche ordinaire ; circonstance que M. Cartheuser trouve digne de remarque, & qui prouveroit en effet que le safran a une certaine tendance vers la matrice, si cette expérience étoit réitérée & suffisamment retournée ; car unique & isolée comme elle est, elle ne prouve certainement rien, & ne produit pas même une forte présomption.

Le safran est employé extérieurement comme fortifiant, tonique, résolutif, détersif ; on le mêle assez communément au cataplasme de mica panis que l'on veut animer. Il est fort usité dans les collyres, & sur-tout dans ceux qu'on employe comme préservatifs dans la petite vérole & la rougeole.

Les qualités pernicieuses du safran n'ont pas été moins observées, ni peut-être moins exagérées que ses vertus. Ce qu'on a dit de plus sage, c'est qu'il falloit n'user de ce remede que modérément & à propos ; car cette circonspection est nécessaire dans l'administration de tous les remedes actifs & véritablement efficaces. Sa dose a été fixée pour l'usage intérieur à un scrupule, ou tout au plus à un demi-gros en substance, & celle de sa teinture & de son extrait à proportion. Une plus haute dose a été regardée de tous les tems par les plus graves auteurs comme mortelle.

L'odeur du safran est généralement reconnue pour narcotique & enyvrante. Mille observations, soit écrites, soit répandues par tradition, prouvent que des personnes qui avoient respiré cette odeur très-concentrée, qui ont été enfermées par exemple, dans des magasins où il y avoit une grande quantité de safran, qui se sont couchées sur une balle de safran, &c. que ces personnes, dis-je, ont contracté des maux de tête très-graves, quelquefois même incurables, ont eu l'esprit troublé, ont été attaquées d'un ris excessif & involontaire, & même sont mortes. Cette vertu singuliere de produire le ris a été aussi attribuée à son usage intérieur, & elle a été mise au nombre de ses propriétés salutaires, pourvû qu'on la contînt dans de justes bornes par une administration ménagée. Boerhaave s'en explique ainsi : moderato usu verum exhibet exhilarans. C'est dommage que cette qualité ne soit pas mieux constatée. Les expériences qui conduiroient à une vraie conviction n'ont certainement rien de rebutant.

Le safran est employé dans un très-grand nombre de préparations officinales, tant destinées à l'usage intérieur qu'à l'usage extérieur ; il est sur-tout un des principaux ingrédiens de l'élixir de propriété de Paracelse, de l'élixir de Garus, & des pilules de Rufus. Nous citons ces remedes par préférence, parce qu'étant très-peu composés, l'efficacité du safran y est plus sensible & plus réelle. Voyez ces articles.

Le safran donne son nom à un emplâtre, savoir l'emplâtre oxicroceum, que nous avons décrit à l'article EMPLATRE. Voyez cet article. (b)

SAFRAN BATARD, (Botanique) par les anciens, kartan par les Arabes, & carthamus par les Latins ; c'est cette espece de safran nommé carthamus officinalis, flore croceo, I. R. H. 457. Cnicus sativus, sive carthamum, C. B. P. 378.

La tige de cette plante est haute d'une coudée & demi, cylindrique, ferme, branchue, garnie de feuilles alternes, & en grand nombre, longues de deux pouces, larges de huit lignes, arrondies à leur base, & embrassant la tige, terminée en pointe aiguë, garnies de côtes & de nervures, lisses, & ayant à leur bord de petites épines un peu roides. Les fleurs naissent en maniere de tête à l'extrêmité des rameaux. Leur calice est composé d'écailles & de petites feuilles, duquel s'élevent plusieurs fleurons, longs de plus d'un pouce, d'un beau rouge de safran, foncés & découpés en cinq parties.

Les embryons des graines n'ont point d'aigrettes ; & lorsqu'elles sont parvenues à leur maturité, elles sont très-blanches, lisses, luisantes, longues de trois lignes, plus pointues à l'extrêmité inférieure, marquées de quatre angles ; elles contiennent sous une écorce un peu dure, & comme cartilagineuse, une espece d'amande blanchâtre, d'une saveur d'abord douçâtre, ensuite âcre, & qui cause des nausées.

Les fleurs paroissent dans le mois d'Août ; les graines sont mûres en automne. On cultive cette plante dans quelques provinces de France, d'Italie & d'Espagne, non-seulement pour l'usage de la Médecine, mais encore pour la teinture.

On estime les graines récentes, luisantes, blanches, quoique quelques-uns ne rejettent pas celles qui tirent sur le roux, celles dont la moëlle est blanche, grasse, & qui étant jettées dans l'eau, vont au fond ; mais il ne faut jamais employer celles qui sont flasques, moisies, cariées, rousses. On ne se sert que de la moëlle, & on rejette l'écorce.

La graine de carthame, que quelques-uns appellent aussi graine de perroquet, parce que les perroquets la mangent avec avidité, & s'en engraissent sans en être purgés, est un purgatif pour les hommes. Elle est remplie d'une huile âcre, à laquelle on doit rapporter sa vertu purgative. Les Médecins la donnent en émulsion ; quelques-uns la mêlent avec des décoctions, & tous tâchent d'en corriger les défauts par des remedes aromatiques ou stomachiques ; mais le plus sûr est de n'en point faire usage. (D.J.)

SAFRAN BATARD, voyez CARTHAME.

SAFRAN DES INDES, (Botan. exot.) Le safran, ou souchet des Indes, est appellé crocus indicus, Arabibus curcuma par Bontius. C'est une petite racine oblongue, tubéreuse, noueuse, de couleur jaune, ou de safran, & donnant la couleur jaune aux liqueurs dans lesquelles on l'infuse ; son goût est un peu âcre & amer ; son odeur est agréable, approchante de celle du gingembre, mais elle est plus foible.

La plante qui pousse cette racine, est nommée par Bontius, curcuma foliis longioribus & acutioribus ; & dans le jardin de Malabar, maniella kua. Tournefort a fait une erreur en la rangeant parmi les especes de cannacorus ; M. Linnaeus la caractérise ainsi :

Son calice est formé par plusieurs spates partiales, simples, & qui tombent ; la fleur est un pétale irrégulier, dont le tuyau est fort étroit. Le pavillon est découpé en trois parties, longues, aiguës, évasées & écartées. Le nectarium est d'une seule piece, ovale, terminée en pointe, plus grande que les découpures du pétale, auquel il est uni dans l'endroit où ce pétale est le plus évasé. Les étamines sont au nombre de cinq, dont quatre sont droites, grêles, & ne portent point de sommets ; la cinquieme, qui est plantée entre le nectarium, est longue, très-étroite, ayant la forme d'une découpure du pétale, & partagée en deux à son extrêmité, près de laquelle se trouve le sommet. Le pistil est un embryon arrondi qui supporte la fleur, & pousse un stile de la longueur des étamines, surmonté d'un stygma simple & crochu. Le péricarpe ou le fruit, est cet embryon qui devient une capsule arrondie à trois loges séparées par des cloisons ; cette capsule contient plusieurs graines.

La racine du safran des Indes meurit, & se retire de la terre après que ses fleurs se sont séchées. Cette plante est fort cultivée dans l'orient, pour l'usage de sa racine, qui sert à assaisonner la plûpart des mets ; ils usent aussi des fleurs pour en faire des pommades dont ils se frottent le corps. On regarde encore le safran des Indes comme un grand remede pour provoquer les regles, faciliter l'accouchement, & sur-tout pour la guérison de la jaunisse. Enfin les Indiens l'employent souvent dans la teinture.

Il y a une autre espece de safran des Indes que l'on surnomme rond, & que les Portugais nomment raiz de safrao : on ne le trouve pas dans les boutiques. C'est une racine tubéreuse, un peu ronde, plus grosse que le pouce, compacte, charnue, chevelue au-dehors, jaune en-dedans. Cette racine étant coupée transversalement a différens cercles, jaunes, rouges, de couleur de safran, elle imite le safran & le gingembre par son goût & son odeur, qui sont cependant plus foibles que dans le curcuma long ; elle a aussi les mêmes vertus, mais plus foibles. Cette plante qu'on appelle curcuma radice rotundâ dans l'Hort. malab. a les feuilles, les fleurs & les fruits semblables à la précédente. (D.J.)

SAFRAN DES INDES, (Mat. méd.) Voyez CURCUMA.

SAFRAN DE MARS, (Mat. méd.) Voyez MARS.

SAFRAN DE L'ETRAVE, (Marine) piece de bois qu'on attache depuis le dessous de la gorgere jusque sur le rinjot, & qui sert à faire venir le vaisseau au vent, lorsque par défaut de construction, il y vient difficilement. Cela s'appelle donner la pince d'un vaisseau.

SAFRAN, (Charpent.) c'est la planche qui est à l'extrêmité du gouvernail d'un bateau-foncet, sur laquelle sont attachées les barres qui soutiennent les planches de remplage. (D.J.)


SAFRANIERES. f. (Agriculture) plantation de safran dans un lieu préparé & choisi exprès pour sa culture ; on donne ordinairement trois labours par an à la safraniere : le premier quand on le plante, ou s'il est déja planté au printems, quand les feuilles tombent ; le second sur la fin de Juillet, & le troisieme au commencement de Septembre. On choisit de donner le dernier labour par un beau tems, & de ne pas offenser les oignons en labourant.

Une safraniere ainsi ménagée, dure trois années dans sa vigueur ; elle pourroit même continuer à rapporter pendant neuf ans, pourvû qu'on eût soin de la labourer, de la sarcler & de l'amander ; mais il vaut mieux après trois ans de production, lever hors de terre les oignons & les cayeux qu'ils ont produits pour les planter ailleurs, & vendre le surplus. Sitôt que les oignons sont hors de terre, on doit les mettre à l'ombre dans un endroit qui ne soit point humide. Il ne faut jamais les replanter dans l'endroit d'où on les a tirés, parce que la terre est usée ; il s'agit au contraire de la réparer & de la bien fumer.

Plusieurs cultivateurs partagent en quatre ce qu'ils ont de terre à mettre en safran ; ils garnissent les derniers quartiers des oignons & cayeux qu'ils retirent des premiers ; & comme ils ne fleurissent pas tous en même tems, ils ont plus de commodité à cueillir le safran qui refleurit d'un côté pendant que la dépouille se fait de l'autre. (D.J.)


SAFRESAFFRE, ZAFFRE ou SMALTE, s. m. c'est un verre coloré en bleu par le moyen du cobalt, dont on se sert pour faire du bleu d'empoi, & pour peindre en bleu sur la porcelaine, sur la fayance & sur l'émail. Cette substance se débite sous la forme d'une poudre qui est d'un bleu plus ou moins beau ; elle est désignée sous les différens noms de safflor, de smalte, de zaffre, mais elle est plus généralement connue en France sous celui de saffre ou de bleu d'émail.

On a dit à l'article COBALT, que c'étoit ce minéral qui donnoit la couleur bleue que l'on nomme saffri ; on a dit aussi que M. Brandt, savant chymiste Suédois, regardoit cette substance comme un demi-métal particulier, dont le caractere distinctif est de colorer le verre en bleu ; mais depuis la publication du volume qui contient l'article COBALT, plusieurs Chymistes ont fait de nouvelles expériences pour approfondir la nature de ce minéral singulier, & ils en ont porté un jugement tout différent de celui de M. Brandt & des personnes qui ont adopté son sentiment. Cela posé, on a cru devoir rapporter ici les expériences & les idées nouvelles qui ont paru sur ce sujet ; malheureusement, loin d'éclaircir la matiere, elles ne font qu'augmenter nos incertitudes. M. Rouelle, ainsi que quelques autres Chymistes françois, ont cru trouver la confirmation du sentiment de M. Brandt, parce qu'ils ont tiré du safre, c'est-à-dire du verre coloré par le cobalt, une substance parfaitement semblable à un régule semi-métallique, & qui, mêlé de nouveau avec du verre, le coloroit en bleu. Malgré cela, la plûpart des Minéralogistes & Métallurgistes allemands, refusent de regarder le cobalt comme un demi-métal particulier, & prétendent que la substance réguline que l'on tire du cobalt est une combinaison. M. Lehman dans le §. 90 de la nouvelle édition de sa Minéralogie, publiée en allemand à Berlin en 1760, dit que " le cobalt dont on fait la couleur bleue, abstraction faite de l'arsenic qu'il contient, ne peut point donner ni un métal, ni un demi-métal, de quelque façon qu'on s'y prenne, mais en se vitrifiant avec un sel alkali & une terre vitrifiable, il s'en précipite une substance appellée speiss, qui ressemble à un demi-métal, mais qui réellement n'est qu'une combinaison de cuivre, de fer, d'arsenic, & d'une terre propre à colorer en bleu ". Le même auteur ajoute dans le §. 91. " 1°. Que la matiere colorante qui se trouve dans le cobalt qui donne du speiss, est quelque chose de purement accidentel, c'est pour cela qu'elle se sépare de la partie réguline, tant par la vitrification, que par d'autres opérations chymiques ; & même si l'on fait fondre à plusieurs reprises le speiss produit par le cobalt, avec du sel alkali & du sable, il perd à la fin toute sa propriété de colorer en bleu. 2°. On peut s'assurer de la maniere suivante de ce qui entre dans la composition de la matiere réguline du cobalt qui donne le bleu ; pour cet effet, l'on n'a qu'à prendre du prétendu régule de cobalt pur, le faire fondre à plusieurs reprises avec de la fritte de verre, jusqu'à ce qu'il n'en parte plus de fumée, ni d'odeur arsenicale ; alors on n'aura qu'à le remettre de nouveau en régule, en extraire la partie cuivreuse, par le moyen de l'alkali volatil, jusqu'à ce que ce dissolvant ne devienne plus bleu ; enfin, si l'on dissout le résidu dans les acides, & qu'on précipite la dissolution, on ne tardera point à appercevoir le fer ".

M. de Justi, célebre chymiste allemand, très-versé dans la minéralogie, paroît être du même avis que M. Lehman ; il croit que la terre métallique du cobalt qui colore le verre en bleu, est produite par une combinaison du fer avec l'arsenic. Il appuie cette conjecture sur un fait attesté par M. Cramer, qui dit dans sa Docimasie, avoir oui dire que M. Henckel avoit eu le secret de colorer le verre en bleu, en faisant calciner de la limaille d'acier de Styrie. Un des amis de M. de Justi, qui avoit été le disciple de M. Henckel, l'a assuré de la vérité de ce fait, ajoutant même que pour faire cette expérience, il prenoit trois parties de limaille d'acier qu'il mêloit exactement avec une partie d'arsenic, & qu'il faisoit réverberer ce mêlange pendant trois jours, à un feu qui étoit doux au commencement, mais qu'il augmentoit par degrés.

Le même M. de Justi nous apprend, que la manganèse ou magnésie qui est un minéral ferrugineux, si on la joint avec de l'arsenic, & si on la calcine ensuite, devient propre à donner une couleur bleue au verre. Le même auteur parle d'un cobalt noir semblable à la mine d'arsenic noire, qui se trouve dans les terres de la dépendance du duc de Saxe-Cobourg, ainsi qu'au petit Zell, dans la basse-Autriche ; ce cobalt contenoit une grande quantité de fer & devoit sa couleur noire à ce métal, mais il ne contenoit que très-peu, ou même point du-tout d'arsenic ; en mêlant ensemble & faisant calciner ce cobalt noir & ferrugineux avec d'autre cobalt ordinaire, gris & chargé d'arsenic : M. de Justi dit que de ce mêlange, il résultoit une matiere très-propre à colorer le verre en bleu, c'est-à-dire à faire du safre. Il ajoute qu'il n'y a point de cobalt qui ne contienne des parties ferrugineuses plus ou moins abondamment, & il prétend que les cobalts ne sont propres à donner du bleu, que lorsqu'ils contiennent une juste proportion de fer & d'arsenic à la fois ; le cobalt noir du petit Zell donnoit à la vérité tout seul une assez bonne couleur, mais elle devenoit infiniment plus belle, lorsqu'on faisoit calciner ce cobalt avec un autre cobalt très-chargé d'arsenic. De plus, M. de Justi assure qu'il ne s'est point encore trouvé jusqu'ici de cobalt qui ne contint une portion d'argent, d'où il conjecture que l'argent pourroit contribuer à la couleur bleue que produit le cobalt. Telles sont les idées répandues dans différens mémoires sur le cobalt que M. de Justi vient d'insérer dans ses oeuvres Chymiques, publiées en allemand en 1760.

J'ajouterai encore à ces faits, que l'on a donné à M. de Montamy, premier maître d'hôtel de M. le duc d'Orleans, un morceau de cobalt noir trouvé en Espagne, près de la ville d'Aranda, dans la vieille Castille. Cette mine de cobalt calcinée ne donnoit que peu d'indice d'arsenic, cependant M. de Montamy n'a pas laissé d'en tirer un bleu de la plus grande beauté qu'il a employé dans les couleurs pour l'émail, dont il va bientôt enrichir le public. Ce cobalt a donné un bleu très-supérieur à celui des cobalts de Saxe & des autres pays d'Allemagne.

Dans la vie du célebre Becher, on rapporte que ce savant chymiste ayant pris du mécontentement des Saxons, les menaça de faire tomber leurs manufactures de safre, en donnant aux Anglois le secret d'en faire avec du bronze ou de l'alliage métallique dont on fait les cloches, appellé en anglois bell-metal ; peut-être aussi que le bell-metal dont Becher vouloit parler, étoit un minéral qu'il savoit contenir du cobalt.

On peut conclure de tous les faits qui viennent d'être rapportés, que la vraie nature du cobalt n'est point encore parfaitement connue ; que l'on ne connoît point toutes ses mines, & qu'il pourroit y avoir plusieurs manieres de faire du safre. Quoi qu'il en soit, nous allons décrire celle qui se pratique à Schneeberg, en Misnie, qui est l'endroit de toute l'Europe où l'on fait la plus grande quantité de safre, ce qui produit un revenu très-considérable pour l'électeur de Saxe & pour ceux qui sont intéressés dans ces manufactures.

Comme les mines de cobalt qui se trouvent en Misnie sont accompagnées d'une très-grande quantité de bismuth, on est obligé d'en séparer ce demi-métal, qui donnoit une mauvaise couleur au safre. Pour cet effet, on forme une aire, on y place deux longs morceaux de bois, le long desquels on arrange des petits morceaux de bois minces fort proche les uns des autres. On jette la mine par-dessus, on allume le bois lorsqu'il fait du vent, & le bismuth qui est aisé à fondre se sépare de la mine.

Nous ne répéterons point ici ce qui a été dit de la maniere de calciner le cobalt, pour en dégager l'arsenic dont il est abondamment chargé dans la mine ; cette calcination se fait dans un fourneau destiné à cet usage, on étend le cobalt pulvérisé grossiérement sur l'aire de ce fourneau, qui a environ sept piés de long & autant de large. On ne le chauffe qu'avec de bon bois bien sec ; la flamme roule sur le cobalt, que l'on remue de tems en tems avec un rable de fer ; par ce moyen l'arsenic s'en dégage, & il est reçu dans un long tuyau ou dans une cheminée horisontale. Voyez l'article COBALT & la Pl. qui y est citée : on continue cette calcination pendant quatre, cinq, six, & même pendant neuf heures consécutives, suivant que la mine est plus ou moins chargée d'arsenic. Le cobalt grillé se passe par un tamis de fil de laiton, & l'on écrase de nouveau les parties qui n'ont point pû passer au-travers du tamis.

Cependant il faut observer qu'il y a des mines de cobalt qui n'ont pas besoin d'être calcinées, & qui ne laissent pas de donner de très-bon safre ; le cobalt noir, dont nous avons parlé, est dans ce cas, vû qu'il ne s'en dégage que très-peu, ou même point du-tout d'arsenic ; alors le travail est plus facile & moins couteux, puisque l'on épargne les frais & le travail de la calcination.

Le cobalt ayant été calciné & pulvérisé, se mêle avec de la potasse bien purifiée & calcinée dans un fourneau, pour en dégager toutes les ordures & les matieres étrangeres qui peuvent y être jointes. Voyez l'article POTASSE. On y joint encore des cailloux ou du quartz calcinés & pulvérisés, & passés au tamis. Pour pouvoir plus facilement réduire ces cailloux en poudre, on les fait rougir & on les éteint dans l'eau froide à plusieurs reprises ; ce sont-là les trois matieres qui entrent dans la composition du safre. On prend ordinairement parties égales de cobalt, de potasse & de cailloux pulvérisés, cependant il faut consulter la nature du cobalt qui donne, tantôt plus, tantôt moins de couleur ; c'est pourquoi il faut s'assurer d'abord par des essais en petit de la qualité du cobalt, par la couleur qu'il donne, avant que de le travailler en grand. Si l'on n'avoit point de cailloux convenables, on pourroit faire la fritte du verre avec du sable blanc, semblable à celui dont on se sert dans les Verreries.

Lorsqu'on a pris ces précautions, on mêle exactement ensemble la fritte, c'est-à-dire la composition dont on doit faire le safre ; ce mêlange se fait dans des caisses de bois, où il demeure pour en faire usage au besoin.

Le fourneau dont on se sert pour faire fondre le mêlange, ressemble à ceux des verreries ordinaires, il a environ six piés de long, sur trois de large & sur six de haut. Les pots ou creusets dans lesquels on met le mêlange, qui doit faire du verre bleu ou du safre, se placent sur des murs qui sont environ à la moitié de la hauteur du fourneau. L'entrée du fourneau par où l'on y place les creusets se ferme avec une plaque de terre cuite que l'on peut ôter à volonté ; au milieu de cette porte est une petite ouverture qui sert à recuire les essais ou échantillons de la matiere vitrifiée que l'on a puisés dans les creusets au bout d'une baguette de fer ; durant le travail cette ouverture se bouche avec de la terre glaise. Sur chacun des côtés du fourneau sont trois ouvreaux qui servent à mettre la fritte dans les creusets, & à la puiser lorsqu'elle est fondue ; pendant qu'on fait fondre la matiere, on bouche ces ouvreaux à environ un pouce près, & alors ils servent de regîtres au fourneau & donnent un passage libre à l'air. Au-dessous des ouvreaux, il y a encore trois portes ou ouvertures que l'on ne débouche que lorsqu'il y a quelque réparation à faire aux creusets, ou lorsqu'on veut en remettre de nouveaux. Au pié du fourneau est le cendrier & une autre ouverture, qui sert à retirer le verre qui a pû sortir des creusets, que l'on remet à fondre. Les creusets sont faits de bonne terre, on les fait bien sécher dans un fourneau fait exprès, qui est à côté du fourneau de verrerie ; on place six creusets à la fois dans le fourneau ; comme il faut que la chaleur soit très-sorte, on ne le chauffe qu'avec du bois, que l'on a fait sécher presque au point de le réduire en charbon, dans un fourneau qui communique avec le premier ; les buches doivent être minces pour ce travail.

Lorsque le mêlange a été exposé pendant 6 heures à l'action du feu, on le remue dans les creusets avec une baguette de fer ; on continue à faire la même chose de quart-d'heure en quart-d'heure, & on laisse le mêlange exposé au feu encore pendant 6 heures ; ainsi il faut 12 heures pour que la fusion soit parfaite, on n'en emploie que huit lorsqu'on fait du safre commun.

On reconnoît que le safre est assez cuit aux mêmes signes que tout le verre, c'est-à-dire on trempe une baguette de fer dans la matiere fondue ; lorsqu'elle s'attache à la baguette & forme des filamens, c'est un signe que la matiere est assez cuite.

Au bout de ce tems, on puise la matiere fondue qui est dans les creusets avec une cuillere de fer, & on la jette dans des cuves ou dans des baquets pleins d'eau très-pure, afin d'étonner le verre & de le rendre plus facile à s'écraser ; cette opération est très-importante.

Au fond des creusets, dans lesquels on a fait la fonte, il s'amasse du bïsmuth, vu que ce demi-métal accompagne presque toujours les mines de cobalt que l'on trouve en Misnie, & il n'a pu en être totalement séparé par le grillage. Au-dessus de ce bismuth se trouve une matiere réguline, que les Allemands nomment speiss ; cette matiere a été peu connue jusqu'à présent. M. Gellert, dans le tems qu'il a publié sa chymie métallurgique, regardoit le speiss comme un vrai régule de cobalt pur ; il dit qu'en faisant calciner cette matiere, un quintal de cette substance suffit pour colorer en bleu 30 ou 40 quintaux de verre, au lieu que la mine de cobalt grillée de la maniere ordinaire ne peut colorer en bleu que de huit à quinze fois son poids de verre. Voyez la traduction françoise de la chymie métallurgique de M. Gellert, t. I. p. 45. Mais on a appris depuis que M. Gellert s'est retracté sur cet article ; & aujourd'hui avec tous les Métallurgistes saxons, il regarde le speiss comme une combinaison de fer, de cuivre & d'arsenic, & non comme un régule de cobalt.

Voici comment on sépare ce speiss d'avec le bismuth : lorsqu'on laisse éteindre le feu du fourneau, & que l'on veut sacrifier les creusets, on les remplit des résidus qui ont été retirés de ces creusets & qui étoient au fond du verre ; on les fait fondre, alors le bismuth qui est le plus pesant tombe au fond, & le speiss qui est plus leger reste au-dessus ; & lorsque le tout est refroidi, on sépare aisément ces deux substances. Mais la séparation s'en fait encore mieux lorsque l'on allume simplement du feu autour de ces masses régulines qui sont en forme de gâteau, par-là le bismuth qui se dégage est plus pur & se fond plus promtement. Lorsque l'on fait l'extinction du safre dans l'eau, il tombe aussi quelques particules de speiss au fond des cuves, dans lesquelles on éteint le safre dont on sépare ces particules.

Après que le verre bleu a été éteint dans l'eau, on le retire & on le porte pour être écrasé sous les pilons du bocard ; au sortir du pilon, on le passe par un tamis de fils de laiton, & on le porte au moulin. C'est une pierre fort dure, placée horisontalement & entourée de douves, qui forment ainsi une espece de cuve. Au milieu de cette pierre, qui sert de fond à la cuve, est un trou garni d'un morceau de fer bien trempé, dans lequel est porté le pivot d'un aissieu de fer, qui fait tourner verticalement deux meules de pierres ; ces meules servent à écraser & pulvériser encore plus parfaitement le verre bleu ou le safre qui a été tamisé, & qui a été étendu sur le fond de la grande cuve & recouvert avec de l'eau. On broie ainsi ce verre pendant six heures, alors on lâche des robinets qui sont aux côtés de la cuve du moulin, & l'eau, qui est devenue d'une couleur bleue en passant par ces robinets, découle dans des baquets ou seaux qui sont placés au-dessous ; de-là on porte cette eau dans des cuves où elle séjourne pendant quelques heures, par ce moyen la couleur dont elle étoit chargée se dépose peu-à-peu au fond des cuves ; on puise l'eau qui surnage, on la verse dans des auges qui la conduisent à un réservoir où elle acheve de se dégager de la partie colorante dont elle est encore chargée ; l'eau qui surnage dans ce premier réservoir retombe dans un second, & de-là dans un troisieme où elle a le tems de devenir parfaitement claire, & la couleur de se déposer entierement.

On met la couleur qui s'est déposée dans des baquets, où on la lave avec de nouvelle eau pour en séparer les saletés qu'elle peut avoir contractées ; cela se fait en la remuant avec une spatule de bois ; on réïtere ce lavage à plusieurs reprises, après quoi on puise cette eau agitée, on la passe par un tamis de crin fort serré, & cette eau qui a ainsi passé séjourne pendant quelques heures dans un nouveau vaisseau. Au bout de ce tems, on décante l'eau claire, & l'on a du safre qui sera d'une grande finesse & d'une belle couleur.

On étend également cette couleur sur des tables garnies de rebords ; on la fait sécher dans des étuves bien échauffées ; lorsque la couleur est bien seche, on la met dans une grande caisse garnie de toile, où on la sasse au-travers d'un tamis de crin fort serré. L'ouvrier qui fait ce travail est obligé de se bander la bouche avec un linge, pour ne point avaler la poudre fine qui voltige. On met ainsi plusieurs quintaux de safre dans la caisse, on l'humecte avec de l'eau, on le paîtrit avec les mains pour le mouiller également, on le pese ; alors un inspecteur examine si la nuance de la couleur est telle qu'elle doit être ; lorsqu'elle est ou plus claire ou plus foncée qu'il ne faut, il y remédie en mêlant ensemble différens safres, & par-là il donne la nuance requise. Après que cette couleur a été pesée, on l'entasse fortement dans des barrils, sur lesquels on imprime avec un fer chaud une marque, qui indique la qualité du safre qui y est contenu. Les Saxons nomment echel la couleur la plus fine & la plus belle : suivant ses différens degrés de finesse & de beauté, on la désigne par différentes marques ; H E F désigne la plus parfaite ; E F E est d'une qualité au-dessous ; F E est encore inférieure ; M E signifie eschel médiocre ; O E eschel ou couleur ordinaire ; O C marque une couleur claire ordinaire ; O H annonce un bleu vif ; M C claire moyen ; F C couleur fine ; F F C une couleur très-fine. Les barrils ainsi préparés se vendent en raison de la beauté & de la finesse de la couleur, & se transportent dans toutes les parties de l'Europe ; on assure même que les Chinois en ont tiré une grande quantité depuis quelques années.

Telle est la maniere dont on fait le safre en Misnie, où il y en a quatre manufactures qui sont une source de richesse pour le pays. Les Saxons ont fait long-tems un très-grand mystere de ce travail ; le célebre Kunckel est le premier qui en ait donné une description dans ses notes sur l'art de la Verrerie d'Antoine Néri. Depuis, M. Zimmermann en a donné un détail très-circonstancié dans un ouvrage allemand qu'il a intitulé, Académie minéralogique de Saxe ; son mémoire a été traduit en françois, & se trouve à la suite de l'Art de la Verrerie de Néri & de Kunckel, que j'ai publié à Paris en 1752. Cependant il est certain que les Saxons ont toujours fait des efforts pour cacher leur procédé, & jamais ils n'ont communiqué au public les ordonnances & les réglemens de leurs manufactures de safre qui sont de l'année 1617, non plus que les divers changemens qu'on y a faits depuis ce tems.

Quoi qu'il en soit, on fait du safre en Bohème, dans le duché de Wirtemberg, à Ste Marie aux mines en Lorraine, &c. il est vrai que l'on donne la préférence à celui des Saxons ; il y a lieu de croire que cela vient de leur grande expérience, de la bonté du cobalt qu'ils employent, & du choix des matieres dont ils font le verre. Comme le cobalt est une substance minérale qui se trouve très-abondamment presque par-tout où il y a des mines, il est à présumer qu'on réussira aussi-bien que les Saxons en apportant à ce travail la même attention qu'eux. 1°. Il faut bien choisir les cailloux dont on fera la fritte du verre ; souvent des cailloux qui paroîtront parfaitement blancs & purs contiennent des parties ferrugineuses que l'action du feu développe, alors ces cailloux rougiront ou jauniront par la calcination, & ils pourront nuire à la beauté de la couleur du safre ; d'un autre côté, il y a des cailloux qui, quoique naturellement colorés, perdent cette couleur dans le feu, ceux-là pourront être employés avec succès ; on voit par-là qu'il faut s'assûrer par des expériences, de la qualité des cailloux qu'on employera ; au défaut de cailloux, on pourra se servir d'un sable bien blanc & bien pur. 2°. Il faut que la potasse, la soude ou le sel alkali fixe que l'on mêlera dans la fritte du verre soit aussi parfaitement pure. 3°. Il ne faut point négliger l'eau dans laquelle on éteint le verre bleu au sortir du fourneau, afin de pouvoir le pulvériser plus aisément ; si cette eau étoit impure & mêlée de particules étrangeres, elle pourroit nuire à la beauté du safre. En général ce travail exige beaucoup de netteté & de précaution. (-)


SAGAS. f. (Gram. hist.) anciennes histoires du Nord.


SAGACITÉS. f. (Logique) Locke définit la sagacité, une disposition qu'a l'esprit à trouver promtement les idées moyennes qui montrent la convenance ou la dissonance de quelque autre idée, & en même tems à les appliquer comme il faut. (D.J.)


SAGAIES. f. terme de relation, espece de dard ou de javelot des insulaires de Madagascar. Le bois en est long d'environ quatre piés ; il est fort souple, & va toujours en diminuant vers le bout par où on le tient pour le lancer. Le fer de ces sagaies est ordinairement empoisonné, ce qui fait que les blessures en sont presque toujours mortelles. (D.J.)


SAGALASSESagalassus, (Géog. anc.) ville de Pisidie, quoique Ptolémée l'ait mise dans la Lycie ; son erreur est visible, par le consentement général de tous les anciens. Pline, l. V. c. xxvij. la nomme Sagalessus. Strabon compte une journée de chemin entre cette ville & Apamée ; il dit, l. XII. p. 569. qu'elle étoit du département de l'officier que les Romains avoient établi gouverneur du royaume d'Amyntas, & que pour aller de la citadelle à la ville il y avoit une descente de 30 stades.

Arrien, dans ses guerres d'Alexandre, l. IV. donne Sagalassus à la Pisidie. C'étoit, dit-il, une assez grande ville habitée par les Pisidiens. Tite-Live, l. XXXVIII. c. xv. décrivant la route que suivit le consul Manlius pour passer de la Pamphylie dans la Phrygie, dit : " En revenant de Pamphylie, il campa au bord du fleuve Taurus le premier jour, & le lendemain à Xiline-Comé ; de-là il alla, sans s'arrêter, jusqu'à la ville de Cormasa. Celle de Darsa n'étoit pas loin, les habitans s'en étoient enfuis, il y trouva des vivres en abondance. Marchant ensuite le long des marais, il reçut les soumissions de la ville de Lysinoé qui lui envoyoit des députés. On arriva bientôt dans le territoire de Sagalassus, où il y avoit quantité de grains. Les habitans sont des Pisidiens, les meilleurs soldats de tout ce pays ; ce qui joint à la fécondité de la terre, à la multitude d'un peuple nombreux, & à la situation de la ville extraordinairement fortifiée, enfle le courage ". (D.J.)


SAGAMITÉS. f. terme de relation, espece de mets dont se nourrissent les peuples du Canada. La sagamité se fait avec du blé d'Inde que les femmes cultivent, & qu'elles broyent avec des pierres. Elles le cuisent dans l'eau, & y mêlent quelquefois de la chair & du poisson. (D.J.)


SAGANS. m. (Hiérarchie des Hébreux) le sagan chez les Hébreux étoit le lieutenant du grand prêtre, & celui qui faisoit les fonctions en son absence. Ainsi Eléasar étoit le vicaire d'Aaron, souverain pontife. Il est parlé dans les livres des rois de ces deux charges de prêtrise. (D.J.)

SAGAN, (Géog. mod.) petite ville ou bourgade d'Allemagne en Silésie, capitale de la principauté de même nom, au confluent du Bober & de la Queiss, à 38 lieues de Prague, avec un château. Elle étoit autrefois bien peuplée, mais elle a souffert plusieurs malheurs consécutifs, qui l'ont réduite à une seule paroisse ; elle appartient à présent au prince de Lobkowitz. Long. 32. 10'. latit. 51. 34'. (D.J.)


SAGAPENUMS. m. (Hist. des Drogues exot.) suc qui tient le milieu entre la gomme & la résine ; tantôt il est en grandes gouttes comme l'encens, tantôt en gros morceaux : il est roussâtre en-dehors, & intérieurement d'une certaine couleur de corne ; il plie, blanchit sous la dent, & même entre les doigts ; il est d'un goût âcre & mordicant, d'une odeur puante, forte, qui approche de celle du porreau, & qui tient comme le milieu entre l'assa-foetida & le galbanum. Lorsqu'on l'approche de la chandelle il s'enflamme, & quand il est cuit sur le feu avec de l'eau, du vin, & du vinaigre, il se résout entierement ; on en trouve dans les boutiques des morceaux sales, & comme fondus, d'une couleur obscure, mais qui ont le même goût & la même odeur que le plus pur.

On estime le sagapenum qui est transparent, roux en - dehors, qui paroît former intérieurement des gouttes blanches ou jaunâtres, qui lorsqu'on le brise, plie sous les doigts, & qui lorsqu'on le manie, répand une odeur également pénétrante & désagréable.

Charas fait mention d'un sagapenum blanc en-dedans & en - dehors, qu'il croit le meilleur ; mais on en trouve rarement de tel dans les boutiques.

Les anciens Grecs connoissoient le sagapenum : Dioscoride dit que c'est le suc d'une plante férulacée qui croît dans la Médie ; on nous l'apporte encore aujourd'hui de Perse & d'Orient.

La plante d'où il découle nous est inconnue : on conjecture avec assez de raison par les parcelles de tiges & les graines, qui sont souvent mêlées avec ce suc, que c'est une espece de férule. (D.J.)


SAGARI LEZAGARI, ou SACARIE, (Géogr. mod.) riviere de l'Anatolie ; son nom vient sans doute de Sangarios, fleuve assez célebre dans les anciens auteurs, lequel servoit de limites à la Bithynie. (D.J.)


SAGARIS(Géog. anc.) riviere de la Sarmatie en Europe. Ovide, de Ponto, l. IV. eleg. x. v. 45. & seqq. dit en nommant divers fleuves qui avoient leurs embouchures dans la mer Noire :

Adde quod hic clauso miscentur flumina Ponto,

Vimque fretum, multo perdit ab amne suam.

Hùc Lycus, hùc Sagaris, Peniusque, Hypanisque,

Cratesque,

Influit, & crebro vortice tortus Halys,

Partheniusque rapax & volvens saxa Cynapes

Labitur, & nullo tardior amne Tyrus.

Si Ovide n'avoit mis dans cette liste que des rivieres de la côte septentrionale, ce passage seroit décisif ; mais il y en met, comme l'Healise, qui sont de la côte méridionale. Il est naturel de croire que le Sagaris du poëte, est la riviere dont l'embouchure en forme de golfe, est nommée Sagaricus sinus par Pline, l. IV. c. xij. Sagaris s'appelle aujourd'hui le Fagre. (D.J.)


SAGARIUSS. m. (Hist. anc.) marchand de soie ou de couverture.


SAGATIOS. f. (Hist. rom.) c'est ce que nous appellons berner, faire danser sur la couverture : l'empereur Othon s'amusoit dans sa jeunesse à berner les ivrognes qu'il trouvoit la nuit dans les rues ; ce fut aussi l'amusement de Néron.


SAGDou SAGOU, s. m. (Gramm.) pain qui se fait avec la moëlle d'un arbre : on mange le sagou aux Molucques & en d'autres contrées de l'orient.


SAGE LE(Philosophie) le sage, quelque part qu'il se trouve, est, comme dit Leibnitz, citoyen de toutes les républiques, mais il n'est pas le prêtre de tous les dieux ; il observe tous les devoirs de la société que la raison lui prescrit ; mais sa maniere de penser au-dessus du vulgaire, ne dépend ni de l'air qu'il respire, ni des usages établis dans chaque pays. Il met à profit l'instant qu'il tient, sans trop regretter celui qui est passé, ni trop compter sur celui qui s'approche. Il cultive sur-tout son esprit ; il s'attache au progrès des Arts ; il les tourne au bien public, & la palme de l'honneur est dans sa main. Il sait tirer un bon usage des biens & des maux de la vie, semblable à la terre qui s'abreuve utilement des pluies, & qui se pénetre des chaleurs vivifiantes dans les jours brillans & serains. Il tend à de si grandes choses, dit la Bruyere, qu'il ne porte point ses desirs à ce qu'on appelle des trésors, des postes, la fortune, & la faveur. Il ne voit rien dans de si foibles avantages, qui soit assez solide pour remplir son coeur, & pour mériter ses soins. Le seul bien capable de le tenter, est cette sorte de gloire qui devroit naître de la vertu toute pure & toute simple ; mais les hommes ne l'accordent guere, & il s'en passe.

Si vous avez quelque goût pour le sage, & que vous aimiez à entrer dans les détails de sa vie, & dans sa façon de penser, l'aimable peintre des saisons va vous en faire le tableau.

Le sage, dit - il, est celui qui dans les villes, ou loin du tumulte des villes, retiré dans quelque vallon fertile, goûte les plaisirs purs que donne la vertu. Il ne voudroit pas habiter ces palais somptueux, dont la porte orgueilleuse vomit tous les matins la foule rampante des vils flatteurs qui sont à leur tour abusés. Il ne se soucie nullement de cette robe brillante, où la lumiere fait réfléchir mille couleurs, qui flotte négligemment, ou qui se soutient par les bandes d'or, pour éviter la peine de la porter. Il n'est pas plus curieux de la délicatesse des mets : un repas frugal, débarrassé d'un vain luxe, suffit à ses besoins, & entretient sa santé ; sa tasse ne pétille pas d'un jus rare & coûteux ; il ne passe pas les nuits plongé dans un lit de duvet, & les jours dans un état d'oisiveté : mais est-ce une privation pour celui qui ne connoît pas ces joies fantastiques & trompeuses, qui promettent toujours le plaisir, & ne donnent que des peines ou des momens de trouble & d'ennui ?

Loin des traverses & des folles espérances, le sage est riche en contentement, autant qu'il l'est en herbes & en fruits : il s'assied tantôt auprès d'une haie odoriférante, & tantôt dans des bosquets & des grottes sombres ; ce sont les asyles de l'innocence, de la beauté sans art, de la jeunesse vigoureuse, sobre, & patiente au travail. C'est-là qu'habite la santé toujours fleurie, le travail sans ambition, la contemplation calme, & le repos philosophique.

Que d'autres traversant les mers courent après le gain ; qu'ils fendent la vague bouillonnante d'écume pendant de tristes mois ; que ceux-ci trouvant de la gloire à verser le sang, à ruiner les pays & les campagnes, sans pitié du malheur des veuves, de la désolation des vierges, & des cris tremblans des enfans ; que ceux-là loin de leurs terres natales, endurcis par l'avarice, trouvent d'autres terres sous d'autres cieux ; que quelques-uns aiment avec passion les grandes villes, où tout sentiment sociable est éteint, le vol autorisé par la ruse, & l'injustice légale établie ; qu'un autre excite en tumulte une foule séditieuse, ou la réduise en esclavage ; que ceux-ci enveloppent les malheureux dans des dédales de procès, fomentent la discorde, & embarrassent les droits de la justice. Race de fer ! Que ceux-là avec un front plus serein, mais également dur, cherchent leurs plaisirs dans la pompe des cours & dans les cabales trompeuses ; qu'ils rampent bassement en distribuant leurs souris perfides, & en suivant le pénible labyrinthe des intrigues d'état. Le sage libre de toutes ces passions orageuses, écoute, & n'entend que de loin & en sûreté, rugir la tempête du monde, & n'en sent que mieux le prix de la paix dont il est environné. La chûte des rois, la fureur des nations, le renversement des états, n'agitent point celui qui dans des retraites tranquilles & des solitudes fleuries, étudie la nature & suit sa voix. Il l'admire, la contemple dans toutes ses formes, accepte ce qu'elle donne libéralement, & ne desire rien de plus.

Quand le printems réveille les germes, & reçoit dans son sein le souffle de la fécondité, ce sage jouit abondamment de ses heures délicieuses ; dans l'été, sous l'ombre animée, & telle qu'on la goûte dans le frais Tempé, ou sur le tranquille Némus, il lit ce que les Muses immortelles en ont chanté, ou écrit ce qu'elles lui dictent ; son oeil découvre, & son espoir prévient la fertilité de l'année. Quand le lustre de l'automne dore les campagnes, & invite la famille du laboureur, saisi de la joie universelle, son coeur s'enfle d'un doux battement ; environné des rayons de la maturité, il médite profondément, & ses chants trouvent plus que jamais à l'exercer. L'hiver sauvage même est un tems de bonheur pour lui : la tempête formidable & le froid qui la suit, lui inspirent des pensées majestueuses : dans la nuit les cieux clairs & animés par la gelée qui purifie tout, versent un nouvel éclat sur son oeil serein. Un ami, un livre, font couler tranquillement ses heures utiles ; la vérité travaille d'une main divine sur son esprit, éleve son être, & développe ses facultés ; les vertus héroïques brûlent dans son coeur.

Il sent aussi l'amour & l'amitié ; son oeil modeste exprime sa joie ; les embrassemens de ses jeunes enfans qui lui sautent au cou & qui desirent de lui plaire, remuent son ame tendre & paternelle ; il ne méprise pas la gaieté, les amusemens, les chants, & les danses ; car le bonheur & la vraie philosophie sont toujours sociables, & d'une amitié souriante. C'est-là ce que les vicieux n'ont jamais connu ; ce fut la vie de l'homme dans les premiers âges sans corruption, quand les anges, & Dieu même, ne dédaignoient pas d'habiter avec lui.

Ajouterai-je pour terminer le tableau du sage, la peinture qu'en a fait un de nos poëtes d'après ces vers d'Horace, impavidum ferient ruinae.

Le sage grand comme les dieux

Est maître de ses destinées,

Et de la fortune & des cieux,

Tient les puissances enchaînées ;

Il regne absolument sur la terre & sur l'onde ;

Il commande aux tyrans ; il commande au trépas ;

Et s'il voyoit périr le monde,

Le monde en périssant ne l'étonneroit pas.

(D.J.)

SAGES, (Littérature) nom sous lequel les Grecs désignoient en général les Philosophes, les Orateurs, les Historiens, & les autres Savans de toute espece. Pythagore sentit le premier que le titre de sage, êtoit trop fastueux ; il prit celui de philosophe, qui signifie ami de la sagesse. La doctrine des sages, si on en excepte Thalès, qui cultivoit déja la Physique & l'Astronomie, se bornoit à des sentences ou maximes pour la conduite de la vie ; du reste, ni système, ni école formée, ni contradicteurs. (D.J.)

SAGES - GRANDS, (Gouv. de Venise) il y a six sages-grands, ainsi nommés à Venise, parce qu'ils manient les grandes affaires de la république, & que pour cela, on suppose qu'ils ont plus de sagesse & d'expérience que le commun des nobles. Ils examinent entr'eux les affaires qui doivent être portées au sénat, & les lui proposent préparées & digérées ; leur pouvoir ne dure que six mois. On appelle sage de la semaine, celui qui à chaque semaine reçoit les mémoires & les requêtes qu'on présente au college des sages-grands, pour les proposer au sénat. Il y a encore cinq sages de terre ferme : leur fonction est d'assister aux recrues des gens de guerre, & de les payer. On les traite d'excellence comme les autres ; il y a de plus le conseil des dix sages. C'est un tribunal où l'on estime, & où l'on taxe le bien des particuliers, lorsqu'il se fait des levées extraordinaires. Enfin, il y a les sages des ordres, qui sont cinq jeunes hommes de la premiere qualité, à qui on donne entrée au college, où se traitent les affaires de la république, pour écouter & pour se former au gouvernement sur l'exemple des autres sages. Amelot de la Houssaye. (D.J.)

SAGE, (Maréchal.) un cheval sage est un cheval doux & sans ardeur.

SAGE, tableau sage se dit en Peinture, d'un tableau dans lequel il n'y a rien d'outré, & où l'on ne voit point de ces écarts d'imagination, qui à force d'être pittoresques, tiennent de l'extravagant, & où les licences ne sont portées à tous égards qu'aux termes convenables. Peintre sage se dit aussi de celui qui fait des tableaux de ce genre.

SAGES CHIENS, (Vénerie) ce sont ceux qui conservent le sentiment des bêtes qui leur ont été données, & qui en gardent le change.

SAGE-FEMME, s. f. celle qui pratique l'art des accouchemens. Les sages-femmes ont une maîtrise, & ne forment point de communauté entr'elles. Elles sont reçues maîtresses sages-femmes par le corps des Chirurgiens, à la police duquel elles sont soumises. Les loix pour les sages-femmes de Paris sont différentes que pour les sages-femmes de province, tant des villes que des villages. A Paris on ne peut être reçu à la maîtrise de sage - femme avant l'âge de vingt-ans ; il faut avoir travaillé en qualité d'apprentisse pendant trois années chez une maîtresse sage-femme de Paris, ou trois mois seulement à l'hôtel-dieu. Les brevets d'apprentissage chez les maîtresses sages-femmes doivent avoir été enregistrés au greffe du premier chirurgien du roi, dans la quinzaine de leur passation, à peine de nullité ; & les apprentisses de l'hôtel-dieu sont tenues de rapporter un simple certificat des administrateurs, attesté par la maîtresse & principale sage-femme de l'hôtel-dieu.

L'aspirante à la maîtrise de sage-femme est interrogée à S. Côme par le premier chirurgien du roi ou son lieutenant, par les quatre prevôts du college de Chirurgie, par les quatre chirurgiens ordinaires du roi en son châtelet, & par les quatre jurées sages-femmes dudit châtelet, en présence du doyen de la faculté de Médecine, des deux médecins du Châtelet, du doyen des Chirurgiens, & de huit autres maîtres en chirurgie. Si l'aspirante est jugée capable, elle est reçue sur le champ, & on lui fait prêter le serment ordinaire, dont les principaux points sont de ne donner aucun médicament capable de causer l'avortement, & de demander du secours des maîtres de l'art, dans les cas épineux & embarassans.

Pour les sages-femmes de villages, on n'exige point d'apprentissage. Toute aspirante à l'art des accouchemens est admise à l'examen pour la maîtrise, en rapportant un certificat de bonnes vie & moeurs, délivré par son curé, qui ordinairement ne le donne qu'à celle dont les femmes de sa paroisse ont pour agréable de se servir dans leurs accouchemens. Cette aspirante est ensuite interrogée, moins pour donner des preuves de sa capacité, que pour recevoir des instructions par le lieutenant du premier chirurgien du roi, les prevôts & deux maîtres, sur les difficultés qui se présentent aux fâcheux accouchemens.

M. de la Peyronie, premier chirurgien du roi, a fondé par son testament deux professeurs & démonstrateurs pour les accouchemens aux écoles de Chirurgie. Chaque année ils font, l'un un cours pour les sages-femmes & leurs apprentisses, l'autre pour les éleves en chirurgie. Il étoit persuadé qu'une partie aussi essentielle de l'art devoit être enseignée pour l'utilité publique par des hommes consommés dans la théorie & dans la pratique des accouchemens.

Il y avoit une loi parmi les Athéniens qui défendoit aux femmes d'étudier la Médecine. Cette loi fut abrogée en faveur d'Agnodice, jeune fille qui se déguisa en homme pour apprendre la Médecine, & qui sous ce déguisement pratiquoit les accouchemens ; les Médecins la citerent devant l'aréopage ; mais les sollicitations des dames athéniennes qui intervinrent dans la cause, la fit triompher de ses parties adverses ; & il fut dorénavant permis aux femmes libres d'apprendre cet art. Voyez le dictionnaire de Bayle au mot Hiérophile, remarque A. (Y)


SAGEMENT(Maréchal.) mener son cheval sagement, c'est le mener sans colere, & sans le fatiguer.


SAGENES. f. (mesure de longueur) mesure des Russes équivalente à sept piés d'Angleterre. Cinq cent sagènes font un werst. Transact. philos. n °. 445. (D.J.)


SAGESSEVERTU, (Synonym.) la sagesse consiste à se rendre attentif à ses véritables & solides intérêts, à les demêler d'avec ce qui n'en a que l'apparence, à choisir bien, & à se soutenir dans des choix éclairés. La vertu va plus loin ; elle a à coeur le bien de la société ; elle lui sacrifie dans le besoin ses propres avantages, elle sent la beauté & le prix de ce sacrifice, & par-là ne balance point de le faire, quand il le faut. (D.J.)

SAGESSE, (Morale) la sagesse consiste à remplir avec exactitude ses devoirs, tant envers la divinité, qu'envers soi - même & les autres hommes. Mais où trouvera-t-elle des motifs pour y être fidele, si ce n'est dans le sentiment de notre immortalité ? Ainsi l'homme véritablement sage est un homme immortel, un homme qui se survit à lui-même, & qui porte ses espérances au-delà du trépas. Si nous nous renfermons dans le cercle étroit des objets de ce monde, la force que nous aurons pour nous empêcher d'être avares, consistera dans la crainte de faire tort à notre honneur par les bassesses de l'intérêt ; la force que nous aurons pour nous empêcher d'être prodigues, consistera dans la crainte de ruiner nos affaires, lorsque nous aspirons à nous faire estimer des autres par nos libéralités. La crainte des maladies nous fera résister aux tentations de la volupté : l'amour-propre nous rendra modérés & circonspects, & par orgueil nous paroîtrons humbles & modestes. Mais ce n'est-là que passer d'un vice à un autre. Pour donner à notre ame la force de s'élever au-dessus d'une foiblesse, sans retomber dans une autre, il faut la faire agir par des motifs bien supérieurs. Les vues du tems pourront lui faire sacrifier une passion à une autre passion ; mais la vue de l'éternité seule enferme des motifs propres à l'élever au-dessus de toutes les foiblesses. On a vu des orateurs d'une sublime éloquence ne faire aucun effet, parce qu'ils ne savoient point intéresser, comme il faut, la nature immortelle. On en a vu au contraire d'un talent fort médiocre, toucher tout le monde par des discours sans art, parce qu'ils prenoient les hommes par les motifs de l'éternité. C'est du sentiment de notre immortalité que nous voyons sortir tout ce qui nous console, qui nous éleve & qui nous satisfait. Il n'y a que l'homme immortel qui puisse braver la mort : lui seul peut s'élever au-dessus de tous les évenemens de ce monde, se montrer indépendant des caprices du sort, & plus grand que toutes les dignités du monde. Que cette insensibilité fastueuse dont les Stoïciens paroient leur sage, s'accorde mal avec leurs principes ! Tandis que vous le renfermez dans l'enceinte des choses fragiles & périssables, qu'exigez-vous de lui ? Quel motif lui fournissez-vous pour le rendre supérieur à des choses qui lui procurent du plaisir ? L'homme étant né pour être heureux, & n'étant heureux que par les sentimens délicieux qu'il éprouve, il ne peut renoncer à un plaisir que par un plus grand plaisir. S'il sacrifie son plaisir à une vertu stérile, vertu qui laisse l'ame dans une molle inaction, où son activité n'a rien à saisir, ce n'est chez lui qu'une vaine ostentation d'une grandeur chimérique. Placez le sage vis-à-vis de lui-même, qu'il n'ait que lui pour témoin de ses actions, que le murmure flatteur des louanges ne pénetre pas jusqu'à lui dans son désert, réduisez cet homme tristement vertueux à s'envelopper dans son propre mérite, à vivre, pour ainsi dire, de son propre lui, vous reconnoitrez bientôt que tout ce faste de sagesse n'étoit qu'un orgueil imposant qui tombe de lui-même, lorsqu'il n'a plus d'admirateur. Avec quel front voulez-vous qu'un tel sage affronte les hasards ? Qui peut le dédommager d'une mort qui lui ôtant tout sentiment, détruit cette sagesse même dont il se fait honneur ? Mais supposez-vous l'homme immortel, il est plus grand que tout ce qui l'environne. Il n'estime dans l'homme que l'homme même. Les injustices des autres hommes le touchent peu. Elles ne peuvent nuire à son immortalité ; sa haine seule pourroit lui nuire. Elle éteint le flambeau. L'homme mortel peut affecter une constance qu'il n'a pas, pour faire croire qu'il est au-dessus de l'adversité. Ce sentiment ne sied pas bien à un homme qui renferme toutes ses ressources dans le tems. Mais il est bien placé dans un homme qui se sent fait pour l'éternité. Sans se contrefaire, pour paroître magnanime, la nature & la religion l'élevent assez pour le faire souffrir sans impatience, & le rendre content sans affectation. Un tel homme peut remplir l'idée & le plan de la suprême valeur, lorsque son devoir l'oblige à s'exposer aux dangers de la guerre. Le monde verra dans lui un homme brave par raison ; sa valeur ne devra point toute sa force à la stupidité qui lui ferme les yeux sur le précipice qui s'ouvre sous ses pas, à l'exemple qui l'oblige de suivre les autres dans les plus affreux périls, aux considérations du monde qui ne lui permettent pas de reculer où l'honneur l'appelle. L'homme immortel s'expose à la mort, parce qu'il sait bien qu'il ne peut mourir. Il n'y a point de héros dans le monde, puisqu'il n'y en a point qui ne craigne la mort, ou qui ne doive son intrépidité à sa propre foiblesse. Pour être brave, on cesse d'être homme, & pour aller à la mort, on commence à se perdre de vue ; mais l'homme immortel s'expose, parce qu'il se connoit. L'héroïsme, dans les principes d'un homme qui renferme toutes ses espérances dans le monde, est une extravagance. Les louanges de la postérité contre lesquelles il échange sa vie, ne sont pas capables de l'en dédommager. Comment donc & par quel prodige des hommes qui ne paroissent avoir connu d'autre vie que la présente, ont-ils pu consentir à cesser d'être, pour être heureux ? Ciceron a cru que le principe de cet héroïsme étoit toujours une espérance secrette de jouir de sa réputation dans le sein même du tombeau. Mais il y a quelque chose de plus. Il ne seroit pas impossible que ces hommes célebres ayent été plus heureux par leur mort, qu'ils ne l'eussent été par leur vie. Admirés de leurs amis & de leurs compatriotes, persuadés qu'ils le seroient de leurs ennemis mêmes & de la postérité, cette épaisse nuée de tant d'admirateurs a pu, pour des imaginations vives, former un spectacle dont le charme, quoique de peu de durée, fut pour eux d'un plus grand poids que leur propre vie. L'amour de nous-mêmes éclairé par la raison, ne consentira jamais à un tel sacrifice : ce n'est qu'à la faveur des accès d'une imagination séduite & enchantée, qu'il lui applaudira.

Il faut, observe Séneque, apprendre chaque jour à se quitter, il faut apprendre à mourir. Ce sentiment qui est si noble & si relevé dans une bouche chrétienne, paroît tout-à-fait ridicule dans celle d'un stoïcien. Il n'avoit aucune crainte ni aucune espérance pour l'autre vie. Pourquoi donc s'imposoit-il une peine si rigoureuse ? Pourquoi fuyoit-il les plaisirs attirans, lui qui devoit à la mort rentrer dans le sein de la divinité ? Quel avantage avoit le philosophe obscur, toujours rempli de pensées funestes, toujours forcé à se contraindre ; quel avantage avoit-il sur le libertin aimable & aimé, satisfait de son bonheur, ingenieux dans la recherche de la volupté ? Le même sort les attendoit tous deux. La vie des hommes s'envole trop rapidement, pour être employée à la poursuite d'une vertu farouche & opiniâtre. Nous ne pouvons trop chercher à être heureux ; & le présent est le seul moyen qui nous conduise à la félicité, dumoins à celle dont nous sommes capables ici-bas. Dompter ses passions, se gêner sans-cesse, renoncer à ses plus cheres inclinations, corriger ses erreurs, veiller scrupuleusement sur sa conduite, c'est l'emploi d'un homme qui perce au-delà de cette vie, qui sait par la révélation, qu'il survivra à la perte de son corps. Mais les Stoïciens n'avoient pas les mêmes motifs de se flatter ; jamais un avenir obscur ne leur a tenu lieu du présent, & le présent étoit toute leur richesse, l'objet de tous leurs desirs. Aussi les philosophes grecs, qui parloient suivant leur coeur, avoient-ils une morale douce, & accommodée aux différens besoins de la société. Le portique seul se distingua par une sévérité déplacée ; trop de confiance en la raison, l'abus de ses forces, un courage mal entendu le perdirent entierement.

SAGESSE, (Critiq. sacrée) sapience, ; ce mot qui chez les Grecs & les Latins se prend pour la science de la philosophie, a encore d'autres significations dans l'Ecriture. Il désigne par exemple, 1°. dans le Créateur, ses oeuvres divines ; ps. l. 8. 2°. l'habileté dans un art ou dans une science ; Exod. xxxix. 3. 3°. la prudence dans la conduite de la vie ; III. Rois ij. 6. 4°. la doctrine, l'expérience ; Job. xij. 12. 5°. l'assemblage des vertus : à mesure que Jesus-Christ croissoit en âge, il donnoit de plus en plus des preuves de sa sagesse ; Luc. ij. 52. 6°. la prudence présomptueuse des hommes du monde : je confondrai leur sagesse ; I. Cor. j. 19. 7°. enfin la sagesse éternelle est l'être suprême ; Luc. xj. 49. (D.J.)

SAGESSE, (Mythol.) il ne paroît pas que les Grecs aient jamais divinisé la sagesse, qu'ils appelloient , mais ils l'ont du moins personnifiée, & le plus souvent sous la figure de Minerve, déesse de la sagesse : son symbole ordinaire étoit la chouette, oiseau qui voit dans les ténebres, & qui marque que la vraie sagesse n'est jamais endormie. Les Lacédémoniens représentoient la sagesse sous la figure d'un jeune homme qui a quatre mains & quatre oreilles, un carquois à son côté, & dans sa main droite une flute ; ces quatre mains semblent désigner que la vraie sagesse est toujours dans l'activité ; les quatre oreilles, qu'elle reçoit volontiers des conseils ; la flute & le carquois, qu'elle doit se trouver par-tout, au milieu des armées comme dans les plaisirs : c'est du moins là ce que pensent nos mythologues moralistes. (D.J.)

SAGESSE livre de la, (Théol.) nom d'un des livres canoniques de l'ancien Testament, que les Grecs appellent sagesse de Salomon, , & qui est cité par quelques anciens sous le nom grec de , comme qui diroit recueil ou tresor de toute vertu, ou instructions pour nous conduire à la vertu. En effet le but principal que se propose l'auteur de cet ouvrage, est d'instruire les rois, les grands, les juges de la terre.

Le texte original de cet ouvrage est le grec, & il n'y a nulle apparence qu'il ait jamais été écrit en hébreu ; on n'y voit point les hébraïsmes & les barbarismes présque inévitables à ceux qui traduisent un livre sur l'hébreu ; l'auteur écrivoit assez bien en grec & avoit lu Platon & les poëtes grecs, dont il emprunte certaines expressions inconnues aux Hébreux, telles que l'ambroisie, le fleuve d'oubli, le royaume de Pluton ou d'Adès, &c. il cite toujours l'Ecriture d'après les septante, lors même qu'il s'éloigne de l'hébreu, & enfin si les auteurs juifs l'ont cité, ce qu'ils en rapportent est pris sur le grec. Toutes ces preuves réunies démontrent que l'original est grec.

La traduction latine que nous en avons, n'est pas de S. Jérôme, c'est l'ancienne vulgate usitée dans l'église dès le commencement, & faite sur le grec long-tems avant S. Jérôme ; elle est exacte & fidele, mais le latin n'en est pas toujours fort pur. L'auteur de ce livre est entierement inconnu ; quelques-uns l'attribuent à Salomon, & veulent que ce prince l'ait écrit en hébreu, qu'on le traduisit en grec, & que le premier original s'étant perdu, le grec a depuis passé pour l'original ; mais quelle apparence que les juifs n'eussent pas mis cet ouvrage au nombre de leurs livres canoniques, s'il eût été de Salomon ? D'où vient qu'il n'est point en hébreu, que personne ne l'a jamais vu en cette langue, que le traducteur n'en dit rien, & que son style ne se ressent point de son original ?

D'autres l'ont attribué à Philon, mais on ne connoit point précisément quel est ce Philon : car l'antiquité fait mention de trois auteurs de ce nom ; le premier vivoit du tems de Ptolomée Philadelphe ; le second est Philon de Biblos, cité dans Eusebe & dans Josephe ; le troisieme est Philon le juif, assez connu : ce ne peut être le premier de l'existence duquel on a de bonnes raisons de douter, ni le second qui étoit payen, ni le troisieme qui n'a jamais été reconnu pour un auteur inspiré.

Grotius pense que ce livre est d'un juif qui l'écrivit, dit-il, en hebreu depuis Esdras & avant le pontificat du grand prêtre Simon. Il ajoute qu'il fut traduit en grec avec assez de liberté, par un auteur chrétien qui y ajouta quelques traits & quelques sentimens tirés du christianisme ; delà vient qu'on y remarque, selon cet auteur, le jugement universel, le bonheur des justes, & le supplice des méchans, d'une maniere plus distincte que dans les autres livres des Hébreux ; mais Grotius avance tout cela sans preuves. Grot. praefat. in sapient.

Cornelius-A-Lapide croit que le livre de la sagesse a été écrit en grec par un auteur juif, depuis la captivité de Babylone vers le tems de Ptolomée Philadelphe, roi d'Egypte, & il soupçonne que ce pourroit bien être un des septante interpretes, parce qu'au rapport d'Aristée, ce prince proposa à chacun de ces interpretes une question touchant le bon gouvernement de son état ; ce livre pourroit donc être un recueil de leurs réponses, ou avoir été écrit par un seul d'entr'eux à cette occasion.

Le livre de la sagesse n'a pas toujours été reçu pour canonique dans l'église ; les juifs ne l'ont jamais reconnu ; plusieurs peres & plusieurs églises l'ont rejetté de leur canon. Lyran même, & Cajetan ne le reconnoissent pas comme incontestablement canonique ; mais d'un autre côté, plusieurs peres l'ont connu & cité comme Ecriture sainte. Les auteurs sacrés du nouveau Testament, y font quelquefois allusion ; les conciles de Carthage en 337, de Sardique en 347, de Constantinople, in Trullo, en 692, le xj. de Tolede en 675, celui de Florence en 1438, & enfin celui de Trente, sep. 4. l'ont expressément admis au nombre des livres canoniques.

Les musulmans attribuent le livre de la sagesse à leur philosophe Locman, qui n'étoit pas, disent-ils, nabi ou prophete, mais seulement hakim, c'est-à-dire sage. Calmet, Diction. de la Bibl. tom. III. pag. 424. & suiv. (H)


SAGGIOS. m. (Commerce) petit poids dont on se sert à Venise. C'est la sixieme partie de l'once de cette ville ; cette livre a onze onces, chaque once six saggio, & chaque saggio vingt carats. Dict. de Com. & de Trév.


SAGGONASS. m. (Hist. mod.) ce sont les prêtres ou chefs d'une secte établie parmi les negres des parties intérieures de l'Afrique, & que l'on nomme Belli. Cette secte se consacre à l'éducation de la jeunesse ; il faut que les jeunes gens aient passé par cette école pour pouvoir être admis aux emplois civils & aux dignités ecclésiastiques. Ce sont les rois qui sont les supérieurs de ces sortes de seminaires ; tout ce qu'on y apprend se borne à la danse, à la lutte, la pêche, la chasse, & sur-tout on y montre la maniere de chanter une hymne en l'honneur du dieu Belli ; elle est remplie d'expressions obscenes, accompagnées de postures indécentes ; quand un jeune negre a acquis ces connoissances importantes, il a des privileges considérables, & il peut aspirer à toutes les dignités de l'état. Les lieux où se tiennent ces écoles, sont dans le fond des bois ; il n'est point permis aux femmes d'en approcher, & les étudians ne peuvent communiquer avec personne, si ce n'est avec leurs camarades, & les maîtres qui les enseignent ; pour les distinguer, on leur fait avec un fer chaud des cicatrices depuis l'oreille jusqu'à l'épaule. Lorsque le tems de cette singuliere éducation est fini, chaque sagona remet son éleve à ses parens, on célebre des fêtes, pendant lesquelles on forme des danses qui ont été apprises dans l'école ; ceux qui s'en acquitent bien reçoivent les applaudissemens du public, ceux au-contraire qui dansent mal sont hués sur-tout par les femmes.

Le dieu Belli, si respecté par ces negres, est une idole faite par le grand prêtre, qui lui donne telle forme qu'il juge convenable ; c'est suivant eux un mystere impénétrable que cette idole, aussi n'en parle-t-on qu'avec le plus profond respect ; cependant ce dieu ne dérive son pouvoir que du roi ; d'où l'on voit que le souverain est parvenu dans ce pays à soumettre la superstition à la politique.


SAGHALIEN(Géog. mod.) ville de la Tartarie chinoise orientale, dans le gouvernement de Teitcicar, sur la rive droite du Saghalien, dans une plaine fertile. Latit. 50. 2. (D.J.)


SAGHEDadj. (terme de Relation) titre que les rois d'Ethiopie ont pris dans le seizieme siecle, & qui dans la langue du pays veut dire grand, auguste, vénérable ; & cependant ils n'ont aucune de ces qualités, car ils sont petits, vilains & méprisables. (D.J.)


SAGHMANDAH(Géog. mod.) ville d'Afrique en Nigritie, dans la province d'Ouangara, sur la rive septentrionale du Niger. (D.J.)


SAGINAS. f. (Hist. nat. Botan.) genre de plante dont voici les caracteres, suivant le systême de Linnaeus. Le calice est à quatre feuilles qui subsistent après que la fleur est tombée. Ces feuilles sont ovales, creuses & déployées ; la fleur est composée de quatre pétales ovoïdes, obtus, plus courts que les feuilles du calice, mais également déployés ; les étamines sont quatre filets capillaires, à bossettes arrondies ; le germe du pistil est de figure sphérique ; les stiles sont quatre, de forme applatie & recourbée, ils sont couverts de duvets ; les stigma sont simples, le fruit est une capsule ovale contenant quatre loges ; les graines sont nombreuses, très-petites, & attachées au placenta. Linnaeus, gen. pl. pag. 55. (D.J.)


SAGITTAS. f. (Hist. nat. Bot.) genre de plante, vulgairement nommée queue d'aronde, & dont voici les caracteres. Sa racine est fibreuse, épaisse, fongueuse & rampante ; ses feuilles prennent avec le tems la figure de l'extrêmité empennée d'une fleche ; sa fleur est tripétale comme celle du plantin aquatique ; son fruit est un amas de semences comme la fraise.

Toutes les especes de sagitta ont été rangées par Tournefort, inter ranunculos palustres folio sagittato, c'est-à-dire parmi les renoncules de marais à feuilles faites en fleches. (D.J.)


SAGITTAIRES. m. (Mythol. astron.) constellation, ou neuvieme signe du zodiaque : les uns disent que le sagittaire est Chiron le centaure : d'autres, que c'est Procus, fils d'Euphème, nourrice des muses ; qu'il demeuroit sur le Parnasse, faisoit son occupation de la chasse, & qu'après sa mort, à la priere des muses, il fut placé parmi les astres. (D.J.)


SAGITTALEsagitalis sutura, (Anatomie) c'est la seconde des vraies sutures du crane. Voyez Planc. d'Anat. & SUTURE. Elle est placée le long de la partie moyenne & supérieure de la tête, & se continue quelquefois jusqu'à la racine du nez ; elle prend ce nom sagittale du latin sagitta, parce qu'elle ressemble à une fleche.

M. Hunauld a fait voir à l'académie des Sciences, le crane d'un enfant de 7 ou 8 ans, où il ne paroissoit aucun vestige de la suture sagittale, & de la coronale, ni en dehors ni en dedans ; par conséquent l'os coronal & les pariétaux s'étoient réunis avant le tems, outre que leur réunion prématurée resistoit à l'accroissement que le cerveau devoit encore prendre ; mais dans la surface concave du coronal & des pariétaux de cet enfant, il s'étoit creusé des traces plus profondes qu'à l'ordinaire, des circonvolutions du cerveau qu'elles suivoient. Acad. des Sciences, an. 1734. (D.J.)


SAGITTARIAS. f. (Botan. exot.) c'est la canna indica, radice albâ, alexipharmaca, Raii, hist. 3. 773. Arundo indica, angustifolia, flore rutilo, pediculis donata, Hist. Oxon. 3. 250. Cette plante a la racine genouillée de la grosseur du pouce, blanche & de figure conique ; des intervalles que les noeuds laissent entr'eux, il part de chaque jointure plusieurs fibres par le moyen desquels la plante se nourrit ; la racine pousse plusieurs feuilles de trois pouces de long ; les feuilles extérieures embrassent celles qui sont au-dedans, & sont environnées d'un anneau blanc dans l'endroit où elles se joignent, elles sont minces, fibreuses, herbacées, & d'un jaune verdâtre. M. Hans-Sloane a remarqué qu'on la cultivoit dans les jardins à la Jamaïque & aux îles Caraïbes. Elle a passé de la Jamaïque, dans l'île de S. Domingue ; on en a fait beaucoup de cas à cause de la propriété alexipharmaque qu'on lui attribue. (D.J.)


SAGMENS. m. (usage des Rom.) ce mot, dans Tite-Live, désigne une herbe que les ambassadeurs portoient avec eux. On croit que cette herbe étoit de la verveine, parce que Lucien dit que les Perses en donnoient à leurs ambassadeurs. (D.J.)


SAGNACou SAGANAC, (Géog. mod.) ville d'Asie au Turquestan, selon d'Herbelot, qui dit que le sultan de Kouarezm, prit cette ville sur Tamerlan, l'an 547. de l'hégire. (D.J.)


SAGOCHLAMYS(Littérat.) sorte de vêtement qui tenoit en partie de la saye, sagum, & en partie du surtout que portoient les gens de guerre & les voyageurs, & qu'on nommoit chlamys. Voyez PYTISCUS.


SAGONE(Géog. mod.) Sagona distrutta, ville entierement ruinée de l'île de Corse, dans sa partie occidentale, entre Calvi au nord, & Ajazzo au midi. Elle conserve toujours le titre d'évêché, dont l'évêque réside au bourg de Vico, qui en est voisin, & où on a transféré la cathédrale. Il est suffragant de Pise. Long. 26. 20. lat. 41. 58. (D.J.)


SAGORA(Géog. mod.) petite ville de Turquie, en Europe, sur la mer Noire, entre les villes de Stagnara & de Sissopoli. Niger croit que c'est le Thynias des anciens, ville de Thrace sur les bords du Pont-Euxin.


SAGOUS. m. (terme de Relation) espece de fécule desséchée qu'on tire dans les Indes orientales, de la moëlle d'une espece de palmier nommé zagu. Voyez ZAGU.

Les habitans, après avoir coupé l'arbre, le fendent par le milieu en cylindre, & en tirent toute la moëlle dont il est plein. Ils hachent cette moëlle jusqu'à ce qu'elle soit réduite en poudre dans un sas qu'ils posent sur une cuvette ; à mesure qu'il est plein, ils l'arrosent d'eau, & l'eau en dégageant la moëlle farineuse d'avec l'écorce du bois, tombe dans la cuvette par une rigole où elle se dégorge en laissant son marc au fond. Ce marc étant sec, imite la farine, & c'en est effectivement. Les habitans en font une pâte avec de l'eau, & cuisent cette pâte dans des vases de terre pour leur nourriture. (D.J.)


SAGOUINvoyez SINGE.


SAGRA(Géog. anc.) riviere de la grande Grece, dans la Locride. Cette riviere, dit Pline, liv. III. c. x. est mémorable. Strabon en parle aussi, & remarque que ce nom est du masculin ; ce qui est en effet assez rare dans les noms de rivieres. Sur le bord de cette riviere étoit un temple des deux freres Castor & Pollux, où dix mille locres, assistés des habitans de Rhegium, défirent cent trente mille crotoniates en bataille rangée. De-là vint le proverbe employé quand quelqu'un refusoit de croire une chose, cela est plus vrai que la bataille de la Sagra. Strabon ajoute : on fait un conte à ce sujet ; on dit que le même jour la nouvelle en fut portée à ceux qui assistoient aux jeux olympiques. Ciceron repete ce conte dans son livre de la nature des dieux ; mais il l'accompagne aussi d'un on dit. Le nom moderne de cette riviere est Sagriano.


SAGRELE, (Géog. mod.) petite riviere de la Tartarie Crimée ; c'est le Sagaris d'Ovide, & l'Agaros de Ptolémée.


SAGRES(Géogr. mod.) ville de Portugal, dans l'Algarve, à une lieue & demie du cap Saint-Vincent, promontorium sacrum, & à 45 au midi de Lisbonne. Elle fut fondée au commencement du xv. siecle par l'infant dom Henri, fils du roi Jean I. Elle a un port d'où ce prince envoya des flottes pour chercher de nouvelles routes vers les Indes orientales. Il y a toujours garnison dans la forteresse. Long. 8. 42. latit. 36. 57. (D.J.)


SAGUENAYLE, (Géog. mod.) riviere de l'Amérique septentrionale, dans la nouvelle France, au Canada proprement dit. Elle sort du lac Saint-Jean, où se jettent plusieurs rivieres, & se perd dans le grand fleuve de Saint-Laurent, à Tadoussac. Elle est spacieuse, & en certains endroits profonde, dit-on, de quarante brasses.


SAGUINAM(Géog. mod.) baie de la nouvelle France, dans l'Amérique septentrionale, sur la côte occidentale du lac Huron. Elle a sept lieues d'ouverture, & trente de profondeur. Le fond de cette baie présente un beau pays. (D.J.)


SAGUMS. m. (Hist. anc.) vêtement des anciens Gaulois ; il s'attachoit au bas de la cuirasse ; il couvroit la cuisse, & soutenoit l'épée.


SAGUNTIA(Géog. anc.) ou Seguntia, ancienne ville de l'Espagne tarragonoise, au pays des Arevaques, selon Pline, liv. III. ch. iij. Ptolémée ne la connoît point ; mais Tite - Live la nomme Seguntia Celtiberûm. Une inscription de Gruter, p. 324. n°. 2. porte :

C. Atilio. C. F. Quir. Crasso. Segontino.

Antonin met cette Segontia, & encore une autre ville de même nom, sur la route de Mérida à Saragosse ; la premiere, qui est celle-ci, entre Complutum, Alcala de Henarès & Bilbili. (D.J.)


SAGUNTUM(Géog. anc.) Sagonte, ancienne ville d'Espagne, au pays des Hédétains, selon Ptolémée, liv. VI. c. ij. Elle étoit à près de trois milles de la mer, si l'on en croit Tite-Live, liv. XXI. c. vij. & à trois milles entiers, selon le calcul de Pline, liv. III. c. iij.

Rien de plus fameux que le siege & la prise de Sagonte dans l'histoire romaine. Ce fut par ces hostilités qu'Annibal engagea la seconde guerre punique. Les Carthaginois la posséderent huit ans ; les Romains la reprirent sur eux, & en firent une colonie romaine. C'est pourquoi elle est nommée par Pline, liv. III. c. iij. Saguntum, civium romanorum oppidum, fide nobile.

Sa situation près de la mer est marquée sur une médaille de Tibere ; on y voit une galere avec ce mot Sag. & les noms des duumvirs ; & sur une autre médaille du cabinet du roi alléguée par le pere Hardouin, on lit Sagunt. avec une galere de même. Cette ville s'appelloit également Saguntum & Saguntus. La ville de Morviedro occupe à-peu-près la place de l'ancienne Sagonte.

On a découvert près de cette ville, sur le grand chemin au mois d'Avril 1745, un pavé de mosaïque qu'on croit avoir servi au temple de Bacchus ; cette mosaïque, qui est incontestablement un ouvrage romain, ne paroît pas avoir été faite dans un siecle où les arts fussent en vigueur ; & quoiqu'ils ne fussent pas fort avancés dans le tems que la république subsistoit encore, on n'oseroit assurer que cet ouvrage ait été fait par les premiers Romains qui s'y établirent après la prise de cette ville par Scipion. (D.J.)


SAGYLIUM(Géog. anc.) ville d'Asie dans la Phazémonitide, petite contrée du Pont, au voisinage du territoire d'Amasa, selon Strabon, liv. XII. p. 560. Cette ville étoit au haut d'une montagne fort escarpée, sur le sommet de laquelle il y avoit une citadelle qui fournissoit de l'eau en abondance.


SAH-CHERAYS. m. (poids de Perse) ce poids pese onze cent soixante & dix derhem, à prendre le derhem pour la cinquantieme partie de la livre poids de marc de seize onces.


SAHABI(Hist. du mahométisme) les sahabi ou sahaba, sont les compagnons de Mahomet ; mais il est impossible d'en déterminer le nombre, à-cause que les sentimens des écrivains arabes sont fort partagés sur ce sujet.

Said, fils d'Al-Masib, un des sept grands docteurs & jurisconsultes, qui vécurent dans les premiers tems après Mahomet, soutient que personne ne devoit être mis au rang des compagnons du prophête, à-moins que d'avoir conversé du-moins un an ou plus avec lui, & de s'être trouvé sous ses drapeaux à quelque guerre sainte contre les infideles. Quelques-uns accordent ce titre à tous ceux qui ont eu occasion de parler au prophête, qui ont embrassé l'Islamisme pendant sa vie, ou qui l'ont seulement vu & accompagné, ne fût-ce que durant une heure. D'autres enfin prétendent que cet honneur n'appartient qu'à ceux que Mahomet avoit reçus lui-même au nombre de ses compagnons, en les enrôlant dans ses troupes ; qui l'avoient constamment suivi, s'étoient inviolablement attachés à ses intérêts, & l'avoient accompagné dans ses expéditions. Il avoit avec lui dix mille compagnons de cet ordre quand il se rendit maître de la Mecque ; douze mille combattirent avec lui à la bataille de Honein, & plus de quarante mille l'accompagnerent au pélerinage d'Adieu ; enfin, au tems de sa mort, selon le dénombrement qui en fut fait, il se trouva cent vingt-quatre mille musulmans effectifs.

Les Mohagériens, c'est-à-dire ceux qui l'accompagnerent dans sa fuite à Médine, tiennent sans contredit le premier rang entre ses compagnons. Les Ansariens ou auxiliaires qui se déclarerent pour lui, quand il fut chassé de la Mecque, les suivent en dignité, & ont le rang avant les autres Mohagériens, ou réfugiés qui vinrent après que Mahomet fut établi à Médine. Les meilleurs historiens orientaux distribuent tous ces compagnons en treize classes.

Quelques-uns mettent encore au rang de sahabi, de pauvres étrangers, qui n'ayant ni parens ni amis, & se trouvant destitués de tout, imploroient la protection de Mahomet ; mais on les a appellés plus communément assesseurs que compagnons de Mahomet, parce qu'ils étoient ordinairement assis sur un banc, autour de la mosquée. Le prophête en admettoit souvent plusieurs à sa propre table, & Abulféda nomme les principaux auxquels il donna affectueusement sa bénédiction. (D.J.)


SAHAGUN(Géog. mod.) ville d'Espagne, au royaume de LÉon, sur la riviere de Céa, à 8 lieues de Palencia, dans une plaine abondante en grains, vignes & gibier. Elle doit son origine à une abbaye de l'ordre de S. Benoît. Alphonse VI. dit le vaillant, lui donna des privileges en 1074, qui furent augmentés par Alphonse XI. Long. 13. 15. lat. 42. 30.


SAHARA(Géog. mod.) on écrit aussi Sara, Zara, & Zaara. Ce nom, qui veut dire desert, se donne à toute cette étendue de pays qui se trouve entre le Bilédulgerid au nord, & la Nigritie au midi. C'est la Libye intérieure de Ptolémée, dans laquelle il comprend aussi une partie de la Numidie, & de la basse Ethiopie.

Ces vastes deserts de Barbarie ne contiennent que des lieux arides, sablonneux, inhabitables, où l'on fait quelquefois cinquante milles sans trouver un verre d'eau ; le soleil y darde ses rayons brûlans ; & les marchands qui partent de Barbarie pour aller dans la Nigritie, ne menent pas seulement des chameaux chargés de marchandises, mais ils en ont d'autres qui ne servent qu'à porter de l'eau. Indépendamment de cette précaution, ils ne font leurs voyages qu'après les pluies, pour trouver du lait & du beurre sur la route. Ils souffrent encore quelquefois en chemin des coups de vent horribles, qui transportent avec eux des monts de sable dont les hommes & les chameaux sont suffoqués.

" Un vent étouffant souffle une chaleur insupportable de la fournaise dont il sort, & de la vaste étendue du sable brûlant. Le voyageur est frappé d'une atteinte mortelle. Le chameau, fils du desert, accoutumé à la soif & à la fatigue, sent son coeur desséché par ce souffle de feu. Tout-à-coup les sables deviennent mouvans par le tourbillon qui regne ; ils s'amassent, obscurcissent l'air ; le desert semble s'élever, jusqu'à ce que l'orage enveloppe tout. Si le fatal tourbillon surprend pendant la nuit les caravanes plongées dans le sommeil, à l'abri de quelque colline, elles y demeurent ensevelies. L'impatient marchand attend en vain dans les rues du Caire ; la Mecque s'afflige de ce long retard, & Tombut en est désolé ". (D.J.)


SAHIA(Géog. mod.) petite ville de Syrie, à 12 lieues de Hama, & à 13 de Médiez. Elle est sur un rocher escarpé de tous côtés, & a la riviere d'Assi qui en lave le pié.


SAHIDLE, (Géog. mod.) ou Saïd, ou Zaïd, (le) ce mot en arabe désigne en général un lieu plus haut qu'un autre ; on s'en sert en Egypte, pour signifier la haute Egypte, autrement nommée la Thébaïde. La province de Sahid est d'une étendue considérable, mais inhabitée dans sa plus grande partie. Les Turcs en sont les maîtres, & y envoyent, pour la gouverner, un sangiac-bey. Il réside à Girgé, capitale du pays. (D.J.)


SAHMIS. m. (Calend. arménien) nom d'un mois des Arméniens. C'est, selon quelques savans, le premier de leur année, &, selon d'autres, le troisieme. Voyez la dissertation de Schroeder à la tête de son Thesaurus ling. armen. (D.J.)


SAHRAI-MOUCH(Géog. mod.) petite ville d'Asie, au Curdistan, à trois journées d'Eclat. Long. suivant les géographes orientaux, 74. 30. lat. 39. 30. (D.J.)


SAIES. m. (Hist. anc.) c'est le même vêtement que le sagum. Voyez SAGUM.

SAIE, s. f. terme d'Orfévre ; petite poignée de soies de porc liées ensemble, & qui sert aux orfévres à nettoyer leurs ouvrages. (D.J.)

SAIE, (Manufact. en laine) petite serge de soie ou de laine qui a rapport aux serges de Caën. Certains religieux s'en font des chemises ; les gens du monde des doublures d'habit. La saie se fabrique en Flandre.


SAIETTES. f. (Manufact. en laine) autre petite serge de soie ou laine ; espece de ratine de Flandre ou d'Angleterre, qu'on appelle aussi revesche. Voyez les articles REVESCHE & MANUFACTURE en laine.


SAIGAS. m. (Hist. nat.) animal quadrupede, qui, suivant M. Gmelin, ressemble assez au chamois, à l'exception que ses cornes ne sont point recourbées, mais sont toutes droites. Cet animal ne se trouve en Sibérie que dans les environs de Sempalatnaja Krepost ; car l'animal que l'on nomme saiga dans la province d'Irkursk est le musc.

On mange celui dont nous parlons ; cependant entre cuir & chair il est rempli de petits vers blancs, qui se terminent en pointe par les deux extrêmités, & qui ont 8 ou 9 lignes de longueur ; on dit que sa chair a le même goût que celle du daim. Voyez Gmelin, voyage de Sibérie.

SAIGA, (Monnoie) il est parlé dans les lois que Thierri donna aux Allemands, & que Clotaire confirma l'an 615, d'une monnoie, dite saiga, valant un denier, qui étoit la quatrieme partie d'un tiers de sol, & par conséquent la douzieme partie d'un sol, lequel valoit 12 deniers. Il paroît de-là que le sol de 12 deniers avoit son tiers de sol, aussi-bien que le sol de 40 deniers ; mais je crois que les monnoies dont il est fait mention dans les loix de Thierri, étoient particulieres aux Allemands ; car il en est souvent parlé dans les titres, dans les loix & dans les ordonnances des empereurs qui ont regné en Allemagne. (D.J.)


SAIGNÉES. f. (Médecine thérapeutique) la saignée est une ouverture faite à un vaisseau sanguin, pour en tirer le fluide qui y est contenu. C'est un des plus grands & des plus promts moyens de guérison que la Médecine connoisse.

Le vaisseau ouvert est artériel ou veineux, d'où nait la division de la saignée, en artériotomie & en phlébotomie. Voyez ces deux mots.

On verra ci-après la maniere de pratiquer cette opération, nous allons en examiner l'histoire, les effets & l'usage.

Histoire de la saignée. Laissant à part l'origine fabuleuse que Pline attribue à la saignée, dont il dit qu'on est redevable à l'instinct de l'hippopotame, qui se frottoit les jambes contre les joncs du Nil, pour en faire sortir le sang ; nous dirons que les hommes durent appercevoir de bonne heure les avantages que procuroient les hémorragies excitées par les efforts critiques de la nature, ou même occasionnées par des plaies accidentelles ; qu'il a dû nécessairement tomber dans leur idée d'imiter la nature ou le hazard, dans les cas qui leur paroîtroient semblables. La saignée a donc été un des premiers secours que tous les peuples ont mis en usage contre les maladies.

Le premier exemple que nous en ayons, remonte à la guerre de Troye. Podalire en revenant, fut jetté sur les côtes de Carie, où il guérit Syrna, fille du roi Damaethus, tombée du haut d'une maison, en la saignant des deux bras ; elle l'épousa en reconnoissance. Ce trait conservé par Etienne de Byzance, est le seul que nous trouvions avant Hippocrate, qui vivoit environ 700 ans après la prise de Troyes.

Ce pere de la Médecine parle souvent de la saignée, & d'une maniere qui fait connoître que depuis très-long-tems on la pratiquoit non-seulement sur la plûpart des veines, mais encore sur quelques arteres. Dans l'opinion où il étoit que chaque veine correspondoit à un viscere différent, il en faisoit un très-grand choix : cependant en général, il ouvroit la plus voisine du mal. Ce principe le déterminoit à ouvrir les veines supérieures dans les maladies au-dessus du foie ; & les inférieures dans les maladies qui avoient leur siege au-dessous. Il le conduisoit à saigner sous la langue & sous les mammelles dans l'esquinancie ; les veines du front & du nez, dans les douleurs de tête & les vertiges ; la basilique du côté malade dans la pleurésie. Il laissoit couler le sang jusqu'à ce qu'il changeât de couleur. Il craignoit d'autant plus la saignée dans les femmes grosses, qu'elles étoient plus avancées. Le printems lui paroissoit la saison la plus favorable pour cette opération. Il croyoit que la saignée faite derriere les oreilles rendoit les hommes inféconds. Il la prescrit dans les grandes douleurs, l'épilepsie, les inflammations, les fievres aiguës véhémentes, quand l'âge & les forces le permettent. Lorsque tout concouroit à la conseiller, il attendoit une légere défaillance pour fermer la veine. Il n'en parle nulle part contre les hémorragies ; il paroît par les épidémiques qu'il en faisoit très-peu d'usage.

En recherchant dans tous les ouvrages attribués à Hippocrate, ce qu'il est dit sur la saignée, & dont on s'est servi pour soutenir les plus grossieres erreurs ; on lit dans le livre des affections que la saignée est utile contre l'hydropisie. Mais lorsqu'on s'en tient à ceux qui sont reconnus pour légitimes, on voit une liaison dans tous les principes, dans les conséquences, qui met le sceau à sa gloire. C'est dans ces livres que nous avons puisé l'extrait que nous venons d'en donner.

Dioclès de Caryste, chef de la secte dogmatique, qui mérite le titre de second Hippocrate, suivit à-peu-près les maximes de ce grand homme. Il faisoit usage de la saignée, au rapport de Caelius Aurélianus, dans les inflammations de la poitrine, de la gorge & du bas-ventre, dans les hémorragies, l'épilepsie, la phrénésie ; pourvu que ce fût avant le sept ou huitieme jour, que le sujet fût jeune & robuste, & que l'ivresse n'en fût pas cause. On sera cependant surpris de voir qu'il la prescrivoit contre les skirrhes du foie, & pour guérir ceux que Caelius appelle lieneux, dont les symptomes ne nous paroissent point différer de ceux du scorbut.

Chrysippe, médecin de Gnide, voulant se frayer une nouvelle route qui pût illustrer son nom, chercha à renverser ce que l'autorité & l'expérience des siecles précédens avoient appris en faveur de la saignée. Il soutint ses maximes par une éloquence toujours séduisante pour le peuple ; il forma des disciples qui prêcherent la même doctrine, entre lesquels on doit donner le premier rang à Erasistrate. Ce médecin, fameux par la guérison d'Antiochus, & par les découvertes qu'il fit en anatomie, proscrivoit la saignée de sa pratique (si on excepte les hémorragies), dans le cas même, où de tout tems on s'en étoit fait une loi. Il y suppléoit par les ligatures des extrêmités, la sévérité de la diete, & un grand nombre de relâchans & d'évacuans par les selles, ou par le vomissement. On connoît peu la pratique d'Hérophile son contemporain, & son émule en anatomie ; mais on sait que ses principes poussés trop loin, porterent Sérapion & Philinus à croire que l'expérience seule devoit être la regle des médecins. Ils devinrent parlà les chefs de la secte des empiriques, qui saignoient leurs malades dans le cas d'inflammation, spécialement dans celle de la gorge. Ils étoient cependant en général avares de sang ; aussi avoient-ils succédé à Chrysippe & à Erasistrate. Héraclide Tarentin, le plus recommandable des empiriques, s'éloigna encore plus que les précédens du sentiment des fondateurs de sa secte ; non-seulement il faisoit saigner les épileptiques, les cynanciques, les phrénétiques, &c. mais encore les goutteux, & ceux qui étoient en syncope (les cardiaques), ce que nous qui ne sommes attachés à aucune secte n'oserions faire. On voit par-là que la prétendue expérience peut conduire dans des excès bien opposés.

Les erreurs d'Asclépiade, qui exerça la médecine à Rome avec un succès exagéré, furent encore plus grandes au sujet de la saignée. Ce médecin ne suivoit d'autre regle pour tirer du sang, que la douleur, les convulsions & les hémorragies. Il s'interdisoit la saignée dans la phrénésie & la péripneumonie, lorsqu'il ne trouvoit que des douleurs foibles. En revanche, il la pratiquoit, à l'imitation d'Héraclide, dans ceux qui étoient en syncope. Il observa que la saignée étoit plus avantageuse contre la pleurésie dans l'Hellespont & l'île de Paros, qu'à Rome & à Athènes. Ses principes conduisirent Thémison son disciple à être le chef de sa secte des méthodiques. Ce médecin fatigué, sans-doute, de la multitude des causes de maladie, des remedes que les dogmatiques & les empiriques mettoient en pratique, voulut reduire la médecine à une simplicité plus dangereuse que vraie. Toutes les maladies furent divisées en trois classes ; celles du genre resserré, celles du genre relâché, & celles du genre moyen. Il n'existoit point selon eux, de maladies de fluides. Les solides seuls par leur relâchement ou leur resserrement, produisoient toutes les maladies. Le siege faisoit la différence des symptomes. On sent déja qu'ils ne saignoient que pour relâcher ; c'étoit en effet leur unique vue : ces maximes trouverent des partisans pendant trois ou quatre siecles ; mais enfin leur insuffisance fit qu'on ne les admit plus que pour ce qu'elles valoient. Gariopontus fit des efforts inutiles en leur faveur au milieu du xj. siecle. On n'en parloit plus qu'historiquement, jusqu'à ce que Prosper Alpin voulut, mais inutilement, rétablir cette ancienne doctrine.

Pour juger de la pratique des anciens méthodiques par rapport à la saignée, il nous reste le peu qu'en ont dit Celse, Pline, Galien, & enfin l'ouvrage de Caelius Aurelianus, qui rassemble ce que Thémison, Thessalus, & sur-tout Soranus son maître avoient dit. Il en fit un corps de doctrine estimable par la description des maladies, & la critique qu'on y trouve des maximes de plusieurs médecins, dont on chercheroit en vain des traces autre part. Cette secte, qui réprouvoit les purgatifs, les diurétiques, & en général les médicamens évacuans, quoiqu'elle mît souvent en usage les vomitifs ; qui accabloit les malades de ventouses, de scarifications, de sangsues, de fomentations, de bains, d'épispastiques, de linimens, de cataplasmes ; qui extenuoit d'abord ses malades par un jeûne sévere de trois ou au moins de deux jours ; qui avoit par rapport à l'air, au sommeil, à l'exercice, à la situation du malade, des attentions dignes d'être imitées, saignoit peu, jamais jusqu'à défaillance, rarement avant le troisieme jour, & après le quatrieme, elle faisoit toujours attention aux forces pour s'y décider : si elles étoient affoiblies, les ventouses y suppléoient : du reste, quoiqu'ils choisissoient peu les veines, ils préferoient celles qui étoient opposées à la partie malade. Ils desapprouvoient la saignée des ranines, &, ce qu'on doit louer, ils faisoient moins d'attention à l'âge, qu'aux forces du malade. On voit aussi avec surprise que peu amis de la saignée, ils l'accordoient contre la paralysie, & la cachexie.

Celse qui vivoit à-peu-près dans le tems des premiers méthodiques, trouva la saignée si commune, qu'il étoit peu de maladies contre lesquelles on ne l'employât ; en se conformant aux regles établies par Themison, il en rendit l'usage moins fréquent. Il ne veut pas qu'on la pratique, lorsque les humeurs sont émues, mais qu'on attende le second ou le troisieme jour, & qu'on s'en défende après le quatrieme, dans la crainte de la foiblesse. Cette même crainte l'empêchoit de saigner jusqu'à défaillance. Il reconnoissoit que l'enfance, la grossesse, & la vieillesse étoient des contre-indications à la saignée, sans qu'on dût se l'interdire entierement dans ces cas. La douleur, les hémorrhagies, les convulsions, les inflammations, l'ardeur de la fievre, la cachexie, & la paralysie étoient auprès de lui, comme chez les méthodiques, les indications. C'étoit, selon lui, égorger un homme que de le saigner dans le redoublement. Il faisoit fermer la veine, lorsque le sang sortoit beau. Il reconnoissoit deux sortes d'apoplexies, dans l'une desquelles la saignée étoit mortelle, pendant qu'elle étoit salutaire dans l'autre, & cependant il ne donne aucune regle pour les distinguer.

Galien fut plus libéral que lui du sang de ses malades. Il saignoit quelquefois jusqu'à défaillance, ce qu'il regarde néanmoins comme dangereux. Il répétoit souvent la saignée, & il étoit peu de maladies où il ne la pratiquât pas. L'âge au-dessus de quatorze, la force du pouls, la grandeur de la fievre, &c. étoient les guides qu'il suivoit pour la saignée. Toutes les veines apparentes, & quelques arteres, étoient soumises à son cautere & à sa lancette. Il choisissoit le relâche que donne la fievre, les vaisseaux du côté malade, & ceux qu'il croyoit, selon la fausse théorie de son tems, correspondre avec la partie affectée. Il est le premier, suivant la remarque de M. Leclerc, qui ait déterminé la quantité de sang qu'il avoit tiré. Jusques à lui aucun des médecins dont les ouvrages nous sont parvenus, n'avoit versé le sang avec autant de profusion ; c'est peut-être à cette époque que nous devons le funeste changement qu'introduisit dans la pratique de la médecine le raisonnement poussé trop loin.

Aretée contemporain de Galien, prescrivoit la saignée presque aussi fréquemment. Il saignoit dans les inflammations des visceres, les hémorrhagies, les douleurs, la mélancolie, l'épilepsie, l'éléphantiasis, l'ulcere de la vessie, la néphrétique, l'apoplexie, & dans les fievres ardentes plusieurs fois, par une large ouverture, jusques au point d'affoiblir le pouls, mais non pas de faire évanouir le malade. Dans le choix des veines, il se conduisoit comme Hippocrate & Galien, en préférant la plus voisine du mal ; c'est ainsi qu'il ouvroit les veines du pubis dans les inflammations de la matrice, celles du front dans les douleurs de tête, les ranines dans les inflammations de la gorge ; il pratiquoit aussi l'artériotomie.

Oribase, compilateur de Galien, suivit à-peu-près les mêmes regles dans sa pratique. Il interdisoit, comme lui, la saignée avant la puberté. Il préféroit d'y revenir plusieurs fois, à tirer tout le sang nécessaire dans une seule, sur-tout lorsque le malade étoit foible. Il vouloit que le médecin tînt le pouls, pendant que le sang couloit, crainte qu'il ne pérît dans la défaillance que causeroit une trop grande évacuation. Il vouloit encore que l'on saignât pendant que l'humeur est mue. Il se servoit plus souvent qu'aucun de ses prédécesseurs, de la saignée prophylactique, dans ceux qui sont sujets aux maladies qui l'exigent ; c'étoit sur-tout à l'entrée du printems que ces saignées avoient lieu. Il porta la quantité de sang qu'on doit tirer la premiere fois à une hémine (dix ou douze onces) au plus ; si les forces le permettent, on peut l'augmenter à la seconde. Il ne s'est cependant pas tellement attaché à ces mesures, qu'il ne recommande plusieurs attentions très-sages. Il ouvroit toutes les veines du corps, & quoiqu'il fît, comme Galien, certain choix des veines, dont notre théorie ne s'accommode pas, il recommande expressément d'ouvrir la plus voisine de la partie affectée, ou sur la partie même. Spécialement dans les inflammations invétérées on peut, selon lui, saigner à toute heure du jour ou de la nuit, mais il faut attendre le déclin de la fievre ; & si la saignée n'est que de précaution, on la fera le matin. Il parle de l'artériotomie en médecin qui ne l'a jamais pratiqué ni vu faire. Antyllus, Hérodote, & sur-tout Galien, sont ses guides, dans tout ce qu'il dit au sujet de la saignée ; il n'a paru même à plusieurs médecins, qu'un copiste de ce dernier.

Aëtius a mérité, à plus juste titre encore, d'être appellé le copiste d'Oribase & des auteurs précédens. Nous n'avons pas trouvé dans les ouvrages de ce médecin, un seul mot au sujet de la saignée, qui nous ait paru lui être propre ; ce qui nous force de passer rapidement sur sa pratique.

Alexandre de Tralles employoit la saignée contre toutes les inflammations, & contre la syncope que produit dans les fievres, la plénitude d'humeurs crues, à-moins que cette humeur ne fût bilieuse ; car dans ce cas il préféroit la purgation. Il saignoit les veines les plus voisines du mal, la jugulaire & les ranines dans l'esquinancie. Il parle de la dérivation qu'il pratiquoit en ouvrant la saphene, pour procurer le flux menstruel aux femmes.

Paul d'Aegine est le premier qui ait divisé la pléthore en celle qui est ad vires, & celle qui est ad vasa. Il donne les signes pour connoître l'une & l'autre, & veut qu'on saigne dans toutes les deux jusques après le septieme jour. Avant de saigner il faut vuider les premieres voies par un lavement, s'il y a de la pourriture dans les intestins. Quant au tems de la pratiquer, il préfere le matin, & défend, comme la plûpart de ses prédécesseurs, la saignée dans l'ardeur du redoublement. Il observe qu'elle est utile, non-seulement pour desemplir les vaisseaux, mais encore pour diminuer la grandeur de la maladie. Si le malade tombe en défaillance, & que cependant il soit dans le cas de perdre beaucoup de sang, on y reviendra plusieurs fois, plutôt que de tout tirer dans une ; tout ce qu'il dit d'ailleurs est copié, ou contient des préceptes sur le choix des veines, & la maniere de pratiquer la saignée en différentes parties du corps.

Après Paul d'Aegine, la Médecine paroit abandonnée par les Grecs, pour passer entre les mains des Arabes, qui faisoient plus d'une conquête sur eux. Ils joignirent quelques remedes ou des méthodes qui leur étoient propres, à la doctrine des Grecs qu'ils compilerent. C'est ainsi qu'ils crurent reconnoître avec eux dans la veine céphalique une communication avec le cerveau ; dans la basilique, avec le bas-ventre. C'est ainsi qu'ils ouvrirent presque toutes les veines extérieures du corps, dans les différentes affections ; qu'ils saignoient au pié, pour exciter les regles & les hémorrhoïdes. Ils s'en écarterent cependant dans un point qui a paru essentiel à Brissot & à Moreau. Loin de faire saigner comme les Grecs, le plus près du mal qu'il étoit possible, ils saignoient du côté opposé, dans l'idée où ils étoient qu'on n'ouvroit point une veine, sans attirer sur la partie saignée une plus grande quantité de sang, qu'il n'en sortoit. Isaac-Israëlite, Avenzoar, Rhazis pensoient ainsi. Ce dernier s'autorisoit de Galien, qui suivant la remarque de Jacchinus son commentateur, dit précisément le contraire.

Avicenne, le prince des médecins arabes, avoit adopté ce sentiment, il y avoit joint tant d'inconséquences au sujet de la saignée, qu'il recommande l'ouverture de la veine sciatique (rameau de la saphene placé à côté du talon), contre les douleurs de la cuisse ; celle de la veine du front & du sinciput, de l'artere temporale dans les pesanteurs de tête, les migraines, &c. qu'il défend la saignée dans l'hydropisie, & qu'il ordonne l'ouverture de certaines veines du bas-ventre contre l'ascite. Pour composer son chapitre de la saignée, il avoit mis à contribution Hippocrate, Rhasis, & Galien ; il mérite peu d'être lu.

Albucasis compte trente veines ou arteres qui peuvent être ouvertes, il s'occupe principalement de la maniere de les ouvrir ; attaché à la doctrine d'Avicenne, il ne paroît pas s'en écarter. Copiste comme lui des Grecs, il répete beaucoup de choses que nous trouvons dans leurs ouvrages. Quoiqu'il paroisse dans l'opinion que la saignée attire toujours le sang dans la veine ouverte, cependant il recommande souvent des saignées locales, contre les inflammations graves & les vives douleurs.

Pendant les quatre siecles qui suivirent Avicenne, sa doctrine fut suivie dans la plus grande partie de l'Europe, où on cultivoit la Médecine. Son nom étoit alors aussi respectable, que l'est de nos jours celui d'Hippocrate. On le regardoit comme un homme qui avoit porté la science médicinale beaucoup audelà de ses prédécesseurs ; on tâchoit de méconnoître dans ses ouvrages que, si on excepte la matiere médicale, il avoit presque tout copié des Grecs. Le plus grand effort que purent faire Gordon, Guy de Chauliac, Valescus de Tarenta, Savonarole, &c. fut de chercher à concilier, dans le choix des veines, la doctrine des Arabes & celle des Grecs. Ces derniers saignoient en conséquence du côté opposé, quand il y avoit pléthore, & du côté malade quand elle avoit diminué par les saignées, comme si le méchanisme de l'économie animale, & les lois de l'hydraulique pouvoient changer. Ces médecins suivoient pour la quantité de sang, le tems, les indications, & les contre - indications, les maximes que nous avons trouvées dans Galien & ses copistes grecs & arabes.

Les ouvrages des auteurs grecs étant traduits & devenus communs au commencement du seizieme siecle, il étoit juste que les peres de la Médecine, ses vrais législateurs rentrassent dans leurs droits. Par la comparaison qu'on fit d'Hippocrate & de Galien avec les Arabes, on sentit l'infériorité de ces derniers ; bien - tôt leur étude fut négligée. Galien plus facile à entendre, fut lu & enseigné par-tout ; les éditions s'en multiplierent avec une rapidité qui prouve que le bon goût & la saine philosophie commençoient à naître.

Le choix des veines occupa alors les Médecins avec une ardeur que leur zèle rendoit louable, dans un tems où la circulation du sang étoit ignorée ; c'étoit spécialement dans les inflammations de poitrine, qu'il paroissoit intéressant de décider la question. Brissot, célebre médecin de Paris, comparant le sentiment des Grecs avec celui des Arabes, trouva le premier plus conforme à la raison, le suivit dans sa pratique, le publia dans ses leçons & dans ses consultations. Ses maximes furent goûtées & suivies de plusieurs médecins. Etant allé en Portugal, il y souffrit une persécution qu'il ne méritoit pas. Il y mourut, laissant une apologie de son sentiment, à laquelle René Moreau a ajouté, cent ans après, un tableau chronologique des Médecins, & un précis de leurs sentimens à ce sujet.

Ce siecle vit les médecins partagés en six opinions différentes, au sujet de la saignée dans la pleurésie. Les uns saignoient toujours du côté malade ; les autres du côté opposé ; les troisiemes suivoient d'abord la seconde méthode, ensuite la premiere, & entre-mêloient les saignées du pié ; les quatriemes ouvroient toujours la veine du pié. Vesale conclut de la situation de la veine azygos, qui sortant du côté droit, fournit le sang à toutes les côtes, si on excepte les trois supérieures gauches, qu'on devoit toujours saigner du bras droit, excepté dans le cas où ces dernieres seroient le siége de la douleur. Il eut pour sectateurs LÉonard Fuchs & Cardan. Un très-petit nombre embrassa le sentiment de Nicolas le Florentin, qui vivoit au quatorzieme siecle ; il crut qu'il étoit indifférent d'ouvrir l'une ou l'autre veine ; l'évacuation seule lui paroissoit mériter l'attention des Médecins.

L'étude des Grecs devenant toujours plus familiere, les Arabes tombant dans le discrédit, le plus grand nombre des médecins se rangea du parti des premiers. Brissot remporta une victoire presque complete après sa mort. Rondelet, Craton, Valois, Argentier, Fernel, Hollier, Duret, toute l'école de Paris qui l'avoit persécuté, lui rendit les armes. Il y eut même des partisans outrés. Martin Akakia soutint dans la chaleur de l'enthousiasme, que l'opinion des Arabes avoit tué plusieurs milliers d'hommes ; celui-ci trouva cependant encore d'illustres défenseurs.

Scaliger voulant parer les coups, accablans pour-lors, de l'autorité, chercha le premier à prouver par les lois de l'hydraulique, qu'on devoit saigner du côté opposé à celui qui étoit affecté. Toutes ces sectes montroient, comme il n'est que trop ordinaire aux disciples des grands hommes, plus d'opiniâtreté dans le sentiment de leurs maîtres, que de raison & de bonne foi. Jamais Hippocrate & Avicenne n'auroient disputé avec tant de chaleur, sur un point qui nous paroît à présent peu important. Il étoit bien plus essentiel de déterminer les cas où on devoit tirer du sang, & jusqu'à quel point.

L'ouvrage de Botal donna l'allarme à ce sujet. Il poussa dans son traité de curatione per sanguinis missionem, imprimé pour la premiere fois en 1582, l'abus de la saignée à un excès qu'on ne peut se persuader. En voulant trop prouver, il ne prouva qu'une chose, c'est que l'esprit & l'éloquence peuvent en imposer à ceux, qui destitués de l'expérience, ne font pas un usage assez grand de leur raison. Il avança que dans la cacochymie, l'hydropisie, les fievres quartes invétérées, les indigestions, les diarrhées, les suppurations intérieures, &c. la saignée étoit le grand remede. Il osa s'étayer des passages d'Hippocrate tronqués, choisis dans ses oeuvres supposées. Il comparoit les veines à un puits, dont l'eau étoit d'autant meilleure, qu'elle étoit plus souvent renouvellée. Bonaventure Grangier, médecin de la faculté de Paris, s'éleva avec un grand succès contre Botal. Cette faculté le condamna authentiquement, lorsque son traité parut ; & cependant il l'entraîna après sa mort dans la plus grande partie de ses idées. Elle oublia les loix qu'Hippocrate, que Celse, Galien même, &c. avoient établies, auxquels les Fernel, les Hollier, les Duret s'étoient soumis (Ce dernier disoit familierement qu'il étoit petit seigneur). On la pratiqua avec une fureur qui n'est pas encore éteinte, contre laquelle on a vû successivement s'élever de bons ouvrages, & faire des efforts impuissans. La saignée qu'on n'osoit faire, au rapport de Pasquier, une seule fois qu'avec de grandes circonspections, fut prodiguée. La saine partie a su conserver ce milieu qui est le siége de la vérité ; mais plusieurs ont resté entraînés par le préjugé & le mauvais exemple.

La découverte de la circulation du sang, publiée en 1628 par Harvée, sembloit devoir apporter un nouveau jour sur une matiere qui y avoit autant de rapport ; mais elle ne servit qu'à aigrir, qu'à augmenter les disputes. Il y eut de grands débats à ce sujet, au milieu du siecle dernier, qui produisirent une foule d'ouvrages, la plûpart trop médiocres pour n'être pas tombés dans l'oubli : on donna des deux côtés dans des excès opposés. Il en fut qui soutinrent qu'on pouvoit perdre le sang comme une liqueur inutile, tel fut Valerius Martinius ; pendant que d'autres, tels que van-Helmont, Bontekoë, Gehema & Vulpin, prétendoient qu'il n'étoit aucun cas où on dût saigner : thèse renouvellée de nos jours.

Ces excès n'étoient point faits pour entraîner les vrais observateurs ; Sennert, Pison, Riviere, Bonet, Sydenham, suivirent l'ancienne méthode, & furent modérés ; quoiqu'on puisse reprocher au dernier quelques choses à cet égard, & notamment lorsqu'il conseille la saignée dans l'asthme, les fleurs blanches, la passion hystérique, la diarrhée en général, & spécialement celle qui survient après la rougeole, où il paroît la pratiquer plutôt par routine, que par raison ou par expérience.

On voit avec peine Willis, cet homme de génie fait pour prescrire des loix en Médecine, fait pour découvrir, se soumettre aveuglément aux leçons de Botal, conseiller la saignée contre presque toutes les maladies : fere totam Pathologiam, de phleb. p. 173. Il fut repris vivement peu de tems après sa mort, par Luc-Antoine Portius, qui combattit à Rome, en 1682, ce sentiment des galénistes, trop répandus dans cette ville, par quatre dialogues où il faisoit entrer en lice Erasistrate & van-Helmont, contre Galien & Willis. Quoique ce genre d'ouvrage soit peu fait pour les savans, par le tas de mots dont on est forcé de noyer les choses, ils méritent d'être lus par ceux en qui la fureur de verser du sang n'a pu être éteinte par l'observation & les malheurs. On y trouve beaucoup de jugement de la part de l'auteur, qui appuie son sentiment par une apologie de Galien, dans laquelle il excuse ingénieusement ce grand homme, en combattant ses sectateurs avec des armes d'autant plus fortes, qu'il démontre que ceux-ci ont outré la doctrine de leur maître, & d'autant plus raisonnables, qu'il prend pour son principe cette vérité appliquable à tous les moyens de guérison, qu'il vaut beaucoup mieux pécher par défaut que par excès, & que ceux qui s'interdisent absolument la saignée, font une faute bien au-dessous de celle que commettent ceux qui la pratiquent contre tous les maux.

On vit au milieu de ces disputes, s'élever un homme savant, plein de génie, Bellini, qui voulant à l'exemple de Scaliger, appliquer les mathématiques à la Médecine, tomba par des erreurs de calcul, ou des fausses suppositions, dans les paradoxes les plus étranges. Il mit au jour, en 1683, son Traité de la saignée, qui contient onze propositions, avec la réponse & les preuves. Nous ferions tort à l'histoire de la saignée, si nous passions sous silence ces maximes qui ont entraîné le suffrage d'un grand nombre de savans médecins, & donné lieu aux disputes les plus vives.

Le sang, selon Bellini, coule avec plus de rapidité pendant la saignée dans l'artere qui correspond à la veine ouverte, & en s'y portant, ce qu'il appelle dérivation, il quitte les vaisseaux éloignés, ce qu'il nomme révulsion. Après la saignée, la dérivation & la révulsion sont moindres que pendant l'écoulement du sang, & enfin s'évanouissent. On doit saigner dans les inflammations, les rameaux qui ont la communication la plus éloignée avec la partie malade, pour ne point attirer le sang sur celle-ci. La saignée rafraîchit & humecte par l'évacuation qu'elle produit ; elle échauffe & desseche au contraire, lorsqu'elle rend au sang trop géné un mouvement rapide. Elle doit être mise en usage dans toutes les maladies où le sang est trop abondant, où il faut en augmenter la vélocité, rafraîchir, humecter, résoudre les obstructions, ou changer la nature du sang ; la saignée en augmente la vélocité. Il seroit plus avantageux d'ouvrir les arteres, que les veines dans les cas où la saignée est indiquée ; la crainte des accidens doit y faire suppléer par tous les autres moyens que la Médecine a en son pouvoir, tels que les scarifications, les sangsues, les ligatures, &c. les évacuans quelconques peuvent tenir lieu de la saignée. Le tems le plus sûr pour tirer du sang est le déclin de la maladie. On voit dans tout cet ouvrage un grand homme, prévenu de certains sentimens, qu'il soutient avec la vraisemblance que le génie sait donner aux maximes les plus fausses. Quelques erronées que paroissent la plûpart de ces propositions, elles ont eu, comme nous l'avons dit, d'illustres défenseurs, parmi lesquels on doit compter Pitcarn, ce célebre médecin, dont il seroit à souhaiter que les élémens de médecine fussent physicopratiques, au lieu d'être physico-mathématiques ; il étoit trop lié avec Bellini de coeur & de goût, pour ne pas l'être de sentiment.

De Heyde fut un adversaire redoutable de Bellini, il opposa l'expérience aux calculs, il s'attacha ainsi à combattre sa doctrine par les armes les plus fortes. Le recueil de ses expériences parut trois ans après le traité de ce dernier, c'est-à-dire en 1686, & fut sans réplique. M. de Haller a publié 70 ans après des expériences qui confirment celles de de Heyde.

L'histoire du xviij. siecle présente des faits d'autant plus intéressans, qu'ils sont le terme auquel on est parvenu, que de grands hommes, se faisant gloire de secouer tout préjugé, ont cherché la vérité par l'expérience sur des animaux vivans, l'observation sur les malades, le raisonnement & le calcul ; ce qui n'a point empêché un grand nombre de tomber dans des écarts entierement semblables à ceux des siecles précédens : la circulation des sentimens est un spectacle vraiment philosophique. On voit dans la suite des tems les mêmes opinions tomber & renaître tour-à tour, se faire place mutuellement, & accuser par cette révolution, le peu d'étendue & de certitude des connoissances humaines. La vérité trop difficile à saisir, ne présente le plus souvent qu'un de ses côtés ; elle voile les autres, & ne marche jamais sans l'erreur qui vient au-devant des hommes, pendant que celle-la semble les éviter. Toutes les anciennes disputes sur le choix des veines, la quantité de sang qu'on devoit tirer, les cas où on devoit saigner, revinrent & repasserent dans l'espace de 30 ans, par les mains des plus savans médecins françois & étrangers. Celui qui y joua un des principaux rôles, fut M. Hecquet. Une thèse à laquelle il présida en 1704, dans laquelle il soutenoit que la saignée remédie au défaut de la transpiration insensible, fut le principe de la querelle. M. Andry en rendit compte dans le journal des savans, d'une maniere ironique, à laquelle le premier repliqua. Il le fit d'une maniere si aigre & si vive, qu'il ne put obtenir la permission de faire imprimer son ouvrage. Ce fut secrétement qu'il parut, sous le titre d'explication physique & méchanique des effets de la saignée, & de la boisson dans la cure des maladies ; avec une réponse aux mauvaises plaisanteries que le journaliste de Paris a faites sur cette explication de la saignée. Il donna en même tems au public une traduction de sa thèse. M. Andry dupliqua en 1710, par des remarques de médecine sur différens sujets ; spécialement sur ce qui regarde la saignée, la purgation & la boisson. Par ce dernier ouvrage la querelle resta éteinte.

Il n'avoit été question entre MM. Hecquet & Andry, que des cas où on devoit pratiquer la saignée ; le premier excita une nouvelle dispute avec M. Sylva. Ils aimoient trop tous les deux à verser du sang, pour être en différend sur la quantité ; ils combattirent sur le choix des veines. M. Hecquet publia en 1724, ses observations sur la saignée du pié, qu'il désapprouvoit au commencement de la petite vérole, des fievres malignes, & des autres grandes maladies. M. Sylva voulant justifier cette pratique, & expliquer la doctrine de la dérivation & de la révulsion, entendues à sa maniere, donna en 1727, son grand traité sur l'usage des saignées, muni des approbations les plus respectables. Le premier volume est dogmatique ; l'auteur y développe son systême, & combat celui de M. Bianchi, qui huit années auparavant, avoit soutenu dans une lettre adressée à M. Bimi, sur les obstacles que le sang trouve dans son cours : 1°. que la circulation du sang étant empêchée dans une partie, toute la masse s'en ressent : 2°. qu'on doit saigner dans la partie la plus éloignée du mal, à-moins qu'il ne soit avantageux d'y exciter une inflammation plus forte ; ce qui excuse & explique le bon effet des saignées locales. L'autorité d'Hippocrate mal entendue, & de Tulpius, une pratique vague, l'expression des propositions précédentes, étoient les preuves dont M.