A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z

    
TSubst. masc. (Gramm.) c'est la vingtieme lettre, & la seizieme consonne de notre alphabet. Nous la nommons té par un é fermé ; il vaudroit mieux la nommer te par l'e muet. La consonne correspondante chez les Grecs est ou , & ils la nomment tau : si elle est jointe à une aspiration ; ce qui est l'équivalent de th, c'est

ou , & ils l'appellent thêta, expression abrégée de tau hêta, parce qu'anciennement ils exprimoient la même chose par . Voyez H. Les Hébreux expriment la même articulation par , qu'ils nomment teth ; le t aspiré par , qu'ils appellent thau ; & le t accompagné d'un sifflement, c'est-à-dire, ts par , à quoi ils donnent le nom de tsade.

La lettre t représente une articulation linguale, dentale, & forte, dont la foible est de. Voyez LINGUALE. Comme linguale, elle est commuable avec toutes les autres articulations de même organe : comme dentale, elle se change plus aisément & plus fréquemment avec les autres articulations linguales produites par le même méchanisme ; mais elle a avec sa foible la plus grande affinité possible. De-là vient qu'on la trouve souvent employée pour d chez les anciens, qui ont dit set, aput, quot, haut, pour sed, apud, quod, haud ; & au contraire adque pour atque.

Cette derniere propriété est la cause de la maniere dont nous prononçons le d final, quand le mot suivant commence par une voyelle ou par un h aspiré ; nous changeons d en t, & nous prononçons grand exemple, grand homme, comme s'il y avoit grant exemple, grant homme. Ce n'est pas absolument la nécessité du méchanisme qui nous conduit à ce changement ; c'est le besoin de la netteté : si l'on prononçoit foiblement le d de grand écuyer, comme celui de grande écurie, la distinction des genres ne seroit plus marquée par la prononciation.

Une permutation remarquable du t, c'est celle par laquelle nous le prononçons comme une s, comme dans objection, patient. Voyez S. Scioppius, dans son traité de Orthopoeiâ, qui est à la fin de sa grammaire philosophique, nous trouve ridicules en cela : Maximè tamen, dit-il, in eâ efferendâ ridiculi sunt Galli, quos cùm intentio dicentes audias, intentio an intensio illa sit, discernere haud quaquam possis. Il ajoute un peu plus bas : Non potest vocalis post i posita eam habere vim, ut sonum illum qui T litterae suus ac proprius est immutet : nam ut ait Fabius, hic est usus litterarum ut custodiant voces, & velut depositum reddant legentibus : itaque si in justi, sonus litterae T est affinis sono D, ac sine ullo sibilo, non potest ille alius atque alius esse in justitiâ.

Il abuse, comme presque tous les géographes, de la maxime de Quintilien : les lettres sont véritablement destinées à conserver les sons ; mais elles ne peuvent le faire qu'au moyen de la signification arbitraire qu'elles ont reçue de l'autorité de l'usage, puisqu'elles n'ont aucune signification propre & naturelle. Que l'on reproche à notre usage, j'y consens, de n'avoir pas toute la simplicité possible : c'est un défaut qui lui est commun avec les usages de toutes les langues, & qui par conséquent, ne nous rend pas plus ridicules en ce point, que ne le sont en d'autres les autres nations.

La lettre & l'articulation t sont euphoniques chez nous, lorsque, par inversion, nous mettons après la troisieme personne singuliere les mots il, elle, & on, & que cette troisieme personne finit par une voyelle ; comme a-t-il reçu, aime-t-elle, y alla-t-on : & dans ce cas, la lettre t se place, comme on voit, entre deux tirets. La lettre euphonique & les tirets désignent l'union intime & indissoluble du sujet, il, elle, ou on, avec le verbe ; & le choix du t par préférence vient de ce qu'il est la marque ordinaire de la troisieme personne. Voyez N.

T dans les anciens monumens signifie assez souvent Titus ou Tullius.

C'étoit aussi une note numérale qui valoit 160 ; & avec une barre horisontale au-dessus, vaut 160000. Le T'avec une sorte d'accent aigu par enhaut, valoit chez les Grecs 300 ; & si l'accent étoit en-bas, il valoit 1000 fois 300, T'= 300000. Le des Hébreux vaut 9 ; & avec deux points disposés au-dessus horisontalement, vaut 9000.

Nos monnoies marquées d'un T, ont été frappées à Nantes. (E. R. M. B.)

T t t t, ces trois premiers t, dans leur figure sont de vrais i en ôtant le point & barrant la partie supérieure. Le quatrieme a de plus une ligne mixte renversée à sa partie inférieure. Ils se forment dans leur premiere partie du mouvement simple du poignet, & dans la seconde le poignet agit de concert avec les doigts. Voyez les Planch. de l'Ecriture.


Tterme de Chirurgie, c'est le nom d'un bandage ainsi dit à raison de sa figure. Il est destiné à contenir l'appareil convenable à l'opération de la fistule à l'anus, aux maladies du périnée & du fondement. On le fait avec deux bandes longues d'une aune, & plus ou moins larges, suivant le besoin. La bande transversale sert à entourer le corps sur les hanches ; la perpendiculaire est cousue au milieu de celle-ci ; elle est fendue jusqu'à six ou huit travers de doigt de la ceinture. Le plein de cette bande passe entre les fesses, & s'appuye sur le périnée ; les deux chefs sont conduits à droite & à gauche entre la cuisse & les parties naturelles, pour venir s'attacher à la ceinture par un noeud en boucle de chaque côté. Voyez ce que nous avons dit de ce bandage à l'article FISTULE A L'ANUS, au mot FISTULE. La figure 14. Planche XXVI. représente un T simple ; & la figure 13. montre un double T. Dans celui-ci il y a deux branches perpendiculaires, cousues à quatre travers de doigt de distance l'une de l'autre. Le double T convient plus particulierement pour l'opération de la taille & pour les maladies du périnée ; parce qu'on croise les deux branches sur le lieu malade, & qu'on laisse l'anus libre & à découvert : avantage que n'a point le T simple. Sur les conditions du linge propre à faire le bandage en T, voyez le mot BANDE. (Y)

T, en terme de mines ou d'Artillerie, se dit d'une figure qui a beaucoup de rapport à celle d'un T, & qui se forme par la disposition & l'arrangement des fourneaux, chambres, ou logemens, qui se font sous une piece de fortification pour la faire sauter. Voyez MINE. (Q)


Ten Musique ; cette lettre se trouve quelquefois dans les partitions, pour désigner la partie de la taille, lorsque cette taille prend la place de la basse, & qu'elle est écrite sur la même portée, la basse gardant le tacet. Voyez TAILLE.

Quelquefois dans les parties de symphonie le T signifie tous ou tutti, & est opposé à la lettre S, ou au mot seul ou solo, qui alors doit nécessairement avoir été écrit auparavant dans la même partie.

Enfin, le T ou tr, sur une note, marque dans la musique italienne, ce qu'ils appellent trillo, & nous, tremblement ou cadence. Ce T, dans la musique françoise, a pris la forme d'une petite croix. (S)


Tdans le Commerce, est d'usage dans quelques abréviations ; ainsi T R s, abregent traits ou traites, & pour livres sterlings, on met L. S T. Voyez ABREVIATION. Dictionnaire de Commerce.


TAou SA, ou TSJA, s. m. (Hist. nat. Botan.) c'est un arbre fruitier du Japon, dont les branches poussent sans ordre dès le pié. Ses feuilles deviennent semblables à celles du cerisier, après avoir ressemblé, dans leur jeunesse, à celles de l'évonyme ; sa fleur differe peu de la rose des champs. La capsule séminale, qui est comme ligneuse, s'ouvre dans sa maturité, & donne deux ou trois semences, dont chacune contient un seul noyau de la figure d'une châtaigne, & couvert d'une écorce fort semblable, mais plus petit.


TA-JASSOUS. m. (Hist. nat.) c'est le nom que les habitans sauvages du Brésil donnent à une espece de sanglier, qui a sur le dos une ouverture naturelle qui sert à la respiration ; quant aux autres parties de cet animal, elles ressemblent parfaitement à celles de nos sangliers ; ses défenses sont tout aussi dangereuses, mais il en differe par son cri, qui est effrayant.


TAAS(Géog. mod.) grande riviere de l'empire Russien, au pays des Samoyédes. Cette riviere semble tirer sa source d'une vaste forêt qui n'est pas loin de Jéniscéa ; & après avoir arrosé une vaste étendue de pays, elle se jette dans l'Oby, à la gauche de ce fleuve. (D.J.)


TAATA(Géog. mod.) ville de la haute Egypte, entre Girgé & Cardousse, à une centaine de lieues du Caire, & seulement à un demi-mille du rivage du Nil. Paul Lucas ne dit que des mensonges sur cette ville ; la montagne qui borne le Nil, les grottes de la montagne, les tombeaux, & le serpent qui s'y trouvent. (D.J.)


TAAUTS. m. (Mythol. Egypt.) Taautes, Taautus, Thautes, Theuth, Thot, Thooth, Thoith, &c. car ce mot est écrit dans les auteurs de toutes ces manieres différentes ; c'est le nom propre d'un dieu des Egyptiens, & autres peuples ; tout ce que nous en savons nous vient de Sanchoniaton, par Eusebe qui même, selon les apparences, ne nous a pas toujours rendu les vrais détails de l'auteur égyptien. (D.J.)


TABou TABO-SEIL, s. m. (Hist. mod.) c'est le nom sous lequel les Negres qui habitent la côte de grain en Afrique désignent leur roi, dont le pouvoir est très-arbitraire, vû que les peuples le regardent comme un être d'une nature fort supérieure à la leur. Sentiment qui est fortifié par les prêtres du pays, qui, comme en beaucoup d'autres endroits, sont les plus fermes supports de la tyrannie & du despotisme, lorsqu'ils n'y sont point soumis eux-mêmes.


TABACS. m. (Hist. nat. Bot.) herbe originaire des pays chauds, ammoniacale, âcre, caustique, narcotique, vénéneuse, laquelle cependant préparée par l'art, est devenue dans le cours d'un siecle, par la bisarrerie de la mode & de l'habitude, la plante la plus cultivée, la plus recherchée, & l'objet des délices de presque tout le monde qui en fait usage, soit par le nez, en poudre ; soit en fumée, avec des pipes ; soit en machicatoire, soit autrement.

On ne la connoît en Europe, que depuis la découverte de l'Amérique, par les Espagnols ; & en France, depuis l'an 1560. On dit qu'Hernandès de Tolede, est un des premiers qui l'ait envoyée en Espagne & en Portugal. Les auteurs la nomment en latin nicotiana, petunum, tabacum, &c. Les Amériquains qui habitent le continent l'appellent pétun, & ceux des îles yolt.

Les François lui ont aussi donné successivement différens noms. Premierement, ils l'appellerent nicotiane, de Jean Nicot, ambassadeur de François II. auprès de Sébastien, roi de Portugal en 1559, 1560, & 1561 ; ministre connu des savans par divers ouvrages, & principalement par son Dictionnaire françois-latin, in-fol. dont notre langue ne peut se passer. Il envoya cette plante de Portugal en France, avec de la graine pour en semer, dont il fit présent à Catherine de Médicis, d'où vient qu'on la nomma herbe à la reine. Cette princesse ne put cependant jamais la faire appeller médicée. Ensuite on nomma le tabac, herbe du grand-prieur, à cause du grand-prieur de France de la maison de Lorraine qui en usoit beaucoup ; puis l'herbe de sainte-croix & l'herbe de tournabon, du nom des deux cardinaux, dont le dernier étoit nonce en France, & l'autre en Portugal ; mais enfin, on s'est réduit à ne plus l'appeller que tabac, à l'exemple des Espagnols, qui nommoient tabaco, l'instrument dont ils se servoient pour former leur pétun.

Sa racine est annuelle ; son calice est ou long, tubuleux, & partagé en cinq quartiers longs & aigus ; ou ce calice est court, large, & partagé en cinq quartiers obtus. Sa fleur est monopétale, en entonnoir, découpée en cinq segmens aigus & profonds, étendus en étoile ; elle a cinq étamines : son fruit est membraneux, oblong, rondelet, & divisé par une cloison en deux cellules.

On compte quatre especes principales de tabac ; savoir, 1°. nicotiana major, latifolia, C. B. P. en françois grand tabac, grand pétun ; 2°. nicotiana major, angusti folia, I. R. B. C. B. P. 3°. nicotiana minor, C. B. P. 4°. minor, foliis rugosioribus.

La premiere espece pousse une tige à la hauteur de cinq ou six piés, grosse comme le pouce, ronde, velue, remplie de moëlle blanche. Ses feuilles sont très-larges, épaisses, mollasses, d'un verd sale, d'environ un pié de long, sans queue, velues, un peu pointues, nerveuses, glutineuses au toucher, d'un goût âcre & brûlant. Ses fleurs croissent au sommet des tiges ; elles sont d'un rouge pâle, divisées par les bords en cinq segmens, & ressemblant à de longs tubes creux. Ses vaisseaux séminaux sont longs, pointus par le bout, divisés en deux loges, & pleins d'un grand nombre de petites semences brunes. Sa racine est fibreuse, blanche, d'un goût fort âcre. Toute la plante a une odeur fort nauséabonde. Cette espece diminue considérablement en séchant, & comme on dit aux îles, à la pente ; cette diminution est cause que les Anglois en font moins de cas que de la seconde espece. En échange, c'est celle qu'on préfere pour la culture en Allemagne, du côté d'Hanovre & de Strasbourg, parce qu'elle est moins délicate.

La seconde espece differe de la précédente, en ce que ses feuilles sont plus étroites, plus pointues, & attachées à leur tige par des queues assez longues ; son odeur est moins forte ; sa fumée plus douce & plus agréable au fumeur. On cultive beaucoup cette espece dans le Brésil, à Cuba, en Virginie & en d'autres lieux de l'Amérique, où les Anglois ont des établissemens.

La troisieme espece vient des Colonies françoises dans les Indes occidentales, & elle réussit fort bien dans nos climats.

La quatrieme espece nommée petit tabac anglois, est plus basse & plus petite que les précédentes. Ses tiges rondes & velues, s'élevent à deux ou trois piés de hauteur. Ses feuilles inférieures sont assez larges, ovales, émoussées par la pointe, & gluantes au toucher ; elles sont plus petites que les feuilles des autres especes de tabacs ; celles qui croissent sur les tiges sont aussi plus petites que les inférieures, & sont rangées alternativement. Ses fleurs sont creuses & en entonnoir ; leurs feuilles sont divisées par le bord en cinq segmens ; elles sont d'un verd jaunâtre, & placées dans des calices velus. Ce tabac a la semence plus grosse que la premiere espece ; cette semence se forme dans des vaisseaux séminaux ; on la seme dans des jardins, & elle fleurit en Juillet & en Août.

Toutes les nicotianes dont on vient de parler, sont cultivées dans les jardins botaniques par curiosité ; mais le tabac se cultive pour l'usage en grande quantité dans plusieurs endroits de l'Amérique, sur-tout dans les îles Antilles, en Virginie, à la Havane, au Brésil, auprès de la ville de Comana, & c'est ce dernier qu'on nomme tabac de Verine.

Le tabac croît aussi par-tout en Perse, particulierement dans la Susiane, à Hamadan, dans la Caramanie déserte, & vers le sein Persique ; ce dernier est le meilleur. On ne sait point si cette plante est originaire du pays, ou si elle y a été transportée. On croit communément qu'elle y a passé d'Egypte, & non pas des Indes orientales.

Il nous vient du tabac du levant, des côtes de Grece & de l'Archipel, par feuilles attachées ensemble. Il s'en cultive aussi beaucoup en Allemagne & en Hollande. Avant que sa culture fût prohibée en France, elle y étoit très-commune, & il réussissoit à merveille, particulierement en Guyenne, du côté de Bordeaux & de Clerac, en Bearn, vers Pau ; en Normandie, aux environs de LÉry ; & en Artois, près Saint-Paul.

On ne peut voir, sans surprise, que la poudre ou la fumée d'une herbe vénéneuse, soit devenue l'objet d'une sensation délicate presque universelle : l'habitude changée en passion, a promtement excité un zele d'intérêt pour perfectionner la culture & la fabrique d'une chose si recherchée ; & la nicotiane est devenue par un goût général, une branche très-étendue du commerce de l'Europe, & de celui d'Amérique.

A peine fut-elle connue dans les jardins des curieux, que divers médecins, amateurs des nouveautés, l'employerent intérieurement & extérieurement, à la guérison des maladies. Ils en tirerent des eaux distillées, & de l'huile par infusion ou par distillation ; ils en préparerent des syrops & des onguens qui subsistent encore aujourd'hui.

Ils la recommanderent en poudre, en fumée, en machicatoire, en errhine, pour purger, disoient-ils, le cerveau & le décharger de sa pituite surabondante. Ils louerent ses feuilles appliquées chaudes pour les tumeurs oedémateuses, les douleurs de jointures, la paralysie, les furoncles, la morsure des animaux venimeux ; ils recommanderent aussi ces mêmes feuilles broyées avec du vinaigre, ou incorporées avec des graisses en onguent, & appliquées à l'extérieur pour les maladies cutanées ; ils en ordonnerent la fumée, dirigée dans la matrice, pour les suffocations utérines ; ils vanterent la fumée, le suc & l'huile de cette herbe, comme un remede odontalgique ; ils en prescrivirent le syrop dans les toux invétérées, l'asthme, & autres maladies de la poitrine. Enfin, ils inonderent le public d'ouvrages composés à la louange de cette plante ; tels sont ceux de Monardes, d'Everhartus, de Néander, &c.

Mais plusieurs autres Médecins, éclairés par une théorie & une pratique plus savante, penserent bien différemment des propriétés du tabac pour la guérison des maladies ; ils jugerent avec raison, qu'il n'y avoit presque point de cas où son usage dût être admis. Son âcreté, sa causticité, sa qualité narcotique le prouvent d'abord. Sa saveur nauséabonde est un signe de sa vertu émétique & cathartique ; cette saveur qui est encore brûlante & d'une acrimonie qui s'attache fortement à la gorge, montre une vertu purgative très-irritante. Mais en même tems que la nicotiane a ces qualités, son odeur foetide indique qu'elle agit par stupéfaction sur les esprits animaux, de même que le stramonium, quoiqu'on ne puisse expliquer comment elle possede à la fois une vertu stimulante & somnifere ; peut-être que sa narcoticité dépend de la vapeur huileuse & subtile, dans laquelle son odeur consiste.

Sa poudre forme par la seule habitude, une titilation agréable sur les nerfs de la membrane pituitaire. Elle y excite dans le commencement des mouvemens convulsifs, ensuite une sensation plus douce, & finalement, il faut pour réveiller le chatouillement, que cette poudre soit plus aiguisée & plus pénétrante. C'est ce qui a engagé des détailleurs pour débiter leur tabac aux gens qui en ont fait un long usage, de le suspendre dans des retraits, afin de le rendre plus âcre, plus piquant, plus fort ; & il faut avouer que l'analogie est bien trouvée. D'autres le mettent au karabé pour l'imbiber tout-d'un-coup d'une odeur ammoniacale, capable d'affecter l'organe usé de l'odorat.

La fumée du tabac ne devient un plaisir à la longue, que par le même méchanisme ; mais cette habitude est plus nuisible qu'utile. Elle prive l'estomac du suc salivaire qui lui est le plus nécessaire pour la digestion ; aussi les fumeurs sont-ils obligés de boire beaucoup pour y remédier, & c'est par cette raison que le tabac supplée dans les camps à la modicité des vivres du malheureux soldat.

La machication du tabac a les mêmes inconvéniens, outre qu'elle gâte l'haleine, les dents, & qu'elle corrode les gencives.

Ceux qui se sont avisés d'employer pour remede le tabac, en petits cornets dans les narines, & de l'y laisser pendant le sommeil, ont bientôt éprouvé le mauvais effet de cette herbe ; car ses parties huileuses & subtiles, tombant dans la gorge & dans la trachée artere, causent au reveil, des toux séches & des vomissemens violens.

Quant à l'application extérieure des feuilles du tabac, on a des remedes beaucoup meilleurs dans toutes les maladies, pour lesquelles on vante l'efficace de ce topique. Sa fumigation est très-rarement convenable dans les suffocations de la matrice.

L'huile du tabac irrite souvent le mal des dents ; & quand elle le dissipe, ce n'est qu'après avoir brûlé le nerf par sa causticité. Si quelques personnes ont appaisé leurs douleurs de dents, en fumant la nicotiane, ce sont des gens qui ont avalé de la fumée, & qui s'en sont enyvrés. On ne persuadera jamais aux Physiciens qui connoissent la fabrique délicate des poumons, que le syrop d'une plante âcre & caustique soit recommandable dans les maladies de la poitrine.

La décoction des feuilles de tabac est un vomitif, qu'il n'est guere permis d'employer, soit de cette maniere, soit en remede, que dans les cas les plus pressans, comme dans l'apopléxie & la léthargie.

L'huile distillée de cette plante est un si puissant émétique, qu'elle excite quelquefois le vomissement, en mettant pendant quelque tems le nez sur la fiole dans laquelle on la garde. Un petit nombre de gouttes de cette huile injectées dans une plaie, cause des accidens mortels, comme l'ont prouvé des expériences faites sur divers animaux, par Harderus & Redi.

Si quelque recueil académique contient des observations ridicules à la louange du tabac, ce sont assurément les mémoires des curieux de la nature ; mais on n'est pas plus satisfait de celles qu'on trouve dans la plupart des auteurs contre l'usage de cette plante. Un Pauli, par exemple, nous assure que le tabac qu'on prend en fumée, rend le crâne tout noir. Un Borrhi, dans une lettre à Bartholin, lui mande, qu'une personne s'étoit tellement desséchée le cerveau à force de prendre du tabac, qu'après sa mort on ne lui trouva dans la tête qu'un grumeau noir, composé de membranes. Il est vrai que dans le tems de tous ces écrits, le tabac avoit allumé une guerre civile entre les Médecins, pour ou contre son usage, & qu'ils employerent sans scrupule, le vrai & le faux pour faire triompher leur parti. Le roi Jacques lui-même, se mêla de la querelle ; mais si son regne ne fut qu'incapacité, son érudition n'étoit que pédanterie. (D.J.)

TABAC, culture du, (Comm.) ce fut vers l'an 1520 que les Espagnols trouverent cette plante dans le Jucatan, province de la Terre-ferme ; & c'est delà que sa culture a passé à Saint-Domingue, à Mariland, & à la Virginie.

Vers l'an 1560, Jean Nicot, à son retour de Portugal, présenta cette plante à Catherine de Médicis ; ce qui fit qu'on l'appella la nicotiane. Le cardinal de Sainte-Croix & Nicolas Tornaboni la vanterent en Italie sous le nom d'herbe sainte, que les Espagnols lui avoient donné à cause de ses vertus. Cependant l'herbe sainte, loin d'être également accueillie de tout le monde, alluma la guerre entre les Savans ; les ignorans en grand nombre y prirent parti, & les femmes mêmes se déclarerent pour ou contre une chose qu'elles ne connoissoient pas mieux que les affaires sérieuses qui se passoient alors en Europe, & qui en changerent toute la face.

On fit plus de cent volumes à la louange ou au blâme du tabac ; un allemand nous en a conservé les titres. Mais malgré les adversaires qui attaquerent l'usage de cette plante, son luxe séduisit toutes les nations, & se répandit de l'Amérique jusqu'au Japon.

Il ne faut pas croire qu'on le combattît seulement avec la plume ; les plus puissans monarques le proscrivirent très-séverement. Le grand duc de Moscovie, Michel Féderowits, voyant que la capitale de ses états, bâtie de maisons de bois, avoit été presque entierement consumée par un incendie, dont l'imprudence des fumeurs qui s'endormoient la pipe à la bouche, fut la cause, défendit l'entrée & l'usage du tabac dans ses états ; premierement sous peine de la bastonnade, qui est un châtiment très-cruel en ce pays-là ; ensuite sous peine d'avoir le nez coupé ; & enfin, de perdre la vie. Amurath IV. empereur des Turcs, & le roi de Perse Scach-Sophi firent les mêmes défenses dans leurs empires, & sous les mêmes peines. Nos monarques d'occident, plus rusés politiques, chargerent de droits exorbitans l'entrée du tabac dans leurs royaumes, & laisserent établir un usage qui s'est à la fin changé en nécessité. On mit en France en 1629 trente sols par livre d'impôt sur le pétun, car alors le tabac s'appelloit ainsi ; mais comme la consommation de ce nouveau luxe est devenue de plus en plus considérable, on en a multiplié proportionnellement les plantations dans tous les pays du monde. On peut voir la maniere dont elles se font à Ceylan, dans les Transact. philos. n °. 278. p. 1145 & suiv. Nous avons sur-tout des ouvrages précieux écrits en anglois, sur la culture du tabac en Mariland & en Virginie ; en voici le précis fort abrégé.

On ne connoît en Amérique que quatre sortes de tabacs ; le petun, le tabac à langue, le tabac d'amazone, & le tabac de Verine ; ces quatre especes fleurissent & portent toutes de la graine bonne pour se reproduire ; toutes les quatre peuvent croître à la hauteur de 5 ou 6 piés, & durer plusieurs années, mais ordinairement on les arrête à la hauteur de deux piés, & on les coupe tous les ans.

Le tabac demande une terre grasse, médiocrement forte, unie, profonde, & qui ne soit pas sujette aux inondations ; les terres neuves lui sont infiniment plus propres que celles qui ont déja servi.

Après avoir choisi son terrein, on mêle la graine du tabac avec six fois autant de cendre ou de sable, parce que si on la semoit seule, sa petitesse la feroit pousser trop épais, & il seroit impossible de transplanter la plante sans l'endommager. Quand la plante a deux pouces d'élevation hors de terre, elle est bonne à être transplantée. On a grand soin de sarcler les couches, & de n'y laisser aucunes mauvaises herbes, dès que l'on peut distinguer le tabac ; il doit toujours être seul & bien net.

Le terrein étant nettoyé, on le partage en allées distantes de trois piés les unes des autres, & paralleles, sur lesquelles on plante en quinconce des piquets éloignés les uns des autres de trois piés. Pour cet effet, on étend un cordeau divisé de trois en trois piés par des noeuds, ou quelques autres marques apparentes, & l'on plante un piquet en terre à chaque noeud ou marque.

Après qu'on a achevé de marquer les noeuds du cordeau, on le leve, on l'étend trois piés plus loin, observant que le premier noeud ou marque ne corresponde pas vis-à-vis d'un des piquets plantés, mais au milieu de l'espace qui se trouve entre deux piquets, & on continue de marquer ainsi tout le terrein avec des piquets, afin de mettre les plantes au lieu des piquets, qui, de cette maniere, se trouvent plus en ordre, plus aisées à sarcler, & éloignées les unes des autres suffisamment pour prendre la nourriture qui leur est nécessaire. L'expérience fait connoître qu'il est plus à-propos de planter en quinconce, qu'en quarré, & que les plantes ont plus d'espace pour étendre leurs racines, & pousser les feuilles, que si elles faisoient des quarrés parfaits.

Il faut que la plante ait au-moins six feuilles pour pouvoir être transplantée. Il faut encore que le tems soit pluvieux ou tellement couvert, que l'on ne doute point que la pluie ne soit prochaine ; car de transplanter en tems sec, c'est risquer de perdre tout son travail & ses plantes. On leve les plantes doucement, & sans endommager les racines. On les couche proprement dans des paniers, & on les porte à ceux qui doivent les mettre en terre. Ceux-ci sont munis d'un piquet d'un pouce de diametre, & d'environ quinze pouces de longueur, dont un bout est pointu, & l'autre arrondi.

Ils font avec cette espece de poinçon un trou à la place de chaque piquet qu'ils levent, & y mettent une plante bien droite, les racines bien étendues : ils l'enfoncent jusqu'à l'oeil, c'est-à-dire, jusqu'à la naissance des feuilles les plus basses, & pressent mollement la terre autour de la racine, afin qu'elle soutienne la plante droite sans la comprimer. Les plantes ainsi mises en terre, & dans un tems de pluie, ne s'arrêtent point, leurs feuilles ne souffrent pas la moindre altération, elles reprennent en 24 heures, & profitent à merveille.

Un champ de cent pas en quarré contient environ dix mille plantes : on compte qu'il faut quatre personnes pour les entretenir, & qu'elles peuvent rendre quatre mille livres pesant de tabac, selon la bonté de la terre, le tems qu'on a planté, & le soin qu'on en a pris ; car il ne faut pas s'imaginer qu'il n'y a plus rien à faire, quand la plante est une fois en terre. Il faut travailler sans-cesse à sarcler les mauvaises herbes, qui consommeroient la plus grande partie de sa nourriture. Il faut l'arrêter, la rejettonner, ôter les feuilles piquées de vers, de chenilles, & autres insectes ; en un mot avoir toujours les yeux & les mains dessus jusqu'à ce qu'elle soit coupée.

Lorsque les plantes sont arrivées à la hauteur de deux piés & demi ou environ, & avant qu'elles fleurissent, on les arrête, c'est-à-dire, qu'on coupe le sommet de chaque tige, pour l'empêcher de croître & de fleurir ; & en même tems on arrache les feuilles les plus basses, comme plus disposées à toucher la terre, & à se remplir d'ordures. On ôte aussi toutes celles qui sont viciées, piquées de vers, ou qui ont quelque disposition à la pourriture, & on se contente de laisser huit ou dix feuilles tout-au-plus sur chaque tige, parce que ce petit nombre bien entretenu rend beaucoup plus de tabac, & d'une qualité infiniment meilleure, que si on laissoit croître toutes celles que la plante pourroit produire. On a encore un soin particulier d'ôter tous les bourgeons ou rejettons que la force de la seve fait pousser entre les feuilles & la tige ; car outre que ces rejettons ou feuilles avortées ne viendroient jamais bien, elles attireroient une partie de la nourriture des véritables feuilles qui n'en peuvent trop avoir.

Depuis que les plantes sont arrêtées jusqu'à leur parfaite maturité, il faut cinq à six semaines, selon que la saison est chaude, que le terrein est exposé, qu'il est sec ou humide. On visite pendant ce tems-là, au-moins deux ou trois fois la semaine, les plantes pour les rejettonner, c'est-à-dire en arracher tous les rejettons, fausses tiges ou feuilles qui naissent tant sur la tige qu'à son extrêmité, ou auprès des feuilles.

Le tabac est ordinairement quatre mois ou environ en terre, avant d'être en état d'être coupé. On connoît qu'il approche de sa maturité, quand ses feuilles commencent à changer de couleur, & que leur verdeur vive & agréable, devient peu-à-peu plus obscure : elles panchent alors vers la terre, comme si la queue qui les attache à la tige, avoit peine à soutenir le poids du suc dont elles sont remplies : l'odeur douce qu'elles avoient, se fortifie, s'augmente, & se répand plus au loin. Enfin quand on s'apperçoit que les feuilles cassent plus facilement lorsqu'on les ploie, c'est un signe certain que la plante a toute la maturité dont elle a besoin, & qu'il est tems de la couper.

On attend pour cela que la rosée soit tombée, & que le soleil ait desséché toute l'humidité qu'elle avoit répandue sur les feuilles : alors on coupe les plantes, par le pié. Quelques-uns les coupent entre deux terres, c'est-à-dire, environ un pouce au-dessous de la superficie de la terre ; les autres à un pouce ou deux au-dessus ; cette derniere maniere est la plus usitée. On laisse les plantes ainsi coupées auprès de leurs souches le reste du jour, & on a soin de les retourner trois ou quatre fois, afin que le soleil les échauffe également de tous les côtés, qu'il consomme une partie de leur humidité, & qu'il commence à exciter une fermentation nécessaire pour mettre leur suc en mouvement.

Avant que le soleil se couche, on les transporte dans la case qu'on a préparée pour les recevoir, sans jamais laisser passer la nuit à découvert aux plantes coupées, parce que la rosée qui est très-abondante dans ces climats chauds, rempliroit leurs pores ouverts par la chaleur du jour précédent, & en arrêtant le mouvement de la fermentation déja commencée, elle disposeroit la plante à la corruption & à la pourriture.

C'est pour augmenter cette fermentation, que les plantes coupées & apportées dans la case, sont étendues les unes sur les autres, & couvertes de feuilles de balisier amorties, ou de quelques nattes, avec des planches par-dessus, & des pierres pour les tenir en sujétion : c'est ainsi qu'on les laisse trois ou quatre jours, pendant lesquels elles fermentent, ou pour parler comme aux îles françoises, elles ressuent, après quoi on les fait sécher dans les cases ou sueries.

On y construit toujours ces maisons à portée des plantations ; elles sont de différentes grandeurs, à-proportion de l'étendue des plantations ; on les bâtit avec de bons piliers de bois fichés en terre & bien traversé par des poutres & poutrelles, pour soutenir le corps du bâtiment. Cette carcasse faite, on la garnit de planches, en les posant l'une sur l'autre, comme l'on borde un navire, sans néanmoins que ces planches soient bien jointes ; elles ne sont attachées que par des chevilles de bois.

La couverture de la maison est aussi couverte de planches, attachées l'une sur l'autre sur les chevrons, de maniere que la pluie ne puisse entrer dans la maison : & cependant on observe de laisser une ouverture entre le toit & le corps du bâtiment, ensorte que l'air y passe sans que la pluie y entre, parce qu'on entend bien que le toit doit déborder le corps du bâtiment. On n'y fait point de fenêtres, on y voit assez clair, le jour y entrant suffisamment par les portes & par les ouvertures pratiquées entre le toit & le corps du bâtiment.

Le sol ordinaire de ces maisons est la terre même ; mais comme on y pose les tabacs, & que dans des tems humides la fraîcheur peut les humecter & les corrompre, il est plus prudent de faire des planchers, que l'on forme avec des poutrelles & des planches chevillées par-dessus. La hauteur du corps du bâtiment est de quinze à seize piés, celle du toit jusqu'au faîte de dix à douze piés.

En-dedans du bâtiment, on y place en-travers de petits chevrons qui sont chacun de deux pouces & demi en quarré ; le premier rang est posé à un pié & demi ou deux piés au-dessous du faîte, le deuxieme rang à quatre piés & demi au-dessous, le troisieme de même, &c. jusqu'à la hauteur de l'homme : les chevrons sont rangés à cinq piés de distance l'un de l'autre, ils servent à poser des gaulettes, auxquelles on pend les plantes de tabac.

Dès que le tabac a été apporté dans des civieres à la suerie ; on le fait rafraîchir en étendant sur le plancher des lits de trois plantes couchées l'une sur l'autre. Quand il s'est rafraîchi environ douze heures, on passe dans le pié de chaque plante une brochette de bois d'une façon à pouvoir être accrochée & tenir aux gaulettes, & tout-de-suite on les met ainsi à la pente, en observant de ne les point presser l'une contre l'autre. On laisse les plantes à la pente jusqu'à ce que les feuilles soient bien seches ; alors on profite du premier tems humide qui arrive, & qui permet de les manier sans les briser. Dans ce tems favorable on détache les plantes de la pente, & à mesure on arrache les feuilles de la tige, pour en former des manoques ; chaque manoque est composée de dix à douze feuilles, & elle se lie avec une feuille. Quand la manoque n'a point d'humidité, & qu'elle peut être pressée, on la met en boucaux.

Le tabac fort de Virginie, se cultive encore avec plus de soin que le tabac ordinaire, & chaque manoque de ce tabac fort, n'est composée que de quatre à six feuilles, fortes, grandes, & qui doivent être d'une couleur de marron foncé ; on voit par-là, qu'on fait en Virginie deux sortes de manoques de tabac, qu'on nomme premiere & seconde sorte.

Quant au merrain des boucaux, on se sert pour le faire du chêne blanc, qui est un bois sans odeur ; d'autres sortes de bois sont également bons pourvu qu'ils n'ayent point d'odeur. On distribue le bois en merrain, au-moins six mois avant que d'être employé. Les boucaux se font tous d'une même grandeur ; ils ont 4 piés de haut sur 32 pouces de diametre dans leur milieu ; ils contiennent cinq ou 600 liv. de tabac seulement pressées par l'homme, & jusqu'à mille livres lorsqu'ils sont pressés à la presse ; les boucaux du tabac fort, pesent encore davantage.

Telle est la culture du tabac que les fermiers de France achetent des Anglois pour environ quatre millions chaque année. Il est vrai cependant que quand le revenu du tabac seroit, comme on l'a dit, pour eux de quarante millions par an, il ne surpasseroit pas encore ce que la Louisiane mise en valeur pour cette denrée, produiroit annuellement à l'état au bout de quinze ans ; mais jamais les tabacs de la Louisiane ne seront cultivés & achetés sans la liberté du commerce. (D.J.)

TABAC, manufacture de. Le tabac regardé comme plante usuelle & de pur agrément, n'est connu en France que depuis environ 1600. Le premier arrêt qui survint à ce sujet, fut pour en défendre l'usage, que l'on croyoit pernicieux à la santé ; ce préjugé fut promtement détruit par la certitude du contraire, & le goût pour le tabac s'étendit assez généralement & en très-peu de tems dans toute l'Europe ; il est devenu depuis un objet important de commerce qui s'est accru de jour en jour. Cette denrée s'est vendue librement en France au moyen d'un droit de 30 sols qu'elle payoit à l'entrée jusqu'en 1674, qu'il en a été formé un privilege exclusif qui depuis a subsisté presque sans interruption.

A mesure que le goût de cette denrée prenoit faveur en France, il s'y établissoit des plantations, on la cultivoit même avec succès dans plusieurs provinces ; mais la difficulté, pour ne pas dire l'impossibilité, de faire concourir cette liberté avec le soutien du privilege, fit prendre le parti de supprimer toutes plantations dans l'intérieur de l'extension du privilege ; on s'est servi depuis de feuilles de différens crûs étrangers en proportion & en raison de qualité des fabriques auxquelles chacun d'eux s'est trouvé propre.

Les matieres premieres que l'on emploie dans les manufactures de France, sont des feuilles de Virginie, de la Louisiane, de Flandres, d'Hollande, d'Alsace, du Palatinat, d'Ukraine, de Pologne & de Levant.

Les feuilles de l'Amérique en général, & surtout celles connues sous le nom de l'inspection de Virginie, sont celles qui pour le corps & la qualité conviennent le mieux à la fabrique des tabacs destinés pour la rape ; celles d'Hollande entrent avec succès dans la composition des mêmes tabacs ; parmi tous ces crûs différens, les feuilles les plus jaunes, les plus légeres & les moins piquantes, sont celles qui réussissent le mieux pour les tabacs destinés à fumer, & par cette raison celles du Levant & celles du Mariland y sont très-propres.

Il seroit difficile de fixer le degré de supériorité d'un crû sur l'autre ; cela dépend entierement des tems plus ou moins favorables que la plante a essuyés pendant son séjour sur terre, de la préparation qui a été donnée aux feuilles après la récolte, & des précautions que l'on a prises ensuite pour les conserver & les employer dans leur point de maturité ; de même il ne peut y avoir de procédé fixe sur la composition des tabacs ; on doit avoir pour principe unique, lorsque le goût du consommateur est connu, d'entretenir chaque fabrique dans la plus parfaite égalité ; c'est à quoi on ne parvient qu'avec une très-grande connoissance des matieres, une attention suivie sur la qualité actuelle, non-seulement du crû, mais, pour ainsi dire, de chaque feuille que l'on employe ; l'expérience dicte ensuite s'il convient de faire des mêlanges, & en quelle proportion ils doivent être faits.

Une manufacture de tabacs n'exige ni des machines d'une méchanique compliquée, ni des ouvriers d'une intelligence difficile à rencontrer ; cependant les opérations en apparence les plus simples demandent la plus singuliere attention ; rien n'est indifférent depuis le choix des matieres jusqu'à leur perfection.

Il se fabrique des tabacs sous différentes formes qui ont chacune leur dénomination particuliere & leur usage particulier.

Les tabacs en carottes destinés à être rappés & ceux en rolles propres pour la pipe, font l'objet principal de la consommation.

On se contentera donc de faire ici le détail des opérations nécessaires pour parvenir à former des rolles & des carottes, & on a cru ne pouvoir donner une idée plus nette & plus précise de cette manoeuvre, qu'en faisant passer le lecteur, pour ainsi dire, dans chacun des atteliers qui la composent, par le moyen des Planches placées suivant l'ordre du travail avec une explication relative à chacune.

Mais pour n'être point arrêté dans le détail de la fabrication, il paroît nécessaire de le faire préceder de quelques réflexions, tant sur les bâtimens nécessaires pour une manufacture & leur distribution, que sur les magasins destinés à contenir les matieres premieres & celles qui sont fabriquées.

Magasins. L'exposition est la premiere de toutes les attentions que l'on doit avoir pour placer les magasins ; le soleil & l'humidité sont également contraires à la conservation des tabacs.

Les magasins destinés pour les matieres premieres doivent être vastes, & il en faut de deux especes, l'une pour contenir les feuilles anciennes qui n'ont plus de fermentation à craindre, & l'autre pour les feuilles plus nouvelles qui devant encore fermenter, doivent être souvent remuées, travaillées & empilées à différentes hauteurs.

La qualité des matieres de chaque envoi est reconnue à son entrée dans la manufacture, & les feuilles sont placées sans confusion dans les magasins qui leur sont propres, afin d'être employées dans leur rang, lorsqu'elles sont parvenues à leur vrai point de maturité ; sans cette précaution, on doit s'attendre à n'éprouver aucun succès dans la fabrication, & à essuyer des pertes & des déchets très-considérables.

Il ne faudroit pour les tabacs fabriqués que des magasins de peu d'étendue, si les tabacs pouvoient s'exposer en vente à la sortie de la main de l'ouvrier ; mais leur séjour en magasin est un dernier degré de préparation très-essentiel ; ils doivent y essuyer une nouvelle fermentation indispensable pour revivifier les sels dont l'activité s'étoit assoupie dans le cours de la fabrication ; ces magasins doivent être proportionnés à la consommation, & doivent contenir une provision d'avance considérable.

A l'égard de l'exposition, elle doit être la même que pour les matieres premieres, & on doit observer de plus d'y ménager des ouvertures en oppositions droites, afin que l'air puisse y circuler & se renouveller sans-cesse.

Bâtimens & atteliers. Les magasins de toute espece dans une manufacture de tabac devant supporter des poids énormes, il est bien difficile de pouvoir les établir assez solidement sur des planchers ; on doit, autant qu'il est possible, les placer à rez-de-chaussée ; la plupart des atteliers de la fabrique sont nécessairement dans le même cas, parce que les uns son remplis de matieres préparées entassées, & les autres de machines dont l'effort exige le terrein le plus solide ; ainsi les bâtimens destinés à l'exploitation d'une manufacture de tabac, doivent occuper une superficie considérable.

Cependant rien n'est plus essentiel que de ne pas excéder la proportion nécessaire à une manutention facile ; sans cette précaution, on se mettroit dans le cas de multiplier beaucoup la main-d'oeuvre, d'augmenter la perte & le dépérissement des matieres, & de rendre la régie plus difficile & moins utile.

Opérations de la fabrique. I. opération, Epoulardage. L'époulardage est la premiere de toutes les opérations de la fabrique ; elle consiste à séparer les manoques (on appelle manoque une poignée de feuilles plus ou moins forte, suivant l'usage du pays, & liée par la tête par une feuille cordée) à les frotter assez sous la main pour démastiquer les feuilles, les ouvrir, & les dégager des sables & de la poussiere dont elles ont pu se charger.

Dans chaque manoque ou botte de feuilles de quelque crû qu'elles viennent, il s'en trouve de qualités différentes ; rien de plus essentiel que d'en faire un triage exact ; c'est de cette opération que dépend le succès d'une manufacture, il en résulte aussi une très-grande économie par le bon emploi des matieres ; on ne sauroit avoir un chef trop consommé & trop vigilant pour présider à cet attelier.

Il faut, pour placer convenablement cet attelier, une piece claire & spacieuse, dans laquelle on puisse pratiquer autant de bailles ou cases, que l'on admet de triage dans les feuilles.

Les ouvriers de cet attelier ont communément autour d'eux, un certain nombre de mannes ; le maître-ouvrier les change lui-même à mesure, les examine de nouveau, & les place dans les cases suivant leur destination.

Sans cette précaution, ou les ouvriers jetteroient les manoques à la main dans les cases & confondroient souvent les triages, ou ils les rangeroient par tas autour d'eux, où elles reprendroient une partie de la poussiere dont le frottement les a dépouillées.

Mouillade. La mouillade est la seconde opération de la fabrique, & doit former un attelier séparé, mais très-voisin de celui de l'époulardage ; il doit y avoir même nombre de cases, & distribuées comme celles de l'époulardage, parce que les feuilles doivent y être transportées dans le même ordre.

Cette opération est délicate, & mérite la plus grande attention ; car toutes les feuilles ne doivent point être mouillées indifféremment ; on ne doit avoir d'autre objet que celui de communiquer à celles qui sont trop seches, assez de souplesse pour passer sous les mains des écoteurs, sans être brisées ; toutes celles qui ont assez d'onction par elles-mêmes pour soutenir cette épreuve, doivent en être exceptées avec le plus grand soin.

On ne sauroit en général être trop modéré sur la mouillade des feuilles, ni trop s'appliquer à leur conserver leur qualité premiere & leur seve naturelle.

Une légere humectation est cependant ordinairement nécessaire dans le cours de la fabrication, & on en fait usage dans toutes les fabriques ; chacune a sa préparation plus ou moins composée ; en France, où on s'attache plus particulierement au choix des matieres premieres, la composition des sauces est simple & très-connue ; on se contente de choisir l'eau la plus nette & la plus savonneuse à laquelle on ajoute une certaine quantité de sel marin proportionnée à la qualité des matieres.

L'Ecotage. L'écotage est l'opération d'enlever la côte principale depuis le sommet de la feuille jusqu'au talon, sans offenser la feuille ; c'est une opération fort aisée, & qui n'exige que de l'agilité & de la souplesse dans les mains de l'ouvrier ; on se sert par cette raison par préférence, de femmes, & encore plus volontiers d'enfans qui dès l'âge de six ans peuvent y être employés ; ils enlevent la côte plus nette, la pincent mieux & plus vite ; la beauté du tabac dépend beaucoup de cette opération ; la moindre côte qui se trouve dans les tabacs fabriqués, les dépare, & indispose les consommateurs ; ainsi on doit avoir la plus singuliere attention à n'en point souffrir dans la masse des déchets, & on ne sauroit pour cet effet les examiner trop souvent, avant de les livrer aux fileurs.

On doit observer, que quoique la propreté soit essentielle dans tout le cours de la fabrication, & contribue pour beaucoup à la bonne qualité du tabac, elle est encore plus indispensable dans cet attelier que dans tout autre ; on conçoit assez combien l'espece d'ouvriers que l'on y employe, est suspecte à cet égard, & a besoin d'être surveillée.

On choisit dans le nombre des feuilles qui passent journellement en fabrique, les feuilles les plus larges & les plus fortes, que l'on reserve avec soin pour couvrir les tabacs ; l'écotage de celles-ci forme une espece d'attelier à part, qui suit ordinairement celui des fileurs, cette opération demande plus d'attention que l'écotage ordinaire, parce que les feuilles doivent être plus exactement écotées sur toute leur longueur, & que si elles venoient à être déchirées, elles ne seroient plus propres à cet usage : on distingue ces feuilles en fabrique, par le mot de robes.

Toutes les feuilles propres à faire des robes, sont remises, lorsqu'elles sont écotées, aux plieurs.

L'opération du plieur consiste à faire un pli, ou rebord, du côté de la dentelure de la feuille, afin qu'elle ait plus de résistance, & ne déchire pas sous la main du fileur.

Déchets. Le mot de déchet est un terme adopté dans les manufactures, quoique très-contraire à sa signification propre : on appelle ainsi la masse des feuilles triées, écotées, qui doivent servir à composer les tabacs de toutes les qualités.

Ces déchets sont transportés de nouveau dans la salle de la mouillade ; c'est alors que l'on travaille aux mêlanges, opération difficile qui ne peut être conduite que par des chefs très-expérimentés & très-connoisseurs.

Il ne leur suffit pas de connoître le cru des feuilles & leurs qualités distinctives, il y a très-fréquemment des différences marquées, pour le goût, pour la seve, pour la couleur, dans les feuilles de même cru & de même récolte.

Ce sont ces différences qu'ils doivent étudier pour les corriger par des mêlanges bien entendus ; c'est le seul moyen d'entretenir l'égalité dans la fabrication, d'où dépendent principalement la réputation & l'accroissement des manufactures.

Lorsque les mêlanges sont faits, on les mouille par couche très-légerement, avec la même sauce dont on a parlé dans l'article de la mouillade, & avec les mêmes précautions, c'est-à-dire uniquement pour leur donner de la souplesse, & non de l'humidité.

On les laisse ainsi fermenter quelque tems, jusqu'à ce qu'elles soient parfaitement ressuyées ; bientôt la masse prend le même ton de couleur, de goût, & de fraîcheur : alors on peut la livrer aux fileurs.

Attelier de fileurs. Il y a deux manieres de filer le tabac, qui sont également bonnes, & que l'on employe indifféremment dans les manufactures ; l'une s'appelle filer à la françoise, & l'autre à la hollandoise ; cette derniere est la plus généralement en usage ; la manufacture de Paris, sur laquelle la Planche qui répond à cet attelier a été dessinée, est montée à la hollandoise.

Il n'y a aucune préférence à donner à l'une ou l'autre de ces manieres, pour la beauté, ni pour la qualité du tabac ; il n'y a de différence que dans la manoeuvre, & elle est absolument imperceptible aux yeux. La facilité ou la difficulté de trouver des ouvriers de l'une ou l'autre espece, décident le choix.

L'opération de filer le tabac à la hollandoise, consiste à réunir les soupes ensemble, par le moyen d'un rouet, & de les couvrir d'une seconde robe, qui les enveloppe exactement.

La soupe est une portion de tabac filé à la main, de la longueur d'environ trois piés, & couverte d'une robe jusqu'à trois ou quatre pouces de chaque extrêmité, ce sont les chevelures des bouts que le fileur doit réunir & enter l'un sur l'autre.

L'habileté du fileur est de réunir ces soupes de maniere que l'endroit de la soudure soit absolument imperceptible ; ce qui constitue la beauté du filage est que le boudin soit toujours d'une grosseur bien égale, qu'il soit bien ferme, que la couverture en soit lisse & bien tendue, & par-tout d'une couleur brune & uniforme.

Le reste de la manoeuvre est détaillée dans la Planche, de la maniere la plus exacte.

Les fileurs sont les ouvriers les plus essentiels d'une manufacture, & les plus difficiles à former ; il faut pour cette opération des hommes forts & nerveux, pour résister à l'attitude contrainte, & à l'action où ils sont toujours ; les meilleurs sont ceux qui ont été élevés dans la manufacture, & y ont suivi par degré toutes les opérations ; ce qui les accoutume à une justesse dans la filature, qu'une habitude de jeunesse peut seule donner.

Roleurs. Lorsque les rouets des fileurs sont pleins, on les transporte dans l'attelier des roleurs, pour y être mis en roles, dans la forme représentée dans la figure.

Les roles sont de différentes grosseurs, suivant leur destination & leurs qualités : on observe généralement de tenir les cordons des roles très-serrés, afin que l'air ne puisse les pénétrer, ce qui les dessecheroit considérablement ; c'est le dernier apprêt de ce qu'on appelle la fabrique des roles ; chaque role est enveloppé ensuite dans du papier gris, & emmagasiné, jusqu'à ce qu'il ait acquis par la garde, le point de maturité nécessaire pour passer à la fabrique du ficelage.

Fabrique du ficelage. La fabrique du ficelage est regardée dans les manufactures, comme une seconde fabrique, parce que les tabacs y reçoivent une nouvelle préparation, & qu'ils ont une autre sorte de destination : les tabacs qui restent en roles sont censés être destinés uniquement pour la pipe, & ceux qui passent par la fabrique du ficelage, ne sont destinés que pour la rape.

Lorsque les roles ont essuyé un dépôt assez considérable, & qu'ils se trouvent au point de maturité désirable pour être mis en bouts, on les livre à la fabrique du ficelage.

Coupeurs de longueurs. La premiere opération de cette fabrique est de couper les cordons du role en longueurs proportionnées à celles que l'on veut donner aux bouts, y compris l'extension que la pression leur procure ; on se sert à cet effet d'une matrice ferrée par les deux bouts, & d'un tranchoir. Cette manoeuvre est si simple qu'elle ne mérite aucune explication, la seule attention que l'on doive prendre dans cet attelier, est d'accoutumer les ouvriers à ne point excéder les mesures, à tenir le couteau bien perpendiculairement, & à ne point déchirer les robes.

Attelier des presses. De l'attelier des coupeurs, les longueurs passent dans l'attelier des presses, où elles sont employées par différens comptes, suivant la grosseur que l'on veut donner aux carottes : on fait des bouts composés depuis deux jusqu'à huit longueurs.

On conçoit que pour amalgamer un certain nombre de bouts, filés très-ronds & très-fermes, & n'en former qu'un tout très-uni, il faut une pression fort considérable, ainsi il est nécessaire que les presses soient d'une construction très-forte. Voyez la fig.

Pour que le tabac prenne de belles formes, il faut que les moules soient bien ronds & bien polis, qu'ils soient entretenus avec la plus grande propreté, & que les arêtes sur-tout en soient bien conservées, afin d'éviter qu'il ne se forme des bourlets le long des carottes, ce qui les dépare.

Ces moules sont rangés sur des tables de différens comptes, & les tables rangées sous la presse, à cinq, six, & sept rangs de hauteur, suivant l'intervalle des sommiers.

Ces tables doivent être posées bien d'aplomb en tout sens sous la presse, afin que la pression soit bien égale par-tout ; le tabac & la presse souffriroient de la moindre inégalité.

On doit observer dans un grand attelier, de ne donner à chaque presse qu'un certain nombre de tours à la fois, & de les mener ainsi par degré, jusqu'au dernier point de pression ; c'est le moyen de ménager la presse, & de former des carottes plus belles, plus solides, & d'une garde plus sûre.

Cet attelier, tant à cause de l'entretien des machines, que pour la garniture des presses, est d'un détail très-considérable, & doit être conduit par des chefs très-intelligens.

Le ficelage. A mesure que les carottes sortent des moules, on a soin de les envelopper fortement avec des lisieres, afin que dans le transport, & par le frottement, les longueurs ne puissent se desunir, & elles sont livrées en cet état aux ficeleurs.

Le ficelage est la parure d'un bout de tabac ; ainsi, quoique ce soit une manoeuvre simple, elle mérite beaucoup de soin, d'attention, & de propreté ; la perfection consiste à ce que les cordons se trouvent en distance bien égale, que les noeuds soient rangés sur une même ligne, & que la vignette soit placée bien droite ; la ficelle la plus fine, la plus unie, & la plus ronde, est celle qui convient le mieux à cette opération.

Lorsque les carottes sont ficelées, on les remet à quelques ouvriers destinés à ébarber les bouts avec des tranchoirs : cette opération s'appelle le parage, & c'est la derniere de toutes ; le tabac est en état alors d'être livré en vente, après avoir acquis dans des magasins destinés à cet usage, le dépôt qui lui est nécessaire pour se perfectionner.

TABAC, presser le, (Manuf. de tabac) c'est mettre les feuilles de tabac en piles, après qu'elles ont été quelque tems séchées à la pente, afin qu'elles y puissent suer ; quand la sueur tarde à venir, on couvre la pile de planches, sur lesquelles on met quelques pierres pesantes. La pile, ou presse, doit être environ de trois piés de hauteur. Labat. (D.J.)

TABAC, torquettes de, (Manuf. de tabac) ce sont des feuilles de tabac roulées & pliées extraordinairement ; elles se font à-peu-près comme les andouilles, à la reserve qu'on n'y met pas tant de feuilles dans le dedans. Lorsque les feuilles de tabac dont on veut composer la torquette, ont été arrangées les unes sur les autres, on les roule dans toute leur longueur, & l'on plie ensuite le rouleau en deux, en tortillant les deux moitiés ensemble, & en cordonnant les deux bouts pour les arrêter. Dans cet état, on les met dans des barriques vuides de vin, que l'on couvre de feuilles, lorsqu'on n'y veut pas remettre l'enfonçure ; elles y ressuent, & en achevant de fermenter, elles prennent une belle couleur, une odeur douce, & beaucoup de force. Savary. (D.J.)

TABAC, ferme du, (Comm. des fermes) les fermiers généraux ont enlevé la ferme du tabac à la compagnie des Indes ; ils ont réuni les sous-fermes ; ils ont joint à leur bail une partie des droits annexés à la ferme des octrois de Lyon ; ils ont tenté finalement la réunion de la ferme des postes, ensorte que s'ils vont toujours en augmentant, il leur faudra le royaume & les îles. Mais sans détailler les inconvéniens de donner continuellement à une compagnie si puissante, nous nous contenterons d'observer au sujet de la ferme du tabac, qu'il seroit plus avantageux à l'état de faire administrer cette ferme en finance de commerce, qu'en pure finance ; & alors une compagnie commerçante, faisant cultiver ses tabacs à la Louisiane, à S. Domingue, & dans les autres endroits de nos îles les plus propres à cette plante, tireroit tous ses besoins de nos colonies, éviteroit une dépense annuelle au-moins de cinq millions, vis-à-vis l'étranger, & peut-être parviendroit à faire du tabac, une branche de commerce d'objet avec les étrangers mêmes. Or cinq millions à deux cent livres de consommation par personne, peuvent faire subsister vingt-cinq mille ames de plus. La culture des tabacs à la Louisiane, se feroit, supposons, par dix mille ames, chefs & enfans ; voilà un total de trente-cinq mille personnes d'accroissement dans les colonies, & si le succès des plantations devenoit un peu considérable, il arriveroit que les cinq millions dont nous avons parlé, se trouveroient annuellement dans la balance avec l'étranger, & que par cette seule branche de commerce, la France recueilleroit de quoi nourrir tous les ans trente cinq-mille hommes de plus, qui sont aujourd'hui dans la misere. Ajoutons qu'il est dangereux de mettre en pure finance, une régie qui par sa nature devoit être essentiellement en finance-commerce. Un autre avantage de cette opération, c'est que le commerce, par son activité & ses retours, jette par-tout l'abondance & la joie, tandis que la finance, par sa cupidité, & l'art quelle a de parvenir à son but, jette par-tout le dégoût & le découragement. On ose bien assurer qu'il n'entre dans ce jugement, ni haine, ni satyre ; mais on croit voir dans la plus grande impartialité, que les choses sont ainsi. (D.J.)

TABAC, voyez NICOTIANE.


TABACOSS. m. (terme de relation) les espagnols du Mexique appellent tabacos des morceaux de roseaux creux & percés, longs de trois piés ou environ, remplis de tabac, d'ambre liquide, d'épices & d'autres plantes échauffantes ; ils allument ces roseaux par un bout, & ils attirent par l'autre la fumée, qui les endort en leur ôtant toute sensation de lassitude & de travail ; c'est là l'opium des Mexiquains, qu'ils nomment dans leur langue pocylt. (D.J.)


TABAE(Géog. anc.) Etienne le géographe connoît trois villes de ce nom : l'une dans la Carie, l'autre dans la Pérée, & la troisieme dans la Lydie. Tite-Live, l. XXXVIII. c. xiij. en nomme une quatrieme aux confins de la Pisidie, du côté de la mer de Pamphylie. (D.J.)


TABAGIES. f. (Hist. mod.) lieu où l'on va fumer. Celui qui tient la tabagie, fournit des pipes & du tabac à tant par tête. On cause, on joue & l'on boit dans les mêmes endroits. Il y a des tabagies publiques en plusieurs villes de guerre ou maritimes ; on les appelle aussi estaminets. On donne aussi le nom de tabagie à la cassette qui renferme la pierre, le briquet, l'amadou, le tabac & la pipe, en un mot, l'attirail du fumeur.


TABAGou TABAC, île de, (Géog. mod.) cette île la plus méridionale de toutes les Antilles ou îles Caraïbes, est située par les 11 deg. 23 min. au nord de l'équateur, à dix-huit ou vingt lieues dans le sud-est de la Grenade ; sa figure est oblongue, & son circuit peut être d'environ 20 lieues ; toute cette étendue se trouve occupée par des montagnes couvertes de forêts, laissant entr'elles des espaces assez considérables au milieu desquels coulent des torrens & des rivieres qui ne contribuent pas peu à fertiliser le terrein dont on pourroit tirer un très-grand parti, si le pays étoit habité. Cette île a plusieurs bonnes rades ; les meilleures sont celle de Jean le more, située vers le nord, & celle de Rocbaye placée sur le côté oriental dans la partie du sud ; cette derniere est la plus sûre, étant presque fermée par un banc de craies & de rochers à fleur d'eau, dont la disposition naturelle ne laisse qu'un passage suffisant pour les gros vaisseaux, qui sont obligés de ranger la pointe de tribord, afin d'éviter les rochers qui restent à bas-bord, & de venir mouiller en-dedans sur un fond assez inégal.

Ce fut vers le commencement du siecle dernier, qu'une compagnie de Flessingue jetta les premiers fondemens d'une colonie dans cette île ; les Hollandois l'augmenterent considérablement ; ils y bâtirent une ville & un fort qui furent détruits par l'armée navale aux ordres du maréchal d'Estrée. Depuis cette conquête les François ont toujours resté en possession de Tabago, dont ils ont négligé le rétablissement par des raisons qui seroient trop longues à déduire dans cet article.


TABAKIDES(Géog. anc.) village de Grece, dans la Béotie, à trois cent pas de la ville de Thèbes. On y voit un sépulcre de marbre dans une église grecque, que les papas disent être de S. Luc l'évangeliste, & que M. Spon soupçonne avec plus de raison pouvoir être de S. Luc l'hermite, qui a un monastere de son nom dans une montagne voisine. (D.J.)


TABALTHA(Géog. anc.) ville de l'Afrique propre, dans la Byzacène. L'itinéraire d'Antonin la marque sur la route de Tuburbum à Tabacae, à 20 milles de Septimunicia, & à 32 de Cellae-Picentinae : c'étoit une ville épiscopale. (D.J.)


TABARCA(Géog. mod.) ville maritime d'Afrique, sur la côte de la mer Méditerrannée, au royaume de Tunis, entre la côte maritime de la ville de Tunis & celle d'Alger, à 20 lieues à l'est de Bonne. Long. 25. 2. latit. 37. 28. (D.J.)


TABARDILLOS. m. (Médec.) nom espagnol d'une maladie commune aux étrangers nouvellement débarqués en Amérique. C'est une fievre accompagnée des symptomes les plus fâcheux, & qui attaque presque tous les Européens quelques semaines après leur arrivée dans l'Amérique espagnole. La masse du sang & des humeurs ne pouvant par s'allier avec l'air d'Amérique, ni avec le chyle formé des nourritures de cette contrée, s'altere & se corrompt. On traite ceux qui sont attaqués de cette maladie, par des remedes généraux, & en les soutenant peu-à-peu avec les nourritures du pays. Le même mal attaque les espagnols nés en Amérique, à leur arrivée en Europe ; l'air natal du pere est pour le fils une espece de poison.

Cette différence qui est entre l'air de deux contrées, ne tombe point sous aucun de nos sens, & elle n'est pas encore à la portée d'aucun de nos instrumens. Nous ne la connoissons que par ses effets ; mais il est des animaux qui paroissent la connoître par sentiment ; ils ne passent pas même quelquefois du pays qu'ils habitent dans le pays voisin où l'air nous semble être le même que l'air auquel ils sont habitués. On ne voit pas sur les bords de la Seine une espece de grands oiseaux dont la Loire est couverte. L'instinct des bêtes est bien plus fin que le nôtre. (D.J.)


TABASCO(Géog. mod.) gouvernement de l'Amérique septentrionale, dans la nouvelle Espagne. Il est borné au nord par la baie de Campèche, au midi par le gouvernement de Chiapa, au levant par l'Yucatan, & au couchant par la province de Guaxaca. Ce pays a environ quarante lieues de long sur autant de large. Comme il y pleut presque pendant neuf mois continus, l'air y est extrêmement humide, & cependant fort chaud ; la terre y est fertile en maïs, miel & cacao ; mais cette province abonde aussi en tigres, lions, sangliers, armadilles & en moucherons très-incommodes ; aussi est-ce un pays fort dépeuplé ; les Espagnols n'y ont qu'une seule ville de même nom, & qui est située, sur la côte de la baie de Campèche. L'ile de Tabasco formée par les rivieres de S. Pierre & de S. Paul, peut avoir douze lieues de longueur, & quatre de largeur vers son nord ; il y a dans cette île quelques baies sablonneuses d'où les tortues vont à terre poser leurs oeufs. (D.J.)

TABASCO, riviere de, (Géog. mod.) riviere de l'Amérique septentrionale, dans la nouvelle Espagne, au gouvernement de même nom, dans la baie de Campèche. C'est la riviere la plus remarquable de toutes celles qui y ont leur embouchure. Elle prend sa source sur les hautes montagnes de Chiapo, & après s'être grossie d'autres rivieres, elle court dans la mer par une bouche qui a près de deux milles de large ; c'est là que cette riviere abonde en veaux marins, qui trouvent de bonne pâture dans plusieurs de ses criques. Le veau marin d'eau douce n'est pas aussi gros que le veau marin qui vit dans la mer, mais il a la même figure & le même goût. (D.J.)


TABATIERES. f. en terme de Bijoutier, sont des boëtes d'or, enrichies de pierres fines ou fausses ; il y en a de toute espece, unies, gravées, ciselées, incrustées, émaillées, tournées, &c. quarrées, rondes, à huit pans, à contour, à bouge, à doussine, en peloton, &c. L'on ne finiroit pas si l'on vouloit nommer tous les noms qu'on a donnés à la tabatiere d'or. Il suffit de dire en général que l'on les a tirés des choses naturelles & communes, auxquelles elles ressemblent, comme artichaux, poires, oignons, navettes, &c.

TABATIERE PLAINE, en terme de Bijoutier, est une boëte dont le corps est massif d'or, & enrichie de diverses manieres, selon le goût du public & de l'ouvrier.

La partie la plus difficile à faire dans une tabatiere d'or ou d'argent, ou montée en l'un ou l'autre de ces métaux, c'est la charniere : voici comment on l'exécutera. Il faut d'abord préparer le fil de charniere. Pour cet effet, on prend un brin de fil d'or ou d'argent, quarré ou rond, qu'on applatit par-tout excepté à son extrêmité, à l'épaisseur d'un quart de ligne, ou à-peu-près, selon la force dont on veut la charniere ; il faut que l'épaisseur de la partie soit bien égale : l'on roule cette partie applatie, selon sa longueur, sur un fil de fer ou de cuivre rond, & on la passe à la filiere. Cette opération assemble & applique exactement les deux bords de la lame l'un contre l'autre, détruit la cavité & allonge le fil. On tire à la filiere, jusqu'à ce que le trou soit du diametre qu'on desire ; & quand il y est, on a un fil d'acier tiré, bien poli, que l'on introduit dans le trou, & l'on remet le tout ensemble dans la filiere : cette seconde opération applique les parties intérieures de la charniere contre le fil, & diminue son épaisseur sans diminuer le diametre. On a soin de graisser le fil d'acier avant de l'introduire, avec du suif ou de la cire. On tire jusqu'à un trou marqué de la filiere. On retire le fil d'acier, & comment ? Pour cet effet, on passe son extrêmité dans un trou juste de son diametre de la filiere. Alors l'épaisseur du fil de charniere se trouve appuyée contre la filiere ; on prend les tenailles du banc, & on tire le fil d'acier qui vient seul. Ou bien on prend le bout du fil d'acier dans un étau à main : on passe le fil de charniere dans un trou plus grand que son diametre. On prend la pointe resserrée du fil de charniere avec la tenaille du banc, & on tire. Il arrive assez souvent que le fil d'acier se casse dans le fil de charniere, alors on coupe le fil de charniere par le milieu ; on fait ensorte que dans la coupure ou entaille puisse être reçu un fil de fer : on le tord autour ; & on passe & repasse le tout dans une filiere, plus grande que le fil de charniere, mais moindre que le fil de charniere avec le fil de fer mis dans la coupure, & on tire. Quand le fil d'acier est tiré de la charniere, on la passe dans son calibre, dont la différence des ouvertures n'étant pas perceptible à la vue, l'entrée est marquée. Il y a très-peu de différence entre le trou de la filiere, & le trou du calibre ; c'est pour cela qu'on a marqué le trou de la filiere. On tire la charniere plusieurs fois par le calibre, afin qu'il puisse y rentrer plus aisément ; & le fil de charniere est fini : c'est de ce fil qu'on fait des charnons.

Les charnons sont des bouts de fil de charniere. Pour avoir des charnons on commence par couper le fil de charniere par bouts d'un pouce & demi ou deux pouces de longueur. On ébarbe un des bouts, & on le présente dans le calibre du côté de son entrée ; après l'avoir passé, on a un morceau de bois, dans lequel on place le calibre à moitié de son épaisseur. On fait entrer dans le calibre le fil de charniere avec un maillet, jusqu'à ce qu'il soit à ras du trou de sortie, & un peu au-delà. On a une lame de couteau, taillée en scie, qu'on appelle scie à charnon, avec laquelle on coupe le bout de charniere excédant à ras du trou d'entrée. On lime ensuite les deux faces avec une lime douce. Il faut que le calibre soit trempé dans toute sa dureté, afin que les limes ne mordent pas sur ces faces. Cela fait, on fraise les deux entrées du trou du charnon ; puis avec un outil appellé repoussoir, voyez REPOUSSOIR, on fait sortir le charnon, & on le repare. On a une pointe conique, qu'on fait entrer avec force dans le charnon, pour en écarter l'assemblage & l'appercevoir. Il faut observer que la matiere dont on a tiré le fil de charniere, est crud & non recuit, afin de lui conserver son élasticité.

On a un burin, & afin de ne plus perdre de vue l'assemblage que la pointe a fait paroître, on tire un trait de burin dans toute sa longueur, mais qu'on rend plus sensible sur les extrêmités. Puis on barre ce trait avec la lime, ou l'on y fait de petites tranchées perpendiculaires ; puis avec le burin, on emporte un peu de la vive-arrête du trou libre, car la pointe est toujours dans le charnon ; puis on ébarbe le bord extérieur, puis on change la pointe de trou, & l'on en fait autant à l'autre bout : pour lors le charnon est prêt à lier, & à former la charniere.

Il faut avoir les porte-charnieres. Les porte-charnieres sont deux parallélipipedes soudés que les Artistes appellent quarrés, que l'on met appliqués l'un au-dessus, & l'autre à la cuvette : celui qui tient à la cuvette est quelque peu profilé. Il faut que les surfaces de ces parallélipipedes s'appliquent l'une contre l'autre, sans se déborder par dehors. Quand cela est fait, on divise la circonférence du charnon en trois parties égales. On prend la moitié de la corde du tiers, & l'on trace la coulisse sur toute la longueur des quarrés, prenant sur la hauteur de chaque porte-charnieres la moitié de la corde du tiers, & sur la profondeur, les deux tiers du diametre. Il est évident que quand les charnons seront fixés dans les coulisses, la boëte s'ouvrira d'un angle de 120 degrés. Il est évident que voilà les vive-arêtes des coulisses déterminées.

Après cela, je fais sur ces traits qui déterminent les vives-arêtes, autant de traits de paralleles qui servent de tenons aux précédens ; car il est évident que quand on fera la coulisse, les premiers traits disparoîtront. Pour faire les cent quatre-vingt coulisses, on commence par enlever les angles ; pour évider le reste, on a des échopes à coulisses. Ce sont des especes de burins qui ont la courbure même du charnon sur leur partie tranchante. On enleve avec cet outil la matiere, & l'on acheve la coulisse ; pour la dresser on a des limes à coulisses. Ce sont des limes cylindres, rondes, du diametre de la coulisse, ou un peu plus petit, afin que le charnon ne porte que sur les bords de la coulisse. Avant que de souder les charnons, on s'assure que la coulisse est droite au fond par le moyen d'une petite regle tranchante, que l'on pose par-tout, & sur toute la longueur. Il faut que le nombre des charnons soit impair, afin que les charnons des deux bouts qu'on laisse plus longs que les autres, à discrétion, soient tous deux soudés en-haut. On enfile tous les charnons dans un fil de fer, on pose les deux coulisses l'une sur l'autre, & on y place les charnons ; & l'on marque avec un compas sur les porte-charnieres d'en-haut, la longueur des charnons des deux bouts, ou maîtres charnons ; puis avec une pointe on marque au-dessus & au-dessous sur les porte-charnieres, les places de tous les charnons. On désassemble le tout, puis dans les coulisses, partout où il doit y avoir un charnon soudé, on donne 2 ou 3 traits de burin transversalement pour donner de l'air à la soudure. On remet les charnons enfilés dans la coulisse du dessous ; on commence par lier les deux charnons du bout avec du fil de fer, puis les autres alternativement. Ensuite on retire le fil de fer passé dans les charnons, & tous les charnons de la coulisse d'en-bas tombent. On les reprend, & on les place & lie dans les intervalles de la coulisse d'en-bas, qui leur ont été marqués par la pointe à tracer, & les coups de burin transversals. Cela fait, on tient avec une pince à charnon, les charnons, & on les range selon l'assemblage marqué par les traits du burin donnés fort sur les bouts, dans le milieu des coulisses ; on commence par faire le couvercle sur la cuvette par le devant, & l'on abaisse les coulisses l'une vers l'autre, jusqu'à ce que les charnons se touchent ; puis avec une pointe on les fait engager les uns entre les autres, puis on pose un des maîtres charnons sur une enclumot perpendiculairement, & l'on frappe sur l'autre maître charnon avec un petit marteau, pour les serrer tous les uns contre les autres : en observant de se régler sur les traits de compas faits au-dessus qui déterminent la longueur des maîtres charnons. On voit bien qu'il y a entre chaque charnon & la coulisse opposée, l'intervalle au-moins du fil de fer ; on frotte les fils de fer de sel de verre, pour empêcher la soudure de s'y attacher, puis on les soude ou ensemble, ou séparément. Si ensemble, on sépare beaucoup les coulisses ; si séparément, on commence par rocher avec une eau de borax, le dedans de la coulisse. On charge les charnons de soudure, coupée par paillons, qu'on ne met que d'un côté ; on roche d'eau de borax, on fait sécher, en posant après sur un feu doux ; & l'on observe que les paillons de soudure ne s'écartent point, jusqu'à ce que le borax ait fait son effet d'ébullition. Il est essentiel qu'une charniere soit proprement soudée. Pour cet effet, il faut mettre une juste proportion de soudure, tant pour ne point porter plusieurs fois au feu, s'il en manquoit, que pour éviter d'en charger les coulisses, ou de boucher quelques charnons, ou de souder la cuvette avec le dessus. Si on soude ensemble les deux pieces, on arrange sa piece sur un pot à souder, où l'on a préparé un lit de charbons plats ; on arrange sur la piece & autour, d'autres charbons allumés, laissant ou à découvert, ou facile à découvrir, la partie à souder. On a sa lampe allumée ; on entretient le feu avec un soufflet de loin, pour échauffer également la piece, en prenant soin de ne lui pas donner trop de chaleur : puis on la porte à la lampe, où on soude au chalumeau. On la tire du feu, on la laisse refroidir, on la déroche, & on la nettoye, c'est-à-dire qu'on enleve exactement toute la soudure, sans toucher au charnon, ni à la coulisse d'aucune façon. Pour cet effet, on a deux échopes plates & inclinées ; l'une pour nettoyer à droite, l'autre à gauche, ou une seule à face droite. La charniere nettoyée, on la rassemble & on y passe une goupille facile. On a eu le soin de frotter les charnons de cire, afin que l'action de la soudure, s'il en est resté sur les charnons, soit moins violente. On fait aller les deux côtés, & si l'on apperçoit des traces sur les charnons, c'est une marque qu'il est resté de la soudure. Il faut tout démonter, & l'ôter ; c'est un défaut préjudiciable : & voilà la charniere montée.

TABATIERE DE CARTON, maniere de fabriquer les tabatieres de carton, rondes, quarrées & ovales. Il faut avoir des moules d'un bois bien sec ; les plus grands moules pour homme sont du numéro 36.

Ils vont toujours en diminuant d'une ligne jusqu'au numéro 30 inclusivement.

Les moules pour femmes sont des numéros 25 & 24, & plus petits si l'on veut, mais les deux premiers numéros sont les plus en usage.

Il faut observer qu'il faut que le bas des cuvettes ait une ligne de plus que le haut.

Il faut que les couvercles aient une ligne de plus que le haut des cuvettes, & le bas deux lignes, ainsi qu'aux boîtes quarrées & aux ovales.

Pour faire la colle il faut avoir de bonne farine de froment que l'on délaye bien avec de l'eau de fontaine ou de riviere ; quand elle est bien délayée & qu'il n'y reste plus de grumeaux, on la met dessus le feu, & on la remue toujours avec une grande spatule de bois de tous côtés, & au milieu du chaudron, afin qu'il n'y ait aucune partie qui s'y prenne, qu'elle ne soit ni trop claire, ni trop épaisse, mais sur-tout qu'elle soit bien cuite.

Il ne faut point s'en servir qu'elle ne soit froide, & lorsqu'elle l'est, on leve la peau qui s'est formée dessus, que l'on jette.

Il faut que les bandes de papier aient 18 lignes de hauteur, & pour les couvercles 9, & toute la longueur du papier, les feuilles de papier ouvertes en deux.

Les bandes pour les boîtes pour femmes auront 16 lignes, & pour les couvercles 8, & elles seront de la même longueur que les bandes pour les grandes.

Il faut mettre sous les grandes cuvettes pour homme 20 bandes, & autant aux couvercles.

Pour femmes il faut mettre 16 bandes, & autant aux couvercles. Aux cuvettes pour hommes on mettra 36 quarrés, & autant aux couvercles. Aux cuvettes pour femmes on mettra 30 quarrés & autant aux cuvettes. On donnera ci-après la grandeur des quarrés, & la maniere de les arranger.

Pour les boîtes quarrées & les ovales, il faut que les bandes aient 20 lignes de hauteur pour les cuvettes, & 10 pour les couvercles.

Il faut pour celles pour hommes 40 quarrés & 20 pour les couvercles.

A celles pour femmes 36 quarrés, & 18 aux couvercles.

Il faut avoir attention de donner à chaque coleuse le nombre de bandes & de quarrés qu'il lui faut, & prendre bien garde que chacune emploie le nombre qu'on lui aura donné, y en ayant beaucoup qui en cachent pour avoir plutôt achevé leur ouvrage, s'embarrassant fort peu que leurs boîtes soient fortes ou non ; ce qui cause beaucoup de préjudice à ceux qui entreprennent cette fabrique.

Il faut aussi avoir l'oeil qu'elles ne cassent point leurs bandes & leurs quarrés.

Pour mettre les bandes, il faut avoir soin de coller la table, & de mettre les quatre bandes l'une à côté de l'autre, & mettre de la colle sur les bandes ; après quoi l'on prend une bande que l'on tourne au-tour du moule, ayant attention, lorsqu'on la tourne, de bien faire sortir la colle avant de mettre l'autre, & de même jusqu'à la fin des quatre bandes.

Il faut avoir attention que les quatre premieres bandes ne surpassent point le haut des cuvettes, ainsi que les bandes des couvercles.

Avant de mettre les bandes aux couvercles, il faut mettre aux cuvettes sept quarrés, trois d'abord collés l'un sur l'autre, & croisés, & les quatre autres ensuite, lorsqu'on aura bien fait sortir la colle de dessous les trois premiers, & ensuite faire sortir la colle des quatre autres.

Ensuite vous mettez les cuvettes au four pour les sécher, pendant lequel tems vous mettez les bandes aux couvercles, & ensuite les quarrés de la même façon qu'aux cuvettes.

Pour les quarrés, il faut mettre aussi de la colle sur la table, & mettre le quarré dessus ; ensuite mettre de la colle sur le quarré, & ainsi jusqu'à la fin : il faut se souvenir de mettre les quarrés en triangle ; il faut que les pointes des quarrés soient bien applanies, après avoir bien fait sortir la colle, & fassent bien le rond.

Aux moules pour femmes on mettra 3 bandes pour les quatre premieres couches, & quatre à la derniere, ce qui composera les 16 bandes.

On mettra six quarrés à chaque couche trois à trois, ce qui composera les 30 quarrés.

Maniere de monter les boîtes à l'eau. Il faut commencer par tremper un quarré de papier dans de l'eau, & l'appliquer sur le haut de la cuvette & du couvercle ; il faut qu'il déborde, afin qu'il puisse s'abattre un peu sur les côtés de la cuvette ; ensuite vous mettez une bande de la hauteur de la cuvette trempée dans l'eau, que vous serrez le plus que vous pouvez autour de la cuvette, & prendre garde qu'elle ne se casse, de peur de découvrir le bois ; il ne faut pas que la bande soit si longue que celle ci-dessus, il suffit qu'un bout croise de deux ou trois doigts dessus l'autre ; il faut aussi observer que la bande ne doit pas passer le haut de la cuvette, ainsi qu'à la premiere couche, parce que cela feroit creuser les boîtes.

Lorsque les boîtes où l'on aura mis les premieres bandes & les quarrés, seront seches, il faudra qu'un rapeur, avec une rape à bois, rape les pointes des quarrés, & les rende unies aux bandes, & qu'il fasse bien attention s'il n'y a point de vents ou cloches aux bandes ; & au cas qu'il y en ait, qu'il les rape afin qu'il ne reste aucun creux.

Aux quatre dernieres couches, on ne mettra que les quatre bandes, que l'on fera un peu passer le haut des cuvettes, & on mettra sécher ; & pendant que les cuvettes sécheront, on mettra les bandes aux couvercles ; quand les cuvettes seront seches, on rapera le dessus des quarrés, afin que les bandes qui excéderont les moules soient ôtées, & on mettra les quarrés ; on en fera autant jusqu'à la fin ; à la derniere couche on mettra huit quarrés, & on observera de ne les mettre que quatre à quatre, & de bien faire sortir la colle.

Le meilleur papier & le plus en usage, est appellé grand quarré de Caen ; pour la longueur des bandes, on ouvre une main de papier en deux, & on prend toute la longueur pour les bandes.

Pour les quarrés on prend la mesure du haut des moules, & on coupe les quarrés de façon qu'ils débordent un tant soit peu les moules, & cela pour les 2 premieres couches ; & ensuite on les fait un peu plus grands, à proportion que les boîtes grossissent.

Ensuite on les donne au tourneur pour les tourner en-dedans & en-dehors ; lorsqu'elles sont achevées & bien seches, il faut faire attention qu'il ne faut point que le rapeur rape les boîtes lorsque la derniere couche est achevée, parce que c'est l'affaire du tourneur.

Maniere de vernir les boîtes. Quand les boîtes sont tournées, on y met une couche de vernis à l'apprêt, d'un jaune brun ; & ensuite on les met sur une grille, la cuvette séparée du couvercle, cependant de façon qu'on puisse reconnoître le couvercle de la cuvette ; on les met dessus la grille le cul en haut, & on observe qu'elles ne se touchent point ; on les met dans le four : quand elles sont seches, on y met une autre couche, & on fait de même jusqu'à sept couches, observant de les faire sécher à chaque couche, & qu'elles soient bien seches.

Après la derniere couche, on les donne au tourneur pour ôter ce qu'il pourroit y avoir de graveleux, & les poncer en-dedans & en-dehors avec de la ponce bien fine trempée dans de l'eau ; ensuite on y met sept à huit couches de vernis noir ; & surtout qu'elles soient bien seches à chaque couche ; & il faut observer que le pinceau ne soit point trop chargé de vernis, & que les couches ne soient point épaisses, ni le vernis trop épais.

Quand toutes les couches sont mises, vous les faites poncer par le tourneur en-dedans, & à la main en-dehors avec de la ponce bien fine, & ensuite du tripoli avec de l'eau ; ensuite vous les faites graver, ou guillocher en or creux, ou en or plat ; ou vous en faites poser avec de la nacre, du burgos & des feuilles de cuivre très-minces, il en faut avoir de toute espece.

Pour mettre en or les gravées, ou guillochées, il faut passer dessus très-légerement un vernis qu'on appelle mordant, & avant qu'il soit tout-à-fait sec, avoir de petits livrets de feuilles d'or ; on applique une feuille d'or dessus doucement avec la main ; aux boîtes gravées & guillochées en or creux, on en met deux feuilles.

Pour les boîtes en couleur, il faut mettre deux ou trois couches de couleur l'une après l'autre, c'est-à-dire, qu'il faut que l'une soit seche avant que de mettre la suivante ; après quoi on les donne au tourneur pour les polir en-dedans ; ensuite on y met trois ou quatre couches de vernis blanc, l'une après l'autre, la précédente toujours seche avant celle qui suit ; & puis on les lustre avec du tripoli bien fin dans de l'eau.

On se sert du mordant avant de poser la nacre, le burgos ou le cuivre.

On met toutes ces boîtes dans le four à un feu lent, de peur que l'or ou les couleurs ne noircissent ; il faut faire aussi attention qu'il n'y ait point de fumeron dans le charbon ; quand ce sont des boîtes gravées, il ne faut mettre de feuilles d'or que sur la gravure ; & l'on ôtera quand la boîte sera seche, l'or qui est dans l'entre-deux de la gravure avec un petit outil pointu.

Quand ce sont des boîtes guillochées à-plat, on ne met point de mordant, mais les couleurs à deux ou trois couches ; après quoi, trois à quatre couches de vernis blanc ; il faut prendre garde que le feu des fours soit bien modéré, de crainte que le vernis ne gerse.

Pour celles que l'on veut mettre en peinture, il ne faut graver qu'autour du couvercle de la cuvette ; la peinture se fait au milieu ; on grave des cartouches aux côtés, dans lesquelles on représente des fleurs ; mais quand elles sont peintes, il ne faut pas les mettre au four, il faut qu'elles sechent d'elles-mêmes.


    
    
TABAXIRS. m. (Mat. méd. des Arabes) Avicenne désigne par le nom tabaxir, la cendre des racines de cannes à sucre brûlées, & les interpretes ont rendu ce mot tabaxir, par celui de spode ; mais, selon les apparences, ce spode prétendu, que l'on n'apportoit en Europe qu'en petite quantité des pays orientaux, étoit une espece de sucre encore impur, & non raffiné ; & c'est aussi ce qu'a prouvé Saumaise dans son traité du sucre. Il n'est donc pas surprenant que les Arabes, & ceux qui les ont suivis, ayent donné tant d'éloges à ce spode pris intérieurement ; car ils avoient été trompés par la couleur de cendre, & par le rapport des marchands, qui disoient que cette poudre de couleur cendrée, avoit été tirée des roseaux ; & de-là on s'est persuadé que c'étoit de la cendre de roseaux ; Bachin appelle plus justement tabaxir, la canne à sucre, arundo saccharifera, le maraba des Indiens. Voyez MARABA. (D.J.)


TABEA(Géog. anc.) ville de l'Asie mineure dans la grande Phrygie, selon Strabon, liv. XII. p. 575.


TABÉITES(Hist. du mahomét.) c'est-à-dire, les suivans, sectateurs, ou adhérens de Mahomet, & ils forment le second ordre de musulmans qui ont vécu de son tems. Les tabéistes ont de commun avec les sahabi ou compagnons du prophete, que plusieurs d'entr'eux ont été ses contemporains, mais la différence qu'il y a, c'est qu'ils ne l'ont point vu, ni n'ont conversé avec lui. Quelques-uns ont seulement eu l'honneur de lui écrire, & de l'informer de leur conversion à l'islamisme. Tel fut le Najashi, ou roi d'Ethiopie, le premier prince, selon Abd'al-Baki, que Mahomet invita à embrasser sa religion ; mais qui ne le vit jamais, & eut seulement commerce avec quelques-uns de ses compagnons. Tel fut aussi Badhan le persan, gouverneur de l'Arabie heureuse, avec tous les persans, qui, à son exemple, embrasserent sans difficulté l'islamisme. Tels furent enfin tous les peuples de l'Arabie, & les princes que le prophete convertit à sa religion. (D.J.)


TABELLIONS. m. (Jurisprud.) est un officier public qui expédie les contrats, testamens & autres actes passés par les parties.

On confond quelquefois le terme de tabellion avec celui de notaire, sur-tout dans les campagnes, où les notaires des seigneurs sont communément appellés tabellions. Cependant ces termes notaire & tabellion pris chacun dans leur véritable signification, ne sont point synonymes, & le terme de tabellion n'a point été introduit pour désigner des notaires d'un ordre inférieur aux notaires royaux, qui résident dans les grandes villes.

Le terme de tabellion vient du latin tabula, seu tabella, qui dans cette occasion signifioit ces tablettes enduites de cire dont on se servoit autrefois au lieu de papier. On appella chez les Romains tabularius seu tabellio, l'officier qui gardoit les actes publics ; il exerçoit en même tems la fonction de greffier ; c'est pourquoi les termes de scribae & de tabularii sont presque toujours conjoints dans les textes du droit, & souvent pris indifféremment l'un pour l'autre.

Les tabellions romains faisoient même à certains égards la fonction de juges, tant envers les parties, qu'envers leurs procureurs, & il n'y avoit point d'appel de leurs jugemens ; ainsi que le remarque Cassiodore en sa formule des notaires.

Les notaires, qui n'étoient alors que les clercs ou les aides des tabellions, recevoient les conventions des parties, qu'ils rédigeoient en simples notes abrégées ; & les contrats dans cette forme n'étoient point obligatoires ni parfaits, jusqu'à ce qu'ils eussent été écrits en toutes lettres, & mis au net, in purum seu in mundum redacti, ce qui se faisoit par les tabellions.

Ces officiers ne signoient point ordinairement la note ou minute de l'acte ; ils ne le faisoient que pour les parties qui ne savoient pas signer.

Quand le notaire avoit fait la grosse ou expédition au net, il la délivroit sur le champ à la partie sans être tenu de la faire enregistrer préalablement, ni même de conserver la note ou minute, laquelle n'étoit plus regardée que comme le projet de l'acte.

Mais ce qu'il faut encore remarquer, c'est que les contrats ainsi reçus par les notaires, & expédiés par les tabellions, ne faisoient pas à Rome une foi pleine & entiere, jusqu'à ce qu'ils eussent été vérifiés par témoins ou par comparaison d'écritures ; c'est pourquoi pour s'exempter de la difficulté de faire cette vérification, on les insinuoit & publioit apud acta.

En France les juges se servoient anciennement de leurs clercs pour greffiers & pour notaires ; ces clercs recevoient en présence du juge les actes de jurisdiction contentieuse ; & en son absence, mais néanmoins sous son nom, les actes de jurisdiction volontaire.

Dans toutes les anciennes ordonnances jusqu'au tems de Louis XII. les greffiers sont communément appellés notaires, aussi-bien que les tabellions, & la fonction de greffiers & tabellions y est confondue, comme n'étant qu'une seule & même charge.

Les greffes & tabellions étoient communément donnés à ferme ; ce qui continua sur ce pié jusqu'au tems de François I. lequel par un édit de l'an 1542, érigea les clercs des tabellions en titre d'office, & en fit un office séparé de celui du maître, voulant qu'en chaque siege royal où il y avoit un tabellion, il y eût un certain nombre de notaires, au lieu des clercs ou substituts que le tabellion avoit auparavant ; & que dans les lieux où il y avoit plusieurs notaires, il y eût en outre un tabellion : on attribua aux notaires le droit de recevoir les minutes d'actes, & aux tabellions le droit de les mettre en grosse.

Mais depuis, Henri IV. réunit les fonctions de notaire & de tabellion, ce qui a eu son exécution, excepté dans un petit nombre d'endroits, où la fonction des tabellions est encore séparée de celle des notaires.

On entend par droit de tabellionage, le droit de créer des notaires & tabellions ; ce droit n'appartient qu'au roi, & les seigneurs ne peuvent en établir dans leurs justices qu'autant qu'ils ont ce droit par leurs titres, & que la concession est émanée du roi.

On donne quelquefois le nom de tabellion aux notaires des seigneurs, comme pour les distinguer des notaires royaux, quoiqu'ils ayent les mêmes fonctions, chacun dans leur district. Voyez la Novelle 44. de Justinien ; Loyseau, des offices, liv. II. ch. v. le recueil des ordonnances, & le mot NOTAIRE. (A)


TABELLIONAGES. m. (Gramm. & Jurisprud.) charge & fonction du tabellion.


TABELLIONERv. act. (Gramm.) mettre en forme un contrat, quand on le livre en parchemin & grossoyé, à la différence de la note ou copie de minute de contrat ou obligation qui se délivre en parchemin, & sans faire mention du garde-scel.


TABENNE(Géog. anc.) lieu d'Egypte, dans la haute Thébaïde, sur le bord du Nil, au diocèse de Tentyre. C'est à Tabenne que saint Pacôme bâtit le premier un monastere de sa congrégation. Il le gouverna depuis l'an 325 de Jesus-Christ, jusqu'à 349. (D.J.)


TABENUS CAMPUS(Géog. anc.) pays de l'Asie mineure, dans la Mysie, apparemment aux confins de la Phrygie.


TABEOUNS. m. terme de relation, ce mot veut dire les suivans ; c'est ainsi que les musulmans appellent les personnages qui ont suivi les compagnons de Mahomet, & qui ont enseigné sa doctrine ; comme ils n'ont paru qu'après la centieme année de l'hégire, leur autorité est beaucoup moindre que celle de leurs prédécesseurs. (D.J.)


TABERNA(Géog. anc.) ce mot a été employé dans la géographie pour désigner certains lieux où les voyageurs s'arrêtoient, où il y avoit une hôtellerie, ou un cabaret ; & comme quelquefois il s'est formé des villes dans ces sortes d'endroits, elles en ont pris leur nom. Ainsi Tabernae, aujourd'hui Rheinzabern ; un autre Tabernae est Bergzabern, forteresse qui assuroit une des principales gorges de la montagne des Vosges ; c'est à celle-ci qu'Adrien de Valois rapporte le Tabernae d'Ausone. Tres Tabernae, Faverne à l'entrée des Vosges ; l'Italie & l'Epire avoient aussi des villes de ce même nom. Voyez TRES TABERNAE.

Enfin les Romains ont appellé ainsi quelques places frontieres, à cause des tavernes qui s'y établirent pour la commodité des troupes. (D.J.)

TABERNA, PILA, (Littérat.) Horace entend par taberna non-seulement ce que nous appellons une taverne, mais toutes sortes de boutiques où les gens oisifs s'assembloient pour jaser, & pour apprendre des nouvelles. Les Grecs appellent ces boutiques . Le même poëte désigna par pila, les boutiques des libraires, parce que ces boutiques étoient ordinairement autour des piliers des édifices publics, c'est pourquoi Catulle joint ensemble taberna & pila ;

Salax taberna, vosque contubernales

A pileatis nona fratribus pila.

" Infâme boutique, & vous qui l'habitez, & qui vous tenez au neuvieme pilier à compter depuis le temple des jumeaux si connus par le bonnet romain qu'ils portent sur la tête.... " (D.J.)

TABERNA MERITORIA, (Antiq. rom.) l'hôtel de Mars ; c'étoit une espece d'hôtel des invalides à Rome, où l'on nourrissoit, aux dépens de la république, les soldats qui avoient combattu vaillamment pour elle. (D.J.)


TABERNACLES. m. (Menuiserie, Orfévrerie) ouvrage de menuiserie, ou d'orfévrerie, fait en forme de petit temple que l'on met sur un autel, pour y renfermer le ciboire où sont les saintes hosties.

On appelle tabernacle isolé, un tabernacle dont les quatre faces, respectivement opposées, sont pareilles. Tel est le tabernacle de l'église de sainte Génévieve, & celui des peres de l'Oratoire rue saint Honoré à Paris.

Le mot de tabernacle vient du latin tabernaculum, une tente.

TABERNACLE, (Hist. sacr.) temple portatif où les Israélites, durant leur voyage du désert, faisoient leurs actes de religion, offroient leurs sacrifices, & adoroient le Seigneur. Moyse voulant établir chez les Israélites un culte uniforme, & des cérémonies réglées, fit dresser au milieu de leur camp, ce temple portatif conforme à un état de peuples voyageurs. Ce temple portatif pouvoit se monter, se démonter, & se porter où l'on vouloit.

Il étoit composé d'ais, de peaux, & de voiles ; il avoit trente coudées de long sur dix de haut, & autant de large, & étoit partagé en deux parties. Celle dans laquelle on entroit d'abord, s'appelloit le saint, & c'étoit-là qu'étoient le chandelier, la table avec les pains de proposition, & l'autel d'or sur lequel on faisoit brûler le parfum. Héb. ix. 2.

Cette premiere partie étoit séparée par un voile, de la seconde partie, qu'on nommoit le sanctuaire, ou le saint des saints, dans laquelle étoit l'arche d'alliance. L'espace qui étoit au-tour du tabernacle, s'appelloit le parvis, dans lequel, & vis-à-vis l'entrée du tabernacle, étoit l'autel des holocaustes, & un grand bassin d'airain plein d'eau, où les prêtres se lavoient avant que de faire les fonctions de leur ministere. Cet espace qui avoit cent coudées de long, sur cinquante de large, étoit fermé d'une enceinte de rideaux, soutenus par des colonnes d'airain ; tout le tabernacle étoit couvert de voiles précieux, par-dessus lesquels il y en avoit d'autres de poil de chevre, pour les garantir de la pluie & des injures de l'air.

Les Juifs regardoient le tabernacle, comme la demeure du Dieu d'Israël, parce qu'il y donnoit des marques sensibles de sa présence, & que c'étoit-là qu'on devoit lui offrir ses prieres, ses voeux, & ses offrandes. C'est aussi pour cette raison, que le tabernacle fut placé au milieu du camp, & entouré des tentes des Israélites, qui étoient rangées tout-autour selon leur rang. Judas, Zabulon, & Issachar, étoient à l'orient ; Ephraïm, Benjamin, & Manassé, à l'occident ; Dan, Azer, & Nephtali, au septentrion ; Ruben, Siméon, & Gad, au midi.

Le grand tabernacle fut érigé au pié du mont Sinaï, le premier jour du premier mois de la seconde année après la sortie d'Egypte, l'an du monde 2514. Il tint lieu de temple aux Israélites, jusqu'à ce que Salomon en eût bâti un, qui fut le centre du culte des Hébreux. L'Ecriture remarque qu'avant que le grand tabernacle, dont nous parlons, fut construit, Moyse en avoit fait un plus petit, qui étoit une espece de pavillon, placé au milieu du camp ; il l'appella le tabernacle de l'alliance ; mais il le dressa loin du camp, lorsque les Israélites eurent adoré le veau d'or. (D.J.)

TABERNACLE, (Critiq. sacrée) ce mot, dans l'Ecriture, a une signification fort étendue ; il se prend quelquefois pour toutes les parties du tabernacle, le sanctuaire, le lieu saint, & le temple même ; il se prend aussi pour maison, I. Rois, xiij. 2. pour tente, Gen. ix. 21. pour l'église des fideles, Apoc. xxj. 3. enfin pour le ciel, Hébr. viij. 2. Le monde, dit Philon, est le vrai tabernacle de Dieu, dont le lieu très-saint est le ciel. Le même auteur remarque que si les Israélites, en sortant d'Egypte, étoient d'abord arrivés dans le pays qui leur étoit promis, ils auroient bâti un temple solide, mais qu'étant obligés d'errer plusieurs années dans le désert, Moyse leur fit dresser le tabernacle, qui étoit un temple portatif, afin de faire par-tout le service divin. (D.J.)

TABERNACLES, fête des, (Hist. des Hébr.) l'une des trois grandes fêtes des Juifs ; ils la célébroient après la moisson, le quinzieme du mois Tizri, pendant sept jours, qu'ils passoient sous des tentes de verdure, en mémoire de ce que leurs peres avoient ainsi campé dans le désert. On offroit chacun des jours que duroit la fête, un certain nombre de victimes en holocauste, & un bouc en sacrifice, pour le péché du peuple. Les Juifs, pendant tout ce tems, faisoient des festins de réjouissance avec leurs femmes & leurs enfans, où ils admettoient les LÉvites, les étrangers, les veuves, & les orphelins.

Les sept jours expirés, la fête se terminoit par une solemnité qu'on célébroit le huitieme jour, & où tout travail étoit défendu de même que le premier jour ; tous les mâles, en ce jour, devoient se rendre d'abord au tabernacle, & ensuite au temple ; & ils ne devoient point y paroître les mains vuides, mais offrir au Seigneur des dons & des sacrifices d'actions de graces, chacun à proportion de son bien. (D.J.)

TABERNACLE, (Marine) terme de galere. C'est une petite élévation vers la poupe, longue d'environ quatre piés & demi, entre les espaces où le capitaine se place, quand il donne ses ordres. (Q)


TABERNAETABERNAE

Miller en compte les deux especes suivantes. Tabernae montana lactescens, lauri folio, flore albo, siliquis rotundioribus, Houst. Tabernae montana laiteuse, à feuilles de citron ondées. Tabernae montana lactescens, lauri folio, flore albo, siliquis rotundioribus.

La premiere espece est commune à la Jamaïque, & dans plusieurs autres contrées des climats chauds de l'Amérique, où elle s'éleve à la hauteur de quinze ou seize piés, & a le tronc droit, uni, & couvert d'une écorce blanchâtre ; du sommet du tronc, partent des branches irrégulieres, & couvertes de feuilles d'un verd luisant ; les fleurs sont placées sur le pédicule des feuilles, elles sont jaunes ; & extrêmement odoriférantes, elles sont suivies de deux siliques fourchues, qui contiennent les semences.

Ce genre de plantes a beaucoup de rapport à celui du laurier-rose, sous lequel quelques auteurs de botanique les ont rangées ; cependant leurs semences n'ont point de duvet, ainsi que celles du laurier-rose ; elles sont seulement contenues dans une substance molle & pulpeuse.

Le P. Plumier en a fait une classe, en l'honneur du docteur Jacques Théodore, qu'on appelloit tabernae montanus, d'un village d'Allemagne où il avoit pris naissance. C'étoit un des plus savans botanistes de son siecle, & il publia à Francfort un volume in-fol. an. 1590. qui contient les figures de 2250 plantes.

On trouvera la seconde espece à la Véra-Cruz, ce fut le docteur Guillaume Houston, qui en envoya en Angleterre des semences qui multiplierent cette plante. Miller. (D.J.)


TABERNARIAETABERNARIAE


TABERON(Géog. mod.) ville de Perse. Long. selon Tavernier, 80. 34. latit. 55. 20. (D.J.)


TABESS. m. TABIDE, adj. en Médecine, qui convient généralement à toutes sortes de consomption. Voyez CONSOMPTION, PHTHISIE, ATROPHIE, MARASME, &c.

TABES dorsalis, est une espece ou plutôt un degré de consomption, qui vient quelquefois d'excès dans l'acte vénérien.

Le malade n'a ni fievre, ni dégoût, mais une certaine sensation, comme si une multitude de fourmis lui couroit de la tête le long de la moëlle de l'épine ; & lorsqu'il urine, ou qu'il va à la selle, il rend une matiere liquide, qui ressemble à la semence.

Après un violent exercice, il a la tête pesante, & un tintement d'oreille ; & à la fin il meurt d'une lipyrie, c'est-à-dire d'une fievre où les parties externes sont froides, tandis que les internes sont brûlantes.

Les causes sont les mêmes que dans la consomption, l'atrophie & la phthisie, en général & en particulier ; la cause ici est un épuisement, causé par la partie la plus spiritueuse de nos fluides qui est la semence ; elle est aussi ordinaire aux femmes épuisées par les fleurs blanches continuelles. La phthisie dorsale est une maladie incurable ; elle est suivie d'insomnie, de sécheresse, d'anxiété, de douleurs nocturnes, de tourmens, de tiraillemens dans les membres, & sur-tout dans l'épine du dos.

La cure est la même que celle de la consomption : ainsi les restaurans, les fortifians, les gêlées, le vin vieux pris modérément, l'eau de gruau, le lait coupé, les alimens restaurans aromatisés ; & surtout les bouillons de veau, de boeuf : on doit aller par degré des alimens légers aux plus nourrissans.

L'air doit être pur, celui de la campagne dans une plaine, & tempéré, est le meilleur, le malade s'y proménera. Voyez GYMNASE & EXERCICE.

Le sommeil sera long & pris sur un lit modérément mollet, chaud & sec. On le placera dans un lieu airé, on en écartera toute vapeur mal saine.

Les passions seront tranquilles, on donnera de la gaieté, on animera l'esprit par les compagnies. Voyez MALADIE DE L'ESPRIT.

La meilleure façon de guérir cette maladie, est de rendre au sang sa partie balsamique & spiritueuse, emportée par l'excès des plaisirs de l'amour.

Tous les symptomes des autres maladies s'y rencontrant, on doit les calmer ; mais la cause seule étant une fois extirpée, mettra en état d'y remédier. V. CONSOMPTION, PHTHISIE. Car cette maladie prend la forme de toutes les différentes especes de consomption & de phthisie.


TABIAE(Géog. anc.) lieu d'Italie, dans la Campanie, entre Naples & Surrento, mais plus près de ce dernier lieu. On le nomme aujourd'hui Monte de la Torre, selon André Baccio. (D.J.)


TABIANA(Géogr. anc.) île du golfe Persique. Ptolémée, l. VI. c. iv. la marque près de la côte septentrionale du golfe, au voisinage, & à l'occident de l'île Sophtha. (D.J.)


TABIDIUM(Géogr. anc.) ville de l'Afrique intérieure, selon Pline, qui, l. V. c. v. la met au nombre des villes subjuguées par Cornelius Balba ; c'est le Tabadis de Ptolémée, l. IV. c. v. (D.J.)


TABIENA(Géog. anc.) petite contrée d'Asie dans la Parthie, aux confins de la Carmanie, selon Ptolémée, l. VI. c. v. (D.J.)


TABISS. m. (Soierie) espece de gros taffetas ondé, qui se fabrique comme le taffetas ordinaire, hors qu'il est plus fort en chaîne & en treme ; on donne des ondes aux tabis, par le moyen de la calandre, dont les rouleaux de fer, de cuivre, diversement gravés, & appuyant inégalement sur l'étoffe, en rendent la superficie inégale, ensorte qu'elle refléchit diversement la lumiere quand elle tombe dessus. Savary. (D.J.)

Il y a aussi le tabis, Draperie. Voyez l'article MANUFACTURE EN LAINE.


TABISERv. act. (Manufacture de Soierie) c'est passer sous la calandre une étoffe, pour y faire paroître des ondes comme au tabis. On tabise la moire, les rubans, des toiles à doublure, des treillis, &c. (D.J.)


TABLAE(Géog. anc.) lieu de l'île des Bataves, selon la carte de Peutinger, qui le marque à 18 milles de Carpingium, & à 12 de Flenium. On croit que c'est aujourd'hui Alblas. (D.J.)


TABLALEMS. m. (Hist. mod.) titre que l'on donne chez les Turcs à tous les gouverneurs des provinces ; on le donne aux visirs, bachas, begs. Alem est un large étendart porté sur un bâton, surmonté d'un croissant ou d'une demi-lune. Le tabl est un tambour. Les gouverneurs sont toujours précédés de ces choses.


TABLAS(Géog. mod.) île de l'Asie, une des Philippines, au couchant de l'île de Panay, dont elle est éloignée de quinze milles. On lui donne quatre lieues de largeur, & douze de tour. (D.J.)


TABLATURES. f. en Musique ; ce sont les lettres dont on se sert au lieu de notes, pour marquer les sons de plusieurs instrumens, tels que le luth, la guittare, le théorbe, & même autrefois la viole.

On tire plusieurs lignes paralleles semblables à celles d'une portée, & chacune de ces lignes représente une corde de l'instrument. On écrit ensuite sur ces lignes des lettres de l'alphabet, qui indiquent le doigt dont il faut toucher la corde. La lettre a indique la corde à vuide : b indique le premier doigt : c le second : d le troisieme, &c.

Voilà tout le mystere de la tablature ; mais comme les instrumens dans lesquels on l'employoit, sont presque entierement passés de mode, & que dans ceux même dont on joue encore aujourd'hui, on a trouvé les notes ordinaires plus commodes, la tablature est depuis long-tems entierement abandonnée en France & en Italie. (S)


TABLES. f. Ce mot a dans la langue un grand nombre d'acceptions diverses. Voyez les articles suivans.

TABLES, en Mathématiques. Ce sont des suites de nombres tout calculés, par le moyen desquels on exécute promptement des opérations astronomiques, géométriques, &c.

TABLES ASTRONOMIQUES, sont des calculs des mouvemens, des lieux & des autres phénomenes des planetes premieres & sécondaires. Voyez PLANETE, SATELLITE, &c.

Les tables astronomiques les plus anciennes sont celles de Ptolémée, que l'on trouve dans son Almageste ; mais elles sont bien éloignées d'être conformes aux mouvemens des corps célestes. Voyez ALMAGESTE.

En 1252, Alphonse XI. roi de Castille, entreprit de les faire corriger. Le principal auteur de ce travail fut Isaac Hazan, astronome juif : & on a cru que le roi Alphonse y avoit aussi mis la main. Ce prince dépensa 400000 écus pour l'exécution de son projet. C'est ainsi que parurent les tables alphonsines, auxquelles on dit que ce prince mit lui-même une préface : mais Purbachius & Regiomontanus en remarquerent bientôt les défauts, ce qui engagea Regiomontanus, & après lui Waltherus & Warnerus, à s'appliquer aux observations célestes, afin de rectifier ces tables, mais la mort les arrêta dans ce travail.

Copernic, dans ses livres des Révolutions célestes, au-lieu des tables alphonsines, en donne d'autres qu'il a calculées lui-même sur les observations plus récentes, & en partie sur les siennes propres.

Eras. Reinholdus se fondant sur les observations & la théorie de Copernic, compila des tables qui ont été imprimées plusieurs fois & dans plusieurs endroits.

Ticho-Brahé remarqua de bonne-heure les défauts de ces tables ; ce qui le détermina à s'appliquer lui-même avec beaucoup d'ardeur aux observations célestes. Il s'attacha principalement aux mouvemens du Soleil & de la Lune. Ensuite Longomontanus, outre les théories des différentes planetes publiées dans son Astronomia danica, y ajouta des tables de leurs mouvemens que l'on appelle tabulae danicae ; & après lui Kepler en 1627 publia les tables rudolphines qui sont fort estimées : elles tirent leur nom de l'empereur Rodolphe à qui Kepler les dédia.

En 1680, Maria Cunitia leur donna une autre forme.

Mercator essaya la même chose dans ses Observations Astronomiques, qu'il publia en 1676 ; comme aussi J. Bapt. Morini qui mit un abregé des tables rudolphines à la tête d'une version latine de l'astronomie caroline de Street publiée en 1705.

Lansberge n'oublia rien pour décrire les tables rudolphines ; il construisit des tables perpétuelles des mouvemens célestes, ainsi qu'il les appelle lui-même : mais Horroxius astronome anglois, attaqua vivement Lansberge, dans sa défense de l'astronomie de Kepler.

Depuis les tables rudolphines, on en a publié un grand nombre d'autres : telles sont les tables philosophiques de Bouillaud, les tables britanniques de Vincent Wing, calculées sur l'hypothèse de Bouillaud, les tables britanniques de Newton, les tables françoises du comte de Pagan, par les tables carolines de Street, calculées sur l'hypothèse de Ward, les tables novalmagestiques de Riccioli.

Cependant parmi ces dernieres, les tables philolaïques & carolines sont les plus estimées. M. Whiston, suivant l'avis de M. Flamstéed, astronome d'une autorité reconnue en pareille matiere, jugea à propos de joindre les tables carolines à ses leçons astronomiques.

Les tables nommées tabulae ludovicae, publiées en 1702 par M. de la Hire, sont entierement construites sur ses propres observations, & sans le secours d'aucune hypothèse ; ce que l'on regardoit comme impossible avant l'invention du micrometre, du telescope & du pendule.

M. le Monnier, de l'académie royale des Sciences de Paris, nous a donné en 1746 dans ses Institutions astronomiques, d'excellentes tables des mouvemens du soleil, de la lune, des satellites, des réfractions, des lieux de plusieurs étoiles fixes. L'auteur doit publier de nouvelles tables de la Lune, dressées sur ses propres observations. Les Astronomes & les Navigateurs attendent avec impatience cet important ouvrage.

Nous avons aussi d'excellentes tables des planetes par M. de la Hire, des tables du Soleil par M. de la Caille, &c.

Pour les tables des étoiles, voyez CATALOGUE.

Quant à celles des sinus, des tangentes & des sécantes de chaque degré & minute d'un quart de cercle, dont on fait usage dans les opérations trigonométriques, voyez SINUS, TANGENTES, &c.

Sur les tables des logarithmes, des rhumbs dont on fait usage dans la Géométrie, & dans la Navigation, &c. Voyez LOGARITHME, RHUMB, NAVIGATION.

TABLES LOXODROMIQUES, ce sont des tables où la différence des longitudes & la quantité de la route que l'on a courue en suivant un certain rhumb, sont marquées de dix en dix minutes de latitude. Voyez RHUMB & LOXODROMIQUE. Chambers. (O)

C'est à ces dernieres tables, & à celles de M. le Monnier qu'il faut s'en tenir aujourd'hui, comme étant les plus modernes & les plus exactes.

Dans les tables d'équations du mouvement des planetes, on met d'abord le nom de l'argument, par exemple, distance du Soleil à la Lune. Ensuite, comme un signe est de 30 degrés, on écrit à gauche dans une ligne verticale tous les degrés depuis 0 jusqu'à 30 en descendant ; & à droite dans une ligne verticale tous les degrés depuis 0 jusqu'à 30 en montant. Cela posé, si on trouve, par exemple, au haut de la table ces mots, ajoutez ou ôtez en descendant, & au haut de la même table le signe VII, par exemple, ou tout autre ; cela signifie, que si on a pour argument VII sign. + 10 degr. il faudra ajouter ou ôter l'équation qui est au-dessous de VII, & vis-à-vis de 10 degrés dans la colonne qui est à gauche ; & si on a au-bas de la table ôtez ou ajoutez en montant, & au-bas de la même table le signe IV, par exemple, cela signifie, que si on a pour argument IV signes + 7 degr. il faudra ôter ou ajouter l'équation qui est au-dessus de 4 & vis-à-vis de 7 dans la colonne qui est à gauche, & ainsi des autres. Voyez EQUATION.

Sur les tables de la Lune, voyez LUNE..

TABLES DES MAISONS, en termes d'Astrologie. Ce sont certaines tables toutes dressées & calculées pour l'utilité de ceux qui pratiquent l'Astrologie, lorsqu'il s'agit de tracer des figures. Voyez MAISON.

TABLES, pour le jet des bombes ; ce sont des calculs tout faits pour trouver l'étendue des portées des bombes tirées sous telle inclinaison que l'on veut, & avec une charge de poudre quelconque. Voyez MORTIER & JET DES BOMBES.

Les plus parfaites & les plus complete s que l'on ait, sont celles du Bombardier françois par M. Belidor. (Q)

TABLE DE LA LOI, (Théolog.) on nomme ainsi deux tables que Dieu, suivant l'Ecriture, donna à Moïse sur le mont Sinaï, & sur lesquelles étoient écrits les préceptes du décalogue. Voyez DECALOGUE.

On forme plusieurs questions sur ces tables, sur leur matiere, leur forme, leur nombre ; l'auteur qui les a écrites, & ce qu'elles contenoient.

Quelques auteurs orientaux cités par d'Herbelot, Biblioth. orientale, p. 649. en comptent jusqu'à dix, d'autres sept ; mais les Hébreux n'en comptent que deux. Les uns les font de bois, les autres de pierres précieuses ; ceux-ci sont encore partagés, les uns les font de rubis, & les autres d'escarboucle ; ceux qui les font de bois les composent d'un bois nommé sedrou ou sedras, qui est une espece de lot que les Musulmans placent dans le paradis.

Moïse remarque, que ces tables étoient écrites des deux côtés. Plusieurs croyent qu'elles étoient percées à jour, ensorte qu'on pouvoit lire des deux côtés ; d'un côté à droite, & de l'autre à gauche. D'autres veulent que le législateur fasse simplement cette remarque, parce que pour l'ordinaire, on n'écrivoit que d'un côté sur les tablettes. Quelques-uns enfin, comme Oleaster & Rivet, traduisent ainsi le texte hébreu, elles étoient écrites des deux parties, qui se regardoient l'une l'autre ; ensorte qu'on ne voyoit rien d'écrit en-dehors. Il y en a qui croyent que chaque table contenoit les dix préceptes, d'autres qu'ils étoient mi-partis, cinq sur chaque table ; enfin, quelques-uns font ces tables de dix ou douze coudées.

Moïse dit expressément, qu'elles étoient écrites de la main de Dieu, digito Dei scriptas, ce que quelques-uns entendent à la lettre. D'autres expliquent, par le ministere d'un ange ; d'autres de l'esprit de Dieu, qui est quelquefois nommé le doigt de Dieu. D'autres enfin, que Moïse inspiré de Dieu & rempli de son Esprit les écrivit, explication qui paroît la plus naturelle.

On sait que Moïse descendant de la montagne de Sinaï, comme il rapportoit les premieres tables de la loi, les brisa d'indignation en voyant les Israëlites adorer le veau d'or : mais quand ce crime fut expié, il en obtint de nouvelles qu'il montra au peuple, & que l'on conservoit dans l'arche d'alliance.

Les Musulmans disent que Dieu commanda au burin céleste, d'écrire ou de graver ces tables, ou qu'il commanda à l'archange Gabriel de se servir de la plume, qui est l'invocation du nom de Dieu, & de l'encre qui est puisée dans le fleuve des lumieres pour écrire les tables de la loi. Ils ajoutent que Moïse ayant laissé tomber les premieres tables, elles furent rompues, & que les Anges en rapporterent les morceaux dans le ciel, à la reserve d'une piece de la grandeur d'une coudée, qui demeura sur la terre & qui fut mise dans l'arche d'alliance. D'Herbelot, biblioth. orientale, p. 649. Calmet, Dict. de la Bible.

TABLE des pains de proposition, (Critiq. sacrée) c'étoit une grande table d'or, placée dans le temple de Jérusalem, sur laquelle on mettoit les douze pains de proposition en face, six à droite, & six à gauche. Il falloit que cette table fut très-précieuse, car elle fut portée à Rome, lors de la prise de Jérusalem, & parut au triomphe de Titus, avec d'autres richesses du temple. Il paroît par les tailles-douces, qu'on porta devant l'empereur, le chandelier d'or & une autre figure, que Villalpand, Cornelius à Lapide, Ribara, & presque tous les savans qui ont vu autrefois l'arc de triomphe à Rome, prennent pour la table des pains de proposition. Il est vrai cependant que l'obscurité des figures, presqu'entierement rongées & effacées par le tems, rendroient aujourd'hui le fait des plus douteux ; mais dans d'anciennes copies, on a cru voir manifestement la table dont nous parlons, sur-tout à cause des deux coupes qui sont au-dessus ; car on mettoit toujours sur cette table deux de ces coupes remplies d'encens. Enfin, Josephe qui avoit été présent au triomphe de Titus, leve le doute. Il nous parle de bello judaico, lib. VII. c. xvij. de trois choses qui furent portées devant le triomphateur : 1°. la table des pains de proposition ; 2°. le chandelier d'or, dont il fait mention dans le même ordre que cela se trouve rangé dans l'arc de triomphe ; 3°. la loi qui ne se voit point sur cet arc, & qui apparemment n'y fut pas sculptée, faute de place. (D.J.)

TABLE DU SEIGNEUR, (Crit. sacrée) c'est la table de l'Eucharistie, où en mangeant le pain & en buvant le vin sacré, le fidele célebre la mémoire de la mort & du sacrifice de J. C. c'est pourquoi les Chrétiens du tems de Tertullien, appellerent leur culte sacrifice, & se servirent du mot d'autel, en parlant de la table du Seigneur. On donna ce nom d'autel, parce que le fidele qui s'approche de la table du seigneur, vient lui-même s'offrir à Dieu, comme une victime vivante : car l'expression être debout à l'autel, désigne proprement la victime qui se présente pour être immolée ; comme il paroît par ce vers de Virgile, Géorg. l. II. & ductus cornu stabit sacer hircus ad aram. Ainsi quand S. Paul dit, Epit. aux Hébreux, ch. xiij. v. 10. nous avons un autel ; c'est une expression figurée, dont le sens est " nous avons une victime, savoir J. C. à laquelle ceux qui sont encore attachés au culte lévitique, ne sauroient avoir de part ". En effet, les premiers chrétiens n'avoient point d'autels dans le sens propre, & les payens leur en faisoient un crime, ne concevant pas qu'il pût y avoir une religion sans victimes & sans autels. Philon appelle les repas sacrés, la table du Seigneur. (D.J.)

TABLES, loix des douze, (Hist. Rom.) code de loix faites à Rome, par les décemvirs vers l'an 301 de la fondation de cette ville.

Les divisions qui s'élevoient continuellement entre les consuls & les tribuns du peuple, firent penser aux Romains qu'il étoit indispensable d'établir un corps de loix fixes pour prévenir cet inconvénient, & en même tems assez amples, pour régler les autres affaires civiles. Le peuple donc créa des décemvirs, c'est-à-dire dix hommes pour gouverner la république, avec l'autorité consulaire, & les chargea de choisir parmi les loix étrangeres, celles qu'ils jugeroient les plus convenables pour le but que l'on se proposoit.

Un certain Hermodore, natif d'Ephèse, & qui s'étoit retiré en Italie, traduisit les loix qu'on avoit rapportées d'Athenes, & des autres villes de la Grece les mieux policées, pour emprunter de leurs ordonnances, celles qui conviendroient le mieux à la république Romaine. Les décemvirs furent chargés de cet ouvrage, auquel ils joignirent les loix royales ; c'est ainsi qu'ils formerent comme un code du Droit romain. Le sénat après un sérieux examen, l'autorisa par un sénatus-consulte, & le peuple le confirma par un plébiscite dans une assemblée des centuries.

L'an 303 de la fondation de Rome, on fit graver ces loix sur dix tables de cuivre, & on les exposa dans le lieu le plus éminent de la place publique ; mais comme il manquoit encore plusieurs choses pour rendre complet ce corps des loix romaines ; les décemvirs dont on continua la magistrature en 304, ajouterent de nouvelles loix qui furent approuvées, & gravées sur deux autres tables, qu'on joignit aux dix premieres, & qui firent le nombre de douze. Ces douze tables servirent dans la suite de jurisprudence à la république Romaine. Ciceron en a fait un grand éloge en la personne de Crassus, dans son premier livre de l'Orateur, n °. 43. & 44. Denys d'Halicarnasse, Tite-Live & Plutarque traitent aussi fort au long des loix décemvirales, car c'est ainsi qu'on nomma les loix des douze tables.

Elles se sont perdues ces loix par l'injure des tems ; il ne nous en reste plus que des fragmens dispersés dans divers auteurs, mais utilement recueillis par l'illustre Jean Godefroy. Le latin en est vieux & barbare, dur & obscur ; & même à mesure que la langue se poliça chez les Romains, on fut obligé de le changer dans quelques endroits pour le rendre intelligible.

Ce n'est pas-là cependant le plus grand défaut du code des loix décemvirales. M. de Mosites qui va nous l'apprendre ; la sévérité des loix royales faites pour un peuple composé de fugitifs, d'esclaves & de brigands, ne convenoit plus aux Romains. L'esprit de la république auroit demandé que les décemvirs n'eussent pas mis ces loix dans leurs douze tables ; mais des gens qui aspiroient à la tyrannie, n'avoient garde de suivre l'esprit de la république.

Tite-Live, liv. I. dit, sur le supplice de Métius-Fuffétius, dictateur d'Albe, condamné par Tullus-Hostilius, à être tiré par deux chariots, que ce fut le premier & le dernier supplice où l'on témoigna avoir perdu la mémoire de l'humanité ; il se trompe ; le code des douze tables a plusieurs autres dispositions très-cruelles. On y trouve le supplice du feu, des peines presque toujours capitales, le vol puni de mort.

Celle qui découvre le mieux le dessein des décemvirs, est la peine capitale prononcée contre les auteurs des libelles & les poëtes. Cela n'est guere du génie de la république, où le peuple aime à voir les grands humiliés. Mais des gens qui vouloient renverser la liberté, craignoient des écrits qui pouvoient rappeller l'esprit de la liberté.

On connut si bien la dureté des loix pénales, insérées dans le code des douze tables, qu'après l'expulsion des décemvirs, presque toutes leurs loix qui avoient fixé les peines, furent ôtées. On ne les abrogea pas expressément ; mais la loi Porcia ayant défendu de mettre à mort un citoyen romain, elles n'eurent plus d'application. Voilà le vrai tems auquel on peut rapporter ce que Tite-Live, liv. I. dit des Romains, que jamais peuple n'a plus aimé la modération des peines.

Si l'on ajoute à la douceur des peines, le droit qu'avoit un accusé de se retirer avant le jugement, on verra bien que les loix décemvirales s'étoient écartées en plusieurs points de l'esprit de modération, si convenable au génie d'une république, & dans les autres points dont Ciceron fait l'éloge, les loix des douze tables le méritoient sans-doute. (D.J.)

TABLE DE CUIVRE, (Jurisp. rom.) aes, table sur laquelle on gravoit chez les Romains la loi qui avoit été reçue. On affichoit cette table dans la place publique ; & lorsque la loi étoit abrogée, on ôtoit l'affiche, c'est-à-dire, cette table. De-là ces mots fixit legem, atque refixit. Ovide déclare que dans l'âge d'or, on n'affichoit point des paroles menaçantes gravées sur des tables d'airain.

Nec verba minantia fixo

Aere ligabantur.

Dans la comédie de Trinummus de Plaute, un plaisant dit, qu'il vaudroit bien mieux graver les noms des auteurs des mauvaises actions, que les édits. (D.J.)

TABLE ABBATIALE, (Jurisprud.) est un droit dû en quelques lieux à la mense de l'abbé par les prieurs dépendans de son abbaye. Voyez le Diction. des Arrêts de Brillon, au mot ABBE, n. 107. (A)

TABLE DE MARBRE, (Jurisprud.) est un nom commun à plusieurs jurisdictions de l'enclos du Palais, savoir la connétablie, l'amirauté & le siege de la réformation générale des eaux & forêts. Chacune de ces jurisdictions, outre son titre particulier, se dit être au siege de la table de marbre du palais à Paris.

L'origine de cette dénomination, vient de ce qu'anciennement le connétable, l'amiral & le grand-maître des eaux & forêts tenoient en effet leur jurisdiction sur une grande table de marbre qui occupoit toute la largeur de la grand'salle du palais ; le grand chambrier y tenoit aussi ses séances.

Cette table servoit aussi pour les banquets royaux. Du Tillet, en son recueil des rangs des grands de France, pag. 97. dit que le dimanche 16 Juin 1549, le Roi Henri II. fit son entrée à Paris ; que le soir fut fait en la grand'salle du palais le soupé royal ; que ledit seigneur fut assis au milieu de la table de marbre.

Cette table fut détruite lors de l'embrâsement de la grand'salle du palais, qui arriva sous Louis XIII. en 1618.

Outre la table de marbre dont on vient de parler, il y avoit dans la cour du palais la pierre de marbre, que l'on appelloit aussi quelquefois la table de marbre. Quelques-uns ont même confondu ces deux tables l'une avec l'autre.

Mais la pierre de marbre étoit différente de la table de marbre, & par sa situation, & par son objet. La pierre de marbre étoit au pié du grand degré du palais. Elle existoit encore du tems du roi Jean en 1359. Elle servoit à faire les proclamations publiques. Elles se faisoient pourtant aussi quelquefois sur la table de marbre en la grand'salle du palais. Voyez le recueil des ordonnances de la troisieme race, tome III. p. 347. aux notes.

Quand on parle de la table de marbre simplement, on entend la jurisdiction des eaux & forêts qui y tient son siege. Elle connoît par appel des sentences des maîtrises du ressort. Les commissaires du parlement viennent aussi y juger en dernier ressort les matieres de réformation. Voyez EAUX & FORETS.

Il y a aussi des tables de marbre dans plusieurs autres parlemens du royaume, mais pour les eaux & forêts seulement. Elles ont été créées à l'instar de celle de Paris ; elles furent supprimées par édit de 1704, qui créa au lieu de ces jurisdictions une chambre de réformation des eaux & forêts en chaque parlement ; mais par différens édits postérieurs, plusieurs de ces tables de marbre ont été rétablies. Voyez EAUX & FORETS, GRURIE, MAITRISE, AMIRAUTE, CONNETABLIE, MARECHAUSSEE. (A)

TABLE DU SEIGNEUR, signifie domaine du seigneur ; mettre en sa table, c'est réunir à son domaine. Ce terme est usité en matiere de retrait féodal. Voyez l'article 21 de la coutume de Paris. Quelques-uns prétendent que table en cette occasion signifie catalogue, & que mettre en sa table, c'est comprendre le fief servant dans la liste des biens & droits qui composent le fief dominant. Voyez FIEF, RETRAIT FEODAL. (A)

TABLE RONDE, s. f. (Hist. mod.) chevaliers de la table ronde : ordre militaire qu'on prétend avoir été institué par Arthur, premier roi des Bretons, vers l'an 516. Voyez CHEVALIER.

On dit que ces chevaliers, tous choisis entre les plus braves de la nation, étoient au nombre de vingtquatre, & que la table ronde, d'où ils tirerent leur nom, fut une invention d'Arthur, qui voulant établir entr'eux une parfaite égalité, imagina ce moyen d'éviter le cérémonial, & les disputes du rang au sujet du haut & bas bout de la table.

Lesly nous assure qu'il a vu cette table ronde à Winchestre, si on en veut croire ceux qui y en montrent une de cette forme avec beaucoup de cérémonies, & qu'ils disent être celle même dont se servoient les chevaliers ; & pour confirmer la vérité de cette tradition, ils montrent les noms d'un grand nombre de ces chevaliers tracés autour de la table. Larrey, & plusieurs autres écrivains, ont débité sérieusement cette fable comme un fait historique. Mais outre que Camdem observe que la structure de cette table est d'un goût beaucoup plus moderne que les ouvrages du sixieme siecle, on regarde le roi Arthur comme un prince fabuleux, & le P. Papebrok a démontré qu'avant le dixieme siecle on ne savoit ce que c'étoit que des ordres de chevalerie.

Il paroît au contraire que la table ronde n'a point été un ordre militaire, mais une espece de joûte ou d'exercice militaire entre deux hommes armés de lances, & qui différoit des tournois où l'on combattoit troupe contre troupe. C'est ce que Matthieu Paris distingue expressément. " Non in hastiludio illo, dit-il, quod TORNEAMENTUM dicitur, sed potius in illo ludo militari qui MENSA ROTUNDA dicitur ". Et l'on croit qu'on donnoit à cette joûte le nom de table ronde, parce que les chevaliers qui y avoient combattu venoient au retour souper chez le principal tenant, où ils étoient assis à une table ronde. Voyez encore sur ce sujet l'abbé Justiniani & le pere Helyot.

Plusieurs auteurs disent qu'Artus, duc de Bretagne, renouvella l'ordre de la table ronde, qu'on supposoit faussement avoir existé. Paul Jove rapporte que ce ne fut que sous l'empire de Frederic Barberousse qu'on commença à parler des chevaliers de la table ronde : d'autres attribuent l'origine de ces chevaliers aux factions des Guelphes & des Gibelins. Edouard III. fit, selon Walsingham, bâtir un palais qu'il appella la table ronde, dont la cour avoit deux cent piés de diametre.

TABLE, en terme de Blason, se dit des écus ou des écussons qui ne contiennent que la simple couleur du champ, & qui ne sont chargés d'aucune piece, figure, meuble, &c. On les appelle tables d'attente, ou tables rases.

TABLES DU CRANE, (Anatomie) les os du crâne sont composés de deux lames osseuses, qu'on appelle tables : il y a pourtant quelques endroits du crâne où on ne les trouve pas ; & dans ces endroits-là, il n'y a point de diploé ; c'est ce qu'il faut bien observer quand il est nécessaire d'appliquer le trépan.

La table extérieure est la plus épaisse & la plus polie ; elle est recouverte du péricrâne : l'intérieure est plus mince, & la dure-mere est fortement attachée à sa surface interne, particulierement au fond & aux sutures. De plus, on remarque dans cette table plusieurs sillons, qui y ont été creusés par le battement des arteres de la dure-mere, non-seulement lorsque les os étoient encore tendres dans la jeunesse, mais même jusqu'à leur accroissement parfait.

Ruysch dit qu'il a vu plusieurs fois le crâne des adultes sans diploé ; desorte que l'on ne remarquoit aucune séparation d'une table d'avec l'autre.

On trouve entre les deux tables du crâne, une infinité de petites cellules osseuses appellées par les Grecs diploé, & par les Latins meditullium. Ces cellules sont évidentes dans les crânes de ceux qui sont nouvellement décédés particulierement à l'os du front, à l'endroit où ces os sont le plus épais ; on trouve dans ces cellules un suc moëlleux, & quantité de vaisseaux sanguins, qui portent non-seulement la nourriture aux os, mais aussi la matiere de ce suc médullaire.

Quand on fait l'opération du trépan, & que l'on voit la scieure de l'os prendre une teinture rouge, c'est une marque que l'on a percé la premiere table, & qu'on est arrivé au diploé ; il faut percer la seconde table avec une grande précaution, parce qu'elle est plus mince que la premiere, & qu'il ne faut point s'exposer à donner atteinte à la dure-mere, parce que cette faute seroit suivie de funestes accidens.

A l'occasion d'un coup reçu sur la tête, ou d'une chûte, les vaisseaux sanguins peuvent se rompre dans le diploé ; & le sang épanché se corrompant, cause dans la suite par son âcreté une érosion à la table intérieure du crâne, sans qu'il en paroisse aucun signe à l'extérieur ; la corruption de cette table se communique bien-tôt aux deux méninges, & à la substance même du cerveau ; de maniere que l'on voit périr les malades, après qu'ils ont souffert de longues & cruelles douleurs, sans que l'on sache bien précisément à quoi en attribuer la cause.

Il arrive aussi à l'occasion du virus vérolique, dont le diploé peut être infecté, que les deux tables du crâne se trouvent cariées ; ce qui fait souffrir des douleurs violentes aux malades, quand l'exostose commence à paroître dans ces véroles invétérées, à cause de la sensibilité du péricrâne ; quelquefois même la carie ayant percé la premiere table, on en voit partir des fungus, qui sont des excroissances en forme de champignons. C'est un terrible accident ; car un nouveau traitement de la vérole n'y peut rien, & les topiques contre la carie & le fungus, ne font que pallier le mal. (D.J.)

TABLE DU GRAND LIVRE, (Commerce) que les marchands, négocians, banquiers, & teneurs de livres, nomment aussi alphabet, répertoire, ou index. C'est une sorte de livre composé de vingt-quatre feuillets dont on se sert pour trouver avec facilité les endroits du grand livre où sont débitées & créditées les personnes avec lesquelles on est en compte ouvert. Voyez DEBITER, CREDITER, COMPTE & LIVRE.

Les autres livres dont se servent les négocians, soit pour les parties simples, soit pour les parties doubles, ont aussi leurs tables ou alphabets particuliers ; mais ces tables ne sont point séparées ; elles se mettent seulement sur deux feuillets à la tête des livres. Voyez LIVRES. Dictionnaire du Commerce.

TABLE, poids de, (Commerce) on nomme ainsi une sorte de poids en usage dans les provinces de Languedoc & de Provence. Voyez POIDS.

TABLE, (Archit.) nom qu'on donne dans la décoration d'Architecture, à une partie unie, simple, de diverses figures, & ordinairement quarré-longue ; ce mot vient du latin tabula, planche.

Table à crossette, table cantonnée par des crossettes ou oreillons ; il y a de ces tables à plusieurs palais d'Italie.

Table couronnée, table couverte d'une corniche, & dans laquelle on taille un bas-relief, où l'on incruste une tranche de marbre noir, pour une inscription.

Table d'attente, bossage qui sert dans les façades, pour y graver une inscription, & pour y tailler de la sculpture.

Table d'autel, grande dale de pierre, portée sur de petits piliers ou jambages, ou sur un massif de maçonnerie, laquelle sert pour dire la messe.

Table de crépi, panneau de crépi, entouré de naissances badigeonnées dans les murs de face les plus simples, & de piés droits, montans, ou pilastres & bordures de pierre dans les plus riches.

Table de cuivre, table composée de planches ou de lames de cuivre, dont on couvre les combles en Suede, où on en voit même de taillées en écailles sur quelques palais.

Tables de plomb, piece de plomb, fondue de certaine épaisseur, longueur & largeur, pour servir à différens usages.

Table de verre, morceau de verre de Lorraine qui est de figure quarrée-longue.

Table en saillie, table qui excede le nud du parement d'un mur, d'un pié-destal, ou de toute autre partie qu'elle décore.

Table fouillée, table renfoncée dans le dé d'un pié-destal, & ordinairement entourée d'une moulure en maniere de ravalement.

Table rustique, table qui est piquée, & dont le parement semble brut ; il y a de ces tables aux grottes & aux bâtimens rustiques. Daviler. (D.J.)

TABLE DE CALANDRE, (Calandrerie) on appelle ainsi deux pieces de bois fort épaisses plus longues que larges, qui font la principale partie de la machine qui sert à calandrer les étoffes ou les toiles. C'est entre ces tables que se mettent les rouleaux sur lesquels sont roulés ces toiles & ces étoffes. (D.J.)

TABLE A MOULE, terme de Chandelier, longue table percée de divers trous en forme d'échiquier, sur laquelle on dresse les moules à faire de la chandelle moulée, lorsqu'on veut les remplir de suif ; au-dessous de la table est une auge pour recevoir le suif qui peut se répandre. (D.J.)

TABLE A MOULE, terme de Cirerie, les blanchisseurs de cire donnent ce nom à de grands chassis soutenus de plusieurs piés, sur lesquels ils mettent leurs planches à moules, dans lesquels on dresse les pains de cire blanche. Dictionnaire du Com. (D.J.)

TABLES AUX VOILES, terme de Cirerie, autrement dites carrés, & établis ; ce sont chez les mêmes blanchisseurs de cire, de grands bâtis de bois, sur lesquels sont étendues les toiles de l'herberie, où l'on met blanchir les cires à la rosée & au soleil, après qu'elles ont été grélonées. (D.J.)

TABLE DE CAMELOT, terme de Commerce ; on nomme ainsi à Smyrne les ballots de ces étoffes qu'on envoye en chrétienté ; ce nom leur vient de ce que les ballots sont quarrés & plats. (D.J.)

TABLE, en terme de Diamantaire, est la superficie extérieure d'un diamant ; les tables sont susceptibles de plus ou moins de pans, selon qu'elles sont plus ou moins grandes, & que le diamant le mérite.

TABLE DE NUIT, terme d'Ebéniste, c'est une petite table sans ou avec un dessus de marbre, qui se place à côté du lit, & sur laquelle on pose les choses dont on peut avoir besoin durant la nuit. (D.J.)

TABLE DE PLOMB, (outil de Ferblantier) c'est un morceau de plomb de l'épaisseur d'un pouce & demi, sur six pouces ou environ de large, & quinze pouces de long, qui sert aux Ferblantiers pour piquer les grilles de rapes & découper certains ouvrages. Voyez la figure, Planches du Ferblantier.

TABLE DE LA MACHINE, en termes de Friseur d'étoffes, est une espece de table couverte d'une moquette sur laquelle on met l'étoffe à friser. Elle est soutenue à droite sur la troisieme traverse, & à gauche sur la seconde, & percée d'un trou à chacune de ses extrêmités sur lequel sont placées des grenouilles à mi-bois. Voyez GRENOUILLE. Voyez les Planches de la Draperie.

TABLE, (Manufact. de glaces) les ouvriers qui travaillent à l'adouci des glaces brutes, appellent la table, le bâti de grosses planches sous lequel est mastiquée avec du plâtre une des deux glaces qui s'adoucissent l'une contre l'autre ; c'est au-dessus de cette table qu'est couchée horisontalement la roue dont les adoucisseurs se servent pour user les glaces. Savary. (D.J.)

La table à couler est une table de fonte de plus de cent pouces de longueur, & du poids de douze ou quinze milliers, sur laquelle on coule le verre liquide dont on fait les glaces. La largeur de cette table s'augmente ou se diminue à volonté, par le moyen de deux fortes tringles de fer mobiles qu'on place aux deux côtés plus proches ou plus éloignés, suivant le volume de la piece qu'on coule ; c'est sur ces tringles que pose par ses deux extrêmités le rouleau de fonte qui sert à pousser la matiere jusqu'au bout de la table. (D.J.)

TABLE, piece de presse d'Imprimerie, est une planche de chêne environ de trois piés quatre pouces de long sur un pié & demi de large, & de douze à quatorze lignes d'épaisseur, sur laquelle est attaché le coffre, où est renfermé le marbre de la presse ; elle est garnie en-dessous de deux rangs de crampons ou pattes de fer, cloués à cinq doigts de distance l'un de l'autre. Voyez dans les Planches d'Imprimerie, & leur explication, la table & les crampons qui glissent sur les bandes de fer du berceau de la presse.

TABLE dont les Facteurs d'orgues se servent pour couler l'étain & le plomb en tables ou feuilles minces, est une forte table de bois de chêne inclinée à l'horison, au moyen de quelques morceaux de bois qui la soutiennent par un bout, ou d'un tréteau. Cette table est couverte d'un coutil sur lequel, au moyen du rable qui contient le métal fondu, on coule les lames de plomb ou d'étain, en faisant couler le rable en descendant le long de la planche. Voyez la fig. 59. Pl. d'Orgue & l'article ORGUE, où le travail du plomb & de l'étain est expliqué.

TABLE D'ATTENTE, (Menuiserie) est un panneau en saillie au-dessus des guichets des grandes portes, sur lesquels on fait des ornemens en sculpture. Voy. les Planches de Menuiserie.

TABLE DE BRACELET, en termes de Metteur en oeuvre, est une plaque en pierreries montées sur des morceaux de velours, ou autres étoffes qui entourent le bras, & qui se lient & délient par un ressort pratiqué sous cette plaque. Voyez BOITE DE TABLE.

TABLE DES MIROITIERS, (ustensile des Miroitiers) les miroitiers qui mettent les glaces au teint, nomment pareillement table, une espece de long & large établi de bois de chêne, soutenu d'un fort chassis aussi de bois, sur lequel est posée en bascule la pierre de liais, où l'on met les glaces au teint. (D.J.)

TABLE, en termes de Pain d'épicier, ce sont des especes de tours parfaitement semblables à ceux des Boulangers & Pâtissiers.

TABLE DE BILLARD, (Paumier) c'est un chassis fait de planches de bois de chêne bien unies & bien jointes ensemble, sur lequel on applique le tapis de drap verd sur lequel on joue au billard. Cette table est posée solidement & de niveau sur dix piés ou piliers de charpente ou de menuiserie joints ensemble par d'autres pieces de bois qui les traversent.

TABLE DE PLOMB, (terme de Plombier) ou plomb en table, c'est du plomb fondu & coulé par les plombiers sur une longue table de bois couverte de sable. Les plombiers appellent aussi quelquefois de la sorte ce qu'ils nomment autrement des moules, c'est-à-dire, des especes de longs établis garnis de bords tout-au-tour, & couverts ou de sable ou d'étoffe de laine & de toile, sur lesquels ils coulent les tables de plomb. Il y en a de deux sortes ; les unes posées de niveau pour les grandes tables de plomb, & les autres qui ont de la pente pour les petites tables. Dict. du Comm. (D.J.)

TABLES D'ESSAI, (terme de Potier d'étain) ou rouelles d'essai ; on appelle ainsi deux plaques d'étain, dont l'une est dans la chambre du procureur du roi du châtelet, & l'autre dans celle de la communauté ; c'est sur ces tables que les maîtres potiers d'étain sont obligés d'empreindre ou insculper les marques des poinçons dont ils doivent se servir pour marquer leurs ouvrages, afin d'en assurer la bonté. Dict. du Com. (D.J.)

TABLE D'UN MOULIN, (Sucrerie) on appelle la table d'un moulin, une longue piece de bois qui est placée au milieu du chassis d'un moulin ; c'est dans cette piece que sont enchâssées la platine du grand rôle, & les embases des petits tambours, c'est-à-dire les crapaudines dans lesquelles roulent les pivots des trois tambours. (D.J.)

TABLE A TONDRE, (terme de Tondeurs de draps) espece d'ais ou planche de chêne ou de noyer, épaisse d'environ trois pouces & demi, large de quinze à seize pouces, & longue de neuf à dix piés. Cette planche est garnie par le dessus de plusieurs bandes d'une grosse étoffe appellée tuf, mises l'une sur l'autre, entre lesquelles sont plusieurs lits de paille, d'avoine, ou de bourre tontisse très-fine, & par-dessus le tout est une couverture de treillis attachée par des bouts, & lacée par-dessus. La table à tondre est posée sur deux trétaux de bois inégaux, ensorte qu'elle se trouve un peu en talud, ce que les ouvriers appellent placée en chasse ; elle sert à étendre l'étoffe dessus pour la tondre avec les forces. Les tondeurs se servent encore d'une autre table assez semblable à la premiere, à la reserve qu'elle est faite en forme de pupitre long ; & parce que c'est sur cette table qu'ils rangent ou couchent le poil d'étoffe avec le cardinal & la brosse, & qu'ensuite ils la nettoyent avec la tuile, ils l'appellent, suivant ces différens usages, tantôt table à ranger & à coucher, & tantôt table à nettoyer. Savary. (D.J.)

TABLE DE VERRE, s. f. (Vitrerie) c'est du verre qu'on appelle communément verre de Lorraine, qui se souffle & se fabrique à-peu-près comme les glaces de miroirs ; il est toujours un peu plus étroit par un bout que par l'autre, & a environ deux piés & demi en quarré de tout sens : il n'a point de boudine, & sert à mettre aux portieres des carosses de louage ou de ceux où l'on ne veut pas faire la dépense de véritables glaces ; on en met aussi aux chaises à porteurs. Les tables de verre se vendent au ballot ou ballon composé de plus ou moins de liene, suivant que c'est du verre commun ou du verre de couleur. Savary. (D.J.)

TABLE se dit au jeu de trictrac des deux côtés du tablier où l'on joue avec des dames, & dont on fait des cases.

La table du grand jan est celle qui est de l'autre côté vis-à-vis celle du petit jan. On l'appelle table du grand jan, parce que c'est là qu'on le fait.

La table du petit jan, c'est la premiere table où les dames sont empilées.

Le mot de table se prend encore quelquefois pour les dames mêmes. Voyez DAMES.

TABLE, (Econom. domestiq.) c'est un meuble de bois, dont la partie supérieure est une grande surface plane, soutenue sur des piés ; il est destiné à un grand nombre d'usages dans les maisons ; il y a des tables à manger, à jouer, à écrire. Elles ont chacune la forme qui leur convient.

TABLE, mensa, (Antiq. rom.) les Romains étalerent une grande magnificence dans les tables dont ils ornerent leurs salles & leurs autres appartemens ; la plupart étoient faites d'un bois de cedre qu'on tiroit du mont Atlas, selon le témoignage de Pline, l. XIII. c. xv. dont voici les termes : Atlas mons peculiari proditur sylvâ ; confines ei Mauri, quibus plurima arbor cedri, & mensarum insania quas foeminae viris contrà margaritas, regerunt. On y employoit encore quelquefois un bois beaucoup plus précieux, lignum citrum, qui n'est pas notre bois de citronnier, mais d'un arbre beaucoup plus rare que nous ne connoissons pas, & qu'on estimoit singulierement à Rome. Il falloit être fort riche pour avoir des tables de ce bois ; celle de Cicéron lui coutoit près de deux mille écus ; on en vendit deux entre les meubles de Gallus Asinius, qui monterent à un prix si excessif, que s'il en faut croire le même Pline, chacune de ces tables auroit suffi pour acheter un vaste champ. Voyez CITRONNIER.

L'excès du prix des tables romaines provenoit encore des ornemens dont elles étoient enrichies. Quant à leur soutien, celles à un seul pié se nommoient monopodia, celles sur deux piés bipedes, & celles sur trois piés tripedes ; les unes & les autres étoient employées pour manger ; mais les Romains ne se servoient pas comme nous d'une seule table pour tout le repas, ils en avoient communément deux ; la premiere étoit pour tous les services de chair & de poisson ; ensuite on ôtoit cette table, & l'on apportoit la seconde sur laquelle on avoit servi le fruit ; c'est à cette seconde table qu'on chantoit & qu'on faisoit des libations. Virgile nous apprend tout cela dans ces deux vers de l'Enéide, où il dit :

Postquam prima quies epulis, mensaeque remotae

Crateras magnos statuunt, & vina coronant.

Les Grecs & les Orientaux étoient dans le même usage. Les Hébreux même dans leurs fêtes solemnelles & dans leurs repas de sacrifice avoient deux tables ; à la premiere ils se régaloient de la chair de la victime, & à la seconde ils donnoient à la ronde la coupe de bénédiction, appellée la coupe de louange.

Pour ce qui regarde la magnificence des repas des Romains & le nombre de leurs services, nous en avons parlé sous ces deux mots. Autant la frugalité étoit grande chez les premiers Romains, autant leur luxe en ce genre étoit extrême sur la fin de la république ; ceux même dont la table étoit mesquine étaloient aux yeux des convives toute la splendeur de leurs buffets. Martial, l. IV. épigr. se plaint agréablement de cet étalage au milieu de la mauvaise chere de Varus.

Ad coenam nuper Varus me fortè vocavit

Ornatus, dives ; parvula coena fuit.

Auro non dapibus oneratur mensa, ministri

Apponunt oculis plurima, pauca gulae.

Tunc ego : non oculos, sed ventrem pascere veni,

Aut appone dapes, Vare, vel aufer opes.

Ces vers peuvent rappeller au lecteur le conte de M. Chevreau, qui est dans le Chevreana, tome II. " Je me souviens, dit-il, que Chapelle & moi ayant été invités chez * * * qui nous régala suivant sa coutume, Chapelle s'approcha de moi immédiatement après le repas, & me dit à l'oreille : Où allons-nous dîner au sortir d'ici " ?

J'ai parlé ci-dessus des tables des Romains, à un, à deux & à trois piés, mais je devois ajouter que leur forme fut très-variable ; ils en eurent de quarrées, de longues, d'ovales, en fer à cheval, &c. toujours suivant la mode. On renouvella sous le regne de Théodore & d'Arcadius celle des tables en demi-croissant, & on les couvroit après avoir mangé d'une espece de courte-pointe ou de matelas pour pouvoir coucher dessus & s'y reposer ; ils ne connoissoient pas encore nos lits de repos, nos duchesses, nos chaises longues. A cela près, le luxe des seigneurs de la cour du grand Théodore & de ses fermiers méritoit bien la censure de saint Chrysostome. On voyoit, dit-il, auprès de la table sur laquelle on mangeoit, un vase d'or que deux hommes pouvoient à peine remuer, & quantité de cruches d'or rangées avec symmétrie. Les laquais des convives étoient de jeunes gens, beaux, bienfaits, aussi richement vêtus que leurs maîtres, & qui portoient de larges braies. Les musiciens, les joueurs de harpes & de flûtes amusoient les conviés pendant le repas. Il n'y avoit point à la vérité d'uniformité dans l'ordre des services, mais tous les mets étoient fort recherchés ; quelques-uns commençoient par des oiseaux farcis de poisson haché, & d'autres donnoient un premier service tout différent. En fait de vins, on vouloit celui de l'île de Thasos, si renommé dans les auteurs grecs & latins. Le nombre des parasites étoit toujours considérable à la table des grands & des gens riches ; mais les dames extrêmement parées en faisoient le principal ornement ; c'est aussi leur luxe effréné que saint Chrisostome censure le plus. " Leur faste, dit-il, n'a point de bornes : le fard regne sur leurs paupieres & sur tout leur visage ; leurs jupes sont entrelacées de fils d'or, leurs colliers sont d'or, leurs bracelets sont d'or ; elles vont sur des chars tirés par des mulets blancs dont les renes sont dorées, avec des eunuques à leur suite, & grand nombre de femmes & de filles de chambre ". Il est vrai que ce train de dames chrétiennes respire excessivement la molesse. Mais quand saint Chrisostome déclame avec feu contre leurs souliers noirs, luisans, terminés en pointe, je ne sai quels souliers plus modestes il vouloit qu'elles portassent. (D.J.)


TABLEAUS. m. (Peinture) représentation d'un sujet que le peintre renferme dans une espace orné pour l'ordinaire d'un cadre ou bordure. Les grands tableaux sont destinés pour les églises, sallons, galeries & autres grands lieux ; les tableaux moyens, qu'on nomme tableaux de chevalet, & les petits tableaux se mettent par-tout ailleurs.

La nature est représentée à nos yeux dans un beau tableau. Si notre esprit n'y est pas trompé, nos sens du-moins y sont abusés. La figure des objets, leur couleur & les reflets de la lumiere, les ombres, enfin tout ce que l'oeil peut appercevoir se trouve dans un tableau, comme nous le voyons dans la nature. Elle se présente dans un tableau sous la même forme où nous la voyons réellement. Il semble même que l'oeil ébloui par l'ouvrage d'un grand peintre croit quelquefois appercevoir du mouvement dans ses figures.

L'industrie des hommes a trouvé quelques moyens de rendre les tableaux plus capables de faire beaucoup d'impression sur nous ; on les vernit : on les renferme dans des bordures qui jettent un nouvel éclat sur les couleurs, & qui semblent, en séparant les tableaux des objets voisins, réunir mieux entr'elles les parties dont ils sont composés, à-peu-près comme il paroît qu'une fenêtre rassemble les différens objets qu'on voit par son ouverture.

Enfin quelques peintres des plus modernes se sont avisés de placer dans les compositions destinées à être vues de loin des parties de figures de ronde-bosse qui entrent dans l'ordonnance, & qui sont coloriées comme les autres figures peintes, entre lesquelles ils les mettent. On prétend que l'oeil qui voit distinctement ces parties de ronde-bosse saillir hors du tableau en soit plus aisément séduit par les parties peintes, lesquelles sont réellement plates, & que ces dernieres font ainsi plus facilement l'illusion à nos yeux. Mais ceux qui ont vu la voûte de l'Annonciade de Gènes & celle de Jesus à Rome, où l'on a fait entrer des figures en relief dans l'ordonnance, ne trouvent point que l'effet en soit bien merveilleux.

Les hommes qui n'ont pas l'intelligence de la méchanique de la peinture, ne sont pas en état de décider de l'auteur d'un tableau, c'est aux gens de l'art qu'il faut s'en rapporter ; cependant l'expérience nous enseigne qu'il faut mettre bien des bornes à cette connoissance de discerner la main des grands maîtres dans les tableaux qu'on nous donne sous leurs noms. En effet les experts ne sont bien d'accord entr'eux que sur ces tableaux célebres qui, pour parler ainsi, ont déja fait leur fortune, & dont tout le monde sait l'histoire. Quant aux tableaux dont l'état n'est pas déja certain en vertu d'une tradition constante & non interrompue, il n'y a que les leurs & ceux de leurs amis qui doivent porter le nom sous lequel ils paroissent dans le monde. Les tableaux des autres, & sur-tout les tableaux des concitoyens, sont des originaux douteux. On reproche à quelques-uns de ces tableaux de n'être que des copies, & à d'autres d'être des pastiches. L'intérêt acheve de mettre de l'incertitude dans la décision de l'art, qui ne laisse pas de s'égarer, même quand il opere de bonne foi.

On sait que plusieurs peintres se sont trompés sur leurs propres ouvrages, & qu'ils ont pris quelquefois une copie pour l'original qu'eux-mêmes ils avoient peint. Vasari raconte, comme témoin oculaire, que Jules Romain, après avoir fait la draperie dans un tableau que peignoit Raphaël, reconnut pour son original la copie qu'André del Sarte avoit faite de ce tableau.

Lorsqu'il s'agit du mérite des tableaux, le public n'est pas un juge aussi compétent que lorsqu'il s'agit du mérite des poëmes. La perfection d'une partie des beautés d'un tableau, par exemple, la perfection du dessein n'est bien sensible qu'aux peintres ou aux connoisseurs qui ont étudié la peinture autant que les artistes mêmes. Mais il seroit trop long de discuter quelles sont les beautés d'un tableau dont le public est un juge non-recusable, & quelles sont les beautés d'un tableau qui ne sauroient être appréciées à leur juste valeur que par ceux qui savent les regles de la Peinture.

Ils exigent, par exemple, qu'on observe trois unités dans un tableau, par rapport au tems, à la vue & à l'espace, c'est-à-dire qu'on ne doit représenter d'un sujet 1°. que ce qui peut s'être passé dans un seul moment ; 2°. ce qui peut facilement être embrassé par une seule vue ; 3°. ce qui est renfermé dans l'espace que le tableau paroît comprendre.

Ils prescrivent aussi des regles pour les tableaux allégoriques, mais nous pensons que les allégories, toujours pénibles & souvent froides dans les ouvrages, ont le même caractere dans les tableaux. Les rapports ne se présentent pas tous de suite, il faut les chercher, il en coute pour les saisir, & l'on est rarement dédommagé de sa peine. La peinture est faite pour plaire à l'esprit par les yeux, & les tableaux allégoriques ne plaisent aux yeux que par l'esprit qui en devine l'énigme. (D.J.)

Maniere d'ôter les tableaux de dessus leur vieille toile ; de les remettre sur de neuve, & de raccommoder les endroits enlevés ou gâtés. Il faut commencer par ôter le tableau de son cadre, & l'attacher ensuite sur une table extrêmement unie, le côté de la peinture en-dessus, en prenant bien garde qu'il soit tendu, & ne fasse aucuns plis. Après cette préparation, vous donnerez sur tout votre tableau une couche de colle-forte, sur laquelle vous appliquerez à-mesure des feuilles de grand papier blanc, le plus fort que vous pourrez trouver ; & vous aurez soin avec une molette à broyer les couleurs, de bien presser, & étendre votre papier, afin qu'il ne fasse aucun pli, & qu'il s'attache bien également par-tout à la peinture. Laissez secher le tout, après quoi vous déclouerez le tableau, & le retournerez, la peinture en-dessous & la toile en-dessus, sans l'attacher ; pour lors vous aurez une éponge, que vous mouillerez dans de l'eau tiede, & avec laquelle vous imbiberez petit-à-petit toute la toile, essayant de tems-en-tems sur les bords, si la toile ne commence pas à s'enlever & à quitter la peinture. Alors vous la détacherez avec soin tout le long d'un des côtés du tableau, & replierez ce qui sera détaché, comme pour le rouler, parce qu'ensuite en poussant doucement avec les deux mains, toute la toile se détachera en roulant. Cela fait avec votre éponge & de l'eau, vous laverez bien le derriere de la peinture, jusqu'à ce que toute l'ancienne colle, ou à-peu-près, en soit enlevée : vous observerez dans cette opération que votre éponge ne soit jamais trop remplie d'eau, parce qu'il pourroit en couler par-dessous la peinture, qui détacheroit la colle qui tient le papier que vous avez mis d'abord.

Tout cela fait avec soin, vous donnerez une couche de votre colle, ou de l'apprêt ordinaire dont on se sert pour apprêter les toiles sur lesquelles on peint, sur l'envers de votre peinture ainsi bien nettoyée, & sur le champ vous y étendrez une toile neuve, que vous aurez eu soin de laisser plus grande qu'il ne faut, afin de pouvoir la clouer par les bords, pour l'étendre de façon qu'elle ne fasse aucun pli, après quoi avec votre molette vous presserez légerement en frottant pour faire prendre la toile également partout, & vous laisserez sécher ; ensuite vous donnerez par-dessus la toile une seconde couche de colle par partie & petit-à-petit ; ayant soin, à-mesure que vous coucherez une partie, de la frotter & étendre avec votre molette, pour faire entrer la colle dans la toile, & même dans la peinture, & pour écraser les fils de la toile ; le tableau étant bien sec, vous le détacherez de dessus la table, & le reclouerez sur son cadre ; après quoi avec une éponge & de l'eau tiede vous imbiberez bien tous vos papiers pour les ôter ; après qu'ils seront ôtés vous laverez bien pour enlever toute la colle & nettoyer toute la peinture ; ensuite vous donnerez sur le tableau une couche d'huile de noix toute pure, & le laisserez secher pour mettre ensuite le blanc d'oeuf.

Remarques. Lorsque les tableaux que l'on veut changer de toile se trouvent écaillés, crevassés ou avoir des ampoules, il faut avoir soin sur les endroits défectueux de coller deux feuilles de papier l'une sur l'autre pour soutenir ces endroits, & les empêcher de se fendre davantage, ou de se déchirer dans l'opération, & après avoir remis la toile neuve on rajustera ces défauts de la maniere suivante. Ceux que l'on change de toile se trouvent raccommodés par l'opération même ; mais si la toile est bonne, & que l'on ne veuille pas la changer, on fait ce qui suit.

Il faut avec un pinceau mettre de la colle-forte tiede sur les ampoules, ensuite percer de petits trous avec une épingle dans lesdites ampoules, & tâcher que la colle les pénetre de façon à passer dessous. Il faut après cela essuyer légerement ladite colle, & avec un autre pinceau passer sur les ampoules seulement un peu d'huile de lin ; après quoi on aura un fer chaud, sur lequel on passera une éponge ou un linge mouillé, jusqu'à ce qu'il ne frémisse plus (crainte qu'il ne fût trop chaud), & alors on poussera ledit fer sur les ampoules, ce qui les ratachera à la toile, & les ôtera tout-à-fait.

Il faut cependant remarquer qu'après avoir ôté ces ampoules, il est nécessaire de mettre par-derriere une seconde toile pour maintenir l'ancienne, & empêcher que les ampoules ne viennent à se former de nouveau ; en voici la maniere.

Il faut mettre d'abord sur l'ancienne toile une couche de colle-forte tout le long des bords le long du cadre, & rien dans le milieu, après quoi on appliquera la seconde toile qu'on fera prendre, en passant la mollette légerement dessus ; on clouera ensuite le tableau sur la table, & on couchera de la colle par parties, que l'on pressera & étendra avec la molette, comme pour changer les tableaux de toile.

Pour raccommoder les crevasses & les endroits écaillés tant aux tableaux changés de toile qu'aux autres. Il faut prendre de la terre glaise en poudre & de la terre d'ombre, délayer ensuite ces deux matieres avec de l'huile de noix, de façon qu'elles forment comme une pâte ; on y ajoûte si l'on veut un peu d'huile grasse pour faire secher plus vîte ; on prend ensuite de cette pâte avec le couteau à mêler les couleurs, & on l'insinue dans les crevasses & dans les endroits écaillés, essuyant bien ce qui peut s'attacher sur les bords & hors des trous : cette pâte étant bien seche, on donne sur tout le tableau une couche d'huile de noix bien pure, & lorsqu'elle est seche, on fait sur la palette les teintes des couleurs justes aux endroits où se trouvent les crevasses, & on les applique avec le couteau ou avec le pinceau.

Pour faire revivre les couleurs des tableaux, ôter tout le noir, & les rendre comme neufs. Il faut mettre par-derriere la toile une couche de la composition suivante.

Prenez deux livres de graisse de rognon de boeuf, deux livres d'huile de noix, une livre de céruse broyée à l'huile de noix, une demi-livre de terre jaune, aussi à l'huile de noix, une once : faites fondre votre graisse dans un pot, & lorsqu'elle sera tout-à-fait fondue, mêlez-y l'huile de noix, ensuite la céruse & la terre jaune, vous remuerez ensuite le tout avec un bâton pour faire mêler toutes les drogues ; vous employerez cette composition tiede.

Pour les tableaux sur cuivre. Prenez du mastic fait avec de la terre glaise & la terre d'ombre délayée à l'huile de noix, remplissez-en les endroits écaillés, après quoi vous prendrez du sublimé corrosif, que vous ferez dissoudre dans une quantité suffisante d'eau, vous l'appliquerez dessus, & le laisserez secher ; au-bout de quelques heures vous laverez bien avec de l'eau pure ; & s'il n'est pas encore bien dégraissé, vous recommencerez : on peut aussi se servir de cette eau de sublimé sur les tableaux sur bois & sur toile.

Pour ôter le vieux vernis des tableaux, il suffit de les frotter avec le bout des doigts, & les essuyer ensuite avec un linge mouillé.

TABLEAU EN PERSPECTIVE, c'est une surface plane, que l'on suppose transparente & perpendiculaire à l'horison. Voyez PERSPECTIVE.

On imagine toujours ce tableau placé à une certaine distance entre l'oeil & l'objet : on y représente l'objet par le moyen des rayons visuels qui viennent de chacun des points de l'objet à l'oeil en passant à-travers le tableau. Voyez PERSPECTIVE. Chambers.

TABLEAU VOTIF, (Antiq. rom.) tabula votiva ; c'étoit la coutume chez les Romains pour ceux qui se sauvoient d'un naufrage, de représenter dans un tableau tous leurs malheurs. Les uns se servoient de ce tableau pour toucher de compassion ceux qu'ils rencontroient dans leur chemin, & pour réparer par leurs charités les pertes que la mer leur avoit causées. Juvenal nous l'apprend.

Fracture nave naufragus assem

Dum rogat, & picta se tempestate tuetur.

" Pendant que celui qui a fait naufrage me demande la charité, & qu'il tâche de se procurer quelques secours en faisant voir le triste tableau de son infortune ". Pour cet effet, ils pendoient ce tableau à leur cou, & ils en expliquoient le sujet par des chansons accommodées à leur misere, à-peu-près comme nos pelerins font aujourd'hui. Perse dit plaisamment à ce sujet :

Cantet si naufragus, assem

Protulerim ? Cantas cum fracta te in trabe pictum

Ex humero portes. Sat. 1.

" Donnerois-je l'aumône à un homme qui chante, après que les vents ont mis son vaisseau en pieces ? Ne chantes-tu pas toi-même dans le même tems que ce tableau qui est à ton col, te représente parmi les débris de ton naufrage ? "

Les autres alloient consacrer ce même tableau dans le temple du dieu auquel ils s'étoient adressés dans le péril, & au secours duquel ils croyoient devoir leur salut.

Cette coutume passa plus avant, les avocats voulurent s'en servir dans le barreau, pour toucher les juges par la vue de la misere de leurs parties & de la dureté de leurs ennemis. " Je n'approuverai pas, dit Quintilien, l. VI. c. j. ce que l'on faisoit autrefois, & ce que j'ai vu pratiquer moi-même lorsque l'on mettoit au-dessus de Jupiter, un tableau pour toucher les juges par l'énormité de l'action qu'on y avoit dépeinte ".

Ce n'est pas encore tout, ceux qui étoient guéris de quelque maladie alloient consacrer un tableau dans le temple du dieu qui les avoit secourus, & c'est ce que nous fait entendre ce passage de Tibulle. Eleg. I. livre I.

Nunc, dea, nunc sucurre mihi, nam posse mederi

Picta docet templis multa tabella tuis.

" Déesse, secourez-moi maintenant ; car tant de tableaux qui sont dans vos temples, témoignent bien que vous avez le pouvoir de guérir ".

C'est sur cela que les premiers chrétiens, lorsqu'ils relevoient de maladie, offroient au saint dont ils avoient éprouvé le secours, quelques pieces d'or ou d'argent, sur lesquelles étoit gravée la partie qui avoit été malade. Et cette même coutume dure encore aujourd'hui, car on voit des gens qui après être relevés de maladie, se font peindre eux-mêmes dans le triste état où ils étoient, & qu'ils dédient ce tableau au saint par l'intercession duquel ils ont obtenu leur guérison.

Récapitulons en deux mots les sujets des tableaux votifs. Ceux qui s'étoient sauvés du naufrage, faisoient représenter leur avanture sur un tableau qu'ils consacroient dans le temple du dieu à qui ils croyoient devoir leur salut ; ou bien ils le portoient pendu à leur col, pour attirer la compassion & les charités du public. Les avocats employoient aussi quelquefois ce moyen pour toucher les juges, en exposant aux yeux la misere de leurs parties, & la cruauté de leurs ennemis. Enfin ceux qui relevoient de quelque fâcheuse maladie, consacroient souvent un tableau au dieu à qui ils attribuoient leur guérison.

Comme Diagoras étoit dans un temple de Neptune, on lui montra plusieurs tableaux, monument de reconnoissance offerts par des personnes échappées du naufrage. Douterez-vous après cela, lui disoit-on, de l'heureuse puissance de ce dieu ? Je ne vois point, reprit-il, les tableaux de ceux qui ont péri malgré toutes leurs promesses. Autre réflexion.

Tant de tableaux votifs de voyageurs échappés au naufrage, devoient défigurer étrangement les autels de Neptune ; mais de telles institutions étoient nécessaires pour maintenir les hommes sous la puissance des divinités. Horace se moquoit de ce que lui dit Egnatia, que l'encens brûloit & fumoit de lui-même sur une pierre sacrée ; mais ce prétendu miracle en imposoit utilement aux imaginations foibles de la populace. (D.J.)

TABLEAU, (Littérat.) ce sont des descriptions de passions, d'événemens, de phénomenes naturels qu'un orateur ou un poëte répand dans sa composition, où leur effet est d'amuser, ou d'étonner, ou de toucher, ou d'effrayer, ou d'imiter, &c.

Tacite fait quelquefois un grand tableau en quelques mots ; Bossuet est plein de ce genre de beautés ; il y a des tableaux dans Racine & dans Voltaire ; on en trouve même dans Corneille. Sans l'art de faire des tableaux de toutes sortes de caracteres, il ne faut pas tenter un poëme épique ; ce talent essentiel dans tout genre d'éloquence & de poésie, est indispensable encore dans l'épique.

TABLEAU, (Marine) partie la plus haute d'une flûte sous le couronnement, où l'on met ordinairement le nom du vaisseau. On l'appelle miroir dans les autres bâtimens. Voyez MIROIR.

TABLEAU, (Commerce) se dit d'un cadre qui contient une liste imprimée des noms de plusieurs ou de toutes personnes d'un même corps, communauté, métier ou profession par ordre de date & de réception, ou selon qu'elles ont passé dans les charges.

Ces tableaux se mettent ordinairement dans les chambres ou bureaux de ces corps ou communautés, & quelquefois dans les greffes de jurisdictions des villes, comme on en voit au châtelet de Paris, où sont inscrits les maîtres jurés maçons, charpentiers, greffiers de l'écritoire, écrivains vérificateurs des écritures, &c.

On dit qu'on parvient aux charges d'un corps ou communauté par ordre de tableau, lorsque ce n'est pas par le choix du magistrat, ou par l'élection des maîtres, mais selon la date de sa réception qu'on devient garde, juré, ou esgard. Voyez GARDE, JURE, ESGARD.

TABLEAU MOUVANT, est un tableau dans lequel sont inscrits dans les bureaux des communautés les noms de tous ceux qui ont été gardes ou jurés. On l'appelle tableau mouvant, parce que chacun de ces noms est écrit séparément sur une petite carte large d'un pouce, insérée dans le tableau ; à mesure qu'il meurt quelqu'un de ceux qui sont ainsi inscrits, le concierge a soin de tirer de sa place le nom du défunt, & de la remplir aussi-tôt du nom de celui qui suit, en faisant remonter tous les autres jusqu'au dernier, ensorte que les places d'en-bas qui demeurent vacantes soient destinées pour les premiers gardes ou jurés qu'on élira. Dictionn. de Commerce.

TABLEAU, on donne aussi ce nom à certaines pancartes, où en conséquence des ordonnances ou par ordre de justice, on inscrit les choses que l'on veut rendre publiques. Ces tableaux, lorsque les affaires concernent le commerce, se déposent dans les greffes des jurisdictions consulaires, où il y en a, sinon dans ceux des hôtels-de-ville des juges royaux ou des juges des seigneurs. Selon l'ordonnance de 1573, l'extrait des sociétés entre négocians, & la déclaration de ceux qui sont venus au bénéfice de cession, doivent être insérées dans ces tableaux publics. Voyez CESSION. Id. ibid.

TABLEAU DE BAIE, (Archit.) c'est dans la baie d'une porte ou d'une fenêtre, la partie de l'épaisseur du mur qui paroît au-dehors depuis la feuillure, & qui est ordinairement d'équerre avec le parement.

On nomme aussi tableau le côté d'un piédroit ou d'un jambage d'arcade sans fermeture. (D.J.)

TABLEAU, (Courroyer.) c'est un morceau de cuir fort dont la figure est quarrée. (D.J.)

TABLEAU, (Jardinage) se dit d'une piece de parterre qui occupe tout le terrein en face d'un bâtiment ; ainsi l'on dit un parterre d'un seul tableau. On pourroit encore nommer un parterre qui se répete en deux pieces paralleles, un parterre séparé en deux tableaux.


TABLÉES. f. (Tonder. de draps) ce terme se dit de l'étoffe qui est attachée avec des crochets sur la table à tondre, lorsque cette partie de l'étoffe a été entierement tondue. Chaque tablée porte ordinairement un tiers d'étoffe de long. (D.J.)


TABLERv. n. (Trictrac) c'est la même chose que caser ou disposer ses dames convenablement pour le gain de la partie. Voyez TRICTRAC.


TABLETIERS. m. (Corps de métier) celui qui travaille en tabletterie. Les maîtres tabletiers ne font qu'un corps avec les peigniers. Leurs ouvrages particuliers sont des tabliers pour jouer aux échecs, au tric-trac, aux dames, au renard, avec les pieces nécessaires pour y jouer ; des billes & billards, des crucifix de buis ou d'ivoire ; d'où ils sont appellés tailleurs d'images d'ivoire : enfin toutes sortes d'ouvrages de curiosité de tour, tels que sont les bâtons à se soutenir, les montures de cannes, de lorgnettes & de lunettes, les tabatieres, ce qu'on appelle des cuisines, des boëtes à savonnettes, &c. où ils employent l'ivoire, & toutes les especes de bois rares qui viennent des pays étrangers, comme buis, ébene, bresil, noyer, merisier, olivier, &c. Savary. (D.J.)


TABLETTES. f. (Archit.) pierre débitée de peu d'épaisseur pour couvrir un mur de terrasse, un bord de réservoir ou de bassin. Toutes les tablettes se font de pierre dure.

On donne aussi le nom de tablette à une banquette.

Tablette d'appui, tablette qui couvre l'appui d'une croisée, d'un balcon, &c.

Tablette de bibliotheque, assemblage de plusieurs ais transversans, soutenus de montans, rangés avec ordre & symmétrie, & espacés les uns des autres à certaine distance, pour porter des livres dans une bibliotheque. Ces sortes de tablettes sont quelquefois décorées d'architecture composée de montans, pilastres, consoles, corniches, &c. On les appelle aussi armoires.

Tablette de cheminée, c'est une planche de bois ou une tranche de marbre profilée d'une moulure ronde, posée sur le chambranle, au-bas d'un attique de cheminée.

Tablette de jambe étriere, c'est la derniere pierre qui couronne une jambe étriere, & qui porte quelque moulure en saillie sous un ou deux poitrails. On la nomme imposte ou coussinet, quand elle reçoit une ou deux retombées d'arcade. Daviler. (D.J.)

TABLETTE, LA, (Fortification) c'est dans la fortification le revêtement du parapet au-dessus du cordon. (q)

TABLETTE, (ustencile d'ouvriers) la tablette du boulanger est un ais sur lequel il met le pain dans sa boutique.

La tablette du chandelier est une espece de petite table sur laquelle il pose le moule dont il se sert pour faire de la chandelle. (D.J.)

La tablette de la presse d'imprimerie est faite de deux planches de chêne, chacune environ de deux piés de long sur quatre pouces de large & seize à dix-huit lignes d'épaisseur, jointes l'une contre l'autre ; elles sont arrêtées par les deux extrêmités (au moyen de deux especes de chevilles de bois quarrés, qui vont néanmoins un peu en diminuant d'une extrêmité à l'autre ; leur longueur est de cinq à six pouces sur quatre pouces de diametre ; elles servent, & on les appelle aussi clé de la tablette), parce qu'elles entrent avec elles dans des mortaises prises dans l'épaisseur & dans le dedans de chaque jumelle : ces deux planches sont cependant entaillées quarrément dans leur milieu, pour donner passage à la boëte qu'elles entourent dans sa circonférence, & maintiennent dans un état fixe & stable, ainsi que la platine liée aux quatre coins de cette même boëte. Voyez BOETE, PLATINE. Voyez les Planches de l'Imprimerie.

TABLETTE EN CIRE, (Littérat.) en latin tabula cerâ linita ou illita ; on appelle tablettes de cire des feuillets ou planches minces enduites de cire, sur lesquelles on a longtems écrit, à l'exemple des Romains, avec une espece de stile ou de poinçon de métal. Ces sortes de tablettes étoient communément enduites de cire noire, & quelquefois de cire verte, pour l'agrément de la vue. On en faisoit un grand nombre de portatives de différentes grandeurs & largeurs, qu'on renfermoit dans un étui fait exprès, ou dans un coffre, ou même dans un sac.

Toutes ces sortes de tablettes ne sont pas encore perdues ; on en conserve à Paris dans la bibliotheque du roi, dans celle qui étoit au college des Jésuites, dans celle des Carmes déchaux, dans celle de Saint-Germain des prés & de Saint-Victor ; on voit encore des tablettes en cire à Florence & à Genève.

Les tablettes en cire de la bibliotheque du roi sont dans un maroquin rouge doré, & y sont conservées apparemment depuis long-tems, puisque le portefeuille a déja été coté trois fois, premierement 1272, ensuite 5653, & enfin 8727 B. Ce porte-feuille a huit tablettes, toutes enduites de cire noire des deux côtés, excepté une qui ne l'est que d'un côté, & qui est vraisemblablement la derniere du livre. Toutes ces petites planches sont détachées & sans numero. On y distingue cependant le folio recto d'avec le folio verso, par le moyen de la dorure qui est seulement du côté extérieur qu'on regardoit comme celui de la tranche.

Les huit tables dont nous parlons, contiennent les dépenses d'un maître d'hôtel ; mais elles sont assez difficiles à déchiffrer, à cause de la poussiere qui couvre la plûpart des mots. Il y a des articles pro coquinâ, pro pullis, pro avenâ : des articles pour les bains, ad balnea ; tout y est spécifié en latin ; les sommes sont toujours cotées en chiffres romains ; les jours que se sont faites les dépenses, y sont marqués ; ensorte qu'on s'apperçoit qu'il n'y a dans chaque tablette ou feuillet que la dépense de quatre ou cinq jours : ce qui fait que tous les huit ensemble ne renferment que la dépense d'un mois ou environ. L'écrivain n'y nomme jamais le lieu où s'est faite la dépense, non plus que l'année ; mais par la ressemblance pour la grandeur des formes & pour le caractere de l'écriture avec d'autres tablettes, on peut conclure que ces tables de cire sont de la fin du regne de Philippe le hardi. Dans le haut d'une des pages se lit distinctement die lunae, in festo omnium sanctorum : ce qui suffit pour désigner l'an 1283, auquel la toussaint tomba effectivement un lundi ; il y a des pages entieres qui paroissent avoir été effacées en les présentant au feu.

Les tablettes en cire qui étoient au college des Jésuites, forment, comme celles de la bibliotheque du roi, sept ou huit planches dont l'écriture est la même que celles des tablettes dont je vais bientôt parler. Ce sont des comptes de dépenses, autres que pour la bouche, mais toujours pour le roi ou pour la cour. L'année y est marquée simplement par anno LXXXIII. ce qui veut dire, selon les apparences, l'an 1283 ; le comptable fait souvent des payemens à un Marcellus, lequel se trouve nommé fréquemment dans celles que les Carmes conservent, & qui sont certainement de l'année 1284.

Les tablettes écrites en cire, les moins mal conservées, & les plus dignes de l'attention des historiens par rapport au regne de Philippe le hardi, sont celles qui sont renfermées avec les manuscrits de la bibliotheque des Carmes déchaux de Paris. Elles consistent en 12 planches, dont il y en a deux qui contiennent la recette des deniers du roi, & dix autres qui contiennent la dépense. Lorsqu'on a lu les quatre pages de la recette, & qu'on veut lire les vingt pages de la dépense, il est bon de retourner les planches du haut en-bas.

Les tablettes de Saint-Germain des prés sont fort gâtées ; dans les 16 pages qui les composent, & dont les feuillets sont séparés, sans avoir jamais été chiffrés, on apperçoit seulement qu'il y a des dépenses pour les achats de faucons, pour des messagers chargés d'aller présenter des cerfs à tels ou telles personnes ; & d'autres messagers qui acheterent des drogues à Orléans pour l'impératrice de Constantinople qui étoit malade.

Le docteur Antoine Cocchi Muchellani a publié une notice imprimée des tablettes de Florence. Elles contiennent les voyages d'été du roi Philippe-le-bel en 1301 ; & les tablettes de Saint-Victor, dont nous parlerons bientôt, contiennent les voyages d'hiver de la même année. Elles ont été écrites par le même officier qui a rédigé les précédentes, & n'en sont, à ce qu'on dit, qu'une continuation.

M. Cocchi a fait remarquer en général que dans ces tablettes, à chaque jour du voyage, il y a la dépense de la cour en six articles, savoir pour le pain, le vin, la cire, la cuisine, l'avoine & la chambre, & qu'après une traite d'un mois ou environ, le comptable donne l'état du payement des gages des officiers, puis des chevaliers & des valets pendant cet intervalle. Après cela, il continue les différentes stations du voyage ; & afin qu'on pût juger de l'utilité de ces tablettes, il rapporte les noms des officiers, chevaliers & valets qui furent payés, &c. M. Cocchi finit par quelques réflexions sur l'usage où l'on étoit alors d'user d'eau rose & de grenade après le repas, & cela à l'occasion de quelque dépense de cette nature.

Les tablettes de Saint-Victor ont été écrites par le même officier qui a rédigé les précédentes, & n'en sont qu'une continuation ; elles renferment 26 pages.

Les tablettes que la ville de Genève possede, sont des planches fort minces de la grandeur d'un in-folio, enduites de cire noire. Elles contiennent la dépense journaliere de Philippe-le-bel durant six mois, & la suite de celle de Saint-Germain des prés, ce qui forme onze pages. Les savans de Genève ont pris la peine de les déchiffrer, & d'en publier la notice dans la bibliotheque raisonnée, tome XXVIII. Ils en ont aussi communiqué une copie très-exactement figurée à M. Schoeflin, membre de l'académie des Inscript. de Paris.

Ces tablettes postérieures à celles de Saint-Victor de 6 ou 7 ans, comprennent les articles des sommes payées à ceux qui apportoient des présens au roi, des aumônes distribuées dans les lieux de son passage aux pauvres, à des religieux ou religieuses, à des gens qui venoient de tous côtés pour être guéris de ce qu'ils appelloient morbus regis (des écrouelles), de la dépense pour les funérailles des officiers qui mouroient sur la route, des sommes données à l'abbaye de S. Denis pour des anniversaires, aux hôpitaux des lieux par où la cour passoit, à certains officiers, lorsque cela étoit d'usage, outre leurs gages, pour l'achat de chevaux en place de ceux qui mouroient : d'autres sommes pour les offrandes que le roi & les princes, ou la reine, faisoient aux églises qu'ils visitoient : pour celles qu'ils employoient aux jeux : les sommes à quoi étoient évaluées les dixmes, soit du pain seul, soit du pain & du vin que le roi s'obligeoit de payer à quelques monasteres voisins des lieux où il s'arrêtoit pour les repas, suivant d'anciennes concessions : le payement des gages des nouveaux chevaliers, à mesure que le roi en créoit dans ses voyages, & le coût du cheval, ou au-moins du frein doré dont il leur faisoit présent. En général les tablettes de Genève paroissent très-instructives, & il seroit à souhaiter qu'on en eût conservé beaucoup d'autres de ce genre.

On peut tirer plusieurs utilités de ces sortes de tablettes, par rapport à d'anciens usages de la cour, du prince, ou de la nation, comme aussi pour la vérification de certaines époques, sur lesquelles on n'a pas de monumens plus certains. On y trouve avec plaisir le prix de diverses choses de ce tems-là ; par exemple, dans les tablettes en cire de Genève on voit que le cheval de somme & le roussin étoient payés 8 liv. le palfroi 10 liv. le cheval de trait simplement appellé equus, 12, 14 & 16 liv. un grand cheval (sans-doute de bataille) fut payé 32 liv. Le sieur de Trie pour avoir employé 24 jours en son voyage d'Angleterre, demanda 150 liv. mais pour son palfroi & deux roussins qui étoient morts, il requit 120 liv. ce qui faisoit alors une somme fort considérable. On accorde à un valet du roi 2 sols 6 deniers pour ses gages par jour, & au cuisinier le double : ce qui est fort cher, si l'on évalue l'argent d'alors à celui de nos jours.

L'article des aumônes de nos rois forme dans les tablettes de Genève plus de trois grandes pages in-fol. parce qu'on y marquoit le nom, la qualité & le pays des personnes auxquelles elles se faisoient. Mais ce qui mérite d'être observé dans ce détail, c'est qu'on y apprend que les malades qui étoient alors affligés des écrouelles, venoient trouver le roi de toutes les provinces du royaume, & même d'Espagne & d'Italie.

Il n'est pas à présumer que ces gens accourussent de si loin, seulement pour avoir 20 ou 30 sols qu'on leur donnoit en aumône, mais apparemment parce que Philippe-le-bel les touchoit, quelque jour que ce fût, & sans se faire attendre. Voyez ECROUELLES.

Remarquons encore qu'on qualifioit du titre d'aumône, per elemosynam, tout ce qui se donnoit gratuitement. En vertu de cet usage, l'écrivain de ces mêmes tablettes marque au jeudi 29 Novembre 1308, que ce jour-là, le roi étant à Fontainebleau, Pierre de Condé, clerc de sa chapelle, reçut huit livres, per elemosynam.

Le pere Alexandre, dominicain, voulant établir que la tradition des Provençaux sur la possession du corps de la Magdelaine est très-ancienne, se sert d'une inscription écrite sur une petite tablette enduite de cire, & pour donner du poids à cette inscription, il dit qu'elle est du ve. siecle de Jesus-Christ, parce qu'on n'a point écrit sur la cire depuis ce siecle-là. M. l'abbé Lebeuf, dans un mémoire sur cette matiere, inséré dans le recueil de l'académie des Belles-Lettres, & dont nous venons de profiter, prouve invinciblement contre le dominicain, que l'usage d'écrire sur des tablettes de cire, loin d'avoir cessé avec le v. siecle, a été pratiqué plus ou moins dans tous les siecles suivans, & même dans le dernier siecle.

L'abbé Chatelain de Notre-Dame de Paris témoigne qu'en 1692 les tables du choeur de S. Martin de Savigny, au diocèse de Lyon, qui est une maison d'anciens religieux de Clugny, étoient de cire verte, & qu'on écrivoit dessus avec un stilet d'argent. La même chose est attestée pour la fin du même siecle, à l'égard de la cathédrale de Rouen, par le sieur de Brun des Marettes, auteur du voyage liturgique composé alors, & imprimé en 1718, à la réserve qu'on n'écrivoit le nom des officiers qu'avec un simple poinçon. Peut-être que cet usage ne subsiste plus aujourd'hui à Rouen ; mais il y étoit encore en vigueur en 1722 ; car M. Lebeuf y vit alors les officiers de la semaine courante in tabulis sur de la cire. Les Romains s'en servoient à d'autres usages, & presque toujours pour les lettres qu'ils écrivoient à table, souvent entre les deux services, au sénat, au théâtre, en voyage dans leurs litieres, &c. Ils nommoient ces petites planches ou tablettes enduites de cire, codicillos. Cicéron les employoit volontiers pour ses billets à Atticus. (D.J.)

TABLETTES, (Hist. anc. & mod.) les tablettes que nous employons pour écrire, sont une espece de petit livre qui a quelques feuilles d'ivoire, de papier, de parchemin préparé, sur lesquelles on écrit avec une touche, ou un crayon, les choses dont on veut se souvenir.

Les tablettes des Romains étoient presque comme les nôtres, excepté que les feuillets étoient de bois, dont elles eurent le nom de tabellae, c'est-à-dire, parvae tabulae ; elles contenoient deux, trois, ou cinq feuillets ; & selon le nombre de ces feuillets, elles étoient appellées diptycha, à deux feuillets ; triptycha, à trois feuillets ; penteptycha, à cinq feuillets ; celles qui avoient un plus grand nombre de feuillets se nommoient polyptycha, d'où nous avons fait puletica, des poulets, terme dont on se sert encore pour dire des lettres de galanterie, des lettres d'amour. Les anciens écrivoient ordinairement les lettres d'amour sur des tablettes, & la personne à qui on avoit écrit la lettre amoureuse, faisoit réponse sur les mêmes tablettes, qu'elle renvoyoit, comme nous l'apprenons de Catulle, ode 43. (D.J.)

Maniere de faire les tablettes blanches pour écrire avec un poinçon de cuivre. Prenez du gypse criblé & passé par le tamis ; détrempez-le avec de la colle de cerf, ou autre, & en donnez une couche sur les feuilles de parchemin ; quand elle sera seche, vous la raclerez pour la rendre unie & polie ; puis vous donnerez encore une couche comme dessus, & raclerez une seconde fois, après quoi, avec de la céruse bien broyée & tamisée, détrempée dans l'huile de la graine de lin cuite, vous oindrez lesdites tablettes, & les laisserez sécher à l'ombre pendant cinq ou six jours ; cela fait, avec un drap ou linge un peu mouillé, vous les frotterez & unirez ; cela fait, lorsqu'elles auront encore seché dix-huit ou vingt jours, elles seront faites.

TABLETTES de bibliotheque, (Antiq. rom.) les latins appelloient pegmata, ou platei, les tablettes des bibliotheques, sur lesquelles on plaçoit les livres.

Cicéron écrit à Atticus, ep. 8. l. IV. en lui parlant de sa bibliotheque : la disposition des tablettes est très-agréable, nihil venustius quam illa tua pegmata. On avoit coutume de ranger dans un même lieu tous les ouvrages d'un auteur, avec son portrait. Quant au terme plutei, Juvenal s'en est servi dans la seconde satyre, vers 7. où il se moque de ceux qui veulent paroître savans, par la beauté & la grandeur d'une bibliotheque : car, dit-il, entr'eux, celui-là passe pour le plus savant, dont la bibliotheque est ornée d'un plus grand nombre de figures d'Aristote & de Pittacus.

Nam perfectissimus horum est

Si quis Aristotelem similem, vel Pittacon emit,

Et jubet archetypos pluteum servare cleanthas.

(D.J.)

TABLETTE, s. f. ouvrage de Tabletier, petit meuble proprement travaillé, composé de deux ou plusieurs planches d'un bois léger & précieux, qui sert d'ornement dans les ruelles, ou dans les cabinets, particulierement des dames, & sur lequel elles mettent des livres d'usage journalier, des porcelaines, & des bijoux de toutes sortes. C'est de ces especes de tablettes qu'une communauté des arts & métiers de Paris a tiré son nom.

TABLETTE, (Pharm.) médicament interne, sec, de différentes figures, composé de différentes matieres, qui, à l'aide du sucre dissout & cuit, prend une forme solide & cassante : on voit par-là en quoi il differe du trochisque.

La matiere est ou excipiende ou excipiente.

L'excipiende est presque tout ce qui entre dans l'électuaire, tant les excipiens, que les excipiendes.

L'excipiente est toujours le meilleur sucre dissous, dans une liqueur appropriée, aqueuse, & cuit à consistance convenable.

Le choix demande quelques particularités.

Il faut que le remede dont il s'agit, soit solide & cassant, cohérent sans être visqueux, qu'il se fonde aisément dans la bouche, & qu'il ne soit pas désagréable à prendre.

Ainsi on ne doit guere y faire entrer les gommes, les extraits, les sucs épais, les terreux gras, & autres semblables qui donnent trop de ténacité.

Ce n'est pas ici non plus le lieu des matieres qui ont une saveur ou une odeur désagréable, parce que le remede doit ou se fondre dans la bouche, ou être mâché.

On ne fait point usage ici de sels, sur-tout de ceux qui se fondent, ou qui s'exhalent : on employe les poudres grossieres, mais qui sont molles ; point d'acides fossiles, ils empêcheroient le sucre de se coaguler.

On doit éviter les noyaux qui sont remplis d'une huile qui se corrompt facilement, si le malade doit user du remede pendant longtems. La tablette étant solide on peut y faire entrer des remedes très-puissans, & qui même pesent beaucoup, pourvû que le mêlange soit bien exact.

On peut donner une bonne odeur au remede, en y mettant un peu d'ambre, de musc, de civette, ou bien lorsque la masse est congelée, en la frottant avec des liqueurs qui sentent bon, comme des huiles essentielles, des essences odoriférantes, &c. On peut aussi lui donner une couleur gracieuse, en répandant dessus, un peu avant qu'elle se refroidisse, des feuilles d'or ou d'argent, ou bien des fleurs de différentes couleurs hachées bien menues. Le nombre des ingrédiens doit être en petite quantité ; l'ordre est le même que dans les trochisques, & dans les pilules, quoique souvent il ne s'accorde pas avec celui de la préparation.

La figure est indifférente, comme elle ne fait ni bien ni mal à la vertu du remede, on peut en laisser le choix à l'apoticaire : car, ou lorsque la masse est prête à se geler, on la verse dans une boëte pour qu'elle en prenne la figure, & c'est ce qu'on appelle pandaléon ; ou bien l'ayant versée, soit toute entiere, soit par parties, sur un plan, on la forme en petites masses, en maniere de quarrés oblongs, de rhombe, &c.

La masse de la tablette se détermine très-rarement par les poids, ou par les mesures. Elle n'est pas si limitée, qu'elle ne puisse bien aller depuis une drachme jusqu'à demi-once.

La dose s'ordonne par le nombre, par exemple, suivant que les tablettes sont plus grandes ou plus petites ; par morceaux, quand la masse n'est pas divisée ; par le poids, quand on y fait entrer des ingrédiens efficaces, & alors la dose est plus grande ou plus petite, selon la force & la proportion de ces ingrédiens : elle ne va cependant guere au-delà d'une once.

La quantité générale, quand elle est au-dessous de quatre onces, ne se prépare pas commodément. Si cependant on se sert des tablettes officinales, on n'en prescrit qu'autant qu'il en est besoin pour peu de jours.

La proportion des ingrédiens excipiendes entr'eux, se détermine facilement, en ayant égard à la nature de chacun, au but qu'on se propose, aux précautions indiquées ; celle de l'excipient à l'égard des excipiendes, se connoît par ce qui suit.

En général, on employe fort bien le quadruple, ou le sextuple de sucre, à raison des excipiendes.

Il faut avoir égard à la pesanteur spécifique, & à la consistance des excipiendes. Ceux qui sont très-legers par rapport à leur grand volume, demandent une quantité plus considérable d'excipient ; ceux qui sont secs, durs, poreux, joints avec une petite quantité de sucre, deviennent presque aussi durs que la pierre.

Si les excipiendes contiennent en eux-mêmes du sucre, on doit diminuer la quantité de l'excipient au prorata ; ce qu'il faut observer pour les conserves, les condits, &c. cependant on laisse à l'apoticaire à déterminer la quantité de sucre, excepté quand on veut que la dose soit pesée, parce qu'il en coute peu de lever tous les doutes.

La souscription. On laisse à l'apoticaire la maniere & l'ordre de la préparation : on indique aussi, si bon semble, de quelle liqueur on doit arroser la masse, & si on doit l'orner avec des feuilles d'or, ou de petites fleurs : on mentionne quelquefois le poids que doit avoir chaque tablette.

Le sucre fait qu'on n'a pas besoin de véhicule ; le but détermine le tems & la maniere d'user du remede, on le mâche, ou on le laisse fondre dans la bouche peu-à-peu.

On donne quelquefois sous la forme de tablettes les purgatifs, les antivermineux, les stomachiques, les carminatifs, les antiacides, les antiglutineux, les aphrodisiaques, les alexipharmaques, les béchiques. Cette forme est d'ailleurs utile pour l'usage domestique, & pour les voyageurs ; elle est commode pour faire prendre bien des remedes aux enfans & aux gens délicats ; mais elle ne convient pas dans les cas où il faut que l'action soit prompte, ni à ceux qui ont de la répugnance pour les choses douces. (D.J.)


TABLETTERIES. f. (Art méchan.) art de faire des ouvrages de marqueterie, des pieces curieuses de tour, & autres semblables choses, comme des trictracs, des dames, des échecs, des tabatieres, & principalement des tablettes agréablement ouvragées, d'où cet art a pris sa dénomination. (D.J.)


TABLIERS. m. terme de Lingere, morceau de toile fine, baptiste ou mousseline, ourlé tout-au-tour, & embelli quelquefois de dentelle, avec une ceinture en-haut, & une bavette que les dames mettent devant elles. Il y a de ces tabliers bordés, d'autres lacés, & d'autres bouillonnés, tous agrémens faits de rubans de couleurs, autrefois à la mode. Il y a des tabliers de taffetas qui sont tout unis ; il y en a de toile commune, de serge pour les femmes du petit peuple, & de toile grossiere pour les cuisinieres. (D.J.)

TABLIER, en terme de Batteur d'or, c'est une peau clouée à la table de la pierre, que le batteur avance sur ses genoux, pour y recevoir les parcelles d'or qui s'échappent de dessous le marteau.

TABLIER, ustencile de Boyaudiers, qui leur sert à garantir leurs hardes.

Les boyaudiers ont trois sortes de tabliers, qu'ils mettent les uns par-dessus les autres ; le premier est appellé simplement tablier ; il est fait de grosse toile qui sert simplement à garantir leurs hardes.

Le second est appellé le tablier poissé ; il se met par dessus le premier, & sert à le garantir ; on l'appelle poissé, parce qu'il reçoit une partie de l'ordure qui passe à-travers le troisieme.

Le troisieme est le tablier à ordure ; il se met pardessus le second, & c'est lui qui reçoit toute l'ordure & la saleté qui sort des boyaux.

Ces trois tabliers sont faits de grosse toile forte, & s'attachent au-tour des reins avec des cordons ; ils descendent jusqu'au coup de pié.

TABLIER DE CUIR, des Cordonniers, Savetiers, est une peau de veau qui a un licol pour retenir la bavette, & une ceinture que l'ouvrier attache au-tour de lui. Voyez la Planche du Cordonnier bottier.

TABLIER, terme d'Ebeniste, table divisée en soixante-quatre carreaux blancs & noirs, sur lesquels on joue aux échecs, aux dames, & à d'autres jeux : on dit aujourd'hui damier ; mais le mot tablier est bien ancien, car nous lisons dans Joinville, que le roi ayant appris que le comte d'Anjou, son frere, jouoit avec messire Gautier de Nemours, " il se leva, & alla tout chancelant, pour la grande foiblesse de la maladie qu'il avoit, & quand il fut sur eux, il print les dez & les tables, & les gesta en la mer, se courroussant très-fort à son frere, de ce qu'il s'estoit sitoust prins à jouer au dez, & que autrement ne lui souvenoit plus de la mort de son frere, le comte d'Artois, ne des périls desquels notre Seigneur les avoit délivrés ; mais messire Gautier de Nemours en fut le mieux payé, car le roi gesta tous ses deniers, qu'il vit sur les tabliers, après les dez & les tables, en la mer ". Dict. du Commerce. (D.J.)

TABLIER DE TYMBALE, terme de Tymbalier, c'est le drapeau ou la banderolle en broderie d'or & d'argent, qui est autour des tymbales, & qui les enveloppe. Il y a un pareil drapeau, mais plus petit, qui pend aux trompettes militaires, & ce drapeau se nomme banderolle. (D.J.)

TABLIER, (Comm.) terme usité en Bretagne, particulierement à Nantes, pour signifier un bureau, ou recette des droits du roi.

TABLIER, on nomme aussi à la Rochelle droit de tablier & prevôté, un droit de quatre deniers par livres de l'évaluation des marchandises sortant par mer de cette ville pour les pays étrangers, & la Bretagne seulement. Voyez PREVOTE. Dict. du Comm.


TABLINUMS. m. (Littér.) les auteurs donnent des significations différentes à ce mot tablinum ; les uns disent que c'est un lieu orné de tableaux, les autres un lieu destiné à serrer des titres & papiers, & d'autres enfin prétendent que c'est simplement un lieu lambrissé de menuiserie & de planches. (D.J.)


TABLOUINS. m. (terme d'Artillerie) planche ou madrier dont est faite la plate-forme où l'on place les canons que l'on met en batterie. Les tablouins soutiennent les roues des affuts, & empêchent que la pesanteur du canon ne les enfonce dans les terres. On fait un peu pancher cette plate-forme vers le parquet, afin que le canon ait moins de recul, & qu'il soit plus aisé de le remettre en batterie. (D.J.)


TABOGA(Géog. mod.) île de la mer du Sud, dans la baie de Panama. Elle a trois milles de long sur deux de large, & appartient aux Espagnols ; son terroir est en partie aride, & en partie couvert d'arbres fruitiers, sur-tout de cacaotiers. Latit. mérid. 1. (D.J.)


TABONS. m. (Hist. nat. Ornithol.) nom donné par les habitans des îles Philippines à un oiseau qu'on appelle ailleurs dai, & qui est remarquable pour la grosseur des oeufs qu'il pond ; mais tout ce que le pere Nieremberg dit de cet oiseau est purement fabuleux. (D.J.)


TABOOE(Géog. anc.) ville d'Asie, dans les montagnes de la Parétacene, sur les frontieres de la Perse & de la Babylonie, suivant Quinte-Curce & Strabon.


TABORITESS. m. p. (Hist. ecclés.) branche ou secte d'anciens Hussites. Voyez HUSSITES.

Vers la fin du quinzieme siecle, les Hussites s'étant divisés en plusieurs sectes, il y en eut une qui se retira sur une petite montagne située en Bohème, à 15 lieues de Prague, se mit sous la conduite de Zisca, se bâtit un fort ou château, & lui donna le nom de Tabor, soit par rapport à ce que le mot thabor signifie en esclavon, un château, soit par allusion à la montagne de Tabor, dont il est fait mention dans l'Ecriture ; quoi qu'il en soit, c'est de-là qu'ils ont été appellés Taboristes.

Ces sectaires pousserent la prétendue réformation plus loin que Jean Huss ne l'avoit fait lui-même ; ils rejetterent le purgatoire, la confession auriculaire, l'onction dans le Baptême, la transubstantiation, &c.

Ils réduisirent les sept sacremens de l'église romaine à quatre ; savoir le Baptême, l'Eucharistie, le Mariage & l'Ordination.

Ils soutinrent hardiment la guerre contre l'empereur Sigismond ; le pape Martin V. fut obligé de publier contr'eux une croisade, qui ne produisit aucun effet. Cependant leur château de Tabor fut assiégé en 1458 par Pogebrac, roi de Bohème, & chef des Calixtins. Les Taboristes, après un an entier de résistance, furent emportés d'assaut & passés au fil de l'épée sans en excepter un seul ; la forteresse fut ensuite rasée.


TABOTS. m. (Hist. mod.) c'est ainsi que l'on nomme, chez les Ethiopiens, une espece de coffre qui sert en même tems d'autel sur lequel leurs prêtres célebrent la messe. Ils ont la plus grande vénération pour ce coffre, dans l'idée que c'est l'arche d'alliance conservée dans le temple de Jérusalem, mais qui, suivant eux, fut enlevée furtivement par des missionnaires juifs, qui furent envoyés en Ethiopie par le roi Salomon pour instruire les peuples dans la loi du vrai Dieu. Les Abyssins, quoique convertis au christianisme, conservent toujours le même respect pour le tabot. Le roi lui-même n'a point la permission de le voir. Ce coffre est porté en grande cérémonie par quatre prélats qui sont accompagnés de beaucoup d'autres ; on dépose le tabot sous une tente qui sert d'église dans les camps où le roi fait sa demeure ordinaire. Les missionnaires portugais ayant voulu soumettre les Abyssins au siege de Rome, tâcherent de se rendre maîtres de cet objet de la vénération du pays. Mais des moines zélés le transporterent secrettement dans des endroits inaccessibles, d'où le tabot ne fut tiré qu'après l'expulsion des missionnaires catholiques, que l'on avoit trouvés trop entreprenans.


TABOURETS. m. (Hist. nat. Botan.) je ne sais pourquoi ce genre de plante est ainsi appellé. Il est mieux nommé bourse, ou malette à berger. Tournefort en compte cinq especes, dont nous décrirons la principale, bursa pastoris major, folio sinuato, I. R. H. 216. en anglois : the great shepherd's-purse.

Sa racine est blanche, droite, fibreuse, menue, d'une saveur douçâtre, & qui cause des nausées ; sa tige est haute d'une coudée, quelquefois unique, partagée en des rameaux situés alternativement. Ses feuilles inférieures sont quelquefois entieres, mais le plus souvent découpées profondément des deux côtés, & sans découpures.

Les fleurs naissent dans une longue suite au sommet des rameaux ; elles sont petites, en croix, ou composées de quatre pétales arrondis, blancs, & de quelques étamines chargées de sommets jaunes : leur calice est aussi partagé en quatre parties ; le pistil se change en un fruit applati, long de trois lignes, en forme de coeur, ou semblable à une petite bourse un peu large. Il est partagé en deux loges par une cloison mitoyenne, à laquelle sont attachés des panneaux de chaque côté ; ces loges renferment de très-petites graines, de couleur fauve, ou roussâtre.

Cette plante vient sur les vieilles décombres, le long des chemins, & dans les lieux incultes & deserts. Elle est toute d'usage ; on lui donne des vertus vulnéraires, astringentes, rafraîchissantes, & presque spécifiques dans l'épuisement de sang ; on la prescrit par ces raisons dans les diarrhées, les dyssenteries & le pissement de sang ; on en applique le suc sur les plaies récentes pour resserrer les vaisseaux & prévenir l'inflammation. (D.J.)

TABOURET, s. m. (Econ. dom.) placet, siege quarré qui n'a ni bras, ni dossier.

Droit de tabouret, en france, est le privilege dont jouissent les princesses & duchesses, & qui consiste à s'asseoir sur un tabouret en présence de la reine.

TABOURET, (Charpent.) espece de lanterne garnie de fuseaux en limande, à l'usage des machines pour puiser les eaux dans les carrieres.


TABOURINS. m. terme de galere ; c'est un espace qui regne vers l'arbre du trinquet, & vers les rambades, d'où se charge l'artillerie, & d'où l'on jette en mer les ancres. A la pointe de cet endroit est l'éperon qui s'avance hors le corps de la galere, soutenu à côté par deux pieces de bois qui s'appellent cuisses.


TABRAS. m. (Superstition) c'est le nom d'un rocher qui se trouve en Afrique, sur la côte du cap, & contre lequel les barques des negres font souvent naufrage ; c'est pour cette raison que les habitans en ont fait une divinité ou un fétiche, auquel ils offrent des sacrifices & des libations, qui consistent à lui immoler une chevre dont on mange une partie, & dont on jette le surplus dans la mer ; cependant un prêtre, par des contorsions ridicules & des invocations, prétend consulter le dieu pour savoir les momens qui seront favorables pour la navigation, & il se fait récompenser de la peine par les matelots qui lui font quelques présens.


TABROUBAS. m. (Hist. nat. Botan.) fruit qui croît à Surinam sur un grand arbre de même nom, dont les fleurs sont d'un blanc verdâtre. A ces fleurs succede un fruit qui renferme des graines blanches semblables à celles des figues. On en tire un suc qui devient noir au soleil, & qui fournit aux Indiens une teinture pour se peindre le corps. Des branches de cet arbre il sort un suc laiteux fort amer, dont les sauvages se frottent la tête pour écarter les insectes incommodes.


TABUDA(Géog. anc.) fleuve de la Gaule belgique. Ptolémée, liv. II. ch. jx. le marque dans le pays des Marini, entre Gessoriacum-navale, & l'embouchure de la Meuse. On le nomme aujourd'hui l'Escaut, selon M. de Valois. Dans le moyen âge on l'appella par corruption Tabul & Tabula.


TABULAE NOVAE(Antiq. rom.) c'est-à-dire nouveaux régistres ; c'étoit le nom d'un plébiscite qui se publioit quelquefois dans la république romaine, & par lequel toutes sortes de dettes généralement étoient abolies, & toutes obligations annulées. On l'appelloit tabulae, tablettes, parce qu'avant qu'on se servît du papyrus ou du parchemin, pour écrire les actes, on les gravoit avec un petit stile sur de petites tablettes de bois mince enduites de cire. Ce nom latin tabulae demeura même à tous les actes publics, après qu'on eut cessé de les graver sur des plaques de cuivre, & lorsqu'on les écrivit sur du parchemin & sur du papier. On appelloit l'édit du peuple romain tabulae novae, parce qu'il obligeoit de faire de nouvelles tablettes, de nouveaux registres pour écrire les actes, les créanciers ne pouvant plus se servir de leurs anciens contrats d'obligation. Aulu-Gelle, liv. IX. c. vj. (D.J.)

TABULAE, NOMINA, PERSCRIPTIONES, (Littérat.) tabulae, chez les Romains, étoient leurs livres de comptes, sur lesquels ils écrivoient les sommes qu'ils prêtoient, ou qu'ils empruntoient sans intérêt, ou pour lesquelles ils s'obligeoient. Nomina signifie proprement les sommes empruntées sans intérêt. Perscriptiones est à-peu-près la même chose que nos billets payables au porteur. Ainsi ces trois mots désignent les livres de compte des Romains, les sommes qu'ils prêtoient ou empruntoient sans intérêt, & leurs billets payables au porteur, soit que lesdits billets fussent à intérêt, ou sans intérêt. (D.J.)

TABULAE, TABULARII, TABULARIA, (Littér. & Inscrip. rom.) tabulae, contrat qu'on passe ; tabularii, sont les notaires chez qui on passe les contrats : tabularia sont les greffes où l'on déposoit les minutes. Il y avoit à Rome un tabularium de l'état, où étoient déposés les titres, actes & monumens touchant les biens publics, comme domaines, droits de port, impositions, & autres revenus de la république. Ce dépôt étoit dans une salle du temple de la Liberté. " Le sage cultivateur, dit Virgile, Géorg. liv. II. borné à cultiver le fruit de ses vergers, & les dons de la terre libérale, ne connoît ni le greffe du dépôt public, ni la rigueur des loix, ni les fureurs du barreau :

Nec ferrea juga

Insanumque forum, aut populi tabularia vidit ".

(D.J.)


TABULARIUM(Ant. rom.) on nommoit ainsi le dépôt au greffe de Rome, où étoient les titres, actes & monumens touchant les biens publics, comme domaines, droits de port, impositions & autres revenus de la république. Ce dépôt étoit dans une salle du temple de la Liberté. (D.J.)


TABULCHANAS. m. (Hist. mod.) c'est ainsi qu'on nomme chez les Turcs l'accompagnement ou le cortege militaire que le sultan accorde aux grands officiers qui sont à son service. Le tabulchana du grand visir est composé de neuf tambours, de neuf fifres, sept trompettes, quatre zils, ou bassins de cuivre qu'on heurte les uns contre les autres, & qui rendent un son aigu & perçant. On porte devant lui trois queues de cheval tressées avec art. Un étendard de couleur verte, nommé alem, & deux autres étendards fort larges, qu'on nomme bairak. Les autres bachas n'ont point un tabulchana si considérable ; ils ne font porter devant eux que deux queues de cheval avec les trois étendards. Un beg n'a qu'une seule queue de cheval avec les étendards. Les officiers inférieurs n'ont qu'un sanjak, ou étendard, & ils ne font point porter la queue de cheval devant eux. Voyez Cantemir, hist. ottomane.


TABURNE(Géog. anc.) Taburnus ; montagne d'Italie dans le Samnium, au voisinage de Caudicum, ce qui lui a fait donner le surnom de Caudinus. Vibius Sequester, en parlant de cette montagne dit, Taburnus Samnitum olivifer. Gratius, Cyneget, vers. 5. 8. néanmoins ne la décrit pas comme une montagne agréable & chargée d'oliviers, mais comme une montagne hérissée de rochers.

Veniat Caudini saxa Taburni

Dardanumque trucem, aut Ligurias desuper Alpes.

Le sentiment de Vibius est appuyé du témoignage de Virgile.

Juvat Imara Baccho

Conserere, atque oleo magnum vestire Taburnum.

Tout cela se concilie ; une partie de cette montagne pouvoit être fertile, & l'autre hérissée de rochers. (D.J.)


TABUTS. m. (Langue gauloise) ce vieux mot signifie selon Nicot, querelle, débat, vacarme, tracas. Il se trouve dans Cotgrave & dans Montagne. Il n'y a pas longtems, dit ce dernier, que je rencontrai l'un des plus savans hommes de France, entre ceux de non médiocre fortune, étudiant au coin d'une salle, qu'on lui avoit rembarrée de tapisserie, & autour de lui un tabut de ses valets plein de licence.


TACon donne ce nom à la salamandre aquatique, dans diverses provinces de France. Voyez SALAMANDRE.


TACAHAMACAS. m. (Hist. des drog. Exot.) nommé par les Médecins tacamahaca, est une substance résineuse, seche, d'une odeur pénétrante, dont on connoît deux especes dans les boutiques de droguistes & d'apoticaires.

L'une qui est plus excellente, s'appelle communément tacahamaca sublimé ou en coque ; c'est une résine concrete, grasse cependant, & un peu molle, pâle, tantôt jaunâtre, tantôt verdâtre ; que l'on couvre de feuilles, d'une odeur aromatique ; pénétrante, suave, qui approche de celle de la lavande, & de l'ambre gris ; d'un goût résineux & aromatique ; mais elle est très-rare.

L'autre espece est la tacamahaca vulgaire, qui est en grains, ou en morceaux blanchâtres, jaunâtres, roussâtres, verdâtres, ou de différentes couleurs, à demi transparens, d'une odeur pénétrante, approchante de celle de la premiere espece, mais moins agréable. Les Espagnols l'ont apportée les premiers de la nouvelle Espagne en Europe, où auparavant elle étoit entierement inconnue. On en recueille aussi dans d'autres provinces de l'Amérique, & dans l'île de Madagascar.

L'arbre d'où découle cette résine, ou par elle-même, ou par incision que l'on fait à son écorce, s'appelle arbor populo similis, resinosa, altera, C. B. P. 430. Tecomahaca, dans Hernandès, 55. Tacamahaca foliis crenatis, lignum ad ephippia conficicienda aptum, dans Pluk. Phyt.

C'est un grand arbre qui ressemble un peu au peuplier, & qui a beaucoup d'odeur. Ses feuilles sont médiocres, arrondies, terminées en pointe & dentelées. Les auteurs que nous avons cités ne font aucune mention de ses fleurs. Ses fruits naissent à l'extrêmité des mêmes branches, ils sont petits, arrondis, de couleur fauve, & renferment un noyau qui differe peu de celui de la pêche.

Il découle naturellement de cet arbre des larmes résineuses, pâles, qui par leur odeur, & la finesse de leurs parties, donnent la bonne tacahamaca ; mais le suc résineux qui découle des incisions de l'écorce, prend différentes couleurs, selon les différentes parties de l'écorce sur lesquelles il se répand ; étant épaissi par l'ardeur du soleil, il forme des morceaux de résine, tantôt jaune, tantôt roussâtre, & tantôt brune, & panachée de paillettes blanchâtres : on préfere avec raison la premiere tacahamaca ; on ne les employe l'une ou l'autre qu'extérieurement, pour résoudre & faire mûrir les tumeurs, ou pour appaiser la passion hystérique, en appliquant des emplâtres sur le nombril. (D.J.)


TACATALPO(Géog. mod.) ville de l'Amérique septentrionale, dans la nouvelle Espagne, au gouvernement de Tabasco, sur la riviere de ce nom, à trois lieues au-dessus de Halpo. Elle a dans son terroir une espece de cacao blanc, qu'on ne trouve point ailleurs, & qui fait le chocolat beaucoup plus mousseux que le cacao ordinaire. (D.J.)


TACATUA(Géog. anc.) ville de l'Afrique propre, sur la côte, entre Rusicades & Hippone. Ptolémée, l. IV. c. iij. Le P. Hardouin dit que le nom moderne est Mahra. (D.J.)


TACAZE(Géogr. mod.) ou Tagaze, petite ville d'Afrique au royaume de Fez, sur le bord de la riviere de son nom, à une demi-lieue de la Méditerranée. Cette ville fut bâtie par les anciens africains ; ses habitans vivent de pain d'orge, de sardines ou autres poissons, & de quelques herbes potageres. (D.J.)

TACAZE ou TAGAZE, (Géog. mod.) riviere considérable d'Abyssinie. Elle a sa source dans les montagnes qui séparent les royaumes d'Angoste & de Bégameder, & tombe enfin dans le Nil du côté de l'orient.

La riviere de Tacaze grande comme la moitié du Nil, pourroit bien être l'Astaboras des anciens ; c'est l'opinion de Jean de Barros, le Tite-Live des Portugais : & c'est aussi le sentiment de M. Delisle, par deux raisons. La premiere, dit-il, est que selon les jésuites qui ont été en Ethiopie, elle entre dans le Nil à dix-sept degrés & demi de latitude, qui est à quelques minutes près, la même hauteur que Ptolémée donne à l'embouchure de l'Astaboras, 700 stades au-dessus de la ville Méroé, comme on voit par Strabon, par Diodore & autres.

La seconde chose qui fait croire à M. Delisle que la Tacaze est le même que l'Astaboras, est que cette riviere s'appelle autrement Atbara, comme on le voit par le rapport des scheiks de Nubie, & par celui d'un récollet qui a passé cette riviere en allant en Ethiopie. Or les noms d'Atbara & d'Astaboras ne sont pas fort différens. Il suppose que l'Atbara est son véritable nom, & que les Grecs l'ont altéré comme ils ont fait tant d'autres mots ; puisque cela arrive encore très-souvent à ceux qui sont obligés d'employer des noms étrangers dans leurs écrits. Mém. de l'académ. royal. des Scienc. ann. 1708. pag. 371. (D.J.)


TACETS. m. terme latin qu'on employe dans la Musique, pour indiquer le silence. Quand, dans le cours d'un morceau de musique, on a des mesures à compter, on les marque avec des bâtons & des pauses. Mais quand quelque partie doit garder le silence durant un morceau entier, on indique cela par le mot tacet, écrit au-dessous du nom de l'air, ou des premiers mots du chant. (S)


TACHA(Géog. mod.) ville du royaume de Bohème, aux confins du haut-Palatinat, sur la riviere de Mies. Ziska, chef des Hussites, la prit d'assaut en 1427, & y mit garnison. Long. 30. 42. latit. 49. 55. (D.J.)


TACHAN(Géog. mod.) ville du royaume de Tunquin, située dans une plaine vis-à-vis d'une île de même nom, laquelle est couverte d'oiseaux qui viennent s'y retirer dans les grandes chaleurs.


TACHARI(Géog. anc.) peuples d'Asie, dans l'Hyrcanie. Selon Strabon, l. XI. pag. 511. ils étoient Nomades, & ils furent du nombre de ceux qui chasserent les Grecs de la Bactriane. Ortelius croit que ce sont les Tachori que Ptolémée, l. VI. c. xij. place dans la Sogdiane, contrée voisine. (D.J.)


TACHETâCHE, s. f. (Lang. franç.) la prononciation détermine le sens de ces deux mots, qui signifient deux choses toutes différentes. Le premier veut dire une marque, une impression étrangere qui gâte quelque chose ; & le second, un ouvrage que l'on doit finir dans un certain tems, soit par devoir, soit pour de l'argent. La premiere syllabe du premier mot est breve ; on allonge au contraire la premiere syllabe du second mot, & l'on y met un accent circonflexe. Ménage avoue qu'il ignore l'origine du mot tache ; mais Caseneuve a remarqué qu'autrefois on s'en servoit pour exprimer les bonnes & les mauvaises qualités d'un homme, ou d'une bête. L'ancienne chronique de Flandres, parlant de Marguerite, comtesse de Flandres, dit ch. xxvj. " Et elle avoit quatre taches ; premierement, elle étoit une des plus grandes dames du lignage de France ; secondement, elle étoit la plus sage & la mieux gouvernant terre qu'on sçeust ", &c. Les autres deux taches sont qu'elle étoit libérale & riche. Le livre intitulé, Li établissement de li roi de France. " Or si aucun, menoit sa bête au marché, ou entre gens, & qu'elle mordist ou prist aucun, & cil qui seroit blessé se plaingnist à la justice, & li autres dist, sire, je n'en sçavoye mie qu'elle eût telle tache, &c. "

Quant au mot tâche, les uns le dérivent de taxa, taxatio ; d'autres nous apprennent pour expliquer son étymologie, qu'on appelloit autrefois tâche, une pochette, parce que plus on travaille à la tâche, & plus on rassemble d'argent dans sa poche. On prétend même qu'on appelle encore tâche en Bourgogne, une pochette.

On dit dans quelques provinces, donner des fonds à tâche, c'est-à-dire, sous la redevance d'une certaine partie des fruits, selon que l'on en convient. Le fonds est appellée tachable ou tachible. Ce droit ressemble au champart qui ne porte ni lods, ni mi-lods, & ne change point la qualité de l'héritage. (D.J.)

TACHES, en Astronomie, ou maculae, endroits obscurs qu'on remarque sur les surfaces lumineuses du soleil, de la lune, & même de quelques planetes. Voyez SOLEIL, LUNE, PLANETE, FACE, &c.

En ce sens, taches, maculae est opposé à facules, faculae ; ces taches du soleil sont des endroits obscurs d'une figure irréguliere & changeante qu'on observe sur la surface du soleil ; entre toutes les taches que nous voyons, il y en a qui ne commencent à paroître que vers le milieu du disque, & d'autres qui disparoissent entierement après s'être détruites peu-à-peu, à mesure qu'elles se sont avancées. Souvent plusieurs taches se ramassent ou s'accumulent en une seule, & souvent une même tache se résout en une infinité d'autres extrêmement petites.

Il n'y a pas long-tems qu'on a remarqué des taches dans le soleil : elles varient beaucoup quant au nombre, &c. Quelquefois il y en a beaucoup, & quelquefois point du tout. Galilée est le premier qui les ait découvertes aussitôt après l'invention du télescope : Scheiner les observa dans la suite avec plus de soin, & a publié un gros livre à ce sujet : dans ce tems-là on en voyoit plus de cinquante sur le soleil ; mais depuis 1653 jusqu'en 1670, à peine en a-t-on découvert une ou deux ; depuis elles ont reparu assez souvent en abondance, & il n'y a presque point de volume de l'académie des sciences où il n'en soit fait mention. Il semble qu'elles ne suivent aucune loi dans leurs apparitions.

Quelques-uns s'imaginent que ces taches peuvent devenir en si grand nombre, qu'elles cachent toute la face du soleil, ou du-moins la plus grande partie, & c'est à cela qu'ils attribuent ce que dit Plutarque, la raison pour laquelle la premiere année du regne d'Auguste la lumiere du soleil fut si foible & si obscure, qu'on pouvoit aisément la considérer sans en être ébloui.

Les histoires sont pleines de remarques sur des années entieres où le soleil a paru fort pâle & dépouillé de cette vive lumiere à laquelle les hommes sont accoutumés ; on prétend même que sa chaleur étoit alors sensiblement ralentie ; ce qui pourroit bien venir d'une multitude de taches qui couvroient alors le disque apparent du soleil. Il est certain que l'on voit souvent des taches sur le soleil dont la surface excede non-seulement l'Asie & l'Afrique, mais même occupent un plus grand espace que n'occuperoit sur le soleil toute la surface de la terre. Voyez ÉCLIPSE.

A quoi Kepler ajoute qu'en 1547 le soleil paroissoit rougeâtre, de même que quand on l'apperçoit à-travers d'un brouillard épais ; & il conjecture delà que les taches qu'on voit dans le soleil sont une espece de fumée obscure, ou nuages qui flottent sur sa surface.

D'autres prétendent que ce sont des étoiles ou des planetes qui passent devant le corps du soleil. Mais il est beaucoup plus probable que ce sont des corps opaques en maniere de croûtes qui s'y forment, comme l'écume sur la surface des liqueurs.

Plusieurs de ces taches paroissent n'être autre chose qu'un amas de parties hétérogenes, dont les plus obscures & les plus denses composent ce qu'Hevelius appelle le noyau, & elles sont entourées de tous côtés de parties plus rares & moins obscures, comme si elles avoient des atmospheres ; mais la figure, tant du noyau que des taches entieres, est variable. En 1644 Hevelius observa une petite tache qui en deux jours de tems devint deux fois plus grosse qu'il ne l'avoit vue d'abord, paroissant en même tems plus obscure, & avec un plus gros noyau, & ces changemens soudains étoient fréquens. Il observa que le noyau commença à diminuer insensiblement, jusqu'à ce que la tache disparut, & qu'avant qu'il se fut entierement évanoui, il se partagea en quatre portions qui se réunirent de nouveau en deux jours de tems : il y a eu des taches qui ont duré 2, 3, 10, 15, 20, 30, & même, quoique rarement, 40 jours. Kirchius en a observé une en 1681, depuis le 26 Avril jusqu'au 17 Juin. Les taches se meuvent sur le disque du soleil d'un mouvement qui est un peu plus lent près du limbe que près du centre. Celle que Kirch observa fut douze jours visible sur le disque du soleil, & elle fut quinze jours derriere le disque, selon la regle ordinaire qu'elles reviennent au limbe 27 ou 28 jours après qu'elles en sont parties.

Il faut enfin observer que les taches se contractent près du limbe ; que dans le milieu du disque elles paroissent plus étendues, y en ayant de séparées les unes des autres vers le limbe, qui se réunissent en une seule dans le disque ; que plusieurs commencent à paroître dans le milieu du disque, & que plusieurs disparoissent au même endroit, qu'on n'en a vu aucune qui s'écartât de son orbite près de l'horison, au-lieu qu'Hevelius observant Mercure dans le soleil près de l'horison, se trouve écarté de 27 secondes au-dessous de la route qu'il avoit d'abord tenue.

On peut conclure de ces phénomenes, 1°. que puisque la dépression apparente de Mercure au-dessous de la route qu'il devroit suivre, vient de la différence des parallaxes de cet astre & du soleil ; ces taches, dont la parallaxe est la même que celle du soleil, doivent être beaucoup plus près de lui que Mercure ; mais puisqu'elles ont été cachées derriere cet astre trois jours de plus qu'elles n'en ont passé sur celui de son hémisphere qui nous est visible : il y a des auteurs qui concluent delà qu'elles n'adherent pas non-plus à la surface du soleil, mais qu'elles en sont un peu éloignées ; mais il est d'autres auteurs qui ne sont point de cet avis, & qui croyent que les taches sont adhérentes à la surface du soleil. Voyez SOLEIL.

2°. Puisqu'elles naissent & disparoissent au-milieu du disque, & qu'elles subissent diverses altérations, eu égard à leur grandeur, à leur figure & à leurs densités ; on peut conclure delà qu'elle se forment & se dissolvent ensuite fort près du soleil, & que ce sont très-probablement des especes de nuages solaires formés des exhalaisons du soleil.

3°. Puis donc que les exhalaisons du soleil s'élevent de son corps, & se tiennent suspendues à une certaine hauteur de cet astre, il s'ensuit delà, selon les loix de l'hydrostatique, que le soleil doit être entouré de quelque fluide qui puisse porter ces exhalaisons vers en haut ; fluide qui comme notre atmosphere doit être plus dense vers le bas, & plus rare vers le haut ; & puisque les taches se dissolvent & disparoissent au milieu même du disque, il faut que la matiere qui les compose, c'est-à-dire, que les exhalaisons solaires retombent en cet endroit ; d'où il suit que c'est dans cet endroit que doivent naître les changemens de l'atmosphere du soleil, & par conséquent du soleil lui-même.

4°. Puisque la révolution des taches au-tour du soleil est très-réguliere, & que leur distance du soleil est ou nulle, ou au-moins très-petite, ce ne sont donc pas, à proprement parler, les taches qui se meuvent au-tour du soleil, mais c'est le soleil lui-même qui tournant au-tour de son axe, emporte avec lui les taches, soit qu'elles nagent sur la surface de cet astre, ou dans son atmosphere, & il arrive de-là que les taches, étant vues obliquement près du limbe, paroissent en cet endroit étroites & oblongues.

Les taches de la lune sont fixes : quelques-uns prétendent que ce sont les ombres des montagnes ou des endroits raboteux qui se trouvent dans le corps de la lune ; mais leur immobilité détruit cette opinion. L'opinion la plus générale & la plus probable est que les taches de la lune sont des mers, des lacs, des marais, &c. qui absorbent une partie des rayons du soleil, & ne nous en renvoyent qu'un petit nombre, de maniere qu'elles paroissent comme des taches obscures ; au-lieu que les parties terrestres refléchissent à cause de leur solidité, toute la lumiere qu'elles reçoivent, & ainsi paroissent parfaitement brillantes. M. Hartsoeker est d'un autre avis, & prétend que les taches de la lune, ou du-moins la plupart, sont des forêts, des petits bois, &c. dont les feuilles & les branches interceptent les rayons que la terre réfléchit, & les renvoye autre part.

Les astronomes comptent environ 48 taches sur la surface de la lune, à chacune desquelles ils ont donné un nom différent. La 21e est une des plus considérables, & est appellée Tycho.

Taches des Planetes. Les astronomes trouvent que les autres planetes ont aussi leurs taches. Jupiter, Mars & Venus en font voir de bien considérables quand on les regarde avec un télescope, & c'est par le mouvement de ces taches que nous concluons que les planetes tournent sur leur axe, de même que nous inférons le même mouvement dans le soleil, à cause du mouvement de ses taches.

Dans Jupiter, outre ces taches, nous voyons plusieurs bandes paralleles qui traversent son disque apparent. Voyez BANDES, PLANETES, SOLEIL, PHASES, &c. Wolf, & Chambers.

Le mouvement des taches du soleil est d'occident en orient, mais il ne se fait pas précisément dans le plan de l'orbite de la terre : ainsi l'axe au-tour duquel tourne le soleil n'est pas perpendiculaire à cet orbite. Si l'on fait passer par le cercle du soleil une ligne parallele à celle de l'orbite terrestre, on trouve que cette ligne fait avec l'axe du soleil un angle de 7 degrés ou environ : ainsi l'équateur du soleil, c'est-à-dire le cercle qui est également éloigné des deux extrêmités de son axe, ou de ses deux poles, fait un angle de 7 degrés avec l'équateur de la terre ; & si on imagine la ligne où ces deux plans se coupent, prolongés de part & d'autre jusqu'à la circonférence de l'orbite terrestre, lorsque la terre arrivera dans l'un ou l'autre de ces deux points diamétralement opposés, la trace apparente des taches observée sur la surface du soleil sera pour lors une ligne droite : ce qui est évident, puisque l'oeil est alors dans le plan où se fait leur vrai mouvement : mais dans toute autre situation de la terre sur son orbite, l'équateur solaire sera tantôt élevé au-dessus de notre oeil, & tantôt abaissé, & pour lors la trace apparente des taches observées sur le soleil, sera une ligne courbe.

Si dans un corps aussi lumineux que le soleil il y a différentes matieres, dont la plus épaisse ou la plus grossiere forme les taches qui l'obscurcissent, on ne doit pas être étonné si les planetes qui sont opaques, contiennent aussi des parties solides & fluides qui réflechissent une lumiere plus ou moins vive, & qui l'absorbent presqu'entierement. La surface de toutes les planetes doit donc nous paroître couverte d'une infinité de taches, & c'est aussi ce qu'on a reconnu, soit à la vue simple, soit avec des lunettes. Inst. Astron. (O)

TACHE de naissance, (Physiol.) un nombre infini d'arteres & de veines aboutissent à la peau. Leurs extrêmités réunies y forment un lacis recouvert par l'épiderme. Dans leur état naturel, ces extrêmités des vaisseaux sanguins, ne laissent presque passer que la portion séreuse du sang, la partie rouge continue sa route par d'autres vaisseaux dont le diametre est plus grand ; mais les vaisseaux qui forment le lacis peuvent acquérir plus de diametre, donner un libre passage à la partie rouge du sang, devenir variqueux, & par conséquent causer sur la peau une élévation variqueuse, qui paroîtra rouge & bleuâtre, selon que dans cette dilatation, les tuniques dont les vaisseaux sont composés, auront plus ou moins perdu de leur épaisseur.

Cet accident qui arrive quelquefois après la naissance, n'arrive que trop souvent sur le corps des enfans renfermés dans le sein de leur mere ; les vaisseaux peuvent être trop dilatés lors de la fécondation, & pour peu qu'ils ayent été portés au-delà de leur diametre, le mal va presque toujours en augmentant, parce que ce lacis vasculeux n'est contraint par aucune partie voisine. Delà vient que ces taches qu'on attribue faussement à l'imagination de la mere qui a desiré de boire du vin, ou sur qui on en a répandu, s'étendent, s'élevent, débordent au-dessus de la peau, & causent souvent une difformité considérable.

Ce lacis des vaisseaux est différemment disposé & figuré dans les divers endroits du corps. Il est tout autre sur la peau du visage qu'ailleurs ; il est même différent en divers endroits du visage ; on pourroit peut-être expliquer par-là pourquoi une partie du corps rougit plutôt qu'une autre.

C'est sans-doute par la raison de cette même différence, que les taches de vin sont plus fréquentes au visage que dans d'autres parties du corps, car une partie du corps ne rougit plus facilement qu'une autre, qu'autant que la partie rouge du sang y trouve un moindre obstacle à passer dans le lacis des vaisseaux. La rougeur se montre plus facilement au visage qu'ailleurs par cette même raison, ensorte qu'un effort léger qui ne produit rien sur une autre partie, produira sur le visage un effet sensible ; aussi quand on examine ces taches à l'aide d'un bon microscope, la dilatation des vaisseaux s'apperçoit clairement, & l'on y voit couler les parties du sang qui les colorent. (D.J.)

TACHE DU CRYSTALLIN, (Médecine) j'entends par tache du crystallin, une espece de cicatrice qui est communément blanche, qu'on remarque sur sa superficie, & qui blesse la vue.

Elle est le plus souvent la suite d'un très-petit abscès ou pustule qui se forme sur la superficie du crystallin, dont l'humeur étant en très-petite quantité & bénigne, se résout & se consomme, sans causer d'autre altération au crystallin, que celle du lieu où cette petite pustule se trouve ; & cet endroit du crystallin se cicatrise ensuite.

Dans son commencement, on la connoît par un nuage fort léger qui paroît sur le crystallin, & par le rapport du malade qui se plaint que sa vue est brouillée ; dans la suite ce nuage devient plus épais, & blanchit enfin.

On ne peut cependant dans les premiers mois assurer positivement que ce ne soit pas le commencement d'une cataracte, ou d'une ulcération ambulante du crystallin, parce qu'on ne peut juger de la nature de la pustule : mais quand après un, deux ou trois ans, cette tache reste dans le même état, on peut probablement assurer qu'elle y restera toute la vie.

Quand cette tache est blanche, on la voit aisément, & quand elle est noirâtre ou très-superficielle, on ne la peut distinguer ; mais on conjecture qu'elle y est par le rapport du malade.

Selon l'endroit que cette tache occupe, les malades semblent voir devant l'oeil, & en l'air, un nuage qui suit l'oeil en tous les lieux où la vue se porte.

Les malades en sont plus ou moins incommodés, suivant qu'elle est plus grande, ou plus petite, ou plus profonde, ou plus superficielle.

Les taches du crystallin ne s'effacent point, ainsi les remedes y sont inutiles : elles n'augmentent point, à-moins qu'elles ne s'ulcerent de nouveau ; & elles ne s'ulcerent pas, sans qu'il se fasse une nouvelle fluxion d'humeurs sur cette partie ; mais quand cela arrive, le crystallin s'ulcere quelquefois entierement, & il se forme ainsi une cataracte purulente, ou au-moins une mixte qui tient de la purulente. (D.J.)


TACHÉOGRAPHIES. f. (Littérat.) on appelloit ainsi chez les Romains l'art d'écrire aussi vîte que l'on parle, par le moyen de certaines notes dont chacune avoit sa signification particuliere & désignée. Dès que ce secret des notes eut été découvert, il fut bien-tôt perfectionné ; il devint une espece d'écriture courante, dont tout le monde avoit la clé, & à laquelle on exerçoit les jeunes gens. L'empereur Tite, au rapport de Suétone, s'y étoit rendu si habile, qu'il se faisoit un plaisir d'y défier ses secrétaires mêmes. Ceux qui en faisoient une profession particuliere, s'appelloient en grec , & en latin notarii. Il y avoit à Rome peu de particuliers qui n'eussent quelque esclave ou affranchi exercé dans ce genre d'écrire. Pline le jeune en menoit toujours un dans ses voyages. Ils recueilloient ainsi les harangues qui se faisoient en public.

Plutarque attribue à Cicéron l'art d'écrire en notes abregées, & d'exprimer plusieurs mots par un seul caractere. Il enseigna cet art à Tiron son affranchi ; ce fut dans l'affaire de Catilina qu'il mit en usage cette invention utile, que nous ignorons en France, & dont les Anglois ont perfectionné l'idée, l'usage & la méthode dans leur langue. Comme Caton d'Utique ne donnoit aucune de ses belles harangues, Cicéron voulut s'en procurer quelques-unes. Pour y réussir, il plaça dans différens endroits du sénat deux ou trois personnes qu'il avoit stylées lui-même dans l'art tachéographique, & par ce moyen il eut, & nous a conservé le fameux discours que Caton prononça contre César, & que Salluste a inséré dans son histoire de Catilina : c'est le seul morceau d'éloquence qui nous reste de ce grand homme. (D.J.)

L'art tachéographique est encore en usage en Angleterre.


TACHI-VOLICATI(Géogr. mod.) bourg de Grece dans la Macédoine ; Nardus croit que c'est l'ancienne Gyrtone. (D.J.)


TACHOSA(Géog. mod.) riviere d'Asie, dans le Turquestan ; elle se jette dans le Sihun, & les villes de Casba & de Tescan, sont situées à son embouchure. (D.J.)


TACHUACHES. m. (Hist. nat. Botan.) c'est le nom sous lequel les Indiens de quelques parties de la nouvelle Espagne désignent la plante appellée méchoacan. Voyez cet article.


TACHYGRAPHIES. f. (Littérat.) la tachygraphie ou tachéographie, parole composée de mots grecs , vîte, & , écriture, est l'art d'écrire avec rapidité & par notes ; elle est aussi quelquefois nommée brachygraphie de , court, & , j'écris, en ce que pour écrire rapidement, il faut se servir de manieres abregées.

Aussi les Anglois qui sont ceux de tous les peuples du monde qui s'en servent le plus généralement & y ont fait le plus de progrès, l'appellent-ils de ce nom short-hand, main brieve, courte écriture ou écriture abregée.

Herman Hugo dans son traité, de primo scrib. origin. en attribue l'invention aux Hébreux, fondé sur ce passage du pseaume xliv. Lingua mea calamus scribae velociter scribentis. Mais nous ferons voir, en parlant du notariacon, que leurs abréviations sont beaucoup plus modernes, purement Chaldaïques, & inventées par les rabbins, long-tems après la destruction de Jérusalem.

Cependant les anciens n'ignoroient point cet art. Sans remonter aux Egyptiens, dont les hiéroglyphes étoient plutôt des symboles qui représentoient des êtres moraux, sous l'image & les propriétés d'un être physique. Nous trouvons chez les Grecs des tachéographes & semmeiographes, comme on le peut voir en Diogene Laërce & autres auteurs, quoiqu'à raison des notes ou caracteres singuliers dont ils étoient obligés de se servir, on les ait assez généralement confondus avec les cryptographes.

Les Romains qui avec les dépouilles de la Grece transporterent les arts en Italie, adopterent ce genre d'écriture, & cela principalement, parce que souvent les discours des sénateurs étoient mal rapportés & encore plus mal interprétés, ce qui occasionnoit de la confusion & des débats en allant aux voix.

C'est sous le consultat de Cicéron qu'on en voit les premieres traces. Tiron, un de ses affranchis, prit mot à mot la harangue que Caton prononçoit contre Catilina ; Plutarque ajoute qu'on ne connoissoit point encore ceux qui depuis ont été appellés notaires, & que c'est le premier exemple de cette nature.

Paul Diacre, cependant attribue l'invention des premiers 1100 caracteres à Ennius, & dit que Tiron ne fit qu'étendre & perfectionner cette science.

Auguste charmé de cette découverte, destina plusieurs de ses affranchis à cet exercice ; leur unique emploi étoit de retrouver des notes. Il falloit même qu'elles fussent fort arbitraires & dans le goût de celles des Chinois, puisqu'elles excédoient le nombre de cinq mille.

L'histoire nous a conservé le nom de quelques-uns de ces tachygraphes, tels que Perunius, Pilargirus, Faunius & Aquila, affranchis de Mécene.

Enfin Séneque y mit la derniere main en les rédigeant par ordre alphabétique en forme de dictionnaire ; aussi furent-elles appellées dans la suite les notes de Tiron & de Séneque.

Nous remarquerons à ce sujet contre l'opinion des savans, que les caracteres employés dans le pseautier, que Tritheme trouva à Strasbourg, & dont il donne un échantillon à la fin de sa polygraphie, ne sauroient être ceux de Tiron, non plus que le manuscrit qu'on fait voir au Mont Cassin, sous le nom de caracteres de Tiro. Ceci saute aux yeux, lorsqu'on examine combien ces caracteres sont composés, arbitraires, longs & difficiles à tracer, au-lieu que Plutarque dit expressément en parlant de la harangue de Caton.

Hanc solam orationem Catonis servatam ferunt Cicerone consule velocissimos scriptores deponente at docente, ut per signa quaedam & parvas brevesque notas multarum litterarum vim habentes dicta colligerent : c'est-à-dire qu'elle fut prise à l'aide de courtes notes, ayant la puissance ou valeur de plusieurs lettres. Or dans les figures que nous en a conservé Gruter, la particule ex, par exemple, exprimée par plus de 70 signes différens, tous beaucoup plus composés, plus difficiles, & par conséquent plus longs à écrire que la proposition même. Ces vers d'Ausone, au contraire, font voir qu'un seul point exprimoit une parole entiere.

Quâ multa fandi copia

Punctis peracta singulis

Ut una vox absolvitur.

Ou cependant punctis doit se prendre en général pour des signes ou caracteres abregés dont plusieurs à la vérité n'étoient que de simples points, comme on verra plus bas dans l'hymne sur la mort de S. Cassien.

On peut donc hardiment conclure d'après ces autorités, que les notes qu'on nous donne pour être de Tiro, & celles imprimées sous le titre de, de notis ciceronianis, ne sont point les notes de Tiro, ou au-moins celles à l'aide desquelles cet affranchi a écrit la harangue de Caton.

Mais comme la Tachygraphie est une espece de cryptographie, il se pourroit très-bien que Tiro eût travaillé en l'un & l'autre genre, & que ce fut ces derniers caracteres qui nous eussent été conservés.

Ce qui paroît appuyer cette conjecture est un passage du maître de Tiro ; Ciceron à Atticus, liv. XIII. ép. xxxij. dit lui avoir écrit en chiffre : Et quod ad te decem legatis scripsi parùm intellexisti credo, quia scripseram.

Saint Cyprien ajouta depuis de nouvelles notes à celles de Séneque, & accommoda le tout à l'usage du Christianisme, pour me servir de l'expression de Vigenere qui dans son traité des chiffres, ajoute que c'est une profonde mer de confusion, & une vraie gêne de la mémoire comme chose laborieuse infiniment.

En effet, de retenir cinq ou six mille notes, presque toutes arbitraires, & les placer sur le champ, doit être un très-laborieux & très-difficile exercice. Aussi avoit-on des maîtres ou professeurs en Tachygraphie, témoin l'hymne de Prudence sur la mort de S. Cassien martyrisé à coups de stile par ses écoliers.

Praefuerat studiis puerilibus, & grege multo.

Septus magister litterarum sederat

Verba notis brevibus comprendere cuncta peritus,

Raptìmque punctis dicta praepetibus sequi.

Et quelques vers après,

Reddibus ecce tibi tam millia multa notarum,

Quam stando, flendo, te docente excepimus.

Non potes irasci, quod scribimus ipse jubebas,

Nunquam quietum dextera ut ferret stilum :

Non petimus toties, te praeceptore, negatas,

Avare doctor, jam scholarum ferias.

Pangere puncta libet, sulcisque intexere sulcos,

Flexas catenis impedire virgulas.

Lib. . Hymn. IX.

Ceux qui exerçoient cet art, s'appelloient cursores (coureurs), quia notis cursìm verba expediebant, à cause de la rapidité avec laquelle ils traçoient le discours sur le papier ; & c'est vraisemblablement l'origine du nom que nous donnons à une sorte d'écriture que nous appellons courante, terme adopté dans le même sens par les Anglois, Italiens, &c.

Ces cursores ont été nommés depuis notarii, à cause des notes dont ils se servoient, & c'est l'origine des notaires, dont l'usage principal dans les premiers siecles de l'Eglise, étoit de transcrire les sermons, discours ou homélies des évêques. Eusebe, dans son Histoire ecclésiastique, rapporte qu'Origènes souffrit à l'âge de soixante ans, que des notaires écrivissent ses discours, ce qu'il n'avoit jamais voulu permettre auparavant.

S. Augustin dit dans sa CLXIIIme épître, qu'il auroit souhaité que les notaires présens à ses discours, eussent voulu les écrire ; mais que comme pour des raisons à lui inconnues, ils s'y refusoient, quelques-uns des freres qui y assistoient, quoique moins expéditifs que les notaires, s'en étoient acquités.

Et dans l'épître CLII, il parle de huit notaires assistans à ses discours ; quatre de sa part, & quatre nommés par d'autres, qui se relayoient, & écrivoient deux à deux, afin qu'il n'y eût rien d'obmis ni rien d'altéré de ce qu'il proferoit.

S. Jérôme avoit quatre notaires & six libraires : les premiers écrivoient sous sa dictée par notes, & les seconds transcrivoient au long en lettres ordinaires ; telle est l'origine des libraires.

Enfin, le pape Fabien jugeant l'écriture des notaires trop obscure pour l'usage ordinaire, ajouta aux sept notaires apostoliques sept soudiacres, pour transcrire au long ce que les notes contenoient par abréviations.

Ceux qui voudront connoître plus particulierement leurs fonctions & distinctions, pourront recourir à l'article NOTAIRE.

Il paroît par la 44 me novelle de Justinien, que les contrats d'abord minutés en caracteres & abregés par les notaires ou écrivains des tabellions, n'étoient obligatoires que lorsque les tabellions avoient transcrit en toutes lettres ce que les notaires avoient tracé tachygraphiquement. Enfin il fut défendu par le même empereur, d'en faire du-tout usage à l'avenir dans les écritures publiques, à cause de l'équivoque qui pouvoit naître par la ressemblance des signes.

Le peu de littérature des siecles suivans les fit tellement tomber dans l'oubli, que le pseautier tachygraphique cité par Tritheme, étoit intitulé dans le catalogue du couvent, pseautier en langue arménienne. Ce pseautier, à ce que l'on prétend, se conserve actuellement dans la bibliotheque de Brunswick.

Il nous reste à parler d'un autre genre de Tachygraphie qui s'opere par le retranchement de quelques lettres, soit des voyelles comme dans l'hébreu, & supprimant quelquefois des consonnes ; ce qui est assez suivi par ceux qui écrivent dans les classes, comme sed. pour secundùm, &c. sur quoi on peut voir l'article ABREVIATION.

De cette espece est le notariacon, troisieme partie de la cabale judaïque, qui consiste à ne mettre qu'une lettre pour chaque mot. Les rabbins le distinguent en rasche theboth, chefs de dictions, lorsque c'est la lettre initiale, & sophe theboth, fin des mots, lorsque c'est la derniere.

Ils en composent aussi des paroles techniques & barbares, comme par exemple, ramban pour rabbi ; moïse bar Maiemon, c'est-à-dire, fils de Maiemon. Ceux qui voudront connoître plus particulierement ces abréviations, en trouveront plus de mille au commencement de la Bibliotheque rabbinique de Buxtorf : ils peuvent aussi consulter les Recueils de Mercerus, David de Pomis & Schinder. Les rabbins cabalistiques vont bien plus loin : ils prétendent que presque toute l'Ecriture sainte est susceptible de cette interprétation, & qu'en cela & la gémare consiste la vraie intelligence ou l'esprit de la loi.

Ainsi dans la premiere parole de la Genese, au commencement, ils ont trouvé : bara rackia-ares schamaim jam theomoth, il créa au commencement les cieux & la terre & l'abîme.

Il est facile d'appercevoir que le but des rabbins, par ces interprétations forcées, étoit d'éluder les passages les plus formels des prophetes sur l'avénement du Messie ; prophéties accomplies littéralement dans la personne de Jesus-Christ.

Les Grecs ont ainsi trouvé dans le nom d'Adam les quatres parties du monde, , orient, , occident ; , nord ; , midi ; & il y a beaucoup d'apparence que le fameux abraxadabra & autres noms barbares qui se trouvent sur les talismans & autres monumens des bassilidiens & gnostiques, noms qui ont donné la torture à tant de savans, ne sont que des mots techniques qui renferment plusieurs paroles. Ce qui donne plus de probabilité à cette conjecture, est qu'un grand nombre de caracteres qui se trouvent sur les talismans & dans les oeuvres des démonographes sont visiblement des monogrammes. On voit dans Agrippa les noms des anges Michaël, Gabriel, & Raphaël, exprimés de cette maniere & à l'aide de la figure quadrilinéaire ou chambrée, rapportée par le même auteur.

On en peut résoudre un très-grand nombre en leurs lettres constituantes. Il ne seroit donc pas surprenant que ceux qui se sont étudiés à combiner tous les élémens d'un mot dans une seule lettre, eussent réuni les lettres initiales dans une seule parole.

Les Romains se servoient aussi de lettres initiales pour désigner certaines formules usitées dans les inscriptions long-tems avant Cicéron, comme S. P. Q. R. pour senatus populusque romanus ; D. M. dis manibus, &c. dont Gruter nous a donné une ample collection dans son traité de Inscriptionibus veterum. On peut aussi consulter Mabillon de re diplomaticâ, ainsi que Sertorius, Ursatus, Valerius-Probus, Goltzius, qui nous ont laissé des catalogues d'abréviations usitées dans les inscriptions, les médailles & les procédures. Cet usage qui ne laisse pas de charger la mémoire, & ne s'étend qu'à un petit nombre des mots ou formules, a lieu dans presque toutes les langues. Voyez ABREVIATION.

Quant aux caracteres tachygraphiques qui sont plus immédiatement de notre sujet, il y en a d'universels : tels sont les caracteres numériques, algébriques, astronomiques chimiques, & ceux de la Musique, dont on peut voir les exemples sous leurs articles respectifs & particuliers, telles sont l'écriture chinoise, quelques traités françois manuscrits à la bibliotheque du roi, & la tachygraphie angloise.

Les anglois enfin, ont perfectionné ce genre d'écriture ; & c'est parmi eux ce que peut-être étoit l' chez les Egyptiens : ils l'ont poussé au point de suivre facilement l'orateur le plus rapide ; & c'est de cette façon qu'on recueille les dépositions des témoins dans les procès célebres, les harangues dans les chambres du parlement, les discours des prédicateurs, &c. de sorte qu'on n'y peut rien dire impunément même dans une compagnie, pour peu que quelqu'un se donne la peine de recueillir les paroles.

Cet art y est fondé sur les principes de la langue & de la Grammaire ; ils se servent pour cet effet d'un alphabet particulier, composé des signes les plus simples pour les lettres qui s'emploient le plus fréquemment, & de plus composés pour celles qui ne paroissent que rarement.

Ces caracteres se peuvent aussi très-facilement unir les uns aux autres, & former ainsi des monogrammes qui expriment souvent toute une parole ; tels sont les élémens des tachéographes anglois, qui depuis un siecle & demi ont donné une quarantaine de méthodes, dont nous donnons le titre des principales au-bas de cet article. Elles se trouvent actuellement réduites à deux, qui sont les seules usitées aujourd'hui ; savoir celle de Macaulay & celle de Weston ; nous nous bornerons à donner ici une légere idée de la méthode de ce dernier, comme la plus généralement suivie, & parce qu'on trouve plusieurs livres imprimés dans ses caracteres ; entre autres, une grammaire, un dictionnaire, les pseaumes, le nouveau-Testament, & plusieurs livres l'église.

Le docteur Wilkins & quelques autres, vouloient à l'aide de ce genre d'écriture, former un langage ou plutôt une écriture universelle, c'est-à-dire, que le méme caractere qui signifie cheval, le françois le lût cheval ; l'anglois, horse ; l'allemand, pferd ; l'italien, cavallo ; le latin, equus ; & ainsi des autres.

Mais en outre, la différence de construction dans les différentes langues qui seroit un grand obstacle, & la forme des verbes auxiliaires qui dans l'allemand & l'anglois, different totalement de celle usitée en françois & en latin, on tomberoit dans l'inconvénient de la méthode de Tiro, qui requéroit presque autant de signes différens qu'il y avoit d'objets à présenter. Un anglois, par exemple, n'aura pas de peine à comprendre que n signifie horse, parce que ce signe est composé de la particule or suivi d'une s, c'est-à-dire, les trois seules lettres qui se prononcent, l'h tenant lieu d'une simple aspiration, & l'e muet final ne servant qu'à prolonger le son ; mais ces trois lettres orz ne communiquent à aucune autre nation l'idée d'un cheval.

En attendant qu'on trouve quelque chose de mieux, il y auroit peut-être une méthode simple & facile à proposer, à l'aide de laquelle, sur le champ, & sans étude, un chacun pourroit se faire entendre, & entendre les autres, sans savoir d'autres langues que la sienne.

Il s'agiroit de numéroter les articles d'un dictionnaire en un idiome quelconque, & que chaque peuple mît le même chiffre après le même terme dans leurs dictionnaires respectifs. Ces dictionnaires devroient être composés de deux parties ; l'une à l'ordinaire, suivant l'ordre alphabétique ; l'autre, suivant l'ordre numérique.

Ainsi je suppose un françois à Londres ou à Rome, qui voudroit dire je viendrai demain ; ignorant la langue du pays, il cherchera dans la partie alphabétique de son dictionnaire je, que je suppose comme premiere personne désignée par le n °. 1. venir, par 2800, demain, par 664.

Il écrira 1. 664. 2800, l'anglois ou l'italien cherchant suivant l'ordre numérique, liront, J come tomorrou, jo venire domani.

Et répondront par d'autres chiffres, dont le françois trouvera l'explication en cherchant le numéro.

Je n'ai mis ici que l'infinitif du verbe pour suivre l'ordre des dictionnaires ; mais il seroit aisé d'y ajouter un signe ou point qui en déterminât le tems.

Nous avons aussi quelques auteurs françois qui se sont exercés sur la Tachygraphie ; telle est la plume volante, & quelques manuscrits dans la bibliotheque du roi ; mais ils ne se sont point appliqués à simplifier leurs signes, ni à en généraliser l'usage, ni n'ont donnés cette attention suffisante au génie de la langue ; & au lieu de recourir aux racines de l'idiome, ils se sont pris aux branches.

Il ne seroit cependant pas impossible de rendre à la langue françoise le même service qu'à l'angloise ; ce seroit une très-grande obligation que le public auroit à messieurs de l'académie françoise, si à la suite de leur dictionnaire, ils compiloient une méthode facile & analogue à la langue. Il ne faut cependant pas se flatter qu'elle puisse être aussi simple, ni consister en aussi peu de caracteres que pour l'anglois, qui n'ayant point de genre, le même article exprime le masculin & le féminin, & le singulier & le pluriel. De plus, les terminaisons des verbes auxiliaires ne variant guere que dans le présent, occasionne une bien plus grande facilité.

La méthode de Weston est fondée sur cinq principes.

1°. La simplicité des caracteres.

2°. La facilité de les joindre, insérer, & combiner les uns aux autres.

3°. Les monogrammes.

4°. La suppression totale des voyelles, comme dans les langues orientales.

5°. D'écrire comme l'on prononce ; ce qui évite les aspirations, les lettres doubles & lettres muettes. Les caracteres sont en tout au nombre de 72, dont 26 comprennent l'alphabet, y ayant quelques lettres qui s'écrivent de différentes façons, suivant les circonstances ; & cela pour éviter les équivoques que la combinaison pourroit faire naître. Les 46 caracteres restans sont pour les articles, pronoms, commencemens, & terminaisons qui se répetent fréquemment, & pour quelques adverbes & propositions.

Pour se rendre cette méthode familiere, on commence par écrire en entier les paroles dans le nouveau caractere, à l'exception des voyelles que l'on supprime ; mais le lieu où commence la lettre suivante l'indique, c'est-à-dire, si le commencement de cette lettre est au niveau du haut de la lettre précédente, cela marque la voyelle a ; si c'est au pié, c'est un u ; si c'est au milieu, c'est un i ; un peu plus haut ou un peu plus bas désigne l'e & l'o.

On croiroit d'abord que cette précision de placer les lettres empêcheroit d'aller vîte ; mais cela ne retarde aucunement ; car le sens fournit naturellement la voyelle au lecteur comme dans les lettres missives ou phrases, dont la plûpart des élémens pris séparément, pourroient à peine se déchiffrer ; ce qui n'empêche pas qu'on n'en lise la totalité très-vîte.

Comme rien ne nuit davantage à la célérité de l'écriture que de détacher la plume de dessus le papier, la personne se joint au verbe, comme dans l'hébreu celui-ci est uni inséparablement avec son verbe auxiliaire, & ordinairement avec son adverbe ; ce qui loin d'apporter de la confusion, donne de la clarté, en ce que par l'étendue & forme de ce grouppe de caracteres, on voit tout-d'un-coup que c'est un verbe dans un tems composé.

Quand on est parvenu à écrire ainsi couramment, on apprend les abréviations ; car chaque lettre isolée signifie un pronom, adverbe, ou proposition, &c.

Chaque union de deux lettres, ab, ac, ad, par exemple, en exprime aussi un mot relatif aux élémens qui la composent. Il y a aussi quelques autres regles d'abréviations générales, comme au lieu de répéter une parole ou une phrase, de tirer une ligne dessous ; quand une consonne se trouve répétée dans la même syllabe, de la faire plus grande, par exemple même, non-pape où l'm n, & le p, sont le double de leur grandeur naturelle, en ce qu'ils représentent deux m, deux n, deux p ; ceux-ci sont ordinairement des commencemens de mots, & en y ajoutant les terminaisons finales, on fait les paroles mémoire - nonain papauté | : ciseaux. Ainsi pour les terminaisons, toutes les paroles qui finissent en son ou en sion, s'expriment par un point dans la lettre, exemple, hameçon en le décomposant on trouve un a ^ & un m \ avec un point au milieu de l'a coction .

Les terminaisons ation, étion, ition, otion, ution, s'écrivent avec deux points placés à l'endroit de la voyelle, par exemple, nation : notion :

pétition passion, la marque du pluriel quand on l'exprime, se fait par un point derriere la derniere, exemple, passions. la terminaison ment, s'exprime par un t final redoublé, exemple, parlement sciemment, humainement : ces regles peuvent s'appliquer indifféremment à toutes les langues.

Nous avons dit que la Tachygraphie angloise n'exprime que les sons, sans avoir égard à l'orthographe, par exemple, si on veut écrire de cette façon en françois ils aiment, on retranche l'nt final comme superflu, dès que le verbe est précédé du signe de la troisieme personne du pluriel ; ce qui abrégeroit la parole d'un tiers, & feroit aime, comme on ne prononce dans cette parole que l'm seule, on écriroit en Tachygraphie ils m. De plus, comme pour former l'm, il faut 7 traits, savoir trois lignes droites, & quatre lignes courbes, & que l'm est fréquemment usité ; la Tachygraphie l'admet parmi ses caracteres simples, & réduit les sept lignes à une simple diagonale, & y joignant le caractéristique de la troisieme personne du pluriel, ils aiment, s'écriroit aussi en françois composé de deux traits, au lieu de 28 que nous employons. En anglois, ce seroit différent ; car aimer se disant to love, on se sert de l au lieu d'm ; & ils aiment s'écriroit ils aimoient , aima ntaimer / qui dérive du substantif love amosar, ainsi que amant loveless sans lovely amour aimable lovelyness, substantif d'aimable, & qui ne se pourroit rendre en françois que par le terme d'amabilité.

Quand on suit un orateur rapide, on peut supprimer entierement les articles qui se placent ensuite en relisant le discours.

Il y a apparence que l'écriture chinoise, où chaque parole s'exprime par un caractere particulier, n'est pas essentiellement différente de notre Tachygraphie, & que les 400 clés sont 400 caracteres élémentaires dont tous les autres sont formés, & dans lesquels ils peuvent se résoudre. En cela la Tachéographie angloise lui seroit fort préférable, à cause de son petit nombre de caracteres primitifs, qui par la même raison, doivent être infiniment moins composés que dans un plus grand nombre qui supposent nécessairement une multiplicité de traits.

Pour n'avoir rien à désirer sur cette matiere, il faut se procurer l'alphabet de Weston, avec ses 26 caracteres, & 46 abréviations, l'abrégé du dictionnaire & des regles, & y joindre l'oraison dominicale, le symbole des apôtres, & les dix commandemens écrits suivant ces principes.

En outre des méthodes de Weston & de Macaulay, on peut consulter les suivantes, qui ont eu cours en différens tems.

Steganographia, or the art of short writing, by Addy.

Willis's abbreviation, or writing by characters, London 1618.

Sheltons, art of short hand writing, Long. 1659.

Mercury, or the secret and swift messengers, by Wilkins, 1641.

Rich's short hand.

Masons, art of short writing. London 1672.

Easy method of short hand writing. Lond. 1681.


TACINA(Géog. mod.) lieu d'Italie ; l'itinéraire d'Antonin le marque sur la route d'Equotuticum, à Rhegium, entre Meto & Scyllacium, à 24 milles du premier de ces lieux, & à 22 milles du second. Simler croit que Tacina pourroit être la même chose que le promontoire Lacinium. (D.J.)

TACINA, LA, (Géog. mod.) riviere d'Italie, au royaume de Naples, dans la Calabre ultérieure. Elle prend sa source vers les confins de la Calabre citérieure, & se perd dans le golfe de Squillace, où elle a son embouchure, entre celles du Nascaro & du Dragone-Rio. Tacina est le Targis ou Targines des anciens. (D.J.)


TACITAS. f. (Mythol.) déesse du silence ; elle fut inventée par Numa-Pompilius, qui jugea cette divinité aussi nécessaire à l'établissement de son nouvel état, que la divinité qui fait parler. (D.J.)


TACITEadj. (Gramm.) sous entendu, quoique non exprimé. On dit une condition tacite, un consentement tacite, une paix tacite, une clause tacite.

TACITE RECONDUCTION, (Jurisprud.) voyez ci-devant RECONDUCTION.


TACITURNE(Gram.) il se dit du caractere de l'homme sombre, mélancolique, & gardant le silence. La taciturnité n'a jamais été prise pour une bonne qualité ; elle inspire l'éloignement ; elle renferme. Elle est si souvent la compagne de la méchanceté, ou du-moins de l'humeur, qu'où l'on remarque l'une, on suppose l'autre. On suppose que l'homme taciturne parleroit, s'il ne craignoit de se démasquer, & qu'il laisseroit voir au fond de son ame, s'il n'y receloit quelque chose de honteux ou de funeste. Ce n'est cependant quelquefois qu'une maladie, ou la suite d'une maladie. Il y a des nations taciturnes, des familles taciturnes ; on devient taciturne avec ceux qu'on craint.


TACITURNITÉS. f. (Morale) comme la nation Françoise est fort vive, & qu'elle aime beaucoup à parler, il lui a plû de prendre ce mot en mauvaise part ; & d'entendre par taciturnité, l'observation du silence, dont le seul principe est une humeur triste, sombre & chagrine ; mais nous n'adoptons pas cette idée vulgaire, parce qu'elle ne nous paroît pas trop philosophique.

La taciturnité, en latin taciturnitas dans Ciceron, est cette vertu de conversation qui consiste à garder le silence quand le bien commun le demande.

Les deux vices qui lui sont opposés dans l'excès, sont le trop parler lorsqu'il est nuisible, & le silence hors de saison, qui est préjudiciable à la communication qu'on doit faire de ses connoissances, & aux principaux services de la société humaine.

La parole étant le principal interprete de ce qui se passe en-dedans de notre ame ; & un signe dont l'usage est particulier au genre humain, la loi naturelle qui nous prescrit de donner à-propos des marques d'une sage bienveillance envers les autres, regle aussi la maniere dont nous devons user de ce signe, & en détermine les justes bornes. La taciturnité, par exemple, est requise, toutes les fois que le respect dû à la Divinité, à la religion établie, ou aux hommes mêmes qui sont nos supérieurs, exige de nous cette vertu. Elle est encore nécessaire quand il s'agit des secrets de l'état, de ceux qui regardent nos amis, notre famille, ou nous-mêmes, & qui sont de telle nature, que si l'on en découvroit, on causeroit du préjudice à quelqu'un ; sans que d'ailleurs en les cachant, on nuise au bien public. (D.J.)


TACODRUGITESS. m. (Hist. ecclés.) nom de quelques hérétiques montanistes ; il leur fut donné d'une affectation de recueillement qui leur faisoit porter leur second doigt dans une narine, ou plutôt sur leurs levres, comme des harpocrates ; ensorte que ce doigt étoit comme le pivot du nez. On les appelloit par la même raison passalosnichites, phrygiastes & montanistes. Tacodrugites est formé de , pivot, & de , nez.


TAÇONon donne ce nom aux jeunes saumons. Voyez SAUMON.


TACONS. m. (Imprimerie) on appelle tacon les morceaux de la frisquette que l'Imprimeur y entaille, pour donner jour aux endroits de la forme qu'on veut imprimer en rouge, & qu'il colle sur le grand tympan, afin de voir si l'ouverture de la frisquette & les morceaux qu'on en a enlevés se rencontrent parfaitement. (D.J.)


TACRIou TECRIT, (Géog. mod.) & par M. de la Croix, Tecrite ; ville d'Asie, sur le Tigre, au voisinage de la ville de Bagdat. Tamerlan s'en rendit maître l'an 796. de l'Hégire. Long. selon les tables arabiques de Nassir-Eddin & d'Ulug-Beg, 78. 20. lat. 34. 30. (D.J.)


TACTLE, (Physiol.) le tact, le toucher, l'atouchement, comme on voudra le nommer, est le plus sûr de tous les sens ; c'est lui qui rectifie tous les autres, dont les effets ne seroient souvent que des illusions, s'il ne venoit à leur secours ; c'est en conséquence le dernier retranchement de l'incrédulité. Il ajoute à cette qualité avantageuse, celle d'être la sensation la plus générale. Nous pouvions bien ne voir ou n'entendre, que par une petite portion de notre corps ; mais il nous falloit du sentiment dans toutes les parties pour n'être pas des automates, qu'on auroit démontés & détruits, sans que nous eussions pû nous en appercevoir, la nature y a pourvu : partout où se trouvent des nerfs & de la vie, on éprouve plus ou moins cette espece de sentiment. Il paroît même que cette sensation n'a pas besoin d'une organisation particuliere, & que la simple tissure solide du nerf lui est suffisante. Les parois d'une plaie fraîche, le périoste, ou un tendon découvert, ont un sentiment très-vif, quoiqu'ils n'ayent pas les houpes nerveuses qu'on observe à la peau : on diroit que la nature, obligée de faire une grande dépense en sensation du toucher, l'a établi à moins de fraix qu'il lui a été possible ; elle a fait ensorte que les houpes nerveuses ne fussent pas absolument nécessaires ; ainsi le sentiment du toucher est comme la base de toutes les autres sensations ; c'est le genre dont elles sont des especes plus parfaites.

Tous les solides nerveux animés de fluides, ont cette sensation générale ; mais les mamelons de la peau, ceux des doigts, par exemple, l'ont à un dégré de perfection qui ajoute au premier sentiment une sorte de discernement de la figure du corps touché. Les mamelons de la langue enchérissent encore sur ceux de la peau ; ceux du nez sur ceux de la langue, & toujours suivant la finesse de la sensation. Ce qui se dit des mamelons, n'exclut pas le reste du tissu nerveux, de la part qu'il a à la sensation. Les mamelons y ont plus de part que ce tissu dans certains organes, comme à la peau & à la langue ; dans d'autres, ils y ont moins de part, comme à la membrane pituitaire du nez qui fait l'organe de l'odorat. Enfin, ailleurs le tissu du solide nerveux fait presque seul l'organe, comme dans la vue ; ces différences viennent, de ce que chaque organe est proportionné à l'objet dont il reçoit l'impression.

Il étoit à-propos pour que le sentiment du toucher se fît parfaitement, que les nerfs formassent de petites éminences sensibles, parce que ces pyramides sont beaucoup plus propres qu'un tissu uniforme, à être ébranlées par la surface des corps. Le goût avoit besoins de boutons nerveux, qui fussent spongieux & imbibés de la salive, pour délayer, fondre les principes des saveurs, & leur donner entrée dans leur tissure, afin d'y mieux faire leur impression. La membrane pituitaire qui tapisse l'organe de l'odorat a son velouté, ses cornets & ses cellules, pour arrêter les vapeurs odorantes ; mais son objet étant subtil, elle n'avoit pas besoin ni de boutons, ni de pyramides grossieres. La choroïde a aussi son velouté noir pour absorber les images ; mais le fond de ce velours, fait pour recevoir des images, devoit être une membrane nerveuse, très-polie & très-sensible.

Nous appellons donc tact ou toucher, non pas seulement ce sens universel, dont il n'est presque aucune partie du corps qui soit parfaitement dépourvue ; mais sur-tout ce sens particulier, qui se fait au bout de la face interne des doigts, comme à son véritable organe. La douleur, la tension, la chaleur, le froid, les inégalités de la surface des corps se font sentir à tous les nerfs, tant intérieurement qu'extérieurement.

Le tact cause une douleur sourde dans les visceres, mais ce sentiment est exquis dans les nerfs changés en papilles, & en nature molle : ce tact n'a point une différente nature du précédent, il n'en differe que par degrés.

La peau quî est l'organe du toucher, présente un tissu de fibres, de nerfs & de vaisseaux merveilleusement entrelacés. Elle est collée sur toutes les parties qu'elle enveloppe par les vaisseaux sanguins, lymphatiques, nerveux ; &, pour l'ordinaire, par une couche de plusieurs feuillets très-minces, lesquels forment entr'eux des cellules, où les extrêmités artérielles, déposent une huile graisseuse ; aussi les anatomistes nomment ces couches de feuillets le tissu cellulaire ; c'est dans ce tissu que les bouchers introduisent de l'air quand ils soufflent leur viande, pour lui donner plus d'apparence.

La peau est faite de toutes ces parties mêmes qui l'attachent aux corps qui l'enveloppe. Ces feuillets, ces vaisseaux & ces nerfs capillaires sont appliqués les uns sur les autres, par la compression des eaux qui environnent le foetus dans le sein de la mere, & par celle de l'air lorsqu'il est né. Plusieurs de ces vaisseaux, creux d'abord, deviennent bien-tôt solides, & ils forment des fibres comme tendineuses, qui font avec les nerfs la principale tissure de cette toile épaisse. Les capillaires nerveux, après avoir concouru par leur entrelacement à la formation de la peau, se terminent à la surface externe ; là se dépouillant de leur premiere paroi, ils forment une espece de réseau : qu'on a nommé corps réticulaire. Ce réseau nerveux est déjà une machine fort propre à recevoir l'impression des objets ; mais l'extrêmité du nerf dépouillé de sa premiere tunique s'épanouit, & produit le mamelon nerveux ; celui-ci dominant sur le réseau est bien plus susceptible d'ébranlement, & par conséquent de sensation délicate. Une lymphe spiritueuse abreuve ces mamelons, leur donne de la souplesse, du ressort, & acheve par-là d'en faire un organe accompli.

Ces mamelons sont rangés sur une même ligne, & dans un certain ordre, qui constitue les sillons qu'on observe à la surpeau, & qui sont si visibles au bout des doigts, où ils se terminent en spirale. Quand ils y sont parvenus, Ils s'allongent suivant la longueur de cette partie, & ils s'unissent si étroitement, qu'ils forment les corps solides que nous appellons ongles.

Les capillaires sanguins, que nous appellons lymphatiques & huileux, qui entrent dans le tissu de la peau, s'y distribuent à-peu-près comme les nerfs ; leur entrelacement dans la peau forme le réseau vasculaire, leur épanouissement fait l'épiderme qui recouvre les mamelons, & qui leur est si nécessaire pour modérer l'impression des objets, & rendre parlà cette impression plus distincte. Enfin, les glandes situées sous la peau servent à abreuver les mamelons nerveux.

Il suit de ce détail, 1°. que l'organe corporel qui sert au toucher, est formé par des mamelons ou des houpes molles, pulpeuses, médullaires, nerveuses, muqueuses, veloutées, en un mot de diverses especes, infiniment variées en figure & en arrangement, produites par les nefs durs qui rampent sur la peau, lesquels s'y dépouillent de leurs membranes externes, & par-là deviennent très-mols, & conséquemment très-sensibles. Il suit 2°. que ces houpes sont humectées, & arrosées d'une liqueur très-fluide qui abonde sans cesse ; 3°. que cette membrane fine & solide qu'on appelle épiderme, leur prête des sillons, des sinuosités, où elles se tiennent cachées, & leur sert ainsi de défense, sans altérer leur sensibilité.

Ces houpes ont la vertu de se retirer sur elles-mêmes, & de ressortir. Malpighi qui a tant éclairci la matiere que nous traitons, a dit une fois qu'en examinant au microscope les extrêmités des doigts d'un homme délicat à un air chaud, il vit sortir les houpes nerveuses des sillons de l'épiderme, qui sembloient vouloir toucher & prendre exactement quelque chose au bout du doigt. Mais ailleurs le même Malpighi ne paroissant pas bien certain de ce qu'il avoit vu, révoque presque en doute cette expérience. Il est probable cependant que ces houpes s'élevent, comme il arrive dans le bout du téton, qui s'étend par le chatouillement. Quand on présente des sucreries à un enfant qui les aime, & qu'on lui fait tirer la langue devant un miroir, on y voit de toutes parts s'élever de petits tubercules. Le limaçon en se promenant fait sortir ses cornes, à la pointe desquelles sont ses yeux, qui n'apperçoivent jamais de corps durs, sans que le craintif animal n'entre dans sa coquille. Nos houpes en petit sortent comme les cornes du limaçon en grand ; ainsi, l'impression que les corps font sur les houpes de la peau, constitue le tact, qui consiste en ce que l'extrêmité du doigt étant appliquée à l'objet qu'on veut toucher, les houpes présentent leur surface à cet objet, & le frottent doucement.

Je dis d'abord que l'extrêmité des doigts doit être appliquée à l'objet qu'on veut toucher ; j'entens ici les doigts de la main plutôt que du pié ; cependant le tact se feroit presque aussi-bien avec le pié qu'avec la main, si les doigts du pié étoient plus flexibles, plus séparés, plus exercés, & s'ils n'étoient pas encore racornis par le marcher, le poids du corps & la chaussure. J'ajoute, que les houpes présentent leur surface à l'objet, parce qu'en quelque sorte, semblables à ces animaux qui dressent l'oreille pour écouter, elles s'élevent comme pour juger de l'objet qu'elles touchent. Je dis enfin que ces houpes frottent doucement leur surface contre celle de l'objet, parce que le tact est la résistance du corps qu'on touche. Si cette résistance est médiocre, le toucher en est clair & distinct ; si elle nous heurte vivement, on sent de la douleur sans toucher, à proprement parler : c'est ainsi que lorsque le doigt est excorié, nous ne distinguons point les qualités du corps, nous souffrons de leur attouchement : or, suivant la nature de cet attouchement, il se communique à ces houpes nerveuses un certain mouvement dont l'effet propagé jusqu'au sensorium commune, excite l'idée de chaud, de froid, de tiede, d'humide, de sec, de mol, de dur, de poli, de raboteux, de figuré, d'un corps mû ou en repos, proche ou éloigné. L'idée de chatouillement, de démangeaison, & le plaisir naissent d'un ébranlement leger ; la douleur d'un tiraillement, d'un déchirement des houpes.

L'objet du toucher est donc de tout corps qui a assez de consistance & de solidité pour ébranler la surface de notre peau ; & alors le sens qui en procede nous découvre les qualités de ce corps, c'est-à-dire sa figure, sa dureté, sa molesse, son mouvement, sa distance, le chaud, le froid, le tiede, le sec, l'humide, le fluide, le solide, &c.

Ce sens distingue avec facilité le mouvement des corps, parce que ce mouvement n'est qu'un changement de surface, & c'est par cette raison qu'il s'apperçoit du poli, du raboteux, & autres degrés d'inégalité des corps.

Il juge aussi de leur distance ; bonne & belle observation de Descartes ! Ce philosophe parle d'un aveugle, ou de quelqu'un mis dans un lieu fort obscur, qui distinguoit les corps proches ou éloignés, pourvu qu'il eût les mains armées de deux bâtons en croix, dont les pointes répondissent au corps qu'on lui présentoit.

L'homme est né ce semble, avec quelque espece de trigonométrie. On peut regarder le corps de cet aveugle, comme la base du triangle, les bâtons comme ses côtés, & son esprit, comme pouvant conclure du grand angle du sommet, à la proximité du corps ; & de son éloignement, par la petitesse du même angle. Cela n'est pas surprenant aux yeux de ces géometres, qui maniant la sublime géométrie avec une extrême facilité, savent mesurer les efforts des sauts, la force de l'action des muscles, les degrés de la voix, & les tacts des instrumens de musique.

Enfin le sens du toucher discerne parfaitement le chaud, le froid & le tiede. Nous appellons tiede, ce qui n'a pas plus de chaleur que le corps humain, réservant le nom de chaud & de froid, à ce qui est plus ou moins chaud que lui.

Quoique tout le corps humain sente la chaleur, ce sentiment se fait mieux par-tout où il y a plus de houpes & de nerfs, comme à la pointe de la langue & des doigts.

La sensation du chaud ou de la chaleur est une sorte d'ébranlement léger des parties nerveuses, & un épanouissement de nos solides & de nos fluides, produit par l'action modérée d'une médiocre quantité de la matiere, qui compose le feu ou le principe de la chaleur, soit naturelle, soit artificielle. Quand cette matiere est en plus grande quantité, ou plus agitée ; alors au-lieu d'épanouir nos solides & nos liqueurs, elle les brise, les dissout, & cette action violente fait la brûlure.

La sensation du froid au contraire, est une espece de resserrement dans les mamelons nerveux, & en général dans tous nos solides, & une condensation ou défaut de mouvement dans nos fluides, causé ou par l'attouchement d'un corps froid, ou par quelqu'autre accident qui supprime le mouvement de notre propre feu naturel. On conçoit que nos fluides étant fixés ou ralentis par quelqu'une de ces deux causes, les mamelons nerveux doivent se resserrer ; & c'est ce resserrement, qui est le principe de tous les effets du froid sur le corps humain.

Le sens du toucher nous donne aussi les sensations différentes du fluide & du solide. Un fluide differe d'un solide, parce qu'il n'a aucune partie assez grosse pour que nous puissions la saisir & la toucher, par différens côtés à la fois ; c'est ce qui fait que les fluides sont liquides ; les particules qui le composent ne peuvent être touchées par les particules voisines, que dans un point, ou dans un si petit nombre de points, qu'aucune partie ne peut avoir d'adhérence avec une autre partie. Les corps solides réduits en poudre, mais impalpable, ne perdent pas absolument leur solidité, parce que les parties se touchant de plusieurs côtés, conservent de l'adhérence entr'elles. Aussi peut-on en faire des petites masses, & les serrer pour en palper une plus grande quantité à-la-fois. Or par le tact on discerne parfaitement les especes qu'on peut réunir, serrer, manier avec les autres ; ainsi le tact distingue par ce moyen les solides des fluides, la glace de l'eau.

Mais ce n'est pas tout-d'un-coup qu'on parvient à ce discernement. Le sens du toucher ne se développe qu'insensiblement, & par des habitudes réitérées. Nous apprenons à toucher, comme nous apprenons à voir, à entendre, à goûter. D'abord nous cherchons à toucher tout ce que nous voyons ; nous voulons toucher le soleil ; nous étendons nos bras pour embrasser l'horison ; nous ne trouvons que le vuide des airs. Peu-à-peu nos yeux guident nos mains ; & après une infinité d'épreuves, nous acquérons la connoissance des qualités des corps, c'est-à-dire, la connoissance de leur figure, de leur dureté, de leur mollesse, &c.

Enfin le sens du toucher peut faire quelquefois, pour ainsi dire, la fonction des yeux, en jugeant des distances, & réparant à cet égard en quelque façon chez des aveugles, la perte de leur vue. Mais il ne faut pas s'imaginer que l'art du toucher s'étende jusqu'au discernement des couleurs, comme on le rapporte dans la république des lettres (Juin 1685) d'un certain organiste hollandois ; & comme Bartholin dans les acta medica Hafniensia, anno 1675, le raconte d'un autre artisan aveugle, qui, dit-il, discernoit toutes les couleurs au seul tact. On lit encore dans Aldrovandi, qu'un nommé Ganibasius, natif de Volterre & bon sculpteur, étant devenu aveugle à l'âge de 20 ans, s'avisa, après un repos de 10 années, d'essayer ce qu'il pourroit produire de son art, & qu'il fit à Rome une statue de plâtre qui ressembloit parfaitement à Urbain VIII. Mais il n'est pas possible à un aveugle, quelque vive que soit son imagination, quelque délicat qu'il ait le tact, quelque soin qu'il se donne à sentir avec ses doigts les inégalités d'un visage, de se former une idée juste de la figure de l'objet, & d'exécuter ensuite la ressemblance de l'original.

Après avoir établi quel est l'organe du toucher, la texture de cet organe, son méchanisme, l'objet de ce sens, son étendue, & ses bornes, il nous sera facile d'expliquer les faits suivans.

1°. Pourquoi l'action du toucher est douloureuse, quand l'épiderme est ratissée, macérée ou brûlée : c'est ce qu'on éprouve après la chûte des ongles, après celle de l'épiderme causée par des fievres ardentes, par la brûlure, & dans le gerse des levres, dont est enlevé l'épithélion, suivant l'expression de Ruysch. Tout cela doit arriver, parce qu'alors les nerfs étant trop à découvert, & par conséquent trop sensibles, le tact se fait avec trop de force. Il paroît que la nature a voulu parer à cet inconvénient, en mettant une tunique sur tous les organes de nos sensations.

2°. Pourquoi le tact est-il détruit, lorsque l'épiderme s'épaissit, se durcit, devient calleuse, ou est deshonorée par des cicatrices, &c. ? Par la raison que le toucher se fait mal quand on est ganté. Les cals font ici l'obstacle des gants : ce sont des lames, des couches, des feuillets de la peau, plusieurs fois appliqués les uns sur les autres par une violente compression, qui empêche l'impression des mamelons nerveux ; & ces cals se forment sur-tout dans les parties où la peau est épaisse, & serrée comme au creux de la main, ou la plante des piés. C'est à la faveur de ces cals, de ces tumeurs dures & insensibles, dans lesquels tous les nerfs & vaisseaux entamés sont détruits, qu'il y a des gens qui peuvent, sans se brûler, porter du fer fondu dans la main ; & des verriers manier impunément le verre brûlant. Charriere, Kaw & autres, ont fait la même observation dans les faiseurs d'ancres.

Plus le revêtement de la peau est dure & solide, moins le sentiment du toucher peut s'exercer ; plus la peau est fine & délicate, plus le sentiment est vif & exquis. Les femmes ont entr'autres avantages sur les hommes, celui d'avoir la peau plus fine, & par conséquent le toucher plus délicat. Le foetus dans le sein de la mere pourroit sentir par la délicatesse de sa peau, toutes les impressions extérieures ; mais comme il nage dans une liqueur, & que les liquides reçoivent & rompent l'action de toutes les causes qui peuvent occasionner des chocs ; il ne peut être blessé que rarement, & seulement par des corps ou des efforts très-violens. Il a donc fort peu, ou plutôt il n'a point d'exercice de la sensation du tact général, qui est commune à tout le corps ; comme il ne fait aucun usage de ses mains, il ne peut acquérir dans le sein de sa mere aucune connoissance de cette sensation particuliere qui est au bout des doigts. A peine est-il né, qu'on l'en prive encore par l'emmaillottement pendans six ou sept semaines, & qu'on lui ôte par-là le moyen d'acquérir de bonne heure les premieres notions de la forme des choses, comme si l'on avoit juré de retarder en lui le développement d'un sens important duquel toutes nos connoissances dépendent.

Par la raison que les cals empêchent l'action du toucher, la macération rend le toucher trop tendre en enlevant la surpeau ; c'est ce qu'éprouvent les jeunes blanchisseuses, en qui le savon amincit tellement l'épiderme, qu'il vient à leur causer un sentiment désagréable, parce que le tact des doigts se fait chez elles avec trop de force.

3°. Quelle est la cause de ce mouvement singulier & douloureux, de cette espece d'engourdissement que produit la torpille, quand on la touche ? C'est ce que nous indiquerons au mot TORPILLE. Mais pour ces engourdissemens universels qu'on observe quelquefois dans les filles hystériques, ce sont des phénomènes où le principe de tout le genre nerveux est attaqué, & qui sont très-difficiles à comprendre.

4°. D'où vient que les doigts sont le principal organe du toucher ? Ce n'est pas uniquement, répond l'auteur ingénieux de l'histoire naturelle de l'homme, parce qu'il y a une plus grande quantité de houpes nerveuses à l'extrêmité des doigts que dans les autres parties du corps ; c'est encore parce que la main est divisée en plusieurs parties toutes mobiles, toutes flexibles, toutes agissantes en même tems, & obéissantes à la volonté ; ensorte que par ce moyen les doigts seuls nous donnent des idées distinctes de la forme des corps. Le toucher parfait est un contact de superficie dans tous les points ; les doigts peuvent s'étendre, se raccourcir, se plier, se joindre & s'ajuster à toutes sortes de superficies, avantage qui suffit pour rendre dans leur réunion l'organe de ce sentiment exact & précis, qui est nécessaire pour nous donner l'idée de la forme des corps.

Si la main, continue M. de Buffon, avoit un plus grand nombre d'extrêmités, qu'elle fût, par exemple, divisée en vingt doigts, que ces doigts eussent un plus grand nombre d'articulations & de mouvemens, il n'est pas douteux que doués comme ils sont de houpes nerveuses, le sentiment de leur toucher ne fût infiniment plus parfait dans cette conformation qu'il ne l'est, parce que cette main pourroit alors s'appliquer beaucoup plus immédiatement & plus précisément sur les différentes surfaces des corps.

Supposons que la main fût divisée en une infinité de parties toutes mobiles & flexibles, & qui pussent toutes s'appliquer en même tems sur tous les points de la surface des corps, un pareil organe seroit une espece de géométrie universelle, si l'on peut s'exprimer ainsi, par le secours de laquelle nous aurions dans le moment même de l'attouchement, des idées précises de la figure des corps que nous pourrions manier, de l'égalité ou de la rudesse de leur surface, & de la différence même très-petite de ces figures.

Si au contraire la main étoit sans doigts, elle ne pourroit nous donner que des notions très-imparfaites de la forme des choses les plus palpables, & il nous faudroit beaucoup plus d'expérience & de tems que nous n'employons, pour acquérir la même connoissance des objets qui nous environnent. Mais la nature a pourvu suffisamment à nos besoins, en nous accordant les puissances de corps & d'esprit convenables à notre destination. Dites-moi quel seroit l'avantage d'un toucher plus étendu, plus délicat, plus raffiné, si toujours tremblans nous avions sans-cesse à craindre que les douleurs & les agonies ne s'introduisissent en nous par chaque pore ? C'est Pope qui fait cette belle réflexion dans le langage des dieux :

Say what the use, were finer senses given

And touch, if tremblingly alive all o'er

To smart and agonize at ev'ry pore ?

(D.J.)

TACT DES INSECTES, (Hist. nat.) la plupart des insectes semblent être doués d'un seul sens qui est celui du tact ; car ils ne paroissent pas avoir les organes des autres sens. Les limaçons, les écrevisses, les cancres se servent du toucher pour suppléer au défaut des yeux.

Ce sens unique & universel, quel qu'il soit dans les insectes, est sans comparaison plus fin & plus exquis que le nôtre. Quoiqu'il s'en trouve plusieurs qui ont l'usage de l'odorat, de la vue & de l'ouïe, il est aisé de comprendre que la délicatesse de leur tact peut suffire à toutes leurs connoissances ; l'exhalaison de la main qui s'avance pour prendre une mouche, peut recevoir par le mouvement une altération capable d'affecter cet insecte d'une maniere qui l'oblige à s'envoler. D'ailleurs on a lieu de douter qu'une mouche voie la main qui s'approche, parce que de quelque côté qu'on l'avance, elle sent également, & qu'il n'y a pas plus de facilité à la prendre par-derriere que par-devant. Quand un papillon se jette dans la flamme d'une chandelle, il y est peut-être plutôt attiré par la chaleur que par la lumiere ; enfin parmi les insectes qui excellent dans la subtilité du toucher, on doit compter les fourmis & les mouches ; je croirois même que la subtilité du tact de la mouche l'emporte sur celui de l'araignée ; en échange la mouche ne paroît avoir ni goût fin, ni odorat subtil. Il est du moins constant qu'on empoisonne les mouches avec de l'orpin minéral, dont l'odeur & le goût sont assez forts pour devoir détourner cet insecte d'en goûter. (D.J.)

TACT en Chirurgie, de la guérison des maladies par le tact. Les auteurs anciens & modernes rapportent comme une chose merveilleuse, & en même tems comme un fait positif, la guérison de plusieurs maladies incurables ou opiniâtres, par le seul attouchement. Le roi Pyrrhus passoit pour avoir la vertu de guérir les rateleux, en pressant doucement de son pié droit le viscere des malades couchés sur le dos, après avoir fait le sacrifice d'un coq blanc. On lit dans Plutarque qu'il n'y avoit point d'homme si pauvre ni si abject auquel il ne fît ce remede, quand il en étoit prié ; pour toute reconnoissance il prenoit le coq même qui avoit été sacrifié, & ce présent lui étoit très-agréable. Suetone attribue pareillement aux empereurs Adrien & Vespasien la vertu de guérir plusieurs maladies ; & Dion rapporte qu'Agrippa faisoit des cures singulieres par le pouvoir d'un anneau qui avoit appartenu à Auguste. Des naturalistes ne voyant aucun rapport entre la cause & l'effet prétendu, ont regardé ces oeuvres comme des illusions & des prestiges dont le diable étoit l'opérateur, par la raison que ces princes étoient payens, & qu'il est impossible au diable de faire de vrais miracles. C'est une des raisons que donne Gaspard à Rejes dans son livre intitulé Elysius jucundarum quaestionum campus. Mais cet auteur qui n'a point de principes fixes, prétend ailleurs que la vanité des princes, la bassesse des courtisans & la superstition des peuples ont été la source des singulieres prérogatives qu'on a attribuées aux maîtres du monde qui vouloient exciter l'admiration en s'élevant au-dessus de la condition humaine. Bientôt après il change d'opinion, & croit que la nature opere des merveilles en faveur de ceux qui doivent commander aux autres hommes, & que Dieu a pu accorder, même à des princes payens, des dons & des privileges extraordinaires. C'est ainsi, dit-il, que les rois d'Angleterre guérissent de l'épilepsie, les rois de France des écrouelles ; mais en bon & zélé sujet de la couronne d'Espagne, il croit qu'il convenoit que le plus grand roi de la chrétienté eût un pouvoir supérieur, c'est celui de faire trembler le démon à son aspect, & de le chasser par sa seule présence du corps de ceux qui en sont possédés. Tel est, selon lui, le privilege des rois d'Espagne.

André Dulaurens, premier médecin du roi Henri IV. a composé un traité de la vertu admirable de guérir les écrouelles par le seul attouchement, accordée divinement aux seuls rois de France très-chrétiens. Cette cérémonie se pratiquoit de son tems aux quatre fêtes solemnelles, savoir à pâques, à la pentecôte, à la toussaint & à noël, souvent même à d'autres jours de fête, par compassion pour la multitude des malades qui se présentoient ; il en venoit de tous les pays, & il est souvent arrivé d'en compter plus de quinze cent, sur-tout à la fin de la pentecôte, à cause de la saison plus favorable pour les voyages. Les médecins & chirurgiens du roi visitent les malades pour ne recevoir que ceux qui sont véritablement attaqués d'écrouelles. Les Espagnols avoient le premier rang, sans aucun titre que l'usage, & les François le dernier ; les malades des autres nations étoient indifféremment entre-deux. Le roi en revenant de la messe où il a communié, arrive accompagné des princes du sang, des principaux prélats de la cour romaine & du grand aumonier, trouve les malades à genoux en plusieurs rangs ; il récite une priere particuliere, & ayant fait le signe de la croix, il s'approche des malades ; le premier médecin passe derriere les rangs, & tient à deux mains la tête de chaque écrouelleux, à qui le roi touche la face en croix, en disant, le roi te touche, & Dieu te guérit. Les malades se levent aussi-tôt qu'ils ont été touchés, reçoivent une aumône, & s'en vont. A plusieurs, dit Dulaurens, les douleurs très-aiguës s'adoucissent & s'appaisent aussi-tôt ; les ulceres se dessechent à quelques-uns, aux autres les tumeurs diminuent ; ensorte que dans peu de jours, de mille il y en a plus de cinq cent qui sont parfaitement guéris.

L'auteur fait remonter l'origine de ce privilege admirable à Clovis qui le reçut par l'onction sacrée. Il rapporte tout ce que différens écrivains ont dit à ce sujet, & il refute Polidor Virgile qui attribue la même vertu aux rois d'Angleterre. Il est vrai qu'on tient pour certain qu'Edouard a guéri une femme de scrophules ; mais c'est un cas particulier, & cette guérison fut accordée au mérite de ce roi qui pour sa grande piété a été mis au rang des saints. On traite dans cet ouvrage avec beaucoup plus d'érudition que de goût, de tout ce qui a été écrit d'analogue à ce sujet par les anciens ; on prouve que l'imagination ne peut en aucune façon contribuer à la guérison des écrouelles à l'occasion de l'attouchement des rois, & l'on réfute une objection qui méritoit une discussion particuliere. Pour contester le pouvoir surnaturel qui fait le sujet de la question, l'on convenoit que les Espagnols, & en général les étrangers, recouvroient effectivement la santé, & que c'étoit l'effet du changement d'air & de la façon de vivre, ce qui réussit pour la guérison de plusieurs autres maladies ; mais des considérations pathologiques sur le caractere du mal & sur la guérison radicale des François sans changement d'air ni de régime, on conclud que ce n'est point à ces causes que les étrangers doivent rapporter le bien qu'ils reçoivent, mais à la bonté divine, qui par une grace singuliere a accordé le don précieux de guérir aux rois très-chrétiens.

L'application de la main d'un cadavre ou d'un moribond sur des parties malades, a été regardée par quelques personnes comme un moyen très-efficace de guérison. Suivant Van-Helmont, la sueur des mourans a la vertu merveilleuse de guérir les hémorrhoïdes & les excroissances. Pline dit qu'on guérit les écrouelles, les parotides & les goëtres, en y appliquant la main d'un homme qui a péri de mort violente : ce que plusieurs auteurs ont répété. Boyle s'explique un peu plus sur l'efficacité de ce moyen, à l'occasion d'une personne qui a été guérie d'une tumeur scrophuleuse par la main d'un homme mort de maladie lente, appliquée sur la tumeur jusqu'à ce que le sentiment du froid eût pénétré ses parties intimes. Quelques-uns recommandent qu'on fasse avec la main du mort des frictions assez fortes & assez longtems continuées, jusqu'à ce que le froid ait gagné la tumeur, ce qu'il est difficile d'obtenir, puisque le mouvement doit au contraire exciter de la chaleur. Il y en a qui préferent la main d'un homme mort de phthisie, à raison de la chaleur & de la sueur qu'on remarque aux mains des phthisiques, qu'on trouve très-souvent fort humides à l'instant de leur mort. Suivant Bartholin, des personnes dignes de foi, ont usé avec succès de ce moyen, & croyent que la tumeur se dissipe à mesure que le cadavre se pourrit, ce qui arrive plutôt en été qu'en hiver. J'ai vu plusieurs femmes venir dans les hôpitaux me demander la permission de tenir la plante du pié d'un homme à l'agonie sur un goëtre jusqu'à ce que cet homme fût mort, assurant très-affirmativement que leurs meres ou d'autres gens de leur connoissance avoient été guéries par ce moyen. L'expérience doit tenir ici lieu de raisonnement : comment nier à des gens la possibilité des faits qu'ils attestent, & qui leur donne de la confiance pour une pratique qui par elle-même ne peut inspirer que de l'aversion ? (Y)


TACTILEadj. (Phys.) se dit quelquefois de ce qui peut tomber sous le sens du tact ou du toucher.

Quoique les petites parties des corps soient matérielles, cependant elles ne sont ni tactiles, ni visibles, à cause de leur petitesse.

Les principales qualités tactiles sont la chaleur, le froid, la sécheresse, la dureté & l'humidité. Voyez CHALEUR, FROID, DURETE, &c. Chambers.


TACTIQUE(LA), est proprement la science des mouvemens militaires, ou, comme le dit Polybe, l'art d'assortir un nombre d'hommes destinés pour combattre, de les distribuer par rangs & par files, & de les instruire de toutes les manoeuvres de la guerre.

Ainsi la tactique renferme l'exercice ou le maniement des armes ; les évolutions, l'art de faire marcher les troupes, de les faire camper, & la disposition des ordres de bataille. C'étoit-là ce que les anciens Grecs faisoient enseigner dans leurs écoles militaires, par des officiers appellés tacticiens. Voyez GUERRE.

Il est aisé de s'appercevoir de l'importance de la tactique dans la pratique de la guerre ; c'est elle qui en contient les premieres regles ou les principaux élémens, & sans elle une armée ne seroit qu'une masse confuse d'hommes, également incapable de se mouvoir régulierement, & d'attaquer ou de se défendre contre l'ennemi. C'est par leurs grandes connoissances dans la tactique, que les anciens capitaines faisoient souvent ces manoeuvres inattendues au moment du combat, qui déconcertoient l'ennemi, & qui leur assuroient la victoire. " Ils étoient plus assurés que nous de la réussite de leurs projets, parce qu'avec des troupes dressées selon les vrais principes de l'art militaire, ils pouvoient calculer avec plus de justesse le tems & la distance que les différens mouvemens requéroient. Aussi ne bornoient-ils pas les exercices aux seules évolutions. Ils faisoient faire des marches d'un endroit à l'autre, en donnant attention au tems qu'ils y employoient, & aux moyens de remettre aisément les hommes en bataille. Ces principes, d'après lesquels tout le monde vouloit paroître se conduire, assuroient la supériorité du général qui les possédoit le mieux. C'étoient les généraux qui décidoient du sort des guerres. Le victorieux pouvoit écrire, j'ai vaincu les ennemis, & on ne le taxoit point de vanité. Le sage Epaminondas s'approprioit les victoires gagnées sous son commandement. N'en déplaise à Cicéron, César en pouvoit dire autant de la plûpart des siennes. Un savant architecte ne fait point injustice à ses maçons, en prenant pour lui seul l'honneur de la construction d'un bel édifice ". Mém. milit. par M. Guischardt, tom. I. p. 70.

C'est aux Grecs qu'on doit les premiers principes ou les premiers écrits sur la tactique ; & c'est dans Thucydide, Xenophon & Polybe qu'on voit les progrès de cet art, qui des Grecs passa aux Romains, chez lesquels il parvint à sa plus haute perfection. Du tems de Xénophon, la science de la guerre s'étoit déja beaucoup accrue ; elle augmenta encore sous Philippe, pere d'Alexandre, & sous ce prince, dont les successeurs, formés par son exemple & ses principes, furent presque tous de grands capitaines.

On peut observer les mêmes progrès de l'art militaire chez les Romains. " Toujours prêts à renoncer à leurs usages pour en adopter de meilleurs, ils n'eurent point honte d'abandonner les regles que leurs peres leur avoient laissées. La tactique du tems de César n'a presque rien de commun avec celle de Scipion & de Paul-Emile. On ne voit plus dans la guerre des Gaules, du Pont, de Thessalie, d'Espagne & d'Afrique, ni ces manipules de cent vingt hommes rangés en échiquier, ni les trois lignes des hastaires, des princes & des triaires distinguées par leur armure. Voyez LEGION. Le chevalier de Folard a tort, quand il dit que cet ordre de bataille en quinconce subsista jusqu'au tems de Trajan. César lui-même nous décrit la légion sous une autre forme. Toutes ces manipules étoient réunies & partagées ensuite en dix cohortes équivalentes à nos bataillons, puisque chacune étoit depuis cinq jusqu'à six cent hommes. L'élite des troupes mises autrefois en un corps séparé, qu'on appelloit les triaires, n'étoit plus à la troisieme ligne. On trouve dans Salluste une disposition de marche & un ordre de bataille qu'on prendroit pour être de Scipion. C'est le dernier trait que l'histoire fournisse de cette ancienne tactique. D'exactes observations fixent l'époque de la naissance de la nouvelle après le consulat de Métellus, & en font attribuer l'honneur à Marius.

En suivant les Romains dans leurs guerres sous les empereurs, on voit leur tactique perdre de siecle en siecle, ainsi qu'elle avoit gagné. La progression est en raison de la décadence de l'empire. Sous LÉon & Maurice, il est aussi difficile de reconnoître la tactique que l'empire de César ". Discours préliminaire des mém. milit. par M. Guischardt.

Plusieurs anciens ont traité de la tactique des Grecs. V. GUERRE. Outre ce que Xénophon & Polybe en ont écrit, il nous reste l'ouvrage d'Elien & celui d'Arrien, qui ne sont que des extraits des meilleurs auteurs sur ce sujet. M. Guischardt, qui a traduit la tactique d'Arrien, lui donne la préférence sur celle d'Elien ; parce que, dit-il, l'auteur a retranché judicieusement tout ce que l'autre contenoit de superflu & d'inutile dans la pratique, & que d'ailleurs les définitions sont plus claires que celles d'Elien. Comme Arrien n'a écrit que quelque tems après Elien, on croit assez communément que sa tactique n'est qu'une copie abrégée de celle de ce dernier auteur ; mais c'est une copie rectifiée par un maître de l'art, très-consommé dans la science des armes, au lieu qu'on peut présumer qu'Elien n'avoit jamais été à la guerre. Je parierois, dit M. le chevalier de Folard, que cet auteur n'avoit jamais servi, & que s'il étoit vrai qu'il eût fait la guerre, il en raisonnoit très-mal. Ce jugement est sans-doute trop rigoureux. Car comme Elien n'a travaillé que d'après les auteurs originaux, dont les écrits subsistoient de son tems, ce qu'il enseigne doit naturellement se trouver conforme à la doctrine de ces auteurs ; & en effet, comme l'observe M. Bouchaud de Bussy, qui vient de donner une nouvelle traduction de la tactique d'Elien, la plûpart des choses que cet ouvrage contient, se trouvent confirmées par le témoignage des historiens grecs. Il est vrai qu'Elien, dans son traité, paroît s'être plus attaché à la tactique des Macédoniens qu'à celle des Grecs ; mais comme ils exécutoient les uns & les autres les mêmes évolutions ou les mêmes mouvemens, le livre d'Elien n'en est pas moins utile pour connoître l'essentiel de leur tactique.

Quoiqu'il en soit, il paroît qu'Arrien ne trouvoit pas les auteurs qui l'avoient précédé suffisamment clairs & intelligibles, & que son objet a été de remédier à ce défaut. M. Guischardt prétend en avoir tiré les plus grands secours pour l'intelligence des faits militaires rapportés par les auteurs grecs.

A l'égard de la tactique des Romains, il ne nous reste des différens traités des anciens, que celui de Vegece, qui n'est qu'une compilation & un abrégé des auteurs qui avoient écrit sur ce sujet. On lui reproche, avec assez de fondement, de n'avoir pas assez distingué les tems des différens usages militaires, & d'avoir confondu l'ancien & le moderne. " Quand Vegece parut, dit M. Guischardt, le militaire romain étoit tombé en décadence : il crut le relever en faisant des extraits de plusieurs auteurs déja oubliés. Le moyen étoit bon, si Vegece avoit eu de l'expérience & du discernement ; mais il compila sans distinction, & il confondit, comme Tite-Live, la tactique de Jules-César avec celle des guerres puniques. Il semble avoir tiré de la discipline militaire de Caton l'ancien, ce qu'il y a de moins mauvais dans ces institutions.... En général, il est maigre dans ses détails, & il ne fait qu'effleurer les grandes parties de l'art militaire ". Il est certain que cet auteur ne donne qu'une très-légere idée de la plûpart des manoeuvres militaires ; les évolutions y sont sur-tout traitées avec une briéveté excessive ; Vegece ne fait, pour ainsi dire, qu'énoncer les principales. Cependant, malgré tous les défauts de cette espece qu'on peut lui reprocher, il n'y a, dit M. le chevalier de Folard, rien de mieux à lire ni de mieux à faire, que de le suivre dans ses préceptes. Je ne vois, ajoute ce même auteur, rien de plus instructif. Cela va jusqu'au merveilleux dans ses trois premiers livres, le quatrieme est peu de chose. Aussi l'ouvrage de Vegece est-il regardé comme un reste précieux échappé à la barbarie des tems. Les plus habiles militaires s'en sont utilement servi, & l'on peut dire qu'il a beaucoup contribué au rétablissement de la discipline militaire en Europe ; rétablissement qu'on doit particulierement au fameux Maurice prince d'Orange, à Alexandre Farnèse duc de Parme, à l'amiral Coligny, à Henri IV. Gustave Adolphe, &c. Ces grands capitaines chercherent à s'approcher de l'ordre des Grecs & des Romains autant que le changement des armes pouvoit le permettre ; car les armes influent beaucoup dans l'arrangement des troupes pour combattre, & dans la pression des rangs & des files.

Pour ce qui concerne l'arrangement particulier des troupes grecques & romaines, ou le détail de leur tactique, voyez PHALANGE & LEGION. A l'égard de la tactique moderne, voyez ARMEE, ÉVOLUTIONS, ORDRE DE BATAILLE, MARCHE & GUERRE.

Le fond de la tactique moderne est composé de celle des Grecs & des Romains. Comme les premiers, nous formons des corps à rangs & à files serrés ; & comme les seconds, nous avons nos bataillons qui répondent assez exactement à leurs cohortes, & qui peuvent combattre & se mouvoir aisément dans tous les différens terreins.

Par la pression des rangs & des files, les troupes sont en état de résister au choc des assaillans, & d'attaquer elles-mêmes avec force & vigueur. Il ne s'agit pour cet effet que de leur donner la hauteur ou la profondeur convenable, suivant la maniere dont elles doivent combattre.

Notre intention n'est point d'entrer ici dans un examen raisonné de notre tactique, le détail en seroit trop long, & il exigeroit un ouvrage particulier. Nous nous contenterons d'observer qu'il en doit être des principes de la tactique, comme de ceux de la fortification, qu'on tâche d'appliquer à toutes les différentes situations des lieux qu'on veut mettre en état de défense.

Qu'ainsi la disposition & l'arrangement des troupes doit varier selon le caractere & la façon de faire la guerre de l'ennemi qu'il faut combattre. Lorsqu'on est bien instruit des regles de la tactique, que les troupes sont exercées aux à-droite, aux à-gauche, doublemens & dédoublemens de files, de rangs & aux quarts de conversion ; qu'elles ont contracté d'ailleurs l'habitude de marcher & d'exécuter ensemble tous les mouvemens qui leur sont ordonnés, il n'est aucune figure ni aucun arrangement qu'on ne puisse leur faire prendre. Les circonstances des tems & des lieux doivent faire juger de la disposition la plus favorable pour combattre avec le plus d'avantage qu'il est possible. En général la tactique sera d'autant plus parfaite, qu'il en résultera plus de force dans l'ordre de bataille ; que les mouvemens des troupes se feront avec plus d'ordre, de simplicité & de promtitude ; qu'on sera en état de les faire agir de toutes les manieres qu'on jugera à-propos, sans les exposer à se rompre ; qu'elles pourront toujours s'aider & se soutenir réciproquement, & qu'elles seront armées convenablement pour résister à toutes les attaques des troupes de différentes especes qu'elles auront à combattre. Il est encore important de s'appliquer dans l'ordre & l'arrangement des différens corps de troupes, à faire ensorte que le plus grand nombre puisse agir offensivement contre l'ennemi, & cela, en conservant toujours la solidité nécessaire pour une action vigoureuse, & pour soutenir le choc ou l'impétuosité de l'ennemi.

De ce principe, dont il est difficile de ne pas convenir, il s'ensuit qu'une troupe formée sur une trop grande épaisseur, comme par exemple, sur seize rangs, ainsi que l'étoit la phalange des Grecs, n'auroit pas la moitié des hommes dont elle seroit composée, en état d'offenser l'ennemi, & qu'un corps rangé aussi sur très-peu de profondeur, comme deux ou trois rangs, n'auroit aucune solidité dans le choc.

Comme il est des positions où les troupes ne peuvent se joindre pour combattre la bayonnette au bout du fusil, & que la trop grande hauteur de la troupe n'est pas favorable à une action où il ne s'agit que de tirer, on voit par-là qu'il est nécessaire de changer la formation des troupes, suivant la maniere dont elles doivent combattre.

Dans les actions de feu, les troupes peuvent être sur trois ou quatre rangs, & dans les autres sur six ou huit. Voyez sur ce sujet les élémens de tactique, p. 10. 33. & 34.

Nous finirons cet article, en observant que les Romains perfectionnerent leur tactique en prenant des nations qu'elles avoient à combattre tout ce qui leur paroissoit meilleur que ce qu'ils pratiquoient. C'est le véritable moyen d'arriver à la perfection, pourvu que l'on sache distinguer les choses essentielles de celles qui sont indifférentes, ou qui ne conviennent point au caractere de la nation. Par exemple, on prétend qu'on a tort en France de vouloir imiter nos voisins dans l'usage qu'ils font de la mousqueterie, parce que nous leur envions à cet égard une propriété qu'ils n'ont peut-être éminemment que parce qu'ils ne peuvent pas avoir les nôtres.

" L'on n'entend parler, dit l'auteur du traité manuscrit de l'essai de la légion, que de cette espece d'imitation, qui est pernicieuse en ce qu'elle répugne au caractere national. Les Prussiens, les Allemands sont des modeles trop scrupuleusement détaillés. On pousse jusqu'à l'excès la vénération qu'on a pour leurs usages, même les plus indifférens. Il est très-raisonnable sans-doute de chercher à acquérir les bonnes qualités dont ils sont pourvus, mais sans renoncer à celles que l'on a, ou que l'on peut avoir supérieures à eux. Si l'on veut imiter, que ce soit dans les choses de principe, & non d'usage & de détail (a). Par exemple, pense-t-on à la discipline ? il faut chercher à en introduire une équivalente à celle des étrangers, mais conforme au génie de la nation. Imitons-les particulierement dans l'attention qu'ils ont eue à ne pas nous imiter, & à faire choix avec discernement d'une discipline & d'un genre de combat assorti à leur génie & à leur caractere. Il résultera alors de cette imitation l'effet précisément contraire à l'action de les copier dans les détails. Car nous prendrions d'aussi bonnes mesures pour mettre notre vivacité dans tout son avantage, qu'ils en prennent pour tirer parti de leur flegme & de leur docilité. Soyons comme des gens de génie, qui avec un caractere & une façon de penser qui leur est propre, ne dédaignent point d'ajouter à leurs qualités celles qu'ils apperçoivent dans les autres, mais qui se les approprient si bien, qu'ils ne sont jamais les copies ni l'écho de qui que ce soit. Il faut de l'instruction & des modeles sans-doute, mais jamais l'imitation scrupuleuse ne doit passer en principes.

Il fut un tems où notre infanterie formée par les guerres d'Italie, sous François I. fut assujettie à un

(a) On pourroit dire sur ce sujet comme Armande dans les Femmes savantes de Moliere :

Quand sur une personne on prétend se régler,

C'est par les beaux côtés qu'il faut lui ressembler ;

Et ce n'est point du tout les prendre pour modeles,

Ma soeur, que de tousser & de cracher comme elles.

bel ordre & à une belle discipline par le maréchal de Brissac ; mais elle perdit bientôt tous ces avantages par le désordre & la licence des guerres civiles.

L'histoire de France, depuis Henri II. jusqu'à Henri IV. n'expose que des petites guerres de partis & des combats sans ordre ; les batailles étoient des escarmouches générales. Cela se pratiquoit ainsi faute de bonne infanterie. La cessation des troubles nous fit ouvrir les yeux sur notre barbarie ; mais les matieres militaires étoient perverties, ou plutôt perdues. Pour les recouvrer il falloit des modeles. Le prince Maurice de Nassau éclairoit alors toute l'Europe par l'ordre & la discipline qu'il établissoit chez les Hollandois. On courut à cette lumiere ; on se forma, on s'instruisit sous ses yeux à son école ; mais l'on n'imita rien servilement. On prit le fond des connoissances qu'il enseignoit par sa pratique, & l'on en fit l'application relativement au génie de la nation.

Les grands principes sont universels ; il n'y a que la façon de les appliquer qui ne peut l'être. On établit alors le mêlange des armes & des forces ; on fixa le nombre des hommes du bataillon, & les corps furent armés des différentes armes qui se prêtoient un mutuel secours. On vit sous les mêmes drapeaux des enfans perdus, des mousquetaires, des piques, des halebardes & des rondaches. Les exercices qui nous restent de ce tems-là annoncent des principes de lumiere & de méthode dans l'instruction, mais ils n'indiquent point l'abandon de l'espece de combat qui nous étoit avantageux : au contraire, sans imiter précisément les Hollandois, nous profitâmes des lumieres du prince Maurice, conformément à notre génie, & nous surpassâmes bientôt notre modele.

C'est ainsi que l'on peut & que l'on doit imiter, sans s'attacher aux méthodes particulieres. Car quelques bonnes qu'elles puissent être chez les étrangers, il faut toujours penser que puisqu'elles leur sont habituelles & dominantes, elles sont analogues à leur caractere. Car le caractere national ne peut se communiquer ; il ne s'imite point ; c'est, s'il est heureux, le seul avantage d'une nation sur une autre que l'ennemi ne puisse pas s'approprier ; mais quand on y renonce par principe, & qu'on se dépouille de son naturel pour imiter, on finit par n'être ni soi ni les autres, & l'on se trouve fort au-dessous de ceux qu'on a voulu imiter.

Je ne doute pas que les étrangers ne voient avec plaisir que nous nous sommes privés volontairement de l'avantage de notre vivacité dans le choc qu'ils ont toujours redouté en nous, & qu'ils ont cherché à éluder parce qu'ils n'ont pas cru pouvoir y résister, & encore moins l'imiter. Cette imitation étoit hors de leur caractere ; elle leur a paru impraticable ; ils se sont servi de leur propre vertu, & ils se sont procuré des avantages dans un autre genre, en se faisant un principe constant de se dévoyer autant qu'ils le peuvent à l'impétuosité de notre choc.

Il faut chercher sans-doute à se rendre propre au genre de combat auquel ils nous forcent le plus souvent ; mais il est nécessaire en même tems de s'appliquer à employer cette force qu'ils redoutent en nous, & dont ils nous apprennent la valeur par l'attention qu'ils ont à l'éviter.

Il est donc nécessaire que notre ordre habituel n'ait pas cette tendance uniquement destinée à la mousqueterie, & à la destruction de toute autre force. C'est pourquoi il faut fixer des principes & un ordre également distant de l'état de foiblesse, & celui d'une force qui n'est propre qu'à certaines circonstances, ou qui est employé au-delà de la nécessité ". (Q)


TADGIES(terme de relation) nom qu'on donne aux habitans des villes de la Transoxane, & du pays d'Iran, c'est-à-dire à tous ceux qui ne sont ni tartares, ni mogols, ni turcs, mais qui sont naturels des villes ou des pays conquis.


TADINAEou TADINUM, (Géogr. anc.) & ses habitans Tadinates ; ville d'Italie au pié du mont Apennin, & des frontieres de l'Umbrie. Elle étoit sur la voie Flaminienne, & le fleuve Rasina mouilloit ses murs. On la nomme aujourd'hui Gualdo ; cependant Gualdo n'est pas dans le même lieu que Tadinae, mais sur une colline voisine. (D.J.)


TADMOR(Géog. mod.) on écrit aussi Thadmor, Tamor, Thamor, Thedmor, Tedmoor & Tedmor ; mais qu'on écrive comme on voudra, c'est l'ancien nom hébraïque & syriaque de la ville célebre, que les Grecs & les Romains ont nommée Palmyre. Voyez PALMYRE.


TADORNETARDONNE, s. f. (Hist. nat. Ornitholog.) tadorna bellonii, oiseau de mer qui est plus petit que l'oie, & plus gros que le canard ; il a le bec court, large, un peu courbe, & terminé par une espece d'ongle ; cet ongle & les narines sont noires ; tout le reste du bec a une couleur rouge ; il y a près de la base de la piece supérieure du bec, une prééminence oblongue & charnue ; la tête & la partie supérieure du cou sont d'un verd foncé & luisant ; le reste du cou & le jabot ont une belle couleur blanche ; les plumes de la poitrine & des épaules sont de couleur de feuille morte, cette couleur forme un cercle au-tour de la partie antérieure du corps ; le bas de la poitrine & le ventre sont blancs ; les plumes du dessous de l'anus ont une couleur tirant sur l'orangé, à-peu-près semblables à celle des plumes du dessus de la poitrine ; les plumes du dos & des aîles, à l'exception de celles de la derniere articulation de l'aîle, sont blanches ; les longues plumes des épaules ont une couleur noire ; celles de la queue sont blanches, à l'exception de la pointe qui est noire. Rai, synop. meth. avium. Voyez OISEAU.


TADOUSSAou TADOUSAC, (Géog. mod.) port & établissement de l'Amérique septentrionale, dans la nouvelle France, au bord du fleuve S. Laurent, à 30 lieues au-dessous de Québec, près de l'embouchure de la riviere Saguenai ; c'est un petit port capable au plus de contenir vingt navires. Longit. 309. lat. 48. 33. (D.J.)


TAEDAS. m. (Botan. & Littérat.) taeda en botanique, est le pin des montagnes converti en une substance grasse. Rai, Dalechamp, Clusius & Parkinson ont, je crois, raison de penser que le mot taeda est homonyme, & signifie quelquefois le bois gras & résineux, , du pin que l'on brûle en forme de torche ; & quelquefois une espece particuliere d'arbre que Théophraste n'a point connue. On tire de la partie inférieure du pin des montagnes, qui est près de la racine, des morceaux de bois résineux dont on se sert pour allumer du feu, & pour éclairer dans plusieurs endroits de l'Allemagne ; la seve se jettant sur la racine cause une suffocation, par le moyen de laquelle l'arbre se convertit en taeda. Le sapin & la melèse se convertissent quelquefois en taeda ; mais cela est assez rare, car c'est une maladie particuliere au pin des montagnes.

L'usage que l'on faisoit des morceaux de taeda pour éclairer, est cause que l'on donne le même nom à toutes sortes de flambeaux, & sur-tout au flambeau nuptial. Aussi le mot taeda se prend-il dans les poëtes pour le mariage. Catulle appelle un heureux mariage, felices taedae ; & Séneque nomme taeda, l'épithalame ou la chanson nuptiale. Aristenete, dans sa description des noces d'Acoucés & de Cydippé, dit qu'on mêla de l'encens dans les flambeaux nuptiaux, afin qu'ils répandissent une odeur agréable avec leur lumiere ; c'est un luxe qui nous manque encore.

, ou , signifient proprement un flambeau ou une torche, de , j'allume ; d'où est venu le latin taeda, comme de , tescum, , tina. On appelloit ainsi une torche faite de plusieurs petits morceaux de bois résineux attachés ensemble, & enduits de poix. Pline se sert du mot taeda pour signifier un arbre de l'espece du pin. On tiroit les taedae du picaea, du pin, & ex omnibus , c'est-à-dire, de tous les arbres tédiferes. Saumaise vous en diroit bien davantage, mais je n'ose transcrire ici ses remarques d'érudition. (D.J.)


TAELS. m. (Poids chinois) les Portugais disent telle, & les Chinois, leam. C'est un petit poids de la Chine, qui revient à une once deux gros de France, poids de marc ; il est particulierement en usage du côté de Canton. Les seize taels font un catis, cent catis font le pic, & chaque pic fait cent vingt-cinq livres poids de marc. Savary. (D.J.)

TAEL D'ARGENT, (Monnoie du Japon) monnoie de compte du Japon, qui passe encore à la Chine pour vraie monnoie. Le taël d'argent japonois, vaut trois guldes & demi d'Hollande. (D.J.)

TAEL-PE, s. m. (Hist. nat.) nom d'un animal aussi petit qu'une hermine, dont les Chinois de Pékin font des fourrures. Ces animaux se trouvent dans la Tartarie orientale, chez les Tartares appellés Kalkas ; ce sont des especes de rats, qui forment dans la terre des rangées d'autant de trous qu'il y a de mâles dans la société ; l'un d'eux fait toujours sentinelle pour les autres à la surface de la terre, dans laquelle il rentre à l'approche des chasseurs ; ces derniers entourent leur retraite, ils ouvrent la terre en deux ou trois endroits, jettent de la paille allumée dans les trous qu'on y a faits, & par là ils font sortir ces petits animaux de leurs trous.


TAENARUM FLUMEN(Géog. anc.) fleuve de Thrace, près la ville Aenus, selon Chalcondyle, cité par Ortelius. Leunclavius dit que le nom vulgaire est Tunza, & que ce fleuve se jettoit dans l'Hébrus, aux environs d'Hadrianopolis. M. de Lisle, dans sa carte de la Grece, appelle ce fleuve Tuncia.


TAENIAS. m. (Hist. nat. Insectologie) autrement le ruban ; c'est une espece de ver fort irrégulier du corps humain ; il est d'une grandeur indéfinie, car on prétend en avoir vû de dix à vingt toises de long ; en même tems il n'a guere que quatre à cinq lignes de largeur ; enfin il est plat comme un lacet, d'où lui vient son nom de ruban. Son corps est composé d'anneaux enchâssés régulierement les uns dans les autres, mais avec quelques différences ; les onze premiers anneaux, du côté de la tête, sont unis par une membrane fine, qui les sépare tant-soit-peu les uns des autres ; ils sont encore un peu plus épais, & plus petits que les anneaux du reste du corps ; au-dessous des six premiers articles, il y a plusieurs petites éminences rondes, placées en long, comme les piés des chenilles ; la partie supérieure de chaque articulation, c'est-à-dire celle qui est vers la tête, est reçue dans l'articulation précédente, & la partie inférieure reçoit l'articulation suivante ; ce qui fait une articulation perpétuelle ; la cavité où chaque articulation est jointe, paroît traversée par des fibres musculeuses, qui laissent entr'elles de petits espaces, par où les visceres communiquent d'un anneau à l'autre. Sur les côtes de chaque articulation, on apperçoit une petite ouverture en forme d'issue, où aboutit un canal qui s'étend jusqu'au milieu de l'articulation. M. Andry a le premier observé ces ouvertures ; il les prend pour des trachées, parce que certaines especes d'insectes en ont effectivement qui sont disposées ainsi tout le long de leur corps, à chaque articulation ou incision.

La peau du taenia en fait toute la substance ; c'est un véritable muscle, formé de fibres disposées en plusieurs sens, & entrecoupées aux jointures. Elle ne paroissent cependant qu'à l'intérieur de la peau. Le ver se plie facilement dans toute son étendue, mais principalement aux jointures.

Il est à présumer que ce ver vient d'un oeuf comme tous les autres animaux ; mais comment cet oeuf se trouveroit-il dans le corps d'un homme ? y est-il venu de dehors, enfermé dans quelque aliment, ou même, si l'on veut, porté par l'air ? on devroit donc voir sur la terre des taenia, & l'on n'en a jamais vu. On pourroit bien supposer que le chyle dont ils se nourrissent dans le corps humain, leur convient mieux que toute autre nourriture qu'ils pourroient trouver sur la terre, sans y parvenir jamais à plusieurs toises de longueur ; mais du moins devroit-on connoître les taenias de terre, quelque petits qu'ils fussent, & l'on n'en connoît point.

Il est vrai qu'on pourroit encore dire que leur extrême petitesse les rend absolument méconnoissables, & change même leur figure, parce que tous leurs anneaux seront roulés les uns dans les autres ; mais que de cette petitesse qui les change tant, ils puissent venir à avoir dix à vingt toises de longueur, c'est une supposition un peu violente ; quel animal a jamais crû selon cette proportion ? il seroit donc commode de supposer que puisque le taenia ne se trouve que dans le corps de l'homme, ou de quelqu'autre animal, l'oeuf dont il est éclos, est naturellement attaché à celui dont cet animal est venu ; & ceux qui soutiennent l'hypothèse des vers héréditaires, s'accommoderoient fort de cette idée.

Ce qu'il y a de plus sûr, c'est qu'on peut longtems nourrir un taenia, sans s'en appercevoir. Cet hôte n'est nuisible que par des mouvemens extraordinaires, & il n'y a peut-être que de certains vices particuliers des humeurs, qui l'y obligent en l'incommodant, & en l'irritant ; hors de-là il vit paisiblement d'un peu de chyle, dont la perte se peut aisément supporter, à moins que le ver ne soit fort grand, ou qu'il n'y ait quelqu'autre circonstance particuliere, difficile à deviner. (D.J.)


TAENIOLONGA(Géog. anc.) ville d'Afrique, dans la Mauritanie tingitane, sur l'Océan ibérique, selon Ptolémée, liv. IV. j. Le nom moderne, selon Castald, est Mesenna. (D.J.)


TAFALLA(Géog. mod.) ville d'Espagne, dans la Navarre, proche la riviere de Cidaço, à cinq lieues de Pampelune. Elle est fortifiée, & dans un terroir fertile en excellent vin. (D.J.)


TAFARAS. f. (Hist. nat. Bot.) plante de l'île de Madagascar, dont la décoction & le marc appliqué, ont une vertu admirable pour la guérison des hernies.


TAFFETASS. m. (Soierie) on donne le nom de taffetas à toutes les étoffes minces & unies, qui ne sont travaillées qu'avec deux marches, ou faites comme la toile, de façon que toutes les étoffes de cette espece pourroient être travaillées avec deux lisses seulement ; si la quantité des mailles dont chaque lisse seroit composée, & qui doit être proportionnée au nombre de fils, ne gênoient le travail de l'étoffe, chaque maille occupant plus de place que le fil dont la chaîne est composée, qui doit être très-fin, surtout dans les taffetas unis. C'est uniquement pour parer aux inconvéniens qui proviendroient de la quantité de mailles, si cette étoffe étoit montée avec deux lisses, qu'on s'est déterminé à les monter sur quatre, afin que le fil de la chaîne ait plus de liberté & ne soit point coupé par le resserrement des mailles beaucoup plus fortes & plus grosses que le même fil. Les moëres qui ne sont qu'une espece de taffetas ont jusqu'à dix lisses, pour lever moitié par moitié ; & cela, pour que les mailles ne soient pas serrées.

L'armure du taffetas est donc la même que celle du poil du double fond, ou de la persienne ; & quoiqu'elle soit très-simple, nous en ferons la démonstration, parce qu'on se servira du terme d'armer les poils en taffetas, dans les étoffes riches dont nous parlerons, de même que de les armer en raz de saint Maur, dans les occasions où il sera nécessaire.

Démonstration de l'armure des taffetas.


TAFFIAS. m. (Art distill.) le taffia, que les Anglois appellent rhum, & les François guildive, est un esprit ardent ou eau-de-vie tirée par le moyen de la distillation des débris du sucre, des écumes & des gros syrops, après avoir laissé fermenter ces substances dans une suffisante quantité d'eau.

Voici de quelle façon on opere. On commence par mettre dans de grandes auges de bois construites d'une seule piece, deux parties d'eau claire, sur lesquelles on verse environ une partie de gros syrop, d'écumes & de débris de sucre fondus ; on couvre les auges avec des planches, & on donne le tems à la fermentation de produire son effet. Au bout de deux ou trois jours, selon la température de l'atmosphere, il s'excite dans les auges un mouvement intestin, qui chasse les impuretés grossieres, & les fait monter à la surface de la grappe, c'est-à-dire de la liqueur, laquelle acquiert une couleur jaune & une odeur aigre extrêmement forte, signe évident que la fermentation a passé de son état spiritueux à celui d'acidité. C'est à quoi les Distillateurs de taffia ne font nulle attention, se conduisant d'après une ancienne routine : on croit devoir les avertir de veiller soigneusement à saisir l'instant juste entre ces deux degrés de fermentation, ils y trouveront leur avantage par la bonne qualité de la liqueur qu'ils distilleront.

C'est ordinairement à la couleur, aussi-bien qu'à l'odeur, que l'ouvrier juge si la grappe est en état d'être passée à l'alembic. Alors on enleve fort exactement toutes les ordures & les écumes qui surnagent, & on verse la grappe dans de grandes chaudieres placées sur un fourneau, dans lequel on fait un feu de bois. Ces chaudieres, dont on peut voir la figure dans nos Planches de Sucrerie, sont de grandes cucurbites de cuivre rouge, garnies d'un chapiteau à long bec, auquel on adapte une couleuvre, espece de grand serpentin d'étain en spirale, formant plusieurs circonvolutions au milieu d'un tonneau plein d'eau fraîche, qu'on a grand soin de renouveller lorsqu'elle commence à s'échauffer, l'extrêmité inférieure du serpentin passe au-travers d'un trou fort juste percé vers le bas du tonneau ; c'est par cette extrêmité que coule la liqueur distillée dans des cruches ou pots de raffineries servant de récipiens.

Lorsqu'il ne monte plus d'esprit dans le chapiteau, on délute les jointures du collet ; & après avoir vuidé la chaudiere, on la remplit de nouvelle grappe, & on recommence la distillation, pour avoir une certaine quantité de premiere eau distillée, laquelle étant foible, a besoin d'être repassée une seconde fois à l'alembic. Par cette rectification, elle acquiert beaucoup de limpidité & de force. Elle est très-spiritueuse ; mais par le peu de précaution, elle contracte toujours de l'âcreté, & une odeur de cuir tanné fort désagréable à ceux qui n'y sont pas accoutumés. Les Anglois de la Barbade distillent le taffia avec plus de soin que nous ne faisons. Ils l'employent avec de la limonade, pour en composer le punch dont ils usent fréquemment. Voyez PUNCH. C'est encore avec le taffia, mêlé des ingrédiens convenables, qu'ils composent cette excellente liqueur connue sous le nom d'eau des Barbades, qui cependant est beaucoup plus fine & bien meilleure lorsqu'elle est faite avec l'eau-de-vie de Coignac. On employe communément le taffia pour frotter les membres froissés, pour soulager les douleurs rhumatismales. On y ajoute quelquefois des huiles de frégate, de soldat, ou de serpent tête-de-chien : si on le mêle avec des jaunes d'oeufs cruds & du baume de copahu un peu chaud, on en compose un excellent digestif propre à nettoyer les plaies.

Quoique le fréquent usage de l'eau-de-vie & des liqueurs spiritueuses soit pernicieux à la santé, on a remarqué que de toutes ces liqueurs le taffia étoit la moins malfaisante. Cela paroît démontré par les excès qu'en font nos soldats & nos negres, qui résisteroient moins long-tems à la malignité des eaux-de-vie qu'on fait en Europe. Art. de M. LE ROMAIN.


TAFILET(Géog. mod.) royaume d'Afrique, en Barbarie, compris dans les états de Maroc. Il est borné au nord par les royaumes de Tremecen & de Fez, au midi par le desert de Barbarie, au levant par le pays des Béréberes, & au couchant par les royaumes de Fez, de Maroc & de Sus. On le divise en trois provinces, qui sont Dras, Sara & Thuat. Les grandes chaleurs qu'il y fait, & les sables en rendent le terroir stérile ; cependant il y croît beaucoup de dattes. Ses principales villes sont Tafilet, capitale, Sugulmesse, Timescuit & Taragale. (D.J.)

TAFILET, (Géog. mod.) ville d'Afrique, capitale du royaume, & sur une riviere de même nom. Elle est peuplée d'environ deux mille béréberes, & son terroir produit les meilleures dattes de Barbarie. Long. 16. 5. lat. 28. 30. (D.J.)

TAFILET, riviere, (Géog. mod.) riviere d'Afrique dans la Barbarie, au royaume du même nom qu'elle traverse. Elle a sa source dans le mont Atlas, au pays des Sagars, & se perd dans les sables du Sara, ou desert de Barbarie. (D.J.)


TAFOE(Géog. mod.) ou Tafou ; province d'Afrique, dans la Guinée proprement dite, au royaume d'Akim. Vers le midi de cette province, est la montagne de Tafou, où l'on prétend qu'il y a des mines d'or.


TAFURES(Géog. mod.) petite ville d'Asie, dans l'Archipel des Moluques, à 80 lieues de Ternate. Elle a trois lieues de circuit, des palmiers, du coco, plusieurs autres fruits, un grand étang, &c. en un mot, elle est fertile, & néanmoins fort dépeuplée par les ravages qu'y commirent les Espagnols en 1631, & dont elle n'a pu se relever. (D.J.)


TAGAE(Géog. anc.) ville de la Parthie aux confins de l'Hyrcanie, près du fleuve Oxus, selon Polybe, l. X. n °. 26. & selon Solin.


TAGAMA(Géog. anc.) ville d'Afrique dans la Lybie intérieure, sur le bord du Niger, entre Vellégia & Panagra, selon Ptolémée, l. IV. c. vj. Elle a été épiscopale.


TAGAOST(Géog. mod.) ville d'Afrique, au royaume de Maroc, dans la province de Sus, à 20 lieues de la mer. Les Juifs qui s'y trouvent vivent dans un quartier séparé, & y font un bon commerce. Long. 10. lat. 28. 30. (D.J.)


TAGASTE(Géog. anc.) ville d'Afrique dans la Numidie, entre Hippone & Sicca-Veneria, ou comme le marque l'itinéraire d'Antonin, sur la route d'Hippone à Carthage, entre Hippone & Naraggara, à 53 milles de la premiere de ces villes, & à 25 de la seconde. Pline nomme Tagaste, Tagestense oppidum. C'étoit un siege épiscopal, qui a subsisté long-tems après les ruines de Carthage & d'Hippone.

Cette ville a été encore célebre par la naissance de S. Augustin, en l'an 354 de J. C. & d'Alypius son bon ami, qui en devint évêque l'an 394. Tandis que S. Augustin réfutoit les Pélagiens avec la plume, Alypius obtint contr'eux de l'empereur Honorius, les arrêts les plus séveres. Ce sont ces arrêts, dit le P. Maimbourg, qui exterminerent l'hérésie pélagienne de l'empire, parce qu'on chassa de leurs sieges tous les évêques qui ne voulurent pas souscrire à la condamnation impériale. Le P. Maimbourg goûtoit fort la conversion produite par le glaive ; celle de la persuasion n'est-elle pas au contraire dans l'esprit du Christianisme ? Notre Sauveur n'en vouloit point d'autre. (D.J.)


TAGAT(Géog. mod.) montagne d'Afrique, au royaume de Fez, à 2 lieues au couchant de la ville de Fez. Elle est fort longue & étroite : toute sa face du côté de Fez est couverte de vignes ; mais de l'autre côté & sur le sommet, ce sont des terres labourables. Les habitans de cette montagne sont tous des gens de travail, & demeurent dans des hameaux. (D.J.)


TAGE(Géog. mod.) ville de l'Arabie heureuse, sur la route de Moka, entre Manzéri & Manzuel, à 18 lieues des la premiere de ces villes. Celle-ci a quelques belles mosquées ; elle est fermée de murs, & a un château pour la commander ou la défendre.

TAGE, LE, (Géog. mod.) en latin Tagus ; grande riviere d'Espagne, qui selon les anciens, rouloit des paillettes d'or avec son sable. Tagus auriferis arenis celebratur, dit Pline, l. IV. c. xxij. Elle ne roule plus d'or aujourd'hui, mais elle en porte beaucoup à l'Espagne & au Portugal, par le commerce.

Ce fleuve a sa source dans la partie orientale de la nouvelle Castille, aux confins du royaume d'Aragon. Il traverse toute la Castille de l'orient à l'occident, & baigne Tolede : de-là il passe à Almaraz & à Alcantara, dans l'Estramadoure d'Espagne, d'où entrant dans l'Estramadoure de Portugal, il lave Santaren, & va former un petit golfe d'une lieue de largeur, qui sert de port à Lisbonne ; & deux lieues audessous il se décharge dans l'Océan atlantique. La marée monte à Lisbonne ordinairement douze piés à pic, & plus de dix lieues en avant vers sa source.

Le Camoens, dans sa Lusiade, apostrophe ainsi les nymphes du Tage. " Nymphes, dit-il, si jamais vous m'avez inspiré des sons doux & touchans, si j'ai chanté les bords de votre aimable fleuve, donnez-moi aujourd'hui des accens fiers & hardis ! Qu'ils aient la force & la clarté de votre cours ! Qu'ils soient purs comme vos ondes, & que désormais le dieu des vers préfere vos eaux à celles de la fontaine sacrée " !

Cette apostrophe est charmante, quoiqu'elle ne renferme point le beau contraste qui se trouve dans celle de Denham à la Tamise, comme le lecteur en pourra juger en lisant le mot TAMISE. (D.J.)


TAGERAS. f. (Hist. nat. Botan. exot.) cette plante croît aux Indes orientales dans les lieux sablonneux, & s'éleve à la hauteur de trois ou quatre piés. Sa racine est fibreuse & noirâtre ; ses tiges sont rondes, ligneuses & vertes. Ses feuilles viennent par paires sur des pédicules courts ; elles sont d'un verd-pâle, lisses, larges, oblongues, émoussées par la pointe, & cannelées vers la queue. Ses fleurs ont la couleur & la figure de celles du saphora. Cette plante est le sena spuria Malabarica, de l'Hort. Malab. (D.J.)


TAGÈSS. m. (Mythologie) demi-dieu trouvé endormi sous une motte de terre, & reveillé par un laboureur avec le soc d'une charrue. On lui attribue d'avoir porté l'art de la divination en Etrurie ; c'est-là qu'Ovide le fait naître de la terre. D'autres poëtes nous le donnent pour le fils du Génie, & petit-fils de Jupiter. C'étoit un homme obscur, mais qui se rendit célebre, en enseignant aux Etruriens l'art des aruspices qui fit fortune à Rome, & immortalisa le nom de l'inventeur ; d'où vient que Lucain dit :

Puisse l'art de Tagès être un art captieux,

Et toute ma science un songe spécieux !

(D.J.)


TAGETESS. m. (Botan.) Tournefort distingue dix especes de ce genre de plante, nommée par les Anglois the african marygold, & par les François oeillet-d'inde. L'espece la plus grande à fleur double, nommée tagetes maximus, rectus, flore maximo, multiplicato, J. R. H. 488. pousse à la hauteur d'environ trois piés une tige menue, nouée, rameuse, remplie de moëlle blanche. Ses feuilles sont semblables, en quelque maniere, à celles de la tanesie, oblongues, pointues, dentelées en leurs bords, vertes, rangées plusieurs sur une côte terminée par une seule feuille, d'une odeur qui n'est pas bien agréable ; ses fleurs naissent seules sur chaque sommet de la tige & des branches, belles, radiées, rondes, & quelquefois grosses comme le poing, composées d'un amas de fleurons de couleur jaune dorée, soutenus sur un calice oblong, ou formé en tuyau dentelé par le haut. Quand cette fleur est tombée, il lui succede des semences longues, anguleuses, noires, contenues dans le calice.

Cette plante nous vient de Catalogne. Quelques auteurs la recommandent dans la suppression des regles & des urines, tandis que d'autres prétendent que c'est une plante dangereuse, ainsi que toutes les especes d'oeillets-d'Inde. Il est vraisemblable que le tagetes est du nombre de ces plantes qui sont vénéneuses dans un pays & salutaires dans un autre. On peut dont négliger celle-ci dans le nôtre, puisque Dodonée prétend avoir éprouvé, par plusieurs expériences, qu'elle devoit être mise au nombre des plantes nuisibles ; mais il est certain qu'elle fait un des ornemens de nos jardins par la beauté de ses fleurs, dont cependant l'odeur est dangereuse. Miller vous en enseignera la culture. (D.J.)


TAGGALou TEGGAL, (Géog. mod.) ville des Indes, dans l'île de Java, sur la côte septentrionale, vers le milieu de l'île, entre Japara au levant, & Tsiéribon au couchant. On y voit de vastes campagnes de ris, & les Hollandois y ont un fort, qui porte le nom de Taggal. Au midi de cette ville, est un volcan, appellé par les mêmes Hollandois, Berg Taggal. (D.J.)


TAGHMOND(Géogr. mod.) petite ville d'Irlande, dans la province de Leinster, au comté de Wexford, à sept milles à l'orient de Wexford. Elle envoye deux députés au parlement de Dublin. Long. 11. 16. latit. 52. 10. (D.J.)


TAGIOUAH(Géog. mod.) ville du pays des Negres, qui confine à la partie occidentale de la Nubie. Cette ville donne son nom à une province, dont les peuples sont appellés Tagiouins, gens qui ne sont attachés à aucune religion, c'est-à-dire, qui ne sont ni juifs, ni chrétiens, ni musulmans. (D.J.)


TAGLIACOZZO(Géog. mod.) petite ville d'Italie, au royaume de Naples, dans l'Abruzze ultérieure, à huit milles au couchant du lac Célano, avec titre de duché. Quelques géographes ont avancé qu'elle a été bâtie des ruines de l'ancienne Carséoli ; mais outre que l'identité de lieu ne s'y rapporte point, les restes de Carséoli se voyoient encore dans le dernier siecle dans une plaine qui en conserva le nom, & qu'on appelle piano di Carsoli, où est un bourg nommé Carsoli.

Argoli (André), né à Tagliaccozzo sur la fin du seizieme siecle, publia en Médecine & en Astronomie quelques ouvrages latins, qui lui valurent la chaire de Padoue, avec le titre de chevalier de saint Marc. Il mourut vers l'an 1655. (D.J.)


TAGOLANDAILE, (Géog. mod.) île d'Asie, dans l'Archipel des Moluques. Elle a six lieues de tour, une bonne riviere, deux ports & un volcan, qui n'empêche point qu'elle ne soit fertile en palmiers de coco, en ris, en sagou & en fruits. (D.J.)


TAGOMAGOILE, (Géog. mod.) petite île presque ronde de la mer Méditerranée, près du cap le plus oriental de l'île d'Yvica. (D.J.)


TAGONIUS(Géog. anc.) riviere d'Espagne, dont Plutarque parle dans la vie de Sertorius. C'est aujourd'hui l'Hénarés, selon Amb. Morales. Les traducteurs de Plutarque rendent Tagonius par le Tage. (D.J.)


TAGRUM(Géog. anc.) nom que Varron, rei rustic. l. II. c. v. donne à un cap de la Lusitanie, appellé aujourd'hui monte di sintra. (D.J.)


TAGUMADERT(Géog. mod.) ville d'Afrique, aux états du royaume de Maroc, dans le royaume de Tafilet, proche la riviere de Dras, avec un château sur une montagne, où on tient garnison. Les environs de cette ville sont fertiles en blé, en orge & en dattes. (D.J.)


TAGUZGALPA(Géog. mod.) Wafer écrit Téguzigalpa ; province de l'Amérique septentrionale, dans la nouvelle Espagne ; c'est un petit pays aux confins de Guatimala & de Nigaragua, entre la riviere de Yairepa & celle de Désaguadéro. (D.J.)


TAHABERG(Géog. mod.) montagne de Suede, dans la province de Smaland. Elle est très-haute, & peut-être la montagne du monde où il se trouve le plus de fer. (D.J.)


TAHNAHou TAHANAH, (Géog. mod.) ville du Zanguebar, au pays des Cafres. Elle est sur la côte de Sofala, c'est-à-dire, sur le rivage de l'Océan éthiopique. (D.J.)


TAHONVoyez TAON.


TAIES. f. (Hist. nat. & Chim.) crusta, l'espece d'écaille ou de coquille des crustacées. Voyez CRUSTACEE & SUBSTANCE ANIMALE. (b)

TAIE, s. f. (maladie de l'oeil) tache blanche qui se forme à la cornée transparente. Voyez ALBUGO & LEUCOMA, termes que l'usage a francisés.

TAIE, (Maréchallerie) mal qui vient aux yeux des chevaux. Il y a deux sortes de taies ; l'une est une espece de nuage qui couvre l'oeil ; l'autre une tache ronde, épaisse & blanche, qui se forme sur la prunelle. On appelle cette taie la perle, parce qu'elle lui ressemble en quelque façon. Ces maux peuvent venir d'un coup, ou d'une fluxion, & ne sont autre chose que des concrétions d'une lymphe épaissie sur la cornée. On les dissipe en mettant sur la taie de la poudre de fiente de lézard jusqu'à guérison, ou de la couperose blanche, sucre candi, & tutie, parties égales, ou du sucre.


TAIF(Géog. mod.) petite ville de l'Arabie, au midi de la montagne de Gazouan. Son terroir, quoique le plus froid de tout le pays d'Hégiaz, abonde en fruits.


TAIIBIS. m. (Hist. nat. Zool.) nom d'un animal d'Amérique décrit par Marggrave & par d'autres auteurs, qui nous le donnent pour être le mâle de l'opossum. Les Portugais appellent cet animal cachorro de mato, & les Hollandois boschratte. Son corps est allongé ; sa tête est faite comme celle du renard ; son nez est pointu, & ses moustaches sont comme celles du chat. Il a les yeux noirs, sortant de la tête ; les oreilles sont arrondies, tendres, douces & blanches. La queue a des poils blancs près de son insertion, ensuite de noirs, & en est dénuée au bout, où elle est couverte d'une peau semblable à celle d'un serpent.


TAIKIS. m. (Hist. mod.) c'est ainsi qu'on nomme chez les Tartares monguls, les chefs qui commandent à chaque horde ou tribu de ces peuples. La dignité de taïki est héréditaire, & passe toujours à l'aîné des fils. Il n'y a point de différence entre ces chefs, sinon celle qui résulte du nombre des familles qu'ils ont sous leurs ordres. Ces chefs sont soumis à un kan dont ils sont les vassaux, les conseillers & les officiers généraux.

TAI-KI, (Hist. mod. Philosophie) ce mot en chinois signifie le faîte d'une maison. Une secte de philosophes de la Chine, appellée la secte des ju-kiau, se sert de ce mot pour désigner l'Etre suprême, ou la cause premiere de toutes les productions de la nature. Voyez JU-KIAU.


TAILse dit dans l'Ecriture, d'une plume que l'on prépare avec le canif à tracer des caracteres quelconques. Pour le faire comme il faut, mettez le tuyau de la plume sur le doigt du milieu gauche, tournez-la du côté de son dos ; faites une légere ouverture à l'extrêmité, retournez-la ensuite sur son ventre, sur lequel vous ouvrirez un grand tail ; de-là sur le dos, pour commencer une fente entre les deux angles de la plume, en mettant perpendiculairement l'extrêmité de la lame du canif sous le milieu de ces angles ; pour faire une ouverture nette & proportionnée à la fermeté ou à la mollesse de la plume, tenez le pouce gauche fermement appuyé sur l'endroit où vous voulez terminer la fente ; ensuite insérez l'extrêmité du manche du canif, qui par un petit mouvement de coude, mais vif, achevera la fente : cela fait, remettez la plume sur son ventre, pour en former le bec, que vous déchargerez proportionnément à la foiblesse ou à sa fermeté : le bec étant déchargé, & le grand tail & les angles formés comme il convient, selon le volume ou le style que vous voulez donner à votre caractere, insérez une autre plume dans celle dont vous voulez achever le bec ; coupez légerement le dessus de son extrêmité, le canif horisontal du côté de la plume. Enfin pour donner à la plume le dernier coup, coupez le bec vivement, obliquement pour le caractere régulier, & également pour l'expédition. Voyez les Planches.


TAILLABLEadj. (Gramm. Gouvern. & Polit.) qui est sujet à la taille. Voyez TAILLE.


TAILLADES. f. (Gramm.) grande coupure. On portoit autrefois des sabots à taillades, c'est-à-dire, ouverts en plusieurs endroits par des grandes coupures.


TAILLADINS. m. en Confiserie, se dit de petites bandes de la chair de citron ou d'orange, &c. fendues extrêmement minces, & en longueur comme des lardons.


TAILLANDERIES. f. (Fabrique de fer) la taillanderie désigne ou l'art de fabriquer les ouvrages de fer, ou les ouvrages mêmes que font les taillandiers.

L'on peut réduire à quatre classes les ouvrages de taillanderie ; savoir les oeuvres blanches, la vrillerie, la grosserie, & les ouvrages de fer blanc & noir.

Les oeuvres blanches sont proprement les gros ouvrages de fer tranchant & coupant qui s'aiguisent sur la meule, & qui servent aux charpentiers, charrons, menuisiers, tonneliers, jardiniers, bouchers, &c.

La classe de la vrillerie, ainsi nommée des vrilles, comprend tous les menus ouvrages & outils de fer & d'acier qui servent aux orfevres, graveurs, sculpteurs, armuriers, tabletiers, épingliers, ébénistes, &c.

Dans la classe de la grosserie sont tous les plus gros ouvrages de fer qui servent particulierement dans le ménage de la cuisine, comme toutes sortes de crémaillers, poëles, poëlons, léchefrites, marmites, chenets de fer, feux de cuisine & de chambre, chaudron, chaîne, chaînon, &c. C'est aussi dans la grosserie qu'on met les piliers de boutique, les pinces, couprets à paveurs, valet & sergent des menuisiers, toutes les especes de marteaux de maçons, les fers de poulies & autres semblables.

Enfin, la quatrieme classe comprend tous les ouvrages qui se peuvent fabriquer en fer blanc & noir par les taillandiers-ferblantiers ; comme des plats, assiettes, flambeaux, rapes, lampes, plaques de tole, chandeliers d'écurie, & quantité d'autres.

La taillanderie est comprise dans ce qu'on nomme quinquaillerie, qui fait une des principales parties du négoce de la mercerie. (D.J.)


TAILLANDIERS. m. (Corps d'ouvriers) artisan qui travaille aux ouvrages de taillanderie. La communauté des Taillandiers de Paris, est très-considérable, & l'on peut dire qu'il y a en quelque sorte quatre communautés réunies en une seule. Les maîtres de cette communauté sont qualifiés Taillandiers en oeuvres blanches, grossiers, vrilliers, tailleurs de limes, & ouvriers en fer blanc & noir. La qualité de maître Taillandier est commune à tous les maîtres ; les autres qualités sans diviser la communauté, se partagent entre quatre especes d'ouvriers, qui sont les Taillandiers travaillans en oeuvres blanches, les Taillandiers grossiers ; les Taillandiers vrilliers, tailleurs de limes ; & les Taillandiers ouvriers en fer blanc & noir. Savary. (D.J.)


TAILLANTS. m. (Art méchaniq.) c'est le côté tranchant de tout instrument, propre à diviser & à couper.

TAILLANS, (Grosses forges) on appelle taillans, les parties tranchantes de la machine appellée machine à fendre.


TAILLARCAP, (Géog. mod.) cap de France sur la côte de Provence, dans le golfe de Gènes, entre Aiguebonne & le cap Lardier.


TAILLES. f. (Jurisprud.) est une imposition que le roi ou quelqu'autre seigneur leve sur ses sujets.

Elle a été ainsi nommée du latin talea, & par corruption tallia, parce qu'anciennement l'usage de l'écriture étant peu commun, l'on marquoit le payement des tailles sur de petites buchettes de bois appellées taleae, sur lesquelles on faisoit avec un couteau de petites tailles, fentes ou coches pour marquer chaque payement. Cette buchette étant refendue en deux, celui qui recevoit la taille, en gardoit un côté par-devers lui, & donnoit l'autre au redevable ; & lorsqu'on vouloit vérifier les payemens, on rapprochoit les deux petits morceaux de bois l'un de l'autre, pour voir si les tailles ou coches se rapportoient sur l'un comme sur l'autre ; de maniere que ces tailles ou buchettes étoient comme une espece de charte-partie.

Ces buchettes qui furent elles-mêmes appellées tailles, étoient semblables à celles dont se servent encore les Boulangers pour marquer les fournitures du pain qu'ils font à crédit à leurs pratiques ordinaires, & c'est sans-doute de-là qu'on les nommoit anciennement talemarii ou talemelarii, & en françois talemeliers.

La taille étoit aussi appellée tolta ou levée, du latin tollere. Les anciennes chartes se servent souvent de ces termes talliam vel voltam, & quelquefois maletoltam, à cause que cette levée paroissoit onéreuse, d'où l'on a donné le nom de maltotiers à ceux qui sont chargés de la levée des impôts publics.

La taille est royale ou seigneuriale : celle qui se paye au roi, est sans-doute la plus ancienne ; & il y a lieu de croire que la taille seigneuriale ne fut établie par les seigneurs sur leurs hommes, qu'à l'imitation de celle que le roi levoit sur ses sujets.

L'origine de la taille royale est fort ancienne ; on tient qu'elle fut établie pour tenir lieu du service militaire que tous les sujets du roi devoient faire en personne ; nobles, ecclésiastiques, roturiers, personne n'en étoit exempt.

On convoquoit les roturiers ou villains lorsque l'on avoit besoin de leur service, & cette convocation se nommoit halbannum seu heribannum, herban ou arriere-ban ; & ceux qui ne comparoissoient pas, payoient une amende qu'on appelloit le hauban.

Les nobles faisant profession de porter les armes, & les ecclésiastiques étant aussi obligés de servir en personne à cause de leurs fiefs, ou d'envoyer quelqu'un à leur place, n'étoient pas dans le cas de payer une contribution ordinaire pour le service militaire ; & c'est de-là que vient l'exemption de taille dont jouissent encore les nobles & les ecclésiastiques.

Les roturiers au contraire qui par état ne portoient point les armes, ne servoient qu'extraordinairement, lorsqu'ils étoient convoqués ; & ce fut pour les dispenser du service militaire que l'on établit la taille, afin que ceux qui ne contribueroient pas de leur personne au service militaire, y contribuassent au moins de leurs deniers pour fournir aux fraix de la guerre.

On attribue communément l'établissement des tailles à S. Louis ; elles sont cependant beaucoup plus anciennes. Pierre Louvet, médecin, en son histoire de la ville de Beauvais, rapporte une chartre de l'an 1060, par laquelle il paroît que la taille étoit déja établie, puisqu'il est parlé d'une décharge qui fut donnée de plusieurs coutumes injustes, savoir la taille & autres oppressions, talliam videlicet & alias oppressiones.

La plus ancienne ordonnance qui fasse mention de la taille, est celle de Philippe Auguste en 1190, appellée communément le testament de Philippe Auguste. Elle défend à tous les prélats & vassaux du roi de faire aucune remise de la taille ou tolte, tant que le roi sera outre-mer au service de Dieu ; & comme la taille n'étoit point encore alors ordinaire ni perpétuelle, & qu'on la levoit seulement pour les besoins extraordinaires de l'état, il y a grande apparence que celle dont il est parlé dans ce testament, avoit été imposée à l'occasion du voyage que Philippe Auguste se disposoit à faire outre-mer.

Les seigneurs levoient quelquefois des tailles non pour eux, mais pour le roi. Les prélats en levoient en trois cas, 1°. pour l'ost ou la chevauchée du roi, 2°. pour le pape, 3°. pour la guerre que leur église avoit à soutenir.

Lorsque la taille se levoit pour l'ost du roi, elle duroit peu, parce que le ban qui étoit la convocation & assemblée des nobles & ecclésiastiques pour le service militaire, ne duroit alors que 40 jours.

En général les nobles & ecclésiastiques non mariés & non marchands ne payoient point de taille.

Les clercs mariés payoient la moitié de ce qu'ils auroient payé, s'ils n'eussent pas été clercs.

Les nobles & les clercs contribuoient même en certains lieux ou pour certains biens, suivant des lettres du mois d'Avril 1331, pour la sénéchaussée de Carcassonne, dans lesquelles il est dit que les nobles & ecclésiastiques avoient coutume ailleurs de contribuer aux tailles & collectes pour les maisons & lieux qu'ils habitoient.

On exempta aussi de la taille quelques autres personnes, telles que ceux qui étoient au service du roi, les baillis royaux, les ouvriers de la monnoie.

Les bourgeois & même les villains ne pouvoient aussi être imposés à la taille la premiere année qu'ils s'étoient croisés ; mais si la taille avoit été assise avant qu'ils se fussent croisés, ils n'en étoient affranchis que pour la seconde année, à moins qu'il ne se fît quelque levée pour l'armée : ce qui fait connoître que l'imposition qui se faisoit pour l'ost & chevauchée du roi, étoit alors différente de la taille.

C'est ce que l'on trouve dans une ordonnance de Philippe Auguste de l'an 1214, touchant les croisés, où ce prince dit encore qu'ils ne sont pas exempts de l'ost & de la chevauchée, soit qu'ils aient pris la croix avant ou après la convocation.

Suivant cette même ordonnance, quand un croisé possédoit des terres sujettes à la taille, il en payoit la taille comme s'il n'étoit pas croisé : ce qui fait voir qu'il y avoit dès-lors deux sortes de taille, l'une personnelle qui étoit une espece de capitation dont les croisés étoient exempts, l'autre réelle qui étoit dûe pour les maisons & terres taillables, c'est-à-dire, roturieres ; les gentilshommes même payoient la taille pour une maison de cette espece, lorsqu'ils ne l'occupoient pas par eux-mêmes.

La taille fut levée par S. Louis en 1248, à l'occasion de la croisade qu'il entreprit pour la terre sainte ; mais ce n'étoit encore qu'une imposition extraordinaire.

Les lettres de ce prince du mois d'Avril 1250, contenant plusieurs réglemens pour le Languedoc, portent que les tailles qui avoient été imposées par le comte de Montfort, & qui peu après avoient été levées au profit du roi, tandis qu'il occupoit en paix ce pays, demeureroient dans le même état où elles avoient été imposées, & que s'il y avoit eu quelque chose d'ajouté, il seroit ôté.

Que si dans certains lieux il y avoit eu des confiscations considérables au profit du roi, la taille seroit diminuée à proportion jusqu'à ce que les héritages confisqués parvinssent à des gens taillables.

Il est encore dit que dans les lieux où il n'y auroit plus de taille, les anciens droits qui étoient dûs dans le pays d'Alby, & qui avoient cessé d'être payés depuis l'imposition des tailles, seront confisqués ; qu'à l'égard des tailles de Calvison & autres lieux des environs de Nismes & des places qui avoient été mises dans la main du roi, & qui servoient aux usages publics, on en composeroit suivant ce qui seroit juste.

Le roi permettoit quelquefois aux communes ou villes & bourgs érigés en corps & communautés, de lever sur elles-mêmes des tailles autant qu'il en falloit pour payer leurs dettes ou les intérêts qui en étoient échus.

Les Juifs levoient aussi quelquefois sur eux des tailles pour leurs affaires communes.

S. Louis fit un réglement pour la maniere d'asseoir & de lever la taille ; nous en avons déja parlé au mot ELECTION.

La taille n'étoit pas encore perpétuelle sous le roi Jean en 1358, puisque Charles V. son fils, en qualité de lieutenant du royaume, promit que moyennant l'aide qui venoit d'être accordée par les états, toutes tailles & autres impositions cesseroient.

Dans une ordonnance du roi Jean lui-même du 20 Avril 1363, faite en conséquence de l'assemblée des trois états de la sénéchaussée de Beaucaire & de Nismes, il est parlé des charges que les peuples de ce pays avoient souffertes & souffroient tous les jours par le fait des tailles qui avoient été imposées tant pour la rançon de ce prince que pour l'expulsion des ennemis, que pour les gages des gens d'armes & autres dépenses.

Les autres cas pour lesquels le roi levoit la taille, étoient pour la chevalerie de son fils ainé, pour le mariage de leurs filles. Ces tailles ne se levoient que dans les domaines du roi.

Dans ces mêmes occasions les vassaux du roi tailloient aussi leurs sujets pour payer au roi la somme dont ils devoient contribuer ; & ordinairement ils trouvoient bénéfice sur ces levées.

Ce ne fut qu'en 1445, sous le regne de Charles VII. que la taille fut rendue annuelle, ordinaire & perpétuelle. Elle ne montoit alors qu'à 1800000 liv. & la cotte de chacun étoit si modique, que l'on s'empressoit à qui en payeroit davantage.

Depuis ce tems les tailles ont été augmentées par degré & quelquefois diminuées ; elles montent présentement à une somme très-excédente.

La taille est personnelle ou plutôt mixte, c'est-à-dire, qu'elle s'impose sur les personnes à raison de leurs biens. En quelques provinces, comme en Languedoc, elle est réelle : ce sont les biens qui la doivent.

Dans les pays où la taille est personnelle, elle n'est dûe que par les roturiers ; les nobles & les ecclésiastiques en sont exempts. Il y a encore beaucoup d'autres personnes qui en sont exemptes, soit en vertu de quelque office, commission ou privilege particulier.

L'édit du mois de Novembre 1666 veut que tous sujets taillables qui se marieront avant ou dans leur vingtieme année, soient exempts de tailles jusqu'à ce qu'ils aient 25 ans. Mais l'arrêt d'enregistrement porte que ceux qui contracteront mariage en la vingt-unieme année de leur âge ou au-dessous, & qui prendront des fermes, seront taillables, à proportion du profit qu'ils y feront.

Le grand âge n'exempte point de la taille.

Le montant général de la taille & des autres impositions accessoires, telles que taillon, crue, ustensile, cavalier, quartier d'hiver, capitation, est arrêté tous les ans au conseil du roi ; on y fixe aussi la portion de ces impositions que chaque généralité doit supporter.

Il se fait ensuite deux départemens de ces impositions, l'un général, l'autre particulier.

Ce département général se fait sur chaque élection par les trésoriers de France en leur bureau, en conséquence du brevet ou commission qui leur est adressé par le roi. L'intendant préside au bureau, & après avoir ouï le rapport de celui qui a fait les chevauchées, on expédie en présence de l'intendant les attaches & ordonnances qui contiennent ce que chaque élection doit porter de taille.

Le département particulier sur chaque paroisse se fait aussi par l'intendant avec celui des trésoriers de France qui est député à cet effet, & trois des présidens & élus nommés & choisis par l'intendant ; on appelle à ce département le procureur du roi, le receveur des tailles & le greffier de l'élection.

Cette répartition faite, l'intendant & les officiers de l'élection adressent des mandemens aux maires & échevins, syndics & habitans de chaque paroisse, par lesquels il leur notifie que la paroisse est imposée à une telle somme pour le principal de la taille, crues & impositions y jointes.

Ce mandement porte aussi que cette somme sera par les collecteurs nommés à cet effet repartie sur les habitans, levée par les collecteurs, & payée ès mains du receveur des tailles en exercice, en quatre payemens égaux : le premier au 1er. Décembre, le second au 1er. Février, le troisieme au dernier Avril, le quatrieme au 1er. Octobre.

Ces rôles se font ordinairement dans le mois de Novembre.

On y impose aussi 6 deniers pour livre de la taille attribués aux collecteurs pour leur droit de collecte, & une certaine somme pour le droit de scel, suivant le tarif.

Quand il y a quelque rejet à faire sur la paroisse, on ajoute la somme au rôle des tailles en vertu d'ordonnance de l'intendant.

Les taxes d'office sont marquées dans le mandement qui est adressé aux collecteurs, & doivent être par eux employées dans le rôle sans aucune diminution, si ce n'est qu'il fût survenu depuis quelque diminution dans les facultés du taillable.

Ceux qui étant taxés d'office, se prétendent surchargés, doivent se pourvoir par opposition devant l'intendant.

On ne doit pas comprendre dans les rôles des tailles les ecclésiastiques pour les biens d'église qu'ils possedent, les nobles vivant noblement, les officiers des cours supérieures, ceux du bureau des finances, ceux de l'élection qui ont domicile ou résidence dans le ressort d'icelle, & tous les officiers & privilégiés dont les privileges n'ont point été révoqués ou suspendus.

Les gens d'église, nobles vivans noblement, officiers de cour supérieure & secrétaires du roi ne peuvent faire valoir qu'une seule ferme du labour de quatre charrues à eux appartenante, les autres privilégiés une ferme de deux charrues seulement.

Les habitans qui vont demeurer d'une paroisse dans une autre, doivent le faire signifier aux habitans en la personne du syndic, avant le premier Octobre, & faire dans le même tems leur déclaration au greffe de l'élection dans laquelle est la paroisse où ils vont demeurer.

Nonobstant ces formalités, ceux qui ont ainsi transféré leur domicile, sont encore imposés pendant quelque tems au lieu de leur ancienne demeure, savoir les fermiers & laboureurs pendant une année, & les autres contribuables pendant deux, au cas que la paroisse dans laquelle ils auront transféré leur domicile, soit dans le ressort de la même élection, & si elle est d'une autre, les laboureurs continueront d'être imposés pendant deux années, & les autres contribuables pendant trois années.

Ceux dont les privileges ont été révoqués, qui transferent leur domicile dans des villes franches, abonnées ou tarifiées, sont compris pendant dix ans dans le rôle du lieu où ils avoient auparavant leur domicile.

Les habitans qui veulent être imposés dans le lieu de leur résidence pour tout ce qu'ils possedent ou exploitent en diverses paroisses, doivent en donner leur déclaration au greffe de l'élection avant le premier Septembre de chaque année.

Les rôles sont écrits sur papier timbré avec une marge suffisante pour y écrire les payemens.

Aussi-tôt que le rôle est fait, les collecteurs doivent le porter avec le double d'icelui à l'officier de l'élection qui a la paroisse dans son département, pour être par lui vérifié & rendu exécutoire.

Lorsqu'il est ainsi vérifié, il doit être lu par les collecteurs à la porte de l'église, à l'issue de la messe paroissiale, le premier dimanche ou jour de fête suivant.

Ceux qui étant cottisés à l'ordinaire, se prétendent surchargés, doivent se pourvoir devant les officiers de l'élection ; mais le rôle est toujours exécutoire par provision. Voyez le glossaire de du Cange & celui de Lauriere au mot taille, le code & le mémorial alphabétique des tailles, & les mots AIDES, COLLECTEURS, COTTE, SURTAUX. (A)

TAILLE ABONNEE, est celle qui est fixée pour toujours à une certaine somme.

L'abonnement est ou général pour une province, ou particulier pour une ville, bourg ou village.

Ces abonnemens se font en considération de la finance qui a été payée au roi pour l'obtenir.

Il y a des tailles seigneuriales qui ont été abonnées de même avec les seigneurs.

Pour l'abonnement de la taille royale on obtient des lettres en la grande chancellerie, par lesquelles, pour les causes qui y sont exprimées, sa majesté décharge un tel pays ou un tel lieu de toutes tailles moyennant la somme de.... qui sera payée par chacun an, au moyen de quoi, dans les commissions qui sont adressées pour faire le département des tailles, il est dit qu'un tel pays ou lieu ne sera taxé qu'à la somme de.... pour son abonnement. (A)

TAILLE ABOURNEE, est la même que taille abonnée ou jugée. (A)

TAILLE ANNUELLE, est celle qui se leve chaque année, à la différence de certaines tailles seigneuriales qui ne se levent qu'en certain cas & extraordinairement. Voyez TAILLE AUX QUATRE CAS. (A)

TAILLE ES CAS ACCOUTUMES, c'est la taille seigneuriale dûe dans les cas déterminés par la coutume ou par les titres du seigneur. Voyez TAILLE SEIGNEURIALE & TAILLE AUX QUATRE CAS. (A)

TAILLE ES CAS IMPERIAUX, étoit celle que les dauphins de Viennois levoient, comme plusieurs autres seigneurs en certains cas. On l'appelloit ainsi parce qu'apparemment les dauphins tiroient ce droit des empereurs, & on lui donnoit ce surnom pour la distinguer de la taille serve ou mortaille. Voyez l'hist. de Dauphiné par M. de Valbonay, quatrieme discours sur les finances. (A)

TAILLE COMTALE, tallia comitalis, étoit une taille générale que les dauphins étoient en possession de lever dans plusieurs de leurs terres, comme dans celle de Beaumont, de la Mure d'Oysans, de Vallouyse, de Queras, d'Exille & d'Aulx ; celle-ci étoit différente de l'ancienne taille ou mortaille, qui conservoit encore quelques traces de la servitude. La recette s'en faisoit sur tous les corps de la châtellenie ; elle étoit toujours réglée sur le même pié. On voit dans un compte de 1336, qu'elle y est distinguée du subside du seigneur, qui étoit apparemment le fouage. Cette taille comtale n'a pas été supprimée dans les lieux où elle étoit anciennement établie ; elle fait encore partie de la dotation du monastere de Montfleury, lequel a conservé les portions qui lui en furent cédées par le dauphin Humbert dans le tems de sa fondation. Voyez l'histoire de Dauphiné par M. de Valbonay, quatrieme discours sur les finances. (A)

TAILLE COUTUMIERE, est celle qu'en vertu d'un ancien usage on a accoutumé de percevoir en certains tems de l'année. Ces tailles sont ainsi nommées dans plusieurs anciennes chartes, notamment dans la charte de commune de la ville de Laon en 1128. Les termes ordinaires étoient à la Toussaints, à Noël, à Pâque & à la St. Jean. Quelquefois la taille coutumiere ne se levoit que trois fois l'an, savoir en Août, Noël & Pâque. Voyez la coutume de Bourbonnois, art. 202.

TAILLE A DISCRETION, voyez TAILLE A VOLONTE.

TAILLE DOMICILIAIRE, est la même chose que taille personnelle ; c'est celle que l'on paye au lieu de son domicile. Voyez Collet sur les statuts de Bresse, part. 359. col. I.

TAILLE FRANCHE ou LIBRE, est une taille seigneuriale qui ne rend point la personne serve, quoiqu'elle soit imposée sur son chef. Cette taille franche est dûe dans les cas portés par la coutume, ou fixés par l'usage ou la convention par l'homme franc, ou tenant héritage en franchise à devoir d'argent. Voyez la coutume de Bourbonnois, art. 189. celle de la Marche, art. 69 & 132 & les mots MORTAILLE, TAILLE SERVE & TAILLE MORTAILLE.

TAILLE HAUT ET BAS, dans la coutume du duché de Bourgogne, est la taille aux quatre cas qui se leve sur les taillables hauts & bas, c'est-à-dire tant sur les vassaux & autres tenanciers libres, que sur les serfs & main-mortables. Voyez le ch. x. de cette coutume, art. 97.

TAILLE JUGEE ou ABONNEE est la même chose.

TAILLE JUREE, étoit celle qui se payoit sans enquérir de la valeur des biens des habitans, parce qu'elle étoit abonnée & jugée. Il en est fait mention ès arrêts de Paris du 26 Mai & 1 Juin 1403, & 3 Juillet 1406 & dernier Mai 1477. Voyez le glossaire de M. de Lauriere, au mot taille.

TAILLE LIBRE, ou FRANCHE, voyez ci-devant TAILLE FRANCHE.

TAILLE A MERCI, voyez ci-après TAILLE A VOLONTE.

TAILLE A MISERICORDE, voyez ci-après TAILLE A VOLONTE.

TAILLE MIXTE, est celle qui est partie personnelle, & partie réelle, c'est-à-dire qui est dûe par les personnes à proportion de leurs biens : dans tous les pays où la taille est proportionnelle, on peut dire qu'elle est mixte. Voyez Collet sur les statuts de Bresse, p. 362.

TAILLE MORTAILLE, tributum mortalium, est celle que le seigneur leve sur ses hommes de corps & de condition servile ; savoir la taille une fois l'an, soit à la volonté du seigneur, ou selon quelque abonnement, & la mortaille se paye au décès seulement de l'homme serf sur les biens par lui délaissés, soit qu'il ait des enfans ou non. (A)

TAILLES NEGOCIALES, sont des tailles extraordinaires qui sont pour le général de la province, ou pour les lieux & les communautés particulieres. Voyez Collet sur les statuts de Bresse, p. 359.

TAILLE DU PAIN ET DU VIN, tallia panis & vini, étoit une levée qui se faisoit sur le pain & le vin en nature au profit du roi ou autre seigneur.

Suivant une charte de Philippe-Auguste, de l'an 1215, pour la ville d'Orléans, il est dit que cette levée seroit faite depuis deux ans.

Louis VIII. accorda en 1225 aux chanoines de l'église de Paris, que la taille du pain & du vin qui avoit coutume de se lever à Paris tous les trois ans, seroit levée par eux dans toute leur terre de Garlande, & dans le cloître St. Benoît, depuis le commencement des moissons, & depuis le commencement des vendanges jusqu'à la St. Martin d'hiver, & que depuis cette fête jusqu'à Pâques, le roi auroit ladite taille, excepté sur les propres blés & vins des chanoines, & autres personnes privilégiées.

Le roi levoit néanmoins les tailles sur les terres de certains seigneurs, & même de quelques églises, comme il paroît par une charte de Philippe le Hardi de l'an 1273, pour l'église de St. Mery de Paris, laquelle charte porte que le roi aura dans toute la terre de cette église & sur ses hôtes le droit de dan, le guet, la taille, host & chevauchée, la taille du pain & du vin, talliam panis & vini, les mesures, la justice, &c.

Dans une délibération de la chambre des comptes de Paris, de vers l'an 1320, il est dit qu'il seroit à propos que le roi fît refondre tous les vieux tournois & parisis qui étoient usés, que le roi est tenu de les tenir en bon point, ou état, car il en a la taille du pain & du vin de sa terre, &c. On voit par-là que cette taille étoit donnée au roi pour la fonte des monnoies. Voyez le glossaire de du Cange, au mot tallia, & Sauval aux preuves, p. 72 & 77. (A)

TAILLES PATRIMONIALES, on entendoit autrefois sous ce nom les impositions qui se faisoient pour les réparations des chemins, des ponts, des édifices publics & des décorations. Voyez Collet, sur les statuts de Bresse, p. 361.

TAILLE PERSONNELLE, est celle qui s'impose sur les personnes à proportion de leurs facultés ; elle est opposée à la taille réelle, qui est due par les biens, abstraction faite de la qualité des personnes. La taille personnelle a lieu dans dix-sept généralités. Voyez TAILLE REELLE.

TAILLE DE POURSUITE, est la taille serve qui se leve sur le main-mortable en quelque lieu qu'il se transporte. Voyez la coutume de Troies.

TAILLE PROPORTIONNELLE, (Finances) le beau rêve de l'abbé de St. Pierre ne s'accomplira-t-il jamais ? Avant sa mort la taille proportionnelle fut établie à Lizieux en 1717, & cet établissement transporta les habitans d'une telle joie, que les réjouissances publiques durerent pendant plusieurs jours. Depuis toutes les paroisses du pays supplierent instamment que la même grace leur fût accordée. Diverses villes présenterent d'un voeu unanime des placets. Des raisons qu'il ne nous appartient pas de deviner, firent rejetter ces demandes ; tant il est difficile de faire un bien dont chacun discourt beaucoup plus pour paroître le vouloir, que dans le dessein de le pratiquer ! La ville de Lizieux vit même avec douleur diverses atteintes données à une régie qui dans un seul jour rétablissoit l'aisance & les consommations. Un trait décisif achevera de donner une idée des avantages que le roi en retireroit ; l'imposition de 1718, avec les arrérages des cinq années précédentes, fut acquittée dans douze mois, sans fraix ni discussion. Par un excès le plus capable peut-être de dégrader l'humanité, le bonheur commun fit des mécontens de tous ceux dont la prospérité dépend de la misere d'autrui. C'est alors que le peuple en gémissant s'écrie, si le Prince étoit servi comme nous l'aimons !

Depuis ce tems on a essayé d'introduire la même nature d'imposition en diverses provinces du royaume ; mais elle n'a point réussi dans les campagnes, parce qu'on l'a dénaturée en voulant imposer le fermier à raison de son industrie particuliere, au-lieu de l'imposer uniquement à raison de l'occupation du fonds : dès-lors l'arbitraire continue ses ravages, éteint toute émulation, & tient la culture dans l'état languissant où nous la voyons. C'étoit précisément sur cette répartition plus juste des tailles que se fondoient les plus grandes espérances pour l'avenir ; parce qu'on voyoit clairement qu'augmenter l'aisance du peuple, c'est augmenter les revenus du prince. Considérat. sur les finances. Voyez TAILLE. (D.J.)

TAILLE AUX QUATRE CAS, est une taille seigneuriale que dans certains lieux les seigneurs ont droit de lever sur leurs hommes taillables en quatre cas différens.

On l'appelle taille aux quatre cas, parce qu'elle se leve communément dans quatre cas qui sont les plus usités ; savoir, pour voyage d'outre-mer du seigneur, pour marier ses filles, pour sa rançon quand il est fait prisonnier, & pour faire son fils chevalier.

Quelques coutumes n'admettent que trois cas.

Dans les pays de droit écrit, cette taille est perçue en certains lieux dans sept ou huit cas, selon que les seigneurs ont été plus ou moins attentifs à étendre ce droit par leurs fermiers. Les barons de Neufchâtel en Suisse la levoient dans un cinquieme cas ; savoir, pour acheter de nouvelles terres.

En pays coutumier, ce droit ne se leve ordinairement qu'en vertu d'un titre ; les coutumes qui l'admettent sont celles d'Anjou & Maine, Normandie, Bretagne, Auvergne, Bourbonnois, Bourgogne, Lodunois, Poitou, Tours. Les trois premieres ne reconnoissent que trois cas, les autres en admettent quatre.

Dans la coutume de Bourgogne ce droit est appellé aide, en Normandie, aide-chevel ; en Poitou & ailleurs, loyaux-aides ; en Anjou & Maine, doublage ; en Bourbonnois, quête ou taille aux quatre cas ; en Forez, droit de muage ; en d'autres lieux, droit de complaisance, coutumes volontaires.

L'origine de ce droit est fort ancienne. Quelques-uns la tirent des Romains, chez lesquels les cliens étoient obligés d'aider leurs patrons lorsque ceux-ci manquoient d'argent, & qu'il s'agissoit de se rédimer eux ou leurs fils de captivité, ou de marier leurs filles.

D'autres rapportent cet usage au tems de l'institution des fiefs.

Quoi qu'il en soit, il paroît qu'au commencement cette taille ne consistoit qu'en dons & présens volontaires que les vassaux & tenanciers faisoient à leurs seigneurs dans des cas où il avoit besoin de secours extraordinaires, que les seigneurs ont depuis tourné en obligation & en droit.

Cette taille extraordinaire est différente de la taille à volonté, à miséricorde & à merci, qui sont aussi des tailles seigneuriales, mais qui ne se levent que sur les serfs, à la différence de la taille aux quatre cas, qui est aussi dûe par les vassaux & autres tenanciers non main-mortables.

Le cas de chevalerie étoit autrefois lorsque l'on recevoit la ceinture ou le baudrier ; présentement c'est lorsque l'on reçoit le collier de l'ordre du Saint-Esprit, qui est le premier ordre du roi.

Le cas de rançon n'a lieu que quand le seigneur est pris prisonnier portant les armes pour le service du roi.

Quand les titres ne fixent pas la quotité de la taille aux quatre cas, l'usage est de doubler les cens & rentes des emphitéotes, c'est pourquoi quelques coutumes appellent ce droit doublage.

Cette taille est différente de la taille à volonté, qui est annuelle & ordinaire.

Chaque seigneur ne peut la lever qu'une fois en sa vie dans chacun des cas dont on a parlé ; encore les voyages d'outre-mer n'ont-ils plus lieu, ni les cas de rançon, vû que le service militaire ne se fait plus pour les fiefs, si ce n'est en cas de convocation du ban & de l'arriere-ban ; mais dans ce cas même les prisonniers de guerre ne payent plus eux-mêmes leur rançon.

A l'égard du cas de mariage, quelques coutumes ne donnent la taille que pour le premier mariage de la fille aînée, d'autres pour le premier mariage de chaque fille.

Les coutumes qui admettent cette taille sont celles de Normandie, Bretagne, Auvergne, Bourbonnois, Bourgogne, Anjou, Maine, Lodunois, Poitou, Tours ; elles ne reconnoissent en général que quatre cas, Anjou & Maine n'en admettent même que trois.

Dans les pays de droit écrit on en admet un plus grand nombre, ce qui dépend de la jurisprudence de chaque parlement.

En général la quotité de cette taille, & les cas où elle peut-être perçue, descendent des titres & de l'usage, lesquels ne doivent point recevoir d'extension, ces droits étant peu favorables.

Ce droit est pourtant imprescriptible parce qu'il est de pure faculté, à-moins qu'il n'y eût eu refus & contradiction de la part du taillable, auquel cas la prescription couroit seulement du jour de la contradiction. Voyez Cujas, liv. II. de fundis, tit. 7. Dolive, liv. II. ch. vij. Lapeirere, let. T, n °. 8. Despeisses, tom. III. tit. 6. sect. 1. Salvaing, des fiefs, ch. xljx. (A)

TAILLE RAISONNABLE ou A VOLONTE RAISONNABLE. Voyez TAILLE A MERCI, A PLAISIR & A VOLONTE.

TAILLE REELLE, est celle qui est dûe par les héritages taillables, abstraction faite de la qualité du propriétaire, soit qu'il soit noble ou non.

Les héritages sujets à la taille réelle sont les biens roturiers, il n'y a d'exempts que les héritages nobles.

Le clergé & la noblesse, & autres privilégiés, payent la taille réelle pour les héritages roturiers ; elle est établie en Languedoc, Guyenne, Provence & Dauphiné.

TAILLE SERVE, est celle qui ne se leve que sur les personnes de condition serve & qui les rend mortaillables ou mainmortables. Voyez MAINMORTE, MORTAILLE, TAILLE FRANCHE, & les coutumes de Bourbonnois, art. 189. & la Marche, art. 69. & 132.

TAILLE TARIFEE, est la même chose que la taille proportionnelle.

TAILLE A VOLONTE ou A DISCRETION, A MERCI ou A MISERICORDE, ad beneplacitum, c'est une taille serve que le seigneur leve annuellement sur ses hommes ; on l'appelle taille à volonté, non pas que le seigneur soit le maître de la lever autant de fois que bon lui semble, mais parce que dans l'origine le seigneur faisoit son rôle aussi fort & aussi léger qu'il le vouloit ; présentement il se fait arbitrio boni viri, & selon la possibilité. Voyez la Peyrere, lettre T. n. 8.

L'historique de cette imposition est court, mais les réflexions sur la nature de la chose sont importantes.

Les états généraux de France, dit M. de Voltaire, ou plutôt la partie de la France qui combattoit pour son roi Charles VII. contre l'usurpateur Henri V. accorda généreusement à son maître une taille générale en 1426, dans le fort de la guerre, dans la disette, dans le tems même où l'on craignoit de laisser les terres sans culture. Les rois auparavant vivoient de leurs domaines, mais il ne restoit presque plus de domaines à Charles VII. & sans les braves guerriers qui se sacrifierent pour lui & pour la patrie, sans le connétable de Richemont qui le maîtrisoit, mais qui le servoit à ses dépens, il étoit perdu.

Bientôt après les cultivateurs qui avoient payé auparavant des tailles à leurs seigneurs dont ils avoient été serfs, payerent ce tribut au roi seul dont ils furent sujets. Ce n'est pas que, suivant plusieurs auteurs, les peuples n'eussent payé une taille dès le tems de saint Louis, mais ils le firent pour se délivrer des gens de guerre, & ils ne la payerent que pendant un tems ; au-lieu que depuis Charles VII. la taille devint perpétuelle, elle fut substituée au profit apparent que le roi faisoit dans le changement des monnoies.

Louis XI. augmenta les tailles de trois millions, & leva pendant vingt ans quatre millions sept cent mille livres par an, ce qui pouvoit faire environ vingt-trois millions d'aujourd'hui, au-lieu que Charles VII. n'avoit jamais levé par an que dix-huit cent mille livres.

Les guerres sous Louis XII. & François I. augmenterent les tailles, mais plusieurs habitans de la campagne ne pouvant les payer, vinrent se réfugier à Paris, ce qui fut la cause de son accroissement & du dommage des terres.

Ce fut bien pis sous Henri III. en 1581, car les tailles avoient augmenté depuis le dernier regne d'environ vingt millions.

En 1683 les tailles montoient à trente-cinq millions de livres, ou douze cent quatre-vingt-seize mille deux cent quatre-vingt-seize marcs d'argent, ce qui fait sept pour cent de la masse de l'argent qui existoit alors. Aujourd'hui, c'est-à-dire avant les guerres de 1754, les recettes générales de la taille & de la capitation, étoient estimées à soixante & douze millions de livres, ou quatorze cent quarante mille marcs d'argent, ce qui fait environ six pour cent de la masse de l'argent. Il paroît d'abord que la charge des campagnes de France est moins pesante qu'alors, proportionnellement à nos richesses ; mais il faut observer que la consommation est beaucoup moindre, qu'il y a beaucoup moins de bestiaux dans les campagnes, & que le froment vaut moins de moitié ; au-lieu qu'il auroit dû augmenter de moitié. Mais passons à quelques réflexions sur l'impôt en lui-même ; je les tirerai de nos écrivains sur cette matiere.

M. de Sully regardoit l'impôt de la taille comme violent & vicieux de sa nature, principalement dans les endroits où la taille n'est pas réelle. Une expérience constante lui avoit prouvé qu'il nuit à la perception de tous les autres subsides, & que les campagnes avoient toujours dépéri à mesure que les tailles s'étoient accrues. En effet, dès qu'il y entre de l'arbitraire, le laboureur est privé de l'espérance d'une propriété, il se décourage ; loin d'augmenter sa culture il la néglige pour peu que le fardeau s'appesantisse. Les choses sont réduites à ce point parmi les taillables de l'ordre du peuple, que celui qui s'enrichit n'ose consommer, & dès-lors il prive les terres du produit naturel qu'il voudroit leur fournir jusqu'à ce qu'il soit devenu assez riche pour ne rien payer du-tout. Cet étrange paradoxe est parmi nous une vérité que les privileges ont rendu commune.

L'abus des privileges est ancien ; sans-cesse attaqué, quelquefois anéanti, toujours ressuscité peu de tems après, il aura une durée égale à celle des besoins attachés au maintien d'un grand état, au desir naturel de se soustraire aux contributions, & plus encore aux gênes & à l'avilissement. Les privileges sont donc onéreux à l'état, mais l'expérience de tant de siecles devroit prouver qu'ils sont enfantés par le vice de l'impôt, & qu'ils sont faits pour marcher ensemble.

Un premier président de la cour des aides, M. Chevalier, a autrefois proposé de rendre la taille réelle sur les biens. Par cette réforme le laboureur eût été véritablement soulagé ; ce nombre énorme d'élus & officiers qui vivent à ses dépens devenoit inutile ; les fraix des exécutions étoient épargnés ; enfin le roi étoit plus ponctuellement payé. Malgré tant d'avantages, l'avis n'eut que trois voix. Ce fait est facile à expliquer ; l'assemblée étoit composée d'ecclésiastiques, de gentilshommes, de gens de robe, tous riches propriétaires de terres, & qui n'en connoissant pas le véritable intérêt, craignirent de se trouver garants de l'imposition du laboureur, comme si cette imposition leur étoit étrangere. N'est-ce pas en déduction du prix de la ferme, & de la solidité des fermiers, que se payent les contributions arbitraires ? La consommation des cultivateurs à leur aise ne retourneroit-elle pas immédiatement au propriétaire des terres ? Ce que la rigueur de l'impôt & la misere du cultivateur font perdre à la culture, n'est-il pas une perte réelle & irréparable sur leur propriété ?

Les simples lumieres de la raison naturelle développent d'ailleurs les avantages de cette taille réelle, & il suffit d'avoir des entrailles pour desirer que son établissement fût général, ou du-moins qu'on mît en pratique quelque expédient d'une exécution plus simple & plus courte, pour le soulagement des peuples.

Il y auroit beaucoup de réflexions à faire sur l'imposition de la taille. Est-il rien de plus effrayant, par exemple, que ce droit de suite pendant dix ans sur les taillables qui transportent leur domicile dans une ville franche, où ils payent la capitation, les entrées, les octrois, & autres droits presque équivalens à la taille ? Un malheureux journalier qui ne possede aucun fonds dans une paroisse, qui manque de travail, ne peut aller dans une autre où il trouve de quoi subsister sans payer la taille en deux endroits pendant deux ans, & pendant trois s'il passe dans une troisieme élection. J'entends déja les gens de loi me dire, que c'est une suite de la loi qui attachoit les serfs à la terre. Je pourrois répondre, que tous les taillables ne sont pas, à beaucoup près, issus de serfs ; mais sans sonder l'obscurité barbare de ces tems-là, il s'agit de savoir si l'usage est bon ou mauvais, & non pas de connoître son origine. Les rois trouverent avantageux pour eux & pour leur état d'abolir les servitudes, & comme l'expérience a justifié leur sage politique, il ne faut plus raisonner d'après les principes de servitude. (D.J.)

TAILLE, s. f. terme de Chirurgie, c'est l'opération de la lithotomie, par laquelle on tire la pierre de la vessie. Voyez CALCUL.

Cette opération est une des plus anciennes de la Chirurgie ; on voit par le serment d'Hippocrate qu'on la pratiquoit de son tems, mais on ignore absolument la maniere dont elle se faisoit. Aucun auteur n'en a parlé depuis lui jusqu'à Celse, qui donne une description exacte de cette opération. L'usage s'en perdit dans les siecles suivans ; & au commencement du seizieme, il n'y avoit personne qui osât la pratiquer, du-moins sur les grands sujets. Les vestiges que l'ancienne Chirurgie a laissés de l'opération de la taille ne sont que les traces d'une timidité ignorante : la plûpart de ceux qui avoient la pierre, ne trouvoient aucun soulagement : les enfans pouvoient espérer quelque ressource jusqu'à l'âge de quatorze ans ; après cet âge, l'art étoit stérile pour eux.

C'est en France qu'on a d'abord tenté d'étendre ce secours sur tous les âges ; les tentatives effrayerent ; les préjugés des anciens médecins les rendoient suspectes. Selon Hippocrate, les plaies de la vessie étoient mortelles. Germain Collot méprisa enfin cette fausse opinion ; pour tirer la pierre, il imagina une opération nouvelle. Ce cas est célebre dans notre histoire. Voyez l'histoire de Louis XI. par Varillas, page 340. Un archer de Bagnolet (d'autres disent un franc-archier de Meudon) étoit condamné à mort ; heureusement pour lui, il avoit une maladie dangereuse. Le détail n'en est pas bien connu ; l'ignorance des tems l'a obscurci ; la description qu'en ont donnée les historiens, est confuse & contradictoire : on y entrevoit seulement que ce misérable avoit la pierre. Mezeray assure sans fondement que cette pierre étoit dans les reins ; il paroît évident qu'elle étoit dans la vessie. Quoi qu'il en soit, il ne dut la vie qu'à sa pierre. L'opération qui pouvoit le délivrer de ses maux, fit la seule punition des crimes qu'il avoit commis : c'étoit un essai qui paroissoit cruel ; on ne voulut pas même y soumettre ce misérable par la violence ; on le lui proposa comme à un homme libre, & il le choisit. Germain Collot tenta l'opération avec une hardiesse éclairée, & le malade fut parfaitement rétabli en quinze jours. Voyez les recherches historiques sur l'origine, sur les divers états, & sur les progrès de la Chirurgie en France, Paris 1744. La plus ancienne des méthodes connues de faire l'opération de la taille est celle de Celse, à laquelle on a donné le nom de petit appareil. Voici la maniere d'y procéder.

Méthode de Celse ou petit appareil. Un homme robuste & entendu, dit cet auteur, lib. VII. c. xxvj. s'assied sur un siege élevé, & ayant couché l'enfant sur le dos, lui met d'abord ses cuisses sur les genoux ; ensuite lui ayant plié les jambes, il les lui fait écarter avec soin, lui place les mains sur ses jarrets, les lui fait étendre de toutes ses forces, & en même tems les assujettit lui-même en cette situation ; si néanmoins le malade est trop vigoureux pour être contenu par une seule personne, deux hommes robustes s'asseyent sur deux sieges joints ensemble, & tellement attachés qu'ils ne puissent s'écarter. Alors le malade est situé de la même maniere que je viens de le dire, sur les genoux de ces deux hommes, dont l'un lui écarte la jambe gauche, & l'autre la droite, selon qu'ils sont placés, tandis que lui-même embrasse fortement ses jarrets.

Mais soit qu'il n'y ait qu'un homme qui tienne le malade, ou que deux fassent cette même fonction, les épaules du malade sont soutenues par leur poitrine, ce qui fait que la partie d'entre les îles qui est au-dessus du pubis est tendue sans aucunes rides, & que la vessie occupant pour-lors un moindre espace, on peut saisir la pierre avec plus de facilité ; de plus, on place encore à droite & à gauche deux hommes vigoureux, qui soutiennent & empêchent de chanceler celui ou ceux qui tiennent l'enfant. Ensuite l'opérateur, de qui les ongles sont bien coupés, introduit dans l'anus du malade le plus doucement qu'il lui est possible l'index & le doigt du milieu de la main gauche, après les avoir trempés dans l'huile, tandis qu'il applique légérement les doigts de la main droite sur la région hypogastrique, de peur que les doigts venant à heurter violemment la pierre, la vessie ne se trouvât blessée. Mais il ne s'agit pas ici, comme dans la plûpart des autres opérations, de travailler avec promtitude, il faut principalement s'attacher à opérer avec sûreté ; car lorsque la vessie est une fois blessée, il s'ensuit souvent des tiraillemens & distensions des nerfs qui mettent les malades en danger de mort. D'abord il faut chercher la pierre vers le col de la vessie ; & lorsqu'elle s'y trouve, l'opération en est moins laborieuse. C'est ce qui m'a fait dire qu'il ne falloit en venir à l'opération, que lorsqu'on est assuré par des signes certains que la pierre est ainsi placée ; mais si la pierre ne se trouve pas vers le col de la vessie, ou qu'elle soit placée plus avant, il faut d'un côté passer les doigts de la main gauche jusqu'au fond de la vessie, tandis que la main droite continue d'appuyer sur l'hypogastre jusqu'à ce que la pierre y soit parvenue. La pierre une fois trouvée, ce qui ne peut manquer d'arriver en suivant la méthode prescrite, il faut la faire descendre avec d'autant plus de précaution, qu'elle est plus ou moins petite, ou plus ou moins polie, de peur qu'elle n'échappe, & qu'on ne soit obligé de trop fatiguer la vessie ; c'est pourquoi la main droite posée au-delà de la pierre s'oppose toujours à son retour en arriere, pendant que les deux doigts de la main gauche la poussent en-bas, jusqu'à ce qu'elle soit arrivée au col de la vessie, vers lequel, si la pierre est de figure oblongue, elle doit être poussée, de façon qu'elle ne sorte point par l'une de ses extrêmités ; si elle est plate, de maniere qu'elle sorte transversalement ; la quarrée doit être placée sur deux de ses angles, & celle qui est plus grosse par un de ses bouts, doit sortir par celle de ses extrêmités qui est la moins considérable ; à l'égard de la pierre de figure ronde, on sait qu'il importe peu de quelle maniere elle se présente ; si néanmoins elle se trouvoit plus polie par une de ses parties, cette partie la plus lisse doit passer la premiere.

Lorsque la pierre est une fois descendue au col de la vessie, il faut faire à la peau vers l'anus une incision en forme de croissant qui pénetre jusqu'au col de la vessie, & dont les extrêmités regardent un peu les cuisses ; ensuite il faut encore faire dans la partie la plus étroite de cette premiere ouverture & sous la peau une seconde incision transversale qui ouvre le col de la vessie, jusqu'à ce que le conduit de l'urine soit assez dilaté, pour que la grandeur de la plaie surpasse celle de la pierre, car ceux qui par la crainte de la fistule, que les Grecs appellent , ne font qu'une petite ouverture, tombent, & même avec plus de danger, dans l'inconvénient qu'ils prétendent éviter, parce que la pierre venant à être tirée avec violence, elle se fait elle-même le chemin qu'on ne lui a pas fait suffisant, & il y a même d'autant plus à craindre, suivant la figure & les aspérités de la pierre : de-là peuvent naître en effet des hémorragies & des tiraillemens & divulsions dans les nerfs ; & si le malade est assez heureux pour échapper à la mort, il lui reste une fistule qui est beaucoup plus considérable par le déchirement du col, qu'elle ne l'auroit été si on y avoit fait une incision suffisante.

L'ouverture une fois faite, on découvre la pierre dont le corps & la figure sont souvent très-différens ; c'est pourquoi si elle est petite, on la pousse d'un côté avec les doigts, tandis qu'on l'attire de l'autre. Mais si elle se trouve d'un volume considérable, il faut introduire par-dessus la partie supérieure un crochet fait exprès pour cela : ce crochet est mince en son extrêmité, & figuré en espece de demi-cercle, applati & mousse, poli du côté qui touche les parois de la plaie, & inégal de celui qui saisit la pierre : dès qu'on l'a introduit, il faut l'incliner à droit & à gauche pour mieux saisir la pierre & s'en rendre le maître, parce que dans le même instant qu'on l'a bien saisie, on penche aussi-tôt le crochet : il est nécessaire de prendre toutes ces précautions, de peur qu'en voulant retirer le crochet, la pierre ne s'échappe au-dedans, & que l'instrument ne heurte contre les levres de la plaie, ce qui seroit cause des inconvéniens dont j'ai déja parlé.

Quand on est sûr qu'on tient suffisamment la pierre, il faut faire presque en même tems trois mouvemens, deux sur les côtés & un en-devant, mais les faire doucement, de façon que la pierre soit d'abord amenée peu-à-peu en devant ; ensuite il faut élever l'extrêmité du crochet, afin que l'instrument soit plus engagé sous la pierre, & la fasse sortir avec plus de facilité ; que s'il arrive qu'on ne puisse pas saisir commodément la pierre par sa partie supérieure, on la prendra par sa partie latérale, si on y trouve plus de facilité ; voilà la maniere la plus simple de faire l'opération.

Celse dit plus loin, que Mege imagina un instrument droit, dont le dos étoit large, le tranchant demi-circulaire & bien affilé ; il le prenoit entre l'index & le doigt du milieu, en mettant le pouce par-dessus, & le conduisoit de façon qu'il coupoit d'un seul coup tout ce qui faisoit saillie sur la pierre.

Telle est la description que Celse fait de la lithotomie. Tous les auteurs qui l'ont suivi, n'ont presque fait que le copier. Gui de Chauliac donna assez de réputation à cette méthode, pour qu'elle en prît le nom ; & c'est à elle que l'art a été borné jusqu'au commencement du xvj. siecle. Elle ne peut être pratiquée que sur des petits sujets, & la chirurgie étoit absolument sans ressource pour les grands, à-moins que la pierre ne fut engagée dans le col de la vessie ; car hors cette circonstance, il n'est pas possible d'atteindre la pierre avec les doigts, & de la fixer au périnée.

C'est cette opération à laquelle on a donné depuis le nom de petit appareil. On appelle encore ainsi l'incision qu'on fait sur la pierre engagée dans l'urethre. Pour la pratiquer on tire un peu la peau de côté ; on incise la peau, & le canal de l'urethre dans toute l'étendue de la pierre ; on la tire avec le bout d'une sonde, ou une petite curete. La peau reprenant sa situation naturelle, couvre l'ouverture qu'on a faite à l'urethre, & empêche que l'urine ne sorte par la plaie, qui très-souvent est guerie en vingt-quatre heures.

Du grand appareil. La méthode de Celse étoit une méthode imparfaite à plusieurs égards : les grands sujets attaqués de la pierre étoient abandonnés aux tourmens & au désespoir. Le petit appareil étoit la ressource des seuls enfans ; encore cette opération se faisoit ridiculement. Gui de Chauliac prescrivoit la précaution de faire sauter le malade, pour que la pierre se précipitât vers les parties inférieures. On fouilloit sans lumiere dans la vessie, on n'avoit aucun égard à la structure & à la position des parties que le fer intéressoit. Enfin on chercha des regles pour conduire les instrumens avec certitude. Germain Collot tenta le premier une opération nouvelle qu'il imagina. Cette tentative entreprise avec une hardiesse éclairée, donna les plus grandes espérances ; le malade qui en fut le sujet fut parfaitement gueri en moins de 15 jours, comme nous l'avons dit au commencement de cet article.

Cette opération, malgré de si heureux commencemens, est restée long-tems dans l'oubli. Jean des Romains rechercha la route qu'on pouvoit ouvrir à la pierre, & enfin par ses travaux l'art de la tirer dans tous les âges devint un art éclairé. Marianus Sanctus son disciple, publia cette méthode en 1524. Elle a souffert en différens tems & chez différentes nations des changemens notables en plusieurs points, & principalement dans l'usage des instrumens.

Pour la pratiquer, on fait situer le malade convenablement. Voyez LIENS. On lui passe un catheter dans la vessie, sur lequel on fait avec un lithotome à lancette, une incision commune à la peau & à l'urethre, avec les précautions que nous avons prescrites en parlant de l'opération de la boutonniere ; laquelle ne differe point de l'ancienne méthode de faire le grand appareil pour l'extraction de la pierre.

Les bornes de cette incision exposoient les malades, pour peu que leurs pierres eussent de volume, à des contusions & à des déchiremens dont les suites étoient presque toujours fâcheuses ; après l'incision, on mettoit le conducteur mâle dans la cannelure de la sonde, & on le poussoit jusque dans la vessie. On glissoit un dilatatoire sur le conducteur, afin d'écarter tout le passage, on retiroit le dilatatoire pour placer le conducteur femelle, & à la faveur de ces deux instrumens on portoit une tenette dans la vessie pour tirer la pierre.

Toutes ces précautions ne mettoient point à l'abri du déchirement & de la contusion du col de la vessie. On sentit la nécessité d'étendre davantage l'ouverture vers cette partie. C'est cette coupe à laquelle on a donné le nom de coup de maître : elle a donné lieu à la variation des lithotomes, comme nous l'avons expliqué à cet article. Voyez LITHOTOME.

M. Maréchal a supprimé le dilatatoire ; il suppléa à son usage par l'écartement des branches de la tenette, lorsqu'elle est introduite dans la vessie. Il trouva de même qu'il étoit moins embarrassant de se servir du gorgeret que des conducteurs, & il abandonna totalement ceux-ci. Voyez GORGERET.

Quelque perfection qu'on ait tâché de donner à cette opération, elle a des défauts essentiels : la division forcée d'une portion de l'urethre, du col de la vessie, & de son orifice, la contusion des prostates, leur séparation du col de la vessie, comme si elles eussent été disséquées, sont des marques du délabrement qui suit nécessairement cette opération. Si la pierre est grosse, & que le malade ait eu le bonheur d'échapper aux accidens primitifs de l'opération, il reste le plus souvent incommodé d'une incontinence d'urine, & souvent de fistules. La considération de ces inconvéniens & du danger absolu de cette méthode, a fait recourir au haut appareil, ou taille hypogastrique, opération au moyen de laquelle on tire la pierre hors de la vessie par une incision que l'on fait à son fond, à la partie inférieure du bas-ventre, au-dessus de l'os pubis. On doit cette méthode à Franco, chirurgien provençal. Voyez HAUT APPAREIL.

Corrections du grand appareil, connu sous le nom d'appareil latéral. Le grand appareil, tel que nous l'avons décrit, consiste à faire une incision au périnée parallelement & à côté du raphé : cette incision, comme nous l'avons dit, a été étendue inférieurement du côté du col de la vessie par une coupe interne. Pour la faire cette coupe interne, sans risque de couper le rectum, on a diminué la largeur du lithotome, on l'a même échancré, pour que le tranchant supérieur pût glisser dans la cannelure de la sonde, en s'ajustant à sa convexité. Voyez LITHOTOME. Toutes ces précautions, & l'attention tant recommandée de ne point faire violemment l'extraction de la pierre, & d'en préparer le passage par des dilatations lentes au moyen de l'écartement des branches des tenettes, précédé de l'introduction du doigt trempé dans l'huile rosat tiede, & coulé dans la gouttiere du gorgeret, toutes ces précautions & ces attentions ne mettent point à l'abri des accidens que nous avons rapportés. Il n'est pas possible d'ouvrir à toutes les pierres un passage qui leur soit proportionné, & l'on ne peut éviter un délabrement fâcheux, pour peu que la pierre ait de volume, parce qu'on est obligé de la tirer par la partie la plus étroite de l'angle que forment les os pubis par leur réunion. On est même fort borné pour l'incision des tégumens ; on ne peut la porter en-bas à cause du rectum ; & si on coupe trop haut, la peau des bourses qu'on a été obligé de tirer vers l'os pubis, se remettant dans sa situation naturelle, recouvre toute la partie supérieure de l'incision de l'urethre, ce qui donne lieu à l'infiltration de l'urine & de la matiere de la suppuration dans le tissu graisseux du scrotum, source des abscès qui surviennent fréquemment à cette méthode, & dont on accuse, souvent mal-à-propos, celui qui a troussé les bourses.

On évite ces inconvéniens en faisant une incision oblique qui commence un peu au-dessus de l'endroit où finit celle du grand appareil décrit, & qui se porte vers la tubérosité de l'ischion. C'est à cette coupe oblique & plus inférieure que celle du grand appareil ordinaire, que les modernes ont donné le nom d'appareil latéral. Mais doit-on donner ce nom à une méthode qui ne permet l'entrée de la vessie qu'en ouvrant l'urethre & le col de cet organe ? La taille de frere Jacques n'étoit que le grand appareil ; son peu de lumieres en anatomie, sur-tout dans les premiers tems, permet de croire qu'il n'étoit que l'imitateur d'un homme plus éclairé que lui, à qui il avoit vu pratiquer cette opération qu'on croyoit nouvelle. On lit dans Fabricius Hildanus, lib. de lithotom. vesicae, que l'incision de la taille au grand appareil se doit faire obliquement, ab osse pubis versus coxam sinistram. La pratique de notre opération au grand appareil étoit défectueuse ; c'étoit un des effets de la décadence de la chirurgie par l'état d'avillissement où elle avoit été plongée quarante ans auparavant que frere Jacques se fît connoître en France. Voyez le mot CHIRURGIEN.

De l'opération de frere Jacques. Frere Jacques étoit une espece de moine originaire de Franche-Comté, qui vint à Paris en 1697. Il s'annonça comme possesseur d'un nouveau secret pour la guérison de la pierre. Il fit voir aux magistrats une quantité de certificats qui attestoient son adresse à opérer. Il obtint la permission de faire des essais de sa méthode à l'hôtel-Dieu sur des cadavres, sous les yeux des chirurgiens & des médecins de cet hôpital. M. Méry, qui en étoit alors chirurgien major, fut pareillement chargé par M. le premier président d'examiner les épreuves de frere Jacques, & de lui en faire son rapport.

M. Méry dit que " frere Jacques ayant introduit dans la vessie une sonde solide, exactement ronde, sans rainure, & d'une figure differente de celles des sondes dont se servent ceux qui taillent suivant l'ancienne méthode, il prit un bistouri semblable à ceux dont on se sert ordinairement, mais plus long, avec lequel il fit une incision au côté gauche & interne de la tubérosité de l'ischium, & coupant obliquement de bas en haut, en profondant, il trancha tout ce qui se trouva de parties depuis la tubérosité de l'ischium jusqu'à sa sonde qu'il ne retira point. Son incision étant faite, il poussa son doigt, par la plaie, dans la vessie, pour reconnoître la pierre. Et après avoir remarqué sa situation, il introduisit dans la vessie un instrument (qui avoit à-peu-près la figure d'un fer à polir de relieur) pour dilater la plaie, & rendre par ce moyen la sortie de la pierre plus facile sur ce dilatatoire qu'il appelloit son conducteur, il poussa une tenette dans la vessie, & retira aussitôt ce conducteur ; & après avoir cherché & chargé la pierre, il retira la sonde de l'urethre, & ensuite sa tenette avec la pierre de la vessie par la plaie, ce qu'il fit avec beaucoup de facilité, quoique la pierre fût à-peu-près de la grosseur d'un oeuf de poule.

Cette opération étant faite, je disséquai, continue M. Méry, en présence de MM. les médecins & chirurgiens de l'hôtel-Dieu, les parties qui avoient été coupées. Par la dissection que j'en fis, & en les comparant avec les mêmes parties opposées que je disséquai aussi, nous remarquâmes que frere Jacques avoit d'abord coupé des graisses environ un pouce & demi d'épaisseur, qu'il avoit ensuite conduit son scalpel entre le muscle érecteur & accélérateur gauche sans les blesser, & qu'il avoit enfin coupé le col de la vessie dans toute sa longueur par le côté, à environ demi-pouce du corps même de la vessie. "

Sur ce rapport on permit à frere Jacques de faire son opération sur les vivans. Il tailla environ cinquante personnes ; mais le succès ne répondit pas à ce qu'on en attendoit ; on fit de nouveau l'examen des parties blessées, & on reconnut que les unes étoient tantôt intéressées, & tantôt les autres, ensorte qu'on peut dire de frere Jacques qu'il n'avoit point de méthode ; car une méthode de tailler doit être une maniere de tailler suivant une regle toujours constante, au moyen de laquelle on entame les mêmes parties toutes les fois. Ce sont les termes de M. Morand, dans ses Recherches sur l'opération latérale insérées dans les Mém. de l'ac. royale des Scienc. ann. 1731. Frere Jacques n'avoit donc point de méthode : il entamoit la vessie, tantôt dans son col tantôt dans son corps ; il séparoit quelquefois le col du corps ; souvent il traversoit la vessie, & l'ouvroit en deux endroits ; enfin il intéressoit l'intestin rectum qui ne doit point être touché dans cette opération, &c.

M. Méry publia en 1700 un traité sous le titre d'Observations sur la maniere de tailler dans les deux sexes pour l'extraction de la pierre, pratiquée par frere Jacques. L'auteur releve vivement toutes les fautes commises par le nouveau lithotomiste, en donnant des louanges à sa fermeté inébranlable dans l'opération.

Frere Jacques profita de la critique de M. Méry & des conseils qui lui furent donnés par MM. Fagon & Felix, premiers médecin & chirurgien du roi. La principale cause des désordres de l'opération venoit du défaut de guide. Freres Jacques opéroit sur une sonde cylindrique ; mais lorsqu'il eut fait usage de la sonde cannelée, il pratiqua son opération avec beaucoup de succès. On a de lui un écrit intitulé, Nouvelle méthode de tailler, munie des approbations des médecins & des chirurgiens de la cour, qui lui virent faire à Versailles trente-huit opérations sans perdre un seul de ses malades. Frere Jacques y reproche à MM. Méry & Saviard de l'avoir décrié comme sectateur d'un nommé Raoulx qui étoit un fripon, de n'avoir pas assez examiné par eux-mêmes, & d'avoir écrit contre lui par des ouï-dires, par plaisir de blâmer l'opérateur & l'opération.

M. Rau, fameux professeur en Anatomie & en Chirurgie à Leyde, vit opérer frere Jacques, & pratiqua ensuite l'opération de la taille avec un succès étonnant ; mais il ne publia rien là-dessus. M. Albinus a donné un détail circonstancié de tout ce qui regarde l'opération de M. Rau son prédécesseur. Il prétend qu'il avoit perfectionné la taille du frere Jacques, & qu'il coupoit le corps même de la vessie au-delà des prostates. Mais en suivant la description de M. Albinus, & se servant de la sonde de M. Rau, on voit qu'il est impossible de couper le corps de la vessie sans toucher aux prostates, à son col & à l'urethre, & on pense que M. Albinus s'est mépris sur la méthode de M. Rau dont nous ignorons absolument les particularités, autres que les succès extraordinaires dont elle étoit suivie.

Opération de Cheselden. La dissertation de M. Albinus sur la taille de Rau, excita l'émulation des chirurgiens, & les porta à faire des expériences propres à les conduire à la perfection annoncée dans cet ouvrage.

M. Cheselden fit les premieres tentatives ; il rencontra en suivant ponctuellement la description de M. Albinus, des inconvéniens qui le conduisirent à une nouvelle opération ; voici la méthode de la pratiquer.

On fait situer le malade à l'ordinaire : on introduit un cacheter dans la vessie par l'urethre : on couche le manche de la sonde sur l'aine droite du malade, où, un aide qui doit être très-adroit & très-attentif, la tient assujettie d'une seule main, pendant que de l'autre il soutient les bourses ; par cette situation de la sonde, l'urethre est collé & soutenu contre la simphyse des os pubis, ce qui l'éloigne du rectum autant qu'il est possible de le faire, & la cannelure de la sonde regarde l'intervalle qui est entre l'anus & la tubérosité de l'ischion.

L'opérateur prend un lithotome particulier (Pl. VIII. fig. 3.), avec lequel il fait une très-grande incision à la peau & à la graisse, commençant à côté du raphé, un peu au-dessus de l'endroit où finit la section dans le grand appareil ordinaire, & finissant un peu au-dessous de l'anus, entre cette partie & la tubérosité de l'ischion. Cette incision doit être poussée profondément entre les muscles, jusqu'à ce qu'on puisse sentir la glande prostate : alors on cherche l'endroit de la sonde, & l'ayant fixée où il faut, supposé qu'elle eût glissé, on tourne en-haut le tranchant du bistouri : comme la main gauche de l'opérateur n'est pas occupée à tenir la sonde, le doigt index de cette main étant introduit dans la plaie, reconnoit la cannelure de la sonde, & sert à y conduire surement la pointe du lithotome, & en le poussant de bas en haut, entre les muscles érecteur & accélérateur, on coupe toute la longueur des prostates de dedans en dehors, poussant en même-tems le rectum en-bas, avec un ou deux doigts de la main gauche ; par ces précautions on évite toujours de blesser l'intestin : l'opération se termine de la maniere ordinaire, par l'introduction du gorgeret sur la cannelure de la sonde, & par celle des tenettes sur la gouttiere du gorgeret.

Cette opération a l'avantage d'ouvrir une voie suffisante pour l'extraction des pierres, par la partie la plus large de l'ouverture de l'angle des os pubis, & on est sûr de ne point intéresser le rectum. Toutes les parties qu'on déchire & qu'on meurtrit dans le grand appareil ordinaire, sont coupées dans l'opération de Cheselden ; & c'est un principe reçu que la section des parties est plus avantageuse que leur déchirement, sur-tout lorsque ce déchirement est accompagné de contusion.

M. Cheselden pratiquoit cette opération en Angleterre avec de grands succès ; il avoit abandonné le haut appareil pour cette nouvelle façon de tailler, dont M. Douglas donna la description ; mais les maîtres de l'art ne la jugerent point suffisamment détaillée, pour savoir en quoi consistoit positivement la nouvelle méthode. M. Morand voulut s'assurer des choses par lui-même, il passa en Angleterre, & vit opérer M. Cheselden ; il lui promit de ne rien publier de cette opération, avant la description que l'auteur se proposoit de communiquer à l'académie royale des Sciences. Voyez les recherches sur l'appareil latéral ; mém. de l'acad. des Sciences, année 1731.

Pendant le voyage de M. Morand à Londres, M. de Garengeot, & M. Perchet, premier chirurgien du roi des deux Siciles, qui gagnoit alors sa maîtrise à l'hôpital de la Charité, firent dans cet hôpital plusieurs tentatives sur des cadavres : guidés par les fautes de frere Jacques, & par les observations de M. Méry, ils parvinrent à faire le grand appareil obliquement, entre les muscles érecteur & accélérateur gauches, & à inciser intérieurement le col de la vessie & un peu de son corps. M. Perchet, après bien des expériences, pratiqua cette opération avec réussite. Voyez ce détail dans le traité des opérations, par M. de Garengeot, sec. édit. tom. II.

L'opération de la taille, étoit, comme on voit, l'objet des recherches des grands maîtres de l'art. Feu M. de la Peyronie, premier chirurgien du roi, aussi distingué par ses grandes connoissances que par la place qu'il occupoit, fut consulté de toutes parts sur la matiere en question. Les chirurgiens lui rendoient compte de leurs travaux, & demandoient qu'il les éclairât de ses conseils ; les magistrats des villes du royaume où il y avoit, ou bien où l'on vouloit avoir des lithotomistes pensionnés pour exercer l'opération, & pour y former des éleves, écrivoient au chef de la chirurgie, pour qu'il décidât quelle étoit la meilleure méthode de tailler. Il travailla en conséquence à la description d'une méthode où l'on incise les mêmes parties que dans l'opération de M. Cheselden, mais par un procedé différent. L'opérateur, entr'autres choses, tient lui-même le manche de la sonde ; ce que M. Cheselden fait faire à un aide, & qui, selon quelques auteurs, est un inconvénient, parce que la position juste de la sonde, fait toute la sûreté de l'opération ; un aide mal adroit, ou plus attentif à ce que fait l'opérateur qu'à ce dont il est chargé, peut donc faire manquer la route que l'on doit tenir. Je vais donner ici la description dont M. de la Peyronie est auteur, parce qu'elle est faite avec beaucoup de précision, & qu'elle n'a jamais été imprimée.

Opération de M. de la Peyronie. " Il faut situer le malade sur une table, le lier, & le faire tenir à l'ordinaire, le couchant un peu plus sur le dos que dans le grand appareil ; dans cette situation, la partie inférieure du périnée, sur laquelle on doit opérer, se présentant mieux, on opere avec plus de facilité ; la sonde cannelée doit être d'acier ; on l'introduit dans la vessie (voyez CACHETERISME), & ensuite l'aide qui est chargé de trousser, assujettit avec le creux de la main droite, tout le paquet des bourses, qu'il range sans le blesser, vers l'aine droite : il étendra le doigt indicateur de la même main, le long du raphé sur toute la longueur du muscle accélérateur gauche, qu'il cache tout entier sous le doigt, il ne découvre tout-au-plus qu'une très-petite portion latérale gauche de ce muscle.

Cet aide couche le doigt indicateur de la main gauche, à trois ou quatre lignes de l'indicateur droit, sur le muscle érecteur gauche, & le couvre entierement aussi, suivant sa direction ; enfin ce même aide étendra autant qu'il pourra la peau qui se trouve entre ses deux doigts indicateurs, en faisant effort comme pour les écarter l'un de l'autre.

L'opérateur panche vers l'aine droite la tête de la sonde, qu'il tient de la main gauche : alors la partie convexe de la courbure de la sonde, où est la rainure, s'applique à gauche sur toutes les parties où l'on doit opérer ; car premierement elle répond à la partie latérale gauche du bulbe, qui est le premier endroit où le canal de l'urethre sera ouvert, ensuite à la partie latérale gauche de la portion membraneuse de l'urethre ; enfin à la prostate du même côté, & l'extrêmité de la sonde s'étend dans la cavité de la vessie, environ à deux ou trois lignes au-delà de son col ; cette courbure de la sonde ainsi placée, fait extérieurement entre les deux doigts de l'aide, une petite éminence à la peau, dont l'endroit le plus saillant répond à-peu-près au bulbe, qui est le lieu par où l'on commencera l'incision.

Pendant que l'opérateur tient de la main gauche la sonde assujettie en cet état, il s'assure au juste, avec l'indicateur de la main droite, du point le plus saillant de la convexité de la sonde, lequel doit répondre à la partie inférieure latérale gauche du bulbe de l'urethre. Il coupe ensuite avec son bistouri la peau qui couvre cette portion du bulbe, & il continue son incision de la longueur de deux ou trois travers de doigts, ou davantage, selon la grandeur du sujet, en suivant toujours le milieu de l'intervalle qui se trouve entre les doigts indicateurs de l'aide ; cette incision coupe seulement la peau & la graisse, car pour les muscles, il n'y a tout au plus que l'accélérateur qui puisse être effleuré dans sa partie latérale gauche.

Après cette incision, les parties du conduit qui sont poussées par la courbure de la sonde, forment dans l'endroit où la peau & les graisses sont coupées, une bosse fort sensible, sur-tout vers la partie inférieure latérale gauche du bulbe. Il faut commencer alors par couper cette partie ; pour cet effet on porte la pointe du bistouri au point le plus éminent de cet endroit qui fait bosse, on pénetre jusque dans la cannelure de la sonde, que l'on tient toujours bien assujettie, & l'on coupe la partie latérale gauche du bulbe ; on continue de glisser la pointe du bistouri le long de la cannelure, on coupe tout de suite la partie membraneuse de l'urethre, le muscle transversal gauche, & la bande tendineuse située derriere ce muscle : on coupe enfin la prostate gauche & le bourrelet de la vessie : la prostate se trouve coupée dans une épaisseur de deux ou trois lignes, & environ deux lignes à côté du verumontanum.

Après cette derniere incision, on fait tenir le manche du bistouri par l'aide, avant de retirer la pointe dudit bistouri hors de la cannelure de la sonde, le chirurgien prend le gorgeret avec sa main droite, & le conduit, à la faveur de la lame du bistouri, dans cette cannelure ; lorsqu'il y est placé, l'aide retire le bistouri, afin que l'opérateur puisse glisser ce conducteur, le long de la rainure qu'il ne doit jamais abandonner jusqu'à ce qu'il soit arrivé dans la vessie ; dès qu'il y est, il retire la sonde ; il prend ensuite le manche du gorgeret de la main gauche, & le baisse doucement vers le fondement, pour glisser le long de ce conducteur le doigt indice de la main droite, graissé d'huile : on écartera peu-à-peu avec ce doigt, sans secousses, les levres de l'incision, jusque dans la vessie, afin de dilater l'ouverture que l'on a faite, & de détruire les brides s'il s'y en trouve, & même de les couper s'il y en avoit quelqu'une qui résistât au doigt, ou qui empêchât de l'introduire facilement. Il sera aisé de les couper avec un bistouri ordinaire, conduit sur ce doigt, ou bien le long de la rainure du conducteur ; outre tous ces avantages que l'on retire de l'introduction du doigt dans la vessie, on a souvent celui de toucher la pierre, de s'assurer du lieu où elle est située, de sa figure, de son volume, & de la maniere la plus facile de la charger, & la plus avantageuse pour la tirer : on peut d'ailleurs s'assurer de son adhérence s'il y en a.

Après avoir ainsi préparé les voies, on introduit aisément la tenette à la faveur du gorgeret ; on touche la pierre avec la tenette, que l'on ouvre & que l'on tourne ensuite de façon qu'une des serres passe dessous la pierre & l'embrasse en maniere de cuillere ; on la charge, & on la tire doucement & sans effort.

L'opération faite selon cette méthode n'est sujette à aucune variation. On coupe toujours les mêmes parties ; ce qu'on incise, ce qu'on divise ou écarte avec le doigt ou les instrumens, n'est susceptible par lui-même d'aucun accident fâcheux. La seule artere qu'on peut ouvrir, est une branche de la honteuse interne qui se distribue dans le bulbe de l'urethre. Elle se trouve rarement sur la route de l'incision ; quand même on ouvriroit cette artere, l'inconvénient ne seroit pas grand ; elle n'est pas considérable, elle se retire dans les graisses, & tarit ordinairement sans secours. Si elle s'opiniâtre à fournir, il est facile d'en arrêter le sang par la compression. S'il y a des fragmens, ou une seconde ou troisieme pierre dans la vessie, on se conduit comme on a fait pour la premiere pierre.

Les instrumens pour faire cette opération sont ;

1°. La sonde cannelée, qui est la même que dans le grand appareil ordinaire. Voyez CACHETER. Cependant elle satisferoit mieux aux vues de cette méthode, si elle étoit un peu plus convexe, & que le bec fût plus long de deux lignes ou environ que les sondes ordinaires.

2°. Il faut un bistouri (voyez LITHOTOME), dont le tranchet soit large environ de quatre ou cinq lignes, & long environ de neuf ou dix, & que la pointe soit courte. Le manche doit être fixé à la lame ; s'il est mobile, on l'assujettira à l'ordinaire, avec une bandelette.

3°. Le gorgeret, comme pour l'opération ordinaire. (Voyez GORGERET).

4°. On a besoin de tenettes de toutes especes, pour employer celle qui paroîtra la plus convenable à chaque opération en particulier ".

Toutes ces différentes manieres de pratiquer la taille au périnée, ont été imaginées dans la vue d'ouvrir un passage suffisant aux pierres qui ont un volume plus que médiocre, & d'éviter les contusions inévitables dans l'opération du grand appareil tel qu'on le pratiquoit avant frere Jacques. Malgré ces perfections, il faut avouer qu'il n'est pas possible de faire, par l'urethre & par le col de la vessie, une ouverture proportionnée au volume des grosses pierres, c'est-à-dire, une ouverture qui mette à l'abri de meurtrissures & de déchiremens violens. On n'exagere point en disant que depuis vingt ans cent chirurgiens plus ou moins versés dans l'opération de la taille, ont imaginé des instrumens particuliers pour inciser le col de la vessie avec les prostates, des bistouris lithotomes, des gorgerets à lames tranchantes, qui agissent par des méchaniques différentes ; mais quelqu'attention qu'on donne pour étendre ensuite par l'introduction du doigt & par l'écartement gradué des branches de la tenette la plaie du col de la vessie par de-là son orifice, on sent toujours beaucoup de résistance pour l'extraction d'une grosse pierre ; sa sortie est difficile, la nature des parties s'y oppose : l'urethre est tissu des fibres aponévrotiques qui ne cedent pas aisément ; leur déchirement sera d'autant plus douloureux & accompagné de meurtrissure, que les parties extérieures auront été plus ménagées ; car plus l'incision extérieure sera étendue, moins il y aura de résistance, & plus l'extraction sera facile, sur-tout lorsqu'on aura coupé obliquement fort bas pour pouvoir tirer la pierre par la partie la plus large de l'ouverture de l'angle que les os pubis forment par leur réunion.

Les expériences qui nous ont procuré les différentes méthodes dont nous venons de parler, avoient pour objet d'ouvrir le corps même de la vessie. Tous les praticiens à qui nous en sommes redevables cherchoient à découvrir la route que l'on disoit avoir été tenue par M. Rau. On convenoit généralement qu'une pierre passeroit avec moins de difficulté entre des parties charnues, capables de prêter ou de se déchirer sans peine, qu'entre des parties aponévrotiques qui offroient beaucoup de résistance. Ce seroit sans contredit un avantage des plus grands, surtout dans le cas des pierres molles, qui, malgré toutes les attentions de l'opérateur, se brisent au passage par la résistance des parties ; cet inconvénient oblige à rapporter plusieurs fois les tenettes dans la vessie : on fatigue cet organe, & pour peu qu'il y ait de mauvaise disposition de la part du sujet, les accidens qui surviennent causent souvent des desordres irréparables.

C'est par toutes ces considérations qu'on desiroit pouvoir mettre communément en usage le haut appareil ; il met à l'abri des délabremens du col de la vessie, d'où résultent les fistules & les incontinences d'urine : dans cette méthode la pierre ne trouve à son passage que des parties d'une tissure assez lâche : l'incision des parties contenantes peut être suffisamment étendue ; le corps de la vessie souffre sans résistance une extension assez considérable, & une division qui disparoît presque tout-à-fait aussi-tôt que la pierre en est sortie ; ce seroit donc la méthode de préférence, si certaines circonstances que nous avons rapportées ne la rendoient souvent impraticable ; il y a même des cas où elle seroit possible sans qu'on dût la mettre en usage, comme lorsqu'il faut faire suppurer & mondifier une vessie malade. Tout concourt donc à faire sentir le prix d'une méthode par laquelle on ouvriroit le corps même de la vessie par une incision au périnée, sans intéresser le col de la vessie ni l'urethre. Cette méthode a été trouvée par M. Foubert ; elle est le fruit des recherches qu'il a faites pour découvrir la maniere de tailler attribuée à M. Rau par M. Albinus.

La méthode de M. Foubert est la seule à laquelle on a pu donner légitimement le nom de taille latérale. Nous allons en donner la description, d'après le mémoire communiqué par l'auteur à l'académie royale de Chirurgie, & qui est inséré dans le premier volume des recueils de cette compagnie.

Opération de M. Foubert. La méthode de M. Foubert consiste à ouvrir un passage aux pierres, par l'endroit le plus large de l'angle que forment les os pubis, sans intéresser le col de la vessie ni l'urethre. Toutes les perfections qu'on a données au grand appareil, en procurant une ouverture plus grande que celle qu'on pratiquoit anciennement, tendoient à diminuer les inconvéniens de cette opération, parce qu'elles facilitent l'introduction des instrumens, & qu'elles épargnent une partie du déchirement que feroit la pierre si l'ouverture étoit moins étendue. Cependant il est toujours vrai qu'elles n'empêchent pas que les pierres un peu grosses ne fassent une dilacération fort considérable, & qu'elles ne remédient point à d'autres inconvéniens qui dépendent du lieu où l'on opere, qui est trop serré par l'angle que forment les os pubis, ce qui rend l'extraction de la pierre fort difficile, & occasionne des contusions qui ont souvent des suites fâcheuses. D'ailleurs on ne peut éviter de couper ou de déchirer diverses parties organiques qui accompagnent le col de la vessie, comme un des muscles accélérateurs, le vérumontanum, le prostate, le col même de la vessie & le conduit de l'urine. Le déchirement ou la section de ces parties, qui de plus sont meurtries par la pierre, peuvent avoir beaucoup de part aux accidens qui arrivent à la suite de l'opération, & sur-tout aux incontinences d'urine, & aux fistules incurables qui restent après ces opérations, comme nous l'avons dit plus haut.

La méthode de M. Foubert n'est point sujette à ces inconvéniens. Il entre dans la vessie par le lieu le plus favorable, en ouvrant cet organe à côté de son col & au-dessus de l'urethre. On n'a dans cet endroit d'autres parties à couper que la peau, le tissu des graisses, le muscle triangulaire, un peu du muscle releveur de l'anus, un peu du ligament de l'angle du pubis & la vessie. La figure 3. de la Planche XIII. représente le périnée, où est marquée la direction de l'incision extérieure, selon la méthode de M. Foubert. La figure 4. de cette Planche est une dissection des muscles du périnée, & montre l'endroit de la vessie coupée par l'opération.

Pour pratiquer cette opération, il faut des instrumens particuliers. On pénetre dans la vessie à-travers la peau & les graisses avec un long trocar dont la cannule est cannelée. (Voyez TROCAR.) La ponction de la vessie est ou impossible ou dangereuse, si ce viscere ne contient pas une suffisante quantité d'urine. Ainsi cette opération ne convient pas à ceux qui ne gardent point du tout ce liquide. Les personnes fort grasses ne sont pas non plus dans le cas d'être taillées par cette méthode, parce que leur vessie n'est pas ordinairement susceptible d'une suffisante extension, & qu'il y a de l'inconvénient à chercher la vessie cachée profondément sous l'épaisseur des graisses qui recouvrent la partie de cet organe qu'il faut inciser. Dans les cas où la vessie est capable de s'étendre suffisamment & de retenir l'urine, on pratique la méthode de M. Foubert d'une maniere brillante. La difficulté de mettre la vessie d'un pierreux dans l'état convenable à cette opération, n'a été surmontée qu'après bien des tentatives & des réflexions. M. Foubert essaya d'abord les injections : c'est à ce moyen qu'il eut recours pour dilater la vessie du premier malade qu'il tailla en Mai 1731. Il remarqua qu'il étoit extrêmement difficile d'injecter la vessie : car non-seulement l'injection fut fort douloureuse au malade, mais elle ne se put faire même que fort imparfaitement, parce que la douleur l'engageoit à faire des mouvemens ou des efforts qui chassoient une grande partie de l'eau qu'on poussoit dans la vessie. Dans un second malade, M. Foubert s'étant apperçu, en le sondant, que sa vessie étoit spatieuse, & en ayant jugé encore plus sûrement par la quantité d'urine qu'il rendoit à chaque fois qu'il pissoit, il lui recommanda, la veille de l'opération, de retenir le lendemain matin ses urines, ce qu'il fit facilement, M. Foubert l'ayant trouvé endormi lorsqu'il arriva pour le tailler.

La circonstance avantageuse d'une grande vessie se trouve rarement dans ceux qui ont des pierres, sur-tout lorsqu'elles sont grosses ; & c'est dans ce cas précisément où il convient le plus de pratiquer la méthode dont nous parlons. L'auteur, consulté par un malade dont la vessie étoit fort étroite & qui rendoit avec beaucoup de douleur très-peu d'urine à-la-fois, crut que son opération ne pouvoit convenir dans ce cas. Il lui vint cependant en l'idée que s'il accoutumoit le malade à boire beaucoup, la quantité d'urine qui formeroit cette boisson pourroit dilater peu-à-peu la vessie : cette tentative eut tout le succès possible ; car non-seulement la vessie parvint à contenir une quantité d'urine assez considérable pour permettre l'opération, mais de plus le malade sentoit beaucoup moins de douleur en urinant.

M. Foubert eut recours au même expédient pour pouvoir tailler par sa méthode un homme qui urinoit à tout instant & très-peu à-la-fois. Il commença à lui faire boire par verrées, de demi-heure en demi-heure, le matin une chopine de tisane faite avec du chiendent, de la reglisse & de la graine de lin. Il lui augmenta cette boisson de jour en jour de demi-septier, jusqu'à ce qu'il fût parvenu à deux pintes. On s'appercevoit chaque jour de la dilatation de la vessie par la quantité d'urine que le malade rendoit à chaque fois. Au bout de huit jours, il en urinoit au-moins un verre & demi à-la-fois, & avec bien moins de douleur qu'auparavant.

Je me suis étendu sur cette préparation, parce qu'elle est d'une grande utilité. En cherchant à étendre l'usage de la méthode, M. Foubert a rendu un service essentiel à toutes les autres, dont le succès dépend très-souvent de l'état de la vessie. Si cet organe est racorni, les instrumens qu'on y introduira le fatigueront, & pourront même le blesser, quoique conduits par les mains les plus habiles. J'ai éprouvé plusieurs fois l'utilité de la préparation prescrite par M. Foubert ; elle doit passer en dogme, & être mise au rang des découvertes les plus avantageuses qu'on ait faites sur la taille, depuis cinquante ans qu'on travaille sans relâche dans toute l'Europe, à la perfection de cette opération.

Il ne suffit pas que la vessie soit capable de contenir une suffisante quantité d'urine, il faut qu'elle en contienne effectivement pour que l'on puisse tailler suivant la méthode de M. Foubert. Cet auteur a manqué quelquefois d'entrer dans la vessie avec le trocar dans des cas où il ne s'y trouva point d'urine, les malades ayant pissé un peu avant l'opération, sans en avoir donné avis. Pour se garantir de cet inconvénient, il a trouvé un moyen bien simple, par lequel on peut s'assurer du degré de plénitude de la vessie. On introduit un doigt dans l'anus, & avec la main appuyée sur l'hypogastre, on fait plusieurs mouvemens alternatifs, par lesquels on peut connoître exactement à travers les membranes du rectum le volume ou la plénitude de la vessie. On s'appercevroit facilement, par cet examen, si la vessie n'étoit pas assez remplie d'urine ; alors on différeroit l'opération.

Pour s'assurer de la plénitude de la vessie, il y a encore un autre moyen très-facile & bien sûr. C'est qu'après avoir accoutumé les malades à boire plusieurs jours, jusqu'à ce que leur vessie soit parvenue à contenir un verre ou deux d'urine : il faut, le jour qu'on doit faire l'opération, que le malade boive le matin une ou deux pintes de sa tisane ordinaire, & attendre pour opérer que le besoin d'uriner le presse : dans ce moment, on appliquera le bandage de l'urethre pour retenir les urines (Planche IX. fig. 5.), & on fera sur le champ l'opération.

Elle exige différentes précautions : on doit être attentif, sur-tout dans les personnes âgées, à examiner la capacité du rectum, parce qu'il y a des sujets où cet intestin est extrêmement dilaté au-dessus du sphincter. Dans ce cas, on risqueroit non-seulement dans cette méthode, mais dans toutes les autres d'ouvrir le rectum, s'il se trouvoit rempli de matieres, alors il vaudroit mieux remettre l'opération & vuider l'intestin.

Cette précaution est d'ailleurs nécessaire pour que la vessie puisse, lorsqu'on la comprime, comme nous le dirons dans l'instant, affaisser le rectum & approcher davantage de l'os sacrum, afin d'être percée plus sûrement par le trocart à l'endroit qu'il convient : dans cette vue, il ne faut pas manquer la veille de l'opération de faire donner le soir un lavement au malade.

Pour pratiquer cette opération, on place le malade comme dans le grand appareil. Voyez Planche XII. fig. 3. & 4. Un aide releve les bourses de la main droite, & de la main gauche il comprime l'hypogastre avec une pelote. Voyez Planche XIII. fig. 3. Le chirurgien introduit le doigt index de sa main gauche dans l'anus ; il pousse le rectum du côté de la fesse droite pour bander la peau du côté gauche à l'endroit où il doit opérer, & pour éloigner l'intestin du trajet de l'incision qu'il faut faire. Ensuite il cherche à-travers la peau & les chairs avec le doigt index de la main droite, la tubérosité de l'ischium & le bord de cet os depuis l'extrêmité de cette tubérosité jusqu'à la naissance du scrotum. Dans les premieres épreuves sur les cadavres, M. Foubert marqua avec un crayon de pierre noire un peu mouillé par le bout, un point environ à deux lignes du bord de la tubérosité & environ à un pouce au-dessus de l'anus, abaissé & tiré du côté opposé par le doigt placé dans le fondement ; il marqua un autre point à quatorze ou quinze lignes plus haut que le premier, environ à deux lignes du raphé, & environ aussi à deux lignes du bord de l'os pubis. Il tira une ligne de l'un de ces points à l'autre pour marquer extérieurement le trajet de l'incision qu'il devoit faire, & qui devoit régner le long du muscle érecteur sans le toucher (Planche XIII. fig. 4.), & aller se terminer au bord de l'accélérateur. Ces mesures bien prises, la ligne qui devoit regler toute l'opération marquée avec exactitude, & le doigt toujours placé dans le fondement pour abaisser le rectum & le porter du côté droit, il prit son trocart de la main droite, il en plaça la pointe à l'extrêmité inférieure de la ligne. La cannelure du trocart regardoit le scrotum : il enfonça cet instrument jusque dans le corps de la vessie, en le conduisant horisontalement sans l'incliner ni d'un côté ni d'autre ; il perça la vessie à quatre ou cinq lignes au-dessus de l'urethre, & à-peu-près à la même distance à côté du col de la vessie. La figure 1. de la Planche XIV. est une coupe latérale de l'hypogastre, qui représente la direction du trocart plongé dans la vessie.

Aussi-tôt qu'on a pénétré dans la capacité de ce viscere, on en est averti par la sortie de l'urine qui s'échappe par la cannelure du trocart ; alors on retire le doigt du fondement : on quitte le manche du trocart qu'on tenoit avec la main droite pour le prendre de la main gauche, sans le déranger ; on tire le poinçon de sa cannule de quatre ou cinq lignes seulement, afin que la pointe de cet instrument ne déborde pas le bout de la cannule. On prend le lithotome (voyez Planche XXII. fig. 1.) de la main droite ; on glisse le dos de sa lame dans la cannelure jusqu'à ce que la pointe de cet instrument soit arrêté par le petit rebord, qui est à l'extrêmité de cette cannelure. La résistance qu'on sent à la pointe du lithotome & une plus grande quantité d'urine qui s'écoule, font connoître avec certitude que l'instrument est suffisamment entré dans la vessie. Il faut alors faire l'incision aux membranes de la vessie ; & pour cet effet, la main droite, avec laquelle on tient le lithotome, étant appuyée fermement sur la main gauche, avec laquelle on tient le manche du trocart, on leve la pointe du lithotome, & dans le même moment on abaisse un peu le bout du trocart, pour faciliter l'incision des membranes de la vessie ; voyez la fig. 2. de la Planche XIV. on incline un peu le tranchant de la lame du couteau du côté du raphé, afin de donner à cette incision une direction pareille à celle de la ligne que nous avons dit avoir été tracée extérieurement pour les épreuves sur les cadavres. Lorsque l'extrêmité du lithotome paroît assez écartée de celle du trocart, pour avoir fait à la vessie une ouverture suffisante, qui, sur un sujet adulte de taille ordinaire, doit être d'environ treize ou quatorze lignes ; on rabat la pointe du couteau dans la cannelure du trocart en le retirant d'environ un pouce ; & l'on fait ensuite une manoeuvre contraire à celle que je viens de décrire. Car au lieu d'écarter le trocart, la pointe du lithotome, c'est le manche de cet instrument qu'il faut éloigner de celui du trocart, afin d'achever entierement l'incision qu'on a faite à la peau, aux chairs & aux graisses qui se trouvent depuis la surface de cette peau jusqu'à la vessie, & on dirige le tranchant du lithotome selon la ligne que nous avons dit avoir été tracée dans les premiers essais de cette méthode, mais il ne faut pas trop l'étendre, de crainte d'approcher trop de l'urethre & de couper l'accélérateur. On est moins retenu sur l'incision de la peau & des graisses : en retirant le lithotome, on peut étendre cette incision extérieure jusque proche le scrotum. La fig. 2. de la Planche XIV. est une coupe latérale de l'hypogastre qui représente l'incision de la vessie, & les lignes ponctuées montrent l'incision des chairs.

Lorsque l'incision est entierement achevée, on quitte le lithotome, & on prend le gorgeret particulierement destiné à cette opération. Voyez GORGERET. On glisse son bec dans la cannelure du trocart, pour le conduire dans la vessie de la même maniere qu'on y a conduit le lithotome, c'est-à-dire jusqu'à ce que l'on soit arrêté par le rebord de la cannelure : alors on retire le trocart ; on retourne en-dessus la gouttiere, qui étoit en-dessous lorsqu'on a introduit le gorgeret : ce gorgeret est formé de deux pieces ou branches, qui peuvent s'écarter & servir s'il est besoin de dilatation. On porte le doigt dans cette gouttiere pour examiner l'étendue de l'incision, on introduit les tenettes, on retire le gorgeret, & l'on termine l'opération à la façon ordinaire.

Après l'extraction de la pierre, il faut mettre une cannule dans la vessie, voyez figure 2. Planche XIII. pour entretenir, autant de tems qu'il est nécessaire, le cours des urines & des matieres de la suppuration. Sans cette méthode de panser, lorsque les urines s'arrêtent, ou bien lorsque les suppurations deviennent abondantes, & qu'elles n'ont pas un cours assez libre, le tissu cellulaire s'enflamme & s'engorge ; ce qui occasionne des infiltrations, & même des abscès gangréneux qui causent quelquefois la mort. La cannule a encore un autre usage que je ne dois pas omettre, qui est que lorsqu'une pierre trop grosse ou irréguliere a ouvert quelques vaisseaux considérables, on peut facilement par son moyen se rendre maître du sang, parce qu'elle sert à contenir la charpie qu'on emploie pour comprimer les vaisseaux.

Quelques mauvais succès ont fait découvrir un avantage très-important dans cette nouvelle maniere de tailler.

Aucunes méthodes n'ont pu ouvrir aux grosses pierres une issue suffisante pour pouvoir les tirer, sans exposer les parties par où elles passent à une violence, qui a ordinairement des suites funestes ; & quoique M. Foubert ait eu dans ses premieres opérations la satisfaction de tirer heureusement des pierres d'un volume considérable, il lui est cependant arrivé en tirant des pierres extrêmement grosses d'avoir eu à forcer une si grande résistance, que ces pierres ont causé dans leur passage des contusions & des déchiremens qui ont fait périr les malades, les uns fort promtement, & les autres à la suite d'une suppuration très-considérable & très-longue.

Ces malheurs porterent M. Foubert à faire l'examen des parties qui paroissent former le plus d'obstacle à la sortie de ces pierres. Il reconnut que c'étoit le cordon des fibres du bord inférieur du muscle triangulaire, & la partie du muscle releveur qui descend, à la marge du sphincter de l'anus, qui causoient la principale résistance. Voyez Planche XIII. figure 4. Lorsque le volume de la pierre excede l'incision que l'on fait à ces muscles, elle entraîne avec elle vers le fondement les portions de ces muscles qui s'opposent à son passage, & forme en ramassant leurs fibres, une bride très-difficile à rompre. Quand M. Foubert eut reconnu que la résistance dépendoit principalement de ces portions de muscles, il comprit qu'il étoit aisé de lever l'obstacle, non-seulement parce qu'il n'y avoit aucun inconvénient à couper la bride qui le forme, mais encore parce que la pierre qui la porte vers le dehors, rend cette petite opération très-facile. Dans cette idée il fit faire un bistouri courbe à bouton (voyez fig. 1. Pl. XIII.) qui pût être porté facilement entre les branches de la tenette sur la pierre, à l'endroit de la bride, pour la couper. On a quelquefois recours au même expédient dans les autres méthodes, mais avec bien moins d'avantage, parce que l'on coupe la prostate & le col de la vessie ; au lieu que M. Foubert ne coupe qu'un petit paquet de fibres qui est sans conséquence : & depuis qu'il a observé cette pratique, il a tiré des pierres fort grosses avec un heureux succès.

Nouvelle méthode latérale. M. Thomas, persuadé des avantages de la méthode dont nous venons de parler, a travaillé à la rendre plus facile, & a cru pouvoir y ajouter des perfections, en la pratiquant de haut en-bas ; au-lieu que M. Foubert incise les parties de bas en-haut : le procédé est tout-à-fait différent ; c'est une autre méthode d'inciser le corps de la vessie vis-à-vis le périnée, à côté de son col. Il y a aussi quelque différence dans la coupe des parties. M. Thomas a présenté à l'académie royale de Chirurgie un mémoire dans lequel il admet la supériorité de l'opération, par laquelle on fait la section du corps de la vessie, à la pratique de couper son col ; ensuite il met sa méthode d'opérer en parallele avec celle de M. Foubert. Dans celle-ci le trajet du trocart dans la ponction qui fait le premier tems de l'opération, devient la partie inférieure de l'incision complettée, parce qu'on la fait sur la cannelure du trocart de bas en-haut. M. Thomas agit différemment ; il porte le trocart immédiatement au-dessous de l'os pubis, un peu latéralement ; & le trajet de cet instrument forme la partie supérieure de l'incision. Par cette inversion de méthode, si l'on peut se servir de ce terme, M. Thomas craint moins de manquer la vessie ; il y pénétre sûrement, quoiqu'elle contienne une moindre quantité d'urine. L'incision se fait ensuite de haut en-bas, & l'instrument tranchant après avoir fait l'ouverture suffisante au corps de la vessie, coupe en glissant vers l'extérieur, du côté de la tubérosité de l'ischion, & fait jusqu'aux tégumens une gouttiere, que M. Foubert n'obtient qu'accessoirement par un débridement, au moyen d'un bistouri boutonné, dans le cas de résistance des parties externes à la sortie des pierres considérables : encore la borne-t-il aux fibres du muscle transversal. La section prolongée jusqu'à la peau, est essentiellement de la méthode de M. Thomas, & elle prévient l'infiltration de l'urine dans le tissu cellulaire dont M. Foubert a reconnu les mauvais effets, & qu'il empêche par l'usage d'une cannule ; mais dans la nouvelle méthode il n'en faut point, si ce n'est en cas d'hémorrhagie ; & l'expérience a déja montré que cet accident n'étoit point ordinaire. M. Thomas pour pratiquer son opération, a un instrument qui réunit au trocart une lame tranchante qui s'ouvre à différens degrés, & un petit gorgeret pour conduire les tenettes dans la vessie lorsque l'incision est faite.

J'ai donné dans un mémoire imprimé, à la fin du III. tome des Mémoires de l'académie royale de Chirurgie, mes réflexions pour la perfection de cet instrument, & pour le plus grand succès de la méthode. J'avois vu à Bicêtre un malade opéré deux mois auparavant par M. Thomas, il étoit resté un petit trou par où suintoit de l'urine fort claire ; la cicatrice étoit d'ailleurs très-solide dans toute son étendue. Quoique cet homme guérît par le seul secours de l'embonpoint qu'il recouvra, je crus pouvoir dire d'après les expériences que j'avois faites de cette méthode de tailler sur différens cadavres que la fistule pouvoit avoir lieu lorsque l'angle inférieur de la plaie de la vessie seroit au-dessous du niveau de son orifice ; parce que l'urine trouveroit moins de résistance à passer par-là, qu'à reprendre sa route naturelle. Je proposai un moyen fort simple d'éviter cette cause de fistule ; c'étoit de faire coucher le taillé sur le côté opposé à la plaie, & de placer dans la vessie par l'urethre, une algalie, pour déterminer constamment le cours de l'urine par cette voie ; j'avançai même, comme on peut le voir dans le mémoire cité, qu'on obtiendroit en peu de jours la consolidation parfaite de la plaie, lorsque rien d'ailleurs n'y mettroit obstacle. Le succès a passé mes espérances. M. Thomas a taillé en ma présence, & de plusieurs de nos confreres, un jeune homme de vingt ans ou environ : il suivit le conseil donné, & au bout de cinquante heures la plaie étoit très-parfaitement cicatrisée. Cet exemple est très-frappant, & mérite bien qu'on en conserve la mémoire. M. Busnel a pratiqué cette méthode avec succès, & il y a apparence que ceux qui voudront s'y exercer trouveront qu'elle est aussi facile à pratiquer qu'avantageuse. Il en sera sans-doute fait une mention plus étendue, dans une dissertation particuliere qu'on lira dans la suite des volumes de l'académie royale de Chirurgie.

Méthode de tailler les femmes. Les femmes sont en général moins sujettes aux concrétions calculeuses dans la vessie que les hommes. La conformation des parties permet en elles la sortie de germes ou de noyaux pierreux assez gros. Cette construction particuliere des organes fait aussi que les différentes manieres de tailler les hommes ne leur sont point appliquables. Je ne rapporterai point ici les différentes méthodes qu'on a proposées, ou mises en usage, pour tirer la pierre de la vessie des femmes. J'en ai fait le parallele dans un ouvrage particulier sur cette matiere, destiné à être publié dans un des premiers volumes que l'académie royale de Chirurgie mettra au jour ; je me bornerai à la description sommaire des opérations d'usage, & auxquelles les Chirurgiens paroissent s'être fixés.

Celle qui est la plus généralement pratiquée se nomme le grand appareil. Elle est fort facile, & c'est probablement cette raison qui en a si long-tems caché les défauts. Pour y procéder, on place la malade de même que les hommes : un aide écarte les levres & les nymphes ; l'opérateur introduit au moyen d'une sonde cannelée, le conducteur mâle dans la vessie, puis le conducteur femelle, voyez CONDUCTEUR ; & à l'aide de ces deux instrumens, on pousse la tenette dans la vessie ; on retire les conducteurs ; on charge la pierre & l'on en fait l'extraction. Les instrumens tranchans sont bannis de cette maniere d'opérer ; on croit dilater simplement l'urethre & le col de la vessie très-susceptible d'extension, comme on le prouve par des exemples bien constatés, de la sortie spontanée de très-grosses pierres. J'ai eu occasion d'examiner ces sortes de faits ; j'ai vu à la vérité, des pierres considérables poussées naturellement hors de la vessie, mais ç'a toujours été par un travail très-long & très-pénible. Les pierres sont quelquefois plus de six mois au passage avant que de le pouvoir franchir, & les malades pendant ce tems souffrent beaucoup, & sont incommodées d'une incontinence d'urine dont ordinairement elles ne guérissent jamais, à raison de la perte du ressort des parties prodigieusement dilatées, & depuis un si long tems. Pour juger du grand appareil, il faut observer ce qui se passe dans les différens tems de l'opération. Les conducteurs se placent assez commodément ; mais l'introduction des tenettes n'est pas à beaucoup près si facile. C'est un coin que l'on pousse, & qui ne peut pénétrer qu'aux dépens du canal de l'urethre, dont le déchirement est fort douloureux. En forçant ainsi tout le trajet, on meurtrit le col de la vessie ; & il faut avoir grand soin de retenir les croix des conducteurs avec la main gauche ; de les tirer même un peu à soi, pendant que par une action contraire, on pousse les tenettes avec la main droite. Faute de cette précaution, on pourroit par l'effort de l'impulsion, percer le fond de la vessie avec l'extrêmité des conducteurs. On lit dans Saviard, observ. xxxvij. un fait sur cet accident.

Lorsque les tenettes sont introduites, & qu'on a chargé la pierre le plus avantageusement qu'il a été possible, on en vient à l'extraction qui ne se fait qu'avec beaucoup de désordre & de difficultés : en tirant du dedans au dehors, on étend forcément le corps de la vessie à la circonférence de son orifice ; on meurtrit & on déchire le col de cet organe ; on en détache entierement le canal de l'urethre, effet nécessaire de l'effort considérable qu'il faut faire, parce que les parties en se rapprochant les unes sur les autres du dedans au dehors, forment un obstacle commun très-difficile à surmonter, ou du-moins qu'on ne surmonte jamais qu'avec violence. Le délâbrement que cette opération occasionne est plus ou moins grand, suivant le volume des pierres ; il est de conséquence même dans le cas des petites : je l'ai remarqué dans toutes les épreuves que j'ai faites avec attention, pour m'assurer de l'effet de cette méthode dans différentes circonstances ; & ces épreuves ont été considérablement multipliées pendant six ans que j'ai passés à l'hôpital de la Salpêtriere, où j'ai disposé à mon gré d'un très-grand nombre de cadavres féminins.

C'est à ces extensions forcées & à ces déchiremens inévitables, que l'on doit attribuer les incontinences d'urine que tous les praticiens disent être fréquemment la suite de cette opération ; maladies fâcheuses dont il n'est pas possible d'espérer le moindre soulagement lorsque la pierre est grosse, & qu'en conséquence le délâbrement a été considérable. En supposant même, comme le dit M. Ledran dans son traité d'opérations, que la malade ne périsse pas de l'inflammation ; ce que plusieurs personnes préféreroient, s'il étoit permis, à une guérison qui leur laisse une infirmité aussi désagréable que l'est une incontinence d'urine.

Pour éviter les déchiremens que cause une grosse pierre, M. Ledran pratiquoit la méthode suivante. Il introduit une sonde dans la vessie ; il tourne la cannelure de cette sonde de maniere qu'elle regarde l'intervalle qui est entre l'anus & la tubérosité de l'ischion. On passe le long de cette cannelure un petit bistouri, jusque par-delà le col de la vessie, pour l'inciser. L'opérateur a un doigt dans le vagin, pour diriger la cannelure de la sonde, afin de ne pas couper le vagin. Après avoir fendu par l'introduction du bistouri, l'urethre & le col de la vessie, on retire le bistouri ; on introduit un gorgeret, le long duquel on porte le doigt dans la vessie, pour frayer le passage à la tenette avec laquelle on saisit la pierre.

Cette opération est précisément pour les femmes, ce qu'est l'opération attribuée à M. Cheselden pour les hommes. C'est la même méthode d'opérer ; il faut dans l'une & dans l'autre un aide pour tenir la sonde : ce sont les mêmes parties qui sont intéressées, l'urethre & le col de la vessie ; elles doivent donc avoir les mêmes inconvéniens. On peut les voir dans le parallele des tailles de M. Ledran, à l'article de la méthode qu'il attribue à M. Cheselden. J'ai pratiqué la méthode de M. Ledran sur les cadavres ; elle permet l'introduction des tenettes sans résistance : mais pour peu que la pierre ait de volume, elle ne sort pas sans effort. M. Ledran a parfaitement observé les déchiremens que produit la sortie de la pierre dans cette méthode ; & il décrit en praticien éclairé, les pansemens méthodiques qui conviennent pour donner issue aux suppurations qui en sont la suite. J'ai examiné en différentes occasions, qu'elles pouvoient être les causes de ces desordres ; je me suis apperçu que l'ouverture intérieure étoit, dans cette méthode, plus étendue que l'extérieure ; & qu'ainsi toutes les parties à-travers lesquelles la pierre doit passer, se rassemblant pendant l'extraction, formoient une résistance commune qu'on ne pouvoit vaincre qu'en froissant, meurtrissant & déchirant comme dans le grand appareil. Si au contraire la coupe externe avoit plus d'étendue, la pierre passeroit toujours d'un endroit étroit par un plus large ; la résistance des fibres ne seroit point commune, leur rupture seroit successive ; on éviteroit par-là les inconvéniens de meurtrissures & des déchiremens forcés.

J'ai cru qu'une opération, au moyen de laquelle on feroit une incision des deux côtés, auroit tous ces avantages. Il n'y a certainement par rapport à la plaie, aucun inconvénient à faire des deux côtés, ce qui se pratique à un. Je fis faire d'abord une sonde fendue des deux côtés, pour pouvoir faire deux sections latérales à l'urethre en même-tems. Les épreuves de cette opération sur les cadavres, m'y firent remarquer des avantages essentiels. 1°. On peut tirer des grosses pierres avec facilité, l'urethre étant coupé latéralement dans toute son étendue, & le bourrelet musculeux de l'orifice de la vessie, étant incisé intérieurement. J'ouvre par cette double incision une voie d'autant plus libre à la sortie des pierres, que l'ouverture est toujours plus grande à l'extérieure que dans le fond, parce que l'instrument tranchant qui entre horisontalement, fait son effet en poussant vers l'intérieur les parties externes qui sont les premieres divisées : de façon, qu'en retirant du dedans au-dehors les tenettes chargées de la pierre, elles passent successivement par une voie plus large. Le second avantage essentiel, est de pouvoir mettre dans beaucoup de cas, les malades à l'abri de l'incontinence d'urine, parce que la plaie étant faite par un instrument bien tranchant, & les parties divisées faisant peu d'obstacles pendant l'extraction, elles n'en sont pas fatiguées ; leur réunion peut donc se faire d'autant plus facilement, que l'incision qui a été faite transversalement, lorsque le sujet étoit en situation convenable, ne forme plus ensuite que deux petites plaies latérales & paralleles, qui viennent obliquement du col de la vessie aux deux côtés de l'orifice du vagin ; plaies dont les parois s'entretouchent exactement même sur le cadavre, en mettant un peu de charpie mollette dans le vagin, pour lui servir de ceintre.

Assuré par un grand nombre d'épreuves, de l'effet que produisoit cette méthode, je fis faire un instrument qui la rend plus promte, plus sûre & plus facile à pratiquer. Cet instrument réunit à la fois les avantages de la sonde, du lithotome & du gorgeret. Il est composé de deux parties, dont l'une est le bistouri, & l'autre un étui ou chape, dans laquelle l'instrument tranchant est caché. Voyez la description que j'en ai donné au mot LITHOTOME.

Pour faire l'opération, il faut mettre le sujet en situation convenable, & qu'un aide souleve & écarte les nymphes. Je prends alors l'instrument, la soie du bistouri dégagée du ressort qui la fixoit. J'en introduis le bec dans la vessie. Je le contiens avec fermeté par l'anneau avec le doigt index & le pouce de la main gauche. Mon instrument étant placé, & dans une direction un peu oblique, ensorte que l'extrêmité soit vis-à-vis du fond de la vessie, je presse le lithotome, & je fais invariablement deux sections latérales d'un seul coup. Je retire de suite le tranchant dans la chape, & je tourne mon instrument d'un demi-tour de poignet gauche, en rangeant la cannule dans l'angle de l'incision du côté droit. J'introduis les tenettes dans la vessie à l'aide de la crête qui est sur la chape, après leur avoir fait le passage par l'introduction du doigt index de la main droite, trempé dans l'huile rosat. On cherche la pierre & on la tire avec facilité : cette opération se fait très-promtement, & l'on est sûr des parties qu'on coupe, l'instrument ne pouvant faire ni plus ni moins que ce que l'on a dessein qu'il fasse. M. de la Peyronie, dont le nom est si cher à la Chirurgie, approuva les premiers essais de cette méthode : je l'ai pratiquée avec le plus grand succès, & entr'autres sur une dame âgée de plus de soixante ans, qui souffroit depuis dix ans de la présence d'une pierre considérable dans la vessie. Au bout de huit jours elle a été parfaitement guérie ; & dès le quatrieme elle conservoit ses urines. M. Buttet, maître ès arts, & en Chirurgie à Etampes, témoin de cette opération, l'a pratiquée depuis avec un pareil succès, dans un cas qui en promettoit moins, puisque les pierres étoient multipliées, & que la grosse se brisa en plusieurs parties, les fragmens sortirent d'eux-mêmes dans la suite du traitement, & le malade malgré une réunion plus tardive de la plaie, guérit sans incontinence d'urine. M. Caqué, chirurgien en chef de l'hôtel-dieu de Rheims, a aussi adopté ma méthode qui lui a réussi ; je donnerai l'histoire de l'origine & des progrès de cette opération dans un plus grand détail, mais qui seroit déplacé dans un dictionnaire universel. (Y)

TAILLE, s. f. (Minéralogie) c'est ainsi qu'on nomme dans les mines de France l'endroit où des ouvriers détachent la mine ou le charbon de terre.

TAILLES DE FOND, & TAILLES DE POINT. (Marine) Voyez CARGUES DE FOND, RGUES POINTOINT.

TAILLE, s. f. tenor, s. m. la seconde, après la basse, des quatre parties de la Musique. C'est la partie qui convient le mieux à la voix ordinaire des hommes ; & qui fait qu'on l'appelle aussi voix humaine.

La taille se divise quelquefois en deux autres parties ; l'une plus élevée, qu'on appelle premiere ou haute-taille ; l'autre plus basse, qu'on appelle seconde ou basse-taille.

Cette derniere est, en quelque maniere, une partie mitoyenne ou commune entre la taille & la basse, & s'appelle aussi à cause de cela concordant. Voyez PARTIES. (S)

TAILLE DE HAUT-BOIS, (Lutherie) instrument de Musique à vent & à anche, & qui est en tout semblable au haut-bois ordinaire, au-dessous duquel il sonne la quinte. Son étendue est comprise depuis le fa de la clé de f ut fa des clavecins, jusqu'au sol, à l'octave au-dessus de celui de la clé de g re sol des mêmes clavecins. Voyez la table du rapport de l'étendue des instrumens, & l'article HAUT-BOIS.

TAILLE DE VIOLON, (Lutherie) instrument de Musique, est la même chose que la quinte de violon. Voyez QUINTE DE VIOLON.

TAILLE, (Gravure) incision qui se fait sur les métaux, ou sur d'autres matieres, particulierement sur le cuivre, l'acier & le bois. Ce mot se dit aussi de la gravure qui se fait avec le burin sur des planches de cuivre, & tailles de bois, de celles qui sont gravées sur le bois. Les Sculpteurs & Fondeurs appellent basses-tailles, les ouvrages qui ne sont pas de plein ronde-bosse ; on les nomme autrement bas-reliefs. Taille se dit aussi de la gravure des poinçons quarrés qui servent pour frapper les diverses especes de monnoies, d'où les ouvriers qui y travaillent sont appellés tailleurs. (D.J.)

TAILLES, c'est dans la gravure en bois la même chose que traits ou hachures dans celle de cuivre.

Les tailles courtes ou points longs, servent comme dans celles en cuivre, à ombrer les chairs, & doivent se retoucher à propos, mais elles ne sont guere d'usage dans la premiere, parce qu'on y fait rarement des figures assez grandes pour devoir y être finies avec cette propreté que donne le burin dans les estampes gravées en cuivre.

Les tailles perdues, ce sont des tailles ou traits rendus trop fin & plus bas que la superficie des autres, ce qui les empêche de marquer à l'impression, particulierement quand elles se trouvent dans une continuité de tailles égales, & toutes d'une même teinte ; c'est un défaut irrémédiable, parce qu'on ne peut remettre le bois qui aura été ôté mal-à-propos à de telles tailles.

TAILLES TROISIEMES, se dit dans la gravure en cuivre des tailles qui passent sur les contre-tailles ou secondes tailles ; on les appelle aussi triples-tailles, mais particulierement dans la gravure en bois.

TAILLE, (Joaillerie) ce terme se dit des diverses figures & facettes que les Lapidaires donnent aux diamans & autres pierres précieuses, en les sciant, les limant & les faisant passer sur la roue. (D.J.)

TAILLE, (Marchands Détailleurs) morceau de bois sur lequel ils marquent par des hoches ou petites incisions, la quantité de marchandise qu'ils vendent à crédit à leurs divers chalans : ce qui leur épargne le tems qu'il faudroit employer à porter sur un livre tant de petites parties. Chaque taille est composée de deux morceaux de bois blanc & léger, ou plutôt d'un seul fendu en deux dans toute sa longueur, à la réserve de deux ou trois doigts de l'un des bouts ; la plus longue partie qui reste au marchand, se nomme la souche ; l'autre qu'on donne à l'acheteur, s'appelle l'échantillon. Quand on veut tailler les marchandises livrées, on rejoint les deux parties, ensorte que les incisions se font également sur toutes les deux ; il faut aussi les rejoindre, quand on veut arrêter le compte ; l'on ajoute foi aux tailles représentées en justice, & elles tiennent lieu de parties arrêtées. Dict. de Savary. (D.J.)

TAILLE, (Monnoyage) c'est la quantité d'especes que le prince ordonne être faites d'un marc d'or, d'argent ou de cuivre : ce qui fait proprement le poids de chaque piece. On dit que des especes sont de tant à la taille, pour signifier qu'on en fait une certaine au marc. Ainsi l'on dit que les louis d'or sont à la taille de vingt-quatre pieces, & les louis d'argent ou écus à la taille de six pieces, lorsqu'on fait vingt-quatre louis d'or d'un marc d'or, & six écus du marc d'argent. La taille des especes a de tout tems été réglée sur le poids principal de chaque nation, comme de livre chez les Romains qui étoit de douze onces ; en France la taille se fait au poids de marc qui est de huit onces ; c'est aussi au marc que se fait la taille de la monnoie en Angleterre & dans d'autres états : ce qui s'entend selon que le marc est plus fort ou plus foible dans tous ces endroits. Boissard. (D.J.)

TAILLE, (Maréchal.) les chevaux sont de diverses tailles ; les plus petits ont trois piés, & les plus grands cinq piés quatre ou six pouces. Différens corps de cavalerie sont fixés pour leurs chevaux à des tailles différentes ; ainsi il y a des chevaux taille de dragons, de mousquetaires, de gendarmes, &c. Les chevaux de belle taille pour la selle ne doivent être ni trop grands ni trop petits.

TAILLE, (terme de Peigniers) on nomme taille dans la fabrique & commerce des peignes à peigner les cheveux, la différence qui se trouve dans leur longueur, & ce qui sert à en distinguer les numeros. Chaque taille est environ de six lignes, qui ne commencent à se compter que depuis les oreilles, c'est-à-dire entre les grosses dents que les peignes ont aux deux extrêmités. Savary. (D.J.)

TAILLE se dit de la hauteur & de la grosseur du corps humain. Cet homme est d'une haute taille ; il se dit plus particulierement de la partie du corps des femmes comprise depuis le dessous des bras jusqu'aux hanches ; si elle est toute d'une venue, grosse, courte, on dit que cette femme n'a point de taille, & qu'elle est mal faite ; si elle est légere, svelte, qu'elle aille depuis la poitrine jusqu'aux hanches en diminuant selon une belle proportion, & qu'au-dessus des hanches elle soit très-menue, on dit qu'une femme a la taille belle. Les vêtemens de nos femmes sont destinés à leur donner de la taille quand elles en manquent, & à la faire valoir, quand elles en ont ; pour cet effet on tient ce qu'on appelle leurs corps très-évasés par le haut, & très-étroits par le bas, d'où il arrive qu'on les étrangle, qu'on les coupe en deux comme des fourmis, & qu'on rend mal par art ce que la nature avoit bien fait. Grace aux précautions qu'on prend pour faire la taille, à l'usage des jarretieres & à celui des mules étroites & des petits souliers, il est presque impossible de trouver une femme qui n'ait le pié, la jambe, la cuisse & le milieu du corps gâté.

TAILLE, au pharaon, à la bassette, au lansquenet & autres jeux pareils, où l'on retourne les cartes deux-à-deux, dont l'une fait perdre & l'autre gagner le banquier ou celui qui taille, les pontes, ou ceux qui jouent contre le banquier. Ces deux cartes retournées s'appellent une taille.


TAILLÉ(Gram.) participe du verbe tailler. Voyez les articles TAILLE & TAILLER.

TAILLE en gouttiere, c'est ainsi que les botanistes expriment la figure des feuilles de quelques plantes qui sont creusées en forme de gouttiere de toît. Voyez FEUILLE.

TAILLE, on appelle, en terme de Blason, écu taillé celui qui est divisé en deux parties par une diagonale tirée de l'angle senestre du chef au dextre de la pointe. Lorsqu'il y a une tranche au milieu de la taille, on dit taillé tranché, & quand il y a une entaille sur la tranche, on dit tranché taillé. Ce mot vient du latin talea, qui signifie un rejetton, une petite branche d'arbre qu'on plante en terre. Clercy au pays de Vaud près des Suisses, taillé d'or & de gueules, à un sanglier issant de sable & mouvant de gueules sur l'or.


TAILLE-MAou TAILLE-MER, (Marine) c'est la partie inférieure de l'éperon. Voyez GORGERES.


TAILLE-MECHES. m. en terme de Cirier, c'est une planche d'environ trois pouces de large, & dont la longueur n'est point fixée. Elle est percée d'un bout à l'autre de plusieurs trous dans lesquels on plante deux chevilles dans une distance égale à la longueur qu'on veut donner aux meches ; on remplit ces chevilles dans toute leur hauteur, & on coupe ensuite les meches toutes ensemble. Voyez les fig. Planches du Cirier.


TAILLEBOURG(Géog. mod.) en latin du moyen âge Talleburgus & Talcaburgus, autrefois petite ville, maintenant bourg de France, dans la Saintonge, sur la Charente, élection de Saint-Jean d'Angely, à trois lieues de Saintes. Long. 37. 5. latit. 45. 41. (D.J.)


TAILLERv. act. (Gram.) c'est couper, séparer, diviser, donner la forme & la grandeur convenables avec un instrument tranchant convenable. On taille la pierre, les arbres, la vigne, un habit, un homme attaqué de la pierre, une armée en pieces, &c. Voyez les articles suivans.

TAILLER, (Charp.) c'est couper, retrancher. La taille du bois se fait en long avec des coins, de travers avec la scie, & en d'autres sens avec la coignée, la serpe & le ciseau. Dict. de Charpent. (D.J.)

TAILLER LA FRISQUETTE, (terme d'Imprimerie) c'est découper le morceau de parchemin qui couvre la frisquette, pour que la forme ne porte que sur les endroits qui doivent être imprimés dans les feuilles qu'on tire. Savary. (D.J.)

TAILLER EN ACIER, en terme de Fourbisseur, c'est l'art d'orner une garde d'acier de toutes sortes de figures qu'il plait à l'ouvrier d'y graver ; cet art tient beaucoup de la sculpture & de la gravure : de l'une, en ce qu'il consiste à découvrir dans une piece d'acier les figures qu'on y a imaginées ; de l'autre, en ce que dans ses opérations il se sert des burins, comme elles. Pour l'exercer avec succès, non-seulement il faut posséder le dessein, & avoir du goût, mais encore une attention & une adresse particuliere pour finir des morceaux d'histoire entiers dans un si petit espace.

TAILLER, L'ART DE, les pierres précieuses est très-ancien ; mais cet art comme bien d'autres, étoit fort imparfait dans ses commencemens. Les François y ont réussi le mieux, & les Lapidaires de Paris, qui depuis 1290 se sont formés en corps, ont porté cet art à son plus haut point de perfection, sur-tout pour la taille des brillans.

Ils se servent de différentes machines pour tailler les pierres précieuses, suivant la qualité de celles qui doivent passer par leurs mains. Le diamant le plus dur se taille & se forme sur une roue d'un acier fort doux, tournée par une espece de moulin avec de la poussiere de diamant, trempée dans l'huile d'olive ; ce qui sert à polir le diamant aussi-bien qu'à le tailler. Voyez DIAMANT, &c.

Les rubis, saphirs & topazes d'Orient, se forment & se taillent sur une roue de cuivre avec de l'huile d'olive & de la poussiere de diamant, & on les polit sur une autre roue de cuivre, avec du tripoli & de l'eau. Voyez RUBI.

Les émeraudes, hyacinthes, améthistes, les grenats, agates & autres pierres moins dures, se taillent sur une roue de plomb, avec de l'émeril & de l'eau, & on les polit sur une roue d'étain avec du tripoli. Voyez EMERAUDE, &c.

La turquoise de l'ancienne & de la nouvelle roche, le lapis lazuli, le girasol & l'opale se taillent & se polissent sur une roue de bois avec du tripoli. Voyez TURQUOISE, &c.

TAILLER, v. act. terme de Monnoie ; c'est faire d'un marc d'or, d'argent ou de cuivre, la juste quantité des especes qui sont ordonnées dans les réglemens sur le fait des monnoies. Il y a dans chaque monnoie, des ouvriers & ouvrieres ; ces dernieres s'appellent plus ordinairement tailleresses, qui taillent & coupent les flaons ou flans, c'est-à-dire les morceaux d'or, d'argent ou de cuivre, destinés à être frappés & qui les liment & les ajustent au juste poids des especes. (D.J.)

TAILLER CARREAU, terme d'ancien monnoyage ; c'étoit emporter des lames de métal, des morceaux quarrés, pour ensuite les arrondir & en former des flancs.

TAILLER UN HABIT, terme de Tailleur ; qui signifie couper dans l'étoffe les morceaux nécessaires pour en composer un habit, & leur donner la largeur & la longueur requise, pour pouvoir servir à l'usage de la personne qui le fait faire.

Pour tailler un habit, l'ouvrier étale sur la table ou établi l'étoffe destinée pour le faire, & comme toutes les pieces ou morceaux d'un habit, ainsi que de la doublure, doivent être doubles, afin d'être employés, l'une du côté droit, & l'autre du côté gauche ; il met ordinairement l'étoffe en double pour tailler les deux morceaux à la fois. Alors il applique sur cette étoffe un patron ou modele de la piece qu'il veut couper ; & avec de gros ciseaux faits exprès pour les gens de cette profession, il coupe l'étoffe tout-au-tour du patron, en observant cependant de donner aux pieces qu'il coupe l'ampleur nécessaire pour en former de tous les morceaux cousus & joints ensemble, un tout de la longueur & de la largeur qu'on lui a prescrite.

TAILLER LE PAIN, LE VIN, (Commerce) ou les autres denrées ou marchandises, qu'on vend ou qu'on prend à crédit ; c'est faire des entailles sur un double morceau de bois, dont l'un est pour le vendeur, & l'autre pour l'acheteur, afin de se souvenir des choses qu'on livre ou qu'on reçoit, ce qui sert comme d'une espece de journal ; on appelle ce morceau de bois taille. Voyez TAILLE. Dict. de Commerce.

TAILLER, v. n. (Jeux de cartes) c'est tenir les cartes & les paris mis sur ces cartes. Voyez l'article TAILLE.


TAILLERESSES. f. à la Monnoie, sont les femmes ou filles de monnoyeurs, qui nettoyent, ajustent les flancs au poids que l'ordonnance prescrit ; elles répondent de leurs ouvrages, & les flancs qu'elles ont trop diminués sont rebutés & cizaillés.

Les tailleresses ajustent les pieces avec une écouanne, après avoir placé le flanc au bilboquet. Voyez BILBOQUET.

On leur a donné le nom de tailleresse, dans le tems que l'on fabriquoit les especes au marteau, parce qu'elles tailloient alors les carreaux (les monnoies anciennes étoient quarrées) les ajustoient, &c.


TAILLEROLLES. f. (Soierie) instrument pour couper le poil des velours, coupés & frisés.

La taillerolle n'est autre chose qu'un fer plat de 3 pouces de long & un pouce & demi de large, il a une petite échancrure à un bout, laquelle forme une lancette qui entre dans la cannelure du fer & qui sert à couper le poil du velours.


TAILLETTES. f. (Ardoisiere) petite espece d'ardoise qui se coupe dans les carrieres d'Anjou.


TAILLEURS. m. (Gram.) celui qui taille. Voyez TAILLE & TAILLER.

TAILLEUR-GRAVEUR SUR METAL, (Corps de jurande) on le dit des maîtres d'une des communautés des Arts & Métiers de la ville de Paris, à qui il appartient exclusivement à tous autres de graver sur l'or, l'argent, le cuivre, le leton, le fer, l'acier & l'étain, des sceaux, cachets, poinçons, armoiries, chiffres, &c. soit en creux, soit en relief. (D.J.)

TAILLEUR D'HABITS, est celui qui taille, coud, fait & vend des habits.

Les maîtres-marchands tailleurs, & les marchands pourpointiers formoient autrefois deux communautés séparées, qui furent réunies, en 1655, sous le nom de maîtres-marchands tailleurs pourpointiers ; & il fut dressé de nouveaux statuts, qui ayant été approuvés par les lieutenant civil & procureur du roi au Châtelet, le 22 Mai 1660, furent confirmés par lettres-patentes, & enregistrés au parlement les mêmes mois & an.

Ces statuts ordonnent qu'il sera élu tous les ans deux jurés, maîtres & gardes de ladite communauté pour la régir, avec deux anciens qui restent en charge.

Ils défendent à tous marchands fripiers, drapiers, &c. qui ne seront point reçus tailleurs, de faire ni vendre aucuns habits d'étoffe neuve, ni de façon neuve.

Ils fixent le tems d'apprentissage à trois ans, défendent de recevoir un apprenti à la maîtrise, s'il n'a travaillé outre cela trois autres années chez les maîtres, & ordonnent que l'aspirant fera chef-d'oeuvre.

Ces statuts contiennent en tout trente articles, dont la plûpart concernent la discipline & la police de cette communauté.

TAILLEUR DE LIMES, (Taillandiers) ce sont les mêmes que parmi les maîtres taillandiers de la communauté de Paris ; on les nomme taillandiers-vrilliers. Ils ont le nom de tailleurs de limes, parce qu'entr'autres ouvrages ils taillent & coupent les limes d'acier de diverses hachures, avant que de les tremper. On les appelle vrilliers, parce que les vrilles, petits outils de menuisiers, sont du nombre de ceux qu'ils fabriquent. (D.J.)

TAILLEUR DE PIERRE, (Coupe des pierres) c'est l'ouvrier qui travaille à tailler la pierre ; il se sert pour cette fin de plusieurs outils, qui sont 1°. un testu ou masse de fer marquée A dans la Pl. III. fig. 28. ses deux extrêmités ont chacune un redent pour que l'outil ait plus de prise sur la pierre, sur les bords de laquelle on frappe pour en faire sauter des éclats : le plan du même outil est en a.

B, Laye ou marteau brételé, qui a du côté étroit un tranchant uni, & de l'autre un tranchant denté, qui fait des sillons ; son plan est en b.

C, Ciseau à ciseler, il y en a de plusieurs grandeurs.

D, Maillet pour pousser le ciseau.

E, Marteau à deux pointes pour la pierre dure ; lorsqu'il est un peu plus long, on l'appelle pioche ; son plan est en e.

F, Rifflard brételé pour la pierre tendre.

G, Crochet.

H, Ripe.

I, Compas à fausse équerre. Voyez COMPAS D'APPAREILLEUR.

TAILLEUR GENERAL DES MONNOIES, (Monn.) c'est celui à qui il appartient seul de graver & tailler les poinçons & matrices sur lesquelles les tailleurs particuliers frappent & gravent les quarrés qui doivent servir à la fabrique des especes dans les hôtels des monnoies, où, suivant leur office, ils sont attachés. Boizard. (D.J.)

TAILLEUR DE SEL, (Saline) on nomme ainsi à Bourdeaux, & dans toute la direction, des commis préposés à la mesure & visite des sels qui y arrivent. Savary. (D.J.)

TAILLEUR, (Jeux de hazard) c'est au pharaon, lansquenet, &c. celui qui tient les cartes & les paris que les pontes proposent sur chacune, & qui les retourne deux-à-deux, ce qui s'appelle une taille.


TAILLEVASS. m. (Lang. gaul.) c'étoit une espece de bouclier différent de la targe, en ce qu'il étoit courbé des deux côtés, comme un toît ; depuis il a été appellé pavois, selon Fauchet. (D.J.)


TAILLEVENTS. m. (Ornitholog.) oiseau maritime, qu'on trouve en revenant de l'Amérique en Europe ; je dis en revenant, parce qu'on prend route beaucoup plus au nord en revenant, qu'en allant. Cet oiseau est gros comme un pigeon ; il a le vol de l'hirondelle & rase la mer de fort près, sans-doute que c'est pour y chercher pâture, soit de quelques petits poissons ou de quelques insectes qui volent sur l'eau. Les taillevents sont toujours dans un mouvement rapide, & sans interruption ; ils ne perchent ni jour, ni nuit sur les vaisseaux ; comme on en voit à des centaines de lieues de terre, il y a grande apparence, qu'ils font leur séjour sur la mer même, & qu'ils se reposent sur la lame quand ils sont las : ce qui fortifie cette opinion, c'est qu'ils ont les jambes courtes, & les piés comme ceux d'une oie. (D.J.)


TAILLISS. m. (Eaux & Forêts) bois que l'on met en coupe réglée, ordinairement de neuf en neuf ans ; on le dit par opposition à bois de futaye. Richelet. (D.J.)


TAILLOIRS. m. (Archit.) c'est la partie supérieure d'un chapiteau ; elle est ainsi nommée, parce qu'elle ressemble aux assiettes de bois qui anciennement avoient cette forme. On l'appelle aussi abaque, particulierement quand elle est échancrée sur ses faces.


TAILLONS. m. (Gram. & Jurisprud.) étoit une nouvelle taille ou augmentation de taille qui fut établie par Henri II. en 1549, pour l'entretenement, vivres & munitions de la gendarmerie. Ce taillon montoit au tiers de la taille principale ; mais il a depuis été aboli & confondu avec le pié de taille. Voyez TAILLE. (A)


TAILLURES. f. terme de Brodeur ; ce mot se dit quand on se sert de diverses pieces couchées de satin, de velours, de drap d'or & d'argent, qui s'appliquent comme des pieces de rapport sur l'ouvrage, & qui s'élevent quelquefois en relief. On l'appelle plus communément broderie de rapport.


TAINS. m. (Miroiterie) feuille ou lame d'étain fort mince, qu'on applique derriere la glace d'un miroir, pour y fixer la représentation des objets. (D.J.)


TAINE(Géog. mod.) bourg à marché de l'Ecosse septentrionale, dans la presqu'île de Cromarty, proche le golfe de Dornock, à quarante-cinq lieues au nord-ouest d'Edimbourg. Long. 14. 5. latit. 57. 48. (D.J.)


TAINFU(Géog. mod.) état d'Asie vers la Chine ; il forme une espece de petit royaume à dix journées de Gonse. Samson croit que c'est le pays que Ptolémée nomme Aspachara. (D.J.)


TAINS(Marine) voyez TINS.


TAIPARAS. m. (Hist. nat. Zoolog.) nom d'une espece de perroquet du Brésil. Il est de la grosseur d'une alouette ; son plumage est d'un jaune citron ; sa queue est courte, & ne s'étend pas au-delà du bout des aîles ; ses jambes sont grises ; son bec est rouge, avec une petite tache en demi-cercle de la même couleur près de la tête ; il fait son nid sur les arbres des lieux déserts, où se trouvent les fourmis. (D.J.)


TAIREv. act. & neut. (Gram.) c'est garder le silence, renfermer au-dedans de soi, ne communiquer à personne. On dit taire un secret ; se taire sur une affaire ; faire taire un impertinent. Il est des occasions où il est bien difficile de se taire, quoiqu'il soit très-dangereux de parler. Si on ne parloit que quand on est assez instruit pour dire la vérité, on se tairoit souvent : on se tairoit bien souvent encore, si on se respectoit assez pour ne dire que des choses qui valussent la peine d'être écoutées d'un homme de sens. C'est mentir quelquefois que de se taire. On a fait taire le canon de l'ennemi. Les vents se sont tus. Les loix se taisent au milieu des armes, cela n'est que trop vrai. La terre se tut en sa présence.


TAISSON(Zoolog.) en latin taxus, melis, en anglois the badger, animal à quatre piés qui tient du chien, du cochon & du renard ; nous le connoissons communément en françois sous le nom de blaireau, voyez-en l'article. (D.J.)


TAIYVEN(Géog. mod.) ville de la Chine, premiere métropole de la province de Xanci, sur le bord du fleuve Fuen. Elle est grande, peuplée & décorée de superbes édifices. Son territoire est d'une vaste étendue, & renferme plusieurs villes & plusieurs temples dédiés à des héros. Elle est, selon le P. Martini, de 4 degrés 35 minutes plus occidentale que Péking, sous 38°. 33'. de latitude. (D.J.)


TAJACUS. m. (Hist. nat. Zoolog.) animal quadrupede, auquel on a donné le nom de sanglier du Mexique : en effet, il a beaucoup de ressemblance au sanglier & au cochon par la figure du corps, de la tête, & même du groin. Il a le pié fourchu ; il est couvert de piquans, qui ont plus de rapport aux piquans du hérisson, qu'aux soies du sanglier & du cochon, & qui sont en partie blanches ou fauves, & en partie noires ou brunes. Il y a au-dessus de la croupe un orifice qui communique au centre d'une grosse glande ; il en sort une liqueur qui a une odeur très-desagréable & très-forte : on l'a comparée à celle du musc ; c'est pourquoi on a donné au tajacu le nom de porcus moschiferus.


TAJAMENTOLE, (Géog. mod.) en latin Tilaventum majus ; riviere d'Italie dans le Frioul. Elle prend sa source dans la partie orientale du pays qu'on appelle Cargua, arrose plusieurs bourgs, reçoit dans son sein quelques rivieres, & va se jetter dans le golfe de Venise, où elle forme à son embouchure un petit port qui prend son nom.


TAJAOBAS. m. (Hist. nat. Botan.) plante du Brésil qui a beaucoup de ressemblance avec les choux, mais à qui l'on attribue une vertu purgative.


TAJUNALA, (Géog. mod.) riviere d'Espagne, dans la nouvelle Castille, elle prend sa source à quelques lieues au midi de Siquença, & se perd dans le Xarama, un peu avant que ce fleuve se jette dans le Tage.


TAKIASterme de relation ; nom que les turcs donnent aux monasteres des dervis, & dans lesquels ces moines logent avec leurs femmes. Il leur est néanmoins défendu d'y danser, & d'y jouer de la flûte. Les takias sont plus ou moins grands. Il y en a en Turquie de très-beaux, & d'autres très-médiocres. (D.J.)


TALABou TALANO, (Géog. mod.) golfe de l'île de Corse, sur la côte occidentale de cette île, entre Capo-Negro & Calo di Agnelo. Il n'est séparé du golfe d'Ajazzo que par une presqu'île. C'est le Titanus Portus de Ptolémée. Deux rivieres assez considérables ont leur embouchure dans ce golfe ; savoir, Fiuminale d'Ornano & Fiume Bozzo. (D.J.)


TALABONGS. m. (Hist. nat. Ornithol.) nom donné par les habitans des îles Philippines à une espece de héron commun dans le pays, plus petit que notre héron, & entierement blanc sur tout le corps. (D.J.)


TALABRIGA(Géog. anc.) ville de la Lusitanie, selon Ptolémée, l. II. c. v. & Appien le premier, la place dans les terres, entre Concordia & Rusticana. Aretius juge que c'est aujourd'hui Talavera della Reyna. L'itinéraire d'Antonin marque Talabrica sur la route de Lisbonne à Bracara Augusta, entre Aemium & Lagobriga, à 40 milles de la premiere de ces places, & à 18 milles de la seconde.


TALAEDITESS. m. (Antiq. grecq.) , exercices gymniques des Grecs en l'honneur de Jupiter , Téleien. Potter, arthaeol. graec. l. II. c. xx. tit. j. p. 432.


TALAIRESS. m. pl. (Littérat.) talaria, nom qu'on donne aux aîles que Mercure porte aux talons, & qu'on appelle aussi talonnieres. Comme il est le messager des dieux, les poëtes ont feint qu'ils lui avoient donné des talaires, afin de faire leurs messages plus vîte. Au revers d'une médaille d'Antinoüs, on voit un Pégase avec Mercure, ayant ses talaires & son caducée. (D.J.)


TALANDAou TALENDA, ou THALANDA, (Géog. anc.) ville de Grece, dans la Baeotie. Elle est située sur la croupe d'une montagne ; il paroît par les ruines qui sont au-dehors, dans l'étendue d'une demi-lieue, qu'elle étoit autrefois fort grande. On le connoît aussi par quelques vieilles églises, & par quelques tours qui sont encore debout au-dessus sur la montagne.

Wheler qui parle de cette ville dans son voyage d'Athènes, dit qu'elle est trop grande pour être le village Halae, que Pausanias place au bord de la riviere Platania, sur la côte de la mer, qu'elle paroît la métropole du pays, & que s'il entend bien Strabon, ce ne peut être qu'Opus, ville des anciens, qui donnoit le nom à la campagne & à la mer, & d'où les habitans du pays étoient appellés Locri-Opuncii. La distance où Strabon la met de la mer, qui est d'une lieue ou de 15 stades y est conforme. D'ailleurs, la petite île dont il parle auparavant appellée alors Atalanta, & qui n'a point aujourd'hui de nom, donne lieu de croire que la ville qui subsiste présentement l'a pris & l'a conservé jusqu'à ce jour, le tems ayant seulement fait retrancher la premiere lettre.

Quant au village d'Halae, il peut avoir été à l'embouchure de la riviere qui s'étend davantage à l'est, & avoir fait les limites de la Baeotie & des Loires. Enfin, toute cette plaine fertile entre Talanda & le mont Cnémis, étoit, selon toutes les apparences, le , la plaine heureuse des anciens. (D.J.)


TALAPOINou TALEPOIS, (Hist. mod.) c'est le nom que les Siamois & les habitans des royaumes de Laos & de Pégu donnent à leurs prêtres : cependant, dans les deux derniers royaumes, on les désigne sous le nom de Fé. Ces prêtres sont des especes de moines qui vivent en communauté dans des couvens, où chacun, comme nos chartreux, a une petite habitation séparée des autres.

Le P. Marini, jésuite missionnaire, nous dépeint ces moines avec les couleurs les plus odieuses & les plus noires ; sous un extérieur de gravité qui en impose au peuple, ils se livrent aux débauches les plus honteuses ; leur orgueil & leur dureté sont poussées jusqu'à l'excès. Les talapoins ont une espece de noviciat, ils ne sont admis dans l'ordre qu'à l'âge de vingt-trois ans ; alors ils choisissent un homme riche ou distingué qui leur sert, pour ainsi dire, de parrein lorsqu'ils sont reçus à la profession ; elle se fait avec toute la pompe imaginable. Malgré cette profession, il leur est permis de quitter leurs couvens & de se marier, ils peuvent ensuite y rentrer de nouveau si la fantaisie leur prend. Ils portent une tunique de toile jaune qui ne va qu'aux genoux, & elle est liée par une ceinture rouge ; ils ont les bras & les jambes nuds, & portent dans leurs mains une espece d'éventail pour marque de leur dignité ; ils se rasent la tête & même les sourcils, le premier jour de chaque nouvelle lune. Ils sont soumis à des chefs qu'ils choisissent entr'eux. Dès le grand matin ils sortent de leurs couvens en marchant d'abord deux à deux ; après quoi ils se répandent de divers côtés pour demander des aumônes, qu'ils exigent avec la derniere insolence. Quelques crimes qu'ils commettent, le roi de Laos n'ose les punir ; leur influence sur le peuple les met audessus des loix, le souverain même se fait honneur d'être leur chef. Les talapoins sont obligés de se confesser de leurs fautes dans leur couvent, cérémonie qui se fait tous les quinze jours. Ils consacrent de l'eau qu'ils envoyent aux malades, à qui ils la font payer très-chérement. Le culte qu'ils rendent aux idoles consiste à leur offrir des fleurs, des parfums, du riz qu'ils mettent sur les autels. Ils portent à leurs bras des chapelets composés de cent grains enfilés. Ces indignes prêtres sont servis par des esclaves qu'ils traitent avec la derniere dureté : les premiers de l'état ne font point difficulté de leur rendre les services les plus bas. Le respect qu'on a pour eux vient de ce qu'on les croit sorciers, au moyen de quelques secrets qu'ils ont pour en imposer au peuple, qui se dépouille volontairement de tout ce qu'il a pour satisfaire l'avarice, la gourmandise & la vanité d'une troupe de fainéans inutiles & nuisibles à l'état. La seule occupation des talapoins consiste à prêcher pendant les solemnités dans les temples de Shaka ou Sommona-Kodom qui est leur législateur & leur dieu. Voyez cet article. Dans leurs sermons ils exhortent leurs auditeurs à dévouer leurs enfans à l'état monastique, & ils les entretiennent des vertus des prétendus saints de leur ordre. Quant à leur loi, elle se borne, 1°. à ne rien tuer de ce qui a vie ; 2°. à ne jamais mentir ; 3°. à ne point commettre l'adultere ; 4°. à ne point voler ; 5°. à ne point boire du vin. Ces commandemens ne sont point obligatoires pour les talapoins, qui moyennant des présens en dispensent les autres, ainsi qu'eux-mêmes. Le précepte que l'on inculque avec le plus de soin, est de faire la charité & des présens aux moines. Tels sont les talapoins du royaume de Laos. Il y en a d'autres qui sont beaucoup plus estimés que les premiers ; ils vivent dans les bois ; le peuple, & les femmes sur-tout, vont leur rendre leurs hommages ; les visites de ces dernieres leur sont fort agréables : elles contribuent, dit-on, beaucoup à la population du pays.

A Siam les talapoins ont des supérieurs nommés sancrats. Il y en a, comme à Laos, de deux especes ; les uns habitent les villes, & les autres les forêts.

Il y a aussi les religieuses talapoines, qui sont vêtues de blanc, & qui, suivant la regle, devroient observer la continence, ainsi que les talapoins mâles. Les Siamois croient que la vertu véritable ne réside que dans les talapoins : ces derniers ne peuvent jamais pécher, mais ils sont faits pour absoudre les péchés des autres. Ces prêtres ont de très-grands privileges à Siam ; cependant les rois ne leur sont point si dévoués qu'à Laos ; on ne peut pourtant pas les mettre à mort, à-moins qu'ils n'aient quitté l'habit de l'ordre. Ils sont chargés à Siam de l'éducation de la jeunesse, & d'expliquer au peuple la doctrine contenue dans leurs livres écrits en langue balli ou palli, qui est la langue des prêtres. Voyez Laloubere, description de Siam.


TALARIUSLUDUS, (Littérat.) Je suis obligé de ne point mettre de mots françois, ne sachant comment on doit appeller dans notre langue le talarius ludus des Romains. Il est vrai seulement que c'étoit une sorte de dez d'or ou d'ivoire, qu'on remuoit comme les nôtres, dans une espece de cornet (pyrrus) avant que de les jetter ; mais il y avoit cette différence qu'au lieu que nos dez ont six faces, parce qu'ils sont cubiques, les tali des Romains n'en avoient que quatre, parce qu'il y en avoit deux opposées des six qu'ils auroient dû avoir, qui étoient arrondies en cone.

On s'en servoit, pour deviner aussi bien que pour jouer, & l'on en tiroit bon ou mauvais augure, selon ce qu'on amenoit. Comme on en jettoit d'ordinaire quatre à la fois, la plus heureuse chance étoit quand on amenoit les quatre points différens. Parce qu'on appelloit ces deux faces du nom de quelques animaux, comme le chien, le vautour, le basilic, ou de quelques dieux, comme Vénus, Hercule.

Il y a des auteurs qui ont cru qu'elles étoient marquées des figures de ces animaux, & non pas de nombres ni de points, comme nos dez. Mais si cela est, il faut que ces images fussent affectées à signifier chacune un certain nombre particulier ; car il est constant que de deux faces opposées l'une valoit un, & l'autre six ; & de deux autres opposées, l'une valoit trois, & l'autre quatre.

Ce jeu étoit bien ancien, puisque les amans de Pénelope y jouoient déja dans le temple de Minerve, car c'étoit la coutume de jouer dans les temples. C'étoit un jeu de vieillard chez les Romains, comme Auguste même le dit, & chez les Grecs un jeu d'enfant ; comme il paroît 1°. par la description d'un excellent tableau de Polyclete cité dans Pline ; 2°. par Apollodore qui y fait jouer Cupidon avec Ganymede ; 3°. par Diogene de Laërce, qui dit que les Ephésiens se moquoient d'Héraclite, parce qu'il y jouoit avec les enfans. (D.J.)


TALASIUSS. m. (Mythol.) tout le monde sait l'histoire de ce romain célebre par sa valeur, par ses vertus, & par la jeune sabine d'une beauté admirable, que ses amis enleverent pour lui. Il la rendit heureuse, & fut pere d'une belle & nombreuse famille, ensorte qu'après sa mort on souhaitoit aux gens mariés le bonheur de Talasius ; bien-tôt on en fit un dieu du mariage, que les Romains chanterent comme les Grecs hyménée. (D.J.)


TALASSAS. f. (Hist. nat. Botan.) plante des Indes orientales, qui ne produit ni plante, ni fleurs, ni fruits. Ses feuilles servent à assaisonner les alimens ; mangées vertes, elles excitent à la volupté.


TALAURIUM(Géogr. anc.) campagne dans l'endroit où le Danube se courbe, pour couler du côté de la mer Cronium, selon Ortelius qui cite Apollonius. Par la mer Cronium, Apollonius entend la mer Adriatique ; ainsi la campagne en question, devoit être au voisinage de Strigonie, ou de Bude. (D.J.)


TALAVERA(Géog. mod.) ville d'Espagne, dans la nouvelle Castille, sur le bord septentrional du Tage, à 20 lieues au sud-ouest de Madrid. Cette ville fut prise sur les maures l'an 949 par Ramire II. Il s'y est tenu un synode l'an 1498 ; les archevêques de Tolede en jouissent, & y ont un vicaire général ; cependant cette ville est gouvernée par un juge de police, & douze recteurs perpétuels. Elle est grande, fortifiée, contient 7 paroisses & plusieurs couvens. Long. 13. 27. lat. 39. 45.

Mariana (Jean), célebre jésuite, & l'un des plus habiles hommes de son siecle, naquit à Talavera en 1537, & mourut à Tolede en 1624, à 87 ans. Son traité du changement des monnoies, lui fit des affaires à la cour d'Espagne, car il y découvrit si bien la déprédation des finances, en montrant les voleries qui se commettoient dans la fabrique des especes, que le duc de Lermes qui se reconnut là visiblement, ne put retenir sa colere. Il ne lui fut pas mal aisé de chagriner l'auteur, parce que Philippe III. étoit censuré dans cet ouvrage comme un prince oisif qui se reposoit du soin de son royaume sur la conduite de ses ministres. Mariana sortit de prison au bout d'un an ; mais il ne s'étoit pas trompé en annonçant que les abus qu'il représentoit, plongeroient l'Espagne dans de grands désordres.

On auroit eu bien plus de raison de l'inquiéter au sujet d'un autre livre, que l'Espagne & l'Italie laisserent passer sans blâme, & qui fut brûlé à Paris par arrêt du parlement, à cause de la pernicieuse doctrine qu'il contenoit. Ce livre a pour titre, de rege & regis institutione, & parut à Tolede l'an 1598 avec privilege du roi, & avec les approbations ordinaires. C'est un ouvrage capable d'exposer les trônes à de fréquentes révolutions, & la vie des princes au couteau des assassins, parce que l'auteur affecte de relever le courage intrépide de Jacques Clément, sans ajouter un mot qui tende à le rendre odieux au lecteur. Ce livre valut aux jésuites de France mille sanglans reproches, & des insultes très-mortifiantes.

Un autre traité de Mariana a fait bien du bruit, c'est celui où il remarque les défauts du gouvernement de sa compagnie ; mais ses confreres ne demeurent pas d'accord qu'il soit l'auteur de cet ouvrage, intitulé del governo de la compañia de Jesus. Il se trouve tout entier en espagnol & en françois, dans le second tome du mercure jésuitique, imprimé à Genève en 1630. Il a aussi paru à Bordeaux en espagnol, en françois, en italien & en latin ; l'édition est de 1625, in-8°.

Les scholies du P. Mariana sur l'Ecriture, ont mérité l'approbation de M. Simon, & l'on ne peut disconvenir qu'il n'y regne beaucoup de jugement & de savoir. Il choisit d'ordinaire le meilleur sens, & il n'est point ennuyeux dans les différentes interprétations qu'il rapporte.

Son histoire d'Espagne en XXX livres, est son ouvrage le plus important, & le plus généralement estimé dans la république des lettres. Il nous seroit facile d'en indiquer les différentes éditions, les traductions, les continuations, les critiques & les apologies. Mais pour en abréger le détail nous nous contenterons de remarquer,

1°. Que l'édition latine la plus ample, est celle de la Haye, en 1733, in-fol. 4. vol. cependant on auroit pu rendre cette édition encore plus belle & plus complete , en y ajoutant le summarium de Mariana, qui l'auroit conduite jusqu'en 1621, les tables chronologiques des souverains des divers états de l'Espagne, l'explication des mots difficiles qui se trouvoient dans les anciennes éditions, & sur-tout les additions & corrections de l'édition espagnole de 1608, soit dans le texte entre des crochets, soit à la marge par des renvois.

2°. Que les traductions espagnoles sont de l'auteur même, qui nous apprend qu'entre les raisons qui le déterminerent à ce nouveau travail, la principale fut l'ignorance où les Espagnols étoient alors de la langue latine. Mariana mit au jour son ouvrage dans cette langue, à Tolede, en 1601, in-fol. 2. vol. & l'enrichit de quantité de corrections & d'augmentations, qui rendent la traduction préférable à l'original latin. Cette traduction fut réimprimée à Madrid en 1608, 1617, 1623, 1635, 1650, 1670, 1678. Cette derniere est la meilleure de toutes, ou quelqu'autre postérieure, bien entendu qu'elle ait été faite exactement sur celle de 1608, à laquelle l'auteur donnoit la préférence, en quoi il a été suivi par les savans de son pays ; mais cette édition de 1608, ne va que jusqu'en 1516 ; au-lieu que celle de 1678, continuée par dom Felix de Luzio Espinoza, va jusqu'en 1678.

3°. Qu'il y en a deux traductions françoises, l'une par Jean Rou, non encore imprimée ; & l'autre par le pere Joseph-Nicolas Charenton, jésuite. Cette derniere, tout-à-fait semblable au manuscrit de la premiere, a été très-bien reçue du public, & a paru à Paris en 1725, in-4°. en cinq gros vol.

4°. Que la traduction angloise faite sur l'espagnole, par le capitaine Stevens, & publiée à Londres, en 1699, in-fol. 2 vol. est beaucoup plus complete que la traduction françoise, parce qu'elle renferme les deux continuations de Ferdinand Camargo, & de F. Basil de Soto, jusqu'en 1669.

5°. Enfin, nous remarquerons que pour faire à l'avenir une bonne édition de l'histoire de Mariana, dans toutes les langues dont nous venons de parler, il conviendroit de suivre le plan de la traduction angloise, y joindre Miniana, & Luzio Espinoza, avec les critiques de Pedro Mantuano, & de Cohon-Truel, ou Ribeyro de Macedo, &c. suivie de l'apologie de Tramaio de Vargas ; & mettre à la tête du tout, la vie de Mariana, composée par ce dernier auteur. (D.J.)


TALBES. m. terme de relation, nom qu'on donne à un docteur mahométan, dans les royaumes de Fez & de Maroc. (D.J.)


TALC(Hist. nat.) talcum ; c'est le nom qu'on donne à une pierre, composée de feuilles très-minces, qui sont luisantes, douces au toucher, tendres, flexibles, & faciles à pulvériser ; l'action du feu le plus violent, n'est point capable de produire aucune altération sur cette pierre ; les acides les plus concentrés n'agissent point sur elle. Le talc varie pour les couleurs, pour la transparence, pour l'arrangement, & pour la grandeur des feuilles qui le composent.

M. Wallerius compte quatre especes de talcs ; 1°. Le talc blanc dont les feuillets sont demi transparens ; on lui a donné les noms d'argyro damas, de talcum lunae, stella terrae. 2°. Le talc jaune, composé de lames opaques ; on le nomme quelquefois talcum aureum. 3°. Le talc verdâtre, tel que celui que les François appellent très-improprement, craie de Briançon. Voyez cet article. 4°. Le talc en cubes, qui est octogone, & qui a la figure de l'alun. Voyez la minéralogie de Wallerius, tom. I. Ce savant auteur auroit pu y joindre un talc noir, qui, suivant Borrichius, se trouve en Norwege, & qui devient jaune lorsqu'il a été calciné. Il y a aussi du talc gris.

Il paroît que c'est à tort que M. Wallerius a distingué le mica du talc, & qu'il en a fait un genre particulier ; en effet le mica n'est autre chose qu'un talc jaune ou blanc, en particules plus ou moins déliées, qui quelquefois se trouve à la vérité répandu dans des pierres d'une autre nature, mais qui ne perd pas pour cela ses propriétés essentielles, qui sont les mêmes que celles du talc.

Il faut en dire autant du verre de Russie, qui est un talc en grands feuillets transparens, ainsi nommé parce qu'il tient lieu de vitres en plusieurs endroits de la Russie & de la Sibérie. Voyez l'article VERRE DE RUSSIE.

Le talc est une des pierres sur laquelle les naturalistes ont raisonné avec le plus de confusion, & à laquelle ils ont le plus donné de noms différens. On croit que le mot talc vient du mot allemand talch, qui signifie du suif, parce que cette pierre paroît grasse au toucher comme du suif ; cependant comme il a été employé par Avicenne, on pourroit le croire dérivé de l'arabe. Cette pierre a été appellée par quelques auteurs, stella terrae, à cause de son éclat : d'autres ont cru que c'est le talc que Dioscoride a voulu désigner sous le nom de aphroselme & de sélénites ; ce que nous entendons par sélénite est une substance toute différente : Avicenne l'appelle pierre de lune ; les Allemands le nomment glimmer, lorsqu'il est en petites particules : on le nomme aussi or de chat, ou argent de chat, selon qu'il est jaune ou blanc. Quelques auteurs l'ont confondu avec la pierre spéculaire qui est une pierre gypseuse que l'action du feu change en plâtre. Voyez cet article. Enfin on le trouve désigné sous le nom de glacies mariae, c'est un tale transparent comme du verre.

Ces différentes dénominations, & ces erreurs, viennent de ce que les anciens naturalistes n'avoient point recours aux expériences chimiques, pour s'assurer de la nature des pierres, & ils ne s'arrêtoient qu'à l'extérieur, & à des ressemblances souvent trompeuses. Le célebre M. Pott a suppléé à ce défaut, par un examen suivi qu'il a fait du talc ; le résultat de ses expériences est qu'il n'y a aucun acide qui agisse sur le talc, cependant l'eau régale concentrée, versée sur le talc noir calciné, ou sur le talc jaune, devient d'une belle couleur jaune, ce qui vient de ce qu'elle se charge d'une portion ferrugineuse, qui étoit jointe à ces talcs, & qui les coloroit ; c'est-là ce qui a donné lieu aux alchimistes de travailler sur le talc, pour y chercher cet or qu'ils croyent voir par-tout. Après que cette extraction est faite, on retrouve le talc entierement privé de couleur.

Le talc ayant été exposé pendant quarante jours au feu d'un fourneau de verrerie, n'y a éprouvé aucune altération ; le grand feu ne diminue ni son éclat, ni son poids, ni son onctuosité ; il ne fait que le rendre un peu plus friable, & plus aisé à partager en feuillets ; mais on prétend que le miroir ardent fait entrer le talc en fusion, & le change en une matiere vitrifiée ; il reste encore à savoir si c'est véritablement du talc qui a été employé dans cette expérience, rapportée par Hoffman & Neumann. Ainsi Morhof & Boyle se sont trompés doublement, lorsqu'ils ont dit que le talc se changeoit en une heure de tems, & à un feu doux en chaux ; ils auront pris de la pierre spéculaire, ou du gypse feuilleté, pour du talc, & du plâtre pour de la chaux. M. Pott a combiné le talc avec un grand nombre de sels & d'autres substances, ce qui lui a donné différens produits. Voyez la traduction françoise de la lithogeognosie, tom. I. Le même auteur a observé que le talc uni avec des terres argilleuses, forme une masse d'une très-grande dureté, & l'on peut se servir de ce mêlange pour faire des vaisseaux très-propres à soutenir l'action du feu, & des creusets capables de contenir le verre de plomb, qui est si sujet à traverser les creusets ordinaires. Les Chinois se servent d'un talc très-fin, jaune ou blanc, pour faire ces papiers peints en figures ou en fleurs, dont le fond paroît être d'or ou d'argent.

On mêle aussi du talc fin dans les poudres brillantes dont on se sert pour répandre sur l'écriture.

Le talc se trouve en beaucoup d'endroits de l'Europe ; mais on n'en connoît point de plus beau que celui de Russie & de Sibérie, que l'on nomme verre de Russie. Voyez cet article.

Comme l'action du feu ne peut rien sur cette pierre, il est très-difficile de connoître la nature de la terre qui lui sert de base ; toutes les conjectures qui ont été faites là-dessus, sont donc très-douteuses & hasardées. Les grenats & les mines d'étain sont ordinairement accompagnés de pierres talqueuses, qui leur servent de matrices ou de minieres. (-)

TALC, huile de, (Chimie cosmétique) c'est une liqueur fort vantée par quelques anciens chimistes, qui lui attribuoient des qualités merveilleuses & incroyables, pour blanchir le teint, & pour conserver aux femmes la fraîcheur de la jeunesse, jusque dans l'âge le plus avancé. Malheureusement ce secret, s'il a jamais existé, est perdu pour nous : on prétend que son nom lui vient de ce que la pierre que nous appellons talc, étoit le principal ingrédient de sa composition.

M. de Justi, chimiste allemand, a cherché à faire revivre un secret si intéressant pour le beau sexe : pour cet effet il prit une partie de talc de Venise, & deux parties de borax calciné ; après avoir parfaitement pulvérisé & mêlé ces deux matieres, il les mit dans un creuset, qu'il plaça dans un fourneau à vent, après l'avoir fermé d'un couvercle ; il donna pendant une heure un feu très-violent ; au bout de ce tems il trouva que le mêlange s'étoit changé en un verre d'un jaune verdâtre ; il réduisit ce verre en poudre, puis il le mêla avec deux parties de sel de tartre, & fit refondre le tout de nouveau dans un creuset ; par cette seconde fusion il obtint une masse, qu'il mit à la cave sur un plateau de verre incliné, au-dessous duquel étoit une soucoupe ; en peu de tems la masse se convertit en une liqueur dans laquelle le talc se trouvoit totalement dissout.

On voit que par ce procédé, l'on obtient une liqueur de la nature de celle qui est connue sous le nom d'huile de tartre par défaillance, qui n'est autre chose que de l'alkali fixe, que l'humidité a mis en liqueur. Il est très-douteux que le talc entre pour quelque chose dans ses propriétés, ou les augmente ; mais il est certain que l'alkali fixe a la propriété de blanchir la peau, de la nétoyer parfaitement, & d'emporter les taches qu'elles peut avoir contractées ; d'ailleurs il paroît que cette liqueur peut être appliquée sur la peau sans aucun danger. Voyez les oeuvres chimiques de M. de Justi. (-)

TALC de verre de Venise, (Verrerie) nom qu'on donne au verre de Venise dont on a soufflé un globe très-mince, & qu'on a ensuite réduit en poudre. Les Emailleurs vendent cette poudre brillante toute préparée. (D.J.)


TALCAN(Géog. mod.) ville d'Asie, dans la partie occidentale du Turquestan ; c'étoit proprement une forte citadelle, que Genghiscan ne put prendre en 1221 qu'après sept mois de siege. M. de Lisle place le canton, auquel elle a donné son nom, vers les 36 deg. de latitude entre les 85. & 90. deg. de longitude. (D.J.)


TALCATAN(Géog. mod.) ville de Perse, dans le Khorassan, sur la riviere de Margab. Quelques-uns la prennent pour l'ancienne Nissa ou Nisaea, ville de la Margiane. (D.J.)


TALCINUM(Géog. anc.) ville de l'île de Corse ; elle étoit dans les terres, selon Ptolémée, l. III. c. iij. qui la marque entre Sermicium & Venicium. Ce n'est plus aujourd'hui qu'un village, appellé Talcini, à deux lieues de la ville de Corse, vers le levant. (D.J.)


TALEDS. m. (Hist. judaïq.) nom que les Juifs donnent à une espece de voile quarré, fait de laine blanche ou de satin, & qui a des houpes aux quatre coins. Ils ne prient jamais dans leurs synagogues qu'ils ne mettent ce voile sur leur tête ou autour de leur col, afin d'éviter les distractions, de ne porter la vue ni à droite ni à gauche, & d'être plus recueillis dans l'oraison, si l'on en croit LÉon de Modene. Mais dans le fond, ce taled n'est qu'une affaire de cérémonial ; les Juifs le jettent sur leur chapeau qu'ils gardent sur la tête pendant la priere, à laquelle ils sont si peu attentifs qu'ils y parlent de leur négoce & autres affaires, & qu'ordinairement ils la font avec une extrême confusion.


TALEMELIERTALMELIER, TALLEMANDIER, s. m. termes synonymes, qui signifioient anciennement boulanger, en latin talemetarius seu talemarius.

Il y a lieu de croire que ce mot talemetarius venoit de taleâ metari, compter sur une taille, parce qu'en effet de tout tems les Boulangers sont dans l'usage de marquer sur des tailles de bois la quantité de pain qu'ils fournissent.

Les statuts donnés par S. Louis aux Boulangers de Paris, & leurs lettres de maîtrise, leur donnent la qualité de Boulangers talemeliers. L'ordonnance du roi Jean, du pénultieme Février 1350, tit. II. art. 8. dit que nuls boulangers ou talemeliers ne pourront mettre deux sortes de blés dans le pain ; & art. 9. que les prud'hommes qui visiteront le pain, ne seront mi talemeliers. Le tit. 4. des talemeliers & pâtissiers porte ; art. 1. que toute maniere de talemeliers, fourniers & pâtissiers, qui ont accoutumé à cuire pain à bourgeois, le prépareront ès maisons desdits bourgeois, & l'apporteront cuire chez eux. Dans une autre ordonnance du même roi du 16 Janvier 1360, il est parlé des taillemeliers, sur quoi M. Secousse a noté en marge qu'il y a taillemandiers dans la premiere des deux copies de cette ordonnance envoyées de Montpellier, & que ce sont les Pâtissiers, ce qui peut en effet convenir aux Pâtissiers dans les endroits où ils étoient confondus avec les Boulangers. Il est encore parlé des talemeliers, qui sont les Boulangers, dans une ordonnance de Charles V. du 9. Décembre 1372 ; les pâtisseries, appellées talemouses, ont pris leur nom des talemeliers. (A)


TALENTS. m. (Gram.) c'est en général de l'aptitude singuliere à faire quelque chose, soit que cette aptitude soit naturelle, soit qu'on l'ait acquise. On dit le talent de la Peinture, de la Sculpture, de la Poésie, de l'Eloquence ; la nature a partagé les talens. Il est rare qu'on ait deux grands talens ; il est plus rare encore qu'on ne fasse pas plus de cas dans la société des talens agréables que des talens utiles, & des uns & des autres que de la vertu. On dit encore, il a du talent dans son métier. Il a le talent de plaire.

TALENT, (Monnoie anc.) fameux poids & monnoie des anciens, qui étoit de différente valeur nonseulement dans les divers pays, mais dans le pays même, selon que les especes qui composoient le talent étoient plus ou moins fortes.

Le talent d'argent en poids chez les Hébreux pesoit trois mille sicles, ou 125 livres de 12 onces chacune, ou 12 mille drachmes. Quant à sa valeur, cinquante mines faisoient le talent hébraïque d'argent ; ce qui revient à 450 livres sterlings. Le talent d'or des Hébreux sur le pié de seize d'argent, reviendroit à 7200 livres sterlings.

Le talent d'Athènes comprenoit soixante mines, qui reviendroient, selon le docteur Bernard, à 206 livres sterlings 5 schellings. Le talent d'or, à raison de 16 d'argent, 3300 livres sterlings.

Le talent d'argent de Babylone contenoit 7000 dragmes d'Athènes, faisant 240 livres sterlings 12 schellings 6 sols. Le talent d'or, à raison de 16 d'argent, 3850 livres sterlings.

Cinquante mines faisoient le talent d'argent d'Alexandrie, qui revient à 450 livres sterlings. Le talent d'or, à raison de 16 d'argent, 7200 livres sterlings.

Le talent de Cyrène étoit égal à celui d'Alexandrie. Le talent de Corinthe étoit le même que celui d'Egine, savoir de cent mines attiques. Le talent de Rhodes étoit de 4502 deniers romains. Le talent thracien étoit du poids de 120 livres, l'égyptien de 80 livres.

Les Romains avoient de grands & de petits talens. Soixante douze livres romains faisoient leur grand talent, que le docteur Bernard évalue à 216 livres sterlings. Plaute désigne toujours le grand talent romain par magnum talentum ; considéré comme poids, il pesoit 125 livres.

Hérodote, en parlant du talent de Babylone, dit qu'il valoit 70 mines d'Eubée. Elien, en parlant du même talent, dit qu'il valoit 72 mines d'Athènes. De-là il s'ensuit que 70 mines d'Eubée en valoient 72 d'Athènes ; & comme le talent étoit toujours de 60 mines, on voit par-là la différence du talent d'Eubée & de celui d'Athènes.

Mais il faut qu'il y eut encore deux autres sortes de talens d'Eubée, ou que les auteurs se contredisent ; Festus dit : Euboicum talentum numno graeco septem millium, nostro quatuor millium denariorum : le talent d'Eubée est de 7 mille drachmes grecques, & de 4 mille deniers romains. Tout le monde convient qu'il y a ici quelque faute de copiste, & qu'au-lieu de 4 mille deniers romains, il doit y avoir 7 mille ; la preuve en est que, selon le même Festus, la drachme des Grecs & le denier des Romains étoient de même valeur. En effet il dit que le talent d'Athènes, qui étoit de six mille drachmes, contenoit aussi six mille deniers romains. Selon lui donc, le denier romain & la drachme d'Athènes étoient de même valeur, & il y en avoit sept mille au talent d'Eubée. Cependant le talent d'Eubée de la somme que devoit payer Antiochus aux Romains étoit bien plus fort ; Polybe dit, legat. XXV. p. 817. & Tite-Live aussi, l. XXXVII. & XXXVIII. qu'il contenoit 10 livres romaines. Or la livre romaine contenoit 96 deniers romains, & par conséquent 10 de ces livres faisoient 7680 deniers romains, c'est-à-dire 240 livres sterlings.

Mais il faut remarquer qu'il y a une différence dans le traité entre Tite-Live & Polybe ; car quoique Tite-Live, dans le projet du traité, dise, aussi-bien que Polybe, que les 15 mille talens étoient des talens d'Eubée ; dans le traité même, il les appelle talens d'Athènes ; Tite-Live en traduisant ici Polybe, a fait une faute ; car Polybe dit seulement que l'argent du payement qu'on donneroit aux Romains seroit, , du meilleur argent d'Athènes, & Tite-Live ne faisant pas assez d'attention à ces expressions qui marquent la qualité de l'argent, & non pas l'espece de monnoie, a traduit des talens d'Athènes. Or comme le talent d'Eubée étoit le plus pesant, la monnoie d'Athènes étoit aussi la plus fine de toutes ; & selon le traité, le payement se devoit faire de la maniere la plus favorable aux Romains. Ils obligerent Antiochus, pour acheter la paix, de leur payer cette somme, déja prodigieuse en elle-même, de la maniere la plus onéreuse pour lui, en talens les plus forts, & pour la qualité du meilleur ou du plus fin argent.

On ne trouve jamais nos auteurs françois d'accord sur l'évaluation des talens des anciens, parce qu'ils ne l'ont jamais faite d'après le poids & le titre, mais toujours d'après le cours variable de nos monnoies ; ainsi Budée évalue le talent d'Athènes à 1300 livres ; Tourreil à 2800, & nos derniers écrivains à 4550 livres. (D.J.)

TALENT HEBRAÏQUE, (Monnoie des Hébreux) monnoie de compte des Hébreux, qui valoit trois mille sicles ; &, selon le docteur Bernard, 450 livres sterlings. Voyez-en les preuves détaillées à l'article MONNOIES des Hébreux. (D.J.)

TALENT, peintre à, (Peint.) c'est le nom qu'on donne à un artiste qui s'applique à quelque genre particulier de peinture, comme à faire des portraits, à peindre des fleurs, à représenter des animaux, des paysages, des noces de village, des tabagies, &c. (D.J.)


TALEVAS. m. (Hist. nat. Ornitholog.) oiseau aquatique de l'île de Madagascar ; il est de la grosseur d'une poule ; ses plumes sont violettes ; sa tête, son bec & ses piés sont rouges.


TALIS. m. terme de relation, nom que les Indiens de Carnate donnent au bijou que l'époux, dans la cérémonie du mariage, attache au cou de l'épouse, & qu'elle porte jusqu'au décès de son mari, pour marque de son état ; à la mort du mari, le plus proche parent lui coupe ce bijou, & c'est-là la marque du veuvage. (D.J.)


TALICTRUMS. m. (Hist. nat. & Mat. méd.) nom donné dans la matiere médicale à la graine d'une espece de sisymbrium à feuilles d'absynthe ; on estime cette graine astringente ; on en introduit la poudre dans les narines, pour arrêter les petites hémorrhagies du nez, mais je crois cette pratique assez mauvaise. (D.J.)


TALIIR-KARAS. m. (Hist. nat. Botan. exot.) grand arbre de Malabar toujours verd ; son tronc est blanchâtre ; son écorce est unie, poudreuse & cendrée. Il porte quantité de branches, qui s'étendent au loin, & qui sont armées d'épines oblongues, dures & roides. Sa racine est cendrée & couverte d'une écorce obscure. Son odeur est forte, & son goût astrigent. Ses feuilles sont vertes en-dessus, & verdâtres en-dessous, elliptiques, pointues, légerement dentelées par les bords, fortes, épaisses, luisantes, très-odorantes & très-âcres au goût ; les feuilles tendres qui croissent au sommet sont pour la plûpart d'un rouge purpurin. On n'a point encore vu de fleurs, ni de fruits sur cet arbre. C'est pourquoi dans le livre du jardin de Malabar on le nomme arbor indica spinosa, flore & fructu vidua. (D.J.)


TALINGUERÉTALINGUER, v. n. (Marine) c'est amarrer les cables à l'arganeau de l'arcre.


TALIONS. m. (Gram. & Jurisprud.) talio, loi du talion, lex talionis, est celle qui prononçoit contre le coupable la peine du talion, poena reciproca, c'est-à-dire, qu'il fût traité comme il avoit traité son prochain.

Le traitement du talion est la vengeance naturelle, & il semble que l'on ne puisse taxer la justice d'être trop rigoureuse, lorsqu'elle traite le coupable de la même maniere qu'il a traité les autres, & que ce soit un moyen plus sûr pour contenir les malfaiteurs.

Plusieurs jurisconsultes ont pourtant regardé le talion comme une loi barbare, & contraire au droit naturel ; Grotius entr'autres, prétend qu'elle ne doit avoir lieu ni entre particuliers, ni d'un peuple à l'autre ; il tire sa décision de ces belles paroles d'Aristide : " ne seroit-il pas absurde de justifier & d'imiter ce que l'on condamne en autrui comme une mauvaise action ".

Cependant la loi du talion a son fondement dans les livres sacrés ; on voit en effet dans l'Exode, que Moïse étant monté avec Aaron sur la montagne de Sinaï, Dieu après lui avoir donné le Décalogue, lui ordonna d'établir sur les enfans d'Israël plusieurs loix civiles, du nombre desquelles étoit la loi du talion.

Il est dit, chap. xxj. que si deux personnes ont eu une rixe ensemble, & que quelqu'un ait frappé une femme enceinte, & l'ait fait avorter, sans lui causer la mort, il sera soumis au dommage tel que le mari le demandera, & que les arbitres le jugeront ; que si la mort de la femme s'est ensuivie, en ce cas Moïse condamne à mort l'auteur du délit ; qu'il rende ame pour ame, dent pour dent, oeil pour oeil, main pour main, pié pour pié, brûlure pour brûlure, plaie pour plaie, meurtrissure pour meurtrissure.

On trouve aussi dans le LÉvitique, ch. xxjv. que celui qui aura fait outrage à quelque citoyen, sera traité de même, fracture pour fracture, oeil pour oeil, dent pour dent.

Dieu dit encore à Moïse, suivant le Deutéronome, ch. xix. que quand quelqu'un sera convaincu de faux témoignage, que les juges lui rendront ainsi qu'il pensoit faire à son frere ; tu ne lui pardonneras point, dit le Seigneur ; mais tu demanderas ame pour ame, oeil pour oeil, dent pour dent, main pour main, pié pour pié.

Il semble néanmoins que la peine du talion doive s'entendre dans une proportion géométrique plutôt qu'arithmétique, c'est-à-dire, que l'objet de la loi soit moins de faire souffrir au coupable précisément le même mal qu'il a fait, que de lui faire supporter une peine égale, c'est-à-dire, proportionnée à son crime ; & c'est ce que Moyse lui-même semble faire entendre dans le Deutéronome, ch. xxv. où il dit que si les juges voient que celui qui a péché soit digne d'être battu, ils le feront jetter par terre & battre devant eux selon son mesfait, pro mensurâ peccati erit & plagarum modus.

Jésus-Christ prêchant au peuple sur la montagne (suivant saint Matthieu, chap. v.) dit : vous avez entendu que l'on vous a dit oeil pour oeil, dent pour dent ; mais moi je vous dis de ne point résister au mal ; & que si quelqu'un vous frappe sur la joue droite, de lui tendre la gauche ; mais il paroît que cette doctrine eut moins pour objet de réformer les peines que la justice temporelle infligeoit, que de réprimer les vengeances particulieres que chacun se croyoit mal-à-propos permises, suivant la loi du talion, n'étant réservé qu'à la justice temporelle de venger les injures qui sont faites à autrui, & à la justice divine de les punir dans l'autre vie.

Il est encore dit dans l'Apocalypse, chap. xiij. que celui qui aura emmené un autre en captivité, ira lui-même ; que celui qui aura occis par le glaive, sera occis de même ; mais ceci se rapporte plutôt à la justice divine qu'à la justice temporelle.

Les Grecs à l'exemple des Juifs, pratiquerent aussi la loi du talion.

Par les loix de Solon, la peine du talion avoit lieu contre celui qui avoit arraché le second oeil à un homme qui étoit déja privé de l'usage du premier, & le coupable étoit condamné à perdre les deux yeux.

Aristote écrit que Rhadamante roi de Lycie, fameux dans l'histoire par sa sévérité, fit une loi pour établir la peine du talion qui lui parut des plus justes ; il ajoute que c'étoit aussi la doctrine des Pythagoriciens.

Charondas, natif de la ville de Catane en Sicile, & qui donna des loix aux habitans de la ville de Thurium, rebâtie par les Sybarites dans la grande Grece, y introduisit la loi du talion ; il étoit ordonné : si quis cui oculum eruerit, oculum reo pariter eruito ; mais cette loi fut réformée, au rapport de Diodore de Sicile, à l'occasion d'un homme déja borgne, auquel on avoit crevé le bon oeil qui lui restoit, il représenta que le coupable auquel on se contenteroit de crever un oeil, seroit moins à plaindre que lui qui étoit totalement privé de la vue ; qu'ainsi la loi du talion n'étoit pas toujours juste.

Les décemvirs qui formerent la loi des 12. tables, prirent quelque chose des loix de Solon par rapport à la peine du talion, dans le cas d'un membre rompu ; ils ordonnerent que la punition seroit semblable à l'offense, à moins que le coupable ne fît un accommodement avec sa partie, si membrum rupit, ni cum eo pacit, talio esto : d'autres lisent, si membrum rupit, ut cum eo pacit, talio esto.

Lorsqu'il s'agissoit seulement d'un os cassé, la peine n'étoit que pécuniaire, ainsi que nous l'apprend Justinien, dans ses institutes, tit. de injur. §. 7. On ne sait pas à quelle somme la peine étoit fixée.

Cette portion de la loi des 12 tables est rappellée par Cicéron, de legibus, Festus, sous le mot talionis, par le jurisconsulte Paul, receptarum sentent. liv. V. tit. 4. & autres jurisconsultes.

Il paroît néanmoins que chez les Romains la loi du talion n'étoit pas suivie dans tous les cas indistinctement ; c'est pourquoi Sextus Caecilius dans Aulugelle, liv. XX. dit que toutes les injures ne se réparent pas avec 25 as d'airain ; que les injures atroces, comme quand on a rompu un os à un enfant ou à un esclave, sont punies plus séverement, quelquefois même par la loi du talion ; mais avant d'en venir à la vengeance permise par cette loi, on proposoit un accommodement au coupable ; & s'il refusoit de s'accommoder, il subissoit la peine du talion ; si au contraire il se prêtoit à l'accommodement, l'estimation du dommage se faisoit.

La loi du talion fut encore en usage chez les Romains longtems après la loi des 12 tables, au-moins dans les cas où elle étoit admise ; en effet, Caton cité par Priscien, liv. VI. parloit encore de son tems de la loi du talion, comme étant alors en vigueur, & qui donnoit même au cousin du blessé le droit de poursuivre la vengeance, si quis membrum rupit, aut os fregit, talione proximus agnatus ulciscitur.

On ne trouve pas cependant que la loi des 12 tables eût étendu le droit de vengeance jusqu'au cousin de l'offensé ; ce qui a fait croire à quelques auteurs, que Caton parloit de cette loi par rapport à quelque autre peuple que les Romains.

Mais l'opinion de Théodore Marsilius, qui est la plus vraisemblable, est que l'usage dont parle Caton, tiroit son origine du droit civil.

Les jurisconsultes romains ont en effet décidé que le plus proche agnat ou cousin du blessé pouvoit poursuivre au nom de son parent, qui étoit souvent trop malade ou trop occupé pour agir lui-même. On chargeoit aussi quelquefois le cousin de la poursuite du crime, de crainte que le blessé emporté par son ressentiment, ne commençât par se venger, sans attendre que le coupable eût accepté ou refusé un accommodement.

Au reste, il y a toute apparence que la peine du talion ne se pratiquoit que bien rarement ; car le coupable ayant le choix de se soustraire à cette peine par un dédommagement pécuniaire, on conçoit aisément que ceux qui étoient dans le cas du talion, aimoient mieux racheter la peine en argent, que de se laisser mutiler ou estropier.

Cette loi ne pouvoit donc avoir lieu que pour les gens absolument misérables, qui n'avoient pas le moyen de se racheter en argent ; encore n'en trouve-t-on pas d'exemple dans les historiens.

Il en est pourtant encore parlé dans le code théodosien, de exhibendis reis, l. III. & au titre de accusationibus, l. tit. quaest. 14. on peut voir Jacques Godefroy, sur la loi 7 de ce titre, formule 29.

Ce qui est de certain, c'est que longtems avant l'empereur Justinien, la loi du talion étoit tombée en désuétude, puisque le droit du prêteur appellé jus honorarium, avoit établi que le blessé feroit estimer le mal par le juge ; c'est ce que Justinien nous apprend dans ses institutes, liv. IV. tit. 4. de injur. §. 7 : la peine des injures, dit-il, suivant la loi des 12 tables, pour un membre rompu, étoit le talion, pour un os cassé il y avoit des peines pécuniaires selon la grande pauvreté des anciens ; les interpretes prétendent que ces peines pécuniaires avoient été imposées comme étant alors plus onéreuses.

Justinien observe que dans la suite les prêteurs permirent à ceux qui avoient reçu quelque injure, d'estimer le dommage, & que le juge condamnoit le coupable à payer une somme plus ou moins forte, suivant ce qui lui paroissoit convenable : que la peine des injures qui avoit été introduite par la loi des 12 tables, tomba en désuétude : que l'on pratiquoit dans les jugemens celle qui avoit été introduite par le droit honoraire des prêteurs, suivant lequel l'estimation de l'injure étoit plus ou moins forte, selon la qualité des personnes.

Il y a pourtant certains cas dans lesquels les loix romaines paroissent avoir laissé subsister la peine du talion, comme pour les calomniateurs ; celui qui se trouvoit convaincu d'avoir accusé quelqu'un injustement étoit puni de la même peine qu'auroit subi l'accusé, s'il eût été convaincu du crime qu'on lui imputoit ; il n'y avoit qu'un seul cas où l'accusateur fût exempt de cette peine, c'est lorsqu'il avoit été porté à intenter l'accusation par une juste douleur pour l'offense qu'il avoit reçue dans sa personne ou dans celle de ses proches. Voyez au code la loi derniere de accusation. & la derniere du titre de calomniat.

Les prévaricateurs subissoient aussi la peine du talion, l. ab imp. ff. de praevar.

Il en étoit de même dans quelques autres cas qui sont remarqués au digeste quod quisque juris, &c.

Le droit canon se conformant à la pureté de l'évangile, paroît avoir rejetté la loi du talion, ainsi qu'il résulte du canon haec autem vita xx. quaest. 4 du canon quod debetur, xiv. quaest. 1. du canon sex differentiae, xxiij. quaest. 3, & le canon sex differentiae dans la seconde partie du decret, cause 23, quaest. 3 ; mais ce que ces canons improuvent, & singulierement le dernier, ce sont les vengeances particulieres. Nous ne parlons ici que de ce qui appartient à la vindicte publique.

Ricard, roi des Wisigots, dans le VI. liv. des loix des Wisigots, tit. 4, c. iij. ordonne que la peine du talion soit subie par le coupable, de maniere qu'il ait le choix ou d'être fouetté de verges, ou de payer l'estimation de l'injure, suivant la loi ou l'estimation faite par l'offensé.

La peine du talion avoit aussi lieu anciennement en France en matiere criminelle. On en trouve des vestiges dans la charte de commune de la ville de Cerny, dans le Laonnois, de l'an 1184, quòd si reus inventus fuerit, caput pro capite, membrum pro membro reddat, vel ad arbitrium majoris & juratorum, pro capite aut membri qualitate dignam persolvet redemptionem.

Il en est aussi parlé dans la charte de commune de la Fere de l'an 1207 rapportée par la Thomassiere, dans ses coutumes de Berry, dans les coutumes d'Arques de l'an 1231, dans les archives de l'abbaye de S. Bertin, dans la 51e. lettre d'Yves de Chartres.

Guillaume le Breton rapporte qu'après la conquête de la Normandie, Philippe Auguste fit une ordonnance pour établir la peine du talion dans cette province : qu'il établit des champions, afin que dans tout combat qui se feroit pour vuider les causes de sang, il y eût, suivant la loi du talion, des peines égales, que le vaincu, soit l'accusateur ou l'accusé, fût condamné par la même loi à être mutilé ou à perdre la vie ; car auparavant c'étoit la coutume chez les Normands, que si l'accusateur étoit vaincu dans une cause de sang, il en étoit quitte pour payer une amende de 60 sols ; au lieu que si l'accusé étoit vaincu, il étoit privé de tous ses biens, & subissoit une mort honteuse : ce qui ayant paru injuste à Philippe Auguste, fut par lui abrogé, & il rendit à cet égard les Normands tous semblables aux Francs : ce qui fait connoître que la peine du talion avoit alors lieu en France.

Les établissemens faits par S. Louis en 1270, liv. I. ch. iij. contiennent une disposition sur le talion. Si tu veux, est-il dit, appeller de meurtre, tu seras oïs ; mais il convient que tu te lies à souffrir telle peine comme tes adversaires souffriroient, s'ils en étoient atteints, selon droit écrit en digeste, novel, de privatis l. finali. Au tiers livre on a eu en vue la loi derniere de privatis delictis, qui ne parle pourtant pas clairement du talion.

Le chap. ij. du II. livre de ces mêmes établissemens parle aussi de la dénonciation ou avertissement que la justice devoit donner à celui qui se plaignoit de quelque meurtre. La justice, dit cette ordonnance, lui doit dénoncer la peine qui est dite ci-dessus ; ce que l'on entend du talion.

Cette peine a été abrogée dans quelques coutumes, comme on voit dans celle de Hainaut, chap. xv.

On tient même communément que la loi du talion est présentement abolie en France ; & il est certain en effet que l'on n'observe plus depuis longtems cette justice grossiere & barbare, qui faisoit subir à tous accusés indistinctement le même traitement qu'ils avoient fait subir à l'accusateur. L'on n'ordonne plus que l'on crévera un oeil, ni que l'on cassera un membre à celui qui a crevé l'oeil ou cassé un membre à un autre ; on fait subir à l'accusé d'autres peines proportionnées à son crime.

Il est cependant vrai de dire que nous observons encore la loi du talion pour la proportion des peines que l'on inflige aux coupables.

On observe même encore strictement cette loi dans certains crimes des plus graves ; par exemple, tout homme qui tue, selon nos loix, mérite la mort ; les incendiaires des églises, villes & bourgs sont condamnés au feu.

Les princes usent encore entr'eux en tems de guerre du droit de représailles, qui est proprement une espece de justice militaire qu'ils se font, conformément à la loi du talion. Voyez REPRESAILLES, voyez Alberic, Balde, Bartole, Felix speculator Augustinus, les constitutions du royaume d'Aragon, Imbert, le gloss. de du Cange au mot talio, celui de Lauriere, l'hist. de la Jurisprud. romaine de M. Terrasson. (A)


TALISMANS. m. (Divination) figures magiques gravées en conséquence de certaines observations superstitieuses, sur les caracteres & configurations du ciel ou des corps célestes, auxquelles les astrologues, les philosophes hermétiques & autres charlatans attribuent des effets merveilleux, & surtout le pouvoir d'attirer les influences célestes. Voyez THERAPHIM.

Le mot talisman est purement arabe ; cependant Menage, après Saumaise, croit qu'il peut venir du grec , opération ou consécration. Borel dit qu'il est persan, & qu'il signifie littéralement une gravure constellée ; d'autres le dérivent de talamascis litteris, qui sont des caracteres mystérieux ou des chiffres inconnus dont se servent les sorciers, parce qu'ajoutent-ils, talamasca veut dire phantôme ou illusion. M. Pluche dit qu'en Orient on nommoit ces figures tselamim, des images ; & en effet, comme il le remarque, " lorsque dans l'origine, le culte des signes célestes & des planetes fut une fois introduit, on en multiplia les figures pour aider la dévotion des peuples & pour la mettre à profit. On faisoit ces figures en fonte & en relief, assez souvent par maniere de monnoie, ou comme des plaques portatives qu'on perçoit pour être suspendues par un anneau, au cou des enfans, des malades & des morts. Les cabinets des antiquaires sont pleins de ces plaques ou amuletes, qui portent des empreintes du soleil ou de ses symboles, ou de la lune, ou des autres planetes, ou des différens signes du zodiaque. " Hist. du ciel, tom. I. pag. 480.

L'auteur d'un livre intitulé les talismans justifiés, prétend qu'un talisman est le sceau, la figure, le caractere ou l'image d'un signe céleste, d'une constellation, ou d'une planete gravée sur une pierre sympathique ou sur un métal correspondant à l'astre ou au corps céleste pour en recevoir les influences.

L'auteur de l'histoire du ciel va nous expliquer sur quoi étoient fondées cette sympathie & cette correspondance, & par conséquent combien étoit vaine la vertu qu'on attribuoit aux talismans.

" Dans la confection des talismans, dit-il, la plus légere conformité avec l'astre ou le dieu en qui l'on avoit confiance, une petite précaution de plus, une légere ressemblance plus sensible faisoit préférer une image ou une matiere à une autre ; ainsi les images du soleil, pour en imiter l'éclat & la couleur, devoient être d'or. On ne doutoit pas même que l'or ne fût une production du soleil ; cette conformité de couleur, d'éclat & de mérite en étoit la preuve. Le soleil devoit donc mettre sa complaisance dans un métal qu'il avoit indubitablement engendré, & ne pouvoit manquer d'arrêter ses influences dans une plaque d'or où il voyoit son image empreinte, & qui lui avoit été religieusement consacrée au moment de son lever. Par un raisonnement semblable, la lune produisoit l'argent, & favorisoit de toute l'étendue de son pouvoir les images d'argent auxquelles elle tenoit par les liens de la couleur, de la génération, de la consécration. Bien entendu que Mars se plaisoit à voir ses images, quand elles étoient de fer ; c'étoit-là sans-doute le métal favori du dieu des combats.... Vénus eut le cuivre, parce qu'il se trouvoit en abondance dans l'île de Chypre dont elle chérissoit le séjour. Le langoureux Saturne fut préposé aux mines de plomb. On ne délibéra pas longtems sur le lot de Mercure ; un certain rapport d'agilité lui fit donner en partage le vif-argent. Mais en vertu de quoi Jupiter sera-t-il borné à la surintendance de l'étain ? Il étoit incivil de présenter cette commission à un dieu de sa sorte : c'étoit l'avilir ; mais il ne restoit plus que l'étain, force lui fut de s'en contenter. Voilà certes de puissans motifs pour assigner à ces dieux l'inspection sur tel ou tel métal, & une affection singuliere pour les figures qui en sont composées. Or telles sont les raisons de ces prétendus départemens ; tels sont aussi les effets qu'il en faut attendre. " Hist. du ciel, tom. I. pag. 482 & 483.

Il étoit aussi aisé de faire ces raisonnemens, il y a deux mille ans, qu'aujourd'hui ; mais la coutume, le préjugé, l'exemple de quelques faux sages qui, soit persuasion, soit imposture, accréditoient les talismans, avoient entraîné tous les esprits dans ces superstitions. On attribuoit à la vertu & aux influences des talismans tous les prodiges qu'opéroit Appollonius de Tyane ; & quelques auteurs ont même avancé que ce magicien étoit l'inventeur des talismans ; mais leur origine remonte bien plus avant dans l'antiquité ; sans parler de l'opinion absurde de quelques rabbins qui soutiennent que le serpent d'airain que Moyse fit élever dans le désert pour la destruction des serpens qui tourmentoient & tuoient les Israëlites, n'étoit autre chose qu'un talisman. Quelques-uns en attribuent l'origine à un Jacchis qui fut l'inventeur des préservatifs que les Grecs appelloient , des remedes cachés contre les douleurs, des secrets contre les ardeurs du soleil & contre les influences de la canicule. Ce Jacchis vivoit, selon Suidas, sous Sennyés, roi d'Egypte. D'autres attribuent cette origine à Necepsos, roi d'Egypte, qui étoit postérieur à Jacchis, & qui vivoit cependant plus de 200 ans avant Salomon. Ausone, dans une lettre à S. Paulin, a dit :

Quique magos docuit mysteria vana Necepsos.

Le commerce de ces talismans étoit fort commun du tems d'Antiphanes, & ensuite du tems d'Aristophane ; ces deux auteurs font mention d'un Phertamus & d'un Eudamus, fabricateurs de préservatifs de ce genre. On voit dans Galien & dans Marcellus Empiricus, quelle confiance tout le monde avoit à leur vertu. Pline dit qu'on gravoit sur des émeraudes des figures d'aigle & de scarabées ; & Marcellus Empiricus attribue beaucoup de vertus à ces scarabées pour certaines maladies, & en particulier pour le mal des yeux. Ces pierres gravées ou constellées étoient autant de talismans où l'on faisoit entrer les observations de l'astrologie. Pline, en parlant du jaspe qui tire sur le verd, dit que tous les peuples d'Orient le portoient comme un talisman. L'opinion commune étoit, dit-il ailleurs, que Milon de Crotone ne devoit ses victoires qu'à ces sortes de pierres qu'il portoit dans les combats, & à son exemple ses athletes avoient soin de s'en munir. Le même auteur ajoute qu'on se servoit de l'hématite contre les embuches des barbares, & qu'elle produisoit des effets salutaires dans les combats. Aussi les gens de guerre en Egypte, au rapport d'Elien, portoient des figures de scarabées pour fortifier leur courage, & la grande foi qu'ils y avoient, venoit de ce que ces peuples croyoient que le scarabée consacré au soleil étoit la figure animée de cet astre qu'ils regardoient comme le plus puissant des dieux, selon Porphyre. Trébellius Pollion, rapporte que les Macriens révéroient Alexandre le grand d'une maniere si particuliere, que les hommes de cette famille portoient la figure de ce prince gravée en argent dans leurs bagues, & que les femmes la portoient dans leurs ornemens de tête, dans leurs bracelets, dans leurs anneaux & dans les autres pieces de leur ajustement ; jusque-là même que de son tems, ajoute-t-il, la plupart des habillemens des dames de cette famille en étoient encore ornés, parce que l'on disoit que ceux qui portoient ainsi la tête d'Alexandre en or ou en argent, en recevoient du secours dans toutes leurs actions : quia dicuntur juvari in omni actu suo qui Alexandrum expressum, vel auro gestitant vel argento.

Cette coutume n'étoit pas nouvelle chez les Romains, puisque la bulle d'or que portoient au col les généraux ou consuls dans la cérémonie du triomphe, renfermoit des talismans. Bulla, dit Macrobe, gestamen erat triumphantium, quam in triumpho prae se gerebant, inclusis intrà eam remediis, quae crederent adversus invidiam valentissima. On pendoit de pareilles bulles au col des enfans, pour les défendre des génies malfaisans, ou les garantir d'autres périls, ne quid obsit, dit Varron ; & Asconius Pedianus, sur un endroit de la premiere verrine de Cicéron où il est mention de ces bulles, dit qu'elles étoient sur l'estomach des enfans comme un rempart qui les défendoit, sinus communiens pectusque puerile, parce qu'on y renfermoit des talismans. Les gens de guerre portoient aussi des baudriers constellés. Voyez BAUDRIERS & CONSTELLES.

Les talismans les plus accrédités étoient ceux des Samothraciens, ou qui étoient fabriqués suivant les regles pratiquées dans les mysteres de Samothrace. C'étoient des morceaux de métal sur lesquels on avoit gravé certaines figures d'astres, & qu'on enchâssoit communément dans des bagues. Il s'en trouve pourtant beaucoup dont la forme & la grosseur font voir qu'on les portoit d'une autre maniere. Pétrone rapporte qu'une des bagues de Trimalcion étoit d'or & chargée d'étoiles de fer, totum aureum, sed planè ferreis veluti stellis ferruminatum. Et M. Pithou convient que c'étoit un anneau ou un talisman fabriqué suivant les mysteres de l'île de Samothrace. Trallien, deux siecles après, en décrit de semblables, qu'il donne pour des remedes naturels & physiques, , à l'exemple, dit-il, de Galien, qui en a recommandé de pareils. C'est au livre IX. de ses traités de médecine, ch. jv. à la fin, où il dit que l'on gravoit sur de l'airain de Chypre un lion, une lune & une étoile, & qu'il n'a rien vu de plus efficace pour certains maux. Le même Trallien cite un autre philactere contre la colique ; on gravoit sur un anneau de fer à huit angles ces mots, , c'est-à-dire, fuis, fuis, malheureuse bile, l'alouette te cherche. Et ce qui prouve que l'on fabriquoit ces sortes de préservatifs sous l'aspect de certains astres, c'est ce que ce médecin ajoute à la fin de l'article : il falloit, dit-il, travailler à la gravure de cette bague au 17 ou au 21 de la lune.

La fureur que l'on avoit pour les talismans se répandit parmi des sectes chrétiennes, comme on le voit dans Tertullien, qui la reproche aux Marcionites qui faisoient métier, dit-il, de vivre des étoiles du créateur : nec hoc erubescentes de stellis creatoris vivere. Peut-être cela doit-il s'entendre de l'Astrologie judiciaire en général. Il est beaucoup plus certain que les Valentiniens en faisoient grand usage, comme le prouve leur abracadabra, prescrit par le médecin Serenus sammonicus, qui étoit de leur secte, & par leur abrasax, dont l'hérésiarque Basilides lui-même fut l'inventeur. Voyez ABRACADABRA & ABRASAX.

Des catholiques eux-mêmes donnerent dans ces superstitions. Marcellus, homme de qualité & chrétien, du tems de Théodose, dans un recueil de remedes qu'il adresse à ses enfans, décrit ce talisman. Un serpent, dit-il, avec sept rayons, gravé sur un jaspe enchâssé en or, est bon contre les maux d'estomac, & il appelle ce philactere un remede physique : ad stomachi dolorem remedium physicum sit, in lapide jaspide exsculpe draconem radiatum, ut habeat septem radios, & claude auro, & utere in collo. Ce terme de physique fait entendre que l'Astrologie entroit dans la composition de l'ouvrage. Mém. de l'acad. des Insc. tom. XI. p. 355. & suiv.

On y croyoit encore sous le regne de nos rois de la premiere race ; car au sujet de l'incendie général de Paris, en 585, Grégoire de Tours rapporte une chose assez singuliere, à laquelle il semble ajouter foi, & qui rouloit sur une tradition superstitieuse des Parisiens : c'est que cette ville avoit été bâtie sous une constellation qui la défendoit de l'embrâsement, des serpens & des souris ; mais qu'un peu avant cet incendie, on avoit, en fouillant une arche d'un pont, trouvé un serpent & une souris d'airain, qui étoient les deux talismans préservatifs de cette ville. Ainsi ce n'étoit pas seulement la conservation de la santé des particuliers, c'étoit encore celle des villes entieres, & peut-être des empires, qu'on attribuoit à la vertu des talismans ; & en effet, le palladium des Troyens & les boucliers sacrés de Numa étoient des especes de talismans.

Les Arabes fort adonnés à l'Astrologie judiciaire, répandirent les talismans en Europe, après l'invasion des Mores en Espagne ; & il n'y a pas encore deux siecles qu'on en étoit infatué en France, & même encore aujourd'hui, présentés sous le beau nom de figures constellées, dit M. Pluche, ils font illusion à des gens qui se croyent d'un ordre fort supérieur au peuple. Mais on continue toujours d'y avoir confiance en Orient.

On distingue en général trois sortes de talismans ; savoir, les astronomiques, on les connoît par les signes célestes, ou constellations que l'on a gravées dessus, & qui sont accompagnées de caracteres inintelligibles.

Les magiques qui portent des figures extraordinaires, des mots superstitieux, & des noms d'anges inconnus.

Enfin les mixtes sur lesquels on a gravé des signes célestes & des mots barbares, mais qui ne renferment rien de superstitieux, ni aucun nom d'ange.

Quelques auteurs ont pris pour des talismans plusieurs médailles runiques ou du-moins celles dont les inscriptions sont en caracteres runiques ou gothiques, parce qu'il est de notoriété que les nations septentrionales, lorsqu'elles professoient le paganisme, faisoient grand cas des talismans. Mais M. Keder a montré que les médailles marquées de ces caracteres, ne sont rien moins que des talismans.

Il ne faut pas confondre non plus avec des siecles ou des médailles hébraïques véritablement antiques, certains talismans, & certains quarrés composés de lettres hébraïques toutes numérales, que l'on appelle sigilla planetarum, dont se servent les tireurs d'horoscope, & les diseurs de bonne aventure, pour faire valoir leurs mysteres ; non-plus que d'autres figures magiques dont on trouve les modeles dans Agrippa, & qui portent des noms & des caracteres hébraïques. Science des médailles, tom. I. p. 308.

TALISMAN, (terme de relation) nom d'un ministre inférieur de mosquée chez les Turcs. Les talismans sont comme les diacres des imans, marquent les heures des prieres en tournant une horloge de sable de quatre en quatre heures ; & les jours de bairan, ils chantent avec l'iman, & lui répondent. Du Loir.


TALLAGH(Géog. mod.) petite ville d'Irlande, dans la province de Mounster, au comté de Waterford, sur les frontieres du comté de Corck, à douze milles au sud de Lismore. Elle envoie deux députés au parlement de Dublin. Long. 11. 44. latit. 53. 10.


TALLARS. m. (Marine) terme de galere. C'est l'espace qui est depuis le coursier jusqu'à l'apostis, & où se mettent les escomes.


TALLARD(Géog. mod.) bourg & petit comté de France, dans le Dauphiné, au diocèse de Gap, sur la droite de la Durance, avec un bailliage qui ressortit au parlement de Grenoble.


TALLE(Jardinage) c'est ordinairement une branche qu'un arbre pousse à son pié, laquelle est enracinée, & que l'on sépare du maître pié avec un couteau ou coin de bois, quand elles sont trop fortes. Chaque talle, pour être bonne, doit avoir un oeil au-moins & des racines. On peut avec de la cire d'Espagne recouvrir les grandes plaies qu'on a faites en les séparant.

On appelle encore talle, le peuple que l'on détache avec la main, au pié des plantes bulbeuses & ligamenteuses.


TALLEVANNES. f. (Poterie) pot de grès propre à mettre du beurre : c'est ordinairement dans ces sortes de pots que viennent les beurres salés ou fondus d'Isigni, & de quelques autres endroits de basse Normandie. Les tallevannes sont du poids depuis six livres jusqu'à quarante. (D.J.)


TALLIPOTS. m. (Hist. nat. Botan. exot.) le tallipot est un arbre qui vient dans l'île de Ceylan ; il est de la hauteur d'un mât de navire, & il est admirable pour son feuillage. Les feuilles en sont si grandes, qu'une seule est capable de mettre un homme à couvert de la pluie, & par sa texture souple, on peut la plier comme un éventail. (D.J.)


TALLOPHORES. m. (Mythol.) on nommoit tallophores, des personnes choisies qui alloient aux processions des Panathénées, tenant en main des branches d'arbres : , un rameau.


TALMONTou TALLEMONT, (Géog. mod.) en latin du moyen âge Talemundum castrum, petite ville de France, en Saintonge, sur le bord de la Gironde, dans une espece de presqu'île ou rocher, entre Mortagne au midi, & Rohan au nord. Le terroir de ses environs est couvert de vignobles, & son petit port est assez commode. Longit. 16. 39. latit. 45. 30.

Talmont est encore un bourg de Poitou, à trois lieues de la ville des sables d'Olone, avec une abbaye de l'ordre de S. Benoît, fondée en 1040, & qui vaut 4000 liv. à l'abbé. Long. 16. 2. lat. 42. 32. (D.J.)


TALMOUSES. f. (Pâtissier) c'est une piece de pâtisserie, faite avec une farce de fromage, de beurre, & d'oeufs.


TALMUDS. m. (Critiq. hébraïq.) ouvrage de grande autorité chez les Juifs ; cet ouvrage est composé de la Misna & de la Gémare ; la Misna fait le texte, la gémare, le commentaire, & les deux ensemble sont le talmud, qui comprend le corps complet de la doctrine traditionnelle, & de la religion judaïque ; mais les Juifs distinguent deux talmuds, le talmud de Jérusalem, composé en Judée ; & le talmud de Babylone, fait en Babylone. Le premier fut achevé environ l'an 300, & forme un gros ouvrage ; le second parut vers le commencement du sixieme siecle, & a été imprimé plusieurs fois. La derniere édition est d'Amsterdam, en 12 vol. in-fol.

Ces deux talmuds, qui étouffent la loi & les prophetes, contiennent toute la religion des Juifs, telle qu'ils la croient & qu'ils la professent à-présent. Mais celui de Babylone est le plus suivi : l'autre à cause de son obscurité & de la difficulté qu'il y a à l'entendre, est fort négligé parmi eux. Cependant comme ce talmud de Jérusalem & la Misna, sont ce que les Juifs ont de plus ancien, excepté les paraphrases chaldaïques d'Onkelos & de Jonathan ; & que l'un & l'autre sont écrits dans le langage & le style de Judée ; le docteur Lightfoot s'en est servi utilement pour éclaircir quantité de passages du N. Testament, par le moyen des phrases & des sentences qu'il y a déterrées, car la Misna étant écrit environ l'an 150 de Notre Seigneur, il n'est pas surprenant que les idiomes, les proverbes, la phrase & le tour qui étoient en usage du tems de Notre Seigneur, se soient conservés jusque-là.

Mais pour l'autre talmud, dont le langage & le style sont de Babylone, & qui n'a été composé qu'environ cinq cent ans après Notre Seigneur, ou même plus tard, selon quelques-uns ; on n'en peut pas tirer les mêmes secours à beaucoup près. Quoi qu'il en soit, c'est l'alcoran des Juifs ; & c'est-là qu'est renfermée toute leur créance & leur religion : il y a cette différence entre ces deux ouvrages, que si l'un est plein d'impostures, que Mahomet a données comme apportées du ciel ; l'autre contient mille rêveries auxquelles on attribue ridiculement une origine céleste. C'est cependant ce livre qu'étudient parmi les Juifs, tous ceux qui prétendent au titre de savans. Il faut l'avoir étudié pour être admis à enseigner dans leurs écoles & dans leurs synagogues, & être bien versés, non-seulement dans la misna, qui est le texte, mais aussi dans la gémare qui en est le commentaire. Ils préferent si fort cette gémare à celle de Jérusalem, qu'on ne donne plus parmi eux ce titre à la derniere ; & que quand on nomme la gémare sans addition, c'est toujours celle du talmud de Babylone qu'on entend ; la raison est, qu'en regardant la misna & cette gémare, comme contenant le corps complet de leur religion, auquel rien ne manque pour la doctrine, les regles & les rites ; le nom de gémare qui en hébreu signifie accomplissement & perfection, lui convient mieux qu'à aucun autre.

Maimonides a fait un extrait de ce talmud, où en écartant la broderie, les disputes, les fables & les autres impertinences, parmi lesquelles étoit confondu ce qu'il en tire, il ne rapporte que les décisions des cas dont il y est parlé. Il a donné à cet ouvrage le titre de Yadhachazakah. C'est un digeste de loix des plus complets qui se soient jamais faits, non pas par rapport au fonds, mais pour la clarté du style, la méthode & la belle ordonnance de ses matieres. D'autres juifs ont essayé de faire la même chose ; mais aucun ne l'a surpassé ; & même il n'y en a aucun qui approche de lui. Aussi passe-t-il à cause de cet ouvrage & des autres qu'il a publiés, pour le meilleur auteur qu'ayent les Juifs, & c'est à fort juste titre. (D.J.)


TALONS. m. en terme d'Anatomie, signifie la partie postérieure du pié. Voyez PIE.

En hiver, les enfans sont sujets à avoir des mules au talon ; ce sont des engelures fort dangereuses & incommodes. Voyez MULE.

L'os du talon s'appelle calcaneum ou l'os de l'éperon. Voyez CALCANEUM.

TALONS DU CHEVAL, les talons sont toujours deux à chaque pié, & forment la partie du pié qui finit le sabot, & commence à la fourchette. Leurs bonnes qualités sont d'être hauts, ronds & bien ouverts ; c'est-à-dire séparés l'un de l'autre. Leurs mauvaises qualités sont d'être bas & serrés. Voyez ENCASTELURE.

Talon se dit en parlant du cavalier, de l'éperon dont il arme ses talons, & on dit en ce sens, qu'un cheval entend les talons, obéit, répond aux talons ; qu'il est bien dans les talons, pour dire qu'il est sensible à l'éperon, qu'il y obéit, qu'il le craint & le fuit. Le talon de dedans, de dehors, voyez DEDANS & DEHORS. On dit promener un cheval dans la main & dans les talons, pour dire le gouverner avec la bride & l'éperon, lui faire prendre finement les aides de la main & des talons. Voyez AIDES.

TALON, s. m. (Botan.) on appelle talon, la petite feuille échancrée qui soutient la feuille des orangers ; on appelle aussi talon, la partie basse & la plus grosse d'une branche coupée. Enfin, on appelle talon, l'endroit d'où sortent les feuilles de l'oeilleton que l'on détache d'un pié d'artichaud. (D.J.)

TALON, (Conchyl.) ce mot se dit de la partie la plus épaisse d'une moule, faite en forme de bec, où est la charniere. (D.J.)

TALON, s. m. (Archit.) moulure concave par le bas & convexe par le haut, qui fait l'effet contraire de la doucine ; on l'appelle talon renversé, lorsque la partie concave est enhaut. (D.J.)

TALON, (Marine) c'est l'extrêmité de la quille, vers l'arriere du vaisseau, du côté qu'elle s'assemble avec l'étambord.

TALON DE RODE, terme de Galere ; c'est le pié de la rode de proue ou de la rode de poupe qui s'enchâsse à la carene.

TALON, (terme de Cordonnier) ce sont plusieurs petits morceaux de cuir collés & chevillés les uns sur les autres, qu'on attache au bout du soulier ou de la botte, pour répondre à la partie du pié de l'homme qu'on nomme le talon (D.J.)

TALON DE POTENCE, terme d'Horlogerie. Voyez POTENCE, & les fig. de l'Horlogerie, & leur explication.

TALON, (Jardinage) se dit d'un artichaut, & exprime la partie basse d'une branche d'arbre où il se trouve un peu du bois de l'année précédente. Ce sont ces branches que l'on prend pour planter, & que l'on appelle boutures.

TALONS, (Lutherie) dans l'orgue, sont de petits morceaux de bois (a, o, fig. 17.) collés les uns comme a sur les touches du clavier inférieur, les autres o au-dessus du clavier inférieur. Ces petits morceaux de bois sont faits en console, comme on le peut voir dans la figure : lorsque l'on a tiré le second clavier sur le premier, les talons, rencontrant ceux du clavier inférieur au-dessus desquels ils sont alors ; si donc l'organiste abaisse une touche du clavier supérieur, le talon de cette touche rencontrant celui de la touche correspondante du clavier inférieur, la fera baisser en même-tems, ce qui fera parler les tuyaux qui répondent à cette touche.

TALON, en terme de Metteur en oeuvre, c'est la partie inférieure de la brisure d'une bouche d'oreille, à l'extrêmité de laquelle est attachée la beliere, à qui elle donne son nom. Voyez BELIERES du talon.

TALON, (Serrur. & autres ouvriers en fer) c'est, dans un pêne de serrure, l'extrêmité qui est dans la serrure vers le ressort. Elle est derriere le pêne, & fait arrêt contre le cramponet. Le talon sert de barbe pour le demi-tour, quand on le souhaite. (D.J.)

C'est, dans un couteau à ressort, la partie inférieure de la lame ; le talon est percé d'un trou où l'on passe un clou ; la lame tourne sur ce clou, & l'échancrure du talon va se placer sur la tête du ressort qui l'arrête.

TALONS gros & petits, ou ébauchoirs de fer, dont se servent les Sculpteurs en plâtre & en stuc. Voyez STUC, & Pl. de stuc.

TALON, (terme de Talonnier) petit morceau de bois léger, propre, bien plané, qu'on met aux souliers & aux mules de femmes, & qui répond, quand elles sont chaussées, à la partie du pié qu'on appelle le talon. (D.J.)

TALON, (Vénerie) le talon est au haut du pié du cerf ; il sert à distinguer son âge ; dans les jeunes, le talon est éloigné de quatre doigts des os ou ergots ; dans les vieux, il joint presque les os ; plus il est près, plus le cerf est vieux.

TALON, (Jeu de cartes) c'est la portion de cartes qui reste après qu'on a distribué à chaque joueur celles qu'il doit avoir pour jouer.


TALONNIERS. m. (Art méchaniq.) ouvrier qui fait des talons de bois pour les Cordonniers. Voyez FORMIERS-TALONNIERS.


TALONNIERES. f. (Gram. Hist. ecclés. & Mitholog.) ce sont les aîles que Mercure & la Renommée portent à leurs talons.

Certains religieux déchaux donnent le même nom à une portion de leur chaussure. C'est un morceau de cuir qui embrasse leur talon, & qui vient se rendre sur le coup de pié où il s'attache. La talonniere n'est d'usage qu'en hiver.


TALOUou TALLOU, (Géog. mod.) contrée de France, proche du pays de Caux en Normandie. Les anciens titres l'appellent Talogiensis pagus. Ses habitans sont nommés Talvois dans le roman de Vace. (D.J.)


TALPAterme de Chirurgie, en françois taupe ou taupiere, & en latin talparia, & topinaria, tumeur qui se forme sous les tégumens de la tête, ainsi appellée, parce qu'elle ressemble aux élévations que les taupes font dans les prés en fouillant la terre.

Le siege ordinaire de cette tumeur est dans le tissu cellulaire qui est entre le cuir chevelu & la calotte aponévrotique des muscles frontaux & occipitaux. Quelques auteurs assurent en avoir vu qui étoient adhérentes au crâne. Amatus Lusitanus rapporte l'observation d'une taupe, à l'extirpation de laquelle on trouva le crâne carié, avec ulcération des meninges & de la propre substance du cerveau.

Il faut donc exactement distinguer l'espece de tumeur qui se présente sous l'apparence de celle qu'on nomme talpa. Souvent le virus vénérien produit ces sortes de tubercules, & à l'ouverture de la tumeur suppurée, on trouve le crâne carié : la maladie a ses racines au crâne même ; c'est le périoste tuméfié & suppuré qui occasionne la tumeur des tégumens. Voyez VEROLE.

Le talpa simple & proprement dit, est une tumeur de la nature de l'athérome, formée par congestion, & qui contient une humeur suiffeuse. Ce n'est qu'une maladie locale, assez commune à gens qui se portent bien d'ailleurs. Beaucoup de personnes ont trois, quatre & même un plus grand nombre de ces tumeurs sans en être incommodées. Il y en a qui s'élevent & forment une tumeur ronde, qui a un pédicule susceptible d'être liée avec autant de facilité que de succès pour la cure radicale.

Fabrice d'Aquapendente multiplie les remedes internes & externes pour la guérison du talpa ; mais il faut toujours, selon cet auteur même, a en venir à l'ouverture. Il ne conseille qu'une simple incision, lui qui, dans les abscès folléculeux, ou, ce qui est la même chose, dans les tumeurs enkystées recommande si expressément de disséquer les tégumens, & d'emporter exactement la poche qui contient la matiere. C'est le sentiment de Marc-Aurele Severin sur le talpa, & qui a été adopté par Hellwigius, dont on trouve les observations sur cette maladie dans la médecine septentrionale de Bonet, tome I. J'ai souvent réussi par la seule ouverture ; on vuide la tumeur comme une simple tanne, & elle guérit de même. (Y)


TALUCTAE(Géog. anc.) peuples de l'Inde, aux environs du Gange, selon Pline, liv. VI. c. xix. Le P. Hardouin dit que ces peuples habitoient le pays qu'on nomme aujourd'hui le royaume d'Astracan. (D.J.)


TALUDS. m. ou TALUS, ou TALUT, (Archit.) c'est l'inclinaison sensible du dehors d'un mur de terrasse, causée par la diminution de son épaisseur en haut, pour pousser contre les terres. (D.J.)

TALUD, (Coupe des pierres) c'est l'inclinaison d'une ligne ou d'une surface au-delà de l'à-plomb en angle obtus AFD, fig. 29. plus grand qu'un droit & moindre que 135°. Car dès que la surface est plus inclinée, cette inclinaison s'appelle en glacis. Voyez GLACIS.

TALUD, en terme de Fortification, est la pente des terres ou de la maçonnerie qui soutient le rempart.

Pour juger de la quantité d'un talud, il faut imaginer une ligne AB, tirée à-plomb ou perpendiculairement du haut du talud A sur un plan de niveau DC, (Pl. I. de Fortification, fig. 14.) & une autre ligne BC, prise sur le plan DC, depuis le point B jusqu'au bas C du talud AC. Il faut ensuite comparer cette ligne de niveau BC, (qui dans le plan s'appelle proprement le talud) avec la perpendiculaire AB, qui exprime l'élévation des terres ou de la maçonnerie, soutenues par AC. Par exemple, si AB est de 5 toises & BC d'une toise, on dit que le talud est d'une toise sur 5 de hauteur, ou, ce qui est la même chose, qu'il est la cinquieme partie de la hauteur.

On peut encore juger du talud en menant une ligne EF, (Pl. I. de Fortification, fig. 15.) de niveau à la hauteur de l'ouvrage, & laissant tomber de F en G par le moyen d'un plomb, ou autrement une ligne à-plomb FG. Il est évident alors que le rapport de EF à FG, sera celui du talud à la hauteur des terres dont il s'agit.

Le talud intérieur d'un ouvrage de fortification est celui qui est en-dedans l'ouvrage. Ainsi le talud intérieur du rempart est celui qui est du côté de la place. Il sert à soutenir les terres du rempart & à donner la facilité de monter au terre-plein. On lui donne assez ordinairement une fois & demi sa hauteur, parce que l'expérience fait voir que les terres qui ne sont point soutenues, prennent elles-mêmes naturellement cette pente. C'est pourquoi si la hauteur du rempart est de 3 toises ou de 18 piés, ce talud sera de 27 piés.

Le talud extérieur est la pente des terres ou du revêtement du rempart du côté de la campagne. Il forme ce qu'on appelle la contrescarpe. Voyez CONTRESCARPE.

On le fait aussi petit qu'il est possible, & de maniere seulement qu'il soutienne la poussée des terres du rempart.

On s'est autrefois assez conduit au hazard dans la détermination de l'épaisseur du revêtement & des taluds qu'on doit leur donner relativement à la hauteur des terres qu'ils doivent soutenir. Mais en 1726, 1727 & 1728, M. Couplet a donné dans les mémoires de l'académie des Sciences plusieurs mémoires sur la poussée des terres contre leurs revêtemens, & la force des revêtemens qu'on leur doit opposer. Voyez REVETEMENT. Cette matiere a été aussi traitée par M. Bélidor, dans la science des ingénieurs. Elle l'avoit été avant M. Couplet par MM. Bullet & Gautier, mais d'une maniere défectueuse.

Dans les remparts revêtus de maçonnerie, le talud extérieur finit au haut du rempart, c'est-à-dire, au cordon ou au pié de la tablette du parapet, c'est-à-dire, de son revêtement.

Lorsque le rempart n'est revêtu que de gazon, le talud extérieur a communément les deux tiers de la hauteur du rempart. (Q)

TALUD, (Jardinage) bien de gens le confondent avec glacis ; il n'en differe qu'en ce qu'il est plus roide que le glacis qui doit être doux & imperceptible.

C'est une pente de terrein revêtu de gazon, laquelle sert à soutenir les terrasses, les bords d'un boulingrin, ou les recordemens de niveaux de deux allées paralleles.

La proportion des grands taluds de gazon est ordinairement de deux tiers de leur hauteur ; pour les petits la moitié ou le tiers suffit, afin de ne pas priver le haut du talud de l'humidité qui tombe toujours en-bas.

On reglera encore cette pente suivant la qualité de la terre : si elle est forte, 6 pouces par pié suffiront ; si elle est mouvante on en donnera 9.

La maniere de dresser les taluds & de les gazonner se trouvera aux mots GAZON & CLAYONNAGE.

Talud se dit encore dans la taille des arbres fruitiers & sauvages, & alors le talud veut dire pié de biche. Voyez PIE DE BICHE.


TALUDERv. act. & neut. (Coupe des pierres) c'est mettre une ligne, une surface en talud.


TAM-TAMS. m. (Hist. mod.) sorte d'instrument fort en usage chez tous les orientaux ; il semble avoir pris son nom du bruit qu'il occasionne, car il n'a d'autre son que celui qu'il exprime. Il est fait en forme de tymbale, dont le ventre est de bois, & dont la partie supérieure est couverte d'une peau bien tendue, sur laquelle on frappe avec une seule baguette.

Cet instrument sert à annoncer au coin des rues, un encan ou autre chose d'extraordinaire. Aussi l'on dit battre le tam-tam.


TAMAGALA, (Géog. mod.) riviere de Portugal. Elle a sa source dans la Galice, entre ensuite dans la province de Tra-los-Montes, baigne les murailles de Chiavez, d'Amarante, & se jette dans le Douro. (D.J.)


TAMALAMEQUE(Géog. mod.) ville de l'Amérique, dans la Terre-ferme, sur la rive droite de Rio-Grande, au gouvernement de Sainte-Marthe, à quelques lieues au-dessus de Ténérife. Elle appartient aux Espagnols, qui la nomment Villa-de-las-Palmas. Quoiqu'il y fasse une chaleur excessive par les vents du sud, qui y soufflent la plus grande partie de l'année, cependant ses environs ne manquent pas de pâturages, qui nourrissent beaucoup de bétail. (D.J.)


TAMALAPATRAS. f. (Hist. nat. Botan. anc.) nom que quelques auteurs, & entr'autres Garzias, ont donné à la feuille indienne des modernes, qui paroît être le malabathrum des anciens. Voyez MALABATHRUM.

Cette feuille est semblable à celle du cannelier, dont elle ne differe que par le goût ; elle est cependant d'une odeur agréable, aromatique, & approchant un peu du clou de gerofle ; on ne s'en sert en médecine que comme un ingrédient qui entre dans les compositions thériacales ; l'arbre qui porte cette feuille, est communément nommé Tamalapatrum. Voyez son article. (D.J.)


TAMALAPATRUMS. m. (Hist. nat. Bot. exot.) arbre qui porte la feuille indienne, ou la tamalapatra. Cet arbre est un des enneandria monogynia de Linnaeus, & des arbores fructu caulyculato de Ray. Voici ses synonymes, canella sylvestris malabarica, Raii hist. 1562, katon-karna, H. Malab. P. 5, 105, canella arbor, sylvestris. Munt. tamalapatrum, sive folium, C. B. P. 409.

Cet arbre ressemble assez au cannelier de Ceylan, soit pour l'odeur, soit pour le goût ; mais il est plus grand & plus haut. Ses feuilles, quand elles ont acquis toute leur étendue, sont de dix à douze pouces de longueur & de six ou huit de largeur ; leur forme est ovalaire. Il se trouve depuis la queue jusqu'à la pointe trois nervures assez grosses, desquelles sortent transversalement plusieurs veines. De petites fleurs disposées en ombelles, partent de l'extrêmité des rameaux ; elles sont sans odeur, d'un verd blanchâtre, à cinq pétales, ayant cinq étamines très-petites, d'un verd jaune, garnies de petits sommets, lesquels occupent le milieu. A ces petites fleurs succedent de petites baies qui ressemblent à nos groseilles rouges. Cet arbre croît dans les montagnes du Malabar : il fleurit au mois de Juillet & d'Août, & ses fruits sont mûrs en Décembre & en Janvier. (D.J.)


TAMAN(Géog. mod.) ville des états du turc, dans la Circassie, avec un méchant château, où quelques janissaires sont en garnison. Il y a des géographes qui prennent cette ville pour l'ancienne Corocondama de Ptolémée, mais cela ne se peut, car la Corocondama étoit à l'entrée du Bosphore cimmérien. (D.J.)


TAMANDUAS. m. (Hist. nat. Zoologie exot.) nom d'un animal à quatre piés d'Amérique, nommé par Pison myrmecophagus, mangeur de fourmis ; les Anglois l'appellent the ant-bear, l'ours aux fourmis ; ils l'appellent ours, parce que ses piés de derriere sont faits comme ceux de l'ours ; il ressemble assez au renard, mais il n'en a pas la finesse, au-contraire, il est timide & sot ; il y en a de deux especes, un grand qui porte une queue large & garnie de soies ou de poils longs, comme ceux d'un cheval, noirs & blancs ; l'autre petit, dont la queue est longue, rase ou sans poil ; l'un & l'autre sont fort friands de fourmis, dont la trop grande quantité nuit beaucoup aux biens de la terre. Le petit entortille sa queue aux branches des arbres, & y demeure suspendu pour attendre les fourmis, sur lesquelles il se jette, & les dévore. Les museaux de l'un & de l'autre sont longs & pointus, n'ayant qu'une petite ouverture pour leur bouche, en maniere de trompe ; ils n'ont point de dents, mais quand ils veulent attrapper les fourmis, ils élancent hors de leur museau une langue fort longue & déliée, avec laquelle ils agglutinent ces petits insectes, la pliant & repliant pour les y attacher, puis ils les avalent à belles lampées. Leur peau est épaisse ; leurs piés sont garnis d'ongles aigus, avec lesquels ils se défendent puissamment quand on les a irrités. Le grand tamandua est nommé par les habitans du Brésil tamandua-guacu ; il a une longue queue garnie de poils rudes comme des vergettes ; il s'en sert comme d'un manteau pour s'en couvrir tout le corps ; voyez Jean de Laet, Lery, Pison, Marggrave, & Barlaus dans leurs descriptions du Brésil. (D.J.)


TAMARA(Géog. mod.) ville d'Asie, dans l'île de Socotora, à l'entrée de la mer Rouge, sur la côte septentrionale de l'île. La rade s'ouvre entre est-par-nord & ouest-par-nord-ouest. On y mouille sur dix brasses d'eau, & sur un bon fond. Latit. 12. 30. (D.J.)

TAMARA, les îles de, (Géog. mod.) autrement les îles de los-Idolos ; îles d'Afrique sur la côte de la haute Guinée, le long de la côte de Serra Liona : on en tire du tabac, de l'ivoire, en échange de sel & d'eau-de-vie.


TAMARACou TAMARICA, (Géog. mod.) capitainerie du Brésil, dans l'Amérique méridionale ; elle est bornée au nord par celle de Parayba, au midi par celle de Fernambuc, au levant par la mer du Nord, & au couchant par les Tapuyes. Elle a pris son nom de l'île de Tamaraca, qui est à 5 lieues d'Olinde ou de Fernambuc. Son port est assez commode du côté du sud, & est défendu par un château bâti sur une colline. Quoique cette capitainerie soit fort tombée par le voisinage de celles de Fernambuc & de Parayba, elle ne laisse pas néanmoins de produire encore un grand profit à celui qui la possede. (D.J.)


TAMARE(Géog. anc.) ville de la Grande-Bretagne. Ptolémée, l. II. c. iij. la donne aux Domnonii. Son nom moderne est Tamertou.


TAMARINtamarindus, s. m. (Hist. nat. Bot.) genre de plante à fleur en rose, composée de plusieurs pétales disposés en rond ; le pistil sort du calice qui est profondement découpé, & il devient dans la suite une silique applatie, qui en renferme une autre dans laquelle on trouve une semence plate & ordinairement pointue. L'espace qui se trouve entre les deux siliques est rempli par une pulpe, le plus souvent noire & acide. Tournefort, inst. rei herb. App. Voyez PLANTE.

TAMARIN, (Hist. des drog. exot.) les tamarins sont nommés tamar-hendi par les Arabes, par Actuarius, & tamarindi dans les ordonnances de nos médecins.

Ce sont des fruits dont on nous apporte la pulpe, ou la substance médullaire, gluante & visqueuse, réduite en masse, de couleur noirâtre ; d'un goût acide. Elle est mêlée d'écorce, de pellicules, de siliques, de nerfs ou de filamens cartilagineux, & même de graines dures, de couleur d'un rouge-brun, luisantes, plus grandes que celles de la casse solutive, presque quadrangulaires & applaties.

Il faut choisir cette pulpe récente, grasse ou gluante ; d'un goût, de couleur noirâtre, acide, pleine de suc, & qui ne soit point falsifiée par la pulpe de pruneaux. Avant que de la mettre en usage, on la nettoye & on en ôte les peaux, les filamens & les graines. On l'apporte d'Egypte & des Indes.

On ne trouve aucune mention de ce remede dans les anciens grecs. Les Arabes l'ont appellé tamar-hendi, comme si l'on disoit fruit des Indes ; car le mot tamar, pris dans une signification étendue, signifie toutes sortes de fruits.

C'est donc mal-à-propos que quelques interpretes des Arabes nomment ce fruit petit palmier indien, ou dattes indiennes, puisque le fruit & l'arbre sont bien différens des dattes & du palmier.

L'arbre qui produit ces fruits s'appelle tamarinier, tamarindus. Rai, hist. 1748. Siliqua arabica, quae tamarindus. C. B. P. 403.

Sa racine se divise en plusieurs branches fibreuses, chevelues, qui se repandent de tous côtés & fort loin. Cet arbre est de la hauteur d'un noyer : il est étendu au large & touffu. Son tronc est quelquefois si gros, qu'à peine deux hommes ensemble pourroient l'embrasser ; il est d'une substance ferme, roussâtre, couvert d'une écorce épaisse, brune, cendrée & gersée : ses branches s'étendent de toutes parts & symmétriquement ; elles se divisent en de petits rameaux, où naissent des feuilles placées alternativement, & composées de neuf, dix & quelquefois de douze paires de petites feuilles, attachées sur une côte ; aucune feuille impaire ne termine ces conjugaisons, quoique dans les figures de Prosper Alpin, & dans celles du livre des plantes du jardin de Malabar, on représente une feuille impaire qui les termine. Ces petites feuilles sont longues d'environ neuf lignes, & larges de trois ou quatre, minces, obtuses, plus arrondies à leur base, & comme taillées en forme d'oreille ; elles sont acidules, d'un verd-gai, un peu velues en-dessous & à leurs bords.

Les fleurs sortent des aisselles des feuilles comme en grappes, portées par des pédicules grêles ; elles sont composées de trois pétales, de couleur rose, parsemés de veines sanguines, longs d'un demi-pouce, larges de trois ou quatre lignes & comme crépus ; l'un de ces pétales est toujours plus petit que les deux autres. Le calice est épais, pyriforme, partagé en quatre feuilles blanchâtres ou roussâtres, qui se refléchissent d'ordinaire en bas, & qui sont plus longues que les pétales ou feuilles de la fleur.

Le pistil qui sort du milieu de la fleur est crochu, accompagné seulement de trois étamines ; après que la fleur est passée, il se change en un fruit, semblable par sa grandeur & par sa figure aux gousses de feves : ce fruit est distingué par trois ou quatre protubérances, & muni de deux écorces, dont l'extérieure est rousse, cassante & de l'épaisseur d'une coque d'oeuf, & l'intérieure est verte & plus mince. L'intervalle qui se trouve entre ces écorces, ou le diploé, est occupé par une pulpe molle, noirâtre, acide, vineuse, un peu âcre ; il y a quantité de fibres capillaires qui parcourent ce fruit dans toute sa longueur, depuis son pédicule jusqu'à sa pointe ; l'écorce intérieure renferme des semences très-dures, quadrangulaires, applaties, approchant des lupins, d'un brun luisant & taché.

Le tamarinier croît en Egypte, en Arabie, dans les deux Indes, en Ethiopie, & dans cette partie de l'Afrique que l'on appelle le Sénégal. On nous en apporte les fruits concassés, ou plutôt la pulpe mêlée avec les noyaux, qui se vend sous le nom de tamarins.

Cet arbre produit quelquefois dans les étés chauds, une certaine substance visqueuse, acide & roussâtre, laquelle imite ensuite la crême de tartre, soit par sa dureté, soit par sa blancheur.

Les Turcs & les Arabes, étant sur le point de faire un long voyage pendant l'été, achetent, dit Belon, des tamarins, non pour s'en servir comme d'un médicament, mais pour se désaltérer. C'est pour la même fin qu'ils font confire dans le sucre, ou dans le miel, des gousses de tamarins, soit petites & vertes, soit plus grandes & mûres, pour les emporter avec eux lorsqu'ils voyagent dans les deserts de l'Arabie. En Afrique, les Negres en composent une liqueur, avec de l'eau & du sucre ou du miel, pour appaiser leur soif, & c'est un moyen très-bien trouvé. Ils appliquent les feuilles de l'arbre pilées sur les érésipeles. Les Egyptiens se servent du suc des mêmes feuilles pour faire périr les vers des enfans.

Les Arabes assurent tous d'un consentement unanime, que les tamarins ont la vertu purgative quand on les donne en dose suffisante ; il est vrai que c'est un purgatif doux & léger. Mais ce qui convient à peu de purgatifs, c'est que les tamarins non-seulement purgent, mais sont encore légerement astringens. L'usage les a rendus très-recommandables dans les inflammations, les diarrhées bilieuses, les fievres ardentes & putrides, la jaunisse, le diabète, le scorbut alkalin & muriatique. On en donne la pulpe dépouillée des pepins, des filamens, des pellicules, & passée par un tamis sous la forme de bol avec du sucre, ou délayée dans une liqueur convenable, en infusion ou en décoction.

Les tamarins sont encore propres à corriger par leur sel acide, & par leurs parties huileuses, les vices de quelques autres purgatifs violens, comme la scammonée, la lauréole, & les différentes especes de tithymale ; mais n'empêchent pas la vertu émétique des préparations d'antimoine, au contraire ils l'accroissent.

Il est singulier que les acides tirés des végétaux augmentent la vertu émétique, tandis que les acides minéraux la diminuent, & même la détruisent. (D.J.)

TAMARIN, voyez SINGE.


TAMARINIERS. m. (Hist. nat. Botan.) arbre qui porte les tamarins ; on l'a déja décrit en parlant des tamarins, il ne s'agit ici que de le caractériser d'après Linnaeus.

Le calice est à quatre feuilles ovales & égales. La fleur est composée de trois pétales, ovoïdes, un peu applatis, & cependant repliés ; ils sont plus petits que les feuilles du calice, dans lesquelles ils sont insérés, laissant une espace vuide au fond du calice. Les étamines sont trois filets qui naissent ensemble dans le calice, finissent en pointes, & se penchent vers les pétales de la fleur ; leurs bossettes sont simples ; le pistil a un germe ovale ; le style est aigu, & penché vers les étamines ; le stigma est unique. Le fruit est une longue gousse, de forme applatie, & couverte d'une double peau, entre laquelle est la pulpe ; cette gousse ne contient qu'une loge. Les semences sont angulaires, applaties, & au nombre de trois dans chaque gousse. Linnaei. gen. plant. pag. 9. (D.J.)


TAMARIStamariscus, s. m. (Hist. nat. Botan.) genre de plante à fleur en rose, composée de plusieurs pétales disposés en rond. Le pistil sort du calice & devient dans la suite une capsule semblable au fruit du saule ; elle est oblongue & membraneuse, elle s'ouvre en deux parties, & elle renferme des semences garnies d'une aigrette. Tournefort. Inst. rei herb. app. Voyez PLANTE.

TAMARIS, tamariscus, petit arbre qui se trouve en Espagne, en Italie, & dans les provinces méridionales de ce royaume. Il fait une tige assez droite, quand on a soin de le conduire, sans quoi il se charge de quantité de rameaux qui poussent horisontalement, & dont les plus vigoureux en exténuant la maîtresse tige, forment tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, des coudes aussi défectueux qu'impossibles à redresser. Ce petit arbre s'éleve en peu de tems à 15 ou 20 piés. Son écorce est unie, rougeâtre, & d'un joli aspect sur les branches, au-dessous de l'âge de 4 ou 5 ans, mais fort rude & rembrunie sur le vieux bois. Ses racines sont longues, éparses, peu fibreuses, & d'une écorce lisse & jaune. Les feuilles de cet arbres sont si petites, qu'à peine peut-on les appercevoir en les regardant de fort près. Ce sont moins des feuilles qu'un fanage, qui de loin a la même apparence, à-peu-près, que celui des asperges. Ce sont les plus tendres rameaux qui constituent ce fanage, parce qu'ils sont entierement verds, & qu'ils se fannent & tombent pendant l'hiver ; à la différence des branches qui sont rougeâtres, & qui ne tombent pas : ce fanage est d'un verd tendre & bleuâtre, d'un agrément fort singulier. Quoique tous ceux de nos auteurs modernes qui ont parlé de cet arbre, s'accordent à dire que cet arbre fleurit trois fois ; il n'en est pas moins vrai qu'il ne donne qu'une fois des fleurs pendant les mois de Juin & de Juillet. Elles sont très-petites, & rassemblées fort près en grappes d'un pouce environ de longueur, sur autant de circonférence ; leur couleur purpurine blanchâtre avant de s'ouvrir, lorsqu'elles sont épanouies, les rend assez apparentes. Les graines qui succedent sont extrêmement petites & renfermées dans une capsule triangulaire & oblongue, qui s'ouvre & laisse tomber les semences à la fin de l'été.

Le tamaris, quoiqu'originaire des pays chauds, résiste au froid de la partie septentrionale de ce royaume. Son accroissement est très-prompt, il vient assez bien dans toutes sortes de terreins, pourvu qu'il y ait de l'humidité, ou au moins de la fraîcheur : il se plaît le long des rivieres & des ruisseaux, au-tour des étangs & des eaux dormantes ; mais plus particulierement sur les plages maritimes & les bords des marais salans. On a même remarqué que le tamaris étoit presque le seul bois que produisent les terres salées des environs de Beaucaire. Néanmoins on le voit réussir dans différens terreins, quoique médiocres & éloignés des eaux. Il se multiplie très-aisément de branches couchées, & sur-tout de bouture qui est la voie la plus courte ; elles réussissent assez généralement de quelque façon qu'on les fasse, quand même on les planteroit à rebours ; & quoiqu'on les laisse exposées au grand soleil. Il faut préférer pour cela les branches qui sont de la grosseur du doigt : elles poussent souvent de 4 piés de hauteur dès la premiere année. On les fait au printems.

La singularité du fanage & des fleurs de cet arbre, & la durée de sa verdure qui ne se flétrit que fort tard en hiver, & qui n'est sujette à aucuns insectes, peuvent engager à l'employer pour l'agrément dans des bosquets d'arbres curieux.

Le bois du tamaris est blanc, assez dur & très-cassant. On en fait dans les pays chauds de petits barrils, des gobelets & autres vaisseaux, dans lesquels on met du vin, que l'on fait boire quelque tems après, comme un souverain remede aux personnes attaquées d'obstructions, & sur-tout pour prévenir les opilations de la rate. Mais la Médecine tire encore d'autres services des différentes parties de cet arbre. Les Teinturiers se servent des graines pour leur tenir lieu de noix de galles, & teindre en noir.

On connoît deux especes de tamaris.

I. Le tamaris de France ou de Narbonne ; c'est à cette espece qu'il faut particulierement appliquer le détail que l'on vient de faire.

II. Le tamaris d'Allemagne. Il s'éleve moins que le précédent. Son fanage a plus de consistance, & il est bien plus précoce, sa verdure est bleuâtre & plus agréable ; ses fleurs sont plus apparentes, & durent pendant tout l'été. Son écorce est jaunâtre ; son accroissement est aussi promt, & sa multiplication aussi aisée ; mais il exige absolument un terrein humide, du reste il a les mêmes propriétés.

Notre tamaris ou tamarisc, nommé tamariscus Narbonensis, J. R. H. 661, a la racine grosse, à-peu-près comme la jambe ; elle pousse une ou plusieurs tiges en arbrisseau, lequel forme quelquefois un arbre, à-peu-près comme un coignassier, ayant le tronc couvert d'une écorce rude, grise en-dehors, rougeâtre en-dedans, & le bois blanc. Ses feuilles sont petites, longues & rondes, approchantes de celles du cyprès, d'un verd pâle.

Ses fleurs naissent aux sommités de la tige & des rameaux sur des pédicules oblongs, disposées en grappes petites, purpurines, composées chacune de cinq pétales. Lorsque ces fleurs sont passées, il leur succede des capsules ou fruits pointus, qui contiennent plusieurs semences menues, & chargées d'aigrettes.

Cet arbre croît principalement dans les pays chauds comme en Italie, en Espagne, en Languedoc & ailleurs, proche des rivieres & autres lieux humides. Il fleurit d'ordinaire trois fois l'année, au printems, en été & en automne. Il se dépouille de ses feuilles pendant l'hiver & tous les ans, il en repousse de nouvelles au printems ; il demande une terre humide & noire ; il se multiplie de bouture, & de rejettons.

TAMARIS, (Mat. méd. & Chimie) tamaris, petit tamaris ou tamaris d'Allemagne ; & tamaris de Narbonne, tamaris ordinaire ou commun.

On attribue les mêmes vertus à l'un & à l'autre de ces arbrisseaux.

L'écorce du bois & de la racine est très-communément employée dans les aposèmes & les bouillons apéritifs, & principalement dans ceux qu'on ordonne contre les obstructions des visceres du bas-ventre, & les maladies de la peau.

Cette écorce est regardée aussi comme un bon diurétique. Quelques auteurs ont assuré qu'elle étoit très-utile contre les maladies vénériennes, mais cette propriété n'est rien moins qu'éprouvée.

Les anciens pharmacologistes lui ont attribué la vertu très-singuliere, mais vraisemblablement très-imaginaire, de détruire & consumer la rate.

Le sel lixiviel du tamaris, est d'un usage très-commun dans les bouillons & les aposèmes fondans, purifians, diurétiques, fébrifuges, & dans les opiates & les poudres fébrifuges. La nature de ce sel a été parfaitement inconnue des Chimistes, jusqu'au commencement de l'année 1759, tems auquel M. Montel, célebre apoticaire de Montpellier, de la société royale des Sciences, démontra que c'étoit un vrai sel de Glauber absolument pur. (b)

TAMARIS, (Géogr.) fleuve de l'Espagne tarragonoise, au voisinage du promontoire Celtique, selon Pomponius Mela, l. III. c. j. Ce fleuve est nommé Tamara par Ptolémée, l. II. c. vj. qui marque son embouchure entre celle du fleuve Via ; & le port des Artabreres. Le tamaris donnoit son nouveau nom aux peuples qui habitoient sur ces bords. On les appelloit Tamarius. On nomme aujourd'hui ce fleuve, Tambra, qui signifie délices ; il se jette dans l'Océan, auprès de Maros, sur la côte de la Galice. Plin. l. XXXI. c. ij. lui donne trois sources, qu'il nomme Tamaricifontes. (D.J.)


TAMAROLE, (Géog. mod.) riviere d'Italie, au royaume de Naples, dans la principauté ultérieure. Elle a sa source au mont Apennin, & se perd dans le Calore, un peu au-dessus de la ville de Benevent. (D.J.)


TAMARUS(Géog. anc.) 1°. Fleuve de la grande Bretagne. Ptolémée, l. II. c. iij. marque son embouchure sur la côte méridionale de l'île, entre l'embouchure du Céciou, & celle de l'Isaca. Je crois, dit Ortelius, que ce pourroit être aujourd'hui le Tamer, mais Cambden l'affirme.

2°. Tamarus, est encore une montagne de la Macédoine vers l'Epire, selon Strabon, l. VII. 327.

3°. Tamarus, est aussi le nom d'un lieu d'Italie, aux environs de la Campagnie. (D.J.)


TAMASA(Géogr. mod.) riviere d'Asie, dans la Mingrélie. Elle se jette dans la mer noire, au nord de l'embouchure du Fazzo. C'est le Charistus ou Chariste de Pline, de Ptolémée & de Strabon. (D.J.)


TAMASSE(Géog. anc.) Tamassus ; ville de l'île de Cypre, selon Ptolémée, l. V. c. iv. qui dit qu'elle étoit dans les terres. Pline & Etienne le géographe lisent Tamaseus, leçon qui n'est pas à rejetter, parce qu'on lit le mot , Tamasitarum, sur une médaille rapportée dans le trésor de Goltzius, outre qu'on trouve dans Ovide, métamorph. l. X. v. 643.

Est ager indigenae Tamaseum nomine dicunt.

Telluris Cypriae pars optima.

(D.J.)


TAMATIAS. m. (Hist. nat. Ornithol.) nom d'un oiseau fort singulier du Bresil ; il est du genre des poules, & cependant bien différent de toutes celles que nous connoissons en Europe. Sa tête est fort grosse, ses yeux sont gros & noirs, son bec est long de deux travers de doigt, large d'un, fait en quelque maniere comme celui du canard, mais pointu à l'extrêmité ; la lame supérieure est noire ; l'inférieure jaune ; ses jambes & ses orteils sont longs, & ses cuisses en partie chauves ; sa queue est fort courte ; sa tête est noire ; son dos & ses aîles sont d'un brun obscur ; son ventre est de même couleur, avec un mêlange de blanc. (D.J.)


TAMAVOTAou TAMOUTIATA, s. m. (Hist. nat. Ichthiol.) poisson qui se trouve dans les rivieres du Bresil ; il a la tête fort grosse, les dents très-aiguës, & des écailles si dures qu'elles sont à l'épreuve du fer ; sa grandeur est la même que celle d'un hareng.


TAMBA(Géog. mod.) ville des Indes, au royaume de Décan, entre Visapour & Dabul, sur une riviere nommée Cogna ; Mandeslo dit que cette ville est assez grande & assez peuplée. Ses habitans sont banians de religion. (D.J.)


TAMBA-AURA(Géog. mod.) ville d'Afrique, dans la Nigritie, au royaume de Bambuc, à trente lieues à l'est de la riviere de Tralemé. Elle est remarquable par sa mine d'or qu'on dit la plus abondante du pays, & qui lui a valu le nom de Tamba-aura.


TAMBASINELA (Géog. mod.) riviere d'Afrique dans la haute-Guinée, elle vient des montagnes nommées Machamba, & coule au royaume de Sierra-Lione. (D.J.)


TAMBOSS. m. (Hist. mod.) c'est le nom que les anciens Péruviens, sous le gouvernement des Incas, c'est-à-dire, avant la venue des Espagnols, donnoient à des especes de magasins établis de distance en distance, où l'on conservoit des habits, des armes & des grains, ensorte que par tout l'empire une armée nombreuse pouvoit être fournie en chemin, de vivres & d'équipages, sans aucun embarras pour le peuple. Les tambos étoient en même tems des hôtelleries où les voyageurs étoient reçus gratis.


TAMBOULAS. m. instrument des negres de l'Amérique, servant à marquer la cadence lorsqu'ils s'assemblent en troupe pour danser le calinda ; c'est une espece de gros tambour, formé du corps d'un tonneau de moyenne grosseur, ou d'un tronçon d'arbre creusé, dont l'un des bouts est couvert d'une peau préparée & bien tendue ; cet instrument s'entend de fort loin, quoique le son en soit sourd & lugubre : l'action de frapper le tamboula s'appelle baboula, & la maniere de s'en servir est de le coucher par terre, en s'asseyant dessus, les jambes écartées à-peu-près comme on représente Bacchus sur son tonneau ; le negre, dans cette situation, frappe la peau du plat de ses deux mains, d'une façon plus ou moins accélerée, & plus ou moins forte, mais toujours en mesure, pour indiquer aux danseurs les contorsions & les mouvemens vifs ou ralentis qu'ils doivent exécuter ; ce qu'ils font tous avec une extrême justesse & sans confusion ; leur principale danse, qu'ils nomment calinda, s'exécute presque toujours terre-à-terre, variant les attitudes du corps avec assez de graces, & agitant les piés devant eux & par le côté, comme s'ils frottoient la terre : ce pas a ses difficultés pour l'exécuter avec précision, sur-tout en tournant par intervalles réglés. Nos chorégraphes pourroient en tirer parti dans la composition de leurs ballets, & le nommer pas de calinda ou de frotteur.

Dans les assemblées nombreuses, le tamboula est toujours accompagné d'une ou deux especes de guittare à quatre cordes, que l'on appelle banzas ; les négres entremêlent cette musique de chansons à voix seule, dont les refrains se repétent en chorus par toute la troupe, avec beaucoup de justesse ; ce qui de loin, ne produit pas un mauvais effet. Article de M. LE ROMAIN.


TAMBOUR(Art milit.) ce mot signifie également l'instrument militaire qu'on nomme autrement la caisse, & celui qui en bat.

L'instrument de guerre qu'on nomme tambour, est moins ancien que la trompette : on ne voit pas que les romains s'en soient servis à la guerre. La partie sur laquelle frappent les baguettes, a toujours été une peau tendue : on se sert depuis long-tems de peau de mouton. Ce qu'on appelle maintenant la caisse, parce qu'elle est de bois, a été souvent de cuivre ou de laiton, comme le corps de tymbale d'aujourd'hui. Le tambour est pour l'infanterie, comme la trompette pour la cavalerie ; & les batteries de tambour sont différentes, suivant les diverses rencontres : on dit battre la diane, &c.

On se sert du tambour pour avertir les troupes de différentes occasions de service, soit pour proposer quelque chose à l'ennemi ; cette derniere espece de batterie s'appelle chamade. Chaque régiment d'infanterie a un tambour major, & chaque compagnie a le sien particulier. Battre aux champs, ou battre le premier, est avertir un corps particulier d'infanterie, qu'il y a ordre de marcher ; mais si cet ordre s'étend sur toute l'infanterie d'une armée, cette batterie s'appelle la générale. Battre le second, ou battre l'assemblée, c'est avertir les soldats d'aller au drapeau. Battre le dernier, c'est pour aller à la levée du drapeau. Battre la marche, c'est la batterie ordonnée, quand les troupes commencent à marcher.

Dans un camp, il y a une batterie particuliere pour régler l'entrée & la sortie du camp, & déterminer le tems que les soldats doivent sortir de leurs tentes. Battre la charge, ou battre la guerre, c'est la batterie pour aller à l'ennemi ; battre la retraite, c'est la batterie ordonnée après le combat, c'est aussi celle qui est ordonnée dans une garnison, pour obliger les soldats à se retirer sur le soir dans leurs casernes ou chambrées ; battre en tumulte & avec précipitation, se dit pour appeller promtement les soldats, lorsque quelque personne de qualité passe inopinément devant le corps-de-garde, & qu'il faut faire la parade ; on bat la diane au point du jour, dans une garnison, mais lorsqu'une armée fait un siege, il n'y a que les troupes d'infanterie qui ont monté la garde, & sur-tout celles de la tranchée, qui fassent battre la diane au lever de l'aurore, alors cette batterie est suivie des premieres décharges de canon que l'obscurité de la nuit avoit interrompues, par l'impossibilité de pointer les pieces à propos sur les travaux des assiégés. Quand un bataillon est sous les armes, les tambours sont sur les aîles, & quand il défile, les uns sont postés à la tête, les autres dans les divisions & à la queue. Dict. mil. (D.J.)

TAMBOUR, (Luth.) cet instrument a plusieurs parties qu'il faut distinguer ; il y a le corps ou la caisse. On peut la faire de laiton ou de bois. Communément on la fait de chêne ou de noyer. Sa hauteur est égale à sa largeur. Les peaux dont on la couvre se bandent par le moyen de cerceaux, auxquels sont attachées des cordes qui vont d'un cerceau à l'autre ; ces cordes se serrent par le moyen d'autres petites cordes, courroies ou noeuds mobiles sur les premieres. Chaque noeud embrasse deux cordes. Le noeud est fait de peau de mouton. Les facteurs, au-lieu de noeud, disent tirant. Les peaux du tambour sont de mouton, & non d'âne. On les choisit fortes & foibles, selon l'étendue du tambour. Il y a la peau de dessus, sur laquelle on frappe avec les baguettes ; & la peau de dessous qui est traversée d'une corde à boyau qui s'étend aussi, & qu'on appelle le timbre du tambour. Le timbre est fait d'une seule corde mise en double, ou de deux cordes. Il est fixé d'un bout sur le cerceau, & de l'autre il passe par un trou, au sortir duquel on l'arrête avec une cheville, qui va en diminuant comme un fosset ou cône. La corde ou le timbre se tend plus ou moins, selon qu'on force plus ou moins la cheville, dont le diametre augmentant à mesure qu'on l'enfonce davantage, bande le timbre de cet accroissement. Les cercles qui tiennent ou serrent les peaux sur la caisse s'appellent vergettes. Il en est des baguettes comme des battans de cloches, il faut les proportionner à la grosseur du tambour.

Ce tambour s'appelle tambour militaire ; mais il y en a de deux autres sortes ; l'un qu'on appelle tambour de Provence. Il ne differe proprement du premier qu'en ce qu'il est plus long ; on l'appelle plus communément tambourin. L'autre, qui s'appelle tambour de basque : c'est une espece de fas couvert d'une seule peau, dont la caisse qui n'a que quelques doigts de hauteur, est garnie tout-autour ou de grelots ou de lames sonores. On le tient d'une main, & on le frappe avec les doigts de l'autre.

La hauteur & la largeur des tambours doivent garder entr'elles les mêmes proportions que les cloches, pour faire les accords qu'on souhaite. Si l'on veut que quatre tambours sonnent ut, mi, sol, ut, il faut que leurs hauteurs soient entr'elles comme les nombres 4, 5, 6, 8.

Les plus grandes peaux qu'on puisse trouver pour ces instrumens n'ont que deux piés & demi de large.

Il faut de l'oreille pour accorder des tambours entr'eux. Il en faut aussi beaucoup pour battre des mesures, & une grande légereté & fermeté de mains pour battre des mesures composées & des mouvemens vifs. C'est la force des coups plus ou moins violens qui doit séparer les mesures, & distinguer les tems. Il faut que les intervalles des coups répondent à la durée des notes de l'air.

TAMBOUR, membrane du, (Anatomie) autrement dite le tympan de l'oreille est une pellicule mince, transparente, & un peu plate, dont le bord est rond & fortement engagé dans la rainure orbiculaire, qui distingue le conduit osseux de l'oreille externe d'avec la caisse du tambour. Elle est très-bandée ou tendue, sans être tout-à-fait plate ; car du côté du conduit externe, elle a une concavité légerement pointue dans le milieu ; & du côté de la caisse, elle a une convexité qui va pareillement en pointe dans le milieu qui est fait comme le centre.

Cette membrane, en partie connue dès le tems d'Hippocrate, est située obliquement. La partie supérieure de sa circonférence est tournée en-dehors, & la partie inférieure est tournée en-dedans, conformément à la direction de la rainure osseuse. Elle est composée de lames très-fines & très-adroitement collées ensemble, arrosées de vaisseaux sanguins découverts & injectés par Ruysch. La lame externe est une production de la peau & de l'épiderme du conduit auditif externe. On les en peut tirer ensemble comme un doigt de gant. La lame interne n'est que la continuation du périoste de la caisse. On peut encore diviser chacune de ces lames en d'autres, principalement après avoir fait macérer la membrane entiere dans de l'eau. Elle est couverte extérieurement d'une toile mucilagineuse très-épaisse dans la premiere enfance.

L'enfoncement du centre de la membrane du tambour ou peau du tympan se fait par l'attache de l'osselet, appellé marteau, dont le manche est fortement collé à la face interne de la membrane, depuis la partie supérieure de sa circonférence jusqu'au centre où est attaché le bout du manche.

Le périoste du tympan produit celui des osselets ; il devient assez visible par l'injection anatomique qui fait paroître des vaisseaux capillaires, très-distinctement ramifiés sur la surface de ces osselets. Il se continue sur les deux fenêtres, & s'insinue dans le conduit d'Eustachi où il s'efface en se confondant avec la membrane interne du conduit.

On sait des gens qui peuvent éteindre une bougie en faisant sortir de l'air par le conduit de l'oreille ; d'autres, en fumant, en font sortir de la fumée de tabac, ce que j'ai vu exécuter par quelques personnes quand j'étois en Hollande.

Quelques-uns croient que cela ne peut arriver que parce que le tympan est percé ; mais la perforation du tympan causeroit une surdité quelque-tems après ; or comme je n'ai point vu les personnes de ma connoissance qui rendoient la fumée par l'oreille, perdre l'ouïe en tout, ni en partie, pendant plusieurs années, cette explication tombe d'elle-même. D'autres veulent, avec Dionis, que la membrane du tambour ne tient pas également à toute la circonférence du cercle osseux dans lequel elle est enchâssée, mais qu'il y a à la partie supérieure un endroit auquel elle est moins collée, & par où quelques-uns peuvent faire passer la fumée qu'ils ont dans la bouche. Il est certain qu'il faut qu'il y ait alors quelque ouverture ; mais Dionis ne dit point avoir vu cet endroit décollé ou détaché dont il parle. Divers anatomistes l'ont inutilement cherché avec beaucoup de soin, & dans plusieurs sujets. Valsalva, en faisant des injections dans le canal d'Eustachi, n'a jamais pu faire passer aucune liqueur dans le conduit de l'oreille, mais cette expérience ne prouve rien contre le passage de la fumée ou de l'air. Il imagine pourtant d'avoir trouvé un passage dans un autre endroit du tambour, dans des têtes de personnes mortes de maladie & de mort violente. Cowper assure qu'on trouve cette ouverture à l'endroit supérieur de cette membrane. Rivinus & quelques autres soutiennent que le tambour est percé dans l'endroit où le manche du marteau s'attache à sa tête, & que c'est par-là que la fumée du tabac passe. Cependant plusieurs anatomistes du premier ordre cherchent en vain ce petit trou oblique dont parle Rivinus, & ce n'est vraisemblablement qu'un jeu de la nature : car Ruysch dit avoir rempli la caisse du tambour de vif-argent par le canal d'Eustachi, & que rien de ce métal fluide ne trouva d'issue vers l'oreille extérieure.

On ne regarde plus la membrane du tambour comme le principal organe de l'ouïe depuis une expérience qu'on fit à Londres sur deux chiens, & qui est mentionnée dans Willis & dans les actes de la société royale. On prit deux chiens, on leur creva le tympan, & ils n'entendirent pas moins bien qu'auparavant la voix de ceux qui les appelloient, cependant peu de tems après ils perdirent l'ouïe. Peut-être cette membrane sert-elle de prélude ou de préparation à l'ouïe même. Derham pense qu'un de ses grands usages est de proportionner les sons à l'organe intérieur ; que par sa tension & son relâchement elle se met à l'unisson avec toutes sortes de sons, comme la prunelle se proportionne aux divers degrés de lumiere. Une preuve de l'usage de cette tension & de ce relâchement de la membrane du tambour pour entendre distinctement les sons, c'est que les sourds entendent plus facilement au milieu d'un grand bruit. Or, suivant Derham, qui a fait sur ce sujet de profondes recherches, voici la maniere dont les impressions du son se communiquent au nerf auditif.

Premierement, elles agissent sur le tympan & sur le marteau, ensuite le marteau agit sur l'enclume, celui-ci sur l'os orbiculaire & sur l'étrier, & enfin l'étrier communique cette action au nerf auditif ; car la base de l'étrier ne couvre pas seulement la fenêtre ovalaire au-dedans de laquelle le nerf est situé, mais une partie de ce nerf même se répand sur cette base. Il est vraisemblable que c'est-là la maniere dont se fait l'ouïe, ajoute-t-il, parce que le tympan étant remué, on peut voir tous les petits osselets se remuer en même-tems, & pousser la base de l'étrier alternativement dehors, dans le trou & dans la fenêtre ovalaire. On le voit dans la taupe, on le peut voir aussi dans les oreilles des autres animaux avec soin, & de maniere que les parties gardent leur situation naturelle.

Le tympan est bandé & relâché par le moyen des petits muscles qui s'attachent au marteau : mais comment cette membrane se bande & se relâche-t-elle si promptement ? comment communique-t-elle sans notre volonté & avec tant de proportion les divers tremblemens de l'air aux autres parties de l'oreille interne ? C'est, répond-on, une membrane seche, mince, transparente, ces conditions la rendent très-propre à cet usage ; s'il lui survient quelque altération en ces qualités, il en arrive des duretés d'oreille ; tout cela est vrai, mais tout cela n'explique point une infinité de phénomenes qui concernent l'ouïe, les sons & la musique.

Les usages que quelques anatomistes assignent au tympan, comme les seuls & les principaux, savoir de fermer l'entrée à l'air froid du dehors, à la poussiere & à d'autres choses nuisibles, ne sont que des usages subalternes ou du second ordre : c'est comme si l'on disoit, que la peau d'un tambour ne sert qu'à empêcher qu'il n'entre de l'air & de la poussiere dans la caisse. (D.J.)

TAMBOUR, c'est, dans la Fortification, une traverse dont on se sert pour empêcher les communications du chemin couvert aux redoutes & lunettes d'être enfilées. Voyez REDOUTE. Voyez aussi Pl. IV. de Fortification, fig. 3. les traverses des communications des places-d'armes R & P, aux lunettes ou redoutes A & B.

Le tambour, outre l'avantage qu'il a de couvrir les communications de l'enfilage, sert encore à les défendre ou à flanquer. (Q)

TAMBOUR, (Marine) c'est un assemblage de plusieurs planches clouées sur les jottereaux de l'éperon, & qui servent à rompre les coups de mer qui donnent sur cette partie de la proue.

TAMBOUR, s. m. (Hydraul.) est un coffre de plomb, dont on se sert dans un bassin pour rassembler l'eau qu'on doit distribuer à différentes conduites, ou à plusieurs jets. Voyez MARMITE.

Ce peut être encore un tuyau triangulaire, fait d'une table de plomb, dont on forme un tuyau de différentes grosseurs par les deux bouts, pour raccorder un tuyau de six pouces de diametre sur un de trois. (K)

TAMBOUR, en Architecture, c'est un mot qui se dit des chapiteaux corinthiens & composites, à cause qu'ils ont quelques ressemblances à l'instrument que les François appellent tambour ; quelques-uns l'appellent vase, & d'autres campan, cloche, &c.

On se sert aussi du mot tambour pour exprimer un retranchement de bois couvert d'un plafond ou d'un lambris pratiqué dans le côté d'un porche ou vestibule, ou en face de certaines églises, afin d'empêcher la vue des passans & l'incommodité du vent par le moyen des doubles portes.

Tambour signifie aussi un arrondissement de pierre, dont plusieurs forment le fût d'une colonne qui n'est pas aussi haut qu'un diametre.

On appelle encore tambour chaque pierre, pleine ou percée, dont le noyau d'un escalier à vis est composé. (D.J.)

TAMBOUR, en Méchanique, est une espece de roue placée au-tour d'un axe ou poutre cylindrique, au sommet de laquelle sont deux leviers ou bâtons enfoncés pour pouvoir plus facilement tourner l'axe, afin de soulever les poids qu'on veut enlever. Voyez AXE dans le tambour, TOUR & TREUIL.

TAMBOUR, maniere de broder au tambour. Le tambour est un instrument d'une forme circulaire, sur lequel, par le moyen d'une courroie & d'une boucle, ou de différens cerceaux qui s'emboîtent les uns dans les autres, on tient tendue une toile ou une étoffe légere de soie, sur laquelle on exécute avec une aiguille montée sur un manche, & qui a sa forme particuliere, le point de chaînette, soit avec un fil de soie nue, ou couvert d'or ou d'argent, & cela avec une vîtesse & une propreté surprenante. Avec ce seul point, on forme des feuilles, des fleurs, des ramages, & une infinité d'objets agréables dont on embellit l'étoffe destinée à des robes & autres usages. Voyez dans nos Planches le tambour & ses détails, l'aiguille, & même la maniere de travailler, qu'elles feront concevoir plus clairement que tout ce que nous en pouvons dire.

Pour broder au tambour lorsque l'étoffe est montée sur le métier, on prend la soie, on y fait un noeud, on la prend de la main gauche, on en étend une portion en prenant le noeud entre le bout du pouce & le bout de l'index, & passant le fil entre le doigt du milieu & le troisieme sous l'étoffe tendue ; on tient l'aiguille de la droite ; on passe l'aiguille à-travers l'étoffe en-dessus ; on accroche la partie de la soie tendue avec le crochet de l'aiguille ; on tire l'aiguille, la soie vient en-dessus & forme une boucle. On retourne l'aiguille, la soie sort de son crochet ; on renfonce l'aiguille entre les deux brins de la boucle ; on tourne la soie en-dessous sur l'aiguille ; on tire l'aiguille, la soie se place dans son crochet lorsque sa pointe est sur le point de sortir de l'étoffe ; quand elle en est sortie, elle attire la soie de-rechef en boucle ; on fait passer cette boucle sur la premiere, & l'on continue de faire ainsi des petites boucles égales, serrées, & passées les unes dans les autres, ce qui a fait appeller l'ouvrage chaînette.

L'aiguille, l'écrou du manche & le crochet sont dans la même direction. C'est l'écrou qui dirige le mouvement.

Si l'on travaille de bas-en-haut, on tourne le fil autour de l'aiguille sur l'aiguille, c'est-à-dire que quand le fil commence à passer sur elle, elle est entre le fil & le corps de celui qui brode.

Si l'on travaille de bas-en-haut, au contraire quand on commence le tour du fil sur l'aiguille, c'est le fil qui est entre le brodeur & l'aiguille.

Comme l'aiguille est grosse par en-bas, & est menue par la pointe, le trou qu'elle fait est large, & le crochet qui est à la pointe passe sans s'arrêter à l'étoffe.

TAMBOUR, s. m. (Lutherie) machine ronde qui toute seule sert à faire jouer des orgues sans le secours de la main. Sur ce tambour il y a des reglets comme sur un papier de musique, & à la place des notes, il y a des pointes de fer qui accrochent & font baisser les touches selon le son qu'on desire en tirer. (D.J.)

TAMBOUR, (terme de Boisselier) les ouvriers qui les font les appellent chauffe chemises. C'est une machine de bois ou d'osier en forme de caisse de véritable tambour, haute de quatre à cinq piés, & large d'un pié & demi, avec un couvercle. Au milieu de cette machine est tendu un réseau à claire voie, sur lequel on met une chemise ou autre linge. Il y a dessous un réchaud plein de charbon pour chauffer ou sécher cette chemise ou autre linge. (D.J.)

TAMBOUR, en terme de Confiseur, est un tamis fort fin pour passer du sucre en poudre. Voyez les Pl. du Confiseur & leur explic. La premiere est le couvercle ; la seconde est le tamis, & la troisieme la boîte qui reçoit les matieres qui ont passé au-travers du tamis. Ces trois pieces s'ajustent ensemble, ensorte que le tamis entre dans les deux autres.

TAMBOUR, (Horlogerie) nom que l'on donne ordinairement à cette piece d'une montre que les horlogers appellent le barillet. Voyez BARILLET, & les Planches de l'Horlogerie.

TAMBOUR, ouvrage de Menuiserie, qui se plaçoit autrefois devant les portes pour empêcher l'entrée du vent ; il n'est plus d'usage que pour les églises.

Tambour se dit aussi de la menuiserie qui recouvre quelque saillie dans un appartement.

TAMBOUR, (Paumier) c'est une partie du grand mur d'un jeu de paume, qui avance dans le jeu de quatre ou cinq pouces. Le tambour commence à-peu-près à la moitié de la distance de la corde de la grille, & continue jusqu'à la grille, ce qui retrécit le jeu de paume d'environ quatre ou cinq pouces dans cet espace. Les jeux de paume appellés quarrés n'ont point de tambour ; il n'y a que ceux qu'on nomme des dedans.

TAMBOUR, (Serrur.) piece d'une figure ronde qui en renferme d'autres, comme on voit aux serrures des coffres-forts. Les pertuis sont montés dans le tambour.

TAMBOUR, (Soierie) machine sur laquelle on porte les chaînes pour les plier, ou pour les chiner.

TAMBOURS, s. m. pl. (Sucrerie) espece de gros cylindres de fer qui servent à écraser les cannes, & en exprimer le suc dans les moulins à sucre. On les nomme quelquefois rouleaux ; mais c'est improprement, le rouleau n'étant que le cylindre de bois dont on remplit le tambour, à-travers duquel passe l'axe ou pivot sur lequel il tourne. Savary. (D.J.)


TAMBOURE-CISSAS. m. (Hist. nat. Botan.) arbre de l'île de Madagascar, qui produit un fruit semblable à une pomme, dont la propriété est de s'ouvrir en quatre lorsqu'il est parvenu à maturité ; sa chair est remplie de grains orangés, couverts d'une peau tendre qui donne une teinture semblable à celle du rocou.


TAMBOURINS. m. sorte de danse fort à la mode aujourd'hui sur nos théâtres. L'air en est très-gai, & se bat à deux tems vifs. Il doit être à l'imitation du flûtet des Provençaux, & la basse doit toujours refrapper la même note, à l'imitation du tambourin ou galoubé, dont celui qui joue du flûtet s'accompagne ordinairement. (S)

TAMBOURIN, voyez l'article TAMBOUR.

TAMBOURIN, (Lutherie) il y a un instrument à cordes & de percussion de ce nom. C'est un long coffre de bois, sur lequel sont montées des cordes de laiton, que l'on frappe avec des baguettes. Celui qui joue de cet instrument le tient debout de la main ou plutôt du bras gauche, & le frappe de la main droite.

TAMBOURIN, (terme de Jouaillier) ou TABOURIN ; c'est une perle ronde d'un côté & plate de l'autre, qui ressemble à une tymbale.


TAMBRELA, (Géog. mod.) riviere d'Espagne, en Galice. Elle prend sa source dans les montagnes, au nord de Compostelle, d'où elle court au sud-ouest & va se rendre dans la mer.


TAME(Géog. mod.) bourg à marché d'Angleterre, dans Oxfordshire, sur la riviere de Tame, qui se joignant à l'Issis, prend le nom de Thamise. Voyez THAMISE.


TAMERLA, (Géog. mod.) riviere d'Angleterre. Elle a sa source dans Devonshire, qu'elle sépare de la province de Cornouaille ; son embouchure est dans le havre de Plimouth. (D.J.)


TAMETANES(Hist. nat. Botan.) fruit de l'île de Madagascar, dont la racine est aussi jaune que du safran, & dont on se sert pour la teinture. C'est la même qui est connue en Europe sous le nom de terra merita.


TAMIA(Géog. anc.) ville de la grande-Bretagne. Ptolémée, liv. II. c. iij. la donne aux Vacomagi, & la place au voisinage de Banatia & d'Alata-Castra. Cambden croit que ce pourroit être aujourd'hui Tanéa, lieu d'Ecosse au comté de Ross. (D.J.)


TAMINES(Géog. anc.) Tamyna ; ville de l'Eubée, dans le territoire de la ville d'Erétrie, selon Strabon, liv. X. p. 447. & Etienne le géographe. C'est près de cette ville que les Athéniens défirent les Chalcidiens qui étoient commandés par Callias, & par Taurosthène freres.


TAMISS. m. (Crainier) instrument qui sert à passer des drogues pulvérisées quand on en veut séparer la partie la plus fine d'avec celle qui est la plus grossiere. On s'en sert aussi pour couler les liqueurs composées & en ôter le marc. Le tamis est fait d'un cercle de bois mince & large à discrétion, au milieu duquel est placé un tissu de toile, de soie, de crin, ou de quelqu'autre toile claire, suivant l'usage qu'on en veut faire. C'est dans la partie supérieure du tamis que l'on met la drogue pulvérisée, & où l'on verse la liqueur qu'on veut épurer. Lorsque les drogues qu'on a dessein de tamiser, s'évaporent facilement, on met un couvercle au tamis, quelquefois tout de bois, & quelquefois avec le cercle de bois, & le dessus de cuir. Savary. (D.J.)

TAMIS, en terme de Blanchisserie, est un cerceau garni d'un tissu de corde formant divers quarrés, avec lequel on ramasse les pains.

TAMIS, instrument de Chimie & de Pharmacie ; sert à hâter la préparation des poudres subtiles, en séparant les parties les plus atténuées des parties les plus grossieres, auxquelles on fait essuyer une nouvelle trituration, qu'on tamise de nouveau, & ainsi successivement, &c. Les tamis dont on se sert dans les laboratoires de chimie & les boutiques des Apoticaires, sont couverts ou découverts. Les derniers ne different en rien des tamis les plus vulgaires, du tamis ou sas à passer la farine, &c. Il est de crin ou de soie, selon qu'on le veut, d'un tissu plus ou moins serré ; cette espece de tamis ne sert qu'à préparer les poudres les plus grossieres & les moins volatiles, ou qui sont tirées des matieres les plus viles. Les tamis sont composés de trois pieces ; celle du milieu est un tamis ordinaire ; les deux autres sont un couvercle & un fond formé par un parchemin ou une peau tendue sur un cercle de bois mince. Ces tamis, qui sont les plus usités & les mieux entendus, servent à la préparation des poudres les plus subtiles, les plus volatiles & les plus précieuses. Voyez PULVERISATION, Chimie & Pharmacie.

TAMIS, (instrument de Chapelier) les Chapeliers se servent du tamis de crin, au lieu de l'instrument qu'ils appellent arçon, pour faire les capades de leurs chapeaux. (D.J.)

TAMIS, (terme d'Organiste) piece de bois percée, à-travers de laquelle passent les tuyaux de l'orgue, & qui sert à les tenir en état. (D.J.)

TAMIS, (Tapisserie de tonture) les laineurs qui travaillent aux tapisseries de tonture de laine, ont plusieurs tamis, comme de grands pour passer & préparer leurs laines hachées, & de très-petits, qui n'ont pas quelquefois deux pouces de diametre, pour placer ces laines sur le coutil peint & préparé par le peintre. (D.J.)


TAMISAILLES. f. (Marine) petit étage d'une flûte, qui est pratiqué entre la grande chambre & la dunette, & dans laquelle passe la barre du gouvernail.


TAMISELA, (Géog. mod.) Voyez THAMISE. (D.J.)

TAMISE, s. f. (Phys. & Géog.) grande riviere qui passe à Londres. L'eau de cette riviere que l'on garde dans des tonneaux à bord des vaisseaux, s'enflamme après avoir rendu long-tems une odeur puante, lorsqu'on expose une chandelle allumée au trou du bondon tout récemment ouvert. M. Musschenbroeck conjecture que cela vient des huiles des insectes qui se sont pourris, & que la pourriture a ensuite convertis en une espece d'esprit volatil. Mussch. ess. de phys.


TAMISERL'ACTION DE, (Pharmac.) en latin cribratio ; c'est l'action de passer une substance au tamis, pour séparer ses parties fines d'avec les grossieres, soit que la substance mise au tamis soit seche, pulvérisée ou humide, comme la pulpe des graines, les fruits ou les racines.

Quelles que soient les substances réduites en poudre dont le mêlange doit former un médicament, il convient de les passer toutes ensemble à-travers un tamis ; sans quoi le médicament pourra être différemment énergique dans ses différentes parties, & par conséquent agir inégalement, c'est-à-dire, plus fortement dans un endroit que dans l'autre. Lors donc qu'on aura à mêler des substances plus friables & plus fortes les unes que les autres, d'un tissu différent, & plus ou moins adhérentes : comme les unes ne manqueront pas de passer dans le tamis plus promtement que les autres, il est nécessaire de les remuer ensemble après qu'elles auront été tamisées. Cet avis paroîtra superflu à quelques personnes, qui ne jugeront pas fort essentiel de prendre cette précaution ; mais elles changeroient d'avis, si elles connoissoient les accidens qui surviennent tous les jours, lorsque le jalap, l'ipécacuanha & autres ingrédiens semblables, dont les vertus consistent dans les parties les plus résineuses, ont été mal mêlangés : or cela peut arriver d'autant mieux, que ces parties résineuses étant aussi les plus fragiles, se broyent plus facilement dans le mortier, & passent les premieres à-travers le tamis.

D'ailleurs, rien n'est plus commun chez les Droguistes, que de mettre tout d'un coup dans un mortier deux ou trois fois plus d'un ingrédient qu'il n'en faut pour l'usage actuel ; de prendre sur cette quantité la dose marquée par le médecin, & d'enfermer le superflu dans un petit vaisseau. Or toutes les parties d'un ingrédient, n'ayant pas la même vertu, si l'on ne prévient les inconvéniens résultans de cette espece d'hétérogénéité, les premiers malades auront une dose trop forte ; & les derniers, qui ne trouveront plus que la partie fibreuse & ligneuse, auront une dose trop foible, & seront trompés dans leur attente. (D.J.)


TAMISEURS. m. (Verrerie) on nomme ainsi celui qui prépare & tamise les charrées qui servent à la fonte des matieres dont on fait le verre. (D.J.)


TAMLINGS. m. (Com.) c'est le nom que les Siamois donnent à une espece de monnoie & de poids que les Chinois appellent taël. Le taël de Siam est de plus de la moitié plus foible que le taël de la Chine ; ensorte que le cati siamois ne vaut que huit taëls chinois, & qu'il faut vingt taëls siamois pour le cati chinois. A Siam, le tamling ou taël se subdivise en quatre ticals ou baats, le tical en quatre mayons ou selings, le mayon en deux fouangs, chaque fouang en deux sompayes, la sompaye en deux payes, & la paye en deux clams, qui n'est qu'une monnoie de compte ; mais qui, en qualité de poids, pese douze grains de riz ; ensorte que le tamling ou taël siamois est de sept cent soixante-huit grains. Voyez TAEL, Dictionn. de Commerce.


TAMMESBRUCK(Géog. mod.) en latin vulgaire Aggeripontum ; petite ville d'Allemagne, dans la Thuringe, près de l'Unstrutt. Elle appartient à l'électeur de Saxe, & ce n'est proprement qu'un bourg. (D.J.)


TAMN(Géog. anc.) ville de l'Arabie heureuse. Pline, l. VI. c. xxviij. la surnomme Tamna templorum ; c'est la même ville que Ptolémée, liv. VI. ch. 7. appelle Thumna. (D.J.)


TAMNUSS. m. (Botan.) Tournefort distingue deux especes de ce genre de plante, nommée par les anciens Botanistes bryonia nigra, nom que les Anglois lui donnent encore black bryony, & vulgairement appellée en françois sceau de Notre-Dame, ou racine vierge. La premiere espece est à fleur jaune pâle, tamnus racemosa, flore minore, luteo pallescente, I. R. H. 102.

C'est une plante sarmenteuse, aussi-bien que la bryone blanche ; mais elle pousse de menus sarmens sans mains, qui s'élevent en serpentant, & s'entortillent autour des plantes voisines : ses feuilles sont attachées par des queues longues, & rangées alternativement ; elles ont presque la figure de celles du cyclamen, mais deux ou trois fois plus grandes, & souvent plus pointues, d'une belle couleur verte luisante, tendres, d'un goût visqueux. Ses fleurs sortent des aisselles des feuilles ; elles sont disposées en grappes, ayant chacune la forme d'un petit bassin, taillé ordinairement en six parties, de couleur jaune-verdâtre, ou pâle. Quelques-unes de ces fleurs qui ne sont point nouées, tombent sans laisser aucun fruit ; mais celles qui sont nouées, laissent après elles une baie rouge, ou noirâtre, qui renferme une coëffe membraneuse, remplie de quelques semences : sa racine est grande, grosse, tubéreuse, presque ronde, noire en dehors, blanche en dedans, profonde dans la terre, d'un goût âcre.

La seconde espece est appellée, par le même Tournefort, tamnus baccifera, flore majore albo, I. R. H. 102. Ses feuilles sont assez semblables à celles du liseron. Ses fleurs sont faites comme celles de l'espece précédente, mais plus grandes, & de couleur blanche. Ses baies naissent une à une, séparées & attachées chacune à un pédicule court, qui sort de l'aisselle des feuilles ; chaque baie n'est guere moins grosse qu'une cerise, & contient quatre ou cinq semences ; sa racine est empreinte d'un suc gluant.

L'une & l'autre espece de tamnus croissent dans les bois ; leurs racines sont un peu purgatives hydragogues. (D.J.)


TAMOATAS. m. (Hist. nat. Ichthyologie) nom d'un poisson d'eau douce d'Amérique, appellé par les Portugais soldido. C'est un petit poisson oblong, à tête applatie, en quelque maniere comme celle de la grenouille ; son museau est petit, ayant à chaque angle un filet en guise de barbe ; il n'a point de dents, & ses yeux sont extrêmement petits. Il a huit nageoires, deux aux ouies, dures comme des cornes ; deux sur le ventre, moins dures ; une sur le milieu du dos, une autre près de la queue, & une autre à l'opposite sur le ventre ; sa queue fait la huitieme nageoire ; sa tête est couverte d'une peau dure comme de l'écaille ; son corps est revêtu d'une espece de cotte de mailles, faite d'une substance dure, écailleuse, dentelée dans les bords, de couleur de rouille de fer ; ce poisson passe pour être un manger délicieux. Marggravii, hist. Brasil. (D.J.)


TAMOATARANAS. f. (Hist. nat. Botan. exot.) nom d'une plante bulbeuse qui croît au Brésil, & dont on mange les bulbes, comme nous mangeons les patates. Ray, hist. plant. (D.J.)


TAMOLES. m. (Hist. mod.) les tamoles sont les chefs du gouvernement des Indiens, des îles Carolines ; ils laissent croître leur barbe fort longue, commandent avec empire, parlent peu, & affectent un air fort reservé. Lorsqu'un tamole donne audience, il paroît assis sur une table élevée, les peuples s'inclinent devant lui, reçoivent ses ordres avec une obéissance aveugle, & lui baisent les mains & les piés, quand ils lui demandent quelque grace ; il y a plusieurs tamoles dans chaque bourgade. (D.J.)


TAMORISA(Géogr. anc.) contrée des états du Turc, en Europe ; cette petite contrée est dans la haute Albanie, au couchant de l'Ochrida, & a pour chef-lieu un bourg de son nom. (D.J.)


TAMPERen terme de Friseur d'étoffes, c'est appuyer le frisoir sur l'étoffe, par le moyen d'une tampe, voyez TAMPE, de maniere qu'elle entre bien dans les inégalités du sable dont il est enduit, & que la laine puisse suivre l'ordre du frisoir.


TAMPESS. f. en terme de Friseur d'étoffes, sont des morceaux de bois ronds qui se mettent à force, entre le frisoir & une piece de bois qui regne, comme nous l'avons déja dit, le long du chassis, au milieu du sommet. Voyez les fig. & les Planches de la Draperie.


TAMPICO(Géog. mod.) lac de l'Amérique septentrionale, dans la nouvelle Espagne, au gouvernement de Panuco, & au sud de la riviere de Panuco, dont une des branches sort du lac. (D.J.)


TAMPLONS. m. terme de Tisserand, sorte de petits rots dont les Tisserands se servent, lorsqu'ils veulent augmenter la laise ou largeur de leurs toiles.


TAMPOÉS. m. (Hist. nat. Bot. exot.) nom d'un fruit des Indes orientales, approchant en figure du mangoustan, mais bien moins bon ; son écorce est encore plus épaisse que celle du mangoustan, il est sans couronne, & de la couleur de nos pommes-poires. Les Indiens le mangent dans les endroits où de meilleurs fruits leur manque. (D.J.)


TAMPON(Fortificat.) espece de bouchon qui sert à fermer l'ouverture d'un vaisseau, ou à retenir la poudre dans une arme à feu. Voyez BOURRE & BOUCHON.

Ce mot est françois, quoiqu'il y en ait qui le dérivent de l'anglois tap, canelle ou robinet.

Quand on charge un mortier ou quelqu'autre piece d'artillerie, on met ordinairement après la poudre, une petite piece ronde de bois pour séparer la bombe, le boulet ou la cartouche, de la poudre à canon ; cette piece s'appelle un tampon, & sert à donner plus de force au coup de la piece d'artillerie. Voyez MORTIER. Chambers.

Le tampon ou le bouchon, dont on recouvre le fourrage & le boulet, ne contribue en rien à augmenter la violence du coup ; il sert seulement à rassembler la poudre, & à diminuer l'intervalle qui est entre la poudre & le boulet ; c'est une erreur de croire qu'un bouchon plus gros qu'un autre & refoulé par un plus grand nombre de coups, porte plus loin. Si en refoulant le bouchon, il pouvoit acquérir la dureté d'un corps solide, & une forte adhésion aux parois de l'ame de la piece, comme cela arrive aux balles des carabines ou aux tampons, chassés avec force pour les petards pratiqués dans le roc ; il est constant que la difficulté que la poudre qui s'enflamme, rencontreroit à chasser le boulet, donnant lieu à une inflammation plus complete , il en recevroit une plus grande impulsion : mais l'on doit avoir de ces deux objets un sentiment bien différent, car comme le fourrage est composé de parties flexibles & détachées, qui n'ont aucune adhésion avec les parois de la piece ; quelle résistance peut-il opposer à la violence de la poudre ? A l'égard de la poudre, lorsqu'elle est réunie dans le plus petit volume qu'elle peut occuper naturellement ; il ne faut pas penser qu'en la refoulant pour la réduire dans un plus petit espace, elle en acquiere plus d'activité, puisque ce n'est qu'autant qu'il y a des interstices sensibles entre les grains, que le feu de celle qui s'enflammera la premiere, peut s'introduire pour allumer le reste : ce qui est si vrai, que quand elle est battue & réduite en pulverain dans une arme à feu, elle ne s'allume que successivement ; ainsi l'on peut conclure que le seul avantage qu'on tire du bouchon posé sur la poudre, est seulement de la rassembler dans le fond de la chambre, & d'empêcher quand elle est enflammée, qu'elle ne se dilate autour du vent du boulet.

Quand au bouchon qu'on met sur le boulet, il est absolument inutile, si ce n'est dans les cas où l'on est obligé de le soutenir pour tirer horisontalement ou de haut-en-bas ; mais peu importe qu'il soit refoulé ou non, pourvu qu'il ne permette pas au boulet de rouler dans la piece. Saint-Remy, troisieme édition des mémoires d'Artillerie. (Q)

TAMPON, s. m. (Hydr.) est une cheville de bois ou un morceau de cuivre applati, rivé & soudé au bout d'un tuyau, à deux piés de la souche d'un jet. Quand on ne se sert que d'un tampon de bois, on le garnit de linge, on frette le tuyau d'une rondelle de fer afin de pouvoir coigner le tampon, sans craindre de fendre le tuyau.

On se sert encore de tampons de bois dans les jauges, pour boucher les trous qui ne servent point. (K)

TAMPONS, (Marine) ce sont des plaques de fer, de cuivre ou de bois, qui servent à remédier aux dommages que causent les coups de canon qu'un vaisseau peut recevoir dans un combat.

TAMPONS ou TAPONS DE CANON, (Marine) plaques de liége, avec lesquelles on bouche l'ame du canon, afin d'empêcher que l'eau n'y entre.

TAMPONS ou TAPONS D'ECUBIERS, (Marine) pieces de bois, longues à-peu-près de 2 piés & demi qui vont en diminuant, & dont l'usage est de fermer les écubiers, quand le vaisseau est à la voile. Il y en a qui sont échancrées par un côté, afin de boucher les écubiers sans ôter les cables, qu'on fait passer par l'échancrure ; au défaut de bois, on fait des tampons avec des sacs de foin, de bourre, &c.

TAMPONS, s. m. pl. (Archit.) ce sont des chevilles de bois, que l'on met dans des trous percés dans un mur de pierre, pour y faire entrer une patte, un clou, &c. ou que l'on met dans les rainures des poteaux d'une cloison, pour en tenir les panneaux de maçonnerie, ou dans les solives d'un plancher, pour en arrêter les entrevoux.

On appelle aussi tampons de petites pieces dont les menuisiers remplissent les trous des noeuds de bois, & qui cachent les clous à tête perdue, des lambris & des parquets. Daviler. (D.J.)

TAMPONS, en termes de Cloutier d'épingles, ne sont autre chose que deux oreilles de fer qui sont scellées dans une pierre, & dans lesquelles tourne le fuseau ou axe de la meule. Voyez les figures, Pl. du Cloutier d'épingles.

TAMPON, s. m. (terme de Graveur) les graveurs en taille douce se servent d'une espece de molette faite d'une bande de feutre roulée qu'ils appellent un tampon.

TAMPON, s. m. (terme d'Imprimeur en taille-douce) c'est un morceau de linge tortillé pour ancrer la planche.

TAMPON, s. m. (terme de Luthier) c'est la partie de la flûte, ou du flageolet, qui aide à faire l'embouchure de la flûte ou du flageolet, & sert à donner le vent.

TAMPON, dans les tuyaux de bois des orgues, est une piece de bois E, fig. 30. Pl. n °. 1. d'Orgue, doublée de peau de mouton, le duvet en-dehors, dont l'usage est de boucher le tuyau par en-haut ; ce qui le fait descendre d'une octave au-dessous du son que le tuyau rend quand il est ouvert. Le tampon est armé d'une poignée F, placée à son centre, laquelle sert à le retirer ou à l'enfoncer à discrétion, jusqu'à ce que le tuyau rende un son qui soit d'accord avec celui d'un autre tuyau sur lequel on l'accorde.


TAMPONNERv. act. (Gram.) c'est fermer avec un tampon.


TAMUADAou TAMUDA, (Géog. anc.) fleuve de la Mauritanie tingitane, selon Pomponius-Méla, liv. I. ch. iij. Ce fleuve se nomme aujourd'hui la Bédie, & il arrose le pays des Arabes. C'est vraisemblablement le Thaludu de Ptolémée. (D.J.)


TAMUSIGA(Géog. anc.) ville de la Mauritanie tingitane. Ptolémée la marque sur la côte de l'Océan, entre le port d'Hercule & le promontoire Usadium. Le nom moderne est Fifelfeld, selon Marmol ; Teseltner, selon Castald, & Fressa, selon Niger.


TAMUZS. m. (Calendrier des Hebreux) mois des Juifs, quatrieme de l'année sainte, & dixieme de l'année civile, qui répondoit aux mois de Juin & de Juillet. Le dix-septieme jour de ce mois, les Juifs célebroient un jeûne, en mémoire du châtiment dont Dieu punit l'adoration du veau d'or. (D.J.)


TAMWORTH(Géog. mod.) bourg à marché d'Angleterre, dans Staffordshire. Il est arrosé par le Tamer, & envoie deux députés au parlement.


TAMYNA(Géog. anc.) ville de l'Eubie, dans le territoire d'Erétrie, selon Strabon, liv. X. p. 447. Plutarque parle de la plaine de Tamynes, dans la vie de Phocion.


TAMYRACA(Géogr. anc.) ville de la Sarmatie européenne, près du golfe Carcinite, selon Ptolémée, l. III. ch. v. Etienne le géographe & le périple d'Arrien. Strabon, liv. VII. pag. 308. connoît dans le même endroit un promontoire nommé Tamyracès, & un golfe appellé Tamyracus sinus ; mais il ne parle point de ville, ni sur ce promontoire, ni sur ce golfe. (D.J.)


TAMYRSA(Géog. anc.) fleuve de la Phénicie. Strabon, liv. XVI. p. 755. le met entre Béryte & Sidon. Le nom moderne est Damor, selon quelques-uns.


TANS. m. (Tannerie & Jardinage) l'écorce du chêne hachée & moulue en poudre par les roues d'un moulin à tan ; on s'en sert à la préparation des cuirs. Voyez ECORCE & TANNERIE.

Le tan nouveau est le plus estimé, car lorsqu'il est vieux & suranné, il perd une partie de sa qualité qui le rend propre à condenser ou à boucher les pores du cuir ; desorte que plus on laisse les peaux dans le tan, plus elles acquierent de force & de fermeté.

Toute autre partie du chêne, de quelque âge ou grandeur qu'il puisse être, & tout taillis de chêne, sont pour le moins aussi bons à faire du tan, que l'écorce de cet arbre.

Après que l'on a amassé cette matiere, il faut la faire bien sécher au soleil, la serrer dans un endroit sec, & la garder dans cet état jusqu'à ce qu'on l'employe ; & pour la réduire en poussiere, on peut scier ou fendre menu le plus gros bois, afin de pouvoir être diminué encore par un instrument dont les tanneurs se servent pour cet effet. Après quoi on le fait sécher de nouveau dans un four, & enfin on le fait moudre au moulin à tan. Voyez MOULIN. Au défaut du bois de chêne, on peut se servir de celui d'épine.

Ce tan est un engrais fort chaud propre aux ananas qui ne peuvent supporter la vapeur du fumier de cheval.


TAN-SIS. m. (Hist. mod.) c'est ainsi que dans le royaume de Tonquin l'on nomme les lettrés ou savans du premier ordre, qui ont passé par des degrés inférieurs distingués par différens noms. Le premier degré par lequel ces lettrés sont obligés de passer, est celui des sin-de ; il faut pour y parvenir avoir étudié la rhétorique, afin de pouvoir exercer les fonctions d'avocat, de procureur & de notaire. Le candidat, après avoir acquis la capacité requise, subit un examen, à la suite duquel on écrit son nom sur un registre, & on le présente au roi, qui lui permet de prendre le titre de sin-de. Le second degré s'appelle dow-cum ; pour y parvenir il faut avoir étudié pendant cinq ans les mathématiques, la poésie & la musique, l'astrologie & l'astronomie. Au bout de ce tems, on subit un nouvel examen, à la suite duquel on prend le titre de dow-kum. Enfin le troisieme degré, qui est celui des tan-si, s'acquiert par quatre années d'étude des loix, de la politique & des coutumes. Au bout de ce tems le candidat subit un nouvel examen en présence du roi, des grands du royaume & des lettrés du même ordre. Cet examen se fait à la rigueur ; & si le candidat s'en tire bien, il est conduit à un échaffaud dressé pour cet effet ; là il est revêtu d'un habit de satin que le roi lui donne, & son nom est écrit sur les tablettes suspendues à l'entrée du palais royal. On lui assigne une pension, & il fait partie d'un corps parmi lequel on choisit les mandarins ou gouverneurs, les ministres & les principaux magistrats du pays.


TANA(Géog. anc.) ou TANAS, fleuve d'Afrique, dans la Mauritanie, entre Lares & Capsa. Salluste en parle, in Jugurth. c. x.


TANAGER(Géog. anc.) fleuve d'Italie, dans la Lucanie, aujourd'hui le Negro : Virgile, Géorg. l. III. v. 151. lui donne l'épithete de siccus :

Furit mugitibus aether

Concussus, silvaeque, & sicci ripa Tanagri.

Mais ou les choses ont changé depuis le tems de Virgile, ou ce poëte ne connoissoit ce fleuve que de nom ; reproche que l'on peut faire également à Pomponius Sabinus, qui fait un torrent de Tanager.

Celsus Cittadinus, écrivant à Ortelius, nie absolument que ce fleuve soit un torrent, qui n'a d'eau que dans le tems des pluies. Le Tanager, dit-il, présentement le Négro, est un fleuve qui en reçoit d'autres dans son lit ; par exemple, celui que l'on appelle la botta di Picorno, ainsi nommé de l'ancienne ville Picernum, auprès de laquelle il prend sa source. Le Tanager a la sienne dans le mont Albidine, maintenant il monte Portiglione, & il se jette dans le Siler, connu maintenant sous le nom de Sélo. Peut-être Virgile a-t-il appellé le Tanager siccus, parce qu'il se perd sous la terre, pendant un espace de quatre & non pas de vingt milles, comme le dit Pline, liv. II. ch. iij. (D.J.)


TANAGRA(Géog. anc.) 1°. ville de Grece, dans la Béotie, au voisinage de Thebes ; Dicéarque la met au nombre des villes situées sur l'Euripe : Strabon néanmoins, l. IX. p. 400, 403, & 410, & Ptolomée, l. III. c. xv. la marquoient à quelque distance de la mer, quoique son territoire pût s'étendre jusqu'à la côte. Tanagra étoit à cent trente stades de la ville Oropus, à deux cent de celle de Platée. Etienne le géographe appelle cette ville Géphyra, & Strabon donne à ses habitans, le nom de Géphyréens.

Tanagra de Béotie, est la patrie de Corinne, fille d'Achélodore & de Procratie ; elle étoit contemporaine de Pindare, avec lequel elle étudia la Poésie sous Myrtis, femme alors très-distinguée par ce talent. Corinne n'acquit pas moins de gloire que sa maîtresse, & se mêloit quelquefois de donner à Pindare d'excellens avis, soit comme étant plus âgée, soit à titre de plus ancienne écoliere. Elle lui conseilloit, par exemple, au rapport de Plutarque, de négliger moins le commerce des muses, & de mettre en oeuvre dans ses poésies la fable qui en devoit faire le fonds principal, auquel les figures de l'élocution, les vers, & les rythmes, ne devoient servir que d'assaisonnemens. Pindare, dans le dessein de profiter de cette leçon, fit une ode que nous n'avons plus, mais dont Plutarque & Lucien nous ont conservé les premiers vers : en voici la traduction.

" Chanterons-nous le fleuve Ismene, ou la nymphe Mélie à la quenouille dorée, ou Cadmus, ou la race sacrée de ces hommes nés des dents qu'il sema, ou la nymphe Thébé à la coëffure bleue, ou la force d'Hercule à toute épreuve, ou la gloire & les honneurs du réjouissant Bacchus, ou les nôces d'Harmonie aux blanches mains ? "

Pindare ayant fait voir cette ode à Corinne, celle-ci lui dit en riant, qu'il falloit semer avec la main, & non pas à plein sac, comme il avoit fait dans cette piece, où il sembloit avoir pris à tâche de ramasser presque toutes les fables.

Corinne dans la suite entra en lice contre Pindare, & le vainquit, dit-on, jusqu'à cinq fois, quoiqu'elle lui fût fort inférieure. Mais deux circonstances, remarque Pausanias, contribuerent à ce grand succès : l'une, que ses poésies écrites en dialecte éolien, se faisoient entendre beaucoup plus facilement à ses auditeurs, que celles de Pindare composées en dorien : l'autre, qu'étant une des plus belles femmes de son tems, ainsi qu'on en pouvoit juger par son portrait, les agrémens de sa personne avoient pû séduire les juges en sa faveur ; Pindare appella de ce jugement inique à Corinne elle-même.

Le tombeau que les Tanagréens éleverent à la gloire de cette dame, subsistoit encore du tems de Pausanias, ainsi que son portrait, où elle étoit représentée la tête ceinte d'un ruban, pour marque des prix qu'elle avoit remportés sur Pindare à Thebes. Il ne nous reste que quelques fragmens de ses poésies, sur lesquels on peut consulter la bibliotheque grecque de Fabricius.

2°. Tanagra est encore dans Ptolémée, l. VI. c. jv. une ville de la Perside dans les terres.

3°. Stace parle d'une Tanagra de l'Eubée. (D.J.)


TANAIDE(Mythol.) surnom de Vénus : Clément Alexandrin dit qu'Artaxercès roi de Perse, fils de Darius, fut le premier qui érigea à Babylone, à Suse, & à Ecbatane, la statue de Vénus Tanaïde, & qui apprit par son exemple aux Perses, aux Bactres, & aux peuples de Damas & de Sardes, qu'il falloit l'honorer comme déesse. Cette Vénus étoit particulierement vénérée chez les Arméniens, dans une contrée appellée Tanaïtis, près du fleuve Cyrus, selon Dion Cassius, d'où la déesse avoit pris son surnom, & d'où son culte a pu passer chez les Perses. C'étoit la divinité tutélaire des esclaves de l'un & de l'autre sexe ; les personnes mêmes de condition libre, consacroient leurs filles à cette déesse ; & en vertu de cette consécration, les filles étoient autorisées par la loi à accorder leurs faveurs à un étranger avant leur mariage, sans qu'une conduite aussi extraordinaire éloignât d'elles les prétendans. (D.J.)


TANAIS(Géog. anc.) fleuve que Ptolémée, l. V. c. jx. Pline, l. III. c. iij. & la plûpart des anciens géographes donnent pour la borne de l'Europe & de l'Asie. Il étoit appellé Sylus ou Silis par les habitans du pays, selon Pline, l. VI. c. vij. & Eustathe, l'auteur du livre des fleuves & des montagnes, dit, qu'avant d'avoir le nom de Tanaïs, il avoit celui d'Amazonius. Le nom moderne est le Don, les Italiens l'appellent Tana ; on lui a quelquefois donné le nom de Danube, ce qui n'est pas surprenant ; puisque ceux du pays donnent indifféremment le nom de Don au Danube & au Tanaïs ; Ciofanus dit que les habitans du pays appellent ce fleuve Amétine ; on doit s'en rapporter à son témoignage. Ptolémée & Pline disent que le Tanaïs prend sa source dans les monts Riphées ; il auroit mieux valu dire dans les forêts Riphées ; car il n'y a point de montagnes vers la source du Don, mais bien de vastes forêts.

Le Don est maintenant un fleuve de la Russie, qui vient du Ressan, & tombe dans la mer Noire, audessous d'Asoph, dans la Turquie européane, après un cours de plus de trois cent lieues.

La ville d'Asoph est aussi nommée Tanaïs par Ptolémée, l. III. c. v. Etienne le géographe lui donne le titre d'entrepôt. Enfin, les peuples de la Sarmatie européane qui habitoient sur le bord du Tanaïs, dans l'endroit où ce fleuve se courbe, sont nommés Tanaïtae par le même Ptolémée. (D.J.)


TANAPE(Géog. anc.) ville de l'Ethiopie, sous l'Egypte ; c'est la même que Napatae ; & c'étoit, selon Dion Cassius, l. LIV. la résidence de la reine de Candace. (D.J.)


TANAROLE, (Géog. mod.) en latin Tanarus, riviere d'Italie ; elle prend sa source dans l'Apennin, sur les confins du comté de Tende, arrose dans son cours les provinces de Fossano, de Chérasco, d'Albétano, se grossit de diverses rivieres, & va se jetter dans le Pô, près de Bassignana. (D.J.)


TANATIS(Géog. anc.) ville de la haute Maesie, au voisinage du Danube, selon Ptolémée, l. III. c. jx. qui la marque entre Viminatium legio & Treta ; Niger la nomme Teriana. (D.J.)


TANAVAGÉE(Géog. mod.) riviere d'Irlande, dans la province d'Ulster ; elle sépare le comté d'Antrim de celui de Londonderri, & tombe ensuite dans l'Océan septentrional. (D.J.)


TANBAautrement TANSJU, (Géog. mod.) une des huit provinces de la contrée froide du nord, de l'empire du Japon ; on la divise en six districts, & on lui donne deux journées d'étendue ; elle est passablement bonne, & produit beaucoup de riz, de pois, & d'autres légumes. (D.J.)


TANCAZELE, (Géog. mod.) riviere d'Abyssinie. Elle prend ses sources dans les montagnes qui séparent les royaumes d'Angoste & de Bagameder, sépare une partie du royaume de Teghin, & tombe dans le Nil. Les anciens la nommoient Astabaras. (D.J.)


TANCHES. f. (Hist. nat. Ichthyolog.) tinca, poisson de riviere, qui est ordinairement plus petit que la carpe ; on trouve cependant quelquefois des tanches très-grosses & qui pesent jusqu'à vingt livres. Ce poisson est court & épais ; il a en longueur trois fois sa largeur ; le bec est court & mousse ; le dos a une couleur noirâtre, & les côtés sont d'un verd jaunâtre, ou de couleur d'or. La queue est large ; les écailles sont petites & très-adhérentes à la peau. Tout le corps de ce poisson est couvert, comme l'anguille, d'une espece de mucilage, qui le rend très-glissant, & qui empêche, qu'on puisse le retenir dans les mains ; sa chair a peu de goût ; il se plaît dans les étangs & dans les rivieres marécageuses dont le cours est lent. Rai, synop. meth. piscium. Voyez POISSON.

TANCHE DE MER, tinca marina. On a donné le nom de tanche de mer à l'espece de tourd la plus commune ; ce poisson ressemble, par sa figure, à la tanche d'eau douce, mais ses écailles sont plus grandes. Il a neuf pouces de longueur ; il est en partie d'un rouge-jaunâtre, & en partie brun ; ces couleurs sont disposées par bandes alternatives au nombre de cinq ou six, qui s'étendent depuis la tête jusqu'à la queue. Le bec est oblong & relevé en-dessus ; les levres sont épaisses, charnues, & excedent les mâchoires ; l'ouverture de la bouche est petite ; les dents des mâchoires ressemblent à celles d'une scie. Les nageoires ont de belles couleurs, telles que le rouge, le bleu & le jaune, disposés par petits traits : la nageoire de la queue a une figure arrondie quand elle est étendue. Rai, synop. meth. piscium. Voyez POISSON.


TANDELETS. m. (Jardinage) terme de Fleuriste, qui exprime de petites couvertures légeres qui préservent du hâle les belles fleurs plantées en pleine terre ; ces tandelets reviennent à nos bannes de toile que l'on tend sur les cerceaux de fer pratiqués audessus des belles plates-bandes de fleurs.


TANDELINSS. m. (Salines) ce sont des hottes de sapins qui sont étalonnées sur la mesure de deux vaxels. Mais cet étalonnage n'est pas juridique. Il n'a lieu que pour l'intérieur de la saline. Voyez VAXELS.


TANESIES. f. (Hist. nat. Botan.) tanacetum ; genre de plante à fleur, composée de plusieurs fleurons profondément découpés, soutenus par un embryon, & renfermés dans un calice écailleux & presque hémisphérique ; l'embryon devient dans la suite une semence qui n'a point d'aigrette. Ajoutez aux caracteres de ce genre que les fleurs sont épaisses, & qu'elles naissent par bouquets. Tournefort, inst. rei herb. Voyez PLANTE.

Tournefort compte trois especes de ce genre de plante, la commune, celle qui est à feuilles frisées, & celle que nous nommons la menthe-coq, l'herbe au coq, le coq des jardins qui est décrite ailleurs.

La tanesie vulgaire, tanacetum vulgare, luteum, C. B. P. 132. I. R. H. 461, en anglois, the common yellow-flowerr'd garden-tanzy, a sa racine vivace, longue, divisée en plusieurs fibres qui serpentent de côté & d'autre. Elle pousse des tiges à la hauteur de deux ou trois piés, rondes, rayées, un peu velues, moëlleuses. Ses feuilles sont d'un verd-jaunâtre, grandes, longues, ailées, dentelées en leurs bords, d'une odeur forte & d'un goût amer. Ses fleurs naissent au sommet des tiges par gros bouquets arrondis, rangés comme en ombelles, composés chacun de plusieurs fleurons évasés & dentelés par le haut, d'une belle couleur jaune dorée, luisantes, rarement blanches, soutenues par un calice écailleux. Il succede aux fleurs des semences menues & ordinairement oblongues, qui noircissent en mûrissant. Cette plante croît par-tout, le long des chemins & des prés, dans les champs, aux bords des fossés, dans des lieux humides ; elle fleurit en Juillet & Août. (D.J.)

TANESIE, (Mat. méd.) tanesie ordinaire, ou herbe aux vers ; on emploie en médecine les feuilles, les fleurs & les semences de cette plante.

La tanesie a une odeur forte, désagréable, qui porte à la tête, & une saveur amere, aromatique, un peu âcre. Elle donne dans la distillation de l'huile essentielle, mais en petite quantité.

Ses vertus les plus reconnues sont les qualités vermifuges, utérines & carminatives. L'infusion des fleurs, feuilles ou des sommités, soit fleuries, soit en graines, est un remede fort ordinaire dans les affections vermineuses & venteuses. On donne aussi les mêmes parties desséchées & réduites en poudre dans les mêmes cas, soit seules, soit mêlées à d'autres remedes carminatifs & vermifuges. (Voyez CARMINATIFS & VERMIFUGES.) La teinture tirée avec le vin est aussi d'usage dans les mêmes maladies, & plus encore dans les suppressions des regles. L'infusion de tanesie convient encore très-bien pour faire prendre dans cette derniere maladie, par-dessus des bols emmenagogues.

Le suc, qui est moins usité que tous ces autres remedes, est encore plus puissant, & doit être regardé comme un très-bon remede contre les maladies dont nous venons de parler. On peut le donner à la dose de deux gros jusqu'à demi-once, soit seul, soit étendu dans quatre onces d'eau distillée de la même plante.

Cette eau distillée possede une partie des vertus de la tanesie. Elle fournit un excipient approprié des juleps & des mixtures vermifuges, & des potions emmenagogues & hystériques.

La tanesie est encore mise au rang des meilleurs fébrifuges, des diaphorétiques-alexipharmaques, & des diurétiques appellés chauds. Cette derniere vertu a été donnée même pour être portée dans la tanesie à un assez haut degré, pour que l'usage de cette seule plante ait guéri l'hydropisie en évacuant puissamment par les urines.

La semence de tanesie est employée quelquefois au-lieu de celle de la barbotine ou poudre à vers ; mais elle est bien moins efficace que cette derniere semence.

On emploie aussi la tanesie extérieurement comme résolutive, fortifiante, bonne contre les douleurs & les enflures des membres, & même contre les dartres, la teigne, &c.

On la fait entrer dans les demi-bains & les fomentations fortifiantes & discussives, dans les vins aromatiques, &c. On croit qu'appliquée sur le ventre, elle chasse & tue les vers, & qu'elle peut provoquer les regles.

On dit que son odeur chasse les punaises & les puces.

Les feuilles de tanesie entrent dans l'eau vulnéraire ; les fleurs dans la poudre contre les vers de la pharmacopée de Paris ; les feuilles & les fleurs, dans l'orviétan, &c.

Cette plante a beaucoup d'analogie avec la grande absynthe. (b)


TANETUS(Géog. anc.) aujourd'hui Tanedo, bourgade d'Italie, que Polybe, lib. III. num. 40. donne aux Boïens. Tite-Live, liv. XXX. ch. 19. semble aussi la donner à ce peuple, en disant que C. Servilius & C. Lutatius avoient été pris au village de Tanetus par les Boïens, qui ad vicum Tanetum à Boïis capti fuerant. Pline met les Tanetani dans la huitieme région, qui est la Cispadane ; & Ptolémée, liv. III. ch. 15. marque Tanetum dans la Gaule appellée Togata. La table de Peutinger, & l'itinéraire d'Antonin, font aussi mention de ce lieu. Il étoit sur la route d'Ariminum à Dertona, entre Reggio & Parme, à dix milles de la premiere de ces villes, & à neuf milles de la seconde. Ce fut dans ce lieu, suivant Paul Diacre, que Narcès défit Buccellinus, général des troupes de Theudebert, assisté du secours des Goths qui avoient ravagé Milan. (D.J.)


TANEVOULS. m. (Hist. nat. Bot.) arbre de l'île de Madagascar, dont les feuilles croissent sans queue autour des branches, auxquelles on croiroit qu'elles sont collées ; elles sont longues & étroites.


TANFANAE-LUCUS(Géog. anc.) bois sacré dans la Germanie, au pays des Marses, entre l'Ems & la Lippe, selon Tacite, annal. l. I. c. lj. avec un temple fameux, qui fut détruit par Germanicus. Il n'est pas aisé de décider quel lieu, ou quelle déesse les Marses adoroient sous ce nom : il falloit pourtant que son culte fût célebre, puisque contre l'usage du pays, on lui avoit consacré un temple.

La plûpart des historiens interpretent le nom de Tanfana, par la déesse Tellus, & il seroit assez naturel de dire que cette déesse Tanfana, étoit l'herthus des Suéves, ou la terre mere & productrice de toutes choses, que les Marses pouvoient adorer à l'exemple des Suéves.

On pourroit demander si les Marses avoient effectivement élevé un temple à la déesse Tanfana, ou si Tacite ne donne point le nom de temple à quelque grotte, ou à quelqu'endroit retiré dans le bois sacré ; mais Tacite lui-même décide en quelque maniere la question, lorsqu'il dit que Germanicus rasa ou détruisit jusqu'aux fondemens, le temple de Tanfana. (D.J.)


TANGS. m. terme de Commerce ; c'est une des especes de mousselines unies & fines, que les Anglois rapportent des Indes orientales : elle a seize aunes de longueur sur trois quarts de largeur. Tang est aussi une mousseline brodée à fleurs ; elle est de même aunage que l'unie. (D.J.)


TANGAS. f. (Commerce) monnoie d'argent, qui a cours chez les Tartares de la grande Bukharie, & qui vaut environ trente sols argent de France. Elle est frappée par le kan de ces provinces : d'un côté est le nom du pays, l'autre marque l'année de l'hégire ou de l'ere des mahometans.


TANGAGES. m. (Marine) c'est le balancement du vaisseau dans le sens de sa longueur. Ce balancement peut provenir de deux causes : des vagues qui agitent le vaisseau, & du vent sur les voiles, qui le fait incliner à chaque bouffée : le premier dépend absolument de l'agitation de la mer, & n'est pas susceptible d'examen ; & le second est causé par l'inclinaison du mât, & peut être soumis à des regles.

Lorsque le vent agit sur les voiles, le mât incline, & cette inclinaison est d'autant plus grande que ce mât est plus long, que l'effort du vent est plus considérable, que le vaisseau est plus ou moins chargé, & que cette charge est différemment distribuée.

La poussée verticale de l'eau, s'oppose à cette inclinaison, ou du-moins la soutient d'autant plus que cette poussée excéde le moment ou l'effort absolu du mât sur lequel le vent agit : à la fin de chaque bouffée, où le vent suspend son action, cette poussée releve le vaisseau, & ce sont ces inclinaisons & ces relevemens successifs qui produisent le tangage ; ce mouvement est très-incommode, & quand il est considérable, il est très-nuisible au sillage du vaisseau. Il est donc important de savoir comment on peut le modérer lorsqu'il est trop vif, ou l'accélérer, si cette accélération peut être utile à ce même sillage. Ces deux questions forment le fond de toute la théorie du tangage ; & comme tout ceci s'applique aux balancemens du vaisseau dans tous sens, la théorie du roulis sera aussi comprise dans les solutions suivantes.

On a vu que le mât avoit deux résistances à vaincre pour pouvoir incliner : premierement la pesanteur du vaisseau & sa charge ; & en second lieu la poussée verticale de l'eau. Voyez MATURE. Mais quand le vaisseau a incliné, & que la bouffée a cessé, cette poussée n'a d'autre obstacle à vaincre que son propre poids : or il est évident que ce soulevement dépend, 1°. de sa distance à la verticale, qui passe par le centre de gravité ; 2°. de sa situation à l'égard de ce même centre. Dans le premier cas, plus cette distance sera grande, plus grand sera l'effort de l'eau pour soulever le vaisseau, parce que la poussée sera multipliée par cette distance qui lui servira de bras de levier : ainsi le tangage sera d'autant plus grand, que l'inclinaison du mât, & par conséquent du vaisseau, sera considérable.

Considerons maintenant la situation du centre de la poussée verticale, à l'égard du centre de gravité du vaisseau ; & voyons ce que cette situation peut produire sur le tangage. Si le centre de gravité du vaisseau, & la poussée verticale de l'eau, coincidoient dans un même point, il n'y auroit rien à changer à ce que je viens de dire, & ce second cas reviendroit au premier ; mais si le centre de gravité est supérieur au centre de la poussée verticale, il est évident que la moindre impulsion peut faire tanguer le vaisseau, puisque le centre de sa pesanteur sera au-dessus de son point de suspension, conformément aux loix de la méchanique ; la poussée verticale de l'eau aura donc un grand avantage alors pour le relever, & par conséquent le tangage sera alors extrêmement prompt. Le contraire aura lieu, si le centre de gravité est au-dessous du centre de la poussée verticale, parce que le poids du vaisseau qui résistera à l'effort de l'eau, sera multiplié par sa distance à cette poussée ; d'où il faut conclure : 1°. que les balancemens du vaisseau seront d'autant plus grands, que l'inclinaison du vaisseau sera plus considérable : 2°. que la promtitude de ces balancemens augmentera en même proportion que l'accroissement de l'élévation du centre de gravité du vaisseau, au-dessus de la poussée verticale : & 3°. que les balancemens seront d'autant plus lents, que le centre de la poussée verticale sera élevé au-dessus du centre de gravité du vaisseau.

Tout ceci est dit en général sans aucune considération pour la figure du vaisseau ; cette figure peut encore contribuer à ralentir ou à favoriser le tangage, suivant qu'elle résistera à l'impulsion de l'eau, lors de l'inclinaison ; & il est certain que moins cette figure aura de convexité, plus elle résistera au tangage. Ce seroit donc un avantage de donner peu de rondeur aux vaisseaux ; mais cet avantage est balancé par d'autres pour le moins aussi importans.


TANGAPATAN(Géog. mod.) ville des Indes, au royaume de Travançor, sur la côte de Malabar, à huit lieues du cap de Comorin. Long. 96. 20. latit. 8. 19. (D.J.)


TANGARAS. m. (Hist. nat. Ornitholog.) nom d'un oiseau du Bresil, dont on distingue deux especes. La premiere est de la grosseur d'un verrier ; sa tête & son col sont d'un beau verd de mer lustré, avec une tache noire sur le front, précisément à l'insertion du bec ; le dessus du dos est noir, & le bas est jaune ; son ventre est d'un très-beau bleu, & le pennage de ses aîles est nuancé de bleu & de noir, ainsi que sa large queue. Il se nourrit de graines, & on en tient en cage à cause de sa beauté ; mais il n'a pour tout chant que la note zip, zip.

La seconde espece de tangara est de la grosseur du moineau domestique ; sa tête est d'un rouge éclatant & agréable ; son dos, son ventre, & ses aîles, sont d'un noir de jais ; ses cuisses sont couvertes de plumes planches, avec une grosse tache rouge sanguine ; ses jambes sont grises ; sa queue est courte. Marggravii, hist. Brasil. (D.J.)


TANGENTES. f. (Géom.) tangente du cercle, c'est une ligne droite qui touche un cercle, c'est-à-dire qui le rencontre de maniere qu'étant infiniment prolongée de part & d'autre, elle ne le coupera jamais, ou bien qu'elle n'entrera jamais au-dedans de la circonférence. Voyez CERCLE.

Ainsi la ligne A D (Planch. Géométr. fig. 50.) est une tangente du cercle au point D.

Il est démontré en Géométrie, 1°. que si une tangente A D & une sécante A B sont tirées du même point A, le quarré de la tangente sera égal au rectangle de la sécante entiere, A B & de sa portion A C qui tombe hors du cercle. Voyez SECANTE.

2°. Que si deux tangentes A D, A E sont tirées au même cercle du même point A, elles seront égales entr'elles.

TANGENTE, en Trigonométrie. Une tangente d'un arc A E est une ligne droite E F (fig. 1. Trigonomét.) élevée perpendiculairement sur l'extrémité du diametre, & continuée jusqu'au point F où elle coupe la sécante C F, c'est-à-dire une ligne tirée du centre par l'autre extrêmité A de l'arc A E. Voyez ARC & ANGLE.

Ainsi la tangente de l'arc E A est une partie d'une tangente d'un cercle, c'est-à-dire d'une ligne droite qui touche un cercle sans le couper, interceptée entre deux lignes droites tirées du centre C par les extrêmités de l'arc E A. La ligne F E est la tangente de l'angle ACE, comme aussi de l'angle A C I ; desorte que deux angles adjacens n'ont qu'une même tangente commune.

Co-tangente ou tangente du complément, c'est la tangente d'un arc qui est le complément d'un autre arc à un quart de cercle. Voyez COMPLEMENT.

Ainsi la tangente de l'arc A H seroit la co- tangente de l'arc A E, ou la tangente du complément de l'arc A E.

Trouver la longueur de la tangente d'un arc quelconque, le sinus de l'arc étant donné. Supposons l'arc AE, le sinus donné A D, & la tangente cherchée E F. Puisque le sinus & la tangente sont perpendiculaires au rayon E C, ces lignes sont paralleles entr'elles : ainsi le co-sinus D C est au sinus A D comme le sinus total est à la tangente E F. Voyez SINUS.

C'est pourquoi ayant une table des sinus, on construit facilement une table des tangentes.

Les tangentes artificielles sont les logarithmes des tangentes des arcs. Voyez LOGARITHME.

La ligne des tangentes est une ligne que l'on met ordinairement sur le compas de proportion. Voyez en la description & l'usage à l'article COMPAS DE PROPORTION.

Tangente d'une section conique, comme d'une parabole, c'est une ligne droite qui ne touche ou qui ne rencontre la courbe qu'en un point, sans la couper ou sans entrer dedans. Voy. CONIQUE, COURBE, &c.

En général, tangente d'une ligne courbe est une ligne droite qui étant prolongée de part & d'autre du point où elle rencontre cette courbe, est telle que les deux parties à droite & à gauche de cette ligne, tombent hors de la courbe, & qu'on ne puisse mener par ce même point aucune ligne droite qui soit entre la courbe & la tangente, & dont les deux parties soient situées hors de la courbe.

Méthode des tangentes. C'est une méthode de déterminer la grandeur & la position de la tangente d'une courbe quelconque algébrique, en supposant que l'on ait l'équation qui exprime la nature de cette courbe.

Cette méthode renferme un des plus grands usages du calcul différentiel. Voyez DIFFERENTIEL.

Comme elle est d'un très-grand secours en Géométrie, elle semble mériter que nous nous y arrêtions ici particulierement. Voyez SOUS-TANGENTE.

Trouver la sous-tangente d'une courbe quelconque algébrique. Soit la demi-ordonnée p m infiniment proche d'une autre ordonnée P M (Pl. anal. fig. 13.), P p sera la différentielle de l'abscisse ; & abaissant la perpendiculaire m R = P p, R m sera la différentielle de la demi-ordonnée. C'est pourquoi tirant la tangente T M, l'arc infiniment petit M m ne différera pas d'une ligne droite. Ainsi M m R sera un triangle rectangle rectiligne appellé ordinairement le triangle différentiel ou caractéristique de la courbe ; à cause que les lignes courbes sont distinguées les unes des autres par le rapport variable des côtés de ce triangle.

Or à cause du parallélisme des lignes droites m R & T P l'angle M m R = M T P ; ainsi le triangle M m R est semblable au triangle T M P. Soit donc A P = x, P M = y, on aura P p = m R = d x, & R M = d y. Par conséquent

R M. m R : : P M. P T

d y. d x : : y.

Présentement si on substitue, dans l'expression générale de la sous- tangente P T, la valeur de d x prise de l'équation donnée d'une courbe quelconque, les quantités différentielles s'évanouiront, & la valeur de la sous- tangente sera exprimée en quantités ordinaires ; d'où l'on déduit aisément la détermination de la tangente ; ce que nous allons éclaircir par quelques exemples.

1°. L'équation qui exprime la nature de la parabole ordinaire est

a x = y²

d'où l'on tire a d x = 2 y d y.

& d x =

donc P T = = <2y2dy/ady> = <2y2/a> = <2ax/a> = 2 x. C'est-à-dire que la sous-tangente est double de l'abscisse.

2°. L'équation du cercle est

a x - x x = y y

donc a d x - 2 x d x = 2 y d y

& d x = <2ydy/a-2x

donc P T = = = = =

3°. L'équation d'une ellipse est

a y 2 = a b x - b x 2

ainsi a y d y = a b d x - 2 b x d x . = d x

P T = = = = .

Soit a y m + b x n + c y r x s + e = 0, qui est l'équation pour un grand nombre de courbes algébriques,

m a y m - 1 d y + n b x n - 1 d x + s c y r x s - 1 d x + r c y r - 1 x s d y = 0

n b x n - 1 d x + s c y r x s - 1 d x = - m a y m - 1 d y - r c y r - 1 x s d y

d x = -

P T =

Supposons, par exemple y 2 - a x = 0 ; alors, en comparant avec la formule générale, on a

a y m = y² b x n = - a x

a = 1. m = 2 b = - a. n = 1

c y r x s = 0 e = 0

c = 0. r = 0. s = 0

En substituant ces valeurs dans la formule générale de la sous- tangente, on a la sous- tangente de la parabole du premier genre = 2 y 2 : a.

Supposant y 3 - x 3 + a x y = 0, alors on aura

A y m = y 3 ; b x n = - x 3 ; a = 1 ; m = 3 ; b = 1 ; n = 3.

C y r x s = - a x y ; e = 0

C = - a r = 1 ; s = 1

En substituant ces valeurs dans la formule générale de la sous- tangente, on a la sous- tangente de la courbe dont l'équation est donnée, P T = (- 3 y 3 + a y x) : (- 3 x 2 - a y) = (3 y 3 - a x y) : (3 x 2 + a y) ; par conséquent A T = (3 y 3 - a x y) : (3 x 2 + a y) - x = (3 y 3 - a x y - 3 x 3 - a x y) : (3 x 2 + a y) = (3 a x y - 2 a x y) : 3 x 2 + a y ; la valeur de y 3 - x 3, c'est-à-dire a x y : (3 x 2 + a y) étant substituée après l'avoir prise de l'équation de la courbe.

Quand l'expression de la sous- tangente est négative, c'est une marque que cette sous- tangente tombe du côté opposé à l'origine A des x, comme dans la fig. 13. Au contraire, quand la sous- tangente est positive, elle tombe du côté de A, comme dans les fig. 12. 14. n °. 1. & 14. n °. 2.

Quand la sous- tangente est infinie, alors la tangente est parallele à l'axe des x, comme dans les fig. 15. 16. 17.

Méthode inverse des tangentes. C'est une méthode de trouver l'équation ou la construction de quelque courbe par le moyen de la tangente ou de quelque autre ligne, dont la détermination dépend de la tangente donnée.

Cette méthode est une des plus grandes branches du calcul intégral. Voyez INTEGRAL.

Nous allons donner son application dans ce qui suit. Les expressions différencielles de la tangente, de la sous- tangente, &c. ayant été exposées dans l'article précédent ; si l'on fait la valeur donnée égale à l'expression différencielle, & que l'on integre l'équation différencielle, ou qu'on la construise, si on ne peut pas l'intégrer, on aura la courbe que l'on cherche : par exemple.

1°. Trouver la ligne courbe, dont la sous- tangente = 2 y y : a. Puisque la sous- tangente d'une ligne algébrique est = y d x : d y, on a

y d x : d y = 2 y y : a

& a y d x = 2 y ² d y

donc a d x = 2 y d y

donc a x = y ²

ainsi la courbe cherchée est une parabole dont on a donné la construction à l'article PARABOLE.

2°. Trouver la courbe, dont la sous- tangente est une troisieme proportionnelle à r - x & y.

Puisque r - x : y = y :

nous avons

r - x : y = d y : d x

& r d x - x d x = y d y

donc r x - 1/2 x ² = 1/2 y ²

donc 2 r x - x x = y ²

ainsi la courbe cherchée est un cercle.

3°. Trouver une ligne où la sous- tangente soit égale à la demi-ordonnée.

Puisque

y d x ; d y = y

y d x = y d y

d x = d y

x = y

il paroît donc que la ligne cherchée est une ligne droite.

4°. Pour trouver une courbe dont la sous- tangente soit constante, on aura = a, donc = ; c'est l'équation d'une logarithmique, qui se construira par la quadrature de l'hyperbole. Voyez HYPERBOLE & LOGARITHMIQUE.

Ces exemples suffisent dans un ouvrage tel que celui-ci, pour donner une idée de la méthode.

La méthode des tangentes est expliquée avec beaucoup de clarté, & appliquée à beaucoup d'exemples dans la seconde & la neuvieme sections de l'analyse des infiniment petits par M. le marquis de l'Hôpital. Voyez aussi, sur quelques difficultés de cette méthode, les Mém. de l'acad. de 1716 & 1723. Ces difficultés ont lieu, lorsque le numérateur & le dénominateur de la fraction qui expriment la sous- tangente, deviennent l'un & l'autre égaux à zéro. C'est ce qui arrive dans les points où il y a plusieurs branches qui s'entrecoupent ; alors il faut différentier deux fois l'équation de la courbe, & la fraction (d x)/(d y) se trouve avoir autant de valeur qu'il y a de branches. On peut voir sur cela, outre les mémoires cités, un mémoire de M. Camus, dans le volume de l'académie 1747, où cette matiere est exposée & discutée fort clairement. (O)


TANGER(Géog. mod.) par les anciens Romains Tingis, & par les Africains Tanja, ville d'Afrique au royaume de Fez. C'étoit la capitale de la colonie romaine dans la Mauritanie tingitane, & c'est de-là que partirent depuis les Maures qui soumirent l'Espagne. Tant qu'elle leur appartint elle brilla par sa splendeur, par ses édifices, & par ses environs, décorés de jardins & de maisons de plaisance, à cause des eaux qui s'y trouvent. Elle est bâtie dans une belle situation, à 50 lieues de Fez, du côté du nord, sur la côte de l'Océan, près du détroit de Gibraltar, qu'on y traverse en quelques heures. La mer s'élargit en avançant vers l'est. Son terrein n'est pas fertile, mais ses vallons sont arrosés par des sources, où l'on recueille en abondance des fruits de toute espece.

Les rois de Portugal firent des efforts dans le quinzieme siecle pour s'emparer de Tanger. Edouard roi de Portugal, y envoya son fils don Ferdinand pour assieger cette place en 1437, & ce fut sans succès. Le roi Alphonse fut encore obligé d'en lever le siege en 1463 ; mais ayant pris Arzile en 1471, les habitans de Tanger effrayés de cet événement, abandonnerent eux-mêmes leur ville, dont le duc de Bragance se mit en possession, l'on chanta des te Deum de cette conquête, non-seulement en Portugal, mais dans toute l'Andalousie, la Castille, & le royaume de Grenade.

En 1662, cette place fut donnée à Charles II. roi d'Angleterre, pour la dot de sa femme, l'infante de Portugal. Elle étoit alors défendue par deux citadelles ; mais comme les fraix qu'il en coutoit pour entretenir les ouvrages & la garnison, consommoient & au-delà, les avantages qu'on pouvoit en retirer, les Anglois céderent la place démantelée en 1684, aux rois de Maroc, qui en jouissent aujourd'hui. Long. suivant Ibn-Saïd, 8. 31. lat. 35. 30. Long. suivant Harrès, 15. 54. 15. lat. 35. 55. (D.J.)

TANGER, le, (Géog. mod.) petite riviere d'Allemagne, dans la vieille marche. Elle a sa source près du village de Colbits, & se jette dans l'Elbe à Tangermund, petite ville à laquelle elle donne son nom.


TANGERMUND(Géog. mod.) ville d'Allemagne, dans le cercle de la basse-Saxe, à l'embouchure du Tanger dans l'Elbe, à dix lieues au nord-ouest de Brandebourg, & à deux de Standel. Long. 29. 43. latit. 62. 34.


TANGIBLEvoyez l'article TACTILE.


TANGO(Géog. mod.) une des huit provinces de la contrée froide du nord de l'empire du Japon ; elle a une journée & demie de largeur du sud au nord, & se partage en cinq districts ; c'est un pays passablement bon, & la mer le fournit abondamment de poissons, d'écrevisses, &c. (D.J.)


TANGUE DE MER(Hist. nat.) sorte de sable marin. Ce sable que les riverains des côtes maritimes de la basse Normandie ramassent sur les terres basses de la mer, pour la culture & l'engrais de leurs terres, ou pour en former le sel au feu, est une espece de terre sablonneuse beaucoup plus legere que les sables communs des fonds de la mer & du bord des côtes ; ces derniers sont ordinairement blancs, roussâtres, jaunes, & d'autres nuances, suivant la nature de ces fonds ; ils sont aussi lourds, denses & pierreux ; la tangue au-contraire est très-légere, & approche plus de la qualité de la terre ; c'est aussi par cette raison qu'elle se charge plus aisément du sel de l'eau de la mer.

La marée rapporte journellement la tangue le long des côtes des amirautés de Granville, Coutances, Port-Bail & Carteret, Cherbourg & d'Isigny ; les riverains voisins de ces côtes, & même les laboureurs éloignés de plusieurs lieues de la mer, viennent la chercher.

Les uns répandent la tangue telle qu'ils l'apportent du rivage ; les autres en font des tas, qu'ils nomment tombes & forieres, qu'ils forment de cette tangue, & de bonnes terres qu'ils mêlent ensemble, & quand ce mêlange a resté quelque tems en masse, où il se meurit, les laboureurs le répandent sur les terres qu'ils veulent ensemencer.

Les laboureurs & les sauniers connoissent quatre especes de tangue ; ils nomment la premiere la tangue legere ; elle est de couleur de gris-blanc ou cendrée claire, & la vivacité du soleil en rend la superficie toute blanche ; il y a tangue usée, que ces ouvriers rejettent après qu'ils en ont deux ou trois fois tiré le sel.

La tangue legere est celle que l'on ramasse sur la superficie des marais salans, & sur les terres voisines des embouchures des rivieres où la marée l'apporte facilement à cause de sa légereté ; cette espece de sable est fort impregnée de la qualité du sel marin, on le ramasse avec un rateau formé du chanteau du fond d'un tonneau ; plus le soleil est vif, plus cette tangue a de qualité, parce qu'elle est plus chargée de sel ; ceux qui la ramassent n'en enlevent souvent que l'épaisseur au plus de deux lignes ; c'est cette espace de sable que les sauniers recueillent pour la formation du sel au feu, & celle que prennent les laboureurs éloignés du bord de la mer pour échauffer leurs terres ; cette tangue étant par sa légereté plus facile à transporter. On la trouve quelquefois à plusieurs lieues de la côte.

On ramasse la tangue ordinairement en hiver, tems où l'on n'est point occupé à la culture de la terre, ni à leurs récoltes, & où les sauniers la négligent ; ils préférent pour ce travail les chaleurs de l'été.

La deuxieme espece de tangue se nomme par les riverains tangue forte ; elle est poussée, de même que la premiere, par la marée, vers la côte où elle se repose, & souvent s'augmente de maniere qu'il s'y en trouve de l'épaisseur de 15 à 18 pouces ; cette tangue se pourrit en quelque maniere ; elle devient alors d'une couleur de noir d'ardoise, elle n'est d'aucun usage pour les sauneries, elle ne sert qu'aux riverains bordiers voisins de la mer ; elle est trop lourde pour être emportée loin comme la tangue légere ; elle n'a pas aussi tant de qualité, mais on y supplée par la quantité qu'on en met sur les terres, les laboureurs la font ramasser en tout tems ; on la tire avec la bêche, comme on fait la terre forte, & ceux qui en ont besoin l'enlevent avec des charrois, ou sur des chevaux.

La troisieme espece de tangue est celle qui provient des tangues légeres qui ont déja servi à l'usage des sauniers, & dont ils font pendant les chaleurs de l'été des amas ou meulons autour de leurs sauneries ; & lorsqu'ils en ont tiré, autant qu'il leur est possible, le sel, ils la transportent durant les chaleurs sur le fond de leurs marais salans qu'ils labourent ; ils y passent ensuite la herse, & unissent cette terre sablonneuse avec un instrument, qu'ils nomment haveau, ce qu'ils font peu de tems avant les pleines mers des grandes marées qui couvrent alors leurs marais.

Cette culture échauffe le sol, & rend cette tangue plus propre à s'imbiber de nouveau du sel marin ; les sauniers ramassent ensuite la tangue, l'ardeur du soleil la fait blanchir, & ils la rapportent autour de leurs sauneries pour en faire un nouvel usage.

La derniere espece de tangue est la tangue usée ; c'est celle que les sauniers avoient ramassée sur le terrain de leurs salines qu'ils avoient cultivé & dont ils ont tiré une seconde fois le sel ; ces ouvriers après ce second usage rebutent ordinairement cette tangue, comme moins propre à reprendre de nouveau la qualité du sel ; les riverains la viennent enlever, comme on fait la tangue forte, & s'en servent de même pour la culture de leurs terres ; il reste à cette derniere assez de qualité pour l'usage des labours, & d'ailleurs elle est beaucoup moins lourde que la tangue forte, & se peut enlever plus loin.

Il ne se fait aucun commerce de la tangue, parce que ce sont ceux qui en ont besoin qui la viennent eux-mêmes enlever pour la transporter sur les terres ; cette sorte d'engrais est libre comme le sel marin, & le varech de flot que la marée rejette journellement à la côte, & qui appartient aux premiers qui le ramassent, soit qu'ils soient du territoire où ces engrais se prennent ou des paroisses éloignées qui n'ont pas droit de faire la coupe & la recolte du varech vif, croissant sur les côtes des paroisses maritimes, aux habitans desquelles ces herbes appartiennent exclusivement.

Quelques seigneurs riverains prétendent cependant avoir le droit exclusif de vendre cette tangue, poussée par la mer le long des côtes de leurs territoires, ce qui ne peut se soutenir sans titres de la qualité prescrite par l'ordonnance.

Quelquefois aussi les riverains pour s'exempter de la peine de ramasser la tangue, achetent celle que les sauniers ont recueillie pour avancer leur travail, & ne point perdre leur tems à ramasser la tangue, dont ils ont besoin pour la culture de leurs terres.


TANGUERv. n. (Gramm.) c'est balancer de poupe à proue. Voyez TANGAGE.


TANGUEURou GABARIERS, s. m. pl. (Marine) ce sont des porte-faix, qui servent à charger & à décharger les grands bâtimens.


TANGUT(Géog. mod.) royaume d'Asie, dans la Tartarie chinoise. Il est borné au nord par les états du grand chan des Calmoucks, au midi par la province d'Ava, au levant par la Chine, & au couchant par les états du Mogol. On le divise en deux parties, dont la septentrionale est appellée le Tibet, & la méridionale le Tangut propre. C'est le patrimoine du dalaï-lama qui est le souverain pontife de tous les Tartares payens ; mais il ne se mêle que du spirituel : le contaisch, grand chan des Calmoucks, gere le temporel. Le dalaï-lama habite un couvent qui est sur le sommet d'une haute montagne, dont le pié est occupé par plusieurs centaines de prêtres de sa secte. Le royaume de Tangut s'étend depuis le 94 jusqu'à 100 degré de longit. & depuis le 30 deg. jusqu'au 35 de latit. (D.J.)

TANGUT, (Géog. mod.) ville du Turquestan, que les Arabes appellent Tanghikunt ; elle est fort proche de la ville d'Illock, au-delà des fleuves Gihon & Sihon. Long. selon Abulfeda, 91. lat. septent. 43.


TANHÉTANHÉS. m. (Hist. nat. Bot.) plante de l'île de Madagascar ; elle est très-astringente : on s'en sert pour arrêter le sang des plaies.


TANIS. m. (Hist. nat. Bot. exot.) espece de prunier des Indes orientales, qui porte un fruit en forme de poire, de la grosseur d'une bonne prune, dont la pulpe est verte, succulente, insipide & pleine de suc. Cette prune est couverte d'une peau unie, rouge & luisante ; elle contient un noyau oblong, dans lequel il y a une amande blanche, agréable au goût, & assez semblable à celle de l'aveline. (D.J.)

TANI, terme de Commerce, c'est la meilleure des deux especes de soie crue que les Européens tirent du Bengale ; l'autre s'appelle monta, qui n'est proprement que le fleuret.


TANIERES. f. (Gramm.) retraite des bêtes sauvages. C'est ou le fond d'un rocher, ou quelque cavité souterraine, ou le touffu d'une forêt. On dit la taniere d'un renard, d'un ours, d'un lion. Il se prend aussi quelquefois au figuré, & l'on appelle taniere, la demeure d'un homme vorace, solitaire & méchant.


TANIS(Géog. anc.) ville de la basse Egypte, située près de la seconde embouchure, ou du second bras du Nil, qui en fut appellé bouche Tanitique, Taniticum ostium.

La fameuse Tanis qui étoit, suivant les itinéraires, à 44 milles de Péluse vers l'occident, & sur un canal qui portoit son nom, subsiste encore aujourd'hui auprès de la même embouchure. Les Portulans qui la placent 60 milles marins à l'orient de Damiette, la nomment la bouche de Tennès ou Ténexe. Edrissi fait mention dans sa géographie, de la ville & du lac de Tinnis, qui a 30 milles de longueur d'orient en occident, & qui communique à un autre lac qui s'étend jusqu'auprès de Damiette. Le P. Sicard parle de ces deux lacs, & leur donne 66 milles pas de l'est à l'ouest. Ils commencent au château de Tiné, & s'étendent jusqu'à Damiette, étant joints en cet endroit au bras du Nil, par un canal de 1500 pas : l'eau en est jaunâtre ; ils sont très-poissonneux, & contiennent plusieurs îles, entre lesquelles est celle de Tanah, où il y a un ancien siege épiscopal, qui a toujours subsisté sous les Mahométans : Elmacin en fait mention à l'année 939 de J. C. Les Arabes fonderent, l'année même de la conquête de l'Egypte, une seconde ville de Tanis, dans une autre île de ce lac, où il y avoit quelques anciennes ruines. Cette nouvelle Tanis est devenue dans la suite assez considérable pour avoir une chronique particuliere, sous le titre de tarickh Tinnis.

La ville de Tanis est une des plus anciennes de l'Egypte : car sans vouloir rien conclure de ce qu'il en étoit parlé dans l'histoire fabuleuse d'Isis & d'Osiris, tradition qui prouve cependant l'idée qu'on avoit de son antiquité ; je me contenterai d'observer que dans le livre des Nombres, il est dit en parlant de la ville d'Hébron, déja florissante au tems d'Abraham, que sa fondation précédoit de sept ans celle de Tzoan : les septante, qui ont fait leur traduction en Egypte, rendent ce nom par celui de Tanis.

Cette ville subsiste donc depuis près de 4000 ans ; & elle est encore sur le bord de la mer. Le lac dans lequel est la ville de Tanis, n'est séparé de la mer que par une langue de sable de trois milles de largeur. Il faut conclure de-là que cette partie de la côte d'Egypte n'a reçu aucun changement. Si cette côte s'avançoit sans-cesse dans la mer, comme on le suppose, ce progrès, quelque lent qu'il fût, auroit éloigné la mer de la ville de Tanis, pendant cette durée de 4000 ans ; & cette ville se trouveroit aujourd'hui à une assez grande distance en-deçà de la mer. Mém. des Inscript. tome XVI. p. 369. (D.J.)


TANISTRIES. f. (Gram. & Jurisprud.) ou loi tanistria, ainsi appellée de tanistri, terme anglois qui signifie héritier présomptif, étoit une loi municipale d'Angleterre qui déferoit les biens du défunt à son parent le plus âgé & le plus capable de gouverner les biens, sans avoir égard à la proximité du degré. C'étoit proprement la loi du plus fort : ce qui causoit souvent de sanglantes guerres dans les familles. C'est pourquoi cette loi fut abolie sous le regne de Jacques premier, roi d'Angleterre, & sixieme roi d'Ecosse de ce nom. Voyez Larrey. (A)


TANITICUS NOMUS(Géog. anc.) ou TANITES, la Tanitide, préfecture de la basse Egypte, le long de la branche du Nil, appellée taniticum ostium, bouche tanitique. Sa métropole étoit Tanis. (D.J.)


TANJou TANJOU, s. m. (Hist. mod.) c'est le nom que les anciens turcs ou tartares donnoient à leurs souverains, avant que de sortir de la Tartarie pour faire des conquêtes en Asie.


TANJAORROYAUME DE, (Géog. mod.) ou TANJAOUR, petit royaume des Indes sur la côte de Coromandel. Il est borné au nord par celui de Gingi, au midi par le Marava, au levant par le royaume de Maduré. C'est le meilleur pays de toute l'Inde méridionale ; le fleuve Caveri l'arrose & le fertilise. Les principaux lieux de la côte sont Tranquebar, qui appartient aux Danois, & Négapatan aux Hollandois. Le chef-lieu dans les terres, est Tanjaor capitale. (D.J.)

TANJAOR, (Géog. mod.) ou TANJOUR, ville de l'Inde méridionale, capitale du royaume de même nom, sur la côte de Coromandel, au bord d'un bras du fleuve Caveri : c'est la résidence d'un roi du pays. Long. suivant le P. Boucher jésuite, 96. 33. latit. 11. 27.


TANJEBSS. m. terme de Commerce, on appelle ainsi certaines mousselines, ou toiles de coton doubles, cependant un peu claires, qui viennent des Indes orientales, particulierement de Bengale. Les unes sont brodées de fil de coton, & les autres unies ; les brodées ont seize aunes à la piece, sur trois quarts de large ; & les unies seize aunes de long, sur sept - huit de large. Diction. de Comm. (D.J.)


TANNAIMS. m. (Hist. des Juifs) nom ancien des savans Juifs qui enseignerent dans les synagogues jusqu'au tems de la Misna, la loi orale ou la doctrine des traditions. Le mot Tannaïm est un dérivé de tanah qui signifie en chaldéen donné par tradition ; & il revient au mot hébreu shanah, d'où est tiré celui de misna, ce livre si célebre parmi les Juifs, & qui n'est composé que de la tradition de leurs docteurs. Voyez MISNA. (D.J.)


TANNES. f. (Physiolog.) Les tannes sont l'humeur sébacée de la sueur & de la transpiration retenue dans ses petits canaux excrétoires.

La portion qui couvre le bout du nez, des aîles du nez & du menton, &c. est chargée d'un grand nombre de follicules sébacées qui produisent une secrétion d'un liquide huileux, lequel demeure arrêté dans les petits canaux excrétoires par une transpiration retenue, à cause du défaut de chaleur qui la rend moins abondante dans cette partie. Cette humeur arrêtée s'épaissit & se durcit dans les follicules, d'où on la fait sortir en forme de petits vers par l'expression, & avec une épingle.

Les tannes ne sont donc autre chose qu'une humeur blanchâtre, huileuse & terreuse de la sueur retenue dans les follicules sébacées du menton, du bout du nez, qui forme comme des mailles, tandis que la matiere qui leur servoit de véhicule s'évapore par la chaleur & la transpiration. Cette matiere remplit peu-à-peu ces follicules ou mailles ; alors il en regorge une partie par les petits trous excrétoires qui sont sur la peau.

Comme cette matiere est tenace & gluante, elle retient la crasse & la poudre qui vole sur le visage ; & quoiqu'on l'essuie souvent, non - seulement on n'emporte pas la crasse qui s'est placée sur les extrêmités des tannes qui sont dans les enfoncemens de ces trous ; mais au contraire le linge qui essuie le visage, la ramasse & la presse dans ces creux, où elle reste & produit ces petits points noirs, qui paroissent dans les pores de presque tous les nez, & qui forme le petit bout noir de la tanne quand on la fait sortir de son trou, en la pinçant d'une certaine façon.

Voilà ce qui persuade les personnes peu instruites, que les tannes sont des vers qui s'engendrent dans la peau, & que ce petit point en est la tête, au-lieu que c'est un petit peloton de l'humeur sébacée & dessechée dans les réseaux de la peau, dont la petite extrêmité qui regarde le jour, est sale & crasseuse par la poudre qui sans-cesse vole dessus, & en est retenue par la matiere gluante de la tanne même. Il doit paroître plus de tannes sur le nez & sur le menton qu'aux autres endroits du visage, à cause de leur plus grand nombre de follicules sébacées.

C'est donc sans fondement qu'on a pris les tannes pour des vers, mais je crois plus, c'est que très-souvent on s'est trompé, quand on a cru, par des incisions, avoir tiré des vers du nez, des sourcils & des différentes parties du visage. En effet, sans vouloir nier qu'effectivement il se trouve quelquefois des vers dans le nez, dans les sourcils & dans d'autres parties extérieures du corps humain, il est constant qu'on se fait très - souvent illusion sur cet article, & que ce que l'on prend pour des vers, n'est communément que du pus épaissi. Lorsqu'un bouton a suppuré sans qu'on en ait fait sortir la matiere, elle s'y fige, & devient de la consistance d'une pâte. Le bouton reste ouvert, & le pus qui le remplit paroît sur cette ouverture comme une tache brune, parce que l'air en a séché & durci le dessus ; c'est cette tache que l'on prend pour la tête d'un ver, il faut le faire sortir. On presse le bouton ; le pus en sortant par l'ouverture du bouton, prend une forme cylindrique, c'est le ver qui sort la tête la premiere. La pression n'étant pas de tous côtés égale, ce pus ne sort pas par-tout en égale quantité, cela fait qu'il se recoquille en divers sens, & voilà le ver qui sort vivant, & qui fait des contorsions. En faut-il davantage pour établir une opinion populaire ? On n'auroit cependant qu'à toucher ce prétendu ver, pour se convaincre qu'il n'étoit rien moins que ce qu'on le croyoit, & c'est ce dont on ne s'avise pas.

Mais les dames seront plus curieuses d'un bon remede contre les tannes, que de toute notre physiologie, il faut bien les satisfaire. Le fiel de boeuf dégagé de sa partie terreuse & grasse, de la maniere que M. Homberg l'enseigne dans les Mém. de l'acad. des Sciences, année 1709. p. 360. sera ce remede qu'il convient d'employer de la maniere suivante.

Prenez une drachme & demie de la liqueur rouge & clarifiée du fiel de boeuf, après qu'elle aura été deux ou trois mois exposée au soleil en été, & autant d'huile de tartre par défaillance ; ajoutez-y une once d'eau de riviere ; mêlez-les bien ensemble, & tenez-les dans une phiole bien bouchée ; il ne faut pas faire beaucoup de ce mêlange à-la-fois, parce qu'il ne se conserve pas long-tems. Pour s'en servir, l'on mouille un doigt dans ce mélange, on en tappe l'endroit où sont les tannes, on le laisse sécher, & on en remet ; l'on fait cela sept à huit fois par jour, jusqu'à ce que l'endroit étant sec, commence à devenir rouge, alors on cesse d'en mettre ; on sentira une très-légere cuisson, ou plutôt une espece de chatouillement, & la peau se fera un peu farineuse pendant un jour ou deux ; la farine étant tombée, les tannes seront effacées pendant cinq ou six mois de tems ; ensuite il faudra recommencer le même remede : si après sa premiere application, c'est-à-dire, la farine étant tombée, les tannes n'étoient pas tout-à-fait effacées, il en faudroit appliquer deux fois de suite.

Ce remede du fiel de boeuf étant une espece de lessive, elle entre peu-à-peu dans les pores, où elle détrempe & dissout entierement la tanne. Et comme dans cet état la tanne occupe beaucoup plus de place qu'elle ne faisoit auparavant, la plus grande partie de sa substance sort de son creux, & s'en va en farine ; il faut un tems assez considérable pour remplir de nouveau ces creux. (D.J.)

TANNES, s. f. pl. (Mégiss.) petites marques qui restent sur les peaux des bêtes fauves, même apprêtées : ce sont les marques des insectes qui les ont piquées. (D.J.)


TANNÉparticipe du verbe tanner. Voyez TANNER.

TANNE, s. m. (terme de Tanneur) c'est du tan mêlé de chaux, tel qu'on le retire des fosses lorsqu'on les vuide, & qui a servi à préparer les cuirs. Le tanné n'est pas perdu, pour avoir servi ; on en fait des mottes à brûler.

TANNE, en termes de Blason, se dit d'une couleur brillante, faite de rouge & de jaune mêlés ensemble. Les Graveurs l'expriment par des lignes diagonales, qui partent du chef senestre, comme le pourpre dont ils distinguent cette couleur par un T. Voyez POURPRE.

Dans les cottes d'armes de tous ceux qui en Angleterre sont au-dessous du degré des nobles, cette couleur s'appelle tanné, dans celles des nobles hyacinthe, & dans celles des princes, tête ou sang de dragon.

TANNEE, couleur, (Teinturerie) sorte de couleur qui ressemble à celle du tan ou de la chataigne, & qui tire sur le roux obscur. Une étoffe tannée, un drap tanné sont une étoffe, un drap de cette couleur. (D.J.)

TANNEE, fleurs de la, (Botan.) les ouvriers employés au tan ont donné le nom de fleurs de la tannée à plusieurs touffes d'une espece de gazon de belle couleur jaune matte, dispersées en différens endroits sur le haut des monceaux de tan qui ont servi plusieurs mois à tanner & couvrir des cuirs de boeufs, qu'on range par lits l'un sur l'autre dans des fosses faites à cet usage ; ensuite de quoi ce tan retiré des mêmes fosses est mis en gros tas.

Ce tan, après avoir servi, est alors appellé par les ouvriers de la tannée, & cette matiere ne sert plus qu'à faire des mottes, dont on sait que les pauvres se servent, faute de bois, pendant l'hiver.

Les touffes en maniere de gazon dont on vient de parler, sont donc la végétation connue chez les Tanneurs sous le nom de fleurs de la tannée. Cette végétation sort de la substance de la tannée en une espece d'écume, qui peu-à-peu s'épaissit en consistance de pâte molle, de couleur jaune-citron, & de l'épaisseur de six à huit lignes.

A mesure que cette plante végete, sa surface devient poreuse & spongieuse, bouillonnée, remplie d'une infinité de petits trous de différens diametres, dont les interstices forment une espece de rézeau plus ou moins régulier, & souvent interrompu par des bouillons qui s'élevent un peu au-dessus de la superficie de cette matiere ; quand elle est à son dernier point d'accroissement, elle a plus de rapport à la surface d'une éponge plate & fine, qu'à toute autre végétation. Sa couleur augmente toujours jusqu'au jaune doré, & alors elle devient un peu plus solide en se desséchant en l'air.

On n'apperçoit dans la matrice de cette végétation aucunes fibres qu'on puisse soupçonner être ou faire les fonctions de racine pour la production de cette végétation qui a d'abord une légere odeur de bois pourri, laquelle augmente par la suite. Sa saveur a quelque chose du stiptique.

La tannée sur laquelle elle croît, est alors de couleur brune, dure, foulée & plombée, quoique fort humide, & dans l'instant de cette production, la tannée a une chaleur aussi considérable depuis sa surface jusqu'à un demi-pié de profondeur, que si elle avoit été récemment abreuvée d'eau tiede.

Pendant le premier jour de la naissance de la végétation, elle paroît fort agréable à la vue, légere, & comme fleurie, lorsque les portions de gazon qu'elle forme, s'étendent circulairement en façon de lobes, jusqu'à dix ou douze pouces de diametre ; mais si par hasard elle se trouve naître en un lieu exposé au midi (ce qui lui est favorable pour sa production & non pour sa durée), les rayons du soleil la résolvent dès le second jour en une liqueur bleue-jaunâtre, laquelle en peu de tems se condense, & se convertit entierement en une croute seche épaisse d'environ deux lignes.

La végétation ayant ainsi disparu, on trouve quelques jours après sous cette croute, une couche, ou lit de poussiere noire, très-fine, qui a assez de rapport à la poussiere qu'on découvre dans le lycoperdon, & qui ici pourroit être de la tannée dissoute, puis desséchée, & enfin convertie en une espece de terreau réduit en poudre impalpable.

La fleur de la tannée paroît tous les ans vers le commencement du mois de Juin, ou quelquefois plutôt, suivant la chaleur du printems. Il est donc assez vraisemblable que le tan qui a servi à tanner les cuirs, est la matrice de cette végétation. En effet la chaux qu'on employe pour faire tomber le poil des cuirs, les sels, les huiles & les soufres contenus dans les cuirs, joints à l'acide du tan, macérés ensemble dans des fosses pendant plusieurs mois, & dont le tan a été parfaitement imbibé, contient des substances qui aidées de l'air, sont toujours prêtes à produire la végétation dont il s'agit.

Il semble que si l'on compare cette végétation à l'éponge reconnue pour plante, & dans laquelle on n'apperçoit presque ni racines, ni feuilles, ni fleurs, ni graines, on pourroit la ranger sous le genre des éponges, & la nommer, en attendant de plus amples découvertes, spongia fugax, mollis, flava, in pulvere coriario nascens. Mém. de l'acad. des Sciences, année 1727. (D.J.)


TANNERv. act. (Gram. Arts & Métiers) Maniere de tanner les cuirs. Les peaux, telles que sont celles de boeuf, de vache, de cheval, de mouton, bélier ou brebis, de sanglier, cochon ou truie, &c. peuvent être tannées, c'est-à-dire qu'on peut les rendre propres à différens usages, selon leur force & les différentes manieres de les apprêter, par le moyen du tan dont on les couvre dans une fosse destinée à cet effet, après qu'on en a fait préalablement tomber le poil, soit avec la chaux détrempée dans l'eau, & cela s'appelle plamer à la chaux, soit avec de la farine d'orge, & cela s'appelle plamer à l'orge, soit enfin par la seule action du feu & de la fumée, maniere que l'on pratique déja depuis long-tems à Saint-Germain-en-Laie, & que les tanneurs des autres endroits ignorent en partie, ceux de cette ville la regardant comme un secret ; ce dernier moyen ne pourroit cependant paroître surprenant qu'à ceux qui ignorent les effets les plus naturels & les plus à portée d'être remarqués ; tout le monde sait qu'une peau même vivante perd beaucoup de son poil pendant les chaleurs de l'été, ce que nous appellons muer ; à plus forte raison le poil doit-il quitter une peau morte, lorsqu'elle est exposée à l'action du feu & d'une fumée dont la chaleur peut égaler, & même surpasser celle de l'été ; cette derniere façon s'appelle plamer à la gigée ou à la gigie, terme que nous n'avons trouvé employé nulle part, & dont nous ne connoissons ni l'étymologie, ni les rapports.

Nous allons exposer avec le plus d'ordre & de clarté qu'il nous sera possible, ces trois façons de traiter les cuirs. Quelques personnes que nous avons eu occasion de voir, & qui nous ont assuré avoir voyagé en Perse, nous ont rapporté qu'on s'y servoit dans quelques tanneries, de sel & de noix de galle pour dépouiller la peau de son poil ; nous le croyons assez volontiers, vu que les plus légers mordans peuvent à la longue occasionner cette dépilation ; on s'y sert aussi, suivant leur rapport, de la chaux ; mais ce qui nous cause quelque surprise, c'est que la sécheresse qui regne dans ce pays, acheve, à ce que disent ces personnes, l'ouvrage, dans l'un & l'autre cas, les Persans ignorant absolument l'usage du tan. Peut-être que ces personnes douées d'une bonne mémoire se sont plû à nous débiter ce qu'elles en avoient pu lire dans le dictionnaire du Commerce, dont nous aurons occasion de relever quelques erreurs, & réparer des omissions essentielles sur cet article.

Article I. Maniere de plamer à la chaux. Plamer un cuir à la chaux, c'est lui faire tomber le poil ou bourre, après l'avoir fait passer dans le plain pour le disposer à être tanné ensuite de la maniere que nous allons détailler.

Lorsque les Bouchers ont dépouillé les boeufs qu'ils ont tués, c'est-à-dire, lorsqu'ils ont levé les cuirs de dessus, on les sale avec le sel marin & l'alun ou avec le natron, qui est une espece de soude blanche ou salpêtre, ce qu'il faut absolument faire, si on veut les garder quelque tems ou les envoyer au loin ; car dans le cas où le tanneur les apprêteroit aussitôt qu'ils auroient été abattus, il seroit inutile de les saler, cette opération n'étant nécessaire que pour en prévenir la corruption. Lorsque les cuirs auront été salés, & qu'ils seront parvenus entre les mains des Tanneurs, la premiere chose qu'il faudra faire pour les apprêter, sera d'en ôter les cornes, les oreilles & la queue, & c'est ce que les Tanneurs appellent l'émouchet ; on commencera aussi par cette même opération, quand même les cuirs n'auroient point été salés, après quoi on les jettera dans l'eau pour les dégorger du sang caillé, & en faire sortir les autres impuretés qui pourroient y être jointes ; on ne peut déterminer le tems fixe que les peaux doivent y rester, moins dans une eau vive comme celle de fontaine, plus dans celle de riviere, & plus encore dans une eau croupie & dormante ; ce tems doit aussi s'évaluer selon la fraîcheur des peaux, & du plus ou du moins de corps étrangers qui y sont joints, dont il faut qu'elles soient absolument purgées ; cependant un jour & demi doit ordinairement suffire, & pour peu que l'ouvrier soit intelligent, il augmente ou diminue ce terme, suivant les circonstances, après quoi on les retire ; on les pose sur le chevalet, & on y fait passer sur toutes leurs parties un couteau long à deux manches qui n'a point de tranchant, que l'on appelle couteau de riviere, dont l'action est de faire sortir l'eau qui entraîne avec elle le sang caillé en les pressant sur le chevalet ; quelques - uns n'en retirent les cornes, les oreilles & la queue, qu'après avoir été ainsi nettoyées ; mais c'est s'éloigner de l'ordre naturel. Cette opération finie, on doit les replonger dans la riviere, & les y laver jusqu'à ce que l'eau dont elles s'imbibent, en sorte nette & pure, ensuite on les met égoutter ; quoique le tanneur, pour s'épargner de la peine, puisse s'exemter de passer le couteau de riviere au tems que nous venons d'indiquer, peu cependant y manquent ; autrement les peaux n'auroient point la netteté requise pour les opérations suivantes, & le dictionnaire du Commerce n'auroit pas dû passer cet article sous silence, vû que la bonté du cuir dépend en plus grande partie de la maniere dont il est apprêté.

Les peaux étant ainsi nettoyées & égouttées, on les met dans un plain, c'est-à-dire dans une grande cuve de bois ou de pierre, mastiquée en terre, remplie d'eau jusqu'à la moitié ou environ, & de chaux tout-à-fait usée, ce qui lui fait donner le nom de plain-vieux ou mort-plain ; c'est donc dans un mort-plain que les peaux doivent premierement entrer, autrement on couroit risque de les brûler, ce qui fait que les différens plains par où les peaux doivent successivement passer, doivent aller de degrés en degrés, jusqu'à ce qu'elles puissent entrer sans danger dans le plain - vif. On doit les laisser dans ce mort-plain environ dix à douze jours, en observant cependant de les en retirer tous les deux jours, quelquefois même tous les jours, sur-tout si la chaux n'étoit point tout-à-fait usée ou que les chaleurs fussent excessives ; on les met égoutter sur le bord du plain qu'on appelle la traite, & on les laisse ainsi en retraite à-peu-près le même tems qu'elles ont séjourné dans le mort - plain c'est - à - dire un ou deux jours. Quoique nous ayons fixé le tems du séjour des peaux dans le mort-plain, à dix ou douze jours, nous nous garderons cependant bien de les faire passer immédiatement après dans le plain-vif, comme nous avons remarqué qu'on indiquoit dans le dictionnaire du Commerce, quoique l'auteur ne les fasse séjourner qu'une nuit dans le mort-plain, ce qui doit encore les rendre beaucoup plus susceptibles des impressions du plain-vif, ce que nous n'osons faire même, après un séjour de dix à douze jours dans le mort-plain, séjour qui auroit pu accoutumer insensiblement les peaux à l'action de la chaux dans toute sa force ; cette marche & ces observations paroîtront peut - être de peu de conséquence à ceux qui ignorent la vraie & unique maniere de tanner, ou qui n'ont eu sur cet article que des connoissances fort bornées & fort imparfaites par la difficulté d'en acquerir de justes ; mais nous sommes persuadés qu'un bon ouvrier les mettra à leur juste valeur, & sentira que nous indiquons la maniere de traiter parfaitement les peaux, & non pas celle de gâter les cuirs. Si le poil quitte facilement les peaux en sortant du mort-plain, ce qu'il est facile de connoître ; on les jette à l'eau pour les nettoyer en plus grande partie de la chaux dont elles peuvent être couvertes ; on les retire ensuite & on les pose sur le chevalet pour les ébourer, ce qui se fait avec le même couteau de riviere, dont nous avons parlé ci-dessus. Lorsque la dépilation est complete , on les lave exactement & on les met ensuite égoutter ; bien entendu cependant, que si le poil ne quittoit point facilement les peaux, il faudroit les faire passer dans un plain dont la chaux fût moins usée ; on doit alors les en retirer tous les jours pour les mettre en retraite égoutter, comme lorsqu'elles étoient dans le mort-plain, & les y laisser jusqu'à ce qu'elles soient parvenues au point d'être facilement ébourées. Ce premier & léger apprêt donné, il faut les remettre dans un plain qui tienne le milieu entre le mort & le vif ; elles y doivent rester environ six semaines, en observant de les en retirer au plus tard tous les deux jours, & de les laisser en retraite au moins le même tems ; ce terme expiré, on doit les plonger dans un plain - vif & les y laisser environ cinq à six jours & autant en retraite, & cela alternativement pendant un an & même dix-huit mois. Au reste, le tems du séjour dans les différens plains, sans en lever les peaux pour les mettre en retraite, doit s'évaluer suivant la saison, c'est-à-dire le plus ou moins de chaleur ; car en hiver, & sur-tout lorsqu'il gele, elles peuvent rester six semaines, même deux mois sans être mises en retraite ; l'usage & l'attention sont seuls capables de donner de la précision & de la justesse à toutes ces différentes opérations. Le tems que les peaux sont en retraite doit être pour la plus grande partie employé à remuer le plain, afin que la chaux ne s'amasse point au fond, qu'elle soit bien délayée, & qu'elle puisse ainsi agir également sur toutes les peaux & sur toutes les parties de chacune. Si les plains qui doivent être ou en partie, ou tout - à - fait vifs avoient notablement perdu de leur force, il faudroit y remettre une quantité suffisante de chaux, eu égard à la quantité de peaux qui doivent y entrer & à l'action qu'on en exige, & c'est ce qu'on appelle pancer un plain, ce qui se fait aussi, lorsque les peaux sont en retraite. Les peaux ayant été parfaitement plamées & ayant séjourné suffisamment dans les plains, il faut les porter à la riviere & les y laver ; on les pose ensuite sur le chevalet pour les écharner, ce qui se fait avec un couteau à-peu-près semblable à celui dont on se sert pour ébourer, à l'exception que ce dernier doit être tranchant. Après quoi, on doit les quiosser, c'est-à-dire les frotter à force de bras sur le chevalet avec une espece de pierre à éguiser, que l'on nomme quiosse ou queux, pour achever d'ôter la chaux qui pourroit être restée du côté où étoit le poil, qu'on appelle le côté de la fleur ; on ne doit faire cette derniere opération qu'un ou deux jours après que les peaux auront été lavées & écharnées. Aussi-tôt que les peaux auront été ainsi quiossées ; on les met dans les fosses ; on les y étend avec soin, & on les poudre à mesure avec du tan, c'est - à - dire avec l'écorce de jeune chêne, concassée & réduite en grosse poudre dans des moulins destinés à cet usage, & que l'on appelle pour cela moulins à tan. Il est bon d'observer ici, que plus le tan est nouveau, plus il est estimé, car il perd beaucoup de sa qualité à mesure qu'il vieillit ; sa principale action sur les cuirs étant d'en resserrer les pores, il est constant qu'il doit être moins astringent lorsqu'il est suranné, & si les Tanneurs avoient à coeur de ne livrer des cuirs que parfaitement apprêtés, ils se serviroient toujours du tan le plus nouveau, vû que la bonté du cuir ne consiste, que dans la densité & le resserrement de ses parties ; d'où il est facile de conclure, que plus les cuirs restent dans le tan pourvû qu'il soit nouveau, & plus ils acquierent de force & de consistance pour résister aux différens usages auxquels on peut les employer.

On donne aux cuirs forts cinq poudres, & même six, au lieu que trois ou au plus quatre doivent suffire lorsqu'ils le sont moins, en observant de les imbiber d'eau à chaque poudre qu'on leur donnera, ce que les Tanneurs appellent donner de la nourriture ; pour nous, nous croyons effectivement que l'eau peut bien être aux cuirs une espece de nourriture, en ce qu'elle dissout le tan, & qu'elle en doit par conséquent rendre les parties astringentes, beaucoup plus faciles à pénétrer ; mais il faut aussi pour agir sur la quantité de cuirs étendus dans la fosse, qu'il y ait une quantité suffisante de tan, que nous regardons comme la principale & la vraie nourriture qui doit donner aux cuirs sa perfection. La premiere poudre doit durer environ deux mois. La seconde trois ou quatre, & les autres cinq ou six plus ou moins, suivant la force du cuir qui pourra s'évaluer par la grandeur & l'épaisseur de la peau, par l'âge de l'animal, & par le travail où il aura pu être assujetti ; desorte que pour qu'un cuir fort ait acquis le degré de bonté requis pour être employé, il faut qu'il ait séjourné dans les fosses un an & demi, même deux ans, autrement on tanneroit par extrait, comme dans le dictionnaire du Commerce, qui ne donne aux cuirs les plus forts, qui exigent au moins cinq poudres, que neuf mois & demi de séjour dans les fosses. Nous savons bien que peu de Tanneurs les y laissent le tems que nous assurons être absolument nécessaire pour qu'ils soient parfaitement tannés ; mais c'étoit une raison de plus pour l'auteur du dictionnaire, de relever l'erreur occasionnée, ou par l'avidité du gain, ou par l'impuissance de soutenir un métier qui demande de grosses avances ; quelques spécieuses que peuvent être les raisons des Tanneurs pour déguiser, ou leur avarice, ou leur impuissance, nous n'en serons jamais dupes. La preuve la plus claire & la plus facile à être apperçue par les yeux même les moins clairs-voyans, que les cuirs n'ont point séjourné assez de tems, soit dans les plains, soit dans les fosses, ou dans les deux ensemble, & qu'ils n'ont pas été suffisamment nourris dans les fosses ; c'est lorsqu'en les fendant, on apperçoit dans le milieu une raie blanchâtre, que l'on appelle la corne ou la crudité du cuir ; c'est ce défaut qui est cause que les semelles des souliers ou des bottes s'étendent, tirent l'eau, & enfin se pourrissent en très - peu de tems. Les cuirs une fois suffisamment tannés, on les tire de la fosse pour les faire sécher en les pendant en l'air ; ensuite on les nétoie de leur tan, & on les met dans un lieu ni trop sec ni trop humide, on les étend après, on les empile les uns sur les autres, & on met dessus de grosses pierres ou des poids de fer afin de les redresser ; c'est en cet état que le Tanneur peut alors recueillir légitimement le fruit de ses travaux, de sa patience, & de son industrie. Les cuirs ainsi apprêtés s'appellent cuirs plaqués, pour les distinguer des autres différemment travaillés ; cette maniere de tanner, s'appelle tanner en fort. On peut tanner, & on tanne effectivement en fort des cuirs de vaches & de chevaux, & ils se traitent de la même maniere que nous venons d'exposer ; mais il ne faut, eu égard à leur force qui est moindre, ni qu'ils séjournent aussi longtems dans les plains & dans les fosses, ni qu'ils soient aussi nourris ; l'usage indiquera la quantité de tems & de nourriture qu'exigeront les cuirs, sur-tout lorsque le Tanneur saura en distinguer exactement la force. Lorsqu'on destine les cuirs de vaches ou de chevaux à faire les empeignes & les quartiers des souliers, & des bottes, on doit les rougir, ce qui s'appelle les mettre en coudrement, ce qui se fait de la maniere suivante ; après qu'ils ont été plamés à la chaux de la façon que nous avons indiquée, ce qui exige beaucoup moins de tems, vu qu'ils ne sont pas à beaucoup près si forts que les cuirs de boeufs. On les arrange dans une cuve de bois, appellée emprimerie, on y met ensuite de l'eau froide en assez grande quantité pour pouvoir remuer les cuirs, en leur donnant un mouvement circulaire ; & c'est précisément dans ce tems qu'on verse peu-à-peu & très-doucement le long des bords de la cuve, de l'eau un peu plus que tiede en assez grande quantité pour échauffer le tout, ensuite on jette pardessus plein une corbeille de tan en poudre ; il faut bien se donner de garde de cesser de remuer les cuirs en tournant, autrement l'eau & le tan pourroient les brûler ; cette opération s'appelle coudrer les cuirs, ou les brasser pour faire lever le grain ; après que les cuirs ont été ainsi tournés dans la cuve pendant une heure ou deux plus ou moins, suivant leur force & la chaleur du coudrement ; on les met dans l'eau froide pendant un jour entier, on les remet ensuite dans la même cuve & dans la même eau qui a servi à les rougir, dans laquelle ils restent huit jours : ce tems expiré on les retire, on les met dans la fosse, & on leur donne seulement trois poudres de tan dont la premiere dure cinq à six semaines, la seconde deux mois, & la troisieme environ trois. Tout le reste se pratique de même que pour les cuirs forts. Ces cuirs ainsi apprêtés, servent encore aux Selliers & aux Malliers. Les peaux de veaux reçoivent les mêmes apprêts que ceux des vaches & chevaux qu'on a mis en coudrement, cependant avec cette différence que les premiers doivent être rougis ou tournés dans la cuve plus de tems que les derniers. Quand les cuirs de chevaux, de vaches & de veaux ont été plamés, coudrés & tannés, & qu'on les a fait sécher au sortir de la fosse au tan ; on les appelle cuirs ou peaux en croute, pour les distinguer des cuirs plaqués, qui ne servent uniquement qu'à faire les semelles des souliers & des bottes. Les peaux de veaux en coudrement servent aux mêmes ouvrages que les cuirs des vaches qui ont eu le même apprêt ; mais elles servent à couvrir les livres, à faire des fourreaux d'épée, des étuis & des gaînes à couteaux, lorsqu'elles ont été outre cela passées en alun. Les peaux de moutons, béliers ou brebis en coudrement qu'on nomme bazannes, servent aussi à couvrir des livres, & les Cordonniers les employent aux talons des souliers & des bottes pour les couvrir. Enfin les Tanneurs passent encore en coudrement & en alun, des peaux de sangliers, de cochons ou de truies ; ces peaux servent à couvrir des tables, des malles & des livres d'église. Il est à-propos d'observer ici, que presque tous les artisans qui employent ces différentes especes de peaux, ne se servent de la plûpart qu'après qu'elles ont encore été apprêtées par les Courroyeurs ; nous traiterons cet article en son tems : passons à la façon de plamer les peaux à l'orge.

Article II. Maniere de plamer les peaux à l'orge. Après avoir ôté les cornes, les oreilles & la queue aux peaux & les avoir lavées & nettoyées comme nous l'avons indiqué pour les plamer à la chaux ; on les met dans des cuves, soit de bois, soit de pierre, & au lieu de chaux, on se sert de farine d'orge, & on les fait passer successivement dans quatre, six & même huit cuves, suivant la force des cuirs : ces cuves s'appellent bassemens & équivalent aux plains ; il est à remarquer, que quoique les Tanneurs n'ayent pas effectivement le nombre de plains ou de bassemens que nous indiquons être nécessaires ; les peaux sont cependant censées passer par ce nombre de plains ou de bassemens, parce que la même cuve peut, en remettant, ou de la chaux, si c'est un plain, ou de la farine d'orge, si c'est un bassement, tenir lieu d'une, de deux, même de trois, soit plains, soit bassemens ; desorte que pour ce qui regarde les plains, la cuve qui aura servi au mort-plain, peut servir après de plain-vif, si on le pance pour cet effet, & ainsi des bassemens. Les peaux restent dans ces différens bassemens, environ quinze jours dans chaque, & cette progression successive des peaux de bassement en bassement, peut durer quatre, cinq, même six mois, selon que le tanneur les a poussées & nourries, & selon la force des cuirs qu'il y a posés.

Ordinairement les peaux sortant du premier bassement sont en état d'être ébourées ; l'ouvrier attentif peut seul décider de cet instant, & le saisir. Lorsque les peaux ont suffisamment séjourné dans les bassemens, on les lave, on les nettoie & on les écharne, comme nous l'avons indiqué en traitant la maniere de plamer à la chaux ; après quoi on les pose dans les fosses, & on les y traite de la même façon que ci - dessus. La seule différence qu'il pourroit y avoir, c'est qu'elles ne séjournent pas à beaucoup près si longtems dans les bassemens, sur - tout s'ils sont bien nourris, que dans les plains qu'il n'est guere possible de hâter, crainte de brûler les cuirs. Nous appellerons ces sortes de bassemens bassemens blancs, pour les distinguer des bassemens rouges, dont nous allons parler en expliquant la maniere de plamer les peaux à la gigée.

Article III. Maniere de plamer les cuirs à la gigée. Les peaux sorties des mains du boucher, on les nettoie comme pour les plamer des deux façons que nous venons de traiter ; lorsqu'elles sont bien lavées & bien égouttées, on les met dans des étuves, on les étend sur des perches les unes sur les autres ; quand la chaleur les a pénétrées, & quand elles sont échauffées au point que le poil les puisse facilement quitter, on le met sur le chevalet pour les ébourer ; & s'il se trouve des endroits où le poil résiste, on se sert du sable que l'on seme sur la peau ; & en la frottant avec le couteau de riviere, dont nous avons parlé en traitant la maniere de plamer à la chaux, on enleve le poil qui avoit d'abord résisté à la seule action du couteau. Les peaux ne restent ordinairement que trois ou quatre jours dans ces étuves ; au reste, le plus ou moins de tems dépend absolument du plus ou moins de chaleur ; lorsque les peaux sont bien ébourées, écharnées & lavées, on les fait passer dans huit à dix bassemens plus ou moins, suivant la force des cuirs. Ces sortes de bassemens, qu'on appelle bassemens rouges, sont composés de jus d'écorce, à qui l'on donne tel degré de force que l'on veut, & que l'on connoît au goût & à l'odeur. Le tems ordinaire que doivent rester les peaux dans chaque bassement, est de vingt à trente jours. Lorsque les peaux ont séjourné un tems suffisant dans les différens bassemens par où elles ont été obligées de passer, qu'elles sont bien imbibées, & que le jus en a pénétré toutes les parties, on les met dans les fosses avec la poudre de tan, avec les mêmes précautions que nous avons indiquées ci - dessus, à l'exception cependant qu'on ne donne ordinairement que trois poudres aux peaux qui ont été ainsi plamées, mais il faut observer de charger davantage les peaux, & de se servir de tan moins pulvérisé, c'est-à-dire que l'écorce ne soit que concassée. Les peaux ne doivent ordinairement rester que trois ou quatre mois au plus sous chaque poudre ; ce qui peut être évalué à un an pour le total : ainsi cette façon d'apprêter les cuirs, est beaucoup plus courte que les autres, & ne doit pas les rendre inférieurs en bonté lorsqu'ils sont traités avec soin. Lorsque les cuirs sortent de leur troisieme & derniere fosse, on les met sécher, & le reste se pratique comme ci - dessus.

Les outils & instrumens en usage chez les Tanneurs sont simples & en petit nombre, ils consistent en de grandes tenailles ; un couteau, nommé couteau de riviere, qui sert à ébourer ; un autre pour écharner qui differe peu du premier ; de gros ciseaux, autrement nommés forces ; le chevalet, & la quiosse ou queue.

Les tenailles ont au-moins quatre piés de longueur, & consistent en deux branches de fer d'égale grandeur, & attachées ensemble par une petite cheville de fer ou sommier qui les traverse à environ six à huit pouces loin de son extrêmité ; ce sommier est rivé aux deux côtés, & contient les deux branches, de façon qu'elles ne peuvent se disjoindre, mais elles y conservent la facilité de tourner comme sur un axe. Ces tenailles servent à retirer les peaux des plains pour les mettre égoutter sur le bord ; quelquefois cependant on se sert de crochets, sur - tout lorsque les plains sont profonds ; ces crochets ne sont autre chose qu'une petite branche de fer recourbée, & emmanchée au bout d'une perche plus ou moins longue.

Le couteau est une lame de fer, longue d'environ deux piés & demi, large de deux doigts, dont les deux bouts sont enchâssés chacun dans un morceau de bois arrondi & qui sert de poignée, desorte que le tout ressemble assez à la plane dont se servent les Charrons. Ce couteau se nomme couteau de riviere, & sert à ébourer ; on s'en sert d'un semblable pour écharner, avec cette différence néanmoins que le tranchant de ce dernier est fin, au-lieu qu'il est fort gros dans le premier, & qu'il ne coupe point.

Les ciseaux ou forces servent à couper les oreilles & la queue aux peaux que l'on dispose à plamer ; & c'est ce qu'on appelle l'émouchet.

Le chevalet est une piece de bois creuse & ronde, longue de quatre à cinq piés, disposée en talus, sur laquelle on étend les peaux, soit pour les ébourer, soit pour les écharner, soit enfin pour les quiosser.

La quiosse ou queue est une espece de pierre à aiguiser, longue de huit à dix pouces, & assez polie ; on la fait passer sur la peau à force de bras du côté de la fleur qui est l'endroit où étoit le poil, pour achever d'ôter la chaux & les ordures qui pourroient être restées ; & c'est ce qu'on appelle quiosser les cuirs. Le quiossage ne se fait, comme nous l'avons observé, qu'après les avoir lavés & écharnés.

Avec quelque attention que nous ayons traité cet article, il nous paroîtroit cependant imparfait si nous ne donnions ici le plan d'une tannerie avec toutes les commodités nécessaires à cette profession.

Pour construire donc une tannerie utile & commode, sur - tout lorsqu'on n'est pas gêné par le terrein, on doit la disposer en quarré long, comme, par exemple, quarante piés sur cent vingt ; d'un bout au milieu de sa largeur doit se trouver la porte dont l'ouverture soit suffisante pour le passage des charrois ; aux deux côtés de la porte, on fera élever un bâtiment qui servira de logement au tanneur & à sa famille. La hauteur du rez-de-chaussée seroit celle de la porte sur laquelle regneroit le bâtiment ; après ce bâtiment doit être une grande cour, au milieu de laquelle on conservera un chemin de la largeur au-moins de l'entrée, & qui réponde en droite ligne à la porte. Aux deux côtés de cette voie, on pratiquera des fosses à tan, que l'on peut multiplier selon la force du tanneur, & le terrein dont il peut disposer. Ces fosses à tan doivent porter environ cinq piés de profondeur & cinq piés de diametre, ce qui feroit par conséquent quinze piés cinq septiemes de circonférence ; il faudroit observer de ne point approcher trop près de la voie ces fosses à tan aux deux bouts de la cour, afin que les charrois eussent la liberté de tourner. A la suite de la cour doit se trouver un autre bâtiment, dont le rez-de-chaussée soit de toute la largeur du terrein. La porte de ce bâtiment doit être en face de la porte de la maison & aussi large ; c'est dans cette piece que l'on doit pratiquer les plains qu'on peut disposer à droite & à gauche, & multiplier également comme les fosses à tan, & dont les dimensions sont à-peu-près les mêmes ; enfin il doit y avoir une porte sur le derriere qui réponde à celle de l'entrée, afin d'aller à la riviere, car il est très-à-propos, pour ne pas dire indispensable, qu'elle passe en travers à environ dix à douze piés de distance du mur du dernier bâtiment où sont les plains. Le rez-de-chaussée de cet endroit doit ne point être si élevé, afin que la chaleur se conserve & se concentre. Au-dessus de ce rez-de-chaussée, on peut bâtir des magasins, on en peut aussi pratiquer dans la cour un de chaque côté, & adossé contre l'endroit où sont les plains ; ce qui éviteroit la peine de monter les cuirs, de même que les tourbes ou mottes qu'on peut également mettre dans la cour sur des claies destinées à cet usage. Ces mottes se font avec le tan qui sort des fosses, & sont d'un grand secours l'hiver pour les pauvres qui n'ont pas les moyens de brûler du bois. Une tannerie ainsi disposée pourroit passer pour belle & commode ; mais comme souvent on ne peut disposer du terrein selon ses desirs, on est alors obligé de se conformer aux lieux, se contentant de se procurer par la façon de distribuer, les commodités indispensablement nécessaires. Voyez sur cet article les Pl. & leur explic.


TANNERIES. f. (Archit.) grand bâtiment près d'une riviere, avec cours & hangars, où l'on façonne le cuir pour tanner & durcir, comme les tanneries du fauxbourg S. Marcel à Paris. (D.J.)


TANNEURS. m. c'est un marchand ou artisan qui travaille à la tannerie, & qui prépare les cuirs avec la chaux & le tan.

Les Tanneurs préparent les cuirs de plusieurs manieres, savoir en coudrement ou plaqués, comme les peaux de boeufs qui servent à faire les semelles des souliers & des bottes.

Ils préparent les cuirs de vache en coudrement ; ces cuirs servent aux cordonniers pour les empeignes des souliers & des bottes ; aux selliers pour les carosses & les selles, & aux bourreliers pour les harnois des chevaux.

Ils préparent les cuirs de veaux en coudrement ou à l'alun ; les veaux en coudrement servent aux mêmes usages que les vaches ; ceux qui sont passés en alun servent aux couvertures des livres, &c.

Les peaux de mouton passées en coudrement ou basanne, servent à couvrir des livres, à faire des cuirs dorés, &c.

Enfin les Tanneurs passent aussi en coudrement & en alun les peaux de sangliers, &c. qui servent à couvrir des coffres.

Les Tanneurs de Paris forment une communauté considérable, dont les statuts accordés par Philippe-le-Bel en 1345, contiennent 44 articles. Il n'y en a que 16 qui concernent les Tanneurs ; les autres concernent les Corroyeurs.

Les articles de ces statuts qui regardent en particulier les Tanneurs, sont communs à tous les Tanneurs dans l'étendue du royaume.

Les Tanneurs de Paris ont quatre jurés dont la jurande dure deux ans, & on en élit deux tous les ans. Ils ont outre cela deux jurés du marteau pour la marque des cuirs.

Pour être reçu maître tanneur à Paris, il faut être fils de maître ou apprenti de Paris. L'un & l'autre doivent faire preuve de leur capacité ; le premier par la seule expérience, & l'autre par un chef-d'oeuvre. L'aprentissage est de cinq années au-moins, & les maîtres Tanneurs ne peuvent avoir qu'un apprenti à la fois, ou deux tout-au-plus.

Chaque tanneur est obligé de faire porter ses cuirs aux halles, pour y être visités & marqués ; il ne leur est pas permis d'en vendre sans cela.

Si les cuirs se trouvent mal apprêtés, ils sont rendus au tanneur pour les remettre en fosse, s'il y a du remede, sinon on les brûle, & le tanneur est condamné à l'amende, qui consiste dans la perte de ses cuirs pour la premiere fois, & qui est plus forte en cas de récidive.

Enfin, il est défendu par l'article 16. aux Tanneurs, tant forains, que de la ville, de vendre leurs cuirs ailleurs que dans les halles & aux foires publiques qui se tiennent cinq fois l'année.


TANORROYAUME DE, (Géog. mod.) petit royaume des Indes méridionales, sur la côte de Malabar ; son étendue n'est que d'environ dix lieues en quarré, mais d'un terroir fertile, & dans un air très-pur. Il est borné au nord par le royaume de Calicut, au midi & au levant par les états du Samorin, & au couchant par la mer. Son chef - lieu emprunte son nom, il est à quinze milles au midi de Calicut. Lat. suivant le pere Thomas, jésuite, 11. 4. (D.J.)

TANOR, (Géog. mod.) ville des Indes, sur la côte de Malabar, capitale d'un petit royaume de même nom, à cinq lieues au midi de Calicut. Latit. 11. 4.


TANOS(Hist. nat.) nom donné par les anciens naturalistes à une pierre précieuse qui se trouvoit en Perse. Pline dit que c'étoit une espece d'émeraude ; mais elle étoit, dit-on, d'un verd désagréable, & remplie de saletés & de défauts.


TANQUEURS. m. (Ouvrier) les tanqueurs sont des portefais qui aident à charger & décharger les vaisseaux sur les ports de mer. On les nomme aussi gabarriers, du mot de gabare, qui signifie une allege, ou bateau dans lequel on transporte les marchandises du vaisseau sur les quais, ou des quais aux navires. Dict. du Com. (D.J.)


TANSIFT(Géog. mod.) riviere d'Afrique, au royaume de Maroc. Elle tire sa source des montagnes du grand Atlas, & se perd dans l'Océan, aux environs de Safi.


TANTALES. m. (Mythol.) ce roi de Lydie, de Phrygie, ou de Paphlagonie selon quelques-uns, est un des princes à qui l'antiquité a reproché les plus grands crimes ; & par cette raison les poëtes l'ont condamné dans les enfers à être altéré de soif au milieu d'une eau crystalline, qui montoit jusqu'à sa bouche, & dévoré de faim parmi des fruits délicieux qui descendoient sur sa tête. Tantale, dit Ovide, court après l'onde qui le fuit, & tâche vainement de cueillir le fruit d'un arbre qui s'éloigne.

Les anciens cependant ne sont pas d'accord, ni sur la nature du châtiment de Tantale, ni sur celle de ses forfaits. D'abord pour ce qui regarde sa punition, la tradition d'Homere & de Virgile differe de celle d'Euripide & de Pindare, qui représentent Tantale ayant la tête au-dessous d'un rocher dont la chute le menace à tout moment. Cicéron, dans sa quatrieme Tusculane, parlant des tourmens que cause la crainte, dit : " c'est de ce supplice que les poëtes ont entendu nous tracer l'image, en nous peignant Tantale dans les enfers avec un rocher au-dessus de sa tête, toujours prêt à tomber pour le punir de ses crimes ".

Quels étoient donc les crimes de Tantale ? Les uns l'accusent d'avoir fait servir aux dieux, dans un festin, les membres de son fils Pélops qu'il avoit égorgé, pour éprouver leur divinité ; c'est-à-dire, suivant l'explication d'un mythologue moderne, d'avoir voulu faire aux dieux le barbare sacrifice de son fils. D'autres lui reprochent d'avoir révélé le secret des dieux dont il étoit grand-prêtre ; ce qui signifie d'avoir découvert les mysteres de leur culte. Enfin Cicéron pense que les forfaits de ce prince étoient la fureur & l'orgueil. Horace l'appelle aussi superbe, superbum Tantalum. Il s'énorgueilloit follement de ses richesses immenses, qui donnerent lieu au proverbe, les talens de Tantale, & au supplice qu'il éprouva dans les enfers. (D.J.)

TANTALE, s. m. (Hydraul.) on propose de construire un tantale qui soit couché sur le bord d'un vase, & jusqu'aux levres duquel l'eau s'approche, & ensuite s'écoule dès qu'elle y est arrivée. Il ne faut pour cela que construire un vase A F G B, fig. n °. 2. Hyd. dans lequel on placera un syphon renversé C D E, tel que la plus longue branche C D sorte hors du vase, & que l'orifice C de la plus petite branche soit fort proche du fond du vase, sans pourtant y toucher. Si on verse de l'eau dans le vase A F G B, cette eau montera en même tems par l'ouverture C dans le syphon jusqu'à ce qu'elle soit arrivée en D, après quoi elle s'écoulera par l'ouverture E ; desorte que si on place une figure sur les bords du vase A F, cette figure sera une espece de tantale. (O)


TANTAMOUS. m. (Hist. nat. Botan.) racine d'une plante de l'île de Madagascar, qui ressemble au nénuphar, & dont la fleur est violette. On fait cuire cette racine dans l'eau ou sous la braise. Elle est recherchée par la propriété qu'elle a d'exciter à l'acte vénérien.


TANTES. f. (Gram. & Jurisprud.) terme relatif par lequel on désigne la soeur du pere ou de la mere de quelqu'un. La tante paternelle ou soeur du pere est appellée en droit amita, la tante maternelle, ou soeur de la mere, matertera. La grande tante est la soeur de l'aïeul ou l'aïeule de quelqu'un ; on l'appelle grande tante, parce qu'elle est tante du pere ou de la mere de celui dont il s'agit ; cette qualité est relative à celle de petit neveu ou petite niece. Il y a grande- tante paternelle & grande- tante maternelle.

Dans la coutume de Paris, la tante comme l'oncle succede à ses neveux & nieces avant les cousins-germains ; elle concourt comme l'oncle avec le neveu du défunt qui n'a point laissé de freres ni de soeurs. Paris, art. 338. & 339. (A)


TANTICUM OSTIUM(Géog. anc.) nom que Strabon, l. XVII. p. 802. donne à la sixieme embouchure du Nil, & qui, à ce qu'il dit, étoit appellée par quelques-uns staiticum ostium. Hérodote, l. II. c. xvij. dit que l'eau de cette embouchure venoit du canal, ou de la riviere Sébennytique ; mais Ptolémée, l. IV. c. v. fait une autre disposition des bouches du Nil, & cette disposition s'accorde avec ce que disent Diodore de Sicile, Strabon & Pline. Il ne fait pas venir l'eau de la bouche tanitique, du canal sebennitique, mais du canal bubastique ou pélusiaque. Le taniticum ostium étoit la sixieme embouchure du Nil, en comptant ses embouchures d'occident en orient ; mais elle étoit la seconde en comptant d'orient en occident. (D.J.)


TANUS(Géog. anc.) fleuve de l'Argie ; il avoit sa source au mont Parnou, & son embouchure dans le golfe Thyréatique, selon Pausanias, liv. II. chap. xxxviij. Ortelius croit que c'est le Tanaüs d'Euripide, qui dit qu'il servoit de borne entre le territoire d'Argie & celui de Sparte.


TAOCE(Géog. anc.) nom d'une ville & d'un promontoire de la Perside, selon Ptolémée, liv. VI. ch. jv. qui place la ville dans les terres, & le promontoire entre le fleuve Oroatis & le Rhogomanus.


TAONS. m. (Hist. nat. Insectolog.) tabanus ; mouche à deux aîles. M. Linnaeus fait mention de six especes de taons ; cet insecte incommode beaucoup en été les animaux, & principalement les chevaux, par les piquûres qu'il leur fait avec son aiguillon ; il leur suce le sang qui sort de ces plaies, & il s'en nourrit. Swammerdam a reconnu que cet insecte a, indépendamment de cet aiguillon, une trompe avec laquelle il pompe le suc des fleurs, qui lui sert de nourriture quand il n'est pas à portée d'avoir du sang des animaux. Collection acad. tom. V. de la partie étrangere. Voyez INSECTE.

TAON, (Science microsc.) le taon dépose ses oeufs sur l'eau ; ils produisent une espece de petits vers, dont l'extrêmité de la queue est cerclée de poils mobiles, qui étant étendus sur la surface de l'eau, les mettent en état d'y flotter. Lorsqu'il veut descendre vers le fond, ces poils s'approchent les uns des autres, & forment une figure ovale, dans laquelle ils enferment une petite bulle d'air ; par le moyen de cette bulle, le ver est capable de remonter ; si cette bulle s'échappe, comme il arrive quelquefois, le ver exprime d'abord de son propre corps une autre bulle semblable, pour suppléer à la premiere.

Sa gueule a trois divisions, d'où sortent trois petits corps pointus, qui sont dans un mouvement continuel, comme les langues des serpens. Ces vers se rencontrent souvent dans l'eau que l'on prend à la surface des fossés. Le mouvement de leurs intestins est assez facile à distinguer. Il faut lire sur le taon Swammerdam, hist. des insect. (D.J.)

TAON MARIN. Rondelet a donné ce nom à un insecte que l'on trouve sur le corps de divers poissons, tels que le thon, l'empereur, les dauphins, &c. Cet insecte suce le sang de ces poissons comme la sangsue, & les tourmente beaucoup pendant le tems de la canicule. Rondelet, hist. des insect. & zoophites, ch. viij. Voyez INSECTE.


TAOS(Géog. anc.) Teus ; nom moderne de Téos, ville de l'Asie mineure, dans la partie méridionale de la péninsule Myonesus, au sud du cap Calonborum, anciennement Argennum. Elle avoit un port, & étoit à soixante & onze mille pas de Chio, & à-peu-près à la même distance d'Erythrée. Voyez TEOS. (D.J.)

TAOS LAPIS, (Hist. nat.) nom donné par les anciens Naturalistes à une agathe de différentes couleurs, & qui ressembloit aux plumes de la queue d'un paon.


TAPS. m. (Marine) on appelle taps de pierriers, six pieces de bois de deux piés de longueur, sur six pouces d'équarrissage, que l'on fixe sur l'apostil pour soutenir les pierriers.


TAPABORS. m. (Marine) sorte de bonnet à l'angloise qu'on porte sur mer, & dont les bords se rabattent sur les épaules.


TAPACAOUS. m. (Hist. nat. terme de relation) valet au service des Talapoins de Siam. Chaque talapoin a pour le servir un ou deux tapacaous. Ces domestiques sont séculiers, quoiqu'ils soient habillés comme leurs maîtres, excepté que leur habit est blanc, & que celui des Talapoins est jaune. Ils reçoivent l'argent que l'on donne pour les Talapoins. Ils ont soin des jardins & des terres du couvent, & font tout ce que les Talapoins ne peuvent faire selon la loi. (D.J.)


TAPACRI(Géog. mod.) province de l'Amérique méridionale, au Pérou, dans le diocèse de la Plata. Elle a vingt lieues de long, sur douze de large, & son terroir nourrit grand nombre de brebis. (D.J.)


TAPACURESLES, (Géog. mod.) peuples de l'Amérique méridionale, au Pérou, au levant de l'audience de los Charcos ; ils ont donné le nom aux montagnes qu'ils habitent. Leurs moeurs ne different point de celles des Moxes, dont ils tirent leur origine. (D.J.)


TAPAYAXINS. m. (Hist. nat. Zoologie) nom d'une espece bien remarquable de lézard du Mexique, appellée par Hernandés lacertus orbicularis. Il est aussi large que long, ayant quelquefois quatre pouces en longueur comme en largeur. Il est cartilagineux, nué des plus belles couleurs, froid au toucher, & si paresseux qu'il se remue à peine de sa place, même quand on l'y excite. Sa tête est élevée, dure, & munie d'une couronne de piquans pour sa défense. C'est néanmoins un animal très - innocent, très-apprivoisé, qui ne bouge, & qui paroît content d'être touché & manié ; mais ce qui est fort extraordinaire, c'est que, si on le blesse à la tête ou aux yeux, il darde quelques gouttes de sang de l'une ou de l'autre de ses parties blessées. Hernandez, l. IX. ch. xiij. (D.J.)


TAPAYSEou TAPAYOSOS, (Géog. mod.) province de l'Amérique méridionale, au pays des Amazones ; elle est arrosée de la grande riviere de son nom. On vante la fertilité de son terrein, qui est peuplé de plusieurs habitations, dont la nation est vaillante & redoutée de ses voisins, parce qu'elle se sert de fleches empoisonnées. (D.J.)

TAPAYSE, LA, (Géog. mod.) grande riviere de l'Amérique méridionale, au pays des Amazones. Son origine n'est pas encore connue. On est persuadé, à voir sa grandeur, que sa source est entre la côte du Brésil & le lac Xaraye. Son embouchure est sur la rive méridionale du fleuve des Amazones, entre les bouches des rivieres Madere & Paranayba. (D.J.)


TAPES. f. (Marine) la tape est un bouchon dont l'on ferme l'ouverture ou la bouche du canon des vaisseaux, afin que quand la mer est grosse, l'eau ne puisse pas entrer dans l'ame du canon, ce qui gâteroit la poudre. Aubin. (D.J.)

TAPE, en terme de Brasserie, est la même chose que bonde ; la tape sert à boucher les trous qui sont dans les fonds des cuves ou des bacs.

TAPE, en terme de Raffineur, est un bouchon de linge, plié de maniere qu'il ferme parfaitement le trou de la forme, sans qu'on soit obligé de l'enfoncer trop avant ; car dans ce cas, il endommageroit la tête du pain.

TAPE, sucre, terme de sucrerie ; on appelle du sucre tapé, du sucre que les affronteurs vendent aux îles Antilles, pour du sucre royal, quoique ce ne soit véritablement que du sucre terré, c'est-à-dire, de la cassonade blanche, préparée d'une certaine maniere. Voyez SUCRE. (D.J.)


TAPEÇONRASPEÇON, RESPONSADOUX, RAT, s. m. (Hist. nat. Ichthyolog.) unaroscopus ; poisson de mer qui reste sur les rivages ; il a un pié de longueur : on lui a aussi donné le nom de contemplateur du ciel, parce que ses yeux sont placés sur la face supérieure de la tête, de façon qu'il semble regarder le ciel : l'ouverture de sa bouche est fort grande : il a la tête grosse : les couvertures des ouies ont à l'extrêmité, des pointes dirigées en arriere : le dos a une couleur noire, & le ventre est blanc : il y a sur les côtés du corps deux traits formés par des écailles, ils s'étendent depuis la tête jusqu'à la queue : le reste du corps est couvert d'une peau dure sans écailles. Ce poisson a auprès de l'ouverture des ouies, deux nageoires longues & fortes, de diverses couleurs : deux nageoires plus petites & blanches, près de la machoire inférieure, une au-dessous de l'anus, & deux sur le dos : la premiere des nageoires du dos, est petite, noire, & placée près de la tête ; l'autre s'étend jusqu'à la queue, qui est terminée par une nageoire fort large : il y a après chaque nageoire de la machoire inférieure, un os garni de trois aiguillons. La chair de ce poisson est blanche, dure, & de mauvaise odeur. Rondelet, hist. nat. des poissons, premiere partie, liv. X. ch. xij. Voyez POISSON.


TAPECULterme de Charpentier, c'est la partie chargée d'une bascule qui sert à lever ou à baisser plus facilement un pont levis, & qui est presque en équilibre avec lui. Jousse. (D.J.)


TAPÉENS. m. (Marine) c'est une voile dont on se sert sur les vaisseaux marchands, lorsqu'ils vont vent arriere, pour empêcher que la marée & les courans n'emportent le vaisseau, & ne le fassent dériver : on la met à une vergue suspendue vers le couronnement, ensorte qu'elle couvre le derriere de la poupe, & qu'elle déborde tant à stribord qu'à basbord, de deux brassées à chaque côté : on en fait aussi usage sur les petits yachts & sur les buches, pour continuer de siller pendant le calme, ou pour mieux venir au vent. Celui de ces derniers bâtimens est quarré.


TAPÉINOSElisez TAPAINOSE, s. m. (Rhétor.) c'est-à-dire diminution ; c'est la figure opposée à l'hyperbole, ou si l'on aime mieux, c'est l'hyperbole de diminution. Un poëte comique grec a dit assez plaisamment, pour faire rire le peuple : " Cet homme possédoit une terre à la campagne, qui n'étoit pas plus grande qu'une épître de lacédémonien ". (D.J.)


TAPERv. act. (Gram.) c'est frapper de la main à petits coups. Voyez les articles suivans.

TAPER, terme de Coëffeuse, c'est peigner les cheveux courts contre l'ordre ordinaire, en faisant aller le peigne de la pointe à la racine : cela les enfle & les fait paroître plus épais. (D.J.)

TAPER, v. act. terme de Doreur ; on met le blanc en tapant, quand c'est pour dorer des ouvrages de sculpture, c'est-à-dire, qu'on le couche en frappant plusieurs coups du bout du pinceau, afin de mieux faire entrer la couleur dans les creux des ornemens. (D.J.)

TAPER une forme, terme de sucrerie ; c'est boucher le trou qui est à la pointe d'une forme de sucre, avec du linge ou de l'étoffe, pour empêcher qu'elle ne se purge, c'est-à-dire, que le syrop n'en sorte, jusqu'à ce qu'elle soit en état d'être percée avec le poinçon. Savary. (D.J.)


TAPERAS. f. (Hist. nat. Ornithol.) hirondelle du Brésil, nommée par les Portugais qui l'habitent, audorintra. Elle a la taille, la figure, & le vol de nos hirondelles ; sa tête, son col, son dos, ses aîles, & sa queue, sont d'un brun grisâtre ; sa gorge & sa poitrine sont d'un gris-blanc. (D.J.)


TAPETIS. m. (Hist. nat. Zoologie) espece de lapin commun aux Indes occidentales, & nommé par quelques naturalistes, cuniculus americanus. Il est de la taille de nos lapins, dont il a les oreilles ainsi que le poil, qui est un peu rougeâtre sur le front, avec une espece de collier blanc autour du col, quelquefois sur la gorge, ou sur le ventre ; ses yeux sont noirs ; sa moustache est semblable à celle de nos lapins, mais il n'a point de queue. (D.J.)


TAPHIUSIENNEPIERRE, (Hist. nat.) lapis taphiusius ; Pline donne ce nom à une pierre qui étoit une espece d'étite, ou de pierre d'aigle, qu'on trouvoit près de LÉucadie, dans un endroit appellé Taphiusus.


TAPHNIS(Géog. sacr.) ville d'Egypte. Jérémie en parle souvent, ch. xj. v. 16. ch. xliij. v. 7, 8, 9, &c. & on prétend qu'il y fut enterré. Les savans croyent que Taphnis, ou Taphnae, est la même ville que Daphnae Pelusiae, à seize milles au sud de Péluse, suivant l'itinéraire d'Antonin. (D.J.)


TAPHRONou TAPHROS, (Géog. anc.) ville de l'Arabie heureuse. Ammien Marcellin, l. XXIII. c. vj. la met au nombre des plus belles villes du pays ; mais les manuscrits varient par rapport à l'orthographe de ce nom. Il y en a plusieurs qui lisent Taphra, au-lieu de Taphron. (D.J.)


TAPHRURAou TAPHRA, (Géog. anc.) selon Pline & Pomponius Méla ; ville de l'Afrique propre, sur le golfe de Numidie. L'anonyme de Ravenne, l. III. c. xv. la nomme Taparura, de même que la table de Peutinger. (D.J.)


TAPIETAPIA, s. f. (Hist. nat. Bot.) genre de plante à fleur polypétale, anomale, & composée de quatre pétales dirigés en-haut ; le pistil sort du milieu du calice, il est attaché à un long pédicule, & il devient dans la suite un fruit rond charnu, dans lequel on trouve plusieurs semences qui ont presque la forme d'un rein. Plumier, nov. plant. amer. gen. Voyez PLANTE.


TAPIJERETES. m. (Hist. nat. Zoologie) nom d'un animal qu'on trouve dans quelques endroits de l'Amérique, & que les Portugais appellent auta. Il est de la taille d'un petit veau, & à-peu-près de la figure d'un cochon ; sa tête est plus grosse que celle du cochon, & finit en pointe vers le sommet ; il a une espece de bourse pendante à l'ouverture du groin, qui est attachée à un fort muscle au moyen duquel il la resserre à sa volonté ; chacune de ses mâchoires est garnie de dix dents incisives, avec une espace vuide entre ces dents & les molaires, qui sont grosses, & au nombre de cinq de chaque côté ; desorte que cette bête a vingt dents incisives, & vingt dents molaires ; ses yeux semblables à ceux du cochon, sont fort petits ; ses oreilles sont arrondies & mobiles ; ses jambes sont grosses & basses comme celles de nos cochons ; les cornes de ses piés sont divisées en quatre parties ; il n'a point de queue ; sa peau est dure & coriace, couverte d'un poil court, brun, mêlangé de tachures blanches. Il vit dans l'épaisseur des bois, dort le jour, & ne paît que la nuit, ou de grand matin ; il recherche sur - tout les tiges de canne de sucre ; il se rafraîchit quelquefois dans l'eau, & nage à merveille ; sa chair est d'un fort mauvais goût, mais les naturels du pays s'en accommodent. (D.J.)


TAPIROUSSOUS. m. (Hist. nat.) grand animal quadrupede du Brésil. Il est de la grandeur d'un boeuf, mais il n'a point de cornes, son cou est plus court, ses oreilles sont longues & pendantes, ses piés ne sont point fendus, & sont semblables à ceux d'un âne ; sa queue est courte, ses dents sont aiguës & tranchantes ; son poil est assez long & d'une couleur rougeâtre. Les sauvages le tuent à coups de fleches, ou le prennent dans des piéges. Sa peau sert à leur faire des boucliers ; lorsqu'elle a été séchée, elle est à l'épreuve de la fleche. La chair de cet animal, soit fraîche, soit boucannée, est très-bonne, & ressemble à celle du boeuf.


TAPISS. m. (Comm.) espece de couverture travaillée à l'aiguille sur le métier, pour mettre sur une table, sur une armoire, ou même sur le carreau. Les tapis de Perse & de Turquie sont les plus estimés, sur-tout les premiers. Les tapis qui n'ont que du poil ou de la pluche sur un côté seulement, étoient nommés par les anciens tapetes ; & ceux qui en avoient des deux côtés, amphitapetes.

Les tapis qui viennent en France des pays étrangers (car il ne s'agit pas ici de ceux de ses manufactures), sont des tapis de Perse & de Turquie, ceux-ci ou velus ou ras, c'est-à-dire ou à poil court, ou à long poil. Les uns & les autres se tirent ordinairement de Smyrne ; il y en a de trois sortes. Les uns qu'on appelle mosquets, se vendent à la piece suivant leur grandeur & leur finesse, & sont les plus beaux & les plus fins de tous. Les autres se nomment tapis de pié, parce qu'on les achete au pié quarré. Ce sont les plus grands de ceux qui s'apportent du Levant. Les moindres tapis qu'on reçoit de ce pays, se nomment cadene. (D.J.)

TAPIS. Manufacture royale de tapis façon de Turquie, établie à la Savonnerie au fauxbourg de Chaillot, près Paris. Les métiers pour fabriquer les tapis façon de Turquie, sont montés comme ceux qui servent à faire les tapisseries de haute-lisse aux Gobelins, c'est-à-dire, que la chaîne est posée verticalement ; savoir, le rouleau ou ensuple des fils en-haut, & celui de l'étoffe fabriquée en-bas.

La façon de travailler est totalement différente de celle de faire la tapisserie. Dans le travail des tapis, l'ouvrier voit devant lui l'endroit de son ouvrage, au lieu que dans la tapisserie, il ne voit que l'envers.

L'ourdissage des chaînes est différent aussi ; dans celles qui sont destinées pour les tapis, l'ourdisseur ou l'ourdisseuse doit avoir soin de ranger les fils de façon que chaque portée de dix fils ait le dixieme d'une couleur différente des neuf autres qui tous doivent être d'une même couleur, afin de former dans la longueur une espece de dixaine.

Le dessein du tapis doit être peint sur un papier tel que celui qui sert aux desseins de fabrique, mais beaucoup moins serré, puisqu'il doit être de la largeur de l'ouvrage que l'on doit fabriquer. Chaque carreau du papier doit avoir 9 lignes verticales, & une dixieme pour faire la distinction du quarré qui réponde au dixieme fil de la chaîne ourdie.

Outre ces lignes verticales, le papier est encore composé de dix lignes horisontales chaque carreau, qui coupent les dix lignes verticales, & servent à conduire l'ouvrier dans le travail de son ouvrage.

Les lignes horisontales ne sont point distinguées sur la chaîne comme les verticales, mais l'ouvrier supplée à ce manquement par une petite baguette de fer, qu'il pose vis-à-vis la ligne horisontale du dessein lorsqu'il veut fabriquer l'ouvrage.

Le dessein est coupé par bandes dans sa longueur, pour que l'ouvrier ait moins d'embarras, & chaque bande contenant plus ou moins de carreaux est posée derriere la chaîne vis-à-vis l'ouvrier.

Lorsque l'ouvrier veut travailler, il pose sa baguette de fer vis-à-vis la ligne horisontale du dessein, & passant son fuseau sur lequel est la laine ou soie de la couleur indiquée par le dessein, il embrasse la baguette de fer & le fil de la chaîne un par un jusqu'à la dixieme corde, après quoi il s'arrête, & prenant un fil il le passe au-travers de la même dixaine, de façon qu'il y en ait un pris & un laissé, après quoi il en passe un second où il laisse ceux qu'il a pris, & prend ceux qu'il a laissés, ce qui forme une espece de gros-de-tours ou taffetas, qui forme le corps de l'étoffe, ensuite avec un petit peigne de fer il serre les deux fils croisés qu'il a passé, de façon qu'ils retiennent le fil de couleur, qui forme la figure du tapis serré, de façon qu'il peut les couper sans craindre qu'ils sortent de la place où ils ont été posés.

La virgule de fer sur laquelle les fils de couleur sont passés est un peu plus longue que la largeur de la dixaine : elle est courbée du côté droit, afin que l'ouvrier puisse la tirer, & du côté opposé elle a un tranchant un peu large, ce qui fait que quand l'ouvrier la tire, elle coupe tous les fils dont elle étoit enveloppée ; que si par hasard il se trouve quelques fils plus longs les uns que les autres après que la virgule est tirée, pour lors l'ouvrier avec des ciseaux a soin d'égaliser toutes les parties.

En continuant le travail, il faut que l'ouvrier passe dix fois la baguette dans le carreau, pour que son ouvrage soit parfait ; quelquefois il n'en passe que huit, si la chaîne est trop serrée, parce que la chaîne doit être ourdie & serrée proportionnellement aux lignes verticales du dessein. Quoique toutes les couleurs différentes soient passées dans toute la largeur de l'ouvrage, néanmoins il est indispensable d'arrêter & de couper dixaine par dixaine, attendu que si avec une baguette plus longue, on vouloit aller plus avant ou en prendre deux, la quantité de fils ou soie de couleur dont elle se trouveroit enveloppée, empêcheroit de la tirer, & c'est la raison qui fait qu'à chaque dixaine on coupe, ce qui n'empêche pas néanmoins, que si la même couleur est continuée dans la dixaine suivante, on ne continue avec la même laine ou soie dont le fil n'est point coupé au fuseau.

Les jets de fils que l'ouvrier passe pour arrêter la laine ou soie qui forment la figure de l'ouvrage, doivent être passés & encroisés dans tous les travers où il se trouve de la laine ou soie arrêtée, il n'en faut pas moins de deux passées ou jettées bien croisées, & bien serrées, parce qu'elles forment ce qu'on appelle trame dans les velours ciselés, & composent, avec la croisée de la chaîne, ce que nous appellons ordinairement le corps de l'étoffe.

TAPIS de lit, (Littérat.) les tapis de pourpre servoient pour les lits des tables chez les Grecs & les Romains. Théocrite, Idylle 115, en parlant des lits préparés pour Vénus dans la fête d'Adonis, n'oublie point les tapis de la pourpre faits à Milet & à Samos. Horat. sat. vj. fait aussi mention de ces tapis ou couvertures de pourpre étendues sur des lits d'ivoire.

In locuplete domo vestigia, rubro ubi croco

Tincta super lectos canderet vestis eburnos.

Ce n'étoit pas seulement le prix de la matiere, mais aussi l'excellence de l'ouvrage, & entr'autres des représentations de figures gigantesques, ou de fables héroïques, qui anciennnement rehaussoient déja la beauté de ces sortes de tapis ; témoin celle du lit nuptial de Thétis, dont parle Catulle, & qu'il appelle, pour le dire en passant du nom général de Vestis, comme fait Horace à son exemple dans le passage, que je viens de rapporter. Voici celui de Catulle.

Hoec Vestis priscis hominum variata figuris

Heroum mirâ virtutes indicat arte.

(D.J.)

TAPIS, (Jardinage) sont de grandes pieces de gazon pleines & sans découpures qui se trouvent dans les cours & avant-cours des maisons, dans les bosquets, les boulingrins, les parterres à l'angloise, & dans le milieu des grandes allées & avenues dont le ratissage demanderoit trop de soins.

TAPIS, raser le tapis, en terme de manege, c'est galoper près de terre, comme font les chevaux anglois qui n'ont pas le galop élevé. Lorsqu'un cheval ne leve pas assez le devant, qu'il a les allures froides, & les mouvemens trop près de terre, il rase le tapis. Voyez ALLURE, GALOP.

TAPIS DE BILLARD, (Paumier) c'est une grande piece de drap verd, qu'on bande avec force, & qu'on attache avec des clous sur la table du billard. C'est sur ce tapis qu'on fait rouler les billes, en les poussant avec une masse ou une queue.

TAPIS VERD, (Gram. Jurisprud.) on entend par ce terme une certaine assemblée de fermiers généraux du roi, où ils tiennent conseil entr'eux sur certaines affaires contentieuses. (A)


TAPISSENDISS. f. pl. terme de Commerce ; sorte de toiles de coton peintes, dont la couleur passe des deux côtés. On en fait des tapis & des courtes-pointes. (D.J.)


TAPISSERv. act. (Tapissier) c'est tendre une tapisserie & en couvrir les murailles d'un appartement ou quelqu'autre endroit. C'est ordinairement l'emploi des maîtres tapissiers & de leurs garçons. Voyez TAPISSIER.


TAPISSERIES. f. (Tapissier) piece d'étoffe ou d'ouvrage dont on se sert pour parer une chambre, ou tel autre appartement d'une maison.

On peut faire cet ameublement de toutes sortes d'étoffes, comme de velours, de damas, de brocards, de brocatelle, de satin de Bruges, de calemande, de cadis, &c. mais quoique toutes ces étoffes taillées & montées se nomment tapisseries, on ne doit proprement appeller ainsi que les hautes & basses lisses, les Bergames, les cuirs dorés, les tapisseries de tenture de laine, & ces autres que l'on fait de coutil, sur lequel on imite avec diverses couleurs les personnages & les verdures de la haute-lisse

Ce genre de tableaux, ou si l'on veut cette sorte d'ameublement, dans lequel les soies, la laine & les pinceaux

Tracent de tous côtés

Chasses & paysages,

En cet endroit des animaux,

En cet autre des personnages.

n'est point d'une invention nouvelle ; les Latins avoient de riches tapisseries, qu'ils nommoient aulaea, & les Grecs les appelloient avant eux peripetasmata. Pline nous apprend que les Romains donnerent seulement le nom aulaea aux tapisseries, lorsqu'Attale, roi de Pergame, eut institué le peuple romain héritier de ses états & de tous ses biens, parce que parmi les meubles de son palais, il y avoit des tapisseries magnifiques brodées d'or ; ainsi aulaea est dit ab aulaeâ. (D.J.)

Tapisserie de haute & basse-lisse. Voyez l'article LISSE.

Tapisserie de Bergame. Voyez BERGAME.

Tapisserie de cuir doré. Voyez CUIR DORE.

Tapisserie de coutil. Voyez COUTIL.

TAPISSERIE DES GOBELINS ; l'on nomme ainsi une manufacture royale établie à Paris au bout du fauxbourg saint Marceau, pour la fabrique des tapisseries & meubles de la couronne. Voyez TAPISSERIE.

La maison où est présentement cette manufacture, avoit été bâtie par les freres Gobelins, célébres teinturiers, qui avoient les premiers apporté à Paris le secret de cette belle teinture d'écarlate qui a conservé leur nom, aussi-bien que la petite riviere de Biévre, sur le bord de laquelle ils s'établirent, & que depuis l'on ne connoît guere à Paris que sous le nom de riviere des Gobelins.

Ce fut en l'année 1667, que celui-ci changea son nom de Tobie Gobelin, qu'il avoit porté jusques-là, en celui d'hôtel royal des Gobelins, en conséquence de l'édit du roi Louis XIV.

M. Colbert ayant rétabli & embelli les maisons royales, sur-tout le château du Louvre, & le palais des Tuileries, songea à faire travailler à des meubles qui répondissent à la magnificence de ces maisons. Dans ce dessein, il rassembla une partie de ce qu'il y avoit de plus habiles ouvriers dans le royaume en toutes sortes d'arts & de manufactures, particulierement de peintres, de tapissiers, de sculpteurs, d'orfévres, & d'ébénistes, & en attira d'autres de différentes nations par des promesses magnifiques, des pensions, & des priviléges considérables.

Pour rendre plus stable l'établissement qu'il projettoit, il porta le roi à faire l'acquisition du fameux hôtel des Gobelins, pour les y loger, & à leur donner des réglemens qui assurassent leur état, & qui fixassent leur police.

Le roi ordonne & statue que lesdites manufactures seront régies & administrées par le sur-intendant des bâtimens, arts, & manufactures de France ; que les maîtres ordinaires de son hôtel prendront connoissance de toutes les actions ou procès qu'eux, leur famille, & domestique, pourroient avoir ; qu'on ne pourra faire venir des pays étrangers des tapisseries, &c.

La manufacture des Gobelins est jusqu'à présent la premiere de cette espece qu'il y ait au monde ; la quantité d'ouvrages qui en sont sortis, & le grand nombre d'excellens ouvriers qui s'y sont formés, sont incroyables.

En effet, c'est à cet établissement que la France est redevable du progrès que les arts & les manufactures y ont fait.

Rien n'égale sur-tout la beauté de ces tapisseries ; sous la sur-intendance de M. Colbert & de M. de Louvois son successeur, les tapisseries de haute & de basse-lisse, y ont acquis un degré de perfection fort supérieur à tout ce que les Anglois & les Flamands ont jamais fait.

Les batailles d'Alexandre, les quatre saisons, les quatre élémens, les maisons royales, & une suite des principales actions du roi Louis XIV. depuis son mariage jusqu'à la premiere conquête de la Franche-Comté, exécutés aux Gobelins, sur les desseins du célebre M. le Brun, directeur de cette manufacture, sont des chefs-d'oeuvre en ce genre.

TAPISSERIE DE PAPIER ; cette espece de tapisserie n'avoit long-tems servi qu'aux gens de la campagne, & au petit peuple de Paris, pour orner, & pour ainsi dire, tapisser quelques endroits de leurs cabanes, & de leurs boutiques & chambres ; mais sur la fin du dix-septieme siecle, on les a poussées à un point de perfection & d'agrément, qu'outre les grands envois qui s'en font, pour les pays étrangers & pour les principales villes du royaume, il n'est point de maison à Paris, pour magnifique qu'elle soit, qui n'ait quelque endroit, soit garde-robes, soit lieux encore plus secrets, qui n'en soit tapissé, & assez agréablement orné.

Pour faire ces tapisseries, qui sont présentement le principal objet du commerce de la dominoterie, les Dominotiers, s'ils en sont capables, sinon quelque dessinateur habile, fait un dessein de simples traits sur plusieurs feuilles de papier, collées ensemble de la hauteur & largeur que l'on desire donner à chaque piece de tapisserie.

Ce dessein achevé se coupe en morceaux, aussi hauts & aussi longs que les feuilles du papier que l'on a coutume d'employer en ces sortes d'impressions ; & chacun de ces morceaux se grave ensuite séparément sur des planches de bois de poirier, de la maniere qu'il a été dit à l'article DES GRAVEURS SUR BOIS.

Pour imprimer ces planches ainsi gravées, on se sert de presses assez semblables à celles des Imprimeurs en lettres ; à la réserve que la platine n'en peut être de métal, mais seulement de bois, longue d'un pié & demi, sur dix pouces de large ; & que ces presses n'ont ni chassis, ni tympans, ni frisquettes, ni cornieres, ni couplets, hors de grands tympans, propres à imprimer histoires, comme portent les anciens réglemens de la Librairie.

L'on se sert aussi de l'encre & des balles des Imprimeurs ; & de même qu'à l'Imprimerie, on n'essuie point les planches, après qu'on les a noircies, à cause du relief qu'elles ont, qui les rend plus semblables à une forme d'imprimeur, qu'à une planche en taille-douce.

Les feuilles imprimées & séchées, on les peint, & on les rehausse de diverses couleurs en détrempe, puis on les assemble pour en former des piéces ; ce que font ordinairement ceux qui les achetent ; se vendant plus communément à la main, que montées.

L'on ne dit point ici quels sont les sujets représentés sur ces légeres tapisseries, cela dépendant du goût & du génie du peintre ; mais il semble que les grotesques & les compartimens mêlés de fleurs, de fruits, d'animaux, & de quelques petits personnages, ont jusqu'ici mieux réussi que les paysages & les especes de haute - lisses, qu'on y a quelquefois voulu peindre.

TAPISSERIE DE TONTURE DE LAINE ; c'est une espece de tapisserie faite de la laine qu'on tire des draps qu'on tond, collée sur de la toile ou du coutil.

On l'a d'abord fait à Rouen, mais d'une maniere grossiere ; car on n'y employoit au commencement que des toiles pour fonds, sur lesquelles on formoit des desseins de brocatelles avec des laines de diverses couleurs qu'on colloit dessus après les avoir hachées. On imita ensuite les verdures de haute-lisse, mais fort imparfaitement ; enfin, une manufacture de ces sortes de tapisseries s'étant établie à Paris dans le faubourg saint Antoine, on y hasarda des personnages, des fleurs, & des grotesques, & l'on y réussit assez bien.

Le fond des tapisseries de cette nouvelle manufacture peut être également de coutil ou de forte toile. Après les avoir tendues l'une ou l'autre exactement sur un chassis de toute la grandeur de la piece qu'on a dessein de faire, on trace les principaux traits & les contours de ce qu'on y peut représenter, & on y ajoute les couleurs successivement, à mesure qu'on avance l'ouvrage.

Les couleurs sont toutes les mêmes que pour les tableaux ordinaires, & on les détrempe de la même maniere avec de l'huile commune mêlée avec de la térébenthine ou telle autre huile, qui par sa ténacité puisse haper & retenir la laine, lorsque le tapissier vient à l'appliquer.

A l'égard des laines, il faut en préparer de toutes les couleurs qui peuvent entrer dans un tableau, avec toutes les teintes & les dégradations nécessaires pour les carnations & les draperies des figures humaines, pour les peaux des animaux, les plumages des oiseaux, les bâtimens, les fleurs ; enfin, tout ce que le tapissier veut copier, ou plutôt suivre sur l'ouvrage même du peintre.

On tire la plûpart de ces laines de dessus les différentes especes de draps que les tondeurs tondent ; c'en est proprement la tonture : mais comme cette tonture ne peut fournir toutes les couleurs & les teintes nécessaires, il y a des ouvriers destinés à hacher des laines, & d'autres à les réduire en une espece de poudre presque impalpable, en les passant successivement par divers sas ou tamis, & en hachant de nouveau ce qui n'a pu passer.

Les laines préparées, & le dessein tracé sur la toile ou sur le coutil, on couche horisontalement le chassis sur lequel l'un ou l'autre est étendu sur des traiteaux élevés de terre d'environ deux piés ; & alors le peintre commence à y peindre quelques endroits de son tableau, que le tapissier-lainier vient couvrir de laine avant que la couleur soit seche ; parcourant alternativement l'un après l'autre toute la piece, jusqu'à ce qu'elle soit achevée. Il faut seulement observer que lorsque les pieces sont grandes, plusieurs lainiers & plusieurs peintres y peuvent travailler à-la-fois.

La maniere d'appliquer la laine est si ingénieuse, mais en même-tems si extraordinaire, qu'il ne faut pas moins que les yeux même pour la comprendre. On va pourtant tâcher de l'expliquer.

Le lainier ayant arrangé autour de lui des laines de toutes les couleurs qu'il doit employer, séparées dans de petites corbeilles ou autres vaisseaux semblables, prend de la main droite un petit tamis de deux ou trois pouces de longueur, de deux de largeur, & de douze ou quinze lignes de hauteur. Après quoi mettant dans ce tamis un peu de laine hachée de la couleur convenable, & le tenant entre le pouce & le second doigt, il remue légerement cette laine avec quatre doigts qu'il a dedans, en suivant d'abord les contours des figures avec une laine brune, & mettant ensuite avec d'autres tamis & d'autres laines les carnations, si ce sont des parties nues de figures humaines ; & les draperies, si elles sont nues, & à proportion de tout ce qu'il veut représenter.

Ce qu'il y a d'admirable & d'incompréhensible, c'est que le tapissier lainier est tellement maître de cette poussiere laineuse, & la sait si bien ménager par le moyen de ses doigts, qu'il en forme des traits aussi délicats qu'on pourroit le faire avec le pinceau, & que les figures sphériques, comme est, par exemple, la prunelle de l'oeil, paroissent être faites au compas.

Après que l'ouvrier a lainé toute la partie du tableau ou tapisserie que le peintre avoit enduite de couleur, il bat légerement avec une baguette le dessous du coutil ou de la toile à l'endroit de son ouvrage, ce qui le dégageant de la laine inutile, découvre les figures, qui ne paroissoient auparavant qu'un mêlange confus de toutes sortes de couleurs.

Lors enfin que la tapisserie est finie par ce travail alternatif du peintre & du lainier, on la laisse sécher sur son chassis qu'on dresse de haut en bas dans l'attelier ; après qu'elle est parfaitement seche, on donne quelques traits au pinceau dans les endroits qui ont besoin de force, mais seulement dans les bruns.

Ces sortes de tapisseries, qui, quand elles sont faites de bonne main, peuvent tromper au premier coup d'oeil, & passer pour des hautes-lisses, ont deux défauts considérables auxquels il est impossible de remédier ; l'un, qu'elles craignent extrêmement l'humidité, & qu'elles s'y gâtent en peu de tems ; l'autre, qu'on ne sauroit les plier comme les tapisseries ordinaires pour les serrer dans un garde-meuble, ou les transporter d'un lieu dans un autre, & qu'on est obligé, lorsqu'elles ne sont pas tendues, de les tenir roulées sur de gros cylindres de bois, ce qui occupe beaucoup de place, & est extrêmement incommode.


TAPISSIERS. m. marchand qui vend, qui fait ou qui tend des tapisseries & des meubles. Voyez TAPISSERIE.

La communauté des marchands Tapissiers est très-ancienne à Paris ; elle étoit autrefois partagée en deux ; l'une sous le nom de maîtres-marchands Tapissiers de haute-lisse, sarazinois & rentrayure ; l'autre sous celui de courtepointiers, neustrés & coustiers.

La grande ressemblance de ces deux corps pour leur commerce donnant occasion à de fréquens différens entr'eux, la jonction & l'union en fut ordonnée par arrêt du Parlement du 11 Novembre 1621 ; & par trois autres des 3 Juillet 1627, 7 Décembre 1629, & 27 Mars 1630, il fut enjoint aux maîtres des deux communautés de s'assembler pour dresser de nouveaux Statuts, & les compiler de ceux des deux corps ; ce qui ayant été fait, les nouveaux statuts furent approuvés le 25 Juin 1636 par le lieutenant civil du châtelet de Paris, sur l'approbation duquel le roi Louis XIII. donna ses lettres patentes de confirmation au mois de Juillet suivant, qui furent enregistrées en parlement le 23 Août de la même année.

Ces nouveaux articles sont rédigés en cinquante-huit articles ; le premier permet aux maîtres d'avoir deux apprentis, qu'ils ne doivent prendre toutefois qu'à trois ans l'un de l'autre, à la charge de les engager au moins pour six ans. Ce grand nombre d'apprentis étant devenu à charge à la communauté, & les maîtres ayant délibéré dans une assemblée générale sur les moyens de remédier à ce désordre, leurs délibérations présentées au lieutenant de police ; il fut reglé par jugement du 19 Septembre 1670, qu'à l'avenir les maîtres ne pourroient engager qu'un seul apprenti, & non à-moins de six ans

Le dix-septieme parle de la réception des apprentis à la maîtrise, après avoir servi outre leur apprentissage trois ans de compagnons chez les maîtres, & après avoir fait chef-d'oeuvre.

Le xxxij. & les suivans jusqu'au xlviij. inclusivement, reglent la largeur, longueur, maniere & tissures des coutils, dont le commerce est permis aux maîtres Tapissiers.

Dans le xlviij. jusqu'au lij. inclusivement, il est pareillement établi les qualités, longueurs & largeurs des mantes ou couvertures de laine, dont le négoce est aussi accordé auxdits maîtres.

Le lvj. traite de l'élection des maîtres, de la confrérie le lendemain de la S. Louis, & de celle des jurés le lendemain de la S. François. Les jurés doivent être au nombre de quatre ; un de haute-lisse sarazinois, deux courtepointiers & un neustré. Deux des quatre jurés sortent chaque année, ensorte qu'ils sont tous deux années de suite en charge. Ils sont obligés de faire leurs visites tous les deux mois.

Les autres articles sont de discipline, & marquent les marchandises que les maîtres Tapissiers peuvent vendre, & les ouvrages qu'ils peuvent faire.

Tapissier - lainier ; on appelle ainsi l'ouvrier, qui dans les manufactures où l'on fabrique les tapisseries de tonture de laine, applique cette laine réduite en poussiere sur les parties de l'ouvrage du peintre à mesure qu'il le peint, & avant que la peinture soit tout-à-fait seche. Voyez TONTURE.

Tapissier en papier. C'est une des qualités que prennent à Paris les dominotiers-imagers, c'est-à-dire ces sortes de papetiers - imprimeurs qui font le papier-marbré, ou qui en mettent en diverses autres couleurs. On les appelle Tapissiers, parce qu'en effet, ils gravent, impriment & vendent des feuilles de papier, où sont représentés par parties différens desseins, dont on compose, en les réunissant & les collant ensemble, des tapisseries rehaussées de couleurs qui font un effet très-agréable. Voyez DOMINOTIER & GRAVURE en BOIS.


TAPISSIERETAPISSIERE


TAPITIS. m. (Hist. nat. Zoolog.) c'est une espece d'agouti particuliere au Brésil ; il est de la grandeur d'un cochon de lait d'un mois ; il a le pié fourchu, la queue très-courte, le museau & les oreilles d'un liévre ; sa chair est excellente à manger.


TAPONvoyez TAMPON.


TAPOSIRIS(Géog. anc.) 1°. ville d'Egypte, à une journée au couchant d'Alexandrie, selon Strabon, liv. XVII. p. 799.

2°. Ville d'Egypte, un peu au-delà de la précédente, selon Strabon : mais il est le seul des anciens qui mette deux villes de Caposiris, à l'occident d'Alexandrie. Tous les autres géographes n'en marquent qu'une dans ce quartier-là ; desorte qu'on ne sait à laquelle des deux villes on doit rapporter ce qu'ils disent de Taposiris, dont ils n'écrivent pas même le nom de la même maniere. Plutarque, in Osiride, aussi-bien que Procope, Aedif. liv. VI. c. j. écrivent Taphosiris. Ce dernier, après avoir remarqué que la côte qui s'étend depuis la frontiere d'Alexandrie jusqu'à Cyrene, ville du pays de Pentapole, a retenu le nom général d'Afrique, dit, il y a dans cette côte une ville appellée Taphosiris, à une journée d'Alexandrie, & où l'on dit qu'Osiris, dieu des Egyptiens, est entré. Justinien a fait bâtir dans cette ville un bain public, & des palais pour loger les magistrats. (D.J.)


TAPOUYTAPERE(Géog. mod.) c'est-à-dire demeure des Tapuys ; contrée de l'Amérique méridionale au Brésil, dans la capitainerie de Para ; elle fait une partie du continent, & n'en est séparée que par un canal, qui va jusque dans la baie de Marannan. (D.J.)


TAPROBANE(Géog. anc.) Taprobana ou Taprobane, île célebre que Ptolémée, liv. VII. ch. iv. marque à l'opposite du promontoire de l'Inde appellé Cory, entre les golfes Colchique & Argarique.

Les anciens ; savoir, Pomponius-Mela, Strabon, Pline & Ptolémée, ont donné des descriptions si peu ressemblantes de Taprobane, que plusieurs habiles gens ont douté, si l'île de Taprobane de Pline étoit la même que celle de Ptolémée : & comme la plupart se sont accordés à dire, que l'ancienne Taprobane, étoit l'île de Ceylan d'aujourd'hui, il s'est trouvé des auteurs de nom, qui, voyant que tout ce qu'on disoit de cette ancienne île ne convenoit pas à l'île de Ceylan, ont été la chercher dans l'île de Sumatra. De ce nombre sont Orose, Mercator, Jule Scaliger, Rhamusio & Stukius ; mais il n'est guere probable que les Romains ni les habitans d'Alexandrie, ayent navigé jusqu'à Sumatra ; c'est en partie ce qui a obligé Saumaise, Samuel Bochart, Cluvier & Isaac Vossius, à prendre l'île de Ceylan pour l'île de Taprobane. En effet, tout ce que dit Ptolémée de l'Ile de Taprobane, convient assez à l'île de Ceylan, pourvû que l'on convienne que la description qu'il donne doit l'emporter sur celle de Pline, & qu'il s'est trompé en la faisant trop grande, en la plaçant trop au midi, & en l'avançant jusqu'au-delà de l'équateur. Cependant les difficultés qui se trouvent à concilier toutes ces différentes opinions, ont porté M. Cassini à placer l'île de Taprobane dans un autre endroit ; & voici le systême qu'il a imaginé.

La situation de l'île de Taprobane, suivant Ptolémée au septieme livre de sa géographie, étoit vis-à-vis du promontoire Cory. Ce promontoire est placée par Ptolémée, entre l'Inde & le Gange, plus près de l'Inde que du Gange. Cette île Taprobane étoit divisée par la ligne équinoxiale en deux parties inégales, dont la plus grande étoit dans l'hémisphere boréal, s'étendant jusqu'à 12 ou 13 degrés de latitude boréale. La plus petite partie étoit dans l'hémisphere austral, s'étendant jusqu'à deux degrés & demi de latitude australe. Autour de cette île, il y avoit 1378 petites îles, parmi lesquelles il s'en trouvoit dix-neuf plus considérables, dont le nom étoit connu en occident.

Le promontoire Cory ne sauroit être autre que celui qui est appellé présentement Comori ou Comorin, qui est aussi entre l'Inde & le Gange, & plus près de l'Inde que du Gange. Vis-à-vis ce cap, il n'y a pas présentement une aussi grande île que la Taprobane qui soit divisée par l'équinoxial, & environnée de 1378 îles : mais il y a une multitude de petites îles appellées Maldives, que les habitans disent être au nombre de 12000, suivant la relation de Pirard qui y a demeuré cinq années ; ces îles ont un roi, qui se donne le titre de roi de treize provinces, & de douze mille îles.

Chacune de ces treize provinces est un amas de petites îles, dont chacune est environnée d'un grand banc de pierre, qui la ferme tout-au-tour comme une grande muraille : on les appelle attolons. Elles ont chacune trente lieues de tour, un peu plus ou un peu moins, & sont de figure à-peu-près ovale. Elles sont bout à bout l'une de l'autre, depuis le nord jusqu'au sud ; & elles sont séparées par des canaux de mer, les unes larges, les autres fort étroites. Ces bancs de pierre qui environnent chaque attolon, sont si élevés, & la mer s'y rompt avec une telle impétuosité, que ceux qui sont au milieu d'un attolon, voient ces bancs tout-au-tour avec les vagues de la mer qui semblent hautes comme des maisons. L'enclos d'un attolon n'a que quatre ouvertures, deux du côté du nord, & deux du côté du sud, dont une est à l'est, l'autre à l'ouest, & dont la plus large est de deux cent pas, & la plus étroite un peu moins de trente. Aux deux côtés de chacune de ces entrées, il y a des îles, mais les courans & les plus grandes marées en diminuent tous les jours le nombre.

Pirard ajoute, qu'à voir le dedans d'un de ces attolons, on diroit que toutes ces petites îles, & les canaux de mer qu'il enferme, ne sont qu'une plaine continue, & que ce n'étoit anciennement qu'une seule île coupée depuis en plusieurs. On voit presque par-tout le fond des canaux qui les divisent, tant ils sont peu profonds, à la réserve de quelques endroits ; & quand la mer est basse, l'eau n'y monte pas à la ceinture, mais seulement à mi-jambe presque par-tout. Il y a un courant violent & perpétuel, qui, depuis le mois d'Avril jusqu'au mois d'Octobre, vient impétueusement du côté de l'ouest, & cause des pluies continuelles qui y font l'hiver ; pendant les autres six mois, les vents sont fixes du côté de l'est, & portent une grande chaleur, sans qu'il y pleuve jamais, ce qui cause leur été. Au fond de ces canaux, il y a de grosses pierres, dont les habitans se servent à bâtir, & il y a quantité de broussailles, qui ressemblent au corail : ce qui rend extrêmement difficile le passage des bateaux par ces canaux.

Lindschot témoigne que, suivant les Malabares, ces petites îles ont été autrefois jointes à la terre ferme, & que par la succession des tems, elles en ont été détachées par la violence de la mer, à cause de la bassesse du terrein. Il y a donc apparence que les Maldives sont un reste de la grande île Taprobane, & des 1378 îles qui l'environnoient, qui ont été emportées par les courans, sans qu'il en soit resté autre chose que ces rochers, qui devoient être autrefois les bases des montagnes ; desorte qu'elle n'est plus capable que de diviser les terres qui sont enfermées en-dedans de leur circuit. Il est du-moins certain que ces îles ont la même situation à l'égard de l'équinoxial, & à l'égard du promontoire, & de l'Inde & du Gange, que Ptolémée assigne à divers endroits de l'île Taprobane.

Les anciens ont donné plus d'un nom à cette île, mais celui de Taprobane est le plus célebre. On l'a appellée l'île de Palaesimundi ; & on l'a quelquefois nommée Salice. (D.J.)


TAPSELS. m. (terme de Commerce) c'est une grosse toile de coton rayée, ordinairement de couleur bleue, qui vient des Indes orientales, particulierement de Bengale. (D.J.)


TAPSIES. f. (Hist. nat. Botan.) tapsia ; genre de plante à fleur en rose & en ombelle, composée de plusieurs pétales disposés en rond, & soutenus par un calice, qui devient dans la suite un fruit composé de deux semences longues, striées, & entourées d'une grande aîle plate & échancrée le plus souvent de chaque côté. Tournefort, inst. rei herb. Voyez PLANTE.


TAPSUS(Géog. anc.) selon Virgile, Aeneid. liv. III. v. 689. & Thapsus selon Thucydide ; péninsule de la partie de Sicile, qu'on nomme Val-di-Noto ; elle est à dix-huit milles d'Agouste, sur la côte orientale, entre Hylla paroa, ou Megara, vers le nord, & Syracuse vers le midi. Cette péninsule, à laquelle le P. Catrou donne le nom d'île, est si basse & si enfoncée dans la mer, qu'on la croiroit ensevelie dans les flots. On l'appelle aujourd'hui Isola delli Manghisi. Il y avoit anciennement une petite ville de même nom sur l'isthme ; Plutarque en parle dans la vie de Nicias. (D.J.)


TAPTILE, ou TAPHI, (Géog. mod.) riviere des Indes, dans les états du Mogol. Elle a sa source aux confins des provinces de Candish & de Balagate, & se jette auprès de Surate dans le golphe de Cambaye. (D.J.)


TAPUYAS(Géog. mod.) nom commun à plusieurs nations sauvages de l'Amérique, au Brésil. Ces peuples habitent dans les terres, sans avoir ni bourgades, ni villages, ni demeures fixes. Ils sont grands, robustes, hardis & redoutés des européens. (D.J.)


TAPYRA-COAYNANAS. m. (Hist. nat. Botan. exot.) grand arbre du Brésil, dont les branches s'étendent au loin, & dont l'écorce est cendrée ; ses feuilles sont opposées les unes aux autres, placées sur des pédicules fort courts, & semblables à celles du séné. Ses fleurs forment des épis, & ont cinq pétales à trois petites cornes semi-lunaires, qui s'élevent avec les étamines.

Il succede à ces fleurs des siliques vertes avant que d'être mûres, noires ou brunes dans la maturité, inclinées vers la terre, longues d'environ un pié, & tant-soit-peu recourbées. Ces siliques sont dures, ligneuses, & ne se brisent que sous le marteau ; elles sont composées d'un grand nombre de cellules, de la capacité d'une plume, séparées par des cloisons, & contenant chacune une amande de la figure & de la grosseur de celles de l'amandier, blanches, tirant sur le jaune, unies, luisantes, dures comme de la corne, & couvertes d'une pulpe glutineuse, noirâtre, semblable à la casse, amere & désagréable au goût, astringente dans sa verdeur, & laxative dans sa maturité.

Le tapyra-coaynana est proprement le cassier du Brésil, & sa pulpe purge mieux que celle du cassier d'Egypte ; aussi cet arbre est-il nommé cassia fistula Brasiliana, par C. B. P. solativa Brasiliana Park. cassia fistula Brasiliana, flore incarnato, par Breynius. (D.J.)

TAPYRA-PECIS, (Hist. nat. Botan. exot.) espece de laiteron du Brésil. Cette plante n'a qu'une tige, qui s'éleve à la hauteur de la jambe de l'homme. Ses feuilles sont étroites, oblongues, dentelées & velues. Ses fleurs croissent au sommet de la tige, & sont couvertes de duvet. (D.J.)


TAPYRI(Géog. anc.) peuples d'Asie, que Pline, liv. VI. ch. 16. & Strabon, liv. XI. pag. 514. joignent avec les Amariacae & les Hyrcaniens. Ils sont différens des Tapori de Ptolémée, mais ce sont les mêmes qu'il nomme Tapuri. Le P. Hardouin dit que les Tapyri & les Amariacae, habitoient le pays qu'on nomme présentement le Gilan. Ils étoient de grands voleurs, & si adonnés au vin, qu'ils se servoient de cette liqueur pour tout remede. Les hommes portoient des robes noires & des cheveux longs ; les femmes avoient des robes blanches, & portoient les cheveux courts. Les Tapyris étoient si peu attachés aux femmes qu'ils avoient prises, qu'ils les laissoient épouser à d'autres, après qu'ils en avoient eu deux ou trois enfans. Celui d'entr'eux qui avoit donné les plus grandes marques de valeur & de courage, avoit le pouvoir de choisir celle qui étoit le plus à son gré. (D.J.)


TAQUES. f. (Jeu de Billard) instrument dont on se sert pour jouer au billard, & qui differe d'un autre instrument qu'on nomme aussi billard. La taque est composée d'une longue verge de bois flexible de la grosseur d'un pouce, & qui va toujours en diminuant imperceptiblement jusqu'à l'autre bout, qui entre dans une masse postiche de bois, qui est à-peu-près semblable à la masse de l'instrument appellé billard. (D.J.)


TAQUERterme d'Imprimerie ; c'est avant que de serrer entierement une forme, & après avoir arrêté foiblement les coins, abaisser les lettres hautes, ou plus élevées qu'elles ne doivent être, avec le taquoir, sur lequel on frappe légerement avec le manche du marteau, en parcourant tout l'espace de la forme. Voyez TAQUOIR.


TAQUET-FILIEUou FITEUX, (Marine) nom qu'on donne à différentes sortes de crochets de bois petits, où l'on amarre diverses manoeuvres. Voyez encore SEP DE DRISSE.

TAQUET A CORNES, (Marine) c'est un taquet à cornes ou à branches, qui sert à lancer les manoeuvres. Il y a des taquets dans les sarques, au grand mât & au mât de misaine ; on amarre les cornets à ceux de ce dernier mât.

TAQUET A GUEULE ou A DENT, (Marine) taquet qui se cloue par les deux bouts, & qui est échancré par le dedans.

TAQUET DE FER, (Marine) espece de taquet à gueule, qui sert dans les constructions & le radoub des vaisseaux, à faire approcher & joindre les membres, les préceintes & les bordages.

TAQUET DE LA CLE DES ETAINS, (Marine) Voyez CLE DES ETAINS.

TAQUET DE MAST DE CHALOUPE, (Marine) taquet à dents qui est vers le bas du mât, & où l'on amarre la voile.

TAQUETS D'AMURE, (Marine) ce sont des pieces de bois courtes & grosses, rouées, qu'on applique de chaque côté du vaisseau, pour servir de dogue d'amure. Voyez DOGUE D'AMURE.

TAQUETS DE CABESTAN, (Marine) Voyez CABESTAN & FUSEAUX.

TAQUET D'ECHELLE, (Marine) pieces de bois qui servent d'échelons, ou de marches aux échelles des côtés du vaisseau.

TAQUETS D'ECOUTES, (Marine) Voyez BITTES.

TAQUETS DE HAUBANS, (Marine) longues pieces de bois amarrées aux haubans d'artimon, où il y a des chevillots, qui servent à élancer les cargues.

TAQUETS DE HUNE A L'ANGLOISE, (Marine) ce sont deux demi-ronds, qui servent de hune, étant mis aux deux côtés du bout du mât de beaupré.

TAQUETS DE PONTON, (Marine) gros taquets, semblables à ceux qui servent de dogue d'amure aux vaisseaux, par où passent les attrapes lorsqu'on les carene.

TAQUETS DE VERGUE, (Marine) ce sont deux taquets qui sont à chaque vergue.

TAQUETS SIMPLES, (Marine) taquets qui ont la forme d'un coin, & qui servent à divers usages.

TAQUETS, PIQUETS, (Jardinage) petits piquets que l'on enfonce à tête perdue & à fleur de terre, à la place des jalons qui ont été dressés sur l'alignement, ou qui ont été buttés ou déchargés suivant le nivellement. Ces taquets ainsi enfoncés, ne s'arrachent point, reglent le niveau ou la pente d'une allée, & servent à faire des repaires pour dresser le terrein.

TAQUET, s. m. (Tonneler.) petit morceau de cercle aiguisé par les deux bouts, qu'on met en rabattant les tonneaux entre les torches pour les maintenir. (D.J.)

TAQUET, terme de Fauconnerie, c'est un ais sur le bout duquel on frappe pour faire revenir l'oiseau, lorsqu'il est au soleil en liberté.


TAQUISS. m. (Corn.) on appelle toile en taquis, des toiles de coton qui se fabriquent à Alep ou aux environs.


TAQUOIRS. m. ustensile d'Imprimerie, c'est un morceau de bois tendre, ordinairement de sapin, très-uni, au moins d'un côté, lequel est de sept à huit pouces de long, sur trois à quatre de large, & huit à dix lignes d'épaisseur, dont on se sert pour taquer les formes, c'est-à-dire pour abaisser les lettres qui se trouvent trop hautes, parce que leur pié n'est pas de niveau avec celui des autres : à quoi il faut faire attention avant de serrer les formes, telles qu'elles doivent l'être pour être garanties d'accidens. Voyez TAQUER.


TAQUONSS. m. pl. terme d'Imprimerie, ce sont des especes de hausses, faites avec de petits morceaux de papier que l'on met sous la forme, sur le carton, ou que l'on colle sur le tympan, pour faire paroître des lettres un peu basses, ou des lignes qui viennent trop foibles. On appelle encore taquons, les découpures de papier ou de parchemin, que l'on retire d'une frisquette taillée pour imprimer rouge & noir. Voyez HAUSSES, CARTON, TYMPAN.


TARABATS. m. terme de religieux, sorte d'instrument grossier, servant à réveiller les religieux dans la nuit, pour les avertir d'aller prier Dieu au choeur. Il y a un tabarat en forme de cresselle, dont on se sert dans la Semaine Sainte pour avertir d'aller à tenebres. Il y en a d'autres qui ne consistent qu'en une petite planche avec de gros clous mis en haut & en bas, & une verge de fer qui frappe dessus. (D.J.)


TARABES. m. (Hist. nat. Ornithol.) nom d'un perroquet du Brésil, tout verd excepté sur la tête, la gorge & le commencement des aîles qui sont rouges ; son bec & ses jambes sont d'un gris-brun. Marggravii. Hist. Brasil. (D.J.)


TARABITESS. f. (Hist. mod.) ce sont des machines, aussi simples que singulieres, dont les habitans du Pérou se servent pour passer les rivieres, & pour se faire transporter d'un côté à l'autre, ainsi que les chevaux & les bestiaux. La tarabite est une simple corde faite de lianne, ou de courroies très - fortes de cuir, qui est tendue d'un des bords d'une riviere à l'autre. Cette corde est attachée au cylindre d'un tourniquet, au moyen duquel on lui donne le degré de tension que l'on veut. A cette corde ou tarabite, sont attachés deux crocs mobiles qui peuvent parcourir toute sa longueur, & qui soutiennent un panier assez grand pour qu'un homme puisse s'y coucher, en cas qu'il craigne les étourdissemens auxquels on peut être sujet en passant des rivieres qui sont quelquefois entre des rochers coupés à pic d'une hauteur prodigieuse. Les Indiens donnent d'abord une secousse violente au panier, qui par ce moyen coule le long de la tarabite ; & les Indiens de l'autre bord, par le moyen de deux cordes, continuent d'attirer le panier de leur côté. Quand il s'agit de faire passer un cheval ou une mule, on tend deux cordes ou tarabites, l'une près de l'autre ; on suspend l'animal par des sangles qui passent sous son ventre, & qui le tiennent en respect sans qu'il puisse faire aucun mouvement. Dans cet état, on le suspend à un gros croc de bois qui coule entre les deux tarabites, par le moyen d'une corde qui l'y attache. La premiere secousse suffit pour faire arriver l'animal à l'autre rive. Il y a des tarabites qui ont 30 à 40 toises de longueur, & qui sont placées à 25 ou 30 toises au-dessus de la riviere.


TARABOQUES. m. (Hist. ecclés.) ce fut ainsi qu'on appella dans le quatorzieme siecle quelques habitans d'Ancone qui tenoient le parti de Louis de Baviere, & qu'on accusoit d'hérésie & de débauche. Un frere mineur, inquisiteur, eut ordre de les faire arrêter en Esclavonie, où il paroît qu'ils se retirerent.


TARACS. m. (Hist. nat. Litholog.) nom d'une pierre qui nous est inconnue, & dont on ne nous apprend rien, sinon qu'elle avoit des vertus médicinales, & que l'on substitue le sang de dragon à sa place. Voyez Boëce de Boot.


TARAGALE(Géog. mod.) ville d'Afrique au royaume de Tasilet, dans la province, sur la gauche de la riviere de même nom. Cette ville a pour défense un château fortifié, où on tient garnison. Son terroir est planté de palmiers, & fertile en pâturages. Long. 11. 48. lat. 27. (D.J.)


TARAGUICO-AYCURABAS. m. (Hist. nat. Zoolog.) nom d'une espece de lésard du Brésil, dont la queue est couverte de petites écailles triangulaires, marquetées de quatre taches brunes régulieres ; son dos est joliment ondé de rayeures brunes.


TARAGUIRAS. m. (Hist. nat. Zoologie) nom d'un lésard d'Amérique, qui est de la longueur d'un pié ; son corps est tout couvert de petites écailles triangulaires, grises-brunes : il est très-commun aux environs des maisons du sud de l'Amérique. Il court avec une grande rapidité, mais toujours en tortillant son corps ; & d'abord qu'il apperçoit quelque chose, il a une maniere singuliere de branler sa tête avec une extrême vîtesse. (D.J.)


TARAIJOS. m. (Hist. nat. Botan.) espece de laurier cerise du Japon, dont les fleurs sont à quatre pétales, odorantes, d'un jaune pâle & ramassées en grand nombre sous les aisselles des feuilles. Son fruit, qui contient quatre semences, est rouge, de la grosseur & de la figure d'une poire ; on le cultive dans les jardins, où il conserve toujours sa beauté.


TARAMA(Géog. mod.) province de l'Amérique méridionale, au Pérou, dans l'audience de Lima, à 24 lieues de la ville de ce nom : son terroir est fertile en maïs. (D.J.)


TARANCHES. f. terme de Vigneron, grosse cheville de fer qui sert à tourner la vis d'un pressoir par le moyen des omblets & des leviers. Trévoux.


TARANDES. m. (Hist. nat. Zoolog.) c'est un animal sauvage gros comme un boeuf. Il a la tête plus grande que le cerf, est couvert d'un poil comme celui d'un ours, & naît dans les pays les plus septentrionaux, comme en Laponie. (D.J.)


TARANISS. m. (Mythol. des Gaul.) nom que les Gaulois donnoient à Jupiter, & sous lequel ils lui immoloient des victimes humaines. Taranis répondoit au Jupiter tonnant des Romains, mais ce dieu n'étoit pas chez les Gaulois le souverain des dieux, il n'alloit qu'après Esus, le dieu de la guerre, & la grande divinité de ces peuples. (D.J.)


TARANJAS. m. (Hist. nat. Bot.) arbre d'Afrique & des Indes orientales. Il est petit & rempli d'épines ; son fruit est rond & couvert d'une écorce jaunâtre ; le dedans est rouge & a le goût d'une orange, quoique sa chair soit plus ferme.


TARANTAISELA, (Géogr. mod.) province de Savoie, avec titre de comté. Elle est bornée au nord par le duché de Savoie, au midi par le comté de Maurienne, au levant par le duché d'Aost, & au couchant encore par le comté de Maurienne. C'est le pays qu'habitoient les Centrons, peuples bien marqués dans César, au premier livre de ses Commentaires. Pline les place aussi dans les Alpes graïennes, qu'il nomme Centroniques, à cause de ses peuples, qui étoient, comme il dit, limitrophes des Octoduriens ou des Vallaisans, Octodurenses & eorum finitimi Centrones. Les Centrons étoient les premiers des Alpes graïennes. Leur capitale étoit nommée Forum Claudii : c'est le nom romain marqué par Ptolémée.

La ville des Centrons n'est plus qu'un village qui a conservé son nom. Darentasia ou Tarentaise, devint la capitale, non-seulement des Centrons, mais des Alpes grecques & pennines ; elle est marquée dans l'itinéraire d'Antonin, & dans la carte de Peutinger. Elle étoit alors évêché, & fut archevêché dans le neuvieme siecle. Cette ville de Tarentaise, en donnant son nom au pays, a perdu le sien elle-même, & s'appelle aujourd'hui Monstiers, Monasterium, à cause d'un monastere fondé en ce lieu, où les archevêques demeuroient. Voyez MONSTIERS.

La Tarentaise est un pays stérile & plein d'affreuses montagnes. La riviere d'Isere la traverse d'orient en occident, & y prend une de ses sources.

Innocent V. appellé Pierre de Tarentaise, parce qu'il étoit né dans la ville de ce nom en 1249, se fit religieux de l'ordre de saint Dominique, devint provincial de son ordre, archevêque de Lyon, cardinal d'Ostie, grand pénitencier de l'église romaine, & enfin pape après la mort de Grégoire X. Il fut élu à Arezzo le 21 Février 1276, & mourut au bout de cinq mois. Il a laissé des ouvrages que personne ne lit aujourd'hui, tant ils respirent la barbarie. (D.J.)


TARAPACAVALLEE DE, (Géog. mod.) vallée de l'Amérique septentrionale, au Pérou, dans l'audience de Los - Charcas, près de la côte de la mer du Sud. On dit qu'il s'y trouve quelques mines d'argent. Au-devant du continent il y a une île nommée l'île de Gouane, & que M. de Lisle marque à dix-neuf degrés quelques minutes. (D.J.)


TARARE(Géog. mod.) nom commun à une montagne d'Afrique, au royaume de Tremecen, & à une montagne qui est à six lieues de Lyon, sur le chemin de Roanne, & dont on a rendu le passage très-commode. Cette derniere montagne a pris son nom du gros bourg qui est situé au - bas, dans une vallée, sur la petite riviere de Tordive. Tarare, en latin du moyen âge, Tararia, est encore une montagne de France, qui sépare le Lyonnois du Beaujolois. (D.J.)


TARASS. m. (Médailles) fils de Neptune, passe pour le fondateur des Tarentins, qui le mettoient sur leurs médailles sous la forme d'un dieu marin, monté sur un dauphin, & tenant ordinairement le trident de son pere ; ou la massue d'Hercule, symbole de la force ; ou une chouette, pour désigner Minerve, protectrice des Tarentins ; ou bien une corne d'abondance, pour signifier la bonté du pays où il avoit bâti Tarente ; ou enfin avec un pot à deux anses, & une grappe de raisin avec le tyrse de Bacchus, symbole de l'abondance du vin chez les Tarentins. Taras avoit une statue dans le temple de Delphes, où on lui rendoit les honneurs dûs aux héros. (D.J.)

TARAS, (Géog. anc.) 1°. fleuve d'Italie, dans la Japigie, près de la ville de Tarente, selon Pausanias l. XX. c. x. & entre Métaponte & Tarente, selon Appien, civil. l. V. Il conserve son ancien nom, à la terminaison près ; car les uns le nomment présentement Tara, & les autres Taro. Ce n'est proprement qu'un ruisseau qui se jette dans le golfe de Tarente, près de Torre de Taro.

2°. Taras, fleuve de l'Epire, selon Vibius Sequester, de fluminibus, p. 83.

3°. Taras, ville de l'Asie mineure, selon Curopalate cité par Ortelius.

4°. Taras, fleuve de Scythie, selon Valerius Flaccus. (D.J.)


TARASCON(Géog. mod.) il y a en France deux petites villes de ce nom ; l'une est dans le pays de Foix, sur le bord de la riviere, à trois lieues au-dessus de la ville de Foix. Long. 19. 12. lat. 43.

L'autre Tarascon beaucoup plus considérable, est en Provence, au diocèse d'Avignon, sur la rive gauche du Rhône, vis-à-vis Beaucaire, avec laquelle elle communique par un pont de bateaux. Sa situation est à 4 lieues au midi d'Avignon, & à 5 d'Arles. Il y a une viguerie, un chapitre & quelques couvens. Son terroir est délicieux, & l'on y respire un air fort tempéré. Elle députe aux assemblées générales de la Provence, & ses députés y ont le premier rang. Long. 22. 20. latit. 43. 48.

Cette ville est très-ancienne ; car Strabon & Ptolomée en font mention sous le même nom qu'elle porte aujourd'hui ; ils la nomment Tarasco.

Molieres (Joseph Privat de) physicien cartésien, y naquit en 1677 ; il devint professeur au college royal en 1723, membre de l'académie des Sciences en 1729, & mourut à Paris en 1742. Il a publié des leçons de physique en quatre vol. in -12, dans lesquelles il admet non - seulement les tourbillons de Descartes, mais il croit pouvoir en démontrer l'existence dans le systême du plein. Les leçons de cet auteur ne passeront pas à la postérité. (D.J.)


TARASQUES. f. animal chimérique dont on effraie les enfans en quelques provinces de France ; on le représente à leur imagination ayant sur son dos un panier d'où sort une marionnette qui danse & qui saute.


TARASUNS. f. (Diete) espece de biere ou de liqueur fermentée que font les Chinois ; elle est très-forte & très - propre à enivrer. Pour faire cette liqueur, on prend de l'orge ou du froment qu'on fait germer, & on le fait moudre grossierement ; on en met une certaine quantité dans une cuve, on l'humecte foiblement avec de l'eau chaude ; alors on couvre la cuve avec soin ; on verse ensuite de la nouvelle eau bouillante, & on remue le mêlange, afin que l'eau le pénetre également, après quoi on recouvre encore la cuve ; on continue à verser de l'eau bouillante, & à remuer jusqu'à ce qu'on s'apperçoive que l'eau qui surnage, a parfaitement extrait le malt ou le grain germé, ce qu'on reconnoît lorsqu'elle est fortement colorée, & devenue gluante & visqueuse. On laisse refroidir le tout jusqu'à devenir tiede ; alors on verse la liqueur dans un vaisseau plus étroit, que l'on enfouit en terre, après y avoir joint un peu de houblon chinois, qui est pressé, & à qui on donne à - peu - près la forme d'une tuile ; on recouvre bien de terre le vaisseau qui y a été enterré, & on laisse la liqueur fermenter dans cet état. Le houblon des Chinois qui a été pressé dans des moules, porte déja son levain avec lui ; ainsi il n'est pas besoin d'y joindre aucune matiere fermentante. En Europe où l'on n'a point de ce houblon préparé, on pourroit y suppléer en mettant du houblon bouilli en petite quantité, pour ne point rendre la liqueur trop amere, & en y joignant un peu de levûre ou de mie de pain, ce qui produiroit le même effet. Lorsque la matiere est entrée en fermentation, on observe si la fermentation est cessée, ce qu'on reconnoît lorsque la matiere qui s'étoit gonflée, commence à s'affaisser ; alors on la met dans des sacs de grosse toile que l'on ferme en les nouant, que l'on met sous un pressoir, & la liqueur que le pressoir fait sortir de ces sacs, se met sans délai dans des tonneaux que l'on met dans la cave, & que l'on bouche avec soin ; de cette façon l'on a une biere qui est très - bonne ; lorsqu'elle a été faite proprement & avec soin. Voyez le voyage de Sibérie par M. Gmélin.


TARATES(Géog. anc.) Tarati, peuples montagnards de l'île de Sardaigne. Strabon, l. V. p. 225, dit qu'ils habitoient dans des cavernes, & que quoiqu'ils eussent un terrein propre pour le froment, ils en négligeoient la culture, aimant mieux piller les champs d'autrui. Ils s'adonnoient aussi à la piraterie ; car Strabon ajoute qu'ils désoloient les Pisans, soit dans l'île, soit dans le continent. (D.J.)


TARAXIPPUSS. m. (Mythol. & Gymnast.) génie malfaisant, dont la statue placée dans les hippodromes de la Grece remplissoit d'épouvante les chevaux attelés au char de ceux qui disputoient les prix de la course.

La lice ou l'hippodrome étoit composé de deux parties, dont l'une étoit une colline de hauteur médiocre, & l'autre étoit une terrasse faite de main d'homme.

A l'extrêmité de cette partie de la lice qui étoit en terrasse, il y avoit un autel de figure ronde consacré à un génie que l'on regardoit comme la terreur des chevaux, & que par cette raison l'on nommoit Taraxippus.

Quand les chevaux venoient passer devant cet autel, dit Pausanias, sans que l'on sache pourquoi, la peur les saisissoit tellement, que n'obéissant plus ni à la voix, ni à la main de celui qui les menoit, souvent ils renversoient & le char & l'écuyer ; aussi faisoit-on des voeux & des sacrifices à Taraxippus pour l'avoir favorable.

L'auteur qui étoit assez mauvais physicien & fort superstitieux, recherche les raisons de cette épouvante ; mais au lieu d'en donner la cause physique, il ne rapporte que des opinions populaires fondées sur la superstition qui a été de tous les tems, de tous les pays, & autant de la nation grecque que des autres.

Dans l'isthme de Corinthe il y avoit aussi un Taraxippus que l'on croyoit être ce Glaucus, fils de Sisyphe, qui fut foulé aux piés des chevaux dans les jeux funebres qu'Acaste fit célébrer en l'honneur de son pere. A Nemée on ne parloit d'aucun génie qui fît peur aux chevaux ; mais au tournant de la lice, il y avoit une grosse roche rouge comme du feu, dont l'éclat les éblouissoit, & les étonnoit de la même maniere qu'eût fait la flamme ; cependant, si l'on en croit Pausanias, à Olympie, Taraxippus leur faisoit bien une autre frayeur.

Il finit en disant que, selon eux, Taraxippus étoit un surnom de Neptune Hippius : ce n'est pas-là satisfaire la curiosité du lecteur qui attend qu'on lui apprenne la véritable cause d'une épouvante si subite. L'auteur pouvoit bien dire ce qu'il est si naturel de penser, que les hellanodices ou directeurs des jeux usoient de quelque artifice secret pour effaroucher ainsi les chevaux, afin que le succès des courses de char devenu par-là plus hazardeux & plus difficile, en devînt aussi plus glorieux. Abbé Gédouin sur Pausanias. (D.J.)


TARAXIS(Lexicog. médic.) , déréglement, trouble, confusion. Hippocrate emploie souvent ce mot, de même que le verbe , je trouble, dont il est dérivé, pour signifier ce désordre ou déréglement du ventre & des intestins, qui est causé par un cathartique, ou telle autre cause que ce soit. L'adjectif tarachodes, , s'applique aussi aux maladies, aux fievres & au sommeil inquiet, qui sont accompagnés de rêveries.

désigne encore dans les médecins grecs une chaleur & pleurs de l'oeil, accompagnée d'une rougeur contre nature, laquelle procede de quelque cause externe, comme du soleil, de la fumée, de la poussiere, du vent, &c. Cette légere ophthalmie cesse d'elle-même par la cessation de la cause. (D.J.)


TARAZONou TARACONA, (Géogr. mod.) ville d'Espagne, au royaume d'Aragon, sur les confins de la vieille Castille, au bord de la riviere nommée Chilés, à 50 lieues de Madrid, & à 66 de Tolede, dont son évêque est suffragant. Elle a trois paroisses, divers couvens, & un hôpital bien renté.

Tarazona est fort ancienne ; on la nomma d'abord Tyria-Ausonia. Auguste en fit une ville municipale ; les Maures y demeurerent jusqu'en 1120, qu'Alfonse, roi d'Aragon & de Castille, la leur enleva, & y établit un siege épiscopal. Son diocèse étend sa jurisdiction en Castille & en Navarre, & vaut, diton, à son évêque quinze mille ducats de rente. On tint dans cette ville un concile l'an 1229, & les états y ont été quelquefois convoqués. Le terrein abonde en blé, vin, huile, fruits, légumes, bétail, gibier, volaille. Long. 16. 7. latit. 41. 52.

Cano, en latin Canus (Melchior), religieux dominicain, & l'un des plus savans théologiens espagnols du xvj. siecle, naquit à Tarazona, & se rendit si habile dans les langues, la philosophie & la théologie. Il enseigna cette derniere science avec beaucoup d'éclat dans l'université de Salamanque. Il assista, comme théologien, au concile de Trente, sous Paul III. & fut ensuite fait évêque des Canaries en 1552. Comme il vouloit s'attacher à la cour, il ne garda pas long - tems son évêché. Philippe II. le considéra beaucoup. Il fut provincial de Castille, & mourut à Tolede en 1560.

Nous avons de lui plusieurs ouvrages, entr'autres, son traité latin intitulé, locorum theologicorum libri duodecim, & qui ne parut qu'après sa mort ; il est écrit avec élégance, mais il a le défaut de contenir de longues digressions & des questions étrangeres au sujet. L'auteur s'y montre néanmoins un homme d'esprit très-versé dans les belles-lettres & dans la connoissance de l'histoire ecclésiastique moderne, je n'en veux pour preuve que le passage suivant.

" Je le dis avec douleur, & non dans le dessein d'insulter personne (c'est Canus qui parle), Laërce a écrit avec plus de circonspection les vies des philosophes, que les Chrétiens n'ont écrit celles des saints ; Suetone est plus impartial & plus vrai dans l'histoire des empereurs, que ne le sont les écrivains catholiques, je ne dirai pas dans celles des princes, mais dans celles des martyrs, des vierges & des confesseurs, d'autant que Laërce & Suetone ne cachent ni les défauts réels des philosophes & des empereurs les plus estimés, ni même ceux qu'on leur a attribués ; mais la plûpart de nos écrivains sont ou si passionnés, ou si peu sinceres, qu'ils ne donnent que du dégoût ; outre que je suis persuadé que bien loin d'avoir fait du bien à l'église, ils lui ont au contraire fait beaucoup de tort... De plus il est incontestable que ceux qui écrivent l'histoire ecclésiastique, en y mêlant des faussetés ou des déguisemens, ne peuvent être des gens droits & sinceres, & que leurs ouvrages ne sont composés que dans quelques vues d'intérêt, ce qui est une lâcheté, ou pour en imposer aux autres, ce qui est pernicieux. " (D.J.)


TARBES(Géog. mod.) ou TARBE, ville de France, capitale du comté de Bigorre, sur la rive gauche de l'Adour, dans une belle plaine, à neuf lieues au sud - ouest d'Ausch, & à six au levant de Pau.

Cette ville a succédé à l'ancienne Bigorre, nommée Begora, castrum begorense, qui fut ruinée avec la plupart des autres villes de Gascogne, par les invasions des Barbares. Tarbes s'est accrûe de ses ruines, & a été bâtie à plusieurs reprises. Son église cathédrale est dans le lieu où étoit castrum begorrense, appellé par cette raison aujourd'hui la Sede. Il y a dans cette ville, outre la cathédrale, une église paroissiale & deux couvens, l'un de cordeliers & l'autre de carmes. Les PP. de la doctrine ont le college & le séminaire. La sénéchaussée de Tarbes est du ressort du parlement de Toulouse.

L'évêché de Tarbes, ou pour mieux dire, de l'ancienne Bigorre, n'est pas moderne ; car son évêque assista au concile d'Agde en 506. Cet évêque est suffragant d'Ausch, & président-né des états de Bigorre. Son diocèse renferme trois cent quatre-vingt-quatre paroisses ou annexes, & vaut environ vingt-cinq mille liv. de revenu. La ville de Tarbes éprouva en 1750 une secousse de tremblement de terre, qui combla seulement une vallée voisine. Long. 17. 35. latit. 43. 10. (D.J.)


TARCOLAN(Géog. mod.) ville des Indes dans le royaume de Carnate, au nord de Cangivouran dont elle dépend. C'étoit une ville assez considérable, pendant que les rois de Golconde en étoient les maîtres ; mais elle a perdu tout son lustre sous le grand-mogol, qui a réduit son enceinte à une très-petite étendue. (D.J.)


TARD-VENUSS. m. pl. (Hist. de France) ou MALANDRINS ; c'étoient de grandes compagnies composées de gens de guerre, qui s'assembloient sans être autorisées par le prince, & se nommoient un chef ; elles commencerent à paroître en France, suivant le continuateur de Nangis en 1360, & furent nommés tard-venus. Jaquet de Bourbon, comte de la Marche, fut tué à la bataille de Briguais, en voulant dissiper ces grandes compagnies qui avoient désolé la France, & qui passerent ensuite en Italie. Hénault. (D.J.)


TARDÉNOISLE (Géog. mod.) en latin du moyen âge, tardenensis ager, petit pays de France dans le Soissonnois au gouvernement de l'Isle de France. Son chef-lieu est la Fere en Tardénois. (D.J.)


TARDERv. neut. & act. (Gram.) n'arriver pas assez tôt. Ne tardez pas. Les pluies ont fait tarder les couriers. Le crime ne tarda pas à être puni. On dit que la lune tarde ; qu'une horloge tarde. Tarder se prend aussi pour différer ; ne tardez pas votre réconciliation : pour attendre avec impatience ; il me tarde bien d'avoir cette épine hors du pié.


TARDIFadj. (Gram.) qui vient trop tard, qui est lent à produire, à croître, à venir, à exécuter, &c. Il se dit des choses & des personnes ; un arbre tardif ; un fruit tardif ; un esprit tardif. Une mort promte vaut mieux pour celui qui connoît les maux de la vie, qu'une guérison tardive. Le boeuf & la tortue sont des animaux tardifs. De tardif, on a fait tardivité ; mais il est peu d'usage : on lit cependant dans la Quintinie, hâtivité & tardivité.


TARDONEVoyez TADORNE.


TARDOUERELA, ou LA TARDOIRE, (Géog. mod.) riviere de France, qui est souvent à sec. Elle a sa source dans le Limousin, près de Charlus, arrose le Poitou, l'Angoumois, & tombe dans la Charente. Ses eaux sont sales, bourbeuses & propres pour les tanneries. (D.J.)


TARES. f. (Com.) signifie tout défaut ou déchet qui se rencontre sur le poids, la qualité ou la quantité des marchandises. Le vendeur tient ordinairement compte des tares à l'acheteur.

Tare se dit encore du rabais ou diminution que l'on fait sur la marchandise par rapport au poids des caisses, tonneaux & emballages. Ces tares sont différentes suivant la diverse nature des marchandises, y ayant même beaucoup de marchandises où l'on n'accorde aucune tare : quelquefois elle est réglée par l'usage ; mais le plus souvent, pour obvier à toute contestation, l'acheteur doit en convenir avec le vendeur. Les tares sont beaucoup plus communes en Hollande qu'en France. Le sieur Ricard, dans son traité du négoce d'Amsterdam, ch. vij. de l'édit. de 1722, est entré sur cette matiere dans un grand détail dont voici quelques exemples.

La tare de l'alun de Rome est de quatre livres par sac :

De l'azur, trente-deux livres par barril :

Du beurre de Bretagne & d'Irlande, vingt pour cent :

Du poivre blanc, quarante livres par barril ; du poivre brun, cinq livres :

Du quinquina, douze & quatorze livres par seron, &c. Dictionn. de Comm.

TARE D'ESPECES, (Com.) diminution que l'on souffre par rapport au changement des monnoies. Dictionn. de Comm.

TARE DE CAISSE, (Com.) perte qui se trouve sur les sacs d'argent, soit sur les fausses especes, soit sur les mécomptes en payant & en recevant. On passe ordinairement aux caissiers des tares de caisses.

TARE, s. f. (Monnoie) c'est une petite monnoie d'argent de la côte de Malabare, qui vaut à-peu-près deux liards. Il en faut seize pour un fanon, qui est une petite piece d'or de la valeur de huit sols. Ce sont-là les seules monnoies que les rois malabares fassent fabriquer & marquer à leur coin. Cela n'empêche pas que les monnoies étrangeres d'or & d'argent, n'aient un libre cours dans le commerce selon leur poids ; mais on ne voit guere entre les mains du peuple que des tares & des fanons. (D.J.)

TARE, s. m. (Marine) nom que les Normands & les Picards donnent au goudron. Voyez GOUDRON.


TARE - RONDEvoyez PASTENAGUE.


TAREFRANKEVoyez GLORIEUSE.


TAREIBOIAS. m. (Hist. nat. Ophiol.) nom d'une espece de serpent d'Amérique, qui ainsi que le caraboïa, est amphibie, vivant dans l'eau comme sur terre ; ce sont l'un & l'autre de petits serpens entierement noirs ; ils mordent quand on les attaque, mais leur blessure n'est pas dangereuse. (D.J.)


TAREIRAS. m. (Hist. nat. Ichthyolog.) nom d'un poisson des mers d'Amérique, où on en pêche pour les manger, mais dont le goût est assez médiocre. Son corps oblong & épais s'amenuise graduellement vers la queue. Sa tête s'éleve en deux éminences audessus des yeux, qui sont jaunes avec une prunelle noire. Son nez est pointu ; sa gueule est large, jaunâtre en-dedans, armée à chaque mâchoire & sur le palais, de dents extrêmement pointues ; ce poisson a huit nageoires, en comptant sa queue fourchue pour une ; mais toutes sont d'une substance tendre, mince, douce, avec des rayons pour soutien. Ses écailles, délicatement couchées les unes sur les autres, sont fort douces au toucher. Son ventre est blanc, mais son dos & ses côtés sont marqués de raies longitudinales, vertes & jaunes. Marggravii, Hist. brasil. (D.J.)


TARENTASIA(Géog. anc.) ville des Alpes Graïennes, chez les Centrons. C'est aujourd'hui Moustier-en-Tarentaise. (D.J.)


TARENTE(Géogr. mod.) en latin Tarentum ; voyez ce mot où l'on a fait toute son histoire. Tarente moderne, en italien Tarento, n'occupe aujourd'hui qu'une des extrêmités de l'ancienne Tarentum, & l'on n'y trouve aucun vestige de la grandeur & de la splendeur qu'elle avoit autrefois ; tout le pays de son voisinage est presque désert.

C'est une petite ville d'Italie, dans la terre d'Otrante ; au royaume de Naples, sur le bord de la mer, dans un golfe de même nom, à 15 lieues au sud-est de Bari & à 55 est de Naples. La riviere Galeso en passe à trois milles, quoiqu'elle en fût éloignée de cinq du tems de Tite-Live ; vraisemblablement son lit s'est élargi du côté de Tarente. Les habitans de cette ville sont de misérables pêcheurs, & même des especes de barbares redoutés des voyageurs. Long. 35. 8. latit. 40. 30. (D.J.)


TARENTULou TARANTULE, dans l'histoire naturelle est un insecte venimeux, dont la morsure a donné le nom à la maladie appellée tarantisme. Voyez TARANTISME.

La tarentule est une espece d'araignée, ainsi appellée à cause de la ville de Tarente dans la Pouille, où elle se trouve principalement. Elle est de la grosseur environ d'un gland ; elle a huit piés & huit yeux ; sa couleur est différente ; mais elle est toujours garnie de poils. De sa bouche sortent douze especes de cornes un peu recourbées, dont les pointes sont extrêmement aiguës, & par lesquelles elle transmet son venin.

M. Geoffroy observe que ses cornes sont dans un mouvement continuel, sur - tout lorsque l'animal cherche sa nourriture, d'où il conjecture qu'elles peuvent être des especes de narines mobiles.

La tarentule se trouve en plusieurs autres endroits de l'Italie, & même dans l'île de Corse ; mais celles de la Pouille sont les seules dangereuses. On prétend même que celles-ci ne le sont plus lorsqu'elles sont transportées ailleurs. On ajoute que même dans la Pouille il n'y a que celles des plaines qui soient fort à craindre, parce que l'air y est plus chaud que sur les montagnes.

M. Geoffroy ajoute que, selon quelques-uns, la tarentule n'est venimeuse que dans la saison de l'accouplement ; & Baglivi dit qu'elle l'est seulement pendant les chaleurs de l'été, mais sur-tout pendant la canicule ; & qu'alors étant comme enragée, elle se jette sur tout ce qu'elle rencontre.

Sa morsure cause une douleur qui d'abord paroît à-peu-près semblable à celle que cause la piquure d'une abeille ou d'une fourmi. Au bout de quelques heures, on sent un engourdissement, & la partie affectée se trouve marquée d'un petit cercle livide, qui bientôt après devient une tumeur très-douloureuse. Le malade ne tarde pas à tomber dans une profonde mélancolie, sa respiration est très-difficile, son pouls devient foible, la connoissance diminue ; enfin il perd tout-à-fait le sentiment & le mouvement, & il meurt à-moins que d'être secouru. Mais ces symptomes sont un peu différens, suivant la nature de la tarentule & la disposition de la personne. Une aversion pour le noir & le bleu ; & au contraire une affection pour le blanc, le rouge & le verd sont d'autres symptomes inexplicables de cette maladie.

Tous les remedes que la Médecine a pu découvrir par le raisonnement, consistent en quelques applications extérieures, en des cordiaux & des sudorifiques ; mais tout cela est peu efficace. Ce qui vaut infiniment mieux, & que la raison ne pouvoit jamais découvrir, c'est la musique. Voyez MUSIQUE.

Dès que le malade a perdu le sentiment & le mouvement, on fait venir un musicien qui essaie différens airs sur un instrument ; & lorsqu'il a rencontré celui qui plaît au malade, on voit aussi-tôt celui-ci faire un petit mouvement : ses doigts commencent à se remuer en cadence, ensuite ses bras, puis ses jambes & tout le corps successivement. Enfin il se leve sur ses piés & se met à danser, devenant toujours plus fort & plus actif. Quelques-uns continuent à danser pendant six heures sans relâche.

On met ensuite le malade au lit ; & quand on juge qu'il est suffisamment reposé de sa danse, on le fait lever en jouant le même air pour danser de nouveau.

On continue cet exercice pendant plusieurs jours, c'est-à-dire pendant six ou sept au plus. Alors le malade se trouve excessivement fatigué & hors d'état de danser plus long-tems, ce qui est la marque de la guérison ; car tant que le poison agit sur lui, il danseroit, si l'on vouloit, sans discontinuer jusqu'à ce qu'il mourût de foiblesse.

Le malade se sentant fatigué, commence à revenir à lui-même, & se réveille comme d'un profond sommeil, sans aucun souvenir de ce qui lui est arrivé dans son paroxysme, & pas même d'avoir dansé.

Quelquefois il est entierement guéri après un premier accès. Si cela n'est pas, il se trouve accablé de mélancolie, il évite la vue des hommes & cherche l'eau ; & si on ne veille exactement sur lui, il se jette dans quelque riviere. S'il ne meurt pas de cette fois, il retombe dans son accès au bout de douze mois, & on le fait danser de nouveau. Quelques-uns ont régulierement ces accès pendant vingt ou trente ans.

Chaque malade aime particulierement un certain air de musique ; mais les airs qui guérissent sont tous en général très-vifs & très-animés. Voyez AIR & TON.

Ce que nous venons de rapporter fut communiqué en 1702 à l'académie royale des Sciences, par M. Geoffroy, à son retour d'Italie, & fut confirmé par les lettres du P. Gouye. Baglivi nous donne la même histoire dans une dissertation composée exprès sur la tarentule, & publiée en 1696.

Il n'est pas étonnant qu'on ait ajouté quelques fables à des faits si extraordinaires ; comme par exemple, que la maladie ne dure que tant que la tarentule vit ; & que la tarentule danse elle-même pendant tout ce tems-là le même air que la personne mordue.

Théorie des effets de la morsure de la tarentule, par M. Geoffroy. Cet auteur conçoit que le suc empoisonné que transmet la tarentule, peut donner aux nerfs un degré de tension plus grand que celui qui leur est naturel, ou qui est proportionné à leurs fonctions ; de-là vient la perte de connoissance & de mouvement. Mais en même tems cette tension se trouvant égale à celle de quelques cordes d'un instrument, met les nerfs à l'unisson avec certains tons, & fait qu'ils sont ébranlés & agités par les ondulations & les vibrations de l'air qui sont propres à ces tons. De-là cette guérison merveilleuse qu'opere la musique : les nerfs étant par ce moyen rétablis dans leur mouvement naturel, rappellent les esprits qui auparavant les avoient abandonnés. Voyez UNISSON & ACCORD.

On peut ajouter avec quelque probabilité & sur les mêmes principes, que l'aversion du malade pour certaines couleurs vient de ce que la tension de ses nerfs, même hors du paroxysme, étant toujours différente de ce qu'elle est dans l'état naturel, les vibrations que ces couleurs occasionnent aux fibres du cerveau sont contraires à leur disposition, & produisent une dissonnance qui est la douleur.

Théorie des effets de la morsure de la tarentule, par le D. Mead. La malignité du venin de la tarentule consiste dans sa grande force & sa grande activité par laquelle il excite aussi-tôt dans tout ce fluide artériel une fermentation extraordinaire qui altere considérablement son tissu ; en conséquence de quoi il arrive nécessairement un changement dans la cohésion des particules de ce liquide ; & par ce moyen les globules de sang qui auparavant se pressoient les uns les autres avec une égale force se trouvent avoir une action irréguliere & fort différente ; ensorte que quelques uns sont si fortement unis ensemble qu'ils forment des molécules, & comme de petits pelotons. Sur ce pié-là, comme il y a alors un plus grand nombre de globules enfermés dans le même espace qu'il n'y avoit auparavant, & que l'impulsion de plusieurs d'entr'eux, lorsqu'ils sont unis ensemble, varie suivant le degré de leur cohésion, suivant leur grosseur, leur figure, &c. l'impétuosité avec laquelle ce sang artériel est poussé vers les parties, ne sera pas seulement plus grande quelquefois qu'à l'ordinaire ; mais encore la pression sur les vaisseaux sanguins sera nécessairement irréguliere & fort inégale ; ce qui arrivera particulierement à ceux qui se distendent le plus aisément, tels que ceux du cerveau, &c.

En conséquence le fluide nerveux doit subir divers mouvemens ondulatoires, dont quelques-uns seront semblables à ceux que différens objets agissant sur les organes du corps ou sur les passions de l'ame excitent naturellement. De-là s'ensuivent nécessairement certains mouvemens du corps qui sont les suites ordinaires de la tristesse, de la joie, du désespoir, & d'autres passions de l'ame. Voyez PASSIONS.

Il y a alors un certain degré de coagulation du sang, laquelle étant accompagnée d'une chaleur extraordinaire, comme il arrive dans le pays où les tarentules abondent, produira encore plus sûrement les effets dont nous avons parlé : car les esprits séparés du sang ainsi enflammé & composé de particules dures, fines & seches, ne sauroient manquer d'avoir part à cette altération, c'est-à-dire qu'au - lieu que leur fluide est composé de deux parties, l'une plus active & plus volatile, l'autre plus visqueuse & plus fixe, qui sert en quelque façon de véhicule à la premiere, leur partie visqueuse se trouvera alors trop semblable à la partie active ; par conséquent ils auront plus de volatilité & de force qu'à l'ordinaire ; c'est pourquoi à la moindre occasion ils se porteront irrégulierement à chaque partie.

De-là s'ensuivront des sauts, de la colere, ou de la crainte pour le moindre sujet ; une extrême joie pour des choses triviales, comme des couleurs particulieres, & choses semblables ; & d'un autre côté de la tristesse dès qu'une chose ne plaît pas à la vue ; des ris, des discours obscenes & des actions de même nature, & d'autres pareils symptomes qui surviennent aux personnes mordues par la tarentule ; parce que dans la disposition où est alors le fluide nerveux, la plus légere cause le fait refluer avec ondulation vers le cerveau, & produit des images aussi vives, que pourroit faire la plus forte impression dans l'état naturel de ce fluide. Dans une telle confusion, les esprits ne peuvent manquer, même sans aucune cause manifeste, de se jetter quelquefois avec précipitation sur les organes vers lesquels ils se portoient le plus souvent en d'autres tems ; & l'on sait quels sont ces organes dans les pays chauds.

Les effets de la musique sur les personnes infectées du venin de la tarentule, confirment la doctrine précédente. Nous savons que le mouvement musculaire n'est autre chose qu'une contraction des fibres, causée par le sang arteriel, qui fait une effervescence avec le fluide nerveux, lequel par la légere vibration & le trémoussement des nerfs, est déterminé à se porter dans les muscles. Voyez MUSCULAIRE.

Ainsi la musique a un double effet, & agit également sur le corps & sur l'ame. Une harmonie vive excite dans l'ame des mouvemens violens de joie & de plaisir, qui sont toujours accompagnés d'un pouls plus fréquent & plus fort, c'est-à-dire, d'un abord plus abondant du fluide nerveux dans les muscles ; ce qui est aussi - tôt suivi des actions conformes à la nature des parties.

Quant au corps, puisqu'il suffit pour mettre les muscles en action, de causer aux nerfs ces trémoussemens qui déterminent leur fluide à couler alternativement dans les fibres motrices, c'est tout un que cela se fasse par la détermination de la volonté, ou par les impressions extérieures d'un fluide élastique.

Ce fluide élastique, c'est l'air. Or, on convient que les sons consistent en des vibrations de l'air : c'est pourquoi étant proportionnés à la disposition du malade, ils peuvent aussi réellement ébranler les nerfs que pourroit faire la volonté, & produire par conséquent des effets semblables.

L'utilité de la musique pour les personnes mordues de la tarentule, ne consiste pas seulement en ce que la musique les fait danser, & leur fait ainsi évacuer par la sueur une grande partie du venin ; mais outre cela, les vibrations réitérées de l'air que cause la musique, ébranlant par un contact immédiat les fibres contractiles des membranes du corps, & spécialement celles de l'oreille, qui étant contiguës au cerveau, communiquent leurs trémoussemens aux membranes & aux vaisseaux de ce viscere ; il arrive que ces secousses & ces vibrations continuées détruisent entierement la cohésion des parties du sang, & en empêchent la coagulation ; tellement que le venin étant évacué par les sueurs, & la coagulation du sang étant empêchée par la contraction des fibres musculaires, le malade se trouve guéri.

Si quelqu'un doute de cette force de l'air, il n'a qu'à considérer, qu'il est démontré dans le méchanisme, que le plus léger mouvement du plus petit corps peut surmonter la résistance du plus grand poids qui est en repos ; & que le foible trémoussement de l'air, que produit le son d'un tambour, peut ébranler les plus grands édifices.

Mais outre cela, on doit avoir beaucoup d'égard à la force déterminée, & à la modulation particuliere des trémoussemens de l'air ; car les corps capables de se contracter, peuvent être mis en action par un certain degré de mouvement de l'air qui les environne ; tandis qu'un plus grand degré de mouvement, différemment modifié, ne produira aucun effet semblable. Cela ne paroît pas seulement dans deux instrumens à cordes, montés au même ton ; mais encore dans l'adresse qu'ont certaines gens de trouver le ton particulier qui est propre à une bouteille de verre, & en réglant exactement leur voix sur ce ton, la poussant néanmoins avec force & longtems, de faire d'abord trembler la bouteille, & ensuite de la casser, sans cependant la toucher ; ce qui n'arriveroit pas, si la voix étoit trop haute, ou trop basse. Voyez SON.

Cela fait concevoir aisément, pourquoi les différentes personnes infectées du venin de la tarentule, demandent différens airs de musique pour leur guérison ; d'autant que les nerfs & les membranes distractiles ont des tensions différentes, & par conséquent ne peuvent toutes être mises en action par les mêmes vibrations de l'air.

Je n'ajouterai que quelques réflexions sur ce grand article. Il est assez singulier que ce soit dans la musique qu'on ait cru trouver le remede du tarantisme ; mais les dépenses d'esprit qu'ont fait quelques physiciens pour expliquer les effets de la musique dans cette maladie, me semblent encore plus étranges : si vous en croyez M. Geoffroy, par exemple, la raison de la privation de mouvement & de connoissance, vient de ce que le venin de la tarentule cause aux nerfs une tension plus grande que celle qui leur est naturelle. Il suppose ensuite, que cette tension, égale à celle de quelques cordes d'instrument, met les nerfs à l'unisson d'un certain ton, & les oblige à frémir, dès qu'ils sont ébranlés par les ondulations propres à ce ton particulier ; enfin il établit que le mouvement rendu aux nerfs par un certain mode, y rappelle les esprits qui les avoient presqu'entierement abandonnés, d'où il fait dériver cette cure musicale si surprenante. Pour moi je ne trouve qu'un roman dans toute cette explication.

D'abord elle suppose une tension extraordinaire de nerfs qui les met à l'unisson avec la corde d'un instrument. Si cela est, il faut que les membres du malade soient roides & dans la contraction, selon l'action égale ou inégale des muscles antagonistes : or l'on ne nous représente pas les malades dans un état de roideur pareille. D'ailleurs, si c'est par l'effet de l'unisson ou de l'accord qu'il y a entre le ton de l'instrument & les nerfs du malade qu'ils reprennent leurs mouvemens ; il semble qu'il s'agiroit de monter l'instrument sur le ton qui le met en accords avec ces nerfs, & c'est néanmoins ce dont le musicien ne se met pas en peine. Il paroît bien étrange que tant de nerfs de différente grosseur & longueur puissent sans dessein, se trouver tendus de maniere à former des accords ; ou ce qui seroit encore plus singulier, & même en quelque sorte impossible, à être à l'unisson avec le ton de l'instrument dont on joue. Enfin, si les esprits ont presqu'entierement abandonné ces nerfs, comme le suppose encore M. Geoffroy, je ne conçois pas comment il peut en même tems supposer que ces nerfs soient tendus au-delà du naturel, puisque suivant l'opinion la plus généralement reçue, ce sont les esprits, qui par leur influence tendent les nerfs.

Je pourrois opposer à l'hypothèse de M. Méad de semblables difficultés, mais j'en ai une bien plus grande qui m'arrête, c'est la vérité des faits dont je voudrois m'assurer auparavant que d'en lire l'explication. MM. Geoffroy, Méad, Grube, Scheuchzer & autres, n'ont parlé de la tarentule, que sur le témoignage de Baglivi qui n'exerçoit pas la médecine à Tarente ; par conséquent l'autorité de ce médecin n'est pas d'un grand poids, & ses récits sont fort suspects, pour ne rien dire de plus. D'abord une araignée qui par une petite piquure semblable à celle d'une fourmi, cause la mort malgré tous les remedes, excepté celui de la musique, est une chose incroyable. Une araignée commune en plusieurs endroits de l'Italie, & qui n'est dangereuse que dans la Pouille, seulement dans les plaines de ce pays, & seulement dans la canicule, saison de son accouplement, où pour lors elle se jette sur tout ce qu'elle rencontre ; une telle araignée, dis-je, est un insecte unique dans le monde ! on raconte qu'elle transmet son venin par ses cornes, qui sont dans un mouvement continuel, nouvelle singularité ! on ajoute pour complete r le roman, que les personnes qui sont mordues de cette araignée, éprouvent une aversion pour les couleurs noire & bleue, & une affection pour les couleurs blanche, rouge & verte. Il me prend fantaisie de simplifier toutes ces fables, comme on fait en Mythologie ; & voici ce que je pense.

La plûpart des hommes ont pour les araignées une aversion naturelle ; celles de la Pouille peuvent mériter cette aversion, & être réellement venimeuses. Les habitans du pays les craignent beaucoup ; ils sont secs, sanguins, voluptueux, ivrognes, impatiens, faciles à émouvoir, d'une imagination vive, & ont les nerfs d'une grande irritabilité ; le délire les saisit au moindre mal, & dans ce délire, il est bien naturel qu'ils s'imaginent avoir été piqués de la tarentule. Les cordiaux & les sudorifiques leur sont nuisibles, & empirent leur état ; on met donc en usage le repos, la fraîcheur, les boissons, ainsi que la musique qui calme leurs sens, & qu'ils aiment avec passion : voilà comme elle guérit la prétendue morsure si dangereuse de la tarentule. Cette exposition n'est pas merveilleuse, mais elle est fondée sur le bon sens, la vraisemblance, & la connoissance du caractere des habitans de la Pouille. (D.J.)


TARENTUMou TARAS, (Géog. anc.) ville d'Italie, dans la Pouille Messapienne, au fond d'un golfe ; elle étoit à cinq milles du Galesus. Tous les historiens & géographes, Strabon, Pline, Pomponius Méla, Tite-Live, Florus, Trogus Pompée, Solin, Tacite, & Procope parlent de cette célebre ville fondée 708 ans avant l'ere chrétienne.

La diversité des sentimens sur son origine, prouve qu'elle nous est inconnue. Antiochus veut qu'elle ait été fondée par quelques Barbares de Crète, qui, venus de Sicile, aborderent dans cet endroit avec leur flotte, & descendirent à terre. Solin en attribue la fondation aux Héraclides. Servius croit qu'elle est due à Tara fils de Neptune. Enfin d'autres prétendent plus vraisemblablement, que Tarente étoit une colonie de Lacédémoniens, qui furent conduits sur les côtes de la Tapygie Messapienne par Phalante, environ 696 ans avant l'ere chrétienne, & 55 ans depuis la fondation de Rome. Horace adopte cette origine ; il appelle Tarente, Oebalia tellus, du nom d'Oebalus, compagnon de Phalante, venu de Lacédémone dans la Lucanie, où il établit une colonie, & bâtit la ville de Tarente.

Le même poëte faisant ailleurs, l. II. od. 6. l'éloge de cette ville, dit : " si les injustes parques me refusent la consolation que je leur demande, je me retirerai dans le pays où Phalante amena jadis une colonie de Lacédémoniens, où le Galaso serpente à-travers de gras pâturages, où les troupeaux sont chargés d'une riche toison que l'on conserve avec grand soin ; ce petit canton a pour moi des charmes, que je ne trouve nulle part ailleurs ; là, coule un miel délicieux, qui ne céde point à celui de l'Attique ; là, les olives le disputent en bonté à celles de Vénafre. Le printems y regne une grande partie de l'année ; les hivers y sont tiedes, & l'âpreté des aquilons n'altéra jamais la douce température de l'air qu'on y respire ; enfin les côteaux y étalent aux yeux les riches présens du dieu de la treille, & n'ont rien à envier aux raisins de Falerne. Ces riantes collines nous invitent tous deux à nous y retirer ; c'est-là, mon cher Septimius, que vous me rendrez les derniers devoirs, & que vous arroserez de vos larmes les cendres de votre poëte bien-aimé. "

Undè si parcae prohibent iniquoe,

Dulce pellitis ovibus Galesi

Flumen, & regnata petam Laconi

Rura Phalantho.

Ille terrarum mihi praeter omnes,

Angulus ridet ; ubi non Hymetto

Mella decedunt, viridique certat

Bacca Venafro.

Ver ubi longum, tepidasque praebet

Jupiter brumas ; & amicus Aulon,

Fertili Baccho, minimum Falernis

Invidet uvis.

Ille te mecum locus, & beatae,

Postulant arces : ibi tu calentem

Debitâ sparges lacrymâ favillam,

Vatis amici.

Tarente, située si favorablement par la nature, devint en peu de tems très-puissante. Elle avoit une flotte considérable, une armée de trente mille hommes de pié, & de trois mille chevaux montés par d'excellens officiers ; c'étoit de la cavalerie légere, & leurs cavaliers avoient l'adresse de sauter d'un cheval sur l'autre ; cette cavalerie étoit si fort estimée, que , signifioit former de bonnes troupes de cavalerie.

Mais la prospérité perdit Tarente ; elle abandonna la vertu pour le luxe, & son goût pour le plaisir fut porté si loin, que le nombre des jours de l'année ne suffisoit pas aux Tarentins pour leurs fêtes publiques. Ils abatoient tout le poil de leur corps, afin d'avoir la peau plus douce, & sacrifioient aux restes de cette nudité ; les femmes ne se paroient que de robes transparentes, pour qu'aucuns de leurs charmes ne fussent voilés ; les hommes les imiterent, & portoient aussi des habits de soie ; ils se vantoient de connoître seuls le prix du moment présent, tandis, disoient-ils, que par-tout ailleurs on remettoit sans-cesse au lendemain à jouir des douceurs de la vie, & l'on perdoit son tems dans les préparatifs d'une jouissance future ; enfin, ils porterent si loin l'amour de la volupté, que l'antiquité mit en proverbe les délices de Tarente. Tite-Live, l. IX. & XII. a détaillé les jeux qu'on faisoit dans cette ville, en l'honneur de Plutus : il ajoute qu'on les célebra magnifiquement dans la premiere guerre entre les Carthaginois & les Romains.

Des moeurs si différentes des premieres qu'eurent les Tarentins dans leur institution, d'après l'exemple de Pythagore & d'Archytas, amollirent leur courage, énerverent leur ame, & peu-à-peu la république déchue de son état florissant, se vit réduite aux dernieres extrêmités ; au-lieu qu'elle avoit coutume de donner des capitaines à d'autres peuples, elle fut contrainte d'en chercher chez les étrangers, sans vouloir leur obéir, ni suivre leurs conseils ; aussi devinrent-ils la victime de leur mollesse & de leur arrogance.

Strabon marque deux causes principales de la ruine de Tarente : la premiere, qu'elle avoit dans l'année plus de fêtes que de jours ; & la seconde, que dans les guerres qu'elle eut avec ses voisins, ses troupes étoient indisciplinables. Enfin, après bien des revers, elle perdit sa liberté pendant les guerres d'Annibal ; & devenue colonie romaine, elle fut plus heureuse qu'elle n'avoit jamais été dans l'état de son sybarisme.

Florus écrivant les guerres entre les Romains & les Tarentins, fait le récit de la fortune & de la disgrace de cette ville ; il dit que Tarente étoit autrefois la capitale de la Calabre, de la Pouille, & de la Lucanie. Sa circonférence étoit grande, son port avantageux, sa situation merveilleuse, à cause qu'elle étoit placée à l'embouchure de la mer Adriatique, à la portée d'un grand nombre de places maritimes où ses vaisseaux alloient ; savoir en Istrie, dans l'Illyrique, dans l'Epire, en Achaïe, en Afrique, & en Sicile.

Au-dessus du port, du côté de la mer, étoit le théâtre de la ville qui a occasionné sa ruine : car le peuple s'y étant rendu un jour pour voir des jeux qui s'y faisoient, observa que des hommes passoient près du rivage ; on les prit pour des paysans. Les Tarentins sans autre éclaircissement, se moquerent d'eux, & les tournerent en ridicule. Il se trouva que c'étoient des Romains qui, choqués des railleries de ceux de Tarente, envoyerent bientôt des députés pour se plaindre de pareils affronts. Les Tarentins ne se contenterent point de leur faire une réponse hautaine, ils les chasserent encore honteusement de leur ville. Ce fut là la cause de la guerre que les Romains leur déclarerent ; elle fut sanglante & dangereuse de part & d'autre.

Les Romains mirent sur pié une grosse armée pour venger les injures de leurs concitoyens. Celle des Tarentins n'étoit pas moindre, & pour être mieux en état de se défendre, ils appellerent à leur secours Pyrrhus, roi des Epirotes. Celui - ci vint en Italie avec tout ce qu'il put ramasser de troupes dans l'Epire, en Thessalie, & en Macédoine. Il battit d'abord les Romains ; il en fut ensuite battu deux fois, & obligé d'abandonner l'Italie ; ce qui entraîna la perte de Tarente, qui fut soumise aux Romains.

Tite - Live & Plutarque, dans la vie de Fabius qui s'empara de Tarente, détaillent la grandeur, la puissance, & les richesses de cette ville : ils remarquent que l'on comptoit trente mille esclaves faits prisonniers, & envoyés à Rome, avec quantité d'argent, & quatre - vingt mille livres pesant d'or en monnoie. Ils ajoutent qu'il y avoit de plus un si grand nombre d'étendarts, de tables, & d'autres meubles de prix, qu'on mettoit un si riche butin en parallele avec celui que Marcellus avoit apporté de la ville de Syracuse, à Rome.

On ignore en quel tems & par qui Tarente a été ruinée, ni quand elle a été rebâtie sur le pié qu'on la voit aujourd'hui ; peut-être ce dernier événement arriva-t-il par des habitans de Calabre, chassés de leur patrie, lorsque Totila, roi des Goths, pilla la ville de Rome. Quoiqu'il en soit, Tarente n'eut alors qu'une petite partie de son ancienne grandeur.

Après la décadence de l'empire romain en occident, les Tarentins furent soumis aux empereurs de Constantinople, jusqu'à l'arrivée des Sarrasins en Italie, qui s'emparerent du golfe de Tarente, & conquirent la grande Grece, la Lucanie, la Calabre, la Pouille, une partie de la Campanie, & le pays des Salentins & des Brutiens. Tarente tomba dans la suite sous la domination des princes & rois de Naples, qui honorerent ce pays du titre de principauté. Plusieurs particuliers en ont porté le nom, entre lesquels on compte quelques personnes de la famille des Ursins de Rome. Le dernier prince de cette famille, se nommoit Jean, & possédoit de belles qualités.

Aujourd'hui Tarente n'est plus qu'une bicoque, érigée en archevêché : on n'y retrouve aucun vestige de son ancienne splendeur, de son théâtre, de ses bâtimens publics, & de l'embouchure de son fameux port.

Octavien & Antoine, aspirant tous deux à la souveraine puissance, ne manquerent pas de se brouiller souvent. Leur réconciliation étoit toujours peu durable, parce qu'elle n'étoit jamais sincere. Parmi les négociations qui se firent pour les raccommoder, l'histoire nous en marque deux principales, l'une en 714. & l'autre en 717. Cette derniere se fit à Tarente, par les soins d'Octavie, & Mécene qui fut toujours un des entremetteurs, à cause de son attachement pour Octavien, mena Horace avec lui pour l'amuser, & lui fit voir Brindes & Tarente ; c'est pourquoi j'ai tiré de ce poëte la description des agrémens du territoire de cette ville, molle Tarentum. Il n'a pas beaucoup changé, il est toujours gras & fertile. Varron faisoit comme Horace l'éloge de son miel. Pline en vantoit les figues, les noix, les châtaignes, & le sel, qu'il dit surpasser en douceur & en blancheur tous les autres sels d'Italie ; ses porreaux étoient forts, Ovide en parle ainsi :

Fila Tarentini graviter redolentia porri

Edisti, quoties oscula clausa dato.

Mais je me garderai bien d'oublier les hommes célébres, tels qu'Archytas, Lysis, Aristoxène, &c. à qui Tarente a donné le jour. On sait aussi que Pythagore y demeura long-tems, & qu'il y fut en très-haute considération.

Archytas, grand philosophe, grand astronome, grand géometre, grand général, grand homme d'état, & ce qui releve encore tous ses talens, citoyen aussi vertueux qu'éclairé, gouverna Tarente sa patrie, en qualité de premier magistrat. Il vérifia cette maxime souvent répétée, que les états sont heureux qui ont de grands hommes pour conducteurs. Archytas fut un modele de conduite & de probité ; on le tira souvent de l'obscurité de son cabinet, pour lui confier les emplois les plus épineux, & il les exerça toujours avec gloire. Il commanda sept fois l'armée de la république, & ne fut jamais vaincu. Il florissoit un peu plus de 400 ans avant J. C. puisqu'il étoit contemporain de Platon, qu'il acheta de Polide, capitaine de vaisseau. Quel esclave, & quel maître ! On trouve dans Diogene Laërce deux lettres, que ces deux grands hommes s'écrivirent.

Archytas est le premier qui a fait servir la connoissance des mathématiques à l'usage de la société, & il n'a été surpassé que par Archimède. Au milieu de ses études, si souvent interrompues par les soins du gouvernement & par le tumulte des armes, il trouva la duplication du cube, & enrichit les méchaniques de la vis & de la poulie ; Fabricius, bib. graec. tom. I. p. 485. vous instruira de quelques autres découvertes qu'on lui attribue.

Ce grand homme écrivit & laissa divers ouvrages de tous genres, de mathématiques, de philosophiques, & de moraux, du - moins à en juger par les titres qui nous en restent & qu'on trouve dans les anciens. Fabricius & Stanley vous en donneront la liste. Porphyre nous a conservé un fragment d'un traité des mathématiques, qu'il assure être le moins suspect des ouvrages attribués à Archytas. Henri Etienne a fait imprimer ce fragment en grec avec d'autres ouvrages ; & M. Jean Gramm, savant Danois, l'a fait réimprimer avec une version latine de sa main, & une dissertation sur Archytas, à Copenhague, 1707, in -4°. Platon avoit recueilli soigneusement tous les ouvrages d'Archytas, & il avoue généreusement, dans une de ses lettres, qu'il en tira beaucoup de profit.

Cicéron nous a conservé la substance d'un discours d'Archytas contre l'amour de la volupté, qui dans sa durée étouffe toutes les lumieres de l'esprit ; voyez le livre de Senect. cap. xj. & Stanley, hist. philos. part. VIII. p. 821. La conduite d'Archytas répondit à ses écrits moraux, & c'est-là ce qui doit rendre sa mémoire vénérable. Il s'attira l'estime générale par sa modestie, par sa décence, & par le frein qu'il mit à ses passions. Plutarque rapporte que ce grand homme étant de retour de la guerre, où il avoit commandé en qualité de capitaine général, trouva toutes ses terres en friche, & rencontrant son fermier : " il t'en prendroit mal, lui dit-il, si je n'étois dans une grande colere ".

Diogène Laërce parle de quatre autres personnes du nom Archytas, & qui tous quatre ont eu de la réputation ; l'un de Mitylene, qui étoit musicien ; un second qui a écrit sur l'agriculture ; le troisieme étoit poëte, & le quatrieme architecte ; il ne faut les confondre les uns ni les autres avec notre Archytas éleve de Pythagore.

Horace nous apprend la particularité qui regarde sa mort. Il périt par un naufrage sur la mer Adriatique, & fut jetté sur les côtes de la Pouille, à Matine, ville maritime des Salentins sur la mer Ionienne, dans le pays qu'on appelle aujourd'hui la terre d'Otrante. Voyez comme en parle le poëte de Vénuse, ode xxviij. liv. I.

" Archytas, vous qui pouviez mesurer la vaste étendue des terres & des mers, & compter le nombre infini des grains de sable, vous êtes arrêté aujourd'hui sur le rivage de Matine faute d'un peu de poussiere. Que vous sert maintenant d'avoir par votre intelligence percé le vuide immense des airs, & parcouru tout l'univers d'un pole à l'autre, puisque tant de sublimes connoissances n'ont pu vous garantir d'un funeste trépas " ?

Te maris & terrae, numeroque carentis arenae

Mensorem cohibent, Archyta,

Pulveris exigui, propè littus, parva Matinum

Munera ! nec quidquam tibi prodest

Aërias tentasse domos, animoque rotundum

Percurrisse polum, morituro.

Lysis fut dans sa jeunesse disciple de Pythagore déja vieux. Ce philosophe ayant refusé l'entrée de son école à Cylon, l'un des premiers de Crotone, mais dont le caractere d'esprit ne lui convenoit pas ; celui-ci à la tête d'une partie des citoyens, qu'il avoit ameutés pour se venger, mit le feu au logis de l'athlete Milon, où étoient assemblés environ quarante pythagoriciens qui furent tous brûlés, ou accablés de pierres, à la reserve de Lysis & d'Archippe, ou, selon d'autres, de Philolaüs, qui étant jeunes & dispos, eurent le courage de se sauver. Lysis se retira en Achaye, puis à Thèbes ; où il devint précepteur d'Epaminondas. Il y établit une école publique, y mourut & y fut enterré. Le pythagoricien Théanor y vint dans la suite à dessein de faire transférer en Italie les os du défunt, au rapport de Plutarque, lequel raconte assez au long cette histoire.

On vante sur-tout en la personne de Lysis son exactitude à tenir sa parole, même dans les occasions de très-petite importance ; & c'est de quoi Iamblique allégue l'exemple qui suit. Lysis ayant fait un jour sa priere dans le temple de Junon, rencontra, comme il en sortoit, Euryphâme de Syracuse, l'un de ses condisciples, qui venoit y faire la sienne. Celui-ci dit à Lysis qu'il le rejoindroit incessamment, & le pria de l'attendre. Lysis le lui promit, & s'assit sur un banc de pierre qui étoit à l'entrée du temple. Euryphâme, après sa priere, se trouva tellement absorbé dans ses profondes méditations, qu'il en oublia son ami ; il sortit par une autre porte. Lysis l'attendit le reste du jour, la nuit suivante, une partie du lendemain, & l'auroit attendu plus long - tems, si Euryphâme en entrant dans l'école, & ne l'y voyant pas, ne se fût ressouvenu de la rencontre de la veille. Cela le fit retourner au temple, d'où il ramena Lysis, qui l'avoit attendu constamment ; & il lui dit que quelque dieu l'avoit ainsi permis pour faire éclater en lui une exactitude si scrupuleuse à tenir sa parole. Telle étoit celle des Pythagoriciens à garder celle de leur maître !

Lysis composa des commentaires sur la philosophie de Pythagore, lesquels sont perdus. Diogene Laërce témoigne que de son tems on lisoit quelques ouvrages de Lysis, sous le nom de Pythagore. Plusieurs attribuent à ses disciples les vers dorés, que d'autres donnent à Philolaüs, mais que M. Fabricius prétend être l'ouvrage d'Empédocle, comme il s'efforce de le prouver dans sa bibliotheque grecque. Il reste aujourd'hui sous le nom de Lysis, une lettre adressée à Hipparque, où ce philosophe reproche à cet ami de divulguer les secrets de la philosophie de leur maître commun. On trouve cette lettre dans différens recueils indiqués par M. Fabricius, entr'autres dans celui de Thomas Gale, publié sous le titre d'opuscula mythologica & philosophica.

Il est parlé dans Strabon & dans Athénée d'un autre Lysis poëte, auteur des vers ioniens efféminés & impudiques, lequel succéda en ce genre d'écrire à Sotadès, & à l'étolien Alexandre, qui s'y étoient, dit-on, exercés en prose, d'où on les avoit tous surnommés ; les disciples de ce Lysis s'appelloient Lysiodi, , de même que ceux de Simus, autre poëte du même goût, mais plus ancien que Lysis, se nommoient Simodi, . Mém. de littér. tome XIII. in -4°. p. 234.

Aristoxène étoit fils du musicien Mnésias, autrement appellé Spinthare. Etant dans la ville de Mantinée, il y prit du goût pour la Philosophie, & s'étant de plus appliqué à la Musique, il n'y perdit pas son tems. Il fut en premier lieu disciple de son pere, & de Lamprote d'Erythrée, puis du Pythagoricien Xénophile, enfin d'Aristote, sous lequel il eut Théophraste pour compagnon d'étude. Aristoxène vivoit donc, comme l'on voit, sous Alexandre le Grand & ses premiers successeurs, & il fut contemporain du messénien Dicéarque, historien très-fameux.

De tous les ouvrages philosophiques, historiques, philologiques & autres qu'Aristoxène avoit composés, & dont on trouve une exacte notice dans la bibliotheque grecque, liv. III. c. x. tom. II. p. 257. de M. Fabricius, il ne nous reste aujourd'hui que ses trois livres des élémens harmoniques ; & c'est le plus ancien traité de musique qui soit venu jusqu'à nous. Meursius pour la premiere fois en publia le texte, suivi de ceux de Nicomaque & d'Alypius, auteurs musiciens grecs, & de notes de l'éditeur, le tout imprimé à Leyde en 1616, in -4°. La version latine d'Aristoxène & celle des harmoniques de Ptolémée faites par Antonin Gogavin, avoient paru conjointement à Venise dès l'année 1561, in -4°. Mais on a vu reparoître avec un nouvel éclat le texte grec d'Aristoxène, revu & corrigé sur les manuscrits, accompagné d'une nouvelle version latine, & des savantes notes de Marc Meibom, qui l'a fait imprimer à la tête de la belle édition qu'il nous a donnée des musiciens grecs, à Amsterdam en 1652, in -4°. deux vol. Il est parlé de cet ouvrage d'Aristoxène touchant la musique dans plusieurs auteurs anciens, tels qu'Euclide, Cicéron, Vitruve, Plutarque, Athénée, Aristide, Quintilien, Ptolémée, Boëce, &c.

A l'égard de ses autres traités concernant la Musique, & qui sont perdus, ils rouloient, 1°. sur les joueurs de flûte, les flûtes & autres instrumens de Musique ; 2°. sur la maniere de percer les flûtes ; 3°. sur la Musique en général, ouvrage différent des harmoniques & dans lequel il s'agissoit, non-seulement des autres parties de cet art, telles que la rhythmique, la métrique, l'organique, la poétique & l'hypocritique, mais encore de l'histoire de la Musique & des musiciens ; 4°. sur la danse employée dans les tragédies ; 5°. sur les poëtes tragiques. De tous les musiciens dogmatiques grecs que le tems nous a conservés, Aristoxène est le seul dont Plutarque fasse mention. Mém. de littér. tom. X. in -4°. p. 309.

Pacuve, né à Brindes, mourut à Tarente, âgé de près de 90 ans. Il étoit petit - fils d'Ennius, & vivoit vers la cent cinquante - sixieme olympiade. Doué de beaucoup d'esprit, il le cultiva soigneusement par la lecture des auteurs grecs, dont il fit passer les richesses dans ses compositions. Rome n'avoit point eu de meilleur poëte tragique avant lui, & il s'en est même trouvé très - peu qui l'ayent égalé jusqu'au tems des Césars. (D.J.)


TARERv. act. (terme de Comm.) c'est peser un pot ou une bouteille avant que d'y mettre la drogue ou la liqueur, afin qu'en la repesant après, on puisse savoir au juste combien il y en est entré.

Dans le commerce des sucres, on tare une barrique, & l'on en met le poids sur un des fonds pour en tenir plus aisément compte à l'acheteur, en comparant ce qu'elle pese vuide avec ce qu'elle pese pleine. Savary. (D.J.)


TARFLE, (Géog. mod.) petite riviere d'Ecosse, dans la province de Nithesdale ; elle se jette dans le Bladnoch, après avoir coulé quelque tems à l'occident de Krée.


TARGA(Géog. mod.) petite ville d'Afrique, au royaume de Fez, sur la côte de la Méditerranée, dans une plaine, à sept lieues de Tétuan, avec un château bâti sur un rocher. La pêche y est très-abondante, mais les environs de la ville n'offrent que des forêts remplies de singes, & des montagnes escarpées. Marmol prétend que Targa est le Taga de Ptolémée, à 8. 20. de longitude & à 35. 6. de latitude. (D.J.)


TARGES. f. ou TALLEVA, (Art milit.) espece de grand bouclier, dont on s'est servi autrefois pour couvrir les troupes. Elles avoient à-peu-près le même usage que nos mantelets ; excepté que les mantelets sont roulés ou poussés par les travailleurs, au-lieu que les targes étoient portées par des gens particuliers pour couvrir les combattans ou les attaquans. Voyez PAVOIS. (Q)

TARGE, s. f. (Jardin.) ornement en maniere de croissant, arrondi par les extrêmités, fait de traits de buis, & qui entre dans les compartimens des parterres. Il est imité des targes, ou targues, boucliers antiques dont se servoient les Amazones, & qui étoient moins riches que ceux de combat naval des Grecs. C'est ce que Virgile nomme pelta lanata. (D.J.)


TARGELIESS. f. pl. (Antiq. grecques) , fêtes que les Athéniens célebroient en l'honneur du Soleil, auteur de tous les fruits de la terre. On y faisoit l'expiation des crimes de tout le peuple, par un crime encore plus grand, c'est-à-dire, par le sacrifice barbare d'un homme & d'une femme, qu'on avoit eu soin d'engraisser auparavant à cet effet : l'homme servoit de victime expiatoire pour les hommes, & la femme pour son sexe : on nommoit ces victimes .

La premiere dénomination leur venoit d'un certain Pharmacos, qui anciennement avoit été lapidé pour avoir dérobé les vases sacrés destinés au culte d'Apollon, larcin dans lequel Achille l'avoit surpris. Peut-être regardoit-on ces victimes comme des médicamens, , propres à purger Athènes de ses iniquités.

Ces victimes portoient des colliers de figues seches ; elles en avoient les mains garnies, & on les frappoit pendant la marche avec des branches de figuier sauvage, après quoi on les brûloit, & on jettoit leurs cendres dans la mer. Comme les figues entroient pour beaucoup dans cette cérémonie cruelle, de-là vient le nom ou l'air qu'on y jouoit sur la flûte , de , figuier, branche de figuier, comme qui diroit l'air des figuiers ; mais quant aux autres détails qui concernent les thargelies, on peut consulter Meursius dans ses leçons attiques, l. IV. & dans sa graecia feriata. Voyez aussi Potter, Archaeol. graec. l. II. c. xx t. I. p. 400. & suiv. (D.J.)


TARGETTES. f. (Serrur.) espece de petit verroux monté sur une platine, avec deux cramponets. Elle se pose aux guichets & croisées, à la hauteur de la main, & derriere les portes. Il y en a à panache, d'ovales & de quarrées.

On les appelle targettes à panaches, quand les bouts de la platine sont découpés, & représentent quelques fleurons ; targettes ovales, lorsque la platine est ovale ; targettes quarrées, lorsque la platine est quarrée. On les fixe à vis ou à clous.

TARGETTE, s. f. (terme de Lainage) petit morceau de gros cuir que les ouvriers laineurs ou épleigneurs s'attachent sur le dos des doigts de la main, qu'ils nomment main de devant, pour empêcher de les écorcher en travaillant avec la croix où sont montées les brosses de chardon vif dont ils se servent pour lainer ou éplaigner les étoffes sur la perche. Savary.

TARGETTE ou TERGETTE, sont de petites regles de bois de chêne, qui ont à leurs extrêmités un trou dans lequel passe un morceau de fil de laiton recuit, que l'on fait tenir en le tortillant avec des pincettes ; il doit y avoir environ trois pouces de fil de laiton qui ne doit pas être tortillé. Pour pouvoir attacher la targette, soit aux pattes de la brege, ou aux anneaux des boursettes ou des demoiselles pour faire des targettes, on prend des lattes à ardoises, qui sont les lattes sur lesquelles les couvreurs attachent les ardoises ; on les rabote bien, & on les réduit à une ligne d'épaisseur ; on dresse ensuite le champ d'un côté seulement, & avec le trusquin des menuisiers armé d'une pointe coupante ; on trace un trait à 5 ou 6 lignes de la rive, & en passant plusieurs fois le trusquin, on détache entierement la targette.


TARGINEou TARGIS, (Géog. anc.) fleuve d'Italie. Pline, liv. III. ch. x. le met dans le pays de Locres. C'est aujourd'hui le Tacina. Ortelius remarque que Gabriel Bari place une ville de même nom près de ce fleuve, & que cette ville est présentement nommée Vernauda. (D.J.)


TARGOROD(Géogr. mod.) ville de la Moldavie, au confluent de la Sereth & de la Moldaw, à 15 lieues au-dessous de Soczowa. Quelques géographes la prennent pour la Ziridava de Ptolémée, liv. III. ch. viij. mais Lazius prétend que le nom moderne de Ziridava est Scaresten. (D.J.)


TARGUM(Critique sacrée) c'est une paraphrase chaldaïque.

Les targums ou paraphrases chaldaïques sont des versions du vieux Testament, faites sur l'original, & écrites en chaldéen, qu'on parloit dans toute l'Assyrie, la Babylonie, la Mésopotamie, la Syrie & la Palestine. On se sert encore de cette langue dans les églises nestoriennes & maronites, comme on fait du latin dans celles des catholiques romains en Occident. Le mot targum ne veut dire autre chose que version en général ; mais parmi les Juifs ce terme est consacré, & marque toujours les versions chaldaïques, dont j'ai promis de parler avec recherche ; je vais remplir ma parole.

Ces versions furent faites à l'usage & pour l'instruction des juifs du commun, après le retour de la captivité de Babylone ; car quoique plusieurs des personnes de distinction eussent entretenu l'hébreu pendant cette captivité, & l'eussent enseigné à leurs enfans ; & que les livres de la sainte Ecriture qui furent écrits depuis ce retour, excepté quelques endroits de Daniel & d'Esdras, & le vers. 11. du x. ch. de Jérémie, furent encore écrits dans cette langue : cependant le peuple en général à force de converser avec les Babyloniens, avoit appris leur langue, & oublié la sienne propre. Il arriva de-là que quand Esdras lut la loi au peuple (Néhém. viij. v. 4. 8.) il lui fallut plusieurs personnes, qui sachant bien les deux langues, expliquassent au peuple en chaldaïque ce qu'il leur lisoit en hébreu. Dans la suite, quand on eut partagé la loi en cinquante-quatre sections, & que l'usage se fut établi d'en lire une toutes les semaines dans les synagogues, on employa la même méthode de lire d'abord le texte en hébreu, & d'en donner immédiatement après l'explication ou la traduction en chaldaïque. Dès que le lecteur avoit lu un verset en hébreu, un interprete, qui étoit auprès de lui, le mettoit en chaldaïque : & donnoit ainsi de verset en verset toute la traduction de la section au peuple.

Voilà ce qui fit faire les premieres traductions chaldaïques, afin que ces interpretes les eussent toutes prêtes. Et non-seulement on les trouva nécessaires pour les assemblées publiques dans les synagogues, mais très - commodes pour les familles, afin d'y avoir l'Ecriture dans une langue que le peuple entendît.

On ne fit d'abord des targums ou paraphrases chaldaïques que pour la loi, parce qu'on ne lisoit d'abord que la loi, ou les cinq livres de Moïse dans les synagogues ; ce qui dura jusqu'à la persécution d'Antiochus Epiphanes. Comme dans ce tems-là on commença à lire dans les synagogues les prophetes, il fallut nécessairement en faire des versions, tant pour l'usage public que pour celui des particuliers ; car puisque l'Ecriture est donnée aux hommes pour leur édification, il faut que les hommes l'aient dans une langue qu'ils entendent. De-là vient qu'à la fin toute l'Ecriture fut traduite en chaldaïque.

Cet ouvrage fut entrepris par différentes personnes & à diverses reprises par quelques-uns même dans des vues différentes ; car les unes furent faites comme des versions pures & simples, pour l'usage des synagogues, & les autres, comme des paraphrases & des commentaires, pour l'instruction particuliere du peuple ; tout cela fit qu'il se trouva quantité de ces targums assez différens les uns des autres ; de même il se rencontra de la différence entre les versions de l'Ecriture, qui se firent en grec dans la suite, parce que les auteurs de ces versions se proposoient chacun un différent but, comme l'octaple d'Origene le montroit suffisamment. Sans doute qu'il y avoit aussi autrefois un bien plus grand nombre de ces targums, dont la plûpart se sont perdus, & dont il n'est pas même fait mention aujourd'hui. On ne sait pas s'il y en a eu quelqu'un de complet, ou qui ait été fait sur tout le vieux Testament par la même personne ; mais pour ceux qui nous restent, ils sont de différentes mains ; l'un sur une partie, & l'autre sur une autre.

Il y en a huit, 1°. celui d'Onkelos, sur les cinq livres de Moïse ; 2°. Jonathan Ben-Uzziel, sur les prophêtes, c'est-à-dire, sur Josué, les Juges, Samuel, les Rois, Isaïe, Jérémie, Ezéchiel, & les xij. petits prophetes ; 3°. un autre sur la loi, attribué au même Jonathan Ben-Uzziel ; 4°. le targum de Jérusalem, aussi sur la loi ; 5°. le targum sur les cinq petits livres appellés megillotth ; c'est-à-dire, sur Ruth, Esther, l'Ecclésiaste, le cantique de Salomon & les lamentations de Jérémie ; 6°. le second targum sur Esther ; 7°. le targum de Joseph le borgne, sur Job, les pseaumes & les proverbes ; enfin, 8°. le targum sur les deux livres des chroniques.

Sur Esdras, Néhémie & Daniel, il n'y a point de targum. La raison qu'on en donne ordinairement, c'est qu'une grande partie de ces livres est déja en chaldaïque dans l'original, & n'a point par conséquent besoin de version chaldaïque. Et cela est vrai des livres de Daniel & d'Esdras ; mais il ne l'est pas de celui de Néhémie. Sans-doute qu'autrefois il y avoit des versions de l'hébreu de ces livres, qui aujourd'hui sont perdues. On a cru long-tems qu'il n'y avoit point de targum sur les chroniques non-plus, parce qu'on ne le connoissoit pas, jusqu'à ce que Beckius en a publié un à Augsbourg ; celui du premier livre, l'an 1680, & le targum du second, l'an 1683.

Comme le targum d'Onkélos est le premier en rang, parce qu'il est sur le pentateuque ; je crois que c'est aussi le premier composé, & le plus ancien de tous ceux qui sont parvenus jusqu'à nous. Le style de ce targum prouve aussi son antiquité ; car il approche le plus de tous de la pureté du chaldaïque de Daniel & d'Esdras, qui est ce que nous avons de plus ancien dans cette langue.

Le targum d'Onkélos est plutôt une version qu'une paraphrase ; en effet, il suit son origine mot-à-mot, & le rend pour l'ordinaire fort exactement. C'est sans comparaison le meilleur ouvrage de cette espece. Aussi les juifs l'ont-ils toujours préféré de beaucoup à tous les autres ; & ont-ils pris la peine d'y mettre les mêmes notes de musique, qui sont à l'original hébreu ; desorte qu'il se peut lire avec une espece de chant dans leurs synagogues, en même tems que l'original, & sur le même air, si cette espece de chant se peut appeller air. Elias le lévite nous apprend qu'on l'y lisoit alternativement avec le texte hébreu, de la maniere dont j'ai dit ci-dessus que cela se pratiquoit. Il faut remarquer que cet auteur est de tous les écrivains juifs qui ont traité de cette matiere, celui qui en parle le plus pertinemment. Au reste l'excellence & l'exactitude du targum d'Onkélos nous font juger que cet Onkélos étoit juifs. Il ne falloit pas moins pour réussir, comme il a fait dans un ouvrage si pénible, qu'un homme élevé dès l'enfance dans la religion & dans la théologie des juifs, & long-tems exercé dans leurs cérémonies & leurs dogmes, & qui possédât aussi parfaitement l'hébreu & le chaldéen, que cela étoit possible à un juif de naissance.

Le targum qui suit celui d'Onkélos, est de Jonathan Ben-Uzziel sur les prophetes. C'est celui qui approche le plus du premier pour la pureté du style : mais il n'est pas fait sur le même plan ; car au lieu que le targum d'Onkélos est une version exacte qui rend l'hébreu mot-à-mot, Jonathan prend la liberté de paraphraser, d'étendre & d'ajouter tantôt une histoire & tantôt une glose, qui ne font pas toujours beaucoup d'honneur à l'ouvrage ; en particulier son travail sur les derniers prophetes est encore moins clair, plus négligé & moins littéral que ce qu'il a fait sur les premiers. On appelle premiers prophetes le livre de Josué, les Juges, Samuël & les Rois ; & derniers prophetes Isaïe, Jérémie, Ezéchiel & les xij. petits prophetes.

Le troisieme targum, dans l'ordre où je l'ai placé, est celui qu'on attribue au même Jonathan Ben-Uzziel sur la loi ; mais le style de cet ouvrage prouve clairement qu'il n'est pas de lui ; car il est fort différent de celui de son véritable targum sur les prophetes que tout le monde lui donne ; & pour s'en convaincre, il n'y a qu'à comparer l'un avec l'autre avec un peu d'attention. Outre cela cette paraphrase s'étend bien davantage ; & est encore plus chargée de gloses, de fables, de longues explications, & d'autres additions, que n'est celle de Jonathan sur les prophetes. Mais ce qui prouve clairement que cette paraphrase est plus moderne, c'est qu'il est parlé de diverses choses dans ce targum, qui n'existoient pas encore du tems de Jonathan, ou qui n'avoient dumoins pas encore le nom qui leur est donné dans ce targum. Par exemple, on y voit les six ordres ou livres de la Misna, près de deux cent ans avant qu'elle fût composée par R. Judah. On y trouve aussi Constantinople & la Lombardie, dont les noms ne sont nés que plusieurs siecles après Jonathan.

On ne sait pas qui est le véritable auteur de ce targum, ni quand il a été composé. Il faut qu'il ait été long-tems dans l'obscurité parmi les juifs eux-mêmes ; car Elias le lévite, qui a fait le traité le plus étendu sur les paraphrases chaldaïques, ne l'a point connu ; puisqu'il parle de tous les autres, sans dire un seul mot de celui-ci ; & jamais on n'en avoit ouï parler avant qu'il parût imprimé à Venise, il y a environ deux siecles. Apparemment qu'on n'y mit le nom de Jonathan que pour lui donner du relief, & faire que l'ouvrage se débitât mieux.

Le quatrieme targum est aussi sur la loi, & écrit par un inconnu ; personne ne sait ni qui en est l'auteur, ni quand il a été composé. On l'appelle le targum de Jérusalem ; apparemment par la même raison qui a fait donner ce nom à un des talmuds ; c'est-à-dire, parce que c'est le dialecte de Jérusalem, car le chaldéen ou la langue d'Assyrie avoit trois dialectes. Le premier étoit celui de Babylone, la capitale de l'empire d'Assyrie. Le second dialecte est celui de Comagene ou d'Antioche, qu'on parloit dans toute l'Assyrie ; c'étoit dans ce dialecte qu'étoient écrites les versions de l'Ecriture & les liturgies des chrétiens de Syrie & d'Assyrie d'autrefois, & de ceux d'aujourd'hui - même ; sur - tout des Maronites, qui demeurent sur le Mont-Liban, où le syriaque est encore la langue vulgaire du pays. Le troisieme de ces dialectes est celui de Jérusalem, ou celui que parloient les juifs à leur retour de la captivité. Celui de Babylone & celui de Jérusalem s'écrivoient avec les mêmes caracteres ; mais les caracteres d'Antioche étoient différens ; & ce sont ceux que nous appellons syriaques.

Ce targum de Jérusalem n'est pas au reste une paraphrase suivie, comme le sont tous les autres. Elle n'est que sur quelques passages détachés, que l'auteur a cru avoir plus besoin d'explication que les autres. Tantôt il ne prend qu'un verset, ou même une partie de ce verset ; tantôt il en paraphrase plusieurs à la fois ; quelquefois il saute des chapitres entiers ; quelquefois il copie mot à mot le targum qui porte le nom de Jonathan sur la loi ; ce qui a fait croire à Drusius, que c'étoit le même targum.

Le cinquieme targum, est la paraphrase sur les livres qu'on appelle mégilloth : le sixieme, est la seconde paraphrase sur Esther : & le septieme, est la paraphrase sur Job, les Pseaumes & les Proverbes. Ces trois targums sont du style le plus corrompu du dialecte de Jérusalem. On ne nomme point les auteurs des deux premiers ; mais on prétend que pour le troisieme, il a été composé par Joseph le borgne, sans nous apprendre pourtant quand a vécu ce Joseph, ni quel homme c'étoit. Quelques juifs même assurent, que l'auteur de celui - ci est tout aussi peu connu que le sont ceux des deux précédens. Le second targum sur Esther est une fois aussi long que le premier, & semble avoir été écrit le dernier de tous ceux-ci, à en juger par la barbarie du style. Celui qui est sur le mégilloth, dont le premier sur Esther fait partie, parle de la misna & du talmud, avec l'explication. Si par-là il entend le talmud de Babylone, comme il n'y a pas lieu d'en douter, ce targum est écrit depuis le talmud dont il parle, c'est - à - dire, depuis l'an 500, qui est la plus grande antiquité qu'on puisse donner à la compilation du talmud de Babylone.

Le huitieme & dernier de ces targums, dans l'ordre où nous les avons mis, est celui qui est sur deux livres des chroniques ; & c'est celui qui a paru le dernier : car il n'étoit point connu jusqu'en l'an 1680, que Beckius en publia la premiere partie à Augsbourg sur un vieux manuscrit, & trois ans après la seconde. Jusques-là tous ceux qui avoient parlé des paraphrases chaldaïques, avoient insinué qu'il n'y en avoit jamais eu sur ces deux livres, excepté Walton, qui marque avoir ouï - dire, qu'il y avoit un targum manuscrit sur les chroniques dans la bibliotheque de Camdbrige ; mais cet avis ne lui vint qu'après que sa polyglotte fut achevée ; & cela fit qu'il ne se donna pas la peine de l'aller déterrer. On sait qu'effectivement parmi les livres d'Erpenius, dont le duc de Buckingham a fait présent à l'université d'Oxford, il y a une bible hébraïque manuscrite en trois volumes, qui a un targum ou paraphrase chaldaïque sur les chroniques ; mais cette paraphrase ne va pas plus loin que le 6. v. du ch. 23. du premier liv. & n'est pas trop suivie ; ce sont seulement quelques courtes gloses qu'on a mises par - ci par - là à la marge. Ce manuscrit a été écrit l'an 1347, comme cela paroît par un mémoire qui est à la fin ; mais il n'y a rien dans ce mémoire qui marque quand cette glose chaldaïque a été composée, ni par qui.

Les juifs & les chrétiens s'accordent à croire, que le targum d'Onkélos sur la loi, & celui de Jonathan sur les prophetes, sont du-moins aussi anciens que la venue de Jesus-Christ au monde. Les historiens juifs le disent positivement, quand ils rapportent que Jonathan étoit l'éleve le plus considérable que forma Hillel ; car Hillel mourut à-peu-près dans le tems de la naissance de N. S. & qu'Onkélos étoit contemporain de Gamaliel le vieux, sous qui saint Paul fit ses études. D'ailleurs ce témoignage est soutenu par le style de ces deux ouvrages, qui est le plus pur de tout ce qu'on a du dialecte de Jérusalem, & sans mélange des mots étrangers que les juifs de Jérusalem & de Judée adopterent dans la suite. Il est donc vraisemblable que l'un & l'autre targum ont été composés avant la venue de N. S. & que celui d'Onkélos est le plus ancien, parce que c'est le plus pur des deux.

La seule objection qu'on peut faire contre l'antiquité des targums d'Onkélos & de Jonathan, c'est que ni Origene, ni saint Epiphane, ni saint Jérôme, ni finalement aucun des anciens peres de l'Eglise n'en ont parlé ; mais cet argument négatif ne prouve rien, parce que les Juifs d'alors cachoient leurs livres & leur science autant qu'il leur étoit possible. Les rabbins même qui enseignerent l'hébreu à saint Jérôme, le seul des Peres qui ait étudié le chaldaïque, ne venoient chez lui qu'en cachette, & toujours de nuit, comme Nicodeme à J. C. craignant de s'exposer au ressentiment de leurs freres. Enfin les chrétiens ont été plus de mille ans sans connoître ces deux targums ; & à peine y a-t-il trois cent ans qu'ils sont un peu communs parmi nous.

Quant aux autres targums, ils sont incontestablement plus nouveaux que ceux dont nous venons de parler ; le style barbare le prouve en général ; & les fables tamuldiques dont ils sont remplis, justifient qu'ils n'ont paru qu'après le talmud de Jérusalem, ou même le talmud de Babylone, c'est-à-dire, depuis le commencement du quatrieme siecle, ou plutôt vers le commencement du sixieme.

Je ne saurois décider si ces targums d'Onkélos & de Jonathan étoient déja reçus & autorisés du tems de Notre Seigneur ; mais il est bien sûr qu'il y en avoit déja dont on se servoit, & en public, & en particulier, pour l'instruction du peuple, & qu'il y en avoit non - seulement sur la loi & sur les prophetes, mais sur tout le reste du vieux Testament, car les Juifs n'avoient jamais pratiqué la maxime de ne donner au peuple la parole de Dieu, que dans une langue inconnue. Dispersés parmi les Grecs, ils la lui donnoient en grec : dans les pays où le chaldéen étoit la langue vulgaire, ils l'avoient en chaldéen. Quand on fit lire à J. C. la seconde leçon dans la synagogue de Nazareth, dont il étoit membre, il y a beaucoup d'apparence que ce fut un targum qu'il eut : car le passage d'Isaïe, lxj. 1. tel qu'il se trouve dans S. Luc, iv. 18. n'est exactement ni l'hébreu, ni la version des septante : d'où l'on peut fort bien conclure, que cette différence venoit uniquement de la version chaldaïque dont on se servoit dans cette synagogue. Et quand sur la croix il prononça le pseaume xxij. v. j. eli, eli, lama sabachthani ? mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous délaissé ? ce ne fut pas l'hébreu qu'il prononça, ce fut le chaldéen ; car en hébreu il y a, eli, eli, lama azabtani ? & le mot sabachthani ne se trouve que dans la langue chaldaïque.

Les targums sont fort anciens parmi les Juifs après l'Ecriture sainte. Cela est bien certain par rapport à celui d'Onkélos & de Jonathan ; & quoique les autres ne soient pas, à beaucoup près, si anciens, il est pourtant vrai qu'ils sont presque tous tirés d'autres anciennes gloses, ou paraphrases chaldaïques, dont on s'étoit servi fort longtems avant que ceux-ci reçûssent la forme qu'ils ont aujourd'hui.

Il faut convenir que tous les targums en général servent à expliquer quantité de mots & de phrases hébraïques, qui, sans ce secours, embarrasseroient beaucoup aujourd'hui. Enfin ils nous transmettent plusieurs anciens usages & coutumes des Juifs, qui éclaircissent extrêmement les livres sur lesquels ils ont travaillé.

La meilleure édition des targums, est la seconde grande bible hébraïque de Buxtorf le pere à Bâle en 1620. Cet habile homme s'y est donné beaucoup de peine, non-seulement à publier le texte chaldaïque correct, mais il a poussé l'exactitude jusqu'à en corriger avec soin les points qui servent de voyelles. Ces targums s'écrivoient d'abord, aussi-bien que toutes les autres langues orientales, sans points-voyelles. Dans la suite, quelques juifs s'aviserent d'y en mettre ; mais comme ils s'en étoient assez mal acquités, Buxtorf entreprit de les corriger, suivant les regles qu'il se fit sur la ponctuation de ce qu'il y a de chaldaïque dans Daniel & dans Esdras. Quelques critiques prétendent que c'est trop peu que ce qui est dans ces deux livres, pour en former des regles pour toute la langue ; & que Buxtorf auroit mieux fait de n'y point toucher, & de les faire imprimer sans points : ensorte qu'on n'eût pour guide que les lettres alep, he, vau & jod, qu'on appelle matres lectionis. Mais Buxtorf connoissoit mieux ce qu'il falloit que ceux qui se mêlent de le critiquer. C'est l'homme de son siecle à qui le public ait le plus d'obligation en ce genre. Ses ouvrages sont savans & judicieux ; & son nom mérite d'être transmis avec honneur à la postérité. (D.J.)


TARIALTÉRé, adj. (Jardinage) se dit d'une plante qui a besoin d'eau, & que les sécheresses d'une saison, ou la négligence que l'on a eue de la mouiller à-propos, ont rendu altérée.


TARIERVoyez TRAQUET.


TARIERES. f. (Arts méchan.) outil de fer servant aux Charpentiers & aux Menuisiers ; il y en a de plusieurs sortes, & de différentes grosseurs. Ce mot, selon Félibien, vient du grec , terebro, percer avec un instrument. Quand la tariere est grosse, les ouvriers disent une grosse tariere ; & quand elle est petite, ils disent un laceret, ou une petite tariere.

Il y a trois sortes de tarrieres : les unes tournées en vis tranchantes ; les autres avec une pointe aiguë en vis, &c. les autres ont le bout en forme de cuillieres de table, dont tous les bords sont tranchans. Cette derniere sorte de tariere est sur - tout à l'usage des Sabotiers : ils s'en servent pour façonner & polir la place du pié dans le sabot. (D.J.)

TARIERE A RIVET, outil de Charron, cet outil est fait comme les autres tarrieres, & est plus menu, plus court & plus fin ; il leur sert à former des petits trous pour mettre des clous rivés. Voyez les fig. & Pl. du Charron.

TARIERE A CHEVILLE OUVRIERE, outil de Charron, cet outil est fait comme les autres tarrieres, excepté qu'il est un peu plus gros & plus court, & qu'il sert aux charrons à former des trous dans l'avant-train pour poser la cheville ouvriere.

TARIERE A GENTIERE, outil de Charron, cet outil est exactement fait comme la tariere à goujon, & est un peu plus mince ; elle sert aux charrons à percer les trous aux gentes des roues.

TARIERE A GOUJON, outil de Charron, cet outil est exactement fait comme l'esseret long, à l'exception qu'il est plus fort, plus grand & plus large, & qu'il sert à former les trous dans les moyeux.

TARIERE, (Charpent.) outil de fer aceré, qui est emmanché de bois en potence, & qui en tournant, fait que le fer perce le bois où il touche, & fait de grands trous propres à mettre les chevilles. Il y en a de plusieurs sortes en grosseur & grandeur. (D.J.)

TARIERE, terme de Mineur, instrument dont le mineur se sert pour percer les terres. Quelquefois la tariere est tout d'une piece ; d'autres fois elle a des brisures qui s'ajustent les unes aux autres. Son usage est pour se précautionner contre le contre-mineur. Quand le mineur l'entend travailler, il perce la terre du côté qu'il entend le bruit avec sa tariere, qu'il allonge tant qu'il veut par le moyen des brisures ; & dans ce trou il pousse une grosse gargouille, à laquelle il met le feu pour étouffer le contre-mineur. D'autres fois le mineur donne par ce trou un camouflet au contre-mineur. Dict. milit. (D.J.)


TARIFS. m. (Financ. Comm. Douanne) table ou catalogue ordinairement dressé par ordre alphabétique, contenant en détail les noms des marchandises, & les droits pour leur passage, les entrées ou les sorties du royaume.

L'ordonnance du prince, art. 6. enjoint au fermier d'avoir dans chaque bureau, en un lieu apparent, un tarif des droits ; cela est juste & exécuté en partie, puisque par-tout on voit quelques lambeaux d'une pancarte enfumée, qui ressemble à quelque chose de pareil. Mais ne devroit-on pas proscrire les pancartes à la main ? Tous les changemens survenus dans les tarifs, ne devroient-ils pas être connus ? La sûreté publique n'exigeroit - elle pas aussi que dans chaque chambre de commerce du royaume, il y eut sous la garde des consuls, un livre que les négocians pourroient consulter, & où tous les arrêts survenus sur chaque espece, se trouveroient déposés ? C'est le fermier qui propose la loi, qui la rédige, & lui seul en a connoissance. On imprime à la vérité quelques arrêts du conseil ; mais les plus intéressans ne sont pas publiés, sur - tout lorsqu'ils sont favorables au commerce. Rien n'est plus propre à introduire l'arbitraire dans la perception, police aussi ruineuse pour les revenus publics que pour le contribuable ! Cela explique la différence qui se trouve souvent entre les entrées ou les sorties du royaume, les droits perçus dans un port ou dans un autre ; ce cas n'est pas si rare qu'on l'imagine.

Enfin si l'usage qu'on propose eût été établi depuis longtems, beaucoup de nouveautés qui ont aujourd'hui pour titre la prescription, n'auroient point été admises, & le commerce auroit moins de charges à porter. Personne ne peut nier que la loi ne doive être connue dans tous ses détails par tous ceux qui y sont soumis ; mais dans les contestations qui s'élevent entre le négociant & le fermier, celui-ci a l'avantage d'un homme fort & robuste qui se battroit avec un aveugle.

Il y a plus, tout tarif des droits d'entrée & de sortie des marchandises dans un royaume, doit sans-doute être réglé sur la connoissance intime du commerce, des étrangers qui vendent en concurrence, & des convenances réelles des consommateurs.

Quant au tarif exorbitant que les fermiers ont obtenu sur la sortie de plusieurs denrées qui paroissent surabondantes dans ce royaume, il a sa source dans cet ancien préjugé que les étrangers ne peuvent se passer de la France, en quoi l'on se trompe beaucoup. Cette idée ridicule a été fondée en partie dans le tems où la France vendoit des blés presque exclusivement, où les Polonois n'avoient point encore l'art de dessécher leurs grains ; où la Hollande n'en faisoit pas le commerce ainsi que l'Angleterre, où le Portugal & l'Espagne n'avoient pas autant de vignes qu'ils en ont planté depuis ; où la sortie des vins n'étoit point affranchie comme elle l'est aujourd'hui dans ce dernier pays ; où l'Allemagne fabriquoit peu de toiles ; enfin dans ces tems où tous ces commerces de concurrence n'existoient point encore.

Concluons que tant que les tarifs ne seront pas regardés comme une affaire de raison & non de forme, il n'y a rien à espérer des soins qu'on se donnera dans ce royaume en faveur de la prospérité du commerce. Considérat. sur les finances. (D.J.)

TARIF, (Manufact. des glaces) la compagnie des glaces établie à Paris, a aussi son tarif, qui contient toutes les largeurs & hauteurs des glaces qu'elle fait fabriquer, & le prix qu'elle les vend, ce qui est d'une grande commodité pour les bourgeois & pour les miroitiers. Savary. (D.J.)

TARIF, (Monnoie) c'est cette partie des déclarations & édits, qui marque le titre des nouvelles especes, & combien il doit y en avoir de chacune à la taille de l'or ou de l'argent ; ce mot désigne encore ces petits livrets que dressent d'habiles arithméticiens, pour aider au public à faire plus exactement & facilement leurs calculs, & qui ont été nécessaires dans les fréquentes remarques, refontes, augmentations, & diminutions des especes d'or & d'argent, qui n'ont été que trop souvent faites pour le malheur de l'état. (D.J.)

TARIFS ou COMPTES FAITS, (Comm.) ce sont des especes de tables, dans lesquelles on trouve des réductions toutes faites de différentes choses, comme des poids, mesures, monnoies, rentes à divers deniers, &c. ces tarifs sont extrêmement commodes dans le commerce, quand ils sont faits avec exactitude & précision. Id. ibid.


TARIFFE(Géog. mod.) ville d'Espagne, dans l'Andalousie, sur le détroit de Gibraltar, 5 lieues au sud - ouest de la ville de ce nom ; elle est pauvre & dépeuplée, quoique dans un climat doux, tempéré & fertile. Long. 12. 25. lat. 35. 50. (D.J.)


TARIJA(Géog. mod.) ville de l'Amérique méridionale, au Pérou, à cinquante lieues au sud-ouest du Potosi, dans une grande vallée, dont elle a pris le nom, entre les montagnes de Chiriguanos, presque à l'embouchure d'une petite riviere qui se décharge dans Rio - Grande. Lat. méridionale 21. 48. (D.J.)


TARIou TIRIN, s. m. (Hist. nat. Ornithologie) citrinella, oiseau qui ressemble à la linote par la forme de la tête & de tout le corps ; il a la tête & le dos verds, & le croupion d'un verd jaunâtre ; le derriere de la tête & le cou ont une couleur cendrée ; il y a cependant des individus dont le sommet de la tête, la face supérieure du cou, & les plumes des épaules sont en partie d'un jaune verdâtre & en partie bruns ; toute la face inférieure de cet oiseau a une couleur verte, à l'exception des plumes qui entourent l'anus qui sont blanchâtres. Les mâles ont le dessus de la poitrine & le ventre d'un beau jaune. La queue a deux pouces de longueur, elle est entierement noire, à l'exception de l'extrêmité des barbes des plumes qui a une couleur verdâtre. Les grandes plumes des aîles ont la même couleur que la queue, & les petites sont vertes ; certains individus ont l'extrêmité des grandes plumes, & celles du second rang blanches, & la queue un peu fourchue. Cet oiseau chante très - agréablement. Willughbi, Ornit. Voyez OISEAU.

TARIN, (Monnoie) monnoie de compte, dont les banquiers & négocians de Naples, de Sicile & de Malthe, se servent pour tenir leurs livres. Le tarin à Naples vaut environ dix - huit sols de France, & à Malthe il vaut vingt grains, ce qui revient presqu'au même. Savary. (D.J.)


TARINATES(Géog. anc.) peuples d'Italie, dans la Sabine, selon Pline, liv. III. ch. xij. Il y a encore aujourd'hui dans la Sabine une bourgade appellée Tarano ; on croit qu'elle retient le nom de ces peuples. (D.J.)


TARIRv. act. & neut. (Gramm.) c'est s'épuiser d'eau, devenir à sec. Les ruisseaux ont tari & les prés ont souffert. On a dit que l'armée de Xercès étoit si nombreuse qu'elle tarissoit les rivieres. Il se prend au figuré ; cet homme ne tarit point dans la conversation ; c'est un esprit intarissable.


TARKU(Géog. mod.) on écrit aussi Tirk, Tarki, Targhve, petite ville d'Asie, dans les états de l'empire russien, & la capitale du Daghestan. Elle est située sur la côte occidentale de la mer Caspienne, à quinze lieues au nord de Derbent, entre des rochers escarpés, pleins de coquillages. (D.J.)


TARLATANES. f. (Comm.) espece de toile fine qui a beaucoup de rapport à la mousseline. Les femmes faisoient autrefois des coëffes, des manchettes, & des fichus de tarlatane. Lorsque les hommes portoient des cravates longues, amples, tortillées, elles étoient aussi souvent de tarlatane. (D.J.)


TARMON(Géog. mod.) petite ville d'Irlande, dans la province d'Ulster, au comté de Fermagnach, au nord du lac Earnes, sur les frontieres du comté Dunn