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| T | Subst. masc. (Gramm.) c'est la vingtieme lettre, & la seizieme consonne de notre alphabet. Nous la nommons té par un é fermé ; il vaudroit mieux la nommer te par l'e muet. La consonne correspondante chez les Grecs est ou , & ils la nomment tau : si elle est jointe à une aspiration ; ce qui est l'équivalent de th, c'est
ou , & ils l'appellent thêta, expression abrégée de tau hêta, parce qu'anciennement ils exprimoient la même chose par . Voyez H. Les Hébreux expriment la même articulation par , qu'ils nomment teth ; le t aspiré par , qu'ils appellent thau ; & le t accompagné d'un sifflement, c'est-à-dire, ts par , à quoi ils donnent le nom de tsade.
La lettre t représente une articulation linguale, dentale, & forte, dont la foible est de. Voyez LINGUALE. Comme linguale, elle est commuable avec toutes les autres articulations de même organe : comme dentale, elle se change plus aisément & plus fréquemment avec les autres articulations linguales produites par le même méchanisme ; mais elle a avec sa foible la plus grande affinité possible. De-là vient qu'on la trouve souvent employée pour d chez les anciens, qui ont dit set, aput, quot, haut, pour sed, apud, quod, haud ; & au contraire adque pour atque.
Cette derniere propriété est la cause de la maniere dont nous prononçons le d final, quand le mot suivant commence par une voyelle ou par un h aspiré ; nous changeons d en t, & nous prononçons grand exemple, grand homme, comme s'il y avoit grant exemple, grant homme. Ce n'est pas absolument la nécessité du méchanisme qui nous conduit à ce changement ; c'est le besoin de la netteté : si l'on prononçoit foiblement le d de grand écuyer, comme celui de grande écurie, la distinction des genres ne seroit plus marquée par la prononciation.
Une permutation remarquable du t, c'est celle par laquelle nous le prononçons comme une s, comme dans objection, patient. Voyez S. Scioppius, dans son traité de Orthopoeiâ, qui est à la fin de sa grammaire philosophique, nous trouve ridicules en cela : Maximè tamen, dit-il, in eâ efferendâ ridiculi sunt Galli, quos cùm intentio dicentes audias, intentio an intensio illa sit, discernere haud quaquam possis. Il ajoute un peu plus bas : Non potest vocalis post i posita eam habere vim, ut sonum illum qui T litterae suus ac proprius est immutet : nam ut ait Fabius, hic est usus litterarum ut custodiant voces, & velut depositum reddant legentibus : itaque si in justi, sonus litterae T est affinis sono D, ac sine ullo sibilo, non potest ille alius atque alius esse in justitiâ.
Il abuse, comme presque tous les géographes, de la maxime de Quintilien : les lettres sont véritablement destinées à conserver les sons ; mais elles ne peuvent le faire qu'au moyen de la signification arbitraire qu'elles ont reçue de l'autorité de l'usage, puisqu'elles n'ont aucune signification propre & naturelle. Que l'on reproche à notre usage, j'y consens, de n'avoir pas toute la simplicité possible : c'est un défaut qui lui est commun avec les usages de toutes les langues, & qui par conséquent, ne nous rend pas plus ridicules en ce point, que ne le sont en d'autres les autres nations.
La lettre & l'articulation t sont euphoniques chez nous, lorsque, par inversion, nous mettons après la troisieme personne singuliere les mots il, elle, & on, & que cette troisieme personne finit par une voyelle ; comme a-t-il reçu, aime-t-elle, y alla-t-on : & dans ce cas, la lettre t se place, comme on voit, entre deux tirets. La lettre euphonique & les tirets désignent l'union intime & indissoluble du sujet, il, elle, ou on, avec le verbe ; & le choix du t par préférence vient de ce qu'il est la marque ordinaire de la troisieme personne. Voyez N.
T dans les anciens monumens signifie assez souvent Titus ou Tullius.
C'étoit aussi une note numérale qui valoit 160 ; & avec une barre horisontale au-dessus, vaut 160000. Le T'avec une sorte d'accent aigu par enhaut, valoit chez les Grecs 300 ; & si l'accent étoit en-bas, il valoit 1000 fois 300, T'= 300000. Le des Hébreux vaut 9 ; & avec deux points disposés au-dessus horisontalement, vaut 9000.
Nos monnoies marquées d'un T, ont été frappées à Nantes. (E. R. M. B.)
T t t t, ces trois premiers t, dans leur figure sont de vrais i en ôtant le point & barrant la partie supérieure. Le quatrieme a de plus une ligne mixte renversée à sa partie inférieure. Ils se forment dans leur premiere partie du mouvement simple du poignet, & dans la seconde le poignet agit de concert avec les doigts. Voyez les Planch. de l'Ecriture.
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| T | terme de Chirurgie, c'est le nom d'un bandage ainsi dit à raison de sa figure. Il est destiné à contenir l'appareil convenable à l'opération de la fistule à l'anus, aux maladies du périnée & du fondement. On le fait avec deux bandes longues d'une aune, & plus ou moins larges, suivant le besoin. La bande transversale sert à entourer le corps sur les hanches ; la perpendiculaire est cousue au milieu de celle-ci ; elle est fendue jusqu'à six ou huit travers de doigt de la ceinture. Le plein de cette bande passe entre les fesses, & s'appuye sur le périnée ; les deux chefs sont conduits à droite & à gauche entre la cuisse & les parties naturelles, pour venir s'attacher à la ceinture par un noeud en boucle de chaque côté. Voyez ce que nous avons dit de ce bandage à l'article FISTULE A L'ANUS, au mot FISTULE. La figure 14. Planche XXVI. représente un T simple ; & la figure 13. montre un double T. Dans celui-ci il y a deux branches perpendiculaires, cousues à quatre travers de doigt de distance l'une de l'autre. Le double T convient plus particulierement pour l'opération de la taille & pour les maladies du périnée ; parce qu'on croise les deux branches sur le lieu malade, & qu'on laisse l'anus libre & à découvert : avantage que n'a point le T simple. Sur les conditions du linge propre à faire le bandage en T, voyez le mot BANDE. (Y)
T, en terme de mines ou d'Artillerie, se dit d'une figure qui a beaucoup de rapport à celle d'un T, & qui se forme par la disposition & l'arrangement des fourneaux, chambres, ou logemens, qui se font sous une piece de fortification pour la faire sauter. Voyez MINE. (Q)
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| T | en Musique ; cette lettre se trouve quelquefois dans les partitions, pour désigner la partie de la taille, lorsque cette taille prend la place de la basse, & qu'elle est écrite sur la même portée, la basse gardant le tacet. Voyez TAILLE.
Quelquefois dans les parties de symphonie le T signifie tous ou tutti, & est opposé à la lettre S, ou au mot seul ou solo, qui alors doit nécessairement avoir été écrit auparavant dans la même partie.
Enfin, le T ou tr, sur une note, marque dans la musique italienne, ce qu'ils appellent trillo, & nous, tremblement ou cadence. Ce T, dans la musique françoise, a pris la forme d'une petite croix. (S)
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| T | dans le Commerce, est d'usage dans quelques abréviations ; ainsi T R s, abregent traits ou traites, & pour livres sterlings, on met L. S T. Voyez ABREVIATION. Dictionnaire de Commerce.
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| TA | ou SA, ou TSJA, s. m. (Hist. nat. Botan.) c'est un arbre fruitier du Japon, dont les branches poussent sans ordre dès le pié. Ses feuilles deviennent semblables à celles du cerisier, après avoir ressemblé, dans leur jeunesse, à celles de l'évonyme ; sa fleur differe peu de la rose des champs. La capsule séminale, qui est comme ligneuse, s'ouvre dans sa maturité, & donne deux ou trois semences, dont chacune contient un seul noyau de la figure d'une châtaigne, & couvert d'une écorce fort semblable, mais plus petit.
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| TA-JASSOU | S. m. (Hist. nat.) c'est le nom que les habitans sauvages du Brésil donnent à une espece de sanglier, qui a sur le dos une ouverture naturelle qui sert à la respiration ; quant aux autres parties de cet animal, elles ressemblent parfaitement à celles de nos sangliers ; ses défenses sont tout aussi dangereuses, mais il en differe par son cri, qui est effrayant.
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| TAAS | (Géog. mod.) grande riviere de l'empire Russien, au pays des Samoyédes. Cette riviere semble tirer sa source d'une vaste forêt qui n'est pas loin de Jéniscéa ; & après avoir arrosé une vaste étendue de pays, elle se jette dans l'Oby, à la gauche de ce fleuve. (D.J.)
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| TAATA | (Géog. mod.) ville de la haute Egypte, entre Girgé & Cardousse, à une centaine de lieues du Caire, & seulement à un demi-mille du rivage du Nil. Paul Lucas ne dit que des mensonges sur cette ville ; la montagne qui borne le Nil, les grottes de la montagne, les tombeaux, & le serpent qui s'y trouvent. (D.J.)
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| TAAUT | S. m. (Mythol. Egypt.) Taautes, Taautus, Thautes, Theuth, Thot, Thooth, Thoith, &c. car ce mot est écrit dans les auteurs de toutes ces manieres différentes ; c'est le nom propre d'un dieu des Egyptiens, & autres peuples ; tout ce que nous en savons nous vient de Sanchoniaton, par Eusebe qui même, selon les apparences, ne nous a pas toujours rendu les vrais détails de l'auteur égyptien. (D.J.)
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| TAB | ou TABO-SEIL, s. m. (Hist. mod.) c'est le nom sous lequel les Negres qui habitent la côte de grain en Afrique désignent leur roi, dont le pouvoir est très-arbitraire, vû que les peuples le regardent comme un être d'une nature fort supérieure à la leur. Sentiment qui est fortifié par les prêtres du pays, qui, comme en beaucoup d'autres endroits, sont les plus fermes supports de la tyrannie & du despotisme, lorsqu'ils n'y sont point soumis eux-mêmes.
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| TABAC | S. m. (Hist. nat. Bot.) herbe originaire des pays chauds, ammoniacale, âcre, caustique, narcotique, vénéneuse, laquelle cependant préparée par l'art, est devenue dans le cours d'un siecle, par la bisarrerie de la mode & de l'habitude, la plante la plus cultivée, la plus recherchée, & l'objet des délices de presque tout le monde qui en fait usage, soit par le nez, en poudre ; soit en fumée, avec des pipes ; soit en machicatoire, soit autrement.
On ne la connoît en Europe, que depuis la découverte de l'Amérique, par les Espagnols ; & en France, depuis l'an 1560. On dit qu'Hernandès de Tolede, est un des premiers qui l'ait envoyée en Espagne & en Portugal. Les auteurs la nomment en latin nicotiana, petunum, tabacum, &c. Les Amériquains qui habitent le continent l'appellent pétun, & ceux des îles yolt.
Les François lui ont aussi donné successivement différens noms. Premierement, ils l'appellerent nicotiane, de Jean Nicot, ambassadeur de François II. auprès de Sébastien, roi de Portugal en 1559, 1560, & 1561 ; ministre connu des savans par divers ouvrages, & principalement par son Dictionnaire françois-latin, in-fol. dont notre langue ne peut se passer. Il envoya cette plante de Portugal en France, avec de la graine pour en semer, dont il fit présent à Catherine de Médicis, d'où vient qu'on la nomma herbe à la reine. Cette princesse ne put cependant jamais la faire appeller médicée. Ensuite on nomma le tabac, herbe du grand-prieur, à cause du grand-prieur de France de la maison de Lorraine qui en usoit beaucoup ; puis l'herbe de sainte-croix & l'herbe de tournabon, du nom des deux cardinaux, dont le dernier étoit nonce en France, & l'autre en Portugal ; mais enfin, on s'est réduit à ne plus l'appeller que tabac, à l'exemple des Espagnols, qui nommoient tabaco, l'instrument dont ils se servoient pour former leur pétun.
Sa racine est annuelle ; son calice est ou long, tubuleux, & partagé en cinq quartiers longs & aigus ; ou ce calice est court, large, & partagé en cinq quartiers obtus. Sa fleur est monopétale, en entonnoir, découpée en cinq segmens aigus & profonds, étendus en étoile ; elle a cinq étamines : son fruit est membraneux, oblong, rondelet, & divisé par une cloison en deux cellules.
On compte quatre especes principales de tabac ; savoir, 1°. nicotiana major, latifolia, C. B. P. en françois grand tabac, grand pétun ; 2°. nicotiana major, angusti folia, I. R. B. C. B. P. 3°. nicotiana minor, C. B. P. 4°. minor, foliis rugosioribus.
La premiere espece pousse une tige à la hauteur de cinq ou six piés, grosse comme le pouce, ronde, velue, remplie de moëlle blanche. Ses feuilles sont très-larges, épaisses, mollasses, d'un verd sale, d'environ un pié de long, sans queue, velues, un peu pointues, nerveuses, glutineuses au toucher, d'un goût âcre & brûlant. Ses fleurs croissent au sommet des tiges ; elles sont d'un rouge pâle, divisées par les bords en cinq segmens, & ressemblant à de longs tubes creux. Ses vaisseaux séminaux sont longs, pointus par le bout, divisés en deux loges, & pleins d'un grand nombre de petites semences brunes. Sa racine est fibreuse, blanche, d'un goût fort âcre. Toute la plante a une odeur fort nauséabonde. Cette espece diminue considérablement en séchant, & comme on dit aux îles, à la pente ; cette diminution est cause que les Anglois en font moins de cas que de la seconde espece. En échange, c'est celle qu'on préfere pour la culture en Allemagne, du côté d'Hanovre & de Strasbourg, parce qu'elle est moins délicate.
La seconde espece differe de la précédente, en ce que ses feuilles sont plus étroites, plus pointues, & attachées à leur tige par des queues assez longues ; son odeur est moins forte ; sa fumée plus douce & plus agréable au fumeur. On cultive beaucoup cette espece dans le Brésil, à Cuba, en Virginie & en d'autres lieux de l'Amérique, où les Anglois ont des établissemens.
La troisieme espece vient des Colonies françoises dans les Indes occidentales, & elle réussit fort bien dans nos climats.
La quatrieme espece nommée petit tabac anglois, est plus basse & plus petite que les précédentes. Ses tiges rondes & velues, s'élevent à deux ou trois piés de hauteur. Ses feuilles inférieures sont assez larges, ovales, émoussées par la pointe, & gluantes au toucher ; elles sont plus petites que les feuilles des autres especes de tabacs ; celles qui croissent sur les tiges sont aussi plus petites que les inférieures, & sont rangées alternativement. Ses fleurs sont creuses & en entonnoir ; leurs feuilles sont divisées par le bord en cinq segmens ; elles sont d'un verd jaunâtre, & placées dans des calices velus. Ce tabac a la semence plus grosse que la premiere espece ; cette semence se forme dans des vaisseaux séminaux ; on la seme dans des jardins, & elle fleurit en Juillet & en Août.
Toutes les nicotianes dont on vient de parler, sont cultivées dans les jardins botaniques par curiosité ; mais le tabac se cultive pour l'usage en grande quantité dans plusieurs endroits de l'Amérique, sur-tout dans les îles Antilles, en Virginie, à la Havane, au Brésil, auprès de la ville de Comana, & c'est ce dernier qu'on nomme tabac de Verine.
Le tabac croît aussi par-tout en Perse, particulierement dans la Susiane, à Hamadan, dans la Caramanie déserte, & vers le sein Persique ; ce dernier est le meilleur. On ne sait point si cette plante est originaire du pays, ou si elle y a été transportée. On croit communément qu'elle y a passé d'Egypte, & non pas des Indes orientales.
Il nous vient du tabac du levant, des côtes de Grece & de l'Archipel, par feuilles attachées ensemble. Il s'en cultive aussi beaucoup en Allemagne & en Hollande. Avant que sa culture fût prohibée en France, elle y étoit très-commune, & il réussissoit à merveille, particulierement en Guyenne, du côté de Bordeaux & de Clerac, en Bearn, vers Pau ; en Normandie, aux environs de LÉry ; & en Artois, près Saint-Paul.
On ne peut voir, sans surprise, que la poudre ou la fumée d'une herbe vénéneuse, soit devenue l'objet d'une sensation délicate presque universelle : l'habitude changée en passion, a promtement excité un zele d'intérêt pour perfectionner la culture & la fabrique d'une chose si recherchée ; & la nicotiane est devenue par un goût général, une branche très-étendue du commerce de l'Europe, & de celui d'Amérique.
A peine fut-elle connue dans les jardins des curieux, que divers médecins, amateurs des nouveautés, l'employerent intérieurement & extérieurement, à la guérison des maladies. Ils en tirerent des eaux distillées, & de l'huile par infusion ou par distillation ; ils en préparerent des syrops & des onguens qui subsistent encore aujourd'hui.
Ils la recommanderent en poudre, en fumée, en machicatoire, en errhine, pour purger, disoient-ils, le cerveau & le décharger de sa pituite surabondante. Ils louerent ses feuilles appliquées chaudes pour les tumeurs oedémateuses, les douleurs de jointures, la paralysie, les furoncles, la morsure des animaux venimeux ; ils recommanderent aussi ces mêmes feuilles broyées avec du vinaigre, ou incorporées avec des graisses en onguent, & appliquées à l'extérieur pour les maladies cutanées ; ils en ordonnerent la fumée, dirigée dans la matrice, pour les suffocations utérines ; ils vanterent la fumée, le suc & l'huile de cette herbe, comme un remede odontalgique ; ils en prescrivirent le syrop dans les toux invétérées, l'asthme, & autres maladies de la poitrine. Enfin, ils inonderent le public d'ouvrages composés à la louange de cette plante ; tels sont ceux de Monardes, d'Everhartus, de Néander, &c.
Mais plusieurs autres Médecins, éclairés par une théorie & une pratique plus savante, penserent bien différemment des propriétés du tabac pour la guérison des maladies ; ils jugerent avec raison, qu'il n'y avoit presque point de cas où son usage dût être admis. Son âcreté, sa causticité, sa qualité narcotique le prouvent d'abord. Sa saveur nauséabonde est un signe de sa vertu émétique & cathartique ; cette saveur qui est encore brûlante & d'une acrimonie qui s'attache fortement à la gorge, montre une vertu purgative très-irritante. Mais en même tems que la nicotiane a ces qualités, son odeur foetide indique qu'elle agit par stupéfaction sur les esprits animaux, de même que le stramonium, quoiqu'on ne puisse expliquer comment elle possede à la fois une vertu stimulante & somnifere ; peut-être que sa narcoticité dépend de la vapeur huileuse & subtile, dans laquelle son odeur consiste.
Sa poudre forme par la seule habitude, une titilation agréable sur les nerfs de la membrane pituitaire. Elle y excite dans le commencement des mouvemens convulsifs, ensuite une sensation plus douce, & finalement, il faut pour réveiller le chatouillement, que cette poudre soit plus aiguisée & plus pénétrante. C'est ce qui a engagé des détailleurs pour débiter leur tabac aux gens qui en ont fait un long usage, de le suspendre dans des retraits, afin de le rendre plus âcre, plus piquant, plus fort ; & il faut avouer que l'analogie est bien trouvée. D'autres le mettent au karabé pour l'imbiber tout-d'un-coup d'une odeur ammoniacale, capable d'affecter l'organe usé de l'odorat.
La fumée du tabac ne devient un plaisir à la longue, que par le même méchanisme ; mais cette habitude est plus nuisible qu'utile. Elle prive l'estomac du suc salivaire qui lui est le plus nécessaire pour la digestion ; aussi les fumeurs sont-ils obligés de boire beaucoup pour y remédier, & c'est par cette raison que le tabac supplée dans les camps à la modicité des vivres du malheureux soldat.
La machication du tabac a les mêmes inconvéniens, outre qu'elle gâte l'haleine, les dents, & qu'elle corrode les gencives.
Ceux qui se sont avisés d'employer pour remede le tabac, en petits cornets dans les narines, & de l'y laisser pendant le sommeil, ont bientôt éprouvé le mauvais effet de cette herbe ; car ses parties huileuses & subtiles, tombant dans la gorge & dans la trachée artere, causent au reveil, des toux séches & des vomissemens violens.
Quant à l'application extérieure des feuilles du tabac, on a des remedes beaucoup meilleurs dans toutes les maladies, pour lesquelles on vante l'efficace de ce topique. Sa fumigation est très-rarement convenable dans les suffocations de la matrice.
L'huile du tabac irrite souvent le mal des dents ; & quand elle le dissipe, ce n'est qu'après avoir brûlé le nerf par sa causticité. Si quelques personnes ont appaisé leurs douleurs de dents, en fumant la nicotiane, ce sont des gens qui ont avalé de la fumée, & qui s'en sont enyvrés. On ne persuadera jamais aux Physiciens qui connoissent la fabrique délicate des poumons, que le syrop d'une plante âcre & caustique soit recommandable dans les maladies de la poitrine.
La décoction des feuilles de tabac est un vomitif, qu'il n'est guere permis d'employer, soit de cette maniere, soit en remede, que dans les cas les plus pressans, comme dans l'apopléxie & la léthargie.
L'huile distillée de cette plante est un si puissant émétique, qu'elle excite quelquefois le vomissement, en mettant pendant quelque tems le nez sur la fiole dans laquelle on la garde. Un petit nombre de gouttes de cette huile injectées dans une plaie, cause des accidens mortels, comme l'ont prouvé des expériences faites sur divers animaux, par Harderus & Redi.
Si quelque recueil académique contient des observations ridicules à la louange du tabac, ce sont assurément les mémoires des curieux de la nature ; mais on n'est pas plus satisfait de celles qu'on trouve dans la plupart des auteurs contre l'usage de cette plante. Un Pauli, par exemple, nous assure que le tabac qu'on prend en fumée, rend le crâne tout noir. Un Borrhi, dans une lettre à Bartholin, lui mande, qu'une personne s'étoit tellement desséchée le cerveau à force de prendre du tabac, qu'après sa mort on ne lui trouva dans la tête qu'un grumeau noir, composé de membranes. Il est vrai que dans le tems de tous ces écrits, le tabac avoit allumé une guerre civile entre les Médecins, pour ou contre son usage, & qu'ils employerent sans scrupule, le vrai & le faux pour faire triompher leur parti. Le roi Jacques lui-même, se mêla de la querelle ; mais si son regne ne fut qu'incapacité, son érudition n'étoit que pédanterie. (D.J.)
TABAC, culture du, (Comm.) ce fut vers l'an 1520 que les Espagnols trouverent cette plante dans le Jucatan, province de la Terre-ferme ; & c'est delà que sa culture a passé à Saint-Domingue, à Mariland, & à la Virginie.
Vers l'an 1560, Jean Nicot, à son retour de Portugal, présenta cette plante à Catherine de Médicis ; ce qui fit qu'on l'appella la nicotiane. Le cardinal de Sainte-Croix & Nicolas Tornaboni la vanterent en Italie sous le nom d'herbe sainte, que les Espagnols lui avoient donné à cause de ses vertus. Cependant l'herbe sainte, loin d'être également accueillie de tout le monde, alluma la guerre entre les Savans ; les ignorans en grand nombre y prirent parti, & les femmes mêmes se déclarerent pour ou contre une chose qu'elles ne connoissoient pas mieux que les affaires sérieuses qui se passoient alors en Europe, & qui en changerent toute la face.
On fit plus de cent volumes à la louange ou au blâme du tabac ; un allemand nous en a conservé les titres. Mais malgré les adversaires qui attaquerent l'usage de cette plante, son luxe séduisit toutes les nations, & se répandit de l'Amérique jusqu'au Japon.
Il ne faut pas croire qu'on le combattît seulement avec la plume ; les plus puissans monarques le proscrivirent très-séverement. Le grand duc de Moscovie, Michel Féderowits, voyant que la capitale de ses états, bâtie de maisons de bois, avoit été presque entierement consumée par un incendie, dont l'imprudence des fumeurs qui s'endormoient la pipe à la bouche, fut la cause, défendit l'entrée & l'usage du tabac dans ses états ; premierement sous peine de la bastonnade, qui est un châtiment très-cruel en ce pays-là ; ensuite sous peine d'avoir le nez coupé ; & enfin, de perdre la vie. Amurath IV. empereur des Turcs, & le roi de Perse Scach-Sophi firent les mêmes défenses dans leurs empires, & sous les mêmes peines. Nos monarques d'occident, plus rusés politiques, chargerent de droits exorbitans l'entrée du tabac dans leurs royaumes, & laisserent établir un usage qui s'est à la fin changé en nécessité. On mit en France en 1629 trente sols par livre d'impôt sur le pétun, car alors le tabac s'appelloit ainsi ; mais comme la consommation de ce nouveau luxe est devenue de plus en plus considérable, on en a multiplié proportionnellement les plantations dans tous les pays du monde. On peut voir la maniere dont elles se font à Ceylan, dans les Transact. philos. n °. 278. p. 1145 & suiv. Nous avons sur-tout des ouvrages précieux écrits en anglois, sur la culture du tabac en Mariland & en Virginie ; en voici le précis fort abrégé.
On ne connoît en Amérique que quatre sortes de tabacs ; le petun, le tabac à langue, le tabac d'amazone, & le tabac de Verine ; ces quatre especes fleurissent & portent toutes de la graine bonne pour se reproduire ; toutes les quatre peuvent croître à la hauteur de 5 ou 6 piés, & durer plusieurs années, mais ordinairement on les arrête à la hauteur de deux piés, & on les coupe tous les ans.
Le tabac demande une terre grasse, médiocrement forte, unie, profonde, & qui ne soit pas sujette aux inondations ; les terres neuves lui sont infiniment plus propres que celles qui ont déja servi.
Après avoir choisi son terrein, on mêle la graine du tabac avec six fois autant de cendre ou de sable, parce que si on la semoit seule, sa petitesse la feroit pousser trop épais, & il seroit impossible de transplanter la plante sans l'endommager. Quand la plante a deux pouces d'élevation hors de terre, elle est bonne à être transplantée. On a grand soin de sarcler les couches, & de n'y laisser aucunes mauvaises herbes, dès que l'on peut distinguer le tabac ; il doit toujours être seul & bien net.
Le terrein étant nettoyé, on le partage en allées distantes de trois piés les unes des autres, & paralleles, sur lesquelles on plante en quinconce des piquets éloignés les uns des autres de trois piés. Pour cet effet, on étend un cordeau divisé de trois en trois piés par des noeuds, ou quelques autres marques apparentes, & l'on plante un piquet en terre à chaque noeud ou marque.
Après qu'on a achevé de marquer les noeuds du cordeau, on le leve, on l'étend trois piés plus loin, observant que le premier noeud ou marque ne corresponde pas vis-à-vis d'un des piquets plantés, mais au milieu de l'espace qui se trouve entre deux piquets, & on continue de marquer ainsi tout le terrein avec des piquets, afin de mettre les plantes au lieu des piquets, qui, de cette maniere, se trouvent plus en ordre, plus aisées à sarcler, & éloignées les unes des autres suffisamment pour prendre la nourriture qui leur est nécessaire. L'expérience fait connoître qu'il est plus à-propos de planter en quinconce, qu'en quarré, & que les plantes ont plus d'espace pour étendre leurs racines, & pousser les feuilles, que si elles faisoient des quarrés parfaits.
Il faut que la plante ait au-moins six feuilles pour pouvoir être transplantée. Il faut encore que le tems soit pluvieux ou tellement couvert, que l'on ne doute point que la pluie ne soit prochaine ; car de transplanter en tems sec, c'est risquer de perdre tout son travail & ses plantes. On leve les plantes doucement, & sans endommager les racines. On les couche proprement dans des paniers, & on les porte à ceux qui doivent les mettre en terre. Ceux-ci sont munis d'un piquet d'un pouce de diametre, & d'environ quinze pouces de longueur, dont un bout est pointu, & l'autre arrondi.
Ils font avec cette espece de poinçon un trou à la place de chaque piquet qu'ils levent, & y mettent une plante bien droite, les racines bien étendues : ils l'enfoncent jusqu'à l'oeil, c'est-à-dire, jusqu'à la naissance des feuilles les plus basses, & pressent mollement la terre autour de la racine, afin qu'elle soutienne la plante droite sans la comprimer. Les plantes ainsi mises en terre, & dans un tems de pluie, ne s'arrêtent point, leurs feuilles ne souffrent pas la moindre altération, elles reprennent en 24 heures, & profitent à merveille.
Un champ de cent pas en quarré contient environ dix mille plantes : on compte qu'il faut quatre personnes pour les entretenir, & qu'elles peuvent rendre quatre mille livres pesant de tabac, selon la bonté de la terre, le tems qu'on a planté, & le soin qu'on en a pris ; car il ne faut pas s'imaginer qu'il n'y a plus rien à faire, quand la plante est une fois en terre. Il faut travailler sans-cesse à sarcler les mauvaises herbes, qui consommeroient la plus grande partie de sa nourriture. Il faut l'arrêter, la rejettonner, ôter les feuilles piquées de vers, de chenilles, & autres insectes ; en un mot avoir toujours les yeux & les mains dessus jusqu'à ce qu'elle soit coupée.
Lorsque les plantes sont arrivées à la hauteur de deux piés & demi ou environ, & avant qu'elles fleurissent, on les arrête, c'est-à-dire, qu'on coupe le sommet de chaque tige, pour l'empêcher de croître & de fleurir ; & en même tems on arrache les feuilles les plus basses, comme plus disposées à toucher la terre, & à se remplir d'ordures. On ôte aussi toutes celles qui sont viciées, piquées de vers, ou qui ont quelque disposition à la pourriture, & on se contente de laisser huit ou dix feuilles tout-au-plus sur chaque tige, parce que ce petit nombre bien entretenu rend beaucoup plus de tabac, & d'une qualité infiniment meilleure, que si on laissoit croître toutes celles que la plante pourroit produire. On a encore un soin particulier d'ôter tous les bourgeons ou rejettons que la force de la seve fait pousser entre les feuilles & la tige ; car outre que ces rejettons ou feuilles avortées ne viendroient jamais bien, elles attireroient une partie de la nourriture des véritables feuilles qui n'en peuvent trop avoir.
Depuis que les plantes sont arrêtées jusqu'à leur parfaite maturité, il faut cinq à six semaines, selon que la saison est chaude, que le terrein est exposé, qu'il est sec ou humide. On visite pendant ce tems-là, au-moins deux ou trois fois la semaine, les plantes pour les rejettonner, c'est-à-dire en arracher tous les rejettons, fausses tiges ou feuilles qui naissent tant sur la tige qu'à son extrêmité, ou auprès des feuilles.
Le tabac est ordinairement quatre mois ou environ en terre, avant d'être en état d'être coupé. On connoît qu'il approche de sa maturité, quand ses feuilles commencent à changer de couleur, & que leur verdeur vive & agréable, devient peu-à-peu plus obscure : elles panchent alors vers la terre, comme si la queue qui les attache à la tige, avoit peine à soutenir le poids du suc dont elles sont remplies : l'odeur douce qu'elles avoient, se fortifie, s'augmente, & se répand plus au loin. Enfin quand on s'apperçoit que les feuilles cassent plus facilement lorsqu'on les ploie, c'est un signe certain que la plante a toute la maturité dont elle a besoin, & qu'il est tems de la couper.
On attend pour cela que la rosée soit tombée, & que le soleil ait desséché toute l'humidité qu'elle avoit répandue sur les feuilles : alors on coupe les plantes, par le pié. Quelques-uns les coupent entre deux terres, c'est-à-dire, environ un pouce au-dessous de la superficie de la terre ; les autres à un pouce ou deux au-dessus ; cette derniere maniere est la plus usitée. On laisse les plantes ainsi coupées auprès de leurs souches le reste du jour, & on a soin de les retourner trois ou quatre fois, afin que le soleil les échauffe également de tous les côtés, qu'il consomme une partie de leur humidité, & qu'il commence à exciter une fermentation nécessaire pour mettre leur suc en mouvement.
Avant que le soleil se couche, on les transporte dans la case qu'on a préparée pour les recevoir, sans jamais laisser passer la nuit à découvert aux plantes coupées, parce que la rosée qui est très-abondante dans ces climats chauds, rempliroit leurs pores ouverts par la chaleur du jour précédent, & en arrêtant le mouvement de la fermentation déja commencée, elle disposeroit la plante à la corruption & à la pourriture.
C'est pour augmenter cette fermentation, que les plantes coupées & apportées dans la case, sont étendues les unes sur les autres, & couvertes de feuilles de balisier amorties, ou de quelques nattes, avec des planches par-dessus, & des pierres pour les tenir en sujétion : c'est ainsi qu'on les laisse trois ou quatre jours, pendant lesquels elles fermentent, ou pour parler comme aux îles françoises, elles ressuent, après quoi on les fait sécher dans les cases ou sueries.
On y construit toujours ces maisons à portée des plantations ; elles sont de différentes grandeurs, à-proportion de l'étendue des plantations ; on les bâtit avec de bons piliers de bois fichés en terre & bien traversé par des poutres & poutrelles, pour soutenir le corps du bâtiment. Cette carcasse faite, on la garnit de planches, en les posant l'une sur l'autre, comme l'on borde un navire, sans néanmoins que ces planches soient bien jointes ; elles ne sont attachées que par des chevilles de bois.
La couverture de la maison est aussi couverte de planches, attachées l'une sur l'autre sur les chevrons, de maniere que la pluie ne puisse entrer dans la maison : & cependant on observe de laisser une ouverture entre le toit & le corps du bâtiment, ensorte que l'air y passe sans que la pluie y entre, parce qu'on entend bien que le toit doit déborder le corps du bâtiment. On n'y fait point de fenêtres, on y voit assez clair, le jour y entrant suffisamment par les portes & par les ouvertures pratiquées entre le toit & le corps du bâtiment.
Le sol ordinaire de ces maisons est la terre même ; mais comme on y pose les tabacs, & que dans des tems humides la fraîcheur peut les humecter & les corrompre, il est plus prudent de faire des planchers, que l'on forme avec des poutrelles & des planches chevillées par-dessus. La hauteur du corps du bâtiment est de quinze à seize piés, celle du toit jusqu'au faîte de dix à douze piés.
En-dedans du bâtiment, on y place en-travers de petits chevrons qui sont chacun de deux pouces & demi en quarré ; le premier rang est posé à un pié & demi ou deux piés au-dessous du faîte, le deuxieme rang à quatre piés & demi au-dessous, le troisieme de même, &c. jusqu'à la hauteur de l'homme : les chevrons sont rangés à cinq piés de distance l'un de l'autre, ils servent à poser des gaulettes, auxquelles on pend les plantes de tabac.
Dès que le tabac a été apporté dans des civieres à la suerie ; on le fait rafraîchir en étendant sur le plancher des lits de trois plantes couchées l'une sur l'autre. Quand il s'est rafraîchi environ douze heures, on passe dans le pié de chaque plante une brochette de bois d'une façon à pouvoir être accrochée & tenir aux gaulettes, & tout-de-suite on les met ainsi à la pente, en observant de ne les point presser l'une contre l'autre. On laisse les plantes à la pente jusqu'à ce que les feuilles soient bien seches ; alors on profite du premier tems humide qui arrive, & qui permet de les manier sans les briser. Dans ce tems favorable on détache les plantes de la pente, & à mesure on arrache les feuilles de la tige, pour en former des manoques ; chaque manoque est composée de dix à douze feuilles, & elle se lie avec une feuille. Quand la manoque n'a point d'humidité, & qu'elle peut être pressée, on la met en boucaux.
Le tabac fort de Virginie, se cultive encore avec plus de soin que le tabac ordinaire, & chaque manoque de ce tabac fort, n'est composée que de quatre à six feuilles, fortes, grandes, & qui doivent être d'une couleur de marron foncé ; on voit par-là, qu'on fait en Virginie deux sortes de manoques de tabac, qu'on nomme premiere & seconde sorte.
Quant au merrain des boucaux, on se sert pour le faire du chêne blanc, qui est un bois sans odeur ; d'autres sortes de bois sont également bons pourvu qu'ils n'ayent point d'odeur. On distribue le bois en merrain, au-moins six mois avant que d'être employé. Les boucaux se font tous d'une même grandeur ; ils ont 4 piés de haut sur 32 pouces de diametre dans leur milieu ; ils contiennent cinq ou 600 liv. de tabac seulement pressées par l'homme, & jusqu'à mille livres lorsqu'ils sont pressés à la presse ; les boucaux du tabac fort, pesent encore davantage.
Telle est la culture du tabac que les fermiers de France achetent des Anglois pour environ quatre millions chaque année. Il est vrai cependant que quand le revenu du tabac seroit, comme on l'a dit, pour eux de quarante millions par an, il ne surpasseroit pas encore ce que la Louisiane mise en valeur pour cette denrée, produiroit annuellement à l'état au bout de quinze ans ; mais jamais les tabacs de la Louisiane ne seront cultivés & achetés sans la liberté du commerce. (D.J.)
TABAC, manufacture de. Le tabac regardé comme plante usuelle & de pur agrément, n'est connu en France que depuis environ 1600. Le premier arrêt qui survint à ce sujet, fut pour en défendre l'usage, que l'on croyoit pernicieux à la santé ; ce préjugé fut promtement détruit par la certitude du contraire, & le goût pour le tabac s'étendit assez généralement & en très-peu de tems dans toute l'Europe ; il est devenu depuis un objet important de commerce qui s'est accru de jour en jour. Cette denrée s'est vendue librement en France au moyen d'un droit de 30 sols qu'elle payoit à l'entrée jusqu'en 1674, qu'il en a été formé un privilege exclusif qui depuis a subsisté presque sans interruption.
A mesure que le goût de cette denrée prenoit faveur en France, il s'y établissoit des plantations, on la cultivoit même avec succès dans plusieurs provinces ; mais la difficulté, pour ne pas dire l'impossibilité, de faire concourir cette liberté avec le soutien du privilege, fit prendre le parti de supprimer toutes plantations dans l'intérieur de l'extension du privilege ; on s'est servi depuis de feuilles de différens crûs étrangers en proportion & en raison de qualité des fabriques auxquelles chacun d'eux s'est trouvé propre.
Les matieres premieres que l'on emploie dans les manufactures de France, sont des feuilles de Virginie, de la Louisiane, de Flandres, d'Hollande, d'Alsace, du Palatinat, d'Ukraine, de Pologne & de Levant.
Les feuilles de l'Amérique en général, & surtout celles connues sous le nom de l'inspection de Virginie, sont celles qui pour le corps & la qualité conviennent le mieux à la fabrique des tabacs destinés pour la rape ; celles d'Hollande entrent avec succès dans la composition des mêmes tabacs ; parmi tous ces crûs différens, les feuilles les plus jaunes, les plus légeres & les moins piquantes, sont celles qui réussissent le mieux pour les tabacs destinés à fumer, & par cette raison celles du Levant & celles du Mariland y sont très-propres.
Il seroit difficile de fixer le degré de supériorité d'un crû sur l'autre ; cela dépend entierement des tems plus ou moins favorables que la plante a essuyés pendant son séjour sur terre, de la préparation qui a été donnée aux feuilles après la récolte, & des précautions que l'on a prises ensuite pour les conserver & les employer dans leur point de maturité ; de même il ne peut y avoir de procédé fixe sur la composition des tabacs ; on doit avoir pour principe unique, lorsque le goût du consommateur est connu, d'entretenir chaque fabrique dans la plus parfaite égalité ; c'est à quoi on ne parvient qu'avec une très-grande connoissance des matieres, une attention suivie sur la qualité actuelle, non-seulement du crû, mais, pour ainsi dire, de chaque feuille que l'on employe ; l'expérience dicte ensuite s'il convient de faire des mêlanges, & en quelle proportion ils doivent être faits.
Une manufacture de tabacs n'exige ni des machines d'une méchanique compliquée, ni des ouvriers d'une intelligence difficile à rencontrer ; cependant les opérations en apparence les plus simples demandent la plus singuliere attention ; rien n'est indifférent depuis le choix des matieres jusqu'à leur perfection.
Il se fabrique des tabacs sous différentes formes qui ont chacune leur dénomination particuliere & leur usage particulier.
Les tabacs en carottes destinés à être rappés & ceux en rolles propres pour la pipe, font l'objet principal de la consommation.
On se contentera donc de faire ici le détail des opérations nécessaires pour parvenir à former des rolles & des carottes, & on a cru ne pouvoir donner une idée plus nette & plus précise de cette manoeuvre, qu'en faisant passer le lecteur, pour ainsi dire, dans chacun des atteliers qui la composent, par le moyen des Planches placées suivant l'ordre du travail avec une explication relative à chacune.
Mais pour n'être point arrêté dans le détail de la fabrication, il paroît nécessaire de le faire préceder de quelques réflexions, tant sur les bâtimens nécessaires pour une manufacture & leur distribution, que sur les magasins destinés à contenir les matieres premieres & celles qui sont fabriquées.
Magasins. L'exposition est la premiere de toutes les attentions que l'on doit avoir pour placer les magasins ; le soleil & l'humidité sont également contraires à la conservation des tabacs.
Les magasins destinés pour les matieres premieres doivent être vastes, & il en faut de deux especes, l'une pour contenir les feuilles anciennes qui n'ont plus de fermentation à craindre, & l'autre pour les feuilles plus nouvelles qui devant encore fermenter, doivent être souvent remuées, travaillées & empilées à différentes hauteurs.
La qualité des matieres de chaque envoi est reconnue à son entrée dans la manufacture, & les feuilles sont placées sans confusion dans les magasins qui leur sont propres, afin d'être employées dans leur rang, lorsqu'elles sont parvenues à leur vrai point de maturité ; sans cette précaution, on doit s'attendre à n'éprouver aucun succès dans la fabrication, & à essuyer des pertes & des déchets très-considérables.
Il ne faudroit pour les tabacs fabriqués que des magasins de peu d'étendue, si les tabacs pouvoient s'exposer en vente à la sortie de la main de l'ouvrier ; mais leur séjour en magasin est un dernier degré de préparation très-essentiel ; ils doivent y essuyer une nouvelle fermentation indispensable pour revivifier les sels dont l'activité s'étoit assoupie dans le cours de la fabrication ; ces magasins doivent être proportionnés à la consommation, & doivent contenir une provision d'avance considérable.
A l'égard de l'exposition, elle doit être la même que pour les matieres premieres, & on doit observer de plus d'y ménager des ouvertures en oppositions droites, afin que l'air puisse y circuler & se renouveller sans-cesse.
Bâtimens & atteliers. Les magasins de toute espece dans une manufacture de tabac devant supporter des poids énormes, il est bien difficile de pouvoir les établir assez solidement sur des planchers ; on doit, autant qu'il est possible, les placer à rez-de-chaussée ; la plupart des atteliers de la fabrique sont nécessairement dans le même cas, parce que les uns son remplis de matieres préparées entassées, & les autres de machines dont l'effort exige le terrein le plus solide ; ainsi les bâtimens destinés à l'exploitation d'une manufacture de tabac, doivent occuper une superficie considérable.
Cependant rien n'est plus essentiel que de ne pas excéder la proportion nécessaire à une manutention facile ; sans cette précaution, on se mettroit dans le cas de multiplier beaucoup la main-d'oeuvre, d'augmenter la perte & le dépérissement des matieres, & de rendre la régie plus difficile & moins utile.
Opérations de la fabrique. I. opération, Epoulardage. L'époulardage est la premiere de toutes les opérations de la fabrique ; elle consiste à séparer les manoques (on appelle manoque une poignée de feuilles plus ou moins forte, suivant l'usage du pays, & liée par la tête par une feuille cordée) à les frotter assez sous la main pour démastiquer les feuilles, les ouvrir, & les dégager des sables & de la poussiere dont elles ont pu se charger.
Dans chaque manoque ou botte de feuilles de quelque crû qu'elles viennent, il s'en trouve de qualités différentes ; rien de plus essentiel que d'en faire un triage exact ; c'est de cette opération que dépend le succès d'une manufacture, il en résulte aussi une très-grande économie par le bon emploi des matieres ; on ne sauroit avoir un chef trop consommé & trop vigilant pour présider à cet attelier.
Il faut, pour placer convenablement cet attelier, une piece claire & spacieuse, dans laquelle on puisse pratiquer autant de bailles ou cases, que l'on admet de triage dans les feuilles.
Les ouvriers de cet attelier ont communément autour d'eux, un certain nombre de mannes ; le maître-ouvrier les change lui-même à mesure, les examine de nouveau, & les place dans les cases suivant leur destination.
Sans cette précaution, ou les ouvriers jetteroient les manoques à la main dans les cases & confondroient souvent les triages, ou ils les rangeroient par tas autour d'eux, où elles reprendroient une partie de la poussiere dont le frottement les a dépouillées.
Mouillade. La mouillade est la seconde opération de la fabrique, & doit former un attelier séparé, mais très-voisin de celui de l'époulardage ; il doit y avoir même nombre de cases, & distribuées comme celles de l'époulardage, parce que les feuilles doivent y être transportées dans le même ordre.
Cette opération est délicate, & mérite la plus grande attention ; car toutes les feuilles ne doivent point être mouillées indifféremment ; on ne doit avoir d'autre objet que celui de communiquer à celles qui sont trop seches, assez de souplesse pour passer sous les mains des écoteurs, sans être brisées ; toutes celles qui ont assez d'onction par elles-mêmes pour soutenir cette épreuve, doivent en être exceptées avec le plus grand soin.
On ne sauroit en général être trop modéré sur la mouillade des feuilles, ni trop s'appliquer à leur conserver leur qualité premiere & leur seve naturelle.
Une légere humectation est cependant ordinairement nécessaire dans le cours de la fabrication, & on en fait usage dans toutes les fabriques ; chacune a sa préparation plus ou moins composée ; en France, où on s'attache plus particulierement au choix des matieres premieres, la composition des sauces est simple & très-connue ; on se contente de choisir l'eau la plus nette & la plus savonneuse à laquelle on ajoute une certaine quantité de sel marin proportionnée à la qualité des matieres.
L'Ecotage. L'écotage est l'opération d'enlever la côte principale depuis le sommet de la feuille jusqu'au talon, sans offenser la feuille ; c'est une opération fort aisée, & qui n'exige que de l'agilité & de la souplesse dans les mains de l'ouvrier ; on se sert par cette raison par préférence, de femmes, & encore plus volontiers d'enfans qui dès l'âge de six ans peuvent y être employés ; ils enlevent la côte plus nette, la pincent mieux & plus vite ; la beauté du tabac dépend beaucoup de cette opération ; la moindre côte qui se trouve dans les tabacs fabriqués, les dépare, & indispose les consommateurs ; ainsi on doit avoir la plus singuliere attention à n'en point souffrir dans la masse des déchets, & on ne sauroit pour cet effet les examiner trop souvent, avant de les livrer aux fileurs.
On doit observer, que quoique la propreté soit essentielle dans tout le cours de la fabrication, & contribue pour beaucoup à la bonne qualité du tabac, elle est encore plus indispensable dans cet attelier que dans tout autre ; on conçoit assez combien l'espece d'ouvriers que l'on y employe, est suspecte à cet égard, & a besoin d'être surveillée.
On choisit dans le nombre des feuilles qui passent journellement en fabrique, les feuilles les plus larges & les plus fortes, que l'on reserve avec soin pour couvrir les tabacs ; l'écotage de celles-ci forme une espece d'attelier à part, qui suit ordinairement celui des fileurs, cette opération demande plus d'attention que l'écotage ordinaire, parce que les feuilles doivent être plus exactement écotées sur toute leur longueur, & que si elles venoient à être déchirées, elles ne seroient plus propres à cet usage : on distingue ces feuilles en fabrique, par le mot de robes.
Toutes les feuilles propres à faire des robes, sont remises, lorsqu'elles sont écotées, aux plieurs.
L'opération du plieur consiste à faire un pli, ou rebord, du côté de la dentelure de la feuille, afin qu'elle ait plus de résistance, & ne déchire pas sous la main du fileur.
Déchets. Le mot de déchet est un terme adopté dans les manufactures, quoique très-contraire à sa signification propre : on appelle ainsi la masse des feuilles triées, écotées, qui doivent servir à composer les tabacs de toutes les qualités.
Ces déchets sont transportés de nouveau dans la salle de la mouillade ; c'est alors que l'on travaille aux mêlanges, opération difficile qui ne peut être conduite que par des chefs très-expérimentés & très-connoisseurs.
Il ne leur suffit pas de connoître le cru des feuilles & leurs qualités distinctives, il y a très-fréquemment des différences marquées, pour le goût, pour la seve, pour la couleur, dans les feuilles de même cru & de même récolte.
Ce sont ces différences qu'ils doivent étudier pour les corriger par des mêlanges bien entendus ; c'est le seul moyen d'entretenir l'égalité dans la fabrication, d'où dépendent principalement la réputation & l'accroissement des manufactures.
Lorsque les mêlanges sont faits, on les mouille par couche très-légerement, avec la même sauce dont on a parlé dans l'article de la mouillade, & avec les mêmes précautions, c'est-à-dire uniquement pour leur donner de la souplesse, & non de l'humidité.
On les laisse ainsi fermenter quelque tems, jusqu'à ce qu'elles soient parfaitement ressuyées ; bientôt la masse prend le même ton de couleur, de goût, & de fraîcheur : alors on peut la livrer aux fileurs.
Attelier de fileurs. Il y a deux manieres de filer le tabac, qui sont également bonnes, & que l'on employe indifféremment dans les manufactures ; l'une s'appelle filer à la françoise, & l'autre à la hollandoise ; cette derniere est la plus généralement en usage ; la manufacture de Paris, sur laquelle la Planche qui répond à cet attelier a été dessinée, est montée à la hollandoise.
Il n'y a aucune préférence à donner à l'une ou l'autre de ces manieres, pour la beauté, ni pour la qualité du tabac ; il n'y a de différence que dans la manoeuvre, & elle est absolument imperceptible aux yeux. La facilité ou la difficulté de trouver des ouvriers de l'une ou l'autre espece, décident le choix.
L'opération de filer le tabac à la hollandoise, consiste à réunir les soupes ensemble, par le moyen d'un rouet, & de les couvrir d'une seconde robe, qui les enveloppe exactement.
La soupe est une portion de tabac filé à la main, de la longueur d'environ trois piés, & couverte d'une robe jusqu'à trois ou quatre pouces de chaque extrêmité, ce sont les chevelures des bouts que le fileur doit réunir & enter l'un sur l'autre.
L'habileté du fileur est de réunir ces soupes de maniere que l'endroit de la soudure soit absolument imperceptible ; ce qui constitue la beauté du filage est que le boudin soit toujours d'une grosseur bien égale, qu'il soit bien ferme, que la couverture en soit lisse & bien tendue, & par-tout d'une couleur brune & uniforme.
Le reste de la manoeuvre est détaillée dans la Planche, de la maniere la plus exacte.
Les fileurs sont les ouvriers les plus essentiels d'une manufacture, & les plus difficiles à former ; il faut pour cette opération des hommes forts & nerveux, pour résister à l'attitude contrainte, & à l'action où ils sont toujours ; les meilleurs sont ceux qui ont été élevés dans la manufacture, & y ont suivi par degré toutes les opérations ; ce qui les accoutume à une justesse dans la filature, qu'une habitude de jeunesse peut seule donner.
Roleurs. Lorsque les rouets des fileurs sont pleins, on les transporte dans l'attelier des roleurs, pour y être mis en roles, dans la forme représentée dans la figure.
Les roles sont de différentes grosseurs, suivant leur destination & leurs qualités : on observe généralement de tenir les cordons des roles très-serrés, afin que l'air ne puisse les pénétrer, ce qui les dessecheroit considérablement ; c'est le dernier apprêt de ce qu'on appelle la fabrique des roles ; chaque role est enveloppé ensuite dans du papier gris, & emmagasiné, jusqu'à ce qu'il ait acquis par la garde, le point de maturité nécessaire pour passer à la fabrique du ficelage.
Fabrique du ficelage. La fabrique du ficelage est regardée dans les manufactures, comme une seconde fabrique, parce que les tabacs y reçoivent une nouvelle préparation, & qu'ils ont une autre sorte de destination : les tabacs qui restent en roles sont censés être destinés uniquement pour la pipe, & ceux qui passent par la fabrique du ficelage, ne sont destinés que pour la rape.
Lorsque les roles ont essuyé un dépôt assez considérable, & qu'ils se trouvent au point de maturité désirable pour être mis en bouts, on les livre à la fabrique du ficelage.
Coupeurs de longueurs. La premiere opération de cette fabrique est de couper les cordons du role en longueurs proportionnées à celles que l'on veut donner aux bouts, y compris l'extension que la pression leur procure ; on se sert à cet effet d'une matrice ferrée par les deux bouts, & d'un tranchoir. Cette manoeuvre est si simple qu'elle ne mérite aucune explication, la seule attention que l'on doive prendre dans cet attelier, est d'accoutumer les ouvriers à ne point excéder les mesures, à tenir le couteau bien perpendiculairement, & à ne point déchirer les robes.
Attelier des presses. De l'attelier des coupeurs, les longueurs passent dans l'attelier des presses, où elles sont employées par différens comptes, suivant la grosseur que l'on veut donner aux carottes : on fait des bouts composés depuis deux jusqu'à huit longueurs.
On conçoit que pour amalgamer un certain nombre de bouts, filés très-ronds & très-fermes, & n'en former qu'un tout très-uni, il faut une pression fort considérable, ainsi il est nécessaire que les presses soient d'une construction très-forte. Voyez la fig.
Pour que le tabac prenne de belles formes, il faut que les moules soient bien ronds & bien polis, qu'ils soient entretenus avec la plus grande propreté, & que les arêtes sur-tout en soient bien conservées, afin d'éviter qu'il ne se forme des bourlets le long des carottes, ce qui les dépare.
Ces moules sont rangés sur des tables de différens comptes, & les tables rangées sous la presse, à cinq, six, & sept rangs de hauteur, suivant l'intervalle des sommiers.
Ces tables doivent être posées bien d'aplomb en tout sens sous la presse, afin que la pression soit bien égale par-tout ; le tabac & la presse souffriroient de la moindre inégalité.
On doit observer dans un grand attelier, de ne donner à chaque presse qu'un certain nombre de tours à la fois, & de les mener ainsi par degré, jusqu'au dernier point de pression ; c'est le moyen de ménager la presse, & de former des carottes plus belles, plus solides, & d'une garde plus sûre.
Cet attelier, tant à cause de l'entretien des machines, que pour la garniture des presses, est d'un détail très-considérable, & doit être conduit par des chefs très-intelligens.
Le ficelage. A mesure que les carottes sortent des moules, on a soin de les envelopper fortement avec des lisieres, afin que dans le transport, & par le frottement, les longueurs ne puissent se desunir, & elles sont livrées en cet état aux ficeleurs.
Le ficelage est la parure d'un bout de tabac ; ainsi, quoique ce soit une manoeuvre simple, elle mérite beaucoup de soin, d'attention, & de propreté ; la perfection consiste à ce que les cordons se trouvent en distance bien égale, que les noeuds soient rangés sur une même ligne, & que la vignette soit placée bien droite ; la ficelle la plus fine, la plus unie, & la plus ronde, est celle qui convient le mieux à cette opération.
Lorsque les carottes sont ficelées, on les remet à quelques ouvriers destinés à ébarber les bouts avec des tranchoirs : cette opération s'appelle le parage, & c'est la derniere de toutes ; le tabac est en état alors d'être livré en vente, après avoir acquis dans des magasins destinés à cet usage, le dépôt qui lui est nécessaire pour se perfectionner.
TABAC, presser le, (Manuf. de tabac) c'est mettre les feuilles de tabac en piles, après qu'elles ont été quelque tems séchées à la pente, afin qu'elles y puissent suer ; quand la sueur tarde à venir, on couvre la pile de planches, sur lesquelles on met quelques pierres pesantes. La pile, ou presse, doit être environ de trois piés de hauteur. Labat. (D.J.)
TABAC, torquettes de, (Manuf. de tabac) ce sont des feuilles de tabac roulées & pliées extraordinairement ; elles se font à-peu-près comme les andouilles, à la reserve qu'on n'y met pas tant de feuilles dans le dedans. Lorsque les feuilles de tabac dont on veut composer la torquette, ont été arrangées les unes sur les autres, on les roule dans toute leur longueur, & l'on plie ensuite le rouleau en deux, en tortillant les deux moitiés ensemble, & en cordonnant les deux bouts pour les arrêter. Dans cet état, on les met dans des barriques vuides de vin, que l'on couvre de feuilles, lorsqu'on n'y veut pas remettre l'enfonçure ; elles y ressuent, & en achevant de fermenter, elles prennent une belle couleur, une odeur douce, & beaucoup de force. Savary. (D.J.)
TABAC, ferme du, (Comm. des fermes) les fermiers généraux ont enlevé la ferme du tabac à la compagnie des Indes ; ils ont réuni les sous-fermes ; ils ont joint à leur bail une partie des droits annexés à la ferme des octrois de Lyon ; ils ont tenté finalement la réunion de la ferme des postes, ensorte que s'ils vont toujours en augmentant, il leur faudra le royaume & les îles. Mais sans détailler les inconvéniens de donner continuellement à une compagnie si puissante, nous nous contenterons d'observer au sujet de la ferme du tabac, qu'il seroit plus avantageux à l'état de faire administrer cette ferme en finance de commerce, qu'en pure finance ; & alors une compagnie commerçante, faisant cultiver ses tabacs à la Louisiane, à S. Domingue, & dans les autres endroits de nos îles les plus propres à cette plante, tireroit tous ses besoins de nos colonies, éviteroit une dépense annuelle au-moins de cinq millions, vis-à-vis l'étranger, & peut-être parviendroit à faire du tabac, une branche de commerce d'objet avec les étrangers mêmes. Or cinq millions à deux cent livres de consommation par personne, peuvent faire subsister vingt-cinq mille ames de plus. La culture des tabacs à la Louisiane, se feroit, supposons, par dix mille ames, chefs & enfans ; voilà un total de trente-cinq mille personnes d'accroissement dans les colonies, & si le succès des plantations devenoit un peu considérable, il arriveroit que les cinq millions dont nous avons parlé, se trouveroient annuellement dans la balance avec l'étranger, & que par cette seule branche de commerce, la France recueilleroit de quoi nourrir tous les ans trente cinq-mille hommes de plus, qui sont aujourd'hui dans la misere. Ajoutons qu'il est dangereux de mettre en pure finance, une régie qui par sa nature devoit être essentiellement en finance-commerce. Un autre avantage de cette opération, c'est que le commerce, par son activité & ses retours, jette par-tout l'abondance & la joie, tandis que la finance, par sa cupidité, & l'art quelle a de parvenir à son but, jette par-tout le dégoût & le découragement. On ose bien assurer qu'il n'entre dans ce jugement, ni haine, ni satyre ; mais on croit voir dans la plus grande impartialité, que les choses sont ainsi. (D.J.)
TABAC, voyez NICOTIANE.
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| TABACOS | S. m. (terme de relation) les espagnols du Mexique appellent tabacos des morceaux de roseaux creux & percés, longs de trois piés ou environ, remplis de tabac, d'ambre liquide, d'épices & d'autres plantes échauffantes ; ils allument ces roseaux par un bout, & ils attirent par l'autre la fumée, qui les endort en leur ôtant toute sensation de lassitude & de travail ; c'est là l'opium des Mexiquains, qu'ils nomment dans leur langue pocylt. (D.J.)
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| TABAE | (Géog. anc.) Etienne le géographe connoît trois villes de ce nom : l'une dans la Carie, l'autre dans la Pérée, & la troisieme dans la Lydie. Tite-Live, l. XXXVIII. c. xiij. en nomme une quatrieme aux confins de la Pisidie, du côté de la mer de Pamphylie. (D.J.)
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| TABAGIE | S. f. (Hist. mod.) lieu où l'on va fumer. Celui qui tient la tabagie, fournit des pipes & du tabac à tant par tête. On cause, on joue & l'on boit dans les mêmes endroits. Il y a des tabagies publiques en plusieurs villes de guerre ou maritimes ; on les appelle aussi estaminets. On donne aussi le nom de tabagie à la cassette qui renferme la pierre, le briquet, l'amadou, le tabac & la pipe, en un mot, l'attirail du fumeur.
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| TABAG | ou TABAC, île de, (Géog. mod.) cette île la plus méridionale de toutes les Antilles ou îles Caraïbes, est située par les 11 deg. 23 min. au nord de l'équateur, à dix-huit ou vingt lieues dans le sud-est de la Grenade ; sa figure est oblongue, & son circuit peut être d'environ 20 lieues ; toute cette étendue se trouve occupée par des montagnes couvertes de forêts, laissant entr'elles des espaces assez considérables au milieu desquels coulent des torrens & des rivieres qui ne contribuent pas peu à fertiliser le terrein dont on pourroit tirer un très-grand parti, si le pays étoit habité. Cette île a plusieurs bonnes rades ; les meilleures sont celle de Jean le more, située vers le nord, & celle de Rocbaye placée sur le côté oriental dans la partie du sud ; cette derniere est la plus sûre, étant presque fermée par un banc de craies & de rochers à fleur d'eau, dont la disposition naturelle ne laisse qu'un passage suffisant pour les gros vaisseaux, qui sont obligés de ranger la pointe de tribord, afin d'éviter les rochers qui restent à bas-bord, & de venir mouiller en-dedans sur un fond assez inégal.
Ce fut vers le commencement du siecle dernier, qu'une compagnie de Flessingue jetta les premiers fondemens d'une colonie dans cette île ; les Hollandois l'augmenterent considérablement ; ils y bâtirent une ville & un fort qui furent détruits par l'armée navale aux ordres du maréchal d'Estrée. Depuis cette conquête les François ont toujours resté en possession de Tabago, dont ils ont négligé le rétablissement par des raisons qui seroient trop longues à déduire dans cet article.
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| TABAKIDES | (Géog. anc.) village de Grece, dans la Béotie, à trois cent pas de la ville de Thèbes. On y voit un sépulcre de marbre dans une église grecque, que les papas disent être de S. Luc l'évangeliste, & que M. Spon soupçonne avec plus de raison pouvoir être de S. Luc l'hermite, qui a un monastere de son nom dans une montagne voisine. (D.J.)
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| TABALTHA | (Géog. anc.) ville de l'Afrique propre, dans la Byzacène. L'itinéraire d'Antonin la marque sur la route de Tuburbum à Tabacae, à 20 milles de Septimunicia, & à 32 de Cellae-Picentinae : c'étoit une ville épiscopale. (D.J.)
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| TABARCA | (Géog. mod.) ville maritime d'Afrique, sur la côte de la mer Méditerrannée, au royaume de Tunis, entre la côte maritime de la ville de Tunis & celle d'Alger, à 20 lieues à l'est de Bonne. Long. 25. 2. latit. 37. 28. (D.J.)
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| TABARDILLO | S. m. (Médec.) nom espagnol d'une maladie commune aux étrangers nouvellement débarqués en Amérique. C'est une fievre accompagnée des symptomes les plus fâcheux, & qui attaque presque tous les Européens quelques semaines après leur arrivée dans l'Amérique espagnole. La masse du sang & des humeurs ne pouvant par s'allier avec l'air d'Amérique, ni avec le chyle formé des nourritures de cette contrée, s'altere & se corrompt. On traite ceux qui sont attaqués de cette maladie, par des remedes généraux, & en les soutenant peu-à-peu avec les nourritures du pays. Le même mal attaque les espagnols nés en Amérique, à leur arrivée en Europe ; l'air natal du pere est pour le fils une espece de poison.
Cette différence qui est entre l'air de deux contrées, ne tombe point sous aucun de nos sens, & elle n'est pas encore à la portée d'aucun de nos instrumens. Nous ne la connoissons que par ses effets ; mais il est des animaux qui paroissent la connoître par sentiment ; ils ne passent pas même quelquefois du pays qu'ils habitent dans le pays voisin où l'air nous semble être le même que l'air auquel ils sont habitués. On ne voit pas sur les bords de la Seine une espece de grands oiseaux dont la Loire est couverte. L'instinct des bêtes est bien plus fin que le nôtre. (D.J.)
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| TABASCO | (Géog. mod.) gouvernement de l'Amérique septentrionale, dans la nouvelle Espagne. Il est borné au nord par la baie de Campèche, au midi par le gouvernement de Chiapa, au levant par l'Yucatan, & au couchant par la province de Guaxaca. Ce pays a environ quarante lieues de long sur autant de large. Comme il y pleut presque pendant neuf mois continus, l'air y est extrêmement humide, & cependant fort chaud ; la terre y est fertile en maïs, miel & cacao ; mais cette province abonde aussi en tigres, lions, sangliers, armadilles & en moucherons très-incommodes ; aussi est-ce un pays fort dépeuplé ; les Espagnols n'y ont qu'une seule ville de même nom, & qui est située, sur la côte de la baie de Campèche. L'ile de Tabasco formée par les rivieres de S. Pierre & de S. Paul, peut avoir douze lieues de longueur, & quatre de largeur vers son nord ; il y a dans cette île quelques baies sablonneuses d'où les tortues vont à terre poser leurs oeufs. (D.J.)
TABASCO, riviere de, (Géog. mod.) riviere de l'Amérique septentrionale, dans la nouvelle Espagne, au gouvernement de même nom, dans la baie de Campèche. C'est la riviere la plus remarquable de toutes celles qui y ont leur embouchure. Elle prend sa source sur les hautes montagnes de Chiapo, & après s'être grossie d'autres rivieres, elle court dans la mer par une bouche qui a près de deux milles de large ; c'est là que cette riviere abonde en veaux marins, qui trouvent de bonne pâture dans plusieurs de ses criques. Le veau marin d'eau douce n'est pas aussi gros que le veau marin qui vit dans la mer, mais il a la même figure & le même goût. (D.J.)
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| TABATIERE | S. f. en terme de Bijoutier, sont des boëtes d'or, enrichies de pierres fines ou fausses ; il y en a de toute espece, unies, gravées, ciselées, incrustées, émaillées, tournées, &c. quarrées, rondes, à huit pans, à contour, à bouge, à doussine, en peloton, &c. L'on ne finiroit pas si l'on vouloit nommer tous les noms qu'on a donnés à la tabatiere d'or. Il suffit de dire en général que l'on les a tirés des choses naturelles & communes, auxquelles elles ressemblent, comme artichaux, poires, oignons, navettes, &c.
TABATIERE PLAINE, en terme de Bijoutier, est une boëte dont le corps est massif d'or, & enrichie de diverses manieres, selon le goût du public & de l'ouvrier.
La partie la plus difficile à faire dans une tabatiere d'or ou d'argent, ou montée en l'un ou l'autre de ces métaux, c'est la charniere : voici comment on l'exécutera. Il faut d'abord préparer le fil de charniere. Pour cet effet, on prend un brin de fil d'or ou d'argent, quarré ou rond, qu'on applatit par-tout excepté à son extrêmité, à l'épaisseur d'un quart de ligne, ou à-peu-près, selon la force dont on veut la charniere ; il faut que l'épaisseur de la partie soit bien égale : l'on roule cette partie applatie, selon sa longueur, sur un fil de fer ou de cuivre rond, & on la passe à la filiere. Cette opération assemble & applique exactement les deux bords de la lame l'un contre l'autre, détruit la cavité & allonge le fil. On tire à la filiere, jusqu'à ce que le trou soit du diametre qu'on desire ; & quand il y est, on a un fil d'acier tiré, bien poli, que l'on introduit dans le trou, & l'on remet le tout ensemble dans la filiere : cette seconde opération applique les parties intérieures de la charniere contre le fil, & diminue son épaisseur sans diminuer le diametre. On a soin de graisser le fil d'acier avant de l'introduire, avec du suif ou de la cire. On tire jusqu'à un trou marqué de la filiere. On retire le fil d'acier, & comment ? Pour cet effet, on passe son extrêmité dans un trou juste de son diametre de la filiere. Alors l'épaisseur du fil de charniere se trouve appuyée contre la filiere ; on prend les tenailles du banc, & on tire le fil d'acier qui vient seul. Ou bien on prend le bout du fil d'acier dans un étau à main : on passe le fil de charniere dans un trou plus grand que son diametre. On prend la pointe resserrée du fil de charniere avec la tenaille du banc, & on tire. Il arrive assez souvent que le fil d'acier se casse dans le fil de charniere, alors on coupe le fil de charniere par le milieu ; on fait ensorte que dans la coupure ou entaille puisse être reçu un fil de fer : on le tord autour ; & on passe & repasse le tout dans une filiere, plus grande que le fil de charniere, mais moindre que le fil de charniere avec le fil de fer mis dans la coupure, & on tire. Quand le fil d'acier est tiré de la charniere, on la passe dans son calibre, dont la différence des ouvertures n'étant pas perceptible à la vue, l'entrée est marquée. Il y a très-peu de différence entre le trou de la filiere, & le trou du calibre ; c'est pour cela qu'on a marqué le trou de la filiere. On tire la charniere plusieurs fois par le calibre, afin qu'il puisse y rentrer plus aisément ; & le fil de charniere est fini : c'est de ce fil qu'on fait des charnons.
Les charnons sont des bouts de fil de charniere. Pour avoir des charnons on commence par couper le fil de charniere par bouts d'un pouce & demi ou deux pouces de longueur. On ébarbe un des bouts, & on le présente dans le calibre du côté de son entrée ; après l'avoir passé, on a un morceau de bois, dans lequel on place le calibre à moitié de son épaisseur. On fait entrer dans le calibre le fil de charniere avec un maillet, jusqu'à ce qu'il soit à ras du trou de sortie, & un peu au-delà. On a une lame de couteau, taillée en scie, qu'on appelle scie à charnon, avec laquelle on coupe le bout de charniere excédant à ras du trou d'entrée. On lime ensuite les deux faces avec une lime douce. Il faut que le calibre soit trempé dans toute sa dureté, afin que les limes ne mordent pas sur ces faces. Cela fait, on fraise les deux entrées du trou du charnon ; puis avec un outil appellé repoussoir, voyez REPOUSSOIR, on fait sortir le charnon, & on le repare. On a une pointe conique, qu'on fait entrer avec force dans le charnon, pour en écarter l'assemblage & l'appercevoir. Il faut observer que la matiere dont on a tiré le fil de charniere, est crud & non recuit, afin de lui conserver son élasticité.
On a un burin, & afin de ne plus perdre de vue l'assemblage que la pointe a fait paroître, on tire un trait de burin dans toute sa longueur, mais qu'on rend plus sensible sur les extrêmités. Puis on barre ce trait avec la lime, ou l'on y fait de petites tranchées perpendiculaires ; puis avec le burin, on emporte un peu de la vive-arrête du trou libre, car la pointe est toujours dans le charnon ; puis on ébarbe le bord extérieur, puis on change la pointe de trou, & l'on en fait autant à l'autre bout : pour lors le charnon est prêt à lier, & à former la charniere.
Il faut avoir les porte-charnieres. Les porte-charnieres sont deux parallélipipedes soudés que les Artistes appellent quarrés, que l'on met appliqués l'un au-dessus, & l'autre à la cuvette : celui qui tient à la cuvette est quelque peu profilé. Il faut que les surfaces de ces parallélipipedes s'appliquent l'une contre l'autre, sans se déborder par dehors. Quand cela est fait, on divise la circonférence du charnon en trois parties égales. On prend la moitié de la corde du tiers, & l'on trace la coulisse sur toute la longueur des quarrés, prenant sur la hauteur de chaque porte-charnieres la moitié de la corde du tiers, & sur la profondeur, les deux tiers du diametre. Il est évident que quand les charnons seront fixés dans les coulisses, la boëte s'ouvrira d'un angle de 120 degrés. Il est évident que voilà les vive-arêtes des coulisses déterminées.
Après cela, je fais sur ces traits qui déterminent les vives-arêtes, autant de traits de paralleles qui servent de tenons aux précédens ; car il est évident que quand on fera la coulisse, les premiers traits disparoîtront. Pour faire les cent quatre-vingt coulisses, on commence par enlever les angles ; pour évider le reste, on a des échopes à coulisses. Ce sont des especes de burins qui ont la courbure même du charnon sur leur partie tranchante. On enleve avec cet outil la matiere, & l'on acheve la coulisse ; pour la dresser on a des limes à coulisses. Ce sont des limes cylindres, rondes, du diametre de la coulisse, ou un peu plus petit, afin que le charnon ne porte que sur les bords de la coulisse. Avant que de souder les charnons, on s'assure que la coulisse est droite au fond par le moyen d'une petite regle tranchante, que l'on pose par-tout, & sur toute la longueur. Il faut que le nombre des charnons soit impair, afin que les charnons des deux bouts qu'on laisse plus longs que les autres, à discrétion, soient tous deux soudés en-haut. On enfile tous les charnons dans un fil de fer, on pose les deux coulisses l'une sur l'autre, & on y place les charnons ; & l'on marque avec un compas sur les porte-charnieres d'en-haut, la longueur des charnons des deux bouts, ou maîtres charnons ; puis avec une pointe on marque au-dessus & au-dessous sur les porte-charnieres, les places de tous les charnons. On désassemble le tout, puis dans les coulisses, partout où il doit y avoir un charnon soudé, on donne 2 ou 3 traits de burin transversalement pour donner de l'air à la soudure. On remet les charnons enfilés dans la coulisse du dessous ; on commence par lier les deux charnons du bout avec du fil de fer, puis les autres alternativement. Ensuite on retire le fil de fer passé dans les charnons, & tous les charnons de la coulisse d'en-bas tombent. On les reprend, & on les place & lie dans les intervalles de la coulisse d'en-bas, qui leur ont été marqués par la pointe à tracer, & les coups de burin transversals. Cela fait, on tient avec une pince à charnon, les charnons, & on les range selon l'assemblage marqué par les traits du burin donnés fort sur les bouts, dans le milieu des coulisses ; on commence par faire le couvercle sur la cuvette par le devant, & l'on abaisse les coulisses l'une vers l'autre, jusqu'à ce que les charnons se touchent ; puis avec une pointe on les fait engager les uns entre les autres, puis on pose un des maîtres charnons sur une enclumot perpendiculairement, & l'on frappe sur l'autre maître charnon avec un petit marteau, pour les serrer tous les uns contre les autres : en observant de se régler sur les traits de compas faits au-dessus qui déterminent la longueur des maîtres charnons. On voit bien qu'il y a entre chaque charnon & la coulisse opposée, l'intervalle au-moins du fil de fer ; on frotte les fils de fer de sel de verre, pour empêcher la soudure de s'y attacher, puis on les soude ou ensemble, ou séparément. Si ensemble, on sépare beaucoup les coulisses ; si séparément, on commence par rocher avec une eau de borax, le dedans de la coulisse. On charge les charnons de soudure, coupée par paillons, qu'on ne met que d'un côté ; on roche d'eau de borax, on fait sécher, en posant après sur un feu doux ; & l'on observe que les paillons de soudure ne s'écartent point, jusqu'à ce que le borax ait fait son effet d'ébullition. Il est essentiel qu'une charniere soit proprement soudée. Pour cet effet, il faut mettre une juste proportion de soudure, tant pour ne point porter plusieurs fois au feu, s'il en manquoit, que pour éviter d'en charger les coulisses, ou de boucher quelques charnons, ou de souder la cuvette avec le dessus. Si on soude ensemble les deux pieces, on arrange sa piece sur un pot à souder, où l'on a préparé un lit de charbons plats ; on arrange sur la piece & autour, d'autres charbons allumés, laissant ou à découvert, ou facile à découvrir, la partie à souder. On a sa lampe allumée ; on entretient le feu avec un soufflet de loin, pour échauffer également la piece, en prenant soin de ne lui pas donner trop de chaleur : puis on la porte à la lampe, où on soude au chalumeau. On la tire du feu, on la laisse refroidir, on la déroche, & on la nettoye, c'est-à-dire qu'on enleve exactement toute la soudure, sans toucher au charnon, ni à la coulisse d'aucune façon. Pour cet effet, on a deux échopes plates & inclinées ; l'une pour nettoyer à droite, l'autre à gauche, ou une seule à face droite. La charniere nettoyée, on la rassemble & on y passe une goupille facile. On a eu le soin de frotter les charnons de cire, afin que l'action de la soudure, s'il en est resté sur les charnons, soit moins violente. On fait aller les deux côtés, & si l'on apperçoit des traces sur les charnons, c'est une marque qu'il est resté de la soudure. Il faut tout démonter, & l'ôter ; c'est un défaut préjudiciable : & voilà la charniere montée.
TABATIERE DE CARTON, maniere de fabriquer les tabatieres de carton, rondes, quarrées & ovales. Il faut avoir des moules d'un bois bien sec ; les plus grands moules pour homme sont du numéro 36.
Ils vont toujours en diminuant d'une ligne jusqu'au numéro 30 inclusivement.
Les moules pour femmes sont des numéros 25 & 24, & plus petits si l'on veut, mais les deux premiers numéros sont les plus en usage.
Il faut observer qu'il faut que le bas des cuvettes ait une ligne de plus que le haut.
Il faut que les couvercles aient une ligne de plus que le haut des cuvettes, & le bas deux lignes, ainsi qu'aux boîtes quarrées & aux ovales.
Pour faire la colle il faut avoir de bonne farine de froment que l'on délaye bien avec de l'eau de fontaine ou de riviere ; quand elle est bien délayée & qu'il n'y reste plus de grumeaux, on la met dessus le feu, & on la remue toujours avec une grande spatule de bois de tous côtés, & au milieu du chaudron, afin qu'il n'y ait aucune partie qui s'y prenne, qu'elle ne soit ni trop claire, ni trop épaisse, mais sur-tout qu'elle soit bien cuite.
Il ne faut point s'en servir qu'elle ne soit froide, & lorsqu'elle l'est, on leve la peau qui s'est formée dessus, que l'on jette.
Il faut que les bandes de papier aient 18 lignes de hauteur, & pour les couvercles 9, & toute la longueur du papier, les feuilles de papier ouvertes en deux.
Les bandes pour les boîtes pour femmes auront 16 lignes, & pour les couvercles 8, & elles seront de la même longueur que les bandes pour les grandes.
Il faut mettre sous les grandes cuvettes pour homme 20 bandes, & autant aux couvercles.
Pour femmes il faut mettre 16 bandes, & autant aux couvercles. Aux cuvettes pour hommes on mettra 36 quarrés, & autant aux couvercles. Aux cuvettes pour femmes on mettra 30 quarrés & autant aux cuvettes. On donnera ci-après la grandeur des quarrés, & la maniere de les arranger.
Pour les boîtes quarrées & les ovales, il faut que les bandes aient 20 lignes de hauteur pour les cuvettes, & 10 pour les couvercles.
Il faut pour celles pour hommes 40 quarrés & 20 pour les couvercles.
A celles pour femmes 36 quarrés, & 18 aux couvercles.
Il faut avoir attention de donner à chaque coleuse le nombre de bandes & de quarrés qu'il lui faut, & prendre bien garde que chacune emploie le nombre qu'on lui aura donné, y en ayant beaucoup qui en cachent pour avoir plutôt achevé leur ouvrage, s'embarrassant fort peu que leurs boîtes soient fortes ou non ; ce qui cause beaucoup de préjudice à ceux qui entreprennent cette fabrique.
Il faut aussi avoir l'oeil qu'elles ne cassent point leurs bandes & leurs quarrés.
Pour mettre les bandes, il faut avoir soin de coller la table, & de mettre les quatre bandes l'une à côté de l'autre, & mettre de la colle sur les bandes ; après quoi l'on prend une bande que l'on tourne au-tour du moule, ayant attention, lorsqu'on la tourne, de bien faire sortir la colle avant de mettre l'autre, & de même jusqu'à la fin des quatre bandes.
Il faut avoir attention que les quatre premieres bandes ne surpassent point le haut des cuvettes, ainsi que les bandes des couvercles.
Avant de mettre les bandes aux couvercles, il faut mettre aux cuvettes sept quarrés, trois d'abord collés l'un sur l'autre, & croisés, & les quatre autres ensuite, lorsqu'on aura bien fait sortir la colle de dessous les trois premiers, & ensuite faire sortir la colle des quatre autres.
Ensuite vous mettez les cuvettes au four pour les sécher, pendant lequel tems vous mettez les bandes aux couvercles, & ensuite les quarrés de la même façon qu'aux cuvettes.
Pour les quarrés, il faut mettre aussi de la colle sur la table, & mettre le quarré dessus ; ensuite mettre de la colle sur le quarré, & ainsi jusqu'à la fin : il faut se souvenir de mettre les quarrés en triangle ; il faut que les pointes des quarrés soient bien applanies, après avoir bien fait sortir la colle, & fassent bien le rond.
Aux moules pour femmes on mettra 3 bandes pour les quatre premieres couches, & quatre à la derniere, ce qui composera les 16 bandes.
On mettra six quarrés à chaque couche trois à trois, ce qui composera les 30 quarrés.
Maniere de monter les boîtes à l'eau. Il faut commencer par tremper un quarré de papier dans de l'eau, & l'appliquer sur le haut de la cuvette & du couvercle ; il faut qu'il déborde, afin qu'il puisse s'abattre un peu sur les côtés de la cuvette ; ensuite vous mettez une bande de la hauteur de la cuvette trempée dans l'eau, que vous serrez le plus que vous pouvez autour de la cuvette, & prendre garde qu'elle ne se casse, de peur de découvrir le bois ; il ne faut pas que la bande soit si longue que celle ci-dessus, il suffit qu'un bout croise de deux ou trois doigts dessus l'autre ; il faut aussi observer que la bande ne doit pas passer le haut de la cuvette, ainsi qu'à la premiere couche, parce que cela feroit creuser les boîtes.
Lorsque les boîtes où l'on aura mis les premieres bandes & les quarrés, seront seches, il faudra qu'un rapeur, avec une rape à bois, rape les pointes des quarrés, & les rende unies aux bandes, & qu'il fasse bien attention s'il n'y a point de vents ou cloches aux bandes ; & au cas qu'il y en ait, qu'il les rape afin qu'il ne reste aucun creux.
Aux quatre dernieres couches, on ne mettra que les quatre bandes, que l'on fera un peu passer le haut des cuvettes, & on mettra sécher ; & pendant que les cuvettes sécheront, on mettra les bandes aux couvercles ; quand les cuvettes seront seches, on rapera le dessus des quarrés, afin que les bandes qui excéderont les moules soient ôtées, & on mettra les quarrés ; on en fera autant jusqu'à la fin ; à la derniere couche on mettra huit quarrés, & on observera de ne les mettre que quatre à quatre, & de bien faire sortir la colle.
Le meilleur papier & le plus en usage, est appellé grand quarré de Caen ; pour la longueur des bandes, on ouvre une main de papier en deux, & on prend toute la longueur pour les bandes.
Pour les quarrés on prend la mesure du haut des moules, & on coupe les quarrés de façon qu'ils débordent un tant soit peu les moules, & cela pour les 2 premieres couches ; & ensuite on les fait un peu plus grands, à proportion que les boîtes grossissent.
Ensuite on les donne au tourneur pour les tourner en-dedans & en-dehors ; lorsqu'elles sont achevées & bien seches, il faut faire attention qu'il ne faut point que le rapeur rape les boîtes lorsque la derniere couche est achevée, parce que c'est l'affaire du tourneur.
Maniere de vernir les boîtes. Quand les boîtes sont tournées, on y met une couche de vernis à l'apprêt, d'un jaune brun ; & ensuite on les met sur une grille, la cuvette séparée du couvercle, cependant de façon qu'on puisse reconnoître le couvercle de la cuvette ; on les met dessus la grille le cul en haut, & on observe qu'elles ne se touchent point ; on les met dans le four : quand elles sont seches, on y met une autre couche, & on fait de même jusqu'à sept couches, observant de les faire sécher à chaque couche, & qu'elles soient bien seches.
Après la derniere couche, on les donne au tourneur pour ôter ce qu'il pourroit y avoir de graveleux, & les poncer en-dedans & en-dehors avec de la ponce bien fine trempée dans de l'eau ; ensuite on y met sept à huit couches de vernis noir ; & surtout qu'elles soient bien seches à chaque couche ; & il faut observer que le pinceau ne soit point trop chargé de vernis, & que les couches ne soient point épaisses, ni le vernis trop épais.
Quand toutes les couches sont mises, vous les faites poncer par le tourneur en-dedans, & à la main en-dehors avec de la ponce bien fine, & ensuite du tripoli avec de l'eau ; ensuite vous les faites graver, ou guillocher en or creux, ou en or plat ; ou vous en faites poser avec de la nacre, du burgos & des feuilles de cuivre très-minces, il en faut avoir de toute espece.
Pour mettre en or les gravées, ou guillochées, il faut passer dessus très-légerement un vernis qu'on appelle mordant, & avant qu'il soit tout-à-fait sec, avoir de petits livrets de feuilles d'or ; on applique une feuille d'or dessus doucement avec la main ; aux boîtes gravées & guillochées en or creux, on en met deux feuilles.
Pour les boîtes en couleur, il faut mettre deux ou trois couches de couleur l'une après l'autre, c'est-à-dire, qu'il faut que l'une soit seche avant que de mettre la suivante ; après quoi on les donne au tourneur pour les polir en-dedans ; ensuite on y met trois ou quatre couches de vernis blanc, l'une après l'autre, la précédente toujours seche avant celle qui suit ; & puis on les lustre avec du tripoli bien fin dans de l'eau.
On se sert du mordant avant de poser la nacre, le burgos ou le cuivre.
On met toutes ces boîtes dans le four à un feu lent, de peur que l'or ou les couleurs ne noircissent ; il faut faire aussi attention qu'il n'y ait point de fumeron dans le charbon ; quand ce sont des boîtes gravées, il ne faut mettre de feuilles d'or que sur la gravure ; & l'on ôtera quand la boîte sera seche, l'or qui est dans l'entre-deux de la gravure avec un petit outil pointu.
Quand ce sont des boîtes guillochées à-plat, on ne met point de mordant, mais les couleurs à deux ou trois couches ; après quoi, trois à quatre couches de vernis blanc ; il faut prendre garde que le feu des fours soit bien modéré, de crainte que le vernis ne gerse.
Pour celles que l'on veut mettre en peinture, il ne faut graver qu'autour du couvercle de la cuvette ; la peinture se fait au milieu ; on grave des cartouches aux côtés, dans lesquelles on représente des fleurs ; mais quand elles sont peintes, il ne faut pas les mettre au four, il faut qu'elles sechent d'elles-mêmes.
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| TABAXIR | S. m. (Mat. méd. des Arabes) Avicenne désigne par le nom tabaxir, la cendre des racines de cannes à sucre brûlées, & les interpretes ont rendu ce mot tabaxir, par celui de spode ; mais, selon les apparences, ce spode prétendu, que l'on n'apportoit en Europe qu'en petite quantité des pays orientaux, étoit une espece de sucre encore impur, & non raffiné ; & c'est aussi ce qu'a prouvé Saumaise dans son traité du sucre. Il n'est donc pas surprenant que les Arabes, & ceux qui les ont suivis, ayent donné tant d'éloges à ce spode pris intérieurement ; car ils avoient été trompés par la couleur de cendre, & par le rapport des marchands, qui disoient que cette poudre de couleur cendrée, avoit été tirée des roseaux ; & de-là on s'est persuadé que c'étoit de la cendre de roseaux ; Bachin appelle plus justement tabaxir, la canne à sucre, arundo saccharifera, le maraba des Indiens. Voyez MARABA. (D.J.)
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| TABEA | (Géog. anc.) ville de l'Asie mineure dans la grande Phrygie, selon Strabon, liv. XII. p. 575.
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| TABÉITES | (Hist. du mahomét.) c'est-à-dire, les suivans, sectateurs, ou adhérens de Mahomet, & ils forment le second ordre de musulmans qui ont vécu de son tems. Les tabéistes ont de commun avec les sahabi ou compagnons du prophete, que plusieurs d'entr'eux ont été ses contemporains, mais la différence qu'il y a, c'est qu'ils ne l'ont point vu, ni n'ont conversé avec lui. Quelques-uns ont seulement eu l'honneur de lui écrire, & de l'informer de leur conversion à l'islamisme. Tel fut le Najashi, ou roi d'Ethiopie, le premier prince, selon Abd'al-Baki, que Mahomet invita à embrasser sa religion ; mais qui ne le vit jamais, & eut seulement commerce avec quelques-uns de ses compagnons. Tel fut aussi Badhan le persan, gouverneur de l'Arabie heureuse, avec tous les persans, qui, à son exemple, embrasserent sans difficulté l'islamisme. Tels furent enfin tous les peuples de l'Arabie, & les princes que le prophete convertit à sa religion. (D.J.)
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| TABELLION | S. m. (Jurisprud.) est un officier public qui expédie les contrats, testamens & autres actes passés par les parties.
On confond quelquefois le terme de tabellion avec celui de notaire, sur-tout dans les campagnes, où les notaires des seigneurs sont communément appellés tabellions. Cependant ces termes notaire & tabellion pris chacun dans leur véritable signification, ne sont point synonymes, & le terme de tabellion n'a point été introduit pour désigner des notaires d'un ordre inférieur aux notaires royaux, qui résident dans les grandes villes.
Le terme de tabellion vient du latin tabula, seu tabella, qui dans cette occasion signifioit ces tablettes enduites de cire dont on se servoit autrefois au lieu de papier. On appella chez les Romains tabularius seu tabellio, l'officier qui gardoit les actes publics ; il exerçoit en même tems la fonction de greffier ; c'est pourquoi les termes de scribae & de tabularii sont presque toujours conjoints dans les textes du droit, & souvent pris indifféremment l'un pour l'autre.
Les tabellions romains faisoient même à certains égards la fonction de juges, tant envers les parties, qu'envers leurs procureurs, & il n'y avoit point d'appel de leurs jugemens ; ainsi que le remarque Cassiodore en sa formule des notaires.
Les notaires, qui n'étoient alors que les clercs ou les aides des tabellions, recevoient les conventions des parties, qu'ils rédigeoient en simples notes abrégées ; & les contrats dans cette forme n'étoient point obligatoires ni parfaits, jusqu'à ce qu'ils eussent été écrits en toutes lettres, & mis au net, in purum seu in mundum redacti, ce qui se faisoit par les tabellions.
Ces officiers ne signoient point ordinairement la note ou minute de l'acte ; ils ne le faisoient que pour les parties qui ne savoient pas signer.
Quand le notaire avoit fait la grosse ou expédition au net, il la délivroit sur le champ à la partie sans être tenu de la faire enregistrer préalablement, ni même de conserver la note ou minute, laquelle n'étoit plus regardée que comme le projet de l'acte.
Mais ce qu'il faut encore remarquer, c'est que les contrats ainsi reçus par les notaires, & expédiés par les tabellions, ne faisoient pas à Rome une foi pleine & entiere, jusqu'à ce qu'ils eussent été vérifiés par témoins ou par comparaison d'écritures ; c'est pourquoi pour s'exempter de la difficulté de faire cette vérification, on les insinuoit & publioit apud acta.
En France les juges se servoient anciennement de leurs clercs pour greffiers & pour notaires ; ces clercs recevoient en présence du juge les actes de jurisdiction contentieuse ; & en son absence, mais néanmoins sous son nom, les actes de jurisdiction volontaire.
Dans toutes les anciennes ordonnances jusqu'au tems de Louis XII. les greffiers sont communément appellés notaires, aussi-bien que les tabellions, & la fonction de greffiers & tabellions y est confondue, comme n'étant qu'une seule & même charge.
Les greffes & tabellions étoient communément donnés à ferme ; ce qui continua sur ce pié jusqu'au tems de François I. lequel par un édit de l'an 1542, érigea les clercs des tabellions en titre d'office, & en fit un office séparé de celui du maître, voulant qu'en chaque siege royal où il y avoit un tabellion, il y eût un certain nombre de notaires, au lieu des clercs ou substituts que le tabellion avoit auparavant ; & que dans les lieux où il y avoit plusieurs notaires, il y eût en outre un tabellion : on attribua aux notaires le droit de recevoir les minutes d'actes, & aux tabellions le droit de les mettre en grosse.
Mais depuis, Henri IV. réunit les fonctions de notaire & de tabellion, ce qui a eu son exécution, excepté dans un petit nombre d'endroits, où la fonction des tabellions est encore séparée de celle des notaires.
On entend par droit de tabellionage, le droit de créer des notaires & tabellions ; ce droit n'appartient qu'au roi, & les seigneurs ne peuvent en établir dans leurs justices qu'autant qu'ils ont ce droit par leurs titres, & que la concession est émanée du roi.
On donne quelquefois le nom de tabellion aux notaires des seigneurs, comme pour les distinguer des notaires royaux, quoiqu'ils ayent les mêmes fonctions, chacun dans leur district. Voyez la Novelle 44. de Justinien ; Loyseau, des offices, liv. II. ch. v. le recueil des ordonnances, & le mot NOTAIRE. (A)
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| TABELLIONAGE | S. m. (Gramm. & Jurisprud.) charge & fonction du tabellion.
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| TABELLIONER | v. act. (Gramm.) mettre en forme un contrat, quand on le livre en parchemin & grossoyé, à la différence de la note ou copie de minute de contrat ou obligation qui se délivre en parchemin, & sans faire mention du garde-scel.
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| TABENNE | (Géog. anc.) lieu d'Egypte, dans la haute Thébaïde, sur le bord du Nil, au diocèse de Tentyre. C'est à Tabenne que saint Pacôme bâtit le premier un monastere de sa congrégation. Il le gouverna depuis l'an 325 de Jesus-Christ, jusqu'à 349. (D.J.)
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TABENUS CAMPUS | (Géog. anc.) pays de l'Asie mineure, dans la Mysie, apparemment aux confins de la Phrygie.
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| TABEOUN | S. m. terme de relation, ce mot veut dire les suivans ; c'est ainsi que les musulmans appellent les personnages qui ont suivi les compagnons de Mahomet, & qui ont enseigné sa doctrine ; comme ils n'ont paru qu'après la centieme année de l'hégire, leur autorité est beaucoup moindre que celle de leurs prédécesseurs. (D.J.)
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| TABERNA | (Géog. anc.) ce mot a été employé dans la géographie pour désigner certains lieux où les voyageurs s'arrêtoient, où il y avoit une hôtellerie, ou un cabaret ; & comme quelquefois il s'est formé des villes dans ces sortes d'endroits, elles en ont pris leur nom. Ainsi Tabernae, aujourd'hui Rheinzabern ; un autre Tabernae est Bergzabern, forteresse qui assuroit une des principales gorges de la montagne des Vosges ; c'est à celle-ci qu'Adrien de Valois rapporte le Tabernae d'Ausone. Tres Tabernae, Faverne à l'entrée des Vosges ; l'Italie & l'Epire avoient aussi des villes de ce même nom. Voyez TRES TABERNAE.
Enfin les Romains ont appellé ainsi quelques places frontieres, à cause des tavernes qui s'y établirent pour la commodité des troupes. (D.J.)
TABERNA, PILA, (Littérat.) Horace entend par taberna non-seulement ce que nous appellons une taverne, mais toutes sortes de boutiques où les gens oisifs s'assembloient pour jaser, & pour apprendre des nouvelles. Les Grecs appellent ces boutiques . Le même poëte désigna par pila, les boutiques des libraires, parce que ces boutiques étoient ordinairement autour des piliers des édifices publics, c'est pourquoi Catulle joint ensemble taberna & pila ;
Salax taberna, vosque contubernales
A pileatis nona fratribus pila.
" Infâme boutique, & vous qui l'habitez, & qui vous tenez au neuvieme pilier à compter depuis le temple des jumeaux si connus par le bonnet romain qu'ils portent sur la tête.... " (D.J.)
TABERNA MERITORIA, (Antiq. rom.) l'hôtel de Mars ; c'étoit une espece d'hôtel des invalides à Rome, où l'on nourrissoit, aux dépens de la république, les soldats qui avoient combattu vaillamment pour elle. (D.J.)
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| TABERNACLE | S. m. (Menuiserie, Orfévrerie) ouvrage de menuiserie, ou d'orfévrerie, fait en forme de petit temple que l'on met sur un autel, pour y renfermer le ciboire où sont les saintes hosties.
On appelle tabernacle isolé, un tabernacle dont les quatre faces, respectivement opposées, sont pareilles. Tel est le tabernacle de l'église de sainte Génévieve, & celui des peres de l'Oratoire rue saint Honoré à Paris.
Le mot de tabernacle vient du latin tabernaculum, une tente.
TABERNACLE, (Hist. sacr.) temple portatif où les Israélites, durant leur voyage du désert, faisoient leurs actes de religion, offroient leurs sacrifices, & adoroient le Seigneur. Moyse voulant établir chez les Israélites un culte uniforme, & des cérémonies réglées, fit dresser au milieu de leur camp, ce temple portatif conforme à un état de peuples voyageurs. Ce temple portatif pouvoit se monter, se démonter, & se porter où l'on vouloit.
Il étoit composé d'ais, de peaux, & de voiles ; il avoit trente coudées de long sur dix de haut, & autant de large, & étoit partagé en deux parties. Celle dans laquelle on entroit d'abord, s'appelloit le saint, & c'étoit-là qu'étoient le chandelier, la table avec les pains de proposition, & l'autel d'or sur lequel on faisoit brûler le parfum. Héb. ix. 2.
Cette premiere partie étoit séparée par un voile, de la seconde partie, qu'on nommoit le sanctuaire, ou le saint des saints, dans laquelle étoit l'arche d'alliance. L'espace qui étoit au-tour du tabernacle, s'appelloit le parvis, dans lequel, & vis-à-vis l'entrée du tabernacle, étoit l'autel des holocaustes, & un grand bassin d'airain plein d'eau, où les prêtres se lavoient avant que de faire les fonctions de leur ministere. Cet espace qui avoit cent coudées de long, sur cinquante de large, étoit fermé d'une enceinte de rideaux, soutenus par des colonnes d'airain ; tout le tabernacle étoit couvert de voiles précieux, par-dessus lesquels il y en avoit d'autres de poil de chevre, pour les garantir de la pluie & des injures de l'air.
Les Juifs regardoient le tabernacle, comme la demeure du Dieu d'Israël, parce qu'il y donnoit des marques sensibles de sa présence, & que c'étoit-là qu'on devoit lui offrir ses prieres, ses voeux, & ses offrandes. C'est aussi pour cette raison, que le tabernacle fut placé au milieu du camp, & entouré des tentes des Israélites, qui étoient rangées tout-autour selon leur rang. Judas, Zabulon, & Issachar, étoient à l'orient ; Ephraïm, Benjamin, & Manassé, à l'occident ; Dan, Azer, & Nephtali, au septentrion ; Ruben, Siméon, & Gad, au midi.
Le grand tabernacle fut érigé au pié du mont Sinaï, le premier jour du premier mois de la seconde année après la sortie d'Egypte, l'an du monde 2514. Il tint lieu de temple aux Israélites, jusqu'à ce que Salomon en eût bâti un, qui fut le centre du culte des Hébreux. L'Ecriture remarque qu'avant que le grand tabernacle, dont nous parlons, fut construit, Moyse en avoit fait un plus petit, qui étoit une espece de pavillon, placé au milieu du camp ; il l'appella le tabernacle de l'alliance ; mais il le dressa loin du camp, lorsque les Israélites eurent adoré le veau d'or. (D.J.)
TABERNACLE, (Critiq. sacrée) ce mot, dans l'Ecriture, a une signification fort étendue ; il se prend quelquefois pour toutes les parties du tabernacle, le sanctuaire, le lieu saint, & le temple même ; il se prend aussi pour maison, I. Rois, xiij. 2. pour tente, Gen. ix. 21. pour l'église des fideles, Apoc. xxj. 3. enfin pour le ciel, Hébr. viij. 2. Le monde, dit Philon, est le vrai tabernacle de Dieu, dont le lieu très-saint est le ciel. Le même auteur remarque que si les Israélites, en sortant d'Egypte, étoient d'abord arrivés dans le pays qui leur étoit promis, ils auroient bâti un temple solide, mais qu'étant obligés d'errer plusieurs années dans le désert, Moyse leur fit dresser le tabernacle, qui étoit un temple portatif, afin de faire par-tout le service divin. (D.J.)
TABERNACLES, fête des, (Hist. des Hébr.) l'une des trois grandes fêtes des Juifs ; ils la célébroient après la moisson, le quinzieme du mois Tizri, pendant sept jours, qu'ils passoient sous des tentes de verdure, en mémoire de ce que leurs peres avoient ainsi campé dans le désert. On offroit chacun des jours que duroit la fête, un certain nombre de victimes en holocauste, & un bouc en sacrifice, pour le péché du peuple. Les Juifs, pendant tout ce tems, faisoient des festins de réjouissance avec leurs femmes & leurs enfans, où ils admettoient les LÉvites, les étrangers, les veuves, & les orphelins.
Les sept jours expirés, la fête se terminoit par une solemnité qu'on célébroit le huitieme jour, & où tout travail étoit défendu de même que le premier jour ; tous les mâles, en ce jour, devoient se rendre d'abord au tabernacle, & ensuite au temple ; & ils ne devoient point y paroître les mains vuides, mais offrir au Seigneur des dons & des sacrifices d'actions de graces, chacun à proportion de son bien. (D.J.)
TABERNACLE, (Marine) terme de galere. C'est une petite élévation vers la poupe, longue d'environ quatre piés & demi, entre les espaces où le capitaine se place, quand il donne ses ordres. (Q)
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| TABERNAE | TABERNAE
Miller en compte les deux especes suivantes. Tabernae montana lactescens, lauri folio, flore albo, siliquis rotundioribus, Houst. Tabernae montana laiteuse, à feuilles de citron ondées. Tabernae montana lactescens, lauri folio, flore albo, siliquis rotundioribus.
La premiere espece est commune à la Jamaïque, & dans plusieurs autres contrées des climats chauds de l'Amérique, où elle s'éleve à la hauteur de quinze ou seize piés, & a le tronc droit, uni, & couvert d'une écorce blanchâtre ; du sommet du tronc, partent des branches irrégulieres, & couvertes de feuilles d'un verd luisant ; les fleurs sont placées sur le pédicule des feuilles, elles sont jaunes ; & extrêmement odoriférantes, elles sont suivies de deux siliques fourchues, qui contiennent les semences.
Ce genre de plantes a beaucoup de rapport à celui du laurier-rose, sous lequel quelques auteurs de botanique les ont rangées ; cependant leurs semences n'ont point de duvet, ainsi que celles du laurier-rose ; elles sont seulement contenues dans une substance molle & pulpeuse.
Le P. Plumier en a fait une classe, en l'honneur du docteur Jacques Théodore, qu'on appelloit tabernae montanus, d'un village d'Allemagne où il avoit pris naissance. C'étoit un des plus savans botanistes de son siecle, & il publia à Francfort un volume in-fol. an. 1590. qui contient les figures de 2250 plantes.
On trouvera la seconde espece à la Véra-Cruz, ce fut le docteur Guillaume Houston, qui en envoya en Angleterre des semences qui multiplierent cette plante. Miller. (D.J.)
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| TABERNARIAE | TABERNARIAE
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| TABERON | (Géog. mod.) ville de Perse. Long. selon Tavernier, 80. 34. latit. 55. 20. (D.J.)
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| TABES | S. m. TABIDE, adj. en Médecine, qui convient généralement à toutes sortes de consomption. Voyez CONSOMPTION, PHTHISIE, ATROPHIE, MARASME, &c.
TABES dorsalis, est une espece ou plutôt un degré de consomption, qui vient quelquefois d'excès dans l'acte vénérien.
Le malade n'a ni fievre, ni dégoût, mais une certaine sensation, comme si une multitude de fourmis lui couroit de la tête le long de la moëlle de l'épine ; & lorsqu'il urine, ou qu'il va à la selle, il rend une matiere liquide, qui ressemble à la semence.
Après un violent exercice, il a la tête pesante, & un tintement d'oreille ; & à la fin il meurt d'une lipyrie, c'est-à-dire d'une fievre où les parties externes sont froides, tandis que les internes sont brûlantes.
Les causes sont les mêmes que dans la consomption, l'atrophie & la phthisie, en général & en particulier ; la cause ici est un épuisement, causé par la partie la plus spiritueuse de nos fluides qui est la semence ; elle est aussi ordinaire aux femmes épuisées par les fleurs blanches continuelles. La phthisie dorsale est une maladie incurable ; elle est suivie d'insomnie, de sécheresse, d'anxiété, de douleurs nocturnes, de tourmens, de tiraillemens dans les membres, & sur-tout dans l'épine du dos.
La cure est la même que celle de la consomption : ainsi les restaurans, les fortifians, les gêlées, le vin vieux pris modérément, l'eau de gruau, le lait coupé, les alimens restaurans aromatisés ; & surtout les bouillons de veau, de boeuf : on doit aller par degré des alimens légers aux plus nourrissans.
L'air doit être pur, celui de la campagne dans une plaine, & tempéré, est le meilleur, le malade s'y proménera. Voyez GYMNASE & EXERCICE.
Le sommeil sera long & pris sur un lit modérément mollet, chaud & sec. On le placera dans un lieu airé, on en écartera toute vapeur mal saine.
Les passions seront tranquilles, on donnera de la gaieté, on animera l'esprit par les compagnies. Voyez MALADIE DE L'ESPRIT.
La meilleure façon de guérir cette maladie, est de rendre au sang sa partie balsamique & spiritueuse, emportée par l'excès des plaisirs de l'amour.
Tous les symptomes des autres maladies s'y rencontrant, on doit les calmer ; mais la cause seule étant une fois extirpée, mettra en état d'y remédier. V. CONSOMPTION, PHTHISIE. Car cette maladie prend la forme de toutes les différentes especes de consomption & de phthisie.
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| TABIAE | (Géog. anc.) lieu d'Italie, dans la Campanie, entre Naples & Surrento, mais plus près de ce dernier lieu. On le nomme aujourd'hui Monte de la Torre, selon André Baccio. (D.J.)
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| TABIANA | (Géogr. anc.) île du golfe Persique. Ptolémée, l. VI. c. iv. la marque près de la côte septentrionale du golfe, au voisinage, & à l'occident de l'île Sophtha. (D.J.)
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| TABIDIUM | (Géogr. anc.) ville de l'Afrique intérieure, selon Pline, qui, l. V. c. v. la met au nombre des villes subjuguées par Cornelius Balba ; c'est le Tabadis de Ptolémée, l. IV. c. v. (D.J.)
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| TABIENA | (Géog. anc.) petite contrée d'Asie dans la Parthie, aux confins de la Carmanie, selon Ptolémée, l. VI. c. v. (D.J.)
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| TABIS | S. m. (Soierie) espece de gros taffetas ondé, qui se fabrique comme le taffetas ordinaire, hors qu'il est plus fort en chaîne & en treme ; on donne des ondes aux tabis, par le moyen de la calandre, dont les rouleaux de fer, de cuivre, diversement gravés, & appuyant inégalement sur l'étoffe, en rendent la superficie inégale, ensorte qu'elle refléchit diversement la lumiere quand elle tombe dessus. Savary. (D.J.)
Il y a aussi le tabis, Draperie. Voyez l'article MANUFACTURE EN LAINE.
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| TABISER | v. act. (Manufacture de Soierie) c'est passer sous la calandre une étoffe, pour y faire paroître des ondes comme au tabis. On tabise la moire, les rubans, des toiles à doublure, des treillis, &c. (D.J.)
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| TABLAE | (Géog. anc.) lieu de l'île des Bataves, selon la carte de Peutinger, qui le marque à 18 milles de Carpingium, & à 12 de Flenium. On croit que c'est aujourd'hui Alblas. (D.J.)
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| TABLALEM | S. m. (Hist. mod.) titre que l'on donne chez les Turcs à tous les gouverneurs des provinces ; on le donne aux visirs, bachas, begs. Alem est un large étendart porté sur un bâton, surmonté d'un croissant ou d'une demi-lune. Le tabl est un tambour. Les gouverneurs sont toujours précédés de ces choses.
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| TABLAS | (Géog. mod.) île de l'Asie, une des Philippines, au couchant de l'île de Panay, dont elle est éloignée de quinze milles. On lui donne quatre lieues de largeur, & douze de tour. (D.J.)
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| TABLATURE | S. f. en Musique ; ce sont les lettres dont on se sert au lieu de notes, pour marquer les sons de plusieurs instrumens, tels que le luth, la guittare, le théorbe, & même autrefois la viole.
On tire plusieurs lignes paralleles semblables à celles d'une portée, & chacune de ces lignes représente une corde de l'instrument. On écrit ensuite sur ces lignes des lettres de l'alphabet, qui indiquent le doigt dont il faut toucher la corde. La lettre a indique la corde à vuide : b indique le premier doigt : c le second : d le troisieme, &c.
Voilà tout le mystere de la tablature ; mais comme les instrumens dans lesquels on l'employoit, sont presque entierement passés de mode, & que dans ceux même dont on joue encore aujourd'hui, on a trouvé les notes ordinaires plus commodes, la tablature est depuis long-tems entierement abandonnée en France & en Italie. (S)
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| TABLE | S. f. Ce mot a dans la langue un grand nombre d'acceptions diverses. Voyez les articles suivans.
TABLES, en Mathématiques. Ce sont des suites de nombres tout calculés, par le moyen desquels on exécute promptement des opérations astronomiques, géométriques, &c.
TABLES ASTRONOMIQUES, sont des calculs des mouvemens, des lieux & des autres phénomenes des planetes premieres & sécondaires. Voyez PLANETE, SATELLITE, &c.
Les tables astronomiques les plus anciennes sont celles de Ptolémée, que l'on trouve dans son Almageste ; mais elles sont bien éloignées d'être conformes aux mouvemens des corps célestes. Voyez ALMAGESTE.
En 1252, Alphonse XI. roi de Castille, entreprit de les faire corriger. Le principal auteur de ce travail fut Isaac Hazan, astronome juif : & on a cru que le roi Alphonse y avoit aussi mis la main. Ce prince dépensa 400000 écus pour l'exécution de son projet. C'est ainsi que parurent les tables alphonsines, auxquelles on dit que ce prince mit lui-même une préface : mais Purbachius & Regiomontanus en remarquerent bientôt les défauts, ce qui engagea Regiomontanus, & après lui Waltherus & Warnerus, à s'appliquer aux observations célestes, afin de rectifier ces tables, mais la mort les arrêta dans ce travail.
Copernic, dans ses livres des Révolutions célestes, au-lieu des tables alphonsines, en donne d'autres qu'il a calculées lui-même sur les observations plus récentes, & en partie sur les siennes propres.
Eras. Reinholdus se fondant sur les observations & la théorie de Copernic, compila des tables qui ont été imprimées plusieurs fois & dans plusieurs endroits.
Ticho-Brahé remarqua de bonne-heure les défauts de ces tables ; ce qui le détermina à s'appliquer lui-même avec beaucoup d'ardeur aux observations célestes. Il s'attacha principalement aux mouvemens du Soleil & de la Lune. Ensuite Longomontanus, outre les théories des différentes planetes publiées dans son Astronomia danica, y ajouta des tables de leurs mouvemens que l'on appelle tabulae danicae ; & après lui Kepler en 1627 publia les tables rudolphines qui sont fort estimées : elles tirent leur nom de l'empereur Rodolphe à qui Kepler les dédia.
En 1680, Maria Cunitia leur donna une autre forme.
Mercator essaya la même chose dans ses Observations Astronomiques, qu'il publia en 1676 ; comme aussi J. Bapt. Morini qui mit un abregé des tables rudolphines à la tête d'une version latine de l'astronomie caroline de Street publiée en 1705.
Lansberge n'oublia rien pour décrire les tables rudolphines ; il construisit des tables perpétuelles des mouvemens célestes, ainsi qu'il les appelle lui-même : mais Horroxius astronome anglois, attaqua vivement Lansberge, dans sa défense de l'astronomie de Kepler.
Depuis les tables rudolphines, on en a publié un grand nombre d'autres : telles sont les tables philosophiques de Bouillaud, les tables britanniques de Vincent Wing, calculées sur l'hypothèse de Bouillaud, les tables britanniques de Newton, les tables françoises du comte de Pagan, par les tables carolines de Street, calculées sur l'hypothèse de Ward, les tables novalmagestiques de Riccioli.
Cependant parmi ces dernieres, les tables philolaïques & carolines sont les plus estimées. M. Whiston, suivant l'avis de M. Flamstéed, astronome d'une autorité reconnue en pareille matiere, jugea à propos de joindre les tables carolines à ses leçons astronomiques.
Les tables nommées tabulae ludovicae, publiées en 1702 par M. de la Hire, sont entierement construites sur ses propres observations, & sans le secours d'aucune hypothèse ; ce que l'on regardoit comme impossible avant l'invention du micrometre, du telescope & du pendule.
M. le Monnier, de l'académie royale des Sciences de Paris, nous a donné en 1746 dans ses Institutions astronomiques, d'excellentes tables des mouvemens du soleil, de la lune, des satellites, des réfractions, des lieux de plusieurs étoiles fixes. L'auteur doit publier de nouvelles tables de la Lune, dressées sur ses propres observations. Les Astronomes & les Navigateurs attendent avec impatience cet important ouvrage.
Nous avons aussi d'excellentes tables des planetes par M. de la Hire, des tables du Soleil par M. de la Caille, &c.
Pour les tables des étoiles, voyez CATALOGUE.
Quant à celles des sinus, des tangentes & des sécantes de chaque degré & minute d'un quart de cercle, dont on fait usage dans les opérations trigonométriques, voyez SINUS, TANGENTES, &c.
Sur les tables des logarithmes, des rhumbs dont on fait usage dans la Géométrie, & dans la Navigation, &c. Voyez LOGARITHME, RHUMB, NAVIGATION.
TABLES LOXODROMIQUES, ce sont des tables où la différence des longitudes & la quantité de la route que l'on a courue en suivant un certain rhumb, sont marquées de dix en dix minutes de latitude. Voyez RHUMB & LOXODROMIQUE. Chambers. (O)
C'est à ces dernieres tables, & à celles de M. le Monnier qu'il faut s'en tenir aujourd'hui, comme étant les plus modernes & les plus exactes.
Dans les tables d'équations du mouvement des planetes, on met d'abord le nom de l'argument, par exemple, distance du Soleil à la Lune. Ensuite, comme un signe est de 30 degrés, on écrit à gauche dans une ligne verticale tous les degrés depuis 0 jusqu'à 30 en descendant ; & à droite dans une ligne verticale tous les degrés depuis 0 jusqu'à 30 en montant. Cela posé, si on trouve, par exemple, au haut de la table ces mots, ajoutez ou ôtez en descendant, & au haut de la même table le signe VII, par exemple, ou tout autre ; cela signifie, que si on a pour argument VII sign. + 10 degr. il faudra ajouter ou ôter l'équation qui est au-dessous de VII, & vis-à-vis de 10 degrés dans la colonne qui est à gauche ; & si on a au-bas de la table ôtez ou ajoutez en montant, & au-bas de la même table le signe IV, par exemple, cela signifie, que si on a pour argument IV signes + 7 degr. il faudra ôter ou ajouter l'équation qui est au-dessus de 4 & vis-à-vis de 7 dans la colonne qui est à gauche, & ainsi des autres. Voyez EQUATION.
Sur les tables de la Lune, voyez LUNE..
TABLES DES MAISONS, en termes d'Astrologie. Ce sont certaines tables toutes dressées & calculées pour l'utilité de ceux qui pratiquent l'Astrologie, lorsqu'il s'agit de tracer des figures. Voyez MAISON.
TABLES, pour le jet des bombes ; ce sont des calculs tout faits pour trouver l'étendue des portées des bombes tirées sous telle inclinaison que l'on veut, & avec une charge de poudre quelconque. Voyez MORTIER & JET DES BOMBES.
Les plus parfaites & les plus complete s que l'on ait, sont celles du Bombardier françois par M. Belidor. (Q)
TABLE DE LA LOI, (Théolog.) on nomme ainsi deux tables que Dieu, suivant l'Ecriture, donna à Moïse sur le mont Sinaï, & sur lesquelles étoient écrits les préceptes du décalogue. Voyez DECALOGUE.
On forme plusieurs questions sur ces tables, sur leur matiere, leur forme, leur nombre ; l'auteur qui les a écrites, & ce qu'elles contenoient.
Quelques auteurs orientaux cités par d'Herbelot, Biblioth. orientale, p. 649. en comptent jusqu'à dix, d'autres sept ; mais les Hébreux n'en comptent que deux. Les uns les font de bois, les autres de pierres précieuses ; ceux-ci sont encore partagés, les uns les font de rubis, & les autres d'escarboucle ; ceux qui les font de bois les composent d'un bois nommé sedrou ou sedras, qui est une espece de lot que les Musulmans placent dans le paradis.
Moïse remarque, que ces tables étoient écrites des deux côtés. Plusieurs croyent qu'elles étoient percées à jour, ensorte qu'on pouvoit lire des deux côtés ; d'un côté à droite, & de l'autre à gauche. D'autres veulent que le législateur fasse simplement cette remarque, parce que pour l'ordinaire, on n'écrivoit que d'un côté sur les tablettes. Quelques-uns enfin, comme Oleaster & Rivet, traduisent ainsi le texte hébreu, elles étoient écrites des deux parties, qui se regardoient l'une l'autre ; ensorte qu'on ne voyoit rien d'écrit en-dehors. Il y en a qui croyent que chaque table contenoit les dix préceptes, d'autres qu'ils étoient mi-partis, cinq sur chaque table ; enfin, quelques-uns font ces tables de dix ou douze coudées.
Moïse dit expressément, qu'elles étoient écrites de la main de Dieu, digito Dei scriptas, ce que quelques-uns entendent à la lettre. D'autres expliquent, par le ministere d'un ange ; d'autres de l'esprit de Dieu, qui est quelquefois nommé le doigt de Dieu. D'autres enfin, que Moïse inspiré de Dieu & rempli de son Esprit les écrivit, explication qui paroît la plus naturelle.
On sait que Moïse descendant de la montagne de Sinaï, comme il rapportoit les premieres tables de la loi, les brisa d'indignation en voyant les Israëlites adorer le veau d'or : mais quand ce crime fut expié, il en obtint de nouvelles qu'il montra au peuple, & que l'on conservoit dans l'arche d'alliance.
Les Musulmans disent que Dieu commanda au burin céleste, d'écrire ou de graver ces tables, ou qu'il commanda à l'archange Gabriel de se servir de la plume, qui est l'invocation du nom de Dieu, & de l'encre qui est puisée dans le fleuve des lumieres pour écrire les tables de la loi. Ils ajoutent que Moïse ayant laissé tomber les premieres tables, elles furent rompues, & que les Anges en rapporterent les morceaux dans le ciel, à la reserve d'une piece de la grandeur d'une coudée, qui demeura sur la terre & qui fut mise dans l'arche d'alliance. D'Herbelot, biblioth. orientale, p. 649. Calmet, Dict. de la Bible.
TABLE des pains de proposition, (Critiq. sacrée) c'étoit une grande table d'or, placée dans le temple de Jérusalem, sur laquelle on mettoit les douze pains de proposition en face, six à droite, & six à gauche. Il falloit que cette table fut très-précieuse, car elle fut portée à Rome, lors de la prise de Jérusalem, & parut au triomphe de Titus, avec d'autres richesses du temple. Il paroît par les tailles-douces, qu'on porta devant l'empereur, le chandelier d'or & une autre figure, que Villalpand, Cornelius à Lapide, Ribara, & presque tous les savans qui ont vu autrefois l'arc de triomphe à Rome, prennent pour la table des pains de proposition. Il est vrai cependant que l'obscurité des figures, presqu'entierement rongées & effacées par le tems, rendroient aujourd'hui le fait des plus douteux ; mais dans d'anciennes copies, on a cru voir manifestement la table dont nous parlons, sur-tout à cause des deux coupes qui sont au-dessus ; car on mettoit toujours sur cette table deux de ces coupes remplies d'encens. Enfin, Josephe qui avoit été présent au triomphe de Titus, leve le doute. Il nous parle de bello judaico, lib. VII. c. xvij. de trois choses qui furent portées devant le triomphateur : 1°. la table des pains de proposition ; 2°. le chandelier d'or, dont il fait mention dans le même ordre que cela se trouve rangé dans l'arc de triomphe ; 3°. la loi qui ne se voit point sur cet arc, & qui apparemment n'y fut pas sculptée, faute de place. (D.J.)
TABLE DU SEIGNEUR, (Crit. sacrée) c'est la table de l'Eucharistie, où en mangeant le pain & en buvant le vin sacré, le fidele célebre la mémoire de la mort & du sacrifice de J. C. c'est pourquoi les Chrétiens du tems de Tertullien, appellerent leur culte sacrifice, & se servirent du mot d'autel, en parlant de la table du Seigneur. On donna ce nom d'autel, parce que le fidele qui s'approche de la table du seigneur, vient lui-même s'offrir à Dieu, comme une victime vivante : car l'expression être debout à l'autel, désigne proprement la victime qui se présente pour être immolée ; comme il paroît par ce vers de Virgile, Géorg. l. II. & ductus cornu stabit sacer hircus ad aram. Ainsi quand S. Paul dit, Epit. aux Hébreux, ch. xiij. v. 10. nous avons un autel ; c'est une expression figurée, dont le sens est " nous avons une victime, savoir J. C. à laquelle ceux qui sont encore attachés au culte lévitique, ne sauroient avoir de part ". En effet, les premiers chrétiens n'avoient point d'autels dans le sens propre, & les payens leur en faisoient un crime, ne concevant pas qu'il pût y avoir une religion sans victimes & sans autels. Philon appelle les repas sacrés, la table du Seigneur. (D.J.)
TABLES, loix des douze, (Hist. Rom.) code de loix faites à Rome, par les décemvirs vers l'an 301 de la fondation de cette ville.
Les divisions qui s'élevoient continuellement entre les consuls & les tribuns du peuple, firent penser aux Romains qu'il étoit indispensable d'établir un corps de loix fixes pour prévenir cet inconvénient, & en même tems assez amples, pour régler les autres affaires civiles. Le peuple donc créa des décemvirs, c'est-à-dire dix hommes pour gouverner la république, avec l'autorité consulaire, & les chargea de choisir parmi les loix étrangeres, celles qu'ils jugeroient les plus convenables pour le but que l'on se proposoit.
Un certain Hermodore, natif d'Ephèse, & qui s'étoit retiré en Italie, traduisit les loix qu'on avoit rapportées d'Athenes, & des autres villes de la Grece les mieux policées, pour emprunter de leurs ordonnances, celles qui conviendroient le mieux à la république Romaine. Les décemvirs furent chargés de cet ouvrage, auquel ils joignirent les loix royales ; c'est ainsi qu'ils formerent comme un code du Droit romain. Le sénat après un sérieux examen, l'autorisa par un sénatus-consulte, & le peuple le confirma par un plébiscite dans une assemblée des centuries.
L'an 303 de la fondation de Rome, on fit graver ces loix sur dix tables de cuivre, & on les exposa dans le lieu le plus éminent de la place publique ; mais comme il manquoit encore plusieurs choses pour rendre complet ce corps des loix romaines ; les décemvirs dont on continua la magistrature en 304, ajouterent de nouvelles loix qui furent approuvées, & gravées sur deux autres tables, qu'on joignit aux dix premieres, & qui firent le nombre de douze. Ces douze tables servirent dans la suite de jurisprudence à la république Romaine. Ciceron en a fait un grand éloge en la personne de Crassus, dans son premier livre de l'Orateur, n °. 43. & 44. Denys d'Halicarnasse, Tite-Live & Plutarque traitent aussi fort au long des loix décemvirales, car c'est ainsi qu'on nomma les loix des douze tables.
Elles se sont perdues ces loix par l'injure des tems ; il ne nous en reste plus que des fragmens dispersés dans divers auteurs, mais utilement recueillis par l'illustre Jean Godefroy. Le latin en est vieux & barbare, dur & obscur ; & même à mesure que la langue se poliça chez les Romains, on fut obligé de le changer dans quelques endroits pour le rendre intelligible.
Ce n'est pas-là cependant le plus grand défaut du code des loix décemvirales. M. de Mosites qui va nous l'apprendre ; la sévérité des loix royales faites pour un peuple composé de fugitifs, d'esclaves & de brigands, ne convenoit plus aux Romains. L'esprit de la république auroit demandé que les décemvirs n'eussent pas mis ces loix dans leurs douze tables ; mais des gens qui aspiroient à la tyrannie, n'avoient garde de suivre l'esprit de la république.
Tite-Live, liv. I. dit, sur le supplice de Métius-Fuffétius, dictateur d'Albe, condamné par Tullus-Hostilius, à être tiré par deux chariots, que ce fut le premier & le dernier supplice où l'on témoigna avoir perdu la mémoire de l'humanité ; il se trompe ; le code des douze tables a plusieurs autres dispositions très-cruelles. On y trouve le supplice du feu, des peines presque toujours capitales, le vol puni de mort.
Celle qui découvre le mieux le dessein des décemvirs, est la peine capitale prononcée contre les auteurs des libelles & les poëtes. Cela n'est guere du génie de la république, où le peuple aime à voir les grands humiliés. Mais des gens qui vouloient renverser la liberté, craignoient des écrits qui pouvoient rappeller l'esprit de la liberté.
On connut si bien la dureté des loix pénales, insérées dans le code des douze tables, qu'après l'expulsion des décemvirs, presque toutes leurs loix qui avoient fixé les peines, furent ôtées. On ne les abrogea pas expressément ; mais la loi Porcia ayant défendu de mettre à mort un citoyen romain, elles n'eurent plus d'application. Voilà le vrai tems auquel on peut rapporter ce que Tite-Live, liv. I. dit des Romains, que jamais peuple n'a plus aimé la modération des peines.
Si l'on ajoute à la douceur des peines, le droit qu'avoit un accusé de se retirer avant le jugement, on verra bien que les loix décemvirales s'étoient écartées en plusieurs points de l'esprit de modération, si convenable au génie d'une république, & dans les autres points dont Ciceron fait l'éloge, les loix des douze tables le méritoient sans-doute. (D.J.)
TABLE DE CUIVRE, (Jurisp. rom.) aes, table sur laquelle on gravoit chez les Romains la loi qui avoit été reçue. On affichoit cette table dans la place publique ; & lorsque la loi étoit abrogée, on ôtoit l'affiche, c'est-à-dire, cette table. De-là ces mots fixit legem, atque refixit. Ovide déclare que dans l'âge d'or, on n'affichoit point des paroles menaçantes gravées sur des tables d'airain.
Nec verba minantia fixo
Aere ligabantur.
Dans la comédie de Trinummus de Plaute, un plaisant dit, qu'il vaudroit bien mieux graver les noms des auteurs des mauvaises actions, que les édits. (D.J.)
TABLE ABBATIALE, (Jurisprud.) est un droit dû en quelques lieux à la mense de l'abbé par les prieurs dépendans de son abbaye. Voyez le Diction. des Arrêts de Brillon, au mot ABBE, n. 107. (A)
TABLE DE MARBRE, (Jurisprud.) est un nom commun à plusieurs jurisdictions de l'enclos du Palais, savoir la connétablie, l'amirauté & le siege de la réformation générale des eaux & forêts. Chacune de ces jurisdictions, outre son titre particulier, se dit être au siege de la table de marbre du palais à Paris.
L'origine de cette dénomination, vient de ce qu'anciennement le connétable, l'amiral & le grand-maître des eaux & forêts tenoient en effet leur jurisdiction sur une grande table de marbre qui occupoit toute la largeur de la grand'salle du palais ; le grand chambrier y tenoit aussi ses séances.
Cette table servoit aussi pour les banquets royaux. Du Tillet, en son recueil des rangs des grands de France, pag. 97. dit que le dimanche 16 Juin 1549, le Roi Henri II. fit son entrée à Paris ; que le soir fut fait en la grand'salle du palais le soupé royal ; que ledit seigneur fut assis au milieu de la table de marbre.
Cette table fut détruite lors de l'embrâsement de la grand'salle du palais, qui arriva sous Louis XIII. en 1618.
Outre la table de marbre dont on vient de parler, il y avoit dans la cour du palais la pierre de marbre, que l'on appelloit aussi quelquefois la table de marbre. Quelques-uns ont même confondu ces deux tables l'une avec l'autre.
Mais la pierre de marbre étoit différente de la table de marbre, & par sa situation, & par son objet. La pierre de marbre étoit au pié du grand degré du palais. Elle existoit encore du tems du roi Jean en 1359. Elle servoit à faire les proclamations publiques. Elles se faisoient pourtant aussi quelquefois sur la table de marbre en la grand'salle du palais. Voyez le recueil des ordonnances de la troisieme race, tome III. p. 347. aux notes.
Quand on parle de la table de marbre simplement, on entend la jurisdiction des eaux & forêts qui y tient son siege. Elle connoît par appel des sentences des maîtrises du ressort. Les commissaires du parlement viennent aussi y juger en dernier ressort les matieres de réformation. Voyez EAUX & FORETS.
Il y a aussi des tables de marbre dans plusieurs autres parlemens du royaume, mais pour les eaux & forêts seulement. Elles ont été créées à l'instar de celle de Paris ; elles furent supprimées par édit de 1704, qui créa au lieu de ces jurisdictions une chambre de réformation des eaux & forêts en chaque parlement ; mais par différens édits postérieurs, plusieurs de ces tables de marbre ont été rétablies. Voyez EAUX & FORETS, GRURIE, MAITRISE, AMIRAUTE, CONNETABLIE, MARECHAUSSEE. (A)
TABLE DU SEIGNEUR, signifie domaine du seigneur ; mettre en sa table, c'est réunir à son domaine. Ce terme est usité en matiere de retrait féodal. Voyez l'article 21 de la coutume de Paris. Quelques-uns prétendent que table en cette occasion signifie catalogue, & que mettre en sa table, c'est comprendre le fief servant dans la liste des biens & droits qui composent le fief dominant. Voyez FIEF, RETRAIT FEODAL. (A)
TABLE RONDE, s. f. (Hist. mod.) chevaliers de la table ronde : ordre militaire qu'on prétend avoir été institué par Arthur, premier roi des Bretons, vers l'an 516. Voyez CHEVALIER.
On dit que ces chevaliers, tous choisis entre les plus braves de la nation, étoient au nombre de vingtquatre, & que la table ronde, d'où ils tirerent leur nom, fut une invention d'Arthur, qui voulant établir entr'eux une parfaite égalité, imagina ce moyen d'éviter le cérémonial, & les disputes du rang au sujet du haut & bas bout de la table.
Lesly nous assure qu'il a vu cette table ronde à Winchestre, si on en veut croire ceux qui y en montrent une de cette forme avec beaucoup de cérémonies, & qu'ils disent être celle même dont se servoient les chevaliers ; & pour confirmer la vérité de cette tradition, ils montrent les noms d'un grand nombre de ces chevaliers tracés autour de la table. Larrey, & plusieurs autres écrivains, ont débité sérieusement cette fable comme un fait historique. Mais outre que Camdem observe que la structure de cette table est d'un goût beaucoup plus moderne que les ouvrages du sixieme siecle, on regarde le roi Arthur comme un prince fabuleux, & le P. Papebrok a démontré qu'avant le dixieme siecle on ne savoit ce que c'étoit que des ordres de chevalerie.
Il paroît au contraire que la table ronde n'a point été un ordre militaire, mais une espece de joûte ou d'exercice militaire entre deux hommes armés de lances, & qui différoit des tournois où l'on combattoit troupe contre troupe. C'est ce que Matthieu Paris distingue expressément. " Non in hastiludio illo, dit-il, quod TORNEAMENTUM dicitur, sed potius in illo ludo militari qui MENSA ROTUNDA dicitur ". Et l'on croit qu'on donnoit à cette joûte le nom de table ronde, parce que les chevaliers qui y avoient combattu venoient au retour souper chez le principal tenant, où ils étoient assis à une table ronde. Voyez encore sur ce sujet l'abbé Justiniani & le pere Helyot.
Plusieurs auteurs disent qu'Artus, duc de Bretagne, renouvella l'ordre de la table ronde, qu'on supposoit faussement avoir existé. Paul Jove rapporte que ce ne fut que sous l'empire de Frederic Barberousse qu'on commença à parler des chevaliers de la table ronde : d'autres attribuent l'origine de ces chevaliers aux factions des Guelphes & des Gibelins. Edouard III. fit, selon Walsingham, bâtir un palais qu'il appella la table ronde, dont la cour avoit deux cent piés de diametre.
TABLE, en terme de Blason, se dit des écus ou des écussons qui ne contiennent que la simple couleur du champ, & qui ne sont chargés d'aucune piece, figure, meuble, &c. On les appelle tables d'attente, ou tables rases.
TABLES DU CRANE, (Anatomie) les os du crâne sont composés de deux lames osseuses, qu'on appelle tables : il y a pourtant quelques endroits du crâne où on ne les trouve pas ; & dans ces endroits-là, il n'y a point de diploé ; c'est ce qu'il faut bien observer quand il est nécessaire d'appliquer le trépan.
La table extérieure est la plus épaisse & la plus polie ; elle est recouverte du péricrâne : l'intérieure est plus mince, & la dure-mere est fortement attachée à sa surface interne, particulierement au fond & aux sutures. De plus, on remarque dans cette table plusieurs sillons, qui y ont été creusés par le battement des arteres de la dure-mere, non-seulement lorsque les os étoient encore tendres dans la jeunesse, mais même jusqu'à leur accroissement parfait.
Ruysch dit qu'il a vu plusieurs fois le crâne des adultes sans diploé ; desorte que l'on ne remarquoit aucune séparation d'une table d'avec l'autre.
On trouve entre les deux tables du crâne, une infinité de petites cellules osseuses appellées par les Grecs diploé, & par les Latins meditullium. Ces cellules sont évidentes dans les crânes de ceux qui sont nouvellement décédés particulierement à l'os du front, à l'endroit où ces os sont le plus épais ; on trouve dans ces cellules un suc moëlleux, & quantité de vaisseaux sanguins, qui portent non-seulement la nourriture aux os, mais aussi la matiere de ce suc médullaire.
Quand on fait l'opération du trépan, & que l'on voit la scieure de l'os prendre une teinture rouge, c'est une marque que l'on a percé la premiere table, & qu'on est arrivé au diploé ; il faut percer la seconde table avec une grande précaution, parce qu'elle est plus mince que la premiere, & qu'il ne faut point s'exposer à donner atteinte à la dure-mere, parce que cette faute seroit suivie de funestes accidens.
A l'occasion d'un coup reçu sur la tête, ou d'une chûte, les vaisseaux sanguins peuvent se rompre dans le diploé ; & le sang épanché se corrompant, cause dans la suite par son âcreté une érosion à la table intérieure du crâne, sans qu'il en paroisse aucun signe à l'extérieur ; la corruption de cette table se communique bien-tôt aux deux méninges, & à la substance même du cerveau ; de maniere que l'on voit périr les malades, après qu'ils ont souffert de longues & cruelles douleurs, sans que l'on sache bien précisément à quoi en attribuer la cause.
Il arrive aussi à l'occasion du virus vérolique, dont le diploé peut être infecté, que les deux tables du crâne se trouvent cariées ; ce qui fait souffrir des douleurs violentes aux malades, quand l'exostose commence à paroître dans ces véroles invétérées, à cause de la sensibilité du péricrâne ; quelquefois même la carie ayant percé la premiere table, on en voit partir des fungus, qui sont des excroissances en forme de champignons. C'est un terrible accident ; car un nouveau traitement de la vérole n'y peut rien, & les topiques contre la carie & le fungus, ne font que pallier le mal. (D.J.)
TABLE DU GRAND LIVRE, (Commerce) que les marchands, négocians, banquiers, & teneurs de livres, nomment aussi alphabet, répertoire, ou index. C'est une sorte de livre composé de vingt-quatre feuillets dont on se sert pour trouver avec facilité les endroits du grand livre où sont débitées & créditées les personnes avec lesquelles on est en compte ouvert. Voyez DEBITER, CREDITER, COMPTE & LIVRE.
Les autres livres dont se servent les négocians, soit pour les parties simples, soit pour les parties doubles, ont aussi leurs tables ou alphabets particuliers ; mais ces tables ne sont point séparées ; elles se mettent seulement sur deux feuillets à la tête des livres. Voyez LIVRES. Dictionnaire du Commerce.
TABLE, poids de, (Commerce) on nomme ainsi une sorte de poids en usage dans les provinces de Languedoc & de Provence. Voyez POIDS.
TABLE, (Archit.) nom qu'on donne dans la décoration d'Architecture, à une partie unie, simple, de diverses figures, & ordinairement quarré-longue ; ce mot vient du latin tabula, planche.
Table à crossette, table cantonnée par des crossettes ou oreillons ; il y a de ces tables à plusieurs palais d'Italie.
Table couronnée, table couverte d'une corniche, & dans laquelle on taille un bas-relief, où l'on incruste une tranche de marbre noir, pour une inscription.
Table d'attente, bossage qui sert dans les façades, pour y graver une inscription, & pour y tailler de la sculpture.
Table d'autel, grande dale de pierre, portée sur de petits piliers ou jambages, ou sur un massif de maçonnerie, laquelle sert pour dire la messe.
Table de crépi, panneau de crépi, entouré de naissances badigeonnées dans les murs de face les plus simples, & de piés droits, montans, ou pilastres & bordures de pierre dans les plus riches.
Table de cuivre, table composée de planches ou de lames de cuivre, dont on couvre les combles en Suede, où on en voit même de taillées en écailles sur quelques palais.
Tables de plomb, piece de plomb, fondue de certaine épaisseur, longueur & largeur, pour servir à différens usages.
Table de verre, morceau de verre de Lorraine qui est de figure quarrée-longue.
Table en saillie, table qui excede le nud du parement d'un mur, d'un pié-destal, ou de toute autre partie qu'elle décore.
Table fouillée, table renfoncée dans le dé d'un pié-destal, & ordinairement entourée d'une moulure en maniere de ravalement.
Table rustique, table qui est piquée, & dont le parement semble brut ; il y a de ces tables aux grottes & aux bâtimens rustiques. Daviler. (D.J.)
TABLE DE CALANDRE, (Calandrerie) on appelle ainsi deux pieces de bois fort épaisses plus longues que larges, qui font la principale partie de la machine qui sert à calandrer les étoffes ou les toiles. C'est entre ces tables que se mettent les rouleaux sur lesquels sont roulés ces toiles & ces étoffes. (D.J.)
TABLE A MOULE, terme de Chandelier, longue table percée de divers trous en forme d'échiquier, sur laquelle on dresse les moules à faire de la chandelle moulée, lorsqu'on veut les remplir de suif ; au-dessous de la table est une auge pour recevoir le suif qui peut se répandre. (D.J.)
TABLE A MOULE, terme de Cirerie, les blanchisseurs de cire donnent ce nom à de grands chassis soutenus de plusieurs piés, sur lesquels ils mettent leurs planches à moules, dans lesquels on dresse les pains de cire blanche. Dictionnaire du Com. (D.J.)
TABLES AUX VOILES, terme de Cirerie, autrement dites carrés, & établis ; ce sont chez les mêmes blanchisseurs de cire, de grands bâtis de bois, sur lesquels sont étendues les toiles de l'herberie, où l'on met blanchir les cires à la rosée & au soleil, après qu'elles ont été grélonées. (D.J.)
TABLE DE CAMELOT, terme de Commerce ; on nomme ainsi à Smyrne les ballots de ces étoffes qu'on envoye en chrétienté ; ce nom leur vient de ce que les ballots sont quarrés & plats. (D.J.)
TABLE, en terme de Diamantaire, est la superficie extérieure d'un diamant ; les tables sont susceptibles de plus ou moins de pans, selon qu'elles sont plus ou moins grandes, & que le diamant le mérite.
TABLE DE NUIT, terme d'Ebéniste, c'est une petite table sans ou avec un dessus de marbre, qui se place à côté du lit, & sur laquelle on pose les choses dont on peut avoir besoin durant la nuit. (D.J.)
TABLE DE PLOMB, (outil de Ferblantier) c'est un morceau de plomb de l'épaisseur d'un pouce & demi, sur six pouces ou environ de large, & quinze pouces de long, qui sert aux Ferblantiers pour piquer les grilles de rapes & découper certains ouvrages. Voyez la figure, Planches du Ferblantier.
TABLE DE LA MACHINE, en termes de Friseur d'étoffes, est une espece de table couverte d'une moquette sur laquelle on met l'étoffe à friser. Elle est soutenue à droite sur la troisieme traverse, & à gauche sur la seconde, & percée d'un trou à chacune de ses extrêmités sur lequel sont placées des grenouilles à mi-bois. Voyez GRENOUILLE. Voyez les Planches de la Draperie.
TABLE, (Manufact. de glaces) les ouvriers qui travaillent à l'adouci des glaces brutes, appellent la table, le bâti de grosses planches sous lequel est mastiquée avec du plâtre une des deux glaces qui s'adoucissent l'une contre l'autre ; c'est au-dessus de cette table qu'est couchée horisontalement la roue dont les adoucisseurs se servent pour user les glaces. Savary. (D.J.)
La table à couler est une table de fonte de plus de cent pouces de longueur, & du poids de douze ou quinze milliers, sur laquelle on coule le verre liquide dont on fait les glaces. La largeur de cette table s'augmente ou se diminue à volonté, par le moyen de deux fortes tringles de fer mobiles qu'on place aux deux côtés plus proches ou plus éloignés, suivant le volume de la piece qu'on coule ; c'est sur ces tringles que pose par ses deux extrêmités le rouleau de fonte qui sert à pousser la matiere jusqu'au bout de la table. (D.J.)
TABLE, piece de presse d'Imprimerie, est une planche de chêne environ de trois piés quatre pouces de long sur un pié & demi de large, & de douze à quatorze lignes d'épaisseur, sur laquelle est attaché le coffre, où est renfermé le marbre de la presse ; elle est garnie en-dessous de deux rangs de crampons ou pattes de fer, cloués à cinq doigts de distance l'un de l'autre. Voyez dans les Planches d'Imprimerie, & leur explication, la table & les crampons qui glissent sur les bandes de fer du berceau de la presse.
TABLE dont les Facteurs d'orgues se servent pour couler l'étain & le plomb en tables ou feuilles minces, est une forte table de bois de chêne inclinée à l'horison, au moyen de quelques morceaux de bois qui la soutiennent par un bout, ou d'un tréteau. Cette table est couverte d'un coutil sur lequel, au moyen du rable qui contient le métal fondu, on coule les lames de plomb ou d'étain, en faisant couler le rable en descendant le long de la planche. Voyez la fig. 59. Pl. d'Orgue & l'article ORGUE, où le travail du plomb & de l'étain est expliqué.
TABLE D'ATTENTE, (Menuiserie) est un panneau en saillie au-dessus des guichets des grandes portes, sur lesquels on fait des ornemens en sculpture. Voy. les Planches de Menuiserie.
TABLE DE BRACELET, en termes de Metteur en oeuvre, est une plaque en pierreries montées sur des morceaux de velours, ou autres étoffes qui entourent le bras, & qui se lient & délient par un ressort pratiqué sous cette plaque. Voyez BOITE DE TABLE.
TABLE DES MIROITIERS, (ustensile des Miroitiers) les miroitiers qui mettent les glaces au teint, nomment pareillement table, une espece de long & large établi de bois de chêne, soutenu d'un fort chassis aussi de bois, sur lequel est posée en bascule la pierre de liais, où l'on met les glaces au teint. (D.J.)
TABLE, en termes de Pain d'épicier, ce sont des especes de tours parfaitement semblables à ceux des Boulangers & Pâtissiers.
TABLE DE BILLARD, (Paumier) c'est un chassis fait de planches de bois de chêne bien unies & bien jointes ensemble, sur lequel on applique le tapis de drap verd sur lequel on joue au billard. Cette table est posée solidement & de niveau sur dix piés ou piliers de charpente ou de menuiserie joints ensemble par d'autres pieces de bois qui les traversent.
TABLE DE PLOMB, (terme de Plombier) ou plomb en table, c'est du plomb fondu & coulé par les plombiers sur une longue table de bois couverte de sable. Les plombiers appellent aussi quelquefois de la sorte ce qu'ils nomment autrement des moules, c'est-à-dire, des especes de longs établis garnis de bords tout-au-tour, & couverts ou de sable ou d'étoffe de laine & de toile, sur lesquels ils coulent les tables de plomb. Il y en a de deux sortes ; les unes posées de niveau pour les grandes tables de plomb, & les autres qui ont de la pente pour les petites tables. Dict. du Comm. (D.J.)
TABLES D'ESSAI, (terme de Potier d'étain) ou rouelles d'essai ; on appelle ainsi deux plaques d'étain, dont l'une est dans la chambre du procureur du roi du châtelet, & l'autre dans celle de la communauté ; c'est sur ces tables que les maîtres potiers d'étain sont obligés d'empreindre ou insculper les marques des poinçons dont ils doivent se servir pour marquer leurs ouvrages, afin d'en assurer la bonté. Dict. du Com. (D.J.)
TABLE D'UN MOULIN, (Sucrerie) on appelle la table d'un moulin, une longue piece de bois qui est placée au milieu du chassis d'un moulin ; c'est dans cette piece que sont enchâssées la platine du grand rôle, & les embases des petits tambours, c'est-à-dire les crapaudines dans lesquelles roulent les pivots des trois tambours. (D.J.)
TABLE A TONDRE, (terme de Tondeurs de draps) espece d'ais ou planche de chêne ou de noyer, épaisse d'environ trois pouces & demi, large de quinze à seize pouces, & longue de neuf à dix piés. Cette planche est garnie par le dessus de plusieurs bandes d'une grosse étoffe appellée tuf, mises l'une sur l'autre, entre lesquelles sont plusieurs lits de paille, d'avoine, ou de bourre tontisse très-fine, & par-dessus le tout est une couverture de treillis attachée par des bouts, & lacée par-dessus. La table à tondre est posée sur deux trétaux de bois inégaux, ensorte qu'elle se trouve un peu en talud, ce que les ouvriers appellent placée en chasse ; elle sert à étendre l'étoffe dessus pour la tondre avec les forces. Les tondeurs se servent encore d'une autre table assez semblable à la premiere, à la reserve qu'elle est faite en forme de pupitre long ; & parce que c'est sur cette table qu'ils rangent ou couchent le poil d'étoffe avec le cardinal & la brosse, & qu'ensuite ils la nettoyent avec la tuile, ils l'appellent, suivant ces différens usages, tantôt table à ranger & à coucher, & tantôt table à nettoyer. Savary. (D.J.)
TABLE DE VERRE, s. f. (Vitrerie) c'est du verre qu'on appelle communément verre de Lorraine, qui se souffle & se fabrique à-peu-près comme les glaces de miroirs ; il est toujours un peu plus étroit par un bout que par l'autre, & a environ deux piés & demi en quarré de tout sens : il n'a point de boudine, & sert à mettre aux portieres des carosses de louage ou de ceux où l'on ne veut pas faire la dépense de véritables glaces ; on en met aussi aux chaises à porteurs. Les tables de verre se vendent au ballot ou ballon composé de plus ou moins de liene, suivant que c'est du verre commun ou du verre de couleur. Savary. (D.J.)
TABLE se dit au jeu de trictrac des deux côtés du tablier où l'on joue avec des dames, & dont on fait des cases.
La table du grand jan est celle qui est de l'autre côté vis-à-vis celle du petit jan. On l'appelle table du grand jan, parce que c'est là qu'on le fait.
La table du petit jan, c'est la premiere table où les dames sont empilées.
Le mot de table se prend encore quelquefois pour les dames mêmes. Voyez DAMES.
TABLE, (Econom. domestiq.) c'est un meuble de bois, dont la partie supérieure est une grande surface plane, soutenue sur des piés ; il est destiné à un grand nombre d'usages dans les maisons ; il y a des tables à manger, à jouer, à écrire. Elles ont chacune la forme qui leur convient.
TABLE, mensa, (Antiq. rom.) les Romains étalerent une grande magnificence dans les tables dont ils ornerent leurs salles & leurs autres appartemens ; la plupart étoient faites d'un bois de cedre qu'on tiroit du mont Atlas, selon le témoignage de Pline, l. XIII. c. xv. dont voici les termes : Atlas mons peculiari proditur sylvâ ; confines ei Mauri, quibus plurima arbor cedri, & mensarum insania quas foeminae viris contrà margaritas, regerunt. On y employoit encore quelquefois un bois beaucoup plus précieux, lignum citrum, qui n'est pas notre bois de citronnier, mais d'un arbre beaucoup plus rare que nous ne connoissons pas, & qu'on estimoit singulierement à Rome. Il falloit être fort riche pour avoir des tables de ce bois ; celle de Cicéron lui coutoit près de deux mille écus ; on en vendit deux entre les meubles de Gallus Asinius, qui monterent à un prix si excessif, que s'il en faut croire le même Pline, chacune de ces tables auroit suffi pour acheter un vaste champ. Voyez CITRONNIER.
L'excès du prix des tables romaines provenoit encore des ornemens dont elles étoient enrichies. Quant à leur soutien, celles à un seul pié se nommoient monopodia, celles sur deux piés bipedes, & celles sur trois piés tripedes ; les unes & les autres étoient employées pour manger ; mais les Romains ne se servoient pas comme nous d'une seule table pour tout le repas, ils en avoient communément deux ; la premiere étoit pour tous les services de chair & de poisson ; ensuite on ôtoit cette table, & l'on apportoit la seconde sur laquelle on avoit servi le fruit ; c'est à cette seconde table qu'on chantoit & qu'on faisoit des libations. Virgile nous apprend tout cela dans ces deux vers de l'Enéide, où il dit :
Postquam prima quies epulis, mensaeque remotae
Crateras magnos statuunt, & vina coronant.
Les Grecs & les Orientaux étoient dans le même usage. Les Hébreux même dans leurs fêtes solemnelles & dans leurs repas de sacrifice avoient deux tables ; à la premiere ils se régaloient de la chair de la victime, & à la seconde ils donnoient à la ronde la coupe de bénédiction, appellée la coupe de louange.
Pour ce qui regarde la magnificence des repas des Romains & le nombre de leurs services, nous en avons parlé sous ces deux mots. Autant la frugalité étoit grande chez les premiers Romains, autant leur luxe en ce genre étoit extrême sur la fin de la république ; ceux même dont la table étoit mesquine étaloient aux yeux des convives toute la splendeur de leurs buffets. Martial, l. IV. épigr. se plaint agréablement de cet étalage au milieu de la mauvaise chere de Varus.
Ad coenam nuper Varus me fortè vocavit
Ornatus, dives ; parvula coena fuit.
Auro non dapibus oneratur mensa, ministri
Apponunt oculis plurima, pauca gulae.
Tunc ego : non oculos, sed ventrem pascere veni,
Aut appone dapes, Vare, vel aufer opes.
Ces vers peuvent rappeller au lecteur le conte de M. Chevreau, qui est dans le Chevreana, tome II. " Je me souviens, dit-il, que Chapelle & moi ayant été invités chez * * * qui nous régala suivant sa coutume, Chapelle s'approcha de moi immédiatement après le repas, & me dit à l'oreille : Où allons-nous dîner au sortir d'ici " ?
J'ai parlé ci-dessus des tables des Romains, à un, à deux & à trois piés, mais je devois ajouter que leur forme fut très-variable ; ils en eurent de quarrées, de longues, d'ovales, en fer à cheval, &c. toujours suivant la mode. On renouvella sous le regne de Théodore & d'Arcadius celle des tables en demi-croissant, & on les couvroit après avoir mangé d'une espece de courte-pointe ou de matelas pour pouvoir coucher dessus & s'y reposer ; ils ne connoissoient pas encore nos lits de repos, nos duchesses, nos chaises longues. A cela près, le luxe des seigneurs de la cour du grand Théodore & de ses fermiers méritoit bien la censure de saint Chrysostome. On voyoit, dit-il, auprès de la table sur laquelle on mangeoit, un vase d'or que deux hommes pouvoient à peine remuer, & quantité de cruches d'or rangées avec symmétrie. Les laquais des convives étoient de jeunes gens, beaux, bienfaits, aussi richement vêtus que leurs maîtres, & qui portoient de larges braies. Les musiciens, les joueurs de harpes & de flûtes amusoient les conviés pendant le repas. Il n'y avoit point à la vérité d'uniformité dans l'ordre des services, mais tous les mets étoient fort recherchés ; quelques-uns commençoient par des oiseaux farcis de poisson haché, & d'autres donnoient un premier service tout différent. En fait de vins, on vouloit celui de l'île de Thasos, si renommé dans les auteurs grecs & latins. Le nombre des parasites étoit toujours considérable à la table des grands & des gens riches ; mais les dames extrêmement parées en faisoient le principal ornement ; c'est aussi leur luxe effréné que saint Chrisostome censure le plus. " Leur faste, dit-il, n'a point de bornes : le fard regne sur leurs paupieres & sur tout leur visage ; leurs jupes sont entrelacées de fils d'or, leurs colliers sont d'or, leurs bracelets sont d'or ; elles vont sur des chars tirés par des mulets blancs dont les renes sont dorées, avec des eunuques à leur suite, & grand nombre de femmes & de filles de chambre ". Il est vrai que ce train de dames chrétiennes respire excessivement la molesse. Mais quand saint Chrisostome déclame avec feu contre leurs souliers noirs, luisans, terminés en pointe, je ne sai quels souliers plus modestes il vouloit qu'elles portassent. (D.J.)
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| TABLEAU | S. m. (Peinture) représentation d'un sujet que le peintre renferme dans une espace orné pour l'ordinaire d'un cadre ou bordure. Les grands tableaux sont destinés pour les églises, sallons, galeries & autres grands lieux ; les tableaux moyens, qu'on nomme tableaux de chevalet, & les petits tableaux se mettent par-tout ailleurs.
La nature est représentée à nos yeux dans un beau tableau. Si notre esprit n'y est pas trompé, nos sens du-moins y sont abusés. La figure des objets, leur couleur & les reflets de la lumiere, les ombres, enfin tout ce que l'oeil peut appercevoir se trouve dans un tableau, comme nous le voyons dans la nature. Elle se présente dans un tableau sous la même forme où nous la voyons réellement. Il semble même que l'oeil ébloui par l'ouvrage d'un grand peintre croit quelquefois appercevoir du mouvement dans ses figures.
L'industrie des hommes a trouvé quelques moyens de rendre les tableaux plus capables de faire beaucoup d'impression sur nous ; on les vernit : on les renferme dans des bordures qui jettent un nouvel éclat sur les couleurs, & qui semblent, en séparant les tableaux des objets voisins, réunir mieux entr'elles les parties dont ils sont composés, à-peu-près comme il paroît qu'une fenêtre rassemble les différens objets qu'on voit par son ouverture.
Enfin quelques peintres des plus modernes se sont avisés de placer dans les compositions destinées à être vues de loin des parties de figures de ronde-bosse qui entrent dans l'ordonnance, & qui sont coloriées comme les autres figures peintes, entre lesquelles ils les mettent. On prétend que l'oeil qui voit distinctement ces parties de ronde-bosse saillir hors du tableau en soit plus aisément séduit par les parties peintes, lesquelles sont réellement plates, & que ces dernieres font ainsi plus facilement l'illusion à nos yeux. Mais ceux qui ont vu la voûte de l'Annonciade de Gènes & celle de Jesus à Rome, où l'on a fait entrer des figures en relief dans l'ordonnance, ne trouvent point que l'effet en soit bien merveilleux.
Les hommes qui n'ont pas l'intelligence de la méchanique de la peinture, ne sont pas en état de décider de l'auteur d'un tableau, c'est aux gens de l'art qu'il faut s'en rapporter ; cependant l'expérience nous enseigne qu'il faut mettre bien des bornes à cette connoissance de discerner la main des grands maîtres dans les tableaux qu'on nous donne sous leurs noms. En effet les experts ne sont bien d'accord entr'eux que sur ces tableaux célebres qui, pour parler ainsi, ont déja fait leur fortune, & dont tout le monde sait l'histoire. Quant aux tableaux dont l'état n'est pas déja certain en vertu d'une tradition constante & non interrompue, il n'y a que les leurs & ceux de leurs amis qui doivent porter le nom sous lequel ils paroissent dans le monde. Les tableaux des autres, & sur-tout les tableaux des concitoyens, sont des originaux douteux. On reproche à quelques-uns de ces tableaux de n'être que des copies, & à d'autres d'être des pastiches. L'intérêt acheve de mettre de l'incertitude dans la décision de l'art, qui ne laisse pas de s'égarer, même quand il opere de bonne foi.
On sait que plusieurs peintres se sont trompés sur leurs propres ouvrages, & qu'ils ont pris quelquefois une copie pour l'original qu'eux-mêmes ils avoient peint. Vasari raconte, comme témoin oculaire, que Jules Romain, après avoir fait la draperie dans un tableau que peignoit Raphaël, reconnut pour son original la copie qu'André del Sarte avoit faite de ce tableau.
Lorsqu'il s'agit du mérite des tableaux, le public n'est pas un juge aussi compétent que lorsqu'il s'agit du mérite des poëmes. La perfection d'une partie des beautés d'un tableau, par exemple, la perfection du dessein n'est bien sensible qu'aux peintres ou aux connoisseurs qui ont étudié la peinture autant que les artistes mêmes. Mais il seroit trop long de discuter quelles sont les beautés d'un tableau dont le public est un juge non-recusable, & quelles sont les beautés d'un tableau qui ne sauroient être appréciées à leur juste valeur que par ceux qui savent les regles de la Peinture.
Ils exigent, par exemple, qu'on observe trois unités dans un tableau, par rapport au tems, à la vue & à l'espace, c'est-à-dire qu'on ne doit représenter d'un sujet 1°. que ce qui peut s'être passé dans un seul moment ; 2°. ce qui peut facilement être embrassé par une seule vue ; 3°. ce qui est renfermé dans l'espace que le tableau paroît comprendre.
Ils prescrivent aussi des regles pour les tableaux allégoriques, mais nous pensons que les allégories, toujours pénibles & souvent froides dans les ouvrages, ont le même caractere dans les tableaux. Les rapports ne se présentent pas tous de suite, il faut les chercher, il en coute pour les saisir, & l'on est rarement dédommagé de sa peine. La peinture est faite pour plaire à l'esprit par les yeux, & les tableaux allégoriques ne plaisent aux yeux que par l'esprit qui en devine l'énigme. (D.J.)
Maniere d'ôter les tableaux de dessus leur vieille toile ; de les remettre sur de neuve, & de raccommoder les endroits enlevés ou gâtés. Il faut commencer par ôter le tableau de son cadre, & l'attacher ensuite sur une table extrêmement unie, le côté de la peinture en-dessus, en prenant bien garde qu'il soit tendu, & ne fasse aucuns plis. Après cette préparation, vous donnerez sur tout votre tableau une couche de colle-forte, sur laquelle vous appliquerez à-mesure des feuilles de grand papier blanc, le plus fort que vous pourrez trouver ; & vous aurez soin avec une molette à broyer les couleurs, de bien presser, & étendre votre papier, afin qu'il ne fasse aucun pli, & qu'il s'attache bien également par-tout à la peinture. Laissez secher le tout, après quoi vous déclouerez le tableau, & le retournerez, la peinture en-dessous & la toile en-dessus, sans l'attacher ; pour lors vous aurez une éponge, que vous mouillerez dans de l'eau tiede, & avec laquelle vous imbiberez petit-à-petit toute la toile, essayant de tems-en-tems sur les bords, si la toile ne commence pas à s'enlever & à quitter la peinture. Alors vous la détacherez avec soin tout le long d'un des côtés du tableau, & replierez ce qui sera détaché, comme pour le rouler, parce qu'ensuite en poussant doucement avec les deux mains, toute la toile se détachera en roulant. Cela fait avec votre éponge & de l'eau, vous laverez bien le derriere de la peinture, jusqu'à ce que toute l'ancienne colle, ou à-peu-près, en soit enlevée : vous observerez dans cette opération que votre éponge ne soit jamais trop remplie d'eau, parce qu'il pourroit en couler par-dessous la peinture, qui détacheroit la colle qui tient le papier que vous avez mis d'abord.
Tout cela fait avec soin, vous donnerez une couche de votre colle, ou de l'apprêt ordinaire dont on se sert pour apprêter les toiles sur lesquelles on peint, sur l'envers de votre peinture ainsi bien nettoyée, & sur le champ vous y étendrez une toile neuve, que vous aurez eu soin de laisser plus grande qu'il ne faut, afin de pouvoir la clouer par les bords, pour l'étendre de façon qu'elle ne fasse aucun pli, après quoi avec votre molette vous presserez légerement en frottant pour faire prendre la toile également partout, & vous laisserez sécher ; ensuite vous donnerez par-dessus la toile une seconde couche de colle par partie & petit-à-petit ; ayant soin, à-mesure que vous coucherez une partie, de la frotter & étendre avec votre molette, pour faire entrer la colle dans la toile, & même dans la peinture, & pour écraser les fils de la toile ; le tableau étant bien sec, vous le détacherez de dessus la table, & le reclouerez sur son cadre ; après quoi avec une éponge & de l'eau tiede vous imbiberez bien tous vos papiers pour les ôter ; après qu'ils seront ôtés vous laverez bien pour enlever toute la colle & nettoyer toute la peinture ; ensuite vous donnerez sur le tableau une couche d'huile de noix toute pure, & le laisserez secher pour mettre ensuite le blanc d'oeuf.
Remarques. Lorsque les tableaux que l'on veut changer de toile se trouvent écaillés, crevassés ou avoir des ampoules, il faut avoir soin sur les endroits défectueux de coller deux feuilles de papier l'une sur l'autre pour soutenir ces endroits, & les empêcher de se fendre davantage, ou de se déchirer dans l'opération, & après avoir remis la toile neuve on rajustera ces défauts de la maniere suivante. Ceux que l'on change de toile se trouvent raccommodés par l'opération même ; mais si la toile est bonne, & que l'on ne veuille pas la changer, on fait ce qui suit.
Il faut avec un pinceau mettre de la colle-forte tiede sur les ampoules, ensuite percer de petits trous avec une épingle dans lesdites ampoules, & tâcher que la colle les pénetre de façon à passer dessous. Il faut après cela essuyer légerement ladite colle, & avec un autre pinceau passer sur les ampoules seulement un peu d'huile de lin ; après quoi on aura un fer chaud, sur lequel on passera une éponge ou un linge mouillé, jusqu'à ce qu'il ne frémisse plus (crainte qu'il ne fût trop chaud), & alors on poussera ledit fer sur les ampoules, ce qui les ratachera à la toile, & les ôtera tout-à-fait.
Il faut cependant remarquer qu'après avoir ôté ces ampoules, il est nécessaire de mettre par-derriere une seconde toile pour maintenir l'ancienne, & empêcher que les ampoules ne viennent à se former de nouveau ; en voici la maniere.
Il faut mettre d'abord sur l'ancienne toile une couche de colle-forte tout le long des bords le long du cadre, & rien dans le milieu, après quoi on appliquera la seconde toile qu'on fera prendre, en passant la mollette légerement dessus ; on clouera ensuite le tableau sur la table, & on couchera de la colle par parties, que l'on pressera & étendra avec la molette, comme pour changer les tableaux de toile.
Pour raccommoder les crevasses & les endroits écaillés tant aux tableaux changés de toile qu'aux autres. Il faut prendre de la terre glaise en poudre & de la terre d'ombre, délayer ensuite ces deux matieres avec de l'huile de noix, de façon qu'elles forment comme une pâte ; on y ajoûte si l'on veut un peu d'huile grasse pour faire secher plus vîte ; on prend ensuite de cette pâte avec le couteau à mêler les couleurs, & on l'insinue dans les crevasses & dans les endroits écaillés, essuyant bien ce qui peut s'attacher sur les bords & hors des trous : cette pâte étant bien seche, on donne sur tout le tableau une couche d'huile de noix bien pure, & lorsqu'elle est seche, on fait sur la palette les teintes des couleurs justes aux endroits où se trouvent les crevasses, & on les applique avec le couteau ou avec le pinceau.
Pour faire revivre les couleurs des tableaux, ôter tout le noir, & les rendre comme neufs. Il faut mettre par-derriere la toile une couche de la composition suivante.
Prenez deux livres de graisse de rognon de boeuf, deux livres d'huile de noix, une livre de céruse broyée à l'huile de noix, une demi-livre de terre jaune, aussi à l'huile de noix, une once : faites fondre votre graisse dans un pot, & lorsqu'elle sera tout-à-fait fondue, mêlez-y l'huile de noix, ensuite la céruse & la terre jaune, vous remuerez ensuite le tout avec un bâton pour faire mêler toutes les drogues ; vous employerez cette composition tiede.
Pour les tableaux sur cuivre. Prenez du mastic fait avec de la terre glaise & la terre d'ombre délayée à l'huile de noix, remplissez-en les endroits écaillés, après quoi vous prendrez du sublimé corrosif, que vous ferez dissoudre dans une quantité suffisante d'eau, vous l'appliquerez dessus, & le laisserez secher ; au-bout de quelques heures vous laverez bien avec de l'eau pure ; & s'il n'est pas encore bien dégraissé, vous recommencerez : on peut aussi se servir de cette eau de sublimé sur les tableaux sur bois & sur toile.
Pour ôter le vieux vernis des tableaux, il suffit de les frotter avec le bout des doigts, & les essuyer ensuite avec un linge mouillé.
TABLEAU EN PERSPECTIVE, c'est une surface plane, que l'on suppose transparente & perpendiculaire à l'horison. Voyez PERSPECTIVE.
On imagine toujours ce tableau placé à une certaine distance entre l'oeil & l'objet : on y représente l'objet par le moyen des rayons visuels qui viennent de chacun des points de l'objet à l'oeil en passant à-travers le tableau. Voyez PERSPECTIVE. Chambers.
TABLEAU VOTIF, (Antiq. rom.) tabula votiva ; c'étoit la coutume chez les Romains pour ceux qui se sauvoient d'un naufrage, de représenter dans un tableau tous leurs malheurs. Les uns se servoient de ce tableau pour toucher de compassion ceux qu'ils rencontroient dans leur chemin, & pour réparer par leurs charités les pertes que la mer leur avoit causées. Juvenal nous l'apprend.
Fracture nave naufragus assem
Dum rogat, & picta se tempestate tuetur.
" Pendant que celui qui a fait naufrage me demande la charité, & qu'il tâche de se procurer quelques secours en faisant voir le triste tableau de son infortune ". Pour cet effet, ils pendoient ce tableau à leur cou, & ils en expliquoient le sujet par des chansons accommodées à leur misere, à-peu-près comme nos pelerins font aujourd'hui. Perse dit plaisamment à ce sujet :
Cantet si naufragus, assem
Protulerim ? Cantas cum fracta te in trabe pictum
Ex humero portes. Sat. 1.
" Donnerois-je l'aumône à un homme qui chante, après que les vents ont mis son vaisseau en pieces ? Ne chantes-tu pas toi-même dans le même tems que ce tableau qui est à ton col, te représente parmi les débris de ton naufrage ? "
Les autres alloient consacrer ce même tableau dans le temple du dieu auquel ils s'étoient adressés dans le péril, & au secours duquel ils croyoient devoir leur salut.
Cette coutume passa plus avant, les avocats voulurent s'en servir dans le barreau, pour toucher les juges par la vue de la misere de leurs parties & de la dureté de leurs ennemis. " Je n'approuverai pas, dit Quintilien, l. VI. c. j. ce que l'on faisoit autrefois, & ce que j'ai vu pratiquer moi-même lorsque l'on mettoit au-dessus de Jupiter, un tableau pour toucher les juges par l'énormité de l'action qu'on y avoit dépeinte ".
Ce n'est pas encore tout, ceux qui étoient guéris de quelque maladie alloient consacrer un tableau dans le temple du dieu qui les avoit secourus, & c'est ce que nous fait entendre ce passage de Tibulle. Eleg. I. livre I.
Nunc, dea, nunc sucurre mihi, nam posse mederi
Picta docet templis multa tabella tuis.
" Déesse, secourez-moi maintenant ; car tant de tableaux qui sont dans vos temples, témoignent bien que vous avez le pouvoir de guérir ".
C'est sur cela que les premiers chrétiens, lorsqu'ils relevoient de maladie, offroient au saint dont ils avoient éprouvé le secours, quelques pieces d'or ou d'argent, sur lesquelles étoit gravée la partie qui avoit été malade. Et cette même coutume dure encore aujourd'hui, car on voit des gens qui après être relevés de maladie, se font peindre eux-mêmes dans le triste état où ils étoient, & qu'ils dédient ce tableau au saint par l'intercession duquel ils ont obtenu leur guérison.
Récapitulons en deux mots les sujets des tableaux votifs. Ceux qui s'étoient sauvés du naufrage, faisoient représenter leur avanture sur un tableau qu'ils consacroient dans le temple du dieu à qui ils croyoient devoir leur salut ; ou bien ils le portoient pendu à leur col, pour attirer la compassion & les charités du public. Les avocats employoient aussi quelquefois ce moyen pour toucher les juges, en exposant aux yeux la misere de leurs parties, & la cruauté de leurs ennemis. Enfin ceux qui relevoient de quelque fâcheuse maladie, consacroient souvent un tableau au dieu à qui ils attribuoient leur guérison.
Comme Diagoras étoit dans un temple de Neptune, on lui montra plusieurs tableaux, monument de reconnoissance offerts par des personnes échappées du naufrage. Douterez-vous après cela, lui disoit-on, de l'heureuse puissance de ce dieu ? Je ne vois point, reprit-il, les tableaux de ceux qui ont péri malgré toutes leurs promesses. Autre réflexion.
Tant de tableaux votifs de voyageurs échappés au naufrage, devoient défigurer étrangement les autels de Neptune ; mais de telles institutions étoient nécessaires pour maintenir les hommes sous la puissance des divinités. Horace se moquoit de ce que lui dit Egnatia, que l'encens brûloit & fumoit de lui-même sur une pierre sacrée ; mais ce prétendu miracle en imposoit utilement aux imaginations foibles de la populace. (D.J.)
TABLEAU, (Littérat.) ce sont des descriptions de passions, d'événemens, de phénomenes naturels qu'un orateur ou un poëte répand dans sa composition, où leur effet est d'amuser, ou d'étonner, ou de toucher, ou d'effrayer, ou d'imiter, &c.
Tacite fait quelquefois un grand tableau en quelques mots ; Bossuet est plein de ce genre de beautés ; il y a des tableaux dans Racine & dans Voltaire ; on en trouve même dans Corneille. Sans l'art de faire des tableaux de toutes sortes de caracteres, il ne faut pas tenter un poëme épique ; ce talent essentiel dans tout genre d'éloquence & de poésie, est indispensable encore dans l'épique.
TABLEAU, (Marine) partie la plus haute d'une flûte sous le couronnement, où l'on met ordinairement le nom du vaisseau. On l'appelle miroir dans les autres bâtimens. Voyez MIROIR.
TABLEAU, (Commerce) se dit d'un cadre qui contient une liste imprimée des noms de plusieurs ou de toutes personnes d'un même corps, communauté, métier ou profession par ordre de date & de réception, ou selon qu'elles ont passé dans les charges.
Ces tableaux se mettent ordinairement dans les chambres ou bureaux de ces corps ou communautés, & quelquefois dans les greffes de jurisdictions des villes, comme on en voit au châtelet de Paris, où sont inscrits les maîtres jurés maçons, charpentiers, greffiers de l'écritoire, écrivains vérificateurs des écritures, &c.
On dit qu'on parvient aux charges d'un corps ou communauté par ordre de tableau, lorsque ce n'est pas par le choix du magistrat, ou par l'élection des maîtres, mais selon la date de sa réception qu'on devient garde, juré, ou esgard. Voyez GARDE, JURE, ESGARD.
TABLEAU MOUVANT, est un tableau dans lequel sont inscrits dans les bureaux des communautés les noms de tous ceux qui ont été gardes ou jurés. On l'appelle tableau mouvant, parce que chacun de ces noms est écrit séparément sur une petite carte large d'un pouce, insérée dans le tableau ; à mesure qu'il meurt quelqu'un de ceux qui sont ainsi inscrits, le concierge a soin de tirer de sa place le nom du défunt, & de la remplir aussi-tôt du nom de celui qui suit, en faisant remonter tous les autres jusqu'au dernier, ensorte que les places d'en-bas qui demeurent vacantes soient destinées pour les premiers gardes ou jurés qu'on élira. Dictionn. de Commerce.
TABLEAU, on donne aussi ce nom à certaines pancartes, où en conséquence des ordonnances ou par ordre de justice, on inscrit les choses que l'on veut rendre publiques. Ces tableaux, lorsque les affaires concernent le commerce, se déposent dans les greffes des jurisdictions consulaires, où il y en a, sinon dans ceux des hôtels-de-ville des juges royaux ou des juges des seigneurs. Selon l'ordonnance de 1573, l'extrait des sociétés entre négocians, & la déclaration de ceux qui sont venus au bénéfice de cession, doivent être insérées dans ces tableaux publics. Voyez CESSION. Id. ibid.
TABLEAU DE BAIE, (Archit.) c'est dans la baie d'une porte ou d'une fenêtre, la partie de l'épaisseur du mur qui paroît au-dehors depuis la feuillure, & qui est ordinairement d'équerre avec le parement.
On nomme aussi tableau le côté d'un piédroit ou d'un jambage d'arcade sans fermeture. (D.J.)
TABLEAU, (Courroyer.) c'est un morceau de cuir fort dont la figure est quarrée. (D.J.)
TABLEAU, (Jardinage) se dit d'une piece de parterre qui occupe tout le terrein en face d'un bâtiment ; ainsi l'on dit un parterre d'un seul tableau. On pourroit encore nommer un parterre qui se répete en deux pieces paralleles, un parterre séparé en deux tableaux.
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| TABLÉE | S. f. (Tonder. de draps) ce terme se dit de l'étoffe qui est attachée avec des crochets sur la table à tondre, lorsque cette partie de l'étoffe a été entierement tondue. Chaque tablée porte ordinairement un tiers d'étoffe de long. (D.J.)
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| TABLER | v. n. (Trictrac) c'est la même chose que caser ou disposer ses dames convenablement pour le gain de la partie. Voyez TRICTRAC.
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| TABLETIER | S. m. (Corps de métier) celui qui travaille en tabletterie. Les maîtres tabletiers ne font qu'un corps avec les peigniers. Leurs ouvrages particuliers sont des tabliers pour jouer aux échecs, au tric-trac, aux dames, au renard, avec les pieces nécessaires pour y jouer ; des billes & billards, des crucifix de buis ou d'ivoire ; d'où ils sont appellés tailleurs d'images d'ivoire : enfin toutes sortes d'ouvrages de curiosité de tour, tels que sont les bâtons à se soutenir, les montures de cannes, de lorgnettes & de lunettes, les tabatieres, ce qu'on appelle des cuisines, des boëtes à savonnettes, &c. où ils employent l'ivoire, & toutes les especes de bois rares qui viennent des pays étrangers, comme buis, ébene, bresil, noyer, merisier, olivier, &c. Savary. (D.J.)
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| TABLETTE | S. f. (Archit.) pierre débitée de peu d'épaisseur pour couvrir un mur de terrasse, un bord de réservoir ou de bassin. Toutes les tablettes se font de pierre dure.
On donne aussi le nom de tablette à une banquette.
Tablette d'appui, tablette qui couvre l'appui d'une croisée, d'un balcon, &c.
Tablette de bibliotheque, assemblage de plusieurs ais transversans, soutenus de montans, rangés avec ordre & symmétrie, & espacés les uns des autres à certaine distance, pour porter des livres dans une bibliotheque. Ces sortes de tablettes sont quelquefois décorées d'architecture composée de montans, pilastres, consoles, corniches, &c. On les appelle aussi armoires.
Tablette de cheminée, c'est une planche de bois ou une tranche de marbre profilée d'une moulure ronde, posée sur le chambranle, au-bas d'un attique de cheminée.
Tablette de jambe étriere, c'est la derniere pierre qui couronne une jambe étriere, & qui porte quelque moulure en saillie sous un ou deux poitrails. On la nomme imposte ou coussinet, quand elle reçoit une ou deux retombées d'arcade. Daviler. (D.J.)
TABLETTE, LA, (Fortification) c'est dans la fortification le revêtement du parapet au-dessus du cordon. (q)
TABLETTE, (ustencile d'ouvriers) la tablette du boulanger est un ais sur lequel il met le pain dans sa boutique.
La tablette du chandelier est une espece de petite table sur laquelle il pose le moule dont il se sert pour faire de la chandelle. (D.J.)
La tablette de la presse d'imprimerie est faite de deux planches de chêne, chacune environ de deux piés de long sur quatre pouces de large & seize à dix-huit lignes d'épaisseur, jointes l'une contre l'autre ; elles sont arrêtées par les deux extrêmités (au moyen de deux especes de chevilles de bois quarrés, qui vont néanmoins un peu en diminuant d'une extrêmité à l'autre ; leur longueur est de cinq à six pouces sur quatre pouces de diametre ; elles servent, & on les appelle aussi clé de la tablette), parce qu'elles entrent avec elles dans des mortaises prises dans l'épaisseur & dans le dedans de chaque jumelle : ces deux planches sont cependant entaillées quarrément dans leur milieu, pour donner passage à la boëte qu'elles entourent dans sa circonférence, & maintiennent dans un état fixe & stable, ainsi que la platine liée aux quatre coins de cette même boëte. Voyez BOETE, PLATINE. Voyez les Planches de l'Imprimerie.
TABLETTE EN CIRE, (Littérat.) en latin tabula cerâ linita ou illita ; on appelle tablettes de cire des feuillets ou planches minces enduites de cire, sur lesquelles on a longtems écrit, à l'exemple des Romains, avec une espece de stile ou de poinçon de métal. Ces sortes de tablettes étoient communément enduites de cire noire, & quelquefois de cire verte, pour l'agrément de la vue. On en faisoit un grand nombre de portatives de différentes grandeurs & largeurs, qu'on renfermoit dans un étui fait exprès, ou dans un coffre, ou même dans un sac.
Toutes ces sortes de tablettes ne sont pas encore perdues ; on en conserve à Paris dans la bibliotheque du roi, dans celle qui étoit au college des Jésuites, dans celle des Carmes déchaux, dans celle de Saint-Germain des prés & de Saint-Victor ; on voit encore des tablettes en cire à Florence & à Genève.
Les tablettes en cire de la bibliotheque du roi sont dans un maroquin rouge doré, & y sont conservées apparemment depuis long-tems, puisque le portefeuille a déja été coté trois fois, premierement 1272, ensuite 5653, & enfin 8727 B. Ce porte-feuille a huit tablettes, toutes enduites de cire noire des deux côtés, excepté une qui ne l'est que d'un côté, & qui est vraisemblablement la derniere du livre. Toutes ces petites planches sont détachées & sans numero. On y distingue cependant le folio recto d'avec le folio verso, par le moyen de la dorure qui est seulement du côté extérieur qu'on regardoit comme celui de la tranche.
Les huit tables dont nous parlons, contiennent les dépenses d'un maître d'hôtel ; mais elles sont assez difficiles à déchiffrer, à cause de la poussiere qui couvre la plûpart des mots. Il y a des articles pro coquinâ, pro pullis, pro avenâ : des articles pour les bains, ad balnea ; tout y est spécifié en latin ; les sommes sont toujours cotées en chiffres romains ; les jours que se sont faites les dépenses, y sont marqués ; ensorte qu'on s'apperçoit qu'il n'y a dans chaque tablette ou feuillet que la dépense de quatre ou cinq jours : ce qui fait que tous les huit ensemble ne renferment que la dépense d'un mois ou environ. L'écrivain n'y nomme jamais le lieu où s'est faite la dépense, non plus que l'année ; mais par la ressemblance pour la grandeur des formes & pour le caractere de l'écriture avec d'autres tablettes, on peut conclure que ces tables de cire sont de la fin du regne de Philippe le hardi. Dans le haut d'une des pages se lit distinctement die lunae, in festo omnium sanctorum : ce qui suffit pour désigner l'an 1283, auquel la toussaint tomba effectivement un lundi ; il y a des pages entieres qui paroissent avoir été effacées en les présentant au feu.
Les tablettes en cire qui étoient au college des Jésuites, forment, comme celles de la bibliotheque du roi, sept ou huit planches dont l'écriture est la même que celles des tablettes dont je vais bientôt parler. Ce sont des comptes de dépenses, autres que pour la bouche, mais toujours pour le roi ou pour la cour. L'année y est marquée simplement par anno LXXXIII. ce qui veut dire, selon les apparences, l'an 1283 ; le comptable fait souvent des payemens à un Marcellus, lequel se trouve nommé fréquemment dans celles que les Carmes conservent, & qui sont certainement de l'année 1284.
Les tablettes écrites en cire, les moins mal conservées, & les plus dignes de l'attention des historiens par rapport au regne de Philippe le hardi, sont celles qui sont renfermées avec les manuscrits de la bibliotheque des Carmes déchaux de Paris. Elles consistent en 12 planches, dont il y en a deux qui contiennent la recette des deniers du roi, & dix autres qui contiennent la dépense. Lorsqu'on a lu les quatre pages de la recette, & qu'on veut lire les vingt pages de la dépense, il est bon de retourner les planches du haut en-bas.
Les tablettes de Saint-Germain des prés sont fort gâtées ; dans les 16 pages qui les composent, & dont les feuillets sont séparés, sans avoir jamais été chiffrés, on apperçoit seulement qu'il y a des dépenses pour les achats de faucons, pour des messagers chargés d'aller présenter des cerfs à tels ou telles personnes ; & d'autres messagers qui acheterent des drogues à Orléans pour l'impératrice de Constantinople qui étoit malade.
Le docteur Antoine Cocchi Muchellani a publié une notice imprimée des tablettes de Florence. Elles contiennent les voyages d'été du roi Philippe-le-bel en 1301 ; & les tablettes de Saint-Victor, dont nous parlerons bientôt, contiennent les voyages d'hiver de la même année. Elles ont été écrites par le même officier qui a rédigé les précédentes, & n'en sont, à ce qu'on dit, qu'une continuation.
M. Cocchi a fait remarquer en général que dans ces tablettes, à chaque jour du voyage, il y a la dépense de la cour en six articles, savoir pour le pain, le vin, la cire, la cuisine, l'avoine & la chambre, & qu'après une traite d'un mois ou environ, le comptable donne l'état du payement des gages des officiers, puis des chevaliers & des valets pendant cet intervalle. Après cela, il continue les différentes stations du voyage ; & afin qu'on pût juger de l'utilité de ces tablettes, il rapporte les noms des officiers, chevaliers & valets qui furent payés, &c. M. Cocchi finit par quelques réflexions sur l'usage où l'on étoit alors d'user d'eau rose & de grenade après le repas, & cela à l'occasion de quelque dépense de cette nature.
Les tablettes de Saint-Victor ont été écrites par le même officier qui a rédigé les précédentes, & n'en sont qu'une continuation ; elles renferment 26 pages.
Les tablettes que la ville de Genève possede, sont des planches fort minces de la grandeur d'un in-folio, enduites de cire noire. Elles contiennent la dépense journaliere de Philippe-le-bel durant six mois, & la suite de celle de Saint-Germain des prés, ce qui forme onze pages. Les savans de Genève ont pris la peine de les déchiffrer, & d'en publier la notice dans la bibliotheque raisonnée, tome XXVIII. Ils en ont aussi communiqué une copie très-exactement figurée à M. Schoeflin, membre de l'académie des Inscript. de Paris.
Ces tablettes postérieures à celles de Saint-Victor de 6 ou 7 ans, comprennent les articles des sommes payées à ceux qui apportoient des présens au roi, des aumônes distribuées dans les lieux de son passage aux pauvres, à des religieux ou religieuses, à des gens qui venoient de tous côtés pour être guéris de ce qu'ils appelloient morbus regis (des écrouelles), de la dépense pour les funérailles des officiers qui mouroient sur la route, des sommes données à l'abbaye de S. Denis pour des anniversaires, aux hôpitaux des lieux par où la cour passoit, à certains officiers, lorsque cela étoit d'usage, outre leurs gages, pour l'achat de chevaux en place de ceux qui mouroient : d'autres sommes pour les offrandes que le roi & les princes, ou la reine, faisoient aux églises qu'ils visitoient : pour celles qu'ils employoient aux jeux : les sommes à quoi étoient évaluées les dixmes, soit du pain seul, soit du pain & du vin que le roi s'obligeoit de payer à quelques monasteres voisins des lieux où il s'arrêtoit pour les repas, suivant d'anciennes concessions : le payement des gages des nouveaux chevaliers, à mesure que le roi en créoit dans ses voyages, & le coût du cheval, ou au-moins du frein doré dont il leur faisoit présent. En général les tablettes de Genève paroissent très-instructives, & il seroit à souhaiter qu'on en eût conservé beaucoup d'autres de ce genre.
On peut tirer plusieurs utilités de ces sortes de tablettes, par rapport à d'anciens usages de la cour, du prince, ou de la nation, comme aussi pour la vérification de certaines époques, sur lesquelles on n'a pas de monumens plus certains. On y trouve avec plaisir le prix de diverses choses de ce tems-là ; par exemple, dans les tablettes en cire de Genève on voit que le cheval de somme & le roussin étoient payés 8 liv. le palfroi 10 liv. le cheval de trait simplement appellé equus, 12, 14 & 16 liv. un grand cheval (sans-doute de bataille) fut payé 32 liv. Le sieur de Trie pour avoir employé 24 jours en son voyage d'Angleterre, demanda 150 liv. mais pour son palfroi & deux roussins qui étoient morts, il requit 120 liv. ce qui faisoit alors une somme fort considérable. On accorde à un valet du roi 2 sols 6 deniers pour ses gages par jour, & au cuisinier le double : ce qui est fort cher, si l'on évalue l'argent d'alors à celui de nos jours.
L'article des aumônes de nos rois forme dans les tablettes de Genève plus de trois grandes pages in-fol. parce qu'on y marquoit le nom, la qualité & le pays des personnes auxquelles elles se faisoient. Mais ce qui mérite d'être observé dans ce détail, c'est qu'on y apprend que les malades qui étoient alors affligés des écrouelles, venoient trouver le roi de toutes les provinces du royaume, & même d'Espagne & d'Italie.
Il n'est pas à présumer que ces gens accourussent de si loin, seulement pour avoir 20 ou 30 sols qu'on leur donnoit en aumône, mais apparemment parce que Philippe-le-bel les touchoit, quelque jour que ce fût, & sans se faire attendre. Voyez ECROUELLES.
Remarquons encore qu'on qualifioit du titre d'aumône, per elemosynam, tout ce qui se donnoit gratuitement. En vertu de cet usage, l'écrivain de ces mêmes tablettes marque au jeudi 29 Novembre 1308, que ce jour-là, le roi étant à Fontainebleau, Pierre de Condé, clerc de sa chapelle, reçut huit livres, per elemosynam.
Le pere Alexandre, dominicain, voulant établir que la tradition des Provençaux sur la possession du corps de la Magdelaine est très-ancienne, se sert d'une inscription écrite sur une petite tablette enduite de cire, & pour donner du poids à cette inscription, il dit qu'elle est du ve. siecle de Jesus-Christ, parce qu'on n'a point écrit sur la cire depuis ce siecle-là. M. l'abbé Lebeuf, dans un mémoire sur cette matiere, inséré dans le recueil de l'académie des Belles-Lettres, & dont nous venons de profiter, prouve invinciblement contre le dominicain, que l'usage d'écrire sur des tablettes de cire, loin d'avoir cessé avec le v. siecle, a été pratiqué plus ou moins dans tous les siecles suivans, & même dans le dernier siecle.
L'abbé Chatelain de Notre-Dame de Paris témoigne qu'en 1692 les tables du choeur de S. Martin de Savigny, au diocèse de Lyon, qui est une maison d'anciens religieux de Clugny, étoient de cire verte, & qu'on écrivoit dessus avec un stilet d'argent. La même chose est attestée pour la fin du même siecle, à l'égard de la cathédrale de Rouen, par le sieur de Brun des Marettes, auteur du voyage liturgique composé alors, & imprimé en 1718, à la réserve qu'on n'écrivoit le nom des officiers qu'avec un simple poinçon. Peut-être que cet usage ne subsiste plus aujourd'hui à Rouen ; mais il y étoit encore en vigueur en 1722 ; car M. Lebeuf y vit alors les officiers de la semaine courante in tabulis sur de la cire. Les Romains s'en servoient à d'autres usages, & presque toujours pour les lettres qu'ils écrivoient à table, souvent entre les deux services, au sénat, au théâtre, en voyage dans leurs litieres, &c. Ils nommoient ces petites planches ou tablettes enduites de cire, codicillos. Cicéron les employoit volontiers pour ses billets à Atticus. (D.J.)
TABLETTES, (Hist. anc. & mod.) les tablettes que nous employons pour écrire, sont une espece de petit livre qui a quelques feuilles d'ivoire, de papier, de parchemin préparé, sur lesquelles on écrit avec une touche, ou un crayon, les choses dont on veut se souvenir.
Les tablettes des Romains étoient presque comme les nôtres, excepté que les feuillets étoient de bois, dont elles eurent le nom de tabellae, c'est-à-dire, parvae tabulae ; elles contenoient deux, trois, ou cinq feuillets ; & selon le nombre de ces feuillets, elles étoient appellées diptycha, à deux feuillets ; triptycha, à trois feuillets ; penteptycha, à cinq feuillets ; celles qui avoient un plus grand nombre de feuillets se nommoient polyptycha, d'où nous avons fait puletica, des poulets, terme dont on se sert encore pour dire des lettres de galanterie, des lettres d'amour. Les anciens écrivoient ordinairement les lettres d'amour sur des tablettes, & la personne à qui on avoit écrit la lettre amoureuse, faisoit réponse sur les mêmes tablettes, qu'elle renvoyoit, comme nous l'apprenons de Catulle, ode 43. (D.J.)
Maniere de faire les tablettes blanches pour écrire avec un poinçon de cuivre. Prenez du gypse criblé & passé par le tamis ; détrempez-le avec de la colle de cerf, ou autre, & en donnez une couche sur les feuilles de parchemin ; quand elle sera seche, vous la raclerez pour la rendre unie & polie ; puis vous donnerez encore une couche comme dessus, & raclerez une seconde fois, après quoi, avec de la céruse bien broyée & tamisée, détrempée dans l'huile de la graine de lin cuite, vous oindrez lesdites tablettes, & les laisserez sécher à l'ombre pendant cinq ou six jours ; cela fait, avec un drap ou linge un peu mouillé, vous les frotterez & unirez ; cela fait, lorsqu'elles auront encore seché dix-huit ou vingt jours, elles seront faites.
TABLETTES de bibliotheque, (Antiq. rom.) les latins appelloient pegmata, ou platei, les tablettes des bibliotheques, sur lesquelles on plaçoit les livres.
Cicéron écrit à Atticus, ep. 8. l. IV. en lui parlant de sa bibliotheque : la disposition des tablettes est très-agréable, nihil venustius quam illa tua pegmata. On avoit coutume de ranger dans un même lieu tous les ouvrages d'un auteur, avec son portrait. Quant au terme plutei, Juvenal s'en est servi dans la seconde satyre, vers 7. où il se moque de ceux qui veulent paroître savans, par la beauté & la grandeur d'une bibliotheque : car, dit-il, entr'eux, celui-là passe pour le plus savant, dont la bibliotheque est ornée d'un plus grand nombre de figures d'Aristote & de Pittacus.
Nam perfectissimus horum est
Si quis Aristotelem similem, vel Pittacon emit,
Et jubet archetypos pluteum servare cleanthas.
(D.J.)
TABLETTE, s. f. ouvrage de Tabletier, petit meuble proprement travaillé, composé de deux ou plusieurs planches d'un bois léger & précieux, qui sert d'ornement dans les ruelles, ou dans les cabinets, particulierement des dames, & sur lequel elles mettent des livres d'usage journalier, des porcelaines, & des bijoux de toutes sortes. C'est de ces especes de tablettes qu'une communauté des arts & métiers de Paris a tiré son nom.
TABLETTE, (Pharm.) médicament interne, sec, de différentes figures, composé de différentes matieres, qui, à l'aide du sucre dissout & cuit, prend une forme solide & cassante : on voit par-là en quoi il differe du trochisque.
La matiere est ou excipiende ou excipiente.
L'excipiende est presque tout ce qui entre dans l'électuaire, tant les excipiens, que les excipiendes.
L'excipiente est toujours le meilleur sucre dissous, dans une liqueur appropriée, aqueuse, & cuit à consistance convenable.
Le choix demande quelques particularités.
Il faut que le remede dont il s'agit, soit solide & cassant, cohérent sans être visqueux, qu'il se fonde aisément dans la bouche, & qu'il ne soit pas désagréable à prendre.
Ainsi on ne doit guere y faire entrer les gommes, les extraits, les sucs épais, les terreux gras, & autres semblables qui donnent trop de ténacité.
Ce n'est pas ici non plus le lieu des matieres qui ont une saveur ou une odeur désagréable, parce que le remede doit ou se fondre dans la bouche, ou être mâché.
On ne fait point usage ici de sels, sur-tout de ceux qui se fondent, ou qui s'exhalent : on employe les poudres grossieres, mais qui sont molles ; point d'acides fossiles, ils empêcheroient le sucre de se coaguler.
On doit éviter les noyaux qui sont remplis d'une huile qui se corrompt facilement, si le malade doit user du remede pendant longtems. La tablette étant solide on peut y faire entrer des remedes très-puissans, & qui même pesent beaucoup, pourvû que le mêlange soit bien exact.
On peut donner une bonne odeur au remede, en y mettant un peu d'ambre, de musc, de civette, ou bien lorsque la masse est congelée, en la frottant avec des liqueurs qui sentent bon, comme des huiles essentielles, des essences odoriférantes, &c. On peut aussi lui donner une couleur gracieuse, en répandant dessus, un peu avant qu'elle se refroidisse, des feuilles d'or ou d'argent, ou bien des fleurs de différentes couleurs hachées bien menues. Le nombre des ingrédiens doit être en petite quantité ; l'ordre est le même que dans les trochisques, & dans les pilules, quoique souvent il ne s'accorde pas avec celui de la préparation.
La figure est indifférente, comme elle ne fait ni bien ni mal à la vertu du remede, on peut en laisser le choix à l'apoticaire : car, ou lorsque la masse est prête à se geler, on la verse dans une boëte pour qu'elle en prenne la figure, & c'est ce qu'on appelle pandaléon ; ou bien l'ayant versée, soit toute entiere, soit par parties, sur un plan, on la forme en petites masses, en maniere de quarrés oblongs, de rhombe, &c.
La masse de la tablette se détermine très-rarement par les poids, ou par les mesures. Elle n'est pas si limitée, qu'elle ne puisse bien aller depuis une drachme jusqu'à demi-once.
La dose s'ordonne par le nombre, par exemple, suivant que les tablettes sont plus grandes ou plus petites ; par morceaux, quand la masse n'est pas divisée ; par le poids, quand on y fait entrer des ingrédiens efficaces, & alors la dose est plus grande ou plus petite, selon la force & la proportion de ces ingrédiens : elle ne va cependant guere au-delà d'une once.
La quantité générale, quand elle est au-dessous de quatre onces, ne se prépare pas commodément. Si cependant on se sert des tablettes officinales, on n'en prescrit qu'autant qu'il en est besoin pour peu de jours.
La proportion des ingrédiens excipiendes entr'eux, se détermine facilement, en ayant égard à la nature de chacun, au but qu'on se propose, aux précautions indiquées ; celle de l'excipient à l'égard des excipiendes, se connoît par ce qui suit.
En général, on employe fort bien le quadruple, ou le sextuple de sucre, à raison des excipiendes.
Il faut avoir égard à la pesanteur spécifique, & à la consistance des excipiendes. Ceux qui sont très-legers par rapport à leur grand volume, demandent une quantité plus considérable d'excipient ; ceux qui sont secs, durs, poreux, joints avec une petite quantité de sucre, deviennent presque aussi durs que la pierre.
Si les excipiendes contiennent en eux-mêmes du sucre, on doit diminuer la quantité de l'excipient au prorata ; ce qu'il faut observer pour les conserves, les condits, &c. cependant on laisse à l'apoticaire à déterminer la quantité de sucre, excepté quand on veut que la dose soit pesée, parce qu'il en coute peu de lever tous les doutes.
La souscription. On laisse à l'apoticaire la maniere & l'ordre de la préparation : on indique aussi, si bon semble, de quelle liqueur on doit arroser la masse, & si on doit l'orner avec des feuilles d'or, ou de petites fleurs : on mentionne quelquefois le poids que doit avoir chaque tablette.
Le sucre fait qu'on n'a pas besoin de véhicule ; le but détermine le tems & la maniere d'user du remede, on le mâche, ou on le laisse fondre dans la bouche peu-à-peu.
On donne quelquefois sous la forme de tablettes les purgatifs, les antivermineux, les stomachiques, les carminatifs, les antiacides, les antiglutineux, les aphrodisiaques, les alexipharmaques, les béchiques. Cette forme est d'ailleurs utile pour l'usage domestique, & pour les voyageurs ; elle est commode pour faire prendre bien des remedes aux enfans & aux gens délicats ; mais elle ne convient pas dans les cas où il faut que l'action soit prompte, ni à ceux qui ont de la répugnance pour les choses douces. (D.J.)
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| TABLETTERIE | S. f. (Art méchan.) art de faire des ouvrages de marqueterie, des pieces curieuses de tour, & autres semblables choses, comme des trictracs, des dames, des échecs, des tabatieres, & principalement des tablettes agréablement ouvragées, d'où cet art a pris sa dénomination. (D.J.)
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| TABLIER | S. m. terme de Lingere, morceau de toile fine, baptiste ou mousseline, ourlé tout-au-tour, & embelli quelquefois de dentelle, avec une ceinture en-haut, & une bavette que les dames mettent devant elles. Il y a de ces tabliers bordés, d'autres lacés, & d'autres bouillonnés, tous agrémens faits de rubans de couleurs, autrefois à la mode. Il y a des tabliers de taffetas qui sont tout unis ; il y en a de toile commune, de serge pour les femmes du petit peuple, & de toile grossiere pour les cuisinieres. (D.J.)
TABLIER, en terme de Batteur d'or, c'est une peau clouée à la table de la pierre, que le batteur avance sur ses genoux, pour y recevoir les parcelles d'or qui s'échappent de dessous le marteau.
TABLIER, ustencile de Boyaudiers, qui leur sert à garantir leurs hardes.
Les boyaudiers ont trois sortes de tabliers, qu'ils mettent les uns par-dessus les autres ; le premier est appellé simplement tablier ; il est fait de grosse toile qui sert simplement à garantir leurs hardes.
Le second est appellé le tablier poissé ; il se met par dessus le premier, & sert à le garantir ; on l'appelle poissé, parce qu'il reçoit une partie de l'ordure qui passe à-travers le troisieme.
Le troisieme est le tablier à ordure ; il se met pardessus le second, & c'est lui qui reçoit toute l'ordure & la saleté qui sort des boyaux.
Ces trois tabliers sont faits de grosse toile forte, & s'attachent au-tour des reins avec des cordons ; ils descendent jusqu'au coup de pié.
TABLIER DE CUIR, des Cordonniers, Savetiers, est une peau de veau qui a un licol pour retenir la bavette, & une ceinture que l'ouvrier attache au-tour de lui. Voyez la Planche du Cordonnier bottier.
TABLIER, terme d'Ebeniste, table divisée en soixante-quatre carreaux blancs & noirs, sur lesquels on joue aux échecs, aux dames, & à d'autres jeux : on dit aujourd'hui damier ; mais le mot tablier est bien ancien, car nous lisons dans Joinville, que le roi ayant appris que le comte d'Anjou, son frere, jouoit avec messire Gautier de Nemours, " il se leva, & alla tout chancelant, pour la grande foiblesse de la maladie qu'il avoit, & quand il fut sur eux, il print les dez & les tables, & les gesta en la mer, se courroussant très-fort à son frere, de ce qu'il s'estoit sitoust prins à jouer au dez, & que autrement ne lui souvenoit plus de la mort de son frere, le comte d'Artois, ne des périls desquels notre Seigneur les avoit délivrés ; mais messire Gautier de Nemours en fut le mieux payé, car le roi gesta tous ses deniers, qu'il vit sur les tabliers, après les dez & les tables, en la mer ". Dict. du Commerce. (D.J.)
TABLIER DE TYMBALE, terme de Tymbalier, c'est le drapeau ou la banderolle en broderie d'or & d'argent, qui est autour des tymbales, & qui les enveloppe. Il y a un pareil drapeau, mais plus petit, qui pend aux trompettes militaires, & ce drapeau se nomme banderolle. (D.J.)
TABLIER, (Comm.) terme usité en Bretagne, particulierement à Nantes, pour signifier un bureau, ou recette des droits du roi.
TABLIER, on nomme aussi à la Rochelle droit de tablier & prevôté, un droit de quatre deniers par livres de l'évaluation des marchandises sortant par mer de cette ville pour les pays étrangers, & la Bretagne seulement. Voyez PREVOTE. Dict. du Comm.
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| TABLINUM | S. m. (Littér.) les auteurs donnent des significations différentes à ce mot tablinum ; les uns disent que c'est un lieu orné de tableaux, les autres un lieu destiné à serrer des titres & papiers, & d'autres enfin prétendent que c'est simplement un lieu lambrissé de menuiserie & de planches. (D.J.)
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| TABLOUIN | S. m. (terme d'Artillerie) planche ou madrier dont est faite la plate-forme où l'on place les canons que l'on met en batterie. Les tablouins soutiennent les roues des affuts, & empêchent que la pesanteur du canon ne les enfonce dans les terres. On fait un peu pancher cette plate-forme vers le parquet, afin que le canon ait moins de recul, & qu'il soit plus aisé de le remettre en batterie. (D.J.)
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| TABOGA | (Géog. mod.) île de la mer du Sud, dans la baie de Panama. Elle a trois milles de long sur deux de large, & appartient aux Espagnols ; son terroir est en partie aride, & en partie couvert d'arbres fruitiers, sur-tout de cacaotiers. Latit. mérid. 1. (D.J.)
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| TABON | S. m. (Hist. nat. Ornithol.) nom donné par les habitans des îles Philippines à un oiseau qu'on appelle ailleurs dai, & qui est remarquable pour la grosseur des oeufs qu'il pond ; mais tout ce que le pere Nieremberg dit de cet oiseau est purement fabuleux. (D.J.)
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| TABOOE | (Géog. anc.) ville d'Asie, dans les montagnes de la Parétacene, sur les frontieres de la Perse & de la Babylonie, suivant Quinte-Curce & Strabon.
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| TABORITES | S. m. p. (Hist. ecclés.) branche ou secte d'anciens Hussites. Voyez HUSSITES.
Vers la fin du quinzieme siecle, les Hussites s'étant divisés en plusieurs sectes, il y en eut une qui se retira sur une petite montagne située en Bohème, à 15 lieues de Prague, se mit sous la conduite de Zisca, se bâtit un fort ou château, & lui donna le nom de Tabor, soit par rapport à ce que le mot thabor signifie en esclavon, un château, soit par allusion à la montagne de Tabor, dont il est fait mention dans l'Ecriture ; quoi qu'il en soit, c'est de-là qu'ils ont été appellés Taboristes.
Ces sectaires pousserent la prétendue réformation plus loin que Jean Huss ne l'avoit fait lui-même ; ils rejetterent le purgatoire, la confession auriculaire, l'onction dans le Baptême, la transubstantiation, &c.
Ils réduisirent les sept sacremens de l'église romaine à quatre ; savoir le Baptême, l'Eucharistie, le Mariage & l'Ordination.
Ils soutinrent hardiment la guerre contre l'empereur Sigismond ; le pape Martin V. fut obligé de publier contr'eux une croisade, qui ne produisit aucun effet. Cependant leur château de Tabor fut assiégé en 1458 par Pogebrac, roi de Bohème, & chef des Calixtins. Les Taboristes, après un an entier de résistance, furent emportés d'assaut & passés au fil de l'épée sans en excepter un seul ; la forteresse fut ensuite rasée.
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| TABOT | S. m. (Hist. mod.) c'est ainsi que l'on nomme, chez les Ethiopiens, une espece de coffre qui sert en même tems d'autel sur lequel leurs prêtres célebrent la messe. Ils ont la plus grande vénération pour ce coffre, dans l'idée que c'est l'arche d'alliance conservée dans le temple de Jérusalem, mais qui, suivant eux, fut enlevée furtivement par des missionnaires juifs, qui furent envoyés en Ethiopie par le roi Salomon pour instruire les peuples dans la loi du vrai Dieu. Les Abyssins, quoique convertis au christianisme, conservent toujours le même respect pour le tabot. Le roi lui-même n'a point la permission de le voir. Ce coffre est porté en grande cérémonie par quatre prélats qui sont accompagnés de beaucoup d'autres ; on dépose le tabot sous une tente qui sert d'église dans les camps où le roi fait sa demeure ordinaire. Les missionnaires portugais ayant voulu soumettre les Abyssins au siege de Rome, tâcherent de se rendre maîtres de cet objet de la vénération du pays. Mais des moines zélés le transporterent secrettement dans des endroits inaccessibles, d'où le tabot ne fut tiré qu'après l'expulsion des missionnaires catholiques, que l'on avoit trouvés trop entreprenans.
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| TABOURET | S. m. (Hist. nat. Botan.) je ne sais pourquoi ce genre de plante est ainsi appellé. Il est mieux nommé bourse, ou malette à berger. Tournefort en compte cinq especes, dont nous décrirons la principale, bursa pastoris major, folio sinuato, I. R. H. 216. en anglois : the great shepherd's-purse.
Sa racine est blanche, droite, fibreuse, menue, d'une saveur douçâtre, & qui cause des nausées ; sa tige est haute d'une coudée, quelquefois unique, partagée en des rameaux situés alternativement. Ses feuilles inférieures sont quelquefois entieres, mais le plus souvent découpées profondément des deux côtés, & sans découpures.
Les fleurs naissent dans une longue suite au sommet des rameaux ; elles sont petites, en croix, ou composées de quatre pétales arrondis, blancs, & de quelques étamines chargées de sommets jaunes : leur calice est aussi partagé en quatre parties ; le pistil se change en un fruit applati, long de trois lignes, en forme de coeur, ou semblable à une petite bourse un peu large. Il est partagé en deux loges par une cloison mitoyenne, à laquelle sont attachés des panneaux de chaque côté ; ces loges renferment de très-petites graines, de couleur fauve, ou roussâtre.
Cette plante vient sur les vieilles décombres, le long des chemins, & dans les lieux incultes & deserts. Elle est toute d'usage ; on lui donne des vertus vulnéraires, astringentes, rafraîchissantes, & presque spécifiques dans l'épuisement de sang ; on la prescrit par ces raisons dans les diarrhées, les dyssenteries & le pissement de sang ; on en applique le suc sur les plaies récentes pour resserrer les vaisseaux & prévenir l'inflammation. (D.J.)
TABOURET, s. m. (Econ. dom.) placet, siege quarré qui n'a ni bras, ni dossier.
Droit de tabouret, en france, est le privilege dont jouissent les princesses & duchesses, & qui consiste à s'asseoir sur un tabouret en présence de la reine.
TABOURET, (Charpent.) espece de lanterne garnie de fuseaux en limande, à l'usage des machines pour puiser les eaux dans les carrieres.
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| TABOURIN | S. m. terme de galere ; c'est un espace qui regne vers l'arbre du trinquet, & vers les rambades, d'où se charge l'artillerie, & d'où l'on jette en mer les ancres. A la pointe de cet endroit est l'éperon qui s'avance hors le corps de la galere, soutenu à côté par deux pieces de bois qui s'appellent cuisses.
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| TABRA | S. m. (Superstition) c'est le nom d'un rocher qui se trouve en Afrique, sur la côte du cap, & contre lequel les barques des negres font souvent naufrage ; c'est pour cette raison que les habitans en ont fait une divinité ou un fétiche, auquel ils offrent des sacrifices & des libations, qui consistent à lui immoler une chevre dont on mange une partie, & dont on jette le surplus dans la mer ; cependant un prêtre, par des contorsions ridicules & des invocations, prétend consulter le dieu pour savoir les momens qui seront favorables pour la navigation, & il se fait récompenser de la peine par les matelots qui lui font quelques présens.
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| TABROUBA | S. m. (Hist. nat. Botan.) fruit qui croît à Surinam sur un grand arbre de même nom, dont les fleurs sont d'un blanc verdâtre. A ces fleurs succede un fruit qui renferme des graines blanches semblables à celles des figues. On en tire un suc qui devient noir au soleil, & qui fournit aux Indiens une teinture pour se peindre le corps. Des branches de cet arbre il sort un suc laiteux fort amer, dont les sauvages se frottent la tête pour écarter les insectes incommodes.
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| TABUDA | (Géog. anc.) fleuve de la Gaule belgique. Ptolémée, liv. II. ch. jx. le marque dans le pays des Marini, entre Gessoriacum-navale, & l'embouchure de la Meuse. On le nomme aujourd'hui l'Escaut, selon M. de Valois. Dans le moyen âge on l'appella par corruption Tabul & Tabula.
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| TABULAE NOVAE | (Antiq. rom.) c'est-à-dire nouveaux régistres ; c'étoit le nom d'un plébiscite qui se publioit quelquefois dans la république romaine, & par lequel toutes sortes de dettes généralement étoient abolies, & toutes obligations annulées. On l'appelloit tabulae, tablettes, parce qu'avant qu'on se servît du papyrus ou du parchemin, pour écrire les actes, on les gravoit avec un petit stile sur de petites tablettes de bois mince enduites de cire. Ce nom latin tabulae demeura même à tous les actes publics, après qu'on eut cessé de les graver sur des plaques de cuivre, & lorsqu'on les écrivit sur du parchemin & sur du papier. On appelloit l'édit du peuple romain tabulae novae, parce qu'il obligeoit de faire de nouvelles tablettes, de nouveaux registres pour écrire les actes, les créanciers ne pouvant plus se servir de leurs anciens contrats d'obligation. Aulu-Gelle, liv. IX. c. vj. (D.J.)
TABULAE, NOMINA, PERSCRIPTIONES, (Littérat.) tabulae, chez les Romains, étoient leurs livres de comptes, sur lesquels ils écrivoient les sommes qu'ils prêtoient, ou qu'ils empruntoient sans intérêt, ou pour lesquelles ils s'obligeoient. Nomina signifie proprement les sommes empruntées sans intérêt. Perscriptiones est à-peu-près la même chose que nos billets payables au porteur. Ainsi ces trois mots désignent les livres de compte des Romains, les sommes qu'ils prêtoient ou empruntoient sans intérêt, & leurs billets payables au porteur, soit que lesdits billets fussent à intérêt, ou sans intérêt. (D.J.)
TABULAE, TABULARII, TABULARIA, (Littér. & Inscrip. rom.) tabulae, contrat qu'on passe ; tabularii, sont les notaires chez qui on passe les contrats : tabularia sont les greffes où l'on déposoit les minutes. Il y avoit à Rome un tabularium de l'état, où étoient déposés les titres, actes & monumens touchant les biens publics, comme domaines, droits de port, impositions, & autres revenus de la république. Ce dépôt étoit dans une salle du temple de la Liberté. " Le sage cultivateur, dit Virgile, Géorg. liv. II. borné à cultiver le fruit de ses vergers, & les dons de la terre libérale, ne connoît ni le greffe du dépôt public, ni la rigueur des loix, ni les fureurs du barreau :
Nec ferrea juga
Insanumque forum, aut populi tabularia vidit ".
(D.J.)
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| TABULARIUM | (Ant. rom.) on nommoit ainsi le dépôt au greffe de Rome, où étoient les titres, actes & monumens touchant les biens publics, comme domaines, droits de port, impositions & autres revenus de la république. Ce dépôt étoit dans une salle du temple de la Liberté. (D.J.)
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| TABULCHANA | S. m. (Hist. mod.) c'est ainsi qu'on nomme chez les Turcs l'accompagnement ou le cortege militaire que le sultan accorde aux grands officiers qui sont à son service. Le tabulchana du grand visir est composé de neuf tambours, de neuf fifres, sept trompettes, quatre zils, ou bassins de cuivre qu'on heurte les uns contre les autres, & qui rendent un son aigu & perçant. On porte devant lui trois queues de cheval tressées avec art. Un étendard de couleur verte, nommé alem, & deux autres étendards fort larges, qu'on nomme bairak. Les autres bachas n'ont point un tabulchana si considérable ; ils ne font porter devant eux que deux queues de cheval avec les trois étendards. Un beg n'a qu'une seule queue de cheval avec les étendards. Les officiers inférieurs n'ont qu'un sanjak, ou étendard, & ils ne font point porter la queue de cheval devant eux. Voyez Cantemir, hist. ottomane.
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| TABURNE | (Géog. anc.) Taburnus ; montagne d'Italie dans le Samnium, au voisinage de Caudicum, ce qui lui a fait donner le surnom de Caudinus. Vibius Sequester, en parlant de cette montagne dit, Taburnus Samnitum olivifer. Gratius, Cyneget, vers. 5. 8. néanmoins ne la décrit pas comme une montagne agréable & chargée d'oliviers, mais comme une montagne hérissée de rochers.
Veniat Caudini saxa Taburni
Dardanumque trucem, aut Ligurias desuper Alpes.
Le sentiment de Vibius est appuyé du témoignage de Virgile.
Juvat Imara Baccho
Conserere, atque oleo magnum vestire Taburnum.
Tout cela se concilie ; une partie de cette montagne pouvoit être fertile, & l'autre hérissée de rochers. (D.J.)
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| TABUT | S. m. (Langue gauloise) ce vieux mot signifie selon Nicot, querelle, débat, vacarme, tracas. Il se trouve dans Cotgrave & dans Montagne. Il n'y a pas longtems, dit ce dernier, que je rencontrai l'un des plus savans hommes de France, entre ceux de non médiocre fortune, étudiant au coin d'une salle, qu'on lui avoit rembarrée de tapisserie, & autour de lui un tabut de ses valets plein de licence.
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| TAC | on donne ce nom à la salamandre aquatique, dans diverses provinces de France. Voyez SALAMANDRE.
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| TACAHAMACA | S. m. (Hist. des drog. Exot.) nommé par les Médecins tacamahaca, est une substance résineuse, seche, d'une odeur pénétrante, dont on connoît deux especes dans les boutiques de droguistes & d'apoticaires.
L'une qui est plus excellente, s'appelle communément tacahamaca sublimé ou en coque ; c'est une résine concrete, grasse cependant, & un peu molle, pâle, tantôt jaunâtre, tantôt verdâtre ; que l'on couvre de feuilles, d'une odeur aromatique ; pénétrante, suave, qui approche de celle de la lavande, & de l'ambre gris ; d'un goût résineux & aromatique ; mais elle est très-rare.
L'autre espece est la tacamahaca vulgaire, qui est en grains, ou en morceaux blanchâtres, jaunâtres, roussâtres, verdâtres, ou de différentes couleurs, à demi transparens, d'une odeur pénétrante, approchante de celle de la premiere espece, mais moins agréable. Les Espagnols l'ont apportée les premiers de la nouvelle Espagne en Europe, où auparavant elle étoit entierement inconnue. On en recueille aussi dans d'autres provinces de l'Amérique, & dans l'île de Madagascar.
L'arbre d'où découle cette résine, ou par elle-même, ou par incision que l'on fait à son écorce, s'appelle arbor populo similis, resinosa, altera, C. B. P. 430. Tecomahaca, dans Hernandès, 55. Tacamahaca foliis crenatis, lignum ad ephippia conficicienda aptum, dans Pluk. Phyt.
C'est un grand arbre qui ressemble un peu au peuplier, & qui a beaucoup d'odeur. Ses feuilles sont médiocres, arrondies, terminées en pointe & dentelées. Les auteurs que nous avons cités ne font aucune mention de ses fleurs. Ses fruits naissent à l'extrêmité des mêmes branches, ils sont petits, arrondis, de couleur fauve, & renferment un noyau qui differe peu de celui de la pêche.
Il découle naturellement de cet arbre des larmes résineuses, pâles, qui par leur odeur, & la finesse de leurs parties, donnent la bonne tacahamaca ; mais le suc résineux qui découle des incisions de l'écorce, prend différentes couleurs, selon les différentes parties de l'écorce sur lesquelles il se répand ; étant épaissi par l'ardeur du soleil, il forme des morceaux de résine, tantôt jaune, tantôt roussâtre, & tantôt brune, & panachée de paillettes blanchâtres : on préfere avec raison la premiere tacahamaca ; on ne les employe l'une ou l'autre qu'extérieurement, pour résoudre & faire mûrir les tumeurs, ou pour appaiser la passion hystérique, en appliquant des emplâtres sur le nombril. (D.J.)
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| TACATALPO | (Géog. mod.) ville de l'Amérique septentrionale, dans la nouvelle Espagne, au gouvernement de Tabasco, sur la riviere de ce nom, à trois lieues au-dessus de Halpo. Elle a dans son terroir une espece de cacao blanc, qu'on ne trouve point ailleurs, & qui fait le chocolat beaucoup plus mousseux que le cacao ordinaire. (D.J.)
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| TACATUA | (Géog. anc.) ville de l'Afrique propre, sur la côte, entre Rusicades & Hippone. Ptolémée, l. IV. c. iij. Le P. Hardouin dit que le nom moderne est Mahra. (D.J.)
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| TACAZE | (Géogr. mod.) ou Tagaze, petite ville d'Afrique au royaume de Fez, sur le bord de la riviere de son nom, à une demi-lieue de la Méditerranée. Cette ville fut bâtie par les anciens africains ; ses habitans vivent de pain d'orge, de sardines ou autres poissons, & de quelques herbes potageres. (D.J.)
TACAZE ou TAGAZE, (Géog. mod.) riviere considérable d'Abyssinie. Elle a sa source dans les montagnes qui séparent les royaumes d'Angoste & de Bégameder, & tombe enfin dans le Nil du côté de l'orient.
La riviere de Tacaze grande comme la moitié du Nil, pourroit bien être l'Astaboras des anciens ; c'est l'opinion de Jean de Barros, le Tite-Live des Portugais : & c'est aussi le sentiment de M. Delisle, par deux raisons. La premiere, dit-il, est que selon les jésuites qui ont été en Ethiopie, elle entre dans le Nil à dix-sept degrés & demi de latitude, qui est à quelques minutes près, la même hauteur que Ptolémée donne à l'embouchure de l'Astaboras, 700 stades au-dessus de la ville Méroé, comme on voit par Strabon, par Diodore & autres.
La seconde chose qui fait croire à M. Delisle que la Tacaze est le même que l'Astaboras, est que cette riviere s'appelle autrement Atbara, comme on le voit par le rapport des scheiks de Nubie, & par celui d'un récollet qui a passé cette riviere en allant en Ethiopie. Or les noms d'Atbara & d'Astaboras ne sont pas fort différens. Il suppose que l'Atbara est son véritable nom, & que les Grecs l'ont altéré comme ils ont fait tant d'autres mots ; puisque cela arrive encore très-souvent à ceux qui sont obligés d'employer des noms étrangers dans leurs écrits. Mém. de l'académ. royal. des Scienc. ann. 1708. pag. 371. (D.J.)
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| TACET | S. m. terme latin qu'on employe dans la Musique, pour indiquer le silence. Quand, dans le cours d'un morceau de musique, on a des mesures à compter, on les marque avec des bâtons & des pauses. Mais quand quelque partie doit garder le silence durant un morceau entier, on indique cela par le mot tacet, écrit au-dessous du nom de l'air, ou des premiers mots du chant. (S)
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| TACHA | (Géog. mod.) ville du royaume de Bohème, aux confins du haut-Palatinat, sur la riviere de Mies. Ziska, chef des Hussites, la prit d'assaut en 1427, & y mit garnison. Long. 30. 42. latit. 49. 55. (D.J.)
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| TACHAN | (Géog. mod.) ville du royaume de Tunquin, située dans une plaine vis-à-vis d'une île de même nom, laquelle est couverte d'oiseaux qui viennent s'y retirer dans les grandes chaleurs.
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| TACHARI | (Géog. anc.) peuples d'Asie, dans l'Hyrcanie. Selon Strabon, l. XI. pag. 511. ils étoient Nomades, & ils furent du nombre de ceux qui chasserent les Grecs de la Bactriane. Ortelius croit que ce sont les Tachori que Ptolémée, l. VI. c. xij. place dans la Sogdiane, contrée voisine. (D.J.)
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| TACHE | TâCHE, s. f. (Lang. franç.) la prononciation détermine le sens de ces deux mots, qui signifient deux choses toutes différentes. Le premier veut dire une marque, une impression étrangere qui gâte quelque chose ; & le second, un ouvrage que l'on doit finir dans un certain tems, soit par devoir, soit pour de l'argent. La premiere syllabe du premier mot est breve ; on allonge au contraire la premiere syllabe du second mot, & l'on y met un accent circonflexe. Ménage avoue qu'il ignore l'origine du mot tache ; mais Caseneuve a remarqué qu'autrefois on s'en servoit pour exprimer les bonnes & les mauvaises qualités d'un homme, ou d'une bête. L'ancienne chronique de Flandres, parlant de Marguerite, comtesse de Flandres, dit ch. xxvj. " Et elle avoit quatre taches ; premierement, elle étoit une des plus grandes dames du lignage de France ; secondement, elle étoit la plus sage & la mieux gouvernant terre qu'on sçeust ", &c. Les autres deux taches sont qu'elle étoit libérale & riche. Le livre intitulé, Li établissement de li roi de France. " Or si aucun, menoit sa bête au marché, ou entre gens, & qu'elle mordist ou prist aucun, & cil qui seroit blessé se plaingnist à la justice, & li autres dist, sire, je n'en sçavoye mie qu'elle eût telle tache, &c. "
Quant au mot tâche, les uns le dérivent de taxa, taxatio ; d'autres nous apprennent pour expliquer son étymologie, qu'on appelloit autrefois tâche, une pochette, parce que plus on travaille à la tâche, & plus on rassemble d'argent dans sa poche. On prétend même qu'on appelle encore tâche en Bourgogne, une pochette.
On dit dans quelques provinces, donner des fonds à tâche, c'est-à-dire, sous la redevance d'une certaine partie des fruits, selon que l'on en convient. Le fonds est appellée tachable ou tachible. Ce droit ressemble au champart qui ne porte ni lods, ni mi-lods, & ne change point la qualité de l'héritage. (D.J.)
TACHES, en Astronomie, ou maculae, endroits obscurs qu'on remarque sur les surfaces lumineuses du soleil, de la lune, & même de quelques planetes. Voyez SOLEIL, LUNE, PLANETE, FACE, &c.
En ce sens, taches, maculae est opposé à facules, faculae ; ces taches du soleil sont des endroits obscurs d'une figure irréguliere & changeante qu'on observe sur la surface du soleil ; entre toutes les taches que nous voyons, il y en a qui ne commencent à paroître que vers le milieu du disque, & d'autres qui disparoissent entierement après s'être détruites peu-à-peu, à mesure qu'elles se sont avancées. Souvent plusieurs taches se ramassent ou s'accumulent en une seule, & souvent une même tache se résout en une infinité d'autres extrêmement petites.
Il n'y a pas long-tems qu'on a remarqué des taches dans le soleil : elles varient beaucoup quant au nombre, &c. Quelquefois il y en a beaucoup, & quelquefois point du tout. Galilée est le premier qui les ait découvertes aussitôt après l'invention du télescope : Scheiner les observa dans la suite avec plus de soin, & a publié un gros livre à ce sujet : dans ce tems-là on en voyoit plus de cinquante sur le soleil ; mais depuis 1653 jusqu'en 1670, à peine en a-t-on découvert une ou deux ; depuis elles ont reparu assez souvent en abondance, & il n'y a presque point de volume de l'académie des sciences où il n'en soit fait mention. Il semble qu'elles ne suivent aucune loi dans leurs apparitions.
Quelques-uns s'imaginent que ces taches peuvent devenir en si grand nombre, qu'elles cachent toute la face du soleil, ou du-moins la plus grande partie, & c'est à cela qu'ils attribuent ce que dit Plutarque, la raison pour laquelle la premiere année du regne d'Auguste la lumiere du soleil fut si foible & si obscure, qu'on pouvoit aisément la considérer sans en être ébloui.
Les histoires sont pleines de remarques sur des années entieres où le soleil a paru fort pâle & dépouillé de cette vive lumiere à laquelle les hommes sont accoutumés ; on prétend même que sa chaleur étoit alors sensiblement ralentie ; ce qui pourroit bien venir d'une multitude de taches qui couvroient alors le disque apparent du soleil. Il est certain que l'on voit souvent des taches sur le soleil dont la surface excede non-seulement l'Asie & l'Afrique, mais même occupent un plus grand espace que n'occuperoit sur le soleil toute la surface de la terre. Voyez ÉCLIPSE.
A quoi Kepler ajoute qu'en 1547 le soleil paroissoit rougeâtre, de même que quand on l'apperçoit à-travers d'un brouillard épais ; & il conjecture delà que les taches qu'on voit dans le soleil sont une espece de fumée obscure, ou nuages qui flottent sur sa surface.
D'autres prétendent que ce sont des étoiles ou des planetes qui passent devant le corps du soleil. Mais il est beaucoup plus probable que ce sont des corps opaques en maniere de croûtes qui s'y forment, comme l'écume sur la surface des liqueurs.
Plusieurs de ces taches paroissent n'être autre chose qu'un amas de parties hétérogenes, dont les plus obscures & les plus denses composent ce qu'Hevelius appelle le noyau, & elles sont entourées de tous côtés de parties plus rares & moins obscures, comme si elles avoient des atmospheres ; mais la figure, tant du noyau que des taches entieres, est variable. En 1644 Hevelius observa une petite tache qui en deux jours de tems devint deux fois plus grosse qu'il ne l'avoit vue d'abord, paroissant en même tems plus obscure, & avec un plus gros noyau, & ces changemens soudains étoient fréquens. Il observa que le noyau commença à diminuer insensiblement, jusqu'à ce que la tache disparut, & qu'avant qu'il se fut entierement évanoui, il se partagea en quatre portions qui se réunirent de nouveau en deux jours de tems : il y a eu des taches qui ont duré 2, 3, 10, 15, 20, 30, & même, quoique rarement, 40 jours. Kirchius en a observé une en 1681, depuis le 26 Avril jusqu'au 17 Juin. Les taches se meuvent sur le disque du soleil d'un mouvement qui est un peu plus lent près du limbe que près du centre. Celle que Kirch observa fut douze jours visible sur le disque du soleil, & elle fut quinze jours derriere le disque, selon la regle ordinaire qu'elles reviennent au limbe 27 ou 28 jours après qu'elles en sont parties.
Il faut enfin observer que les taches se contractent près du limbe ; que dans le milieu du disque elles paroissent plus étendues, y en ayant de séparées les unes des autres vers le limbe, qui se réunissent en une seule dans le disque ; que plusieurs commencent à paroître dans le milieu du disque, & que plusieurs disparoissent au même endroit, qu'on n'en a vu aucune qui s'écartât de son orbite près de l'horison, au-lieu qu'Hevelius observant Mercure dans le soleil près de l'horison, se trouve écarté de 27 secondes au-dessous de la route qu'il avoit d'abord tenue.
On peut conclure de ces phénomenes, 1°. que puisque la dépression apparente de Mercure au-dessous de la route qu'il devroit suivre, vient de la différence des parallaxes de cet astre & du soleil ; ces taches, dont la parallaxe est la même que celle du soleil, doivent être beaucoup plus près de lui que Mercure ; mais puisqu'elles ont été cachées derriere cet astre trois jours de plus qu'elles n'en ont passé sur celui de son hémisphere qui nous est visible : il y a des auteurs qui concluent delà qu'elles n'adherent pas non-plus à la surface du soleil, mais qu'elles en sont un peu éloignées ; mais il est d'autres auteurs qui ne sont point de cet avis, & qui croyent que les taches sont adhérentes à la surface du soleil. Voyez SOLEIL.
2°. Puisqu'elles naissent & disparoissent au-milieu du disque, & qu'elles subissent diverses altérations, eu égard à leur grandeur, à leur figure & à leurs densités ; on peut conclure delà qu'elle se forment & se dissolvent ensuite fort près du soleil, & que ce sont très-probablement des especes de nuages solaires formés des exhalaisons du soleil.
3°. Puis donc que les exhalaisons du soleil s'élevent de son corps, & se tiennent suspendues à une certaine hauteur de cet astre, il s'ensuit delà, selon les loix de l'hydrostatique, que le soleil doit être entouré de quelque fluide qui puisse porter ces exhalaisons vers en haut ; fluide qui comme notre atmosphere doit être plus dense vers le bas, & plus rare vers le haut ; & puisque les taches se dissolvent & disparoissent au milieu même du disque, il faut que la matiere qui les compose, c'est-à-dire, que les exhalaisons solaires retombent en cet endroit ; d'où il suit que c'est dans cet endroit que doivent naître les changemens de l'atmosphere du soleil, & par conséquent du soleil lui-même.
4°. Puisque la révolution des taches au-tour du soleil est très-réguliere, & que leur distance du soleil est ou nulle, ou au-moins très-petite, ce ne sont donc pas, à proprement parler, les taches qui se meuvent au-tour du soleil, mais c'est le soleil lui-même qui tournant au-tour de son axe, emporte avec lui les taches, soit qu'elles nagent sur la surface de cet astre, ou dans son atmosphere, & il arrive de-là que les taches, étant vues obliquement près du limbe, paroissent en cet endroit étroites & oblongues.
Les taches de la lune sont fixes : quelques-uns prétendent que ce sont les ombres des montagnes ou des endroits raboteux qui se trouvent dans le corps de la lune ; mais leur immobilité détruit cette opinion. L'opinion la plus générale & la plus probable est que les taches de la lune sont des mers, des lacs, des marais, &c. qui absorbent une partie des rayons du soleil, & ne nous en renvoyent qu'un petit nombre, de maniere qu'elles paroissent comme des taches obscures ; au-lieu que les parties terrestres refléchissent à cause de leur solidité, toute la lumiere qu'elles reçoivent, & ainsi paroissent parfaitement brillantes. M. Hartsoeker est d'un autre avis, & prétend que les taches de la lune, ou du-moins la plupart, sont des forêts, des petits bois, &c. dont les feuilles & les branches interceptent les rayons que la terre réfléchit, & les renvoye autre part.
Les astronomes comptent environ 48 taches sur la surface de la lune, à chacune desquelles ils ont donné un nom différent. La 21e est une des plus considérables, & est appellée Tycho.
Taches des Planetes. Les astronomes trouvent que les autres planetes ont aussi leurs taches. Jupiter, Mars & Venus en font voir de bien considérables quand on les regarde avec un télescope, & c'est par le mouvement de ces taches que nous concluons que les planetes tournent sur leur axe, de même que nous inférons le même mouvement dans le soleil, à cause du mouvement de ses taches.
Dans Jupiter, outre ces taches, nous voyons plusieurs bandes paralleles qui traversent son disque apparent. Voyez BANDES, PLANETES, SOLEIL, PHASES, &c. Wolf, & Chambers.
Le mouvement des taches du soleil est d'occident en orient, mais il ne se fait pas précisément dans le plan de l'orbite de la terre : ainsi l'axe au-tour duquel tourne le soleil n'est pas perpendiculaire à cet orbite. Si l'on fait passer par le cercle du soleil une ligne parallele à celle de l'orbite terrestre, on trouve que cette ligne fait avec l'axe du soleil un angle de 7 degrés ou environ : ainsi l'équateur du soleil, c'est-à-dire le cercle qui est également éloigné des deux extrêmités de son axe, ou de ses deux poles, fait un angle de 7 degrés avec l'équateur de la terre ; & si on imagine la ligne où ces deux plans se coupent, prolongés de part & d'autre jusqu'à la circonférence de l'orbite terrestre, lorsque la terre arrivera dans l'un ou l'autre de ces deux points diamétralement opposés, la trace apparente des taches observée sur la surface du soleil sera pour lors une ligne droite : ce qui est évident, puisque l'oeil est alors dans le plan où se fait leur vrai mouvement : mais dans toute autre situation de la terre sur son orbite, l'équateur solaire sera tantôt élevé au-dessus de notre oeil, & tantôt abaissé, & pour lors la trace apparente des taches observées sur le soleil, sera une ligne courbe.
Si dans un corps aussi lumineux que le soleil il y a différentes matieres, dont la plus épaisse ou la plus grossiere forme les taches qui l'obscurcissent, on ne doit pas être étonné si les planetes qui sont opaques, contiennent aussi des parties solides & fluides qui réflechissent une lumiere plus ou moins vive, & qui l'absorbent presqu'entierement. La surface de toutes les planetes doit donc nous paroître couverte d'une infinité de taches, & c'est aussi ce qu'on a reconnu, soit à la vue simple, soit avec des lunettes. Inst. Astron. (O)
TACHE de naissance, (Physiol.) un nombre infini d'arteres & de veines aboutissent à la peau. Leurs extrêmités réunies y forment un lacis recouvert par l'épiderme. Dans leur état naturel, ces extrêmités des vaisseaux sanguins, ne laissent presque passer que la portion séreuse du sang, la partie rouge continue sa route par d'autres vaisseaux dont le diametre est plus grand ; mais les vaisseaux qui forment le lacis peuvent acquérir plus de diametre, donner un libre passage à la partie rouge du sang, devenir variqueux, & par conséquent causer sur la peau une élévation variqueuse, qui paroîtra rouge & bleuâtre, selon que dans cette dilatation, les tuniques dont les vaisseaux sont composés, auront plus ou moins perdu de leur épaisseur.
Cet accident qui arrive quelquefois après la naissance, n'arrive que trop souvent sur le corps des enfans renfermés dans le sein de leur mere ; les vaisseaux peuvent être trop dilatés lors de la fécondation, & pour peu qu'ils ayent été portés au-delà de leur diametre, le mal va presque toujours en augmentant, parce que ce lacis vasculeux n'est contraint par aucune partie voisine. Delà vient que ces taches qu'on attribue faussement à l'imagination de la mere qui a desiré de boire du vin, ou sur qui on en a répandu, s'étendent, s'élevent, débordent au-dessus de la peau, & causent souvent une difformité considérable.
Ce lacis des vaisseaux est différemment disposé & figuré dans les divers endroits du corps. Il est tout autre sur la peau du visage qu'ailleurs ; il est même différent en divers endroits du visage ; on pourroit peut-être expliquer par-là pourquoi une partie du corps rougit plutôt qu'une autre.
C'est sans-doute par la raison de cette même différence, que les taches de vin sont plus fréquentes au visage que dans d'autres parties du corps, car une partie du corps ne rougit plus facilement qu'une autre, qu'autant que la partie rouge du sang y trouve un moindre obstacle à passer dans le lacis des vaisseaux. La rougeur se montre plus facilement au visage qu'ailleurs par cette même raison, ensorte qu'un effort léger qui ne produit rien sur une autre partie, produira sur le visage un effet sensible ; aussi quand on examine ces taches à l'aide d'un bon microscope, la dilatation des vaisseaux s'apperçoit clairement, & l'on y voit couler les parties du sang qui les colorent. (D.J.)
TACHE DU CRYSTALLIN, (Médecine) j'entends par tache du crystallin, une espece de cicatrice qui est communément blanche, qu'on remarque sur sa superficie, & qui blesse la vue.
Elle est le plus souvent la suite d'un très-petit abscès ou pustule qui se forme sur la superficie du crystallin, dont l'humeur étant en très-petite quantité & bénigne, se résout & se consomme, sans causer d'autre altération au crystallin, que celle du lieu où cette petite pustule se trouve ; & cet endroit du crystallin se cicatrise ensuite.
Dans son commencement, on la connoît par un nuage fort léger qui paroît sur le crystallin, & par le rapport du malade qui se plaint que sa vue est brouillée ; dans la suite ce nuage devient plus épais, & blanchit enfin.
On ne peut cependant dans les premiers mois assurer positivement que ce ne soit pas le commencement d'une cataracte, ou d'une ulcération ambulante du crystallin, parce qu'on ne peut juger de la nature de la pustule : mais quand après un, deux ou trois ans, cette tache reste dans le même état, on peut probablement assurer qu'elle y restera toute la vie.
Quand cette tache est blanche, on la voit aisément, & quand elle est noirâtre ou très-superficielle, on ne la peut distinguer ; mais on conjecture qu'elle y est par le rapport du malade.
Selon l'endroit que cette tache occupe, les malades semblent voir devant l'oeil, & en l'air, un nuage qui suit l'oeil en tous les lieux où la vue se porte.
Les malades en sont plus ou moins incommodés, suivant qu'elle est plus grande, ou plus petite, ou plus profonde, ou plus superficielle.
Les taches du crystallin ne s'effacent point, ainsi les remedes y sont inutiles : elles n'augmentent point, à-moins qu'elles ne s'ulcerent de nouveau ; & elles ne s'ulcerent pas, sans qu'il se fasse une nouvelle fluxion d'humeurs sur cette partie ; mais quand cela arrive, le crystallin s'ulcere quelquefois entierement, & il se forme ainsi une cataracte purulente, ou au-moins une mixte qui tient de la purulente. (D.J.)
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| TACHÉOGRAPHIE | S. f. (Littérat.) on appelloit ainsi chez les Romains l'art d'écrire aussi vîte que l'on parle, par le moyen de certaines notes dont chacune avoit sa signification particuliere & désignée. Dès que ce secret des notes eut été découvert, il fut bien-tôt perfectionné ; il devint une espece d'écriture courante, dont tout le monde avoit la clé, & à laquelle on exerçoit les jeunes gens. L'empereur Tite, au rapport de Suétone, s'y étoit rendu si habile, qu'il se faisoit un plaisir d'y défier ses secrétaires mêmes. Ceux qui en faisoient une profession particuliere, s'appelloient en grec , & en latin notarii. Il y avoit à Rome peu de particuliers qui n'eussent quelque esclave ou affranchi exercé dans ce genre d'écrire. Pline le jeune en menoit toujours un dans ses voyages. Ils recueilloient ainsi les harangues qui se faisoient en public.
Plutarque attribue à Cicéron l'art d'écrire en notes abregées, & d'exprimer plusieurs mots par un seul caractere. Il enseigna cet art à Tiron son affranchi ; ce fut dans l'affaire de Catilina qu'il mit en usage cette invention utile, que nous ignorons en France, & dont les Anglois ont perfectionné l'idée, l'usage & la méthode dans leur langue. Comme Caton d'Utique ne donnoit aucune de ses belles harangues, Cicéron voulut s'en procurer quelques-unes. Pour y réussir, il plaça dans différens endroits du sénat deux ou trois personnes qu'il avoit stylées lui-même dans l'art tachéographique, & par ce moyen il eut, & nous a conservé le fameux discours que Caton prononça contre César, & que Salluste a inséré dans son histoire de Catilina : c'est le seul morceau d'éloquence qui nous reste de ce grand homme. (D.J.)
L'art tachéographique est encore en usage en Angleterre.
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| TACHI-VOLICATI | (Géogr. mod.) bourg de Grece dans la Macédoine ; Nardus croit que c'est l'ancienne Gyrtone. (D.J.)
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| TACHOSA | (Géog. mod.) riviere d'Asie, dans le Turquestan ; elle se jette dans le Sihun, & les villes de Casba & de Tescan, sont situées à son embouchure. (D.J.)
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| TACHUACHE | S. m. (Hist. nat. Botan.) c'est le nom sous lequel les Indiens de quelques parties de la nouvelle Espagne désignent la plante appellée méchoacan. Voyez cet article.
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| TACHYGRAPHIE | S. f. (Littérat.) la tachygraphie ou tachéographie, parole composée de mots grecs , vîte, & , écriture, est l'art d'écrire avec rapidité & par notes ; elle est aussi quelquefois nommée brachygraphie de , court, & , j'écris, en ce que pour écrire rapidement, il faut se servir de manieres abregées.
Aussi les Anglois qui sont ceux de tous les peuples du monde qui s'en servent le plus généralement & y ont fait le plus de progrès, l'appellent-ils de ce nom short-hand, main brieve, courte écriture ou écriture abregée.
Herman Hugo dans son traité, de primo scrib. origin. en attribue l'invention aux Hébreux, fondé sur ce passage du pseaume xliv. Lingua mea calamus scribae velociter scribentis. Mais nous ferons voir, en parlant du notariacon, que leurs abréviations sont beaucoup plus modernes, purement Chaldaïques, & inventées par les rabbins, long-tems après la destruction de Jérusalem.
Cependant les anciens n'ignoroient point cet art. Sans remonter aux Egyptiens, dont les hiéroglyphes étoient plutôt des symboles qui représentoient des êtres moraux, sous l'image & les propriétés d'un être physique. Nous trouvons chez les Grecs des tachéographes & semmeiographes, comme on le peut voir en Diogene Laërce & autres auteurs, quoiqu'à raison des notes ou caracteres singuliers dont ils étoient obligés de se servir, on les ait assez généralement confondus avec les cryptographes.
Les Romains qui avec les dépouilles de la Grece transporterent les arts en Italie, adopterent ce genre d'écriture, & cela principalement, parce que souvent les discours des sénateurs étoient mal rapportés & encore plus mal interprétés, ce qui occasionnoit de la confusion & des débats en allant aux voix.
C'est sous le consultat de Cicéron qu'on en voit les premieres traces. Tiron, un de ses affranchis, prit mot à mot la harangue que Caton prononçoit contre Catilina ; Plutarque ajoute qu'on ne connoissoit point encore ceux qui depuis ont été appellés notaires, & que c'est le premier exemple de cette nature.
Paul Diacre, cependant attribue l'invention des premiers 1100 caracteres à Ennius, & dit que Tiron ne fit qu'étendre & perfectionner cette science.
Auguste charmé de cette découverte, destina plusieurs de ses affranchis à cet exercice ; leur unique emploi étoit de retrouver des notes. Il falloit même qu'elles fussent fort arbitraires & dans le goût de celles des Chinois, puisqu'elles excédoient le nombre de cinq mille.
L'histoire nous a conservé le nom de quelques-uns de ces tachygraphes, tels que Perunius, Pilargirus, Faunius & Aquila, affranchis de Mécene.
Enfin Séneque y mit la derniere main en les rédigeant par ordre alphabétique en forme de dictionnaire ; aussi furent-elles appellées dans la suite les notes de Tiron & de Séneque.
Nous remarquerons à ce sujet contre l'opinion des savans, que les caracteres employés dans le pseautier, que Tritheme trouva à Strasbourg, & dont il donne un échantillon à la fin de sa polygraphie, ne sauroient être ceux de Tiron, non plus que le manuscrit qu'on fait voir au Mont Cassin, sous le nom de caracteres de Tiro. Ceci saute aux yeux, lorsqu'on examine combien ces caracteres sont composés, arbitraires, longs & difficiles à tracer, au-lieu que Plutarque dit expressément en parlant de la harangue de Caton.
Hanc solam orationem Catonis servatam ferunt Cicerone consule velocissimos scriptores deponente at docente, ut per signa quaedam & parvas brevesque notas multarum litterarum vim habentes dicta colligerent : c'est-à-dire qu'elle fut prise à l'aide de courtes notes, ayant la puissance ou valeur de plusieurs lettres. Or dans les figures que nous en a conservé Gruter, la particule ex, par exemple, exprimée par plus de 70 signes différens, tous beaucoup plus composés, plus difficiles, & par conséquent plus longs à écrire que la proposition même. Ces vers d'Ausone, au contraire, font voir qu'un seul point exprimoit une parole entiere.
Quâ multa fandi copia
Punctis peracta singulis
Ut una vox absolvitur.
Ou cependant punctis doit se prendre en général pour des signes ou caracteres abregés dont plusieurs à la vérité n'étoient que de simples points, comme on verra plus bas dans l'hymne sur la mort de S. Cassien.
On peut donc hardiment conclure d'après ces autorités, que les notes qu'on nous donne pour être de Tiro, & celles imprimées sous le titre de, de notis ciceronianis, ne sont point les notes de Tiro, ou au-moins celles à l'aide desquelles cet affranchi a écrit la harangue de Caton.
Mais comme la Tachygraphie est une espece de cryptographie, il se pourroit très-bien que Tiro eût travaillé en l'un & l'autre genre, & que ce fut ces derniers caracteres qui nous eussent été conservés.
Ce qui paroît appuyer cette conjecture est un passage du maître de Tiro ; Ciceron à Atticus, liv. XIII. ép. xxxij. dit lui avoir écrit en chiffre : Et quod ad te decem legatis scripsi parùm intellexisti credo, quia scripseram.
Saint Cyprien ajouta depuis de nouvelles notes à celles de Séneque, & accommoda le tout à l'usage du Christianisme, pour me servir de l'expression de Vigenere qui dans son traité des chiffres, ajoute que c'est une profonde mer de confusion, & une vraie gêne de la mémoire comme chose laborieuse infiniment.
En effet, de retenir cinq ou six mille notes, presque toutes arbitraires, & les placer sur le champ, doit être un très-laborieux & très-difficile exercice. Aussi avoit-on des maîtres ou professeurs en Tachygraphie, témoin l'hymne de Prudence sur la mort de S. Cassien martyrisé à coups de stile par ses écoliers.
Praefuerat studiis puerilibus, & grege multo.
Septus magister litterarum sederat
Verba notis brevibus comprendere cuncta peritus,
Raptìmque punctis dicta praepetibus sequi.
Et quelques vers après,
Reddibus ecce tibi tam millia multa notarum,
Quam stando, flendo, te docente excepimus.
Non potes irasci, quod scribimus ipse jubebas,
Nunquam quietum dextera ut ferret stilum :
Non petimus toties, te praeceptore, negatas,
Avare doctor, jam scholarum ferias.
Pangere puncta libet, sulcisque intexere sulcos,
Flexas catenis impedire virgulas.
Lib. . Hymn. IX.
Ceux qui exerçoient cet art, s'appelloient cursores (coureurs), quia notis cursìm verba expediebant, à cause de la rapidité avec laquelle ils traçoient le discours sur le papier ; & c'est vraisemblablement l'origine du nom que nous donnons à une sorte d'écriture que nous appellons courante, terme adopté dans le même sens par les Anglois, Italiens, &c.
Ces cursores ont été nommés depuis notarii, à cause des notes dont ils se servoient, & c'est l'origine des notaires, dont l'usage principal dans les premiers siecles de l'Eglise, étoit de transcrire les sermons, discours ou homélies des évêques. Eusebe, dans son Histoire ecclésiastique, rapporte qu'Origènes souffrit à l'âge de soixante ans, que des notaires écrivissent ses discours, ce qu'il n'avoit jamais voulu permettre auparavant.
S. Augustin dit dans sa CLXIIIme épître, qu'il auroit souhaité que les notaires présens à ses discours, eussent voulu les écrire ; mais que comme pour des raisons à lui inconnues, ils s'y refusoient, quelques-uns des freres qui y assistoient, quoique moins expéditifs que les notaires, s'en étoient acquités.
Et dans l'épître CLII, il parle de huit notaires assistans à ses discours ; quatre de sa part, & quatre nommés par d'autres, qui se relayoient, & écrivoient deux à deux, afin qu'il n'y eût rien d'obmis ni rien d'altéré de ce qu'il proferoit.
S. Jérôme avoit quatre notaires & six libraires : les premiers écrivoient sous sa dictée par notes, & les seconds transcrivoient au long en lettres ordinaires ; telle est l'origine des libraires.
Enfin, le pape Fabien jugeant l'écriture des notaires trop obscure pour l'usage ordinaire, ajouta aux sept notaires apostoliques sept soudiacres, pour transcrire au long ce que les notes contenoient par abréviations.
Ceux qui voudront connoître plus particulierement leurs fonctions & distinctions, pourront recourir à l'article NOTAIRE.
Il paroît par la 44 me novelle de Justinien, que les contrats d'abord minutés en caracteres & abregés par les notaires ou écrivains des tabellions, n'étoient obligatoires que lorsque les tabellions avoient transcrit en toutes lettres ce que les notaires avoient tracé tachygraphiquement. Enfin il fut défendu par le même empereur, d'en faire du-tout usage à l'avenir dans les écritures publiques, à cause de l'équivoque qui pouvoit naître par la ressemblance des signes.
Le peu de littérature des siecles suivans les fit tellement tomber dans l'oubli, que le pseautier tachygraphique cité par Tritheme, étoit intitulé dans le catalogue du couvent, pseautier en langue arménienne. Ce pseautier, à ce que l'on prétend, se conserve actuellement dans la bibliotheque de Brunswick.
Il nous reste à parler d'un autre genre de Tachygraphie qui s'opere par le retranchement de quelques lettres, soit des voyelles comme dans l'hébreu, & supprimant quelquefois des consonnes ; ce qui est assez suivi par ceux qui écrivent dans les classes, comme sed. pour secundùm, &c. sur quoi on peut voir l'article ABREVIATION.
De cette espece est le notariacon, troisieme partie de la cabale judaïque, qui consiste à ne mettre qu'une lettre pour chaque mot. Les rabbins le distinguent en rasche theboth, chefs de dictions, lorsque c'est la lettre initiale, & sophe theboth, fin des mots, lorsque c'est la derniere.
Ils en composent aussi des paroles techniques & barbares, comme par exemple, ramban pour rabbi ; moïse bar Maiemon, c'est-à-dire, fils de Maiemon. Ceux qui voudront connoître plus particulierement ces abréviations, en trouveront plus de mille au commencement de la Bibliotheque rabbinique de Buxtorf : ils peuvent aussi consulter les Recueils de Mercerus, David de Pomis & Schinder. Les rabbins cabalistiques vont bien plus loin : ils prétendent que presque toute l'Ecriture sainte est susceptible de cette interprétation, & qu'en cela & la gémare consiste la vraie intelligence ou l'esprit de la loi.
Ainsi dans la premiere parole de la Genese, au commencement, ils ont trouvé : bara rackia-ares schamaim jam theomoth, il créa au commencement les cieux & la terre & l'abîme.
Il est facile d'appercevoir que le but des rabbins, par ces interprétations forcées, étoit d'éluder les passages les plus formels des prophetes sur l'avénement du Messie ; prophéties accomplies littéralement dans la personne de Jesus-Christ.
Les Grecs ont ainsi trouvé dans le nom d'Adam les quatres parties du monde, , orient, , occident ; , nord ; , midi ; & il y a beaucoup d'apparence que le fameux abraxadabra & autres noms barbares qui se trouvent sur les talismans & autres monumens des bassilidiens & gnostiques, noms qui ont donné la torture à tant de savans, ne sont que des mots techniques qui renferment plusieurs paroles. Ce qui donne plus de probabilité à cette conjecture, est qu'un grand nombre de caracteres qui se trouvent sur les talismans & dans les oeuvres des démonographes sont visiblement des monogrammes. On voit dans Agrippa les noms des anges Michaël, Gabriel, & Raphaël, exprimés de cette maniere & à l'aide de la figure quadrilinéaire ou chambrée, rapportée par le même auteur.
On en peut résoudre un très-grand nombre en leurs lettres constituantes. Il ne seroit donc pas surprenant que ceux qui se sont étudiés à combiner tous les élémens d'un mot dans une seule lettre, eussent réuni les lettres initiales dans une seule parole.
Les Romains se servoient aussi de lettres initiales pour désigner certaines formules usitées dans les inscriptions long-tems avant Cicéron, comme S. P. Q. R. pour senatus populusque romanus ; D. M. dis manibus, &c. dont Gruter nous a donné une ample collection dans son traité de Inscriptionibus veterum. On peut aussi consulter Mabillon de re diplomaticâ, ainsi que Sertorius, Ursatus, Valerius-Probus, Goltzius, qui nous ont laissé des catalogues d'abréviations usitées dans les inscriptions, les médailles & les procédures. Cet usage qui ne laisse pas de charger la mémoire, & ne s'étend qu'à un petit nombre des mots ou formules, a lieu dans presque toutes les langues. Voyez ABREVIATION.
Quant aux caracteres tachygraphiques qui sont plus immédiatement de notre sujet, il y en a d'universels : tels sont les caracteres numériques, algébriques, astronomiques chimiques, & ceux de la Musique, dont on peut voir les exemples sous leurs articles respectifs & particuliers, telles sont l'écriture chinoise, quelques traités françois manuscrits à la bibliotheque du roi, & la tachygraphie angloise.
Les anglois enfin, ont perfectionné ce genre d'écriture ; & c'est parmi eux ce que peut-être étoit l' chez les Egyptiens : ils l'ont poussé au point de suivre facilement l'orateur le plus rapide ; & c'est de cette façon qu'on recueille les dépositions des témoins dans les procès célebres, les harangues dans les chambres du parlement, les discours des prédicateurs, &c. de sorte qu'on n'y peut rien dire impunément même dans une compagnie, pour peu que quelqu'un se donne la peine de recueillir les paroles.
Cet art y est fondé sur les principes de la langue & de la Grammaire ; ils se servent pour cet effet d'un alphabet particulier, composé des signes les plus simples pour les lettres qui s'emploient le plus fréquemment, & de plus composés pour celles qui ne paroissent que rarement.
Ces caracteres se peuvent aussi très-facilement unir les uns aux autres, & former ainsi des monogrammes qui expriment souvent toute une parole ; tels sont les élémens des tachéographes anglois, qui depuis un siecle & demi ont donné une quarantaine de méthodes, dont nous donnons le titre des principales au-bas de cet article. Elles se trouvent actuellement réduites à deux, qui sont les seules usitées aujourd'hui ; savoir celle de Macaulay & celle de Weston ; nous nous bornerons à donner ici une légere idée de la méthode de ce dernier, comme la plus généralement suivie, & parce qu'on trouve plusieurs livres imprimés dans ses caracteres ; entre autres, une grammaire, un dictionnaire, les pseaumes, le nouveau-Testament, & plusieurs livres l'église.
Le docteur Wilkins & quelques autres, vouloient à l'aide de ce genre d'écriture, former un langage ou plutôt une écriture universelle, c'est-à-dire, que le méme caractere qui signifie cheval, le françois le lût cheval ; l'anglois, horse ; l'allemand, pferd ; l'italien, cavallo ; le latin, equus ; & ainsi des autres.
Mais en outre, la différence de construction dans les différentes langues qui seroit un grand obstacle, & la forme des verbes auxiliaires qui dans l'allemand & l'anglois, different totalement de celle usitée en françois & en latin, on tomberoit dans l'inconvénient de la méthode de Tiro, qui requéroit presque autant de signes différens qu'il y avoit d'objets à présenter. Un anglois, par exemple, n'aura pas de peine à comprendre que n signifie horse, parce que ce signe est composé de la particule or suivi d'une s, c'est-à-dire, les trois seules lettres qui se prononcent, l'h tenant lieu d'une simple aspiration, & l'e muet final ne servant qu'à prolonger le son ; mais ces trois lettres orz ne communiquent à aucune autre nation l'idée d'un cheval.
En attendant qu'on trouve quelque chose de mieux, il y auroit peut-être une méthode simple & facile à proposer, à l'aide de laquelle, sur le champ, & sans étude, un chacun pourroit se faire entendre, & entendre les autres, sans savoir d'autres langues que la sienne.
Il s'agiroit de numéroter les articles d'un dictionnaire en un idiome quelconque, & que chaque peuple mît le même chiffre après le même terme dans leurs dictionnaires respectifs. Ces dictionnaires devroient être composés de deux parties ; l'une à l'ordinaire, suivant l'ordre alphabétique ; l'autre, suivant l'ordre numérique.
Ainsi je suppose un françois à Londres ou à Rome, qui voudroit dire je viendrai demain ; ignorant la langue du pays, il cherchera dans la partie alphabétique de son dictionnaire je, que je suppose comme premiere personne désignée par le n °. 1. venir, par 2800, demain, par 664.
Il écrira 1. 664. 2800, l'anglois ou l'italien cherchant suivant l'ordre numérique, liront, J come tomorrou, jo venire domani.
Et répondront par d'autres chiffres, dont le françois trouvera l'explication en cherchant le numéro.
Je n'ai mis ici que l'infinitif du verbe pour suivre l'ordre des dictionnaires ; mais il seroit aisé d'y ajouter un signe ou point qui en déterminât le tems.
Nous avons aussi quelques auteurs françois qui se sont exercés sur la Tachygraphie ; telle est la plume volante, & quelques manuscrits dans la bibliotheque du roi ; mais ils ne se sont point appliqués à simplifier leurs signes, ni à en généraliser l'usage, ni n'ont donnés cette attention suffisante au génie de la langue ; & au lieu de recourir aux racines de l'idiome, ils se sont pris aux branches.
Il ne seroit cependant pas impossible de rendre à la langue françoise le même service qu'à l'angloise ; ce seroit une très-grande obligation que le public auroit à messieurs de l'académie françoise, si à la suite de leur dictionnaire, ils compiloient une méthode facile & analogue à la langue. Il ne faut cependant pas se flatter qu'elle puisse être aussi simple, ni consister en aussi peu de caracteres que pour l'anglois, qui n'ayant point de genre, le même article exprime le masculin & le féminin, & le singulier & le pluriel. De plus, les terminaisons des verbes auxiliaires ne variant guere que dans le présent, occasionne une bien plus grande facilité.
La méthode de Weston est fondée sur cinq principes.
1°. La simplicité des caracteres.
2°. La facilité de les joindre, insérer, & combiner les uns aux autres.
3°. Les monogrammes.
4°. La suppression totale des voyelles, comme dans les langues orientales.
5°. D'écrire comme l'on prononce ; ce qui évite les aspirations, les lettres doubles & lettres muettes. Les caracteres sont en tout au nombre de 72, dont 26 comprennent l'alphabet, y ayant quelques lettres qui s'écrivent de différentes façons, suivant les circonstances ; & cela pour éviter les équivoques que la combinaison pourroit faire naître. Les 46 caracteres restans sont pour les articles, pronoms, commencemens, & terminaisons qui se répetent fréquemment, & pour quelques adverbes & propositions.
Pour se rendre cette méthode familiere, on commence par écrire en entier les paroles dans le nouveau caractere, à l'exception des voyelles que l'on supprime ; mais le lieu où commence la lettre suivante l'indique, c'est-à-dire, si le commencement de cette lettre est au niveau du haut de la lettre précédente, cela marque la voyelle a ; si c'est au pié, c'est un u ; si c'est au milieu, c'est un i ; un peu plus haut ou un peu plus bas désigne l'e & l'o.
On croiroit d'abord que cette précision de placer les lettres empêcheroit d'aller vîte ; mais cela ne retarde aucunement ; car le sens fournit naturellement la voyelle au lecteur comme dans les lettres missives ou phrases, dont la plûpart des élémens pris séparément, pourroient à peine se déchiffrer ; ce qui n'empêche pas qu'on n'en lise la totalité très-vîte.
Comme rien ne nuit davantage à la célérité de l'écriture que de détacher la plume de dessus le papier, la personne se joint au verbe, comme dans l'hébreu celui-ci est uni inséparablement avec son verbe auxiliaire, & ordinairement avec son adverbe ; ce qui loin d'apporter de la confusion, donne de la clarté, en ce que par l'étendue & forme de ce grouppe de caracteres, on voit tout-d'un-coup que c'est un verbe dans un tems composé.
Quand on est parvenu à écrire ainsi couramment, on apprend les abréviations ; car chaque lettre isolée signifie un pronom, adverbe, ou proposition, &c.
Chaque union de deux lettres, ab, ac, ad, par exemple, en exprime aussi un mot relatif aux élémens qui la composent. Il y a aussi quelques autres regles d'abréviations générales, comme au lieu de répéter une parole ou une phrase, de tirer une ligne dessous ; quand une consonne se trouve répétée dans la même syllabe, de la faire plus grande, par exemple même, non-pape où l'm n, & le p, sont le double de leur grandeur naturelle, en ce qu'ils représentent deux m, deux n, deux p ; ceux-ci sont ordinairement des commencemens de mots, & en y ajoutant les terminaisons finales, on fait les paroles mémoire - nonain papauté | : ciseaux. Ainsi pour les terminaisons, toutes les paroles qui finissent en son ou en sion, s'expriment par un point dans la lettre, exemple, hameçon en le décomposant on trouve un a ^ & un m \ avec un point au milieu de l'a coction .
Les terminaisons ation, étion, ition, otion, ution, s'écrivent avec deux points placés à l'endroit de la voyelle, par exemple, nation : notion :
pétition passion, la marque du pluriel quand on l'exprime, se fait par un point derriere la derniere, exemple, passions. la terminaison ment, s'exprime par un t final redoublé, exemple, parlement sciemment, humainement : ces regles peuvent s'appliquer indifféremment à toutes les langues.
Nous avons dit que la Tachygraphie angloise n'exprime que les sons, sans avoir égard à l'orthographe, par exemple, si on veut écrire de cette façon en françois ils aiment, on retranche l'nt final comme superflu, dès que le verbe est précédé du signe de la troisieme personne du pluriel ; ce qui abrégeroit la parole d'un tiers, & feroit aime, comme on ne prononce dans cette parole que l'm seule, on écriroit en Tachygraphie ils m. De plus, comme pour former l'm, il faut 7 traits, savoir trois lignes droites, & quatre lignes courbes, & que l'm est fréquemment usité ; la Tachygraphie l'admet parmi ses caracteres simples, & réduit les sept lignes à une simple diagonale, & y joignant le caractéristique de la troisieme personne du pluriel, ils aiment, s'écriroit aussi en françois composé de deux traits, au lieu de 28 que nous employons. En anglois, ce seroit différent ; car aimer se disant to love, on se sert de l au lieu d'm ; & ils aiment s'écriroit ils aimoient , aima ntaimer / qui dérive du substantif love amosar, ainsi que amant loveless sans lovely amour aimable lovelyness, substantif d'aimable, & qui ne se pourroit rendre en françois que par le terme d'amabilité.
Quand on suit un orateur rapide, on peut supprimer entierement les articles qui se placent ensuite en relisant le discours.
Il y a apparence que l'écriture chinoise, où chaque parole s'exprime par un caractere particulier, n'est pas essentiellement différente de notre Tachygraphie, & que les 400 clés sont 400 caracteres élémentaires dont tous les autres sont formés, & dans lesquels ils peuvent se résoudre. En cela la Tachéographie angloise lui seroit fort préférable, à cause de son petit nombre de caracteres primitifs, qui par la même raison, doivent être infiniment moins composés que dans un plus grand nombre qui supposent nécessairement une multiplicité de traits.
Pour n'avoir rien à désirer sur cette matiere, il faut se procurer l'alphabet de Weston, avec ses 26 caracteres, & 46 abréviations, l'abrégé du dictionnaire & des regles, & y joindre l'oraison dominicale, le symbole des apôtres, & les dix commandemens écrits suivant ces principes.
En outre des méthodes de Weston & de Macaulay, on peut consulter les suivantes, qui ont eu cours en différens tems.
Steganographia, or the art of short writing, by Addy.
Willis's abbreviation, or writing by characters, London 1618.
Sheltons, art of short hand writing, Long. 1659.
Mercury, or the secret and swift messengers, by Wilkins, 1641.
Rich's short hand.
Masons, art of short writing. London 1672.
Easy method of short hand writing. Lond. 1681.
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| TACINA | (Géog. mod.) lieu d'Italie ; l'itinéraire d'Antonin le marque sur la route d'Equotuticum, à Rhegium, entre Meto & Scyllacium, à 24 milles du premier de ces lieux, & à 22 milles du second. Simler croit que Tacina pourroit être la même chose que le promontoire Lacinium. (D.J.)
TACINA, LA, (Géog. mod.) riviere d'Italie, au royaume de Naples, dans la Calabre ultérieure. Elle prend sa source vers les confins de la Calabre citérieure, & se perd dans le golfe de Squillace, où elle a son embouchure, entre celles du Nascaro & du Dragone-Rio. Tacina est le Targis ou Targines des anciens. (D.J.)
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| TACITA | S. f. (Mythol.) déesse du silence ; elle fut inventée par Numa-Pompilius, qui jugea cette divinité aussi nécessaire à l'établissement de son nouvel état, que la divinité qui fait parler. (D.J.)
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| TACITE | adj. (Gramm.) sous entendu, quoique non exprimé. On dit une condition tacite, un consentement tacite, une paix tacite, une clause tacite.
TACITE RECONDUCTION, (Jurisprud.) voyez ci-devant RECONDUCTION.
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| TACITURNE | (Gram.) il se dit du caractere de l'homme sombre, mélancolique, & gardant le silence. La taciturnité n'a jamais été prise pour une bonne qualité ; elle inspire l'éloignement ; elle renferme. Elle est si souvent la compagne de la méchanceté, ou du-moins de l'humeur, qu'où l'on remarque l'une, on suppose l'autre. On suppose que l'homme taciturne parleroit, s'il ne craignoit de se démasquer, & qu'il laisseroit voir au fond de son ame, s'il n'y receloit quelque chose de honteux ou de funeste. Ce n'est cependant quelquefois qu'une maladie, ou la suite d'une maladie. Il y a des nations taciturnes, des familles taciturnes ; on devient taciturne avec ceux qu'on craint.
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| TACITURNITÉ | S. f. (Morale) comme la nation Françoise est fort vive, & qu'elle aime beaucoup à parler, il lui a plû de prendre ce mot en mauvaise part ; & d'entendre par taciturnité, l'observation du silence, dont le seul principe est une humeur triste, sombre & chagrine ; mais nous n'adoptons pas cette idée vulgaire, parce qu'elle ne nous paroît pas trop philosophique.
La taciturnité, en latin taciturnitas dans Ciceron, est cette vertu de conversation qui consiste à garder le silence quand le bien commun le demande.
Les deux vices qui lui sont opposés dans l'excès, sont le trop parler lorsqu'il est nuisible, & le silence hors de saison, qui est préjudiciable à la communication qu'on doit faire de ses connoissances, & aux principaux services de la société humaine.
La parole étant le principal interprete de ce qui se passe en-dedans de notre ame ; & un signe dont l'usage est particulier au genre humain, la loi naturelle qui nous prescrit de donner à-propos des marques d'une sage bienveillance envers les autres, regle aussi la maniere dont nous devons user de ce signe, & en détermine les justes bornes. La taciturnité, par exemple, est requise, toutes les fois que le respect dû à la Divinité, à la religion établie, ou aux hommes mêmes qui sont nos supérieurs, exige de nous cette vertu. Elle est encore nécessaire quand il s'agit des secrets de l'état, de ceux qui regardent nos amis, notre famille, ou nous-mêmes, & qui sont de telle nature, que si l'on en découvroit, on causeroit du préjudice à quelqu'un ; sans que d'ailleurs en les cachant, on nuise au bien public. (D.J.)
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| TACODRUGITES | S. m. (Hist. ecclés.) nom de quelques hérétiques montanistes ; il leur fut donné d'une affectation de recueillement qui leur faisoit porter leur second doigt dans une narine, ou plutôt sur leurs levres, comme des harpocrates ; ensorte que ce doigt étoit comme le pivot du nez. On les appelloit par la même raison passalosnichites, phrygiastes & montanistes. Tacodrugites est formé de , pivot, & de , nez.
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| TAÇON | on donne ce nom aux jeunes saumons. Voyez SAUMON.
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| TACON | S. m. (Imprimerie) on appelle tacon les morceaux de la frisquette que l'Imprimeur y entaille, pour donner jour aux endroits de la forme qu'on veut imprimer en rouge, & qu'il colle sur le grand tympan, afin de voir si l'ouverture de la frisquette & les morceaux qu'on en a enlevés se rencontrent parfaitement. (D.J.)
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| TACRI | ou TECRIT, (Géog. mod.) & par M. de la Croix, Tecrite ; ville d'Asie, sur le Tigre, au voisinage de la ville de Bagdat. Tamerlan s'en rendit maître l'an 796. de l'Hégire. Long. selon les tables arabiques de Nassir-Eddin & d'Ulug-Beg, 78. 20. lat. 34. 30. (D.J.)
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| TACT | LE, (Physiol.) le tact, le toucher, l'atouchement, comme on voudra le nommer, est le plus sûr de tous les sens ; c'est lui qui rectifie tous les autres, dont les effets ne seroient souvent que des illusions, s'il ne venoit à leur secours ; c'est en conséquence le dernier retranchement de l'incrédulité. Il ajoute à cette qualité avantageuse, celle d'être la sensation la plus générale. Nous pouvions bien ne voir ou n'entendre, que par une petite portion de notre corps ; mais il nous falloit du sentiment dans toutes les parties pour n'être pas des automates, qu'on auroit démontés & détruits, sans que nous eussions pû nous en appercevoir, la nature y a pourvu : partout où se trouvent des nerfs & de la vie, on éprouve plus ou moins cette espece de sentiment. Il paroît même que cette sensation n'a pas besoin d'une organisation particuliere, & que la simple tissure solide du nerf lui est suffisante. Les parois d'une plaie fraîche, le périoste, ou un tendon découvert, ont un sentiment très-vif, quoiqu'ils n'ayent pas les houpes nerveuses qu'on observe à la peau : on diroit que la nature, obligée de faire une grande dépense en sensation du toucher, l'a établi à moins de fraix qu'il lui a été possible ; elle a fait ensorte que les houpes nerveuses ne fussent pas absolument nécessaires ; ainsi le sentiment du toucher est comme la base de toutes les autres sensations ; c'est le genre dont elles sont des especes plus parfaites.
Tous les solides nerveux animés de fluides, ont cette sensation générale ; mais les mamelons de la peau, ceux des doigts, par exemple, l'ont à un dégré de perfection qui ajoute au premier sentiment une sorte de discernement de la figure du corps touché. Les mamelons de la langue enchérissent encore sur ceux de la peau ; ceux du nez sur ceux de la langue, & toujours suivant la finesse de la sensation. Ce qui se dit des mamelons, n'exclut pas le reste du tissu nerveux, de la part qu'il a à la sensation. Les mamelons y ont plus de part que ce tissu dans certains organes, comme à la peau & à la langue ; dans d'autres, ils y ont moins de part, comme à la membrane pituitaire du nez qui fait l'organe de l'odorat. Enfin, ailleurs le tissu du solide nerveux fait presque seul l'organe, comme dans la vue ; ces différences viennent, de ce que chaque organe est proportionné à l'objet dont il reçoit l'impression.
Il étoit à-propos pour que le sentiment du toucher se fît parfaitement, que les nerfs formassent de petites éminences sensibles, parce que ces pyramides sont beaucoup plus propres qu'un tissu uniforme, à être ébranlées par la surface des corps. Le goût avoit besoins de boutons nerveux, qui fussent spongieux & imbibés de la salive, pour délayer, fondre les principes des saveurs, & leur donner entrée dans leur tissure, afin d'y mieux faire leur impression. La membrane pituitaire qui tapisse l'organe de l'odorat a son velouté, ses cornets & ses cellules, pour arrêter les vapeurs odorantes ; mais son objet étant subtil, elle n'avoit pas besoin ni de boutons, ni de pyramides grossieres. La choroïde a aussi son velouté noir pour absorber les images ; mais le fond de ce velours, fait pour recevoir des images, devoit être une membrane nerveuse, très-polie & très-sensible.
Nous appellons donc tact ou toucher, non pas seulement ce sens universel, dont il n'est presque aucune partie du corps qui soit parfaitement dépourvue ; mais sur-tout ce sens particulier, qui se fait au bout de la face interne des doigts, comme à son véritable organe. La douleur, la tension, la chaleur, le froid, les inégalités de la surface des corps se font sentir à tous les nerfs, tant intérieurement qu'extérieurement.
Le tact cause une douleur sourde dans les visceres, mais ce sentiment est exquis dans les nerfs changés en papilles, & en nature molle : ce tact n'a point une différente nature du précédent, il n'en differe que par degrés.
La peau quî est l'organe du toucher, présente un tissu de fibres, de nerfs & de vaisseaux merveilleusement entrelacés. Elle est collée sur toutes les parties qu'elle enveloppe par les vaisseaux sanguins, lymphatiques, nerveux ; &, pour l'ordinaire, par une couche de plusieurs feuillets très-minces, lesquels forment entr'eux des cellules, où les extrêmités artérielles, déposent une huile graisseuse ; aussi les anatomistes nomment ces couches de feuillets le tissu cellulaire ; c'est dans ce tissu que les bouchers introduisent de l'air quand ils soufflent leur viande, pour lui donner plus d'apparence.
La peau est faite de toutes ces parties mêmes qui l'attachent aux corps qui l'enveloppe. Ces feuillets, ces vaisseaux & ces nerfs capillaires sont appliqués les uns sur les autres, par la compression des eaux qui environnent le foetus dans le sein de la mere, & par celle de l'air lorsqu'il est né. Plusieurs de ces vaisseaux, creux d'abord, deviennent bien-tôt solides, & ils forment des fibres comme tendineuses, qui font avec les nerfs la principale tissure de cette toile épaisse. Les capillaires nerveux, après avoir concouru par leur entrelacement à la formation de la peau, se terminent à la surface externe ; là se dépouillant de leur premiere paroi, ils forment une espece de réseau : qu'on a nommé corps réticulaire. Ce réseau nerveux est déjà une machine fort propre à recevoir l'impression des objets ; mais l'extrêmité du nerf dépouillé de sa premiere tunique s'épanouit, & produit le mamelon nerveux ; celui-ci dominant sur le réseau est bien plus susceptible d'ébranlement, & par conséquent de sensation délicate. Une lymphe spiritueuse abreuve ces mamelons, leur donne de la souplesse, du ressort, & acheve par-là d'en faire un organe accompli.
Ces mamelons sont rangés sur une même ligne, & dans un certain ordre, qui constitue les sillons qu'on observe à la surpeau, & qui sont si visibles au bout des doigts, où ils se terminent en spirale. Quand ils y sont parvenus, Ils s'allongent suivant la longueur de cette partie, & ils s'unissent si étroitement, qu'ils forment les corps solides que nous appellons ongles.
Les capillaires sanguins, que nous appellons lymphatiques & huileux, qui entrent dans le tissu de la peau, s'y distribuent à-peu-près comme les nerfs ; leur entrelacement dans la peau forme le réseau vasculaire, leur épanouissement fait l'épiderme qui recouvre les mamelons, & qui leur est si nécessaire pour modérer l'impression des objets, & rendre parlà cette impression plus distincte. Enfin, les glandes situées sous la peau servent à abreuver les mamelons nerveux.
Il suit de ce détail, 1°. que l'organe corporel qui sert au toucher, est formé par des mamelons ou des houpes molles, pulpeuses, médullaires, nerveuses, muqueuses, veloutées, en un mot de diverses especes, infiniment variées en figure & en arrangement, produites par les nefs durs qui rampent sur la peau, lesquels s'y dépouillent de leurs membranes externes, & par-là deviennent très-mols, & conséquemment très-sensibles. Il suit 2°. que ces houpes sont humectées, & arrosées d'une liqueur très-fluide qui abonde sans cesse ; 3°. que cette membrane fine & solide qu'on appelle épiderme, leur prête des sillons, des sinuosités, où elles se tiennent cachées, & leur sert ainsi de défense, sans altérer leur sensibilité.
Ces houpes ont la vertu de se retirer sur elles-mêmes, & de ressortir. Malpighi qui a tant éclairci la matiere que nous traitons, a dit une fois qu'en examinant au microscope les extrêmités des doigts d'un homme délicat à un air chaud, il vit sortir les houpes nerveuses des sillons de l'épiderme, qui sembloient vouloir toucher & prendre exactement quelque chose au bout du doigt. Mais ailleurs le même Malpighi ne paroissant pas bien certain de ce qu'il avoit vu, révoque presque en doute cette expérience. Il est probable cependant que ces houpes s'élevent, comme il arrive dans le bout du téton, qui s'étend par le chatouillement. Quand on présente des sucreries à un enfant qui les aime, & qu'on lui fait tirer la langue devant un miroir, on y voit de toutes parts s'élever de petits tubercules. Le limaçon en se promenant fait sortir ses cornes, à la pointe desquelles sont ses yeux, qui n'apperçoivent jamais de corps durs, sans que le craintif animal n'entre dans sa coquille. Nos houpes en petit sortent comme les cornes du limaçon en grand ; ainsi, l'impression que les corps font sur les houpes de la peau, constitue le tact, qui consiste en ce que l'extrêmité du doigt étant appliquée à l'objet qu'on veut toucher, les houpes présentent leur surface à cet objet, & le frottent doucement.
Je dis d'abord que l'extrêmité des doigts doit être appliquée à l'objet qu'on veut toucher ; j'entens ici les doigts de la main plutôt que du pié ; cependant le tact se feroit presque aussi-bien avec le pié qu'avec la main, si les doigts du pié étoient plus flexibles, plus séparés, plus exercés, & s'ils n'étoient pas encore racornis par le marcher, le poids du corps & la chaussure. J'ajoute, que les houpes présentent leur surface à l'objet, parce qu'en quelque sorte, semblables à ces animaux qui dressent l'oreille pour écouter, elles s'élevent comme pour juger de l'objet qu'elles touchent. Je dis enfin que ces houpes frottent doucement leur surface contre celle de l'objet, parce que le tact est la résistance du corps qu'on touche. Si cette résistance est médiocre, le toucher en est clair & distinct ; si elle nous heurte vivement, on sent de la douleur sans toucher, à proprement parler : c'est ainsi que lorsque le doigt est excorié, nous ne distinguons point les qualités du corps, nous souffrons de leur attouchement : or, suivant la nature de cet attouchement, il se communique à ces houpes nerveuses un certain mouvement dont l'effet propagé jusqu'au sensorium commune, excite l'idée de chaud, de froid, de tiede, d'humide, de sec, de mol, de dur, de poli, de raboteux, de figuré, d'un corps mû ou en repos, proche ou éloigné. L'idée de chatouillement, de démangeaison, & le plaisir naissent d'un ébranlement leger ; la douleur d'un tiraillement, d'un déchirement des houpes.
L'objet du toucher est donc de tout corps qui a assez de consistance & de solidité pour ébranler la surface de notre peau ; & alors le sens qui en procede nous découvre les qualités de ce corps, c'est-à-dire sa figure, sa dureté, sa molesse, son mouvement, sa distance, le chaud, le froid, le tiede, le sec, l'humide, le fluide, le solide, &c.
Ce sens distingue avec facilité le mouvement des corps, parce que ce mouvement n'est qu'un changement de surface, & c'est par cette raison qu'il s'apperçoit du poli, du raboteux, & autres degrés d'inégalité des corps.
Il juge aussi de leur distance ; bonne & belle observation de Descartes ! Ce philosophe parle d'un aveugle, ou de quelqu'un mis dans un lieu fort obscur, qui distinguoit les corps proches ou éloignés, pourvu qu'il eût les mains armées de deux bâtons en croix, dont les pointes répondissent au corps qu'on lui présentoit.
L'homme est né ce semble, avec quelque espece de trigonométrie. On peut regarder le corps de cet aveugle, comme la base du triangle, les bâtons comme ses côtés, & son esprit, comme pouvant conclure du grand angle du sommet, à la proximité du corps ; & de son éloignement, par la petitesse du même angle. Cela n'est pas surprenant aux yeux de ces géometres, qui maniant la sublime géométrie avec une extrême facilité, savent mesurer les efforts des sauts, la force de l'action des muscles, les degrés de la voix, & les tacts des instrumens de musique.
Enfin le sens du toucher discerne parfaitement le chaud, le froid & le tiede. Nous appellons tiede, ce qui n'a pas plus de chaleur que le corps humain, réservant le nom de chaud & de froid, à ce qui est plus ou moins chaud que lui.
Quoique tout le corps humain sente la chaleur, ce sentiment se fait mieux par-tout où il y a plus de houpes & de nerfs, comme à la pointe de la langue & des doigts.
La sensation du chaud ou de la chaleur est une sorte d'ébranlement léger des parties nerveuses, & un épanouissement de nos solides & de nos fluides, produit par l'action modérée d'une médiocre quantité de la matiere, qui compose le feu ou le principe de la chaleur, soit naturelle, soit artificielle. Quand cette matiere est en plus grande quantité, ou plus agitée ; alors au-lieu d'épanouir nos solides & nos liqueurs, elle les brise, les dissout, & cette action violente fait la brûlure.
La sensation du froid au contraire, est une espece de resserrement dans les mamelons nerveux, & en général dans tous nos solides, & une condensation ou défaut de mouvement dans nos fluides, causé ou par l'attouchement d'un corps froid, ou par quelqu'autre accident qui supprime le mouvement de notre propre feu naturel. On conçoit que nos fluides étant fixés ou ralentis par quelqu'une de ces deux causes, les mamelons nerveux doivent se resserrer ; & c'est ce resserrement, qui est le principe de tous les effets du froid sur le corps humain.
Le sens du toucher nous donne aussi les sensations différentes du fluide & du solide. Un fluide differe d'un solide, parce qu'il n'a aucune partie assez grosse pour que nous puissions la saisir & la toucher, par différens côtés à la fois ; c'est ce qui fait que les fluides sont liquides ; les particules qui le composent ne peuvent être touchées par les particules voisines, que dans un point, ou dans un si petit nombre de points, qu'aucune partie ne peut avoir d'adhérence avec une autre partie. Les corps solides réduits en poudre, mais impalpable, ne perdent pas absolument leur solidité, parce que les parties se touchant de plusieurs côtés, conservent de l'adhérence entr'elles. Aussi peut-on en faire des petites masses, & les serrer pour en palper une plus grande quantité à-la-fois. Or par le tact on discerne parfaitement les especes qu'on peut réunir, serrer, manier avec les autres ; ainsi le tact distingue par ce moyen les solides des fluides, la glace de l'eau.
Mais ce n'est pas tout-d'un-coup qu'on parvient à ce discernement. Le sens du toucher ne se développe qu'insensiblement, & par des habitudes réitérées. Nous apprenons à toucher, comme nous apprenons à voir, à entendre, à goûter. D'abord nous cherchons à toucher tout ce que nous voyons ; nous voulons toucher le soleil ; nous étendons nos bras pour embrasser l'horison ; nous ne trouvons que le vuide des airs. Peu-à-peu nos yeux guident nos mains ; & après une infinité d'épreuves, nous acquérons la connoissance des qualités des corps, c'est-à-dire, la connoissance de leur figure, de leur dureté, de leur mollesse, &c.
Enfin le sens du toucher peut faire quelquefois, pour ainsi dire, la fonction des yeux, en jugeant des distances, & réparant à cet égard en quelque façon chez des aveugles, la perte de leur vue. Mais il ne faut pas s'imaginer que l'art du toucher s'étende jusqu'au discernement des couleurs, comme on le rapporte dans la république des lettres (Juin 1685) d'un certain organiste hollandois ; & comme Bartholin dans les acta medica Hafniensia, anno 1675, le raconte d'un autre artisan aveugle, qui, dit-il, discernoit toutes les couleurs au seul tact. On lit encore dans Aldrovandi, qu'un nommé Ganibasius, natif de Volterre & bon sculpteur, étant devenu aveugle à l'âge de 20 ans, s'avisa, après un repos de 10 années, d'essayer ce qu'il pourroit produire de son art, & qu'il fit à Rome une statue de plâtre qui ressembloit parfaitement à Urbain VIII. Mais il n'est pas possible à un aveugle, quelque vive que soit son imagination, quelque délicat qu'il ait le tact, quelque soin qu'il se donne à sentir avec ses doigts les inégalités d'un visage, de se former une idée juste de la figure de l'objet, & d'exécuter ensuite la ressemblance de l'original.
Après avoir établi quel est l'organe du toucher, la texture de cet organe, son méchanisme, l'objet de ce sens, son étendue, & ses bornes, il nous sera facile d'expliquer les faits suivans.
1°. Pourquoi l'action du toucher est douloureuse, quand l'épiderme est ratissée, macérée ou brûlée : c'est ce qu'on éprouve après la chûte des ongles, après celle de l'épiderme causée par des fievres ardentes, par la brûlure, & dans le gerse des levres, dont est enlevé l'épithélion, suivant l'expression de Ruysch. Tout cela doit arriver, parce qu'alors les nerfs étant trop à découvert, & par conséquent trop sensibles, le tact se fait avec trop de force. Il paroît que la nature a voulu parer à cet inconvénient, en mettant une tunique sur tous les organes de nos sensations.
2°. Pourquoi le tact est-il détruit, lorsque l'épiderme s'épaissit, se durcit, devient calleuse, ou est deshonorée par des cicatrices, &c. ? Par la raison que le toucher se fait mal quand on est ganté. Les cals font ici l'obstacle des gants : ce sont des lames, des couches, des feuillets de la peau, plusieurs fois appliqués les uns sur les autres par une violente compression, qui empêche l'impression des mamelons nerveux ; & ces cals se forment sur-tout dans les parties où la peau est épaisse, & serrée comme au creux de la main, ou la plante des piés. C'est à la faveur de ces cals, de ces tumeurs dures & insensibles, dans lesquels tous les nerfs & vaisseaux entamés sont détruits, qu'il y a des gens qui peuvent, sans se brûler, porter du fer fondu dans la main ; & des verriers manier impunément le verre brûlant. Charriere, Kaw & autres, ont fait la même observation dans les faiseurs d'ancres.
Plus le revêtement de la peau est dure & solide, moins le sentiment du toucher peut s'exercer ; plus la peau est fine & délicate, plus le sentiment est vif & exquis. Les femmes ont entr'autres avantages sur les hommes, celui d'avoir la peau plus fine, & par conséquent le toucher plus délicat. Le foetus dans le sein de la mere pourroit sentir par la délicatesse de sa peau, toutes les impressions extérieures ; mais comme il nage dans une liqueur, & que les liquides reçoivent & rompent l'action de toutes les causes qui peuvent occasionner des chocs ; il ne peut être blessé que rarement, & seulement par des corps ou des efforts très-violens. Il a donc fort peu, ou plutôt il n'a point d'exercice de la sensation du tact général, qui est commune à tout le corps ; comme il ne fait aucun usage de ses mains, il ne peut acquérir dans le sein de sa mere aucune connoissance de cette sensation particuliere qui est au bout des doigts. A peine est-il né, qu'on l'en prive encore par l'emmaillottement pendans six ou sept semaines, & qu'on lui ôte par-là le moyen d'acquérir de bonne heure les premieres notions de la forme des choses, comme si l'on avoit juré de retarder en lui le développement d'un sens important duquel toutes nos connoissances dépendent.
Par la raison que les cals empêchent l'action du toucher, la macération rend le toucher trop tendre en enlevant la surpeau ; c'est ce qu'éprouvent les jeunes blanchisseuses, en qui le savon amincit tellement l'épiderme, qu'il vient à leur causer un sentiment désagréable, parce que le tact des doigts se fait chez elles avec trop de force.
3°. Quelle est la cause de ce mouvement singulier & douloureux, de cette espece d'engourdissement que produit la torpille, quand on la touche ? C'est ce que nous indiquerons au mot TORPILLE. Mais pour ces engourdissemens universels qu'on observe quelquefois dans les filles hystériques, ce sont des phénomènes où le principe de tout le genre nerveux est attaqué, & qui sont très-difficiles à comprendre.
4°. D'où vient que les doigts sont le principal organe du toucher ? Ce n'est pas uniquement, répond l'auteur ingénieux de l'histoire naturelle de l'homme, parce qu'il y a une plus grande quantité de houpes nerveuses à l'extrêmité des doigts que dans les autres parties du corps ; c'est encore parce que la main est divisée en plusieurs parties toutes mobiles, toutes flexibles, toutes agissantes en même tems, & obéissantes à la volonté ; ensorte que par ce moyen les doigts seuls nous donnent des idées distinctes de la forme des corps. Le toucher parfait est un contact de superficie dans tous les points ; les doigts peuvent s'étendre, se raccourcir, se plier, se joindre & s'ajuster à toutes sortes de superficies, avantage qui suffit pour rendre dans leur réunion l'organe de ce sentiment exact & précis, qui est nécessaire pour nous donner l'idée de la forme des corps.
Si la main, continue M. de Buffon, avoit un plus grand nombre d'extrêmités, qu'elle fût, par exemple, divisée en vingt doigts, que ces doigts eussent un plus grand nombre d'articulations & de mouvemens, il n'est pas douteux que doués comme ils sont de houpes nerveuses, le sentiment de leur toucher ne fût infiniment plus parfait dans cette conformation qu'il ne l'est, parce que cette main pourroit alors s'appliquer beaucoup plus immédiatement & plus précisément sur les différentes surfaces des corps.
Supposons que la main fût divisée en une infinité de parties toutes mobiles & flexibles, & qui pussent toutes s'appliquer en même tems sur tous les points de la surface des corps, un pareil organe seroit une espece de géométrie universelle, si l'on peut s'exprimer ainsi, par le secours de laquelle nous aurions dans le moment même de l'attouchement, des idées précises de la figure des corps que nous pourrions manier, de l'égalité ou de la rudesse de leur surface, & de la différence même très-petite de ces figures.
Si au contraire la main étoit sans doigts, elle ne pourroit nous donner que des notions très-imparfaites de la forme des choses les plus palpables, & il nous faudroit beaucoup plus d'expérience & de tems que nous n'employons, pour acquérir la même connoissance des objets qui nous environnent. Mais la nature a pourvu suffisamment à nos besoins, en nous accordant les puissances de corps & d'esprit convenables à notre destination. Dites-moi quel seroit l'avantage d'un toucher plus étendu, plus délicat, plus raffiné, si toujours tremblans nous avions sans-cesse à craindre que les douleurs & les agonies ne s'introduisissent en nous par chaque pore ? C'est Pope qui fait cette belle réflexion dans le langage des dieux :
Say what the use, were finer senses given
And touch, if tremblingly alive all o'er
To smart and agonize at ev'ry pore ?
(D.J.)
TACT DES INSECTES, (Hist. nat.) la plupart des insectes semblent être doués d'un seul sens qui est celui du tact ; car ils ne paroissent pas avoir les organes des autres sens. Les limaçons, les écrevisses, les cancres se servent du toucher pour suppléer au défaut des yeux.
Ce sens unique & universel, quel qu'il soit dans les insectes, est sans comparaison plus fin & plus exquis que le nôtre. Quoiqu'il s'en trouve plusieurs qui ont l'usage de l'odorat, de la vue & de l'ouïe, il est aisé de comprendre que la délicatesse de leur tact peut suffire à toutes leurs connoissances ; l'exhalaison de la main qui s'avance pour prendre une mouche, peut recevoir par le mouvement une altération capable d'affecter cet insecte d'une maniere qui l'oblige à s'envoler. D'ailleurs on a lieu de douter qu'une mouche voie la main qui s'approche, parce que de quelque côté qu'on l'avance, elle sent également, & qu'il n'y a pas plus de facilité à la prendre par-derriere que par-devant. Quand un papillon se jette dans la flamme d'une chandelle, il y est peut-être plutôt attiré par la chaleur que par la lumiere ; enfin parmi les insectes qui excellent dans la subtilité du toucher, on doit compter les fourmis & les mouches ; je croirois même que la subtilité du tact de la mouche l'emporte sur celui de l'araignée ; en échange la mouche ne paroît avoir ni goût fin, ni odorat subtil. Il est du moins constant qu'on empoisonne les mouches avec de l'orpin minéral, dont l'odeur & le goût sont assez forts pour devoir détourner cet insecte d'en goûter. (D.J.)
TACT en Chirurgie, de la guérison des maladies par le tact. Les auteurs anciens & modernes rapportent comme une chose merveilleuse, & en même tems comme un fait positif, la guérison de plusieurs maladies incurables ou opiniâtres, par le seul attouchement. Le roi Pyrrhus passoit pour avoir la vertu de guérir les rateleux, en pressant doucement de son pié droit le viscere des malades couchés sur le dos, après avoir fait le sacrifice d'un coq blanc. On lit dans Plutarque qu'il n'y avoit point d'homme si pauvre ni si abject auquel il ne fît ce remede, quand il en étoit prié ; pour toute reconnoissance il prenoit le coq même qui avoit été sacrifié, & ce présent lui étoit très-agréable. Suetone attribue pareillement aux empereurs Adrien & Vespasien la vertu de guérir plusieurs maladies ; & Dion rapporte qu'Agrippa faisoit des cures singulieres par le pouvoir d'un anneau qui avoit appartenu à Auguste. Des naturalistes ne voyant aucun rapport entre la cause & l'effet prétendu, ont regardé ces oeuvres comme des illusions & des prestiges dont le diable étoit l'opérateur, par la raison que ces princes étoient payens, & qu'il est impossible au diable de faire de vrais miracles. C'est une des raisons que donne Gaspard à Rejes dans son livre intitulé Elysius jucundarum quaestionum campus. Mais cet auteur qui n'a point de principes fixes, prétend ailleurs que la vanité des princes, la bassesse des courtisans & la superstition des peuples ont été la source des singulieres prérogatives qu'on a attribuées aux maîtres du monde qui vouloient exciter l'admiration en s'élevant au-dessus de la condition humaine. Bientôt après il change d'opinion, & croit que la nature opere des merveilles en faveur de ceux qui doivent commander aux autres hommes, & que Dieu a pu accorder, même à des princes payens, des dons & des privileges extraordinaires. C'est ainsi, dit-il, que les rois d'Angleterre guérissent de l'épilepsie, les rois de France des écrouelles ; mais en bon & zélé sujet de la couronne d'Espagne, il croit qu'il convenoit que le plus grand roi de la chrétienté eût un pouvoir supérieur, c'est celui de faire trembler le démon à son aspect, & de le chasser par sa seule présence du corps de ceux qui en sont possédés. Tel est, selon lui, le privilege des rois d'Espagne.
André Dulaurens, premier médecin du roi Henri IV. a composé un traité de la vertu admirable de guérir les écrouelles par le seul attouchement, accordée divinement aux seuls rois de France très-chrétiens. Cette cérémonie se pratiquoit de son tems aux quatre fêtes solemnelles, savoir à pâques, à la pentecôte, à la toussaint & à noël, souvent même à d'autres jours de fête, par compassion pour la multitude des malades qui se présentoient ; il en venoit de tous les pays, & il est souvent arrivé d'en compter plus de quinze cent, sur-tout à la fin de la pentecôte, à cause de la saison plus favorable pour les voyages. Les médecins & chirurgiens du roi visitent les malades pour ne recevoir que ceux qui sont véritablement attaqués d'écrouelles. Les Espagnols avoient le premier rang, sans aucun titre que l'usage, & les François le dernier ; les malades des autres nations étoient indifféremment entre-deux. Le roi en revenant de la messe où il a communié, arrive accompagné des princes du sang, des principaux prélats de la cour romaine & du grand aumonier, trouve les malades à genoux en plusieurs rangs ; il récite une priere particuliere, & ayant fait le signe de la croix, il s'approche des malades ; le premier médecin passe derriere les rangs, & tient à deux mains la tête de chaque écrouelleux, à qui le roi touche la face en croix, en disant, le roi te touche, & Dieu te guérit. Les malades se levent aussi-tôt qu'ils ont été touchés, reçoivent une aumône, & s'en vont. A plusieurs, dit Dulaurens, les douleurs très-aiguës s'adoucissent & s'appaisent aussi-tôt ; les ulceres se dessechent à quelques-uns, aux autres les tumeurs diminuent ; ensorte que dans peu de jours, de mille il y en a plus de cinq cent qui sont parfaitement guéris.
L'auteur fait remonter l'origine de ce privilege admirable à Clovis qui le reçut par l'onction sacrée. Il rapporte tout ce que différens écrivains ont dit à ce sujet, & il refute Polidor Virgile qui attribue la même vertu aux rois d'Angleterre. Il est vrai qu'on tient pour certain qu'Edouard a guéri une femme de scrophules ; mais c'est un cas particulier, & cette guérison fut accordée au mérite de ce roi qui pour sa grande piété a été mis au rang des saints. On traite dans cet ouvrage avec beaucoup plus d'érudition que de goût, de tout ce qui a été écrit d'analogue à ce sujet par les anciens ; on prouve que l'imagination ne peut en aucune façon contribuer à la guérison des écrouelles à l'occasion de l'attouchement des rois, & l'on réfute une objection qui méritoit une discussion particuliere. Pour contester le pouvoir surnaturel qui fait le sujet de la question, l'on convenoit que les Espagnols, & en général les étrangers, recouvroient effectivement la santé, & que c'étoit l'effet du changement d'air & de la façon de vivre, ce qui réussit pour la guérison de plusieurs autres maladies ; mais des considérations pathologiques sur le caractere du mal & sur la guérison radicale des François sans changement d'air ni de régime, on conclud que ce n'est point à ces causes que les étrangers doivent rapporter le bien qu'ils reçoivent, mais à la bonté divine, qui par une grace singuliere a accordé le don précieux de guérir aux rois très-chrétiens.
L'application de la main d'un cadavre ou d'un moribond sur des parties malades, a été regardée par quelques personnes comme un moyen très-efficace de guérison. Suivant Van-Helmont, la sueur des mourans a la vertu merveilleuse de guérir les hémorrhoïdes & les excroissances. Pline dit qu'on guérit les écrouelles, les parotides & les goëtres, en y appliquant la main d'un homme qui a péri de mort violente : ce que plusieurs auteurs ont répété. Boyle s'explique un peu plus sur l'efficacité de ce moyen, à l'occasion d'une personne qui a été guérie d'une tumeur scrophuleuse par la main d'un homme mort de maladie lente, appliquée sur la tumeur jusqu'à ce que le sentiment du froid eût pénétré ses parties intimes. Quelques-uns recommandent qu'on fasse avec la main du mort des frictions assez fortes & assez longtems continuées, jusqu'à ce que le froid ait gagné la tumeur, ce qu'il est difficile d'obtenir, puisque le mouvement doit au contraire exciter de la chaleur. Il y en a qui préferent la main d'un homme mort de phthisie, à raison de la chaleur & de la sueur qu'on remarque aux mains des phthisiques, qu'on trouve très-souvent fort humides à l'instant de leur mort. Suivant Bartholin, des personnes dignes de foi, ont usé avec succès de ce moyen, & croyent que la tumeur se dissipe à mesure que le cadavre se pourrit, ce qui arrive plutôt en été qu'en hiver. J'ai vu plusieurs femmes venir dans les hôpitaux me demander la permission de tenir la plante du pié d'un homme à l'agonie sur un goëtre jusqu'à ce que cet homme fût mort, assurant très-affirmativement que leurs meres ou d'autres gens de leur connoissance avoient été guéries par ce moyen. L'expérience doit tenir ici lieu de raisonnement : comment nier à des gens la possibilité des faits qu'ils attestent, & qui leur donne de la confiance pour une pratique qui par elle-même ne peut inspirer que de l'aversion ? (Y)
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| TACTILE | adj. (Phys.) se dit quelquefois de ce qui peut tomber sous le sens du tact ou du toucher.
Quoique les petites parties des corps soient matérielles, cependant elles ne sont ni tactiles, ni visibles, à cause de leur petitesse.
Les principales qualités tactiles sont la chaleur, le froid, la sécheresse, la dureté & l'humidité. Voyez CHALEUR, FROID, DURETE, &c. Chambers.
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| TACTIQUE | (LA), est proprement la science des mouvemens militaires, ou, comme le dit Polybe, l'art d'assortir un nombre d'hommes destinés pour combattre, de les distribuer par rangs & par files, & de les instruire de toutes les manoeuvres de la guerre.
Ainsi la tactique renferme l'exercice ou le maniement des armes ; les évolutions, l'art de faire marcher les troupes, de les faire camper, & la disposition des ordres de bataille. C'étoit-là ce que les anciens Grecs faisoient enseigner dans leurs écoles militaires, par des officiers appellés tacticiens. Voyez GUERRE.
Il est aisé de s'appercevoir de l'importance de la tactique dans la pratique de la guerre ; c'est elle qui en contient les premieres regles ou les principaux élémens, & sans elle une armée ne seroit qu'une masse confuse d'hommes, également incapable de se mouvoir régulierement, & d'attaquer ou de se défendre contre l'ennemi. C'est par leurs grandes connoissances dans la tactique, que les anciens capitaines faisoient souvent ces manoeuvres inattendues au moment du combat, qui déconcertoient l'ennemi, & qui leur assuroient la victoire. " Ils étoient plus assurés que nous de la réussite de leurs projets, parce qu'avec des troupes dressées selon les vrais principes de l'art militaire, ils pouvoient calculer avec plus de justesse le tems & la distance que les différens mouvemens requéroient. Aussi ne bornoient-ils pas les exercices aux seules évolutions. Ils faisoient faire des marches d'un endroit à l'autre, en donnant attention au tems qu'ils y employoient, & aux moyens de remettre aisément les hommes en bataille. Ces principes, d'après lesquels tout le monde vouloit paroître se conduire, assuroient la supériorité du général qui les possédoit le mieux. C'étoient les généraux qui décidoient du sort des guerres. Le victorieux pouvoit écrire, j'ai vaincu les ennemis, & on ne le taxoit point de vanité. Le sage Epaminondas s'approprioit les victoires gagnées sous son commandement. N'en déplaise à Cicéron, César en pouvoit dire autant de la plûpart des siennes. Un savant architecte ne fait point injustice à ses maçons, en prenant pour lui seul l'honneur de la construction d'un bel édifice ". Mém. milit. par M. Guischardt, tom. I. p. 70.
C'est aux Grecs qu'on doit les premiers principes ou les premiers écrits sur la tactique ; & c'est dans Thucydide, Xenophon & Polybe qu'on voit les progrès de cet art, qui des Grecs passa aux Romains, chez lesquels il parvint à sa plus haute perfection. Du tems de Xénophon, la science de la guerre s'étoit déja beaucoup accrue ; elle augmenta encore sous Philippe, pere d'Alexandre, & sous ce prince, dont les successeurs, formés par son exemple & ses principes, furent presque tous de grands capitaines.
On peut observer les mêmes progrès de l'art militaire chez les Romains. " Toujours prêts à renoncer à leurs usages pour en adopter de meilleurs, ils n'eurent point honte d'abandonner les regles que leurs peres leur avoient laissées. La tactique du tems de César n'a presque rien de commun avec celle de Scipion & de Paul-Emile. On ne voit plus dans la guerre des Gaules, du Pont, de Thessalie, d'Espagne & d'Afrique, ni ces manipules de cent vingt hommes rangés en échiquier, ni les trois lignes des hastaires, des princes & des triaires distinguées par leur armure. Voyez LEGION. Le chevalier de Folard a tort, quand il dit que cet ordre de bataille en quinconce subsista jusqu'au tems de Trajan. César lui-même nous décrit la légion sous une autre forme. Toutes ces manipules étoient réunies & partagées ensuite en dix cohortes équivalentes à nos bataillons, puisque chacune étoit depuis cinq jusqu'à six cent hommes. L'élite des troupes mises autrefois en un corps séparé, qu'on appelloit les triaires, n'étoit plus à la troisieme ligne. On trouve dans Salluste une disposition de marche & un ordre de bataille qu'on prendroit pour être de Scipion. C'est le dernier trait que l'histoire fournisse de cette ancienne tactique. D'exactes observations fixent l'époque de la naissance de la nouvelle après le consulat de Métellus, & en font attribuer l'honneur à Marius.
En suivant les Romains dans leurs guerres sous les empereurs, on voit leur tactique perdre de siecle en siecle, ainsi qu'elle avoit gagné. La progression est en raison de la décadence de l'empire. Sous LÉon & Maurice, il est aussi difficile de reconnoître la tactique que l'empire de César ". Discours préliminaire des mém. milit. par M. Guischardt.
Plusieurs anciens ont traité de la tactique des Grecs. V. GUERRE. Outre ce que Xénophon & Polybe en ont écrit, il nous reste l'ouvrage d'Elien & celui d'Arrien, qui ne sont que des extraits des meilleurs auteurs sur ce sujet. M. Guischardt, qui a traduit la tactique d'Arrien, lui donne la préférence sur celle d'Elien ; parce que, dit-il, l'auteur a retranché judicieusement tout ce que l'autre contenoit de superflu & d'inutile dans la pratique, & que d'ailleurs les définitions sont plus claires que celles d'Elien. Comme Arrien n'a écrit que quelque tems après Elien, on croit assez communément que sa tactique n'est qu'une copie abrégée de celle de ce dernier auteur ; mais c'est une copie rectifiée par un maître de l'art, très-consommé dans la science des armes, au lieu qu'on peut présumer qu'Elien n'avoit jamais été à la guerre. Je parierois, dit M. le chevalier de Folard, que cet auteur n'avoit jamais servi, & que s'il étoit vrai qu'il eût fait la guerre, il en raisonnoit très-mal. Ce jugement est sans-doute trop rigoureux. Car comme Elien n'a travaillé que d'après les auteurs originaux, dont les écrits subsistoient de son tems, ce qu'il enseigne doit naturellement se trouver conforme à la doctrine de ces auteurs ; & en effet, comme l'observe M. Bouchaud de Bussy, qui vient de donner une nouvelle traduction de la tactique d'Elien, la plûpart des choses que cet ouvrage contient, se trouvent confirmées par le témoignage des historiens grecs. Il est vrai qu'Elien, dans son traité, paroît s'être plus attaché à la tactique des Macédoniens qu'à celle des Grecs ; mais comme ils exécutoient les uns & les autres les mêmes évolutions ou les mêmes mouvemens, le livre d'Elien n'en est pas moins utile pour connoître l'essentiel de leur tactique.
Quoiqu'il en soit, il paroît qu'Arrien ne trouvoit pas les auteurs qui l'avoient précédé suffisamment clairs & intelligibles, & que son objet a été de remédier à ce défaut. M. Guischardt prétend en avoir tiré les plus grands secours pour l'intelligence des faits militaires rapportés par les auteurs grecs.
A l'égard de la tactique des Romains, il ne nous reste des différens traités des anciens, que celui de Vegece, qui n'est qu'une compilation & un abrégé des auteurs qui avoient écrit sur ce sujet. On lui reproche, avec assez de fondement, de n'avoir pas assez distingué les tems des différens usages militaires, & d'avoir confondu l'ancien & le moderne. " Quand Vegece parut, dit M. Guischardt, le militaire romain étoit tombé en décadence : il crut le relever en faisant des extraits de plusieurs auteurs déja oubliés. Le moyen étoit bon, si Vegece avoit eu de l'expérience & du discernement ; mais il compila sans distinction, & il confondit, comme Tite-Live, la tactique de Jules-César avec celle des guerres puniques. Il semble avoir tiré de la discipline militaire de Caton l'ancien, ce qu'il y a de moins mauvais dans ces institutions.... En général, il est maigre dans ses détails, & il ne fait qu'effleurer les grandes parties de l'art militaire ". Il est certain que cet auteur ne donne qu'une très-légere idée de la plûpart des manoeuvres militaires ; les évolutions y sont sur-tout traitées avec une briéveté excessive ; Vegece ne fait, pour ainsi dire, qu'énoncer les principales. Cependant, malgré tous les défauts de cette espece qu'on peut lui reprocher, il n'y a, dit M. le chevalier de Folard, rien de mieux à lire ni de mieux à faire, que de le suivre dans ses préceptes. Je ne vois, ajoute ce même auteur, rien de plus instructif. Cela va jusqu'au merveilleux dans ses trois premiers livres, le quatrieme est peu de chose. Aussi l'ouvrage de Vegece est-il regardé comme un reste précieux échappé à la barbarie des tems. Les plus habiles militaires s'en sont utilement servi, & l'on peut dire qu'il a beaucoup contribué au rétablissement de la discipline militaire en Europe ; rétablissement qu'on doit particulierement au fameux Maurice prince d'Orange, à Alexandre Farnèse duc de Parme, à l'amiral Coligny, à Henri IV. Gustave Adolphe, &c. Ces grands capitaines chercherent à s'approcher de l'ordre des Grecs & des Romains autant que le changement des armes pouvoit le permettre ; car les armes influent beaucoup dans l'arrangement des troupes pour combattre, & dans la pression des rangs & des files.
Pour ce qui concerne l'arrangement particulier des troupes grecques & romaines, ou le détail de leur tactique, voyez PHALANGE & LEGION. A l'égard de la tactique moderne, voyez ARMEE, ÉVOLUTIONS, ORDRE DE BATAILLE, MARCHE & GUERRE.
Le fond de la tactique moderne est composé de celle des Grecs & des Romains. Comme les premiers, nous formons des corps à rangs & à files serrés ; & comme les seconds, nous avons nos bataillons qui répondent assez exactement à leurs cohortes, & qui peuvent combattre & se mouvoir aisément dans tous les différens terreins.
Par la pression des rangs & des files, les troupes sont en état de résister au choc des assaillans, & d'attaquer elles-mêmes avec force & vigueur. Il ne s'agit pour cet effet que de leur donner la hauteur ou la profondeur convenable, suivant la maniere dont elles doivent combattre.
Notre intention n'est point d'entrer ici dans un examen raisonné de notre tactique, le détail en seroit trop long, & il exigeroit un ouvrage particulier. Nous nous contenterons d'observer qu'il en doit être des principes de la tactique, comme de ceux de la fortification, qu'on tâche d'appliquer à toutes les différentes situations des lieux qu'on veut mettre en état de défense.
Qu'ainsi la disposition & l'arrangement des troupes doit varier selon le caractere & la façon de faire la guerre de l'ennemi qu'il faut combattre. Lorsqu'on est bien instruit des regles de la tactique, que les troupes sont exercées aux à-droite, aux à-gauche, doublemens & dédoublemens de files, de rangs & aux quarts de conversion ; qu'elles ont contracté d'ailleurs l'habitude de marcher & d'exécuter ensemble tous les mouvemens qui leur sont ordonnés, il n'est aucune figure ni aucun arrangement qu'on ne puisse leur faire prendre. Les circonstances des tems & des lieux doivent faire juger de la disposition la plus favorable pour combattre avec le plus d'avantage qu'il est possible. En général la tactique sera d'autant plus parfaite, qu'il en résultera plus de force dans l'ordre de bataille ; que les mouvemens des troupes se feront avec plus d'ordre, de simplicité & de promtitude ; qu'on sera en état de les faire agir de toutes les manieres qu'on jugera à-propos, sans les exposer à se rompre ; qu'elles pourront toujours s'aider & se soutenir réciproquement, & qu'elles seront armées convenablement pour résister à toutes les attaques des troupes de différentes especes qu'elles auront à combattre. Il est encore important de s'appliquer dans l'ordre & l'arrangement des différens corps de troupes, à faire ensorte que le plus grand nombre puisse agir offensivement contre l'ennemi, & cela, en conservant toujours la solidité nécessaire pour une action vigoureuse, & pour soutenir le choc ou l'impétuosité de l'ennemi.
De ce principe, dont il est difficile de ne pas convenir, il s'ensuit qu'une troupe formée sur une trop grande épaisseur, comme par exemple, sur seize rangs, ainsi que l'étoit la phalange des Grecs, n'auroit pas la moitié des hommes dont elle seroit composée, en état d'offenser l'ennemi, & qu'un corps rangé aussi sur très-peu de profondeur, comme deux ou trois rangs, n'auroit aucune solidité dans le choc.
Comme il est des positions où les troupes ne peuvent se joindre pour combattre la bayonnette au bout du fusil, & que la trop grande hauteur de la troupe n'est pas favorable à une action où il ne s'agit que de tirer, on voit par-là qu'il est nécessaire de changer la formation des troupes, suivant la maniere dont elles doivent combattre.
Dans les actions de feu, les troupes peuvent être sur trois ou quatre rangs, & dans les autres sur six ou huit. Voyez sur ce sujet les élémens de tactique, p. 10. 33. & 34.
Nous finirons cet article, en observant que les Romains perfectionnerent leur tactique en prenant des nations qu'elles avoient à combattre tout ce qui leur paroissoit meilleur que ce qu'ils pratiquoient. C'est le véritable moyen d'arriver à la perfection, pourvu que l'on sache distinguer les choses essentielles de celles qui sont indifférentes, ou qui ne conviennent point au caractere de la nation. Par exemple, on prétend qu'on a tort en France de vouloir imiter nos voisins dans l'usage qu'ils font de la mousqueterie, parce que nous leur envions à cet égard une propriété qu'ils n'ont peut-être éminemment que parce qu'ils ne peuvent pas avoir les nôtres.
" L'on n'entend parler, dit l'auteur du traité manuscrit de l'essai de la légion, que de cette espece d'imitation, qui est pernicieuse en ce qu'elle répugne au caractere national. Les Prussiens, les Allemands sont des modeles trop scrupuleusement détaillés. On pousse jusqu'à l'excès la vénération qu'on a pour leurs usages, même les plus indifférens. Il est très-raisonnable sans-doute de chercher à acquérir les bonnes qualités dont ils sont pourvus, mais sans renoncer à celles que l'on a, ou que l'on peut avoir supérieures à eux. Si l'on veut imiter, que ce soit dans les choses de principe, & non d'usage & de détail (a). Par exemple, pense-t-on à la discipline ? il faut chercher à en introduire une équivalente à celle des étrangers, mais conforme au génie de la nation. Imitons-les particulierement dans l'attention qu'ils ont eue à ne pas nous imiter, & à faire choix avec discernement d'une discipline & d'un genre de combat assorti à leur génie & à leur caractere. Il résultera alors de cette imitation l'effet précisément contraire à l'action de les copier dans les détails. Car nous prendrions d'aussi bonnes mesures pour mettre notre vivacité dans tout son avantage, qu'ils en prennent pour tirer parti de leur flegme & de leur docilité. Soyons comme des gens de génie, qui avec un caractere & une façon de penser qui leur est propre, ne dédaignent point d'ajouter à leurs qualités celles qu'ils apperçoivent dans les autres, mais qui se les approprient si bien, qu'ils ne sont jamais les copies ni l'écho de qui que ce soit. Il faut de l'instruction & des modeles sans-doute, mais jamais l'imitation scrupuleuse ne doit passer en principes.
Il fut un tems où notre infanterie formée par les guerres d'Italie, sous François I. fut assujettie à un
(a) On pourroit dire sur ce sujet comme Armande dans les Femmes savantes de Moliere :
Quand sur une personne on prétend se régler,
C'est par les beaux côtés qu'il faut lui ressembler ;
Et ce n'est point du tout les prendre pour modeles,
Ma soeur, que de tousser & de cracher comme elles.
bel ordre & à une belle discipline par le maréchal de Brissac ; mais elle perdit bientôt tous ces avantages par le désordre & la licence des guerres civiles.
L'histoire de France, depuis Henri II. jusqu'à Henri IV. n'expose que des petites guerres de partis & des combats sans ordre ; les batailles étoient des escarmouches générales. Cela se pratiquoit ainsi faute de bonne infanterie. La cessation des troubles nous fit ouvrir les yeux sur notre barbarie ; mais les matieres militaires étoient perverties, ou plutôt perdues. Pour les recouvrer il falloit des modeles. Le prince Maurice de Nassau éclairoit alors toute l'Europe par l'ordre & la discipline qu'il établissoit chez les Hollandois. On courut à cette lumiere ; on se forma, on s'instruisit sous ses yeux à son école ; mais l'on n'imita rien servilement. On prit le fond des connoissances qu'il enseignoit par sa pratique, & l'on en fit l'application relativement au génie de la nation.
Les grands principes sont universels ; il n'y a que la façon de les appliquer qui ne peut l'être. On établit alors le mêlange des armes & des forces ; on fixa le nombre des hommes du bataillon, & les corps furent armés des différentes armes qui se prêtoient un mutuel secours. On vit sous les mêmes drapeaux des enfans perdus, des mousquetaires, des piques, des halebardes & des rondaches. Les exercices qui nous restent de ce tems-là annoncent des principes de lumiere & de méthode dans l'instruction, mais ils n'indiquent point l'abandon de l'espece de combat qui nous étoit avantageux : au contraire, sans imiter précisément les Hollandois, nous profitâmes des lumieres du prince Maurice, conformément à notre génie, & nous surpassâmes bientôt notre modele.
C'est ainsi que l'on peut & que l'on doit imiter, sans s'attacher aux méthodes particulieres. Car quelques bonnes qu'elles puissent être chez les étrangers, il faut toujours penser que puisqu'elles leur sont habituelles & dominantes, elles sont analogues à leur caractere. Car le caractere national ne peut se communiquer ; il ne s'imite point ; c'est, s'il est heureux, le seul avantage d'une nation sur une autre que l'ennemi ne puisse pas s'approprier ; mais quand on y renonce par principe, & qu'on se dépouille de son naturel pour imiter, on finit par n'être ni soi ni les autres, & l'on se trouve fort au-dessous de ceux qu'on a voulu imiter.
Je ne doute pas que les étrangers ne voient avec plaisir que nous nous sommes privés volontairement de l'avantage de notre vivacité dans le choc qu'ils ont toujours redouté en nous, & qu'ils ont cherché à éluder parce qu'ils n'ont pas cru pouvoir y résister, & encore moins l'imiter. Cette imitation étoit hors de leur caractere ; elle leur a paru impraticable ; ils se sont servi de leur propre vertu, & ils se sont procuré des avantages dans un autre genre, en se faisant un principe constant de se dévoyer autant qu'ils le peuvent à l'impétuosité de notre choc.
Il faut chercher sans-doute à se rendre propre au genre de combat auquel ils nous forcent le plus souvent ; mais il est nécessaire en même tems de s'appliquer à employer cette force qu'ils redoutent en nous, & dont ils nous apprennent la valeur par l'attention qu'ils ont à l'éviter.
Il est donc nécessaire que notre ordre habituel n'ait pas cette tendance uniquement destinée à la mousqueterie, & à la destruction de toute autre force. C'est pourquoi il faut fixer des principes & un ordre également distant de l'état de foiblesse, & celui d'une force qui n'est propre qu'à certaines circonstances, ou qui est employé au-delà de la nécessité ". (Q)
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| TADGIES | (terme de relation) nom qu'on donne aux habitans des villes de la Transoxane, & du pays d'Iran, c'est-à-dire à tous ceux qui ne sont ni tartares, ni mogols, ni turcs, mais qui sont naturels des villes ou des pays conquis.
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| TADINAE | ou TADINUM, (Géogr. anc.) & ses habitans Tadinates ; ville d'Italie au pié du mont Apennin, & des frontieres de l'Umbrie. Elle étoit sur la voie Flaminienne, & le fleuve Rasina mouilloit ses murs. On la nomme aujourd'hui Gualdo ; cependant Gualdo n'est pas dans le même lieu que Tadinae, mais sur une colline voisine. (D.J.)
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| TADMOR | (Géog. mod.) on écrit aussi Thadmor, Tamor, Thamor, Thedmor, Tedmoor & Tedmor ; mais qu'on écrive comme on voudra, c'est l'ancien nom hébraïque & syriaque de la ville célebre, que les Grecs & les Romains ont nommée Palmyre. Voyez PALMYRE.
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| TADORNE | TARDONNE, s. f. (Hist. nat. Ornitholog.) tadorna bellonii, oiseau de mer qui est plus petit que l'oie, & plus gros que le canard ; il a le bec court, large, un peu courbe, & terminé par une espece d'ongle ; cet ongle & les narines sont noires ; tout le reste du bec a une couleur rouge ; il y a près de la base de la piece supérieure du bec, une prééminence oblongue & charnue ; la tête & la partie supérieure du cou sont d'un verd foncé & luisant ; le reste du cou & le jabot ont une belle couleur blanche ; les plumes de la poitrine & des épaules sont de couleur de feuille morte, cette couleur forme un cercle au-tour de la partie antérieure du corps ; le bas de la poitrine & le ventre sont blancs ; les plumes du dessous de l'anus ont une couleur tirant sur l'orangé, à-peu-près semblables à celle des plumes du dessus de la poitrine ; les plumes du dos & des aîles, à l'exception de celles de la derniere articulation de l'aîle, sont blanches ; les longues plumes des épaules ont une couleur noire ; celles de la queue sont blanches, à l'exception de la pointe qui est noire. Rai, synop. meth. avium. Voyez OISEAU.
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| TADOUSSA | ou TADOUSAC, (Géog. mod.) port & établissement de l'Amérique septentrionale, dans la nouvelle France, au bord du fleuve S. Laurent, à 30 lieues au-dessous de Québec, près de l'embouchure de la riviere Saguenai ; c'est un petit port capable au plus de contenir vingt navires. Longit. 309. lat. 48. 33. (D.J.)
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| TAEDA | S. m. (Botan. & Littérat.) taeda en botanique, est le pin des montagnes converti en une substance grasse. Rai, Dalechamp, Clusius & Parkinson ont, je crois, raison de penser que le mot taeda est homonyme, & signifie quelquefois le bois gras & résineux, , du pin que l'on brûle en forme de torche ; & quelquefois une espece particuliere d'arbre que Théophraste n'a point connue. On tire de la partie inférieure du pin des montagnes, qui est près de la racine, des morceaux de bois résineux dont on se sert pour allumer du feu, & pour éclairer dans plusieurs endroits de l'Allemagne ; la seve se jettant sur la racine cause une suffocation, par le moyen de laquelle l'arbre se convertit en taeda. Le sapin & la melèse se convertissent quelquefois en taeda ; mais cela est assez rare, car c'est une maladie particuliere au pin des montagnes.
L'usage que l'on faisoit des morceaux de taeda pour éclairer, est cause que l'on donne le même nom à toutes sortes de flambeaux, & sur-tout au flambeau nuptial. Aussi le mot taeda se prend-il dans les poëtes pour le mariage. Catulle appelle un heureux mariage, felices taedae ; & Séneque nomme taeda, l'épithalame ou la chanson nuptiale. Aristenete, dans sa description des noces d'Acoucés & de Cydippé, dit qu'on mêla de l'encens dans les flambeaux nuptiaux, afin qu'ils répandissent une odeur agréable avec leur lumiere ; c'est un luxe qui nous manque encore.
, ou , signifient proprement un flambeau ou une torche, de , j'allume ; d'où est venu le latin taeda, comme de , tescum, , tina. On appelloit ainsi une torche faite de plusieurs petits morceaux de bois résineux attachés ensemble, & enduits de poix. Pline se sert du mot taeda pour signifier un arbre de l'espece du pin. On tiroit les taedae du picaea, du pin, & ex omnibus , c'est-à-dire, de tous les arbres tédiferes. Saumaise vous en diroit bien davantage, mais je n'ose transcrire ici ses remarques d'érudition. (D.J.)
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| TAEL | S. m. (Poids chinois) les Portugais disent telle, & les Chinois, leam. C'est un petit poids de la Chine, qui revient à une once deux gros de France, poids de marc ; il est particulierement en usage du côté de Canton. Les seize taels font un catis, cent catis font le pic, & chaque pic fait cent vingt-cinq livres poids de marc. Savary. (D.J.)
TAEL D'ARGENT, (Monnoie du Japon) monnoie de compte du Japon, qui passe encore à la Chine pour vraie monnoie. Le taël d'argent japonois, vaut trois guldes & demi d'Hollande. (D.J.)
TAEL-PE, s. m. (Hist. nat.) nom d'un animal aussi petit qu'une hermine, dont les Chinois de Pékin font des fourrures. Ces animaux se trouvent dans la Tartarie orientale, chez les Tartares appellés Kalkas ; ce sont des especes de rats, qui forment dans la terre des rangées d'autant de trous qu'il y a de mâles dans la société ; l'un d'eux fait toujours sentinelle pour les autres à la surface de la terre, dans laquelle il rentre à l'approche des chasseurs ; ces derniers entourent leur retraite, ils ouvrent la terre en deux ou trois endroits, jettent de la paille allumée dans les trous qu'on y a faits, & par là ils font sortir ces petits animaux de leurs trous.
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TAENARUM FLUMEN | (Géog. anc.) fleuve de Thrace, près la ville Aenus, selon Chalcondyle, cité par Ortelius. Leunclavius dit que le nom vulgaire est Tunza, & que ce fleuve se jettoit dans l'Hébrus, aux environs d'Hadrianopolis. M. de Lisle, dans sa carte de la Grece, appelle ce fleuve Tuncia.
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| TAENIA | S. m. (Hist. nat. Insectologie) autrement le ruban ; c'est une espece de ver fort irrégulier du corps humain ; il est d'une grandeur indéfinie, car on prétend en avoir vû de dix à vingt toises de long ; en même tems il n'a guere que quatre à cinq lignes de largeur ; enfin il est plat comme un lacet, d'où lui vient son nom de ruban. Son corps est composé d'anneaux enchâssés régulierement les uns dans les autres, mais avec quelques différences ; les onze premiers anneaux, du côté de la tête, sont unis par une membrane fine, qui les sépare tant-soit-peu les uns des autres ; ils sont encore un peu plus épais, & plus petits que les anneaux du reste du corps ; au-dessous des six premiers articles, il y a plusieurs petites éminences rondes, placées en long, comme les piés des chenilles ; la partie supérieure de chaque articulation, c'est-à-dire celle qui est vers la tête, est reçue dans l'articulation précédente, & la partie inférieure reçoit l'articulation suivante ; ce qui fait une articulation perpétuelle ; la cavité où chaque articulation est jointe, paroît traversée par des fibres musculeuses, qui laissent entr'elles de petits espaces, par où les visceres communiquent d'un anneau à l'autre. Sur les côtes de chaque articulation, on apperçoit une petite ouverture en forme d'issue, où aboutit un canal qui s'étend jusqu'au milieu de l'articulation. M. Andry a le premier observé ces ouvertures ; il les prend pour des trachées, parce que certaines especes d'insectes en ont effectivement qui sont disposées ainsi tout le long de leur corps, à chaque articulation ou incision.
La peau du taenia en fait toute la substance ; c'est un véritable muscle, formé de fibres disposées en plusieurs sens, & entrecoupées aux jointures. Elle ne paroissent cependant qu'à l'intérieur de la peau. Le ver se plie facilement dans toute son étendue, mais principalement aux jointures.
Il est à présumer que ce ver vient d'un oeuf comme tous les autres animaux ; mais comment cet oeuf se trouveroit-il dans le corps d'un homme ? y est-il venu de dehors, enfermé dans quelque aliment, ou même, si l'on veut, porté par l'air ? on devroit donc voir sur la terre des taenia, & l'on n'en a jamais vu. On pourroit bien supposer que le chyle dont ils se nourrissent dans le corps humain, leur convient mieux que toute autre nourriture qu'ils pourroient trouver sur la terre, sans y parvenir jamais à plusieurs toises de longueur ; mais du moins devroit-on connoître les taenias de terre, quelque petits qu'ils fussent, & l'on n'en connoît point.
Il est vrai qu'on pourroit encore dire que leur extrême petitesse les rend absolument méconnoissables, & change même leur figure, parce que tous leurs anneaux seront roulés les uns dans les autres ; mais que de cette petitesse qui les change tant, ils puissent venir à avoir dix à vingt toises de longueur, c'est une supposition un peu violente ; quel animal a jamais crû selon cette proportion ? il seroit donc commode de supposer que puisque le taenia ne se trouve que dans le corps de l'homme, ou de quelqu'autre animal, l'oeuf dont il est éclos, est naturellement attaché à celui dont cet animal est venu ; & ceux qui soutiennent l'hypothèse des vers héréditaires, s'accommoderoient fort de cette idée.
Ce qu'il y a de plus sûr, c'est qu'on peut longtems nourrir un taenia, sans s'en appercevoir. Cet hôte n'est nuisible que par des mouvemens extraordinaires, & il n'y a peut-être que de certains vices particuliers des humeurs, qui l'y obligent en l'incommodant, & en l'irritant ; hors de-là il vit paisiblement d'un peu de chyle, dont la perte se peut aisément supporter, à moins que le ver ne soit fort grand, ou qu'il n'y ait quelqu'autre circonstance particuliere, difficile à deviner. (D.J.)
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| TAENIOLONGA | (Géog. anc.) ville d'Afrique, dans la Mauritanie tingitane, sur l'Océan ibérique, selon Ptolémée, liv. IV. j. Le nom moderne, selon Castald, est Mesenna. (D.J.)
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| TAFALLA | (Géog. mod.) ville d'Espagne, dans la Navarre, proche la riviere de Cidaço, à cinq lieues de Pampelune. Elle est fortifiée, & dans un terroir fertile en excellent vin. (D.J.)
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| TAFARA | S. f. (Hist. nat. Bot.) plante de l'île de Madagascar, dont la décoction & le marc appliqué, ont une vertu admirable pour la guérison des hernies.
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| TAFFETAS | S. m. (Soierie) on donne le nom de taffetas à toutes les étoffes minces & unies, qui ne sont travaillées qu'avec deux marches, ou faites comme la toile, de façon que toutes les étoffes de cette espece pourroient être travaillées avec deux lisses seulement ; si la quantité des mailles dont chaque lisse seroit composée, & qui doit être proportionnée au nombre de fils, ne gênoient le travail de l'étoffe, chaque maille occupant plus de place que le fil dont la chaîne est composée, qui doit être très-fin, surtout dans les taffetas unis. C'est uniquement pour parer aux inconvéniens qui proviendroient de la quantité de mailles, si cette étoffe étoit montée avec deux lisses, qu'on s'est déterminé à les monter sur quatre, afin que le fil de la chaîne ait plus de liberté & ne soit point coupé par le resserrement des mailles beaucoup plus fortes & plus grosses que le même fil. Les moëres qui ne sont qu'une espece de taffetas ont jusqu'à dix lisses, pour lever moitié par moitié ; & cela, pour que les mailles ne soient pas serrées.
L'armure du taffetas est donc la même que celle du poil du double fond, ou de la persienne ; & quoiqu'elle soit très-simple, nous en ferons la démonstration, parce qu'on se servira du terme d'armer les poils en taffetas, dans les étoffes riches dont nous parlerons, de même que de les armer en raz de saint Maur, dans les occasions où il sera nécessaire.
Démonstration de l'armure des taffetas.
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| TAFFIA | S. m. (Art distill.) le taffia, que les Anglois appellent rhum, & les François guildive, est un esprit ardent ou eau-de-vie tirée par le moyen de la distillation des débris du sucre, des écumes & des gros syrops, après avoir laissé fermenter ces substances dans une suffisante quantité d'eau.
Voici de quelle façon on opere. On commence par mettre dans de grandes auges de bois construites d'une seule piece, deux parties d'eau claire, sur lesquelles on verse environ une partie de gros syrop, d'écumes & de débris de sucre fondus ; on couvre les auges avec des planches, & on donne le tems à la fermentation de produire son effet. Au bout de deux ou trois jours, selon la température de l'atmosphere, il s'excite dans les auges un mouvement intestin, qui chasse les impuretés grossieres, & les fait monter à la surface de la grappe, c'est-à-dire de la liqueur, laquelle acquiert une couleur jaune & une odeur aigre extrêmement forte, signe évident que la fermentation a passé de son état spiritueux à celui d'acidité. C'est à quoi les Distillateurs de taffia ne font nulle attention, se conduisant d'après une ancienne routine : on croit devoir les avertir de veiller soigneusement à saisir l'instant juste entre ces deux degrés de fermentation, ils y trouveront leur avantage par la bonne qualité de la liqueur qu'ils distilleront.
C'est ordinairement à la couleur, aussi-bien qu'à l'odeur, que l'ouvrier juge si la grappe est en état d'être passée à l'alembic. Alors on enleve fort exactement toutes les ordures & les écumes qui surnagent, & on verse la grappe dans de grandes chaudieres placées sur un fourneau, dans lequel on fait un feu de bois. Ces chaudieres, dont on peut voir la figure dans nos Planches de Sucrerie, sont de grandes cucurbites de cuivre rouge, garnies d'un chapiteau à long bec, auquel on adapte une couleuvre, espece de grand serpentin d'étain en spirale, formant plusieurs circonvolutions au milieu d'un tonneau plein d'eau fraîche, qu'on a grand soin de renouveller lorsqu'elle commence à s'échauffer, l'extrêmité inférieure du serpentin passe au-travers d'un trou fort juste percé vers le bas du tonneau ; c'est par cette extrêmité que coule la liqueur distillée dans des cruches ou pots de raffineries servant de récipiens.
Lorsqu'il ne monte plus d'esprit dans le chapiteau, on délute les jointures du collet ; & après avoir vuidé la chaudiere, on la remplit de nouvelle grappe, & on recommence la distillation, pour avoir une certaine quantité de premiere eau distillée, laquelle étant foible, a besoin d'être repassée une seconde fois à l'alembic. Par cette rectification, elle acquiert beaucoup de limpidité & de force. Elle est très-spiritueuse ; mais par le peu de précaution, elle contracte toujours de l'âcreté, & une odeur de cuir tanné fort désagréable à ceux qui n'y sont pas accoutumés. Les Anglois de la Barbade distillent le taffia avec plus de soin que nous ne faisons. Ils l'employent avec de la limonade, pour en composer le punch dont ils usent fréquemment. Voyez PUNCH. C'est encore avec le taffia, mêlé des ingrédiens convenables, qu'ils composent cette excellente liqueur connue sous le nom d'eau des Barbades, qui cependant est beaucoup plus fine & bien meilleure lorsqu'elle est faite avec l'eau-de-vie de Coignac. On employe communément le taffia pour frotter les membres froissés, pour soulager les douleurs rhumatismales. On y ajoute quelquefois des huiles de frégate, de soldat, ou de serpent tête-de-chien : si on le mêle avec des jaunes d'oeufs cruds & du baume de copahu un peu chaud, on en compose un excellent digestif propre à nettoyer les plaies.
Quoique le fréquent usage de l'eau-de-vie & des liqueurs spiritueuses soit pernicieux à la santé, on a remarqué que de toutes ces liqueurs le taffia étoit la moins malfaisante. Cela paroît démontré par les excès qu'en font nos soldats & nos negres, qui résisteroient moins long-tems à la malignité des eaux-de-vie qu'on fait en Europe. Art. de M. LE ROMAIN.
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| TAFILET | (Géog. mod.) royaume d'Afrique, en Barbarie, compris dans les états de Maroc. Il est borné au nord par les royaumes de Tremecen & de Fez, au midi par le desert de Barbarie, au levant par le pays des Béréberes, & au couchant par les royaumes de Fez, de Maroc & de Sus. On le divise en trois provinces, qui sont Dras, Sara & Thuat. Les grandes chaleurs qu'il y fait, & les sables en rendent le terroir stérile ; cependant il y croît beaucoup de dattes. Ses principales villes sont Tafilet, capitale, Sugulmesse, Timescuit & Taragale. (D.J.)
TAFILET, (Géog. mod.) ville d'Afrique, capitale du royaume, & sur une riviere de même nom. Elle est peuplée d'environ deux mille béréberes, & son terroir produit les meilleures dattes de Barbarie. Long. 16. 5. lat. 28. 30. (D.J.)
TAFILET, riviere, (Géog. mod.) riviere d'Afrique dans la Barbarie, au royaume du même nom qu'elle traverse. Elle a sa source dans le mont Atlas, au pays des Sagars, & se perd dans les sables du Sara, ou desert de Barbarie. (D.J.)
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| TAFOE | (Géog. mod.) ou Tafou ; province d'Afrique, dans la Guinée proprement dite, au royaume d'Akim. Vers le midi de cette province, est la montagne de Tafou, où l'on prétend qu'il y a des mines d'or.
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| TAFURES | (Géog. mod.) petite ville d'Asie, dans l'Archipel des Moluques, à 80 lieues de Ternate. Elle a trois lieues de circuit, des palmiers, du coco, plusieurs autres fruits, un grand étang, &c. en un mot, elle est fertile, & néanmoins fort dépeuplée par les ravages qu'y commirent les Espagnols en 1631, & dont elle n'a pu se relever. (D.J.)
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| TAGAE | (Géog. anc.) ville de la Parthie aux confins de l'Hyrcanie, près du fleuve Oxus, selon Polybe, l. X. n °. 26. & selon Solin.
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| TAGAMA | (Géog. anc.) ville d'Afrique dans la Lybie intérieure, sur le bord du Niger, entre Vellégia & Panagra, selon Ptolémée, l. IV. c. vj. Elle a été épiscopale.
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| TAGAOST | (Géog. mod.) ville d'Afrique, au royaume de Maroc, dans la province de Sus, à 20 lieues de la mer. Les Juifs qui s'y trouvent vivent dans un quartier séparé, & y font un bon commerce. Long. 10. lat. 28. 30. (D.J.)
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| TAGASTE | (Géog. anc.) ville d'Afrique dans la Numidie, entre Hippone & Sicca-Veneria, ou comme le marque l'itinéraire d'Antonin, sur la route d'Hippone à Carthage, entre Hippone & Naraggara, à 53 milles de la premiere de ces villes, & à 25 de la seconde. Pline nomme Tagaste, Tagestense oppidum. C'étoit un siege épiscopal, qui a subsisté long-tems après les ruines de Carthage & d'Hippone.
Cette ville a été encore célebre par la naissance de S. Augustin, en l'an 354 de J. C. & d'Alypius son bon ami, qui en devint évêque l'an 394. Tandis que S. Augustin réfutoit les Pélagiens avec la plume, Alypius obtint contr'eux de l'empereur Honorius, les arrêts les plus séveres. Ce sont ces arrêts, dit le P. Maimbourg, qui exterminerent l'hérésie pélagienne de l'empire, parce qu'on chassa de leurs sieges tous les évêques qui ne voulurent pas souscrire à la condamnation impériale. Le P. Maimbourg goûtoit fort la conversion produite par le glaive ; celle de la persuasion n'est-elle pas au contraire dans l'esprit du Christianisme ? Notre Sauveur n'en vouloit point d'autre. (D.J.)
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| TAGAT | (Géog. mod.) montagne d'Afrique, au royaume de Fez, à 2 lieues au couchant de la ville de Fez. Elle est fort longue & étroite : toute sa face du côté de Fez est couverte de vignes ; mais de l'autre côté & sur le sommet, ce sont des terres labourables. Les habitans de cette montagne sont tous des gens de travail, & demeurent dans des hameaux. (D.J.)
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| TAGE | (Géog. mod.) ville de l'Arabie heureuse, sur la route de Moka, entre Manzéri & Manzuel, à 18 lieues des la premiere de ces villes. Celle-ci a quelques belles mosquées ; elle est fermée de murs, & a un château pour la commander ou la défendre.
TAGE, LE, (Géog. mod.) en latin Tagus ; grande riviere d'Espagne, qui selon les anciens, rouloit des paillettes d'or avec son sable. Tagus auriferis arenis celebratur, dit Pline, l. IV. c. xxij. Elle ne roule plus d'or aujourd'hui, mais elle en porte beaucoup à l'Espagne & au Portugal, par le commerce.
Ce fleuve a sa source dans la partie orientale de la nouvelle Castille, aux confins du royaume d'Aragon. Il traverse toute la Castille de l'orient à l'occident, & baigne Tolede : de-là il passe à Almaraz & à Alcantara, dans l'Estramadoure d'Espagne, d'où entrant dans l'Estramadoure de Portugal, il lave Santaren, & va former un petit golfe d'une lieue de largeur, qui sert de port à Lisbonne ; & deux lieues audessous il se décharge dans l'Océan atlantique. La marée monte à Lisbonne ordinairement douze piés à pic, & plus de dix lieues en avant vers sa source.
Le Camoens, dans sa Lusiade, apostrophe ainsi les nymphes du Tage. " Nymphes, dit-il, si jamais vous m'avez inspiré des sons doux & touchans, si j'ai chanté les bords de votre aimable fleuve, donnez-moi aujourd'hui des accens fiers & hardis ! Qu'ils aient la force & la clarté de votre cours ! Qu'ils soient purs comme vos ondes, & que désormais le dieu des vers préfere vos eaux à celles de la fontaine sacrée " !
Cette apostrophe est charmante, quoiqu'elle ne renferme point le beau contraste qui se trouve dans celle de Denham à la Tamise, comme le lecteur en pourra juger en lisant le mot TAMISE. (D.J.)
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| TAGERA | S. f. (Hist. nat. Botan. exot.) cette plante croît aux Indes orientales dans les lieux sablonneux, & s'éleve à la hauteur de trois ou quatre piés. Sa racine est fibreuse & noirâtre ; ses tiges sont rondes, ligneuses & vertes. Ses feuilles viennent par paires sur des pédicules courts ; elles sont d'un verd-pâle, lisses, larges, oblongues, émoussées par la pointe, & cannelées vers la queue. Ses fleurs ont la couleur & la figure de celles du saphora. Cette plante est le sena spuria Malabarica, de l'Hort. Malab. (D.J.)
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| TAGÈS | S. m. (Mythologie) demi-dieu trouvé endormi sous une motte de terre, & reveillé par un laboureur avec le soc d'une charrue. On lui attribue d'avoir porté l'art de la divination en Etrurie ; c'est-là qu'Ovide le fait naître de la terre. D'autres poëtes nous le donnent pour le fils du Génie, & petit-fils de Jupiter. C'étoit un homme obscur, mais qui se rendit célebre, en enseignant aux Etruriens l'art des aruspices qui fit fortune à Rome, & immortalisa le nom de l'inventeur ; d'où vient que Lucain dit :
Puisse l'art de Tagès être un art captieux,
Et toute ma science un songe spécieux !
(D.J.)
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| TAGETES | S. m. (Botan.) Tournefort distingue dix especes de ce genre de plante, nommée par les Anglois the african marygold, & par les François oeillet-d'inde. L'espece la plus grande à fleur double, nommée tagetes maximus, rectus, flore maximo, multiplicato, J. R. H. 488. pousse à la hauteur d'environ trois piés une tige menue, nouée, rameuse, remplie de moëlle blanche. Ses feuilles sont semblables, en quelque maniere, à celles de la tanesie, oblongues, pointues, dentelées en leurs bords, vertes, rangées plusieurs sur une côte terminée par une seule feuille, d'une odeur qui n'est pas bien agréable ; ses fleurs naissent seules sur chaque sommet de la tige & des branches, belles, radiées, rondes, & quelquefois grosses comme le poing, composées d'un amas de fleurons de couleur jaune dorée, soutenus sur un calice oblong, ou formé en tuyau dentelé par le haut. Quand cette fleur est tombée, il lui succede des semences longues, anguleuses, noires, contenues dans le calice.
Cette plante nous vient de Catalogne. Quelques auteurs la recommandent dans la suppression des regles & des urines, tandis que d'autres prétendent que c'est une plante dangereuse, ainsi que toutes les especes d'oeillets-d'Inde. Il est vraisemblable que le tagetes est du nombre de ces plantes qui sont vénéneuses dans un pays & salutaires dans un autre. On peut dont négliger celle-ci dans le nôtre, puisque Dodonée prétend avoir éprouvé, par plusieurs expériences, qu'elle devoit être mise au nombre des plantes nuisibles ; mais il est certain qu'elle fait un des ornemens de nos jardins par la beauté de ses fleurs, dont cependant l'odeur est dangereuse. Miller vous en enseignera la culture. (D.J.)
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| TAGGAL | ou TEGGAL, (Géog. mod.) ville des Indes, dans l'île de Java, sur la côte septentrionale, vers le milieu de l'île, entre Japara au levant, & Tsiéribon au couchant. On y voit de vastes campagnes de ris, & les Hollandois y ont un fort, qui porte le nom de Taggal. Au midi de cette ville, est un volcan, appellé par les mêmes Hollandois, Berg Taggal. (D.J.)
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| TAGHMOND | (Géogr. mod.) petite ville d'Irlande, dans la province de Leinster, au comté de Wexford, à sept milles à l'orient de Wexford. Elle envoye deux députés au parlement de Dublin. Long. 11. 16. latit. 52. 10. (D.J.)
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| TAGIOUAH | (Géog. mod.) ville du pays des Negres, qui confine à la partie occidentale de la Nubie. Cette ville donne son nom à une province, dont les peuples sont appellés Tagiouins, gens qui ne sont attachés à aucune religion, c'est-à-dire, qui ne sont ni juifs, ni chrétiens, ni musulmans. (D.J.)
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| TAGLIACOZZO | (Géog. mod.) petite ville d'Italie, au royaume de Naples, dans l'Abruzze ultérieure, à huit milles au couchant du lac Célano, avec titre de duché. Quelques géographes ont avancé qu'elle a été bâtie des ruines de l'ancienne Carséoli ; mais outre que l'identité de lieu ne s'y rapporte point, les restes de Carséoli se voyoient encore dans le dernier siecle dans une plaine qui en conserva le nom, & qu'on appelle piano di Carsoli, où est un bourg nommé Carsoli.
Argoli (André), né à Tagliaccozzo sur la fin du seizieme siecle, publia en Médecine & en Astronomie quelques ouvrages latins, qui lui valurent la chaire de Padoue, avec le titre de chevalier de saint Marc. Il mourut vers l'an 1655. (D.J.)
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| TAGOLANDA | ILE, (Géog. mod.) île d'Asie, dans l'Archipel des Moluques. Elle a six lieues de tour, une bonne riviere, deux ports & un volcan, qui n'empêche point qu'elle ne soit fertile en palmiers de coco, en ris, en sagou & en fruits. (D.J.)
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| TAGOMAGO | ILE, (Géog. mod.) petite île presque ronde de la mer Méditerranée, près du cap le plus oriental de l'île d'Yvica. (D.J.)
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| TAGONIUS | (Géog. anc.) riviere d'Espagne, dont Plutarque parle dans la vie de Sertorius. C'est aujourd'hui l'Hénarés, selon Amb. Morales. Les traducteurs de Plutarque rendent Tagonius par le Tage. (D.J.)
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| TAGRUM | (Géog. anc.) nom que Varron, rei rustic. l. II. c. v. donne à un cap de la Lusitanie, appellé aujourd'hui monte di sintra. (D.J.)
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| TAGUMADERT | (Géog. mod.) ville d'Afrique, aux états du royaume de Maroc, dans le royaume de Tafilet, proche la riviere de Dras, avec un château sur une montagne, où on tient garnison. Les environs de cette ville sont fertiles en blé, en orge & en dattes. (D.J.)
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| TAGUZGALPA | (Géog. mod.) Wafer écrit Téguzigalpa ; province de l'Amérique septentrionale, dans la nouvelle Espagne ; c'est un petit pays aux confins de Guatimala & de Nigaragua, entre la riviere de Yairepa & celle de Désaguadéro. (D.J.)
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| TAHABERG | (Géog. mod.) montagne de Suede, dans la province de Smaland. Elle est très-haute, & peut-être la montagne du monde où il se trouve le plus de fer. (D.J.)
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| TAHNAH | ou TAHANAH, (Géog. mod.) ville du Zanguebar, au pays des Cafres. Elle est sur la côte de Sofala, c'est-à-dire, sur le rivage de l'Océan éthiopique. (D.J.)
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| TAHON | Voyez TAON.
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| TAIE | S. f. (Hist. nat. & Chim.) crusta, l'espece d'écaille ou de coquille des crustacées. Voyez CRUSTACEE & SUBSTANCE ANIMALE. (b)
TAIE, s. f. (maladie de l'oeil) tache blanche qui se forme à la cornée transparente. Voyez ALBUGO & LEUCOMA, termes que l'usage a francisés.
TAIE, (Maréchallerie) mal qui vient aux yeux des chevaux. Il y a deux sortes de taies ; l'une est une espece de nuage qui couvre l'oeil ; l'autre une tache ronde, épaisse & blanche, qui se forme sur la prunelle. On appelle cette taie la perle, parce qu'elle lui ressemble en quelque façon. Ces maux peuvent venir d'un coup, ou d'une fluxion, & ne sont autre chose que des concrétions d'une lymphe épaissie sur la cornée. On les dissipe en mettant sur la taie de la poudre de fiente de lézard jusqu'à guérison, ou de la couperose blanche, sucre candi, & tutie, parties égales, ou du sucre.
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| TAIF | (Géog. mod.) petite ville de l'Arabie, au midi de la montagne de Gazouan. Son terroir, quoique le plus froid de tout le pays d'Hégiaz, abonde en fruits.
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| TAIIBI | S. m. (Hist. nat. Zool.) nom d'un animal d'Amérique décrit par Marggrave & par d'autres auteurs, qui nous le donnent pour être le mâle de l'opossum. Les Portugais appellent cet animal cachorro de mato, & les Hollandois boschratte. Son corps est allongé ; sa tête est faite comme celle du renard ; son nez est pointu, & ses moustaches sont comme celles du chat. Il a les yeux noirs, sortant de la tête ; les oreilles sont arrondies, tendres, douces & blanches. La queue a des poils blancs près de son insertion, ensuite de noirs, & en est dénuée au bout, où elle est couverte d'une peau semblable à celle d'un serpent.
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| TAIKI | S. m. (Hist. mod.) c'est ainsi qu'on nomme chez les Tartares monguls, les chefs qui commandent à chaque horde ou tribu de ces peuples. La dignité de taïki est héréditaire, & passe toujours à l'aîné des fils. Il n'y a point de différence entre ces chefs, sinon celle qui résulte du nombre des familles qu'ils ont sous leurs ordres. Ces chefs sont soumis à un kan dont ils sont les vassaux, les conseillers & les officiers généraux.
TAI-KI, (Hist. mod. Philosophie) ce mot en chinois signifie le faîte d'une maison. Une secte de philosophes de la Chine, appellée la secte des ju-kiau, se sert de ce mot pour désigner l'Etre suprême, ou la cause premiere de toutes les productions de la nature. Voyez JU-KIAU.
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| TAIL | se dit dans l'Ecriture, d'une plume que l'on prépare avec le canif à tracer des caracteres quelconques. Pour le faire comme il faut, mettez le tuyau de la plume sur le doigt du milieu gauche, tournez-la du côté de son dos ; faites une légere ouverture à l'extrêmité, retournez-la ensuite sur son ventre, sur lequel vous ouvrirez un grand tail ; de-là sur le dos, pour commencer une fente entre les deux angles de la plume, en mettant perpendiculairement l'extrêmité de la lame du canif sous le milieu de ces angles ; pour faire une ouverture nette & proportionnée à la fermeté ou à la mollesse de la plume, tenez le pouce gauche fermement appuyé sur l'endroit où vous voulez terminer la fente ; ensuite insérez l'extrêmité du manche du canif, qui par un petit mouvement de coude, mais vif, achevera la fente : cela fait, remettez la plume sur son ventre, pour en former le bec, que vous déchargerez proportionnément à la foiblesse ou à sa fermeté : le bec étant déchargé, & le grand tail & les angles formés comme il convient, selon le volume ou le style que vous voulez donner à votre caractere, insérez une autre plume dans celle dont vous voulez achever le bec ; coupez légerement le dessus de son extrêmité, le canif horisontal du côté de la plume. Enfin pour donner à la plume le dernier coup, coupez le bec vivement, obliquement pour le caractere régulier, & également pour l'expédition. Voyez les Planches.
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| TAILLABLE | adj. (Gramm. Gouvern. & Polit.) qui est sujet à la taille. Voyez TAILLE.
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| TAILLADE | S. f. (Gramm.) grande coupure. On portoit autrefois des sabots à taillades, c'est-à-dire, ouverts en plusieurs endroits par des grandes coupures.
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| TAILLADIN | S. m. en Confiserie, se dit de petites bandes de la chair de citron ou d'orange, &c. fendues extrêmement minces, & en longueur comme des lardons.
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| TAILLANDERIE | S. f. (Fabrique de fer) la taillanderie désigne ou l'art de fabriquer les ouvrages de fer, ou les ouvrages mêmes que font les taillandiers.
L'on peut réduire à quatre classes les ouvrages de taillanderie ; savoir les oeuvres blanches, la vrillerie, la grosserie, & les ouvrages de fer blanc & noir.
Les oeuvres blanches sont proprement les gros ouvrages de fer tranchant & coupant qui s'aiguisent sur la meule, & qui servent aux charpentiers, charrons, menuisiers, tonneliers, jardiniers, bouchers, &c.
La classe de la vrillerie, ainsi nommée des vrilles, comprend tous les menus ouvrages & outils de fer & d'acier qui servent aux orfevres, graveurs, sculpteurs, armuriers, tabletiers, épingliers, ébénistes, &c.
Dans la classe de la grosserie sont tous les plus gros ouvrages de fer qui servent particulierement dans le ménage de la cuisine, comme toutes sortes de crémaillers, poëles, poëlons, léchefrites, marmites, chenets de fer, feux de cuisine & de chambre, chaudron, chaîne, chaînon, &c. C'est aussi dans la grosserie qu'on met les piliers de boutique, les pinces, couprets à paveurs, valet & sergent des menuisiers, toutes les especes de marteaux de maçons, les fers de poulies & autres semblables.
Enfin, la quatrieme classe comprend tous les ouvrages qui se peuvent fabriquer en fer blanc & noir par les taillandiers-ferblantiers ; comme des plats, assiettes, flambeaux, rapes, lampes, plaques de tole, chandeliers d'écurie, & quantité d'autres.
La taillanderie est comprise dans ce qu'on nomme quinquaillerie, qui fait une des principales parties du négoce de la mercerie. (D.J.)
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| TAILLANDIER | S. m. (Corps d'ouvriers) artisan qui travaille aux ouvrages de taillanderie. La communauté des Taillandiers de Paris, est très-considérable, & l'on peut dire qu'il y a en quelque sorte quatre communautés réunies en une seule. Les maîtres de cette communauté sont qualifiés Taillandiers en oeuvres blanches, grossiers, vrilliers, tailleurs de limes, & ouvriers en fer blanc & noir. La qualité de maître Taillandier est commune à tous les maîtres ; les autres qualités sans diviser la communauté, se partagent entre quatre especes d'ouvriers, qui sont les Taillandiers travaillans en oeuvres blanches, les Taillandiers grossiers ; les Taillandiers vrilliers, tailleurs de limes ; & les Taillandiers ouvriers en fer blanc & noir. Savary. (D.J.)
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| TAILLANT | S. m. (Art méchaniq.) c'est le côté tranchant de tout instrument, propre à diviser & à couper.
TAILLANS, (Grosses forges) on appelle taillans, les parties tranchantes de la machine appellée machine à fendre.
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| TAILLAR | CAP, (Géog. mod.) cap de France sur la côte de Provence, dans le golfe de Gènes, entre Aiguebonne & le cap Lardier.
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| TAILLE | S. f. (Jurisprud.) est une imposition que le roi ou quelqu'autre seigneur leve sur ses sujets.
Elle a été ainsi nommée du latin talea, & par corruption tallia, parce qu'anciennement l'usage de l'écriture étant peu commun, l'on marquoit le payement des tailles sur de petites buchettes de bois appellées taleae, sur lesquelles on faisoit avec un couteau de petites tailles, fentes ou coches pour marquer chaque payement. Cette buchette étant refendue en deux, celui qui recevoit la taille, en gardoit un côté par-devers lui, & donnoit l'autre au redevable ; & lorsqu'on vouloit vérifier les payemens, on rapprochoit les deux petits morceaux de bois l'un de l'autre, pour voir si les tailles ou coches se rapportoient sur l'un comme sur l'autre ; de maniere que ces tailles ou buchettes étoient comme une espece de charte-partie.
Ces buchettes qui furent elles-mêmes appellées tailles, étoient semblables à celles dont se servent encore les Boulangers pour marquer les fournitures du pain qu'ils font à crédit à leurs pratiques ordinaires, & c'est sans-doute de-là qu'on les nommoit anciennement talemarii ou talemelarii, & en françois talemeliers.
La taille étoit aussi appellée tolta ou levée, du latin tollere. Les anciennes chartes se servent souvent de ces termes talliam vel voltam, & quelquefois maletoltam, à cause que cette levée paroissoit onéreuse, d'où l'on a donné le nom de maltotiers à ceux qui sont chargés de la levée des impôts publics.
La taille est royale ou seigneuriale : celle qui se paye au roi, est sans-doute la plus ancienne ; & il y a lieu de croire que la taille seigneuriale ne fut établie par les seigneurs sur leurs hommes, qu'à l'imitation de celle que le roi levoit sur ses sujets.
L'origine de la taille royale est fort ancienne ; on tient qu'elle fut établie pour tenir lieu du service militaire que tous les sujets du roi devoient faire en personne ; nobles, ecclésiastiques, roturiers, personne n'en étoit exempt.
On convoquoit les roturiers ou villains lorsque l'on avoit besoin de leur service, & cette convocation se nommoit halbannum seu heribannum, herban ou arriere-ban ; & ceux qui ne comparoissoient pas, payoient une amende qu'on appelloit le hauban.
Les nobles faisant profession de porter les armes, & les ecclésiastiques étant aussi obligés de servir en personne à cause de leurs fiefs, ou d'envoyer quelqu'un à leur place, n'étoient pas dans le cas de payer une contribution ordinaire pour le service militaire ; & c'est de-là que vient l'exemption de taille dont jouissent encore les nobles & les ecclésiastiques.
Les roturiers au contraire qui par état ne portoient point les armes, ne servoient qu'extraordinairement, lorsqu'ils étoient convoqués ; & ce fut pour les dispenser du service militaire que l'on établit la taille, afin que ceux qui ne contribueroient pas de leur personne au service militaire, y contribuassent au moins de leurs deniers pour fournir aux fraix de la guerre.
On attribue communément l'établissement des tailles à S. Louis ; elles sont cependant beaucoup plus anciennes. Pierre Louvet, médecin, en son histoire de la ville de Beauvais, rapporte une chartre de l'an 1060, par laquelle il paroît que la taille étoit déja établie, puisqu'il est parlé d'une décharge qui fut donnée de plusieurs coutumes injustes, savoir la taille & autres oppressions, talliam videlicet & alias oppressiones.
La plus ancienne ordonnance qui fasse mention de la taille, est celle de Philippe Auguste en 1190, appellée communément le testament de Philippe Auguste. Elle défend à tous les prélats & vassaux du roi de faire aucune remise de la taille ou tolte, tant que le roi sera outre-mer au service de Dieu ; & comme la taille n'étoit point encore alors ordinaire ni perpétuelle, & qu'on la levoit seulement pour les besoins extraordinaires de l'état, il y a grande apparence que celle dont il est parlé dans ce testament, avoit été imposée à l'occasion du voyage que Philippe Auguste se disposoit à faire outre-mer.
Les seigneurs levoient quelquefois des tailles non pour eux, mais pour le roi. Les prélats en levoient en trois cas, 1°. pour l'ost ou la chevauchée du roi, 2°. pour le pape, 3°. pour la guerre que leur église avoit à soutenir.
Lorsque la taille se levoit pour l'ost du roi, elle duroit peu, parce que le ban qui étoit la convocation & assemblée des nobles & ecclésiastiques pour le service militaire, ne duroit alors que 40 jours.
En général les nobles & ecclésiastiques non mariés & non marchands ne payoient point de taille.
Les clercs mariés payoient la moitié de ce qu'ils auroient payé, s'ils n'eussent pas été clercs.
Les nobles & les clercs contribuoient même en certains lieux ou pour certains biens, suivant des lettres du mois d'Avril 1331, pour la sénéchaussée de Carcassonne, dans lesquelles il est dit que les nobles & ecclésiastiques avoient coutume ailleurs de contribuer aux tailles & collectes pour les maisons & lieux qu'ils habitoient.
On exempta aussi de la taille quelques autres personnes, telles que ceux qui étoient au service du roi, les baillis royaux, les ouvriers de la monnoie.
Les bourgeois & même les villains ne pouvoient aussi être imposés à la taille la premiere année qu'ils s'étoient croisés ; mais si la taille avoit été assise avant qu'ils se fussent croisés, ils n'en étoient affranchis que pour la seconde année, à moins qu'il ne se fît quelque levée pour l'armée : ce qui fait connoître que l'imposition qui se faisoit pour l'ost & chevauchée du roi, étoit alors différente de la taille.
C'est ce que l'on trouve dans une ordonnance de Philippe Auguste de l'an 1214, touchant les croisés, où ce prince dit encore qu'ils ne sont pas exempts de l'ost & de la chevauchée, soit qu'ils aient pris la croix avant ou après la convocation.
Suivant cette même ordonnance, quand un croisé possédoit des terres sujettes à la taille, il en payoit la taille comme s'il n'étoit pas croisé : ce qui fait voir qu'il y avoit dès-lors deux sortes de taille, l'une personnelle qui étoit une espece de capitation dont les croisés étoient exempts, l'autre réelle qui étoit dûe pour les maisons & terres taillables, c'est-à-dire, roturieres ; les gentilshommes même payoient la taille pour une maison de cette espece, lorsqu'ils ne l'occupoient pas par eux-mêmes.
La taille fut levée par S. Louis en 1248, à l'occasion de la croisade qu'il entreprit pour la terre sainte ; mais ce n'étoit encore qu'une imposition extraordinaire.
Les lettres de ce prince du mois d'Avril 1250, contenant plusieurs réglemens pour le Languedoc, portent que les tailles qui avoient été imposées par le comte de Montfort, & qui peu après avoient été levées au profit du roi, tandis qu'il occupoit en paix ce pays, demeureroient dans le même état où elles avoient été imposées, & que s'il y avoit eu quelque chose d'ajouté, il seroit ôté.
Que si dans certains lieux il y avoit eu des confiscations considérables au profit du roi, la taille seroit diminuée à proportion jusqu'à ce que les héritages confisqués parvinssent à des gens taillables.
Il est encore dit que dans les lieux où il n'y auroit plus de taille, les anciens droits qui étoient dûs dans le pays d'Alby, & qui avoient cessé d'être payés depuis l'imposition des tailles, seront confisqués ; qu'à l'égard des tailles de Calvison & autres lieux des environs de Nismes & des places qui avoient été mises dans la main du roi, & qui servoient aux usages publics, on en composeroit suivant ce qui seroit juste.
Le roi permettoit quelquefois aux communes ou villes & bourgs érigés en corps & communautés, de lever sur elles-mêmes des tailles autant qu'il en falloit pour payer leurs dettes ou les intérêts qui en étoient échus.
Les Juifs levoient aussi quelquefois sur eux des tailles pour leurs affaires communes.
S. Louis fit un réglement pour la maniere d'asseoir & de lever la taille ; nous en avons déja parlé au mot ELECTION.
La taille n'étoit pas encore perpétuelle sous le roi Jean en 1358, puisque Charles V. son fils, en qualité de lieutenant du royaume, promit que moyennant l'aide qui venoit d'être accordée par les états, toutes tailles & autres impositions cesseroient.
Dans une ordonnance du roi Jean lui-même du 20 Avril 1363, faite en conséquence de l'assemblée des trois états de la sénéchaussée de Beaucaire & de Nismes, il est parlé des charges que les peuples de ce pays avoient souffertes & souffroient tous les jours par le fait des tailles qui avoient été imposées tant pour la rançon de ce prince que pour l'expulsion des ennemis, que pour les gages des gens d'armes & autres dépenses.
Les autres cas pour lesquels le roi levoit la taille, étoient pour la chevalerie de son fils ainé, pour le mariage de leurs filles. Ces tailles ne se levoient que dans les domaines du roi.
Dans ces mêmes occasions les vassaux du roi tailloient aussi leurs sujets pour payer au roi la somme dont ils devoient contribuer ; & ordinairement ils trouvoient bénéfice sur ces levées.
Ce ne fut qu'en 1445, sous le regne de Charles VII. que la taille fut rendue annuelle, ordinaire & perpétuelle. Elle ne montoit alors qu'à 1800000 liv. & la cotte de chacun étoit si modique, que l'on s'empressoit à qui en payeroit davantage.
Depuis ce tems les tailles ont été augmentées par degré & quelquefois diminuées ; elles montent présentement à une somme très-excédente.
La taille est personnelle ou plutôt mixte, c'est-à-dire, qu'elle s'impose sur les personnes à raison de leurs biens. En quelques provinces, comme en Languedoc, elle est réelle : ce sont les biens qui la doivent.
Dans les pays où la taille est personnelle, elle n'est dûe que par les roturiers ; les nobles & les ecclésiastiques en sont exempts. Il y a encore beaucoup d'autres personnes qui en sont exemptes, soit en vertu de quelque office, commission ou privilege particulier.
L'édit du mois de Novembre 1666 veut que tous sujets taillables qui se marieront avant ou dans leur vingtieme année, soient exempts de tailles jusqu'à ce qu'ils aient 25 ans. Mais l'arrêt d'enregistrement porte que ceux qui contracteront mariage en la vingt-unieme année de leur âge ou au-dessous, & qui prendront des fermes, seront taillables, à proportion du profit qu'ils y feront.
Le grand âge n'exempte point de la taille.
Le montant général de la taille & des autres impositions accessoires, telles que taillon, crue, ustensile, cavalier, quartier d'hiver, capitation, est arrêté tous les ans au conseil du roi ; on y fixe aussi la portion de ces impositions que chaque généralité doit supporter.
Il se fait ensuite deux départemens de ces impositions, l'un général, l'autre particulier.
Ce département général se fait sur chaque élection par les trésoriers de France en leur bureau, en conséquence du brevet ou commission qui leur est adressé par le roi. L'intendant préside au bureau, & après avoir ouï le rapport de celui qui a fait les chevauchées, on expédie en présence de l'intendant les attaches & ordonnances qui contiennent ce que chaque élection doit porter de taille.
Le département particulier sur chaque paroisse se fait aussi par l'intendant avec celui des trésoriers de France qui est député à cet effet, & trois des présidens & élus nommés & choisis par l'intendant ; on appelle à ce département le procureur du roi, le receveur des tailles & le greffier de l'élection.
Cette répartition faite, l'intendant & les officiers de l'élection adressent des mandemens aux maires & échevins, syndics & habitans de chaque paroisse, par lesquels il leur notifie que la paroisse est imposée à une telle somme pour le principal de la taille, crues & impositions y jointes.
Ce mandement porte aussi que cette somme sera par les collecteurs nommés à cet effet repartie sur les habitans, levée par les collecteurs, & payée ès mains du receveur des tailles en exercice, en quatre payemens égaux : le premier au 1er. Décembre, le second au 1er. Février, le troisieme au dernier Avril, le quatrieme au 1er. Octobre.
Ces rôles se font ordinairement dans le mois de Novembre.
On y impose aussi 6 deniers pour livre de la taille attribués aux collecteurs pour leur droit de collecte, & une certaine somme pour le droit de scel, suivant le tarif.
Quand il y a quelque rejet à faire sur la paroisse, on ajoute la somme au rôle des tailles en vertu d'ordonnance de l'intendant.
Les taxes d'office sont marquées dans le mandement qui est adressé aux collecteurs, & doivent être par eux employées dans le rôle sans aucune diminution, si ce n'est qu'il fût survenu depuis quelque diminution dans les facultés du taillable.
Ceux qui étant taxés d'office, se prétendent surchargés, doivent se pourvoir par opposition devant l'intendant.
On ne doit pas comprendre dans les rôles des tailles les ecclésiastiques pour les biens d'église qu'ils possedent, les nobles vivant noblement, les officiers des cours supérieures, ceux du bureau des finances, ceux de l'élection qui ont domicile ou résidence dans le ressort d'icelle, & tous les officiers & privilégiés dont les privileges n'ont point été révoqués ou suspendus.
Les gens d'église, nobles vivans noblement, officiers de cour supérieure & secrétaires du roi ne peuvent faire valoir qu'une seule ferme du labour de quatre charrues à eux appartenante, les autres privilégiés une ferme de deux charrues seulement.
Les habitans qui vont demeurer d'une paroisse dans une autre, doivent le faire signifier aux habitans en la personne du syndic, avant le premier Octobre, & faire dans le même tems leur déclaration au greffe de l'élection dans laquelle est la paroisse où ils vont demeurer.
Nonobstant ces formalités, ceux qui ont ainsi transféré leur domicile, sont encore imposés pendant quelque tems au lieu de leur ancienne demeure, savoir les fermiers & laboureurs pendant une année, & les autres contribuables pendant deux, au cas que la paroisse dans laquelle ils auront transféré leur domicile, soit dans le ressort de la même élection, & si elle est d'une autre, les laboureurs continueront d'être imposés pendant deux années, & les autres contribuables pendant trois années.
Ceux dont les privileges ont été révoqués, qui transferent leur domicile dans des villes franches, abonnées ou tarifiées, sont compris pendant dix ans dans le rôle du lieu où ils avoient auparavant leur domicile.
Les habitans qui veulent être imposés dans le lieu de leur résidence pour tout ce qu'ils possedent ou exploitent en diverses paroisses, doivent en donner leur déclaration au greffe de l'élection avant le premier Septembre de chaque année.
Les rôles sont écrits sur papier timbré avec une marge suffisante pour y écrire les payemens.
Aussi-tôt que le rôle est fait, les collecteurs doivent le porter avec le double d'icelui à l'officier de l'élection qui a la paroisse dans son département, pour être par lui vérifié & rendu exécutoire.
Lorsqu'il est ainsi vérifié, il doit être lu par les collecteurs à la porte de l'église, à l'issue de la messe paroissiale, le premier dimanche ou jour de fête suivant.
Ceux qui étant cottisés à l'ordinaire, se prétendent surchargés, doivent se pourvoir devant les officiers de l'élection ; mais le rôle est toujours exécutoire par provision. Voyez le glossaire de du Cange & celui de Lauriere au mot taille, le code & le mémorial alphabétique des tailles, & les mots AIDES, COLLECTEURS, COTTE, SURTAUX. (A)
TAILLE ABONNEE, est celle qui est fixée pour toujours à une certaine somme.
L'abonnement est ou général pour une province, ou particulier pour une ville, bourg ou village.
Ces abonnemens se font en considération de la finance qui a été payée au roi pour l'obtenir.
Il y a des tailles seigneuriales qui ont été abonnées de même avec les seigneurs.
Pour l'abonnement de la taille royale on obtient des lettres en la grande chancellerie, par lesquelles, pour les causes qui y sont exprimées, sa majesté décharge un tel pays ou un tel lieu de toutes tailles moyennant la somme de.... qui sera payée par chacun an, au moyen de quoi, dans les commissions qui sont adressées pour faire le département des tailles, il est dit qu'un tel pays ou lieu ne sera taxé qu'à la somme de.... pour son abonnement. (A)
TAILLE ABOURNEE, est la même que taille abonnée ou jugée. (A)
TAILLE ANNUELLE, est celle qui se leve chaque année, à la différence de certaines tailles seigneuriales qui ne se levent qu'en certain cas & extraordinairement. Voyez TAILLE AUX QUATRE CAS. (A)
TAILLE ES CAS ACCOUTUMES, c'est la taille seigneuriale dûe dans les cas déterminés par la coutume ou par les titres du seigneur. Voyez TAILLE SEIGNEURIALE & TAILLE AUX QUATRE CAS. (A)
TAILLE ES CAS IMPERIAUX, étoit celle que les dauphins de Viennois levoient, comme plusieurs autres seigneurs en certains cas. On l'appelloit ainsi parce qu'apparemment les dauphins tiroient ce droit des empereurs, & on lui donnoit ce surnom pour la distinguer de la taille serve ou mortaille. Voyez l'hist. de Dauphiné par M. de Valbonay, quatrieme discours sur les finances. (A)
TAILLE COMTALE, tallia comitalis, étoit une taille générale que les dauphins étoient en possession de lever dans plusieurs de leurs terres, comme dans celle de Beaumont, de la Mure d'Oysans, de Vallouyse, de Queras, d'Exille & d'Aulx ; celle-ci étoit différente de l'ancienne taille ou mortaille, qui conservoit encore quelques traces de la servitude. La recette s'en faisoit sur tous les corps de la châtellenie ; elle étoit toujours réglée sur le même pié. On voit dans un compte de 1336, qu'elle y est distinguée du subside du seigneur, qui étoit apparemment le fouage. Cette taille comtale n'a pas été supprimée dans les lieux où elle étoit anciennement établie ; elle fait encore partie de la dotation du monastere de Montfleury, lequel a conservé les portions qui lui en furent cédées par le dauphin Humbert dans le tems de sa fondation. Voyez l'histoire de Dauphiné par M. de Valbonay, quatrieme discours sur les finances. (A)
TAILLE COUTUMIERE, est celle qu'en vertu d'un ancien usage on a accoutumé de percevoir en certains tems de l'année. Ces tailles sont ainsi nommées dans plusieurs anciennes chartes, notamment dans la charte de commune de la ville de Laon en 1128. Les termes ordinaires étoient à la Toussaints, à Noël, à Pâque & à la St. Jean. Quelquefois la taille coutumiere ne se levoit que trois fois l'an, savoir en Août, Noël & Pâque. Voyez la coutume de Bourbonnois, art. 202.
TAILLE A DISCRETION, voyez TAILLE A VOLONTE.
TAILLE DOMICILIAIRE, est la même chose que taille personnelle ; c'est celle que l'on paye au lieu de son domicile. Voyez Collet sur les statuts de Bresse, part. 359. col. I.
TAILLE FRANCHE ou LIBRE, est une taille seigneuriale qui ne rend point la personne serve, quoiqu'elle soit imposée sur son chef. Cette taille franche est dûe dans les cas portés par la coutume, ou fixés par l'usage ou la convention par l'homme franc, ou tenant héritage en franchise à devoir d'argent. Voyez la coutume de Bourbonnois, art. 189. celle de la Marche, art. 69 & 132 & les mots MORTAILLE, TAILLE SERVE & TAILLE MORTAILLE.
TAILLE HAUT ET BAS, dans la coutume du duché de Bourgogne, est la taille aux quatre cas qui se leve sur les taillables hauts & bas, c'est-à-dire tant sur les vassaux & autres tenanciers libres, que sur les serfs & main-mortables. Voyez le ch. x. de cette coutume, art. 97.
TAILLE JUGEE ou ABONNEE est la même chose.
TAILLE JUREE, étoit celle qui se payoit sans enquérir de la valeur des biens des habitans, parce qu'elle étoit abonnée & jugée. Il en est fait mention ès arrêts de Paris du 26 Mai & 1 Juin 1403, & 3 Juillet 1406 & dernier Mai 1477. Voyez le glossaire de M. de Lauriere, au mot taille.
TAILLE LIBRE, ou FRANCHE, voyez ci-devant TAILLE FRANCHE.
TAILLE A MERCI, voyez ci-après TAILLE A VOLONTE.
TAILLE A MISERICORDE, voyez ci-après TAILLE A VOLONTE.
TAILLE MIXTE, est celle qui est partie personnelle, & partie réelle, c'est-à-dire qui est dûe par les personnes à proportion de leurs biens : dans tous les pays où la taille est proportionnelle, on peut dire qu'elle est mixte. Voyez Collet sur les statuts de Bresse, p. 362.
TAILLE MORTAILLE, tributum mortalium, est celle que le seigneur leve sur ses hommes de corps & de condition servile ; savoir la taille une fois l'an, soit à la volonté du seigneur, ou selon quelque abonnement, & la mortaille se paye au décès seulement de l'homme serf sur les biens par lui délaissés, soit qu'il ait des enfans ou non. (A)
TAILLES NEGOCIALES, sont des tailles extraordinaires qui sont pour le général de la province, ou pour les lieux & les communautés particulieres. Voyez Collet sur les statuts de Bresse, p. 359.
TAILLE DU PAIN ET DU VIN, tallia panis & vini, étoit une levée qui se faisoit sur le pain & le vin en nature au profit du roi ou autre seigneur.
Suivant une charte de Philippe-Auguste, de l'an 1215, pour la ville d'Orléans, il est dit que cette levée seroit faite depuis deux ans.
Louis VIII. accorda en 1225 aux chanoines de l'église de Paris, que la taille du pain & du vin qui avoit coutume de se lever à Paris tous les trois ans, seroit levée par eux dans toute leur terre de Garlande, & dans le cloître St. Benoît, depuis le commencement des moissons, & depuis le commencement des vendanges jusqu'à la St. Martin d'hiver, & que depuis cette fête jusqu'à Pâques, le roi auroit ladite taille, excepté sur les propres blés & vins des chanoines, & autres personnes privilégiées.
Le roi levoit néanmoins les tailles sur les terres de certains seigneurs, & même de quelques églises, comme il paroît par une charte de Philippe le Hardi de l'an 1273, pour l'église de St. Mery de Paris, laquelle charte porte que le roi aura dans toute la terre de cette église & sur ses hôtes le droit de dan, le guet, la taille, host & chevauchée, la taille du pain & du vin, talliam panis & vini, les mesures, la justice, &c.
Dans une délibération de la chambre des comptes de Paris, de vers l'an 1320, il est dit qu'il seroit à propos que le roi fît refondre tous les vieux tournois & parisis qui étoient usés, que le roi est tenu de les tenir en bon point, ou état, car il en a la taille du pain & du vin de sa terre, &c. On voit par-là que cette taille étoit donnée au roi pour la fonte des monnoies. Voyez le glossaire de du Cange, au mot tallia, & Sauval aux preuves, p. 72 & 77. (A)
TAILLES PATRIMONIALES, on entendoit autrefois sous ce nom les impositions qui se faisoient pour les réparations des chemins, des ponts, des édifices publics & des décorations. Voyez Collet, sur les statuts de Bresse, p. 361.
TAILLE PERSONNELLE, est celle qui s'impose sur les personnes à proportion de leurs facultés ; elle est opposée à la taille réelle, qui est due par les biens, abstraction faite de la qualité des personnes. La taille personnelle a lieu dans dix-sept généralités. Voyez TAILLE REELLE.
TAILLE DE POURSUITE, est la taille serve qui se leve sur le main-mortable en quelque lieu qu'il se transporte. Voyez la coutume de Troies.
TAILLE PROPORTIONNELLE, (Finances) le beau rêve de l'abbé de St. Pierre ne s'accomplira-t-il jamais ? Avant sa mort la taille proportionnelle fut établie à Lizieux en 1717, & cet établissement transporta les habitans d'une telle joie, que les réjouissances publiques durerent pendant plusieurs jours. Depuis toutes les paroisses du pays supplierent instamment que la même grace leur fût accordée. Diverses villes présenterent d'un voeu unanime des placets. Des raisons qu'il ne nous appartient pas de deviner, firent rejetter ces demandes ; tant il est difficile de faire un bien dont chacun discourt beaucoup plus pour paroître le vouloir, que dans le dessein de le pratiquer ! La ville de Lizieux vit même avec douleur diverses atteintes données à une régie qui dans un seul jour rétablissoit l'aisance & les consommations. Un trait décisif achevera de donner une idée des avantages que le roi en retireroit ; l'imposition de 1718, avec les arrérages des cinq années précédentes, fut acquittée dans douze mois, sans fraix ni discussion. Par un excès le plus capable peut-être de dégrader l'humanité, le bonheur commun fit des mécontens de tous ceux dont la prospérité dépend de la misere d'autrui. C'est alors que le peuple en gémissant s'écrie, si le Prince étoit servi comme nous l'aimons !
Depuis ce tems on a essayé d'introduire la même nature d'imposition en diverses provinces du royaume ; mais elle n'a point réussi dans les campagnes, parce qu'on l'a dénaturée en voulant imposer le fermier à raison de son industrie particuliere, au-lieu de l'imposer uniquement à raison de l'occupation du fonds : dès-lors l'arbitraire continue ses ravages, éteint toute émulation, & tient la culture dans l'état languissant où nous la voyons. C'étoit précisément sur cette répartition plus juste des tailles que se fondoient les plus grandes espérances pour l'avenir ; parce qu'on voyoit clairement qu'augmenter l'aisance du peuple, c'est augmenter les revenus du prince. Considérat. sur les finances. Voyez TAILLE. (D.J.)
TAILLE AUX QUATRE CAS, est une taille seigneuriale que dans certains lieux les seigneurs ont droit de lever sur leurs hommes taillables en quatre cas différens.
On l'appelle taille aux quatre cas, parce qu'elle se leve communément dans quatre cas qui sont les plus usités ; savoir, pour voyage d'outre-mer du seigneur, pour marier ses filles, pour sa rançon quand il est fait prisonnier, & pour faire son fils chevalier.
Quelques coutumes n'admettent que trois cas.
Dans les pays de droit écrit, cette taille est perçue en certains lieux dans sept ou huit cas, selon que les seigneurs ont été plus ou moins attentifs à étendre ce droit par leurs fermiers. Les barons de Neufchâtel en Suisse la levoient dans un cinquieme cas ; savoir, pour acheter de nouvelles terres.
En pays coutumier, ce droit ne se leve ordinairement qu'en vertu d'un titre ; les coutumes qui l'admettent sont celles d'Anjou & Maine, Normandie, Bretagne, Auvergne, Bourbonnois, Bourgogne, Lodunois, Poitou, Tours. Les trois premieres ne reconnoissent que trois cas, les autres en admettent quatre.
Dans la coutume de Bourgogne ce droit est appellé aide, en Normandie, aide-chevel ; en Poitou & ailleurs, loyaux-aides ; en Anjou & Maine, doublage ; en Bourbonnois, quête ou taille aux quatre cas ; en Forez, droit de muage ; en d'autres lieux, droit de complaisance, coutumes volontaires.
L'origine de ce droit est fort ancienne. Quelques-uns la tirent des Romains, chez lesquels les cliens étoient obligés d'aider leurs patrons lorsque ceux-ci manquoient d'argent, & qu'il s'agissoit de se rédimer eux ou leurs fils de captivité, ou de marier leurs filles.
D'autres rapportent cet usage au tems de l'institution des fiefs.
Quoi qu'il en soit, il paroît qu'au commencement cette taille ne consistoit qu'en dons & présens volontaires que les vassaux & tenanciers faisoient à leurs seigneurs dans des cas où il avoit besoin de secours extraordinaires, que les seigneurs ont depuis tourné en obligation & en droit.
Cette taille extraordinaire est différente de la taille à volonté, à miséricorde & à merci, qui sont aussi des tailles seigneuriales, mais qui ne se levent que sur les serfs, à la différence de la taille aux quatre cas, qui est aussi dûe par les vassaux & autres tenanciers non main-mortables.
Le cas de chevalerie étoit autrefois lorsque l'on recevoit la ceinture ou le baudrier ; présentement c'est lorsque l'on reçoit le collier de l'ordre du Saint-Esprit, qui est le premier ordre du roi.
Le cas de rançon n'a lieu que quand le seigneur est pris prisonnier portant les armes pour le service du roi.
Quand les titres ne fixent pas la quotité de la taille aux quatre cas, l'usage est de doubler les cens & rentes des emphitéotes, c'est pourquoi quelques coutumes appellent ce droit doublage.
Cette taille est différente de la taille à volonté, qui est annuelle & ordinaire.
Chaque seigneur ne peut la lever qu'une fois en sa vie dans chacun des cas dont on a parlé ; encore les voyages d'outre-mer n'ont-ils plus lieu, ni les cas de rançon, vû que le service militaire ne se fait plus pour les fiefs, si ce n'est en cas de convocation du ban & de l'arriere-ban ; mais dans ce cas même les prisonniers de guerre ne payent plus eux-mêmes leur rançon.
A l'égard du cas de mariage, quelques coutumes ne donnent la taille que pour le premier mariage de la fille aînée, d'autres pour le premier mariage de chaque fille.
Les coutumes qui admettent cette taille sont celles de Normandie, Bretagne, Auvergne, Bourbonnois, Bourgogne, Anjou, Maine, Lodunois, Poitou, Tours ; elles ne reconnoissent en général que quatre cas, Anjou & Maine n'en admettent même que trois.
Dans les pays de droit écrit on en admet un plus grand nombre, ce qui dépend de la jurisprudence de chaque parlement.
En général la quotité de cette taille, & les cas où elle peut-être perçue, descendent des titres & de l'usage, lesquels ne doivent point recevoir d'extension, ces droits étant peu favorables.
Ce droit est pourtant imprescriptible parce qu'il est de pure faculté, à-moins qu'il n'y eût eu refus & contradiction de la part du taillable, auquel cas la prescription couroit seulement du jour de la contradiction. Voyez Cujas, liv. II. de fundis, tit. 7. Dolive, liv. II. ch. vij. Lapeirere, let. T, n °. 8. Despeisses, tom. III. tit. 6. sect. 1. Salvaing, des fiefs, ch. xljx. (A)
TAILLE RAISONNABLE ou A VOLONTE RAISONNABLE. Voyez TAILLE A MERCI, A PLAISIR & A VOLONTE.
TAILLE REELLE, est celle qui est dûe par les héritages taillables, abstraction faite de la qualité du propriétaire, soit qu'il soit noble ou non.
Les héritages sujets à la taille réelle sont les biens roturiers, il n'y a d'exempts que les héritages nobles.
Le clergé & la noblesse, & autres privilégiés, payent la taille réelle pour les héritages roturiers ; elle est établie en Languedoc, Guyenne, Provence & Dauphiné.
TAILLE SERVE, est celle qui ne se leve que sur les personnes de condition serve & qui les rend mortaillables ou mainmortables. Voyez MAINMORTE, MORTAILLE, TAILLE FRANCHE, & les coutumes de Bourbonnois, art. 189. & la Marche, art. 69. & 132.
TAILLE TARIFEE, est la même chose que la taille proportionnelle.
TAILLE A VOLONTE ou A DISCRETION, A MERCI ou A MISERICORDE, ad beneplacitum, c'est une taille serve que le seigneur leve annuellement sur ses hommes ; on l'appelle taille à volonté, non pas que le seigneur soit le maître de la lever autant de fois que bon lui semble, mais parce que dans l'origine le seigneur faisoit son rôle aussi fort & aussi léger qu'il le vouloit ; présentement il se fait arbitrio boni viri, & selon la possibilité. Voyez la Peyrere, lettre T. n. 8.
L'historique de cette imposition est court, mais les réflexions sur la nature de la chose sont importantes.
Les états généraux de France, dit M. de Voltaire, ou plutôt la partie de la France qui combattoit pour son roi Charles VII. contre l'usurpateur Henri V. accorda généreusement à son maître une taille générale en 1426, dans le fort de la guerre, dans la disette, dans le tems même où l'on craignoit de laisser les terres sans culture. Les rois auparavant vivoient de leurs domaines, mais il ne restoit presque plus de domaines à Charles VII. & sans les braves guerriers qui se sacrifierent pour lui & pour la patrie, sans le connétable de Richemont qui le maîtrisoit, mais qui le servoit à ses dépens, il étoit perdu.
Bientôt après les cultivateurs qui avoient payé auparavant des tailles à leurs seigneurs dont ils avoient été serfs, payerent ce tribut au roi seul dont ils furent sujets. Ce n'est pas que, suivant plusieurs auteurs, les peuples n'eussent payé une taille dès le tems de saint Louis, mais ils le firent pour se délivrer des gens de guerre, & ils ne la payerent que pendant un tems ; au-lieu que depuis Charles VII. la taille devint perpétuelle, elle fut substituée au profit apparent que le roi faisoit dans le changement des monnoies.
Louis XI. augmenta les tailles de trois millions, & leva pendant vingt ans quatre millions sept cent mille livres par an, ce qui pouvoit faire environ vingt-trois millions d'aujourd'hui, au-lieu que Charles VII. n'avoit jamais levé par an que dix-huit cent mille livres.
Les guerres sous Louis XII. & François I. augmenterent les tailles, mais plusieurs habitans de la campagne ne pouvant les payer, vinrent se réfugier à Paris, ce qui fut la cause de son accroissement & du dommage des terres.
Ce fut bien pis sous Henri III. en 1581, car les tailles avoient augmenté depuis le dernier regne d'environ vingt millions.
En 1683 les tailles montoient à trente-cinq millions de livres, ou douze cent quatre-vingt-seize mille deux cent quatre-vingt-seize marcs d'argent, ce qui fait sept pour cent de la masse de l'argent qui existoit alors. Aujourd'hui, c'est-à-dire avant les guerres de 1754, les recettes générales de la taille & de la capitation, étoient estimées à soixante & douze millions de livres, ou quatorze cent quarante mille marcs d'argent, ce qui fait environ six pour cent de la masse de l'argent. Il paroît d'abord que la charge des campagnes de France est moins pesante qu'alors, proportionnellement à nos richesses ; mais il faut observer que la consommation est beaucoup moindre, qu'il y a beaucoup moins de bestiaux dans les campagnes, & que le froment vaut moins de moitié ; au-lieu qu'il auroit dû augmenter de moitié. Mais passons à quelques réflexions sur l'impôt en lui-même ; je les tirerai de nos écrivains sur cette matiere.
M. de Sully regardoit l'impôt de la taille comme violent & vicieux de sa nature, principalement dans les endroits où la taille n'est pas réelle. Une expérience constante lui avoit prouvé qu'il nuit à la perception de tous les autres subsides, & que les campagnes avoient toujours dépéri à mesure que les tailles s'étoient accrues. En effet, dès qu'il y entre de l'arbitraire, le laboureur est privé de l'espérance d'une propriété, il se décourage ; loin d'augmenter sa culture il la néglige pour peu que le fardeau s'appesantisse. Les choses sont réduites à ce point parmi les taillables de l'ordre du peuple, que celui qui s'enrichit n'ose consommer, & dès-lors il prive les terres du produit naturel qu'il voudroit leur fournir jusqu'à ce qu'il soit devenu assez riche pour ne rien payer du-tout. Cet étrange paradoxe est parmi nous une vérité que les privileges ont rendu commune.
L'abus des privileges est ancien ; sans-cesse attaqué, quelquefois anéanti, toujours ressuscité peu de tems après, il aura une durée égale à celle des besoins attachés au maintien d'un grand état, au desir naturel de se soustraire aux contributions, & plus encore aux gênes & à l'avilissement. Les privileges sont donc onéreux à l'état, mais l'expérience de tant de siecles devroit prouver qu'ils sont enfantés par le vice de l'impôt, & qu'ils sont faits pour marcher ensemble.
Un premier président de la cour des aides, M. Chevalier, a autrefois proposé de rendre la taille réelle sur les biens. Par cette réforme le laboureur eût été véritablement soulagé ; ce nombre énorme d'élus & officiers qui vivent à ses dépens devenoit inutile ; les fraix des exécutions étoient épargnés ; enfin le roi étoit plus ponctuellement payé. Malgré tant d'avantages, l'avis n'eut que trois voix. Ce fait est facile à expliquer ; l'assemblée étoit composée d'ecclésiastiques, de gentilshommes, de gens de robe, tous riches propriétaires de terres, & qui n'en connoissant pas le véritable intérêt, craignirent de se trouver garants de l'imposition du laboureur, comme si cette imposition leur étoit étrangere. N'est-ce pas en déduction du prix de la ferme, & de la solidité des fermiers, que se payent les contributions arbitraires ? La consommation des cultivateurs à leur aise ne retourneroit-elle pas immédiatement au propriétaire des terres ? Ce que la rigueur de l'impôt & la misere du cultivateur font perdre à la culture, n'est-il pas une perte réelle & irréparable sur leur propriété ?
Les simples lumieres de la raison naturelle développent d'ailleurs les avantages de cette taille réelle, & il suffit d'avoir des entrailles pour desirer que son établissement fût général, ou du-moins qu'on mît en pratique quelque expédient d'une exécution plus simple & plus courte, pour le soulagement des peuples.
Il y auroit beaucoup de réflexions à faire sur l'imposition de la taille. Est-il rien de plus effrayant, par exemple, que ce droit de suite pendant dix ans sur les taillables qui transportent leur domicile dans une ville franche, où ils payent la capitation, les entrées, les octrois, & autres droits presque équivalens à la taille ? Un malheureux journalier qui ne possede aucun fonds dans une paroisse, qui manque de travail, ne peut aller dans une autre où il trouve de quoi subsister sans payer la taille en deux endroits pendant deux ans, & pendant trois s'il passe dans une troisieme élection. J'entends déja les gens de loi me dire, que c'est une suite de la loi qui attachoit les serfs à la terre. Je pourrois répondre, que tous les taillables ne sont pas, à beaucoup près, issus de serfs ; mais sans sonder l'obscurité barbare de ces tems-là, il s'agit de savoir si l'usage est bon ou mauvais, & non pas de connoître son origine. Les rois trouverent avantageux pour eux & pour leur état d'abolir les servitudes, & comme l'expérience a justifié leur sage politique, il ne faut plus raisonner d'après les principes de servitude. (D.J.)
TAILLE, s. f. terme de Chirurgie, c'est l'opération de la lithotomie, par laquelle on tire la pierre de la vessie. Voyez CALCUL.
Cette opération est une des plus anciennes de la Chirurgie ; on voit par le serment d'Hippocrate qu'on la pratiquoit de son tems, mais on ignore absolument la maniere dont elle se faisoit. Aucun auteur n'en a parlé depuis lui jusqu'à Celse, qui donne une description exacte de cette opération. L'usage s'en perdit dans les siecles suivans ; & au commencement du seizieme, il n'y avoit personne qui osât la pratiquer, du-moins sur les grands sujets. Les vestiges que l'ancienne Chirurgie a laissés de l'opération de la taille ne sont que les traces d'une timidité ignorante : la plûpart de ceux qui avoient la pierre, ne trouvoient aucun soulagement : les enfans pouvoient espérer quelque ressource jusqu'à l'âge de quatorze ans ; après cet âge, l'art étoit stérile pour eux.
C'est en France qu'on a d'abord tenté d'étendre ce secours sur tous les âges ; les tentatives effrayerent ; les préjugés des anciens médecins les rendoient suspectes. Selon Hippocrate, les plaies de la vessie étoient mortelles. Germain Collot méprisa enfin cette fausse opinion ; pour tirer la pierre, il imagina une opération nouvelle. Ce cas est célebre dans notre histoire. Voyez l'histoire de Louis XI. par Varillas, page 340. Un archer de Bagnolet (d'autres disent un franc-archier de Meudon) étoit condamné à mort ; heureusement pour lui, il avoit une maladie dangereuse. Le détail n'en est pas bien connu ; l'ignorance des tems l'a obscurci ; la description qu'en ont donnée les historiens, est confuse & contradictoire : on y entrevoit seulement que ce misérable avoit la pierre. Mezeray assure sans fondement que cette pierre étoit dans les reins ; il paroît évident qu'elle étoit dans la vessie. Quoi qu'il en soit, il ne dut la vie qu'à sa pierre. L'opération qui pouvoit le délivrer de ses maux, fit la seule punition des crimes qu'il avoit commis : c'étoit un essai qui paroissoit cruel ; on ne voulut pas même y soumettre ce misérable par la violence ; on le lui proposa comme à un homme libre, & il le choisit. Germain Collot tenta l'opération avec une hardiesse éclairée, & le malade fut parfaitement rétabli en quinze jours. Voyez les recherches historiques sur l'origine, sur les divers états, & sur les progrès de la Chirurgie en France, Paris 1744. La plus ancienne des méthodes connues de faire l'opération de la taille est celle de Celse, à laquelle on a donné le nom de petit appareil. Voici la maniere d'y procéder.
Méthode de Celse ou petit appareil. Un homme robuste & entendu, dit cet auteur, lib. VII. c. xxvj. s'assied sur un siege élevé, & ayant couché l'enfant sur le dos, lui met d'abord ses cuisses sur les genoux ; ensuite lui ayant plié les jambes, il les lui fait écarter avec soin, lui place les mains sur ses jarrets, les lui fait étendre de toutes ses forces, & en même tems les assujettit lui-même en cette situation ; si néanmoins le malade est trop vigoureux pour être contenu par une seule personne, deux hommes robustes s'asseyent sur deux sieges joints ensemble, & tellement attachés qu'ils ne puissent s'écarter. Alors le malade est situé de la même maniere que je viens de le dire, sur les genoux de ces deux hommes, dont l'un lui écarte la jambe gauche, & l'autre la droite, selon qu'ils sont placés, tandis que lui-même embrasse fortement ses jarrets.
Mais soit qu'il n'y ait qu'un homme qui tienne le malade, ou que deux fassent cette même fonction, les épaules du malade sont soutenues par leur poitrine, ce qui fait que la partie d'entre les îles qui est au-dessus du pubis est tendue sans aucunes rides, & que la vessie occupant pour-lors un moindre espace, on peut saisir la pierre avec plus de facilité ; de plus, on place encore à droite & à gauche deux hommes vigoureux, qui soutiennent & empêchent de chanceler celui ou ceux qui tiennent l'enfant. Ensuite l'opérateur, de qui les ongles sont bien coupés, introduit dans l'anus du malade le plus doucement qu'il lui est possible l'index & le doigt du milieu de la main gauche, après les avoir trempés dans l'huile, tandis qu'il applique légérement les doigts de la main droite sur la région hypogastrique, de peur que les doigts venant à heurter violemment la pierre, la vessie ne se trouvât blessée. Mais il ne s'agit pas ici, comme dans la plûpart des autres opérations, de travailler avec promtitude, il faut principalement s'attacher à opérer avec sûreté ; car lorsque la vessie est une fois blessée, il s'ensuit souvent des tiraillemens & distensions des nerfs qui mettent les malades en danger de mort. D'abord il faut chercher la pierre vers le col de la vessie ; & lorsqu'elle s'y trouve, l'opération en est moins laborieuse. C'est ce qui m'a fait dire qu'il ne falloit en venir à l'opération, que lorsqu'on est assuré par des signes certains que la pierre est ainsi placée ; mais si la pierre ne se trouve pas vers le col de la vessie, ou qu'elle soit placée plus avant, il faut d'un côté passer les doigts de la main gauche jusqu'au fond de la vessie, tandis que la main droite continue d'appuyer sur l'hypogastre jusqu'à ce que la pierre y soit parvenue. La pierre une fois trouvée, ce qui ne peut manquer d'arriver en suivant la méthode prescrite, il faut la faire descendre avec d'autant plus de précaution, qu'elle est plus ou moins petite, ou plus ou moins polie, de peur qu'elle n'échappe, & qu'on ne soit obligé de trop fatiguer la vessie ; c'est pourquoi la main droite posée au-delà de la pierre s'oppose toujours à son retour en arriere, pendant que les deux doigts de la main gauche la poussent en-bas, jusqu'à ce qu'elle soit arrivée au col de la vessie, vers lequel, si la pierre est de figure oblongue, elle doit être poussée, de façon qu'elle ne sorte point par l'une de ses extrêmités ; si elle est plate, de maniere qu'elle sorte transversalement ; la quarrée doit être placée sur deux de ses angles, & celle qui est plus grosse par un de ses bouts, doit sortir par celle de ses extrêmités qui est la moins considérable ; à l'égard de la pierre de figure ronde, on sait qu'il importe peu de quelle maniere elle se présente ; si néanmoins elle se trouvoit plus polie par une de ses parties, cette partie la plus lisse doit passer la premiere.
Lorsque la pierre est une fois descendue au col de la vessie, il faut faire à la peau vers l'anus une incision en forme de croissant qui pénetre jusqu'au col de la vessie, & dont les extrêmités regardent un peu les cuisses ; ensuite il faut encore faire dans la partie la plus étroite de cette premiere ouverture & sous la peau une seconde incision transversale qui ouvre le col de la vessie, jusqu'à ce que le conduit de l'urine soit assez dilaté, pour que la grandeur de la plaie surpasse celle de la pierre, car ceux qui par la crainte de la fistule, que les Grecs appellent , ne font qu'une petite ouverture, tombent, & même avec plus de danger, dans l'inconvénient qu'ils prétendent éviter, parce que la pierre venant à être tirée avec violence, elle se fait elle-même le chemin qu'on ne lui a pas fait suffisant, & il y a même d'autant plus à craindre, suivant la figure & les aspérités de la pierre : de-là peuvent naître en effet des hémorragies & des tiraillemens & divulsions dans les nerfs ; & si le malade est assez heureux pour échapper à la mort, il lui reste une fistule qui est beaucoup plus considérable par le déchirement du col, qu'elle ne l'auroit été si on y avoit fait une incision suffisante.
L'ouverture une fois faite, on découvre la pierre dont le corps & la figure sont souvent très-différens ; c'est pourquoi si elle est petite, on la pousse d'un côté avec les doigts, tandis qu'on l'attire de l'autre. Mais si elle se trouve d'un volume considérable, il faut introduire par-dessus la partie supérieure un crochet fait exprès pour cela : ce crochet est mince en son extrêmité, & figuré en espece de demi-cercle, applati & mousse, poli du côté qui touche les parois de la plaie, & inégal de celui qui saisit la pierre : dès qu'on l'a introduit, il faut l'incliner à droit & à gauche pour mieux saisir la pierre & s'en rendre le maître, parce que dans le même instant qu'on l'a bien saisie, on penche aussi-tôt le crochet : il est nécessaire de prendre toutes ces précautions, de peur qu'en voulant retirer le crochet, la pierre ne s'échappe au-dedans, & que l'instrument ne heurte contre les levres de la plaie, ce qui seroit cause des inconvéniens dont j'ai déja parlé.
Quand on est sûr qu'on tient suffisamment la pierre, il faut faire presque en même tems trois mouvemens, deux sur les côtés & un en-devant, mais les faire doucement, de façon que la pierre soit d'abord amenée peu-à-peu en devant ; ensuite il faut élever l'extrêmité du crochet, afin que l'instrument soit plus engagé sous la pierre, & la fasse sortir avec plus de facilité ; que s'il arrive qu'on ne puisse pas saisir commodément la pierre par sa partie supérieure, on la prendra par sa partie latérale, si on y trouve plus de facilité ; voilà la maniere la plus simple de faire l'opération.
Celse dit plus loin, que Mege imagina un instrument droit, dont le dos étoit large, le tranchant demi-circulaire & bien affilé ; il le prenoit entre l'index & le doigt du milieu, en mettant le pouce par-dessus, & le conduisoit de façon qu'il coupoit d'un seul coup tout ce qui faisoit saillie sur la pierre.
Telle est la description que Celse fait de la lithotomie. Tous les auteurs qui l'ont suivi, n'ont presque fait que le copier. Gui de Chauliac donna assez de réputation à cette méthode, pour qu'elle en prît le nom ; & c'est à elle que l'art a été borné jusqu'au commencement du xvj. siecle. Elle ne peut être pratiquée que sur des petits sujets, & la chirurgie étoit absolument sans ressource pour les grands, à-moins que la pierre ne fut engagée dans le col de la vessie ; car hors cette circonstance, il n'est pas possible d'atteindre la pierre avec les doigts, & de la fixer au périnée.
C'est cette opération à laquelle on a donné depuis le nom de petit appareil. On appelle encore ainsi l'incision qu'on fait sur la pierre engagée dans l'urethre. Pour la pratiquer on tire un peu la peau de côté ; on incise la peau, & le canal de l'urethre dans toute l'étendue de la pierre ; on la tire avec le bout d'une sonde, ou une petite curete. La peau reprenant sa situation naturelle, couvre l'ouverture qu'on a faite à l'urethre, & empêche que l'urine ne sorte par la plaie, qui très-souvent est guerie en vingt-quatre heures.
Du grand appareil. La méthode de Celse étoit une méthode imparfaite à plusieurs égards : les grands sujets attaqués de la pierre étoient abandonnés aux tourmens & au désespoir. Le petit appareil étoit la ressource des seuls enfans ; encore cette opération se faisoit ridiculement. Gui de Chauliac prescrivoit la précaution de faire sauter le malade, pour que la pierre se précipitât vers les parties inférieures. On fouilloit sans lumiere dans la vessie, on n'avoit aucun égard à la structure & à la position des parties que le fer intéressoit. Enfin on chercha des regles pour conduire les instrumens avec certitude. Germain Collot tenta le premier une opération nouvelle qu'il imagina. Cette tentative entreprise avec une hardiesse éclairée, donna les plus grandes espérances ; le malade qui en fut le sujet fut parfaitement gueri en moins de 15 jours, comme nous l'avons dit au commencement de cet article.
Cette opération, malgré de si heureux commencemens, est restée long-tems dans l'oubli. Jean des Romains rechercha la route qu'on pouvoit ouvrir à la pierre, & enfin par ses travaux l'art de la tirer dans tous les âges devint un art éclairé. Marianus Sanctus son disciple, publia cette méthode en 1524. Elle a souffert en différens tems & chez différentes nations des changemens notables en plusieurs points, & principalement dans l'usage des instrumens.
Pour la pratiquer, on fait situer le malade convenablement. Voyez LIENS. On lui passe un catheter dans la vessie, sur lequel on fait avec un lithotome à lancette, une incision commune à la peau & à l'urethre, avec les précautions que nous avons prescrites en parlant de l'opération de la boutonniere ; laquelle ne differe point de l'ancienne méthode de faire le grand appareil pour l'extraction de la pierre.
Les bornes de cette incision exposoient les malades, pour peu que leurs pierres eussent de volume, à des contusions & à des déchiremens dont les suites étoient presque toujours fâcheuses ; après l'incision, on mettoit le conducteur mâle dans la cannelure de la sonde, & on le poussoit jusque dans la vessie. On glissoit un dilatatoire sur le conducteur, afin d'écarter tout le passage, on retiroit le dilatatoire pour placer le conducteur femelle, & à la faveur de ces deux instrumens on portoit une tenette dans la vessie pour tirer la pierre.
Toutes ces précautions ne mettoient point à l'abri du déchirement & de la contusion du col de la vessie. On sentit la nécessité d'étendre davantage l'ouverture vers cette partie. C'est cette coupe à laquelle on a donné le nom de coup de maître : elle a donné lieu à la variation des lithotomes, comme nous l'avons expliqué à cet article. Voyez LITHOTOME.
M. Maréchal a supprimé le dilatatoire ; il suppléa à son usage par l'écartement des branches de la tenette, lorsqu'elle est introduite dans la vessie. Il trouva de même qu'il étoit moins embarrassant de se servir du gorgeret que des conducteurs, & il abandonna totalement ceux-ci. Voyez GORGERET.
Quelque perfection qu'on ait tâché de donner à cette opération, elle a des défauts essentiels : la division forcée d'une portion de l'urethre, du col de la vessie, & de son orifice, la contusion des prostates, leur séparation du col de la vessie, comme si elles eussent été disséquées, sont des marques du délabrement qui suit nécessairement cette opération. Si la pierre est grosse, & que le malade ait eu le bonheur d'échapper aux accidens primitifs de l'opération, il reste le plus souvent incommodé d'une incontinence d'urine, & souvent de fistules. La considération de ces inconvéniens & du danger absolu de cette méthode, a fait recourir au haut appareil, ou taille hypogastrique, opération au moyen de laquelle on tire la pierre hors de la vessie par une incision que l'on fait à son fond, à la partie inférieure du bas-ventre, au-dessus de l'os pubis. On doit cette méthode à Franco, chirurgien provençal. Voyez HAUT APPAREIL.
Corrections du grand appareil, connu sous le nom d'appareil latéral. Le grand appareil, tel que nous l'avons décrit, consiste à faire une incision au périnée parallelement & à côté du raphé : cette incision, comme nous l'avons dit, a été étendue inférieurement du côté du col de la vessie par une coupe interne. Pour la faire cette coupe interne, sans risque de couper le rectum, on a diminué la largeur du lithotome, on l'a même échancré, pour que le tranchant supérieur pût glisser dans la cannelure de la sonde, en s'ajustant à sa convexité. Voyez LITHOTOME. Toutes ces précautions, & l'attention tant recommandée de ne point faire violemment l'extraction de la pierre, & d'en préparer le passage par des dilatations lentes au moyen de l'écartement des branches des tenettes, précédé de l'introduction du doigt trempé dans l'huile rosat tiede, & coulé dans la gouttiere du gorgeret, toutes ces précautions & ces attentions ne mettent point à l'abri des accidens que nous avons rapportés. Il n'est pas possible d'ouvrir à toutes les pierres un passage qui leur soit proportionné, & l'on ne peut éviter un délabrement fâcheux, pour peu que la pierre ait de volume, parce qu'on est obligé de la tirer par la partie la plus étroite de l'angle que forment les os pubis par leur réunion. On est même fort borné pour l'incision des tégumens ; on ne peut la porter en-bas à cause du rectum ; & si on coupe trop haut, la peau des bourses qu'on a été obligé de tirer vers l'os pubis, se remettant dans sa situation naturelle, recouvre toute la partie supérieure de l'incision de l'urethre, ce qui donne lieu à l'infiltration de l'urine & de la matiere de la suppuration dans le tissu graisseux du scrotum, source des abscès qui surviennent fréquemment à cette méthode, & dont on accuse, souvent mal-à-propos, celui qui a troussé les bourses.
On évite ces inconvéniens en faisant une incision oblique qui commence un peu au-dessus de l'endroit où finit celle du grand appareil décrit, & qui se porte vers la tubérosité de l'ischion. C'est à cette coupe oblique & plus inférieure que celle du grand appareil ordinaire, que les modernes ont donné le nom d'appareil latéral. Mais doit-on donner ce nom à une méthode qui ne permet l'entrée de la vessie qu'en ouvrant l'urethre & le col de cet organe ? La taille de frere Jacques n'étoit que le grand appareil ; son peu de lumieres en anatomie, sur-tout dans les premiers tems, permet de croire qu'il n'étoit que l'imitateur d'un homme plus éclairé que lui, à qui il avoit vu pratiquer cette opération qu'on croyoit nouvelle. On lit dans Fabricius Hildanus, lib. de lithotom. vesicae, que l'incision de la taille au grand appareil se doit faire obliquement, ab osse pubis versus coxam sinistram. La pratique de notre opération au grand appareil étoit défectueuse ; c'étoit un des effets de la décadence de la chirurgie par l'état d'avillissement où elle avoit été plongée quarante ans auparavant que frere Jacques se fît connoître en France. Voyez le mot CHIRURGIEN.
De l'opération de frere Jacques. Frere Jacques étoit une espece de moine originaire de Franche-Comté, qui vint à Paris en 1697. Il s'annonça comme possesseur d'un nouveau secret pour la guérison de la pierre. Il fit voir aux magistrats une quantité de certificats qui attestoient son adresse à opérer. Il obtint la permission de faire des essais de sa méthode à l'hôtel-Dieu sur des cadavres, sous les yeux des chirurgiens & des médecins de cet hôpital. M. Méry, qui en étoit alors chirurgien major, fut pareillement chargé par M. le premier président d'examiner les épreuves de frere Jacques, & de lui en faire son rapport.
M. Méry dit que " frere Jacques ayant introduit dans la vessie une sonde solide, exactement ronde, sans rainure, & d'une figure differente de celles des sondes dont se servent ceux qui taillent suivant l'ancienne méthode, il prit un bistouri semblable à ceux dont on se sert ordinairement, mais plus long, avec lequel il fit une incision au côté gauche & interne de la tubérosité de l'ischium, & coupant obliquement de bas en haut, en profondant, il trancha tout ce qui se trouva de parties depuis la tubérosité de l'ischium jusqu'à sa sonde qu'il ne retira point. Son incision étant faite, il poussa son doigt, par la plaie, dans la vessie, pour reconnoître la pierre. Et après avoir remarqué sa situation, il introduisit dans la vessie un instrument (qui avoit à-peu-près la figure d'un fer à polir de relieur) pour dilater la plaie, & rendre par ce moyen la sortie de la pierre plus facile sur ce dilatatoire qu'il appelloit son conducteur, il poussa une tenette dans la vessie, & retira aussitôt ce conducteur ; & après avoir cherché & chargé la pierre, il retira la sonde de l'urethre, & ensuite sa tenette avec la pierre de la vessie par la plaie, ce qu'il fit avec beaucoup de facilité, quoique la pierre fût à-peu-près de la grosseur d'un oeuf de poule.
Cette opération étant faite, je disséquai, continue M. Méry, en présence de MM. les médecins & chirurgiens de l'hôtel-Dieu, les parties qui avoient été coupées. Par la dissection que j'en fis, & en les comparant avec les mêmes parties opposées que je disséquai aussi, nous remarquâmes que frere Jacques avoit d'abord coupé des graisses environ un pouce & demi d'épaisseur, qu'il avoit ensuite conduit son scalpel entre le muscle érecteur & accélérateur gauche sans les blesser, & qu'il avoit enfin coupé le col de la vessie dans toute sa longueur par le côté, à environ demi-pouce du corps même de la vessie. "
Sur ce rapport on permit à frere Jacques de faire son opération sur les vivans. Il tailla environ cinquante personnes ; mais le succès ne répondit pas à ce qu'on en attendoit ; on fit de nouveau l'examen des parties blessées, & on reconnut que les unes étoient tantôt intéressées, & tantôt les autres, ensorte qu'on peut dire de frere Jacques qu'il n'avoit point de méthode ; car une méthode de tailler doit être une maniere de tailler suivant une regle toujours constante, au moyen de laquelle on entame les mêmes parties toutes les fois. Ce sont les termes de M. Morand, dans ses Recherches sur l'opération latérale insérées dans les Mém. de l'ac. royale des Scienc. ann. 1731. Frere Jacques n'avoit donc point de méthode : il entamoit la vessie, tantôt dans son col tantôt dans son corps ; il séparoit quelquefois le col du corps ; souvent il traversoit la vessie, & l'ouvroit en deux endroits ; enfin il intéressoit l'intestin rectum qui ne doit point être touché dans cette opération, &c.
M. Méry publia en 1700 un traité sous le titre d'Observations sur la maniere de tailler dans les deux sexes pour l'extraction de la pierre, pratiquée par frere Jacques. L'auteur releve vivement toutes les fautes commises par le nouveau lithotomiste, en donnant des louanges à sa fermeté inébranlable dans l'opération.
Frere Jacques profita de la critique de M. Méry & des conseils qui lui furent donnés par MM. Fagon & Felix, premiers médecin & chirurgien du roi. La principale cause des désordres de l'opération venoit du défaut de guide. Freres Jacques opéroit sur une sonde cylindrique ; mais lorsqu'il eut fait usage de la sonde cannelée, il pratiqua son opération avec beaucoup de succès. On a de lui un écrit intitulé, Nouvelle méthode de tailler, munie des approbations des médecins & des chirurgiens de la cour, qui lui virent faire à Versailles trente-huit opérations sans perdre un seul de ses malades. Frere Jacques y reproche à MM. Méry & Saviard de l'avoir décrié comme sectateur d'un nommé Raoulx qui étoit un fripon, de n'avoir pas assez examiné par eux-mêmes, & d'avoir écrit contre lui par des ouï-dires, par plaisir de blâmer l'opérateur & l'opération.
M. Rau, fameux professeur en Anatomie & en Chirurgie à Leyde, vit opérer frere Jacques, & pratiqua ensuite l'opération de la taille avec un succès étonnant ; mais il ne publia rien là-dessus. M. Albinus a donné un détail circonstancié de tout ce qui regarde l'opération de M. Rau son prédécesseur. Il prétend qu'il avoit perfectionné la taille du frere Jacques, & qu'il coupoit le corps même de la vessie au-delà des prostates. Mais en suivant la description de M. Albinus, & se servant de la sonde de M. Rau, on voit qu'il est impossible de couper le corps de la vessie sans toucher aux prostates, à son col & à l'urethre, & on pense que M. Albinus s'est mépris sur la méthode de M. Rau dont nous ignorons absolument les particularités, autres que les succès extraordinaires dont elle étoit suivie.
Opération de Cheselden. La dissertation de M. Albinus sur la taille de Rau, excita l'émulation des chirurgiens, & les porta à faire des expériences propres à les conduire à la perfection annoncée dans cet ouvrage.
M. Cheselden fit les premieres tentatives ; il rencontra en suivant ponctuellement la description de M. Albinus, des inconvéniens qui le conduisirent à une nouvelle opération ; voici la méthode de la pratiquer.
On fait situer le malade à l'ordinaire : on introduit un cacheter dans la vessie par l'urethre : on couche le manche de la sonde sur l'aine droite du malade, où, un aide qui doit être très-adroit & très-attentif, la tient assujettie d'une seule main, pendant que de l'autre il soutient les bourses ; par cette situation de la sonde, l'urethre est collé & soutenu contre la simphyse des os pubis, ce qui l'éloigne du rectum autant qu'il est possible de le faire, & la cannelure de la sonde regarde l'intervalle qui est entre l'anus & la tubérosité de l'ischion.
L'opérateur prend un lithotome particulier (Pl. VIII. fig. 3.), avec lequel il fait une très-grande incision à la peau & à la graisse, commençant à côté du raphé, un peu au-dessus de l'endroit où finit la section dans le grand appareil ordinaire, & finissant un peu au-dessous de l'anus, entre cette partie & la tubérosité de l'ischion. Cette incision doit être poussée profondément entre les muscles, jusqu'à ce qu'on puisse sentir la glande prostate : alors on cherche l'endroit de la sonde, & l'ayant fixée où il faut, supposé qu'elle eût glissé, on tourne en-haut le tranchant du bistouri : comme la main gauche de l'opérateur n'est pas occupée à tenir la sonde, le doigt index de cette main étant introduit dans la plaie, reconnoit la cannelure de la sonde, & sert à y conduire surement la pointe du lithotome, & en le poussant de bas en haut, entre les muscles érecteur & accélérateur, on coupe toute la longueur des prostates de dedans en dehors, poussant en même-tems le rectum en-bas, avec un ou deux doigts de la main gauche ; par ces précautions on évite toujours de blesser l'intestin : l'opération se termine de la maniere ordinaire, par l'introduction du gorgeret sur la cannelure de la sonde, & par celle des tenettes sur la gouttiere du gorgeret.
Cette opération a l'avantage d'ouvrir une voie suffisante pour l'extraction des pierres, par la partie la plus large de l'ouverture de l'angle des os pubis, & on est sûr de ne point intéresser le rectum. Toutes les parties qu'on déchire & qu'on meurtrit dans le grand appareil ordinaire, sont coupées dans l'opération de Cheselden ; & c'est un principe reçu que la section des parties est plus avantageuse que leur déchirement, sur-tout lorsque ce déchirement est accompagné de contusion.
M. Cheselden pratiquoit cette opération en Angleterre avec de grands succès ; il avoit abandonné le haut appareil pour cette nouvelle façon de tailler, dont M. Douglas donna la description ; mais les maîtres de l'art ne la jugerent point suffisamment détaillée, pour savoir en quoi consistoit positivement la nouvelle méthode. M. Morand voulut s'assurer des choses par lui-même, il passa en Angleterre, & vit opérer M. Cheselden ; il lui promit de ne rien publier de cette opération, avant la description que l'auteur se proposoit de communiquer à l'académie royale des Sciences. Voyez les recherches sur l'appareil latéral ; mém. de l'acad. des Sciences, année 1731.
Pendant le voyage de M. Morand à Londres, M. de Garengeot, & M. Perchet, premier chirurgien du roi des deux Siciles, qui gagnoit alors sa maîtrise à l'hôpital de la Charité, firent dans cet hôpital plusieurs tentatives sur des cadavres : guidés par les fautes de frere Jacques, & par les observations de M. Méry, ils parvinrent à faire le grand appareil obliquement, entre les muscles érecteur & accélérateur gauches, & à inciser intérieurement le col de la vessie & un peu de son corps. M. Perchet, après bien des expériences, pratiqua cette opération avec réussite. Voyez ce détail dans le traité des opérations, par M. de Garengeot, sec. édit. tom. II.
L'opération de la taille, étoit, comme on voit, l'objet des recherches des grands maîtres de l'art. Feu M. de la Peyronie, premier chirurgien du roi, aussi distingué par ses grandes connoissances que par la place qu'il occupoit, fut consulté de toutes parts sur la matiere en question. Les chirurgiens lui rendoient compte de leurs travaux, & demandoient qu'il les éclairât | |